Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale
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- BULLETIN
- S. E. I. N.
- JBibliothèqut
- DE LA
- SOCIETE D'ENCOURAGEMENT
- POUR rs
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- L’INDUSTRIE NATIONALE
- PUBLIÉ
- SOUS LA DIRECTION DES SECRÉTAIRES DE LA SOCIÉTÉ
- MM. E. PELIGOT ET GH. LABOULAYE.
- TROISIÈME SÉRIE. — TOME IL — 1875.
- Pour faire partie de la Société, il faut être présenté par un membre et nommé par le Conseil d’Administration.
- (Extrait du Règlement.)
- F£ffAfi&: SK ËtL2 MDOCCI,
- PARIS,
- SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ, RUE DE RENNES, 44.
- 1875
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- SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ.
- Communications, dépôts, renseignements, abonnements au Bulletin, tous les jours, de midi à quatre heures.
- RÉDACTION Dü RULLETIN.
- Renseignements, tous les jours, de deux à cinq heures.
- PARIS. — IMPR. DE M"a Ve BOUCHARD-HÜZARD.
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- 94e année.
- Troisième série, tome II.
- Janvier 1895.
- BULLETIN
- DE
- ü SOCIETE ll l.Miil m.lHIM
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- INAUGURATION DE L’HOTEL DE LA SOCIÉTÉ.
- SÉANCE DU 11 DÉCEMBRE 1874.
- Présidence de M. Dumas,
- SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES, PRÉSIDENT.
- La Société d’encouragement pour l’industrie nationale a repris, le 11 décembre 1874, le cours de ses séances bi-mensuelles, qui avaient dû être ajournées pour l’achèvement des travaux de restauration et d’agrandissement de son hôtel.
- Cette séance, véritable inauguration, avait attiré un nombreux public, curieux d’assister à une réouverture depuis longtemps attendue dans le monde industriel. Au milieu de la grande salle des réunions était exposée une splendide collection des produits de la manufacture nationale de Sèvres, qui attirait tous les regards.
- Le fauteuil de la présidence était occupé par M. Dumas, président de la Société, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences. A ses côtés siégeaient MM. Balard, de l’Institut, l’un des vice-présidents, Eugène Peligot, de l’Institut, et Laboulaye, secrétaires du Conseil de la Société; enfin M. Goupil de Préfeln, trésorier.
- Après la lecture des pièces de la correspondance, l’allocution suivante a été prononcée par M. Dumas aux applaudissements réitérés de toute l’assemblée,
- ALLOCUTION
- PRONONCÉE PAR M. DUMAS.
- « Messieurs, aujourd’hui que la Société d’encouragement reprend le cours de ses séances, au milieu d’une installation rajeunie et complétée, il n’est pas
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- inutile de remettre en lumière quelques points de l’histoire de cette institution et de replacer sous les yeux un tableau des services qu’elle n’a cessé de rendre depuis sa création.
- « Née au commencement de ce siècle, en 1801, elle s’est constituée sur un modèle simple et bien conçu, si bien conçu, que toutes les sociétés venues après elle n’ont rien trouvé de mieux que de la copier. Réunir un certain nombre de personnes animées d’un même amour pour les progrès de la science et pour la prospérité de l’industrie et leur demander de souscrire une cotisation annuelle, constituer un Conseil d’administration à l’élection duquel prennent part tous les souscripteurs, tel est le mécanisme de l’institution, et c’est ainsi qu’il fonctionne depuis soixante-treize ans. C’est, en un mot, une association libre, gérant elle-même ses affaires suivant un mode dont l’introduction est due à M. le comte de Lasteyrie, qui a contribué, avec un zèle heureux, à la création de tant d’autres institutions et à qui la France doit le développement d’un grand nombre d’industries, parmi lesquelles il faut citer, avant tout, la lithographie.
- « Indépendamment de cette formule pratique, il en est une autre qui a également concouru à la formation et au succès de la Société d’encouragement. On s’est dit : une association destinée à provoquer le mouvement de l’industrie doit s’appuyer sur la science; ce mouvement ne peut être inspiré et réglé que par la science, et c’est ainsi qu’on trouve au début de notre institution et parmi ses fondateurs les grands noms de Laplace, Monge, Coulomb, Chaptal, Benjamin Delessert, Berthollet, Montgolfier, Périer, Huzard, de Candolle appartenant à la science, autour desquels viennent se grouper ceux des représentants de l’industrie ou de l’administration pour fonder l’œuvre nouvelle, c’est-à-dire une association où la science sert de fanal à l’industrie. On sait les résultats qu’a produits cette admirable alliance. Elle s’est si bien perpétuée, que Chaptal a conservé la présidence de l’œuvre depuis son origine jusqu’en 1832, et Thénard, qui est venu après lui, jusqu’en 1845. Celui qui a succédé à Thénard, et qui a l’honneur de vous présider aujourd’hui, occupe le fauteuil depuis près de trente ans. A l’exception de M. Huzard, qui est toujours resté, malgré son âge, si fidèle à nos séances, il est, je crois, le plus ancien des membres du Conseil, dans lequel il compte quarante-cinq ans de services. La Société a voulu perpétuer en ma personne ce signe sensible du rôle que la science doit jouer dans l’industrie, je l’en remercie; il m’a été doux de me voir constamment maintenu, par les mêmes suffrages, dans une situation où votre confiance et mes efforts n’ont pas été
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- sans produire d’heureux résultats, et je continuerai à me consacrer, à me dévouer à vos intérêts jusqu’au moment, qui s’approche, où l’heure de la retraite viendra sonner.
- « Examinons maintenant quels sont les moyens à l’aide desquels la Société a rempli sa mission. Ces moyens sont de deux sortes :
- « C’est d’abord une publication mensuelle qui contient les rapports des différents comités, approuvés par le Conseil, des chroniques destinées à faire connaître les découvertes et procédés pouvant intéresser l’industrie et le commerce, enfin des mémoires, des extraits de voyages et des descriptions de machines. Cette publication, que tout le monde connaît, à laquelle la Société n’a pas consacré moins de 1500000 francs, et qui s’est continuée sans interruption depuis son origine, ne compte pas moins aujourd’hui de 73 volumes in-4, renfermant ensemble plus de 1500 planches gravées avec le plus grand soin, et représentant des machines ou des appareils nouveaux ou perfectionnés.
- « Le second moyen, ce sont les récompenses et les secours que la Société décerne aux industriels et aux inventeurs ; or, depuis 1801, la somme qu’elle a consacrée aux prix, médailles et pensions qu’elle a distribués ne s’élève pas à moins d’un million.
- « En résumé, depuis son origine et au moyen de la seule cotisation annuelle de ses membres,- la Société a recueilli une somme de près de 3 1/2 millions qu’elle a consacrée entièrement aux progrès de l’industrie.
- « Au nombre des prix que la Société a décernés, il en est qui sont plus particulièrement caractéristiques, soit par la nature même de l’objet qu’ils concernent, soit par l’importance et la notabilité des hommes auxquels ces récompenses ont été accordées.
- « Parmi les secours qu’elle a donnés aux industriels, signalons de suite le premier, car il honore à la fois l’homme qui en a été l’objet et la Société elle-même qu’il associe à l’une des plus grandes découvertes de l’époque. N’est-il pas, en effet, touchant de rappeler que, alors qu’elle n’avait dans sa caisse que la somme de 2 000 francs, elle est venue au secours de l’industrie de la soude artificielle et de son inventeur, l’infortuné Leblanc dont les malheurs sont bien connus?
- « À l’époque de la révolution américaine, l’exploitation des forêts de ce vaste pays cessa tout k coup ; or les cendres provenant de la combustion du bois étaient alors la seule source qui fournît la potasse. Qu’allait devenir la
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- fabrication du verre, du savon et de tant d’autres industries auxquelles cet alcali donnait la vie? L’Académie des sciences démontra qu’à défaut de potasse que la France ne produisait pas, on pouvait prendre la soude et qu’il fallait la chercher dans le sel marin, c’est-à-dire dans une source inépuisable. C’est ce problème qu’a résolu Leblanc, et l’on en comprend l’importance, car, sans cette solution, les plus grandes industries de la civilisation moderne et la civilisation elle-même eussent été arrêtées dans leur essor. La fatalité voulut que Leblanc fût, pour l’exploitation de son invention, l’associé de la famille d’Orléans, dont les biens avaient été séquestrés ou confisqués. L’usine de la Franciade où se fabriquait la soude ayant eu le même sort, il se trouva bientôt sans ressources pour continuer ses travaux et tirer parti de sa découverte. La Société d’encouragement fit alors pour lui tout ce qu’elle pouvait : elle vida entre ses mains sa modeste caisse ; effort impuissant, puisque Leblanc est mort dans la détresse. Effort, cependant, dont il lui est permis de s’honorer et dont, malgré elle, le fils de l’infortuné Leblanc voulut la rembourser sur les premiers produits de son travail.
- « Plus tard, c’est Jacquart au secours duquel vient notre institution. On connaît son admirable invention, adoptée dans tous les pays du monde, et sans laquelle la fabrication de nos tissus et de nos étoffes les plus merveilleux serait impossible.
- « Si nous fouillons plus loin dans nos annales, nous trouvons le nom de Philippe de Girard, auquel la Société est également venue en aide. C’est en Pologne qu’il avait résolu le problème de la filature mécanique du lin, que n’avaient pas tardé à s’approprier les Anglais. Il vint un jour où son invention lui fut contestée, où il allait être dépouillé du fruit de ses pénibles recherches, lorsque la Société, reprenant ses brevets et les étudiant avec soin, se fit juge de la question et démontra victorieusement les droits incontestables de Philippe de Girard à la reconnaissance du monde.
- « Je ne voudrais pas prolonger ces citations ; et cependant se souvient-on qu’il y a trente ans nous ne connaissions pas les verres colorés, doublés à deux ou trois couches, ou les verres de gobeletterie peinte, ces admirables produits qui constituent, depuis longtemps, une importante industrie en Bohême? C’est la Société d’encouragement qui, en fondant des prix, démontra qu’il était possible de les imiter en France. J’avais, à cette époque, signalé dans le musée céramique de la Manufacture de Sèvres, heureuse création d’Alexandre Brongniart, de nombreux spécimens que je proposais pour modèles ; des études furent entreprises, et c’est un élève de l’École centrale,
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- M. de Fontenay, qui résolut le problème. Tout le monde connaît la grande fabrique de Baccarat et la collection si remarquable des spécimens que renferment, de nos jours, ses magasins. Eh bien, permettez que je rappelle qu’autrefois ces magasins étaient si pauvres en produits colorés, qu’à une demande que j’adressais pour voir où en étaient leurs verres de couleurs, on me répondit, avec un certain orgueil : L'usine de Baccarat ne fait que du cristal blanc. Aujourd’hui tout est bien changé, et l’on peut dire que c’est à ce même Baccarat qu’on trouve peut- être les modèles colorés les plus purs et les plus parfaits.
- « Autrefois, en France, on ne faisait pas de verres pour les lunettes astronomiques. C’est encore en vue des prix fondés par la Société que l’on doit à MM. Guinand et Bontems d’avoir créé cette industrie dans notre pays, industrie bornée au début, mais que l’invention de Daguerre ne devait pas tarder à développer un jour, en lui demandant les nombreux objectifs dont elle a besoin et qui ont permis à cette fabrication de prendre le caractère d’un travail réglé et courant.
- « Baphaël, le divin peintre, employait dans ses tableaux un bleu admirable, le bleu d’outremer. Ce bleu se payait littéralement au poids de l’or; en effet, vendu dans des tuyaux de plumes, on le mettait d’un côté de la balance, tandis que de l’autre on équilibrait son poids avec de l’or en poudre. Eh bien, aujourd’hui, grâce à la Société, ce même bleu est devenu si commun, qu’on s’en sert pour peindre les fiacres et azurer le papier d’écolier. On l’extrayait autrefois d’une roche très-rare ; aujourd’hui on le fabrique artificiellement quand et comme on veut. C’est du procédé même de Leblanc, dont nous avons parlé tout à l’heure, qu’est surgie la solution du problème. On avait remarqué que, dans les fours à soude où s’exécutait ce procédé, certaines briques étaient colorées en bleu ; l’analyse chimique avait fait voir que cette couleur accidentelle était de véritable outremer. De là le prix fondé par la Société pour la découverte de l’outremer artificiel, de là le succès et la fortune de M. Guimet de Lyon, ancien élève de l’École polytechnique, qui remporta ce prix.
- « On le voit, la Société d’encouragement n’a pas failli à sa tâche ; partant de la science, elle n’a pas cessé, depuis son origine, de montrer le chemin à l’industrie. Mais que d’efforts et que de temps dépensés avant que le travail du savant puisse être fécondé ! C’est grâce à la variété des prix mis au concours qu’on a vu Engelmann et Lemercier porter successivement l’art de la lithographie au point où il en est aujourd’hui ; c’est grâce encore à la Société
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- que Niepce de Saint-Victor et Poitevin ont poursuivi avec succès des travaux d’où sont sortis les procédés actuels de la photographie, l’une des plus grandes et des plus curieuses inventions modernes.
- « Enfin, je ne puis oublier qu’il fut un moment où la fabrication du sucre de betteraves, qui rend de si immenses services à l’agriculture, fut à la veille de disparaître. Pour équilibrer le budget, on proposait de la supprimer complètement et de frapper le sucre des colonies d’un impôt facile à percevoir dans les ports. La mesure allait être prise, les fabricants de sucre de betteraves, découragés, consentaient à céder leurs établissements à l’Etat qui les détruirait, quand la Société d’encouragement fut assez heureuse pour démontrer que cette suppression était la ruine de l’agriculture. La sucrerie indigène fut sauvée et, quelque temps après, l’arrondissement de Valenciennes, où l’industrie du sucre de betteraves avait débuté, démontrait irréfutablement les immenses avantages qu’offre à l’agriculture cette industrie qui permet la culture biennale (betteraves et blé alternants). Autrefois, le département du Nord était obligé d’importer du blé et du bétail; aujourd’hui qu’il fabrique annuellement pour ^5 millions de sucre, il fait plus de blé et de viande qu’il n’en peut consommer. Voilà donc encore une grande industrie assurée à la France par la Société d’encouragement, et complétée plus tard, grâce à elle, par la distillation de la betterave, dont les procédés pratiques ont été indiqués par M. Champonnois, l’un des lauréats de nos grands prix.
- « Terminons par un juste hommage aux personnes bienfaisantes qui ont apporté leur généreux concours à la Société.
- « Citons d’abord M. Bapst, qui nous a légué une petite rente, grâce à laquelle les inventeurs malheureux reçoivent, chaque année, un modique secours qui les a plus d’une fois empêchés de mourir de faim, qui a toujours adouci leurs dernières années. Nous qui, depuis plus de quarante ans, sommes témoins des consolations que de pareils secours ont apportées à des vieillards dans la détresse, qui savons combien ils ont séché de larmes amères, et qui avons recueilli les témoignages de la reconnaissance des infortunés dont ils soulageaient les misères, nous pouvons remercier M. Bapst, et dire que, grâce à lui, la Société fait, chaque année, un bien dont elle aime à consacrer le souvenir. Je ne connais pas de tâche plus douce que celle qui nous a été imposée par le cœur noble et bien inspiré de M. Bapst.
- « Citons ensuite M. Christofle, le grand industriel. M. Christofle a pensé
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- aussi aux inventeurs ; il s’est dit que celui qui a une idée et qui désire se l’approprier n’a pas toujours les 100 fr. nécessaires à la prise d’un brevet. Or, vous représentez-vous la douleur d’un homme qui a fait une invention, qui désire en tirer profit, mais qui, n’ayant pas les moyens de se l’approprier, n’ose livrer son secret à personne, dans la crainte d’en être dépouillé ? Eh bien! une commission spéciale reçoit la confidence des inventeurs, et, après examen, la Société, grâce à M. Christofle et à une petite somme qu’elle ajoute, au besoin, à la fondation qu’il a créée, se charge de payer la première et souvent la seconde annuité des brevets.
- « L’invention, il va sans dire, ne réussit pas toujours; mais aussi, quand le succès est obtenu, l’inventeur se souvient parfois que la Société n’est pas étrangère à sa petite fortune et vient lui rapporter avec reconnaissance les avances qu’elle a faites pour lui.
- « Enfin, et c’est par là que je veux terminer, notre Société a reçu deux legs d’une grande importance, qui appellent notre reconnaissance et celle de toute l’industrie. Le premier, dont on a pu déjà tirer plusieurs fois parti, est le legs fait par le marquis d’Àrgenteuil, qui nous permet de décerner, tous les six ans, un prix de 12 000 francs à l’auteur de la découverte la plus utile au perfectionnement de l’industrie française. C’est un fifre d’honneur et de gloire que de remporter ce prix, et, en citant Yicat, Chevreul, Heilmann, Sorel, Pasteur, Champonnois, c’est dire que la Société a rattaché, par ces grandes récompenses, à son histoire les noms les plus honorés de la science et de l’industrie. Espérons que, dans l’avenir, le prix d’Àrgenteuil sera toujours aussi .envié, aussi dignement placé, et qu’il y aura, en France, de nouvelles illustrations auxquelles la Société sera heureuse de le décerner et faites pour prendre place dans la glorieuse liste.
- « Malgré les efforts que la Société n’a cessé de faire depuis son origine pour assurer sa durée, efforts qu’une existence de soixante-treize ans suffit amplement à justifier, faut-il le dire, nous ne serions peut-être pas, en raison de la mobilité des choses de ce monde, aussi tranquilles que nous le sommes sur son avenir, si nous n’avions, pour nous rassurer, notre second legs dû à l’admirable prévoyance du comte et de la comtesse Jollivet qui ont voulu que, pendant soixante ans, le quart en fut scrupuleusement capitalisé. Sans cette ressource importante, destinée à devenir disponible dans un très-petit nombre d’années, nous aurions hésité devant les dépenses que vient d’entraîner la restauration de l’hôtel de la Société, nécessitée par les alignements de la place Saint-Germain-des-Prés.
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- « Nous comptons, comme par le passé, cependant, sur le concours actif des amis de la science et de l’industrie, et nous espérons qu’il ne nous fera pas défaut. Si la Société a eu, au commencement de ce siècle, sa plus grande phase d’utilité, alors que la science de l’Angleterre était dans l’enfance et que l’industrie de l’Allemagne était encore à naître, ce n’est pas le moment d’oublier la voie tracée par nos pères, dans le champ aujourd’hui considérablement élargi ou toutes les grandes nations se font concurrence, quand l’Angleterre se fait savante et artiste et que l’Allemagne développe la grande pratique. Grâce au mariage de la science et de l’industrie, dû aux soins de nos illustres fondateurs, le succès a toujours couronné nos efforts ; espérons que ni par nous, ni par nos successeurs ce mariage ne sera jamais suivi d’un divorce. »
- DES BEAUX-ARTS APPLIQUÉS A L’INDUSTRIE,
- PAR M. CH. LABOULAYE,
- Secrétaire du Conseil.
- « Notre honoré président, en inaugurant les nouvelles constructions de la Société d’encouragement, vient de retracer, comme il sait le faire, les principaux services qu’elle a rendus depuis sa fondation. Vous avez pu remarquer que leur caractère principal a été d’ordre technique, que ce sont des progrès dans les sciences chimiques, physiques, dans la théorie de la construction des machines qu’elle a surtout contribué à faire naître. Ce sera toujours la partie la plus considérable de l’œuvre de notre Société, mais qui ne saurait éprouver aucun préjudice de l’intérêt qu’elle pourra apporter au développement de l’art industriel, question capitale qui, depuis l’Exposition de 1851 surtout, préoccupe au plus haut degré toutes les grandes nations industrielles, qui ont reconnu qu’il était un élément fondamental de succès. Il a paru tout à fait convenable de profiter de l’inauguration d’une construction qui fait honneur au goût de notre habile architecte, pour affirmer cette extension des efforts de la Société d’encouragement, d’autant plus qu’au même moment une exposition des produits des manufactures nationales nous fournissait un magnifique sujet d’études.
- « L’Art entre pour une grande part dans la production industrielle, et dans bien des cas d’une manière tout à fait prédominante. Pour les meubles, l’or-
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- févrerie, les bijoux, par exemple, la bonne fabrication, la solidité ne suffit pas, il faut y joindre l’élégance, le charme qui en fait surtout la valeur. La science qui préside à l’élaboration des matières premières, qui fournit des méthodes rapides, économiques, pour transformer les produits bruts et les rendre utilisables, n’indique nullement les moyens de leur donner la forme agréable, la beauté qui les fait rechercher. L’œuvre échappe ici au savant, elle est du domaine de l’artiste; ce n’est plus la vigueur du raisonnement, c’est le sentiment de l’harmonie des formes et des couleurs qui vient indiquer la voie à suivre.
- « Pour bien saisir comment, dans tout produit créé par le travail industriel, l’utilité et la beauté se combinent, il suffit de disposer en une série tous les objets similaires, en procédant des plus simples pour arriver à ceux dont la production exige le plus d’efforts de la part des producteurs les plus habiles.
- « Voyez la céramique. Quelle distance entre les poteries grossières, qui ne valent que par leur utilité et leur extrême bon marché, et les œuvres justement célèbres de véritables artistes dont il va vous être parlé ! Entre ces deux extrêmes, quelle multitude de vases de toute forme plus ou moins décorés, de services de table de tout genre !
- « De même pour les tissus; à partir des toiles grossières, des étoffes les plus communes, une puissante industrie crée, avec toutes les variétés possibles de substances, de grosseur de fil, de mode d’entrelacement, avec toutes les ressources de la teinture et de l’impression pour varier les couleurs, une multitude d’étoffes de plus en plus élégantes. Parmi celles que la faveur publique a placées le plus haut, citons les belles étoffes de soie brochées qui font tant d’honneur à notre industrie lyonnaise, les cachemires de l’Inde, enfin les célèbres tapisseries des Gobelins et de Beauvais, sur lesquelles nous allons revenir.
- « Ce que nous voulons indiquer ici et ce qui est indiscutable, c’est que la plupart des genres de fabrications se terminent ou peuvent se terminer par des œuvres d’une élégance, d’une richesse toute particulière, par de véritables œuvres d’art, dont la beauté frappe seule, faisant oublier en quelque sorte les procédés techniques employés pour les produire. Ils semblent échapper au domaine de l’industrie pour entrer dans celui de l’art; aussi, trop souvent des fabricants de produits de grande consommation ne s’en préoccupent pas.
- « C’est là une erreur, et la création des plus belles œuvres que puisse engen**
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- drer un procédé donné de fabrication a une influence considérable sur toute l’industrie qui produit pour la grande consommation. Lorsqu’un héritier de Boule, lorsque Fourdinois ou Grohé font admirer à nos expositions un beau meuble d’ün genre nouveau, non-seulement ils ont créé une œuvre remarquable qui ira orner le cabinet d’un riche amateur ou prendre placé dans une galerie d’art industriel en Angleterre, mais ils ont souvent révolutionné la fabrication des meubles et changé le goût du public. Le faubourg Saint-Antoine, abandonnant des vieilles formes, en adopte, pour nombre d’œuvres demandées par les consommateurs, qui sont des variations de l’œuvre du maître, et ce sont Ces changements qui font le succès de l’exportation de produits, dont des nations rivales ne reproduisent quelque temps que les formes démodées.
- « On peut comprendre, par cet exemple, comment l’œuvre supérieure, réagissant de proche en proche sur celles de la même série industrielle, vient faire modifier les formes, les colorations de tous les produits de même ordre, a quelque influence souvent sur les plus simples, après avoir transformé immédiatement ceux qui se rapprochent de l’œuvre d’art qui a fortement impressionné le public, qui est devenue le type de l’élégance et de la beauté.
- « La grande importance de créations de cet ordre, pour la prospérité de nombre d’industries, est évidente et démontre l’utilité des établissements dont elles peuvent sortir. Les ateliers de la petite industrie livrés à la production des objets à bas prix ne peuvent guère y songer; les conditions de la plus grande perfection y sont difficilement réunies, le concours des artistes les plus habiles ne saurait y être sollicité et rémunéré. Les maisons de premier ordre, au point de vue surtout de l’élégance des produits de leur fabrication, peuvent seules laisser de côté la question du prix de revient pour s’illustrer par des œuvres hors ligne, pour réaliser les conceptions de l’artiste éminent et solliciter l’impulsion féconde que lui seul peut imprimer à une industrie.
- « C’est le rôle qui échoit, dans notre pays, aux manufactures nationales, aux Gobelins et à Beauvais pour les tapisseries, à Sèvres pour la céramique, plus complètement encore qu’à nos grands établissements privés ; c’est la beauté et la perfection des produits qui est le seul but qu’elles aient à poursuivre, indépendamment de la question de dépenses, et, lorsqu’il est atteint, leur utilité pour les progrès de l’industrie justifie pleinement leur fonctionnement et les frais qu’elles occasionnent.
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- « Nous allons voir, par l’examen de l’Exposition des Champs-Ëlysées, combien elles ont dignement rempli leur mission.
- Les produits des Manufactures nationales des Gobelins et de Beauvais à VExposition des Champs-Elysées.
- « Dans toutes les Expositions universelles, nos fabriques nationales de tapisseries ont montré des produits qui ont été jugés supérieurs à ceux créés par l’industrie chez les diverses nations. Nous passerons rapidement en revue au point de vue de l’art industriel seulement (car les progrès techniques accomplis, dans la teinture surtout, sous la direction du savant M. Chevreul, seront analysés par un de nos collègues) les œuvres exposées aux Champs-Elysées, celles exécutées dans ces dernières années.
- « Nous devons parler, en premier lieu, de la copie des tableaux de maîtres, œuvres d’une difficulté inouïe et pour lesquelles les Gobelins ne rencontrent pas de rivaux. Le saint Jérôme d’après le Corrége, et la Charité d’après André del Sarto, sont deux tableaux qui excitent l’admiration quand on pense à la difficulté vaincue, et lorsque la moindre imperfection dans la figure humaine est si choquante et si facilement observée.
- « Si de semblables tours de force sont fort estimables pour apprécier la grande habileté des tapissiers capables de les exécuter, nous ne pensons pas que leur multiplication soit désirable. Ils dépassent évidemment le but qu’il est possible d’atteindre. C’est l’opinion de M. Chevreul. Voici ce qu’il dit dans son rapport sur la grande Exposition universelle de Londres en 1851.
- « La tapisserie, ne pouvant triompher de la peinture, ne doit point user son « temps à lutter avec elle en cherchant à reproduire des détails et des effets « pour lesquels elle n’est pas faite.
- « Rappelons que sa structure cannelée, que la forme filamenteuse de ses « couleurs s’y oppose. Rappelons que ses ombres ne peuvent avoir la vigueur « des ombres d’une peinture à l’huile, ni ses clairs l’éclat des blancs de celle-ci. « Les extrêmes de contraste de ton se trouvent donc plus éloignés dans la « peinture à l’huile que dans la tapisserie.
- « 11 importe, dans le choix des modèles propres à là tapisserie, d’avoir « égard à ce fait et à l’impossibilité ou l’on est de limiter les formes aussi « bien qu’on le fait en peinture. La conséquence de cet état de choses est, au-« tant que possible, que les modèles présentent des couleurs franches, et « que les contrastes de couleurs et de tons concourent à rendre les formes
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- « distinctes à une distance où les cannelures et les sillons de la tapisserie « disparaissent... »
- « Ces observations du maître, qui le conduisent à demander la reproduction de modèles peints exprès pour faire valoir les qualités inhérentes à la tapisserie, paraissent s’appliquer heureusement au travail qui différencie le plus cette exposition des précédentes, à savoir l’exécution des grands panneaux destinés au salon du glacier de l’Opéra. Dessinés par M. Mazerolle, ils constituent la décoration la plus riche, bien qu’exécutés sur des modèles d’un travail bien plus large, bien plus simple que celui de la grande peinture. La Pêche, notamment, nous paraît posséder une élégance, une harmonie de couleurs qui en fait une œuvre pleine d’un charme particulier, appartenant en partie à la substance employée et qui ne fait nullement penser à un tableau à l’huile avec laquelle on voudrait la comparer. C’est reprendre la tradition des grands maîtres des Flandres, qui demandaient des cartons à Raphaël et à Jules Romain (qu’on admire aujourd’hui à Hampton-Court), mais qui ne copiaient pas les tableaux à l’huile de ces grands artistes.
- « Les tapis destinés à Fontainebleau par M. Dieterle sont dignes de la réputation de cet artiste distingué ; les grandes palmes qui s’y développent ont une grande richesse de coloris.
- « C’est toujours par la tapisserie pour meubles que l’Exposition de la Manufacture nationale de Beauvais brille d’un éclat sans pareil, et les tapisseries dues au talent de M. Chabal-Dussurgey atteignent, sous tous les rapports, la perfection du genre. Les bouquets de fleurs se détachent sur un fond de couleur tendre, en produisant les harmonies de couleur les plus agréables à l’œil.
- « Nous devons remercier les artistes qui nous maintiennent une supériorité non douteuse dans une fabrication fort intéressante non-seulement en elle-même, mais parce qu’elle contribue puissamment aux succès de toutes les grandes industries de l’ameublement, parmi lesquelles se rencontrent beaucoup de celles qui font le plus d’honneur à notre pays. »
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- POUR L INDUSTRIE NATIONALE.
- JANVIER 1875.
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- RAPPORT
- SUR LES PRODUITS DE LA MANUFACTURE NATIONALE DE SEVRES A L’EXPOSITION DES CHAMPS-ELYSÉES, PAR M. HENRI BOUILHET,
- Membre du comité des arts économiques.
- « Messieurs, M. le Directeur des Reaux-arts a voulu profiter de l’Exposition organisée, cette année, aux Champs-Elysées, par les soins de l’Union centrale, pour mettre sous les yeux du public les produits des Manufactures nationales, en même temps que les productions de l’art décoratif de nos grandes industries, estimant que cette exposition d’ensemble serait profitable à tous, aussi bien aux industriels qui les étudient et s’inspirent de leurs progrès, qu’aux Manufactures elles-mêmes, en leur indiquant le chemin qu’elles doivent suivre pour tenter de nouveaux efforts.
- « La Manufacture de Sèvres a largement répondu à cet appel, en disposant dans le pavillon sud-ouest du Palais de l’Industrie ses plus récentes créations, destinées à montrer la voie nouvelle dans laquelle son honorable Administrateur, M. L. Robert, l’avait engagée depuis 1871.
- « Déjà, l’année dernière, à l’Exposition de Vienne, les plus remarquables produits de la Manufacture avaient été exposés dans le Palais des Beaux-arts, et ces merveilles céramiques, habilement distribuées au milieu des meilleurs morceaux de la statuaire moderne, faisaient, avec les tableaux de notre École française, un ensemble inimitable qui attirait le public, captivait l’attention et laissait au visiteur charmé un souvenir aimable de cet art français auquel nous avons dû une partie des succès de l’Exposition.
- « L’heureuse inspiration qui avait poussé M. du Sommerard à décorer les salons des Beaux-arts de produits céramiques dont les formes et les couleurs se mariaient*harmonieusement aux œuvres peintes, sculptées ou fondues de nos artistes, avait trouvé son résultat pratique pour Sèvres qui, n’exposant pas comme manufacture, avait cependant été jugé digne par le Jury international de la grande médaille d’honneur.
- « Ce sont ces produits qui, plus nombreux et réunis dans un ensemble plus méthodique et plus complet, montrant tous les genres de fabrication pratiqués à Sèvres, sont exposés aujourd’hui aux Champs-Elysées.
- « La Société d’encouragement pour l’industrie nationale a pensé, qu’elle ne pouvait plus dignement inaugurer le nouvel hôtel qu’elle vient fde construire qu’en étudiant une manufacture renommée depuis plus d’un siècle, et dont
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- les produits répandus dans le monde entier, dans les demeures princières comme dans les cabinets des amateurs, ont porté si haut et si loin l’influence du goût de notre pays.
- « Votre commission des Beaux-arts a désiré me charger de ce soin; je m’en acquitte aujourd’hui, mais en redoutant de ne point faire ressortir assez les enseignements que nos industriels et nos artistes peuvent tirer d’une telle production. Je me serais arrêté dans ma tâche, si je n’avais pensé que la vue des pièces exceptionnelles que la Manufacture de Sèvres a exposées dans la salle de vos séances suppléerait à ma faiblesse, et parlerait plus haut à vos yeux que mes éloges ou mes descriptions à vos oreilles.
- « Les produits exposés par la Manufacture appartiennent à plusieurs ordres de fabrication qui sont tous créés et perfectionnés à Sèvres, ou y ont reçu des développements remarquables. Ce sont des porcelaines de deux natures différentes, pâte tendre et pâte dure, et des émaux sur métal.
- « Les porcelaines en pâte tendre ou vieux Sèvres, qui firent, pendant de longues années, sa gloire et établirent sa réputation, avaient été abandonnées au commencement de ce siècle; leur fabrication, reprise vers 1850 sous la direction de M. Ébelmen, s’y continue avec succès.
- « Sa pâte est un produit artificiel, dans la composition de laquelle entre une fritte, sorte de verre imparfait composé d’un mélange de sable, denitre, déplâtré, d’alun et de sel marin, broyée et lavée, puis additionnée de marne et de craie.
- « Sa glaçure est un cristal formé de sable, de minium et d’alcalis, fondu, puis broyé pour en faire une bouillie épaisse dans laquelle on trempe les pièces cuites en biscuit.
- « Son caractère propre est de recevoir des fonds de couleurs très-éclatants, des bleus de roi, des bleus turquoise, des verts, des roses, des violets que la porcelaine dure ne peut obtenir avec le même éclat.
- « Les peintures, à sa surface, sont très-brillantes et présentent un glacé parfait ; malheureusement la porcelaine tendre est rayable, ce qui limite son emploi comme porcelaine d’usage, mais lui laisse un vaste champ pour les œuvres décoratives de la peinture dans lesquelles elle est sans rivale, et bien supérieure à la porcelaine dure.
- « La porcelaine dure, au contraire, est essentiellementobtenue avec des produits naturels.
- « Son type est la porcelaine de la Chine et du Japon dont la fabrication, dans ces pays lointains, remonte à une haute antiquité.
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- « Le kaolin (argile plastique blanche résultant de la décomposition naturelle du feldspath), qui sert de base à la pâte de la porcelaine dure, n’a été trouvé, en Europe, que vers 1709, et utilisé pour la première fois à Meïssen, en Saxe, et cette précieuse matière, rendue inaccessible par des édits sévères qui en empêchaient l’exportation, serait restée, longtemps encore, soustraite à notre activité manufacturière, si le hasard n’en avait fait découvrir des quantités considérables aux environs de Limoges, en 1765.
- « Sa pâte est formée de kaolin broyé et lavé, puis mélangé de sable et de craie ; cette addition est nécessaire pour obtenir, par la chaleur excessivement intense que l’on développe dans les fours de cuisson, un commencement de fusion qui détermine la transparence, caractère fondamental de la porcelaine.
- « Sa glaçure ou couverte est le résultat de la transformation, par la cuisson, d’une autre roche naturelle (la pegmatite), en un verre très-dur qui forme un vernis transparent en s’incorporant à la pâte.
- « La porcelaine dure est très-résistante et peut aller au feu ; cette propriété en fait une matière inappréciable pour la fabrication des pièces d’usage domestique ; son inaltérabilité la rend précieuse pour les laboratoires, et la facilité avec laquelle on peut la mouler en formes variées, modifier sa couleur en y incorporant des oxydes métalliques ou la revêtir de peintures brillantes, lui assigne une place à part parmi les matières décoratives.
- « Sèvres fait aussi des émaux sur métal à la manière des anciens émaux de Limoges. Le cuivre est le métal le plus ordinairement employé comme sub-jectile. La couverte, qui est formée par des émaux opaques ou transparents, colorés par de petites quantités d’oxydes métalliques, en fait un véritable produit céramique dont nous avons vu, avec plaisir, la Manufacture continuer la fabrication, en augmentant les dimensions des nouvelles pièces exposées.
- « La faïence ne se trouve pas, cette année, dans l’Exposition des Champs-Élysées ; son absence nous fait regretter l’abandon d’une fabrication intéressante. Quels que soient les progrès de l’industrie privée dans cette voie, et les trouvailles heureuses de nos compatriotes, les recherches continuelles et les efforts de nos voisins d’outre-mer font à la Manufacture un devoir de ne pas laisser oublier les succès qu’elle avait déjà obtenus, et les traditions de ses artistes. j
- « Pour faire ressortir les résultats acquis par la direction actuelle, pour tirer
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- des effets décoratifs nouveaux des moyens dont elle dispose, il est nécessaire d’arrêter un instant l’attention du Conseil sur les progrès de la fabrication et sur les procédés que les différents Administrateurs de la Manufacture, Bron-gniart, Ébelmen et M. Y. Régnault, avaient successivement mis au jour et conduits à leur perfection ; mais n’oublions pas qu’ils sont dus surtout à cette méthode générale d’expérimentation et de recherches adoptée à Sèvres pour l’ensemble de ses travaux, et dont on trouverait difficilement ailleurs un plus complet exemple.
- « Poser, comme énoncé du problème à résoudre, la solution déjà trouvée ; prendre, pour point de départ du progrès à accomplir, le progrès acquis déjà ; poursuivre toujours le mieux après avoir atteint le bien, tel fut le principe de cette admirable méthode de travail que les Administrateurs de la Manufacture ont créée et su maintenir par leur vivifiant exemple, et qu’à tous les degrés de l’échelle, savants, artistes, chefs et ouvriers, ont prise pour règle de conduite dans leur travail journalier.
- Coulage des grandes pièces.
- « On sait que ce procédé consiste à faire arriver dans un moule en plâtre la pâte liquide qui sèche au contact de la paroi absorbante du moule, puis à faire écouler l’excédant dès que l’épaisseur de la pâte raffermie paraît suffisante ; c’est ainsi que sont faites ces coupes si légères que l’on nomme «coquille d’œuf.» Mais, lorsque les vases sont de grande dimension, ce procédé n’est plus praticable; la pâte, en effet, se détache du moule, et se trouvant ainsi abandonnée à elle-même sans autre soutien que son adhérence naturelle, s’affaisse sous son propre poids, surtout pour certaines formes.
- « L’emploi de l’air comprimé a permis de remédier à cet inconvénient. Dès qu’on avait fait écouler la barbotine du moule., on comprimait de l’air à l’intérieur, et l’excès de pression maintenait la pâte en forme jusqu’à solidification.
- « Mais ce procédé ne réussissait pas avec toutes les pâtes ; de plus, il était dangereux, car il était difficile de donner aux moules en plâtre une résistance suffisante.
- « On eutalorsl’idée de remplacer la pression intérieure par le vide extérieur. Le moule, placé sous une grande cloche en tôle lutée haut et bas sur ses bords et sur la plaque de fonte qui lui sert de support, reste ouvert à sa partie supérieure. Le vide étant fait dans la cloche, l’excès de pression qui en
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- résulte à l’intérieur du moule applique et maintient en place la pâte jusqu’à son durcissement.
- « L’installation est plus simple, l’ouvrier peut suivre le travail, et les moules n’ont plus à résister à des excès de pression qui risquaient de les détruire.
- « Ainsi perfectionné, ce procédé répond à toutes les questions, et permet de couler avec succès les plus grandes pièces de porcelaine dure, comme il permet d’exécuter les pièces difficiles de pâte tendre dont la plasticité est beaucoup moins grande.
- Pâtes colorées et Sculpture sur pâte.
- « La blancheur de la pâte à porcelaine est une de ses qualités les plus recherchées, et nulle part cette qualité n’est exaltée à un plus haut degré que dans la porcelaine de Sèvres.
- « Mais les procédés de décoration seraient restreints à la peinture, si la science n’avait apporté son concours à la recherche de ilouveaux moyens, pour en varier les effets. L’intervention des pâtes colorées est venue ajouter de fécondes ressources aux procédés de décoration, en permettant, par la superposition de pâtes blanches sur des fonds cnlorés ou de pâtes de différentes couleurs travaillées par le sculpteur à l’état cru, d’obtenir des pièces sortant du grand feu complètement décorées.
- « L’application de pâtes blanches se fait ordinairement sur la forme de porcelaine en pâte colorée, ou recouverte d’un engobe de couleur, au moyen du pinceau, puis, avec l’ébauchoir et la râpe, l’artiste précise les contours, modèle les épaisseurs, sculpte enfin un véritable bas-relief.
- « Après une première cuisson au dégourdi, la pièce est trempée dans la glaçure et soumise à un dernier feu. Les parties minces, en fondant, laissent transparaître le fond et accusent le modelé.
- « Lorsque la pâte est blanche, le dessin s’enlève sur les fonds de couleur et produit l’effet d’un camée à deux couches gravé sur pierre dure.
- « Lorsque la pâte est colorée, le sculpteur devient peintre en même temps, et son mérite croît avec les difficultés du travail, et l’exiguïté des ressources que lui présente le petit nombre de couleurs résistant à la haute température delà cuisson de la porcelaine.
- « C’est là un grand progrès auquel la Manufacture a appliqué son esprit de recherches savantes et de traditions artistiques; la difficulté était de trouver
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- des pâtes colorées pouvant se comporter au feu comme les pâtes blanches, et susceptibles de recevoir la même glaçure. Le problèmç a été heureusement résolu, mais non sans de grandes recherches et de longs tâtonnements.
- > Intervention des feux d’oxydation et de réduction.
- « Les oxydes métalliques peuvent donner des couleurs différentes suivant la nature d’atmosphère que l’on produit pendant la cuisson. Ainsi, l’oxyde de chrome, dont on doit à la Manufacture la première application pour augmenter la palette si restreinte des couleurs de grand feu, introduit dans la pâte en faible proportion, donne le vert céladon de Sèvres au sein d’une atmosphère neutre.
- « Il tire sur le bleu clair dans une atmosphère réduisante, parce qu’il est à l’état de protoxyde ; avec un courant d’air, il se suroxyde, prend une coloration plus ou moins verte avec des reflets roses, et devient presque pourpre à la lumière artificielle?
- « L’oxyde d’urane donne des nuances variant du jaune clair au brun foncé et même au noir, suivant que l’atmosphère est oxydante ou réduisante.
- « Des dispositions très-simples et très-pratiques ont permis de produire ces diverses atmosphères au point voulu, et souvent dans le même fouc on peut obtenir la cuisson des pâtes blanches ou colorées diversement.
- Peintures en couleurs demi-grand feu.
- « C’est à Sèvres, enfin, qu’ont été obtenu es ces peintures sur porcelaine dure, dites au demi-grand feu, dont les qualités de glacé et d’éclat peuvent presque rivaliser avec les plus belles peintures sur pâte tendre.
- « En modifiant la composition des couleurs et en cherchant des fondants qui ne réagissaient pas les uns sur les autres, M. François Richard est arrivé à composer une palette assez riche pour exécuter la peinture de fleurs.
- « Un artifice habile a permis aussi d’obtenir les couleurs d’or qui, lorsqu’elles sont minces, paraissent grises dans la grande lumière ; une matière inerte, le biscuit de porcelaine, broyée et mélangée, peut se colorer en rose à une forte chaleur. On l’emploie comme oxyde pour l’ajouter aux fondants, et on obtient de belles couleurs roses qui rendent de grands services dans la peinture des chairs et des fleurs.
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- « La découverte, la mise en oeuvre et le perfectionnement continu de ces divers procédés ont rendu possible l’exécution des pièces exceptionnelles qui, dans l’exposition des Champs-Elysées, commandent l’attention.
- « Nous vous demanderons la permission d'arrêter un instant vos regards sur les oeuvres qui nous ont paru les pins remarquables, laissant de côté celles qui, plus rares, présentent des erreurs de goût, et qui, malgré l’effet incomplet ou manqué, n’en sont pas moins des types de bonne fabrication et de travail soigné. Convaincu, du reste, que ces erreurs qui ne nous ont pas seul frappé sont encore un enseignement, car la mise au grand jour d’une Exposition qui appelle le public à juger les signale et empêche ceux qui les ont faites d’y retomber, ceux qui les étudient, de les imiter.
- « Une des tendances qui se manifeste le plus évidemment dans cette Exposition, c’est d’obtenir le maximum d’effet de la décoration par la cuisson au grand feu de porcelaine, de manière à produire une pièce éminemment céramique. Les ressources sont plus limitées, mais le mérite est plus grand si l’effet désiré a été obtenu.
- « Dans cet ordre d’idées, nous citerons : les pièces marbrées comme le vase Fulvy, ou jaspées comme le vase Duplessis. Cette dernière pièce est tout à fait remarquable, et sa forme élégante, évidée par des cannelures creuses où montent des culots en pâte blanche, s’accommode bien de la simplicité du décor.
- « Puis, le vase Torchère, dont le fond jaspé bleu et vert est décoré dô grandes fleurs bleuâtres, rehaussées d’or à reflets changeants, dues au pinceau de M. Cabau.
- « Le vase Cordelier, dont l’uniformité du fond blanc est rompue par des épaisseurs variables de pâtes obtenues à l’éponge, est décoré de grandes fougères et de papillons bleus de deux tons et rehaussés d’or peints par M. Fic-quenet qui en a fait un beau spécimen de large décoration.
- « Le vase Potiche est encore un exemple de l’effet produit par la pâte à fond rompu. Un fin vermiculé gravé sous la couverte fait vibrer la lumière à la surface, sur laquelle M. Ficquenet a jeté discrètement et avec goût des tiges légères de graminées et de folle avoine entremêlées de branches de vigne vierge et de houblon.
- « Le procédé dit pâte sur pâte a reçu de grands développements. Les premières pièces exécutées par ce procédé ont paru, en 1850, dans une exposition faite au Palais-Royal, où l’on voyait, dit le Livret, «des vases décorés avec « des ornements en pâtes différemment colorées sous la couverte de la por-
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- « celaine, procédé imaginé et suivi par M. Louis Robert, chef des ateliers de « peinture. »
- « Depuis, leur succès a été toujours grandissant, et l’industrie privée les a appliqués dans une large mesure.
- « Sans reproduire les aimables compositions de figures et d’ornements qui firent remarquer M. Solon Miles, transfuge de la Manufacture que l’Angleterre nous a enlevé, sans lui faire retrouver ses succès, l’Exposition d’aujourd’hui nous montre que, dans les mains d’un artiste de valeur comme M. Gély, ce procédé peut produire des effets nouveaux.
- « Nous n’en voulons pour preuve que les nombreuses pièces exécutées par cet artiste : les vases Bertin, par exemple, sur lesquels un paon magnifique déploie sa longue queue, diaprée de vert mordoré et de bleu lapis, tandis qu’une branche couverte de cerises colorées en rose par le chromate d’alumine l’enlace, en égayant le fond céladon de ses reflets pourprés ;
- « Lesjardinières, dont les cartels ornés de sujets tirés des fables de Lafontaine sont traités par le même artiste avec une fantaisie et une originalité qui en font de véritables pièces de collection.
- « Des figures exécutées avec une grande liberté d’allure sur le vase Clodion par un autre artiste de grand talent, M. Gobert, ont ces qualités inappréciables d’une vive et brillante esquisse, qui arrêtent et séduisent les regards.
- « Les mêmes procédés ont permis à M. Paul À visse de produire une des pièces les plus remarquables de l’Exposition. Je veux parler d’une grande jatte indienne, sur le fond de laquelle volent des papillons, grimpent des branches de lierre, s’enlacent des roses trémières blanches en pâte rapportée, dont les feuilles vertes, exécutées en à plats de plusieurs tons cernés d’un filet noir, rappellent heureusement, sans les copier, ces décorations orientales qui n’admettent que les tons francs sans modelé, sans nuance, sans perspective, mais qui tirent toute leur valeur de leur rapport ou de leur contraste.
- « Cette jatte, soutenue par un beau pied en bronze florentin nuancé d’or sur les vives arêtes, montre que les bronzes, dont la fabrication et la monture sont toujours très-soignées à Sèvres, sont nécessaires pour compléter un ensemble décoratif.
- « La sculpture en pâte sur pâte, même lorsqu’elle est aussi bien interprétée, peut devenir monotone. La Direction actuelle l’a compris, et a cherché à •donner une note plus colorée aux pièces exécutées par ce procédé, en ajoutant, après la cuisson au grand feu, l’intervention des couleurs de moufle.
- - « La caisse à fleurs * sur laquelle se déroule une branche de sorbier soute-
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- nant un geai aux ailes ouvertes qui cherche à atteindre des grappes de fruits d’un beau rouge colorés au grand feu par du rubis artificiel, obtient son maximum d’effet en se détachant sur un fond jaune d’urane posé, après coup, au feu de moufle.
- « D’autres vases, comme le vase Socibius, les vases chinois décorés de pâtes rapportées et rehaussés de fond pourpre obtenu par le précipité de Cassius, de fond orange par les oxydes de fer et d’antimoine, de fond jaune par l’oxyde d’urane, sont la preuve du parti que l’on peut tirer de ces couleurs d’application, venant rompre la monotonie des fonds céladon, ou ajouter des effets de peinture au feu de moufle à ceux déjà obtenus parle grand feu.
- « Les vases en porcelaine blanche décorés de peintures au feu de moufle ou au demi-grand feu font voir que, malgré la tendance actuelle, cet art n’est pas dédaigné à Sèvres ni près d’y être négligé.
- « Le vase de Nîmes, décoré par M. Bulot d’une double spirale de vignes et de glycines chargées de leurs grappes de fruits et de fleurs qui se détachent sur le fond d’un blanc pur, en est un des plus remarquables spécimens.
- « Moins heureuses sont les peintures faites sur des cartouches qui s’enlèvent sur des fonds de couleur plus foncée en détruisant la forme sans faire valoir la composition. Nous préférons de beaucoup le sentiment décoratif du vase cylindroïde à fond jaune citron de M. Barriat, qu’il a su rendre inté ressant avec des enfants tenant en mains des plumes de paon, ou celui de M. de Courcy, peint en camaïeu sur fond pourpré.
- « D’autres vases de moindre importance, ornés de fleurs ou de figures nuancées avec goût, font honneur aux artistes et au chef des ateliers de peinture, M. Barré.
- « Sèvres expose encore un certain nombre de pièces de petite dimension, où le précieux du travail s’accentue avec l’exiguïté de la forme. La coupe Henri II, au fond jaspé décoré d’enroulements en pâte blanche sous couverte bleu lapis, fait songer à ces coupes taillées dans une pierre précieuse qui font l’ornement des vitrines de la galerie d’Apollon.
- « Très-remarquables encore sont les petites jattes, dont les fonds découpés à jour à la manière chinoise sont remplis d’émaux au grand feu dont la coloration s’accentue par la transparence, et les nombreuses petites pièces d’étagères d’une finesse d’exécution qui défie la critique.
- « Les pièces en pâte tendre sont plus rares, mais quelques-unes présentent des effets nouveaux et intéressants à signaler.
- « Le vase Pâris, dont le fond blanc réticulé de bleu turquoise est décoré de
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- fleurs et papillons du même ton rehaussé d’or, est un objet d’une rare élégance. Il montre, avec les vases réticulés blanc ou dorés sur un réticulé saillant, et décorés d’émaux en relief, le parti qu’on peut tirer de ce procédé, dû à M. Goddé. D’autres petits vases à couvercle, dits tasses à la reine, ornés de feuillages ou de rinceaux en émaux de relief, sont aussi remarquables.
- « Un autre vasePâris, décoré par M”"’ Apoil, et sur lequel l’Aurore, tel est le sujet choisi par l’auteur, est représentée par une fraîche figure de jeune fille aux chairs brillantes, perdue dans les xapeurs lumineuses du matin, les fleurs pâles, les herbes légères, est peint dans une gamme harmonieuse et claire qui en fait un véritable chef-d’œuvre de composition et d’exécution.
- « Plus rares sont les émaux sur cuivre et sur paillon, à la façon des anciens émaux de Limoges, qui ne sont représentés que par quelques coupes en forme de calice, que M. Gobert a décorées de son pinceau élégant et fécond, et par une grande plaque émaillée sur paillon, représentant la Foi d’après Holbein, dont les grandes dimensions font mesurer les difficultés vaincues par son auteur, M. Meyer Heine.
- « L’Exposition des Champs-Elysées ne nous présente aucun échantillon de ces services de table, assiettes, coupes, plateaux ou tasses dans la production desquels Sèvres s’est toujours montrée sans rivale, et nous le regrettions, car là aussi son exemple est un enseignement, et nous pouvions craindre que cette partie très-intéressante de sa fabrication fût mise de côté; mais la visite que nous avons faite à la Manufacture nous a rassuré pleinement sur ce point.
- « En parcourant les ateliers des pâtes, à la tête desquels se trouve M. Milet, nous y avons vu se reproduire, sous une autre forme, cette tradition du bien associé à la recherche du mieux, qui rend cette fabrication exceptionnelle.
- « En voyant apporter dans le moulage d’une assiette, dans son tournage et son calibrage, une entente si raisonnée et si pratique des procédés de fabrication spéciaux à la porcelaine, nous nous prenions à penser combien l’exemple d’un soin si sévère dans les détails du travail, d’une précision qui tend à rivaliser avec la précision-mécanique, d’une prévoyance des effets les plus divers et souvent inattendus d’une force aussi terrible que la chaleur du four à porcelaine, combien, disons-nous, cet exemple devait être utile à l’industrie et l’inciter au.bien.
- « A cette école, en effet, où l’on apprend à ne rien négliger, où l’on est plus sévère pour soi-même que pour les autres, l’ouvrier devient plus consciencieux, et si le public, qui est le souverain juge, éclairé par la comparaison,
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- se montre plus exigeant, l’industriel, stimulé en même temps par la concurrence qui l’oblige à produire vite, s’ingénie, et trouve alors des moyens mécaniques pour satisfaire à cette légitime sévérité.
- « Là donc encore, la Manufacture nous offre un exemple digne de méditation, et la Société doit lui savoir gré d’avoir maintenu intactes ses traditions de bonne fabrication courante et, par une pratique constante des méthodes les plus précises, d’avoir conservé pure la source où s’inspire l’industrie privée.
- « Il en est de même de son laboratoire, dont notre collègue M. Salvetat est le chef depuis trente-trois ans; qu’il me permette, malgré sa présence, de rappeler ici le souvenir des brillants travaux auxquels l’avaient associé ces savants illustres, Brongniart, Ébelmen, et M.Victor Régnault, dont il fut tour à tour le collaborateur.
- « C’est là, en effet, que les poteries de tous les temps et de tous les peuples, les procédés anciens, les découvertes nouvelles, discutées, contrôlées, éclairées par les savantes recherches d’Alexandre Brongniart, furent résumés par lui dans son remarquable Traité des arts céramiques.
- « C’est là que les procédés de fabrication de la porcelaine chinoise et ses colorations merveilleuses, dues souvent au hasard, mais observées et reproduites avec cette patience et cette sagacité dont les peuples de l’extrême Orient sont capables à défaut de science, analysés, étudiés avec les méthodes scientifiques les plus précises, sont entrés dans le domaine de la pratique.
- « C’est là que les magnifiques travaux d’Ébelmen sur la cristallisation par voie sèche des minéraux, et la synthèse des gemmes et des pierres précieuses, ont trouvé une application dans la fabrication des pâtes changeantes.
- « C’est là que M. Victor Régnault, généralisant ces méthodes qui, du temps d’Ebelmen, n’étaient qu’à l’état d’essais, a développé la fabrication des pâtes colorées, l’application en grand des chromâtes artificiels, la production des pièces sculptées en pâte sur pâte, et enfin a exécuté le coulage des grandes pièces par la méthode de l’air comprimé ou raréfié, secondé par l’habile collaboration du chef de. l’atelier des pâtes, M. Milet.
- « C’est dans ce laboratoire de la Manufacture que les industriels peuvent trouver, à coup sûr, les renseignements techniques les plus complets, connaître la composition des matières premières servant à leur fabrication, de leurs pâtes, de leurs couleurs, de leurs émaux, par des analyses précises.
- « C’est là qu’est né cet enseignement théorique, professé par Ebelmen au Conservatoire des arts et métiers, et que sa mort prématurée vint interrompre au milieu du plus brillant succès.
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- « C’est là, enfin, que M. Salvetat a recueilli et coordonné les éléments des leçons qu’il professe à l’École centrale, où se forment ces jeunes ingénieurs qui vont porter dans l’industrie les méthodes les plus perfectionnées et l’esprit de recherches développé par l’exemple, et encouragé par le succès de leurs devanciers.
- « Il n’est pas inutile de rappeler ici que la Manufacture de Sèvres fut aussi la première usine où l’on ait demandé à l’analyse chimique la composition des matières premières employées à la fabrication, où le produit, toujours constant par sa beauté et sa perfection, était dû à l’élaboration de matières variàbles, mais dont l’analyse avait, dès leur entrée dans l’usine, déterminé la véritable nature et la part d’action qui leur incombait dans le résultat final.
- « C’est par la précision de leurs travaux que M. Salvetat, et ses prédécesseurs, Laurent, Malaguti, Ch. Marignac, ont conservé à la fabrication delà Manufacture cette constance de production qui en fait un de ses plus grands mérites.
- « Et si, tournant nos regards vers les beaux produits exposés sous vos yeux, nous songeons à tous ceux qui ont concouru à leur exécution, à ce personnel d’artistes praticiens et d’ouvriers spéciaux, dont le mérite consiste dans une habileté qui ne s’acquiert que par une longue initiation des procédés de travail et par l’expérience d’une vie consacrée à un but unique : la perfection de l'œuvre céramique; si nous songeons à cet autre personnel d’élite, artistes dessinateurs, peintres et sculpteurs dont les qualités personnelles se complètent sans s’absorber, formant un ensemble rare, un tout indivisible qui est la Manufacture de Sèvres, nous voyons qu’elle est restée cet atelier exceptionnel où l’artiste, préoccupé, avant tout, du beau, peut mûrir ses conceptions sans penser aux difficultés de la vente; ce laboratoire des hautes études céramiques, où toute découverte peut recevoir la sanction éclairée de l’essai scientifique et de l’expérience industrielle ; cette école du progrès, enfin, où l’industrie française doit trouver les renseignements utiles à son perfectionnement, sans craindre d’y rencontrer une rivale.
- «• C’est avec le concours de ce personnel émérite, imbu de fortes et saines traditions, que M. Robert, artiste attaché, depuis de longues années, à la Manufacture comme chef de l’atelier des peintres, et devenu, depuis 1871, son Administrateur, a voulu montrer que tel était toujours le rôle de Sèvres, et que ses artistes étaient bien préparés pour produire les grands effets décoratifs qu’une éducation nouvelle fait rechercher au public, devenu plus instruit et plus difficile.
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- « Aujourd’hui, en effet, que les Expositions rétrospectives, etsurtout celle de l’À rt oriental organisée, en 1869, par les soins de l’Union centrale, ont entraîné le goût du public vers un genre de décoration plus ample et plus élevé, moins préoccupé de la finesse des détails que des effets d’ensemble, un sens décoratif nouveau s’est développé, et a porté les esprits vers une entente plus large de la décoration et de l’ornement.
- « Aussi M. Robert a-t-il pensé que le moment était venu de faire sortir la Manufacture de l’exécution précieuse des détails qu’elle demandait au talent de ses artistes, et sans abandonner les effets délicats dus à des pinceaux élégants, qui ont fait depuis longtemps sa réputation, de la faire entrer dans cette voie nouvelle.
- « D’ingénieuses imitations de marbre et de jaspe qui conviennent si bien à une matière dure et inaltérable comme la porcelaine ;
- « Des fonds vermiculés ou mouchetés faisant vibrer la lumière sur cette pâte d’un blanc si homogène et si brillant ;
- « Des fleurs ornementales dessinées et peintes avec un goût très-pur, montrant tout l’effet que peut produire une œuvre purement décorative;
- « Des couleurs d’application venant rompre la monotonie du fond céladon, ou donner un accent plus vif à la sculpture en pâte sur pâte ;
- « Des pâtes tendres, blanches ou colorées, décorées d’émaux en relief ou revêtues d’un réticulé saillant relevé par des décorations d’une rare élégance, prouvent que le résultat a été à la hauteur de l’effort qu’il avait tenté.
- « La Manufacture a montré là, qu’elle savait se plier aux exigences du public et marcher avec le développement des idées de son temps, en se servant de ses procédés ou de leurs perfectionnements, pour imprimer aux œuvres qui sortent de ses ateliers le cachet de l’époque de leur fabrication, fidèle en cela à sa tradition séculaire qui en a toujours fait le miroir où se reflétaient les mœurs et le goût dominant.
- « On en peut voir la trace dans la série de dessins remontant aux premiers temps de la Manufacture, que M. Robert a eu l’heureuse pensée de mettre sous les yeux du public, et dont l’examen offre une étude intéressante des influences qui prévalurent à ces différentes époques, et des noms d’artistes célèbres qui ne dédaignèrent pas de prêter à Sèvres le concours de leur talent.
- « Une série plus complète eût permis, peut-être, de saisir le fil qui les relie, et de faire sentir l’influence que, de nos jours, des artistes de grande valeur, comme les Klagmann, les Feuchères, les Chenavard, lesHamon, les Gérôme, les Diéterle, ont exercée sur les produits sortis de la Manufacture.
- « Aussi, est-ce en attirant depuis longtemps à elle les artistes du dehors,
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- que Sèvres a réussi à donner une note absolument personnelle à ses créations ; c’est en se les attachant par une interprétation hors ligne de leurs œuvres qu’elle a vu s’agrandir son domaine et étendre son influence.
- « Si nous croyons devoir insister sur cet exemple donné à l’industrie privée, et sur le bien qui en résulterait pour nos industries d’art, c’est que nous sommes profondément convaincu que le moment est venu de ne point séparer les artistes, architectes, peintres ou sculpteurs, de ce que l’on est convenu d’appeler les artistes industriels, et de leur demander à tous une intervention plus directe et plus fréquente dans la production artistique de nos industries.
- « En cela, ils ne feraient que continuer les traditions des grandes époques de l’Art grec et de la Renaissance, où le sculpteur Phidias guidait une pléiade d’artistes et des maîtres ouvriers excellant à chaque ouvrage, en leur fournissant des modèles; où le peintre Xeuxis ne dédaignait pas de tracer des compositions sur les vases de la céramique la plus ordinaire ; où Raphaël peignait les admirables cartons qui servirent à exécuter les tapisseries qui décorent le Vatican ; où Nicolas Poussin ne croyait pas déroger en dessinant des frontispices pour les belles éditions sorties de l’imprimerie royale du Louvre ; où, de nos jours, enfin, Ingres exécutait les cartons des vitraux d’une chapelle royale, montrant ainsi que la recherche d’une œuvre décorative est capable de satisfaire les ambitions les plus élevées.
- « Que nos peintres en renom, si habiles à restituer les intérieurs du passé, si ingénieux à grouper dans un harmonieux ensemble les costumes éclatants, les tapisseries aux tons sourds, les bronzes aux reflets dorés, les porcelaines aux vives couleurs, s’arrachent un instant à leurs travaux de prédilection et cherchent à créer, pour notre temps, des types que leurs études et leur expérience les ont admirablement préparés à produire ! N’y aurait-il pas dans cette entreprise un honneur suffisant ?
- « Et si l’étude de la forme d’un beau vase, de son décor justement approprié à sa destination ne tentait pas leur talent, l’honneur de se savoir interprété et traduit par un personnel aussi habile ne serait-il pas une excitation suffisante à entrer dans cette voie? Et combien serait grand alors, pour l’industrie privée, l’exemple qui viendrait de si haut!
- « Si nos produits d’art doivent prospérer, si les efforts qui sont tentés de tous côtés, aussi bien par les encouragements de l’Etat que par l’initiative privée, doivent aboutir à assurer à notre pays une prééminence que les peuples voisins lui envient et travaillent à lui enlever, ne serait-ce pas un devoir patriotique, pour tous nos artistes, d’étendre et d’agrandir ce mouvement en four-
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- nissantà l’industrie des modèles qui répandraient leurs noms, en multipliant leurs œuvres ?
- « Déjà des artistes de talent l’ont tenté avec succès, et des peintres de mérite sont devenus potiers habiles. Les productions originales de MM. Laurent-Bouvier et Michel Bouquet, que montrait, il y a peu de jours encore, l’Exposition de LUnion centrale, disent assez haut que nous ne faisons pas un vœu stérile, et que le succès attend ceux qui, fortement préparés parleurs études ou leurs goûts, voudront faire profiter le plus grand nombre de leurs travaux.
- « C’est en attirant de plus en plus les artistes de valeur, les décorateurs habiles, que la Manufacture verra s’augmenter sa renommée ; c’est en s’inspirant des types que nous fournissent les produits des Orientaux, nos maîtres en céramique, comme dans toutes les industries d’art.
- « C’est en laissant de côté ces reproductions de tableaux, qui, malgré leur mérite, n’étaient que d’inutiles tours de force, mais au contraire, en demandant à ses artistes des productions vraiment originales et judicieusement adaptées à la matière qu’ils veulent mettra en valeur.
- « C’est en ouvrant des voies nouvelles aux arts céramiques, soit en développant des fabrications qu’elle avait déjà entreprises avec succès comme la faïence et la peinture sur verre, soit en introduisant dans notre pays la pratique d’un art essentiellement décoratif, dont M. Ch. Garnier vient de montrer les immenses ressources, en demandant à l’Italie d’habiles mosaïstes pour exécuter les plafonds de l’admirable monument qu’il achève, aux applaudissements de tous.
- « C’est en n’abandonnant aucune de ses tentatives, mais en marchant toujours en avant, que la Manufacture conservera sa vraie tradition, conforme en cela à notre génie national, qui est de dominer par les droits de l’invention, du goût et de l’intelligence.
- « L’étude que nous avons faite des produits que Sèvres expose cette année nous confirme dans l’opinion que nous émettions au début de ce Bapport, que cette Manufacture, qui depuis un siècle a appliqué ses forces vives à l’étude, à la mise en œuvre et à la décoration d’une matière si belle et si utile, avait su conserver intacts les principes d’art et de goût qui ont fait la réputation d’un produit éminemment national,
- « Les étrangers l’ont reconnu depuis longtemps, et l’ont proclamé plus d’une fois ; aussi le rapport du Jury anglais pouvait dire justement après l’Exposition de 1851 :
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- « Considérée comme une École dont le but est, non de suivre, mais de gui-« der le goût public, c’est un établissement dont l’importance peut êtregran-« dement appréciée. Son influence s’est étendue sur toute l’Europe, et une « grande partie des plus belles formes et des plus riches décorations exposées « soit par l’Angleterre, soit par les autres nations, dérivent, ou par imitation « directe ou par de légères modifications, des produits de la vieille Ecole de « Sèvres. »
- « Nous affirmons de nouveau ce jugement,; et nous proposons au Conseil de remercier M. le Directeur des beaux-arts d’avoir organisé une Exposition intéressante qui nous a fourni l’occasion d’étudier les produits d’une Manufacture remarquable à tant de titres, et de féliciter son éminent Administrateur, M. Louis Robert, qui, bien préparé parla connaissance intime des progrès accomplis par ses illustres prédécesseurs, a su marcher en avant, et frayer ainsi une voie nouvelle aux décorateurs de demain.
- « Nous n’oublierons pas non plus les chefs de ces ateliers célèbres, ces artistes de talent, ces praticiens de mérite qui, préférant leur modeste situation aux brillantes séductions de l’industrie étrangère, considèrent que pour eux l’honneur est assez grand, si l’on sait qu’ils appartiennent à la Manufacture de Sèvres, et nous vous demandons, en les confondant dans un même éloge, de conserver le souvenir de cette Exposition dans nos Archives en insérant le présent rapport au Bulletin. »
- ARTS MÉCANIQUES.
- APPAREIL LAVEUR-CLASSIFICATEUR DES CHARBONS, PAR M. MAX. EVRARD [planche 21).
- M. Max. Évrard, ingénieur civil, ancien directeur de la Compagnie des mines de la Chazotte près Saint-Étienne, après avoir successivement perfectionné les procédés de lavage des charbons, a imaginé récemment un nouvel appareil qu’il nomme laveur-classificateur et qui, en raison de sa simplicité, mérite d’être connu.
- Description de l’appareil.
- Le caractère essentiel de cet appareil, u’est de permettre non-seulement de retirer d’une charge brute de charbon sortant de la mine, quelle que soit son importance, mais encore de classer tous les éléments combustibles qui y sont contenus en grosseur comme en qualité, sans aucune perte, ni déchet quelconque.
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- Pour obtenir ce résultat, la charge étant versée dans un vase profond dont la base perforée est mobile, on agit d’abord sur elle par un courant ascensionnel et intermittent afin de chasser dans le haut toutes les parties fines, puis on produit des oscillations graduées de l’eau, depuis l’amplitude la plus grande qui puisse être utilement employée (0m,20 environ) jusqu’à la plus petite (quelques millimètres), oscillations qui ont pour effet d’opérer le classement des qualités. On laisse ensuite déposer les moures (boues) pendant un temps d’arrêt qui varie de 2 à 5 minutes, suivant la nature des charbons; et il ne reste plus qu’à soulever la table de lavage jusqu’à l’orifice du vase pour faire le choix et l’enlèvement de chaque qualité.
- L’appareil est représenté, planche 21, par deux coupes verticales, fig. 1 et 2, faites dans deux plans perpendiculaires l’un à l’autre.
- Les figures 3 et h sont des figures de détail.
- A, cuve de lavage de lm,60 de diamètre sur 3 de hauteur pour une charge de 2 500 kilog. de charbon.
- B, table de lavage à claire-voie, avec simple garniture en filasse; elle supporte toute la charge de combustible à laver, et est fixée à l’extrémité supérieure de la tige d’un piston qui se meut dans un cylindre hydraulique.
- G, cylindre hydraulique vertical avec piston moteur de la table de lavage B.
- D, racloir pour l’enlèvement, par tranches, du combustible lavé et amené à la hauteur voulue par la table de lavage ; ce racloir, tiré par la tige d’un piston qui se meut dans un cylindre hydraulique horizontal, est ramené en arrière par un contre-poids, et dans ce mouvement il glisse sur deux aiguilles qui oscillent verticalement afin de le relever au-dessus de la charge.
- E, cylindre hydraulique horizontal avec piston moteur du racloir D.
- F, cuve disposée concentriquement à la cuve de lavage A, et munie d’un fond en tôle perforée qui laisse passer les petites pierres. La vapeur, envoyée dans cette cuve par une boîte à tiroir, vient y agir sur l’eau à la façon d’un piston. Il se forme dans les premiers instants une couche d’eau chaude qui, restant toujours à la surface, rend presque nulle la condensation (1).
- G, récipient recevant les petites pierres qui traversent le fond de la cuve F.
- H, tuyau purgeur des petites pierres qui tombent dans le récipient G.
- I, I, clapets d’admission d’air, l’un correspondant au vide qui se produit sous la
- (1) L’auteur fait remarquer que cet emploi de la vapeur agissant directement à la manière d’un piston, n’est pas indispensable pour obtenir les résultats propres à son système de lavage, mais qu’il en est une condition de la plus grande importance en raison de la simplicité avec laquelle il donne (pour toute dimension de l’appareil et avec une tension qui, dans la pratique, doit rare-ment dépasser 1 kilog.) les effets les plus variés que Ton puisse désirer dans le lavage et la classification des minéraux en général.
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- table de lavage A pendant son ascension, l’autre correspondant au vide qui a lieu dans la cuve F par suite de la condensation de la vapeur dans les moments d’arrêt.
- J, monte-charge hydraulique (fig. 2), travaillant directement dans le puits.
- K, caisse à bascule amenée par le monte-charge J, et versant la houille dans une trémie.
- L, trémie à fond grillagé conduisant le charbon dans la cuve A.
- M, boite à trois tiroirs actionnés par des manettes (fig. 1) ; ces tiroirs servent respectivement au fonctionnement des trois cylindres hydrauliques à simple effet, G de la table de lavage, E du racloir et J du monte-charge.
- N, boîte à deux tiroirs à vapeur à simple effet, l’un correspondant à la cuve F et l’autre au réservoir de pression 0.
- O, réservoir d’eau sous pression de vapeur du générateur (4 à 5 kilog.).
- P, bâche d’alimentation du réservoir 0.
- Q, décanteur des eaux de la cuve de lavage A, lesquelles y arrivent par un chéneau.
- R, R, clapets destinés, après chaque opération de lavage, à rétablir automatiquement le niveau de l’eau, l’un dans la cuve de lavage A et l’autre dans la cuve de pression 0 au bas desquelles ils sont placés ; tous deux s’ouvrent de dehors en dedans.
- S, indicateur des différentes positions qu’occupe la table de lavage A dans ses mouvements d’ascension et de descente (fig. 1); il se compose d’une chaînette à contrepoids, qui passe en haut sur une poulie et descend ensuite dans la cuve F pour remonter dans la cuve A, où elle vient se fixer au-dessous de la table de lavage B.
- T, bâche d’alimentation de la cuve F.
- U, wagonnet destiné à recevoir les boues du décanteur Q.
- Y, chéneau conduisant au décanteur Q les eaux qui s’écoulent par le haut de l’appareil pendant l’enlèvement des charbons lavés (fig. 2).
- W, couloir où descendent les charbons lavés.
- X, wagonnet placé sous le couloir pour recevoir les charbons lavés.
- Y, estacades supportant les voies d’aller et de retour des wagonnets emportant les charbons lavés.
- Enfin un réservoir est chargé de recevoir les eaux toujours pures qui sont rendues par le tuyau commun aux échappements des trois cylindres hydrauliques.
- Conduite de l’opération.
- La vapeur est d’abord doucement introduite parle tiroir, pour élever l’eau de 0m,50 sur la table de lavage ; cette hauteur d’eau a pour but de protéger la table contre les chocs produits par la chute du charbon et d’imbiber en même temps la charge.
- Les charbons sont culbutés sur le grillage de la trémie, qui les divise et en régularise l’écoulement dans la cuve de lavage.
- La vapeur est ensuite admise par intermittences pour produire l’ascension de l’eau
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- par coups successifs, dont l’intensité doit être mesurée à l’épaisseur de la charge et à la grosseur des morceaux de charbon. A mesure que le niveau d’eau s’élève, on diminue graduellement l’intensité des admissions de vapeur.
- Au début, l’eau qui recouvre, en faible volume, la charge que porte la table de lavage se trouve très-chargée de boues qui s’opposent au retour du liquide, en formant une couche compacte. Mais dans la suite des admissions, lorsque l’eau s’élève au-dessus de la couche à une hauteur à peu près égale à la hauteur que celle-ci présente (1 mètre par exemple), les boues sont alors en suspension ; le dessus de la charge qui ne contient que des grains laisse filtrer le liquide, et l’on obtient des oscillations de toutes les amplitudes voulues, soit en usant de l’échappement partiel de la vapeur, soit en réglant l’admission sur le mouvement descensionnel de l’eau qui se produit naturellement par détente et par un peu de condensation.
- Après le lavage et le temps nécessaire pour que les boues se déposent, la table est soulevée par son piston hydraulique, et l’on procède à l’enlèvement des charbons lavés en une seule ou plusieurs tranches, en faisant agir le racloir chaque fois qu’il est nécessaire; on peut ne faire le départ des pierres et de la couche qui les recouvre immédiatement qu’après plusieurs opérations. L’eau qui se trouve retenue par l’imperméabilité de la couche supérieure s’écoule pendant l’ascension de la table dans le chéneau, qui la conduit dans le décanteur, où elle dépose les dernières traces de boues, pour se rendre de là dans la bâche d’alimentation qui la restitue à la cuve F.
- La figure 3 représente la position de la charge alors que la table est relevée jusqu’au haut de la cuve, et la figure h l’action du racloir découpant cette charge pour la verser dans le wagon prêt à la recevoir.
- Cette première opération suffit, en général, pour obtenir les tranches supérieures de charbon lavé à des teneurs satisfaisantes pour cokes et agglomérés, et les tranches inférieures pour chauffage; mais il est facile de poursuivre plus loin la classification, si l’on veut, en descendant la table à peu de profondeur, après avoir raclé la couche des boues et des très-fins, et en pistonnant de nouveau la masse avant son enlèvement définitif. On peut enfin réserver, pendant plusieurs opérations de lavage, les tranches dont les grains sont sensiblement de la même grosseur, et repasser au lavage, séparément, chacune de ces qualités en une charge entière ; mais M. Évrard pense que cela n’est utile que dans le cas où on appliquerait l’appareil au lavage des minerais.
- Un fait digne de remarque, c’est qu’au sortir de la cuve la charge se soutient sur toute sa hauteur en présentant l’aspect d’une seule masse agglomérée. Lorsque le racloir pousse cette masse dans le couloir, elle se déchire en bandes verticales contenant boues et grains de toutes grosseurs, qui se mélangent intimement en tombant dans le wagon. Ainsi se trouve réalisée, et de la façon la plus simple, l’une des conditions principalement recherchées dans la fabrication des cokes et agglomérés, des cokes surtout, qui sont beaucoup plus homogènes lorsque les boues sont conservées.
- Une autre observation à noter, c’est que pour les charbons le classement se
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- fait à la fois par ordre de grosseur et de pureté, à cause de la faible différence de densité qui existe entre les très-purs (1,20 pour 3 pour 100 de cendres) et les charbons crus (1,35).
- Le tableau suivant montre la gradation des teneurs obtenues, par une seule opération de lavage, sur des charbons moureux de diverses provenances criblés sur une grille à barreaux écartés de 0m,03.
- 1» CHARBON 2° CHARBON 3» CHARBON
- DONNANT AU LAVAGE ORDINAIRE DONNANT AU LAVAGE ORDINAIRE DONNANT AU LAVAGE ORDINAIRE
- UNE PROPORTION DE UNE PROPORTION DE UNE PROPORTION DE
- 40 % de inoure. MO h 18 */o de moure. «5 h 35 °/0 de moure.
- Teneur en cendres du charbon brut ; Teneur en cendres du charbon brut : Teneur en cendres du charbon brut ;
- 25 °/0. 17 »/„. 20 •/»•
- Lavage Traitement Traitement
- au laveur-classificateur. au laveur-classificateur. au laveur-classificateur.
- Hauteur Teneurs en cendres Hauteur Teneurs en cendres Hauteur Teneurs en cendres
- des prises d’essai. de chaque tranche. des prises d’essai. de chaque tranche. des prises d’essai. de chaque tranche.
- 1 O ^ B O 10,40 % 0m,05 7,40 % 0”,10 8,20 «/.
- Moure, 0m,10 8 Moure, 0m,10 7,20 Moure, 0“,10 8,40
- O B O 8,20 0™, 10 7,60 O ^0 O 8,80'
- 0m,t0 6,60 0m,10 7,60 0m,10 10,00
- 0“,10 7,40 0m,10 7,80 0“,10 10,60
- 0m,10 9,60 O ^ B O 8,20 0m,10 12,60
- 0m,10 10,60 O O 8,80 0m,10 13,00
- 0™,10 12,00 O O 11,00 0“,05 10,00
- 0»,10 11,00 0",10 9,40 O ^ B O Cn 15,00
- O B O 10,00 0m,10 0ra,10 Cru, 0n,06 Schistes, 0m,15 , 10,00 8,40 13,00 68,60 0m, 16 66,40
- Cru, 0m,05 Schistes, 0”,16 15,00 70,40 Hauteur de la charge, 0m,96
- Hauteur de Hauteur de
- la charge, 1“,21 la charge, lm,26
- Dans la partie [inférieure de la charge, les couches qui surmontent celle de charbon cru donnent des teneurs basses, à cause des gros morceaux de charbon pur qui y sont mélangés avec de plus petits qu’eux relativement impurs.
- Les teneurs indiquent bien quelle est la netteté de la séparation entre la couche de cru et la couche de schistes complètement dépouillés de charbon.
- La quantité de vapeur nécessaire pour une opération de lavage dite lavée, dans un appareil de lm,60 de diamètre, est d’environ 15 mètres cubes par charge de 2 000 à
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- 2 500 kilog. Cette vapeur est fournie par le réservoir de pression après le fonctionnement des trois cylindres hydrauliques, qui absorbent 3 mètres cubes d’eau remplacés par 15 mètres cubes de vapeur à 1 kilogramme de pression ; une prise spéciale permet, d’ailleurs, d’emprunter directement de la vapeur à la chaudière. Ce volume de 15 mètres cubes, représentant environ !12 kilogrammes (soit 120 kilogrammes d’eau vaporisée par heure pour dix lavées), il en résulte que la dépense théorique correspond à une force de k chevaux. . .
- Les trois cuves sont garnies de planches pour diminuer la condensation.
- Le réservoir de pression et la cuve où la vapeur fait fonction de piston s’alimentent jusqu’au niveau de l’eau de leurs bâches respectives, pendant le temps d’arrêt nécessaire au dépôt des boues.
- L’appareil comporte toutes les dimensions ; on peut en faire un capable, par exemple, de classer en une seule fois toute la charge d’un wagon de dix tonnes. La cuve de lavage devrait avoir, dans ce cas, 3 mètres de diamètre.
- Le charbon étant amené à pied d’œuvre dans la caisse du monte-charge et rendu, après lavage, dans les wagonnets, l’appareil n’exige pour son fonctionnement que quatre ouvriers : un pistonneur, un chauffeur, un râteleur sur le grillage de la trémie, enfin un ouvrier sachant pistonner et chauffer pour remplacer, au besoin, l’un ou l’autre et pour soutirer les boues du décanteur.
- Cela posé, la dépense journalière du lavage ne doit pas, d’après l’auteur, dépasser 20 francs, en y comprenant le prix du combustible (500 kilogr. environ) pour une production de 200 tonnes, soit 0f,01 par 100 kilogrammes. Or, dit M. Évrard, la plus-value acquise par les moures lavées (si elles sont dans la proportion de 10 pour 100) représentant au moins 1 franc par 100 kilogrammes de moures ou par 1 000 kilog. de charbon brut, il en résulte un bénéfice de 200 francs par jour.
- Les boues du décanteur, qui ne doivent se produire qu’en très-petite quantité, sont reçues dans des wagonnets où l’on a soin de déposer préalablement une couche de charbon pour rejeter le tout en mélange sur les lavés de qualité correspondante.
- Le premier appareil de ce genre, établi pour essai à l’usine de carbonisation de la Loire, située à Saint-Étienne, n’a que 1 mètre carré de section et 2 mètres de hauteur. En fonctionnant jour et nuit, il fait le travail qu’accomplissaient, auparavant, vingt bacs à piston mus mécaniquement. (M.)
- AGRICULTURE.
- VULGARISATION DE LA CULTURE A VAPEUR.
- La Société d’encouragement a décerné, dans sa séance du 28 mars 1873, un prix destiné à récompenser les applications de labourage à vapeur faites
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- par M. P. Decauville, d’une part, dans la ferme de Petit-Bourg, et, d’autre part, par MM. S. et T. Têtard dans celle de Gonesse (1). Depuis cette époque, l’opinion publique n’a cessé de se préoccuper de cette grande question, qui intéresse à un si haut degré la richesse nationale, et que nos voisins les Anglais poursuivent avec succès depuis longtemps. Des essais sont tentés sur différents points de la France, de nombreuses études sont entreprises, et, dernièrement encore, un zélé partisan du système, M. J. Besset, a soumis à l’Assemblée nationale un projet dont le but principal est de créer et. d’importer en France l’ensemble complet des outils de la culture à la vapeur, de les répartir dans un nombre suffisant de centres agricoles et de les mettre, au prix d’une rétribution modérée, à la disposition des propriétaires ou usagers du sol, projet pour la réalisation duquel il demande le concours de l’Etat.
- En attendant que l’Assemblée nationale examine le projet de M. Besset, il ne sera peut-être pas sans intérêt de montrer quelle est, en dehors de l’initiative particulière ' au peuple anglais, l’une des causes principales qui a le plus influé sur l’adoption rapide des moyens mécaniques capables de remplacer les bras dans les travaux des champs, nous voulons parler des grèves qui, autrefois concentrées chez nos voisins dans les régions industrielles, ont fini par atteindre également les régions agricoles. La marche de ce fléau a été parfaitement décrite par M. de la Tréhonnais, auquel nous empruntons, en l’abrégeant, le récit qui suit :
- « La question des grèves des travailleurs agricoles de l’Angleterre, dit l’auteur, est une question d’un intérêt économique général qui commande l’attention de toutes les personnes sérieuses. L’Union des ouvriers industriels, quj avait jusqu’à présent négligé les travailleurs des champs comme un trop faible appoint, est venue enfin les prendre dans ses filets. L’existence isolée des ouvriers agricoles, leurs communications difficiles les uns avec les autres et leur éparpillement sur de grandes surfaces donnaient, en effet, peu de prise à la propagande de l’Union. La population ouvrière des manufactures, des mines et des grands centres industriels étant agglomérée, l’entente était plus facile et la contagion plus énergique. Mais l’homme qui devait appliquer le virus à la gent agricole et triompher des difficultés qui jusqu’alors l’en avaient préservée, enfin a surgi. Arch, ouvrier des champs lui-même, homme intelligent et ambitieux, leva d’abord dans le comté de Warwick l’étendard de l’Union. Doué d’une éloquence naturelle, honnêtement convaincu delà justice de sa mission, et trouvant dans sa nature énergique les inspirations d’un véritable apostolat, il n’eut pas de peine à entraîner ses simples adeptes, aux yeux desquels il faisait briller de nouveaux horizons de bien-être et d’émancipation.
- « Malheureusement, pour l’Union des ouvriers agricoles, le mouvement de grève provoqué par Arch se manifestait à une époque où les progrès de la mécanique appliquée aux travaux des champs arrivaient, pour ainsi dire, à leur apogée. Stimulés par la menace
- (!) Yoy. le Rapport de M. Hervé Mangon, Bulletin de 1873, 2* série, t. XX, p. 276.
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- pour l’industrie nationale.
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- des hauts salaires réclamés par les ouvriers agricoles, soutenus en cela par l’opinion publique, les agriculteurs ont naturellement cherché à s’affranchir de ces exigences et à se mettre à l’abri contre cette menace. De là [l’impulsion merveilleuse donnée à la mécanique agricole ; cette impulsion, loin de s’arrêter satisfaite de ses triomphes, aiguillonnée par cette recrudescence de la crise du travail agricole éclatant dans les comtés de l’est de l’Angleterre, c’est-à-dire au sein même de la principale citadelle agricole de ce grand pays, s’est encore élancée en avant vers de nouvelles conquêtes.
- « A l’aide de la mécanique appliquée aux travaux des champs, les fermiers ont pu jusqu’à présent conjurer ce commencement d’orage. La main-d’œuvre étant en grande partie remplacée par des machines, la demande du travail s’est naturellement ralentie, et l’effet des grèves suscitées par Arch n’a point eu le retentissement ni la portée qu’il en attendait. Les fermiers tinrent bon, et, comme ils pouvaient se passer du travail qui s’éloignait de leurs fermes, Arch se vit dans la nécessité de recourir à l’émigration. Il fit un voyage au Canada pour s’entendre avec les autorités coloniales et proposer les conditions d’un exode en masse. Au Canada, Arch fut convenablement reçu ; l’accueil que lui firent les hauts dignitaires du gouvernement fut des plus encourageants. Mais les difficultés financières ne tardèrent pas à enrayer l’exécution de son dessein. Ces difficultés, en effet, s’opposent partout et toujours à l’établissement de familles nombreuses sans capital, n’ayant que leurs bras, sur des terres désertes où n’existe aucun abri, où il faut semer longtemps avant de recueillir, où toutes les conditions de la vie humaine sont à créer, conditions qui peuvent à la rigueur s’improviser pour un individu, mais non pour toute une population. D’ailleurs le mouvement gréviste était trop restreint, trop localisé pour pouvoir produire un effet appréciable sur l’intérêt agricole. Devant les difficultés, pour ne pas dire l’impossibilité, de l’émigration en masse, il s’agissait donc de généraliser ce mouvement, et surtout de porter l’agitation [dans le centre le plus important de l’agriculture, c’est-à-dire dans les comtés de Cambridge, de Suffolk, d’Essex et de Norfolk.
- « C’est dans les environs de Newmarket, dans le Cambridgeshire et de Bury-St.-Ed-munds, dans le Suffolk, que la grève des ouvriers agricoles s’est en dernier lieu déclarée, d’après les ordres des directeurs de l’Union, et la guerre s’est aussitôt allumée avec une grande animosité de part et d’autre.
- « Arch, cette fois, accompagné de Bail et de Kerridge, deux Ouvriers agricoles qui trouvent plus profitable de pérorer que de manier la houe et la fourche, sont venus jusqu’à Londres raconter leurs griefs devantun meeting tenuàExeter-Hall, et présidé par M. Samuel Morley, membre du Parlement, assisté de MM. Dixon Mun délia et Mac Donald.
- « L’impression produite par ce meeting métropolitain a été profonde, et la sympathie du public mercantile de la Cité s’est fortement prononcée en faveur des grévistes contre les fermiers. D’un autre côté, quelques philanthropes,.entre autres l’évêque protestant de Manchester, obéissant à une impulsion généreuse, ont cherché à établir une entente
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- entre les adversaires. Mais les fermiers, tout en acceptant le fardeau d'un salaire plus élevé en faveur de leurs ouvriers, ont naturellement voulu régler la solution du conflit d’une manière finale, et exigé que ces derniers se retirassent de l’Union, à laquelle ils sont affiliés. Cette demande n’a rien que de fort juste; car quelle garantie auraient les fermiers, si, une fois qu’ils se seraient rendus aux exigences des travailleurs, ceux-ci, subissant de nouveau la pression des sociétés auxquelles ils appartiennent, et dont ils s’obligent à exécuter les ordres, venaient, dans un avenir plus ou moins rapproché, renouveler la demande de l’élévation des salaires.
- « Sous l’influence de ce sentiment de crainte pour l’avenir et devant la résistance organisée de leurs ouvriers, leur mettant le marché en main et refusant tout travail si leurs exigences n’étaient point acceptées, les fermiers, eux aussi, se sont constitués en société pour la protection mutuelle de leurs intérêts, et ils ont décidé de n’employer que des ouvriers n’appartenant point à l’Union. Ceux-là même qui n’étaient point entrés en grève, et étaient restés tranquillement à leur travail, ont été renvoyés, par la seule raison que, étant affiliés à l’Union, ils avaient refusé de l’abandonner.
- « Le conflit s’est donc complètement transformé. Ce n’est plus la question du salaire, c’est celle de l’Union elle-même, qui s’agite aujourd’hui. Le débat s’est agrandi, et la lutte, qui n’était que locale, est devenue générale. Malheureusement, l’adversaire que les fermiers ont eu la hardiesse d’attaquer en face est terriblement puissant en Angleterre, où la liberté d’association existe dans toute sa plénitude. Sous l’égide de cette liberté, les associations ouvrières ont pris un développement presque universel, et elles se sont organisées d’une manière formidable. D’un autre côté, comme je l’ai dit en commençant, les machines et instruments perfectionnés appliqués aux travaux agricoles tendent de plus en plus à rendre les fermiers indépendants de la main-d’œuvre. Ainsi, les travaux de la moisson, qui sont les plus importants et qui exigeaient autrefois une véritable armée d’Irlandais, qui tous les ans traversaient le canal Saint-Georges, se font aujourd’hui avec des machines.
- « Récemment, d’après la statistique officielle, on a compté jusqu’à 40 000 moissonneuses en travail en Angleterre, et ces machines ont coupé toutes les moissons en quinze jours seulement. Or, chaque moissonneuse faisant le travail de 10 hommes, c’est donc 400 000 travailleurs dont les fermiers ont pu se passer.
- « Avec 100 000 moissonneuses, toutes les récoltes de la France pourraient être coupées et javelées dans douze jours. Pour faire ce travail dans le même espace de temps, il faudrait un million de travailleurs. Dans ce moment-ci, on cherche le moyen défaire de la moisson une besogne exclusivement mécanique. Aujourd’hui, même avec les moissonneuses les plus perfectionnées, il faut une main-d’œuvre comparativement nombreuse pour lier les gerbes derrière les machines. Eh bien, malgré la difficulté du problème à résoudre, on s’occupe de rechercher un moyen mécanique de lier les gerbes, et on a grand espoir de réussir. Il est même probable que prochainement on aura trouvé une machine qui non-seulement coupera la récolte et fera la javelle comme
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- les moissonneuses la font aujourd’hui, mais liera la gerbe et la déposera toute faite sur le sol, prête à être chargée sur les chariots.
- « Il y a une autre opération agricole qui exige une nombreuse main-d’œuvre, ce sont les façons à donner aux récoltes de racines. Il y a les binages, les sarclages, l’éclaircissement et l’isolement des plantes. Eh bien, tout cela se fait aujourd’hui mécaniquement. L’agriculture possède déjà non-seulement les houes à cheval qui binent et sarclent; mais on vient d’inventer une autre machine qui éclaircit les plantes de manière à diminuer des neuf dixièmes le travail de l’éclaircissement et de l’isolement des racines, et ce travail peut être accompli par des femmes et des enfants.On arrache aussi les racines et même les pommes de terre avec des machines, et enfin les charrues à vapeur viennent suppléer au travail des animaux de trait et des laboureurs dans une mesure considérable.
- « La difficulté croissante de la main-d’œuvre agricole a été, du reste, la cause principale de cette révolution profonde qui s’opère, depuis une vingtaine d’années, dans l’économie de la culture du sol. La nécessité de suppléer au manque de bras et à la cherté de la main-d’œuvre qui en résulte a stimulé l’esprit des inventeurs, et nul doute que la nouvelle phase, si menaçante pour l’agriculture, qui s’est manifestée récemment en Angleterre, quelle que soitl’issue de la lutte engagée, émigration ou élévation des salaires, ne provoque une application plus ingénieuse et plus générale encore de l’art mécanique aux travaux des champs.
- « Un autre résultat des difficultés soulevées par la crise du travail agricole, c’est la transformation des terres labourables en pâturages permanents, transformation qui s’opère dans tous les comtés du Royaume-Uni sur une échelle considérable. D’un côté, les terres en pâturage permanent ne demandent que très-peu de main- d’œuvre ; de l’autre, le prix élevé de la viande encourage l’élevage et l’engraissement du bétail : de sorte que ce système offre un double avantage aux agriculteurs. Dans un pays comme l’Angleterre, à qui la liberté des échanges a donné le privilège de devenir l’entrepôt général du commerce de l’Europe, l’abandon de la culture des céréales n’a qu’une minime importance. Cette denrée, plus facilement produite dans d’autres pays et à meilleur marché, arrive dans les ports de l’Angleterre de tous les points du globe, à des conditions de bon marché qui rendent la production indigène plutôt un fardeau qu’une source de bénéfices pour l’agriculture.
- « Il n’en est pas de même pour la production delà viande, dont le transport est plus difficile et plus coûteux, et dont la zone d’exportation est bien moins étendue. Quoi qu’il en soit, et bien que les conditions actuelles de notre agriculture soient bien différentes de celles de l’Angleterre, ce qui se passe chez nos voisins offre un grand intérêt à notre attention. Nous pouvons en retirer un fécond enseignement, et profiter des nouveaux progrès que la nécesité va sans doute accomplir dans l’économie de l’agriculture.
- « N’est-ce pas, du reste, àl’Angleterre que nous devons déjà la plupartdes instruments
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- perfectionnés dont nous avons enrichi nos moyens d’action? N’est-ce pas à elle encore que nous sommes redevables de l’amélioration accomplie dans toutes nos races? C’est elle qui nous a donné l’exemple, et qui nous a fourni les éléments de presque tous les progrès dont notre agriculture s’est enrichie. »
- Appréciant dans un autre travail les résultats de la culture à vapeur en Angleterre, M. de la Tréhonnais donne les renseignements suivants :
- « Il y a aujourd’hui, dit-il, environ 1 500 appareils de culture à vapeur en pleine activité en Angleterre, et tous les ans les constructeurs en livrent 200. L’économie réalisée par chaque appareil peut être, sans la moindre exagération, évaluée à 7 500 fr., ce qui, pour les 1 500 appareils actuellement en travail, représente une somme de 11 250 000 francs, dont bénéficie immédiatement l’agriculture anglaise, car le coût de la production de ses récoltes se trouve diminué d’autant.
- « On estime que le labourage à vapeur peut s’appliquer, en Angleterre, à 535 000 exploitations. Or, en calculant que chaque exploitation, par suite de l’emploi de la vapeur, puisse éliminer deux chevaux de ses attelages actuels, cette seule économie, au prix que ces animaux atteignent aujourd’hui, ajouterait au capital du fermier une somme d’au moins 1 500 fr., soit pour les 535 000 fermes un capital déplus de 800 millions. Mais si ces avantages directs, c’est-à-dire ceux qui ressortent de l’économie dans le coût des travaux des champs auxquels la vapeur peut s’appliquer, comme le labour, le hersage, le sarclage, l’ensemencement, etc., sont si considérables, les avantages indirects produits par l’emploi de la vapeur dans les champs le sont bien davantage. On a calculé que la culture plus profonde du sol, que le labourage à vapeur seul peut rendre possible en multipliant dans une proportion géométrique les surfaces nutritives de la couche arable, donne une augmentation moyenne de 30 pour 100 dans la production des récoltes; ce qui, pour l’agriculture anglaise, dont, à surface égale, la moyenne de production est double de celle de la France, donnerait une augmentation de produits d’une valeur dépassant un milliard par an.
- « Cette conclusion seule doit suffire pour démontrer l’immense avantage de l’emploi de la force mécanique substituée à la force musculaire dans les travaux de l’agriculture; car il reste prouvé qu’avec des labours profonds, un lit de semence bien pulvérisée, les surfaces nutritives ainsi multipliées et une couche arable rendue absorbante et péné • trable à une plus grande profondeur, on est assuré d’une récolte moyenne dans les années défavorables et d’un maximum de production dans les bonnes années. » Si la France a de grands avantages à retirer de la vulgarisation de la culture à la vapeur, l’Algérie n’en doit pas espérer de moindres. En effet, des essais concluants ont été faits dans notre colonie méditerranéenne, et voici, à cet égaid, l’opinion qu’en exprime M. Tisserand, inspecteur général de l’agriculture. Il s’agit du domaine de Boukandoura, dont M. Tisserand a été pendant quelque temps chargé de la direction.
- « Les résultats de l’application de la culture à vapeur à l’exploitation du sol en Algérie, dit M. Tisserand, peuvent se résumer comme suit :
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- 1° Augmentation de 50 pour 100 pour le rendement du froment;
- 2° Récolte plus certaine, plus à l’abri de l’humidité excessive et de la sécheresse par suite de la grande porosité donnée au sol ;
- 3° Facilité et pouvoir de labourer pendant la plus grande partie de l’année avec des bœufs l’année qui a suivi le défoncement ;
- 4° Défoncement plus économique qu’avec les chevaux et les bœufs, mais le labour à vapeur superficiel est moins économique que celui qui est fait avec les bœufs.
- « Tels sont les résultats généraux de la culture à la vapeur tels qu’ils ont été constatés au domaine de Boukandoura en 1868, 1869 et 1870.
- « Malheureusement ces expériences n’ont duré que deux ans. Les événements du & septembre 1870 sont arrivés, et les appareils de culture à vapeur ont été vendus par ordre du gouvernement de Tours. » . .
- Après avoir expliqué en détail son plan d’exploitation, M. Tisserand termine ainsi :
- « Par cette culture, j’espérais arriver à faire de la luzerne et du fourrage sur les deux tiers du domaine et des céréales sur l’autre tiers; à être toujours sûr des récoltes, n’ayant plus à redouter la pluie et les sécheresses extrêmes, grâce à l’hygroscopicité due à l’approfondissement delà couche arable.
- « J’espérais arriver à récolter le double de blé et d’orge et pouvoir, de plus, chaque année, engraisser, avec les fourrages produits et un peu de tourteau, un nombre considérable de bœufs achetés maigres.
- « Malheureusement je déplore que, dans l’intérêt de l’Algérie, cette grande expérimentation n’ait pu suivre son cours; je crois qu’il en serait résulté un très sérieux enseignement pour la colonie. »
- Citons encore ce que dit M. le comte Henri Greffulhe à propos des deux systèmes de charrue à vapeur qu’il a vus en fonction, celui deFowler et celui de Howard; l’opinion qu’il exprime expliquera parfaitement la pensée de M. J. Besset et la conception du projet dont il poursuit la réalisation :
- « J’ai vu, dit M. Greffulhe, fonctionner l’appareil Fowler ; je l’ai trouvé très-supérieur à l’appareil Howard sous le rapport du travail d’affouillement comme sous celui de la rapidité d’exécution. Mais le prix de l’outillage était énorme ; c’était une mise de fonds considérable, capable d’effrayer la plupart de nos cultivateurs. Dans les pays où la grande culture domine, où des groupes de fermes pourraient être cultivés par association, ce mode de labourage serait parfaitement applicable. Ces grandes associations, que je voudrais voir se former en France, auraient un capital assez considérable pour que le prix de revient des instruments ne fût pas une gêne. Des appareils de cette nature exigent un entretien continuel. En Angleterre, dans les plus petites villes, vous trouverez un bon mécanicien; en France, c’est, au contraire, une rareté. »
- Une grande association pourrait avoir des ateliers de réparation ; alors l’objection que je signale n’existerait plus. Certes si, il y a dix ans seulement, on nous avait dit qu’il Tome II. — 74e année. 3e série, — Janvier 1875. 6
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- y aurait, en France, des entrepreneurs de battage à vapeur, on nous aurait bien étonnés. Les entrepreneurs de labourage à vapeur se formeront-ils on France? Espérons-le.
- Enfin une autre considération secondaire* mais qui n’en a pas moins sa valeur relative, est celle des moyens de transport que les appareils de culture à vapeur peuvent mettre à la disposition de l’agriculture, du commerce et de l’iïidustrie.
- On sait que les machines destinées au labour sont locomobilés et qu’elles transportent elles-mêmes sur le terrain tout le matériel nécessaire au travail; par conséquent, elles peuvent s’appliquer, avec avantage et économie, au transport des engrais et des récoltes, et servir, sans aucune modification, à la traction des chariots sur les routes.
- La force nominale de celles qu’on construit en Angleterre est de 20 chevaux et, à haute pression, cette force atteint 30 chevaux. Leur vitesse moyenne est de 5 à 6 milles anglais à l’heure (8 à 9,5 kilomètres).
- De quelle utilité ne seraient pas ces machines, pour les transports, dans les localités privées de voies ferrées? Et, lorsqu’elles ne seraient pas employées au labour ou au transport des récoltes, ne pourraient-elles pas être mises à la disposition des industriels? Il résulte d’un rapport à la Société royale d’agriculture d’Angleterre, fait par M. Anderson, ingénieur de l’arsenal de Woolwich, que le coût du transport journalier de 150 tonnes sur un’parcours de 16 kilomètres, fait "avec des chevaux et revenant à 130 000 francs par an, n’en coûte plus, avec des machines routières, que 50 000.
- Si nous supposons qu’on arrive à établir sur différents points de la France un certain nombre de dépôts de ces machines, ne doit-on pas encore admettre qu’elles pourraient constituer, à un moment donné, un matériel de transport et d’armement précieux pour le pays ?
- L’utilité de la vapeur pour la conduite, sur les routes et chemins ordinaires, des convois destinés au ravitaillement des troupes en campagne a été démontrée pendant la dernière guerre d’une manière décisive par les armées ennemies, ainsi que l’ont raconté, à cette époque, tous les journaux anglais. On a vu l’armée prussienne sillonner les routes de nos provinces occupées de transports énormes de denrées, de munitions et de matériel de guerre, remorqués par des locomobilés routières et agricoles qui ont joué un rôle important pendant les sièges de Metz, de Toul et de Paris. (M.)
- COMBUSTIBLES.
- ÉTUDE SUR LES TOURBES DU DÉPARTEMENT DE UA SOMME, PAR M. J. KOLB.
- L’historien Pline, qui a éèrit sur les choses les plus diverses, nous apprend que la tourbe était connue de son temps. C’était, dit-il, une sorte de gazon bitumineux, une terre Squi s’enflammait aü contact d’un charbon en ignition.
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- A cette époque où le bois était sans valeur et où l’emploi du combustible était fort restreint, la tourbe ne devait être et ne fut qu’un objet de curiosité ; il était bien plus commode, pour se procurer du feu, de tailler dans les forêts que de creuser Ja terre.
- C’est ce qu’on fit pendant des siècles, beaucoup trop longtemps même, car, tandis que le développement industriel allait sans cesse croissant, la richesse forestière suivait la marche inverse ; si bien que, dès l’année 1669, Sully comprit le danger qu’amènerait, à tous les points de vue, ce déboisement, qui n’a trouvé de barrières que devant l’exploitation actuelle de la houille.
- C’est en Belgique, au xme siècle, qu’on fit les premiers essais de substitution de la houille au bois; mais ce n’est, en réalité, que depuis cinquante ans que l’industrie houillère a pris tout son essor.
- La houille, ainsi qu’on le prétend, n’a qu’un siècle ou deux à vivre encore. Déjà l’Angleterre, qui avait tout d’abord employé ses houilles grasses en délaissant les filons maigres, exploite ce qu’elle dédaignait il y a trente ans. En France, ort produit aujourd’hui quarante fois plus de houille qu’en 180.5 ; et les statistiques nous apprennent que l’exploitation double assez régulièrement au bout de chaque période de quinze ans; je n’ai pas besoin d’ajouter que, si l’on consomme dans une proportion sans cesse croissante une substance qui ne se reproduit pas, on rapproche de plus en plus la hausse de son prix d’abord, et la disette définitive enfin.
- Les huiles de pétrole viennent, il est vrai, faire en ce moment diversion aux préoccupations que suggèrent de semblables aperçus; mais nous n’avons encore aucune notion certaine sur l’importance du remède, peut-être très-limité, que le pétrole pour-r-rait apporter à la crise houillère qui se prépare lentement.
- Il est un fait qui, dès mon arrivée à Amiens, m’a vivement surpris et ne cesse encore de m’étonner. Dans notre vallée de la Somme, qui est un immense réser-r voir de combustible, en même temps qu’un centre actif d’industrie, nous voyons journellement chaque usine aller demander aux départements voisins, à la Belgique, à l’Angleterre même, la possibilité d’allumer ses feux, lorsque cette usine trouverait, à son pied, à quelques pas de ses murs, une matière première parfaitement apte à alimenter les grilles de ses chaudières ou de ses fours.
- Lorsque l’industrie délaisse une substance qui semble utile et avantageuse au premier abord, cet abandon est généralement justifié par les résultats d’études sérieuses, de tentatives nombreuses, de découragements motivés.
- En est-il ainsi pour la tourbe de Picardie? Je ne le crois pas, et un grand nombre d’investigations me permettrait presque d’affirmer le contraire.
- La tourbe de nos contrées est .peu étudiée, mal connue, et ne rend presque aucun service. Exploitée d’une manière encore trop primitive pour pouvoir s’imposer par le côté du bon marché, elle ne peut que rester indifférente à l’industrie, et, tant que l’industrie n’aura pas le mobile de l’intérêt pour tourner ses regards vers la tourbe, l’exploitation restera telle qu’elle est, c’est-à-dire stationnaire et défectueuse.
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- Il y a donc là une sorte de cercle vicieux dont on ne sortira que le jour ou quelques essais pratiques et heureux éveilleront, par leurs succès, l’attention des parties inté-resséess Ces essais pourraient être abordés sans crainte, car ils ont pleinement réussi dans bien des contrées où tout se fait aujourd’hui à la tourbe, aussi bien la fusion des métaux que la cuisson du sucre.
- Il y a donc là, je crois, une question intéressante à examiner. Mon intention ne saurait être d’aborder sur ce sujet un travail complet, qu’un spécialiste seul pourrait mener à bonne fin; je me propose uniquement de rendre compte d’un petit nombre d’observations que j’ai faites, de présenter quelques chiffres que j’ai déterminés, dans le but de me former une conviction personnelle sur ce qu’il y aurait à ftirer d’une substance qui, tôt ou tard, pourrait devenir une véritable richesse pour notre contrée.
- La tourbe a ses inconvénients ; on les connaît tous : son odeur, sa légèreté, ses cendres, son humidité ; mais elle peut aussi avoir ses avantages.
- Le premier que je signalerai, et qui, je trouve, a une immense valeur, est celui-ci : La tourbe est un combustible qui se cultive presque sans frais ; cette culture pourrait donner, à surface de terrain égale et dans des temps égaux, un rendement calorifique supérieur à celui du bois.
- C’est un fait parfaitement connu et prouvé maintenant, qu’il faut de 30 à 40 [ans pour qu’une tourbière produise une épaisseur de 1 mètre d’excellente'tourbe ; et il est bien certain que cette croissance serait beaucoup plus rapide si elle était favorisée par une culture intensive et rationnelle, en même temps que par une étude complète sur les lois et les principes de la reproduction de la tourbe.
- Aujourd’hui, l’origine delà tourbe, si longtemps discutée, n’est plus un mystère pour personnes
- Il y a, entre l’anthracite qui est du carbone presque pur, et la plante qui vit sous nos yeux, une sorte de gamme complète, une chaîne non interrompue formée par la décomposition des espèces végétales qui ont successivement couvert notre planète, en se modifiant elles-mêmes et, par suite, en modifiant aussi les résultats de leur décomposition à mesure que la température et l’atmosphère du globe se transformaient peu à peu.
- Ces végétaux sont morts les uns après les autres ; ils se sont altérés de moins en moins profondément, si bien que de l’anthracite ou carbone pur, qui est la dernière limite de la décomposition, nous passons sans secousse aux houilles maigres, ensuite aux houilles grasses, puis auxlignites, qui sont, pour ainsi dire, des houilles imparfaites où les formes végétales se trouvent parfois encore intactes. Des lignites à la tourbe, la transition est tout aussi ménagée ; de la tourbe à la plante vivante, la distinction est parfois presque nulle.
- Toutes les expressions, anthracite, houille, lignite, tourbe et bois mort, n’indiquent donc pas des corps essentiellement différents, mais simplement des degrés divers de
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- décomposition, des transformations successives de l’état végétal à l’état minéral.
- Cette lente et régulière gradation n’est pas seulement rendue sensible !par la simple inspection et les caractères physiques des combustibles ; elle se retrouve jusque dans leurs caractères chimiques;
- Ainsi la plante vivante est attaquée tont à la fois par les dissolutions alcalines, par les acides et par les hypochlorites^
- La tourbe, encore soluble dans les hypochlorites et les alcalis, résiste à l’action des acides chlorhydrique et sulfurique.
- Le lignite est encore soluble dans] les hypochlorites, mais ne cède plus rien aux alcalis. Quant à la houille, elle n'est plus attaquée par aucun des réactifs précédents, si ce n’est par l’acide azotique concentré.
- J’ajouterai, à ces faits d’observation, que j’ai constaté que nos tourbes ne contiennent aucun principe soluble dans l’eau, l’éther et l’alcool.
- L’anthracite et les houilles remontent à la flore des terrains de transition ; les lignites viennent des plantes de l’époque tertiaire ; et nous pouvons définir la tourbe en disant que c’est le combustible qui se forme à l’époque actuelle, aujourd’hui, sous nos yeux, par la décomposition des végétaux qui vivent de nos jours.
- Tous les végétaux se décomposent après leur mort, mais toute décomposition n’est qu’une fermentation que les circonstances facilitent ou entravent ; elle donne donc des produits très-variables suivant les milieux dans lesquels elle s’opère.
- La tourbe est formée par des végétaux dont la décomposition est retardée par la présence et la température de l’eau qui les soustrait au contact de l’air.
- Les tourbes ont presque toujours pour assises premières des débris d’arbres. Ce sont ces arbres, dont nous retrouvons journellement des vestiges assez bien conservés, qui forment le corps, le fonds du marais. Noyés dans une couche d’eau souvent peu profonde et sans courant} rapide, ces débris, ces troncs d’arbres se décomposent peu à peu.
- Des plantes qui ne peuvent vivre que sur le ligneux en décomposition, c’est-à-dire dans un milieu acide, y naissent alors ; elles enveloppent ces squelettes de leurs racines ; elles croissent, accomplissent leur végétation, meurent, et déposent à leur pied les détritus de leurs feuilles. Ces détritus accumulés chaque année forment la tourbe, et servent de sol à une nouvelle végétation qui vient mourir à son tour; si bien que la couche tourbeuse s’élève peu à peu, et il arrive un moment où elle cesse d’être noyée par l’eau.
- Les tourbières ont donc toujours nécessité la présence d’étangs, de lacs, de bras de mer qu’elles ont peu à peu comblés, de façon à n’en plus laisser trace.
- Gérard, dans son histoire de la Vallée de la Somme, raconte qu’on découvrit au fond d’ une de nos plus basses tourbières un bateau chargé de briques, noyé en pleine tourbe; ce qui prouve qu’à un moment cette tourbière formait un lac navigable ou un bras de mer.
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- L’écrivain allemand Dankewerth rapporte que la ville d’Oldenbourg était, en 1320, une ville maritime, séparée du Holstein par un bras de mer. Au xvne siècle, ce bras de mer avait disparu; la tourbe l’avait insensiblement comblé, et la ville d’Oldenbourg, au lieu d’être un port de mer, se trouvait être une»ville d’intérieur.
- Il est facile de comprendre qu’une eau tranquille, mais cependant courante, est favorable à la production de la tourbe. Si l’eau ét$it stagnante, la décomposition des végétaux serait complète et ne donnerait qu’une sorte d’humus boueux. Si, au contraire, le courant est trop rapide, il emporte les détritus de la végétation, et, la matière première faisant défaut, la production serait arrêtée. Aussi n’existe-t-il pas de tourbières dans le courant des fleuves et des rivières; mais seulement dans le voisinage de ces cours d’eau.
- La flore tourbière de chaque contrée paraît aujourd’hui assez bien connue. En Picardie, nous trouvons deux sortes de tourbes : la tourbe compacte et feuilletée, qui provient des débris d’arbres et de gros végétaux ; puis la tourbe mousseuse résultant de la décomposition des prêles, des joncs et des mousses qui ont poussé sur la tourbe compacte. A certaines époques, il s’est produit, dans les tourbières, des inondations, des invasions d’eau qui charriaient de grandes quantités de coquillages, de débris du sol, et qui sont venues se jeter au travers d’une formation de tourbe. Cette formation, à l’état mousseux, spongieux, laissait filtrer l’eau et retenait dans ses pores les produits minéraux entraînés.
- Il en est résulté une troisième espèce de tourbe, très-riche en cendres minérales, brûlant mal par conséquent, et qu’on appelle tourbe à cendres.
- J’ai réuni un grand nombre d’échantillons de nos tourbes, et je les ai soumis à l’analyse en adoptant le classement indiqué par les extracteurs eux-mêmes, classement qui correspond aux prix de vente. Les tourbes de première et de seconde classe se brûlent et se vendent de k à 6 francs le mètre cube ; la tourbe de troisième classe n’est extraite qu’à cause de ses cendres et se paye 2 à 3 francs le mètre cube.
- Pour étudier les tourbes, il faut tout d’abord les rendre comparables entre elles, c’est-à-dire les ramener toutes à l’état sec. La tourbe, au moment de son extraction, ressemble en quelque sorte à une éponge pleine .d’eau ; exposée à l’air, sous hangar, elle perd une grande partie de cette eau, tout en prenant elle-même du retrait.
- On dit alors qu’elle est sèche ; et cependant elle contient epcore une énorme proportion 4’eau qui est très-variable, selon l’état de compacité ou de porosité de la tourbe.
- Il y a de plus, dans la tourbe, deux éléments distincts, l’élément minéral qui garde très-peu d’eau, et l’élément végétal qui en retient beaucoup. En général, la tourbe est d’autant plus hygrométrique qu’elle contient plus de matières végétales, c’est-à-dire plus de combustible réel.
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- Aussi voyons-nous toutes les bonnes tourbes à brûler, les premières qualités de Longueau, de Boves, de Longpré, de Long, contenir 20, 25 et jusqu’à 29 pour 100 d’eau, même après une longue dessiccation à l’air; tandis que les tourbes à cendres, les troisièmes qualités de Longpré, de l’Etoile, du Pont-de-Metz, où les matières minérales abondent, ne conservent dans les mêmes conditions de dessiccation que 14, 8 et même 5 pour 100 d’eau.
- Il ne faut pas croire que ces proportions d’eau soient accidentelles : j’ai constaté que chaque tourbe a, pour ainsi dire, son coefficient hygrométrique spécial et fixe; coefficient que l’exposition à l’air ne fait presque pas varier.
- Ainsi, si nous prenons une tourbe qui, après avoir passé l’été sous un hangar, contient 18 pour 100 d’eau, nous pouvons la dessécher à l’absolu dans une étuve chauffée à 80 degrés, de façon qu’il n’y reste plus trace d’humidité ; mais, si nous la remettons ensuite sous hangar, elle reprendra peu à peu les 18 parties d’eau qu’on avait chassées, et les gardera toujours d’une façon à peu près invariable, même au bout d’un temps excessivement long. Il me semble donc utile de connaître ces coefficients hygrométriques, et le tableau qui suit cette étude montre qu’ils sont très-variables.
- Ainsi soient deux tourbes qui, après dessiccation à l’absolu, sont à peu près identiques comme composition : l’acheteur qui les prendra séchées sous hangar, l’une à Long, l’autre à l’Étoile, suppose qu’étant toutes deux séchées dans les mêmes conditions elles contiennent à peu près la même quantité d’eau, tandis qu’en réalité l’une en garde 30 pour 100 et l’autre n’en retient que 15.
- Il en résulte que les 100 kilogrammes secs d’une tourbe presque identique reviennent d’une part à 2 fr. 32, et de l’autre part à 1 fr. 70 par le fait seul de la différence d’hygrométrie de ces deux tourbes.
- Dans un achat sérieux et important de tourbes, la question d’humidité est donc, il me semble, la première et peut-être la plus importante à discuter et à déterminer.
- Dans nos pays, la dessiccation de la tourbe est encore primitive ; elle se réduit à une simple exposition à l’air, et l’énorme quantité d’eau qui reste dans les tourbes suffit pour expliquer le peu de flamme et de chaleur que donne ce combustible employé dans ces conditions.
- En Allemagne, au contraire, où la tourbe est un agent métallurgique très-recherché, on a créé une série d’appareils destinés à obtenir des produits aussi secs que possible.
- A Hingen, à Augsbourg, à Neustadt, à Koenigsbrunn, on sacrifie 1 dixième de la tourbe extraite pour dessécher le reste dans des fours de diverses formes et fort ingénieux comme système de construction.
- En soumettant la tourbe à une température de 80 degrés pendant deux jours, on peut la dessécher à l’absolu. J’ai remarqué qu’on peut même soumettre sans inconvénient nos tourbes A la température de 100 degrés.
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- Contrairement à ce qu’en pensent certains auteurs, il n’y a aucune décomposition, j’en ai fait l’expérience, en opérant sur la même tourbe simplement séchée à l’air, puis séchée à 100 degrés. L’analyse élémentaire ne diffère, dans les deux cas, que par la quantité d’eau.
- Il ne s’est donc échappé à 100 degrés ni gaz carbonés ni azote ; la matière n’a absolument perdu que de l’eau. Ce n’est qu’à 110 ou 115 degrés qu’on voit apparaître un commencement de décomposition.
- J’en conclus que nos tourbes peuvent être desséchées sur nos chaudières à vapeur sans aucun risque pour leur stabilité chimique.
- Après avoir desséché toutes les tourbes à l’absolu, c’est-à-dire après les avoir ramenées à un état où elles puissent être comparées entre elles d’abord, et avec la houille ensuite, je me suis occupé de la question de leurs poids relatifs.
- Le poids d’un mètre cube de tourbes est une donnée excessivement élastique, qu’il ne faut pas confondre avec la densité absolue de la tourbe.
- La densité absolue de nos tourbes, c’est-à-dire celle que les physiciens déterminent par la méthode du flacon, est, en moyenne, de 1,405; c’est-à-dire qu’un mètre cube rempli de tourbe sans laisser aucun vide pèserait 1 405 kilogrammes ; ce qui est aussi la densité absolue des meilleures espèces de houille.
- En prenant maintenant 1 mètre cube de tourbe sèche finement broyée, il y a naturellement des vides entre les particules de combustible, et le poids de ce mètre cube varie, pour nos tourbes, de 320 à 640 kilogrammes. Il est, en moyenne, de 496 kilogrammes.
- Enfin, si l’on prend le poids d’un mètre cube de briquettes, la proportion de vides qui existe entre les briquettes s’ajoute aux vides qui se trouvent entre les particules tourbeuses, et l’on trouve que le mètre cube de briquettes séchées à l’air pèse, dans nos pays, 360 kilogrammes en moyenne.
- A Essonne, ce poids est de 275 environ ; près de Nantes, il descend jusqu’à 250. Dans les Bouches-du-Rhône et en Bavière, il varie de 290 à 300 kilogrammes.
- Le faible poids des tourbes est peut-être l’obstacle le plus sérieux à leur emploi industriel ; on se trouve, en effet, en présence d’nn combustible encombrant, léger, spongieux et, par suite, brûlant trop vite.
- Cet inconvénient n’est pas sans remède, et dans bien des pays on a cherché et réussi à donner, par des préparations artificielles, la compacité et la densité qui permettent à la tourbe . d’être brûlée dans les mêmes conditions que les autres combustibles.
- Ainsi, à la Saussaye, dans le département de Seine-et-Oise, on est parvenu, au moyen de broyages, à obtenir des briquettes plus denses que la houille même, brûlant énergiquement comme elle, et d’une dureté telle qu’on peut les travailler au tour comme du bois.
- A Montaugé, près de Corbeil, M. Challeton a installé un remarquable procédé, dont
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- l’ensemble, tout en débarrassant la tourbe de ses cendres et de son odeur, lui donne le poids et la consistance de la houille, soit 825 kilogrammes par stère.
- Cette tourbe, dont de magnifiques échantillons se voyaient à l’exposition de 1867, est rationnellement exploitée ; elle est ainsi rendue bien supérieure aux nôtres et se vend néanmoins 11 francs la tonne, c’est-à-dire à bien plus bas prix que ces dernières.
- Examinons maintenant la question de nos tourbes au point de vue de leur combustion et des résidus que laisse cette combustion. On dit généralement que la tourbe donne beaucoup de cendres, et l’on se trompe ; nos bonnes tourbes à brûler, celles de Longueau,deCamon, de Boves, de Condé, deLongpré, ne laissent, à l’état sec, que 8 à 9 pour 100 de leur poids de cendres. Elles sont donc, à cet égard, dans d’aussi bonnes conditions que la plupart des houilles que nous brûlons pour nos chaudières à vapeur. Les cendres de tourbe ont même sur celles de la houille l’avantage de ne point produire de mâchefer, mais de tomber en fine poussière et, par conséquent, de ne pas encrasser les grilles.
- Au point de vue des cendres nos tourbes sont même excessivement favorisées, car je trouve, en compulsant des analyses faites de divers côtés, que les tourbes combustibles des environs de Nantes contiennent 15 pour 100 de cendres; dans les Vosges et du côté de Troyes, elles en contiennent 16. Pour les tourbes du comté de Mansfeld on trouve 29; celles d’Italie donnent de 17 à 24 ; celles d’Essonne, 21; celles du duché de Brunswick en contiennent 19.
- La question de cendres étant mise de côté, il reste celle du pouvoir calorifique. On sait que 1 kilogramme de carbone pur a un pouvoir calorifique représenté par le nombre 7 224, c’est-à-dire pourrait échauffer de 1 degré 7 224 kilogrammes d’eau.
- Un kilogramme de houille de lre qualité possède un pouvoir calorifiqne de 6 000, c’est-à-dire ne pourrait plus échauffer de 1 degré que 6000 kilogrammes d’eau.
- Quant au bois de chêne sec, il n’a plus que 3 500 pour puissance calorifique ; j’ai déterminé par une série d’essais à la litharge la puissance calorifique de nos tourbes, et je suis arrivé à ce résultat que nos bonnes tourbes sèches ont un pouvoir calorifique qui varie de 3 100 à 3 500, c’est-à-dire qui atteint à peu près celui du chêne desséché.
- Il en résulte, en nombre rond, que dans un foyer quelconque on pourrait remplacer les houilles de première qualité par le double de leur poids de bonnes tourbes sèches. Il en résulte aussi que toute industrie qui se sert de bois pourra employer la tourbe à poids égal ; carie pouvoir rayonnant des tourbes, aussi bien que leur pouvoir calorifique, est également le même que celui du bois sec.
- J’ajouterai, comme renseignement, que quelques machines à vapeur chauffées à la tourbe ont brûlé, en moyenne, 12 kilogrammes par force de cheval et par heure, mais ce document est incomplet, car je n’ai pu savoir si l’on avait opéré avec des tourbes parfaitement sèches et de bonne qualité.
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- Nos tourbes combustibles peuvent se scinder en deux éléments ; elles contiennent d’abord 60 pour 100 de gaz inflammable, puis 40 pour 100 d’un coke formé de 31 parties de carbone pur et de 9 parties de cendres.
- La puissance calorifique de ces tourbes étant 3 300, j’ai constaté que le coke y entre pour 2 150, c’est-à-dire pour les 2/3 ; et les gaz pour 1 150, c’est-à-dire pour 1/3.
- Le coke de tourbe ou, pour mieux dire, le charbon de tourbe présente sur la tourbe un grand avantage, c’est sa densité.
- Le mètre cube pèse de 410 à 430 kilogrammés, c’est-à-dire est plus lourd que le stère de nos cokes de houille, et sa puissance calorifique varie de 5 400 à 6 800.
- Lorsque la tourbe est épurée, comme à Essonne, son coke pèse 700 kilogrammes par mètre cube, c’est-à-dire deux fois autant que le coke de houille, et sa puissance calorifique atteint 7 400, c’est-à-dire dépasse de 12 pour 100 celle des cokes de nos usines à gaz.
- On comprend donc l’avantage que présente la tourbe sous cette forme ; aussi voyons-nous la carbonisation de la tourbe tentée vers 1780, suivant quelques auteurs et même beaucoup plus tôt selon d’autres. Charles Patin, qui écrivait en 1652, rapporte qu’à cette époque les Hollandais carbonisaient déjà la tourbe.
- Après avoir longtemps carbonisé en meules, on a imaginé un certain nombre de fours de formes diverses ; actuellement on ne carbonise plus que dans des cornues de fonte ou de terre réfractaire.
- On peut affirmer, je crois, que c’est dans la carbonisation qu’est l’avenir réel de la tourbe, surtout lorsqu’elle aura été épurée et moulée préalablement.
- On obtient alors un combustible dense cohérent, complètement exempt d’odeur et de fumée, susceptible de donner de hautes températures, et qui peut, en toutes circonstances, rivaliser avec les meilleures houilles.
- A Montaugé, la tourbe d’abord extraite rationnellement est triturée, déchirée par des cylindres armés de couteaux ; elle est débarrassée, par un tamisage et par un malaxage, des filaments grossiers et des matières terreuses ; elle est ramenée à l’état d’un produit feutré très-pur, puis elle est enfin parfaitement séchée.
- Cette tourbe ainsi préparée peut brûler dans une cheminée d’appartement, sans donner plus d’odeur ni de fumée que le coke ordinaire. Elle pèse presque autant que la houille, et toute cette série d’opérations est si économiquement conduite, que le prix de la tonne n’est que de 11 francs, tandis que nos tourbes grossières et sans préparation se payent encore de 15 à 20 francs la tonne.
- A côté d’un combustible utile, la carbonisation de la 'tourbe nous fournit un gaz abondant et précieux.
- La tourbe donne, en effet, environ 60 pour 100 de son poids de gaz. Celui-ci est peu éclairant, il est vrai, mais susceptible de brûler et de développer de hautes températures.
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- M. de Marsilly s’est livré à une étud'e très-approfondie sur la nature des gaz que dégage la tourbe. Je rappellerai en quelques motsi qu’il résulte des analyses qu’il a faites, que ces gaz contiennent à peu près
- kO pour 100 d’hydrogène pur, -30 pour 100 d’oxyde de carbone,
- 11 pour 100 d’hydrogènes carbonés;
- C’est-à-dire déjà 81 pour 100 de trois corps susceptibles de donner par leur combustion une température très-élevée.
- À cela il faut ajouter, il est vrai, lk pour 100 d’acide carbonique, proportion qui détruit par sa seule présence presque tout le pouvoir éclairant, mais dont il serait facile de se débarrasser; car, comme le fait remarquer M. de Marsilly, c’est surtout au début de la distillation que l’acide carbonique se dégage.
- L’acide carbonique une fois écarté, le gaz de tourbe devient un élément métallur-gique très-puissant et très-commode ; il présente l’avantage d’être exempt de soufre, et ses diverses qualités l’ont fait vivement apprécier dans certains pays, notamment pour le puddlage et le réchauffage du fer.
- La distillation de la tourbe donne donc du même coup un très-bon coke et des produits gazeux d’une grande utilité; mais elle permet surtout de recueillir la proportion de 2 pour 100 d’ammoniaque, proportion que j’ai trouvée à peu près constantes dans nos tourbes de première qualité. On ne se rend peut-être pas un compte bien exact de la valeur immense qu’acquiert actuellement un produit susceptible de donner 2 pour 100 de gaz ammoniac. Cette seule proportion donne déjà à la tourbe une valeur de 1 franc aux 100 kilog. Les sels ammoniacaux sont aujourd’hui très-recherchés par l’agriculture ; ils sont presque tous extraits des urines ou des eaux ammoniac cales du gaz d’éclairage. Or, pour obtenir 2 kilogrammes d’ammoniaque, il faut recueillir environ 800 litres d’urine ou bien distiller 1 000 kilogrammes de houille, tandis qu’on peut les trouver par la simple carbonisation de 100 kilogrammes seulement de tourbe.
- Un producteur de sels ammoniacaux trouverait donc, dans la tourbe, la matière première la plus riche et la plus avantageuse à tous les points de vue.
- Cette richesse de 20 kilogrammes d’ammoniaque par tonne de tourbe n’est pas seulement dévolue à nos tourbes de première qualité; celles de seconde qualité en contiennent 17 kilogrammes par tonne, et celles de troisième qualité, dites tourbes à cendres, en renferment par tonne 10 kilogrammes que l’on perd avec trop d’indifférence sous forme de fumée dans le but des recueillir des cendres qui ont infiniment moins de valeur.
- A côté de l’ammoniaque, la distillation de la tourbe donne une infinité de produits: d’abord 6 à 9 pour 100 d’un goudron possédant une odeur très-pénétrante, très-riche en acide phénique, en paraffine, en huiles d’éclairage et de graissage, en acide acétique et en esprit de bois. Ce goudron se rapproche plus, par ses propriétés, du goudron
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- de bois que de celui de houille ; il a donc bien plus de valeur que ce dernier. Tout cela est utilisé en Allemagne, et, si ce n’était la crainte de prolonger trop loin cette étude, je pourrais expliquer les ingénieux procédés qu’emploie M. Vohl pour ne rien perdre de ces matières précieuses.
- Je viens de parler des tourbes à cendres. Elles ne sont pas employées dans nos pays comme combustible ; leur puissance calorifique est très-variable, elle s’étend de 600 à 2000 calories, c’est-à-dire du dixième au tiers de la puissance des houilles.
- Aussi les brûle-t-on en plein air pour en obtçnir simplement les cendres, qui paraissent assez recherchées comme amendement. J’ai voulu étudier d’une manière toute particulière ces cendres, et cela a été en quelque sorte l’une des parties les plus longues de mes recherches.
- Pour qu’un produit tel que des cendres se vende à un prix qui s’élève jusqu’à 15 francs le stère, il faut que ce produit contienne quelque substance très-avantageuse pour l’agriculture, soit des phosphates, soit des sels de potasse ou de soude. J’ai donc entrepris les analyses les plus minutieuses sur les cendres de toutes les tourbes que j’ai pu me procurer, et, je dois le dire, après avoir épuisé les méthodes analytiques les plus précises, je n’ai découvert que d’insignifiantes traces de phosphates ou de sels alcalins, et j’ai dû m’arrêter à cette conclusion que toutes les cendres tourbeuses que j’ai analysées ne contiennent que trois sortes d’éléments :
- La craie, le plâtre et l’argile ferrugineuse.
- La présence simultanée du plâtre et de l’oxyde de fer me fait penser que le plâtre s’est formé par suite d’une décomposition pyriteuse.,
- Ces trois substances sont réparties avec la plus grande inégalité : ainsi une cendre de tourbe de l’Étoile, qui est très-estimée, se compose de craie à peu près pure; les plus riches en plâtre sont celles des environs d’Amiens, du Pont-de-Metz, de Lon-gueau et de Camon; elles en contiennent jusqu’à 54 pour 100 de leurs poids. Quant aux matières argileuses, on en trouve jusqu’à 51 pour 100 dans une tourbe moulée de Picquigny.
- Ces trois éléments (craie, plâtre, argile), qui constituent les cendres à tourbes, peuvent être livrés à l’agriculture sans le secours des tourbières ; j’ai donc pensé qu’il serait curieux de mettre en regard le prix d’un hectolitre de cendre de tourbe et le prix d’un mélange parfaitement semblable de plâtre, de craie et d’argile, achetés aux cours moyens de nos contrées.
- J’ai consigné tous ces résultats sur un tableau qui montre, par la comparaison des prix, quelques anomalies singulières.
- Ainsi, en prenant des tourbes de l’Étoile, la première qualité de .cendres se vend environ un quart de moins que sa valeur réelle, et la dernière qualité se vend deux fois plus cher qu’il ne le faudrait, vu sa composition. Celle de Longpré se vend, par exemple,
- 1 franc et ne vaut que 69 centimes; celles de Longueau, Camon et Boves se vendent de 70 à 80 centimes et valent, en réalité, de 1 franc à 1 fr. 60«
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- Il en résulte qu’il y a dans le mode actuel de vente des cendres de tourbes un certain coefficient de hasard, et qui me paraît, en général, avantageux pour l’acheteur.
- La première base du prix des cendres devrait être la teneur en plâtre, car la valeur du plâtre est dans nos pays environ 25 fois plus considérable que celle de la craie et de l’argile.
- Il reste enfin à se demander si la combustion en plein air est bien le meilleur mode d’utiliser la tourbe à cendres. Je ne sais si je me trompe, mais je suis porté à croire que c’est, au contraire, le plus défectueux.
- Les tourbes contiennent une énorme quantité d’ulmine insoluble, et il y aurait, il me semble, une intéressante question à étudier, celle des circonstances les plus propres à transformer cette ulmine en humus soluble et assimilable.
- Les tourbes, à cendres peuvent donc fournir à l’agriculture un terreau abondant et qui contient 1 pour 100 d’azote. Tout cela est souvent brûlé pour obtenir des cendres ; ce que l’on recherche dans ces cendres, c’est le plâtre et l’argile ; or tous deux préexistent dans la tourbe et agiront donc, je crois, tout aussi efficacement mélangés à Fulmine et aux matières azotées que lorsqu’ils sont isolés par la combustion.
- Quant à la craie, elle ne préexiste pas tout entière dans la tourbe ; ce que nous rencontrons dans les cendres à l’état de craie se trouvait en grande partie dans la tourbe crue à l’état d’ulmate de chaux, et c’est la combustion qui a transformé l’ulmate en carbonate.
- Ainsi, dans une analyse que j’ai faite, 1 000 kilogrammes de tourbe crue contenaient 16 kilogrammes de carbonate de chaux ; le reste de la chaux était à l’état de sulfate et d’ulmate. Après la calcination, la quantité de sulfate n’avait pas varié, mais, au lieu de 16 kilogrammes de carbonate de chaux, il y en avait 54.
- En brûlant de la tourbe en plein air pour obtenir les cendres, on transforme donc de l’ulmate de chaux, qui a de la valeur agricole, en craie, qui en a beaucoup moins, et on perd par-dessus le marché toute l’ulmine et les produits azotés.
- En abandonnant la combustion en plein air des tourbes pauvres, et en répandant simplement celles-ci sous forme de poudrette, on n’y perdrait rien, et l’on gagnerait, au contraire, du terreau et de l’azote, c’est-à-dire delà puissance fertilisante.
- Il y aurait bien des choses à dire encore sur le mode d’extraction et d’exploitation de nos tourbes, sur leur prix de revient et de vente, sur la culture et l’hygiène des tourbières ; mais il faudrait une autre compétence que la mienne pour traiter ce sujet dans sa généralité.
- Les analyses que j’ai faites m’ont donné la conviction que, d’une manière générale, nos tourbes valent largement celles dont l’industrie s’est emparée depuis longtemps dans d’autres pays. En Bavière, dans le Hartz, dans le Tyrol, la métallurgie alimente depuis plus d’un siècle ses hauts fourneaux à la tourbe. Les fers qu’on fabrique à la tourbe, dans le Jura-Suisse, sontplus doux et plus recherchés que ceux qu’on obtient à la houille.
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- Dans les Vosges, à Dresde, à Koenigsbrunn, le puddlage et l’affinage du fer ne se font pas autrement qu’à la tourbe. On sait qu’à Amiens M. Daire continue à employer la tourbe avec succès. Un fabricant de sucre d’un département voisin assurait avoir fait de fort jolis bénéfices en chauffant ses chaudières avec les tourbes qui l’environnent.
- J’ai, de mon côté, réussi à employer la tourbe à la préparation de la soude. L’usine de Montataire a fait, il y a quelques années, d’heureux essais de tôles à la tourbe. A la fabrique de porcelaines de Creil, la tourbe s’emploie avec avantage à la fusion des émaux et à la cuisson des porcelaines.
- Les plus beaux cristaux de Bohême s’obtiennent également au feu de tourbe.
- Dans la Baltique, une partie de la navigation à vapeur est alimentée par la tourbe.
- Des essais de tourbe faits sur une locomotive, à Épinal, en 1866, ont donné de bons résultats ; la tourbe se’comportait comme du coke de deuxième qualité.
- Dans plusieurs parties de l’Allemagne et de la Russie, le chauffage domestique des classes aisées se fait à la tourbe ; celle-ci, convenablement travaillée, est tout à fait exempte d’odeur.
- Dans d’autres régions allemandes, on est arrivé à en faire non-seulement du coke, mais du gaz d’éclairage, à en extraire avantageusement l’ammoniaque, les huilés, la paraffine, l’esprit de bois, l’acide acétique, etc.
- Aux environs de Marseille, à Pont-Sainte-Maxence et à Pantin, le poussier de tourbe, qui renferme environ 2 pour 100 d’azote, entre pour moitié dans un engrais artificiel.
- On le voit, dans bien des contrées la science du tourbier a depuis longtemps franchi cette période d’enfance, d’ignorance et d’hésitation où nous paraissons encore rester stationnaires dans notre contrée, et cependant l’analyse nous montre que nos tourbes peuvent rivaliser avec toutes celles dont on fait merveille ailleurs.
- Si donc, en Picardie, la tourbe reste toujours le grossier combustible de nos cabanes, c’est peut-être bien parce que nous ne nous donnons pas la peine d’essayer d’en faire la fortune de nos usines.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- I<es agglomérés en Amérique. — On sait que depuis longtemps la houille menue a trouvé son emploi et qu’on en fait un combustible très-estimé, en l’agglomérant au moyen du brai sous forme de briquettes. L’industrie des agglomérés est très-importante en France, , où elle a pris naissance, ainsi qu’en Belgique, et l’Angleterre a commencé, depuis quelques années, à en fabriquer également. En Amérique, où les gisements houillers sont d’une richesse extraordinaire, on ne s’est jamais préoc-
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- * pour l’industrie nationale.
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- cupé, jusqu’ici, des menus; on les a laissés s’accumuler en quantités si considérables, que dans certaines régions, comme en Pensylvanie par exemple, ils forment, en quelque sorte, des montagnes occupant une étendue de pays déjà considérable. On a bien tenté, à diverses reprises, d’utiliser, comme en France, ces masses de combustible improductif, mais l’industrie des agglomérés, mal étudiée, n’avait conduit qu’à des essais infructueux, lorsqu’en 1868 un Français, M. Émile Loiseau, a repris la question et a fini par la résoudre dans des conditions de réussite dont on aura une idée par les détails suivants que nous empruntons à un journal de New-York.
- M. Loiseau, dit ce journal, a non-seulement résolu d’une manière remarquable le problème de la fabrication expéditive et à bon marché des agglomérés, mais encore, au point de vue industriel et financier, il est parvenu à organiser une compagnie placée sous le patronage des plus grands noms et des plus grandes fortunes de la région des mines. Cette compagnie, qui porte le nom de •Loiseau pressed fuel company et qui est fondée au capital de 1 million de dollars (un peu plus de 5 millions de francs), embrasse l’èxploitation des sept États de New-York, Pensylvanie, New-Jersey, Ohio, Maryland, Virginie et Virginie occidentale, et compte parmi ses actionnaires les présidents, directeurs et ingénieurs des plus grandes compagnies de mines et de chemins de fer de cette région.
- La première usine se construit à Port-Richmond, Philadelphie, où le terrain concédé par la Philadelphia and Reading coal and Iron company sera occupé par les bâtiments, les machines, les charbons menus et les agglomérés fabriqués. La Société a à sa disposition, par contrat, pendant cinq ans, tous les menus provenant des exploitations de cette compagnie et, pendant dix ans, tous ceux que produisent les mines de la Lehigh and Wilkesbarre coal company.
- La machine inventée par M. Loiseau (le journal n’en donne pas la description) est une presse qui fabrique par jour 110 tonnes de briquettes ou galettes, pesant chacune 1/7 de livre américaine. Les résultats avantageux de cette machine ont été rapidement connus en Angleterre, où l’inventeur a vendu, dit-on, son brevet 60 000 dollars (plus de 300 000 francs) avec une prime additionnelle de 1 shelling (lf,25) par tonne fabriquée, et sous condition d’un minimum de fabrication de 100 000 tonnes pour la première année.
- (.Extrait du Courrier des États-Unis.)
- Sur les écumes de défécation et leur danger près des fabriques, par M. Eag. Perrot. — Les écumes, après quelque temps de séjour à l’air, donnent naissance à une végétation rouge orangé, classée parmi les algues par M. de Vicq, botaniste, à Abbeville. Ce végétal est non-seulement le résultat d’un phénomène de fermentation, mais encore un véritable ferment, dont la naissance coïncide avec l’odeur repoussante que dégagent les tas de défécations.
- Ce ferment agit sur les jus sucrés d’une façon très-remarquable et dont le résultat
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- final est la transformation du sucre en mannite, ainsi que M. Perrot l’a constaté, sans pouvoir cependant décrire encore exactement la série des réactions qui prennent naissance. Mais cette action, pourtant, ne semble avoir lieu qu’autant que les jus sont alcalins ; fait d’autant plus important, que c’est là le cas habituel dans l’extraction du sucre de la betterave. Lorsque les jus sont acides, ils résistent, au contraire, à ce ferment.
- Si l’on prend du jus à la sortie des filtres à noir, jus qui titre, en moyenne, de 2 à 3 dix-millièmes d’alcalis, et qu’on y ajoute quelques fragments du ferment en question, le liquide ne tarde pas, la température étant favorable, à présenter tous les signes qui annoncent une fermentation, laquelle est complète au bout de huit à dix jours. La matière évaporée lentement sur l’acide sulfurique, puis reprise par l’alcool, celui-ci évaporé de nouveau, laisse déposer des cristaux présentant tous les caractères physiques et chimiques de la mannite. .
- Si, au contraire, le jus est préalablement acidulé, l’on ne constate aucun phénomène de fermentation, car son titre saccharimétrique ne change pas, en tenant compte, bien entendu, de la petite quantité de sucre interverti qui se forme et qui est due à l’action de l’acide.
- Que l’on prenne des solutions de sucre pur, solutions alcalines ou acides, les faits restent les mêmes, c’est-à-dire que les solutions alcalines fermentent, tandis que les solutions acides restent indifférentes.
- Le ferment n’est donc pas dans le jus de betterave, mais il est bien réellement dû aux végétations qui viennent sur les défécations. En effet, l’air, en passant à la surface de ces dépôts, entraîne bien certainement des spores qui peuvent entrer près des bacs à jus, où elles trouvent un milieu favorable à leur développement. Or tous ceux qui connaissent les phénomènes de fermentation savent avec quelle rapidité un ferment se développe et avec quelle rapidité il agit souvent.
- Ces expériences, d’une extrême délicatesse, sont basées sur des observations faites par M. Perrot dans plusieurs usines où il a eu l’occasion de constater une partie des accidents causés par ce nouveau ferment ; aussi conseille-t-il par] prudence d’éloigner, autant que possible, les écumes de défécation.
- {Journal des fabricants de sucre.)
- PARIS. — IMPRIMERIE ni MADAME VEUVE BO IC R A RD-II l Z A F. D , RUE DF. l’ÉPEROX, 5.
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- 94e année.
- Troisième série, tome II.
- Février 1895.
- BULLETIN
- DE
- ü SOCIETE D’ENCODBAGEIHENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- LISTE DES MEMBRES TITULAIRES, DES ADJOINTS ET DES MEMBRES HONORAIRES, ARRÊTÉE DANS LA SEANCE DES ÉLECTIONS DU 24 DÉCEMBRE 1874.
- Bureau.
- Année
- SSA Président.
- 1829. — Dumas (G. G. ^), secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 69.
- 1833. — Le baron A. Séguier (O. ^), de l’Académie des sciences, etc., rue du Regard, 5.
- 1844. — Balard (G. de l’Académie des sciences, rue d’Assas, 100.
- 1847. — 1846. —
- Baude (Alph.) (O. $0, inspecteur général des ponts et chaussées, rue Royale-Saint-Honoré, 13.
- Le baron Thénard (P.) de l’Académie des sciences, place Saint-Sul-pice, 6.
- Secrétaires.
- 1836. — Peligot (E.) (O. I&), de l’Académie des sciences, vérificateur des essais à la Monnaie, quai Conti, 11.
- 1850. — Laboulaye (Gh.) {%), ancien élève de l’École polytechnique, rue Madame, 40.
- Tome II. — 74e année. 3e série. — Février 1875.
- 8
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- 58
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- Année de rentrée au Conseil.
- 1868. —
- <840. —
- <866. —
- <842. —
- <849. — <864. —
- 1867. —
- <867. — <871. —
- 1872. —
- 1873. — 1875. —
- 1847. —
- 1847. —
- 1853. — 1851. —
- 1855. —
- 1859. — 1869. —
- Trésorier.
- Goupil de Préfeln, rue Taitbout, 34.
- Censeurs.
- Becquerel (E.) (O. ^), de l’Académie des sciences, professeur au Conserva ^ toire des arts et métiers, rue Cuvier, 57.
- Legentil (A.L.) (^), membre du Comité consultatif des arts et manufactures, rue de Paradis-Poissonnière, 51.
- Commission des fonds.
- Membres titulaires.
- Le comte B. de Mony-Colchen (-$£), conseiller à la Cour des comptes, rue de Lille, 70.
- Le baron E. de Ladoucette (O. ^), rue Saint-Lazare, 58.
- Legrand, négociant, secrétaire de la Société des amis des sciences, rue Bergère, 26.
- Devinck (C. %), manufacturier,ancien président du Tribunal de commerce, rue Saint-Honoré, 175.
- Calon (Paul) (•>$£), consul du Danemark, rue d’Hauteville, 53.
- Le marquis de Turenne (•$£), rue de Berri-du-Roule, 26.
- Michal (C. -^t), inspecteur général des ponts et chaussées, rue du Regard, 5.
- Mengin-Lecreulx (G. O. général de division, rue de Vaugirard, 58.
- Le vicomte de Grouchy (O. ^), ancien préfet, rue Miroménil, 21.
- Comité des arts mécaniques.
- Membres titulaires.
- Baude (Alph.) (O. -J^), inspecteur général des ponts et chaussées, rue Royale-Saint-Honoré, 13.
- Alcan (^t), ingénieur, professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue du Faubourg-Poissonnière, 98.
- Dumérv, ingénieur-mécanicien, boulevard de Batignolles,24.
- Callon (O. •$£), inspecteur général, professeur à l’École des mines, rue de l’Odéon, 9.
- Tresca (O. Ijfc), de l’Académie des sciences, sous-directeur du Conservatoire des arts et métiers, rue Saint-Martin, 292.
- Cave aîné (^), ingénieur-mécanicien, rue de Chabrol, 69.
- Farcot père (^), ingénieur-mécanicien, à Saint-Ouen (Seine); à Paris, rue Fontaine-Saint-Georges, 34.
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- POUR L'INDUSTRIE NATIONALE. — FEVRIER i875-
- 59
- Année de lTentrèe au Conseil*
- 4866. —
- 4867. —
- 4867. — 4869. — 4872. —
- 4834. —
- 4846. —
- 4847. —
- 1868. — 4851. —
- 1851. —
- 1851. — 4869. —
- 4869. —
- 4869. —
- 4869. — 1872. —
- 1872. —
- 4856. —
- Bregüet (^t), membre du Bureau des longitudes, quai de l’Horloge, 39.
- Lecoeuvre (ijfc), ingénieur civil, professeur à l’École centrale des arts et manufactures, rue de Turenne, 111.
- Membres adjoints.
- De la Poix de Fréminville (O. ingénieur de la Marine, rue do Beaune, 6.
- Haton de la Goüpillière (^), professeur à l’École des mines, rue Garan-cière, 8.
- Pihet (A. E.), ingénieur-mécanicien, rue Neuve-Popincourt, 8.
- Comité des arts chimiques.
- , Membres titulaires.
- Chevallier (O. >&), de l’Académie de médecine, professeur à l’École de pharmacie, rue du Faubourg-Saint-Denis, 188.
- Le baron Thénard (P.) (ijfc), de l’Académie des sciences, place Saint-Sulpice, 6.
- Leblanc (Félix) (•>}£), professeur à l’École centrale des arts et manufactures, rue de la Vieille-Estrapade, 9.
- Debray (^), essayeur au Bureau de garantie, rue d’Assas, 76.
- Barral (O. ^ ), secrétaire perpétuel de la Société centrale d’agriculture de France, rue de Rennes, 66.
- Salvetat (1$£), chef des travaux chimiques à la Manufacture nationale de porcelaines, à Sèvres (Seine-et-Oise).
- Jacquelain, licencié ès sciences physiques, rue de Vaugirard, 34.
- Gobley (^), membre de l’Académie de médecine, rue de Grenelle-Saint-Germain, 34.
- Lamy professeur à l’École centrale des arts et manufactures, boulevard Saint-Michel, 77.
- Cloez (^}, examinateur à l’École polytechnique, rue Linné, 7.
- Membres adjoints.
- Bouis (I$£), essayeur à la Monnaie, quai Conti, 11.
- Troost (^f), maître de conférence à l’École normale supérieure, rue Bonaparte, 84.
- Gruner (O. 1^), inspecteur général des mines, rue d’Assas, 90.
- Comité des arts économiques.
- Membres titulaires.
- Lissajous (^), recteur de l’Académie, à Chambéry.
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- 60
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- Année de Tentrée au Conseil*
- 1856. —
- 1861. —
- 1861. —
- 1862. — 1862. —
- 1866. — 1866. —
- 1869. — 1869. — 1869. —
- 1828. —
- 1846. —
- 1849. —
- 1851. —
- 1856. —
- 1856. —
- 1864. — 1864. —
- 1866. —
- Le comte du Moncel (Th.) (O. ^), ingénieur-électricien de l’Administration des lignes télégraphiques, rue de Hambourg, 7, et à Lebisey (Calvados).
- Le Roux (^), répétiteur de physique à l’École polytechnique, rue de Braque, 4.
- Jamin (O. J&), de l’Académie des sciences, professeur de physique à la Faculté des sciences, rue Soufflot, 24.
- Peligot (Henri), ingénieur, rue Saint-Lazare, 43.
- De Luynes (Victor) (^), professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue de Vaugirard, 61.
- Bouilhet (Henri) (Jjfc), manufacturier, rue de Bondy, 56.
- Wolff ($0, manufacturier, rue Rochechouart, 22.
- Membres adjoints.
- Pàliard (•$£), architecte en chef de la Préfecture de police, avenue de l’Empereur, 180.
- De la Gournerie (O. professeur au Conservatoire des arts et métiers, boulevard Saint-Michel, 75.
- Homberg (O. inspecteur général des ponts et chaussées en retraite, rue Notre-Dame-des-Champs, 115.
- Comité d’agriculture.
- Membres titulaires.
- Huzard (O. ^), de la Société centrale d’agriculture de France, de l’Académie de médecine et du Conseil de salubrité, rue de l’Éperon, 5.
- Moll (O. J^), professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue des Marais-Saint-Martin, 32.
- Brongniart (A.) (C. Jjfc), de l’Académie des sciences, professeur au Muséum d’histoire naturelle, rue Cuvier, 57.
- Dailly (Ad.) (O. de la Société centrale d’agriculture de France, rue Pigalle, 69.
- Mangon (Hervé) (O. ^), de l’Académie des sciences, ingénieur en chef des ponts et chaussées, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 69.
- Bourgeois (-$£), membre de la Société centrale d’agriculture de France, au Perray, près Rambouillet (Seine-et-Oise).
- Boitel (O. J^t), inspecteur général de l’agriculture, rue Madame, 34.
- Chatin (%£), de l’Académie de médecine, directeur de l’École de pharmacie, rue de Rennes, 129.
- Bella (F.) (O. $0, membre de la Société centrale d’agriculture de France,
- boulevard de Courcelles, 3.
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- pour l’industrie nationale.
- FÉVRIER 1875.
- 61
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1866. — 1866. —
- 1869. — 1869. —
- 1856. —
- 1858. —
- 1864. — 1868. —
- 1869. — 1869. —
- 1866. — 1878. — 1873. —
- 1830. — 1840. — 1844. — 1844. —
- 1846. —
- 1855. —
- 1860. — 1862. — 1864. —
- Membres adjoints.
- Tisserand (O. ^), inspecteur général de l’agriculture, rue du Cirque, 17. Heuzé ( Jjfc), inspecteur général de l’agriculture, rue Berthier, 27, à Versailles (Seine-et-Oise).
- Porlier (^), sous-directeur au Ministère de l’agriculture et du commerce, rue de Rennes,. 129.
- Hardy (j$£), directeur du Potager du château de Versailles, à Versailles (Seine-et-Oise).
- Comité de commerce.
- Block (Maurice) (^), membre de plusieurs académies, rue de l’Assomption, 63, à Auteuil (16e arr.).
- Rondot (Natalis) (O. délégué de la Chambre de commerce de Lyon, rue du Conservatoire, 11.
- Lavollée (Ch.) (-$£), grande rue de Passy, 76.
- Woloavski (O. Jjfc), de l’Académie des sciences morales et politiques membre de l’Assemblée nationale, rue de Clichy, 49.
- Christofle (Paul), manufacturier, rue de Bondy, 56.
- Roy (Gustave) (l^), membre du Comité consultatif des arts et manufactures, rue des Jeûneurs, 40.
- Say (Léon) (-$£), membre de l’Assemblée nationale, rue de Labruyère, 45.
- Le vicomte de Charannes (G. O. ^), vice-amiral, rue Pasquier, 24.
- Magnier (E.) (^), négociant, rue de Châteaudun, 2.
- MEMBRES HONORAIRES.
- Bussy (O. ^), de l’Académie des sciences, place Saint-Michel, 3.
- Calla (^), ingénieur-mécanicien, rue des Marronniers, 8, à Passy.
- Cahours (O. -3$£), de l’Académie des sciences, quai Conti, 11.
- Gaulthier de Rumilly (^), membre de l’Assemblée nationale, à Fleury, près d’Amiens (Somme).
- Fêray (E.) (O. ^), manufacturier, ancien membre du Conseil général des manufactures, à Essonne (Seine-et-Oise).
- Phillips (^), de l’Académie des sciences, ingénieur des mines, rue de Marignan, 27.
- Molinos (Léon) (^), ingénieur-architecte, rue de Châteaudun, 2.
- Lorin, propriétaire, boulevard Haussmann, 120.
- Blanchet (j$£), ancien élève de l’École polytechnique, rue d’Hauteville, 26.
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- m,SÊS:
- v _ * i t **
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- SOCIÉTÉ DENCOURAGEMENT
- ARTS CHIMIQUES.
- Sur la reproduction, par les méthodes chimiques, des espèces organiques
- UTILES NATURELLES, PAR M. DE LüYNES,
- Membre du Conseil (1).
- « La notice qui se trouve en tête du programme des prix et médailles mis au concours rappelle le but que poursuit la Société d’encouragement pour l’industrie nationale.
- « Ce but, dont M. Dumas démontrait, dans notre dernière séance, l’incontestable utilité, c’est l’alliance de la théorie et de la pratique.
- « Pour y parvenir, la Société signale les besoins les plus urgents de l’industrie, les découvertes les plus utiles à faire; dans ce dessein, elle se sert de la publicité de son Bulletin et de ses séances ; et, comme encouragement, des prix et médailles qu’elle décerne à ceux qui ont répondu à son appel et qu’elle signale ainsi à la reconnaissance publique.
- « Le choix des prix, » a dit notre illustre Président, « est déterminé par « le sentiment des forces de la science autant que par les besoins de l’in-« dustrie. Quelques sujets sembleront hardis, mais le Conseil compte sur « l’avenir pour justifier ses prévisions et ses espérances. »
- « Ces paroles s’appliquent aux parties du programme relatives à la découverte de procédés capables de fournir, par des transformations chimiques quelconques, des espèces organiques utiles, telles que la quinine, le sucre de canne, etc.
- « Il peut paraître étrange, en effet, aux personnes qui ne suivent pas jour par jour les progrès de la chimie, qu’on vienne leur parler de fabriquer du sucre sans le secours de la canne ou de la betterave, ou de préparer la quinine sans être obligé de l’extraire de l’écorce du quinquina.
- « Cependant rien n’est plus sensé ; et c’est pour vous exposer les raisons puissantes qui ont guidé le Conseil dans la rédaction de cette partie du programme de ses prix, que je vous demande la permission d’appeler votre attention sur les méthodes actuelles de la chimie, sur les résultats qu’elle a obtenus dans ces dernières années, sur ceux dont elle est en droit d’espérer la réalisation dans l’avenir.
- (1) Lu dans la séance du 24 décembre 1874.
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- POUR l’industrie NATIONALE. -- FÉVRIER 1875 . 63
- « La plus grande difficulté que le chimiste rencontre dans l’accomplissement de sa tâche, c’est qu’il ne voit pas les matériaux qu’il met en œuvre; car ces matériaux, ce sont les atomes des corps, c’est-à-dire ces particules si ténues, si petites qu’elles échappent aux moyens les plus puissants d’observation.
- « Les corps sont constitués par la réunion d’un nombre infiniment grand de ces atomes de même nature ou de nature différente; et c’est en changeant l’arrangement de ces atomes que le chimiste peut modifier les corps et obtenir des composés nouveaux.
- « Parmi toutes ces modifications auxquelles la science a recours, nous choisirons comme exemple la plus importante.
- « Imaginez, Messieurs, une maison construite tout en briques et en bois; on pourra remplacer une partie des briques par de la pierre, une autre par du marbre; on pourra substituer le fer au bois; et par ces substitutions, faites d’une manière rationnelle, on modifiera les propriétés de la construction comme solidité, comme ornementation, tout en lui conservant ses dimensions et ses caractères primitifs.
- « Eh bien ! Messieurs, les corps se présentent comme des édifices dont les atomes sont les matériaux ; et c’est en enlevant certains atomes à ces édifices, et leur substituant des atomes de nature différente, ou même ces groupes d’atomes tout formés à l’avance, et qu’on appelle des radicaux, que le chimiste parvient à modifier leurs propriétés et à obtenir un nombre de corps nouveaux, d’autant plus considérable que le nombre de substitutions qu’il peut effectuer est plus grand.
- « Mais ces substitutions ne se font pas au hasard ; et un corps quelconque ne peut pas se substituer à un autre. Le chimiste est alors guidé dans son travail par des lois dont l’ensemble constitue une des plus belles théories de la chimie, la théorie des substitutions.
- « Pour faire comprendre la fécondité des résultats auxquels a conduit la théorie des substitutions, nous prendrons comme exemple un corps bien connu, l’ammoniaque, et nous ferons voir la série de composés nouveaux que les substitutions ont permis d’en dériver.
- « L’ammoniaque ou alcali volatil est considéré par les chimistes comme un édifice construit avec des atomes d’hydrogène et d’azote.
- « À ces atomes d’hydrogène, M. Wurtz a d’abord substitué les radicaux alcooliques, et il a obtenu ainsi une série nombreuse de corps nouveaux qu’il a décrits sous le nom d’ammoniaques composées. Plus tard, on a substitué d’autres radicaux, notamment ceux qui se trouvent dans les produits
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- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- du goudron de houille et, comme le nombre en 'est très-grand, on prépara de cette façon, par voie de substitution, une série très-considérable de corps nouveaux, qui offrent cela de remarquable qu’ils sont tous basiques, comme l’ammoniaque qui a servi de point de départ.
- « Parmi ces alcalis artificiels, comme on les nomme, considérons ceux qu’on dérive du goudron de houille, l’aniline, la toluidine et leurs homologues. Ces corps sont caractérisés par la facilité avec laquelle ils se transforment en matières colorantes.
- « La découverte du rouge d’aniline, par Verguin, à Lyon, a produit une émotion trop vive et trop générale pour qu’il soit nécessaire de la rappeler. Mais ce que je signale à votre attention, c’est le rôle que la théorie des substitutions a joué dans cette production de couleurs dérivées du goudron de houille, qui forment une des plus étonnantes séries dont la chimie se soit enrichie depuis vingt ans.
- « Le rouge d’aniline est une base qui renferme aussi de l’hydrogène; à cet hydrogène on a substitué des radicaux, l’éthyle, le méthyle, le phényle, etc., et on a préparé ainsi de nouvelles matières colorantes, mais qui, au lieu d’être rouges, étaient violettes, bleues, vertes, jaunes, etc. Si l’on observe maintenant que le nombre des radicaux organiques dont dispose le chimiste est très-grand; que la substitution de chacun de ces radicaux donne des bases parmi lesquelles un grand nombre sont susceptibles d’engendrer des matières colorantes ; que chaque matière colorante peut, à son tour, engendrer par substitution une série de couleurs différant de nuances et de tons, on pourra se faire une idée du développement qu’a pris la fabrication de ces couleurs, dont la production actuelle dépasse 70 000 000 de francs par an.
- « Ainsi, l’on constate que les substitutions opérées dans l’ammoniaque donnent des corps nouveaux, mais tous basiques ; on constate que le rouge d’aniline est une base colorée, qui donne, par substitution, des bases colorées ; on en conclut que chacune de ces bases colorées pourra devenir, à son tour, la source d’autres produits colorants; et c’est sur ces indications de la science que naît et se développe celte grande industrie des couleurs dérivées du goudron de houille.
- « Il ne fut jamais, Messieurs, une plus belle occasion de constater les résultats féconds de l’union de la théorie et de la pratique. Dans cette longue série de travaux, chaque découverte industrielle offre un aliment nouveau aux recherches de laboratoire ; chaque travail théorique est suivi d’un nouveau résultat industriel; marchant côte à côte, la science et l’appli-
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- POUR l’industrie NATIONALE. ----- FÉVRIER 1875 . 65
- cation restent si étroitement unies qu’il serait difficile de dire, en cette circonstance, laquelle a le plus donné, laquelle a le plus reçu. La matière première, l’aniline, manquait alors, et Bechamp, de Montpellier, dote l’industrie d’un procédé qui, encore aujourd’hui, la fournit en abondance dans tous les pays. L’industrie demande de la méthylaniline, et les réactions en vases clos de Berthelot permettent immédiatement d’alimenter, sans relâche, la fabrication du violet tel qu’il s’obtient dans l’usine de M. Poirrier, à qui revient l’honneur d’avoir su conserver, aux portes de Paris, cette industrie des couleurs qui, pour une très-grande part, est d’origine française. Je ne puis pas vous dire tous les noms qui s’y rattachent : Yerguin, Girard et de Laire, Charles Lauth, en France; Hofmann, Perkins, en Angleterre, et tant d’autres encore. Il y a cependant un nom qu’il ne m’est pas possible de passer sous silence. Je viens de vous dire la voie que le chimiste suit dans ses travaux, et la fécondité des résultats qu’il obtient quand sa pratique est éclairée par la théorie. Cette théorie des substitutions que j’ai citée d’abord, cette théorie des substitutions qui domine la science tout entière et qui a servi à créer la chimie organique, cette théorie est une découverte toute française, qui date du 13 janvier 1834. Elle est due à M. Dumas, l’illustre Président de notre Société.
- « Mais le chimiste ne s’est pas arrêté là ; non content de modifier l'arrange-ment des corps de manière à en produire de nouveaux, il a cherché à construire de toutes pièces des produits semblables à ceux que nous fournit la nature. Pour y parvenir, il a d’abord soumis à l’analyse les corps qu’il voulait reproduire ; il les a démolis, si vous voulez bien me permettre cette expression, pour en examiner les matériaux, en reconnaître les propriétés et l’arrangement, et tenter de les replacer dans l’ordre ou la nature les lui présentait. Il a fait, en un mot, l’analyse chimique de ces corps en vue de les reconstituer plus tard par la synthèse. Je choisirai deux exemples pour vous montrer l’importance des résultats obtenus, et vous faire comprendre les es- ‘ pérances qu’ils font naître pour l’avenir.
- « Parmi les matières tinctoriales naturelles, il en est une, précieuse entre toutes par la variété et la vivacité des nuances qu’elle fournit avec les différents mordants, non moins que par sa solidité. C’est la garance, dont la racine renferme les produits colorants que tous les chimistes connaissent. Le plus important de ces produits, l’alizarine, a été isolé par des chimistes français, Robiquet et Colin. Ses propriétés remarquables ont attiré depuis longtemps l’attention des chimistes, et bien des tentatives, suivies de bien des
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- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- illusions déçues, ont été faites pour reproduire le précieux pigment. C’estque ces recherches n’étaient pas éclairées par l’analyse. MM. Graebe et Lieber-mann ont pris l’alizarine naturelle, l’ont chauffée avec de la poudre de zinc, et ont obtenu, comme résultat de l’analyse, un corps blanc, composé de carbone et d’hydrogène, l’anthracène. Ils en ont conclu que l’anthracène était le point d’ou il fallait partir pour reproduire l’alizarine. Et, en effet, la théorie leur indiqua qu’il suffisait de fixer sur l’anthracène une quantité convenable d’oxygène, en enlevant une portion de l’hydrogène, pour arriver au résultat si désiré. Mais ce nouvel arrangement d’atomes ne pouvait s’opérer que par le secours des opérations les plus délicates et les plus élevées de la science. En effet, pour introduire cet oxygène, il faut d’abord brûler une partie de l’hydrogène, ce qui permet de fixer une première dose d’oxygène. Il faut, ensuite, ajouter le reste de l’oxygène. Mais ce résultat ne peut pas être atteint directement. On introduit d’abord de l’acide sulfurique, qui prépare la place que vient prendre ensuite l’oxygène nécessaire à la construction totale de l’édifice. Vous le voyez, Messieurs, les substitutions se font ici par une voie détournée, compliquée, mais qui n’en est pas moins sûre; et c’est ainsi que de l’anthracène il a été possible de remonter à l’alizarine et d’obtenir, par cette synthèse, ce produit précieux que, jusqu’alors, on avait toujours été obligé d’extraire de la racine de la garance.
- « Pour que cette découverte devînt industrielle, il fallait avoir à sa disposition la matière première, c’est-à-dire l’anthracène. Mais l’anthracène n’était pas un nouveau venu parmi nous. M. Dumas l’avait signalé, avec Laurent, en 1832, dans les produits de distillation du goudron de houille. On sut donc immédiatement à quelle porte il fallait frapper. Le résidu du goudron , ce brai jusqu’alors sans usage, devint la mine précieuse d’où l’on extrait l’anthracène. Cette fabrication, opérée aujourd’hui par tonnes, donne aux fabricants l’anthracène nécessaire à la production annuelle de plusieurs milliers de kilogrammes d’alizarine artificielle, et les champs consacrés à la culture de la garance seront peut-être bientôt destinés, en partie, à d’autres usages devant la concurrence que la chimie a créée au produit naturel de la plante.
- « Mais, si la chimie se pose, ici, en rivale redoutable, d’autres fois elle intervient en auxiliaire utile.
- « Vous connaissez tous, Messieurs, smon de vue, au moins de goût, ce précieux arôme que les Mexicains savent préparer au moyen du fruit du vanillier. Ces gousses de vanille, dont le prix augmente sans cesse, deviennent
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- POUR l’industrie NATIONALE. — FÉVRIER 1875.
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- assez rares pour que les industries qui l’emploient s’en inquiètent. Elles doivent leur propriété à une essence solide, la vanilline, qni est blanche, cristalline et qui forme, à la surface des gousses de premier choix, des exsudations qui leur ont fait donner le nom de vanille givrée. Eh bien, MM. Tie-mann et Haarmann sont arrivés à reproduire la vanilline sans avoir recours à la vanille. Faites une incision dans la tige du pin, recueillez le suc qui s’écoule; ce suc renferme un principe, la coniférine, qui, chauffée avec du bichromate de potasse et de l’acide sulfurique, vous donnera la vanilline. Le suc d’un arbre de moyenne taille fournit une quantité de Ya-nilline dont la valeur actuelle est d’une centaine de francs, et le bois n’est pas endommagé par l’extraction du suc. Et, le IL septembre dernier, Hof-mann annonçait à l’Académie des sciences qu’une industrie, déjà assez florissante, était fondée sur cette découverte.
- « Vous le voyez, Messieurs, ce n’est pas une chimère ; on n’a plus besoin de la garance pour obtenir l’alizarine ; on peut se procurer de la vanilline sans le secours du vanillier.
- « Vous lirez, dans nos programmes de prix, qu’il n’y a pas de limites à ces créations, ou plutôt à ces nouveaux arrangements, et qu’aux yeux de la théorie il n’y a pas de différence entre la production de l’urée et celle de l’indigo et de la quinine, entre celle de l’essence d’amandes amères et celle de l’alizarine, entre celle de l’acide formique et de l’alcool et celle du sucre de canne.
- « La Société a donc été bien inspirée en inscrivant ces problèmes parmi les questions mises au concours. Elle vous demande, en propageant ces idées, d’aider à leur réalisation. En remplissant cette tâche, vous vous montrerez, Messieurs, les dignes membres de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale. »
- BEAUX-ARTS APPLIQUÉS A L’INDUSTRIE.
- Rapport sur les progrès réalisés dans la fabrication des tapisseries et tapis des Manufactures des Gobelins et de Beauvais, par M. S. Cloez.
- « Messieurs, parmi les objets artistiques exposés, cette année, au Palais de 1 Industrie, on a admiré, à juste titre, les tapisseries et tapis des manufactures des Gobelins et de Beauvais. Ce sont des œuvres magnifiques, parfaites
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- dans leur exécution, et supérieures à tous les tissus du même genre les plus beaux et les plus recherchés.
- « Quand on connaît le mode de fabrication de ces riches tentures et la nature des matériaux qui en sont la base, on éprouve un sentiment d’admiration pour le talent des artistes modestes capables de traduire et de rendre aussi fidèlement les plus beaux modèles de la peinture.
- « Ce degré de perfection des tapisseries modernes est arrivé lentement, progressivement; c’est le fruit du travail accumulé de plusieurs générations d’artistes ; mais c’est depuis un siècle surtout que le progrès a été le plus grand, le plus rapide, et parmi les causes diverses qui ont amené ce résultat, il faut signaler en première ligne l’influence de l’élément scientifique.
- « La fabrication des tapisseries et tapis paraît être originaire de l’Orient, elle a été introduite en France à une époque reculée, antérieure au xe siècle; confinée d’abord dans les cloîtres, elle a fourni des tentures qui ont servi à orner les églises. On cite, vers 985, les religieux de l’abbaye de Saint-Florent de Saumur, comme fabriquant eux-mêmes des tapisseries et diverses sortes d’étoffes. Il existait à Poitiers, en 1025, une manufacture de tapisseries et de tapis dont le tissu présentait des figures d’animaux, des figures de rois et d’empereurs, et des sujets tirés de l’histoire sainte. Cette industrie se développa rapidement dans plusieurs parties de l’Europe, principalement dans la Flandre; les villes de Beauvais, d’Àubusson, d’Arras, de Reims, de Fel-letin, de Tours, etc., la virent aussi de bonne heure se naturaliser chez elles.
- « Les plus anciens fabricants de tapisseries se trouvent désignés dans les registres des métiers et marchandises de la ville de Paris sous le nom de Sarrazinois. Ils formaient au xne siècle une corporation qui jouissait de nombreux privilèges. Les tapissiers sarrazinois étaient exemptés, notamment et à titre gratuit, de faire le guet; ils ne devaient rien au roi de ce qu’ils achetaient et vendaient de leur métier, et ils pouvaient teindre eux-mêmes les fils de laine et de soie employés concurremment avec les fils d'or et d’argent dans leur fabrication. Ces privilèges avaient alors une assez grande importance, ils se justifient par les conditions exceptionnelles de l’art du tapissier; art difficile et long à apprendre, dont F exercice occasionne des frais considérables, tant pour l’achat des matières que pour leur mise en œuvre.
- « À une époque plus rapprochée de nous, les successeurs de saint Louis, François Ier, Henri 1Y, Louis XIII et Louis XIV, ont encouragé cet art par de plus grandes faveurs encore; le plus souvent par des subventions en
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- argent, et quelquefois aussi par l’anoblissement des plus habiles maîtres tapissiers de leur temps.
- « Nous savons que, de nos jours, la fabrication des belles tapisseries ne pourrait pas se faire économiquement par l’industrie privée, et qu’elle est complètement à la charge du budget de l’État.
- « Les tapissiers sarrazinois paraissent avoir été surtout d’habiles brodeurs; on ignore comment ils mettaient en œuvre la soie, l’or et l’argent; on est certain seulement qu’ils ne travaillaient pas en haute lisse, et qu’ils eurent à se plaindre de la concurrence d’autres ouvriers dits haute-lissiers, établis longtemps après eux à Paris; pour terminer leurs différends, on fut obligé, au commencement du xive siècle (en 1302), de les réunir en un corps à part, qui dura jusqu’en 1625, et qui forma depuis, avec d’autres communautés, n’ayant avec lui qu’une affinité très-éloignée, le corps des marchands-tapissiers de Paris, l’un des plus anciens et des plus nombreux de cette ville.
- « Avant François Ier, la fabrication des tapisseries était laissée tout entière à l’industrie privée, qui s’y livrait à l’abri de nombreux privilèges. En établissant à Fontainebleau une manufacture royale de tapis, François Ier donna à l’art du tapissier une grande impulsion ; les artistes les plus habiles, choisis en France et appelés de la Flandre, exécutèrent, d’après les dessins du Prima-tice et de plusieurs autres peintres, de magnifiques et riches tentures, remarquables par les rehauts d’or et d’argent introduits dans leur texture. François Ier ne borna pas d’ailleurs ses encouragements aux tapissiers royaux ; il augmenta encore l’activité de toutes les manufactures de tapisseries par de nombreuses commandes et par l’achat, aux fabriques de Paris et même de la Flandre, des plus belles tapisseries qu’on eût faites jusqu’alors.
- « Henri II conserva l’établissement de Fontainebleau, et il en confia la direction à Philibert Delorme, son architecte; il créa, en outre, à l’hôpital de la Trinité, une nouvelle fabrique de tapisserie qui parvint rapidement à une grande prospérité.
- « Le règne agité des successeurs de Henri II eut une influence funeste sur les manufactures royales comme sur l’industrie privée. Vers la fin du xvi8 siècle, après le rétablissement complet de la paix, Henri IV, voulant osier loysivité de parmi ses peuples pour embellir et enrichir son royaume, donna un nouvel essor à l’industrie et au commerce, en rétablissant et favorisant des usines de toutes sortes, pour la fabrication des meubles et ornements de ses palais; il fit venir des Pays-Bas, ou depuis longtemps les manufactures de tapisseries avaient atteint le plus haut degré de prospérité,
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- une colonie de tapissiers de haute lisse, auxquels il accorda les privilèges les plus étendus, et qu’il fit installer d’abord dans les bâtiments en ruine du palais des Tournelles, puis dans un hôtel du faubourg Saint-Germain.
- «On doit encore à Henri IV la création d’un atelier de tapis dits à la façon de Perse, de Turquie ou du Levant. Cet atelier, installé dans la galerie dn Louvre, fut le point de départ du célèbre établissement de la Savonnerie, fondé sous Louis XIII, par arrêt du Conseil royal du 17 avril 1627, au profit de Pierre du Pont et de Simon Lourdet.
- « Quant à la manufacture de tapisseries, façon de Flandre, dont le privilège avait été accordé par Henri IV à deux fabricants flamands, renommés entra tous, par leur habileté, Marc de Comans et François de la Planche, après avoir occupé divers lieux dans la ville de Paris, elle fut transférée, en 1630, dans la Maison des Gobelins, où elle est restée jusqu’à nos jours.
- « L’histoire de l’art de la tapisserie, depuis son origine en France jusque vers le milieu du xvne siècle, forme une%époque à part, très-intéressante sous le rapport de l’art. Le tapissier, livré à lui-même dans l’exécution de ses travaux, n’emploie que des procédés simples et expéditifs, qui impriment à ses productions un cachet propre, caractéristique, que l’on retrouve dans ce qui reste des tentures de cette époque, au garde-meuble, et dans divers •dépôts privés; un petit nombre de couleurs franches, fixées par le teinturier sur les fils de laine et de soie, lui suffisent pour reproduire tous les modèles, entre lesquels il n’établit aucune distinction sous le rapport du coloris; il n’en fait qu’une imitation libre et de pure convention; il n’imite donc pas la peinture, mais seulement le dessin. Il est lui-même le coloriste; sous sa palette, toutes les peintures se ressemblent ; celles de Raphaël et de Rubens, de Lucas de Leyde et de Nicolas Poussin, ont exactement la même valeur; elles se présentent sous un aspect uniforme, appelé autrefois coloris de tapisserie.
- « Le temps a sans doute contribué à cette uniformité des vieilles tapisseries, en affaiblissant ou en ternissant l’éclat des plus vives couleurs, mais il ne leur a pas donné l’harmonie qu’on observe dans les anciennes peintures prises pour modèles.
- « Les caractères propres de ce genre de tapisseries, qualités ou défauts, se sont modifiés peu à peu à partir de Louis XIV ; ils ont enfin disparu pour faire place à un art en quelque sorte nouveau, dû à l’influence des premiers peintres de l’École française, chargés de la direction des travaux de tapis-
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- sériés, en lieu et place des maîtres tapissiers, réduits alors au rôle secondaire d’entrepreneurs et de chefs d’atelier.
- « L’hôtel des Gobelins, occupé depuis 1630 par une manufacture de tapisseries façon de Flandre, dirigée par Charles de Comans, fut acquis en 1662 par ordre de Louis XIV, pour y établir une manufacture royale des meubles de la couronne, cette usine modèle, qui a été une véritable école industrielle et artistique, dont les produits, disséminés dans le monde entier, ont singulièrement contribué à l’illustration nationale.
- « Dans cette usine se trouvaient deux cent cinquante maîtres tapissiers, occupés à tisser les riches tentures d’après les dessins ou les tableaux de Lebrun ; il y avait des sculpteurs sur métaux, et des orfèvres pour fondre et ciseler le bronze; des ébénistes pour tourner, sculpter et dorer le bois des meubles; des lapidaires florentins, sous la direction de Megliorini, composaient des mosaïques précieuses, ornées d’oiseaux, de fleurs et de fruits, que l’on peut encore admirer au musée du Louvre.
- « Les travaux de tapisseries de haute et de basse lisse, exécutés dans les manufactures royales, sous la direction de Lebrun, de 1663 à 1690, sont considérables; ils comprennent dix-neuf tentures complètes, fabriquées en haute lisse, d’une surface totale de 5 918 mètres carrés, et trente-quatre tentures de tapisserie de basse lisse, d’une surface de 6 183 mètres carrés.
- « Parmi ces tentures, celle dite des mois, rehaussée d’or, exécutée d’après les dessins de Charles Lebrun, van der Meulen, et plusieurs autres peintres, était composée de douze pièces et huit entre-fenêtres, de 100 mètres de cours, sur Lm,20 de hauteur.
- « Elle avait coûté au roi la somme de 79 981 livres, soit en monnaie actuelle A99 686 francs, sans compter les frais généraux d’administration.
- « C’est de la direction de Lebrun que date la substitution définitive de la peinture aux anciens cartons de tapisseries. Les modèles nombreux qu’il composa lui-même, ou avec la collaboration d’autres peintres doîit la liste est très-longue, sont de vrais tableaux. Lebrun ne changea, d’ailleurs, rien aux conditions du travail ; il laissa le tapissier à ses gammes primitives, à son mode habituel de traduction, sous le rapport du coloris.
- « À la mort de Lebrun, en 1690, Mignard fut nommé directeur des manufactures royales. C’est de l’année suivante que date la création, aux Gobelins, d’une Académie de dessin d’après l’antique et le modèle vivant, dirigée par des membres de l’Académie de peinture et de sculpture, Tuby, Coisevox, Le Clerc et Verdier.
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- « Les travaux continuèrent avec ensemble et activité jusqu’en 1693; mais les revers qui frappèrent Louis XIY à la fin de son règne amenèrent la fermeture des ateliers.
- « Un certain nombre des ouvriers tapissiers s’engagea dans l’armée française, d’autres se rendirent en Flandre, leur pays natal; une partie enfin alla à Beauvais, ou elle fut employée, pendant quelques années, aux tapisseries que le sieur Behagle, directeur de la manufacture fondée dans cette ville en 1664, faisait pour le compte du roi et pour le commerce.
- « Après cette courte interruption des travaux, la seule que la manufacture ait éprouvée depuis sa fondation, la fabrication des tapisseries reprit une certaine activité ; mais la manufacture royale des meubles de la couronne perdit complètement son caractère d’une École d’arts et métiers de luxe; les peintres, les sculpteurs, les orfèvres et les mosaïstes disparurent peu à peu, et l’on se borna à copier des tableaux exécutés spécialement par divers peintres ou choisis à cause de leur sujet.
- « On fit ainsi un grand nombre de tentures sans destination spéciale, que le roi donnait à des souverains étrangers, ou à quelques-uns de ses sujets comme témoignage d’estime et de satisfaction.
- « On continua pendant le xviii* siècle à confier la fabrication des tapisseries à des entrepreneurs, sous la surveillance des directeurs, et l’inspection toute bénévole des peintres dont on reproduisait les ouvrages. Les ouvriers étaient toujours payés à la tâche, avec des gratifications arbitraires pour l’exécution des parties les plus difficiles, les têtes humaines et les carnations, par exemple; sous ce régime, les entrepreneurs et les ouvriers avaient un égal et puissant intérêt à fabriquer vite sans s’inquiéter de la perfection du travail ; de là des incorrections fréquentes de dessin et de coloris, des malfaçons plus ou moins apparentes, auxquelles les peintres préposés à l’inspection des ateliers ne pouvaient guère obvier.
- « Le petit nombre de pièces de tapisseries qui restent de cette époque attestent toutefois un progrès réel sur la période précédente ; mais l’imperfection des procédés de teinture et la combinaison trop simple des couleurs par hachures à une seule nuance, ne fournissant pas des conditions de durée suffisantes pour certaines couleurs, les plus belles pièces se trouvent depuis longtemps profondément altérées dans le coloris.
- « Cette action de l’air et du temps sur les couleurs peu solides avait été constatée bien avant notre siècle. Le comte d’Angiviller, directeur général des manufactures, pénétré de la nécessité de prévenir cette altération, intro-
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- duisit le premier l’élément scientifique aux Gobelins en 1783, en créant un emploi de chimiste inspecteur des travaux de teinture, emploi occupé d’abord par Cornette, puis confié à M. Darcet père, de 1787 à 1792.
- « A une époque antérieure, vers 1757, une amélioration féconde en résultats pratiques avait été apportée à la disposition des métiers de basse lisse par Soufflot, directeur des manufactures des Gobelins et de la Savonnerie, secondé par l’entrepreneur Neilson et par le célèbre mécanicien Yaucanson.
- « Un des plus graves inconvénients de ce métier, tel qu’il existait alors, consistait dans la difficulté de voir l’ouvrage à mesure qu’il se faisait ; la chaîne étant tendue horizontalement, sur un châssis fixe, l’ouvrier tapissier était obligé de passer sous le métier pour voir son œuvre. Le perfectionnement a consisté dans l’ajustement des rouleaux ou ensouples, qui servent à tendre la chaîne sur un châssis mobile autour d’un axe horizontal. Le métier, qui est horizontal aussi, dans sa position normale, pendant le travail du tapissier, peut être mis facilement et en très-peu de temps, en le faisant tourner sur son axe, dans la position verticale et, par conséquent, dans une situation propre à l’examen du travail, tout comme dans le métier de haute lisse.
- « Pendant la Révolution, après 1790, il fut question de supprimer, comme inutiles, les manufactures des Gobelins et de la Savonnerie, considérées comme établissements de luxe. On se demande par quelle heureuse circonstance ces précieux éléments de l’industrie nationale, fondés dans le principe pour empêcher l’importation des produits étrangers, et qui fournissent à l’industrie privée des exemples et des modèles, ont pu être conservés à la France et aux arts.
- « Beaucoup de chefs-d’œuvre du passé furent détruits à cette époque ; on brûla publiquement en grande cérémonie, au pied de l’arbre de la liberté, d’admirables tentures, sous le prétexte qu’elles portaient les emblèmes de la royauté.
- « Un jury des arts fut institué et nommé par le Comité de salut public, en 1794, pour examiner les modèles et les tableaux existant aux manufactures nationales des Gobelins et de la Savonnerie, déterminer ceux qui, à raison de leur perfection, méritent d’être conservés et exécutés par les artistes des manufactures, et exclure tous ceux qui présenteraient des emblèmes ou des sujets incompatibles avec les idées et les mœurs républicaines. Ce jury usa et abusa de son pouvoir en supprimant une douzaine de tapisseries en cours d’exécution, et en éliminant un grand nombre de tableaux ou modèles comme antirépublicains, fanatiques, ou immoraux.
- Tome IL — 74e année. 3e série. — Février 1875.
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- « Après cet immense holocauste aux idées du temps, le même jury arrête le programme d’un concours pour la création de modèles propres à la manufacture de la Savonnerie, en remplacement de ceux qu’il avait fait supprimer.
- « Le régime du travail à la tâche, qui avait été pendant si longtemps un obstacle aux progrès de la tapisserie, en excitant l’artiste à sacrifier la perfection de l’ouvrage à la quantité, avait été supprimé en 1790 aux Gobelins comme à la Savonnerie; cette mesure, maintenue sans interruption aux Gobelins depuis cette époque, a exercé la plus heureuse influence sur le développement de l’art du tapissier; elle a été le point de départ d’une ère nouvelle, ou l’élément industriel de la fabrication a disparu, pour faire place à l’élément artistique.
- « Un autre changement, bien différent pour les conséquences qu’il pouvait amener, avait été opéré en 1792 par Rolland; ce ministre avait renvoyé comme inutiles le chimiste inspecteur de l’atelier de teinture, ainsi que les trois peintres attachés à la manufacture des Gobelins; il avait aussi fait fermer l’École de dessin. Étranges décisions, qui ne pourraient se justifier que si les connaissances artistiques et scientifiques n’étaient pas pour la fabrication des tapisseries le premier et le seul moyen de perfectionnement.
- « L’existence des ouvriers tapissiers, pendant la période révolutionnaire, ne fut qu’une longue souffrance; l’augmentation du prix des objets de consommation, la dépréciation du papier-monnaie, l’irrégularité des payements et la modicité des salaires à la réapparition des espèces métalliques plongèrent le personnel des manufactures dans la plus profonde détresse; une partie des ouvriers changea momentanément de profession, d’autres se rendirent à l’armée pour défendre le sol envahi.
- « Sous le Consulat, l’administration fit de louables efforts pour relever les manufactures de tapisseries et de tapis. Les élèves apprentis tapissiers, supprimés par Rolland en 1792, furent rétablis, et M. Roard, professeur de physique et de chimie à l’Ecole centrale du département de l’Oise, est nommé directeur des teintures aux manufactures nationales des Gobelins, de la Savonnerie et de Beauvais.
- « La période du premier empire est l’une des plus remarquables de l’histoire des manufactures de tapis par l’activité qu’elle imprime aux travaux. Elle est comparable, sous bien des rapports, à celle de Louis XIV. Sous l’action de la volonté ferme et toute-puissante du maître, transmise et exécutée militairement à tous les degrés de la hiérarchie administrative, on se remet avec ardeur au travail, et la prospérité renaît rapidement.
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- « C’est dans cette période qu’il a fallu augmenter, d’une manière considérable, l’ancienne palette du tapissier, pour reproduire les grands tableaux de David et de ses élèves, Gérard, Gros, Guérin, Girodet. Avant cette époque, la manufacture des Gobelins n’avait à exécuter que des tapisseries de couleurs très-intenses et très-tranchées, pouvant conserver pendant longtemps leur éclat et leur harmonie. Les gammes de laine et de soie étaient assez distinctes les unes des autres, et chacune d’elles ne comprenait que dix à quinze tons. Les tapisseries, d’après les tableaux de l’école de David, ont nécessité des gammes très-rapprochées, formées chacune de trente à trente-six tons; l’emploi des tons clairs, généralement moins solides que les tons foncés, est une condition déplorable pour la conservation des tentures, dont la fabrication doit avoir pour limites celles de la palette du teinturier en couleurs solides; en dehors de ces limites, on voit les œuvres les plus belles au sortir du métier perdre rapidement à l’air et à la lumière toute leur fraîcheur et toute leur harmonie.
- « C’est dans les premiers temps de l’empire, dit M. Lacordaire dans sa notice sur les Gobelins, « que l’élément scientifique, introduit à la manufacture sous « l’administration de M. d’Àngiviller, puis éliminé pour quelques années « par Rolland, acquiert une véritable importance. M. Roard, nommé direc-« teur de l’atelier de teinture, sollicita et obtint, par l’influence de Rer-« thollet et de Chaptal, la création d’une école pratique de teinture, dont « le ministre de l’intérieur fit les frais. On y admettait indistinctement des « Français et des étrangers, et parmi les premiers six recevaient un trai-« tement fixe annuel. Malgré les faibles ressources mises à la disposition du « professeur, il sortit en peu de temps de cette Ecole nombre de sujets « distingués, qui fondèrent, dans plusieurs de nos cités industrielles, des « ateliers de teinture renommés pour la beauté, la solidité et la perfection « de leurs couleurs. »
- « Mais c’est surtout par les nombreux et importants travaux de M. Chevreul sur les couleurs et sur la teinture, exécutés depuis sa nomination aux Gobelins en 1824, comme directeur des teintures, que l’influence de la science sur l’art du tapissier a été la plus grande, la plus féconde, et que la nécessité pour les artistes de posséder des connaissances scientifiques variées a été généralement reconnue, et se trouve aujourd’hui parfaitement démontrée.
- «La découverte delà loi du contraste des couleurs, faite en 1828, fera époque dans l’histoire de l’art. Si la connaissance de cette loi est nécessaire au peintre qui, pour rendre harmonieusement et d’une manière vraie cer-
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- tains effets lumineux, doit pouvoir expliquer leur raison d’être et prévoir leurs modifications dans des circonstances différentes, elle est surtout indispensable à l’artiste chargé d’imiter en tapisserie un tableau modèle.
- « Les phénomènes variés du contraste se produisent constamment sous nos yeux ; quand on juxtapose, par exemple, deux bandes de papier gris ou de papier coloré de même nuance, mais de tons différents, on constate que la partie de la bande la plus claire, contiguë à la bande la plus foncée, s’éclaircit notablement et réciproquement, le ton de la bande la plus foncée se fonce davantage dans le voisinage de la bande claire ; ce phénomène constitue le contraste de ton.
- « En prenant une dizaine de bandes de papier coloré non glacé, d’une même nuance et de tons différents, et en les collant à la suite les unes des autres dans l’ordre de leur plus grande intensité de ton, on observe le même phénomène, c’est-à-dire que chaque zone, au lieu de présenter une teinte plate et uniforme, paraît d’un ton parfaitement dégradé d’un bord à l’autre, et, si on les regarde à une distance convenable, elles paraissent former des cannelures et non des surfaces planes également teintées, comme elles le sont en réalité.
- « Si, au lieu de surfaces colorées de même nuance et de tons différents, on juxtapose des nuances différentes prises au même ton, on constate que les couleurs contiguës présentent à l’œil, qui les voit en même temps, des modifications dues au changement de la composition optique des couleurs; il y a alors contraste simultané de couleur ; on reconnaît et on peut s’assurer expérimentalement que les modifications des couleurs juxtaposées résultent de l’addition à chacune d’elles de la couleur complémentaire de l’autre.
- « Quand les nuances différentes des couleurs contiguës ne sont pas au même ton, il y a à la fois contraste de couleur et de ton, et on voit alors ces couleurs les plus dissemblables possible, quant à leur composition optique et à la hauteur de leur ton.
- « Outre le contraste simultané de couleur et de ton, il y a encore le contraste successif et le contraste mixte, que doivent nécessairement connaître toutes les personnes qui s’occupent de couleurs.
- « Les phénomènes du contraste se produisent dans une foule de circonstances, et le peintre qui les ignore est privé d’une ressource précieuse. 11 s’est trouvé sans doute, et il se présente encore des hommes bien doués, ayant, pour ainsi dire, le sentiment inné de l’art, dont les œuvres exécutées dans l’ignorance des principes du contraste sont justement admirées pour
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- leur harmonie générale et la beauté du coloris; mais c’est là une exception, fruit du travail ou de l’inspiration.
- « L’art décoratif doit bénéficier, dans une large mesure, des lumières de la science ; s’il les dédaigne, il court le risque non-seulement de ne pas progresser, mais encore d’arriver, dans un avenir plus ou moins éloigné, à une décadence inévitable]; l’artiste tapissier, plus que le peintre encore, a besoin de connaître les lois du contraste; ayant un modèle à reproduire, il n’a pas, comme le peintre avec les couleurs de sa palette, la ressource de retoucher ou de modifier la partie de son travail qui ne reproduit pas fidèlement les couleurs de son modèle; pour corriger son ouvrage, il est obligé de défaire et de recommencer entièrement tout ce qui est défectueux; c’est une perte de temps énorme, car le travail de la tapisserie est excessivement lent.
- « Nous avons vu que le nombre des nuances et des tons des couleurs nécessaires pour exécuter les anciennes tapisseries était très-restreint ; les gammes étant fixes et constantes, le tapissier n’avait d’autre ressource que le mélange des fils de ces gammes, pour satisfaire les exigences que lui imposait la reproduction de ses modèles. On distinguait alors les couleurs par les noms de fleurs, de fruits, de produits naturels ou d’objets quelconques auxquels elles ressemblent plus ou moins; on leur donnait souvent aussi des noms arbitraires, créés par le hasard, le caprice ou la mode et sans rapport aucun avec les couleurs désignées.
- « A partir de la fin du dernier siècle, quand il a fallu reproduire en tapisserie les tableaux de David et de ses élèves, les anciennes gammes n’ont plus suffi au tapissier ; on a été forcé d’augmenter considérablement l’ancienne palette, les gammes des laines et des soies teintes dans l’atelier des Gobelins ne sont plus restées fixes et constantes, elles ont dû varier suivant les couleurs des modèles à reproduire. Il en est résulté, on le conçoit sans peine, une grande confusion dans la nomenclature de plus en plus arbitraire des couleurs et, en l'absence de types nettement définis, on a dû aussi éprouver quelque embarras pour reproduire sans tâtonnement certaines couleurs par la teinture.
- « C’est encore M. Chevreul qui a donné un moyen simple de définir et de nommer les couleurs d’une manière précise, en les rapportant à des types classés méthodiquement, dont quelques-uns se rapportent à des portions déterminées du spectre solaire. Un premier cercle comprend, à partir du rouge, en allant vers le jaune et le bleu, les couleurs franches simples et binaires formant 72 gammes équidistantes de 20 tons chacune; neuf autres
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- cercles présentent les mêmes couleurs rabattues ou rompues par du noir à différents degrés, depuis ^jusqu’à l’ensemble de ces cercles forme la construction chromatique hémisphérique, au moyen de laquelle on peut déterminer toutes les couleurs d’une manière invariable et exprimer leurs noms dans une langue universelle parfaitement exacte.
- « Pour mieux faire ressortir l’opportunité et la nécessité de la classification méthodique des couleurs, appliquons comme exemple la nomenclature nouvelle aux treize couleurs de nuance bleue indiquées dans l’instruction générale de 1671 pour la teinture des laines.
- Nom» anciens.
- Noms nouveaux.
- Bleu blanc.
- Bleu naissant. Bleu pâle.
- Bleu mourant. Bleu mignon. Bleu céleste. Bleu reine.
- Bleu turquin. Bleu de roi. Fleur de Guesde. Bleu pers. Aldéguo.
- Bleu d’enfer.
- 3 bleu 0,5 ton.
- id. 2 ton.
- id. 4 ton.
- id. 5 ton.
- id. 6 ton.
- id. 7 ton.
- id. 8 ton.
- id. 10 ton.
- id. 12 à 13 ton.
- id. 14 ton.
- id. 14,5 à 16 ton.
- id. 16 à 17 ton.
- id. 18 à 19 ton.
- Les six derniers tons pouvant recevoir un cochenillage sont ou peuvent être violelés.
- « Les noms anciens de bleu mourant, bleu mignon, bleu pers, aldéguo, bleu d’enfer ne donnent aucune idée de la nature de ces bleus ; les noms nouveaux, au contraire, font voir immédiatement qu’ils appartiennent tous à la même gamme, celle que donne la cuve de pastel ou d’indigo, et qu’ils ne diffèrent entre eux que par le ton; ils sont donc nommés et définis d’une manière précise.
- « La disposition des cercles chromatiques permet de reconnaître immédiatement la complémentaire d’une couleur quelconque; elle indique, d’après les principes du mélange, quelles sont les couleurs que l’on doit réunir matériellement, pour produire une nuance donnée, franche ou rabattue; veut-on, par exemple, former du vert franc, par le mélange du jaune et du bleu, on aura soin de prendre le jaune exempt d’orangé, et le bleu tirant plutôt sur le vert que sur le violet; si le jaune ou le bleu contenait du rouge, qui es^ complémentaire du vert, on aurait une couleur rabattue ou ternie par du noir. Au moyen du mélange, par hachure et par fils, des fils colorés de soie et de laine, l’artiste tapissier parvient à produire une infinité de couleurs et à
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- imiter tous les tons des tableaux servant de modèles. C’est en entant les couleurs les unes dans les autres qu’il obtient cette légèreté de ton, cet accord, cette transparence, que l’on chercherait en vain par d’autres procédés. Mais il y a une condition essentielle pour produire ces effets remarquables, c’est la connaissance de la position exacte de chaque couleur dans l’échelle chromatique; grâce à cette connaissance, le tapissier peut appliquer, d’une manière exacte, le principe du mélange des couleurs et prévoir, d’après les lois du contraste, la modification apparente que la nuance obtenue éprouvera du voisinage immédiat d’une autre couleur.
- « N’est-il pas étonnant maintenant que l’on ait pu écrire, dans un rapport officiel, que la classification des couleurs a été une cause d’arrêt dans l’art du tapissier? L’auteur de la critique devait savoir pourtant que le directeur des teintures n’intervient enjaucune façon dans le choix des modèles à reproduire, et que, si la fabrication a pris une fausse voie, la faute en incombe tout entière à l’Administration.
- « Il ne suffit pas de faire exécuter de belles tapisseries par des artistes de talent, doués d’une aptitude particulière pour le coloris, il faut, de plus, assurer k ces tissus coûteux la plus longue durée possible. Pour atteindre ce but, il est nécessaire de choisir la qualité des fils de laine et de soie, mais il est surtout indispensable de n’employer, pour la teinture de ces fils, que des couleurs dites de bon teint, assez solides pour résister, pendant un temps très-long, à l’action de l’air et de la lumière.
- « L’intervention de la science se trouve donc encore ici toute indiquée. Déjà les anciens règlements pour les teinturiers en grand et de bon teint, et spécialement l’instruction générale de 1671 sur la teinture des laines de toutes couleurs, avaient prescrit une méthode d’essai, pour connaître le degré de bonté ou de solidité des couleurs, en faisant bouillir un échantillon ‘ des étoffes teintes avec des dissolutions d’alun de Rome, ou de savon blanc ou de tartre rouge.
- « L’alun servait pour essayer les rouges, tels que le cramoisi, l’écarlate de Venise, la couleur cerise, celle de la fleur de Grenade, les bleus, les gris ardoisés et autres couleurs analogues, résultant du mélange du rouge de cochenille avec le bleu de cuve ou d’indigo. Le savon servait pour les jaunes, jonquilles, citron orangé et toutes les nuances qui tirent sur le jaune ; il était employé également pour toutes les gammes vertes, depuis le vert jaune jusqu’au vert de chou, ainsi que pour les rouges de garance et les couleurs cannelle, de tabac et autres semblables; enfin le débouilli avec le tartre
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- rouge était appliqué aux couleurs fauves ou couleurs de racines, obtenues avec le brou de noix, l’écorce d’aune, le sumac, etc.
- « Un autre mode d’essai plus certain et qui dispense, en quelque sorte, de tous les autres consiste à exposer les étoffes teintes à l’action simultanée de l’air et de la lumière solaire; toute couleur capable de résister à cette double cause de destruction peut être considérée comme solide et servir à la teinture de la laine et de la soie destinées à la fabrication des tapisseries. Les substances tinctoriales qui donnent des couleurs de bon teint sont peu nombreuses ; aucune des riches couleurs dérivées de l’aniline, ou de ses congénères, ne peut être rangée dans celte catégorie, car aucune ne résiste à l’action prolongée de l’air et de la lumière. On en est réduit à employer, de nos jours, aux Gobelins, les mêmes substances tinctoriales qu’il y a deux siècles. C’est en appliquant avec discernement le principe du mélange des couleurs que l’on parvient, avec les trois couleurs simples, le rouge, le jaune et le bleu, à reproduire presque toutes les gammes chromatiques franches ou rabattues.
- « Les anciennes tapisseries, y compris celles du commencement de ce siècle, ont reçu, dans leur texture, des laines teintes en couleurs peu solides. On a vu certaines nuances s’éteindre partiellement, d’autres brunir beaucoup; l’harmonie générale de ces tissus s’est trouvée ainsi modifiée et souvent détruite; l’effet est d’autant plus choquant que les couleurs solides ont conservé tout leur éclat; on n’a plus rien à craindre de semblable aujourd’hui, car toutes les teintures exécutées dans l’atelier des Gobelins sont d’une solidité éprouvée, et le nouveau système des hachures à deux, ou même à trois nuances, permet au tapissier habile de produire des effets de coloris qui dureront autant que les tissus eux-mêmes.
- « D’après le mode de confection des tapisseries des Gobelins et la nature des éléments employés, les modèles de ces tapisseries doivent réaliser certaines conditions énumérées dans le livre du contraste des couleurs :
- « Ils ne doivent pas seulement se recommander par un dessin correct,
- « des formes élégantes, mais ils doivent présenter aux regards de grands « objets, des figures plutôt drapées que nues, des vêtements chargés d’orne-« ments plutôt que simples et unis, des couleurs variées et aussi contras-« tées que possible ; enfin tout ce qui rappelle la miniature par la peti-« tesse ou le fini des détails doit être évité comme s’éloignant du but spécial « de la tapisserie. »
- « Ces principes généraux se trouvent appliqués de la manière la plus heu-
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- reuse par M. Mazerolles dans les modèles des panneaux destinés à décorer le salon du glacier de l’Opéra ; aux six panneaux en tapisserie des Gobelins, exposés au Palais de l’Industrie qui ont pour sujets les fruits, le thé, le vin, > la pâtisserie, la pêche et la chasse, viendront se joindre deux autres qui sont encore sur le métier. Ces panneaux ont excité une véritable admiration ; ce sont autant de chefs-d’œuvre exécutés par des artistes que les étrangers doivent nous envier, car, s’il existe dans toutes les parties du monde civilisé des architectes, des peintres, des sculpteurs, des décorateurs plus ou moins habiles, la France seule possède des artistes capables de faire ces magnifiques tentures et ces tapis luxueux, qui développent le goût artistique de la nation et peuvent servir de modèles à l’industrie privée.
- « Ce qui fait, à nos yeux, le principal mérite et le plus grand charme des panneaux de M. Mazerolles, c’est qu’ils réalisent, en quelque sorte, l’idéal du genre, et, sous ce rapport, ils diffèrent beaucoup des autres tapisseries des Gobelins exposées en même temps.
- « Le saint Jérôme reproduit par M. Maillard, d’après le tableau d’Àntonio Allegri, dit le Corrége; la Charité, par M. Lucas, d’après André del Sarto; Amynthe et Sylvie, d’après le peintre des Grâces; la Pêche et l’Eau, également d’après Boucher, sont des copies, ou des traductions si l’on veut, magnifiques comme exécution, mais qui ressemblent trop à de la vraie peinture; ces œuvres perdent beaucoup à être vues à côté des panneaux de l’Opéra.
- « Outre les tapisseries de haute lisse pour tentures, on fait encore aux Gobelins, depuis 1825, les tapis-velours dits de la Savonnerie, qui diffèrent complètement, par leur fabrication, leur aspect et leur destination, de la tapisserie proprement dite.
- « On a pu voir à l’Exposition deux spécimens de ces grands tapis, composés par M. Diéterle et destinés tous les deux au palais de Fontainebleau. Ces tapis, aussi remarquables par la composition que par le coloris, produisent un bel effet; leur exécution aussi est parfaite, et on peut affirmer que, dans ce genre de travail comme dans la fabrication des tapisseries, les artistes des Gobelins n’ont pas de rivaux.
- « La manufacture de Beauvais n’est, en quelque sorte, qu’une succursale des Gobelins ; on y fabrique spécialement les tapisseries pour meubles, tels que canapés, fauteuils, écrans, paravents, et les sujets représentés sont ordinairement très-simples, ce sont des arabesques, des ornements symétriques,
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- des bouquets de fleurs, des animaux, principalement des oiseaux et des insectes.
- « On travaille à Beauvais avec le métier de basse lisse, qui diffère du métier de haute lisse exclusivement employé aux Gobelins, par ses dimensions moindres et surtout en ce que les fils formant la chaîne du tissu sont tendus horizontalement, tandis que dans le métier de haute lisse ils sont verticaux.
- « Les tapisseries exposées par la manufacture de Beauvais sont parfaites dans leur exécution, comme celles des Gobelins; mais, pour arriver à ce degré de perfection dont la France peut, à juste titre, s’enorgueillir, il a fallu le concours simultané de l’art et de la science, concours provoqué et encouragé par la munificence royale ou par le budget de l’État. Ces établissements, consacrés exclusivement à une industrie de haut luxe, ne peuvent exister qu a la condition d’être largement subventionnés ; leurs produits reviennent à un prix trop élevé pour être livrés couramment au commerce. L’industrie privée pourra peut-être atteindre ce résultat, de faire du beau à un prix accessible au plus grand nombre, et déjà des tentatives heureuses, faites dans ce sens, nous montrent l’éventualité de plus fréquentes applications des beaux-arts à l’industrie.
- « L’exposition des tapisseries et tapis des manufactures nationales aurait été peut-être plus instructive, si, à côté des œuvres récentes, on eût pu voir des tentures exécutées à diverses époques dans ces établissements ; en y joignant des tissus du même genre du temps de François Ier et de Henri IY, on aurait eu un véritable musée, où l’on aurait pu suivre, pas à pas, les progrès accomplis dans l’art du tapissier depuis son origine jusqu’à nos jours. On aurait vu la supériorité incontestable, comme exécution, de nos tapisseries actuelles sur celles des xvie et xvue siècles. Il y a cependant des amateurs qui donnent la préférence à ces dernières, mais c’est affaire de mode ; le goût du jour fait rechercher et payer au poidsHe l’or les vieux tableaux, les vieilles faïences, les vieux meubles, les vieux lambeaux enfin de tapisseries fanées dont le plus grand charme est la vétusté.
- « Mais que l’on compare sans prévention, sans parti pris, les plus belles tapisseries qui nous restent des temps passés, avec celles qui ont été faites récemment d’après les mêmes modèles aux Gobelins et à Beauvais, on n’hésitera pas à donner la préférence aux dernières, non-seulement pour l’exécution, qui est parfaite, mais aussi pour l’éclat et l’harmonie des couleurs.
- « S’il nous était permis, maintenant, de tirer quelque enseignement de cette revue rapide de l’état progressif de nos manufactures de tapis, nous conclu-
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- rions à la nécessité d’une alliance plus intime de l’art et de la science- nous insisterions sur l’importance des études purement spéculatives, trop discréditées aujourd’hui, et nous rappellerions, avec un savant vulgarisateur, M. de Parville, une citation du grand Cuvier qui s’applique bien à notre sujet :
- « Les innovations pratiques ne sont que des applications faciles de véri-« tés d’un ordre supérieur, de vérités qui n’ont point été cherchées à « cette intention, que leurs auteurs n’ont poursuivies que pour elles-« mêmes, et uniquement entraînés par l’ardeur de savoir. Ceux qui en pro-« fitent n’en auraient pas découvert les germes ; ceux, au contraire, qui « ont trouvé ces germes n’auraient pu se livrer aux soins nécessaires « pour en tirer parti. »
- « Continuons donc à cultiver la science dans son expression la plus pure, que notre Société encourage ses nouvelles applications; travaillons avec courage, avec persévérance et avec l’espoir que nos efforts ne seront pas stériles et qu’ils contribueront à rendre à notre chère France le rang qu’elle a occupé pendant si longtemps parmi les nations. »
- CÉRAMIQUE.
- Rapport sur les progrès récents réalisés par l'industrie privée dans la fabrication de la porcelaine. État actuel de la fabrication de Limoges, par M. Salvetat.
- « Messieurs, vous avez adopté, dans votre avant-dernière séance, le Rapport élogieux dont les travaux de la Manufacture nationale de Sèvres ont été l’objet. Qu’il me soit permis maintenant de compléter la pensée de notre éloquent collègue. M. Bouilhet n’a pu croire, en elfet, que l’industrie privée fût restée tout à fait étrangère aux progrès réalisés dans l’un des centres les plus actifs de notre travail national. Votre Comité des arts chimiques m’a chargé de vous exposer succinctement la part considérable qui revient aux fabricants français dans le développement de la porcelaine de luxe, tout autant que dans la production des objets d’usage domestique.
- « Taire les mérites de la fabrication particulière, dans k circonstance présente, dans cette enceinte, serait, aux yeux de votre Comité, mentir à votre titre de Société d’Encouragement pour l’industrie nationale; ce serait mécon-
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- naître votre passé et renoncer, pour l’avenir, à votre rôle protecteur vis-à-vis de l’industrie entière, rôle sur lequel elle compte avec la plus entière confiance.
- « L’art céramique, considéré dans son ensemble, s’est développé très-notablement depuis 1860; entrant dans le domaine des arts appliqués, les étapes parcourues sont des plus remarquables; dans le domaine plus modeste, mais plus immédiatement utile de l’application aux usages domestiques, il ne s’est pas moins distingué. Il est juste de faire remonter jusqu’aux manufacturiers chefs d’usines qui se sont mis à la tête du mouvement l’honneur que conserve notre pays de diriger le goût dans le monde entier. Nous bornerons cette étude à la seule fabrication de la porcelaine. Les autres branches de la production céramique feront le sujet, si vous le jugez utile, d’une nouvelle communication.
- « La fabrication de la porcelaine a fait de grands progrès dont les causes sont très-complexes ; le mouvement est général. On fabrique plus, on fabrique mieux qu’autrefois ; la décoration est faite avec plus de goût. En général, la qualité s’améliore et les prix de vente, à mérite égal, tendent à diminuer.
- Importance de la fabrication actuelle.
- « Il n’y a pas bien longtemps encore, la fabrication de la porcelaine n’exigeait que peu de capitaux ; les établissements qui s’occupaient de cette industrie méritaient à peine le nom de fabriques; c’étaient de simples manufactures; tout s’y faisait à la main ; à peine un petit manège était-il nécessaire ! Les pâtes achetées aux possesseurs de moulins hydrauliques suffisaient au jour le jour au travail d’ouvriers peu nombreux. Le combustible était le bois uniquement, et cette condition rendait coûteuse l’installation d’une manufacture par suite du grand approvisionnement de combustible et de l’espace considérable nécessaire pour le recevoir et le couvrir.
- « Cette situation est bien changée. Un grand nombre de fabriques se sont créées; quelques-unes sont considérables; celles qui s’établiront maintenant exigeront le concours d’hommes habiles, d’ingénieurs consommés.
- « Le Limousin, berceau de cette industrie, n’est plus et sera de moins en moins le seul lieu de production ; la porcelaine est fabriquée déjà dans de véritables usines et l’ampleur des établissements ne peut aller qu’en augmentant.
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- « Une portion notable du travail se fait mécaniquement ; des machines à vapeur puissantes ont remplacé souvent les misérables manèges alors insuffisants.
- « Enfin le combustible minéral, se substituant d’une manière générale, sinon absolue, presque partout au combustible végétal, supprime la dépense des hangars et représente une source de chaleur notablement économique.
- « De Limoges et de ses environs la fabrication s’est répandue dans le centre, qui compte actuellement de très-grands établissements ; les terres à gazettes y sont de bonne qualité ; les kaolins y existent en grande abondance ; le combustible minéral s’y trouve être d’excellente nature et ne peut faire défaut.
- « Les motifs qui ont éloigné de Paris les anciennes fabriques entraîneront pour Limoges les mêmes conséquences, et déjà de nouveaux centres de fabrication tendent à se former. Paris n’a gardé que la décoration, et encore ne perdra-t-il pas, quelque jour, une certaine partie de son importance; chaque fabrique de quelque valeur possède aujourd’hui ses ateliers de décoration, et, à Limoges, plusieurs industriels ne s’occupent, et avec un certain succès, que de ce dernier genre de travail. Bordeaux, Yierzon, Mehun ont chacun leurs ateliers de décors.
- « Quoi qu’il en soit, la fabrication se développe considérablement; le mouvement commercial augmente, mais il est difficile de le constater exactement avec les éléments fournis par la statistique. Les causes qui doivent entacher d’erreur les chiffres donnés par l’administration des douanes sont tellement variées, qu’il nous a paru plus simple et plus rigoureusement exact de supputer l’accroissement de la fabrication par le développement opéré dans le centre le plus important, la ville de Limoges (1).
- (1 ) On est loin d’être d’accord sur la valeur créée par la fabrication et le mouvement commercial de la porcelaine en France. Il est donc, par conséquent, difficile de chiffrer l’augmentation de la production pendant ces dernières années.
- Les statistiques relevées par le gouvernement français, soit en ce qui concerne l’importation, soit en ce qui regarde l’exportation, les enquêtes faites, à diverses époques, pour fixer la consommation intérieure, n’ont permis de recueillir que des données discutables; les raisons de ce fait sont très-variées.
- 1. Le commerce d’importation anglaise, par exemple, porte principalement sur les faïences fines, cailloutages, majoliques et autres objets de luxe. Rien en porcelaine dure, ce qui intéresserait la fabrication française. Le peu de porcelaine introduite représente de la porcelaine tendre anglaise.
- 2. Le commerce d’exportation française porte plus spécialement sur la porcelaine dure, peu de faïences. Les produits dirigés sur l’Angleterre sont surtout des porcelaines dures. Cependant un grand mouvement de porcelaine tendre, imitation du vieux Sèvres, se fait entre Paris et Londres.
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- « Nous devons constater d’abord comme un fait hors de doute que, si, comme nous nous efforcerons de le démontrer, la porcelaine de France prend une part de plus en plus grande dans le chiffre des exportations et dans celui de la consommation intérieure, le mouvement à l’extérieur porte surtout sur les objets bien traités, d’une certaine valeur par conséquent : relativement peu de pacotille. L’Angleterre et la Russie n’achètent guère que des objets de prix ; il est certain, d’après les renseignements fournis par la ville de Limoges, que les États-Unis d’Amérique, par leur grande consommation, entraînent les fabricants français et sont très-près d’imposer au producteur le goût de l’Amérique du Nord. La Havane et beaucoup des contrées de l’Amérique du
- Il en résulte un grand avantage pour la décoration de Paris, qui représente un chiffre considérable d’affaires. Ces porcelaines sont d’un prix élevé.
- 3. Les douanes admettent deux sortes de porcelaines, les unes communes, les autres fines. On conçoit que des articles de formes aussi variées, de valeurs aussi diverses que les objets de porcelaine ne puissent présenter, sous l'unité de poids, une valeur vénale identique, uniforme; dès lors, il est impossible de fixer exactement, à l’entrée comme à la sortie, la valeur réelle de l’importation ou de l’exportation. Les évaluations ont varié suivant les époques.
- Avant 1865, les porcelaines communes, venant de l’étranger, étaient cotées à raison de 3 francs le kilogramme ; à partir de cette date, elles étaient estimées à raison de 2 francs seulement. Les produits similaires français étaient, à leur sortie, cotés d’abord à 1 fr. 50 c., puis à 1 fr. 10 c. seulement.
- Les porcelaines fines, ou réputées telles en vertu des traités internationaux, admises d’abord à 7 francs, puis à 5 francs, ne sont admises, habituellement, qu’à raison de 4 francs le kilogramme, tandis que les produits similaires français, estimés d’abord 3 francs, puis 2 fr. 10, ne sont cotés, actuellement, qu’à raison de 1 fr. 75 c.
- Ces bases sont-elles indiscutables? ne représentent-elles autre chose que des moyennes, et, à ce titre, sujettes à la critique.
- D’autre part, n’y a-t-il pas d’erreurs possibles, simplement à propos de l’enregistrement des poids ou des valeurs ?
- 4. La Commission des valeurs, dans sa session de 1871, a déclaré que les évaluations données à l’importation sont calculées sur des bases suffisamment exactes, mais qu’il n’en est pas ainsi des évaluations portées au tableau du commerce de la France, en ce qui concerne les produits exportés.
- Quant aux erreurs de poids, tout négociant ou commissionnaire, dans ses envois à l’étranger, charge le compte des industries de luxe au détriment de la céramique. Combien de tonneaux contenant, à la fois, de la porcelaine, de l’horlogerie, de la bijouterie sont étiquetés fragiles, horlogerie, ou miroiterie et inversement!
- Et, lorsqu’il s’agit de matières circulant avec des droits réglés ad valorem, combien de fois la valeur déclarée est-elle exacte ? Les douanes ne savent que trop les ruses admises en pareille circonstance, et que, dans la plupart des cas, le droit de préemption réservé par la loi n’est rien moins qu’efficace. Que faire, par exemple, d’un colis qui ne contiendrait, avec facture au-dessous du prix réel basé sur le cours moyen, que des tasses ou que des soucoupes?
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- Sud demandent annuellement au commerce français de la porcelaine pour des sommes de plus en plus importantes, et, nous devons le constater, ces contrées recherchent surtout des produits de choix, c’est-à-dire d’une valeur élevée.
- « D’autre part, et c’est un résultat acquis depuis notre Exposition universelle de 1855,on exige plus de qualité pour la consommation intérieure, qui, du reste, regarde moins au prix.
- « En ce qui concerne donc la consommation intérieure et l’exportation, il y a fatalement une amélioration notable, et des documents indiscutables en attribuent le mérite tant à Limoges, c’est-à-dire à l’agglomération limousine, qu’aux manufactures du centre (Berry, Cher, Nivernais).
- « Quelques chiffres vont nous permettre de voir ce qui se passe à Limoges.
- « Il existe aujourd’hui dans Limoges 34 fabriques de porcelaine : 31 en ville et 3 en dehors de l’octroi. Ces manufactures alimentent 81 fours d’une contenance moyenne de 67 mètres cubes. Avec ces éléments de production on a fait, pendant l’année 1873, 593 cuissons au bois et 2,391 cuissons à la houille, en tout 2,984 cuissons dans 16 fours cuisant au bois et 58 fours cuisant à la houille, construits en ville. Il faut ajouter deux fours cuisant aux gaz, disposition sur laquelle nous reviendrons dans quelques instants (l).
- « Tenue longtemps en suspicion par l’industrie privée, la cuisson de la porcelaine au moyen de la houille a mis de longues années à pénétrer dans la pratique; elle ne s’est imposée que lentement de 1846 à 1856. Depuis la première expérience faite à Noirlac, la solution du problème paraissait rester douteuse malgré le rapport favorable d’Ebelmen, de regrettable mémoire, malgré l’exemple donné par la Manufacture nationale de Sèvres ; il est vrai que le brevet Yital-Roux avait été pendant près de quinze ans une entrave à la libre exploitation du procédé primitif, tout autant qu'aux recherches d’amélioration dont était susceptible la méthode au début de son application. Aussi, jusqu’en 1858, ne voit-on figurer au compte de la municipalité de Limoges, en regard de 1310 fournées au bois, que 186 fournées à la houille,
- (1) On compte : fabricants ayant 9 fours, MM. Haviland et comp.; ayant 6 fours, M. Alluaud aîné; ayant 4 fours, MM. Utzschneider; ayant 3 fours, MM. Gibus et Redon, Pouyat, Gâté, Guery et Delinières, Fontaubert, Marcelin Pailler, et Sazerat; ayant2 fours, MM. W. Guérin, F. Deschamps, H. Jouhanneaud, H. Chabrol, Bétoule, Coiffe, Toure, Lebon, Jouhanneaud frères, Maumy frères et Seguy, Delhoume, H. Ardant et comp., Berthoud; ayant i four, MM. Labesse Petineaud, Leon Pailler, Brissaud, E. Tharaud, Chatard, Teissier, Bancaud.
- En dehors de la ville, M. J. Parant a 3 fours; M. Delotie en a 2; MM. Laporte et Noussat en ont également 2,
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- soit en tout 1 496 fournées, à peu près 1 500 en chiffres ronds. Aujourd’hui ce nombre a doublé.
- « Il résulte du tableau ci-annexé que le nombre des cuissons au bois va sans cesse en diminuant tandis que le nombre des fournées à la houille s’élève de plus en plus. On comptait, en 1862, une fournée à la houille pour une au bois ; actuellement on compte une fournée au bois contre quatre fournées à la houille (1).
- « Parmi les fabriques de Limoges, plusieurs sont très-importantes; l’une d’elles compte jusqu’à 9 fours, celle de MM. Haviland et comp.; elle peut faire une fournée par jour, soit 6 fournées par semaine; une seconde possède 6 fours; plusieurs cependant n’ont qu’un seul four, mais elles représentent encore un chiffre d’affaires assez élevé, vu la valeur artistique des objets fabriqués ou la supériorité matérielle de la fabrication.
- « La valeur moyenne d’une fournée varie naturellement avec le volume du four, et surtout avec la qualité de la marchandise. C’est ainsi que pour citer seulement quelques chiffres on eslime que dans le Cher, à Yierzon, certaines fournées représentent une valeur de 4 à 5 000 fr., tandis que chez MM. Gibus et Redon cette même valeur moyenne n’est que de 3 à 4 000 fr.; chez MM. Haviland et comp., qui travaillent exclusivement pour l’exportation américaine, la moyenne ne dépasse pas 3000 fr. pour une capacité de four d’environ 65 mètres cubes.
- « Admettons que les développements que nous venons de mentionner ne sont pas isolés et que partout le mouvement s’accentue dans le même sens et proportionnellement.
- (1) FOURNÉES FOURNÉES
- ANNÉES. Aü BOIS. A LA HOUILLE. TOTAL. ANNÉES. AU BOIS. A LA HOUILLE. TOTAL.
- 1856 1854 » » 1865 665 1488 2053
- 1857 1638 )) )) 1866 691 1724 2415
- 1858 1310 186 1496 1867 688 1694 2382
- 1859 1316 417 1733 1868 630 1543 2173
- 1860 1302 567 1869 1869 639 1721 2360
- 1861 1097 567 1664 1870 539 1582 2121
- 1862 824 835 1659 1871 460 1695 2155
- 1863 764 1118 • 1882 1872 566 2232 2798
- 1864 473 1312 1985 1873 593 2391 2984
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- Cames du développement de Vindustrie de la porcelaine en France.
- « Jetons actuellement un coup d’œil rapide sur les causes qui ont amené ces progrès généraux.
- « Il semblerait, à première vue, que l’extraction prolongée des carrières de Saint-Yrieix, qui dure depuis près d’un siècle, doive entraver bientôt cette fabrication; mais sur certains points, et ils sont nombreux, les terres à porcelaine sont exploitables; elles fournissent à la fabrication du papier, à celles de l’outremer artificiel et du sulfate d’alumine des matières premières d’une pureté suffisante. Nous citerons plus particulièrement les kaolins de Cornouailles, ceux de Bayonne, de l’Ailier, qui même, dans le Cher, le Berry et elle Nivernais, sont employés pour la fabrication de la porcelaine, les manufactures du centre se regardant comme affranchies d’ors et déjà du monopole de Saint-Yrieix.
- « On s’explique peu que, dans ces conditions, le prix des terres dans le Limousin augmente sensiblement. Il est vrai que les gîtes de kaolin argileux deviennent rares, l’argile pure disparaît, et les pâtes à porcelaine qu’on y prépare en grand sont demandées non-seulement en France par un grand nombre de fabriques qui ne composent pas leurs pâtes elles-mêmes, mais aussi par la Belgique et par l’Italie. La valeur vénale des terres est même actuellement suffisamment élevée pour qu’il y ait intérêt à relaver les résidus d’anciennes exploitations, et qu’on mette dans le commerce sous le nom de décantées des parties importantes d’argiles autrefois laissées sans emploi.
- « Il y a quelque temps, on est allé même jusqu’à soulever la question de savoir s’il n’était pas préférable de cesser à Limoges la production des porcelaines de peu de valeur, pour réserver les magnifiques et classiques matières du Limousin en vue de la fabrication des porcelaines dites supérieures. Mais les fabriques de porcelaines grossières ne peuvent mettre en œuvre que des pâtes communes, et nous sommes encore bien éloignés de l’époque où, faute de matière première, ces établissements seront refoulés dans le centre ou sur le littoral pouvant faire usage alors des kaolins anglais ou des argiles de Bretagne.
- « D’autres causes, et des causes de premier ordre, agiront peut-être plus puissamment et surtout plus promptement pour nécessiter la dispersion des fabriques. L’agglomération s’est faite à Limoges par suite du voisinage des carrières qui fournissaient la terre, par suite de la facilité des approvisionnements en combustible végétal, et par suite, enfin, de la présence, dans une
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- grande ville, d’une population ouvrière qu’il eût été téméraire de transplanter soit dans la campagne, soit même dans des villages privés des principales ressources d’une existence même modeste.
- « Plusieurs circonstances modifieront, un jour ou l’autre, ces conditions autrefois hormales. Trois faits importants se sont produits qui auront à exercer une influence notable :
- « L’introduction delà cuisson à la houille, et prochainement la cuisson aux gaz ; l’emploi des machines pour effectuer une grande partie du façonnage qui, se faisant à la main, réclamait une agglomération d’ouvriers habiles, presque toujours exigeants ; enfin le prix élevé des salaires dans les villes et le surenchérissement des immeubles.
- « Tels sont les obstacles qui se dressent devant la concentration des fabriques à Limoges principalement et dans les grandes villes en particulier.
- Cuisson à la houille,
- « Ebelmen, dont la mort prématurée laisse encore parmi nous un vide irréparable, dont le talent précoce, j’allais dire le génie, éclairait d’un jour nouveau toutes les questions qu’il abordait, quelque variées qu’elles fussent, prévoyait déjà vers 1846 le déplacement des manufactures de porcelaines et et leur transport à proximité des mines de houille ; et certes, ses prévisions se fussent réalisées plus tôt, si l’importance de la main-d’œuvre avait eu dans la production une moins large part.
- « Économiser le combustible, améliorer les conditions de cuisson, diminuer la quantité de chaleur perdue, brûler la fumée dans le but de rendre moins incommode le voisinage des fabriques de porcelaine, tel est le problème qui préoccupe le plus vivement l’industrie, et dans une ville comme Limoges l’édilité ne voit pas sans inquiétude l’augmentation sans cesse croissante du nombre des fours dans une même enceinte.
- « La cuisson à la houille a donné lieu, avant d’être adoptée, à des recherches longues et coûteuses. Depuis l’exemple donné par la Manufacture de Sèvres, la marche des fours, la disposition des foyers, la dimension des grilles, le nombre des alandiers, tout a été souvent modifié. Mais on ne saurait nier que l’emploi du combustible minéral soit un fait acquis. Si la substitution de la houille au bois n’est pas générale, il faut en rechercher la cause dans des préférences qui peuvent être justifiées par les variations que l’analyse chimique révèle dans la composition des gaz résultant de la combustion
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- comparée des deux sortes de combustibles. Il est, d’ailleurs, possible de régler à volonté la composition de l’atmosphère du four pour la mettre en rapport avec la nature du produit à cuire.
- « Nous sommes ainsi conduit à dire quelques mots de la cuisson aux gaz. De nombreux essais ont été faits par plusieurs fabricants. Les plus timorés regardent, comme de simples tentatives plus ou moins heureuses, les cuissons exécutées chez M. Dubreuil, qui croit au succès complet et compte, sous peu de jours, reprendre une fabrication momentanément interrompue. Soutenu dans son espoir par les résultats obtenus en Allemagne, à Berlin en particulier, il ne voit aucun obstacle à l’application des fours du système Siemens (1).
- (1) C’est ici le lieu de décrire sommairement les moyens à l’aide desquels on a tenté d’uliliser plus convenablement les gaz produits dans la combustion. Bordone a proposé des grilles à gradins; Mourot, une grille à section mobile, dont une partie s’abaissait au moment de charger l’alandier, recevait du charbon nouveau et se relevait de manière à mettre la charge en place au-dessous d’une couche de coke incandescent provenant des charges précédentes. Dans ces deux systèmes, les foyers étaient profonds de manière à produire de l’oxyde de carbone, et brûler les parties volatiles se dégageant à la première impression de la chaleur. On a cherché, par ces différents moyens, à rendre les fours fumivores.
- L’appareil Beaufumé n’a pas donné de résultats pratiques; quelques explosions ont arrêté ces essais.
- M. Dubreuil a construit un véritable four Siemens. Un générateur de gaz fonctionne d’une manière continue. Une canalisation spéciale conduit le gaz oxyde de carbone dans cinq espaces particuliers ou laboratoires distincts ; l’oxyde de carbone s'y brûle au contact de l’air chauffé. Le renversement des courants gazeux concourt à la récupération de la chaleur entraînée par les gaz. La cuisson s’effectue de cette sorte et à volonté, dans chacun des laboratoires, à tour de rôle, alternativement, de telle sorte qu’on utilise la chaleur de refroidissement et qu’il se trouve toujours un compartiment en feu, sans interruption de la production de l’oxyde de carbone.
- Cet appareil offre une notable économie de charbon, mais les laboratoires sont à section carrée, de petite capacité. Son avantage est, d’après M. Dubreuil, de présenter, en outre, une faible dépense de main-d’œuvre; son principal inconvénient résulte de la production d’une quantité considérable de goudrons qu’il faut condenser et qui finissent par entraver, interrompre même quelquefois complètement les conduites de gaz avant leur mélange avec l’air chauffé. La marche de l’opération est alors irrégulière.
- On a perdu de vue, dans les diverses applications que l’on a voulu faire des combustibles gazeux, l’un des principaux avantages de la transformation des combustibles solides, l’utilisation, comme le recommandait Ebelmen dans ses travaux devenus classiques, des combustibles de peu de valeur. Dans la fabrication des porcelaines, comme dans toute fabrication céramique, il deviendrait inutile d’accorder la préférence aux houilles grasses ou demi-grasses qui donnent à la distillation beaucoup de vapeurs condensables et d’une combustion difficile ; l’emploi du coke, dans certaines circonstances, pourrait assurer une économie notable, d’autant plus que dans la fabrication du coke on peut condenser et recueillir les goudrons, dont la valeur devient de plus en plus appréciable.
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- « Mais, si ces méthodes capables d’assurer une combustion plus parfaite, par conséquent la suppression de la fumée, assurent certains avantages, elles ne nous paraissent pas résoudre complètement la question posée.
- « La disposition des appareils, telle que j’ai pu la saisir chez M. Dubreuil, ne répond pas à toutes les objections, et c’est, selon nous, par une combinaison judicieuse des méthodes d’Ebelmen, Siemens et Hoffman de Berlin, qu’il sera seulement possible de trouver le procédé le plus économique applicable à la fabrication'des produits céramiques cuisant à très-haute température.
- « Il y aurait peut-être une solution plus prochaineen réservant les dispositions générales des fabriques existantes aujourd’hui, en adaptant, comme on le fait en Angleterre, des aspirateurs communiquant des fours en refroidissement avec les étuves ou séchoirs, ou disposant, au haut des fours, des générateurs de vapeur, ainsi qu’on l’a fait longtemps dans les hauts fourneaux, dans les usines métallurgiques où l’on traite les minerais de fer. J’ai vu la première méthode utilisée dans la fabrique des carreaux mosaïques de MM. Boch et comp., à Maubeuge (1).
- (1) Si l’on admettait la construction d’une usine nouvelle, située loin d’une ville, sur un terrain libre de toute servitude, à proximité du combustible, il ne me paraît pas impossible de réaliser, avec des capitaux suffisants, toutes les économies que le prix de revient comporte actuellement, en présence des perfectionnements de toute sorte, créés par le génie civil, meilleur emploi des combustibles et concours des engins mécaniques appropriés.
- On peut supposer un espace limité par un polygone régulier, autour duquel seraient disposés les ateliers de fabrication. Au centre, une cheminée, soit simple, soit multiple, autour de laquelle seraient rangés cinq ou six fours d’une égale capacité, mesurant, en moyenne, 50 à 60 mètres cubes, pour rester dans les dimensions ordinaires, à section circulaire, comportant grand feu et dégourdi. Auprès de la ou des cheminées, des générateurs de gaz, fonctionnant simultanément ou successivement et isolément, pour parer aux éventualités d’un service non interrompu, et satisfaire aux exigences d’une fabrication variable, c’est-à-dire laissant toute faculté pour modifier, réparer les appareils et en augmenter ou diminuer la production journalière. Combustible, coke ou charbon maigre, voire même combustible de très-peu de valeur, tourbe pure ou mélangée.—Fours disposés circulairement, et chauffés an moyen de ceintures doublement creuses, laissant circuler dans le haut, au milieu et dans le bas des parois des murs, deux courants échauffés d'air et d’oxyde de carbone, dont le mélange se puisse faire, en proportions déterminées, au moyen de robinets, à l’effet d’obtenir, à la volonté de l’ingénieur, une atmosphère oxydante, neutre ou réductrice. Un système de réglage donne la facilité de composer à volonté, une fois pour toutes, ou suivant les besoins de l’opération, le mélange combustible.
- Le retour de la flamme aux cheminées, et des produits de la combustion, est disposé de telle sorte, que la plus grande partie de la chaleur non utilisée fait retour aux appareils de chauffage, avec l’air nécessaire à la combustion. Cheminées assez hautes pour déterminer un tirage suffisant pour remplacer la soufflerie qu’Ebelmen employait.
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- Emploi des machines dans la fabrication des porcelaines.
- « Les machines ont pénétré depuis longtemps dans le travail de la préparation des pâtes : les appareils de concassage, de broyage, de porphyrisation ont remplacé le travail à la main. Un progrès très-remarquable doit être signalé comme uue innovation de ces dernières années. Le raffermissement des pâtes, qui s’opérait autrefois, dans les fabriques de quelque importance, par une décantation précédée d’un temps de dépôt fort lent, était opéré par une méthode de ressuage basée généralement sur l’emploi de la chaleur, à l’effet de volatiliser la majeure partie de l’eau en excès, ou sur la compression à laquelle la pâte était soumise après avoir été placée dans des sacs de toile. Il s’exécute actuellement avec une rapidité surprenante à l’aide d’une presse dite anglaise qu’on doit à deux ingénieurs anglais, MM. Needham et Kyte.
- « On a pu voir, à Londres, en 1862, un premier spécimen de ces sortes de presses destinées à séparer les matières pulvérulentes de l’excès d’eau qui les maintient en suspension. La fabrication en était alors concentrée dans les mains de l’habile constructeur et fondeur Kirck de Burslem. Ces presses alors en usage chez quelques potiers seulement, Minton entre autres, furent bientôt appréciées, et leur usage devint général. Tous les faïenciers français les ont employées, et les fabricants de Limoges et du plateau central de la France l’adaptent avec faveur à leur fabrication de pâtes et avec tout autant d’avantage au raffermissement après le relavage des tournassures. Propreté, célérité, économie : tels sont les mérites qui recommandent cette machine aux fabricants amis du progrès.
- « L’opération si utile du marehage se fait encore au moyen du pétrissage à l’aide des pieds/Des tentatives de travail mécanique sont faites chez MM. Haviland et comp.; on en fera bientôt chez M. Dubreuil. Chez MM. Ha-viland, bien que la machine employée ne donne pas un résultat parfait, il n’en est pas moins vrai quelle accélère le pétrissage au point de supprimer au moins la moitié du temps du marehage opéré par les méthodes et dans les conditions ordinaires.
- « L’opération du battage est aussi simplifiée et rendue moins pénible : ce n’est pas un moindre avantage encore que d’économiser sur cette main-d’œuvre par l’emploi de la presse anglaise dans l’acte du raffermissement des pâtes.
- « Mais c’est surtout par l’emploi des machines dans l’établissement des
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- usines nouvelles que les manufactures qu’on peut construire actuellement auront à se distinguer.
- « Les tours mus mécaniquement, introduits d’abord timidement, commencent à pénétrer dans les fabriques de porcelaine. Les transmissions par cône de friction, lorsqu’on veut accélérer, retarder ou modifier le mouvement de toute autre manière, sont en usage assez fréquemment. La simple corde enroulée sur une poulie à gorge système Boulton s’adapte parfaitement aux tours à faible résistance.
- « L’emploi de l’estèque mise en jeu mécaniquement, l’intervention du calibre à charnière, celle du calibre à glissières pour la fabrication de certaines pièces à bouche rétrécie, tels sont des perfectionnements qu’on retrouve dans les plus petites manufactures.
- « Les tours varient dans leurs dispositions générales aussi bien que dans leurs détails ; les divers organes qui les composent sont très-différents, et c’est en combinant heureusement les divers systèmes de tours, leur vitesse de rotation uniforme ou variable, et les méthodes d’ébauchage ou de finissage, que le fabricant de porcelaine sait économiser sur la main-d’œuvre en procurant à l’ouvrier plus de rapidité dans l’exécution, plus de régularité dans le travail.
- « Enfin on regarde à Limoges comme un fait nouvellement acquis la fabrication mécanique des assiettes et des soucoupes. Il est inutile de décrire ici le procédé très-élégant au moyen duquel on fabrique à Sèvres ces belles assiettes larges et minces désignées sous le nom d’assiettes calibrées. Les machines de M. Faure, à l’aide de trois organes mécaniques, exécutent avec une précision parfaite les opérations qne fait le tourneur d’assiettes, préparation de la croûte, centrage et calibrage. Et, lorsque le calibrage des assiettes peut se faire par des mains desquelles on n’exige pas la grande habileté des anciens tourneurs en assiettes, les machines de M. Faure peuvent n’employer que des hommes en quelque sorte inexpérimentés. Une machine composée de ses trois organes permet de fabriquer 300 pièces par jour dans de bonnes conditions d’exécution : elle est servie par un homme, un jeune adulte et un enfant ; elle sera l’objet d’un rapport particulier.
- « Le travail automatique sera bientôt résolu (1).
- (1) Il est facile de comprendre pourquoi, plus aujourd’hui qu’autrefois, on peut prédire le déplacement des fabriques à porcelaine et leur reconstruction en dehors des villes. Ces résultats sont rendus probables par la concomitance de diverses causes, telles que la proximité du carreau des
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- Porcelaines décoratives.
- « La porcelaine n’a pas seulement pour objet de fournir au commerce des produits d’usage domestique qui nécessitent une confection rapide, économique ; elle répond encore aux besoins du luxe et, plus souvent encore, d’une modeste aisance. En dehors donc de la première destination, il est incontestable également que de très-grands progrès ont été réalisés. Les pièces destinées à la décoration intérieure ont été mieux appropriées à leur destination; elles portent la trace d’un goût plus épuré, tout en conservant un caractère précieux de bonne fabrication. On aperçoit l’influence de la Manufacture de Sèvres que, quoi qu’on dise, le commerce copie, dans ses progrès, plus encore que dans ses rares erreurs.
- « L’industrie privée accepte, comme la véritable voie ouverte à son avenir, les porcelaines à pâte colorée, les sculptures pâle sur pâte au grand feu. A peine en 1850 la Manufacture avait-elle produit les vases céladon à reliefs incolores et quelques spécimens de fonds colorés monochromes, que l’industrie les reproduisait, et déjà en 1851, avec le concours de M. Solon, M. Rousseau de Paris prenait rang parmi les plus heureux imitateurs. Depuis cette époque, MM. Gibus et Redon de Limoges, Pillyvuit de Mehun, Hache et Pépin-Lehal-leur de Vierzon ont ajouté ce genre de décoration à leurs produits ordinaires ; la dernière exposition de F Union centrale prouve que d’énergiques efforts
- mines de charbon de terre, la faible valeur des terrains construits, l’emploi général des engins mécaniques, une plus grande indépendance à l’égard des ouvriers des villes.
- Il n’est pas sans intérêt de connaître comment se décompose le prix de revient de 1 000 francs de porcelaine. Nous supposerons une fabrique de moyenne importance, 152 fournées par an, par exemple, livrant au commerce des produits bien traités et comprenant certains articles de luxe, pâtes colorées, sculptures, biscuits artistiques, vases d’ornements, pièces de service pour la clientèle de Paris, etc., etc.
- Dans de semblables conditions, on trouve, d’après une moyenne de plusieurs années :
- Frais de moules, modèles........ 29 à 30
- Pâtes colorées, barbotines. ... 12 »
- Façonnage (tourneurs, etc.). . . 175 177
- Main-d’œuvre.................. 175 177
- Pâte, terre à cazette, émail. . . . 167 168
- Bois, combustible............. 232 220
- Frais généraux.................210 215
- On peut faire alors une économie notable sur les frais généraux, le combustible et la main-d’œuvre. (Communications de MM. Gibus et Redon.)
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- sont faits pour atteindre la hauteur des modèles acceptés comme type, et quelques jeunes artistes, s’inspirant des exemples au milieu desquels ils vivent, recueillent les traditions des maîtres et promettent, pour un avenir prochain, de véritables œuvres d’art. Je suis heureux de pouvoir citer M. Albert Dam-mousse.
- « Vous le voyez, Messieurs, mon programme ne me commandait pas de parler de Sèvres ; je me l’étais formellement interdit; mais peut-on parler de porcelaine en France sans être fatalement conduit à citer ce nom connu du monde entier ? C’est là mon excuse. Constater le développement de la fabrication de la porcelaine, affirmer le caractère éminemment progressif du goût français, c’est reconnaître l’utilité d’un établissement que l’Europe nous envie en ne s’appuyant que sur la meilleure des preuves, sur la nature et la variété des services rendus. Pardonnez-moi cette digression.
- « Je reviens à l’industrie privée. Le goût s’est épuré ; exécution matérielle, données artistiques, portée morale, en un mot tout est amélioré, On ne voit plus, du moins ne sont plus en grande vogue ces figurines d’un goût plus que douteux en couleurs mates, imitant ou des pièces montées en pâtisserie ou, pis encore, de mauvais cartonnages dits papier mâché. On rencontre à peine quelques-uns de ces bustes historiques recouverts d’une glaçure monochrome qui, quels que fussent la richesse et l’éclat du turquoise qui les recouvrait uniformément, ne pouvaient avoir la prétention d’imiter quoi que ce fût, comme matière minérale naturelle ou substance précieuse.
- « Des principes plus simples, plus vrais, dominent la décoration ; la peinture est plus sobre, le dessin plus correct ; les pièces de service de table sont traitées avec un très-grand soin, et plusieurs des artistes qui les exécutent possèdent non-seulement une surprenante habileté de main, mais souvent encore un talent très-sérieux.
- « La célérité dans les méthodes de décoration est devenue le but de louables efforts ; la chromolithographie, qui, dès son début en 1855, ne reproduisait que des motifs communs, opère à l’aide de procédés bien plus certains. Un bon choix de modèles a remplacé les vignettes primitives, et les moyens d’exécution très-parfaits rapprochent son travail de la peinture à la main; une heureuse alliance de la lithographie et de la gravure en taille-douce rend l’illusion complète, et j’ai vu, chez MM. Haviland et comp., à Limoges, des reproductions, dues au talent de M. Bracquemond, très-réussies à tous égards, confection matérielle, disposition artistique. Sous ce rapport M. Macé d’Àuteuil s’est fait une réputation méritée. MM. Hache et Pépin - Lehalleur de Vierzou
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- appliquent des décors chromolithographiques sur leurs porcelaines pour relever la valeur de leurs choix inférieurs.
- « Paris conserve encore le monopole de la décoration de la porcelaine tendre. La situation de l’industrie à cet égard n’a guère changé depuis 1851. Une seule fabrique est maîtresse du marché pour la fabrication, celle de Saint-Amand-les-Eaux; elle ne produit pasmoins d’une soixantaine de mille francs de porcelaine blanche. La manufacture deTournay n’introduit pas en France beaucoup de ses produits; une fabrique nouvellement créée à Fontainebleau ne semble en être encore qu’à la période d’essais. Ce qui prouve que la porcelaine tendre est d’une fabrication très-délicate et confirme celte appréciation de notre maître bien regretté, Alex. Brongniart, qu’il fallait plus de génie pour créer cette poterie que pour obtenir la porcelaine dure résultant du simple mélange des deux matières naturelles qui la composent.
- « Les 60 000 francs de pâte tendre, imitation du vieux Sèvres, sont à peu près décorés à Paris et prennent alors, en comprenant les montures en bronze, une valeur de plus de 3 millions. Cependant il faut avouer qu’on se préoccupe aujourd’hui, bien moins de faire de la contrefaçon des anciennes porcelaines de la Manufacture royale que de créer un genre nouveau représentant l’art céramique à l’époque actuelle. Plusieurs fabricants qui s’occupent en même temps de la confection des bronzes maintiennent la réputation de Paris; on peut citer MM. Lehujeur, Machereau, Cail, Desfeux. Depuis un an, M. Sehlossmacher semble vouloir prendre la tête du mouvement et rompre avec l’ancienne tradition. Ses produits, remarquables à tous égards, ont un cachet de nouveauté tout particulier et nous paraissent devoir faire école.
- « L’abandon des fausses marques dénote chez les commerçants un progrès moral; ce fait prouve que nos produits actuels sont appréciés comme œuvres modernes et qu’ils se vendent pour ce qu’ils valent. Plusieurs de ceux qui décorent les vitrines des magasins luxueux du centre de Paris figureraient honorablement dans les magasins de la Manufacture de l’Etat.
- « L’industrie privée gagne donc en perfections de toutes sortes; la distance qui la sépare des porcelaines de Sèvres dans ses pièces exceptionnelles disparaît de plus en plus, et c’est un bien, puisque, de l’aveu des hommes impartiaux et les mieux autorisés, la Manufacture de l’État est loin d’être en décadence.
- « Ce n’est pas la première fois que cette comparaison conduit aux appréciations très-nettes que j’ai l’honneur de vous soumettre. Qui ne se rappelle qu’au commencement de ce siècle la Manufacture de Paris, dirigée par Dihl, rivalisait avec Sèvres au point que, dans les temps où la reproduction
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- de nos richesses artistiques admisesau Musée du Louvre étaitle but le plus élevé qu’il fallait atteindre, les produits des deux établissements étaient également estimés? Et le directeur de Sèvres, le noble A. Brongniart, applaudissait de grand cœur (1).
- « En passant en d’autres mains à la mort de Dihl, l’établissement modifia les encouragements auxquels il devait ses succès; les artistes émigrèrent. La supériorité des produits ne fut donc que passagère. Après Dihl, Lefebvre; après Lefebvre, Nast, et ainsi de suite jusqu’à nos jours. Je ne parle que de la fabrication parisienne (2). Sèvres eût eu vraisemblablement le même malheur, si par la nature même de son origine, par le caractère propre de son organisation cet Etablissement. n’était forcé de conserver les traditions qui ont fait son passé et préparent son avenir. Son personnel est dévoué et sincèrement attaché; il trouve dans l’accomplissement de son devoir une récompense suffisante, je puis m’en porter garant; à tous les degrés, vivant dans l’espérance d’une retraite honorable après trente ans de services, il a vu dans vos éloges un encouragement à poursuivre son œuvre traditionnelle. Je complète, Messieurs, une pensée qui n’a été que modestement ébauchée dans le travail de notre élequent collègue. Par ces mêmes motifs Sèvres a pu, depuis longues années, accumuler, dans une masse considérable, une vitesse acquise capable, certainement, de surmonter bien des obstacles, une puissance d’action certaine de survivre à quelques instants de défaillance, à quelques heures d’atonie, à d’injustes attaques.
- « Des horizons nouveaux se présentent pour tous. Le goût du jour entraîne vers la production de la porcelaine artistique, et l’on est convenu de regarder aujourd’hui, comme véritable céramique, les poteries cuites au grand feu. Porcelaines au grand feu, faïences de grand feu, faïences de réverbère. Mais que de difficultés I
- « Les peuples orientaux nous ont laissé de grands exemples à suivre. Les Chinois, les Japonais, les Persans semblent avoir surpassé l’art moderne; ils
- (1) Il existe, au musée céramique, un très-beau portrait de Dihl, sorti de ses ateliers, peint par Drolling, qui eût, certainement, fait le plus grand honneur au plus habile des peintres de figures de cette époque privilégiée. Il porte la date de i800.
- (2) On a vu le même fait se produire à Limoges; les anciennes maisons n’ont pas su garder leur vogue, quelque méritéé quelle fût; plusieurs fabricants ont eu leur moment de gloire éclipsé bientôt par des concurrents plus heureux. MM. Alluaud, MM. Pouyat ont eu, successivement, la plus grande faveur. MM. Gibus et Redon sont en grand renom depuis dix ans ; demain MM. Ha-viland et comp. posséderont la fabrique la plus renommée de Limoges.
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- sont nos maîtres d’aujourd’hui. Je remercie bien chaleureusement et personnellement notre honorable collègue d’avoir rappelé les recherches que nous avons faites en 1851, Ebelmen et moi, sur l’analyse des collections adressées directement de Chine. Cette citation prouve qu’il ne suffit pas de donner des préceptes. Les fabricants lisent peu ; il faut frapper leurs yeux, je veux dire prêcher d’exemple. Il faut donc, en suivant la voie nouvellement ouverte, décorer au grand feu et mettre à profit, pour augmenter les ressources du décorateur, amoindrir les causes de destruction des couleurs , faire des pâtes et glaçures plus fusibles, à l’instar des Chinois dont les secrets sont connus, et faire plier les porcelaines tendres aux exigences des tendances généralement indiquées. C’est un devoir pour les uns, c’est un attrait pour les autres; personne ne fera défaut.
- « En réservant les questions d’avenir, votre comité des arts chimiques, appréciant, comme digne des plus grands éloges, le développement de la porcelaine en France, est heureux de constater les progrès de cette industrie, et vous propose de voter l’impression du présent Rapport dansle Bulletin de la Société. »
- Signé Salvetat, rapporteur.
- Approuvé en séance le S janvier 1875.
- LE NOUVEL HOTEL
- DE LA
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- Au moment où la Société d’encouragement vient de restaurer et d’agrandir son hôtel, dont la façade contribue à la décoration de la place Saint-Germain-des-Prés, nous avons pensé qu’il ne serait pas inutile de donner quelques détails sur le passé et sur le présent d’une construction à laquelle tous les amis de la science et de l’industrie s’intéressent, et qui semble donner une vie nouvelle à une Institution née avec ce siècle.
- Le passé.
- Ainsi que le démontre le dessin d’autre part, l’emplacement qu’occupe actuellement
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- A./zc.ffs4SiS)
- VUE ORIENTALE DE L’ABBAYE DE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS, TELLE QUELLE ÉTAIT EN 1368.
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- la Société d’encouragement était, en 1368, la limite ouest de l’Abbaye de Saint-Ger-main-des-Prés ; le mur qui sépare aujourd’hui la grande salle des séances des maisons de la rue Saint-Benoît est le même qui, à l’origine, formait sur le canal de la petite Seine la muraille crénelée, garnie de tourelles sur culs-de-lampe, et appuyée par des contre-forts.
- C’est dans cette muraille qu’était pratiquée la Porte papale flanquée de deux grosses tours semi-circulaires à l’intérieur, et constituant une espèce de poterne avec pont-levis. Cette porte était placée à peu près dans l’axe de la rue de l’Abbaye actuelle, et l’arrachement récemment démoli, lors de l’ouverture du prolongement de cette rue sur la rue Saint-Benoît, était la naissance de celle de ces deux tours qui était la plus éloignée de la Seine.
- Le long de ce mur fortifié il y avait, en outre, des tours d’angle, et l’hémicycle qui forme le fond de la grande salle des séances est assis sur les fondations de l’une d’elles, la tour du vieux colombier, dont l’accès avait lieu par un jardin réservé.
- Plus tard des constructions à usage de dépendances ont du être adossées à cette partie d’enceinte sur ce même jardin, car, lorsque la Société d’encouragement vint, en 1849, s’installer dans un ancien bâtiment affecté pendant longtemps à la gendarmerie, on retrouva, en restaurant les parties en mauvais état de ce bâtiment, une poutre en chêne de très-fort équarrissage, parfaitement conservée et accusant une origine très-ancienne. Cette poutre, qui a été employée dans les nouvelles constructions, paraît avoir servi de sommier à un pressoir ; elle est encore en place aujourd’hui et supporte la partie du plancher sur laquelle est établie l’estrade de la grande salle des séances. (On peut voir, à gauche de la lettre G, le bâtiment actuel de la Société, ainsi que l’emplacement de la rue de Rennes qui se trouve indiquée par deux lignes ponctuées.)
- Le présent.
- ' La Société d’encouragement, qui depuis son origine avait successivement occupé divers locaux dont le dernier rue du Bac, se décida en 1849 à changer son installation provisoire et à satisfaire aux exigences d’une situation devenue de jour en jour plus florissante, en achetant un immeuble et en l’appropriant aux besoins de son administration et de ses comités.
- Après de nombreuses recherches, elle fit l’acquisition d’un bâtiment dit de Xancienne gendarmerie, situé dans une impasse de la rue des Petits-Augustins (aujourd’hui la rue Bonaparte), en face de la rue de l’Abbaye. Les constructions dont se composait cette propriété avaient semblé d’abord pouvoir être conservées ; mais les appropriations nécessitées par les besoins de la Société entraînèrent la démolition d’une grande partie du bâtiment, que le mauvais état reconnu des bois rendait d’ailleurs nécessaire.
- Dans la reconstruction, la portion du bâtiment à l’entrée fut affectée aux bureaux de l’administration et des comités et au grand escalier : le fond donna, au rez-de-chaussée, une salle d’exposition permanente pour les inventions (convertie plus tard en
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- bibliothèque) et au-dessus une grande salle pour les séances publiques, la même qui subsiste encore aujourd’hui. Cette première installation, due à un architecte expérimenté, M. Moll, a disparu trop récemment pour qu’elle ne soit pas restée dans la mémoire de tous ceux qui fréquentent assidûment la Société.
- Bien qu’elle ait duré vingt-deux ans, on n’avait pas été longtemps sans en reconnaître l’insuffisance; mais la prudence de ceux auxquels est confiée la gestion des finances de la Société avait toujours conseillé d’ajourner toute espèce de changement, et les choses seraient peut-être encore aujourd’hui dans le même état sans la création de la rue de Rennes.
- L’ouverture de cette grande artère, en faisant disparaître les maisons qui limitaient la place Saint-Germain-des-Prés, laissa, sur un des côtés de cette place et en contiguïté du bâtiment de la Société, un lambeau de terrain, dont l’exiguïté, la forme triangulaire et surtout la servitude qui y était attachée rendaient impossible une construction quelconque faite par tout autre que par la Société. Aussi la question était-elle grave. Acheter ce terrain, c’était s’engager à reconstruire, car l’Administration municipale mettait les propriétaires en bordure sur la place en demeure d’édifier des façades sur alignement donné ; ne pas acheter, c’était s’exposer à disparaître derrière une construction étrangère plus ou moins élevée selon la servitude existante.
- Une Commission spéciale fut chargée d’étudier la question, et le résultat de ses délibérations fut une solution dans le sens de l’affirmative, c’est-à-dire de l’acquisition. Un autre motif sérieux obligeait d’ailleurs, en quelque sorte, à prendre ce parti. L’impasse dans laquelle le bâtiment de la Société avait son entrée, comme l’avait eue autrefois celui de l’ancienne gendarmerie, venait d’être ouverte sur la rue Saint-Benoît pour former le prolongement de celle de l’Abbaye ; par suite du nivellement de cette nouvelle voie, le vestibule du bâtiment se trouvait surexhaussé de quatre marches par rapport au nouveau trottoir et devenait ainsi moins facilement abordable.
- En présence de cette aggravation de situation et eu égard aux nécessités d’agrandissement depuis longtemps reconnues, le Conseil de la Société, sur la proposition de la Commission, décida la construction d’un bâtiment nouveau en façade sur la rue de Rennes et se raccordant avec l’ancien de la rue de l’Abbaye.
- Cette clause du programme n’était pas facile à remplir. En effet, il s’agissait d’épouser pour la nouvelle façade les lignes de l’ancienne qui devait être conservée, de façon à éviter sur l’angle une perspective choquante; d’un autre côté, les lements voirie imposaient certaines conditions dont la stricte exécution pouvait être un obstacle à l’exécution du plan conçu par l’architecte. Hâtons-nous de le dire, la bienveillance de M. Alphand a permis de lever toutes les difficultés administratives, et la Société est heureuse de pouvoir, ici, lui en témoigner toute sa gratitude.
- C’est le 14 août 1873 que la Commission accepta et signa les études définitives qu’elle avait demandées, et, à partir de ce moment, les travaux ont été commencés et continués sans interruption.
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- POUR l’industrie NATIONALE. ------ FÉVRIER 1875.
- Les fondations ont donné lieu à de sérieuses difficultés ; les sablons mouvants qui forment le sol de l’ancienne Abbaye ont, en effet, obligé d’avoir recours à des blindages exceptionnels et de reprendre en sous-œuvre les anciens murs. L’étage souterrain a été monté en vieux matériaux provenant des démolitions; pour la façade nouvelle, on a employé, jusqu’au bandeau d’appui des croisées du rez-de-chaussée, la belle pierre dure de Lérouville (Meuse); le reste a été établi en pierre dite vergelé, de Saint-Vaast (Oise).
- Les murs de refend et de façade sur cour sont en brique hourdée en ciment romain ; les couvertures sont faites, suivant les inclinaisons des combles, en tuile, en ardoise et en zinc; on a employé le plomb pour les terrassons; enfin tous les planchers sont en fer à T.
- Une autre difficulté du programme à remplir, et ce n’était pas la moindre, consistai^ dans l’obligation de ne pas priver de leur jour les grandes salles conservées du rez-de-chaussée et du premier étage, devant lesquelles on allait élever les nouvelles constructions. Cette difficulté a été heureusement tournée, en donnant à la façade intérieure de ces nouvelles constructions une direction oblique par rapport au grand axe de l’ancien bâtiment et en établissant une terrasse au-dessus du grand vestibule; artifices que masque complètement la façade monumentale de la rue de Rennes.
- Tels sont les détails sommaires de la construction qui, en résumé, se compose d’un bâtiment neuf accolé à l’ancien bâtiment, remanié dans quelques-unes de ses parties; on sait que l’inauguration en a été faite le 11 décembre 1874. Ajoutons que, par mesure de prévoyance, la Société d’encouragement a acheté le terrain contigu, en façade à la fois sur les rues de l’Abbaye et Saint-Benoît; ce terrain, entouré aujourd’hui d’une grille, est un terrain d’attente où il sera toujours facile, dans l’avenir, d’agrandir et de compléter les constructions actuelles sans avoir à redouter aucune entrave.
- La gravure que nous donnons en tête de ce numéro du Bulletin permet de juger de l’importance de l’œuvre dont l’aménagement est le suivant :
- Grand vestibule.
- Secrétariat.
- Logement du concierge.
- Escalier de l’administration.
- Cours.
- Escalier des comités.
- Grand escalier.
- Grand salon et annexes.
- Salle de bibliothèque et dépendances.
- Côté droit de la façade. — Bureau de la rédaction du Bulletin.
- Côté gauche de la façade. — Salle de comité avec dépendances ; cabinet du Président.
- Rez-de-chaussée.
- Entre-sol.
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- m
- SOCIÉTÉ D ENCOURAGEMENT POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.
- 1er Étage.
- 2* Étage. Combles.
- [Grand escalier.
- Salon d’attente.
- Grande salle des séances. Bureau de l’agence et annexes. Galerie — bibliothèque.
- Salle de comité et cabinet.
- | Appartement de l’agent.
- ( Archives.
- ( Dépendances.
- Aujourd’hui qu’une approbation unanime démontre à la Société que les sacrifices qu’elle vient d’imposer à son budget n’auront pas été faits en vain, il est juste, pour donner à chacun la part d’éloges qui lui revient, de dire que le plan et l’exécution des constructions que nous venons de décrire sont dus au digne et ancien collaborateur de M.' Moll, M. l’architecte Ramousset.
- Et maintenant que la Société d’encouragement entre dans une nouvelle phase de son existence, ne conviendrait-il pas de rappeler ici le nom de l’un des membres les plus estimés de son Conseil d’administration, mort en 1873, M. Amédée Durand? Tout le monde, en effet, ne sait pas le rôle actif qu’il a joué en 1849, alors que la Société voulait quitter la rue du Bac et faire l’acquisition d’un terrain dont le choix avait été confié aux soins d’une Commission spéciale. C’est en grande partie grâce à lui, à ses efforts persévérants, que l’acquisition du bâtiment de l’ancienne gendarmerie fut décidée. Prévoyait-il alors les grands travaux publics dont Paris allait se couvrir? Avait-il deviné qu’il viendrait un jour où, par suite de ces travaux, la rue de l’Abbaye aboutirait à la rue Saint-Benoît en prenant pour son prolongement l’impasse même dans laquelle allait s’installer la Société ; où la place Saint-Germain-des-Prés, complètement remaniée par suite de la création de la rue de Rennes, verrait prendre position sur l’une de ses faces le modeste bâtiment de l’ancienne gendarmerie? Nous ne le pensons pas; mais, en tout cas, il y aurait ingratitude à ne pas reconnaître que c’est en grande partie à la sollicitude que M. Amédée Durand avait pour elle, que la Société a pu, autrefois, acquérir à un prix relativement peu élevé un terrain qui n’allait pas tarder à décupler de valeur, et occuper enfin, vingt-cinq ans plus tard, une situation qui ne peut que contribuer à grandir son importance. (M.)
- PARIS. — IMPRIMERIE DE M,I,e Ve BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5.
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- 9 48 année.
- Troisième série, tome II.
- JVfars 1895.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIETE raCOIMGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- GAZ D’ÉCLAIRAGE.
- Rapport fait par M. le comte du Moncel, au nom du comité des arts économiquessur le Révélateur des variations de pression du gaz, présenté par M. Launay, boulevard Voltaire, 136, à Paris.
- Le gaz d’éclairage, comme on le sait, s’écoule à travers les tuyaux de distribution, sous l’influence d’une pression exercée à l’usine par les gazomètres. Cette pression restant toujours la meme, il arrive nécessairement que la force avec laquelle le gaz s’échappe des tuyaux de distribution est d’autant plus grande que le nombre des orifices d’écoulement est moins grand. Or, comme ce nombre peut varier, soit qu’un certain nombre d’établissements qui consomment du gaz allument ou n’allument pas, soit qu’il se déclare, daus un quartier, des fuites, ou que les compteurs fonctionnent mal, soit même qu’il y ait irrégularité dans le service de l’éclairage public dans les différents quartiers d’une ville, il peut en résulter, pour le consommateur, de nombreux inconvénients, dont le moindre est une dépense de gaz inutile. On comprend, en effet, que, si, ayant réglé une première fois l’ouverture des becs de manière à obtenir une bonne lumière, la pression vient à augmenter, le gaz qui s’échappe en trop grande abondance brûle imparfaitement, et, en se répandant dans les appartements, non-seulement les enfume, mais encore peut occasionner la détérioration des marchandises qui y sont déposées, altérer la santé de ceux qui les habitent, et provoquer même des accidents les plus déplorables. D’après le Tome II. — 74e année. 3* série. — Mars 1875. 14
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- GAZ D ÉCLAIRAGE. — MARS 1875.
- témoignage des hommes compétents, il paraîtrait que les incendies des magasins des Deux Magots, de ceux de Pygmalion, du grand Opéra, de la rue Monge, de la filature de MM. Vilinot père et fils, et un grand nombre d’explosions de magasins, auraient eu pour origine la cause dont nous parlons, et on y rapporte même la mort du Frère de l’École Saint-Nicolas, qui, d’après les constatations médicales, aurait été asphyxié par le gaz.
- Ce qui est le plus fâcheux, c’est que souvent on ne se rend pas compte de cet accroissement de pression; car la lumière, au lieu de devenir plus brillante, s’assombrit, et l’on serait plutôt tenté d’ouvrir le robinet d’alimentation des becs que de le fermer. On comprend qu’en présence de ces inconvénients on pouvait désirer l’invention d’un Révélateur automatique de la pression du gaz, et c’est ce desideratum qu’a réalisé M. Launay dans l’appareil qu’il vous a présenté.
- Cet appareil est d’une simplicité extrême. Il consiste dans une sonnerie d’alarme que met en action, sous l’influence d’une pression déterminée du gaz, une pile qui ne se trouve chargée qu’au moment même oii cette pression atteint le degré voulu. Cette pression peut, d’ailleurs, être réglée suivant les conditions ou l’on se trouve placé, et ce réglage est extrêmement facile.
- La pile employée par M. Launay est une pile à sulfate de bioxyde de mercure composée de deux éléments réunis en tension, et chacun de ces éléments est formé de deux vases emboîtés l’un dans l’autre de manière à donner lieu à une pression hydrostatique. À cet effet, le plus grand des deux vases, qui est une sorte de récipient, est hermétiquement fermé, et on verse dedans la solution excitatrice ; l’autre est un tube de verre ouvert par les deux bouts, dans lequel plongent une lame de charbon et un crayon de zinc. Ce tube passe à travers le couvercle du récipient sur lequel il est convenablement luté, et est immergé dans le liquide excitateur ; le charbon plonge également dans ce liquide ; mais le zinc, terminé par un bouton, glisse, à frottement gras, dans un trou pratiqué dans la planche supérieure de la boîte qui enveloppe tout l’appareil, et peut, par conséquent, être placé à telle hauteur qu’il convient au-dessus du niveau du liquide. Le couvercle du récipient lui-même est percé de deux ouvertures dans lesquelles sont introduits, d’abord un tube de caouchouc, que l’on met en communication avec le tuyau de distribution du gaz au sortir du compteur; en second lieu, un siphon qui établit une communication entre les récipients des deux piles.
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- Avec cette disposition, il est facile de comprendre que si la hauteur des zincs, dans les deux éléments, est calculée de manière à être à 1 ou 2 millimètres seulement au-dessus du liquide, quand la pression est suffisante pour l’alimentation convenable des becs de gaz en temps ordinaire, il suffira d’une légère augmentation dans cette pression pour élever le liquide dans les tubes oh se trouvent les zincs, et déterminer leur immersion. La pile se trouve alors chargée, et son courant peut réagir sur la sonnerie d’alarme, qui tinte jusqu’à ce qu’on ait fermé le robinet du compteur, ou du moins jusqu’à ce qu’on ait diminué suffisamment l’orifice d’écoulement. Cette sonnerie, qui n’a, du reste, rien de particulier, peut faire partie de l’appareil ou être placée à distance. La seule précaution qu’on a à prendre est de maintenir toujours l’eau au même niveau dans les deux éléments.
- L’appareil que nous venons de décrire peut également constater les fuites de gaz, mais cette constatation ne peut être faite que le jour, et alors que tous les becs de gaz sont fermés. On ouvre alors le robinet du compteur, et le gaz, en se répandant dans l’appareil révélateur sous une pression relativement forte, ne tarde pas à le mettre en action. On ferme alors le robinet du compteur et on attend quelque temps. S’il n’y a pas de fuites, il est bien certain que la pression se maintenant, la sonnerie marchera indéfiniment ; mais si, au contraire, le gaz s’écoule par une fuite, au bout de quelques instants la pression du gaz deviendra assez faible pour permettre à la pile de se décharger, et la sonnerie ne tintera plus.
- Dans ce dernier cas, un second appareil de M. Launay permet de déterminer facilement le lieu de la fuite.
- Avec le système de M. Launay, on peut donc non-seulement prévenir les accidents qui peuvent résulter des variations de pression du gaz et des fuites, mais encore régler sa consommation de manière à produire le plus d’effet possible avec le moins de dépense possible. Suivant lui, l’économie qu’on pourrait réaliser de cette manière pourrait atteindre de 25 à 30 pour 100.
- L’invention de M. Launay n’est pas restée à l’état de simple conception ; depuis quatre ans, elle a été expérimentée et appliquée à la satisfaction de tous ceux qui en ont fait l’essai, et elle lui a valu déjà une récompense de la Société d’émulation de Rouen. Personne, du reste, ne pouvait mieux mener à bien une entreprise de cette nature que M. Launay, qui a été longtemps contrôleur de la compagnie du gaz parisien, et dont l’expérience pratique a rendu souvent de grands services à la compagnie.
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- ARTS CHIMIQUES. — MARS 1875.
- En conséquence, votre comité des arts économiques vous prie, Messieurs, de décider que des remercîments soient adressés à M. Launay pour son intéressante communication, et que le présent rapport soit inséré au Bulletin.
- Signé Th. du Moncel, rapporteur. Approuvé en séance, le 26 juin 1874.
- ARTS CHIMIQUES.
- SUR LES PROCÉDÉS DE VERNISSAGE DES POTERIES COMMUNES DE M. CONSTANTIN,
- PAR M. SALVETAT,
- Membre du Conseil.
- Messieurs, M. Constantin, pharmacien de lre classe, à Brest, vous avait soumis, le 27 décembre 1872, le résultat de ses recherches sur la fabrication des poteries communes rendues salubres par l’emploi, comme fondant, du silicate de soude allié, dans des proportions déterminées, au minium additionné de s’iex en poudre. Il résultait de ce perfectionnement une poterie salubre, et votre comité des arts chimiques, comprenant l’intérêt de cette amélioration, vous présentait un rapport favorable dont l’insertion au Bulletin de la Société avait été votée dans la séance du 12 décembre 1873 (1). Votre rapporteur, toutefois, avait émis quelques réserves sur l’introduction du minium dans cette glaçure, et votre Société, s’associant à ce desideratum, engageait M. Constantin à poursuivre ses travaux dans le but de substituer aux glaçures nouvelles employées en Bretagne, dans les fabriques de Lannilis, près de Brest, un vernis complètement exempt de plomb.
- Je suis heureux d’apprendre à votre Société que M. Constantin s’est immédiatement mis à l’œuvre, qu’il a compris que les encouragements qu’on lui donnait devaient être un puissant stimulant, et, ne reculant devant aucun nouvel obstacle, il était trop près du but indiqué pour ne pas l’atteindre promptement. Il m’écrit aujourd’hui pour me faire savoir que le problème est entièrement résolu ; qu’il a renoncé complètement à l’introduction du plomb dans ses glaçures; que le nouveau vernis a la qualité, la dureté, l’inal-
- (lj Voyez cahier de mars 1874, page 105.
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- AGRICULTURE.
- MARS 1875.
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- térabilité du verre, et que cette amélioration doit éviter, à tout jamais, toute intoxication par les poteries communes.
- M. Constantin, sans rien modifier à l’ensemble des procédés sur lesquels a porté le rapport de votre comité des arts chimiques, en conservant, par con séquent, les avantages matériels de sa première méthode, adopte les formules suivantes :
- 1° Silicate de soude à 50% 100; quartz en poudre, 15; craie de Meu-don, 15 ;
- 2° Silicate de soude à 50% 100 (Boissi et comp., de Saint-Denis [Seine]); quartz en poudre, 15; craie de Meudon, 15, et borax, 10.
- Ce dernier élément produit quelque augmentation de dépense dans la fabrication delà glaçure; mais il ajoute à la fusibilité du verre, ainsi qu’au brillant de la glaçure comme encore à sa dureté.
- La première formule nécessite un feu plus vif pour cuire la poterie; ce qui, dans le cas particulier de la poterie de Lannilis, la rapproche de la nature du grès-cérame. C’est à l’expérience à prononcer s’il vaut mieux, avec un peu plus de dépense, conserver à la terre cuite ses qualités premières en évitant de la rapprocher des terres cuites en grès.
- Quoi qu’il en soit, M. Constantin vient de rendre un nouveau service à son pays, et l’exemple que les potiers de Bretagne donnent aux fabricants de poteries communes ne peut tarder à se propager dans les différentes parties de la France qui s’occupent de la production de ces sortes de terres cuites.
- La Société d’encouragement me semble devoir être elle-même intéressée dans ces succès obtenus en suite de ses avis.
- Ces glaçures peuvent recevoir les colorations en vert par le cuivre, en brun et violet par le manganèse.
- AGRICULTURE.
- Sur les Phénomènes observés dans les produits provenant du croisement
- DES RACES DANIMAUX, PAR M. HüZARD,
- Membre du Conseil (lj.
- Les races de nos animaux domestiques ne sont plus les races primitives ;
- (1) Communication faite dans la séance du 10 avril 1874.
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- AGRICULTURE.
- MARS 1875.
- nous ne connaissons même plus ces races; l’homme, le cultivateur surtout, au moyen de l’hygiène, les a modifiées dans leurs instincts, dans leurs formes, et par l’hérédité, qui est un moyen de l’hygiène, a rendu constants ces instincts nouveaux et ces formes nouvelles.
- Tout ce qui, accidentellement, sans la volonté du cultivateur, produit un changement dans ces instincts, dans ces formes, intéresse donc celui-ci à un haut degré.
- M. de la Tréhonnais, agronome émérite, a lu le récit et entendu parler, car ce n’est pas lui qui les a constatés, de certains phénomènes qui se passent dans les accouplements, et sur lesquels il pense qu’il serait bon d’appeler l’attention des éleveurs.
- Je cite ces phénomènes, car il serait difficile d’en parler sans d’abord les reproduire.
- « 1° Une jument anglaise de race, dit M. de la Tréhonnais, est saillie par un zèbre, et donne, à ce qu’il paraît, un métis; la notice le fait supposer, du moins ; puis, ensuite, cette jument est saillie par un étalon de sa propre race, et donne une nouvelle production qui naît avec des caractères du zèbre.
- « Tout extraordinaire que paraisse ce phénomène, la physiologie peut, ajoute M. de la Tréhonnais, l’expliquer d’une manière hypothétique, sans doute, mais de la manière suivante : dans la saillie par le zèbre, les ovules de l’ovaire, en outre de celui quia donné le métis, ont pu être impressionnés par le sperme, sans l’avoir été suffisamment pour donner la vie aux ovules, mais de manière, cependant, à y produire un effet qui s’est manifesté dans la production d’un accouplement subséquent avec un mâle de la même race que la mère. » J’ajoute que déjà des éleveurs avaient cru remarquer que des femelles vierges, saillies pour la première fois, donnaient aux produits, qui suivaient celui quelles avaient eu d’abord, des caractères appartenant au premier mâle, quoique les mâles des accouplements suivants fussent de toute autre race. L’explication physiologique pourrait être la même pour ces cas que pour celui cité par M. de la Tréhonnais ; mais la physiologie ne se contente pas de suppositions. M. Magne, si je ne me trompe, partage cette opinion de l’influence du mâle dans un accouplement avec des femelles vierges.
- Dans tous les cas, l’explication ne peut s’appliquer aux phénomènes suivants :
- « 2° Un verrat de pure race anglaise croise des truies normandes, puis il couvre ensuite une truie de sa race pure anglaise, et produit avec elle des métis normands.
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- AGRICULTURE. — MARS 1875.
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- «3° Un verrat anglais, d’une race bien établie, bien persistante, de couleur blanche, n’ayant donné toujours que des gorets blancs avec des femelles blanches de sa race, est prêté pour saillir des truies noires de la race berkshire ; puis, remis à saillir des truies blanches de sa propre race, il donne naissance à des gorets de robe tachetée de noir. »
- Comment expliquer ces deux faits? Ce n’est pas, comme dans le premier cas, par l’imprégnation des ovaires par le sperme.
- « Une génisse en rut, pur sang durham, est conduite, pendant un certain parcours, à un taureau aussi de race durham ; mais on est obligé de la faire accompagner par une vache d’Àlderney d’une autre couleur. Le propriétaire du taureau fait observer que le produit aurait le pelage de la vache d’Àlderney, et c’est ce qui arriva.
- « 5° Une jument baie est conduite à un étalon bai de la même nuance ; le groom qui la conduisait en main montait un cheval irlandais hongre ; on ne dit pas la couleur de la robe du cheval, mais il avait une tache blanche en tête et, aux extrémités, des balzanes blanches. Le poulain résultant de l’accouplement ressemblait au cheval irlandais et avait les mêmes marques au front et aux jambes. »
- Dans ces deux nouveaux faits il est difficile d’expliquer le résultat autrement que par l’impression produite sur les femelles en rut par la vue des formes et de la couleur de leur compagnon de voyage. 11 paraît difficile d’y faire entrer l’atavisme pour quelque chose.
- « 6° Lady Picot, bien connue pour son magnifique troupeau de race durham, était tout étonnée d’abord que la plupart des veaux naissaient blancs, quoique les producteurs eussent un pelage rouge. On lui fit observer que cela tenait probablement à la couleur blanche des étables, qui étaient souvent badigeonnées au lait de chaux dans un but hygiénique. La couleur fut changée et les veaux vinrent avec la robe de leurs producteurs. »
- 7° M. de la Tréhonnais va chercher des exemples jusque dans l’histoire sainte.
- « On trouve, dit-il, que Jacob, voulant augmenter son troupeau de brebis aux dépens de celui de Laban, son beau-père, prit pour sa part toutes les bêtes ayant leur robe affectée de taches de couleur, et laissa exclusivement à son beau-père toutes les brebis parfaitement blanches ; puis qu’il eut ensuite le soin de conduire le troupeau de celui-ci à un abreuvoir garni d’arbres dont les branches avaient eu l’écorce enlevée par bandes en spirales, afin que la vue de ces couleurs tranchées frappât les brebis blanches et leur
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- AGRICULTURE.
- MARS 1875.
- fit produire des agneaux tachetés qu’il pût dire venir de son troupeau à lui. »
- Enfin, au sujet de cette croyance à l’influence des couleurs sur les animaux au moment de la conception, M. de la Tréhonnais cite un M. Combes, célèbre éleveur de la race bovine noire d’Angus. M. Combes était tellement convaincu de cette influence, qu’il faisait peindre en noir l’intérieur des étables, les portes, les fenêtres, même les planchers et jusqu’aux barrières extérieures.
- D’après ces faits bien constatés, selon M. de la Tréhonnais, « il est impossible, ajoute-t-il, de ne pas reconnaître que, dans certaines races d’animaux, etc., etc., à l’époque de l’acte progéniteur, c’est-à-dire au moment de la surexcitation du système nerveux qui accompagne cet acte, il se produit un phénomène identique à celui qui a lieu sur la plaque de verre préparée qui reçoit et fixe une image au foyer d’un appareil photographique.
- « En effet, continue-t-il, le phénomène est d’autant plus marqué que la bigarrure des objets en vue est plus tranchée ; puis il se produit le plus souvent, chez les animaux domestiques qui s’accouplent, surtout le jour, d’une façon isolée, par exemple chez les races bovine et chevaline ; tandis qu’il se produit moins souvent dans les grands troupeaux de moutons dont le saut s’opère au milieu d’autres brebis de même pelage, dans la nuit, et se produit davantage dans les petits troupeaux où l'on remarque des chèvres au milieu des brebis. Enfin, dans l’état sauvage (c’est toujours l’auteur qui parle), l’homogénéité constante dans la production peut être attribuée à ce que l’acte reproducteur se passe dans les circonstances journalières et dans les milieux ordinaires de la vie, tandis que, dans l’état de domesticité, ces milieux, ces circonstances sont souvent changés par l’homme au moment même de l’acte générateur. »
- L’auteur termine son travail en faisant entendre que l’éleveur devrait peut-être prendre en considération, plus qu’il ne le fait généralement, les milieux dans lesquels il fait opérer l’acte reproducteur.
- Sans mettre en doute le bien observé des phénomènes rapportés par M. de la Tréhonnais, ils sont trop peu nombreux pour être regardés comme des faits acquis, et il est à désirer que, s’il s’en présente de semblables, ils soient recueillis, et, s’il est possible, que des expériences directes soient faites à ce sujet.
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- CHAUSSURE A VIS.
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- — MARS 1875.
- ARTS MÉCANIQUES.
- NOTE SUR LA FABRICATION DE LA CHAUSSURE A VIS (1).
- L’industrie de la chaussure qui, vers la fin du siècle dernier, s’exerçait, pour la plus grande partie, à l’état nomade, est restée stationnaire ou au moins a progressé très-lentement, tant qu’elle n’a possédé pour éléments de développement que le concours des ouvriers de la spécialité.
- Dans ces conditions elle suffisait à peine à la consommation intérieure ; quant aux opérations commerciales, elles étaient à peu près milles.
- Transformation récente de la chaussure. — Vers le tiers environ de ce siècle, les besoins augmentant plus rapidement que la production, et surtout plus rapidement que la formation des élèves cordonniers, on eut recours, pour suppléer au talent manuel qui faisait défaut, à l’emploi des chevilles en bois, en fer ou en cuivre en remplacement de la couture, pour opérer la suture des semelles, et l’on fabriqua, par ces divers procédés, plus rapidement et à plus bas prix, des chaussures qui trouvèrent facilement leur place, bien qu’elles ne présentassent pas plus de solidité que la chaussure cousue.
- Cette fabrication, quoique laissant à désirer sous plusieurs rapports, eut le très-grand mérite, en ne limitant plus la production de cette branche importante au nombre des ouvriers spéciaux existant, d’être le point de départ, le signal, en quelque sorte, d’un immense développement industriel et commercial.
- Importance statistique de la chaussure. — A partir de ce moment, l’industrie de la chaussure se divisa en deux branches : l’une, conservant les traditions, fit ce que l’on pourrait appeler la chaussure deluxe; l’autre, plus démocratique, visa au bas prix et au grand nombre, et toutes deux progressèrent parallèlement dans une proportion considérable, proportion dont les relevés officiels de 1847 et de 1860 fournissent l’éloquente mesure.
- Ainsi, en 1847, la production totale des chaussures dans la capitale
- était de......................................................... 45 000 000 fr.
- dont 23 millions attribués à la consommation locale, et 22 millions à l’expédition.
- En 1860, treize ans après, la fabrication parisienne avait atteint le
- chiffre de....................................................... 83 000 000 fr.
- dont 44 millions attribués à la consommation intérieure du Paris agrandi, et 40 millions à l’expédition.
- (1) Extrait du complément du Dictionnaire des arts et manufactures (36 édition), par M. Ch. Laboulaye.
- Tome II. — 74e année. 3e série, — Mars 1875. 15
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- CHAUSSURE A VIS. — MARS 18Î5.
- En appliquant cette même progression aux sept années qui se sont écoulées depuis le dernier relevé, on trouve que la production actuelle delà chaussure à l’intérieur de Paris doit être d’au moins. . . 103 000 000 fr.
- par année.
- C’est-à-dire que cette branche importante de la production parisienne a, comme beaucoup d’autres, pris, dans l’industrie générale, le rang qui lui appartient réellement, aussitôt qu’elle n’a plus été limitée par une main-d’œuvre spéciale, et, de simple industrie de consommation, elle s’éleva rapidement au premier rang comme importance chiffrée; de plus, elle se vit représentée par des maisons qui occupent aujourd’hui le sommet des affaires, qui ont à leur tête des hommes embrassant la question de très-haut, et qui ont voué à cet utile et difficile produit leur temps et leur intelligence.
- Chaussure à vis. — Dans ce mouvement de transformation qui a toujours grandi, l’industrie se trouvait en possession de moyens d’accroissement comme quantité, comme nombre ou comme bas prix, mais nullement comme supériorité de qualité.
- La supériorité dans les produits et dans les moyens de fabrication, autres que les procédé^ manuels, ne se manifesta qu’à l’apparition de la chaussure à vis et des machines pour la fabriquer.
- De cette époque (25 ans environ), date pour l’art de la cordonnerie une ère tout à fait nouvelle.
- La chaussure atteignit, par l’emploi de la vis et par l’usage des machines comme qualité, comme durée, comme indéformabilité, un degré de perfection tout à fait inattendu et qui lui valut la haute réputation qu’elle s’est si justement acquise dans le quart de siècle qui vient de s’écouler; réputation dont une notable part revient à la maison Sylvain-Dupuis (1) qui, par les soins qu’elle n’a cessé de lui donner et par le choix consciencieux qu’elle a constamment fait de ses matières premières, n’a pas peu contribué à maintenir à ces nouvelles chaussures le rang qu’elles occupent à si juste titre.
- Conditions d’une bonne chaussure à vis. — Pour justifier cette assertion sur la supériorité de la chaussure à vis, examinons d’abord, au point de vue du produit en lui-même, quelles sont les qualités que doit posséder une bonne chaussure vissée ; il nous sera facile, ensuite, d’en déduire les conditions que doivent remplir, d’une part, les vis qui jouent le principal rôle, et, d’autre part, les machines qui opèrent le vissage.
- La chaussure doit, en sortant de la machine, posséder :
- LA SOLIDITÉ,
- l’imperméabilité,
- LA DURÉE,
- LA SOUPLESSE,
- (1) La mort récente de M. Sylvain-Dupuis a fait passer la maison en d’autres mains (R.).
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- CHAUSSURE A VIS.
- MARS 1875.
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- Enfin la courbure exacte du pied, c’est-à-dire la conservation des courbes qu’il a fallu faire prendre à la matière première, pour qu’elle épousât le modelé du pied.
- La solidité et Ximperméabilité sont la conséquence du principe même de la chaussure à vis qui emprisonne la substance molle de l’empeigne entre deux semelles plus denses, remplissant, de chaque côté de l’empeigne, l’office de la tête et de l’écrou d’un boulon dont le corps traverse toutes les épaisseurs à joindre.
- Cette structure est aujourd’hui commune à toutes les chaussures à vis, mais son efficacité est dépendante de la conformation de la vis qui est l’élément essentiel, et des conditions dans lesquelles on opère la pose de ces boulons d’un nouveau genre.
- La durée de la chaussure à vis est dépendante, — en ce qui concerne le vissage, — de la forme du filet des vis; seulement ces dernières ayant sur la durée de la chaussure une influence capitale, nous en ferons plus loin l’objet d’un examen tout spécial.
- La souplesse d’une chaussure à vis s’obtient, au point de vue mécanique, à l’aide de la réglementation de la pression sous laquelle les cuirs sont joints; cette pression préalable et concomitante a pour but d’opérer le rapprochement des matières que la vis a pour mission de maintenir.
- Or, pour faire ployer une semelle composée de plusieurs épaisseurs réunies de distance en distance par des vis qui s’opposent à leur écartement, il faut, ou que les différentes couches qui la composent puissent glisser l’une sur l’autre, ou que chaque partie de matière placée entre deux vis consécutives puisse se tendre, s’allonger à l’extérieur de la courbe de flexion et se fouler à l’intérieur de cette courbe.
- Si donc les cuirs composant une chaussure ont été réunis sous l’influence d’une pression assez énergique pour empêcher tout glissement ou tout refoulement, la chaussure sera dure, rigide, inflexible ; si, au contraire, la machine possède les moyens de mesurer et de régler la pression sous laquelle le vissage doit s’opérer, il devient facile, en limitant cette pression au degré convenable, d’arriver à la souplesse qu’on veut obtenir.
- Enfin la conservation des courbes de la semelle ou, plus exactement, des formes du dessus et du dessous de la chaussure a une très-grande importance au point de vue d’une bonne fabrication, disons plutôt au point de vue de l’art. En effet, il ne suffit pas que le cordonnier prenne la mesure au cou de-pied et à la naissance des orteils; si, bien que la mesure en ces deux endroits soit parfaitement exacte, on aplatissait la semelle destinée à un pied cambré, ou, réciproquement, qu’on cambrât une semelle destinée à un pied plein, on donnerait naissance, dans les deux cas, à un résultat déplorable : le pied, en cherchant à remettre l’axe des deux sections dans leurs relations respectives, donnerait naissance à une foule de plis sur la guêtre de la chaussure, et occasionnerait une gêne intolérable au malheureux qui serait condamné au supplice de modeler à son pied une telle chaussure.
- Il est donc des plus importants, comme nous venons de le dire, que la compression
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- sous laquelle on opère le vissage de la chaussure s’exerce sans déranger les courbes de celle-ci.
- Les conditions qu’il faut réunir pour obtenir une bonne chaussure à vis étant, pour la plupart, dépendantes de la nature des vis employées, il devient indispensable d’examiner ce qui constitue une bonne vis à chaussure.
- Conditions d’une bonne vis pour chaussure. — Pour faire apprécier ce qui constitue une bonne vis destinée à joindre des substances relativement très-peu denses, telles que le cuir de bœuf ou de vache, les peaux molles, etc., il faut d’abord faire remarquer que, en dehors de la vis elle-même, ce qui constitue la solidité de la chaussure à vis consiste dans l’emploi de semelles intérieures, appelées semelles premières, d’une épaisseur de 2 à 3 millimètres, soit d’environ 0m,0025 en moyenne ;
- Que cette semelle représente l’une des deux parties du nouveau boulon auquel est confiée toute la résistance de la chaussure ;
- Que la semelle extérieure représente la deuxième partie de ce boulon ;
- Et que c’est entre ces deux parties d’un même boulon que se trouve comprimée et serrée l’empeigne de la chaussure.
- Qu’en conséquence, soit qu’on se base sur la limite de résistance du cuir, soit que l’on considère la résistance des filets de la vis, on n’a, en aucun cas, intérêt à dépasser dans les autres parties constituantes la plus faible de ces deux résistances.
- Or, la semelle intérieure étant, de toutes les parties servant à la jointure, la plus délicate, c’est d’elle et des deux filets engagés dans son épaisseur que dépend la solidité de la chaussure.
- C’est donc, en définitive, sur cette partie, infime en apparence, qu’il faut reporter tons les soins de la construction, puisque de cette partie dépend tout le succès de la chaussure.
- Nous n’aurons donc, pour établir une parallèle entre deux produits, qu’à comparer cette partit», qui est commune à tous.
- La mesure de la solidité en ce point nous donnera la mesure de la solidité comparative.
- La résistance des filets métalliques (cuivre) attachés à un corps cylindrique est la résistance des filets semblables, faisant corps avec une substance moins dense (cuir), comme la densité ou plutôt les résistances des deux matières sont entre elles.
- Or le cuivre avec lequel on confectionne les vis rompt sous un effort de traction de 120 kilogrammes par millimètre carré de section.
- Le cuir de vache de bonne qualité, servant à faire les semelles intérieures, appelées semelles premières, cède sous un effort de traction de 2 kilogrammes par millimètre carré de section (1) ; il faut donc, en supposant les efforts faits dans tous les sens comme
- (1) 1 kilog. 70 avec du cuir baissé.
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- proportionnels aux efforts de traction, que les filets métalliques, par rapport aux filets de cuir, soient entre eux comme volume dans le rappert de 1 à 60.
- C'est ce qui fait que l'auteur de ces chaussures a été conduit, dès l’origine, à adopter pour les filets métalliques une proportion aussi grande que possible entre le plein et le vide des filets, laquelle, dans la pratique, n’a pu aller, jusqu’ici, au delà de 1 de plein contre 3 de vide, ensemble k pour le pas (fig. 1) ; le cuir qui remplit les filets de la vis possède donc 3 de plein contre 1 de vide.
- Les parties comprises entre deux filets métalliques consécutifs, ayant mêmes angles et mêmes côtés que les filets métalliques, présentent, chacune, une surface égale à 3 fois celle des filets de la vis.
- Ceci, en ne considérant que les surfaces de section par l'axe longitudinal ; mais, pour que le rapprochement soit exact, il faut avoir égard :
- 1° A ce que les filets de cuir étant plus épais doivent résister en raison du carré de leur épaisseur : or, l’épaisseur des filets étant double, leur résistance devient quadruple = 8 kilogrammes ;
- 2° A ce que la surface de révolution qui forme la base d'adhérence des filets en cuivre sur le cylindre ou tige centrale est plus petite que la base d’attache ou surface de révolution des filets en cuir à leur diamètre extérieur, dans le rapport de 1,89 millimètre carré à 7,90 millimètres carrés, ou de 1 à 4;
- 3° Enfin à ce que le cube de cuir engagé entre les filets du cuivre est au cube du cuivre comme 0,75mi1,3 est à 2,63mi1-3, ce 8X2 63
- qui porte la résistance à l’arrachement à — ’ = 28 kilogrammes ( l'expérience di-
- Uj/o
- recte donne 2k kilogrammes).
- On voit que, malgré l’énorme différence qui existe comme densité et comme résistance entre les deux substances cuivre et cuir, on peut, par les proportions des différentes parties de la vis, par rapport au cuir, approcher, pour chacune d’elles, d’une égale somme de travail, et donner aux parties jointes une solidité que nul autre mode de jonction connu ne pourrait leur procurer.
- Seulement, pour obtenir ce résultat, il faut que les vis en métal possèdent des creu-sures relativement considérables en vue desquelles on doit prendre, pour la fabrication des vis, les précautions que commande ce genre de produit, si l’on veut l’obtenir dans de bonnes conditions.
- Il y a d’autant moins à transiger avec les proportions de vide et de plein, surtout à l’extrémité des vis, que les semelles intérieures sont toutes en vache, — moins par raison d'économie que comme condition de souplesse, — et ne possèdent, en général, que 2 à 3 millimètres d'épaisseur, ne permettant d'utiliser que les deux ou trois pre-
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- miers filets de la vis, et que c’est sur ces deux ou trois premiers filets, comme nous l’avons déjà dit, que repose toute la solidité de la chaussure.
- Ajoutons que la forme des filets influe énormément sur la durée de la chaussure. Si les vis possèdent des filets très-saillants et surtout très-aigus comme ceux des vis filetées au burin, la jonction de la semelle contre la chaussure persistera alors même que la semelle n’aurait plus pour épaisseur qu’une infime fraction de millimètre, parce que le cuir emprisonné par la spirale d’une vis terminant en lame de couteau ne cesse d’exister qu’avec la vis elle-même (fig. 2). .
- A B, épaisseur de semelle restant à user. B G, épaisseur de l’empeigne.
- G D, épaisseur de la semelle intérieure. E, talonnette.
- Nota. Les cinq figures de démonstration sont à l’échelle de dix fois grandeur.
- A B représentant l’épaisseur du cuir restant à user, on voit que le plan incliné du filet de la vis retiendra jusqu’au dernier atome le cuir de la semelle.
- Au contraire, si la vis porte, comme la plupart des vis taraudées au moment du vissage, des filets métalliques épais, la durée sera limitée à une épaisseur de cuir égale à l’épaisseur matérielle des filets métalliques (voir fig. 3) ; l’épaisseur F G du filet de la vis ne retient plus le cuir, et la chaussure est hors de service avant d’être complètement usée.
- F G, cuir de semelle restant à user.
- G H, épaisseur de l’empeigne.
- HI, épaisseur de la semelle intérieure.
- L, talonnette.
- Bésumons, en quelques mots, les conditions que doivent remplir les vis à chaussure.
- Premièrement. — Elles doivent posséder un noyau conique :
- 1° Pour servir de contre-partie à la ri-vure intérieure ;
- 2° Pour qu’il y ait serrage ou compression dans tous les sens de la matière à chacune des révolutions que fait la vis pour pénétrer, ou, autrement dit, pour qu’elle ne tourne pas plusieurs fois dans le même trou sans s’y serrer latéralement davantage ;
- 3° Pour qu’elles ne se rompent pas sous l’effort de la torsion* ce qui arriverait avec
- Fig. 2.
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- des vis cylindriques si elles étaient uniformément évidées dans toute leur longueur.
- Secondement. — Les filets doivent être plus creux à l’extrémité de la vis pour obtenir le maximum de travail dans les semelles premières et dans les deux derniers filets de la semelle extérieure.
- Troisièmement. — Les filets doivent être aigus dans les derniers éléments de la semelle extérieure, pour que la chaussure puisse atteindre à son maximum de durée.
- Quatrièmement. — Les filets supérieurs doivent être plus camards pour joindre leur résistance naturelle à celle de la vis, ce qui permet d’employer du métal d’un diamètre moindre.
- Cinquièmement. — Elles doivent posséder un commencement de pointe pour faciliter leur introduction, et cependant assez peu pour permettre au premier filet de se rabattre ou de se rapprocher du second, et de constituer ainsi une sorte de rivure intérieure s’opposant au détournement de la vis, comme on le voit figure k.
- AB, extérieur cylindrique.
- B G, extérieur conique.
- EF, noyau conique.
- GH, épaisseur de la semelle intérieure.
- HI, épaisseur de l’empeigne.
- I J, moitié de l’épaisseur de la semelle extérieure.
- IK, deuxième moitié de la semelle extérieure.
- Mode de fabrication des bonnes vis. — Pour obtenir des creusures aussi considérables, il faut les fileter au burin, c’est-à dire enlever le métal par couches successives , et assez minces pour que la résistance que produit chaque copeau à enlever de la tige métallique n’excède pas la puissance de torsion de cette tige.
- Lorsque les vis ne sont creusées, comme
- Fig. 4.
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- dans les machines vissant et taraudant, que de la quantité correspondant à ce que la torsion permet d’enlever de métal en une seule opération, on arrive, en dehors des autres inconvénients que présentent ces machines, à des proportions de creux et de plein, qui ne permettent aucune espèce d’équilibre dans les résistances, et, par suite, aucune espèce de solidité ni de durée.
- L’examen du tableau synoptique X, ci-après, indique la différence des résistances obtenues par de bonnes vis filetées au burin et des vis taraudées sur la machine à visser.
- Ce qui met encore davantage en relief la disproportion des différentes parties de ces vis, c’est que, pendant que les filets en cuir engagés entre les filets de cuivre ne peuvent supporter que 14lilogr- ,65, le noyau de la vis ou tige centrale peut résister à des efforts de traction de 339 kilogrammes, tout à fait en disproportion avec le reste de la vis, par suite de la creusure insuffisante.
- Examen des différentes machines à visser la chaussure. — Après avoir indiqué ce qui constitue une bonne chaussure et une bonne vis, examinons les machines à visser la chaussure qui se sont, en dehors des machines de la maison Sylvain-Dupuis, produites à l’Exposition dernière et qui sont en ce moment livrées au commerce.
- Ces machines sont de trois sortes :
- 1° Les machines employant des vis filetées à l’avance et faisant usage d’un guide-vis fileté ;
- 2° Les machines employant des vis filetées à l’avance, mais ne faisant pas usage du guide-vis;
- 3° Enfin les machines fabriquant les vis sur la machine à visser et au moment même du vissage.
- Pour se rendre compte de la valeur relative de ces différentes machines, il faut les examiner comparativement au triple point de vue :
- De la conservation des formes de la chaussure,
- De la facilité du service des machines ;
- Et enfin de la solidité du joint opéré par les vis.
- Disons de suite qu’aucune de ces trois sortes de machines ne donne des résultats satisfaisants au point de vue de la conservation, pendant le vissage, des formes de la chaussure.
- Elles ne possèdent qu’un seul support pour le vissage de la presque totalité de la périphérie de la semelle, et sont de ce fait complètement impuissantes à répondre à cette exigence primordiale d’une bonne chaussure.
- On conçoit, en effet, que la chaussure présentant successivement, dans sa longueur, des courbes de sens contraires, il arrive que, si le support ou bigorne sur lequel s’opère le vissage est de convexité convenable pour un point de la semelle, il doit être contraire pour la partie suivante et provoquer sa déformation.
- Machines à visser employant des vis filetées à l’avance et faisant usage d’un guide-vis. — Cette première machine, par suite de ce que nous venons de dire d’une
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- manière générale de la conversation des courbes, ne satisfait donc pas à la condition essentielle du respect de la forme.
- Au point de vue de la facilité de son service, elle présente l’inconvénient d’exiger, à chaque pression nécessaire pour la pose d’une vis, le déplacement de la totalité du corps de l’ouvrier visseur. En outre, la pose de la vis s’y effectue au moyen de roues d’engrenage coniques actionnées par une manivelle à main, ce qui constitue une manœuvre assez fatigante pour exiger l’intervention d’ouvriers visseurs.
- Au point de vue de la solidité du vissage, cette machine étant alimentée par des vis coniques filetées à l’avance et guidées dans leur course par un manchon conducteur de même pas, le vissage qu’elle opère peut être très-solide et très-rationnel.
- Machines employant des vis filetées à l’avance, mais ne faisant usage d’aucun guide-vis. — La seconde sorte de machine présente les mêmes inconvénients au point de vue de l’altération des courbes de la chaussure, par suite de la pression opérée sur une seule bigorne pour la presque totalité du pourtour de la semelle.
- Quant à la facilité de service, à part l’obligation de recourir à un moteur séparé, ce qui, dans beaucoup de cas, constitue un très-grave inconvénient et s’oppose à la vulgarisation de la chaussure à vis, — elle est aussi grande qu’on peut le désirer; — une femme, une fillette, nous dirions presque un enfant, peuvent la mettre en fonction (moyennant, comme nous le disions, le secours d’une force motrice étrangère).
- Mais par contre, en ce qui concerne la qualité du vissage, bien que cette machine permette d’employer des vis à noyau conique, le travail qn’elle livre ne présente aucune garantie, aucune sécurité, par suite de l’absence d’un guide-vis métallique qui remplisse la double fonction :
- 1° D’assurer une rivure régulière ;
- 2° De s’opposer à ce que la vis, en arrivant à la fin de sa course, ne fasse vis sans fin comme le tire-bouchon le fait souvent dans le liège.
- On conçoit parfaitement qu’une ou deux vis seulement dans tout le périmètre d’une chaussure, placées dans ces conditions déplorables, suffisent pour mettre la chaussure hors de service, et qu’un tel risque, une telle éventualité doivent faire répudier un instrument pouvant avoir des conséquences aussi fâcheuses.
- Machines visseuses et taraudeuses. — La troisième sorte de machine est celle qui taraude la vis au moment et pendant même que la chaussure se visse.
- Ces machines, au point de vue de la conservation des courbes de la chaussure, présentent les mêmes inconvénients que les deux sortes précédentes ; n’y faisant usage que d’une seule bigorne, il y a altération des courbes que devrait conserver la chaussure.
- Au point de vue de la facilité du service, ces machines exigent l’intervention d’un ouvrier d’autant plus habile qu’il doit, à un moment donné, se transformer en ouvrier mécanicien pour le remplacement des mordaches de la filière, pour l’affûtage des couteaux, delà cisaille, etc. En outre, le vissage et le taraudage simultanés y sont opérés par des engrenages d’angle, et présentent une certaine résistance qui ne permet pas Tome II. — 74e année. 3e série. — Mars 1875. 16
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- d’utiliser des femmes ; en sorte que tout l’avantage résultant de la différence du prix des vis est absorbé par la différence du prix de la journée d’une femme sans profession, comparé à celui d’un ouvrier possédant une nouvelle spécialité.
- Enfin, au point de vue de la solidité et de la durée du joint opéré par les vis cylindriques, ces machinés donnent des résultats détestables :
- Les filets de vis y sont à peine tracés;
- Ces filets sont raboteux, parce que la matière a été, la plupart du temps, plutôt grattée, foulée, que coupée ;
- Le noyau de la vis y est cylindrique, et par conséquent chacun des trous par où pénètre la vis se trouve alésé autant de fois qu’il faut faire faire de tours à la vis pour l’amener à fond ;
- Le premier filet y est déformé par les morclaches des cisailles, et trace en creux un filet plus grand que le filet en saillie qui suit la déformation ou mâchure occasionnée par la cisaille ;
- L’effort exercé pendant l’acte du taraudage pour marquer le filet y est tel, que le noyau central cesse de posséder un axe géométrique commun :
- Enfin leur mise en place ayant lieu sous l’influence d’une tige faussée par l’effort des coussinets de la filière, la rotation de la vis.y produit l’effet d’un vilebrequin agrandissante trou de la semelle extérieure autant de fois qu’il faut faire faire de révolutions à la vis pour traverser toutes les épaisseurs des matières à joindre.
- Influence de Vhumidificatiori sur le vissage. — Ceux qui font usage de ces vicieux procédés croient pallier leurs fâcheux résultats en humidifiant les cuirs. C’est une erreur ; le mal n’est peut-être pas aussi apparent, mais il n’en existe pas moins ; car, lorsque les fibres d’un tissu mort ont été coupées:ou déchirées, elles ne se ressoudent plus, et, comme la dessiccation amène un retrait général de la matière, les trous percés pendant l’humidification s’agrandissent en séchant.
- Les cordonniers connaissent tout spécialement cet effet de la dessiccation, car ils en éprouvent, chaque jour, les inconvénients en cherchant à reboucher avec des chevilles 'en bois ou en cuir les trous qu’ils pratiquent sous le milieu de la semelle pour l’opération du brochage; ni les unes, ni les autres ne résistent à la dessiccation, qui produit simultanément la diminution des chevilles et l’agrandissement des trous.
- L’abus de l’humidification, à laquelle on est souvent forcé de recourir avec ces machines, n’est donc pas un remède, pas même un palliatif, puisque, pendant la dessiccation, les matières se retirent dans tous les sens pour abandonner leur eau d’imbibition, mais ne ressoudent, ni même ne rapprochent lès tissus altérés.
- Aussi, machines et produits, sous l’influence de ces moyens de fabrication, loin d’être en progrès, ont, depuis dix ans, visiblement dégénéré.
- Iîe'sistance comparative des deux systèmes de vis. — Une appréciation en apparence aussi sévère que celle que nous venons de formuler ne doit pas se produire sans être immédiatement accompagnée de preuves à l’appui.
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- Or nous avons vu, à l'occasion de l’analysef des conditions à remplir pour obtenir une bonne vis à chaussure, que les caractères,, qui distinguent ces sortes de vis sont :
- A, pour le creux et le plein relatifs des filets de la vis mesurés en surface sur la section longitudinale de la vis :
- Cuivre. . . 1 = 25 p. 100.
- Cuir. . . . 3 = 75 p. 100.
- B, cube des matières engagées dans un filet complet de 1 millimètre de pas :
- Cuivre. . . 0 mil.3, 753,509,
- Cuir. . . . 2 mil.3, 634,607,
- ou en cuir près de 4 fois le volume du cuivre :
- “21,9 p. 100, cuivre;
- = 78,1 p. 100, cuir.
- C, diamètre moyen du noyau de la vis, tmil.,2: —: section transversale du noyau de la vis, 1 mil.2,13.
- D, résistance à la rupture, 135 kil. 6, soit par millimètre carré — 120 kilogrammes.
- E, résistance du cuir de vache de 2 mil. 1/2 d’épaisseur, 24 kilogrammes.
- F, surface en contact pour la révolution d’un filet perpendiculairement à l’axe de la vis, 3 mil.2,30.
- G, surface de révolution ou base d’attache des filets autour du noyau de la vis et à la naissance des filets dans le cuir :
- Pour le cuivre, .. . .................1 mil.2, 89
- Pour le cuir. . . . . .............7 mil.2, 70
- ou 4 fois plus,
- c’est-à-dire. . . 19,7 p. 100 cuivre :
- —- . .' . 80,3 p. 100 cuir.
- Les mêmes éléments, pris sur des vis fabriquées par la machine vissant, et taraudant tout à la fois, fournissent les données suivantes (le pas de vis étant ramené à 1 millimètre) :
- A', creux et plein des filets de la vis, mesurés en surface sur la section longitudinale de la vis :
- 0 mil.2, 10,50 cuivre 1 = 34 p. 100 ;
- 0 mil.2, 19,50 cuir 1.9 = 66 p. 100.
- B', cube des matières engagées dans un filet complet de 1 millimètre de pas :
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- Cuivre. . . 0 mil.3, 725,655
- Cuir. ... 1 mil.3, 347,645
- ou en cuir 1.8 le volume de cuivre
- = 35 p. 100 cuivre = 65 p. 100 cuir.
- C', diamètre du noyau de la vis, 1 mil.,9 = section transversale du noyau de la vis, 2 mil.*, 83.
- D', résistance à la rupture, 339 kilogrammes.
- E', résistance dans du cuir de vache de 2 m. 1/2 d’épaisseur, prenant pour point de rapprochement la surface de contact du filet des vis filetées à l’avance, comparée à celle des vis taraudées sur la machine à visser, on trouve pour l’une 3,39 millimètres carrés, et pour la seconde 2,07 millimètres carrés.
- Or en faisant la proportion
- 3,39 : 2,07 : : 24 : a:,
- x
- 2,07 X 24 3,39
- 14k,65
- pour la résistance, au lieu de 24 kilogrammes.
- F', surface en contact pour la révolution d’un filet perpendiculairement à l’axe de la vis, 2 mil.2,07.
- G', surface de révolution ou base d’attache des filets autour du noyau de la vis et à la naissance des filets dans le cuir :
- Pour le cuivre. ... 2 mil.2,08.91
- Pour le cuir..........5 mil.2,10.51
- ou 2,4 fois,
- c’est-à-dire........ 29 p. 100 cuivre :
- — .........71 p. 100 cuir.
- Si maintenant nous rapprochons tous ces éléments de comparaison pour en former un tableau synoptique, nous trouverons les résultats suivants :
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- TABLEAU X.
- LETTRES de renvoi aux articles. LIBELLÉ. VIS filetées à l’avance VIS taraudées par la machine à visser AVANTAGES en faveur des vis filetées.
- A et A' Creux ou vides mesurés sur la section longitudinale. . . 3 2 33 •/. .
- B et B' Cube de matière engagé dans un filet. 2,634 min.* 1,347 mill.» 50 o/o
- G et G' Diamètre du noyau 1,2 mill. pour la section transversale 1,13min.* 2,83 mill.* Matière en trop dans les vis taraudées 1,70 mil-
- D et D' Résistance à la rupture. 135,6k 3391 lim.* ou 61 p. 100. Résistance superflue dans les vis tarau-
- E et E' Résistance dans du cuir de vache de 2,5 mill 24k 14,65k dées 204k ou 61 p. 100. 39 %
- F et F' Surface en contact pour la révolution d’un filet 3,39 mill.* 2,07 mill.. 39 •/„
- G et G» Surface de révolution ou base d’attache des filets. . 7,70 mill.* 5,10 mill.» 40%
- Comme on le voit à l’inspection de ce tableau, toutes les dimensions qui tendent, dans les vis filetées à l’avance, à équilibrer ou à uniformiser les résistances du cuir ou du cuivre, en les faisant concourir au maximum de travail utile, sont, — dans les vis taraudées sur la machine à visser, — en si complet désaccord avec les règles les plus simples et les plus élémentaires, qu’il semblerait qu’on n’a eu pour unique but, en les adoptant, de porter le discrédit sur un excellent produit.
- Et encore n’établissons-nous de comparaison qu’avec les vis les moins défectueuses ; car, si nous nous reportons à certaines machines de l’Exposition, employant des vis dont la section est représentée figure 5, on trouve que les différents rapprochements deviennent ce que les indique le tableau Y page 24.
- Rétrogradation de la chaussure à vis depuis dix ans. — Contrairement donc à ce qui se manifeste d’ordinaire lorsqu’une industrie passe du domaine privé dans le domaine commun ; à ce moment où d’ordinaire les derniers entrés dans l’arène apportent aux moyens originaires
- Fig. 5.
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- 126
- de fabrication les modifications, perfectionnements ou améliorations que le temps et l’expérience amènent invariablement avec eux, il s’est, dans le cas présent, produit précisément le contraire, et nous sommes forcés de constater que depuis l’introduction, dans le domaine public, du principe de fabrication de la chaussure à vis, toiis les appareils construits en vue d’appliquer ces principes en concurrence avec la maison mère plongent cette industrie dans une dégénérescence de nature à entraîner sa très-prompte décadence.' ...
- TABLEAU Y.
- LETTRES de renvoi aux articles. LIBELLÉ. VIS filetées à l’avance. VIS taraudées par la machine à visser .• . ; AVANTAGES en faveur des vis filetées.
- A et A'' Creux ou vides me- .... ... v, ;
- surés sur la section . , . ,
- longitudinale. . . 3 1 /- \ ' 75 • ...
- B et B" Cube de matière en-
- gagé dans un filet. 2mill.3,634 0 mil!,3,852,937 , 68 î/° - , -
- G et G" Diamètre du noyau 1,2 mill. pour la section transversale. . 2mill.2,13 2 mill.%8,352 Matijère en tpop,dans les vis taraudées 1,70 mil-
- . D et B" Résistance à la rupture par mill.2. . 135,6 340^ lim.’ ou 61 p. 100. Résistance superflue dans les vis tarau-
- E et E" Résistance dans du dées 205k ou 61 p;. 100.
- cuir de vache de 2,5 mill. . .... 24^ . 6k,1 (1) 75 •/„ .
- F et F'-' Surface en contact pour la révolution d’un filet. .... 3 mill.2,39 •1 mill.2,39 41 %
- G et G" Surface de révolution ou base d’attache des filets. . 7 mill.2,70 4 mill.’,80 38 «/o
- (1) Le plein de h vis étant égal au creux, la r ésistance 2 lilog. par mill.2, au lieu d'être élevée au carré, comme il est dit
- plus haut à la suite de la fig. 1, ne peut être comptée que pour sa valeur simple de 2 tilog.
- 2k x2 63^ On a donc à établir ici la proportion —^ • «=6k,l.
- C’est-à-dire que les deux éléments qui devraient se faire équilibre loin de se rapprocher, s'éloignent de telle sorte que la tige
- métallique présente une résistance de 340 kilos., alors que le cuir ne peut, dans ces conditions, résister qu’à 6^,1...!
- Aussi, sous aucun rapport, les machines fabriquant les vis eussent-elles été bonnes d’ailleurs, nous n’eussions pu et nousme pourrions en conseiller l’usage, parce qu’elles donnent des produits inférieurs qui déprécient toute une branche d’industrie, et blessent en fin de compte les intérêts généraux du pays.
- Nouvelle intervention de fauteur des chaussures à vis. — C’est pourquoi nous voyons avec une vive satisfaction que, par un sentiment d’orgueil national et d’amour-
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- propre bien naturel, l’initiateur de cette industrie se décide à rentrer dans la lice après dix ans d’abstention. Il y rentre parla création de nouvelles machines dont notre dictionnaire a la primeur, et qui sont de nature à rendre de très-grands services, aussi bien dans les grandes usines que dans les ateliers privés, où le travail s’exécute en famille et sans moteur. .
- Conditions que doit remplir une bonne machine à visser.— De tout ce qui précède il sera maintenant facile de déduire les conditions que doit réaliser une bonne machine a visser la chaussure.
- Pour qu’une machine puisse mériter cette qualification il faut :
- 1° Que le cône du noyau des vis ait sa contre-partie à l’intérieur, c’est-à-dire que, par un choc mesuré, la vis se rive à l’intérieur de la chaussure, ou, plus exactement, que le premier filet se rabatte sur lui-même pour s’opposer au dévissage ;
- 2° Que, pour donner à la chaussure toute la souplesse qu’on désire obtenir, il soit possible de mesurer la pression, de la régler à volonté, et de la faire connaître sur un cadran indicateur qui marque sous quelle pression on travaille ;
- 3° Que la vitesse de production soit égale à celle des meilleures machines existantes, c’est-à-dire dépassant 60 paires par jour ;
- k° Qu’il ne soit pas nécessaire, pour utiliser la machine, de recourir à une force motrice étrangère';
- 6° Que les efforts à faire soient assez faibles pour que le travail puisse s’effectuer par des femmes, des fillettes ou des enfants ;
- 6° Que les conditions hygiéniques soient aussi bien observées que dans les machines de la maison Sylvain-Dupuis, qui fonctionnent depuis 25 ans et qui, pendant ce laps de temps, ont constamment maintenu les ouvrières visseuses dans un état de santé des plus satisfaisants ;
- 7° Qu’elles puissent se localiser partout ;
- 8° Qu’elles puissent se déplacer facilement ;
- 9° Qu’elles ne coûtent pas plus cher que les machines de troisième ordre ;
- 10° Que leur entretien soit nul ;
- 11° Enfin, que le vissage y revienne sensiblement au même prix que s’il était effectué par les plus mauvaises machines.
- Toutes ces conditions sont remplies par les disposilions de la nouvelle machine, et très-simplement obtenues, comme on pourra s’en convaincre par l’explication du jeu de cette machine.
- La figure 6, d’autre part, donne un aperçu de l’aspect extérieur de la machine.
- Légende : .
- A, bâti. :
- B, bigorne multiple. .
- C, coussinet recevant l’axe porte-bigorne. 1 - ;
- D, coulisse verticale porte-bec de pression. . .......
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- Fig. 6.
- E, axe vertical du tournevis.
- F, dynamomètre de pression.
- G, bras de leviers horizontaux portant les poulies mouflées du brin funiculaire actionnant le tournevis.
- H, pédale actionnant le levier de pression.
- I, pédale de verrouillage pour la fixation des bigornes.
- J, siège.
- Jeu de la machine. — Le jeu de la machine est lui - même excessivement simple :
- L’ouvrière est assise sur un siège élevé disposé de façon à lui donner la complète indépendance de ses membres inférieurs.
- La hauteur du siège est telle que les mouvements des jambes s’accomplissent presque verticalement, ce qui, sans fatigue, permet d’obtenir le maximum d’effet utile.
- Chacun de ces deux pieds repose sur une pédale ; le pied gauche sur la pédale de pression, le pied droit sur la pédale de vissage.
- Une des deux mains tient la chaussure, l’autre une vis.
- Dans cet état l’ouvrière, avec la main qui tient le soulier, l’engage sur une des bigornes ; avec le pied gauche elle opère la pression, et presque simultanément elle présente la vis et abaisse le pied droit qui, par un renvoi funiculaire et un guide fileté, procure à la vis le double mouvement de rotation et de direction hélicoïdal ; elle relève le pied gauche, puis le
- droit, et recommence ainsi pour toutes les vis à placer.
- Si, malgré les mouvements aussi simples que ceux qui sont demandés à l’ouvrière, le produit obtenu possède toutes les perfections que nous avons énumérées, c’est que l’arrangement des organes assure cette perfection presque indépendamment de la volonté de l’ouvrière.
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- Ainsi nous avons dit que, pour qu’une vis fût placée dans des substances molles avec la certitude qu’elle s’y introduit dans de bonnes conditions, il fallait qu’elle fût introduite sous l’égide d’un guide ou conducteur de même pas qu’elle, qui ne lui laissât prendre ni retard, ni avance, qui lui serait, l’un ou l’autre, également préjudiciable, car la vis serait immédiatement convertie en une tarière anglaise forant un trou général de la grosseur de l’extérieur de la vis.
- Le guide ou conducteur, dans la nouvelle machine, n’exige plus, à chaque vis posée, l’ouverture ou la fermeture d’un écrou brisé; il se compose, tout simplement, d’une tige filetée et d’un écrou d’une seule pièce conservant constamment en prise le conducteur et son écrou ; et c’est grâce à l’application du mouvement funiculaire de l’archet, que l’ouvrière fait remonter l’appareil visseur, tout en se trouvant dispensée de toute préoccupation relative au conducteur.
- Quant à la rivure qui dépend, à la fois, et du conducteur et du choc final donné sous l’influence du conducteur, elle est également obtenue très-simplement et d’une façon tout à fait indépendante de l’action de l’ouvrière, comme on le voit figure 7 :
- Le brin funiculaire, mouflé sur les deux poulies B, s’attache d’un bout autour du tournevis A, et de l’autre bout aux leviers C articulés en C', et maintenus rapprochés l’un de l’autre par le ressort D, dont on modère ou augmente la tension au moyen de l’écrou E et de la vis de rappel F.
- Dans cette figure, à l’échelle de 1/10, G représente la section horizontale du bâti de la machine, et H et J les leviers de vis-^ sage.
- La pression mesurée est également indépendante de l’intervention de l’ouvrière. Un dynamomètre, placé dans le trajet de la communication de mouvement de la pression, limite cette pression, et, lorsque le pied placé sur la pédale est arrivé à mettre les matières en contact, il peut continuer sa course sans que la pression varie d’une manière sensible.
- Cette disposition donne, en outre, naissance à deux conditions avantageuses pour l’ouvrière : une plus grande assurance dans ses mouvements ; un allégement de travail en n’appuyant pas sur un arrêt limité que l’on comprime toujours trop énergiquement parce qu’on craint, manquant d’indication, de rester au-dessous du nécessaire.
- La conservation des courbes de la chaussure exige, au contraire, tous les soins, toute l’attention de la visseuse, et le mérite des nouvelles machines consiste à avoir mis à sa disposition des ressources qui manquaient aux premières machines.
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- Ainsi le bec de pression qui, dans les premières machines, devait servir à exercer la pression successivement sur des parties de semelle alternativement convexes et concaves, ne pouvait posséder une forme convenable pour ces deux besoins opposés, et n’avait, en effet, qu’une forme mixte, ne permettant pas d’atteindre au maximum de perfection, l’une des deux courbes de la semelle étant sacrifiée à l’autre.
- La nouvelle machine pour combler cette lacune a été munie d’un double bec de pression mobile et possédant chacun une forme en rapport, l’un avec la partie convexe, l’autre avec la partie concave de la semelle; de la sorte, pour peu que l’ouvrière visseuse prête la moindre attention à son travail, elle est à même de livrer des produits exempts de tout reproche.
- La figure 8 donne à l’échelle de demi-grandeur d’exécution le détail de ce nouvel
- A est l’un des deux becs de pression amené à sa place de travail.
- B, le deuxième bec de pression.
- C, cliquet retenant par le mentonnet G' le bec de pression A dans la position qu’il occupe.
- C'', boutons par lesquels on actionne le cliquet C pour changer le bec de pression.
- D, ressort maintenant les cliquets G constamment appliqués.
- Ge qui a été fait pour les becs de pression l’a été également à l’égard des becs de bigorne ; la partie sur laquelle s’exerce la pression s été rendue mobile de manière à produire, à l’intérieur de la chaussure, les bons effets produits, à l’extérieur, par le bec de pression.
- On le voit, tout en simplifiant considérablement les machines primitives, on les a améliorées de telle sorte que, avec un travail relativement simple de l’ouvrière, le produit qu’elle confectionne puisse jouir de toutes les perfections désirables.
- En somme, il y a avantage pour tous à l’application de ces nouvelles machines.
- Le produit y est plus solide, plus durable, de meilleure forme ;
- Le fabricant y trouve un matériel d’une construction simple ;
- Occupant peu de place, — un demi-mètre de surface ;
- D’un prix peu élevé,
- N’exigeant pas de moteur,
- Dirigeable par des femmes,
- D’un entretien absolument nul,
- D’une production rapide, et donnant des produits d’une exécution irréprochable.
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- Les ouvrières elles-mêmes y rencontrent :
- Un service facile,
- Pas de fatigue,
- Un apprentissage très-court,
- Une grande puissance de production,
- Enfin un travail tout à fait hygiénique.
- Ajoutons que le travail donné aux femmes n'est pas seulement économique, il est encore, et avant tout, essentiellement moralisateur, et procure une indépendance des plus précieuses pour l’industrie.
- Ce que nous venons de dire à l’égard du concours que les machines sont susceptibles d’apporter dans le développement de cette industrie s’applique à toutes les autres branches de la fabrication ; ainsi le découpage des semelles et des empeignes, le cambrage, le lissage, le montage des chaussures, la fabrication des talons, des contre-forts, le déformage, etc., etc., sont autant de branches très-importantes de cette intéressante fabrication que nous nous proposons de traiter ; seulement leur développement est tel que l’abondance des matières nous oblige à les reporter à l’article
- VÊTEMENT.
- Limitation de la 'productionpar les matières premières. — La main-d’œuvre spéciale n’est pas le seul genre de limitation que rencontre cette industrie : nous disions, au commencement de cette note, que la cordonnerie n’a commencé à se développer qu’à partir du moment où elle a été mise à même, par de nouveaux procédés de fabrication, de suppléer à la main-d’œuvre spéciale manquante.
- Ce qui est vrai pour la main-d’œuvre l’est également pour les matières premières qui alimentent cette industrie ; son propre développement devient son entrave en faisant hausser le prix des matières premières. Aujourd’hui ce n’est plus la main-d’œuvre qui peut devenir inquiétante au point de vue de l’essor de cette industrie, c’est la matière première qui menace de produire la limitation ; aussi appelons-nous de tous nos vœux le succès de nouvelles semelles en caoutchouc qui sont en voie de se produire.
- Il n’est guère facile de prévoir, parmi les très-nombreuses branches de chaussures qui se fabriquent à cette heure, à laquelle correspondront ces nouvelles semelles ; mais quelle qu’elle soit, les quantités à fournir peuvent être considérables.
- La pénurie les menaçant toutes, nous ne pouvons que donner la bienvenue à ce nouvel auxiliaire, en lui souhaitant toute la prospérité que mérite une facilité apportée à la confection d’un article de première nécessité, et dans lequel un abaissement de prix prendrait les proportions d’un bienfait.
- Espérons que les deux progrès réalisés, l’un en ce qui concerne la main-d’œuvre, l’autre en ce qui touche à la matière première, marcheront de pair et seront le point de départ d’une nouvelle expansion dont les avantages, en définitive, tourneront au profit du consommateur.
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- SUR LE VERRE DURCI OU TREMPÉ ET SUR SA RÉSISTANCE AU CHOC ET A LA CHALEUR ; PROCÉDÉ DE M. ALFRED DE LA BASTIE, CHATEAU DE RICHEMONT, PAR PONT-d’aIN.
- Parmi les produits industriels de grande consommation, l’un des plus importants est sans contredit le verre. Sans parler du nombre considérable de nos besoins les plus usuels auxquels il satisfait, le verre est devenu un des auxiliaires les plus puissants, et, pour-ainsi dire, l’œil de la science, en mettant à la portée de l’homme les deux extrêmes de la création qui échappaient à son observation, les infiniment grands et les infiniment petits.
- Mais un défaut capital lui restait, son extrême fragilité. De là, obligation de renouveler, souvent des objets de première nécessité que la main la plus prudente ne parvient pas toujours à sauver des accidents auxquels ils sont exposés ; de là, impossibilité d’employer le verre à des usages pour lesquels sa propreté et sa limpidité l’auraient fait préférer à toute autre matière; delà, aussi, ces accidents qui ont failli devenir irréparables, arrivés à des œuvres d’art historiques comme les vases de Strasbourg et de Portland.
- Je ne chercherai pas à déterminer la nature de l’opération par laquelle le verre se durcit à la trempe. Cette solidité est-elle le résultat exclusif du retrait qu’éprouvent ses molécules en passant subitement d’une température très-élevée à une température plus basse ? S’il en était ainsi, tout abaissement brusque de température produirait le même effet, tandis que, en dehors des manipulations auxquelles je soumets le verre, un changement subit dans son état thermométrique a pour résultat de le briser. Faut-il attribuer, du moins en partie, la solidité du verre trempé à un phénomène de métamorphisme, déterminé par son immersion dans certains liquides? Je serais plutôt porté à l’admettre, car on remarquera que le verre trempé, quand il se brise, possède une structure moléculaire toute différente de celle du verre ordinaire soufflé ou coulé.
- Je ne veux pas toucher à ces questions qui ne sont pas de ma compétence. Je me renferme dans mon rôle purement industriel, rôle tout pratique, me contentant d’indiquer les résultats obtenus, les moyens pratiqués pour les atteindre et les difficultés que j’ai dû surmonter pour y parvenir.
- Tous les liquides ne sont pas propres à tremper le verre. Il a fallu, par des expériences sur chacun d’eux, déterminer ceux qui assurent le succès de l’opération. Parmi ces derniers encore, un choix était à faire. Les uns, en effet, doublent, les autres quadruplent, d’autres décuplent la solidité du verre. Il en est enfin qui portent cette solidité à son maximum, degré que je ne veux pas préciser, mais qu’un spé-
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- cialiste compétent, M. Siemens, de Dresde, évalue à plus de 50 fois celle du verre ordinaire. (Voir le journal imprimé à Dresde et intitulé Glasshütte, numéro du 12 décembre 1874.)
- J’ai déterminé pour chaque liquide le coefficient de solidité qu’il donne au verre. Trois éléments concourent à la détermination de ce coefficient : d’abord, la composition du bain qui n’est jamais formé par une seule matière ; ensuite, les proportions dans lesquelles chaque matière doit entrer dans la composition ; enfin le degré thermométrique.
- Ce dernier élément n’est pas celui qui a demandé le moins d’études pour être fixé. A tel degré, le verre se brise quand on le trempe ; à tel autre, il acquiert de la solidité; à tel autre, il atteint son maximum de solidité.
- 11 y a plus encore. La composition et la chaleur du bain varient suivant la constitution chimique du verre, suivant les oxydes qui entrent dans sa fabrication, et la différence de chaleur peut atteindre, entre deux verres, 200 degrés.
- Que l’on calcule toutes les combinaisons qui ont dû être faites pour déterminer, par des moyens purement empiriques, les conditions les plus favorables au succès de la trempe, en tenant compte de ces divers éléments : composition du bain, proportions des diverses matières qui le composent, état therraométrique, constitution chimique des divers verres fabriqués par l’industrie, et l’on ne sera pas étonné que cette étude ait demandé plusieurs années d’un travail qui n’a pas toujours été sans danger.
- Une des nombreuses difficultés qu’a présentées la température du bain a été l'inflammation qui s’y produisait par suite même de cette haute température et qui arrêtait tout travail. Il a fallu inventer des appareils capables d’empêcher l’inflammation sans abaisser le degré thermométrique.
- Restait un dernier obstacle. Pour retirer de la trempe tout le résultat désirable, le verre doit être porté à une très-haute température et devenir malléable. Mais alors, s’il est abandonné à lui-même, il se déforme. Trempé en cet état, cette opération l’immobilise sous des formes qui le rendent impropre aux usages auxquels il est appliqué. La découverte de la trempe du verre n’avait plus qu’un simple attrait de curiosité, ne réalisait pas de progrès industriel, et n’avait aucune utilité pratique. Je l’ai complétée par l’invention d’un outillage, spécial destiné à conserver aux produits de la verrerie les nombreuses formes sous lesquelles ils sont utilisés, tout en leur permettant de devenir malléables.
- Quant à la valeur de cette découverte au point de vue industriel et économique, des considérations d’un autre ordre sont nécessaires pour l’apprécier. Le point de vue auquel doit se placer le fabricant est le même que celui du consommateur. Si les frais de trempe devaient augmenter le prix du verre dans des proportions considérables, il y aurait peu d’espoir de voir se généraliser l’usage du verre trempé. Heureusement il n’en est pas ainsi, et quand, à l’expiration des brevets, les prix pourront être établis dans leurs conditions normales et définitives, le verre n’augmentera pas beaucoup de
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- valeur, tout en fournissant une durée incomparablement plus longue. Sans établir ici des calculs qui n’ont pas encore été faits avec une exactitude suffisante, je consignerai un détail qui permettra de juger de la modicité du prix de revient de la trempe. Un four dont la construction n’est pas très-coûteuse, desservi sans interruption par deux ouvriers et un manœuvre, et usant pour moins de 15 fr. de combustible et autres matières, peut tremper, en 24 heures, 8 à 10 000 verres de montres.
- Là même où la solidité du verre était jusqu’à ce jour une condition indispensable, et où on ne pouvait l’obtenir que grâce à des épaisseurs considérables, il y aura abaissement sensible des prix, à cause des moindres épaisseurs employées et qui donneront cependant plus de force; ainsi des vitres pour couvertures exposées à la grêle, des devantures de magasins, des glaces, etc.
- J’ajouterai, pour terminer, un mot sur les nouvelles applications qu’on peut faire du verre, grâce à la solidité que lui donne la trempe. Le verre trempé, résistant à l’action du feu, pourra être employé pour une foule d’usages industriels et domestiques qui réclamaient jusqu’ici l’emploi de la porcelaine, de la faïence, ou de certains métaux qui ne sont pas toujours sans danger : batteries de cuisine, services de table, tasses, etc. ; la parfaite propreté du verre le fera certainement rechercher pour ces divers usages.
- On le préférera également au plomb, à cause des dangers qu’offre ce métal, pour les conduites d’eaux potables, maintenant qu’il pourra supporter des pressions élevées.
- Je viens de présenter des faits, des résultats acquis ; c’est à la science, c’est à ses représentants les plus autorisés, à en donner l’explication, à en préciser les causes, à en élucider la théorie.
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- DES HAUTS FOURNEAUX AU BOIS QUI TRAITENT DES MINERAIS FACILES A RÉDUIRE, PAR M. DE TUNNER (1), EN RÉPONSE A M. LOWTHIAN BELL (2).
- (Traduction de M. P. Gauthier, ingénieur.)
- M. Lowthian Bell vient de résumer dans un ouvrage spécial, La chimie du haut
- (1) Der mil holzhohle und leicht reducirbaren Erzen belrîcbenen Eisenhohofen-process. —
- Von P. Tunner. — Berg und Hütlenmànnischer Jabrbuch...... 1873, 2 heft.
- (2) Chemical phenomena of Iron smelling. An experimental and praclical examinalion of the circumstances which détermine the capacily of the blast furnace, the température of the air, and the proper condition of the material lo be operated upon. — By I. Lowthian Bell. — London. — Routledge and Sons (Broadway-Ludgale).
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- fourneau, le résultat de ses études et de ses expériences de vingt-cinq ans. Quoique toutes les déductions de M. Bell ne soient pas admises sans contestation, comme on le voit par la discussion entre M. de Tunner et lui, et dont je donne ici la traduction, cependant les travaux du métallurgiste anglais ont attiré l’attention des hommes spéciaux. M. Bell joint à une grande persévérance une certaine originalité d’esprit qui se reflète dans les méthodes qu’il applique à ses expériences. *
- On a vu, dans un travail que j’ai donné sur les. expériences directes de M. Kupelwieser sur les hauts fourneaux, que l’on raisonnait comme point de départ sur des consommations de combustible qui pourraient sembler anormales. C’est en partie pour éclairer les doutes qui ont pu s’élever sur ces consommations de combustible, que je profite de l’occasion où ces chiffres sont affirmés de nouveau, pour donner ici l’opinion de M. de Tunner sur certains points de la théorie des hauts fourneaux.
- N’ayant pu vérifier moi-même les chiffres donnés, je me retranche derrière l’autorité de M. de Tunner pour les présenter encore une fois.
- Son expérience, en fait de métallurgie, a un caractère spécial. Indépendamment de la hauteur et de la lucidité des vues qui lui sont particulières, il possède une source d’informations qui sort des conditions ordinaires.
- En Autriche, il existe encore des usines domaniales, où sa position de conseiller supérieur des mines lui donne accès naturellement. Les nombres qu’il donne ne doivent donc pas être considérés comme ces nombres en l’air que l’on recueille dans une visite d’une heure chez des industriels souvent fort embarrassés de répondre aux questions de consommation qui leur sont adressées. S’il y a des erreurs notables, ce ne peut donc provenir que du mauvais établissement des prix de revient. Ce genre d’illusions n’est pas aussi rare qu’on pourrait le croire. On a vu des industriels considérables croire qu’ils avaient réalisé des bénéfices et inventorier finalement des pertes. .
- Quoique les hauts fourneaux au bois soient actuellement une exception, cependant j’ai cru utile de donner ici l’étude que l’on va lire, à cause des points de théorie générale qui y sont discutés.
- Je donne telle quelle l’analyse des travaux de M. Bell, par M. de Tunner, suivie des appréciations et des critiques de ce dernier (1).
- Dans les divers calculs employés par M. Bell, dans son volumineux ouvrage sur les réactions chimiques du haut fourneau, le minerai traité était celui des collines du Cle-veland.
- En considérant la question comme une affaire d’absorption de chaleur, M. Bell montre que la perfection consiste à permettre aux gaz de ne s’échapper que lorsqu’ils ont perdu la plus grande partie de leur chaleur sensible, et qu’ils se sont saturés autant que possible d’oxygène. Il est arrivé à cette conviction que, si la température
- (1) Nous devons rappeler ici que, déjà, M. Gruner a analysé les travaux de M. Bell dans son Étude sur les hauts fourneaux. (Yoy. Bulletin de 1873, 2e série, t. XX, p. 509.)
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- des gaz du gueulard est de 330 degrés centigrades environ et qu’ils se composent d’un mélange de 100 volumes d’oxyde de carbone pour 40 à 45 d’acide carbonique, leur action sur le minerai de Cleveland grillé est nulle. M. Bell l’a prouvé en montrant la marche actuelle des hauts fourneaux de Clarence, où ces deux conditions sont remplies par une capacité de 12 à 15 000 pieds cubes (428 à 535 mètres cubes), et le chauffage du vent à 480 et 500 degrés.
- Il n’est pas douteux que le pouvoir réducteur des gaz qui s’échappent ne soit augmenté par un accroissement de température dans la partie supérieure de la cuve, ce que l’on peut obtenir par un chauffage plus énergique du vent. M. Bell a montré alors que, dans ce cas, il se passe une action secondaire par laquelle l’acide carbonique, provenant de la réduction, redissout du carbone à la faveur de cet excès de température et neutralise ainsi les avantages qui résultent de l’augmentation de chaleur du fourneau. En tenant compte de l’expérience des fondeurs, qui opèrent sur les minerais du Lancashire et du Cumberland, plus riches et d’une nature différente, perdant leur oxygène avec une grande rapidité en présence de l’oxyde de carbone, il est inutile d’employer des hauts fourneaux ayant plus de 17 à 18 mètres (55 à 60 p. ang.).
- M. Bell se propose ensuite d’étudier des hauts fourneaux, dont les dimensions sont si petites que le minerai ne met que quatre heures à descendre du gueulard au creuset, et où le rapport entre l’acide carbonique et l’oxyde de carbone des gaz est si considérable cependant, qu’on se demande si dans le traitement des minerais du Cleveland et des autres minerais argileux, même de ceux du Lancashire et du Cumberland, il n’y aurait pas des changements considérables en opérant au charbon de bois.
- Quand un courant d’acide carbonique passe sur du charbon, tel que le coke tendre, C O2 se décompose à une certaine température et donne 2 CO. Dans ce cas, on peut dire que l’affinité d’un atome de carbone, pour le premier atome d'oxygène, est plus forte que l’affinité d'un autre atome de carbone pour le second atome d’oxygène. Dans d’autres variétés de carbone, telles que le coke dur par exemple, M. Bell a montré que, toutes choses égales d’ailleurs, l’acide carbonique se conserve, quoique l’ordre des affinités du carbone et de l’oxygène ne soit pas changé.
- De même, quand on fait passer un mélange d’oxyde de carbone et d’acide carbonique (100 vol. CO et 50 CO2) sur deux variétés différentes de Fe2 O3, l’une du minerai de Cleveland grillé, l’autre de l’oxyde de fer précipité, l’effet est différent, dans les mêmes conditions de temps et de température; l’oxyde de fer pur perd quatre fois plus d’oxygène que celui qui est à l’état moléculaire du minerai de Cleveland grillé. On ne peut cependant pas dire que cette différence d’action du gaz réducteur soit due à une affinité plus ou moins grande de ce corps pour F eJ O3 sous l’une ou l’autre forme.
- En comparant le traitement du même minerai dans des hauts fourneaux de capacité différente, M. Bell a mis suffisamment en évidence l’influence du temps dans l’anta-
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- gonisme des forces qui sont en jeu dans le haut fourneau. Le temps des opérations chimiques est, dans ces cas, d’une durée appréciable; mais il est probable et même certain que, là où l’échange des différents éléments a lieu si rapidement qu’on ne peut en mesurer la durée, il faut recourir à une explication nouvelle de phénomènes qui semblent contradictoires.
- Si, par exemple, à une profondeur donnée dans un haut fourneau et à une certaine température, on ne trouve pas d’acide carbonique ; si dans un autre fourneau qui traite un minerai différent, mais dans les mêmes conditions, on trouve toujours de l’acide carbonique, sans troubler la réduction, il faut conclure que dans le premier cas la rapidité avec laquelle l’acide carbonique cède une partie de son oxygène au carbone est plus grande que celle avec laquelle l’oxyde de carbone emprunte au minerai une partie de son oxygène. Dans l’autre cas, c’est l’inverse qui a lieu.
- L’inverse de cette action peut aussi avoir lieu pour le même minerai en présence de natures différentes de carbone, telles que le coke tendre et le coke dur ; l’action de GO2 sur lui est si lente, que la réduction du minerai a lieu beaucoup plus rapidement que la réaction :
- COJ + O = 2 CO.
- Si, au contraire, le coke est tendre, l’action de CO3 sur C a lieu si rapidement, que la quantité du carbone qui reste pour la combustion aux tuyères est notablement diminuée, et alors l’augmentation de consommation de combustible est remarquable.
- Les observations qui précèdent ont été suggérées à M. Bell par les analyses chimiques que M. de Tunner a données dans un travail sur les hauts fourneaux (1), et où se trouvent les nombres suivants :
- Composition des gaz du haut fourneau Wrbna, traitant du minerai spathique et de l’hématite brune d’Eisenerz, au charbon de bois.
- PROFONDEUR au-dessous du gueulard. EN VOLUME. EN POIDS.
- Az GO' CO A z CO’ CO
- 3m,427 70,50 16,39 13,11 63,5 23,56 12,94
- 5",374 71,36 17,80 10,89 60,52 24,86 14,62
- 7”,270 68,81 9,60 21,59 64,90 14,26 20,84
- 8»,535 66,66 2,68 30,66 65,60 4,15 30,20
- 10m,748 66,34 11,60 22,06 62,23 17,07 20,70
- il) Ce travail a paru traduit par M. Delvaux de Fenffe, dans la Revue universelle des mines et de Tome II. — 74e année. 38 série. — Mars 1875. 18
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- MÉTALLURGIE. — MARS 1875.
- Le rapport de l’acide carbonique à 100 d’oxyde de carbone est le suivant :
- PROFONDEUR. EN VOLUME. EN POIDS. TEMPÉRATURE.
- 3»,427 125 182 558»
- 5“,374 163 170 580 à 840»
- 7“,270 44 68 840 à 910°
- 8”,535 8 18 950°
- 10”,748 52 82 1450»
- Le haut fourneau Wrbna a 36 pieds de haut et une capacité de 1 200 pieds cubes (11“,40 et 38 mètres cubes). Il fait cependant 140 tonnes de fonte par semaine. Il présente un sujet intéressant de recherches si on se rappelle que la consommation de charbon de bois par tonne de fonte est de 700 kilog., avec du vent à 200 degrés centigrades (1).
- M. Bell, désirant s’assurer que les analyses ci-dessus (faites par M. Robert Richter, professeur à l’Académie des mines) représentaient bien réellement la composition moyenne des gaz, demanda à M. de Tunner de recommencer cette série d’essais. Ce dernier les fit faire en 1871 par MM. Franz Kupelwieser, professeur à l’Académie des mines, et Rudolf Schoffel, professeur de chimie ; elles eurent lieu dans le même haut fourneau dont le vent avait été porté à 400 degrés centigrades. Les prises furent faites avec des tubes en fer émaillé intérieurement, afin d’éviter l’action possible du fer sur le courant de gaz à une température si élevée. Cette précaution n’avait pas été prise dans les premières recherches. La consommation de combustible fut, dans les nouvelles recherches, de 660 de charbon pour 1 000 de fonte.
- la métallurgie, mai et juin 1860, sous le titre Théorie clés hauts fourneaux, par M. de Tunner. Il est extrait du Berg und Hültenmannisches Jahrbuch de Leoben. Band IX, 1860.
- (1) Je donne ces nombres si remarquables tels qu’ils sont dans le texte allemand, et, sans employer de conversion de mesure, il y a : 70 livres de charbon pour 100 livres de fonte. De même, plus loin, 66 livres de charbon pour 100 de fonte.
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- Composition en poids des gaz du haut fourneau Wrbna en 1871.
- PROFONDEUR. A z H CO\ GO CO1 pour 100 CO
- Au gueulard : l*r essai 54,46 0,67 21,47 23,40 92
- 2e essai 54,90 0,39 20,90 23,81 88
- 18 pieds (5m,50). . 53,38 1,01 19,79 25,82 76
- 25,5 (8”,10). . 54,57 0,27 20,29 24,87 81
- 28 (8",85). . 55,0 0,24 18,50 26,26 70
- 32 (10"). . . 54,34 0,20 18,14 27,32 66
- 34 */, (10",50). 57,35 0,11 4,61 37,93 12
- Comme on le voit, il y a une grande différence entre les nombres de la première et de la seconde série d’analyses. Mais que ce soit dû à la différence de température du vent ou à quelque irrégularité, il n’est pas possible de le dire. Ce qu’il y a de certain, c’est que dans les deux séries il y a un excès de CO2 relativement à GO, si on fait la comparaison avec les gaz des hauts fourneaux au coke qui fondent le minerai de Cle-veland (1).
- L’explication que donne M. Bell de la présence de cette grande quantité de C0% c’est que l’agent réducteur CO prend de l’oxygène et passe à l’état de CO1 plus rapidement que CO’ ne reprend du carbone, et c’est cette différence entre ces deux réactions qui constitue la différence entre la fusion au bois du minerai grillé d’Eisenerz et celle au coke du minerai de Cleveland.
- La différence en question peut provenir de l’une des deux causes, soit que le charbon de bois soit plus difficile à attaquer que le coke par l’acide carbonique ou que le minerai d’Eisenerz soit plus facile à réduire que celui du Cleveland, ou bien c’est une combinaison de ces deux causes qui constitue le changement de conditions.
- Pour déterminer à laquelle de ces deux causes il faut l’attribuer, on a fait des expériences. La nature tendre et poreuse du charbon de bois rendait excessivement peu probable que l’acide carbonique agît moins énergiquement sur lui que sur le coke dur. Cependant on en a fait le sujet d’une expérience et on ne l’a pas laissé à l’ap-
- (IJ D’après les recherches de M. Bell, en Angleterre, dans les hauts fourneaux au coke, il n'y a que 40 à 50 d’acide carbonique pour 100 parties en poids d’oxyde de carbone. Dans les hauts fourneaux au bois qui traitent en Suède les minerais magnétiques et les fers oligistes, d’après Rinman, ce rapport est de 60 à 75, et dans les hauts fourneaux de la Slyrie qui fondent le minerai spathique grillé et l’hématite brune, ce rapport est de 90 à 100 pour 100 d’oxyde de carbone.
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- prédation. On a pris 18 grammes de bon coke argentin, bien cuit, et on les a mis dans un tube à combustion placé dans un four Hoffmann à double courant; après qu’on eut atteint une belle chaleur rouge, on fit passer 80 centimètres cubes d’acide carbonique sec pendant 30 minutes.
- Le résultat fut :
- CO2...................... 94,56 vol.
- CO....................... 5,44
- 100, 0
- Ce qui montre que l’action fut très-faible.
- L’expérience suivante fut faite pour comparer le coke tendre avec le coke dur et avec le charbon de bois. On soumit à la même expérience et dans les mêmes conditions du coke poreux et très-tendre. Le résultat fut :
- 69,81 vol. de CO2 30,19 — CO
- Ce qui montre que la réaction fut très-rapide, puisqu’il y a près d’un tiers du gaz à l’état d’oxyde de carbone.
- Pour avoir la conviction que cette prompte décomposition n’était pas due à une forte proportion d’hydrogène existant dans le coke tendre, M. Bell fit analyser les deux espèces de coke, sans se préoccuper du soufre.
- Coke dur. Coke tendre.
- Carbone 93,49 84,83
- Hydrogène 0,37 0,92
- Oxygène par diff. . . , 0 J,47
- Cendres 6,67 12,78
- 100,53 100,00
- On remplit ensuite le tube de charbon de bois de la même grosseur que le coke et on y fit passer avec la vitesse précédente un courant d’acide carbonique sec. A cause du faible poids du charbon de bois, on ne put en mettre que 6 grammes au lieu de 18. On fit passer au rouge vif, pendant 30 minutes, un courant de 800 centimètres cubes d’acide carbonique. Le gaz obtenu se composait de 35,2 d’acide carbonique et 64,8 d’oxyde de carbone. Une seconde expérience, avec un courant un peu plus rapide, donna 57,14 de GO2 et 42,86 de CO en volume.
- Ces expériences montrent indubitablement que les avantages obtenus en fondant le minerai d’iiisenerz ne sont nullement dus à une plus grande résistance du charbon de bois à l’action de l’acide carbonique.
- La seconde série d’expériences eut pour but de rechercher et de comparer la facilité avec laquelle les minerais employés dans les hauts fourneaux de Styrie perdent leur oxygène quand on les soumet à l’action des gaz réducteurs. Les minerais essayés
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- étaient du fer carbonaté à divers états d’altération sous les influences atmosphériques.
- N° 1. — Minerai spathique non altéré.
- N° 2. — Id. légèrement peroxydé.
- N° 3. — Id. changé en Braunerz (hématite).
- N° 4. — Id. id. en Brauner Glaskopf.
- N° 5. — Id. id. en Blauerz.
- On prit des essais de chacun de ces types de minerais ; on les grilla et on les soumit, avec les précautions habituelles, en même temps qu’un morceau de minerai de Cleve-land bien grillé, dans un bain de plomb, à l’action de l’oxyde de carbone pendant 8 heures et à une température de 400 degrés centigrades (le zinc se ramollit seulement).
- N° 1. N° 2. N° 3. N° 4. N° 5. Cleveland.
- Oxygène enlevé p. 100 77,73 91,31 29,5 42,92 17,18 41,91
- Carbone absorbé p. 100 de fer. 1 2,10 7,4 18,01 4,71 2,31
- On répéta les expériences et elles donnèrent :
- N° 1. N° 2. N° 3. N° 4. N° 5. Cleveland.
- Oxygène enlevé......... 65,3 74,1 30,3 40,8 17 39,3
- Carbone absorbé........ 1,55 2,0 7,2 18,5 4,7 2,8
- On soumit cette même série, pendant 8 heures, à la même température, à un mélange de volumes égaux d’acide carbonique et d’oxyde de carbone (gaz oxalique C’O3 = GO -f- GO2), ce qui donne :
- N° 1. N° 2. N° 3. N° 4. N° 5. Cleveland.
- Oxygène enlevé. . . . , . . 29,2 31,2 12,89 9,71 6,48 9,35
- Carbone absorbé. . . . . . 0 0 0 0 0 0
- On voit, en tout cas, que les n°‘ 1 et 2 (qui forment la masse principale à Eisenerz) perdent plus rapidement leur oxygène que le minerai de Cleveland, et, quand cette perte d’oxygène n’est pas plus grande ou est plus faible que pour le minerai de Cleveland, le dépôt de charbon est plus fort dans les minerais d’Autriche.
- Ce qui influe surtout directement sur la facilité de fusion du minerai d’Eisenerz, c’est la grande différence qui existe quand l’acide carbonique a beaucoup diminué le pouvoir réducteur de l’oxyde de carbone. Ainsi, tandis que les n05 1 et 2 du minerai spathique ont perdu dans le gaz oxalique (volumes égaux d’oxyde de carbone et d’acide carbonique) quelque chose comme la moitié de ce qu’ils ont perdu dans l’oxyde de carbone pur, pour le minerai de Cleveland cette proportion n’est que le quart.
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- m
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- Afin de comparer le minerai de Cleveland grillé et le minerai spathique grillé, dans des conditions plus semblables à celles du haut fourneau, on mêla le premier à du coke pulvérisé et le second à du charbon de bois pulvérisé. On plaça les deux mélanges dans des tubes à combustion séparés, on les chauffa simultanément à une bonne chaleur rouge dans le four Hoffmann à double courant, et on fit passer dessus un courant de gaz oxalique.
- On prit 20 grammes de minerai spathique d'Autriche à l’état grillé, et qui contenait 58,4 pour 100 de fer. On ajouta 7 grammes de charbon de bois. Mélange de CO et CO2 en volumes égaux. Durée de l’expérience : 45 minutes.
- Gr.
- Perle de poids du charbon............... 1,679
- — de l’oxygène du minerai. . . 1,541
- Le charbon avait perdu 23,9 pour 100 de son carbone, et le minerai 31 pour 100 de son oxygène.
- De même, on prit 20 grammes de minerai de Cleveland grillé, mélangé de 8 grammes de coke dur pulvérisé. On fit passer la même quantité de gaz oxalique pendant 45 minutes.
- Gr.
- Perte de poids du coke................. 0,358
- — de l’oxygène du minerai. . . 0,611
- Le coke avait perdu 4,9 pour 100 de son carbone, et le minerai 17,4 pour 100 de son oxygène.
- Ces deux expériences peuvent être considérées comme confirmant ce que l’on avait avancé relativement à l’action de l’acide carbonique sur le charbon de bois et sur le coke, et relativement à la rapidité plus grande avec laquelle le minerai d’Autriche perd son oxygène quand on le compare au minerai de Cleveland.
- Dans ces deux expériences, le gaz employé était obtenu avec l’acide oxalique, et, comme on le recueillait sur l’eau, il y avait une partie de l’acide carbonique absorbée, et cela réduisait le mélange à 60 vol. CO et 40 CO2. On répéta ces expériences et on détermina la composition du courant de gaz avant et après le passage sur le mélange de minerai avec le coke ou le charbon de bois.
- Enfin, on prit 20 grammes de minerai spathique grillé, mélangé de 7 grammes de charbon de bois en poudre. On les soumit au rouge vif, pendant 45 minutes, à un courant de 64 volumes de CO pour 36 de CO2. On consomma environ 3 litres du mélange gazeux.
- Le charbon de bois perdit 0sr,540, soit 22 pour 100 de son carbone.
- Le minerai perdit 2,316, soit 46,2 pour 100 de son oxygène.
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- U3
- 3 analyses de gaz donnèrent les résultats suivants :
- CO
- 100 vol. = 35,7 70,8 73
- CO1
- 64.3 pris au bout de 10 min.
- 29.3 — 30
- 27 — 50
- On prit aussi 20 grammes de minerai de Cleveland grillé, et 8 grammes de coke dur pulvérisé. On opéra de la même manière, seulement le gaz contenait 60 vol. CO et 40 CO2.
- Le coke perdit 0,405, soit 5 pour 100 de son carbone ;
- Le minerai 0,781, soit 22,3 de son oxygène.
- Les gaz sortants étaient composés de :
- CO
- 100 vol. = 36 56,7 55
- CO1
- 64 pris après 10 min.
- 43,3 — 30
- 45 — 50
- Pour ce qui regarde les gaz produits, on a reconnu que dans le premier essai l’appareil n’était pas assez chauffé. Si nous éliminons cet essai, nous avons pour les gaz sortants :
- Avec le minerai spathique et le charbon de bois. 71,8 vol. CO — 28,2 — CO*
- Avec le minerai de Cleveland et le coke...55.8 vol. CO — 44,2 — CO;
- Il résulte donc que
- 1° Le minerai d’Autriche perd son oxygène beaucoup plus rapidement que le minerai d’Angleterre ;
- 2° Gela a lieu d’une manière plus marquée encore dans une atmosphère riche en acide carbonique ;
- 3° Le pouvoir réducteur des gaz est constamment renouvelé par la rapidité avec laquelle le charbon de bois absorbe l’oxygène de l’acide carbonique et produit de nouvelles quantités d’oxyde de carbone, prêtes à agir sur de nouvelles quantités de minerai.
- Le fourneau d’Eisenerz contient environ 1 200 pieds cubes ou 40 mètres cubes. Si on porte sa production à 140 tonnes par semaine avec une consommation de 70 pour 100 de charbon de bois, il y aura environ 2600 mètres cubes de gaz. Si on les ramène à la pression de 0m,760 et à 0 degré, cela fait 30 mètres cubes de gaz pour 1 000 pieds cubes de capacité du fourneau, ce qui est près de trois fois ce qui s’échappe dans les plus grands fourneaux du Cleveland. De même, la colonne de matières solides qui passe par minute dans 1000 pieds cubes du fourneau est de 3^100, ce qui est quatre fois la vitesse de ce que l’on voit dans le Cleveland.
- La manière dont M. Bell se rend compte de la différence marquée entre la composition des gaz d’un fourneau qui fond du minerai de Cleveland ou du minerai spathique d’Autriche, avec une consommation de coke dans le premier cas, et de
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- charbon de bois dans le second, est la suivante : le courant d’oxyde de carbone, dans le fourneau d’Eisenerz, rencontre le minerai à réduire aussi bien que le charbon prêt à transformer en oxyde de carbone l’acide carbonique produit parla réduction. La rapidité avec laquelle le minerai cède son oxygène est plus grande que celle avec laquelle le charbon de bois s’oxyde aux dépens de l’acide carbonique. Dans le fourneau du Gleveland, au contraire, le combustible, il est vrai, est moins vivement attaqué par l’acide carbonique que dans le cas du charbon de bois ; mais, d’autre part, le minerai de Gleveland est beaucoup plus difficile à réduire, de sorte qu’il se produit un équilibre entre CO1 et CO, le rapport entre ces gaz étant beaucoup plus faible que dans le cas du fourneau à charbon de bois.
- On pourrait croire que le motif pour lequel le charbon de bois agit si efficacement dans le fourneau d’Eisenerz, c’est-à-dire en si faible quantité, est dû à son plus grand pouvoir calorifique. Cela n’a pas lieu cependant dans cette proportion, car le nombre de calories développées par la combustion de 1 kilog. de charbon de bois est, suivant Andreus, de 7 900, et, suivant Favre et Silberman, 8080. M. Bell prend 8 000 pour le pouvoir calorifique du carbone existant dans le coke, tandis que la moyenne donnée par les mêmes autorités est de 7 600 pour le coke lui-même.
- M. Bell espère prouver que le charbon de bois n’a pas de supériorité sur le coke, au point de vue de la production de chaleur, et cela en calculant à la manière ordinaire la quantité de chaleur absorbée pour produire une tonne de fonte. Les nombres suivants donnent les détails du calcul de la quantité de chaleur développée dans le haut fourneau Wrbna, d’après l’analyse suivante des gaz :
- CO2................ 21,18 = 5,77 C + 15,41 O
- CO................. 23,60 = 10,12 + 13,48
- H.................. 0,53
- Az................. 54,69
- En poids.......... 100,00 15,89 28,89
- Carbone contenu dans les gaz par tonne de fonte. Charbon de bois consommé à raison de 660 kilog. par tonne,
- moins 5 pour 100 d’impuretés.........................0,561
- Carbone absorbé par la fonte, 3 pour 100................ 0,030
- 0,531
- Poids des gaz par tonne de fonte produite.
- Azote . ll,827
- Acide carbonique. . . . 0l,707 0l,193 C 0,514 O
- Oxyde de carbone. . . . 0l ,790 0l, 338 0,452
- Hydrogène . (*,017
- 3l,341 0l,531 0,966
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- En comparant l’oxygène par tonne de fonte avec celui produit de différentes sources,
- on trouve :
- Avec les 1^827 d’azote soufflé.................0‘,546
- — humidité du vent.............................0‘,015
- Dans le minerai................................0‘,407
- 0‘,968
- Différence provenant des erreurs d’expérience. . 0l,002 La quantité de chaleur développée se calcule ainsi en prenant pour unité la tonne -
- calorie :
- 0l,193 C en CO2 X 8 000. .....................= 1 544
- 0l,467 C en CO X 2 400 (1)................ . . == 1 121
- 0^660 de charbon de bois.
- Chaleur apportée par le vent :
- 2*,435 X 400 X 0,237 (chai, spécif.).......... 226
- Tonnes-calories (2)........... 2 891
- M. Bell calcule ensuite, en s’appuyant sur la méthode qu’il a employée pour les hauts fourneaux du district du Cleveland, l’emploi de la chaleur produite dans la production d’une tonne de fonte, au haut fourneau d’Eisenerz. Les nombres ont été
- arrondis :
- Vaporisation de l’eau du charbon................ 15
- Réduction et carbonisation...................... 1 730
- Décomposition de l’eau du vent.................. 75
- Décomposition de la silice............................ 50
- Fusion de la fonte................................... 330
- Fusion du laitier.................................... 330
- Perte par conductibilité des parois.................. 100
- Refroidissement des tuyères......................... 50
- Chaleur sensible des gaz............................. 211
- 2 891 t. cal.
- Le fait que dans ce cas il n’y a pas de carbonate de chaux (on marche avec addition de quartz, le minerai étant trop calcaire), qu’il y a peu de silice, peu d’autres impuretés
- (1) M. de Tunner fait remarquer que M. Bell prend 2400 au lieu de 2 480 pour le pouvoir calorifique du carbone se transformant en oxyde de carbone.
- (2) M. Bell adopte comme unité les quintaux-calories pour une tonne de fonte considérée. J’ai cru devoir transformer ces nombres en tonnes-calories, ce qui est indifférent, les nombres donnés n’ayant tout au plus qu’une valeur relative. L’unité calorimétrique devient alors la quantité de chaleur nécessaire pour élever de 1 degré centigrade une tonne d’eau. Les nombres sont les mêmes que si on avait pris 1 kilog. de fonte et pour unité les calories ordinaires.
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- à réduire et un petit poids de laitier à fondre, est naturellement cause qu’il faille moins de chaleur pour la fusion des minerais de Styrie que pour ceux du Cleve-land.
- La quantité de chaleur nécessaire est encore diminuée par la grande production avec un fourneau de dimensions si petites que celles d’Eisenerz. Le détail des consommations de chaleur contient des nombres quelque peu arbitraires ; mais, je crois, dit M. Bell, qu’ils ne sont pas loin de la vérité. On remarquera, en même temps, que ce n’est pas la faible consommation de combustible qui est en question, mais surtout la forte proportion d’acide carbonique au sein de laquelle a lieu la réduction du minerai. La faible consommation de combustible est due, en grande partie, à la petite quantité de scorie formée pour une tonne de fonte, près d’une tonne de moins que dans le Cleveland ; de plus, il n’y a pas de castine. La différence dans la quantité de combustible, pour ces deux types d’usines, ne doit pas être moins de 300 kilog. par tonne de fonte, de sorte qu’une consommation de 960 kilog. de coke dans le Cleveland serait la même chose que de faire une tonne de fonte du même genre à Eisenerz avec 660 kilog. de charbon de bois.
- Il est évident que la nature spéciale du combustible végétal apparaît dans l’analyse des gaz ; car, quoique la réduction du minerai ait lieu si rapidement qu’elle prédomine sur l’oxydation du carbone par l’acide carbonique, cependant cette dernière action a lieu sur une grande échelle, comme le montre cette circonstance que, tandis que les gaz devraient contenir 329 kilog. de carbone à l’état d’acide carbonique par tonne de fonte (c’est ce qui correspond à la réduction et à la carburation du fer par CO), on ne trouve que 193 kilog. de carbone à cet état. M. Bell croit aussi qu’il est possible que, par suite de la descente si rapide des minerais dans la partie inférieure du fourneau, soit par le charbon lui-même, soit par un dépôt de carbone sur le minerai, la réduction ait lieu avec production d’oxyde de carbone et non d’acide carbonique.
- Si l’on considère que dans le district du Cleveland le combustible employé au haut fourneau est difficilement attaquable par l’acide carbonique, on peut supposer qu’une marche plus rapide de fourneau, produisant de l’acide carbonique dans les parties plus basses, la chaleur que développe cette production est mieux absorbée par une colonne plus forte de matières. La lenteur avec laquelle le minerai de Cleveland perd son oxygène empêche probablement que cela n’ait lieu ainsi. La pratique a montré qu’un haut fourneau de 6 000 pieds cubes de volume, et où les matières à fondre descendent plus rapidement, tandis que les gaz s’échappent aussi plus rapidement que dans un haut fourneau de volume double, la consommation de combustible peut être de 25 pour 100 plus forte que dans le second cas.
- Dans la fabrication de la fonte de forge blanche ou traitée en Styrie et en Carinthie, la consommation de charbon de bois est généralement faible. D’après les roulements de plusieurs mois, M. Bell donne les nombres suivants pour les usines de la Carinthie.
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- HAUTS FOURNEAUX CAPACITÉ en TEMPÉRATURE du PRODUCTION par CONSOMMATION de charbon
- de m. cubes. vent. semaine. par tonne.
- Lôlling (fonte blanche). . 39 150° G ni 0t,672
- Freibach (fonte blanche). 38 120 140 0t,607
- Heft (fonte truitée). . . . 45 170 132 0l, 777
- Eberstein (fonte truitée). 39 100 92 0l, 779
- M. Bell ajoute que dans d’autres parties de l’Autriche on consomme, pour produire de la fonte blanche avec du minerai à 47 pour 100 de fer, 1050 de charbon de bois pour 1000 kilog. de fonte. Pour la production de fonte grise Bessemer, la consommation de charbon monte à 1550, et on consomme alors 25 à 30 pour 100 de castine, tandis qu’en Stjrie et en Garinthie on n’emploie presque pas de fondant.
- Enfin, M. Bell ajoute que, relativement à la consommation de combustible, les auteurs allemands emploient les mots streng-flüssig et leicht-flüssig [peu fusible et facilement fusible) ; cela, dit-il, peut amener des erreurs. Il y a bien des différences dans la fusibilité des espèces de fontes et de laitiers, mais elles sont insignifiantes et ne suffisent pas à expliquer les différences de consommation de combustible. La véritable cause de la faible consommation de combustible dans les petits fourneaux est, suivant M. Bell, due à la différence de facilité de réduction et non de fusion.
- Telles sont, dit M. de Tunner, les recherches de M. Bell et ses vues sur les conditions des hauts fourneaux au bois traitant des minerais faciles à réduire. Je m’empresse d’adresser mes remercîments au métallurgiste distingué qui, dans ces derniers temps, a rendu les plus grands services à la théorie des hauts fourneaux. Qu’il me soit permis de faire quelques observations dans l’espoir de rendre plus profitables encore ses travaux.
- Il est parfaitement juste que, dans les ouvrages de littérature technique écrits en allemand depuis Karsten, l’emploi des mots streng-flüssig et leicht-flüssig peut conduire à des erreurs, quand on n’y attache pas le même sens que Karsteni En langage métallurgique, on entend par lit de fusion très-fusible [Leicht flüssig Beschickung) celui qui permet d’obtenir la qualité voulue de fonte avec une faible consommation de combustible. Il arrive, en effet, surtout dans la fabrication de la fonte grise, que souvent, par un mélange de minerai, ou par l'addition de quelque fondant, le lit de fusion soit peu fusible dans le sens littéral du mot (se fonde à une température élevée), tandis que dans le traitement métallurgique le lit de fusion soit très-fusible, c’est-à-dire que pour obtenir la qualité de fonte voulue on consomme peu de combustible.
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- D’ailleurs, je suis d’avis que les différences dans les points de fusion des qualités de fontes et de laitiers, et surtout les différences de températures, auxquelles, pour obtenir les différentes natures de fontes, on doit travailler au fourneau dans les zones de fusion et de combustion, ont une certaine importance. Il ne me semble donc pas juste d’attribuer toute la cause de consommation plus ou moins grande de combustible exclusivement au plus ou moins de facilité de réduction. Les recherches que j’ai faites en 1859-1860 aux hauts fourneaux d’Eisenerz et de Saint-Stefan (Berg und hut-tenmannisches Jahrbuch, 1860) donnent à 4 pouces (10 centimètres) de la paroi intérieure de la poitrine du fourneau (la tympe) et à une faible hauteur au-dessus des tuyères, une température de 1450 degrés pour la production de la fonte blanche, et 1 750 degrés pour la fonte gris clair, tandis que dans l’un et l’autre cas le minerai était également réductible. Le laitier et la fonte sont à ces hautes températures au moment de la coulée, la chaleur que le fourneau perd par rayonnement des parois doit augmenter quand la température s’élève à l’intérieur, et les gaz du gueulard s’échappent également en emportant plus de chaleur. D’ailleurs, même à égalité de température des gaz, ceux-ci entraînent une plus grande quantité de chaleur pour une tonne •de fonte grise, puisqu’il a fallu consommer plus de combustible, et, par suite, faire plus de gaz. Il faut, pour la production de la fonte grise, même en faisant abstraction de la réduction du fer, du silicium et des autres impuretés, une plus grande quantité de combustible que pour la production de la fonte blanche. M. Bell donne, dans ce qui précède, des nombres (qui proviennent probablement de Neuberg) d’après lesquels il faudrait 1050 de charbon de bois pour faire de la fonte blanche et 1 550, au contraire, par tonne de fonte grise Bessemer, et cependant4a réduction du fer est la même dans les deux cas.
- A mon avis, il y a quelques erreurs dans les nombres que donne M. Bell pour calculer la production et la consommation de chaleur ; ces erreurs introduiraient le doute sur l’exactitude des données et des résultats, mais je vais les rectifier, grâce aux connaissances que j’ai sur les conditions de l’industrie locale.
- Dans le minerai spathique grillé ou à moitié décomposé, il ne faut pas considérer tout le fer comme à l’état de Fe’O3; car il n’est pas rare que des morceaux de minerai renferment encore plus ou moins d’acide carbonique et même, dans certains blocs qui ont perdu tout leur acide carbonique, il y a, sans aucun doute, une grande partie du fer à l’état de FeO. Par suite, il n’est pas possible, sans faire de nombreuses prises et des essais de teneur en (oxygène à l’état de Fe’O3 et de FeO, de connaître dans quelles conditions se trouve le minerai spathique grillé. Cependant, ce qu’il y a de certain, c’est que la quantité d’oxygène contenue dans le minerai n’est pas de 407 kilog. par tonne de fonte, comme le suppose M. Bell ; ce nombre est trop fort, et, par suite, la quantité de vent indiquée de 546 kilog. est trop faible. D’après l’habitude que j’ai de calculer les quantités de vent, je trouve 1 kilog. de fonte produite pour 3 à 3 kilog. 1/2 de vent, tandis que M. Bell, d’après le calcul de la quantité et du degré
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- d’oxydation du carbone dans les gaz, donne 2l,435, ce qui ne fait pas tout à fait 2 1/2
- 2 _l 2 \ j2
- pour un. Je pense donc que la quantité de vent de 3, ou au moins-----------= 2 3/4
- À
- pour un de fonte est plus près de la vérité.
- Je ne sais pourquoi M. Bell, après avoir trouvé pour le carbone transformé en oxyde de carbone le nombre 0l,338 par tonne de fonte, calcule ensuite en supposant 0,467. C’est une cause sensible d’erreur dans la quantité de chaleur produite.. Sans entrer à ce sujet dans des détails, pour lesquels il faudrait se reporter au travail de M. Kupelwieser, je crois devoir rétablir ainsi que suit la quantité de chaleur produite
- pour une tonne de fonte :
- 0;193 C en CO1 X 8 000............. 1 544
- 0,338 C en CO X 2 480............. 838
- Chaleur apportée par le vent :
- 2,75 X 400 X 0,237................ 261
- 2 643 t. cal.
- Dans le calcul de M. Bell pour l’emploi de la chaleur produite, il suppose 60 de laitier pour 100 de fonte, et il oublie que si à Eisenerz il n’y a pas d’addition de castine, on ajoute cependant un fondant siliceux s’élevant à 5 pour 100 environ ou bien un minerai contenant des matières schisteuses; de sorte que le poids de laitier est, en moyenne, égal à celui de la fonte.
- Le nombre que M. Bell donne pour la consommation de chaleur due à la réduction et à la carburation est fort douteux; il est de 1 730 calories. Quand la réduction se fait par l’oxyde de carbone, il n’y a aucune consommation de chaleur, comme l’a montré M. Akerman (1), car il se produit sensiblement la même quantité de chaleur qu’il y en a d’absorbée. Comme la chaleur est calculée d’après le carbone qui se trouve à l’état d’acide carbonique et d’oxyde de carbone dans les gaz, il faudrait aussi lenir compte de la réduction des oxydes de fer et de manganèse, et de la décomposition de l’oxyde de carbone en C -f O. Malheureusement, l’évaluation de la quantité d’oxygène contenue dans le minerai est déjà erronée, comme nous l’avons dit pour les minerais spathiques traités. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’une partie notable du minerai spathique grillé renferme du fer à l’état de FeO. Le nombre 1730 est donc trop fort. Si le degré d’oxydation du fer était FeO + Fe2 O3, il y aurait 0,381 d’oxygène et il faudrait pour la réduction 1 570 tonnes-calories. Il est probable que ce nombre est trop faible si on tient compte du manganèse réduit et du carbone déposé.
- (1) Voir le travail que j’ai donné sur M. Akerman, dans le numéro 3 du tome II de la 2e série
- du Bulletin de l’industrie minérale.
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- Mais j’admets ce chiffre et je trouve :
- Vaporisation de l’eau du charbon.................. 15
- Réduction et carburation....................? . . . 1 570
- Décomposition de l’eau du vent.................... 75
- — de la silice, etc......................... 50
- Fusion et chauffage de la fonte (d’après Rinman). . 310
- — du laitier................ 440
- Pertes par les parois, etc. (d’après Bell)........ 100
- 2 560
- Reste pour la chaleur perdue par les gaz....... 83
- 2 643 t. cal.
- Comme les nombres donnés pour les consommations de chaleur ont la même probabilité d’être en dessus qu’en dessous de la vérité, je n’ai rien supposé pour la perte de chaleur par les tuyères, et cependant les 83 calories qui restent ne pourraient échauffer les gaz que jusqu’à 60 degrés centigrades, tandis qu’en réalité ils sont bien plus chauds. Il est donc probable que la chaleur développée dans le fourneau est plus forte que 2 643 calories. D’où peut provenir une plus grande production de chaleur? Ce ne peut être naturellement, ou bien qu’il y ait une consommation de charbon supérieure à 66 pour 100, ou bien que la quantité de CO2 produite soit supérieure à 92 pour 100 d’oxyde de carbone. Quoique je sois convaincu qu’en bonne marche, à Eisenerz, on consomme réellement 66 de charbon de bois pour 100 de fonte, ce n’est pas pour moi une raison de douter que la quantité considérable d’acide carbonique des gaz du gueulard au haut fourneau Wrbna, à Eisenerz, ne soit également exacte et puisse être plus forte que ne l’ont montré les analyses faites en 1871 et entreprises déjà en 1860.
- Pour ce qui concerne l’explication à donner de tout cela, et surtout de cette grande quantité d’acide carbonique, je dirai que ce que M. Bell nous dorme ne me satisfait pas, parce que c’est fondé exclusivement sur la facilité de réduction du minerai d’Eisenerz comparé à celui du Cleveland. De ce que le minerai du Gleveland analogue au fer carbonaté spathique renferme une fois grillé 40 pour 100 de fer, tandis que celui d’Eisenerz en a jusqu’à 45 et 48 pour 100, je ne vois pas là une différence qui, à mon avis, puisse expliquer une si grosse disproportion dans la facilité de réduction. L’expérience de M. Bell, relative aux différences de facilité de réduction du minerai d’Eisenerz, d’une part mélangé de charbon de bois en poudre, et d’autre part du minerai de Cleveland mélangé de coke pulvérisé, ne me semble pas complètement justifiée dans le traitement au haut fourneau. Car la facilité avec laquelle CO agit sur FeO et Fe2 O3 et CO2 sur C ne dépend pas seulement de la compacité et de la pureté du minerai et du combustible, mais encore de la densité et de la pression du vent. L’action est d’autant plus vive et plus rapide que la pression du vent est plus forte. Or, dans ces expériences comparatives, les pressions des gaz ont été complètement
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- négligées, elles étaient probablement égales ; tandis que dans le Cleveland la pression du vent pour le fourneau au coke est de 3 livres et demie à 4 livres par pouce carré (18 à 20 centimètres de mercure), elle est à peine de 3/4 delivre (ou 5 à 6 millimètres de mercure) pour le fourneau d’Eisenerz.
- A mon avis, l’explication suivante serait plus satisfaisante :
- Il a été établi depuis longtemps que la partie inférieure de la zone de combustion et de fusion est, au haut fourneau, la source principale de chaleur et aussi d’oxyde de carbone. Plus il faut de chaleur dans le fourneau, suivant la relation entre le lit de fusion et la charge de combustible qui amène la production d’une fonte donnée, plus il faut brûler de combustible ; il y a donc une quantité absolue d’oxyde de carbone plus grande.
- La quantité d’oxyde de carbone nécessaire par tonne de fonte à la réduction du minerai restera sensiblement la même, car elle dépend de l’état d’oxydation de celui-ci que nous supposons ne pas être changé. Si on travaille avec une .plus forte température dans la zone de fusion, il y aura plus d’oxyde de carbone produit, et, par suite, plus il en restera et plus il s’en trouvera dans les gaz. Au contraire, plus on travaillera à une basse température dans la zone de fusion, c’est-à-dire moins on consommera de combustible pour produire une fonte donnée, ou, comme dit l’immortel Karsten, plus le lit de fusion sera fusible, moins il y aura d’oxyde de carbone, et plus, par suite, ilse trouvera d’acide carbonique dans les gaz du gueulard.
- Tandis que M. Bell fonde son explication sur le degré de facilité de réduction du minerai, je base la mienne sur le degré de fusibilité du lit de fusion. Quelle est la meilleure, le lecteur jugera. Pour montrer qu’il y a une grande différence entre les deux explications, je rappellerai les rapports de l’oxyde de carbone et de l’acide carbonique que j’ai donnés plus haut pour les hauts fourneaux de Styrie, de Suède et d’Angleterre. Je ferai remarquer qu’on ne peut mettre en doute que le minerai de Cleveland ne soit beaucoup plus facile à réduire que les oxydes magnétiques de Suède; cependant les lits de fusion suédois sont faciles à fondre, surtout pour la production de la fonte blanche ou traitée, tandis que les hauts fourneaux du Cleveland doivent marcher avec une grande quantité de chaux dans le lit de fusion, et, comparativement à ce que l’on voit en Suède, ils consomment plus de combustible et cependant marchent avec de l’air beaucoup plus chaud.
- Je crois qu’à cette explication de la quantité relativement plus grande d’acide carbonique dans les gaz du gueulard des hauts fourneaux au bois qui traitent des minerais faciles à fondre on peut ajouter ce qui suit : en voyant l’aspect et l’allure de la flamme du gueulard d’un cubilot, il est naturel de supposer que ces gaz, surtout avec la marche au coke, renferment une proportion importante d’acide carbonique. On montre d’une manière plus évidente encore la présence d’une quantité considérable d’acide carbonique dans ces gaz si on calcule la chaleur produite par une consommation pratique de 8 à 10 pour 100 de coke. Comme je ne connaissais pas d’analyse chi-
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- mique de ces gaz, j’ai engagé M. Rudolf Schoffel, professeur de chimie à l’Académie des mines de Léoben, à entreprendre des prises de gaz dans l’automne de 1871, sur un cubilot de 3 mètres (10 pieds) de hauteur au-dessus des tuyères. Ce cubilot marchait au coke et à l’air froid avec une pression de 11 à 13 millimètres de mercure, à Donawitz* près de Léoben. D’après ces analyses, les gaz qui s’échappent en marche courante renferment en poids une quantité bien plus forte d’acide carbonique que d’oxyde de carbone. Je n’ai pas eu la même occasion de faire la même recherche pour un cubilot marchant au charbon de bois, mais il n’est pas douteux queles gaz du gueulard ne renferment encore une quantité d’acide carbonique importante, quoique moins considérable. Evidemment, cet acide carbonique provient, sinon exclusivement, au moins principalement de la combustion aux tuyères, et la cause qui empêche qu’il n'y ait plus de carbone à l’état d’oxyde de carbone ne peut être que dans la basse température et le peu de pression des gaz, si on compare la zone de combustion et de fusion d’un cubilot à celle d’un haut fourneau, surtout quand il marche au coke, à l’air chaud et en fonte grise. Je termine donc parles conclusions suivantes :
- 1° Même pour les hauts fourneaux au coke à lit de fusion peu fusible (streng-flüssig), on ne doit pas admettre que le produit définitif de la combustion ne se compose que d’oxyde de carbone ;
- 2° D’après la différence considérable de température qu’il y a entre la zone de fusion et dé combustion dans un haut fourneau au bois à lit de fusion facile à fondre et dans un haut fourneau au coke à lit de fusion réfractaire ou difficile à fondre, on peut conclure avec certitude que, dans le premier cas, c’est-à-dire pour le lit de fusion facile, la réduction à l’état d’oxyde de carbone de l’acide carbonique produit dans la zone de combustion reste incomplète, et il y a plus d’acide carbonique qui provienne des parties inférieures et qui s’élève vers le haut (1).
- Donc, dans le traitement d’un lit de fusion facile à fondre, la quantité d’oxyde de carbone qui provient des régions inférieures du fourneau est non-seulement moindre en valeur absolue, mais aussi en valeur relative (si on la compare à la proportion d’acide carbonique) ; la quantité d’oxyde de carbone qui reste après la réduction du minerai est donc d’autant plus faible : elle doit donc, conformément aux expériences
- (i) M. de Tunner yoit là une certaine analogie avec la relation trouvée dans les gaz de l’opération Bessemer entre l’acide carbonique et l’oxyde de carbone suivant les différentes phases de la conversion. J’ai déjà donné mon opinion sur les expériences de M. Snélus à ce sujet ; j’ajouterai qu’il me semble difficile de faire coexister les deux explications données déjà : 1° on semble admettre que, dans la théorie de l’air 'chaud, la haute température du vent facilite la production de l’acide carbonique et augmente la quantité de chaleur dans la zone de fusion ; 2° ici, au contraire, M. de Tunner pense que l’acide carbonique se produit en plus grande quantité dans un haut fourneau où la température est moins élevée par suite de la fusibilité du lit de fusion. Dans les résultats de l’analyse des gaz du convertisseur, on fait intervenir la dissociation de l’acide carbonique et dans les autres cas on n’en tient pas compte.
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- de M. Bell, être relativement d’autant plus faible que le minerai est plus facile à réduire.
- M. de Tunner termine son article en exprimant le vœu que, dans son pays, on cherche à diminuer encore la consommation de combustible dans les hauts fourneaux au bois en augmentant leurs dimensions, attendu que la réduction du minerai ne se complète que dans la zone inférieure, dans la partie la plus chaude et avec production d’oxyde de carbone.
- Cet inconvénient s’est produit d’une manière éclatante dans ces derniers temps, où beaucoup de hauts fourneaux ont été amenés, par le prix élevé des fontes, à augmenter leur production sans changement dans les dimensions.
- NÉCROLOGIE.
- M. Henri Robert.
- 11 y a quelques mois (le 3 juin 1874) s’éteignait, en quelque sorte ignoré, un homme doux et modeste à qui la science de l’horlogerie de précision doit plus d’un progrès, et dont la Société a suivi et encouragé trop souvent la laborieuse carrière pour qu’elle ne considère pas comme un devoir de rappeler, ici, son nom et ses travaux; nous voulons parler de Henri Robert.
- Henri Robert naquit à Mâcon, le 17 mars 1795, d’un père qui y exerçait la profession d’avocat. Il avait une sœur, Clémence, qui a acquis, dans les lettres, par la moralité et la grâce de ses écrits, une certaine célébrité, trop récente encore pour ne pas mériter d’être citée.
- Les débuts de la vie de Henri Robert ne se firent pas sous d’heureux auspices. Destiné, dans le principe, à suivre la carrière de son père, il fut bientôt obligé d’interrompre ses études pour se rendre à l’armée où l’appelait, à cette époque de guerres, la levée en masse qui venait d’être décrétée. D’une constitution délicate, il tomba bientôt malade et fut dirigé sur un hôpital de l’Est, puis, après guérison, envoyé, comme apprenti, à la fabrique d’armes de Mutzig. C’est dans cette célèbre manufacture, récemment annexée à l’Allemagne, que Henri Robert sentit, pour la première fois, se révéler en lui ce goût pour la mécanique, qui ne le quitta jamais, mais auquel il ne devait pas, cependant, se livrer de suite. En effet, une fois libéré du service militaire, il reprit les études de l’adolescence qu’il avait été obligé d’interrompre, vint faire son droit à Paris, puis retourna à Mâcon, où il acheta une étude d’avoué et se maria.
- Ce n’était pas là évidemment sa voie, et il ne devait pas tarder à la quitter pour se livrer tout entier à ses travaux de prédilection. Le projet, près de se réaliser, d’une fabrication mécanique de tonneaux, et, plus tard, celui d’une fabrique de couverts, dont
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- l’organisation avait été l’objet de ses études, furent les causes déterminantes d’un changement complet dans son existence. Décidé à se livrer désormais à la mécanique et surtout à la mécanique de précision, il vint à Paris, y apprit à confectionner les différentes parties de la pendule, et, dès qu’tl se sentit suffisamment avancé dans l’art de l’horloger pour être à même de profiter d’utiles leçons, il entra, comme simple ouvrier, chez Bréguet, dont l’atelier avait déjà une grande célébrité. C’est là qu’il se perfectionna et qu’il acquit, dans son art, au contact du maître, les connaissances qui devaient un jour en faire un maître à son tour.
- L’année 1829 est une époque importante pour Henri Robert; c’est l’époque de son premier établissement. Il s’installe au Palais-Royal, au lieu et place de M. Laresche, dont il reprend la suite des affaires. A dater de ce moment, commencent sa vie laborieuse et cette fièvre d’invention qui ne doit pas le quitter. Il débute par perfectionner les réveils, dont son prédécesseur s’était fait une spécialité, et parvient, par une étude consciencieuse de la pendule de cheminée, à en établir pour le commerce à un prix relativement peu élevé.
- A cette époque, les cadrans en émail étaient très-chers, et n’étaient substitués que dans les pièces de prix aux cadrans argentés qui ont, comme on sait, l’inconvénient de se noircir très-vite. Henri Robert a l’idée de se servir de la carte-porcelaine (une nouveauté de cette époque), et il confectionne, avec cette carte, des cadrans imprimés sur planche gravée. On ne se doute guère que c’est à lui qu’est du ce genre de cadran encore employé, de nos jours, dans l’horlogerie courante.
- Les relations de Henri Robert avec la Société d’encouragement remontent loin; elles datent de l’année même de son établissement au Palais-Royal. C’est sous les auspices de M. Laresche, son prédécesseur, membre de la Société, qu’il présenta un pendule compensateur à demi-seconde et un nouveau système de construction des lames bimétalliques employées dans les balanciers compensateurs des chronomètres, invention dont rendit compte, au nom du comité des arts mécaniques, l’illustre ingénieur Héricart de Thury. Heureux de l’intérêt que la Société lui témoignait, Henri Robert lui communiqua, successivement, à partir de cette époque, le résultat de toutes ses recherches. En consultant la collection des Bulletins, on peut se rendre compte de la fécondité de ses travaux et de la large part qui lui revient dans les progrès qu’a faits l’horlogerie de précision dans ces quarante dernières années. En voici l’énumération :
- Pendule compensateur à demi-seconde, lr8 série, t. XXVIII, p. 50, 54, 468 et 473.
- Réveils, lre série, t. XXXI, p. 401 ; XXXII, p. 289.
- Balance astronomique; méridien portatif; moyen de couvrir hermétiquement les pendules, lre série, t. XXXII, p. 292, 293, 296.
- Pendules de cheminée; montre à secondes, lre série, t. XXXIII, p. 137, 217, 280.
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- Compteur chronométrique, lre série, t. XXXVI, p. 78, 157,186.
- Chronomètres; montres marines simplifiées; nouvel échappement, lre série, t. XL, p. 434; XLV, p. 72, 486, 633.
- Ouvrage sur les pendules et les montres, lre série, t. XLVIII, p. 543.
- Écliptique mécanique, lre série, t. XLIX, p. 313, 315.
- Appareil pour démontrer les éclipses, l’obliquité de l’orbite lunaire, le mouvement de cet orbite et les mouvements de la lune, lre série, t. L, p. 369, 437.
- Appareils pour l’enseignement de la cosmographie, 2e série, t. I, p. 647, 742.
- Appareils uranographiques, 2e série, t. Il, p. 65.
- Nouveaux perfectionnements aux pendules de cheminée; perfectionnements des montres obtenus par des modifications dans les dispositions de la machine sans addition d’aucun mécanisme, 2e série, t. V, p. 65, 447.
- Compteur pour service de rondes de nuit, 2e série, t. VIII, p. 445.
- Tableau servant à résoudre graphiquement les triangles horaires, 2e série, t. IX, p. 385.
- Nouvel anneau astronomique ou cercle zénithal pour prendre la hauteur du soleil, 2e série, t. X, p. 460.
- Burins de forme nouvelle ; méthode pour obtenir l’heure avec la plus grande précision au moyen de l’anneau astronomique ou cercle zénithal, 28 série, t. XVI, p. 80, 681.
- On le voit, Henri Robert a entretenu de longues relations avec la Société d’encouragement, qui ne lui a ménagé ni les éloges ni les récompenses; c’est ainsi qu’il a reçu d’elle plusieurs fois la médaille d’or. Mais la Société n’a pas été seule à apprécier ses travaux, car les jurys de nos expositions industrielles ont également, à diverses reprises, récompensé ses constants efforts, ainsi que le constate ce court extrait du rapport sur l’Exposition de 1844 :
- « A cette liste d’habiles constructeurs de chronomètres, dit le rapporteur, nous « sommes heureux de pouvoir ajouter le nom de M. Henri Robert; pour être entré « plus tard dans l’arène, cet horloger n’en a pas moins cueilli les plus honorables « palmes. Récompensé par une médaille d’argent, en 1834, pour les perfectionne-« ments qu’il avait apportés à l’horlogerie civile, il a reçu une seconde médaille d’ar-oc gent, en 1839, pour ses pièces de haute précision. Depuis cette époque, M. Robert « s’est livré à de consciencieuses études sur la composition la plus convenable du mé-« canisme d’un chronomètre; la nature des fonctions de chacun de ses organes a été « l’objet d’observations toutes spéciales pour en assurer la durée et la régularité. C’est « ainsi que, par un travail soutenu, il a perfectionné des œuvres déjà fort remar-« quabies. Le succès qui a couronné ses efforts est attesté par la belle marche de ses « montres marines à l’Observatoire. L’Administration de la marine a fait choix déplu-
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- « sieurs de ses chronomètres sortis victorieux de la difficile épreuve des concours. Le « jury juge M. Henri Robert digne de la médaille d’or. »
- Trois ans plus tard, Henri Robert, qui avait été autorisé à prendre le titre d’horloger de la Marine, reçut la croix de la Légion d’honneur. A cette époque, il était établi rue du Goq-Saint-Honoré (aujourd’hui la rue Marengo), où presque tous les ingénieurs de l’époque allaient lui demander quelqu’un de ses précieux compteurs de poche, si utiles pour les opérations de jaugeage.
- Henri Robert possédait, au plus haut degré, cet esprit d’investigation méticuleuse qui caractérise, en général, tous ceux qui s’occupent de mécanique de haute précision. C’est à cet esprit, qui lui faisait porter son observation sur les plus petites choses, que sont dues ses nombreuses expériences sur les huiles employées dans l’horlogerie, expériences consignées dans l’un des ouvrages qu’il a publiés sous le titre de : Etudes sur diverses questions d’horlogerie. Une autre preuve à donner, plus caractéristique encore, c’est l’idée qu’il eut, en 1833, pour les pendules de prix qu’on recouvre d’un globe de verre, de combiner un socle réalisant une herméticité capable d’empêcher, la poussière du dehors de pénétrer dans l’appareil ; ingénieuse invention qui fut, à cette époque, l’objet d’un Rapport à la Société d’encouragement.
- Rappelons, enfin, qu’en s’occupant, dans ses loisirs, à enseigner la cosmographie à ses propres enfants, il fut conduit à construire une série de petits appareils de démonstration qui ne tardèrent pas à être adoptés dans toutes les institutions et les lycées.
- A l’époque où les arcades de la rue de Rivoli furent continuées jusqu’au Louvre, le remaniement des rues adjacentes, et spécialement de la rue du Coq, força Henri Robert à quitter ce quartier; il alla s’installer rue Chabannais, où la construction de ses appareils uranographiques prit un certain développement. C’est là que devait se terminer, sinon sa vie, du moins sa laborieuse carrière. Avec l’âge et la délicatesse de sa constitution, les infirmités arrivèrent, et il dut quitter tout à fait les affaires dont il laissa la succession à son fils.
- Henri Robert, comme bien des inventeurs, se préoccupait bien plus de sa renommée que des profits que pouvaient lui rapporter ses inventions; aussi était-il loin d’avoir fait fortune. Dans les dernières années de sa vie, il venait encore, parfois, à la Société d’encouragement, où il était toujours sûr de trouver l’accueil le plus empressé; puis, comme tant d’autres, il a cessé de venir, et c’est en allant, un jour, savoir ce qu’il était devenu, que nous avons appris qu’il s’était éteint, entouré de l’affection des siens, dans un petit logement où il s’était retiré, rue d’Assas. (M.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- fcc glgeitieiit liotiiller de Dranista.—Voici sur ce gisement quelques rensei-
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- NOTICES INDUSTRIELLES. — MARS 1875.
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- gnements qui ne manquent pas d’intérêt et qui proviennent d’un rapport récemment fait par des ingénieurs anglais chargés par le vice-roi d’Egypte d’explorer les lieux.
- Le gisement houiller de Dranista est situé à 50 milles environ (80 kilom.,4-50) au sud-ouest de Salonique ; il est entouré d’une chaîne circulaire de montagnes, partant du mont Olympe, au sud, pour aboutir au nord à la baie de Kitros, dans le golfe de Salonique. La houille présente là une épaisseur d’environ 8 pieds (2m,40), s’étendant sur une superficie reconnue de 2 000 acres (un peu plus de 809 hectares). On estime que le gisement s’étend beaucoup plus loin et, quoique le fait ne soit pas encore démontré, les ingénieurs supputent, d’après l’examen du terrain, que la houille occupe une étendue totale de 30 milles carrés (77,50 kilom. carrés), ce qui, pour une épaisseur constante de 8 pieds, représenterait une richesse de 255 millions de tonnes à extraire.
- La houille, qui appartient là au terrain tertiaire, semble de bonne qualité ; elle brûle bien à l’air libre sans dégager beaucoup de fumée ; mais l’impossibilité de faire jusqu’ici des expériences sur place n’a pas permis aux ingénieurs de dire si les machines à vapeur pourraient s’en servir avec avantage.
- D’après leur rapport, elle ressemble, par ses caractères extérieurs, à la houille d’Ecosse, mais diffère de toutes celles de l’Angleterre par la rapidité avec laquelle elle se désagrégé à l’air, défaut qu’elle ne présente pas lorsqu’on a soin de la conserver à couvert. Un projet a été rédigé suivant lequel on creuserait deux puits ayant chacun 300 yards de profondeur (274m,20) et établirait un chemin de fer de 20 milles de développement (environ 32 kilomètres), qui relierait la mine à Kitros, le port d’embarquement le plus convenable et le plus rapproché. On estime que le forage des puits ne serait pas très-coûteux, les bancs à traverser consistant principalement en terrain tertiaire et en dépôts d’alluvion ; quant au chemin de fer, le peu d’accidents qu’il rencontrerait n’entraînerait pas non plus de grandes dépenses. Une jetée devrait être construite à Kitros, le port de Salonique n’étant pas assez profond et se trouvant trop exposé aux vents du nord.
- Dranista, le principal village qu’on rencontre au voisinage du gisement houiller, est placé dans une situation favorable, au pied du mont Olympe et au centre d’une région bien boisée et très-pittoresque; son climat est salubre, et sa population, ainsique celle des alentours, principalement composée de Grecs, est d’une nature industrieuse et paisible. Catterina, la ville la plus voisine, ayant pour chef un sous-gouverneur qui relève du pacha de Salonique, est le centre d’un grand commerce de bois, et se trouve reliée télégraphiquement avec les principales villes de la Thessalie et de la Macédoine. Pour un pays comme la Turquie, où l’agriculture et l’industrie font tous les jours des progrès et où les chemins de fer tendent constamment à se développer, la découverte du gisement houiller de Dranista peut être d’une grande importance économique pour l’avenir.
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- PROCES-VERBAUX.
- MARS 1875.
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 8 janvier 1875.
- Présidence de M. Mangon, membre du comité d’agriculture.
- Correspondance. — M. Richard {F.), Grande Rue, à Sèvres (Seine-et-Oise), procédé de peinture au demi-grand feu pour la porcelaine dure. (Arts chimiques.)
- M. Matheij (C. M.), à Plombières (Vosges), utilisation de la force du vent pour remplacer les moteurs actuellement en usage. (Arts mécaniques.)
- M. Aubin, meunier, rue de Rivoli, 146, à Paris, nouveau système de mouture avec meule blutante. (Arts mécaniques.)
- MM. Ragon et Walker, Batignolles, rue Puteaux, 17, à Paris, nouveau système de rails fer et bois. (Arts mécaniques.)
- M. Goiraud fils, rue d’Aubervilliers, 6, à la Villette-Paris, application d’un nouveau principe de mécanique. (Arts mécaniques.)
- M. Grossot (F. V.) rappelle l’envoi qu’il a fait, il y a quelques mois, de divers détails sur ses calorifères à lames convergentes. (Arts économiques.)
- M. Duponchelle (Ch.), à la Varenne-Saint-Hilaire, avenue des Deux-Stations, ligne de Vincennes (Seine), rail portatif sans fin. (Arts mécaniques.)
- M. Raron(S[.), rue d’Aligre, 20, à Paris, présente à la Société sa méthode pour la distillation du schiste. (Arts chimiques.)
- Rien sans peine; mémoire pour le concours relatif à la ventilation et au chauffage des édifices. (Arts économiques.)
- Désinfecter et assainir sont deux ; mémoire pour le concours sur les moyens de désinfecter d’une manière permanente les fosses d’aisances. (Arts économiques.)
- Utile dulci; mémoire pour le concours sur les moyens de chauffer et d’aérer les appartements. (Arts économiques.)
- M. Roy (Eugène), rue de Savoie, 4, à Paris, présente son encre en poudre pour le concours relatif à l’encre à écrire. (Arts chimiques.)
- Une faute reconnue est un progrès; mémoire pour le concours relatif à l’encre à écrire. (Arts chimiques.)
- M. Gaffard, fabricant de produits chimiques, à Aurillac; mémoire et échantillons pour le concours de l’encre. (Arts chimiques.)
- Vitam impendere vero ; mémoire pour le concours relatif à la production de l’ozone. (Arts chimiques.)
- M. Genissmi envoie une note détaillée sur une canalisation particulière qu’il a faite dans les ateliers de la compagnie des Petites-Voitures, rue d’Aubervilliers, 134, à
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- PROCÈS-VERBAUX. — MARS 1875.
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- Paris, et qui a pour objet de fournir, d’une manière assurée, de l’eau en abondance en cas d’incendie, en satisfaisant, d’ailleurs, à toutes les parties du service de l’établissement. (Commission du Bulletin.)
- M. Gruner, inspecteur général des mines, envoie un exemplaire du premier volume in-8, avec atlas in-4, de son Cours de métallurgie.
- M. Gallon, inspecteur général des mines, envoie aussi un exemplaire du 2e volume de la 2e partie de son Cours d’exploitation des mines, un vol. in-8 avec atlas in-4 de 94 planches doubles.
- M. le Consul général adjoint d’Autriche-Hongrie adresse à la Société un exemplaire du Recueil statistique relatif au commerce extérieur de ce pays pendant 1873.
- Dans la partie imprimée de la correspondance, MM. les Secrétaires signalent :
- Atlas, avec notice, des ports de mer en France, 1er volume, un atlas in-folio avec notice grand in-8.
- Statistique des travaux de l’Administration des mines de 1865 à 1870, un vol. in-4.
- Statistique générale de la France, statistique annuelle, tome Ier, 1871, un volume in-folio.
- Les Merveilles de l’industrie, ou description des principales industries modernes, par Louis Figuier ; un volume grand in-8, illustré de nombreuses gravures dans le texte. Furne, éditeur.
- Exposition universelle de Vienne, documents et rapport des jurés et délégués belges sur les substances alimentaires et de conservation, brochure in-8.
- Cours de chimie générale élémentaire, par Hetet (Frédéric); Paris, 1875. E. Lacroix, éditeur. Grand in-18.
- La Lmiterie, par Pouriau (A. F.); 2e édition, grand in-18. Paris, 1874. Audot, éditeur.
- M. Rothschild, libraire-éditeur, rue des Saints-Pères, 13, envoie à la Société les cinq ouvrages suivants qu’il vient de faire paraître, et pour lesquels il demande un examen spécial :
- La Dentelle à l’aiguille et au fuseau, par Seguin (Joseph); petit in-folio illustré de nombreuses gravures et de bois dans le texte.
- Le Cocon de soie, par Duseigneur-Kléber, grand in-8.
- La Terre végétale, par Stanislas Meunier, in-18.
- Les Minéraux, par M. Latour du Pin.
- Les Roches, par M. Jannettas.
- Rapports des comités. —Histoire du Zollverein. — M. Lavollée lit, au nom du comité du commerce, un rapport sur le iivre de M. Worms (Émile) : « l’Allemagne économique, ou Histoire du Zollverein allemand. »
- Le Comité propose d’adresser des remercîments à l’auteur et d’insérer le rapport au Bulletin.
- N
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.
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- PROCÈS-VERBAUX.
- MARS 1875.
- Industrie de la porcelaine. — M. Salvetat envoie, au nom du comité des arts chimiques et de la commission des beaux-arts, un rapport étendu sur les progrès récents réalisés, par l’industrie privée, dans l’art de la porcelaine, et sur l’état actuel de cette industrie à Limoges. L’un de MM. les Secrétaires donne lecture de ce document. (Voy. cahier de février, 1875, p. 83.)
- Fusil de guerre. — M. Laboulaye lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur le fusil à bloc de M. Greneu.
- M. le rapporteur propose d’approuver le rapport et d’en ordonner l’insertion au Bulletin.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.
- Communications. — Verres trempés. — M. de Lubac donne connaissance, à la Société, d’un procédé inventé par M. de la Bastie, au château de Richemont par Pont-d’Ain (Ain), par lequel des objets façonnés en verre acquièrent une ténacité et une dureté beaucoup plus grandes que celles du verre ordinaire.
- Les résultats obtenus ont largement payé la persévérance dê l’inventeur. M. de Lubac se livre devant l’assemblée à une série d’expériences intéressantes. Une épaisse capsule de verre est mise sur un réchaud et sert à faire bouillir de l’eau. Des plaques de verre de même grosseur, non trempées et trempées, sont soumises au choc provenant de la chute d’un poids de 100 grammes : les premières se brisent pour une hauteur de chute de 1 mètre, les secondes résistent sans altération à une chute de 3 mètres et demi de hauteur. Des plaques sont lancées avec violence au milieu de la salle et résistent à cette épreuve, tandis que celles en verre ordinaire se brisent avec éclat; il en est de même d’un grand nombre de bobèches, verres de montre et verres d’optique minces, qui sont jetés au loin sans qu’aucun d’eux en éprouve le moindre accident.
- M. de Lubac termine cette démonstration en brisant, avec une certaine peine, à coups de marteau, une des feuilles de verre trempé qui avaient résisté aux chocs précédents. Cette brisure n’a pas lieu comme pour le verre ordinaire; la feuille, qui n’avait été frappée qu’en un seul point, se résout en une infinité de petits fragments, dont chacun a perdu la plus grande partie de sa transparence et présente, dans la cassure, une texture cristalline grenue, peu cohérente. Il y a, dans ce phénomène, quelque chose qui rappelle ce qui se passe dans les larmes bataviques, qui résistent au choc de coups de marteau frappés sur leur partie extérieure et qui se résolvent en poussière d’une texture cristalline particulière, dès qu’elles sont entamées par la rupture de leur queue.
- M, le Président remercie M. de Lubac de cette communication et le charge d’adresser à M. de la Bastie les remercîments de la Société. — Il recommande l’examen de ces procédés au comité des arts économiques et renvoie la Note de M. de la Bastie à la Commission du Bulletin pour qu’elle soit insérée dans un des plus prochains numéros. (Voir plus haut, p. 132.)
- PARIS. — IMPRIMERIE DE M'“e Ve BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5.
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- 94e année.
- Avril 1895.
- Troisième série, tome II.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIETE iriHllIliH.m VÏ
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- HORLOGERIE.
- Rapport fait par M. Breguet, au nom du comité des arts mécaniques, sur un
- nouveau système de rouage de pendule imaginé par M. Hoyau, rue de
- Turenne, 49.
- M. Hoyau jeune, horloger, qui parait aimer son art avec passion, a présenté à la Société un rouage de pendule de cheminée, à sonnerie, beaucoup plus simple que ce qu’on a fait jusqu’ici.
- On sait que les pendules, qui se font en si grand nombre en France, se composent de deux rouages conduits chacun par un barillet contenant la force motrice.
- De plus, le mécanisme du rouage de la sonnerie est celui que l’on nomme à chaperon. Ce système a l’inconvénient de décompter souvent, c’est-à-dire que la sonnerie n’est pas d’accord avec l’indication donnée par les aiguilles. Il a aussi l’inconvénient de ne permettre de tourner les aiguilles en arrière que d’une petite quantité, et, si l’on fait cette opération à certaines positions des aiguilles, on arrive à faire décompter.
- M. Hoyau, pour éviter ces inconvénients, fait usage de la sonnerie dite à râteau, bien connue des horlogers. Avec ce système, la pendule ne décompte jamais, et l’on peut tourner les aiguilles en avant ou en arrière, sans jamais déranger leur accord avec la sonnerie. Mais alors, dira-t-on, pourquoi ne fait-on pas toujours usage d’un mécanisme si heureusement disposé? La réponse est que ce système coûte un franc de plus que l’autre; et,
- Tome II. — 74e année. 3* série. — Avril 1875. 21
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- HORLOGERIE.
- AVRIL 1875.
- comme la pendule de cheminée se vend à des prix de bon marché extrême, on est obligé d’économiser sur tous les organes.
- M. Hoyau a trouvé le moyen de faire usage de cet excellent mécanisme, non-seulement sans augmentation de prix, mais, au contraire, avec diminution.
- Pour atteindre ce but, il a supprimé un barillet et son ressort, ainsi que le rouage de la sonnerie, et il les a remplacés par un ressort auxiliaire, qui est toujours armé par le barillet du mouvement. C’est un ressort de montre faisant cinq tours, et dont la vitesse de développement est modérée par un volant mû par une vis sans fin. Ce dernier mécanisme consiste seulement en une roue portant un auxiliaire, laquelle roue engrène avec le pignon d’une roue de vis sans fin. Cette disposition est des plus simples et bien moins coûteuse que le barillet avec tout son train de roues.
- Grâce à cet arrangement très-heureux, on aura toujours des pendules sonnant parfaitement l’heure. Il ne faut pas oublier, d’ailleurs, que pareille disposition peut très-bien s’adapter aux pendules de voyage.
- M. Hoyau a donc rendu là un service, et nous proposons de le remercier de sa communication, et d’insérer le rapport dans le Bulletin, en y joignant un dessin du mécanisme de la pendule.
- Signé Breguet, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 10 juillet 1874.
- Légende de la planche 22 représentant le nouveau système de rouage de pendule de M. Hoyau.
- Fig. 1. Vue de face du mouvement du côté du carré de remontoir.
- Fig. 2. Vue de profil du côté du marteau de la sonnerie.
- Fig. 3. Section verticale suivant la ligne I, II de la fig. 2.
- Fig. k, 5, 6 et 7. Détails relatifs au nouveau rouage.
- A, barillet unique servant à la fois au mouvement et à la sonnerie (fig. 2 et 3).
- BB', nouvel organe remplaçant le barillet et les rouages ordinaires de la sonnerie ; la figure 7 le représente dans son ensemble vu de face et vu de profil. Il se compose de deux disques dentés, en cuivre, de diamètres différents, percés au centre, et entre lesquels est logé un ressort spiral, dit auxiliaire.
- B est le disque de plus grand diamètre ; sa denture est une denture ordinaire de rouage (voir la vue de face et de profil, fig. 6).
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- B' est le disque de moindre diamètre, dont la denture est à rochet, et dont la face interne est munie d’un évidement annulaire (voir, fig. 4, la vue de cette face et la section transversale passant par l’axe qui montre l’évidement annulaire).
- C, lame d’acier recourbée en crochet (fig. 4), et ajustée à frottement contre la périphérie de l’évidement annulaire du disque B'.
- D, ressort spiral, maintenu dans une bague et formant avec elle une seule pièce qui se place dans l’évidement annulaire du disque B', en s’accrochant à la lame C qui permet l’enroulement et le déroulement du ressort. La figure 5 représente cette pièce vue de face et de profil.
- E, pignon allongé, placé en dehors et au centre de la pièce qui porte le ressort spiral (fig. 5 et 7) ; il est relié, au moyen d’une virole et d’une agrafe, à ce ressort dont il commande l’enroulement.
- Le ressort spiral placé avec sa bague dans le disque B' en ayant soin de faire passer le pignon E par derrière, le disque B recouvrant le tout et ajusté sur le précédent au moyen de trois vis, le nouvel organe de la pendule se trouve constitué tel qu’il est indiqué figure 7.
- F est l’axe particulier du disque B ; le pignon E est emmanché librement sur cet axe.
- G est le levier du marteau de la sonnerie (fig. 2 et 3) ; il est mis en mouvement par te disque B auquel il est relié.
- Ainsi c’est bien le nouvel organe BB' qui est l’organe moteur de la sonnerie; la figure 3 montre la position qu’il occupe dans l’ensemble du mécanisme de la pendule; on voit que le pignon E engrène avec la couronne dentée du barillet A qui, par conséquent, commande l’enroulement du ressort spiral D.
- H (fig. 3), roue modératrice du développement du ressort spiral D; elle porte sur son axe un pignon engrenant avec le disque B du nouvel organe BB'.
- I, volant portant sur sa tige une vis sans fin engrenant avec la roue H.
- J, palettes fixées à l’extrémité prolongée de l’axe de la roue H (fig. 1).
- K, mécanisme à râteau sur lequel agissent les palettes J (fig. 1).
- Nous ne décrivons pas le mécanisme à râteau, qui a déjà suffisamment été expliqué dans 1 % Bulletin. (Yoy. 2e série, t. XVII, p. 141.) (M.)
- COMITÉ DE COMMERCE.
- Rapport fait par M. C. Lavollée, au nom du comité de commerce, sur le livre de M. Émile Worms : L’Allemagne économique ou Histoire du
- ZOLLVEREIN ALLEMAND.
- Messieurs, M. Émile Worms, professeur à l’École de droit de Rennes,
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- BIBLIOGRAPHIE. -- AVBIL 1875.
- a fait hommage à la Société d’un ouvrage intitulé : L'Allemagne économique ou Histoire du Zollverein allemand.
- Cet ouvrage, que le comité de commerce a été chargé d’examiner, se distingue par l’abondance et la sûreté des documents, ainsi que par la clarté d’exposition. M. Worms s’est attaché à présenter, avec ordre, l’histoire complète du Zollverein depuis son origine, qui date de 1834. Il a montré les agrandissements successifs de cette association , l’influence considérable qu’elle a exercée sur la législation économique de l’Allemagne, les fréquentes négociations diplomatiques auxquelles elle a donné lieu, enfin les résultats politiques qui peuvent lui être attribués. Le Zollverein, en créant parmi les nombreux États de l’ancienne confédération la communauté des intérêts matériels, a préparé l’unité politique.
- Dans la plupart des pays, l’unité politique a précédé et créé l’unité commerciale. En France, par exemple, l’union nationale était complète bien avant que les barrières de douanes qui existaient entre les différentes provinces fussent supprimées. De même, dans le Royaume-Uni de la Grande-Bretagne : l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande ont conservé des lois commerciales distinctes longtemps après leur réunion politique. En Allemagne, au contraire, on a vu les intérêts matériels rechercher les bienfaits de l’association, alors que les nationalités étaient encore divisées et que les antagonismes politiques se produisaient avec le plus de violence. Tel est le caractère particulier de l’histoire du Zollverein. Chacun des progrès de cette association est marqué par des luttes qui ne procèdent pas seulement de l’opposition de certains intérêts particuliers. Les conflits proviennent surtout de la rivalité d’influence entre la Prusse et l’Autriche, entre le groupe des États du Nord et celui des États du Sud. Ces incidents, qui appartiennent à l’histoire politique, n’ont été définitivement clos qne par la constitution de l’Empire allemand en 1871.
- Les avantages de l’association commerciale sont nombreux, M. Worms les a résumés en quelques lignes : « Diminuer dans une proportion notable les frais de recouvrement des droits de douane qui ne sont plus perçus qu’à la frontière extérieure du territoire; faire régner la liberté du commerce sur tout le parcours commun, qui devient ainsi un vaste marché intérieur; pousser à une meilleure distribution du travail, à un plus judicieux et plus actif emploi des forces productives; permettre d’ahriter, s’il y a lieu, derrière des droits protecteurs l’industrie indigène et d’avoir une politique commerciale qui tienne en respect les puissances étrangères; mener à l’adoption
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- d’un régime uniforme pour les autres impôts indirects, à l’unité des monnaies, des poids et des mesures, aux mêmes institutions pour la police et pour l’encouragement du travail; hâter la construction des voies de communication perfectionnées; ajouter à la solidarité des intérêts la cordialité des sentiments, voilà, entre autres, certains des bienfaits les plus incontestables de l’association. » Le Zollverein a réalisé, pour l’Allemagne, tous ces avantages; il a procuré à un groupe nombreux d’Etats de même race qui demeuraient politiquement distincts les bénéfices que le régime de la centralisation politique procurait depuis longtemps à la plupart des grands pays de l’Europe.
- La question est de savoir si le régime des associations commerciales peut devenir général, c’est-à-dire s’il peut être appliqué, non plus seulement comme en Allemagne ou en Suisse , entre les fractions d’une même race, mais aussi entre nations étrangères, conservant respectivement leur indépendance politique. Des combinaisons de ce genre ont été tentées. Même avant la fondation du Zollverein allemand, il a été question d’union commerciale entre la France et la Belgique, entre la France et l’Espagne, entre l’Espagne et le Portugal. Ces projets ont échoué; l’attention des gouvernements et des peuples s’en est depuis longtemps détournée. Selon M. Worms, « les associations douanières n’ont d’avenir et ne prennent que là ou le terrain est également favorable pour l’agrégation politique et où les associations peuvent aboutir. » Cette opinion semble fondée. Le Zollverein allemand demeurera probablement un fait exceptionnel dans l’histoire politique et commerciale de l’Europe.
- Au surplus, les nations peuvent, tout en réservant l’indépendance absolue de leur législation politique et financière, se procurer par d’autres moyens les avantages les plus essentiels de l’association. Les traités suffisent pour faciliter les conditions d’échange , le progrès des voies de communication, l’uniformité des monnaies, des poids et mesures, les relations postales et télégraphiques, etc. Tous ces intérêts sont, chaque jour, réglés par des conventions internationales, qui tendent à créer une sorte d’association universelle d’après les principes qui ont inspiré la fondation du Zollverein.
- Enfin il n’est pas inutile de rappeler que, dans l’origine, le Zollverein allemand était un instrument de défense et de protection douanière. Plus il s’est développé, plus la législation, en matière de tarifs, est devenue libérale. Il a donc contribué, par son exemple, à perfectionner Eensemble
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- du régime économique, et ce n’est pas le moindre des services qu’il a rendus.
- En écrivant l’histoire du Zollverein, M. E. Worms a fait une œuvre considérable et utile qui méritait, à tous égards, de fixer l’attention de votre comité du commerce. Nous vous proposons de lui adresser les remercîments de la Société et d’approuver l’insertion du présent Rapport au Bulletin.
- Signé Lavollée, rapporteur.
- Approuvé en séance, le S janvier 1875.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. Paliard, au nom du comité des arts économiques, sur les
- Plaques décoratives, dites marmoréennes, présentées par M. Pruneau
- [Yonne).
- Messieurs, votre comité des arts économiques a examiné, sur votre demande, un nouveau système de décoration présenté par M. Pruneau. Il n’a pu faire cet examen que sur les spécimens présentés par cet industriel, car aucune application de ces produits n’a encore été faite à Paris. À Rléneau (Yonne), cependant, il en a été fait usage, en 1873, dans le château de M. le comte d’Harcourt; l’architecte, M. Durville, dit en avoir obtenu de très-bons résultats et avoir, depuis, fait emploi des plaques de M. Pruneau dans diverses décorations de magasins, de salles de bains, de salles à manger, en imitation des mosaïques, pour plaques nombreuses de propreté, etc., etc. La Société centrale des architectes a examiné ces produits et en a loué surtout l’effet saisissant.
- Voici en quoi consiste la fabrication de ces produits.
- Une surface de verre, soit simple, soit demi-double, soit double, soit plane, soit convexe, soit concentrée, etc., est peinte du côté opposé à celui qui sera tangible.
- Une semblable surface, soit de verre, soit de toute autre matière, est également peinte, le plus ordinairement d’un ton uni pour faire le fond.
- Si la plaque, ou l’objet en imitation de marbre que l’on veut produire,
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- ARTS ÉCONOMIQUES. — AVRIL 1875.
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- doit être diaphane soit, par exemple, une coupe en onyx, il faut alors, nécessairement, faire usage de deux verres et leur appliquer un travail identique de peinture. Nous avons vu des coupes ainsi faites, imitant parfaitement l’agate, l’onyx, etc.
- C’est au moyen de sels calcaires diversement colorés par des oxydes métalliques, que M. Pruneau fait ces peintures, qu’il dit être inaltérables; et, en fait, le soin qu’il met à composer ses couleurs leur assure certainement une très-grande solidité.
- L’application de ces peintures sur le verre se fait au pinceau et par chute sur des fonds préparés ; dans certains cas, plusieurs bains successifs sont nécessaires. On obtient ainsi une coloration et des dispositions qui rappellent, de la façon la plus exacte, les variétés de couleurs et d’ordonnance des marbres.
- Les peintures ainsi faites sont soumises à une température assez élevée pour les durcir et les convertir en une sorte de ciment incorporé au verre.
- On soude ensuite sur leurs bords les deux plaques, pour les réunir en une seule. Cette soudure se fait soit avec un ruban de toile ou de papier de plomb enduit de céruse, soit avec d’autres mastics, soit plus simplement avec une pâte composée de gomme arabique et de poudre d'albâtre.
- M. Pruneau dit avoir employé aussi, avec succès, ces plaques en revêtement de murs, pour les préserver de l’humidité.
- Des plaques ainsi faites, imitation de marbre, reviendraient, pour chaque mètre superficiel, à 16 fr. en verre simple, à 18 fr. en verre demi-double et à 21 fr. en verre double. L’imitation est, d’ailleurs, d’une exactitude remarquable; les coupes façon onyx ou autres marbres transparents, montées sur garniture légère cachant la soudure des deux verres convexes, font, au premier aspect, une illusion complète.
- Ce mode de décoration, qui permet de produire, à un prix très-modeste, des imitations de plaques de marbre et d’objets divers d’un très-grand prix, peut certainement avoir, dans l’industrie, des applications utiles.
- Sans doute, il ne peut être question d’en faire usage dans des décorations de monuments ou même dans des constructions de luxe ; mais votre comité a pensé que, pour certaines décorations de vestibules, de magasins ou de plafonds, et aussi pour ornementation de menuiseries et de grands meubles, il pouvait être profitable à l’industrie de figurer ainsi, sans de trop grandes dépenses, des panneaux ou des médaillons, des marbres et mosaïques les plus riches.
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- Votre comité des arts économiques vous propose donc, Messieurs, de remercier M. Pruneau de son intéressante communication et d'insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Paliard, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 22 janvier 1875.
- ARTS PHYSIQUES.
- SUR LE TRACÉ MECANIQUE DES COURBES REPRESENTATIVES DE LA COMPOSITION DES MOUVEMENTS VIBRATOIRES, PAR M. J. LISSAJOUS.
- 1° Machines construites par MM. Lissajous et Froment.
- En 1857, dans un mémoire inséré aux Annales de chimie et de physique, 3e série, t. LI, j'ai établi les bases de la méthode qui permet d’étudier, à 1 aide de l’œil, les mouvements vibratoires des corps sonores.
- Cette méthode, fondée sur la persistance de la sensation visuelle, exige la connaissance exacte des courbes produites par la composition de deux mouvements vibratoires de directions rectangulaires que l’on suppose appliqués simultanément au même point.
- Le mémoire précité renferme les indications nécessaires pour calculer l’équation de ces courbes, et une méthode simple pour les construire par points. Néanmoins, à l’époque même de la présentation, à l’Institut, de ce travail, que l’Académie accueillit avec une extrême bienveillance, j’avais indiqué, à la commission dont M.Pouillet était rapporteur, la conception d’une machine spéciale propre à tracer ces diverses courbes d’une façon continue. L’Académie voulut bien mettre à ma disposition une somme de 1500 francs qui servit à couvrir partiellement les frais d’exécution de celte machine.
- Avant d’en confier la construction à notre habile et regretté collègue Froment, je jugeai utile d’en réaliser moi-même le principe dans un modèle en bois que je fis exécuter sous mes yeux par un ouvrier menuisier. Ce modèle existe encore.
- Le programme que je m’étais proposé ne se bornait pas à la construction des courbes relatives à l’étude optique des sons, je voulais également obtenir le tracé des sinusoïdes composées qui représentent la combinaison gra-
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- ARTS PHYSIQUES.
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- phique de plusieurs mouvements vibratoires de période différente, développés en fonction du temps ; tracé qui permet d’obtenir la représentation graphique des timbres.
- Le principe géométrique sur lequel est fondée cette machine et toutes les machines analogues est le suivant :
- Un mouvement vibratoire simple est identique au mouvement du pendule dans ses oscillations infiniment petites, et peut, par conséquent, être représenté par la projection d’un mouvement circulaire uniforme sur le diamètre de la circonférence qui est la trajectoire de ce mouvement. Ainsi, le point M (fig. 1), décrivant d’un mouvement uniforme la circonfé -ë' ' rence A MA', la projection m sur le diamètre A A' est
- animée d’un mouvement oscillatoire simple.
- Pour communiquer ce mouvement à une pièce mécanique, il suffit de
- réaliser matériellement le cercle AA' (fig. 2), de l’armer en M d’une goupille, et de faire appuyer constamment sur cette goupille la branche P Q d’une pièce en forme de T, dont la branche mn glisse entre des coulisses. En faisant tourner le cercle autour de son centre, on oblige le point n à exécuter un mouvement oscillatoire. Si la goupille a un diamètre sensible, ou si elle est remplacée par un excentrique, la branche PQ se trouve écartée de la position première, parallèlement à elle-même, d’une quantité égale au rayon de la goupille ou de l’excentrique, quel que soit ce rayon ; mais la loi du mouvement, sous l’influence de la rotation, n’est
- 22
- Fi*. 2.
- Fig. 3.
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- pas changée, et l’amplitude reste la même, c’est-à-dire qu’elle est égale, comme dans le cas précédent, au diamètre de la circonférence parcourue par le centre de la goupille ou de l’excentrique (fig. 3).
- Remarquons que le mouvement reste le même, quand l’excentrique est fixé invariablement au cercle A M A% ou quand il tourne librement autour de son propre centre et devient alors un véritable galet.
- Le deuxième principe employé est le suivant :
- Étant donné deux tiges animées d’un mouvement rectiligne suivant les
- directions À B, A'B' (fig. A), on peut communiquer à une troisième tige CD un mouvement égal à la demi-somme des mouvements de A B et A' B'. Il suffit, pour cela, de disposer la tige C D dans une coulisse parallèlement à A B et à égale distance de A B et A' B', de disposer un levier A O A' de telle façon qu’il tourne librement autour du point O appartenant à la tige C D, et de faire appuyer, d’une façon permanente à l’aide de ressorts de traction R R', ce levier sur les extrémités A et A' des tiges.
- Ces deux principes ont été mis en jeu, de la manière suivante, dans le modèle en bois construit sous mes yeux.
- AB (fig. 5) est un axe portant quatre tambours C, D, E, F, sur lesquels s’enroulent des courroies. Ces courroies servent à transmettre le mouvement de l’axe à quatre autres tambours semblables entre eux C', D',E', F'. Sur les axes de ces tambours sont fixés des excentriques G, H, K, L, dont on peut varier l’excentricité. A cet effet, l’axe est terminé par un carré engagé dans une rainure pratiquée sur l’excentrique suivant un de ses diamètres; on peut donc, en faisant glisser l’excentrique suivant la direction de cette rainure, porter le centre à une distance plus ou moins grande de l’axe. Des vis de serrage engagées dans la masse du tambour permettent d’immobiliser l’excentrique dans la position qu’on lui a assignée.
- Chacun des excentriques agit sur un T, dont l’extrémité taillée en couteau appuie sur un levier ; c, d, c, f sont les T ; c' d', e' f' les leviers rappelés par les ressorts *, C. Les leviers entraînent les règles g p, s y qui, à leur
- Fig. 4.
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- tour, entraînent par le même mécanisme la règle ut munie d’un traçoir T.
- Si les courroies étaient parfaitemerft flexibles, les tambours C\ 1)', E', F’ feraient exactement 1, 2, 3, i tours pendant que la manivelle en fait un, mais, à cause de la roideur des courroies, ce résultat n’est qu’approché, et on arrive à le réaliser à peu près rigoureusement, en épaississant progressivement, par du papier collé, les tambours, jusqu’à ce que cette condition soit remplie.
- Fig. 5.
- Le traçoir exécute un mouvement qui est la moyenne des mouvements oscillatoires communiqués aux pièces c, d, e, f. L’axe A B étant animé d’un mouvement de rotation uniforme, si on fait glisser sous le traçoir un papier également animé d’un mouvement uniforme, suivant une direction perpendiculaire à celle qui suit le traçoir, on obtiendra, sur ce papier, la courbe représentative du mouvement du traçoir en fonction du temps.
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- Pour réaliser ce mouvement simultané et proportionnel de l’axe A B et du papier, on a placé en R, S un système de deux rouleaux lamineurs liés l’un contre l’autre par un jeu de ressorts. Une corde sans fin passe dans une rainure pratiquée à l’un des rouleaux pris sur un système de poulies de renvoi placé en P, puis sur une poulie Q portant, sur son axe, une deuxième poulie Y qui est mise en mouvement par une corde sans fin passant sur une gorge pratiquée à l’extrémité de l’axe À B. Ce système a donc pour effet d’entraîner le papier d’un mouvement progressif et exactement proportionnel à la rotation de l’axe AB.
- Chaque mouvement oscillatoire peut prendre une amplitude variable, que l’on réduit à zéro, soit en annulant l’excentricité de l’excentrique, soit en faisant tomber la courroie.
- La différence de phase, c’est-à-dire la différence entre les positions relatives des divers excentriques, par rapport à celle qui donne l’écart maximum du T dans le sens de son mouvement, s’obtient en faisant glisser sur les courroies correspondantes les tambours C', D', E', F'.
- C’est au moyen de cette machine que j’ai pu obtenir, dès 1858, le tracé des courbes représentatives des timbres et des accords.
- Le deuxième problème que cette machine devait résoudre était la construction des courbes dues à la composition de deux mouvements oscillatoires rectangulaires, courbes utilisées dans l’étude optique des sons.
- Dans le modèle en bois que je décris, je me suis borné à réaliser les courbes correspondant à des mouvements dont les nombres d’oscillations sont entre eux comme 1 est à 1, comme 1 est à 2, comme 1 est à 3, et comme 1 est à A.
- A cet effet, sur l’axe A B est calé un excentrique Z, lequel agit par l’intermédiaire d’un T sur une des branches d’une équerre Xor. La seconde branche agit sur une tige IM qui glisse dans une coulisse, suivant une direction perpendiculaire au traçoir. Cette tige fait osciller, perpendiculairement au traçoir, une planchette sur laquelle on fixe le papier, et, tandis que le, papier oscille dans un sens, le traçoir oscille dans une direction rectangulaire, et la courbe résultant de la combinaison des deux mouvements se trace sur le papier. +
- L’emploi de courroies pour la transmission du mouvement ne présente pas la même rigueur que l’usage des engrenages; il en résulte que les mouvements que l’on combine ne présentent pas entre eux un rapport rigoureusement simple. Ainsi, au lieu du rapport de 1 à 2, on a le rapport de 1 à 2 +
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- une très-petite fraction. Il en résulte que la course obtenue ne se ferme pas lorsque les deux mouvements ont accompli l’évolution complète qui les ramène tous deux au même état initial. Une deuxième évolution donne un tracé très-voisin du premier, et ainsi de suite. En continuant indéfiniment, on arrive à obtenir un tracé de plus en plus compliqué inscrit dans un rectangle ayant pour dimension les amplitudes des deux mouvements rectangulaires combinés. Si on s’arrête après un certain nombre de tours, la figure ne semble plus dessinée sur un plan, mais tracée dans l’espace ; elle acquiert un relief apparent et présente des effets de perspective tout à fait saisissants.
- Tel est le premier essai que j’ai fait pour tracer, d’un mouvement continu, les courbes représentatives des sons composés, et les courbes caractéristiques des intervalles musicaux dans l’étude optique des sons.
- C’est dans ce modèle, incomplet sans doute, mais où les principes fondamentaux étaient réalisés, que Froment a puisé les inspirations pour la construction de la machine que je vais maintenant décrire. Entre ses mains l’appareil a pris une disposition plus commode ; les organes ont été mieux groupés, des roues d’engrenage ont remplacé les courroies dont je ne m’étais servi que par économie. Je manquerais de justice envers un collègue qui n’est plus, si je ne reconnaissais hautement tout ce qui appartient à Froment dans la réalisation de cette machine. Non-seulement il a apporté dans l’exécution de tous les organes ce soin extrême, cette haute précision et ces dispositions ingénieuses qui caractérisent toutes ses œuvres, mais encore il a introduit dans l’appareil une combinaison mécanique qui lui appartient en propre. Je veux parler du mécanisme élégant qui permet de renvoyer à 90 degrés de sa direction primitive l’un quelconque des mouvements oscillatoires simples ou composés produits par la machine. Ce mécanisme, il est vrai, ne donnait, primitivement, qu’une solution approchée du problème ; mais, grâce à une modification apportée par Froment sur mes indications, il fonctionne actuellement avec une rigueur complète.
- Description de la machine construite par Froment, jPL 23.)
- La machine tout entière repose sur une large table en fonte A A'A" À'" îfig. 1). Le mouvement est communiqué à tout le système par l’arbre B B’ qui est muni d’une manivelle à l’extrémité B. (Cette manivelle n’a pas été figurée sur le dessin.)
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- I/arbre B B' commande, à l’aide des deux roues d’angle c et c, l’arbre E E' 11'. Cet arbre est parfaitement cylindrique et porte neuf roues at a6
- et a. Chacune de ces roues est montée sur une bague ajustée au diamètre de l’arbre et munie d’une vis de pression, ce qui permet, 1° de tourner la roue sur son axe de figure, l’arbre restant immobile, et de la fixer, dans toutes les positions possibles, autour de cet axe; 2° de la faire glisser latéralement, de manière à ce qu’elle cesse d’être en prise avec la roue qu’elle est destinée à commander.
- Les neuf roues dont nous venons de parler peuvent engrener, chacune, avec une roue correspondante montée sur un axe spécial, la roue a avec la roue 6, la roue at avec bt, ax avec &2, etc. De sorte que, pendant que l’arbre E E' tourne, les roues a2, ffs, etc. (ou du moins celles de ces roues que l’on a mises en prise), tournent également, mais avec des vitesses angulaires différentes. En effet, les nombres de dents des divers axes sont donnés par le tableau suivant :
- ar . . br . . 4
- a'r . . . . 30 — b\.. . . . 120 — 4
- a2. . . . . 50 — b2. . . . . 100 — 2
- a3. . . . . 60 — b3. . . . . 80 —
- «4- • • . . 75 — bv . . . . 75 — 1
- a5. . . . . 80 ~ &5. . . . . 64 — 5
- ac. . . . . 90 — K • . . 60 — JL 3
- o7. . . . . 98 — K • • . . 56 — A 7
- a8. . . . . 100 — K • • . . 50 — t
- Ces rapports, divisés par 4, donnent : 1, 1, 1/2, 1/3, 1/4, 1/5, 1/6, 1/7,
- 1/8.
- Il résulte de ces divers nombres, ainsi que des nombres de dents des roues c et c, qui sont, pour la première 40, pour la seconde 80, que, lorsque la manivelle motrice fait huit tours, la roue
- a, en fait I a2 — 2
- o3 — 3
- aK — 4
- etc. etc. a — 1
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- À chacune des roues est fixé, au moyen d’un système particulier de serrage que nous décrirons tout à l’heure, un galet excentrique
- gt pour la roue al g2 pour la roue a2 etc. etc.
- Sur chacun de ces galets appuie un T en acier, tt rt, t2 r2, etc.
- La relation du galet et du T est indiquée, d’une façon plus intelligible, dans la figure 2, qui représente la roue bt, vue latéralement par la face où s’ajuste le galet. On peut remarquer la position excentrique du galet. Ce galet est monté sur une plaque d’acier mobile à coulisse ; deux joues j et j' servent à maintenir cette plaque, et sont serrées au moyen de vis qui traversent l’épaisseur de la roue, et dont l’extrémité apparaît en & et <*/.
- La figure 3 représente la coupe de la même roue par un plan passant par l’axe ; elle montre la fonction effectuée par les vis a et a qui servent à rappeler les joues j et j' et serrent, par cela même, la monture du galet, tout en lui laissant la libre rotation autour de son axe propre.
- Ce système permet, comme on le voit, de faire varier l’excentricité du galet, depuis zéro jusqu’à une certaine limite.
- Les T mobiles tt r4, U r2î etc., sont terminés en couteau et appuient, deux par deux, sur des leviers U l2, /3 /4, etc. ; des ressorts à boudin /! f2, f3 fi, etc., forcent ces leviers à s’appuyer sur les extrémités des T, quelle que soit la position prise par les T sous l’influence de la rotation des galets excentriques.
- Chaque levier est fixé, au moyen d’une vis à centre, sur une lame j2, j3j4, etc., qui glisse dans une double coulisse semblable à celle des T. Chacune de ces lames est terminée en couteau, et leur mouvement oscillatoire agit sur les extrémités des leviers a a', a" a'" de la même manière que les T, C fi, U r2 agissent sur le levier f /2. Des ressorts à boudin maintiennent également le contact entre les leviers et les extrémités des lames jt j2, j3jt, etc. Enfin les leviers a a', a” a'" sont également fixés par une vis à centre sur les lames pp, t«" p'" qui transmettent par le même mécanisme, leur mouvement à la tige maîtresse M M', sur laquelle se totalisent, en quelque sorte, tous les mouvements oscillatoires, de période différente, produits par la rotation des galets excentriques. Si nous représentons par a>u &2, le déplacement linéaire communiqué aux divers T tt r4, t2 r2, h e3, etc.
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- Ces mouvements se répartiront de la manière suivante :
- G G r2 r2 ai j ® 2 ) S ur j\ Jï 4- 2 «2
- G r3 "3 1 [ h J\ CC 2 4-
- G r4 -J 2
- G rs &’5 1 | J 5 H ; 4-
- G r6 «6 ! 2
- G r7 «7 ) : * -J-
- G r8 ®8 S r 2
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- L’un quelconque de ces mouvements peut se transmettre à un traçoir dont le déplacement s’effeetue dans un plan perpendiculaire à l’axe E EG
- À cet effet, chaque T et chacune des lames mobiles à coulisse est percé d’un trou taraudé. Ce trou sur le T tt rx est figuré en du et sert à visser un bouton Y (fig. I et fig. 4), qui se relie au moyen d’une double articulation à la glissière du traçoir.
- Le traçoir est dessiné (fig. 4) en coupe verticale suivant le plan dans lequel il se meut. Tout le système est monté sur une boite P Q ajustée de façon à glisser sans ballottement le long d’une règle RR (fig. 1). Cette règle massive est fixée, par deux supports, au-dessus de la table en fonte qui porte tout l’appareil.
- Une vis de pression U (fig. 4) sert à l’arrêter dans une position donnée. La boîte métallique supporte une tablette horizontale T T', sur laquelle glisse un cadre K K' (fig. 4 et fig. 1) maintenu latéralement par des règles à biseau formant coulisse. A ce cadre se rattache, au moyen de deux vis à pointes W W' (fig. 1) formant charnière, la pièce qui porte le traçoir Z ; un ressort à boudin fixé, d’un côté, au cadre mobile, de l’autre à la tablette fixe, rappelle le traçoir de T vers T'.
- Le cadre mobile se rattache, lui-même, à la règle mobile qui lui donne le mouvement au moyen de la double articulation G H (fig. 4), qui le relie à la pièce P. Cette pièce P, munie de deux goupilles qui entrent dans les trous pratiqués de part et d’autre du trou d,, se fixe, à l’aide de la vis V, sur l’une des lames mobiles dont elle devient ainsi partie intégrante.
- D’après ce qui précède, l’un quelconque des mouvements oscillatoires ou l’une quelconque des combinaisons prévues de ces mouvements peut se transmettre au traçoir.
- Si, maintenant, nous faisons glisser sur le traçoir un papier sans fin animé d’un mouvement de progression uniforme, nous aurons sur ce pa-
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- pier la courbe figurative du mouvement oscillatoire simple ou composé du traçoir, ce mouvement étant exprimé en fonction du temps.
- Pour réaliser le mouvement simultané du papier et du traçoir, l’axe E E' transmet son mouvement de rotation à un plateau d’acier D, sur lequel appuie un galet de frottement formé d’une rondelle de cuir S, serrée entre deux platines. Cette rondelle est fixée à une bague munie d’une vis de près-sion que l’on peut fixer en divers points de l’axe 11'; de cette manière la vitesse de rotation de cet axe, par rapport au plateau D, peut être modifiée. Cet axe porte d’ailleurs, à son extrémité I, un rappel qui permet de modifier la pression du galet sur le plateau.
- Le mouvement de l’axe 11' se transmet à l’axe I" 1'" par l’intermédiaire d’un engrenage qui réduit la vitesse de rotation au quart. Cet axe 1" I'" porte un rouleau en métal/» garni de papier, sur lequel appuie un autre rouleau massif. Ce deuxième rouleau est libre et son axe est seulement maintenu par des fourchettes verticales. •
- Entre ces deux rouleaux s’engage le papier sans fin qui glisse à plat sur une tablette Q Q' en métal garni de bois. Pendant que le papier se déroule, le traçoir effectue son mouvement oscillatoire, et le tracé se dessine d’une façon continue.
- Quand on combine ensemble le plus grand nombre de mouvements oscillatoires, il faut mettre le traçoir en relation avec la règle MM'. Mais alors chaque mouvement composant n’est représenté, dans le mouvement résultant, que par le huitième de son amplitude réelle.
- Pour lui restituer son amplitude primitive, on interpose entre le traçoir et la règle MM' un multiplicateur représenté figures 5 et 6.
- Ce multiplicateur se compose d’une colonne qui se fixe sur la table en fonte A A'A" A" ' au moyen d’une vis de serrage. La base 6 de cette colonne (fig. 5) est munie de deux goupilles qui entrent dans des trous pratiqués à la table; entre ces trous se trouve le trou plus large à contour fileté * (fig. 1), dans lequel s’engage la vis de serrage.
- La colonne se termine par un centre sur lequel tourne un manchon M (fig. 5). A ce manchon sont fixées deux règles / et T, dont les bords intérieurs sont dans un même plan vertical passant par l’axe.
- Quand le multiplicateur est en place, la règle l est en contact avec un couteau Z (fig. 6 et fig. 1) fixé à la règle mobile MM', et la règle /' est en contact par un point que l’on peut choisir, à volonté, avec le couteau Z' (fig. 6 et fig. 1) fixé au cadre mobile du traçoir. Le ressort du traçoir agissant constamment
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- pour maintenir le contact entre les règles du multiplicateur et les deux couteaux, le mouvement du couteau Z se transmet au couteau Z', mais multiplié par le rapport des distances des points Z' et Z à l’axe de rotation du multiplicateur.
- Le mécanisme que nous venons de décrire permet de tracer, sur un papier qui se déroule avec un mouvement uniforme, les courbes dues à la combinaison, suivant une même direction, d’un certain nombre de mouvements oscillatoires.
- Chacun de ces mouvements, s’il était seul, donnerait lieu à une courbe dont l’équation serait de la forme
- Y = Asin2<r(^-±5)
- A étant l’amplitude maximum du mouvement compté à partir de la position moyenne T, la durée de l’oscillation représentée en longueur par la quantité de papier déroulée pendant une oscillation complète a une certaine longueur dépendant de l’origine à laquelle on rapporte la courbe.
- La courbe due à la combinaison des divers mouvements aura donc pour équation
- Y = A, sin 2 7T A2 sin 2 tt y + A3 sin 2 7r ^--y ,a^ etc.
- Mais d’après la construction de la machine
- Donc
- t2
- T
- 2’
- etc.
- Y zz A, sin 2 Q ^ ^ A2 sin 4 nr Q* A3 sin 6 tt Q ^ +, etc.
- • Les amplitudes Àx À2 Â3 s’obtiennent par le calage des galets excentriques, et se mesurent à l’aide d’une division tracée sur le bord des T : t ru t r2, etc. Des index fixés aux supports qui portent les ressorts à boudin ft f2, etc., servent à effectuer cette mesure.
- Quant aux quantités ax a2 a3 qui caractérisent les différences de phase des divers mouvements vibratoires, elles s’obtiennent par le calage relatif des roues motrices ax a2 a3, etc., et des roues bx b2 b3, etc., qui portent les galets excentriques. Ce calage s’effectue, sans difficulté, au moyen des boutons de serrage dont les roues axa2a3, etc., sont munies, et des divisions, au nombre de huit, tracées sur le contour des roues bx b2 b3, etc,, permettent de l’assurer avec une précision suffisante.
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- m
- Nous passons, maintenant, à la seconde partie du mécanisme, celle qui a pour objet de tracer les courbes résultant de la combinaison dans deux sens rectangulaires de deux mouvements oscillatoires, ou de deux systèmes de mouvements oscillatoires composés.
- Cette combinaison s’obtient en communiquant, par les procédés ci-dessus indiqués, l’un des premiers systèmes de mouvements au traçoir, et en communiquant l’autre système de mouvements à la planchette QQ', qui porte le papier et peut, comme nous allons le voir, osciller parallèlement à la direction AA'.
- Cette planchette est en fer recouvert de bois ; elle porte, en dessus, trois guides en acier qui appuient sur trois galets, dont deux seulement sont à gorge; un de ces derniers est représenté fig. 7; y est le guide, t le galet, Q la planchette et S S' une équerre de sûreté qui empêche la planchette de se dégager pendant ses mouvements. De doubles équerres fixées à la planchette par leur branche supérieure, et dont la branche inférieure s’engage sous l’axe de chaque galet, empêchent la planchette de dérailler. Un ressort à boudin 9 9' fixé, d’un côté, à un pilier vissé sur la table en fonte, de l’autre à la planchette elle-même, rappelle d’une façon permanente celle-ci dans le sens A' A.
- Le mouvement de la planchette est gouverné par un système d’articulation que nous allons décrire, et qui a pour effet de transmettre à la planchette, sans changement d’amplitude, mais dans une direction rectangulaire, le mouvement oscillatoire de l’une quelconque des règles mobiles, siège des mouvements simples ou combinés, dont nous avons opéré précédemment le tracé.
- Dans ce but, chacune de ces règles porte un trou autour duquel la règle a été élargie circulairement pour n’en pas compromettre la solidité. Ce trou est figuré en Y dans la règle principale MM'. Il est facile de voir, sur le dessin, le trou analogue dans chaque règle. Ce trou est fileté, et on peut y engager un bouton terminé, à sa partie inférieure, par une partie cylindrique. Cette partie cylindrique appuie sur le bord de la règle HH', en un point de sa longueur qui dépend du mouvement oscillatoire que l’on veut communiquer à la planchette.
- Cette règle, quel que soit le point par lequel elle est poussée, se meut parallèlement à elle-même. En effet, ce parallélisme est maintenu par le système articulé G N O S G' N' G'S', dans lequel O et O' sont des centres fixes, et les autres points des centres d’articulation, et NOS, N'O'S' des équerres à branches égales.
- De plus, pour éviter le glissement latéral de la règle, elle porte, en dessous,
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- vers l’exlrémité H, une pièce munie d’une mortaise qui s’engage dans une plaque verticale perpendiculaire à la règle.
- Les points G et G' possèdent donc le mouvement oscillatoire de la règle motrice, quel qu’il soit. Pour transmettre ce mouvement dans une direction rectangulaire, on a reproduit le système S'O’ NF G' dans une position exactement rectangulaire S" O" N" G", et on a relié ces deux systèmes par l’articulation N'S". De plus, le point G" est fixé, par une vis à centre, à la planchette, et reçoit, parallèlement à A À', un mouvement identique à celui des points G et G’.
- Dans le dessin, les diverses pièces du système articulé G N O S G' N' O' S', S" O" G" sont figurées sur le même plan. Mais, pour éviter toute gêne dans leur manœuvre, elles sont, dans la construction, placées dans des plans différents. Nous ferons également remarquer que la pièce N' O' est double, la pièce supérieure est reliée, par une articulation, au point G', et la pièce inférieure, qui est fixée au même axe et se meut parallèlement à l’autre, se rattache par une articulation au point S".
- Le mécanisme que nous venons de décrire a donc pour effet de transporter .à la planchette l’un quelconque des mouvements oscillatoires, simples ou composés, fourni par la machine. Le traçoir reçoit de la machine elle-même un autre mouvement simple ou composé. Il suffit alors d’armer le traçoir d’un crayon ou d’une pointe sèche, de fixer sur la planchette un papier, une carte, un verre enfumé ou une plaque métallique, et, si on tourne la manivelle, au bout de huit tours on aura tracé complètement la figure due à la composition rectangulaire des deux mouvements.
- (La suite prochainement.)
- TRAVAUX PUBLICS.
- LE TUNNEL SOUS-MARIN ENTRE LA FRANGE ET L’ANGLETERRE SOUS LE PAS-DE-CALAIS.
- La Société d’encouragement a tenu le 20 février 1875, sous la présidence de M. Dumas, une séance des plus intéressantes qui avait attiré une foule considérable d’auditeurs, parmi lesquels plusieurs notabilités de la science et de l’industrie. L’ordre du jour indiquait que M. Michel Chevalier, comme président de la Compagnie, et M. Lavalley, comme ingénieur chargé des travaux, donneraient des renseignements circonstanciés sur l’entreprise projetée du tunnel sous la Manche, dont se préoccupent si vivement les deux grands pays qu’il s’agit de réunir. C’est M. Michel Che-
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- TRAVAUX PUBLICS. ---- AVRIL 1875.
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- valier qui, le premier, a pris la parole et a exposé, dans une improvisation, les conséquences économiques de l’œuvre.
- « Messieurs, a-t-il dit, mon collègue et ami, M. Lavalley, va vous exposer, autant qu’il est possible de le faire à cette heure, le caractère de l’entreprise du chemin de fer sous la Manche, les difficultés qu’on peut y rencontrer, les moyens qu’on peut, dès à présent, concevoir pour les surmonter. Je fais précéder son savant exposé de quelques paroles pour vous signaler l’utilité d’une pareille œuvre et les conséquences générales qu’on est fondé à en attendre pour le développement du commerce et de la civilisation.
- «[Ce projet a étonné d’abord le public; l’idée en a paru tellement hardie, quoiqu’elle fût loin d’être nouvelle, qu’elle a excité la défiance, mais l’examen que nous en avons fait a fortifié nos convictions, et maintenant un projet de loi portant concession du tunnel sous-marin est soumis aux délibérations de l’Assemblée nationale. Nous espérons que, dans un milieu éclairé et ami du progrès comme celui de la Société d’encouragement, nous trouverons un appui pour dissiper les préventions et faciliter notre succès.
- « L’entreprise répond, en effet, à une des nécessités actuelles de la civilisation. Un des caractères les plus évidents des sociétés modernes est le besoin que les hommes éprouvent d’aller les uns au-devant des autres, de franchir les frontières, de renverser les obstacles qui les divisent. Le commerce s’est étendu, les idées de libre échange qui sont maintenant admises, au moins dans une certaine mesure, par tout le monde se sont développées. Il a fallu faciliter les déplacements, les transports, améliorer les voies de communication de manière à économiser à la fois le temps et l’argent. Ce mouvement incessant, pour faciliter les échanges et les voyages, a fait construire les chemins de fer ; il a engagé à utiliser sous toutes les formes les voies navigables par eau, et surtout la navigation maritime; il entraîne fatalement l’industrie à perfectionner sans cesse les moyens de communication, et, si l’on compare le budget actuel des travaux publics avec celui qu’on y consacrait il y a cent ans, on trouve qu’il n’a pas seulement doublé ou triplé, mais qu’il est devenu trente et quarante fois plus considérable.
- « La navigation maritime a certainement de très-grands avantages. C’est le moins cher des moyens de transport, et il n’en coûte pas autant pour conduire une marchandise par mer du Havre dans l’Inde que pour la porter en chemin de fer, par grande vitesse, du Havre à Paris ; mais ce précieux avantage disparaît en grande partie pour les petites distances, à cause des frais de transbordement et de magasinage, et, d’autre part, pour les voyageurs, une traversée maritime est un obstacle que beaucoup de personnes redoutent d’affronter, à cause du mal de mer, qui est la conséquence souvent inévitable de la moindre navigation. Les ingénieurs de notre époque ont donc été placés, par l’accroissement continuel des relations entre l’Angleterre et le
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- continent, devant ce difficile problème : faire disparaître les inconvénients de la traversée de la Manche, parce qu’aucune partie des mers d’Europe n’est plus fréquentée et, malheureusement, n’est plus pénible à franchir.
- « Les propositions pour la solution de cette question n’ont pas manqué. On a projeté des ponts de diverses formes, des tubes placés au fond de l’eau ou suspendus sous les flots. On a conçu des navires disposés de manière à n’être que peu influencés par les lames courtes du détroit ou qui, même, pouvaient charger un train entier de chemin de fer sans exiger de transbordement. Pour recevoir ces navires, qui ne peuvent pas entrer dans les ports français trop peu profonds, M. Dupuy de Lôme projette de construire, en mer, un port isolé dans les flots, qui serait relié à la rive par une passerelle à claire-voie. D’autre part, M. /tessemer compte supprimer le mal de mer, au moyen d’un navire dont le salon suspendu sera toujours dans la même position et à l’abri de l’influence-des mouvements de la mer. D’autres idées ont été mises en avant, mais il nous semble que chacun de ces projets ne résout qu’une partie du problème, et nous croyons qu’il est nécessaire de créer entre l’Angleterre et le continent une communication terrestre de tous les instants, qui ne puisse être gênée ni par les variations des heures de marée, ni par les tempêtes, ni par l’ensablement des ports et qui ne puisse porter aucun obstacle à la navigation maritime : le tunnel sous la Manche présente seul tous ces avantages.
- « Cette entreprise est-elle aussi difficile, aussi téméraire qu’elle paraît l’être au premier abord ? Est-elle tellement chanceuse ou dispendieuse qu’on doive reconnaître, à son égard, l’impuissance de l’industrie humaine et, après mûr examen, l’abandonner? Nous pensons le contraire surtout à cause des trois faits suivants : la profondeur du détroit est restreinte, et entre Calais et Douvres, elle est assez faible pour que la grande pyramide d’Égypte mise au point le plus profond émerge encore de près des deux tiers de sa hauteur; en second lieu, sa largeur n’est que de 30 kilomètres; c’est à peine le double de la longueur du souterrain du Saint-Gothard, dont on attend l’achèvement dans quelques années, et on conçoit qu’il soit facile de percer deux tunnels de ce genre bout à bout. Mais ce qui distingue surtout la traversée de la Manche des souterrains des Alpes, c’est que ceux-ci sont ouverts dans les roches les plus dures que la dynamite puisse attaquer, et n’auraient peut-être pas pu être réalisés avant l’invention des poudres explosives et celle des procédés mécaniques fondés sur l’intervention de l’air comprimé, tandis que le banc de craie argileuse qui s’étend sous le Pas-de-Calais est un des terrains les plus faciles à déblayer que l’on connaisse.
- « C’est, sans doute, la prévision de ces circonstances favorables qui a fait penser, il y a plus d’un siècle, à la possibilité de l’exécution d’une pareille entreprise. Dès 1750, une Académie, celle d’Amiens, mettait au concours l’étude des moyens de faciliter les communications entre la France et l’Angleterre. Le prix fut décerné, en 1751, à Desmarets, qui proposa le passage souterrain auquel on revient aujourd’hui. Cette idée fut reprise par Henry, adjudant du génie, dans un mémoire im-
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- primé à Boulogne en 1810, et, après le rétablissement de la paix, par plusieurs autres personnes, entre autres par M. de Gallois, ingénieur en chef du corps des mines.
- « On aurait tort aujourd’hui d’exagérer les difficultés de l’exécution. Ce travail est de l’ordre de ceux que les ingénieurs modernes connaissent bien. Des nations possédant des moyens bien moindres que ceux d’aujourd’hui ont plusieurs fois achevé de plus grandes entreprises. La muraille de la Chine, qui a 2 000 kilomètres de longueur, le double de la longueur de la France, représente, selon le voyageur Barrow, un volume de maçonnerie supérieur au double de celui de toutes les habitations construites sur la surface des îles Britanniques de son temps (1793). Les Incas, au Pérou, avaient élevé, de Cusco à Quito, deux chaussées en grandes pierres polies, assemblées sans mortier, qui avaient chacune 2 000 kilomètres de longueur. Dans les temps modernes, des entreprises extrêmement considérables et pour le moins aussi difficiles que le tunnel ont été amenées à fin par les moyens ordinaires, lorsque l’intérêt public l’a exigé. C’est ainsi qu’a été ouvert, en quelques années, le chemin de fer de New-York au Pacifique, sur une longueur égale à cinq fois celle de la France, au travers de déserts immenses, au milieu de populations sauvages hostiles, et en franchissant la chaîne des montagnes Rocheuses, une des plus élevées du globe terrestre. Le canal de Suez a été, par l’ensemble des circonstances, une œuvre encore plus ardue. En ce moment, il existe dans un grand rayon autour de Chicago, au centre des Etats-Unis d’Amérique, une région très-fertile en céréales, composant plusieurs Etats dont les intérêts ne sont pas convenablement satisfaits par les moyens actuels de communication. Une commission du Sénat fédéral, chargée de l’étude des réclamations produites à ce sujet, n’a pas hésité à proposer un ensemble de travaux aboutissant à l’océan Atlantique ou au golfe du Mexique par quatre points différents et devant donner lieu à une dépense d’un milliard et demi. Si le plan de la commission est adopté, ce qui est assez probable ou du moins très-possible, tous ces travaux seront terminés dans quelques années. On est donc fondé à penser que les difficultés d’exécution, la grandeur de l’entreprise et la dépense n’arrêteront pas la réalisation d’une œuvre dont l’utilité a été aussi bien reconnue que celle du tunnel sous la Manche. Dans cet exposé rapide, je n’ai pas cité de travaux maritimes ; mais j’aurais pu nommer la digue de Cherbourg, œuvre de la France, et la Hollande qui a épuisé la mer de Harlem et qui, peut-être dans peu de temps, desséchera la mer du Zuyderzée.
- « Les conséquences de la jonction de l’Angleterre avec la France et le continent dépasseront certainement toutes les prévisions qu’on peut faire maintenant. L’Angleterre jouira de tous les avantages des communications continentales sans perdre aucun de ceux que lui donne en ce moment sa situation insulaire, soit au point de vue de sa sécurité, soit pour son commerce maritime. Ce ne sera pas, d’ailleurs, sans de grands profits pour la civilisation, les arts et le progrès de toute nature, qu’on aura réuni les deux plus grandes villes du monde, Londres, avec quatre millions d’habi-
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- tants, et Paris, qui a deux millions d’âmes, et qu’on les aura tout à coup placées à huit heures seulement de distance l’une de l’autre. Si le développement commercial qui doit en résulter est évident, les avantages moraux qui en seront la conséquence ne sont pas moins incontestables. On peut, sans crainte, affirmer, par exemple, que, si le tunnel de la Manche avait été percé il y a vingt ans, la sympathie mutuelle des deux nations se serait beaucoup fortifiée, et aurait peut-être produit des modifications profondes dans les événements de 1870, que l’isolement delà France a rendus si funestes.
- « En résumé, nous pensons donc que l’exécution du tunnel sous la Manche est devenue dne des nécessités de la civilisation actuelle, et qu’elle peut seule satisfaire les besoins et les aspirations des deux nations les plus commerçantes de l’Europe. Nous nous proposons d’entreprendre ces travaux. Nous ne répondons pas de réussir; on a toujours quelque mauvaise chance contre soi quand on est les premiers à tenter la réalisation d’une entreprise difficile. Nous serons, en tous cas, comme les pionniers qui marchent en avant et risquent, par cela même, quelque chose. Aussi, bien avant de nous lancer dans les travaux définitifs, nous consacrerons une somme importante à reconnaître le terrain. Si nous n’atteignons pas le succès espéré, d’autres viendront après nous et, en profilant des résultats de notre tentative et des perfectionnements continuels des arts, ils atteindront le but. Aussi, permettez-moi d’en exprimer devant vous la conviction profonde, le siècle ne sera pas terminé sans que cette œuvre, désormais indispensable à deux grandes nations et profitable au monde civilisé tout entier, ait été accomplie. »
- Après M. Michel Chevalier, M. Lavalley a donné lecture d’un mémoire détaillé, qu’on trouvera plus loin, relatant les études faites jusqu’ici et les travaux que la Compagnie se propose d’entreprendre.
- Enfin, M. le Président, prenant la parole à son tour, a répondu :
- « Je remercie M. Michel Chevalier et M. Lavalley d’avoir bien voulu placer les débuts de l’œuvre grandiose dont ils viennent d’entretenir l’Assemblée sous le patronage de la Société d’encouragement. Depuis trois quarts de siècle, cette Société n’a jamais manqué de s’intéresser à tout ce qui pouvait exercer une grande influence sur la prospérité de la France ; aucune entreprise importante de cette nature n’a été tentée sans être l’objet de ses vœux, de ses encouragements ou de ses récompenses.
- « C’est ainsi que, naguère, elle a suivi, avec une vive sympathie, les travaux du percement du mont Cenis, et les phases diverses par lesquelles ils ont passé, et qu’elle a applaudi au succès qui a couronné tant d’efforts prodigieux.
- « Il y a quelques semaines, un jeune ingénieur rendait compte, ici même, dans une semblable réunion, des procédés employés pour le percement du Saint-Gothard, percement qui s’effectue dans les conditions les plus favorables, grâce à l’impulsion que les travaux reçoivent d’un homme que nous aimons à considérer comme un compatriote, M. Colladon , car nous n’avons pas oublié qu’à l’origine de l’École
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- centrale des arts et manufactures il a été l'un de ses professeurs les plus estimés.
- « Mais il est une œuvre bien plus considérable encore, une œuvre au succès de laquelle M. Lavalley a largement contribué, et que nous ne saurions passer sous silence $ nous voulons parler du canal de l’isthme de Suez. On se rappelle combien la Société a applaudi aux efforts de l’illustre créateur de cette grande voie commerciale, et combien elle a été heureuse de lui décerner publiquement l’une de ses grandes médailles en récompense de la persévérance énergique avec laquelle il a su triompher des obstacles de toute nature qu’il avait rencontrés.
- « Le tunnel sous la Manche présente aussi de grandes difficultés, et les études préparatoires auxquelles on s’est livré jusqu’ici sont loin d’avoir dissipé toutes les incertitudes. Cependant, quand on considère les chances favorables que présente, en raison de sa nature même, le terrain qu’il s’agit de traverser, il est permis de fonder bien des espérances pour le succès du passage souterrain du Pas-de-Calais.
- « A cet égard, permettez-moi de rappeler un souvenir qui remonte à une époque déjà éloignée ; je me rappelle d’avoir visité, avec Brunei, le grand-père de l’ingénieur actuel, le tunnel qu’il pratiquait alors sous la Tamise. A ce moment on était parvenu à peu près à moitié de la longueur du parcours.
- « Les difficultés étaient inouïes : on ne travaillait pas dans un terrain ancien et résistant comme la craie argileuse, mais dans l’eau même du fleuve, au milieu de voies d’eau continuelles, qu’il fallait sans cesse aveugler. Quand une des plaques du bouclier protecteur était enlevée, on recevait, non pas des filtrations, mais une véritable inondation de la vase liquide de la Tamise, qui entraînait avec elle des objets très-divers, provenant des navires dont le fleuve était sillonné ; et cependant, malgré tant d’obstacles/le succès a couronné cette hasardeuse entreprise.
- « Ce ne sont pas deè difficultés de cet ordre que l’on aura à surmonter dans le tunnel de la Manche. Le terrain dans lequel il doit être percé est connu par les études géologiques les plus sérieuses ; tout fait espérer que sa nature et l’état dans lequel il se trouve sont favorables; l’art des mines, qui offre, d’ailleurs, depuis longtemps,des ressources précieuses, a reçu, depuis peu, de grands perfectionnements qui ont fait leurs preuves dans l’exécution des tunnels qu’on a ouverts récemment. Ayons donc confiance ; les habiles auteurs de cette belle entreprise ajouteront un succès de plus à ceux qui ont déjà été réalisés, et dans peu d’années, le tunnel de la Manche étant ouvert, ils viendront recevoir, ici, une récompense nationale bien méritée par la hardiesse de l’entreprise, par les difficultés vaincues et par l’importance sociale, commerciale et politique du résultat obtenu. »
- DESCRIPTION DES TRAVAUX PRÉPARATOIRES DU TUNNEL, PAR M. LAVALLEY. (PL. 24.)
- La pensée d’unir l’Angleterre au continent par une voie souterraine n'est pas Tome II. — 74e année. 3e série. — Avril 1875. 24
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- nouvelle. Quand elle surgit d’abord, l’antagonisme de race à race, de peuple à peuple était encore bien vivace. On ne savait pas assez que tous les hommes, toutes les nations sont solidaires, que la richesse de l’une aide à la richesse de l’autre et qu’aucune ne peut souffrir sans que les autres souffrent et s’affaiblissent aussi.
- Cette notion de la solidarité dans l’ordre moral comme dans l’ordre matériel, des esprits généreux, éclairés l’avaient entrevue; l’expérience est venue la démontrer à tous plus clairement et à mesure que les rapports de peuple à peuple ont augmenté.
- Sous son influence, le besoin s’accrut de diminuer, de supprimer l’obstacle opposé par le détroit à la rapide et commode communication de l’Angleterre avec le continent. La promptitude, la rapidité qne donne aux traversées la navigation à vapeur, ne suffisait pas. Mais, pour que le projet d’un passage sous-marin sortît du domaine des conceptions théoriques, il fallait que les sciences fissent de nouveaux progrès.
- S’il a toujours été possible d’apprécier la nature des terrains qui bordent le détroit sur l’une et l’autre rive, on ignorait jusqu’à ces derniers temps les lois qui président à la succession, à la continuité et à la superposition des différentes roches.
- On voyait bien que la côte anglaise, aux environs de Douvres, est formée de calcaires ressemblant à ceux qui constituent la côte française. Est-ce le hasard qui seul causait cette similitude? Quel lien entre ces deux faits?
- La géologie ne pouvait encore répondre à ces questions. Il fallait que les travaux des Cuvier, des Haüy, des Brongniart, des Dufrénoy, des Élie de Beaumont vinssent éclairer le géologue sur certains caractères des terrains et, par là, leur donner le moyen de les comparer plus complètement.
- La plupart des roches, des terres qui composent la croûte terrestre contiennent des traces de la vie animale, de la vie végétale.
- L’étude de ces restes, de ces fossiles, quand ils furent examinés, classés, fit bientôt reconnaître que souvent des roches qui, pour le chimiste, étaient semblables différaient par les animaux, par les végétaux qu’elles renferment. On put alors classer les terrains non-seulement suivant leur structure, leur composition chimique, mais aussi d’après les êtres qui vivaient au moment où ces terrains ont acquis leur consistance actuelle. Cette classification fit reconnaître que les différents terrains se succèdent suivant des lois invariables que confirme l’étude des exceptions apparentes. L’homme apprit ainsi que la surface de la terre qu’il habite a passé successivement par divers états dans chacun desquels se formèrent, se constituèrent des terrains différents, et que dans ces divers états les espèces animales, les espèces végétales n’étaient pas toutes absolument les mêmes. Les êtres vivants s’avançaient progressivement vers une organisation plus complète à mesure que la croûte terrestre se modifiait* Les lois de la géologie étaient trouvées.
- On put dire alors que les terrains de la côte anglaise, en tout semblables à ceux de
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- la côte française, s’étaient formés en même temps qu’eux, qu’ils faisaient donc partie d’une même masse dont les eaux du détroit couvrent maintenant une portion.
- Mais ce détroit, cette vallée, comment s’est-elle produite? Si elle est le résultat d’une rupture des couches, d’un de ces bouleversements dont les exemples sont si nombreux, la masse de craie pourrait bien n’être plus continue, et dans la discontinuité se trouveraient peut-être des terrains laissant facilement filtrer l’eau, et qui, en conséquence, présenteraient de graves obstacles au creusement d’un tunnel.
- Les géologues des deux pays ont soigneusement observé tous les faits qui permettent de résoudre la question. Les inclinaisons des couches sur l’une et l’autre rive exactement comparées, les parcelles de sol ramenées, en plusieurs points, du fond de la mer, tout paraît indiquer qu’autrefois un isthme réunissait l’Angleterre au continent. Cet isthme était formé de craie bordée d’autres terrains attaquables aussi à la mer.
- De même que nous voyons aujourd’hui les falaises de la Manche, rongées au pied par les flots, s’ébouler progressivement en paraissant reculer devant la mer, les deux rives de l’isthme, attaquées l’une par l’eau de la mer du Nord, l’autre par celle de la Manche, se rapprochèrent peu à peu, et la langue de terre, sans cesse réduite de largeur, finit pas disparaître. Ainsi se serait fait le détroit du Pas-de-Calais, sans bouleversement des couches inférieures.
- Un pareil changement n’a rien qui doive nous étonner. L’histoire nous apprend que, dans les derniers siècles, la rive occidentale delà presqu’île de Cherbourg a reculé de plusieurs kilomètres. Entre l’île de Jersey et le continent, la mer s'étend actuellement sur une largeur d'environ 25 kilomètres. Au vme siècle, Jersey tenait au continent; c’était l’extrémité d’une large presqu’île. Il est fait mention d’une charte qui désignait la paroisse chargée d’entretenir la passerelle sur laquelle la route qui conduisait à Jersey traversait un ruisseau. Moins de dix siècles ont suffi pour faire disparaître la presqu’île, en n’en laissant que l’extrémité granitique qui forme l’île de Jersey.
- Parmi les géologues français qui étudièrent cette question, nous devons citer M. Thomé de Gamond. Cet ingénieur, reprenant, dès 1833, l’idée d’un tunnel sous le Pas-de-Calais, se livra à de longues et nombreuses explorations des terrains. En 1856 il présenta au gouvernement français un projet complet. Ce travail lui mérita, de la part du Ministre des travaux publics, des remercîments pour ses recherches. M. Thomé de Gamond, depuis lors, s’efforça de mettre les ingénieurs au courant de ses études, de familiariser le public avec l’idée qui paraissait peu réalisable d’un passage sous la mer. Rien ne lui coûta, ni travail ni effort; il ne se laissa jamais rebuter par l’incrédulité qu’il rencontrait si souvent.
- Bien des projets ont été présentés, aucun peut-être après autant d’études sérieuses. Malheureusement ces études ne s’étaient pas étendues assez loin. Ignorant, sans doute, que plus au nord se trouvaient des terrains meilleurs, M. Thomé de Gamond proposait de creuser le tunnel du cap Grinez à la pointe d’Eastware, à quelques kilomètres au sud-ouest de Douvres.
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- Il trouvait à ce tracé l’avantage de rencontrer un haut-fond recouvert, à marée basse, à peine de quelques mètres d’eau et sur lequel il proposait de construire un îlot. Dans cet îlot, un puits, descendant jusqu’au niveau du tunnel, devait lui fournir de nouveaux points d’attaque. De ce puits on aurait marché, dans les deux sens, à la rencontre des percements partis de la France et de l’Angleterre, ët la durée de l’opération aurait été réduite presque de moitié.
- A ce projet s’opposaient des difficultés peut-être insurmontables. Les terrains qu’il traversait sont, pour la plupart, très-poreux, quelques-uns sans consistance, et les ingénieurs paraissent avoir été unanimes à le condamner.
- Cependant d’année en année le nombre des voyageurs croissait entre l’Angleterre et le continent. Le mouvement commercial se développait avec une rapidité merveilleuse sous le régime nouveau de la liberté des échanges internationaux. La traversée du bras de mer, si courte pourtant, grâce aux bateaux dont la puissance de machines et la vitesse s’augmentaient sans cesse, semblait de plus en plus une gêne intolérable. Mais l’exécution d’un tunnel paraissait à beaucoup, sinon à tout jamais impossible, au moins d’une réalisation très-lointaine.
- On chercha à tourner la difficulté, et de nombreux projets furent mis en avant.
- Quelques ingénieurs proposèrent de remplacer le souterrain par un tunnel métallique, et de poser sur le fond de la mer un tube en fonte. Dans ce tube de grand diamètre aurait passé un chemin de fer, reliant le réseau des chemins de fer du continent à ceux de l’Angleterre.
- D’autres, aussi hardis, proposèrent des ponts à ouvertures gigantesques sous lesquels les navires auraient passé. Ne reculant pas devant les difficultés formidables de l’exécution d’un tel ouvrage, ils faisaient bon marché de l’obstacle qu’aurait présenté à la navigation le rideau d’écueils formé par la multitude de piles, à travers lesquels devraient naviguer, la nuit comme le jour, par temps de brouillard comme par temps clair, les innombrables bâtiments qui sillonnent cet étroit passage. Le commerce et les marines du monde entier se seraient élevés contre un tel barrage de la voie maritime la plus fréquentée de l’univers.
- Des esprits moins audacieux peut-être ont pensé à jeter à travers la mer une digue, un remblai, à refaire un isthme étroit entre l’Angleterre et le continent. Cet isthme, coupé de plusieurs ouvertures franchies par des ponts, aurait laissé passage aux navires.
- Bien différents de ces projets, d’autres se présentent qui sont d’une exécution facilement réalisable. Ils ne proposent pas de prolonger les voies de terre ferme par delà la mer, mais bien de rendre plus prompte, plus facile la traversée maritime. Je veux parler de l’emploi, pour traverser le Pas-de-Calais, de grands navires à vapeur aussi longs, plus larges que ceux qui naviguent dans les mers étendues, bouleversées par de violentes tempêtes. Dans le Pas-de-Calais, le peu de largeur du détroit, l’abri des côtes préservent] la| mer, non pas d’une agitation fatigante pour les petits
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- navires, mais des hautes et longues lames qu'on ne trouve que sur les océans.
- Sur cette mer à petites lames, courtes et peu profondes, des navires longs et larges navigueraient presque comme sur une mer tout à fait tranquille. Leurs grandes dimensions leur permettraient une marche très-rapide, et les voyageurs, promptement transportés d’un bord à l’autre, ne seraient plus exposés au mal de. mer. Mais, pour que ces navires, à grand tirant d’eau, puissent faire un service à heures régulières, tandis que la marée change tous les jours, il faut des ports avec entrée profonde à la basse comme à la haute mer.
- De pareils ports n’existent pas sur la rive française. Ouverts sur des plages sablonneuses, mobiles, nos ports actuels n’ont que des entrées à peine creusées dans le sable et, à mer basse, de petits bâtiments, à faible tirant d’eau, peuvent seuls y pénétrer.
- Un éminent ingénieur qui, à la tête de notre matériel naval pendant longues années, a eu à transformer deux fois notre flotte militaire, à construire les premiers grands bâtiments de guerre à vapeur et, quelques années après, les premiers navires cuirassés, a projeté d’établir, en avant de Calais, un port accessible, à toute marée, aux plus grands bâtiments. Ce port, relié à la terre ferme par un pont d’une construction facile, recevrait les trains de chemin de fer et, par une ingénieuse et simple disposition, permettrait, au besoin, de les embarquer tout entiers sur des navires dont les dimensions assureraient la stabilité.
- La côte anglaise est mieux traitée que la nôtre par la nature, et le port de Douvres peut facilement être amené à recevoir les plus grands navires.
- Pendant que le besoin, tous les jours croissant, de communication régulière,prompte faisait étudier toutes les solutions possibles et aussi les solutions impossibles, le tunnel du mont Cenis s'avançait tous les jours plus rapidement. Ce souterrain de 12 kilomètres, le plus long de beaucoup qu’on eût entrepris jusqu’alors, n’était et ne pouvait être attaqué que par les deux extrémités, parce que la hauteur de la montagne au-dessus n’avait pas permis de creuser des puits qui auraient multiplié les points d’attaque . Pour la première fois, on était parvenu à remplacer la main-d’œuvre des mineurs par le travail des machines. La rapidité avec laquelle ces machines accomplissaient leur tâche dans des roches très-dures donna la confiance d’aborder des souterrains plus longs encore, et l’idée de creuser un tunnel sous la Manche fut reprise par quelques ingénieurs anglais.
- MM. Brassey, Hawkshaw et ’Wyse, éclairés par les travaux récents des géologues, déterminèrent la position à donner au tunnel pour profiter des couches de terrain les plus favorables. Aux extrémités de ce tracé, deux puits de petit diamètre, creusés à la sonde, confirmèrent les déductions de la science. Après avoir traversé la craie blanche souvent fissurée, assez généralement divisée par de minces bancs de cailloux de silex, on trouva, à profondeur à peu près égale en France et en Angleterre, la craie légèrement argileuse qui partout se trouve au-dessous de la craie blanche. Cette dernière
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- est bien connue des \isiteurs de Dieppe et d’Étretat; c’est elle qui compose les falaises de ces côtes si blanches et si escarpées.
- La craie argileuse a été, sur-bien des points, en France comme en Angleterre, rencontrée dans les tranchées, les tunnels. Elle est généralement imperméable et facile à travailler. C’est dans le milieu de ce banc qu’on projette de creuser le souterrain.
- Les présomptions étaient, comme je le disais tout à l’heure, que ces bancs se continuent sous le détroit. Pour s’en assurer, ces ingénieurs recherchèrent quel terrain constituait le fond de la mer dans la direction projetée. Pendant plusieurs mois, M. Brunei, le petit-fils du célèbre constructeur du tunnel sous la Tamise, embarqué sur un bateau à vapeur, sonda le fond, et partout la sonde ramena de la craie. Cet heureux résultat décida MM. Brassey et ses amis. Avec le concours de M. Thomé de Gamond et d’éminents ingénieurs de ce pays, ils firent part au gouvernement de l’empereur du résultat de leurs recherches et adressèrent une première demande de concession.
- La guerre et les événements qui suivirent interrompirent les pourparlers. Mais le projet n’etait pas abandonné. Bientôt de nouveaux partisans de la grande entreprise se réunirent aux premiers.
- La Compagnie du chemin de fer du Nord, le premier intéressé au succès, donna son concours et souscrivit une part importante de la somme qu'on voulait consacrer à des travaux d’essai et à de nouvelles explorations. MM. de Rothschild, entraînés par la grandeur de l’œuvre, y contribuèrent généreusement. De toutes parts les offres d’argent affluèrent ; on dut en refuser plus qu’on n’en put accepter.
- Le Ministre des travaux publics et son administration accueillirent avec la plus efficace bienveillance la demande de la concession. Yous savez, Messieurs, que l’Assemblée nationale est saisie du projet de loi qui doit l’autoriser. Nous osons espérer que ce projet sera favorablement accueilli. Le gouvernement anglais a témoigné de toute sa sympathie pour la réussite d’une œuvre qui doit faciliter ses communications avec la France et le continent.
- On pourra donc bientôt commencer les travaux d’essai. Ces travaux consistent surtout, vous le savez peut-être, dans le creusement, tout près de la mer, sur l’une et l’autre rive, de puits d’assez grandes dimensions, descendant jusqu’au niveau du tunnel projeté, et dans le percement de galeries qui se prolongeront sous la mer aussi loin qu’on le jugera nécessaire, ou que le permettra le capital destiné à ces premiers travaux. Grâce à ces creusements, on pourra voir et toucher la roche à traverser, se rendre compte de sa dureté, de son imperméabilité.
- Pendant ces travaux aussi, la réflexion fera trouver moins audacieux le projet d’un tunnel sous la Manche, et le public se familiarisera avec cette idée.
- Greuser un tunnel de 32 kilomètres en l’attaquant seulement par les deux extré-
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- mités, creuser ce tunnel sous la mer, est sans doute une entreprise hardie. Est-elle téméraire?
- Examinons les difficultés à vaincre, les risques à courir et aussi les ressources dont, grâce aux progrès récents, les ingénieurs disposent pour surmonter les unes, pour braver, pour diminuer les autres.
- Le tunnel est bien long ; mais le tunnel du mont Cenis paraissait bien long quand il fut entrepris : il a 12 kilomètres. Qui s'est, depuis, effrayé de la longueur du tunnel du Saint-Gothard? il aura pourtant 15 kilomètres, un quart de plus que celui du mont Cenis; et lui aussi ne peut être attaqué que par les deux têtes.
- La roche que devait traverser le premier était très-dure, si dure dans certaines parties, qu’il semblait que l’acier ne serait pas assez résistant pour creuser les trous des mines.
- Le Saint-Gothard renferme des roches plus dures encore. Cependant, on vous le disait, ici même, il y a peu de temps, les outils inventés pour le mont Cenis, perfectionnés par l’expérience acquise, percent le Saint-Gothard plus de deux fois plus vite qu’ils ne perçaient le mont Cenis, et la rapidité croîtra encore.
- Au mont Cenis on n’avait que la poudre ordinaire pour briser la roche. Depuis on a su rendre maniable, docile, sous la forme d’une pâte brune qu’on nomme la dynamite, un des corps explosifs les plus dangereux et les plus énergiques que la chimie ait découverts.
- À l’emploi de la dynamite est due une grande part de l’augmentation de vitesse, de la diminution de dépenses dans les travaux du tunnel du Gothard.
- Sans la poudre, sans la dynamite, on n’aurait pu percer ni l’un ni l’autre de ces souterrains.
- Pour creuser les terrains plus tendres que doit traverser le tunnel sous la Manche, on n’aura besoin, selon toute apparence, ni de dynamite, ni de poudre. Des machines existent déjà qui, comme de grandes tarières, forent, dans cette roche, des trous de plus de 2 mètres de diamètre. Ces machines se perfectionneront, d’autres plus puissantes encore seront sans doute inventées.
- Pour les souterrains des Alpes, la grande difficulté était de miner, de briser la roche ; il n’y en avait aucune à enlever les débris aussi vite qu’on parvenait à les détruire. Il en était de même dans tous les souterrains percés jusqu’à ces dernières années. La durée de l’exécution ne dépendait que de la vitesse avec laquelle on pouvait briser la roche dans le fond de la galerie. Il ne suffit pas, il est vrai, que le mineur, avec le pic, avec le coin, avec la poudre, exploite le rocher devant lui; il faut encore que les débris soient enlevés à mesure qu’il les fait ; que, à mesure aussi, le maçon le suive en construisant la voûte, les murs ; qu’on apporte à ce dernier, sans le retarder, les matériaux, les pierres ou les briques, le mortier; qu’on lui place et déplace assez vite les cintres sur lesquels il construit la voûte.
- Dans les tunnels, quand le bras du mineur n’est pas remplacé par les machines, ou
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- quand même, avec les machines, la dureté de la roche est un obstacle lent à vaincre, il n’est pas difficile d’enlever le déblai et de faire la maçonnerie assez vite. Il en serait tout autrement dans une roche tendre, comme celle du détroit, qu’on attaquerait à la machine. La difficulté ne serait plus de percer vite, mais d’enlever les déblais, d’approvisionner les maçons aussi rapidement que la galerie s’avancerait. Pour la résoudre l’expérience a fourni bien des moyens; il suffira de choisir et de les bien combiner.
- On se demande souvent si des mineurs partant du fond d’un puits, les uns en Angleterre, les autres en France, à 32 kilomètres les uns des autres, pourront se diriger assez exactement pour que leurs galeries, bien petites comparées à cette distance, se rencontrent sûrement. Cette difficulté n’a rien qui doive inquiéter.
- Citons encore le mont Cenis. D’aucun point on ne pouvait voir à la fois les deux extrémités, et cependant les directions ont été données et maintenues avec une telle exactitude, que les axes des deux galeries se sont rencontrés au milieu des 12 kilomètres avec un écart de quelques centimètres, douze ou quinze, si je ne me trompe.
- La même quantité d’erreur au tunnel sous-marin, qui ne serait pas trois fois plus long, donnerait un écart qui ne dépasserait pas un demi-mètre.
- Diriger les mineurs de façon qu’ils se rencontrent avec une exactitude rigoureuse est-ce, d’ailleurs, un problème qui puisse inquiéter un instant quand nous savons la précision des instruments que nos mécaniciens construisent pour les astronomes, les physiciens ?
- Ce sont des difficultés d’un autre ordre qui se présentent à l’esprit, à la pensée d’un tunnel sous la paer.
- La mer ! Ce mot seul effraye ; on la croit volontiers sans fond comme son horizon est sans borne. Il faut bien en rabattre quand on parle du Pas-de-Calais que l’œil traverse facilement pour peu que le temps soit clair. On a dit souvent qu’aux endroits les plus creux, sur la ligne de Calais à Douvres, il a 53 mètres de profondeur; que les tours de Notre-Dame, promenées sur le fond, dépasseraient partout le niveau de l’eau d’au moins 12 mètres, presque la hauteur d’une maison à trois étages.
- Une autre comparaison est plus saisissable :
- Le pont du Carrousel a environ 155 mètres de longueur. Le Pas-de-Calais, au plus creux, a une profondeur égale au tiers de la longueur de ce pont, un peu plus grande que l’ouverture d’une seule des trois arches.
- On peut donc ici passer sous la mer sans s’enfoncer à une profondeur énorme qu’un chemin de fer ne pourrait atteindre et d’où il ne pourrait remonter que par une pente interminable.
- C’est à environ 125 mètres au-dessous de la surface de l’eau que l’on se propose actuellement de traverser le détroit. Le tunnel serait donc séparé du fond de la mer par 60 ou 70 mètres de terre. .
- Pour arriver à cette profondeur, la voie, se séparant de celle du chemin de fer du Nord, s’enfoncera, en tranchée d’abord, puis en tunnel, suivant une pente douce,
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- 10 à 12, peut être 13 millimètres par mètre. Quand elle arrivera sous le rivage pour commencer à pénétrer sous le détroit, elle aura 70 mètres de terre au-dessus d’elle et continuera 5 descendre comme descend lui-même le fond de la mer, pendant encore h à 5 kilomètres. Là elle cesse de descendre et même elle remonte, mais d’une pente presque insensible (un tiers de mètre par kilomètre) jusqu’au milieu du détroit. Cette légère inclinaison vers la rive a pour but d'amener au puits du bord de la mer l'eau qui se sera condensée dans le souterrain par les temps humides ou aura suinté à travers les murs. Des machines à vapeur l’élèveront ensuite au niveau du sol.
- Du milieu du détroit les rails redescendent insensiblement comme ils viennent de monter; puis, de même que sous l’autre côte, quand le fond de la mer se relève, ils se relèvent aussi et, par une pente égale à celle qu’ils avaient au départ, ils vont retrouver au niveau du sol les rails anglais.
- Félicitons-nous que les constructeurs des premiers chemins de fer, sur le continent, aient exactement copié, pour la largeur de voie, les chemins de fer anglais, leurs modèles. Grâce à cette similitude, un waggon pourra partir) du fond de l’Écosse, aller jusqu’aux Pyrénées, jusqu’au bord de la Vistule, jusqu’aux portes de fer du Danube, jusqu’à Constantinople.
- Quand le tunnel sous-marin sera construit, comment s’y renouvellera l’air ? Faudra-t-il, pour faciliter cet aérage, en interdire l’entrée aux locomotives, substituer à ces machines un autre mode de traction, reprendre, par exemple, le tube atmosphérique qui, il y a quelques années, montait les trains jusque sur la terrasse de Saint-Germain, ou bien encore y faire circuler les trains en aspirant l’air devant eux, comme on transporte des dépêches, des paquets dans des tubes de petit diamètre que parcourent des waggonnets faisant piston, ou encore comme, à la dernière Exposition de Londres, on faisait voyager les curieux dans un grand tube en fonte. Il faudrait alors isoler les deux voies, mettre chacune d’elles dans une galerie séparée de l’autre ; la première voiture de chaque train porterait une cloison remplissant presque exactement la galerie. En aspirant l’air devant cette espèce de piston, on attirerait tout le train avec une vitesse qui ne dépendrait que de la rapidité avec laquelle on ferait le vide devant lui.
- Peut-être un jour ce moyen de traction sera-t-il couramment employé ; mais il n’est pas besoin de cette innovation pour assurer la circulation dans le tunnel sous-marin. Les rampes à gravir y sont inférieures à celles que des locomotives franchissent facilement sur bien des chemins de fer.
- Les locomotives ont, il est vrai, l’inconvénient de consommer, au passage, une petite partie de l’air du souterrain. Dans les tunnels ordinaires, le vent, si faible qu’il soit, aidé par la marche même des trains, pénètre et suffit pour renouveler l’air qui s’y trouve. Cette ventilation naturelle pourra être plus efficace encore pour le souterrain de la Manche qui aboutit à deux terres où le baromètre est rarement à la même hau-
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- teur. Le vent souffle presque incessamment sur le détroit, et il sera facile de le diriger dans le tunnel. Quand cet aérage naturel sera impossible ou insuffisant par suite de la direction ou de la faiblesse du vent, des cheminées d’appel, au besoin des machines à vapeur refoulant de l’air donneront facilement à l’atmosphère du souterrain la pureté nécessaire.
- Toutes ces difficultés, la science, la mécanique ont les moyens de les lever. Devant cette grande entreprise il ne peut se dresser qu’un obstacle : le banc de craie argileuse, favorable à son exécution et dans lequel va se trouver le tunnel, règne-t-il sans interruption, sans cassure, tout au travers du détroit?
- Quelque dislocation, quelque solution de continuité n’a-t-elle pas pu échapper aux explorations faites du fond de la mer ? Beaucoup d’éminents géologues ne le pensent pas; la concordance des couches sur les deux rives, le profil si peu accentué du fond du détroit ne permettent pas de croire à un grand bouleversement. En fut-il autrement, nous ne devons pas encore désespérer du succès. Si le tunnel rencontre une dislocation de la craie argileuse, il peut avoir à traverser des terrains moins imperméables qu’elle; mais les 60 mètres qui sépareront le tunnel du fond de la mer seront comme un filtre qui ralentira l’arrivée de l’eau. Dans combien de souterrains, d’ailleurs, n’a-t-on pas eu à traverser des bancs donnant de l’eau en abondance ? quel est le souterrain qu’on a abandanné ?
- Si le tunnel sous la Tamise a présenté tant de difficultés, c’est qu’il passait toutprès du fond de la rivière, qu’il n’en était séparé que par une très-faible épaisseur de vase et de gravier, Il y a quelques années, on a fait un nou veau passage sous la Tamise. Le second souterrain, placé plus profondément, dans un terrain différent, s’est achevé en quelques mois, sans accident, sans difficulté.
- On a déjà, d’ailleurs, sur bien des points, pénétré sous la mer. Les exemples de galeries déminés prolongées sous l’eau sont nombreux; ces galeries forment des réseaux d’un développement considérable, et quelques-unes s’étendent jusqu’à 3, 4 et 5 kilomètres du rivage. Là, les mineurs n’ont pas souvent la faculté de laisser au-dessus d’eux, pour les protéger contre une rapide invasion de l’eau, une grande épaisseur de terre. Ils poursuivent les filons où ils vont, et, souvent, jusqu’à quelques mètres, quelques fpieds seulement du fond de l’eau. On cite telle galerie où, pendant les tempêtes, ils entendent les galets rouler sur leur tête, si mince est la couche qui les sépare de la mer. Et toutes ces galeries ne reçoivent pas plus d’eau que celles qui sont sous la terre. Dans ces travaux sous-marins, beaucoup existent depuis plus d’un siècle, jamais la mer ne les a envahis, et ils ne sont pas revêtus, comme le sera le tunnel, d’une solide maçonnerie.
- Ayons donc confiance dans la réussite de la grande entreprise à laquelle vont préluder encore de nouvelles études et les travaux préparatoires de l’exécution définitive. Le temps, d’ailleurs, est venu de la tenter. La science a fouillé et reconnu les terrains du rivage ; la sonde lui a montré le fond de la mer au-dessus du tunnel pro-
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- jeté, et .l’art de l’ingénieur a les ressources nécessaires pour combattre ^difficultés qui pourront se présenter.
- Légende de la planche 24.
- Fig. 1. Profil en long du tunnel projeté.
- Fig. 2. Carte des sondages montrant la position du tunnel.
- Fig. 3 et 4. Puits de sondage exécutés sur la côte anglaise et sur la côte française et indiquant la formation géologique.
- A, B, puits (fig. 1).
- C, D, galeries d’écoulement.
- E, craie blanche ou craie supérieure.
- F, craie grise ou craie inférieure.
- G, grès vert supérieur, gault et sables verts.
- H I est le raccordement du chemin de fer du tunnel avec le chemin de fer du Nord. Ce raccordement n’est qu’une simple indication ; il doit être établi d’après de nouvelles études.
- Travaux 'préliminaires. — Les travaux préliminaires qui doivent être entrepris sur le territoire français comprennent :
- 1° Un grand puits de 130 mètres environ de profondeur et de 6 mètres de diamètre intérieur à creuser au bord de la mer, entre Calais et Sangatte, dans l’axe du tunnel projeté, et sur l’emplacement même du sondage effectué par les ingénieurs anglais Sir John Hawkshaw et James Brunlees, auteurs du projet soumis aux enquêtes.
- Ce puits, ayant à traverser, sur une hauteur de 25 mètres environ, des terrains d’al-luvion, des couches de gravier et de sables aquifères, sera garni d’un cuvelage en fonte ayant à sa base une couronne composée de feuilles de tôle assemblées par des rivets, et dont la plaque du bas sera amincie en biseau pour faciliter sa pénétration dans le sol.
- Dès que cette couronne sera arrivée à une couche calcaire douée d’une tenue suffisante dans laquelle les eaux ne seront pas trop abondantes, le puits sera creusé à travers le banc et revêtu d’une maçonnerie en briques et ciment de Portland. Le fond de ce puits servira ultérieurement de réservoir aux eaux d’infiltration du tunnel. Des machines d’épuisement élèveront ces eaux à la surface du sol.
- 2° Une galerie maçonnée en briques et ciment de Portland à section circulaire, ayant dans œuvre 2m,10 de diamètre, partant du fond du puits et prolongée à une distance d’au moins 1 kilomètre sous la mer. Cette galerie est destinée à servir à l’écoulement des eaux d’infiltration du tunnel, qui se rendront dans le fond du puits. Pendant qu’on creusera le puits et la galerie on continuera dans le détroit l’exploration du fond, laquelle a, d’ailleurs, déjà constaté la continuité du banc de craie sur le tracé du
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- tunnel. On tâchera, notamment, de retrouver l’affleurement du banc de grès vert supérieur qui se trouve au-dessous du banc de craie inférieur ou marne bleuâtre et au-dessus de l’argile du gault.
- La continuité, la régularité de la ligne d’affleurement, si cette ligne peut être retrouvée partout, seront une preuve à peu près certaine de l’absence, déjà probable, de dislocation dans le banc de craie.
- Les travaux préliminaires ci-dessus ont pour but de bien préciser la nature de la craie dans laquelle sera creusé le tunnel, son degré d’imperméabilité, sa dureté et sa tenue. Ils permettront d’arrêter les moyens d’exécution du tunnel et d’apprécier avec une plus grande approximation les dépenses probables de son exécution et de son raccordement avec les chemins de fer français et anglais.
- BIOGRAPHIE.
- Eloge historique d’arthur-auguste de la rive, par m. dumas, secrétaire perpétuel
- DE l’académie DES SCIENCES (lj.
- « Messieurs, il y a un an, l’Académie des sciences apprenait avec douleur la mort imprévue de l’un de ses huit associés étrangers, M. Auguste de La Rive. Les rares talents de l’éminent physicien, son cœur ardent et son âme élevée lui avaient acquis toutes les affections dans sa ville natale. Genève, profondément émue, en prit un grand deuil. Elle perdait un maître qui avait ajouté au renom de son académie, si justement célèbre ; un citoyen, mis souvent à l’épreuve dans des temps difficiles et jamais en vain ; un homme du monde, enfin, dont la large hospitalité aimait à réunir autour de son foyer les représentants de la science, des lettres ou des arts, aux illustrations politiques de tous les pays.
- « Mais Genève n’était pas seule frappée. Les services de M. Auguste de La Rive sont de ceux que le monde entier connaît et dont la postérité garde la mémoire. La France, du moins, ne devait point oublier que si, au temps de ses prospérités, elle avait toujours trouvé en lui un ami prévoyant, dont les sollicitudes pouvaient sembler chimériques, nul ne lui avait montré plus d’active sympathie aux jours du malheur. Naguère, au moment où la Suisse ouvrait son sein à nos soldats refoulés dans les neiges du Jura ; à nos fils, trahis par la fortune, décimés par le fer, le froid et la faim, Auguste de La Rive et tous les siens se multipliaient pour leur assurer des secours ou des consolations, n’oubliant pas que nos deux races, unies par une vieille amitié, ont souvent mêlé leur sang sous les mêmes drapeaux. L’Académie, sûre d’exprimer, à la fois,
- (1) Lu dans la séance publique de l’Institut le 28 décembre 1874.
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- ses propres sentiments et ceux de la France, était pressée de payer sa part de la dette contractée envers nos anciens et toujours fidèles alliés.
- « Ce n’était pas seulement au physicien illustre que Genève rendait cet hommage suprême, auquel nous venons nous associer aujourd’hui ; pour faire éclater de tels regrets, il faut avoir su rajeunir, par les plus heureux dons du cœur, le prestige d’un nom, dès longtemps populaire. La famille de La Rive, qui remonte aux de Ripa deMon-dovi, est, en effet, une de celles dans lesquelles se personnifie l’histoire de Genève. Dès le xiie siècle, elle figure en ses archives ; elle marque aux premiers rangs dans le gouvernement de la cité, depuis plus de quatre cents ans. A partir du xive siècle, elle compte un juge général du Piémont ; un fameux condottière de la Savoie ; un lieutenant de police, contraire à la Réforme et exilé de Genève pour avoir pratiqué en secret la religion catholique ; un plénipotentiaire chargé de demander à Henri IV, en faveur du Génevois, certains privilèges qui furent octroyés par patentes royales; l’envoyé du canton, près le roi Louis XIV, à l’occasion de l’asile donné par la petite république aux réfugiés que la révocation de l’Édit de Nantes éloignait de France ; enfin, dans le siècle dernier, trois généraux, l’un au service des Turcs, le deuxième en Hollande, le troisième en Sardaigne. Jusque-là, s’il n’y a guère apparence de vocation scientifique parmi les membres de cette famille si riche, d’ailleurs, en personnalités distinguées, c’est que le mouvement des esprits n’y était pas. Mais, vers la fin du siècle dernier, on voit les de La Rive prendre dans la science le rang qu’ils avaient occupé dans les affaires publiques. La mère de l’illustre historien des Alpes, de Saussure, appartenait, en effet, à la famille de La Rive, ainsi que la femme du savant philosophe Charles Bonnet. La tradition veut même qu’elles aient exercé une grande influence, l’une sur son fils, ce qui est conforme aux lois de la nature, l’autre sur son mari, ce qui, depuis bien longtemps, comme on sait, est conforme à l’usage et à la raison. On ne s’étonnera point, si on ajoute qu’écrire l’histoire de cette famille depuis le commencement du siècle serait, à la fois, écrire celle de son pays et celle des plus beaux chapitres de la science contemporaine.
- « Charles Gaspard de La Rive, père de notre confrère, a, toutefois, été le premier savant de ce nom ; ses travaux forment avec ceux de son fils un tout indivisible. Destiné à la magistrature, il poursuivait ses études de droit, quand survint à Genève, en 1794, une déplorable imitation de la Révolution française. Il prit une part active à la résistance. Emprisonné, condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, qu’on s’était empressé d’instituer, il parvint à s’évader, grâce à d’actives amitiés, se réfugia en Angleterre et se rendit àÉdimbourg pour étudier la médecine. Sa mère, faiblement convertie aux idées nouvelles, s’indignait, cependant, à la pensée qu’elle avait un fils médecin. A une époque et dans une contrée où l’autorité des parents était encore dans toute sa force, elle ne lui pardonna pas sa rébellion et le tint éloigné de son pays natal, même longtemps après que le décret d’amnistie lui en eut rouvert les portes. Que si cette sévérité semble outrée aujourd’hui, il faut se rappeler qu’à Genève alors,
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- malgré Rousseau, la base de l'éducation publique ou domestique était encore la crainte, et que le père de famille n’avait ni abdiqué son despotisme absolu, ni accepté de ses enfants la déclaration des droits.
- « Rentré dans sa patrie, Gaspard de La Rive ne tarda point à se livrer avec passion à des études qui le désignèrent pour remplir la chaire-de chimie. C'est ainsi qu’il fut appelé bientôt par la nature de son libre esprit, ouvert à tous les larges aspects de la science, à s’occuper de l’étude des forces électriques, à prendre part à cette grande réforme de la philosophie naturelle, qui se poursuivait alors en France, et à préparer a son fils un rôle dans le mouvement profond dont nous avons été les témoins. L’histoire de la science ne placera pas les de La Rive au même rang, pour ne parler que des morts, qu’OErsted, Ampère, Àrago, Faraday, dont ils ont partagé les travaux ; mais elle ne saurait, non plus, les éloigner de ces immortels génies. Les efforts réunis de cette brillante pléiade de physiciens qui compte M. Becquerel père comme un dernier représentant et non le moins illustre ont ajouté à la civilisation des forces dont l’industrie et le commerce ne pourraient se passer désormais. Hélas ! les troubles politiques et les fureurs de la guerre n’ont fait qu’en exalter l’importance. Qui ne sait comment les inventions sorties des mains de ces hommes de paix ont été détournées de leur but; comment des télégrammes rapides, lancés du cabinet d’un homme d’État, enflamment, au besoin, les passions des peuples; comment l’électricité, dirigée par les mains d’un ingénieur, fait éclater au loin ces explosions de torpilles qui soulèvent les mers ou ces éruptions de mines qui, ouvrant la terre comme un volcan, répandent à l’entour la dévastation, la mort et l’incendie ?
- « Gaspard de La Rive professait la chimie avec clarté et simplicité. Des expériences nombreuses et choisies rendaient son enseignement utile, à la fois, aux jeunes gens qui voulaient en pénétrer les théories et aux industriels qui en recherchaient les applications. Il s’était proposé, de plus, de faire entrer l’étude sérieuse de la chimie dans l’éducation de l’homme bien élevé, qu’il attirait par l’éclat des phénomènes dont il le rendait témoin, qu’il retenait en conduisant son esprit, de ces réactions inférieures du praticien, aux conceptions les plus hautes ou les plus délicates de la philosophie naturelle. Personne n’a mieux contribué à populariser sur le continent la doctrine atomique de Dalton qu’il considérait comme une heureuse hypothèse. Ayant fait ses études en Angleterre, il en avait conservé le goût des grands appareils ; sa fortune lui permettait de les acquérir ; son laboratoire était anglais, et ses piles de Yolta, parleur importance, n’avaient pas de rivales sur le continent. Les habitudes de son esprit l’avaient conduit, au contraire, à adopter les idées de Lavoisier et les doctrines de notre Académie ; son enseignement était complètement français.
- « Son compatriote et ami, le docteur Marcet, qui habitait Londres et qui s’occupait de chimie avec une grande distinction, étant venu passer un hiver en Suisse, supportait difficilement cette préférence pour les opinions de l’école de Paris, et prétendait ramener l'auditoire d’élite, que Gaspard de La Rive réunissait autour de sa chaire,
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- aux idées de l’école de Londres, à celles de Davy, dont la renommée était alors immense. Les élèves du cours de chimie eurent ainsi la fortune singulière d’assister à des leçons faites par deux professeurs, venant exposer, tour à tour, sur les mêmes sujets, les vues auxcpielles ils donnaient la préférence. Les deux maîtres s’élevaient, peu à peu, des légions de l’enseignement convenu et classique, jusqu’à ces hauteurs oû la pensée flottante commence à hésiter. De telles leçons, devenues des séances académiques, faisaient toucher du doigt les problèmes à résoudre; elles tenaient la curiosité en éveil ; l’auditoire se passionnait, divisé sur les opinions, toujours d’accord pour applaudir les deux amis.
- « Gaspard de La Rive était affable, bienveillant, paternel et de bonne humeur. La joie que lui, faisait éprouver une expérience bien conduite, la satisfaction qu’il éprouvait à se voir compris, étaient tellement communicatives, qu’on était tout surpris, après avoir entendu cet homme de bien, qui n’avait pourtant parlé que de chimie, de sentir qu’on sortait meilleur de ses aimables leçons. Mais, comment en aurait-on oublié le côté moral, lorsqu’on voyait le premier syndic, le chef de l’État, possesseur d’une grande fortune patrimoniale, se montrer le plus exact des maîtres, dans l’accomplissement d’un devoir journalier, sans autre mobile que la science, sans autre récompense que le respect? Les désœuvrés que le sort a favorisés, dès le berceau, et qui n’y voient souvent qu’un moyen de jouir, ignorent ce que leur réserveraient le noble culte du savoir et l’enseignement désintéressé de la jeunesse. Les peuples attendent cette aristocratie nouvelle, qui, les guidant à travers la sagesse des temps anciens et la science des temps nouveaux, leur ouvrira dans les domaines de l’intelligence les terres inconnues dont la conquête ne lèse aucun droit, ne dépouille personne et ne fait pas de vaincus, puisqu’elle profite à tous.
- « Pendant les longues guerres de la Révolution et de l’Empire, Genève avait joué un rôle important. Son commerce, qui s’étend sur tous les pays, et les habitudes cosmopolites de sa population, lui avaient conservé une foule de moyens d’information dont profitait la Revue qu’un physicien distingué, M. Pictet, publiait dans cette ville, sous le nom de Bibliothèque britannique. C’est par elle que les travaux des savants anglais pénétraient alors sur le continent, et pendant longtemps encore, au retour de la paix, l’influence personnelle des hommes éminents qui concouraient à la rédaction de ce recueil lui avait conservé le monopole des premières informations de l’étranger. C’est ainsi qu’Àrago, setrouvantà Genève en 1820, eu la bonne fortune d’y apprendre la grande découverte d’OErsted : l’action que le courant électrique de la pile de Yolta exerce sur l’aiguille aimantée, c’est-à-dire la plus admirable des nouveautés. Jusqu’alors, on savait, en effet, qu’une matière peut agir sur une autre matière, s’y unir ou s’en séparer, en changer l’aspect et les propriétés, phénomènes qui constituent une partie essentielle de la chimie ; mais on n’avait jamais vu un fluide impondérable agir sur un autre fluide impondérable. La lumière ne troublait pas la chaleur dans sa marche ; ni l’une ni l’autre n’agissaient sur l’électricité. OErsted annonçait, cependant,
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- que le fluide électrique pouvait agir sur le fluide magnétique. Une science nouvelle et les plus merveilleuses applications, dont la télégraphie électrique n’est qu’un. exemple, allaient sortir de ce germe fécond. Tous ceux qui assistèrent à la constatation de cet événement extraordinaire furent profondément émus, et nul ne contredit aux paroles prononcées avec gravité par Pierre Prévost, l’auteur de la théorie de l’équilibre mobile du calorique rayonnant : Novns rerum nascitur ordo.
- « Voici en quels termes, à son retour à Paris, Arago raconte cet événement :
- « M. le professeur de La Rive, de Genève, qui a découvert lui-même des phénomènes « extrêmement curieux avec les puissantes piles qu’il possède, ayant bien voulu me « permettre d’assister à la vérification qu’il a faite des expériences de M. OErsted,
- « devant MM. Prévost, Pictet, Th. de Saussure, Marcet, de Candolle, etc., j’ai pu me « convaincre de l’exactitude des résultats principaux donnés par le savant danois. » Seul survivant, je pense, des témoins de cette scène historique, où je figurais parmi les et cœtera d’Arago, j’ai conservé le souvenir des impressions éprouvées par les assistants. Arrivés presque tous, avec la conviction qu’OErsted avait été dupe de quelque illusion, ils voyaient l’aiguille aimantée obéir à l’action du courant électrique, marcher dans un sens quand le fil conducteur de la pile était placé au-dessus d’elle, en sens contraire lorsqu’on le plaçait au-dessous. Ils reconnaissaient que ces effets ne pou- ' vaient être attribués à aucune agitation extérieure, qu’ils se produisaient dans le vide de la machine pneumatique, tout comme au milieu de l’air, et qu’ils cessaient lorsqu’à l’aiguille aimantée on substituait une règle de bois.
- « Ampère s’empara de cette donnée avec une véritable fougue. Après en avoir deviné les conséquences par la seule forcede la pensée, il les matérialisait sur l’heure, en mettant à profit toutes les ressources de la mécanique pratique. L’admiration de Gaspard de La Rive était sans bornes pour ces découvertes rapides, se succédant de semaine en semaine. A peine l’Académie des sciences de Paris avait-elle reçu la communication de quelque nouvelle expérience d’Ampère, que les ateliers d’horlogerie de Genève avaient reproduit les appareils délicats imaginés par l’illustre physicien français, en avaient varié les formes et en avaient mis la construction à la portée des moindres laboratoires. Si Gaspard de La Rive n’était animé dans cette propagande que par le pur amour de la science, la Providence lui préparait la plus douce des récompenses.
- « Sous l’impression de ces nouveautés qui passionnaient son père, Auguste de La Rive trouva la voie d’où son nom devait sortir illustré : il devint physicien et consacra sa vie entière à l’étude de l’électricité. Né le 9 octobre 1801, il était encore sur les bancs de l’université, lorsque ces événements s’accomplissaient. La chaire de physique générale devenue vacante, il se prépara résolûment, et avec succès, au concours.
- Il avait vingt et un ans ; il s’agissait de remplacer un professeur connu de l’Europe, Pierre Prévost, et d’affronter un jury, comme nous n’en connaissons pas, composé de soixante-dix juges, c’est-à-dire de tous les professeurs de l’Académie et de tous les membres de la vénérable compagnie, chargée de la direction de l’Église de Genève.
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- L’académie, d’ailleurs, était une corporation puissante dont il ne reste que le souvenir, et dont rien en France ne donnerait une idée. Étroitement unie à l’Église, se recrutant elle-même comme établissement d’instruction supérieure, elle avait la haute main sur toutes les écoles du canton. Elle constituait un État dans l’État, étendant son action, à tous les points de vue, sur la politique et les affaires de la république. L’autorité dont elle était investie s’appuyait sur des lois traditionnelles. Ses fonctions lui assuraient le respect des familles. Ses professeurs, esprits d’élite, étaient tous capables de travaux sérieux et d’une application soutenue. A peine rétribués, obligés à des dépenses bien au-dessus de leurs faibles émoluments, ils avaient recherché le prestige du professorat, véritable magistrature, et non ses profits matériels. Le caractère politique du haut enseignement attirait vers lui les membres des familles riches du pays. Le goût des lettres et des sciences, l’habitude de se consacrer à leur culture, s’étaient transmis de génération en génération, et c’est ainsi que l'académie de Genève, donnant à nos grands centres universitaires un exemple qu’ils n’ont pas compris, gardait son rang parmi les plus renommées de i’Europe. Elle constituait alors, par la bonne volonté de tous, et sans rien coûter à personne, une source d’activité intellectuelle, un foyer de lumières, comparables à ceux que les plus grands États n’entretiennent qu’au prix de larges sacrifices, auxquels ne pouvait songer une ville qu’un prince fantasque n’avait point encore enrichie et dont les heureux habitants, il est permis de le dire, ne payaient pas d’impôts.
- « Dès la première nouvelle de la découverte d’OErsted, Ampère en avait donné l’explication. L’ancienne électricité des machines de verre était un fluide en repos, c’était l’électricité statique. L’électricité de la pile de Yolta était ce même fluide en mouvement, dans le sens de l’axe des conducteurs, c’était l’électricité dynamique. Dans l’aimant, ce même fluide tournait autour des molécules du fer ou de l’acier dans un plan perpendiculaire à l’axe qui en réunit les deux pôles; c’était le magnétisme. On matérialisait encore les forces : l’eau qui mouille la surface d’un corps solide nous représentait l’électricité statique ; l’eau qui marche dans les tuyaux de conduite, l’électricité dynamique -, l’eau qui parcourt les circuits d’une vis d’Archimède, le magnétisme.
- « Le 4* septembre 1820, Arago annonçait à l’Académie les faits dont il venait d’être témoin à Genève ; le 25 septembre, Ampère lisait, devant ses confrères, l’immortel mémoire où il en établit les lois, et les rendait témoins de son expérience fondamentale, démontrant que deux courants voltaïques, dirigés dans le même sens, s’attirent, et qu’ils se repoussent, lorsqu’ils sont dirigés en sens contraire ; phénomène qu’il avait prévu, prédit et constaté. A cet éclatant contrôle de sa théorie, il en ajoutait bientôt un autre. Il imitait un aimant par un courant voltaïque dirigé à travers un fil de métal plié en rectangle et librement suspendu dans un plan vertical. Ce rectangle obéissait à l’action de là terre comme l’aiguille aimantée, ce qu’Ampère expliquait, en disant que la branche horizontale inférieure, c’est-à-dire la plus rapprochée de la
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- terre, entraînait toutle système. Or, Gaspard de La Rive ayant supprime cette branche directrice, le reste du fil continuait à se mouvoir sous l’influence terrestre, tout comme le rectangle entier.
- « L’explication d’Ampère s’évanouissait donc, .et sa théorie de l’aimant, fort combattue encore, perdait son meilleur appui. Il est impossible de se représenter jusqu’où était portée, en pareille circonstance, la contention de son esprit. On voyait alors cet homme qu’on appelait distrait, isolé, pendant de longues heures, dans une méditation profonde, traversant, au milieu des siens, ses occupations ou les devoirs de la vie dans une sorte de somnambulisme ; oubliant tout, jusqu’au moment où la vérité, se faisant jour, le délivrait de cette obsession. Lejeune étudiant, Auguste de La Rive, lui vint en aide ; reprenant le sujet, il supprima successivement les divers côtés du rectangle, et le réduisit, enfin, à un fil vertical librement suspendu, qui, traversé par le courant voltaïque, n’en obéissait pas moins à l’action de la terre avec docilité, comme le rectangle entier. Ces expériences délicates, exécutées avec une grande précision, devinrent l’objet d’un examen approfondi de la part d’Ampère, venu à Présinge, campagne patrimoniale des de La Rive, pour en être témoin et pour en chercher l’explication qu’il ne tarda point à trouver. Le mémoire du jeune physicien contient à la fois, en effet, les nouveaux résultats qu’il avait obtenus et la formule savante et définitive, par laquelle Ampère les rattache à sa théorie, désormais complète et triomphante.
- « Dès le début de sa carrière, le nom d’Auguste de La Rive se trouve donc mêlé à l’un des épisodes les plus intéressants de la découverte des lois d’Ampère. Cette première étude le plaçait au centre même du foyer intellectuel qui, en ce moment, attirait tous les grands esprits. Après l’avoir mis en rapport avec Ampère, elle préparait la longue affection qui devait l’unir à Faraday, dont l’amitié avait d’ailleurs son origine dans certaines circonstances antérieures, devenues légendaires.
- « A l’occasion des admirables travaux de Davy sur la pile de Yolta, au moment même où son pays et le nôtre étaient divisés par la lutte la plus acharnée, la première classe de l’Institut, considérant la science comme devant planer dans la région sereine de la vérité, au-dessus des troubles de la terre, lui décerna le prix relatif à l’électricité, fondé par Napoléon Ier. Bientôt, Davy obtenait, en pleine guerre, l’autorisation de venir librement à Paris, de visiter l’Auvergne, pour observer ses volcans éteints, et de se rendre en Italie, pour observer les volcans en action, exception chevaleresque, dont il nous plaît que l’exemple ait été donné par la France et qu’il serait digne de tout peuple civilisé de savoir imiter. Davy avait reçu un passe-port pour lui-même, pour Mme Davy et pour un domestique, dont Faraday n’avait pas hésité à réclamer le rôle. A Paris, on avait peu remarqué ce dernier, qui ne savait pas alors un mot de français. A Présinge, où Davy s’était arrêté, il en fut autrement. Gaspard de La Rive, touché de l’isolement de ce jeune homme, lui adressa la parole avec bonté, pendant une partie de chasse. Comprenant bientôt qu’il n’avait point affaire à un domestique ordinaire, une explication s’ensuivit. Sans s’opposer à ce qu’en son absence Faraday ïeprît près de la
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- famille de son hôte la place due à son mérite naissant, Davy exigea qu’en sa présence les conditions acceptées fussent maintenues. De cet incident assez simple rien ne serait resté, si les manières hautaines de Davy et son arrogance naturelle n’avaient fait un contraste pénible avec l’affable cordialité de Gaspard de La Rive.
- « Le génie lui-même n’a jamais absous l’orgueil, ni fait pardonner l’égoïsme. Quelques années après, le sceptique Davy, rassasié de gloire et comblé d’honneurs, mais délaissé de ses compatriotes, traînait les dernières années de sa vie sur le continent, et venait terminer tristement, à Genève même, en pays étranger, des jours pleins de fatigue, de dégoût et d’ennui. Lorsque le pieux Faraday, doué de cette modestie qui charme et de cette bonté qui attire, s’éteignait à son tour, les savants du monde entier l’entouraient de leur affection ; les personnages les plus éminents de l’Angleterre lui prodiguaient leurs respects; sa mort était un deuil européen, et sa mémoire, restée dans tous les cœurs, est, chaque année, à l’Institution royale de Londres, dans l’amphithéâtre témoin de ses triomphes, l’objet d’une manifestation imposante que le prince héritier préside et dans laquelle toutes les nations policées veulent être représentées.
- « Au moment où finissait la carrière scientifique de Gaspard de La Rive et lorsque commençait celle de son fils, une grande idée allait se répandre sur le monde pour l’éclairer, l’agiter, le troubler même. Le père n’a vu que le prélude des changements qui s’annoncaient; il en a salué l’aurore avec joie. Le fils, après avoir travaillé avec ardeur et succès à dégager la vérité de ses voiles, a fini sa vie en contemplant, non sans tristesse, les conséquences, bien inattendues, qu’on tirait, et à son avis, sans y être autorisé, des découvertes auxquelles il avait pris une part si ardente et si convaincue.
- « Il y a un demi-siècle, en effet, la science, pleine de promesses pour ceux qui en avaient sondé les mystères, ne disait encore rien au commun des hommes ; son langage était peu compris, même de ceux qui tenaient dans leurs mains les destins des nations. On en regardait les démonstrations et les découvertes d’un œil distrait, en passant, et l’on disait : Que m’importe cela ? :
- « Bientôt, cependant, la vapeur couvrait les mers de rapides vaisseaux ; les chemins de fer sillonnaient le continent ; la pensée circulait d’un hémisphère à l’autre, portée par le souffle muet du télégraphe électrique ; la betterave de nos climats glacés bravait la canne à sucre des régions équatoriales ; le gaz éclairait nos rues ; des sels fossiles fécondaient les terres les plus arides, et les couleurs tirées de la houille déposaient sur les tissus légers des teintes qui rivalisent avec les plus fraîches nuances des fleurs. Mais, aussi, les navires à voiles pourrissant dans les ports, les messageries au repos, les routes délaissées, les colons menacés de ruine, tous ces signes, d’une puissance irrésistible et sans cesse agissante, avertissaient les héritages et les familles qu’il fallait compter avec la science et ne pas répéter au sujet de ses découvertes : Que m’importe cela ?
- « En même temps, le fer, l’acier, produits en abondance et perfectionnés ; la poudre
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- et les matières incendiaires ou fulminantes, rendues maniables ; les armes de guerre converties en instruments de précision d’une portée inconnue et d’une puissance monstrueuse, devenaient des engins de dévastation, des instruments de mort et de domination. Devant les maisons en ruines, les moissons incendiées, les tombes sanglantes; devant ces longues caravanes de compatriotes en pleurs, condamnés à l’exil, comment méconnaître encore que la science est devenue une force redoutable, et comment répéter de nouveau, quand on a mission de gouverner les peuples comme politique ou de les défendre comme soldat : Que m’importent ces découvertes ?
- « Enfin, une nouvelle conception de l’univers, reposant sur l’existence des atomes, derniers représentants de la matière, et sur les vibrations de l’éther, derniers symboles de la force, a conduit certaine école à réchauffer des doctrines que la Grèce avait vues naître, et que Lucrèce traduisit en beaux vers pour convertir l'aristocratie voluptueuse de Rome à la philosophie d’Epicure. Dans son antique matérialisme, le poëte latin s’écrie : « Il ne se réveille plus, celui quij s’est endormi dans la mort. Nous « n’avons que l’usufruit de la vie, sans en avoir la propriété. Quand le corps périt, il « faut que l’âme elle-même se décompose; elle se dissout dans les membres. L’âme « meurt tout entière avec le corps, et c’est en vain que, dans un tumulte effroyable, la « terre se confondrait avec la mer, la mer avec le ciel, rien 1 rien ne pourrait la ré-« veiller! »
- « Le matérialisme moderne, se contentant de rajeunir les formules d’Epicure et de Lucrèce, considère le monde comme le produit fortuit de l’arrangement des atomes ; l’homme, comme le terme supérieur de l’évolution naturelle des formes organiques : la vie, comme une modification spontanée de la force ; la naissance, comme le début d’un phénomène ; la mort, comme sa fin. Lorsque, en conséquence de cette philosophie lamentable, la justice n’est plus qu’une convention sociale ; la conscience, un fruit de l’éducation ; la charité, l’amitié, l’amour, des formes variées de l’égoïsme, quiconque a charge d’âmes ne doit plus passer à côté de la science en détournant la tête et ne peut plus dire : Que m’importent ces doctrines ?
- « Ces émotions de l’esprit humain, considérables, persistantes, dérivent de notions conformes à nos connaissances, touchant la matière et la force et des conséquences fausses qu’on en tire, comme si elles représentaient la vérité absolue. Lavoisier, étudiant les actions chimiques, la balance à la main, a prouvé, il est vrai, que dans chacune d’elles le poids des substances produites est égal au poids des substances employées. Acceptons comme une vérité philosophique cette découverte de son génie : la matière est pesante; l’homme n’a jamais rien créé ni rien détruit, qui fût pesant; dans la nature, depuis que l’univers a reçu sa forme actuelle, rien ne se perd, rien ne se crée de ce qui est pesant; la matière se déplace, change d’aspect ou d’état ; elle ne périt pas. En serait-il de même à l’égard de la force? Tout en restant impondérable, serait-elle de même changeante dans ses manifestations, perpétuelle dans son activité ? L’homme, impuissant à créer la matière, serait-il également impuissant à créer la
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- force? Auguste de La Rive a contribué, pour une large part, à prouver qu’il en est ainsi, et il a su conduire, jusqu’à ses plus hautes conséquences philosophiques, la plus humble des expériences de laboratoire, celle de Galvani. Deux lames, l’une de zinc, l’autre de cuivre, unies par une de leurs extrémités, font naître des sensations, lorsqu’on touche un organe avec leurs deux extrémités libres : la langue perçoit une saveur; l’œil est traversé par des éclairs ; l’oreille entend bruire des sons, les muscles sont agités de convulsions. En augmentant le nombre de ces couples métalliques, en étendant leur surface et en les plongeant dans un liquide salé ou acide, Yolta avait construit sa célèbre pile, d’où il a surgi une chaleur et une lumière comparables à celles du soleil, une puissance chimique supérieure à celle des volcans, un magnétisme égal à celui de la terre et des phénomènes physiologiques, considérés, jusqu’alors, comme propres aux seules manifestations de la vie. Fallait-il admettre que tous ces efforts naissaient de rien, et que les deux métaux qui les avaient produits conservaient, sans changements, leur nature, leur poids et toutes leurs qualités ?
- « La science allemande, encore engagée dans les obscurités de la philosophie de la nature, était de cet avis, malgré les expériences de M. Becquerel père; Auguste de La Rive, dont les études avaient tout embrassé, était d’un avis opposé ; il n'accordait pas si facilement à l’homme la faculté de tirer quoi que ce soit du néant : ni matière, ni mouvement. Toutes les lumières de son esprit se révoltaient contre cette prétention. Il prouva, en effet, qu’il ne se manifeste point d’électricité, si l’un des deux métaux n’est rongé, c’est-à-dire s’il ne subit une véritable action chimique. Le courant électrique est peu sensible, quand Faction chimique est faible; intense, lorsqu’elle est puissante. Le circuit électrique part du métal attaqué et revient vers l’autre. Les deux métaux sont-ils attaqués à la fois, le mouvement électrique part de celui qui l’est le plus vivement. Changez la nature du milieu, et vous renversez, à volonté, l’action chimique et le sens du courant. Cette dernière expérience est décisive. Si le contact de deux métaux différents suffisait pour créer le courant électrique, celui-ci devrait toujours marcher dans le même sens. Si ce courant est le résultat d’une action chimique, il doit, au contraire, marcher tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, partant du métal attaqué et se dirigeant vers celui qui ne l’est pas ; c’est ce que constate Auguste de La Rive. Lorsqu’on inscrit l’électricité en recette, il faut donc inscrire la force chimique en dépense. On n’a rien créé ; on a transfotmé. Yoilà la théorie de la pile. Ces vérités ont reçu des travaux de Faraday une éclatante consécration ; mais on peut rendre au physicien génevois la grande part qui lui est due, sans toucher à la gloire du physicien anglais.
- « Si le charbon qui brûle explique la force de la machine à vapeur, le zinc quibrûle explique seul aussi la puissance de la pile de Yolta. La pile ne crée pas plus l’électricité qu’elle utilise que la machine de Watt ne crée la chaleur dont elle fait emploi ; cette électricité provient tout entière du métal brûlé par les acides. Poursuivant cette pensée, Auguste de La Rive mesure la chaleur qui se manifeste dans les divers éléments d’une
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- pile en pleine activité, et il trouve qu’elle ne dépasse pas celle que produirait l’action chimique exercée sur le métal attaqué, conclusion que les travaux du savant doyen de la faculté de Marseille ont confirmée. La démonstration est donc complète. L’homme ne fait naître ni électricité, ni magnétisme, ni chaleur, ni lumière ; il tire ces forces des réservoirs qui les recèlent et où il ne les a point placées.
- « On insiste : dans la nature, telle qu’il nous est permis de la connaître, rien ne se perd et rien ne se crée de ce qui est pesant ; nous disposons de la matière à notre gré, pour produire des combinaisons chimiques à l’infini; les forces ne sont que des causes de mouvement que nous transformons, l’une en l’autre, à volonté. Eh bien ! est-ce à dire que le monde n’a pas d’autre souverain que l’homme et qu’il le domine en maître? Ceci mérite examen.
- « Newton considérait la lumière, la chaleur, l’électricité et le magnétisme, comme autant de fluides impondérables distincts. Cette opinion a servi de guide à tous les travaux du dix-huitième siècle et du commencement du dix-neuvième. Elle était l’expression delà vérité de cette époque ; les impertinents diraient qu’elle était à la mode ; en tout cas, elle avait ses fanatiques alors, et au premier rang Voltaire lui-même, qui s’en disait si bon juge. Elle est absolument abandonnée, aujourd’hui. Une idée indiquée par Descartes et Huyggens, et que Newton n’avait ajournée, peut-être, qu’en raison des difficultés qu’elle offrait au calcul, est venue la remplacer. Celle-ci suppose l’existence dans tout l’univers d’une matière élastique, éthérée , c’est-à-dire excessivement subtile, dans laquelle flottent les atomes de la matière pondérable. En agissant les uns sur les autres, ou même par un travail intérieur, ces atomes déterminent dans l’éther, dont ils sont entourés et pénétrés, des ondulations plus ou moins étendues, plus ou moins rapides. Ces ébranlements de l’éther constituent la lumière, la chaleur, l’électricité, le magnétisme, dont nous apprécions les effets par nos sens. Les rapprochements et les séparations des atomes eux-mêmes constituent les actions chimiques et produisent ou modifient les corps que nous connaissons. L’atome pesant, l’éther élastique, les vibrations de l’éther excitées par l’atome, telle est la conception actuelle de l’univers. C’est simple; c’est vrai, peut-être, disait Auguste de La Rive ; cependant, qui sait ce qu’on en pensera dans cent ans, dans mille ans ? Comment croire qu’après être resté dans l’erreur, sur ces grands objets, depuis le commencement du monde, l’homme, en moins d’un siècle, aurait pénétré toute la vérité et n’aurait rien laissé à découvrir aux siècles à venir? Nos neveux ne souriront-ils pas de notre confiante témérité ? Soyons plus modestes !
- « Parmi les divers modes de mouvement de l’éther, l’électricité est celui qui se manifeste de la manière la plus constante, non-seulement dans les réactions des corps bruts, mais aussi dans les phénomènes matériels qu’on observe chez les êtres vivants. On s’était hâté d’en conclure que l’électricité était la vie. Auguste de La Rive n’acceptait pas que la vie pût sortir de cette action inconsciente des atomes sur l’éther. Il ne l’avait jamais vue se manifester spontanément, et il pensait que, depuis son appa-
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- rition sur la terre, elle s’est constamment transmise des parents aux descendants. Il croyait, enfin, que la personnalité humaine réside ailleurs que dans la poussière dont notre corps est formé. On veut que la matière qui obéit soit éternelle, et que l’esprit qui commande soit périssable ! J’aime mieux croire, disait-il, que c’est l’âme intelligente qui est immortelle, et que c’est la matière brute qui est destinée à finir. Il considérait l’univers comme ayant été créé. Il démontrait, comme une vérité de l’ordre scientifique, et par des arguments que M. Clausius a développés plus tard, après lui, que le monde n’a pas toujours existé, qu’il a commencé et qu’il finira.
- « Ampère, Faraday, Auguste de La Rive ont fait de l’électricité l’objet des études de toute leur vie et l’instrument de leurs grandes découvertes ; ils étaient tous les trois profondément religieux. Ils aimaient à méditer des sujets qui confinent à la métaphysique ; le premier, cherchant à expliquer l’attraction universelle par le magnétisme ; le second, niant l’existence même de la matière et considérant chaque atome comme un centre de force dont les vibrations se font sentir dans tout l’univers ; tous les trois, cherchant à défendre, contre l’invasion des partisans des forces physiques, le terrain réservé à l’esprit, à cette chose qui pense, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine, qui sent et qui, libre, doit rendre compte de l’usage qu’elle aura fait de la liberté. Ils étaient convaincus que s’abîmer dans de telles méditations, c’était s’élever vers la volonté suprême dont l’intervention directe apparaît toujours, comme le premier et le dernier mot de la création.
- « Instruit à la même école, on aime à répéter avec eux : L’attraction qui soutient les astres dans l’espace, qui en connaît la nature ? L’affinité qui lie les molécules des corps, n’est-ce pas un mot dont le sens nous échappe? Notre esprit se représente la matière comme formée d’atomes, savons-nous s’il existe des atomes? Le physiologiste décrit les phénomènes de la vie, n’ignore-t-il pas ce qu’est la vie ? Et le géologue, qui écrit l’histoire du globe dont il n’a pas encore fouillé l’épiderme, soupçonne-t-il l’ori-gineetla fin de la terre qu’ilhabite ? Si, parfois, l’homme se sent fier d’avoir tant appris, ne doit-il pas, plus souvent encore, se sentir bien humble et bien petit de tant ignorer?
- « Les publications de notre confrère sont nombreuses ; elles attestent l’activité de son esprit, l’étendue et la sûreté de ses connaissances. Mais un physicien éminent, M. Soret, en écrira bientôt l’histoire complète dans sa propre patrie, et je dois me borner, devant cette assemblée, à signaler leurs principaux traits et en particulier sa belle théorie des aurores polaires.
- « La chronique de Louis XI rapporte qu’il parut dans le ciel, le 23 juillet 1461, un météore « avec grand resplendisseur et grande clarté, tellement qu’il semblait que « tout Paris fût en feu et en flambe, dont Dieu veuille le préserver ! » ajoute-t-elle. Le 18 novembre 1465, pendant les troubles de la Ligue du bien public, une apparition semblable produisit la même terreur. « Le roi Louis XI monta à cheval et s’en alla « sur les murs; tous les quartiers furent assemblés et chacun prit son poste de garde
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- « aux murailles. Le bruit courait que les ennemis, devant Paris, s’en allaient, brûlant « et endommageant la ville partout où ils pouvaient, et fut trouvé que, de tout ce, il « n’était rien. »
- « Nous avons connu ces émotions, nous qui avons été témoins, pendant le siège de Paris par l’armée prussienne, des deux aurores boréales du mois d’octobre. Dès le commencement de la nuit, à la première apparition, une lueur se remarquait au nord, et, peu à peu, le ciel s’éclairait d’une nuance rose, qui en envahissait la moitié. De temps à autre, s’élançaient des rayons colorés, presque toujours d’un rouge de sang très-intense, tandis que se montraient, çà et là, au-dessus de Paris, des plaques rouges, sanglantes aussi. Au moment où le phénomène touchait à son terme et quand le ciel s’assombrissait déjà, on vit, tout d’un coup, la couleur rouge resplendir encore d’un effrayant éclat. Le lendemain, l’apparition recommençait avec une intensité un peu moindre et laissait voir des irradiations blanches, lumineuses, dont le centre était placé vers la constellation de Pégase ; traduisant les impressions de leur âme, les uns en comparaient l’aspect à une gloire, les autres à une croix. Parmi les habitants de Paris, il en est peu que ces phénomènes n’aient saisis de crainte et à qui, dès l’abord, ils n’aient inspiré la pensée qu’une grande machine incendiaire était mise en jeu, pour forcer les murailles ou pour démoraliser leurs défenseurs. Il en est peu qui, voyant qu’il s’agissait seulement d’une aurore boréale d’une espèce rare, n’aient cherché alors quels pronostics heureux ou malheureux pouvait en tirer leur patriotisme ému.
- « L’aurore du septentrion, comme l’appelait Grégoire de Tours, il y a treize cents ans, offre des aspects qui varient un peu avec les latitudes. Dans les régions polaires, où elle s’observe souvent, elle n’étonne guère et se confond même avec le crépuscule. Dans le centre de l’Europe, où le phénomène, moins fréquent, est presque toujours caractérisé par un ciel sanglant et par des traits rapides, qui jaillissent dans l’espace comme des lances ou des javelots, son aspect justifie les récits qui nous montrent dans le ciel des armées s’entre-choquant, avec fureur, au milieu d’une vapeur enflammée. En Calabre, où les apparitions sont plus rares, on y a vu des arcades, des portiques : le palais de la fée Morgane. La Grèce, toujours poétique et plus rarement favorisée de la visite des aurores polaires, contemplait, dans le ciel embelli par leurs feux, l’assemblée des dieux, tenant conseil sur l’Olympe, en présence de Jupiter.
- « Que faut-il penser de ces apparitions? Auguste de La Rive les considère comme produites par des conflits électriques, muets et mystérieux, convergeant vers le pôle magnétique de la terre. Tout le monde connaît, en effet, la lumière électrique dont l’emploi dans les phares manifeste la puissance, et dont les illuminations publiques ou les décorations de la scène tirent un parti populaire. Ce brillant phénomène, découvert par Davy, avait été signalé par Arago, comme devant offrir le spectacle, étrange alors, d’une flamme obéissant à l’action du barreau aimanté. L’expérience réalisa ses prévisions. Lorsqu’on approche l’un des pôles d’un fort aimant de cet arc électrique enflammé, il en est attiré ou repoussé; sa courbure augmente, l’éclat de la flamme
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- diminue ; elle varie par secousses, par éclairs diversement colorés, avec un bruissement d’étoffes de soie froissées, et l’arc se rompt, enfin, lorsque sa courbure, trop prononcée, allongeant l’espace parcouru, l’électricité cesse de passer. Une aiguille aimantée, placée dans le voisinage, manifeste, par son agitation incessante, qu’elle est troublée par une force magnétique énergique. N’est-ce pas là l’image d’une aurore polaire.
- « Arago avait consacré de longues années à constater l’influence des aurores boréales sur l’aiguille aimantée ; souvent, il lui est arrivé d’annoncer l’apparition d’une aurore, avant même qu’elle se fût manifestée dans le nord de l’Europe. Mais son esprit circonspect ne se hâtait point de se prononcer. Auguste de La Rive reprit le sujet ou, pour mieux dire, s’en empara, s’y dévoua même, et, parmi les motifs de regrets que nous fait éprouver la mort prématurée de notre illustre confrère, se place la perte pour la science de l’ouvrage qu’il, préparait sur les aurores boréales, et dont il avait, de longue main, réuni les matériaux. Tout le monde a vu, du moins dans les cours publics, l’appareil au moyen duquel il a reproduit les circonstances fondamentales de ce phénomène, qu’il considérait comme dû à la formation d’un anneau lumineux, ayant pour centre le pôle magnétique de la terre et pour siège les régions supérieures de l’air. En opérant, dans un gaz raréfié, la réunion des deux électricités autour du pôle d’un fort aimant, il fit apparaître, en effet, un anneau lumineux, animé d’un mouvement magique de rotation autour de ce même pôle. L’expérience de notre confrère est si belle, qu’elle sera toujours admirée, même des physiciens peu nombreux qui, considérant encore l’aurore boréale comme ayant sa source plus haut que l’atmosphère terrestre, lui attribuent une origine cosmique, qu’il n’a jamais admise. Voici ce qu’il m’écrivait encore peu de temps avant d’être atteint de la maladie à laquelle il a succombé : « Aidez-moi à défendre une théorie que je crois fondée sur des faits incontestables; elle était déjà celle de Franklin et d’Arago, avec moins de précision. Les auteurs qui ne songent qu’aux aurores brillantes oublient que presque tous les jours il y en a qui se passent, sans éclat, dans les régions polaires. Je ne connais pas un seul observateur, placé dans nos contrées septentrionales, qui n’ait adopté les vues que j’ai exposées. N’est-ce pas unç présomption, en leur faveur, que d’avoir pour elles tous ceux qui vivent au milieu des phénomènes qu’elles cherchent à expliquer? Faudrait-il les abandonner, quand on a seulement contre elles ceux qui ne les observent que de loin en loin, sous l’impression aveuglante d’une surprise qui ne laisse pas toujours une entière liberté d’appréciation? »
- « Sous l’équateur, à la place de ces orages magnétiques, silencieux et secs, des orages électriques accompagnés de tonnerre et de pluie marquent, pour ainsi dire, le cours du soleil, et, s’il y a constamment quelque phénomène auroral, plus ou moins distinct, à chaque pôle, il y a toujours un orage, plus ou moins bruyant, sur quelque point de l’équateur. A quoi servent ces manifestations électriques, en permanence, à travers l’atmosphère de la terre? Nous ne sommes guère en état de l’ap-
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- précier avec certitude, mais il est un point toutefois que notre confrère avait aperçu.
- « Lorsque, il y a cent ans, Priestley découvrait l’oxygène, l’agent de la combustion et de la respiration, la médecine s’empressait d’y voir un auxiliaire précieux, et quelques enthousiastes d’y chercher un moyen de prolonger la vie. Les expériences de M. Bert prouvent, pourtant, que cet air vital, porté dans le poumon à l’état de pureté, serait un poison mortel pour l’homme.
- « Ce même oxygène, dès qu’on l’électrise, se montre accompagné d’une substance très-odorante, blanchissant les couleurs organiques, irritant violemment les organes respiratoires et convertissant en salpêtre les produits animaux. C’est l’ozone de M. Schônbein, que le célèbre professeur de Bâle retrouvait parfois dans l’air et surtout dans|l’air électrisé par les nuages orageux. Auguste de La Rive et son savaut ami M. de Marignac ont fait voir que l’ozone est de l’oxygène modifié, conclusion rendue incontestable par nos deux éminents confrères, MM. Frémy et Becquerel fils.
- « L’oxygène pur serait donc mortel ; mitigé dans l’air qui nous entoure, 'c’est lui qui entretient la vie. L’oxygène ozonisé serait donc toxique; à doses modérées, c’est lui qui purifie l’air empesté, et qui féconde le sol ouvert par la charrue, en donnant aux engrais leur signification agricole.
- « Si c’est le hasard qui, dans l’atmosphère de la terre, a délayé l’oxygène au point précis qui convient à la respiration de l’homme ; si c’est lui qui fait naître, à propos, l’ozone, pour détruire les germes qui menacent notre vie, ou pour préparer la nourriture nécessaire aux plantes qui nous alimentent ; si c’est le hasard qui marque des limites à la concentration de l’oxygène, en rendant presque immuable la quantité du gaz inerte dont il est mêlé dans l’air que nous respirons; si c’est lui qui a rendu, de la la sorte, possible et durable, à travers de longs siècles, l’existence de l’homme sur là terre, répétons, avec Auguste de La Rive, et en complétant sa pensée, que le hasard est bien intelligent, qu’il est même trop intelligent, et qu’il mérite un autre nom.
- « Une industrie florissante, née, il y a trente ans, sous les auspices de l’Académie des sciences, la dorure galvanique, a pris son point de départ dans les expériences et dans les applications pratiques de notre confrère. On ne connaissait, autrefois, pour dorer le bronze que l’emploi du mercure. Ainsi obtenue, la dorure était solide; mais le procédé, fatal aux ouvriers, exposait leurs mains au contact du dangereux métal pendant le travail, et leur poitrine à l’action des vapeurs mercurielles pendant le chauffage des pièces. L’ancienne Académie des sciences, ayant à décerner un prix en faveur de celui qui aurait fait disparaître les dangers attachés à cette industrie, n’avait pas trouvé l’occasion qu’elle cherchait. L’Académie actuelle a été plus favorisée. Ses lauréats ont créé la dorure galvanique; mais, si la reconnaissance de l’industrie doit les confondre tous dans son souvenir, elle ne peut oublier, pourtant, que les premières pièces dorées par l’électricité sortaient des mains savantes et désintéressées du grand physicien dont je résume les travaux, et qu’avant tout autre il a commencé à nous épargner le spectacle affligeant que nous offraient tant de malheureux ouvriers atteints
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- du tremblement mercuriel, et devenus incapables, à la fois, de suivre leur pensée troublée et de diriger leurs mouvements désordonnés.
- « Auguste de La Rive aimait les arts. C’est pour lui et en quelque sorte, sous sa dictée, que le célèbre paysagiste des Alpes, Calame, a conçu son chef d’œuvre, le mont Rose, le plus bel ornement du salon de notre confrère, si souvent reproduit par l’artiste. Il représente un site sévère, un plateau dans les hautes montagnes, sans arbres, sans trace de la présence de l’homme. Au second plan, les Alpes ; au premier plan, un petit lac noir et quelques roches. C’est tout. Mais c’est la nature dans sa majesté, inondée de la lumière qui baigne les montagnes, enveloppée de ces transparences que connaît seule leur atmosphère, toujours si pure, et l’aspect de ce tableau si nu plonge dans une profonde rêverie.
- « Notre confrère ne se lassait pas du spectacle admirable que présente le coucher du soleil, se dessinant sur la vaste chaîne du mont Blanc, et il a trouvé l’occasion d’une belle étude scientifique dans son entraînement vers le côté pittoresque du phénomène. Au moment où l’astre disparaît de l’horizon, la vallée se couvre d’ombre, la montagne s’obscurcit, peu à peu, de la base au sommet, qui seul reçoit, pendant quelque temps encore, l’impression directe de la lumière. Le reste de la terre étant déjà plongé dans l’ombre, le sommet de la montagne se colore, tout à coup, d’une vive nuance rouge orangé, quelquefois même rouge de feu ou de sang. On dirait comme un immense météore, fixe, incandescent, étranger à la terre et suspendu dans les deux. Cependant l’ombre envahit ces cimes neigeuses à leur tour; leur modelé s’efface, leur teinte aurore pâlit, un aspect cadavéreux la remplace ; rien ne rappelle mieux le passage de la vie à la mort sur la figure humaine que ce contraste rapide de la teinte rosée du jour finissant, au ton blafard et livide qui lui succède sur le front de ce géant de pierre et de neige. Nul n’a été témoin, pour la première fois, de ce spectacle solennel sans en éprouver une émotion véritable, nul ne l’a vu sans désirer le revoir encore. Rien n’est plus naturel que cet instinct qui conduit les populations alpestres vers les lieux d’où l’on peut contempler le coucher du soleil sur les hautes montagnes, et que ce silence, recueilli comme une prière, que la fin du phénomène impose à tous les assistants. On a peine à détacher les yeux de cette scène, on se demande si tout est accompli, lorsque, semblant répondre à la pensée du spectateur attristé, la montagne se colore de nouveau d’une teinte rose plus faible, reflet éteint de son premier éclat et le fait assister parfois à la résurrection du colosse ; enfin cette teinte fugitive s’efface elle-même, et disparaît sans retour.
- « La lueur rosée que. l’astre envoie en signe d’adieu aux sommets glacés de ces monts élevés n’a rien d’extraordinaire ; elle reproduit, sous une forme particulière, les effets généraux du soleil couchant sur les nuages. Mais d’où vient la seconde coloration? Le sommet du mont Blanc, qui la présente assez souvent, a été l’objet, de la part de notre confrère, d’un grand nombre d’observations ; il l’attribuait à la réflexion des derniers rayons rouges sur quelques plans de vapeurs amassées dans les régions
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- supérieures de l’atmosphère. C’est ainsi qu’il avait été conduit à rechercher ce qu’é taient ces vapeurs et à inventer des appareils pour mesurer les variations de la transparence de l’air, phénomène dont les habitants des montagnes s’occupent avec une sérieuse attention, comme propre à donner des pronostics certains du temps qni se prépare. Lorsqu’ils voient l’air parfaitement transparent, les objets éloignés bien distincts, que les montagnes se rapprochent de l’observateur; quand le ciel est, d’ailleurs, d’un bleu extrêmement foncé, ils regardent la pluie comme très-prochaine, quoiqu’il n’en paraisse pas d’autre signe. Le temps est-il décidément au beau, l’air n’est plus parfaitement transparent ; on y voit nager comme une vapeur bleuâtre ; le ciel est d’un bleu éteint, et les montagnes semblent s’éloigner.
- « Auguste de La Rive a fait voir que ces vapeurs caractéristiques du beau temps sont formées par de véritables poussières, minérales ou organiques, suspendues dans l’air, où elles flottent quand elles sont sèches, retombant sur le sol quand elles sont chargées d’une humidité qui les alourdit. Abondantes, elles font perdre à l’air sa transparence ; il la reprend quand elles deviennent rares. Les insectes qui tourbillonnent autour de nous n’échappent point à cette loi. Si les hirondelles rasent la terre à l’approche de la pluie et remontent bien haut dans les airs par un beau temps, c’est que, dans le premier cas, les insectes qu’elles poursuivent sont surchargés d’humidité et ne peuvent s’élever, tandis que, dans le second, allégés de ce surcroît de bagage, ils prennent leur essor et montent dans l’espace, à de grandes hauteurs.
- « L’ardeur qu’Auguste de La Rive portait à l’étude de l’électricité ne pouvant se satisfaire par les seuls travaux du laboratoire, il conçut le plan d’un ouvrage destiné à faire connaître les résultats obtenus dans toutes les branches de cette partie de la physique. Il espérait qu’en réunissant, puisés à leur source, les matériaux épars dans les recueils scientifiques des divers pays, lui, à qui toutes les sciences étaient familières et qui parlait tant de langues, il fournirait aux géomètres les moyens de poser les fondements d’une théorie supérieure de l’électricité. Les trois volumes de son Traité d’électricité théorique et pratique renferment l’exposé de tous les faits observés, la pensée des savants qui en ont fait l’étude, enfin, sur chacun de ces objets, sa propre opinion. Jamais il ne se montre compilateur indifférent ou narrateur désintéressé ; partout, on sent avec quelle persévérance chaque question a été examinée, et quels efforts il a tentés pour les subordonner toutes à un ordre d’idées général et élevé. Je construis, disait-il, une échelle au sommet de laquelle je ne monterai pas, mais, ouvrier consciencieux, je veux que celui qui doit s’en servir en trouve tous les échelons d’un bois sain, solide et sans défauts.
- « La Bibliothèque universelle de Genève a compté Auguste de La Rive parmi ses collaborateurs les plus assidus, pendant près d’un demi-siècle. Il en a même longtemps dirigé, avec un zèle que rien n’a lassé, la partie scientifique regardée comme son domaine naturel et la partie littéraire où il fut traité d’abord en usurpateur. On savait bien qu’en prenant la direction de ce recueil, il lui avait assuré une valeur scienti^
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- fique sérieuse ; mais, disait-on, pourquoi confier aussi la direction de sa partie littéraire-à un savant? L’étude des sciences ne dessèche-t-elle pas le cœur; ne rend-elle pas tous ceux qui s’y livrent absolument insensibles au charme délicat des lettres ? Jamais, la partie littéraire du recueil ne fut plus animée. Beaucoup des charmantes publications de Toppfer y virent le jour pour la première fois, et si l’aimable artiste prouvait qu’il était plein de verve en écrivant, pour son illustre ami, ses esquisses humoristiques, Auguste de La Rive, s’en faisant le Mécène, prouvait, à son tour, qu’il ne manquait pas tout à fait de goût.
- « Ce n’était ni sans réflexion, ni sans un examen approfondi, qu’Auguste de La Rive abandonnait son laboratoire et s’éloignait de ses études favorites, pour consacrer ses forces, son temps et sa fortune à raffermir la publication littéraire et scientifique qui, depuis le commencement du siècle, soutenait l’autorité morale de Genève. Il était convaincu que la Bibliothèque universelle, sœur de la Revue d’Édimbourg, exerçait, comme elle, une influence salutaire. Les articles de ce recueil, choisis de manière à éclairer toutes les questions et ramenés à un point de vue national, tenaient le patriotisme en éveil. Ses jugements sur les œuvres de la littérature et de l’art, empreints d’un sentiment élevé et du respect de l’âme humaine, laissaient dans l’esprit du lecteur une impression bienfaisante. Rien n’y était admis qui dût l’éloigner des salons ou la rendre suspecte à la mère de famille. Un peu de puritanisme dans les idées ainsi qu’une certaine austérité dans la pratique de la vie ne déplaisaient pas à Auguste de La Rive. Il admettait bien que ces qualités, si on les porte à l’excès, peuvent tourner au ridicule ; mais il pensait aussi que leur absence mènaau désordre. Un petit pays, disait-il, ne peut subsister qu’à la double condition d’avoir foi aux principes et d’y conformer sa vie; d’avoir sa physionomie propre et de la garder intacte5 d’être soi et non tout le monde ; rôle difficile à tenir, lorsque les chemins de fer tendent à tout niveler; impossible, si de temps à autre quelque autorité ne ramène au diapason.
- « En 1815, au moment où la Suisse reprenait son ancienne liberté, la ville de Genève devint le rendez- vous de nombre de personnages illustrés par la politique ; les uns, venant jouir des beautés naturelles des rives du Léman; ceux-ci, prenant quelques jours de repos dans cette cité célèbre, placée au confluent des routes du nord de l’Europe, de la France et de l’Italie; d’autres, enfin, qui, bannis de leur patrie, trouvaient un asile dans ce pays hospitalier. Jamais on ne reverra pareil mouvement, ni contacts plus étranges. Les représentants des nations continentales, qui s’étaient surtout connus sur les champs de bataille, se rencontraient avec les Anglais, depuis trente ans séparés du reste de l’Europe, et avec les fils de l’Orient dont rien n’avait encore altéré le type. Dans les rues, tous les costumes étaient mêlés ; dans les foules, on entendait toutes les langues; dans les salons, se coudoyaient toutes les nationalités.
- « Pendant ce temps, les législateurs génevois, chargés de donner une constitution au canton, cherchaient à retrouver les traditions anciennes, et à effacer les traces d’une
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- alliance prolongée avec les formes de l’administration française. La constitution de l’Angleterre, son parlement et son aristocratie dirigeante leur offraient le beau idéal du gouvernement, La passion politique avait atteint, dans ce pays resserré, un degré d’intensité dont ne sont pas exemptes de plus vastes contrées ; tout le monde voulait le gouvernement constitutionnel, mais pour les uns, véritables torys, le principe d’autorité était infaillible : pour les autres, véritables whigs, le principe de liberté ne l’était pas moins, et chacun s’écriait, comme c’est l’ordinaire en pareil cas : surtout pas de concessions ! Gaspard de La Rive, premier syndic de la république, était à la tête du parti conservateur, tandis que son fils, comme presque toute la jeunesse, était venu se placer sous la direction des représentants de l’opinion libérale, parmi lesquels, et comme chef, figurait, alors, notre ancien confrère, Simonde de Sismondi.
- « Auguste de La Rive avait l’âme trop élevée pour demeurer étranger aux événements politiques qui, plus tard, vinrent mettre en péril la tranquillité de son pays. Resté libéral, comme au temps de sa jeunesse, mais décidé à résister à l’invasion d’une démocratie turbulente et oppressive, il était devenu, à son tour, l’un des chefs du nouveau parti conservateur.
- « A la suite de la révolution qui eut lieu à Genève, à l’époque de la guerre du Son-derbund, il donna sa démission de professeur et sortit de la vie publique. Cependant, à l’occasion de l’annexion de la Savoie à la France, quelques inquiétudes ayant été suggérées au gouvernement helvétique, il fut chargé de veiller, à Londres, aux intérêts de la confédération, comme ministre plénipotentiaire et envoyé extraordinaire. Reçu par la Reine, avec la plus haute distinction, il ne put se soustraire, à son retour, à une nouvelle marque de confiance, et fit partie de l’assemblée élue pour reviser la constitution de Genève. Son mandat expiré, il se retira tout à fait du gouvernement de son pays.
- « R ne se consolait point d’une révolution, qui pouvait éloigner du culte des choses de l’intelligence les caractères vigoureux, appartenant aux familles opulentes, pour les rejeter dans les affaires. La prépondérance de sa ville natale sur tant d’autres cités plus riches et plus peuplées, il ne se l’expliquait, ni par sa position sur les bords du lac Léman, ni par les sites admirables dont elle est environnée, ni même par son grand commerce d’horlogerie. Il attribuait toute son importance à la réunion de cet ensemble de penseurs, de philosophes, d’écrivains et de savants qui l’ont illustrée. Pour ne citer que ces derniers, car Voltaire, Rousseau, Mme de Staël ne seront oubliés de personne, les belles études de Charles Ronnet sur la philosophie naturelle, le retentissement extraordinaire des découvertes de Tremblay sur les polypes, de l’aveugle Huber sur les abeilles et de son fils sur les fourmis ; les voyages, dans les Alpes, d’Horace Rénédict de Saussure, l’un des créateurs de la géologie; les travaux de Senebier et de Théodore de Saussure sur la physiologie des plantes ; enfin, la publication de l’œuvre immense d’Augustin Pyrame de Candolle, ne pourraient être effacés, en effet, du grand livre des connaissances humaines, sans ruiner la fortune
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- intellectuelle des générations futures. L’Académie et la vénérable Compagnie avaient été l’âme de Genève; notre confrère ne pouvait voir sans inquiétude leur influence diminuer ou s’éteindre. Il avait raison. Alexandre, victorieux, n’a pas sauvé la Macédoine de l’oubli; Athènes, si souvent envahie, a survécu à tous ses désastres et ne s’effacera jamais de la mémoire des hommes. La guerre peut faire des esclaves et réduire à l’impuissance les membres des vaincus ; elle ne peut rien sur les âmes ni sur l’empreinte que leur ont donnée la religion, la philosophie, les lettres, les sciences et les arts, leurs seuls maîtres.
- « Genève, comme Florence, se reconnaît, au sillon profond tracé par les esprits généraux qui l’ont illustrée ; mais les craintes de notre confrère pour son avenir n’étaient pas fondées. A la génération savante du siècle dernier, à celle du commencement du siècle, à celle dont il faisait partie lui-même, on voit succéder une génération nouvelle pleine de sève, digne d’occuper le noble palais élevé par la cité prévoyante en l’honneur des sciences. Dans ce pays privilégié, grâce à ces institutions libérales que notre confrère lui-même a inspirées, grâce à ses collaborateurs affectionnés et à son propre exemple, il est encore plus facile de trouver, parmi les descendants des anciennes familles, de jeunes hommes qui considèrent la fortune comme un moyen d’avancer la science, que d’en découvrir qui considèrent la science comme un moyen d’avancer leur fortune.
- « La vie d’Auguste de La Rive n’était pas concentrée à Genève. Une part de ses affections était réservée à Présinge, terre assez considérable, ancien fief des ducs de Savoie. La famille de La Rive possède depuis plusieurs siècles ce domaine patriarcal, et ce n’est pas en vain que, pendant nombre de générations, ses représentants y ont vécu, s’y sont fait des amitiés et des alliances, et ont eu des intérêts agricoles importants à surveiller autour de leur demeure. Gaspard de La Rive et son fils avaient puisé, sans doute, au milieu de ces populations bienveillantes et cordiales, cette haine du faste, cette active bonté, cette absence de toute roicLeur et cette aversion du pédantisme, qu’on retrouve presque toujours, en Savoie, dans les habitudes du gentilhomme.
- « C’est de ce milieu paisible que notre confrère suivait, avec plus de trouble que beaucoup de ses compatriotes, certains changements qui .s’opéraient autour de lui. Attaché aux vérités chrétiennes et à l’Église protestante de Genève, il n’en était pas moins plein de respect pour l’Église catholique, où il comptait des parents, de nombreux amis, et dont le culte était pratiqué par la majeure partie de cette population de Présinge, près de laquelle il vivait, entouré d’affection, s’associant à tous ses intérêts moraux ou religieux et reconstruisant au besoin son église. Comment en sommes-nous revenus à ces époques de désordre religieux, et comment la science s’y trbuve-t-elle mêlée, disait-il, rappelant les jours de sa jeunesse? Pleins d’enthousiasme pour la science, nous ne songions pas, alors, qu’on viendrait un jour donner, en son nom, un démenti aux paroles de Bossuet : « Si l’homme avait pu ouvertement se déclarer
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- « Dieu, son orgueil se serait emporté jusqu’à cet excès ; mais se dire Dieu et se sentir « mortel, l’arrogance la plus aveugle en aurait honte. »
- « L’esprit de tolérance si naturel à notre confrère lui faisait une loi d’éviter tout ce qui pouvait blesser les convictions d’autrui; mais il arrive un moment, cependant, où se taire serait renier sa foi, et il ne voulait pas laisser croire au monde que ceux qui prêchent le matérialisme au nom de la science sont sûrs de l’approbation ou de la complicité de tous les savants. Gela n’est pas, disait-il avec fermeté, et notre devoir est de le proclamer.
- « En effet, la science est grande ; son rôle est glorieux, mais son domaine est circonscrit. Elle commande à la matière; elle ne peut rien sur l’esprit. Nous expliquons la marche des astres avec plus de clarté qu’Homère ; nous n’avons rien ajouté à la connaissance des passions humaines, dont il a fait une peinture si profonde ; nos idées sur la chaleur sont plus sûres que celles d’Eschyle, elles n’ont rien changé aux protestations contre la tyrannie de la force brutale, qu’il fait entendre par la voie de l’inventeur du feu, de Prométhée enchaîné; nous connaissons mieux que Virgile le rôle du cœur dans la circulation du sang, mais nous n’avons encore découvert aucun accent de tendresse ou de pitié qu’il ait ignoré. L’homme n’a pas eu besoin de la science pour plonger dans les profondeurs de l’âme humaine, et ce qu’il a découvert en étudiant les forces physiques n’a servi qu’à constater qu’entre elles et les forces morales il n’y a rien de commun.
- « Auguste de La Rive avait pu comparer sa propre patrie avec l’Angleterre, à laquelle l’attachaient des liens étroits; avec la France, où le rappelaient souvent d’illustres amitiés, parmi lesquelles on ne saurait oublier, ici, M. de Tocqueville et M. de Montalembert ; avec la Savoie et l’Italie, où d’anciens rapports de famille avaient été rajeunis par l’intime affection qui l’unissait à son parent, le comte de Cavour, habitué, dès son enfance, à venir prendre, chaque année, quelques semaines de vacances ou de repos, à Présinge. Sur le terrain des idées libérales, le jeune savant et l’homme d’État futur, qui devait exercer une si grande influence ^sur ] les destinées de l’Italie, se trouvèrent longtemps à l’unisson. Placés, l’un et l’autre, au. début de la vie, dans des milieux défavorables à leurs convictions, ils savouraient ensemble le fruit défendu. Parfois, tandis que les anciens sommeillaient le soir, au coin du feu, dans le salon de Présinge, ils scandalisaient la partie féminine du cercle de famille par l’étalage exagéré de leurs opinions, que l’auditoire troublé n’osait ni contester ni combattre, de peur de réveiller ceux qu’elles auraient consternés. Parfois, ils allaient recevoir Simonde de Sismondi, à la dérobée et en conspirateurs. Cavour et de La Rive, partis du même point, furent, par la suite, souvent en désaccord : l’un, en lutte avec des gouvernements absolus, devenait, de plus en plus, partisan de la liberté; l’autre, aux prises avec les exigences de la démocratie, se rangeait, de plus en plus, parmi les conservateurs. Leur intimité n’en fut jamais atteinte, et si le buste de l’homme politique occupait dans le salon de notre confrère une place d’hon-
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- neuf en face de celui de l’illustre Rossi, de son côté Cavour ne parlait du savant qu’en termes émus, empreints, à la fois, d’une tendre affection et d’un profond respect.
- « Je ne résiste pas au plaisir de citer un passage de l’une de ses lettres intimes. Sans rien ajouter à un éloge que nous avons entendu, d’une oreille émue et charmée, il y a peu de jours, il présentera, peut-être, à quelques personnes, M. de Cavour sous un aspect nouveau.
- « Si ma lettre n’était pas si longue, dit-il, je vous parlerais de votre illustre ami,
- « M. de Broglie, que j’estime, je vénère et j’aime tous les jours davantage, surtout « parce qu’il montre ce que sont les Français quand ils suivent une bonne voie.
- « Lorsque vous m’aurez fait voir un duc de Broglie, Anglais ou Allemand, je commen-« cerai à douter de mon opinion sur la supériorité morale, intellectuelle et politique « de la France, opinion qui s’enracine chaque jour davantage dans mon esprit. »
- « Puissent ces paroles, prononcées par un étranger, par l’un des hommes les plus pénétrants de notre temps , rester à la fois, quoique n’étant sorties d’aucune chancellerie, comme une consolation et un avertissement pour notre pays; elles lui rappellent de quelle estime il a joui et de quels modèles il faut se rapprocher pour en être toujours digne.
- « M. Auguste de La Rive avait reçu beaucoup de la destinée. Issu d’une famille illustre et sans tache, élevé par un père doué d’un grand cœur et d’un grand esprit, maître d’une fortune qui rend les entreprises faciles, vivant dans un pays où le mérite est estimé à sa valeur, sa vie a été pleine, et aucune des jouissances que peuvent procurer l’amour des lettres et des arts, le culte de la science, la pratique de la bienfaisance, le dévouement à la patrie et les douceurs du foyer domestique ne lui a été refusée pendant de longues années. Lorsque, après nous avoir longtemps appartenu à titre de correspondant, il fut placé parmi nos associés étrangers, en raison de ses grands travaux, de ses découvertes et de sa réputation européenne, il m’écrivait : « Rien ne « manque à ma satisfaction désormais ; elle dépasse tout ce que j’avais espéré. » Cependant, les derniers jours de sa vie, obscurcis déjà par de pénibles perspectives, ont offert, tout à coup, le plus cruel exemple des vissicitudes de la destinée.
- « Il y a trois ans à peine, notre illustre confrère présidait, tantôt dans sa belle habitation de ville, tantôt dans son domaine de Présinge, au milieu d’une famille heureuse et florissante, à ces fêtes de l’intelligence dont sa noble hospitalité aimait à animer son foyer. Aujourd’hui, son frère, à qui la plus étroite affection l’unissait, son parent intime, M. Jules-François Pictet, l’un des naturalistes les plus éminents de l’époque actuelle, deux de ses gendres, qui promettaient à sa vieillesse de si fermes appuis, et Mme de La Rive elle-même, qui, dans sa douleur, n’a pu lui survivre que de quelques jours, tout a disparu en peu de mois. En pénétrant dans ces demeures, qui rappellent tant de souvenirs glorieux, en parcourant ces laboratoires, d’où sont sorties tant de découvertes, en traversant ces salons, naguère pleins d’animation et silencieux
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- aujourd’hui, dont les échos pourraient redire, de si nobles paroles, tombées de la bouche de l’élite des hommes de ce siècle, le cœur se gonfle et la poitrine se serre.
- « Mais on se souvient que l’homme éminemment bon, que le savant illustre et vénéré, dont la présence manque à ces domaines en deuil, y vivra toujours par des souvenirs ineffaçables. On se souvient qu’en quittant cette terre où il laisse sa trace, loin de se croire condamné à disparaître comme une vapeur éphémère qu’un rayon de soleil dissipe et dont il ne reste rien, Auguste de La Rive, plein de confiance dans l’avenir qui nous est réservé, mettait son espoir dans un séjour plus haut. On se souvient qu’il laisse, après lui, deux fils dignes de le comprendre et de lui succéder, objets d’une vive affection et d’une profonde confiance, un gendre et trois filles qu’il entourait d’une tendresse émue; on se souvient que, pleins de vénération pour sa mémoire, ils tiennent tous à conserver comme un patrimoine ces traditions de patriotisme, de bienfaisance et de respect pour le travail qu’il leur a léguées, et à les transmettre intactes aux héritiers de la vaillante race dont il résumait en sa personne, avec tant d’éclat, le grand cœur, la rare intelligence, les hautes vertus et la noblesse; on se souvient, enfin, consolation suprême, que l’hommage rendu à sa mémoire, ne s’arrêtant pas sur cette terre, monte vers des régions plus heureuses, où il est reçu par une âme immortelle et digne de son immortalité. »
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Observations sur les ta ©Es es des épreuves positives; par IKK. A. Davanne.
- — On a déjà donné de nombreuses explications sur les causes de ces taches qui apparaissent sur les épreuves positives, principalement dans les demi-teintes les plus délicates et dans les images des vignettes.
- Aujourd’hui j’appelle l’attention sur une cause que j’ai pu suivre depuis plusieurs mois et qui est en parfaite concordance avec l’explication que M. A. Girard et moi avons donnée, il y a longtemps déjà : la présence de particules métalliques.
- Ayant à faire un assez grand nombre d’épreuves positives, j’ai fait acquisition d’une rame depapier albuminé, qui m’a fourni, chaque jour, tous les spécimens que je pouvais désirer au point de vue de la multiplicité des taches, ce qui m’a permis certaines remarques pouvant, je crois, conduire à la vérité.
- Ces taches se présentent tantôt isolées, quoique nombreuses, dans les teintes légères et dans les ciels dégradés de mes épreuves; tantôt elles sont groupées au hasard comme une constellation, tantôt elles affectent sur plusieurs épreuves successives une même position régulière comme une ou plusieurs lignes droites. C’est surtout cette forme
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- régulière qui attira mon attention, car elle ne pouvait résulter du hasard; en effet, si des taches disséminées par groupes peuvent être attribuées à des particules métalliques disséminées elles-mêmes dans toute une cuvée, il ne peut en être ainsi d’une série de taches affectant la forme régulière d’une ligne droite ou courbe, et il fallait chercher une cause extérieure.
- Dans les épreuves les plus couvertes de taches blanches, la surface albuminée du papier ne présente aucune trace particulière ; rarement même on découvre ce point central noir autour duquel la tache s’élargit en auréole blanche et donne ce que nous appelons, à tort je crois, les points de fer; mais, si l’on examine par transparence avec une loupe suffisamment forte, le plus souvent on voit un centre plus foncé, et en retournant l’épreuve on trouve toujours le point noir au dos delà feuille. Ce point noir métallique presque microscopique est formé d’argent réduit par une autre particule métallique, bien plus fine encore, qui était attachée au dos de l’épreuve avant la sensibilisation. Le métal étranger réagit sur les sels d’argent, soit lors de la sensibilisation, soit plus tard, suivant les conditions de la préparation, et la réaction se marque par une auréole blanche ; elle se fait sur des quantités de matière si minimes, qu’elle n’est le plus souvent visible que dans les teintes légères.
- Comment les particules métalliques sont-elles venues s’incruster sur l’envers des papiers? Nous ne pouvons encore répondre que par des hypothèses qui, toutefois, se déduisent d’une façon si logique, qu’il nous semble difficile de ne pas les admettre.
- En effet, nous voyons tout d’abord que le plus souvent ces taches existent avant le collage sur Bristol, ce qui libère ce dernier de toute accusation. Elles ne peuvent résulter des manipulations faites chez le photographe, car toutes les feuilles ne sont pas entachées de la même manière, et j’ai essayé, dans'les mêmes conditions, le papier de deux fabriques différentes : l’un donnait toujours des taches, l’autre n’en donnait pas; donc les causes des taches ne sont pas dans l’atelier du photographe. Si nous remontons plus haut et si nous passons à l’atelier d’albuminage, nous voyons qu’on ne saurait non plus l’accuser; car le côté de l’albumine est rarement marqué du point noir métallique, ce point est toujours au dos ; de plus, les deux papiers que nous avons essayés avaient été albuminés dans la même maison, et un seul, portant toujours la même marque de fabrique, présente des taches; l’autre, provenant d’une autre fabrique, n’en présente pas. Nous ne pouvons donc faire autrement que de dire que la cause des taches étudiées aujourd’hui remonte à la fabrication première du papier.
- Poussons plus loin notre examen, et nous verrons que ces mêmes papiers remplis de taches provenant de l’envers ne présentent que bien rarement ces mêmes taches sur la face de l’épreuve, beaucoup moins peut-être que les meilleurs papiers de toute autre fabrication étrangère, ce qui nous prouve que la pâte même du papier est fabriquée avec un soin tout exceptionnel, aussi bien pour le choix que pour la trituration du chiffon. La cause des taches ne semble donc pas préexister dans la pâte; elle doit être
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- NOTICES INDUSTRIELLES. ---AVRIL 1875.
- produite à partir du moment où la pâle se forme en feuille, jusqu’au moment où cette feuille est livrée à l’album inage.
- Les taches doivent donc provenir soit d’une légère usure des toiles métalliques sans fin qui reçoivent la pâte, soit des cylindres qui sèchent la feuille formée, soit des procédés de satinage.
- Nous pensons que le dernier mot de cette recherche appartient au fabricant qui pourra se rendre compte du point défectueux, soit par des essais fractionnés, soit par une étude microscopique de toute la surface de la feuille, qui fera peut-être connaître la nature du métal : laiton, si c’est la toile sans fin ; fer, si ce sont les cylindres ; zinc, si c’est le laminage; ou même il se pourrait qu’il y ait eu contact, dans des conditions que je ne saurais expliquer, entre le dos du papier et les particules métalliques détachées par l’usure des coussinets.
- Je dois ici remercier M. Van Ténac qui, pour faciliter la démonstration des faits que j’explique, amis à ma disposition ses appareils d’agrandissement, a fait quelques grands clichés de ces épreuves ingrates, et qui est prêt à répéter ces agrandissements pour rendre ces taches alternativement visibles sur le dos et sur la face de l’épreuve.
- (Bulletin de la Société française de photographie.)
- Moyen jtroprc à éteindre le pétrole enflammé. — Un pharmacien d’Anvers a trouvé que les vapeurs de pétrole et d’autres matières inflammables perdent leur inflammabilité lorsqu’elles sont mélangées au chloroforme. Si, par exemple, dans un récipient plat, on verse 1 litre de pétrole, de telle sorte que celui-ci s’élève à lcc du fond du vase et qu’il couvre une surface d’environ 10 décimètres carrés, si on vient à enflammer ce pétrole et si, lorsque la flamme s’est étendue sur toute la surface du liquide, on verse environ 50 centimètres cubes de chloroforme, la flamme disparaît aussitôt. Le chloroforme s’élève ici au 1/20 du pétrole, mais ne pourrait s’élever qu'au 1/60. L’auteur de cette découverte propose de l’employer pour éteindre les incendies de pétrole, et dans ce but on devra avoir une provision de chloroforme dans les magasins où l’on renferme ce liquide, comme sur les navires qui en sont chargés.
- Le prix élevé du chloroforme fait peut-être, au premier aspect, paraître trop coûteux l’emploi de ce procédé ; mais les frais d’achat d’une quantité même assez grande de ce liquide sont cependant très-faibles, relativement à la valeur du pétrole de tout un magasin ou du chargement d’un navire. Du reste, on obtient le même effet avec le tétrachlorure de carbone, que l’on peut préparer en grand, relativement à bon marché, par la réaction du chlore sur une dissolution d’iode dans le sulfure de carbone.
- ( Wochenschrift der N. QE. Geverbe-Vereines). N° 48. — 1874.
- PARIS. — IMPRIMERIE OE Mu,e Ve BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5.
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- APPAREIL SERVANT A T K A CE B LES COURBES REPRESENTATIVES DE LA COMPOSITION DES MOUVEMENTS VIBRATOIRES. PAR M. LISE AJOt S
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- 94e année.
- Troisième série, tome II.
- IVIai 1895.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIETE D’ENCOERAGEMEM
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- TISSAGE.
- Rapport fait par M. Alcan, au nom du comité des arts mécaniques, sur les
- PROGRÈS APPORTÉS à la FABRICATION DES PELUCHES ET DES VELOURS dans les
- établissements de Mme Y* J. B. Martin, par M. Dubu, directeur, à Tarare.
- Il y a vingt ans, M. J. B. Martin, fabricant de peluches à Tarare, appela l’attention de la Société sur des procédés de son invention. Ces procédés eurent un résultat tel, que les peluches allemandes, recherchées jusqu’alors de préférence sur tous les marchés étrangers, furent délaissées en faveur des produits français dont la supériorité est si marquée depuis cette époque, que le commerce prussien devint à son tour tributaire de notre industrie.
- Les progrès réalisés par M. J. B. Martin ont été constatés dans une visite que nous lui avons faite en 1855 et consignés dans un rapport inséré au Bulletin de la Société (1) ; vous avez décerné alors à M. Martin une médaille d'or. Depuis ce moment jusqu’à sa mort, le créateur des vastes usines dont vous a entretenus notre premier compte rendu n’a cessé de développer ses exploitations. Il y a notamment ajouté un tavelage de 2000 tavelles et un moulinage de 18 000 fuseaux où sont employées 500 jeunes filles. Cet établissement est non moins remarquable par son organisation industrielle que par ses moyens techniques. Devançant les prescriptions de la loi qui va être appliquée sur le travail des enfants, les ateliers de Tarare n’admettent pas les jeunes filles au-dessous de 13 ans; le travail de nuit y est interdit, et il
- (1) Voy. 2e série du Bulletin, t. Il, 1855, p. 385, et t. III, p. 181. Tome II. — 74e année. 3* série. — Mai 1875.
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- TISSAGE. ---MAI 1875 .
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- y est pourvu aux besoins intellectuels, moraux et religieux de la façon la plus consciencieuse. Cette usine est Tune des premières où l’on ait commencé à travailler les soies exotiques sur une large échelle, à les traiter et à les rectifier avec un soin et une précision tels, que ces soies ont pu remplacer les plus belles matières indigènes et d’Italie pendant la crise séricicole qui n’a pas encore entièrement disparu chez nous.
- M. J. B. Martin a été enlevé à sa veuve et à ses enfants en bas âge en 1867. Ses nombreux établissements auraient pu péricliter si de son vivant, et dès 1859, il ne s’était adjoint un collaborateur digne de lui. Ce collaborateur est M. Achille Dubu, ancien élève de l’École polytechnique. Grâce à son habile et intelligente direction, les établissements Martin, malgré les épreuves que l’industrie en général, et celle des peluches en particulier, ont eu à supporter, ont non-seulement vu s’accroître leur importance et la considération universelle dont ils jouissent, mais on y a créé des produits nouveaux qu’il est intéressant de vous signaler au point de vue technique, et des résultats qui en ont été la conséquence.
- En 1867, la maison ne produisait que la peluche noire et le velours mécanique noir. Aujourd’hui on y fabrique, en dehors de ces deux articles, la peluche de couleur, le velours mécanique de couleur et le velours au fer. Nous mentionnerons tout particulièrement la fabrication du velours de qualité spéciale qui s’emploie dans les usages où celui dit de Crefeld avait été recherché jusqu’alors. Ce but a été atteint par la confection simultanée de deux pièces sur les métiers dont le système est celui des métiers à peluche. Les seuls points dissemblables qui existent entre la peluche et le velours consistent dans la hauteur du poil ou duvet et la direction de ce duvet ; mais de cette simple différence , insignifiante au premier abord, il résulte des conditions techniques qui réclament des moyens précis d’une délicatesse extrême. On s’en rendra facilement compte par l’énoncé du problème. La hauteur du duvet de la peluche est de 2mm,50, celle du poil destiné à être fendu par le milieu de sa hauteur pour fournir la surface pelucheuse aux deux pièces est, par conséquent, de 5 millimètres; pour le velours, cette hauteur n’est plus que de 2 millimètres, qu’il s’agit de diviser mathématiquement en deux parties égales, de manière à avoir un duvet de 1 millimètre à chacune des pièces. Cette section doit avoir lieu sur des largeurs de 0m,39 à 0m,49, contenant de 1 100 à plus de 2 000 fils, suivant les qualités.
- De plus, ce poil de velours doit rester perpendiculaire à la surface, tandis que celui de la peluche doit être couché. La moindre déviation dans la
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- TISSAGE. -- MAI 1875. ^3
- livraison du poil du velours ou dans sa tension aurait l’influence la plus fâcheuse sur le produit; il en serait de même si lé rabot automatique qui sépare les deux surfaces n’agissait suivant un plan horizontal invariable, de façon à fournir une surface fraîche et vive, d’une netteté absolue. Ces résultats ont été atteints au moyen de perfectionnements de détails qui donnent à ces métiers à tisser automatiques un fonctionnement aussi parfait que celui d’un instrument de précision. Ces métiers travaillent avec une si grande sûreté, qu’ils ont fourni, l’an dernier, pour plus d’un million et demi de velours de ce genre, sur la place de Londres seulement, et en concurrence avec les produits similaires de Crefeld. Il est probable que ce nouvel article français, qui possède, à prix égal, des qualités supérieures à son rival, le remplacera comme nos peluches ont remplacé celles de la même contrée. La fabrication par le nouveau métier français permet, en outre, de payer un salaire ptus élevé aux tisserands. Si nous sommes bien informé, un tisseur allemand ne peut faire que 2 mètres par jour environ, qui lui sont payés, en moyenne, 3 francs.
- Avec les métiers français à double pièce, l’ouvrier, suivant son habileté, peut produire de 4 à 7 mètres et gagner de 4 fr. 24 cent, à 7 fr. 42 cent ; soit, en moyenne, 5 fr. 83 cent.
- La teinture, qui joue un rôle si important et qui a été longtemps dans cette direction la pierre d’achoppement, n’a cessé de progresser dans les établissements Martin. Pour se mettre à l’abri de l’impureté des eaux de Lyon et de l’insuffisance de celles de Tarare, où la teinturerie existait auparavant, la maison en a créé une considérable à Roanne, où se teignent non-seulement ses tissus, mais encore une grande quantité de soie de Lyon. La teinturerie de l’établissement est renommée pour ses couleurs fines et sans surcharge ; la maison a, en effet, toujours résisté à l’entraînement presque général sous ce rapport, surtout lorsqu’il s’agit de certaines nuances.
- Ne pouvant entrer ici dans tous les détails que comportent les progrès continus de cette importante exploitation, nous en résumerons les conséquences.
- En 1855, la maison Martin avait quatre établissements et faisait un chiffre d’affaires de 6 à 7 millions annuellement. Aujourd’hui son exportation seule atteint ce chiffre, auquel concourent neuf établissements industriels occupant plus de 3 000 ouvriers. L’une de ces annexes présente un intérêt tout particulier et mérite une mention spéciale, c’est celle de Pont-à-Mousson, rapidement élevée après la guerre et où fonctionnent déjà 100 métiers des-
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- servis par des ouvrières et ouvriers lorrains qui se sont empressés de venir se fixer autour de l’établissement créé à leur intention, et où ils ont la satisfaction de prendre une revanche pacifique en faisant la concurrence aux articles du pays dont ils ont failli devenir les sujets forcés. La masse des produits de ces diverses manufactures s’écoule par trois maisons de vente dont les sièges sont à Paris, Lyon et Londres. L’ensemble des faits remarquables que nous n’avons pu que vous esquisser est dû au digne et habile continuateur de J. B. Martin; ils ont été l’objet des distinctions les plus élevées à toutes les Expositions internationales, cependant la maison Martin, comme la plupart de nos grands établissements, recherche l’appréciation de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale. Mme Ve Martin réclame votre examen, surtout en faveur des services rendus par M. Dubu, dans les termes suivants extraits de sa demande.
- « J’appelle donc toute votre juste bienveillance sur M. Dubu, non-seulement à cause de ses mérites, mais aussi comme veuve et mère bien reconnaissante. »
- L’expression de ces sentiments peut se passer de tout commentaire; nous avons donc l’honneur de vous proposer, Messieurs, 1° de remercier Mmo Ve Martin de sa très-intéressante communication ; 2° de témoigner votre satisfaction à M. Dubu pour les progrès que nous vous signalons, et dont les résultats ont, sur notre industrie et surtout sur notre exportation, de si heureuses conséquences; 3° l’insertion, au Bulletin, du présent rapport.
- Signé Michel Alcan, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 12 mars 1875.
- TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE.
- Rapport fait par M. le comte du Moncel, au nom du comité des arts économiques', sur ^Indicateur télégraphique pour le service des hôtels, présenté par M. Debayeux, rue des Blancs-Manteaux, k\, à Paris.
- Messieurs, on emploie, comme vous le savez, dans les hôtels, des cadres ou tableaux indicateurs à numéros indiquant, sous l’influence d’une action électrique, les numéros des chambres qui ont sonné ; mais on comprend
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- aisément que le service d’un hôtel serait très-simplifié si, à cette indication de l’appartement qui a appelé, se joignait la désignation de l’objet pour lequel on réclame la présence du domestique de l’hôtel. Or c’est ce problème qu’a résolu M. Debayeux dans l’appareil qu’il vous a présenté.
- Cet appareil est, en quelque sorte, un petit système télégraphique adapté à chaque numéro de chambre sur le tableau indicateur, et qui se manœuvre à l’aide d’un transmetteur très-simple, tenant lieu, dans chaque chambre, du bouton de sonnerie.
- Le dispositif de ce système télégraphique est très-simple. Au-dessous du numéro des chambres, sur le tableau indicateur, se trouve un guichet assez grand, sur lequel sont inscrits, les uns au-dessous des autres, les ordres les plus habituels que donnent les voyageurs, et c’est une aiguille indicatrice, se mouvant de haut en bas, qui, en s’arrêtant devant l’une ou l’autre de ces indications, la désigne à l’attention du domestique de l’hôtel après que la sonnerie a été mise en mouvement.
- Le dispositif mécanique employé pour réaliser cet effet est analogue à celui d’un petit télégraphe à échappement sans mouvement d’horlogerie, et il a pour fonction de laisser défiler, plus ou moins, un fil auquel est attachée l’aiguille indicatrice, et qui est enroulé sur une poulie.
- En même temps que cet effet se produit, un rhéotome, relié à la sonnerie d’appel, est mis en action et produit sur cette dernière un tintement qui peut se prolonger jusqu’à ce que le domestique appelé l’ait arrêté en remontant l’aiguille indicatrice à son point de départ ; ce que l’on fait par un moyen analogue à ceux déjà mis en usage dans les cadres à numéros ordinaires.
- Le transmetteur est tout aussi simple ; il est muni d’un guichet exactement semblable à ceux des cadres à numéros, et porte les mêmes ordres. Une aiguille indicatrice, dirigée par un bouton qui se trouve sur le côté de l’appareil, peut être placée devant tel ou tel signal el, dans le mouvement qu’elle accomplit, elle réagit sur un interrupteur de courant, qui fournit le nombre d’émissions et d’interruptions nécessaire pour la désignation du signal. Quand celui-ci est transmis, on ramène l’aiguille à sa position initiale en pressant le bouton contre l’instrument et en le soulevant ; mais on pourrait obtenir automatiquement cet effet en adaptant à l’appareil un petit électro-aimant, qui déclancherait l’aiguille lorsque le domestique appelé remettrait en place l’aiguille du tableau indicateur.
- La simplicité du mécanisme employé par M. Debayeux pour résoudre
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- le problème qu’il s’était proposé a paru à votre comité digne d’intérêt, et en conséquence il vous prie, Messieurs, de décider que des remercîments soient adressés à M. Debayeux pour son intéressante communication, et que le présent rapport soit inséré au Bulletin avec le dessin de son appareil.
- Signé Comte Th. du Moncel, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 2-4 avril 1874.
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA PLANCHE 25 REPRÉSENTANT L’iNDICATEUR TÉLÉGRAPHIQUE
- DE M. DERAYEUX.
- Fig. 1. Vue, en élévation, du mécanisme du répétiteur ou récepteur dont est muni chaque numéro du tableau indicateur des chambres de l’hôtel.
- Fig. 2. Yue, en élévation, du côté droit de la boîte du transmetteur qui se trouve placée dans chaque chambre de l’hôtel.
- Fig. 3. Vue, en élévation, du même, dans un plan perpendiculaire à celui de la figure 2.
- Fig. k. Yue, en élévation, du système complet avec sonnerie d’un indicateur télégraphique installé pour une seule chambre.
- Transmetteur (fig. 2 et 3). — A, côté droit de la boîte.
- B, coulisse à jour entaillée dans toute l’épaisseur du bois.
- C, lame de cuivre fixée à gauche de la coulisse et portant un nombre de dents égal à celui des ordres que l’indicateur doit fournir ; dans le modèle représenté ici, ce nombre est de quinze.
- D, fil conducteur mettant la lame G en communication avec le répétiteur ou récepteur dont il sera parlé ci-après.
- E, crémaillère fixée à droite de la coulisse B, parallèlement à la lame G, et servant à conduire la transmission.
- F, lame de cuivre formant ressort (fig. 2), dont l’extrémité supérieure se recourbe d’équerre et vient appuyer, en glissant, sur les dents de la lame G, ou se placer entre ces dents, pour déterminer alternativement des émissions ou des interruptions de courant.
- G, bouton de manœuvre de l’indicateur servant à conduire la lame F.
- H, aiguille conduite également par le bouton G, et servant à arrêter la main de l’opérateur sur celle des demandes inscrites qu’il veut transmettre.
- I, cliquet relié au système, et suivant le bouton de manœuvre en descendant le long de la crémaillère ; sa fonction est d’empêcher la main de l’opérateur de rétrograder.
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- TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE.
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- m
- J, plaque de cuivre mince, faisant ressort et appuyant contre la coulisse B, pour régulariser la marche de l’appareil.
- K, petit galet monté sur ressort et appuyant contre la joue de la crémaillère, pour assurer un contact métallique constan entre cette crémaillère et la lame de cuivre F.
- En résumé, la lame F, le bouton G, l’aiguille H, le cliquet I, la plaque J et le galet K sont solidaires, et ne forment qu’une seule et même pièce qui se manœuvre par le bouton G.
- L, fil conducteur venant de la pile et relié à la crémaillère E.
- Il résulte de ce qui précède que, toutes les fois que l’extrémité supérieure de la lame F est mise en contact avec l’une quelconque des dents de la lame C, le circuit est fermé et le courant de la pile passe dans le fil D.
- Lorsqu’on veut remonter tout le système que commande le bouton G, il suffit d’appuyer sur ce bouton pour faire cesser les contacts et décrocher, en même temps, le cliquet I; puis, en même temps qu’on appuie, on refoule le bouton jusqu’en haut de la coulisse B.
- Ainsi que l’indique la figure k, les organes que nous venons de décrire sont fixés à l’intérieur d’une boîte vitrée, sous le verre de laquelle on n’aperçoit que l’aiguille indicatrice et la carte des 15 signaux ou demandes diverses que parcourt cette aiguille.
- Répétiteur ou récepteur (fig. 1). — a, cage renfermant tous les organes de l’appareil.
- h, tableau indicateur des chambres de l’hôtel, sur le fond duquel la cage a est fixée par des vis.
- c, c, bobines de l’électro-aimant.
- d d!, palette de contact de l’électro-aimant, articulée en d.
- e, ressort antagoniste de la palette d d'.
- f, vis servant à régler la course de la palette.
- g, roue d’échappement commandée par la palette d d!.
- h, poulie à gorge calée sur l’axe de la roue d’échappement g.
- i, aiguille indicatrice faisant contre-poids, glissant le long d’une rainure verticale et transmettant les ordres sur une carte de signaux identique à celle du transmetteur, et placée sur toute la hauteur de la cage a, qu’elle cache entièrement.
- j, fil s’enroulant sur la poulie h et passant sur un galet de renvoi, pour venir s’attacher à l’aiguille indicatrice y qu’il commande.
- k, autre fil s’enroulant sur une petite poulie placée sur le même axe que la grande poulie h ; les choses sont disposées de telle sorte que, lorsque l’aiguille descend et que, par conséquent, le fil j se déroule, le fil k s’enroule au contraire, et réciproquement.
- l, petite boule d’un poids inférieur à celui de l’aiguille indicatrice et attachée à l’extrémité inférieure du fil k, qu’il suffit de tirer lorsque l’aiguille est au bas de sa course pour la ramener à son point de départ en haut de la carte des signaux. Cette traction s’opère de l’extérieur au moyen du dispositif suivant :
- m, levier à ressort fixé au-dessous de la cage a et dont l’amplitude de course, en
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- ARTS CHIMIQUES.
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- haut comme en bas, est limitée par un buttoir ; le fil k traverse le bras de ce levier.
- n, bouton placé en dehors du tableau b et relié par un fil au levier m; on comprend que, en tirant ce bouton, le levier m s’abaisse et, rencontrant la boule /, opère la traction du fil k.
- o, lames de contact de l’interrupteur pour la sonnerie. Cette interruption, qui envoie le courant à la sonnerie, se produit lorsque l’aiguille du transmetteur (fig. 2) passe en regard de la première indication de la carte des signaux. Lorsqu’on remonte au point de départ l’aiguille i du régulateur dans la position qu’indique en ponctué la figure 2, un buttoir p, attenant à cette aiguille, soulève la lame supérieure de l’interrupteur, et, le contact cessant entre les deux lames, la sonnerie s’arrête.
- L’appareil ci-dessus décrit doit se répéter, dans le cadre de l’hôtel, autant de fois qu’il y a de numéros de chambres.
- Installation des appareils composant l'indicateur télégraphique (fig. 4).—q, pile de l’indicateur.
- q’, pile de la sonnerie.
- r, fil conducteur reliant le transmetteur à la pile q.
- s, fil reliant le transmetteur au répétiteur.
- t, fil reliant la sonnerie au répétiteur.
- *w, fil mettant en communication le répétiteur avec les fils conducteurs venant des deux piles et qui aboutissent à des pôles semblables.
- v, fil mettant la sonnerie en communication avec la pile q'.
- (M.)
- ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Cloez , au nom du comité des arts chimiques, sur la fabrique de superphosphate de chaux de MM. Maxime Michelet et Paul Thibault, rue de Thionville, 6 [à la Villette-Paris).
- Messieurs, le changement opéré depuis un demi-siècle dans la pratique agricole par l’adoption de procédés de culture plus ou moins intensive a nécessité l’emploi d’une quantité d’engrais beaucoup plus considérable que par le passé; la production limitée du fumier de ferme s’est trouvée, par suite, insuffisante, et on a été obligé de recourir à l’emploi de succédanés, parmi lesquels le guano, le noir des raffineries, les tourteaux ont occupé le premier rang.
- Ces produits, eux-mêmes, n’ayant apporté qu’un faible appoint aux
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- ARTS CHIMIQUES. — MAI 1875.
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- besoins de la consommation, on a recherché partout les éléments nécessaires au développement des végétaux ; on a été amené ainsi à faire usage des engrais dits chimiques, comprenant des sels ammoniacaux, des sels de potasse et enfin du phosphate de chaux.
- Ce dernier composé se trouve généralement dans le sol à l’état de phosphate tribasique, insoluble dans l’eau pure ; sous cette forme, son assimilation est très-lente ; on a pensé qu’il serait avantageux de le transformer en phosphate soluble en le traitant par l’acide sulfurique.
- L’utilité de cette transformation est généralement reconnue aujourd’hui. Le phosphate acide de chaux se décompose, il est vrai, au contact du carbonate calcaire contenu dans le sol, mais sans retourner à l’état de phosphate trical-cique, il forme le composé intermédiaire bibasique qui se dissémine dans la terre, pénètre jusqu’aux racines et se trouve ainsi dans les meilleures conditions pour être absorbé facilement.
- L’Angleterre a eu, jusque dans ces derniers temps, le monopole de la production du phosphate acide ou superphosphate de chaux. Ses fabricants d’engrais venaient exploiter en France nos gisements les plus riches de phosphate tribasique, et ils nous renvoyaient le produit transformé, défiguré par son mélange avec d’autres matières plus ou moins inertes.
- Depuis quelques années, cependant, il s’est établi, chez nous, des fabriques de superphosphate analogues à celles qui existent depuis longtemps en Angleterre, et où l’on emploie les mêmes procédés de traitement.
- La manière d’opérer la plus simple, encore employée dans quelques fabriques, consiste à mélanger, sur une aire battue imperméable ou dans des bacs en bois doublés de plomb, à l’aide de râteaux, de la poudre de phosphate de chaux et de l’acide sulfurique étendu.
- On se sert aussi d’un mélangeur ouvert de grande capacité, ayant la forme d’une auge demi-cylindrique, dans lequel se meut un axe horizontal muni de palettes en bois ; on verse dans ce mélangeur un volume donné d’acide sulfurique et un poids équivalent de poudre de phosphate; on brasse vivement pendant quelque temps, puis on laisse tomber le mélange dans dés citernes en maçonnerie ouvertes par on haut, en débouchant une large ouverture située à la partie inférieure de l’auge.
- Cette manière d’opérer présente de graves inconvénients ; d’abord l’opération est nécessairement intermittente, puis elle donne lieu à un dégagement abondant de vapeurs acides, incommodes et nuisibles aux ouvriers. M. Maxime Michelet a employé, pendant les premiers temps de son installation, une mé-
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- thode analogue, qu’il a dû abandonner pour y substituer un procédé de fabrication en vase clos, dans lequel les vapeurs acides produites sont aspirées par un ventilateur et poussées dans le haut des cheminées de l’usine, après avoir traversé une colonne de coke humide.
- La nouvelle fabrique de M. Maxime Michelet a été installée complètement par M. Paul Thibault ; elle est située rue de Thionville, 6, à la Yillette, à proximité du canal et de la station du chemin de fer de ceinture.
- Chargés, par votre comité des arts chimiques, d’examiner le fonctionnement de cette usine, ainsi que la qualité des produits fabriqués, nous l’avons visitée, M. Troost et moi, dans tous ses détails, et nous avons pu apprécier les avantages incontestables du nouveau mode de fabrication.
- L’usine se compose de deux corps de bâtiment indépendants, dont l’un est consacré à la fabrication et l’autre au magasinage des matières premières et des produits fabriqués. Grâce à la disposition des appareils imaginés par M. Paul Thibault, la fabrication est toute mécanique, et telle, que les matières premières entrant par une extrémité de l’usine sortent, par l’autre bout, toutes transformées et sans avoir subi aucun retour en arrière.
- La force motrice nécessaire au fonctionnement des appareils est fournie par deux machines à vapeur, Tune fixe horizontale, de la force de 30 chevaux; la seconde, locomobile, de la force de 10 chevaux.
- Les phosphates naturels de diverses provenances, du Lot, des Ardennes, de l’Estramadure, servent seuls à la fabrication; on a soin de les assortir de manière à avoir, autant que possible, des produits de même composition.
- Lorsque ces minéraux sont humides, on les soumet à une dessiccation préalable en les chauffant dans un four à réverbère; ils sont ensuite broyés sous des meules verticales en fonte, très-pesantes, et la matière pulvérulente est blutée à travers une toile métallique très-fine; la poudre tamisée est ensuite mélangée avec de l’acide sulfurique à 53 degrés au moyen d’un appareil fort ingénieux qui se compose :
- 1° De deux chaînes à godets, Tune en gutta-percha, servant à monter l’acide sulfurique à la partie supérieure du bâtiment; l’autre en bois, pour élever le phosphate pulvérisé. Ces chaînes à godets sont commandées par des cônes différentiels montés sur un même arbre, ce qui permet de leur donner une vitesse variable, suivant la richesse du minéral, tout en conser-' vant entre le débit des godets un rapport constant.
- 2° D’un mélangeur cylindrique en fonte, muni d’un axe mobile à palettes, dans lequel les godets versent Tacide et la poudre, et où le mélange s’effectue.
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- 3° De quatre chambres en maçonnerie, ayant, chacune, environ 20 mètres cubes de capacité. C’est dans ces chambres que tombe le mélange à l’état de bouillie liquide, par l’intermédiaire d’un tuyau cylindrique mobile, autour d’un axe vertical dont le déplacement permet de remplir l’une quelconque des chambres; le mélange acide solidifié dans les chambres en est retiré au bout de trente-six heures par des ouvertures latérales tenues bouchées pendant le remplissage par des portes en bois doublées de plomb.
- 4° D’un aspirateur destiné à enlever les vapeurs acides du mélangeur et des chambres en maçonnerie, et à les faire passer dans une colonne à coke humectée d’eau; les produits non condensés passent dans la grande cheminée de l’usine.
- 5° D’un broyeur Carr servant à désagréger le phosphate sec et à le réduire en poudre grenue bien homogène.
- Les avantages de cet appareil sont nombreux et évidents ; il y a :
- 1° Continuité dans la fabrication ;
- 2° Économie considérable de main-d’œuvre;
- 3° Absence complète de vapeurs acides et irritantes;
- 4° Condensation de ces vapeurs qui, lorsqu’on traite des phosphates du Lot, contiennent de fortes proportions d’iode et d’acide iodhydrique.
- L’usine de M. Michelet reçoit et emploie, annuellement, 4 à 5 000 tonnes de phosphate de chaux de diverses provenances et plus de 30 000 touries d’acide sulfurique à 53°. La quantité de produits fabriqués s’élève par an à 6 ou 7 000 tonnes de superphosphate, contenant 12 à 14 pour 100 d’acide phosphorique anhydre soluble correspondant à 26 ou 30 pour 100 de phosphate de chaux tribasique.
- La disposition des appareils que nous avons indiquée permet de recueillir tout l’iode entraîné à l’état de vapeur ou à l’état d’acide iodhydrique pendant la fabrication du superphosphate de chaux, mais on n’obtient de cette manière qu’une fraction de l’iode contenu dans les matières premières. Si on voulait joindre, comme accessoire à la fabrication du superphosphate, l’exploitation de l’iode, il faudrait trouver le moyen d’extraire complètement la portion de ce corps retenue dans la masse. Quant à la partie d’iode dissoute par l’eau de la colonne à coke, elle passe à l’état d’iodure ferreux par suite de l’attaque de ce métal, qui forme les appareils ; en traitant la dissolution par une quantité convenable de sulfate de cuivre, on en précipite de l’iodure cuivreux insoluble, d’oii on peut extraire l’iode par l’action de l’acide sulfurique à 66°.
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- Indépendamment de la fabrication du phosphate acide de chaux, M. Michelet prépare un engrais azoté à base de phosphate soluble qu’il désigne sous le nom de kopros-guano. C’est un très-bon produit, semblable au phos-pho-guano anglais, dont il possède , d’ailleurs, la composition et les propriétés, ‘
- En résume , l’usine de M. Michelet peut fournir actuellement, comme appoint aux besoins de notre agriculture, deux sortes de produits fabriqués, qui se trouvent dans les meilleures conditions d’emploi par leur grand état de division, par leur homogénéité et par leur composition.
- En raison des perfectionnements apportés par MM. Michelet et Thibault dans le mode de fabrication du superphosphate de chaux, par la marche régulière et continue de l’opération, et surtout par l’absorption plus complète, au moyen de la colonne de coke, des vapeurs acides nuisibles produites par l’action de l’acide sulfurique, votre comité des arts chimiques vous propose de remercier les auteurs de leur intéressante communication, et d’ordonner l’insertion du présent rapport au Bulletin, avec une ou plusieurs planches à l’appui pour les dessins des appareils.
- Signé S. Cloez, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 24 décembre 1874.
- LÉGENDE DE -LA PLANCHE 26 REPRÉSENTANT LES APPAREILS POUR LA FABRICATION DU SUPERPHOSPHATE DE CHAUX DE MM. MICHELET ET THIBAULT.
- Fig. 1. Élévation longitudinale partielle de l'ensemble des appareils.
- Fig. 2. Section verticale de la pompe à acide sulfurique.
- Fig. 3. Section verticale du robinet à flotteur.
- Fig. 4. Section verticale partielle de la chaîne à godets pour l’acide sulfurique.
- Fig. 5. Section verticale partielle de la chaîne à godets pour le phosphate pulvérisé.
- A, bac en bois doublé de plomb, servant de réservoir à l’acide sulfurique. (Voy. à gauche, fig. 1.)
- B, pompe aspirante et élévatoire, prenant l’acide dans le réservoir A (le détail en sera donné plus loin).
- C, récipient dans lequel l’acide est élevé par la pompe.
- D, tuyau en plomb par lequel l’acide s’écoule du récipient G dans le second réservoir E placé près des chaînes à godets.
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- E, réservoir alimentant d’acide une auge en fonte, dans laquelle puise la chaîne à godets chargée de remonter l’acide jusqu’au malaxeur placé à l’étage supérieur; l’alimentation de cette auge se règle au moyen d’un robinet à flotteur, dont le détail sera donné ci-après.
- F, chaîne à godets prenant dans le bas la poudre de phosphate et la remontant au malaxeur ; c’est derrière cette chaîne et parallèlement qu’est placée la chaîne à godets qui remonte lucide : on ne peut donc la voir sur la figure 1, mais la figure 4 indique la forme des godets qui sont en gutta-percha, tandis que les godets de l’autre chaîne (fig. 5) sont simplement en bois.
- G, G, cônes différentiels moteurs des deux chaînes à godets, permettant de varier les proportions d’acide et de phosphate en poudre suivant la composition de ce dernier.
- H, conduit amenant au malaxeur I la poudre de phosphate et l’acide.
- I, malaxeur à axe horizontal avec palettes en hélice.
- J, mouffle servant à ouvrir la porte de visite du malaxeur.
- K, poulie motrice de l’axe du malaxeur.
- L, tuyau mobile amenant le mélange sortant du malaxeur dans l’une quelconque des quatre chambres en maçonnerie.
- M, levier de manœuvre servant à amener, à volonté, l’extrémité inférieure du tuyau L au-dessus de l’orifice de celle des chambres qu’on veut remplir.
- N, orifice des chambres au nombre de quatre.
- O, chambres en maçonnerie de briques avec armatures en ferj les quatre chambres forment un seul massif.
- P, portes par lesquelles on sort des chambres le superphosphate obtenu ; il y en a deux de chaque côté du massif.
- Q, escalier conduisant à la plate-forme sur laquelle est installé le malaxeur.
- R, colonne remplie de coke humide, au travers de laquelle sont forcées de passer les vapeurs acides provenant des chambres en fonctionnement; elle est munie, à sa partie inférieure, d’une porte de décharge.
- S, petit réservoir placé au-dessus delà colonne à coke et fournissant un mince filet d’eau destiné à humecter le coke.
- T, tuyau amenant les vapeurs acides des chambres dans la colonne à coke.
- U, ventilateur aspirant, à axe horizontal, placé au bas de la colonne à coke et entraînant les vapeurs acides à travers cette colonne.
- Y, poulie fixe et poulie folle pour la commande du ventilateur U.
- W, registres permettant d’établir ou d’intercepter la communication des chambres avec le ventilateur aspirateur.
- X, broyeur du système Garr servant à pulvériser le superphosphate (1); il est installé entre le massif des chambres et le bac à acide A.
- (1) Cet appareil a été déjà publié au Bulletin ; voy. 2« série, t. XVI, p. 656.
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- Détail de la pompe à acide sulfurique (fig. 2). — a, corps de pompe en gutta-percha.
- b, piston en porcelaine.
- c, lame de caoutchouc embrassant le piston b ; elle est maintenue entre les brides d’assemblage des deux parties dont se compose le corps de pompe.
- d, clapet d’aspiration.
- e, tuyau de déversement.
- Détail du robinet à flotteur (fig. 3). — /, flotteur en gutta-percba.
- g, obturateur en caoutchouc muni d’une tige horizontale.
- h, levier de manœuvre de l’obturateur g, auquel est suspendu le flotteur /.
- i, tuyau d’arrivée.
- j, tuyau de déversement.
- k, caisse en bois garnie intérieurement de gutta-percha.
- CM.)
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- Rapport fait par M. le comte du Moncel, au nom du comité des arts économiques, sur les Piles thermo-électriques imaginées par M. Clamond, rue du Jardinet, 3, à Paris.
- Messieurs, les piles thermo-électriques, dont le principe a été découvert par M. Seebeck en 1821, sont, comme vous le savez, les générateurs les plus constants d’électricité qui puissent être obtenus, puisque l’énergie du courant qui y est développé dépend uniquement de la différence des températures auxquelles on maintient les extrémités des divers éléments qui les composent.
- Dans l’origine de la découverte de Seebeck, les piles thermo-électriques étaient plutôt des générateurs théoriques que pratiques, et on les appliquait surtout aux expériences délicates demandant une grande constance dans les effets électriques produits.
- C’est, comme vous le savez, avec elles que M. Pouillet a étudié les lois des courants électriques, que M. Melloni a pu constater les effets produits par la polarisation de la chaleur h travers certaines substances, et que M. Becquerel, après ses belles études sur la thermo-électricité, les a appliquées à la thermométrie, pour obtenir l’indication des températures en des points inaccessibles. Mais, à cette époque, on était loin de supposer que ces sortes de courants pourraient constituer un jour des générateurs puissants d’électn-
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- cité, et surtout susceptibles d’applications industrielles. Les premières piles qui furent combinées dans ce but furent imaginées par MM. Marcus et Farmer, et M. Ed. Becquerel, par une combinaison, bien entendue, d’alliages métalliques, a pu parvenir à donner à ces piles, sous le plus petit volume possible, leur maximum de puissance. Ce n’est pas, en effet, l’accouplement des métaux purs électro-positifs et électro-négatifs, quand bien même ils se trouvent occuper les deux degrés extrêmes de l’échelle des pouvoirs électro-moteurs qui fournissent les effets les plus énergiques. Ce sont surtout les alliages métalliques. Seebeck l’avait pressenti, mais, c’est M. Marcus qui, le premier, l’a démontré de la manière la plus frappante, en créant une pile énergique composée, pour l’élément électro-négatif, d’un alliage d’antimoine, de zinc et de bismuth ; et, pour l’élément électro-positif, d’un alliage de nickel de cuivre et de zinc. En faisant entrer ces métaux dans la combinaison proportionnellement à leurs équivalents chimiques, il put obtenir le maximum de leur action. D’un autre côté, M. Ed. Becquerel, à la suite de recherches personnelles, s’est trouvé conduit à substituer à ces alliages, d’un côté celui d’antimoine et de cadmium, et, de l’autre, celui connu sous le nom de maillechort. Il en a obtenu des effets d’une grande énergie, et c’est de cette manière que sont construites les piles thermo-électriques fabriquées par M. Ruhmkorff. Restait la question de forme à donner à la pile pour la mettre en situation d’être exposée facilement à des températures élevées, et de comporter un grand nombre d’éléments susceptibles d’être réunis, suivant les besoins, en quantité ou en tension. Ce problème a été d’abord résolu par M. Farmer, de Boston, puis par M. Clamond, qui, tout en empruntant à ce dernier la disposition générale de sa pile, a tellement perfectionné le système d’agencement des divers éléments qui la composent, qu’il a pu en faire un appareil tout à fait pratique, ce qui n’avait pas eu lieu avant lui.
- Dans l’origine, la pile de M. Clamond se composait de fer et d’un sulfure de plomb dit galène, substance très-répandue dans la nature et peu coûteuse, et il l’avait combinée de manière à pouvoir être mise en activité par un chauffage au gaz, au coke ou au pétrole. Les résultats en furent d’abord assez avantageux ; mais, par suite du grillage de la galène, de son fendillement et de l’énorme accroissement de résistance des couples qui en résultait, la pile, ainsi disposée, fut promptement mise hors de service; de sorte que M. Clamond se trouva conduit à abandonner la galène, pour en revenir aux alliages métalliques, et l’alliage auquel il donna la préférence se composa
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- d’antimoine et de zinc, tout en conservant pour métal électro-positif le fer. Sans doute, en prenant du cuivre, du nickel ou du maillechort, il aurait pu obtenir une force électro-motrice plus puissante, mais l’expérience lui ayant montré que le cuivre ou le maillechort se dissolvait dans l’alliage, par suite de réchauffement prolongé de l’appareil, il s’en tint au fer, qui lui avait toujours donné de bons résultats, et il s’appliqua surtout à établir entre ce métal et l’alliage une bonne soudure, soudure qui manque dans la plupart des piles thermo-électriques, par suite de leur action prolongée, et qui entraîne des accroissements énormes de résistance, soit par suite de l’oxydation des contacts, soit par suite de fissures. Pour obtenir cette bonne soudure, M. Cla-mond replie sur elle-même la lame de fer au point où elle doit être mise en contact avec l’alliage, de manière à former une sorte de tubulure ou de charnière, et il coule sur cette charnière l’alliage métallique en fusion. De cette manière, l’alliage pénètre dans la tubulure de la charnière, fait corps avec le fer, et, comme il se dilate plus que ce dernier métal, la chaleur rend le contact plus intime et plus sûr. D’un autre côté, M. Clamond évite les fendillements de la matière qui se manifestent presque toujours par couches parallèles, dans les alliages ordinaires, sous l’influence des alternatives d’échauffement et de refroidissement, en coulant son alliage dans des moules convenablement chauffés, ce qui exige beaucoup de soin et d’habitude. Du reste, comme dans la pile de M. Clamond la lame de fer ne joue que le simple rôle de conducteur, puisque la force électro-motrice prend naissance dans l’alliage lui-même à l’extrémité chauffée, toute la préoccupation de l’inventeur a été d’éviter les accroissements de résistance du couple, et il y est arrivé par les dispositions que nous avons indiquées, puisque sa pile fonctionne aujourd’hui de la manière la plus constante. Nous ferons aussi remarquer que, si M. Clamond n’a pas cherché à employer l’alliage fournissant la plus grande force électro-motrice possible, c’est qu’il préférait, pour les usages auxquels il destinait sa pile, augmenter la quantité d’électricité produite aux dépens de la tension, et pour cela il devait choisir surtout l’alliage le plus conducteur. Pour en augmenter encore la conductibilité, il y ajoute même un peu de plomb. Du reste, cette perte de force électro-motrice est facilement compensée par la masse qu’il donne aux barreaux métalliques; car, dans ce genre de pile, la quantité d’électricité produite est en rapport avec le poids de la matière employée; et cela se comprend aisément, si l’on réfléchit que la chaleur, qui est alors la cause du développement électrique, pénètre la masse de la matière, et donne à toutes les particules qui la consti-
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- tuent le pouvoir de concourir au développement électrique. Par conséquent, ce développement est d’autant plus grand, que ces particules sont plus nombreuses, ou que la masse métallique est plus grande.
- Dans la pile de M. Clamond, comme, du reste, dans celle de M. Farmer, les éléments sont réunis circulairement en tension, de manière à constituer des espèces de couronnes, et ces couronnes, isolées les unes des autres par des lames d’amiante, ont leurs extrémités polaires mises en rapport avec un commutateur, ixé tangentiellement à la surface cylindrique de l’appareil, et disposé de manière à permettre le groupement de ces couronnes en tension ou en quantité, suivant les besoins. Les lames de fer, soudées aux extrémités des barreaux thermo-électriques, se présentent au dedans de ces couronnes, et, en recevant d’abord l’action calorifique, empêchent le contact immédiat delà flamme et des alliages qu’elles recouvrent. Comme, du reste, les barreaux ont une certaine masse, ils absorbent assez rapidement la chaleur pour empêcher les fusions partielles de se produire, malgré la température excessivement élevée qui agit sur eux. Le gaz arrive au centre de l’appareil par un tube en terre réfractaire, bouché à son extrémité supérieure, et qui est percé de trous sur toute sa surface cylindrique. Un vide annulaire existe entre ce tube et le cylindre intérieur formé parles couronnes, et c’est dans ce vide que brûle le gaz qui maintient toujours le tube au rouge sombre. C’est un tuyau de caoutchouc qui conduit le gaz au tube, mais un régulateur de Giroud est interposé sur son parcours, et règle l’écoulement du gaz avec une précision plus que suffisante pour obtenir un échauffement parfaitement constant. Enfin un bec de Bunsen établit le courant de gaz et d’air dans les conditions nécessaires pour une bonne combustion, et sans qu’il soit besoin d’une cheminée d’appel.
- Avec cette disposition, le nouveau générateur thermo-électrique de M. Clamond est devenu un appareil tout à fait pratique, et l’industrie en fait usage aujourd’hui avec beaucoup davantage. A l’usine de M. Goupil, à Asnières, où cet appareil est employé, depuis six mois, d’une manière continue, il dépose 20 grammes de cuivre à l’heure, avec une dépense de gaz de 170 litres, ce qui entraîne, par kilogramme de cuivre déposé, une dépense d’environ 2 fr. 50 de gaz. On a reconnu les mêmes avantages à la banque de France, où cet appareil est maintenant adopté pour le service galvanoplas-tique. Les éléments du moyen modèle de M. Clamond se composent de cinq couronnes, constituées chacune par 10 couples thermo-électriques du poids de 200 grammes. Ils ont à peu près la force de deux éléments de Bunsen,
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- et ce sont eux qui ont été jusqu’ici employés dans les expériences dont nous ayons parlé; mais M. Clamond en construit en ce moment d’autres d’une masse beaucoup plus grande qui donneront évidemment une plus grande quantité d’électricité.
- Nous donnons ci-dessous le relevé des expériences faites par M. ErueJ, chef de la fabrication des billets à la banque de France. On y remarquera
- DATES. NOMBRE de couronnes actives. SURFACE de DÉPÔT. DISTANCE des ÉLECTRODES DURÉE du DÉPÔT. POIDS total DÉPOSÉ. POIDS par HEURE. OBSERVATIONS
- 31 mars 1874. 1 1 dfcim* carré 10 centimet** 24 heures. 51 grammes 2 gr. 12
- 1*' avril 1874. 1 2 — 10 — 24 — 64 — 2 — 66
- 2 — 1 4 — 10 — 24 — 74 — ' 3 — 08
- 3 — 1 5 — 10 — 24 — 78 — 3 — 25
- 4 — 1 6 — 10 — 72 — 90 — 1 — 38 Mauvais.
- 9 — 1 8 — 10 — 27 — 92 — 3 — 40
- 10 — 1 16 — 10 — 24 — 91 — 3 — 89
- 11 — 1 20 — 10 — 48 — 193 — 4 — »
- 13 - 1 24 — 10 — 24 — 98 — 4 — 08
- 14 — 1 32 — 10 — 24 — 102 — 4 — 25
- 16 — 1 36 — 10 — 47 — 183 — 3 — 89
- 18 — ' 1 45 — 10 - 24 — 93 — 3 — 87
- 20 - 1 54 — 10 — 24 — 81 — 3 — 37 1
- que le maximum du travail utile fourni par une seule couronne, c’est-à-dire par le cinquième des éléments composant la pile entière, correspond à une surface de dépôt de 32 décimètres carrés. Avec des surfaces inférieures ou supérieures, il a été moindre. Or ce travail utile correspond à 4 grammes 25 centigrammes par heure. La pile entière, disposée en quantité, doit donc fournir, par heure, 22 grammes 25 centigrammes. C’est un résultat encore plus important que celui constaté à l’usine de M. Goupil. Il est probable que ce maximum de travail, obtenu avec les surfaces de dépôt de 32 décimètres carrés, est dû à ce que, dans ces conditions, la résistance du circuit extérieur, représentée par celle de la couche liquide interposée entre les deux électrodes, se trouve avoir alors la même valeur que la résistance du générateur électrique. En faisant varier la distance des électrodes, cette valeur maxima des surfaces de dépôt devrait évidemment changer.
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- A propos de la résistance de la pile, il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que les éléments de la pile de M. Clamond ne sont pas prismatiques, mais légèrement pyramidaux. Cette disposition leur a été donnée pour uniformiser la résistance dans les diverses parties de la pile. On sait, en effet, que les métaux perdent de leur conductibilité par réchauffement. Or, comme dans les barreaux des piles thermo-électriques réchauffement n’est produit que d’un côté seulement, il arrive que la résistance est plus grande à un bout qu’à l’autre; pour l’égaliser, il suffit donc de diminuer la section du bout le plus froid, ou, ce qui revient au même, de donner aux barreaux une forme légèrement pyramidale.
- Comme le bout, relativement froid, des barreaux thermo-électriques atteint encore dans cette pile une température de 80 degrés, on s’est souvent demandé pourquoi M. Clamond ne les avait pas davantage allongés, et pourquoi il ne les avait pas entourés d’un corps refroidissant. Mais, pour peu qu’on étudie la question, il est facile de voir qu’en sortant des conditions dans lesquelles M. Clamond a placé sa pile, conditions que des études de plus de six années lui ont fait déterminer, on ne gagnerait absolument rien, et même on pourrait y perdre. En effet, par l’allongement qu’on donnerait aux barreaux, on augmenterait la résistance des couples, et cette résistance est beaucoup plus grande qu’on ne le croirait, en ne considérant que la conductibilité propre des barreaux. Cet effet se retrouve également dans les générateurs magnéto-électriques. D’un autre côté, en refroidissant le bout des éléments opposé au bout chauffé, on empêcherait celui-ci de s’échauffer autant que le comporterait la source calorifique. Il est donc, dans ces sortes de piles, un moyen terme que l’expérience seule pouvait indiquer, et ce moyen terme semble être obtenu dans la pile de M. Clamond, puisqu’elle produit de très-bons résultats, quoique ne mettant pas à contribution les alliages les plus énergiques au point de vue de la force électro-motrice développée.
- En raison des résultats obtenus par M. Clamond, et de la disposition tout à fait pratique qu’il a donnée aux piles thermc-électriques, le comité vous prie, Messieurs, de décider que des remercîments soient adressés à M. Clamond pour son intéressante communication, et que le présent rapport soit inséré au Bulletin, avec les dessins de son appareil.
- Signé Th. du Moncel, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 21 avril 1874.
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- LÉGENDE RELATIVE A LA PILE THERMO-ÉLECTRIQUE DE M. CLAMOND.
- Fig. Yue perspective de l’appareil, les éléments étant accouplés en tension.
- barreaux étant assemblés en surface.
- Fig. 4. Plan des barreaux assemblés et de leurs armatures.
- À, tuyau en terre réfractaire percé de trous par lesquels s’écoule le gaz mélangé à l’air pour brûler dans l’espace annulaire.
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- B, barreaux thermo-électriques.
- D, entrée de l’air servant au mélange combustible.
- L, lames formant armatures.
- T, tubulure par laquelle le gaz entre dans l’appareil; c’est sur cette tubulure qu’est adapté le tuyau en caoutchouc qui amène le gaz, ainsi que le montre la figure 1, où est également indiqué le régulateur Giroud.
- r, rondelles en amiante servant à isoler les éléments du générateur.
- INSTRUMENTS DE PRECISION.
- NOTE SUR LA NOUVELLE BALANCE DE M. MENDELEEF, CONSTRUITE PAR M. SALLERON.
- Toutes les fois que l’on a voulu peser, avec une grande précision, des poids un peu considérables, 1 kilog. par exemple, on a construit des balances à fléaux très-longs, que l’on s’est efforcé d’alléger en les évidant. Cette construction n’est que l’application logique des principes théoriques, mais elle a pour inconvénients l’augmentation de l’inertie et la lenteur des oscillations, en sorte que les pesées exigent beaucoup de temps.
- M. Mendeleef, professeur à l’Université de Saint-Pétersbourg, a pensé que l’on pourrait obtenir des résultats aussi précis, tout en opérant plus rapidement avec des balances à fléaux très-courts, et l’appareil représenté ci-contre (fig. 1) a été construit d’après ses idées.
- Le fléau F n’a que 12 centimètres de longueur totale ; toutes les parties sont en aluminium ou en bronze d aluminium, afin de diminuer le poids, et Ton a conservé les dispositions ordinaires de la suspension des plateaux, attachés sous des plans de cristal de roche reposant sur des couteaux d’acier. Le réglage du centre de gravité s’obtient aussi à l’écrou E, se déplaçant au-dessus de Taxe de suspension du fléau. Ce dernier étant très-court, ses oscillations ont une faible amplitude; c’est pourquoi, au lieu de les suivre au moyen d’une aiguille qui se meut devant un arc de cercle divisé, on a placé, à chaque extrémité du fléau, un anneau A, portant un réticule, et, derrière celui-ci, un micromètre M, divisé en 1/10 de millim. La croisée des fils se déplace
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- devant cette division, et, à l’aide d’une lunette viseur, on peut suivre aisément les mouvements du fléau.
- A l’aide de cette disposition, on reconnaît que la balance étant équilibrée avec un kilogramme dans chaque plateau , une surcharge de 1 milligramme donne au fléau une inclinaison de 15 divisions, d’où il suit que l’on peut apprécier nettement le 1/15 de millig., c’est-à-dire peser 1 kilog. avec une erreur relative moindre que 1/15 000 000. Je ne crois pas que cette approximation ait été atteinte, jusqu’à présent, d’une manière aussi pratique, et cette facilité résulte de la petite longueur du fléau qui réduit à quelques secondes la durée des oscillations; pour cette raison, les pesées n’exigent qu’un temps fort court.
- La balance est montée sur une platine rodée P, et, comme son volume total est très-réduit, on peut la couvrir au moyen d’une cloche de machine pneumatique ordinaire comme l'indique la figure 2, ce qui permet de faire les pesées dans le vide sans le secours d’uri appareil spécial.
- J’appelle encore l’attention sur une disposition nouvelle adoptée dans cette balance pour mettre le fléau en liberté ou arrêter ses oscillations. Tous les physiciens et les chimistes connaissent la construction habituellement employée. Elle consiste essentiellement en une traverse horizontale qui soulève les étriers et arrête les oscillations du fléau. Cette traverse se déplace parallèlement à elle-même, tandis que le fléau décrit un arc de cercle. Les surfaces frottantes de ces organes changent donc pour chaque inclinaison du fléau ; il en résulte un déplacement latéral des chapes d’agate sur les couteaux d’acier. Ce glissement occasionne non-seulement des vibrations qui nuisent à la stabilité de l’appareil,mais encore usent rapidement les tranchants des couteaux et détruisent la sensibilité de la balance.
- Dans le nouvel appareil, on a remédié à ce défaut en substituant au bras horizontal deux leviers articulés autour d’un axe placé sur le prolongement de l’arête du couteau ; à l’extrémité de chacun de ces leviers, sont taraudées des vis coniques Y (fig. 1), dont les pointes s’engagent dans des cônes fraisés sous les chapes. De celte manière, les pointes des vis et les sommets des cônes décrivant une même circonférence, il y a contact des mêmes points dans toutes les positions sans aucun glissement.
- Réduite aux dimensions indiquées, la balance ne pourrait être utilisée pour peser des corps volumineux, et son emploi serait limité à quelques cas particuliers, comme
- . Fig. 2.
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- la comparaison et la 'vérification des poids. Mais on peut lui demander les mêmes services qu’aux balances ordinaires en l’installant au-dessus d'une cage vitrée, comme le représente la figure 2.
- A l’un des bras du fléau se trouve suspendu un grand étrier enfermé dans la cage et portant deux plateaux superposés D, D'. Sur le plateau D' se trouve une série de poids de 1 kilogr. comprenant touté la subdivision jusqu’aux fractions de millig. Cette série ainsi que l’étrior et les plateaux sont équilibrés sur le second bras par un poids unique. Lorsqu'on veut faire une pesée, on place le corps sur le plateau libre D, et l’on retire des poids jusqu’à ce que l’équilibre Soit établi ; les poids enlevés représentent le poids du corps, quelles que soient les longueurs relatives des deux bras du fléau.
- Cette méthode de pesée par substitution, qui, d’ailleurs, n’est pas absolument nouvelle, équivaut à une double pesée, sans qu’il soit besoin de faire la tare pour chaque expérience. De plus, la charge de la balance demeurant constante, il en est de même de sa sensibilité.
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- Observations critiques sur l’emploi de la teinture ou de la poudre de gaïac pour apprécier la pureté du kirschenwasser ; PAR M. Boussingault.
- « Depuis quelques années on recommande, pour reconnaître la pureté du kirschenwasser, une réaction déterminée par le gaïac, consistant en ce que la teinture ou la poudre de cette résine colore instantanément en bleu l’eau-de-vie de cerise non falsifiée; le kirsch artificiel, l’alcool aromatisé avec de l’eau de laurier-cerise ne se colorent pas parle gaïac.
- « Je n’ai jamais partagé l’engouement des distillateurs pour le nouveau réactif, parce que j’avais vu que, s’il était vrai que du kirsch préparé au Liebfrauenberg, par conséquent parfaitement authentique, fût coloré en bleu par la teinture de gaïac, il arrivait aussi que le même kirsch, venant des merises distillées dans le même alambic, ne se colorait pas. Il y a plus, j’ai obtenu de l’eau-de-vie de prunes (zwetschenwasser) qui prenait une couleur d'un bleu intense par le gaïac; et, au moment où j’écris ces lignes, on retire de l’alambic de l’eau-de*vie de mirabelles, qui ne bleuit pas immédiatement par la teinture de gaïac, mais seulement au bout de quelques minutes. Ainsi, en s’en rapportant à la réaction recommandée, le kirsch le plus pur pourrait être considéré comme étant falsifié, et l’eau-de-vie de prunes présenter le caractère du kirschenwasser d’excellente qualité, bien qu’elle n’en possédât ni l’odeur suave, ni le goût, ni, à beaucoup près, la valeur commerciale. Les anomalies que j’ai constatées dans les effets du gaïac, tantôt colorant, tantôt ne colorant pas du
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- kirsch d’une même provenance; la teinte bleue que cette résine fait naître graduellement dans des eaux-de-vie de prunes, trouvent leur explication dans une très-intéressante observation, quiestdueà M. Bouis, et de laquelle il résulte que la coloration du kirsch par le gaïac provient de traces de cuivre apportées par les alambics ; il ressort d’ailleurs de ses expériences que, en présence de l’acide prussique, la teinture de gaïac serait le meilleur réactif de ce métal. Or le kirsch renferme toujours de l’acide prussique ; dans un travail sur la fermentation des fruits à noyaux, M. Joseph Boussin-gault en a dosé 0 gr. 10 dans un litre du kirschenwasser du Liebfrauenberg ; il s’y trouve, en outre, indépendamment de l’huile essentielle d’amandes amères, un peu d’acide acétique dont il est facile de trouver l’origine.
- « Un brûleur, en Alsace, considère la fermentation d’un moût de fruits comme terminée lorsque la surface est recouverte, voilée par une mince pellicule blanche, mélange de mycoderma vini et de mycoderma aceti. A l’apparition de cet indice, il est urgent de distiller pour prévenir la destruction de l’alcool. Toutefois, le mycoderma aceti a fonctionné assez pour qu’il y ait production d’acide acétique, dont une partie passe avec l’eau-de-vie, et, par suite, formation d’acétate cuivrique, pour peu qu’il se trouve de l’oxyde de cuivre soit dans le chapiteau, soit dans le serpentin de l’appareil distillatoire. Dans ces conditions, le kirsch devra contenir de l’acétate, peut-être du cyanure de cuivre, de l’acide prussique ; l’eau-de-vie de prunes, seulement de l’acétate, et c’est probablement parce qu’elle ne renferme pas d’acide prussique qu’elle n’est pas colorée immédiatement par le gaïac, mais lentement, progressivement.
- « Je rapporterai quelques essais entrepris pour rechercher si c’est réellement à l’acide prussique qu’il faut attribuer la coloration instantanée en bleu par le gaïac de l’alcool tenant un sel de cuivre.
- « On a mis, dans de l’alcool à 55 degrés, 0,0002 d’acétate de cuivre ; ensuite on a constaté quel était le mode de coloration par la teinture de gaïac, d’abord dans la solution alcoolique telle qu’on venait de la préparer, puis après y avoir ajouté certaines substances.
- » I. La solution alcoolique, sans aucune addition, est restée incolore pendant une à deux minutes; alors elle a pris une teinte bleue : c’est exactement ce qui a lieu avec l’eau-de-vie de prunes contenant du cuivre.
- « II. L’huile essentielle d’amandes amères, l’essence de menthe, l’essence de citron n’ont pas activé l’action de la teinture de gaïac; la solution alcoolique est restée incolore lors de l’addition des essences ; elle ne s’est colorée en bleu que graduellement.
- « III. L ’essence de térébenthine ajoutée à la solution alcoolique a sensiblement accéléré l'action de la teinture de gaïac ; en moins d’une minute après l’introduction de la résine, le liquide a été coloré.
- « IV. L’esàence de bergamote a communiqué à la solution alcoolique la propriété de bleuir instantanément parle gaïac, comme le kirsch tenant du cuivre.
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- « V. On a préparé un kirsch artificiel, en aromatisant de l’alcool à 55 degrés avec de l’eau de laurier-cerise et l’on y a mis 0,0002 d’acétate de cuivre. La coloration en bleu par le gaïac a été instantanée (1).
- « Ce résultat était prévu, puisque dans l’eau de laurier-cerise il entre de l’essence d’amandes amères et de l’acide prussique, comme dans le kirsch, ce qui ne veut pas dire que le kirsch ne renferme pas d’autres substances ; mais ce résultat montre combien il est inexact, et je puis dire dangereux, de prétendre que la réaction du gaïac permet de distinguer le kirsch naturel de celui qu’on prépare avec de l’eau de laurier-cerise, puisqu’il suffirait de dissoudre dans ce dernier un peu d’acétate de cuivre pour qu’on l’acceptât comme du kirsch provenant de la distillation des merises.
- « Bien qu’il soit rigoureusement établi, par les expériences de M. Bouis, que la coloration en bleu du kirsch, par la poudre ou la teinture de gaïac, est due à la présence du cuivre, le commerce n’en persiste pas moins à repousser comme étant de qualité inférieure, comme falsifié, le kirschenwasser qui ne se colore pas, tandis qu’il accepte celui dans lequel il y a du cuivre introduit, par suite de l’incurie de distillateurs assez négligents pour ne pas tenir leurs alambics dans un état convenable de propreté. Ce fait est très-préjudiciable à l’industrie loyalement exercée. J’en ai la preuve dans une lettre que m’adresse un négociant de Luxeuil (Haute-Saône); j’en donnerai ici un extrait :
- « Je suis distillateur de kirsch. Mes alambics sont chauffés au bain-marie : on cnarge, dans chaque appareil, 5 hectolitres de cerises fermentées; j’obtiens, comme rendement, la quantité d’alcool désirable, mais mon produit ne prend pas la teinte bleue au contact de la poudre de gaïac; or c’est à cette épreuve que les marchands soumettent le kirsch que je leur présente, et parce qu’il ne bleuit pas, ils prétendent qu’il est impur. Cependant il est exempt de tout mélange; mais l’idée que le kirsch doit bleuir par le gaïac est aujourd’hui acceptée comme un article de foi. Le kirsch distillé dans les campagnes, où l’on fait usage de petits alambics chauffés à feu nu, bleuit au contact du gaïao. D’où vient cette différence? »
- « La réponse à cette question est dans ce que j’ai exposé précédemment, et sans examiner si, comme l’assurent des personnes compétentes, le kirsch, l’eau-de-vie de vin sortant des appareils perfectionnés en vue d’un plus fort rendement en alcool ou de l’économie du combustible, n’ont pas toute la qualité, tout le parfum qu’on rencontre dans les mêmes produits obtenus avec les alambics primitifs chauffés à feu nu, toujours est-il qu’il ne s’y trouve pas de cuivre, ce qui arriverait du reste avec l’ancien système, si l’on prenait la précaution d’étamer les chapiteaux et les serpentins.
- (1) La réaction du gaïac sur l’alcool tenant un sel de cuivre a lieu également à l’abri de l’atmosphère.
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- « J’ai cherché quelle pouvait être la proportion de cuivre contenue dans un excellent kirsch distillé par un brûleur alsacien; de 1 litre, on a retiré 0gr, 10 de métal, équivalant à 0gr, 314 d’acétate neutre C3 H3 CuO4 -f- HO. Je rappellerai que, dans un litre du même kirsch, on avait doséOgr,l d’acide prussique. Il est curieux de rencontrer dans une liqueur très-appréciée deux substances toxiques à un haut degré, du cuivre et de l’acide cyanhydrique (prussique). L’usage du kirsch n’occasionne cependant aucun inconvénient, et l’on peut dire que « les gens qu’il empoisonne se portent à merveilla ; » son innocuité dépend certainement de la faible dose à laquelle on le prend.
- « La capacité d’un verre à liqueur ne dépasse pas 20 centimètres cubes. Pour ce volume, le kirsch examiné (je ne réponds que de celui-là) renfermait :
- Acide prussique........................0sr,0020
- Cuivre exprimé en acétate neutre....... 0sr,0063 = cuivre 0sr,0020
- « Le paysan alsacien boit le kirsch à plus forte dose; le verre dans lequel on l’offre ordinairement jauge près de 60 centimètres cubes. C’est la ration que l’on accorde à des voituriers obligés de sortir de grand matin. Cette ration contiendrait :
- Acide prussique........................ 0gr,006
- Cuivre exprimé en acétate neutre.......0?r,0189 = cuivre 0sr,0060
- « Il peut paraître singulier qu’une boisson alcoolique tenant en dissolution 2 à 3 dix-millièmes d’un sel de cuivre ne soit pas douée d’une saveur métallique perceptible : il en est cependant ainsi, et c’est précisément parce que c’est une boisson très-alcoolique, ainsi que je m’en suis convaincu par l’expérience que voici :
- « I. On a dissous-0sr,25 d’acétate de cuivre dans 1 litre d’eau. La solution avait une saveur métallique, assez prononcée pour être fort désagréable, et persister après qu’on Tout rejetée. L’ammoniaque a déterminé dans la solution une nuance bleue très-perceptible.
- « IL On a dissous 0gr,25 d’acétate de cuivre dans 1 litre d’alcool à 55 degrés. La solution ne possédait pas plus la saveur métallique que le kirsch renfermant la même dose de cuivre. Même après avoir gardé le liquide dans la bouche pendant quelque temps, on n’éprouva pas la sensation qu’occasionnait l’acétate dissous dans l’eau. L’ammoniaque ne fit pas apparaître, dans la solution alcoolique, la nuance bleue qu’elle avait produite dans la solution aqueuse.
- « Sans doute, 2 à 3 dix-millièmes d’un sel de cuivre dans un kirsch ne lui communiquent peut-être pas la propriété vénéneuse, si l’on a égard à la faible dose à laquelle on le consomme; mais, comme le métal est introduit par accident, il peut arriver que, dans certains cas, la proportion soit plus forte que celle que j’ai trouvée ;
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- par conséquent, il serait prudent d’interdire la vente .d’une eau-de-vie renfermant du cuivre, car, en en tolérant la présence, il faudrait nécessairement fixer la limite de la tolérance : autrement, il pourrait arriver que, dans une intention criminelle, on en augmentât la quantité jusqu’à donner au liquide spiritueux des propriétés toxiques prononcées, et cela sans qu’on s’en aperçût, à cause de la faculté qu’a l’alcool de masquer la saveur métallique.
- « C’est d’ailleurs un principe, en administration, de ne pas permettre l’intervention de substances vénéneuses, ne fût-ce qu’en infime proportion, dans les aliments, dans les boissons. La Préfecture de police fait saisir par ses agents les fruits confits dans le vinaigre, les légumes verts conservés, auxquels on a ajouté un sel de cuivre pour en rehausser la couleur ; elle défend la vente, non-seulement des sucreries, mais aussi des papiers dans lesquels on les enveloppe, lorsque dans la coloration de ces matières il entre du cuivre, du plomb, de l’arsenic.
- « Rien de plus simple que de découvrir le cuivre dans une liqueur alcoolique ; il suffit d’y verser quelques gouttes de teinture de gaiac ; s’il apparaît une couleur bleue, on aura la certitude delà présence d’un sel de cuivre dans le kirsch, ainsi que M. Bouis l’a démontré; j’ajouterai, comme venant à l’appui de cette conclusion, que que j’ai constaté que tout kirsch qui est coloré en bleu par le gaiac donne, avec le ferrocyanure de potassium, un précipité rouge brun de ferrocyanure de cuivre. »
- (Comptes rendus de VAcadémie des sciences.)
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- l’algérie a l’exposition universelle de vienne EN 1873, PAR M. A. POMEL (1).
- Remarques générales.
- Nous sommes, il faut l’avouer, le peuple le plus habitué à attendre l’impulsion de l’Administration pour tout ce qui doit contribuer au développement de nos intérêts généraux et à la démonstration de nos richesses et de notre puissance productive. Nous, Algériens, nous semblons encore exagérer ce défaut et notre Exposition à Vienne en a été la preuve. Elle faisait assurément bonne mine au Palais du Prater, ainsi que sa voisine et sœur, celle de nos colonies transocéaniques. Elle était admirablement placée pour attirer les regards, et le commissaire français, qui en a été
- (IJ M. A. Pomel a été délégué à Vienne par le Conseil général du département d’Oran, dont il est président.
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- spécialement chargé, n’avait rien négligé pour mettre nos richesses en relief. L’installation a été l’une des premières achevées, et dans un catalogue spécial M. Teston avai inséré de nombreuses notices très-instructives sur nos produits agricoles et industriels, en les compulsant dans toute sorte de documents, et cela par un travail pénible et consciencieux dont on doit lui savoir gré. Seuls, des Algériens étaient capables de donner de la précision à une pareille œuvre, et surtout un caractère d’actualité plus immédiate, qui en eût fait le principal mérite et n’aurait pas peu contribué à faire la lumière sur notre belle colonie et ses immenses ressources.
- La première impression d’un Algérien visitant la galerie coloniale de l’Exposition française à Vienne était malheureusement une déception. Par suite de l’emplacement trop restreint et parcimonieusement économisé, les objets y étaient beaucoup trop entassés, et serrés de manière à en rendre l’étude difficile et souvent même impossible ; c’était en quelque sorte un magasin bondé. Il est vrai que, pour avoir un emplacement dans la grande galerie, il eût fallu se contenter d’une petite surface, et le service de l'instruction publique se trouvait encore plus mal partagé que les colonies. La place de celles-ci eût été dans la galerie de l’agriculture où l’espace faisait moins défaut, mais il y aurait eu moins de visiteurs et, du reste, lorsque la Commission française a dû déterminer les espaces réservés à chaque catégorie, elle n’a pu le faire que d’après l’importance des déclarations des exposants, et rien n’avait été fait chez nous pour indiquer nos besoins à cet égard; notre imprévoyance a porté ses fruits.
- Le compartiment, attribué par portions égales à l’Algérie et aux au très colonies, était à l’entré e d’un des transepts s’ouvrant dans la galerie principale, en face de l’exposition des bronzes et ameublements parisiens ; la parfumerie venait à la suite dans le même transept; on communiquait, du côté des colonies, avec la carrosserie et les cuirs; du côté de l’Algérie, avec les calorifères et les fourneaux, les pianos et même l’instruction publique, dont l’exposition empilée paraissait d’autant plus mesquine que les autres nations avaient donné plus de soins et de développement à la leur.
- Le compartiment algérien avait une longueur de 20 mètres, en quatre travées, dont une presque absorbée par la porte de communication avec la salle voisine. Des étagères étaient établies dans chacune des travées, ayant cinq ou six petits gradins pour porter les objets exposés, et au-dessus d’elles on avait appliqué contre la muraille, jusqu’à une certaine hauteur, des objets variés disposés avec art en écussons, en guirlandes ou sous forme de panoplies, le tout très-ornemental, flattant l’œil, mais hors de portée et ne permettant pas l’examen et l’étude dont les exhibitions sont le but principal et le plus essentiel. Voici, en somme, la disposition de l’ensemble :
- Dans l’encoignure, à l’entrée, des vases, des coffrets et autres articles mauresques d’ameublement, ornaient quelques rayons au-dessous de tapis tendus et au-dessus d’un casier contenant l’herbier forestier et médicinal.
- Dans la première travée, à l’angle, une grosse balle, comprimée et cerclée, d’alfa marchand, frappait immédiatement les regards; des cocons et du coton en laine ou
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- égrené contenus dans des bocaux et des toisons de laine occupaient les gradins ; dans une vitrine, au milieu, étaient entassés et empilés des cartes, plans, livres, brochures, même des mèches d’aloès et de ramie ; impossible aux visiteurs d’en tirer un enseignement quelconque. Des filasses et des pailles de lin en paquets ou manoques, des corbeilles, des cordes et cordelettes d’alfa, des manoques d’alfa peigné, des torsades de crin végétal étaient appliquées à la muraille, disposées en écussons et guirlandes aux formos et aux couleurs variées, mais inabordables aux visiteurs.
- La deuxième travée montrait sur ses étagères une partie des minerais, des marbres, des matériaux de construction, du plâtre brut et ouvré, du sel et du soufre; la vitrine du milieu, du corail brut et du corail ouvré d’une maison de La Galle, des armes et des couteaux indigènes de luxe, de la bijouterie indigène, des œufs et des plumes d’autruche, etc. A la muraille se trouvaient appliqués une panoplie d’armes indigènes, des manoques de tabacs et des cuirs et maroquins aux couleurs vives. Dans l’encoignure de la porte de la troisième travée, étaient encore disposés des minerais sur étagères ; le dessus et les côtés de la porte présentaient des fraehes et autres tapis indigènes.
- L’autre encoignure et les étagères de la quatrième travée étaient occupées par des tablettes de bois indigènes nombreux et variés, et de quelques-uns des bois exotiques acclimatés. Leur nombre considérable et la nécessité de les empiler pour les faire tenir dans un espace restreint ne permettaient presque pas déjuger de la valeur de ces collections. La vitrine du milieu renfermeait une superbe série d’échantillons de liège ouvré. À la muraille on voyait des panneaux et tables en marqueterie ou en souche de thuya. Des planches de lièges étaient disposées en écussons et achevaient d’encadrer une belle rondelle de cèdre de Téniet-el-Had ; tout cela également hors de portée et ne pouvant être apprécié par les visiteurs.
- A la cloison du fond était encore adossée une étagère portant une centaine de petits sacs ouverts et laissant voir une magnifique série de nos belles céréales; au milieu, une vitrine renfermait des semoules et des pâtes plus ou moins safranées ; au pied, treize sacs de plus grande dimension et presque tous de l’envoi de Samson, de Constantine, attiraient les mains des visiteurs ; au-dessus étaient appliquées à la paroi deux séries de belles gerbes, entre lesquelles un panneau portant en grosses lettres : Algérie.
- Des bambous gigantesques, des troncs de latanier, des palmes de dattier, des troncs d’eucalyptus, appliqués contre les colonnes, formaient d’élégants paquets séparant et encadrant les travées.
- Trois étagères en catafalque, disposées parallèlement à celles des travées, complétaient la disposition générale de l’Exposition algérienne et faisaient symétrie avec pareil agencement des colonies transocéaniques occupant l’autre côté du compartiment. La première portait sur ses gradins les vins, alcools, liqueurs, élixirs, et une belle collection d’essences de la maison Chiris, de Boufarick; du côté de la galerie principale, une vitrine renfermait des dates, des fruits, des patates et des pommes de terre flétries déjà.
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- La seconde étagère était occupée par des bocaux contenant des plantes médicinales et tinctoriales, par des graines oléagineuses, des huiles, des résines et colophanes, de la cire et du miel, enfin par la série considérable des produits pharmaceutiques de l’eucalyptus; une des vitrines contenait de la laine, du coton et de la soie; l’autre, des vêtements indigènes et des tabacs manufacturés. La troisième étagère portait une collection de céréales et de légumes secs, dont la plupart, venus jadis du jardin du Hamma, sont restés des objets de curiosité; une vitrine contenait des semoules, du vermicelle et autres pâtes.
- Beaucoup d’objets enfin ne pouvant trouver de place étaient relégués et entassés sous les étagères avec les caisses, le tout recouvert de lustrine. Presque tout l’envoi des écoles d’Alger, du lycée, occupait une place de cette sorte et est resté si bien ignoré que le jury ne se doutait même pas de son existence. Un très-bel envoi de modèle de ferme et de tous les instruments pour l’enseignement, le tout à l’échelle, a Lien fait de n'arriver qu’au milieu du mois d’août, car il n’aurait pu qu’avoir le même sort, et son propriétaire alors présent a pu le remporter.
- Le catalogue incomplet, qui a été dressé et publié, comptait près de 500 noms d’exposants, et, comme beaucoup étaient compris dans plusieurs groupes, il a dû y avoir près de 700 inscriptions, chifïre considérable qui a augmenté le nombre des jurés français dans une notable proportion. Cette longue liste semblerait indiquer beaucoup d’empressement et laisserait croire que les reproches exprimés, plus haut sont immérités ; mais en réalité, lorsqu’on a dû procéder à l’impression du catalogue général, la Commission française ne savait point encore s’il y aurait des exposants algériens, et M. Teston s’est vu dans la nécessité de constituer son exposition avec les objets de l'Exposition permanente de Paris et un bon nombre de ceux qui avaient figuré à l’Exposition de Lyon, l’année précédente. A Vienne, ceux-ci ont été les premiers placés, et, à mesure que nos envois sont arrivés d’Algérie, on les a installés comme on a pu, et beaucoup n’ont enfin plus trouvé de place, parce que les remaniements finissaient par devenir impossibles. Ce n’est qu’à la fin de juin que le catalogue spécial de l’Algérie a été imprimé ; les exposants de Lyon qui ont été récompensés ont pu y voir leurs produits inscrits avec deux astérisques, et ceux des années plus reculées n’ont pas dû être moins étonnés d’y figurer avec un seul astérisque.
- Il faut aussi reconnaître que les ressources financières affectées à notre section algérienne n’ont point laissé de marge suffisante pour transporter à d’aussi grandes distances certains objets lourds et encombrants : nos gros troncs d’arbres, la presse de M. Puymége, une noria à tampons, d’Alger, un kiosque type mauresque, quelques-uns de nos blocs de minerais et beaucoup d’autres choses sont restés à Paris, de sorte que ceux d’entre nous qui ont fait partie des commissions locales ont été tout à fait désenchantés en pénétrant dans la salle de, l’exposition algérienne et coloniale.
- En général, les renseignements particuliers faisaient défaut sur les prix, les conditions particulières de production, les quantités livrables, et les demandes de renseignements
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- à cet égard, qui ne manquent jamais de se produire chez les visiteurs intéressés, n’ont pu être satisfaites. On arrivait donc à se demander s’il s’agissait de produits d’essais et d’expériences en cours d’exécution, d’objets de curiosité encore sans valeur pour le commerce, ou s’ils provenaient réellement de cultures ou d’exploitations passées dans la pratique et présentant le caractère sérieux qui, seul, peut intéresser le commerce.
- A ce point de vue, toutes nos expositions ont un peu ce défaut ; l’exhibition de tous les résultats des expériences en petit devrait toujours être nettement séparée de celle des produits commerciaux, qui porteraient avec eux l’indication des quantités que la colonie pourrait immédiatement fournir au commerce et les prix auxquels on pourrait les livrer. Ces renseignements spéciaux, en effet, s’adressent à deux catégories très-différentes de personnes : les uns peuvent nous attirer des colons et des plus entreprenants, les autres nouent et raffermissent les relations commerciales qui, seules, peuvent fixer la valeur réelle des produits.
- A qui la faute si notre exposition a été, à ce point de vue, si imparfaite, on pourrait presque dire stérile? C’est à nous-mêmes, Algériens, qui ne nous occupons pas assez de nos affaires. Nous seuls connaissons ou devrions connaître nos ressources réelles et nos besoiüs; nous devrions toujours nous occuper de les mettre en relief dans toutes les occasions et par tous les moyens ; nous ne devrions jamais être pris au dépourvu.
- Lorsqu’on a à se remuer dans un champ aussi vaste que celui d’une Exposition universelle, on se trouve assez embarrassé de choisir sa direction, si on est limité par le temps et par des spécialités. On est sans cesse attiré, malgré soi, de tous côtés, et l’on risque de perdre son temps.
- Pour moi, il m’a semblé qu’il y avait dans ma mission un double but tendant au même résultat : 1° un examen à faire de nos produits exposés, tant en eux-mêmes que dans leur comparaison avec leurs similaires des pays analogues; 2° des renseignements et documents divers à fournir aux jurys, et surtout aux industriels et négociants qui désireraient ou pourraient tenter des affaires avec la colonie.
- Je pense que ce dernier but est le plus important et celui qui doit donner les résultats les plus pratiques. Je me suis donc constitué une bonne partie du temps en commissaire officieux dans le compartiment algérien, pour me tenir à la disposition des curieux intéressés; je me tenais là comme une araignée dans sa toile, attendant la mouche; ce n’est pas toujours gai, c’est toujours fatigant; mais si je ne l’eusse pas fait, en l’absence de tout document dans notre catalogue et de personnes pouvant donner verbalement les renseignements, les visiteurs sérieux eussent fait un examen stérile de notre Exposition ; j’en ai eu à chaque instant la démonstration.
- Je n’ai considéré l’autre objet de ma mission que comme d’un intérêt secondaire. D’abord un rapport sur cet examen n’eût guère intéressé que les Algériens et assez peu les Français de la mère-patrie, qui ont négligé bien d’autres moyens plus opportuns de se renseigner sur les richesses de notre colonie. Il serait, sans doute, utile de vulga-
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- riserles notions sur l’Algérie chez les nations étrangères; mais, pour cela, il n’y aurait qu’un moyen, ce serait d’emprunter leurs moyens de publicité, et cela ne m’était pas possible dans l’ignorance de leur langue.
- Quelles que soient la valeur et l’utilité de cet examen, je vais l’entreprendre, et je commencerai par les richesses minérales.
- Substances minérales.
- La Mauritanie était célèbre par ses mines du temps des Romains. Les Carthaginois en faisaient certainement exploiter par les Libyens et trafiquaient des minerais dans leurs nombreux comptoirs. On peut reconnaître à Rouban les mines de cuivre où travaillaient les chrétiens persécutés par les Romains.
- Les trois départements algériens ont envoyé à Vienne des séries remarquables de diverses substances métallifères, et leur exposition, quoique entassée, démontrait bien quelles sont les ressources de la colonie. Les minerais de plomb de Kef-oum-Teboul et de Gar-Rouban, centres d’exploitation situés aux deux extrémités du territoire ; ceux de cuivre gris et de cuivre pyriteux, disséminés sur toute l’étendue du Tell; ceux de zinc, à l’état de oalamine et de blende, qui paraissent plus nombreux et plus riches dans notre département ; ceux d’antimoine et même de mercure, que possède surtout le département de Constantine, ont été l’objet de travaux de recherches et d’exploitations plus ou moins heureuses et deviendront des sources de richesses entre des mains habiles et économes; beaucoup des travaux entrepris n’ont,jusqu’à ce jour, échoué que par suite du vice inhérent aux fâcheux procédés du montage des affaires.
- En 1872, l’Algérie a expédié du minerai de cuivre pour une valeur de 11 080 fr. La valeur des minerais de plomb et du plomb brut exportés dans la même année atteint le chiffre de 1 871 820 fr. La douane ne nous donne pas de renseignements sur la production du zinc; mais on sait que cette substance trouve tous les jours de nouveaux emplois, et que ses minerais sont recherchés avec empressement dans les usines d’Europe.
- C’est surtout le minerai de fer qui prend en ce moment une importance et une valeur considérables. L’Algérie possède, au voisinage de la mer et presque sur toute l’étendue de son littoral, de nombreux gisements de cette espèce de minerai ; elle les possède avec des qualités exceptionnellement remarquables de richesse et de pureté, qui font qu’ils sont si désirés par toute usine ayant à produire et à mettre en œuvre du fer doux et de l’acier. Ces qualités sont l’absence de soufre, d’arsenic et de phosphore, un rendement en fer qui permet de faire supporter des frais assez élevés de transport, la présence, dans beaucoup de nos hématites, d’une proportion très-notable de manganèse, qui en rend le traitement plus spécialement avantageux. Non-seulement la France et ^Angleterre, mais aussi l’Amérique nous achètent et continueront à nous acheter nos minerais en aussi grande quantité que nous puissions les produire. A l’Exposition de
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- Vienne, on remarquait surtout les fers oxydulés de Mokta-el-Haddid, les hématites de Soumah et du Témoulga (ces dernières transportées de l’Oued-Fodda à Oran par le railway), celles des Oulhassa d’Oran, entre Rasshgoun et Camerata, celles enfin du massif montagneux de Krichtel et de Kléber. La présence de ces minerais est d’autant plus heureuse que nos immenses expéditions d’alfa nécessitent une matière pesante pour compléter le chargement des navires, et les nolis en sont plus économiques.
- En 1872, l’Algérie a exporté 3 914 895 quint, mét. de minerai de fer, estimés par la Douane à 19 559 475 francs.
- Pour la province d’Oran, le chiffre des exportations, en 1871, était de 3 481 quint, métr. ; en 1872, il s’est élevé à 48 185 quint, métr., et dans le premier semostie de 1873 il a atteint 62 433 quint, métr.
- L’Espagne peut nous faire une concurrence sérieuse, car elle possède de nombreux et riches gisements dont elle a tiré de magnifiques échantillons pour l’Exposition de Vienne ; actuellement, il n’y a pas de danger prochain à cause des grands besoins de l’industrie des fers; mais,si le travail des usines se ralentissait, il y aurait lieu de s’en préoccuper, et nos propriétaires de mines doivent faire leurs efforts pour attirer chez eux un courant régulier de navigation.
- L’Exposition de la Vieille-Montagne était surtout riche en minerais de zinc sulfuré, que l’on est, sans doute, parvenu à traiter avantageusement par des procédés nouveaux. Ces minerais, jadis délaissés, sont actuellement très-recherchés, à défaut, sans doute, des calamines, et il est bon de fixer l’attention sur les gisements riches et nombreux de cette substance que possèdent les trois départements algériens. On annonce la création, dans le midi de la France, d’une usine spécialement en vue de l’utilisation des minerais méditerranéens.
- Nos minerais paraissent avoir intéressé quelques visiteurs spécialistes, mais assez peu les Austro-Hongrois, dont les usines sont beaucoup trop éloignées de nos parages pour pouvoir économiquement s’y approvisionner. Les Allemands ont également paru assez indifférents ; mais, pour ceux-ci, c’est peut-être une tactique, et ils pourraient bien recevoir indirectement une partie notable de notre exportation à l’étranger.
- Le sel, dont l’Algérie est si riche, figurait 5 l’Exposition par de beaux échantillons de nos salines oranaises et par de beaux morceaux de sel gemme, dont les gisements nombreux sont malheureusement éparpillés dans le sud de l’Atlas jusqu’au bord du Sahara. Le soufre de Millesimo (Constantine) et l’alun de Fondouck (Alger) méritent d’être signalés. Les gisements de pierre à plâtre ont aussi fourni leur contingent, et quelques objets moulés attestaient la haute qualité et la blancheur des produits.
- Les marbres aussi étaient variés; on y retrouvait tous les types qui ont figuré dans les expositions antérieures; mais il est à regretter qu’aucun d’eux n’ait encore donné lieu à des exploitations importantes. Les marbres statuaires et colorés de Filfila et de Bone, les brèches du Chénoua, les onyx calcaires de Tekbalet sont bien déchus de leur réputation du temps des Romains, qui y avaient ouvert des carrières considérables. Les
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- onyx seuls figuraient à l’Exposition en dehors des rayons de l’Algérie, dans l’installation artistique de la maison Cornu, de Paris, qui associe ces marbres au bronze pour un genre bien connu de la statuaire. Le Mexique avait envoyé des onyx presque semblables aux nôtres.
- De nombreux échantillons des matériaux de construction donnaient une idée très-satisfaisante de nos richesses en ce genre : les chaux grasses et hydrauliques, le plâtre commun, les terres à brique et à poterie, la terre à porcelaine, la pouzzolane, des grès variés ainsi que des calcaires d’excellente qualité pour pierre de taille, quelques granits, desdiorites, des porphyres, des basaltes, de la serpentine; ils ont fourni aux anciens des matériaux de luxe et pourraient encore en fournir. A Cherchell, un temple important avait toute sa colonnade en énormes monolithes de diorite.
- Je n’ai pas pu retrouver les échantillons de pierre meulière envoyés par le conseil municipal de Tiaret; on n’a sans doute pas jugé opportun de les faire figurer à Vienne; il y avait cependant bien des choses moins importantes. On a égaré également la notice annexée à l’envoi d’Oran des matériaux de construction, qui relatait les résultats des expériences faites au laboratoire des Mines sur leur résistance à l’écrasement. C’était cependant le document le plus important à produire, et il n’a pas suffi de dire au jury qu’il existait. Du reste, les constructeurs de notre département, intéressés à le connaître, le retrouveront dans les bureaux de ce service, et il a été distribué à tous les ingénieurs qui peuvent en avoir besoin.
- Quelques échantillons de nos eaux minérales figuraient aussi parmi les produits algériens. Ces sources sont nombreuses dans les trois provinces et pour la plupart salines; il en est quelques-unes de sulfureuses comme les eaux d’Enghien, et très-peu d’alcalines. Dans la province d’Oran, celles de Bou-Hadjar sont dans ce dernier cas et ont constitué des dépôts travertin eux de forme bizarre, en fera cheval de proportion gigantesque. Celles de Bou-Ghara, de Si-Abdeli, de Hanéfia, de Saïda, d’Oran (Bains de la Reine) sont salines ; Aïn-Nouissy et quelques autres localités en ont de sulfureuses. (.A suivre.)
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- ÉLOGE BIOGRAPHIQUE DE M. PIERRE-CHARLES-MATHIEU COMBES, PAR J. A. BARRAL, SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE LA SOCIÉTÉ CENTRALE D’AGRICULTURE DE FRANCE.
- Le meilleur de la vie d’un savant est dans les œuvres qu’il laisse après lui. On mesure sa valeur à l’importance plutôt qu’au nombre de ses découvertes. Les services qu’il a rendus en vue de l’avancement des sciences ou des progrès de l’industrie sont ses vrais titres à la reconnaissance 'de la postérité. Cependant, pour juger la vie d’un
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- homme qui s’est voué aux études et aux recherches scientifiques, il ne suffit pas de considérer uniquement le résultat. Ce point de vue égoïstement utilitaire prévaut, nous le savons bien, auprès de nombreux esprits de notre temps. Mais pour ceux qui veulent savoir comment se font les hommes, comment se développent les aptitudes, quelles sont les circonstances favorables ou défavorables à l’éclosion des facultés, il importe de scruter la vie tout entière depuis l’enfance jusqu’à l’épanouissement complet et même jusqu’à la mort, d’étudier les détails de l’éducation, des conditions matérielles de l’existence intime ou publique de celui qui est parvenu soit à découvrir, soit à créer. Lors même qu’un savant n’a pas cherché la popularité, qu’il est resté modeste sans courir après la fortune ou les honneurs, lors même qu’il semblait, de son vivant, aimer l’obscurité du présent, pour ne demander qu’à des écrits célèbres un peu de gloire dans l’avenir, il est particulièrement curieux de distinguer les circonstances qui ont fait un tel caractère.
- Ces remarques générales s’appliquent au savant ingénieur dont nous sommes appelé à raconter la vie simple et sévère. Qui ne se souvient de sa démarche pressée? Qui ne le voit encore s’en allant, le dos un peu courbé, les cheveux au vent, le regard perdu comme dans des nuages, le sourire bienveillant, s’arrêtant pour rendre service, mais reprenant aussitôt son labeur incessant, ayant la parole précise et s’expliquant avec la netteté de la solution d’un problème géométrique, mais aussi avec la chaleur d’un cœur exclusivement ami du bien.
- Pierre-Charles-Mathieu COMBES naquit à Cahors le 26 décembre 1801. Son père, Mathieu-Pierre Combes, était chef d’escadron de gendarmerie ; il avait commencé par être simple soldat, et avait conquis tous ses grades sur les champs de bataille des guerres de la République ; c’était un militaire énergique, d’une bravoure à toute épreuve ; le maréchal Moncey en faisait un cas tout particulier, et disait de lui qu’il était d’une grande solidité. Sa mère, Marie-Salomé-Barbe Beauseigneur, était de Strasbourg, où le commandant Combes l’avait aimée. Une double influence méridionale et alsacienne dirigea la première enfance de notre futur confrère; il fut toujours à la fois homme du Midi et très attaché à l’Alsace. Mme Combes était une femme très-distinguée. Elle éleva son enfant dans des sentiments patriotiques et pour le travail. Elle aimait son pays natal; nous verrons qu’elle y revint plus tard avec son fils. Aussi les malheurs de l’Alsace ont affecté péniblement les derniers jours de notre confrère et sans doute hâté sa fin.
- Mathieu-Pierre Combes fut mis à la retraite le 29 août 1809, pour cause d’infirmités. Toute sa fortune se composait du petit domaine de Lamothe, sur la commune de Saint-Paul, située à environ h lieues de Cahors, valant tout au plus 15,000 fr. Au très-modique revenu tiré de cette propriété se joignait une pension de retraite de 2 000 fr. Malgré la faiblesse des ressources de la famille, le jeune Charles fut mis, à Cahors, dans une petite pension dont le directeur était M. Lacoste. C’est là qu’il fit ses premières classes jusqu’à la quatrième. Un règlement universitaire obligea, à cette
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- époque, les chefs d’institution à envoyer les élèves qui leur étaient confiés aux lycées pour en suivre les cours. M. Capmas, alors élève interne au lycée de Cahors, aujourd’hui directeur de l’enregistrement et des domaines, en retraite, rapporte qu’il n’oubliera jamais l’arrivée au lycée des élèves des institutions de M. Lacoste et de l’abbé Martin. Ils étaient une douzaine de nouveaux, que les lycéens, ainsi que cela arrive en tout temps, accueillirent peut-être avec un peu plus que de la curiosité. Le jeune Combes se trouvait le plus petit de tous ; sa toilette laissait à désirer : pantalon trop court, bas tombant sur les souliers, l’air assez emprunté. Les jeunes collégiens étaient d’autant plus disposés à se moquer de lui que, par mégarde, il trébucha en franchissant un banc. Mais, lorsqu’il releva la tête, son regard parut à ses jeunes ennemis, qui allaient être ses amis, d’une telle intelligence, d’une bonté si entraînante, qu’instinc-tivement les cœurs s’ouvrirent pour accueillir celui qui ne pouvait être qu’un bon camarade. M. Capmas ajoute que, quant à lui, il voulut immédiatement devenir son ami; il le fit placer à ses côtés et n’eut qu’un désir, c’était de lui donner tout ce qu’il possédait. Ce fut bien autre chose à la fin de la semaine, lorsque arriva la distribution des places de la première composition. Les jeunes lycéens n’avaient pas songé à redouter le nouveau venu ; mais voici que, du premier coup, celui-ci fut le second, et le premier la semaine suivante. Il resta désormais le plus fort élève de sa classe. Bien loin que cela offusquât ses camarades, ils applaudissaient à ses succès, ayant pour lui une vive affection, qui allait parfois jusqu’au respect. Ainsi, dans les discussions entre ces enfants, lorsque arrivaient ces disputes si fréquentes au collège, jamais, rapporte encore M. Capmas, nous n’eussions osé lui dire ce qui se dit souvent : « Tu en as menti » ou « Ce n’est pas vrai. » Sa figure ouverte, son œil limpide, sa franchise bien connue eussent repoussé une telle accusation, que nul ne songea jamais à formuler.
- Charles Combes franchit toutes ses classes en conservant une supériorité incontestée sur ses camarades. A la fin de chaque année, cinq ou six premiers prix étaient son lot. Il faisait ainsi la joie de son père et de sa mère, et les payait largement des privations qu’ils s’imposaient pour lui donner une solide instruction. Mais, le 13 juin 1814, le vieux militaire mourut. La gêne fut désormais plus grande dans la famille ; la continuation des études devenait difficile. Le jeune Combes, ayant terminé sa philosophie, fut envoyé, avec une bourse gagnée au concours, après 1816, au collège Henri IY, à Paris, pour faire ses mathématiques spéciales-, en 1818, il entrait, également comme boursier, à l’École polytechnique, le premier de sa promotion ; il n’avait que 17 ans. C’est là qu’il rencontra M. Élie de Beaumont, élève de la promotion de 1817; une amitié profonde, qui ne s’éteignit qu’à la mort, lia, dès cette époque, ces deux hommes éminents. M. Élie de Beaumont, lors des funérailles de M. Combes, a rappelé ces souvenirs dans des termes qui sont un hommage pour la mémoire de M. Combes. « A l’École polytechnique, a dit l’illustre secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, il ne quitta jamais les premiers rangs. On admirait sa promptitude de conception, sa lucidité d’élocution et de rédaction, sa facilité de travail ;
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- car il n'était pas de ceux qui doivent leur supériorité à une application exceptionnelle, et, même aux époques des examens, il ne perdait rien de sa gaieté expansive et quelquefois même bruyante. Une si heureuse organisation lui faisait des amis de tous ceux qui l’entouraient et dont les loisirs, que lui ménageait sa facilité , lui permettaient d’être souvent, et sans appareil, le répétiteur officieux. »
- A sa sortie de l’École polytechnique, en 1820, M. Combes avait un rang qui lui permettait de choisir librement entre les nombreuses carrières ouvertes aux élèves de cette École ; il opta pour celle des Mines. A l’École des Mines, comme naguère au lycée de Cahors, il montra une si étonnante facilité à tout comprendre dans un champ d’études extrêmement variées, qu’il fut déclaré hors de concours après deux années seulement, distinction que le règlement permettait alors, mais qui était rarement obtenue. Ses aptitudes avaient paru surprenantes, rapporte son camarade M. Élie de Beaumont, à la fois à M. Berthier, professeur de chimie, à M. Brochand, professeur de géologie et de minéralogie, et à M. Baillet, professeur de l’exploitation des mines et de mécanique appliquée. A laquelle de ces branches des sciences allait-il se fixer définitivement? Les circonstances l’amenèrent peu à peu à se consacrer surtout à la mécanique et à l’exploitation des mines.
- On sait que les élèves ingénieurs des Mines commencent leur carrière par un voyage d’exploration. M. Combes fut envoyé dans le département de l’Aveyron. Dès 1823, les Annales des Mines contiennent des notices sur les observations nombreuses qu’il moissonne, relativement à la nature des terrains de quelques parties du département de l’Aveyron, à la composition chimique des minerais employés dans diverses usines. En 1824, il publie deux mémoires qui, tous deux, appellent sur lui l’attention d’hommes considérables. L’un est relatif aux forges catalanes : aussitôt il est traduit en allemand, pour être introduit dans l’ouvrage célèbre de Karsten. L’autre Mémoire est relatif au calcul du maximum de quantité d’action qu’il est possible d’obtenir d’un poids donné de vapeur, formée dans des conditions définies. Alors la détermination de l’avantage que présente l’expansion de la vapeur sous le rapport de l’économie de combustible était une question à peu près neuve; M. Coriolis, qui s’occupait du même sujet, cita avec honneur le travail de M. Combes.
- Ces encouragements étaient pour lui un grand bonheur. Cependant il fallait que le jeune ingénieur songeât à autre chose qu’à des travaux scientifiques. Sa mère, après la mort de son mari, était restée à Lamothe, et l’on a vu combien ses ressources étaient modiques. M. Combes voulut qu’elle pût profiter d’une vie meilleure, et il accepta d’êfre directeur des travaux d’exploitation des mines de Sainte-Marie et Lacroix. A la fin de 1824, il put faire venir sa mère auprès de lui. Celle-ci eut ainsi le bonheur de se retrouver en Alsace, pour y terminer ses jours ; elle est morte auprès de son fils, à Sainte Marie-aux-Mines, dans le Haut-Rhin, en 1826. On comprend toute la douleur que dut ressentir, en 1871, M. Combes, lorsqu’il apprit que le tombeau de sa mère passait, avec la sainte terre d’Alsace, sous la domination prussienne.
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- L’événement douloureux qui l’arrachait à l’affection de la femme distinguée guide de ses premiers pas rendait à M. Combes toute liberté. En 1827, il accepta les fonctions de professeur de mécanique appliquée à l’École des mineurs de Saint-Étienne. Dès lors, il se voua tout entier à la science.
- Les travaux de M. Combes sont extrêmement nombreux. On peut les diviser en quatre branches principales, et dans chacune de ces branches apparaît à la fin, s’il est permis d’employer cette expression, une sorte d’action d’éclat. Ces travaux sont relatifs à l’exploitation des mines, au mouvement des fluides, à la mécanique générale et à la théorie mécanique de la chaleur, aux questions administratives, économiques et commerciales.
- Dans la première classe des travaux de M. Combes, nous ne ferons que signaler, en passant, ses mémoires descriptifs de divers modes d’exploitation des mines de houille et de sel gemme qu’il est allé étudier en Angleterre et en Allemagne ; mais nous ajouterons que chacun de ces mémoires est accompagné d’indications sur des perfectionnements à faire qui constituent de véritables inventions. Un mécanicien français d’une grande habileté, M. Hallette, d'Arras, a déclaré que c’est d’après les descriptions de M. Combes, et d’après les données fournies par ses mémoires, qu’il a construit plusieurs des machines d’épuisement employées dans quelques-unes des mines de houille du nord de la France. C’est lui qui a fait connaître à nos ingénieurs les étoupilles de Bickford, si utiles pour l’abatage des rochers à la poudre. Il a inventé un théodolite convenablement disposé pour les levés souterrains à exécuter dans l’intérieur des mines, et on lui doit un heureux perfectionnement de la lampe de Davy, qui garantit contre les explosions les mineurs prudents.
- II convient aussi de citer, ici, un mémoire sur le travail des moteurs animés où il a démontré , en discutant un grand nombre d’observations, soit personnelles , soit recueillies dans les publications étrangères et françaises, que les chevaux employés à l’extraction des minerais fournissent un travail utile journalier plus considérable que le cheval attelé à un manège ou à une voiture de transport. Il a mis en évidence ce fait, qui ne manque pas d’intérêt pour l’agriculteur, que les intermittences fréquentes de travail sont favorables au développement de la force du cheval, ainsi que Colomb l’avait déjà observé sur le travail des hommes qui élèvent des fardeaux. Le charretier qui fait souffler ses chevaux, le laboureur qui arrête sa charrue au bout des sillons, et qui même parfois fait prendre un peu de repos à ses attelages, lorsque la raie à ouvrir est trop longue, ne font pas une mauvaise opération ; il ne faut pas que le maître, impatient, vienne les taxer de paresse lorsqu’il s’aperçoit que ses charretiers arrêtent ses chevaux, pourvu, bien entendu, que l’usage d’une bonne pratique ne dégénère pas en abus.
- Depuis le livre de M. Héron de Villefosse, publié au commencement de ce siècle, il n’existait aucun ouvrage complet sur l’exploitation des mines ; les ingénieurs étaient obligés d’avoir recours à de nombreux mémoires spéciaux, épars dans une foule de recueils périodicités, pour se rendre compte des perfectionnements successivement
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- apportés dans les diverses branches de l’art du mineur. M. Combes a comblé cette lacune. Son Traité de Vexploitation des mines fait autorité parmi les ingénieurs des deux mondes ; c’est en même temps l’ouvrage le plus complet et le plus savant qui ait été composé sur une matière qui importe tant à la richesse des peuples. Cette seule publication suffirait à l’honneur d’un savant.
- Les mouvements des eaux et des gaz doivent nécessairement être l’objet des préoccupations de tout ingénieur qui veut apporter des perfectionnements dans l’art du mineur. Toutes les questions que ce sujet soulève étaient loin d’être aussi avancées qu’aujourd’hui, il y a un demi-siècle ; M. Combes les a soumises au calcul et à l’expérience. En ce qui concerne l’eau, il ne s’est pas seulement occupé des machines d’épuisement dont il avait étudié le fonctionnement à l’étranger et particulièrement en Angleterre. Après Burdin, il avait compris toute l’importance que les roues entièrement plongées, et que l’on a appelées turbines, pouvaient avoir comme force motrice. Il en a donné une théorie nouvelle, en montrant qu’il est essentiel d’avoir égard à la différence qui existe entre les pressions qui ont lieu dans le fluide sortant du réservoir pour entrer dans les tuyaux de la machine, et dans le milieu où la machine est plongée ; il a déterminé aussi les conditions nécessaires pour éviter le choc du fluide à son entrée dans les canaux mobiles des roues motrices. Il avait ainsi beaucoup perfectionné une théorie dont Euler s’était occupé, et il se rencontra avec un autre esprit supérieur, M. Poncelet, qui, dans un mémoire sur les turbines de Fourneyron, exposa une théorie fondée sur les mêmes principes fondamentaux que celle de M. Combes. Il fit ensuite un grand nombre d’expériences pour vérifier la théorie générale qu’il avait conçue.
- Des recherches analogues sur les fluides aériformes le conduisirent à imaginer un nouveau ventilateur à force centrifuge; il y est arrivé, après une étude approfondie sur les mouvements des gaz déterminés soit dans les galeries de mines, soit dans les tuyaux de conduite,par les variations delà température. C’est en faisant ces recherches qu’il a doté l’industrie d’un anémomètre nouveau pour mesurer la vitesse des courants aériens ; cet instrument est aujourd’hui entre les mains de toutes les personnes qui s’occupent de l’aérage d’édifices, d’usines, de magnaneries, et en général de tous les locaux où il est nécessaire d’assurer un renouvellement régulier de l’air.
- Mais ce sont surtout les travaux de M. Combes sur les problèmes de mécanique mathématique et appliquée qui lui assignent un rang élevé dans l’histoire des sciences.
- On a vu que M. Combes, en quittant de la direction de l’exploitation des mines de Sainte-Marie et Lacroix, fut nommé professeur de mécanique à l’École des mineurs de Saint-Étienne. Quelques années plus tard, il fut appelé au même titre à l’École des mines de Paris. Son cours fut très-remarqué; sur la demande des élèves, il fut lithographié. On y trouvait, dès l’origine, des applications nouvelles des équations générales de la mécanique rationnelle au calcul du travail de plusieurs machines. Depuis lors, ces sortes d’applications devinrent l’objet de ses préoccupations continuelles et de
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- nombreux travaux qui ont mis son nom en haute estime parmi les ingénieurs du monde entier. Il faut principalement citer ses mémoires sur le mode d’action de la vapeur dans les machines à feu; sur l’injecteur automoteur de Gilîard, ingénieuse invention dont il a, le premier, donné la véritable théorie; un mémoire discutant les pressions qu’exercent les pièces en mouvement sur les paliers et les bâtis fixes des machines. Un résultat important se dégage de ce dernier mémoire, c’est que les pressions sur les supports varient en grandeur et en direction dans le cours de chaque période de mouvement, même dans le cas où ce mouvement serait complètement uniforme; on voit, par conséquent, qu’il est tout à fait insuffisant de déterminer la valeur des pressions à l’état statique pour assurer la solidité des machines, surtout de celles qui sont soumises à de grandes vitesses. Or, l’agriculture commence à beaucoup se servir des machines dans lesquelles les organes essentiels, tels que les batteurs des grandes machines à battre, sont animés de vitesses de rotation considérables. Les résultats des théories mécaniques intéressent la sûreté générale. Nous ne sommes plus au temps où, dans les exploitations rurales, on ne possédait que des machines rudimentaires, donnant peu d’effet avec des efforts énormes. On comprend partout aujourd’hui l’importance de tirer le maximum d’effet utile de tout travail. Les machines à feu, selon l’expression qu’on employait au commencement de ce siècle, ont pénétré dans tous les villages ; il n’est pas aujourd’hui de cultivateur qui n’ait intérêt à consommer le moins de combustible possible pour avoir un travail maximum avec des machines bien faites, c’est-à-dire exigeant le moins d’entretien.
- Le côté utilitaire des théories de la mécanique ne saurait plus échapper à personne ; cette considération doit suffire pour mettre en honneur auprès des gens du monde, en général effrayés des formules mathématiques et surtout de celles du calcul différentiel et intégral, ceux qui savent déduire du calcul des conséquences susceptibles d’influer considérablement sur des progrès qui touchent à peu près tout le monde. Or, depuis trente à quarante ans, une science nouvelle a pris naissance ; elle s’est développée avec des proportions tout à fait inattendues. C’est la théorie mécanique de la chaleur.
- Personne n’ignore plus aujourd’hui qu’en faisant du feu dans un foyer on obtient ce que l’on appelle du travail, c’est-à-dire la mise en mouvement de masses plus ou moins considérables, avec des vitesses déterminées. On sait moins bien que, réciproquement, le travail mécanique produit de la chaleur. Toutefois, chacun a constaté que par le mouvement on s’échauffe. Cela doit suffire pour faire comprendre, même à ceux qui s’occupent le moins des sciences, que les mathématiciens et les physiciens aient pu établir des relations rigoureuses entre les quantités de chaleur et les quantités de travail.
- Telle est l’origine de la théorie mécanique de la chaleur, aux progèrs de laquelle M. Combes a consacré plusieurs années de sa vie laborieuse. On a dit que cette science était née à l’étranger; M. Combes a eu soin de réfuter indirectement ce préjugé ou,
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- mieux, celte calomnie contre les savants français, en commençant son traité intitulé : Exposé des principes de la théorie mécanique de la chaleur et de ses applications principales, par la citation du nom de Sidi-Carnot, et de l’ouvrage publié en 1824. par ce célèbre et profond géomètre français, sous le titre : Réflexions sur la puissance motrice du feu. Le nom de Clapeyron est mis ensuite, avec justice, en lumière par M. Combes.
- Un des mathématiciens dont la France s’honore le plus, M. Poinsot, qui était aussi un grand esprit, a dit : « On ne trouve dans une formule mathématique que ce qu’on y a mis. » Il faut ajouter, pour être tout à fait vrai, qu’on ne sait pas toujours ce qu’on y met. L’art du grand mathématicien consiste à combiner et à discuter les formules, de manière à en faire jaillir des conséquences souvent inattendues que l’expérience doit vérifier pour donner-tort ou raison à la théorie. Si l’hypothèse mise en formule conduit à des déductions que l’expérience ne justifie pas, la théorie doit être rejetée ou modifiée; elle finit par être regardée comme l’expression de la vérité, si successivement les expériences sont d’accord avec les déductions mathématiques. Chose remarquable, d’ailleurs, à mesure que les expériences se multiplient, on a des bases nouvelles pour de nouvelles formules qui, à leur tour, permettent d’établir des théorèmes importants. C’est ce qui est arrivé pour la théorie mécanique de la chaleur. Les expériences si nombreuses, si délicates, si difficiles faites avec tant de génie par M. Régnault sur les déterminations des chaleurs spécifiques et des pressions des gaz et des vapeurs à différentes températures, ont permis aux Clausius, aux Mayer, aux Rankine, etc., d’établir les théories qui les ont rendus célèbres parmi les géomètres et les ingénieurs. Un savant alsacien, M. Hirn, a pris, parmi ces hommes éminents, une des premières places, à la fois par ses travaux d’expériences et par ses recherches mathématiques. M. Hirn, que les agriculteurs connaissent par l’usage qu’ils font aujourd’hui de son câble télodynamique, a dédié son Exposition analytique et expérimentale de la théorie mécanique de la chaleur à M. Combes, en ces termes : « A l’homme de bien, au savant éminent et modeste, hommage d’amitié et de sympathie. » L’ouvrage de M. Combes sur ce sujet si important n’est pas seulement un exposé complet, rédigé avec simplicité et clarté, de toutes les connaissances acquises sur les relations qui existent entre la chaleur et le travail mécanique ; c’est, en outre, un ouvrage où les déductions nouvelles abondent.
- Il n’est que juste de citer particulièrement un théorème fameux sur le point d’inversion. Il résulte des expériences de M. Régnault qu’entre 0 et 230 degrés la vapeur d’eau à l’état de saturation est partiellement liquéfiée par la dilatation et suréchauffée par la réduction de volume opérée sans addition ni soustraction de chaleur. La théorie de la mécanique de la chaleur appliquée aux vapeurs de sulfure de carbone et de l’alcool montre que ces vapeurs se comportent comme la vapeur de l’eau. Au contraire, la vapeur de l’éther, d’après les formules, se comporte tout autrement; elle est partiellement précipitée par la compression et suréchauffée par la dilatation, toujours sans
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- addition ni soustraction de chaleur. On doit à M. Hirn des expériences qui ont complètement confirmé ces déductions. M. Combes, en appliquant le calcul aux vapeurs du chlorure de carbone et du chloroforme, a trouvé que ces deux vapeurs devaient se comporter comme la vapeur de l’eau dans certaines limites de température, par exemple de 0 à 125 pour le chloroforme, et, au contraire, comme la vapeur de l’éther dans d’autres limites de température, de 125 à 160 degrés par exemple, toujours pour le chloroforme. Il y a donc un point où la propriété devient inverse. C’est là un des principaux résultats obtenus par M. Combes. D’autres ingénieurs ou physiciens, et notamment M. Athanase Dupré, sont arrivés à des résultats analogues; mais cela n’ôle rien au mérite des grands travaux de notre ancien confrère, aujourd’hui proclamé dans la traduction de l’ouvrage classique de Zeuner. Cette phrase, que j’emprunte au livre de M. Hirn, met encore en évidence une autre découverte de notre confrère : « Si je ne me trompe, M. Combes est le premier ingénieur qui ait montré, au moins sous l’une de ses faces, l’importance du rôle que joue, dans les effets de la machine à vapeur, la chaleur cédée ou enlevée au gaz aqueux par les surfaces des pièces fixes ou mobiles en contact avec lui. On peut dire, sans exagération, qu’au point de vue de la science appliquée la mise en relief de ce rôle constitue un progrès immense et une vraie découverte. »
- Pour beaucoup d’esprits éminents, la fondation et l’édification de la théorie mécanique de la chaleur constituent, dans les sciences, un progrès aussi capital que la fondation de la gravitation universelle. Cela suffirait, sans doute, pour excuser les détails qui précèdent, sans que j’aie besoin d’ajouter que cette même théorie mécanique de la chaleur a la prétention de jeter la plus vive lumière sur les problèmes, jusqu’alors obscurs, de la physiologie végétale et animale ; l’agriculture, à ce point de vue, aurait, évidemment, le plus grand intérêt à son développement. Mais il y a des limites qu’il ne faut pas franchir.
- Un autre ordre de travaux a encore occupé une grande partie de l’existence de M. Combes; ce sont ceux d’administration publique. Auteur de mémoires et d’expériences sur les explosions des machines à vapeur, il prit une grande part à la réforme de la législation qui réglementait l’emploi des appareils à vapeur. Les règlements étaient excessifs, trop minutieux ; ils allaient souvent à l’encontre de l’intérêt public, parce que des exigences impossibles à réaliser amènent toujours la négligence, attendu que la surveillance se trouve déjouée par ce fait que l’ingénieur doit fermer les yeux sur des inexécutions de prescriptions impossibles. M. Combes a contribué à l’établissement de la nouvelle législation, qui est plus efficace, parce qu’elle est moins rigoureuse, et qu’elle ne demande que des précautions justifiées et susceptibles d’être prises avec utilité. Ce sont les mêmes principes qui l’ont guidé dans la direction qu’il a imprimée à l’établissement des règlements relatifs à l’exploitation des chemins de fer.
- Enfin, lorsque la réforme des traités de commerce fut mise à l’étude, M. Combes
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- fut appelé à prendre une grande part à son élaboration. Il s’inspira de l’intérêt public avant tout. Il fut pour toutes les mesures libérales; il sut, en outre, trouver dans la discussion des tarifs la limite exacte à laquelle il fallait s’arrêter pour que tout manufacturier, voulant faire des efforts intelligents, pût supporter le choc de la concurrence étrangère. Il fut toujours, dans la suite, le plus ferme appui de ceux qui, dans la solution des questions de commerce international, ne cherchaient pas autre chose que la prospérité réelle de la France, Tel il s’est encore montré dans la grande enquête agricole de 1866-67, où il faisait partie de la Commission supérieure; il présida alors l’enquête dans la 23e circonscription formée des départements de Vaucluse, de la Drôme et de l’Ardèche ; son rapport est un modèle de clarté ; il est impossible de mieux faire ressortir les besoins des populations rurales, principalement dans des contrées éprouvées par des désastres supportés avec une admirable résignation
- Le rôle considérable que M. Combes a joué dans les affaires administratives s’explique par la grande position à laquelle ses talents et ses travaux l’avaient porté. Il savait été élu, en 1847, à l’Académie des sciences, dans la section de mécanique. « Là, dit M. Élie de Beaumont, il se fit remarquer, comme partout ailleurs, par l’aménité de ses manières, la sûreté de son commerce, la profondeur et la variété de ses connaissances, la finesse et la solidité de son jugement. Ne se pressant jamais d’arrêter son opinion, il l’établissait sur des bases certaines, et, après l’avoir exprimée, il était rarement conduit à la modifier. »
- En 1850, M. Combes a été élu membre de la Société centrale d’agriculture, dans la section de mécanique agricole, en remplacement de M. Francœur; il fut appelé à la présidence en 1869. Il vous a présenté plusieurs rapports, toujours marqués au coin de sa supériorité. Son action s’est surtout fait sentir dans les discussions, parce qu’il savait les conduire avec clarté, pour en faire jaillir la solution qu’il conseillait et qui triomphait presque toujours, tant il savait mettre de convenance, en même temps que de chaleur, dans l’exposition et la défense de ses idées.
- Le nombre des occupations de M. Combes dans les dernières années de sa vie eût été vraiment excessif pour un homme d’un autre caractère. Leur énumération montrera combien il exerçait d’influence. En passant par tous les grades du corps des mines, il était arrivé au poste le plus élevé, celui d’inspecteur général de première classe. En 1857, il avait été nommé directeur de l’École des mines, après la mort de M. Dufré-noy, et il continua à imprimer à la célèbre École cette haute et ferme direction qui en fait un établissement hors ligne dans les deux mondes. Pendant les trois dernières années de sa vie, il présida le Conseil général des mines. Il était aussi président de la Commission des machines à vapeur et de la Commission des inventions et des règlements concernant les chemins de fer. Ces deux commissions sont permanentes; la première a une grande importance pour l’industrie et l’agriculture depuis que les machines à vapeur sont devenues d’un usage fréquent, même dans les fermes ; la seconde s’occupe des règlements relatifs à l’exploitation des chemins de fer et de toutes les
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- questions du ressort de l’ingénieur de traction. Les opinions de M. Combes devenaient presque toujours celles de ses collègues dans les discussions techniques, agitées au sein de ces commissions.
- Dès 1845, il avait été nommé secrétaire de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale. Le nombre des notes, des rapports, des mémoires dont il a enrichi le Bulletin.de cette si célèbre et si utile Société ne s’élève pas à moins de 70; il y jouait le double rôle de sentinelle avancée du progrès et de guide protecteur des inventeurs.
- Parmi les autres corps constitués ou commissions d’une nature permanente dont il était encore membre, il faut citer le Comité consultatif des arts et manufactures, le Conseil d’hygiène et de salubrité, le Comité consultatif des chemins de fer. Ce dernier comité est appelé à donner son avis dans toutes les questions que soulève l’étude des concessions nouvelles de voies ferrées, des conditions de tracés et des conventions à intervenir entre l’Etat et les compagnies. Il fut un moment supprimé sous le ministère de M. Dorian, mais il fut rétabli, en 1871, sous le nom de Commission supérieure des chemins de fer, et, deux mois avant sa mort, M. Combes était appelé à y reprendre sa place.
- Il est bien remarquable qu’au milieu de tant de devoirs absorbants il ait encore trouvé le temps de se livrer h des travaux scientifiques ascendants. Cependant il ne négligeait rien, et il mettait autant de soin à rédiger des rapports sur de grosses affaires dont il pouvait être fructueux pour lui de s’occuper, que sur les petits intérêts de commerçants et d’industriels qui avaient le bonheur de tomber en partage de son activité, lorsque leurs établissements appelaient l’attention du Conseil de salubrité. Sa grande renommée d’homme sage entre tous, de conciliateur ne cherchant que le bien et la vérité, l’a fait souvent choisir pour arbitre par de grandes compagnies industrielles ou pour des conflits de la plus haute importance. Ainsi nous nous souvenons qu’entre autres arbitrages il fut choisi par les Compagnies des chemins de fer d’Orléans et de Lyon pour prononcer sur une réclamation que la première élevait contre la seconde, réclamation qui atteignait le chiffre de 375 millions de francs. Si nous nous souvenons bien, il alloua 80 millions ; il s’était adjoint, pour prononcer, M. Sauvage et un autre ingénieur. Il fut aussi arbitre dans cinq ou six autres contestations entre des compagnies de chemins de fer moins importantes.
- C’est certainement à cause de sa grande impartialité que, membre de la Commission de réorganisation de l’Observatoire de Paris, il fut choisi comme conciliateur entre M. Le Verrier et ses adversaires. Il prit, au même moment, une part prépondérante dans la création de l’Association française pour l’avancement des sciences, fondée sur un plan analogue à celui qui a fait le succès de l’Association britannique. Dans sa pensée, la nouvelle association ne pouvait que compléter les services rendus par l’Association scientifique de France, fondée par l’illustre astronome que nous venons de nommer.
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- Pour achever de montrer combien son opinion exerçait d’influence en toutes choses, nous ajouterons encore qu’il fut président de la Commission du tunnel sous-marin à établir entre la France et l’Angleterre. Il concluait à la possibilité de l’exécution du travail, mais il disait en même temps que c’était une œuvre que le gouvernement n’avait pas besoin de subventionner. Il a été président des jurys de mécanique aux trois Expositions universelles de 1855, 1862 et 1867. En 1865, il fut président de la Commission chargée de préparer la loi sur la marine marchande et de la Commission chargée de s’occuper de la réforme de la loi sur le travail des enfants dans les manufactures. On voit qu’il remplissait réellement les fonctions de conseiller d’État, quoiqu’il n’en eût pas le titre, et que ce n’était pas pour lui une sinécure. Ce ne fut qu’un acte de justice qui lui fut rendu, lorsque, après la conclusion du traité de commerce, il fut nommé commandeur de la Légion d’honneur.
- Une dernière mission d’une haute importance fut confiée à M. Combes en 1868-1869; il fut désigné pour représenter la France dans la Commission arbitrale nommée pour l’apaisement du conflit soulevé entre la Belgique et le grand-duché de Luxembourg, relativement aux chemins de fer de ce dernier pays ; le conflit était secrètement attisé par la Prusse. Notre confrère mena cette grave affaire avec un tact et une prudence qui aboutirent à une solution amiable, au grand dépit de la chancellerie de Berlin. Après la catastrophe qui a renversé l’Empire, se souvenant des difficultés qu’il avait rencontrées dans sa mission de 1868, il disait à ceux qui recevaient ses confidences : « J’ai alors retardé la guerre de deux ans. »
- M. Combes s’était marié le 16 mars 1830 ; il avait épousé MeUe Hippolyte Bousquet, habitant Saint-Hippolyte-du-Fort, département du Gard. Ainsi s’explique comment, dans la discussion des intérêts agricoles du Midi, il se montrait si compétent, lorsque ces intérêts lui paraissaient enjeu dans nos délibérations. Il eut le malheur de perdre sa femme le 14 novembre 1841 ; elle lui laissait trois enfants, deux filles et un fils. Sa fille aînée habite Saint-Hippolyte-du-Fort; elle est mariée à M. Frégier-Pillet; sa seconde fille a épousé un chimiste éminent, M. Friedel. Son fils, magistrat distingué, conseiller à la cour de Riom, n’a survécu qu’un an à son père ; il a laissé une veuve et trois enfants ; l’aîné vient d’entrer à l’École polytechnique, où il porte dignement le nom de son grand-père.
- Au mois d’août 1870, M. Combes, ne prévoyant pas que la France pût être accablée de tant de désastres, était, selon sa coutume depuis quelques années, parti pour le Midi avec sa famille ; quand il apprit que Paris allait être assiégé, il fit de vains efforts pour y rentrer. Ce fut, pour lui, un immense chagrin d’être condamné à rester loin de l’École des mines, de l’Académie des sciences, de notre Compagnie dont il suivait si assidûment les travaux; il eût voulu souffrir avec tous ceux qu’enserfaient les armées allemandes. Pour se distraire des douleurs dont les événements accablaient son cœur patriotique, il vivait avec Descartes, Huyghens, Galilée, Newton, se proposant de faire, si Dieu lui en eût donné le temps, une histoire des fondateurs de la
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- mécanique rationnelle. Il avait une vaste érudition ; Tacite, qu’il lisait dans le texte original, était son auteur favori.
- On sait toute l’amertume que lui causa le traité de paix avec l’Allemagne, c’était pour lui une seconde fois la mort de sa mère. Ce grand cœur était désormais frappé pour toujours. Cependant, il n’a pas cessé de travailler jusqu’à la dernière heure avec son secrétaire, M. Marcel Deprez, auteur de plusieurs Mémoires remarquables sur les machines à vapeur, que M. Combes fut heureux de présenter à l’Académie des sciences. Les questions les plus ardues l’occupaient alors que déjà la mort le menaçait et allait inopinément le frapper, nous a rapporté M. Deprez, à qui cette biographie doit plusieurs renseignements précieux sur l’homme modeste, mais illustre, dont la vie a été un noble exemple de travail persévérant.
- Le iO janvier 1872, à cinq heures du soir, M. Combes, atteint d’un érysipèle, prit congé de M. Deprez en lui disant : «Nous reprendrons ce travail demain matin. » Mais, le lendemain, il n’était plus; il avait rendu son âme à Dieu, sans souffrir, avec la placidité du sage. M. le pasteur Roger Hollard, en prononçant les adieux de la religion sur son corps inanimé, avant qu’on le conduisît au cimetière, a dit de lui : « Il savait allier dans une rare harmonie la recherche désintéressée du vrai pour le vrai à la préoccupation généreuse de l’application de la vérité scientifique au progrès de la Société humaine, et à cette modestie qui est comme le parfum naturel du véritable amour de la vérité. »
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
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- Séance du 22 janvier 1875.
- Présidence de M. Balard, vice-président.
- Correspondance. — MM. Tresca, Thorel et Ratieuville, fabricants de châles, place des Victoires, 12, demandent que la Société d’encouragement fasse examiner le moyen qu’ils ont trouvé pour fabriquer les châles et tissus brochés, par des procédés plus économiques. (Arts mécaniques.)
- M. Pierre, rue Hautefeuille, 14, présente à la Société une machine à vapeur dans laquelle le cylindre et le piston sont mobiles à la fois et qui, d’après l’auteur, offre des avantages importants. (Arts mécaniques.)
- M. Turr, serrurier-mécanicien, rue Jacob, 40, met sous les yeux de l’assemblée une machine simple et précise pour biseauter les cartons employés dans les ateliers de reliure et de cartonnage. (Arts mécaniques.)
- M. Hanriauth Meaux(Seine-et-Marne), demande delà publicité pour son nouveau
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- système de chutes, qui lui sert à mettre au jour des sources souterraines. Cette méthode, dont le principe a été employé depuis longtemps, a été l’objet de communications faites en 1874 par M. Dupont, et consiste dans l’écoulement de l’eau d’une nappe supérieure dans une couche absorbante inférieure du sol, ce qui produit une chute qu’il utilise.
- M. Darasse (A.), rue du Départ, 15, soumet à l’examen de la Société une burette à fermeture automatique, employée pour le graissage des machines, et un appareil de lessivage qui piésente des dispositions propres à faire varier à volonté la quantité de linge à lessiver. (Arts économiques.)
- M. de Labastie, au château de Richemont, près le Pont-d’Ain (Ain), renseignements supplémentaires sur le verre trempé qui a été présenté en son nom, dans la dernière séance du Conseil, par M. de Lubac. (Arts économiques.)
- M. Collas (Claude), pharmacien, à Paris, note sur l’emploi du phosphate de chaux comme mordant. (Arts chimiques.)
- M. Balagnier (Francisco), ingénieur, calle Jésus y Marie, 3, à Madrid, demande l’échange du Bulletin de la Société contre une publication hebdomadaire qu’il vient de fonder à Madrid, sous le titre de Cronica de la Industria. (Commission du Bulletin.)
- M. Tisserand (Eu^hue), sous-directeur au ministère de l’agriculture et du commerce et membre du comité d’agriculture, fait hommage à la Société du rapport qu’il a rédigé sur l’agriculture à l’Exposition de Vienne.
- M. Félix Leblanc, membre du comité des arts chimiques, présente à la Société, au nom de M. Melsens, de l’Académie royale de Belgique, plusieurs brochures extraites des Bulletins de cette Académie.
- 1° Note sur la congélation des liquides alcooliques, août 1873 ;
- 2° Note sur la production artificielle des charbons décolorants, juillet 1874;
- 3° Note sur l’importance du gisement de phosphate de chaux des environs de Ciply (Hainaut). Ce gisement, signalé par M. Cornet, s’étend sur un espace de 180 hectares, et consiste en 14 500 000 mètres cubes de craie grise, qui contient environ 75 pour 100 de grains phosphatés composés de 30 pour 100 de phosphate de chaux au moins;
- 3° et 4° Note sur les paratonnerres, au sujet des paratonnerres des halles centrales de Bruxelles, de ceux de l’hôtel de ville de cette capitale, et d’un coup de foudre tombé sur l’église d’Ixelles, montrant que la sphère d’action d’un paratonnerre est quelquefois moins étendue qu’on ne l’avait supposé.
- Rapports des comités. — Culture du mais. — M. Chatin lit, au nom du comité de l’agriculture,un rapport sur les études que M. Fua, de Padoue, a entreprises pour rendre la culture du maïs fructueuse dans les environs de Paris.
- Le comité de l’agriculture propose de remercier M. Fua de la communication qu’il a faite à la Société et d’insérer au Bulletin le rapport auquel ses études ont donné lieu. -
- M. le baron Thénard demande depuis combien de temps et dans quelles circon-
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- stances les expériences de M. Fua ont été faites. Il définit la limite delà culture du mais qui est tracée sur nos cartes agronomiques et qui passe notamment par Gray. Ces détails sont essentiels pour qu’on se rende compte de l’importance du travail de M. Fua.
- M. Chatin répond que les essais ont été faits, soit à Paris, soit sur le plateau des Essarts, près de Rambouillet, à une altitude de 170 mètres; à Paris, elles datent de plusieurs années et se continuent en opérant par sélection sur les races en expérience. Elles ont pour objet surtout d’obtenir des races à maturité plus hâtive et donnant des récoltes abondantes. La race que M. Fua a signalée a été dans ces conditions, et prospère dans un pays où la vigne ne mûrit pas.
- M. Mangon attache de l’importance à ces recherches, surtout à cause de leur caractère. Jusqu’à présent on a fait beaucoup pour l’amélioration des races d’animaux, mais on a fait très-peu d’études régulières pour l’amélioration des races de végétation. Les travaux de M. Fua sont dans cette voie et, outre leur valeur absolue, ils donnent un excellent exemple qui ne peut pas manquer d’être suivi par d’autres agriculteurs.
- Après ces diverses observations, les conclusions du rapport de M. Chatin sont mises aux voix et approuvées.
- Peintures marmoréennes.—M. Paliard lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur les plaques décoratives que M. Pruneau, ancien notaire, à Bléneau (Yonne), a présentées à la Société sous le nom de peintures marmoréennes.
- Le comité des arts économiques est d’avis qu’il y a lieu de remercier M. Pruneau de la communication qu’il a faite à la Société et d’insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil. (Yoy. cahier d’avril 1875, p. 166.)
- Communications. — Percement du Saint-Gothard. — M. Pernolet (A.), ingénieur civil des mines, expose devant l’assemblée les moyens qu’on emploie, en ce moment, pour le percement du mont Saint-Gothard, entre Airolo et Gôschenen. (Cette communication paraîtra au Bulletin.)
- Nomination de membres de la Société. — Sont nommés membres de la Société, par un vote du Conseil :
- MM. Lefebvre-Rossignol, fabricant d’aiguilles, à la Foiste, près de Laigle;
- Delalain père, imprimeur de l’Université, à Paris ;
- Robert (Henri), horloger, à Paris ;
- Pernolet (A.) fils, ingénieur civil des mines, à Paris.
- Séance du 12 février 1875.
- Présidence de M. Balard, Vice-Président.
- Correspondance. — M. Le Doux (Christian), sériciculteur, boulevard Saint-Michel, 83, à Paris, présente un procédé de dévidage qui, au milieu d’une chrysalide
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- artificielle en caoutchouc vulcanisé, donne de la soie grége en employant les cocons ouverts, comme ceux qui ont servi à faire de la graine et les cocons du ver du ricin. (Arts mécaniques.)
- M. le baron de Rostaing, route de Versailles, 179, Paris-Auteuil, écrit pour recommander l’emploi de l’électricité dans l’agriculture. Il annonce qu’il en a fait un essai dans un jardin, sur des arbres fruitiers, en employant une pile voltaïque simplifiée. (Agriculture.)
- M. Caudron, cordier, à Malaunay (Seine-Inférieure), à Paris, chez M. Leblanc, ingénieur, rue Sainte-Appoline, % présente des cordes sans fin employées avec grand succès pour les garnitures des boîtes à étoupes ou pistons de pompes et pour celles des presses hydrauliques. (Arts mécaniques.)
- M. Pinolot, chez M. Leblanc, ingénieur, rue Sainte-Appoline, 2, demande que la Société fasse examiner une machine pour imprimer les marges de deuil sur le papier à lettre. (Arts mécaniques.)
- M. Robert (Henri), horloger, faubourg Saint-Honoré, 86, prie la Société de faire examiner ses pendules sans mouvement apparent, qu’il nomme pendules mystérieuses. (Arts mécaniques.)
- M. Dursy de Rruignac, ingénieur civil, rue Saint-Antoine, 9, à Versailles (Seine-et-Oise), envoie la description et les dessins d’un moufle-treuil à encliquetage naturel. (Arts mécaniques.)
- M. Nuller (Victor), directeur-gérant des mines d’asphalte de Lobsanrt (poste restante à Soultz-sous-Forêt, Basse-Alsace), envoie la description et les dessins d’un procédé pour la compression à froid du minerai d’asphalte pour le dallage des chaussées. (Arts économiques.)
- M. Leroy (Octave), constructeur-mécanicien, à Auxerre (Yonne), excentrique à angle variable pour produire un mouvement différentiel dont les variations arbitraires peuvent être effectuées sans arrêter l’arbre tournant. (Arts mécaniques.)
- M. Fouque (Lucien, avenue Parmentier, 5, à Paris, auteur de plusieurs inventions pour le perfectionnement des générateurs à vapeur, demande l’appui de la Société pour arriver à leur application. (Arts mécaniques.)
- M. Gravier (A.), ingénieur civil, rue Dugla, à Varsovie, donne, pour prendre date, les caractères originaux et les principaux effets'd’un moteur thermique d’une nouvelle invention dont il s’occupe.
- M. Ligny, chez M. Dutilleul (E.), rue de la Victoire, 86, appareils pour le séchage rapide des maisons neuves. (Arts économiques.)
- M. Camacho (J. S.), chez M. Mitjans et comp., banquiers, rue Taitbout, 68, à Paris, demande que la Société fasse examiner ses électro-aimants à tubes concentriques. (Arts économiques.)
- M. Louis Figuier offre à la bibliothèque de la Société un exemplaire de Y Année scientifique et industrielle, 1874 (18e année du recueil). Un volume broché gr. in-18.
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- M. Barrai (J.-A.), secrétaire perpétuel de la Société d’agriculture, envoie à la Société d’encouragement un exemplaire de l’ouvrage qu’il vient de publier sous le titre : Œuvre agricole de M. de Béhague, compte rendu d’une visite faite par une délégation de la Société d’agriculture sur le domaine de Dampierre.
- M. Léon Malo, Notice sur Eugène Flachat, brochure in-8°.
- M. Everling (H.), traduction du Traitépratigue de la fabrication du papier, par Cari Hoffmann (feuilles de 1 à 7 spécimen), in-4.
- M. Barrai présente au Conseil un petit nécessaire métrique organisé par M. Duru (L.), constructeur-mécanicien, rue Sainte-Catherine, 135, à Bordeaux, dans lequel, sous un petit volume, on a réuni des spécimens en grandeur naturelle des diverses mesures métriques et tous les objets nécessaires pour faire comprendre le système des poids et mesures français par les élèves des écoles primaires. (Comité des arts économiques.)
- M. le baron Thénard présente, au nom de M. Samain, constructeur-mécanicien, à Blois, un pressoir de forme nouvelle, dans laquelle cet habile constructeur a utilisé à la fois le principe de la presse à genou, et le déclic continu formé par l’écrou d’une vis fixe, qui a été l’objet d’une médaille de la part de la Société. (Arts mécaniques.)
- M. Eaton de la Goupillière présente, au nom de l’auteur, M. Alfred Caillaux, ingénieur civil des mines, un ouvrage dont le titre est Tableau général et description des mines métalliques et des combustibles minéraux de la France, in-8, J. Baudry, éditeur.
- M. le marquis de Turenne, membre du Conseil, demande à retirer un paquet cacheté qu’il avait déposé à la Société d’encouragement il y a deux ans.
- M. le Président fait apporter sur le bureau ce paquet, et en fait la remise immédiate à M. le marquis de Turenne.
- Rapports des comités. — Embrayage électrique. — M. le comte du Moncel fait un rapport, au nom du comité des arts économiques, sur l’appareil de M. Richard, pour l’embrayage électrique des métiers automatiques de tissage, dans le cas où un fil de la chaîne se casse.
- Il conclut en proposant de remercier M. Richard de sa communication, et d’insérer le rapport avec dessin au Bulletin.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Dessin graphique; lever des plans. — M. Eaton de la Goupillière lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur un instrument relatif au lever des plans, imaginé par M. Tabarant, géomètre principal des mines de Decise.
- Le comité des arts mécaniques propose de remercier M. Tabarant de sa communication, et d’insérer le rapport au Bulletin avec un dessin de l’instrument.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Communications. — École pratique de laiterie pour les jeunes filles. — M. Moll,
- * membre du comité d’agriculture, lit une note sur ce genre d’école.
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- M. Tisserand, membre du même comité, ajoute aux renseignements donnés par M. Moll ceux qu’il a recueillis lui-même en Danemark. (Les communications de MM. Moll et Tisserand paraîtront au Bulletin.)
- Balance de précision. — M. Salleron, fabricant d’instruments de précision, rue Pavée, 24, à Paris, présente à la Société une balance qui est destinée à la vérification des nouveaux étalons des poids métriques, et qui atteint à une très-grande précision, malgré son petit volume, par suite des dispositions adoptées pas M. Mendeleef, pfo-fesseur à l’Université de Saint-Pétersbourg, qui a fait exécuter cet instrument. (Voy. plus haut, p. 241,)
- Pendules mystérieuses. — M. Henri Robert, horloger, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 86, donne des détails sur la fabrication des pendules sans mouvement apparent qu’il nomme pendules mystérieuses.
- Cette pendule consiste en deux aiguilles, pour les minutes et les heures, munies d’un petit contre-poids et placées sur le point de centre d’une plaque de cristal circulaire autour de laquelle les heures et les minutes sont tracées. Ces aiguilles vont d’elles-mêmes se placer à l’heure réelle et parcourent le cadran en indiquant sans cesse l’heure et la minute, sans paraître mues par aucun mécanisme.
- Le secret de cette marche consiste dans un rouage de montre de pethe dimension placé dans chaque contre-poids. Il a pour fonction de faire déplacer une petite masse en platine qui circule ainsi dans la boîte du contre-poids et y prend des positions diverses. Dans ses diverses positions, son poids, se combinant avec celui de l’aiguille elle-même, fait prendre à celle-ci toutes les diverses inclinaisons qui sont nécessaires pour qu’elle parcoure régulièrement le cadran pendant le temps convenable.
- M. Henri Robert expose les difficultés qu’il y avait à la mise en pratique de ce principe, dont l’idée est ancienne, mais dont l’exécution n’avait pas pu être réalisée avec avantage. Par divers soins spéciaux, par l’emploi de l’aluminium pour les parties qui doivent être légères et du platine pour les contre-poids lourds sous un petit volume, il est parvenu à surmonter tous les obstacles, et maintenant la fabrication de ces cadrans est une pratique courante. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- Tissus non inflammables. — M. Y abbé Mauran entretient la Société des procédés qu’il a inventés pour empêcher l’inflammabilité des tissus sans altérer leur couleur et leur souplesse, et sans diminuer leur durée et leur solidité. Après de nombreuses recherches, il a reconnu qu’un mélange, en proportions convenables, de borax, de sulfate de soude et d’acide borique atteint parfaitement le but. Il montre des tissus légers préparés ainsi, et fait voir que leur inflammabilité est nulle. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- Nomination de membres. — Est nommé membre de la Société par un vote du Conseil :
- M. Gabriel (Edouard), ingénieur des ponts et chaussées.
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- Séance du 26 février 1875.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Correspondance. — M. Saint-Trivier (le vicomte de), an château de Thil par Fleurie (Rhône), envoie un mémoire sur les expériences qu’il a faites pour la destruction du phylloxéra par l’action du froid et par l’emploi de procédés du genre de ceux dont on se sert pour la culture des vignes (comité d’agriculture).
- Le comité central de l'Exposition internationale et congrès d'hygiène et de sauvetage, à Bruxelles, demande à la Société son concours pour le développement de son œnvre et sollicite la désignation d’un délégué pour faire partie du comité spécial de la France (comité des arts économiques).
- M. Brière (Ed.), entrepreneur de peinture et de vitrerie, rue des Rosiers, 2, à Paris, soumet à l’examen un nouveau système de vitrerie pour toitures, qui assure l’écoulement des eaux sans aucune pénétration à l’intérieur (comité des arts économiques) .
- MM. Tresca, Thorel et Ratieuville, place des Victoires, 12, envoient des spécimens de châles qu’ils fabriquent par les procédés perfectionnés dont ils ont déjà entretenu la Société (comité des arts mécaniques).
- M. Thollois (L.), instituteur en retraite, rue des Deux-Ponts, 18, Paris, demande l’examen de son système de lecture, d’orthographe et de calcul, consistant dans l’emploi de caractères mobiles avec lesquels les élèves composent des mots, en copie ou sous la dictée, écrivent des nombres et font les opérations simples d’arithmétique (comité des arts économiques).
- M. Hersent (H.), ingénieur civil, membre de la Société d’encouragement, envoie à à la Société un exemplaire d’une étude qu’il a faite pour préserver Saint-Pétersbourg contre les inondations, en faisant de la Newa un grand port.
- La Société académique de Brest envoie le tome Ier de la 2e série de ses Mémoires, 1873-1874-, un volume in-8.
- M. Brun faut, ingénieur civil, fait hommage à la Société d’une brochure La Vigne et le Phylloxéra. Paris, 1875.
- M. Laurent (J.), garde-mine principal, rue du Bac, 144, fait hommage à la Société d’un exemplaire de l’atlas des chaudières à vapeur, qui a été approuvé en manuscrit par elle et qu’il vient de faire imprimer : in-folio de 78 planches, avec notes explicatives.
- Communications. — Tunnel entre la France et VAngleterre. —M. Michel Chevalier et M. Lavalley exposent à la Société le projet qui a été préparé pour établir une communication entre la France et l’Angleterre, au moyen d’un chemin de fer passant sous le détroit du Pas-de-Calais. (Cette communication a paru au Bulletin d’avril 1875,
- p. 180.)
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société par un vote du Conseil :
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- MM. Clamond, ingénieur électricien, à Paris ; le docteur Fumouse, à Paris ; Aubriot, fabricant, à Paris ; Revel (Scipion), ingénieur des ponts et chaussées ; Thénard (Arnould), chimiste, à Paris; Decauville (Ed.), propriétaire, à Ivry-sur-Seine; de Labastie, propriétaire, au château de Richemont.
- Séance du 12 mars 1875.
- Présidence de M. Dumas, Président.
- Nécrologie. — M. le Président annonce à la Société la double perte qu’elle a faite depuis la dernière réunion du Conseil.
- L’une est celle de M. Cavé, membre du comité des arts mécaniques. Tout le monde, ici, connaît les progrès importants que la mécanique appliquée doit à ses persévérantes recherches ; l’organisation de vastes ateliers de construction desquels est sorti un nombre considérable de machines à vapeur qui, jusqu’à ce moment, étaient à peine connues en France, la création de la machine oscillante, qui simplifiait le mécanisme accessoire par une application plus directe de la puissance, l’emploi étendu des machines-outils dont il a varié les applications, ont marqué l’une des périodes le8 plus importantes du développement de l’industrie française, et ont fait à leur laborieux auteur une réputation justement acquise.
- La seconde perte que la Société a faite est celle de M. Séguin (Marc), correspondant de l’Académie des sciences et membre correspondant du comité des arts mécaniques de la Société d’encouragement.
- Si les physiciens se rappellent que M. Séguin, le premier, a exprimé d’une manière positive les bases de la théorie mécanique de la chaleur, la Société d’encouragement sait que son nom a été mêlé à tous les grands travaux d’utilité publique de la première moitié de ce siècle. Elle n’oublie pas qu’il fut un des promoteurs les plus actifs du chemin de fer de Saint-Étienne, le premier chemin de fer à locomotive qui ait été construit en France, qu’on lui doit l’un des perfectionnements les plus importants apportés à 1 a chaudière à vapeur et l’invention des câbles en fil de fer. Sans ces câbles les ressources bornées de l’industrie, à cette époque, n’auraient pas permis de multiplier les ponts à grande portée et d’ouvrir des voies de communication nouvelles.
- Correspondance. —M. Letestu (L.), cité Bergère, 1 bis, à Paris, projet pour l’arrêt mathématique d’un train de chemin de fer (comité des arts mécaniques).
- M. Rohart (F.), rue Legendre, 55, demande à faire une lecture, dans une séance de la Société, sur les expériences qu’il a faites dans la Charente-Inférieure, pour la destruction du phylloxéra (comité d’agriculture).
- La commission de l’Exposition internationale d’horticulture en 1876, à Amsterdam, envoie le prospectus de cette Exposition (comité d’agriculture).
- M. Raffard (N. J.), rue Vivienne, 16, mémoire sur les moyens d’annuler presque
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- complètement le frottement du volant dans les machines à vapeur (comité des arts mécaniques).
- M. Havy, rue Virginie, 6, à Montmartre-Paris, demande que la Société lui accorde une première annuité de brevet d’invention pour un meuble de son invention (arts économiques)*
- M. Aliger (C.), avenue de la Bourdonnaye, 49, locomotive à train articulé (arts mécaniques).
- M. Couder (Gustave), rue Rataud, 11, demande que la caisse des artistes industriels fasse l’acquisition perpétuelle du terrain où est inhumé Amédée Couder (commission des fonds).
- M. le Ministre des travaux publics envoie à la Société le 11e volume de la Revue de géologie publiée par MM. Delesse et de Lapparent.
- » M. de Franqueville (Ch.) envoie à la Société un exemplaire de l’ouvrage qu’il vient de publier sur le régime des travaux publics en Angleterre.
- M. Tissandier (Gaston), directeur du journal français la Nature, envoie les numéros de ce journal qui ont paru depuis le 12 décembre 1874, origine du volume actuel, et demande l’échange de cet ouvrage avec le Bulletin de la Société d’encouragement.
- MM. Whittingham et Wilkins, directeurs du journal anglais Practical Magazine, envoient un exemplaire de ce journal et demandent l’échange avec le Bulletin de la Société.
- Les membres de la Chambre de commerce de Reims envoient des exemplaires de la lettre qu’ils ont écrite à M. le Ministre de l’agriculture et du commerce sur le projet de loi soumis à l’Assemblée nationale par M. le Ministre des finances et concernant le commerce des vins.
- M. Périsse (Sylvain), note sur le four à gaz avec récupérateur de chaleur, système Ponsard, brochure avec fig. Eugène Lacroix, éditeur.
- Annuaire de la Société des anciens élèves des écoles des arts et métiers, année 1874, 1 vol. in-8, avec de nombreuses planches.
- M. Chevallier (A.), membre du comité des arts chimiques, fait hommage d’un exemplaire de la 4e édition de son dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales, 1 vol. in-8, avec de nombreuses figures dans le texte. Asselin (P.), éditeur.
- M. de Luynes présente, de la part de M. Laurent (Léon), rue de l’Odéon, 21, un nouveau polarimètre général et saccharimètre, qui a des avantages marqués sur ceux qui sont à présent en usage. Il explique le principe sur lequel cet instrument est fondé, et demande que son examen soit renvoyé aux comités compétents. (Renvoi aux comités des arts chimiques et des arts économiques).
- Rapports des comités. — Kaléidoscope. — M. de Luynes fait, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur le kaléidoscope perfectionné de M. Thomas.
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- Il propose de remercier M. Thomas de sa communication et d’insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu.
- Ces conclusions sont approuvées par le Conseil.
- Peluches et velours. — M. Alcan lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur l’état actuel des fabriques de peluche et velours de Mme veuve Martin, de Tarare, et sur les progrès et le magnifique développement qu’elles ont pris, grâce aux soins de M. Dubu (Achille), le directeur de ces usines.
- Le comité des arts mécaniques propose : 1° de remercier M“e Ve Martin de sa très-intéressante communication ; 2° de témoigner la satisfaction de la Société à M. Dubu (Achille) ; 3° d’insérér au Bulletin le rapport du comité.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil. (Voy. plus haut
- p. 221.)
- Châles et étoffes d'ameublement. — M. Alcan présente ensuite, au nom du même comité, un rapport sur les procédés par lesquels MM. Tresca, Thorel et Batieuville ont fait faire de grands progrès à l’industrie de la fabrication des châles et étoffes d’ameublement.
- Le comité propose de remercier MM. Tresca, Thorel et Batieuville de leur intéressante communication, d’associer, sur leur demande, à leur nom, celui de M. Cau-chefer, leur contre-maître, qui n’a cessé de leur prêter un concours intelligent et dévoué, et d’insérer, au Bulletin, le rapport auquel cette communication a donné lieu. (Approuvé par le Conseil.)
- Calorifères. — M. Paliard lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur les calorifères en fonte de M. Gurney.
- Le comité propose de remercier M. Gurney de sa communication et d’insérer, au Bulletin, le rapport auquel elle a donné lieu.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Porcelaine. Peinture au* demi-grand feu. —M. Salvetat fait, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur la palette du peintre au demi-grand feu, présentée par M. François Richard, peintre sur porcelaine, à Sèvres.
- Le comité des arts chimiques, reconnaissant le mérite des travaux de M. Richard et ^importance des résultats auxquels il est parvenu, propose de le remercier de son intéressante communication, de donner à son travail la publicité que M. Richard désire généreusement lui faire obtenir, et, pour cela, d’insérer le rapport du comité dans le Bulletin.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Communications. — Pulvérisation des engrais. — M. Ménier, membre de la Société, lit un mémoire sur l’importance qu’il y a à pulvériser complètement les engrais avant leur emploi, et il cite, ainsi qu’il suit, les paroles dans lesquelles M. Dumas a iésumé ses propositions à une première communication :
- « Il a voulu démontrer que la pulvérisation rend immédiat l’effet des engrais ; qiie les agriculteurs ont tout avantage à ne pas compter sur le temps pour les pulvériser,
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- qu’ils doivent le faire eux-mêmes en épargnant, par là, un capital, une avance qui représentera, par les intérêts économisés, bien plus que les frais de broyage; que les moulins à vent et à eau, qui ont été abandonnés comme moulins à farine ou à huile, reprendront leur valeur comme moulins à engrais ; enfin que les minerais phosphatés et potassiques, inefficaces en roche, tels que la nature les présente, deviendront fertilisants quand la meule les aura réduits en poudre impalpable. »
- Pour faire cette démonstration, M. Minier a fait construire des cubes de calcaire et de phosphates de dimension régulière et connue, et a montré par l’expérience l’accroissement rapide de leur dissolution qui est au moins en proportion du développement total des surfaces.
- Il s’est occupé ensuite de l’importance que cette question présente, et pour cela, en dépouillant les enquêtes administratives, il a recueilli des données précises sur l’étendue des espaces de terrain qui peuvent bénéficier des avantages que la pulvérisation complète leur apportera, quand les agriculteurs se décideront, enfin, à employer la quantité d’engrais supplémentaire, nécessaire pour développer toute la puissance du sol qu’ils cultivent.
- M. Minier met sous les yeux de la Société quatre cartes parlantes, une pour la France à teinte plate, et trois autres pour la France et l’Europe, où il a figuré, par des secteurs diversement coloriés, les quantités de terrain où les engrais complémentaires peuvent être employés, et l’état actuel de l’agriculture à ce point de vue.
- M. le Prisident remercie M. Minier de son intéressante communication. Elle sera comprise dans cette assemblée plus particulièrement, parce que la Société se préoccupe, depuis plusieurs années, de la même question, et a même fondé un prix pour favoriser la création, à bon marché, de machines capables de faire une distribution facile et très-égale des engrais pulvérulents. L’emploi d’une dose convenable d’engrais complémentaires fournissant au fumier de ferme et au sol les éléments qu’ils ne contiennent pas en quantité suffisante est, en effet, un des meilleurs éléments de progrès pour l’agriculture. Les cartes de M. Minier sont précieuses à ce point de vue et fourniront un bon sujet d’études pour les ingénieurs et les agriculteurs. (Renvoi aux comités des arts chimiques et d’agriculture.)
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société :
- MM. Buquet (Ch.), miroitier, à Paris, rue de Buci ; Mors, ingénieur civil, à Paris ; Miniscloux, garde-mine, à Paris; Thomas, de la maison Thomas et comp., à Avignon; Duprey, de la maison Thomas et comp., à Neuville-sur-Saône(Rhône).
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- Page '222, ligne 9, en remontant, au lieu de .... est de 2“““,50 — lisez : 5 à 6 millim. — ligne 7, — au lieu de .... de 5 millim. — lisez 10 à 12 millim.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE M"e V* BOUCHARD-HUZÀRD, RUE DE L’ÉPERON, 5.
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- FABRICATION DI SUPERPHOSPHATE 1)E CHAUX, PAR MM. MICHELET F.T THIBAULT.
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- 94e année.
- Troisième série, tome II.
- Juin 1895.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIETE D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARMES A FEU.
- Rapport fait par M. Laboulaye, au nom du comité des arts mécaniques, sur le fusil a bloc-obturateur de M. Greneu, rue Vavin, 14, à Paris.
- Les perfectionnements apportés à la fabrication des cartouches métalliques ont rendu leur emploi obligatoire pour les nouvelles armes de guerre, en faisant disparaître les quelques inconvénients qu’elles présentaient, en compensation de leur avantage capital de reconstituer un tonnerre solide malgré l’ouverture de larme en cette partie.
- On a surtout remédié au défaut grave qu’elles présentaient à l’origine, de laisser souvent dans l’arme une douille, séparée du culot, fortement adhérente aux parois et empêchant ainsi de continuer le feu avec l’arme, au moment où l’on en avait le plus besoin. Cela ne saurait avoir lieu soit avec des douilles en cuivre épais, faisant corps avec le culot, comme celles adoptées pour le Martiny, par les Anglais, et celle qui nous avait été soumise, il y a au moins dix ans, par l’ingénieux M. Chaudun, et qui n’a que le défaut d’être chère, soit en employant la disposition due au colonel Roxer. La douille étant en cuivre mince enroulé, dont le bord est maintenu en place par le collage d’une petite bande de papier peu résistant, s’ouvre lors de l’explosion et se contracte aussitôt après; par suite, elle ne peut jamais être adhérente, comme cela aurait lieu si elle était recouverte d’une enveloppe de papier épais.
- En présence de ces progrès, et surtout vu l’expérience acquise de la détérioration par le transport des cartouches brûlantes adoptées pour le fusil
- Tome II. — 74e année. 3* série. — Juin 1873. 36
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- ARMES A FEU.
- JUIN 1875.
- modèle 1866, des nombreux accidents qui sont arrivés lors de l'emploi des cartouches déformées, s’enflammant lors de l’ouverture de l’arme, la cartouche métallique à percussion centrale est devenue réglementaire. On a même trouvé à cette adoption l’avantage de simplifier le chargement, vu la réduction de la course du percuteur ; telle est la disposition du fusil Mauser et celle proposée par le commandant Gras et adoptée par l’armée française.
- Nous n’avons pas à entrer ici dans une étude détaillée de ces systèmes; mais on doit se demander si une arme combinée surtout en vue d’employer une cartouche brûlante, ne laissant aucun résidu dans l’arme, employant une pièce glissante pour obtenir l’obturation résultant, dans les Peabody, les Remington, les Martiny et toutes les nouvelles armes, de l’emploi de la cartouche métallique à culot maintenue par le seul relèvement d’une pièce de culasse, ne sera pas nécessairement quelque peu inférieure à celles-ci quand on est contraint d’y appliquer la cartouche métallique.
- Sous le rapport de la rapidité du tir, comme des qualités balistiques, on reconnaît généralement que le modèle de 1866 transformé est satisfaisant. Le seul point qui laisse à désirer est la mobilité des pièces de fermeture du tonnerre, qui reçoivent la réaction de la charge. Ce mécanisme tend toujours à vibrer lors du tir, vibrations désagréables, pouvant nuire parfois à la justesse du tir.
- Ce qui précède suffit, nous l’espérons, pour faire comprendre le but que s’est proposé M. Greneu en construisant son fusil. Reprenant la voie de l’excellente fermeture à verrou du canon Cavalli, il produit l’obturation du tonnerre par une disposition qui a quelque analogie avec celle de la carabine à répétition de Spencer, c’est-à-dire par le mouvement vertical d’un prisme d’acier glissant dans deux entailles pratiquées dans le prolongement des deux côtés du canon. On peut donner à ce prisme assez d’épaisseur et, aux parties saillantes du prolongement du canon qui le soutiennent, assez de longueur (l’évidement en largeur étant déterminé par la condition de donner passage à la cartouche) pour que les résistances à l’explosion soient amplement suffisantes, et on voit que celles-ci rencontrent des surfaces étendues pour transmettre directement la réaction à la crosse, sans pouvoir engendrer de vibrations.
- Le mouvement du bloc-obturateur est produit par des articulations très-résistantes et d’un effet certain. La sous-garde tournant autour d’un axe placé à son extrémité forme un puissant levier qui le fait mouvoir et le maintient. Un ressort à boudin placé sous le bloc et fortement comprimé
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- JUIN 1875.
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- lors de la fermeture assure la pression du bloc sur le tonnerre en rachetant toute usure, la face postérieure comme celle de l’entaille correspondante formant plan incliné.
- Le levier de fermeture actionne une petite pièce tournant autour d’un axe formant tire-cartouche. Par un prolongement il arme le chien et, par suite, rend rapide le tir de cette arme ; mais nous n’insisterons pas sur cette partie accessoire de l’arme, qui est indépendante de l’invention principale ; une expérimentation un peu longue serait nécessaire pour qu’on fût certain qu’elle ne serait susceptible d’aucun dérangement.
- Enfin la percussion est transmise par l’intermédiaire d’une petite broche de faible longueur, maintenue dans le bloc par un petit ressort qui la fait dépasser en arrière; cette partie, percutée par le chien, vient frapper la capsule placée au centre de la cartouche à percussion centrale.
- En résumé, l’arme qui vous a été présentée par M. Greneu est simple ; son système de fermeture offre des avantages spéciaux incontestables. Nous croyons donc être fondé a féliciter le laborieux inventeur du résultat de ses efforts et à appeler l’attention des commissions chargées des graves questions d’armement, sur le fusil qu’il a longtemps travaillé, mû surtout par la pensée patriotique d’être utile à son pays.
- Nous vous proposons, en conséquence, d’approuver le présent rapport et d’ordonner son insertion dans le Bulletin de la Société, avec le dessin du fusil de M. Greneu.
- Signé Laboulaye, rapporteur.
- Approuvé en séance, le S janvier 1875.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 27 REPRÉSENTANT LE FUSIL A BLOC-OBTURATEUR DE M. GRENEU.
- Fig. 1. Section longitudinale partielle du fusil, montrant le chien abattu et le levier de manœuvre fermé.
- Fig. 2. Autre section longitudinale partielle, ne montrant que le mécanisme avec le chien armé et le levier de manœuvre ouvert.
- Fig. 3. Vue séparée du levier de manœuvre.
- Fig. k. Vue du bâti de l’affût.
- Fig. 5. Plan du même bâti.
- Fig. 6. Vue de la plate-bande de sous-garde du côté de sa face interne.
- Fig. 7. Élévation, sur sa face la plus large, du bloc-obturateur.
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- Fig. 8. Vue, en dessus, du même.
- Fig. 9. Autre vue dans un plan vertical perpendiculaire à celui de la figure 7.
- Fig. 10. Vue de face du ressort de rappel de la broche percutante.
- Fig. 11. Vue de profil dudit ressort.
- Fig. 12. Vue oblique du même. v Fig. 13. Broche percutante et sa vis d’arrêt.
- Fig. 14. Vue de la chape du bloc-obturateur.
- Fig. 15. Vue de profil de la même.
- Fig. 16, 17 et 18. Vis, galet et ressort à boudin reliant le bloc-obturateur et la chape.
- Fig. 19. Vue, en élévation, de l’extracteur.
- Fig. 20. Autre élévation du même dans un plan vertical perpendiculaire à celui de la figure 19.
- Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans toutes les figures.
- ABC, levier de manœuvre de l’arme (fig. 1, 2 et 3); il a son axe de rotation à son extrémité postérieure C et porte, à son extrémité antérieure A, un verrou à ressort qui permet de l’accrocher solidement sur le prolongement de la plate-bande de sous-garde. On voit comment le pied du chien repose sur le talon de ce levier, de telle sorte que le levier ne peut être ouvert sans que, du même coup, le chien soit armé ; mais la manœuvre du chien n’en reste pas moins indépendante, et il peut être armé directement pour le tir, comme dans toutes les armes, sans que le levier cesse d’être fermé.
- D, glissière de forme spéciale, découpée dans l’épaisseur du levier de manœuvre, et dans laquelle est emprisonné un galet dont il sera question plus loin.
- E, plate-forme du bâti de l’affût (fig. 1, 2, 4 et 5), sur laquelle vient reposer l’extrémité postérieure du canon qui se compose de deux oreilles.
- F, gaine placée sous cette plate-forme, et dans laquelle monte et descend le bloc-obturateur.
- G, prisme rectangulaire de bronze ou d’acier, constituant le bloc-obturateur (fig. 1, 2, 7, 8 et 9); il est placé entre les oreilles de l’extrémité postérieure du canon, et coulisse à frottement entre elles au moyen de deux rainures à queue d’aronde pratiquées le long de ses arêtes verticales.
- H, broche percutante traversant l’axe du bloc-obturateur (fig. 1, 2 et 13); elle est maintenue par une vis qui traverse la tête du bloc, et, au moyen d’une rainure dans laquelle porte l’extrémité inférieure de cette vis, la broche peut se déplacer horizontalement, sous le choc du chien, de la quantité nécessaire pour accomplir la percussion centrale de la cartouche.
- La broche percutante peut donc accomplir deux mouvements, l’un dans le sens vertical et dépendant de celui du bloc-obturateur, dont elle fait, en quelque sorte, partie; l’autre, dans le sens horizontal, complètement indépendant et ne pouvant, au contraire, s’effectuer que lorsque le bloc obture le canon.
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- I, lame de ressort curviligne logée dans un encastrement ménagé entre les deux rainures du bloc-obturateur (fig. 10, 11 et 12). Cette lame est également traversée par
- Ja broche percutante, à laquelle elle présente sa face convexe pour agir sur elle comme ressort de rappel. Ainsi, lorque la broche est poussée en avant par le choc du chien, la lame I, un instant aplatie, se recourbe immédiatement et ramène la broche à son point de départ par le petit épaulement sur lequel elle appuie et qu’indique la figure 13.
- J, galet roulant dans la glissière D du levier ABC (fig. 1, 2 et 17).
- K, chape portant le galet J (fig. 1,2, 14 et 15).
- L, longue vis à tête renversée, reliant la chape K au bloc-obturateur G (fig. 1, 2 et 16); la tête de cette vis peut jouer librement dans la chape où elle est logée.
- M, ressort à boudin entourant la vis L et buttant, d’une part, contre la face inférieure du bloc-obturateur, et, d’autre part, contre la tête de la chape K (fig. 1, 2 et
- 18).
- Il résulte de ce qui précède que le bloc-obturateur G, la broche percutante H, la lame de ressort I, le galet J, la chape K, la vis L et le ressort M forment un tout inséparable du levier de manœuvre ABC. Lors donc qu’on fait basculer ce levier dans la position indiquée figure 2, le galet roulant dans* la coulisse D tire la chape, et le bloc-obturateur descend en même temps que le ressort M se détend; au contraire, quand on referme le levier, le galet J, reprenant la position de la figure 1, remet toutes choses en place, et l’obturation parfaite du canon est produite, grâce à la compression du ressort M.
- On a vu, plus haut, que la descente du bloc-obturateur et de la chape a lieu dans la gaine F de la plate-forme E; mais, pour laisser passer ces pièces, il est essentiel que la plate-bande de sous-garde soit munie d’une ouverture de section correspondante N, et c’est ce qu’on voit figure 6.
- Il nous reste à expliquer l’extracteur de la cartouche, que représentent séparément les figures 19 et 20 et qu’on voit en place figures 1 et 2. Cet extracteur est fixé à la plate-forme du bâti de l’affût, et se loge dans un encastrement pratiqué verticalement sur l’épaisseur de la tranche du tonnerre.
- O, espèce de griffe placée en tête de l’extracteur, et destinée à saisir la cartouche par son bourrelet.
- P, talon placé vers le bas de la tige de l’extracteur.
- Q, centre d’oscillation de l’extracteur.
- R, petit manchon placé sous la plate-forme E du bâti de l’affût (fig. 4), et dans lequel passe la vis qui fixe l’extracteur à ce bâti tout en lui permettant de basculer.
- Lorsqu’on abaisse le levier ABC pour ouvrir le canon, le bloc-obturateur, en descendant, rencontre le talon P de l’extracteur et le faisant basculer, comme l’indique la figure 2, lui permet de saisir la cartouche et de la faire tomber; en remontant, le bloc-obturateur remet l’extracteur en place.
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- Maniement de l’arme.
- Ouvrir la culasse pour introduire la cartouche. — L’arme étant placée dans la main gauche, porter la main droite au bouton de manœuvre du verrou du levier, exercer une pression sur la tête de ce bouton, de manière à dégager le levier et à lui rendre sa liberté d’action en faisant sortir de sa gâche le verrou à ressort ; saisir le bouton avec le pouce et l’index pour imprimer une vive secousse au levier. Dans ce mouvement, le levier entraîne la chape et le bloc-obturateur qui, en descendant, démasquent l’orifice postérieur du canon; dès lors, on peut introduire la cartouche métallique dans la chambre de l’arme.
- Refermer la culasse. — La main droite embrassant la poignée, avec la paume de la main gauche imprimer, par-dessous et en remontant, un mouvement au levier pour le ramener en plac.e et l'y fixer par une forte pression, qui oblige le verrou à rentrer dans sa gâche ; l’arme est prête à faire feu. En effet, ainsi qu’il a été expliqué plus haut, le mouvement de bascule du levier a eu pour résultat d’armer en même temps le chien, et, comme il reste armé quand le levier est ramené en place, il suffit de presser sur la détente pour faire feu.
- Extraction de la cartouche. — Ouvrir vivement la culasse par la manœuvre ci-dessus décrite du levier ; alors la base du bloc-obturateur, dans son mouvement de descente, s’abattant sur le talon de l’extracteur, le fait basculer avec force ; en même temps, la griffe de l’extracteur, en rapport avec le bourrelet de la douille de la cartouche, rejette celle-ci hors du canon.
- Observations. — Au feu continu, on pourra procéder avec une grande rapidité, puisque l’extraction de la cartouche suffit pour armer le chien.
- Le chien étant armé et l’arme chargée, si l’on ne veut pas continuer le feu, il faut, comme à l’ordinaire, rabattre le chien avec le pouce et l’index de la main droite.
- (M.)
- ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Troost, au nom du comité des arts chimiques, sur un Bidon siphoïde destiné aux huiles de pétrole, présenté par M. Moride, à Nantes.
- M. Moride, chimiste de Nantes, bien connu, a soumis à l’examen de la Société un récipient métallique, destiné à contenir le pétrole ou les essences inflammables, et à en permettre le transport avec moins de danger que les bidons actuellement employés à cet usage.
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- m
- Ce récipient ressemble, par son aspect extérieur, aux siphons dans lesquels on transporte l’eau de Seltz.
- La partie supérieure (ou le goulot de cette espèce de bouteille) est percée latéralement de deux ouvertures : l’une, à la base, portant un tube incliné pour l’écoulement du liquide ; l’autre, vers le sommet, destinée à l’introduction de l’air dans le récipient.
- Dans l’axe de ce goulot, un tube peut se mouvoir, de haut en bas, sous la pression d’un levier, et, de bas en haut, sous l’action d’un ressort à boudin. Ce tube est entouré, en deux de ses points, d’anneaux de cuir formant soupape, et fermant, l’un l’orifice de rentrée de l’air, l’autre l’ouverture du tube d’écoulement. Ces deux ouvertures sont fermées, tant que le tube est maintenu relevé par le ressort à boudin ; mais, quand, en pressant le levier, on le force à descendre, les soupapes démasquent simultanément les deux ouvertures latérales. Cette disposition rappelle celle des tiroirs des machines à vapeur.
- Pour faire écouler le liquide, on incline le bidon et on presse sur le levier; le liquide s’écoule aussitôt par le tube incliné, tandis que l’air rentre par l’axe du goulot. Dès qu’on cesse de presser sur le levier, l’écoulement s’arrête.
- Un avantage important, réalisé dans cet appareil, résulte de ce qu’on peut enlever le levier qui constitue, pour ainsi dire, la clef du récipient. Celui-ci est alors hermétiquement clos, et on n’a pas à redouter l’écoulement du liquide par imprudence.
- De pareils bidons pourraient être remplis dans des magasins situés en dehors des villes et éloignés de toute habitation ; ils seraient ensuite, sans danger, transportés et distribués aux détaillants, comme les siphons d’eau de Seltz. On satisferait ainsi facilement aux prescriptions du décret du 19 mai 1873, qui interdit de débiter, à la lumière artificielle, les liquides de première catégorie, à moins que le détaillant ne conserve et ne livre ces liquides dans des bidons ou burettes en métal, de manière à éviter tout transvasement au moment de la vente.
- M. Moride appelle son récipient « siphoïde inexplosible; » mais la qualification d’inexplosible est ainsi bien moins j ustifiée que dans les simples burettes ordinaires. En effet, dans les burettes où le tube d’écoulement débouche au-dessous du niveau du liquide, il n’y a pas communication entre l’air extérieur et le mélange gazeux inflammable qui se trouve au-dessus du liquide, tandis que, dans la position normale du nouveau récipient, il y a, si on presse le levier, communication entre l’air extérieur et l’air intérieur. La qualification d’inexplosible aurait, de plus, l’inconvénient grave défaire croire
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- au public que son emploi dispense des précautions ordinairement recommandées pour la conservation et le maniement des essences inflammables. Il sera donc important de désigner ce récipient sous un autre nom, celui de bidon ou siphoïde Moride, par exemple.
- Le même ajutage à tiroir, fixé en guise de robinet ou de cannelle à la partie inférieure du récipient de la capacité de 60 litres, imposé aux détaillants par le décret du 19 mai 1873, permet à la fois la rentrée de l’air à la partie supérieure et la sortie du liquide par la partie inférieure, dès qu’on appuie le doigt sur le levier. Il suffit, d’ailleurs, d’ôter ce levier, qui n’est fixé que par une goupille, pour rendre toute imprudence impossible.
- M. Moride adapte encore cette espèce de cannelle à la partie inférieure d’un mesureur de la capacité de 5 litres, qui reste d’ordinaire complètement plein et en communication avec le récipient ci-dessus mentionné.
- Le niveau du liquide, dans le mesureur, est indiqué par un flotteur dont la tige se meut dans un tube de verre gradué.
- Si l’on veut faire écouler un volume déterminé de liquide, 1 litre par exemple, on fait mouvoir un double levier qui, en ouvrant le tube d’écoulement, ferme toute communication avec le récipient supérieur. Le liquide s’écoule jusqu’à ce que l’on cesse d’appuyer sur le levier. On abandonne celui-ci à lui-même quand le sommet de la tige du flotteur passe devant la division 1. L’écoulement s’arrête aussitôt, et la communication entre le récipient de 60 litres et le mesureur se trouvant rétablie, ce dernier se remplit de nouveau.
- Cette disposition ingénieuse permet, pendant le jour, de débiter rapidement des volumes déterminés de liquide ; elle ne peut être utilisée le soir, parce qu’elle nécessiterait, pour la lecture des divisions du tube, l’emploi d’une lumière artificielle interdite par le décret déjà mentionné.
- En résumé, le siphoïde Moride, spécialement soumis à l’examen de la Société, a paru, à votre comité des arts chimiques, susceptible de rendre des services, par les garanties de sécurité qu’il offre à un plus haut degré que les bidons communément employés. Il vous propose, en conséquence, de remercier M. Moride de son intéressante commmunication, et d’insérer au Bulletin le présent rapport, avec les figures qui l’accompagnent.
- Signé L. Troost, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 13 mars 1874.
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- Légende relative au bidon siphoïde de M. Moride.
- La figure 1 est une vue perspective du bidon.
- La figure 2 est une coupe partielle suivant l’axe ; cette coupe est à une échelle triple de celle de la figure 1.
- A, récipient cylindro-conique du bidon (fig. 1).
- B, bouchon de l’appareil se vissant sur le récipient A, et contenant le dispositif imaginé par M. Moride, et représenté en détail figure 2.
- Fig. I.
- Fig. 2.
- a, tube recourbé, occupant l’axe du bouchon (fig. 2), et venant plonger dans le récipient de l’appareil; son extrémité inférieure est ouverte, tandis que son extrémité supérieure est fermée.
- b, pièce mobile, au centre de laquelle est encastré le tube a; cette pièce est entourée d’un manchon en cuir, frottant contre la paroi interne du col du bouchon B.
- c, orifice d’entrée de l’air, percé dans le col du bouchon.
- Tome II. — 74' année. 3e série. — Juin 1875.
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- ARTS CÉRAMIQUES.
- JUIN 1875.
- d, petit canal horizontal pratiqué dans la pièce b et dans le manchon de cuir qui l’entoure ; ce petit canal débouche dans le haut du tube a.
- c, ressort à boudin buttant contre l’embase de la pièce b, et la maintenant relevée ainsi que le tube a qu’elle porte.
- /, tube déversoir pour le liquide, dont la communication avec l’intérieurdu réservoir est interrompue quand l’appareil est au repos.
- g, obturateur conique vissé au tube a, et garni extérieurement de cuir; c’est lui qui intercepte la communication entre le réservoir et le tube déversoir /.
- h, rondelle de cuir placée au fond de la douille taraudée du bouchon B, et destinée à assurer l’étanchéité de la fermeture.
- i, ouverture annulaire destinée, quand on fait fonctionner l’appareil, à mettre en communication le réservoir avec le tube déversoir /.
- j k, levier de manœuvre de l’appareil, ayant son axe de rotation au point k.
- I, petite broche retenue par une chaîne (fîg. 1), et servant à maintenir en place le levier y k.
- Pour faire fonctionner l’appareil, il suffit de presser sur le levier j k; immédiatement la pression se transmettant sur la tête de la pièce b (fîg. 2), cette pièce et le tube a descendent d’une certaine quantité, et aussitôt le petit canal d vient se mettre en regard de l’orifice c; en même temps, l’obturateur g, descendant également, débouche l’ouverture i, et le réservoir se trouve mis en communication avec le tube déversoir f, ce qui permet de faire écouler le liquide. Dès que la pression cesse sur le levier, le ressort e, un instant comprimé, repousse la pièce b, et tout revient en place, c’est-à-dire que les communications sont de nouveau interrompues. (M.)
- ARTS CÉRAMIQUES.
- Rapport fait par M. Salvetat, au nom du comité des arts chimiques, sur la
- PALETTE DU PEINTRE SUR PORCELAINE AU DEMI-GRAND FEU, 'présentée par
- M. François Richard, à Sèvres, Grande Rue, 13.
- Messieurs, M. François Richard, artiste, peintre sur porcelaine, actuellement pensionnaire de l’État, a remercié votre Société de l’appréciation bienveillante faite de ses travaux dans le rapport rédigé par notre honorable collègue, M. Bouilhet, à l’occasion de l’Exposition de la Manufacture nationale de Sèvres ; rapport dont vous avez adopté les conclusions dans votre séance d’inauguration le 11 décembre dernier.
- M. Richard a pensé qu’un examen plus approfondi de son œuvre pourrait
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- ARTS CÉRAMIQUES. — JUIN 1875.
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- devenir utile aux artistes qui s’occupent de céramique, et que la publicité dont vous disposez pourrait préciser le but de ses recherches, définir les résultats obtenus jusqu’à ce jour et préparer pour l’avenir les perfectionnements dont il croit susceptible l’étude qu’il a commencée. Vous m’avez chargé de vous rendre compte de cette communication qui résume un labeur assidu de dix années au moins.
- L’idée de peindre au demi-grand feu appartient bien entièrement à M. Richard; les avantages de ce genre de peinture sont incontestables; ils rapprochent la porcelaine dure de la porcelaine tendre, si supérieure au point de vue décoratif.
- Mais le terme de peinture au demi-grand feu exige une définition préalable à l’effet de préciser la nature du travail, et le but que l’auteur s’était proposé d’atteindre. Ce n’est pas que les couleurs de demi-grand feu manquassent absolument, mais la palette était incomplète, et leur emploi s’était naturellement borné, depuis longtemps, à quelques fonds de couleur déterminée; les carmins et les couleurs de chair manquant, la figure et la peinture des fleurs ne pouvaient être abordées d’une manière convenable.
- Il y a quarante ans, en effet, on ne distinguait, en vitrification, que deux sortes de couleurs vitrifiables, pour ce qui concerne la décoration de la porcelaine dure : les couleurs de grand feu et les couleurs de moufle.
- Les couleurs de grand feu avaient sur les couleurs de moufle une grande supériorité, celle de pouvoir recevoir, sans se ramollir, la dorure ou le platinage dont on désirait les enrichir ; malheureusement le nombre en est encore restreint à cause de la haute température à laquelle elles doivent être cuites (1).
- Les couleurs dites de moufle employées pour les peintures les plus finies, comme pour les fonds variés que la palette possède, ne pouvaient recevoir ni dorure ni platinage ; il fallait, après avoir couché la couleur et avant toute cuisson, soit enlever par des procédés de grattage ou d’enlevage longs et dispendieux la couleur appliquée, ou bien opérer au moyen de réserves également coûteuses.
- Cette nécessité d’un double travail a conduit à des recherches qui ont ajouté, depuis longtemps, à la palette du décorateur sur porcelaine, une série
- (1) Traité des arts céramiques, par Alex. Brongniart, t. II, p. 546 et 583.
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- de couleurs plus variées que celles qui composaient la palette de grand feu. A partir de ce moment, les couleurs de demi-grand feu sont créées; on les nomme couleurs de moufle dures, par opposition au terme de couleurs de moufle tendres dont on se servait pour peindre; elles sont réservées uniquement pour la pose des fonds de couleur. Alex. Brongniart donne, dans son Traité des arts céramiques, la composition de ces couleurs telles qu’elles se préparaient à Sèvres à celte époque (1844) pour le service de la Manufacture nationale. Sur son rapport, vous avez récompensé Francisque Rousseau par une médaille d’or en reconnaissance de l’importance de cette découverte.
- Mais, ainsi qu’il résulte des faits indiscutés jusqu’à ce jour, la palette de demi-grand feu était, comparativement, encore pauvre, dépourvue qu’elle se trouvait être des couleurs carminées, roses, chairs, etc. Et il restera toujours à M. François Richard le mérite incontesté d’avoir comblé ces lacunes en appropriant la série de ces couleurs à la peinture des figures, voire même à la peinture des fleurs.
- On procède, en général, ainsi qu’on le sait, dans la peinture sur porcelaine dure comme dans la peinture à l’aquarelle, c’est-à-dire que les lumières sont obtenues sans empâtement ni rehaut par la surface blanche sur laquelle on peint. Rarement on obtient les blancs en chargeant de blanc opaque la couleur déjà posée, ainsi qu’on le fait dans la peinture à l’huile ou à la gouache.
- Si, parfois, on revient sur les parties déjà cuites et préparées par l’ébauche, c’est, à moins de quelques exceptions près, plutôt pour réparer des décousus ou modifier les nuances que par suite d’un parti pris, celui de faire glacer les portions d’.un travail qu’on aurait préparé sans compter sur le vernis définitif.
- Dans les méthodes anciennes, la palette comporte deux sortes de couleurs, qui se mêlent au gré du peintre. Les unes foncées, destinées à produire la vigueur exigée sans crainte d’écaillage, et suffisamment brillantes par elles-mêmes ; les autres destinées à diluer les premières et à les faire glacer dans l’extrême lumière, la glaçure de la porcelaine dure, non ramollissable à la température de cuisson, ne concourant, en aucune façon, au glacé de la peinture.
- M. Richard a modifié, quelque peu, ce principe général. Il a composé sa palette de telle sorte que, dans un grand nombre de cas, l’ébauche ne présente pas le glacé définitif ; quelques parties peuvent même être complètement mates. C’est à la retouche seulement, avant ou après cuisson, qu’il su-
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- perpose le fondant qui semble, alors, jouer le rôle du vernis dans la peinture à l’huile.
- On trouve donc, dans la série des couleurs préparées par M. Richard, et d’une manière absolue, pour une même nuance, toujours trois types, l’un dur, le second répondant à la nuance moyenne, et le troisième, à peine teinté, devant servir de fondant au premier.
- Les travaux exécutés par M. Richard ou par ses collègues qui se sont engagés dans cette voie ont reçu la consécration de deux Expositions universelles auxquelles a paru la Manufacture de Sèvres; la première, celle de Paris, en 1867, et la seconde, celle de Vienne, en 1872. M. Bouilhet vous a signalé l’importance des résultats obtenus par l’exposition de l’année dernière aux Champs-Elysées.
- Le tableau synoptique qui suit renferme les dosages indiqués par l’auteur à deux périodes distinctes, en 1869, après que l’expérience a permis de constater les premiers succès, et en octobre 1874, au moment oii M. Richard , admis à faire valoir ses droits à la retraite, a consigné, dans l’intérêt de ses anciens collègues, le fruit de ses dernières recherches.
- 1874.
- Id.
- Id.
- (Gris (Sèvres) n° 15. . . 1 partie. Fondant au pourpré anglais................. 1 —
- Id.
- Bleu clair (Berlin).
- i Bleu D (Berlin)...... 1 partie.
- ( Fondant anglais. ... 2 parties. Vert Napoléon anglais.
- Id.
- Vert 0..................1 partie.
- Fondant aux pourpres anglais.................2 parties.
- I Jaune foncé (Morte-
- lèque)............. 1 partie.
- Buffle anglais......... 1 —
- Jaune d’argent (Durand).
- Jaune clair (anglais).
- Id.
- Id.
- Id.
- N° 1 Gris.
- N° 2 Bleus.
- N° 3 Verts.
- N* 4 Jaune.
- N* 5 Rouge.
- 1869.
- Gris d’iridium (Berlin)
- Gris bleuâtre (Sèvres), n® 15.
- Gris tendre (Sèvres), n® 14. ....
- Bleu foncé (Berlin).
- Bleu anglais (Magnier).
- Bleu ciel Sèvres, n° 28.............
- Vert chrome anglais.
- Vert bleuâtre anglais.
- Vert bleuâtre 0............3 parties
- Fondant général (Sèvres). 1 partie.
- Jaune foncé (Mortelèque).............
- Jaune d’argent (Durand).
- Jaune clair (anglais).
- Rouge D H (Mortelèque).
- Rouge brique (Berlin).
- Rouge (Sèvres) n° 58 T.
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- ARTS CÉRAMIQUES. --- JUIN 1875.
- D
- N° 6 Chairs. . .< O
- N° 7 Roses. . J
- N° 8 Carmins. .
- /D
- N® 9 Pourpres./ O l T D
- N° 10 Violet.. .
- IPinck au chrome............
- Fondant n° 2 (Sèvres). . .
- Jaune clair anglais. . . .
- IPinck au chrome...........
- Fondant n» (Sèvres). , . . Jaune clair (anglais). . .
- ÎPinck au chrome............
- Fondant n° 2 (Sèvres).. .
- Jaune clair (anglais). . .
- f Pinck au chrome.........."
- l Fondant n* 2 (Sèvres). . .
- j Pinck au chrome..........
- I Fondant n* 2 (Sèvres). . .
- i Pinck au chrome..........
- t Fondant n° 2 (Sèvres). . .
- j Pinck à l’or anglais. . . .
- 1 Biscuit porcelaine dure. .
- (Carmin dur (anglais).. . . Fondant pourpre (anglais).
- Argent moulu..............
- (Carmin dur (anglais). . . Fondant pourpre (anglais).
- Argent moulu..............
- Pourpre foncé (Berlin). Pourpre (anglais).
- Pourpre rose (Berlin). Violet bleuâtre (Berlin), j Violet bleuâtre (Berlin). .
- { Lavande (anglais)........
- Lavande (anglais) pur.
- 2 parties.! Pinck au chrome an-
- 1 glais....................2 parties.
- 2 — j Fondant anglais aux
- ( pourpres................ 3 —
- 1 partie. Jaune moyen n° 4 O. . 1 partie.
- 2 parties./ Pinck au chrome. ... 1 partie.
- 6 — J Jaune n° 4 T.............. 1 —
- 1 partie, j Fondant anglais aux
- ( pourpres.................3 parties.
- 2 parties. Pinck au chrome. . . 1 partie.
- 8 — Fondant anglais aux
- pourpres............... 4 parties.
- 1 partie. Jaune n° 4 T............. i partie.
- 2 parties./ Pinck au chrome. ... 1 partie.
- 3 — / Fondant pourpre an-
- ( glais....................2 parties.
- 1 partie. | Pinck au chrome.... 1 partie.
- 3 parties./ Fondant pourpre an-
- ( glais....................3 parties.
- 1 partie. ( Pinck au chrome. ... 2 parties.
- 4 parties./ Fondant pourpre an -
- [ glais....................9 —
- 3 parties.! ,
- | Memes dosages.
- 6 parties, f Carmin n° 8 O..........
- 3 — \ Fondant pourpre an-
- | glais).................
- 1 partie. \ Argent moulu............
- 3 parties./ Carmin n» 8 O...........
- 3 — Fondant pourpre anglais...............................
- 1 partie. Argent moulu. ...
- 6 parties.
- 3 —
- 1 partie. 3 parties.
- 3 —
- 0,1 partie.
- Mêmes couleurs.
- 1 partie.
- 1 —
- Mêmes couleurs et mêmes dosages.
- A ces deux palettes M. Richard a joint quelques couleurs supplémentaires fournies par les industries anglaise et française.
- En 1869, sous le n® 11, une teinte neutre composée de
- Vert bleuâtre Pourpre. . . Jaune clair. .
- 4 parties. 2 —
- 1 partie.
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-
-
-
- AftTS céramiques.
- JUIN 1875.
- m
- Sous le n° 12, un verl brillant dit vert de Paris (anglais); sous le n* 13, un brun bitume (Morte-lèque); sous le n# 23, bleu turquoise (Morlelèque).
- En 1874.
- IVerl tendre n° 3 T. Pourpre n° 9 O. . Jaune na 4 T. . . .
- Sous le n° 13 le brun bitume Morlelèque est modifié comme suit :
- Brun violâtre. Brun pourpré,
- Bitume (Mortelèque, Violet n° 10 D. . . , Bitume (Mortelèque) Pourpre n° 9 O. . .
- 4 parties. 1,5 partie. 1 partie.
- 1 partie.
- 2 parties. 1 partie.
- 1 —
- Il a utilisé les nuances qu’il désigne sous les noms de jus chaud, jus froid, ton chaud, ton froid et qu’il compose avec les mélanges suivants :
- Jus chaud..
- Ton chaud.
- Bitume (Mortelèque). 1 partie. | Bitume............... 1 partie.
- Pourpre n° 9 O. . . . 1 — Jus froid.. . .< Pourpre n° 9 O. . . . 1 —
- Jaune n44 T..........1 — ( Vert n° 3 T.... 1 —
- Turquoise (Mortelèque). 1 partie. _ . t Turquoise (Mortelèque). 1 partie.
- Jaune n»3T...............1 _ lon tr01d* * •{ Bleu n» 2 T.....1 —
- Ce tableau nous conduit à présenter quelques observations, et, tout d’abord, nous devons remarquer que les dosages indiqués confirment une opinion qui semblait préconçue, celle que les couleurs allemandes devaient cuire à une température plus élevée que celles qu’on prépare en France ; elles servent à préparer les couleurs dures ; les couleurs anglaises sont, au contraire, plus fusibles que ces dernières; elles sont abreuvées de fondant.
- Mais ce qui doit appeler l’attention du comité des arts chimiques, c’est l’indication des tours de main, particulièrement heureux, qui n’étaient en rien à prévoir, qu’un artiste seul pouvait essayer, et qui devaient le mettre à même de conserver, à la haute température de la cuisson, les tons roses, carminés et de chair qui sont devenus la base du procédé, au moins le fait le plus saillant de la découverte; il est nécessaire, en effet, d’insister, ici, sur la destruction complète, au feu dit demi-grand feu, du carmin ordinaire préparé par le pourpre de Cassius ; c’est, en effet, cette même destruction absolue qui sert de guide fidèle pour arrêter le feu quand la peinture est cuite.
- Ces tours de main consistent dans l’emploi du pinck au chrome pour obtenir les couleurs de chair, et l’addition du biscuit de porcelaine dure au pourpre de Cassius pour conserver à cette préparation la nuance rosée qui
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- ARTS CÉRAMIQUES. — JUIN 18T5.
- la rend la plus utile des couleurs aux peintres de fleurs. Aucun fait scientifique n’eût conduit à soupçonner cette curieuse propriété, et ce n’est qu’à force de tâtonnements répétés que l’auteur a su régler les dosages capables de fixer, à cette haute température, cette nuance délicate éminemment destructible.
- L’ensemble des dosages auxquels M. Richard s’est arrêté constitue donc, dès à présent, un tout précieux, facile à reconstituer avec assez de précision pour que votre comité des arts chimiques en ait reconnu la publication, sinon comme urgente, au moins comme très-instructive. Toutefois, il n’a pas été sans objecter que ce document fait mention d’éléments puisés aux sources les plus diverses, en France, en Angleterre, en Allemagne. La raison en est simple, et la réponse à l’objection ne peut se faire attendre.
- L’auteur a dû chercher, parmi les matériaux qu’il avait sous la main, ceux qui satisfaisaient le mieux à la solution du problème qui s’imposait, non-seulement à lui-même, mais encore à ceux de ses collègues auxquels il traçait la voie. La Manufacture de Sèvres n’entendait en rien entraver ces recherches en exigeant quoi que ce soit; elle n’a voulu, sous aucun prétexte , intervenir, même à titre de conseils, dans l’exécution de travaux appartenant entièrement à l’auteur qui, par la nature de ses attributions, échappait absolument à l’influence du laboratoire.
- M. Richard est, actuellement, pensionnaire de l’État. La situation change, par ce seul fait qu’il cesse de plein gré l’étude qu’il a conduite à bonne fin. Le rôle de la Manufacture nationale devient donc tout autre, et son devoir est nettement tracé. Transformer en principes définis des observations éparses, discuter des recettes brutes pour les formuler avec la précision qu’on est en droit de réclamer de l’initiative des établissements publics entretenus par la Nation, tel est le but que votre rapporteur se propose et dont il aura l’honneur de vous entretenir prochainement.
- Nous vous avons présenté, Messieurs, l’exposé succinct des avantages du procédé de M. François Richard. Toutefois, ce travail serait incomplet s’il restait muet sur la difficulté d’emploi des couleurs nouvellement trouvées par l’auteur, particulièrement celles dans la composition desquelles entrent le pinck ou le biscuit de porcelaine ; elles sont lourdes et d’une application embarrassante; mais, malgré cette observation, qui ne porte que sur des détails, il serait injuste de ne pas apprécier hautement un perfectionnement très-important dans l’art de décorer la porcelaine, en en limitant l’emploi, surtout comme on cherche à le faire aujourd’hui, à la décoration céra-
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- AGRICULTURE. -- JUIN 1875.
- 293
- mique et non à la reproduction des chefs-d’œuvre de la peinture à l’huile. . Loin de là, en présence des résultats acquis, votre comité des arts chimiques vous propose de remercier M. Richard de sa communication, et, d’après le désir qu’il vous exprime de donner à son travail la publicité qu’il comporte, de voter l’impression du présent Rapport dans le Bulletin de votre Société.
- Signé Salvetat, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 12 mars 1875.
- AGRICULTURE.
- Rapport fait par M. Chatin, au nom du comité d'agriculture, sur les travaux entrepris pour propager la culture et l’emploi du maïs, par M. Fua, de Padoue.
- M. Fua, de Padoue, licencié ès sciences naturelles, est l’un des hommes les plus dévoués à la science et à ses applications diverses.
- Originaire d’une province d’Italie où le maïs forme la base principale de la nourriture des habitants, M. Fua s’est donné l’utile et louable mission de répandre en France, principalement dans nos provinces du nord, ou jusqu’à ce jour les essais en ont été infructueux, la culture de cette céréale dont il a pu apprécier la valeur tant au point de vue delà production agricole qu’à celui de l’alimentation publique.
- Mais l’introduction de la culture du maïs dans le nord de la France ne pouvait être utilement tentée qu’à la condition de créer ou de trouver une race assez productive pour donner une récolte rémunératrice, ce que ne comporte aucune des races précoces, mais petites, comprises sous le nom de maïs quarantains.
- M. Fua poursuit, depuis plusieurs années, ce double but avec une grande persévérance, et ses communications à la Société d’encouragement montrent que ses recherches n’ont pas été infructueuses.
- Une grande et fertile race, que l’auteur croit devoir rattacher au maïs d’été de Ronafous, et qu’il désigne sous le nom de maïs du Muséum, de l’établissement ou il en a reçu les premières semences, a mûri ses magnifiques épis en 1872, et même dans la très-défavorable année 1873, tant sur
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- le haut (1) et froid plateau des Essarts-le-Roi (canton de Rambouillet) qu a Paris. Les récoltes faites sur terres argilo-siliceuses (Essarts-le-Roi) et si-licéo-calcaires (Paris), préparées par une bonne demi-fumure, répondaient à 15-50 hectolitres à l’hectare, ce qui laisse bien loin les 10 à 15 hectolitres que produit le maïs quarantain.
- M. Fua continue ses essais agricoles dans le but d’obtenir, par sélection, une race de maïs non moins productive et encore plus hâtive que celle déjà améliorée du Muséum. Il a, en outre, institué une série d’expériences dont l’objet est d’éclairer la pratique, tour à tour recommandée et proscrite, de l’écimage des pieds de maïs.
- Quoi qu’il advienne de ces dernières recherches en cours d’exécution, ïl reste acquis que M. Fua a établi l’existence d’une grande race de* maïs qui peut, qui doit, par une précocité suffisante et la richesse de son rendement, prendre rang dans la grande culture des départements du nord de la France.
- Mais la question agricole n’a pas seule préoccupé M. Fua. La possibilité d’ajouter, par la culture de cette céréale, un élément nouveau et important à la nourriture de nos populations du Nord, du Centre et du Nord-Ouest est l’un des objets, le plus important même, qu’a eu en vue notre chercheur, non moins philanthrope que patient et sagace expérimentateur. La conception de notre auteur, de doter d’un aliment auxiliaire les populations pauvres de plusieurs de nos provinces qui, sans parler d’une foule d’applications culinaires, l’introduiraient aisément dans la panification, avantage que ne présente pas la parmentière, cependant si précieuse, est des plus louables. On peut juger de sa portée par cette considération que le maïs, riche en principes nutritifs, forme déjà la base de la nourriture de peuples nombreux.
- À tous ces titres, les recherches de M. Fua, auxquelles l’agriculteur et le philanthrope, chacun en ce qui les touche, ne sauraient manquer d’accorder une grande importance, méritent les encouragements de la Société d’encouragement; aussi votre comité propose-t-il de remercier M. Fua de ses communications et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Chatin, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 22 janvier 1875.
- (!' Ce plateau est situé à 170 mètres.
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- Sur le tracé mécanique des courbes représentatives de la composition
- DES MOUVEMENTS VIBRATOIRES, PAR M. J. LlSSAJOUS (1).
- 2° Machine propre à tracer les courbes sur une grande échelle et à démontrer la composition des deux mouvements vibratoires.
- Cette machine a été construite pour une leçon sur letude optique des sons, faite à la Sorbonne, le 5 avril 186L, devant la Société des amis des sciences fondée par Thénard. Cette leçon, faite devant un public en partie étranger à l’étude des sciences, ne permettait pas l’emploi de démonstrations ayant un caractère abstrait. J’ai donc voulu : 1° faire voir à l’auditoire comment deux mouvements vibratoires peuvent se combiner en un seul; 2° faire tracer sous ses yeux et en grande dimension la courbe représentative de la combinaison graphique de ces deux mouvements.
- La figure ci-jointe (p. 296) représente les organes essentiels de l’appareil; ce n’est donc point une reproduction exacte et à l’échelle, c’est simplement un croquis schématique.
- Le mouvement est communiqué à toutes les pièces mobiles par deux axes O et O' dont l’un entraîne l’autre par l’intermédiaire d’une couple de roues d’engrenages; on a autant de couples de roues que l’on veut obtenir de rapports distincts dans les nombres simultanés d’oscillations correspondant aux deux mouvements que l’on veut composer graphiquement. Bien entendu que, les roues correspondantes étant en prise, la distance des centres est toujours la même, puisqu’elles doivent s’adapter sur des axes invariables de position.
- A l’axe O est adapté un bras O M portant une goupille M engagée dans une rainure verticale pratiquée au cadre DD'. Ce cadre peut glisser horizontalement entre les guides horizontaux E E', GG’; par suite, sous l’influence d’une rotation uniforme de l’arbre O, il exécute dans le sens horizontal un mouvement oscillatoire pendulaire.
- L’arbre O' porte un bras O' M' qui, au moyen de la goupille M', communique un mouvement oscillatoire vertical à la pièce K K' L. Cette pièce est
- (1) Voy. cahier d’avril 1875, p. 168.
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- en forme de T; elle est maintenue par des guides verticaux PP', QQ', et présente une rainure horizontale dans laquelle est engagée la goupille M'.
- La pièce K' K L est goupillée sur une barre horizontale HH'. Cette barre se rattache au moyen des lignes articulées H'R', HR, à deux équerres égales Y T R, Y'T'R'tournant autour des points T et T' ; le parallélisme de ces équerres est maintenu par la tige Y Y' articulée en Y et Y', dont la longueur est précisément égale à la distance T T' des centres de rotation des deux équerres.
- Ce mécanisme, analogue à celui que Froment a employé dans la machine précédemment décrite, oblige donc la barre HII' à rester parallèle à elle-
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- même pendant qu’elle obéit à l’action de la pièce KK'L. Cette pièce, ainsi que le système VT RH, V' T R' H', est équilibrée par des ressorts assez longs pour que leur tension varie peu pendant le mouvement.
- Pour réunir sur une seule et même pièce les deux mouvements oscillatoires, le mouvement horizontal et le mouvement vertical, il suffirait donc d’adapter au cadre mobile une règle verticale À À' glissant dans deux coussinets a a, et défaire appuyer l’extrémité inférieure de cette règle sur le bord supérieur de la barre HH' en interposant si besoin est un galet.
- La règle AA' oscillerait horizontalement sous l’action du cadre I)D', verticalement sous l’action de la barre HH', et son extrémité À décrirait dans le plan vertical où elle se meut la courbe qui est la combinaison des deux mouvements.
- Telle était, en effet, ma première idée, mais je n’ai pas pu la réaliser, parce . qu’il fallait éviter que les bras O M et O' M' se rencontrassent dans leur course et que les pièces DD' et K K'L vinssent elles-mêmes à se rencontrer. Pour éviter ces rencontres en mettant les pièces dans un même plan, il eût fallu écarter considérablement les axes O et O', ce qui eût exigé des roues d’engrenage de dimension énorme. J’ai donc été obligé de réduire le bras O'M' assez pour qu’il pût, ainsi que la pièce qu’il gouverne, manoeuvrer en dessous de l’arbre O, et dans un plan postérieur à celui du cadre DD'; le bras O M est, en fait, deux fois plus long que le bras O' M’ ; l’amplitude de l’oscillation de la barre HH' n’est donc que la moitié de celle du cadre D D', et le mouvement de la barre HH' se transmet, non pas à la règle A A', mais à une règle auxiliaire C C' qui glisse dans des coussinets c et c fixés sur la face postérieure du cadre.
- Le mouvement oscillatoire de la règle C C' est transmis à la règle A A' par le levier multiplicateur S Z, qui tourne autour du point S. Ce levier reçoit son mouvement de la pièce CC' par le couteau g placé sur la face antérieure de cette règle et le transmet, amplifié dans le rapport de 2 à 1, au couteau Z fixé postérieurement à la règle AA'.
- On a donc ainsi un organe, l’extrémité A de la règle A 4\ qui est animé de deux mouvements oscillatoires, l’un vertical et l’autre horizontal. Si on adapte à cet organe un traçoir portant un crayon, un pinceau ou delà craie, la figure due à la composition des deux mouvements se tracera sur le tableau WW', placé derrière.
- Pour compléter la réalisation de mon programme, il me fallait avoir la représentation simultanée des trois mouvements, à savoir le mouvement
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- oscillatoire horizontal, le mouvement oscillatoire vertical, et le mouvement résultant.
- Le mouvement horizontal est représenté par l’un quelconque des points du cadre, le mouvement résultant par l’un quelconque des points de la règle À À'; reste donc le mouvement vertical. Pour l’isoler en quelque sorte, j’ai reproduit en S' Z' le levier S Z; seulement, au lieu d’être entraîné par un cadre mobile (le cadre DD'), ce levier est mobile autour d’un centre fixe S', reçoit son mouvement du couteau g, et le transmet au couteau Z', qui commande la règle B B', laquelle glisse dans les coussinets fixes b b'.
- Le parallélisme des leviers est réglé pour une de leurs positions, et se maintient nécessairement dans toutes les positions imaginables, puisque les couteaux g et g' ont tous deux des mouvements égaux à ceux de la barre H H' et, par conséquent, égaux entre eux.
- Les distances S'g, g'Z' sont égales aux distances S g, g Z; par suite, les règles À A', B B' ont des mouvements identiques dans le sens vertical:
- Ceci posé, amenons, par la rotation séparée des arbres O et O', la goupille M à l’extrémité de la course horizontale vers la droite, la goupille M'à l’extrémité de la course verticale vers le bas, puis fixons sur le cadre et sur les tiges À À' et B B' trois disques soutenus par des tiges qui permettent de les superposer sans qu’ils se touchent.
- Le disque fixé au cadre oscillera de droite à gauche sans monter ni descendre, le disque fixé à la tige B B' oscillera sur une ligne verticale sans se déplacer latéralement, enfin le disque fixé à la tige A A' sera toujours sur la même verticale que le premier et sur la même horizontale que le second ; il prendra donc le mouvement résultant de la composition des deux autres, en même temps que le traçoir placé derrière dessinera la courbe qu’il a parcourue.
- Sur la machine que nous venons de décrire, l’amplitude du mouvement horizontal était de 50 centimètres, celle du mouvement vertical de 40 centimètres.
- En 1868, M. Pickeringa publié, dans le Journal de VInstitut de Franklin, une machine destinée au tracé de mes courbes, qui était fondée sur les mêmes principes. La transmission du mouvement d’un arbre à l’autre s’effectuait à Laide de courroies ; deux manivelles analogues à O M et O' M' agissaient exactement par le même procédé, l’une sur un cadre portant le papier, l’autre sur une règle portant le traçoir. La dimension des courbes était d’environ
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- 25 centimètres dans les deux sens. Le tracé se faisait à l’encre au moyen d’un tube terminé par un bec effilé.
- Divers essais ont été faits depuis, notamment en employant des pendules pour égaliser les deux mouvements oscillatoires qu’il s’agissait de composer graphiquement. L’essai le plus intéressant est celui de M. Tisley, dont l’instrument ingénieux a été décrit dans le n° 423, vol. XVII, de Y Engineering, et dont nous publions la traduction due à M. Maurice, rédacteur du Bulletin.
- Pendule composé de Tisley.
- L’instrument imaginé et construit par M. Tisley, 172, Brompton road, à Londres, instrument qu’il nomme pendule composé parce qu’il est formé essentiellement de deux pendules à actions conjuguées, est destiné (du moins jusqu’à présent) à tracer les belles courbes représentatives des vibrations sonores, et connues dans la science sous le nom de courbes de Lissajous.
- Pendant que quelques mathématiciens se sont appliqués à rechercher les propriétés de ces courbes (1), d’autres ont dépensé beaucoup de temps et d’ingéniosité à imaginer les meilleures méthodes pour en obtenir une représentation à la fois optique et graphique. Dans l’expérience fondamentale de M. Lissajous, aujourd’hui connue de tout le monde, les courbes sont vues dans un miroir ou sont obtenues par réflexion sur un écran 5 mais elles n’ont qu’une existence temporaire, c’est-à-dire qu’elles ne restent apparentes que pendant le seul temps de la vibration des diapasons. La même remarque s’applique au kaléidophone de Wheatstone, et l’on doit ajouter que dans les deux cas on n’obtient que les formes élémentaires des figures au lieu de leur tracé complet.
- En 18H, le professeur Blackbum imagina une modification du pendule, consistant à faire osciller librement la lentille dans deux plans respectivement perpendiculaires l’un à l’autre. Toutes les fois qu’elle est sollicitée à se mouvoir hors de ces plans, ses mouvements se combinent avec les deux autres modes de vibration et produisent ainsi des figures identiques à celles de M. Lissajous. Pour obtenir une trace permanente de ces figures, M. Blackburn reliait à la lentille un petit tube rempli de sable, dont le contenu s’échappait pendant les vibrations, en traçant les courbes correspondantes.
- (I) Les équations générales des courbes de Lissajous sont :
- x = a sin m ô y — b sin (n ô -i- /2)
- dans lesquelles m et n désignent les périodes de vibrations horizontale et verticale des deux diapasons, £ la différence de phase et ô un angle variable dépendant de la période de temps, enfin a et b les demi-côtés du rectangle dans lequel les figures peuvent être inscrites.
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- En 1871, M. Hubert Airy fut accidentellement amené à entreprendre, dans la même voie, une série de recherches expérimentales qui furent couronnées de succès. Après s’être d’abord servi de tiges flexibles, qui n’étaient en quelque sorte que des appareils de vibration rudimentaires, il ne tarda pas à les remplacer par des pendules. Avec un dispositif ressemblant sous plusieurs rapports à celui du professeur Blackburn, il obtint uû nombre considérable de tracés très-beaux et très-variés dont, il rendit compte lui-même dans le journal la Nature (17 août et 7 septembre 1871).
- Cependant le problème n’était pas encore résolu. On avait, il est vrai, fait un pas en avant, mais les appareils que nous venons de rappeler étaient encore trop compliqués; trop grande aussi était la longueur des pendules employés pour réaliser plusieurs des courbes les plus caractéristiques. C’est à faire disparaître ces inconvénients que s’est appliqué M. Tisley, qui a été ainsi conduit à créer le pendule composé dont nous allons donner la description.
- Le champ de cet instrument n’est pas limité à certaines figures ou à certaines classes de figures ; il trace avec une égale facilité les courbes élégantes représentant tous les intervalles musicaux, ainsi qu’une infinie variété d’autres courbes curieuses correspondant aux changements graduels entre l’unisson et l’octave, l’octave et la quinte, et généralement entre les tons fondamentaux et leurs harmoniques. En outre de la représentation de ces phases, il peut en fournir d’autres qui n’ont pas leurs équivalentes en musique. Dans beaucoup de cas, certaines figures sont extrêmement compliquées, mais toujours rigoureusement symétriques.
- Parla méthode optique, les phénomènes de consonnance ou de dissonance, ainsi qu’il a été dit, sont représentés par un simple trait; au contraire, avec le pendule composé, après le premier tracé de la courbe élémentaire, il se produit, au milieu de l’espace vide qu’elle délimite, une succession de courbes exactement semblables, allant graduellement en décroissant jusqu’à ce que les vibrations de l’appareil cessent tout à fait. Ces courbes, se succédant les unes dans les autres, sont remarquables par leur élégance et leur merveilleuse régularité; mais bientôt l’œil charmé ne tarde pas à se troubler, en continuant à fixer l’image, qui lui apparaît comme un contour sans fin.
- L’appareil de M. Tisley ne comporte aucun mécanisme délicat ou compliqué; son extrême simplicité rappelle beaucoup celle du jeu de Colombus. La figure 1 (p. 301) nous le représente avec l’organe additionnel qui sert à amplifier et à projeter les figures.
- P, P sont les deux pendules constituant le pendule composé; ils ont 3 pieds de long (0m,914), sont suspendus sur des couteaux k, k établis avec soin et se prolongent au-dessus de leur axe de suspension jusqu’en a a. Les plateaux qui embrassent les tiges de ces pendules sont destinés à recevoir des poids, dont la somme en tout temps varie de 5 à 12 livres (2\25 à o\i0); ces plateaux sont mobiles de manière qu’on puisse placer les poids à différentes hauteurs.
- w est une petite masse glissant le long du pendule constant, et attachée à un contrepoids s au moyen d’une corde passant sur une poulie fixée sur la boîte qui supporte
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- l’appareil. Le but de cette masse est de permettre de changer légèrement le rapport de
- vibration des pendules pendant qu’ils sont en mouvement, de telle sorte qu’on obtient avec la plus grande facilité soit une petite quantité de vibration en excès, soit une parfaite égalité.
- Des extrémités supérieures des tiges des pendules partent deux bras, ac, ac en fil métallique qui, lorsque l’appareil est au repos, se rencontrent à angle droit en o; la réunion de ces bras aux tiges a lieu au moyen d’un assemblage à rotule sphérique, qui assure leur liberté de mouvement dans tous les sens. Les trois points a, o, a sont donc dans la position de trois des angles d’un carré.
- Deux fils t, t sont attachés, à leur partie inférieure, aux bras ac, et, à leur partie supérieure, aux extrémités de deux supports courbes, lesquels sont soutenus par une petite tige verticale pouvant glisser dans un tube m fixé sur la planchette d’opération; à l’aide de ces fils et de la petite tige dont le mouvement est commandé par un bouton de manœuvre placé sous la planchette, on peut élever ou abaisser à volonté la pointe traçante de l’instrument, et cela sans affecter en aucune façon les vibrations des pendules. Les choses sont, d’ailleurs, combinées pour que la mise en action et le réglage de ceux-ci se fassent avec la plus grande facilité avant le commencement du tracé.
- A l’intersection des deux bras ac, se trouve un petit cylindre en cuivre de peu de hauteur, maintenu verticalement par un support curviligne; ce cylindre est creux et reçoit la pointe traçante, qui se trouve ainsi toujours maintenue dans une position perpendiculaire au plan sur lequel elle doit opérer. Cette pointe est faite au moyen d’un tube de verre capillaire dont le diamètre n’excède pas, en général, 1/500 de pouce (0œ,00005), et dont l’une des extrémités a été effilée. En passant plusieurs fois cette Tome II. — 74* année. 3* série. — Juin 1875. 39
- Fig. 1.
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- pointe effilée à la flamme du gaz, elle acquiert une douceur et une élasticité qui la rendent très-propre à tracer des traits. On emploie, à cet effet, une encre très-fluide que la pointe absorbe facilement, grâce à la capillarité du verre.
- M. Tisley a soigné d’une manière toute spéciale cette partie de son appareil, et, après de nombreux essais, il s’est arrêté à une encre d’aniline (couleur magenta), qui présente toutes les qualités de fluidité désirables et fournit des traits très-agréables à l’œil.
- Pour tracer une figure, il suffit de placer les poids voulus sur les pendules, puis de mettre ceux-ci en mouvement et d’abaisser la pointe sur le papier au moment voulu. Si, par exemple, on veut obtenir la courbe qui correspond à l’octave, les choses doivent être réglées de manière que l’un des pendules batte deux vibrations pendant que l’autre n’en bat qu’une seule, et c’est ainsi qu’on obtient les belles courbes représentées figures 2, 3 et 4 dans un laps de temps de trois à quatre minutes, pendant lesquelles la pointe parcourt un chemin qui, dans quelques cas, peut être évalué à 100 pieds
- Fig. 2. Fig. 3.
- (30m,45). On peut voir facilement le développement progressif des figures soit en
- suivant de l’œil le mouvement de la pointe sur le papier, soit en regardant le miroir réflecteur qui en reproduit les images amplifiées. Lorsqu’on opère en public, on remplace le papier par une plaque de verre noircie, sur laquelle la pointe trace à sec les figures qu'on projette alors sur un écran à la manière ordinaire. Rien de plus curieux à voir que le travail silencieux de cette pointe qui, obéissant à l’action des deux pendules, trace, de part et d’autre et sans s’arrêter, des courbes parfaitement symétriques dont le diamètre va sans cesse décroissant, et dont l’ensemble constitue un enchevêtrement qui semble inextricable.
- De même qu’en musique plus l’harmonie est simple, plus elle est agréable à l’oreille, de même, pour les courbes tracées par l’appareil, elles sont d’autant plus belles que le rapport entre les vibrations des pendules est plus simple. Ainsi les rapports i : 2 (octave), 2 : 3 (quinte) sont représentés par des courbes plus gracieuses
- Fig. 4.
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- que celles que fournissent les rapports 5 : 6 (tierce mineure), et 5 : 8 (sixte mineure). Nous ferons, toutefois, remarquer que dans certains cas comme le dernier, lorsque la consonnance n’est pas strictement parfaite, ou, pournous servir des termes techniques, lorsqu’il y a une légère différence entre les proportions normales et le rapport des vibrations obtenu, les figures sont affectées de lignes transversales dites water-marks (filigrane), constituant des figures secondaires d’une élégance particulière. Ce phénomène peut être facilement reproduit au moyen de l’appareil; il suffit, pour cela, lorsque le rapport des vibrations des pendules a été exactement réglé, d’abaisser simplement la petite masse w d’une certaine quantité. Ajoutons qu’un rien suffit pour troubler l’expérience; l’ouverture brusque d’une porte, le pas d’une personne au voisinage immédiat de l’appareil, tant sa sensibilité est grande, suffisent souvent pour produire une altération qui se traduit immédiatement, dans la figure tracée, soit par une ligne tremblée, soit par un défaut de régularité dans le trait.
- Il y a deux séries extrêmes de courbes correspondant à chaque rapport de vibration. Elles sont dites compactes ou en forme de croissant (cusped) (fig. 5 et 8), et ouvertes
- Fig. 5. Fig. 6.
- Fig. 7. Fig. 8.
- ou en boutonnière (looped) (1) (fig. 6 et 7). Les premières sont obtenues en abais'
- (1) Les expressions cusped et looped n’ont pas d’équivalentes exactes en.français.
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- sant bien exactement la pointe traçante au moment où les deux pendules atteignent le sommet de leur arc vibratoire, les secondes en abaissant la pointe au moment où l’un des pendules est dans cette situation, tandis que l’autre est dans sa position d’équilibre. Entre ces limites, une grande variété de figures peut être obtenue, dont quelques-unes sont d’une beauté vraiment remarquable.
- Les figures 2, 3 et 4 représentent les courbes qui correspondent à l’unisson ou aux vibrations synchroniques. Dans la figure 2, les contours extrêmes, c’est-à-dire de plus grand diamètre, sont les premiers que trace la pointe; ce sont des sortes d’ellipses dont le grand axe reste constant, tandis que le petit va sans cesse en diminuant. Viennent ensuite les lignes transversales dont l’amplitude décroît également peu à peu. Dans la figure 3, c’est l’inverse qui a lieu, c’est-à-dire que les courbes intérieures sont produites les premières ; ce résultat est obtenu en prenant les pendules au repos et en les faisant partir en même temps en sens opposé.
- L’aspect inachevé que présentent les figures 2 et 3 tient à ce qu’on a suspendu l’action de la pointe traçante pendant que les pendules étaient encore en action. Lorsqu’on laisse agir la pointe jusqu’à extinction complète des vibrations, on obtient le dessin représenté figure 4, et même on peut dire que pour cette figure on n’a même pas laissé la pointe aller jusqu’au bout ; autrement l’espace vide qu’on remarque eût été rempli, mais alors on n’aurait plus eu qu’une espèce de pâté en raison du rapprochement extrême des lignes.
- Les figures 5, 6 et 7 correspondent, toutes trois, à l’intervalle musical d’une quinte, c’est-à-dire que l’un des pendules fait deux vibrations pendant que l’autre en fait trois. La variété qu’elles présentent dépend de la manière dont on fait partir les pendules. Pour la figure 5 (forme de croissant), ils partent en même temps, tandis que, pour la figure 6, l’un a sur l’autre une avance d’une demi-vibration, et, pour la figure 7, une avance d’un quart. Cette figure 5 est relative à la disposition dite water-marks (filigrane) dont il a été question plus haut; elle est d’un aspect magnifique quand elle est tracée en couleur rouge ou pourpre.
- La figure 8 correspond à une quarte, c’est-à-dire au rapport des vibrations 3 : 4. La complication plus grande qu’elle présente démontre bien que plus le rapport est élevé, moins simples sont les figures correspondantes.
- Il est essentiel de faire remarquer que toutes les figures représentées ici et qui ont été gravées, d’après un nouveau procédé, par l’appareil lui-même ne sont pas absolument vraies, c’est-à-dire qu’elles ne représentent pas rigoureusement les proportions établies ; il n’est pas, en effet, facile, dans la pratique, de battre toujours exactement un rapport de vibrations donné.
- M. Tisley remédie au trouble qu’apporte à l’instrument le fréquent changement des poids en rendant constant l’un des pendules, celui qui porte la petite masse w, tandis qu’il accélère les vibrations de l’autre en relevant les poids mobiles le long de sa tige, ce qui permet d’obtenir des rapports variant de 1 ; 1 à 1 : 3.
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- ENSEIGNEMENT AGRICOLE.
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- M. Tisley a également trouvé qu’en intervertissant le pendule constant et en plaçant le poids au-dessus de l’axe de suspension, comme en rf(fig. 1), les vibrations deviennent beaucoup plus lentes, en sorte que le rapport 1 : 1 devient 3 : k ; 2 : 3 devient 1:2; 4 : 5 devient 3 : 5, etc. ; c’est-à-dire que l’unisson est changé en quarte, la quinte en octave, la tierce majeure en sixte mineure, et ainsi de suite.
- Cet intéressant et ingénieux appareil se démonte en quelques minutes et se met dans une boîte, comme l’indique la figure 1 ; on peut réellement dire qu’il fournit une solution simple et satisfaisante du problème si intéressant de ,1a représentation graphique des vibrations sonores.
- ENSEIGNEMENT AGRICOLE.
- SUR UNE l£COLE PRATIQUE DE LAITERIE POUR LES JEUNES FILLES ETABLIE EN
- DANEMARK, PAR M. MOLL,
- Membre du Conseil (1).
- La Société a bien voulu écouter avec intérêt une note que j’ai eu l'honneur de lui lire, dans sa séance du 8 mars 1872, sur le rôle de la femme dans l’agriculture (2).
- Elle se rappelle que je concluais à la diffusion la plus générale et la plus prompte possible des connaissances professionnelles agricoles parmi les jeunes filles de toutes classes destinées à vivre à la campagne.
- Je suis heureux de trouver aujourd’hui, dans les Oesterseichisches landwirthschafteiches Wochenblatt, une récente application de ces idées, application qui me paraît d’autant plus intéressante qu’elle concerne la branche par excellence de l’activité féminine en agriculture, la laiterie.
- J’ajoute avec regret que ce n’est pas en France, que c’est même dans un pays fort éloigné de nous, mais dans un pays ami, le Danemark, que s’est faite cette création.
- On vient de fonder, sur le domaine de Wesebrzehof, près la ville d’Angeln (province du Schleswig), une école pratique et théorique de laiterie pour les jeunes filles.
- (1) Communication faite dans la séance du 12 février 1875.
- (2) Voy. Bulletin de 1872, 2e série, t. XIX, p. 293.
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- ENSEIGNEMENT AGRICOLE. --JUIN 1875.
- L’enseignement pratique est donné par le propriétaire et exploitant du domaine, M. Gæbel, et par sa femme, aidés de leur laitière en chef. On comprendra combien cet enseignement doit être fructueux, lorsqu’on saura qu’outre le lait des vaches du domaine on travaille à Wesebrzehof le lait d’environ 200 vaches des cultivateurs du voisinage avec lesquels on a passé des traités. On fabrique du beurre et du fromage d’après diverses méthodes, mais surtout d’après la méthode de Destinon, qui emploie d’immenses terrines plates en fer et à bascule.
- L’enseignement théorique est donné 1° par le directeur de la ferme-école et station agronomique voisine de Kappeln, M. Liedke, qui vient faire un cours d’agriculture et de zootechnie pendant la première quinzaine de mai ; — 2° par le chef des travaux chimiques de cette même station, M. le ï)r Fuchs, qui se transporte avec une partie de son laboratoire à Wesebrzehof et y fait, pendant tout le mois d’août, un cours de chimie spécialement appliqué à la laiterie.
- La durée des études varie. Elle est de six semaines seulement (15 jours en mai et un mois en août) pour les jeunes filles qui veulent se borner aux notions théoriques et à la connaissance des principales opérations; elle est d’un an, du 1er mai au 30 avril, pour celles qui désirent acquérir, en outre, une certaine habileté manuelle.
- Ces dernières, dont le nombre à été fixé provisoirement à six, sont tenues d’exécuter tous les travaux dé la laiterie, ainsi que ceux du potager et du ménage, qui rentrent dans les attributions de la maîtresse de maison à la campagne.
- Les unes et les autres doivent tenir un journal et un livre de laiterie où elles consignent, journellement, les notions acquises, les observations faites et les diverses opérations effectuées, avec les résultats obtenus.
- Ces livres, à la demande des élèves, sont examinés et corrigés par les professeurs et par les membres du conseil de surveillance (curatorium) attaché à l’établissement.
- Après l’achèvement de leurs études, les élèves du cours de six semaines, commè celles du cours d’un an, passent un examen pratique et théorique où ces livres sont revus avec soin, et qui a pour résultat, s’il y a lieu, l’obtention d’un certificat d’aptitude signé des professeurs et des membres du conseil de surveillance.
- Ces derniers, ajoute la note que j’ai sous les yeux, s’emploient très-volontiers pour le placement convenable des élèves méritantes.
- Enfin, dernier renseignement, les élèves payent, pour l’instruction, le loge-
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- ment et la nourriture, celles du cours d’un an, 360 marks (450 fr.), et celles du cours de six semaines, 100 marks (125 fr.).
- Voilà, Messieurs, les données sommaires sur ce nouvel élément de progrès agricole qui paraît avoir été accueilli dans toute l’Allemagne avec la plus vive sympathie.
- Espérons que l’idée française, après avoir revêtu un cachet étranger, finira par trouver également accueil et application en France.
- Note sur le même sujet, par M. Tisserand, membre du conseil.
- Les avantages considérables qu’ont tirés, dans les vingt dernières années, les cultivateurs danois de la spéculation laitière et, en particulier, de la production du beurre, et l’avenir de cette branche de l’industrie agricole, ont conduit le gouvernement du Danemark, les sociétés d’agriculture et les écoles professionnelles à faire les plus grands efforts pour répandre dans les fermes de la contrée cette branche d’industrie et propager les meilleures méthodes de fabrication du beurre et du fromage :
- On songea naturellement, dès le début, à créer des écoles spéciales ayant pour objet l’étude de la production du lait et des moyens les plus parfaits d’en tirer parti, et, comme la femme joue un rôle considérable dans les manipulations dont ce produit est l’objet, que d’elle dépend pour beaucoup la qualité des produits, on décida la création d’écoles spéciales de laiterie pour l’instruction des filles de paysans de fermiers.
- Telle fut l’origine des premières écoles qui se fondèrent dansles dix dernières années dans le Jutland et dans les îles Danoises. Il en existe une demi-douzaine actuellement en Danemark ; elles sont toutes prospères.
- J’ai eu l’occasion, Tan dernier, de visiter Tune de ces écoles spéciales ; on ne lira peut-être pas sans intérêt les notes que j’ai prises sur son organisation.
- Cette école est située dans l’île de Seelande à une douzaine de kilomètres de la station de Taastrupp, sur le chemin de fer de Copenhague à Corsoer. — Elle porte le nom de Thüne landbrugs Skole (École agricole de Thüne).
- Elle a été fondée, il y a neuf ans (1865), dans une des dépendances du beau domaine de Gjeddesdale, exploité aujourd’hui par M. Valentiner, l’un des agronomes les plus distingués du Danemark.
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- Son directeur est M. A.. Svendsen, ancien élèvede l’Institut agronomique de Copenhague.
- Le domaine attaché à l’école, d’une valeur de 300,000 fr. (bâtiment compris), a été concédé à l’État à titre gratuit par le propriétaire de la terre de Gjeddesdale, pour y faire un établissement d’enseignement.
- M. Svendsen n’a pas de fermage à payer, il exploite à ses risques et périls l’école et les terres qui y sont annexées et jouit de tous les produits; il reçoit, en outre, à titre de subvention annuelle, 450 fr. de l’État et 1400 fr. de la province ; il n’a rien de plus.
- Toutes les appropriations ont été fai tes pour l’établissement de l’école par les héritiers du donateur. M. Svendsen exploite une cinquantaine d’hectares; 20 appartiennent à la donation, le reste est pris en location par M. Svendsen; il a une jolie vacherie de 20 bêtes, et à côté de lui se trouve la belle ferme de M. Yalentiner, qui n’a pas moins de 130 à 140 vaches laitières de la race d’Angeln que l’Exposition universelle de 1856 a fait connaître aux éleveurs français.
- M. Svendsen a, pour le seconder, trois professeurs et sa femme.
- L’enseignement comprend deux sections d’élèves.
- Du 1er septembre au 1er novembre, l’établissement ne comprend que des filles.
- Du 15 novembre au 1er août, les filles sont remplacées par des garçons. Les filles payent 35 écus danois pour leur pension; c’est environ 90 fr. pour 2 mois ou 45 fr. par mois. Elles sont tenues de se pourvoir d’effets de literie, et du linge personnel. Moyennant cette pension, elles sont logées, nourries, chauffées, blanchies, éclairées. Elles reçoivent, en outre, une excellente instruction professionnelle.
- Au moment de ma visite, j’ai trouvé, dans cet établissement, soixante-deux belles et vigoureuses jeunes filles, toutes ayant une tenue propre et montrant tous les caractères de l’aisance et du bonheur ; le directeur m’a assuré qu’elles étaient, toutes, des filles de propriétaires ou fermiers exploitants de la classe des paysans aisés.
- L’instruction est théorique et pratique.
- Les élèves arrivent chez M. Svendsen avec une bonne instruction primaire; elles ont de 15 à 18 ans. On leur donne deux à trois heures de leçon sur l’histoire de la Scandinavie; on développe en elles l’amour du pays; on excite les sentiments élevés et patriotiques. Elles ont, en outre, un cours de calcul, de comptabilité, de laiterie, d’histoire naturelle; on leur donne des notions de
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- physiologie sur la vache laitière, sur le fonctionnement des glandes mammaires, sur l’alimentation des vaches ; on cherche, en un mot, en les instruisant, à exciter leur curiosité et à les intéresser aux choses de l’agriculture.
- La comptabilité qu’on leur apprend est simple; c’est surtout la tenue des livres de la laiterie et du ménage qu’on leur enseigne. Toutes tiennent leurs livres d’après les faits de chaque jour ; c’est là une excellente méthode d’enseignement de la comptabilité.
- Dans l’après-midi, la couture elle-même n’est pas négligée ; enfin on exerce les élèves au chant en leur faisant répéter des airs religieux et patriotiques.
- La plus grande partie des matinées est occupée aux travaux pratiques.
- Les jeunes filles sont, à cet effet, distribuées, à tour de rôle, dans tous les services de la laiterie, de la vacherie et du ménage.
- Quatre séries de 3 jeunes filles reçoivent, chacune, 100 litres de lait écrémé à transformer en fromage.
- 8 d’entre elles sont à la baratte, 4 président au lavage du beurre ; les autres écrément, font la traite des vaches, procèdent au lavage des ustensiles, préparent la présure en 4 jours ; une jeune fille passe par tous les services.
- Le travail journalier se fait ainsi sur 4 à 500 litres de lait en moyenne ; les opérations sont, d’ailleurs, notées et expliquées avec soin. — Tous les meilleurs procédés sont signalés, et l’établissement est pourvu du matériel le plus perfectionné et d’une excellente installation. La laiterie comprend :
- 1° Le lavoir avec 2 chaudières pour eau chaude et des robinets pour eau froide;
- T Le compartiment aux manipulations ; on y trouve la baratte mue par un manège à cheval placé à côté, la presse à fromage'/et une bascule pour peser le lait, le beurre et le fromage à l’entrée ou à la sortie ;
- 3° Le caveau au beurre : c’est là qu’on le conserve;
- 4° Le caveau où on dépose le lait destiné à l’écrémage ;
- 5° La chambre où se mettent les fromages.
- Les jeunes filles couchent dans deux dortoirs d’une propreté parfaite.
- Elles mangent dans un réfectoire. La salle d’étude, comme celle des cours, est très-claire ; les murs en sont garnis de cartes et de tableaux d’enseignement.
- Les garçons qui succèdent aux filles, et qui restent à l’école du 15 novembre au 1er août suivant, reçoivent un enseignement plus développé, qui se rapproche beaucoup de celui de nos écoles régionales. Les jeunes gens qui le suivent, tous fils de paysans cultivateurs à leur aise, arrivent avec un bon fonds d’instruction; ils ne sont admis qu autant qu’ils ont passé une année au moins, Tome II. — 74® année. 3e série. — Juin 1875. 40
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- après leur sortie de l’école primaire, dans une école dite de perfectionnement. Dans ces établissements (hooïskole) fondés par les particuliers, par les sociétés et encouragés par l’État, les jeunes gens reçoivent un complément d’instruction primaire; ils apprennent l’histoire, la géographie, la géométrie, les langues vivantes, les sciences naturelles et les éléments de physique. — Il y a une centaine de ces écoles en Danemark; les jeunes gens les fréquentent de l’âge de 14 à 18 ans : le Danemark leur doit d’avoir l’instruction la meilleure et la plus étendue, qu’on puisse trouver dans aucun pays ; aussi figure-t-il, avec la Suède, à la tête des pays où l’instruction primaire est le plus développée.
- M. Svendsen reçoit, chaque année, 40 élèves; ceux-ci ne font guère qu’une à deux heures de 'pratique, mais ils assistent à tous les travaux; par contre, ils ont quatre heures de cours par jour. Le prix de la pension est de 35 fr. par mois, blanchissage non compris. Laboratoires, collections, herbiers, rien ne manque à ces jeunes gens; on leur fait faire, chaque semaine, des excursions et des exercices dans le laboratoire; aussi quittent-ils l’établissement avec une instruction étendue et solide, et un grand amour pour la vie et les occupations des champs.
- Le succès de l’établissement est tel, que, chaque année, M. Svendsen est dans la nécessité de refuser des élèves, jeunes filles et garçons, et que la Norwége et la Suède sont entrées dans la même voie depuis quelques années. Ces deux pays ont fait venir des professeurs du Danemark et fondé, à l’instar de l’école de Thün, plusieurs écoles ou laiteries modèles pour jeunes filles et garçons. Parmi ces établissements, nous citerons l’école de Haddorp (Ostrogothie) fondée il y a cinq ans, et l’école de laiterie de Bergqvara (province de Smaaland).
- Indépendamment de ces écoles spéciales, il y a 14 ou 15 laiteries modèles subventionnées par l’État et les gouvernements provinciaux, à charge de recevoir trois ou quatre paysannes ou jeunes garçons pour les instruire dans l’art de fabriquer le beurre et le fromage. — Tous les jours, les pays Scandinaves ont à s’applaudir des résultats de ces créations et cherchent à les développer; l’industrie beurrière leur doit d’avoir réalisé de très-grands progrès.
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- Sur l’exploitation de l’étain d’alluvion dans la baie de Restronguet, près Truro (Angleterre), par M. Charles D. Taylor. (Pl. 28.)
- Il existe sous les eaux de la petite baie de Restronguet, près Truro (Angleterre), un
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- dépôt d’étain d’alluvion (stream tin), d’une certaine valeur, recouvert de vase et de sable et reposant sur la roche du fond. Ce genre de minerai est ordinairement de qualité supérieure à celui des filons ; le plus riche est formé de purs cristaux d’oxyde d’étain.
- La vallée de Carnon, qui débouche dans la baie de Restronguet, était, au siècle dernier, le siège d’une des plus importantes exploitations de ce genre de minerai dans le Cornouailles. A cette époque, le dépôt d’étain fut poursuivi jusque dans la baie même, qu’on avait alors défendue contre les atteintes de la marée au moyen de digues de grande dimension. Ces digues, dont les restes sont encore visibles aujourd’hui, furent renversées par la mer en 1800, et les travaux d’exploitation durent être abandonnés. A partir de 1822, et à diverses reprises, de nouvelles tentatives furent faites sur deux points différents, mais les minces résultats qu’elles donnèrent n’étaient pas faits pour en prolonger la durée, car en 1843 tout fut abandonné.
- C’est dans la région relativement vierge qui est située entre les deux points dont nous venons de parler, région qu’avoisinent cependant les vieux travaux, qu’on a entrepris, en 1871, l’exploitation que nous allons décrire et que représente la planche 28.
- Figure 1. Plan des travaux actuels.
- Figure 2. Section verticale.
- Pour assécher autant que possible les vieux travaux où l’eau s’était amassée, on a de suite décidé qu’on pousserait dans le roc même une grande galerie de niveau à 4,5 fathoms (8m,10) au dessous du dépôt d’étain. C’est cette galerie que montre en A A la coupe (fig. 2), où l’on voit également en B B le dépôt d’étain ; voici comment on a procédé :
- On a commencé, d’abord, par explorer le terrain au moyen de sondages, et l’on a reconnu ainsi que le dépôt d’étain reposait directement sur la roche, avait une épaisseur variant de 1,5 à 4 pieds (0m,45 à lm,20), et était recouvert de boue mélangée d’un peu de sable sur une hauteur de 60 pieds environ (18 mètres). Les trous de sonde devaient avoir dans le principe un diamètre de 5 pouces (0m,125), mais la nécessité de les tuber dans toute leur longueur et la grande difficulté qu’on aurait eue à retirer, après coup, des tubes de ce diamètre, en raison de l’adhérence énergique de la boue enveloppante, ont fait donner la préférence à des trous de 3 pouces (Qm,075). Avec ce diamètre réduit, les échantillons ramenés par la sonde ne pouvaient évidemment êtr volumineux, et cependant ils ont été suffisants pour démontrer la richesse du gisement.
- Ces travaux préliminaires terminés, on a creusé le puits C (fig. 1 et 2) sur la plage, au-dessous de la ligne des hautes eaux, et, pour défendre sa tête contre les vagues, on l’a surmontée d’un solide boisage fait avec des pièces de 9 pouces carrés (58 cent, car.), et assis sur le terrain solide; puis contre ce boisage on a battu un conroi de 3 pieds d’épaisseur (0m,90), défendu lui-même par un fascinage épais construit avec le plus grand soin. Le puits a été foré à la profondeur de 18 fathoms (32m,90). A partir du fond, on
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- a poussé dans le roc la grande galerie de niveau A A jusque vers le milieu de la baie, en lui donnant 9 pieds de haut (2m,70) sur 5 de large (lm,50), et sur le sol de cette galerie on a établi un chemin de fer qu’on a surélevé de 2,5 pieds (0m,75), afin de laisser en dessous une cuvette assez profonde pour contenir les eaux sans gêner les transports; enfin, une machine d’épuisement a été établie sur le puits C. Chose curieuse à constater, la majeure partie des eaux d’épuisement proviennent moins des filtrations de la mer que de celles que produisent les terres du rivage.
- Dans le but d’assurer l’aérage des travaux, un second puits D, avec cuvelage en fonte, a été creusé vers le milieu de la baie ; il traverse une couche de terrain vaseux, et, comme au moment de la haute mer ce terrain est recouvert par 10 à 12 pieds d’eau (3 mètres à 3“,60), il a été nécessaire, au préalable, d’établir un solide batardeau construit au moyen de pilots enfoncés à la profondeur de 3“,60. Le cuvelage se compose de cylindres en fonte, ayant 6 pieds de diamètre (lm,80), 6 pieds de hauteur sur 1,25 pouce d’épaisseur (0m,031) et assemblés au moyen de brides; chacun d’eux pesant environ 2,5 tonnes a été mis en place au moyen d’une grue le laissant descendre entre deux guides pour le maintenir bien verticalement. La partie inférieure du premier cylindre a été amincie en biseau, de manière à pouvoir pénétrer plus facilement dans le terrain, mais pour augmenter la charge on n’a descendu ce premier cylindre qu’après y avoir assemblé le second et le troisième. Cette première partie du travail terminée, et la boue du fond ayant été extraite, on a continué à ajouter de nouveaux cylindres aux premiers, et pour faciliter la pénétration de la colonne on a employé des barques chargées de pierres qui pesaient sur elle à marée basse, et qu'on avait le soin d’attacher à une poutre transversale pour les empêcher d’être entraînées pendant les hautes eaux. En opérant successivement de cette manière et en ayant toujours le soin, avant d’ajouter un nouveau cylindre, de nettoyer le fond du puits dont la boue foisonnait rapidement, on a atteint sans grandes difficultés le dépôt d’étain ; à ce moment, la colonne de fonte ne pesait pas moins de 250 tonnes. Enfin, le puits terminé a exigé 13 cylindres, formant, par conséquent, une hauteur totale de 78 pieds (23m,40); sa tête émerge de 8 pieds (2m,40) au-dessus de la ligne des hautes eaux et dépasse de 4 pieds (lm,20) celle du puits C, ce qui lui permet de déterminer dans les travaux d’exploitation une ventilation naturelle, suffisante pour qu’on n’ait besoin de recourir à aucun des moyens connus d’aérage artificiel.
- Une fois arrivé au dépôt d’étain, le cuvelage a été arrêté, et on a prolongé le puits d’une certaine quantité en consolidant cette partie au moyen d’un fort boisage ; puis, on a ouvert deux galeries d’allongement E, E (fig. 2), qu’on a poussées à l’est et à l’ouest vers les bords de la baie, dans le but de déterminer la richesse du gisement métallique, et c’est ainsi qu’on a reconnu qu’il y avait entre les vieux travaux existants de part et d’autre une étendue de terrain encore vierge d’environ 18 fathoms (32m,90). Perpendiculairement à ces galeries, on en a poussé deux autres F, F, vers le nord (fig. 1), distantes entre elles de 20 fathoms (36®,55), et prolongées parallèlement jus-
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- qu’à 90 fathoms (164m,50); elles servent de point de départ pour les travaux d’exploitation, sont munies d’un chemin de fer et communiquent, à leur point de départ, avec la grande galerie de niveau inférieure A, au moyen de cheminées G, G (fig. 2), par lesquelles on fait descendre séparément le minerai et les déblais stériles.
- H, H (fig. 1) sont des galeries transversales d’aérage, distantes de 20 fathoms (36“,5o)et s’étendant assez loin pour ventiler tous les travaux, avec lesquels elles communiquent par les petites galeries J, J, distantes entre elles de 14 pieds (4m,20).
- A la basse mer, les ouvriers se rendent directement dans les travaux par le puits D ; à la haute mer, ils sont obligés de descendre par le puits G dans la grande galerie A, d’où ils remontent par des échelles jusqu’aux chantiers d’exploitation.
- La nature vaseuse du terrain et les poussées qui en résultent obligent à boiser très-solidement toutes les galeries. Dans les deux principales, E, E, les cadres qui forment ce boisage se succèdent à une distance de 2,5 pieds (0m,75) ; ils se composent de deux solides jambes en bois de Norwége, de 8 pouces d’équarrissage (0m,20), présentant dans le bas un écartement de 4,5 pieds (1“,35), dans le haut de 2 pieds (0m,60) et recouvertes par un chapeau de même bois, d’une section de 10 pouces de côté (0m,25) ; entre les pièces de chaque cadre et les parois qu’elles soutiennent, sont forcées d’épaisses palplanches. Dans les galeries d’aérage, les cadres sont moins forts et moins rapprochés. Sur quelques points, les poussées du terrain ont brisé des cadres qu’il a fallu remplacer ; ce remplacement se fait toujours d’une manière facile, car le bris n’a jamais lieu brusquement, et on est toujours averti assez à temps. Enfin, comme le mur ou sol des galeries est généralement creusé dans le rocher, les jambes des cadres ont une base suffisamment solide pour donner toute sécurité.
- Ainsi que le montre la figure 1, l’exploitation se fait en découpant le dépôt métallifère en massifs au moyen des galeries F, F et H, H, qui se croisent à peu près à angles droits ; chaque massif est ensuite attaqué par les petites galeries de recoupe J, J qui constituent autant de chantiers d’abatage, ce qu’indiquent les parties teintées de la figure. Partout on ne s’avance qu’en boisant, et on a soin, le long des galeries F, F qui doivent être maintenues ouvertes, de laisser une épaisseur de terrain d’au moins 30 pieds (9 mètres), puis on revient en arrière jusqu’aux galeries H, H en procédant par éboulement, c’est-à-dire en retirant les cadres de boisage qui servent alors pour attaquer d’autres points. Dans ce travail d’exploitation il est rare que les mineurs puissent se tenir debout, à cause du peu d’épaisseur relative de la couche stannifère ; il est même des endroits où il est indispensable, pour donner un peu plus de hauteur, d’entailler dans la roche sous-jacente.
- Lorsqu’il est fraîchement abattu, le terrain vaseux est presque noir ; en outre, il est sec et dur, mais bientôt, au contact de l’air, il devient humide et en quelque sorte onctueux. Il s’en échappe un gaz, qui, par deux fois, a pris feu.
- Pendant les éboulements partiels, l’air se viciant très-vite, les ouvriers sont obligés de se réfugier dans les quartiers voisins non attaqués ; cette viciation est quelquefois
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- lassez forte pour empêcher momentanément une lumière de brûler, phénomène qu’il faut attribuer à l’absorption rapide de l’oxygène et probablement aussi au dégagement d’une certaine proportion d’acide carbonique produit par la décomposition du terrain vaseux, qui contient beaucoup de matières organiques. Sortie au jour et laissée au contact de l’air extérieur, cette espèce de boue foisonne, ce que l’auteur croit devoir attribuer à la présence d’un peu de protosulfate de fer, qui, absorbant l’oxygène atmosphérique, se transforme en persulfate.
- Les travaux dans le banc d’étain sont entièrement secs, à l’exception des extrémités des deux grandes galeries F, F, où il s’amasse un peu d’eau suintant du rocher qui en forme le sol. Quant au terrain vaseux, il ne donne lieu à aucune filtration, bien qu’à la haute mer il n’y ait pas moins de 12 à ih pieds d’eau (3m,60 à 4m,20) au-dessus des travaux, charge qui produit une augmentation de pression intermittente qu’accuse parfaitement le fléchissement de quelques cadres de boisage. Enfin, la grande galerie inférieure A, où s’amassent les eaux du rocher, est asséchée au moyen de la machine d’épuisement du puits C.
- Les produits de l’exploitation sont brouettés depuis les chantiers jusqu’aux galeries F, F, où on les charge dans des waggons qui les amènent près de l’entrée des cheminées G, G ; de là on les transvase, par ces cheminées, dans les waggons de la galerie inférieure A, qui roulent jusqu’au puits C et sont remontés au jour dans une cage. Les parties stériles sont rejetées au bord de la mer, et le minerai proprement dit est livré à la préparation mécanique.
- En premier lieu, ce minerai est passé sur une grille où arrive un courant d’eau, et remué avec un râteau qui a pour effet de déterminer un premier classement des matériaux. Ceux de plus petites dimensions sont placés dans des cribles ou trommels tournants qui opèrent la séparation des parties les plus fines, et le lavage de ces dernières est opéré dans l’appareil dit slime separator, représenté planche 28.
- Fig. 3. Section longitudinale du slime separator.
- Fig. k. Vue au-dessus.
- Fig. 5. Section transversale.
- a, cuve en forme de trémie.
- b, tuyau horizontal dans lequel débouche la trémie a.
- c, tuyau vertical, amenant dans le tuyau b l’eau d’un réservoir supérieur.
- d, canal amenant les matières à laver dans la cuve a.
- e, autre canal pour la sortie des boues.
- Il résulte de ces dispositions que l’eau, arrivant par le tuyau c dans la cuve a, rencontre le minerai arrivant par le canal d, et produit un lavage énergique, séparant les boues du minerai ; les boues, plus légères, sont entraînées dans le canal c, tandis que le minerai, plus lourd, tombe au fond de la cuve a et est entraîné dans le tuyau b.
- f, f sont des robinets placés sur les tuyaux b et c, pour régler le courant d'eau proportionnellement à l’arrivée des matières dans la cuve a.
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- Le minerai, déjà enrichi par l’opération précédente, est livré à d’autres appareils de lavage destinés à l’enrichir encore. Ce sont des bacs à piston fonctionnant méca-• niquement, et dont l’efficacité et l’économie sont telles, qu’on peut y traiter des matières ne contenant à peine que 1/2 pour 100 d’étain.
- Tout ce qui, au début de la préparation mécanique, n’a pas passé par les grilles est livré au bocardage pour être ensuite traité comme le reste.
- Le gisement d’étain qu’on exploite à Restronguet varie beaucoup en épaisseur et en richesse. Tantôtcette épaisseur est de 7 pieds (2m,10), et tantôt elle descend jusqu’à 3 pieds (0m,90) ; quant au rendement, il varie depuis 15 jusqu’à 1/10 pour 100 d’oxyde d’étain [black tin). Le toit de cette espèce de couche est presque généralement de niveau, mais c’est dans le bas qu’on trouve les parties les plus riches en étain ; quelquefois aussi ces parties riches sont recouvertes de parties plus riches encore, associées à une gangue différente qui semblerait lui assigner une autre époque de dépôt. Quelques - uns des blocs de gravier à étain ne pèsent pas moins de 3 cwts (152\10).
- Dans les vieux travaux, ainsi que sur quelques points des travaux neufs, on a trouvé des ossements et des cornes fossiles de cerf. On trouve également de l’or, associé à l’étain, dans quelques régions. Enfin, le dépôt vaseux qui recouvre la couche d’étain renferme souvent un grand nombre de coquilles, et, chose plus curieuse encore, en perçant l’une des galeries F on y a rencontré, en état parfait de conservation, ün tronc de chêne dont le cœur était complètement noir.
- (M.)
- CHIMIE MÉTALLURGIQUE.
- SUR LA LIMITE DE LA CARBURATION DU FER, PAR M. BOUSSINGAULT.
- , « Le carbone se rencontre en proportions fort variables dans les fers carburés ; il rentre généralement pour 1 à 2 millièmes dans le fer en barres, pour 4 à 7 millièmes dans les aciers doux, pour 10 à 15 millièmes dans les aciers durs. Dans les fontes, cette proportion est ordinairement de 2 à h centièmes, très-exceptionnellement 5 centièmes. Cette limite maxima serait une présomption, pour croire à un composé défini, si les résultats fournis par l’analyse n’étaient pas à rejeter pour la plupart, parce que les fontes renfermant souvent du manganèse en notable quantité, toujours du silicium, du phosphore, du soufre, quelquefois même du chrome, il devient, dès lors, impossible de déduire nettement le rapport existant entre le poids du fer et celui du carbone.
- « Dans la question de savoir si le carbone et le fer forment une combinaison fixe, on ne doit accepter, comme éléments de la discussion, que des observations faites sur
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- CHIMIE MÉTALLURGIQUE. — JUIN 1875.
- des composés dans lesquels il n’entre autre chose que du carbone et du fer pur ou approchant de l’état de pureté,
- « D’habiles métallurgistes ont carburé le fer, soit en réduisant le sesquioxyde, soit en fondant le métal réduit dans du noir de fumée, dans du charbon de bois, dans du charbon pur, dans du graphite de Ceylan. Les expériences ont été exécutées, pour la plupart, dans le laboratoire de M. Percy ; c’est là une garantie de leur exactitude. En voici le résumé :
- Fer. Carbone total.
- Dick............................ 95,80 4,20
- 95,66 4,34
- Hochstâtter..................... 95,85 4,15
- 95,13 4,87
- Sefstrom........................ 95,66 4,34
- Weston.......................... 95,50 4,50
- Moyenne............... 95,60 4,40
- « Karsten chercha à démontrer que le fer carburé au maximum contient 0,051 de carbone. Ses observations ont porté sur une fonte blanche très-lamelleuse des forges de Müssen, principauté de Siegen.
- « Pour diminuer les difficultés inhérentes au dosage, Karsten transforma la fonte blanche en fonte grise, afin de n’avoir surtout à déterminer que du graphite. . . .
- 12 3
- Fer, par différence...... 94,95 94,90 94,78
- Carbone total. . ....... 5,05 5,10 5,22
- 100,00 100,00 100,00
- « M. Percy a fait remarquer, avec raison, que dans les fontes spéculaires semblables, quant à l’aspect, à la fonte de Müssen, on trouve ordinairement 4 pour 100 de manganèse, et qu’on ne dit nulle part que la fonte employée fut exempte de ce métal; il n’aurait pas fait mention des résultats obtenus par Karsten, si ce métallurgiste éminent n’en eût déduit cette conséquence que la fonte blanche lamelleuse, au maximum de carburation, est une combinaison définie, qu’on peut représenter par Fe4C.
- Fer..................................... 94,92
- Carbone................................. 5,08
- 100,00
- « En comparant la composition de plusieurs fontes grises à celle de la fonte lamelleuse, Karsten arrive à cette conclusion, que la fonte grise contiendrait moins de carbone que la fonte blanche, 0,04 moyenne de cinq analyses.
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- CHIMIE MÉTALLURGIQUE.
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- --- JUIN 1875.
- « Je n’ai pas trouvé une différence bien prononcée entre le carbone de la fonte blanche et celui de la fonte grise obtenue à l’air chaud. .Voici quelques dosages :
- Carbone Carbone
- combiné» Graphite. total (1).
- Fontes blanches manganésifères de Follonica (Toscane). . . 4,06 traces 4,06
- — de Ria (Pyrénées-Orientales).......... 4,00 0,00 4,00
- — — 4,26 0,00 4,26
- — — 4,06 0,06 4,12
- Fontes grises de Ria (Pyrénées-Orientales), air chaud. . . 0,70 3,30 4,00
- Fonte truilée — — ......... 4,00 indice 4,00
- « Dans ces fontes, on le voit, la proportion de carbone se rapproche beaucoup de celle du fer carburé en creuset brasqué ; est-ce à dire que, dans certaines conditions, elle ne pourrait pas être dépassée? Non, sans doute; ainsi on a signalé jusqu’à 0,06 de carbone. Acceptant ce chiffre, on conçoit qu’un fer en fusion, saturé de carbone, en laisse échapper à l’état de graphite par l’effet des variations de température. En réalité, ce graphite, quoique adhérent, n’appartiendrait plus à la masse d’où il serait sorti, et, si le métal reste en contact avec la brasque, la saturation sera maintenue, parce qu’il reprendra le carbone qu’il aura laissé échapper; on aurait alors du fer carburé au maximum sur lequel seraient entés des cristaux de graphite.
- a Dans une expérience que j’ai faite sur la fonte grise de Ria, il s’est produit ce qu’on pourrait nommer une sursaturation apparente du fer par le carbone.
- « Une plaque de fonte a été mise dans une caisse de four à cémenter, où elle est restée un mois durant.
- « Les dosages ont indiqué, dans 100 de fonte ;
- Avant la cémentation, carbone total............. 4,06
- Après la cémentation............................ 5,07
- Carbone acquis............................... 1,02
- La fonte avait pris par la cémentation une teinte presque noire ; sa cassure présentait de nombreuses facettes, au milieu desquelles on distinguait des cristaux, des lamelles de graphites d’un grand éclat.
- « Avant de faire connaître les expériences exécutées dans les aciéries de Jacob Holtzer, pour déterminer le maximum de carburation, je rappellerai sommairement les propriétés générales de la fonte, afin de voir si nous les retrouverons dans un métal fortement carburé, et différant des produits des hauts fourneaux en ce qu’il n’y entre autre chose que du fer et du carbone.
- « Les fontes blanches lamelleuses proviennent de minerais manganésifères ; l’ampleur, l’éclat argentin de leurs facettes dépendent surtout de leur teneur eu manga-
- (1) Les fontes avaient été obtenues au charbon de bois. Tome II. — 74e année. 3* série. — Juin 1875.
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- nèse, variant communément de 2 à 7 pour 100 ; elles sont dures, cassantes à ce point qu’on peut les pulvériser. Les ruinerais, alors même qu’ils contiennent peu de manganèse, fournissent encore, suivant l’allure du haut fourneau et particulièrement des coulées froides, de la fonte blanche grenue.
- « Les fontes blanches contiennent le carbone à l’état combiné, du moins pour la plus grande partie. Les fontes grises doivent leur aspect à du graphite disséminé ; elles sont produites dans les fourneaux à allures chaudes : le carbone y est à deux états, combiné et libre. Quand on les dissout dans un acide, elles donnent un résidu graphiteux.
- « La fonte blanche est plus fusible que la fonte grise ; elle acquiert une consistance pâteuse avant d’être liquéfiée. Tout au contraire, la fonte grise entre en fusion instantanément; elle est ou solide ou liquide. Fondue et refroidie rapidement, elle conserve tout ou presque tout son carbone à l’état combiné. Refroidie lentement, on assure qu’elle se change en fonte grise, une partie du carbone se séparant à l’état de graphite.
- « La fonte grise liquéfiée et refroidie promptement passe à l’état de fonte blanche, le graphite se combinant au métal : aussi arrive-t-il, lorsqu’on la coule sur un corps bon conducteur, dans une lingotière, que la partie solidifiée subitement au contact du métal froid devient de la fonte blanche, tandis qu’au-dessus de la zone touchant le moule et qui a subi une sorte de trempe le métal conserve les caractères de la fonte grise. Cette modification se manifeste alors même qu’on agit sur de grandes masses. Une chabotte du poids de 56 000 kilogrammes, fondue par M. J. Holtzer dans l’usine d’Unieux, avait sa superficie convertie en fonte blanche.
- « La transformation d’une fonte blanche, dans laquelle le carbone est invisible parce qu’il est combiné, en fonte grise, dans laquelle on aperçoit le carbone, parce qu’il est libre, doit, ce me semble, être attribuée à ce que le fer, à une température élevée, s’unit au carbone, soit en s’y combinant, soit en le dissolvant.
- « La combinaison est d’autant plus vraisemblable que, d’un côté, il est établi qu’à un haut degré de chaleur le fer, dans un contact prolongé avec du charbon de bois maintenu en excès, ne fixe qu’une quantité limitée de carbone, et, de l’autre, qu’en s’associant à un corps absolument réfractaire il forme un composé fusible à un degré de beaucoup inférieur à celui de sa fusion lorsqu’il est pur. Il est vrai que, par un abaissement graduel dans la température, le fer carburé au maximum (fonte) et fondu abandonne du carbone qui apparaît à l’état de graphite dans la masse refroidie. Il y a là, il faut bien le reconnaître, de l’analogie avec ce qui a lieu, quand un sel est séparé d’une dissolution chaude et saturée en voie de refroidissement, ou mieux encore dans la précipitation du silicium graphitoïde du zinc avec lequel il était uni pendant la fusion.
- « Quelle que soit, au reste, l’opinion à laquelle on s’arrête sur l’état du carbone dans le fer carburé fondu, combinaison en proportion définie ou solution saturée, toujours est-il que, par le fait de l’apparition du graphite durant le refroidissement, le composé ou la dissolution est appauvri de tout le carbone devenu libre.
- « Tout porte donc à croire que dans le fêr carburé en fusion la totalité du carbone
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- est combinée au métal, et que c’est pendant l’abaissement de la température qu’une partie de ce carbone est mise en liberté. Il ne faudrait pas ên tirer la conséquence que le fer carburé au maximum n’existe qu’à l’état liquide, puisqu’il suffit que la solidification soit rapide pour qu’il n’y ait pas séparation de graphite. La masse métallique solide est alors homogène, analogue, par la couleur, la dureté, la fragilité, à la fonte blanche ; tout le carbone est combiné au fer comme il l’était pendant la fusion. Il n’en est pas ainsi quand par un refroidissement lent il y a apparition de graphite : la masse métallique devenue solide ne possède plus une constitution homogène ; il s’y trouve, cette fois, du carbone en combinaison, du carbone libre et très-probablement du fer pur, à moins d’y admettre, avec Karsten, des polycarbures dont l’existence est fort contestable.
- « C’est pour corroborer les idées que je viens d’émettre sur la nature des fers car-burés, qu’on institua à Unieux, dans l’usine Holtzer, une expérience sur la combinaison du fer avec le carbone, et pour laquelle, très-heureusement, on peut disposer d'uft fer de Suède exempt de manganèse et approchant de l’état de pureté, puisqu’il s’y trouvait 0,9961 de métal.
- « I. Dans un creuset brasqué n°2, on a mis 10 kilogrammes de fer en fragments, en ayant soin de remplir les intervalles avec du charbon de bois.
- • II. Dans un creuset brasqué n* 1, 10 kilogrammes de fer ont été disposés comme dans le Cïeuset n° 2.
- « Les creusets furent placés dans un four Siemens. Une plaque de fonte à surface nette et bordée d’une frette de lingotière avait été disposée pour recevoir le métal en fusion.
- « La coulée du creuset n° 2 eut lieu après trois heures cinquante minutes de feu, la matière était très-liquide ; solidifiée, elle avait une épaisseur de 10 à H millimètres, divisée en deux zones à peu près égales, sans séparation bien tranchée ; la zone inférieure, trempée par le contact de la plaque de fonte, était blanche. La zone supérieure présentait une teinte gris foncé, un grain fin. Sur quelques points, les deux zones, en se pénétrant, prenaient l’apparence d’une fonte truitée.
- « La coulée du creuset n° 1 fut faite après neuf heures dix minutes de four. La coulée, d’une épaisseur de 13 à 15 millimètres, était séparée en deux parties parfaitement limitées. La zone inférieure trempée était blanche, elle avait environ le tiers de l’épaisseur de la zone supérieure, grenue et d’un gris foncé.
- « Dans le fer carburé n* 1, on a dosé :
- Carbone Carbone
- Fer. combiné* Graphite* total.
- Dans la masse..............•. 95,90 2,10 2,00 4,10
- Dans la zone blanche. .... 95,99 3,585 0,425 4,01
- Dans la zone grise...... 95,22 2,67 2,11 4,78
- * Ainsi, dans les fusions opérées à l’usine d’Unieux, aucun des fers carburés au
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- maximum n’était exempt de graphite; c’est dans la zone blanche trempée n° 1 qu’on ; en a trouvé le moins, 4/1 000. En négligeant cette faible quantité, en la supposant unie au métal, cette zone blanche aurait presque la composition théorique Fe5G, 1 équivalent de carbone combiné à 5 équivalents de fer; et le fer carburé n° 1, coulé à une température des plus intenses, a exactement la composition Fe5C.
- Fer..................................... 95,90
- Carbone............................... 4,10
- 100,00
- « Et cependant une moitié seulement du carbone est combinée, l’autre moitié est libre, c’est du graphite. La totalité du carbone était, sans aucun doute, unie à la totalité du fer dans le carbure en fusion ; la dissociation d’une partie du composé Fe5 C aurait commencé pendant l’abaissement de la température. Si donc la zone blanche trempée n° 1 a conservé la composition Fe5 C qu’elle avait à l’état liquide, c’est que le refroidissement a été subit, et que, par conséquent, les molécules de graphite n’ont pas eu le temps de se réunir en vertu de l’affinité qui les attire l’une vers l’autre lorsque la masse métallique approche de la consistance visqueuse.
- « La dissociation ayant pour indice l’apparition du graphite a dû s’accomplir dans tous les fers carburés où l’on trouve ce carbone, et, comme il ne saurait y avoir dans le métal refroidi 1 équivalent de carbone libre sans qu’il y ait en même temps 5 équivalents de fer libre, il en résulte qu’après la solidification il est permis de le considérer comme un mélange de fer carburé, Fe5C, de graphite et de fer. Userait, en effet, peu naturel de supposer que la masse où le graphite est disséminé fût formée d’un ou plusieurs polycarbures ; autant vaudrait admettre que le fer et le carbone se combinent én toutes proportions, ce qui serait sans précédent en chimie, et d’autant plus singulier qu’il est établi par les expériences que j’ai fait connaître que, quelle que soit l’intensité de la température, le fer ne prend qu’une quantité limitée de carbone.-Ainsi ce métal, qui s’unit quelquefois à 1/1 000 et moins de ce combustible, ne pourrait pas en prendre plus de 4/100 à 5/100.
- « Quelle que soit, au reste, la probabilité de l’existence d’un composé Fe5C, on ne saurait l’accepter définitivement qu’autant qu’on serait parvenu à l’isoler.
- « Rien de plus curieux que ces changements dans la nature du fer carburé au maximum opérés par des effets de température : la fonte grise transformée en fonte blanche par l’union de carbone libre et de fer libre, et réciproquement la fonte blanche métamorphosée en fonte grise par la mise en liberté du carbone et du fer.
- « Les occasions d’observer, la transformation de la fonte blanche en fonte grise ne sont pas fréquentes dans les forges ; aussi ai-je cru faire une chose utile en instituant à l’usine Jacob Holtzer Un essai pour opérer cette transformation,^ en agissant sur une forte quantité de métal, afin de rendre le refroidisseménî de la masse fondue le plus lent possible. ; ••••••'- ... - t a »
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- « A h heures du soir, deux creusets contenant chacun' 15 kilogrammes de fonte blanche lamelleuse de Ria ont été placés dans un four Siemens dans lequel on fondait dé l’acier. A 7 heures, comme on devait mettre hors, on fit fermer. Le refroidissement fut assez lent pour que. trente-six heures après la fermeture, les creusets fussent encore rouge-cerise obscur ; le refroidissement dura cinquante heures. On brisa les creusets, dans chacun desquels on trouva une masse bien homogène, surmontée d’une couche de laitier vert jaunâtre de 35 millimètres d’épaisseur. Les deux masses cassées aii pilon présentaient toutes les apparences d’une fonte grise, grenue, assez malléable et d’une grande ténacité.
- « Voici les résultats des dosages :
- Fonte 'blanche. Fonte grise,
- Carbone combiné. . . • 3’80# 1 3,800 0,000 I ’ 0,660 |
- Graphite 2,782 |
- Silicium 0,000 0,660
- Soufre 0,100 0,020
- Phosphore 0,075 0,080
- Manganèse 2,585 1,750
- Fer . 92,935 93,945
- 99,915 99,897
- « En comparant ces résultats, on voit que la quantité de phosphore est la même dans les deux fontes. La grise ne renferme que le 1/5 du soufre de la blanche. Il y a moins de carbone et plus de silicium dans la fonte grise. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que, durant la transformation de la fonte blanche en fonte grise, plus d’un tiers du manganèse a disparu. Ce fait parut si singulier, que l’on crut devoir le vérifier par plusieurs dosages. Il est vraisemblable que le manganèse manquant a passé dans le laitier vert formé à la surface de la fonte pendant la fusion. L’analyse de la fonte, avant et après sa transformation en fonte grise, a donné :
- ' Carbone. Silicium.
- Fonte blanche.............. 3,800 0,420
- Fonte grise................ 3,442 0,660
- Différence.. ..... —0,358 + 0,240
- « Dans la fonte grise, 1/1 000 de carbone aurait été remplacé par 2,5 millièmes de silicium, venant certainement du creuset ou du laitier disséminé dans les fontes de première coulée; la silice, à une haute température, en présence du fer, devient, en effet, un comburant du carbone.
- « Ces recherches sur la carburation sont une nouvelle preuve que, dans la cémentation, lecarboneasurtoutpour origine le carbone fixe du charbon de bois. Au reste, la possibilité de l’union des deux corps solides, fer et carbone, en contact à une haute température, n’est plus en question depuis la mémorable expérience de Clouet, si élégamment reproduite par M. Margueritte, et dans laquelle le fer est changé en .acier en
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- EXPOSJTÏTION DE VIENNE. ----JUIN 1875.
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- se combinant au diamant; expérience décisive à mon avis, bien que, en réalité, Clouet ait obtenu de l’acier fondu; c’est que la fusion d’un fer carburé est toujours précédée d’une pénétration de carbone dans le métal solide. C’est ainsi que le platine et* comme je l’ai constaté tout récemment, l’iridium, le palladium, maintenus au rouge dans une brasque pouvant fournir du silicium, sont d’abord cémentés par ce métalloïde, avant de donner, par l'intervention d’une chaleur suffisamment intense, des régules fondus de siliciures (1) .
- « C’est précisément ce qui arrive quand le fer est chauffé dans de la poudre de diamant, dans du graphite, dans du charbon de sucre, ou dans du noir de fumée fortement calciné : ici encore la carburation précède la fusion, et, dans ces conditions, elle a lieu sans le concours de gaz combustibles. »
- (Comptes rendus de VAcadémie des sciences.)
- EXPOSITION DE VIENNE.
- l’algérie a l’exposition universelle de VIENNE EN 1873, PAR M. A. POMEL (2).
- Céréales et farines.
- Les céréales constituaient une des parties principales de l’exposition algérienne et provenaient de plus de quatre-vingts exposants. Les blés durs, dont la patrie vraie est la Mauritanie, ne laissaient rien à désirer, ainsi que les produits spéciaux que l’on en obtient, semoules et pâtes; il y en avait de réellement bien remarquables comme poids, grosseur de grain et glacé. L’Espagne seule avait exposé quelques spécimens presque aussi beaux à côté de beaucoup d’autres inférieurs en qualité. Il se consomme une assez grande quantité de pâtes dans TAustro-Hongrie ; mais le marché naturel de cette région est lTtalie, et je n’ai pu avoir de documents précis ni sur ce commerce ni sur la part que l’Algérie pourrait y prendre.
- Les blésjtendres étaient également fort beaux et faisaient arrêter bien des agriculteurs des classes moyennes ; toutefois il est peu probable que nos produits puissent entrer dans la consommation d’un pays, pauvre il est vrai, mais qui a son grenier à ses portes, la basse Hongrie. Cependant il ne serait pas improbable que des demandes fussent faites de grains pour semences, et [quelques grainiers m’ont demandé s’il serait possible de leur procurer des gerbes pour faire montre à leurs boutiques. Il y aurait peut-être là une spécialité de commerce avantageuse pour nos agriculteurs soigneux, mais il
- (1) De l’iridium préparé par M. Henri Sainte-Claire Deville a donné, par la fusion dans la brasque, un culot sphérique très-régulier ; le poids du métal avait augmenté de 0,07.
- (2) Voy. cahier de mai 1875, p. 247.
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- EXPOSITION DE VIENNE. — JUIN 1875.
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- n’est pas probable qu’elle devienne importante; en tout cas, il n’y a qu’à attendre les demandes que ces négociants pourront adresser aux producteurs des plus belles sortes, dont ils ont pris les adresses.
- Je signalerai, en passant, l’importance qu’a prise en Egypte la culture d’un blé algérien, qui est connu sous le nom de blé de Médéah, et n’est autre qu’une sorte d’hybride, passant du blé dur au blé tendre, que les indigènes de Constantine nomment agéni, les Oranais meronani, et certains de nos négociants métadin. C’est, à ce qu’il paraît, le seul qui ait résisté, sans se modifier, au climat de cette contrée, et ses qualités nutritives ne laissent rien à désirer.
- Les orges exposées étaient remarquables et indiquaient une amélioration notable, due, sans doute, en majeure partie, à la culture européenne ; elles peuvent presque supporter la comparaison avec les bonnes qualités d’Europe.
- Les avoines, dont la culture tend à se développer de plus en plus, étaient également très-appréciées ; il y en avait de plusieurs sortes, toutes également réussies. Le rendement est supérieur, en général,à celui de l’orge, et le prix est toujours un peu plus élevé. Les maïs et les divers sorghos ont également eu le privilège d’attirer bien des regards et bien des mains indiscrètes.
- Somme toute, l’Algérie est un pays essentiellement agricole et surtout apte à la production des céréales ; l’un des greniers de Rome, elle peut encore le devenir de la France et contribuer, pour une bonne part, à combler le déficit de ses mauvaises récoltes.
- En 1872, l’Algérie a exporté 915 111 quint, métr. de blé, d’une valeur officielle de 24 067 419 francs ; — 406 467 quint, métr. d’orge, d’une valeur officielle de 8 129 340 fr. ; — 119 036 quint, métr. d’avoine, d’une valeur de 3 035 418 fr. ; — 101 083 quint, métr. de farines de toute sorte valant 2 021 660 fr. ; — 980 quint, métr. de pain et biscuit de mer, d’une valeur officielle de 24 500 fr. ; — soit au total, pour une valeur de 37 278 337 fr., d’où il faut déduire, pour avoir la valeur réelle de l’exportation, un chiffre de 564 599 fr., valeur de 16 131 quint, métr. de farines importées.
- Notre département est entré dans ce commerce pour les chiffres suivants : blé, 220 000 quint, métr. ; orge, 196 000 quint, métr.} avoine (?), pas de renseignements; farines, 22 923 quint, métr. Pour les six premiers mois de 1873, les quantités sont : blé, 77 000 quint, mét. ; orge, 90 000 quint, mét. ; farines , 17 247 quint, métr. Le blé est presque tout destiné à la France; la moitié de l’orge et le tiers des farines vont à l’étranger.
- Cette quantité de farines exportées indique que l’Algérie possède un assez grand nombre d’usines, où se fait la mouture de ses blés durs et tendres ; elles sont, pour la plupart, installées sur des chutes d’eau ; mais il en est un certain nombre qui sont mises en mouvement par des moteurs à vapeur.
- La minoterie avait envoyé beaucoup de ses produits au palais de Tienne, la plupart
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- très-remarquables; mais il faut surtout signaler ceux des usines Lavie à Constantin#, car ils n’ont point ailleurs de rivaux.
- Les semoules étaient surtout admirées par les visiteurs, et à côté les pâtes alimentaires, qui pouvaient soutenir très-avantageusement la comparaison avec les plus renommées 4e l’Auvergne, de Lyon et de l’Italie. Lyon, du reste, avait exposé, dans la section algérienne, ses spécimens fabriqués exclusivement avec nos blés durs algériens ; au concours de Turin de 1858, dans le pays classique des pâtes, ils avaient obtenu le premier rang et la récompense la plus élevée. Cette industrie existe également dans notre département ; mais elle n’avait rien envoyé à Vienne.
- Nous devons arriver à prendre une large part dans le commerce général de ce produit, qui porte encore et très-improprement la dénomination de pâtes d’Italie.
- Puisque j’en suis encore aux céréales, je dirai ici quelques mots des expériences de moissonneuses, faites à la ferme de Léopolsdorf, près de Vienne. Le chemin de fer de Pesth y avait transporté en trois quarts d’heure le jury et les exposants ou curieux qui étaient très-nombreux.
- La vallée du Danube est assez peu riche en ce point; un sous-sol de gravier, sur une grande épaisseur, supporte une assez mince couche d’une terre fine, siliceuse et provenant de détritus granitiques. On n’y cultive que le seigle et l’avoine, puisque le calcaire fait défaut ; quelques légumes et des pommes de terre, beaucoup de jachères, des fumures, voilà le régime agricole. Le champ d’expérience était un champ de seigle très-uni, tout juste mûr, avec beaucoup de paille haute, mais peu de grains ; car chaque gerbe pesait beaucoup plus du pied que de la tête. Deux ou trois tentes, fournies par l’industrie parisienne, abritaient quelques marchands de jambons pour Sandwich, de pain anisé et des barils de bière. Il a fallu déjeuner avec cela et très-chèrement ; puis il faisait une chaleur d’une trentaine de degrés, sans brise, à faire désirer notre Algérie.
- Dix-huit machines ont concouru avec un certain désordre occasionné par la foule et l’imprévoyance. A voir les grands bras de diverses formes qui sont destinés à préparer a gerbe, et les évolutions dégingandées que leur font exécuter les galets de leur base, on les prendrait pour des êtres fantasques et fiévreux.
- Plusieurs sont restées sur le carreau dès le début, parce que je crois que leur puissance était peu calculée avec la force qui devait les mettre en mouvement ; quelques-unes ont fait des efforts inouïs pour.se relever ; le plus grand nombre a accompli la tâche jusqu’au bout et plus ou moins rapidement.
- En somme, on est arrivé difficilement à déposer la javelle de manière à ce qu’elle soit régulièrement et facilement mise en gerbe, et il y a eu de grandes différences à ce point de vue entre les divers appareils. Ceux mêmes qui laissaient tomber la javelle simplement en arrière ont encore le désavantage de nécessiter de nombreux travailleurs pour la relever et faire le passage à la machine, et ne rachètent cette grave imperfection par aucun avantage. Presque toutes ces machines ont encore l’inconvénient de trop brus-
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- quer la javelle qui, dans les pays secs, doit être cassante, fragile et égrainable. La plus convenable m’a paru être une machine de la force de deux chevaux comme les autres, dont les bras décrivant un mouvement simplement cylindrique pour coucher la paille ont une allure plus régulière, sans saccade, et dont le tablier se débarrasse de la javelle par un mouvement de jet en paquet, qui s’exécute au moyen d’une plaque tournante assez simplement établie.
- J'ai appris, depuis, que les moissonneuses anglaisés exposées n’avaient point concouru, et qu’il n’y avait presque que des américaines, dont les preuves de fonctionnement avantageux n’étaient point encore suffisamment faites. Je n’ai pas pu me procurer des renseignements suffisants sur la valeur de ces divers appareils, et les croquis qui figuraient sur les prospectus ne sont que des images peu instructives. En outre, d’après les entretiens que j’ai eus avec quelques-uns des membres français du jury, des plus autorisés, MM. Tisserant, Moll, Porlier, la prudence conseille d’observer la plus grande réserve dans les conseils à donner pour un choix entre ces machines. Je prends donc le parti de m’abstenir sur une matière aussi épineuse.
- L’exposition française ne montrait aucune charrue ; celles légères en fer forgé de M. Mougeot, de Bel-Abbès, avaient été reléguées dans un coin de l’Exposition agricole, et ont passé inaperçues ; cependant elles m’ont paru construites dans de bonnes conditions de solidité et de fonctionnement.
- Légumes.
- Les légumes secs étaient représentés, dans de jolis bocaux, par toute la série des espèces indigènes et exotiques dont la culture a été essayée au jardin du Hamma, sous la direction de M.Hardy.C’est actuellement de l’histoire ancienne, et beaucoup de ces essais n’ont point franchi les limites de cet établissement. En outre, on remarquait de beaux échantillons de grande culture, envoyés à Vienne par une vingtaine d’exposants de divers points des trois départements algériens. Les lentilles, les pois, les garavances et les larges fèves y étaient très-bien représentés. Il n’y avait nulle part d’échantillons de cette dernière sorte plus beaux que les nôtres. Cependant l’Espagne avait exposé des garavances bien supérieurs à ceux de tous les autres pays par leur grosseur remarquable ; ce serait probablement une bonne acquisition pour l’Algérie.
- La production de légumes secs, principalement des fèves, est assez importante dans la colonie, puisque, pendant l’année 1872, l’exportation a atteint le chiffre de 85 589 quint, métr., d’une valeur officielle de 2 139 723 fr. Il est vrai que nous avons importé pour une valeur de 538 990 francs de produits des mêmes catégories, mais appartenant en majeure partie à d’autres espèces que celles que nous exportons : pois, lentilles, haricots, que la colonie devrait déjà produire en quantité suffisante pour ses besoins. Malheureusement la région un peu élevée de l’intérieur, celle où
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- ces cultures réussissent le mieux, est encore dépourvue de communications économiques et assurées. Le département d’Oran a pris part à ce commerce d’exportation pour une quantité de 14 791 quint, métr. Le chiffre pour les six premiers mois de 1873 est de 4 377 quint, métr.
- L’Autriche, à ce qu’il m’a été dit, produit beaucoup de légumes secs et à bas prix ; on ne s’en douterait guère d’après la cherté et la rareté des légumes verts de toute sorte sur le marché de Vienne. Cela doit s’entendre sans doute de la Hongrie, qui est le grenier de cet empire ; du reste, l’éloignement ne pourrait pas nous permettre d’espérer de ce côté un débouché important pour cette partie de nos produits.
- Les légumes verts n’étaient représentés que par quelques patates et pommes de terre, se flétrissant tous les jours un peu plus et bien près de ne plus ressembler à aucun des types connus. Quelques échantillons de cette dernière sorte, provenant du Tlélat, étaient fort beaux et très-remarqués.
- L’Algérie, et on pourrait presque dire uniquement Alger, a exporté pour France, en 1872, plus de 1 200 quint, métr. de légumes verts dont la valeur officielle n’est point signalée. Ce sont surtout des primeurs, telles qu’artichauts, petits pois, pommes de terre, etc. Cette dernière réussit très-bien dans la colonie ; mais sa culture n’est point encore assez développée, puisque nous avons importé, en 1872, 91 529 quint, métr., soit pour une valeur de 564 600 fr. de ce précieux tubercule. Avis aux agriculteurs du Tell intérieur, de Bel-Abbès par exemple, et, plus tard, de Tiaret, quand la route sera terminée.
- Oran n’a exporté que 108 quint, métr. de ces produits et seulement 15 quint, dans le premier semestre de 1873. Je ne fais cette mention que pour attirer l’attention sur cette source possible de revenus.
- Fruits.
- Les fruits secs étaient représentés par un assez petit nombre de spécimens. Les amandes sont très-variées, et les trois départements en produisent de toutes sortes ; l’arbre vient presque spontanément en Algérie et on en cite même des peuplements forestiers. Deux échantillons de figues sèches en pain, l’un d’Alger, et l’autre d’Oran, un lot de caroubes et des dattes de Biskra, confites ou en régime, complétaient cette série. D’après cela, on ne se douterait guère que ces produits occupent une place assez importante dans le tableau de nos exportations algériennes ; pour l’année 1872, cela se chiffre par près dé 21 796 quint, métr. et une valeur de plus de 1634 009 fr. Il est incontestable que les colons pourraient donner un développement considérable à ce commerce, qui ne comprend presque que les dates, les figues et les amandes; il ne s’agit que de vouloir pour les figues et les raisins, et les indigènes arriveraient bien vite, s’ils y trouvaient leur bénéfice, à donner une forme marchande aux blocs informes
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- qu’ils portent sur nos marchés. Lçs pâtes d’abricot fourniraient encore une autre source de revenu dans un pays où la récolte de ce fruit est presque toujours assurée. On peut se demander aussi pourquoi nulle tentative n’a été faite pour introduire en Algérie la culture du vrai pistachier qui, à Tunis, donne des produits excellents et devrait tout aussi bien réussir chez nous, où on pourrait, sans doute, le greffer sur le pistachier térébinthe, sur le pistachier de l’Atlas ou betoum et peut-être même sur le lentisque, qui n’est encore qu’une espèce particulière de pistachier. Le département d’Oran ne prend qu’une très-faible part à ce commercé, puisque le chiffre de ses exportations pour 1872 n’atteint pas 139 quint, métr. Il y a cependant une amélioration considérable, puisque, en 1871, il n’y avait que 35 quint, métr. environ d’exportés, et que les relevés de douane pour les six premiers mois de 1873 accusent 199 quint, métr. Presque tout va en France.
- La maison Hédiard (rue Notre-Dame-de-Lorette, 13, à Paris) avait exposé dans divers liquides conservateurs la plupart de nos fruits remarquables, indigènes ou acclimatés, et offrait ainsi un beau spécimen de nos richesses à développer : bananes, gombo, limons, mandarines, goyaves, coings de Chine, cédrats, citrons, pamplemousses, ho-venia, bibace, figue kake, figue de Barbarie, etc. Ces fruits, à l’état frais, donnent lieu à un commerce d’exportation considérable, atteignant, en 1872, 22 922 quint, métr. et une valeur de 1083 800 fr. Ce sont principalement les oranges, puis les citrons et bananes qui alimentent ce commerce ; quelques échantillons avaient été envoyés à Vienne ; ils étaient déjà décomposés à mon arrivée, car leur saison était complètement passée. Le département d’Oran figure seulement pour 492 quint, métr. en 1872; en 1873 l’augmentation s’est déjà accusée dans le premier semestre, car elle a donné 365 quint, métr., soit 106 quint, de plus que pour la période correspondante de 1872.
- « L’exportation est limitée par les frais de transport assez élevés qui grèvent la matière, et par les retards qu’éprouvent les envois au préjudice de la conservation des légumes ou des fruits. L’enquête Le Hon a reproduit plusieurs dépositions émises à cet égard par les colons algériens, qui se plaignent de trouver de moins bonnes conditions pour l’expédition de leurs produits en France que les Espagnols de Valence, de Carthagène, de Malaga. Cette situation fâcheuse arrête l’essor de la production et maintient le commerce des primeurs dans une situation indécise, qui l’empêche de réaliser tous les progrès qui pourraient être apportés avec avantage dans l’expédition des produits alimentaires destinés pour Paris, le nord de la France et l’étranger. » (Teston catal. spécial, Algérie, exp. de Vienne.) Il n’est pas nécessaire d’ajouter des commentaires à cette simple constatation !
- Si ces difficultés entravent le commerce d’Alger, elles doivent être encore plus insurmontables pour Oran, qui est séparé de Marseille par une journée de navigation de plus qu’Alger, et cela explique pourquoi notre département reste étranger au commerce des primeurs.
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- Oléagineux.
- Les graines oléagineuses de l’Algérie étaient représentées, dans les bocaux de l’exposition de Vienne, par un assez grand nombre de types, tels que lin, coton, arachine, ricin, colza, pavot, moutarde, sésame, tournesol, carthame, etc. La plupart proviennent d’essais plus ou moins réussis, mais qui n’ont pu faire passer dans la pratique les cultures qui les produisent, soit parce que le climat ne leur convenait pas complètement, soit à cause de la difficulté d’écouler des produits que le commerce n’avait point l’habitude de venir chercher dans nos. parages. L’arachine ou cacahouet est encore cultivé chez nous par les Espagnols, mais pour être mangé et non pour fournir de l’huile; les colzas et moutardes donnaient d’assez bons rendements, mais les intermédiaires pour la vente, à Marseille, absorbaient tous les bénéfices, et nos colons oranais y ont renoncé.
- On vient de créer près d’Alger une usine pour la fabrication spéciale de l’huile de ricin, qui, en ce moment, est très-recherchée pour divers emplois, autres que celui que lui valaient naguère ses propriétés laxatives bien connues : je n’ai pas de renseignements sur l’importance de cet établissement, qui compte sur les ventes de graines que pourront bien lui faire les colons. La plante vient bien partout dans le Tell algérien, et tout le monde a pu voir le résultat des semis faits sur les talus du chemin de fer.
- La graine de coton, que le département d’Oran produit' en assez grande quantité, est utilisée par la savonnerie de Marseille; en 1872, il en a été vendu plus de 7 000 quint, métr.
- Mais c’est surtout la graine de lin, dont la culture s’est largement développée dans toute l’Algérie, qui prend de jour en jour chez nous une plus grande importance. Nous avons exposé des graines du lin de Sicile et de celui de Riga; elles sont magnifiques et ont été enviées par les visiteurs des pays de production rivale. Pendant l’année 1872, l’Algérie a exporté plus de 24 300 quint, métr. de graines de lin, et la part fournie par la province d’Oran est de 7 à 8 000 quintaux.
- La plante oléifère par excellence de notre climat est l’olivier, qui prend ici des proportions considérables et croît partout à l’état sauvage et spontané. On a pu admirer nos belles olives, préparées dans la saumure et figurant parmi les conserves de fruits. Les échantillons d’huile n’y faisaient pas non plus défaut. Maintenant que de nombreuses usines à l’européenne ont été créées en Algérie et que l’on y applique les procédés rationnels à la fabrication des huiles, celles-ci ont perdu les mauvaises qualités qui faisaient leur infériorité ; elles peuvent rivaliser avec les meilleures des autres pays de production. La qualité de nos olives est telle, qu’il a suffi de quelques soins intelligents pour en améliorer les produits, à ce point que certaines personnes ont considéré nos huiles exposées comme spécialement préparées pour la circonstance. Cependant les envois de Tlemcen ne représentaient, pour la plupart, que les bonnes qualités marchandes que le commerce peut se procurer chez tous les producteurs. Les échantillons
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- exposés par M. Lousteau (de Mascara) ont été également très-appréciés. Il ést vrai qu’on trouve toujours des huiles fortes et mauvaises, parce qu’elles sont préférées par certaines parties de la population qui les produit suivant ses goûts ; mais on peut constater que c’est l.M’exception.
- Il reste incontestablement démontré que l’huile d’olive algérienne est destinée à une réputation méritée, si les producteurs persistent à mettre tous leurs soins à la fabrication. En 1871, on en a exporté de nos ports 4 237 000 kilog.; en 1872, où la récolte a été moins bonne, 2 528 000 kilog. seulement ; car l’on sait que l’abondance des récoltes présente aussi des alternances. Notre département a considérablement à faire pour se mettre au niveau des deux autres, où domine l’élément kabyle, pour la production de cette riche denrée; en 1871, il exportait 2 041 kilog., et, en 1872, 335 kilog. seulement. Dans le premier semestre de 1873, il y a eu amélioration considérable et exportation de 17 451 kilog., chiffre en rapport avec l’abondance de la récolte dans l’année correspondante.
- Beaucoup d’Austro-Hongrois m’ont questionné sur les prix et la quantité d’huile d’olive que nous pouvons produire ; ils tenteront peut-être quelques affaires ; mais il ne m’a pas semblé qu’il y eût ici de grands besoins. Je puis citer la maison Daniello et Menz, à Vienne (Weihburg gasse, n° 20), qui fait le commerce des fruits et produits coloniaux, et m’a témoigné le désir d’entrer en relations avec l’Algérie.
- J’avais remarqué un échantillon d’huile de graines de lentisque envoyé de Saint-Cloud à l’Exposition ; le peu de transparence du verre qui la contenait, la difficulté de le déboucher, ne m’avaient permis d’en rien dire : mais je me rappelais que les Kabyles de Cherchell et de Ténès faisaient une certaine quantité de cette huile pour leur permettre de vendre leurs olives, et je pensais devoir signaler cette nouveauté aux Oranais. Vérification faite, il s’est trouvé que cette bouteille datait de bien des années et avait été apportée, comme beaucoup d’autres choses, de l’Exposition permanente de Paris. C’était donc un essai raté, puisqu’à Saint-Cloud il n’a été suivi d’aucune application.
- Le Maroc avait exposé quelques lots de graine de chanvre assez belle, et, à en juger par les fdasses de ce chanvre également exposées, la plante doit y prendre des proportions considérables 5 peut-être cette culture réussirait-elle en certains points de l’Algérie ; ce serait une graine oléagineuse de plus.
- Le même pays avait envoyé une espèce d’huile, très-estimée, dit-on, mais que je n’ai pu déguster et que l’on retire des amandes du fruit de l’argan, sorte de grande broussaille ou d’arbre moyen, croissant spontanément aux environs de Mogador, jusqu’à une altitude de 500“, et y constituant, sur un sol rocheux, une forêt sans mélanges de plus de 1 500 kilomètres carrés. Le fruit ressemble à une prune jaunâtre ; les chèvres et moutons mangent la pulpe et rejettent le noyau, que les indigènes recueillent pour l’écraser et exprimer l’huile de l’amande. Il s’en fait un Commerce considérable à Mogador. On peut croire que ce précieux végétal pourrait également bien
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- pousser sur des sols analogues de l’Algérie, et plus particulièrement de la province d’Oran, dont le climat est plus subsaharien que celui des deux autres départements et plus semblable à celui de cette partie du Maroc. Toutefois, je dois dire qu’un pied venu de graines, dans la campagne de M. Laperlier, à Mustapha d’Alger, persiste à rester rabougri et nain comme un buisson épineux, sans doute parce.que le climat ne lui convient pas.
- Tabac.
- Le tabac en feuilles était représenté par une série peu nombreuse, mais bien choisie, de très-belles manoques. On y remarquait des chebli et krachna et du virginie, estimés depuis 200 jusqu’à 400 fr. le quintal métrique, du bersili de Bone et des hemerys de la Calle, valant de 300 à 400 fr. le quintal. Les philippins du Sahel atteignent également le prix de 200 fr. les 100 kilog. L’administration des tabacs de France n’a jamais dépassé le prix de 160 fr. pour les surchoix ; elle avait fixé ses prix ordinaires à 150, 120 et 90 fr. les 100 kilog., et a suscité de nombreuses réclamations sur la manière dont elle paraissait faire ses classements. D’un autre côté, les colons ont eu souvent le tort de pousser leur culture à la quantité et non à la qualité, par des arrosages trop copieux, qui ne produisaient que de l’herbe sans arôme et incombustible.
- Une défaveur générale fut la conséquence de ces erreurs réciproques, et depuis lors, dans notre département, la culture du tabac a presque complètement cessé chez les Européens et reste très-restreinte chez les indigènes; cependant les petites parties qui se font accidentellement continuent à être d’excellente qualité, quand elles sont bien soignées. Tel était le cas de quelques poignées envoyées par M. Guyonet d’Assi-bou-Nif, le seul Oranais qui ait exposé.
- Dans les deux autres départements, cette culture, après avoir subi presque le même sort, s’est successivement relevée; les produits se sont bien améliorés dès qu’il a fallu satisfaire l’acheteur négociant, et on s’est surtout étudié à produire ce qui se vend le plus cher ; en sorte que le commerce fait actuellement une concurrence sérieuse à la Régie et lui enlève les qualités supérieures. Dans le Sahel d’Alger, la culture du tabac a produit l’aisance chez tous les petits colons, et elle prend sa place dans l’assolement de la moyenne et même de la grande propriété. Il serait bien à désirer que notre département prît une part plus grande à la production d’une denrée que le commerce libre viendra lui acheter, au moins tout aussi cher que la Régie, quand il saura qu’il y en aura à vendre, ainsi que cela s’est produit à Alger.
- La Régie a acheté en 1872, au prix moyen de 79 fr. les 100 kilog., 30 464 quint, métr. de tabacs, soit pour une valeur de 2 406 000 fr., dont moitié aux colons européens et moitié aux indigènes, qui cultivent plus spécialement les tabacs fins ; il a été, en outre, vendu 18 000 quint, de tabac au commerce, d’après estimation de l'Administration, ce qui fait un total de plus de 50 000 quint, mét. et une valeur de plus de
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- 5 millions de francs. La Régie semble disposée à augmenter le chiffre de ses approvisionnements en Algérie, pour suppléer à ce qu’elle tirait des départements perdus ; c’est le moment pour les colons oranais de reprendre une culture qui, bien dirigée, pourra devenir pour eux une source de revenus assurés.
- L’exposition des tabacs fabriqués était fort belle et étonnait surtout les visiteurs parles bas prix inscrits sur les étiquettes des maisons Bakri (d’Alger), Bosson (d’Oran), Girard (de Constantine) et Kaki (de Bone). La mise en oeuvre du tabac constitue en Algérie une industrie considérable, dont les produits sont très-appréciés au dehors, car nous trouvons dans les notices de M. Teston qu’en 1870 la France achetait en Algérie 26142 douzaines de cigares, d’une valeur de 522 840 fr., et que, pendant la même année, la colonie exportait en tous pays près de 518 000 kilog. de tabacs fabriqués. Si les feuilles qui entrent dans cette confection sont dans une large proportion d’origine étrangère, cette industrie n’en laisse pas moins chez nous des bénéfices importants. Il semblerait cependant que l’exportation va se ralentissant sensiblement ; les statistiques de la Douane accusent pour 1871 une quantité de 440 000 kilog. d’une valeur de 2 869 958 fr., et pour 1872 de 368 300 kilog. seulement, d’une valeur de 2 357120 fr. Tout fait espérer une augmentation considérable des débouchés ; puissent ces espérances se réaliser ! La consommation locale des tabacs manufacturés doit être considérable, car en 1872 l’importation des tabacs en feuilles a été de 1 369000 kilog., d’une valeur de 3 149 000 fr., l’exportation ayant été, dans le même temps et pour la même sorte, de^.2 811 000 kilog., estimés par la Douane à 2 811000 fr.
- Pour l’année 1872, les chiffres afférents au département d’Oran sont :
- 34 561 kil.
- 74 745 —
- 449 324 —
- 150 695 kil.
- 98889 —
- 265 356 —
- (<à suivre.)
- Exportation de tabacs en feuilles
- — — fabriqués. Importation de tabacs en feuilles
- Pour le premier semestre de 1873 :
- Exportation de tabacs en feuilles
- — — fabriqués. Importation de tabacs en feuilles
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Iiatne minérale. — L’emploi des laitiers de hauts fourneaux vient d’être l’objet d’une découverte très-intéressante. Si on injecte un courant de vapeur dans un jet de scories fluides, on obtient des fils fins, souples, élastiques, d’une longueur assez im-
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- portante, fils que l’on désigne sous le nom de laine minérale. Avec certains laitiers, ces fils sont d’un blanc brillant et semblables aux fibres du coton. Cette matière constitue un corps remarquable par sa mauvaise conductibilité de la chaleur, et on peut l’employer avec avantage pour couverture partout où on veut empêcher l’augmentation ou la déperdition de la chaleur. — ( Wochenschrift der N. O. Geverbe-Vereines. ) N° 41. — 1874.
- Émail pour le» objets eu fonte.—En Angleterre, on emploie, de la manière suivante, un émail d’un beau blanc et très-solide pour les objets en fonte : on porte les objets à émailler, dans le sable, au rouge; on les y laisse pendant une demi-heure», on les fait lentement refroidir, puis on les lave avec soin avec de l’acide sulfurique étendu et chaud ou de l’acide chlorhydrique ; on rince avec de l’eau et on les fait sécher. On donne alors une première couche en appliquant le mélange indiqué plus loin, puis on sèche à haute température, et on chauffe dans des moufles séparés pour produire la vitrification des couches appliquées. v
- Préparation du mélange. — On mélange 6 p. de silicate de potasse, 3 p. de borax, 1 p. de minium, 1 p. d’oxyde de zinc; on pulvérise finement; on maintient quatre heures au rouge, et à la fin on rend la matière semi-fluide en élevant la température; la masse est ensuite brusquement refroidie dans de l’eau froide; on en mélange 1 p. avec 2 p. de farine d’os et on en fait une bouillie en broyant avec une quantité d’eau suffisante.
- Sur la première couche on applique successivement les deux mélanges suivants, préparés comme le précédent : d’abord, 32 p. d’os calcinés, 16 p. de terre à porcelaine, 14 p. de feldspath, 4 p. de cendres potassiques ; on agite avec de l’eau ; on sèche, on calcine et on refroidit très-brusquement avec de l’eau; la masse pulvérisée est amenée, au moyen d'eau, à l’état de bouillie et broyée avec 16 p. de silicate de potasse, 5,5 p. d’os calcinés et 3 p. de quartz calciné.
- Quand les objets ont été bien séchés, on passe à l’application du troisième mélange : 4 p. de feldspath, 4 p. de sable pur, 4 p. de cendres potassiques, 6 p. de borax, 1 p. d’oxyde de zinc, 1 p. de salpêtre, 1 p. d’acide arsénieux, 1 p. de carbonate de chaux très-pur. Ces matières sont mélangées, calcinées, refroidies très-brusquement dans l’eau, puis broyées avec 5,5 p. d’os calcinés et 3 p. de quartz. — ( Wochenschrift der N. O. Geverbe-Vereines.) N° 47. — 1874.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE Mm® V* BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5.
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- 94e année.
- Troisième série, tome II.
- Juillet 1895.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIETE D ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS PHYSIQUES.
- Rapport fait par M. le comte du Moncel, au nom du comité des arts économiques, sur les appareils électriques présentés par M. Deschiens, boulevard
- Saint-Michel, 123, à Paris.
- Messieurs, M. Deschiens vous a présenté, tant en son nom qu’en celui de M. Liais, directeur de l’Observatoire impérial du Brésil, un certain nombre d’appareils électriques construits par lui, qui, indépendamment de l’excellence de leur construction, se font remarquer par plusieurs perfectionnements importants. Comme ces appareils sont nombreux et qu’il importe de faire la part de chacun des deux auteurs dans le rapport que vous nous avez chargé de faire, nous diviserons ce rapport en deux parties, l’une qui concernera les appareils de M. Liais, l’autre les appareils deM. Deschiens.
- Appareils de M. Liais. — Les appareils imaginés par M. Liais et exécutés par M. Deschiens pour l’Observatoire impérial de Rio-de-Janeiro consistent 1° dans un régulateur électro-chronométrique pour la mesure exacte du temps ; 2° dans un système de compteur également électro-chronométrique; 3° dans un chronographe électrique pour l’enregistration des moments du passage des astres.
- Régulateur électro-chronométrique. —On sait que M. Liais est un des premiers qui se sont occupés d’horlogerie électrique, et que c’est lui qui, le premier, a appliqué aux horloges électriques, pour l’entretien de leur mouvement, le système basé sur la chute de petits poids tombant d’une hauteur constante. Son premier système date de l’année 1851, et il est, par conséquent,
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- ARTS PHYSIQUES.
- JUILLET 1875.
- antérieur d’environ deux ans à celui de M. Vérité, qui avait été regardé, au moment de l’Exposition universelle de 1855, comme un grand perfectionnement réalisé dans l’horlogerie électrique. Depuis cette époque, M. Liais s’est beaucoup occupé de perfectionner au point de vue théorique et pratique sa première idée, mais les difficultés inhérentes à l’action électrique elle-même, dont les effets entraînaient des variations matérielles dans le jeu des organes du régulateur, rendirent longtemps ses essais infructueux. Ces difficultés ont-elles été complètement résolues dans l’appareil qui vous a été présenté?... Nous n’oserions pas l’affirmer d’une manière absolue, mais elles ont été considérablement amoindries. Ainsi, pour éviter les irrégularités provenant de l’oxydation de l’interrupteur du circuit, les interruptions du courant s’effectuent sous une cloche remplie d’hydrogène et sur une surface métallique mobile constituée par du mercure. Pour obtenir plus d’indépendance dans les mouvements du pendule régulateur et ne pas troubler l’isochronisme de ses oscillations, l’action mécanique nécessaire au jeu de l’interrupteur et à l’entretien de son propre mouvement est déterminée par un échappement libre que le pendule ne fait que toucher à chaque double oscillation et au moment de son passage à la verticale, c’est-à-dire au moment où toute action mécanique exercée sur cet appareil est la moins nuisible. Cet échappement a pour effet de mettre en liberté un levier sollicité par une force constante (poids ou ressort), lequel donne au pendule une impulsion destinée à entretenir son mouvement et fait réagir ensuite, avant de s’arrêter, un balancier spécial destiné à mettre en jeu l’interrupteur; celui-ci met alors en action un électro-aimant qui replace le levier impulseur dans sa position normale et renclanche l’échappement.
- De son côté, le balancier de l’interrupteur revient de lui-même à sa position initiale, de sorte que tout se trouve remis en place au moment des oscillations dans un même sens du pendule régulateur.
- Des appareils retardateurs et accélérateurs sont, d’ailleurs, adaptés à la tige du pendule pour en régler la marche, et celui-ci est constitué lui-même, comme les pendules ù compensation de certaines horloges de précision, par des contre-poids en mercure.
- Il serait très-long et très-difficile de décrire sans dessin les différents organes de cet appareil, qui est très-soigné et très-étudié dans ses détails, et qui a été remarqué à l’Exposition de Vienne de 1873.
- Compteur électro-chronométrique. — Le compteur électro-chronométrique, destiné à traduire par des indications horaires les mouvements exécutés parle
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- ARTS PHYSIQUES. — JUIILLET 1875.
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- pendule régulateur, est disposé de manière que des défauts de contact dans l’interrupteur de celui-ci n’entraînent pas de fausses indications. Généralement, dans les compteurs de ce genre, chaque fermeture de courant opérée par le pendule régulateur a pour effet de faire avancer d’une dent une roue à rochet commandant la minuterie du compteur ; mais, comme il arrive souvent que des contacts manquent, il pourrait se faire qu’après un certain temps de marche ces erreurs, en s’accumulant, entraînassent des erreurs notables dans la transmission de l’heure. Pour éviter cet inconvénient, M. Liais adapte à ses compteurs des pendules assez massifs, et c’est par l’intervention de ceux-ci que la minuterie fonctionne. Comme, dans ce cas, il n’est pas essentiel que la force qui agit sur le pendule pour entretenir son mouvement soit rigoureusement constante, puisque chacune de ses oscillations doit correspondre à une fermeture de courant déterminée par le régulateur, M. Liais fait réagir directement sur la masse de ce pendule, qui est en fer recuit, un électro-aimant interposé dans le circuit de ce régulateur; de sorte que, si un contact vient à manquer, la minuterie n’en subit pas les effets, puisque l’oscillation du pendule continuant quand même, l’échappement qui la fait fonctionner s’effectue toujours. De plus, comme l’action électro-magnétique n’est effective qu’aux points extrêmes des oscillations, les contacts multiples qui se produisent quelquefois et qui résultent de certaines trépidations de l’appareil demeurent sans effet sur le compteur, aussi bien que les irrégularités de vitesse du pendule lui-même, qui ne peut quitter le point extrême de son oscillation que quand le courant a cessé de passer à travers l’électro-aimant qui agit sur lui. Il n’y aurait que pour une différence trop grande entre les mouvements des deux pendules et après un certain nombre de défauts de contacts que les indications du compteur pourraient être troublées, et encore ce trouble ne pourrait provenir que de l’arrêt du compteur.
- On a beaucoup discuté sur les avantages et les inconvénients de l’horlogerie électrique, et on est encore loin d’être d’accord à ce sujet; comme cette question est très-délicate et encore non résolue, nous devons nous maintenir sur la réserve relativement à l’importance générale de ce système de mesure du temps; nous pourrons dire, toutefois, que les appareils de M. Liais ont paru à la Commission réaliser des perfectionnements importants, et que la construction en est particulièrement remarquable.
- Chronographe électrique. —Le troisième appareil de M. Liais est un chro-nographe électrique à deux styles traçants, qui n’est qu’un perfectionnement
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- de celui qu’avait fait construire le même auteur il y a une vingtaine d’années pour l’Observatoire de Paris. Dans ce nouvel appareil, l’enregistration, au lieu de s’effectuer sur une bande de papier enveloppant un cylindre, se produit sur une feuille de papier disposée à plat sur un plateau circulaire, et les indications y sont écrites sur deux lignes en spirale se dirigeant de la circonférence vers le centre. Les avantages de cette disposition sont de permettre de lire facilement un grand nombre d’indications sur une même feuille de papier et de pouvoir les garder dans un portefeuille de petite dimension.
- Afin que les traces fournies par les styles traceurs soient, pour un même intervalle de temps, peu différentes les unes des autres au bord de la feuille et au centre, la corde du moteur a été disposée sur une fusée qui a été calculée de manière à compenser la différence des arcs résultant des variations des rayons. C’est, du reste, un système analogue à celui que M. Bain avait employé en 1851 pour son télégraphe électro-chimique. Les styles traceurs eux-mêmes présentent une particularité importante, c’est de maintenir leur pointe constamment appointie, par le fait même de leur frottement sur le papier. M. Froment avait bien employé un moyen analogue dans son télégraphe écrivant, mais la rotation du crayon résultant de l’action attractive de l’élec-tro-aimant entraînait une perte de force très-sensible. Dans le système dont nous parlons, c’est la rotation du plateau sur lequel est fixée la feuille de papier qui, en faisant tourner un galet recouvert d’une bague en caoutchouc sur laquelle appuient les deux styles par l’intermédiaire ffe deux autres galets, fait tourner ces derniers et, par suite, les styles, car ceux-ci sont en rapport de mouvement avec eux ; l’action produite est donc continue, régulière et indépendante de l’action électro-magnétique. Afin de donner plus de précision aux indications fournies par les styles et en rendre leur usure moins prompte, on a substitué aux crayons des pointes de cuivre. Ces pointes, appuyant sur du papier préparé au blanc de zinc comme les papiers porce-lainés employés pour les cartes de visite, laissent des traces très-visibles qui sont d’une netteté parfaite. M. Deschiens a contribué beaucoup à l’organisation de ce système, qui réalise un perfectionnement très-marqué sur tous ceux employés jusqu’ici, et qui peut être appliqué dans une foule d’autres cas. Il existe encore, dans le chronographe de M. Liais, beaucoup d’autres perfectionnements de détails qui ont leur importance. Ainsi le modérateur de vitesse du mécanisme d’horlogerie est disposé de manière à ne pas produire de résistance sensible au départ, afin que l’appareil puisse acquérir rapide-
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- ment sa vitesse. Sa mise en marche peut aussi s’effectuer, à distance et électriquement, avec un interrupteur placé près du tope qui sert à signaler le passage des astres ; les styles eux-mêmes sont ramenés au bord de la circonférence de la feuille par le fait même du remontage de l’appareil.
- M. Liais est, comme on le sait, le premier qui a fourni, dans les enregis-trations électro-chronographiques, les indications de la mesure du temps a côté des traces en rapport avec les effets observés. Ce système, qui a, du reste, été fréquemment mis en usage depuis lui par les observateurs et les constructeurs, notamment par M. Hipp, présente de grands avantages en ce sens qu’il permet, par la position relative des traces laissées par les deux styles, de rapporter au temps les diverses phases des phénomènes constatés.
- On comprend, en effet, que, si, toutes les secondes, un mouvement est communiqué à l’un des styles traceurs et que ce mouvement soit normal au mouvement du plateau enregistreur, il se produira une trace en forme de jambage, qui sera plus ou moins longue, suivant la durée de ce mouvement latéral, mais dont l’origine indiquera le commencement de chaque seconde. Il en sera de même pour les traces fournies par le second style ; de sorte qu’il suffira de mesurer la position respective de l’origine des traces fournies par les deux styles pour mesurer exactement le nombre de secondes ou de fractions de secondes qui se seront écoulées entre les indications laissées par le style en rapport avec l’observateur. Or, pour obtenir ce résultat, il suffit que le régulateur électro-chronométrique envoie, toutes les secondes, un courant à travers l’électro-aimant commandant le style des secondes, et que l’observateur, en appuyant sur son tope, effectue la fermeture du circuit correspondant à l’électro-aimant du second style au moment du passage de l’astre ou au moment où le phénomène dont il veut constater l’époque se produit. Ce système a été imaginé par M. Liais en 1853.
- Appareils de M. Deschiens. — Les appareils présentés par M. Deschiens ne sont pas tant des appareils nouveaux dans leur principe que des appareils très-perfectionnés dans leurs dispositions, et surtout dans leur construction.
- Ce que M. Deschiens a cherché surtout à obtenir, c’est, en perfectionnant les moyens de fabrication, de permettre à l’industrie des instruments de précision de lutter, aussi avantageusement que possible, contre la concurrence étrangère, et particulièrement contre celle de la Suisse, où le prix de la main-d’œuvre est de beaucoup inférieur au nôtre.
- C’est dans cet ordre d’idées que M. Deschiens a cherché à substituer aux
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- opérations lentes et ruineuses de la lime celles des machines à fraiser, et à remplacer la gravure au burin, qui joue un si grand rôle dans les appareils de précision, par un procédé mécanique. Grâce à son système, M. Deschiens est parvenu à graver avec une économie de 70 à 80 pour 100, non-seulement les cadrans des télégraphes, mais aussi ceux des chronomètres de marine, manomètres, baromètres, etc., et cela avec une perfection et une régularité difficiles, sinon impossibles, à obtenir avec la gravure à la main.
- La machine qu’il vous a présentée et à laquelle il a donné le nom de poinçonneuse est de la plus grande simplicité et peut être manœuvrée par un seul homme. C’est une sorte de plate-forme en fonte, sur laquelle est appliqué le cadran qu’il s’agit de graver, et qui doit être en laiton un peu dur. Celui-ci est fixé sur le pivot de cette plate-forme par le trou que doit traverser l’axe de la manette, et porte sur sa circonférence les coches dans lesquelles doit s’abattre cette manette, coches qui doivent exister devant chaque lettre. Ces coches sont fendues à la plate-forme comme une roue ordinaire, et ce sont elles qui servent à fixer le cadran en position convenable sur la poinçonneuse pour recevoir l’empreinte des différentes lettres, lettres qui se trouvent, de cette manière, exactement espacées.
- La poinçonneuse elle-même consiste dans une sorte de chariot que l’on peut faire avancer dans deux sens rectangulaires au moyen de vis de rappel, et qui porte à son extrémité deux ouvertures pour l’introduction des poinçons de diverses grandeurs qui doivent fournir les grandes lettres et les chiffres ou autres signaux de convention.
- On peut, par conséquent, poinçonner, avec cet appareil, de grands comme de petits cadrans, et varier la position et la forme des lettres suivant le genre d’application qu’on veut faire de ces cadrans. Il suffit, d’ailleurs, d’un coup de marteau plus ou moins vigoureusement appliqué, suivant la complication plus ou moins grande de la lettre, pour former une empreinte, et, après chaque lettre, un encliquetage engagé dans les coches du cadran permet de le faire tourner de la distance voulue pour une nouvelle empreinte.
- Quand le cadran se trouve ainsi gravé, il suffit de quelques coups de lime pour le planir et abattre les rébarbes fournies par le refoulement de la matière; les lettres apparaissent alors avec une netteté tellement parfaite, qu’au premier abord on ne pourrait croire qu’elles ont été produites par un moyen si simple. Ce qui a étonné le pïus la Commission, c’est que le refoulement du métal ne produit pas de reliefs bien sensibles; mais il faut, pour cela,
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- et c’est une des conditions de réussite du procédé, que le cuivre soit un peu dur.
- Quant aux traits circulaires, ils se font sur le tour en l’air, et les traits droits, suivant le rayon du cercle, à l’aide de deux poinçons mobiles sur un second chariot que l’on substitue au premier et qui porte une double rainure et un écrou mobile.
- Comme le chariot de la poinçonneuse est mobile dans deux sens rectangulaires, on peut, en déplaçant ce chariot normalement au rayon du cadran, poinçonner en ligne droite des noms ou des indications entières, qui peuvent même être étagés sur des lignes différentes.
- Les excellents résultats qu’il avait obtenus avec cette machine ont engagé M. Deschiens à étendre l’application du principe sur lequel elle avait été fondée à la gravure des chiffres des compteurs totaliseurs du système Taylor, qu’il construit et dont l’emploi tend à se généraliser de plus en plus. Avec une molette d’acier gravée, il parvient à obtenir sur un tour, en moins de deux minutes, la gravure de dix chiffres de 8 millimètres de hauteur et d’un six-dixième de millimètre de profondeur, sur la circonférence d’une roue en bronze de 40 millimètres de diamètre.
- Quant aux autres appareils que M. Deschiens vous a présentés, la Commission a remarqué surtout son système de télégraphe à cadran, dans lequel le réglage de l’action électro-magnétique est effectué d’une manière double (par la tension du ressort antagoniste, et par la distance plus ou moins grande de l’armature aux noyaux magnétiques), à l’aide d’un double bouton placé en avant de l’appareil au-dessous du cadran. Ce bouton correspond à un axe creux qui enveloppe un axe plein : le premier est muni d’une rainure en hélice dans laquelle s’engage un écrou mobile adapté au ressort antagoniste de l’armature; l’autre, terminé par une vis et que l’on manœuvre extérieurement à l’aide d’une clef que l’on introduit au centre du bouton, fait mouvoir le fer de l’électro-aimant et la plate-forme sur laquelle il est monté. Cette disposition est très-commode dans la pratique. Nous en dirons autant du système à tendeur rapide que M. Deschiens a adapté aux télégraphes Morse qu’il construit, et qui est renfermé dans une petite colonne graduée placée à la partie supérieure de l’appareil. Une vis qui surmonte cette colonne et que l’on tourne dans un sens ou dans l’autre permet un réglage facile de l’appareil dans des conditions déterminées.
- Enfin, pour terminer avec les appareils de M. Deschiens, nous signalerons encore un modèle de compteur de poche dit vélocimètre, qui, avec des di-
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- mensions extrêmement petites, permet d’enregistrer des vitesses que l’on n’avait pu, jusque-là, obtenir sans échauffement sensible, soit 10000 révolutions à la minute.
- Ce résultat était, depuis longtemps, désiré par plusieurs industries, notamment par les filatures, pour se rendre compte de la vitesse des broches. Cet appareil, admirablement construit par M. Deschiens, est nickelisé et est disposé de manière à s’adapter aux axes creux comme aux axes pleins des moteurs.
- En raison de tous les perfectionnements apportés par M. Deschiens à la construction des appareils de précision et de l’importance des résultats qu’il a obtenus, tant pour les appareils qu’il a construits pour les autres que pour les siens propres, la Commission vous prie, Messieurs, de donner acte à cet ingénieux constructeur de l’intérêt que vous prenez à ses travaux, en le remerciant de son intéressante communication, et en ordonnant l’insertion du présent rapport au Bulletin, avec les plans et dessins des principaux appareils décrits dans ce rapport. Elle vous prie également, Messieurs, quoique M. Liais n’ait pas présenté lui-même ses appareils à la Société, de lui exprimer tout l’intérêt et toute la sympathie que ses nombreux et remarquables travaux vous ont inspirés depuis longtemps.
- Approuvé en séance, le 10 juillet 1874.
- Signé Th. du Moncel, rapporteur.
- DESCRIPTION DES APPAREILS DE M. LIAIS, CONSTRUITS PAR M. DESCHIENS (pl. 29).
- Régulateur électro-chronométrique.
- Fig. 1. Élévation de l’appareil et de la cage en verre dans laquelle il est renfermé.
- AB, pendule battant la demi-seconde et compensé contre les variations de température. Bien que cette compensation puisse être réalisée d’une manière quelconque, M. Liais a préféré celle à mercure ; elle pourrait, à la rigueur, être supprimée dans le cas où l’appareil serait destiné à être placé dans la couche terrestre qui possède une température invariable 5 mais il y a avantage à s’en servir, car cette prétendue invariabilité n’est pas absolue, et elle accuse de temps en temps des traces de changement.
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- Il est encore un autre détail de construction qui, sans être rigoureusement nécessaire, n’en a pas moins été adopté par M. Liais; c’est celui qui a trait à la monture ou cadre de l’instrument, qu’il a tenu à faire en métal et surtout en métal de même nature que celui de la tige du pendule, de telle sorte que les dilatations produites par les variations de température aient une action uniforme sur toutes les pièces du mécanisme, et que par conséquent leur écartement et leur rapprochement soient toujours proportionnels.
- C, suspension à ressort du pendule; ce sont deux petites lames verticales placées parallèlement dans un même plan perpendiculaire à celui de la figure 1.
- D, petite pointe prismatique en pierre dure adaptée à l’extrémité inférieure du pendule, et ayant pour fonction d’agir sur l’échappement libre.
- E, vis à tête moletée, servant à allonger ou à raccourcir la pointe D, pour faciliter le réglage.
- F G, levier coudé, constituant l’échappement libre et fixé par son coude à un axe autour duquel il peut osciller dans le plan vertical.
- H, colonne verticale supportant l’axe de rotation du levier F G.
- I, petite tige à contre-poids sphérique faisant corps avec le levier F G, près de son axe de rotation, et tendant à relever ce levier lorsque la pointe D du pendule l’a abaissé de droite à gauche dans le sens de la figure 1.
- J, couteau porté par l’extrémité F du levier F G, et pouvant osciller autour de son point d’attache. C’est sur ce couteau qu’agit à chaque oscillation la pointe D du pendule, pour faire basculer le levier F G, et, à cet effet, l’extrémité supérieure du couteau J présente à l’action de la pointe D un plan incliné, tandis que son extrémité inférieure, qui est plus lourde, vient appuyer contre une vis-buttoir. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le pendule bat dans un sens (de droite à gauche, d’après la disposition de la figure 1), la pointe D, rencontrant le couteau J, fait basculer le levier coudé F G, tandis que, lorsqu’il revient en sens contraire (de gauche à droite), il ne fait qu’imprimer, en passant, une oscillation au couteau J, dont l’extrémité inférieure se relève un instant pour retomber aussitôt, entraînée par son poids contre la vis-buttoir destinée à régler sa course angulaire; par conséquent, dans ce second mouvement, le levier coudé F G, quia été ramené immédiatement en place par la tige à contre-poids I, reste entièrement immobile pendant le soulèvement du couteau J.
- K, pièce de forme trapézoïdale, portée par l’extrémité inférieure de la tige du pendule et placée au-dessus de la vis E; c’est par cette pièce que le pendule reçoit l’impulsion du grand levier moteur.
- L M, grand levier moteur à deux branches, dont la supérieure L agit par son extrémité relevée sur la pièce K du pendule ; cette extrémité est en pierre dure comme la face de la pièce K sur laquelle elle agit.
- N, potence portant l’axe d’oscillation du grand levier L M.
- O, contre-poids tendant constamment à soulever le grand levier moteur.
- Tome II. — 74e année. 3e série. — Juillet 1875. 44
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- La branche inférieure M de ce grand levier porte, vers son extrémité, une vis-but-toir parallèle à sa direction, et destinée à- régler la course angulaire du levier coudé FG; en outre, elle est munie d’un trou rectangulaire dans lequel s’engage librement la queue G du levier F G, si bien que, lorsque ce dernier est au repos, il en-clanche par sa branche inférieure le grand levier L M, sur lequel le contre-poids 0 est alors sans action.
- Cela posé, on voit que, lorsque le pendule, en oscillant de droite à gauche, rencontre le couteau J et imprime une oscillation au levier coudé F G, la queue G de ce levier sort du trou dans lequel elle est engagée, et par suite, la branche M du grand levier moteur se trouvant déclanchée, ce grand levier obéit à l’action du contrepoids 0; alors sa branche L, se relevant, agit contre le plan incliné de la pièce K du pendule et pousse ce dernier dans le sens de son mouvement, en lui restituant un excès de vitesse au moment de son passage par la verticale. Pendant son retour à la position initiale, la tige du pendule ne risque pas de toucher l’extrémité de la branche L du grand levier, car cette extrémité passe dans le vide qui sépare les deux pièces formant chape entre lesquelles est montée la vis* de manœuvre E de la pointe D.
- Voyons maintenant comment les choses sont remises dans l’état primitif pour l’oscillation suivante du pendule.
- PQR, balancier à contre-poids sphérique, fixé en haut d’une colonne parallèle à la colonne H, en un point autour duquel il peut osciller ; l’extrémité opposée à celle du contre-poids de ce balancier porte une vis de contact, et est en communication avec l’un des pôles de la pile.
- S S', petits bras de manœuvre du balancier P Q R, faisant corps avec lui et placés en croix au point même où est situé son axe d’oscillation.
- T, vase en verre contenant du mercure, mis en communication avec l’autre pôle de la pile et isolé électriquement du reste de l’appareil.
- T', cuvette contenant également du mercure et au fond de laquelle est un support en caoutchouc durci qui porte le vase T, ainsi qu’une cloche recouvrant ce vase; cette cloche est remplie, soit d’hydrogène, soit d’alcool ou d’éther.
- U, électro-aimant vu de profil et, par conséquent, ne montrant sur la figurequ’une de ses bobines.
- V, armature de fer doux, avec son ressort antagoniste placé à droite, qui tend à la maintenir relevée.
- W, vis-buttoir portée par la branche M du grand levier moteur, et venant butter contre l’extrémité antérieure de l’armature V.
- X, grande vis-buttoir placée au-dessus de la cloche qui recouvre le vase T, et destinée à régler l’angle d’oscillation du balancier PQR.
- A l’extrémité antérieure de la branche M du grand levier moteur se trouve une autre vis-buttoir perpendiculaire à cette branche ; cette vis est réglée de manière à
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- venir butter contre le bras supérieur S du balancier PQR aussitôt que la branche L du grand levier moteur a imprimé au pendule son impulsion. Le balancier bascule donc, et, par suite, sa vis de contact venant plonger dans le vase à mercure T, le circuit électrique est établi, et instantanément l’armature V de l’électro-aimant, étant attirée, agit en s’abaissant sur la vis W du grand levier moteur L M, qu’elle ramène en place ; c’est à ce moment que le levier coudé F G revient lui-même à sa position initiale, de telle sorte que la branche M se trouve enclanchée de «nouveau. Le mouvement de bascule du balancier PQR étant, comme on le voit, instantanément suivi du retour en place du grand levier L M, ce balancier revient lui-même aussitôt à sa position initiale en vertu de l’action de son contre-poids, et dès lors sa vis de contact cessant de plonger dans le mercure, le courant électrique se trouve interrompu jusqu’au moment de l’oscillation suivante du pendule, où tous les phénomènes mécaniques que nous venons de décrire se reproduisent de nouveau.
- On voit, par ce qui précède, comment le mouvement du pendule se trouve entretenu par une force constante agissant à chaque double oscillation, et comment aussi, à chaque double oscillation, le courant électrique est établi.
- Nous ne décrivons pas les vases cylindriques à mercure du pendule qui • constituent la compensation, et dont la position sur la tige se règle au moyen de la vis B ; la fig. 1 en indique suffisamment les dispositions.
- Le balancier PQR doit, pour bien fouctionner, réaliser cette condition importante d’avoir une grande masse par rapport à la force qui sollicite son extrémité P à descendre. Cette condition est satisfaite par l’emploi des deux sphères placées de chaque côté de l’axe de suspension, disposition qui a pour but de donner au mouvement du balancier la lenteur voulue pour que le courant électrique ait la durée nécessaire. La masse du balancier doit donc être réglée en conséquence. Le plongement de la vis de contact dans le mercure et, par suite, la durée de la fermeture du circuit électrique peuvent donc toujours, par l’accroissement de la masse du balancier, être prolongés pendant la fraction de seconde nécessaire pour que l’armature V ait le temps de s’abaisser totalement avec sûreté.
- Pour empêcher l’altération de la pointe ou vis de contact du balancier PQR, qui établit le circuit électrique, les dispositions suivantes ont été prises :
- Sur le petit bras inférieur S' du balancier PQR, est vissée une lame de ressort en platine «, qui touche une vis horizontale b, montée sur le plateau de la colonne H, dès que la vis de contact du balancier PQR sort du mercure du vase T, ou même immédiatement avant ; cette lame continue à toucher la vis b tout le temps que la pointe de la vis de contact est hors du mercure.
- La vis Æ, isolée électriquement du reste de l’appareil à l’aide d’un corps isolant (caoutchouc durci), est en communication avec l’une des extrémités du fil de l’électro-aimant U, tandis que l’autre extrémité du même fil est en rapport avec le balancier PQR par l’intermédiaire du fil de l’électro-aimant du compteur (appareil qui sera
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- expliqué plus loin) ou d’un relais, dans le cas où le compteur marche au moyen d’un courant indépendant.
- Les communications avec la pile sont donc établies de la manière suivante :
- La vis b, comme l’indique en ponctué lafîg. 1, communique avec la borne c isolée du support de l’appareil, et cette borne, en relation avec l’un des pôles de la pile, reçoit en même temps l’une des extrémités du fil de l’électro-aimant U. Le courant, après avoir passé par cet électro-aimant ainsi que par l’électro-aimant du compteur ou d’un relais, arrive au balancier PQR, tandis que le second pôle de la pile, ainsi qu’il a été dit plus haut, est en communication avec le mercure du vase T, lequel est isolé électriquement du mercure de la cuvette T'. Il suit de là que,
- 1° Il n’y a pas de circuit fermé tant que la vis de contact du balancier P Q R ne touche pas le mercure de la cuvette T.
- 2° Tant que la lame de ressort a touche la vis b, il ne peut passer par le fil des électro-aimants qu’une dérivation insensible du courant, quand même la vis de contact du balancier PQR toucherait le mercure, car, dans ce cas, la majeure partie du courant électrique passe par le chemin bien plus court de la borne c à la vis b, le ressort a et le balancier.
- 3° Le mouvement de bascule de droite à gauche du balancier PQR continuant à se produire, il arrive un moment où la lame de ressort a cesse de toucher la vis b, en même temps que la vis de contact du balancier plonge plus profondément dans le mercure ; c’est à ce moment que le courant passe alors en entier par le fil des électroaimants.
- 4° Enfin, au moment où le balancier bascule en sens contraire pour revenir à sa position initiale, la lame a revient toucher la vis b et reçoit instantanément le courant d’induction provenant des électro-aimants, lequel trouve par les organes a et b un trajet plus court et moins résistant que celui qui, si ces organes n’existaient pas, se produirait par la pile, le vase T et la vis de contact du balancier P Q R au moment où celle dernière sort du mercure. Or, si le courant d’induction suivait ce dernier trajet, il aurait infailliblement pour effet d’altérer peu à peu, par transport de matière, la vis de contact du balancier PQR, inconvénient auquel remédie la disposition réalisée par les organes a et à; cette vis est, d’ailleurs, en acier, métal qui ne s’amalgame pas facilement avec le mercure sous l’action électrique, comme le fait le platine.
- Sur la figure 1, on a représenté en section verticale, afin d’en faire comprendre les dispositions, le vase T, la cuvette T', la cloche, ainsi que le support du vase et de la cloche. On voit que, pour la facilité de la manœuvre du balancier PQR, le support du vase T est muni d’une échancrure par laquelle ce balancier pénètre sous la cloche ; en outre, afin de diminuer les frottements produits par les oscillations dans le liquide, toute la partie coudée en u du balancier est faite en caoutchouc durci.
- Système accélérateur de la marche du pendule. — d, lame de ressort fixée, à sa partie supérieure, à la monture de l’appareil.
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- e f, levier attaché au bas de la lame de ressort d, en un point autour duquel il peut tourner ; l’extrémité e de ce levier est plus lourde que l’extrémité f, et est coudée en forme d’échancrure.
- g, cheville saillante placée sur la tige AB du pendule, et servant à accrocher le levier ef par son échancrure.
- h, tringle de commande du levier e/, glissant dans une gaine et traversant le cadre supérieur de la monture de l’appareil ; l’extrémité supérieure de cette tringle est recourbée à angle droit.
- i, pilier d’arrêt servant à accrocher la tringle h lorsqu’elle est tirée de bas en haut.
- Dans la position indiquée sur la figure 1, qui est l’état normal de marche du pendule, la tringle h pesant sur l’extrémité de droite du levier ef, celui-ci reste soulevé ; mais si, tirant la tringle h et la tournant de 180 degrés sur elle-même, on l’accroche au pilier/, le levier ef devient libre, et son extrémité coudée tombant sur la cheville^, il participe immédiatement au mouvement d’oscillation du pendule, qui exerce alors alternativemeut à gauche et à droite une tension sur la lame de ressort d.
- Dans ces conditions, on voit que le ressort agit comme une force accélératrice, s’ajoutant à la pesanteur et tendant à ramener sans cesse le pendule à la verticale, et, par conséquent, le forçant à battre plus vite. On règle la force de ce ressort suivant l’accélération qu’on veut obtenir. Supposons, par exemple, que le système de réglage soit établi pour réaliser une seconde d’avance en 100 secondes, il suffira, si le pendule a w/100 de seconde de retard dans sa marche, de mettre en prise le levier e f pendant n secondes pour obtenir la remise à l’heure précise.
- Système retardateur de la marche du pendule. — /, petit pendule renversé, c’est-à-dire ayant sa lentille disposée au-dessus de son axe d’oscillation et en dehors de la cage de l’appareil.
- k, axe d’oscillation du pendule/ ; il est placé vers le milieu de la longueur de la tige, qui oscille dans une fente longitudinale ménagée dans le cadre supérieur de la monture.
- Im, levier analogue au levier ef du système accélérateur ci-dessus décrit; il est supporté librement par une chape fixée à l’extrémité inférieure de la tige du petit pendule/, et passe derrière la tige AB du grand pendule où, par son extrémité /, en forme de coude, il peut s’accrocher à la cheville g du système accélérateur prolongée de l’autre côté. L’extrémité m dudit levier, disposée en forme d’échancrure à biseaux, reçoit la pointe d’un crochet porté par l’extrémité inférieure d’une tringle n.
- n, tringle de manœuvre du levier lm \ eiîe est analogue à la tringle h du système accélérateur, glisse comme elle dans une gaine et peut s’accrocher pareillement à un pilier disposé symétriquement an pilier t.
- Il suit de là que, lorsqu’on accroche la tringle n à son pilier, le levier Im tombe en prise et, par conséquent, le petit pendule retardateur / entre en mouvement; mais,
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- tant que la tringle n n’est pas accrochée, le mouvement du grand pendule AB reste entièrement libre.
- On règle la hauteur de la lentille du petit pendule suivant le retard qu’on veut produire. Supposons qu’il s’agisse d’une seconde de retard sur 100, si le régulateur est en avance de nf 100 de seconde, il suffira de mettre le système retardateur en prise pendant n secondes, pour que le pendule régulateur revienne à l’heure précise.
- Le régulateur électro-chronométrique que nous venons de décrire avec ses deux sys-tèmes accélérateur et retardateur de la marche du pendule est celui qui a été conçu par M. Liais: mais à l’exécution, différentes modifications Ont dû être introduites dans les détails, en sorte que nous croyons utile de donner ci-dessous (fig. I), dans une vue
- Fig. I. Régulateur électro-chronométrique.
- perspective à une plus petite échelle, l’appareil, tel qu’il est sorti des ateliers de M. Deschiens.
- C’est cet appareil qui est aujourd’hui installé à l’observatoire de Rio-de-Janeiro.
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- Compteur électro-chronométrique.
- La figure II, ci-dessous, représente en perspective le compteur électro-chronométrique,
- et la figure 2 de la planche 29 en montre, à une plus grande échelle, une élévation de face, le cadran étant enlevé et la platine étant retournée pour laisser voir le jeu de l’échappement.
- oo(fig. 2,pl. 29), platine portant les principaux organes.
- />/)', pendule dont la lentille/)' est une armature de fer doux.
- q, électro-aimant fixé par une équerre à la platine oo; l’armature /)' du pendule vient, à la limite de son oscillation, appliquer l’une de ses faces, convenablement taillée, contre les deux bobines de cet électroaimant, qui est placé dans le circuit de l’horloge.
- r, roue à rochet conduisant la minuterie et tournant de gauche à droite; elle doit avoir 60 dents si le pendule bat la demi-seconde.
- cliquet-sautoir retenant la roue à rochet r, et ne lui permettant le mouvement que dans un sens.
- tt't" t"', levier à double équerre ayant son axe de rotation en t' ; il porte perpendiculairement à l’extrémité supérieure t de son grand bras, une cheville contre laquelle la tige du pendule vient battre à chaque oscillation de droite à gauche, w, ressort de rappel du levier 11't" t"'.
- v, vis-buttoir servant à régler l’amplitude d’oscillation du levier ttr t'". wf lame de ressort fixée à l’extrémité du petit bras supérieur t'” du levier; légèrement bandée avec course limitée par une petite goupille, elle est disposée de telle sorte que son extrémité libre vienne rencontrer l’une des dents supérieures de la roue à rochet qui précèdent celle qui est située sur le diamètre vertical.
- Il résulte de là que, au moment où le pendule entraîne dans son oscillation de droite à gauche le levier 11'r t'", celui-ci bascule, ainsique la lame w; mais, au moment où le
- Fig. II. Compteur électro-chronométrique.
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- pendule revient de gauche à droite, cette lame, reprenant sa position horizontale, vient choquer une dent de la roue à rochet et pousse celte roue dans le sens de la flèche, en forçant le cliquet s à se relever; à ce moment, le pendule abandonne la cheville du grand bras 11' du levier pour terminer sa course de gauche à droite, en même temps que le cliquet s retombe en prise.
- On voit, par là, comment chaque double oscillation du pendule produit l’échappement d’une dent de la roue à rochet sans l’intervention de l’électricité ; celle-ci n’exerce son action que pour entretenir le mouvement du pendule, et cette action se produit avant que l’échappement ait lieu. Si donc le pendule bat la demi-seconde, la roue à rochet laissera échapper une dent par seconde, et si, sur l’axe de cette roue prolongée est calé un pignon conduisant une minuterie et une aiguille à seconde marchant sur un cadran (ainsi qu’on le voit plus haut fig. II), on comprend que ce cadran indiquera les secondes, les minutes et les heures, car le pendule du compteur, sous l’action de son électro-aimant, battra synchroniquement avec l’armature de l’électro-aimant du régulateur précédemment décrit.
- Chronographe électrique.
- La figure III, ci-dessous, donne une vue perspective du chronographe électrique.
- Fig. III. Chronographe électrique.
- Nous ne pouvons décrire cet appareil en détail, parce que, depuis longtemps, il a
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- été emporté à Rio-de-Janeiro par M. Liais, et, comme il n’a pas été l’objet d’un brevet, nous n’avons aucun dessin détaillé à notre disposition (1). (M.)
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- Rapport fait par M. Alcan, au nom du comité des arts mécaniques, sur les * procédés appliqués à la farrication des châles et des étoffes d’ameublement, par MM. Tresca, Thorel et Ratieuville, 12, place des Victoires, à Paris.
- L’origine de la fabrication des châles en France date du commencement de ce siècle; depuis, la spécialité n’a cessé d’être l’objet de recherches et de perfectionnements dans le but d’arriver à l’imitation du tissu indien. Au début, on s’est tout d’abord préoccupé de la nature des matières mises en œuvre par les Orientaux. On connaît les efforts et les sacrifices faits par MM. Ternaux et Jaubert pour se procurer les précieux filaments de cachemire, et le célèbre voyage de l’un d’eux, M. Jaubert, en Orient, pour en ramener les chèvres fournissant le textile, et les acclimater chez nous. Celte tentative n’eut qu’un demi-succès ; l’acclimatation échoua, mais Ternaux sut faire filer et tisser dans ses établissements le châle qui porte encore son nom ou celui de châle français. Malgré le succès commercial de cet article, il ne pouvait en rien supporter la comparaison avec celui qu’on voulait imiter. En présence de cet échec relatif, on s’ingénia à créer des châles d’un genre nouveau, tout à fait différents des produits indiens; on imagina, à cet effet, des fonds unis, parsemés de bouquets et de fleurs isolés. M. Rey, un important fabricant, fut le créateur de cet article, qui eut pendant des années une vogue considérable. Il n’en fut pas de même du spoulinage à la main, tenté, à l’instar du travail oriental, par plusieurs fabricants, entre autres par M. Déneirouse, dont l’essai n’eut pas d’application pratique, les moyens dont nous pouvons disposer dans cette direction étant trop onéreux. Pendant qu’on se livrait à ces recherches, on se familiarisait en même temps de plus en plus avec les ressources qu’offrait le métier Jacquart au tissage des façonnés en général, et l’on commençait à se rendre compte des avantages
- (1) Quant aux appareils de M. Deschiens, dont il est question dans le rapport, l’un d’eux, dit compteur-vélocimètre de poche, sera prochainement publié.
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- qu’un système aussi compliqué que celui des châles pourrait en tirer. On s’ingénia pour modifier et simplifier les moyens de la partie connue sous le nom de montage du métier, afin d’en étendre les effets, tout en amoindrissant les dépenses qu’entraînait cette opération préparatoire.
- MM. Eck, Hébert père, Gaussen oncle, Bosche, Duché, etc., prirent une part plus ou moins grande aux perfectionnements auxquels nous faisons allusion et qui eurent une influence marquée non-seulement sur la spécialité des châles, mais encore sur le tissage de divers façonnés. L’idée du spoulinage des Orientaux par des mécanismes automatiques fut à son tour reprise. Nous citerons entre autres les tentatives de MM. Voisin, Hébert fils, Favart, etc., les efforts de ce dernier continuent, si nous sommes bien informé. Nous nous bornons à cette nomenclature, nos bulletins contenant des mentions, des notices et des rapports détaillés sur les principales étapes de ces progrès. Plusieurs de leurs auteurs sont des lauréats de la Société. Cependant, malgré les travaux de tant d’années, le problème était loin d’être résolu. Les plus beaux châles français, dont le prix atteint parfois 1 000 francs, présentent des caractères qui diffèrent essentiellement des produits de l’Inde du même prix. Les nôtres sont une étoffe façonnée, ne laissant rien à désirer sous le rapport de l’exécution, eu égard au nombre restreint d’éléments que nous impose notre système de fabrication, mais avec le mode de tissage dont nous disposons, le maximum de couleurs qu’on peut employer sans trop compliquer les moyens dépasse rarement sept, ce qui limite la fusion des tons. De plus, les fils des différentes couleurs sont tissés par des armures uniformes d’étendue égale, de là un effet de lumière identique sur toutes les brides colorées, et une absence de relief provenant de l’emploi de fils simples dont la surface est aplatie et glacée par les apprêts en usage jusqu’ici. Le produit exotique exécuté par le procédé dit crochetage avec des fils ronds et un nombre de tons infinis présente, au contraire, la vivacité, l’harmonie, la douceur des nuances et le grain spécial qui font défaut aux nôtres.
- MM. Tresca, Thorel et Ratieuville ont, par des recherches dans une nouvelle direction, tenté de donner à nos produits indigènes, sinon les caractères et la constitution intime des châles de l’Inde, du moins leur apparence assez complète pour qu’il soit malaisé de se prononcer sur leur origine si on ne les examine de très-près ou à l’envers. On ne peut donc, lorsque le châle est porté, constater son infériorité relative, compensée, d’ailleurs, par son bas prix. L’article français, tel que les inventeurs sont parvenus à l’établir, coûte environ dix fois moins que son concurrent de l’Inde. Cet avantage est fort
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- apprécié par le commerce. Nous devons résumer l’ensemble des moyens par lesquels MM. Tresca, Thorel et Ratieuville obtiennent ces résultats. Ils consistent : 1° dans la modification de la mise en carte usitée jusqu’ici pour le châle : au lieu d’un papier quadrillé spécial dit briqueté, les inventeurs emploient le papier ordinaire à carreaux dit papier libre ;
- 2° Dans la combinaison et le système varié des entrelacements ou armures que permet le papier libre ;
- 3° Dans un mode particulier de liage qui facilite les raccordements uniformes et réguliers des divers modes d’entrelacement;
- 4° Dans le genre des fils de trame employés pour produire les effets coloriés ;
- 5° Dans un nouveau système d’apprêts propre à compléter l’ensemble des caractères recherchés.
- Avant d’analyser les conséquences de ces modifications, rappelons succinctement le mode actuel d’opérer dans la fabrication des châles.
- Le papier briqueté ou tout autre système analogue imaginé pour économiser les frais de montage en réduisant les nombreux éléments d’un métier à faire le façonné a pour résultat forcé l’uniformité des entrelacements, ils sont absolument les mêmes sur toute la surface. Quelle que soit l’armure adoptée, que ce soit celle dite lisse, sergé, batavia, etc., on ne pourra, du premier au dernier coup de trame, employer que l’une de ces armures; le module des hachures, qui détermine le grain, ne changera pas. Les petites brides ainsi formées ont, par conséquent, toutes, la même étendue pour une même finesse de fil, et l’aspect est identique pour les enchevêtrements d’une même couleur; de là des effets de nuances proportionnés seulement au nombre de couleurs employées. Afin d’obtenir a\ec ces mêmes nuances un nombre de tons bien plus considérable, les fabricants inventeurs des nouveaux procédés combinent des armures variées, de manière à ce que les entrelacements soient formés d’une suite non interrompue de longueurs variant sur l’étendue de 2 à 5 fils, par exemple ; il est évident que la plus longue, celle de 5 fils, offrira à l’œil un ton plus foncé que celle embrassant un nombre moindre de fils; la modification des tons se reproduit alors en raison de l’étendue de ces brides et de l’influence des couleurs différentes des fils qui les avoisinent, par suite du phénomène du contraste simultané des couleurs, si bien mis en évidence par M. Chevreul. Quoi qu’il en soit, c’est en appliquant les armures à petites brides aux effets dits lisérés et les plus grandes au fond et autres parties étendues, qu’on parvient à tirer
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- des fils d’une seulè et même couleur autant de tons qu’on a employé d’armures différentes. On peut ainsi, avec les sept couleurs en usage d’ordinaire dans les châles français, produire 21 tons au lieu de 7, si l’on emploie trois armures distinctes. De là un nombre d’éléments qui donne la possibilité d'arriver à un ensemble particulièrement bien fondu et doux d’aspect.
- Afin d’éviter l’assemblage imparfait des diverses armures et pour que le tissu ne présente pas des épaisseurs différentes, MM. Tresca et comp. emploient deux chaînes, l’une spécialement destinée aux liages, l’autre pour former, comme à l’ordinaire, le façonné. Pour arriver au relief ou grain, à l’apparence et au toucher des châles indiens, les inventeurs ont eu recours à deux moyens nouveaux. Ils substituent aux fils simples, fins, d’une torsion à peine appréciable et facilement aplatis, un fil double ou triple, formé, par conséquent, du retordage de 2 à 3 fils simples; pour accentuer encore l’aspect grainu, résultant de l’entrelacement de ces fils retors et réaliser le toucher du tissu oriental, ils ont modifié les apprêts. Au lieu du traitement par l’action énergique de la presse hydraulique appliquée actuellement aux châles, MM. Tresca, Thorel et Ratieuville y ont substitué une espèce de gaufrage. Le châle est placé, l’envers en dessus, entre deux toiles, l’une sèche et l’autre imprégnée d’un liquide particulier; la toile est disposée directement sur une table en fonte polie, chauffée à l’intérieur ; la toile humide reçoit, par un cylindre métallique également chauffé, une pression de roulement; ce cylindre fait pénétrer l’humidité dans le châle par son envers. C’est par cet ensemble de moyens, indiqués seulement en principe ici, que les inventeurs sont arrivés aux produits dont vous avez les échantillons sous les yeux et dont les prix varient, suivant les qualités, de 60 à 150 francs. Ces conditions avantageuses pourront avoir une influence sérieuse sur la reprise de l’industrie des châles que la mode ne favorise pas en ce moment, de même que cette combinaison ingénieuse et rationnelle des procédés du tissage trouvera, sans doute, des applications dans le travail de certains façonnés et, en particulier, dans celui des étoffes d’ameublement. Il résulte de ce qui précède que MM. Tresca, Thdrel et Ratieuville ont doté l’industrie de ressources nouvelles d’autant plus remarquables qu’on supposait avoir épuisé dans cette direction tous les moyens techniques.
- Nous avons, en conséquence, l’honneur de vous proposer, Messieurs, de remercier MM. Tresca, Thorel et Ratieuville de leur très-intéressante communication et d’associer à leur nom, sur leur demande, celui de M. Cauchefert, leur contre-maître, qui leur a prêté dans leurs recherches un concours
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- intelligent et dévoué, et enfin l’insertion, au Bulletin, du présent rapport.
- Signé Michel Alcan, rapporteur.
- Approuvé en séance, le mars 1875.
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- Rapport fait par M. Haton de la Goupillière, au nom du comité des arts mécaniques, sur le Rapporteur présenté par M. Tararant , à la Machine (Nièvre).
- Messieurs, dans les levers topographiques, certaines méthodes, telles que l’emploi de la planchette, fournissent, pendant l’opération même, au moins à l’état d’ébauche, le tracé du plan que l’on s’est proposé d’obtenir. Avec d’autres, au contraire, on ne rapporte du terrain qu’un registre renfermant des éléments linéaires et angulaires. Il est ensuite nécessaire que le géomètre les mette en œuvre, une fois rentré au bureau, pour faire apparaître l’image réduite des polygones qui avaient été réalisés sur place. Cette seconde partie des opérations est celle qui a, jusqu’ici, le moins attiré l’attention des inventeurs; c’est à elle que se rapporte le nouvel appareil soumis à l’examen de la Société d’encouragement par M. Tabarant, géomètre principal des mines de Decize.
- Supposons, pour fixer les idées, qu’il s’agisse d’un plan de .mines, levé à la boussole suspendue ; on aura enregistré les longueurs des côtés du polygone formé par le cordeau dans le réseau de galeries, leur inclinaison sur l’horizon et l’angle que la projection de chacun d’eux fait avec la direction du Nord magnétique. Le rapport, sur le papier, des longueurs et des inclinaisons est ici hors de la question. Pour les angles réduits à l’horizon, on peut employer, soit le rapporteur ordinaire en cuivre, soit la boussole elle-même dégagée de sa suspension à la Cardan et placée au milieu d’un rectangle métallique, dont les côtés sont parallèles à sa ligne de foi.
- Si l’on veut employer un rapporteur à reproduire directement des azimuts, il faudra, à chaque point du papier qui représente une station, tracer la direction du Nord, opération pleine d’inconvénients. Si on ne l’emploie, au contraire, qu’à rapporter les angles du polygone, il faudra préalablement les calculer ; de plus, on répercutera indéfiniment les effets d’une erreur une
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- fois commise dans le tracé; enfin on éprouvera, pour le maniement de l’instrument, la difficulté de faire coïncider simultanément un de ses points avec un point du papier et une ligne avec une ligne.
- Si l’on se sert, au contraire, de la boussole, on évite le calcul des angles du polygone et le tracé de la méridienne en chaque point; mais on s’expose aux erreurs dues au voisinage d’objets en fer, sorte d’esclavage particulièrement gênant au milieu d’ateliers. Il est, enfin, impossible de rapporter la direction, à une minute près, si le lever, supposé effectué à l’aide d’instruments à vernier, tels que le théodolite ou d’autres, a pu fournir ce degré d’approximation.
- M. Tabarant s’est proposé de remédier à ces divers inconvénients et d’introduire, en outre, deux avantages nouveaux. Son appareil, ainsi que l’indique la figure ci-dessous, se compose de deux instruments distincts : le
- rapporteur-Tabarant proprement dit, et un grand parallélogramme articulé.
- On fixe invariablement un des côtés de ce dernier sur une ligne du papier, en lui superposant un lourd morceau de plomb. Le second côté restant, dans toutes ses positions, parallèle au premier, on a ainsi un moyen extrêmement simple de reporter, même à de grandes distances, pour les vastes plans de mines, la direction fixe adoptée pour représenter, soit le Nord vrai, soit le Nord magnétique, quelle que soit sa situation par rapport aux bords du papier et aux côtés de la table. De là un premier avantage fort important.
- Le second consiste dans le moyen, aussi simple que possible, de ramener immédiatement au Nord vrai, sur le papier, les éléments du registre levé à
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- la boussole, en évitant, pour tous les azimuts, la correction fastidieuse de la déclinaison et ses chances spéciales d’erreur. A cet effet, la règle qui porte la ligne de foi du rapporteur proprement dit peut jouer à charnière sur son extrémité, par rapport à une autre règle de cuivre destinée à être plaquée contre le côté du parallélogramme articulé. Cette dernière porte, à son autre extrémité, le zéro d’un arc gradué qui y est embranché. Cette graduation permet d’ouvrir l’angle de ces deux règles justement suivant la valeur actuelle de la déclinaison, que l’on a soin de mesurer périodiquement pour se tenir au courant de ses variations. Une vis de pression sert à fixer cet écartement jusqu’à nouvel ordre. De cette manière, le parallélogramme, étant au Nord vrai, immuablement tracé sur le plan, la ligne de foi du rapporteur se trouve au Nord magnétique. C’est le second avantage dont j’ai parlé.
- Le troisième consiste en ce qu’on n’a plus, d’après ce qui précède, aucun besoin de faire coïncider, comme pour un rapporteur ordinaire, le centre de l’instrument avec le point qui figure la station. Une fois que l’alidade mobile a été amenée, à l’aide de la graduation et, s’il y a lieu, du vernier, ainsi que de sa vis de pression, à faire, avec la ligne de foi, un angle égal à l’azimut enregistré, elle ne quitte plus cette direction, dans tous les mouvements du parallélogramme. Il suffit donc de mouvoir celui-ci jusqu’à ce que l’un quelconque des deux bords de cette alidade passe par le point de la station.
- Tel est, Messieurs, le rapporteur-Tabarant. Il a paru à votre comité des arts mécaniques appelé à réaliser, par la réunion de plusieurs idées justes et ingénieuses, un progrès important dans les bureaux topographiques.
- Nous avons donc l’honneur de vous proposer de remercier M. Tabarant de son intéressante communication, et de décider l’insertion du présent Rapport dans le Bulletin de la Société, avec une figure de l’appareil.
- Signé Haton de la Goupillière, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 12 février 1875.
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- Rapport fait par M. Paliard, au nom du comité des arts économiques, sur le calorifère inventé par M. Gurney, boulevard Saint-Martin, à Paris.
- Messieurs, vous avez chargé votre comité des arts économiques d’examiner
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- un système de poêles calorifères en fonte, dont M. Gurney est l’inventeur. Je viens, au nom dudit comité, vous rendre compte de cet examen.
- Cet appareil a été créé en Angleterre en 1851 ; il a reçu, depuis lors, dans ce pays, ainsi qu’en France et en Belgique, de très-nombreuses applications.
- C’est surtout dans les grands établissements que son emploi pour chauffer est plus apprécié, et, ici même, dans votre hôtel, c’est un de ces appareils qui, depuis plusieurs mois, chauffe vos salles de séance ou de cours publics, vos vestibules et escaliers.
- Cet appareil, d’une installation facile, arrive tout construit, se démonte et se remonte avec la plus grande facilité.
- Suivant l’importance de l’établissement à chauffer, on prend un appareil d’un numéro et d’un prix plus ou moins élevés. Si l’appareil doit faire office d’un poêle ordinaire pour chauffer soit une grande salle, soit une chambre ordinaire, et s’il doit rester apparent, il suffit de le placer au-dessus d’un orifice de conduit amenant l’air de l’extérieur. Si on ne peut prendre d’air à l’extérieur, on l’alimente alors avec de l’air pris dans la pièce. Dans ces dernières conditions, ce calorifère est moins appréciable que lorsqu’il chauffe de grands espaces.
- Si l’appareil doit faire office de calorifère et chauffer, par des conduits et bouches de chaleur, plusieurs parties d’un édifice, s’il doit, dès lors, être non apparent, placé dans les caves par exemple, on l’entoure de cloisons en briques isolées formant une chambre d’air chaud d’où partent les conduits de distribution de cet air. Dans ce cas, l’appareil est placé dans cette
- chambre d’air chaud, de telle sorte que l’orifice du foyer soit en dehors ; de plus, un conduit amène, au-dessous ou au pied de l’appareil, de l’air pris à l’extérieur.
- Le calorifère Gurney, tout en fonte de fer, se compose, ainsi que l’indique la figure ci-contre, d’un cylindre vertical remplaçant la cloche, lequel cylindre est armé, extérieurement, dans toute sa hauteur, de nombreuses nervures ou ailettes verticales dirigées dans le sens des rayons. Ces nervures ou ailettes sont en fonte comme le cylindre avec lequel elles font corps ; elles sont très-rap-prochées les unes des autres, et dans l’appareil que nous examinons elles sont au nombre de
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- trente-deux. Elles ont, près du cylindre, un peu plus d’épaisseur qu’à leur extrémité opposée, et elles couvrent un tiers environ de la superficie extérieure de ce cylindre.
- Ce cylindre est àfdilatation libre dans le sens de ce diamètre et, à cet effet, il est formé de plusieurs parties qui s’articulent très-solidement entre elles, laissant un certain jeu dans les assemblages. Deux ouvertures, avec portes, servent l’une, dans la partie supérieure, à introduire le combustible; l’autre, dans le bas, pour l’allumage. Le cylindre est surmonté d’un chapiteau, percé d’une ouverture à laquelle s’adapte le tuyau de fumée. Enfin ce cylindre se pose au-dessus et sur un rebord intérieur de la cuvette en fonte, dans laquelle on fait arriver, par un conduit, de l’air pris à l’extérieur ; autour de cette cuvette est disposé, en forme de large gouttière, un réservoir annulaire qu’on remplit d’eau dans laquelle plongent les ailettes.
- Il convient d’ajouter à cette description qu’une grille, au fond du cylindre, reçoit le combustible, et que cette grille mobile permet, quand on le veut, de vider dans le cendrier, placé dessous, le contenu du cylindre ou foyer.
- La chaleur du feu pénètre le cylindre en fonte par la capillarité du métal, ainsi que les ailettes qui font corps avec lui. Le contact de l’air sur le métal chauffé peut avoir lieu alors sur une grande superficie. L’air froid, pris à l’extérieur, sort de la cuvette au pied des ailettes et s’élève en petites gerbes ascendantes dans chaque entre-deux des ailettes et au pied du cylindre qu’il enveloppe. Cet air se renouvelle constamment et trouve une superficie de contact avec le métal chauffé telle, que la chaleur reçue par ce métal est presque aussitôt aspirée et absorbée par l’air froid ainsi chauffé. Il ne peut, dès lors, s’accumuler dans la fonte assez de chaleur pour qu’elle puisse rougir.
- Enfin l’eau du réservoir annulaire, en se vaporisant par la chaleur que lui communiquent les ailettes, humecte l’air chauffé et l’assainit.
- Cet appareil laisse, il est vrai, échapper, dans la cheminée, des gaz inutilisés et beaucoup de chaleur perdue ; l’inventeur anglais n’aura sans doute pas attaché à ce fait, auquel il est facile, d’ailleurs, de remédier, une grande importance, attendu le bas prix du charbon dans son pays en 1851.
- Il est certain que, dans divers établissements chauffés par le calorifère Gurney, on a constaté de très-notables économies de combustible.
- Il est certain également que, dans plusieurs des établissements chauffés,
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- STATISTIQUE.
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- on a constaté que la chaleur produite était exempte de sécheresse, qu’elle n’était ni désagréable ni insalubre.
- Il est vrai que les poêles et autres appareils en fonte donnent, généralement, un chauffage peu salubre, peu agréable ; mais on les abandonnera difficilement, parce qu’ils coûtent peu d’acquisition et d’entretien, parce qu’ils sont d’une grande solidité et d’une durée presque indéfinie, parce qu’enfin , sous notre climat tempéré, où l'on ne reste pas constamment enfermé, on se préoccupe, surtout, du bas prix de la chaleur produite.
- Il convient donc, sans doute, d’encourager les constructeurs qui, par leurs études, s’efforcent de produire des appareils de chauffage en fonte joignant à la simplicité de la construction l’économie du combustible, et surtout l’avantage de diminuer sensiblement, sinon de faire disparaître complètement, les causes d’insalubrité et d’incommodité résultant des poêles ou autres appareils de chauffage en fonte.
- Votre comité vous propose, Messieurs, de remercier M. Gurney de son intéressante communication sur les calorifères de son invention, et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Paliard, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 18 mars 1875.
- STATISTIQUE.
- Rapport fait par M. Tisserand, au nom du comité de l’agriculture, sur la
- STATISTIQUE AGRONOMIQUE DE L ARRONDISSEMENT DE VOUZIERS, par MM. MeUGY,
- ingénieur en chef des mines, et Ni voit, ingénieur des mines.
- MM. Meugy, ingénieur en chef des mines, et Nivoit, ingénieur, vous ont adressé un livre de 424 pages intitulé, Statistique agronomique de l’arrondissement de Vouziers, et accompagné d’une carte agronomique à l’échelle de 1/40 000 du même arrondissement ; vous avez renvoyé ce travail à votre comité de l’agriculture en le chargeant de l’examiner. Je viens vous faire part de son appréciation.
- L’œuvre de MM. Meugy et Nivoit, par son importance, par son caractère, par l’esprit qui a présidé à sa rédaction, et par les nombreuses recherches auxquelles elle a donné lieu, peut être comparée aux savantes descriptions géo-
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- STATISTIQUE.
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- logiques et statistiques faites pour la plupart de nos départements, pendant les trente-cinq dernières années, par MM. les ingénieurs en chef des mines.
- Elle forme un utile complément, en particulier pour ce qui concerne l’arrondissement de Youziers, à la remarquable description géologique du département des Ardennes, par MM. Sauvage et Buvignier.
- Les auteurs ont, toutefois, donné à leur œuvre un caractère plus particulièrement agricole. Dans la première partie de leur travail, MM. Meugy et Nivoit décrivent la configuration de l’arrondissement et ses bassins. Ils indiquent la composition de l’eau des rivières et des principaux ruisseaux de l’arrondissement, l’origine de ceux-ci, leur volume, la longueur de leur parcours. Ces renseignements sont précieux pour l’agriculture, car l’aménagement intelligent des eaux est toujours une source de nombreuses améliorations dans un pays.
- La description géologique, minéralogique et agronomique de l’arrondisse ment de Youziers, qui est l’objet du deuxième chapitre, est faite avec un soin digne d’éloges. Les terrains sont définis et# classés avec une grande netteté; l’étendue de territoire occupée par chaque formation géologique est mentionnée.
- Dans l’étude de chaque groupe géologique, MM. Meugy et Nivoit renseignent le lecteur sur la surface d’affleurement de chaque étage, sur la position de chaque grande assise, sur ses caractères distinctifs, sur son inclinaison et sa constitution minéralogique, sur les matières utiles qu’on y rencontre, sur la composition des roches et des marnes qui s’y trouvent, sur la composition des terres végétales qui la recouvrent. Ces ingénieurs donnent des analyses qui seront d’un heureux secours aux cultivateurs et qui leur permettront de connaître leur sol, leur sous-sol et les ressources que les couches géologiques sous-jacentes leur offrent pour améliorer leurs terres et leurs cultures. Ils ont fait leurs analyses avec tous les soins, et avec les détails désirables ; pour chacune d’elles, ils donnent : 1° la composition physique, en divisant les parties en gros gravier, sable et matières ténues; 2° l’analyse chimique, et 3° le pouvoir d’absorption pour l’eau. Ce sont là des indications qui prouvent, chez les auteurs, une étude sérieuse des conditions que doivent offrir les terres pour être d’une culture avantageuse. Dans le chapitre consacré aux sables verts, d’intéressants détails nous sont fournis sur l’exploitation des phosphates minéraux.
- D’après les auteurs, l’extraction des phosphates, dans le seul arrondissement de Youziers, s’élèverait à 20 millions de kilogrammes par an; il s’en
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- STATISTIQUE. --- JUILLET 1875.
- trouve encore au moins 3 800 000 mètres cubes, ce qui est de nature à nous rassurer sur l’avenir de cette industrie, car de tels gisements suffiront, avec l’activité actuelle apportée à l’exploitation, pour plus de 200 ans.
- Le prix de revient des phosphates transportés et pulvérisés varie de 30 à 35 francs la tonne.
- Rappelons que c’est dans l’arrondissement de Youziers, à Grand-Pré, qu’a pris naissance la grande industrie des phosphates de chaux naturels et que M. de Molon en fut le créateur.
- Le chapitre des cultures est traité très-convenablement : la répartition du sol entre les diverses cultures et les proportions relatives des végétaux cultivés y sont indiquées. Les sols propres à chaque culture, les améliorations à y introduire sont également mentionnés. Les auteurs nous apprennent que la surface du vignoble est en diminution dans les Ardennes, ce qui n’a rien de surprenant avec les facilités qu’ont les vins du Midi de venir dans le Nord, et les gelées qui détruisent si fréquemment les espérances du vigneron dans les départements septentrionaux. Ce chapitre est succinct; toutefois, cette partie du travail gagnerait à être éclairée à l’aide de cartes donnant l’emploi et la répartition des principales cultures.
- Les auteurs traitent en détail la question des engrais et des amendements. Leurs excellents conseils à ce sujet rendront de réels services à l’agriculture, qui a toujours le tort de trop négliger les ressources de cette nature qui sont à sa portée.
- Le chapitre relatif à la population nous montre que le riche arrondissement de Youziers subit la loi générale à laquelle malheureusement se trouve soumis le mouvement de la population en France. Il y a tendance à diminution depuis 1846.
- Les auteurs finissent leur ouvrage par une description très-complète des voies de communication et des communes.
- Deux cartes et un grand tableau sont annexés au livre de MM. Meugy et Nivoit. La carte donne les terrains géologiques de l’arrondissement ; à l’aide de lettres et de chiffres, il est facile d’y lire la nature du sol et son pouvoir de rétention pour l’humidité.
- En résumé, le travail de ces deux ingénieurs est une oeuvre sérieuse et d’une haute utilité ; elle fait assurément honneur à leurs connaissances, à leurs études et au corps dont ils font partie. Il est vivement désirable que les autres arrondissements du département des Ardennes soient, à leur tour, l’objet d’une semblable publication, et que l’excellent exemple que les au-
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- teurs ont donné soit suivi ailleurs, en y introduisant les quelques améliorations signalées ci-dessus.
- Votre comité d’agriculture vous propose, en conséquence, de remercier MM. Meugy et Nivoit de l’envoi de leur intéressant et consciencieux travail, et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin de la Société.
- Approuvé en séance, le 23 avril 1875.
- Signé Eugène Tisserand, rapporteur.
- EXPOSITION DE VIENNE.
- LES MACHINES A l’eXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE EN 1873, PAR M. TRESCA, MEMBRE DU JURY INTERNATIONAL.
- Il nous serait impossible de renfermer, dans un cadre aussi restreint que celui qui nous est dévolu, un aperçu quelque peu complet des progrès manifestés, à l’Exposition de Vienne, dans la construction et dans l’emploi des machines.
- La galerie des machines était certainement la mieux réussie de l’Exposition, et nous n’hésitons pas à dire qu’elle était, en outre, très-supérieure à toutes celles des Expositions précédentes. Cette galerie, qui offrait une longueur de 797 mètres, une largeur de 28 mètres, et qui était encore élargie par une suite de salles latérales, où étaient plus particulièrement placés les objets de moindre importance, constituait une splendide représentation du génie mécanique de chaque peuple, et permettait, dans une seule excursion, d’apprécier leurs différents genres de supériorité.
- On reconnaissait immédiatement que l’Autriche était chez elle, et que ses constructeurs avaient rivalisé d’efforts pour donner la juste mesure de leurs mérites très-réels.
- L’Allemagne avait été moins bien inspirée : elle avait voulu éblouir par le nombre, et, profitant de son voisinage, elle avait envoyé au concours le ban et l’arrière-ban de ses constructeurs. Aussi en est-il résulté que bon nombre d’entre eux ne méritaient pas même une mention, et que les mérites fort recommandables de ses grands industriels se sont trouvés comme noyés au milieu de produits sans caractère et sans valeur.
- Les expositions de la France, de l’Angleterre et des États-Unis étaient modestes par le nombre des machines ; elles représentaient, dans une plus exacte mesure, l’état d’avancement de la construction, et la réserve, qui avait été la conséquence de l’éloignement, en permettant de mieux choisir, a eu pour conséquence de conduire proportionnellement à un plus grand nombre de récompenses.
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- La Belgique et la Suisse sont tout aussi avancées sous le rapport des constructions mécaniques, et c'est même en Suisse que se remarquait le mouvement le plus sérieux dans l’étude des grandes turbines et dans celle des transmissions à grandes distances.
- L’Italie et la Russie ont montré que l’on commençait à y construire quelques machines; l’Espagne et le Portugal sont encore, sous ce rapport, sans importance. Les autres pays commencent à peine à se manifester par quelques efforts isolés.
- Nous nous efforcerons, dans les observations suivantes, de faire ressortir les principaux mérites, en adoptant dans nos descriptions l’ordre méthodique indiqué par la nomenclature suivante :
- Machines motrices.
- Générateurs.
- Petits moteurs.
- Locomotives.
- Contre-vapeur.
- Locomobiles et machines demi-fixes. Locomotives routières.
- Accessoires des machines à vapeur. Moteurs hydrauliques.
- Machines servant à la manœuvre des fardeaux.
- Pompes.
- Pompes à vapeur.
- Pompes rotatives.
- Pompes à incendie.
- Injecteurs et éjecteurs.
- Machines-outils :
- Travail des métaux.
- Travail du bois.
- Travail de la pierre.
- Pièces détachées.
- Appareils de pesage.
- Machines des arts textiles.
- Machines à coudre.
- Machines de fabrications diverses. Appareils des industries chimiques. Machines servant au développement des phénomènes physiques.
- Machines motrices.
- La principale force de l’industrie moderne, la machine à vapeur, était nécessairement représentée à l’Exposition par les dispositions les plus variées; mais cette variété laissait voir cependant une tendance bien manifeste, et bien plus prononcée encore qu’en 1867, à employer de préférence des distributions à soupape, à la place des distributions à tiroir, auxquelles nous sommes habitués. Cette tendance doit être pour nous un enseignement, car elle est parfaitement justifiée.
- La France seule n’était pas représentée dans ce mouvement, si ce n’est par la collaboration de notre éminent constructeur, M. Farcot, à la machine belge exposée par M. Bède, sous le nom collectif Bède et Farcot.
- Il ne faut pas hésiter à le dire, nous sommes en retard sous ce rapport ; et, sans doute, parce que nous possédions, jusqu’à ces dernières années, les machines les plus parfaites et les plus économiques, nos constructeurs ont trop compté sur la supériorité de la veille et ont trop dédaigné le progrès, inauguré par la disposition de la machine américaine de Corliss, qui a été, partout ailleurs, le point de départ des derniers perfectionnements.
- A en juger par les machines exposées, l’Angleterre est restée presque aussi indiffé-
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- rente que nous à ce mouvement si accusé en Belgique, en Suisse, en Allemagne et en Autriche, et si intéressant,'cependant, puisqu’il se traduit par une économie notable de ce combustible minéral dont la pénurie se fait momentanément sentir dans tous les pays industriels.
- Le caractère principal de la machine Gorliss repose sur le mode de distribution : les orifices d’admission et de sortie sont distincts pour chaque chambre, et ils sont, le plus ordinairement, placés respectivement à la partie supérieure et à la partie inférieure du cylindre moteur, qui est toujours horizontal. Les soupapes sont tenues fermées par des ressorts, et elles s’ouvrent, pendant le temps strictement nécessaire, au moyen d’organes de transmission commandés par la machine ou par le régulateur. L’ensemble même offre, quant à sa disposition, une forme particulière qui se distingue à première vue et qui offre une grande stabilité.
- Quant aux détails de construction, ils sont extrêmement variés, chacun des constructeurs qui imitent la disposition générale tenant à recourir à un arrangement qui lui soit propre. Le but seul est toujours le même : faire varier l’admission dans les plus larges limites, de 0 à 0,70 de la course, par l’action du régulateur; déterminer brusquement l’ouverture de grands orifices d’admission et d’émission, et fermer aussi ces orifices avec la même rapidité. On ne peut obtenir, avec les distributions à tiroir, même les mieux étudiées, et en disposant d’orifices multiples, ni la même instantanéité dans les manœuvres, ni la même variabilité dans l’admission, ni la même obéissance aux moindres indications du modérateur. Le principe de la séparation des orifices rend l’échappement tout à fait indépendant de l’admission, et évite, au grand profit de la bonne utilisation de la vapeur, les échanges de chaleur qui se produisent, à l’ordinaire, dans des conduits où circulent alternativement la vapeur chaude, venant du générateur, et la vapeur refroidie, en partie condensée au moment où son action mécanique va cesser.
- On ne peut dire que la machine Corliss, à un seul cylindre, soit complètement à l’abri de cet inconvénient, puisque la détente s’effectue dans une même capacité, qui doit ainsi éprouver des variations de température assez étendues; la machine de Woolf est plus rationnelle sous ce rapport, en ce sens que les variations de température sont plus limitées dans chacun des cylindres qui la composent. Aussi nous sommes-nous informé, avec une grande persistance, de l'effet produit dans les nouvelles machines par l’application d’une chemise de vapeur. MM. Sulzer, de Winterthur, dont la machine a été la plus appréciée, nous ont fait connaître les résultats des expériences comparatives à l’aide desquelles ils se sont assurés que l’emploi d’une chemise de vapeur conduisait à une économie d’au moins 20 pour 100 dans les machines Gorliss; c’est à peu près le même chiffre que pour les machines à tiroirs, et ces habiles constructeurs n’hésitent plus à regarder l’enveloppe de vapeur, circulant de la chaudière autour du cylindre, comme une des conditions du bon emploi de la vapeur dans les machines Corliss comme dans les autres.
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- La consommation des machines de ce genre, lorsqu’elles sont pourvues d’un condenseur, s’abaisse à 1 kilogramme de combustible par force de cheval et par heure, ou mieux, pour faire tout de suite la part du générateur, elle ne dépasse pas 7 kilogrammes de vapeur dans les mêmes conditions. Nous voilà bien loin des 25 kilogrammes d’eau que l'on considérait encore, il y a une vingtaine d’années, comme la consommation normale des machines à vapeur.
- Nous n’avons pas à entrer ici dans la description des organes, nous bornant à indiquer qu’à côté delà machine Sulzer, qui fournit des diagrammes à l’indicateur absolument irréprochables, nous avons remarqué la machine Bède et Farcot, presque française, en Belgique, qui réduit au minimum les espaces nuisibles, et la machine de Dingler, de Zweibrüken, dans laquelle un distributeur rotatif, qui marche toujours dans le même sens, nous paraît promettre une solution aussi favorable du naême problème, tout en évitant les chocs déterminés par l’action des ressorts, chocs qui doivent être, quoi qu’on dise, une cause non négligeable de réparations.
- En résumé, l’indépendance de l’admission et de l’échappement, que M. Cavé, entre autres, avait introduit, à une certaine époque, dans les machines de bateau, et le remplacement des tiroirs par des soupapes ou des robinets, doivent appeler, sur les avantages qui en résultent, la sérieuse attention de tous nos constructeurs.
- La position horizontale des cylindres des machines Corliss avait conduit les premiers constructeurs à une forme particulière du bâti, assurant, par suite de son prolongement à la suite du cylindre, une très-exacte concentricité dans le guidage de la tige du piston. Cette forme générale s’est encore modifiée depuis que, dans la construction de ces sortes de machines, l’emploi des glissières cylindriques a prévalu. Le prolongement du bâti se compose, dès lors, d’un véritable cylindre, en partie évidé, et faisant suite au cylindre à vapeur. La face intérieure de cette paroi cylindrique auxiliaire sert de guide, en haut et en bas, aux deux branches de la crosse du piston ; on évite l’usé en donnant à ces glissières des dimensions très-grandes, qui ne permettent pas à leurs surfaces frottantes de déterminer l’expulsion des enduits. L’expérience a prouvé que cette disposition est d'un usage parfait. (A suivre.)
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- DISCOURS PRONONCÉ AUX FUNÉRAILLES DE M. MICHAL, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES PONTS ET CHAUSSÉES, MEMBRE DU CONSEIL DE LA SOCIÉTÉ, PAR M. ALPHAND, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES PONTS ET CHAUSSÉES, DIRECTEUR DES TRAVAUX DE PARIS.
- Messieurs, une voix plus autorisée que la mienne devrait être, à cette triste cérémonie, l’interprète de votre juste affliction. C’est à mon camarade, à mon ancien, M. l’Inspecteur général Belgrand, que revenait de droit le douloureux honneur d’ex-
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- primer, sur la tombe de l’homme de bien que nous venons de perdre, les sentiments de regret que nous éprouvons tous ; mais une indisposition n’a pas permis à M. Bel-grand de payer à cette chère mémoire le tribut d’éloges et de larmes que nous lui devons. Chargé, à l’improviste, de le suppléer dans l’accomplissement de ce devoir, je fais appel à la fidélité de vos souvenirs pour remédier à l’insuffisance des miens. Les fonctionnaires et agents de tout ordre du grand Service des travaux de Paris ont presque tous connu M. Michal ; leur pensée complétera la mienne, comme leur douleur s’associe à ma propre émotion.
- Les hommes comme Michal sont rares, Messieurs. Leur vie, consacrée tout entière au bien, absorbée dans la pratique de toutes les vertus civiques et morales, est, pour les générations nouvelles, un exemple et un enseignement. J’aurais voulu que le temps me permît de vous rappeler les phases de cette carrière si bien remplie, de vous retracer, en particulier, les travaux considérables auxquels le nom de Michal doit rester attaché et de passer en revue avec vous les titres nombreux qui lui ont valu une si juste notoriété dans le corps des Ponts et Chaussées. Si je ne puis suivre mon vénéré prédécesseur partout où l’ont conduit son activité et son amour du devoir, je dois du moins à une collaboration de quinze ans la possibilité de redire ce qu’il a fait à Paris, théâtre de ses travaux les plus importants.
- Sous les ordres d’un chef éminent qui a laissé une mémoire honorée, et dont le nom est encore porté dignement dans le corps des Ponts et Chaussées, M. Michal fut chargé d’abord des travaux des égouts de Paris ; plus tard il fut mis à la tête du service de la navigation et des ponts de la Seine. C’est en cette qualité qu’il fit construire ou transformer la plupart des ponts qui relient aujourd’hui les deux rives du fleuve.
- M. Michal était dans cette situation lorsqu’il attira les regards du grand administrateur auquel s’était révélée la nécessité d’entreprendre sans délai la transformation de la capitale. Chargé, par lui, de la haute direction du Service municipal des travaux de Paris, il devint ainsi l’un de ses principaux collaborateurs dans l’œuvre gigantesque qui allait s’accomplir avec tant de persévérance et de succès. Au moment où ces importantes fonctions furent dévolues à M. Michal, aucun choix ne pouvait être plus heureux. Pour occuper dignement un tel poste, il fallait non-seulement un ingénieur possédant tous les secrets de son art, mais encore un honnête homme dans toute l’acception du mot. Il n’est pas difficile, sans doute, de trouver, dans le corps des Ponts et Chaussées, des ingénieurs unissant à une haute probité les connaissances professionnelles les plus étendues ; mais une qualité plus rare devait encore s’ajouter à celles-là. Dans les circonstances exceptionnelles où se trouvait placé le Service municipal des travaux de Paris, il fallait absolument qu’il eût pour chef l’un de ces hommes à la fois bienveillants et fermes, qui savent allier l’esprit de conciliation au sentiment profond du devoir et parviennent à tempérer par la douceur de leurs formes la rigueur de leurs obligations.
- Cet ensemble de qualités si rarement réunies faisait de M. Michal l’homme de la
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- fonction. Ceux qui m’entourent et qui mêlent leurs larmes aux miennes savent que je dis vrai, et pas un, bien certainement, ne contredira l’éloge que je fais de son ancien chef. Doué comme il l’était, laborieux comme il savait l’être, d’une conscience et d’une honnêteté antiques, M. Michal ne pouvait que réussir dans les difficiles fonctions qu’il avait acceptées : son succès y a été complet.
- Le public ne voit ordinairement que les résultats, et il ne se rend pas toujours un compte exact des efforts individuels qu’exige l’accomplissement d’une grande œuvre collective. M. Michal a pris une part très-considérable à la construction de ces grandes galeries d’égouts, de ces nombreuses conduites d’eaux, de ces réservoirs grandioses qui excitent à un si haut point la curiosité publique. Il a été pour beaucoup dans le percement des voies nouvelles, dans la création des parcs et des promenades de Paris, dans la transformation des bois de Boulogne et de Yincennes; et cependant, tandis que les noms de quelques-uns des artisans de cette grande œuvre sont devenus populaires, celui de M. Michal est resté presque ignoré. Il faut le dire à l’honneur de sa mémoire, cette obscurité est volontaire : ingénieur éminent, mathématicien savant, mais modeste, M. Michal s’effaçait, pour laisser au premier rang ceux de ses collaborateurs dont il avait reconnu la valeur et dont il aimait à seconder l’initiative.
- Vous tous qui m’entourez, Messieurs, et qui avez eu si souvent l’honneur de recevoir les sages avis de notre digne chef, vous savez quel appui, quels encouragements vous trouviez auprès de lui. Nous étions jeunes alors, nous avions les qualités et les défauts de notre âge, notre ardente activité pouvait quelquefois manquer de mesure. M. Michal tempérait alors ce qu’avait d’excessif notre amour un peu tumultueux du bien public; il savait contenir notre fougue et diriger nos efforts en les réglant.
- Puis, aux heures de découragement, dans ces moments de dégoût que tous les hommes de travail ont connus, sa nature éminemment cordiale et sympathique exerçait sur-nous un autre genre d’influence. Il relevait avec une bonté toute paternelle nos esprits abattus ; et ses conseils affectueux, toujours donnés avec un admirable discernement, éclairaient la raison en même temps qu’ils fortifiaient la volonté.
- Mais ce n’est là, Messieurs, qu’une partie des éminentes qualités de M. Michal. Les dons de l’intelligence s’unissaient chez lui à ceux du cœur. Il était et voulait rester un esprit cultivé ; tandis que la plupart des ingénieurs, emportés par le tourbillon des affaires, subissent, tout en le regrettant, les nécessités de la vie dévorante que notre siècle impose aux hommes de travail, se laissent absorber par les choses professionnelles et oublient les vérités de l’ordre spéculatif, Michal avait religieusement conservé le culte des lettres et des sciences. L’étude des Mathématiques était une de ses occupations favorites ; il s’y livrait personnellement, et il était heureux de résoudre, avec le concours des jeunes auxiliaires placés sous ses ordres, les difficiles problèmes dont l’ingénieur, dans la pratique de son art, est souvent obligé de demander les solutions à la science pure.
- Yoilà, Messieurs, ce qu’était le fonctionnaire ; vous l’avez tous reconnu, j’en ai la
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- certitude. Permettez maintenant à celui qui a eu, pendant quinze ans, l’honneur d’être son collaborateur, et qui a été honoré de son amitié, de vous rappeler ce qu’était l’homme privé, de vous retracer l’aspect de cette vie domestique si calme, si honnête, si vertueuse !
- Je l’ai déjà dit, et j’aime à le répéter, Michal fut partout et toujours l’homme du devoir; il eut toutes les qualités de l’époux et du père modèle; il fit le bonheur d’une épouse bien-aimée, dont l’esprit et les vertus embellirent son existence, et qu’il eut la douleur de perdre trop tôt. Ce fut le plus grand chagrin de sa vie. Heureusement le ciel réservait une compensation à son cœur : il eut la consolation de reporter sa tendresse sur une fille chérie, sur un gendre digne d’elle, sur de petits enfants qui ont été la joie et le bonheur de ses vieux jours.
- C’est dans cet intérieur charmant, au milieu de cette famille dont une affection dé-r vouée animait tous les membres, qu’on pouvait apprécier toute la bonté native de M. Michal; c’est là que s’épanouissaient, comme dans leur élément naturel, toutes les qualités de son cœur et de son esprit.
- Aussi ne se séparait-il jamais des siens. Il aimait à les conduire dans cette pittoresque province du Dauphiné, dont il était originaire. Au pied de ces splendides montagnes, témoins des jeux de son enfance, il se plaisait à leur faire admirer les beautés de la nature alpestre, à leur rappeler les sentiments qui l’avaient animé dans sa jeunesse, à se placer seul, avec eux, en face de Dieu et de ses œuvres.
- Michal avait profondément l’amour de son pays natal. Il n’était jamais plus heureux que lorsqu’il pouvait échapper un instant aux exigences absorbantes de sa situation et se rendre dans ce beau pays du Dauphiné, où la nature étale toutes ses splendeurs, pour y réparer ses forces usées par un travail incessant. Il y arrivait avec empressement, il le quittait avec regret ; le sentiment du devoir pouvait seul l’en éloigner,
- La terre natale n’est qu’une portion de la patrie ; Michal le savait, et il aimait son pays, il aimait la France avec une ardeur vraiment patriotique. Tant que ses forces le lui ont permis, il a considéré comme un devoir de figurer dans les rangs de la garde nationale, et on l’a toujours vu accourir le premier au jour du péril. Les récents malheurs de notre pays l’avaient vivement affecté, mais sans abattre son courage. J’ai été le confident de ses angoisses patriotiques; je l’ai vu, malgré son âge, unir ses efforts aux nôtres, pour organiser une défense devenue malheureusement impossible.
- Lorsque l’heure de la retraite eut sonné pour lui, Michal, habitué, dès ses jeunes années, à une vie laborieuse, Michal, pour qui le travail était un besoin aussi bien qu’un devoir, ne voulut pas renoncer à servir son pays. Sur les vives instances que lui fit la population entière de la commune du Plessis-Bouchard, où il avait établi sa résidence d’été, il accepta les fonctions de maire, heureux de pouvoir utiliser encore dans ces modestes fonctions ce qui lui restait de force et de dévouement au bien public. Je vois se presser autour de moi une grande partie de ses administrés, j’entends leurs sanglots,
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- je vois couler leurs larmes. La douleur de cette foule émue et sympathique est le plus bel éloge de la gestion de l’honorable maire du Plessis-Bouchard.
- Adieu, cher et vénéré camarade. Reçois le témoignage que t’apportent tes anciens collaborateurs, celui que viennent déposer sur ta tombe ces amis si nombreux, si recueillis, si pleins de ton souvenir, et dont la douleur est un hommage rendu à tes vertus. Tu as passé sur cette terre en faisant le plus de bien possible; tu n’as jamais volontairement contristé personne ; le nombre de ceux que tu as obligés et secourus est incalculable : toutes ces bonnes actions, tous ces actes généreux t’ont devancé dans un monde meilleur, et le rémunérateur suprême te les comptera. Puisse cette pensée, unie à l’expression de tous nos sentiments, adoucir la douleur d’une famille si cruellement éprouvée ! Et que ta mémoire vénérée soit, pour elle et pour nous, une force et une consolation !
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 9 avril 1875.
- Présidence de M. Dumas, Président.
- MM. les membres de la Commission internationale du mètre assistent à la séance.
- Nécrologie. — M. le Président annonce au Conseil la nouvelle et douloureuse perte qu’il a faite de M. Michal, ancien directeur des travaux du service municipal de Paris, inspecteur général des ponts et chaussées en retraite, membre de la Commission des fonds de la Société, qui vient de mourir.
- M. Michal a traversé les plus hautes fonctions en laissant partout après lui le souvenir de la droiture de son esprit, de l’élévation de son caractère et de la puissance de sa pensée ; sa mémoire est vénérée dans tous les services par lesquels il a passé. Dans les réunions de la Société d’encouragement, nul n’était plus exact, et sa parole était toujours écoutée avec le plus grand respect. Il s’est éteint sans que son intelligence ait faibli, et son esprit était encore tellement lucide, que, très-peu de jours avant sa mort, il déposait à l’Académie des sciences un mémoire important sur une des questions les plus ardues de la science. Il y a apporté le résultat de ses recherches et de la méthode claire et précise qui distingue tous ses travaux.
- Les obsèques de M. Michal ont eu lieu au milieu du concours des corps savants et administratifs, ainsi que des nombreux amis au milieu desquels il avait vécu. M. Alphand, directeur actuel des travaux municipaux de la ville de Paris, a fait connaître les mérites principaux de cette vie si bien remplie. La Société d’encouragement voudra qu’elle
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- soit retracée dans son Bulletin, et qu’on y joigne l’expression de la douleur et des vifs regrets du Conseil. (Voy. plus haut, p. 364.)
- Correspondance.—MM. Courbier (A.) et Villatard (E.) jeune, place du Grand-Marché, 7, à Bordeaux (Gironde), demandent à la Société de se faire rendre compte des avantages que présentent les courroies de transmission du système Fourzac qu’ils fabriquent. Ces courroies, disent-ils, par leur plus grande force d’inertie, ont l’avantage, sinon de supprimer complètement les allongements successifs, du moins de les réduire considérablement. (Arts mécaniques.)
- M. Oustalet (S.), directeur de la Société générale de chauffage, quai de Seine, 29 (Yillette), à Paris, présente des briquettes perforées qui ont des avantages spéciaux. (Arts mécaniques.)
- M. Sanderson, membre de l’Association polytechnique, professeur à l’école Turgot, rue Saint-Honoré, 370, demande que la Société fasse examiner un pantanémone de 10 mètres de diamètre, construit auprès du réservoir de Thiais, par la Compagnie des eaux de Paris, suivant le système sur lequel la Société a fait un rapport en 1870. (Arts mécaniques.)
- M. Briot (Cyprien), rue Odessa projetée, 10, à Paris, demande à la Société de l’aider à prendre des brevets, au sujet de l’invention qu’il a faite d’une pompe aspirante, destinée à élever l’eau à plus de 10 mètres de hauteur. (Arts mécaniques.)
- M. Reboux, rue des Halles, 4, à Paris. Appareil pour multiplier la force de tous les moteurs; cet appareil fonctionne rue Palikao, square Napoléon, à Belleville, chez M. Jacquelin, fabricant de bonbons. (Arts mécaniques.)
- M. Dimps, propriétaire, adjoint au maire de Boursonne (Oise), par la Ferté-Milon (Aisne), demande que la Société fasse examiner un moteur hydraulique pour lequel il est breveté. (Arts mécaniques.)
- M. de Latterrière (J.), fabricant de sommiers élastiques et d’objets de literie, rue Doudeauville, 33, demande à la Société, qui lai a décerné une médaille, il y a dix-huit ans, pour la construction des sommiers Tucker, de se faire rendre compte des perfectionnements qu’il a apportés aux procédés d’exécution de cette fabrication et des additions très-importantes qu’il y a ajoutées. (Arts mécaniques.)
- M. Collet, rue Fontaine-au-Roi, 37, sollicite le concours de la Société pour faire breveter une règle, ou instrument utile à l’architecture, qu’il a inventée. (Arts économiques.)
- M. Durenne, constructeur de machines et de chaudières à vapeur, à Courbevoie, près de Paris, signale une différence qu’il a remarquée entre les procédés indiqués dans la séance du 22 janvier dernier pour le percement du Saint-Gothard, et les termes des rapports mensuels du comité fédéral suisse sur le même sujet.
- M. Maccaud, rue Truffault, 83, Paris, nouvelle voiture dans laquelle la traction est diminuée, et les cahots ainsi que le bruit sont supprimés. (Arts mécaniques*)
- M. Savignac (Ch.), pharmacien, rue Pernelle, 12, à Paris, indication de quelques
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- PROCÈS-VERBAUX.
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- moyens à employer pour augmenter la production du poisson sur nos côtes. (Agriculture.)
- M. Picot (J.-B. C.), docteur en droit, à Avallon (Yonne), et à Paris, rue Saint-André-des-Arts, 60, perfectionnement des procédés qu’il a déjà fait connaître pour empêcher les vignes de geler et de ceux qu’il propose pour la destruction du phylloxéra (avec deux brochures). (Agriculture.)
- MM. Aubriot et Cornet, fabricants de verres à vitre et de glaces, faubourg Saint-Denis, 190, sollicitent l’examen de la Société pour leur nouveau procédé de fabrication des verres mousseline colorés et vitrifiés, à des prix extrêmement réduits. (Arts chimiques.)
- M. Lenoir (Ét.), boulevard Voltaire, 109, et chezM. Mangin-Lesur, miroitier, boulevard Richard-Lenoir, 53, procédé d’argenture des glaces par l’argent et le mercure. (Arts chimiques.)
- M. Cornet-Bichat, professeur de comptabilité et de droit commercial, rue Tur-bigo, 33. Méthode pour la tenue des livres par un seul registre, le nouveau grand-livre. (Commerce.)
- La Société industrielle du nord de la France, à Lille, envoie le programme des prix qu’elle a mis au concours, et demande pour ce programme la plus grande publicité. (Commission, du Bulletin.)
- La Société pour la défense des intérêts internationaux du commerce et de l’industrie adresse le procès-verbal de sa première réunion. (Comité de commerce.)
- Banque coopérative de Paris, projets de statuts pour la formation de cette Banque. -(Comité de commerce.)
- MM. le Maire et les adjoints du VIe arrondissement adressent à la Société les statuts delà caisse des écoles, fondée par eux, avec le concours de la délégation cantonale et l’approbation de l’autorité supérieure, pour faciliter et encourager l’enseignement et la fréquentation des salles d’asile, des écoles et des cours d’adultes. (Commerce.)
- MM. les Secrétaires signalent, dans la correspondance imprimée, la statistique sommaire des principales industries françaises en 1873, qui fait partie de la statistique générale de la France publiée par le Ministère.
- Ce volume contient des tableaux très-intéressants sur les 11 industries suivantes : Combustibles minéraux, mines de fer, mines de plomb, cuivre et zinc, métallurgie du fer, métallurgie des métaux autres que le fer, emploi des matières minérales non métalliques, papier, gaz d’éclairage, produits chimiques, sucre, industrie des textiles. Il se fait remarquer aussi par 15 cartes statistiques parlantes dressées dans le système de M. Loua, système dont le comité de commerce a fait ressortir le mérite et l'utilité dans un rapport du 12 juin dernier.
- M. Alcan, membre du comité des arts.mécaniques, fait hommage d’un exemplaire de la 2eédilioq de son Traité sur .la filature du coton, 1 vol. in-8 avec atlas grand in-4 de
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- 42 planches exécutées avec le plus grand soin, nouvelle édition entièrement revue et corrigée; J. Baudry, éditeur.
- M. le baron Thénard fait les présentations suivantes :
- M. David (J.), place Saint-Sulpice, 6. Galénite, nouveau composé de plomb destiné à remplacer le minium dans la peinture sur métaux, et la première couche de céruse dans la peinture à l’huile des décors de bâtiment. Ce produit, obtenu par une calcination prolongée de la galène à une température modérée donnant un sulfate de plomb bi-basique, a pour propriété d’être très-siccatif, découvrir mieux que les autres peintures, d’offrir une adhérence supérieure à celle de la céruse, et de produire une économie importante, tant sur la matière colorante que sur la quantité d’huile employée. (Arts chimiques.)
- M. Maligand (Ed.), négociant en vins à l’entrepôt général, quai Saint-Bernard, rue de la Côte-d’Or, 31. Perfectionnement fait par lui etMelle Brossard- Vidal, à l’ébullio-scope-Vidal, qui a été présenté à la Société d’encouragement en 1861, et qui a été l’objet d’un rapport détaillé du comité des arts chimiques en 1863. La nouvelle forme donnée à l’appareil régularise tellement les conditions de l’ébullition, que les indications de cet instrument ont acquis une régularité et une précision beaucoup plus grandes qu’on n’aurait pu le prévoir. M. le baron Thénard fait une expérience devant le Conseil, et montre qu’il ne faut pas dix minutes pour avoir le titre alcoométrique d’un vin, à quelques millièmes près. (Arts chimiques.)
- Rapports des comités. — Transmission pneumatique des dépêches. — M. Duméry lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur les appareils présentés par MM. Mignon et Rouart pour la transmission pneumatique des dépêches.
- Le comité propose de féliciter MM. Mignon et Rouart, de les remercier de leur intéressante communication et d’ordonner l’insertion, au Bulletin, du rapport auquel elle a donné lieu, avec les dessins qui l’accompagnent.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont adoptées par le Conseil.
- Communications. — Anémométrie. — M. Mangon présente nn appareil construit par M. Hardy, pour la ville duPuy (Haute-Loire), qui résout, d’une manière très-ingénieuse, la transmission des observations anémométriqués.
- La ville du Puy possède plusieurs météorologistes distingués, réunis dans une société dont M. Jollois est le président. Elle fait des observations suivies et veut employer, à cet effet, une girouette placée à une grande hauteur, éloignée de 1 500 mètres environ du bureau des observateurs. Elle a donc réuni les fonds nécessaires, qui ont été fournis par une souscription aidée par la ville et par le département, et elle a posé à M. Hardy le problème suivant :
- Transmettre au bureau des observations, pour y être inscrites automatiquement, la direction et l’intensité du vent au point où est la girouette, et faire apparaître les indications, ainsi transmises, sur un cadran placé sur la façade de l’édifice.
- On ne pouvait pas penser, à cause de la dépense trop élevée, à un télégraphe souterrain
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- contenant plusieurs fils; il fallait employer un seul fil aérien pour cette transmission, et M. Hardy s’en est servi d’une manière très-ingénieuse. La girouette a été placée au haut d’un mât, avec un appareil anémométrique ordinaire perfectionné, et, au pied de ce mât, une horloge reçoit les indications et les transmet par le fil télégraphique toutes les dix minutes. L’appareil récepteur se compose d’une horloge aussi ; mais, pour éviter la nécessité du synchronisme, la roue de transmission se débraye toutes les dix minutes et revient au repos pour ne reprendre son rôle d’indicateur que sous l’action nouvelle de la transmission électrique. Cette transmission se renouvelle donc ainsi périodiquement et par une utilisation convenable de cet espace de temps, et, au moyen d’un mécanisme convenablement approprié, on inscrit régulièrement toutes les indications de la girouette et de l’anémomètre.
- M. Mangon croit donc qu’il y a lieu de féliciter la Société météorologique de la ville du Puy de l’initiative qu’elle a prise, et M. Hardy de la manière ingénieuse dont il a résolu les questions mécaniques qui lui étaient posées.
- Électro-aimant. — M. du Moncel fait, au nom de M. Camacho (José), une communication sur des aimants artificiels d’une grande puissance qu’il a présentés à la Société. Ces électro-aimants sont formés d'un axe en fer doux autour duquel est enroulé un fil électrique ; aux spires de ce fil un cylindre en fer doux est superposé sur toute leur surface; sur ce cylindre une nouvelle série de spires du fil électrique est étendue, et elle est recouverte par un nouveau cylindre en fer doux. Cette alternative est répétée quatre et cinq fois, de sorte que la section d’un de ces aimants présente l'alternative de cercles en fer et des spires du fil électrique.
- Il résulte de cette disposition que chacun des cylindres métalliques est aimanté sur ses deux faces, intérieure et extérieure, de manière inverse, en présentant des pôles de nom contraire à l’extrémité de l’électro-aimant. Ces pôles, dont l’etïet se détruirait dans une attraction à grande distance, ou dans une action magnétique à transmettre par une armature, exercent, au contraire, tous une action individuelle sur les molécules de l’armature, qui sont à une très-petite distance, et leur ensemble constitue une très-grande puissance d’attraction, capable de porter des poids considérables. M. Camacho, dans une expérience faite sous les yeux de l’assemblée, montre qu’avec un petit nombre d’éléments de pile on peut aisément faire porter 1 000 kilog. à un électro-aimant de cette forme.
- Cette propriété peut recevoir quelques applications spéciales, et la communication qui en a été faite à la Société par M. Comacho paraît digne de tout son intérêt.
- M. le Président remercie M. Comacho d’avoir bien voulu exécuter cette expérience devant la Société, et il en renvoie l’examen au comité des arts économiques, qui a déjà reçu le Mémoire et les dessins de cet appareil.
- Architecture. — Nouvel Opéra. — M. Baude entretient la Société des procédés employés pour la fondation de la nouvelle salle de l’Opéra qui a été inaugurée récemment. (Celte communication, accompagnée de dessins, paraîtra au Bulletin.)
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- Nomination de membres de la société. — Sont nommés membres de la Société par un vote du Conseil :
- MM. Dubreuil (Alfred), fabricant de porcelaine, à Limoges; Rothschild, libraire-éditeur, à Paris; Hoyaux, horloger, à Paris; Gauthier-Villars, libraire, à Paris; Fournier (Félix), propriétaire, à Paris; Bischoffsheim, banquier, à Paris, rue de Grammont; Poiré, ingénieur civil des mines, à Paris; Hache (Adolphe), fabricant de porcelaine, à Yierzon.
- Séance du 23 avril 1875.
- Présidence de M. Balard, Vice-Président.
- Correspondance. — M. Olivier (E.), architecte, rue de Sèvres,7, à Clamart, envoie une note pour recommander un moyen d’obtenir claire l’eau des citernes remplies par le produit des pluies. Au lieu de placer le robinet au fond ou près du fond de la citerne, ou bien de recueillir l’eau par un déversement de surface, il met au robinet de fond, à l’intérieur de la citerne, un tuyau de caoutchouc dont l’orifice est soutenu par un flotteur, à une petite distance (0m,10 à 0m,15) au-dessous de la surface du liquide. De la sorte, l’eau est toujours exempte des dépôts formés au fond par les matières qui auront troublé l’eau, et des substances légères qui peuvent flotter à la surface. (Arts économiques.)
- M. Saint-Romas, entrepreneur d’épuisements, chaussée du Maine, 31, demande le concours de la Société pour faire breveter une machine hydraulique dont il est l’inventeur. (Arts mécaniques.)
- M. Tozelli, ingénieur, rue Lafayelte, 213, à Paris, fait connaître le parti qu’on pourrait tirer d’un appareil analogue à sa taupe marine, pour éviter les malheurs semblables à celui qui vient de causer la mort déplorable de deux courageux aéronautes, dans la dernière ascension du ballon le Zénith. Au-dessus de la nacelle où se tiennent ordinairement les aéronautes, il place un cylindre métallique susceptible de fermeture hermétique, pourvu d’un trou d’homme et de glaces, ainsi que déboîtés à étoupe par lesquelles passent tous les instruments nécessaires pour la manœuvre du ballon, tige pour ouvrir le ballon, projection du lest, etc. Lorsque la pression diminuera assez pour devenir incommode, les aéronautes entreront dans ce compartiment fermé et continueront leur ascension à l’abri, non-seulement de la raréfaction de l’air, mais encore de la diminution de pression qui est une cause de danger aussi redoutable; les observations seront continuées sur des instruments placés à l’extérieur devant les glaces de vision. (Arts économiques.)
- M. Pemolet (À.), ingénieur civil des mines, répond aux observations qui ont été adressées à la Société au sujet de l’article du compte rendu des séances concernant la communication qu’il a faite, le 22 janvier dernier, sur les travaux dè percement du Saint-Golhard. Ce résumé était insuffisant pour faire bien connaître les faits que l’au-
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- teur de la communication a recueillis dans ses diverses visites sur les lieux et dans les documents officiels dont il possède la collection. II faut se reporter à son mémoire qui est sous presse et qui paraîtra bientôt dans le Bulletin de la Société.
- Les avantages des différents perforateurs sont très-divers. Tel appareil qui a été mis de côté à Airolo comme consommant deux fois trop d’air réussit très-bien à Goschenen entre les mains de son inventeur, qui sait mieux que tout autre en tirer parti. Le perforateur Mac-Kean, que M. Pernolet a seul décrit devant la Société parce qu’il était nouveau pour elle, semble devoir être préféré, jusqu’à présent, pour les roches très-dures, à cause du grand nombre de coups qu’il donne avec de petites courses, et il est permis de penser que les autres appareils produiraient des effets analogues si, en réduisant leur course, on parvenait à leur faire frapper un aussi grand nombre de coups. Le perforateur Dubois semble avoir jusqu’ici une supériorité incontestable dans les roches de dureté moyenne, et son emploi est indiqué pour l’exploitation des houillères et des mines métalliques ordinaires.
- M. Lecoq de Boisbaudran adresse à la Société une réclamation de priorité au sujet de l’application del’électrolyse au dosage du cuivre. MM. Oeschger et Mesdach ont fait connaître ce mode de dosage à la Société d’encouragement [Bulletin^ t874,page 582), en lui remettant là traduction d’une notice qui a été publiée dans plusieurs journaux allemands en 1869, et qui attribue l’invention de ce procédé à un chimiste allemand.
- M. Lecoq de Boisbaudran rappelle qu’il s’est occupé de ce sujet depuis longtemps, et qu’il a publié cette application de l’électrolyse dans le Bulletin de la Société chimique de Paris (1er semestre 1867, page 468). Elle a été, dès lors, utilisée dans l’industrie, notamment à la Monnaie de Bruxelles, pour la séparation du cuivre et du nickel. Dans ses expériences, il s’est servi d’un vase en platine qui est préférable à un cône ou-. vert, comme M. Herpin l’a reconnu, et il a remarqué qu’il ne faut pas douze à treize heures pour opérer le dépôt du cuivre, mais que deux à cinq heures, au plus, suffisent.
- M. le comte de Saint-Ferriol, propriétaire de l’établissement thermal d’Uriage (Isère), envoie la description et les dessins de l’appareil purgeur du siphon qui amène les eaux de la source dans l’établissement. Un petit moteur hydraulique, formé d’une roue à auget mise en mouvement par le trop-plein d’un réservoir, ouvre alternativement deux tiroirs, l’un intérieur et l’autre supérieur, qui donnent passage au gaz, et un contre-poids oscillant oblige cette roue à ne marcher que d’une manière intermittente lorsque tous les augets sont complètement remplis. Cet arrêt alternatif est réglé de manière à laisser aux bulles de gaz le temps de se dégager à travers la colonne liquide qui les surmonte, et l’appareil purgeur marche ainsi automatiquement depuis deux ans, saus avoir éprouvé la moindre interruption pendant toute la saison des bains. L’emploi de ce siphon et de cet appareil a eu pour avantage d’amener l’eau minérale jusqu’à la baignoire sans qu’elle ait éprouvé le contact de l’oxygène de l’air et, par conséquent, sans qu’aucune partie de ses composés sulfureux ait été altérée. (Comité des arts mécaniques.)
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- M. Mathey (C. M.), à Plombières (Vosges), envoie des exemplaires du programme du moteur à vent qu’il a fait exécuter pour l’employer à des travaux industriels. (Arts mécaniques.)
- M. Hardy (A. F.), membre du comité d’agriculture, fait hommage à la Société d’un exemplaire de la 7e édition du Traité de la taille des arbres fruitiers, par J. A. Hardy. Cette édition, due aux soins de M. Hardy (A. F.), se trouve à la librairie agricole de la Maison rustique; elle est remarquable par sa belle exécution et par 140 figures dessinées d’après nature et intercalées dans le texte.
- M. Durand-Claye (Alfred), ingénieur des ponts et chaussées, à Paris. Rapport à la Société des agriculteurs de France ^ur les gisements du guano du Pérou; brochure grand in-8: extrait du Journal de l’Agriculture.
- Membres perpétuels ou a vie. — M. le Président donne lecture au Conseil de la lettre que M. Bischoffsheim> membre de la Société, lui a écrite pour demander à être inscrit au nom de ses membres perpétuels.
- M. Fournier (Félix), membre de la Société, demande à être inscrit au nombre des membres à vie.
- M. le Président, en faisant celte double présentation, exprime, au nom du Conseil, des remereîments à MM. Bischoffsheim et Fournier.
- Rapport des comités. — Carte agronomique d’une région. — M. Tisserand lit, au nom du comité d’agriculture, un rapport sur la statistique agronomique de l’arrondissement de Vouziers (Ardennes) qui a été présentée à la Société par MM. Meugy, ingénieur en chef des mines, et Nivoit, ingénieur ordinaire au même corps.
- Le rapporteur propose de remercier MM. Meugy et Nivoit de leur intéressante communication et d’insérer le rapport dans le Bulletin.
- Ces propositions, mises aux voix, sont adoptées. (Voy. plus haut, p. 358.)
- Chutes d’eau souterraines ; leur emploi. — M. Haton de la Goupillière lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur une nouvelle espèce de chute d’eau dont M. Hanriauy ingénieur, à Meaux, tire parti pour faire remonter à la surface du sol des eaux qui s’écoulent sous terre sans utilité.
- Le rapporteur propose de remercier M. Hanriau de sa communication et d’imprimer, au Bulletin, le rapport dont elle a été l’objet.
- Ces conclusions sont approuvées par le Conseil.
- Sériciculture ; dévidage des cocons percés. — M. Alcan lit, au nom du même comité, un rapport sur les procédés que M. Christian Ledoux emploie pour dévider les cocons percés par la sortie du papillon dont ils contenaient la chrysalide.
- Le rapporteur propose de remercier M. Ledoux de sa communication et d’ordonner l’insertion du rapport auquel elle a donné lieu dans le Bulletin de la Société.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.
- Étuis pour les instruments de musique. — M. Wolff fait, au nom du comité des arts chimique^, un rapport sur les étuis-forme, pour le transport et la conservation
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- des instruments de musique, qui ont été présentés à la Société par M. le marquis de Siblas.
- Le comité propose de remercier M. de Siblas de sa communication et d’insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.
- Pompes d’arrosage. — M. Le Roux lit, au nom du même comité, un rapport sur une pompe à main pour l’arrosage dans les jardins ou dans les serres, présentée à la Société par M. Regnier, fabricant de lampes-modérateur et de pompes, rue Pierre-Levée, 19.
- Le comité propose d’approuver la pompe de M. Regnier et d’insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont adoptées.
- Communications.— Ostréiculture.— M.Mangon donne à la Société des renseignements sur la méthode d’élevage des huîtres, employée par M. Auguste Michel, conducteur des travaux hydrauliques, à Lorient.
- Les recherches de M. Coste ont fait connaître la grande abondance du naissin des huîtres et la destruction effrayante qui en est faite dans l’état naturel. Les procédés qu’il a conseillés, et qui ont été perfectionnés depuis, donnent des moyens pratiques pour fixer ce naissin. Mais, lorsqu’on fait ce qu’on appelle le détrocage on l’enlèvement du collecteur de l’huître déjà formée, il est difficile de ne pas la blesser. Elle cicatrise, il est vrai, ses blessures, quand elle est placée dans des conditions convenables; mais, abandonnée à elle-même et exposée sans défense aux attaques de ses ennemis, il est rare qu’elle leur échappe. Aussi cette opération, qui doit être faite de novembre à mars, n’est-elle exécutée qu’en mars et même plus tard, au grand préjudice du nombre et de la forme des huîtres conservées. Après le détrocage, les petites huîtres sont mises en grand nombre dans des ambulances où elles cicatrisent leurs blessures, mais où elles s’étouffent les unes les autres, ou bien dans des étalages ou parcs où elles sont livrées aux attaques de tous leurs ennemis. Les pertes sont énormes, et c’est en comparant l’abondante récolte faite sur les collecteurs avec la quantité d’huîtres qui arrivent à l’état comestible, qu’on peut se rendre compte de l’état variment barbare de cette industrie.
- M. Michel emploie un ensemble de procédés qui évitent tous ces accidents. Les petites huîtres peuvent être détroquées de très-bonne heure, et il les place dans des cuvettes rectangulaires à rebords de 50 centimètres de longueur sur 40 de largeur, qui sont construites en béton de chaux, ciment et sable, et dont le fond est percé de trous. Dans ces ambulances, qui sont recouvertes par des cuvettes semblables mais dépourvues de trous, l’eau se renouvelle aisément et la vase ne peut pas séjourner ; les huîtres y cicatrisent leurs blessures et prennent la force suffisante pour résister aux attaques de leurs ennemis, sans être étouffées ou gênées dans leur développement. Quand elles ont pris une grandeur convenable, on les place dans des cuvettes de même
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- forme à fond plein, comme celles qui recouvrent les ambulances, et elles y restent jusqu’au moment où elles sont comestibles. Le liquide qui reste dans ces cuvettes à chaque marée les met à l’abri des fâcheux effets du soleil et des gelées ; la vase ne peut pas y séjourner à cause de l’action des courants et du clapotis de l’eau, et, en tout cas, le nettoyage serait très-facile s’il était nécessaire.
- Par une installation systématique et très-simple, on peut régulariser sur des pièces de bois ces cuvettes, de manière à en faire sur la plage de longues files et des ruches qui résistent très-bien à l’action soit d’une mer peu violente, soit du vent, et qui sont composées de deux ou trois cuvettes superposées et recouvertes par un plateau du même genre. Les cuvettes d’ambulance inférieures n’ayant pas de rebords permettent à l’eau agitée de courir dans toute l’étendue de la roche et d’entretenir la propreté et la salubrité de l’ensemble. Ces dispositions principales peuvent, d’ailleurs, être modifiées de plusieurs manières, en raison de l’état des lieux, de la force de la mer, etc. La méthode générale, qui est une sorte d’éducation cellulaire de l’huître dans des appareils simples, peu coûteux, facilement maniables, a pour objet de mettre l’animal dont on fait l’éducation, dans les conditions de sécurité et de propreté hygiénique qui sont les plus favorables à son développement. Il est très-désirable de voir ces principes si rationnels appliqués d’une manière générale.
- M. Peligot fait remarquer que la nature calcaire des vases dans lesquels U. Michel fait placer ses jeunes huîtres doit être éminemment favorable à leur développement. Il faut de la chaux à l’huître 5 celle qu’elle trouve dans la mer lui suffit ordinairement, mais elle pourrait être augmentée avec avantage. Il cite une fabrique qui jetait à la mer des résidus calcaires encombrants. La plage où ce dépôt était fait devint remarquable pour l’abondance de ses huîtres; lorsqu’il fut supprimé, elles disparurent.
- M. Mangon cite quelques faits qui confirment ces observations.
- M. le Président renvoie l’examen du mémoire deM. Michel au comité d’agriculture.
- Séance du 14 mai 1875.
- Présidence de M. Pumas, Président.
- Correspondance. — M. Sibon (Théophile), tue des Feuillantines, 94, présente une manivelle, sans point mort, pour transformer le mouvement rectiligne de va-et-vient du piston en un mouvement circulaire. (Arts mécaniques.)
- M. Bazelaire (Emile), rue Lobau, 15, à Paris, nouveau système de fermeture automatique pour cadenas, sacs de dépêches, devantures de boutiques, etc. (Arts mécaniques.)
- M. Albisser, rue des Orteaux, 57, à Charonne, marteau-pilon à frein très-puissant. (Arts mécaniques.)
- M. Têtevide-Jouvenel, grande rue Saint-Sauveur, 31, à Beauvais, inciseur annulaire pour la culture de la vigne. (Agriculture.)
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- M. Cibert (Paul), entrepreneur de menuiserie, route de Paris, 26, bas Montmorency, près d’Enghien (Seine), appareil pour garantir la vigne des gelées printanières. (Agriculture.)
- M. Bosc (Ernest), architecte, boulevard Saint-Germain, 40, à Paris, fermes en bois à grande portée. (Arts mécaniques.)
- M. Boudin, ingénieur civil, rue Blanche, 83, à Paris, nouveau bois remplaçant le buis dans la gravure sur bois. (Beaux-arts appliqués à l’industrie.)
- M. Charton[G.), peintre, rue Bayard, 26 (Champs-Elysées), cuirs artistiques gaufrés à la main. (Beaux-arts appliqués à l’industrie.)
- M. Deleuil, ingénieur-mécanicien, rue des Fourneaux, 42, à Paris, adresse une réclamation au sujet de la pompe d’arrosage pour les serres et les jardins, présentée par M. Bégnier, et sur laquelle le comité des arts économiques a fait un rapport dans la séance du 23 avril. — M. Deleuil que son père avait inventé, en 1826 ou 1827, une pompe pareille qu’il construisait par milliers, et qui, par conséquent, a été l’objet d’une très-grande publicité. (Arts économiques.)
- M. Lemaire, fabricant de chaux, à Nogent-les-Vierges, par Creil (Oise), demande le concours de la Société pour la prise d’un brevet au sujet d’un procédé économique de chauffage. (Arts économiques.)
- M. Bivière (A.), docteur ès sciences, rue des Beaux-Arts, 6, nouveau procédé pour l’extraction du jus des betteraves. (Arts chimiques.)
- M. Callon (J.), inspecteur général des mines et membre du comité des arts mécaniques de la Société, transmet au Conseil le quatrième volume qui vient de paraître du Cours de machines et d’exploitation pour les mines, qu’il a professé à l’Ecole des mines de Paris. Il annonce l’envoi prochain des deux derniers volumes de cet ouvrage.
- M. Ginestou (J.), bibliothécaire de la Société, fait hommage à la Société d’un exemplaire de la traduction qu’il a faite du dernier ouvrage de géologie de l’illustre sir Ch. Lyell.
- M. le Président remercie M. Ginestou de cet envoi ; il rappelle que M. Ginestou a traduit, avec le plus grand succès et] à la grande satisfaction des géologues français, les autres ouvrages de sir Ch. Lyell, et le nouvel ouvrage qui est le résumé pratique des précédents est appelé à rendre de grands services aux nombreux adeptes de la géologie.
- membres perpétuels donateurs. — M. le Président informe le Conseil que M. Michel Perret, membre de la Société, s’est fait inscrire au nombre des membres perpétuels donateurs de la Société.
- M. le Président exprime à M. Perret les remercîmenls de la Société.
- Rapport des comités. — Grappins. Sondages sous-marins. — M. Tresca, membre du Conseil, fait, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur les grappins pour opérations sous-marines de M. Toselli.
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- Le comité propose de remercier M. Toselli de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin avec deux gravures représentant ses appareils.
- Ces conclusions sont approuvées par le Conseil.
- Planimétrie, intégrateur.— M. Tresca fait, au nom du même comité, un rapport sur l’intégrateur de M. Marcel Deprez.
- Le rapporteur propose d’exprimer à M. Deprez l’approbation de la Société et d’insérer le rapport au Bulletin avec le dessin des appareils.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont adoptées.
- Instruments de pesage. — M. Tresca fait encore, au nom du même comité, un rapport sur la fabrication d’instruments de pesage de M. Paupier, balancier à Paris.
- Le comité propose de remercier M. Paupier de l’occasion qu’il a donnée de visiter son usine importante et d’en apprécier les bonnes dispositions.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont adoptées.
- Triage magnétique. — M. Bouiïhet fait, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur le trieur-magnéto-mécanique de M. Charles Vavin, qui a pour objet de séparer les tournures et limailles de fer de celles en cuivre, qui sont mélangées dans les balayures des ateliers des mécaniciens.
- Le comité propose de remercier M. Charles Vavin de son intéressante communication et d’insérer le rapport auquel elle a donné lieu dans le Bulletin avec un dessin de la machine.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont adoptées.
- - Communications. — Mines de houille, transport. — M. A. Pemolet, ingénieur civil des mines, fait un exposé des moyens mécaniques employés en Allemagne et en Angleterre pour le transport de la houille à l’intérieur des mines.
- Le développement considérable qu’a pris l’industrie houillère dans ces vingt dernières années a conduit les exploitants à concentrer la production sur des puits peu nombreux, mais parfaitement outillés, produisant de 60Ô à i 800 tonnes par journée de 10 heures. A chacun de ces puits correspond :
- A l’intérieur, un réseau de voies ferrées à petite section, reliant à la base du puits d’extraction les différents chantiers ;
- Et, à l’extérieur, des voies de même section, reliant l’orifice du puits à des cribles, à des lavoirs, à des fours à coke, à des dépôts de charbon, ou à des quais de chargement.
- Sur ces voies circulent de petits waggonnets de mines, contenant de 200 à 1 000 kilogrammes de houille, suivant la puissance des couches exploitées, et pesant, pleins, de 500 à 1 500 kilogrammes.
- Dans les grandes houillères anglaises ou allemandes, dont la production journalière atteint souvent plus de 1 000 tonnes, on a, tout naturellement, été conduit à employer des moyens mécaniques pour effectuer le transport des 2 à 3 mille waggonnets qu’il faut amener à la base du puits, lorsqu’on atteint une certaine production.
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- Ces moyens mécaniques, peu connus en France, me semblent applicables à toutes les industries où l’on a à effectuer, par petits waggonnets, entre différents puits d’un grand établissement, des transports réguliers et importants; à ce titre, il est utile de les faire connaître à la Société.
- Tous, ils rentrent dans deux systèmes principaux, dont chacun, d’ailleurs, présente un grand nombre de variétés, et qu’on peut désigner sous le nom de,
- Tractions sur chaîne ou câble traînant,
- El de tractions sur chaîne ou câble flottant.
- Dans le premier système, les waggonnets formés en trains, qui peuvent être de 90 waggonnets, et attelés à la partie inférieure, sont traînés au moyen d’une chaîne ou d’un câble occupant l’axe de la voie sur laquelle circulent les waggonnets, et reposant sur le sol même par l’intermédiaire de rouleaux-guides qui diminuent le frottement dans les alignements droits et qui maintiennent, dans les courbes, le câble dans l’axe de la voie. Une machine établie à proximité du point d’arrivée transmet au câble, et par conséquent au train remorqué, une vitesse de translation qui va, parfois, jusqu’à 7 et 8 mètres par seconde. Pour ramener à leur point de départ les waggonnets vides, on attelle à l’arrière du train un second câble, dit câble de retour, qui, après avoir passé sur une poulie de retour établie à l’extrémité de la gare de départ, revient, en suivant extérieurement la voie du roulage, dont le câble conducteur occupe l’axe, à la machine où il s’enroule sur un tambour spécial. Ce tambour, fou sur son axe pendant le remorquage d’un train plein, laisse se dévider le câble de retour, mais un embrayage permet de le rendre moteur à son tour en rendant fou le tambour conducteur, lorsqu’il s’agit de ramener les waggonnets vides et le câble conducteur qui est attelé derrière eux.
- Dans le second système, les waggonnets marchant isolément et attelés par la partie supérieure sont entraînés par une chaîne ou un câble sans fin dont les deux brins, suspendus au-dessus des deux voies distinctes, qui sont obligatoires dans ce cas, sont portés, à leurs extrémités seulement, par des poulies horizontales, dont l’une est motrice, et transmet à la chaîne ou au câble un mouvement lent, mais continu, avec une vitesse de translation qui varie de 0m,30 à 2m,t33 par seconde.
- Sur chacun de ces brins on engage, sur la voie dont il occupe l’axe et dans le sens de son entraînement, au point de production, les waggonnets pleins, et au point d’arrivée, sur l’autre voie, les waggonnets vides.
- En reliant, par des artifices divers, les waggonnets à la chaîne ou au câble, on constitue ainsi, sur chacune des deux voies, un chapelet de waggonnets participant au mouvement dont sont animés, en sens inverse, les deux brins de la chaîne, laquelle est ainsi soutenue sur toute sa longueur par les waggonnets eux-mêmes, ce qui dispense de tout rouleau-guide.
- Tandis que le premier système s’applique à tous les cas et permet de desservir des voies de transport, quels que soient leur plan et leur profil, les courbes pouvant être
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- franchies sans difficulté, même à grande vitesse, pourvu que le guidage des câbles et des waggonnets soit assuré, le second système, si original et si simple, n’admet en plan qu’un tracé composé d’alignements droits, raccordé par des courbes qui ne peuvent être automotrices qu’autant qu’elles ne se répètent pas plus d’une fois sur tout le parcours. Dans le cas de branchements, on doit installer autant de systèmes distincts qu’il y a de branches. Ces systèmes secondaires peuvent, d’ailleurs, être commandés par une machine unique, le premier système transmettant le mouvement à tous les autres au moyen de dispositions spéciales : il y a arrêt, et par conséquent main-d’œuvre permanente à chaque embranchement.
- Le grand avantage de ce système à chaîne flottante, ce qui lui permet d’être si remarquablement économique au point de vue de la force, c’est que, étant donné un grand parcours avec pentes variables et inverses, la solidarité établie par la chaîne entre les différents waggonnets pleins et vides qui sont répandus à intervalles égaux tout le long de la voie fait que les forces motrices de toutes les pentes se totalisent pour venir en déduction des résistances créées par toutes les rampes; la machine n’a plus alors qu’à développer une force égale à la différence des forces motrices et résistantes créées par la gravité sur toute l’étendue du parcours. Quand les deux extrémités sont à des niveaux différents, il y a prédominance d’un des totaux sur l’autre, et alors, si les forces motrices sont en excès suffisant, la machine peut devenir inutile, et l’on peut avoir un système automoteur là où avec les systèmes ordinaires on n’aurait jamais pu songer à en établir.
- Quant au développement de voies que peuvent desservir ces tractions mécaniques, il est considérable ; ainsi,
- En Allemagne, à Saarbruck, on voit une traction sur câble traînant, dans laquelle les waggonnets parcourent sans arrêt et à la vitesse de 4m,700 par seconde une galerie de 4 200 mètres de longueur.
- En Angleterre, près de Newcastle, à des houillères de Harth Heltou, le puits de Moors-ley East présente à sa base un réseau de voies desservies par une traction à câble traînant, dont le développement total est de 4 810 mètres.
- Dans le même pays, près de Burnley, on voit à la houillère de Townley un plan incliné desservi par une traction à chaîne flottante, présentant avec ses huit branches un développement total de 5 598 mètres, la plus grande longueur parcourue directement étant de 2 749 mètres.
- Au point de vue des frais de premier établissement et des frais de revient de la tonne kilométrique, le système le plus avantageux est la traction par chaîne sans fin. Avec ce système, en effet, pour installer un kilomètre de voie desservie mécaniquement, on peut, en général, ne dépenser que 25 000 francs dont 8 à 10 000 francs pour la machine, et les frais d’exploitation par tonne transportée à un kilomètre ne dépassent pas 0 fr. 09.
- Avec le système par câble traînant, qui exige une voie mieux établie et une machine
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- considérablement plus puissante, à cause de la grande vitesse avec laquelle il fonctionne, un kilomètre de voie avec son moteur coûte environ 40 000 francs, dont près de 30 000 francs pour la machine, et les frais d’exploitation s’élèvent par tonne kilométrique à près de 0 fr. 13.
- M. le Président remercie M. Pernolet de l’exposé qu’il vient de faire à la Société d’encouragement, et charge le comité des arts mécaniques d’examiner la suite qui doit être donnée à cette intéressante communication.
- Séance du 28 mai 1875.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Correspondance. — M. Montagne (J. C.), rue Haxo, 83, — Parïs-Belleville, moyen d’allumer très-rapidement et à peu de frais les foyers des établissements industriels. Allumettes-Jacquard. (Arts mécaniques.)
- M. Lejeune (A.), mécanicien, rue de Tanger, 5, à Paris, présente un palier graisseur continu pour arbres verticaux. (Arts mécaniques.)
- M. le Dr Liste (E.), rue Garancière, 8, demande l’examen de ses procédés pour la conservation de l’eau de mer et pour son emploi dans la panification qui a, dit-il, des avantages spéciaux importants, (Arts chimiques.)
- M. A. de Memptinne, fabricant de produits chimiques à Molenbeek-Saint-Jean-lez-Bruxelles (Belgique), envoie deux brochures concernant son établissement : 1° Nouveau procédé de fabrication de l’acide sulfurique, 1875, grand in-8 ; 2° Appareil de concentration de l’acide sulfurique à 66° dans le plomb à l’aide du vide, in-4°. (Arts chimiques.)
- M. M//, ingénieur civil, présente un exemplaire de ses Études historiques et pratiques sur la nitroglycérine et la dynamite. Paris, 1875, in-8.
- JVI. le Président de la Commission française à l’Exposition internationale de Vienne envoie les rapports sur cette exposition qui ont été rédigés par les membres français du jury international, 4 vol. grand in-8.
- Rapport des comités. — Ciments et mortiers. — M. Baude lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur les procédés de M. Ducourneau pour l’essai pratique des ciments employés dans les constructions à Paris.
- Le comité propose de remercier M. Ducourneau de sa communication et d’insérer dans le Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu. (Approuvé.)
- Communications. — Concentration de l’acide sulfurique. — M. Kessler donne des détails sur un nouvel appareil pour la concentration de l’acide sulfurique à 66°, qui est dû à MM. Kessler et Faure, fabricants d’acide sulfurique et de produits chimiques à Clermont-Ferrand.
- Nous avons attendu, dit-il, pour soumettre notre appareil à l’attention de la Société, que la pratique industrielle ait eu le temps de prononcer. Trois années se sont écou-
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- lées pendant lesquelles il a été perfectionné peu à peu dans ses diverses parties; son usage s’est répandu dans tous les États européens, et il a donné partout les résultats les plus avantageux. Maintenant il existe 29 appareils de ce genre qui fonctionnent d’une manière tout à fait satisfaisante.
- Nous croyons donc pouvoir vous apporter aujourd’hui avec confiance la sanction tout à fait complète de l’expérience en grand.
- Voici sur quelles données ces appareils ont été établis :
- Rompant franchement avec la tradition de la construction des anciens alambics qui se composaient d’une chaudière couverte, articulée par un collet plus ou moins étroit à un chapiteau avec allonge, et se vidant par un siphon réfrigérant, nous n’avons conservé en platine qu’une simple surface de chauffe sur laquelle arrive constamment un courant d’acide sulfurique faible qui déborde à jet continu par un tube de trop-plein. Le reste est remplacé par du plomb.
- La surface de chauffe en platine affecte la forme d’une cuvette à fond plat et à bords peu élevés. Le pourtour de ces bords se renverse extérieurement et retombe dans une rigole annulaire en plomb, où elle forme, avec les petites eaux condensées, un joint hydraulique. Cette rigole est supportée elle-même par un anneau de fonte plat recouvert de plomb, que nous nommons le soubassement de l’appareil parce qu’il sert de support à une cloche à doubles parois de plomb destinée à contenir et à condenser les vapeurs.
- Le joint de la cloche avec le soubassement se fait encore hydrauliquement avec les petites eaux.
- Entre les deux enveloppes de cette cloche circule de l’eau froide; en sorte que les vapeurs émises par l’acide en ébullition sont condensées à leur contact et éliminées sous la forme d’acides faibles. Ceux-ci, conduits à l’extérieur par une rigole spéciale du soubassement et par un tuyau abducteur en plomb, traversent, comme anciennement, une éprouvette où plonge un aréomètre. Comme anciennement aussi, l’ouvrier règle l’arrivée de l’acide sur le degré marqué par cet instrument.
- D’autre part, l’acide qui s’est dépouillé de son eau s’échappe continuellement par un court tuyau de platine et entre dans le réfrigérant pour aller directement remplir les bonbonnes.
- Le réfrigérant dont nous nous servons exclut complètement le platine dans sa construction, mais on conçoit qu’en prolongeant le tube de sortie en platine, et en l’entourant d’eau à la façon de l’ancien siphon, on arriverait à le remplacer; il n’en coûterait qu’un peu plus de place et de frais.
- La cloche en plomb est armée d’une ferrure qui l’empêche de se déformer. Elle porte, à sa partie supérieure, un collet et un corps de plomb assemblés à jonction hydraulique qui conduisent à l’extérieur les portions d’air expulsées par les reflux possibles de la distillation.
- Pour les productions qui ne dépassent pas 6 ou 6,000 kilogrammes d’acide à 66° en 24 heures, nous n’employons, la plupart du temps, qu’une seule cuvette; mais, pour
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- les quantités supérieures, nous préférons en prendre deux et faire déborder l’acide de l’une dans l’autre. On y gagne d’avoir des petites eaux plus pauvres et d’augmenter d’autant la proportion de l’acide concentré à quantité égale de combustible.
- Cet avantage est fort important pour la fabrication de l’acide à 66° réels, dont l’usage se répand de plus en plus, et dans laquelle l’acide entrait à 58 ou 60° dans l’ancien appareil pour en ressortir presque en totalité sous la forme de petites eaux marquant 50°. Par l’emploi de deux cuvettes ces 50° se réduisent à 25, et les 25 autres degrés sont gagnés sans dépense. La pureté de l’acide est accrue dans le même rapport.
- Nous ferons remarquer que la partie de l’appareil qui nous a demandé le plus de peine, c’est le joint entre le platine et le plomb qui fuyait toujours ; et que ce joint est aujourd’hui arrivé à un degré de perfection que l’on n’avait pas pu atteindre jusqu’ici entre platine et platine dans l’ancien alambic. Notre système est donc infiniment plus salubre.
- En réalité, nos appareils présentent sur les anciens les principaux avantages suivants :
- Ils n’emploient que le quart en poids du platine, tout en conservant l’avantage de ne laisser l’acide en contact avec aucun autre corps.
- Ils procurent une économie de combustible qui, dans certaines usines, n’a pas été moindre de 50 pour 100.
- Us permettent de fabriquer l’acide à 66° réels, avec la même facilité et sans plus de soubresauls que l’acide ordinaire, mais en plus grande quantité dans le même temps pour la même dépense.
- Leur usure est diminuée dans la même proportion que leur surface de contact avec l’acide; soit de 1/6 à 1/7 (on sait que cette usure était de 2 gr. par tonne d’acide).
- Us présentent moins de dangers, ne renfermant qu’une très-faible quantité d’acide et n’étant clos que par des joints hydrauliques à larges diamètres.
- L’adjonction d’une cuvette en sus permet d’augmenter la production sans changer l’appareil.
- Enfin ils rendent l’acide à un niveau beaucoup plus élevé, soit à 60 ou 70 centimètres au-dessous des poêles préparatoires en plomb.
- L’un de ces appareils, le premier concédé, fonctionne à l’usine de Javel chez M. Léon Thomas qui s’est fait un plaisir de le laisser visiter aux personnes qui lui en ont fait la demande. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- Mosaïques. — M. Baude, vice-président du Conseil, entretient la Société des mosaïques qui ont été employées en grand nombre pour la décoration du nouvel Opéra. (Cette communication paraîtra au Bulletin.)
- M. le Président remercie M. Baude de cette intéressante communication et le prie de continuer à faire connaître à la Société les principales parties des travaux de construction du nouvel Opéra.
- Pour ne parler que de la ventilation, ajoute-t-il, dont on s’est beaucoup occupé depuis une trentaine d’années, elle soulève le problème complexe que voici, pour
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- une grande salle envahie brusquement à une heure fixe par une foule de 3 000 personnes, y séjournant pendant quatre heures, et dont la présence exige un très-puissant éclairage : il s’agit,, en effet, de renouveler l’air à une température convenable, en hiver comme en été, sans produire ni courant d’air fâcheux, ni insuffisance de circulation. C’est là un problème des plus difficiles à résoudre, et il est très-utile de connaître ce qui a été fait dans cette voie.
- Autrefois on ne s’occupait guère de la ventilation, que les diverses conditions de la vie ordinaire rendaient moins nécessaire ; mais on est forcé de reconnaître aujourd’hui que l’établissement d’appareils, capables de la rendre aussi parfaite que possible, s’impose comme une nécessité absolue.
- Une solution convenable a été obtenue pour le renouvellement de l’air dans les espaces où l’agglomération est peu considérable ou de peu de durée. Les hôpitaux, les amphithéâtres, la plupart des nouvelles maisons d’habitation sont assez bien aérés, mais jusqu’à présent on a beaucoup moins bien réussi pour les théâtres.
- Quand on stationne peu de temps dans une grande salle,- on ne s’aperçoit pas ordinairement de la gravité de l’altération de l’air, mais, si on se transporte aux orifices d’écoulement de l’air vicié, les effets produits par cette altération se font immédiatement sentir, ainsi que le témoignent les faits suivants :
- Pendant une épidémie de choléra, une commission fut chargée d’examiner la composition de l’air d’une salle de l’hôpital Lariboisière; la ventilation de cette salle fut opérée par une cheminée d’appel, et des prises d’air y furent faites en vue des analyses nécessaires. Les chimistes qui étaient chargés de ce travail, MM. Dumas, Pelouze, Pasteur, Henri Sainte-Claire Deville, tous exercés à tolérer sans souffrance les vapeurs les plus intenses des laboratoires, ne pouvaient pas soutenir l’action de ces émanations, et en étaient immédiatement suffoqués.
- Dans une salie de bal où aucun des assistants ne paraissait se plaindre de l’état de l’air, un des pompiers de service chargé de veiller au danger d’incendie était obligé de se tenir au haut du plafond, dans le passage par lequel se faisait la sortie de l’air vicié de la salle; or aucun de ces hommes ne pouvait respirer cette atmosphère pendant plus d’une demi-heure; des vertiges, des nausées, suivis de syncopes, survenaient dans cet espace de temps.
- M. Dumas a eu occasion de s’occuper de la circulation de l’air dans la salle des députés: il reconnut que, tandis qu’on était dans une position tolérable sur le plancher de la salle, l’air au plafond était insupportable; les métaux se sulfuraient rapidement, et les hommes ne pouvaient pas y séjourner sans inconvénient grave.
- A une certaine époque, on avait essayé pour certaines écoles une disposition particulière de ventilation qui paraissait satisfaisante. L’air frais entrait largement par une des extrémités de la salle, et la sortie se faisait par un orifice placé à l’autre extrémité, au-dessus et à peu de distance de la tête de l’institutrice. Or on s’aperçut bientôt que toutes les maîtresses d’école devenaient malades ; elles avaient des accidents nerveux
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- très-prononcés, tombaient dans un grand état d’anémie et étaient obligées de suspendre leur service. On reconnut la cause de ces désordres, et avec la suppression du système de ventilation ces accidents cessèrent.
- Tous les faits réunis sur ce sujet amènent à cette même conclusion : l’air des agglomérations nombreuses d’êtres humains est vicié. Il contient, entre autres co ps, des ammoniaques composées de nature dangereuse, des acides divers et, entre autres, celui qui donne une odeur toute spéciale aux oiseaux. Cet air est un composé très-complexe qui exerce, sur la santé, des effets préjudiciables; ces effets, plus sensibles lorsqu’il s’agit de réunions d’enfants que pour les réunions d’hommes faits, deviennent bien plus marquants encore quand on prend l’air des crèches ou des réunions d’enfants en bas âge. On peut donc dire que les exigences de la ventilation croissent en raison inverse de l’âge des individus réunis dans des espaces clos.
- Les procédés employés pour la ventilation des édifices sont très-divers, mais ils se rangent, jusqu’à présent, dans deux classes distinctes : tantôt on refoule l’air pur dans les lieux qu’il faut aérer, tantôt en le laissant entrer librement, on évacue par une cheminée ou un fourneau d’appel l’air qui a traversé la salle en emportant les émanations qui le vicient. Ces deux méthodes ont été l’objet de grands développements , d’applications importantes , et il est très-désirable de voir mettre en lumière tout ce qui a été fait dans nos grands édifices pour arriver à une solution convenable. C’est le moyen le plus sûr de faire avancer cette science importante.
- M. Baude donne quelques détails sommaires sur ce qui a été fait à l’Opéra par les soins intelligents de M. d’Hamelincourt qui a été chargé de la grave question de la ventilation et est parvenu à des résultats remarquables. Il ne doute pas que cet ingénieur ne soit disposé à donner les renseignements que M. le Président demande.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société :
- MM. Blétry frères, ingénieurs civils, à Paris; Hanriau (E.), ingénieur civil, à Meaux.
- Séance du 11 juin 1875.
- Présidence de M. Balard, vice-président.
- Nécrologie. — M. le Président annonce au Conseil la perle douloureuse et imprévue que la Société vient de faire de M. Callon (Jules), inspecteur général des mines, membre du comité des arts mécaniques de la Société, décédé le 8 de ce mois.
- Tous ceux qui ont connu M. Callon, et surtout les membres du Conseil qui, pendant vingt-quatre ans, ont été témoins de son zèle et de la clarté admirable qu'il apportait dans l’examen des affaires, ont pu apprécier la bienveillance et l’obligeance extrêmes qu’il apportait dans ses relations. Sa perte est un deuil irréparable pour ses anciens collègues.
- Correspondance. — M. Lavaux, aveugle interne aux Quinze-Vingts, rue de Cha-
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- renton, 28, à Paris, fait écrire par sa femme une note pour demander que la Société d’encouragement intervienne pour obtenir la création d’ateliers et d’institutions dans lesquels les aveugles puissent trouver un travail compatible avec leur infirmité.
- M. le Ministre de l’agriculture et du commerce adresse à la Société deux exemplaires du tome IV de la nouvelle série (1872) de la collection des Brevets d’invention et deux exemplaires du tome LXXXII de la collection ordinaire des Brevets d’invention pris sous le régime de la loi de 1844, ainsi que deux exemplaires des nos 6 à 11 du Catalogue des brevets pris en 1874.
- M. Antoine (Charles), ingénieur de la marine, à Brest, adresse un mémoire auto-graphie sur quelques propriétés de la vapeur saturée. (Arts mécaniques.)
- M. Henriot (P.), imprimeur, à Sainl-Dizier (Haute-Marne), soumet à l’examen de la Société une nouvelle disposition de l’indicateur du niveau d’eau des chaudières à vapeur, qui a, dit-il, de grands avantages, surtout pour les chaudières verticales. (Arts mécaniques.)
- M. Poirier, ingénieur-mécanicien-constructeur, rue du Faubourg-Saint-Martin, 122-124, présente une machine à bronzer et à épousseter à l’usage des imprimeurs-lithographes pour les impressions en or, argent ou couleurs. (Arts mécaniques.)
- M. Joarhit, fabricant, rue du Chemin-Vert, 43, à Paris, sollicite l’examen d’un nouveau système de ferrures de lits, au moyen duquel un lit peut être monté et démonté, en très-peu de temps, par une personne quelconque. (Arts mécaniques.)
- M. Mors (L.), ingénieur civil, rue Saint-Martin, 4 bis, adresse à la Société une notice sur l’appareil électro-sémaphorique de MM. Lartigue-Tesse et Prudhomme, qui se construit dans ses ateliers. Cet appareil, nommé block-system, a pour objet de régler la vitesse des trains de chemin de fer, de manière qu’une rencontre ne soit jamais possible. Il fonctionne depuis deux ans sur la ligne de Chantilly, sans qu’on ait pu y constater un seul moment de dérangement. Il a permis d’expédier, lors des courses de Chantilly, des trains sur Paris à cinq minutes de distance et de constater que l’écart de temps de deux trains consécutifs pouvait être réduit à trois minutes. (Arts économiques.)
- M. Raffard (N. J.), rue Vivienne, 16, à Paris, écrit pour faire connaître les dispositions qu’il propose pour utiliser complètement l’effet de la contre-vapeur dans la marche des locomotives sur les chemins de fer. (Arts mécaniques.)
- M. Ithurralde (Jacques), architecte-expert, à Saint-Jean-Pied-de-Port (Basses-Pyrénées), présente un procédé pratique pour obtenir simplement la taille des pierres d’un pont biais, sans avoir besoin d’un appareilleur habile et en employant seulement les ouvriers peu expérimentés qu’on trouve dans les petites localités. (Arts économiques.)
- M. Cabanes (Henri), à Bordeaux, envoie une brochure sur le passeur mécanique Cabanes, qui est, dit-il, un complément de la bluterie. Il agit sur le gruau qu’il nettoie, en opérant sur la différence de poids des diverses matières mélangées qui sont soumises à l’action du blutoir. (Agriculture.)
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- MM. les Secrétaires signalent les pièces suivantes dans la partie imprimée de la correspondance.
- M. des Corats : brochure sur un nouveau projet de navire, qu’il appelle chemin de fer fluvial et maritime.
- M. Davanne (A.) : rapport sur la photographie à l’Exposition universelle de Vienne; brochure grand in-8.
- MM. Eugène Talion, député, et Gustave Maurice, ingénieur civil des mines : Législation sur le travail des enfants dans les manufactures. — Cerf qt fils, éditeurs, k Versailles.
- Rapport des comités. — Trempe du verre. — M. de Luynes lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur les résultats obtenus dans la contexture du verre, par M. de la Bastie, au moyen d’une trempe convenablement effectuée
- Le comité des arts économiques propose de remercier M. de la Bastie de son importante communication et d’insérer dans le Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu.
- Après quelques observations de M. le vicomte de Chabannes, qui désirerait savoir dans quelles proportions l’opération de la trempe doit augmenter le prix du verre, les conclusions du rapport, mises aux voix, sont adoptées par le Conseil.
- Saccharimètrepolarisateur. — M. de Luynes lit ensuite, au nom du même comité, un rapport sur le saccharimètre polarisateur de M. Laurent.
- Le comité propose de remercier M. Laurent de la présentation de son nouveau saccharimètre et d’insérer au Bulletin le rapport auquel cet instrument a donné lieu, avec un dessin et une légende explicative. (Adopté.)
- Purgeur du gaz d’un siphon. — Au nom du comité des arts mécaniques, M. Ha-ton de la Goupillière donne lecture d’un rapport sur l’appareil purgeur du siphon des bains d’Uriage présenté par M. de Saint-Ferriol. Le comité propose de remercier M. de Saint Ferriol de la présentation de son appareil et d’insérer le rapport au Bulletin, avec un dessin. (Adopté.)
- Machine pour fabriquer les assiettes. — Au nom des comités des arts chimiques et des arts mécaniques, M. Peligot lit, pour M. Salvetat, empêché, un rapport sur la fabrication mécanique des assiettes de porcelaine parles outils inventés par M. Faure.
- Le comité propose de remercier M. Faure de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin, avec le dessin des appareils. (Adopté.)
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société par un vote du Conseil :
- MM. Bayle (Paul), ingénieur, à Paris: Tresca (Adolphe), de la maison Tresca, Thorel et Ratieuville, négociant, à Paris; de la Bastie, au château de Richemont, Pont-d’Ain (Ain).
- PARIS. -- IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE BOUCIIARD-HUZA RD, RUE DE l’ÉPEBOK , 5.
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- 74e année.
- Troisième série, tome II.
- Août 1895.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIETE D’EMiGEHENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- SÉANCE GÉNÉRALE DU 25 JUIN 1875.
- PRÉSIDENCE DE M. DUMAS,
- SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES, PRÉSIDENT.
- La Société d’encouragement pour l’industrie nationale a tenu, le 25 juin 1875, en présence d’un public très-nombreux, sa séance générale annuelle, consacrée à la distribution des prix et médailles, séance qu’elle avait été obligée d’ajourner, en 1874, par suite des travaux de restauration de son hôtel.
- Le fauteuil de la présidence était occupé par M. Dumas, Président de la Société, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences. A ses côtés siégeaient MM. Devinck, ancien président du Tribunal de commerce, membre de la commission des fonds, Peligot, membre de l’Institut, et Ch. Laboulaye, secrétaires du Conseil de la Société.
- Au début delà séance, M. le Président, rappelant à l’assemblée la perte que la Société a faite, il y a quelques années, du regretté M. Darblay, l’un de ses plus anciens et plus estimés vice-présidents, a donné lecture de la lettre suivante :
- « Monsieur le Président, d'après le désir que vous avez bien voulu m'exprimer, j'ai l’honneur « de vous adresser, au nom de Mme Muret-Darblay, ma mère, le buste de M. Darblay aîné. Sa « place élait bien marquée à la Société d’encouragement, dont mon grand-père eut l'honneur « d’être vice-président pendant de longues années. C’est là qu’il aimait à suivre, en praticien, les « progrès de l’industrie et de l’agriculture, secondés par la science de ses éminents collègues.
- c Veuillez agréer, etc.
- « Signé N. MURET, s
- Tome II. — 74* année. 3* série. — Août 1875. 50
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- BIOGRAPHIE.
- AOUT 1875.
- Après un vote de remercîments adressés à Mme Muret-Darblay et à son fils, M. Devinck a fait connaître le rapport de la commission des fonds sur la situation financière de la Société pour les exercices 1872 et 1873; puis, après une notice biographique sur M. Cavé, lue par M. Ch. Laboulaye et écoutée avec un vif intérêt, les récompenses ont été distribuées dans l’ordre suivant :
- Grande médaille de Chaptalà M. Jacques Siegfried pour les encouragements qu’il a donnés et les efforts qu’il a faits dans le but de développer, en France, les relations commerciales avec l’Inde et l’Orient;
- Prix de 1 000 francs à M. Cap, membre de l’Académie de médecine, pour ses travaux sur la glycérine ;
- Encouragement de 500 francs à M. Tellier, ingénieur civil, à Paris, pour ses études sur l’action du froid artificiel appliqué à la conservation des matières animales.
- Prix de 500 francs à M. Rouffia, sériciculteur, à Perpignan, pour la production de graine saine de vers à soie ;
- Enfin médailles de différentes classes aux industriels, contre-maîtres et ouvriers.
- BIOGRAPHIE,
- NOTICE SUR M. F. CAVÉ, PAR M. LABOULAYE,
- Secrétaire du Conseil.
- Lorsque, en 1815, les barrières qui séparaient la France et l’Angleterre s’abaissèrent, que les deux nations qui s’ignoraient l’une l’autre vinrent à s’examiner, il nous fallut reconnaître et admirer le grand développement qu’avait pris l’industrie anglaise. L’œuvre de Watt surtout, qui, en créant la machine à vapeur, avait fourni de puissants moteurs à tous les ateliers et grandement contribué à faire progresser la science de la construction des machines, excita l’admiration et quelque peu la jalousie des industriels français. Combien les ateliers de nos serruriers-mécaniciens d’alors étaient peu en état d’entreprendre les grandes constructions qui illustraient nos rivaux !
- En quelques années, cependant, la distance fut bien diminuée; mais, si aujourd’hui nos constructeurs-mécaniciens peuvent rivaliser avec ceux du
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- moude entier, n’oublions pas les hommes qui, animés d’un sentiment patriotique, ne pouvant supporter l’infériorité industrielle de la France, nous ont amenés à ce degré de perfection; qui, ayant tout à créer, ouvriers, machines, outils, ont tout fait progresser avec une admirable rapidité. Parmi ceux-ci et au premier rang, nous devons citer deux camarades, Eugène Pihet, dont, il y a peu de temps, M. Tresca retraçait la vie si utile et si bien remplie (1), et notre autre collègue de notre comité des arts mécaniques dont nous voulons parler aujourd’hui, M. F- Cavé.
- JXé en 1794, dans un petit village de Picardie, fils d’un simple menuisier chargé d’une nombreuse famille, Çavé eut une enfance pénible et put à peine profiter des peu savantes leçons du magister du village. Malgré tout, doué d’une volonté énergique, il sut devenir habile ouvrier, et après les misères de l’apprentissage, après quelque temps de vie militaire où le grade de sergent lui fut bien vite conféré, vu sa nature évidemment supérieure, il débuta comme ouvrier menuisier chez John Collier, habile mécanicien anglais qui construisait des tondeuses perfectionnées et son ingénieuse machine à peigner la laine longue. La vue des machines, l’esprit d’invention qui régnait dans cet atelier, les conseils d’un chef éclairé développèrent chez Cavé,ave le désir énergique de se perfectionner et de s’instruire, une certaine audace naturelle de conception, qui fut sa faculté dominante et que la lecture des livres ne donne pas. Il s’habitua, dès lors, à préciser ses idées par l’exécution de modèles en bois plus ou moins parfaits, car il ne dessinait pas et n’aima jamais beaucoup les dessins.
- Chargé, par M. Collier, de monter l’établissement de M. Hindenlang, habile fabricant de tissus de cachemire, il dirigea ensuite, comme contre-maître, la fabrique de ce dernier et y améliora avec succès plusieurs machines. On avait acheté, pour la faire mouvoir, une machine à vapeur défectueuse. Cavé, creusant une idée qui l’obsédait, proposa, pour la remplacer, une machine à vapeur de son invention et offrit de l’exécuter à ses risques et périls. C’était la machine à vapeur oscillante.
- Avec le concours de ses deux frères, qui étaient venus le rejoindre à Paris, en 1822, Louis et Àmable Cavé, il entreprit une construction qui paraissait au-dessus de ses forces; il réussit néanmoins, et le succès de ce genre de machines, dont il arrêta bientôt le type définitif, assura celui de l’atelier naissant.
- (1) Voy. Bulletin de 1870, 2e série, t. XVII, p. 69.
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- Nous ne discuterons pas ici la valeur absolue de la machine oscillante ; nous voudrions seulement faire comprendre combien elle était précieuse en 1825 pour créer rapidement les moteurs dont avait besoin l’industrie française.
- «
- La machine de Watt avait conservé quelque peu de la pompe à feu dont elle procédait : basse pression, petite vitesse du piston, lourdes pièces en fonte de fer, ce qui rendait son poids et, par suite, son prix fort élevés pour une puissance déterminée. La machine oscillante, où la plupart des pièces étaient en fer forgé, employant la vapeur à haute pression, était, au contraire, légère, pouvait s’établir à meilleur marché et sortir d’ateliers moins bien montés que ceux des grands constructeurs anglais. Aussi, de 1827 à 1834, Cavé construisit-il plus de 100 machines à vapeur représentant % 500 chevaux de force, ce qui, à cette époque, était énorme.
- L’habile ingénieur sut admirablement utiliser la légèreté de ses machines oscillantes pour la navigation à vapeur sur rivières; sur la Seine, ses bateaux purent, les premiers, naviguer régulièrement, malgré de faibles tirants d’eau ; et ses Aigles remontèrent le Rhin jusqu’à Strasbourg, ce qu’on n’avait jamais fait auparavant; enfin, en 1828, il construisit le bateau-poste le Courrier de Calais, qui battit le bateau anglais, ce qui fut presque une victoire nationale.
- L’établissement Cavé était alors l’un des plus importants qui existassent en France; il occupait 300 ouvriers. La juste réputation d’habileté de son fondateur était unanimement reconnue ; la Société d’Encouragement lui décernait sa médaille d’or, et à l’Exposition de 1834 il recevait la décoration de la Légion d’honneur des mains du roi, qui accompagna ce témoignage d’estime d’éloges aussi flatteurs que bien mérités.
- Pendant les vingt années qui suivirent cette époque, les travaux les plus multiples et les plus divers exercèrent l’activité et l’ingéniosité du grand constructeur toujours prêt à résoudre, à sa façon, tous les problèmes qui lui étaient posés; aussi son concours était-il sollicité de toutes parts par les créateurs d’usines. Outre nombre de machines à vapeur pour les fabriques et la navigation fluviale, c’étaient des machines soufflantes, des dragues, des grues pour la marine qu’il eut à construire ; ce devait être bientôt la grande machine marine; or, pour toutes ces constructions, l’outillage des anciens ateliers était tout à fait insuffisant. Aussi il établit et multiplia les machines-outils pour son usage, en raison des besoins de ses ateliers, en leur donnant un caractère de force et de simplicité tout particulier. Parmi celles qui ont
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- été des progrès indiscutables, on doit surtout citer celles qui se rapportent à la forge et à la chaudronnerie.
- Le premier il comprit le forgeage du fer en grosses masses, la nécessité de son pétrissage par des outils puissants, parvenant ainsi à remplacer la fonte de fer par un métal bien plus résistant. Mais, pour cela, il fallait des marteaux autrement lourds que ceux maniés à bras; aussi.créa-t-il, le premier, un martinet à vapeur, dont le pilon glissait dans des coulisses, outil précieux qui, antérieur au marteau-pilon, était la même invention, sauf la séparation du marteau et de la tige du piston de la machine à vapeur, qu’il croyait imprudent d’exposer au choc.
- Ce n’était pas seulement un progrès à accomplir dans le travail du fer, qui l’avait conduit à cette construction, c’était en même temps l’application d'un nouveau principe qu’il sut mettre en pleine lumière, qu’il applique encore notamment, avec son beau-frère Lemaître, à l’établissement des outils de chaudronnerie de ce dernier, à savoir l’action directe de la vapeur. Ses outils à percer, à river les tôles, etc., étaient mus par le piston d’un cylindre à vapeur qui en faisait partie, et il suffisait, pour les mettre en action, de tourner un robinet pour faire arriver la vapeur, en supprimant ainsi tout organe de communication de mouvement. C’est un exemple qui a été bien souvent imité depuis pour diverses fabrications.
- Avec le développement qu’avait pris l’établissement Cavé, avec la supériorité qu’il avait conquise pour le travail des grandes pièces, on ne pouvait manquer de réclamer son concours, lorsqu’on voulut construire, en 1840, les immenses machines des transatlantiques, dites de 450 chevaux. Il exécuta sans embarras ces grandes machines et leva toutes les difficultés qui pouvaient se présenter pour traduire en métal les plans des ingénieurs de la marine.
- Il fut plus qu’exécutant dans la construction du Chaptal (coque en fer et machine), où il eut à satisfaire au programme qui lui avait été tracé par l’amiral Labrousse. Pour la première fois on vit une corvette où l’hélice, dont il avait étudié les formes et la vitesse la plus convenable dans une longue série d’expériences entreprise dès 1843, était mue par l’action directe de la machine à vapeur, sans engrenages et où il installa nne foule de dispositions nouvelles bien voisines des plus satisfaisantes adoptées aujourd’hui.
- Nous ne saurions rapporter ici toutes les inventions, les constructions dues à Cavé ; elles sont en trop grand nombre. Rappelons seulement encore les Dorades sur la basse Seine, qui furent reconnues comme type le plus parfait
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- de bateaux de rivières sinueuses et peu profondes, le bateau plongeur pour travailler au fond de l’eau ; la construction de nombreuses locomotives ; les portes en tôle du barrage de la Monnaie, sa machine à cingler les loupes, et enfin sa dernière invention, son appareil automoteur pour forer les trous de mine par percussion, qui ouvrait la voie aux perforateurs qui ont rendu possible le percement des plus longs tunnels.
- Les ateliers de Cavé, bien que créés successivement, à mesure que les ressources le permettaient, montraient bien la rectitude, la lucidité de l’esprit qui y avait présidé. Nous empruntons, à ce sujet, quelques lignes à une intéressante notice de M. J. Gaudry, ingénieur, dans laquelle il a rendu un touchant hommage à son ancien maître.
- « L’établissement Cavé, dit-il, a été, jusqu’à la fin, d’une commodité remar-« quable, s’adaptant à toutes sortes de travaux : l’éclairage, la salubrité, les « dégagements, les dispositions pour faire la part du feu en cas d’incendie, « n’ont jamais fait défaut. Tous les ateliers communiquant sans clôture res-« pective, on avait l’inconvénient de la fumée, de la poussière et du bruit. « Il y a eu divers projets de cloisons, mais Cavé préférait cette vue d’ensemble « si propre à la surveillance et si grandiose, qui permettait à tous les ateliers « de se prêter un mutuel concours.
- « En effet, dans son plan général, l’usine se composait d’une longue gale-« rie, artère principale, d’où se détachaient transversalement les halles des « magasins, montage et fonderie.
- « De cette galerie principale, la première moitié constituait l’atelier d’ajus-« tage avec sa machinerie au rez-de-chaussée, surmontée d’un étage sous « comble ; le reste de la galerie était une sorte de carrefour commun à tous « les services qui y débordaient en cas de surcharge de travail et de pléthore « accidentelle de leur propre halle.
- « On ne saurait croire de quelle utilité a été cette disposition si simple et « si rare. Cavé l’appelait la clef de son usine; grâce à elle, il n’a presque « jamais eu besoin de ces annexes et de ces remaniements qui sont si dis-« pendieux dans les exploitations industrielles. »
- Nous dirons aussi quelques mots du mode d’administration des ateliers Cavé, qui, malgré leur développement, puisqu’on y compta jusqu’à deux mille ouvriers et deux cents machines-outils de tout genre, était resté un atelier de famille. Le chef, ses frères et surtout M. Amable Cavé, devenu un ingénieur de talent, son beau-frère Lemaître, si expert en travaux de chaudronnerie, connaissaient tous les ouvriers, les avaient vus commencer, les
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- avaient formés bien souvent; ils savaient confier l’ouvrage à exécuter à ceux qui en étaient capables, voyaient de suite si on y avait mis trop de temps. Les contre-maîtres, qu’il tutoyait, étaient pour Cavé des amis; c’étaient des hommes très-capables : Chavigny à la forge, Alexandre à la fonderie, Mercier au modelage étaient des maîtres.
- Dans tout l’atelier régnait un bon esprit de corps, semblable à celui qui anime un bon régiment bien commandé; un vif sentiment d’émulation animait un personnel auquel on laissait beaucoup à faire et dont sont sortis des constructeurs éminents, comme MM. Albaret, Claparède, Forquenot, Delpech, Castor et une foule de contre-maîtres et d’ouvriers d’élite qui, ayant puisé dans l’exemple du maître l’esprit d’initiative, l’intuition des méthodes simples, ont été faire progresser grand nombre d’ateliers. « J’ai fait beaucoup de machines, » disait avec raison Cavé à la fin de sa vie, mais «j’ai fait encore plus d’ouvriers et d’ingénieurs. »
- Si on comprend comment ce système permit de prospérer dans une industrie où le désordre conduit bientôt à la ruine, dès que la surveillance s’endort sur un nombreux personnel, le fardeau était bien lourd cependant ; aussi, en 1853, Cavé, sollicité par des offres avantageuses, sentant, d'ailleurs, que les grandes constructions maritimes allaient abandonner les ateliers parisiens pour se concentrer dans les usines qui se créaient dans les ports de mer, céda son établissement à une Société qui ne sut pas conserver ses bonnes traditions d’ordre et d’économie et parvenir à organiser profitable-ment le travail. M. Claparède, dans son atelier de Saint-Denis, a réuni, en grande partie, ce qui reste encore du personnel et du matériel, mais surtout des bonnes traditions de la grande usine du faubourg Saint-Denis.
- Pour occuper ses loisirs, Cavé acheta, dans la Brenne, une propriété rurale, dans laquelle il chercha à introduire les progrès de l’agriculture moderne. Nous nous rappellerons toujours la joie qu’il éprouvait d’avoir singulièrement amélioré ses blés, en introduisant du phosphate de chaux dans ses fumiers. Il avait gardé avec lui, dans son château de Condé, ses vieux contremaîtres de la forge et du modelage, qu’il considérait comme de sa famille; ils forgeaient et travaillaient le bois ensemble, ils faisaient de la mécanique agricole pour se distraire.
- Au comité des arts mécaniques de la Société d’encouragement, dont il faisait partie depuis 1859, nous avons pu souvent apprécier le sens droit, la perception claire de Cavé. Il n’aimait guère à écrire de rapports, mais il in-
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- diquait, au grand profit de tous, ce qu’il avait tenté, ce qu’on pouvait espérer dans une voie déterminée.
- En pratiquant cet esprit lucide, nous avons compris cette belle et forte nature, dans laquelle le bon sens arrivait au génie, qui trouvait toujours la route la plus directe pour atteindre le but. Citons son exemple comme un encouragement aux efforts des bons ouvriers pour se perfectionner, pour parvenir au succès mérité par un travail intelligent, et terminons en affirmant avec les nombreux admirateurs de ses travaux que Cavé a été un des meilleurs serviteurs de la France, et que son nom tiendra toujours une belle place dans l’histoire des progrès des arts mécaniques de notre pays.
- GRANDE MÉDAILLE DU COMMERCE.
- HÉDAIliLE DE CHAPTAL.
- RAPPORT, AU NOM DU COMITE DU COMMERCE, SUR LES TITRES DE M. JACQUES SIEGFRIED A LA GRANDE MEDAILLE DE CHAPTAL , PAR M. PAUL CALON.
- Messieurs, il y a quelques années, vous remettiez la grande médaille du commerce à celui qui ouvrit à travers l’isthme de Suez une route nouvelle aux relations commerciales. Aux applaudissements de tous, vous proclamiez M. de Lesseps digne de cette haute récompense de la Société d’encouragement.
- Aujourd’hui votre comité du commerce vous propose d’accorder cette distinction à M. Jacques Siegfried, dont les services, pour être plus modestes, n’en sont pas moins réels. C’est aux idées commerciales que M. Siegfried a cherché à ouvrir dans notre propre pays une voie nouvelle ; il y a travaillé par ses écrits et, qui plus est, par son exemple; la tâche, si difficile qu’elle fut, ne l’a pas rebuté.
- M. Jacques Siegfried est originaire de Mulhouse. Initié de bonne heure aux affaires commerciales, il partit pour l’Angleterre, et de là pour l’Amérique : nous le voyons s’établissant, à l’âge de 18 ans, à la Nouvelle-Orléans, sans autre capital que l’honorabilité de son nom et la ferme volonté de réussir par son travail. Ses affaires prospéraient quand arriva la guerre de sécession ; il quitte l’Amérique, revient en Europe, et s’associe avec son frère Jules pour aller à Bombay fonder une maison et procurer aux industriels
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- français le coton de l’Inde en remplacement du précieux textile que l’Amérique ne pouvait plus leur fournir. Le succès récompensa leurs efforts; et bientôt, laissant leur maison sous la direction d’hommes capables qu’ils avaient formés, les deux frères rentrent à Mulhouse, leur patrie, jeunes encore et fiers d’une fortune honnêtement acquise.
- Quelque temps après, M. Jacques Siegfried entreprit un voyage autour du monde, non pas en touriste ne cherchant que son plaisir, mais en négociant qui, profitant de l’expérience acquise, étudieles ressources commerciales des différents peuples et cherche à les faire connaître à son pays. Les rapports intéressants qu’au cours de son voyage il envoyait au Ministre du commerce ont été publiés dans le journal officiel au fur et à mesure qu’ils arrivaient; vous les trouverez réunis à la suite d’un ouvrage intitulé Voyage autour du monde, dans lequel M. Siegfried rend compte de ses observations.
- Dans son séjour en Amérique et dans l’Inde, dans le cours de ses lointains voyages, M. Siegfried avait été frappé de voir combien peu les Français s’occupent de ce qui se passe au delà de leurs frontières. Il avait rencontré peu de compatriotes dans ces pays dont nos voisins connaissent les richesses et le chemin; sa maison, pour avoir de bons employés, avait été obligée de prendre des Suisses et des Allemands. Il revint persuadé que notre éducation commerciale en France est insuffisante, et que, si nous ne prenons pas notre part dans ces immenses affaires de l’Orient, c’est que nous n’en connaissons pas les ressources, et que nos jeunes gens sont mal préparés pour le grand négoce. Imbus de celte idée, les deux frères Jacques et Jules Siegfried s’associèrent pour fonder l’école de commerce de Mulhouse ; ils y consacrèrent une somme de 100 000 francs : c’était faire un noble usage d’une fortune promptement et vaillamment acquise.
- L’école supérieure de commerce de Mulhouse forma pour le commerce une précieuse pépinière d’employés capables, de chefs de maisons instruits. Nous ne sommes plus au temps où l’on croyait qu’un homme en sait toujours assez pour entrer dans les affaires commerciales : il faut qu’on le sache bien, ceux-là seuls y réussissent, qui eussent été en évidence dans d’autres carrières. Il ne suffit plus d’un enseignement restreint se bornant à l’arithmétique et à quelques notions de géographie ; il faut que nos jeunes négociants parlent les langues vivantes, il faut qu’ils soient capables d’apprécier les véritables intérêts du commerce et, au besoin, de les défendre. Aux cours de géographie, d’anglais, d’allemand on joignit l’appréciation des marchandises, des connaissances industrielles variées, le droit commercial et
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- l’économie politique. Cette école fonctionnait depuis l’année 1866 et donnait les meilleurs résultats, quand arriva la dernière guerre ; l’école dut abandonner l’Alsace et Mulhouse sa capitale industrielle, devant la défense qui lui était faite de continuer ses cours en langue française.
- À ce moment, la ville de Lyon, au lendemain de nos malheurs, vota un crédit de 1200 000 francs pour fonder une école de commerce ; elle fut heureuse de trouver à Mulhouse une organisation toute prête, et des professeurs qui avaient déjà fait leurs preuves; elle s’empressa de les accueillir. M. Siegfried suivit, avec un intérêt que chacun peut comprendre, la translation de l’école formée par ses soins. Au Havre, le même besoin d’instruction commerciale se faisait sentir. L’école de commerce de cette ville est due à l’initiative des deux frères Siegfried, qui l’organisèrent sur le plan de celle de Mulhouse. Sous la présidence de M. Jacques Siegfried, cette école de commerce donne les meilleurs résultats.
- Tels sont les titres qui recommandent M. Siegfried à l’attention de votre comité du commerce.
- Il y a quelque temps, le gouvernement, préoccupé de notre commerce extérieur, a institué une commission pour chercher le moyen de développer nos exportations. Chacun reconnaît le peu de goût que notre jeunesse a pour s’expatrier; elle n’a pas, comme l’Angleterre, chaque jour, sous les yeux, l’exemple stimulant de compatriotes qui rentrent dans leur pays avec une fortune acquise àl’étranger. Montrons à ces intelligences ardentes, que le besoin d’arriver pousse en avant, qu’au lieu de bouleverser son pays pour y faire sa place on peut, dans les contrées lointaines, donner satisfaction à son activité, et rentrer ensuite dans sa patrie, riche et honoré, quand, comme M. Siegfried, on a mérité de l’être. Donnons en exemple à notre jeunesse ces jeunes gens hardis qui ont été tenter la fortune au loin, l’ont conquise par le travail et qui, rentrés dans leur ville natale, savent en faire un si bel usage.
- C’est ce que nous vous avons proposé de faire, en désignant à vos suffrages M. Jacques Siegfried.
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- RAPPORT SUR LE CONCOURS POUR LUTILISATION DES RESIDUS DE FABRIQUE,
- par M. Lamy.
- (Prix de 1000 francs.)
- Parmi les produits secondaires ou résidus de fabrique qui n’avaient aucun
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- emploi industriel, il y a un petit nombre d’années, on peut citer la glycérine, le principe doux des huiles que Scheele découvrit en 1779, et dont M. Chevreul fit connaître, trente-cinq ans plus tard, la nature et le rôle dans la constitution des corps gras. Produit constant de la saponification des graisses, qui peuvent être considérées comme des composés d’acides gras et de glycérine, celle-ci est restée jusqu’en 1850 un corps exclusivement préparé comme produit chimique de laboratoire, dont la purification était difficile, plus ou moins imparfaite, et dont le prix de 40 à 50 francs le kilogramme limitait nécessairement l’emploi.
- La glycérine jouit pourtant de propriétés très-remarquables qui devaient, un jour ou l’autre, trouver d’utiles applications.
- Cette substance, quand elle est pure, est douée d’une saveur sucrée, agréable, sans être susceptible de fermenter comme le sucre. Elle est hygrométrique, très-soluble dans l’eau, un peu collante comme la gomme, ne se solidifie que difficilement par un froid rigoureux, dissout la plupart des corps que l’eau et l’huile peuvent dissoudre, et en assouplit quelques-uns sans les graisser à la manière des huiles, et sans s’altérer ou s’oxyder à l’air comme elles.
- Toutes ces propriétés sont devenues, surtout depuis une dizaine d’années, la base d’applications dont le nombre et l’importance peuvent s’apprécier par la quantité de glycérine brute mise aujourd’hui dans le commerce, laquelle dépasse le chiffre de 15 millions de kilogrammes.
- Je citerai les principales de ces applications :
- La glycérine sert à la préparation des médicaments désignés par M. Cap sous le nom de glycérolés, préparation qui en absorbe annuellement, pour les hôpitaux de Paris seulement, plusieurs milliers de kilogrammes.
- Elle est employée dans la parfumerie, les savons, les cosmétiques, dans l’imprimerie, dans l’impression sur étoffes, dans le graissage des organes délicats des machines, dans le tissage du lin et du coton, dans le modelage à l’argile, etc., etc., et en général partout où il faut donner aux objets de l’onctuosité, de la souplesse ou de l’humidité.
- Enfin une des applications de la glycérine les plus récentes, mais non la moins importante, c’est la fabrication de la nitroglycérine. Découverte en 1847, cette substance, éminemment explosive, a été préparée et appliquée en grand pour la première fois en 1862 par l’ingénieur suédois A. Nobel. En 1863 et 1864, le même ingénieur lui a substitué très - avantageusement, pour l’exploitation des mines, la dynamite, dont les effets de brisement
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- sont aussi grands, mais qui ne fait pas explosion, même sous l’influence d’un choc violent. La production annuelle de la dynamite, dans les treize fabriques établies par M. Nobel, dépasse 2 millions de kilogrammes, et cette fabrication est appelée, sans nul doute, à prendre une extension beaucoup plus grande.
- À côté de ces applications utiles de la glycérine, il en est d’autres qui ont pris aussi un grand développement, mais qui ne sont pas de nature à être encouragées. Ainsi, on emploie la glycérine, par centaines de mille kilogrammes, pour adoucir ou améliorer, dit-on, certains vins, sous prétexte que la glycérine existant naturellement dans le vin, il peut être bon d’en augmenter la dose, d’autant mieux que cette substance a l’avantage sur le sucre de ne pas se détruire par une fermentation secondaire. Pour désigner cette adultération des vins, on a même, en Allemagne, imaginé le mot de schéelisage.
- Ainsi encore, on se sert de la glycérine pour charger la laine et la soie, et, comme elle n’est pas volatile et ne peut disparaître par la dessiccation à l’étuve, elle augmente frauduleusement le poids de ces matières coûteuses, et rend leur conditionnement très-difficile, sinon illusoire.
- Quant à la matière première de la fabrication de la glycérine, elle est des plus abondantes, puisque celle-ci est comme la base de tous les corps gras, et qu’elle est mise en liberté dans toutes les opérations de saponification, soit pour savons, soit pour bougies stéariques. Or, sans parler de nos nombreuses savonneries, dans lesquelles on peut utiliser ce que l’on nomme les lessives inférieures, on remarquera que les stéarineries françaises seules mettent en œuvre journellement plus de 150 000 kilogr. de matières grasses, pouvant produire annuellement 3 millions et demi de kilogrammes de glycérine pure. Une seule de nos fabriques en a produit, l’année dernière, plus de 100 000 kilog.
- Ce qui précède suffit, je l’espère, à montrer toute l’importance de la glycérine. Maintenant je vais indiquer rapidement la marche progressive de sa fabrication et de ses applications à la médecine et aux arts.
- Quelques essais faits en Angleterre et en Russie, pour employer la glycérine en lotions et en bains, étaient à peine connus en France en 1851, lorsque, le 24 juillet, M. Cap déposa à l’Académie des sciences un paquet cacheté renfermant une note sous ce titre : Note sur la glycérine et ses applications à la médecine et aux arts industriels. L’année suivante, la note, ouverte à la demande de l’auteur, appelait l’attention sur les curieuses propriétés phy-
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- siques et chimiques de la glycérine, et sur les applications dont elles pouvaient être susceptibles, notamment en pharmacie. — Dès cette époque, M. Cap s’occupa des moyens de purifier la glycérine, de la préparer en grand, et en même temps de réaliser, au point de vue pharmaceutique, les premières applications de cette substance aux usages de la médecine.
- En 1854, il fit connaître le procédé de préparation auquel il s’était arrêté, et en 1855, en collaboration avec M. Garot, il établit le prix de la glycérine à 4 fr. le kilog., c’est-à-dire à un dixième de ce qu’il était antérieurement. Ce n’est réellement qu’à l’époque des travaux de M. Cap que l’on songea à employer la glycérine à des usages variés, et que les fabricants d’acides gras se préoccupèrent de produire ou de recueillir économiquement cette substance.
- C’est ainsi qu’en 1853 M. Bruère Perrin introduisit la glycérine dans la parfumerie, et reçut même, à cette occasion, les encouragements de la Société. C’est à la même époque que de nombreuses recherches ou applications à la médecine furent faites tant en France qu’à l’étranger. — En 1856, M. Mandet de Tarare se servit de la glycérine pour un encollage qui dispensait les tisseurs de mousseline de travailler dans des caves humides.
- Relativement à sa préparation économique, en 1854, MM. Ferguson Wilson et Georges Payne, en Angleterre, faisaient breveter le procédé de distillation des graisses à la vapeur surchauffée, lequel avait l’avantage de donner à la fois les acides gras destinés à la fabrication des bougies stéariques, et la glycérine non altérée, exempte de matières minérales. Le même procédé de distillation, exploité sur une vaste échelle aujourd’hui parla maison Price et comp., devait servir pour la purification delà glycérine elle-même, obtenue par les autres modes de saponification. — Un an après, en 1855, M. de Milly imaginait son procédé de saponification calcaire en autoclave, qui permet aussi d’obtenir la glycérine et les acides gras dans d’excellentes conditions de pureté et d’économie.
- Avec l’extension chaque jour croissante des emplois de la glycérine, les fabricants d’acide stéarique attachèrent une importance de plus en plus grande aux eaux mères glycériques qu’ils jetaient auparavant, et trouvèrent, en les utilisant, une diminution des frais généraux de leur industrie.
- Aujourd’hui, la plus grande partie de la glycérine fabriquée, au moins dans les stéarineries du continent, s’obtient par la saponification calcaire en autoclave. A l’état brut et marquant 28° B., elle est vendue dans le commerce au prix de 45 fr. les 100 kilog.
- Pour l’obtenir blanche et pure, on distille la glycérine brute dans un cou-
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- rant de vapeur d’eau surchauffée de 280 à 300°, et on concentre le liquide obtenu dans le vide.
- Un dernier perfectionnement industriel apporté à la préparation de la glycérine pure est exploité depuis 1870 par M. Sarg et comp. de la grande société YApollo, de Tienne (Autriche). Ce perfectionnement consiste à purifier la glycérine par cristallisation ou congélation partielle à une température suffisamment basse. Deux cristallisations successives et deux décantations de la partie restée liquide fournissent de la glycérine très-blanche et très-pure, marquant 30°,5 B., et très-recherchée pour les usages de la médecine ou de la parfumerie fine.
- En résumé, Messieurs, il paraît incontestable que M. Cap a indiqué le premier les usages auxquels la glycérine peut satisfaire dans la confection d’un grand nombre de médicaments qu’il a désignés sous le nom de glycéro-lés. Il n’est pas moins certain qu’il a été l’un des premiers, en France, à étudier cette substance au point de vue de ses applications diverses et de sa préparation économique. Enfin on ne peut guère douter que ses recherches et ses publications, en appelant l’attention des praticiens et des industriels sur la glycérine, n’aient contribué, pour une certaine part, à étendre et à vulgariser l’emploi de ce produit abondant, mais resté jusqu’alors sans valeur.
- Déjà, en 1862, l’Académie des sciences, reconnaissant l’importance des travaux de M. Cap sur la glycérine, et en particulier sur l’emploi avantageux qu’il avait fait de cette substance dans l’art de guérir, lui a décerné le prix Barbier.
- Aujourd’hui, la Société d’encouragement, frappée de l’extension de plus en plus grande que prennent les applications de la glycérine, a vu dans M. Cap un des principaux promoteurs de ces applications, et en même temps un homme des plus honorables, membre associé de l’Académie de médecine, dont la longue carrière scientifique est digne d’être couronnée par une récompense.
- Par ces considérations, la Société, sur la proposition de son comité des arts chimiques, accorde à M. Cap le prix de 1 000 fr. mis au concours pour l’utilisation des résidus de fabrique.
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- PRIX DE L’AGRICULTURE.
- AOUT 1875.
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- PRIX DES ARTS ÉCONOMIQUES-
- RAPPORT SUR LE CONCOURS POUR LA CONSERVATION DES DENREES ALIMENTAIRES A L ETAT FRAIS, PAR M. LE COMTE DU MONCEL.
- (Encouragement de 500 francs.)
- Le comité des arts économiques, en examinant les pièces du concours, a reconnu que, de tous les concurrents, M. Tellier est le seul qui ait résolu jusqu a un certain point la question proposée.
- Ses expériences et les conséquences qu’il en tire présentent un grand intérêt; mais elles n’ont pas encore un caractère assez pratique pour trouver dans l’industrie des applications capables d'exercer prochainement une heureuse influence sur le commerce des denrées alimentaires. Le comité n’a donc pas cru devoir proposer de décerner le prix.
- Néanmoins, comme les expériences de M. Tellier ont été l’objet d’un rapport favorable, fait par une commission de l’Académie des sciences ; comme elles ont été utiles à la science dans une certaine mesure, en précisant, d’une manière plus nette qu’on ne l’avait fait jusqu’ici, quels sont l’effet de la température, les limites du refroidissement à opérer et l’importance de l’état plus ou moins hygrométrique de l’air, le comité a voulu encourager M. Tellier. En conséquence, il a proposé et la Société lui a accordé un encouragement de 500 francs.
- PRIX DE L'AGRICULTURE.
- RAPPORT SUR LE CONCOURS POUR LA PRODUCTION DE GRAINE SAINE DE VERS A SOIE DE RACE INDIGÈNE, PAR M. CHATIN.
- (Prix de 500 francs.)
- En 1873, M. Rouffia, de Perpignan, s’est fait inscrire, pour disputer le prix de 500 francs, proposé en faveur du sériciculteur qui se serait livré avec succès au grainage de nos races indigènes de vers à soie. Les éducations de
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- vers à soie faites par M. Rouffia avaient, suivant ses déclarations, échappé à la pébrine ainsi qu’à la flacherie; le grainage pour lequel elles avaient été faites devait donc offrir toutes garanties pour des éducations nouvelles. Mais M. Rouffia, n’ayant pas fait constater la marche de ses éducations, se trouvait ne pas satisfaire à l’une des conditions essentielles du concours.
- Cette lacune a été remplie dans les éducations faites en 1874. Cette fois, en effet, la magnanerie de M. Rouffia a été visitée et reconnue pour avoir pleinement réussi par la commission de sériciculture des Pyrénées-Orientales. Celle-ci a, en outre, constaté que des éducations faites avec des quantités de graines variant de .1 à 4 onces, et provenant de M. Rouffia, avaient réussi en 1874 chez MM. Àzaïs et Leris, Bonnet, Cambriels, Raimond, Barthe, Bertrand, etc. Notre collègue M. Heuzé a pu lui-même visiter la magna-neriedeM. Rouffia dans le cours de 1874, vers le moment, toujours si critique, de la montée, et son témoignage est des plus favorables.
- J’ajoute que M. Rouffia a fait au comité un envoi de cocons, reconnus très-fermes, de papillons et de graine qui n’ont présenté aucun corpuscule.
- M. Rouffia pratique généralement le grainage cellulaire. Il n’est pas douteux que les éducations auxquelles il se livre depuis plusieurs années n’aient rendu un réel service aux sériciculteurs, en leur donnant le moyen d’exécuter leurs éducations avec de bonnes graines.
- M. Rouffia, ayant satisfait ainsi aux conditions du concours, mérite le prix de 500 francs offert par la Société.
- EXTRAIT DU RAPPORT DE M. BOITEL SUR LE CONCOURS POUR LE GAZONNEMENT ET LE
- REBOISEMENT DES MONTAGNES.
- (Prix de 2 000 fr. et de 500 fr.)
- La Société a mis au concours un prix de 2 000 fr. pour le gazonnement et le reboisement des montagnes, et un prix de 500 fr. pour le meilleur mémoire sur ce sujet.
- Ces prix s’adressaient principalement aux propriétaires qui se sont adonnés, avec le plus de succès, à ce genre d’amélioration agricole dont on comprend toute l’importance tant sous le rapport des inondations que de la conservation des terres en pente.
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- M. Seguin, propriétaire, à Saint-Robert (Corrèze), a présenté un Mémoire pour concourir au prix relatif à la 2e partie du programme. Ce Mémoire est fort intéressant et fort étendu; il a coûté à son auteur de nombreuses recherches dans le domaine de la géologie, de la minéralogie, delà botanique, de la législation et de la science forestières. On y reconnaît l'œuvre d’un chercheur infatigable, d’un explorateur curieux d’examiner sur place l’origine géologique des montagnes et la végétation qui les recouvre dans des conditions si variées et si opposées de sol, de climat, d’exposition et d’altitude. C’est le travail d’un agronome éclairé et parfaitement au courant de tout ce qui a été écrit sur cette question.
- Les chapitres relatifs à la constitution des montagnes, aux travaux d’art et aux mesures législatives les plus favorables au reboisement des montagnes méritent une mention spéciale. Quant aux développements qui se rapportent à l’agrologie, à la viticulture, à la culture pastorale, au boisement, ils ne sont pas de nature à ce qu’on puisse donner au travail de l’auteur une approbation sans réserve.
- La Société, sur le rapport de son comité, a donc pensé que le prix de 500 fr. relatif à la seconde partie du programme ne pouvait pas être décerné; mais elle a été d’avis qu’une médaille de platine devait être donnée à M. Seguin en raison de l’importance de son travail et des nombreuses recherches auxquelles il s’est livré.
- MÉDAILLES.
- I. LISTE DES MÉDAILLES DÉCERNÉES POUR DES INVENTIONS OU DES PERFECTIONNEMENTS INDUSTRIELS.
- N08 d’ordre. NOMS. RAPPORTEURS. INVENTIONS OU PERFECTIONNEMENTS ayant motivé les médailles,.
- JUHédailies &’or.
- MM. MM.
- 1 Clamond. Du Moncel. Pile thermo-électrique.
- Tome II. — 74e année. 3e série. — Août 1875. 52
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- MÉDAILLES D ENCOURAGEMENT. — AOUT 1875.
- en INVENTIONS
- « • O NOMS. RAPPORTEURS. ou perfectionnements
- w o Z ayant motivé les médailles.
- MM. MM.
- 2 Dubu. Alcan. Progrès réalisés dans la fabrique de velours et peluches de Mme Ve Martin, à Tarare.
- 3 De la Bastie. De Luynes. Verre trempé.
- 4 Michelet (Maxime). Cloez. Fabrication des superphosphates de chaux.
- 5 Richard. Salve t at. Palette de demi-grand feu pour la porcelaine.
- 6 Tresca , Thorel et Ratieuville. Alcan. Perfectionnement dans la fabrication des châles imités de l’Inde.
- JMiédniMtes «Mc ptutine.
- 1 Mme Audouin. Barral. Emplois divers de la glu marine.
- 2 Deprez (Marcel). Tresca. Intégrateur, instrument de planimétrie.
- 3 Deschiens. Du Moncel. Pendule électrique pour un observatoire et instruments divers de précision.
- 4 Füa. Chatin. Propagation de la culture et de l’emploi du maïs.
- 5 Gaiffe. Lissajous. A Humage instantané des lustres à gaz de l’Assemblée nationale de Versailles.
- 6 Loua. Roy. Atlas de l’industrie française.
- 7 Meugy et Nivoit. Tisserand. Carte agronomique de l’arrondissement de Vouziers.
- 8 Mignon et Rouart. Duméry. Télégraphie pneumatique.
- 9 Seguin. Boitel. Reboisement des montagnes.
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- MÉDAILLES DENCOURAGEMENT. —AOUT 1875. 407
- w « INVENTIONS
- « O Cl NOMS. RAPPORTEURS. ou perfectionnements
- m O Z ayant motivé les médailles.
- IfËé«Maille8 «l'argent.
- MM. MM.
- 1 Cauchefert. Alcan. Coopération dans la fabrication des châles de MM. Tresca, Thorel et Ratieuville.
- 2 Constantin. Salvetat. Vernis sans plomb pour la poterie commune.
- 3 Dobelle. Dailly. Triage et écrasement de l’avoine.
- 4 Ducourneau. Baude. Méthode pour l’essai des ciments.
- 5 Hoyau. Breguet. Perfectionnements en horlogerie. *
- 6 Paupier. Tuesca. Ponts à bascule perfectionnés.
- 7 Tabarant. Haton de la Gou- PILL1ÈRE. Appareil poar simplifier le rappoitdes plans de mines.
- 8 Thomas (Yves). Duméry. Perfectionnements en horlogerie.
- 9 Toselli. Tresca. Grappins pour les sondages à la mer.
- 10 Yavin. Bouilhet. Trieur magnéto-mécanique.
- Mé «lai Ile s «le brontae.
- 1 Gissey. Hardy. Sécateurs perfectionnés.
- 2 Gremailly. Homberg. Tablettes pour soupe à l’oignon.
- 3 Henriau. Haton de la Gou- P1LLIÈRE. Utilisation des chutes souterraines.
- 4 Robert. Homberg. Biberon à soupape.
- 5 Thomas. De Luynes. Kaléidoscope perfectionné.
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- MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT. -- AOUT 1875.
- DISTRIBUTION DES MÉDAILLES.
- MÉDAILLES DÉCERNÉES POUR DES INVENTIONS OU DES PERFECTIONNEMENTS INDUSTRIELS.
- (Voir le tableau I.)
- médailles d’or.
- 1. Pile thermo-électrique, par M. Clamond, rue du Jardinet, 3, à Paris (1).
- M. Clamond, par un heureux agencement des diverses pièces qui composent une pile thermo-électrique à alliages métalliques, et par un perfectionnement important apporté au système de chauffage de ces sortes de générateurs électriques, est parvenu à rendre les piles thermo-électriques susceptibles d’être appliquées dans l’industrie et de fournir, par conséquent, l'action électrique dans les meilleures conditions de constance et d’économie. Plusieurs industries, notamment la galvanoplastie et l’électrotypie, ont mis déjà à contribution ce système, à la grande satisfaction des intéressés, et tous les jours le mérite de cette invention est de plus en plus reconnu. En conséquence, la Société d’encouragement a cru devoir accorder à M. Clamond la médaille d’or.
- 2. Progrès apportés à la fabrication des peluches et des velours dans les établissements de Mm* veuve J. B. Martin, par M. Dubu, directeur, à Tarare (Rhône) (2).
- Les industries de la soie ont eu, depuis une vingtaine d’années, à surmonter les difficultés les plus graves : à l’intérieur, la maladie des vers, qui n’a pas encore entièrement disparu, avait presque!annulé la production des belles soies indigènes ; à l’extérieur, nos marchés les plus importants, et surtout celui des Etats-Unis, par suite d’événements politiques bien connus,
- (1) Voy. Bulletin de 1875, cahier de mai, p. 234.
- (2) Voy. Id. id. p. 221.
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- avaient été considérablement amoindris. A peine les fâcheuses conséquences de cette situation étaient-elles atténuées, que les malheurs de notre pays sont venus frapper toutes les branches de l’activité nationale, et surtout celle des industries de la soierie, destinée à la consommation de luxe.
- Cette belle et importante spécialité aurait pu être compromise si nos industriels n’avaient su, par un redoublement d’efforts, imprimer un nouvel élan et un développement inattendu dans certaines directions. Les établissements J. B. Martin, pour la fabrication des peluches entre autres, qui produisaient, en 1867, seulement la peluche noire et le velours mécanique noir, fabriquent depuis, en outre de ces deux articles, la peluche de couleur, le velours mécanique de couleur et le velours au fer, et ont élevé leur chiffre annuel d’affaires de 4 à 7 millions.
- Ces résultats sont dus à M. Dubu, ancien élève de l’Ecole polytechnique, digne successeur et habile collaborateur de J. B. Martin. Afin de suppléer à la pénurie des soies indigènes, il a su appliquer les moyens les plus ingénieux et les plus précis pour rectifier les soies irrégulières de provenances asiatiques et de l’Inde, et, pour compenser le ralentissement dans la fabrication des peluches, il a su trouver des procédés nouveaux, grâce auxquels nos velours ordinaires peuvent désormais lutter avec avantage de prix et de qualité, sur les marchés étrangers, avec ceux de Crefeld, qui leur faisaient une si grande concurrence.
- Une vaste usine, élevée avec une rapidité prodigieuse après la guerre, à Pont-à-Mousson, par la maison Martin, pour accueillir ceux des tisserands de nos compatriotes qui voulaient rester Français, est le siège principal de l’exécution de cet article. Nous sommes heureux de constater que les avantages économiques obtenus dans le prix de revient des produits n’ont pas empêché d’augmenter les salaires, notablement plus élevés dans les usines Martin que dans celles de nos concurrents de l’étranger.
- De plus, l’on peut citer l’organisation des différents établissements Martin au point de vue philanthropique. Le moulinage de Tarare, notamment, desservi par 500 jeunes filles, est des plus remarquables. On y a pourvu consciencieusement à tous les besoins hygiéniques, moraux et religieux. Les usines, dont la visite est libéralement accordée aux étrangers, sont considérées comme des modèles sous tous les rapports.
- Pour témoigner toute sa satisfaction à M. Dubu des services qu’il a rendus à l’industrie, la Société lui décerne une médaille d’or.
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- 3. Procédé de durcissement du verre par la trempe, par M. de la Bastie, au
- château de Richemont, par Pont-d’Àin (Ain) (1).
- Parmi les produits industriels de grande consommation, l’un des plus importants est sans contredit le verre ; mais il a, comme on sait, un défaut capital, son extrême fragilité.
- On connaît bien depuis 1 200 ans la dureté des larmes bataviques, sur lesquelles on peut frapper avec un marteau ; mais on n’avait jamais cherché à faire une application industrielle des propriétés que la trempe donne au verre.
- C’est à M. de la Bastie que revient l’honneur d’avoir tenté utilement cette application. Il a démontré par de nombreuses expériences que, contrairement à l'opinion généralement admise, la trempe donne au verre une solidité bien supérieure à celle qu’il aurait s’il n’avait pas subi cette opération.
- En conséquence, la Société lui décerne la médaille d’or.
- 4. Perfectionnements dans la fabrication du superphosphate de chaux, par
- MM. Maxime Michelet et Paul Thibault, rue de Thionville, 6, à la Villette
- (Paris) (2).
- Le phosphate acide de chaux, employé aujourd’hui concurremment avec d’autres produits minéraux pour suppléer à l’insuffisance du fumier de ferme, se fabrique en grand dans plusieurs centres industriels ; sa production s’accroît chaque jour sans arriver cependant à satisfaire les besoins de l’agriculture, car la France reste toujours, sous ce rapport, tributaire de l’industrie anglaise.
- M. Maxime Michelet a fait établir à la Villette une fabrique importante de superphosphate, qui contribuera à nous affranchir, en partie, de l’importation étrangère.
- L’installation des appareils, faite en entier sous la direction de M. Paul Thibault, permet une production régulière et continue qui peut s’élever à 30 000 kilogrammes par jour. Les émanations abondantes, nuisibles à la santé des ouvriers, et résultant de l’action de l’acide sulfurique sur les phosphates
- (1) Le rapport paraîtra très-prochainement.
- (2) Voy. Bulletin de 1875, cahier de mai, p. 2*28.
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- naturels, sont aspirées par un ventilateur et passent au travers d’une colonne à coke humecté d’eau; l’absorption des vapeurs acides est complète.
- La disposition et le fonctionnement des appareils de l’usine font le plus grand honneur à M. Paul Thibault. La Société, appréciant l’importance des perfectionnements qu’il a apportés au mode de fabrication des superphosphates, associe son nom à celui de M. Maxime Michelet, et leur décerne une médaille d’or.
- 5. Travaux de M. F. Richard, céramiste, Grande Rue, 13, à Sèvres (1).
- M. François Richard, artiste peintre sur porcelaine, a consacré dix années d’études persévérantes à la pratique de la peinture sur porcelaine au demi-grand feu. Ses recherches ont été couronnées d’un succès complet, et les Expositions internationales de 1867, à Paris, et 1873, à Vienne, ont démontré l’excellence de ses méthodes.
- La Société, pour récompenser M. F. Richard, lui accorde une médaille d’or.
- 6. Perfectionnements dans la fabrication des châles imités de l’Inde, par
- MM. Tresca, Thorel et Ratieuville, 12, place des Victoires, à Paris (2).
- Depuis le commencement de ce siècle, époque à laquelle remontent les premiers essais de la fabrication des châles, tentés par MM. Ternaux et Jau-bert, la spécialité a été l’objet de nombreux et importants perfectionnements qui ont eu pour résultats des développements commerciaux considérables. Les principales étapes dans cette direction ont été signalées par des rapports inscrits dans le Bulletin, et leurs auteurs ont été couronnés par la Société. Le desideratum constamment poursuivi a été l’imitation parfaite du tissu indien. Le mode de travail, dit spoulinage à la main, qui constitue l’un des caractères fondamentaux des étoffes qu’on cherche à imiter, a été exécuté mécaniquement naguère.
- Malgré les nombreux efforts qui ont abouti à des procédés plus ou moins importants, les châles français laissaient à désirer dans leurs caractères et dans leur apparence ; ils n’offraient ni le grain, ni la douceur des tons, ni le
- (1) Voy. Bulletin de 1875, cahier de juin, p. 286.
- (2) Voy. Id. cahier de juillet, p. 349.
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- Ht MEDAILLES D ENCOURAGEMENT. -- AOUT 1875.
- relief, ni le toucher de leur rival indien. MM. Tresca, Thorel et Ratieuville ont imaginé un ensemble de combinaisons remarquables, appliqué à un genre spécial de fils et à des modes nouveaux et variés d’entrelacements, qui leur ont permis de multiplier le nombre des nuances; ils ont, en outre, modifié le système classique d’apprêts, et ont ainsi réalisé des produits qui se confondent en apparence avec ceux des Orientaux. Ils ont atteint le but avec une très-grande économie, leurs articles ne revenant, en moyenne, qu’à 1/10 du prix de leurs similaires exotiques.
- Ces résultats peuvent non-seulement contribuer à une reprise de l’article un peu délaissé par la mode, mais ils agrandissent le vaste champ de l’art du tissage en général. Pour reconnaître des progrès et des services de cette valeur, la Société accorde une médaille d’or à MM. Tresca, Thorel et Ratieuville.
- médailles de platine.
- 1. Emplois divers de la glu marine, par Mme Veuve Audouin, 45, boulevard
- Magenta, à Paris (1).
- Depuis près de 40 ans, Mme Veuve Audouin s’occupe, avec un grand zèle et une intelligente persévérance, de la fabrication de divers enduits employés avec succès dans les constructions publiques et privées, pour préserver de l’humidité ou de la détérioration produite par l’action de l’air un grand nombre de matériaux oxydables ou putrescibles. Ces enduits sont la glu marine noire, la glu marine blonde et la colle imperméable liquide. L’expérience a prononcé sur leur efficacité pour la conservation du fer, de la fonte, de la tôle dans les égouts des villes, et sur les cheminées des bateaux à vapeur. Les bois sont également conservés et mis à l’abri des piqûres des insectes, chose précieuse pour les laboratoires, les bibliothèques, les musées.
- Madame Audouin a multiplié les applications utiles de ses produits, admis aujourd’hui dans les grands travaux publics. Elle a montré beaucoup d’esprit de ressource ou d’invention dans les efforts qu’elle a faits pour fonder et développer une industrie véritablement nouvelle. Aussi la Société, sur la proposition du comité des arts chimiques, a-t-elle voulu lui donner une marque de haute estime en lui décernant une médaille de platine.
- (1) Voy. Bulletin de 1873,2e série, t. XX, p. 555.
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- 2. Instrument de planiméirie, par M. Marcel Deprez, rue Cassini, 16,
- - ; à Paris (1). T ' -
- M. Marcel Deprez a construit, sur des principes analogues à ceux qui ont été employés par M. le professeur Àmsler de Schaffouse, un instrument très-commode et très-sûr pour la mesure d une aire quelconque définie par son contour sur un plan. Il a, en outre, suivant des conditions qui lui sont propres, doté cet instrument des dispositions nécssaires pour la détermination du centre de gravité de cette aire et de son moment d’inertie. Ces dernières opérations étaient jusqu’alors très-longues et très-complexes. -
- . La Société d’encouragement, appréciant l’exactitude et la nouveauté de la solution trouvée par M. Deprez, lui décerne une médaille de platine. ,
- 3. Appareils divers de précision, par M. Deschiens, boulevard Saint-Michel, 123,
- . _ •... • à Paris (2j.
- La construction des instruments de précision est un art qui exige, de la part de ceux qui s’y adonnent, beaucoup d’intelligence, beaucoup d’habileté et surtout beaucoup de désintéressement. On comprend, en effet, qu’avec les modèles si variés qu’ils sont obligés de faire tous les jours, modèles qui n’ont, en définitive, qu’un nombre très-restreint d’acheteurs, les constructeurs d’appareils de précision ne peuvent établir pour la construction économique de chacun d’eux un outillage particulier et dispendieux. De là le prix relativement élevé des produits de cette fabrication, et pourtant il est rare que les artistes dont nous parlons fassent fortune.
- On doit donc encourager le plus possible cette classe intéressante d’industriels, surtout quand, par suite de perfectionnements simples apportés à l’outillage, ils parviennent à réduire les frais de fabrication. C’est précisément là ce qu’a fait M. Deschiens qui, avec sa machine à graver et ses appareils à fraiser et à moleter, a pu remplacer, pour certaines pièces, le travail du graveur et du limeur avec une économie de 70 à 80 pour 100.
- M. Deschiens est, d’ailleurs, un artiste d’une grande habileté. C’est lui quj a construit, de la manière la plus remarquable, les horloges et chronographes
- (1) Le rapport paraîtra prochainement.
- (2) Voy. Bulletin de 1875, cahier de juillet, p. 333. Tome II. — 74e année. 3* série. — Août 1875.
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- électriques de M. Liais, en y apportant même certains perfectionnements de détail qui ont une importance réelle. Il a aussi imaginé plusieurs appareils nouveaux, entre autres de petits compteurs de poche qui, avec des dimensions très-restreintes, permettent d’enregistrer sans échauffement sensible 10 000 révolutions par minute.
- . En raison de ses remarquables travaux, la Société décetne à M. Deschiens une médaille de platine.
- 4. Propagation de la culture et de l'emploi du maïs, par M. Fua, de Padoue (1).
- M. Fua, qui a vu à Padoue, dont il est originaire, les grands services que rend le maïs dans l’alimentation, cherche avec persévérance, depuis plusieurs années, à introduire cette utile céréale dans la culture de nos départements du nord.
- Les petites races de maïs, dites maïs quarantain, mûrissent leurs épis, il est vrai, dans ces départements, mais leur produit est trop minime pour qu’une place de quelque importance leur y soit donnée dans les rotations. Il fallait donc trouver une race assez grande pour donner des produits rémunérateurs, tout en étant assez hâtive pour que, sous le climat du nord de la France, son grain arrive à maturation.
- Par des études comparatives d’abord, par des sélections intelligentes ensuite, M. Fua est arrivé à établir l’existence d’une race à la fois grande et hâtive, pouvant donner, à Paris et plus au nord encore, un produit digne de prendre place dans la grande culture. Ce maïs donne, en effet, par hectare, une récolte moyenne de 40 hectolitres, au lieu des 10 à 15 hectolitres que produit le maïs quarantain.
- La Société, voulant encourager les études de M. Fua, lui décerne une médaille de platine.
- 5. Allumage instantané des lustres à gaz de l'Assemblée nationale de Versailles,
- par M. Gaiffe, rue Saint-André-des-Arts, 40, à Paris (2).
- M. Gaiffe est l’auteur d’un système électrique ingénieux, au moyen duquel
- (1) Voy. Bulletin de 1875, cahier de juin, p. 293.
- (2) Voy. Bulletin de 1874, 3* série, t. I, p. 489.
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- MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT. *— AOUT 1875.
- il a réalisé rallumage instantané des lustres à gaz de la salle de l’Assemblée nationale, à Versailles.
- Dans l’exécution de ce système, aussi simple qu’ingénieux, aussi sûr qu’économique, M. Gaiffe a fait preuve d’une grande habileté. Le succès a été complet dès le premier jour, et l’économie réalisée est considérable, car, d'après des renseignements authentiques, elle s’élève à environ 2 000 francs par mois.
- La Société d’encouragement, reconnaissant dans le système de M. Gaiffe une application utile et intéressante de l’électricité, réalisée pour la première fois, en France, sur une grande échelle, décerne à son auteur la médaille de platine.
- 6. Atlas de Vindustrie française, par M. Loua, au Ministère de l’agriculture et
- du commerce (1).
- M. Loua, ingénieur, chef du bureau de la statistique générale de France, au Ministère de l’agriculture et du commerce, a soumis à la Société d'encouragement un travail de statistique important.
- Une enquête officielle avait été faite, de 1861 à 1865, sur l’état de nos diverses industries et sur les forces dont elles disposent. M. Loua a cherché à rendre sensible la manière dont se localisent les diverses industries sur le territoire français, au moyen de cartes sur lesquelles le degré d’importance de chacune de ces industries est indiqué par département, à l’aide d’une teinte différente. Chacune de ces cartes est accompagnée d’une légende indiquant l’outillage de chacune de nos industries.
- Trente-trois cartes composent son Atlas de l’industrie française.
- Rendre la statistique moins aride, la mettre à la portée de tous, la fixer dans la mémoire en parlant aux yeux, tel est le but que s’est proposé M. Loua.
- Malheureusement la statistique qui servait de base à son travail était déjà ancienne, la publication en ayant été retardée par les événements de la guerre.
- L'idée de M. Loua était bonne, elle a fait son chemin, et le Ministère du commerce, profitant d'une statistique plus récente, vient de publier une série de cartes présentant la position de chacune de nos grandes industries, au l#r janvier 1875.
- (1) Voy. Bulletin de 1874, 3e série, 1.1, p. 440.
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- 4:16 MEDAILLES DENCOURAGEMENT. — AOUT 1875.
- Votre comité du commerce a eu l’honneur d’attirer sur les travaux de M. Loua l’attention de la Société d’encouragement, qui, en, couséquence, lui accorde une médaille de platine.
- 7. Carte agronomique de Varrondissement de Vouziers [Ardennes), par
- MM. Meugy et Nivoit, rue de Madame, 53, à Paris (1).
- MM. Meugy et Nivoit, ingénieurs des mines, ont fait une carte géologique et agronomique de l’arrondissement de Vouziers (Ardennes), avec un volume descriptif et explicatif à l’appui, qui contient des renseignements très-précis et d’un grand intérêt. On doit y remarquer surtout les recherches sur l’exploitation du phosphate de chaux, industrie qui a pris naissance dans l’arrondissement de Vouziers. L’exploitation de ces phosphates produit actuellement 20 000 tonnes par an, et, à ce taux, cette industrie pourrait être exercée encore pendant 200 ans.
- La Société, appréciant toute l’importance et l’utilité pratique de ces recherches, et du bel ouvrage dans lequel elles sont résumées, décerne à MM. Meugy et Nivoit une médaille de platine.
- 8. Télégraphie pneumatique, par MM. Mignon et Rouart, rue Oberkampf, 151,
- à Paris (2).
- MM. Mignon et Rouart ont contribué pour une large part à la solution pratique de l’important problème de la transmission des dépêches par un tube pneumatique.
- La Société leur décerne sa médaille de platine.
- médaille» d’argent.
- 1. Coopération de M. Cauchefert dans la fabrication des châles de MM. Tresca,
- Thorel et Ratieuville.
- Pour témoigner à M. Cauchefert l'intérêt qu’elle attache à ses utiles et persévérantes recherches dans l’art du tissage, et pour reconnaître sa coopération efficace aux progrès réalisés dans l’industrie des châles, la Société lui accorde une médaille d’argent.
- (1) Voy. Bulletin de 1875, cahier de juillet, p. 358.
- (2) Le rapport paraîtra ultérieurement.
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- 2. Poteries vernissées sam plomb, par M. Constantin, pharmacien, à Brest : (Finistère) (1). ;
- Préoccupé des cas d’empoisonnement par le plomb, comme conséquence de l’emploi des poteries communes vernissées, M. Constantin lui a substitué celui des glaçures complètement inoffensives formées parle silicate de soude, verre soluble additionné de chaux et de sable. Le département du Finistère adopte depuis deux ans ce genre de travail; ce perfectionnement ne tardera pas à s’étendre à d’autres localités. M. Constantin a donc fait œuvre d’humanité, et la Société le reconnaît par une médaille d’argent.
- . 3. Appareil pour le nettoyage, le triage et ïaplatissement de ïavoine, par . M. À. Dobelle, à Amiens (2). , <
- > M. Dobelle, entrepreneur de transports à Amiens, est auteur de procédés consistant dans le nettoyage mécanique, le triage et l’aplatissement des grains, et particulièrement de l’avoine destinée à l’alimentation dés chevaux.
- L’avoine qu’il prépare ainsi est entrée dans le commerce et lui est payée 1 fr. 25 à 1 fr. 50 par 100 kilog. plus cher que l’avoine ordinaire. Cette augmentation est acceptée par la clientèle, qui y trouve, paraît-il, certains avantages.
- M. Dobelle ayant réalisé ses procédés au moyen d’une installation mécanique bien entendue, la Société lui décerne une médaille d’argent.
- 4. Méthode pour l’essai des ciments, par M. Ducourneau, boulevard Morland, 6,
- à Paris (3).
- Il importe, dans les constructions, de connaître d’avance les qualités du ciment qu’on emploie et de savoir, dans les réceptions que les ingénieurs sont obligés de faire, si le fournisseur livre des ciments à prise lente ou à prise rapide, ce qu’il ignore quelquefois lui-même, au milieu du mouvement commercial delà marchandise.
- M. Ducourneau a fait, à ce sujet, des études qui ont été couronnées de
- (1) Voy. Bulletin de 1874, 3« série, 1.1, p. 105.
- (2) Voy. Id. id. p. 545.
- .(3) Le rapport paraîtra prochainement.
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- succès, et dans sa longue expérience d’entrepreneur de travaux publics il a trouvé une méthode simple qui fait apprécier avec un suffisant degré d’exactitude la qualité du sac ou du tas de ciment que l’on se dispose à faire sortir du magasin qui le renferme.
- La Société d'encouragement décerne, en conséquence, une médaille d’argent à M. Ducourneau.
- 5. Nouveau système de rouage de pendule, par M. Hoyau, rue de Sévigné, 50,
- à Paris (1).
- M. Hoyau est parvenu à simplifier le mécanisme des pendules de cheminée et à en diminuer le prix en le perfectionnant d’une manière notable. Il supprime l’un des deux barillets, qu’il remplace par un mécanisme spécial très-simple, et il adopte, au lieu du rouage ordinaire, le rouage à râteau, qui permet de déplacer les aiguilles à volonté sans déranger la sonnerie. On a ainsi, pour un prix moindre, une pendule meilleure, facile à mettre à l’heure et sonnant avec régularité.
- La Société, reconnaissant le service rendu à l’horlogerie par M. Hoyau, lui décerne une médaille d’argent.
- 6. Ponts à bascule perfectionnés, par M. Paupier, impasse de l’Orillon, 11,
- à Paris (2).
- M. Paupier, balancier, à Paris, a beaucoup développé, dans ces dernières années, ses ateliers de construction de ponts à bascule et de bascules en l’air. Il a apporté dans ces appareils si indispensables quelques perfectionnements qui ont conduit la Société d’encouragement à lui décerner une médaille d’argent.
- 7. Appareil pour simplifier le rapport des plans de mines, par M. Tabarant, à la
- Machine (Nièvre) (3).
- ' M. Tabarant a introduit dans le tracé des plans de mines les perfectionnements suivants :
- (1) Voy. Bulletin de 1875, cahier d’avril, p. 161.
- (2) Le rapport paraîtra prochainement.
- (3) Voy. cahier de juillet 1875, p. 353.
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- En premier lieu, l'emploi du parallélogramme articulé pour reporter à de grandes distances une direction qui doit rester parallèle à elle-même sans l’être aux bords de la table ;
- En second lieu, un arc de cercle annexé au rapporteur et permettant de transformer, sans calcul, les azimuts magnétiques inscrits au registre du levé en angles rapportés au nord vrai ;
- Enfin suppression de la double coïncidence qu’il est ordinairement nécessaire d'établir entre un point et un point, en même temps qu’entre une ligne et une ligne. On n’a plus qu’à amener une alidade à passer par un point.
- La Société, reconnaissant les idées justes et ingénieuses à l’aide desquelles M. Tabarant réalise un progrès important dans les bureaux topographiques, lui décerne une médaille d’argent.
- 8. Perfectionnements en horlogerie, par M. Yves Thomas, 99, boulevard
- Ménilmontant, à Paris (1).
- M. Yves Thomas a poursuivi avec une rare persévérance la réalisation d’un grand nombre de problèmes dont il est parvenu à triompher, notamment des pièces d’horlogerie à longues marches.
- M. Yves Thomas s’est déjà rendu digne des encouragements de la Société, qui lui décerne à nouveau sa médaille d’argent.
- 9. Grappins pour les sondages à la mer, par M. Toselli, rue Lafayette, 213,
- à Paris (2). . ,
- M. Toselli s’est occupé, d’une manière toute pratique, de la construction des appareils à l’aide desquels on peut retirer du fond des mers soit les objets perdus, soit les coraux qui y vivent et que l’on veut y recueillir. Son grappin automatique se fermant seul et se maintenant en prise quelle que soit la résistance qui lui est opposée; le perfectionnement qui consiste à permettre d’ouvrir à volonté ses griffes en le laissant simplement redescendre d’une petite profondeur, ce sont autant de résultats intéressants que la Société d’encouragement a voulu récompenser par une médaille d’argent.
- (1) Voy. Bulletin de 1874, 3* série, 1.1, p. 433.
- (2) Le rapport paraîtra prochainement.
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- 10. Trieur magnéto-mécanique, par M. Ch. Vavin, à Paris (1).
- La séparation du fer et du cuivre dans les tournures et balayures d’atelier, le triage du minerai magnétique sont des opérations qu’il importe de faire mécaniquement. :
- Le problème a été résolu une première fois par M. Chenot, au moyen d’électro-aimànts dans une machine construite par Gustave Froment, notre regretté collègue; une deuxième fois, par MM. Wennin et Dérégneaux, de Lille, au moyen d’aimants permanents.
- Mais la solution donnée par ces deux inventeurs était incomplète, tant par le prix élevé de l’une de ces machines que par le rendement insuffisant de l’autre.
- Profitant de l’expérience de ses devanciers, M. Ch. Yavin a construit une machine à aimants permanents qu’il a appelée trieur magnéto-mécanique, dans laquelle il a ingénieusement disposé les aimants de manière à faire travailler toute la surface du cylindre sur lequel ils sont montés. Sa machine peut facilement traiter 5 000 kilog. de matières par jour.
- La simplicité de construction assigne un prix modique à cet appareil, qui est entré dans le matériel des grands ateliers de construction.
- Le Conseil, prenant en considération le perfectionnement ingénieusement appliqué par M. Vavin, lui décerne une médaille d’argent.
- médailles de bronze.
- 1. Sécateurs perfectionnés, par M. Gissey, rue de Rennes, 151, à Paris (2).
- M. Gissey, mécanicien, a présenté à la Société d’encouragement des sécateurs destinés à la taille des arbres fruitiers et à l’élagage des arbres forestiers.
- Ces instruments, d’un emploi commode, par suite des améliorations apportées dans leur construction, sont du même prix que ceux qu’on trouve dans le commerce. Ils peuvent donc entrer dans la fabrication courante et sont appelés à rendre d’utiles services aux arboriculteurs.
- Par ces motifs, la Société décerne à M. Gissey une médaille de bronze.
- (t) Le rapport paraîtra ultérieurement.
- (2) Voy. Bulletin de 1874, 3e série, 1.1, p. 492.
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- 2. Tablettes pour soupe à l'oignon, par M. Gremailly fils aîné, 40, cours du Chapeau-Rouge, à Bordeaux (1).
- M. Gremailly prépare des tablettes d’un petit volume qui, dissoutes dans l’eau bouillante, donnent un bouillon coloré, d’une odeur et d’un goût agréables, avec lequel on peut immédiatement tremper une soupe grasse à l’oignon ; ces tablettes, qu’on peut aussi employer avec succès à assaisonner des légumes ou un ragoût de viande, rendent de très-grands services. Les prisons, plusieurs couvents de Bordeaux, l’économat du chemin de fer du Midi, les 123e, 57e et 49e régiments d’infanterie ainsi que plusieurs établissements de charité font, dès à présent, une grande consommation de cet utile produit, et la fabrique est installée de manière à en fournir journellement de grandes quantités.
- La Société décerne une médaille de bronze à M. Gremailly.
- 3. Utilisation des chutes souterraines, par M. Henriau, à Meaux (2).
- M. Henriau a réussi pratiquement à créer des forces motrices d’une faible puissance par l’absorption, dans les couches perméables du sous-sol, d’eaux de surface surabondantes ou nuisibles ; ou encore par la descente d’une partie des eaux d’une couche aquifère jusqu’à une formation absorbante inférieure, employée à élever jusqu’au jour le reste du débit de la première.
- Ses appareils sont la fontaine de Héron et le chapelet hydraulique, auxquels il a apporté certains perfectionnements, et qu’il installe dans des puits ou de simples trous de sonde.
- La Société décerne à M. Henriau une médaille de bronze.
- 4. Biberon à soupape, par M. E. Robert, mécanicien, à Dijon (3).
- M. Robert a reconnu dans le biberon actuellement en usage une imperfection grave, c’est qu’il ne permet pas une rentrée graduelle et régulière de l’air à mesure que la succion de l’enfant enlève le lait de l’appareil. '
- Il y a remédié en adaptant aux biberons qu’il fabrique une soupape très-simple, consistant dans une petite fente pratiquée sur un bout de tube en caoutchouc, ouvert à l’air par une extrémité et fermé par l’autre qui plonge
- (1) Voy. Bulletin de 1874, 3* série, t. I, p. 327.
- (2) Le rapport paraîtra ultérieurement.
- (3) Voy. Bulletin de 1874, 3» série, t. I, p. 444. Tome II. — 74e année. 3e série. — Août 1875.
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- dans le biberon; la moindre succion fait ouvrir les lèvres de cette fente et entrer l’air dans l’appareil. Le liquide ne peut pas sortir, parce que sa pression suffît pour tenir les lèvres fermées. Cette invention est ingénieuse et très-utile; en outre, le petit organe qui en fait l’objet n’augmente pas sensiblement le prix du biberon, qui peut être fabriqué et livré en gros au prix de 80 centimes.
- La Société décerne une médaille de bronze à M. E. Robert.
- 5. Kaléidoscope perfectionné, par M. Thomas, rue des Abbesses, 48, à
- Paris-Montmartre (1).
- M. Thomas, en modifiant par d’ingénieuses dispositions le kaléidoscope ordinaire, a obtenu des effets nouveaux, intéressants, et mis de nouvelles ressources à la disposition des dessinateurs et des artistes.
- La Société accorde à M. Thomas une médaille de bronze.
- II. LISTE DES CONTRE-MAÎTRES ET OUVRIERS JUGÉS DIGNES DE RECEVOIR DES MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT.
- H PS a PS O "b o !5 NOMS. ANNÉES ! de service. 1 ÉTABLISSEMENTS AUXQUELS ILS APPARTIENNENT.
- MM.
- 1 Aubert (Louis). . . . 11 Directeur de la fabrique de biscuits de MM. Guillout et comp.
- 2 Bachelet (Félix) 21 Principal collaborateur de la maison d’orfèvrerie de M. Froment-Meurice.
- 3 Barret (Eugène) . . 30 Contre-maître charpentier aux forges de M. Arthur de Buyer, àRuaux (Vosges).
- 4 Besson (Jean). 8 Contre-maître aux forges d’Ornans, chez M. Jarre.
- 5 Brandely (Jean), dit Baptiste. . . . 26 Ouvrier, puis contre-maître chez M. Ferrand [Gain, successeur), entrepreneur de peintures.
- 6 Buhours (Edouard-Auguste) 35 Mécanicien dans les ateliers de MM. Tul-pin frères, à Rouen.
- 7 Delattre (Marie-Joseph) 10 Maître maçon dans les manufactures de j produits chimiques du Nord (M. Kuhl- j man, administrateur). j
- (1) Le rappori paraîtra prochainement.
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- H « O CO & ÉTABLISSEMENTS
- M o *e NOMS. H > 'g t, S5 9 S5 co AUXQUELS
- O îz; < O ILS APPARTIENNENT.
- MM.
- 8 Demouis (Ch.-Augustinj 56 Longs et pénibles services dans la voirie de Bondy.
- 9 Deschênes (Félicien) 30 Contre-maître serrurier-ajusteur attaché aux forges de M. Arthur de Buyer, à Ruaux (Vosges).
- 10 Duplessy (Nicolas) 58 Ouvrier dans la maison Mulot, sondeur (Léon Dru, successeur).
- 11 Duquénoy (Léon) 16 Contre-maître à la fabrique de parfumerie de M. Raynaud, à Levallois-Perret.
- 12 Fromont (Pierre-Toussaint.). . . . 45 Ouvrier peintre chez M. Bunel, à Châlons-sur-Marne.
- 13 Jannin (Pierre) 10 Chef ouvrier dans la fabrique de produits chimiques de M. Michelet, à Paris.
- 14 Lachaise (Sylvain) 17 Contre-maître à la fabrique de porcelaine de MM. Hache et Pépin Lehal-leur, à Vierzon.
- 15 Lambert (Théodule-Dradéme). . . . 12 Contre-maître dans la fabrique de chocolat de M. Devinck.
- 16 Lecompte (Léon) 32 Contre-maître chez M. Dessaux fils, négociant en liquides, à Orléans.
- 17 Leflaive (Louis) 22 Comptable dans la maison Castor (Hersent, successeur), entrepreneur de travaux publics.
- 18 Levieil (Eugène). 30 Contre-maître chezM. Deleuil, fabricant
- d’instruments de précision, à Paris.
- 19 Nicolas (Michel).'. . . 23 Contre-maître à la fabrique de produits chimiques du Plan-d’Aren (Bouches-du-Rhône).
- 20 Paris (Hippolyte-Pierre-J.-B.). . . 35 Ouvrier chez MM. Mignon et Rouart, mécaniciens, à Paris.
- 21 Pasbecq (Auguste) 39 Ouvrier dans la fabrique de céruse de M. Théodore Lefebvre, à Lille.
- 22 Seguin (René) 44 Ouvrier chez M. Henri Lemoine, fabricant de meubles, à Paris,
- 23 Tautin (Hippolyte-Honoré) 15 1 Ouvrier chez M. A. Lacroix, fabricant de couleurs vitrifiables, à Paris. ,
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- AOUT 1S75.
- » « a « o a o K NOMS. ANNÉES de service. ÉTABLISSEMENTS AUXQUELS ILS APPARTIENNENT.
- MM.
- 24 Thion (Eloi-Siméon) 30 Contre-maître des ateliers de façonnage à la manufacture de Sèvres.
- 25 Vilpreux (Auguste-Jules) 38 Contre-maître dans la fabrique de couvertures de laine de MM. Chevallier frères, à Orléans.
- Les secrétaires de la Société,
- Ch. LABOULAYE. w —«'WWW j E. PELIGOT,
- Membre de l’Institut.
- MÉDAILLES
- DÉCERNÉES AUX CONTRE-MAÎTRES ET OUVRIERS DES ÉTABLISSEMENTS AGRICOLES
- ET MANUFACTURIERS.
- (Voir le tableau II.)
- Les notes suivantes sont extraites des dossiers concernant les lauréats.
- 1. M. Aubert (Louis).
- L’honorable M. Guillout, fabricant de biscuits, membre de la Société, a vivement recommandé le directeur de son importante usine de Paris, M. Louis Aubert, né à Vieille-Arcy (Aisne), en 1832, et entré en 1864 dans sa fabrique qu’il n’a pas quittée un seul instant. M. Guillout vante le zèle et le dévouement de son directeur, qui a su en donner surtout de grandes preuves pendant les douloureuses époques du siège et de la Commune.
- 2. M. Bachelet (Félix).
- M. Bachelet, fils et frère d’habiles orfèvres, est entré chez M. Froment-Meurice père en 1854. Depuis lors, c’est-à-dire depuis vingt et un ans, tout son temps, toute
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- son activité, tout son zèle ont été donnés à la même maison, aujourd’hui entre les mains de M. Froment-Meurice fils. « Je n’ai pas de compagnon de travail plus fidèle « ni plus affectionné, » dit M. Froment-Meurice ; c’est là un éloge auquel la Société d’encouragement est heureuse de donner sa sanction.
- ' 3. M. Barret (Eugène).
- M. Arthur de Buyer, l’un des plus anciens membres de la Société, maître de forges des plus estimés, a présenté l’un de ses contre-maîtres, M. Barret, menuisier-modeleur.
- M. Barret, né dans la commune de Ruaux près Plombières, où sont situés les établissements métallurgiques deM. de Buyer, travaille depuis trente années consécutives dans ces établissements. D’une docilité, d’une convenance et d’une tenue parfaites, doué d’une intelligence au-dessus de la moyenne, il a su mettre à profit les observations de chaque jour, et a fini par acquérir une grande habileté. En outre, il sait lire, écrire, calculer, tenir passablement des comptes, et, comprenant les plans, il est à même de dessiner, au besoin,quelques croquis.
- Avec de pareilles qualités, il est presque superflu d’ajouter que sa conduite est exemplaire, et qu’il élève du mieux qu’il peut ses enfants en leur donnant tous les principes d’éducation morale et religieuse qu’il possède lui-même, et qui le font estimer de tout son entourage. Jamais candidat n’a mieux mérité la médaille.
- 4. M. Besson (Eugène-François-David).
- M. Besson est entré aux forges de Lods (Doubs) en 1853 ; il est devenu contremaître dans la même usine en 1859 et y est resté, en cette qualité, jusqu’en 1868, époque à laquelle il est entré aux forges d’Ornans (même département), chez M. Jarre* membre de la Société.
- M. Jarre, qui l’a présenté en se louant beaucoup de ses services, ajoute qu’il sait lire, écrire et tenir la comptabilité de son atelier.
- 5. M. Brandely (Jean).
- Vingt-six ans de bons et loyaux services dans la maison de M. Ferrand (aujourd’hui Galli), entrepreneur de peinture, à Paris, tels sont les titres à la médaille de M. Brandely, devenu aujourd’hui contre-maître.
- 6. M. Buhours (Édouard-Auguste).
- MM. Tulpin frères, les habiles constructeurs-mécaniciens de Rouen, membres de la Société, ont présenté cinq candidats appartenant à leur établissement. Le nombre limité de médailles à accorder n’a pas permis à la Société de récompenser, d’un seul coup, ces cinq candidats; elle a choisi le plus ancien, M. Buhours, le premier de la
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- liste envoyée par MM. Tulpin, réservant pour ultérieurement les titres des quatre autres.
- M. Buhours a été admis dans les ateliers de MM. Tulpin un mois après leur création, en mai 1840, ce qui porte à trente-cinq ans la durée de ses services. Depuis son entrée jusqu’à ce jour, il a fait preuve d’une assiduité au travail des plus rares. Grâce à une conduite exemplaire et à des habitudes de stricte économie, il a su s’assurer une modeste aisance, et trouver les ressources nécessaires à l’éducation de deux enfants dont l’un est aujourd’hui prêtre du diocèse de Rouen.
- A côté de ces titres, bien dignes de la sollicitude de la Société, il n’est pas sans utilité de rappeler que M. Buhours a déjà obtenu des récompenses à diverses Expositions universelles; c’est ainsi qu’en 1855 il a obtenu une mention honorable, en 1867 une médaille d’argent, enfin tout récemment, à Vienne, en 1873, une médaille de coopération.
- 7. M. Delattre (Henri-Joseph).
- M. Delattre est, depuis dix ans, maître maçon à l’usine de la Madeleine-lez-Lille, l’un des établissements de la Compagnie anonyme des manufactures de produits chimiques du Nord. C’est M. Kuhlmann, administrateur général de cette Compagnie, qui a présenté ce candidat sur lequel il a fourni les meilleurs renseignements.
- 8. M. Demouis (Charles-Augustin).
- M. Demouis, âgé aujourd’hui de soixante-seize ans, est entré, en 1818, au service de la Ville de Paris lors de la construction de la voirie deBondy. Depuis cette époque, il a continué à travailler pour l'Administration municipale avec un zèle et une intelligence dont témoignent tous les agents du service sous lesquels il a été successivement placé. M. Alfred Durand-Claye, ingénieur des ponts et chaussées, qui le recommande en même temps que M. le maire de Bondy, ajoute, dans la lettre qu’il a adressée à
- M. le Président de la Société : «......Il a donc cinquante-six ans de bons et loyaux
- services. Vous savez, Monsieur le Président, combien le service de la voirie est pénible et souvent dangereux. Le sieur Demouis a accompli les ouvrages le* plus pénibles avec une patience et un dévouement à toute épreuve. »
- 9. M. Deschênes (Félicien).
- M. Deschênes, contre - maître serrurier-ajusteur, depuis trente ans attaché aux forges de Ruaux (Vosges), est le second candidat présenté par M. Arthur de Buyer qui le recommande au même titre que le. premier. M. Dumas, président de la Société, a vivement appuyé cette candidature au sujet de laquelle il a eu des informations très-précises.
- 10. M. Duplessy (Nicolas).
- On connaît la maison et l’établissement de sondages de MM. Mulot auxquels a suc-
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- cédé M. Dru. Cette maison compte encore aujourd’hui, dans son personnel, un vieillard, M. Duplessy, qui y travaille depuis l’année 1817.
- Ce digne vétéran, qui, dans sa longue carrière, a formé un grand nombre d’ouvriers, a, pendant cinquante-huit ans, fait preuve d’un zèle, d’une activité et d’une bonne conduite que M. Dru recommande avec instance et que la Société est heureuse de récompenser.
- 11. M. Duquénoy (Léon).
- M. Raynaud, parfumeur (ancienne maison Legrand), a présenté deux candidats méritants ; mais, pour cette fois, la Société n’a pu en admettre qu’un seul.
- M. Duquénoy est contre maître de la fabrique située à Levallois-Perret; il y compte quinze années de services, pendant lesquelles son activité, son zèle et son dévouement ne se sont pas ralentis un seul instant. M. Raynaud se plaît à citer le courage et le sang-froid dont il a fait preuve pendant les terribles événements de 1870-1871, et grâce auxquels l’usine a pu rester debout au milieu de tant de désastres. Rien que pour récompenser une pareille conduite M. Raynaud n’ait cru pouvoir mieux faire que d’intéresser son contre-maître dans sa maison, il a pensé qu’une récompense honorifique était bien due à un pareil serviteur, qu’il s’est empressé de recommander à la Société d’encouragement.
- 12. M. Fromont (Pierre-Toussaint).
- C’est sous les auspices de M. Paliard, membre du Conseil de la Société, que M. Bunel, entrepreneur de peinture, à Châlons-sur-Marne, a présenté deux de ses ouvriers. Celui auquel la Société accorde aujourd’hui la médaille est M. Fromont qui ne compte pas moins de quarante-cinq ans de services irréprochables.
- 13. M. Jannin (Pierre).
- Chef-ouvrier dans la fabrique de produits chimiques de M. Michelet, membre de la Société, M. Jannin ne compte encore que dix années de services ; mais, parmi ces années, il en est une exceptionnelle, celle pendant laquelle il a, au péril de sa vie, protégé l’usine de son patron contre les excès de la Commune; c’est à cette même époque qu’il a eu la douleur de voir deux de ses enfants blessés. Un pareil dévouement ne doit pas rester sans récompense.
- Ik. M. Lachaise (Sylvain).
- Deux candidats ont été présentés par MM. Hache et Pépin Lehalleur, fabricants de porcelaine, à 'Vierzon (Cher). Celui que la Société a choisi, pour cette fois, est M. Lachaise, artiste dessinateur, remplissant à la fabrique les fonctions de contre-maître; il compte dix-sept ans de services et se recommande par des qualités de premier ordre.
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- 15. M. Lambert (Théodule).
- M. Lambert est depuis douze ans dans la fabrique de chocolat de M. Devinck, à Paris, où il est chargé du travail de la torréfaction ; c’est un ouvrier intelligent qui a su apporter de notables améliorations aux appareils appliqués à cette partie de la fabrication.
- 16. M. Lecompte (Léon).
- La Société d’encouragement récompense, en M. Lecompte, trente deux années de services consécutifs dans la maison de commerce de M. Dessaux fils, à Orléans. Le président de la Chambre de commerce et le commissaire de police d’Orléans, qui ont appuyé la candidature de M. Lecompte, ont témoigné de son zèle, de son intelligence et de son excellente conduite.
- 17. M. Leflaive (Louis).
- . M. Leflaive a été pendant vingt-deux ans comptable chez M. Castor, entrepreneur de travaux publics. C’est un employé sûr et d’un dévouement à toute épreuve que recommande vivement M. Hersent, ancien associé de M. Castor, membre de la Société.
- 18. M. Lev ieil (Eugène).
- M. Levieil est entré, en 1845, en qualité d’apprenti, chez M. Deleuil, opticien, à Paris, membre de la Société. Son apprentissage terminé, il est resté chez son patron comme ouvrier et n’en est sorti en. 1852 que pour voir d’autres établissements du même genre et se perfectionner dans son art. Ce n’est que six ans plus tard, alors qu’il se sentait suffisamment expérimenté, qu’il est revenu chez M. Deleuil, heureux de reprendre un pareil collaborateur.
- Son intelligence, son activité et son dévouement ne devaient pas tarder à l’appeler à un poste de confiance, et c’est ainsi que M. Deleuil le plaçait bientôt comme contremaître à la tête de ses remarquables ateliers.
- 19. M. Nicolas (Michel).
- Les meilleures recommandations accompagnent la candidature de M. Nicolas, qui est resté employé pendant vingt-trois ans à la fabrique de produits chimiques de Plan-d’Aren, commune de Fos (Bouches-du-Rhône), fabrique qui appartient à la Compagnie générale des salines du Midi. Aujourd’hui que l’âge oblige M. Nicolas à prendre un repos bien gagné et que réclament ses soixante-treize ans, la Compagnie récompense ses services en lui accordant une pension.
- M. Balard, vice-président de la Société d’encouragement, M. Renouard, administrateur délégué de la Compagnie des salines, et le directeur de l'usine de Plan-d’Aren font
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- MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT. — AOUT 1875.
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- l’éloge de M. Nicolas; il n’est pas jusqu’au maire de Fos qui n’ait témoigné en faveur de ce vétéran de l’industrie, en rappelant qu’il a rempli pendant vingt ans les fonctions honorables de conseiller municipal de cette commune,
- 20. M. Paris (Hippolyte-Pierre-Jean-Baptiste).
- M. Paris est depuis trente-cinq ans dans la même usine. Voici ce qu’en disent ses patrons, MM. Mignon et Rouart, mécaniciens, membres de la Société :
- « Nous ne connaissons pas d’homme plus probe, plus consciencieux dans son travail, soit à l’atelier, soit au dehors, plus estimable dans sa vie privée. C’est le type accompli de l’ouvrier d’autrefois, type qui,, malheureusement, tend à disparaître de jour en jour. Une récompense de la Société honorera sa carrière déjà longue... »
- 21. M. Pasbecq (Auguste).
- MM. Théodore Lefebvre et comp., fabricants de céruse, à Lille, membres de la Société, ont sollicité la médaille pour trois de leurs meilleurs ouvriers. Pour cette fois et tout en réservant les titres des deux autres candidats, la Société récompense M. Pasbecq qui compte trente-neuf ans de services consécutifs dans la fabrique, et dont la bonne conduite et le zèle ne se sont pas démentis un seul instant.
- 22. M. Seguin (René).
- M. Seguin est un autre vétéran du travail qui ne compte pas moins de quarante-quatre ans de services dans la fabrique de meubles appartenant aujourd’hui à M. Lemoine, à Paris, membre de la Société.
- M. Seguin est né avec ce siècle et ses soixante-quinze ans sont dignement couronnés par la médaille de la Société.
- 23. M. Tautin (Hippolyte-Honoré).
- M. Tautin est entré fort jeune chez M. Lacroix, fabricant de produits chimiques, à Paris, membre de la Société, et il y compte aujourd’hui quinze ans de services. Ouvrier intelligent et laborieux, il est particulièrement recommandable en raison du soin qu’il a pris de sa famille, à laquelle il a toujours servi de soutien. La Société considère comme un devoir de faire connaître de pareils actes et de les récompenser.
- 24. M. Thiou (Éloi-Siméon).
- Entré, à l’âge de douze ans, à titre d’élève, à la manufacture nationale de Sèvres, M. Thiou a été inscrit, à dater de 1845, sur l’état du personnel fixe, et il est actuellement contre-maître des ateliers de façonnage. Il compte donc un service actif de trente années, sur lequel M. Salvetat, membre du Conseil, a appelé l’attention bienveillante de la Société, en même temps queM. Robert, administrateur de la manufacture, a écrit en ces termes à M. le Président :
- Tome II. — 74e année. 3e série. — Août 1875,
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIETE. — AOUT 1875.
- « Je m’intéresse vivement au succès de la demande présentée en faveur de M. Thiou. La récompense, très-justement méritée d’ailleurs par les intelligents services de ce contre-maître, produirait le meilleur effet sur le personnel des ouvriers de la manufacture et lui donnerait un nouveau témoignage de la sollicitude de la Société d’encouragement pour les praticiens dont les travaux élèvent l’industrie de notre pays. »
- 25. M. Vilpreux (Auguste-Jules).
- Pour faire apprécier les titres de M. Yilpreux, nous ne pouvons mieux faire que de citer le passage suivant de la lettre écrite par ses patrons, MM. Chevallier frères, fabricants de couvertures, à Orléans, membres de la Société :
- « .... Vilpreux est occupé dans notre usine comme contre-maître des apprêts.
- Entré au service de notre regretté père en 1837, il nous a toujours servis avec la plus stricte fidélité, et nous a maintes fois donné les preuves du plus grand dévouement. D’une excellente conduite et d’une honnêteté irréprochable, il n’a pris aucune part à la grève de 1866, et a été, au contraire, l’un de ceux qui, par leurs bons conseils, engagèrent les égarés à reprendre leur travail, mettant, en cette circonstance, comme toujours, nos intérêts au-dessus des siens.
- « Laborieux autant que dévoué, il a su élever, à son exemple, sa famille, qui compte aujourd’hui plusieurs membres dans notre usine...... »
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ.
- RAPPORT FAIT PAR M. DEVINCK, AU NOM DE LA COMMISSION DES FONDS, SUR LES COMPTES DE RECETTES ET DEPENSES DES EXERCICES 1872 ET 1873.
- Messieurs, la commission des fonds vient soumettre à votre approbation les comptes des deux exercices 1872 et 1873. Les travaux de reconstruction de l’hôtel de la Société n’ont pas permis de vous convoquer plus tôt en assemblée générale et de vous présenter, en 1874, le compte de l’exercice 1872.
- Nous allons suivre, dans cette présentation, l’ordre parfait qui a été adopté par vous depuis longtemps pour la rédaction de ces comptes. Ils se composent de trois parties :
- La première comprend les fonds généraux, c’est-à-dire, d’une part, les recettes provenant des souscriptions de toute nature, arrérages de rentes, intérêts et autres produits propres à l’exercice; d’autre part, les dépenses générales effectuées pour le fonctionnement de la Société.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. — AOUT 1875. 431
- La deuxième partie est relative au fonds d’accroissement provenant d’un legs dont les revenus doivent être capitalisés jusqu’en 1882.
- La troisième partie comprend les fondations et dons spéciaux faits entre les mains delà Société, avec affectation spéciale, et au sujet desquels elle ne doit être considérée que comme mandataire chargée de réaliser les vœux des fondateurs.
- lre PARTIE.
- FONDS GÉNÉRAUX.
- EXERCICE 1872.
- Recettes.
- Solde en recette présenté par le compte de 1871.....................
- Art. 1er. Souscription du ministère du commerce.....................
- — 2. Souscriptions individuelles antérieures à 1871........... .
- — 3. Souscriptions individuelles de 1872........................
- — 4. Vente d’exemplaires du Bulletin............................
- — 5. Intérêts des sommes placées au Crédit foncier ou à la Caisse
- des dépôts et consignations. ......................... .
- — 6. Location de la salle des séances...........................
- — 7. Arrérage des rentes sur l’Etat.............................
- Rentes provenant des souscriptions perpétuelles ou à vie. . .
- — 8. Divers.....................................................
- Dépenses.
- Art. 1er. Rédaction, impression et expédition du Bulletin........
- — 2. Impressions diverses...................................
- — 3. Bibliothèque...........................................
- — 4. Agence et secrétariat, concierge et économat...........
- — 5. Jetons de présence.....................................
- — 6. Hôtel de la Société comprenant l’achat du terrain (86 053,05).
- — 7. Pensions...............................................
- — 8. Récompenses et encouragements..........................
- — 9. Expériences des comités................................
- — 10. Écoles................................................
- — 11. Addition au legs Rapst................................
- — 12. Annuité pour le grand prix de la Société..............
- En caisse excédant des recettes sur les dépenses. .
- Total égal aux recettes........................ 180 755,11
- A cette première partie du compte M. le trésorier a joint une annexe justifiant, d’une part, les recettes diverses opérées pour la restauration et la façade
- fr. c.
- 52 745,08
- 4 000,00
- 3 220,60 25 120,00
- 1 082,64|
- 1 145,67
- 4 860,00 30 168,72
- 1 055,75 57 356,65
- >128 010,03
- 180 755,11
- 30 370,13
- 3 997,90
- 379,65
- 14 056,64
- 2 908,50
- 96 077,41
- »
- 9 363,18
- 1 228,05
- 350,00
- 965,80
- 1 500,00]
- 19 557,85
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ.
- AOUT 1875.
- m
- nouvelle de l’hôtel, et, d’autre part# énonçant les dépenses faites dans ce but en 1872. Ce compte présente les chiffres suivants :
- Recettes.
- fr. c.
- Produit de la vente d’une inscription de renie 3 pour 100.......................... 55 328,65
- Montant net d’un legs de 1 000 francs fait par M. Lecarpentier..................... 985,00
- Sommes retirées du Crédit foncier.................................................. 1 000,00
- Montant du principal des sommes retirées de la Caisse des dépôts et consignations et des intérêts de ces sommes au 28 août 1872......................................... 28 979,85
- Ensemble.............................. 86 293,50
- Répenses.
- fr. c.
- Prix principal des terrains achetés à M. Thome................................ 73 223,50
- Loyer et intérêts............................................................. 6 864,70
- A-compte sur les frais........................................................ S 964,85
- Ensemble............................... 86 053,05
- fr. c.
- Recettes.......................................... 86 293,50
- Dépenses....................................... 86 053,05
- Excédant de recettes.................. 239,45
- PARTIE.
- FONDS D’ACCROISSEMENT.
- Le fonds d'accroissement se forme par le placement
- 1° Du quart de l’inscription primitive de rente 3 pour 100 provenant du legs de fr. c.
- Mme la comtesse Jollivet et montant à 11 405 fr.................................... 2 851,28
- 2° Du quart d’une autre inscription; de rente 4 pour 100 provenant du même
- legs et montant à 180 francs....................................................... 45,00
- 3° Des revenus provenant des placements faits de cette manière, lesquels doivent continuer jusqu’à 1882. (Ils formaient, à la fin de 1871, une rente 3 pour 100 de 22 934 francs, qui s’élève, à la fin de 1872, à 24 756 francs.) Ces revenus ont
- produit, en 1872................................................................... 23 815,50
- Ajoutant le solde en recette du compte de 1871. . . .................................. 100,15
- On a le total de la recette........................................................... 26 811,93
- On a payé pour acquisition de rente, à la Bourse, en quatre achats successifs.. . 26 785,57
- Reste en caisse, en excédant de recettes.............................................. 26,36
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. — AOUT 1875.
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- 3e partis:.
- FONDATIONS ET DONS GÉNÉRAUX.
- Cette partie du compte contient 16 articles ; chacun d’eux est relatif à une fondation particulière.
- lo Prix fondé par M. le marquis d’Argenteuil.
- Cette fondation est formée par une rente de 1 647 francs, dont les revenus servent à donner, tous les six ans, un prix de 12 000 francs à l’auteur de la découverte la plus utile aux progrès de l’industrie française.
- Les arrérages de cette rente sont placés, au fur et à mesure de leur encaissement, à la caisse des consignations, et leur accumulation avec les intérêts du dépôt constitue la somme de 12 000 francs, valeur du prix.
- La somme en dépôt à la fin de 1872 se trouve être de. . . 7 658 fr. 30
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1876.
- 2° Legs de M. Bapst.
- Cette fondation est formée par une rente de 2 160 francs 3 pour 100, applicable : 1° jusqu’à concurrence de 1 565 fr. 20, à donner des secours aux auteurs de découvertes malheureux ; 2° pour les 594 fr. 80 restants, auxquels s’ajoute le revenu de l’inscription de rentes provenant de la capitalisation de cette rente pendant plusieurs années, à faciliter les découvertes.
- fr. c.
- La première partie de cette fondation, en 1872, s’est élevée à. . . 1 565,20 M. le marquis de Turenne a fait à cette œuvre l’abandon de ses
- jetons de présence, soit............................................ 119,00
- La Société a fait ajouter sur ses fonds généraux une somme de. . 965,80
- Ce qui constitue une somme totale de.............................. 2 650,00
- . Avec cette somme on a distribué des secours à quatorze personnes âgées et dans la gêne.
- La deuxième partie de la fondation de M. Bapst se compose de la
- portion de rente dont on a parlé ci-dessus.......................... 594,80
- A cette somme il faut ajouter les arrérages d’une inscription de rentes 3 pour 100 provenant de capitalisations antérieures et montant à 1 433,00 Et le solde en caisse du compte de 1871............................. 470,65
- Somme totale disponible........................................... 2 498,45
- Sur cette somme on a distribué à huit personnes des secours et encouragements montant en total à................................... 870,00
- Il reste en caisse disponible à la fin de 1872.................... 1 628,45
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- 3o Fondation de MM* Christofle et Bouilhet pour délivrer des premières
- annuités de brevet.
- Cette fondation consiste en un versement annuel de 1 000 francs, institué par M. Christofle père et continué par ses fils, pour fournir à des inventeurs nécessiteux une première annuité de brevet qui leur assure la propriété de leur découverte.
- Cette somme, versée chaque année, est partagée en deux parties égales : la première doit être capitalisée avec les intérêts des versements déjà faits, de manière à arriver à la formation d’une rente de 500 francs 3 pour 100; la deuxième partie est immédiatement disponible pour accomplir dès à présent le vœu des fondateurs et permettre de distribuer chaque année cinq premières annuités de brevets d’invention.
- La situation de cette fondation présentait un encaisse de 3 383 fr. 95, qui ont été employés en partie à l’achat de rentes pour hâter la formation du capital principal de la fondation.
- En ce moment, fin 1872, on a distribué cinq annuités de brevet.
- Il reste en caisse...........................................213,75
- Et le capital accumulé représente une rente perpétuelle 3 pour 100 de...............................................316,00
- 4° Fondation Galitzin.
- Mme la princesse Galitzin a fait don à la Société d’une somme destinée à la délivrance d’un prix ; cette somme est de 2 000 francs.
- La commission des fonds a décidé, le 2 juin 1870, que cette somme serait employée à l’achat d’obligations du chemin de fer de l’Est, dont les intérêts seraient accumulés pour augmenter la valeur de la fondation.
- Ce fonds est représenté par 7 obligations du chemin de fer de l’Est, donnant un revenu de 105 francs, sauf déduction de l’impôt de 3 pour 100 et par un encaisse qui est de......................................102 fr. 49
- 5° Fondation Carré.
- . M. Carré a fait don à la Société d’une somme de \ 000 francs pour la délivrance d’un prix pour un sujet relatif aux sciences physiques.
- Cette fondation repose sur 3 obligations du chemin de fer de l’Est, donnant un revenu annuel de 45 francs (impôt non déduit), et offre à la fin de 1872 un encaisse de...........................................96 fr. 75
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIETE.
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- — AOUT 1875^
- 0° Caisse Fauler. — Secours pour l’industrie des cuirs.
- Cette fondation repose, comme en 1871, sur 19 obligations de chemins de fer, donnant un revenu annuel de 285 francs (impôt non déduit), et elle présente un encaisse de.......................................... 496 fr. 67
- 7* Caisse Legrand. — Secours en faveur de l’industrie de la savonnerie.
- Cette fondation repose sur 34 obligations de chemins de fer, donnant un revenu brut de 510 francs, et elle présente, à la fin de 1872, un encaisse de............................................................224 fr. 46
- On a acheté, sur les fonds de 1872, une obligation qui porte le nombre de ces titres à 34, au lieu de 33 qui figuraient en 1871.
- 8* Caisse Christofle. — Secours pour les artistes industriels.
- Cette fondation consiste en 22 obligations du chemin de fer de l’Est, donnant un revenu brut de 340 francs, et elle présente, à la fin de 1872, un encaisse de...................................................10 fr. 30
- 9° Caisse de Milly. — Secours pour l’industrie de la stéarinerie.
- Cette fondation repose sur 18 obligations du chemin de fer de l’Est, dont une a été achetée sur les fonds de l’année 1872, et qui donnent un revenu brut de 270 francs.
- Elle offre, de plus, un encaisse de. . . ,...............130 fr. 43
- 10° Caisse de Baccarat. — Secours pour l’industrie de la céramique.
- Cette fondation repose sur 4 obligations du chemin de fer de l’Est, donnant un revenu brut de 60 francs par an, et elle possède un encaisse
- de. . ...................... ....... 127 fr. 99
- 11° Caisse Menier. — Secours pour l’industrie des produits chimiques.
- Cette fondation repose, comme en 1871, sur 2 obligations du chemin de fer de l’Est, donnant un revenu brut de 30 francs par an.
- Elle possède, de plus, un encaisse de...................... 304 fr. 11
- 12° Souscription des membres perpétuels ou à vie.
- Le nombre des membres perpétuels, qui était de 18 en 1871, a été augmenté de 2 en 1872 par l’adjonction de MM. Chatin et Fauler.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIETE. — AOUT 1875.
- Le nombre des membres perpétuels est donc de 20, et celui des membres à vie est resté à 6.
- Les inscriptions de rente provenant de ces cotisations se sont élevées à 1 083 francs 3 pour 100, et ce compte présente un encaisse de. . 20 fr. 80
- Les arrérages de ces rentes entrent dans la composition des recettes de la première partie du compte fonds généraux ; mais les titres de rente sont inaliénables.
- 13° Fondation Bouchon.
- Prix à délivrer, au plus tard en 1875, pour l’amélioration des conditions hygiéniques dans lesquelles sont les tailleurs de pierres meulières.
- Les fonds de cette fondation sont déposés à la caisse des dépôts et consignations. Ils se montent, à la fin de 1872, à la somme de. . . 6 405 fr. 10
- 14° Grand prix de 12 000 francs fondé par la Société et à délivrer
- tous les six ans.
- Cette fondation opère par le versement d’une annuité de 1 600 francs prise sur les fonds généraux, qui sont déposés en un compte spécial à la caisse des dépôts et consignations.
- A la fin de 1871, ce compte s’élevait à la somme de. . . 11 562 fr. 65
- 15° Fondation Gustave Roy pour un prix à décerner, tous les six ans, à l’auteur des plus grands progrès de l’industrie cotonnière.
- Cette fondation repose sur 40 obligations du chemin de fer de l’Est, dont les coupons sont déposés à la caisse des consignations à mesure de leur échéance et qui fournissent un revenu brut de 600 francs par an.
- Les sommes déposées h la caisse des consignations, à la fin de 1872,
- s’élèvent à................................................... 2 273 fr. 30
- Et la fondation à un encaisse de. . . ................. 0 fr. 02
- 16* Fondation Elphège Baude. — Prix pour le perfectionnement du matériel des constructions à délivrer tous les cinq ans.
- Cette fondation repose sur 7 obligations du chemin de fer de l’Est, donnant un revenu brut de 105 francs depuis 1870.
- Elle a en caisse, à la fin de 1872.......................... . 208 fr. 18
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIETE. — AOUT 1875.
- 437
- Nous venons, Messieurs, de vous rendre compte de l’exercice 1872, et nous allons maintenant vous présenter les comptes de l’exercice 1873.
- Nous suivrons le même ordre.
- tre PARTIE.
- FONDS GÉNÉRAUX.
- EXERCICE 1873.
- Solde en recette du compte de 1872................................................ 19-557,85
- Art. 1er. Souscription du ministère du commerce...................... 4 000,00
- — 2. Rentrée de souscriptions relatives aux années antérieures à
- 1873.................................................... 789,10
- — 3. Souscriptions individuelles de l’année 1873.................. 26 417,30
- — 4. Vente d’exemplaires du Bulletin.............................. 63,25 \ 63 045,11
- — 5. Intérêts des dépôts au Crédit foncier........................ 451,241
- — 6. Location de la salle des séances.............................. 1 560,001
- — 7. Arrérage des rentes sur l’Etat............................... 28 668,72 i
- — 8. Rentes provenant des souscriptions perpétuelles et à vie. . . 1 095,50/
- Dépenses.
- 82 602,96
- Art. lor. Rédaction, impression et expédition du Bulletin............ 25 658,84 \
- — 2. Impressions diverses.......................................... 2 576,05 |
- — 3. Bibliothèque, achat de livres, reliures..................... 217,70 I
- — 4. Agence et secrétariat, concierge, économat................... 14 363,801
- — 5. Jetons de présence des membres du Conseil..................... 2 887,501
- — 6. Hôtel de la Société, entretien, contributions, chauffage, F
- éclairage.............................................. 7 257,65 1 72 410,89
- — 7. Pensions.................................................. » »
- — 8. Récompenses et encouragements............................... 14 418,00
- — 9. Expériences des comités, frais de voyages.......................... 59,00
- — 10. Ecoles, subventions............................................... 350,00
- — 11. Addition à la lr9 partie du legs Bapst............................ 884,80
- — Grand prix de la Société, fondation............................ 3 737,55,
- Encaisse excédant des recettes sur les dépenses............... 10 192,07
- Total égal aux recettes.
- 82 602,96
- Annexe à la Ire partie du compte.
- RESTAURATION DE L’HÔTEL DE LA SOCIÉTÉ.
- A la première partie du compte de 1873 est annexé un état des sommes
- Tome II. — 74e année. 39 série. — Août 1875. 56
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- ÉTAT FINANCIER RE LA SOCIETE. — AOUT 1875.
- réalisées et des dépenses faites pour la restauration de l’hôtel, depuis l’origine de cette entreprise jusqu’à la fin de novembre 1874, époque à laquelle le compte a été arrêté.
- Recettes.
- Sommes réalisées antérieurement à l’année courante, conformément au compte
- de 1872.............................................. 86 293,50
- Produit de la vente, faite le 5 mars 1874, de 6,000 francs de rente 3 pour 100.............................................. . 119 448,40
- 205 741,90
- Dépenses.
- Dépenses faites antérieurement à l’année courante, conformément au compte de 1872, et composées principalement de l’achat du terrain. . . 86 053,05
- Logement pour l’agent.................................. 1 200,00
- Droits de voirie................................................... 329,00
- Frais de déménagement. ............................................ 311,50
- A-comptes payés à quinze entrepreneurs ou marchands.....115 714,80
- Etablissements d’appareils à gaz sur la place Saint-Germain-des-
- Prés............................................................. 309,10
- Faux frais de déménagement et installation......................... 199,90
- Enregistrement d’une délibération du Conseil......................... 7,50
- Logement de l’agent.................................... 4 332,90
- Au 30 novembre 1874, total des dépenses..... 208 457,75
- «e PARTIE.
- FONDS D’ACCROISSEMENT.
- Les fonds d’accroissement sont formés :
- 1° Du quart d’une inscription de rente de 11 405 fr. en 3 pour 100; 2* du quart d’une inscription de rente en 4 1/2 de 180 fr.,
- ensemble une rente de................................... 2 896,25
- 3° Des revenus provenant des capitalisations successives, faites conformément aux dispositions du testament de Mn,e la comtesse Jollivet, qui a fait ce legs à la Société, lesquels revenns formaient, à la fin de 1872, une rente annuelle de.......... 24 756,00
- Celle capitalisation continuée en 1873, à chaque échéance de la rente, a porté le titre de rente, constituant le résultat de la capitalisation, fin 1873, à (revenu)........................... 26 3il,00
- Et la caisse présente un petit déficit de.................. 21,16
- L’accroissement de ce fonds doit être poursuivi pendant 9 années encore, jusqu’en février 1882.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. — AOUT 1875.
- 439
- 3e PARTIE.
- FONDATIONS ET DONS SPÉCIAUX.
- Cette troisième partie du compte comprend les diverses donations faites à la Société, et qui sont pourvues d’affectations spéciales.
- Elle se compose de 16 articles.
- 1° Fondation de M. le marquis d’Argenteuil.
- M. le marquis d’Argenteuil a fait à la Société un don qui est représenté par une rente annuelle de 3 pour 100 de 1 647 fr., qui doit servira donner tous les six ans un prix de 12 000 fr. à l’auteur de la découverte la plus utile aux progrès de l’industrie française.
- Les arrérages de cette rente sont placés, au fur et à mesure, à la caisse des dépôts et consignations, et leur accumulation, avec les intérêts du dépôt, constitue le fonds sur lequel est prélevé le prix de 12 000 fr., quand il est décerné.
- La somme mise en dépôt à la fin de 1873 est de. . . .9 529 fr. 75
- Il reste en caisse une somme de. . ....................... 179 fr. 19
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1876.
- 2° Legs de M. Bapst.
- Ce legs est composé d’une rente de 3 pour 100 de 2 160 fr., qui doit être partagée en deux parties : l’une, de 1 565 fr. 20, est destinée à distribuer des secours aux auteurs d’inventions qui sont dans l’infortune ; la deuxième, de 594 fr. 80, doit être consacrée à des secours pour faciliter les découvertes. Mais le Conseil, jugeant que cette somme serait insuffisante, en a fait capitaliser les revenus pendant plusieurs années; cette inscription de rente est main_ tenant disponible et donne une source de revenus qu’il faut ajouter aux 594 fr. 80 primitifs.
- PREMIÈRE PARTIE.
- La première partie du legs Bapst a disposé, en 1873, de la somme princi-
- pale, qui-est de................................................. 1 565,20
- et d’une allocation faite par le Conseil sur le produit du loyer de la salle des séances............................................... 884,80
- 2 450,00
- Avec ces ressources on a distribué des secours à 13 personnes.
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- DEUXIÈME PARTIE.
- Les fonds destinés à faciliter les découvertes sont formés par la somme prove-
- nant directement du legs, qui est annuellement............... 594,80
- et des arrérages d’une inscription de rentes provenant de capitalisations, qui était, à la fin de 1872, annuellement de.....; . . . 1 433,00
- et enfin de l'encaisse du compte de l’année précédente.......... 1 628,45
- 3 656,25
- Cette inscription a été portée, en 1873, à 1 588 fr. par suite de l’achat de 155 fr. de rentes, au moyen de fonds sans emploi, s’élevant à 3,006 fr. 50. — On a, de plus, distribué des secours à quatre personnes pour une somme de 800 fr.
- La deuxième partie présente un déficit de....................111 fr. 50
- 3° Fondation de MM. Christofle et Bouilhet.
- Cette fondation repose sur un versement de 1000 fr., opéré, chaque année, par MM. Christofle et Bouilhet, pour fournir, aux inventeurs dépourvus des ressources nécessaires, le moyen de prendre, pendant une première année , un brevet qui leur assure la propriété de leur découverte.
- A chaque versement, cette somme doit être partagée en deux parties égales.
- La première doit être capitalisée avec les intérêts des placements analogues déjà faits, pour arriver à former une rente perpétuelle de 500 fr. de rente annuelle.
- MM. Christofle et Bouilhet ont payé, en 1873, 2,000 fr. pour les deux années 1872 et 1873, et il y a eu, de plus, un reliquat disponible sur la deuxième partie de la fondation, parce qu’en 1873 il n’a été délivré qu’un seul brevet au lieu de cinq.
- Ces circonstances ont permis d’acheter 100 fr. de rente, et cet achat a porté la rente, qui était de 316 fr., pour la fin de 1872, à la somme de 416 fr. de rente.
- La deuxième partie de la fondation a servi à payer une première annuité de brevet et à aider à l’achat dont il vient d’être parlé.
- Cette fondation présente un encaisse de...................• '492 fr. 54
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- 4® Fondation de la princesse Galitzin.
- Mme la princesse Galitzin a donné à la Société une somme de 2 000 fr. destinée à la délivrance d’un prix.
- Cette fondation est représentée par 7 obligations 3 pour 100 du chemin de fer de l’Est, donnant un revenu annuel brut (impôt non déduit) de 105 fr.
- L’encaisse de cette fondation est, fin 1873, de...............204 fr. 33
- 5° Fondation Carré.
- Cette fondation consiste dans 3 obligations du chemin de fer de l’Est, donnant un revenu brut (impôt non déduit) de 45 fr. par an. —Elle a pour objet la délivrance d’un prix pour un sujet relatif aux applications de la physique à l’industrie.
- L’encaisse en recette est, à la fin de 1873, de...............140 fr. 39
- 6° Caisse Fauler pour délivrer des secours à l’industrie des cuirs.
- Cette fondation consistait, à la fin de 1872, en 19 obligations 3 pour 100 de chemins de fer. Comme les ressources annuelles, qui sont de 285 fr. brut (impôt non déduit), n’ont pas reçu d’application, ona acheté, en 1873, deux obligations nouvelles qui portent le montant de la fondation à 21 obligations, ayant un revenu brut de 315 fr.
- L’encaisse en recette est de..................................245 fr. 87
- 7° Caisse Legrand, secours à délivrer à l’industrie de la savonnerie.
- Cette fondation consistait, à la fin de 1872, en 34 obligations de chemins de fer. L’une de ces obligations, échue au tirage, a été remboursée au prix de 500 fr. On a employé ces fonds et les ressources en caisse disponibles à l’achat de 4 obligations, de sorte que le nombre des obligations de cette caisse est maintenant de 37, donnant un revenu brut de 555 fr.
- La caisse a, de plus, accordé, à titre de secours, à un contre-maître de savonnerie une somme de 300 fr.
- Mais son encaisse présente un déficit de....................... 169 fr. 76
- 8° Caisse Ghristofle, secours aux artistes industriels.
- Cette fondation repose sur une obligation 5 pour 100, et en 21 obligations 3 pour 100 de chemins de fer.
- Comme ces fonds n’ont reçu aucun emploi conforme à la fondation, en
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- 1873, on a pu les employer à l’achat d’une obligation 3 pour 100 du chemin de fer de l’Est. Le nombre de ces obligations est ainsi, à la fin de 1873, de 22; sans compter l’obligation 5 pour 100, leur revenu brut est de 355 fr.
- L’encaisse ou excédant en recette est de.......................69 fr. 69
- ' 9° Caisse de Milly, secours pour l’industrie de la stéarinerie.
- Cette fondation figure au compte de 1872 pour 18 obligations 3 pour 100 du chemin de fer de l’Est. L’une de ces obligations, échue au tirage au sort, a été remboursée au prix de 500 fr. Cette somme, réunie aux fonds en caisse, a permis d’acheter 3 obligations, de sorte que le nombre des obligations de cette caisse est maintenant (1873) de 20, donnant un revenu brut de 300 fr., avec un excédant en recette de. . . ........................73 fr. 81
- 10° Caisse de Baccarat, secours pour l’industrie de la céramique.
- Cette fondation repose sur 4 obligations 3 pour 100 du chemin de fer de l’Est, donnant un revenu brut de 60 fr.
- Elle présente un encaisse de...................................186 fr. 19
- 11° Caisse Ménier, secours pour l’industrie des produits chimiques.
- Cette fondation reposait, en 1872, sur 2 obligations 3 pour 100 et 2 obligations 5 pour 100 du chemin de fer du Nord. En 1873, on a acheté une troisième obligation 3 pour 100. Le nombre de ces obligations est donc maintenant de 3 obligations 3 pour 100 et 2 à 5 pour 100, donnant un revenu brut annuel de 95 fr.
- Cette fondation a un encaisse de...................... 124 fr. 87
- 12° Souscriptions des membres perpétuels ou à vie.
- Le compte de 1872 présente 20 souscriptions perpétuelles et 6 souscriptions à vie. Depuis cette époque, 2 souscriptions nouvelles ont été versées, ce sont celles du général Mengin-Lecreux et de M. Béranger, et, à la fin de 1873, le nombre des souscriptions perpétuelles est de 22, et celui des souscriptions à vie est de 6.
- Le revenu de ces fonds inaliénables, placés en rente 3 pour 100, est de 1183 fr., et il y a un encaisse excédant de recettes de. . , . 12 fr. 46
- 13° Fondation Bouchon (la Ferté-sous-Jouarre).
- Pour la délivrance, avant 1875, ou plus tard, d’un prix pour les moyens
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. — AOUT 1875. 443
- d’améliorer l’état sanitaire des tailleurs de pierres meulières. — Si le prix n’est pas décerné, les fonds doivent être rendus aux souscripteurs avec les intérêts produits.
- A la fin de 1873, le prix n’étant pas décerné, les fonds placés à la caisse des consignations consistent, avec les intérêts, en une somme de 6 596 fr. 90
- 14° Grand prix de la Société.
- Le grand prix de 12 000 fr. fondé par la Société, pour être décerné 3 ans après celui de M. le marquis d’Àrgenteuil et pour réduire ainsi à 3 ans la distance entre la délivrance de ces grandes récompenses, est formé, par le versement, à la caisse des consignations, d’une somme annuelle de 1 800 fr., prise sur les fonds généraux de la Société, et par l’accumulation des intérêts de ce dépôt.
- A la fin de l’année 1872, le fonds ainsi produit était de......... 11 562,65
- En y ajoutant les intérêts échus jusqu’au 23 avril, 99 fr. 80, et un supplément nécessaire, pris sur les fonds généraux, de 337 fr. 55, ou bien ......................................................... 437,35
- On a formé la somme de............ 12 000,00
- Et le prix de la Société a pu être décerné à M. Pasteur, dans la séance générale de mai 1873.
- De plus, en 1873, pour continuer le fonctionnement de la fondation, les fonds généraux ont versé la somme réglementaire qui a été mise à la caisse des consignations. ......................................... 1 800 fr.
- 15° Fondation Gustave Roy.
- Cette fondations pour objet de faire délivrer, tous les six ans, un prix de 4 000 fr. à celui qui aura réalisé le plus grand progrès dans l’industrie cotonnière.
- Elle reposait, à la fin de 1872, sur 40 obligations 3 pour 100 du chemin de fer de l’Est; une de ces obligations, échue au tirage, a été remboursée au taux de 500 fr. Cette somme a été employée à l’achat de 2 obligations nouvelles.
- La fondation comprend donc, à la fin de 1873, 41 obligations 3 pour 100 du chemin de fer de l’Est, donnant un revenu brut annuel de 615 fr., et elle présente en caisse un déficit de..................................66 fr. 09
- Les sommes déposées à la caisse des consignations s’élèvent, à la fin de 1873, à........................................................... 3 246 fr. 45
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- qui sont à la disposition de la Société pour la délivrance du prix qui devait avoir lieu en 1874.
- 16° Fondation Elphège Baude.
- Pour un prix de 500 fr., à délivrer tous les cinq ans, dans l’intérêt des progrès du matériel des constructions.
- Cette fondation reposait, en 1872, sur 7 obligations 3 pour 100 de chemins de fer. Il faut y ajouter une obligation achetée en 1873. La fondation est donc représentée par 8 obligations présentant un revenu brut de 120 fr.
- Elle a, de plus, un encaisse en recettes de...................39 fr. 61
- Les comptes des exercices 1872 et 1873 sont accompagnés de pièces justificatives, classées par notre honorable trésorier, auquel nous devons adresser des remercîments, pour les soins constants et intelligents qu’il donne aux intérêts de la Société.
- Le rapprochement et l’examen des deux exercices font ressortir, dans chacune des trois grandes divisions, des faits importants sur lesquels il est essentiel, Messieurs, d’appeler votre attention.
- Dans la première partie, le principal de ces faits, celui qui domine tous les autres, est l’agrandissement de l’hotel de la Société, l’édification de sa belle façade sur la place Saint-Germain-des-Prés, l’augmentation du nombre et l’élargissement des salles de réunion ; ce qui vous permet d’offrir aux associations fondées ici dans un but scientifique, 'charitable ou philanthropique, les moyens de se réunir en ne dépensant qu’une somme modique, et vous apporter ainsi un nouveau concours à beaucoup d’œuvres d’utilité publique. Les travaux considérables que la reconstruction de l’hôtel a nécessités, et qui sont maintenant terminés se montaient, en dépenses payées, à la fin du mois de novembre 1874, à la somme de 208 457 fr. 75. Le compte de l’année courante, qui vous sera présenté à la prochaine assemblée, fera connaître le solde de ces utiles dépenses.
- Pour effectuer ces travaux, vous avez été dans l’obligation de disposer d’une partie de votre capital; il en est résulté que vos arrérages de rentes et les intérêts des capitaux placés, qui étaient portés, en 1872, pour 31 314 fr. 39, ne figurent plus sur le compte de 1873 que pour 28 668 fr. 72, et le solde en
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- caisse, qui était, en 1872, de 52 745 fr. 08, est descendu, en 1873, à 19 557 fr. 85.
- Cette réduction de votre capital est heureusement compensée, dans une certaine mesure, par l’accroissement de la capitalisation du legs de Mme la comtesse Jollivet, qui forme la deuxième partie de vos comptes.
- Ce legs constitue, en 1873, une rente de 26 311 fr. 93 qui, parla capitalisation durant sept années encore, s’élèvera, en 1882, époque de l’entrée en jouissance, à 42 000 fr. environ.
- Un autre fait remarquable, qui se dégage de la troisième et dernière partie de vos comptes, c’est une augmentation notable dans des revenus des legs et dons avec affectations spéciales.
- Tel est, Messieurs, le résumé des comptes de 1872 et de 1873.
- Les grandes et utiles dépenses que vous venez de faire ont réduit le chiffre de votre capital disponible, et, par conséquent, celui de vos revenus, qui, dans un avenir qu’il est permis d’entrevoir, recevront un notable accroissement. La situation financière est donc bonne, mais elle commande un redoublement d’efforts et de dévouement pour les intérêts de la Société ; elle exige une persistance soutenue dans l’application des principes d’ordre et d’économie qui ont contribué si puissamment à la prospérité de notre institution, tout en nous inspirant, en même temps, de ce sentiment du bien et de cet esprit élevé que notre illustre Président a toujours apportés dans les hautes positions qu’il a occupées, comme dans celles, non moins importantes, auxquelles il est journellement appelé par l’impulsion naturelle de sa grande honorabilité et de son mérite transcendant.
- RAPPORT FAIT PAR M. EDMOND BECQUEREL, AU NOM DES .CENSEURS, SUR LA COMPTABILITE DES EXERCICES 1872 ET 1873.
- Messieurs, après avoir examiné les comptes qui nous ont été présentés conformément à vos règlements, nous avons pu en constater la régularité, et nous ne pouvons que remercier M. le trésorier et nos collègues de la commission des fonds pour l’ordre parfait qui règne dans l’administration des finances de la Société.
- D’accord avec M. le rapporteur de la commission des fonds, nous vous demandons de vouloir bien approuver le rapport qui vient de vous être présenté pour les exercices 1872 et 1873.
- Tome II. — 74e année. 3e série. — Août 1875.
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- NÉCROLOGIE. — AOUT 1875.
- NÉCROLOGIE.
- MORT DE M. CALLON, INSPECTEUR GENERAL DES MINES, MEMBRE DU CONSEIL DE LA
- SOCIÉTÉ DENCOURAGEMENT.
- Depuis quelque temps la mort frappe à coups redoublés sur le Conseil de la Société d’encouragement. Hier, c’était M. Le Chatelier qui disparaissait avant l’heure ; aujourd’hui c’est M. Callon, inspecteur général des mines, qui, au grand chagrin de tous ceux qui ont eu le bonheur de le connaître, au grand détriment de la science et de l’industrie qu’il a illustrées, disparaît également tout à coup au milieu d’une carrière déjà bien remplie, mais dont son âge permettait d’espérer qu’il avait encore plus d’une étape glorieuse à parcourir. Triste fatalité qui emporte à peu de distance l’un de l’autre ces deux camarades d’École, ces deux ingénieurs éminents, parvenus presque en même temps au sommet hiérarchique du Corps des mines, et que distinguaient au même degré leur grand savoir et les qualités du cœur les plus exquises !
- Sur le bord de la tombe, en présence d’une foule émue, composée des plus hautes notabilités scientifiques et industrielles, et derrière laquelle se pressaient un grand nombre d’anciens et de jeunes élèves du maître, M. Dupont, inspecteur de l’Ecole des mines, a prononcé le discours suivant :
- « Messieurs, au milieu de la douleur publique, qui sert de cortège à celui que nous pleurons, et avant que cette tombe ne se ferme, qu’il me soit permis de payer une double dette d’ingénieur et d'ami.
- « L’inspecteur général des mines Callon fut un vaillant ingénieur. Il a noblement payé sa dette à son pays.
- « L’ingénieur au corps des mines fut trente-six ans professeur ou directeur aux trois Ecoles où l’art des mines est enseigné en France : à Saint-Etienne, à Alais et à Paris.
- « L’ingénieur civil a conseillé ou dirigé, avec les plus éclatants succès, des exploitations de mines, de première importance, en France, en Belgique et en Espagne.
- « Je dois à cette circonstance d’avoir passé vingt-sept ans de ma carrière aux trois Écoles où la vie officielle de Callon s'est écoulée le douloureux honneur d’exprimer sur cette tombe les regrets de l’Ecole des mines ; les nombreux services rendus par mon collègue me rendront la tâche difficile, mais l’amitié me donnera des forces pour l’entreprendre : l’indulgence de mes camarades fera le reste.
- « Pierre Jules Callon naquit, le 9 décembre 1815, au Houlme, dans le voisinage de
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- Rouen, d’un père ingénieur ; son grand-père, d’origine anglaise, avait été ingénieur lui-même ; et, en voyant autour de cette tombe le professeur éminent de l’Ecole centrale, dont je dois respecter la modestie, et le jeune élève ingénieur des ponts et chaussées, qui a de si nobles exemples à suivre dans ces deux familles, paternelle et maternelle, je ne puis pas taire néanmoins que dans la famille des Callon on naît ingénieur et on fait honneur à sa carrière.
- « Après des études sérieuses au collège Charlemagne, Jules Callon entra second à l’Ecole polytechnique en 1834; il sortit second encore de cette École en 1836 pour entrer à l’Ecole des mines comme élève ingénieur.
- « Deux ans d’études persévérantes, fécondées par une aptitude exceptionnelle, lui permirent d’être déclaré élève ingénieur hors de concours en juin 1838, et de sortir le premier de l’Ecole des mines.
- « Un voyage de deux cents jours qu’il fit en Belgique et dans l’Allemagne du Nord, avec son collègue Le Chatelier, lui permit d’étudier avec soin les exploitations les plus importantes de ces pays classiques de l’art des mines.
- « Deux de ses Mémoires de voyage, l’un sur les mines et usines à zinc de la Haute-Silésie, l’autre sur les usines à fer du Hartz, obtinrent les honneurs de l’insertion aux Annales des mines, en 1840.
- « Les goûts et l’aptitude de Callon le portaient vers l’enseignement technique, et, le 18 mai 1839, à peine âgé de vingt-trois ans, il était nommé professeur d’exploitation des mines et de mécanique à l’Ecole des mineurs de Saint-Etienne, où il resla six années.
- « L’enseignement correct et fécond du professeur d’exploitation et de mécanique lui avait déjà acquis une réputation exceptionnelle dans l’enseignement technique de l’art des mines; aussi, dans l’année 1845, lorsque l’Administration supérieure, encourageant l’initiative généreuse de la ville d’Alais et du département du Gard, voulut organiser, en fait, l’Ecole des maîtres ouvriers mineurs d’Alais, instituée, en principe, par l’ordonnance du 22 septembre 1843, c’est au jeune et judicieux professeur de Saint-Etienne qu’elle songea pour créer et diriger l’École nouvelle.
- « Un arrêté ministériel du 25 février 1845 chargea Gallon des fonctions de directeur de l’Ecole des maîtres mineurs d’Alais; c’était lui imposer une œuvre difficile, une vraie création.
- « Les détracteurs ne manquèrent pas à l’œuvre projetée : « On ne fera que de faux ingénieurs, » disaient les uns ; « on découragera les bons ouvriers mineurs, » disaient les autres ; Callon eut le courage d’engager la lutte, et il réussit.
- « L Ecole d’Alais est mon enfant, » disait-il volontiers.
- « Trois ans lui avaient suffi pour la fonder et donner à cet établissement d’instruction professionnelle la direction féconde qu’il suit encore avec succès.
- « Appelé, le 19 novembre 1848, à succéder à Callon dans la direction de l’École d’Alais, que j’ai conservée pendant douze années, je suis compétent pour dire le bien
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- qu’il y a fait : c’est mon droit, c’est aussi mon devoir ; j’avais été proposé à mon insu par Callon lui-même pour être son successeur à Alais, et suis fier de l’estime qu’il m’a témoignée en cette circonstance.
- « Pendant les douze années que j’ai passées à Alais j’ai suivi le sillon tracé par mon vaillant prédécesseur.
- « L’Ecole des maîtres mineurs d’Alais est un succès avéré dans l’histoire de notre industrie minérale ; la gloire en revient à Callon.
- « La création et la direction de l’Ecole des maîtres mineurs ne suffisaient pas à son activité intelligente; l’industrie des mines tentait à la fois ses aptitudes et son savoir. Un homme éminent, qui vivait alors à ses côtés, comprit le parti que l’industrie minérale de la France pourrait tirer de son concours ; cet homme, un des grands ingénieurs des temps modernes, était celui qui a créé la Grand’Combe et le chemin de fer de la Méditerranée, et qui aura une place dominante dans l’histoire de l’industrie nationale : j’ai désigné M. Paulin Talabot. Dans cette même année 1846, M. Talabot appelait Callon à la direction des mines de la Grand’Combe, et Audibert au service de la Compagnie du chemin de fer de Lyon à Avignon.
- « L’éminent ingénieur se connaissait en hommes.
- « Un arrêté ministériel du 9 juin 1846 autorisait M. Callon, ingénieur des mines, directeur de l’Ecole des maîtres mineurs d’Alais, à se charger, concurremment avec ses fonctions, de la direction des travaux des mines de la Grand’Combe.
- « Cette décision officielle, insérée aux Annales des mines et émanant d’un Ministre libéral, à vues élevées, M. Dumont, fut un événement fécond dans la vie d’ingénieur de Callon ; elle fut le prélude des doubles fonctions qu’il a remplies jusqu’à sa mort d'une façon si glorieuse pour le Corps des mines et si avantageuse pour notre industrie minérale.
- « Le 16 novembre 1848, une décision ministérielle fixant la résidence de Callon à Paris, l’attachait à l’Ecole des mines comme professeur suppléant du cours d’exploitation et de machines, et le 28 avril 1856 il était nommé professeur titulaire de ce cours, titre qu’il a conservé jusqu’à sa mort.
- « C’est donc pendant 27 années que Callon a rempli les fonctions de professeur à l’Ecole des mines de Paris; concurremment à ses fonctions de professeur, et fort avantageusement pour celles-ci, il remplissait celles d’ingénieur-conseil ou directeur aux mines de la Grand’Combe, à la régie d’Aubin, où il sut corriger, par son habileté et sa prudence, les dures conditions imposées à la Compagnie d’Orléans pour l’acquisition de cet établissement, et aussi pendant des périodes diverses aux houillères de Maries, de Ronchamp, de la Loire, -de Layon-et-Loire, de Saint-Avold et de Decazeville, à la Société anonyme des charbonnages belges, aux mines de houille de Belmez (Espagne), aux mines de Grotta-Calda (Sicile), etc., etc.
- « Témoins de la régularité du professeur, les élèves de l’Ecole des mines ne pouvaient pas soupçonner que celui-ci pût faire, dans les intervalles des leçons, des excursions
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- déminés souvent.lointaines et toujours pénibles, mais ils reconnaissaient néanmoins que Gallon était un véritable maître en l’art des mines.
- « Quand Callon enseignait les méthodes de recherches minérales, les élèves avaient foi en lui ; ils savaient que leur professeur était bravement descendu sur le champ de bataille de la géologie pratique et industrielle ; ils savaient que le plus souvent, lorsqu’il avait dit dans sa vie d’ingénieur : « La couche de houille doit être là, » on avait reconnu que « la couche de houille était là ; » ils savaient aussi qu’il avait pratiqué longuement les méthodes d’exploitation qu’il enseignait : leur confiance lui était acquise.
- « Et, d’autre part, quels immenses et nombreux services il a directement rendus comme ingénieur à l’industrie minérale de la France ! Au Nord, comme au Midi, tous nos exploitants de mines le savent. Sa prudence et son jugement égalaient son intelligence et son savoir technique ; avare des deniers des actionnaires, il se refusait obstinément aux dépenses aventureuses, et il apportait, dans la gestion des entreprises, trop souvent aléatoires, de l’industrie minière, cette haute économie qui fait presque partie de la probité de l’ingénieur ; aussi possédait-il la confiance entière des capitalistes sérieux qui exploitent les mines ; ses arrêts d’ingénieur étaient souverains sur leur esprit ; sa hautç raison les charmait.
- « Par son double et éminent mérite de professeur et d’ingénieur praticien, Callon a ainsi été un type remarquable, un grand exemple à citer, de l’heureuse et féconde conciliation des fonctions d’un ingénieur au Corps des mines, professeur dans une école technique, avec les travaux libres d’un ingénieur civil.
- « Les fonctions officielles de Callon ne se bornaient pas à l’enseignement donné à l’Ecole des mines ; le service des appareils à vapeur l’occupait également. Chargé, de 1850 à 1852, des appareils à vapeur de la Seine, il avait constamment rempli, depuis cette dernière époque, des fonctions actives et importantes à la Commission centrale des machines à vapeur.
- « Son activité prodigieuse lui permettait enfin, malgré ses occupations multipliées, de pourvoir à des publications scientifiques ou techniques. C’est ainsi qu’il avait enrichi les Annales des mines d’une Notice sur les différents modes de transports souterrains, parue en 1844; d’un Mémoire sur la géologie et l’exploitation des mines de houille de la Grand’Combe, publié en 1848, lequel est resté un modèle de géologie pratique et sert encore de Vade-mecum à tous les ingénieurs de la Grand’Combe. Je dois citer encore un Mémoire, fort remarqué, sur les progrès de l’exploitation des mines, publié en 1861 ; une Revue de l’exploitation des mines, qui parut en 1862, et différents rapports sur des explosions d’appareils à vapeur, etc.
- « En dehors de ces publications techniques, Callon avait fait paraître, en 1851, des Éléments de mécanique à l’usage des candidats à l’Ecole polytechnique.
- « Les travaux de l’ingénieur au Corps des mines avaient reçu du gouvernement des récompenses méritées, auxquelles tout le corps applaudissait. Chevalier de la Légion
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- d'honneur dès le 15 décembre 1850, il avait été nommé officier le 15 août 1865; ingénieur en chef depuis le 30 août 1855, il avait été nommé inspecteur général le ik juin 1872.
- « Depuis trois ans, notre éminent camarade, profondément atteint par la maladie qui l’a si cruellement ravi à sa famille et au pays, avait obtenu un congé officiel pour une partie de ses fonctions ; il ne faisait plus, à l’Ecole des mines, son Cours oral; mais on peut dire qu’il y faisait son Cours écrit, car le malade, domptant le mal par sa volonté virile, usait ses forces et ses heures à publier ses deux cours d’exploitation de mines et de machines, qui seront, tout à la fois, un témoignage toujours vivant de sa science d’ingénieur et un titre de gloire pour notre Corps tout entier.
- « Deux volumes du Cours de machines ont déjà paru en 1873 et 1875 : le premier comprend des considérations générales sur les moteurs hydrauliques, sur la pneumatique et la théorie mécanique de la chaleur ; le second volume traite des machines à vapeur.
- « Deux volumes du Cours d'exploitation des mines ont paru en 1875 : le premier renferme des généralités, puis la description détaillée des procédés d’exécution des divers ouvrages souterrains ; le second est consacré aux méthodes d’exploitation et aux procédés de transport, d’extraction, d’épuisement et d’aérage.
- « Les quatre volumes publiés ne sont pas un simple répertoire catalogué, plus ou moins complet, de procédés ou d'appareils connus. Non, tel n’était pas le système de Gallon ; il croyait devoir au lecteur son jugement d’ingénieur sur les appareils et sur les méthodes, et ce jugement se trouve toujours, dans ces deux livres, accompagné d’aperçus fins et féconds.
- « Deux volumes restaient à faire pour compléter le plan de l’auteur, si cruellement enlevé à son œuvre : un complément du cours de machines devait comprendre la résistance des matériaux et la construction des machines. Le complément du cours d’exploitation devait renfermer la préparation mécanique des minerais et des généralités sur l’organisation et la direction des sociétés d’exploitation.
- " « Au point avancé où ils sont parvenus, ces deux ouvrages ont déjà rendu des services éclatants. Offerts par Callon à l’Académie des sciences, par la bienveillante entremise de M. Daubrée, ils tiennent une place honorable à la bibliothèque de l’Institut. Ils sont consultés journellement dans les bibliothèques des Écoles des mines ; ils ont franchi la frontière de France et même l’Atlantique, et on les trouverait sûrement dans les bagages de ces hardis pionniers qui explorent et exploitent en ce moment, avec tant d’ardeur, les richesses minérales de l’Amérique du Nord ; ils devront former désormais le fonds obligé de toute bibliothèque d’ingénieur; on les trouvera dans tous les bureaux des directeurs des mines.
- * Si notre ami vivait encore, sa modestie ne lui permettrait pa§ de dire, avec le poëte, « exegi monumentum; » mais nous, ses camarades, nous devons le dire de son oeuvre ; et, pourtant, elle est incomplète encore, et il importe que le complément
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- attendu ne tarde pas trop. Ce sera le pieux labeur de M. Georges Callon et son premier travail d’ingénieur de mener à bonne fin l’œuvre remarquable de son digne père.
- « Depuis qu’il avait cessé de faire son cours, ni les souffrances de la maladie, ni la publication de ses deux livres, n’ont empêché Callon de remplir jusqu’au dernier jour ses utiles et importantes fonctions au Conseil de l’Ecole des mines et au Conseil de perfectionnement. La sûreté de son jugement y était remarquée de tous, c’est pour l’administration de l’Ecole un devoir de le témoigner ; sa mort fera dans ces deux Conseils un vide bien douloureux.
- « C’est donc justice de le dire en face de cette tombe : jusqu’à sa dernière heure, Callon a noblement rempli toutes ses fonctions. Il est mort debout, le mal l’a terrassé.
- « Tel a été l’ingénieur, notre camarade.
- « Chez lui encore le citoyen ne fut pas au-dessous de sa tâche. Resté à Paris pendant le siège des Prussiens, notre collègue apporta à la défense le contingent de ses efforts.
- « Est-ce tout ?
- « Non, Messieurs ; si la vie privée doit être murée, il faut l’entendre en ce sens qu’un silence protecteur doit entourer les vies privées dont il n’y aurait aucun bien à dire.
- « Mais, béni soit Dieu, tel ne fut point le cas de notre noble ami.
- « Callon fut, avant tout, un homme de bien, un homme doux et juste ; ses hautes qualités morales, sa vie irréprochable et ses vertus, bien connues de tout le monde, ajoutaient une sanction d’estime à la juste influence qu’il a toujours exercée.
- « Il a enseigné le travail à ses deux jeunes fils, appelés à entourer de leur pieuse affection cette mère inconsolable qui fut l’ange du foyer de notre ami. Tous les deux seront guidés dans leur vie laborieuse par l’exemple de leur père ; ils se souviendront, pour persévérer au labeur, de cette lampe qui a si souvent éclairé les travaux prolongés de Callon dans le sanctuaire de la famille. Mais ce n’est pas seulement le travail que Callon enseignait à ses enfants, il leur a appris à croire en Dieu. Aussi Dieu a béni doublement notre ami ; il l’a béni dans ses travaux en lui accordant ce surcroît promis par les saintes Ecritures à ceux qui cherchent le royaume de Dieu et sa justice ; il l’a béni dans ses deux fils, qui sauront maintenir, l’un à la Cour des comptes, l’autre aux Ponts et chaussées, les traditions d’honneur et de travail intelligent, qui sont pour eux un patrimoine.
- « Et maintenant, ô mon vieil ami, après l’adieu du camarade, je n’ai plus à te faire que l’adieu du chrétien 5 cet adieu sera la prière, pour laquelle je m’unis à tous ceux qui t’ont aimé et à la pieuse famille qui te pleure. »
- On vient de voir la tâche considérablé accomplie par M. Callon dans sa trop courte carrière ; mais M. Dupont n’a pas tout dit et ne pouvait tout dire dans un discours prononcé au nom du Corps dès mines et destiné surtout à rappeler les services éminents de l’ingénieur. Il appartient donc à la Société d’en-
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- couragement, et c’est un devoir pour le Conseil au sein duquel il a occupé pendant longtemps une place si honorable et si honorée, de rappeler la part importante qu’il a prise à ses travaux.
- C’est enl851 queM. Callon a été appelé à faire partie du Comité desartsméca-niques, alors qu’il avait quitté depuis peu cette Ecole des maîtres mineurs d’Alais, à la fondation et à l’avenir de laquelle il venait de prendre une si large part. Déjà, en 1847, il avait commencé à se mettre en rapport avec la Société d’encouragement, et, connaissant sa sollicitude pour tout ce qui peut concourir au perfectionnement de l’industrie, il faisait appel à sa générosité bien connue en faveur des bourses qu’il s’efforcait de créer à l’Ecole dont il était le premier directeur. La lettre qu’il écrivait alors à M. le président de la Société a été insérée in extenso dans le procès-verbal de la séance du 22 décembre 1847. (lre série du Bulletin, t. XLVI, p. 709.)
- Yoici la liste des travaux faits par M. Callon à la Société d’encouragement :
- 1851. Rapport sur un régulateur a pendule simple applicable aux moteurs de l’in-
- dustrie, par MM. Cohen, David et Sciama, lre série, t. L, p. 376.
- 1852. Rapport sur la turbine rurale de M. Etienne de Canson, t. LI, p. 108.
- — Rapport sur un appareil compteur d’eau de M. Phillips, t. LI, p. 213.
- — Second rapport sur la turbine rurale de M. Etienne de Canson, t. LI, p. 261.
- — Rapport sur le manomètre métallique de M. Bourdon, t. LI, p. 373.
- 1853. Rapport sur divers perfectionnements apportés à la fabrication des voitures de
- luxe par M. Moussard, t. LU, p. 3.
- — Rapport sur un appareil de sûreté pour les chaudières a vapeur de M. Black,
- t. LII, p. 49.
- — Rapport sur le ventilateur de M. Fabry, t. LII, p. 397.
- 1854. Rapport sur un Mémoire de M. Cousté, relatif à I’incrustation des générateurs
- a vapeur, 2* série, t. I, p. 532.
- 1855. Rapport sur le flotteur-indicateur du niveau de l’eau, dans les chaudières à
- vapeur, de M. Lethuillier-Pinel, t. II, p. 3.
- — Rapport sur des modifications apportées aux lampes ordinaires de sûreté par
- M. Dubrulle, t. II, p. 449.
- 1856. Rapport sur le générateur a vapeur de M. Boutigny, d’Evreux, t. III, p. 79.
- 1857. Rapport sur un système de revêtement, imaginé par M. Ripart, pour le fonçage
- des puits dans certains terrains, t. IV, p. 86.
- — Rapport sur un nouveau genre de véhicule pour les routes ordinaires, présenté
- par M. Sellier, t. IV, p. 602.
- 1864. Rapport sur certains perfectionnements apportés aux métiers a tisser par M. Fillon, t. XI, p. 334.
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- 1865. .Rapport sur des appareils dits cavateurs, destinés à I’élargissement des trous
- de mines, par M. Trouillet, t. XII, p. 453.
- 1866. Rapport sur un système de navigation a vapeur sur les rivières et canaux,
- présenté par M. Beuchot, t. XIII, p. 654.
- 1867. Rapport sur un métier a tisser, dit a double chasse, présenté par M. Gerber-
- Ulrich, t. XIV, p. 434.
- 1869. Rapport sur un appareil de sûreté pour les puits de mines, de M. Amédée Mathieu, t. XVI, p. 273.
- 1873. Notice sur l’emploi de l’air comprimé pour le percement des galeries de mines,
- t. XX, p. 448.
- 1874. Nécrologie. — Notice sur M. Le Chatelier, 3e série, 1.1, p. 360.
- Cette longue énumération montre quels sont les précieux documents dont M. Cation a enrichi les publications de la Société d’encouragement et quels services il a rendus pendant les vingt-quatre années de collaboration qu’il a données au Comité des arts mécaniques. Sa haute compétence dans les questions industrielles l’avait naturellement désigné pour faire partie des jurys des différentes Expositions internationales, et c’est ainsi qu’il prit successivement, aux grandes solennités de 1855, 1862 et 1867, une part très-active, dont la trace est largement consignée dans les rapports officiels.
- Il n’est constitution, si fortement trempée qu’elle soit, qui puisse résister à un pareil labeur; aussi, comme l’a fait remarquer M. Dupont, peut-on dire de M. Callon qu’il est véritablement mort à la peine et pour ainsi dire la plume en main; car, jusqu’à sa dernière heure, il s’est occupé de son Cours d’exploitation et de son Cours de machines, ces deux ouvrages considérables pour lesquels il avait une grande prédilection et qu’au grand détriment de la science il laisse inachevés.
- Il y a un an à peine, M. Callon écrivait une remarquable Notice biographique sur son camarade Le Chatelier, enlevé, comme lui, dans la force de lage. Nous sommes heureux d’annoncer qu’une plume aussi autorisée que la sienne remplira le même devoir à l’occasion de la grande et nouvelle perte que le Corps des mines vient de faire. Elle aura surtout a montrer ce qu’a été M. Callon comme homme de science, comme l’un des ingénieurs les plus savants dans le grand art d’exploiter les richesses minérales, comme l’un des maîtres les plus écoutés et les plus éminents par l’étendue de ses connaissances, la netteté de ses conceptions, et surtout la clarté dans la manière de les coordonner et de les exposer.
- (M.)
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- PROGRAMME
- DES PRIX ET MÉDAILLES
- 1HIS AU CONCOURS
- POUR ÊTRE DÉCERNÉS DANS LES ANNÉES 1876, 1877, 1878, 1879, 1880 ET 1881.
- GRANDES MÉDAILLES, GRANDS PRIX ET FONDATIONS.
- GRANDES MÉDAILLES.
- La Société décerne, chaque année, sur la proposition de l’un des six comités du Conseil, une médaille en or, portant l’effigie de l’un des grands hommes qui ont illustré les arts ou les sciences, aux auteurs, français ou étrangers, des travaux gui ont exercé la plus grande influence sur les progrès de l'industrie française, pendant le cours des six années précédentes.
- Ces grandes médailles sont distribuées dans l’ordre suivant :
- 1876. Arts mécaniques.
- 1877. Arts chimiques.
- 1878. Beaux-arts. .
- 1879. Agriculture. .
- 1880. Arts économiques
- 1881. Commerce.
- à l’effigie de Prony.
- — de Lavoisier.
- — de Jean Goujon.
- — de Thénard.
- — d’Ampère.
- — de Chaptal.
- Ces médailles ont été décernées, savoir : en 1868, pour le commerce, à M. F. de Lesseps ; — en 1870, pour la chimie, à M. H. Sainte-Claire Deville ; — en 1872, pour l’agriculture, à M. Boussingaull; — en 1875, pour la physique et les arts économiques, à sir Charles Wheatstone; — en 1875, pour le commerce, à M. Jacques Siegfried.
- GRAND PRIX DU MARQUIS D’ARGENTEUIL.
- Le marquis d’Argenteuil a légué à la Société d’encouragement une somme de 40 000 francs pour la fondation d’un prix qui doit être décerné, tous les six ans, à l’auteur de la découverte la plus utile au perfectionnement de l'industrie française, principalement pour les objets dans lesquels la France n aurait point encore atteint
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- la supériorité sur l'industrie étrangère, soit quant à la qualité, soit quant au prix des objets fabriqués.
- Le prix de 12 OOO francs, ainsi fondé, a été décerné, en 1846, à M. Vicat pour ses travaux sur les chaux hydrauliques; en 1852, à M. Chevreul, pour ses travaux sur les corps gras; en 1858, à M. Heilmann, pour sa peigneuse mécanique; en 1864, à M. Sorel, pour la galvanisation du fer ; en 1870, à M. Champonnois, pour l’organisation des distilleries agricoles.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1876.
- GRAND PRIX DE LA SOCIÉTÉ.
- La Société d’encouragement décerne, tous les six ans, un grand prix de 12 000 fr. à Vauteur de la découverte la plus utile à l’industrie française. Ce prix alterne avec celui qui a été fondé par le marquis d’Argenteuil.
- Il a été décerné, en 1875, à M. Pasteur pour ses travaux sur l’éducation des vers à soie, sur la conservation des vins et sur la fabrication de la bière et du vinaigre.
- Il sera décerné de nouveau, s’il y a lieu, en 1879.
- PRIX POUR L’INDUSTRIE COTONNIÈRE.
- Les exposants de la classe n° 27, à l’Exposition universelle de 1867, ont donné à la Société d’encouragement une somme de 13 169 fr. 85 c. pour la fondation d’un prix qui sera délivré, tous les six ans, à celui qui aura contribué le plus efficacement au développement ou au progrès de l’industrie cotonnière en France.
- Ce prix sera décerné pour la première fois en 1876 et sera de 3 000 francs. — Pour les périodes suivantes, il sera porté à 4 000 francs.
- PRIX ELPHÈGE BAUDE, POUR LE MATÉRIEL DU GÉNIE CIVIL ET DE L’ARCHITECTURE.
- Les exposants de la classe 65, à la même Exposition universelle, ont donné à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale une somme de 2 315 fr. 75 c. pour fonder un prix qui sera décerné, tous les cinq ans, à l'auteur des perfectionnements les plus importants au matériel et aux procédés du génie civil, des travaux publics et de Varchitecture.
- Ce prix sera de 500 francs et sera décerné, pour la première fois, s’il y a lieu, en 1880.
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- PRIX DIVBBS PROPOSÉS BT MIS Aü GORGOURS '
- POUR ÊTRE DÉCERNÉS DANS LES ANNÉES 4876, 1877, 1878, 4879, 1880 ET 1881.
- ARTS MÉCANIQUES.
- 1# Prix de 5000 francs pour une machine motrice de 25 à 100 chevaux, brûlant
- au maximum, en travail courant, 700 grammes de houille de bonne qualité, par heure
- et par force de cheval mesurée sur l’arbre de la machine, pesant moins de 300 kilog.,
- et coûtant de 300 à 400 francs par force de cheval.
- Ce prix sera accordé à l’inventeur d’une machine motrice réalisant toutes les conditions de légèreté dans la construction ou d’économie dans l’usage, qui seraient de nature à en rendre l’emploi général.
- L’importance, toujours croissante, de la machine à vapeur dans tous les grands travaux de l’industrie, a amené, avec la généralisation de son emploi, des perfectionnements qui ont réduit successivement le chiffre de la consommation par cheval.
- La Société d’encouragement pour l’industrie nationale a favorisé ce mouvement par le concours qu’elle a ouvert en 1848, et qui a établi, d’une manière précise, l’état de la question à cette époque. Depuis lors, les constructeurs les plus en renom ont abaissé encore le chiffre de la consommation, et la Société serait heureuse d’avoir à constater tie nouveau un progrès marqué.
- C’est dans ce but qu’elle a institué le prix proposé. Toutes les conditions imposées par l’énoncé devront être simultanément remplies. Afin de dégager, autant que possible, l’influence du générateur, le constructeur aura le droit d’employer dans les essais le système de générateur qui lui paraîtra le plus favorable; il aura aussi le choix du combustible, mais les expériences devront durer plusieurs jours au moins sans interruption, et assez longtemps pour que les faits constatés acquièrent une notoriété suffisante.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1876.
- 2° Prix «le 1 000 francs pour un petit moteur destiné à un atelier de
- famille.
- On a souvent signalé l’intérêt qu’il y aurait, pour le petit fabricant en chambre, à se procurer commodément et à bon marché, toutes les fois qu’il en aurait besoin, la petite quantité de travail pour laquelle il a ordinairement recours à l’assistance momentanée d’un tourneur de roue.
- Un prix est proposé, dans ce but, pour un moteur à arbre rotatif, pouvant mettre à peu de frais, à la disposition de l’ouvrier en chambre, un travail de 6 à 20 kilogram-mètres par seconde. Les dispositions proposées devront permettre de faire varier, entre
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- ces limites, la puissance disponible, sans présenter de trop grands écarts dans le rendement, et, s’il est possible, elles devront se prêter aux vitesses les plus convenables, suivant la nature de l’opération à effectuer.
- La solution de cette question aurait pour conséquence de favoriser le travail en famille dans les villes, et de maintenir les enfants sous les yeux de leurs parents, la fille sous la surveillance de la mère.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1878.
- 3° Prix de 2 OOO francs pour des progrès à réaliser dans la filature mécanique
- du lin et du chanvre.
- La filature mécanique du lin, dont la prospérité a été surtout la conséquence de la crise cotonnière, laisse encore à désirer. Elle n’atteint pas la limite de finesse obtenue par la main ; ses métiers sont plus volumineux, plus lourds, plus chers que ceux des autres filatures. L’intervention de l’eau chaude est indispensable, si ce n’est pour les gros fils, et la force motrice dépensée est bien plus grande, à numéro égal, pour le lin que pour les autres substances textiles.
- Ces faits constituent des inconvénients graves $ ils compliquent les opérations, limitent l’échelle des produits, entraînent à des dépenses considérables, rendent le travail insalubre et expliquent la lenteur du développement normal de l’industrie du chanvre et du lin, qui intéresse particulièrement les pays agricoles. La Société pense que la plupart de ces obstacles tiennent à l’insuffisance de l’assouplissage et de la désagrégation mécanique et physique des filasses du chanvre et du lin, et que, mieux divisées, celles-ci pourraient se filer à une plus grande finesse ou bien à finesse égale avec une dépense moindre et une production supérieure. De légères modifications aux machines en usage suffiraient en ce cas pour procurer les résultats désirés, La division de la matière première devrait néanmoins se borner à mie désagrégation physique de la masse des fibres, sans atteindre les inconvénients connus de la cotonisation chimique.
- Certains systèmes de rouissage se rapprochent du but par l’état dans lequel ils mettent la substance filamenteuse. S’ils ne sont pas encore répandus dans la pratique, c’est que les filateurs répugnent à tout essai qui les obligerait à modifier des machines coûteuses, dont le fonctionnement normal est nécessaire à l’établissement.
- La Société d’encouragement propose un prix de 2 000 francs, en faveur de l’industriel qui, le premier, produira, mécaniquement et d’une façon courante, des fils de lin d’une finesse dépassant 100 000 mètres au kilogramme ou des fils de chanvre de 45 000 mètres au kilogramme ; la production de ces fils dans tous les numéros sera obtenue avec une économie de 15 pour 100 au moins sur la force motrice, et avec une diminution telle dans la température de l’eau, si son action restait nécessaire, qu’il n’en résulte pas de buée sensible (1).
- (1) Quelques filateurs sont déjà arrivés à ce dernier résultat par l’immersion dans l’eau des bobines de préparations, ou leur pénétration par l’intervention de la vapeur d’eau. La Société désirerait voir ces méthodes se propager.
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- Pour avoir droit au prix proposé, il faudra avoir livré à la consommation au moins pour vingt mille francs de fils de lin ou de chanvre dans les conditions ci-dessus énoncées.
- Dans le cas où le progrès serait atteint par suite de l’emploi de filasses rouies par l’un des procédés existants, la Société se réserve d’accorder à son auteur une récompense spéciale sous forme de médaille ou de prix.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1878.
- 4° Prix de 2 OOO francs pour le peignage des cotons ordinaires et autres filaments courts préparés, jusqu’à ce jour, par le cardage.
- Il est actuellement bien reconnu qu’il y aurait un grand intérêt à substituer la préparation du peignage à celle du cardage, dans le travail de tous les fils destinés à la fabrication des retors et des étoffes rases et lisses, quelle que soit la nature des filaments qui les composent. Les avantages des produits peignés et leur supériorité sur les articles préparés à la carde ont été analysés, d’une manière assez étendue, dans les ouvrages spéciaux, et notamment dans les Traités sur la filature du coton et de la laine de M. Alcan, pour qu’il soit inutile d’y revenir ici. Les services considérables rendus par la peigneuse Heilmann et par celles qui l’ont suivie depuis prouvent, d’ailleurs, l’importance de ce genre de transformations (1).
- Mais, jusqu’ici, les différents genres de peigneuses n’ont pu s’appliquer qu’aux fibres d’une certaine longueur. Des difficultés techniques et une dépense de travail que ne comportent pas les substances cardées se sont opposées à la propagation des machines imaginées à cet effet, et dont quelques spécimens ont figuré aux dernières expositions internationales.
- La Société d’encouragement, pénétrée de l’importance de la solution pratique de cette question, et convaincue des progrès qui résulteraient de la substitution d’une bonne peigneuse à la carde, surtout dans la filature du coton, propose un prix pour être décerné à l’inventeur d’une peigneuse pour le coton dit courte-soie, préparé, jusqu’ici, par le cardage.
- L’emploi de cette machine ne devra pas être plus onéreux que celui de la carde, c’est-à-dire que le même poids, bien peigné, ne devra pas coûter plus que s’il avait été cardé d’une manière parfaite. La peigneuse ne devra pas exiger plus de soin ni d’entretien qu’une carde ordinaire. Pour mériter le prix, il sera nécessaire de prouver que la nouvelle peigneuse a produit au moins 10 000 kilogrammes de fibres peignées. Une collection complète d’échantillons de la matière textile, travaillée dans les divers degrés de préparation par lesquels elle a passé dans le nouveau système, devra être adressée au siège de la Société, avec les pièces à l’appui, pour justifier delà réalisation des conditions du présent programme.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1879.
- (1) Voir le rapport sur le prix d’Argenteuil accordé à la peigneuse Heilmann. Bulletin de la Société d’encouragement : année 1857, page 498,
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- 5° Prix de 2 000 francs pour une machine à tailler les limes de toute espèce.
- Le problème de la taille mécanique et automatique des limes est poursuivi depuis longtemps.
- Il y a quatre siècles environ que Léonard de Vinci imagina une machine dont on retrouve des dessins dans ses manuscrits déposés à la bibliothèque de l’Institut. Les plus anciennes collections de machines, et notamment celles du Conservatoire des arts et métiers, renferment des modèles de ce genre. Les publications scientifiques et les brevets d’invention en décrivent un assez grand nombre. La solution pratique de la question n’en paraît cependant pas plus avancée. Ce n’est pas parce que la consommation des limes aurait diminué avec l’usage des machines-outils; elle a augmenté, au contraire, par la propagation du grand outillage automatique, au point de représenter en France une valeur annuelle de près de 10 millions.
- L’insuccès des tentatives pratiques tient évidemment aux conditions complexes et délicates qu’il est nécessaire de réaliser. Si l’on examine, par exemple, une lime ordinaire de 0m,30, on la trouve formée de 140 000 à 900 000 dents, suivant sa finesse, et selon qu’elle a reçu la taille dite bâtarde ou la taille douce. Bien exécuté à la main, ce travail ne laisse rien à désirer sous le rapport de la forme régulière de ces dents et de leur espacement, et cependant l’ouvrier tailleur a dû le réaliser au moyen de 30 000 à 50 000 coups de marteau frappés sur un même burin dans des conditions identiques.
- C’est ainsi que l’ouvrier obtient deux séries de sillons parallèles, dont le croisement, à peu près à angle droit, détermine, par le refoulement ou écrouissement de la matière, un nombre infini de parallélipipèdes ou dents qui doivent agir chacune comme l’outil d’une machine à raboter. Ces dents doivent couper la matière sans se polir, s’écraser, rompre, ou même blanchir sous les efforts considérables auxquels elles sont soumises.
- On ne comprendrait pas l’insuccès des nombreuses tentatives faites pour obtenir, automatiquement, un résultat semblable à celui qu’on obtient parce travail manuel, si on n’en rappelait les causes. La principale tient peut-être à ce que l’on s’est constamment attaché à l’imitation servile du travail à la main, tout en recourant à l’action d’un burin mécanique soumis au choc. L’imitation est d’autant plus difficile à réaliser que, par économie, on donne à la machine, qui n’a jamais l’élasticité, la docilité et l’intelligence de la main de l’ouvrier, une vitesse beaucoup plus considérable. Les recherches se sont concentrées sur les transmissions du mouvement, lorsqu’il fallait surtout modifier l’organe principal, l’outil, agissant sous l’action de la machine.
- Dans l’espoir de voir étudier le problème en vue des considérations qui précèdent, la Société d’encouragement propose un prix pour la réalisation d’une machine à tailler, automatiquement, les limes de toute espèce et de toutes dimensions.
- Les limes devront, sous le rapport de la perfection de la taille, rivaliser avec les meilleures limes du commerce; les dents obtenues par le refoulement ou écrouissement de la matière devront présenter des sillons régulièrement espacés et d’une égale profondeur.
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- L’organe tailleur ou outil de la machine devra avoir une forme mathématique invariable, agir sans choc et être à l’abri de réparations anormales.
- Le coût et l’entretien delà machine, sa production, la force motrice nécessaire, devront être tels que son usage offre des avantages sensibles sur les résultats obtenus à la main.
- Le prix ne sera accordé qu’à une machine ayant fonctionné régulièrement pendant trois mois au moins.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1880.
- 6° Prix de 2 OOO francs pour un moyen pratique d’amortir les ébranlements et les vibrations qui résultent de l’emploi des'marteaux mécaniques ou autres machines à percussion, et qui portent obstacle à ce que leur usage, dans les villes, devienne aussi fréquent qu’il le faudrait dans l’intérêt de l’industrie.
- L’emploi des marteaux mécaniques, qui sont en général mis en mouvement par la vapeur, s’est beaucoup répandu depuis quelques années, malgré les inconvénients causés par les secousses qu’ils produisent. Ces machines sont indispensables pour un grand nombre de fabrications, et d’autres outils à percussion moins puissants, mais souvent aussi incommodes, sont nécessaires à de petits ateliers qui sont essentiellement liés à l’industrie parisienne. Leur utilité a amené à les comprendre dans la deuxième classe des établissements incommodes et insalubres; dès lors ils ont pu être installés dans les villes, et leur emploi à Paris a pris un assez grand développement. Cependant le bruit et les trépidations insupportables que ces appareils produisent ont donné lieu à de vives réclamations et à des procès civils ; ces plaintes ont été telles qu’il a été question de demander le déclassement de ces établissements et leur assimilation à ceux de première classe qui ne peuvent être placés que hors des villes et complètement isolés.
- Il n’est pas nécessaire de montrer quel trouble une pareille mesure porterait dans toute l’industrie parisienne qui occupe, au milieu des quartiers les plus populeux, un grand nombre d’ateliers employant les marteaux mécaniques, et, à tous les étages des maisons, des machines à percussion de moindre importance. Mais on doit désirer de voir adopter des moyens faciles à mettre en œuvre et assez efficaces pour amortir les trépidations que ces marteaux produisent.. Ces dispositions nouvelles feraient disparaître le danger que des ébranlements réguliers et continus peuvent faire courir aux constructions contiguës, et l’incommodité grave qu’ils ont pour les habitations voisines, et ces utiles appareils pourraient être mis partout en usage, sans inconvénient.
- Les possesseurs de ces machines ont cherché, de plusieurs manières, à empêcher la propagation des ébranlements quelles causent. Ils en ont modifié l’assiette en maçonnerie, ils ont augmenté le poids de la chabotte, ils l’ont fait reposer sur des charpentes environnées de corps mous ou élastiques. Mais ces tentatives sont isolées, les résultats n’en ont été ni mesurés ni constatés régulièrement, et il est utile que celte question soit examinée en détail et d’une manière spéciale.
- C’est cette étude que la Société d’encouragement veut provoquer, et elle propose un prix de 2 000 francs pour celui qui aura fait connaître des moyens pratiques et assurés
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- d’empêcher la propagation, hors de l’atelier, des trépidations causées par les machines à percussion.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1877.
- ARTS CHIMIQUES.
- 1° Prix de 2 000 francs pour l’application industrielle de l’eau oxygénée.
- Les chimistes, dans les recherches de chimie organique, mettent en œuvre une série nombreuse d’actions oxydantes. La grande variété de substances sur lesquelles ils ont à agir, l’intensité plus ou moins grande des réactions qu’ils veulent produire, les ont successivement amenés à utiliser les agents d’oxydation les plus divers, et à profiter de tout ce que la science met, dans ce sens, à leur disposition. Tel de ces agents qui, pour un corps donné, se montre inactif ou insuffisant présente, au contraire, avec un autre corps, trop d’énergie, et produit une décomposition complète. Le chimiste qui entend, par un choix judicieux, proportionner l’action oxydante au phénomène qu’il provoque, et qui veut atteindre le but sans le dépasser, a besoin d’avoir à sa disposition un arsenal de réactions diverses du même genre.
- L’industrie a, peu à peu, emprunté aux procédés des laboratoires quelques-uns de ces agents variés; il importe de voir se multiplier leur introduction dans la pratique des arts.
- Elle n’utilisa, pendant longtemps, que l’action de l’oxygène de l’air, agissant directement, ou bien dissous dans la rosée, comme on le fait encore dans le blanchiment des toiles. Cette méthode d’oxydation lente, la première que l’homme ait connue, met sans doute à profit cette modification de l’oxygène, l’ozone, qui paraît exister fréquemment dans l’atmosphère. Elle fut remplacée, au siècle dernier, par l’action du chlore libre, puis par celle des combinaisons décolorantes de ce corps, chlorure de chaux, etc., qui, avec le concours des acides et selon le degré de leur dilution, peuvent fournir ou du chlore ou de l’acide hypochloreux libre.
- Quoique, dans le plus grand nombre des cas, ces corps agissent par une aclion oxydante simple, on conçoit que, dans d’autres, ils peuvent exercer une action complexe, en agissant à la fois comme oxydants et comme chlorurants, et produire ainsi des phénomènes très-divers.
- Les chromâtes dont l’industrie fait depuis longtemps usage, et les permanganates dont elle commence à se servir, ne présentent pas cet inconvénient, mais ils laissent, dans les liquides au sein desquels ils exercent leur action, des produits de décomposition qui restreignent leur emploi.
- Il est un agent d’oxydation, des plus énergiques, dont la décomposition, facile à provoquer, ne donne que de l’oxygène et de l’eau; c’est l’eau oxygénée que Thénard découvrit en 1818, et qui est une des plus belles découvertes du savant illustre dont le
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- nom est cher à la Société. Quelques travaux de chimie organique ont utilisé, dans ces derniers temps, ses propriétés remarquables; mais elles n’ont pas encore trouvé place dans l’industrie; c’est une lacune qu’il importe de combler.
- On sait combien la préparation de l’eau oxygénée est laborieuse, quand on veut l’obtenir à la fois pure et concentrée, mais l’industrie n’a rien à tirer d’un pareil produit. Au contraire, quand on se contente d’obtenir l’eau oxygénée mêlée à des matières étrangères inertes, et étendue d’eau, état qui suffirait certainement à beaucoup de réactions, sa préparation est facile.
- La faible valeur du carbonate de baryte que nous envoie principalement l’Angleterre, ainsi que le prix peu élevé de l’acide nitrique permettraient de préparer, avec économie, la baryte caustique, base de la production de l’eau oxygénée. Son prix baisserait encore, si l’opération, exécutée dans une fabrique d’acide sulfurique, permettait d’utiliser les vapeurs nitreuses provenant de la décomposition du nitrate de baryte. Cette baryte caustique, pour se transformer en bioxyde de barium, n’a pas besoin, d’ailleurs, d’oxygène pur ; l’air atmosphérique suffit. Le bioxyde obtenu, si on le traite par l’acide chlorhydrique étendu, on obtient une eau oxygénée à l’emploi de laquelle la présence du chlorure de barium ne nuit guère. Dans les cas spéciaux où la présence de ce corps pourrait gêner, on substituerait à l’acide chlorhydrique l’acide fluorhydrique que les enlevages sur verre ont introduit dans l’industrie depuis quelques années.
- Mais il est un mode de préparation qui semble plus particulièrement applicable à l’industrie, c’est celui qui repose sur la décomposition du bioxyde de barium par l’acide carbonique. M. Dumas, qui l’a signalé, fait remarquer qu’il permet de régénérer le carbonate de baryte et de reconstituer le bioxyde de barium ; qu’il fournit de l’eau oxygénée étendue d’eau, mais pure; enfin, que la préparation peut se faire dans des vases clos par des procédés réglés et une marche courante.
- L’industrie pourra utiliser, sans doute, l’action oxydante de l’eau oxygénée. La préparation en grand de ce corps extraordinaire rendrait plus fréquent son emploi dans les recherches de chimie, et la science pure tirerait parti, à son tour, de l’emprunt que l’industrie lui aurait fait.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1878.
- 2° Prix île 2 OOO francs pour la préparation économique de l’ozone et pour ses
- applications.
- M. Schônbein a constaté l’existence d’une modification de l’oxygène à laquelle il a donné le nom d’ozone.
- Cette modification prend naissance, quand on électrise l’oxygène ou l’air : quand on dégage par certains procédés spéciaux l’oxygène des corps qui en contiennent; quand le phosphore, les essences et certains corps combustibles s’oxydent à froid; enfin, quand l’air est agité par les orages ou modifié par l’action des végétaux vivants.
- L’ozone possède, comme corps oxydant, une activité comparable à celle du chlore. Il oxyde l’argent à froid ; il détruit instantanément une foule de substances organiques;
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- il décolore les matières colorantes ; il brûle les miasmes, etc. Il aurait tous les avantages du chlore sans en avoir peut-être les inconvénients.
- Si l’industrie avait à sa disposition un procédé qui lui permît de produire l’ozone avec économie et de le conserver ou de l’utiliser facilement, elle pourrait en tirer un parti avantageux ; car, après avoir agi sur les matières organiques, par exemple, l’ozone ne laisse que des substances inertes, l’eau et l’acide carbonique. Le chlore donne, comme on sait, de l’acide chlorhydrique dont il faut se débarrasser ; de plus, il se substitue à l’hydrogène dans une foule de cas et crée ainsi des complications dont il faut tenir compte et que l’ozone ne fait jamais naître.
- La Société est disposée, en conséquence, à favoriser tout effort tendant à produire l’ozone avec économie et facilité, et donnant les moyens de récolte et de conservation nécessaires pour que ce corps remarquable puisse être mis régulièrement à la disposition de l’industrie.
- Le prix est proposé pour une solution complète du problème, mais la Société se réserve d’encourager toutes les tentatives sérieuses.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1880.
- 3° Prix de 2 000 francs four la fixation de l'azote de l'air, sous forme d'acide nitrique, d’ammoniaque ou de cyanogène.
- L’azote de l’air intervient-il d’une manière directe dans les phénomènes de la nitrification, dans la formation de l’ammoniaque atmosphérique et dans la production des matières organiques azotées d’origine végétale? Ce sont des questions qu’il appartient à la théorie de résoudre.
- Mais l’azote de l’air existe en quantités immenses autour de la terre et esta la disposition de l’homme. Il lui reste à le fixer sous l’une des trois formes qui permettent à l’agriculture et à l’industrie d’en tirer parti : acide nitrique, ammoniaque, cyanogène. Il importe peu laquelle des trois combinaisons serait réalisée directement, puisque les procédés connus de la chimie permettent de passer avec facilité de l’un quelconque de ces composés aux autres.
- Cette fixation peut, d’ailleurs, être faite de plusieurs manières. Ainsi on sait, par des expériences déjà fort anciennes de Curandau, qu’un mélange de potasse et de charbon, calciné fortement au contact de l’air, peut absorber de l’azote en donnant naissance à du cyanure de potassium. M. Desfosses a confirmé et étendu cette observation de Curandau, Journal de Pharmacie, 1828, et a fait pressentir qu’elle pourrait recevoir une application dans l’industrie. Plus tard, en effet, la formation du cyanure de potassium au moyen de l’azote de l’air a été proposée et même effectuée en grand, comme base d’un procédé pour la fabrication du prussiate de potasse. Il paraît que les pertes résultant delà volatilité du cyanure de potassium, à la haute température nécessaire pour sa production, ont fait renoncer à l’emploi de ce procédé; mais d’autres cyanures moins volatils pourraient être mis à profit et servir de base à la préparation subséquente du bleu de Prusse et des cyanures industriels.
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- D’autres procédés pourraient être employés pour obtenir des nitrates ou des sels ammoniacaux.
- On sait, d’une autre part, avec quelle facilité tous ces divers produits peuvent, dans des conditions favorables, faciles à réaliser, transformer leur azote en carbonate d’ammoniaque.
- Or le carbonate d’ammoniaque constitue la combinaison dans laquelle l’azote se trouve le plus communément dans les engrais résultant des matières animales en décomposition ; c’est celle sous laquelle il paraît le plus propre à fertiliser le sol auquel on le mélange.
- Le problème qu’il s’agit de résoudre et dont on possède aujourd’hui une solution scientifique serait d’obtenir, industriellement, le cyanure de potassium ou tout autre composé azoté, dans des conditions économiques acceptables même pour la fabrication des engrais, en empruntant l’azote à l’air atmosphérique, à l’exclusion des matières animales.
- C’est à ce point de vue que la Société d’encouragement propose un prix de 2 000 fr. pour la fabrication économique, soit des nitrates et des sels ammoniacaux, soit du cyanure de potassium ou des cyanures analogues, au moyen de l’azote de l’air.
- Ce prix sera décerné en 1876.
- 4° Prix de 5 000 francs à décerner au fabricant d’acide sulfurique qui, le premier, en employant les pyrites dans sa fabrication, ne livrera au commerce que de l’acide sulfurique entièrement exempt d’arsenic.
- On sait que la substitution des pyrites au soufre, dans la fabrication de l’acide sulfurique, a eu pour résultat d’introduire, dans cet acide et, par suite, dans les nombreux produits qui en dérivent, de notables quantités d’arsenic. Ce corps s’y rencontre à l’état d’acide arsénieux ou d’acide arsénique.
- Les propriétés vénéneuses de l’arsenic sont trop connues pour qu’il soit utile d’insister sur les dangers que présente, pour la santé publique, l’emploi de l’acide sulfurique arsenifère, intervenant comme matière première dans la préparation de divers produits alimentaires.
- Quoique divers procédés, d’une efficacité certaine, aient été proposés pour dépouiller l’acide sulfurique de l’arsenic qu'il renferme, comme ces procédés ne s’exécutent pas sans quelque dépense, les fabricants ne les ont pas adoptés. Il y a lieu d’espérer qu’on arrivera à trouver un procédé de cette nature, qui puisse être employé sans qu’il en résulte une augmentation sensible dans le prix de revient pour l’acide sulfurique.
- La Société d’encouragement, vivement préoccupée de la présence de l’arsenic, dans une matière première d’une aussi grande importance, propose un prix de la valeur de o 000 francs pour le fabricant qui, le premier, travaillant avec les pyrites, ne livrera au commerce que de l’acide sulfurique entièrement exempt d’arsenic.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1879.
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- 5° Prix de 1000 francs pour l’emploi industriel d’une substance minérale quelconque abondante et à bas prix.
- La craie, la chaux, le plâtre, l’argile, la silice, le sulfate de soude, le sulfate de baryte, le granit et les roches granitoïdes altérées, les argiles, le fluorure de calcium, le phosphate de chaux, le sel marin, le sulfate de fer, les minerais de fer, etc., sont autant de substances dont tout emploi nouveau crée une richesse, suscite un commerce, développe des trafics de transport et fournit à la population de nouvelles sources de bien-être.
- Trouver de nouveaux emplois à l’une quelconque des substances de cet ordre constitue donc une amélioration industrielle intéressante que la Société veut provoquer, et qu’elle désire trouver l’occasion d’encourager ou de récompenser.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1878, à la plus importante des applications de cette nature que la Société aura été appelée à constater.
- 6° Prix de 1 000 francs pour l’utilisation des résidus de fabrique.
- Il fut un temps où les chimistes rejetaient, comme inutile et sans objet, le résidu, le caput mortuum, de leurs opérations. En tenir compte fut une révélation qui, de proche en proche, conduisit de Glauber à Lavoisier, c’est-à-dire de la manipulation indécise à la théorie la plus sûre.
- Beaucoup d’industries en sont encore à cette période où les résidus de leurs travaux demeurent sans emploi et deviennent, par leur importance, l’occasion de troubles pour l’hygiène publique, ou de lourdes dépenses et de grandes gênes.
- Les laitiers des hauts fourneaux, les charrées des fabriques de soude, les sels de manganèse des fabriques de chlorure de chaux, les eaux mères des marais salants, etc., constituent des masses dont l’exploitation sollicite vivement l’attention de l’industrie.
- Tout emploi utile de ces matériaux dégrèverait d’une charge les industries qui les produisent, et réduirait d’autant le prix de revient de leurs produits.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 4878.
- 7° Prix de 1 000 francs pour une application utile des métaux nouvellement
- découverts.
- Depuis quelques années, les métaux soupçonnés par les anciens chimistes ont été mis à nu, d’autres métaux curieux ont été découverts. Le calcium, le magnésium, le barium, le strontium sont très-répandus à la surface de la terre; le thallium et les nouveaux métaux alcalins sont rares, mais doués de caractères spécifiques qui les recommandent à l’attention des expérimentateurs.
- Il est impossible que le génie de l’homme laisse sans emploi des métaux aussi communs que le calcium, aussi étranges que le thallium, aussi rapprochés des métaux nobles par leur densilé que le tungstène.
- Le magnésium promet de fournir la source lumineuse la plus économique et la plus
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- puissante. Les métaux nouveaux ont presque tous quelque propriété de nature à être également mise à profit.
- La Société voudrait susciter des travaux dans cette direction. Elle récompensera donc tout effort utile tenté en vue d’utiliser les nouveaux métaux, laissant les expérimentateurs libres de choisir leur voie.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1876.
- 8° Prix de 1000 franc» pour de nouvelles applications des corps simples
- non métalliques.
- Le silicium, le bore, le brome, l’iode même, le sélénium, le phosphore sont des corps rares autrefois et peu connus, aujourd’hui faciles à obtenir et bien étudiés.
- Trouver à ces substances, qui sont douées d’aptitudes si diverses et si variées, des applications nouvelles, est un objet à la fois digne d’attention et de nature à répondre aux efforts tentés dans ce but.
- Le prix sera décerné en 1876.
- 9° Prix de 1 000 franc» pour la découverte d’un nouvel alliage utile
- aux arts.
- La plupart des alliages employés dans l’industrie sont connus depuis longtemps. Cependant de nouveaux métaux ont été découverts, et l’un d’eux, l’aluminium, a fourni un bronze doué de qualités extraordinaires dont les arts et les beaux-arts tireront un parti considérable, lorsque son prix de revient le rendra accessible aux emplois communs de la vie.
- Le bronze d’aluminium, éminemment malléable et ductile, partage avec le fer et l’acier la propriété de se laisser forger à chaud et de pouvoir être soudé. Fusible à une température élevée, il se prête à tous les travaux du moulage. Il résiste mieux à l’air et aux agents d’oxydation que les bronzes ou laitons anciennement connus.
- Pourquoi les métaux, nouvellement connus, ne seraient-ils pas susceptibles de fournir aussi des alliages doués de qualités spéciales dignes de l’attention de l’industrie? Ce sont des études à entreprendre et des essais à tenter : la Société, en les provoquant, tiendra compte, du reste, de tout travail exact, faisant connaître les propriétés des alliages anciens ou nouveaux, alors même que leurs auteurs n’auraient pas trouvé l’occasion de faire sortir de leurs recherches de nouvelles applications industrielles.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1876.
- 10° Prix de 5000 frane» pour la production artificielle du graphite propre à la
- fabrication des crayons.
- Le graphite propre à la fabrication des crayons, sans préparation préalable, est devenu fort rare. Les anciennes mines connues sont à peu près épuisées, et la découverte, en Sibérie, d’un gisement nouveau d’une grande richesse a été un véritable événement,
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- Toutefois, si riche que puisse être, cette mine, elle ne saurait suffire indéfiniment à la consommation. Ses produits se vendent, d’ailleurs, à un prix fort élevé, qui ne peut que s’accroître, à mesure que l’enseignement du dessin prendra plus d’extension et produira ainsi une augmentation rapide dans l’emploi des crayons.
- Ne serait-il pas possible d’obtenir artificiellement le graphite en masses assez considérables pour répondre aux besoins de l’industrie ? Ne pourrait-on pas, de la sorte, la soustraire à l’obligation d’avoir recours aux procédés de lavage et d’agglomération qu’elle emploie, et dont les produits laissent beaucoup à désirer ?
- Le gisement bien connu du graphite dans les roches cristallines, et spécialement dans les calcaires cristallins, permet d’entrevoir la solution du problème.
- On sait, d’ailleurs, que le graphite constitue l’état le plus stable du charbon ; qu’il prend naissance dans diverses circonstances ; qu’en particulier il se forme lorsqu’on chauffe le diamant au foyer de la pile, comme l’a vu M. Jacquelain, et qu’il se sépare abondamment de la fonte grise au moment de sa solidification.
- Il s’agit donc, en réalité, d’étudier, de préciser et de régler les conditions de la production d’un corps dont la formation artificielle est déjà constatée, et de découvrir un procédé pratique qui permette de l’utiliser en grand.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1877.
- 11° Prix «le 5 000 francs pour la préparation artificielle du diamant
- noir compacte.
- La chimie a prouvé que le carbone ou charbon, le graphite ou plombagine et le dia mant constituent des ‘substances identiques. La conversion du diamant en plombagine s’effectue très-facilement; l’inverse, c’est-à-dire la conversion du charbon et de la plombagine en diamant, est certainement possible.
- Mais, si le charbon pouvait être changé en un corps dur, identique au diamant, il ne s’ensuivrait pas que ce diamant fût cristallisé et comparable aux diamants des joailliers.
- L’industrie resterait indifférente, du reste, à la découverte d’un moyen propre à réaliser la cristallisation du charbon ; elle ne le serait pas à la découverte d’un moyen d’obtenir le charbon, en masses dures et amorphes, comparables au diamant noir ; car elle y trouverait le meilleur agent pour attaquer et pour polir les corps les plus durs.
- Les détails connus sur le gisement du diamant, et surtout du diamant carbonique, sont encore extrêmement incomplets. L’un et l’autre se trouvent, et souvent ensemble, dans des sables d’alluvion provenant de la désagrégation de roches plus ou moins anciennes qui sont elles-mêmes des terrains de transport. Nous ne possédons aucune notion certaine sur la gangue primitive du diamant, et nous ne connaissons aucune différence de gisement qui permette d’entrevoir une différence correspondante dans le mode de formation de la variété cristalline et de la variété compacte.
- Nous savons seulement qu’il existe des variétés d’anthracite d’une dureté singulière.
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- On pourrait, de là, être conduit à penser que les causes qui ont donné naissance à l’anthracite commune, étant modifiées, auraient pu lui assigner une dureté qui la rapprocherait plus ou moins du diamant carbonique.
- La Société d’encouragement attache une si grande importance à la fabrication du diamant noir, qu’elle se réserve de récompenser libéralement celui qui, par une étude plus approfondie du gisement des diamants noirs ou cristallisés, aurait fourni un point de départ plus sûr aux recherches expérimentales relatives à la production artificielle de cette substance précieuse.
- Tout procédé qui permettrait de réaliser cette production serait considéré, d’ailleurs, à quelque prix qu’elle fût effectuée, comme un progrès considérable, promettant pour l’avenir aux ateliers un moyen d’action d’une grande puissance pour le travail du fer, de la fonte, de l’acier et des pierres dures, et serait couronné en conséquence.
- Le prix sera décerné en 1877.
- 12° Prix de 4000 francs pour la découverte de procédés capables de fournir, par des transformations chimiques quelconques, des espèces organiques utiles, telles que la quinine, le sucre de canne, etc.
- La chimie organique est en possession de doctrines et de méthodes pratiques au moyen desquelles on peut prévoir et réaliser la production, par voie de transformation, d’un grand nombre de substances. L’urée, l’huile d’amandes amères, l’huile volatile de reine des prés, l’alcool, l’acide des fourmis, les essences à odeur de fruit, etc., etc.,ont été reproduits, par M. Wohler ou par ses successeurs, au moyen de procédés certains, en partant de substances qui semblaient très-éloignées de la composition de ces corps, et quelquefois avec autant d’économie que de facilité.
- Il n’y a pas de limites à ces sortes de créations, ou plutôt de ces nouveaux arrangements. Aux yeux de la théorie, il n’y a pas de différence entre la production de l’urée et celle de l’indigo ou de la quinine, entre celle de l’essence d’amandes amères et celle de l’alizarine, entre celle de l’acide formique ou de l’alcool et celle du sucre de canne.
- Aux yeux de la pratique, il n’en est pas de même et, tandis que les alcaloïdes artificiels connus demeurent presque tous d’un faible intérêt à ses yeux, la découverte de la quinine artiOcielle aurait un retentissement immense et rajeunirait la gloire de Pelletier et de Caventou.
- La Société d’encouragement, convaincue que les progrès de la chimie organique permettent d’aborder ces sortes de problèmes, ne craint pas d’engager les chimistes à s’en occuper; s’ils n’atteignent pas le but, ils seront du moins récompensés de leurs efforts par des résultats scientifiques nouveaux.
- Elle fait remarquer, d’ailleurs, qu’il ne s’agit point de la découverte de procédés exploitables au point de vue commercial, mais delà découverte pure et absolue d’un moyen quelconque pour la formation artificielle d’une substance éminemment utile de l’ordre de celles qui sont citées plus haut.
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- Le prix sera décerné, dès qu’il y aura lieu. Le concours restera ouvert jusqu’à 1878, inclusivement.
- 13° Prix de 4 OOO francs proposé pour la préparation artificielle des acides gras
- ou des matières cireuses.
- Les acides gras employés pour la préparation des bougies, les cires végétales ou animales, la paraffine produite par la distillation des substances végétales, sont des matières qui reçoivent la même application aux besoins de l’éclairage domestique $ elles ont une production limitée et généralement au-dessous des besoins.
- Dans l’état actuel de la science, la chandelle devrait, cependant, être bannie de la consommation. Les lampes elles-mêmes devraient trouver dans la bougie une concurrence encore plus sérieuse.
- Comme on sait convertir maintenant, l’une en l’autre, les substances organiques par des procédés réguliers, la Société demande avec confiance la découverte d’un procédé capable de fournir, artificiellement, l’acide stéarique ou l’acide margarique, la paraffine ou l’une des matières cireuses employées à la fabrication des bougies.
- Subsidiairement, elle accordera de sérieux encouragements à tout procédé nouveau de préparation des acides gras donnant, en acides solides, la plus belle et la meilleure qualité, avec le rendement le plus élevé, ou bien en produits liquides (acide oléique et glycérine) les produits les plus blancs et les moins odorants, pour le prix de revient le moins élevé.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1881.
- 14° Prix de 6000 francs pour une théorie de l’acier fondée sur des expériences certaines et ayant pour résultat les moyens de mieux diriger la fabrication de l’acier.
- La constitution de l’acier n’est pas connue. Le travail délicat mis en pratique pour la production de cet agent si nécessaire aux arts est fondé sur l’empirisme. Cependant, si la nature de l’acier n’était pas ignorée, il deviendrait possible d’en diriger la préparation par des règles plus certaines et d’en améliorer peut-être les qualités.
- Mais comment se diriger pour convertir en aciers supérieurs des aciers communs, lorsqu’on ignore ce qui constitue leur différence ?
- Comment renoncer, d’autre part, à l’espérance de découvrir un jour le moyen de transformer un fer quelconque en fer de première qualité pour acier fondu, lorsqu’on sait qu’il suffit, pour produire ce résultat, d’enlever ou d’ajouter au fer des traces presque inappréciables de matières étrangères?
- La première question à résoudre, si on veut abandonner la voie du tâtonnement et procéder d’une manière raisonnée, est évidemment de fixer d’abord la théorie de l’acier et de la fonder sur des expériences certaines, variées et contrôlées par la pratique.
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- La Société encouragera tous les efforts tentés dans celte direction par des médailles ou des récompenses annuelles.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1878.
- 15° Prix de 3 OOO francs proposé pour la désinfection des résidus d’épuration
- des usines à gaz.
- Les immenses services rendus à l’éclairage public par les usines à gaz sont tellement incontestables, qu’il importe d’éloigner de cette industrie les inconvénients quelconques dont les procédés qu’elle met en usage peuvent devenir l’occasion. Pour le moment, celui qui mérite le plus de fixer l’attention se rapporte à la révivification des matières employées pour épurer le gaz.
- Les matières épurantes, généralement en usage, consistent en un mélange de sesquioxyde de fer hydraté, de sulfate de chaux et de chaux en excès. Les résidus sont extraits des caisses d’épuration à l’état de protoxyde et de sulfure de fer mêlés de soufre, de carbonate de chaux, de sulfure de calcium imprégnés de carbonate, de sulfocyanhy-drate, d’acétate d’ammoniaque, de divers carbures d’hydrogène, d’acide phénique, d’essences sulfurées, en un mot de tous les produits volatils et infects du goudron.
- On parvient à révivifier, ou plutôt à réoxyder ces résidus ferrugineux, de façon à les faire servir un grand nombre de fois, en les étendant sous des hangars ouverts à tous vents et en les retournant, de temps à autre, avec des pelles pour multiplier les surfaces de contact exposées à l’air atmosphérique.
- C’est particulièrement pendant la vidange des caisses d’épuration et l’étendageà Pair des résidus que se dégagent en abondance des vapeurs incommodes, qui, suivant la direction des courants d’air, peuvent gêner les habitations jusqu’à des distances de 4 200 ou 1 500 mètres, et souvent même bien au delà. Or ces inconvénients s’accroissent à mesure que la consommation et, par suite, la production du gaz de la houille se développent dans les villes. A tous ces points de vue, on conçoit qu’en France Paris occupe le premier rang.
- On sait qu’en effectuant la réoxydation dans les caisses d’épuration elles-mêmes sans les ouvrir, et dirigeant les produits gazeux sous un foyer incandescent, les vapeurs sulfurées se transforment en eau, acide carbonique et acide sulfureux, et dès lors peuvent être rejetées dans l’atmosphère sans inconvénient. Mais, lorsqu’on veut procéder ainsi, on évite difficilement l’altération des claies et réchauffement trop grand de la masse qui se réoxyde ; peut-être faudrait-il faire usage de grilles en briques creuses et diminuer l’épaisseur des couches de résidus.
- Quels que soient, au surplus, les moyens employés par les concurrents, s’ils sont efficaces, praticables avec économie ; si, en un mot, ils ont réalisé dans une grande usine le moyen de réoxyder les mélanges d’épuration en prévenant tout dégagement au dehors des gaz et vapeurs infects, ils auront droit à la récompense proposée.
- I.e prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1880.
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- 16° Prix «le I 500 francs, «le 1 000 francs et de 500 francs relatifs à l’emploi de l’acide borique et du borax dans les arts céramiques.
- L’introduction de l’acide borique et des borates dans les glaçures des faïences fines doit compter au nombre des améliorations les plus importantes dont la fabrication des poteries ait été l’objet; une fusion brillante, une grande dureté, un accord parfait avec le biscuit amené, par une température élevée, à l’état dense et sonore, telles sont les qualités précieuses que ces éléments nouveaux ont ajoutées, depuis le commencement de ce siècle, aux glaçures des faïences fines qui sont si supérieures aux anciennes terres de pipe.
- Les arts céramiques fournissent le débouché le plus important pour l’acide borique de Toscane et pour celui qu’on retire, depuis quelques années, du borate de soude du Pérou. Mais le marché de ces produits tend à se centraliser et à se fixer en Angleterie, et, en présence du développement toujours croissant que les arts céramiques prennent dans le Staffordshire, l’Ecosse et le reste du Royaume-Uni, les manufactures françaises se préoccupent, ajuste titre, des moyens de s’assurer, à un prix convenable, des quantités suffisantes de cette matière, qui leur est aujourd’hui indispensable.
- Elles ont aussi, à ce môme point de vue, un intérêt très-grand à provoquer la découverte des moyens par lesquels on pourrait remplacer l’acide borique et le borax dans les glaçures des faïences fines, sans nuire aux qualités des produits. Le problème n’est pas insoluble.
- Les phosphates, certains silicates, peu plombeux, cuisant à des températures élevées, les composés résultant des mélanges de spath fluor, de quartz et d’argile, kaolin ou sulfate de chaux qu’a indiqués M. Berthier, quelques micas et les lépidolithes que M. Régnault a analysés, formeraient probablement des glaçures convenables d’une dureté suffisante et d’un usage dépourvu de danger.
- Toute autre voie tendant à régler le prix du borax, toute découverte créant sur le sol français une exploitation régulière d’acide borique qui satisferait aux exigences des arts céramiques seraient accueillies.
- On sait, par exemple, que Beudant a constaté, dans les eaux des lacs de Hongrie, des quantités notables d’acide borique que l’évaporation dépose sous forme de borax natif.
- On sait aussi qu’en 1853 MM. Bouis et Filhol ont signalé, dans les eaux des Pyrénées et du Midi, la présence de ce même acide; il est possible que de nouvelles recherches en fassent découvrir des sources exploitables.
- Dans l’Amérique du Sud, les terrains d’Iquique dépendants de la République de l’Equateur contiennent de vastes amas de borate de chaux, qui sont devenus l’objet d’un grand commerce depuis l’Exposition universelle de 1851, et qui fournissent maintenant l’acide borique suffisant pour remplacer celui qu’on ne peut plus tirer de Toscane.
- Si les arts céramiques peuvent, dans certaines conditions nouvelles, se passer d’acide borique, quelques industries importantes pour le commerce de la France ne sauraient le remplacer : la peinture sur porcelaine, la peinture sur émail, la décoration du .cristal, la fabrication des verres d’optique, etc.
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- Comment mettre en doute les avantages que l’art du verrier en général pourrait retirer de l’emploi de l’acide borique, si sa valeur commerciale permettait de le substituer, en partie, à l’acide silicique ?
- La Société met, en conséquence, au concours la solution des questions suivantes :
- 4° Prix de 1 500 francs pour une composition qui puisse être substituée à l’acide borique ou au borax dans les glaçures des poteries, sans altérer la valeur actuelle des faïences et sans augmenter leur prix.
- 2° Un prix de 1 000 francs sera décerné à l’auteur de la découverte de gisements exploitables d’acide borique dans la France ou dans ses possessions.
- 3° La Société décernera de même une médaille de 500 francs à l’industriel qui introduira en France, pour les y traiter, des matières autres que le tinkal ou l’acide brut de Toscane, contenant de l’acide borique en quantité suffisante pour une exploitation régulière.
- Ces prix seront décernés, s’il y a lieu, en 4881.
- 17° Prix de i 000 francs pour Vextraction, en France, de l’iode que contiennent les
- nitrates de soude de l’Amérique méridionale, les borates et les phosphates minéraux.
- La fabrication de certaines couleurs d’aniline a donné, dans ces dernières années, un emploi industriel à l’iode. Le prix de cette matière s’est, dès lors, notablement élevé, et ce renchérissement a été augmenté par les embarras que les exploitations des cendres de varech ont éprouvés depuis l’introduction, dans le commerce, des sels de potasse de Strasfürlh. Ces fabriques, en effet, tiraient une partie notable de leurs avantages de la vente des sels de potasse, dont la fabrication était, en quelque sorte, complémentaire de celle de l’iode. Alors, tant que les sels de potasse se sont maintenus à un taux élevé, la concurrence entre les diverses fabriques a fait baisser le prix de l’iode ; mais, maintenant que le prix du chlorure de potassium se trouve réduit aux deux cinquièmes de son taux ancien, les fabriques ont considérablement élevé celui de l’iode.
- Heureusement les végétaux marins ne sont plus aujourd’hui, d’une manière exclusive, la seule source de cette matière qui puisse être exploitée. Le nitrate de soude de l’Amérique méridionale en contient des quantités exploitables, sous deux formes différentes, les iodures et les iodates; ces derniers sont plus abondants.Cet iode est extrait, en Amérique, des eaux mères du raffinage du nitrate de soude; mais le double état dans lequel il est engagé exige qu’on prenne des soins spéciaux et qu’on fasse des dosages exacts dans le traitement par lequel on l’obtient. Ces soins ne peuvent jamais être donnés d’une manière régulière, en plein désert, avec des ressources incomplètes et des ouvriers peu exercés, et on ne retire, en général, des eaux mères, pas plus de 40 pour 400 de l’iode qu’elles contiennent.
- Cette extraction serait beaucoup plus fructueuse, si la matière brute était transportée en Europe pour y être raffinée, et si on appliquait à l’extraction de la totalité de l’iode qu’elle contient les méthodes perfectionnées en usage dans les fabriques actuelles de produits chimiques.
- D’autre part, on a reconnu que certains borates naturels ainsi que les phosphates du
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- Lot et de plusieurs autres gisements contiennent une certaine quantité d’iode, dont une partie se manifeste dans les nuages violets qui s’élèvent des cuves où on fabrique les superphosphates. Il y a là, encore, une source d’iode qui ne doit pas être négligée, à cause de l’extension que l’emploi du superphosphate prend chaque jour dans l’agriculture.
- La Société d’encouragement désire provoquer l’établissement, en France, d’une exploitation de ces nouvelles sources d’iode. Elle est, en effet, persuadée que la consommation de l’iode ne peut que s’accroître, et qu’il est important de pourvoir de bonne heure au développement de la production d’une matière qui est devenue indispensable pour plusieurs industries. Elle décernera un prix de 1 000 francs pour la création d’un établissement de cette nature ayant réalisé une fabrication réellement industrielle et d’une importance notable.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1876.
- 18° Prix de 5 000 francs pour un procédé industriel de fabrication des rails en acier
- fondu, en ne se servant que de ruinerais communs, contenant, comme les minerais ooli-
- thiques ethouillers7 0,50 à 1,50 pour 100 d'acide phosphorique.
- Les rails en acier fondu préparés par les procédés Bessemer ou Martin-Siemens tendent, depuis quelques années, à remplacer les rails en fer doux soudé. Leur parfaite homogénéité et leur durée beaucoup plus grande expliquent assez la préférence si marquée qu’on leur accorde aujourd’hui.
- Malheureusement, cet acier fondu ne peut être fabriqué, jusqu’à ce jour, qu’au moyen de minerais d’une qualité supérieure, qui sont manganésifères et qui ne contiennent pas de phosphore. Or le prix de ces minerais exceptionnels s’élève rapidement; ils seront même bientôt épuisés, si on ne parvient pas, dans un avenir prochain, à faire usage de minerais ordinaires pour cette fabrication.
- Les fers oxydés purs devraient être réservés pour la production de l’acier de choix, nécessaire pour les ressorts, les essieux, les bandages de roues, les machines, les outils, etc. Quant à la grande consommation de l’acier pour rails, elle ne devrait faire appel qu’aux minerais ordinaires.
- Il y aurait donc un immense intérêt à pouvoir épurer, par un procédé simple et peu coûteux, les fontes ou les minerais ordinaires plus ou moins phosphoreux, et à les transformer en acier fondu par l’affinage.
- Les grands progrès que la fabrication de l’acier a faits depuis quelques années donnent tout lieu de croire que ce perfectionnement sera réalisé prochainement.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1876.
- 19° Prix de 1 000 franes pour Vétablissement, en France, d'une usine où l’on réaliserait le traitement complet des minerais de nickel et la préparation de ce métal pur.
- La France possède des mines de nickel et de cobalt dans les Pyrénées, les Alpes, les Vosges et en Algérie.
- Jusqu’ici les produits de ces mines y ont été traités pour obtenir le smalt et quelques
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- autres dérivés. Les minerais, après avoir subi ce premier traitement, sont envoyés ensuite à l’étranger pour l’extraction et la purification du nickel. C’est surtout en Allemagne que celte extraction est faite sur une grande échelle. Cependant les applications du nickel deviennent de plus en plus importantes, et la France, jusqu’ici tributaire de l’étranger, aurait intérêt h s’affranchir de cette dépendance.
- Les minerais français suffiraient pour alimenter une usine qui s’occuperait de la préparation complète et de la purification du nickel. Cette usine pourrait également traiter les minerais de Sardaigne et d’Espagne, et, d’autre part, l’existence d’une semblable exploitation augmenterait l’activité dans les mines actuelles ; elle attirerait aussi l’attention sur d’autres mines analogues signalées depuis longtemps sur notre sol.
- La Société d’encouragement désire provoquer cet établissement et propose, pour cela, un prix de 1 000 francs qui sera décerné, s’il y a lieu, en 1876.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- 1° Prix, «le i 000 francs pour une application industrielle de l'endosmose
- des liquides.
- Il y a quarante ans, un illustre académicien français, du Trochet, découvrit la mystérieuse propriété des membranes végétales et animales à laquelle il donna le nom <¥ Endosmose.
- Le fait général dont la science lui est redevable peut s’énoncer ainsi : lorsque deux liquides de composition différente, c’est-à-dire formés par le mélange de substances différentes, sont séparés par une membrane, certaines de ces substances peuvent passer d’un compartiment à l’autre à l’exclusion des autres. La membrane exerce une véritable action élective.
- Un chimiste anglais, M.Graham, a agrandi le cercle de ces phénomènes; nous savons aujourd’hui que les membranes n’agissent que par leur qualité de corps poreux, et non comme corps organisés ; des cloisons de plâtre, de porcelaine dégourdie, de graphite, donnent lieu aux mêmes phénomènes que les membranes végétales ou animales. Il y a là une force mécanique moléculaire qui peut vaincre non-seulement l’affinité d’un corps pour son dissolvant, mais même des affinités chimiques faibles.
- L’industrie doit, sans doute, tirer un jour le plus grand parti de ces actions physiques" d’une nouvelle espèce, pour concentrer des principes disséminés dans de grandes masses de produits naturels ou artificiels, pour en éliminer de nuisibles, pour déplacer les sucs contenus dans des cellules végétales, etc. L’Endosmose suffira, dans certains cas, pour provoquer des doubles décompositions exigeant, sans son concours, tantôt des températures trop élevées ou trop basses, tantôt l’influence d’agents trop dispendieux, ou capables d’altérer les produits utiles.
- Déjà, un de nos plus éminents industriels, M. Dubrunfaut, a montré, dans le traitement des mélasses, combien il était facile de donner à l’Endosmose une forme industrielle et pratique. Depuis longtemps, on sait que l’alcool sc concentre dans les réser-
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- voirs membraneux qui le renferment. Certains procédés de tannage ont mis l’Endosmose à profit. Il y a donc là une voie à tenter pour un grand nombre d’industries.
- Désirant encourager les recherches faites dans cette direction, la Société décernera un prix pour la meilleure application industrielle de l’endosmose des liquides.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1876.
- 2° îUrix de 1 000 francs pour l'application industrielle de l'endosmose des gaz.
- M. Graham a montré que les membranes ou les corps poreux, mis en présence des gaz, produisaient sur ceux-ci des phénomènes analogues à ceux que du Trochet a découverts pour les liquides. Les cloisons poreuses ont la faculté de diffuser avec une rapidité très-inégale les différents gaz, soit dans le vide, soit dans une atmosphère gazeuse.
- En particulier, la Société verrait avec satisfaction résoudre le problème posé par l’emploi du gaz dans les appartements. Veut-on se préserver des dangers d’explosion, il faut ouvrir des ventilateurs à la partie supérieure des pièces ainsi éclairées. Mais, si ces pièces sont chauffées par des poêles ou cheminées, l’appel qui se fait par ces ventilateurs en rend l’habitation très-incommode et jette quelque doute sur l’efficacité de la ventilation. Il s’agirait de trouver une étoffe ou un diaphragme capable d’arrêter l’air et de livrer issue au gaz de l’éclairage. Les ventilateurs qui en seraient munis garderaient ainsi leurs bons effets et perdraient leurs inconvénients.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1877.
- 3° Prix de 1 000 francs pour la conservation, pendant un mois au moins, des viandes crues, du gibier et du poisson, par un procédé nouveau et d'une exécution facile.
- On ne saurait mettre en doute l’intérêt que peut offrir la solution de cette question mise au concours : la conservation économique et pratique de la viande fraîche de bœuf, de veau, de mouton et de porc, du gibier et des poissons comestibles, mettrait à profit tous les moyens de transport allant, des marchés où la production les dirige, vers les localités où la consommation s’effectue.
- On parviendrait ainsi à rendre plus confortable le séjour dans les campagnes où la viande de boucherie est souvent rare-, on viendrait en aide à l’agriculture en offrant de nouveaux et importants débouchés aux produits de l’élevage et de l’engraissement du bétail dans nos fermes; on encouragerait la pisciculture et l’industrie des pêches maritimes ou fluviatiles et des étangs.
- Déjà bien des essais ont été entrepris : on a tenté, avec des succès divers, l’emploi de lu glace, qui prévient ou suspend les phénomènes de la fermentation putride; l’application d’une couche superficielle d’une faible solution d’alun, d’acide phénique, de créosote, ou d’huile essentielle de moutarde ; le contact plus ou moins prolongé du gaz acide sulfureux; l’injection artérielle de solutions salines; la torréfaction rapide de la superficie des viandes, etc.
- Tous ces procédés ont présenté des inconvénients, soit parce qu’ils n’étaient pas assez
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- économiques, soit parce que les agents antiseptiques laissaient une saveur ou une odeur désagréable aux aliments préparés.
- Toutefois, aucun des moyens ou procédés anciens ne serait exclu du concours, pourvu que, par des dispositions nouvelles, il devînt praticable, économique, et donnât des résultats irréprochables.
- La Société se réserve d’accorder une partie du prix proposé dans le cas où, la solution complète du problème n’étant pas présentée, un moyen efficace lui serait communiqué, qui serait applicable seulement à une ou deux des substances alimentaires en question.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en i879.
- k° Prix de 5 OOO francs pour un procédé pouvant assurer la désinfection permanente
- des fosses d'aisances.
- Les fosses d’aisances constituent l’une des plus graves difficultés des agglomérations urbaines.
- En communication directe avec les égouts, elles infectent les cours d’eau dans lesquels ceux-ci se déversent. Des collecteurs prolongés et coûteux, capables de transporter les produits des égouts à de grandes distances sur des terres propres à être fertilisées par leur action, deviennent indispensables, si on veut échapper à leur influence délétère. Mais ce procédé, adopté par les villes de Paris et de Londres, n’est pas applicable à toutes les cités, à cause des dépenses élevées qu’il entraîne et des difficultés que les dispositions du terrain lui opposent souvent.
- Les fosses fixes, en les supposant bien étanches, offrent de leur côté trois inconvénients : 1° des émanations fâcheuses s’en exhalent sans cesse par les ventilateurs; 2° à l’époque de la vidange, elles deviennent, pour le voisinage et sur le parcours des matières, la cause d’un véritable trouble; 3° rendues à la voirie, les matières provenant de ces fosses y répandent, pendant leur séjour souvent long, des exhalaisons au moins fort incommodes et répugnantes.
- Les fosses mobiles débarrassent la cité du second des inconvénients qu’on vient de signaler, mais laissent les deux autres en leur entier.
- On sait, aujourd’hui, que les déjections humaines renferment les principes de fertilité indispensables au sol, et, en particulier, des éléments facilesà transformer en phosphate ammoniaco-magnésien, le plus puissant des engrais factices; il est donc nécessaire de les conserver pour les besoins de l’agriculture, si on veut éviter l’appauvrissement plus ou moins rapide de la fécondité des terres.
- On sait aussi que des germes, origine de diverses affections, peuvent être transportés par les déjections, et que, après avoir traversé sous des formes étranges les plantes et les animaux herbivores qui s’en nourrissent, ils reviennent, multipliés, se développer chez les animaux carnivores ou chez l’homme lui-même. Ce n’est donc pas sans utilité que l’agriculture fait subir aux déjections humaines la fermentation qui produit l’engrais flamand ou la longue élaboration qui donne la poudrette. Ces pratiques, entre autres résultats, déterminent la destruction de tous les germes nuisibles qui auraient pu exister dans les déjections récentes.
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- Diverses circonstances rendent probable, sinon certain, que des épidémies meurtrières se propagent par l’action que les déjections exercent sur l’air, sur les eaux ou sur les terres humides.
- Par tous ces motifs, il importe, au plus haut degré, tant pour la bonne direction des opérations agricoles d’une nation que pour l’intérêt de la salubrité des villes et pour l’agrément de leurs habitants, de trouver et de mettre en pratique, dans toutes les fosses d’aisances, un procédé capable de réaliser les trois conditions suivantes : 1° désinfection instantanée et durable des déjections; 2° destruction de tous les germes nuisibles qu’elles contiennent ; 3° conservation de la puissance des matières comme engrais.
- Le prix pour la désinfection permanente des fosses d’aisances, avec conservation absolue des engrais, sera décerné, s’il y a lieu, en 1881.
- 5° Prix de 2 OOO francs pour la dessiccation rapide des bois par un procédé économique et industriel n’altérant pas leurs qualités physiques.
- L’emploi des bois dans les travaux de charpente, de menuiserie et d’ébénisterie ne peut se faire avec sécurité qu’après une dessiccation préalable, qui met les constructions et les objets fabriqués à l’abri des déformations et des dislocations produites par le travail des matériaux employés. Le moyen de dessiccation le plus sûr consiste dans une exposition préalable, à l’air libre, des bois mis en chantier, après qu’ils ont été débités en madriers, en plateaux ou en planches : l’action alternative de l’eau et de l’air amène l’élimination progressive des matières hygrométriques renfermées dans le bois. Il peut alors subir une division en fragments plus petits et être placé sous des hangars, puis dans des séchoirs pourvus d’appareils de chauffage et d’aérage convenables, où il est amené à un degré de dessiccation qui offre toutes les garanties désirables. Malheureusement cette méthode, simple et sûre, exige un temps très-long, des approvisionnements considérables qu’il faut renouveler en temps utile, et, par suite, l’avance d’un capital important qui est immobilisé.
- Un procédé qui assurerait la dessiccation des bois sans altérer leurs qualités, en leur donnant les propriétés précieuses des bois anciens, rendrait certainement un service signalé aux diverses industries qui emploient cette matière première, principalement à l’ébénisterie, qui est une des branches importantes du commerce parisien. C’est ce genre de recherches que la Société désire encourager. Les expériences devront être faites sur une quantité de bois suffisante pour garantir le succès de l’application en grand; elles devront porter sur les principales essences employées dans l’industrie.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1876.
- 6° Prix de 1 000 francs pour la construction d’appareils propres à fournir, rapidement et économiquement, de hautes températures à l’usage des petits ateliers industriels.
- L’invention des fours du système Siemens, les recherches deM. Audouin et de M. Henri Sainte-Claire Deville sur le chauffage à l’aide des huiles minérales, ont démontré la pos-
- Tome IT. — 74e année. 3e série. — Août 1875. 61
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- sibilité de produire facilement, pour la grande industrie, les températures les plus élevées. Il serait désirable que l’application des mêmes principes, sur une petite échelle, mît à la disposition des ateliers industriels des appareils propres à réaliser soit des essais indispensables pour certaines recherches, soit la cuisson ou la fusion des pièces artistiques ou autres, de dimension restreinte.
- Sans demander la découverte d’un principe nouveau ni l’emploi exclusif d’un combustible déterminé, la Société admet que le but qu’elle indique puisse être atteint par une application nouvelle, sous une forme simple, commode et économique, des moyens actuellement acquis à la science. Elle tiendra compte, d’une manière spéciale, du bas prix des appareils, de la simplicité de leur installation, et de la facilité avec laquelle ils se prêteront à des usages variés.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1880.
- 7° Prix de 1 000 francs pour une application nouvelle de l’analyse spectrale dans
- l’industrie.
- Depuis les brillantes découvertes de MM. KirchofF et Bunsen, l’emploi de l’analyse spectrale a rendu des services considérables à la science. Plusieurs métaux nouveaux ont été trouvés ; l’usage du spectroscope en astronomie a révélé les particularités les plus caractéristiques de la constitution physique des astres et de leur composition chimique. Une méthode d’investigation aussi puissante et aussi sûre rendra certainement, quelque jour, des services signalés à l’industrie. Déjà elle a été appliquée à l’étude de la flamme du foyer dans la fabrication de l’acier Bessemer. D’autres applications ne tarderont pas à en être faites, et la Société désire les encourager. Mais, comme l’emploi de l’analyse spectrale peut se produire sous plusieurs formes très-différentes, le prix sera décerné à l’application qui paraîtra la plus digne de cette récompense, soit par l’importance des résultats obtenus, soit par la nouveauté des moyens employés.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1879.
- 8° Prix de 2 000 francs pour un moyen d’empêcher que la suie n’adhère aux parois des tuyaux de cheminée, afin que le ramonage en puisse être complet et assuré.
- Les habitations à plusieurs étages, adossées les unes aux autres, qui composent nos grandes villes, ont obligé les architectes et, avec eux, la police urbaine à renoncer aux larges conduits des cheminées anciennes, qui sont encore en usage en province, dans lesquels un ramoneur peut s’introduire, parcourir le tuyau entier et enlever la suie qu’ils contiennent et qui est concrétée en une couche résistante. Cette visite permet aussi de découvrir les dégradations de la cheminée et de les réparer en temps utile. L’emploi des tuyaux étroits, en brique ou poterie, oblige maintenant à ne ramoner les cheminées qu’avec un hérisson ou fagot de tilde fer auquel on donneun mouvementde va-et-vient pour détacher la suie.
- Malheureusement cette opération, même quand elle est faite avec tout le soin possible, ne donne pas toujours le résultat qu’on en attendait. Si une partie de la suie est à l’étal de mousse presque pulvérulente, la majeure partie qui provient de la volatilisation
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- «les goudrons et des huiles pyrogénées se concrète en une couche qui adhère fortement aux parois de.la cheminée et qui résiste au frottement du hérisson. Elle reste donc en place après le ramonage. De nouvelles couches se superposent à la première; le tuyau se rétrécit peu à peu et conserve, ainsi, de grandes quantités de matières inflammables, en laissant les habitants de la maison dans une sécurité trompeuse.
- Ces dangers seraient évités si on pouvait empêcher l’adhérence de cette croûte dure au tuyau ou s’opposer à sa formation. Le fagot de fil de fer dans son passage détacherait alors toute la suie, et un bon ramonage serait assuré. Des tentatives en ce sens ont déjà été faites et donnent lieu de croire que ce résultat peut être atteint avec une certitude suffisante.
- La Société d’encouragement désire que des recherches soient faites sur ce sujet im portant, et elle décernera un prix de 2 000 fr. à celui qui aura obtenu, d’une manière assurée et démontrée par un usage habituel assez prolongé, que la suie n’adhère plus, dans aucun cas, aux tuyaux de cheminée, ou bien qui sera parvenu, par un procédé facile et adopté dans la pratique usuelle, à enlever d’une manière certaine la totalité de la suie qui se dépose dans les tuyaux de cheminée.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1878.
- AGRICULTURE.
- 1° Prix de 2 OOO francs et de 500 francs pour la mise en valeur des terrains en pente situés en pays de montagnes.
- Il y a un grand intérêt à empêcher que les surfaces meubles des montagnes ne soient ravinées et décharnées par l’effet des orages et des pluies torrentielles. On prévient ainsi la destruction de terrains précieux pour le pacage des troupeaux et pour la production des bois ; on met obstacle à l’écoulement trop facile des eaux pluviales et aux désastres des inondations.
- Les terrains dont la forte inclinaison ne permet pas l’emploi des instruments aratoires ont été soumis à différents systèmes de production qui varient suivant le climat, la hauteur des montagnes, la nature du sol et différentes circonstances économiques. On y voit des vignes en terrasses horizontales, maintenues par des murs de soutènement en pierres sèches; sur des pentes plus élevées, plus froides et moins bien exposées, on donne la préférence à des pâturages pour la nourriture des troupeaux aux époques chaudes et sèches de l’année.
- Enfin on a recours aux reboisements.
- Les propriétaires qui rendent ces sortes de terrains productifs en les fixant concourent à une œuvre d’utilité publique.
- Us préviennent les inondations dans une certaine mesure ; ils conservent à la production cette couche de terre végétale qui est le fruit des siècles et qui, abandonnée à l’état meuble, ne tarderait pas à laisser nus des rochers stériles. ,
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- La Société d’encouragement, pour récompenser ce genre de mérite, fonde un prix de 2000 francs qui sera donné à celui qui aura mis en valeur, par reboisement, gazon-nement ou tout autre procédé d’exploitation propres à s’opposer à leur destruction, des terrains en montagnes, d’une étendue importante, sujets à se raviner et à se dénuder, en employant des moyens qui puissent servir de modèles.
- Une médaille d’or de 500 fr. sera accordée à l’auteur du mémoire qui, aux points de vue agricole et silvicole, aura le mieux traité la question de la mise en valeur des terrains en pente, situés dans les conditions qui viennent d’être énoncées.
- Le prix et la médaille seront décernés, s’il y a lieu, en 1876.
- 2° Prix de 3 000 et de 2 000 francs pour les irrigations.
- Ces prix seront décernés à ceux qui, utilisant les eaux de source, de rivière ou de pluie, en auront tiré le meilleur parti soit pour la formation des prairies, soit pour l’arrosage des autres cultures.
- Les concurrents mettront en évidence, par des notes régulièrement tenues, les résultats économiques de leur opération. Us démontreront qu’ils emploient les procédés les plus perfectionnés pour la bonne répartition de l’eau sur toutes les surfaces irriguées, et qu’aucune partie du sol n’est restée en souffrance par suite d’un défaut d’assainissement.
- Sous le rapport de la fertilisation des -surfaces arrosées, ils examineront si, dans la situation particulière et eu égard à la composition des eaux dont ils disposent, il ne serait pas avantageux d’enrichir ces mêmes eaux, en y dissolvant les matières animales ou les amendements qui conviennent le mieux à la nature de leur sol et à celle des plantes qu’ils cultivent.
- La Société aura égard à l’importance de l’opération, à l’étendue des surfaces soumises à l’irrigation, et aux services qu’aura rendus dans sa circonscription celui qui, le premier, y aura propagé le meilleur système d’arrosage.
- 11 existe encore beaucoup de localités où l’on néglige des eaux qui pourraient servir aux irrigations j la Société pense que ces prix fixeront l’attention des agriculteurs sur des opérations presque toujours avantageuses pour ceux qui les exécutent avec discernement.
- Deux espèces de concurrents pourront se présenter.
- Les uns, habitants des montagnes où les irrigations sont d’un usage général et bien connues de tous les éxploitants, devront évidemment faire plus et mieux que leurs voisins.
- Les autres, n’étant pas établis dans un pays de montagnes, auront profité de circonstances particulières pour faire des irrigations dans une localité où personne n’y avait songé avant eux et auront mérité le prix, si l’opération a été bien conçue et bien exécu- . tée, et si elle a été d’un bon exemple pour les cultivateurs voisins.
- Les pièces comprenant un mémoire et un plan de terrains irrigués devront être adressées à la Société ayant le 31 décembre 1875.
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- PROGRAMME DES PRIX. — AOUT 1875.
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- Le premier prix sera de la valeur de 3000 francs; le second prix, de la valeur de 2 000 francs. Des médailles pourront être décernées à ceux des concurrents dont les travaux en auront été jugés dignes.
- Les prix seront décernés, s’il y a lieu, en 1876.
- 3° Prix, «le 1000 francs pour la meilleure étude sur Vagriculture et Véconomie rurale
- d’une province ou d’un département.
- L’agriculture et l’économie rurale des diverses parties de la France présentent des différences dignes de remarque provenant de causes locales, encore peu connues. 11 serait très-utile de pouvoir comparer entre elles les méthodes ou systèmes qui y sont mis en pratique. Une série de monographies faisant connaître ce qui se passe dans chaque région agricole permettrait de faire ces rapprochements et contribuerait ainsi puissamment aux progrès de l’agriculture.
- Quelques études de ce genre qui avaient été tentées ont engagé la Société d’encouragement pour l’industrie nationale à proposer un prix pour ce genre de recherches, et elle a pu décerner, en 1872, deux prix et une mention honorable aux auteurs de trois remarquables monographies de ce genre. Ce succès l’a décidée à maintenir la question au concours. Elle propose donc, de nouveau, un prix de 1 000 francs pour la meilleure description de l’agriculture et de l’économie rurale d’une région agricole. L’étendue de cette région pourra embrasser une province entière ou se borner à un département ; mais les investigations dont celte contrée sera l’objet devront être précises et détaillées, et faire connaître, aussi complètement que possible, les pratiques agricoles et surtout les méthodes d’économie rurale qui y sont employées.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1877.
- 4° Prix de 2 000 francs pour les dessèchements ou endiguements.
- Ce prix sera décerné aux propriétaires, fermiers ou entrepreneurs qui auront desséché un marais, ou conquis un terrain constamment ou périodiquement recouvert par les eaux, pour le livrer à la culture.
- Les concurrents présenteront un mémoire accompagné du plan des terrains desséchés, et les dessins qui seront nécessaires pour faire connaître la nature des travaux exécutés, et mettront en évidence, par des notes régulièrement tenues, les résultats économiques de leur opération.
- La Société aura égard à l’importance des travaux, à l’étendue des surfaces conquises sur les eaux, et aux services rendus par l’opération, à l’agriculture ou à la salubrité de la contrée environnante.
- Les dessèchements par machines, par colmatage, par canaux à écoulement permanent ou intermittent, ou par endiguements, sont également admis au concours.
- Le prix sera de la valeur de 2000 francs. Des médailles pourront être délivrées à
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- ceux des concurrents dont les travaux, sans avoir mérité le prix, seront jugés dignes de cet encouragement.
- Le prix et les médailles seront décernés, s’il y a lieu, en 1876.
- 5° Prix de 1 OOO francs pour Vemploi, au boisement des terrains pauvres et arides, d’une essence d’arbre non encore utilisée, et dont les produits soient au moins aussi avantageux que ceux des essences forestières employées.
- Le propre d’une civilisation avancée est de réduire de plus en plus, jusqu’à les faire disparaître, les terrains improductifs.
- De grands progrès ont déjà été réalisés sous ce rapport : le pin maritime couvre une grande partie des dunes et des landes du littoral du golfe de Gascogne; les meilleures terres de la Sologne sont en culture ou en prairie ; les terres les plus pauvres ont été conquises par le pin silvestre, le bouleau ou le chêne. Le pin noir d’Autriche s’est répandu sur les plateaux de la Champagne ; enfin l’eucalyptus conquiert, chaque année, de nouveaux espaces en Algérie. Il reste néanmoins encore plusieurs millions d’hectares à mettre en valeur.
- Multiplier le nombre des essences forestières propres à utiliser les plus mauvaises terres, varier les produits que ces terres sont susceptibles de donner, serait assurément un moyen de favoriser la disparition des landes. Dans les introductions à faire, il convient, d’ailleurs, de se préoccuper des essences de haute stature, pouvant donner rapidement des bois de charpente propres aux constructions civiles ou navales, et des arbustes capables de fournir des produits utilisables par l’industrie, tels que résine, cires, matières tinctoriales ou pharmaceutiques, tan, etc., etc.
- La Société décernera un prix de 1 000 francs à celui qui aura employé une essence d’arbre utile, non encore en usage, pour le boisement de terrains pauvres et arides, et qui aura étendu sa culture sur une surface importante pouvant servir de modèle pour la propagation de ce genre de plantation.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1880.
- 6° Prix de 1 000 francs pour la destruction des foyers d’invasion du phylloxéra par
- des moyens simples et dont le succès complet ait été constaté dans une vigne récemment
- attaquée par cet insecte.
- La vigne est attaquée, depuis plus de dix ans, par un insecte très-petit nommé phylloxéra vaslatrix. Cet insecte continue à exercer ses ravages, et, après s’être étendu dans la vallée du Rhône, le Languedoc et la basse Provence, il envahit le Bordelais, la Saintonge et les bords du Rhône, et il menace la Bourgogne.
- La nature et les habitudes du phylloxéra ont été étudiées avec soin ; on a décrit ses conditions d’existence, son mode de reproduction, les moyens qu’il emploie pour se transporter d’un lieu A un autre. On connaît les matières qui le font périr sans nuire à la vigne, et la méthode à suivre pour les employer, et cependant le fléau étend toujours
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- PROGRAMME DES PRIX. — AOUT 1875.
- ses ravages, il menace d’envahir l’Europe entière et de ruiner une des branches les plus précieuses de notre agriculture.
- La Société désire provoquer des applications pratiques de ces études diverses et voir réaliser un progrès réel, un résultat complet, dans la lutte entre le cultivateur et l’insecte parasite de la vigne. Elle propose donc un prix de 2000 />., qui sera décerné au viticulteur qui aura fait disparaître complètement un foyer d’invasion récent du phylloxéra, dans une région envahie depuis peu, et qui aura ainsi opposé une barrière efficace à la propagation de ce fléau.
- Ce prix sera délivré, s’il y a lieu, en 1880.
- BEAUX-ARTS APPLIQUÉS A L’INDUSTRIE.
- 10 Prix île 2 000 francs pour la fabrication d’un bon papier photographique.
- Le papier employé actuellement par les photographes laisse beaucoup à désirer, soit qu’il doive servir à la production d’épreuves positives, soit, surtout, quand il est destiné à des épreuves négatives. La reproduction, sur les épreuves positives, des défauts que présentaient les négatifs a amené les photographes à substituer au papier, pour les négatifs, les lames de verre couvertes de collodion ou d’albumine. Mais, si les épreuves ont ainsi gagné en netteté, en pureté de lignes, elles ont perdu de cet effet artistique qui résultait de la dégradation des teintes. La simplification du bagage à emporter dans les excursions photographiques, et même la valeur artistique des épreuves, gagneraient à ce qu’on en revînt à se servir du papier pour les négatifs, si son homogénéité permettait de l’employer à cet usage.
- Les inconvénients qu’il présente, aujourd’hui qu’il ne sert qu’à la production des positifs, sont tels encore, que des perfectionnements apportés dans sa fabrication seraient accueillis avec reconnaissance. Quoique le papier pour la photographie soit d’un prix plus que double de celui qui est destiné à d’autres usages, les fabricants se contentent de faire un choix dans leurs papiers au lieu d’en fabriquer dans ce but spécial. De là, des imperfections qu’il doit être facile d’éviter.
- Des tentatives de ce genre ont été faites chez nos voisins plus activement que chez nous. Pour provoquer, en France, des essais analogues, la Société propose un prix pour la fabrication d’un papier exempt des défauts que présentent la plupart de ceux qu’on trouve dans le commerce.
- Parmi ces défauts, en ce qui concerne les chiffons, les uns tiennent aux impuretés de la pâte et sont dus à la présence de parcelles de chiffons mal décolorées, et produisant des taches; les autres proviennent de fils mal divisés qui donnent lieu à des différences d’épaisseur et, par suite, à des inégalités de transparence, en moins quand les petites nodosités existent, en plus quand elles se détachent.
- Les papiers employés dans la photographie offrent, en outre, de graves inconvénients
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- PROGRAMME DES PRIX. -AOUT 1875.
- provenant de leur fabrication. La cuve qui renferme la pâte, le ringard et les cylindres que l’on emploie sont en fer ou en cuivre et laissent, dans les feuilles, des particules métalliques, dont la présence se révèle dans les épreuves photographiques par des taches blanches. La dimension de ces taches varie avec la quantité de métal emprisonnée dans la feuille. Si cette particule métallique atteint un diamètre égal, par exemple, à un cinquième de millimètre, on voit se produire sur l’épreuve une traînée blanche dont la longueur est quelquefois d’un décimètre. La réparation de semblables taches est fort longue, et souvent même vaut-il mieux rejeter l’épreuve. Pour atténuer ces inconvénients autant que possible, il faut se livrer à un travail assez long ; on place la feuille de papier sur un carreau ou un châssis à glace et, à l’aide d’un grattoir, on enlève tous les points noirs douteux; il ne faut pas moins d’une heure de travail pour préparer ainsi 10 ou 12 demi-feuilles ayant 0m,40 de long sur 0m,30 de large.
- Un procédé de fabrication qui ferait disparaître ces inconvénients rendrait un grand service et donnerait sans doute des bénéfices à la fabrique qui le mettrait en œuvre.
- Il est probable que, par un meilleur choix des matières qui constituent la pâte, en augmentant les soins qui concourent à la rendre homogène, et surtout en substituant d’autres substances au bronze de leurs cylindres cannelés, les fabricants qui voudraient s’occuper de cette question contribueraient au progrès de la photographie, en lui fournissant un papier exempt de défauts.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1880.
- 2° Prix de 2 000 francs pour l’exploitation de nouvelles carrières de pierres lithographiques fournissant, abondamment, des pierres au moins égales en qualité à celles des meilleures pierres d’ÂUemagne; ou bien pour l'emploi d’une composition, soit métallique, soit de toute autre nature, qui puisse remplacer avec avantage les bonnes pierres lithographiques.
- Jusqu’à présent l’industrie française est tributaire de l’Allemagne pour la fourniture des bonnes pierres lithographiques. Ce n’est pas qu’on ne trouve en France des pierres propres à cet usage. On en a découvert, au contraire, à diverses époques, mais, quand on les a mises en œuvre, on les a toujours trouvées inférieures à celles de Munich. On exploite actuellement, au Vigan (Gard), une carrière qui fournit des pierres de bonne qualité très-employées surtout pour les grands formats; elles sont bonnes et cependant moins dures que les pierres allemandes. Des échantillons choisis provenant d’autres localités se sont montrés quelquefois non pas comparables, mais bien supérieurs aux pierres étrangères; puis, les pierres courantes provenant de l’exploitation de ces carrières péchaient toutes par la pureté. Comme la qualité de la pierre est d’une importance capitale, on a abandonné tous ces essais et on a continué à s’en tenir aux pierres allemandes, qui seules donnaient toute sécurité au dessinateur. Peut-être ne peut-on espérer d’obtenir une pureté et une régularité suffisantes qu’en faisant de grands découverts et en pénétrant à de grandes profondeurs.
- Cependant la consommation des pierres lithographiques augmente rapidement ; les
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- carrières allemandes s’épuisent, les prix ont considérablement haussé, et souvent même on ne peut trouver, à quelque prix que ce soit, la pierre dont on aurait besoin. Il y a donc une véritable pénurie de bonnes pierres et l’industrie est en souffrance.
- La Société d’encouragement se préoccupe de cet état de choses, et elle désirerait que des recherches bien dirigées amenassent à la découverte et à l’exploitation de carrières fournissant des pierres de bonne qualité. Elle espère que les études géologiques et minéralogiques, qui depuis vingt ans ont fait mieux connaître la composition des roches de la France, pourront être mises utilement à profit dans ces tentatives.
- Il serait possible de satisfaire aux besoins de l’industrie par une autre voie qui a déjà été tentée et qui serait reprise, aujourd’hui, avec plus de chances de succès. Sennefelder avait essayé de fabriquer des pierres artificielles, et, s’il n’a pas réussi, d’autres paraissent avoir été quelquefois plus heureux. On pourrait, en effet, augurer mieux de travaux en ce sens, entrepris aujourd’hui que la composition des matières plastiques, telles que l’oxychlorure de zinc, celui de magnésie, etc., a été beaucoup perfectionnée. Des plaques métalliques pourraient aussi être substituées aux pierres qui sont lourdes et encombrantes. On a déjà essayé le zinc et d’autres substances, et la métallographie a été l’objet de quelques applications. Les obstacles divers qui se sont opposés à ce que ces procédés ne reçussent toute l’extension qu’ils pourraient avoir ne sont probablement pas insurmontables, et on peut espérer de voir un jour la lithographie délivrée, par l’un ou l’autre de ces divers moyens, de la dépendance dans laquelle elle a toujours été relativement aux carrières allemandes.
- La Société d’encouragement demande donc un progrès marqué dans lès moyens de fournir à la lithographie des pierres ou planches quelconques qui lui permettent de se passer, avec avantage et avec économie, des pierres qu’elle fait venir à grands frais de l’Allemagne. La Société accueillera avec une égale faveur la découverte de carrières nouvelles, en France, dont les pierres aient toutes les qualités désirables, la fabrication de pierres factices atteignant le même but ou bien des procédés pratiques et industriels, pour l’emploi de planches, d’une composition quelconque, donnant, sans augmentation de prix, des épreuves aussi parfaites que celles que fournissent les meilleures pierres étrangères.
- Le prix sera de 2 000 francs; il sera décerné, s’il y a lieu, en 1877.
- CONDITIONS GÉNÉRALES A REMPLIR PAR LES CONCURRENTS.
- 1. Les mémoires descriptifs, modèles, renseignements, échantillons et autres pièces, destinés à faire connaître les titres des concurrents, devront être déposés au secrétariat de la Société avant le 1er janvier de l’année désignée par le programme pour la délivrance des prix : ce terme est de rigueur.
- 2, Les concurrents qui auront traité plusieurs des questions mises au concours seront
- Tome II, — 74® année. 3e série. — Août 1875. 62
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- PROGRAMME DES PRIX. — AOUT 1875.
- tenus de consacrer à chacune d’elles un mémoire séparé, appuyé de pièces distinctes, qui puisse être transmis, pour examen, à des commissaires différents.
- 3. Les concurrents ne mettront pas leur nom sur leurs mémoires; ils y mettront seulement une devise, et ils joindront à leur envoi un paquet cacheté renfermant la même devise, leur nom et l’indication de leur domicile.
- Ce paquet ne sera ouvert que par le comité chargé des études sur le concours, et le nom qu’il contiendra ne sera publié que dans le cas où l’auteur du mémoire aurait obtenu le prix.
- 4. Les concurrents qui ne voudraient pas mettre leur invention dans le domaine public devront prendre un brevet d’invention avant de se présenter au concours.
- 5. Néanmoins, les auteurs qui désireraient garder le secret de leurs procédés, et se décideraient à en présenter publiquement les résultats sans prendre de brevet d’invention, seront admis au concours, à la condition de déposer, dans un paquet cacheté, une description détaillée de ces procédés, dont l’exactitude sera vérifiée et certifiée par un membre du comité compétent.
- La durée de ce dépôt ne pourra pas dépasser quinze ans, à l’expiration desquels la description sera publiée.
- 6. Les mémoires descriptifs, les pièces écrites et les dessins déposés ne seront pas rendus aux concurrents qui n’auraient pas obtenu de prix; mais la Société leur en laissera prendre des copies et autorisera, s’il y a lieu, la reprise des modèles et des échantillons.
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- TABLEAU
- DES
- PRIX ET MÉDAILLES PROPOSÉS
- PAR LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- DANS SA SÉANCE GÉNÉRALE DU 25 JUIN 1875.
- ANNÉES de la distribution des prix. ÉPOQUE LIMITE du dépôt DES MÉMOIRES. W fl p en o 'p m O fl •a s . .A DÉSIGNATION DES SUJETS DE PRIX. d s a fl fl fl P fl fl < > TOTAUX PARTIELS.
- Grandes médailles. tr. fr.
- 1876 Médaille des arts mécaniques à l’effigie de Prony. . . .
- 1877 des arts chimiques — Lavoisier. .
- 1878 — des beaux-arts appliqués
- à l’industrie — J. Goujon. . —
- 1879 — de l’agriculture — Thénard. . _
- 1880 — des arts économiques. ... — Ampère. . . _
- 1881 — du commerce — Chaptal. . . MM
- Grands prix.
- 1876 Prix de la classe 27 (industrie cotonnière) 3,000
- 1880 Prix de la classe 65 (matériel des constructions) 500
- 1876 Prix du marquis d’Argentenil 12,000
- 1879 Prix de la Société T 12,000
- 27,500
- Prix mis au concours par la Société.
- ARTS MÉCANIQUES.
- 1876 31 décembre 1875. 1 Perfectionnement de la machine à vapeur 3,000
- 1877 31 décembre 1876. 6 Amortissement des secousses causées par les marteaux-pilons. 2,000
- 1878 31 décembre 1877. 2 Petit moteur pour atelier de famille 1,000
- 3 Perfectionnement dans la filature du lin et du chanvre. . . . 2,000
- 1879 31 décembre 1878. 4 Peignage des fibres textiles courtes 2,000
- 1880 31 décembre 1879. 5 Machine à tailler les limes 2,000
- 12,000
- A reporter • • • • 39,500
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- PROGRAMME DES PRIX. — AOUT 1875.
- années de la distribution des prix. ÉPOQUE LIMITE du dépôt DES MÉMOIRES. W cd p Ph O 'p cn O P •« S3 P £ DÉSIGNATION DES SUJETS DE PRIX. • VALEUR DES PRIX. TOTAUX PARTIELS.
- fr. fr.
- Report 39,500
- ARTS CHIMIQUES.
- 3 Fixation de l’azote de l’air en cyanures, nitrates ou ammoniaque 2,000
- 7 Application industrielle des nouveaux métaux 1,000
- 8 Nouvel emploi des corps simples non métalliques 1,000
- 1876 31 décembre 1875. 9 Nouvel alliage utile aux arts 1,000
- 17 Exploitation de l’iode dans les nitrates, borates ou phosphates. 1,000
- (18 Rails en acier fondu avec des minerais phosphorés 3,000
- ll9 Etablissement d’une fabrique de nickel en France. ...... 1,000
- 1877 31 décembre 1876. 10 Fabrication artificielle du graphite pour crayons 3,000
- [il Fabrication du diamant noir 3,000
- 1 Emploi industriel de l’eau oxygénée 2,000
- 1878 31 décembre 1875. 5 Emploi industriel nouveau d'une matière minérale abondante. 1,000
- ! 6 TTfilisîfUjnp dos résidus dp. fahriqup 1,000
- 14 Théorie de l’acier fondée sur des expériences précises 6,000
- 1879 31 décembre 1878. 4 Acide sulfurique sans arsenic extrait des pyrites 2,000
- 12 Transformation chimique donnant un produit naturel utile. . . 4,000
- 1880 31 décembre 1876. 1 Préparation économique et emploi de l’ozone 2,000
- Us Désinfection des caisses d’épuration du gaz 2,000
- ii3 Production artificielle des corps gras 3,000
- 1881 31 décembre 1880. 1,500
- IG Nouvelle source de borates ou leur remplacement dans la cé- 1^000
- ramique 500
- 42,000
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- 1876 31 décembre 1875. 1 Application de l’endosmose des liquides 1,000
- 5 Dessiccation rapide des bois 1,000
- 1877 31 décembre 1876. 2 Application de l’endosmose des gaz. 1,000
- 1878 31 décembre 1877. 8 Moyen d’empêcher l’adhérence de la suie dans les cheminées. 1,000
- 1879 31 décembre 1878. 3 Conservation des denrées alimentaires 1,000
- 7 Application de l’analyse spectrale dans l’industrie 1,000
- 1880 31 décembre 1879. 6 Petit appareil donnant de hautes températures 1,000
- 1881 31 décembre 1880. 4 Désinfection permanente des fosses d’aisances 2,000
- 9,000
- AGRICULTURE.
- 2,000
- 1 Mise en valeur des terrains en pente 500
- 1876 31 décembre 1875. 3 000
- 2 Irrigations 2,000
- A reporter 7,500 90,500
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- PROGRAMME DES PRIX. — AOUT 1875.
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- ANNÉES de la distribution des prix. ÉPOQUE LIMITE du dépôt des mémoires. NUMÉROS D’ORDRE. | DÉSIGNATION DES SUJETS DE PRIX. VALEUR DES PRIX. TOTAUX PARTIELS.
- fr. fr.
- Report 7,500 90,500
- 1876 31 décembre 1875. 4 Dessèchements et endiguements 2,000
- 1877 31 décembre 1876. 3 Élude sur une région agricole de la France 1,000
- 1878 31 décembre 1877. 6 Destruction d’un foyer de phylloxéra 2,000
- 1880 31 décembre 1879. 5 Boisement de terrains pauvres par une essence nouvelle. . . . 1,000 13,500
- BEAUX-ARTS APPLIQUÉS A L'INDUSTRIE.
- 1877 31 décembre 1876. 2 Pierres lithographiques 2,000
- 1880 31 décembre 1879. 1 Fabrication d’un bon papier pour la photographie 2,000
- 4,000
- Total général 108,000
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-
-
- TABLEAU PAR ANNEE
- DES
- PRIX ET MÉDAILLES PROPOSÉS
- ' PAR LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- .......DANS SA SÉANCE GÉNÉRALE DU 28 MARS 1873.
- SUJETS DE PRIX.
- fr.
- fr.
- En 1876.
- Grande médaille des arts mécaniques (Prony) Prix de la classe 27 (industrie cotonnière).. . . Grand prix du marquis d’Argenteuil.............
- 3,000
- 12,000
- CONCOURS OUVERTS.
- Arts mécaniques,
- 1
- 3
- Arts chimiques,
- Arts économiques.. . .
- Agriculture,
- 7
- 18 9 17 18 19 1 5
- 1
- Î2
- 4
- Perfectionnement de la machine à vapeur.......................
- Fixation de l’azote de l’air en cyanures, nitrates ou sels ammoniacaux.....................................................
- Applications industrielles des nouveaux métaux................
- Nouvel emploi des corps simples non métalliques.
- Nouvel alliage utile aux arts.................................
- Extraction de l’iode des nitrates, borates et phosphates......
- Rails en acier fondu fabriqués avec des minerais phosphorés. .
- Etablissement d’une fabrique de nickel en France..............
- Application de l’endosmose des liquides.......................
- Dessiccation rapide des bois..................................
- Mise en valeur des terrains en pente..........................
- Irrigations. ... .............................................
- Dessèchements et endiguements.................................
- 3,000
- 2,000
- 1,000
- 1,000
- 1,000
- 1,000
- 3,000
- 1,000
- 1,000
- 1,000
- 2,000
- 500
- 3,000
- 2,000
- 2,000
- A reporter,
- 39,500
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- PROGRAMME DES PRIX. — AOUT 1875.
- 491
- Arts mécaniques.
- Arts chimiques. .
- Arts économiques. . . . Agriculture.. Beaux-arts appliqués à l'industrie............
- 6
- 10
- 11
- 2
- 3
- 2
- Arts mécaniques.......
- Arts chimiques........,
- Arts économiques. . . . Agriculture...........
- 2
- 3
- 1
- 5
- 6 14
- 8
- 6
- Arts mécaniques.......
- Arts chimiques........!
- Arts économiques. . . J
- 4
- 4
- 12
- 3
- 7
- SUJETS DE PRIX.
- Report,
- fr.
- fr.
- 39,500
- En 1877.
- Grande médaille des arts chimiques (Lavoisier).................
- CONCOURS OUVERTS.
- Amortissement des vibrations produites par les marteaux. . .
- Fabrication artificielle du graphite pour les crayons.........
- Fabrication du diamant noir...................................
- Application de l’endosmose des gaz............................
- Etude sur une région agricole de la France............• • • •
- 2,000
- 3,000
- 3,000
- 1,000
- 1,000
- Nouvelles carrières de pierres lithographiques.
- En 1878.
- Grande médaille des beaux-arts appliqués à l’industrie (Jean Goujon)........................................................
- 2,000
- 12,000
- CONCOURS OUVERTS.
- Petit moteur pour atelier de famille.........................
- Perfectionnement dans la filature du lin et du chanvre. . .
- Emploi industriel de l’eau oxygénée..........................
- Utilisation nouvelle d’une matière minérale abondante. . .
- Utilisation des résidus de fabrique.....................
- Théorie de l’acier fondée sur des expériences précises. . . . Moyen d’empêcher l’adhérence de la suie dans les cheminées Destruction des foyers d’invasion du phylloxéra..............
- En 1879.
- 1,000
- 2,000
- 2,000
- 1,000
- 1,000
- 6,000
- 2,000
- 1,000
- 16,000
- Grande médaille de l’agriculture (Thénard) Grand prix de la Société...................
- CONCOURS OUVERTS.
- 12,000
- Peignage des textiles à fibres courtes.........................
- Acide sulfurique pur d’arsenic.................................
- Transformation donnant artificiellement un produit naturel utile
- Conservation, à l’état frais, des denrées alimentaires.........
- Application de l’analyse spectrale dans l’industrie............
- 2,000
- 2,000
- 4,000
- 1,000
- 1,000
- 22,000
- A reporter.
- 89,500
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- 492 PROGRAMME DES PRIX. — AOUT 1875.
- W G © Cfl © •« S © £ SUJETS DE PRIX. VALEUR DES PRIX. TOTAUX PAR ANNÉE.
- fr. fr.
- Report 89,500
- En 1880.
- Grande médaille des arts économiques (Ampère) —
- Prix Elphège Baude (matériel des constructions.) 500
- CONCOURS OUVERTS.
- Arts mécaniques 5 Machine à taillpr tmite pspèp.f» Ap. limes. . , 2,000
- Arts chimiques 2 Préparation économique et emploi de l’ozone 2,000
- 15 Désinfection des caisses pour l’épuration du gaz 2,000
- Arts économiques. . . . 6 Appareil donnant de hautes températures pour petit atelier. . . 1,000
- Agriculture 5 Boisement des terrains par une essence non encore utilisée. . 1,000
- Beaux-arts appliqués à
- l’industrie 1 Fabrication d'un bon papier pour la photographie 2,000 10,500
- En 1881.
- Grande médaille du commerce (Chaptal) —
- CONCOURS OUVERTS.
- 13 Production artificielle des acides gras 3,000
- Arts chimiques 1 16 Nouvelles sources de borax ou son remplacement dans la cé- 1,500 1,000
- ramique 500
- Arts économiques. . . . 4 Désinfection permanente des fosses d’aisances.......... 2,000
- 8,000
- Total général 108,000
- PARIS. — IMPRIMERIE DE Mme Ve BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5. — 1875.
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- 94e année.
- Troisième série, tome II. Septembre 1895.
- BULLETIN
- DE
- l’INCIUlifillINT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Alcan, au nom du comité des arts mécaniques, sur un procédé pour dévider et produire la soie grége avec les cocons ouverts, imaginé par M. Christian Le Doux, boulevard Saint-Michel, 83, à Paris.
- On sait qu’une certaine proportion de cocons provenant des vers à soie du mûrier, élevée dans les magnaneries, n’est pas soumise à l’étouffage; la chrysalide s'y transforme en un papillon qui ouvre son enveloppe au moment d’ei. sortir. Ces cocons ouverts ont reçu le nom de cocons de graine; leurs qualités varient suivant les pays et les années, ou suivant que les vers élevés sont plus ou moins propres à fournir des œufs sains. Pour les vers du mûrier, les cocons ouverts des papillons reproducteurs sont une exception ; mais ils sont la généralité pour certains autres cocons sauvages, tels que le paphia, les cocons du ricin, du chêne, d’attacus aurota, etc., qu’on récolte sur une plus ou moins grande échelle dans les pays orientaux, qui se développent spontanément à l’air libre et qu’on essaye d’acclimater dans nos contrées. Il est actuellement reconnu que, contrairement à ce qu’on supposait, le fil continu qui forme les couches du cocon n’a pas été brisé par l’ouverture de l’orifice; il a été seulement ramolli par le papillon pour faciliter l’écartement des couches. Quoi qu’il en soit, ces diverses sortes de cocons ouverts ne sont actuellement employées que comme déchets de la soie grége, dits fantaisie, bourre, frison, déchets qui sont désagrégés, transformés en filasse et filés comme les fibres textiles courtes en général.
- On recherche depuis longtemps un moyen pour dévider les cocons ouverts
- Tome II. — 74e année. 3e série. — Septembre 1875. 63
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- ARTS MÉCANIQUES. — SEPTEMBRE 1875.
- m
- et en tirer le fil grége comme on le fait pour les cocons dont la chrysalide a été étouffée. Jusqu’ici aucun de ces moyens n’a eu d’application; celui imaginé par M. Christian Le Doux est le dernier venu et mérite une mention spéciale par son ingéniosité. On sait que la principale difficulté qui s’oppose au dévidage provient de l’introduction de l’eau de la bassine dans les cocons ouverts; elle les fait plonger, et les ramollit de telle sorte que le dévidage régulier n’en est plus possible. Pour obvier à cet inconvénient, M. Le Doux a imaginé des cocons artificiels en caoutchouc vulcanisé, percés, à l’une de leurs extrémités, d’un orifice microscopique, et dont il se sert comme d’un coussin à air ou comme d’un moule artificiel. Le cocon en caoutchouc est introduit dans le cocon naturel à filer; à cet effet, on le comprime pour le faire entrer, et une fois en place, on ouvre le petit orifice au moyen d’une pointe; le moule intérieur, gonflé par l’air, soutient et fait flotter le cocon soyeux qui le recouvre. Ainsi préparés, les cocons peuvent être filés comme ceux dont les chrysalides ont été étouffées au préalable, et fournir de la soie grége d’une valeur sensiblement supérieure à celle de la bourre ou de la fantaisie qu’on en tirait jusqu’ici’.
- Il est bien entendu que ces cocons artificiels en caoutchouc doivent avoir la forme et le volume des cocons naturels auxquels ils sont destinés; il faut donc en avoir un assortiment composé d’une série variable. Il est à remarquer, en outre, que la soie des cocons percés, moins solide au point correspondant aux parties ouvertes, a besoin de certains soins de tirage et, entre autres, d’un ralentissement de vitesse dans le tour. Ces précautions, jointes à une manipulation spéciale que nécessite le garnissage des cocons naturels par les cocons artificiels, constituent un supplément de travail, mais qui paraît devoir être plus que compensé par les résultats de la transformation, en soie grége, d’une matière qui, jusqu a présent, ne donnait que des fils d’une valeur inférieure. Il serait difficile, à priori et sans avoir expérimenté ce procédé d’une façon pratique, d’en déterminer les avantages avec précision. On pourrait les croire nuis en présence du peu d’empressement que l’industrie séricicole a mis à accueillir ce procédé, sans application sérieuse jusqu’à ce jour, malgré les mentions honorables qui lui ont été décernées, par le jury à la dernière Exposition industrielle de Lyon, par la Société d’acclimatation de Paris, et par différents concours régionaux. Nous avons hésité un instant à vous en entretenir à notre tour. Cependant, nous rappelant combien d’inventions plus ou moins importantes, délaissées pendant des années, mieux appréciées ensuite, se sont développées aujourd’hui, et considérant les éléments rationnels du procédé de
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- ARTS MÉCANIQUES. --- SEPTEMBRE 1875.
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- M. Le Doux, nous avons pensé qu’il méritait d’attirer l’attention des praticiens et d’être sérieusement expérimenté. C’est dans ce but que nous avons l’honneur de vous proposer, Messieurs, 1° de remercier M. Le Doux de son intéressante communication; 2° d’ordonner l’insertion du présent rapport dans le Bulletin.
- Signé Michel Alcan, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 23 avril 1875.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Tresca, au nom du comité des arts mécaniques, sur les Instruments de pesage de M. Paupier, impasse de l’Or Mon, 11, à Paris.
- M. Paupier, balancier, à Paris, a demandé à la Société d’encouragement d’examiner, dans leur ensemble, ses procédés de fabrication et de se rendre compte de la précision qu’il est parvenu à réaliser dans ses principales constructions de ponts à bascule.
- Depuis que la demande de M. Paupier a été envoyée au comité des arts mécaniques, ce constructeur a fait figurer la plupart de ses produits à l’Exposition universelle de Tienne, où il a obtenu, en toute justice, une médaille de progrès.
- I] y a lieu, surtout, d’appeler l’attention de la Société sur la construction des ponts à bascule en fer, et surtout sur les appareils dits bascules en l’air, qui, arrivés maintenant à un grand degré d’exactitude, méritent d’entrer plus largement dans la pratique du pesage, par suite des grandes facilités qu'ils offrent d’obtenir le poids des fardeaux sans qu’il soit nécessaire de les soutenir autrement que par le crochet de suspension.
- Nous vous proposons, Messieurs, de remercier M. Paupier de l’occasion qu’il nous a donnée de visiter son usine importante et d’en apprécier la bonne disposition ; nous vous proposons également d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Tresca, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 14 mai 1875.
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- ARTS PHYSIQUES. ---- SEPTEMBRE 1875.
- ARTS PHYSIQUES.
- Rapport fait par M. le comte Th. du Moncel, au nom du comité des arts économiques, sur /'électro - aimant tubulaire de M. Camacho, 16, rue Taitbout, à Paris.
- Messieurs, les électro-aimants, comme vous le savez, sont l’ème des appareils mécaniques qui fonctionnent sous l’influence de l’électricité. Conséquemment, toute invention qui aura pour résultat d’augmenter leur énergie, leur promptitude d’action et leurs meilleures conditions d’installation, devra être regardée comme un progrès réel accompli et être l’objet de votre approbation; or c’est précisément ce qu’a réalisé M. Camacho avec le système d’électro-aimant tubulaire qu’il vous a présenté.
- Dans ce système, chacun des deux noyaux magnétiques se compose d’une série de tub s de fer adaptés les uns dans les autres et enveloppés séparément par une hélice magnétisante dont les bouts peuvent se trouver réunis d’une hélice à l’autre, de manière que le courant circule successivement à travers les différentes hélices ou les traverse toutes à la fois. Tous ces tubes se trouvent, d’ailleurs, rivés, par une de’ leurs extrémités, sur une culasse de fer qui est commune aux deux noyaux et qui a une masse suffisante pour correspondre à celle de tous les tubes. Dans ces conditions, l’électro-aimant acquiert une puissance considérable, que M. Camacho estime être, volume pour volume, quadruple de celle des électro-aimants ordinaires, et il présente, en plus, le double avantage d’avoir moins de magnétisme rémanent et d’être susceptible d’une aimantation plus prompte.
- Je me suis occupé beaucoup, dans ces derniers temps, des effets produits dans ces sortes d’organes électro-magnétiques, et les recherches que j’ai faites à cet égard ont même été l’occasion de deux notes que j’ai communiquées à l’Académie des sciences (1). Ces effets sont, en effet, assez intéressants.
- Au premier abord, quand on considère que l’action magnétisante ne peut pénétrer profondément la matière magnétique, on pourrait croire que la cause de supériorité de force de ces électro-aimants devrait être attribuée à une meilleure utilisation de l’action magnétisante, qui agit de cette manière
- (1) Voir les Comptes rendus, t. LXXX, p. 1572, et t. LXXXI, p. 17.
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- ARTS PHYSIQUES. ----. SEPTEMBRE 1875.
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- sur toute la masse magnétique ; mais cette cause n’est pas celle qui est prépondérante, car la somme des forces déterminées isolément par l’aimantation des différents tubes est loin de correspondre à celle produite par l’action simultanée de toutes les hélices; cette somme n’en représente guère que la moitié. Or j’ai pu constater que ce surcroît de force tient à ce que chaque tube étant aimanté par son hélice magnétise à la manière d’un solénoïde tous les tubes qu’il enveloppe, et, comme l’action se trouve répétée simultanément par tous les tubes, les effets magnétiques se superposent et finissent par concentrer au centre du noyau la plus grande force magnétique, ce qui est précisément l’inverse de ce qui se produit avec les noyaux massifs. Toutefois il y a, dans le phénomène, plus qu’une simple superposition d’effets magnétiques; il s’y produit un effet de surexcitation qui augmente l’action magnétique dans une proportion infiniment plus grande que ne le feraient supposer les polarités magnétiques provoquées isolément. Ainsi j’ai pu reconnaître qu’une excitation de ce genre, qui donnait lieu à une force attractive de 2 décigrammes, c’est-k-dire à une force à peine appréciable, pouvait augmenter de 7 pour 100 une force de 85 grammes provoquée par une action magnétisante voisine, laquelle force atteignait ainsi 91 grammes. Il y a, sans doute, dans ce phénomène, un effet synchronisateur que l’on rencontre dans beaucoup d’autres réactions électriques, mais, quel qu’il soit, il est intervenu fort à propos dans l’électro-aimant de M. Camacho, et lui a fait tenir plus que ce qu’on devait en attendre, ce qui réduit, par conséquent, à néant les prétentions de ceux qui ont réclamé la priorité de l’idée.
- On pouvait se demander si l’intervention de rondelles adaptées aux extrémités des noyaux tubulaires pour les relier serait profitable au développement de leur force. On aurait pu croire, d’après les expériences que j’avais faites sur les électro-aimants tubulaires simples, qu’il aurait dû en être ainsi; mais l’expérience a démontré à M. Camacho que ces rondelles étaient nuisibles, et j’ai pu moi-même le constater à la suite d’expériences réitérées. Ceci n’a, du reste, rien qui puisse surprendre, si l’on se rappelle l’explication que j’ai donnée précédemment de la force exceptionnelle de ces électro-aimants. En effet, puisque l’accroissement de force qu’ils présentent sur les électro-aimants ordinaires vient de la surexcitation des polarités magnétiques de ces noyaux les unes sur les autres, toute cause qui aura pour effet d’atténuer ces polarités devra affaiblir cette surexcitation. Or ces rondelles, qui jouent en quelque sorte le rôle d’armatures, sont précisément dans ce cas ; elles doivent donc, comme l’a fait observer M. Camacho, avoir pour effet de
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- TRAVAUX PUBLICS.
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- placer l’électro-aimant dans les conditions d’un électro-aimant ordinaire, c’est-à-dire dans des conditions inférieures. Des bagues de fer introduites entre les noyaux ne présentent pas de meilleurs résultats, et cela par la même raison.
- M. Camacho, dans la disposition d’électro-aimants tubulaires qu’il a présentée à la Société, s’est donc placé dans les meilleures conditions possibles, et, grâce à cela, il a pu obtenir les résultats si remarquables dont vous avez été témoins. En conséquence, le comité des arts économiques vous prie, Messieurs, d’exprimer votre satisfaction à M. Camacho en le remerciant de son intéressante communication et en ordonnant l’insertion du présent rapport au Bulletin.
- Signé Comte Th. du Moncel, rapporteur. Approuvé en séance, le 9 juillet 1875.
- TRAVAUX PUBLICS.
- Sur les fondations du nouvel Opéra de Paris, par M. Baude,
- Membre du Conseil (1).
- Messieurs, les merveilles du nouvel Opéra, découvertes aux yeux d’un public privilégié le 5 janvier dernier, ont été l’objet de tant de propos dans le monde, de tant d’articles dans la presse, que nous n’avons certes pas la pensée de vous en entretenir. Ce serait déjà un sujet usé, et sur lequel, au point de vue artistique, nous n’avons pas la prétention de rendre un jugement.
- Nous ne vous parlerons ni du splendide escalier que tout le monde admire, ni du foyer, ni de la salle que quelques-uns critiquent, ni même de la vaste scène oii l’on représente nos chefs-d’œuvre lyriques, encore moins du foyer de la danse et des bâtiments de l’administration. A ceux qui veulent bien connaître la sculpture, la peinture, la décoration architecturale de ce grand édifice qui occupe l’attention de la France et de l’étranger, nous recommandons un petit livre intitulé le Nouvel Opéra. Il est dû à la plume de
- (t) Communication faite dans la séance du 9 avril 1875.
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- TRAVAUX PUBLICS. — SEPTEMBRE 1875.
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- M. Charles Nuitter, le spirituel archiviste de l’Opéra, qui, ami de tous les artistes et particulièrement de M. Charles Garnier, a su garder une mesure parfaite d’appréciation dans les éloges décernés à chacun d’eux. En effet, quand on était admis à travailler aux décorations de l’Opéra, on était nécessairement homme de talent.
- Notre rôle d’appréciateur sera plus modeste, puisque nous ne vous parlerons, Messieurs, que d’une partie de la construction, d’une chose que personne ne voit, que bien peu de gens ont vue, c’est-à-dïre des fondations et du sous-sol du nouvel Opéra.
- Il ne sera pas cependant hors de propos de rappeler dans quelles circonstances l’Opéra a été construit, et de présenter rapidement quelques aperçus rétrospectifs sur les diverses salles où les grands opéras français ont été joués.
- La création de l’Opéra n’est pas due à Lulli, comme on le croit généralement. En 1671, l’abbé Perrin et un musicien du nom de Lambert, sans doute le Lambert de la satire de Boileau :
- Molière avec Tartufe y doit jouer son rôle,
- Et Lambert, c’est tout dire, a donné sa parole,
- ces deux personnages, disons-nous, firent représenter un premier opéra qui avait pour titre Pomone. La salle était située rue Mazarine, à peu près vers remplacement qu’occupe aujourd’hui le passage du Pont-Neuf.
- Bientôt après, Lulli, qui était depuis dix ans surintendant de la musique du Roi, obtint le privilège de l’Opéra. Il l’établit au Jeu de Paume du Bel-Air, près le Luxembourg, dans la rue de Yaugirard. Le premier opéra que Lulli y fit jouer fut les Fêtes de l'Amour et de Bacchus.
- L’Opéra, qui avait fort décliné à la fin du règne de Louis XÏY, reprit faveur à l’avénement du Régent, et il fut ouvert en 1733 dans la salle du Palais-Royal. Dès 1717, on avait créé les bals de l’Opéra qui eurent un si grand succès sous la Régence. Mais, en 1763, la salle de la rue de Richelieu était incendiée, et l’on transporta provisoirement l’Opéra dans la salle du palais des Tuileries appropriée par les soins de l’architecte Soufflot.
- L’architecte Moreau mit six années à construire une nouvelle salle place du Palais-Royal. Elle fut inaugurée le % janvier 1770 et brûlée en 1781.
- C’était à l’époque de la grande querelle musicale des Gluckistes et des Piccinistes. L’Opéra était déjà devenu, comme aujourd’hui, une nécessité, et l’on construisit en soixante-cinq jours le théâtre de la Porte-Sainl-Martin où il
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- TRAVAUX PUBLICS.
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- fut installé. Pour continuer la tradition des Opéras brûlés, cette salle la été également, mais cette fois par la stupide et criminelle volonté des hommes.
- Enfin, en 1794, l’Opéra fut placé dans la salle de la place Louvois, en face de la Bibliothèque nationale ; les représentations finirent avec l’assassinat du duc de Berry, le 13 février 1820.
- La salle de l’Opéra de la rue Le Peletier, construite par l’architecte Debret, fut ouverte le 16 août 1821. C’est là, jusqu’à l’incendie de l’année dernière, que furent représentés les chefs-d’œuvre qui font encore les délices et la gloire du nouvel Opéra. La salle de la rue Le Peletier avait coûté 2 500 000fr.
- Les craintes de l’incendie, trop bien justifiées par la catastrophe de l’année qui vient de s’écouler, le développement que prenaient en 1861 les constructions de Paris, devaient faire songer à l’établissement d’un nouvel Opéra.
- A l’époque de ce brillant concours de projets qui plaça M. Garnier au premier rang parmi ceux qui avaient concouru, on estimait, à vue de pays, que l’Opéra devait coûter 12 millions.
- Le premier devis sérieusement étudié en 1862 avait porté la dépense à 31 millions; mais, par une de ces illusions trop fréquentes chez les gouvernements qui veulent engager les Chambres, on fit descendre le devis à 18 millions.
- Il fallut bien faire connaître, en 1869, le devis rectifié qui s’élevait à 32500 000 fr. On avait dépensé, au moment de la guerre de 1870, 25 500 000 fr.
- D’après le rapport du 10 février 1874 présenté à l’Assemblée nationale, M. Caillaux, alors rapporteur, aujourd’hui Ministre des travaux publics, évaluait de la manière suivante les dépenses définitives :
- 10 500 ooo fr.
- 33 500 000 2 500 000
- Total.......................... 46 500 000 fr.
- C’est sur ce rapport que l’Assemblée a voté les 6 millions nécessaires pour achever l’Opéra en dix mois, promesse qui a été tenue.
- Ces évaluations ne comprenaient pas l’achèvement du pavillon de l’Empereur, pas plus que celui des pièces de la rotonde symétrique destinées à un café restaurant pour les abonnés ou les spectateurs ; ces accessoires n’étaient point indispensables à l’ouverture de l’Opéra. Comme ces pavillons sont
- Terrains. . Travaux. . Machinerie,
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- TRAVAUX PUBLICS. — SEPTEMBRE 1875 . 501
- entièrement construits, qu’il ne s’agit plus que d’une décoration intérieure, on peut en évaluer la dépense à un million au plus.
- Avec les charges complémentaires qu’amène tout règlement de compte d’architecte, avec la rapidité de l’exécution, les travaux de nuit de l’année qui vient de finir, avec ces mille détails qui échappent à l’appréciation la plus minutieuse, on ne s’étonnera pas que les 6 millions de crédit aient été insuffisants. Nous estimons ces excédants à 2 500 000 fr., si nous en croyons quelques indiscrétions de coulisse, de telle sorte que les dépenses totales de l’Opéra, y compris les terrains et la machinerie, s’élèveront à 50 millions. C'est une grosse somme, sans doute, mais bien éloignée des chiffres fantastiques que nous avons entendu citer.
- Vous connaissez tous, Messieurs, les façades de l’Opéra; il est impossible, et ce n’est pas un des moindres mérites de la grande œuvre de M. Garnier, de se méprendre sur la destination de l’édifice, en considérant du boulevard des Capucines son élévation si originale. Au premier plan, avec la loggia, on devine les vestibules, les escaliers, les foyers. Au delà, avec une plus grande hauteur de bâtiments, se découvre la salle; au delà encore, dominant ces premières parties de l’édifice, se révèle la scène avec le grand mur qui la termine et qui la sépare des bâtiments de l’administration.
- Ces dispositions extérieures, qui marquent la spécialité d’un bâtiment, sont ici appliquées pour la première fois d’une façon aussi nette. Elles ne sont pas assez souvent illustrées, pour nous servir d’une expression à la mode, dans nos édifices modernes. Dans les grandes gares de chemins de fer, qui sont à Paris de véritables monuments, on ne les retrouve qu’aux gares de Strasbourg et de l’Ouest (Mont-Parnasse), ou s’accusent, par de grandes baies circulaires, les halles de départ et d’arrivée des voyageurs. Si ce n’était l’affluence des fiacres, des bagages, qui se douterait que la façade, d’ailleurs belle, de la place Roubaix cache un chemin de fer?
- Le terrain du nouvel Opéra, circonscrit par le boulevard des Capucines, les rues Halévy et Meyerbeer, le boulevard Haussmann et les rues Aubert et Scribe, occupe une superficie de 11237 mètres carrés, soit un peu plus d’un hectare et un dixième. L’Odéon, également isolé par des rues, théâtre que nous aimons parce qu’il est dans le voisinage de l’hôtel de la Société d’encouragement réédifié pour ainsi dire, n’occupe que 1 900 mètres de superficie.
- La longueur entre les deux façades des boulevards des Capucines et
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- TRAVAUX PUBLICS.
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- Haussmann est de 172 mètres; entre les deux pavillons de côté, elle est de 102 mètres.
- Le dessous de la scène doit être fort en contre-bas du plancher, de manière à faire disparaître, tout d’une pièce et sans les plier, des décors qui ont il et 15 mètres de hauteur. Dans l’ancien Opéra ce sous-sol n’avait que 11 mètres.
- Les caves reçoivent les décorations de plusieurs opéras et une machinerie qui redoute également l’humidité. On a donc été conduit, par la nature des terrains, à creuser, en contre-bas de ce sous-sol, ce qu’on appelle la cuve, destinée à assurer un complet assèchement des maçonneries qui la surmontent. Elle occupe tout l’emplacement de la scène, avec voûtes renversées au radier, et voûtes au plafond soutenues par de gros murs et des pilastres.
- La machinerie de l’Opéra recélée dans les sous-sols ou dans les immenses combles qui dominent la scène est fort perfectionnée, bien que les moyens mécaniques d’aujourd’hui ne diffèrent pas essentiellement, en principe, de ceux du temps de Louis XIV. Certes, ceux-ci étaient moins habilement agencés, car on ne saurait avoir aujourd’hui les appréhensions que manifestait, à cette époque le bon La Fontaine, qui écrivait :
- Quand j’entends le sifflet, je ne trouve jamais Le changement si prompt que je me le promets :
- Souvent au plus beau char le contre-poids résiste,
- Un dieu pend à la corde et crie au machiniste,
- Un reste de forêt demeure dans la mer,
- Ou la moitié du ciel au milieu de l’enfer.
- Jamais pareilles mésaventures n’arrivent à l’excellent machiniste en chef de l’Opéra, M. Brabant; mais enfin il a fallu, sous la scène, ménager de grandes hauteurs; et de là, pour l’architecte, d’assez sérieuses difficultés de fondation.
- Fixons d’abord les hauteurs de quelques parties principales, nous dirions presque les altitudes, tant il y a loin du fond de la fouille, sur la perpendiculaire, au sommet du fronton du grand mur de la scène, contre lequel vient extérieurement s’appuyer le toiture du foyer de la danse. Notre plan de repère sera le niveau de la mer, à 26”, 25 en contre-bas du zéro du pont de la Tournelle : c’est, comme on sait, le niveau auquel se rapporte le nivellement de Paris.
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- Cote du sol sur lequel repose le béton de fondation......... 29m00
- Cote moyenne de la fouille au-dessous de la cuve............ 24,00
- Cote de la loggia de l’avant-foyer.......................... 46,13
- Cote du premier entablement de la façade principale......... 59,305
- Cote du second entablement de la même façade................ 64,963
- Cote de la salle d'attente de sortie........................ 36,25
- Cote du corridor des lres loges............................. 46,13
- — des 2efl......................................... 49,28
- — des 3e*.......................................... 52,33
- — des 4e*.......................................... 55,23
- — des 5e®........................................ . 59,73
- Cote de l’entablement de la salle........................... 76,75
- Cote — appui du mascaron de suspension du lustre............ 83,75
- Cote des arcs renversés de la cuve.......................... 26,49
- Cote du plancher du sous-sol (scène)........................ 29,30
- Cote du sol général des caves............................... 31,20
- Cote du plancher du foyer de la danse....................... 45,00
- Centre des œils-de-bœuf de la scène......................... 73,20
- Sommet du fronton du mur de la scène, sous le groupe d'Apollon.. 93,80
- Comble du foyer de la danse................................. 68,45
- Sol de l’entrée de la cour de l’Administration.............. 34,27
- C’est donc une hauteur totale de 69m,80 qui sépare le fond de la fouille de la cuve du sommet du fronton du mur de la scène. De cette hauteur, de 60 mètres environ au-dessus du sol, le groupe d’Apollon élevant sa lyre d’or et les Pégases des extrémités de ce grand pignon dominent Paris aussi bien que les plates-formes des tours de Notre-Dame.
- Les fouilles de l’Opéra ont été commencées sur toute l’étendue de sa surface dans l’année 1861. Elles devaient être descendues à deux profondeurs différentes, la moins profonde, sur l’ensemble de la construction, à 5m,50, en moyenne en contre-bas du pavé de la rue, tandis que sous la scène, sur une superficie de 230 mètres carrés, on pénétrait à 11 mètres environ au-dessous du même point.
- On a rencontré d’abord des terres rapportées, puis des terrains d’alluvion qui ne présentaient pas de grandes difficultés d’extraction ; on était dans les sables et graviers qui indiquent la présence de la Seine, décuplée de largeur vers l’époque quaternaire ; mais bientôt, en s’approfondissant, on a trouvé la nappe d’eau qui provient des hauteurs de Belleville et de Ménilmontant et des coteaux de l’Est. Ces eaux descendent en véritables cascades souterraines jusqu’aux terrains perméables de la plaine. Ce sont des eaux de filtrations abondantes, qui paraissent aux coupes des marnes vertes et qui se raréfient
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- TRAVAUX PUBLICS. — SEPTEMBRE 1S75.
- sur la couche calcaire au-dessous des terrains d’alluvion; elles s’écoulent ensuite vers le fleuve, à l’aval de Paris.
- On résolut alors d’entourer ce vaste emplacement d’un batardeau en béton (voy. pl. 32), contenu entre deux files de pieux espacées de 3m,50. Ces pieux, de 0m,28 à 0m,30 d’équarissage et 6m, 50 de longueur, devaient être enfoncés dans un terrain assez résistant; leur tête devait être à 0m,50 au-dessus du niveau du plan d’eau, à la cote 29m,50; on faisait un forage préalable du soi avec un pieu eh fer pour préparer l’introduction du pieu en bois.
- L’entrepreneur de ces travaux, M. Dubrujaud, qui a fait toutes les charpentes de l’Opéra,-préludait en même temps à l’établissement de ces immenses échafauds dont les formes hardies, les assemblages bien entendus ont permis de manier, en toute sécurité, les colonnes, les monolithes qu’on élevait de toute pièce à de grandes hauteurs et qui pesaient 25 000 kilogrammes et plus.
- Le travail du charpentier a cela de commun avec celui de la fondation qu’une fois terminé on ne le voit plus. La fondation est inaperçue, mais existe, tandis que la charpente disparaît à tout jamais. Comme moyen, elle a joué cependant un grand rôle dans la construction. On jugera de son importance dans les travaux de l’Opéra, puisque le chiffre approximatif de la dépense qui lui est propre s’élève à 2 millions.
- Nous nous souvenons qu’en 1863, lorsque dans le travail des fondations on en était à cintrer les voûtes des caves, on transportait à la grande Exposition universelle du Champ de Mars un modèle en plâtre du nouvel Opéra, à peu près tel que l’a exécuté M. Charles Garnier. Ce transport difficile, a raison de la fragilité de la matière, opéré sur chariot et sur rails, et qui dura plus de soixante heures, était confié aux ouvriers charpentiers de M. Dubrujaud. La splendeur de l’Exposition, la richesse du pays, la paix, en apparence, si profonde, si durable à cette époque, semblaient excuser ce que quelques esprits chagrins ont appelé les prodigalités du nouvel Opéra. L’Exposition n’est plus que dans nos souvenirs ; les vastes terrains du Champ de Mars sont nivelés, mais l’Opéra restera, sinon comme le plus utile, au moins comme le plus beau monument du siècle.
- Nous n’abandonnerons pas les chantiers de la charpente de fondation, oii des sonnettes mues par la vapeur battaient les pieux d’enceinte, sans rappeler ce gigantesque échafaudage de la scène qui mesurait 24 mètres de façade et 72 mètres de hauteur. Son couronnement se composait d’une plateforme entourée d’une balustrade, et l’on y arrivait par un escalier de
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- 480 marches. C’est en 1865 que M. Dubrujaud exécutait cette charpente, qui se révélait majestueuse, comme Notre-Dame ou le Panthéou, aux promeneurs des environs de Paris. Elle dominait alors le sous-sol de la salle solidement fondé.
- Revenons maintenant à la cuve, sous la scène, qu’il s’agit de fonder au milieu d’une nappe d’eau qu’il paraissait difficile de pouvoir épuiser, sur une superficie de plus d’un cinquième d’hectare, représentée par un carré de 48 mètres de côté.
- C’est sous l’empire de cette préoccupation qu’on songeait à couler du béton, après avoir dragué entre les deux rangées de pieux décrites plus haut, la rangée extérieure étant garnie de couchis pour isoler le béton des terres et arrêter les sables.
- Le mortier était composé de quarante parties de chaux, de quinze parties de ciment et de cent parties de sable. Dans le béton, il entrait trois parties de ce mortier et quatre parties de cailloux.
- Mais- l’énergie des huit pompes d’épuisement, travaillant sur des puits creusés à 15 mètres au-dessous de la nappe d’eau, eut bientôt appris que la fondation, c’est-à-dire la pose du béton qui devait garnir le fond de la fouille, pouvait se faire à sec. Dans les travaux qui ont pour objet de fonder des écluses, des piles ou des culées de pont, on est bien obligé de couler le béton dans l’eau, et avec du soin on peut obtenir les enveloppes les plus étanches. Ce n’était plus ici le cas : il vaut mieux voir clair à ce qu’on fait, et les batardeaux de béton, après en avoir séparé par arrachement les pieux intérieurs, sont devenus de véritables murs de soutènement contre l’ébou-lement des terres.
- Ainsi donc, le batardeau n’a pas absolument rempli l’objet qu’indique son nom ; en formant une vaste enveloppe avec le béton coulé de fond au moyen de trémies d’un genre particulier, tout le travail a pu être fait à sec.
- Mais, par cela même qu’on épuisait avec énergie, les terres, les sables, qui se trouvaient dans la moitié la plus profonde d’une fouille de 10 à 11 mètres de hauteur, avaient une tendance à l’éboulement; les sables filaient, pour ainsi dire, avec les eaux, et auraient produit de véritables effondrements aux alentours. Le batardeau a arrêté les sables, soutenu les terres, et donné à ces gigantesques opérations la sécurité qui leur eût manqué sans lui.
- Les fouilles étant terminées, on a donc posé le béton sur toute l’étendue de la surface et sur une épaisseur moyenne de % mètres, car le sol était
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- préparé avec une inclinaison légère depuis le pied du batardeau vers l’axe longitudinal.
- Sur le béton bien nivelé, à la cote (25m,75), on a étendu, pour assurer riraperméabilité, une couche de ciment de 0m,05 d’épaisseur, et sur une nouvelle couche de béton on a posé les arcs renversés qui devaient former le radier de la cuve.
- Ce renversement des arcs a pour objet de mieux résister à la sous-pression des eaux. Cette pression n’est pas excessive. La colonne d’eau au-dessus de la fouille, ayant 5 mètres de hauteur, représente un effort de 5 000 kilogrammes par mètre carré de surface, ou un 1/2 kilogramme par centimètre carré.
- En même temps que les radiers se posaient, on élevait les murs de galerie, les piliers de la cuve et les gros murs de la scène qui la bornent perpendiculairement au grand axe du bâtiment. La cuve est elle-même entourée d’une galerie de A mètres de largeur du côté de l’administration, et de 2 mètres sur le reste du pourtour de la scène.
- Ce sont les parois extérieures de cette galerie qui isolent les eaux de la cuve, et les batardeaux de béton, coupés en prismes, contiennent, avec les murs, un remplissage en moellons.
- Cette méthode de fondation a réussi ; la cuve est parfaitement étanche, et, si de légères filtrations donnent lieu à des épuisements à de très-longs intervalles, quelques recherches en rejointoiement les feront disparaître tout à fait.
- La cuve a donc atteint le but auquel on visait, c’est-à-dire de rendre exempt de toute humidité le dessous de la scène où sont emmagasinés les toiles du répertoire de semaine, les treuils, les cordages qui les mettent en mouvement.
- La visite du sous-sol, non-seulement de la scène, mais des autres parties où sont recueillis les calorifères, les compteurs à gaz et les nombreux conduits qui donnent passage à l’air de ventilation, au gaz d’éclairage, à l’eau, est extrêmement curieuse. Son aspect sombre contraste avec les splendeurs qui le recouvrent et qu’on vient de quitter ; mais le visiteur, s’il a l’habitude des chantiers, est frappé du soin avec lequel les maçonneries ont été exécutées; malgré la portée des charges, on n’y découvre pas la plus petite fissure.
- Sous la direction, artistique sans doute, mais très-vigilante, de M. Garnier, ces travaux ont été faits par M. Violet, l’entrepreneur général des maçonneries de l’Opéra. Il n’est pas hors de propos de parler des ressources qu’il a
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- été obligé de créer pour satisfaire aux exigences de cet immense service.
- Il fallait ouvrir de nouvelles carrières et les disséminer sur plusieurs points, afin d’avoir un choix dans les matériaux de première qualité. Plus le bâtiment est élevé, plus les portées des planchers sont étendues, et plus il faut rechercher la dureté de la pierre pour ne pas en augmenter le cube outre mesure.
- Ainsi, par exemple, le dernier gros mur de la scène qui vers sa base a une épaisseur de 2‘“,A5, celui-là même qui porte le fronton et contre lequel s’appuie le bâtiment d’administration, supporte une pression de 20 kilogrammes sur ses assises inférieures. Sans descendre aussi bas, on pénètre à travers ce mur par la porte du foyer de la danse, où il a lm, 50 d’épaisseur. Nous dépassons beaucoup, comme on le voit, les constructions ordinaires, où les pressions ne vont guère au delà de 10 kilogrammes par centimètre carré.
- En montant l’escalier de droite qui conduit à tous les étages des loges, on remarque de petites colonnes en marbre du Jura : celles-ci supportent des pressions de 60 kilogrammes par centimètre carré. 11 est bien entendu que ces pressions n’ont été admises qu’après de nombreuses expériences qui attestaient la résistance de ces marbres.
- M. Violet a donc ouvert de nombreuses carrières aux lieux où l’on était assuré de trouver d’excellents matériaux. Les carrières d’Euville, dans la Meuse, à 5 kilomètres de Commentry, ont particulièrement fourni les pierres employées dans les caves. Elles arrivaient à Paris, toutes taillées, par le chemin de fer de l’Est. Les expériences nombreuses de M. l’ingénieur en chef Michelot sur la dureté, la densité des pierres employées dans le bâtiment à Paris ont été d’un grand secours dans les directions que l’architecte avait à donner.
- Le même entrepreneur a ouvert dix-neuf carrières, pour approvisionner la pierre de Bourgogne, à Nuits sous Ravière, à Montbard, à Àustrude (Yonne), à Darny (Côte-d’Or). Elles étaient toutes situées à 7 ou 8 kilomètres du chemin de fer de Paris à Lyon qui leur a servi de moyen de transport.
- Pour les soubassements, les colonnes, pour le petit ordre de la façade principale, il fallait une roche très-fine et de la plus belle qualité. On l’a rencontrée dans les carrières de Belvoie, près du village de Saint-Ilie dont elle a pris le nom. Les colonnes du salon circulaire, dit des abonnés, par lequel les gens à voiture entrent à l’Opéra, sont en pierre de Saint-Ilie. Elles arrivaient de la carrière, taillées, polies et prêtes à être mises en place.
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- C’est à l’occasion des travaux de l’Opéra que M. Violet a développé à Bel-voie, à 2 kilomètres de la station de Tavaux, sur la voie ferrée de Dôle à Châlon-sur-Saône, une industrie qui est appelée à un grand avenir pour l’établissement des maçonneries en pierre de taille.
- il y a, en effet, à Belvoie, des moteurs à eau et à vapeur qui mettent en mouvement des scieries, des polissoirs mécaniques, des raboteuses. D’après les épures de l’architecte ou de l’ingénieur, la pierre est travaillée sur toutes ses faces et ensuite emballée pour son lieu de destination, où l’appareilleur n’a plus qu’à la poser. Grâce à la modicité des tarifs de transport, par chemins de fer, des matériaux de construction, on peut éviter ces grands chantiers si coûteux dans les grandes villes, si encombrants aux abords d’un édifice. À l’économie de main-d’œuvre se joint celle du transport des déchets, souvent considérables, de la taille dans le bloc.
- Le décompte de la maçonnerie, dans les travaux de l’Opéra, s’élève à peu près à 16 millions; cela donne idée de la grandeur des constructions sur ce terrain de plus d'un hectare. Le cube de la maçonnerie est de plus de 95 000 mètres cubes. Si nous ne savions combien les moyennes donnent, en général, une fausse idée des choses et combien elles sont peu comparables dans les monuments divers, nous vous dirions qu’avec les frais généraux de l’entreprise le mètre cube de la maçonnerie revient à 168 francs.
- Telles sont les plus lourdes masses que supportent les fondations de l’Opéra. La sculpture, la peinture, les dorures ne pèsent pas, mais elles coûtent cher, ainsi que les appareils de l'industrie moderne auxquels on a eu recours ; elles expliquent comment le résultat final sera une dépense pour le pays de 50 millions, terrains et machinerie compris. La dépense est faite, et nous ne la regrettons pas, puisqu’elle est antérieure aux malheurs de la France. Ces millions ne l’auraient pas sauvée; ils se seraient dissipés comme tant d’autres, et nous n’aurions pas ce magnifique monument qui contribuera à attirer à Paris des étrangers lui rendant avec usure l’intérêt du capital dépensé.
- En résumé, les maçonneries du nouvel Opéra reposent sur une couche générale de béton de lm,40 environ d’épaisseur, posé lui-même sur un sol d’alluvion de sable et de gravier. Il n’y a rien de particulier, ni de difficile dans cette première partie de la fondation, si ce n’est la rencontre de quelques accidents de terrain, de quelques failles, si nous pouvons employer une pareille expression, dans le sol si remué du vieux Paris.
- Les fondations de la scène, au contraire, atteignant dans ses profondeurs
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- un sol détrempé par la couche d’eau de la nàppe des puits, ont été entourées d’un batardeau au pied duquel la fouille a été revêtue d’une couche de béton de % mètres, avec étendage de ciment pour en assurer l’imperméabilité. Sur ces couches de béton, à deux étages, pour ainsi dire, se sont élevés simultanément les murs, les pilastres, puis les voûtes qui forment les caves et la cuve.
- Ces travaux sont de description facile ; mais, quand on songe que, dès le début, ils s’étendaient sur un hectare de superficie, qu’il fallait installer terrassiers, charpentiers, maçons, chemins, planchers d’accès, pompes, sonnettes, battages de pieux, épuisements pour maintenir des ateliers de jour et de nuit pendant plusieurs mois; que cet ensemble a fonctionné régulièrement dès l’origine, on sera disposé à admettre et à excuser quelques fausses manœuvres qu’on ne peut toujours éviter dans les moindres travaux.
- Il serait injuste de terminer cette étude rapide de la partie la moins intéressante du nouvel Opéra, sans citer encore une fois le nom de son immortel architecte (1).
- M. Charles Garnier est un enfant de Paris qui, commençant son éducation de dessin dans les écoles publiques de la rue de l’École-de-Médecine, était déjà, en 1841, élève de l’École des Beaux-Arts. Poursuivant ses études dans l’atelier de M. Leveil, puis chez M. Lebas, il obtenait le grand prix de Rome en 1848. Revenu à Paris, en 1854, comme modeste inspecteur de la Ville, il devenait, en vertu d’un concours très-remarqué à cette époque, le constructeur privilégié du nouvel Opéra. M. Garnier est aujourd’hui membre de l’Institut. Ce qui nous plaît dans son architecture, c’est son originalité. Il n’y a là rien de copié.
- Nous avouons, en toute humilité, qu’une cathédrale splendide a plus d’attraits pour nous qu’un merveilleux Opéra. Espérons que celui dont nous venons de vous entretenir ne restera pas chez nous le seul monument du siècle, et puisque celui-ci a encore vingt-cinq ans de durée, nous souhaitons à M. Garnier, pour couronner sa carrière d’architecte, l’heureuse chance d’édifier une église avec cent millions de souscriptions pour l’élever. Saint-Pierre de Rome aurait une rivale et serait peut-être dépassée !
- (1) Les inspecteurs qui ont secondé M. Garnier avec autant d’intelligence que de dévouement sont MM. Louvet, aujourd’hui architecte du Panthéon, Jourdain, Le Deschault, Noël, Robert.
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- Légende des planches 30, 31 32 relatives au nouvel Opéra de Paris,
- Planche 30, — Coupe générale de l’édifice suivant son grand axe ; elle est d’une lecture si facile que nous croyons inutile d’en donner l’explication.
- Planche 31. — Fig. 1, plan au niveau des caves.
- Fig. 2, plan du rez de-chaussée.
- A, scène.
- B, salle des répétitions, placée derrière la scène.
- C, C, cours latérales.
- D, cour de l’administration, ouvrant sur le boulevard Haussmann.
- E, salon circulaire, dit des abonnés.
- F, descente à couvert formant le pavillon de droite.
- G, pavillon de gauche, dit du chef de l’Etat.
- H, grand escalier d’honneur.
- I, I, escaliers secondaires.
- J, grand vestibule.
- K, escalier de la façade.
- Planche 32. — Fig. 1, section verticale des fondations sous la scène; elle est faite par un plan perpendiculaire au grand axe de l’édifice.
- Fig. 2, plans partiels montrant les caves au-dessous de la scène et la fouille faite pour asseoir et assécher les fondations.
- L, fouille de la cuve sous la scène (fig. 2).
- M, rangée de pieux intérieure.
- N, rangée de pieux extérieure.
- O, couche de béton remplissant la fouille (fig. 1).
- P, chape de ciment recouvrant le béton.
- Q, caves au-dessous de la scène.
- R, dessous de la scène proprement dit.
- S, galeries latérales inférieures.
- T, grandes galeries supérieures.
- (M.)
- SALUBRITÉ.
- Rapport de la commission chargée de proposer les mesures a prendre pour remédier a l’infection de la Seine aux abords de Paris.
- Introduction.
- Nomination de la Commission. — Par décret en date du 22 août 1874, M. le
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- Ministre des travaux publics a institué une Commission spéciale « chargée de proposer les mesures à prendre pour remédier à l’infection des eaux de la Seine aux abords de Paris. »
- Sa composition. — Dans cette Commission, étaient représentés à la fois le département des travaux publics, les services placés dans les attributions de M. le préfet de la Seine, et les services placés dans les attributions de M. le préfet de police (1).
- Objet du rapport. — La Commission vient aujourd’hui rendre compte de la mission qui lui a été confiée.
- Historique sommaire. — L’administration des travaux publics s’est déjà préoccupée plus d’une fois de la corruption des eaux de la Seine aux abords de Paris. En vertu d’une décision ministérielle du 23 octobre 1869, des conférences ont eu lieu entre les ingénieurs de la navigation et ceux du service municipal de la ville de Paris. Ces derniers produisirent en outre, en 1870, un avant-projet général pour l’utilisation et l’épuration des eaux des égouts. Les conclusions des ingénieurs réunis en conférence, ainsi que les dispositions prévues à Favant-projet, firent l’objet de deux rapports détaillés de la part de M. l’inspecteur général Kleitz, en date des 2 mars et 15 juillet 1870. Le conseil général des ponts et chaussées discuta les deux rapports dans sa Séance du 21 juillet 1870. Par une dépêche du 30 juillet de la même année, M. le Ministre des travaux publics transmit, avec son approbation, l’avis du conseil général des ponts et chaussées à M. le préfet de la Seine. De cet avis il résultait :
- 1° Que la ville de Paris était tenue de remédier aux inconvénients que créait en Seine l’écoulement des eaux des collecteurs de Cliehy et de Saint-Denis;
- (1) La Commission était composée de :
- Pour représenter le département des travaux publics.
- MM. Kleitz, inspecteur général des ponts et chaussées, président.
- Chatoney, inspecteur général des ponts et chaussées.
- Krantz, ingénieur en chef, chargé du service de la 3* section de la Seine.
- Pour représenter les services placés dans les attributions de M. le préfet de la Seine.
- MM. Belgrand, inspecteur général des ponts et chaussées, directeur des eaux et égouts de Paris. Alphand, inspecteur général des ponts et chaussées, directeur des travaux d© Paris.
- Mille, inspecteur général des ponts et chaussées.
- Vaudrey, ingénieur en chef, chargé du service de la 2e section de la Seine.
- Callon, conseiller municipal de Paris, doôteur Depaul, conseiller municipal de Paris.
- Pour représenter les services placés dans les attributions de M. le préfet de police.
- MM. Chevalier, membre du Conseil de salubrité.
- Boudet, membre du Conseil de salubrité.
- La Commission s’ést adjoint comme secrétaire et a désigné ensuite comme rapporteur M. Alfred Durand-GIaye, ingénieur des ponts et chaussées.
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- 2° Que, dans ce but, la ville de Paris devait, d’une part, assurer un service satisfaisant des draguages; de l’autre, continuer, en les développant, les expériences entreprises à Gennevilliers en vue de la désinfection des eaux d’égout par leur application à l’irrigation et par l’épuration au sulfate d’alumine ; l’avant-projet, dressé en 1870 par les ingénieurs du service municipal, était signalé à M. le préfet de la Seine comme pouvant remplir ce dernier but.
- Quelques jours après la décision ministérielle précitée, les événements de la guerre venaient apporter un trouble profond dans la banlieue de Paris. Après la lutte contre l’étranger et contre l’insurrection, l’administration municipale de la ville de Paris fut réorganisée sur de nouvelles bases ; les essais d’utilisation et d’épuration des eaux d’égout furent repris et considérablement développés ; d’autre part, les inconvénients résultant du déversement des eaux d’égout en Seine allèrent chaque année en s’accusant davantage.
- La Commission s’est donc trouvée en présence de faits plus nombreux et plus nettement caractérisés qu’en 1870 5 elle a cherché, dans plusieurs séances et tournées sur le terrain, à remplir de son mieux la tâche qui lui incombait et à répondre aux intentions de M. le Ministre des travaux publics en examinant la question sous toutes ses faces, suivant la recommandation expresse de M. le Ministre (lettre du 21 juillet 1874* à M. le préfet de la Seine).
- Division du rapport. — Le travail de la Commission se divisait naturellement en deux parties distinctes : ^
- 1° Constatation de l’infection de la Seine aux abords de Paris et recherche des causes de cette infection ;
- 2° Examen et choix des mesures à prendre pour remédier à cette infection.
- Ce sont les deux grandes divisions de ce rapport.
- Première partie*
- Constatation de l’infection de la Seine aux abords de Paris. — Causes de cette
- infection.
- Phénomènes qui caractérisent l’infection de la Seine. — Les phénomènes qui caractérisent l’infection de la Seine sont de deux ordres : les uns, extérieurs, de l’ordre physique ou physiologique, frappent facilement l’attention de toute personne qui suit les bords du fleuve ; les autres, plus scientifiques, exigent le concours de la chimie pour acquérir toute leur valeur; ils définissent d’une manière précise les faits de corruption et permettent d’en suivre le développement et la propagation.
- Caractères extérieurs de l'infection de la Seine. — Pour apprécier les caractères extérieurs de l’infection de la Seine, la Commission a parcouru, le 11 octobre, la partie du fleuve la plus gravement atteinte, c’est-à-dire celle qui s’étend entre Clichy
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- et Rueil; plusieurs de ses membres ont complété cette tournée en communiquant les observations qu’ils avaient pu noter dans les parties du fleuve situées en amont ou en aval de la section précitée. De ces diverses constatations résultent les faits suivants :
- En amont de Paris, dans la traversée de la capitale, ainsi qu’entre les fortifications et Asnières, .la Seine présente un aspect satisfaisant, au moins à la simple inspection superficielle. Le progrès accompli par la grande œuvre de la canalisation de Paris et des collecteurs se manifeste d’une manière évidente. En un certain nombre de points, répartis sur les deux rives, des filets d’eaux impures sortent de divers établissements industriels ou des égouts de la banlieue et même des égouts de Paris non encore réunis aux collecteurs, mais ces filets sont rapidement noyés dans la masse du fleuve. Les poissons vivent dans toute la largeur de la rivière 5 des végétaux d’ordre élevé poussent sur les berges; le fond de la Seine est formé de sables blancs. Pendant les chaleurs et les sécheresses de la saison dernière, tout le monde a pu constater l’état relativement satisfaisant de la Seine dans tout ce parcours.
- En aval du pont d’Asnières, la situation change brusquement. Sur la rive droite de la Seine .se trouve le débouché du grand collecteur de Clichy. Un courant considérable d’eau noirâtre sort de ce collecteur et s’épanouit en Seine en formant une courbe parabolique. Cette courbe occupe une étendue variable dans le courant : en temps ordinaire, elle tient environ la moitié de la largeur du fleuve; en temps de pluie d’orage, elle se rapproche de la rive gauche. Cette eau est d’un aspect répugnant ; elle est chargée de débris organiques de toute sorte : légumes, bouchons, poils, cheveux, cadavres d’animaux domestiques, etc. Elle est ordinairement recouverte d’une couche de matière graisseuse qui, suivant la direction du vent, vient s’accumuler sur une rive ou sur l’autre. Une vase grise, mélangée de débris organiques, s’accumule le long de la rive droite et forme des bancs d’atterrissements qui, à certaines périodes de l’année, présentent des saillies considérables hors de l’eau et ne disparaissent que grâce à de coûteux draguages. Cette vase descend jusqu’au thalweg du fleuve ; elle est le siège d’une fermentation active qui se traduit par des bulles innombrables de gaz venant crever à la surface de l’eau ; pendant une grande partie de l’année, et spécialement au moment des fortes chaleurs, ces bulles atteignent des dimensions considérables (1 mètre à 1“,50 de diamètre). Elles entraînent la vase en s’en dégageant et amènent, à la surface, des matières noires et infectes qui cheminent ensuite à découvert avec le courant. Le passage d’un bateau soulève des flots d’écume et crée une véritable ébullition qui dure quelques minutes dans le sillage. Tous ces phénomènes se produisaient en 1870 sur la seule rive droite du fleuve, et l’infection ne se manifestait d’une manière évidente que sur le premier des trois bras que la Seine forme à Clichy, entre les rives et les îles Vaillard et Robinson. Aujourd’hui le second bras est complètement envahi et l’altération se montre sur la rive droite du dernier bras. Aucun être vivant, aucun poisson, aucune herbe verte ne se rencontre dans le bras droit; dans le bras
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- central, le poisson commence à apparaître et se retrouve dans le bras gauche. Les jours de grande pluie d’orage, lorsque le courant des eaux d’égout envahit la totalité de la largeur de la Seine, les poissons peuvent être accidentellement détruits, même dans les parages qu’ils fréquentent habituellement, par suite de l’infection générale et temporaire du fleuve. Le bras central présente une végétation moyenne; les herbes sont extrêmement fortes et vivaces sur le bras gauche. Au delà des îles de Clichy et jusqu’à l’île Saint-Denis, l’altération continue en s’accusant un peu moins fortement à la surface; l’eau conserve une couleur noirâtre; la rive droite est toujours bordée d’écumes et de graisses ; l’altération semble s’étendre sur la largeur complète de la rivière; la berge gauche est garnie de débris végétaux, de bouchons, etc., et d’une couche mince de vase grisâtre.
- A Saint-Ouen commence l’île Saint-Denis, qui s’étend jusqu’à 2 kilomètres d’Ar-genteuil et sépare le fleuve en deux bras distincts : le bras gauche, alimenté par la partie la moins altérée du fleuve et ne recevant, du reste, aucun nouvel affluent d’eau infecte, présente des eaux qui semblent d’une pureté très-suffisante. Le bras droit, au contraire, alimenté par le courant même du collecteur de Clichy, qui a suivi spécialement la rive droite du fleuve, conserve devant Saint-Ouen et au delà les caractères d’infection constatés à Clichy ; ceux-ci vont cependant en diminuant d’intensité apparente jusqu’au pont suspendu de Saint-Denis; c’est ainsi que la vase, dont la répartition sur le fond du fleuve a été faite, à la demande de la Commission, par les ingénieurs de la navigation de la Seine, atteint, à Clichy, des épaisseurs de 2 à 3 mètres, et n’a plus que 65 centimètres d’épaisseur à Saint-Ouen. Aux premières maisons de Saint-Denis, des usines commencent par amener une recrudescence d’infection par un assez grand nombre de déjections industrielles. Mais leur action est peu de chose à côté de celle du collecteur départemental qui débouche à quelques mètres en aval du pont suspendu. Cet égout vomit une eau absolument noire et fétide, dont l’odeur ammoniacale est des plus prononcées. Cette eau envahit bientôt la largeur complète du bras. Des écumes flottent sur toute la surface; des bulles de gaz se dégagent de tous côtés. Cet état se continue, avec une intensité à peu près constante, jusqu’en face le village d’Épinay. Le fond du fleuve est, dans tout ce parcours, garni d’une vase noire, fétide, gluante, peuplée de vers rougeâtres qui ne se trouvent que dans les eaux de vidange les plus infectes. Périodiquement cette vase émerge au voisinage de la bouche du collecteur et doit être extraite par draguages. — Notons que la rivière du Croult, qui débouche en Seine, entre Saint-Denis et Épinay, vient ajouter un assez notable contingent d’eaux industrielles à l’afflux infect du collecteur. D’Épinay à Ar-genteuil, une amélioration apparente se manifeste, spécialement après la réunion des deux bras, à l’extrémité de l’île Saint-Denis. L’eau, encore foncée de couleur, n’offie plus que de rares débris flottants; la vase a à peu près disparu : le poisson réapparaît en temps normal. D’Argenteuil au barrage de Bezons, la Seine présente un aspect
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- acceptable. Mais au niveau du barrage, dans le bras gauche formé par l’ile du Chiard et ses annexes, une odeur très marquée se fait de nouveau sentir; les eaux impures semblent rejetées par le barrage sur la rive gauche. La vase noirâtre réapparaît sur toute la largeur du bras avec une épaisseur de 70 centimètres environ. Bientôt l’odeur disparaît ; une végétation des plus abondantes garnit lés deux rives et encombre même en partie le cours du fleuve par de larges plaques de lentilles d’eau. A Marly, les bajoyers de l’écluse sont couverts d’un dépôt noir et fétide; des écumes se voient le long du barrage et des appareils annexes. L’eau conserve toujours une teinte foncée qu’elle manifeste également dans le bras droit qui passe devant Chatou. Au delà de Marly, les deux bras se réunissent de nouveau. L’intensité de coloration du fleuve diminue graduellement. L’eau est encore trouble et d’un goût peu agréable à Saint-Germain et à Maisons-Laffitte. Au delà, vers la Frette et Conflans, et spécialement après le confluent de l’Oise, la Seine a repris en apparence un état sensiblement analogue à celui qu’elle offrait en amont des collecteurs. A Meulan, toute trace extérieure d’infection a disparu.
- Caractères chimiques de Vinfection de la Seine. Azote et oxygène. — Cette simple description de l’aspect que présente actuellement la Seine aux abords de Paris suffit sans doute pour indiquer la gravité de la situation. Mais la Commission a cru devoir ajouter à la constatation des faits extérieurs quelques traits empruntés à des recherches plus scientifiques. Elle a donc puisé les renseignements qui vont suivre à des sources autorisées, parmi lesquelles elle doit citer les analyses dues au laboratoire de l’École des ponts et chaussées, et les recherches sur les gaz dissous faites par MM. Boudet, membre du Conseil de salubrité, et Gérardin, inspecteur des établissements insalubres de l’arrondissement de Saint-Denis, d’après la méthode dont le principe est dû à M. Schutzenberger, directeur du laboratoire de la Sorbonne (1).
- (1) Au mois de juin 1874, le Conseil de salubrité, saisi, par M. le préfet de police, de plaintes très-vives de la part des riverains de la Seine, au sujet de l’altération de ses eaux par les égouts collecteurs de Paris, avait chargé M. Boudet, l’un des membres de la Commission, d’apprécier la valeur de ces plaintes et les altérations de la Seine produites par les égouts.
- Le Conseil de salubrité, dans sa séance du 23 octobre, après avoir entendu le rapport de M. Boudet, a émis le vœu que, en présence des faits constatés dans le rapport, M. le préfet de police voulût bien insister auprès de l’Administration municipale pour que les études, les recherches et les travaux destinés à résoudre l’important problème de l’assainissement de la Seine fussent poursuivis avec la plus grande activité.
- Ce rapport, qui a été lu à la Commission au cours de ses délibérations, contient le détail des dosages de l’oxygène en dissolution dans les eaux de la Seine, dans un grand nombre de stations choisies en amont de Paris jusqu’à Corbeil, dans l’enceinte même de la capitale, et en aval jusqu’à Rouen.
- C’est au tableau de ces analyses oxymétriques exécutées par MM. Boudet et Gérardin que nous avons emprunté tous les titrages d’oxygène que nous avons consignés dans notre travail.
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- Au point de vue chimique, les eaux impures qui se déversent en Seine produisent deux effets distincts : les matières minérales toutes formées, qu’elles contiennent à l’état de suspension ou de dissolution, encombrent le lit du fleuve et altèrent sa composition normale par simple mélange ; l’enlèvement mécanique des dépôts et la seule dilution par le courant des substances dissoutes suffiraient, à la rigueur, pour faire disparaître cette altération. Mais lorsque les eaux affluentes contiennent des matières organiques, animales ou végétales, lorsqu’en même temps la vitesse de circulation est peu considérable, comme en Seine, le fleuve devient lui-même le siège de décompositions multiples qui altèrent profondément ses eaux et leur donnent, sur un long parcours, un caractère d’infection spéciale qui ne saurait être négligé au point de vue de la salubrité publique.
- Les matières organiques se transforment, en effet, dans le fleuve même, en acide carbonique, eau, carbures d’hydrogène, ammoniaque, acide sulfhydrique et substances minérales diverses. Cette transformation implique toujours une absorption d’oxygène emprunté au gaz dissous dans l'eau et une production de corps minéraux azotés. Tant que les matières organiques azotées sont abondantes, l’eau est absolument viciée, susceptible de fermentation , impropre à un usage quelconque, fût-ce même à l’arrosage des voies publiques. Lorsque la fermentation est achevée, lorsque les matières organiques sont toutes passées à l’état de matières minérales, inoffensives en elles-mêmes, les eaux présentent à la fois une diminution dans l’oxygène dissous et une disparition des matières organiques azotées, remplacées par des matières minérales azotées, par l’ammoniaque. Les eaux deviennent alors propres à la plupart des usages courants ; elles peuvent rester quelque temps pauvres en oxygène; mais l’absence d’oxygène est une conséquence et non un caractère parallèle à la fermentation-, une simple action mécanique, telle que le mouvement dû au courant ou aux chutes des barrages, peut ramener progressivement les eaux à leur état normal et les rendre enfin réellement potables.
- Pour apprécier l’état d’infection du fleuve, la Commission a donc cherché la quantité de matières azotées organiques non encore transformées en ammoniaque que les eaux pouvaient renfermer eu divers points ; cette dose spécifiait la pollution vraie du fleuve, en précisant les matières susceptibles d’entrer encore en fermentation. Les dosages d’oxygène formaient le complément de ces premières recherches ; ils fixaient l’intensité de la fermentation déjà produite, ils mesuraient lé résultat final des .réactions accomplies ; les deux procédés se complétaient et s’éclairaient l’un et l’autre.
- Le tableau suivant résume les dosages effectués :
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- I ' ! n INDICATION DES PRISES D’ÉCHANTILLONS d’eau de Seine. AZOTE non encore transformé en sels ammoniacaux volatils ou azote organique exprimé eu grammes par mètre cube ou i 000 litres d'eau. (Analyse de 1874.) AZOTE total y compris les sels ammoniacaux volatils exprimés en grammes par mètre cube. (Analyses de 1869 et 1874.) OXYGÈNE dissons exprimé en centimètres cubes par litre d'eau» OBSERVATIONS.
- Pont d’Asnières, amont du collecteur. . . . Débouché du collecteur de Clichy Clichv ( Bras droit uncny Bras central aval du collecteur, j Bras gauche Saint-Ouen, bras droit Saint-Denis, bras droit, amont du collecteur. Débouché du collecteur départemental. . . Saint-Denis, bras droit, aval du collecteur et du Croult Epinay, bras droit Bezons, toute la largeur du courant Marly, bras gauche, amont du barrage. . . . Marly, aval au barrage Saint-Germain Maisons-Laffitte Conflans. Poissy Triel Meulan Mantes Yernon Rouen grammes. 0,85 » 1,51 1,28 1.25 1,16 » » 7,27 1.26 0,87 0,78 0,81 0,76 0,79 0,46 0,45 0,50 0,40 » » » grammes» 1.5 29,5 4,0 » » 2,0 2,0 98,0 7,0 3,0 0,9 3.5 )) 2,2 2.5 r> 2,2 » » 1,4 » ï) cent, cubes. 5,34 » 4,60 4,07 2,65 » 1,02 1,05 1,54 1,91 » » 3,74 » 6,12 7,07 8,17 9,96 10,40 10,42 Le bras gauche, formé par l’île St.-Denis, présente, à la hauteur d’Epinay , les doses suivantes ; 2 l organique 0.35 4 ( total. . . 1.50 Oxygène. . . 5CC00
- D’après les chiffres contenus dans ce tableau, on voit la quantité d’azote organique, qui atteint seulement 0 gr. 85 par mètre cube avant le collecteur de Clichy, passer à 1 gr. 50 sur la moitié droite du courant, après l’addition des eaux de ce collecteur, et atteindre 7 gr. 27 après l’addition des eaux du collecteur départemental. L’azote total passe de 1 gr. 5 au pont d’Asnières, à % grammes après le collecteur de Clichy, puis atteint 2 grammes, puis enfin 7 grammes après le collecteur départemental. Sur la partie gauche, l’altération est sensible à Clichy, où la quantité d’azote organique est de 1 gr. 25. Au delà de Saint-Ouen, l’amélioration se manifeste de ce côté, et, en face de Saint-Denis, le bras gauche ne dose plus que 0 gr. 35. Revenant au bras droit, nous le trouvons encore infect à Épinay, 1 gr. 26 d’azote organique et 3 grammes d’azote total. A Bezons, le titre en azote organique est redevenu, sur toute la largeur du courant, ce qu’il était au pont d’Asnières ; il se maintient dans les mêmes limites jusqu’à Marly. L’azote total, après une baisse passagère à Bezons, reste à une dose élevée, 3 gr. 5, jusqu’à Marly ; cette dose, rapprochée du titre assez bas en azote organique, indique que, dans ces parages, la transformation des matières organiques Tome II. — 74e année. 3e série. — Septembre 1875. 66
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- en matières minérales est à peu près achevée. Au delà de Marly et jusqu’à Meulan, le titre en azote organique va en baissant constamment ; à Meulan, il n’est plus que la moitié de ce qu’il était, même en amont du collecteur. L’eau est donc en ce point d’une pureté chimique très-satisfaisante. Les causes organiques de fermentation ont presque totalement disparu. Quant à l’oxygène qui suit la fermentation, comme le précède l’azote non décomposé, il part de 5CC.34 au pont d’Asnières, varie entre 4CC.6 à Clichy (moyenne des trois bras) et 2CC.6 vers Saint-Denis (bras droit), présente son minimum en aval de Saint-Denis, où la dose n’est plus guère que de 1 centimètre cube. 11 conserve un titre très-bas jusqu’à Marly, où il n’est encore qu’à la dose de lcc.91. Il se relève ensuite lentement, retrouve entre Maisons-Laffitte et Con-flans sa valeur du pont d’Asnières, et revient enfin à un titre élevé de 8 à 9 centimètres cubes, de Meulan à Mantes. Quant au bras gauche, formé par l’île Saint - Denis entre Saint-Ouen et Àrgenteuil, l’oxygène, comme l’azote, indique une amélioration sensible en face Saint-Ouen, où l’oxygène est coté 5 centimètres cubes.
- De ces chiffres résulte donc que l’eau est profondément altérée par les matières organiques fermentescibles dans toute sa largeur de Clichy à Saint-Ouen, tout le long de l’île Saint-Denis sur le bras droit entier, et retrouve, à ce point de vue, le même état qu’à Asnières, entre Bezons et Marly; que, dans ce dernier parcours, elle est encore chargée de matières azotées minérales; qu’en outre, cette êau, dépouillée progressivement de son oxygène jusqu’à l’extrémité de l’île Saint-Denis, conserve une aération absolument insuffisante jusqu’à Marly et au delà, reprend le litre d’Asnières seulement au delà de Maisons-Laffitte et n’arrive à une bonne qualité que vers Meulan. En ce point, l’eau se trouve régénérée à la fois par la transformation de ses matières organiques azotées en matières minérales et par la récupération de l’oxygène qu’elle avait perdu par la fermentation.
- Les données scientifiques viennent ainsi confirmer les faits qui résultent d’une simple observation superficielle. En somme, entre Clichy et l’extrémité de l’île Saint-Denis, en amont d’Argenteuil, l’eau de la Seine, dans le bras qui reçoit les collecteurs, est absolument impropre à un usage domestique quelconque ; elle renferme des éléments fermentescibles prêts à entrer en décomposition et à répandre l’infection ; l’oxygène dissous a presque totalement disparu. Entre Argenteuil et Marly, sur le bras gauche, l’eau devient moins impure et, au point de vue chimique, elle est susceptible de se prêter à une grande partie des usages courants auxquels peuvent la consacrer les riverains ; sans être impropre à l’alimentation, elle a encore une aération insuffisante et est chargée d’une assez forte proportion de substances minérales azotées. Au delà de Marly, l’amélioration est progressive ; l’eau est de qualité acceptable à tous les points de vue vers Conflans, et de bonne qualité à Meulan.
- La commission n’a pas cru devoir clore l’examen scientifique de l’altération de la Seine en aval des collecteurs sans fixer un instant son attention sur les gaz, produit de la fermentation, dont elle avait remarqué l’abondant dégagement depuis Clichy jus-
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- qu’à l’extrémité de l’île Saint-Denis, précisément dans l’étendue du fleuve où se produit l’absorption successive de l’oxygène.
- Les ingénieurs du service municipal lui ont fourni une analyse de ces gaz, faite à leur laboratoire de Clicby, en 1871.
- Hydrogène protocarboné...................... 72.88 pour 100.
- Acide carbonique...............................12.30 —
- Oxyde de carbone............................... 2.54 —
- Acide sulfhydrique............................. 6.70 —
- Divers......................................... 4.58 —
- Comme on le voit, le gaz est constitué en majeure partie d'hydrogène protocarboné (gaz des marais) ; il brûle avec une flamme bleuâtre. Outre les éléments asphyxiants (hydrogène carboné et acide carbonique), il renferme des éléments toxiques (oxyde de carbone et acide sulfhydrique), et effectivement, un animal de petite taille, introduit sous une cloche pleine de gaz, périt instantanément. Un des membres de la Commission, en présence de 1a. composition de ces gaz, avait émis des craintes au sujet des dangers immédiats que pouvait faire courir à la santé publique leur dégagement permanent; mais, après discussion, la majorité de la Commission n’a pas cru devoir partager ces craintes. Il a été fait observer que les gaz dégagés étaient immédiatement dilués dans une masse d’air considérable ; qu’aucun fait n’était venu révéler l’imminence d’un danger quelconque résultant de ces émanations ; que les agents du service des égouts ou des vidanges n’étaient sujets à aucune affection grave spécialement due aux miasmes qu’ils respirent journellement ; que, du reste, si les plaintes des riverains de la Seine étaient incessantes et de plus en plus vives au sujet de la qualité des eaux du fleuve, on ne trouvait aucune trace de plaintes relatives à l’altération de l’atmosphère, et qu’au contraire les rives de la Seine à Argenteuil, Bezons, Cbatou, Bougival, garnies de maisons de campagne, avaient une réputation d’air pur qu’elles ne sauraient conserver si des affections spéciales les avaient envahies.
- La Commission a donc été d’avis qu’en l’étaî actuel des choses rien ne portait à croire que les gaz dégagés de la Seine eussent une action immédiate et directe sur la santé publique. Il va, du reste, de soi que toute solution applicable à l’assainissement du fleuve entraînera l’enlèvement des eaux infectes du cours même de la Seine et fera ainsi disparaître les éléments de la fermentation, et par suite les gaz méphitiques qui en sont la conséquence.
- Causes de Vinfection de la Seine.
- 1° Causes prédominantes; eaux des collecteurs, leur cube journalier, leur composition. — L’étude de l’état du fleuve, que vient de présenter la Commission, montre clairement quelles sont les causes prédominantes de l’infection du fleuve : ces causes sont évidemment l’afflux des eaux d’égout de Paris. Sans insister, par conséquent, sur
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- des recherches détaillées, faites sur les eaux d’égout dans des rapports spéciaux par les ingénieurs du service municipal de la ville de Paris, la Commission terminera la première partie de son travail par la citation de quelques chiffres qui permettront d’apprécier ces eaux prises isolément, avant leur mélange aux eaux du fleuve; ces chiffres seront la preuve , en quelque sorte mathématique , de l’influence que doit forcément exercer l’afflux continuel de matières décomposables dans un courant originairement pur, influence que la Commission a effectivement décrite et étudiée dans son examen de l’état du fleuve.
- Le réseau des égouts de Paris, qui, en 1856, ne comptait que 160 kilomètres, comprend aujourd’hui 573 kilomètres d’égout public et atteint, avec ses annexes, 771 kilomètres. Ce vaste réseau réunit les eaux de pluie, les eaux ménagères, les eaux vannes des tinettes-filtres et des urinoirs publics, une partie des balayures des rues, etc.
- Les deux bouches de Clichy et de Saint-Denis versent en Seine un cube journalier moyen d’environ 260 000 mètres cubes, soit à peu près 3 mètres cubes à la seconde, dont les quatre cinquièmes à Clichy ( 2mc. 500 ) et le cinquième à Saint-Denis (0mc.500) ; c’est, par an, un cube total de 95 millions de mètres cubes d’eaux impures versées en Seine; ce chiffre atteindra prochainement 100 millions après l’achèvement des travaux de la Vanne. Comme il a été exposé ci-dessus, cet afflux de matières étrangères se traduit par des atterrissements solides et par la pollution des eaux. En effet, chaque mètre cube déversé à Clichy contient, en moyenne, 1 k. 28 de matières solides; à Saint-Denis, nous avons 1 kilog. 5k de matières solides. Chaque année, le collecteur de Clichy encombre ainsi de 100 000 tonnes de matières solides le lit du fleuve, et le collecteur de Saint-Denis de 25 000 tonnes, soit 125 000 tonnes en tout. Et ces dépôts n’ont pas le seul inconvénient d’encombrer le lit ; ils renferment 10 à 25 p. 100 de matières organiques avec 0 k. k à 0 k. 6 d’azote p. 100. Ils sont donc susceptibles de subir les décompositions ultérieures que manifestent les eaux de la Seine. Ils ne renferment, du reste, qu’une fraction des éléments décomposables apportés par les collecteurs, car, à Clichy, l’eau totale d’égout, outre 1 k. 28 de matières solides, renferme 0 k. 82 de matières dissoutes, et l’ensemble, qui représente un poids de 2 kil. 10 par mètre cube, dose :
- 0 k. 040 d’azote.
- 0 k. 660 de matières volatiles ou combustibles organiques en grande partie.
- 1 k. 400 de matières minérales.
- Total. 2 k. 100
- A Saint-Denis, au 1 k'. 54 de matières solides s’ajoute 1 k. 92 de matières organiques dissoutes, soit, en tout, 3 k. 46, dosant :
- 0 k. 140 d’azote.
- 1 k. 380 de matières volatiles ou combustibles.
- 1 k. 940 de matières minérales.
- Total, 3 k, 460
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- L’influence des matières de vidange se traduit ici par une dose d’azote trois fois et demie plus forte qu’à Clichy et une dose double de matières volatiles et combustibles. On comprend donc la recrudescence d’altération qu’apporte en Seine le collecteur départemental, puisque, tout en ne représentant en volume que le cinquième du collecteur de Clichy, il représente, par son infection spéciale manifestée par son azote, les 0,7 du même collecteur au point de vue de la pollution de la rivière.
- Ces quelques chiffres suffisent pour caractériser chimiquement les deux affluents qui viennent infecter la Seine en aval de Paris. Il n’est, du reste, pas inutile de remarquer que le débit total du fleuve n’étant guère que de 45 mètres en étiage, soit quinze fois seulement le débit du collecteur, et la vitesse en Seine descendant alors à quelques centimètres (0m,13 constatés en étiage en 1869) par suite du fonctionnement des barrages établis à Suresnes et Bezons, les eaux d’égout de Paris se trouvent déversées dans une sorte de bassin sans vitesse, où elles rencontrent toutes les conditions les plus favorables à leur décomposition.
- Il serait injuste de ne pas ajouter qu’avec les conditions nouvelles introduites dans les allures de la Seine par la généralisation des barrages les effets d’infection constatés aujourd’hui au-dessous de Clichy se produiraient sans la création des collecteurs dans la traversée même de Paris et dans la riche banlieue de Sèvres, Saint-Cloud, Neuilly, Courbevoie. Les grands collecteurs assainissent donc les parties les plus populeuses de l’agglomération parisienne; ils concentrent l’infection des eaux d’égout, mais saris l’accroître, et ils offrent même par cette concentration, ainsi qu’il sera exposé plus loin, la possibilité de remédier à leurs propres inconvénients; il serait absolument impossible de songer à un remède de quelque efficacité avec l’ancien système des bouches d’égout multiples réparties sur chaque rive.
- 2° Causes secondaires. Petits égouts ; eaux industrielles. — A ce sujet, plusieurs membres ont attiré l’attention de la Commission sur les causes d’infection qui subsistent encore en amont même du débouché des collecteurs ; ces causes sont certainement secondaires à l’heure présente, en regard de l’afflux considérable des collecteurs; elles ne produisent pas d’altération bien profonde du fleuve, et des prises d’eau pour l’alimentation publique peuvent fonctionner sans inconvénient pratique à Choisy, au pont d’Austerlitz, à Chaillot, à Suresnes. Mais déjà, d’après les recherches d’un membre de la Commission, M. Boudet, on constaterait à la traversée de Paris une diminution sensible dans l’aération des eaux de la Seine, corollaire de l’existence d’une dose non négligeable de matières organiques. On trouverait, en effet, dans un litre d’eau de Seine les quantités suivantes d’oxygène (centimètres cubes) :
- Amont de Paris.
- Amont de Corbeil...........................................9,32
- Aval de Corbeil...................*........................8,77
- Barrage d’Evry.............................................7,53
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- Choisy-le-Roi...........................,..................7,52
- Barrage du Port-à-1’Anglais................................8,80
- Pont d’Ivry................................................ 9,50
- Azote organique, 0 gr. 53 par mètre cube.
- Traversée de Paris.
- Pont de la Tournelle.......................................8,05
- Viaduc d’Auleuil...........................................5,99
- Azote organique, 0 gr; 56 par mètre cube.
- Aval de Paris.
- Pont de Billancourt......................................... 5,59
- Pont de Sèvres. ............................................. 5,40
- Pont d’Asnières...............................................5,34
- Azote organique, 0 gr. 85 par mètre cube.
- On aperçoit une diminution d’oxygène vers Choisy-le-Roi, un accroissement après la chute du barrage de Port-à-l’Anglais, puis une diminution progressive à la traversée de Paris, et au delà jusqu’à Asnières. Les rives de la Seine, malgré l’immense service que leur rendent les collecteurs, restent, en effet, soumises aux causes suivantes d’altération :
- Au-dessus de Corbeil, eaux industrielles de l’Essonne.
- En amont de Paris, de Choisy-le-Roi aux fortifications :
- 10 établissements insalubres, tels que : féculerie, maroquinerie, lavage de feutres et de laines, teintureries, fabriques de produits chimiques, de caoutchouc, de pou-drette, usines métallurgiques ; plus 6 égouts amenant en Seine les eaux des communes de Choisy, Maisons. Charenton, Vitry, Ivry.
- Dans la traversée de Paris, 15 égouts de rive non encore réunis aux collecteurs, plus les égouts des îles de la Seine et les bateaux à lessive, ces derniers au nombre de 24, déversant, chaque année, en Seine 176 tonnes de sel de soude et 132 tonnes de savon.
- En aval de Paris, jusqu’à Asnières, 10 égouts faisant le service des communes de Billancourt, Sèvres, Suresnes, Puteaux, Neuilly, Courbevoie, Asnières ; ces égouts sont souvent chargés d’eaux industrielles, et l’un d’eux, formé de l’ancien ru de Marivel recouvert, déverse sur la rive droite du fleuve les eaux vannes du dépotoir de la ville de Versailles. De Clichyà Saint-Denis, on voit même s’ajouter à l’action des collecteurs celle de 7 égouts (Clichy, Saint-Ouen, Saint-Denis) et 15 usines, fabriques de produits chimiques, savons, bougies, gants, colle, féculeries, tanneries, etc. Enfin, la Commission a constaté, dans sa tournée du 11 octobre, l’afflux infect que le Croult déverse à Saint-Denis, après avoir servi d’exutoire aux nombreuses usines de la localité.
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- La Commission ne pouvait négliger absolument ces faits secondaires d’infection ; si aujourd’hui ils laissent la Seine suffisamment pure avant les collecteurs, s’ils sont en quelque sorte masqués par les faits prédominants dus aux eaux de ces collecteurs, ils pourraient, par leur multiplication, reproduire sur une échelle restreinte les inconvénients que la Commission vient d’analyser au-dessous de Clichy. Déjà leur influence semble se faire sentir sur l’aération de l’eau de la Seine dans la traversée de Paris ; il convient donc de signaler ces exutoires secondaires et de leur appliquer, soit directement, soit par la réunion aux collecteurs développés, es procédés d’épuration que la Commission se propose actuellement d’examiner et d’apprécier dans la seconde partie de son travail. [A suivre.)
- EXPOSITION DE VIENNE.
- LES MACHINES A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE EN 1873, PAR M. TRESCA, MEMBRE DU JURY INTERNATIONAL (1).
- Générateurs.
- Si l’on voulait asseoir un jugement sur l’état actuel de la construction des chaudières à vapeur, d’après un examen attentif des nombreuses dispositions de générateurs représentées à l’Exposition de Vienne, ce jugement serait étrangement erroné. Autant les industriels doivent rechercher des combinaisons simples, d’un service et d’un entretien faciles, autant les exposants se sont efforcés de compliquer les leurs outre mesure et de mille manières différentes. Us cherchent bien à expliquer le motif de chaque singularité, mais, leurs dires n?étant appuyés d’aucun résultat expérimental vraiment probant, la seule conséquence à tirer, suivant nous, de cette curieuse et fâcheuse diversité consisterait à n’y attacher aucune importance, malgré le titre assez pompeux dé économiseur dont plusieurs appareils se trouvent décorés.
- Nous avons vainement cherché à tirer de leur examen, tout au moins, une notion exacte de la tendance dominante ; mais il semblerait que l’on a sacrifié sans raison et sans discernement au seul but, suivant nous bien secondaire quant aux chaudières fixes, de multiplier autant que possible l’étendue de la surface de chauffe par rapport à l’espace occupé. N’est-ce pas assez déjà d’employer souvent la construction tubulaire dans bien des cas où elle est plus nuisible qu’utile, sans recourir à toutes ces dispositions qui ne sauraient manquer d’en rendre encore l’effet moins satisfaisant?
- C’est en Autriche qu’ont pris naissance plusieurs des procédés destinés à éviter les incrustations dans les chaudières à vapeur. Les eaux de la ligne du Semmering en
- (1) Voy. cahier de juillet 1875, p. 361.
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- particulier sont calcaires, et l’on a dû rechercher les meilleurs moyens de les employer sans inconvénient au service des locomotives ; l’expérience a déjà été faite du bon emploi préalable d’un lait de chaux, pour précipiter le carbonate de chaux ; mais il fallait jusqu’ici recourir à l’installation de très-grands bassins, dans lesquels l’eau devait séjourner longtemps avant d’être décantée. M. Berenger a évité cet embarras par l’adoption d’un filtre fermé, dont le fonctionnement est grandement facilité par un jeu de pressions agissant de la manière la plus satisfaisante.
- Le cylindre filtrant est simplement garni de petit coke et de copeaux de bois, matières qui peuvent être enlevées facilement et lavées aussitôt qu’il est nécessaire, de manière à servir plusieurs fois.
- Nous avons vu les appareils de M. Berenger en fonction régulière, dans les stations intermédiaires du Sud-Bahn ; un simple manœuvre détermine, au moyen d’une éprouvette graduée, la proportion du lait de chaux qu’exige l’état actuel des eaux qui doivent servir à l’alimentation, et il règle, en conséquence, le fonctionnement de ses appareils. On trouvera, d’ailleurs, dans une excellente note de M. Gottschalk, à l’obligeance duquel nous sommes très-redevable pour toutes les indications qu’il a bien voulu nous donner pendant notre séjour à Vienne, toutes les données suffisantes pour démontrer que ce procédé est devenu, sur cette ligne, absolument pratique.
- Petits moteurs.
- Nous savions déjà que les moteurs à air chaud d’une puissance inférieure à celle d’un cheval avaienteu, en Allemagne, sous la forme de la machine d’Éricson, un certain succès; mais il était assez facile de prévoir que l’avantage devait, en définitive, rester aux machines à simple déplacement d’air, analogues à celles que M. Laubereau a construites et fait construire. La plupart des laboratoires des écoles polytechniques allemandes sont maintenant pourvus de petits moteurs de Lehmann, qui fonctionnent utilement avec une grande régularité. Nous attendons toutefois, pour nous prononcer en parfaite connaissance de cause sur cette machine, que nous ayons fait des expériences assez prolongées sur le modèle dont nous avons fait l’acquisition, pour le Conservatoire, à l’Exposition.
- En ce qui concerne les machines à gaz, la disposition à simple effet de MM. Otto et Langen s’est montrée dans la pratique ce qu’elle était à l’Exposition de 1867 ; on peut toujours lui reprocher la trop grande promptitude de ses mouvements, ainsi que le bruit de ferraille qui est la conséquence de son mode d’action; mais elle n’en a pas moins réduit la consommation de gaz à la moitié de la dépense qu’exige encore le moteur Lenoir : 1200 litres par force de cheval et par heure au lieu de 2 400. Elle n’a, depuis lors, donné lieu à aucune amélioration.
- M. Fontaine obtient facilement 5 à 6 kilogrammètres par seconde de sa petite machine à vapeur chauffée au gaz; mais il est loin d’arriver, pour ce faible travail, aux mêmes
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- résultats économiques que MM. Otto et Langen. Ses six becs de gaz ne dépensent pas moins de 600 litres par heure, soit, au prix du gaz à Paris, 18 centimes. Quelque élevé que soit ce chiffre, le moteur domestique de M. Fontaine, dont le générateur contient assez d’eau pour satisfaire au plus long travail que l’ouvrier puisse faire entre ses repas, et qui règle automatiquement l’énergie des flammes de chauffage d’après le travail à développer, doit être considéré comme une très-jolie solution de ce problème ; elle serait encore plus pratique si la vitesse du régime était moindre, et si les organes étaient réglés de manière à développer au moins 10 kilogrammètres par seconde.
- Il y avait aussi à l’Exposition quelques petites turbines servant au même objet; mais il convient de citer plus particulièrement les petits moteurs caloriques de M. Siemens, très-curieux, sans doute, en ce que quelques becs de gaz suffisent pour mettre facilement en mouvement d’assez grandes masses ; mais il suffisait de chercher à les arrêter avec la main pour se convaincre que l’auteur en est encore à la période de recherche, et non à celle de la réalisation industrielle et vraiment pratique.
- Locomotives.
- Les locomotives ont été plus particulièrement examinées par M. H. Schneider, qui était, avec nous, membre du jury du groupe XIII, et elles doivent l’être plutôt au point de vue des tendances générales de l’exploitation des chemins de fer en Allemagne qu’à celui d’une comparaison à établir entre les différentes dispositions qu’elles présentent par rapport aux types auxquels nous sommes habitués en France.
- Jamais si nombreuses locomotives ne s’étaient trouvées ensemble dans une exposition ; jamais non plus les différents types n’avaient pu aussi bien être comparés, au point de vue de leurs destinations diverses, devenues plus variées par suite de la nécessité de desservir des rampes de plus en plus inclinées et plus longues. L’exécution des locomotives est presque partout irréprochable, et l’on peut dire qu’à part la discussion des systèmes il n’est aucune branche de l’industrie mécanique qui dénote la même perfection et le même progrès.
- Entre toutes ces machines, cependant, on a reconnu, pour ainsi dire d’une voix unanime, que la locomotive du Greuzot remplissait le mieux toutes les conditions de l’exécution la plus parfaite : bon choix de matériaux suivant la destination des différentes pièces, avec prépondérance des diverses qualités d’acier pour celles qui fatiguent le plus, grande correction de dessin, et surtout reproduction, en quelque sorte géométrique, de toutes les surfaces avec une perfection que l’on est loin de rechercher ordinairement dans les constructions d’une machine ; tels sont les mérites qui distinguent tous les produits de l’usine du Creuzot à l’Exposition. Bien que cette extrême perfection ne soit pas précisément exigée ni même réalisable dans les engins qui doivent seulement répondre aux conditions pratiques de leur emploi, on ne saurait cependant que louer ce tour de force, qui a, sans doute, exigé bien des rebuts et bien Tome II. — 74e année. 3e série. — Septembre 1875. 67
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- des réfections; mais il était bon de montrer jusqu’à quel degré d’exactitude il est possible de parvenir dans les grandes usines. Nous avons bien souvent regardé, par leur réflexion sur les parties planes ou courbes, les lignes de la toiture de la salle des machines, et nous avons toujours été surpris de l’exactitude de ces images et de l’exactitude de leurs déformations.
- Ces caractères étaient peut-être plus manifestes encore dans une petite machine-pilon, à deux cylindres, avec réservoir intermédiaire, construite pour le service d’un atelier, sur le même principe que les machines de bateau les plus récentes. On en pourrait peut-être discuter la destination, mais non la disposition et le fini du travail. Le bâti en fonte de cette machine avait ses principales arêtes arrondies, et, sans doute pour mettre en évidence la qualité de la fonte, on était parvenu à les polir à ce point que l’on ne saurait mieux les comparer qu’aux plus beaux spécimens des petites pièces de la fonderie américaine.
- Il faut ajouter que cette excessive perfection était évidemment une coquetterie des habiles directeurs du Creuzot, qui ont tout fait depuis plusieurs années pour placer au premier rang tous leurs produits métallurgiques.
- L’Angleterre n’avait exposé aucune locomotive; mais ces machines étaient nombreuses en Autriche et en Allemagne; la Belgique aussi se faisait remarquer par quelques beaux types, et particulièrement par une grande locomotive système Meyer, de la construction de la compagnie belge de matériel à Bruxelles, à laquelle le jury n’a peut-être pas rendu pleine justice.
- Le nombre des locomotives à l’Exposition était assez considérable ; on comptait 40 machines de grande exploitation et 7 machines de manœuvres on de mines. Sur les 40 premières, l’Allemagne et l’Autriche n’en présentaient pas moins de 26 ; au total, 33, avec les machines secondaires. Les autres machines étaient réparties delà manière suivante : Angleterre, 2; France, 3 ; Italie, 1 ; Belgique, 6 ; Russie, 2.
- On voit, par ces chiffres, avec quelle prépondérance les intérêts locaux étaient représentés ; mais les machines répondant à des buts divers constituaient vraiment pour l’Autriche et pour l’Allemagne une exposition d’un grand intérêt, où une étude quelque peu attentive faisait tout d’abord reconnaître une diversité à laquelle nous sommes très-peu habitués. C’est qu’en effet les chemins de fer, en France et en Angleterre, ne présentent pas les mêmes contrastes, soit sous le rapport des courbes et des rampes, soitsous le rapport des faibles vitesses dont on se contente sur beaucoup de lignes de l’Europe centrale. Parmi les machines diverses, 11 portaient seulement quatre roues accouplées, 10 en portaient six, et seulement 4 avaient huit roues accouplées. Cette simple énonciation montre que l’on peut se contenter, sur une grande partie des lignes allemandes, d’une moindre adhérence dans un grand nombre de cas; et, cependant, c’est là encore que se rencontrent les locomotives de montagne, destinées à franchir les hauts sommets du Brenner et du Semmering.
- Nous indiquerons en quelques mots les conditions les plus caractéristiques de nos
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- trois locomotives françaises, pour les comparer ensuite aux machines étrangères; elles étaient exposées par le Creuzot, par MM. Claparède et comp., de Saint-Denis, et par la compagnie de Fives-Lille ; mais il nous est impossible de ne pas considérer pour française, tout au moins par son inventeur, la machine Meyer, exposée par la compagnie belge dontM. Évrard est le directeur.
- La machine du Creuzot, à huit roues accouplées, construite pour la compagnie du midi de la France, était la plus puissante de toutes celles qui figuraient à l’Exposition. Nous pouvons la citer en toute assurance la première, parce qu’elle a excité au plus haut point l’admiration des constructeurs, tant par le fini exceptionnel des diverses parties du travail que par l’appropriation parfaitement logique des matériaux employés à la confection de chacun des organes essentiels. Nulle part on n’avait encore fait un pareil chef-d’œuvre, dont l’exagération même démontrait à première vue l’ensemble des ressources de cette habile et puissante compagnie.
- La locomotive du Creuzot, qui ne pèse pas moins de 55000 kilog. en charge, a été disposée pour fonctionner sur rails en acier, avec pente de 30 millimètres et courbes de 250 mètres. Elle présente, pour l’introduction parle dessus de la boîte à feu intérieure, une très-bonne disposition : un tiroir d’équilibre facilite la mise en fonction du tiroir principal, et l’alimentation n’est pas confiée seulement à un injecteur, qui, en cas de non-fonctionnement, peut être suppléé par une pompe; un jeu notable est donné à l’essieu d’avant età l’essieu d’arrière, qui peuvent se déplacer de 20 millimètres; l’inclinaison des bielles est facilitée par une articulation verticale qui doit bien fonctionner ; le frein à contre-vapeur, dont la généralisation était si bien affirmée à l’Exposition de Vienne, n’a pas empêché les constructeurs d’y joindre un frein à vis, ce qui, aux divers points de vue, permet de faire remarquer que cette locomotive est pourvue à l’excès de toutes les ressources offertes par l’état actuel de nos connaissances.
- La locomotive de MM. Claparède et comp., d’un fini en apparence beaucoup moins satisfaisant, présente quelques particularités qu’il convient de faire remarquer. Arrivée tard à l’Exposition, à peine mise en place au moment du passage du jury, et couverte de la poussière de la route, elle a peut-être trop eu à souffrir du voisinage de l’élégante construction du Creuzot. Le fait est qu’elle avait en quelque sorte été prise en service courant, et qu’elle se présentait, en outre, avec ce défaut capital : l’absence absolue de notoriété de l’établissement dont elle provenait dans la construction des locomotives, dont l’usine de Saint-Denis ne s’occupe que depuis un an. Successeur des traditions de Cavé, M. Claparède est un mécanicien qui ne donne à chaque pièce, suivant la méthode anglaise, d’autre soin que celui qui est commandé par les conditions de résistance et de bon fonctionnement; les gros œuvres sont laissés bruts; les ajustements seuls sont traités avec toute la précision nécessaire. Cette machine, à six roues accouplées et à très-grande chaudière, reproduit un des types étudiés par M. Forquenot pour la compagnie d’Orléans.
- Cette machine est notablement plus légère, à égalité de surface de chauffe, que la
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- plupart des machines allemandes, et elle est surtout très-étudiée au point de vue de l’aménagement de la plate-forme et de la facilité pour le mécanicien de faire toutes les visites dans les meilleures conditions de sécurité.
- La locomotive de Fives-Lille est d’un tout autre type, et son intérêt particulier réside en ce qu’elle fait partie d’une série de machines analogues, dont le poids varie de 36 à 12 tonnes, et qui sont étudiées, suivant la méthode inaugurée par M. Houel, dans les constructions de M. Cail et comp., avec des éléments tout semblables et pouvant, dans certains cas, être substitués les uns aux autres suivant les besoins.
- Le modèle exposé, du poids de 12 tonnes seulement, a déjà été mis en service courant, soit dans l’industrie sucrière, soit pour desservir des mines, soit enfin sur quelques lignes de réseau secondaire 5 il reproduit presque exactement les types français de grand modèle, avec chaudière de forme Crampton. Quoique les six roues soient accouplées, ce qui permet l’emploi de rails très-légers, celles du milieu sont dépourvues de boudins, de manière que le passage se fait très-facilement dans des courbes de 100 mètres de rayon.
- On peut dire de cette machine qu’elle inaugure la fabrication usuelle de la locomotive de petite exploitation, d’après un type bien choisi, présentant, malgré les variations nécessaires pour s’adapter aux différents besoins, la constance de dispositions principales bien appropriées.
- Si cette machine n’avait été englobée dans le grand ensemble formé par l’exposition de Fives-Lille, elle aurait certainement attiré par elle-même l’attention du jury.
- Quant à la locomotive système Meyer, construite par M. Évrard, avec la collaboration de l’invenventeur de ce système, à 2 groupes de six roues accouplées, elle ne paraît pas, malgré sa bonne exécution, avoir répondu d’une manière complète aux espérances qu’avait données celle qui a fonctionné sur certaines parties du réseau français et qui est encore en service de location sur l’un de nos chemins de fer. Il est cependant bien logique, lorsqu’une grande adhérence est nécessaire, de recourir à l’emploi d’un plus grand nombre de roues accouplées pour satisfaire aux conditions les plus extrêmes de a traction, sans pour cela surcharger les rails outre mesure. Peut-être n’a-t-on pas assez tenu compte à notre compatriote des efforts si persévérants et déjà couronnés de succès qu’il a faits dans cette direction.
- Il ne saurait entrer dans nos vues, en rédigeant cette note, de décrire toutes les autres machines exposées. Nulle part nous n’avons trouvé la preuve que la France fût en arrière dans la construction des locomotives; on remarque chez elle, au contraire, un parti plus arrêté dans les principes de sa construction. En Allemagne et en Autriche, les solutions sont plus variées, par suite des différences plus tranchées du problème à résoudre ; il y a donc un peu plus de liberté, de fantaisie même, dans le plan des diverses machines, qui sont d’ailleurs exécutées partout avec la sévérité que comportent des engins auxquels est attachée la vie même des voyageurs. Quant à l’Angleterre, elle se faisait remarquer par un parti pris plus accentué encore qu’en France ; de sorte que c’est bien dans
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- l’Europe centrale que l’on doit chercher tout au moins l’application la plus variée des diverses solutions proposées ailleurs. Nous nous bornerons à l’indication des faits caractéristiques.
- La Russie et l’Italie n’en sont qu’à leurs débuts dans la construction des locomotives; la Belgique, au contraire, doit être comptée, sous ce rapport, au nombre des nations les plus expérimentées et les plus habiles ; l’activité de son industrie lui permet de fournir ses machines à tous les chemins de fer du continent européen.
- On peut affirmer qu’une tendance générale se manifeste vers les grands foyers et surtout les grandes grilles ; il en résulte que les chaudières sont souvent placées en porte-à-faux: cette disposition pouvait se remarquer fréquemment à l’Exposition.
- En même temps que la surface de chauffe augmente, on atteint aussi des pressions plus élevées, et il n’est pas rare de rencontrer des machines fonctionnant régulièrement à 10 atmosphères.
- La galerie de l’Exposition était fort curieuse au point de vue des dispositions prises soit pour le chauffage au bois ou à la tourbe, principalement en Russie et en Autriche, soit quant à l’agencement des pare-étincelles, auxquels, comme on le sait, on attache, plus que jamais, une grande importance.
- La plupart des chaudières sont munies de portes pour l’expulsion des escarbilles, et de soupapes spéciales de remplissage ; l’éclairage des manomètres est certainement une disposition à recommander.
- L’adoption du frein à contre-vapeur est presque générale; l’usage des injecteurs, parmi lesquels le système Friedmann a la prépondérance, est plus général encore.
- En ce qui concerne le châssis de la machine, les longerons formant paroi de la caisse à eau, de M. Krauss, ont un grand succès; mais on remarque surtout une grande simplification, presque un abandon, des articulations, qui ne semblent plus aussi nécessaires pour le passage des courbes.
- On paraît attacher plus d’importance qu’elle n’en mérite peut-être à l’emploi des bielles évidées de manière à en réduire le poids, et plusieurs constructeurs se sont très-logiquement attachés à exécuter presque entièrement ces pièces sur le tour. Les fusées-manivelles de Hall, quoique représentées à l’Exposition, n’ont plus, aujourd’hui, le succès que leur avaient fait les machines allemandes, depuis que M. Gottschalk leur a reproché avec raison de donner lieu à des fissures cachées, dont on ne peut connaître le plus souvent l’existence qu’après un accident.
- Comme disposition de détail, on peut encore indiquer une certaine tendance vers l’emploi des joints métalliques en cuivre, et surtout vers les bourrages métalliques, auxquels on n’a pas cru d’abord, et qui donnent cependant de très-bons résultats.
- Nous ajouterons, en terminant, qu’il serait inutile d’entrer dans des indications plus techniques au sujet des locomotives, qui ont été très-bien décrites et appréciées dans un ouvrage spécial de MM. Deghilage et Morandière, auquel nous avons emprunté nous-même quelques-unes des indications qui précèdent.
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- En Autriche, encore plus qu’en France,1 on se préoccupe de développer, par tous les moyens, la puissance des machines locomotives en augmentant la surface de grille et la surface de chauffe, ce qui exige des chaudières relativement grandes et d’une installation compliquée. Bien que l’on porte quelquefois à 12 000 kilogrammes la charge des essieux.moteurs, on ne tend pas à confondre le tender avec l’appareil moteur, dont le poids devient suffisamment grand pour assurer une adhérence convenable. Sur les profils très-accentués des voies à grandes rampes, celles de 30 à 35 millimètres par exemple, les tableaux des marches des trains sont étudiés spécialement pour utiliser sur les alignements en palier ou en pente la vitesse maximum, et à réduire cette vitesse dans les parcours les moins favorables. L’application mieux entendue de ce principe permet aux machines de développer toute leur puissance d’une manière plus régulière et plus complète.
- On trouvera, dans le travail déjà cité de M. Gottschalk, de précieuses indications sur le nouveau matériel construit et exposé par sa compagnie, notamment sur les machines à huit roues couplées, dans lesquelles il a complètement renoncé, avec raison, au système de Hall.
- Wagons.
- Les wagons princiers ne doivent pas être considérés avec indifférence; ceux de M. Évrard et de la Compagnie du Sud de l’Autriche étaient d’une très-remarquable exécution, et le temps viendra où les principales dispositions aujourd’hui créées pour le confort de certains voyageurs exceptionnels se réaliseront, dans leurs conditions les plus essentielles, dans les voitures à usage commun : le chauffage, le couchage, le service de l’eau, de la ventilation, des lieux d’aisances, tout autant de nécessités qui ont déjà trouvé leur solution populaire en Amérique, et qui ne manqueront pas de s’imposer avant vingt ans dans la plupart de nos voies de fer du continent.
- Contre-vapeur.
- L’un des diplômes d’honneur attribués à la France a été donné à M. Le Ghatelier, dont l’influence a été grande dans le développement des chemins de fer autrichiens. Il y a eu tout à la fois, dans cette distinction accordée à l’éminent ingénieur, un juste souvenir d’une collaboration précieuse et une appréciation définitive sur l’emploi que nous lui devons de la contre-vapeur, dont l’application est destinée à devenir tout à fait générale dans l’exploitation des chemins de fer, comme constituant le moyen d’arrêt le plus immédiat et le plus sûr.
- Il ne suffit pas, en effet, de faire cesser, à un moment donné, la communication entre les cylindres et la chaudière, de manière à interrompre tout développement du travail moteur, soit pour les arrêts, soit pour le service dans les pentes ; il fallait encore
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- opposer au travail déjà emmagasiné dans le train en vitesse un travail de résistance d’autant plus considérable que le premier travail est plus grand.
- A cet effet, on avait déjà proposé de transformer chacun des cylindres en pompe à eau ou à air, et il suffisait, pour cela, de changer les conditions de la distribution, en forçant le piston à aspirer le fluide dans un sens et à le refouler au retour, soit à l’extérieur, soit dans un réservoir à grande pression. Des réservoirs destinés à cet objet, et dans lesquels l’air refoulé se comprimait, ont été installés sur quelques machines; maison comprend tout de suite combien leur installation était difficile et encombrante sur les plates-formes des locomotives ou des tenders, où la place est encore plus encombrée que dans les chambres des navires. Dans cette disposition, la rotation des roues motrices sur le sol, en vertu de la vitesse acquise, déterminait, par l’intermédiaire des manivelles, les déplacements alternatifs du piston, qui faisait ainsi fonctions de piston de pompe.
- M. Le Chatelier a eu l’idée de se servir de la chaudière même de la machine comme réservoir de compression, en même temps que la machine servait de pompe ; mais il fallait éviter, dans ces conditions, que la pression dans la chaudière ne dépassât, pendant ce fonctionnement inverse de l’appareil, la pression pour laquelle cette chaudière était construite, et cette condition fut réalisée tout d’abord en y refoulant seulement de la vapeur, vapeur qui provenait elle-même de la chaudière au moment où elle s’échappait dans la cheminée, par suite de la libre communication établie dans certaines positions des organes de distribution.
- Dans la marche directe, la vapeur pousse le piston et est rejetée par lui dans la cheminée lorsque son mouvement change de sens. Dans la marche à contre-vapeur, le piston, entraîné, comme il a été dit, parla rotation des roues, aspire les gaz de la cheminée sans grand effort et les refoule dans la chaudière, refoulement qui exige une dépense de travail d’autant plus grande que la pression y est plus élevée.
- Si le fluide ainsi refoulé était seulement de l’air et de la fumée, cet air se cantonnerait dans la chaudière et la pression y augmenterait constamment; aussi tous les efforts des ingénieurs ont-ils été dirigés vers les moyens à employer pour obtenir qu’au moment de l’aspiration la cheminée ne contînt autre chose que de la vapeur.
- A cet effet, M. Le Chatelier a tout d’abord recommandé de laisser sortir de la chaudière de la vapeur aqueuse, c’est-à-dire mélangée d’eau, qui, au moment où elle s’échappe, balaye pour ainsi dire la cheminée et n’y laisse place que pour de la vapeur. On a d’abord employé de la vapeur seule, puis on y a joint une petite injection d’eau; mais le procédé qui réussit incontestablement le mieux, c’est la sortie de l’eau seule, qui se vaporise rapidement au moment où elle devient libre, laissant ainsi devant l’orifice d’aspiration un mélange d’eau condensée et de vapeur très-propre à remplir le rôle qui lui est assigné.
- Le travail dépensé à comprimer le fluide introduit dans le cylindre donne lieu, pendant cette compression, à une élévation de température qu’il est nécessaire de com-
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- battre par tous les moyens ; les cylindres s’échauffent, les pistons grippent, les organes de distribution se détériorent, si les précautions convenables ne sont pas prises, et il est maintenant bien démontré que l’injection presque exclusive de l’eau dans la cheminée est le moyen le plus efficace de combattre ces graves difficultés.
- La plupart des chemins de fer ont, à l’imitation de M. Le Ghatelier, introduit l’emploi de la contre-vapeur dans leur pratique usuelle ; ils en recommandent absolument l’emploi dans les parcours en pente, où il faut combattre, sans risquer de détériorer le matériel par des freins, l’action accélératrice de la pesanteur, en mettant ainsi entre les mains du mécanicien qui conduit la machine les moyens de l’arrêter ou de modérer sa vitesse acquise ; l’emploi de la contre-vapeur facilite l’exploitation, écarte bien des dangers, et résout d’une manière simple le problème le plus important de la grande industrie des chemins de fer.
- Il n’y a eu à Vienne qu’une voix pour décerner à M. Le Chatelier, qui n’était pas exposant par lui-même, un des diplômes d’honneur.
- Locomobiles et machines demi-fixes.
- Les dispositions des machines locomobiles étaient peu variées ; en Angleterre surtout, elles étaient accompagnées d’un grand nombre de machines demi-fixes, présentant, en général, peu d’intérêt, et il ne nous a pas semblé que nous ayons rien à redouter, sous ce rapport, de la concurrence étrangère. On a cependant attaché une grande importance, un peu exagérée suivant nous, à la disposition deM. Schemioth, réalisée dans une machine de M. Ransome, pour alimenter le foyer, comme le serait un hache-paille, par de la paille entraînée par des rouleaux. Sans doute il existe au loin bien des localités dans lesquelles la paille n’a aucune valeur, et où il serait très-désirable qu’elle fût employée comme combustible ; mais ce sera toujours un combustible très-encombrant et d’une amenée si difficile, que le problème ne pourra être réputé pour résolu que par une pratique de quelque durée, sur les lieux mêmes d’exploitation.
- Les locomobiles de MM. Weyher, Loreau et eomp., celles de MM. Maulde, Geibel et Vibart, de MM. Buffaud frères et de MM. Hermann Lachapelle et Glover, étaient certainement supérieures à la plupart des machines allemandes, surtout à celles, très-peu avouables, qui garnissaient la grande annexe des machines agricoles. Le réchauffeur de M. Buffaud et son régulateur automatique d’alimentation méritent d’être particulièrement cités.
- On a beaucoup remarqué un régulateur à force centrifuge, logé dans le volant de la machine locomobile de M. Türner, d’Ipswich ; mais cette disposition, d’un intérêt très-secondaire, diffère à peine de celle que cherche à faire prévaloir, depuis plusieurs années, un de nos constructeurs français, M. Molard, de Charleville.
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- Locomotives routières.
- Les seules machines vraiment pratiques sont celles de MM. Aveling et Porter, de Rochester, et il ne semble pas que les bandages en caoutchouc, si préconisés en ces dernières années, aient réellement réussi d’une manière incontestée ; cette solution ne saurait avoir, suivant nous, une grande utilité.
- La routière de M. Bède, de Belgique, a pu circuler sur des portions de terrain d’une très-grande inégalité ; mais avec ses énormes roues et sa grande masse, elle ne nous permet pas de croire que le constructeur puisse considérer cette disposition pour définitive.
- Le fait le plus saillant sous ce rapport consiste dans l’addition, à ces machines, de grues assez puissantes qui permettent de transporter facilement des pièces assez lourdes, suspendues au crochet de la grue. Il y a là tout un nouveau genre d’emploi des locomotives routières dans les grands chantiers de construction.
- Les machines de bateaux n’étaient naturellement pas nombreuses à l’Exposition, mais elles étaient toutes intéressantes à divers titres. Sans parler du modèle en petit de l’habile constructeur de Greenwich, M. Penn, la plus importante était celle de la compagnie Cokerill, de Seraing, parfaitement étudiée dans tous ses détails et conforme à celles des paquebots qui font le service d’Ostende à Douvres. Ces machines, d’une puissance de 1 500 chevaux effectifs, utilisent une grande détente, et les diagrammes obtenus à l’indicateur démontrent que leur fonctionnement est excellent. Quant à la perfection du travail, elle était digne en tous points de cette importante usine, qui produit elle-même tous les aciers Bessemer employés d’une manière exclusive dans la construction.
- Dans l’un des appareils de la compagnie du Danube, on avait adapté le système composé qui réussit si bien aujourd’hui, et cette compagnie, dont les principaux ateliers sont à Alt-Ofen et qui occupe plus de 3 000 ouvriers, représente, pour la navigation fluviale, le centre d’action le plus considérable. Elle exploite par elle-même et ne possède pas moins de cent navires d’une puissance totale de 15 000 chevaux.
- MM. Escher, Wyss et comp., de Zurich, avaient fait venir sur le Danube un de leurs bateaux suisses, et MM. Claparède et comp. avaient employé le même moyen pour montrer un de leurs petits bateaux de manœuvres, parfaitement équipé et installé, qui devait être utilisé par MM. Castor, Couvreuxet Hersent, dans leurs beaux travaux de la rectification du Danube.
- Enfin MM. Burmeister et Wain, de Copenhague, ont montré par leur machine de 30 chevaux nominaux, à cylindres verticaux et à haute pression, sur le type de leur premier bateau, le Fylla, qu’ils ont su créer, loin des ressources habituelles, une fabrication des plus recommandables. Cette usine isolée n’a pas armé moins de 90 bateaux au total, dont l’un de 60 chevaux.
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- Accessoires des machines à vapeur, *
- Parmi les accessoires de machines à vapeur, nous ne pourrons citer qu’un petit nombre d’objets, bien que cette partie de l’Exposition fût extrêmement intéressante, surtout lorsque l’investigation portait sur les détails de la construction.
- Aucune fabrication de ce genre n’est à comparer chez nous avec celle de MM. Schaeffer et Budenberg, de Magdebourg, dont le catalogue comprend les manomètres de tous genres, d’une exécution très-bien entendue, et plus particulièrement des manomètres étalons soumis à des vérifications soignées ; un très-grand nombre de pièces qui ne font pas chez nous l’objet d’une construction spéciale. Ce n’est là qu’une partie de la fabrication de cette importante maison, qui occupe près de 2 000 ouvriers à construire des pièces détachées, telles qu’injecteurs, régulateurs, valves, robinets, d’après des types très-étudiés.
- Parmi les produits similaires de la France, la fabrication de M. Bourdon, si remarquable qu’elle soit, n’a pas, à beaucoup près, la même importance. Après elle vient celle de MM. Lyon et Guichard, qui se sont ingéniés à modifier un peu les modèles primitifs de baromètres et de manomètres métalliques, en leur donnant, au besoin, de grandes dimensions et en y adaptant des moyens automatiques d’avertissement et d’enregistrement.
- A ce dernier point de vue, nous avons vu fonctionner avec un très-grand intérêt l’indicateur automatique de pression de MM. Ashton et Storey. Installé sur une machine à vapeur de la section autrichienne, il nous a paru additionner avec une grande précision les quantités de travail développées sur le piston pendant un temps assez long. La description de cet ingénieux appareil se trouve dans le Bulletin de la Société des ingénieurs-mécaniciens de Birmingham, année 1871.
- Les régulateurs de machines à vapeur se faisaient remarquer par une extrême variété. Depuis qu’il est parfaitement établi que la disposition primitive do Watt ne répond pas et ne peut répondre à la condition théorique de l’isochronisme, les savants et les inventeurs se sont mieux préoccupés des difficultés de la question, et l’ont plus ou moins résolue, sous des formes intéressantes, mais s’écartant trop souvent de la simplicité désirable.
- Moteurs hydrauliques.
- Bien que les modèles de turbines fussent assez nombreux à l’Exposition, c’est surtout au point de vue des grandes applications qu’il importe de signaler le progrès. Les installations déjà terminées de Schaffhouse, celles en cours d’exécution à Bellegarde, ouvrent à ces excellents moteurs un domaine tout à fait nouveau, pour lequel le concours des transmissions par câbles à longues distances était absolument indispensable. Si, comme il faut l’espérer et comme tout porte à le croire, on parvient à créer dans
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- cette dernière localité un centre industriel pour utilisw la perte du Rhône, il sera démontré que certaines industries tout au moins peuvent avoir avantage à se déplacer pour obtenir à meilleur marché le travail moteur. Comme condition certaine de succès, comment ne pas reconnaître qu’un groupe de turbines de grandes dimensions, installé sur une chute dont la puissance mimimum a été suffisamment jaugée, assure aux usines qu’elles desservent une régularité de fonctionnement sans laquelle toute grande industrie ne peut s’asseoir sur des bases certaines, soit au point de vue de l’économie et de la main-d’œuvre, soit au point de vue de la constance des débouchés ?
- Les plus importants ateliers de construction de la Suisse ont largement traité la question à ce point de vue, et l’on ne saurait trop féliciter MM. Rieter, de Winterthur de l’habileté avec laquelle ils ont étudié tous les détails de ce problème difficile. On ne pourrait citer de meilleurs modèles que les leurs, et leur magistrale exécution est bien faite pour exprimer, dans ses plus extrêmes limites, le degré de perfection auquel les arts mécaniques sont arrivés de nos jours.
- Si les transmissions par câbles sont indispensables pour distribuer le travail ainsi recueilli en un point central sur une étendue de terrain suffisante pour l’installation d’usines appropriées, il convient d’ajouter que l’Exposition de Vienne présentait pour la première fois l’exemple de l’application d’une immense poulie à gorge pinçante, du système Fowler, aux transmissions télo-dynamiques. Cet organe, exécuté par MM. Sulzer, n’avait pas moins de 2.50 mètres de diamètre, et était commandé par une roue dentée plus grande encore, mise en mouvement par une petite machine horizontale et un pignon. Ce mode de transmission convient parfaitement lorsque la vitesse de translation doit être relativement faible.
- Machines servant à la manœuvre des fardeaux.
- Parmi les appareils servant à la manœuvre des fardeaux, nous avons surtout distingué la grue roulante de MM. Bon et Lustreman, qui, en succédant à M. Neustadt, n’ont eu, pour ainsi dire, qu’à compléter l’œuvre de cet éminent ingénieur. L’emploi des chaînes à maillons dans les appareils de levage est destiné à devenir d’autant plus général qu’il permet facilement de satisfaire aux conditions de plus grande portée et de plus grand parcours de la charge. La grue de MM. Bon et Lustreman nous a paru très-supérieure aux autres grues roulantes qui se trouvaient à l’Exposition.
- La belle installation réalisée par M. Sigl, de Vienne, pour une partie des transmissions de mouvement de la galerie des machines, avait permis pour la première fois, dans les galeries d’exposition, d’y faire fonctionner deux ponts roulants munis de tous leurs agrès.
- Quoique d’une bonne exécution, ces derniers appareils, dans lesquels on avait judicieusement fait usage de communication par cordes, pour les embréages et les débréages, ne présentaient aucune innovation bien importante, et étaient peut-
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- être composés d’organes un peu trop lourds par rapport aux charges qu’ils devaient transporter.
- Dans l’exposition de MM. Tangye frères, au contraire, nous avons rencontré quelques dispositions nouvelles et ingénieuses pour approprier au fonctionnement des appareils de manœuvre l’emploi de la pression hydraulique.
- Les appareils de levage de MM. Mégy Etcheveria etBazan, dans la section française, se faisaient, à un autre point de vue, remarquer par un bon agencement de tambours à frein, qui ajoute beaucoup à la sécurité de leur emploi.
- C’est aussi pour la première fois que les ascenseurs figuraient en aussi grand nombre à l’Exposition. Celui de M. Édoux, qui portait les visiteurs au premier étage de la rotonde principale, à une hauteur de 45 mètres, et qui fonctionnait très-régulièrement à l’aide d’une pression hydraulique suffisante, a d’ailleurs dû être apprécié en lui-même, et non pas, comme il aurait été désirable, en comparaison avec celui qui devait lui faire parallèle et qui devait être actionné par une machine locomobile ; cette locomobile était bien disposée pour cet usage, mais l’ascenseur n’a pu être amené à répondre aux conditions de régularité qui devaient permettre de l’entretenir en fonction, comme celui de M. Édoux, pendant toute la durée de l’Exposition.
- Une très-intéressante collection d’ascenseurs de plus petites dimensions, mais représentant, avec quelques dispositions heureuses l’emploi de l’air et de l’eau, ainsi que celui des transmissions mécaniques, avait, d’ailleurs, été installée avec beaucoup de goût par M. Haag, d’Augsbourg, dans la galerie même des machines.
- Pompes.
- L’Exposition de Vienne n’avait pas plus que ses devancières échappé à l’invasion des pompes de toutes sortes ; les Américains surtout en avaient rempli toute une salle, et plusieurs exposants n’avaient pas craint de grouper les leurs en séries interminables, comme on le fait dans les arsenaux pour les collections d’armes.
- La plupart de ces pompes présentaient cependant bien peu d’intérêt.
- Nous n’en excepterons que la pompe Prunier et la pompe Norton.
- M. Prunier, de Lyon, avait fait, pour le service hydraulique de l’Exposition, une très-judicieuse application tout à la fois du principe des pompes à puits fermés de M. Donnet (1) et du principe qui avait précédemment permis à M. Farcot de maintenir toujours le mouvement de l’eau dans un sens unique. L’installation de M. Prunier pouvait être considérée comme un modèle à suivre dans les grandes installations.
- Quant aux pompes Norton, dites instantanées, et qui donnent de l’eau par le seul enfoncement de leur tube dans un sol traversé par des sources, on ne devait pas s’étonner d’en trouver partout à Vienne, puisque la promenade du Prater, sur laquelle
- (1) Voy. Bulletin de 1868, 2e série, t. XV, p. 709.
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- les bâtiments de l’Exposition avaient été construits, appartient tout entière aux allu-vions perméables du Danube.
- L’exposition de M. Letestu était plus remarquable par les dessins de quelques-unes des grandes installations qu’il a précédemment établies que par ses machines, de moindre importance.
- Pompes à vapeur.
- La construction de pompes à vapeur à action directe paraît être l’objet de très-nombreuses dispositions ; on comprend, en effet, que pour le service de l’alimentation des chaudières ou pour d’autres emplois d’importance également secondaire il puisse être commode de recourir à ces appareils relativement simples, mais d’un rendement toujours peu favorable. Tout en comprenant qu’ils soient recherchés pour des installations accidentelles, nous avons dû nous étonner de leur grand nombre, surtout en Angleterre et aux États-Unis. Il peut être commode, dans certains cas particuliers, de recourir à ces dispositions, qui ne sauraient cependant être recommandées pour aucune installation permanente.
- Un grand constructeur de Canstatt (Wurtemberg) avait mis au service de l’Exposition deux machines ainsi conjuguées de 50 chevaux, et il n’hésitait pas à recommander ce système, qui donnait lieu, soit pour le cylindre moteur, soit pour la pompe, à des diagrammes très-correctement rectangulaires, il est vrai, mais démontrant, à première vue, que la vapeur y était nécessairement employée sans détente, c’est-à-dire dans les plus mauvaises conditions.
- Nous n’adresserons pas le même reproche à la disposition ingénieuse à l’aide de laquelle M. Bockholtz s’est proposé d’augmenter, par un régulateur à contre-poids, la régularité du travail dépensé par les machines d’extraction. Nous croyons, toutefois, que cette disposition elle-même ne saurait exercer qu’une influence bien secondaire sur les conditions économiques des grandes machines d’épuisement.
- Pompes rotatives.
- Les pompes à force centrifuge sont largement entrées dans la pratique. Elles conviennent, en effet, pour l’épuisement des eaux, dans les conditions moyennes d'aspiration et de refoulement, et se prêtent mieux que les autres systèmes au service des eaux troubles, tout en demandant à être conduites quelquefois à une très-grande vitesse par le moteur auquel elles sont directement attelées. L’exposition de MM. Neut et Dumont était, sous ce rapport, tout à fait digne des grands travaux que ces constructeurs ont été chargés de pourvoir ; mais nous devons, à côté d’eux, mentionner la disposition double, n’occupant guère plus de place qu’une seule pompe, au moyen de laquelle M. Édoux a su agir par l’une des turbines sur l’eau déjà refoulée par l’autre. Il a ainsi augmenté le champ dans lequel les pompes rotatives peuvent être recommandées.
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- Quant aux autres modifications représentées à l’Exposition, nous ne saurions y attacher un grand intérêt.
- Pompes à incendie.
- Le matériel des pompes à incendie prenait une grande place dans l’exposition allemande, par suite de l’existence de très-nombreuses compagnies de pompiers volontaires, toutes équipées militairement. Les pompes elles-mêmes, malgré la grande variété de leurs dispositions, n’étaient pas préférables aux nôtres, et c’est seulement en Angleterre et aux États-Unis que l’on rencontrait quelques pompes à vapeur, les premières bien supérieures aux autres, sans doute parce que ces puissants engins sont à Londres, et depuis longtemps, d’un usage constant.
- Le problème de la construction de ces appareils est des plus complexes : rapidité de mise en fonction, facilité de transport, grand développement de travail, solidité suffisante pour résister à de grandes pressions, absence de toute cause d’arrêt, même avec l’emploi d’eaux bourbeuses ou sales, sûreté de l’amorçage à l’aspiration, débit régulier sous pression variable, telles sont les conditions multiples auxquelles ces appareils doivent satisfaire.
- Les modèles de M. Merrywheater et de MM. Shand et Mason, de Londres, y répondent d’une manière assez complète, mais sous une forme encore compliquée. La pompe que M. Thirion, de Paris, a fournie dernièrement au corps des sapeurs-pompiers permet aussi d’espérer une solution satisfaisante.
- Il faut, avant tout, que la chaudière produise une grande quantité de vapeur, et qu’elle permette une mise en pression rapide, en dix ou douze minutes par exemple. L’emploi d’une machine à vapeur n’est utile que si l’on peut projeter plus loin une très-grande quantité d’eau, et l’on estime à près de 2 mètres cubes par minute le débit d’eau de ces appareils.
- Il faut que cette eau puisse être projetée à 25 mètres de hauteur, que la machine motrice développe au moins 2X1 000 X 25 = 50 000 kilogrammètres par minute, et en comptant sur un rendement maximum de 50 pour 100, plus de 20 chevaux effectifs. On voit ainsi qu’une pompe à vapeur doit surpasser comme puissance celle de la plupart des locomobiles, et qu’elle doit, en outre, être munie de pompes en plus ou moins grand nombre, d’un régulateur] de pression toujours encombrant, et de tous les tuyaux et agrès nécessaires au fonctionnement des lances à distance.
- En ce qui concerne la construction des chaudières de ces pompes, plusieurs dispositions méritent d’être mentionnées, particulièrement celles des tubes Field, qui reproduisent, avec de bien petites modifications, les tubes à circulation des anciennes chaudières Armstrong. Cette circulation est obtenue à l’aide de deux enveloppes concentriques, l’enveloppe intérieure étant formée par un tube libre, simplement suspendu dans le tube principal.
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- M. Thirion s’est servi, dans le même but, de tubes en U, dont les deux bouches sont séparément mattées dans les trous coniques du fond du corps de chaudière. Ces dispositions laissent encore à désirer sous le rapport de la rapidité du remplacement des tubes en cas d’avarie, et une amélioration sérieuse sous ce rapport serait certainement d’un grand intérêt.
- Injecteurs et éjecleurs.
- Bien que le diplôme d’honneur voté en faveur de M. Giffard, sans aucune opposition et à l’unanimité, par le jury des machines, ait été supprimé par un vote ultérieur, qu’on nous permettra de regretter, il nous est impossible de ne pas considérer l’invention de son injecteur comme l’une des inventions françaises les plus accréditées et les plus remarquables, invention à laquelle sont venues se rattacher, depuis lors, une foule d’applications importantes.
- M. Giffard s’était surtout proposé, par son injecteur, de se servir d’un jet de vapeur s’échappant d’une chaudière pour entraîner et faire entrer dans cette chaudière l’eau nécessaire à l’alimentation. Le travail imparti à la vapeur qui s’écoulait avec une vitesse considérable, dérivant de sa pression primitive, se trouvait ainsi réparti dans le mélange d’eau froide et de vapeur condensée à son contact, dans de telles conditions que le jet combiné était assez énergique pour ouvrir une soupape de rentrée et se pré* cipiter dans la chaudière, malgré la résistance due à la pression intérieure.
- Depuis l’époque de son apparition, l’injecteur a été surtout considéré comme l’appareil d’alimentation le mieux approprié aux chaudières des locomotives, que l’on ne pouvait précédemment alimenter en station, à l’aide de leurs pompes, qu’en les faisant cheminer sur les voies, dans le seul but de mettre ces pompes en action.
- Dans ces dernières années, on l’a appliqué à beaucoup d’autres usages, en lui donnant plus particulièrement la dénomination d’éjecteur, lorsqu’il sert à déterminer l'expulsion d’un liquide ou d’un gaz.
- Primitivement, le jet de vapeur était exclusivement central, et c’est ainsi qu’on l’emploie encore pour l’alimentation des chaudières à vapeur et pour l’aspiration de l’eau, en multipliant dans ce dernier cas les anneaux concentriques par lesquels le liquide est appelé, par voie de succion, jusqu’au contact du jet de vapeur. C’est la multiplicité,de ces orifices qui caractérise plus particulièrement les éjecteurs multiples de M. Friedmann, qui figuraient en grand nombre à l’Exposition.
- Pour Ja compression ou l’aspiration de l’air, M. Siemens a modifié d’une manière rationnelle l’injecteur primitif, en donnant au jet de vapeur une section annulaire d’un demi-millimètre environ dJouverture, et en faisant agir simultanément ce jet à l’intérieur et à l’extérieur du jet annulaire de vapeur. Il a, dans la construction de cet appareil, posé les vrais principes de son application, en rendant aussi peu différentes que possible les vitesses des deux fluides au moment du contact, et en rendant ce
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- contact plus efficace pour la communication du mouvement par un plus grand amincissement des couches ; il obtient ainsi, d’après les indications qu’il a publiées, soit un vide de 1/4 d’atmosphère, soit une compression un peu moins grande, avec de la vapeur dont la pression ne dépasse pas 3 atmosphères.
- Nous avons été très-frappés, à l’Exposition de Vienne, du nombre et de la variété des applications déjà faites ; les éjecteurs de M. Friedmann sont employés utilement pour l’élévation des eaux; M. Kortig a livré déjà un grand nombre de petites forges, soufflant par le même moyen ; tout le monde connaît maintenant l’éjecteur condenseur de M. Morton (1), qui donne un effet utile comparable, assure-t-on, à celui des condenseurs à pompe, tout au moins un résultat déjà satisfaisant.
- Quand nous aurons cité les diverses applications sur lesquelles ont porté les expériences de M. Siemens, le télégraphe pneumatique, l’alimentation des fours gazogènes, la cuisson des sucres à basse température, sous faible pression, nous aurons montré tout le parti que l’on doit attendre, dans l’avenir, de l’ingénieux appareil de M. Gif-fard, qui sera tôt ou tard employé pour les pompes à incendie, avec des avantages peut-être considérables sous le rapport de la simplification.
- M. Friedmann est trop équitable sans doute pour ne pas s’être étonné que le jury de Vienne ait laissé de côté, après le départ de ceux qui n’auraient pas manqué de les défendre, les droits incontestables, et qui n’ont pas été contestés, du premier inventeur.
- Machines-outils.
- Le jury avait à apprécier toutes les machines de fabrication, que nous diviserons ici en deux groupes bien distincts : celui des machines-outils, qui rentrait directement dans les attributions du groupe XIII, et celui des appareils employés dans des industries spéciales, et qui devaient être examinés concurremment avec des experts choisis parmi les membres des groupes qui avaient à prononcer sur les produits mêmes de ces industries.
- Les machines outils servant au travail des métaux, du bois et des pierres étaient exclusivement de notre domaine.
- {A suivre.)
- (1) Voy. Bulletin de 1870, 2* série, t. XVII, p. 346.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE Mme V* BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5.
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- 94* année.
- Troisième série,.tome II.
- Octobre 1895
- BULLETIN
- DE
- LA
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS PHYSIQUES.
- Rapport fait par M. le comte du Moncel, au nom du comité des arts économiques, sur le nouveau système de casse-fil électrique de M. Richard,
- 110, quai Jemmapes, à Paris.
- Messieurs, dans un précédent Rapport (1), nous avons fait ressortir l’importance des dispositions électriques prises par M. Richard dans le casse-fil électrique, qu’il avait appliqué aux métiers de bonneterie, et nous avons montré que , par une combinaison particulière du rhéotome électrique appelé à faire réagir l’embrayeur, on pouvait facilement l’appliquer aux métiers de tissage. Toutefois, cette dernière application n’avait été donnée que comme une solution théorique du problème, et la partie utile de l’invention de M. Richard était celle qui se rapportait aux métiers de bonneterie. Depuis cette époque, M. Richard a cherché à rendre pratique le dispositif qu’il avait imaginé pour les métiers de tissage et, après bien des recherches, bien des essais infructueux, il est arrivé au système qu’il vous a présenté et que l’expérience a montré, cette fois, très-efficace. Plus simple, moins coûteux et plus applicable à tous genres de métiers, ce système résout le problème que M. Alcan avait posé dans l’origine à M. Richard, et c’est ce dont nous allons maintenant vous entretenir.
- (1) Voy. Bulletin de 1872, 2* série, t. XIX, p. 473.
- Tome II. — 74e année. 3e série. — Octobre 1873. 69
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- L’une des grandes difficultés que l’on rencontre dans toutes les applications électriques qui mettent à contribution les rhéotomes conjoncteurs ou disjoncteurs des courants, est l’imperfection des contacts métalliques effectués par ces appareils; presque toujours des poussières ou des corps étrangers s’interposent entre les pièces métalliques destinées à les fournir, et, si elles ne suffisent pas pour arrêter le courant électrique, elles occasionnent une si grande résistance, que celui-ci devient infiniment trop faible pour réaliser l’action électrique qu’il est appelé à fournir. C’est là ce qui a fait échouer, jusqu’ici, les applications qu’on a cherché à faire de l’électricité aux trains des chemins de fer, soit pour en prévenir les accidents, soit pour relier télégraphiquement les deux extrémités des convois. Dans les métiers de tissage, où il se détache continuellement et en grande abondance des peluches de fil plus ou moins volumineuses, cette difficulté était encore grandement augmentée, et on comprend aisément pourquoi les casse-fils électriques, à simples contacts métalliques, imaginés, dans le principe, par M. Achard et appliqués depuis par M. Radiguet et plusieurs autres, n’ont pu fournir de résultats avantageux. Il fallait, pour réussir, sortir de la voie commune, et c’est ce qu’a fait M. Richard en mettant à contribution les rhéotomes à mercure. Certainement l’idée des rhéotomes de ce genre n’appartient pas exclusivement à M. Richard. Ils avaient été employés dès l’origine de la découverte de l’électricité voltaïque, et ils avaient même été remis en honneur, dans ces derniers temps, dans certains appareils de physique; mais il fallait les disposer pour s’appliquer aux métiers de tissage dans des conditions données, et le problème était assez délicat à résoudre pour obtenir un résultat tout à fait pratique. On va pouvoir en juger.
- Pour obtenir qu’au moment de la rupture d’un fil de chaîne, dans un métier quelconque, le métier se trouve arrêté immédiatement, il faut que cette rupture détermine un contact électrique qui puisse réagir sur un em-brayeur électro-magnétique. Cet embrayeur peut être commun à tous les fils; mais ceux-ci doivent avoir chacun un interrupteur électrique particulier, et il faut que celui-ci soit mis en jeu sous une influence mécanique qui ne dépasse pas la tension que les fils possèdent sur le métier. Or, pour résoudre ce problème, M. Richard a imaginé de placer en travers des fils de chaîne une tringle de bois fendue, sur sa longueur, de deux ou plusieurs rainures contiguës, constituant des sortes d’augets remplis de mercure jusqu’à une certaine hauteur. En plaçant, à cheval sur ces rainures, de petits crochets en fils de fer, soutenus par chacun des fils de chaîne, il pouvait faire
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- en sorte qu’en temps ordinaire ces crochets fussent, par la tension même des fils, suspendus au-dessus des rigoles de mercure, et qu’au moment de la rupture de l’un ou l’autre des fils ils vinssent à plonger dans le mercure, et à établir, par suite de cette action, la fermeture du circuit nécessaire pour le fonctionnement de l’embrayage. Le problème se trouvait donc ainsi résolu, car le poids des crochets devait suffire pour les faire pénétrer suffisamment dans le mercure, quand bien même une couche de poussière se serait trouvée déposée à sa surface. Toutefois l’expérience de ce système, faite à Mulhouse et à Blackburn , expérience, d’ailleurs, qui avait parfaitement réussi, a montré que, pour certains fils, cette disposition n’était pas encore suffisante. Ainsi, il arrivait qu’avec des fils de coton ou autres, non peignés, les augets se trouvaient, au bout de quelques jours, remplis de peluches assez tassées pour empêcher les crochets de descendre, sous l’influence seule de leur propre poids. M. Richard dut, en conséquence, apporter quelques modifications à ses augets, et il ne tarda pas à trouver un dispositif extrêmement ingénieux qui, cette fois,a pu résoudre le problème dans tous les cas.
- Ce dispositif consiste à recouvrir hermétiquement les augets avec une couverture en bois ou autre matière, et de séparer les deux rigoles à mercure en connexion avec les deux parties disjointes du circuit par une fente traversant de part en part la tringle de bois. Les crochets, au lieu de ne former qu’une simple fourchette et d’être soutenus par les fils, de haut en bas, sont disposés en T et poussés par les fils, de bas en haut, par l’intermédiaire de la tige du T, qui sort, à cet effet, par la fente, entre les deux augets ou rigoles. Il en résulte que, tant que le fil n’est pas cassé, les branches du T sont maintenues au-dessus du mercure, et que leur immersion n’a lieu qu’au moment de la rupture du fil. De cette manière, il ne peut entrer dans les augets que tes poussières très-fines, et les peluches n’y arrivent jamais.
- L’appareil peut être disposé avec un nombre quelconque d’augets. Quand il ne s’agit que des métiers à ourdir, deux peuvent suffire; mais, pour tes métiers à tisser, il est nécessaire d’en avoir un plus grand nombre : l’expérience, toutefois, démontre que ce nombre ne peut jamais dépasser dix.
- Toutes tes pièces qui entrent dans ce système de rhéotome électrique sont faites à l’aide d’outils spéciaux, ingénieusement combinés, qui en permettent une fabrication prompte et facile, et qui montrent que la question, étudiée à fond par M. Richard, n’est plus à l’état embryonnaire.
- Comme annexe de son invention, M. Richard a imaginé une disposition de peigne extensible qui paraît très-simple et très-perfectionnée, par rapport
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- à celle des peignes extensibles employés communément. Ceux-ci sont composés généralement de quatre ressorts enchevêtrés, dans les spires desquels passe une bande métallique méplate qui forme des dents. Cette disposition présente des inconvénients : 1° impossibilité de démonter l’appareil pour enlever les peluches et la poussière qui, au bout de peu de temps, lui font perdre sa propriété extensible; 2° inégalité des espacements entre les dents, ce qui cause des inégalités de longueurs des fils, d’où résultent la plupart des accidents qui arrivent dans les opérations qui suivent l’ourdissage.
- Le système de M. Richard consiste dans un simple ressort à boudin, bien calibré, dans les spires duquel sont enfoncées, suivant une ligne droite parallèle à l’axe, une série de petites tiges qui constituent des dents. Ces tiges passent à travers une rainure pratiquée dans une boîte cylindrique qui enveloppe le ressort, et celui-ci est muni, à ses deux extrémités, de deux écrous mobiles sur deux pas de vis. Les filets de ces deux pas de vis, disposés en sens contraire l’un de l’autre, sont pratiqués aux deux bouts d’un même axe d’acier ou de fer qui traverse le boudin dans toute sa longueur. Cet axe se termine, à l’un des bouts du cylindre-enveloppe, par un bouton moleté, à l’aide duquel on opère la contraction ou l’extension du ressort, suivant qu’on le tourne à gauche ou à droite. Il résulte, en effet, de ce mouvement de rotation que les spires du ressort-boudin se détendent ou se resserrent sous l’influence des deux écrous qui s’éloignent ou se rapprochent, et les dents, qui sont enfoncées et soudées dans les spires, se trouvent, par cela même, plus ou moins écartées. Le principe de cet appareil est, comme on le voit, très-simple; mais il aurait été très-difficile à exécuter, si M. Richard n’avait pas imaginé un outillage particulier qui lui a permis d’exécuter mécaniquement l’agencement de toutes les pièces qui le composent, avec la même précision qu’une plate-forme pour la division des dents des roues. Grâce à sa simplicité, cet appareil peut durer beaucoup plus longtemps que les peignes extensibles ordinaires et coûte beaucoup moins cher. On sait que les peignes extensibles sont surtout applicables à l’ourdissage et procurent une grande économie de main-d’œuvre. Appliqués aux métiers de tissage conjointement avec le casse-fil électrique de M. Richard, ils permettent de fabriquer, au moteur et avec une grande vitesse, les tissus les plus délicats et les plus précieux. Or l’application de ces appareils aux métiers anciens et nouveaux est tout ce qu’il y a de plus facile, et le premier serrurier venu peut le faire.
- Votre comité des arts économiques, Messieurs, a été frappé de tous les
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- avantages que présente la nouvelle invention de M. Richard et de la manière ingénieuse avec laquelle ces appareils sont fabriqués. Tout y est fait mécaniquement, et, grâce à cela, il n’est besoin, en aucune façon, d’avoir recours, pour leur fabrication, à des ouvriers très-habiles. En conséquence, nous venons vous prier, Messieurs, de décider que des remercîments soient adressés à M. Richard pour son intéressante communication, et que le présent rapport soit inséré au Bulletin avec les dessins des appareils.
- Signé Th. du Moncel, rapporteur.
- Approuvé en séance, le février 1875.
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA PLANCHE 33 REPRÉSENTANT LE NOUVEAU SYSTÈME DE CASSE-FIL ET DE PEIGNE EXTENSIBLE DE M. RICHARD.
- Casse-fil.
- Les figures 1, 2, 3, 4, 5 et 6 concernent le casse-fil.
- Fig. 1. Plan d’une boîte à deux augets, dont le couvercle est ouvert.
- Fig. 2. Elévation longitudinale partielle d’une boîte à quatre augets, dont le couvercle est fermé.
- Fig. 3. Section transversale de la même montrant les augets remplis de mercure.
- Fig. k. Yue de face d’un système de crochet.
- Fig. 5. Yue de profil du même.
- Fig. 6. Section transversale d’une boîte à huit augets, avec crochets d’une autre forme que celle des figures k et 5 ; cette boîte ne comporte pas de couvercle à cause de la forme des crochets.
- Le système de crochet des figures 2, 3, k et 5 comprend deux parties :
- L’une supérieure, renfermée dans la boîte et se composant de deux branches recourbées dont chacune correspond à un auget;
- L’autre inférieure, b, sortant de la boîte et constituant le crochet proprement dit, destiné à soutenir le fil de chaîne c.
- On voit, figure 3, l’un des fils de chaîne tendu et l’autre cassé ; dans ce dernier cas, les branches du crochet correspondant plongent dans le mercure des augets, et établissent le courant qui doit faire fonctionner le ’débrayeur et, par conséquent, arrêter le métier.
- Dans la figure 6, où le système de crochet est différent, on voit que le fil de chaîne est soutenu par la tête de ce crochet, qui a la forme d’une boucle allongée 5 le contact
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- ARTS ÉCONOMIQUES. — OCTOBRE 1875.
- avec le mercure se fait alors par la base du crochet, comme l’indiquent les deux au-gets de gauche. Ce système convient à tous les métiers qui ne comportent qu’un petit nombre de fils (métiers à tricoter, à doubler, à câbler, à retordre, etc.) ; il peut également convenir aux métiers qui travaillent des textiles peignés, et, par conséquent, dépouillés des peluches, poussières et autres matières étrangères. Dans tous les autres cas, il faut se servir des augets à couvercle avec crochet spécial, indiqués aux figures 2, 3, h et 5.
- Peigne extensible.
- Fig. 7. Section longitudinale du système de peigne extensible.
- Fig. 8. Section transversale.
- A, boîte cylindrique renfermant le mécanisme.
- B, axe central du système d’extension 5 l’extrémité gauche de cet axe porte un pas de vis dans un sens, et l’extrémité droite un pas de vis en sens contraire.
- C, écrou de la vis de gauche.
- D, écrou de la vis de droite.
- E, ressort à boudin attaché, par ses extrémités, aux écrous C, D.
- F, F, F..... petites tiges verticales enfoncées dans chaque spire du ressort E et con-
- stituant les dents du peigne.
- G, bouton de manœuvre du système calé sur l’axe B.
- On comprend que, en manœuvrant le bouton G pour tourner dans un sens ou dans l’autre l’axe B, les deux écrous se rapprochant ou s’éloignant l’un de l’autre, le ressort se comprimera ou se détendra, et par conséquent les tiges F se rapprocheront ou s’écarteront de la même quantité, donnant ainsi des peignes de telle jauge qu’on voudra. (M.)
- ABTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. Wolf, au nom du comité des arts économiques, sur les étuis - forme pour instruments de musique, imaginés par M. le marquis de Siblas, rue Liancourt, 43, à Paris.
- M. le marquis de Siblas a imaginé un procédé nouveau pour la fabrication des étuis d’instruments de musique, et nous déclarons, tout d’abord, que son idée nous paraît assez juste, de même que ses produits sont très-satisfaisants. L’inventeur fait remarquer, dans la notice explicative qui accompagne les modèles qu’il présente au comité des arts économiques, que les étuis à
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- instruments de musique ont été, jusqu’à ce jour, presque exclusivement fabriqués en bois. Aussi, dit-il, les boîtes sont-elles lourdes, volumineuses et coûteuses; il aurait pu ajouter, et fragiles : en effet, les boîtes en bois ne pouvant facilement se mouler sur les formes capricieuses des différents instruments de musique, il en résulte qu’on est obligé de leur donner des dimensions trop considérables avec une faible épaisseur, pour éviter un trop grand poids; de là les inconvénients que nous venons de signaler.
- M- le marquis de Siblas a voulu parer à ces inconvénients et obtenir des boîtes légères, solides, sous le moindre volume possible. Pour atteindre ce but, il emploie une pâte composée de papier goudron, il la moule et baigne la forme, ainsi obtenue, dans un bain de substances oléagineuses et résineuses, afin de l’imperméabiliser et de lui donner la consistance du cuir. Pour compléter le travail, l’étui est séché au four, puis recouvert d’une toile, encollé, poncé et verni.
- Les étuis-forme que nous avons en ce moment entre les mains nous paraissent posséder réellement les avantages que l’inventeur leur attribue. Le tarif de ses prix est modéré, et il y aura économie pour les artistes à employer des boîtes légères, peu coûteuses, qui préservent les instruments, aussi bien que les étuis en bois, contre les chocs, et beaucoup mieux contre l’humidité.
- Nous proposons donc au Conseil de remercier M. le marquis de Siblas de sa communication et d’ordonner l’insertion, au Bulletin, du rapport auquel elle a donné lieu. Signé Wolf, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 8 avril 1875.
- BEAUX-ARTS APPLIQUÉS A L’INDUSTRIE.
- Sur les mosaïques du nouvel Opéra de Paris , par M. Baude ,
- Membre du Conseil (1).
- Messieurs, vous avez accueilli, avec bienveillance, une communication sur les fondations du nouvel Opéra (2) : cela nous encourage à vous parler au-
- (1) Communication faite dans la séance du 28 mai 1875.
- (2) Voy. cahier de septembre 1875, p. 498.
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- jourd’hui de ses mosaïques, car c’est grâce au succès qu’elles ont obtenu, sous la main et la direction de M. Charles Garnier, qu’un arrêté récent de M. le Ministre de l’Instruction publique d’alors, l’honorable M. de Cumont, a décidé la fondation d'une École mosaïste à la Manufacture nationale de Sèvres.
- Rien n’est nouveau sous le soleil : il y a eu, en effet, une école, une manufacture de mosaïques fondée il y a plus de soixante-dix ans par le Premier Consul. Un sieur Belloni en était le directeur; nous voyons, parle bulletin même de la Société d’encouragement de l’année 1807, qu’il a mis à l’Exposition des mosaïques exécutées par des élèves sourds-muets ; mais, depuis plus de quarante ans, il n’en est plus question.
- Les mosaïques sont une œuvre d’art lorsqu’elles ornent les voûtes, les plafonds, les panneaux de sujets divers empruntés à la peinture et transportés sur la pierre. Mais, quand elles sont employées en dallages à des prix réduits comme ceux que peut atteindre M. Facchina, le principal mosaïste de l’Opéra, nous les faisons rentrer dans la construction de l’édifice, et c’est de celles-ci que nous voulons vous parler particulièrement.
- Les rez-de-chaussée du nouvel Opéra, les vastes couloirs qui donnent accès aux loges sont dallés en mosaïque soit à la vénitienne, soit à la romaine. Nous expliquerons tout à l’heure la différence qui existe entre ces deux dénominations.
- Ces mosaïques se composent, en fondation, d’une couche de béton de 6 à 8 centimètres d’épaisseur, composée de sable auquel on ajoute, en volume, un quart de chaux grasse ou hydraulique, suivant que le sol est sec ou humide.
- Sur le béton, on répand une couche de ciment, à deux tiers de brique pilée et un tiers de chaux, on la nivelle à la règle qui fixe la hauteur du dallage , et, comme on l’a fait pour le béton, on laisse sécher deux ou trois jours.
- Enfin un mastic composé de brique pulvérisée et de poudre de marbre mélangée à égale partie de chaux grasse est appliqué sur la couche de ciment pour obtenir une surface plus régulière ou plus lisse. Il faut laisser sécher ce mastic jusqu’à ce qu’un pas léger n’y laisse point d’empreinte.
- C’est alors que, pour la mosaïque dite vénitienne, ou composto, on prend des petits cubes concassés de marbres de différentes couleurs, et qu’on jette ce mélange sur la surface mastiquée, en les serrant les uns contre les autres. Ensuite, au moyen d’un cylindre en fonte du poids de 100 kilogrammes, on
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- enfonce la pierre dans le mastic, et l’on roule jusqua parfait arasement.
- Ce n’est point fini : il faut procéder au ponçage. On répand du grès pilé et de l’eau et l’on frotte pendant deux ou trois heures en se servant d’une pierre meulière adaptée au bout d’un manche. En terme de métier, cet instrument s’appelle galère. On enlève la boue produite par le grès, et on procède à un second battage pour bien égaliser la surface de la mosaïque, on fait un second ponçage au grès, on nettoie, et on laisse sécher pendant quinze jours ou trois semaines.
- Enfin une dernière opération consiste dans le polissage. On recommence un léger ponçage, comme nous venons de l’expliquer; on lave à grande eau et l’on sèche avec une sorte de toile d’emballage ; puis on repasse du mastic à la truelle et à la galère. Quand tout est bien égalisé, on laisse sécher deux ou trois jours, et l’on passe une couche d’huile de lin avec un tampon en linge. Cette main-d’œuvre étant répétée deux fois, on essuie avec un nouveau linge, et le dallage est terminé.
- La mosaïque dite à la romaine ne diffère de la précédente que par le choix et l’arrangement des morceaux de pierre qui entrent dans sa composition. Ceux-ci sont taillés en petits cubes réguliers d’un centimètre de côté. On trace, sur le mastic, des dessins que l’on imagine ou que le plus souvent on copie. Il faut bien choisir ses couleurs, poser les cubes à la main, et avec un marteau on les plante à moitié dans le ciment.
- C’est un travail beaucoup plus soigné et qui exige d’habiles ouvriers pour être mené à bonne fin.
- Les pavages en mosaïque du premier étage ou du foyer sont revenus à 40 francs le mètre carré.
- Ceux des deuxièmes loges ont coûté 25 fr. 50.
- Enfin le dallage à la vénitienne des troisième et quatrième loges a été payé à raison de 16 francs le mètre de superficie.
- Les encadrements, décorations de voûtes, à raison des sujétions d’exécution, coûtent 164 francs le mètre carré.
- Les mosaïques à la romaine du couloir des premières loges et autres du même étage, exécutées par M. Facchina, d’après les dessins de M. Garnier, sont extrêmement remarquables. Malheureusement pour l’art, les élégantes abonnées qui traînent leurs robes de bal sur cette pierre ornée regrettent les tapis, et il est à craindre que, cédant à ces plaintes, on ne finisse par recouvrir, en partie, ces belles mosaïques avec des tapis d’Àubusson, au grand détriment de l’art.
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- M. Garnier, qui, avec raison, est un grand promoteur de l’ornementation des voûtes avec des mosaïques, a voulu en donner l’exemple dans le magnifique avant-foyer qu’on aperçoit dès les premières marches des escaliers de côté. Nous recommandons aux amateurs de la belle architecture le point de vue que l’on découvre après la sortie de la salle circulaire du rez-de-chaussée.
- Les dessins de cette voûte, dus à M. Curzon, ont été exécutés par un habile artiste italien, M. Salviati.
- Ils ont été préparés à Venise et expédiés à Paris sur leurs cartons. On sait que les petits cubes, à couleurs variées, qui composent le dessin du peintre sont posés sur des cartons de 50 centimètres de côté environ, où ils sont retenus par un mastic. On hérisse la voûte d’une multitude de petits clous à têtes enfoncés dans la maçonnerie. Les cartons retournés appliquent cette constellation sur celte maçonnerie hérissée de pointes, puis on ruine le carton, et les dessins de mosaïque fixés ainsi pour des siècles apparaissent dans tout leur éclat.
- Il ne sera pas sans intérêt, pour les amateurs d’antiquités historiques, de savoir que M. Facchina, généralisant ce procédé, s’en est servi pour sauver des mosaïques précieuses sur des voûtes qui menaçaient ruine. Il a appliqué, au moyen d’nn certain mastic, des carrés de carton sur les mosaïques menacées. Cela fait, on les détachait, au ciseau, de la vieille maçonnerie décrépite, puis on replaçait les cartons sur de nouvelles murailles préparées par le procédé ordinaire.
- C’est ainsi qu’en 1866 M. Facchina a enlevé des murs en démolition de la ville de Narbonne une belle mosaïque qui existe aujourd’hui dans le Musée de la ville. Le procédé n’est pas nouveau sans doute, mais il exige une grande habileté de main et beaucoup de soin.
- L’essai des mosaïques d’art, soit à l’avant-foyer de l’Opéra, soit au plafond de la loggia, est très-heureux, et nous ne doutons pas qu’on ne fasse des applications de cette belle ornementation architecturale dans les vestibules des châteaux modernes où le luxe de la construction est poussé si loin.
- Les sujets choisis par M. Curzon pour les quatre panneaux de l’avant-foyer représentent
- Diane et Endymion,
- Orphée et Eurydice,
- L’Aurore et Céphale, ’
- Psyché et Mercure.
- Nous avons eu la bonne chance de déployer récemment les toiles sur les-
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- quelles ces peintures ont été exécutées. Elles sont tout à fait dignes du talent du peintre, et nous ajouterons même que le fini de l’exécution est au-dessus de ce qu’exigeait l’usage qu’on devait en faire.
- Elles n’ont été vues, en effet, que par les ouvriers intelligents qui, bien pénétrés des tons et de la couleur, choisissaient, en se guidant sur elles, les émaux, en petits tubes, qui retraçaient les peintures qu’ils avaient sous les yeux.
- Les toiles roulées de M. Curzon sont revenues intactes à l’agence des travaux de l'Opéra, après avoir voyagé de Paris à Venise et de Venise à Paris.
- Allons-nous évaluer au mètre carré l’œuvre de M. Curzon comme un vulgaire dallage ? Sans doute, puisque nous ne parlons que de la main-d’œuvre du mosaïste, des fournitures matérielles qui coûtent plus cher que la couleur à l'huile, et de la pose enfin. Eh bien, ces belles, ces grandes mosaïques d’art de l’avant-foyer de M. Ch. Garnier reviennent à 400 francs le mètre carré; et c’est un prix d’essai.
- Nous désirons que les mosaïques d’art, plus appréciées chez nous, donnent un développement nouveau au talent de nos artistes. Les tableaux seront reproduits encore à meilleur marché, grâce à la vulgarisation que nous attendons de la branche nouvelle ajoutée à la Manufacture de Sèvres, et grâce surtout au bon goût et aux demandes des propriétaires français qui font construire des hôtels ou des châteaux.
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- Sur la régularisation du cours du Danube a Vienne et sur l’installation d’un
- NOUVEAU MODE DE DÉBARQUEMENT , PAR DRAGAGE DANS LES BATEAUX , APPLIQUÉ PAR
- M. H. Hersent. (Planche 34.)
- L’art de l’ingénieur a fait, dans le cours de ces vingt dernières années, des progrès si considérables, que les travaux les plus gigantesques ont pu être entrepris et exécutés dans des conditions de rapidité et de bonne exécution inconnues jusqu’ici. Sans vouloir énumérer tous ceux auxquels a donné lieu la création des chemins de fer, on doit cependant citer les œuvres les plus frappantes d’hier, le tunnel du mont Genis et le canal de Suez, celle de demain, probablement, le chemin de fer sous-marin entre Calais et Douvres ; qui peut dire où s’arrêtera le génie de l’homme, secondé par la puissance des capitaux?
- Chaque pays civilisé est aujourd’hui dans le mouvement et, ne se contentant plus,
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- comme dans le passé, de vœux stériles quand il s’agit d’améliorations d’intérêt public, demande au génie et à l’activité modernes le moyen de les réaliser à bref délai. Telle est l’histoire de la régularisation du cours du Danube à Vienne, dont les travaux, entrepris il y a six ans à peine, sont aujourd’hui à peu près terminés.
- Depuis longtemps, en effet, on songeait à mettre la capitale de l’Autriche à l’abri des inondations ; à améliorer les conditions de la navigation dans la partie du Danube qui l’avoisine ; à assurer, enfin, une plus grande salubrité aux quartiers bas de la ville et à ses environs en réunissant dans un lit commun les nombreuses ramifications que le fleuve s’était créées. C’était là un gros projet, dont l’importance même semblait devoir faire ajourner la réalisation, et cependant, il faut le dire, à l’honneur du gouvernement autrichien, il n’a pas reculé devant de lourds sacrifices pour l’exécuter rapidement.
- Les travaux, arrêtés et dirigés par une Commission spéciale, consistent dans la formation d’un lit, à rives régulières, sur une longueur de 15 kilomètres environ, commençant à Nussdorf, en amont de la ville de Vienne, et se terminant, en aval, près du village de Kaiser-Ebersdorf ; ils comprennent des rectifications de rives pour les parties d’amont et d’aval, ainsi que deux coupures. Le nouveau lit suit une ligne légèrement courbe, dont la partie convexe se rapproche de Vienne à une distance de moins de 1 500 mètres, alors que l’ancien lit en était notablement plus éloigné.
- L’exécution, confiée en octobre 1869 et juillet 1871, par voie d’adjudication, à des entrepreneurs français qui ont fait leurs preuves, MM. A. Castor (1), A. Couvreux et H. Hersent, a été divisée en trois lots, dont voici le détail sommaire :
- Le premier lot se composait des travaux à exécuter à l’amont ; il s’étend depuis le Kalembergdôrfel à l’amont de Nussdorf jusqu’à la pointe du Roller à l’aval; c’est dans ce lot que se trouve l’écluse, avec bateau-porte, destinée à fermer, pendant l’hiver, l’entrée du canal de Vienne, afin de protéger la ville contre l’invasion des glaces au moment de la débâcle.
- Le second lot, le plus important des trois, comprenait la grande coupure s’étendant depuis la pointe du Roller jusqu’au pont de Stadlau, et, en outre, un redressement des rives à l’aval de ce pont sur le Dammhaufen.
- Le troisième lot, enfin, comportait une coupure à travers les îles de Weidenhaufen et les îlots voisins, puis l’établissement de nouvelles rives pour le fleuve et le canal de Vienne jusqu’à Kaiser-Ebersdorf.
- La section du nouveau lit, déterminé par les deux coupures, est divisée en deux parties : le lit mineur, destiné à recevoir la totalité des eaux du fleuve en temps ordinaire et mesurant 245 mètres de largeur sur une profondeur de 3 mètres à 3m,50 au-dessous du zéro ou niveau moyen ; le lit majeur, affecté à l’écoulement des crues, et ajou-
- ta M. Castor est mort en 1874.
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- tant au premier lit une largeur de débouché de 515 mètres, tout en n’ayant qu’une profondeur de 2 mètres environ. Ce dernier est limité, sur la rive gauche, par une digue insubmersible, arasée à 6“,32 au-dessus du zéro ; le surplus des déblais est reporté sur la rive droite pour y former une vaste plate-forme hors d’atteinte des crues et pouvant recevoir des constructions. D’une rive à l’autre la largeur du lit total mesuré donc 260 mètres. '
- Les conditions de rapidité d’exécution de ces travaux ont nécessité des installations spéciales ainsi qu’un matériel considérable de dragues et d’excavateurs pour les dragages, de wagons, de locomotives, de bateaux remorqueurs, de chaloupes à vapeur, de brouettes et tombereaux pour les terrassements, etc. Enfin, des ateliers de construction, d’entretien et de réparation ont été créés et pourvus d’un outillage suffisant pour satisfaire à tous les besoins. On comprendra l’importance de l’entreprise par le chiffre de la dépense, évaluée pour les trois lots à la somme totale d’environ 32 millions de francs.
- Le tableau suivant indique pour chaque lot la nature des travaux exécutés :
- NATURE DES TRAVAUX. 1er LOT. 2® LOT. 3e LOT.
- Terrassements à sec au-dessus du zéro Mètres cubes. 1 377 800 Mètres cubes. 4 450 000 Mètres cubes. 730 000
- Dragages (terrassements au-dessous du zéro) 477 400 6 140 000 907 000
- Maçonneries 6 800 200 000 »
- Pavage de talus ou enrochements de rives 81 800 126 000 239 000
- Démolition d’anciens enrochements ou pilotages. . . 197 800 68 000 ))
- Fascinages. ; , . » », 27 000
- Écluse en tête du canal de Vienne. » » 1 # ’
- Pour une population s’élevant à plus de 1 600 ouvriers occupés à ces travaux, les entrepreneurs avaient organisé un service de baraquements, de cantines et d’hôpitaux ne laissant rien à désirer.
- Nous ne nous étendrons pas davantage sur la description générale de cette œuvre importante, mais nous décrirons le nouveau mode de débarquement par dragage dans les bateaux, dont l’ingénieuse installation, due à l’un des entrepreneurs, M. Hersent, a rendu de notables services tant sous le rapport de l’économie du travail que sous celui de la rapidité d’exécution. Ce nouveau mode de débarquement, représenté planche 34, consiste à décharger les bateaux recevant les produits du dragage , en y draguant de nouveau les matériaux que la drague y a déposés ; il s’applique à deux cas différents, celui du débarquement fixe et celui du débarquement flottant.
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- Système de débarquement fixe.
- Fig. 1. Élévation longitudinale de l’installation.
- Fig. 2. Yue en dessus.
- A, plate-forme en bois, établie sur des pieux, dont les deux rangées extérieures sont assez écartées pour livrer passage au bateau à décharger ; elle doit offrir une surface suffisante pour l’installation des machines motrices et des voies de circulation des wagons.
- B, beffroi portant l’arbre et le tambour d’entraînement des godets de la drague, ainsi que l’extrémité supérieure de l’élinde qui dirige les godets et le tablier par lequel glissent les matériaux pour tomber dans les wagons.
- C, fermes situées à l’extrémité gauche de la plate-forme et supportant la partie inférieure de l’élinde.
- Le beffroi B et les fermes Ç sont reliés solidement entre eux, de manière à constituer une seule et même charpente.
- Le beffroi et l’élinde sont, comme l’indique la figure 2, disposés obliquement par rapport à la ligne des pieux qui guident le passage du bateau, afin de ramener la plus grande partie de la charge sur une des palées de la charpente et de ménager de la place pour les wagons vides, dont la manœuvre se fait en arrière du wagon en chargement.
- D, chaînes mouflées servant à régler la tension de la chaîne à godets.
- E, tambour d’entraînement de la chaîne à godets ; il esté six pans et à cames mobiles pouvant se changer au fur et à mesure de leur usure.
- F, tambour de retour au bas de l’élinde ; il est à huit pans pour éviter l’oscillation des godets et permettre de nettoyer le bateau aussi complètement que possible.
- Les godets, exclusivement en tôle d’acier, ont une capacité d’environ 150 litres, et sont montés sur maillons de 0m,40 de longueur. Les galets de support de ces godets sur l’élinde sont en fonte blanche et les axes en fer.
- G, machine motrice pouvant être locomobile ou fixe ; avec une force de 12 à 15 chevaux la drague peut débarquer 150 à 200 mètres cubes de gravier par heure, travail qui fait passer environ 40 godets par minute sur le tambour d’entraînement. Lorsque les matériaux à débarquer sont composés d’argile ou de sable mélangé de vase, il ne passe plus que 20 à 25 godets à la minute, et par conséquent le travail produit est plus faible.
- H, petite machine de 5 à 6 chevaux placée en avant de la plate-forme (fig. 2) et actionnant un treuil sur lequel s’enroule une chaîne qui permet de tenir les godets à la hauteur convenable pour vider aussi exactement que possible le bateau^ tendant à se relever à mesure qu’il s’allége ; ce système sert également à sortir promptement l’élinde et les godets quand le bateau est vidé et doit faire place à un autre.
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- I, tambour en fer placé sous la chaîne à godets et supportant ces godets à mesure qu’ils se présentent pour les éloigner de la charpente de l’échafaudage.
- Voici maintenant comment l’opération est conduite. Lorsqu’un bateau arrive chargé, on l’engage sous les godets de la drague, et l’avant est amarré à une corde J (fig. 2) s’enroulant sur un treuil installé sur la rive à une distance d’environ 20 mètres j ce treuil est destiné à faire avancer le bateau à mesure que le déchargement s’opère et à éviter, par la tension de la corde, le mouvement de recul que tendent à produire les godets en se remplissant de gravier.
- L’élinde étant abaissée, la machine est mise en mouvement et les matières draguées dans le bateau sont enlevées par le tablier-déversoir dans le wagon en chargement placé dessous. Quand le wagon est plein, on ferme la porte à bascule placée au bas du tablier et, pendant que les matériaux continuent à s’amasser sur ce tablier, on remplace le wagon plein par un wagon vide, ce qui ne demande que quelques secondes; on ouvre alors la porte du tablier, et le chargement continue.
- Sur la plate-forme de chargement sont posées deux voies.ferrées, l’une pour les wagons vides et l’autre pour les wagons pleins. Ces deux voies sont réunies, à leurs extrémités, par un pont roulant (fig. 2) qui permet de prendre successivement chaque wagon vidé pour l’amener derrière le wagon en chargement, auquel il doit immédiatement succéder.
- Le déchargement de chaque bateau dure de six à huit minutes pour 35 mètres cubes ; le temps nécessaire pour lever l’élinde, sortir le bateau vide et le remplacer par un nouveau bateau chargé étant d’environ deux minutes, on voit que, en somme, l’opération n’exige que dix minutes.
- Pendant le déchargement, un petit mouvement transversal est utile pour que les godets de la drague opèrent sur toute la surface du fond ; c’est le marin de l’embarcation qui opère ce mouvement en poussant et en tirant le bateau sur l’échafaudage.
- Le personnel nécessaire pour le déchargement des bateaux, le remplissage des wagons et la formation des trains comprend : deux mécaniciens, dont un pour chaque machine; un chauffeur; deux hommes, dont l’un pour la manœuvre du tablier-déversoir et l’autre pour nettoyer la voie; un chef de dragage sur le bateau; deux hommes au treuil d’avancement; cinq hommes pour l’accrochage et la manutention des wagons pour la formation des trains; enfin deux charretiers avec quatre chevaux. .
- Il résulte de la disposition spéciale des bateaux que chacun d’eux, portant 35 mètres cubes, peut être rempli par la drague en cinq ou sept minutes ; on vient de dire qu’il ne fallait ensuite que dix minutes pour le décharger. Cette rapidité de manœuvre a permis souvent, à un même bateau, de faire dix voyages par jour.
- Dans les travaux exécutés pour la régularisation du Danube, on a presque toujours installé deux débarquements pour le déchargement des bateaux amenant les produits d’une seule drague. Le travail journalier peut dépasser 2 000 mètres cubes pour un seul débarquement.
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- Une installation de débarquement coûte environ 45 000 francs. En comptant les frais d’amortissement de cette somme, et la dépense de manutention, comprenant le personnel, les frais généraux, le combustible et l’entretien, le prix de revient du mètre cube, dans des conditions favorables de travail, est de 25 centimes.
- Système de débarquement flottant.
- Fig. 3. Élévation longitudinale de l’installation.
- Fig. 4. Section transversale par un plan perpendiculaire au grand axe des bateaux.
- a, a', bateaux parallèles portant la charpente ; ils sont suffisamment écartés l’un de l’autre pour qu’un bateau chargé puisse passer entre eux et y venir subir l’action de la drague, qui doit le débarrasser de son chargement.
- £, charpente installée sur les deux bateaux a, a' ; elle se compose de poteaux reliés entre eux longitudinalement et transversalement.
- c, plate-forme supérieure de la charpente.
- d, beffroi de la drague ; la disposition est la même que dans le système de débarquement fixe.
- On équilibre le mieux possible la charge des deux bateaux a, à! à l’aide des chaudières des machines à vapeur et d’une certaine quantité de lest ; d’ailleurs, le bateau de rive, recevant une plus grande charge que celui du large, il est essentiel qu’il soit plus fort.
- Comme dans le système de débarquement fixe, une chaîne â godets opère sur le bateau chargé ; la seule différence consiste en ce que les matériaux, au sortir du tablier-déversoir e, tombent sur les plateaux d’une chaîne sans fin /, qui les transporte à une distance de 12 à 14 mètres pour les déverser sur la rive à une hauteur de 4 à 5 mètres au-dessus du niveau de l’eau.
- g, machine spéciale mettant en mouvement la chaîne sans fin /.
- Ainsi que l’indique la figure 4, l’ensemble du système flottant peut être déplacé au moyen de treuils dans le sens longitudinal comme dans le sens latéral ; on peut ainsi remblayer économiquement des terrains sur tous les points où l’appareil peut flotter et pour une hauteur importante.
- Lorsqu’il s’agit de débarquer des terres vaseuses ou argileuses, constituant des matériaux collants, et se comportant mal sur les plateaux de la chaîne sans fin /, on peut alors installer de grands tabliers-déversoirs en rapport avec les pentes qu’on pourrait obtenir. Le travail, dans ce cas, est également très-économique. Le produit du dragage est déversé sur un tablier-déversoir qui ne doit pas avoir moins de 10 pour 100 de pente , et sur lequel une pompe envoie un courant d’eau destiné à entraîner les terres. Avec cette pente, un volume d’eau, égal à trois ou cinq fois celui de la vase, suffit pour éviter les engorgements de matières ; avec une pente plus forte, le volume d’eau peut être moins grand.
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- EXPOSITION DE VIENNE. ---- OCTOBRE 1875.
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- La manœuvre du système de débarquement flottant exige : 3 mécaniciens, dont un pour chaque machine ; 1 chauffeur, 1 chef de manœuvre, 2 manœuvres pour tirer chaque bateau à décharger, 3 marins en sus de ceux attachés à chaque bateau.
- Le dragage s’effectue aussi rapidement qu’avec le système de débarquement fixe ; il permet de vider 50 à 60 bateaux en une journée. Quant au prix de revient, il est sensiblement le même qu’avec le premier système, à la condition, toutefois, d’avoir une alimentation suffisante. ;
- . • (M.) ' ' '
- EXPOSITION DE VIENNE.
- LES MACHINES A ^EXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE EN 1873, PAR M. TRESCA,
- MEMBRE DU JURY INTERNATIONAL (1).
- Travail des métaux.
- Quant aux machines servant au travail des métaux, elles étaient en nombre bien plus restreint qu’à l’Exposition de 1867. M. Seller, de New-York, MM. Sharp Stewart et comp., de Manchester, MM. Ducommun et Steinlen, de Mulhouse, étaient évidemment au premier rang, tant sous le rapport de l’invention que de l’exécution. Les grands ateliers de Chemnitz, qui nous avaient fait concevoir une très-haute opinion des machines-outils de l’Allemagne, en faisant figurer, aux concours de 1862 et de 1867, une grande variété de modèles bien exécutés et d’un prix peu élevé, n’ont fait depuis lors aucun progrès, et ce sont encore aujourd’hui les mêmes types, copiés pour la plupart de la même façon. '
- Les diplômes d’honneur qui leur ont été décernés à une seconde réunion leur avaient été très-justement contestés, à notre avis du moins, lors de la première délibération. Il n’est que juste, au contraire, de donner les éloges les plus mérités à la belle exposition en ce genre de plusieurs constructeurs américains.
- Le nombre des modèles parfaitement étudiés et aussi habilement exécutés de l’exposition importante de M. Sellers constituait la plus belle série de toute l’Exposition5 M. Sellers n’a cependant rien modifié ni à la disposition de son tour à vitesses variables, au moyen de plateaux de friction, qui avait été très-remarqué à l’Exposition de 1867, ni à l’agencement des organes principaux de sa machine automatique à tailler les engrenages, qui est certainement la plus complète en ce genre. Mais son exposition pré-
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- Tome II. — 74* année. 3e série. — Octobre 1875.
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- EXPOSITION DE VIENNE. — OCTOBRE 1875.
- sentait encore ce caractère de perfection générale qui l’avait placé, dès 1867, au rang des meilleurs constructeurs de machines-outils. •
- Les belles machines-outils de MM. Ducommun et Steinlen, anciennement Dubied et Ducommun, sont appréciées à l’étranger comme en France; on sait partout que rien n’est négligé dans leur construction, et que l’on ne trouve nulle part des tours, des machines à raboter plus puissants et d’un travail plus sûr. Un seul regret a pu accompagner la décision unanime qui leur rendait une exacte justice, c’est que cette décision devait être désormais comptée au nombre des succès à imputer à nos voisins, alors que l’industrie de MM. Ducommun et Steinlen est toute française par son origine, par ses progrès, par ses développements, par le talent et par le cœur de ses directeurs.
- Sans abandonner sur aucun point les rares qualités qui distinguent les grands outils sortis de cet atelier, et tout en continuant à cémenter toutes les pièces sujettes à déformation, MM. Heilmann et Steinlen, directeurs actuels, avaient construit, pour l’Exposition, une série de types étagés des différents genres de machines; chacune de ces séries, continuée jusqu’aux outils les plus puissants, est en parfaite concordance avec les besoins, cependant si variés, de l’industrie, et forment un assortiment parfaitement approprié aux diverses nécessités du travail des ateliers.
- M. Steinlen a rendu aussi un service sérieux à la construction des machines par son étude récente sur les types métriques des dimensions des vis, en ce qu’il a ramené les principales dimensions des vis de Whitworth à des cotes exprimées en divisions du mètre, et en améliorant en même temps, par un meilleur choix de ces cotes, les vis de petites dimensions.
- Une industrie toute française aussi est celle de M. Deny, qui a pour spécialité principale la construction de tous les outils nécessaires pour l’exécution des mille petits articles en métal qui sont exécutés à Paris par les fabricants en chambre. A côté des découpoirs employés pour la fabrication des maillons de chaîne de montre, en laiton, de toutes formes, il avait exposé quelques spécimens de ces produits, qui ont eu un grand succès à l’Exposition. Sa fabrication de tubulures embouties, en cuivre rouge, pour raccords de tuyaux, son balancier à friction, fonctionnant à la vapeur, sa machine à fabriquer les cartouches, n’ont cependant pas eu, auprès du jury, la même importance que son mode de construction des filtres-presses, pour le papier ou la pulpe de betterave, au moyen de plaques poinçonnées de rigoles en biseau se terminant, sur la face opposée, par des rainures rectilignes ayant exactement une même largeur de quelques dixièmes de millimètre. Ces plaques enroulées en forme de cylindres conservent encore la même précision dans la grandeur de leurs orifices, et constituent ainsi des cribles parfaitement appropriés à la continuité de ces mêmes opérations. La construction de ces plaques par M. Deny a seule permis de rendre pratiques divers systèmes de filtres-presses continus, si importants pour la rapidité de l’extraction du jus de betterave dans nos fabriques de Sucre indigène.
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- M. Deny a installé, dans les arsenaux de l’État, la fabrication par emboutissage des fourreaux de sabre et des cuirasses, avec une économie et une précision que ne saurait comporter la fabrication ordinaire à la main. Voici, sur la première de ces fabrications, quelques extraits du Rapport officiel, qui en faisait connaître les résultats à M. le Ministre de la guerre :
- * Ce fut dès le commencement de 1867 que M. le colonel René, inspecteur des manufactures d’armes, passa des marchés avec M. L. Deny, pour fournir, à chaque manufacture, un outillage complet pour la fabrication mécanique du fourreau de sabre-baïonnette, et il décida que Ton commencerait par celle de Saint-Etienne.
- « Le jeu de machines de M. Deny arriva au commencement de mai 1867. Il se composait de : 1° une cisaille circulaire pour découper les bandes de tôle ; 2° un gros balancier à friction pour découper le patron des fourreaux ; 3° un balancier à friction pour relever les bords des fourreaux ; 4° un balancier pour emboutir les fourneaux ; 5° un balancier pour sertir les fourreaux ; 6° un petit balancier à friction pour estamper le bouton et découper la cuvette ; 7° six balanciers à main pour emboutir les cuvettes, estamper le pontet et ébarber le bouton ; 8° quatre fours à braser les fourreaux.
- « L’atelier commença à fonctionner le 25 mai suivant.
- « Dans le début de cette fabrication, il y eut des tâtonnements qui furent plutôt le résultat de l’inexpérience du chef d’atelier et de ses ouvriers. On dut renouveler ce personnel, et bientôt cet atelier marcha d’une manière très-avantageuse, produisit beaucoup et bien. En effet, avec un semblable outillage, on est arrivé à produire, au besoin, 1 000 fourreaux de baïonnette par journée de dix heures de travail.
- « On peut donc dire, en résumé, que M. Deny a rendu un grand service à son pays en créant, comme il l’a fait, la fabrication mécanique des fourreaux de sabre. »
- Le diplôme d’honneur accordé à M. Deny ne pouvait mieux s’appliquer qu’aux mérites de précision de toutes les petites pièces de métal qui entrent dans ces mille objets, désignés à l’étranger aussi bien que chez nous sous le nom articles de Paris ; M. Deny, pour la confection de ces pièces variées, est certainement notre outilleur le plus habile.
- Nous citerons ici le nouveau burin de tourneur de M. le colonel Clay, bien qu’il ne diffère des outils ordinaires que par le canal intérieur qu’il y a ménagé pour la circulation continue d’un jet d’eau pendant le rabotage. D’après les comptes rendus qui ont été publiés sur les bons effets de cette disposition, complétée souvent par l’adoption de plusieurs orifices, on obtiendrait un résultat plus grand qu’avec l’outil ordinaire, ce qui serait surtout dû au refroidissement continu du bec coupant et de la pièce elle-même.
- , Si nous passons de la petite à la grande fabrication en métal, nous trouvons, dans les procédés du forgeage des grosses pièces, bien des progrès à constater.
- La fabrication des roues en fer forgé, sous l’action puissante d’une presse hydrau-
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- lique ou d’une matrice actionnée par un marteau-pilon, paraît devoir s’étendre, avec les modifications qu’elle pourra exiger, à la confection d’autres pièces de forge, plus variées quant à leur importance et à leur destination, sinon plus difficiles.
- On connaît le mode de fabrication, déjà ancien, de MM. Arbel et Deflassieux, à Rive-de-Gier, que le jury a voulu récompenser, par un de ses diplômes d’honneur, en la personne de M. Arbel, l’un des anciens chefs de cette maison.
- MM. Arbel et Deflassieux n’ont jamais exécuté leurs roues de waggons à la presse hydraulique ; ils préfèrent le marteau-pilon, et la nécessité de produire simultanément le soudage sur diverses parties assez éloignées les unes des autres exige, en effet, une action plus instantanée et, par cela même, plus efficace. Les rais, étant préparés individuellement avec une amorce dans le bout et une portion de secteur circulaire vers le moyeu, sont disposés dans l’ordre convenable et amorcés sur la galette qui formera le moyeu; Par suite du petit excès de longueur de ces rais, la galette centrale se trouve maintenue pendant le chauffage au-dessus du plan sur lequel repose le cercle de fer, de profil convenable, qui doit former la jante. Lorsque cet ensemble est amené à la température soudante, on le porte rapidement sur une matrice représentant en creux la demi-épaisseur de toutes les parties de la roue, et, au moyen d’un coup de pilon, on écrase l’ébauche de manière que tous les soudages soient opérés à la fois. Le matriçage se complète ensuite au moyen d’une seconde étampe, et, lorsque le moulage est ainsi terminé, l’ébarbage se fait au moyen de burins oscillants qui respectent complètement le profil de chacune des pièces.
- Ces roues ont marqué dans la métallurgie une date de sérieux progrès, et il n’était que juste de la rappeler à Vienne par une récompense de premier ordre.
- MM. Brunon frères, de Rive-de-Gier, ont adopté pour la fabrication des roues de waggons le forgeage à la presse hydraulique dans des conditions particulièrement intéressantes. Chaque rais est d’abord profilé au laminoir de manière que sa partie moyenne puisse constituer un huitième de la jante, les deux bouts de moindre section devant être ensuite repliés à peu près suivant des rayons recourbés en dehors, à leurs extrémités ; le bout de droite de l’une des pièces correspond ainsi au bout de gauche de la pièce suivante, et on les coupe tous deux en biseau pour qu’ils se soudent plus complètement l’un à l’autre dans l’opération suivante.
- L’étoile à huit pans, formée par la juxtaposition de huit pièces semblables, est maintenue dans un cercle qui en rend la forme invariable jusqu’à l’achèvement complet de la roue ; les bouts recourbés et juxtaposés laissent un espace vide au centre, par lequel s’introduira le moyeu à l’aide duquel l’ensemble se trouvera tout à la fois solidarisé et parfaitement soudé.
- Ce soudage du moyeu, déjà préparé par un étampage préalable, avec l’ensemble des rais, n’exigera qu’un fort chauffage au centre et un poinçonnage rigoureux par les deux bouts du moyeu, pour faire recouvrir, par le flux de la matière, tous les joints.
- Cette opération s’effectue par une puissante presse hydraulique, desservie par deux
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- accumulateurs dont la pression est différemment réglée ; les deux mâchoires de l’é-tampe sont d’abord rapprochées par une petite presse, et l’enfoncement définitif s’effectue tout d’un coup.
- Toutes les roues, relativement d’un poids faible, et dans lesquelles ce poids est parfaitement utilisé, qui sortent de l’usine de MM. Brunon, sont exécutées par ce procédé, qui n’exige qu’une action locale, lorsque la solidarisation ne doit avoir lieu qu’au centre, et le procédé lui-même indique qu’il doit fournir des produits irréprochables. La pression finale ne s’élève pas à moins de 500 000 kilogrammes.
- „ De tels modes de fabrication nous paraissent bien plus sûrs que ceux qui emploient la fonte moulée en coquille, qui doit toujours rester, après son refroidissement, dans un état de tension moléculaire peu favorable à la conservation. La dureté seulement se trouve ainsi augmentée dans une assez grande mesure pour diminuer l’usé d’une manière notable.
- M. Haswell a inauguré et poursuivi dans les ateliers de la Compagnie du Sud-Bahn, à Vienne, la fabrication, par voie de compression et de moulage, de plusieurs autres pièces importantes qui entrent dans la construction des locomotives.
- Il avait exposé des spécimens de ces pièces, et il a bien voulu nous montrer, à l’usine même, le mode de fabrication qui lui réussit très-bien. La compression est produite à l’aide d’une puissante presse hydraulique desservie par un accumulateur, et le procédé a été successivement appliqué à la fabrication de la plupart des pièces, de forme compliquée, qui entrent dans la construction des locomotives.
- On comprend facilement comment le lopin de fer de riblons, d’un poids convenablement calculé et réchauffé dans un four spécial, peut être amené rapidement dans une matrice dont les diverses parties sont assemblées de manière à présenter, à son fond et sur ses faces latérales, une paroi résistante sur laquelle le moulage doit s’opérer. Le couvercle de cette matrice est formé également par une étampe fixée au-dessous du piston vertical d’une presse hydraulique, formée par un bâti analogue à celui d’un marteau-pilon.
- L’ouverture du robinet de mise en train établit la communication entre la presse et l’accumulateur ; le piston descend avec une vitesse plus grande que dans les presses ordinaires, poussant devant lui son étampe qui écrase le lopin et force la matière qui le constitue à se mouler dans toutes les sinuosités du moule. Pour que l’opération réussisse le mieux possible, l’intérieur de l’étampe est amplement pourvu de graisse, qui facilite surtout le démoulage.
- Suivant la disposition de la pièce, elle reste dans la matrice inférieure ou dans la matrice supérieure ; mais le plus généralement on s’arrange de manière qu’elle puisse être enlevée avec la matrice du dessus ; il suffit alors de rapporter des cales sous cette matrice et de faire descendre un peu le piston pour que la pièce soit facilement délivrée. Lorsqu’elle doit rester, en raison de sa forme, dans la matrice inférieure, M. Haswell a trouvé que, pour l’ébranler, le procédé le plus simple consistait à la re-
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- couvrir d’un peu de houille pulvérisée ; cette houille dégage des gaz hydrocarburés pendant l’opération, et ces gaz font explosion au moment où on démoule, de manière à faciliter la séparation.
- Les pièces sont ainsi obtenues avec une exactitude beaucoup plus satisfaisante que par le forgeage, et une partie des frais d'ajustage se trouve économisée; le prix de revient lui-même est moindre, lorsqu’une fois le matériel a été construit, et les déchets sont pour ainsi dire nuis. ~
- Quant à la qualité des produits, les opinions sont encore partagées, quoique, à notre avis, on doive être assuré, par une étude attentive du mode de déformation, de satisfaire plus exactement à toutes les conditions requises. Il faut seulement s’attacher à ne pas exiger de la matière de trop brusques déviations, et il sera, dans bien des circonstances, utile d’employer plusieurs étampes pour mieux guider les déplacements, comme on le pratique, d’ailleurs, dans la gradation des cannelures des laminoirs employés pour les fers spéciaux.
- M. Haswell peut se rendre compte de tous les effets obtenus en faisant des coupes dans les pièces fabriquées ou en cours de fabrication. Ces coupes, soumises pendant vingt-quatre heures à l’action de l’eau régale, sont attaquées assez profondément pour que les fibres du fer restent en saillie, et qu’on puisse, au moyen d’un encrage, obtenir, par impression sur le papier, une image très-satisfaisante de la distribution de ces fibres. Ces imagés guideront très-utilement le constructeur, tant dans la disposition des paquets que dans la confection de ses moules.
- Nous avons assisté, dans les ateliers de Sud-Bahn, au forgeage à la presse hydraulique d’un lingot d’acier de 80 centimètres de diamètre, et, bien que les ouvriers ne fussent pas encore exercés suffisamment à ce travail tout nouveau pour eux, nous avons remarqué que la pression se transmettait dans toute la masse, et qu’en une seule chaude on arrivait ainsi à une ébauche plus homogène et plus avancée que par le travail au pilon.
- Personne ne s’étonnera de l’intérêt que nous avons pris à cette méthode, si directement rattachée à nos recherches sur l’écoulement des corps solides, qui paraissent n’avoir pas été sans influence sur certaines parties de la mise en œuvre.
- On n'avait pas, avant M. Haswell, appliqué le moulage du fer, avec la même autorité et le même sens pratique, à l’obtention de pièces aussi difficiles et aussi variées. Nous pensons que, par l’observation rendue facile des effets produits, ce procédé est destiné à rendre de grands services à la métallurgie.
- Les mêmes procédés sont employés dans les grands ateliers de M. Borsig, à Berlin, et nous avons reçu tout dernièrement quelques spécimens d’impressions analogues à celles de M. Haswell, obtenues sur tes produits de la fabrication des usines de Mme Die-trich, à Niederbronn.
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- Travail du bois.
- Les machines pour le travail du bois n’ont pas reçu de grandes modifications depuis l’Exposition de 1867, si ce n’est peut-être en Amérique, où nous avons pu remarquer toute une série d’appareils à fabriquer les roues de voitures, en mettant à profit certains moyens de compression du bois parfaitement appropriés.
- A part la scie sans fin, appliquée par M. Perin à des sciages plus importants, l’adaptation d’une tête mobile qui permet d’incliner la scie par rapport à la table fixe qui porte le bois à découper, par M. Powis, les machines à fabriquer les roues de voiture et particulièrement celle qui permet de tourner en une fois leur moyeu, de M. Guil-liet, nous n’avons plus à citer que la machine à raboter, à lame flexible et hélicoïdale, de M. Arbey, d’après le brevet de MM. Mareschal et Godeau. Cette lame, qui est formée d’une tôle plane d’acier, assez mince pour s’appliquer sur un contre-fer hélicoïdal, remplace avantageusement le fer hélicoïdal ordinaire, qui constitue le meilleur outil pour le dressage parfait des pièces de bois un peu larges. Les lames, étant appliquées sur leurs contre-fers, sont déplacées avec leur tambour de manière à être affûtées, sur la machine même, d’une manière absolument cylindrique. Cette simplification, qui rend le remplacement des lames très-facile, assure un nouveau degré d’utilité à l’emploi des fers hélicoïdaux.
- Quant à la scie à lame sans fin, qui prend successivement possession des plus gros sciages, il est assez curieux de constater que le soudage des lames est encore une opération qui s’exécute chez M. Perin, non-seulement pour la France, mais encore pour beaucoup de centres de fabrication à l’étranger. En France, elle est employée, sur une assez grande échelle maintenant, au découpage des étoffes, que l’on superpose à cet effet jusqu’à une assez grande épaisseur, et, en Angleterre, elle sert couramment au découpage du fer et des métaux durs, pour la préparation d’un certain nombre de ferrures en usage dans l’artillerie.
- Travail de la pierre.
- Le travail de la pierre se prête moins à l’emploi des machines ; cependant, sans parler d’un appareil de moindre importance qui faisait partie de l’Exposition, il y a lieu de mentionner les machines de MM. Holmes et Taylor, déjà employées en Angleterre pour le dressage des pierres de construction au moyen d’outils rotatifs bien disposés. En suivant cette voie, on arrivera évidemment à appliquer les moyens mécaniques au façonnage des pierres de diverses duretés, comme on est déjà parvenu à le faire quant au sciage des pierres calcaires et au polissage des marbres.
- C’est ici le lieu de citer le matériel de sondage de MM. Maugé, Lipmann et comp., et les diverses dispositions des perforateurs, qui se trouvaient en grand nombre à l’Exposition.
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- MM. Maugé, Lipmann et comp. sont les successeurs de MM. Degousée et Laurent, qui ont perfectionné tous les équipages de sonde et auxquels on doit une grande partie des puits artésiens établis en France, en Algérie et dans le Sahara. Leur exposition était particulièrement remarquable par la grande variété des outils et par les échantillons cylindriques des roches qu’ils amènent au jour sous cette forme, qui permet de les étudier aussi facilement qu’on le ferait dans la carrière même.
- Quant aux perforateurs, malgré la variété des dispositions, il suffit de dire qu’ils sont le mieux représentés, dans le département belge, par la disposition de ceux de MM. Dubois et François, qui fonctionnent en ce moment au Saint-Gothard. Ces ingénieux appareils, dérivés de ceux que l’on doit, soit au point de vue du mode d’action, soit au point de vue des détails de la disposition, à MM. Sommeillier, Grandis et Grat-toni, ont enrichi le travail souterrain de moyens d’action jusqu’alors inconnus.
- Le perforateur de MM. Dubois et François, qui a été adopté pour le percement du Saint-Gothard, est construit à Seraing, et paraît présenter quelques perfectionnements par rapport à la machine de M. Sommeillier. Il n’a que 2m,20 de longueur; le cylindre a seulement 0m,07 de diamètre, et, d’après les expériences précédemment faites à Marihaye (Belgique), à une profondeur de 412 mètres, il permet, avec une pression motrice de 3 atmosphères, un avancement de 0m,04 par minute dans les grès et de 0m,15 dans les schistes. Appliquée à l’exploitation des mines de houille, cette machine réduit les frais d’avancement à la moitié de ce que coûte le travail à la main, et l’époque n’est pas éloignée où les appareils de ce genre seront en grand nombre employés à la production houillère.
- Le perforateur de Burleigh partageait, avec le précédent, les honneurs de l’Exposition.
- Ces indications favorables ne doivent pas mettre en oubli les services rendus dans cette voie par le savant professeur de Genève, M. Colladon, qui a tant fait pour ce genre de travail, et qui aurait dû, à Vienne, être placé au même rang que M. Le Cha-telier, comme lui l’un des représentants les plus distingués de l’esprit scientifique mis au service des grands travaux d’utilité publique.
- Avant ces dernières années, il eût été difficile de croire que le travail du verre à sa surface pût se prêter à des opérations mécaniques autres que celle de la meule pour l’ajustement plus précis des facettes et le poli. Aussi les produits exposés par M. Tilgh-man, de Philadelphie, pour faire connaître les effets de son procédé de gravure au sable, ont-ils été très-remarqués. Il suffît de faire des réserves sur le verre avec de la gélatine ou toute autre matière de même consistance pour que, en dirigeant sur le verre un jet d’air entraînant du sable, on parvienne, avec une rapidité vraiment extraordinaire, 4 entamer, jusqu’à toute profondeur, les parties non réservées. Les spécimens exposés démontrent que l’on peut obtenir ainsi, soit par la variation des profondeurs, soit par les effets de couleur sur des verres doublés, des résultats d’une application industrielle vraiment digne d’intérêt.
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- Pièces détachées.
- Quant aux pièces détachées et aux outils d’usage général, on a surtout remarqué à l’Exposition : la série fort complète des organes de transmission, de M. Piat, de Paris; les fraises, de formes variées, pour le travail des métaux, de M. Bariquand, de Paris, et d’un important constructeur des Etats-Unis, les premières très-supérieures, à notre avis, aux secondes ; les divers appareils de levage et de manœuvre à la presse hydraulique, de MM. Tangye frères, de Birmingham, et la collection d’outils et de pièces de quincaillerie de MM. Dandoy, Maillard etcomp., de Maubeuge, qui ont joint, depuis quelques années, à leurs usines la fabrication des petites machines à percer et autres pour le service des ateliers de serrurerie.
- Appareils de pesage.
- L’industrie des grands appareils de pesage est très - développée en Allemagne et en Autriche, et plusieurs constructeurs ont exposé des ponts à bascule bien construits , sans que nous ayons, toutefois, à y signaler aucune disposition vraiment neuve.
- Nos constructeurs français ne leur cèdent en rien sous le rapport de l’exécution, et le système de la double suspension est chez nous plus généralement adopté. L’usine de la Mulatière, près de Lyon, est toujours à la tête de cette industrie ; mais M. Pau-pier, de Paris, avait aussi une série très-variée de bons appareils de pesage.
- L’emploi des bascules en l’air, qui donne si facilement le poids d’un fardeau suspendu, ne se répand pas autant que le feraient désirer la justesse et la simplicité de ces appareils. Quant aux petits appareils isolés, si commodes pour le pesage individuel de chacune des roues d’une locomotive, ils ne paraissent donner de résultats suffisamment exacts que sur une aire parfaitement nivelée, que l’on rencontre difficilement dans les grands ateliers de construction.
- Il paraît convenable de rattacher aux instruments de pesage les appareils à l’aide desquels se font, beaucoup plus généralement que par le passé, les déterminations relatives à la résistance des matériaux employés dans la construction.
- Le banc de traction de M. Tangye, pour les essais des matériaux, dans lesquels l’effort est déterminé par une pression hydraulique, et les appareils très-variés de MM. Thomasset-Noël et comp., dans lesquels les efforts sont déterminés, le plus ordinairement, par la lecture d’un manomètre différentiel, établi sur le principe de ceux de Galy-Cazalal, ne peuvent manquer de rendre ces essais plus faciles et plus sûrs, et par conséquent de porter les industriels à être plus désireux de s’en servir d’une manière générale pour sauvegarder leur responsabilité de constructeurs.
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- Machines des arts textiles.
- Aucune des dernières Expositions n’était aussi pauyre que celle de Vienne en machines des arts textiles, dont les produits, au contraire, remplissaient de nombreuses galeries.
- L’Angleterre y était cependant représentée par l’exposition de M. Platt, d’Oldham, dont le métier renvideur pour la laine a été beaucoup admiré, et par quelques assortiments de MM. Combes et Bardour et de MM. Lawson et fils.
- La Suisse et la Belgique avaient quelques appareils de filature en fonction, mais il n’y avait parmi eux aucune nouveauté ‘bien remarquable, si ce n’est un métier de M. Célestin Martin, de Verviers, qui, reprenant l’idée de notre compatriote M. Vi-mont, est parvenu, par une autre voie, à filer et à étirer au métier continu la laine cardée. Il y a là un progrès notable à constater, surtout au point de vue de l’avenir, et M. Martin avait su apporter d’heureuses modifications dans la plupart des métiers qu’il avait exposés. Au nombre des meilleures expositions de ce genre, il faut encore citer celles de MM. Escher, Wyss et comp., etc., et de MM. Reiter et comp., etc. Les machines de la Saxe étaient de bonne construction, mais ne présentaient aucune innovation vraiment importante.
- Il est utile de consigner ici les efforts qui ont été faits à Vienne, dans un Congrès spécial, pour amener l’adoption générale d’un mode de numérotage métrique des fils de toutes natures ; les résolutions qui y ont été préparées viennent de recevoir leur sanction dans le Congrès de Bruxelles, où notre collègue, M. Alcan, a puissamment aidé à ce progrès d’unification si désirable.
- L’exposition de MM. Tulpin frères, de Rouen, était telle que, d’une voix unanime, le jury a proposé pour eux, dès la première visite, un diplôme d’honneur. Héritiers de la persévérance de leur père et élevés à son école, MM. Tulpin avaient, en effet, réuni des machines d’un fini parfait et du fonctionnement le plus satisfaisant. Leur machine à apprêter et sécher les tissus, leur appareil élargisseur à lames mues mécaniquement, leur tondeuse et surtout leur machine, si curieuse, à griller les tissus, par des rangs multiples de flammes, étaient connus de la plupart de nos collègues étrangers, qui n’avaient pas besoin d’être édifiés sur l’excellence de leur fabrication. Pour nous, qui avons été les témoins de la vie d’incessant labeur de M. Tulpin père, nous n’avons eu qu’à applaudir à ce succès posthume et si bien mérité.
- On sait qu’à un autre point de vue les ateliers de M. Tulpin ont rendu de très-grands services, en prenant en quelque sorte la première initiative de la construction des régulateurs de pression de vapeur et des extracteurs d’eau condensée, dont Remploi s’est depuis lors très-généralisé.
- Pour l’usage domestique, les petits modèles de machines à repasser, de M. Decou-dun, qui opèrent très-bien sur les différents objets de toilette, et qui sont chauffés ou au gaz ou au charbon pendant l’opération même, sont destinés à un grand succès. Il
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- y a tout avantage à faire avancer le tissu, bien étalé sur une table, sous un cylindre qui en aplanit toutes les parties dans de très-bonnes conditions.
- Machines à coudre.
- Ce ne pourrait être que dans un concours spécial qu’il deviendrait possible d’apprécier les mérites réels ou les inconvénients de ces milliers de machines à coudre qui figuraient à l’Exposition, et qui ont été jugées plutôt d’après l’habileté de l’ouvrière chargée de les faire valoir que d’après les mérites de la construction.
- La seule médaille de progrès a été accordée à cette industrie, qui n’est plus entre les mains des véritables inventeurs ; c’est à qui fera le plus de réclame, mais nous sommes heureux d’avoir obtenu des récompenses de cet ordre en faveur de deux de nos exposants, M. Alker et MM. Hurtu et Hautin, qui ne brillaient que par la bonne exécution de leurs machines ; les derniers par la puissance qu’ils avaient su donner aux organes destinés à opérer sur des matériaux très-résistants.
- La machine à coudre est devenue tout à fait indispensable dans les ménages ; la machine à tricoter le deviendra, et ce n’est pas trop d’indiquer ici les progrès qu’un de nos habiles mécaniciens, M. Carbonnier, a su apporter au modèle original de M. Lumb. La belle machine à tricoter de M. Howe, de New-York, était d’une tout autre importance. [A suivre.) *
- SALUBRITÉ.
- Rapport de la commission chargée de proposer les mesures a prendre pour remédier a l’infection de la Seine aux abords de Paris [suite et fin) (1).
- Deuxième partie.
- Examen et choix des mesures à prendre pour remédier à Vinfection
- de la Seine•
- Examen et choix des mesures à prendre. Principes. — L’examen et le choix des mesures à prendre pour remédier à l’infection de la Seine constituaient la partie la plus importante et la plus délicate du travail de la Commission. Les intérêts engagés sont, en effet, considérables: d’une part, il convient de laisser à une ville de 2 millions d’habitants, comme Paris, toutes les facilités désirables pour son assainissement intérieur, pour la disparition prompte et libre de tous les détritus qu’engendre la vie
- ' (1) Voir le cahier de septembre 1875, p. 510.
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- journalière d’une pareille agglomération d’individus ; d’autre part, il ne saurait être conforme à l’équité de faire retomber sur un point spécial de la banlieue tous les inconvénients dont la ville de Paris s’est déchargée, ou du moins faut-il chercher à atténuer et même faire disparaître, s’il est possible, ces fâcheuses conséquences extérieures de l’assainissement intérieur de la cité.
- La Commission, tout en maintenant fermement les principes, devait donc apporter dans l’examen des procédés et dans ses conclusions la mesure que lui imposait l’importance même de la question ; elle devait s’arrêter, avant tout, à des faits et à des remèdes pratiques.
- C’est dans cet esprit qu’a été sommairement traitée la question de légalité que soulève l’écoulement, en Seine, des eaux des collecteurs.
- Ainsi que M. le Ministre l’a lui-même indiqué dans sa lettre du 22 juillet 1874 à M. le préfet de la Seine, les textes sont formels pour interdire l’écoulement ou le déversement d’immondices dans les fleuves ou rivières, et spécialement en Seine.
- Mais, à côté du droit strict pour l’Administration d’intervenir et d’édicter des prescriptions coercitives, conformes aux textes légaux, il convient de constater combien la pratique, généralement tolérée en France, est peu en corrélation avec la netteté des lois et règlements. Presque partout les industriels et les municipalités ont considéré les cours d’eau comme des réceptacles de détritus. On conçoit qu’il faille tenir aujourd’hui compte des nécessités de l’industrie ou de la salubrité intérieure des villes avant de prescrire l’application trop hâtive des procédés d’assainissement encore bien neufs.
- Si donc l’intensité des faits constatés en Seine doit attirer immédiatement l’attention de l’Administration supérieure sur la responsabilité qui incombe à la ville de Paris et que celle-ci ne décline pas, la Commission pense qu’il convient à la fois de généraliser les remèdes qui peuvent être prescrits en les étendant à d’autres espèces et d’apporter en exécution tous les ménagements nécessaires. Sans s’arrêter à une discussion de stricte légalité, elle insiste sur l’infection qui existe en fait en Seine, dans une partie populeuse de la banlieue, au voisinage des prises d’eau de Saint-Ouen, de Saint-Denis, d’Épinay, de Marly, duVésinet, de Saint-Germain, deMaisons-Laffitte, et, se rangeant à l’avis émis, par le Conseil des ponts et chaussées en 1870, elle pense que « l’écoulement, en Seine, des eaux des collecteurs de Clichy et de Saint-Denis a, au point de vue de la salubrité, des inconvénients auxquels la ville de Paris est tenue de remédier. »
- Enlèvement des détritus solides. Draguages. Leur insuffisance au point de vue de Vassainissement du fleuve. —Abordant l’examen des remèdes à apporter à la situation présente, la Commission, sous réserve des procédés plus radicaux qu’elle examinera ci-dessous, doit insister sur l’absolue nécessité de continuer les vigoureux draguages qui combattent l’encombrement de la Seine aux embouchures des collecteurs : indépendamment des questions de salubrité publique, il y a là une nécessité urgente au
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- point de vue de la navigation. On a vu, dans la première partie du rapport, que les collecteurs versent en Seine, par an, 150 000 tonnes en poids de matières solides, soit un volume vaseux de 200 000 à 300 000 mètres cubes. Les parties les plus lourdes forment les bancs qui émergent périodiquement et que le service de la navigation a dragués depuis quelques années dans les proportions suivantes.
- Mètres cubes* Nombres ronds*
- 69 000 58 000 57 000 64 000 66 000 82 000
- En 1874, le budget de la ville de Paris portait un crédit de 180 000 fr. pour les draguages aux embouchures des collecteurs. Mais ces opérations, exécutées sur les saillies des bancs d’atterrissement, appliquées, du reste, à des cubes inférieurs à l’apport annuel des collecteurs, ne peuvent éviter le comblement des bas-fonds et l’encrassement progressif du lit du fleuve par les vases et les matières organiques légères ; de là l’extension et l’accroissement annuel des phénomènes de fermentation dans les profondeurs mêmes du courant, pollué à la surface par les matières fermentescibles dissoutes. La Commission ne saurait donc voir dans les draguages qu’un palliatif provisoire dont elle recommande l’application incessante, mais qui ne peut, à aucun titre, être érigé en solution de la question.
- Systèmes divers proposés pour l’assainissement de la Seine. Réfutation. — La Commission ne pouvait davantage s’arrêter à un certain nombre de systèmes émis par diverses personnes, et dont la seule nomenclature montrera l’inanité :
- 1° Prolongement des égouts collecteurs jusqu’à la Seine maritime ou jusqu’à la mer. — Ce projet entraînerait à des dépenses énormes, tout en reportant simplement l’infection sur un point de nos côtes.
- 2° Prolongement des égouts collecteurs jusqu’au confluent de l’Oise. — L’augmentation de débit dû à l’Oise ne ferait qu’étendre et déplacer l’infection sans en détruire les causes prédominantes, c’est-à-dire les matières fermentescibles.
- 3° Dilution des eaux d’égout dans l’intérieur des collecteurs ou à leur débouché par addition d’eau claire. — La dilution aurait simplement pour effet, comme ci-dessus, d’étendre l’infeciion sur une espace plus considérable. Ce procédé, comme les deux précédents, ne permettrait, du reste, aucune utilisation, par l’agriculture, des matières fertilisantes contenues dans les eaux d’égout.
- 4° Filtration des eaux d’égout à travers des substances diverses. — Cette opération donne toujours un résultat incomplet : les matières solides argileuses et les ma-
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- 1869.
- 1870.
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- tières dissoutes passent à travers les filtres. Ceux-ci exigent un entretien continuel et constituent, avec leurs bassins annexes, un danger sérieux pour la salubrité publique. L’opération est en même temps coûteuse, spécialement au point de vue de l’exploitation.
- 5° Établissement, aux débouchés des collecteurs, de grands bassins de décantation par simple action de la pesanteur. — Il faudrait donner aux bassins de très-grandes dimensions, créer, par suite, de vastes foyers d’infection; l’épuration par simple action de la pesanteur serait des plus imparfaites, et le maniement des dépôts présenterait de graves inconvénients.
- Épuration par les procédés chimiques et spécialement par le sulfate d’alumine. Insuffisance et cherté du système. — Les objections qui viennent d’être indiquées s’appliquent, au moins en partie," aux systèmes divers dans lesquels la précipitation des matières solides est hâtée par l’addition de réactifs chimiques. Les eaux d’égout, renfermant des matières minérales ou organiques très-diverses qui leur donnent généralement une réaction alcaline, se prêtent à des opérations chimiques dont elles deviennent un des éléments ; si l’on arrive à produire dans leur sein un précipité gélatineux ou floconneux, ce précipité peut tomber au fond de bassins convenablement disposés, entraînant avec soi les matières solides contenues dans le liquide impur et laissant échapper par un déversoir d’aval une eau suffisamment claire. Sur la proposition de M. l’inspecteur général des mines Le Ghatelier, la ville de Paris a fait des essais prolongés et multipliés sur le sulfate d’alumine, qui semblait présenter pour les eaux d’égout des collecteurs des avantages pratiques sur la chaux et autres réactifs préconisés soit en France, soit en Angleterre. Des bassins d’épuration ont été établis au premier champ d’essai qui fonctionnait à Clichy en 1867-1868; d’autres bassins, plus vastes et mieux installés, existent encore dans la plaine de Gennevilliers sur les terrains que possède la ville de Paris. Dans sa tournée du 11 octobre, la Commission a pu voir fonctionner un de ces bassins, et l’eau qui s’en échappait était parfaitement claire. 600 000 à 700 000 mètres cubes d’eau d’égout ont subi, à diverses reprises, ce traitement, et sont sortis clarifiés des bassins. Mais il y aurait une erreur profonde à confondre ces eaux ainsi clarifiées avec des eaux réellement épurées. Le sulfate d’alumine, après s’être décomposé en présence de l’alcalinité des eaux d’égout et avoir donné de l’alumine à l’état de gélatine grenue, effectue simplement une opération mécanique de collage ; les matières solides sont entraînées au fond des bassins ; les matières dissoutes, y compris les matières organiques fermentescibles, restent dans l’eau claire. C’est ce que l’analyse chimique démontre surabondamment; le tableau suivant donne, en effet, le résumé d’analyses poursuivies pendant les années 1867-1868 :
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- Eau d'égout Ean épurée
- naturelle* au sulfate d'alumine.
- Azote . . . . 0k,037 0k,021
- Matières volatiles et combustibles.. . 0 ,729 0 ,240
- Matières minérales 2 ,038 0 ,724
- Total . . 2k,804 0k,985
- L’eau épurée contient donc les deux tiers de l’azote total de l’eau d’égout, et le tiers des matières volatiles ou combustibles, lesquelles sont en grande partie organiques. Ces faits ne sont pas, du reste, particuliers au sulfate d’alumine : le docteur Frankland, chargé, par le gouvernement anglais, d’une étude générale sur la pollution des rivières, a trouvé, en soumettant à l’analyse les divers réactifs proposés et essayés, qu’ils ne faisaient disparaître, en moyenne, que les 0,37 de l’azote organique contenu dans les eaux d’égout, laissant dans les eaux clarifiées les 0,63 de ce même azote. Il convient d’ajouter, à la décharge du sulfate d’alumine, qu’il renferme habituellement un excès d’acide sulfurique, que cet acide agit comme un antiseptique pour retarder la fermentation, et que les eaux clarifiées ne présentent plus les décompositions intenses qu’offrait l’eau d’égout à l’état naturel. Mais elles sont encore loin de pouvoir servir aux usages domestiques les plus simples ; elles n’ont aucun caractère des eaux potables, et leur introduction dans le fleuve, tout en constituant une amélioration sur l’état actuel, ne saurait être considérée comme absolument inoffensive. D’ailleurs, appliqué en grand, le procédé laisserait des masses énormes de dépôts boueux dans les bassins : on se rappelle que le cube annuel des vases d’égout n’est pas inférieur à 200 000 mètres cubes. Se représente-t-on cette quantité énorme, séchant sur plusieurs hectares de superficie, maniée ensuite pour être chargée soit sur des voitures, soit en bateaux ? Ces dépôts ont-ils, du reste, une forte valeur agricole? Aucunement : ils dosent aux 1 000 kilogrammes 6 à 8 kilogrammes seulement d’azote perdus dans une masse de matières minérales ou terreuses ; une longue pratique a montré que ces dépôts ont la valeur agricole des terreaux de bonne qualité ou de la gadoue consommée, produits avec lesquels ils ont la plus grande similitude. La valeur vénale de ces engrais ne dépasse guère, rendus à pied d’œuvre, 6 à 8 francs la tonne. Or, que coûterait cette même tonne de résidus des bassins ? En réactifs seuls, elle aurait absorbé pour sa production 8 à 10 francs, c’est-à-dire tout ce qu’elle vaut, sans même compter les frais d’élévation des eaux, la manipulation des dépôts, leur transport, etc., opérations qui augmenteraient encore la dépense dans de notables proportions. La question financière suffirait à elle seule pour empêcher de songer sérieusement à l’application du système à la totalité des eaux d’égout. La longue expérience de la ville de Paris ne permet pas d’espérer une dépense d’épuration inférieure à 1 centime par mètre cube traité; ce serait donc par an une dépense de 1 million de francs pour les 100 millions de mètres cubes vomis par les collecteurs, rien qu’en réactifs. Il resterait à ajouter
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- tous les autres frais, élévation des eaux, etc. Une pareille dépense est absolument hors de proportion avec le résultat imparfait obtenu.
- La Commission, à l’unanimité de ses membres, a donc été d’avis que l’épuration par les procédés chimiques ne pouvait constituer une solution générale et pratique de la question. Elle ne peut lui donner un autre caractère que celui d’un palliatif cher et imparfait. On examinera, dans la suite de ce rapport, si, dans certains cas particuliers, la clarification chimique ne peut pas rendre quelques services comme complément provisoire et temporaire des solutions vraiment complètes de l’assainissement des eaux impures.
- Assainissement de la Seine par l’action combinée du sol et de la végétation. Irrigations à l’eau d’égout. — C’est dans l’action combinée du sol et de la végétation que la Commission pense qu’il convient de chercher uniquement ces solutions. Par l’irrigation pratiquée sur un sol perméable, les eaux d’égout deviennent non-seulement inoffensives, mais productives et fertilisantes : la salubrité publique reçoit toute satisfaction, et du même coup la culture retrouve une source d’engrais anéantis jusqu’ici en pure perte.
- La Commission est arrivée sur ce point à une conviction unanime, qui lui semble justifiée par les considérations et observations suivantes.
- Principe et théorie du système. — Lorsque des eaux impures, chargées à la fois de matières suspendues et de matières dissoutes, sont versées sur un sol perméable, la couche superficielle de ce sol commence par jouer le rôle de «filtre » : toutes les matières suspendues sont séparées par une action simplement mécanique. Sans sortir des expériences de laboratoire, la Commission a pu constater au bureau du service municipal, à Clichy, qu’une grande caisse de 2 mètres de hauteur, ou même un simple vase en verre de 50 centimètres, rempli de terre et de sable caillouteux de la plaine de Gennevilliers, suffisait pour clarifier complètement et pendant des mois entiers les eaux d’égout les plus chargées versées à leur surface. On connaît les grands phénomènes de filtration permanente que présentent certains terrains : c’est ainsi qu’un des membres de la Commission a pu citer les alluvions du pays de Caux, où 5 à 6 mètres de limon, déposés au-dessus d’une couche de craie fendillée, n’ont jamais empêché la perméabilité constante du terrain. Après ce filtrage mécanique superficiel, les eaux traversent, clarifiées, les couches supérieures du sol; là elles rencontrent les radicelles des plantes qui absorbent à leur profit les substances fertilisantes qui restaient encore à l’état de dissolution et maintenaient aux eaux, malgré leur clarté, une réelle impureté. Si l’on cherche, à l’aide de l’analyse, les quantités d’eaux d’égout nécessaires pour fournir à certaines plantes maraîchères les éléments essentiels à un bon rendement, tels que l’azote, les alcalis ou l’acide phosphorique, on trouve qu’il faut environ 15 000 mètres cubes d’eau d’égout à l’hectare; donc, pour entretenir trois récoltes successives de ces produits, il faut au minimum 45 000 mètres cubes d’eau d’égout, sans compter les pertes et les quantités absorbées par les plantes para-
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- sites ; ce sont donc 45 000 mètres cubes qui se trouvent dépouillés, au profit de la culture, des éléments qui précisément altéraient la pureté des eaux. Au cas où la culture ne serait pas aussi intensive et n’offrirait pas aux eaux d’une manière aussi continue les organes absorbants des végétaux, le sol se charge de retenir, à lui seul, au passage, la majeure partie des éléments fertilisants : 80 pour 100 du carbonate d’ammoniaque, 74 pour 100 du carbonate de potasse, etc. Enfin, pour les eaux qui auraient échappé soit à l’action absorbante des plantes, soit à l’action rétentive du sol, elles suivent leur marche descendante, au cas où le sous-sol est naturellement ou artificiellement perméable. Elles subissent, dans les couches de ce sous-sol, une action oxydante qui agit puissamment sur les matières azotées et les fait passer de l’état de substances organiques à l’état d’azotates ou azotites, substances purement minérales, n’offrant plus aucun danger de fermentation, absolument inoffensives lorsqu’elles sont diluées dans un volume d’eau suffisant. C’est ainsi que l’analyse chimique a appris que les eaux sortant des appareils d’expérience déjà cités plus haut ne renfermaient plus de trace sensible décomposable, tandis qu’elles dosaient, en moyenne, 43 grammes d’azote total par mètre cube avant de traverser le sol; on n’y trouvait plus qu’une très-faible dose d’azote à l’état d’ammoniaque minérale : 1 gr. 600 en moyenne; c’est ce que la Seine renferme avant d’être atteinte par l’afflux infect des collecteurs. On y constatait, au contraire, des doses notables de nitrate, qui se sont élevées jusqu’à un chiffre correspondant à 41 grammes d’azote au litre, lorsque aucune végétation n’existait à la surface. Le mouvement de descente à travers un sol poreux assure même aux eaux affluentes une aération satisfaisante; l’eau d’égout versée à la surface du sol, dans les expériences de Clichy, contenait à peine 2 centimètres cubes d’oxygène au litre : elle sort d’une couche de terrain caillouteux de 2 mètres d’épaisseur avec un titre de 7 à 10 centimètres cubes. C’est dans cet état de révivification complète que l’eau d’égout, épurée cette fois et non plus seulement clarifiée, va retrouver les eaux des nappes souterraines ou s’écoule dans des drains, lorsque ceux-ci ont été établis dans les sols d’une perméabilité naturelle insuffisante. L’enquête anglaise sur la pollution des rivières est arrivée à ces mêmes conclusions, grâce aux savantes recherches du docteur Frankland.
- Application faite par la ville de Paris dans la plaine de Gennevilliers. — La Commission a examiné avec attention les procédés appliqués par la ville de Paris dans la plaine de Gennevilliers pour réaliser pratiquement et sur une grande échelle les phénomènes qui viennent d’être analysés.
- Répétant, en les développant, les procédés expérimentés dès 1867-1868par M. l’inspecteur général Mille dans un champ d’essai installé alors à Clichy, les ingénieurs du service municipal de la ville de Paris ont commencé en juin 1869 l’irrigation de la plaine de Gennevilliers.
- Les eaux d’égout sont élevées à Clichy à l’aide de pompes centrifuges qui, par l’absence de clapets, ont l’avantage de permettre le libre passage des corps solides charriés par le
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- bU SALUBRITÉ. — OCTOBRE 1875.
- courant des collecteurs. Des machines à vapeur d’une force de 40 chevaux jusqu’en 1873, et aujourd’hui d’une force de 150 chevaux, actionnent ces pompes, refoulent les eaux à 11 mètres de hauteur environ, dans des conduites métalliques de 60 centimètres et de lm,10 de diamètre, qui gagnent la plaine de Gennevilliers en passant sous les trottoirs du pont de Clichy. Du côté du Collecteur départemental, une dérivation maçonnée de lm,60 de hauteur sur 90 centimètres de largeur aux naissances a été établie entre la porte de la Chapelle et le pont de Saint-Ouen. Les cotes du terrain permettent d’amener par cette dérivation, grâce à la seule pesanteur et après un parcours de 3 300 mètres, toutes les eaux d’égout sorties de Paris de ce côté. La machine à vapeur de Clichy peut refouler en service normal 0m,500 à la seconde, soit 44 000 mètres cubes par jour ; la dérivation de Saint-Ouen débite, au besoin, un cube égal. Les eaux des deux sources alimentaires viennent aujourd’hui se réunir dans une longue rigole eri briques de 2 mètres de largeur et 1 500 mètres de longueur, établie sur les digues d’Asnières et de Gennevilliers ; une conduite foncée en maçonnerie de 60 centimètres de diamètre et 1 950 mètres de longueur, une rigole en briques de lm,20 de large et de 2 250 mètres de long, et 15 à 20 kilomètres de fossés en terre complètent le réseau de distribution. Ce réseau enserre une surface arrosable de 143 hectares. Sur ces 143 hectares, 115 avaient fait usage de l’eau d’égout au 1er octobre 1874. La répartition sur le sol se pratique à l’aide de raies séparées par des billons plus ou moins larges ; ces raies se tracent, en plein champ, à la charrue ; dans les parcelles passées à l’état de jardin, à la bêche et au cordeau.
- Les plantes poussent sur les billons : leurs radicelles seules vont chercher l’humidité et l’engrais au voisinage des rigoles ; les parties vertes des plantes ne sont jamais touchées par l’eau d’égout. En automne et en hiver, il est quelquefois procédé à de vrais colmatages par submersions partielles des pièces à fumer, mais le plus souvent l’engraissement du sol dépourvu de végétation se fait également par rigoles et imbi-bition. Les quantités d’eau d’égout absorbées par les terrains de la plaine de Gennevilliers se sont élevées depuis 1869 à plus de 18 millions de mètres cubes, savoir :
- Mètres cubes» Nombres ronds» •
- 4869. .......... . . . ........ 660 000
- 1870. . . . ................... 810 000
- 1871. (Guerre et Commune.)
- 1872 ...................... 1 500 000
- 1873 .......................... 7 200 000
- 1874 .................... ... 8 000 000
- Total.. .......... 18 170 000
- Les doses annuelles à l’hectare ont varié de 50 000 à 100 000 mètres cubes.
- Des bassins d’épuration avaient été installés en 1869 sur un terrain appartenant à la
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- ville de Paris ; après avoir clarifié, en 1869, 320 000 mètres cubes, et, en 1870, 97 000 mètres cubes d’eau d’égout, ces bassins ont cessé de faire un service courant en présence du développement de l’irrigation ; ils subsistent aujourd’hui à l’état expérimental. Les dépôts extraits de ces bassins ont été employés dans les environs par les procédés d’enfouissage et aux doses usitées pour les gadoues des rues de Paris. Une partie des dragages exécutés en Seine est venue s’ajouter à ces dépôts et les remplace aujourd’hui dans les usages de la culture ; le service de la navigation a ainsi déposé sur les terrains municipaux :
- 1871.. »
- 1872.
- 1873. . .
- Ces dépôts sont exploités par un industriel qui, moyennant une redevance de 1 000 francs payée à la ville, les expédie et les revend k Colombes, Ghatou, le Yésinet et autres localités voisines des rives de la Seine.
- Résultats obtenus dans la plaine de Gennevilliers. — La Commission a examiné, tant au point de vue de la salubrité qu’au point de vue économique, les résultats de l’opération dont les traits principaux viennent d’être esquissés. Elle a pu d’abord constater combien les terrains de la plaine de Gennevilliers étaient propices à l’opération entreprise : ces terrains sont formés, en effet, d’une vaste couche d’alluvion de 7 à 10 mètres d’épaisseur, contournée par la Seine ; cette alluvion est composée de sables et cailloux recouverts d’une couche généralement mince de terre végétale. C’est au dessus de cette masse perméable que régnent les couches qui arrêtent les eaux d’infiltration. Celles-ci forment une vaste nappe souterraine descendant des hauteurs du mont Valérien et de Buzenval vers la Seine et se tenant entre 2 et k mètres au-dessous de la surface du sol. La plaine de Gennevilliers constitue donc un immense filtre naturel, éminemment propre à absorber et purifier les eaux impures.
- La Commission a vérifié que la pratique justifiait ces présomptions théoriques; elle a vu sur les parois de carrières ouvertes dans la plaine une mince couche de terre arable sous laquelle se trouvaient des bancs de sable, cailloux et graviers, lesquels conservaient leur couleur naturelle sans montrer la moindre trace de dépôt noir de matières organiques, preuve palpable que la couche superficielle agissait bien comme un filtre énergique sur les eaux boueuses versées sur les champs irrigués. La Commission a fait tirer devant elle l’eau de puits établis au milieu des terrains irrigués ; cette eau était parfaitement limpide, sans saveur spéciale, identique, comme aspect et comme goût, aux eaux sulfatées de la nappe souterraine qui alimente les puits de toute la plaine comprise entre Rueil, Courbevoie et la Seine. Elle a fait des constatations identiques sur l'eau sortie d’un drain établi dans une portion du jardin d’essai de la ville de Paris et
- Mètres cubes* Nombres ronds*
- . 24 000
- . 18 000
- . 13 600
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- débouchant en Seine. Ces eaux, soumises à l’analyse chimique, ont été reconnues comme parfaitement pures de matières fermentescibles ; on a trouvé, en effet :
- Azote organique en grammes par mètre cube* Azote total . au mètre cube.
- Eau du puits du jardin de la ville. . O?, 10 Os, 30
- Eau du drain du jardin de la ville. . . Traces insensibles. 0 ,35
- Ces eaux sont plus pures que celles de la Seine en amont des collecteurs, lesquelles renferment 85 centigrammes d’azote organique et 1 gr. 5 d’azote total ; elles sont même supérieures à leurs similaires extraites de puits situés dans la même nappe, mais en dehors du périmètre irrigué, dans des terrains naturellement moins perméables et moins propres à l’oxydation ; elles sont assimilables, pour la pureté chimique, aux eaux des sources d’Arcueil. C’est ce que montrent les chiffres suivants, correspondant à des puits voisins des stations de Courbevoie et de Colombes et à un échantillon d’eau d’Arcueil.
- Azote Azote
- organique. total.
- Puits de Courbevoie. . . , . . . 0g,23 Os ,77
- Puits de Colombes. . . . , . . . 0 ,23 0 ,83
- Eau d’Arcueil. ..... . . . 0 ,05 0 ,43
- L’eau sortant du drain présente même une aération satisfaisante, supérieure à celle de la Seine en amont des collecteurs : 6 centimètres cubes à 6 centimètres cubes 5 par litre. Dans les puits, là où la nappe n’est pas mise artificiellement en mouvement, la dose d’oxygène est moindre, 2 centimètres cubes à 3 centimètres cubes : c’est le phénomène que présentent les nappes soit dans les environs (puits d’Asnières, 3 cc. 6 ; puits de Clichy, 1 cc. à 4 cc. 6), soit du côté de Saint-Denis (2 cc. 40, puits de Go-nesse; 3cc., Aubervilliers, etc.)
- La Commission ne peut donc que témoigner de l’action évidente actuelle du sol de la plaine de Gennevilliers. Elle ne pense pas, du reste, que cette action puisse prochainement s’arrêter par encrassement; les grands phénomènes de filtration naturelle et spécialement ceux du pays de Caux, cités précédemment, permettent de croire à une perméabilité constante, même après la formation de bancs limoneux de plusieurs mètres d’épaisseur; or, la couche moyenne de dépôts effectués par la pratique de l’irrigation à Gennevilliers n’atteint pas 0,001 par an ; les dépôts, ainsi qu’a pu le constater de visu la Commission, ne sont pas gras et encrassants ; renfermant 50 pour 100 de matières siliceuses, ils sont friables et perméables par eux-mêmes ; les façons de la culture les incorporent, chaque année, au sol et ont simplement pour résultat l’entretien ou ’accroissement d’une couche de terre arable légère. Ce mécanisme de l’absorption des
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- eaux et de l’incorporation des dépôts au sol avec utilisation par les plantes garantit en même temps de tout inconvénient au point de vue de la salubrité des localités environnantes. L’eau ne séjourne nulle part, et les phénomènes de fermentation ou d’oxydation s’accomplissent dans le sein de la terre, au lieu de se produire en Seine. La Commission a pu voir, autour du terrain municipal où commencèrent les cultures en 1869, tout un village de récente création : aucune affection spéciale ne s’est produite dans ce village, nommé les Grésillons, et l’accroissement journalier de cette localité naissante, au milieu même des champs où circule l’eau d’égout, est la meilleure preuve de l’innocuité du système. Quelques carriers ont prétendu que le niveau de la nappe qu’on rencontrait de tout temps à une faible profondeur au-dessous du sol se serait relevé depuis les irrigations; ces plaintes, nées au moment des inondations de 1872-73, à un moment oùle service d’irrigation ne fonctionnait pas, ne portent, du reste, que sur un fait purement mécanique qui n’intéresse à aucun titre le principe même ou le résultat hygiénique de l’opération ; c’est un point de détail dont l’examen revient aux agents de la ville de Paris et auquel il serait facile de remédier par quelques drains, si, contrairement aux faits actuels, une pareille surélévation venait à se produire d’une manière permanente (1).
- Quant au résultat agricole et économique, la Commission a pu constater l’état prospère des cultures irriguées; elle a vu, dans un certain nombre de parcelles, et spécialement sur le domaine municipal, comprenant 5 à 6 hectares loués à divers industriels, les produits les plus variés, depuis les légumes de toutes espèces jusqu’aux fleurs etaux fruits. Dans les terrains courants de la plaine, la culture des légumes est prédominante : les champs de choux et d’artichauts ont spécialement attiré l’attention delà Commission. Un certain nombre de terrains sont consacrés à des plantes industrielles, parmi lesquelles on remarque la menthe poivrée, distillée dans l’usine voisine d’un parfumeur,
- (1) Par une lettre adressée, le 31 octobre 1874, à M. le Ministre des travaux publics et renvoyée à l’examen de la Commission, MM. Pommier et Cie, fabricants de produits chimiques à Gennevil-liers, se sont faits l’écho de ces plaintes. MM. Pommier ont été les fournisseurs de sulfate d’alumine de la ville de Paris tant que la ville a dû expérimenter l’épuration chimique. Dans un projet de pétition joint à leur lettre sans autres signatures que la leur, MM. Pommier insistent vivement sur les avantages qu’offrirait, suivant eux, le système de l’épuration chimique; ils reconnaissent qu’il est vrai que « les eaux d’égout ont amené la fertilisation de la plaine des Grésillons; mais ils signalent, en termes généraux, les inconvénients et dangers que présenterait le système des irrigations et insistent spécialement sur une prétendue inondation des caves et carrières. La Commission ne peut que s’en référer aux considérations développées dans le corps du rapport; si les irrigations causaient un dommage bien et dûment constaté, les personnes atteintes auraient toujours, comme dans le cas d’un travail publie quelconque, la possibilité d'avoir recours aux tribunaux compétents. Ce ne sont pas quelques froissements d’intérêt privé qui peuvent et qui doivent arrêter une œuvre aussi considérable de salubrité publique vivement réclamée par les riverains de la Seine, comme en font foi deux pétitions émanées des industriels de Clichy et du Conseil municipal d’Épinay, et renvoyées également à la Commission.
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- M. Chardin-Hadancourt. Surles limites du périmètre irrigué, la grande culture emploie les eaux comme fumure ou comme arrosage d’été ; des seigles coupés en vert, des betteraves à bestiaux, des légumes, et enfin quelques prairies voisines du bord de la Seine, sont soumis à l’irrigation ; les luzernes présentaient encore, au mois d’octobre, au moment de la visite de la Commission, un aspect vivace et en étaient à leur quatrième ou cinquième coupe ; les betteraves à bestiaux s’exploitaient et donnaient des rendements voisins de 100 000 kilogrammes à l’hectare. D’après les renseignements transmis par les ingénieurs du service municipal, la valeur locative des terrains irrigués a subi une hausse sensible depuis leur transformation. D’une valeur de 90 francs à 120 francs l’hectare, ils ont atteint 200 fr., 300 fr. et même 400 fr. La ville de Paris loue son domaine à raison de 5 centimes du mètre carré, soit 500 fr. l’hectare. Ces faits expliquent comment, à mesure que la ville étend ses conduites et rigoles, les cultivateurs usent des eaux mises à leur disposition ; c’est ainsi que la surface irriguée a suivi le développement progressif qu’indique le tableau ci-dessous :
- ANNÉES. MOIS. LONGUEUR des rigoles et conduites maîtresses dehors du domaine municipal. SURFACES soumises aux eaux d'égout.
- 1869. ..... » h. a. c. 6 38 82
- 1870. ..... » 21 82 73
- 1871 Guerre et Commune.
- 1872 Juillet 2 770 45 41 32
- Novembre. . . / 3 877 51 17 52
- 1873 Mai 4 000 62 3 92
- Décembre 5 700 88 35 42
- 1874. . .... Août.. 5 700 115 52 60
- La surface de 115 hectares correspond actuellement aux 143 hectares seuls arro-sables à l’aide du réseau établi ; tout porte à croire que l’irrigation se développera au moins dans la même proportion, à mesure que les artères de distribution seront poussées plus avant. La Commission croit, du reste, devoir insister sur ce fait que le développement progressif des irrigations s’est produit par le libre jeu de l’intérêt privé, sans que la ville de Paris intervînt à aucun titre par voie de coercition ou d’expropriation.
- De l’étude des faits constatés dans la plaine de Gennevilliers, aussi bien que des considérations théoriques, est donc résultée pour la Commission la conviction absolue que le seul remède à l’infection produite en Seine par les eaux des collecteurs consiste dans l’emploi agricole de ces eaux en irrigations, et que le système pratiqué sur un sol perméable comme celui de la presqu’île de Gennevilliers et appliqué aux cultures maraîchères et industrielles ou aux prairies se prête à une exploitation prolongée sans faire courir aucun risque à la salubrité des localités irriguées.
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- Application à la totalité des eaux des collecteurs. Projets de la ville de Paris. — La Commission, s’appuyant sur les faits constatés et sur les principes qui en découlaient naturellement, a dû se préoccuper de savoir comment l’opération en cours d’exécution à l’origine de la plaine de Gennevilliers pouvait se développer et s’appliquer à la totalité des eaux des collecteurs. Ceux de ses membres qui représentaient spécialement l’Administration et le Conseil municipal de la ville de Paris lui ont fourni les renseignements suivants :
- Un premier crédit de 1 million, voté le 2 mars 1872, a permis d’établir le système qui fonctionne aujourd’hui et qui comprend :
- Les galeries de dérivation entre la Chapelle et Saint-Ouen (collecteur départemental), entre le collecteur de Clichy et
- l’usine élévatoire................ . .................. 453 000 fr.
- La première partie de l’usine élevatoire, y compris acquisition du terrain pour l’usine entière, prise d’eau en
- Seine, etc. ................................................. 381 000
- Conduite métallique définitive pour traversée de la Seine aux ponts de Clichy et de Saint-Ouen......................... 166 000
- Total. ..................... 1 000 000 fr.
- A l’aide d’un second crédit de même importance inscrit au budget de 1874, applicable à des projets approuvés par le Conseil municipal dans ses séances des 5 et 20 novembre 1874, il sera incessamment établi sur le territoire de la commune de Gennevilliers un réseau complet comprenant 10 910 mètres de conduites en maçonnerie, de diamètres variant entre 60 centimètres et lm,25. Ce réseau permettra de porter l’eau d’égout en un point quelconque de la plaine de Gennevilliers, dans la partie comprise entre la Seine et la dépression de terrain qui, sous le nom de Fossé-de-1’Aumône, s’étend presque en ligne droite de Clichy à Argenteuil. Ces travaux sont estimés 750 000 fr. La surface comprise dans les limites indiquées est de 1200 à 1300 hectares, sur lesquels on peut compter 1 000 hectares accessibles aux eaux, défalcation faite des non-valeur, habitations, chemins, etc. Ces 1000 hectares exigeront, à la dose reconnue pratique de 50 000 mètres cubes par hectare et par an, 50 millions de mètres cubes, soit la moitié environ du cube total des collecteurs.
- Ces 50 millions de mètres cubes seront fournis par la dérivation de Saint-Ouen, par la machine actuelle de Clichy de 150 chevaux et par une nouvelle machine de 250 chevaux, dont le prix d’établissement avec son bâtiment sera de 250 000 fr., chiffre qui absorbera le reste des crédits ouverts en 1874, défalcation faite des 750 000 fr. destinés aux conduites maîtresses de distribution. Le système sera complété par la construction d’une cheminée en briques à l’usine, au lieu de la cheminée actuelle qui est provisoire et en tôle (25 000 fr.), par l’établissement d’une ligne complète de conduites de lm,10 entre l’usine et l’origine du pont de Clichy, partie où
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- le service est fait actuellement par d’anciennes conduites de 60 centimètres (90 000 fr.), et enfin par des travaux de distribution secondaire dans la plaine, évalués à 500 000 fr. Ce seront 615000 fr. à imputer soit au budget de 1875, soit sur les fonds de l’emprunt municipal projeté. L’ensemble de ces travaux, représentant une dépense totale de 2 615 000 fr., assurera le service journalier de 1 m. c. 500 à 1 m. c. 700, soit de la moitié aux 3/5 du cube total des collecteurs. Les eaux, détournées du fleuve, seront conduites sur le territoire de la commune de Gennevilliers et consacrées à l’irrigation de 1 000 hectares, suivant les principes et les procédés actuels.
- La Commission a pris acte, avec satisfaction, des déclarations des représentants de la ville de Paris. Elle a constaté que les fonds nécessaires à l’opération étaient, dès à présent, engagés pour la plupart, et qu’ainsi l’assainissement rationnel du fleuve pouvait être considéré comme certain, au moins pour la moitié des eaux des collecteurs.
- La Commission s’est alors préoccupée de la seconde moitié des eaux d’égout, dont la disparition du fleuve pouvait seule résoudre complètement la question d’assainis-- sement. Les ingénieurs du service municipal ont fait remarquer que la plaine de Gennevilliers s’étendait, vers l’ouest, au delà du Fossé-de-1’Aumône, vers Colombes, Nanterre etRueil; que ces terrains tous inférieurs au niveau des puits de Clichy et de Saint-Ouen, et par suite accessibles aux eaux, comportaient l’application du système indiqué pour le territoire même de la commune de Gennevilliers ; qu’entre les centres habités, tels que Colombes, Nanterre, Rueil et la Seine, la surface arrosable était encore de 1000 à 1 200 hectares et se prêtait, tant par sa configuration topographique et géologique que par la nature même de ses cultures, à l’absorption et à l’utilisation de la dernière moitié des eaux d’égout ; qu’une dépense de 2 385 000 fr., portant à 5 millions la dépense totale nécessaire pour l’assainissement de la Seine, semblait devoir suffire à cette opération ; qu’effectivement l’usine exigerait encore trois machines nouvelles, dont une de rechange, soit 750 000 francs; une nouvelle cheminée et de nouvelles conduites, 115 000 fr.; des conduites maîtresses en maçonnerie, 750 000 fr.; des travaux de distribution secondaire, 500 000 fr., et enfin 270000 fr. de somme à valoir.
- A la suite de ces explications, la Commission a admis, avec les représentants de la ville de Paris, que cette seconde partie de l’opération semblait aussi praticable que la première. Mais elle exigera évidemment un certain temps pour sa réalisation ; les travaux proprement dits, machines, usines, conduites, peuvent évidemment être exécutés à bref délai, et les ingénieurs du service municipal ont mis sous les yeux de la Commission un programme sommaire d’après lequel l’ensemble des ouvrages principaux et secondaires serait terminé dans une période de cinq années. Mais, dans une œuvre de cette importance, il convient de toujours compter sur des obstacles, imprévus; quoique la ville de Paris offre les eaux d’égout gratuitement aux cultivateurs, quoique les faits déjà acquis actuellement démontrent jusqu’à l’évidence le puissant effet agricole de ces eaux et la plus-value qu’elles donnent aux terrains, les habitudes
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- du cultivateur ou même certains intérêts respectables peuvent rendre plus ou moins lent le développement de l’irrigation, qui constitue seul, en fin de compte, l’œuvre d’assainissement de la Seine.
- Rôle de Vépuration chimique dans le système à adopter. — A ce point de vue et comme mesure transitoire, la Commission s’est demandé si l’épuration chimique ne pouvait intervenir pour assurer au moins la clarification des eaux non traitées par l’irrigation. Mais les considérations développées plus haut lui ont fait écarter cette solution comme imparfaite et coûteuse ; on se rappelle que, appliquée àla totalité des eaux d’égout, elle exigerait une dépense annuelle de 1 million de francs, rien qu’en réactifs; pour la moitié des eaux, la dépense serait encore de 500 000 fr., soit, par an, un dixième du capital total prévu pour l’irrigation. Mieux vaudrait évidemment appliquer cette somme à la solution définitive et rationnelle et la hâter d’autant. Les travaux pour Y utilisation de la moitié des eaux des collecteurs vont s’exécuter en 1874 et en 1875 ; l’infection sera déjà considérablement diminuée. La Commission a pensé qu’il convenait d’encourager la ville de Paris à poursuivre énergiquement l’œuvre de l’assainissement par la culture, plutôt que de l’entraîner dans des solutions bâtardes et coûteuses, dont l’urgence sera évidemment diminuée par le progrès incessant et plus que probable de l’irrigation.
- A la rigueur, à l’extrémité ou à l’origine des artères maîtresses de distribution, l’épuration chimique pourrait être pratiquée lorsque les intempéries de la saison ou les nécessités de la culture laisseraient sans emploi une fraction des eaux élevées par les machines. Mais cette application restera toujours essentiellement intermittente et restreinte.
- Extension de l’opération aux terrains domaniaux de la foret de Saint-Germain. — La Commission a accueilli avec plus de faveur l’idée émise par un de ses membres. Il a été fait observer qu’il existait dans la forêt de Saint-Germain, entre Maisons-Laffitte et Saint-Germa in, 1000 à 1 200 hectares de terrains domaniaux de faible valeur. Ces terrains sont situés entre la Seine et la cote 30, qui est aussi celle de la plaine de Gennevilliers à son origine ; ils présentent d’excellentes conditions pour l’absorption et l’utilisation des eaux d’égout ; celles-ci pourraient y être amenées, grâce à des travaux qui semblent n’offrir aucune difficulté transcendante. L’État et la ville de Paris pourraient passer une convention qui réglerait les droits respectifs et assurerait une répartition équitable du bénéfice qui résulterait évidemment de l’opération.
- La seconde moitié des eaux des collecteurs, dont la première serait toujours destinée à la plaine de Gennevilliers, trouverait là un champ d’application absolument libre et immédiatement utilisable. L’opération de Gennevilliers serait du même coup facilitée ; sentant que la ville de Paris pourrait se passer d’eux et refuser les eaux qu’elle leur offre libéralement aujourd’hui, les cultivateurs viendraient, sans aucun doute, solliciter
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- comme une faveur et payer comme telle l’irrigation qu’ils acceptent trop souvent aujourd’hui d’assez mauvaise grâce, au moins en apparence.
- La Commission a été frappée de ces considérations, et elle pense qu’il y a lieu de recommander l’élude de la question à l’attention immédiate des ingénieurs de la ville de Paris. Si les études précises démontrent la possibilité pratique de l’opération, il y aurait évidemment lieu d’en tenir compte pour hâter l’assainissement complet du fleuve.
- Réserve pour 1’intervention de V'État, au cas d’arrêt dans les travaux exécutés par la ville de Paris. — La Commission insiste, en effet, tout particulièrement sur l’urgence d’une solution complète. Si, par suite des considérations exposées plus haut et des engagements pris devant elle par les représentants de la ville de Paris, la Commission est unanime pour convenir qu’il est juste d’accorder un délai moral à l’administration municipale pour mener son oeuvre à bonne fin, elle est également unanime pour maintenir énergiquement le principe de l’assainissement obligatoire de la Seine. Le gouvernement constatera les efforts faits par la ville de Paris dans ce sens et tiendra compte des difficultés et des frais considérables de l’opération ; mais, au cas improbable, du reste, où les travaux se ralentiraient faute d’allocation de fonds suffisants, l’Etat conserverait évidemment le droit d’intervenir pour exiger l’achèvement des ouvrages nécessaires à l’assainissement complet du fleuve.
- Procédés destinés à faire disparaître les causes secondaires d’altération de la Seine. — Il ne reste à la Commission qu’à traiter une question qu’elle a déjà signalée dans la première partie de son rapport et dont l’examen sera rendu facile par les développements dans lesquels elle vient d’entrer : il s’agit des eaux industrielles, eaux vannes de vidanges, de teinturerie, d’usines diverses, etc., ainsi que des eaux des égouts riverains de la Seine, non encore réunis aux collecteurs. •
- Voirie de Bondy. —Disparition delà Seine des eaux vannes de vidange. —Parmi ces eaux impures, les plus importantes sont, sans contredit, celles qui sortent de la voirie de Bondy et qui causent actuellement l’infection spéciale du collecteur départemental qui débouche en Seine, à Saint-Denis. On sait qu’il existe à Paris, route d’Allemagne, un dépotoir municipal, ouvert à toutes les matières de vidange que les vidangeurs ne transportent pas à leurs voiries particulières ; du dépotoir, les matières sont refoulées mécaniquement par une conduite dans la forêt de Bondy, où se trouve établie la voirie municipale. Jusqu’en 1870, cette voirie était exploitée, grâce à une série de baux amiables successifs, par la compagnie Richer, aujourd’hui Lesage et compagnie. Dès cette époque, les eaux vannes, après traitement à la voirie, descendaient en Seine par une conduite de retour et le collecteur départemental; l’exploitation, très-imparfaite, laissait ainsi retourner en Seine la moitié de l’azote des matières.
- En 1872, par suite d’une adjudication publique, la voirie de Bondy fut dévolue à une compagnie anglaise qui, après avoir dévoré 5 millions de francs dans l’entreprise,
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- a cessé toute exploitation. Les matières de vidange du dépotoir, au lieu d’être refoulées jusqu’à Bondy, sont directement renvoyées en Seine parla conduite de retour et causent l’infection profonde qu’on peut constater à Saint-Denis. La Commission ne peut que protester énergiquement contre une pareille situation. Elle s’est demandé si un prompt remède n’était pas applicable : il ne lui appartenait pas, sans doute, de formuler un avis sur les procédés que la ville de Paris ou les industriels pouvaient mettre en œuvre pour effectuer la vidange dans les maisons ou traiter les matières dans les usines : ce sont des points dont le contrôle et la réglementation sont du domaine de la police municipale. Elle a cependant entendu avec intérêt les explications que lui a données à ce sujet l’un de ses membres, M. le directeur des eaux et égouts de la ville de Paris ; elle appuie de ses vœux la substitution des tinettes-filtres ou des tuyaux de chute directe au système barbare des fosses ; elle a appris avec satisfaction que dans ses usines actuelles la compagnie Lesage soumettait les matières à des opérations en vase clos, qui produisaient le sulfate d’ammoniaque ou la poudrette, sans donner lieu aux inconvénients signalés autrefois à Bondy.
- Mais la Commission rentrait dans son rôle en cherchant à éloigner de la Seine, soit les matières de vidanges, soit les eaux vannes sortant des usines où ces matières sont traitées. A ce point de vue, elle a trouvé dans l’emploi agricole de ces matières le même avantage qu’elle avait déjà reconnu pour les eaux d’égout. Il est inutile de revenir sur les principes antérieurement posés : la pratique est, du reste, déjà venue confirmer ici l’opinion de la Commission. Jusqu’en 1872, un certain nombre de cultivateurs venaient prendre livraison, à la voirie de Bondy, d’une quantité de matières de vidanges, qui s’est élevée à 16 000 mètres cubes en 1869; ils l’appliquaient avantageusement sur leurs terrains. Aujourd’hui la compagnie Lesage vient d’ajouter à son usine récente de Choisy-le-Roi une ferme de 136 hectares; sur cette ferme elle applique, par des procédés perfectionnés de culture, soit les matières à l’état naturel, soit les eaux vannes de l’usine. L’emploi de ces dernières, au cas où on pourrait les réunir aux eaux d’égout, se ferait dans des conditions encore plus simples et plus économiques. Or cette solution est facilement réalisable avec les dispositions que la ville de Paris a adoptées pour dériver les eaux du collecteur départemental. Ce collecteur passe, en effet, dans Paris, à une faible distance, soit du dépotoir, soit de la conduite de retour de Bondy. Il est, par suite, aisé d’y ramener les eaux vannes sorties de la voirie, quel que soit, d’ailleurs, le système qui sera adopté pour la reprise de l’exploitation de cette voirie. Ces eaux vannes suivront la dérivation de Saint-Ouen et arriveront, par l’effet de la pesanteur seule, jusque dans la plaine de Gennevilliers, où elles seront distribuées en même temps que les eaux d’égout, dès que la canalisation projetée de ce côté sera exécutée. C’est là une opération qui ne saurait offrir de difficulté sérieuse, et la Commission insiste tout particulièrement pour que les travaux nécessaires soient compris parmi ceux qui seront exécutés tout d’abord.
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- Établissements industriels et égouts secondaires.
- Quant aux établissements industriels divers et aux égouts secondaires qui déversent encore leurs eaux dans la Seine, la Commission ne voit aucune raison pour ne pas leur appliquer les principes qui viennent d’être développés. Si une longue tolérance a laissé souvent tomber en désuétude les textes formels des règlements et en particulier les prescriptions de l’arrêt du conseil de 1777; si, en l’absencé de procédés pratiques et simples d’épuration, l’Administration a hésité à édicter des défenses qu’elle n’aurait guère su comment faire respecter, il semble que les faits acquis aujourd’hui et spécialement la vaste expérience de Gennevilliers permettent, à l’heure actuelle, une application plus sérieuse des règlements. Il va sans dire qu’une simple surveillance des rives de la Seine permet d’empêcher la projection directe de débris solides et de cadavres d’animaux. Dans un grand nombre de cas, la généralisation du système des collecteurs permettrait de supprimer les bouches secondaires qui se déversent encore en Seine; c’est ainsi que la ville de Paris a le projet de supprimer par deux collecteurs latéraux à la Seine les égouts de Grenelle, d’Auteuil, du quai d’Austerlitz, de Bercy, et par des siphons ceux de la Cité ou del’île Saint-Louis. Il serait à désirer que des ouvrages analogues fussent établis dans la banlieue et vinssent intercepter les eaux impures avant leur déversement en Seine ; les eaux pourraient alors subir un traitement analogue à celui qui a été indiqué ci-dessus pour les collecteurs de Paris.
- Lorsque des établissements industriels se trouvent isolés et ne peuvent envoyer leurs eaux vannes dans une galerie publique voisine, rien ne les empêche d’appliquer les procédés suffisamment économiques auxquels conduit la science moderne, et spécialement le système agricole d’assainissement ; dans le département du Nord, cette solution est déjà pratiquée dans un certain nombre de cas ; elle était préconisée en 1859, ainsi que le drainage dans les cas de sols imperméables, par M. Wurtz, dans un remarquable rapport sur les résidus de distillerie. M. Dailly traite ainsi depuis longtemps les résidus de sa distillerie, à Trappes; M. Gérardin a fait également intervenir l’action du sol drainé pour épurer des résidus de féculerie et autres établissements industriels à Gonesse, Aubervilliers, Choisy. Les commissaires officiels de l’enquête anglaise sur la pollution des rivières sont arrivés, de leur côté, à la même conclusion.
- Partout l’action combinée du sol et de la végétation se présente comme la solution complète et rationnelle de l’assainissement des rivières.
- Par un pareil procédé, les substances qui portaient atteinte à la salubrité publique se trouvent transformées en source de richesse agricole; non-seulement le mal disparaît, mais il devient un bien. L’hygiène est sauvegardée, l’agriculture profite et la grande loi naturelle de la restitution est satisfaite.
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- RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS.
- En résumé, les considérations et observations consignées dans le présent rapport ont conduit la Commission à adopter les conclusions suivantes.
- En ce qui concerne l’état actuel des eaux de la Seine :
- 1° La seule inspection de l’état apparent de la rivière conduit aux résultats suivants :
- En amont de Paris, les eaux de la rivière sont dans un état général de pureté satisfaisant.
- Dans la traversée de la capitale, et en aval jusqu’à Clichy, l’altération générale des eaux par les déjections provenant d’usines ou d’égouts est, pour l’instant, peu sensible. Mais à partir de l’égout collecteur qui débouche dans la Seine, à Clichy, les eaux qui longent la rive droite passent brusquement à un état d’infection repoussant, et cet état est considérablement aggravé à partir de Saint-Denis jusqu’à l’extrémité de l’île Saint-Denis, par les eaux fétides que déverse le collecteur départemental chargé des eaux vannes de la voirie de Bondy, et des usines d’Aubervilliers et Saint-Denis.
- Cette pollution des eaux par les déjections des égouts collecteurs, très-marquée dans le bras droit dans les limites qui viennent d’être indiquées, s’étend aussi, mais à un degré relativement faible, au bras gauche.
- A partir d’Argenteuil, l’altération des eaux décroît assez rapidement. Elle est encore sensible à la hauteur de Marly, et ne disparaît complètement qu’en aval de Meulan.
- Il existe, au fond de la rivière, à partir de la bouche des égouts collecteurs, des dépôts de matières infectes en fermentation qui dégagent incessamment des bulles de gaz d’hydrogène carboné et d’hydrogène sulfuré. Ces bulles, généralement très-petites, prennent souvent, pendant l’été, un volume considérable pouvant atteindre environ un mètre de diamètre.
- Les dragages exécutés par le service de la navigation pour l’enlèvement de ces dépôts, dans la saison où ils peuvent être pratiqués sans devenir eux-mêmes une cause d’insalubrité, sont insuffisants pour faire face à l’enlèvement de ces dépôts, dont le volume s’accroît annuellement.
- 2° Indépendamment du trouble apparent des eaux, leur altération a pu être caractérisée, d’une part, par la proportion des matières fermentescibles qui y sont en suspension ou en dissolution, et, d’autre part, par la proportion d’oxygène libre qu’elles tiennent en dissolution.
- D’après les expériences mentionnées dans ce rapport, on doit considérer que, depuis le débouché de l’égout collecteur de Clichy jusqu’à l’extrémité de l’île Saint-Denis, les eaux du bras droit ne peuvent servir ni à l’alimentation des hommes et des animaux, ni à la cuisson des aliments, ni à d’autres usages domestiques, et qu’elles seraient même impropres au lavage des voies publiques, sans une décantation ou une épuration préalable.
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- Depuis Argenteuil jusqu’à Marly et au delà, Peau devient moins impure; elle est susceptible de se prêter à une grande partie des usages courants auxquels peuvent la consacrer les riverains; sans être impropre à l’alimentation, elle a encore une aération insuffisante et elle est chargée d’une assez forte proportion de substances minérales azotées.
- En aval de Meulan et de Mantes, les eaux de la Seine, dépouillées des troubles provenant des égouts de Paris et régénérées par l’action de l’oxygène de l’atmosphère, redeviennent propres à l’alimentation et aux usages domestiques.
- En ce qui concerne les mesures à prendre :
- 1° D’une manière générale, il y a lieu d’interdire en principe, par application de l’ordonnance du roi du 20 février 1773 et de l’arrêt du conseil du 24 juin 1777, de jeter dans la Seine des eaux ou des immondices et déjections quelconques qui sont de nature à rendre ses eaux insalubres et impropres aux usages domestiques.
- 2° Pour remédier à l’infection de la Seine par les eaux des collecteurs de Paris, le moyen le plus efficace, le plus économique et le plus pratique consiste dans le déversement de ces eaux par irrigations sur un sol suffisamment perméable; des cultures très-diverses, surtout les cultures maraîchères, trouvent dans ces eaux l’humidité et l’engrais qui leur sont nécessaires.
- Les expériences faites dans la plaine de Gennevilliers sont entièrement concluantes pour démontrer non-seulement la puissante végétation produite par les arrosages, mais encore leur innocuité sous le rapport de la salubrité, ainsi que la parfaite épuration des eaux qui arrivent à la rivière après avoir traversé un sous-sol naturellement perméable ou convenablement drainé. Il est, d’ailleurs, prouvé que les matières en suspension sont retenues dans la couche supérieure du sol cultivé ; tout porte à croire que les matières organiques azotées sont absorbées par la végétation, ou oxydées par le sous-sol, qui conserve indéfiniment sa perméabilité.
- 3° La Commission estime que la totalité des eaux d’égout de la ville de Paris, dont le volume, après la mise en service de la dérivation de la Vanne, sera porté à environ 100 millions de mètres cubes par an, pourra être employée sur la surface d’environ 2 000 hectares qui est propre à cet usage dans la presqu’île de Gennevilliers.
- Toutefois il peut être utile et convenable de porter une partie des eaux d’égout snr d’autres terrains, et pour cette éventualité la partie de la forêt domaniale de Saint-Germain qui est voisine de la Seine semble devoir offrir un emplacement convenable. L’étude de cette question paraît devoir être recommandée, dès ce moment, aux ingénieurs de la ville de Paris.
- En tout cas il importe de mettre promptement à exécution le projet qui est soumis au Conseil municipal de Paris pour l’emploi d’un volume d’eau d’au moins 50 millions de mètres cubes par an sur une surface d’environ 1 000 hectares sur le territoire de la commune de Gennevilliers.
- 4° Par l’emploi prochain d’au moins la moitié des eaux d’égout dans la plaine de Gennevilliers au moyen des travaux qui vont être entrepris, l’état de la Seine éprou-
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- vera une amélioration sensible, mais qui sera loin d’être suffisante. Pour l’assainissement complet de la rivière, il faut que les eaux d’égout en soient détournées en totalité, et il importe que la ville de Paris hâte le plus possible l’exécution des travaux complémentaires.
- 5° Quant à l’épuration par les procédés chimiques, et en particulier par le sulfate d’alumine, la Commission est d’avis qu’elle ne saurait constituer une solution complète et pratique de la question ; l’application de ces procédés à la totalité des eaux d’égout entraînerait à des dépenses et à des difficultés d’exploitation qui ne sont aucunement en rapport avec les résultats obtenus soit au point de vue de la salubrité, soit au point de vue agricole ; l’épuration chimique ne saurait être appliquée que temporairement et sur une échelle restreinte, comme expédient complémentaire, dans quelques cas particuliers.
- 6° Les dragages pour l’enlèvement, au fond de la rivière, des dépôts formés par les déjections des égouts doivent être continués avec toute l’activité que comportent les précautions commandées par la salubrité.
- 7° Les eaux provenant de la voirie de Bondy étant la principale cause d’infection de l’égout départemental qui débouche en Seine à Saint-Denis, il est urgent que cet établissement reçoive une transformation qui mette fin aux graves inconvénients qu’il présente. Mais, dès aujourd’hui, les eaux qui en découlent peuvent* sans grande dépense et par la seule action de la gravité, être amenées dans la plaine de Gennevil-liers ; les travaux nécessaires à cet effet doivent être compris parmi ceux à exécuter immédiatement.
- 8° Bien que les eaux provenant soit des usines et bateaux à lessive, soit des égouts secondaires débouchent encore en Seine et contribuent, quant à présent, à un degré secondaire, à l’altération des eaux de la Seine, elles sont souvent très-infectes, et leur écoulement dans la rivière n’est pas sans avoir des inconvénients réels. La Commission appelle l’attention de l’Administration sur une exécution plus efficace des règlements qui prescrivent l’épuration préalable de ces eaux, épuration rendue aujourd’hui possible par des procédés suffisamment économiques, et spécialement par le système rationnel de l’emploi agricole. Il importe également défaire mieux observer les règlements qui interdisent de jeter des corps morts ou des immondices quelconques dans les cours d’eau.
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance générale extraordinaire du 9 juillet 1875.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Correspondance. — M. Mimault, hôtel du Nord, 16 bis, rue des Fossés-Saint-
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- Jacques, à Paris, adresse la description et les dessins d’un nouveau système d’appareils télégraphiques à transmission simple ou multiple. (Arts économiques.)
- M. Notion (S.), à Saint-Claude (Jura), demande à la Société de l’aider pour l’exploitation en grand d’une machine à sculpter dont il est l’inventeur, qui donne des résultats remarquables. Il en soumet quelques échantillons à la Société. (Arts méca-niques et beaux-arts appliqués à l’industrie.)
- M. Haure (G.), rue de la Balançoire, 16, à Boulogne (Seine) ; appareil pour faciliter la natation. (Arts économiques.)
- M. Prévôt, entrepreneur de lingerie, rue Saint-Denis, 177, à Paris, demande une annuité de brevet pour un moyen de faire disparaître les désordres que l’usage des machines à coudre peut produire dans la santé des ouvrières qui les emploient. (Arts économiques.) ' '
- M. Moreau (A. G.), serrurier, rue Chaudron, 24, à Paris, invite les membres de la Société à venir visiter dans ses ateliers 16 panneaux de grilles, imitation de la serrurerie du 13e siècle, exécutés sous les ordres de M. Bouvrain, architecte. (Beaux-arts appliqués à l’industrie.)
- M. Machu, rue du Caire, 4, à Paris, demande une annuité de brevet pour un procédé pour empêcher les navires de sombrer. (Arts mécaniques.)
- M. Lauby (Alexandre), rue de Calais, 7, à Dunkerque, fait présenter, par M. Min-ville, la description d’un chauffage à air chaud applicable aux chaudières à vapeur. (Arts mécaniques.)
- M. Fiévet (G.), ingénieur de l’association des propriétaires d’appareils à vapeur de la Somme, de l’Aisne et de l’Oise, place Saint-Denis, 48, à Amiens, envoie un exemplaire d’une notice sur les associations de propriétaires de machines à vapeur, qu’il vient de publier dans le Bulletin de l’association amicale des anciens élèves de l’École centrale. (Arts mécaniques.)
- M. Brière (Jules), à Alençon, soumet à l’examen de la Société un biberon perfectionné de son invention. (Arts économiques.)
- M. Briot (Cyprien) donne de nouveaux détails sur la pompe marchant au moyen du vide produit par la combustion des matières facilement combustibles dans un vase fermé. (Arts mécaniques.)
- M. Alléoud (E.), rue du Marché-Couvert, 4, à Metz, demande l’appui de la Société pour développer plusieurs inventions qu’il a faites, telles qu’un siphon-pompe, un levier mécanique plus puissant que le cric, des procédés pour l’économie du chauffage, de nouveaux systèmes de pompes, etc. (Arts mécaniques.)
- M. Cordier (Maxime), membre de la Société des comptables, rue Magnan, 7, demande l’examen d’un ouvrage donnant à vue, pour un nombre quelconque de jours, l’intérêt d’une somme allant jusqu’à 999 000 francs, et, par des calculs très-simples, celui d’une somme quelconque. — Il envoie un spécimen de cet ouvrage pour le taux de 4 pour 100. (Commerce.)
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- M. le vicomte de Saint-Triviers envoie un tableau constatant l’état des vignes phyl-loxérées traitées par sa méthode, et il annonce que dans deux mois il présentera un semblable document. (Agriculture.)
- M. Ailloud (François), hydroscope, au café de la Poste, place Grenette, à Grenoble, demande l’appui de la Société pour obtenir une récompense pour les nombreuses découvertes qu’il a faites en ce genre. Il adresse, à l’appui de sa demande, des certificats pour constater l’exactitude des faits qu’il signale. (Comité d’agriculture.)
- M. Godchaux (Auguste), imprimeur-éditeur, rue de la Douane, 10, membre de la Société, signale, à propos du nécessaire métrique présenté par M. Duru, celui de M. Carpentier, qu’il fabrique depuis plus de 15 ans, et qui remplit les mêmes indications que celui de M. Duru. (Arts économiques.)
- M. Natalis Rondot, membre du comité du commerce, fait hommage d’un exemplaire de son rapport sur l’industrie de la soie à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, grand in-8°.
- M. le Président de la Chambre de commerce de Paris envoie un exemplaire des avis exprimés par cette Compagnie sur les principales questions soumises à son examen pendant les années 1873 et 1874.
- Les Bois indigènes et étrangers, par MM. Ad. E. Dupont, ingénieur des constructions navales, et Bouquet de la Grye, conservateur des eaux et forêts, un beau volume in-8°, orné de 162 gravures. — M. Rothschild, éditeur, en présentant cet ouvrage à la Société, fait remarquer que c’est la première fois qu’une étude pratique sur la culture, les qualités et l’emploi des bois est présentée sous un point de vue aussi complet. L’ouvrage, en effet, est divisé en six parties : physiologie, culture, production, qualités et défauts, industrie et commerce, qui comprennent toutes les parties de cette vaste industrie.
- Cours de chimie générale élémentaire, par M. Frédéric Hétet, professeur de chimie aux écoles de la marine, présenté parM. Lacroix, éditeur, 2 volumes grand in-18. Cet ouvrage est rédigé d’après les principes modernes de Gerhardt, de M. Wurtz et autres chimistes qui, dans l’examen des combinaisons chimiques, ont procédé par séries naturelles, les rattachant entre elles par leur mode de génération, de manière qu’on puisse saisir les lois des métamorphoses et découvrir plus aisément les relations que des corps, en apparence très-éloignés, peuvent avoir entre eux.
- Mémoire sur le système de chauffage des voitures, en usage sur les chemins de fer des Charentes, par M. Edouard Plainemaison, ingénieur du service du matériel de cette Compagnie. (Arts économiques.)
- M. le Président présente à la Société, au nom de M. le Ministre des affaires étrangères, un exemplaire des documents diplomatiques de la conférence du mètre. II expose l’importance du résultat obtenu par cette conférence et l’avenir qu’elle prépare pour l’adoption générale du système métrique.
- Révision des statuts de la société. — M. le Président expose que divers chan-Tome II. — 74e année. 3* série. — Octobre i875. 75
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- gements dans les anciens statuts, préparés par de longues années de réflexion et d’étude, ayant été proposés par le Bureau et examinés attentivement par le Conseil, il est résulté de ses délibérations le projet de rédaction dont les dispositions sont soumises à l’Assemblée générale. Les membres de la Société avaient reçu, avant le 25 juin, une convocation pour cette date avec un exemplaire des anciens statuts et de ceux qu’on soumet à leur approbation ; mais, dans cette séance du 25 juin, un membre ayant annoncé qu’il avait des observations à présenter, l’examen de ce projet fut renvoyé à une assemblée générale spéciale. La décision de la Société ne pouvait, en effet, être prise en séance publique qu’autant qu’elle n’aurait suscité aucun débat. Les membres de la Société ont donc été convoqués une seconde fois en assemblée générale, par lettres spéciales, pour aujourd’hui, 9 juillet.
- La modification essentielle à signaler dans ce projet intéresse la position faite aux membres du Conseil. Ces membres ont été classés, jusqu’à présent, en deux catégories : les titulaires , au nombre de 9 par comité, qui sont soumis à réélection tous les trois ans, et les adjoints, que le Conseil peut s’assimiler, conformément aux statuts. Ceux-c sont, de fait, inamovibles ; une fois nommés, on ne s’en occupe plus, et les règlements ne prévoient sous aucune forme un changement quelconque à leur position. L’usage s’étant établi de choisir, en cas de vacances, les remplaçants des titulaires parmi les adjoints, les membres du Conseil font toujours un stage plus ou moins long, comme adjoints, avant de devenir titulaires, et, singulière anomalie, perdent leur inamovibilité en avançant en âge et en importance.
- Ces dispositions ont présenté des inconvénients notables, reconnus depuis longtemps, dont votre Président a dû se rendre compte, ayant assisté à vos séances ou pris part à vos délibérations depuis un demi-siècle, et dont il devait se préoccuper, ayant senti croître, chaque jour, son respect pour votre institution et sa confiance dans ses destinées.
- La position secondaire des adjoints et la réélection obligée des titulaires sont en opposition avec tout ce qui existe dans les autres sociétés savantes. Elle constitue une double infériorité, qui tend à détourner des candidatures du Conseil de la Société les savants renommés et les hommes versés dans l’étude des grandes questions sociales, financières ou industrielles. Comment offrir une candidature à une position d’adjoint, pour arriver plus tard à être titulaire, soumis tous les trois ans à la réélection, à des hommes d’une situation faite? Ils n’y trouvent ni la garantie d’influence, ni la situation honorable à laquelle ils ont droit, et ne se sentent attirés vers la Société que par le sentiment des services qu’elle rend, par l’éclat de sa vieille renommée ou par l’amitié qui les unit aux membres de son Conseil.
- On a donc pensé qu’il y avait lieu de décider que, pour l’avenir, il n’y aurait qu’une seule espèce de membres du Conseil, les titulaires, proposés par le Conseil et nommés par la Société en assemblée générale, qui jouiraient tous de la position permanente dont les membres adjoints ont eu, de tout temps, le privilège sans inconvénient.
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- Les autres changements proposés sont d’une importance moindre. Ils ont pour objet de simplifier la rédaction, de définir d’une manière plus précise des points qui n’étaient pas clairement exprimés et de tenir compte de ce que l’expérience a fait découvrir de plus avantageux à l’égard des formalités à accomplir et pour les détails d’administration.
- Depuis la distribution des statuts aux membres de la Société, l’un d’eux, qui fait partie de l’Administration publique, a présenté deux observations importantes qui doivent être examinées.
- L’une d’elles a pour objet de faire rentrer dans les statuts les dispositions relatives : 1° à la situation des membres à vie, dont la cotisation a été rachetée pour la vie entière par un versement unique de 500 francs*, 2° celle des membres perpétuels-dona-teurs, véritables bienfaiteurs de la Société, dont elle consacre la mémoire dans ses annales. Ces derniers, par le don d’une somme unique de 1 000 francs, acceptée par délibération expresse du Conseil, acquièrent un droit perpétuel à l’expédition du Bulletin de la Société, et un droit conditionnel pour leurs héritiers à être admis gratuitement dans son sein, moyennant l’accomplissement des conditions de droit commun auxquelles les candidatures sont soumises.
- La seconde modification établit que le trésorier et les censeurs ne sont ni exclus du Conseil, ni privés du droit d’assister à toutes ses réunions, ce qui aurait des inconvénients fort graves. Par suite, le nombre total des membres du Conseil serait augmenté de trois.
- Tel est l’ensemble des dispositions soumises à l’Assemblée générale.
- Un membre de l’Assemblée demande la parole pour combattre ces propositions.
- Il n’admet pas la nécessité de changer les statuts de la Société, mais, s’ils doivent être modifiés, il est d’avis que ce doit être dans un sens tout opposé à celui du projet. Après avoir développé les motifs généraux de son opinion, il dépose sur le Bureau une série d’amendements dont il demande l’adoption.
- M. le Président donne lecture, successivement, de chacun de ces amendements, et leur auteur y ajoute verbalement ce qui est nécessaire pour en faire comprendre le sens et l’importance.
- M. le Président, parlant au nom du Conseil, qui s’en est rapporté à sa prudence et n’a pas jugé utile de prendre part à la discussion, expose ensuite les motifs qui ont engagé le Conseil à s’arrêter aux termes des articles proposés à l’approbation de l’assemblée, et à écarter les amendements introduits dans la discussion.
- Premier amendement. — Art. 2. En cas de refus, par le Conseil d’administration, d’admission d’un nouveau membre qui lui aura été présenté, le postulant pourra se pourvoir directement ou par un fondé de pouvoir, devant l’Assemblée générale (tenue le dimanche), pour se faire admettre, s’il y a lieu.
- M. le Président rappelle l’ensemble des formalités qui protègent la Société sans compromettre les intérêts des candidats. Ces formalités, qui remontent à l’origine de
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- la Société, avaient paru nécessaires; l’expérience a prouvé qu’elles étaient suffisantes. Le recrutement de la Société s’opère sans effort et sans trouble. Lorsqu’une personne s’est engagée dans une démarche imprudente, elle est toujours avertie à temps et retire sa demande sans bruit. Pour entrer dans notre Société, il faut, en effet, être présenté par un ou plusieurs patrons connus et en faisant partie. Le nom du candidat est affiché pendant un mois dans la salle des séances et publié dans le procès-xerbal de la séance où il a été présenté. Sa nomination par le Conseil s’effectue au scrutin secret. Cela suffit pour que l’entrée dans notre Société constitue un titre d’honneur pour celui qui est jugé digne d’en faire partie et pour écarter quiconque ne le mérite pas.
- Après ces explications de M. le Président, le premier amendement est retiré par son auteur.
- Deuxième amendement. — Maintien de la rédaction primitive de l’article 6 des statuts. — Il (le membre) peut visiter le dépôt des modèles et machines que la Société formera, et consulter les journaux et les registres du Conseil d’administration.
- M. le Président rappelle que, lorsque la Société d’encouragement a été fondée, le Conservatoire des arts et métiers n’existait pour ainsi dire pas encore ; le dépôt des modèles et machines était donc utile alors. Mais, plus tard, ce vaste musée de l’industrie ayant pris un grand développement, la Société d’encouragement a décidé, il y a douze ans, que son dépôt de machines et modèles serait versé au Conservatoire, ce qui fut fait. Ils sont ainsi à la disposition de tous.
- Quant aux registres du Conseil, il est inutile de maintenir une clause pour leur communication aux membres, puisque tout ce qui y est inscrit, les procès-verbaux de toutes les séances, les comptes de la Société, sont imprimés et envoyés aux membres de la Société dans la quinzaine qui suit chaque réunion du Conseil. Autrefois, on avait cru devoir attribuer aux membres de la Société le droit de venir lire au secrétariat les procès-verbaux manuscrits de nos séances ; c’était raisonnable. Mais le Conseil a fait mieux ; aujourd’hui vous en recevez dans la semaine un exemplaire imprimé. Pourquoi un membre se dérangerait-il pour venir lire ici dans un registre ce qu’il a reçu dans un bulletin qui va le chercher dans sa propre demeure? Pourquoi lui refuserait-on cette satisfaction s’il en avait la fantaisie ? Il n’y avait donc qu’à maintenir cet article, mais seulement pour les journaux et les livres de la bibliothèque, laquelle a remplacé, avec profit, l’ancien dépôt des modèles.
- L’Assemblée consultée, cet amendement n’est appuyé par personne, et il est abandonné.
- Troisième amendement. — Art. XIII, titre YII des statuts, lequel s’occupe de la nomination des adjoints, ajouter :
- Mais seulement dans le cas de travaux extraordinaires et lorsque ces travaux ne peuvent être accomplis sans le secours de certains membres de la Société pris en dehors des comités; mais, lorsque ces travaux seront terminés, les membres adjoints ne doivent plus faire partie des comités, et, si l’utilité de les y conserver se fait sentir, une liste de leurs noms et qualités devra être dressée pour être soumise aux
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- membres de la Société dans une assemblée générale, afin de les faire admettre comme membres des comités par le vote de VAssemblée, et, après leur admission, ils seront soumis aux memes règlements que les autres membres des comités auxquels ils appartiendront, et devront, comme eux, être soumis à la réélection.
- Le renouvellement du Conseil d’administration doit continuer à se faire tous les ans comme par le passé.
- Après que l’auteur de l’amendement a développé cette proposition, M. le Président fait remarquer qu’elle renferme deux dispositions ; la première ayant pour objet le concours des adjoints, la deuxième ayant trait au renouvellement triennal des membres.
- A l’égard de la première disposition, il y a confusion de la part de l’auteur. Les membres titulaires du Conseil ont été autorisés à nommer des adjoints, qui prennent parmi eux une place qui les assimile aux titulaires sous tous les rapports. Mais ils ne se sont pas interdit, pour cela, d’en appeler, pour certaines questions spéciales, à la compétence de ceux des membres de la Société qui en ont fait l’objet d’une étude sérieuse. Ils n’ont pas eu besoin, à ce sujet, des articles d’un règlement compliqué. Le bon sens et l’intérêt de la Société y ont suffi. On n’a véritablement qu’à persévérer dans cette voie.
- A l’égard de la réélection triennale des membres titulaires du Conseil, M. le Président rappelle ce qu’il a dit à ce sujet dans l’exposé des motifs du projet de statuts. La permanence de fait du Conseil, qui a eu lieu jusqu’à présent, et la dignité de ses membres ont donné aux décisions de la Société un poids considérable et représentent une grande partie de leur valeur. Ces décisions, quand elles sont favorables, sont la meilleure recommandation qui puisse être donnée à une découverte industrielle. Nos récompenses ont un prix qu’on ne retrouve dans aucune autre institution analogue ; il ne peut être comparé qu’à celui qui s’attache aux décisions des jurys des expositions.
- N’oubliez jamais que votre Conseil est le jury en permanence, et que ses jugements préparent ceux qui sont portés périodiquement par les jurys des expositions publiques. Les prix, les médailles que ce Conseil décerne, les rapports qu’il approuve, constituent des éléments d’appréciation et d’information formés lentement, sur lesquels, dans leur hâte inévitable, les jurys de ces expositions sont heureux de s’appuyer.
- Dans plus d’une circonstance, cette autorité personnelle des membres du Conseil a motivé la grande considération que le gouvernement a montrée pour ses avis, et elle nous a permis d’être utiles, non-seulement aux intérêts personnels des inventeurs, mais aussi aux intérêts généraux de plus d’une des grandes branches de l’industrie française.
- Le Conseil de la Société d’encouragement a pris rang parmi nos institutions publiques; son autorité à l’étranger est considérable ; il a exercé p3r ses avis l’influence la moins contestée sur le progrès de qotre industrie, et il a scellé pour toujours l’étroite alliance de la science et de la pratique. Tous les efforts de la Société doivent tendre à
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- accroître la dignité des membres du Conseil, l’autorité de leurs jugements et le prestige de leurs avis, moyen le plus sûr de fortifier et d’étendre l’action qu’elle exerce sur le pays et d’appeler le concours de tous ceux qui s’intéressent à sa richesse, à sa force et à la gloire nationale.
- Le projet soumis à l’Assemblée augmente et consolide cette heureuse influence, loin de l’amoindrir comme le ferait ce troisième amendement. Celui-ci rendrait, en effet, l’accès du Conseil impossible, précisément à ceux auxquels leurs découvertes ou des fonctions noblement remplies ont donné une autorité incontestée. Ce qui fait la force de la Société, cependant, c’est que l’importance et la science des membres du Conseil, leur dévouement désintéressé à l’expédition des affaires soumises à leur décision par l’industrie, ont été tels, que les membres sortants ont toujours été réélus. Il en est résulté, en fait, la permanence réelle du Conseil. C’est celte stabilité qui a fait votre prospérité, qu’il s’agit de consacrer après trois quarts de siècle d’expéiience, et de faire sanctionner par les statuts, tout en réservant, d’ailleurs, le droit primordial des membres de la Société dans le choix des membres du Conseil.
- N’oublions pas, en effet, que si les statuts qui nous sont soumis maintiennent au Conseil le choix des candidats, par lesquels il désire se recruter et le droit d’en proposer la nomination, celle-ci appartiendra, en définitive, aux membres de la Société, convoqués à cet effet en assemblée générale, comme par le passé.
- Après cet exposé, M. le Président demande à l’Assemblée si ce troisième amendement est appuyé. — L’amendement n’étant appuyé par personne se trouve écarté.
- Quatrième amendement. — Il y aura trois assemblées générales; une dite extraordinaire ou préparatoire aura lieu le dimanche qui précédera la réélection des membres du Conseil et sera consacrée spécialement :
- 1° Aux discussions et renseignements nécessaires à ce sujet ;
- 2° A la présentation des membres à élire et à leur examen, ainsi qu’à celui des membres présentés par le Conseil comme membres sortants on à réélire;
- 3° A l’examen des statuts et aux modifications à y apporter, s’il y a lieu;
- 4° A l’examen de la gestion générale de l’année écoulée : l’Assemblée donnera son avis et se prononcera sur toutes les questions qui lui seront soumises sur les différents points ci-devant mentionnés.
- L’assemblée générale, ci-devant précitée, jugera définitivement et en dernier ressort toutes les questions qui lui seront soumises, se rattachant spécialement, bien entendu, aux attributions de la Société d’encouragement.
- Les membres de cette Assemblée seront convoqués au moins dix jours à l’avance.
- Après l’exposé des motifs de cet amendement, de la part de son auteur, M. le Président demande si aucun des membres du Conseil actuel, si aucun de ses anciens membres eût consenti à se soumettre à l’épreuve d’un examen pour être admis dans son sein. Quoi! vous siégez ici comme un jury scientifique, élevé, permanent; vous jugez les mérites; vous classez les avantages produits ; vous distribuez les récompenses; votre juridiction s’étend des renommées les plus hautes de la science et des situations
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- les plus éclatantes de l’industrie aux idées du plus humble inventeur et aux services du plus modeste des ouvriers ; et vous voudriez qu’on ne pût pénétrer dans ce sanctuaire qu’après avoir subi un examen puéril, fait tout au moins pour amoindrir ceux qui s’y seraient prêtés? Entrant au Conseil déconsidérés, comment assureraient-ils, aux inventeurs qu’ils auraient à juger, une considération qu’ils n’auraient plus eux-mêmes? ‘
- L’amendement n’étant appuyé par personne, il n’y est pas donné suite.
- Revenant à la proposition primitive faite par le Conseil, M. le Président demande si quelque membre n’a pas d’autres observations à produire ; personne ne demandant la parole, M. le Président met aux voix la nouvelle rédaction des statuts qui est soumise à la décision de l’Assemblée générale de la Société de la part du Conseil, étant compris que le vote s’étend :
- D’une part, à la nomination des membres perpétuels ou à vie et à l’introduction des censeurs et du trésorier dans le Conseil ;
- D’autre part, aux pouvoirs donnés au président de la Société, pour accepter en son nom les changements de rédaction de détail qui seraient imposés par l’administration ou par le conseil d’État, clause qui est de règle en pareille matière.
- La proposition, mise aux voix, est votée à la presque unanimité de l’Assemblée, quatre membres, seulement, ayant levé la main à la contre-épreuve.
- M. le Président déclare, en conséquence, que la proposition est adoptée par l’Assemblée générale et qu’ellesuivra son cours.
- Rapports des comités. — Appareils télégraphiques. — M. du Moncellit, au nom du comité des arts économiques, un Rapport sur l’anémographe électrique de M. Hardy, qui vient d’être installé à la ville du Puy, où il fonctionne d’une manière très-satisfaisante.
- Le rapporteur conclut à ce que la Société remercie M. Hardy de son intéressante communication, et décide que le Rapport soit inséré au Bulletin avec les plans et dessins des appareils.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont adoptées par le Conseil.
- Électro-aimants. — M. du Moncel lit ensuite, au nom du même comité, un rapport sur les électro-aimants d’une très-grande puissance que M. Camacho a présentés à la Société.
- Le comité propose d’exprimer la satisfaction de la Société à M. Camacho, en le remerciant de sa communication et en ordonnant l’insertion du rapport au Bulletin.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont adoptées par le Conseil. (Voy. cahier de septembre 1875, p. 496.)
- Communications. — M. Salvetat présente, de la part de M. l’Administrateur de la Manufacture de porcelaines de Sèvres, quelques échantillons de poteries faites en
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- imitation des poteries du Japon. On connaît les émaux cloisonnés des peuples orientaux, qui se sont acquis par ce genre de travail une grande célébrité. On trouve de même, dans les productions de ces pays lointains, des porcelaines ornées de filigranes noyés dans la glaçure et dont les vides, remplis d’émaux opaques de différentes couleurs, rappellent, à s’y méprendre, les véritables bronzes à émaux cloisonnés.
- Les six spécimens spéciaux que M. Salvetat met sous les yeux du Conseil appartiennent au Musée céramique ; la Manufacture de Sèvres n’a d’autre prétention, en appelant l’attention de la Société, que celle de prendre date et d'engager ceux des artistes que cette publication pourrait intéresser à poursuivre ce genre de travail, qui peut être facilement abordé.
- Deux des pièces présentées sont en porcelaine tendre, à surface intérieure glacée, à surface extérieure primitivement mate, décorée postérieurement au moufle, au moyen de filigranes de cuivre sertissant des émaux, décapés, puis dorés à la pile.
- Deux autres pièces, que le Conseil remarquera, sont de la porcelaine à l’instar des porcelaines de Chine, sans glaçure, sur l’extérieur desquelles on a placé, comme pour les pièces qui sont déjà mentionnées, une résille d’émaux cloisonnés. Toute question artistique est essentiellement réservée. On comprendra qu’en variant les dessins et la nature des couleurs on peut obtenir les effets les plus variés, aussi riches que ceux que présentent les poteries persanes les plus remarquables. La Manufacture de Sèvres tend à prouver par ces essais, quelque incomplets qu’ils puissent être à l’origine, qu’elle ne s’écarte pas de son rôle initiateur.
- Les deux petits vases qui complètent cette série ne sont pas les moins intéressants ; ils sont en terre commune ; les filigranes sont en cuivre ; c’est donc un produit dont on ne trouve d’analogie nulle part, même au Japon ; à ce titre ils ont un certain caractère de nouveauté qui doit être remarqué.
- Il est donc possible, en suivant cette voie nouvelle, d’accroître le nombre des méthodes décoratives applicables à la céramique. Pour les objets de grand luxe ou très-précieux, les filigranes d’or, d’argent, de platine, seraient réservés ; les filigranes de laiton ou de cuivre rouge s’adapteraient aux poteries inférieures, voire même aux terres vernissées.
- La présente communication a pour but de doter le domaine public. La Manufacture de Sèvres, pensant voir la Société s’associer à ses idées, la prie de consigner ces observations au procès-verbal de la séance de ce jour.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société par un vote du Conseil :
- MM. Le Lasseur, propriétaire, à Paris ;
- Cordier, comptable, à Paris.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE Mme Ve BOUCHARD-HUZÀRD, RUE DE L’ÉPERON, 5. — 1875.
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- 94e année.
- Troisième série, tome II.
- Novembre 1895.
- BULLETIN
- DE
- D'ËNCOIIBAGENENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- VERRE TREMPÉ.
- Rapport fait par M. de Luynes, au nom du comité des arts économiques, sur les procédés pour la trempe du verre de M. de la Bastie , au château de Richemond par Pont-d'Ain (Ain).
- Messieurs, on connaît depuis longtemps les propriétés singulières que la trempe communique au verre. C’est sur les larmes bataviques, les fioles philosophiques ou les baguettes de verre que les verriers coulent dans l’eau, qu’elles ont été d’abord étudiées. Mais ces objets n’ont été préparés, jusqu a présent, que pour exciter la curiosité ou servir à des expériences de cours. On avait bien remarqué, il y a près de deux cents ans, la dureté des larmes bataviques, qu’on peut frapper avec un marteau sans les briser ; mais personne n’avait songé à profiter de cette observation pour en faire une application utile. Au contraire, la trempe était regardée comme dangereuse pour la conservation des objets en verre, et l’on cherchait à s’en garantir le mieux possible en recuisant avec soin les pièces qui sortaient chaudes des mains du souffleur.
- C’est à M. de la Bastie que revient l’honneur d’avoir démontré que cette opinion n’était pas fondée ; et, au lieu de préserver le verre de la trempe, M. de la Bastie a profité de cette trempe pour atténuer, sinon pour détruire l’extrême fragilité du verre.
- Le procédé de M. delà Bastie est très-simple, mais il est très-hardi, et il Tome II. — 74e année. 3e série. — Novembre 1875. 76
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- est probable que plus d’un verrier aurait hésité à l’essayer. Il consiste, en effet, à chauffer le verre à une température très-voisine de celle de son ramollissement, et à le plonger rouge dans des corps gras d’origine animale ou végétale dont la température peut s’élever sans qu’ils bouillent au delà du point d’ébullition de l’eau. Lorsque le verre a subi cette trempe, il a acquis des propriétés nouvelles et très-remarquables dont nous allons rendre compte en exposant les résultats des expériences que nous avons faites sur des objets en verre trempés par M. de la Bastie, ou sur ceux que nous avons trempés nous-même d’après les indications de son brevet.
- Les premiers essais que nous avons étudiés sont relatifs à l’action de la chaleur sur le verre trempé. On sait que du verre ordinaire, lorsqu’il n’est pas très-mince, se brise facilement au contact d’un corps chaud, ou bien lors-qu’après l’avoir chauffé on le touche avec un corps froid. Le verre trempé de M. de la Bastie supporte, au contraire, très-bien ces épreuves.
- Nous avons trempé une lame en glace de Saint-Gobain de 20 centimètres de long sur 3 ou i centimètres de large. Après son refroidissement, cette lame, qui s’était légèrement tordue, a été placée sur les charbons allumés d’un fourneau ordinaire; lorsqu’elle a été suffisamment chaude, elle a été plongée dans l’eau froide. Cette épreuve a été renouvelée plusieurs fois; la lame a parfaitement résisté et si bien, qu’on a pu la jeter d’un troisième étage sur le pavé sans qu’elle se brisât.
- Nous avons soumis à l’action d’un feu de charbon, de lampes à alcool, etc., des plaques et des assiettes en verre qui nous avaient été remises par M. de la Bastie ; elles ont également bien supporté les changements brusques de température. Enfin un verre de lampe trempé a reçu dans différentes directions la flamme, qui l’a recouvert de fumée lorsqu’on inclinait la lampe ; on sait que, dans ce cas, les verres ordinaires éclatent souvent; le verre trempé est resté intact.
- Il résulterait donc de ces faits et de tous ceux qui nous auraient été rapportés par d’autres personnes qui ont manié le verre trempé, que ce verre supporte incomparablement mieux que le verre recuit les changements brusques de température, même entre des limites de température assez éloignées. Un fait intéressant que nous n’avons pas eu le temps de vérifier encore complètement, c’est que l’action d’une température peu élevée à laquelle on soumet souvent ce verre à différents intervalles de temps n’altérerait pas d’une manière notable son état de trempe. Ainsi une assiette en verre qui sert depuis plusieurs mois tous les jours à cuire des œufs reste encore assez
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- fortement trempée pour résister aux chocs énergiques auxquels on l’expose en la jetant à terre.
- Dans une autre série d’expériences, nous avons essayé la solidité relative d’objets non trempés et trempés en les laissant tomber d’une certaine hauteur sur le sol. Les verres de montres, les bobèches plates qui se brisent si facilement lorsqu’elles tombent d’une petite hauteur, acquièrent parla trempe une solidité remarquable qui permet de les projeter avec une certaine force sans qu’elles se rompent.
- Nous avons opéré ensuite sur des plaques de verre de différentes épaisseurs et de différentes dimensions, et nous avons cherché à déterminer les poids et les hauteurs de chute nécessaires pour en opérer la rupture. Dans ces expériences, les plaques de verre étaient fixées entre deux cadres en bois sur les bords desquels elles s’appuyaient par leurs contours.
- Voici les résultats de quelques essais :
- Une plaque de 16 centimètres de long sur 12 centimètres de large, et de 5 millimètres d’épaisseur, a supporté les chocs d’un poids de 100 grammes tombant d’une hauteur de 1 à 4 mètres, et d’un poids de 200 grammes de 1 à 3 mètres. Elle s’est brisée sous le poids de 200 grammes tombant de 4 mètres. Une plaque semblable, mais non trempée, s’est rompue complètement sous le poids de 100 grammes tombant de 30 à 40 centimètres de haut environ.
- Une seconde plaque de 25 centimètres de long sur 16 de large et 6 à 7 millimètres d’épaisseur a résisté aux poids précédents, et ne s’est rompue que sous le poids de 500 grammes tombant de 2 mètres.
- Une plaque semblable non trempée a été brisée parle poids de 100grammes tombant de 30 à 40 centimètres de hauteur.
- Enfin une plaque de 47 centimètres de long sur 30 centimètres de large et 9m,5 d’épaisseur ne s’est brisée que sous la chute d’un poids de 500 grammes tombant de 10 mètres de haut, tandis qu’une plaque semblable non trempée s’est cassée sous le poids de 200 grammes tombant de 3 à 4 mètres.
- Il est bon de remarquer que, dans tous les cas que nous venons de citer, le poids tombait normalement aux surfaces des plaques de verre, et par conséquent dans les conditions les plus défavorables. Dans une toiture ou dans une construction vitrée, les corps qui tombent, principalement les grêlons, rencontreront toujours le vitrage sous une certaine inclinaison; ce qui recule encore dans l’usage les limites des résistances que nous venons d’indiquer approximativement.
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- Enfin nous ajouterons que des verres à relief, trempés par la méthode de M. de la Bastie, s’étaient bien conservés comme forme et comme transparence et avaient acquis aussi une solidité de beaucoup supérieure à celle des verres semblables qui n’ont pas été trempés.
- M. de la Bastie nous a encore remis un verre à vitre ordinaire de 4 millimètres d’épaisseur, mais qu’il avait courbé de manière que la flèche présentât une longueur de 5 centimètres environ. Placé sur le sol, ce verre pouvait supporter des poids considérables; par exemple, des personnes de haute taille pouvaient monter sur lui sans le briser.
- Une autre lame de verre de même forme, mais seulement de 11/2 millimètre d’épaisseur, nous a présenté un phénomène curieux qui démontre bien la grande élasticité du verre trempé. En se plaçant dessus, ou en la chargeant de poids considérables, elle s’aplatit totalement, et reprend ensuite sa forme première lorsqu’on la débarrasse de la charge à laquelle on l’avait soumise.
- Enfin des assiettes en verre trempé de toutes formes et de toutes dimensions peuvent être impunément jetées sur le sol d’une certaine hauteur et avec une certaine force, tandis que le verre ordinaire soumis à ces épreuves se brise en nombreux fragments; ces objets, dans la plupart des cas, résistent d’une manière remarquable.
- Tels sont, Messieurs, les faits très-intéressants que nous a offerts le verre trempé de M. de la Bastie. Nous ajouterons que la constitution du verre trempé est analogue à celle des larmes bataviques, mais qu’elle en diffère en ce que la trempe est moins énergique que dans ces dernières, ce qui tient surtout à la température plus élevée du bain de trempe ; il en résulte un état d’équilibre plus stable; mais il ne serait pas exact de dire, et M. de la Bastie tient à ce qu’on le répète, que le verre trempé est incassable. Lorsque l’effort auquel on le soumet dépasse une certaine limite, le verre trempé se rompt, et il se divise alors en une multitude de fragments dont l’arrangement rappelle le mode de cassure des larmes bataviques. Mais cette limite est si reculée quand le verre a été convenablement trempé, que la résistance qu’il offre est vraiment étonnante et peut être comparée à celle que présentent certains métaux. Nous citerons, à ce sujet, une expérience faite sur une plaque de5mm,5 d’épaisseur trempée par M. de la Bastie. On sait que le verre trempé ne se coupe pas au diamant; cependant, en soumettant cette plaque à l’action du diamant, elle a été légèrement entamée, et en l’approchant de l’oreille nous avons entendu un léger craquement qui nous indiquait que l’action du dia-
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- mant avait pénétré à une certaine profondeur. La plaque ayant été retournée, nous l’avons frappée fortement avec un marteau sur la face opposée à celle sur laquelle le diamant avait agi, il a été impossible de la rompre. Nous avons alors tracé un trait de diamant sur l’un des angles, et plaçant la plaque sur le bord d’une table solide de manière à laisser en saillie le coin séparé par le trait du diamant, nous l’avons frappé à coups redoublés de marteau sans pouvoir le détacher. Cette plaque a été conservée, et elle a été soumise depuis à bien d’autres épreuves du même genre; les secousses qu’elle a supportées ne semblent avoir diminué en rien sa solidité:
- Le verre trempé ne se travaille pas, dans tous les cas, comme le verre ordinaire ; c’est ainsi, comme nous venons de le dire, qu’il ne se coupe pas au diamant. C’est l’objection la plus sérieuse qu’on puisse faire à son emploi pour le vitrage commun. Mais pour les vitrages sur châssis de verre, ce verre pourrait être trempé aux dimensions voulues, et son usage présenterait alors des avantages très-réels.
- Le verre trempé peut s’user au tour ou à la meule, il peut être poli ou dépoli ; les glaces trempées peuvent être biseautées comme les glaces ordinaires. La trempe n’altère en rien la transparence et les propriétés premières du, verre. La forme des objets peut être respectée par l’emploi de procédés de chauffage semblables à ceux dont on se sert dans d’autres industries pour les objets qui se ramollissent au feu ; somme toute, le principal inconvénient qu’il présente provient de la difficulté qu’il offre à la coupe au diamant. Mais rien ne dit qu’on ne trouvera pas un moyen de le couper ou le tailler, ou de l’approprier d’une autre manière aux nécessités du vitrage.
- En résumé, M. de la Bastie a démontré que, contrairement à l’opinion généralement admise, la trempe donne au verre une solidité bien supérieure à celle du verre recuit. Les expériences qu’il a soumises à la Société et à votre comité montrent tout l’intérêt qui s’attache à l’étude du verre trempé et aux applications qu’il peut recevoir. Votre comité des arts économiques vous propose donc de remercier M. de la Bastie de son importante communication. et d’ordonner l’insertion du présent rapport dans le Bulletin de la Société.
- Signé V. de Luynes, rapporteur.
- Approuvé en séance le 11 juin 1875.
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- BIBLIOGRAPHIE.
- Rapport fait par M. Salvetat, au nom du comité des arts chimiques, sur
- l'ouvrage intitulé Traité des dérivés de la houille, présenté par MM. Ch.
- Girard et G. De Laire (1).
- Messieurs, MM. Girard et De Laire ont soumis à l’examen de votre Société l’ouvrage qu’ils ont publié récemment sur les dérivés de la houille. Le comité des arts chimiques m’a chargé de vous rendre compte de ses impressions à la lecture de l’excellent livre dont il apprécie hautement la valeur industrielle et scientifique.
- Il semble inutile, tout d’abord, d’insister sur l’importance du sujet traité par les auteurs. Personne n’ignore actuellement l’une des plus belles découvertes de la chimie moderne, la transformation de certains principes extraits du goudron de houille en matières tinctoriales, l’une des plus remarquables applications de la science.
- Dans des circonstances récentes, et à diverses reprises, une conférence intéressante faite par M. Guignet, ancien élève de l’École polytechnique, aujourd’hui professeur de chimie à Rio-Janeiro, puis un rapport de notre collègue M. Y. de Luynes, professeur de chimie au Conservatoire des arts et métiers, ont, tour à tour, appelé votre attention sur les ressources inattendues, ressources immenses, créées depuis quinze ans au bénéfice de l’art de la teinture par la transformation de l’aniline extraite du goudron de houille, resté jusqu’alors presque sans emploi.
- MM. Girard et De Laire ont eu l’idée de réunir, en un seul livre, tous les documents épars dans un nombre considérable de mémoires divers; ils étaient, d’ailleurs, admirablement préparés pour ce travail, non-seulement par la part très-grande qu’ils avaient prise dans le perfectionnement des couleurs d’aniline, mais encore par la création de couleurs nouvelles qu’on doit à leurs persévérantes recherches, par la pratique journalière de ces méthodes de fabrication et par l’expérience qu’ils ont acquise dans des travaux d’usines. Savants et manufacturiers, ils ne pouvaient que concourir à la publication intéressante que vous connaissez.
- (1) Chez Georges Masson, éditeur, place de l’École-de-Médecine, à Paris.
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- En conséquence, nous n’aurons, pour faire apprécier ce travail, qu a présenter une analyse succincte des différents chapitres qui le composent pour en faire ressortir l’utilité complète.
- Dans un premier chapitre, envisageant la question tant au point de vue de la science pure qu’à celui des applications industrielles, les auteurs s’occupent de la formation des goudrons, de la rectification des huiles et de leur classification; leur attention se porte naturellement sur la benzine commerciale et sur la séparation de la benzine du toluène et du xylène. Ils passent ensuite en revue les dérivés chlorés, bromés, chlorobromés et iodés des carbures d’hydrogène par addition, substitution, et par addition et substitution tout à la fois.
- Dans un autre chapitre est traitée l’étude des sulfodérivés des carbures aromatiques. L’examen des dérivés nitrés des carbures d’hydrogène de cette même série aromatique forme un sujet particulier auquel s’attache un grand intérêt, puisque, à ce titre, l’histoire et la fabrication de la nilrobenzine sont décrites avec détail. Les composés nitrés de ces carbures et probablement d’autres carbures offrent un attrait puissant, car cette étude comporte l’examen des composés correspondants chlorés, bromés et iodés.
- Les alcaloïdes du' goudron et leur classification occupent près de cent pages consacrées à l’aniline, à la toluidine et ses isomères, à la xylidine et ses isomères, à la cumidine, à la cimidine et à leurs isomères. On en fait l’histoire industrielle et scientifique. Parmi les sujets qui se rapportent plus particulièrement aux applications de ces composés à l’art de la teinture, nous avons remarqué les détails qui concernent la fabrication de l’aniline commerciale.
- Les monoamines, les diamines et les triamines sont groupées dans trois classes différentes auxquelles les auteurs se sont attachés; l’importance que leur utilité présente leur donne un intérêt spécial pour le présent d’abord, pour l’avenir ensuite. Les triamines colorantes sont, en effet, les matières dont l’introduction dans l’industrie a marqué comme le progrès le plus surprenant dans ces dernières années. A ce titre, elles méritaient que les méthodes industrielles auxquelles on doit leur préparation à l'état de pureté fussent l’objet d’un chapitre particulier; c’est par lui que se termine l’ouvrage; l’énoncé des sujets qui s’y trouvent traités suffit pour les mettre en pleine lumière.
- MM. Girard et De Laire y commentent tous les procédés de production de la rosaniline. L’étude des sels de cette base, leur purification, leur sépara-
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- tion de la violaniline, de la mauvaniline et de la chrysotoluidine sont parfaitement développées, ainsi que celle des bleus et violet, striphénylaniline et diphénylaniline ; les violets divers phényliques, les verts Hoffmann, les verts à l’iode, le vert d’aldéhyde, toutes les couleurs dérivées de l’aniline, jaunes, rouges, bleus, violets, les marrons, les noirs, etc., qu’ils proviennent de substitutions, condensations, oxydations, réductions, tout s’y trouve examiné tant au point de vue scientifique qu’au point de vue pratique.
- MM. Girard et De Laire ont complété leur œuvre à l’usage des ingénieurs et des industriels qui s’occupent de cette fabrication même par un atlas joint au texte avec légende explicative comprenant douze planches à l’échelle exécutées avec un grand soin : on y voit l’ensemble des appareils et les détails de construction des principaux organes mécaniques employés par les usines les mieux établies.
- Votre comité des arts mécaniques pense que les publications du genre de celles dont il a l’honneur de vous entretenir doivent être encouragées par votre Société. Si les arts appliqués sont plus particulièrement de votre domaine, il ne saurait oublier qu’il y a moins que jamais, aujourd’hui, de barrière entre la science pure et ses applications : plus la science pure sera vulgarisée, plus les avantages qui la recommandent à l’humanité seront immédiats ; plus utile elle sera, ne se donnant plus alors pour mission unique de satisfaire l’esprit de recherche inné chez quelques-uns seulement, mais en élargissant sa sphère d’action et s’imposant au plus grand nombre pour la fructification des meilleures semences qu’elle recèle.
- C’est avec un rare bonheur d’expressions que MM. Girard et De Laire font remarquer le développement que comporte l’étude chimique du seul goudron de houille, et celui qu’elle est appelée, dans un avenir prochain, à recueillir d’un travail de chaque jour.
- En effet, depuis l’époque de la transformation des matières du goudron en substances tinctoriales, « on compte, en une année, plus de travaux accom-« plis sur ce sujet, plus d’expérimentateurs y consacrant leur temps qu’on « n’en saurait trouver antérieurement pendant une période de dix années. »
- L’ouvrage de MM. Girard et De Laire n’est d’ailleurs pas une simple compilation; il représente un travail de longue haleine, et, par leurs découvertes personnelles, les auteurs ont largement payé de leur personne. Ce livre, édité dans les meilleures conditions, vous paraîtra digne, en tout point, d’être compris au nombre des publications jointes aux médailles décernées tous les ans aux contre-maîtres que vous voulez récompenser.
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- En conséquence, votre comité des arts chimiques vous propose de remercier MM. Girard et De Laire du don qu’ils ont fait de leur ouvragé à votre bibliothèque et de voter l’insertion de ce rapport dans le Bulletin de votre Société.
- Signé Salvetat, rapporteur. Approuvé en séance, le 23 juillet 1875.
- CHEMINS DE FER.
- LE PERCEMENT DU SAINT-GOTHARD, PAR M. A. PERNOLET,
- Ingénieur civil des mines (1).
- Bercement du Saint-Gothard.
- Le percement du Saint-Gothard est l’application la plus considérable qu’on ait faite, jusqu’à présent, des moyens mécaniques au creusement des tunnels.
- Ces moyens mécaniques, dont le percement du mont Cenis a, dès 1861, fait connaître les avantages pratiques, sont très-variés, et les progrès réalisés dans cette voie sont tels, que, tandis qu’au mont Cenis l’avancement moyen journalier n’a été que de lm,806 par attaque, l’entrepreneur des travaux du Saint-Gothard a pu s’engager à achever ce percement de ik 920 mètres dans un délai de huit ans, délai qui correspond à un avancement journalier minimum de 2m,555 par attaque au travers de roches moyennement plus résistantes que celles du mont Cenis.
- Comme M. Baude, dans une remarquable communication faite à la séance du 6 novembre 1862, vous a fait connaître les moyens employés au mont Cenis, j’ai pensé qu’il serait intéressant pour la Société d’être également renseignée sur les moyens mécaniques employés au Saint-Gothard, où l’entrepreneur a tenu compte des derniers progrès réalisés et appliqué les appareils les plus perfectionnés que l’on connaisse.
- Appareils mécaniques employés au Saint-Gothard.
- Les moyens mécaniques adoptés pour le creusement des tunnels sont partout des machines actionnées par l’air comprimé, forant des trous de mine dans lesquels on fait agir la poudre. Toute installation de creusement mécanique comprend donc :
- (1) Communication faite, par l’auteur, dans la séance du 22 février 1875.
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- CHEMINS DE FEU.
- NOVEMBRE 1875.
- 1° Des machines à comprimer l’air;
- 29 Une conduite distribuant l’air comprimé aux différents chantiers ;
- 3° Des machines perforatrices. ' .
- Au Saint-Gothard, les machines employées à la compression de l’air sont les compresseurs du professeur Colladon de Genève.
- La canalisation est, en grande partie au moins, celle même dont on s’est servi au mont Cenis.
- Les machines perforatrices sont de quatre types différents :
- Les perforatrices Sommeiller du mont Cenis;
- Les perforatrices Dubois et François, qui sont en faveur dans les travaux de mines;
- Les perforatrices Ferroux, inventées par le chef mécanicien de Gôschenen, qui ne sont, à bien dire, que les machines Sommeiller complétées par un mécanisme aussi simple qu’ingénieux, assurant l’avancement de tout l’appareil et produisant le retrait du fleuret.
- Enfin les perforatrices Mac-Kean.
- Ces dernières semblent, avec des perfectionnements qu’on étudie encore, devoir être définitivement préférées par l’entrepreneur du Saint-Gothard; je ne décrirai qu’elles, d’autant plus que les deux premières sont déjà connues des membres de la Société par la communication de M. Baude sur le mont Cenis, et par celle de M. Cal-lon sur les mines de Ronchamp.
- Compresseur Colladon. —Le compresseur Colladon est un compresseur à grande vitesse dans lequel le piston agit directement sur l’air à comprimer, au lieu d’agir sur lui par l’intermédiaire d’un matelas d’eau comme dans les appareils Sommeiller.
- Dans le compresseur Colladon, le refroidissement de l’air, qui s’échauffe considérablement sous l’influence de la compression, est obtenu au moyen d’une circulation d’eau ménagée à l’intérieur du piston et de sa tige, ainsi que dans l’épaisseur des parois du cylindre.
- Le refroidissement est complété par l’injection directe, dans le cylindre, d’eau pulvérisée, qui lubrifie en même temps les garnitures et dispense ainsi de tout graissage. Grâce à la pulvérisation, le volume d’eau nécessaire pour produire le refroidissement se trouve réduit au minimum et peut être moindre qu’un millième du volume d’air aspiré.
- Les dimensions principales du compresseur Colladon sont les suivantes :
- Diamètre du piston........................................ 0m,460
- Course.................................................... 0m,450
- Vitesse du piston par seconde en marche normale............ . lm,350
- La disposition générale des compresseurs est figurée sur la planche 33, à laquelle je renvoie. (Voir les figures 1 et 2 qui donnent les coupes longitudinales et transversales d’un compresseur, et les figures 3 et 4 qui donnent en coupe et en plan la disposition d’une des buseltes d’injection d’eau.)
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- CHEMINS DE FER. — NOVEMBRE 1S75.
- Trois compresseurs de ce genre, installés les uns à côté des autres, sur un bâti commun, et prenant leur mouvement sur un arbre à trois coudes, sont menés par une turbine à axe vertical marchant à la vitesse de 390 tours sous une chute de 165 mètres et débitant 200 h 300 litres par seconde.
- w A chaque extrémité du tunnel il y a quatre groupes de trois compresseurs (1); à la vitesse normale de 65 tours par minute, chacun de ces groupes de trois compresseurs fournit environ 4,861 mètres cubes d’air à la pression de 6 atmosphères. En général, trois de ces groupes seulement marchent simultanément. C’est donc près de 15 mètres cubes d’air comprimé qu’on injecte ainsi dans le tunnel à chaque bouche par minute.
- Perforatrice Mac-Kean. — La perforatrice Mac-Kean est un appareil à percussion dans lequel le fleuret, qui est identique au fleuret du mineur, est porté par la tige d’un piston se mouvant à grande vitesse et faible course dans un cylindre en bronze ; des mécanismes spéciaux commandés par un renflement cylindro-conique établi sur le prolongement de la tige du piston, à l’arrière, assurent :
- : La distribution automatique de l’air au moyen d’un tiroir cylindrique;
- La rotation du fleuret au moyen d’un engrenage hélicoïdal à long pas qui, fixe pendant la course en avant, oblige la tige du piston qui engrène avec lui à tourner de tout son pas, tandis que, rendu libre pendant la course en arrière, c’est lui qui est entraîné par la lige du piston ;
- Enfin l’avancement de tout le perforateur par rapport à son châssis, au moyen d’un écrou de translation sur lequel agit, pour le faire tourner, le mécanisme de la distribution.
- (Voir la planche 35, qui donne aux figures 5, 6 et 7 les coupes longitudinale et transversale ainsi qu’une vue générale en dessus de cet appareil fort compliqué.)
- Le caractère essentiel de cette machine perforatrice, ce qui la distingue des autres appareils du même genre, c’est d’être un appareil à faible course (8 à 12 centimètres) et à grande vitesse (600 à 1200 coups), donnant, par conséquent, des coups légers très-nombreux. Ce grand nombre de coups faibles désagrégé la roche qui les reçoit, bien mieux que des coups violents qui fatiguent et détériorent l’outil batteur sans que la roche en soit plus profondément entamée. -
- Avec la Mac-Kean on fore normalement 35 à 40 millimètres de trou par minute dans le granit, c’est-à-dire qu’on fore en moins d’une demi-heure un trou de 1 mètre; c’est presque le double de ce que faisait la perforatrice Sommeiller.
- Voyons comment ces appareils sont employés au percement du Saint-Gothard.
- (1) Actuellement on construit un cinquième groupe de compresseurs à chaque extrémité du tunnel. ; ' . .
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- CHEMINS DE FER. - NOVEMBRE 1875.
- Travail à faire au Saint-Gothard.
- Au Saint Gothard, il s’agit de percer un massif montagneux de 2 977 mètres de hauteur sur 14 900 mètres de largeur, à la cote de 1100 mètres où on l’attaque.
- Ce massif gigantesque est formé de granit plus ou moins dur, de gneiss plus ou moins tenace, et de micaschiste plus ou moins rebelle au forage des trous, toutes roches dont la résistance moyenne est supérieure à celle de la masse du mont Cenis, mais dont aucune n’est aussi dure que l’énorme fdon de quartzite que l’on a eu à traverser au mont Cenis.
- La direction générale des formations géologiques du Saint-Gothard forme un angle de 35 à 75 degrés ouest avec le méridien ; le tunnel n’étant incliné que de 4° 55' 30", par rapport au méridien, on voit qu’il rencontre les roches à traverser sous un angle de 30 à 70 degrés, c’est-à-dire assez obliquement.
- Le tunnel qui part de Gôschenen, dans la vallée de la Reuss, pour aboutir à Airolo, dans la vallée du Tessin, est en ligne droite, sauf les 145 derniers mètres, qui sont en courbe pour se raccorder avec les voies de la station d’Airolo. Mais la ligne droite du tunnel doit être prolongée de 165 mètres au delà du point de raccordement avec la courbe, jusqu’à layallée du Tessin, afin de faciliter la vérification de son alignement au moyen de deux observatoires établis à 400 ou 500 mètres en avant des bouches, observatoires d’où l’on peut viser à la fois l’intérieur du tunnel et la ligne de jalons indiquant à l’extérieur l’axe du percement à faire.
- Le plan vertical dans lequel tournent les lunettes installées dans les deux observatoires extrêmes coïncidant rigoureusement avec le plan des jalons, on voit que, si, des deux côtés, les galeries sont poussées rigoureusement suivant la ligne de visée de ces lunettes, leur rencontre est assurée d’une façon absolue.
- En profil, le tunnel présente deux rampes inégales se raccordant vers le milieu de la longueur totale par un palier de 180 mètres de longueur, qui sera à 1152m,40 au-dessus du niveau de la mer; partant de Gôschenen à la cote de 1109 mètres, il monte de 5mm,82 par mètre jusqu’au palier, pour redescendre vers l’Italie avec une pente de 1 millim. par mètre et déboucher à la cote de 1145 mètres. Au palier central, point le plus élevé du tunnel, la voie sera encore à plus de 1 800 mètres au-dessous du sommet de la montagne traversée. (Voir, à la planche 35, figure 8, la coupe du Saint-Gothard sur laquelle j’ai indiqué la disposition générale du tunnel.)
- Les dimensions intérieures du tunnel sont, à peu de chose près, les mêmes que celles du tunnel du mont Cenis, c’est-à-dire
- 6 mètres de hauteur sous clef,
- 7“,60 de largeur au niveau des traverses et 8 mètres de largeur à 2 mètres au-dessus de ces traverses.
- La section normale à l’intérieur du revêtement est donnée par la figure 11 de la planche 35.
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- CHEMINS DE FER.
- NOVEMBRE 1875.
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- Le tunnel ne sera revêtu de maçonnerie que là où ça sera reconnu nécessaire par les ingénieurs de la Compagnie du chemin de fer du Saint-Gothard.
- Organisation du travail.
- Pour creuser des galeries d’aussi grandes dimensions, on commence par ouvrir, à la partie supérieure du profil définitif, une petite galerie de faible section — de 2m,50 de hauteur sur 2m,40 de largeur — qu’on pousse aussi vivement que possible.
- Puis, quand cette galerie, dite galerie d;avancement, estavancée de 150 à 300 mètres, on installe, à environ 100 mètres du front d’attaque, un premier chantier d’élargissement dans lequel on abat, à droite et à gauche de la galerie, tout le massif compris sous le cintre de la voûte; en arrière de ce chantier, on en établit un second, dans l’axe même du tunnel, pour creuser une tranchée de 2m,50 environ de largeur, descendant jusqu'au sol définitif du tunnel, puis dans deux chantiers établis encore plus près de la bouche du tunnel on enlève, à droite et à gauche de cette tranchée, les massifs subsistants, de manière à arriver au profil définitif.
- Enfin, dans un sixième chantier, qui suit les autres à 50 ou 100 mètres, on creuse l’aqueduc destiné à recueillir toutes les eaux rencontrées dans le percement et à servir, lorsqu’on sera plus avancé, à la ventilation.
- Il va sans dire que la distribution de ces cinq chantiers , en arrière du front d’attaque, peut varier notablement : leur nombre lui-même peut varier suivant le nombre de bras dont on dispose; mais, dans tous les cas, on voit que, aussitôt que la galerie d’avancement a une avance suffisante, on peut établir, dans cette galerie, des chantiers d’élargissement multipliés de manière à amener cette petite galerie à la section définitive du tunnel assez rapidement, pour suivre les progrès de la galerie d’avancement, quelle que soit la vitesse de sa progression.
- C’est donc au creusement rapide de cette galerie que doivent tendre tous les efforts dans une entreprise comme le percement d’un grand tunnel. C’est pourquoi, au Saint-Gothard comme au mont Cenis, on a, tout d’abord, appliqué les moyens mécaniques à la galerie d’avancement, sans se préoccuper du prix de revient et en leur demandant, avant tout, d’accélérer l’avancement. On n’en a étendu l’application aux chantiers d’élargissement que plus tard, lorsque l’expérience acquise eut permis d’arriver à un prix de revient peu différent de celui du travail à la main. Au Saint-Gothard, en dehors de la galerie d’avancement, on n’emploie encore les perforateurs mécaniques qu’à l’élargissement de la couronne (chantier n° 2) et au creusement de la tranchée médiane (chantier n° 3). Dans ces différents chantiers, d’ailleurs, sauf le nombre des perforateurs employés simultanément qui varie, la conduite du travail mécanique est la même ; je me bornerai donc à la décrire pour la galerie d’avancement dans laquelle le travail est rendu plus difficile par la faible section du chantier et par ce fait que l’on travaille dans le massif en pleine roche dont aucune face n’est dégagée.
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- On trouvera, à la planche 35, des croquis montrant la disposition des chantiers d’élargissement, et faisant comprendre comment on passe de la section réduite de la galerie d’avancement (figure 9) à la section définitive qui est indiquée par un trait pointillé sur la figure 10.
- La figure 12 montre en plan la situation relative des chantiers d’élargissement, dont le nombre minimum est de cinq, comme je l’ai dit précédemment; la seule condition qui limite leur nombre, c’est la distance à laisser entre les différents chantiers. Cette distance doit être telle, que chaque chantier soit complètement à l’abri des projections des mines du chantier le plus voisin ; il faut, pour cela, de 70 à 100 mètres.
- Voyons, maintenant, comment on conduit le travail à la galerie d’avancement et faisons d’abord connaître le principe du travail mécanique, en disant en quoi il diffère du travail à la main.
- Conduite du travail mécanique.
- Dans Y abatage des roches à la poudre, on a soin, lorsqu’on creuse à là main les trous de mines, de les disposer toujours de telle façon qu’ils aient à faible distance une surface libre pouvant faciliter l’effet de la poudre au moment de l’explosion. C’est ainsi, par exemple, que, dans le creusement d’une galerie de mine ordinaire dans laquelle les roches se présenteraient comme l’indique la figure ci-dessous , un mineur exercé forera successivement ses trous en a et en b, en ayant soin de ne déterminer la position du deuxième trou que lorsque le premier aura sauté, afin de profiter de l’excavation faite et des lignes de rupture créées par son explosion. On chemine ainsi peu à peu, faisant sauter à chaque trou un morceau de roche d’autant plus grand que le trou était mieux placé et la roche mieux dégagée.
- Disposition des trous de mines dans le creusement des galeries à la main.
- _____J
- Vue de face.
- Coupe longitudinale.
- La mine placée en a fera sauter tout le massif enveloppé d’un trait pointillé c d, et, lorsque ce morceau aura été détaché par la poudre, on forera en b un second trou qui, faisant sauter le massif enveloppé d’un trait pointillé e /, préparera la place pour un second trou à forer à la partie supé-. rieure ou ailleurs.
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- Le caractère essentiel du travail à la main, c’est donc que les trous sont forés successivement, en très-petit nombre, de direction et de profondeur variées, que l’on détermine en se réglant, pour chacun d’eux, à la fois sur la forme de l’excavation produite par l’explosion précédente et sur les lignes de rupture naturelles ou artificielles que présente le terrain. Un ouvrier intelligent peut tirer de ces diverses circonstances un grand parti pour économiser sa poudre et sa peine.
- Mais s’il est facile à l’ouvrier mineur qui, pour forer un trou, n’a qu’à prendre son fleuret d’une main et son marteau de l’autre, de donner à ses trous des positions et des directions quelconques, cela devient plus difficile lorsqu’il a à manœuvrer un outil assujetti à une machine de dimensions et de poids beaucoup plus grands que le fleuret ordinaire. Dans ce cas, le mineur doit s’aider d’un support ou affût maintenant l’outil, qui n’a plus besoin, dès lors, que d’être dirigé convenablement. Mais si perfectionné que soit l’affût, sa mise en place et sa manœuvre sont inévitablement plus longues que celles d’un simple fleuret, aussi a-t-on constaté que, lorsque, dans le travail mécanique, on veut conserver la manière défaire usitée dans le travail à la main, on perdait à mettre en place les perforateurs, presque tout le temps qu’on gagnait au battage mécanique, ce qui annulait presque entièrement l’avantage des moyens mécaniques. C’est ainsi qu’on a été conduit à ne plus se préoccuper de donner aux trous la direction la plus favorable à l’effet de la poudre pour leur donner celle qui permettait la mise en place la plus rapide des outils, c’est-à-dire une direction peu différente de celle de l’axe de la galerie. Cette direction est, en effet, facile à obtenir, puisque c’est celle du châssis à quatre roues qui porte les perforateurs..
- Seulement cette direction est la plus défavorable au bon effet de la poudre, car c’est celle qui éloigne le plus de la surface libre du front d’attaque le fourneau de mine. Il faut donc compenser ce désavantage :
- Par le nombre des trous, qui diminue le massif laissé entre deux trous ;
- Par le tirage simultané de plusieurs trous, afin d’augmenter l’effet de chacun d’eux sur la masse à désagréger;
- Enfin et avant tout, par le déchaussement artificiel du massif, déchaussement obtenu en créant, au centre du front d’attaque, une excavation de profondeur égale à celle des trous. Au moyen de cette excavation centrale, les trous de mines forés sur tout le pourtour du front d’attaque ont un dégagement vers lequel convergeront naturellement les lignes de rupture qui se produiront au moment de l’explosion.
- Cette méthode de travail conduit à cribler le front d’attaque de trous pénétrant perpendiculairement en plein massif; on les fait très-profonds et on les arrête tous au même plan vertical. L’avancement qu’on obtient avec ce système est précisément égal à la projection des trous sur l’axe de la galerie.
- La profondeur des trous, outre qu’elle donne l’avancement, a l'avantage de réduire au minimum le temps perdu pour la mise en place, puisque le temps absorbé par l’in-
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- stallation de l’outil est une constante dont l’importance décroît à mesure que croît le travail fait sans déplacement d’outil.
- Adoptant ce système de trous nombreux et profonds, de direction sensiblement parallèle à l’axe de la galerie, on a tout naturellement été amené à faire simultanément tous les trous du front d’attaque au moyen de perforateurs portés par un affût unique permettant de les mettre en place d’un seul coup, et assez nombreux pour n’avoir chacun que de très-faibles déplacements à subir.
- C’est ce système de travail qui est employé au Saint-Gothard, comme il l’avait déjà été au mont Cenis, et comme il le sera partout où, conservant l’usage de la poudre, on forera les trous avec des outils mécaniques.
- Affût. — L’affût du Saint-Gothard est l’affût de MM. Dubois et François ; il porte six perforateurs et se compose essentiellement d’un long châssis vertical en fer maintenu à l’arrière par une cage à quatre montants reposant sur un chariot en fonte à deux roues. Ce châssis porte, à l’avant et de chaque côté, trois corbeaux en fer auxquels sont suspendus par des étriers les perforateurs, dont l’arrière est fixé à des vis verticales maintenues par la cage d’arrière. Au tiers de sa longueur, le longeron du châssis inférieur présente une courbure dans laquelle vient se placer un train indépendant à quatre roues qu’on engage sous l’affût pour le faire avancer ou reculer, et qu’on remplace, pendant le travail, par une forte traverse en bois qui, engagée entre les rails et le châssis, cale complètement Fallût.
- A l’arrière de l'affût, de chaque côté de la cage, sont disposées ce qu’on appelle les clarinettes de distribution; ce sont de petits cylindres en fonte portant en arrière une grosse tubulure à robinet, et, en avant, autant de petites tubulures à robinets qu’il y a de perforateurs à desservir. — Sur la grosse tubulure, on assemble le tuyau d’amenée d’air ou d’eau, et sur les petites tubulures on fixe les tuyaux en caoutchouc qui distribuent l’air aux perforateurs, et les tuyaux qui servent à l’injection de l’eau dans les trous en forage.
- Cet affût, excellent pour quatre ou six perforateurs Dubois, qui ne marchent qu’à la vitesse de trois cents coups, n’est pas assez stable pour les perforateurs Mac-Kean ; aussi va t-on construire, au Saint-Gothard, des affûts analogues à ceux du mont Cenis et portant huit à dix perforateurs. Ces affûts, dont la disposition de détail n’est pas encore arrêtée, présenteront dans leur ensemble la forme d’une longue cage paralléli-pipédique en fer de 8 à 10 mètres de longueur et de lm,5k de hauteur sur 0,82 de largeur, portée par quatre roues et recevant sur un double système de barres horizontales pouvant monter et descendre dans un plan perpendiculaire au grand axe,
- Quatre perforateurs à l’intérieur
- Et six perforateurs — trois de chaque côté — extérieurement.
- La disposition des perforateurs dans les deux systèmes d’affût est indiquée par les deux diagrammes ci-dessous, sur lesquels j’ai figuré par de simples lignes d'axe la vue de face des deux affûts. Ces figures, sur lesquelles j’ai marqué la section de la
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- galerie creusée, montrent en même temps combien est restreint l’espace laissé libre entre les parois de la galerie et l’affût ; elles peuvent donner une idée de l’encombrement existant à l’attaque pendant le travail.
- Diagrammes montrant la disposition des perforateurs sur leur affût.
- Affût Dubois et François pour 6 perforateurs.
- Affûts du mont Cenis pour 10 perforateurs.
- Réservoir d’eau pour le curage. — A l’arrière de l’affût, on dispose un petit réservoir d’eau — simple tonne en tôle portée sur quatre roues — dans laquelle est emmagasinée l’eau nécessaire au curage des trous. Pour lancer cette eau dans les trous en forage, on met le réservoir en communication avec la conduite d’air comprimé dont la pression chasse l’eau par un tuyau en caoutchouc dans la clarinette de distribution d’eau fixée sur l’affût et portant six ajutages à robinets d’où partent autant de tuyaux en caoutchouc terminés par une busette en cuivre qui laisse échapper un jet d’eau très-fin qu’on dirige dans le trou en forage.
- Waggonnet à outils. — Un autre accessoire qui facilite le travail mécanique, c’est un waggonnet qu’on attelle derrière le tender et sur lequel on dispose, avant chaque perforation, les fleurets, un perforateur de réserve, et tous les outils dont on peut avoir besoin pendant le travail pour les petites réparations qu’on a constamment à faire, ou pour le service même des machines.
- Tout l’outillage étant connu maintenant, revenons au travail même et disons comment il est conduit.
- Pour céla, prenons les ouvriers au moment où ils entrent dans la galerie de direction, et suivons tout leur travail.
- Perforation mécanique. — Le premier poste qui entre dans les travaux est le poste dit poste mécanique, qui est chargé de la perforation des trous : il se compose de seize ouvriers, dont un chef de poste.
- Ces hommes prennent, au garage qui est établi à une soixantaine de mètres du front d’attaque, l’affût, le tender et le waggonnet à outils pour les rouler jusqu’à l’extrémité de la galerie de direction. Là, à environ 1 mètre du front, ils calent l’affût, en enga-
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- géant sous son avant une forte traverse de bois qui, posée sur les rails, relève un peu l'affût et l’empêche de porter sur ses roues d’avant.
- Pendant ce temps-là, une partie des ouvriers assemblent les tuyaux en caoutchouc qui forment l’extrémité de la conduite d’amenée d’air avec la clarinette de distribution portée par l’affût et avec l’ajutage du tender.
- Lorsque tout est ainsi disposé, les différents appareils occupent les positions indiquées ci-dessous sur le croquis, et les ouvriers se placent comme l’indiquent les croix marquées sur la figure :
- .iso.a&ge^i.oiq.J
- 6. — 1 par perforateur— entre l’affût et le front d’attaque — pour mettre en place les fleurets, amorcer au marteau et au ciseau les trous à forer, maintenir le fleuret pendant le battage et diriger la busette d’injection.
- 1 — à l’intérieur de l’affût, en avant, pnur relever ou abaisser les perforateurs au moment de la mise en place.
- k — (2 de chaque côté) — à l’arrière de l’affût, au point d’attache des perforateurs sur l’affût, pour fixer ce point d’attache à la hauteur voulue et, l’outil une fois mis en place, pour régler l’admission d’air et veiller au mécanisme des perforateurs.
- 2 — à la hauteur du tender pour gouverner la tuyauterie et les robinets d’admission d’eau et d’air, faire les assemblages, etc.
- 2 — enfin à proximité du waggonnet à outils pour passer aux autres les fleurets et les outils dont ils peuvent avoir besoin.
- Pour chaque trou, après avoir donné au perforateur qui doit le forer la position voulue, on amène le fleuret au contact de la roche, et, au point de contact, on creuse à la main un trou dans lequel le fleuret pourra battre sans être exposé à glisser. Puis on commence le battage, faisant battre d’abord à petits coups jusqu’à ce que le fleuret ait pénétré de 8 à 10 centimètres dans la roche, puis à pleine vitesse au delà de cette profondeur. Quand le fleuret a pénétré de toute sa longueur dans la roche, on ramène en arrière le perforateur sur son châssis, et on remplace le fleuret par un fleuret plus long avec lequel on recommence le battage, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on soit arrivé à la profondeur voulue.
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- Un trou foré, on change la position du perforateur pour en forer un autre, et ainsi
- de suite jusqu’à ce qu’on ait foré tons les trous. — Chaque perforateur fore , dans les conditions normales de travail, quatre trous en moyenne.
- Quant à la disposition des trous sur le front d’attaque, elle est indiquée très-clairement sur la figure ci-contre. Cette figure montre qu’on dessine le périmètre de la galerie par seize trous (4 par côté) forés à environ 0m,20 des parois et inclinés de façon à ce que leur culasse soit précisément sur le plan des parois prolongées ; qu’en même temps, au centre, à environ 1 mètre du sol, on fore trois trous convergents destinés à produire l’excavation centrale;
- El que le massif subsistant entre ces deux séries de trous est fractionné au moyen de quatre trous divergents.
- Tous ces trous s’arrêtent, comme l’indique la figure à un même plan vertical, de telle sorte qu’après leur explosion, la galerie se trouve allongée de l’épaisseur même de la tranche E — épaisseur qui est égale à la projection horizontale des trous forés.
- Au Saint-Gothard, la profondeur moyenne des trous est de lm,20, mais elle tend à augmenter à mesure que se perfectionnent les perforateurs et que les ouvriers acquièrent plus d’expérience.
- Bourrage des trous de mines. — Les trous de mine une fois forés, 1 q poste mécanique se retire en ramenant au garage l’affût, le tender et le waggonnet, de manière à les mettre complètement à l’abri des fragments de roche projetés au moment de l’explosion ; il est remplacé par le poste dit des fouguistes. Les quatre hommes qui forment ce poste sont exclusivement chargés de bourrer les mines et de les faire sauter.
- Ils bourrent d’abord les trois trous du centre, les font sauter, puis reviennent charger les autres, qu’ils bourrent en une seule fois, et qu’ils allument de même, mais en ayant soin de donner aux mèches des longueurs croissant du centre au périmètre de manière à ce que les mines ne sautent que par séries, et en dégageant le terrain pour la série suivante. En général, on dispose les choses, lorsque la roche est compacte comme le granit de Gôschenen, de manière à faire sauter la roche en trois parties, que j’ai indiquées sur la figure ci-dessous par des hachures différentes :
- A est l’excavation centrale produite par l’explosion des trois mines convergentes forées au centre.
- Disposition des trous de mines sur le front d’attaque.
- W, V////S
- Coupe longitudinale.
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- B B est le vide produit par l’explosion des trois mines intermédiaires.
- C C est la couronne de roche que détache l’explosion des mines du périmètre.
- La poudre employée est la dynamite en cartouches de dimensions uniformes qu’on fabrique aux deux extrémités du tunnel. Ces cartouches, qui pèsent environ 80 grammes, sont transportées au front d’attaque dans des boîtes en fer-blanc à double paroi, dont on remplit l’intervalle avec de l’eau chauffée à 30° centigrades, de manière à prévenir la congélation de la nitroglycérine qui se solidifie, comme on sait, à 7° au-dessus de 0°.
- Pour enflammer ces cartouches, on se sert de fusées en gutta-percha, dont on engage l’extrémité dans une longue capsule qu’on lie à la cartouche.
- Le bourrage se fait avec du sable ou de l’argile séchée préparée d’avance dans des cartouches en papier, qui évitent toute perte de temps.
- Avant de mettre le feu aux mines, les fouguistes ont soin de placer sur le sol quelques grandes feuilles de tôle sur lesquelles s’accumulent les déblais, dont le pelletage est ainsi rendu plus facile, et d’ouvrir complètement le robinet de la conduite d’air de manière à faciliter l’évacuation des fumées produites par l’explosion de vingt à trente mines.
- Enlèvement des déblais. — Un quart d’heure environ après qu’on a entendu l’explosion de la dernière mine, le poste des déblayeurs — poste dit des mariniers — entre dans la galerie de direction, et traversant l’épais nuage que forment, à 30 ou 40 mètres du front, les fumées chassées par l’air comprimé, il entreprend immédiatement l’enlèvement des déblais.
- Ces déblayeurs, qui sont au nombre de dix-huit, poussent chacun devant eux un waggonneten tôle très-bas pouvant contenir un tiers de mètre cube ; ils les remplissent et vont les culbuter dans des waggons de plus grande capacité qui circulent sur la voie établie dans la tranchée du premier chantier d’élargissement, waggons qu’un cheval traîne par trains de huit à dix hors du tunnel.
- Durée de chaque partie du travail. — Ainsi donc, on voit qu’il y a deux périodes bien distinctes dans le travail :
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- La perforation mécanique, dont la durée varie extrêmement avec la dureté de la roche, les accidents arrivant aux outils, etc. En moyenne, et lorsqu’on fore vingt-quatre trous, elle exige environ quatre à cinq heures.
- Le bourrage des mines, leur allumage et Venlèvement des déblais, dont la durée varie de deux heures et demie à trois heures, suivant qu’on allonge ou non la voie et la tuyauterie. Cet allongement doit être fait toutes les deux attaques : c’est aux dé-blayeurs qu’en revient la charge.
- Le temps total nécessaire à' une attaque comprenant toute la série des opérations que je viens de décrire : forage des trous , bourrage et allumage des mines, enlèvement des déblais, a varié de huit à dix-sept heures dans les deux dernières années.
- A Gôschenen, où la roche est un granit homogène très-régulier, il a été, en moyenne, de huit à dix heures.
- À Airolo, où la roche est un micaschiste dont la stratification est parfois parallèle à l’axe de la galerie, et où l’eau abonde au point que les ouvriers doivent travailler avec de l’eau jusqu’au-dessus du genou, il a très-souvent dépassé douze heures.
- En moyenne, on peut dire qu’une attaque exige huit heures, et que, normalement, on avance d’un mètre par attaque.
- Ce sont là les conditions dans lesquelles on a travaillé jusqu’à présent, mais on constate un progrès continu et très-marqué depuis le commencement du travail mécanique, progrès par suite duquel la durée des attaques diminue en même temps que croît l’avancement par attaque.
- Travail fait. — Résultats obtenus.
- Commencement des travaux. — Les travaux du tunnel ont commencé le k juin 1872 à Gôschenen,
- Et le 1er juillet 1872 à Airolo par le creusement de la tranchée donnant accès au portail du tunnel.
- Ce portail n’a été atteint que
- Le 16 novembre 1872 à Gôschenen,
- Le 13 septembre 1872 à Airolo.
- Ce sont donc ces deux dernières dates qui doivent être considérées comme celles du commencement effectif des travaux.
- Des deux côtés on a travaillé d’abord à la main, par les procédés ordinaires, et l’avancement journalier moyen n’était que de :
- 0m,631 à Gôschenen dans le granit,
- et de 0m,771 à Airolo dans des dolomies et des micaschistes.
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- Le travail mécanique au perforateur n’a commencé que le 4 avril 1873 à Gôsche-nen et le 24 juin 1873 à Àirolo.
- État des travaux au 31 décembre 1874. — Au 31 décembre dernier, date du dernier rapport publié par la Société du chemin de fer du Saint-Gothard, l’état des travaux était le suivant :
- GÔSCHENEN. AIROLO.
- _ , I creusee a la main.......
- Longueur totale.!
- ( creusee mécaniquement. . .
- Longueur totale creusée de chaque côté. . . ,
- 87m,20 1,550 10 1,G37 30
- 219m,20 1,124 20 1,343 40
- Longueur totale de tunnel creusé............. 2,980m,70
- Longueur restant à creuser................... 11,939 30
- Longueur totale du tunnel................ 14,920 mètres.
- D’après les derniers renseignements qui nous viennent de M. Colladon, la galerie d’avancement avait,, le 26 juillet 1875, une longueur de 2.321m,49 à Gôschenen, et
- de 2.092m,10 à Airolo.
- La longueur totale, creusée à cette date, était de............... 4 413m,20
- Et il restait encore à creuser.............................. 10 506m,80
- Résultats obtenus. — Si l’on considère tout le temps écoulé depuis le commencement du travail au perforateur à chaque extrémité, on trouve que l’avancement journalier moyen par vingt-quatre heures a été de :
- A Gôschenen, de lm,880 en 1873, et de 2m,850 en 1874;
- A Airolo, de 2m,050 en 1873, et de 2m,050 en 1874.
- C’est donc dans la roche la plus dure — dans le granit de Gôschenen — qu’on a avancé le plus rapidement, l’homogénéité de la roche, son uniformité et l’absence d’eau facilitant beaucoup le travail qui, à Airolo, était entravé par l’eau dont on a eu jusqu’à 200 litres par seconde et par les stratifications de la roche (micaschiste) dont le délit se présentait précisément suivant l’axe de la galerie, ce qui gênait le travail du perforateur, les fleurets s’engageant dans les stratifications et ne pouvant plus être ramenés en arrière.
- L’avancement moyen journalier pour l’ensemble du tunnel a été de 3ra,930 en 1873 et de 4m,900 en 1874.
- Conditions principales du travail. — Quant aux conditions principales dans lesquelles s’est exécuté le travail, elles ont beaucoup varié; voici, d’ailleurs, un tableau qui montre les limites dans lesquelles on s’est tenu jusqu’au 30 juin 1874, époque de ma dernière visite au tunnel :
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- Avancements journaliers moyens calculés d’après les avancements de chaque mois. . . . Avancement journalier moyen calculé d’après
- l’avancement total au 30 juin 1874.......
- D’après l’avancement total au 31 décembre
- 1874...................................
- Avancement maximum obtenu par vingt-quatre
- heures...................................
- Nombre de trous forés sur le front d’attaque. .
- Profondeur des trous........................
- Temps nécessaire :
- A la perforation des trous................
- Au bourrage, au tirage des mines et à l’enlèvement des déblais......................
- Durée totale d’une attaque.................
- Pour avancer de 10 mètres en galerie de direction, on a, en moyenne :
- Nombre d’attaques. . ......................
- Nombre de treus forés.......................
- Longueur des trous forés. . ................
- Nombre de perforateurs mis hors de service. .
- GÜSCHENEN. | AIROLO.
- Nature des terrains traversés.
- Granit très-compacte.
- lm,07 à 3m,87
- 1 m.95"
- 2m,85
- 6m,00
- 24 à 30
- 0m,968àlm,12
- 4 h. 30' à 8 h. 40'
- 3 h. 20' à 8 h. 38'
- 8 h. 30’ h 17 h. 20»
- 10,3 à 12,8 240 à 380 259 m. à 395 m. 10 à 30
- Micaschiste.
- lm,53 à 2m,87
- lm,75
- 2m,05
- 5m,90 11 à 2 -2 lm,08 àlm,23
- 2 h. 30' à 8 heures.
- 4 h. 47' à 7 h. 30'
- 8 heures à 13 h. 36'
- 10,3 à 14,7 123 à 2 /1 148”,9 à 331m,9 2 à 15
- Si l’on étudie avec quelque soin ce tableau, on verra que :
- \J avancement moyen est plus considérable dans le granit, qui est une roche homogène toujours semblable à elle-même, dans laquelle le travail peut être conduit toujours de la même manière et avec une perfection croissante, que dans les micaschistes dont la dureté et la stratification varient constamment, ce qui oblige à modifier le nombre, la disposition et la profondeur des trous presque à chaque attaque ;
- Le nombre des trous forés par attaque est beaucoup plus considérable — presque double — dans la roche dure que dans la roche tendre, ce qui était à prévoir ;
- La profondeur des trous est notablement plus grande dans le micaschiste que dans le granit, ce qui est d’absolue nécessité, car des trous trop profonds dans le granit feraient canon, c’est-à-dire sauteraient sans produire d’effet.
- Le temps nécessaire à la perforation des trous est naturellement plus considérable dans la roche dure que dans la roche tendre, la nature des roches n’ayant aucune influence sur le temps nécessaire au bourrage des mines, à leur tirage et à l’enlèvement des déblais, temps qui est, au contraire, singulièrement influencé par la présence ou l’absence de l’eau, la nature plus ou moins consistante du terrain qui peut exiger un boisage, etc.
- En somme, la durée totale d’une attaque, avec toutes ses opérations, est d’environ
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- m
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- huit heures; elle n’atteint treize et dix-sept heures que lorsqu’il se présente des difficultés exceptionnelles.
- La longueur moyenne d'une attaque, c’est-à-dire la longueur dont on avance à chaque attaque, varie de 0m,68 à 1 mètre.
- Le nombre de trous à forer pour avancer de 1 mètre variant de 12 à 38, et la longueur de trous forés, pour avancer de la même longueur, variant de 14m,89 à 39m,50.
- Quant au nombre des perforateurs mis hors de service pour avancer de 1 mètre, il varie de deux à trois. Il est plus faible naturellement quand les perforateurs sont neufs et quand la roche est tendre ; mais, d’une manière générale, on péut dire que, par mètre de galerie creusée, on doit renvoyer, à l’atelier, au moins un perforateur.
- Epoque probable de l’achèvement. — Nous avons, vu qu’au 31 décembre dernier il restait encore 11 939m,30 à creuser.
- En admettant que l’avancement journalier moyen reste ce qu’il a été jusqu’à présent, c’est-à-dire de 4m,42, il faudrait encore six ans et demi pour achever le tunnel. Mais les progrès réalisés dans ces derniers temps, et l’expérience acquise pendant les deux années écoulées, permettent de compter pour le reste du travail sur un avancement journalier moyen d’au moins 6à7 mètres; dans ces conditions-là, il ne faudrait plus que cinq ans à cinq ans et demi pour achever le travail.
- J’estime que le tunnel pourra être livré dans les derniers jours de 1879, c’est-à-dire huit mois à un an avant la date extrême du 23 août 1880, à laquelle l’entrepreneur s’est engagé à terminer cette gigantesque entreprise.
- Pour donner une idée des progrès réalisés depuis l’origine du travail mécanique, j’ai réuni, dans le tableau ci-dessous, les avancements moyens par vingt-quatre heures obtenus pendant les trimestres écoulés :
- GtiSCHENEN. AIROLO. TOTAL.
- 1873. 2e trimestre lra ,329 » ))
- —' 3’ — ...... 1 824 2" ',138 3" ',962
- — 4‘ — ••••, 2 437 1 596 4 393
- 1874. 1er trimestre. . . . . . 9 443 1 891 4 334
- — 2e — ..... 2 315 1 756 4 071
- - — 39 — 3 513 1 880 5 393
- — 4* — 3 079 3 656 5 735
- 1875. 1er trimestre 2 975 3 212 6 187
- — 2* — 3 427 3 780 7. 207
- — Juillet. . . . . . . . . ..... 3 718 4 128 7 846
- Conditions de l’entreprise.
- Pour compléter cette note sur le percement du Saint-Gothard, je donnerai les conditions générales de l’entreprise. Ces conditions sont toutes inscrites dans la conven-
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- lion du 7 août 1872 conclue entre la Société d u chemin de fer du Saint-Gothard et M. Favre, qui fit les offres les plus avantageuses à la Société lors du concours ouvert par elle pour l’exécution du tunnel, du 5 avril au 18 mai 1872.
- Aux termes de cette convention, qui a été approuvée par le Conseil fédéral le 23 août 1872, M. Favre se charge de l’exécution complète du travail contre bonification des sommes qui lui seront dues sur métré d’après les prix fixés par la convention à 2 800 francs par mètre pour l’excavation et à 364 par mètre de revêtement. Il fait l’excavation, le revêtement, le balast, la pose de la voie, la machinerie, le matériel et les constructions nécessaires aux extrémités.
- Il s’engage à ne pas dépenser plus de 50 millions de francs, y compris les frais d’administration et d’étude, même dans le cas d’un revêtement complet.
- Il s’engage à terminer, dans un délai de huit, ans, à dater de l’approbation de la convention par le Conseil fédéral (23 août 1872).
- Il dépose un cautionnement de 8 millions de francs en valeurs acceptées par la Société.
- De son côté, la Société devra lui donner une prime de 5 000 francs par jour gagné sur le délai d’exécution fixé par la convention; mais, par contre, elle retiendra, à M. Favre, une amende qui sera de 5 000 francs par jour perdu pendant les six premiers mois après l’expiration du délai, et de 10 000 francs les six mois suivants. Après un an de retard, elle le dépossède de l’entreprise et devient propriétaire du cautionnement.
- Comparaison avec le mont Cenis. — Si l’on compare ces conditions avec celles du mont Cenis, on voit que, tandis qu’au mont Cenis le mètre de tunnel est revenu à 4 560 francs, il ne coûtera au maximum que 3 208 francs dans les parties muraillées; de plus, tandis que, en moyenne, il n’a été creusé, au mont Cenis, que 1 kilomètre par an, on a admis, au Saint-Gothard, un avancement annuel moyen d’au moins 1\86.
- Ces deux chiffres donnent la mesure des progrès réalisés depuis le percement du mont Cenis, et je ne doute pas que le percement du Saint-Gothard n’en fasse réaliser de plus grands encore, grâce à l’intelligence de l’entrepreneur, M. Favre, et aux conseils éclairés de M. Daniel Colladon, l’éminent ingénieur et professeur génevois dont M. Favre s’est assuré le concours comme ingénieur conseil.
- LÉGENDE EXPLICATIVE DE LA PLANCHE 35.
- I. — Compresseur du professeur D. Colladon, de Genève. Fig. 1. Coupe longitudinale.
- A, cylindre compresseur à double enveloppe pour circulation d’eau. Tome II. — 74e année. 3e série. — Novembre 1875.
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- B, piston à diaphragme dans lequel l’eau est amenée par la tige au moyen du tuyau fixe t, qui pénètre à frottement doux dans la tige du piston T, à l’intérieur d’un tube C, amenant l’eau à l’extrémité antérieure de la tige. De ce point, l’eau revient par l’espace annulaire laissé entre la tige et le tube C jusqu’au droit du piston dans lequel elle est contrainte de pénétrer par le diaphragme D, pour venir sortir par la tubulure E qui porte, à cet effet, un tuyau en caoutchouc aboutissant à une conduite de décharge.
- F, soupapes d’aspiration.
- G, soupapes de refoulement.
- H, tuyau de refoulement reliant chaque compresseur à la conduite générale qui mène l’air comprimé aux réservoirs.
- I, tuyauterie amenant l’eau filtrée lancée par une petite pompe alimentaire établie latéralement au compresseur avec busettes d’injection il par lesquelles elle pénètre dans le cylindre.
- K, conduite d’eau amenant l’eau circulant autour du cylindre pour le refroidir.
- L, robinet graisseur.
- Fig. 2. Coupe transversale du cylindre par a. /E, montrant la disposition des soupapes d’injection F F et de refoulement G sur les fonds du cylindre et la position des busettes d’injection iï.
- Fig. 3. Coupe longitudinale d’une busette d’injection d’eau montrant la construction du pulvérisateur dont la fig. k donne la vue de face.
- II. — Perforateur Mac-Kean.
- Fig. 5. Coupe longitudinale du perforateur.
- A, cylindre portant venus de fonte la boîte du tiroir et le bâti des mécanismes auxiliaires : il présente des guides longitudinaux coulissant sur le châssis L.
- B, enveloppe intérieure de la boîte du tiroir portant les orifices des communications avec le cylindre, et à son extrémité l’orifice d’échappement. Elle est ajustée avec la plus grande précision de manière à remplir sans jeu le logement qui la contient.
- C, tiroir circulaire autoclave ; la pression l’applique sur son siège et l’échappement se fait par le centre, à l’extrémité opposée à la tige de commande.
- D, tuyau et robinet d’arrivée de l’air comprimé.
- D', tuyau d’échappement.
- E, tige du tiroir commandant par un tenon le tiroir qu’elle entraîne dans son mouvement circulaire de va-et-vient.
- G, piston à double effet dont la tige antérieure F porte le fleuret, et la tige postérieure H porte la came cylindro-conique qui transforme le mouvement rectiligne du piston en un mouvement de va-et-vient communiqué aux touches J J'.
- J J', touches de distribution calées sur l’arbre du tiroir, auquel elles transmettent un
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- mouvement circulaire. L’une de ces touches, J', présente une fourche qui commande par l’intermédiaire de la roue à rochet P et du manchon O, qu’une clavette longitudinale rend solidaire de la vis M, le mouvement d’avancement de tout l’appareil par rapport à son châssis L. C’est l’écrou N, porté par le cylindre A, qui détermine son entraînement toutes les fois que tourne la vis M.
- K, pignon long à denture hélicoïdale engrenant avec la denture de la came cylin-dro-conique H, et portant une roue à rochet K" dans les dents de laquelle s’engage un cliquet à ressort K/ qui s’offre à la rotation du pignon de gauche à droite. C’est ce pignon qui, avec le cliquet K', détermine la rotation du fleuret; le cliquet maintient fixe le pignon K, et, par suite, la denture inclinée qu’il porte oblige la tige du piston qui engrène avec lui par la denture hélicoïdale taillée dans la came cylindro-conique à tourner de tout le pas de l’hélice, soit un seizième de tour environ. Pendant la période d’action du fleuret, dans la marche en avant, le cliquet n’agissant pas sur le rochet K", le pignon devient fou et la denture hélicoïdale de la came H n’ayant plus de point d’appui, le fleuret frappe sans tourner.
- QQ', manchon et ressort pour maintenir, appliqués l’un sur l’autre, les rochets O et P.
- R, fleuret claveté solidement à l’extrémité de la tige du piston.
- Fig. 6. Coupe transversale montrant la disposition du mécanisme de l’avancement.
- Fig. 7. Plan du perforateur vu en dessus.
- III. — Percement du Saint-Gothard.
- Fig. 8. Coupe longitudinale du massif du Saint-Gothard et profil en long du tunnel.
- Cette planche montre la configuration extérieure du massif montagneux à travers et la disposition intérieure des deux rampes inverses se raccordant par un palier horizontal de 180 mètres de longueur établi au milieu du tunnel.
- IV. — Organisation du travail.
- La marche du travail est indiquée par les figures 9, 10,11 et 12 qui donnent :
- La figure 9, la forme de l’excavation aux premiers chantiers d’élargissement. Élargissement de la couronne.
- La figure 10, la forme de l’excavation au second chantier d’élargissement. Les massifs A et B étant enlevés par les chantiers IV et V, et l’aqueduc C n’étant creusé qu’en dernier lieu.
- La figure 11, la section définitive du tunnel à l’intérieur du revêtement avec les niches N N' qu’on ménage de distance en distance.
- Sur la figure 12, j’ai indiqué, en plan, la disposition relative des différents chantiers d’élargissement, établis dans l’ordre indiqué par les chiffres romains, pour bien faire comprendre comment on passe de la galerie d’avancement o au tunnel définitif :
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- cette figure montre également l’organisation des voies sur lesquelles circulent les affûts portant les perforateurs et les wagonnets à déblais.
- G est un garage dans lequel'on vient abriter l’affût pendant le tirage des mines de la galerie d’avancement.
- C et G' sont des plaques tournantes raccordant la voie de roulage établie sur le massif A avec deux culbuteurs qui permettent de verser les déblais provenant de la galerie d’avancement et des chantiers I et II, dans les wagonnets qui circulent sur la voie établie à un niveau inférieur, dans la cunette.
- D, monte-charge établissant la communication entre le sol dé la cunette et le sol des chantiers d’élargissement de la couronne. C’est par ce monte-charge'que sont amenés tous les outils, les bois et le matériel.
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- SUR LES MATIÈRES SALINES QUE LA BETTERAVE A SUCRE EMPRUNTE AU SOL ET AUX ENGRAIS ;
- PAR M. EUG. PELIGOT.
- En poursuivant mes études sur la répartition des matières minérales dans les végétaux, je me suis occupé, pendant ces dernières années, de l’analyse de la betterave cultivée dans des conditions analogues à celles que j’ai réalisées pour les plantes qui ont été l’objet de mes précédentes communications. Dans le but de rechercher Tin-fluence des matières salines sur la production végétale, la plante se développe dans un sol confiné, d’une composition connue ; elle y reçoit des quantités mesurées d’eau tenant en dissolution une ou plusieurs des substances salines qu’on rencontre habituellement dans les engrais ; ces substances sont données à faible dose, mais à dose souvent répétée, de manière à ne pas nuire à la plante. Quand celle-ci est arrivée à maturité, elle est soumise à l’incinération. Le poids et la composition des cendres font connaître le rôle plus ou moins utile que ces matières salines ont exercé sur son développement.
- En ce qui concerne la betterave, bien des expériences ont été faites déjà dans le but de déterminer l’influence du sol et des engrais sur le développement de cette plante ; ces expériences ont eu surtout pour objectif son amélioration au point de vue de la fabrication du sucre qu’on extrait. L’industrie sucrière fait journellement son profit des études que poursuivent dans cette direction, avec persévérance et succès, plusieurs chimistes distingués de nos départements du nord, notamment M. Coren-winder, de Lille ; M. Pagnoul, d’Arras ; M. Pesier, de Valenciennes. M. Viollette, doyen de la Faculté des sciences de Lille, a publié récemment un important travail sur la distribution du sucre et des principes minéraux dans la betterave.
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- Les résultats de ces divers travaux s’accordent, sur beaucoup de points, avec ceux auxquels je suis arrivé de mon côté en suivant une voie différente. C’est, en effet, en analysant la betterave venue dans les conditions ordinaires ou cultivée sur des parcelles de terre qu’ils ont été obtenus. En procédant ainsi, le but technique peut être atteint ; mais, en présence des éléments multiples qui concourent au développement de la plante, il n’est pas possible de connaître la part qu’il convient d’attribuer à chacun d’eux ; l’analyse de la racine, au point de vue de sa richesse saccharine et de sa teneur en matières minérales, ne permet pas de connaître l’influence exercée soit par la nature de la graine, soit par le sol, par les engrais ou par les eaux pluviales ou souterraines. ,
- La marche que j’ai suivie n’est pas la même. Plusieurs betteraves de même origine sont cultivées séparément dans le même sol et reçoivent, dans des conditions identiques, des matières salines en poids bien plus considérable que celui qui se trouve normalement dans le sol ou dans les engrais. On cherche quelle a été l’influence de cet élément prédominant sur la production du sucre et sur la nature des sels absorbés. En ce qui concerne les matières minérales, on détermine, en outre, les relations qui existent entre les cendres de la racine et les cendres des feuilles appartenant à la même betterave.
- Pour aborder utilement une étude de ce genre, j'estime qu’il est, avant tout, nécessaire de remplir une condition, généralement méconnue, sans laquelle toute recherche faite dans cette direction devient infructueuse : c’est l’identité d’origine de la graine. Aucun soin ne doit être épargné pour arriver à ce résultat. Dans mon opinion, les divergences et les anomalies si souvent constatées doivent être attribuées beaucoup moins au mode de culture qu’aux variétés que présente la plante au point de vue de l’espèce.
- On ne satisfait pas à cette condition, cela est évident, en se servant de graines de la même provenance, récoltées dans le même terrain ; il faut s’engager dans une voie beaucoup plus longue à parcourir. La semence doit être prise sur le même porte-graine, celui-ci végétant seul et isolé, de manière à le garantir de la fécondation à distance qui résulterait de la proximité d’autres porte-graines.
- Je n’ai pas pu remplir ces conditions rigoureuses pour toutes les expériences qui sont l’objet de ce travail ; néanmoins, le choix des graines a été poussé assez loin pour me permettre de constater les différences les plus essentielles qui sont la conséquence du régime auquel la plante a été soumise. En effet, depuis l’année 1861, j’ai cultivé un très-petit nombre de betteraves provenant toutes d’une vingtaine de graines qui m’avaient été données par L. "Vilmorin, et qui provenaient des essais que cet éminent agronome avait exécutés dans le but d’obtenir, par d’ingénieux procédés de sélection, des racines aussi riches en sucre que possible. Cultivées par moi dans des conditions très-diverses et à l’exclusion de toute autre variété, ces betteraves, souvent analysées, ont conservé leur richesse en sucre ; elles en renferment de lk à 17 pour 100.
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- Néanmoins elles appartiennent à plusieurs variétés qui possèdent probablement, à des degrés différents, la faculté d’engendrer le sucre et d’absorber d’une façon inégale les matières minérales qu’elles empruntent au sol; elles n’ont pas toutes le même aspect : les unes ont la peau rouge avec zones concentriques à l’intérieur également roMges ; d’autres sont de couleur blanche ou jaune; quelques-unes ont une forme pivotante irréprochable ; mais la plupart sont irrégulières et racineuses. On sait que cette forme les déprécie beaucoup aux yeux du fabricant de sucre; néanmoins, d’après mes analyses et aussi d’après les essais publiés récemment par un producteur de graines expérimenté, M. P. Olivier, il semble qu’on doive se résoudre à accepter ce vice de conformation comme étant la conséquence de la plus grande richesse saccharine. Il est possible, en effet, que la multiplicité des radicelles dans ces betteraves amène d’une façon plus rapide la formation de la matière sucrée dans leurs tissus.
- Qu’on me permette d’ouvrir une parenthèse. Il est bien regrettable, à mon avis, que les tentatives faites pour améliorer la qualité de la betterave n’aient pas été suivies avec la persévérance et la sûreté de déduction que L. Vilmorin mettait dans ses travaux. Beaucoup de fabricants de sucre se plaignent aujourd’hui de la mauvaise qualité de la betterave. Si ces essais avaient été continués, les défectuosités de forme auraient peut-être disparu, et l’industrie sucrière serait en possession d’une plante rendant 30 à 40 pour 100 de sucre en plus de la quantité qu’elle fournit actuellement. Le budget de l’État y trouverait son compte aussi bien que celui du fabricant. Alors même qu’il serait établi que cette forme racineuse appartient aux betteraves les plus sucrées, l’industrie se mettrait facilement en mesure, cela n’est pas douteux, d’apporter dans son outillage les modifications qu’entraînerait le râpage un peu plus difficile de ces racines. On ne saurait trop applaudir, assurément, aux progrès que la mécanique et la chimie apportent journellement à la grande industrie du sucre indigène ; mais le perfectionnement de la betterave elle-même par le choix judicieux de la semence présente, selon moi, une importance encore plus considérable.
- Il serait temps, en outre, de concilier les intérêts du cultivateur avec ceux du fabricant, en faisant intervenir dans les transactions le titre saccharin de la racine en même temps que son poids. Il semble aujourd’hui établi que, pour la même variété, les racines d’un poids assez faible, venues en semis serrés, dans un sol fertile ayant reçu peu ou point d’engrais, sont tout à la fois les plus riches en sucre et les plus pauvres en matières salines ; celles-ci nuisent beaucoup, comme on sait, à l’extraction du sucre cristallisable. La densité du jus, à défaut de moyens saccharimétriques plus parfaits, suffit parfaitement, quant à présent, pour fixer, avec le poids de la racine, la valeur commerciale de la betterave. Dans un Congrès scientifique réuni à Arras en 1853, j’avais déjà exprimé le vœu que l’achat des betteraves par les fabricants de sucre se fît en raison du poids de la racine et de la densité du jus. Bien que ce vœu ait été accueilli avec faveur dès cette époque, aucune suite ne lui a été donnée. Néanmoins, j’estime qu’il devient nécessaire, en raison des charges que supporte l’indus-
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- trie sucrière et des difficultés qu’elle doit surmonter, de tenir compte, avant toute autre clause, de la richesse saccharine de la betterave ; pour le fabricant, un rendement de 1 pour 100 de sucre en plus ou en moins suffit pour constituer son inventaire annuel en bénéfice ou en perte.
- Je reviens à mes expériences. Les betteraves, semées en pleine terre, sont repiquées dans des pots, en prenant soin de choisir des racines de même forme et de même aspect. N’ayant conservé, chaque année, que deux ou trois porte-graines, j’ai quelque chance d’opérer sur la même variété. Néanmoins j’ai récolté, il y a deux ans, la semence d’une betterave unique, et c’est avec cette graine que mes derniers essais ont été faits.
- Mes premières expériences ont eu pour objet de rechercher l’influence de diverses matières minérales sur des betteraves cultivées isolément dans un sol de même nature. Des pots, d’une capacité d’environ 30 litres, ont été remplis avec de la terre de jardin de qualité ordinaire : j’ai donné dans un précédent travail la composition de cette terre, qui contient une assez grande quantité de calcaire- Du 1er juillet au 15 octobre 1871, six betteraves en bon état de végétation, repiquées depuis plusieurs semaines, ont reçu, les deux premières (nos 1 et 2), des arrosages convenablement espacés avec de l’eau de Seine contenant 1 gramme de sel marin par litre ; les deux autres (n°‘ 3 et 4), avec la même quantité d’eau, renfermant 1 gramme de chlorure de potassium; les deux dernières (n°‘ 5 et 6), avec le même volume d’eau sans addition. Chacun des deux premiers lots avait reçu 30 grammes de sels.
- Après quelques semaines, chaque couple présente un aspect particulier qui le distingue nettement du couple voisin. La nuance, la dimension, la rigidité des feuilles sont les mêmes pour les betteraves soumises au même traitement, différentes pour celles dont le régime est différent : la même remarque a été faite les années suivantes; de sorte que la présence d’une matière saline, employée en quantité prédominante, suffit pour donner à la plante une physionomie qui lui est propre. Ces betteraves ont donné :
- Cendres Chlorure
- p. 100 de potassium
- Poids de betterave dans 100
- de la racine. fraîche. de cendres.
- N* 1 (sel marin) 8r* . 560,2 0,77 18,6
- N° 3 (chlorure de potassium). . . 571,5 0,97 15,3
- N° 5 (eau) . 721,8 0,64 8,0
- Dans cette expérience, les chlorures ont peu nui au développement de la plante, le sol étant convenablement pourvu do matières fertilisantes. Ces racines étaient riches en sucre ; elles en contenaient environ 15 pour 100. Ce résultat, qui est d’accord avec d’autres qui m’ont été fournis par des betteraves venues dans les polders de la Bretagne, est en contradiction avec l’opinion, généralement admise, que les betteraves
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- riches en chlorures alcalins sont pauvres en sucre. Ces deux faits ne sont pas connexes, car il est vraisemblable que la sécrétion du sucre dépend de la variété de la plante, tandis que l’absorption des matières salines, notamment des chlorures, se trouve surtout liée à la nature du sol et des engrais.
- Ces chlorures, que la racine contient en assez grande quantité, 8e retrouvent en bien plus forte proportion dans les feuilles ; il en est de même de plusieurs autres substances minérales qui traversent la racine avec une vitesse qui varie probablement avec leur nature, pour s’accumuler dans les feuilles. En effet, tandis que la racine à l’état sec ne contient pas au delà de 3 à 6 pour 100 de matières minérales, les feuilles desséchées, ayant perdu les 90 pour 100 d’eau qu’elles contiennent, en laissent 25 à 32 pour 100 ; le salin de ces cendres contient de 23,7 à 73,5 pour 100 de chlorures.
- Dans mes analyses, le chlore est calculé comme étant à l’état de chlorure de potassium ; même dans les betteraves, qui ont été arrosées avec des dissolutions de sel marin, la potasse est beaucoup plus abondante que la soude.
- Ces expériences ont été reprises en 1872 dans des conditions à peu près pareilles : les plantes ont été arrosées du 21 juillet au 9 octobre avec de l'eau de Seine contenant 1 gramme de chlorure par litre pour les n0> 3, 4, 5, 6, et 2gr,5 pour les nüS 7, 8 et 9.
- Voici la composition de ces racines :
- Chlorure
- Poids Densité Cendres de potassium Sucre
- des du jus dans dans dans
- betteraves. à 15 degrés* 100 de jus. 100 de salin. 100 de jus
- N° 1 (eau) ër* 680 1080 0,83 7,1 15,3
- N° 3 (25 gramm. de sel marin). 635 1081 1,07 16,3 15,0
- N° 5 (25 grammes de chlorure
- de potassium) 650 1083 0,89 13,2 14,0
- N“ 7 (75 gramm. de sel marin). 682 1 087 1,07 27,3 16,4
- N° 9 (75 grammes de chlorure
- de potassium) 645 1090 1,20 26,8 15,8
- On voit que l’absorption des chlorures augmente avec la quantité qu’on met à la disposition de la plante ; elle a néanmoins ses limites, et elle n’est pas proportionnelle à cette quantité, puisque les deux dernières betteraves contiennent à peu près le double de chlorure que les deux précédentes, tandis qu’elles ont reçu une quantité triple de sel marin ou de chlorure de potassium.
- Les autres racines ont servi à rechercher comment se fait la répartition des matières minérales à la base et au sommet de la même betterave coupée en trois parts sensiblement égales, la part du milieu étant laissée de côté. Les cendres ont été lessivées de manière à séparer les sels solubles (salins) d’avec les composés insolubles (sels calcaires et magnésiens).
- Les premiers sont plus abondants dans la partie inférieure de la racine ; comme les
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- chlorures et les sulfates sont des sels solubles, il semble qu’on doit les rencontrer en plus grande quantité dans la partie de la racine qui fournit le plus de salin : c’est le contraire qui se présente, et les différences sont très-accentuées, ainsi qu’on peut en juger par les nombres qui suivent :
- Betterave.
- Partie super, (collet). . . Partie inférieure........
- N° 2. N# 4.
- A B A B
- 14,0 16,9 41,9 15,2
- 4,7 8,9 16,3 8,0
- N* 6. N° 8.
- A B A B
- 40,7 15,6 49,1 non dosé.
- 15,3 6,0 23,7 îd.
- A représente le chlorure de potassium et B le sulfate de potasse contenus dans 100 de salin.
- Ainsi les chlorures et les sulfates, qu’on trouve aussi en grande quantité dans les feuilles, se concentrent dans la partie supérieure de la plante. On sait que leur présence dans le jus est la cause principale de la formation de la mélasse. Gomme conséquence de ces observations, on voit que les fabricants de sucre doivent s’attacher à ne traiter que des racines largement dépouillées de leurs collets, toutes les fois que ceux-ci peuvent être utilisés pour la nourriture du bétail.
- J’ai aussi comparé, au point de vue de la répartition des matières salines, la partie centrale de la betterave avec sa périphérie, en la dépouillant toutefois de son tissu épidermique.
- Les tissus qui se trouvent au centre de la racine sont notablement plus riches en eau et en sels solubles. Ainsi une betterave, dont la partie centrale contient 11,4 pour 100 de matières solides, en renferme 14,0 dans sa périphérie; celle-ci laisse 7,4 de cendres pour 100 de matière desséchée, l’autre 9,7. Les cendres provenant de la partie centrale contiennent environ un tiers de matières solubles de plus que les autres, lesquelles sont, par conséquent, plus chargées de sels calcaires et magnésiens.
- En poursuivant ces études, j’ai été conduit l’année suivante (1873) à cultiver les betteraves dans un sol très-pauvre, dans le but d’établir avec plus de netteté l’influence exercée par les matières fertilisantes que j’y introduisais. La terre de jardin a été remplacée par de la très-franche, venant de Garches. Cette terre est maigre, terre siliceuse, peu perméable à l’eau, se fendillant beaucoup par la sécheresse. Elle présente
- la composition suivante :
- Eau et matières organiques............................... 5,15 •
- Carbonate de chaux...................................... 4,91
- Carbonate de magnésie................................... 0,42
- Alumine.................................................. 3,50
- Oxyde de fer............................................. 2,20
- Potasse. . . ............................................ 0,97
- Soude.................................................... 0,80
- Sable et argile non attaquables par les acides. ....... 81,51
- Matières non dosées et perte............................. 0,54
- 100,00
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- Les betteraves, récoltées le 20 octobre, avaient reçu, du 3 juillet au 7 septembre :
- N” 1 et 2. 24 grammes de sel marin, à raison de 2 grammes par litre d’eau de Seine.
- N8* 3 et 4. Le même poids de chlorure de potassium.
- N° 5. 36 grammes d’azotate de potasse (4 grammes par litre d’eau).
- N° 6. Le même poids d’azotate de soude.
- N° 7. 25 grammes de sulfate d’ammoniaque.
- N° 8. 35 grammes de sel ammoniac.
- N° 9. Eau de Seine sans addition de matières salines.
- N° 10. 42 grammes de phosphate acide de chaux (6 grammes par litre d’eau).
- N» 11. 24 grammes du mélange des sels indiqués par M. Jeannel comme essentiellement propres au développement des végétaux (phosphate de chaux, sulfates d’ammoniaque et de magnésie, nitre et chlorure de potassium).
- Au mois d’août, l’aspect des plantes présente des différences considérables ; les feuilles de betteraves n08 1 et 2 sont peu développées et commencent à jaunir ; il en est de même pour les n08 3 et h ; les feuilles sont très-petites, jaunes et plissées. Bien que les chlorures alcalins soient absorbés par les végétaux, il ne semble pas, quand ils ne sont pas accompagnés de matières fertilisantes, qu’ils exercent un effet utile sur la végétation. Le chlorure de potassium n’agit pas mieux que le sel marin. Il en est tout autrement de l’action des azotates alcalins, des sels ammoniacaux et du phosphate de chaux ; les feuilles des plantes arrosées avec les dissolutions de ces sels sont d’un vert foncé ; elles sont larges, très-abondantes. La betterave, qui n’a reçu que de l’eau de Seine, est fort peu développée ; les feuilles sont jaunes et petites.
- Le \k octobre, l’aspect général est le même ; la végétation la plus belle est celle que présente le pot n° 10 (phosphate de chaux) ; viennent ensuite les plantes qui ont reçu les sels ammoniacaux et les sels Jeannel, puis les azotates.
- On a pesé, le 28 octobre, une partie des racines et des feuilles. La betterave n° 10 est de beaucoup la plus belle -, la racine pèse 932 grammes ; en représentant ce poids par 100, et par le même nombre celui de ses feuilles, on a les rapports suivants pour le poids des autres plantes :
- Numéros* Racines. Feuillet.
- 1 13,4 8,9
- 3 7,2 6,7
- 5 36,7 21,5
- 6 35,5 20,3
- 7 34,3 82,9
- 8 36,9 39,2
- 9 6,3 7,8
- Les cendres fournies par ces betteraves ne présentent pas des différences de composition bien considérables, en dehors de celles qui ont été déjà signalées pour les plantes arrosées avec les dissolutions de chlorures ; le résidu salin laissé par la bette-
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- rave qui a reçu le sulfate d’ammoniaque contient 9 pour 100 de sulfate alcalin, soit environ le double de la quantité normale.
- La betterave n° 10, arrosée avec la dissolution de phosphate de chaux, a donné des cendres dont la composition est la suivante :
- Racine. Feuilles.
- Silice.............................................. 0,5 1,7
- Carbonate de chaux................................... 5,3 27,7
- Phosphate de fer..................................... 1,6 1,5
- Phosphate de magnésie bibasique...................... 8,0 8,5
- Phosphate de potasse tribasique.................... 29,8 5,9
- Sulfate de potasse................................... 5,4 6,4
- Chlorure de potassium................................ 4,8 6,5
- Carbonates de potasse et de soude................... 44,6 41,8
- 100,0 100,0
- En rapprochant cette composition de celle des cendres fournies par les autres betteraves, on reconnaît avec quelque surprise que l’emploi du phosphate de chaux soluble, loin d’augmenter la proportion des sels calcaires absorbés par la plante, diminue au contraire cette proportion d’une manière notable. En effet, les cendres des autres racines contiennent de 12 à 20 pour 100 de carbonate de chaux. Quant à l’acide phos-phorique, la proportion est sensiblement la même pour toutes les betteraves ; elle n’est pas plus considérable pour la betterave arrosée avec la dissolution de phosphate de chaux.
- Ce résultat conduirait à envisager sous un aspect nouveau le rôle des phosphates terreux dans la productien végétale. En admettant qu’il puisse être généralisé, ainsi que d’autres faits consignés dans ce travail, et en le rapprochant des observations relatives à l’action d’autres substances minérales, on reconnaît que l’action de ces substances est variable avec la nature propre des sels qui, à des degrés différents, favorisent le développement des plantes.
- Plusieurs, en effet, sont absorbés sans subir aucune modification : tels sont les azotates alcalins, qu’on retrouve en nature dans les racines et dans les feuilles. Dans le travail que j’ai publié en 1838, sur l’analyse de la betterave, j’ai dosé, à l’état cristallisé, le nitre qui se trouvait dans des racines trop fortement fumées. L’emploi de l’azotate de soude comme engrais est, pour les fabricants de sucre du Nord, l’objet de plaintes sérieuses, ce sel se retrouvant dans les jus et étant la cause des fermentations nitreuses qui se développent parfois dans le travail des racines venues sous son influence.
- Les chlorures, qu’on introduit souvent aussi dans les engrais artificiels, bien qu’ils soient d’une efficacité beaucoup plus contestable, se retrouvent aussi dans les plantes; j’estime néanmoins que, dans la plupart des végétaux cultivés, le chlore que l’on introduit dans le sol sous forme de sel marin existe dans les cendres à l’état de chlo-
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- rure de potassium, ainsi que je l’ai montré pour les haricots. Les sulfates alcalins, qui, comme les précédents, sont des sels solubles, ne pouvant engendrer dans le sol que des composés solubles, se rencontrent également dans les végétaux, bien qu’en proportion beaucoup plus limitée.
- Le phosphate de chaux, qui est, sans contredit, la matière fertilisante la plus précieuse, présente cette particularité qu’d poids égal une plante, soumise à son action et mise en présence d’un grand excès de sel, ne contient pas plus d’acide phospho-rique, renferme moins de chaux et plus de sels de potasse et, selon les espèces, de soude qu’une plante voisine venue dans les conditions ordinaires ; celle-ci, à la vérité, est restée chétive, tandis que l’autre présente une végétation luxuriante ; de sorte que, en définitive, cette quantité excédante de phosphate terreux dans le sol a eu pour résultat l’abondance même de la récolte.
- Ces faits peuvent être interprétés de la manière suivante : le phosphate de chaux se décompose par son contact avec les sels alcalins et les sels de magnésie que toute terre fertile contient en quantité suffisante pour les besoins de la végétation ; il se produit du phosphate de potasse et du phosphate ammoniaco-magnésien. Ces deux composés sont, à mon sens, l’expression la plus directe de la vie matérielle, chez les plantes comme chez les animaux. Pour les plantes, ils sont nécessaires, comme on sait, à la production de la graine, et ils concourent ainsi à la conservation de l’espèce. Les cendres des graines ne contiennent guère, en effet, que du phosphate de potasse et du phosphate de magnésie.
- Il est impossible de ne pas rapprocher cette action du phosphate de chaux de celle qui appartient à un autre composé calcaire agissant aussi comme matière fertilisante sur des plantes d’une autre nature : je veux parler de l’action du plâtre sur les prairies artificielles. Les expériences de M. Boussingault ont établi qu’en examinant comparativement les cendres du trèfle plâtré et celles du trèfle non plâtré, l’acide sulfurique et la chaux se rencontrent à peu près en mêmes proportions dans les unes et dans les autres ; mais les sels de potasse sont notablement plus abondants dans les plantes qui ont reçu du sulfate de chaux. On sait qu’on n’est pas arrivé jusqu’à ce jour à expliquer d’une façon satisfaisante tous les effets utiles du plâtre ; je me borne à les rapprocher de ceux qui sont produits sur d’autres végétaux par le phosphate de chaux.
- REMARQUES SUR LES SUBSTANCES MINÉRALES CONTENUES DANS LE JUS DES BETTERAVES ET SUR LA POTASSE QU’ON EN EXTRAIT ; PAR M. EUG. PELIGOT.
- Les chimistes qui se sont occupés de l’analyse de la betterave ont établi que cette plante renferme, en dehors du sucre, un très-grand nombre de matières solubles dans l’eau. J’ai fait sur le jus de cette racine quelques observations que je crois nouvelles,
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- an point de vue des sels minéraux qu’il contient en assez grande quantité, dans la proportion de 6/1 000 à 12/1 000 de son poids.
- La composition des cendres de la betterave entière diffère notablement de la composition des cendres fournies par le jus. En effet, bien que la matière qui forme la partie celluleuse de la plante soit peu abondante, la pulpe retient, sous forme de composés insolubles, la presque totalité des sels calcaires qu’on trouve dans les cendres de la racine en assez forte proportion.
- Le jus trouble qu’on obtient en soumettant à la presse la pulpe d’une betterave qu’on vient de râper ne contient qu’une très-petite quantité de sels de chaux ; il se colore rapidement au contact de l’air, et il ne peut être filtré qu’autant qu’on l’a fait bouillir pendant quelques instants. La chaleur a pour effet, non-seulement de coaguler les matières albuminoïdes et d’arrêter les fermentations qui se développent rapidement, mais aussi de rendre insolubles le phosphate et le carbonate de chaux dissous à la faveur de l’acide carbonique que tous les sucs végétaux contiennent en abondance. Aussi le jus de la betterave, après qu’on l’a fait bouillir, est complètement exempt de sels calcaires.
- Néanmoins, dans cet état, il renferme beaucoup de phosphates. Il suffit, en effet, d’y ajouter une certaine quantité de nitro-molybdate d’ammoniaque, préparé d’après les prescriptions indiquées par M. Paul de Gasparin dans son important travail sur l’analyse des terres arables, pour obtenir à l’ébullition un abondant dépôt jaune de phospho-molybdate d’ammoniaque.
- On peut également, séparer des cendres fournies par ce jus, après le dosage du chlore, l’acide phosphorique sous forme de phosphate d’argent tribasique, en saturant exactement par l’ammoniaque la liqueur acide dont le chlorure d’argent a été séparé.
- C’est à l’état de phosphate de potasse tribasique que se trouve la majeure partie de l’acide phosphorique dans le jus de la betterave; les cendres qui en proviennent en contiennent au delà du tiers de leur poids ; mais une notable quantité de cet acide s’y rencontre aussi sous forme de phosphate ammoniaco-magnésien. Rien n’est plus facile que de constater l’existence de ce sel : il suffit d’ajouter, au jus filtré, de l’ammoniaque pour y faire naître immédiatement un dépôt cristallin de phosphate ammoniaco-magnésien : une goutte de jus de betterave et une goutte d’alcali volatil donnent, sous le microscope, cette réaction d’une façon très-nette.
- Les cendres fournies par le jus contiennent de 10 à 15 pour 100 de leur poids de phosphate de magnésie bibasique, quelle que soit la provenance de la betterave. J’ai examiné récemment une grosse racine, du poids de 3 kilogrammes environ, provenant des polders de Bouin (Vendée), habilement mis en valeur par M. Le Cler : le jus filtré a laissé par litre 13&r,28 de cendres ; celles-ci renferment 15,3 pour 100 de phosphate de magnésie.
- Ces faits trouvent leur explication dans le faible degré d’acidité que présente le jus de la betterave ; il est probable que cette acidité est suffisante pour amener la dissolu-
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- tion partielle du phosphate ammoniaco-magnésien, insuffisante pour dissoudre le phosphate de chaux qu’on rencontre en.assez forte proportion dans la partie coagulée et dans le tissu cellulaire dont on a séparé les matières solubles.
- On sait, d’ailleurs, que la défécation du jus de betterave se pratique dans toutes les usines en ajoutant au liquide chauffé une certaine quantité de chaux éteinte ; cette opération est toujours accompagnée d’un dégagement d’ammoniaque qui est surtout dû à la décomposition du phosphate ammoniaco-magnésien. Le sel de magnésie, devenu insoluble, s’ajoute aux écumes qui sont en grande partie formées par le phosphate calcaire provenant de la décomposition du phosphate de potasse. Aussi ces écumes de défécation constituent un engrais énergique, dont les observations qui précèdent feront mieux apprécier toute la valeur.
- La potasse à l’état de carbonate, qu’on retire des résidus de la fabrication du sucre indigène, renferme une certaine quantité de phosphate qu’on retrouve dans la potasse raffinée et qui, récemment, m’a permis de remonter à la cause d’accidents qui se produisaient dans une industrie bien éloignée des industries agricoles : cette industrie est la fabrication du cristal.
- On sait que les matières premières employées pour cette sorte de verre sont le sable, le minium et la potasse. Ces matières doivent être aussi pures que possible. Ayant été consulté par des fabricants de cristaux qui, au lieu du verre transparent et incolore qu’ils ont coutume de produire, obtenaient un verre laiteux et opalin ; et, après avoir inutilement cherché la cause de cette altération du cristal dans la qualité du minium et du sable, j’ai examiné la potasse dont ils se servaient et qui provenait d’une des meilleures raffineries du Nord : j’y ai trouvé une certaine quantité de phosphate alcalin. Dans trois échantillons de potasse indigène raffinée, de provenance différente, j’ai constaté qu’en dehors de quelques centièmes de chlorure, de sulfate alcalin et de sels de soude que cette matière renferme habituellement, on y rencontre des proportions notables de phosphate de potasse, soit 3,7, 2,0 et 2,6 pour 100.
- Ce sel, dont la présence n’avait pas encore été signalée dans les potasses indigènes, exerce probablement sur le verre un effet analogue à celui du phosphate de chaux, qu’on emploie depuis longtemps pour fabriquer le verre opale à reflets rougeâtres. Il suffira, sans doute, de signaler le trouble qu’il apporte dans la fabrication du cristal pour que les raffineurs de potasse, auxquels la clientèle des représentants de l’industrie verrière n’est pas indifférente, apportent dans leur travail les changements nécessaires pour éliminer complètement une substance que les potasses exotiques, qui proviennent du lessivage des cendres de bois, ne contiennent pas en quantité appréciable.
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- EXPOSITION DE VIENNE.
- LES MACHINES A L^EXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE EN 1873, PAR M. TRESCA, MEMBRE DU JURY INTERNATIONAL (1).
- Machines de fabrications diverses.
- Les mérites spéciaux des machines et des appareils spécialement appropriés à diverses fabrications ne pourraient être signalés avec les détails nécessaires qu’à l’occasion de l’étude des produits qu’ils servent à confectionner. Elles échappent, par leur variété, à une appréciation sommaire, et nous ne pouvons ici que mentionner les groupes principaux qui étaient représentés avec quelque importance à l’Exposition.
- La disposition réglementaire, en vertu de laquelle ces appareils devaient être appréciés par le jury mixte, formé de mécaniciens et de fabricants, aurait été excellente si la rapidité des opérations n’avait, dans presque tous les cas, rendu cette association illusoire. Il a pu arriver fréquemment que les deux jugements, portés isolément, n’ont pas présenté tout l’accord désirable.
- Fabrication et travail du 'papier.
- La fabrication même du papier ne se faisait remarquer à l’Exposition que par le développement de l’industrie des pâtes de bois (M. Bell, de Lucerne ; MM. Voter et Vorth, d’Heidenheim), qui exige des moyens mécaniques d’une grande puissance, et par les premières applications des filtres-presses continus.
- Cependant un exposant français, M. Lespermont, qui avait cru bien faire en se faisant admettre dans une des divisions étrangères, présentait un système intéressant destiné à récupérer et à révivifier l’alcali que le mode de fabrication des papiers de matières ligneuses consomme en très-grandes quantités. Les appareils de M. Lespermont, déjà employés avec un plein succès dans un grand nombre d’usines, n’ont peut-être pas été appréciés par le jury à leur véritable valeur pratique.
- L’exposition de M. Bertram et fils, d’Édimbourg, était aussi d’un grand intérêt.
- Rien de particulier à dire sur les machines accessoires de la papeterie, telles que plieuses, rogneuses, satineuses ; mais un de nos exposants français, M. Antoine, avait cependant trouvé le moyen de perfectionner encore la machine à faire les enveloppes, qui est toujours une curiosité pour celui qui la voit fonctionner pour la première fois avec tant de délicatesse et une si grande précision.
- (1) Yoy. cahier d’octobre 1875, p. 557.
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- Imprimerie.
- Quant aux machines à imprimer, qui ont subi de grands perfectionnements dans ces dix dernières années, nous n’avons vu aucune combinaison supérieure à celles de M. Marinoni, de M. Alauzet et de MM. Alauzet et Heuze, lorsqu’il s’agit de faire très-bien ou très-vite. Nous avons plus spécialement remarqué la disposition à l’aide de laquelle ces derniers constructeurs peuvent transformer, en un instant et par un simple changement de came, une machine en retiration en deux machines en blanc, et inversement.
- M. Sigl, de Berlin, avait installé dans un pavillon spécial et faisait fonctionner devant le public tout le matériel et toute l’organisation de la Nouvelle Presse libre ; ce n’était pas un des moindres attraits de l’Exposition, et cet attrait était encore augmenté par l’emploi de petits moteurs hydrauliques bien disposés et fonctionnant au moyen des conduites d’eau du parc du Prater.
- Les presses lithographiques de MM. Kônig et Bauer étaient aussi bien établies, et nous avons également remarqué dans la section française les machines, moins importantes, de MM. Maulde et Wibard, et celles de MM. Pierron et Dehaitre; ces dernières surtout dénotent, comme dispositions ingénieuses et comme bonne entente de la construction, une grande habileté chez leurs auteurs.
- Travail du cuir et courroies.
- C’est maintenant une habitude prise dans les Expositions de soumettre au jugement du jury des machines, non-seulement les appareils servant à la fabrication, mais encore et principalement les courroies de tous genres, qui occupent particulièrement à Vienne un espace considérable. Nous n’avions cependant, dans le jury du groupe XIII, aucune compétence spéciale pour apprécier la plupart de ces produits, et, en ce qui concerne les machines elles-mêmes, nous devons nous borner à rappeler que nous avons trouvé chez M. Dewrance, de Londres, et surtout chez M. Berendorf, de Paris, les seules machines vraiment recommandables.
- La substitution des machines aux nombreuses façons à la main, qu’exige la préparation des cuirs, est un fait encore récent ; il ne faut pas s’étonner que ces machines soient encore un peu rudimentaires, et que les règles qui doivent présider à une bonne et solide construction n’y soient pas toujours observées. Il y a dans les machines de M. Berendorf les éléments de constructions qui, plus soignées à l’avenir, doivent, dans une bien grande proportion, économiser une grande partie de la main-d’œuvre, gaspillée jusqu’ici dans cette importante industrie par le travail à la main.
- Le bousculeur de M. Berendorf, pour le lessivage du linge, et ses moulins à tan, sont déjà devenus tout à fait pratiques.
- Le problème de la préparation des cuirs est tellement multiple, il correspond à une matière si peu homogène, que l’on reconnaît immédiatement les difficultés du travail
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- mécanique ; il n’est pas le même pour les objets confectionnés avec les cuirs fabriqués et dans lesquels on est parvenu à réaliser toutes les opérations délicates que la main seule pouvait effectuer jusqu’ici.
- Tout l'outillage pour chaussures, de M. Touret, était à la fois simple et bien approprié à sa destination, et il en était de même pour les machines de M. Lemercier, qui sont vraiment des mécanismes de précision.
- Malaxeurs et broyeurs.
- Le malaxage des pâtes, et particulièrement la préparation des pâtes de chocolat, était représenté par des machines bien construites de M. Hermann et de M. Debatiste; l’emploi des cônes et des cylindres de granit, et l’introduction de la tapoteuse dans cette industrie, sont maintenant trop connus pour qu’il y ait lieu de les mentionner plus spécialement. Nous devons, toutefois, féliciter M. Hermann d’avoir introduit dans cette industrie la table horizontale tournante, qui donne, dans des opérations plus importantes, une grande sécurité pour l’introduction et l’enlèvement des matières en travail ; les broyeurs à couleur de ce constructeur, avec mouvement différentiel, sont aussi d’excellents outils.
- Les machines de MM. Beyer frères, pour le malaxage et le moulage des savons, sont moins connues ; le pelotage de la matière, après son découpage en copeaux, constitue une opération très-intéressante, qu’il serait impossible de mieux faire à la main en y employant beaucoup plus de temps.
- Il se trouvait aussi beaucoup d’appareils pour la préparation des pâtes céramiques et la fabrication des briques, sans qu’il y ait cependant à en signaler aucun en particulier.
- Faute de le pouvoir placer dans une autre catégorie, nous citerons ici le petit cap-sulateur de M. Viel, au moyen duquel on peut introduire entre deux bandes de gélatine, qui se collent ensuite par pression, les gouttes de liquide que l’on peut ainsi introduire dans une enveloppe, qui est découpée ensuite pour former des capsules complètement étanches.
- Appareils des industries chimiques.
- La plupart des appareils des industries chimiques, dans lesquels l’action de la chaleur est souvent intéressée, ont besoin d’être construits de manière à satisfaire aux meilleures conditions d’économie du combustible, soit que l’on veuille opérer à des pressions ou à des températures élevées, soit, au contraire, que l’on obtienne plus facilement les séparations de matière que l’on a en vue par le moyen du vide ou même d’actions frigorifiques.
- Tous ces appareils doivent être construits avec beaucoup de soins, et, lorsqu’ils sont Tome II. — 74e année. 3" série. — Novembre 1875. 81
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- de grande dimension, ce n’est pas une des moindres difficultés que de les rendre étanches, soit sous l’action des pressions intérieures, soit sous l’action du vide.
- Sucre.
- En ce qui concerne l’industrie du sucre, la France était parfaitement représentée par la Compagnie de Fives-Lille, qui n’avait toutefois envoyé à l’Exposition que des appareils exécutés comme elle les livre à l’industrie, c’est-à-dire de fabrication courante.
- On sait que cet important établissement, en se séparant de sa participation avec la Société Cail et comp., et en conservant une grande partie de ceux des ingénieurs qui s’y étaient occupés des appareils à sucre, s’est placé au centre même de la culture de la betterave, dans le nord de la France ; il ne faut donc pas s’étonner qu’il ait construit, depuis 1870, plus de vingt fabriques de sucre, dont plusieurs, toutefois, en Espagne, à la Martinique et en Égypte.
- Il avait à Vienne une exposition qui comprenait, avec les machines motrices et le générateur correspondant, une râpe à betteraves, une soufflerie pour acide carbonique, un appareil d’évaporation à triple effet, une chaudière à cuire dans le vide, un appareil à acide sulfureux, et tous leurs accessoires. L’industrie du sucre est peut-être celle dans laquelle il importe d’observer le mieux les conditions physiques et chimiques qui doivent conduire au meilleur résultat. Il faut réduire la dépense de combustible, sans s’exposer à atteindre nulle part une température trop élevée, et le jeu des pressions et des condensations y joue un grand rôle.
- Les appareils de Fives-Lille se faisaient remarquer par les détails plus particulièrement relatifs à la gradation des évaporations et des condensations la plus convenable pour l’économie du résultat. On remarquait surtout les pompes à eau chaude, avec clapets mus mécaniquement, pour assurer l’efficacité de leur jeu malgré la présence de la vapeur. Quant aux appareils à acide carbonique et à acide sulfureux, ils sont plutôt chimiques que mécaniques ; mais ils inaugurent d’une manière heureuse l’introduction des machines bien construites pour assurer la continuité de réactions chimiques dont les éléments se renouvellent au fur et à mesure des besoins de l’usine.
- Les expositions de M. Aders, de Neustadt, et de M. Allftrom, de Niendurg, étaient beaucoup moins complètes.
- Les turbines à moteur adhérent de M. Buffaud, de Lyon, doivent aussi être mentionnées comme l’un des exemples de spécialisation bien entendue dans la construction des machines isolées.
- Distillerie.
- Parmi les appareils de la distillerie, c’est celui de M. Savalle qui a eu le plus grand succès à l’Exposition ; il y a été vendu à plus de vingt-cinq exemplaires, parce qu’il
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- répond, en effet, aux meilleures conditions de l’économie du combustible et du plus court séjour des produits, qui se trouvent ainsi moins altérés. La colonne de distillation rectangulaire, qui est particulièrement propre au travail des matières pâteuses, est disposée de manière que la matière n’y séjourne pas plus de six minutes. L’appareil de rectification des alcoôls, exposé déjà en 1867, a aussi reçu plusieurs perfectionnements, parmi lesquels il convient de citer l’adjonction d’un régulateur de condensation. Ce qui nous a surtout permis d’apprécier les mérites des appareils de M. Savalle, c’est le livre très-sérieux qu’il a publié récemment, et qui est intitulé : Progrès récents de la distillation. Combien il serait désirable que nos industriels fissent ainsi valoir leurs produits par une publicité bien raisonnée et précisant avec une netteté aussi recommandable les progrès réellement accomplis !
- Brasserie.
- L’exposition allemande se faisait, d’un autre côté, remarquer par une très-belle série d’appareils de brasserie, ce genre de fabrication occupant chez elle, d’une manière presque exclusive, de très-grands établissements. Les appareils de M. Munnich et comp., de Chemnitz , des frères Noback et Fritz, de Prague, ceux de M. Prick, de Vienne, étaient particulièrement intéressants. M. Gustave Noback a publié, sur la production de la bière en Autriche-Hongrie, un petit livre qui renferme d’excellentes indications statistiques.
- Fabrication des bougies.
- Bien que la fabrication des bougies stéariques constitue une industrie essentiellement chimique, il n’en est peut-être pas qui exige l’emploi de plus nombreuses machines et d’arrangements mécaniques plus variés.
- A côté de ses presses hydrauliques, verticales et horizontales, à plaques creuses et chauffées à la vapeur, M. Galabrun avait tenu à montrer comment se fait le moulage des bougies, sans qu’il soit nécessaire d’introduire à chaque fois la mèche, mais par un procédé très-ingénieux qui permet successivement de préparer la coulée suivante en sortant du moule celle qui vient d’être effectuée.
- Eaux gazeuses.
- La consommation des eaux gazeuses artificielles s’est tellement développée dans ces dernières années, que la confection seule des appareils nécessaires à l’exploitation de cette industrie alimente des usines importantes, à Paris surtout, et beaucoup moins en Allemagne.
- Les ateliers de M. Hermann Lachapelle produisent ces appareils sur une grande échelle et avec un soin si bien entendu que le jury a attribué à cette maison une de ses premières récompenses ; on sait que le gaz acide carbonique, qui doit saturer l’eau
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- gazeuse sous une pression qui dépasse souvent 10 atmosphères, est produit directement par l’action de l’acide sulfurique sur une sorte de pâte formée avec de la craie et de l’eau ; le gaz doit être lavé avant son introduction dans le gazomètre pour éviter que la moindre partie d’acide sulfurique ne puisse être entraînée, et les vases métalliques, dans lesquels la réaction se produit, sont en général doublés d’étain, ou tout au moins étamés avec soin, pour empêcher toute action de l’acide sur les parois métalliques. Les appareils de saturation ont encore à satisfaire à des conditions plus difficiles, puisqu’ils doivent emmagasiner le gaz à grande pression, permettre ou interrompre le débit du liquide saturé, se prêter à son introduction dans les flacons ou dans les siphons sans perte sensible.
- Les précautions minutieuses prises par M. Hermann Lachapelle pour l’emballage méthodique de toutes les parties de ses appareils, et ses instructions pour leur montage et leur fonctionnement, sont de nature à faciliter partout l’exploitation de cette industrie.
- Ceux de M. Cazaubon sont aussi très-bien exécutés, et ceux de M. Mondollot se recommandent particulièrement par un procédé de distribution automatique de l’acide sulfurique au fur et à mesure des besoins du remplissage, ce qui permet la suppression du gazomètre.
- Nous ne voudrions manquer d’équité en ne mentionnant pas, à côté de ces industriels, la fabrique de M. Oscar Kropfït et comp., de Nordhausen, qui exposait aussi une grande quantité d’appareils bien disposés.
- Machines servant au développement des phénomènes physiques.
- Nous sommes depuis longtemps habitués à nous servir de la chaleur, dégagée par la combustion, pour mettre en mouvement nos machines motrices, qui nous rendent, sous forme de travail mécanique, la chaleur qui a été dépensée, et voilà maintenant que le travail moteur peut être lui-même employé à produire des phénomènes que nous considérions, précédemment, comme étant d’un tout autre domaine.
- La machine de M. Siebe, de Londres, était destinée à faire de la glace ; celle de M. Kropfït, de Nordhausen, en a effectivement fabriqué pendant toute la durée de l’Exposition, et cette industrie, qui fournit ses produits soit sous forme de blocs de glace, soit sous forme de carafes glacées, est déjà devenue importante.
- Les machines magnéto-électriques permettent de développer, en dépensant du travail mécanique, soit des courants électriques, soit de la lumière, et, sous ce rapport, les appareils de M. Siemens, de Dresde , ceux de la Compagnie de l’Alliance, et la machine, plus nouvelle, de M. Gramme, ont déjà rendu des services. Il aurait été désirable que ces machines fussent essayées comparativement, de manière à apprécier, par le fait même, leur valeur économique. Malheureusement, elles n’étaient pas immédiatement comparables, les unes donnant des courants de forte tension, les autres
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- des courants de quantité qui avaient chacun leur raison d’être, mais qui ne pouvaient être substitués les uns aux autres.
- Toutes ces machines étaient remarquables, et il importe, dès à présent, de les envisager au point de vue des divers problèmes pratiques qu’elles pourront successivement aborder.
- La machine Gramme est déjà employée dans plusieurs ateliers de galvanoplastie, et l’on sait les excellents services que la machine de l’Alliance a rendus, depuis plusieurs années, à l’éclairage des phares.
- On voit, par cet exposé rapide des principales séries de machines exposées, que, depuis l’Exposition universelle de 1867, il ne s’est pas produit de très-grands progrès dans les arts mécaniques ; leur domaine s’est cependant agrandi, la construction a atteint une perfection plus grande ; l’utilisation plus générale des forces naturelles et leur application dans les grands travaux du génie civil est, entre toutes les tentatives nouvelles, celle qui présentait à Vienne la plus grande ampleur.
- On ne saurait méconnaître que la France est restée toujours au premier rang dans les industries mécaniques, avec l’Angleterre, les Etats-Unis d’Amérique, la Belgique et la Suisse. [Fin.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Sur une canalisation d’eau dans un grand atelier pour les cas d’incendie- — M. Genissieu, administrateur de la Compagnie générale des voitures de Paris, a appliqué, dans la construction des ateliers que cette Compagnie a récemment créés, rue d’Aubervilliers, n° 134, pour la construction et la réparation de ses voitures, un système de canalisation d’eau, servant concurremment pour les besoins de l’atelier et pour le service des incendies, en cas de sinistre.
- Les ateliers, limités par les deux rues parallèles d’Aubervilliers et Curial, toutes deux munies de conduites d’eau de la Ville, ont une superficie de près de 27 000 mètres.
- Les réservoirs de l’usine, contenant 100 mètres cubes, sont alimentés par une canalisation indépendante ordinaire avec flotteur.
- En outre de cette prise d’eau, on a branché, sur les deux conduites parallèles de la Ville, une conduite principale de 0m,100, traversant l’usine et allant de l’une à l’autre rue.
- De chaque côté, cette conduite est fermée par un robinet à cadenas, avec regard placé dans la rue à la disposition des agents de la Ville. L’autorisation d’ouvrir ces
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- robinets n’est donnée qu’en cas de sinistre. En temps normal, l’eau de la Ville n’entre donc pas dans la conduite principale.
- A l’intérieur, les réservoirs sont branchés sur cette même conduite, sur laquelle sont faites toutes les prises d’eau nécessaires au service.
- Enfin tous les robinets sont munis d’un pas de vis pouvant recevoir les boyaux ou tuyaux des pompes du modèle de la Ville, lesquels reçoivent une ajusture spéciale pour les besoins de l’usine ; ce qui les maintient toujours en bon état.
- En cas de sinistre, un tuyau raccordé d’une lance est vissé sur le robinet le plus voisin, et sert soit à l’extinction directe, soit à alimenter les pompes; il faut très peu de temps pour mettre l’eau en action.
- Dans les premiers moments, c’est le réservoir seul qui fournit l’eau, mais simulta-ment un homme est chargé d’aller casser l’un ou l’autre des cadenas extérieurs et d’ouvrir les robinets; par cela seul, la pression de la Ville vient instantanément se substituer à la pression des réservoirs, et l’alimentation devient illimitée, sans dérangement ni perte de temps.
- Afin d’empêcher l’eau de remonter dans les réservoirs, ce qui les ferait inutilement déborder, il est utile de faire fermer la conduite qui descend des cuves dans la grande conduite principale.
- Les administrateurs de la Ville et la Compagnie générale des eaux ont mis la plus grande complaisance à permettre l’exécution de ce programme qui, tout en sauvegardant leurs intérêts, met instantanément à la disposition des ateliers les ressources des pressions de la Ville, sans le dérangement d’aucun de ses employés.
- Les canalisations spéciales employées par certains industriels pour les cas d’incendie restent toujours vides, et une fuite, très-préjudiciable en cas de sinistre, peut exister sans qu’on le sache ; le mode adopté par M. Genissieu, laissant toutes les conduites en pression constante et en usage journalier, donne la certitude d’un bon fonctionnement au moment de l’emploi.
- Ces dispositions spéciales sont complétées par l’installation d’un service permanent, fait par d’anciens sapeurs-pompiers, qui ont à leur disposition deux pompes et un certain nombre d’extincteurs précieux à l’origine du sinistre.
- Sur la fabrication du coke d’anthracite dans le sud du pays de (Salles, par m. W. Hachney (1). — Le pouvoir calorique considérable que l’anthracite doit à la forte proportion de carbone presque pur dont il se compose, et cette autre qualité précieuse possédée par un grand nombre de ses variétés de ne renfermer qu’une très-petite quantité de soufre et de cendres, le rendent très-précieux dans la métallurgie sidérurgique ; d’un autre côté, l’abondance et la richesse de ses
- (1) Extrait d’un Mémoire lu par l’auteur dans une séance de Ylron and steel Institute.
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- gisements dans quelques districts, le prix en général peu élevé auquel revient son extraction, sembleraient, au premier abord, devoir le faire considérer comme le combustible le meilleur et le plus économique. Malheureusement il y a, à toutes ces qualités, une contre-partie qui diminue sa valeur et jusqu’à un certain point restreint son application, c’est la difficulté d’utiliser les menus que produit en assez grande quantité son exploitation; c’est aussi la tendance qu’ont certaines variétés à éclater en petits morceaux lorsqu’elles sont brusquement chauffées. Ce dernier défaut est surtout grave pour l’emploi dans les hauts fourneaux, où la production soudaine de poussières capables de former avec les cendres des amas pâteux impossibles à fondre ou à brûler peut, sinon arrêter la marche de l’opération, du moins en déranger sérieusement l’allure.
- Devant cette impossibilité d’employer dans tous les cas l’anthracite à l’état naturel,, on a fait de nombreux essais pour le transformer en coke, et pour y arriver on l’a mélangé en plus ou moins grande proportion avec différentes substances combustibles capables de fournir l’élément agglutinant (brai, houille bitumineuse, etc.); mais, jusque dans ces derniers temps, aucun de ces essais ne semble avoir fourni des résultats pratiques, et dans les Galles du Sud, particulièrement, le coke qu’on a fait, bien que présentant une certaine cohésion , était encore assez friable et de qualité médiocre.
- Cependant les échantillons que l’auteur a entre les mains tendraient à lui faire penser que le problème n’est pas insoluble ; ils sont dus à MM. Penrose et Richards de Swansea, qui ont imaginé le procédé de fabrication suivant :
- Les matières employées sont l’anthracite, ou le demi-anthracite s’il est bien purgé des schistes et pierres qu’il renferme, la houille bitumineuse et le brai; les proportions sont celles-ci :
- Anthracite....................................... 60
- Houille bitumineuse.............................. 35
- Brai.............................................. 5
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- Les matières sont passées ensemble au broyeur Carr (1), dont la trémie est alimentée par des chaînes à godets déversant les quantités proportionnelles voulues des trois éléments qui doivent être désagrégés et intimement mélangés.
- Les fours de cuisson présentent une forme oblongue, généralement employée dans les Galles du Sud; ils ont 15 pieds de long (km,50) sur h pieds h pouces de hauteur sous la voûte (lm,30) avec une largeur, à l’arrière, de 5 pieds 7 pouces (lm,675), et, à l’avant, de 6 pieds 2 pouces (lm,85). La charge introduite par une ouverture ménagée
- (1) Voy. la description de cet appareil au Bulletin de 1869, 2e série, t. XYI, p. 656.
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- dans le haut est, pour chaque four, d’environ 4 tonnes du mélange broyé ; on l’étend avec un râble qu’on passe au travers de la porte, et on jette par-dessus une petite quantité de houille bitumineuse, qu’on étend aussi uniformément que possible, de manière à former une couche de 2 pouces environ d’épaisseur (0m,05). On met alors en feu au moyen de quelques pelletées de braise allumée, et l’on conduit l’opération comme dans la fabrication du coke ordinaire. La petite couche de houille bitumineuse qu’on répand sur la charge a pour but de prévenir l’inflammation du brai et de favoriser la production d’un coke dur et résistant; on Remploie généralement, pour cela, du menu ordinaire provenant des manipulations du charbon.
- Chaque four reçoit au moins deux charges par semaine ; le coke est éteint dans l’appareil même et retiré au moyen d’un système de chaîne et de manivelle.
- Le rendement en coke est de 80 pour 100 du poids de la charge ; le produit obtenu est de couleur gris d’acier et possède une dureté beaucoup plus grande que celle de l’anthracite dont il provient, dureté qui lui permet de rayer le verre. Dans un foyer ordinaire, aussi bien que dans un foyer muni d’une soufflerie, il brûle sans éclater ni décrépiter. Comparé, sous le rapport du poids, au meilleur coke fourni par la houille bitumineuse galloise, il pèse, sous le même volume, environ 23 pour 100 de plus que ce dernier, avantage qui a permis récemment, dans un envoi fait pour l’exportation, de charger plus de 300 tonnes de ce coke dans un navire qui n’eût pu en prendre que 240 de l’autre.
- L’économie de transport n’est pas le seul avantage qui résulte de la plus grande densité de ce coke, due à sa remarquable compacité; plongé dans l’eau, il n’en absorbe que 1,5 à 2 pour 100 de son poids, tandis que beaucoup d’autres cokes ordinaires en retiennent au moins jusqu’à 10. Cette compacité résulte du mode de fabrication; plus les matériaux sont broyés fin, plus intime est leur mélange, et plus grandes sont la densité et la dureté du coke produit.
- Essayé pratiquement au haut fourneau et au cubilot, ce coke a donné d’excellents résultats qu’on doit attribuer surtout à la haute température qu’il exige pour brûler, ce qui, dans le haut fourneau, a pour résultat d’amener la zone de combustion plus près des tuyères et de diminuer dans la région supérieure de l’appareil la perte de combustible causée par la transformation de l’oxyde de carbone en acide carbonique; il ne faut pas oublier, en même temps, que le coke d’anthracite est presque dépourvu d’eau et qu’il ne contient qu’une faible proportion de cendres, toutes choses qui expliquent également les bons résultats que nous venons de signaler.
- En expérimentant avec un petit cubilot de fonderie, on a constaté que, tandis qu’une livre (0k,453) de bon coke gallois (celui de Bryndu, près Bridgend) fondait 10 livres (4k,50) de fonte, une livre de coke d’anthracite en fondait 16 livres (7k,245), et que, dans ce dernier cas, la coulée donnait du métal beaucoup plus chaud.
- Dans l’un des cubilots de l’usine de MM. Tangye, près Birmingham, le coke d’anthracite a démontré qu’il pouvait supporter une charge de fonte de 25 pour 100 su-
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- périeure à celle qu’on place sur le coke ordinaire, et probablement que cette charge aurait pu être encore augmentée, mais MM. Tangye n’ont pas voulu pousser l’expérience plus loin, dans la crainte de déranger l’allure de l’appareil.
- Dans un autre essai fait au haut fourneau, à Landore, fourneau traitant le minerai dit Spiegeleisen, la charge de minerai a pu être augmentée de 28,5 pour 100, et elle eût été sans doute augmentée encore avec le même avantage, si le coke n’avait fait défaut pour pousser plus loin l’expérience. Ce résultat a tellement satisfait la-Compagnie des forges de Landore, qu’elle a immédiatement tout disposé pour fabriquer du coke d’anthracite, en vue de s’en servir dans tous ses fours et hauts fourneaux.
- Le prix de revient du coke d’anthracite est à peu près le même que celui du meilleur coke ordinaire fait dans le district. Dans le pays de Galles, l’anthracite coûte environ 2 schellings (2 fr. 50) de moins par tonne que la houille bitumineuse, avantage qui contre-balance le prix élevé du brai; quant au prix du broyage, il est le même que pour la fabrication du meilleur coke ordinaire, c’est-à-dire de 6 den. par tonne (0 fr. 60). Rappelons enfin un dernier avantage, c’est que le rendement de la fabrication, dans le cas du coke d’anthracite, est de 80 pour 100, tandis qu’il n’est, au plus, que de 70 dans le cas du coke ordinaire.
- Les inventeurs du procédé de fabrication estiment à 2 000 ou 2 500 livres (50 000 ou 62 500 fr.) la somme nécessaire pour les broyeurs et mélangeurs, ainsi que pour les frais d’installation, comprenant le moteur, les chaînes à godets, etc.; le broyeur doit être un appareil de 6 pieds 3 pouces (lm,875).
- Le procédé qui vient d’être décrit a été pratiqué près de Swansea pendant près de neuf mois ; on a fait de 2 à 3 000 tonnes de coke d’anthracite, et, si l’on a interrompu pendant quelque temps la fabrication, ce n’est qu’en raison de la grève des mineurs qui a arrêté toutes les exploitations.
- Tout procédé capable de tirer parti du menu d’anthracite doit nécessairement rencontrer un vaste champ d’application, car la quantité disponible de ce menu est, pour ainsi dire, illimitée dans le pays de Galles et surtout en Amérique où il est sans aucun emploi. D’après M. Bell, l’exploitation de l’anthracite, en Pensylvanie, produit de 20 à 50 pour 100 de déchet, formé en grande partie de ce menu qui est laissé de côté et qui, bien nettoyé, pourrait parfaitement servir à la fabrication du coke.
- (M.) [Journal of the Society of arts.)
- Des pyrites employées en France à la fabrication de l’acide sulfurique, par Mil. A. Girard et M. Morin. — « Les pyrites ou sulfures de fer qui, pour la fabrication de l’acide sulfurique, ont remplacé le soufre sont, dans tous les pays industriels, l’objet d’une consommation considérable et sans cesse croissante. En France, cette consommation était de 90 000 tonnes, il y a dix ans ; elle a été de 180 000 tonnes l’année dernière, et, en Angleterre, on l’a vue, pendant la même période, s’élever de 180 000 à 520 000 tonnes.
- Tome IL — 74e année. 3* série. — Novembre 1875.
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- « Les minerais de cette nature qu’emploie l’industrie française proviennent, pour les neuf dixièmes, de notre sol, un dixième seulement est importé de l’étranger; les plus célèbres, parmi nos pyrites nationales, sont celles de Saint-Bel, dans le Rhône ; de Saint-Julien et du Soulier, dans le Gard ; de Soyons, dans l’Ardèche. Quant aux pyrites étrangères, nous les recevons surtout de la Belgique, en petite quantité de Norwége et d’Espagne.
- « Le' rôle considérable que jouent aujourd’hui ces minerais nous a engagés à faire, de la question des pyrites françaises, une étude approfondie, dont nous donnons ici le résumé succinct, et dont les résultats détaillés seront prochainement publiés dans les Annales de Chimie et de Physique.
- « Dans les mines mêmes, à des profondeurs variables, à tous les points remarquables, nous avons prélevé des échantillons, et sur chacun de ces échantillons d’origine certaine nous avons déterminé non-seulement la teneur en soufre, mais encore la nature et la proportion des matières étrangères qui, accompagnant le sulfure de fer, peuvent influer sur le rendement et la qualité des produits, matières parmi lesquelles il convient de signaler surtout le carbonate de chaux, le fluorure de calcium et l’arsenic.
- « La pyrite de fer se rencontre, en France, dans un grand nombre de localités ; mais, parmi ces gisements, beaucoup sont sans valeur industrielle, et c’est en somme à deux groupes principaux que s’adresse exclusivement la fabrication des produits chimiques : l’un est le groupe du Rhône, l’autre est le groupe du Gard et de l’Ardèche.
- « De ces deux groupes, le premier est situé dans le département du Rhône, à gauche et à droite de la Brevenne ; il occupe la partie centrale de deux concessions dont l’étendue est de 40 kilomètres carrés, et l’on y distingue, sur la rive gauche, le gisement de Chessy, et, sur la rive droite, le gisement de Saint-Bel. L’un et l’autre se développent parallèlement à la rivière en suivant une direction sud-ouest-nord-est nettement prononcée ; la production de ces mines s’élève à 120 000 tonnes par an.
- « Le deuxième de ces groupes se compose d’un nombre assez considérable de gisements qui tous, chose remarquable, s’allongent, dans les départements du Gard et de l’Ardèche, suivant une ligne presque droite dont l’orientation, sud-ouest-nord-est, est la même que celle des gisements du Rhône. Cette ligne, après avoir passé sur les gisements des Pallières, de Saint-Martin, de Saint-Julien de-Valgalgues, etc., se prolonge, dans l’Ardèche, par Joyeuse, Privas, Soyons, etc. La production totale de ces mines représente environ 40 000 tonnes chaque année.
- « Pyrites du Rhône ou de Saint-Bel. — C’est sur la rive droite de la Brevenne, au gisement de Saint-Bel ou Sourcieux, que l’exploitation est aujourd’hui concentrée; elle se subdivise en deux régions séparées par un étranglement stérile, et dans chacune desquelles la pyrite se montre encaissée par un terrain de schistes argileux. La première (septentrionale) comprend une série de filons parallèles, au milieu desquels s étend une masse compacte que l’on désigne sous le nom de masse du Pigeonnier.
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- Là le minerai se montre habituellement riche à 46 ou 48 pour 100 de soufre, ne contenant que des traces d’arsenic et mélangé à 10 ou 12 centièmes de gangue argilo-sableuse et baryto-sulfatée.
- « La deuxième région de Saint-Bel (méridionale) est formée de deux filons, dont l’un (masse du puits Bibost) présente un développement énorme. Cette masse, en effet, reconnue sur toute la longueur de la région, atteint, à certains niveaux, une puissance qui n’est pas moindre que 40 mètres ; en profondeur, son étendue est encore inconnue. La pyrite y est d’une remarquable pureté ; elle ne contient, en effet, pas moins de 50 à 53 pour 100 de soufre; la proportion de gangue argilo-sableuse, exempte de composé barytique, y est très-faible. L’arsenic ne s’y montre qu’en proportions trop minimes pour être dosé.
- « Pyrites du Gard. — Les gisements de pyrites sont nombreux dans le Gard; mais, parmi ces gisements, ceux de Saint-Julien-de-Yalgalgues et du Soulier sont les seuls qui, par leur importance, doivent fixer l’attention.
- « La production de Saint-Julien est considérable : elle s’est élevée, l’année dernière, à 24 600 tonnes ; la pyrite s’y rencontre non plus dans les schistes argileux, comme à Saint-Bel, mais dans le lias et le trias, où elle forme, au milieu du calcaire à entroques, une couche régulièrement stratifiée. Sa richesse en soufre varie généralement de 40 à 45 pour 100 ; la gangue, qui est essentiellement calcaire, représente habituellement de 3 à 6 centièmes du minerai ; elle renferme enfin environ 1 millième d’arsenic et des proportions quelquefois dosables de fluorure de calcium.
- a La mine du Soulier, voisine de Saint-Julien, a eu longtemps une grande importance : elle fournissait 10 000 tonnes par an ; cette importance est aujourd’hui beaucoup moindre. La pyrite s’y rencontre dans le trias en lentilles et en amas indépendants; sa composition, analogue à celle de Saint-Julien, nous la montre cependant généralement moins arsenicale.
- « Pyrites de VArdèche. — A l’extrémité de la ligne nord-est des gisements du Gard et de l’Ardèche on trouve, en face de Valence, l’importante mine de Soyons ; celle-ci fournit actuellement 10 000 tonnes par an. La pyrite, qui s’y présente en un amas stratifié dans le trias, est riche en soufre, dont la proportion s’élève à 45 et même quelquefois à 50 pour 100 ; la gangue en est simplement argileuse et exempte de calcaire, mais on y rencontre des proportions d’arsenic qui, dans certains échantillons, s’élèvent jusqu’à 3 millièmes. Le fluorure de calcium y est également assez abondant.
- « Telles sont les pyrites que la fabrication française des produits chimiques demande à notre sol; parmi ces pyrites, les unes sont d’une pureté remarquable, les autres, quoique renfermant une certaine proportion de matières étrangères, ont cependant des qualités industrielles recommandables. Enfin, en ne tenant compte que des masses jusqu’ici reconnues, l’abondance de ces pyrites est telle, que l’approvisionnement de nos usines peut être considéré comme assuré pour un siècle au moins. »
- (iComptes rendus de l’Académie des sciences.)
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- Sur la matière grasse de la graine de l’arbre à huile de la Chine,
- l»ar îtf. S. Cloe*. — L’Elœococca vernicia, long- Yeou, ou arbre à huile de la Chine et de la Cochinchine, est une plante de la famille des Euphorbiacées, qui produit abondamment des fruits à graines oléagineuses, comme la plupart de ses congénères de la tribu des Crotonées ; le fruit est une capsule formée de plusieurs coques contenant chacune une grosse graine à tégument épais, quelquefois verruqueux.
- On peut extraire de cette graine, par une forte pression à froid, environ 35 pour 100 de son poids d’une huile liquide, peu fluide, incolore, inodore et presque insipide. Sa pesanteur spécifique à 15 degrés est égale à 0,9362 ; en la soumettant à un froid de 18 degrés, elle s’épaissit sans perdre de sa transparence, sans cristalliser.
- Si l’on traite la graine convenablement divisée par l’éther dans un appareil à épuisement, on obtient environ 41 pour 100 de liquide huileux faiblement coloré et présentant d’ailleurs tous les caractères de l’huile extraite par la pression ; mais si, au lieu d’employer l’éther comme dissolvant, on se sert de sulfure de carbone bien purifié, la matière grasse, obtenue après la vaporisation du dissolvant à 100 degrés, se solidifie par le refroidissement, en formant une foule de petits rognons arrondis qui envahissent toute la masse et présentent à la loupe une structure cristalline bien manifeste.
- Cette matière solidifiée possède la même composition élémentaire que le liquide huileux obtenu par la pression ; elle fond vers 34 degrés ; un thermomètre à mercure, plongé dans la matière fondue, reste stationnaire à 32 degrés pendant toute la durée de la solidification.
- Quelle peut être la cause de la différence-constatée dans l’état de la matière, suivant qu’on la retire de la graine par la pression à froid ou par l'éther, ou bien qu’on épuise cette graine à chaud par le sulfure de carbone ?
- J’ai cru d’abord que l’action prolongée de la chaleur avait pour effet de produire le changement observé ; pour vérifier cette hypothèse, j’ai commencé par chauffer au bain-marie à 100 degrés, à l’abri de l’air, dans un tube bouché, le liquide huileux extrait par la pression ; après dix-huit heures de chauffe, il n’avait éprouvé aucune modification, il restait parfaitement liquide en se refroidissant. En élevant la température du bain jusqu’à 200 degrés et en continuant à chauffer, toujours à l’abri de l’air, dans les mêmes tubes fermés ou dans une cornue tubulée traversée par un courant de gaz hydrogène, le liquide a conservé son état liquide même après le refroidissement ; il a pris seulement une légère couleur ambrée.
- Si l’on chauffe à la même température de 200 degrés la matière huileuse au contact de l’air, il arrive un moment où le liquide se solidifie tout d’un coup en passant à l’état d’une espèce de gelée ferme, transparente, n’adhérant plus aux doigts et se divisant facilement en fragments anguleux qui ne se soudent pas entre eux.
- Ces expériences montrent que la chaleur seule ne produit pas le changement d’état observé dans la matière extraite à chaud par le sulfure de carbone ; quand on chauffe à l’air, le phénomène est tout autre : il y a solidification par suite de l’absorption de
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- l’oxygène ; la composition et les propriétés du produit ainsi formé sont complètement différentes de celles du produit primitif : il est, en effet, infusible à 200 degrés, et il est à peine soluble dans l’éther et le sulfure de carbone.
- Une autre propriété bien curieuse de l’huile d’Elœococca, extraite à froid par la pression, c’est de se solidifier assez rapidement sous l’influence de la lumière, en l’absence de l’air.
- L’expérience a été faite de plusieurs manières, elle a donné constamment les mêmes résultats :
- 1° Un tube de verre, de la capacité de 65 centimètres cubes, a été rempli d’huile et fermé à la lampe; il restait environ 1 centimètre cube d’air au-dessus du liquide. Après avoir recouvert d’un écran noir opaque la partie supérieure du tube, on l’a exposé à la lumière ; deux jours d’insolation ont suffi pour solidifier complètement la portion de liquide soumise à l’action des rayons solaires. Le reste n’avait éprouvé, en apparence, aucune modification.
- 2° Au lieu d’un seul tube, on en a pris deux, en ayant soin d’en recouvrir un d’un écran opaque; les résultats ont été les mêmes : la matière insolée s’est solidifiée le troisième jour. Quant au produit contenu dans le tube enveloppé d’un étui opaque, il était encore parfaitement liquide après douze jours.
- 3° Pour soustraire le corps gras à l’action de la faible quantité d’air restant dans les tubes après la fermeture à la lampe, on a remplacé cet air par de l’hydrogène : les résultats ont été encore les mêmes.
- Il était intéressant de voir si les divers rayons du spectre solaire produisent également la modification obtenue avec la iumière blanche.
- L’expérience a été faite comparativement en exposant la matière huileuse à la lumière dans des tubes bouchés sous des écrans en verre incolore transparent, en verre jaune coloré par le chlorure d’argent, et en verre violacé améthyste très-foncé.
- La solidification a eu lieu en même temps, le troisième jour, sous le verre blanc et sous le verre violet; quant au produit exposé sous le verre jaune, il était encore liquide au bout de dix jours.
- Ce sont donc les rayons les plus réfrangibles du spectre qui produisent la transformation de la matière grasse liquide en produit solide, sans l’intervention d’aucun corps étranger, sans qu’il y ait changement de composition.
- L’huile d’Elœococca est la plus siccative de toutes les huiles ; appliquée en couche mince sur une lame de verre ou sur une surface métallique bien nette, elle se dessèche en quelques heures au contact de l’air.
- Cette huile est saponifiable par les alcalis caustiques. Il est nécessaire, pour éviter l’oxydation partielle du corps gras, d’opérer la saponification dans un tube bouché, avec une dissolution alcoolique de potasse. Le savon alcalin est cristallisable ; en le décomposant par l’acide phosphorique, on obtient un mélange d’acide gras dont l’un est solide et se sépare de sa dissolution alcoolique sous la forme de lamelles rhom-
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- 650 PROCÈS-VERBAUX. ---- NOVEMBRE 1875.
- boïdales, fusibles vers kk degrés. Ces cristaux se résinifient rapidement à l’air. L’analyse élémentaire, faite avec des produits plus ou moins altérés, n’a pas donné des résultats assez nets pour pouvoir établir avec certitude la formule chimique de l’acide. C’est un point sur lequel je me propose de revenir prochainement.
- La saponification de l’huile d’jElœococca par l’oxyde de plomb est longue et difficile. Le savon de plomb formé est fusible au-dessous de 100 degrés, il est soluble en grande partie dans l’éther. Dans une expérience faite avec 100 grammes d’huile, 50 grammes de litharge en poudre fine et 100 grammes d’eau, on a obtenu, par l’évaporation de l’eau, 8 grammes d’un liquide sirupeux, semblable à la glycérine, mais possédant une saveur âcre, amère, fort désagréable.
- Les graines récentes à’Elœococca qui ont servi à mes expériences m’ont été données par M. Neumann, l’habile jardinier des serres du Muséum. Il les a fait venir directemént de la Chine, dans le but d’acclimater la plante dans notre colonie algérienne, de fournir, par la suite, un nouvel aliment au commerce, et de procurer à l’industrie et aux arts un produit très-abondant, propre à de nombreuses applications.
- [Ibid.)
- SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 23 juillet 1875.
- Présidence de M. Dumas, Président.
- Correspondance. — M. Bohn (Jean), fabricant de peignes et d’accessoires de tissage, à Lure (Haute-Saône), adresse les trois inventions suivantes : 1° Navette perfectionnée ; 2° Nouveau palier graisseur, applicable à tous les genres de machines et notamment au graissage de cylindres de laminage de précision; 3° Fraises à dégagement facilitant considérablement l’évacuation des copeaux produits par ces appareils. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Richard (0.), à l’hospice des Incurables, salle Saint-Charles, n° 11, à Jouy-sur-Seine, demande que la Société l’aide à faire breveter un procédé par lequel les listes numériques du tirage des actions et obligations peuvent être composées typographiquement aussi vite que la parole et être imprimées séance tenante. (Arts mécaniques.)
- M. Gravelin (Amand), à Berlaimont (Nord) ; moyen pour détruire le phylloxéra. (Agriculture.)
- M. Beaucaire aîné, commissionnaire, rue d’Aboukir, n° 6, demande que la Société installe dans son hôtel une exposition permanente d’échantillons et de modèles, où le commerce puisse trouver immédiatement tous les renseignements dont il a besoin pour l’expédition des marchandises. (Comité du commerce.)
- M. Wery (Eugène), architecte, rue Rude, n° h, à Paris, présente un nouvel appa-
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- PROCÈS-VERBAUX. — NOVEMBRE 1875.
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- reil de ventilation pour les appartements et pour les cheminées. (Arts économiques.)
- M. Basile, rue Montmartre, n° 35, à Paris, soumet à l’examen de la Société un nouveau système d’échafaudage. (Arts mécaniques.)
- M. Toselli, rue Lafayette, 313, à Paris, annonce que l’ensemble de ses inventions sous-marines est déposé à l’exposition maritime et fluviale. (Arts économiques.)
- M. Dumont (Aristide), ingénieur en chef du service des études d’irrigation dans le bassin du Rhône, adresse en brochure des documents relatifs à ces études.
- M. Chaix, éditeur, envoie un exemplaire du Guide sur l’application de la loi relative aux enfants dans l’industrie, par M. Gustave Maurice.
- M. Peligot (Eugène), l’un des secrétaires du Conseil, présente, de la part de M. Salvetat, un ouvrage illustré, intitulé : Histoire des poteries, faïences et porcelaines, par /. Marryat, traduit de l’anglais, et accompagné de notes et additions par MM. le comte d’Armaillé et S-alvetat, 2 vol. grand in-8° avec gravures sur bois.
- Rapports des comités. — Brasserie. — Fabrication de malt. — M. Barrai lit, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur la malterie pneumatique organisée par M. Galland et installée par lui à la brasserie viennoise de Maxeville, près Nancy.
- Le .comité des arts économiques propose de remercier M. Galland de son intéressante communication et d’insérerau Bulletin le rapport auquel elle a donné lieuavecles dessins des appareils et une légende explicative. Ces conclusions sont approuvées par le Conseil.
- Couleurs et produits dérivés de la houille. — M. Salvetat fait, au nom du même comité de chimie, un rapport sur le traité des dérivés de la houille de MM. Ch. Girard et C. de Laire. Le comité propose de remercier les auteurs de leur ouvrage et d’insérer le rapport au Bulletin. Ces conclusions sont approuvées par le Conseil. (Voy. plus haut, p. 602.)
- Communications. — Couleurs d’aniline dans le vin frelaté. — M. Balard signale l’emploi qu’on a fait, il y a quelque temps, des couleurs d’aniline pour colorer les vins frelatés. Cette falsification, qui a été pratiquée assez souvent il y a quelque temps, paraît abandonnée maintenant. En effet, d’une part, les vins très-colorés du midi de la France sont à très-bas prix en ce moment, ce qui rend leur matière colorante au moins aussi économique que toute autre et certainement plus convenable sous tous les rapports, et, d’autre part, on a perfectionné les moyens d’analyse de manière à rendre facile la recherche des couleurs d’aniline introduites dans le vin. Sans décrire en détail le pro-' cédé employé pour cette analyse qualitative, on conçoit, en effet, qu’il y ait des liquides non solubles dans l’eau qui dissolvent les couleurs d’aniline en grande quantité, certains carbures d’hydrogène ou certains éthers par exemple. En agitant ces liquides avec le vin, on les charge de la couleur étrangère sans qu’ils prennent notablement la couleur naturelle, et les réactions bien connues des couleurs dérivées de la houille peuvent les faire reconnaître et permettre d’arriver à un dosage.
- Il sera donc impossible, désormais, d’employer ces couleurs sans s’exposer à voir découvrir la fraude par un procédé très-simple et très-facile. Les falsificateurs doivent
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- PROCÈS-VERBAUX.
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- donc renoncer à cette pratique, qui pourrait avoir des inconvénients graves, car les couleurs d’aniline sont souvent préparées par des réactions chimiques dans lesquelles les acides de l’arsenic interviennent.
- Fabrication artificielle des couleurs de la garance. — M. Fumas fait remarquer la place importante que les couleurs dérivées du goudron de houille prennent dans l’industrie. M. Barrai vient de montrer qu’elles luttent de bon marché avec la couleur du vin, produite par le raisin, qui est peut-être la meilleur marché de toutes. D’autres dérivés de la houille font concurrence avec les couleurs qu’on extrait de la garance.
- Il est important que les agriculteurs soient bien prévenus du danger qui menace cette branche importante des cultures dans le Nord, dans Vaucluse, à Naples. L’an-thracène est livré maintenant au commerce en quantités considérables, et sa production peut s’accroître autant qu’on le voudra. L’alizarine et la purpurine artificielle pourront toujours être livrées à meilleur marché que les mêmes couleurs tirées de la garance ; la lutte peut durer encore quelque temps, parce qu’aucun des deux concurrents n’a intérêt à déprécier cette marchandise, mais la pente est fatale, et tôt ou tard le produit des réactions chimiques l’emportera sur celui qu’on tire des racines de la garance.
- M. Barrai dit que les agriculteurs du Midi se préoccupent de cette situation, que, jusqu’à présent, ils ont pu soutenir la lutte et qu’ils espèrent résister encore longtemps à la concurrence qui leur est faite.
- M. Dumas conçoit qu’en effet la substitution d’un produit à l’autre ne sera pas subite, mais les quantités d’anthracène que fait la distillation de la houille sont si considérables, et les produits chimiques faits sur une grande échelle, dans des usines établies d’une manière judicieuse, sont fabriqués à si bon marché, qu’il ne croit pas que les agriculteurs puissent soutenir bien longtemps la lutte. Il est donc certainement utile de les prévenir, afin qu’ils puissent donner à leur exploitation une direction prudente.
- On peut dire que la fabrication de tous les produits volatils et cristàllisables est du domaine des transformations chimiques. On fait maintenant, à bas prix et en grand, toutes ces magnifiques couleurs tirées de l’aniline ; on dérive du goudron les brillantes matières colorantes qu’on n’avait pu trouver jusqu’ici que dans la racine de la garance; le parfum des fruits, celui de la vanille, sont obtenus dans un état complet de pureté par des transformations chimiques. Chaque jour apporte un nouveau progrès dans ces conquêtes industrielles, et la Société d’encouragement a prévu ce mouvement en 1867 et l’a encouragé en fondant un de ses prix les plus élevés pour celui qui réaliserait en France la plus importante de ces transformations. Il pense donc qu’on doit attendre de très-grands et très-heureux résultats de ce mouvement créateur; mais en même temps il exprime le désir que les producteurs agricoles actuels puissent s’arranger, d’avance, de manière à ne pas trop souffrir de cette déviation du commerce des produits industriels qui s’éloigne de leur domaine.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE Mme Ve BOUCHÀRD-HUZÀRD, RUE DE L'ÉPERON, 5. — 1875.
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- 94e année.
- Troisième série, tome II.
- Décembre 189 5.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIETE D’ENCMRAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CIMENTS.
- Rapport fait par M. Baude, au nom du comité des arts économiques, sur un procédé d’analyse des ciments et sur un agrégat modérateur de M. Ducourneau, boulevard Morfond, 6, à Paris.
- Messieurs, vous connaissez tous les études de M. Vicat sur les chaux hydrauliques naturelles et artificielles qui ont été l’un des grands instruments de nos constructions modernes. Ses découvertes datent de la fin des guerres du premier Empire, à une époque ou les travaux publics prirent un si grand développement. Le but principal que l’on voulait atteindre était une prise prompte des mortiers, des bétons qui, immergés, devenaient la base de nos ponts, de nos écluses, de nos digues, etc., et qui fournissaient des procédés de fondation aussi solides qu’ils étaient économiques.
- Peu de temps après, on trouvait, en Angleterre, en France, certains calcaires argileux qui, soumis à une calcination plus ou moins énergique, donnaient un produit ayant la qualité de prendre, en quelques minutes, soit dans l’air, soit sous l’eau, désigné sous le nom générique de ciment romain. Tels sont les ciments de Portland, sur la côte du comté de Dorset, en Angleterre, les ciments de Boulogne-sur-Mer, de Pouilly-en-Bourgogne et autres lieux. Disons, tout de suite, que les ciments de Portland sont à prise plus lente que les autres.
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- CIMENTS. -- DÉCEMBRE 1875.
- Ces ciments, qui se livrent par barils dans le commerce, et qui, suivant leur qualité ou les circonstances, se vendent, réduits en poudre, aux prix de 6, 7 et 8 francs les 100 kilogrammes, présentent certains inconvénients lorsqu’ils ont une prise trop rapide. Employés peu de temps après leur fabrication, ils s’altèrent, parce que, mélangés à la chaux, celle-ci n’est pas encore complètement éteinte alors que le ciment a acquis une dureté complète. D’autres transformations chimiques, plus lentes à s’opérer que la prise du ciment, produisent des changements de volumes et des altérations considérables dans les constructions hydrauliques où les ciments occupent une si grande place.
- Cette ignorance sur la qualité est indépendante quelquefois de la volonté des fabricants, et il importe de connaître d’avance si le ciment de fabrication trop récente, mêlé à la chaux et au sable, ne produira pas de ces retraits, de ces fendillements, de ces boursouflures qui compromettent une construction.
- C’est à l’étude de cette méthode d’essai que s’est livré M. Ducourneau ; il est parvenu, grâce à sa longue expérience des travaux de maçonnerie, à découvrir une manipulation simple qui fixe le constructeur sur la qualité du ciment analysé.
- Nous ne décrirons pas ce procédé, qui est exposé dans un Mémoire de M. Ducourneau, et qui serait trop long à décrire ici. Qu’il vous suffise de savoir qu’il a été appliqué toujours avec succès dans les expertises de ciment, pour ainsi dire, auxquelles se livrent MM. les ingénieurs de la ville de Paris avant l’emploi par grandes masses. Au moyen de ce procédé, qui, par une suite de décantations, laisse des résidus comparables, on s’assure :
- 1° Si le ciment est du Portland, ou si c’est du ciment romain à prise bien plus rapide ;
- ܰ De l’âge du ciment ou de l’époque de sa fabrication ;
- 3° De ses qualités plus ou moins énergiques.
- L’agrégat de M. Ducourneau, qui a pour objet de ralentir la prise du ciment, est mélangé dans la proportion d’un dixième. Il donne au ciment les qualités qu’il acquiert avec l’âge, sans avoir les inconvénients de cette sorte de vieillesse qui fait qu’au delà d’un certain terme le ciment perd une partie de sa force d’agrégation.
- Les longs travaux de M. Ducourneau, sa persévérance désintéressée, le succès de son procédé d’essai ont déterminé votre comité des arts méca-
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- AGRICULTURE. --- DECEMBRE 1875.
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- niques à vous proposer d’insérer dans le Bulletin de la Société le présent rapport qui les mentionne.
- Signé Baude, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 28 mai 1875.
- AGRICULTURE.
- RAPPORT AU SUJET DU CONCOURS OUVERT PAR LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT SUR
- LA QUESTION DU REBOISEMENT ET DU GAZONNEMENT DES MONTAGNES , PAR
- M. BOITEL (1).
- D’après le programme de ce concours, le prix proposé s’adressait principalement aux propriétaires qui se sont adonnés avec le plus de succès à ce genre d’améliorations dont on comprend toute l’importance sous le rapport des inondations et de la conservation des terres en pente. M. Seguin, propriétaire, à Saint-Robert (Corrèze), est le seul concurrent qui se soit présenté pour le prix offert par la Société. Il ne rentre pas précisément dans les conditions de ce concours, puisqu’il n’a pas exécuté les travaux mentionnés au programme. On doit, néanmoins, lui tenir compte du Mémoire fort intéressant et fort étendu qu’il a rédigé sur cette question. Ce travail lui a coûté de nombreuses recherches dans le domaine de la géologie, de la minéralogie, de la botanique, de la législation et de la science forestière. On y reconnaît l’œuvre d’un chercheur infatigable, d’un explorateur curieux d’examiner sur place l’origine géologique des montagnes et la végétation qui les recouvre dans des conditions si variées et si opposées de sol, de climat, d’exposition et d’altitude.
- Voici le plan que l’auteur a suivi dans la rédaction de son Mémoire :
- Il expose brièvement, sous forme d’introduction, les conséquences funestes du défrichement et du déboisement des montagnes. Ces opérations déplorables stérilisent les surfaces défrichées et provoquent des inondations qui occasionnent des dommages considérables aux terres riches et fertiles des plaines et des vallées.
- (IJ Nous publions aujourd’hui ce Rapport qui n’avait pu être donné que par extrait dans le compte rendu de la séance du 25 juin 1875. (Voy. cahier d’août 1875, p. 404.)
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- Dans la première partie de son Mémoire, l’auteur passe en revue ce qu'il appelle les agents de dénudation des régions montagneuses. Il en examine les effets sur les roches plutoniques, neptuniennes et métamorphiques. Cette étude est pleine d’intérêt et fait bien ressortir l’influence des agents atmosphériques sur la décomposition des roches. M. Seguin consacre un chapitre à la description sommaire des principales régions montagneuses de la France. Il y étudie les causes de dénudation et de ravinement, les essences forestières et les végétaux herbacés qui consolident les surfaces dans des conditions déterminées et recherche les moyens de multiplier les mêmes plantes sur les pentes dénudées et soumises au ravinement des eaux.
- Les Ardennes, les Vosges, le plateau central, le Jura, les Pyrénées, la Corse et les Alpes donnent lieu de sa part à des observations judicieuses sur les mesures à prendre en vue de la bonne exploitation de ces montagnes. Il énumère ce qui reste à faire pour rendre à la production forestière ou her-bagère d’immenses surfaces qui non-seulement ne produisent rien, mais font naître des inondations dans les vallées, où elles emportent le sol avec les récoltes ou bien recouvrent les champs les plus fertiles d’une couche stérile de sables et de galets. Au chapitre suivant, l’auteur explique avec une grande netteté comment les bois et les pâturages concourent à la fixation et à la conservation des terres en pente.
- La seconde partie du Mémoire a trait à l’influence du sol et des climats sur la végétation. Il y traite du terreau et des propriétés physiques du sol. C’est le sujet du premier chapitre. Il consacre le deuxième chapitre aux climats, à l’influence de la lumière et de la chaleur sur la végétation, à l’influence de la latitude, de l’altitude, des abris et de diverses circonstances locales sur le climat d’une localité. Ces détails sur la géologie et la météorologie agricole, faciles à retrouver dans des traités spéciaux, auraient pu, sans inconvénient, être abrégés et même retranchés d’un Mémoire de cette nature.
- La troisième partie, intitulée Ravinement des terres et moyens préservatifs, rentre au contraire dans le cœur de la question mise au concours. L’auteur se place au point de vue de l’ingénieur chargé de maîtriser les torrents qui descendent des montagnes. Il entre, à ce sujet, dans des développements intéressants sur la construction des murs de soutènement, des terrasses horizontales et des autres travaux destinés à faire obstacle à la formation des torrents. Les barrages submersibles, dont il énumère les effets et les avantages, ne sauraient être construits avec trop de solidité à cause des résistances imprévues auxquelles ils sont exposés.
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- La quatrième partie comprend des chapitres relatifs à la viticulture, à la culture pastorale et à la silviculture. M. Seguin dit tout d’abord, avec beaucoup de sens et de vérité, qu’on ne se met pas impunément en contradiction avec le sol et le climat. Nulle production agricole et forestière ne saurait être rémunératrice et durable, si elle n’est pas en harmonie parfaite avec les circonstances naturelles et économiques de la localité. En fait de culture, il n’y a rien à tenter dans la zone des glaciers, région des frimas et des neiges où croissent quelques lichens, mais où l’industrie de l’homme s’épuiserait en de vains efforts si on essayait d’en tirer du bois ou d’autres végétaux utilisables. Cependant, cette région des neiges éternelles n’est pas celle dont le rôle a le moins d’importance pour la production d’un pays. N’est-ce pas dans ces immenses réservoirs toujours pleins et dont le débit s’accroît en été en raison de l’élévation de la température, n’est-ce pas là, dis-je, que s’alimentent les sources et les rivières si précieuses pour l’arrosage des coteaux et des vallées? À mesure que l’on descend on voit apparaître, dit M. Seguin, les épicéas, les hêtres, les pins, les bouleaux et les châtaigniers. Viennent ensuite les cultures diverses, la vigne et d’autres cultures arbustives.
- Les pâturages et les herbages ont aussi leur place dans les situations intermédiaires sur les surfaces les plus fraîches et les mieux pourvues d’eau pour les irrigations.
- A propos des pâturages, je ne m’arrête pas à des observations zootechniques qui ne sont pas d’une exactitude irréprochable. Bœufs, chevaux et moutons s’accommodent plus facilement que ne le pense M. Seguin des bonnes graminées qui croissent sur les versants des montagnes. Leur préférence et leur aversion n’ont souvent d’autre cause qu’une abondance extraordinaire et exceptionnelle.
- L’auteur consacre un chapitre à la culture de la vigne; il y parle du sol et du climat qui lui conviennent, de son mode de plantation, de sa taille et de la pose des échalas. Cette digression dans le domaine de l’agriculture sort évidemment du sujet mis au concours. Les principes émis par l’auteur, vrais pour des conditions déterminées, cesseraient d’être exacts dans des situations différentes et opposées.
- Au chapitre suivant, M. Seguin traite du gazonnement et de la création des pâturages sur les terrains en pente. Ce sujet est très-important, mais il présente des difficultés quand on n’a pas étudié la flore des pâturages des montagnes.
- Ces créations nouvelles doivent être basées sur l’expérience et sur des ob-
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- servalions directes et locales. Les formules théoriques proposées par M. Seguin seraient d’un succès très-douteux et donneraient lieu à des dépenses trop élevées eu égard au résultat qu’on pourrait en attendre.
- Le dernier chapitre, relatif au boisement, provoque les mêmes critiques que le chapitre précédent. Les principes émis, puisés d’ailleurs à de bonnes sources, devraient subir dans la pratique les modilications que comportent les circonstances variées ou se trouvait la pente à boiser et à gazonner.
- Le Mémoire de M. Seguin est le travail d’un agronome éclairé et parfaitement au courant de tout ce qui a été écrit sur la question. Les chapitres relatifs à la zoologie, aux travaux d’art et aux mesures législatives les plus favorables au boisement des montagnes méritent une mention spéciale. Quant aux développements qui se rapportent à la géologie, à la viticulture, à la culture pastorale et au boisement, ils donnent prise à des critiques qui ne permettent pas une approbation sans réserve du travail de l’auteur. Pour ces motifs, le comité d’agriculture est d’avis :
- 1° Que le prix proposé ne soit pas décerné ;
- !2° Que le concours reste ouvert pour 1875;
- 3° Qu’une médaille de platine soit accordée à M. Seguin à cause de l’importance de son travail et des recherches nombreuses auxquelles il s’est livré ;
- i° Que le présent rapport soit imprimé au Bulletin de la Société.
- ARTS PHYSIQUES.
- DESCRIPTION DE L’ÉLECTRO-AIMANT TUBULAIRE DE M. CAMACHO.
- Ainsi que le dit le rapport fait par M. du Moncel au nom du comité des arts économiques (1), l’électro-aimant de M. Camacho se compose de deux séries identiques de noyaux magnétiques, dont l’une est représentée par les figures 1 et 2 d’autre part.
- Chacun de ces noyaux est établi au moyen de tubes en fer concentriques ait «3, «4, laissant entre eux un intervalle à peu près égal à leur épaisseur. Sur chacun de ces tubes est enroulé, toujours dans le même sens, un fil de cuivre isolé b ; l’épaisseur de la couche de fil doit être plus grande sur le tube extérieur. Nous appellerons
- (1) Voy. cahier de septembre, 1875, p. 496.
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- a\, a\, a'3, a'4les tubes identiques de l’autre noyau que nous n’avons pas représenté. Les extrémités du fil, correspondant à chaque tube,, traversent la culasse en fer c
- sur laquelle les tubes sont rivés, et sont réunies de manière à ne former qu’un seul et unique conducteur, lequel est disposé de la manière suivante :
- Le fil b, après s’être enroulé sur le tube extérieur de l’un ou l’autre noyau, sur le tube a{, par exemple, passe sur le tube intérieur a2 le plus
- Fig. 1. —Vue perspective.
- Fig. 2. — Vue en dessous.
- voisin de ce dernier, et ainsi de suite jusqu’au tube av qui occupe le centre du noyau. Ce fil longe ensuite la culasse c et de là il va s’enrouler autour du tube central a\ de l’autre noyau, à l’intérieur duquel il suit une marche inverse à celle qu’il a suivie pour le premier noyau, et sort enfin après avoir enveloppé le tube extérieur a t du second noyau. En résumé, pour un des noyaux le fil s’enroule en passant successivement du plus grand au plus petit tube, et pour l’autre il s’enroule inversement, du plus petit au plus grand tube. (M-)
- MACHINES A VAPEUR.
- ÉTUDE SUR LES CONDENSEURS A SURFACE DANS LES MACHINES MARINES,
- PAR M. AUDENET, INGÉNIEUR DE LA MARINE.
- 1. Objet de cette étude. — On donne le nom de condenseurs à surface aux appareils dans lesquels l’eau employée à la condensation n’est pas mélangée avec la va-
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- peur, et circule seulement, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur d’un faisceau de tubes sur la surface duquel la vapeur vient se condenser par contact.
- La première application sérieuse de ce genre de condenseur est due à Hall et remonte à 1838; mais l’expérience ne fut sans doute pas poursuivie avec la persistance nécessaire pour arriver à un résultat incontesté, car l’appareil fut abandonné, ou tout au moins peu employé, jusque vers l’année 1862, époque à laquelle l’adoption de la haute pression pour les machines marines vint rendre indispensable l’usage de ce système.
- Ce genre de condensation, permettant l’emploi exclusif de l’eau douce dans les chaudières, rend les extractions inutiles et entraîne comme conséquence une économie de combustible très-importante qu’on peut estimer, ainsi que nous l’avons montré dans une note publiée en 1868 (1), à 15 ou 20 pour 100. Il donne, d’ailleurs, un vide au moins aussi bon que celui que l’on obtient avec la condensation par injection, et on ne s’explique pas, en présence de résultats aussi satisfaisants, qu’il ait fallu tant de temps pour faire entrer l’appareil en question dans le domaine de la pratique.
- Quoi qu’il en soit, il ne se construit plus aujourd’hui de machine marine sans condenseur à surface. Comme il ne semble pas cependant qu’on ait fait une étude approfondie des meilleures conditions d’établissement de ces condenseurs, nous pensons qu’il ne sera pas inutile de faire connaître le résultat de l’étude à laquelle nous nous sommes livré à ce sujet.
- 2. Comparaison des machines à condensation par injection et des machines à condensation par surface, au point de vue des fonctions de la pompe à air. — La condensation par surface n’a pas seulement pour conséquence la suppression des extractions ; elle modifie aussi l’importance du travail qu’il faut emprunter au moteur pour le fonctionnement de la pompe à air ou des organes auxiliaires qui la remplacent en partie.
- Dans le cas de l’injection, l’eau qui se précipite de l’extérieur, c’est-à-dire sous l’n -fluence de la pression atmosphérique, dans une capacité où la pression est très-faible, arrive au condenseur avec une force vive assez considérable, d’ailleurs totalement inutilisée, et qui représente exactement le travail théorique à dépenser pour extraire cette eau. Avec la condensation par surface l’eau n’entre pas dans le condenseur proprement dit, et il suffit de lui imprimer la vitesse nécessaire pour opérer son renouvellement, ce qui, à priori, semble devoir exiger une dépense de travail bien moins grande.
- D’autre part, l’emploi de la condensation par surface supprime une partie de l’air introduit dans le condenseur, et qu’il faut en tirer à l’aide de la pompe à air. C’est
- (I) Consommation de combustible des machines à vapeur marines.
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- encore là une cause de diminution du travail à dépenser pour mouvoir les organes auxiliaires de la machine. Nous allons d’abord chercher à nous rendre compte de l’importance que pourrait avoir l’économie résultant de la diminution de la quantité d’air à enlever.
- 3. Diminution de la quantité d'air à extraire du condenseur. — Lorsqu’une machine est en marche, la pression et la température du condenseur sont soumises, à chaque coup de piston, à des oscillations, principalement dues à ce que la vapeur arrive en abondance au moment de l’échappement, puis plus lentement, lorsque la différence de pression entre le cylindre et le condenseur s’est suffisamment abaissée, ce qui a lieu peu d’instants après la mise en communication des deux capacités. Mais, comme la pompe à air communique avec le condenseur pendant toute la durée du coup de piston, nous pouvons admettre que la tension du mélange gazeux qu’elle contient est, à la lin de la course, égale à la pression moyenne indiquée par le baromètre du condenseur.
- Cette pression se compose de la pression de la vapeur qui dépend de la température de la condensation, et de la pression de l’air mélangé à cette vapeur. Ces deux pressions s’ajoutent arithmétiquement, et, lorsqu’il s’agit de se rendre compte du rôle qu’elles jouent dans la machine, on peut les considérer isolément.
- Or, puisque la pompe doit enlever à chaque coup de piston la quantité d’air qui s’est introduite pendant la durée de ce coup de piston, la tension supposée constante de l’air du condenseur devra être celle qu’aurait la quantité d’air entrée, si elle était répandue dans un espace égal au volume v que présente la pompe à air, abstraction faite de la partie de ce volume qui est occupée par l’eau. Si donc nous appelons &> le volume qu’aurait à la pression atmosphérique de 76 centimètres de mercure l’air qui
- pénètre dans la machine pendant une course du piston, on aura p = 76 X “•
- En partant des données habituelles de construction et de fonctionnement de nos machines marines, on trouve par le calcul que, si l’air introduit ne provenait que de la vapeur et de l’eau d’injection, qui en contiennent environ un vingtième de leur
- volume en eau, la fraction ^ serait d’un centième à peu près en nombre rond; de
- sorte qu’on devrait avoir p = 0cen, ,76 seulement.
- En réalité, la tension de l’air contenu dans le condenseur ne descend guère au-dessous de 5 centimètres, et le plus souvent s’élève au-dessus de ce chiffre. Il faut en conclure qu’il y a généralement des rentrées d’air par les joints et les garnitures des presse-étoupes, ou bien encore que les pistons et clapets de la pompe ne ferment pas d’une manière parfaitement hermétique ; en un mot, que le degré de vide obtenu est surtout limité par les imperfections du mécanisme, et que, par suite, la suppression de la quantité d’air ou de gaz amenée par l’injection ne saurait exercer pratiquement une influence bien sensible sur la tension au condenseur.
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- Quant au travail à dépenser, il sera diminué de ce qui était nécessaire pour ramener l’air que contenait l’eau d’injection de la tension qu’avait cet air dans le condenseur, soit 5 centimètres environ, à la pression atmosphérique diminuée de la pression de la vapeur, soit 70 centimètres. En admettant que la loi de Mariotte soit applicable pendant la compression, et que n soit le volume de cette quantité d’air sous la pression atmosphérique de 10 340 kilogrammes par mètre carré, le travail théorique que représente cette opération aura pour mesure,
- 10340. çi log. hip.
- Or, dans une bonne machine, le poids de vapeur dépensée par cheval est, au plus, de 9 kilogrammes par heure; la quantité d’eau d’injection correspondante est de 250 litres, et cette eau contient un vingtième de son volume d’air. On a donc, par cheval, en supposant que tout cet air se dégage, a = O™3,0125, et, en introduisant cette valeur dans l’expression ci-dessus, on trouve pour travail théorique dépensé • 340k m\ soit 0d’,0012. En admettant que l’utilisation de la pompe ne soit que de 0,50, le travail réellement nécessaire ne sera encore que de 0d‘,0024.
- C’est là un chiffre insignifiant, et il est évident, d’après ce calcul, que la suppression de l’air de l’injection ne modifiera pas d’une manière notable l’importance du travail de la pompe à air.
- 4. Relation entre la surface réfrigérante et le volume d’eau de circulation. — Le travail à dépenser pour donner à l’eau de circulation le mouvement nécessaire dépendra du volume de cette eau et de la vitesse à lui imprimer. Or la condensation d’un poids donné de vapeur, dans un temps donné, peut évidemment s’obtenir indifféremment, soit avec urne surface condensante réduite en employant alors une grande quantité d’eau froide afin de maintenir cette surface à une basse température, soit avec moins d’eau et, par suite, avec une température moyenne d’eau réfrigérante plus élevée, mais en agissant dans ce cas par une surface plus étendue. Il faut donc commencer par établir la relation qui doit exister entre ces deux quantités : surface et poids d’eau.
- La solution rigoureuse du problème pour le cas de l’application à une machine offre de grandes difficultés, par la raison que la température et la pression au condenseur varient non-seulement d’un point à un autre, mais aussi avec le temps. Toutefois les oscillations ne sont pas aussi étendues qu’on serait tenté de le supposer. .
- Disons d’abord que la condensation n’est nullement instantanée, et que l’instantanéité n’est point d’ailleurs indispensable. Ce qu’il faut pour obtenir un rapide abaissement de la pression dans le cylindre, c’est, avant tout, un condenseur d’une grande capacité et une ouverture rapide de l’évacuation. Ces conditions remplies, la vapeur se détendra certainement subitement, et, comme l’espace qu’elle occupera sera considérablement augmenté, il en résultera instantanément un abaissement de tension qui serait déjà très-notable lors même que pendant ce temps il n’y aurait pas du tout de condensation.
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- Si maintenant nous cherchons à nous rendre compte de ce qui se passe dans le condenseur lui-même, voici ce que nous observons.
- La quantité de vapeur évacuée par unité de temps dépendant de la différence des pressions du cylindre au condenseur et du degré d’ouverture du tiroir varie nécessairement pendant le temps que dure la communication des deux capacités. Elle n’est nulle à aucun instant; mais elle a un maximum qui, pour la machine de la Dives, par exemple, correspond à peu près au moment où le piston est à l’extrémité de sa course, et un minimum qui a lieu à l’instant de la fermeture à l’évacuation. Il suit de là que la pression et la température intérieure du condenseur sont forcément soumises à des oscillations. Toutefois ces oscillations peuvent être très-faibles, parce que la pression et la température auxquelles on a affaire dans le condenseur sont, non pas celles qu’avait la vapeur dans le cylindre, mais celles que prend cette vapeur par suite de la détente subite qu’elle éprouve dès son arrivée au condenseur. De sorte qu’il suffit d’augmenter le volume intérieur du condenseur pour réduire, autant qu’on le veut, les amplitudes de ces oscillations.
- Il semble, du reste, que, avec les condenseurs tels qu’ils sont établis actuellement, les oscillations dont il s’agit sont, en ce qui concerne la pression, déjà fort peu sensibles ; car, toutes les fois que l’indicateur du vide est placé de manière à échapper à l’action du courant affluent, l’aiguille de l’instrument reste généralement parfaitement stable, ou tout au moins n’oscille que faiblement.
- Quant à la température, qui doit subir des fluctuations de même sens que celles de la pression, nous admettrons, dans tout ce qui va suivre, qu’elle reste aussi à peu près constante ; et nous prendrons pour cette température celle de l’eau recueillie à la bâche.
- Cette hypothèse n’est sans doute pas rigoureusement exacte. Nous aurons cependant occasion de constater que les formules auxquelles elle conduit donnent la température de l’eau de condensation et la tension an condenseur, avec un degré d’exactitude qu’il n’est nullement nécessaire de dépasser pour les besoins de la pratique.
- 5. Partant donc de l’hypothèse indiquée ci-dessus, supposons qu’il s’agisse de condenser par heure un kilogramme de vapeur déjà détendue et possédant seulement 630 calories, et représentons par k le coefficient de conductibilité des tubes, c’est-à-dire le nombre de calories traversant par heure le mètre carré de surface pour une différence de température d’un degré.
- Soient t la température de condensation, ô et ô' les températures de l’eau réfrigérante à son entrée et à sa sortie, t le poids d’eau dépensé par heure, et enfin s la surface réfrigérante nécessaire.
- Nous aurons, puisque la chaleur prise par l’eau t (ô' — ô) est égale à celle enlevée à la vapeur 630 — t:
- t (Ô’— ô) — 630 — t (a).
- Et, comme cette même quantité de chaleur a dû passer à travers la surface s en
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- raison de la différence qui existe entre la température t de la condensation et la tem-t 6 + ô'
- perature moyenne de 1 eau —— , on a aussi :
- ks(t— i±i') = 630 — t Éliminant 6' entre les équations («) et (b), il vient :
- k s rr
- 630 — / t — ô
- [k s + ir).
- Les variables k s et t de cette équation ne sont autre chose que les ordonnées d’une hyperbole équilatère, dont l’équation rapportée aux asymptotes serait :
- et dont les coordonnées auraient été transportées parallèlement à elles-mêmes au sommet de l’une des branches. Mais, pour pouvoir tirer un parti utile des courbes que l’on peut ainsi tracer, il faut connaître d’abord la valeur à attribuer au coefficient de conductibilité k.
- 6. Coefficient de conductibilité de condenseurs à surface. — D’après les expériences de Péclet, un mètre carré de cuivre rouge d’un millimètre d’épaisseur laisse passer, par seconde, 19e*1,11 pour une différence de température d’un degré; ce qui donnerait pour k, qui est rapporté à l’heure, 68 800 calories en nombre rond. Il s’en faut que ce chiffre soit atteint dans la pratique lorsqu’il s’agit de condenser de la vapeur, et cela tient, en partie du moins, à ce que la couche d’eau condensée déposée sur le métal vient gêner le passage de la chaleur, de sorte qu’en réalité la conductibilité propre du cuivre n’est plus seule en jeu.
- A en juger par les résultats obtenus avec nos appareils de distillation de l’eau de mer, qui donnent environ 120 à 125 litres d’eau douce par heure et par mètre carré, le coefficient que nous cherchons serait seulement de 720 calories ; mais, dans ces appareils, la vapeur à condenser est mêlée d’air, ce qui nuit beaucoup à la facilité de la condensation, et le coefficient augmente très-notablement si l’on opère dans le vide. Ainsi il résulte d’expériences de MM. Thomas et Laurens, citées dans l’ouvrage de Péclet sur la chaleur, qu’en faisant passer la vapeur dans un serpentin en cuivre rouge assez étroit pour que l’air fût bien expulsé, on a condensé 8k,70 et même 9k,33 de vapeur par heure et par mètre carré pour une différence d’un degré, ce qui donnerait une valeur de k égale à 4 800 ou même 5 000 calories (1).
- (1) Nous avons obtenu de 5000 à 5 400 dans une expérience faite, à Indret, sur un bout de tuyau en cuivre rouge dans lequel passait la vapeur, et autour duquel circulait un courant d’eau froide assez rapide.
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- Le plus sûr, pour le genre d’application que noos avons en vue, serait évidemment de partir des résultats obtenus avec les condenseurs à surface eux-mêmes ; toutefois, pour permettre de déduire de ces résultats un coefficient présentant des garanties suffisantes d’exactitude, il faudrait des expériences spécialement faites pour cette détermination. Comme ces expériences n’existent pas, du moins à notre connaissance, nous nous servirons, à leur défaut, de celles qui ont été exécutées dans un autre but, en 1871, sur le transport la Dives, par M. l’ingénieur de la marine Risbec.
- Dans ces essais, qui ont été dirigés avec beaucoup de soin et d’intelligence, on a mesuré, pour des allures de la machine qui ont varié entre 49 et 91 tours par minute, le poids de l’eau condensée et sa température. Le volume de la pompe de circulation étant d’ailleurs connu, nous avons pu estimer le poids théorique de l’eau réfrigérante employée, et si la température de cette eau eût été mesurée, ce qui n’a pas été fait, nous aurions possédé toutes les données nécessaires pour déduire k de l’équation
- gOA _^ ^
- ksw =-----------[ks~\-7i), puisque k eût été la seule inconnue. Mais on peut sup-
- t — ô
- pléer, jusqu’à un certain point, à l’absence de données relatives à la température qu’avait l’eau de mer, par le nombre des expériences qui est de neuf; et, du reste, comme les essais ont eu lieu à Brest, les 5, 6 et 8 novembre, on peut estimer, sans grande chance d’erreur, que cette température devait être de 10 à 12 degrés. C’est ainsi que nous sommes arrivé à évaluer k à 2 500 calories pour le condenseur en question, et on voit, par le tableau ci-après, que les températures t calculées à l’aide de la formule ci-dessus et avec cette valeur de k, pour des valeurs de ô de 10 et de 12 degrés, sont très-voisines des températures t réellement observées.
- NOMBRE de tours par minute. PUISSANCE indiquée. POIDS de vapeur condensée par heure. VALEUR de s. VALEUR de TEMPÉRA OBSERVÉE. TURE DE L'EAU DE LA BACHE CALCULÉE
- p1' Q = 10° prô = 12°
- chevaux* Itilogr. litres. degrés. degrés. degrés.
- 49 120 1827 0,064 101 22 20 21,7
- 62 205 2392 0,048 97 23 22,8 24,8
- 69 256 2933 0,040 88 23 22,9 24,9
- 74 315 3382 0,034 83 24 23 26
- 75 343 3637 0,032 78 24 25 27
- 76 ' 357 3739 0,032 76 24 25 27
- 81 450 4617 0,025 66 28 29 31
- 86 541 5336 0,022 60 30 30,8 32,8
- 91 617 6068 0,019 57 35 33 35
- Les différences entre les résultats du calcul et l’observation sont à peine de 1 à 2 degrés, et correspondent, comme pression, à des différences pratiquement insigni-
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- fiantes de quelques millimètres de mercure. On peut conclure de là : d’abord oue k = 2 500 convient à un condenseur tel que celui de la Dives; ensuite que l’hypothèse dont nous sommes parti pour établir nos calculs suffit parfaitement pour les besoins de la pratique. Il est à regretter, toutefois, que nous n’ayons pas eu, dans les données qui précèdent, le moyen d’examiner si la formule se vérifiait également bien à des températures de condensation supérieures à 35 degrés.
- 7. Influence des dispositions de la circulation sur la valeur du coefficient de conductibilité. — Autant qu’on peut en juger, en l’absence de mesures prises sur la température de l’eau réfrigérante et sur la quantité de vapeur réellement condensée, par des estimations basées sur l’époque des essais, sur le poids de vapeur qu’ont du fournir les chaudières et sur la tension observée au condenseur, le coefficient 2 500 rend assez exactement compte des résultats obtenus avec les machines du type Infernet et du type Suffren, construites à Indret, et dont les condenseurs présentent des dispositions analogues à celles du condenseur de la Dives; mais il se pourra très-bien que ce coefficient ne convienne pas à tous les condenseurs.
- Il faut remarquer, en effet, que nous avons admis implicitement dans nos calculs que la circulation se faisait également bien sur tous les points de la surface. Or cela n’est pas généralement le cas dans la pratique, et il arrive même que les conditions dans lesquelles s’opère cette circulation varient d’un condenseur à l’autre.
- Sur la Dives, sur XInfernet et sur le Suffren, le faisceau tubulaire est partagé en trois groupes parcourus successivement. La section du tuyau d’arrivée n’est que la moitié de celle du groupe, et la même différence se présente pour le tuyau de sortie. Il est évidemment fort peu probable que l’eau, qui n’y est sollicitée par aucune disposition particulière, se divise également, dès son arrivée, entre tous les tubes; et il est, au contraire, très-vraisemblable qu’elle reste stagnante ou à l’état de remous dans un certain nombre de ces tubes, de sorte qu’elle y prend la température de l’eau condensée (30 ou 35 degrés), et n’y sert en rien à la condensation.
- Nous commettons donc une erreur en admettant que toutes les parties de la surface agissent de la même manière. Toutefois, il n’y aurait pas d’inconvénient à raisonner comme si les choses se passaient ainsi, si tous les condenseurs étaient semblablement disposés; et il en résulterait soulement que le coefficient de conductibilité à adopter pour les condenseurs serait inférieur au coefficient de conductibilité réel.
- Mais cette similitude n’existe pas toujours. Sur le Dochambeau, par exemple (machine de construction américaine, maintenant condamnée), les tubes n’étaient pas partagés en trois groupes comme sur la Dives, mais en deux groupes seulement, et la section de chacun d’eux s’élevait à trois fois et demie celle des tuyaux d’arrivée et de sortie. Les conditions, au point de vue de l’utilisation de la surface, étaient donc encore bien moins bonnes que sur la Dives; et en effet on déduit des résultats des expériences faites à Cherbourg sur cette machine, que la valeur de k à adopter pour son condenseur ne devait guère s’élever qu’à 1 100 ou 1 200 calories.
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- Ainsi, la manière dont s’opère la circulation peut augmenter ou diminuer très-notablement l’efficacité d’un condenseur à surface, et il paraît probable que les appareils que l’on construit actuellement sont susceptibles, à cet égard, de perfectionnements de quelque importance.
- 8. Influence des dépôts de matières grasses provenant des cylindres et des tiroirs. — Le chiffre de 2 500 calories, que nous avons trouvé plus haut, a été déduit d’expériences faites au commencement de la mise en service de la machine de la Dives, et ne peut s’appliquer qu’à des condenseurs dont la surface est nette. Quant au coefficient qui conviendrait pour le service courant, il est sans aucun doute plus faible, parce que les matières grasses entraînées par la vapeur et qui se déposent sur les tubes doivent forcément diminuer la conductibilité. L’importance de cette diminution dépendra de l’abondance plus ou moins grande des graissages, et ne saurait, par suite, être estimée à l’avance, mais on peut s’en faire une idée par ce fait que, sur les paquebots transatlantiques munis de condenseurs à surface, le vide baisse de 3 à 6 centimètres environ au bout d’un voyage aller et retour en Amérique.
- Il y aurait évidemment intérêt à supprimer ces dépôts, qui d’ailleurs ont l’inconvénient d’être entraînés avec l’eau d’alimentation dans les chaudières et d’y contribuer peut-être pour une certaine part à l’usure des tôles, et nous pensons qu’il serait possible d’obtenir sinon la suppression complète de ces dépôts, du moins leur réduction, en tirant parti, pour atteindre ce but, de la vitesse très-grande que possède la vapeur au moment où elle se précipite au condenseur.
- C’est sans doute en raison de cette vitesse que les particules graisseuses restent en suspension dans la vapeur, et, comme elles possèdent, par suite, une force vive très-appréciable, elles doivent tendre à continuer leur chemin en ligne droite dans le prolongement du tuyau qui les amène. Si donc, au lieu de faire baisser l’arrivée de vapeur suivant a b [fig. 1), comme on le fait généralement, on prolongeait le tuyau d’échappement suivant le profil a c d e, en ménageant par côté de larges ouvertures m n pour le passage de la vapeur (fig. 1 et 2), il est grandement probable que les matières graisseuses continueraient leur chemin en droite ligne, viendraient frapper la paroi c d, et se rassembleraient finalement dans la poche d e, d’où on les retirerait lorsque la machine serait au repos.
- Fig. 2.
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- 9. Etendues des surfaces des condenseurs de quelques machines. — Ainsi que nous l’avons fait observer (4), et qu’il résulte du reste de la relation :
- 630 — t . . ,
- K S T — t - - («S-J-t)
- la température de l’eau réfrigérante étant donnée, on pourra, pour obtenir une température de condensation déterminée, varier indéfiniment les valeurs de la surface condensante et du volume d’eau, pourvu que les valeurs correspondantes de cette surface et de ce volume satisfassent à la relation algébrique ci-dessus, que nous avons représentée graphiquement sur la fignre 3, pour les cas où, la température de l’eau de mer ô étant de 15 degrés, celle t de la condensation est successivement de 35, 40 et 45 degrés.
- Les courbes qui correspondent à ces trois cas ont été calculées en admettant que k—% 500 calories; et, afin de permettre de comparer à l’aide du tracé les dimensions des condenseurs adoptés pour diverses machines existantes, nous avons rapporté les ordonnées au mètre carré de grille, c’est-à-dire que nos abscisses représentent les surfaces de condenseurs, et nos ordonnées les volumes d’eau dépensés par heure, pour
- un mètre carré de grille de chaudière, en admettant qu’à ce mètre carré corresponde avec du bon charbon une production de vapeur de 750 kilogrammes (1). Cette production suppose qu’en brûlant 90 kilogrammes de houille par heure (chiffre qui rentre dans les limites de ce que l’on obtient habituellement avec le tirage naturel et une cheminée de 14 à 16 mètres) on développe environ 8\30 de vapeur par kilogramme de combustible.
- L’emploi du mètre de grille comme terme de comparaison nous a paru plus commode que tout autre, parce que l’on ne connaît pas en général exactement, ni la' puissance réelle
- (t) Sur la Dites, pour la machins de laquelle on mesurait directement la vapeur condensée, on avait 747 kilogrammes de vapeur par mètre carré.
- Mètres carrés ,de surface. Fig. 3.
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- des machines, ni la production en vapeur de leurs chaudières, qui serait le terme de comparaison rationnel, puisque le but à atteindre doit être de condenser cette vapeur. D’ailleurs, comme les chaudières marines ne diffèrent pas beaucoup entre elles et ont en général, à peu de chose près, mêmes dispositions et mêmes proportions, leurs productions avec le tirage naturel sont à peu près proportionnelles à la surface de grille, pourvu, bien entendu, que l’aérage de la chambre de chauffe soit convenable, et que les cheminées ne diffèrent pas sensiblement de hauteur (1).
- Nous avons reporté sur la figure les données concernant les condenseurs à surface d’un certain nombre de machines existantes de diverses provenances, en prenant pour le volume d’eau envoyé celui qui est débité par les pompes quand les machines sont lancées à la plus grande vitesse qu’elles aient atteinte aux essais. Cependant, pour Y Hercule, qui est muni de pompes rotatives mues par un moteur spécial, on a dû accepter, faute d’autre donnée, le volume d’eau que le constructeur annonçait pouvoir être lancé par les pompes, et rien ne prouve que ce chiffre représente réellement la quantité d’eau employée. — Pour Y Antilope, qui a aussi une pompe rotative, on a, au contraire, pris le volume d’eau réellement débité, qui a été mesuré directement.
- Les renseignements qui nous ont servi à déterminer le rapport de la surface et du volume d’eau de circulation à la surface de grille, pour ces diverses machines, sont indiqués sur le tableau ci-après, et chaque appareil y porte un numéro de repère correspondant à celui sous lequel il a été reporté sur le tracé. On voit, d’après les positions qu’occupent ces points par rapport à nos trois courbes, qu’en général les condenseurs paraissent établis dans des conditions telles, qu’en marchant à toute vitesse et l’eau de la mer étant à 15 degrés, la condensation doit se faire à 37 ou 42 degrés environ.
- Nous examinerons plus loin s’il y aurait avantage à condenser à une température plus basse. Pour le moment, nous nous bornerons à faire observer que cet abaissement de température pourrait s’obtenir, soit en augmentant la quantité d’eau de circulation, soit en augmentant la surface. Mais, comme tout accroissement de surface entraîne un accroissement d’encombrement et de poids, nous allons donner quelques chiffres qui permettraient, au besoin, de calculer ce poids et cet encombrement, et de décider si l’augmentation dont il s’agit serait admissible.
- (1) Sur les petits navires, tels que canonnières et petits avisos, la hauteur de la cheminée étant forcément réduite, la consommation de combustible n’est guère que de 60 â 75 kilogrammes par heure et par mètre carré de grille. La production de vapeur est réduite dans la même proportion et l’application de nos courbes rapportées au mètre carré de grille conduirait à des condenseurs exagérés.
- Tome II. — 74* année. 3* série. — Décembre 1875.
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- H C6 'W 0, NOM SERVICES AUXQUELS SURFACE SURFACE CIRCULATION D’EAU.
- m Q des . ", LES BATIMENTS CONSTRUCTEURS. de grille Jes CONDENSANTE Volume d’eau p. heure.
- O fti BATIMENTS. SONT DESTINÉS. par ni3 de grille. NATURE DE L’APPAREIL.
- •W S chaudières. totale. total. par m1 de grille.
- 1 Suffren. . . . . . . . Cuirassé de 1er rang. Indret. ......... m3 59,20 m2 720,0 mJ 12,1 m» 34,6
- f XiX AAAO.^AAlAAt3.
- 2 Rochambeau.. . . . Cuirassé........ Américain _ . . 96,8 931,0 9,6 ordinaire, moteur spécial. . 23,8
- ZolU
- 3 Internet, Sané, etc. Croiseurs. . ... . . Indret. . . 24,3 346,0 14,2 — ordinr# mue par la machine. 912 37,5
- 4 Résolue. . . . Frégate mixte. . . . Claparède 8,04 175,9 21,9 ordin,,l, mue par la machine. AQQ 54,4
- 5 Dives, Rance..... Petits transports de guerre. Indret. ......... 8,10 117,6 14,7 ordinr« mue par la machine. 42,4
- 0*1
- 6 Pétrel, Antilope. . . Avisos à roues. . . . Creusot. 5,70 108,4 18,9 rotative, moteur spécial. . . 100 17,5’
- 7 Hercules. . . ;. . . . Cuirassé anglais. . . Penn and Sons. .... 81,63 1870,0 22,9 — rotative, moteur spécial. . . 7200» 88,2
- 8 Martinique.. , . . . Paquebot transatlantique, . Croiseur.. . . . . . . Elder 16,0 88,32 238,0 1256,0 14,7 14,2 ordinr,> mue par la machine. rotative, moteur spécial. . . 528 33,0 48,9
- 9 Tourville....... Projet des forges et ch*.
- *ol\J
- 10 City of London. . . : _ John, Elder et Comp. 15,81 255,9 16,1 ordin'4 mue parla machine. 523 33,1
- 11 Chimborazo. * . . . — . D° 27,62 581,0 21,0 — ordinre mue par la machine. 890 32,3
- 12 Aracan. . .. . , . . . — ....... Denny et Comp. . . . 10,70 239,3 22,3' — rotative, moteur spécial. . . Inconnu »
- 13 Indus.. .... . . . D° 29,30 414,7 1/i 9 rotative, moteur spécial. . .
- d* »
- 14 Garonne. . ... . . ! Robert, Napier and Sons. . . 25,95 576,7 22,2 ordinr« mue par la machine.
- a" . »
- 1 La cheminée ayant peu de hauteur, on ne brûle guère que 60 à 70 kilogrammes de houille par mètre carré de grille, et la quantité de vapeur fournie par la chaudière est relativement faible.
- 3 C’est une estimation de ce que doivent pouvoir donner les pompes, d’après les constructeurs.
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- 10. Encombrement et poids. — Le diamètre des tubes employés à la construction des condenseurs à surface est, en général, de 19 à 20 millimètres, et leur écartement de centre en centre, qui, de même que le diamètre, ne varie que dans des limites assez restreintes, est ordinairement de 30 à 35 millimètres. Il en résulte, ainsi qu’on le voit par le tableau ci-après, que le rapport du volume de la caisse qui contient ces tubes à la surface réfrigérante reste aussi compris dans des limites assez resserrées, qui sont de 0mï,30 à O1”3,40 par mètre carré.
- Encombrement et poids de quelques condenseurs à surface (caisse, tubes et coquilles formant portes).
- NOMS des BATIMENTS. CONSTRUC- DISPOSITION du CONDENSEUR. SURFACE. VOLUME POIDS
- TEURS. TOTAL. pr ma TOTAL. pr m<
- Infernet. Indret. Un seul corps presque cubique. mî 346,0 m' 10,175 m* 0,029 Ml. 14307 Ml. 41,3
- Dives. Id. Deux corps, tubes courts 117,6 5,040 0,043 7500 63,8
- Résolue. Claparède. Genre des machines Elder.... 175,9 6,419 0,036 10800 61,7
- Petrel. Creusot. Un seul corps 108,4 3,428 0,031 5200 48,1
- Suffren. Indret. Deux corps, tubes assez courts. 720,0 25,240 0,035 37250 51,1
- Le poids par unité de surface varie d’une manière plus étendue. Il est, d’ailleurs, relativement plus élevé pour un petit condenseur que pour un grand, et il s’abaisse d’autant plus, à volume égal, que la forme employée se rapproche davantage du cube. Enfin, pour les machines considérées,ce poids est compris entre 41 et 64 kilogrammes, et, comme il faut l’augmenter de 8 kilogrammes à peu près pour tenir compte de l’eau contenue dans les tubes, on peut estimer qu’un condenseur à surface convenablemen t établi devra peser, eau comprise, environ 50 kilogrammes par mètre carré de surface condensante.
- Ce chiffre étant admis, on peut calculer pour quelle part un condenseur à surface doit figurer dans le poids d’une machine, et comment cette part variera suivant que l’on consentira à faire usage d’une quantité d’eau de circulation plus ou moins considérable.
- iNous avons supposé, dans le calcul dont nous donnons ci-dessous les résultats comme exemple, que k était égal à 2 500, et qu’il s’agissait de condenser à 40 degrés l’eau de circulation étant à 15 degrés. De plus, afin que les chiffres obtenus parlent mieux à l’esprit, nous les avons rapportés au cheval indiqué, en admettant (ce qui est le cas d’une très-bonne machine) que cette puissance exige une dépense de 8 kilogrammes de vapeur par heure.
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- 67*2
- C’est ainsi que nous sommes arrivé à estimer qu’avec des rapports du poids d’eau
- de circulation à la vapeur condensée de................ 30 40 50 et 100,
- il faudrait par cheval indiqué une surface condensante (en mètres carr.) de............................. 0,41 0,18 0,14 et 0,10,
- entraînant un poids (en kilogr.) de. ... .............. 20, 5 9 7 et 5.
- Or les machines marines pèsent, par cheval indiqué, de 180 à 200 kilogrammes,et le poids de l’eau de circulation est, en général, au moins 40 fois celui de la vapeur; le poids du condenseur ne doit donc entrer que pour 5 pour 100 environ dans le poids de la machine, et, pour le réduire de quelques centièmes, il faudrait augmenter très-notablement la quantité d’eau de circulation, ce qui exigerait une dépense de puissance motrice assez importante.
- Mais, avant de nous arrêter à la question de circulation, nous allons examiner quelles sont les considérations qui doivent fixer sur le choix de la température de condensation.
- 11. Température à laquelle il convient d’opérer la condensation. — S’il s’agissait seulement d’obtenir le plus grand diagramme possible, il est évident qu’il faudrait abaisser le plus qu’on pourrait la température de condensation. Mais, comme c’est le travail disponible réalisé qu’il s’agit de rendre un maximum, on ne doit pas perdre de vue : d’une part, que l’abaissement de la température en question entraîne un accroissement de dépense de calorique, dû à ce qu’il faut réchauffer l’eau de la bâche envoyée dans la chaudière pour être de nouveau convertie en vapeur; et, d’autre part, que le travail employé à faire circuler l’eau réfrigérante augmentera en même temps que la quantité d’eau à employer. Il résulte de là qu’il y aune limite de température au-dessous de laquelle on ne saurait descendre sans diminuer la production réelle de la machine.
- Cette limite dépend d’une foule de circonstances, telles que : pression d’introduction, degré de détente, température de l’eau employée à la condensation, et enfin même, état de perfection plus ou moins grand du mécanisme, c’est-à-dire des pistons, tiroirs, etc. Il n’est donc pas possible de fixer, àpriori et d’une manière absolue, la température de condensation à laquelle on devra s’arrêter, laquelle variera d’un appareil à un autre, et nous devons, pour chercher à nous rendre compte de l'influence de la température en question, supposer qu’il s’agit d’un cas déterminé, que nous choisirons, du reste, de manière à nous rapprocher de la moyenne des conditions de fonctionnement des bonnes machines marines.
- Nous supposerons, pour l’appareil pris comme exemple, que le volume développé par les pistons dans les cylindres qui évacuent au condenseur est de 16m3,5 (1), par cheval indiqué et par heure; et, ce qui est assez habituellement le cas, que la tempé-
- (1) Voici le chiffre exact pour quelques machines : type Infernet 16m3,4; type Dives 16m3,9; paquetot Martinique [John Elder) 16mJ,6.
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- rature de condensation pour laquelle cette condition est remplie est de 35 degrés. Puis nous allons examiner quel serait, au point de vue économique, le résultat qu’entraînerait un accroissement ou un abaissement de cette température.
- Si nous nommons jo la pression en kilogrammes par mètre carré de la vapeur d’eau à la température t du condenseur, le travail résistant dû à cette température sera
- (16,5 V p \
- 270 000 ) c^eva^ ’ Par conséquent, p
- étant égal, pour 35 degrés, à 549 kilogrammes, en admettant que la courbe des pressions reste constamment la même et que la contre-pression varie seule, la surface du diagramme augmentera ou diminuera avec p d’une fraction représentée par l’ex-
- pression
- 16,5 (549 — p) 270 000 ’
- et cette surface elle-même aura pour mesure, au lieu de
- l’unité,
- 16,5 (549 — p) 270 000
- (a).
- D’autre part, la chaleur dépensée pour transformer l’eau en vapeur variera proportionnellement à 650—t. Si donc on suppose que le travail positif développé parles pistons, par kilogramme de vapeur, reste le même (ce qui n’est pas absolument vrai à cause des modifications que subissent les pertes de vapeur par suite des changements de tension et de température du condenseur, mais ce qui est admissible dans les limites considérées et pour le but qu’on a en vue), il faudra, pour avoir le travail total réalisé dans les nouvelles conditions avec une même dépense de chaleur, multiplier l’expression (a) , 650—35 615
- Par leraPP°rt -630=7 = 6SÔ=r
- En effectuant le calcul, on trouve que, pour les températures de condensation de
- 20, 30, 35, 40, 50 et 60 degrés,
- le travail indiqué à dépense égale de calorique sera de 0,998, 0,998, 1,00, 0,999, 0,984 et 0.951.
- Ainsi qu’on le voit par ces chiffres, ce travail ne varie pas sensiblement pour les températures de condensation comprises entre 20 et 45 degrés; et, comme la puissance motrice à dépenser pour faire circuler l’eau sera d’autant plus grande que l’on voudra condenser à une température plus basse, on peut considérer comme certain qu’au point de vue du travail utilisable il ne saurait y avoir aucun avantage à opérer la condensation au-dessous de 40 à 45 degrés.
- Il ne faut pas perdre de vue, toutefois, que nos raisonnements supposent, ce qui est d’ailleurs conforme à la généralité des cas pour les machines marines, que l’eau d’alimentation n’est pas réchauffée avant son envoi à la chaudière.
- 12. Dispositions des condenseurs à surface. — Les condenseurs à surface aujourd’hui en usage sont le plus généralement composés d’un faisceau de tubes disposés
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- de telle sorte que la vapeur est en dehors, tandis que l’eau circule à l’intérieur. Il n’en était pas ainsi il y a quelques années, et bon nombre de condenseurs présentaient alors une disposition inverse. Celle-ci offrait cet avantage que, les dépôts de graisse se faisant dans les tubes, on pouvait nettoyer ceux-ci sans les démonter, en passant un chiffon ou bouchon d’étoupe dans toute leur longueur. Par contre, la circulation de l’eau s’opérait fort médiocrement, ce qui entraînait une mauvaise utilisation de la surface ; et c’est sans doute par ce motif qu’on a été conduit à l’adoption générale de la circulation par l’intérieur.
- Les tubes, qui sont en cuivre, ont le plus ordinairement de 16 à 20 millimètres de diamètre extérieur, et de 1 à 2 millimètres d’épaisseur. Leur longueur varie depuis 1 mètre jusqu’à h mètres, mais se tient le plus généralement aux environs de 2 mètres. Elle est surtout fixée par la considération de l’espace dont on dispose dans la chambre des machines, et elle doit être réglée de telle sorte que rien ne s’oppose à ce que l’on puisse sortir les tubes de leur caisse, soit pour les changer, soit pour procéder à leur nettoyage, c’est-à-dire à l’enlèvement des dépôts de graisse qui peuvent les recouvrir.
- Les tubes étant soumis à des variations de température, il est nécessaire de leur permettre de se dilater librement, et la meilleure manière d’obtenir ce résultat consiste à établir à chacune de leurs extrémités un petit presse-étoupe, appuyant sur une garniture formée d’une bague en coton ou en caoutchouc.
- La surface totale étant déterminée en raison de la quantité de vapeur à condenser, et le diamètre ainsi que la longueur des tubes se trouvant fixés par les considérations que nous venons d’indiquer, la section intérieure du faisceau tubulaire se trouve elle-même arrêtée, abstraction faite de toute autre considération. Or les dimensions des prises d’eau que l’on doit percer dans les flancs du navire pour puiser à l’extérieur l'eau de la circulation, de même que les diamètres des tuyaux destinés à amener cette eau de la pompe aux tubes, ne peuvent être accrus indéfiniment, et il résulte des usages de la pratique que la section de ces passages d’eau n’est guère, en général, que le sixième ou le septième de la section tubulaire totale. Il est hors de doute que, si les tuyaux d’arrivée ou de sortie venaient aboutir, dans ces conditions, à l’ensemble du faisceau, l’eau ne passerait que par une portion des tubes en laissant l’autre portion à peu près inutilisée.
- C est pour éviter ce grave défaut qu’on a été conduit à partager le faisceau en groupes de tubes que l’eau parcourt successivement en sens inverse. Le nombre de ces groupes, qui est le plus ordinairement de trois, descend cependant à deux et monte quelquefois à quatre; mais qu’il y en ait deux, trois ou quatre, il arrive généralement que chacun d’eux présente une section encore deux fois ou même trois fois et demie aussi considérable que celle des tuyaux d’arrivée et de sortie, et il nous paraît au moins vraisemblable que l’inconvénient signalé plus haut de laisser l’eau à l’état de stagnation dans une portion des tubes doit encore se représenter, à un degré plus ou moins élevé, sur la plupart des condenseurs aujourd’hui en usage.
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- 13. Des pompes de circulation. — Les pompes de circulation sont mises en mouvement, tantôt par la machine, tantôt par un moteur spécial.
- En Angleterre, MM. John Elder, Napier, Day, Summers et comp., Laird, etc., font toujours usage du premier système; MM. Penn, Maudslay, Denny, etc., appliquent le second et se servent alors d’une pompe centrifuge. Chacune de ces manières de faire a ses avantages et ses inconvénients.
- L’emploi de la machine est, sans aucun doute, plus économique que celui d’un appareil auxiliaire, au point de vue de la dépense de vapeur. Il est aussi plus commode sous le rapport de la surveillance du fonctionnement, attendu qu’un appareil à vapeur spécial appelé à marcher constamment exige des soins et une attention très-soutenus, et, par suite, un personnel plus nombreux ou plus attentif.
- Mais, d’autre part, lorsque la circulation est opérée par la machine elle-même, la quantité d’eau envoyée est nécessairement réglée par le nombre de tours, sans qu’il soit possible de la faire varier et de tenir compte, comme il conviendrait, de la température de cette eau et de la quantité de vapeur à condenser. Comme conséquence, la température de condensation est tantôt au-dessus, tantôt au-dessous du chiffre qui donnerait la meilleure utilisation. La différence peut même devenir très-sensible par le seul fait d’une modification dans l’allure de la machine, et c’est ainsi que, dans les expériences déjà citées de la Dives, la température de l’eau de la bâche, qui atteignait 35 degrés lorsqu’on marchait à 91 tours, n’était plus que de 22 degrés à 49 tours.
- Ce fait s’explique aisément. La vitesse du navire et le nombre de tours de la machine sont approximativement proportionnels à la racine cubique de la puissance développée. Or la quantité de vapeur dépensée croît presque dans le même rapport que la puissance ; il arrivera donc forcément que la quantité d’eau envoyée au condenseur augmentera beaucoup moins rapidement que la dépense de vapeur.
- En rendant le moteur des pompes indépendant, on devient maître de régler comme il convient la quantité d’eau. On évite, par suite, l’inconvénient signalé ci-dessus, et on obtient, en outre, l’avantage de pouvoir faire fonctionner la circulation, lors même que le navire est au repos, ce qui facilite la mise en mouvement de la machine au moment du départ.
- Enfin, lorsque la machine elle-même sert de moteur, on ne peut guère employer que des pompes alternatives. Or ces pompes agissent nécessairement par saccades, et, malgré l’emploi des réservoirs d’air placés aux extrémités des groupes de tubes, il en résulte des chocs sur les plaques à tubes. Ces chocs, qui ébranlent peu à peu les presse-étoupes, donnent lieu à des fuites, et c’est un inconvénient qu’on évite avec les pompes centrifuges, auxquelles on a ordinairement recours dans le cas des moteurs auxiliaires, parce que ces pompes agissent d’une manière continue.
- Disons toutefois que les pompes centrifuges sont des appareils fort médiocres sous le rapport de l’utilisation, pour le genre d’emploi que nous avons ici en vue. Si l’on
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- réfléchit à la manière d’agir de ces pompes, on reconnaît qu’elles produisent simultanément deux effets distincts : le vide au centre de la roue, et la pression à la circonférence. Or la vitesse avec laquelle l’eau se précipite dans le vide du cenlre de l’appareil ayant une direction fort différente de celle que l’eau doit prendre brusquement dans la roue et à sa sortie, la vitesse en question doit se trouver presque annulée et ne peut venir s’ajouter à celle que détermine la pression à la circonférence. Il résulte de là que, pour obtenir le maximum d’utilisation d’un appareil hydraulique de l’espèce dont il s’agit, il est nécessaire de tirer parti à la fois de la puissance d’aspiration et de la puissance de refoulement.
- L’expérience a, en effet, prouvé qu’il y a avantage à placer une pompe centrifuge, qu’on emploie comme pompe d’épuisement, à une certaine hauteur au-dessus du niveau de l’eau à épuiser; et, comme les pompes centrifuges de circulation, qui sont ordinairement au-dessous de la flottaison, font la plus grande partie de leur travail en refoulant à travers les tubes, leur utilisation doit certainement être peu élevée.
- 14. Du travail et de la pression nécessaire pour opérer la circulation de l’eau. — Les condenseurs à surface étant presque toujours placés au-dessous de la flottaison du navire, il n’y a pas, en général, à élever l’eau, mais simplement à lui faire traverser
- CO
- l’appareil, et par conséquent à lui imprimer une force vive -5—, qui représenterait
- toute la dépense de travail, s’il n’y avait pas de frottements et d’autres causes de perte dans le trajet. Or, à son passage à l’orifice d’entrée où la section se trouve à son minimum, la vitesse de l’eau v, lorsque nos machines développent toute leur puissance, n’atteint jamais 4 mètres. Quant au poids d’eau dépensé par cheval indiqué et par heure, il est toujours inférieur à 500 litres. La force vive imprimée à l’eau de circulation au point du trajet où cette force vive est à son maximum est donc moindre 500 X 42
- que —---------= 408 kilogrammètres, ce qui représente seulement 0C\0015.
- Ce serait là une dépense tout à fait insignifiante, mais en réalité le travail employé à faire mouvoir les pompes est quinze à vingt fois plus grand, et cela pour les motifs suivants.
- D’abord les orifices de prise d’eau et d’évacuation sont percés normalement à la muraille du navire, de sorte qu’il faut puiser et refouler perpendiculairement à la direction du sillage, c’est-à-dire dans un courant qui est animé d’une vitesse de 5 à 7 mètres par seconde, ce qui doit inévitablement donner lieu à une certaine résistance.
- Puis la position du condenseur d’nne part, et celle des orifices d’autre part, sont généralement déterminées en vue seulement de rendre la machine compacte et en même temps aisément accessible, sans se préoccuper beaucoup des coudes des tuyaux qui sont souvent très-nombreux et très-brusques.
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- Ensuite, dans le condenseur lui-même, l’eau, après avoir parcouru un groupe de tubes, est obligée, pour traverser un nouveau groupe, de prendre une vitesse directement opposée à celle qu’elle avait dans le premier; de sorte qu’il y a, ainsi que nous le prouverons un peu plus loin, annulation à peu près complète, après chaque passage dans un groupe, de la force vive qui était nécessaire pour opérer ce passage.
- Enfin il y a les frottements dans les tuyaux et dans les tubes.
- Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si la dépense de travail nécessaire pour opérer la circulation de l’eau dans les condenseurs à surface, installés comme ils le sont habituellement, est en réalité fort notable. Yoici quelques données expérimentales, malheureusement peu nombreuses, sur l’importance de cette dépense.
- Sur le Rochambeau, dont nous avons déjà parlé dans le cours de cette étude, la pompe à air et la pompe de circulation, qui étaient alternatives, étaient mues par une machine spéciale, et la dépense en puissance indiquée, développée sur les pistons de cet appareil, s’élevait à k 1/2 pour 100 de la puissance indiquée de la grande machine. Sur ce chiffre, on peut estimer que 2 1/2 pour 100 environ devaient s’appliquer à la pompe de circulation seule. Sur les avisos à roues, le Petrel et Y Antilope (machines du Greusot), ,1a circulation est faite au moyen d’une pompe centrifuge mue par un appareil auxiliaire, dont la puissance indiquée est de 2 à 2 1/2 pour 100 de celle de la machine proprement dite.
- Enfin, d’après les données que nous avons pu recueillir sur les machines auxiliaires attelées aux pompes centrifuges des paquebots de la compagnie générale transatlantique, la puissance indiquée que développent ces petits appareils doit s’élever aussi aux environs de 2 pour 100 du travail fourni par la grande machine.
- 15. Mais il ne faut pas perdre de vue que les 2 à 2 1/2 pour 100 dépensés pour faire mouvoir les pompes de circulation du Rochambeau et du Petrel ne sont pas uniquement employés à mettre l’eau en mouvement et à vaincre les résistances opposées à ce mouvement. Une forte proportion de cette dépense doit être absorbée par la pompe elle-même, et il est fort probable qu’il n’y a guère que 50 pour 100 environ du total, et même peut-être 25 pour 100 seulement pour le Petrel, qui a une pompe rotative, qui soient réellement utilisés pour la circulation.
- En admettant comme approximation un chiffre d’utilisation de 50 à 25 pour 100, et en partant des volumes d’eau mis en mouvement sur le Rochambeau et sur le Petrel, qui sont connus, on trouve que la pression ou charge d’eau nécessaire pour opérer directement la circulation dans les condenseurs de ces navires doit certainement être tout au moins de 6 mètres.
- Ce résultat s’accorde, du reste, avec les expériences faites par M. Convers, ingénieur en chef de la compagnie générale transatlantique. Cet ingénieur a constaté, sur plusieurs navires de sa compagnie, que la pression mesurée au manomètre sur les Tome II. — 74e amiée. 3' série. — Décembre 1875. 86
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- tuyaux des pompes rotatives qui agissent par refoulement s’élevait, à la sortie de la pompe, à 40 centimètres de mercure; ce qui correspond à une hauteur d’eau de 5m,44. Or, pour avoir la charge totale réellement nécessaire, il faudrait ajouter quelque chose à ce chiffre, afin de tenir compte de la résistance opposée à l’entrée de l’eau dans le navire par la crépine, le robinet et les premiers coudes du tuyautage; et il y a, par suite, tout lieu de penser que, pour ces navires, comme pour le Rocham-beau et le Petrel, la pression nécessaire à la circulation s’élève aussi à 6 mètres au moins.
- Avec le condenseur à injection, la pompe à air doit aspirer dans un vide de 60 centimètres de mercure environ, ce qui revient à élever cette eau d’une hauteur de 8m,16. Mais aussi, avec l’injection, la dépense d’eau n’est guère que de 26 litres par kilogramme de vapeur, tandis qu’avec le condenseur à surface on emploie ordinairement au moins 40 litres. La dépense de travail du dernier cas est donc à celle du premier comme 40 X 6 est à 26 X 8,16, c’est-à-dire comme 240 ; 212,6. De sorte qu’en définitive l’emploi du condenseur à surface ne présente pas, sous le rapport de la dépense de travail qu’entraîne le fonctionnement des organes auxiliaires, l’avantage qu’on aurait cru pouvoir en attendre à priori.
- Toutefois, ainsi que nous l’avons déjà fait observer, cet état de choses doit être attribué en grande partie aux dispositions adoptées pour l’établissement de la circulation de l’eau, et nous pensons qu’à ce point de vue l’installation en usage est susceptible de quelques perfectionnements.
- 16. Considérations sur les conditions dans lesquelles s'opère la circulation à l'intérieur d’un condenseur à surface. — Pour déterminer par quelles modifications on arriverait à améliorer les condenseurs à surface, il faut chercher à se rendre compte de la manière dont les choses se passent dans les conditions actuelles. .
- Considérons d’abord, au lieu du condenseur lui-même, un simple réservoir dans
- lequel l’eau entre par un orifice et sort par un autre orifice. L’expérience nous apprend que, dans ce cas, la veine liquide se rend, d’un orifice à l’autre, par la route la moins longue à parcourir, ainsi qu’il est indiqué sur la figure 4. L’eau n’est pas renouvelée dans les autres parties de la capacité, et, si l’on y introduit des corps légers, on reconnaît, en effet, qu’ils sont simplement animés d’un mouvement de tournoiement.
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- Si l’on vient à gêner la circulation par des diaphragmes, comme dans la figure 5,
- on augmente la longueur du parcours, mais ce parcours continue à s’effectuer suivant le même principe, c’est à-dire que la veine prend toujours le chemin le moins long; de sorte qu’il y a encore une portion plus ou moins considérable du volume liquide qui n’est pas renouvelée, et qui Fig. 5. ne fait qu’effectuer des tour-
- noiements.
- Le phénomène est plus complexe quand il s’agit d’un condenseur avec tubes divisés en plusieurs groupes; toutefois l’analogie nous porte à considérer comme certain que, si la section des tubes est supérieure à celle du tuyau d’arrivée, il y aura, sans nul doute, une partie de ces tubes qui ne seront pas utilisés. Yoici, suivant nous, ce qui doit se passer.
- L’eau éprouve, à chaque instant de son trajet, des pertes de force vive par les frottements et par les changements de direction qu’elle subit ; il faut donc, pour lui restituer la vitesse voulue, qu’il existe des différences dépréssion d’un point à l’autre de la masse liquide, et ces différences doivent se rencontrer non-seulement quand on com-
- Fig. 6.
- pare les deux extrémités d’un même groupe, mais aussi quand on ne consi -dère simplement qu’un des compartiments situés à l’entrée ou à la sortie d’un groupe. Ainsi, pour un condenseur à trois parcours tel que celui de la fig. 6, la pression moyenne de la boîte A doit être plus forte que celle de B, celle de B plus forte que C, etc.; et, en outre, dans la boîte A
- elle-même la pression doit diminuer à mesure que l’on s’éloigne du point d’aboutissement du tuyau d’arrivée. 11 suit de là que l’eau doit circuler rapidement dans les tubes situés près de l’arrivée en a, moins vite dans ceux qui sont plus éloignés de ce point, et enfin pas du tout dans ceux qui aboutissent en b, à l’autre extrémité de la boîte A.
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- Ces considérations, tout incomplètes qu’elles soient, suffisent, pensons-nous, pour montrer que, dans nos condenseurs tels qu’ils sont établis, il doit y avoir une portion des tubes qui n’est pas utilisée, et cette manière de voir trouve sa confirmation dans la différence que nous avons signalée exister entre le coefficient de conductibilité qui convient au condenseur de la Dives, et celui auquel on est conduit par les résultats des expériences du Rochambeau.
- 17. Mais ce n’est pas là le seul inconvénient des dispositions en usage, et elles ont aussi celui de contribuer, pour une certaine part, à l’exagération de la dépense de travail nécessaire pour opérer la circulation.
- Pour estimer approximativement cette influence, nous simplifierons les faits, en supposant que la circulation s’opère également bien dans les n groupes de tubes employés, et nous nommerons pr... pn les pressions existant dans les boîtes A, B, etc.
- L’eau devant changer complètement de direction à l’extrémité de chaque parcours, la vitesse qu’elle possède en arrivant dans l’une quelconque des boites doit être sensiblement annulée, puis restituée en sens inverse par la différence de pression existant d’une boîte à l’autre ; de sorte que la différence de pression par exemple,
- représente exactement la force nécessaire pour imprimer à l’eau sa vitesse et pour lui faire parcourir le groupe correspondant; et, comme d’ailleurs tous les groupes ont même section et même longueur, on doit avoir :
- Po —Pi —Pi —2V--* = Vn-X — pn
- et, par suite,
- Po — Pn = n (p0 — pj.
- Or il est admis que la surcharge due aux frottements dans les tuyaux a pour mesure l’expression dans laquelle v est la vitesse, L la longueur et D le diamètre des
- tubes, et enfin q un certain coefficient.
- D’autre part, la hauteur de chute nécessaire pour obtenir une vitesse v est fournie par la relation h = — .
- On a donc
- n).
- et, par suite,
- t).
- Quant au travail dépensé pour faire passer le poids d’eau -sr, il aura pour mesure
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- '5r [p*—/?„). Et comme, d’ailleurs, en nommant <r la section d’un groupe, on a v , on obtient finalement pour la dépense de travail,
- Si, au lieu de diviser le faisceau en n groupes, on pouvait partager de suite l’eau
- V
- entre tous les tubes, ce qui conduirait à ne donner à cette eau qu’une vitesse -
- en la faisant passer par une section nr, on n’aurait à dépenser que,
- ‘5T3 /'J_ , L\ nV\2$r *1 D'’
- / i \3
- c’est-à-dire ( -J seulement du total précédent.
- 18. Cette conclusion se trouve numériquement dépassée par les résultats de l’expérience suivante qui a été exécutée à l’établissement d’Indret (1).
- On a pris trois tubes de lm,18 de longueur et 18 millimètres de diamètre, que l’on a disposés comme s’ils composaient les trois groupes d’un condenseur; puis on a fait passer l’eau sous les charges de 1 mètre, lm,50 et 2 mètres, d’abord à travers un seul tube, ensuite à travers deux tubes, enfin à travers les trois, et on a mesuré, à différentes reprises, les vitesses dans chacun de ces neuf cas.
- Suivant la loi généralement admise qui fait varier les résistances proportionnellement au carré de la vitesse, on doit avoir pour chacun des systèmes d’un, deux et trois tubes : h — q^V1, h = qhp'1 et k=. q3v7 ; et, comme on a trois expériences pour chaque disposition, on a trois valeurs de qn q2 et q3) dont on peut déduire des moyennes. C’est ce qui a été fait dans le tableau ci-après :
- HAUTEUR de APPAREIL A ÜN TUBE. APPAREIL A DEUX TUBES. APPAREIL A TROIS TUBES.
- CHUTE. VITESSE. h VITESSE. Ça VITESSE. q3.
- m. 1,00 m. 2,02 0,208 m. 1,46 0,469 m • 1,12 0,800
- 1,50 2,61 0,220 1,52 0,453 1,32 0,863
- 2,00 3,01 0,220 2,02 0,416 1,69 0,702
- Moyennes (*). 0,216 )) 0,446 » 0,788
- (1) Les résultats dont il s’agit nous ont été communiqués parM. l’ingénieur de la marine Joëssel, qui nous a fait observer que les vitesses données étaient les moyennes de plusieurs essais, et que les vitesses mesurées variaient souvent d’un essai à l’autre, sans cause apparente.
- En se reportant aux formules du paragraphe précédent on voit que qn= n
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- Or, si nous considérons un faisceau de six tubes formant un seul groupe de six, ou deux groupes de trois, ou trois groupes de deux, il faudra, pour faire passer la même quantité d’eau par unité de temps dans chacun de ces systèmes, des vitesses v, 2v et 3r, et les pressions nécessaires seront : h, = qt v2; 42 = k q2v2\ 43 — 9 q3 v2, c’est-à-dire en introduisant les valeurs de qlf q2 et q3, 44 = 0,216 u2; 42 = 1,786 v2 et 43 = 7,092 v2. De sorte qu’on a 42 = 8,2 4j et 43 = 32,8 4,!. D’après la théorie du paragraphe 17, on aurait dû avoir 42 = 8 4, et 43 = 27 4t.
- L’expérience, faite il est vrai sur une trop petite échelle pour qu’on puisse en déduire des appréciations numériques parfaitement rigoureuses, confirme donc tout au moins cette conclusion à laquelle nous étions arrivé par le raisonnement : que le partage du faisceau tubulaire en groupes parcourus successivement fait croître, dans une proportion très-rapide, la résistance à vaincre pour opérer la circulation.
- 19. Indication sommaire des dispositions à l’aide desquelles on pourrait améliorer les conditions dans lesquelles s’opère la circulation. Il résulte des considérations qui précèdent qu’il y aurait un intérêt marqué, d’abord au point de vue de la conductibilité et, par suite, de la réduction possible du poids du condenseur, ensuite à celui de la dépense de travail, et, partant aussi, de la dépense première d’installation des appareils mécaniques employés à opérer la circulation, à répartir directement et également l’eau réfrigérante entre tous les tubes, sans avoir recours à la division en groupes parcourus successivement. Ce résultat, qu’on ne saurait, il est vrai, obtenir du premier coup sans études expérimentales préalables, nous paraît parfaitement réalisable, et le principe qui doit servir de point de départ aux essais est celui-ci :
- L’eau qui traverse un réservoir suit le chemin le plus court d’un orifice à l’autre, c’est-à-dire celui qui présente le moins d’obstacles. Si donc nous arrivons à obtenir que le passage à travers les tubes présente, pour tous, des résistances absolument équivalentes, il n’y aura pas de raison pour que la répartition ne se fasse pas également entre eux.
- Pour réaliser cette condition, nous proposerons d’intercaler entre les tubes et le tuyau d’arrivée un diaphragme ab (fig. 7), percé d© trous situés juste en regard de chacun des tubes et présentant ensemble une section totale égala au plus à celle du tuyau. La position c de l’arrivée de ce tuyau devra être déterminée de manière à égaliser, autant que possible, les trajets
- fig. 7.
- Les valeurs moyennes de ç., q2 et <73 introduites dans celte équation donnent pour q avec un parcours, 0,0025, avec deux parcours, 0,0026, et avec trois, 0,0032.
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- des filets liquides du point c aux différents trous ; mais, quoi qu’on fasse, les différences delongueurde ces trajets entraîneront des différences de résistance, et on devra les compenser par des difficultés opposées en sens inverse dans la traversée du diaphragme. Ainsi, sur le contour du plateau ab, c’est-à-dire pour les points les plus éloignés, les trous seront percés en mince paroi ; tandis qu’au contraire, à mesure qu’on approchera du point c, on conservera une plus grande épaisseur au diaphragme, de manière à accroître la longueur et la résistance des trous. Au besoin même, on pourrait, pour obtenir l’accroissement de résistance voulu, remplacer chacun des trous du centre du plateau par d’autres plus petits, mais plus nombreux, présentant la même section totale.
- Il est évident qu’à l’aide d’une pareille disposition on doit arriver à obtenir sur toute la surface ab, et juste en face de tous les tubes, des petits jets d’eau ayant tous des vitesses égales. Ces vitesses seront, il est vrai, six à sept fois plus grandes que celles qu’il faut conserver à l’eau dans les tubes eux-mêmes, maison les amortira par le frottement contre la masse liquide contenue dans la boîte abcd, soit en donnant une épaisseur assez grande à cette boîte, soit en diminuant les diamètres des filets d’eau.
- Une disposition semblable devra, bien entendu, être adoptée pour la sortie des tubes, afin d’obtenir la réalisation complète de cette condition, que les résistances dans tout le trajet soient absolument équivalentes pour tous les filets d’eau.
- 20. Pourapprécierl’influencequ’auraifla modification qui précèdesurlecoefficient de conductibilité, et par suite sur la réduction de surface qui deviendrait possible, il faudrait connaître à quel chiffre peut être estimée la portion non utilisée de la surface des condenseurs actuels; mais nous manquons de données pour faire une évaluation de cette espèce, et tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’il y aurait certainement une économie.
- Quant à la réduction opérée dans la dépense de travail, on pourrait, à la rigueur, la calculer approximativement au moyen des formules et des coefficients des articles 17 et 18, en négligeant toutefois la résistance des diaphragmes qui nous est inconnue. Mais nous croyons inutile de faire ce calcul, parce que des expériences faites seulement sur un groupe de trois tubes s’éloignent tellement des conditions d’établissement de nos condenseurs dans lesquels les tubes se comptent par centaines et même par milliers, qu’il serait imprudent de chercher à en déduire des appréciations numériques. Tout ce que nous sommes en droit d’affirmer, c’est que, de ce côté, l’économie serait certainement considérable.
- 21. De Vemploi du sillage du navire pour opérer la circulation de l’eau. Nous ne terminerons pas cette étude sans examiner, autant du moins que cela est possible en l’absence de données expérimentales, la question de l’emploi du sillage du navire pour opérer la circulation de l’eau dans les condenseurs (1).
- (1) La condensation par le sillage a déjà été expérimentée, mais en envoyant la vapeur dans des tuyaux établis le long de la quille ou des façons du bâtiment. Ce système, qui soulève, du reste, diverses objections, n’a sans doute pas donné des résultats très-satisfaisants, car on n’en a pas renouvelé l’essai.
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- Cette solution est séduisante au premier abord. L’eau en mouvement est là, pour ainsi dire, sous la main, et, à priori, il semblerait devoir être plus économique d’utiliser ce mouvement que d’en produire un autre au moyen d’un mécanisme dont le fonctionnement doit entraîner à lui seul une certaine dépense de travail. Puis on serait ainsi dispensé des pompes et des moteurs auxiliaires, qui sont exposés aux avaries et à l’usure, et qui, en outre, exigent une surveillance continuelle; et cet avantage suffirait largement à lui seul pour recommander l’emploi du procédé dont il s’agit.
- Les dispositions à adopter pour mettre le système en application se présentent, du reste, d’elles-mêmes à l’esprit, et n’offrent aucune difficulté d’exécution pratique. Yoici celles auxquelles nous proposerions d’avoir recours :
- Pour obtenir que l’eau pénètre dans le navire aussi abondamment et aussi facilement que possible, les orifices d’entrée et de sortie devraient s’ouvrir perpendiculairement à la direction du sillage et, par suite, aux façons du bâtiment, comme il est indiqué sur la figure 8. Puis, afin de réduire la résistance opposée au mouvement du navire, il conviendrait d’abord que ces orifices ne présentassent au courant que des arêtes tranchantes, et ensuite que les saillies ainsi faites sur la carène fussent raccordées aux formes générales, tant sur l’arrière que sur l’avant, par des soufflages rapportés du genre de ab, se prolongeant assez loin pour qu’il n’y ait pas de parties creuses dans les nouvelles lignes d’eau qui résulteraient de cette addition.
- L’orifice d’entrée serait, il faut le reconnaître, exposé à être obstrué par les herbes que pourrait entraîner le courant; mais cet inconvénient n’est guère à redouter en pleine mer, surtout pour une ouverture située au-dessous de la flottaison, et il serait facile d’imaginer un système de râteau mû par en dedans du navire, qui permettrait de dégager au besoin cet orifice.
- Ainsi l’installation du système ne présenterait pas de difficulté d’exécution. Mais, avant de décider s’il y aurait intérêt à en faire l’essai, il convient d’examiner :
- 1° Si l’emploi du sillage est, au point de vue de la dépense de puissance motrice, plus ou moins avantageux que celui d’une pompe ; et 2° si la pression sur l’orifice d’entrée, jointe à la dépression à l’orifice de sortie déterminée par l’effet du sillage, donne un total assez élevé pour obtenir la vitesse de circulation voulue.
- 22. Si l’eau admise par l’orifice d’entrée pouvait continuer son chemin en ligne' droite et $ans éprouver de frottements, en un mot sans rencontrer aucune résistance,
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- elle conserverait son mouvement relatif en vertu de sa vitesse acquise, et par suite les pressions seraient les mêmes aux deux orifices, et l’établissement de ces ouvertures n’influerait en rien sur la marche du navire. Mais il n’en sera pas ainsi en réalité, et, par cela même qu’il y a des changements de direction et des frottements, l’eau ne pourra passer qu’en vertu de la différence de pression qui s’établira de l’orifice-avant à l’orifice-arrière.
- Cette différence de pression h0 — ht augmentera le travail nécessaire pour donner au navire la vitesse Y, de la quantité (h0 — ht) X étant la section commune
- des orifices. Quant au travail théorique nécessaire pour obtenir la circulation, il serait seulement de (h0 — ht) X ® X v- Les deux quantités de travail considérées sont donc entre elles comme Y est à v.
- Or voici, pour quelques-uns des navires déjà cités dans le cours de cette note, les relations qui existent dans la marche à toute vapeur entre V et v :
- NOMS DES BATIMENTS. VITESSE RELATIVE à l’orifice d’entrée v VITESSE du BATIMENT V RAPPORT V ; v
- m. m.
- Infernet 2,55 7,56 0,35
- Dives 1,87 5,03 0,37
- Suffren 3,77 7,29 0,52
- V
- Les valeurs de —, qui représentent précisément le rapport du travail nécessaire
- pour opérer la circulation à l’augmentation de travail résistant qui sera opposée à la marche du navire, sont, comme on le voit, assez voisines, et même peut-être un peu inférieures aux coefficients d’utilisation des pompes. Il ne paraît donc pas, au premier abord, y avoir intérêt, sous le rapport de l’utilisation de la puissance motrice, à recourir au sillage pour opérer la circulation de l’eau ; mais il faut observer que le nouveau système aurait indirectement pour effet de réduire la charge nécessaire, par suite de ce fait qu’on n’aurait plus à puiser et à refouler l’eau perpendiculairement au courant, ce qui doit certainement entrer pour une part importante dans la résistance que l’on doit vaincre avec l’installation usuelle. Il est donc probable que, tout compte fait, le mode de procéder qui nous occupe présenterait un certain avantage. Il nous reste à examiner si la pression exercée serait suffisante pour obtenir la vitesse voulue.
- 23. Il n’est pas douteux que le sillage aura pour effet d’exercer une pression à l’orifice d’entrée et une dépression à l’orifice de sortie, et que par suite il passera tou-
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- jours certaine quantité d’eau à travers le condenseur. Toute la question est de savoir si ce passage se fera avec la vitesse voulue pour que cette quantité d’eau soit suffisante. La vitesse du navire et celle du passage à travers les orifices seront, du reste, liées entre elles par une relation facile à établir. Ainsi la différence des pressions sera, comme dans les cas analogues, proportionnelle au carré de la vitesse relative Y — v, avec laquelle l’orifice d’entrée sera frappé par le sillage ; de sorte qu’on aura h0•—hx = Q(Y—v)3. D’un autre côté, la résistance présentée par le condenseur et le tuyautage a pour mesure gva ; ce qui donne h0 — ht = qv2, d’où Q (Y — v)* = qva, et
- enfin
- La vitesse de circulation sera donc proportionnelle à la vitesse du navire; et, comme la dépense de vapeur croît à peu près en raison de la puissance développée et par suite du cube de la vitesse du sillage, il arrivera que, si la quantité d’eau est suffisante pour les grandes vitesses, elle sera en excès pour les petites vitesses. On remédierait, du reste, facilement à cet inconvénient en masquant une partie des tubes pour les vitesses réduites, et l’important serait, par suite, de s’assurer d’abord que l’on obtiendra la quantité d’eau voulue lorsque l’appareil développera toute sa puissance.
- Selon nous, il est très-probable que cette condition ne saurait être remplie avec l’installation actuelle des condenseurs. Nous avons vu, en effet, que la charge d’eau nécessaire pour faire circuler l’eau dans ces appareils, lorsqu’on marche à toute vapeur, est de 6 mètres au moins. Or, pour Ylnfernet, par exemple, le sillage du navire est alors de 7m,55 environ, et la vitesse de l’eau, à l’orifice d’entrée, de 2,m,55; de sorte que la vitesse relative en vertu de laquelle l’orifice est pressé atteint seulement
- 5 mètres, et la pression h = — qu’exercerait un pareil courant, s’il s’agissait d’une
- surface pressée par ce courant, ne s’élèverait qu’à lm,27.
- On peut donc affirmer que la circulation ne pourra être obtenue par le moyen du sillage qu’à la condition qu’on commencera par diminuer les résistances que les dispositions usuelles opposent à cette circulation. Nous avons indiqué précédemment un moyen d’obtenir déjà une réduction importante, et nous avons montré que ce moyen appliqué à un petit condenseur de six tubes réduirait la charge nécessaire à un vingt-septième environ de ce qu’elle doit être avec le partage des tubes en trois groupes. Il resterait à déterminer, par des expériences en grand, la réduction qu’on pourrait obtenir sur des condenseurs véritables, puis à mesurer par des expériences d’un autre genre la grandeur des pressions dont le sillage permettrait de disposer.
- Le succès n’est pas impossible, et le résultat à obtenir est assez important pour mériter des tentatives sérieuses. On pourrait, en effet, si l’emploi du sillage devenait applicable, supprimer les pompes et les moteurs auxiliaires, qui non-seulement sont sujets, comme tous les organes mobiles, aux avaries et à l’usure, mais qui exigent, en outre, pendant leur fonctionnement, une surveillance incessante.
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- Le recours à un appareil auxiliaire ne serait plus nécessaire que pour la mise en marche, ou bien dans un cas exceptionnel, comme celui d’une remorque à donner qui viendrait diminuer la vitesse du bâtiment; et la puissance motrice très-réduite de cet appareil pourrait, dans ces circonstances, être empruntée à d’autres moteurs auxiliaires, et par exemple aux petits chevaux des pompes alimentaires.
- [Extrait de la Revue maritime et coloniale.)
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- Sur les régulateurs isochrones de M. Yvon Yillarceau.
- [Planche 36.)
- Dans son rapport fait à l’Assemblée nationale, sur les travaux de M. Pasteur, M. Paul Bert reproduit ces mots de l’illustre chimiste : « Il n’existe pas de sciences appliquées, « mais des applications de la science. » Cette distinction est de nature à faire disparaître bien des préjugés. Quand, en effet, les applications scientifiques aboutissent à des mécomptes, ce qui est malheureusement encore assez fréquent, et que l’on adopte la dénomination de science appliquée , c’est à la science que l’on ne manque pas d’imputer les mauvais résultats obtenus, et l’éternel conflit entre la théorie et la pratique ne cesse de s’aggraver. Si, au contraire, on emploie le langage auquel M. Pasteur donne la préférence, les mécomptes ne doivent plus toucher que les applications, qui peuvent, en effet, être bien ou mal conduites. Placé à ce point de vue, nous nous efforcerons de tenir nos lecteurs au courant des véritables applications de la science, et dès aujourd’hui nous appellerons leur attention sur une application de la science mécanique, dont les résultats concordent de la manière la plus satisfaisante avec les indications de la théorie, et au sujet de laquelle M. Bréguet a tenu à ce que M. Yillarceau fît à ses confrères de l’Académie la déclaration suivante : « C’est la pre-« mière fois, dit M. Bréguet, en parlant de la construction du nouveau régulateur, « qu’il m’est arrivé, dans ma longue carrière, de voir un projet entièrement basé sur « la théorie réussir du premier coup. »
- L’objet d’un régulateur est, comme on le sait, de maintenir, entre des limites plus ou moins resserrées, la vitesse de certaines pièces d’un mécanisme, malgré les variations du travail moteur ou du travail résistant. Ce résultat est obtenu plus ou moins approximativement, au moyen d’appareils dont les uns font varier le travail de la force motrice (régulateurs de Watt), et les autres agissent sur le travail résistant (régulateurs à ailettes, freins...). De là deux classes distinctes de régulateurs ; ceux de la deuxième classe conviennent aux cas où l’on se propose seulement d’obtenir des vitesses con-
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- s tantes, en n’ayant aucun égard à la dépense du travail moteur nécessaire pour vaincre les résistances passives ; tels sont les régulateurs employés par les astronomes pour maintenir une lunette constamment dirigée sur une étoile ou sur un autre astre, et ceux que l’on adapte aux appareils enregistreurs, aux télégraphes électriques, etc.
- La théorie du régulateur de Watt existe depuis longtemps : elle établit que, dans un mouvement uniforme, les tiges oscillantes font, avec la verticale, des angles qui sont fixés par la vitesse de rotation ; à de grandes ou de faibles vitesses répondent de grands ou de faibles écarts de ces tiges ; et il est essentiel de remarquer que le déplacement angulaire des tiges entraîne le déplacement du manchon sur lequel elles s’articulent et, par une transmission de mouvement, détermine la réduction ou l’accroissement de l’ouverture d’admission de la vapeur dans les cylindres, suivant que le mouvement s’accélère ou se ralentit; en sorte qu’à chaque vitesse ou à chaque position d’équilibre des tiges, répond une grandeur déterminée de l’orifice d’admission de la vapeur.
- Cette dépendance entre la vitesse et la grandeur de l’orifice d’admission constitue un grave défaut, qui n’a pas tardé à se manifester, et auquel M. Charbonnier, de Mulhouse, a, le premier, songé à porter remède. Le régulateur de Watt ne fonctionne utilement qu’autant que le travail résistant ne subit pas de grandes modifications. Imaginons, en effet, que, dans une filature conduisant un grand nombre de métiers, on vienne à en débrayer un tiers ou un quart, et soient A la grandeur de l’ouverture d’admission qui convient au travail de tous les métiers, a celle correspondante à la consommation de vapeur après le débrayage, sous le même régime de vitesse, d’où A > « ; la vitesse qui était Y s’accélérera, les tiges du régulateur s’écarteront et l’ouverture de l’orifice d’admission commencera à se rétrécir ; mais, tant qu’elle restera supérieure à a, la vitesse continuerait d’augmenter si l’accroissement de vitesse n’exigeait pas un accroissement du travail moteur, il viendra donc un moment où la vitesse redeviendra constante et prendra une valeur v' > Y, tandis que l’ouverture de la valve d’admission sera réduite à a' ><z : on voit que, dans ces circonstances, un nouveau régime de vitesse remplacera l’ancien, et que l’on n’aura de ressource, pour rétablir ce dernier, que d’agir directement à la main sur la valve d’admission, pour en réduire l’orifice à la quantité a.
- Pour obvier à de tels inconvénients, le régulateur doit posséder la propriété de se tenir en équilibre dans toute position des tiges articulées, lorsque la vitesse de rotation coïncide avec la vitesse de régime, et d’osciller dès que la vitesse effective s’écarte trop de cette dernière. On comprend, en effet, que s’il se produit un écart sensible entre ces vitesses, les tiges oscilleront et détermineront, suivant le besoin, la diminution ou l’accroissement de l’orifice d’admission, et l’appareil ne prendra son équilibre qu’au moment où l’ouverture d’admission correspondra au travail des opérateurs, quel qu’il soit.
- Un régulateur jouissant de cette importante propriété est dit isochrone. Or il est
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- facile de voir que, si, au lieu d’un régulateur de la première classe que nous venons de considérer, on a affaire à un régulateur k ailettes, le mouvement oscillatoire des tiges aura pour résultat le déploiement ou le reploiement des ailettes et déterminera une variation du travail de la résistance de l’air analogue, dans ses effets, à la variation du travail moteur produit par les régulateurs de la première classe.
- Il est possible, effectivement, de réaliser l’isochronisme des régulateurs, avec un degré d’exactitude qui dépend du système adopté. Dans ce but, on a fait usage de contre-poids, de ressorts, de systèmes de boules conjuguées; on a également utilisé une propriété de la parabole; mais, presque toujours, on a négligé la masse des pièces autres que les boules, et l’on n’avait pas réussi, d’ailleurs, à construire des régulateurs à ailettes, sans recourir aux ressorts ou aux contre-poids : les solutions les plus précises, celles de L. Foucault, n’ont pu être obtenues qu’à l’aide de tâtonnements dont son collaborateur seul a la clef.
- Les difficultés qu’on avait rencontrées et le manque de généralité des théories essayées jusqu’à M. Yvon Villarceau tiennent à ce qu’on s’était astreint à donner aux organes des régulateurs des formes déterminées à priori, telles que celles du cylindre ou de la sphère, au lieu de laisser à la figure des masses principales un degré d’indétermination dont on pût disposer pour satisfaire aux conditions de l’isochronisme.
- M. Y. Villarceau, dans un mémoire mentionné (Mécanique rationnelle de M. Laurent) est parvenu à poser les bases d’une théorie applicable aux deux classes de régulateurs que nous avons cités plus haut : il ne fait usage, ni de contre poids, ni de ressorts; le système cinématique qu’il considère est celui de Watt, généralisé comme il va être dit dans un instant.
- Le système articulé de Watt est géométriquement identique avec celui que nous offre la monture d’un vulgaire parapluie : nous ignorons lequel de ces deux appareils a précédé l’autre ; mais nous pouvons supposer, sans rien enlever à la gioire du grand ingénieur, que l’antériorité appartient au second. Quoi qu’il en soit, prenons le parapluie pour point de départ de la généralisation que nous avons en vue, et, pour arriver plus rapidement à notre but, considérons-le dans une position renversée par rapport à celle que lui assigne sa modeste fonction.
- Autour du manche CG' (fig. 1, planche 36) sont disposées deux couronnes, dont l’une AA est fixée au manche, et l’autre A' A' est fixée sur une douille D, ou manchon, qui peut glisser le long du manche : des tiges AB, A'B s’articulent, d’une part aux deux couronnes, d’autre part, entre elles, aux points B; la tige AB se prolonge au delà du point d’articulation B jusqu’en un point m, où elle se termine par une petite masse ou simple objet d’ornement. (La figure ne reproduit que deux des nombreux systèmes partiels dont est formée la monture de parapluie.)
- Aux deux couronnes, nous substituons (fig. 2) deux plateaux AA, AfA', le premier fixé à l’arbre CC', le second relié à une douille DD ; aux points A et A' équidistants de l’axe de l’arbre s’articuleront les tiges AB, A'B, dont les longueurs seront égales : tout,
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- jusqu’ici, sauf les proportions, s’identifie avec la monture d’un parapluie ; maintenant nous allons apporter une modification fondamentale à ce système. Au lieu de laisser la masse m sur le prolongement de AB (fig. 1), nous l'écarterons de cette direction, en la faisant venir en M (fig. 2). La situation de M par rapport à AB sera invariable, et nous laisserons indéterminée la figure de M (1). Do cette manière seront introduits divers éléments dont on disposera pour satisfaire aux diverses conditions du problème; par exemple, la distance du centre de gravité de M au point A, l’angle que fait la ligne M A avec l’axe de la tige AB, la masse de M, la grandeur de ses moments d’inertie principaux et la direction de leurs axes : telles sont les indéterminées dont la présence permettra d’obtenir une solution générale.
- M. Yvon Villarceau compose ses appareils de n systèmes articulés A',B, A,M, disposés régulièrement autour de l’arbre central CC' ; chacun de ces systèmes est supposé symétrique par rapport au plan dans lequel se meuvent les axes des tiges articulées ; les centres de gravité de ces tiges sont supposés coïncider avec leurs axes de figure.
- Nous ne chercherons pas à démontrer les résultats auxquels est parvenu M. Y. Villarceau; mais nous croyons devoir les énoncer.
- Les conditions de l’isochronisme jointes à celle d’obtenir une vitesse angulaire constante n, dite vitesse de régime, sont fournies par quatre équations que l’on peut traduire par deux énoncés.
- 1° soit un angle moindre que 90°, déterminé par la relation
- tang cp = n2 p-
- P désignant la distance commune des points d’articulation A,A' à l’axe de l’arbre central, et g l’accélération due à la pesanteur (2). Nous supposerons que l’on isole les deux tiges et le corps M et qu’en faisant tourner la tige supérieure autour de son point d’articulation B, dans le sens de A' vers A, on l’amène (fig. 3) dans une position telle que la droite joignant A et A' fasse, avec chacune des deux tiges, l’angle <p qui vient d’être défini : supposons encore que, dans cette situation des tiges, l’angle en B soit rendu invariable, enfin appliquons au point A' une masse égale à la ne partie ou à la portion afférente du poids P' du plateau supérieur et de la douille. On aura ainsi formé un système invariable qui doit satisfaire, à la condition de se tenir en équilibre, autour d’un
- (1) La figure de M étant par hypothèse indéterminée, on ne s’étonnera pas d’y voir comprise la masse de l’ailette, lorsqu’il s’agira des régulateurs de la deuxième classe.
- (2) La valeur de tang <p s’interprétera aisément, si l’on multiplie par M le numérateur et le
- dénominateur de son expression; est la force centrifuge d’une masse M tournant avec la
- vitesse n et à la distance f de l’axe de rotation, Mg est le poids de celte masse; ainsi tang <p est le rapport de la force centrifuge au poids, dans cette circonstance.
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- axe horizontal passant par le point A, quelle que soit la position que l’on donne à ce système ; c’est dire que le centre de gravité de ce système doit coïncider avec le point A lui-même.
- 2° Le système des tiges et du corps M étant isolé comme il vient d’être dit, imaginons, bien que le fait soit irréalisable physiquement, que l’extrémité A' de la tige supérieure, en tournant autour du point B, soit amenée à coïncider avec l’extrémité A delà tige inférieure (fig. 4); on aura, de la sorte, formé un autre système invariable : ce système est assujetti à la condition que toute droite menée par le point A, dans le plan du mouvement des tiges, soit un axe principal d'inertie relativement à ce point A.
- Telles sont les deux conditions que doit remplir un régulateur isochrone devant fonctionner sous une vitesse de régime n. Ces conditions sont communes aux appareils de la première et de la deuxième classe.
- La première de ces conditions peut être satisfaite indépendamment de la figure des trois masses considérées. Que l’on substitue à ces masses d’autres masses égales, ayant leurs centres de gravité situés aux mêmes points, mais de figures différentes ; cette première condition sera néanmoins satisfaite. Il en est autrement de la seconde, qui exige que la répartition des masses élémentaires dont se composent les masses considérées maintienne à une droite quelconque menée par le point A, dans le plan du mouvement des tiges, la propriété d’être un axe principal relatif à ce point A.
- Qu’on veuille bien nous permettre de rappeler ici quelques-unes des propriétés des axes principaux.
- Un corps solide étant en repos, ou restant soumis à des forces qui se font équilibre, si on lui communique un mouvement de rotation autour d’une droite passant par un point A, le mouvement du corps ne continuera à se faire autour de cette droite qu’autant qu’elle aura, par rapport au corps, une certaine direction ; une droite autour de laquelle un corps peut continuer de tourner est un axe principal d’inertie, et l’on sait que, par tout point donné A, on peut mener trois axes principaux relatifs à ce point, lesquels sont rectangulaires. Si le mouvement de rotation communiqué au corps a lieu autour d’une droite différente de l’un des trois axes principaux, la rotation cessera immédiatement de se faire autour de cet axe, pour continuer autour d’uu axe qui se déplacera continuellement par rapport au corps. Il est des cas où le nombre des axes principaux est supérieur à trois : dans les solides de révolution homogènes, toute droite menée par un point de l’axe de figure, perpendiculairement à cet axe, est un axe principal relatif à ce point. Si les moments d’inertie d’un corps autour de deux droites rectangulaires passant par un même point sont égaux, toute droite menée par le même point, dans le plan des deux premières, sera un axe principal. Tous les diamètres d’une sphère homogène sont des axes principaux.
- Considérons un cylindre pouvant pivoter autour d’un axe horizontal passant par son centre de gravité, et supposons qn’on imprime à l’ensemble un mouvement de rota-
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- lion autour d’un axe Y passant par le même point, mais ayant une direction différente de celle de l’axe de figure du cylindre, et voyons ce qui va se passer. Nous considérerons deux cas distincts : 1° la longueur du cylindre est très-grande par rapport à son diamètre (fig. 5); en se fondant sur l’expérience, on reconnaît immédiatement que l’axe CC du cylindre s’écartera de l’axe V et tendra à prendre la position C'G' perpendiculaire à cet axe : 2° le cylindre se réduit à un disque dont la largeur est très-grande par rapport à la hauteur (fig. 6); l’expérience, dans ce cas, montre que les deux bases du disque cylindrique tendront à prendre une direction perpendiculaire à l’axe Y, ou l’axe'CC à se confondre avec l’axe de rotation V.
- Ainsi, suivant que la longueur du cylindre sera très-grande ou très-petite par rapport à son diamètre, il arrivera que son axe de figure s’écartera ou se rapprochera de l’axe de rotation : de là, il faut conclure qu’il existe un rapport entre la hauteur et le rayon d’un cylindre, pour lequel aucune tendance au déplacement angulaire des axes de figure et de rotation ne se manifestera; ce rapport est
- Dans un pareil cylindre, toutes les droites passant par le centre sont, comme dans la sphère, des axes principaux d’inertie.
- M. Yvon Yillarceau a utilisé cette propriété dans l’emploi qu’il a fait des vis de réglage dont il sera question plus loin (1).
- Revenons au régulateur isochrone. Dans le mouvement relatif à des axes tournant autour de l’axe central de l’appareil, on a à considérer le travail de la force centrifuge. Il est facile de comprendre que ce travail se compose de deux parties, l’une qui disparaîtrait, si des points d’articulation A et A' étaient situés sur l’axe central, l’autre qui serait seule développée dans la même circonstance : il est tenu compte de la première de ces deux parties dans l’énoncé relatif à l’équilibre du système représenté (fig. 3). La deuxième partie est celle qui conduit à l’énoncé relatif à l’équilibre du système représenté (fig. k). Eu égard à ce que les centres de gravité des tiges sont situés sur leurs axes de figure, il est évident que le travail de la force centrifuge sur la tige supérieure, dans la position qu’elle occupe réellement (fig. 2), est identique avec celui qui serait développé si cette même tige était amenée dans la position B A' (fig. k). C’est là ce qui permet de ramener fictivement les tiges et le corps M à ne faire qu’un système invariable, dont il reste à considérer la rotation autour de l’axe A A' que l’on suppose coïncider avec Taxe vertical central. Or on aperçoit aisément qu’aux diverses positions
- (1) Dans cette circonstance, les vis de réglage ont la forme de cylindres creux, dont les rayons intérieur et extérieur R« et R ont, avec sa hauteur H, la relation
- h = y/
- f
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- d’équilibre que pourra prendre la tige inférieure, dans le plan du mouvement des tiges, correspondront autant de situations différentes du système invariable par rapport à l’axe A A'. Il faut donc, pour que l’équilibre ait effectivement lieu, la première condition étant censée remplie, que la situation de l’axe AA' coïncide avec un des axes principaux du système invariable, et, comme il en doit être ainsi pour toute position, la condition comprise sous le second énoncé se trouve justifiée.
- Les régulateurs de la première classe, en outre des conditions qui viennent d’être spécifiées, doivent satisfaire à une condition particulière, relative aux maxima et mz-nima de la vitesse effective par rapport à la vitesse de régime ; la demi-différence de ces maxima et minima rapportée à la vitesse de régime est ce que l’on désigne sous le nom d’écart proportionnel de la vitesse. Cette quantité, jointe à l’effort vertical que l’organe exerce sur le manchon, détermine le poids de ce dernier.
- Quant aux régulateurs de la deuxième classe, l’écart proportionnel résulte uniquement des frottements des tiges et du manchon, et il n’a d’autre limite de petitesse que celle résultant de notre impuissance à supprimer les frottements.
- Les régulateurs isochrones jouissent de propriétés fort importantes et qui concernent la similitude d’une part, et, d’autre part, le changement temporaire de la vitesse de régime.
- Similitude. — 1° Deux régulateurs composés de n systèmes partiels dont les organes homologues sont de même densité^ et ont des dimensions proportionnelles présentent une similitude partielle, et l’on a, entre les vitesses de rotation fi, a' et les distances ç, ?' des points d’articulation des tiges à l’axe central, la relation
- n'V = n* ?•
- Cette relation permet, étant donné un système partiel et les valeurs correspondantes n et de conclure pour un autre système à construire, soit la dimension $>' correspondante à une valeur donnée de soit la vitesse £ir correspondante à f' donné.
- 2° La similitude est complète entre deux régulateurs, lorsque le nombre n des systèmes étant le même, les dimensions ? et f' ont entre elles le rapport de similitude qui existe entre les dimensions linéaires homologues des systèmes partiels : dès lors le
- rapport p n’est plus arbitraire, et l’on déduit de la relation précédente
- n' = a t/L et, inversement, £• = v S î
- d’où il suit que si l’on veut construire un régulateur isochrone semblable à un régulateur donné, mais devant fonctionner sous [une vitesse différente, le rapport de similitude s’obtiendra en élevant au carré le rapport inverse des vitesses ; les dimensions linéaires du régulateur projeté se déduiront de celles de l’autre, par un simple changement d’échelle.
- Changement temporaire de la vitesse de régime. — Les nouveaux régulateurs con-Tome IL — 74e année. 3e série. — Décembre 1875. 88
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- servent leur propriété d’être isochrones, lorsqu’on incline leur axe central par rapport à la verticale, propriété dont on se rend aisément compte, sans recourir au calcul ; mais l’inclinaison a pour résultat de changer la vitesse de régime, les vitesses utj et n0 correspondantes, l’une à une inclinaison I, l’autre relative à la situation verticale de l’axe central, sont liées par la relation
- nt = noX/ cosl.
- Cette propriété fournit la solution la plus élégante du changement de vitesse que nécessitent les observations astronomiques faites aux équatoriaux; il faut, en effet, pouvoir suivre le mouvement du soleil, de la lune et des autres planètes, aussi facilement que celui des étoiles. A cet effet, le régulateur est porté par un cadre mobile autour d’un axe coïncidant avec celui de la roue qui commande le régulateur : l’axe peut ainsi recevoir l’inclinaison convenable, sans que l’engrenage du pignon du régulateur et de la dernière roue du rouage éprouve la moindre perturbation. Le cadre porte un cercle gradué, sur lequel on peut inscrire directement les mouvements horaires des astres ; ce qui dispense de tout calcul. Cette disposition est indiquée par les figures 7 et 9 ; elle concerne un régulateur à ailettes, dont la description sera donnée ci-dessous. Dans les applications astronomiques, avec une inclinaison qui ne dépasse pas 26°, on peut suivre le mouvement de la lune : on avait pu craindre qu’il ne fût nécessaire, pour obtenir ce résultat, d’ajouter des galets au manchon; mais l’expé-riencê a montré que, sous cette inclinaison, le régulateur, non pourvu de galets, fonctionne encore d’une manière très-satisfaisante.
- La disposition que nous venons de décrire n’est pas applicable aux régulateurs de la première classe, ceux-ci n’étant sujets qu’à des changements permanents de la vitesse de régime. M. Yvon Yillarceau résout le problème relatif à ces régulateurs au moyen d’un changement de calage de la masse principale, par rapport à la tige inférieure, et d’une variation de poids du manchon, combinés avec un mode spécial de compensation du système des tiges, que nous ne pouvons que mentionner.
- M. Yvon Villarceau s’est occupé, dans ces dernières années, de la construction des régulateurs à ailettes, avec la coopération de M. Bréguet. Il est parvenu assez rapidement à créer un type dont la simplicité et le bon fonctionnement méritent d’être signalés. Avant de le décrire, nous dirons un mot des premiers appareils qui ont été réalisés par ces Messieurs.
- M. Villarceau ayant reconnu que le système des masses constituant la masse M (fig. 2) pouvait se réduire à une ailette, complétée par une masse ayant la forme d’un parallélipipède ou d’un cylindre, a choisi le parallélipipède, cette solution lui présentant le plus haut degré de simplicité sous le rapport analytique. Toutefois, en vue de parer aux incorrections de l’exécution, il a voulu se ménager des moyens de réglage à posteriori. Comme les équations à satisfaire sont au nombre de quatre, il a adapté au parallélipipède trois petites masses mobiles le long de tiges filetées, et s’est réserve de faire varier, au besoin, le poids du manchon. En outre, il a pensé que les dernières
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- traces d’inexactitude, celles surtout qui proviendraient d’un défaut d’inégalité dans les systèmes partiels, pourraient être réduites par voie de compensation, si, au lieu de limiter à deux le nombre de ces systèmes, on le portait à trois. Ces prévisions ont été réalisées, en ce sens que les résultats obtenus ont été extrêmement satisfaisants. Deux de ces résultats ont été publiés; un troisième a dépassé les deux premiers, quant à la précision.
- Cependant il y avait lieu de songer à des modifications qui permissent de réduire les frais de construction des appareils. Deux voies étaient à explorer : i° remplacer le parallélipipède et ses trois vis réglantes par une disposition plus simple, au point de vue de la construction ; 2° revenir au système des deux ailettes, si les progrès accomplis par les ouvriers le permettent. M. Villarceau a résolu la première question, et l’habileté de M. Roger, l’un des ouvriers de M. Bréguet, a suffi pour obtenir, avec deux ailettes, une précision que l’on n’avait osé espérer que d’un régulateur à trois ailettes. Disons immédiatement que ces deux modifications ont suffi pour faire baisser de 900 francs à 260 francs le prix d’un régulateur isochrone à ailettes. Il y a là un progrès incontestable, que nous sommes heureux de signaler aux physiciens et aux astronomes.
- Yoici comment M. Yillarceau a été conduit à la suppression du parallélipipède. Les conditions relatives au réglage sont indiquées par une théorie qui n’assigne aucune limite au déplacement angulaire des tiges oscillantes, mais, en réalité, l’amplitude de ces déplacements atteint à peine 1/8 de circonférence ; il s’ensuit que, presque toujours, il suffit d’effectuer trois variations, au lieu de quatre, qu’exigerait la théorie générale. Si, d’autre part, on dispose les masses de manière à leur faire jouer le rôle de masses principales et celui de masses réglantes, on diminuera le nombre des organes. Or on atteint effectivement ce but, en remplaçant le parallélipipède et les trois masses réglantes qui y sont adaptées, par deux masses cylindriques plus fortes que les masses réglantes du premier système et qui peuvent se déplacer le long de.deux tiges filetées. Ces masses fournissent ainsi deux moyens de réglage, le troisième s’obtient en faisant varier le poids du manchon.
- Le régulateur établi dans ces nouvelles conditions est représenté fig. (7) et (9). Les tiges filetées portant les masses cylindriques M0, M2 et les tiges inférieures A B sont implantées sur un disque cylindrique, dont l’axe coïncide avec celui de l’articulation A. Le même disque cylindrique est muni d’appendices formant la chape qui embrasse l’ailette à son extrémité supérieure. La marche du manchon D est limitée en haut par un buttoir N' fixé sur l’arbre central, et en bas, par un autre buttoir N, muni intérieurement d’un ressort à boudin, destiné à amortir l’effet du choc qui se produit quand on supprime brusquement le mouvement de rotation de l’appareil. Par ce nouveau système, les difficultés de construction sont considérablement réduites.
- La fig. (8) offre, en plan, la disposition d’un appareil à trois ailettes.
- Il nous reste à faire eonnaître la précision avec laquelle fonctionnent ces instruments.
- Afin que l’on juge du peu de différence entre la précision des appareils à trois et à
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- deux ailettes, nous allons présenter les résultats obtenus avec un des régulateurs de chacun de ces systèmes.
- 1° Régulateur à trois ailettes construit pour un observatoire particulier d’Anvers. — L’appareil a été soumis à l’action d’un poids moteur variable entre des limites pour lesquelles l’angle des tiges avec la verticale a varié de 7° à 48°; les observations, faites avec un chronomètre, ont duré, pour chaque position du système, 9m,358. On en a déduit la durée de 262tour,,83 du régulateur.
- Poids moteur* Durée de 262t,83 Excèa sur la moyenne,
- — — —
- 3\3 57®,50 — 0®,03
- 3,6 57,50 — 0,03
- 5,6 57,51 — 0,02
- 8,6 57 ,51 — 0,02
- 12,1 57,49 — 0,04
- 16,1 57,57 + 0,04
- 19 ,1 57,61 + 0,08
- 24,4 57,59 + 0,06
- 28,4 57,51 — 0,02
- moyenne 57®,53 moyenne rt 0S,04
- La moyenne 57s,53 est précisément le nombre correspondant à la vitesse qu’il s’agissait d’obtenir. L’écart moyen correspondant à ce nombre en est la 1439e partie, tandis que le poids moteur a varié de 3k,3 à 28\4 ou de 1 à 8,6.
- Si le fonctionnement de l'instrument était restreint aux limites 3k,3 et 12k,l, charges qui sont dans le rapport de 1 à 3,7,1a durée moyenne des 262tours,83 serait 57s,50 et l’écart moyen se trouverait réduit à moins de 0S,01 où du de la durée moyenne.
- 2° Régulateur à deux ailettes du nouveau système. — Cet instrument, commandé par M. Janssen, est l’un des deux qui ont été employés au Japon, pour l’observation du passage de Vénus.— Les observations faites dans chaque position ont duré 7m,23\
- Poids moteur* Angle des ailelles avec la Verticale* Durée de 400 tours* Excès sur la moyenne.
- — — — —
- 3k,7 42» 44®, 358 + 0®,019
- 4,7 38 344 + 0,005
- 6,4 33 347 +0,009
- 8,4 28 334 —0,005
- 11,0 23 309 — 0,030
- 14 ,7 18 320 —0,019
- 17 ,7 13 336 — 0,003
- 22 ,5 8 44 ,367 +0,028
- moyenne 44 ,339 n_ 0,019
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- L’écart moyen est, comme on voit, inférieur à bien que le poids moteur ait varié de 3k,7 à 22k,5, ou dans le rapport de 1 à 6.
- Il semblerait, d’après ces nombres, que la précision du nouvel appareil n’est point inférieure à celle du régulateur à 3 ailettes.
- Quant au succès obtenu dans la construction, il suffira de mentionner les corrections que M. Roger a dû effectuer pour obtenir le dernier résultat; ces corrections sont :
- Augmentation du poids du manchon...............96 milligrammes.
- Déplacement de la masse M...................... 0mB,,409
- — — M...................... 0 ,013
- L’obligation de livrer l’instrument dans un court délai et l’imperfection du mouvement d’horlogerie ont empêché d’examiner si l’on n’aurait pu obtenir une précision supérieure à celle dont on vient de présenter l’expression numérique.
- En somme, les applications de cet instrument se sont vite indiquées d’elles-mêmes. Indépendamment du régulateur construit pour la lunette équatoriale d’Anvers, et des deux employés au Japon, pour l’observation du passage de Vénus, il en a été construit pour d’autres usages que les observations astronomiqnes.
- M. Cornu, qui entreprend aujourd’hui de nouvelles expériences sur la vitesse de la lumière, par le procédé de la roue dentée de M. Fizeau, se sert, pour son cylindre enregistreur, d’un régulateur à deux ailettes.
- Enfin deux de ces régulateurs vont servir à M. Barney pour la réalisation d’un télégraphe—Morse rapide, et à M. d’Arlincourt pour son télégraphe autographique.
- P. S. — Depuis que cette note a été rédigée, la fabrication des régulateurs a fait quelques progrès dans les ateliers de M. Bréguet. Un chronographe, dont le rouage a été exécuté avec un très-grand soin, permet, actuellement, d’observer le mouvement des régulateurs avec une extrême précision. Cette circonstance a permis d’utiliser les avantages que l’on pouvait espérer de l’emploi de galets pour réduire le frottement du manchon.
- Nous pensons qu’on ne verra pas sans intérêt les résultats obtenus dans ces nouvelles conditions. Voici le tableau d’expériences faites, le 10 juin 1875, sur le régulateur n° 13, du nouveau modèle, lequel est muni de galets et de trois ailettes :
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- Poids moteur. Angle des tiges avec la verticale. Durée de 300 tours. Excès sur la moyenne.
- — — — —
- 6k,l 3* 29s,9971 — O",0044
- 8 ,t 8 30 ,0113 + 0,0097
- 10 ,5 13 30 ,0083 + 0,0068
- 14 ,0 18 30 ,0048 + 0 ,0033
- 18 ,9 23 30 ,0007 — 0,0009
- 24 ,4 28 30 ,0034 + 0 ,0019
- 32 ,5 33 29 ,9907 — 0,0108
- 40 ,0 38 29 ,9960 — 0,0056
- moyenne 30s,0015 Zt0%0063
- Ce tableau montre que, entre les charges extrêmes 6k,l et 40*,0, dont le rapport est celui de 1 : 6,56, l’écart maximum — 0*,0108 n’est, en réalité, que la 2778e partie de la durée moyenne, et l’erreur moyenne db 0,0063 en est seulement la 4760e partie.
- Si l’on veut obtenir, avec le même appareil, une précision encore plus grande, il suffira de maintenir la charge motrice entre les limites 8\1 et 24\4, dont le rapport est 3, chiffre déjà considérable. Dans ces limites, la durée moyenne de 300 tours est 30*,0057 et les écarts des cinq observations correspondantes se réduisent à
- + 0*,0056
- + 0 ,0026
- — 0,0009
- — 0,0050
- -0,0023
- moyenne ±0S,0037
- L’écart maximum relatif n’est plus ici que de -—j, tandis que l’écart moyen s’abaisse
- X * a #060 *
- Tel est le point où est parvenue la fabrication des régulateurs isochrones dans les ateliers de M. Bréguet.
- LÉGENDE RELATIVE AU RÉGULATEUR A AILETTES, REPRÉSENTÉ PLANCHE 36.
- La figure (7) montre un appareil à deux ailettes et à galets, vu de face.
- La figure (9) montre le même appareil vu de côté.
- H H, mouvement d’horlogerie; C, axe de la roue dentée qui commande le régulateur.
- K K K, châssis mobile autour du centre C, au moyen d’un bras C, terminé par un index ; l’index parcourt un quart de cercle gradué et est fixé au moyen de la vis E ; la
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- graduation que le dessin donne en degrés peut être remplacée par une graduation où on lit directement le mouvement horaire des astres en ascension droite.
- GY est l’axe vertical du régulateur ; CYf est une position inclinée du même axe; K' est la position correspondante du châssis mobile, E' celle de la vis E.
- F, frein muni d’un ressort hémi-circulaire, servant à arrêter le mouvement de rotation du régulateur.
- A A, traverse horizontale fixée à l’arbre central.
- A' A', traverse mobile se mouvant solidairement avec la douille ou manchon D D.
- G, G, galets servant à réduire le frottement du manchon sur l’arbre central.
- AB, A'B, tiges articulées entre elles au point B et, avec les traverses inférieure et supérieure, en A et A'.
- L, L, ailettes en aluminium.
- A M0, A M2, tiges supportant les masses cylindriques M0 et M2; ces tiges, ainsi que les tiges A B et les ailettes, sont implantées sur un même disque cylindrique dont le centre est en A.
- N et N\ buttoirs servant à limiter les excursions du manchon ; le buttoir inférieur est muni, intérieurement, d’un ressort à boudin, pour éviter les chocs qui se produiraient à la suite d’un arrêt brusque du mouvement de rotation.
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- MORT DE SIR CHARLES WHEATSTONE.
- L’Angleterre est en deuil et avec elle le monde savant tout entier, car une de ses gloires les plus pures vient de disparaître après avoir tracé dans le champ de la science un sillon lumineux du plus vif éclat.
- Sir Charles Wheatstone, le dernier survivant de ce groupe de savants illustres qu’il formait avec Faraday et Graham et dont s’enorgueillissent, à si juste titre, nos voisins, est mort le 19 octobre dernier, à Paris. Une bronchite capillaire compliquée l’a enlevé d’une manière en quelque sorte foudroyante, malgré les soins empressés de deux éminents praticiens, MM. les docteurs Barth et Guéneau de Mussy, appelés immédiatement auprès de lui par M. Dumas, qu’une longue amitié unissait à l’illustre physicien et à qui était réservée la douleur de l’assister à ses derniers moments.
- Un service religieux, célébré au temple de l’église réformée de la rue d’Aguesseau, réunissait autour de son cercueil un grand nombre de membres de l’Institut, de professeurs de la Faculté des sciences et de l’École normale ;
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- étaient également représentés à cette cérémonie le Ministère de l’instruction publique, la Faculté de médecine, l’Administration des lignes télégraphiques , l’École polytechnique, l’École des mines, l’École des ponts et chaussées, l’École centrale des arts et manufactures et la Société d’encouragement pour l’industrie nationale (1).
- Le deuil était conduit par un des fils de sir Charles Wheatstone. S. Exc. lord Lyons, ambassadeur d’Angleterre, avait voulu représenter son pays à cette triste solennité.
- A l’issue de la cérémonie, deux membres de l’Académie des sciences, MM. Dumas, en sa qualité de secrétaire perpétuel, et Tresca, sous-directeur du Conservatoire des arts et métiers, ont prononcé les discours suivants :
- Discours de M. Durons.
- « Messieurs, il y a quelques jours, sir Charles Wheatstone, de passage à Paris, assistait à la séance de l’Académie des sciences, à laquelle il appartenait au titre le plus élevé, celui de l’un de ses huit associés étrangers.
- « La Compagnie apprenait bientôt, avec la plus vive sollicitude, qu’un mal grave et soudain menaçait les jours du savant illustre qu’elle était accoutumée, depuis plus d’un demi-siècle, à considérer comme l’un de ses collaborateurs les plus pénétrants.
- « Sir Charles Wheatstone s’éteignait mardi, à deux heures, au milieu de sa famille en pleurs, accourue pour l’assister à ses derniers moments.
- « L’Académie des sciences, tout entière, a voulu témoigner, par sa présence à ces prières d’adieu, combien est grand son deuil. L’Angleterre, émue de la nouvelle perte qu’elle éprouve parmi les illustrations de la science dont elle aime à s’honorer, rendra un hommage plus solennel que le nôtre à la mémoire de sir Charles Wheatstone ; elle n’apportera pas, dans ce témoignage de sa douleur et de ses regrets, un sentiment plus profond que celui qui anime, en ce moment et en ce pays, les amis affligés de notre éminent confrère et les admirateurs attristés de son génie.
- « La circonstance et le lieu ne permettent pas de signaler tous les travaux qui ont illustré la vie laborieuse de sir Charles Wheatstone et d’en montrer l’enchaînement, les résultats prochains et les conséquences éloignées. Comment se rappeler, sans émotion cependant, les heures si douces passées dans son intimité au milieu de ce laboratoire rempli de tant de merveilles, fruit du travail de ses mains et des inspirations de son génie? Il n’est pas de questions délicates se rattachant à l’acoustique, à l’optique,
- (1) Dans sa séance générale du 28 mars 1873, la Société a décerné à sir Charles Wheatstone la grande médaille d’Ampère. (Yoy. 2« série, t. XX, p. 261.)
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- et surtout à l’électricité, qu’il n’ait abordées et sur lesquelles il n’ait répandu de vives clartés. Il en est plusieurs qui l’ont conduit à des découvertes de la plus haute valeur pour la science pure, ou d’un caractère pratique propre â les rendre populaires.
- « Lorsqu’on examine au stéréoscope ces vues étonnantes des pays lointains, ou de montagnes inaccessibles, ces reproductions saisissantes des grands monuments de l’Égypte, de la Grèce ou de l’Italie, on ne saurait oublier que l’instrument qui les reproduit sous nos yeux avec leur perspective, leurs plans et leur solidité a été inventé par sir Charles Wheatstone, non par un hasard heureux ou par des tâtonnements pénibles,, mais par une suite d’études délicates et profondes sur la physiologie de la vision. Mettant à profit les formules sévères de l’optique et l’observation des phénomènes fugitifs des sensations perçues par l’œil, il découvrait par quels artifices des dessins plats peuvent donner le sentiment exact, l’illusion complète du relief.
- « Ainsi est née cette industrie nouvelle qui, perfectionnée par son illustre compatriote Brewster, occupe aujourd’hui des milliers d’artistes et d’ouvriers, et contribue aux jouissances intellectuelles de millions de créatures civilisées.
- « Vers la même époque de sa vie, sir Charles Wheatstone avait donné une forme pratique à la pensée d’Ampère. Son télégraphe électrique, l’un des premiers qui ait fonctionné sur une ligne de quelque étendue, a été remplacé par des combinaisons plus heureuses, mais le nom de notre confrère garde sa place dans l’histoire de la télégraphie nouvelle. Il s’en est rendu digne, non-seulement par cet effort, mais aussi par une longue et persévérante succession d’études et d’inventions destinées à rendre la combinaison des appareils télégraphiques plus sûre, leur maniement plus facile et à écarter de leur jeu toutes les causes de trouble.
- « C’est ainsi que sir Charles Wheatstone a été conduit à rechercher avec quelle vitesse l’onde électrique se propage le long d’un fil métallique ; par quelles causes son transport peut être retardé, arrêté ou ramené vers le point de départ.
- « C’est ainsi qu’en changeant la nature des métaux chargés de livrer passage au courant électrique il constatait que l’étincelle qui se dégage de chacun d'eux émet des rayons colorés caractéristiques, préludant déjà à la découverte de la spectroscopie faite pour étonner bientôt le monde savant.
- « C’est encore ainsi qu’ayant à mesurer la marche rapide de l’électricité dans un fil métallique, égale à celle de la lumière, il inventait l’admirable méthode des miroirs tournants, dont Arago, qui la qualifie en ces termes, et ses collaborateurs devaient faire un si noble emploi.
- « Cette méthode admirable, en effet, permit à Arago, couronnant l’œuvre de sa vie scientifique, de tracer d’une main sûre le plan de l’expérience fondamentale qui devait décider si la lumière est un corps émané du soleil et des astres ou un mouvement ondulatoire excité par eux.
- « Exécutée par un expérimentateur consommé, elle donna tort à la théorie de l’émission. Cette méthode a donc fourni à la philosophie des sciences la donnée cer-
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- taine sur laquelle reposent nos idées sur la nature des forces et, en particulier, sur celle de la lumière. A l’aide de cet artifice, ou d’un artifice analogue, on est parvenu même à mesurer la vitesse de la lumière par des expériences purement terrestres qui, poursuivies sous une forte impulsion, ont contrôlé la mesure de la distance de la terre au soleil.
- « La durée de mouvements rapides comme la pensée, ou même plus rapides qu’elle, est donc mesurée sans incertitude par la méthode des miroirs tournants ou par des procédés se rapprochant de son principe. Cette méthode, qui rendra le nom de sir Charles Wheatstone immortel, marque une date et caractérise une époque dans cet art difficile de consulter la nature, base solide de la science moderne.
- « C’est ainsi que sir Charles "Wheatstone, rattaché par ses plus belles découvertes aux travaux de l’école française et honoré de l’amitié d’Arago, était accoutumé, depuis longtemps, à venir au milieu de nous, tantôt pour prendre quelque repos, plus souvent encore pour nous donner les premiers fruits de ses récents travaux. Les belles traditions, qui, depuis plus de deux cents ans, unissent d’une manière si étroite l’Académie des sciences de Paris et la Société royale de Londres, également vouées à l’invention et au perfectionnement, se personnifiaient dans notre illustre confrère.
- « Si le savant a toujours une patrie à laquelle il se doit tout entier, la science n’en a pas ; les lumières que le génie répand sont la propriété commune des nations civilisées ; la reconnaissance qu’elles en éprouvent et qu’elles en font éclater donne à la fois la mesure du bienfait qu’elles ont reçu et celle du niveau moral et intellectuel auquel elles sont parvenues.
- « Rendre au génie les hommages qui lui sont dus, sans acception de pays ou d’origine, c’est s’honorer soi-même. L "Académie des sciences de Paris, toujours sympathique à la science anglaise, n’hésitait pas, au milieu des temps troublés des guerres de l’Empire, à décerner un grand prix à sir Humphrey Davy. Au sein de la paix, elle remplit avec tristesse un devoir d’affection envers l’un de ses plus nobles successeurs, en se réunissant autour de son cercueil pour lui rendre un hommage suprême. Associé étranger de l’Académie, exerçant à ce titre, par un rare privilège, tous les droits de ses membres pendant sa vie, nous avions à remplir envers sa dépouille mortelle les mêmes devoirs que nous rendons à nos confrères nationaux.
- « La mémoire de sir Charles Wheatstone vivra au milieu de nous non-seulement par les découvertes et les méthodes dont il a doté la science, mais aussi par le souvenir des rares qualités de son cœur, de la droiture de son caractère et du charme plein d’aménité de ses rapports personnels.
- « Les amis qu’il laisse au milieu de nous, n’ayant pu fléchir le destin, espèrent, du moins, avoir contribué par leurs soins à adoucir les derniers moments de sa vie; de cette vie qui s’éteignait, hélas ! loin de la patrie aimée, loin du foyer domestique, loin de ce milieu familier dont le souvenir doux et puissant se ranime à la dernière
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- heure, et que le regard cherche encore une fois avant que l’âme se séparant de sa dépouille mortelle s’élève vers un monde meilleur.
- « Adieu ! Wheatstone, adieu, au nom de l’Académie et de la science ; au nom de l’amitié qui nous unissait depuis quarante années, adieu ! »
- Discours de ü. Tresca.
- « Messieurs, je comptais, à titre d’ami et d’admirateur de sir Charles Wheatstone, lui rendre silencieusement un dernier hommage au milieu de mes confrères, lorsque le président de notre Compagnie m’a fait savoir qu’il me chargeait de dire, sur ce cercueil, quelques mots d’adieu, en son nom.
- « Pourquoi faut-il qu’une indisposition, peu grave d’ailleurs, de M. Frémy l’ait engagé à m’imposer cette lourde tâche, que tout autre aurait mieux remplie? Notre président s’est rappelé sans doute les nombreuses occasions que nous avons eues, dans les concours officiels, en Angleterre, de nous louer ensemble de la sûreté des relations que nous y avons toujours rencontrée et dont nous apprécions, tous deux, la valeur au même prix. Nous avons éprouvé, maintes fois, que, si l’estime d’un savant anglais ne s’acquiert pas avec facilité, elle lui est ensuite sacrée jusqu’à la mort.
- « Il y a près d’un quart de siècle que j’avais, avec Wheatstone, cette sûreté de commerce bien rare, et c’est ce qui m’a permis de ne pas trop m’effrayer d’avoir à vous rappeler les services du savant pratique, alors qu’une voix bien plus autorisée s’est chargée d’une appréciation plus haute, dans laquelle il a déjà surabondamment suppléé à mon insuffisance.
- « Wheatstone était professeur au King’s College lorsqu’il fit connaître successivement ses trois grandes découvertes : la stéréoscopie, la vitesse de l’électricité, le télégraphe électrique, trois merveilles auxquelles il a su donner une grande place en ce monde et qui l’ont occupé jusqu’à ses derniers moments.
- «c Dans ses recherches sur la physiologie de la vision, qui remontent à 1833, mais qui n’ont eu leur sanction en Angleterre qu’en 1838, et trois ans plus tard en France, Wheatstone a posé les principes qui ont, en particulier, permis de représenter les objets géométriques par deux figures distinctes, qui paraissent se confondre pour les deux yeux, mais qui donnent la perception nette et précise de l’objet lui-même en relief. Les observations sur lesquelles cette application est basée parurent, dès leur apparition, d’une grande finesse, et l’alliance de la photographie vint bientôt donner à cette découverte une immense popularité ; le stéréoscope n’est-il pas, en effet, devenu l’instrument de physique le plus répandu et le mieux compris?
- « Wheatstone s’est, pour ainsi dire, révélé tout d’un coup dans sa carrière scientifique, car c’est vers le même temps, en 1834, qu’il a publié les expériences à l’aide desquelles il était parvenu à prouver que la vitesse de l’électricité est de même ordre que celle de la lumière; puis, précisant davantage les éléments numériques de cette
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- étonnante vélocité, qui devait l’occuper sans relâche, il indiquait, pour la vitesse de l’électricité, l’énorme chiffre de 333 800 kilomètres par seconde.
- « Cette détermination ne fit nulle plift plus de sensation que chez Wheatstone lui-même ; un pareil fait défiait le temps ; il devait être possible d’en profiter pour établir des communications à distance.
- « Toute l’histoire de la télégraphie électrique est là ; elle appartient, d’ailleurs, par ses précédents les plus essentiels, au xixe siècle. Yolta découvrait, en 1800, le courant voltaïque ; OErsted et Ampère démontraient bientôt sa force motrice; Arago constatait ses effets d’aimantation ; Wheatstone, en 1837, l’applique à la transmission des dépêches à distance; il prouve, en 1843, que cette distance peut être de 100 lieues et plus; presque aussitôt il montre que le courant détermine, dans ces conditions, des effets mécaniques sensibles.
- « Les éléments essentiels de la télégraphie électrique s’étaient développés dans l’intervalle, sous l’impulsion d’un grand nombre de chercheurs. Il ne faudrait pas croire, en effet, qu’à cette époque de la constatation de la vitesse de l’électricité Wheatstone en ait seul compris l’importance, car nous lisons, dans une histoire de la télégraphie, qu’il avait pu enregistrer, quelques années plus tard, les noms de soixante-deux inventeurs qui, tous à la fois, prétendaient à la découverte.
- « Le télégraphe magnéto-électrique de Steinheil était décrit à l’Académie le 10 septembre 1838, bien qu’il eût été, paraît-il, construit dès le mois de juillet précédent. La patente de Wheatstone, en Angleterre, date du 12 juin 1838 ; premier en date légale, il est aussi le premier qui en ait fait l’objet d’une communication publique, à Paris, le 8 janvier 1838; à Bruxelles, le 10 février suivant.
- « Le vénérable doyen de notre section de physique, dans son histoire de l’électricité, s’exprime, d’ailleurs, en des termes que nous devons reproduire :
- « M. Stheinheil, vers 1837, construisit le premier télégraphe à aiguille, en faisant « usage, comme MM. Gauss et Weber, de courants magnéto-électriques pour le faire « fonctionner. La même année, M. Wheatstone en Angleterre, etM. Morse en Amé-« rique, firent connaître, le premier, le télégraphe à cadran, le second le télégraphe « enregistreur qui porte son nom ; ces appareils alors devinrent usuels, et, dès ce « moment, on put considérer la grande découverte de la télégraphie électrique « comme acquise à l’industrie. »
- « Les résultats si saisissants auxquels Wheatstone était parvenu , à l’aide de son premier appareil, l’encouragèrent à le perfectionner; son brevet de 1840, pris au nom de son mandataire, M. Irwing, comme celui du 1er février 1838, eut, d’ailleurs, un plus grand retentissement. Avant tout autre, il fonctionna sur un chemin de fer fiançais, de Paris à Saint-Germain et à Versailles, après avoir été adopté en Angleterre sur toutes les lignes alors existantes.
- « La lutte que Wheatstone eut à soutenir, déjà accentuée au point de départ, ne fut pas moins vive au fur et à mesure des perfectionnements successifs. Il n’est pas
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- jusqu’à son associé qui ne lui ait causé de graves conflits d’antériorité, et il n’a fallu rien moins qu’une sentence arbitrale, signée des noms illustres de Daniell et de Brunei, pour rendre au persévérant inventeur la justice qui lui était due.
- « Nous devons constater, ici, qu’il a définitivement triomphé des obstacles qui lui avaient été opposés.
- « C’est à la suite de ses premiers perfectionnements et de ses expériences que Wheatstone avait été nommé correspondant de l’Académie dans la section de physique; il appartenait ainsi à l’Institut de France depuis trente-trois ans; il n'y en a que deux qu’il avait été élu l’un de nos associés étrangers, le 30 juin 1873.
- « Pendant tout ce temps, Wheatstone ne s’est pas arrêté, sa préoccupation constante était d’améliorer la télégraphie et ses applications.
- « Sa création des relais était comme une nouvelle invention du télégraphe lui-même, puisqu’elle en agrandissait indéfiniment le domaine ; il nous communiquait, en 1869, son télégraphe écrivant; il obtenait par son cryptographe indéchiffrable, d’une remarquable simplicité, le moyen de modifier à son gré l’alphabet et de rendre ainsi les dépêches secrètes. On lui doit l’appareil de résistance connu sous le nom de pont de Wheatstone, pour la vérification des diverses causes de dérangement dans les lignes.
- « Dès 1840, le Bulletin de l’Académie de Bruxelles constate qu’il avait appliqué le principe de son télégraphe à faire lire simultanément, en un grand nombre de lieux, l’heure donnée par une seule horloge régulatrice; enfin, ne pouvant tout citer, nous indiquerons, en terminant, son enregistreur électro-magnétique des observations météorologiques. La météorologie n’est devenue une science pratique que du jour où l’on a pu connaître, à l’aide du télégraphe, les conditions climatériques, constatées sur de vastes régions en même temps.
- « Si grands que soient les services ainsi rendus par Wheatstone, il nous a paru qu’un mot pourrait, cependant, en faire apprécier l’importance. Si, pendant les quelques instants que nous consacrons, dans ce temple, à la dépouille mortelle de notre regretté confrère, nous pouvions supposer que le télégraphe électrique a imité notre recueillement, cette cessation d’une heure à peine aurait déjà troublé, dans ses relations, l’humanité tout entière : la pensée devenue sans messagère, le service des chemins de fer privé de sécurité, ce ne seraient là que deux des mésaventures dont le génie de Wheatstone nous a si heureusement délivrés.
- « Que sa mémoire en soit bénie !
- « Il nous laisse ses découvertes, mais son nom restera glorieux parmi nous. Jamais il n’a été plus impossible de croire qu’une autre récompense ne lui soit pas assurée !
- « Adieu donc, cher et illustre confrère, adieu! au nom de l’Académie des sciences, qui perd en vous l’un des plus dignes novateurs de notre temps. C’est bien le moins qu’elle cherche à remplacer, dans ces tristes circonstances, une patrie absente, alors que, venu plein de santé, il y a tout au plus quelques semaines, guidé surtout par le
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- désir de nous faire connaître encore des horizons nouvellement découverts dans les méthodes télégraphiques, vous devenez, par notre deuil même, une nouvelle occasion d’honneur pour les savants français, appelés ainsi à rendre les derniers devoirs à l’un des représentants les plus considérables de la science moderne. »
- Après la cérémonie, le corps de sir Charles Wheatstone a été immédiatement transporté en Angleterre ; le journal le Times a publié, à cette occasion, un article extrêmement intéressant, dont nous nous empressons de donner la traduction.
- « A l’occasion des funérailles de sir Charles Wheatstone, qui ont eu lieu, le 27 octobre, à Kensal-Green, nous pensons qu’il n’est pas inutile de rappeler ici les grands services dont le monde est redevable à cet homme éminent.
- « Charles Wheatstone, né en 1802, à Glocester, acquit son instruction élémentaire dans une école particulière ; sa jeunesse et ses premières années viriles furent consacrées à la fabrication des instruments de musique, ainsi qu’à des expériences sur la nature et les lois du son. C’est à cette époque qu’il étudia d’une manière toute spéciale la fabrication des lames de ressort vibrantes {Vanche libre), qui forment la base des instruments de la classe des accordéons, instruments auxquels il apporta plusieurs perfectionnements. Il construisit également un violon dont on pouvait jouer à volonté soit mécaniquement, soit de la manière ordinaire.
- « En 1823, il publia, dans les Philosophical Annals, un mémoire traitant de nouvelles expériences sur le son, qui excita vivement l’attention des physiciens, et fut reproduit, l’année suivante, dans les Annales de chimie et dans les Schweigger’s Jahrbuch. C’est un sujet qui, on peut le dire, n’a jamais cessé de l’occuper et où il a trouvé la première occasion de faire preuve de cette puissance d’imagination sans rivale qui se révèle surtout dans ses inventions mécaniques, et qui, jusqu’à sa dernière heure, a été le caractère distinctif de son génie.
- « Quatre ans plus tard, Wheatstone fit paraître, dans le Quarterly journal of Science, ses Expériences sur l’audition [Experiments on audition), suivies de la description d’un instrument dit kaléidophone ou kaléidoscope phonique, sorte de jouet de physique servant à reproduire certains phénomènes intéressants de l’acoustique et de l’optique. Cet instrument consiste, comme on sait, en une lame vibrante, dont l’une des extrémités est fixe et dont l’autre porte une petite sphère argentée ; dès qu’on met cette lame en vibration, la lumière reçue par la sphère est réfléchie sur un écran convenablement disposé, où l’on aperçoit des images d’une grande beauté, représentant l’étendue et le caractère des vibrations produites et variant nécessairement, suivant la
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- rapidité de ces vibrations, c’est-à-dire suivant la tonalité. On trouvera dans les Lectures sur le son, du professeur Tyndall, une description complète avec figures de ces phénomènes.
- « L’année suivante (1828), Wheatstone publia un travail sur la résonnance des colonnes d’air, et en 1831 un autre travail sur la transmission des sons musicaux à travers des conducteurs linéaires solides. Des expériences relatives à ces derniers phénomènes furent faites peu de temps après à l’Institut polytechnique (Polytechnic Institution), où le public fut appelé à voir fonctionner un nouvel appareil, le téléphone, destiné à les réaliser. Différents instrumentistes étaient placés dans le sous-sol du bâtiment, et les choses disposées pour que les sons qu’ils produiraient fussent conduits par des tiges rigides traversant une salle du rez-de-chaussée et arrivant à l’étage au-dessus dans une salle de concert ou elles aboutissaient à des tables d’harmonie : chose curieuse, dès que les instrumentistes jouaient, on n’entendait rien au rez-de-chaussée, tandis que dans la salle de concert, le public jouissait de l’exécution comme si elle avait lieu en sa présence.
- « En 1831, dans une séance de Y Association britannique, Wheatstone démontra expérimentalement la théorie de Bernoulli sur les instruments à vent, et en 1833 il donna lecture à la Société royale d’un Mémoire sur les figures produites par le sable répandu sur des surfaces vibrantes, figures que le professeur Tyndall explique et répète également dans toutes ses lectures. L’étude de ces phénomènes acoustiques, qui témoigne de l’esprit d’investigation de Wheatstone, peut être citée comme l’une des plus remarquables qui ont signalé les premières années de sa carrière de savant. C’est, en effet, à l’aide de quelques simples rapports géométriques qu’il a établi le principe de la superposition des petits mouvements, et que, sans avoir recours à quelque savante analyse mathématique, il a réussi à déterminer à l’avance les figures que doivent produire une série de vibrations données.
- « En 1835, nouveau Mémoire présenté à Y Association britannique, lequel traite de différents essais faits pour imiter la vois humaine par des moyens mécaniques. Ce Mémoire conduisit Wheatstone à la construction de sa machine parlante, qui imitait avec une grande exactitude certains sons articulés ; jamais cette machine ne fut abandonnée complètement par lui, et jusque dans ces derniers temps il travaillait encore à la perfectionner. Il ne faut pas oublier de noter que l’analogie qui existe entre les ondes lumineuses et les ondes sonores semble avoir attiré de bonne heure l’attention de l’illustre physicien.
- « Ici vient se placer une communication importante qu’il fit en 1838, en même temps, à la Société royale et à l’Association britannique, relativement à un phénomène remarquable de la vision binoculaire, resté jusqu’alors inaperçu et pour la démonstration duquel il exposa un nouvel appareil de son invention, le stéréoscope. Considérée au point de vue de la science pure et abstraction faite de sa valeur pratique, cette découverte est peut-être la plus importante parmi toutes celles dont l’en-
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- semble constitue l’œuvre de Wheatstone. C’est, en effet, incontestablement à lui qu’est dû d’avoir découvert que la perception du relief d’un objet est le résultat du travail de superposition qui se fait dans l’esprit de l’observateur, lorsqu’il regarde deux images symétriques de cet objet convenablement disposées. Sir David Brewster a proclamé lui-même, à cette époque, dans plusieurs réunions de l’Association britannique, l’importance de cette nouvelle conquête faite dans le domaine de la physique, et il n’a pas hésité à la qualifier comme la plus remarquable dont se soit enrichie l’étude de la vision binoculaire. Le premier stéréoscope de démonstration de Wheatstone était uu stéréoscope à réflexion ; mais bientôt il obtint les mêmes résultats avec le stéréoscope à réfraction, construit avec des prismes auxquels furent postérieurement ajoutées des lentilles convexes destinées à amplifier les images. La seule part qui doive être faite à Brewster, c’est l’idée qu’il eut d’employer, pour produire le même phénomène, deux demi-lentilles disposées dissymétriquement, c’est-à-dire dos à dos, et de supprimer ainsi les prismes, dont la fabrication est beaucoup plus chère ; mais c’est à un opticien français, M. Duboscq, qu’il appartient d’avoir donné au stéréoscope la forme pratique qu’on lui connaît et qui l’a popularisé, grâce au concours de la photographie (1).
- « C’est à la première Exposition universelle, qui eut lieu à Londres en 1851, que le public vit un stéréoscope établi par M. Duboscq, et entendit parler, en quelque sorte pour la première fois, de cette invention, bien que, quelques années auparavant, le docteur Carpenter, dans ses conférences sur la physique, avait fait plusieurs expériences pour démontrer le phénomène découvert par Wheatstone. Rappelons à cette occasion qu’à l’époque de l’Exposition une certaine polémique s’éleva au sujet de la paternité du stéréoscope, qu’on ne prétendait rien moins qu’attribuer à Brewster. On objectait d’abord que, sans l’idée des deux demi-lentilles, l’instrument serait resté dans l’oubli, et ensuite que le principe sur lequel il est fondé n’était pas nouveau ; mais c’est Brewster lui-même qui a répondu d’avance à cette dernière objection dans l’Encyclopédie de Lardner, où, antérieurement à l’apparition du premier Mémoire de Wheatstone, il écrivait, à propos du défaut de symétrie des deux images, qu’il y avait là une difficulté à surmonter.
- « En 1852, Wheatstone présente à la Société royale un nouveau Mémoire sur la vision binoculaire, dans lequel il décrit les effets obtenus à l’aide d’un nouvel instrument de son invention, le pseudoscope; on sait que cet appareil permet de faire voir par l’œil droit l’image qui était destinée à l’œil gauche et réciproquement, interversion qui produit cette curieuse illusion que les creux paraissent en relief et les reliefs en creux. Voici ce que la Revue d’Edimbourg disait à ce sujet dans son numéro d’octobre 1858 :
- (1) On trouvera un historique complet du stéréoscope dans un Rapport fait à la Société d’encouragement par M. Lissajous. (Voy. Bulletin de 1857, 2* série, t. IV, p. 707.) (M.)
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- « Lorsqu’un observateur regarde la concavité d’une coupe ou d’un bassin au tra-« vers du pseudoscope, il est rare qu’il ne l’aperçoive pas d’abord sous sa forme « réelle ; mais en prolongeant la vision il ne tarde pas à être témoin de l’interversion « qui s’opère. Ce qu’il y a de curieux, c’est que, tandis que pour certaines personnes « le phénomène semble se produire tout à coup comme si le fond du bassin se retour-« riait, pour d’autres, au contraire, il s’accomplit graduellement, la concavité se « transformant peu à peu en surface plane, et celle-ci en surface convexe. Souvent, « après que le phénomène a été perçu, la forme véritable de l’objet réapparaît « encore tantôt brusquement, tantôt lentement, et pour une période de temps plus ou « moins courte ; après quoi, la pseudo-convexité du bassin reparaît, s’imposant, en « définitive, à l’esprit qui n’éprouve plus alors d’hésitation. Bien plus, à partir de ce « moment, si l’observateur ne laisse qu’un faible intervalle entre les visions succes-« sives, il devient tellement habitué à la forme convexe du bassin, qu’il ne peut plus « distinguer sa forme véritable. Des caprices de vision se présentent encore quelque-« fois dans ces expériences, mais il est assez difficile d’en donner une explication « certaine... »
- « Dans le second Mémoire auquel il vient d’être fait allusion, on sent que, en même temps qu’il cherche dans les lois de la physique l’explication des phénomènes qu’il expose, l’auteur, tout en faisant la part de l’influence du système nerveux, ne craint pas d’aborder le domaine de la physiologie. C’est qu’en effet, à celte époque, son esprit était attiré par certains problèmes physiologiques, et surtout par la méthode en quelque sorte mécanique que prétendaient employer, pour les résoudre, les partisans de Gall et de Spurzheim. Wheatstone était alors un membre zélé de la Société phré-nologique de Londres, ayant à sa tête, comme président, le docteur Elliotson, et un jour, dans une des séances de cette Société, il lut un travail sur le rêve et le somnambulisme, travail qui fut inséré dans le journal the Lancet, où par suite d’une erreur typographique son nom est écrit Weisten. On sait ce qu’en présence des recherches sur l’anatomie comparée et sur la fonction du système nerveux sont devenues ces fameuses théories hypothétiques qui, sous le nom de phrénologie, ont fait tant de bruit pendant quelques années. Bien qu’à l’époque dont nous parlons, ces recherches ne fussent pas encore connues, il est plus que probable qu’une intelligence aussi robuste que celle de Wheatstone n’a pas dû rester longtemps sous l’empire de pareilles fables. Ce qu’il a dit sur le rêve et le somnambulisme n’a donc rien ajouté à tout ce qu’on savait à ce sujet, mais son travail est remarquable, comme tout ce qui est sorti de sa plume, par l’extrême clarté avec laquelle il a su exposer des faits connus et en faire ressortir toutes les conséquences.
- « En 1834, Wheatstone est nommé professeur de physique au King’s College. C’est dans cette chaire même qu’il va procéder à une expérience destinée à exercer une large influence sur la direction future de ses travaux, et à attirer tout à coup l’attention du monde savant ; nous voulons parler de l’expérience qui tend à démontrer la vitesse
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- du courant électrique. Dans les caves de King’s College, il suspend un fil de cuivre isolé d’une longueur de plus de 800 mètres, et il en rapproche les deux bouts si près l’un de l’autre, que les deux étincelles se produisent presque en même temps. Mais, se dit Wheatstone, cette instantanéité n’existe peut-être que pour un œil non exercé; peut-être la vision n’en est due qu’à un retard d’impression, sur la rétine, de l’image de la première étincelle, et c’est alors qu’il imagine l’ingénieux appareil que nous allons décrire.
- Prenant une montre capable de marcher 30 heures et considérant la roue des secondes, il fait le raisonnement suivant : puisque cette roue accomplit une révolution entière en une minute, en trente heures elle en fait 1800. Mais si l’on décroche le grand ressort de telle sorte que, en remontant la montre, ce ressort se détende en cinq minutes, la roue des secondes accomplira, nécessairement, pendant ce temps, ses 1 800 révolutions, c’est-à-dire qu’elle fera 360 révolutions en une minute. Cela posé, il prolonge l'axe de cette roue et il y fixe un petit miroir d’acier, disposé pour qu’on puisse y voir, par réflexion, les étincelles du courant électrique. On comprend, de cette manière, que, si les deux étincelles ne doivent pas se produire simultanément, le miroir en réfléchira successivement les deux images ; et bientôt les prévisions du savant se réalisent ; l’apparition des deux étincelles dans le miroir a lieu en même temps, démontrant ainsi qu’elles ne sont séparées que par un intervalle de temps inférieur à 1/360 de minute ou 1/6 de seconde ! Mais ce n’est pas tout : il s’agit maintenant de développer l’application du même principe, en essayant d’apprécier la durée de l’étincelle, et Wheatstone se sert de la lumière de cette étincelle pour éclairer la surface d’un tableau de peinture monté sur un axe tournant; le tableau est mis en mouvement, et quelque rapides que soient ses révolutions, tous les contours du dessin sont distinctement aperçus pendant la durée de cette fugitive lumière, d’où cette conclusion que, pendant cette durée, le tableau a eu à peine le temps de commencer une révolution.
- « C’est la première des expériences que nous venons de relater qui semble avoir suggéré à Wheatstone l’idée d’employer l’électricité à la transmission de la pensée, idée discutée pendant quelques années par les physiciens, et qu’avait déjà réussi à réaliser jusqu’à un certain point feu Sir Francis Ronalds. Pendant l’une de ses leçons au King’s College, Wheatstone montrait à ses élèves une espèce de télégraphe à un seu aimant (système du baron Schilling) mû par deux galvanomètres. L’année suivante, M. W. F. Cooke, qui avait vu en Allemagne l’invention de Schilling, conçut l’idée d’un appareil de ce genre muni de trois aiguilles ; il était déjà entré en pourparlers avec une compagnie de chemins de fer pour en obtenir l’adoption, lorsque quelques amis, communs à lui et à Wheatstone (probablement Faraday et Roget), eurent la pensée de les présenter l’un à l’autre, et c’est grâce à cette intervention que s’établirent entre eux des relations d’amitié qu’une association ne tarda pas à cimenter. Pendant quelques années ils réunirent leurs efforts, l’un mettant h profit les ressources de sa
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- vaste et fertile intelligence pour interroger la science, et perfectionner le mécanisme de l’appareil télégraphique; l’autre apportant une indomptable énergie et un esprit essentiellement pratique pour arriver à une large adoption de cet appareil. Si donc M. Cookea eu le mérite, au point de vue des intérêts de l’association, d’avoir su habile* menttirer parti du premier télégraphe électrique, il est incontestable que les premières applications de cet appareil n’ont été rendues possibles que grâce au génie de son illustre associé et à la rare sagacité avec laquelle il savait tirer parti des principes de la science pour en déduire les éléments de ses combinaisons mécaniques.
- « Wheatstone fut un des premiers dans son pays, sinon le premier, à comprendre la belle et simple loi découverte par Ohm pour exprimer la relation qui existe entre la force électro-motrice, la résistance et le courant qui en résulte. En se rendant compte de la nécessité de réduire à son minimum le travail mécanique que doit accomplir ce courant pour être transmis à distance, il imagina l’échappement de son télégraphe à cadran, auquel il a donné le nom de propulseur. L’invention de cet organe si utile, celle des artifices mécaniques par lesquels un levier abaissé est relevé par l’abaissement d’un autre levier, celle enfin des moyens à l’aide desquels des courants positif et négatif sont alternativement produits par la rotation d’un barreau placé devant un aimant permanent muni de quatre armatures fixes, témoignent de son génie mécanique, non moins que la construction de son télégraphe automatique employé aujourd’hui d’une manière courante et qui permet d’envoyer des dépêches avec une rapidité jusqu’ici sans exemple.
- « Un jour, de malheureux dissentiments s’élevèrent entre les deux associés, dissentiments qui semblent devoir être surtout attribués à l’intervention maladroite de quelques personnes et sur lesquels nous n’avons pas à nous arrêter ici. Il en est résulté une séparation et de longues discussions auxquelles la mort seule est venue mettre fin; mais nous devons rendre hommage à la vérité, en disant que devant la tombe tout s’est apaisé, et que Sir W. F. Cooke a accompagné jusqu’à sa dernière demeure le corps de son ancien et illustre ami.
- « A partir de 1836 jusque dans ces derniers temps, Wheatstone semble s’être entièrement consacré à l’électricité. Écrire l’histoire de ses inventions dans cette branche de la physique, c’est écrire celle du télégraphe lui-même; on n’a qu’à en retrancher quelques excursions faites occasionnellement dans d’autres directions. Son télégraphe à cinq aiguilles a paru en 1837, le télégraphe alphabétique à cadran en 1840, le télégraphe imprimeur en 1841, puis de 1858 à 1860, différents perfectionnements à ces appareils, et de 1858 à 1867, le télégraphe automatique. On sait que, dans ce dernier, les contacts et les interruptions sont obtenus au moyen d’une bande de papier perforée, dont les trous sont convenablement disposés; de cette manière, on obtient une vitesse de transmission de 100 à 160 mots par minute.
- « En 1840, Wheatstone conçut l’idée d’un câble télégraphique sous-marin; il indiqua lui-même les difficultés que devait rencontrer le fonctionnement d’un semblable
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- appareil et les moyens à l’aide desquels on pouvait espérer les surmonter. En 1843, il présenta à la Société royale un Mémoire rendant compte de plusieurs procédés et instruments nouveaux servant à déterminer les constantes d’un circuit voltaïque (an account of several new instruments and processes for determining the constants of a voltaïc circuit) -, on peut dire que ce Mémoire a enrichi la science de l’électricité d’un nouveau chapitre, car il a servi à poser les bases fondamentales de la méthode employée aujourd’hui pour mesurer l’intensité des courants et qui remplace d’une manière si précise les appréciations trop vagues d’autrefois. C’est dans cet important travail qu’on trouve la description de la première application pratique de son ingénieux système de balance électro-métrique, connu sous le nom de pont de Wheatstone (Wheatstone’s bridge); l’auteur y parle également de la nécessité de créer une unité destinée à servir de base à la mesure des courants. Cette unité, dont l’étalon a été construit par lui en 1840, est représentée par un pied (0m,30) de fil de cuivre du poids de 100 grains (6^,45).
- « Citons encore parmi d’autres inventions son chronoscope électrique, instrument servant à enregistrer la vitesse des projectiles et son thermomètre-télégraphe permettant de connaître en tout temps la température des hautes altitudes. Enfin il venait d’imaginer un nouvel instrument Révélateur pour les câbles sous-marins, instrument cinquante fois plus sensible que les autres et consistant en un simple globule de mercure se mouvant librement dans un tube capillaire contenant de l’acide, ou réciproquement en une goutte d’acide se mouvant dans le mercure. C’est pour montrer ce nouvel et ingénieux instrument à ses collègues de l’Académie des sciences qu’il était venu dernièrement à Paris, lorsqu’il a été tout à coup atteint d’une bronchite qui l’a fatalement emporté en quelques jours.
- « Dans une esquisse aussi rapide que celle que nous venons de faire de l’œuvre de Wheatstone, on comprend qu’il soit impossible de tout dire ; on trouvera dans le Catalogue de la Société royale l’énumération de tous ses Mémoires, au nombre de trente et un, depuis celui qui contient ses expériences sur le gyroscope jusqu’à celui qui traite des ballons captifs. N’oublions pas, en terminant, de rappeler sa nouvelle méthode de détermination de l’heure solaire apparente par les changements diurnes du plan de polarisation de la lumière, ainsi que ses recherches sur les effets optiques de la juxtaposition des couleurs. Dans le vaste domaine des sciences physiques, on peut dire de Wheatstone qu’il est peu de sujets qu’il n’ait abordés, et que toutes les questions qu’il a traitées sont marquées au coin de son rare génie.
- « Est-il maintenant besoin de parler des nombreuses distinctions dont il s’est vu l’objet dans le cours de sa longue carrière? L’énumération suivante en donnera une idée. Il a été nommé membre de la Société Royale en 1836, chevalier de la Légion d’honneur en 1855, membre associé de l’Institut de France en 1873. Trente-quatre distinctions ou diplômes lui ont été décernés par divers gouvernements, universités et sociétés savantes : huit par l’Allemagne, six par la France, cinq par l’Angleterre, trois par la
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- Suisse, deux par l’Écosse, deux par l’Italie, deux par l’Amérique, une par l’Irlande, une par la Belgique, une par la Russie, une par la Suède, une par le Danemark et une par le Brésil. Chose curieuse, le Dictionnaire biographique de Poggendorff a commis, en 1863, la singulière méprise de le désigner comme un simple inventeur vivant du produit de ses appareils télégraphiques! Enfin, en 1868, sous le ministère de lord Derby, le gouvernement anglais lui a conféré le titre de chevalier.
- « Sir Charles Wheatstone a eu le rare privilège de conserver de vieilles amitiés, car au milieu de la foule qui se pressait à ses funérailles et qui se composait des plus hautes notabilités scientifiques de l’Angleterre, on pouvait voir plusieurs compagnons de sa jeunesse restés fidèles jusqu’à la dernière heure. L’habitude de se laisser absorber par les questions dont la solution préoccupait sans cesse son esprit le rendait peu expansif. Il était d’une extrême timidité; questionné, par exemple, sur un de ses sujets favoris, il faisait preuve d’une éloquence et d’une clarté admirables, mais, dès qu’il s’agissait de parler devant un auditoire nombreux, ces brillantes facultés l’abandonnaient aussitôt. Sa carrière de professeur en est une preuve, car il ne fit pas longtemps son cours au King’s College, tout en restant néanmoins attaché à titre honorifique à cet établissement. Bien qu’il apportât dans toutes les affaires pécuniaires un ordre et une ponctualité extrêmes, on peut dire que son génie ne semblait pas se prêter aux opérations commerciales, en sorte qu’il est probable que, sans l’aide de Sir W. Cooke, ses inventions ne lui auraient pas rapporté tous les profits que son habile associé a su en tirer. »
- (M.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 13 août 1875.
- Présidence de M. Balard, vice-président.
- Correspondance. — M. Yverneau, au Port-à-l’Anglais, à Vitry-sur-Seine, près Paris, présente des cages-boîtes mobiles pour parquer les lapins sur une prairie et faciliter ainsi leur élevage. (Agriculture.)
- M. Lagrue (A.), ancien professeur d’agriculture, rue Bargue, 14, à Paris, présente un système de traitement des matières des fosses d’aisances pour les dessécher et les rendre utilisables d’une manière automatique. (Arts économiques.)
- M. Stamm (Ernest), rue Sainte-Ursule, 6, à Milan, projet de percement des Alpes au mont Blanc par un chemin de fer. (Arts mécaniques.)
- M. Letscher (Florentin), place Saint-André-des-Arts, 11, chez M. Graffe, demande
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- PROCÈS-VERBAUX. — DECEMBRE 1875.
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- l’examen d’un système de moissonneuse qu’il a inventé, et qui, dit-il, est plus simple que ceux qu’on emploie maintenant. (Agriculture.)
- M. Yrague (J.), à Saint-Arroman, près Masseube (Gers), procédé pour diriger les ballons. (Arts mécaniques.)
- M. Bertrand (Jules), fabricant de meules de moulins, à la Ferté-sous-Jouarre, envoie à la Société un exemplaire d’un ouvrage sur la meunerie. (Agriculture.)
- M. Cabanis, rue de Reuilly, 67, envoie une Note sur des procédés à employer pour détruire le phylloxéra. (Agriculture.)
- M. Delongraye (0.), système de cheminée à soupape. (Arts économiques.)
- Note sur la locomotive sans feu pour l’exploitation des tramways urbains et ruraux, extrait de la Revue universelle des chemins de fer.
- M. Gaudry (Jules) adresse à la Société un exemplaire de la Notice sur François Cavé, constructeur de machines, qu’il a publiée dans les Mémoires de la Société des ingénieurs civils.
- M. Renard (Lucien), ingénieur des mines, envoie à la Société un exemplaire d’une brochure intitulée : Petit guide du cultivateur normand pour l'emploi de la chaux grasse en agriculture. .
- Correspondance officielle pour l’introduction du numérotage uniforme des fils, publiée par le comité permanent du congrès international de Vienne (nos 33 et 34).
- M. Guiot (Auguste), Notice sur l’endiguement des fleuves sujets à débordement.
- Prospectus d’un projet pour une exposition internationale des applications de l’électricité. (Arts économiques.)
- M. Robert (Th.), petite rue Saint-Antoine, 7, à Paris, envoie un paquet cacheté contenant un rapport provisoire et un dessin relatif à un nouveau mode de propulsion des bateaux dans les rivières et demande à la Société d’en accepter le dépôt jusqu’à l’époque à laquelle il en demandera l’ouverture.
- M. Robert envoie également, en son nom et en celui de M. Cussy, passage d’Isly, 24, un autre paquet cacheté contenant une modification du visé dans les armes de tir et la description d’un appareil accessoire spécial pour l’appréciation des distances.
- Ces dépôts sont acceptés par le Conseil.
- Rapports de comités. — M. Debray fait, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur les procédés de M. Lenoir pour obtenir une meilleure argenture des glaces.
- Le comité des arts chimiques est d’avis qu’il y a, dans les procédés deM. Lenoir, un progrès réel pour une de nos belles industries ; il demande que M. Lenoir soit remercié de la communication qu’il en a faite à la Société et que le rapport soit inséré au Bulletin.
- Après une discussion à laquelle plusieurs membres du Conseil prennent part, les conclusions sont adoptées.
- Communications. — M. Baude, l’un des vice-présidents du Conseil, donne lecture d’une Note sur une visite qu’il a faite récemment au pont du Moerdick sur le Hol-
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- landsch-Diep pour le passage du chemin de fer d’Anvers à Rotterdam. (Cette Note paraîtra au Bulletin.)
- Vacances de la Société. — Avant de lever la séance, M. le Président annonce que la Société entrera en vacances à partir du 15 août. La séance de rentrée aura lieu le vendredi 22 octobre.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société par un vote du Conseil :
- MM. Adam, pharmacien de lTe classe, à Paris ; Dubu, ingénieur, à Tarare; Tou-rasse (Pierre-Louis), propriétaire, à Pau; Robert, ingénieur-mécanicien, à Dijon; Carnacho, ingénieur-électricien, à Paris.
- Séance du 22 octobre 1875.
- Présidence de M. Dumas, Président.
- Nécrologie.—M. le Présidentîait connaître à la Société la perte considérable qu’elle vient de faire par la mort de M. Wheatstone, l’un de ses membres correspondants étrangers, qui a été enlevé en quelques jours à ses amis, aux savants qui vénéraient en lui une des plus grandes illustrations de la science moderne. Il était à Paris depuis quelque temps, et il se proposait d’assister à la séance d’aujourd’hui pour communiquer à la Société de nouvelles et intéressantes recherches sur la télégraphie. L’Académie des sciences, la Société d’encouragement et un grand nombre de savants ont accompagné son convoi. (Voir plus haut, p. 699, les paroles qui ont été prononcées par MM. Dumas et Tresca.)
- M. le Président annonce une autre perte non moins cruelle, celle de M. Denis Farcot, l’un des membres les plus estimés du comité des arts mécaniques. Il charge M. Laboulaye, secrétaire du Conseil pour les arts mécaniques, de rappeler au Conseil les travaux de ce collègue très-regretté.
- « L’invitation de M. le Président, dit M. Laboulaye, me fait penser à mon regretté prédécesseur M. Combes. Il eût été bien plus capable que moi de rappeler les travaux de M. Farcot, auxquels il s’était souvent associé par ses recherches scientifiques.
- « C’est surtout les améliorations qu’il a apportées dans la construction de la machine à vapeur qui ont illustré ajuste titre le nom de M. Farcot. Par de nombreuses inventions et applications, concourant à un même but, il est arrivé à réduire à 1 kilogramme, par force de cheval et par heure, la consommation de houille, qui n’était jamais moindre que 2 kil. 50 à 3 kilogrammes dans la plupart des machines, et qu’en Angleterre, notamment, on ne cherchait pas à diminuer. Citons, parmi ces progrès, l’emploi des enveloppes, la détente par le régulateur, l’accroissement de la vitesse du piston.
- « Secondé dans la direction de son bel établissement de Saint-Ouen par son fils,
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- M. J. Fareot, aujourd’hui un de nos plus habiles ingénieurs-constructeurs, notre regretté collègue a emporté en mourant cette consolation que son œuvre ne périrait pas entre les mains de son digne successeur. »
- Correspondance. — M. Basile (M.), rue Montmartre, 35, nouveau système d’échafaudages. (Arts mécaniques.)
- M. Bomblin (A. J.), fabricant d’échelles, rue de Flandre, 43, à Paris, appareil nouveau pour échafaudage. (Arts mécaniques.)
- M. Bodel père, mécanicien, rue Renault, 23, à Paris, demande l’aide de la Société pour un système de raccords des tuyaux d’arrosage. (Arts mécaniques.)
- M. Dumoulin, mécanicien, avenue Jacqueminot, 11, à Meudon; machine qui doit multiplier la puissance d’un moteur. (Arts mécaniques.)
- M. Hibry (Joseph), chez M. Thirion, boulevard Beaumarchais, 95, à Paris ; machine pour filer la laine et autres textiles par un procédé nouveau. (Arts mécaniques.)
- M. Duponchelle (C.), à la Varenne-Saint-Hilaire (Seine); nouvel accrochage des wagons de chemin de fer. (Arts mécaniques.)
- M. Benoir, chef de station des lignes télégraphiques, boulevard de Clichy, 81, à Paris; méthode nouvelle pour la direction des ballons. (Arts mécaniques.)
- M. Muzin (Alfred), à Amiens; Mémoire imprimé sur le conditionnement des matières textiles. (Arts mécaniques.)
- M. Bréval (L.), mécanicien, rue Yicq-d’Azyr, 22, à Paris; appareil pour drayer les peaux. (Arts mécaniques.)
- La fin justifie les moyens, Mémoire anonyme sur les régulateurs de la force motrice des machines. (Arts mécaniques.)
- M. Bastouin père, à la Rochette (Savoie), demande une annuité de brevet pour une combinaison de leviers qu’il nomme aide-moteur et pour une pompe nouvelle. (Arts mécaniques.)
- M. Langrais (Achille), à Lion-sur-Mer, près Caen; moyen d’augmenter d’un tiers la force d’une locomotive. (Arts mécaniques.)
- M. Biédermann (Jacques), directeur de filature au Logelbach, près Colmar (Alsace); nouveau monte-courroie. (Arts mécaniques.)
- M. Dunas, rue de la Juiverie, 4, au Mans; serre frein pour un train de chemin de fer. (Arts mécaniques.)
- M. Bidot (A.), avenue de Neuilly, 187 (Seine); procédé pour empêcher l’incrustation des chaudières. (Arts mécaniques.)
- M. Cuny, passage d’Isly, 24, faubourg du Temple, à Paris; procédé pour la propulsion des navires. (Arts mécaniques.)
- M. Charnponnois, rue Neuve-des Petits-Champs, 45; Notice sur les presses continues pour pulpes de betterave, de féculerie, etc. (Arts mécaniques.)
- M. Bourdon père (Eugène), faubourg du Temple, 74, à Paris; emploi des tubes convergents-divergents dits tubes de Yenturi. (Arts mécaniques.)
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- M. Platel, me Monsieur, 39, à Lyon ; encre maigre pour la typographie. (Arts chimiques.)
- MM. Fages frères, distillateurs, à Montpellier ; grenadine sirop spécial hygiénique. (Arts chimiques.)
- M. Bruni (Achille), à Naples ; extinction des incendies par un dégagement d'acide carbonique. (Arts chimiques.)
- M. Tison (Louis), potier, à Arques (Pas-de-Calais) ; fabrication des creusets pour la verrerie. (Arts chimiques.)
- M. Simmonds, à Londres, qui s’est présenté, l’année dernière, au concours pour l’utilisation des résidas de fabriques et qui a envoyé divers ouvrages sur ce sujet, adresse à la Société le catalogue de la collection formée au Kinsington-Museum pour l’utilisation des matières sans valeur. [Wast-products.) (Arts chimiques.)
- M. Bally (B. S.), à Marchais, commune de Saint-Seurin-de-Bourg (Gironde) ; procédé pour la reconstitution de la pierre de taille. (Arts chimiques.)
- M. Lorieux, ingénieur des mines, à Nantes; Notice sur les ressources métalliques et salicoles de la Loire-Inférieure. (Arts chimiques.)
- M. Hofmann, de Berlin, en remerciant la Société d’encouragement de sa nomination au titre de membre correspondant, envoie le premier fascicule de son Rapport sur les progrès de la chimie depuis douze années. (Arts chimiques.)
- M. de Mersanne, ingénieur, à Avon, près de Fontainebleau; moyens pour produire des étincelles, des feux et des lumières électriques. (Arts économiques.)
- M. Brachet, chaussée du Maine, 113, annonce qu’il a confié à M. Radiguet la construction d’une lunette astronomique à double corps et à triple effet. (Arts économiques.)
- M. Jankiewiez (Charles), sentier du Moulin-des-Prés, 6, à Paris; appareil de sauvetage. (Arts économiques.)
- M. Cheymol aîné, à Martre (Gironde); appareil de sauvetage pour empêcher les navires de sombrer. (Arts économiques.)
- M. Vialatte {J.), rue Lannois, 37, à Levallois-Perret, près Paris ; chapeau de cheminée aspirateur en terre cuite. (Arts économiques.)
- M. Maistrasse (A.), rue Campagne-Première, 21, à Paris; fils télégraphiques perfectionnés. (Arts économiques.)
- M. Herman (André), rue du Bac, 42, ancien directeur de station télégraphique, envoie : un projet pour le développement de la télégraphie privée ; une Note sur l’application de la sténographie à la lithographie. (Comité des arts économiques.)
- M. Couturier (Albert), géomètre, employé au chemin de fer de l’Est; niveau à lunette perpendicule. (Arts économiques.)
- M. Tellier (Ch.), route de Versailles, à Auteuil (Paris), annonce que le navire qui a été frété pour expérimenter son système de réfrigération dans le transport des viandes de la Plata en Europe partira probablement au mois d’avril prochain ; il demande que la Société veuille bien en faire la visite. (Arts économiques.)
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- M. Garlandot (J.), boulevard des Batignolles, 23 ; appareils pour rafraîchir et humidifier l’air. (Arts économiques.)
- MM. Favray et Gruyelle; appareil pour sauvetage en cas d’incendie. (Arts économiques.)
- Le Comité pour l’organisation d’une exposition des applications de l’électricité envoie le rapport présenté par M. le comte Hallez d’Arros. (Arts économiques.)
- M. Jules Fleury (P. E.), rue Perdonnet, 13, à Paris, envoie une brochure avec plans et profils, contenant un projet pour la jonction de l’île d’Oléron avec le continent par un tunnel sous-marin de 2 200 mètres de longueur. (Comité du commerce.)
- M. Biard, lieutenant de vaisseau, propose d’organiser un voyage de circumnavigation pour l’instruction des jeunes gens.
- M. le Président, qui présente de sa part les Mémoires et devis de cette institution, donne des détails sur la manière dont l’auteur du projet entend le mettre à exécution. Le voyage durerait dix mois, dont plus de la moitié serait employée à des relâches pour étudier les divers pays qu’il est intéressant de bien connaître. Le navire à vapeur serait aménagé pour cinquante voyageurs et pour tous les professeurs et moyens d’étude qui leur seraient nécessaires. On ne peut pas mettre en doute l’utilité qui résulterait de la mise à exécution d’un pareil projet inspiré par les ouvrages de M. Dübner et de M. Siegfried ; M. le président en recommande l’étude au comité du commerce.
- Buste de M. Darblay aîné. — La famille de M. Darblay aîné, ancien vice-président de la Société d’encouragement, envoie son buste de grandeur naturelle pour faire partie de la collection des bustes des fondateurs et anciens membres du Conseil que la Société possède.
- M. le Président remercie la famille de M. Darblay au nom de la Société. Le buste en bronze, de dimension réduite, que la Société a reçu dans la séance du 25 juin dernier, a été placé dans la salle de réunion des comités du Conseil ; celui que la Société reçoit aujourd’hui sera placé dans l’une des salles de séance publique.
- Membres correspondants du Conseil. — La Société a reçu, depuis sa dernière réunion, des lettres d’un grand nombre de membres correspondants du Conseil, qui remercient de leur nomination et annoncent leur intention de coopérer aux travaux de la Société par tous les moyens qui seront à leur disposition.
- Correspondants français.
- MM. Abria. Adam.
- MM. Bufïaud.
- Cailletet.
- Chenelong.
- Chevandier de Valdrôme. Corenwinder.
- MM. Damourette.
- Arnavon.
- Bergasse.
- Bobierre.
- Doray. Favre (A.)..
- - De Fontenay (E.). Girardiri.
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- MM. Guimef.
- MM. Marès (H.).
- MM. Redon.
- Houel.
- Jacquiné
- Kuhlmann (F.). De Lafollye. Lalande.
- Dr Penot. Perret (Michel). Pierre (Isidore). Poure.
- Santi (A.).
- Siegfried (J.).
- Willeminot-Huard.
- Woussen.
- Powel (Th.).
- Correspondants étrangers.
- MM. Baron A. Burq. MM. Hirn (G. A.).
- Chandelon. Hofmann (A. W.).
- De Cuyper. E. Kopp.
- Engel Dolfus. Lockyer (J. N.).
- Gilbert (J. H.). Lowthian Bell.
- Govi (G.). Penn.
- MM. Risler (E.).
- Rosenthiehl.
- Sadoine.
- W. Sellers. Warren de la Rue. Wheatstone.
- Communications. — Analyse des gaz. — M. Orsat (H.), chimiste, rue de la Victoire, 29, présente à la Société un appareil pour effectuer, rapidement et avec toute l’exactitude nécessaire pour l’industrie, l’analyse des gaz qui sont des éléments essentiels à connaître dans plusieurs fabrications importantes.
- L’influence des gaz dans l’industrie chimique, dit-il, et en particulier dans la métallurgie, est telle, que, suivant la composition du mélange gazeux utilisé, on produit les réactions directes ou inverses. Leur masse, d’ailleurs, est extrêmement considérable dans les principales réactions. C’est ainsi que la combustion libre du charbon sur une grille, en supposant la moitié de l’air parfaitement utilisée, exige un poids d’air qui est plus de vingt-cinq fois celui du charbon pur consommé, et que, dans un haut fourneau, le poids des gaz qui concourent à la réaction a été évalué à plus de six fois celui de la fonte produite.
- Malgré l’évidente utilité d’une pareille étude, l’analyse des gaz n’a pu jusqu’ici trouver place dans la pratique industrielle. Celte lacune provient de la difficulté de manier les gaz, de la délicatesse des appareils de laboratoire employés à cet effet, et de la lenteur des opérations analytiques.
- Cependant les gaz qui se rencontrent dans l’industrie étant en petit nombre, leur action dépendant presque toujours de la prédominance de tel ou tel élément, on comprend qu’on puisse combiner un appareil plus simple que ceux employés dans les laboratoires, d’un emploi assez facile et d’une construction assez solide pour pouvoir être placé entre les mains d’ouvriers intelligents, et enfin surtout, pouvant fournir des indications très-rapides et cependant comparables entre elles.
- L’appareil qui est présenté à la Société d’encouragement remplit ces indications.
- Il consiste essentiellement en un tube gradué communiquant avec un tube horizontal capillaire muni d’un robinet, et par lequel les gaz pénètrent dans le mesureur ; la
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- partie inférieure du mesureur est reliée par un tube en caoutchouc à un flacon à tubulure inférieure, à moitié rempli d’eau, et qui sert d’aspirateur lorsqu’on le baisse, et de souffleur lorsqu’on l’élève. Le tube horizontal est lui-même relié par deux branchements munis de robinets, avec deux cloches placées dans des éprouvettes qui contiennent des liquides absorbants, et un quatrième robinet permet d’expulsion des gaz qui restent dans l’appareil.
- La première cloche donne les gaz absorbables par la potasse; la seconde, ceux absorbables par la dissolution de cuivre. Ces renseignements suffisent dans le plus grand nombre de cas. C’est ainsi, par exemple, que, dans l’étude des combustions, la première éprouvette donne l’acide carbonique, la seconde l’oxygène et l’oxyde de carbone.
- Bien queues deux gaz absorbés ensemble jouent des rôles différents dans un foyer, l’inconvénient qui paraît résulter de leur dosage simultané est plus apparent que réel; en effet, dans le cas général, ces deux gaz ne coexistent point, parce qu’ils se brûlent l’un l’autre ; on a donc affaire exclusivement à l’un ou à l’autre ; l’allure du foyer permet de reconnaître lequel des deux.
- Dans certains cas spéciaux, comme les combustions sur les grilles des foyers, iipeut cependant arriver que l’oxyde de carbone reste avec l’oxygène ; il faut alors employer un appareil à trois cloches disposées comme les deux précédentes. La troisième cloche renferme du pyrogallate de potasse ou tout autre liquide très-avide d’oxygène. Et on conçoit qu’en augmentant le nombre des cloches (trois ou quatre au plus suffisent) et employant des réactifs appropriés, on puisse opérer l’analyse de mélanges plus complexes.
- Ces modifications n’augmentent pas la complication de l’appareil, et sa manœuvre est assez simple pour qu’on puisse la confier à un ouvrier attentif.
- Les applications de cet appareil sont nombreuses, et il rend de grands services dans l’étude de la marche des hauts fourneaux, des forges et autres appareils de métallurgie, dans les fabriques de chaux, d’acide carbonique, les applications de ce corps à la sucrerie, aux fabriques d’eaux gazeuses ; il est utile dans toutes les fermentations, pour l’analyse de l’air confiné dans les grandes salles de réunion, les hôpitaux, etc., et il est remarquable surtout par la promptitude et la régularité de ses indications.
- M. le Président remercie M. Orsat de cette communication, et le prie de donner une description détaillée de son appareil, pour qu’il soit examiné par le comité des arts chimiques.
- Après la séance, le Conseil se forme en comité secret.
- Nomination de membres. — M. Redon, correspondant du Conseil, à Limoges, demande à faire partie de la Société.
- M. le Président déclare que l’élection peut être faite sans scrutin, en raison de la nomination de M. Redon paimi les correspondants, et qu’il n’y a qu’à inscrire son nom, sur sa demande, parmi les membres de la Société.
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- Séance du 12 novembre 1875.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Correspondance. — M. Sanguet (J. L.), ingénieur-géomètre, rueLebua, 18 (Cha-ronne) ; appareil pour mesurer les distances, facilitant les opérations du cadastre. (Arts économiques.)
- M. Gervaise, rue de la Tombe-Issoire, 66, à Paris; machine nouvelle pour fabriquer des clous pour le ferrage des chevaux. (Arts mécaniques.)
- M. Chameroy fils, gérant de la Société Chameroy, faubourg Saint-Martin, 162 ; instrument de pesage poinçonnant le chiffre du pesage, dit bascule à contrôle. (Arts mécaniques.)
- M. Vincent [ G.), rue de l’Hôtel-de-Ville, 104, à Lyon; lit perfectionné par un mouvement indépendant du sommier. (Arts économiques.)
- M. Grison (Th.), teinturier à Lisieux (Calvados); préparation des fibres végétales qui les rend propres à être teintes dans les bains acides, comme la laine. (Arts chimiques.)
- M. Maingault{A.), couvreur à Melun (Seine-et-Mame), rue du Miroir, 9; tuile à double emploi pour la toiture. (Arts économiques.)
- M. Antoine (Charles), ingénieur de la marine, à Brest; Mémoire lithographié sur quelques propriétés mécaniques des différentes vapeurs, étude faisant suite à celle sur le même sujet qui a été adressée à la Société le 11 juin 1875. (Arts mécaniques.)
- M. Jacqmin, directeur du chemin de fer de l’Est, présente à la Société deux contremaîtres des ateliers de cette administration pour concourir aux médailles de la Société. (Commission spéciale.)
- Il fait hommage, en même temps, d’un exemplaire de la Notice qu’il a publiée sur la vie et les travaux de M. Jules Calon, inspecteur général des mines et membre du comité des arts mécaniques de la Société.
- M. Oudry fils annonce la mort de M. L. Oudry, membre de la Société, plusieurs fois médaillé par elle, et créateur de l’usine électro-métallurgique d’Auteuil.
- M. le Président présente au Conseil les lettres que MM. Merle, Jdelsens, correspondants pour le comité des arts chimiques, M. Helmholtz, correspondant pour le comité des arts économiques, et M. J. Reynolds, correspondant pour le comité de l’agriculture, lui ont adressées pour remercier la Société de leur nomination.
- M. Gilbert (J. H.), à Rothamstead ; Note sur les ronds magiques qui surviennent dans les prairies, les trèfles et les luzernes. (Extrait du Journal de la SociétéLinnéenne.)
- M. Fabre (P. A.), professeur de chimie, doyen de la Faculté des sciences de Marseille ; Mémoires sur la transformation et l’équivalence des forces chimiques.
- M. le Président, en exprimant les remercîments du Conseil pour ces envois, attire plus particulièrement l’attention sur ce dernier ouvrage, l’un des travaux les plus importants qui aient été faits depuis longtemps sur la théorie mécanique de la chaleur,
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- ouvrage dont l’Académie des sciences a signalé l’importance en l’insérant dans le Recueil des Mémoires des savants étrangers.
- M. le Président donne ensuite communication d’une lettre de M. Guignet, membre très-actif de la Société, aujourd’hui professeur de chimie à l’École polytechnique de Rio-Janeiro. — Celte lettre contient un examen détaillé des prix que la Société a proposés pour les arts chimiques et économiques. Elle contient des renseignements nouveaux qui doivent intéresser tous ceux qui s’occupent des progrès des arts chimiques.
- La lettre de M. Guignet, dont M. Peligot a donné lecture, sera imprimée au Bulletin.
- Nomination d’un membre correspondant. — M. Barrai fait, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur le remplacement de M. Schrœtter, membre correspondant à Vienne, que le Conseil a perdu.
- Le comité propose M. Guignet, dont M. le Président vient de parler. Alors qu’il était encore répétiteur à l’École polytechnique de Paris, M. Guignet avait été désigné déjà pour faire partie du comité. Il est inventeur d’un vert spécial très-employé en teinture et qui porte son nom ; la fabrication s’en élève aujourd’hui à plus de 500,000 kilogrammes. Il est membre de la Société depuis longtemps, et en partant pour le Brésil, il y a quelques mois, il s’était promis de faire tous ses efforts pour aider l’industrie française à tirer de ses relations avec ce pays si neuf et si fécond le parti le plus avantageux.
- Après la lecture de ce rapport, le Conseil, consulté, nomme à l’unanimité M. Guignet correspondant pour le comité des arts chimiques.
- Rapports des comités. — Céramique, terres réfractaires. — M. Salvetat lit, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur la fabrique de poterie, de tuiles et autres objets en terre réfractaire de Sées et Fontaine-Riant, département de l’Orne, dirigée par M. Legrand et par M. Perrault (A.), ingénieur civil.
- Le comité des arts chimiques propose de remercier MM. Legrand et Perrault de leur communication, et de faire insérer dans le Bulletin le rapport auquel elle adonné lieu, avec la gravure des appareils.
- Les conclusions de ce rapport, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Communications. — M. Gruner communique deux notes, l’une sur les quantités de chaleur que possèdent les produits métallurgiques à leur sortie des fours de fusion ; l’autre concernant l’application de ces quantités de chaleur à l’évaluation de Xeffet utile des divers types de fourneaux.
- M. le Président signale la grande importance des études faites par M. Gruner. L’industrie française, dans sa lutte avec l’Angleterre, se préoccupe à juste titre de l’économie du combustible, qui est plus cher et moins abondant pour elle que dans les îles Britanniques ; il lui importe donc de bien connaître les pertes de chaleur et le moyen de les combattre. M. le Président avait reconnu, de son côté, les pertes énormes que certains foyers occasionnent, et il les avait signalées. Il remercie donc M. Gruner,
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- au nom de la Société, de ces documents, et il le prie d’en remettre une rédaction qui puisse être insérée dans le Bulletin.
- Appareils de distillation. — M. Barrai, en présentant à la Société, de la part de M. Savalle, un nouveau volume que celui-ci vient de publier sous le titre de : Appareils et procédés nouveaux de distillation, et qui fait suite à un autre ouvrage que le même auteur a publié sous le titre de Progrès récents de la distillation, exprime le regret que l’heure avancée ne lui permette pas de faire la communication générale qu’il avait préparée sur la question. Il se contentera de dire aujourd’hui que l’état de souffrance dans lequel se trouvent, par suite de la dépréciation des cours, les industries et le commerce des alcools et des sucres, appelle vivement l’attention de la Société d’encouragement. Ces industries touchent l’agriculture par un grand nombre de points, puisque leurs matières premières sont les betteraves, les grains, les vins, etc., puisque, en même temps,, elles produisent une très - grande quantité de matières utiles à l’alimentation du bétail. Mais une autre occasion se présentera d’entrer à cet égard dans tous les détails nécessaires, et M. Barrai se borne aujourd’hui à signaler les trois objets suivants :
- 1° Un appareil de laboratoire, fondé sur les mêmes principes que les colonnes distil-latoires fabriquées en grand par M. Savalle, permet d’analyser avec une approximation extrêmement remarquable toutes les liqueurs alcooliques ou généralement tous les mélanges de divers liquides différemment volatils. On peut, par exemple, retrouver 1 gramme d’alcool mélangé à 10 kilogrammes d’eau.
- 2° Une très-importante usine vient d’être établie à Maisons-Alfort, où l’on distille par jour, avec les appareils Savalle, 25,000 kilogrammes de grains, orge, seigle et maïs, en vue non-seulement défaire un alcool superfin, mais encore une levure qui rivalise ou même dépasse en qualité les meilleures levûres de la Hollande, dont le commerce est si important. Avec 100 kilog. de grains, on obtient 28 litres d’alcool, 9 kilog. de levure et 700 kilog. de drêcbes, cette dernière quantité correspondant à la production de 7 kilog. de viande par jour. M. le baron Springer, directeur de l’usine de Maisons-Alfort, et M. Savalle, pensent que la Société trouvera de l’intérêt à ce qu’une commission nommée par elle visite cette usine.
- 3° Depuis trois ou quatre ans, il s’est établi plusieurs usines, tant en France qu’à l’étranger, où l’on applique les appareils Savalle, servant jusqu’ici à la préparation et à la rectification de l’alcool, à la distillation du méthylène et du benzole, matières premières de la fabrication des couleurs d’aniline. C’est une application qui certainement intéressera les chimistes.
- M. le Président remercie M. Barrai de cette communication ; il renvoie l’ouvrage de M. Savalle au comité des arts chimiques, qui aura à étudier la fabrique montée à Alfort et ses procédés de fabrication.
- Analyse spectroscopique. — MM. de Lachanal (B.) et Mermet (A.) présentent à la
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- Société un tube spectroscopique propre à l’analyse qualitative des composés solubles des métaux.
- Ce tube, fermé par un bout, a 11 centimètres de hauteur et 1 1/2 centimètre de diamètre ; il est traversé à sa partie inférieure par une électrode en platine, qui est enveloppée et protégée par un petit tube capillaire de 1 centimètre de hauteur fixé au fond du tube. La partie supérieure est bouchée par un bouchon de liège percé d’un trou dans lequel passe un tube capillaire qui contient un fil de platine, et qui le conduit jusqu’à une petite distance de l’électrode inférieure.
- Pour faire fonctionner l’appareil, on y verse une petite quantité de la solution à examiner, en ayant soin de ne baigner l’électrode inférieure et le petit tube qui l’accompagne que jusqu’à mi-hauteur. La capillarité détermine l’ascension du liquide jusqu’à la pointe de l’électrode, et une goutte immobile s’y forme, qui s’illumine lorsqu’on fait passer un courant d’induction dans les fils de platine.
- L’observation peut durer ainsi un temps très-long sans intermittence, ce qui permet d’observer et de dessiner le spectre avec la plus grande facilité. L’étincelle est fixe pendant la durée de l’observation ; l’instrument n’a rien à craindre des projections corrosives ; la substance examinée peut être recueillie tout entière, et on peut préparer et conserver un ensemble de tubes spectroscopiques, renfermant à demeure les solutions des divers corps, au moyen desquels on peut faire la comparaison rapide des spectres des différents métaux.
- MM. Lachanal ùt Mermet montrent comment on peut employer ces tubes pour faire rapidement l’analyse qualitative d’une substance. Leur communication est renvoyée à l’examen du comité des arts chimiques.
- Séance du 26 novembre 1875.
- Présidence deM. Dumas, président.
- Correspondance. —‘ M. Gaiffe, fabricant d’instruments de précision, à Paris, rue Saint-André-des-Arts, 40, présente, en son nom et au nom de M. Clamond, une pile voltaïque au sexquioxyde de fer et au phosphate d’ammoniaque, fondée sur le même principe que la pile de Leclanché, et dont la force électro-motrice est les 13/ 10e* de celle des couples à sulfate de cuivre. — Les auteurs de cet appareil annoncent qu’ils réalisent ainsi une économie notable, une grande constance et une facilité remarquable dans l’usage habituel. (Arts économiques.)
- M. Masson (Aimé), à Basse-Indre (Loire-Inférieure), demande le concours de la Société pour faire breveter une invention qui permet d’utiliser toute la chaleur produite par le combustible dans les machines à vapeur et dans les usines. (Arts économiques.)
- M. Dumas, au Mans (Sarthe), rue de la Juiverie, 4, demande à la Société de lui
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- indiquer les moyens de faire adopter son système de serre-frein par les compagnies de chemins de fer. (Arts mécaniques.)
- M. Lenoir; petit hygromètre fondé sur les variations de couleur d’un papier sensible qui donne à vue des indications sommaires sur l’étatde l’atmosphère. (Arts économiques,)
- M. Reille (Victor), rue Grange-aux-Belles, 14, à Paris, demande le concours de la Société pour faire breveter un système pour arrêter les ehevaux emportés. (Agriculture.)
- M. Prévost, entrepreneur de lingerie, rue Saint-Denis, 177, à Paris ; siège hygiénique applicable au travail des machines à coudre employées dans les ateliers. (Arts économiques.)
- M. Dernoncourt (L. D.), à Saint-Denis (Seine), rue du Port, 22; système pour la régularisation du tirage des foyers par la manœuvre automatique du registre. (Arts mécaniques.)
- M. le Ministre de Vagriculture et du commerce envoie un exemplaire du tome II de la nouvelle Statistique annuelle de la France (statistique annuelle 1872). (Renvoi au comité du commerce.)
- M. le Ministre de l’agriculture et du commerce envoie aussi deux exemplaires du Catalogue des Brevets d’invention pris en 1875 et deux exemplaires du tome V (nouvelle série) de la collection des Brevets d’invention pris sous le régime de la loi de 1844.
- M. le Directeur de l’École des ponts et chaussées envoie un exemplaire de la réimpression du premier volume descriptif et d’une livraison supplémentaire des planches du portefeuille des élèves de l’École des ponts et chaussées.
- M. le Président de la Société industrielle d’Amiens envoie un exemplaire du compte rendu de l’Assemblée générale de cette Société, qui a eu lieu le 21 novembre courant, pour la distribution des prix aux lauréats du concours de 1875, et pour l’inauguration des premiers bâtiments de l’édifice que cette Société fait construire, et dans lequel sera établie l’école industrielle qu'elle a fondée. (Renvoi à la commission du Bulletin.)
- Le Président de la Société industrielle de Mulhouse envoie le programme de l’exposition que cette Société organise pour célébrer, en 1876, le cinquantième anniversaire de sa fondation. (Commission du Bulletin.)
- M. Philippe Breton, ancien ingénieur en chef des ponts et chaussées, remercie la Société d’avoir bien voulu le nommer correspondant pour le comité des arts économiques. Il annonce en même temps son désir de concourir aux travaux de la Société dans la mesure des moyens dont il peut disposer.
- Rapports des comités. — Géographie, voyages.—M. le vice-amiral de Chabannes lit, au nom du comité du commerce, un rapport sur un projet de voyages d’études autour du monde, qui a été proposé par M. le lieutenant de vaisseau Georges Biardr rue Mont-Thabor, 10.
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- Le comité du commerce propose de donner à M. Biard un témoignage de l'approbation de la Société, de lui exprimer les vœux qu’elle forme pour le succès de l’œuvre qu’il a entreprise et d’insérer le rapport du comité dans le Bulletin.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Taille des pierres. Ponts biais. M. de la Gournerie, absent, fait lire, par M. Bouilhet, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur le procédé employé par M. Ithurralde (Jacques) pour la taille des voussoirs des ponts biais dans ^appareil hélicoïdal ordinaire.
- Le comité propose de remercier M. Ithurralde de sa communication et d’insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Niveau à lunette verticale. — M. Bouilhet lit également au nom de M. de la Gournerie, un rapport sur le niveau à lunette verticale et à perpendicule proposé par M. Couturier, géomètre, attaché à la Compagnie du chemin de fer de l’Est.
- La lunette, portée par une suspension de Cardan, est établie de manière à prendre une direction verticale; un miroir placé au-dessous de l’objectif et incliné à 45 degrés rend le rayon visuel horizontal. La lunette, qui forme perpendicule, est garantie de l’agitation de l’air par une enveloppe métallique munie d’une fenêtre, avec un verre mince à faces parallèles, devant le miroir incliné.
- Ce niveau, employé avec une mire parlante, serait probablement d’un usage facile et donnerait une exactitude très-suffisante pour la plupart des opérations.
- Le comité des arts économiques croit qu’il serait utile qu’il fût expérimenté. M. Couturier n’a pas pris de brevet d’invention et il désirerait que la Société d’encouragement pût l’aider dans la construction de cet instrument pour la moitié de la dépense qu’elle occasionnerait. Le comité des arts économiques verrait avec plaisir qu’une somme de 100 francs, au plus, lui fût accordée par la Société pour cet objet, et il propose, en conséquence, de renvoyer cette proposition à la commission des fonds.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Communications. — Machine à parallèles et à hachures. — M. Laboulaye présente à la Société, de la part de M. le capitaine Avril, constructeur d’instruments de précision, diverses formes de machines à tracer des parallèles et des hachures sur les plans et sur les gravures en taille-douce ou sur pierre.
- Les machines que les graveurs emploient dans ce but sont d’un prix très-élevé; elles se fabriquent, jusqu’à présent, en Allemagne et elles agissent à la manière d'un rabot dont on règle la position au moyen d’une vis de rappel. Celles de M. Avril sont beaucoup plus simples et d’un prix assez modéré pour être à la portée de tous les graveurs et des lithographes. Elles donnent des parallèles plus ou moins espacées par le mouvement d’un chariot sur une règle transversale dont la position résulte de l’action d’un levier à bras très-différent, qui déplace la règle dans l’étendue du jeu que permet une vis de repère. La variation de l’espacement, nécessaire pour ombrer des parties courbes
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- des machines, est obtenue automatiquement par le déplacement d’une règle qui fait, avec la direction première, un angle variable.
- D’autres dispositions plus simples de cette machine, des T en bois divisés et avec verniers pour les architectes et les dessinateurs sont fabriqués à des prix beaucoup plus réduits, et enfin des instruments à bon marché pour régler l’espacement des hachures des dessins faits dans les écoles et les pensions peuvent permettre d’obtenir des teintes très-uniformes et même d’ombrer régulièrement des cylindres et des parties courbes de machines.
- M. le Président remercie M. Avril de cette communication et en renvoie l’examen à la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie.
- Cartes statistiques. — M. Lissajous, recteur de l’Académie de Besançon, expose les principes qui ont dirigé la construction d’une carte statistique que M. Paquier, professeur à Chambéry, a dressée sous sa direction. M. Paquier prend ensuite la parole et fait ressortir les avantages de la notation adoptée et montre quelques résultats utiles qu’on tire de l’emploi de ces cartes.
- Ce système consiste dans la division de la France en régions, dont toutes les parties soient de même importance sur tous les points de vue que la statistique considère et, sur chacune d’elles, dans l’inscription d’une formule statistique analogue aux formules chimiques, qui représente par une lettre initiale chacune des parties essentielles de l’industrie, du commerce, etc. * ou dont la statistique a constaté les résultats, puis par un chiffre placé en indice, mais très-apparent, la quantité de développement que cette branche de la richesse de la population a prise dans cette région. Pour rendre la lecture plus aisée et les résultats plus faciles à retenir, chacune des lettres statistiques a une teinte différente et les couleurs diverses employées servent à indiquer des catégories différentes de renseignements.
- Il résulte de ces dispositions un tableau géographique d’une parfaite clarté, dans lequel les rapprochements sont faciles et rapides et dont l’ensemble est facile à obtenir ' pour les élèves. On ne croit pas qu’il soit possible de réunir pour aussi peu de frais d’étude autant de résultats tous faciles à classer dans la mémoire des spectateurs.
- M. le Président remercie M. Lissajous de cette très-intéressante communication et de la carte sur laquelle il a exprimé la statistique du pays par des formules qui ont toute la clarté et la simplicité de celles que les chimistes emploient; il le prie d’en rédiger une note qui sera insérée au Bulletin de la Société.
- Pantographe. —M. Salvetat présente, au nom de M. Guérin, avenue Wagram, 38, à Paris, un appareil qu’il désigne sous le nom de pantographe circulaire pneumatique.
- Cet ingénieux instrument permet de grandir ou diminuer à volonté, dans des limites en quelque sorte indéfinies, un sujet donné quel qu’il soit.
- Cet appareil se compose d’un plateau circulaire fixé sur la tête d’un pas de vis et
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- maintenu invariablement à la partie inférieure ; le pas de vis est solidement fixé sur une masse de fonte lourde qui sert de pied.
- Entre ces deux parties se meut, sur le pas de vis, à l’aide d’un écrou qui monte ou s’abaisse suivant qu’on le tourne dans un sens ou dans l’autre, une seconde plaque métallique circulaire et bien dressée.
- On étend, pour se servir de l’appareil, une plaque de caoutchouc circulaire portant un petit bourrelet qu’on arrête sur le plateau inférieur, elle est maintenue par une bande de serrage; c’est sur cette plaque qu’on dessine le sujet qui doit être modifié dans ses dimensions.
- En supposant que le plateau inférieur soit entre le pied et le plateau supérieur au moment où le dessin a été placé, il suffit de tourner de droite à gauche ou de gauche à droite pour voir le caoutchouc se détendre ou se contracter.
- Le dessin se fait avec une encre grasse sur papier végétal. On le transporte sur le caoutchouc simplement avec une roulette après avoir amolli les traits parla chaleur de l’haleine.
- On agit sur le caoutchouc dans le sens voulu pour l’effet qu’on désire obtenir.
- On peut alors décalquer le sujet agrandi ou diminué. Dans quelques cas on transporte le dessin directement sur pierre lithographique qu’on fait mordre.
- M. Salvetat place, sous les yeux du Conseil, des épreuves augmentées et diminuées obtenues à l’aide d’un même dessin primitif. M. Guérin exprime le désir de voir son appareil apprécié parla Société d’encouragement, qui n’est pas étrangère aux questions artistiques, par sa commission des beaux-arts appliqués à l’industrie.
- Après quelques observations faites par divers membres sur l’historique de ce genre de réduction, M. le Président remercie M. Salvetat de la communication qu’il a faite à la Société et renvoie l’examen des procédés de M. Guérin à la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie.
- Cheminée, \Salubrité publique. — M. Paliard dépose, pour les archives de la Société, un arrêté du préfet de la Seine et une ordonnance de police rendus récemment, qui constituent une nouvelle réglementation sur la construction des cheminées et sur l’entretien en bon état des foyers et des conduits de la fumée dans la ville de Paris. (La communication de M. Paliard paraîtra dans le Bulletin.)
- Sifflet électrique. — M. Lartigue, chargé du service électrique au chemin de fer du Nord, expose devant la Société le système auquel il s’est arrêté, en collaboration avec M. Forest, sous-chef des études de la voie à la même Compagnie, pour avertir d’une manière certaine le mécanicien d’une locomotive de la fermeture de la voie sur laquelle il marche avant qu’il ne puisse voir le disque qui doit lui signaler cette fermeture. Cet avertissement préalable a une grande importance, parce que, en temps de brouillard, en temps de neige, lorsqu’un accident appelle toute l’attention du mécanicien sur une autre chose, ou la nuit, lorsque le vent ou un accident ont éteint la lanterne, il arrive souvent que le mécanicien ne peut pas connaître la fermeture de la voie par les simples indications que donne le disque.
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- L’appareil adopté par MM. Lartigue et Forest, et exécuté par MM. Digney frère, est très-simple. Il consiste en un sifflet ordinaire posé sur la locomotive et qui serait tenu constamment ouvert par un ressort assez puissant, si un aimant en fer à cheval ne contre-balançait pas la force de ce ressort d’une manière complète. D’autre part, cet aimant est disposé suivant le système Hughes, et ses pôles sont terminés par des cylindres en fer doux autour desquels est enroulé un fil électrique. Aussitôt qu’un courant passe dans ce fil, l’électro-aimant qu’il produit annule l’effet de l’aimant naturel, et le ressort laissé en liberté ouvre automatiquement le sifflet.
- La question est donc réduite à faire passer dans ces bobines un courant venant de la voie, au moment où on veut avertir le mécanicien. Pour cela, entre les rails et à 10 centimètres de hauteur au-dessus d’eux, une pièce de bois recouverte d’une lame de cuivre ayant 2 mètres de longueur est couchée parallèlement aux rails. La plaque de cuivre est comprise dans le circuit qui, par un trembleur, annonce à la station voisine la manœuvre effectuée par le gardien du disque. D'autre part, sur la locomotive, le fil qui forme les bobines de l’électro-aimant est en communication avec une brosse de fils métalliques qui descendent jusqu’à 6 centimètres du plan des rails, et cette brosse, en passant, frotte énergiquement sur la plaque de cuivre. Quand le disque est fermé, cette plaque est parcourue par un courant électrique qui est momentanément dérivé par la brosse métallique, et le sifflet s’ouvre à l’instant. Une fois ouvert, il fonctionne jusqu’à ce que le mécanicien rétablisse l’état primitif.
- Les indications de cet appareil sont d’une grande exactitude, et on a constaté, par un usage de plus d’un an, qu’il a déjà prévenu plusieurs accidents. Des dispositions analogues pourraient rendre de grands services dans d’autres circonstances dans les usines, dans les théâtres en cas d’incendie.
- Le sifflet électrique de M. Lartigue est renvoyé à l’examen du comité des arts économiques.
- Chaleur solaire. — M. Damas présente à la Société l’appareil que M. Mouchot, professeur à Tours, a inventé pour utiliser industriellement la chaleur solaire.
- Cet appareil consiste essentiellement en un cône en métal argenté qui est constamment tourné vers le soleil, et qui concentre vers son axe les rayons réfléchis sur sa surface intérieure. L’angle de la génératrice de ce cône avec son axe est de 45 degrés, et l’axe vers lequel les rayons solaires convergent est le lieu où se trouve une petite chaudière cylindrique noircie, enveloppée dans un cylindre en verre qui a pour objet de retenir les rayons de chaleur obscure.
- Les effets produits par ce simple appareil sont d’un haut intérêt. M. Mouchot a pu produire ainsi des températures de 153 degrés, une pression de 5 atmosphères, vaporiser 5 litres d’eau à l’heure, faire marcher pendant plusieurs heures un moteur à vapeur et élever des quantités d’eau importantes au moyen d’une pompe élévatoire. Il y a évidemment là une force considérable qui,jusqu’ici, est perdue etdevraitêtre utilisée.
- L’appareil de M. Mouchot est renvoyé à l’examen du comité des arts économiques.
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- Séance du 10 décembre 1875.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Nécrologie. — M. le Président annonce la perte que la Société vient de faire de M. Émile Kopp, correspondant étranger du Conseil pour le comité des arts chimiques. M. Kopp, d’abord professeur à la faculté de médecine de Strasbourg, a été successivement professeur de chimie à Lausanne, à l’Université de Turin, et plus tard professeur de chimie industrielle à l’École polytechnique de Zurich. Les chimistes connaissent les travaux importants qu’il a faits, dont plusieurs ont été publiés dans le Bulletin de la Société chimique ou dans le Dictionnaire de chimie pure et appliquée.
- La Société d’encouragement, qui avait été heureuse de l’associer à ses travaux, regrettera vivement sa perte prématurée.
- M. le Président annonce également la mort de M. Théron de Montaugé, l’un des lauréats du comité d’agriculture, qui occupait une position importante dans le département de la Haute-Garonne et qui a publié plusieurs ouvrages d’un grand intérêt pour l’agriculture. — Son fils a bien voulu adresser à la Société le dernier Mémoire qu’il a publié sous le titre : La Crise agricole dans les pays à céréales. — Le Conseil lui adresse les remercîments de la Société.
- Correspondance. — M. Chemineau (J.), ingénieur civil chez M. Combe d'Alma, rue Esprit-des-Lois, 25, à Bordeaux; perfectionnements dans l’établissement des paratonnerres. (Arts économiques.)
- M. de Roussen (Léon), rue de la Tour-d’Auvergne, 14 ; fer à cheval perfectionné. (Agriculture.)
- M. Courtin (A.), ingénieur civil, rue de Passy, 97; perfectionnements au régulateur des machines à vapeur par l’emploi de l’électricité. (Arts économiques.)
- M. Lambert (A.), pharmacien, à Nice, rue Cassini, 2, demande si la Société peut s’occuper d’une préparation de vin de quinquina appelée à rendre de grands services à la thérapeutique. —Il sera répondu que la Société ne peut s’occuper d’un semblable sujet qu’autant qu’il s’agirait d’un procédé chimique ou mécanique nouveau qui serait digne d’intérêt au point de vue de l’industrie.
- M. Maitry-Gilbert, fabricant d’instruments agricoles à Thil (Aube), demande l’examen des charrues nouvelles et autres instruments agricoles qu’il a inventés. (Agriculture.)
- M. le Ministre des travaux publics adresse à la Société un exemplaire du douzième volume de la Revue de Géologie de MM. Delesse et de Lapparent.
- M. Barret (J. B.), rue du Cherche-Midi, 54; moteur à poids pour faire marcher une machine à coudre. (Arts mécaniques.)
- M. Mondon, rue Saint-Georges-Batignolles, 4 ; machine à tailler les limes. (Arts mécaniques.)
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- M. Maconnière présente une petite règle pour tracer des parallèles et rayer promptement du papier. (Arts économiques.)
- Honneur à l'industrie nationale, Mémoire sur la mise en valeur des terrains en pente et sur les moyens d’empêcher les désastres occasionnés par les eaux ; envoi pour le concours ouvert à ce sujet par la Société. (Agriculture.)
- M. le Consul général adjoint d'Autriche-Hongrie envoie un exemplaire des documents statistiques du commerce extérieur de l’Autriche-Hongrie en 1874.
- M. le comte Léopold Hugo, membre de la Société mathématique et de la Société de géographie, propose d’ériger, à Paris, une statue à Franklin, à l’occasion de la fête du centenaire de l’indépendance des Etats-Unis, et à l’époque de l’Exposition universelle des applications de l’électricité qu’on propose en ce moment. (Arts économiques.)
- M. le Ministre de l'agriculture et du commerce envoie à la Société un exemplaire de l’atlas la France agricole, qui a figuré, il y a quelques mois, à l’Exposition des sciences géographiques de Paris.
- Communications. — M. Heuzé, auteur de cet ouvrage, demande la parole pour en faire connaître les principales dispositions.
- Il contient une notice succincte sur les neuf régions agricoles dans lesquelles la France doit être divisée, quatre tableaux de statistique générale et quarante-six cartes géographiques et statistiques concernant les plantes agricoles, les animaux domestiques, l’enseignement agricole et vétérinaire, et les associations agricoles et horticoles de la France. Ces documents, exprimés sur les cartes par des couleurs et des signes heureusement disposés, se rapportent aux années 1869 et 1870.
- La superficie territoriale de la France était alors de 55 millions d’hectares, dont 26 millions en terres labourables ; le nombre des parcelles cultivées était de 126 millions pour une population agricole de 7 1/3 millions d’habitants; les petites exploitations, de 10 hectares et au-dessous, sont au nombre de 2 4/10 millions; les moyennes, de 40 hectares et au-dessous, sont au uombre de 636 mille, et les grandes au nombre de 154 mille. Le faire-valoir direct occupe 1 800 mille propriétaires; le métayage, 404 mille métayers, et le fermage, 1 million de fermiers.
- Les pâturages naturels et terres incultes couvraient 6 467 mille hectares, les prairies naturelles 5 millions d’hectares, les bois et forêts 8 273 mille hectares; les autres cultures étaient réparties ainsi, en nombre d’hectares : seigle, 1 743 188; froment d’automne, 7 372 819; orge, 1985 991; maïs, 585 742; avoine, 3 335 991; sarrasin, 668 754; chanvre, 100 028; lin, 105 393; châtaignier, 539 645; olivier, 152 336; houblon, 4 818; tabac, 13 500; safran, 1116; gaude, 113; vigne, 2 423 769; mûrier, 51 743.
- On comptait, en 1870, en France : chevaux, 3 312 656; mulets, 345 658; race bovine, 12 733178; race ovine, 30 217 825; chèvres et boucs, 1683 238; porcs, 5 817 524 ; poules, 42 856 790 ; le miel et la cire provenaient de 3 136 061 ruches.
- Le rendement des récoltes s’est accru d’une manière considérable dans ces der-
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- nières années; entre 1840 et 1866, le rendement du blé, par hectare, s’est accru de 12 hectolitres 28 litres à 15 hectolitres 70 litres.
- Les concours régionaux, les encouragements de la direction de l’agriculture, l’enseignement agricole, vétérinaire et horticole donné par l’État ont beaucoup contribué à ces améliorations, mais l’initiative individuelle a puissamment aidé l’État dans les efforts entrepris pour développer cette féconde source, l’une des plus puissantes de notre richesse nationale. En 1875, on compte 28 665 membres des Sociétés d’agriculture, 60191 membres des comices agricoles et 15 314 membres des Sociétés d’horticulture.
- M. Mangon présente à la Société, au nom de M. Decauville, un petit chemin de fer tout en fer pour les exploitations rurales.
- La Société a récompensé, il y a peu de temps, d’une de ses premières médailles une installation de ce genre, exécutée par M. Corbin. M. Decauville a voulu conserver tous les avantages des anciennes dispositions et y joindre une plus grande facilité d’installation, un ajustage plus fixe et une plus grande inaltérabilité du matériel; ces données l’ont conduit à construire toutes les parties de son système en fer, depuis les échelles qui composent la voie jusqu’aux petits trucs qui la parcourent et aux civières dans lesquelles on dépose les produits. La stabilité et la précision d’ajustage qu’il a obtenues ainsi rendent son petit chemin de fer très-avantageux, et on est étonné de voir la rapidité avec laquelle il est manœuvré, et la facilité qu’il donne pour enlever promptement une récolte de betteraves par exemple. (Renvoi au comité d’agriculture.)
- M. Mangon présente, au nom de M. Melsens, professeur, à Bruxelles, et membre correspondant du Conseil, un rhé-électromètre qu’il a fait construire sur le principe d’un instrument de même nom qu’on doit à Morianini. (Cette communication paraîtra au Bulletin avec le dessin de l’appareil.)
- Mécanique agricole. — M. Mangon présente à la Société un exemplaire du troisième volume de son Traité du génie rural, qui est relatif aux travaux, instruments et machines agricoles.
- Un assez grand développement a été donné à l’étude des moteurs animés et à la manière dont, en soutenant la vie, ils y produisent de la force, ainsi qu’aux moyens d’en tirer parti. Les chapitres suivants ont pour objet de faire connaître les divers instruments et appareils par lesquels la mécanique est employée en agriculture, pour la culture, la récolte, l’appropriation des produits, pour la nourriture du bétail et pour la fabrication des engrais.
- En terminant, l’auteur croit devoir signaler la beauté d’exécution des planches et de l’impression, qui sont dues au soin tout particulier que M. Dunod, éditeur, a voulu apporter à cette publication, et qui en font un des ouvrages les plus remarquables à ce point de vue.
- M. le Président remercie M. Mangon du don qu’il a fait à la Société de ce bel ou-
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- vrage, qui sera certainement consulté avec beaucoup de fruit à la bibliothèque de la Société. Il demande à M. Mangon d’en faire l’objet d’une Note qui sera insérée au Bulletin.
- Ronds magiques, agriculture. — M. Mangon analyse, au nom du comité de l’agriculture, une brochure que M. Gilbert, correspondant de la Société, a bien voulu lui adresser, sur ce qu’on nomme les ronds magiques. Ce sont des taches stériles, rondes, dans les prairies, qui sont dues au développement d’un champignon particulier.
- M. Gilbert a fait à ce sujet un grand nombre d’expériences et des recherches attentives ; il a remarqué que les engrais les plus azotés sont spécialement favorables au développement des plantes les moins azotées, et que les engrais essentiellement minéraux produisent, au contraire, le développement d«s légumineuses, fourrages, plus azotés que les graminées; de sorte que l’apparition de ces champignons, végétaux essentiellement azotés, devrait être combattue par l’emploi d’engrais de composition analogue. Il y a, d’ailleurs, dans cette brochure d’autres considérations botaniques et agricoles dignes d’intérêt, et M. Mangon pense que le Conseil doit remercier M. Gilbert de l’envoi qu’il a fait à la Société.
- M. Girardin, correspondant du Conseil, à Rouen, envoie un rapport qu’il a fait à la Société industrielle de Rouen sur l’ouvrage de MM. Bouteville et Hauchecorne, intitulé : le Cidre.
- MM. les Secrétaires donnent lecture des lettres par lesquelles :
- M. Pagesy remercie de sa nomination au titre de membre correspondant français pour le comité du commerce,
- Et M. Laurence Smith présente ses remercîments pour sa nomination au titre de membre correspondant étranger pour le comité des arts chimiques. Il envoie en même temps divers Mémoires de minéralogie qu’il a publiés récemment.
- Rapports des comités. — Rails des chemins de fer. — M. Bande fait, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur la forme nouvelle de rails pour chemins de fer qui a été proposée par M. Martin du Mans.
- Le rapporteur propose de remercier M. Martin de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin. (Ces conclusions sont approuvées.)
- Horlogerie. — M. Uaton de la Goupillière fait, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur les horloges mystérieuses de M. Robert.
- M. Eaton propose de remercier M. Robert de son intéressante communication et d’insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu, avec une planche. (Ces conclusions sont approuvées par le Conseil.)
- M. Eaton fait aussi un rapport, au nom du même comité, pour proposer la nomination de deux correspondants français et d’un correspondant étranger à des places vacantes dans le comité des arts mécaniques.
- Le comité propose pour correspondants français :
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- M. Quillac, constructeur-mécanicien, à Anzin, qui a produit une grande quantité de machines et de constructions d’un grand intérêt.
- M. Gand, professeur de tissage, à Amiens, et membre de la Société industrielle d’Amiens, qui a publié des ouvrages importants sur les éléments du tissage et sur leur mise en œuvre ;
- Pour correspondant étranger :
- M. Daniel Colladon, ingénieur, à Genève, élève de nos Écoles, ingénieur distingué, dont les travaux, à la perte du Rhône, à Bellegarde et ailleurs, et les instruments perfectionnés pour la perforation des roches, sont connus de tous les constructeurs.
- Ces propositions, mises successivement aux voix, sont votées par le Conseil.
- Nomination de membres. — M. le Président annonce que M. Pagesy> correspondant pour le comité du commerce, demande à être nommé membre de la Société. Conformément aux précédents, il met aux voix cette élection, qui est faite à l’unanimité.
- M. Olivier (Jules), administrateur de Saint-Gobain, est ensuite nommé membre de la Société par un vote du Conseil.
- Séance du 24 décembre 1875.
- Présidence de M. Balard, vice-président.
- Correspondance. — M. Mougey, industriel, à Lapoirie près Remiremont (Vosges); chauffage des voitures des chemins de fer par l’eau chaude. (Arts mécaniques.)
- M. Cheymol aîné, à Martres (Gironde); moteur à air comprimé. (Arts mécaniques.)
- M. Girouard (Émile), rue de la Boulangerie, à Saint-Denis (Seine); burette-lampe qui permet à l’ouvrier, en conservant une main de libre, d’éclairer, par une petite lampe fixée sur la burette, le point ou l’huile doit être versée. (Arts mécaniques.)
- M. Dumas (J. B.), conducteur du service municipal, à Paris, rue de Cléry, 72 ; niveau à miroir. (Arts économiques.)
- M. Rous (Ermond), rue Mouffetard, 70 ; poulie-moufle qui donne la faculté de tenir la charge suspendue sans avoir besoin d’amarrer la corde (Arts mécaniques.)
- M. Le Sueur, ancien employé des lignes télégraphiques, rue des Quinconces, 2, à Angers; emploi du zinc pour empêcher l’incrustation des chaudières à vapeur. (Arts mécaniques.)
- MM. Pelouze (Eugène), rue Delaborde, 34, et Audouin (P.); nouveau procédé de condensation mécanique des matières goudronneuses tenues en supension dans le gaz d’éclairage. Application de ce procédé à l’industrie. (Arts chimiques.)
- M. Fortin (E.), ingénieur, rue Aumont, 9, à Boulogne-sur-Mer, envoie deux brochures sur la fixation de l’azote atmosphérique dans le sol au moyen d’un engrais plus complet que le meilleur fumier de ferme. (Agriculture.)
- M. Potter {S. T.), à Weet Walunt Hills Cincinati (ouest des États-Unis), demande des renseignements sur le prix mis au concours par la Société pour 1877, et relatif à
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- la fabrication artificielle du diamant noir. Il demande aussi si le prix est applicable à la découverte d’une substance artificielle qui ne soit pas composée de carbone, et qui ait cependant toute la dureté désirable. (Arts chimiques.)
- M. Bertrand (Armand), préparateur de chimie à la station agronomique du centre, à Clermont-Ferrand; Mémoire pour le concours au prix : Application industrielle des nouveaux métaux. (Arts chimiques.)
- M. Girault (E.), à Gaunay-sur-Loire (Allier); Mémoire sur les avantages que procureraient des plantations faites avec soin sur les alluvions des fleuves et rivières. (Agriculture.)
- M. Beuzé (Gustave), membre du Conseil, demande à la Société de coopérer à l’érection du monument qu’on se propose d’élever, à Angerville (Seine-et-Oise), à Texier, le premier promoteur de l’introduction des mérinos en France. (Comité d’agriculture et Commission des fonds.)
- M. Sabaté (J.), propriétaire au château de Cardasse, par Libourne (Gironde), présente un gant en mailles d’acier pour détruire les pellicules de l’écorce du pied de la vigne, entre lesquelles le phylloxéra dépose son œuf d’hiver et pour assurer la destruction de cet œuf. (Agriculture.)
- Travaillez, prenez de la peine, Mémoire anonyme pour concourir au prix fondé pour les irrigations et les endiguements. (Agriculture.)
- Longo sed proximo intervallo, Mémoire anonyme pour concourir au prix sur une nouvelle application des corps simples non métalliques. (Arts chimiques.)
- M. le Secrétaire de la Société centrale des Architectes envoie le premier volume des Annales de cette Société (1874), édité par M. Bûcher, libraire. Ce bel ouvrage, grand in-8, contient l’analyse des séances du Congrès des Architectes français en 1873, une conférence de M. Davioud sur les salles de spectacle en France et en Italie, des notices et des études.
- M. Bauer (Frantz); notice imprimée sur les tapisseries du xvne siècle exécutées d’après les cartons de Raphaël, brochure in-8.
- Membres correspondants. — M. le Président donne communication au Conseil des accusés de réception qu’il a reçus, pour leur nomination au titre de correspondant dans le comité d’agriculture, de la part de :
- MM. Juhliri'Dannfelt, de Stockholm;
- Jorgensen (B. S.), de Copenhague.
- Rapports des comités. — M. Mangon fait, au nom du comité d’agriculture, un rapport pour proposer la nomination de trois correspondants étrangers :
- M. Alphonse de Candolle, à Genève, l’un des associés étrangers de l’Académie des sciences, et auteur de travaux estimés de tous les botanistes et agronomes. Sa nomination fera renaître dans le Conseil le nom d’un des fondateurs les plus connus de la Société.
- M. Lawes, auteur, à Rothamstead, du plus grand et du plus beau laboratoire agro-
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- nomique qui existe. La fondation récente d’une rente considérable assure à jamais la perpétuité de cet important établissement, dont les travaux font autorité.
- M. Easton, le chef et principal agent de la maison Easton, Anderson et comp., ingénieurs consultants de la Société royale d’agriculture d’Angleterre.
- Ces propositions, mises successivement aux voix, sont votées par le Conseil.
- M. Lavollée fait, au nom du commerce, un rapport pour proposer la nomination de quatre correspondants étrangers :
- M. Spottiswood, à Londres, président de la Société royale de Londres, imprimeur de la reine d’Angleterre et l’un des hommes qui font le plus d’autorité en fait de science et de commerce.
- M. Heimendahl, à Créfeld, conseiller intime du commerce, président de la Chambre de commerce de Créfeld.
- M. Sella, à Home, ministre des finances en Italie, ingénieur de l’École des mines de Paris.
- M. Vasquez y Queipo, à Madrid, sénateur, ancien procureur fiscal (ministre des finances) à Cuba, auteur d’une description physique et économique de Cuba, et d’un beau traité des poids et mesures anciens et modernes dans toutes les nations commerçantes.
- Ces propositions sont successivement mises aux voix et adoptées par le Conseil.
- Produits chimiques. — M. Lamy lit, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur l’appareil pour concentrer l’acide sulfurique, présenté par MM Faure et Kessler.
- Il propose de remercier les auteurs de leur communication et d’insérer le rapport au Bulletin.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.
- Chemins de fer, signaux. — M. du Moncel lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur le sifflet automoteur de MM. Lartigue, Forest et Digney, qui sert à annoncer à l’avance, au conducteur d’une locomotive, si la fermeture de la voie d’un chemin de fer a été l’objet d’une manœuvre du disque tournant. Le comité propose d’adresser des remercîments à MM. Lartigue, Forest et Digney, et d’insérer au Bulletin le rapport avec les plans et dessins de l’appareil.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont adoptées.
- Communications. — Fermeture de sûreté. — M. Mangon, membre du Conseil, présente, delà part de M. Rochegude (H.), faubourg Saint-Martin, 231, un perfectionnement dans la fermeture des boîtes pour le transport du lait, lequel a pour but de prévenir la fraude, principalement pendant le transport du chemin de fer.
- Ce procédé, qui pourrait être appliqué à d’autres objets, consiste principalement dans la substitution d’une clavette en métal cassant, garnie d’aspérités annulaires à la place de la ficelle qui assurait autrefois la fermeture des boîtes, et dans le remplacement de la cire à cacheter, qui maintenait cette ficelle sous une empreinte connue,
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- par un plomb analogue à celui que l’Administration des douanes emploie habituellement, lequel serait serré par une pince à caractères en creux sur l’extrémité de la clavette. La boîte ne peut plus s’ouvrir que si la clavette est cassée, car l’enlèvement du plomb, qui ne pourrait être replacé, laisserait un témoin de la fraude.
- Plusieurs grands marchands de lait emploient maintenant l’appareil de M. Roche-gude, et trouvent qu’ils sont parfaitement garantis contre la fraude. (Comités de l’agriculture et des arts mécaniques.)
- Enveloppes de vapeur. — M. Laboulaye lit un Mémoire sur les enveloppes de vapeur autour des cylindres des machines à vapeur et sur leur influence par l’effet produit pendant la détente. (Ce Mémoire paraîtra au Bulletin.)
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société, par un vote du Conseil :
- MM. Badois, ingénieur civil, à Paris;
- Farnier (Ferdinand), fondeur de cloches, à Yrécourt (Vosges).
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- LISTE
- DES NOUVEAUX MEMBRES ADMIS EN 1875
- A FAIRE PARTIE DE LA SOCIÉTÉ ü’ENCOURAGEMENT POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.
- MM.
- Adam, pharmacien, à Paris.
- Aubriot, fabricant de verre-mousseline, à Paris. Badois, ingénieur, à Paris.
- Bayle (Paul), ingénieur, à Paris.
- Bischoffsheim, banquier, à Paris.
- Blélry frères, ingénieurs civils, à Paris.
- Bourbon (Jules), à Rio-Janeiro (Brésil).
- Buquel (Paul), miroitier, à Paris.
- Camacho, ingénieur-électricien, à Paris.
- Clamond, ingénieur-électricien, à Paris.
- Cordier (Maxime), comptable, à Paris.
- Decauville (Emile), propriétaire, à Evry-sur-Seine (Seine-et-Oise).
- Bélalain père, imprimeur de l’Université, à Paris. Dubreuil (Alfred), fabricant de porcelaine, à Limoges.
- Dubu, ingénieur, à Tarare.
- Duprey, de la maison Thomas frères, à Neuville-sur-Saône (Rhône).
- Farnier (Ferdinand), fondeur de cloches, à Vré-court (Vosges).
- Fauconnier (A.), négociant, à Paris.
- Ferdinando Baynan, professeur, à Orbitello (Italie). Fournier (Félix), propriétaire, à Paris.
- Fumouze, docteur, à Paris.
- Gaffard, chimiste industriel, à Aurillac (Cantal). Gariel (Edouard), ingénieur des ponts et chaussées, à Paris.
- MM.
- Gauthier-Villars, libraire-éditeur, à Paris.
- Guillard (Félix), pharmacien, à Paris.
- Hache (Adolphe), fabricant de porcelaine, à Vierzon.
- Hanriau, ingénieur, à Meaux.
- Hersent, entrepreneur de travaux publics, à Paris.
- La Bastie (de), propriétaire, au château de Riche-mont (Ain).
- Lancelin, sous-directeur des chemins de fer du Midi, à Paris.
- Lefebvre-Rossignol, fabricant d’aiguilles, à Laigle (Orne).
- Le Lasseur, propriétaire, à Paris.
- Miniscloux, garde-mines, à Paris.
- Mors, ingénieur-électricien, à Paris.
- Olivier (Jules), administrateur de la Compagnie de Saint-Gobain, à Paris.
- Pagezy (Jules), ancien député, à Montpellier.
- Pernolet fils, ingénieur civil des mines, à Paris.
- Poirée, ingénieur civil des mines, à Paris.
- Redon, fabricant de porcelaine, à Limoges.
- Revol (Scipion), ingénieur des ponts et chaussées, à Paris.
- Robert (Henri), horloger, à Paris.
- Robert, mécanicien, à Dijon.
- Rothschild, libraire-éditeur, à Paris.
- Roure-Bertrand fils, fabricant de matières premières pour la parfumerie, à Grasse.
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- MM.
- Segoffin (Charles), ancien négociant, à Courbevoie. Talion, membre de l’Assemblée nationale, à Versailles.
- Thénard (Arnould), chimiste, à Paris.
- MM.
- Thomas (J.), de la maison Thomas frères, à Avignon.
- Tresca (Adolphe), fabricant de châles, à Croissy-Chatou (Seine-et-Oise).
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- TABLE ALPHABÉTIQUE
- DES NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS
- DANS LA SOIXANTE ET QUATORZIÈME ANNÉE DU BULLETIN.
- ( Troisième série — tome II. )
- r.T>«0»
- (La lettre (P) à la suite d’un article indique qu’il ne s’agit que d’une présentation.)
- A.
- Albisser. Marteau-pilon à frein puissant (P), 377. Alcan. Rapport sur les progrès apportés par M. Dubu à la fabrication des peluches et velours,
- 221.
- — Rapport sur les procédés appliqués à la fabrication des châles et des étoffes d’ameublement, par MM. Tresca, Thorel et Baiieuville, 349.
- — Traité de la filature de coton (2e édition) (P), 370.
- — Rapport sur le procédé de M. Christian Le Doux pour dévider et produire la soie grége avec les cocons ouverts, 493.
- Aliger [G.). Machine locomotive à train articulé (P), 274.
- Alleoud [E.). Procédé économique de chauffage (P), 588.
- Alphand. Discours prononcé sur la tombe de M. Mi-chat, membre de la commission des fonds, 364. Antoine (Ch.). Propriétés de la vapeur saturée (P),
- 387.
- Argenteuil (marquis d’). Situation de son legs, 433, 439.
- Armaillé (d’) et Salvetat. Traduction de l’ouvrage de M. Marryat sur les poteries, faïences et porcelaines (P), 651.
- Aubert (Louis). Directeur de fabrique, méd. br., 424. Tome II. — 74e année. 3e série. — Décembre 1875.
- Aubin. Système de mouture (P), 158.
- Aubriot et Cornet. Nouveau procédé de fabrication du verre-mousseline, coloré et vitrifié (P), 370.
- Audenel. Étude sur les condenseurs à surface dans les machines marines, 659 (dessins sur bois).
- Audouin (A.) et Eug. Pelouze. Procédé de condensation mécanique des matières goudronneuses contenues dans le gaz d’éclairage (P), 734.
- Audouin (Mme Ve). Diverses applications de sa glu marine, méd. plat., 412.
- Avril. Machine à graver les hachures (P), 726.
- B.
- Bachelet (Louis). Ouvrier orfèvre, méd. br., 424.
- Balard. Communication sur les falsifications du vin par les couleurs d’aniline, 651.
- Bapst. Situation de son legs, 433,439.
- Baron (F.). Méthode de distillation du schiste (P), 158.
- Barrai (J. A.). Éloges de Pierre-Charles-Mathieu Combes, 254.
- — Sur l’œuvre agricole de M. de Béhague (P), 270.
- — Communication sur les appareils de distillation de M. Savalle, 723.
- Barret (Eugène). Contre-maître, méd. br., 425.
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- Barret [J. B.). Moteur à poids pour faire marcher les machines à coudre (P), 730.
- Basile. Nouveau système d’échafaudage (P), 651.
- Bastie [A. de la). Sur la trempe et le durcissement du verre, et sur sa résistance au choc et à la chaleur, 132; méd. or, 410; rapport, 597.
- Bande. Sur les travaux de fondation du nouvel Opéra de Paris, 498 (pl. 30, 31, 32).
- — Sur les mosaïques du même théâtre, 547.
- — Rapport sur la méthode d’essai des ciments de M. Ducourneau, 653.
- Bande [Elphège). Situation de la fondation de son prix pour les perfectionnements aux procédés du génie civil, 436, 444.
- Bauer (Franlz). Notice sur les tapisseries du xvip siècle d’après les cartons de Raphaël (P), 735.
- Bazelaire [Émile). Fermeture automatique (P), 377.
- Becquerel (Ed.). Rapport au nom des censeurs sur la comptabilité des exercices 1872 et 1873, 445.
- Berenger. Système appliqué sur les chemins de fer, en Autriche, pour la purification des eaux d’alimentation des locomotives, 524.
- Besset (J.). Vulgarisation de la culture à vapeur, 35.
- Besson (E. F. D.). Contre-maître, méd. br., 425.
- Bidot [A.). Procédé pour empêcher l’incrustation des chaudières à vapeur (P), 716.
- Biedermann. Nouveau monte-courroie (P), 716.
- Bodel. Raccords pour tuyaux d’arrosage (P), 716.
- Bohn [Jean). Nouveau palier graisseur (P), 650.
- Boilel. Rapport sur le concours pour le gazonne-menl et le reboisement des montagnes, 404, 655.
- Bomblin. Appareil nouveau pour échafaudage (P), 716.
- Bosc [Ernest). Fermes de charpente d’une grande portée (P), 378.
- Bouchon. Situation de la fondation pour le prix relatif à la taille des meules, 436, 442.
- Boudin. Nouveau bois remplaçant le buis dans la gravure (P), 378.
- Bouilhet [H.]. Sur les produits de la manufacture nationale de Sèvres à l’Exposition des Champs-Élysées, 15.
- — Et Christofle. Situation de la caisse de secours fondée par eux en faveur des arts industriels, 435, 441.
- Bouquet de la Grye et Ad. E. Dupont. Les bois indigènes et étrangers (P), 589.
- Boussingault. Observations critiques sur l’emploi de la teinture ou de la poudre de gaïac pour apprécier la pureté du kirschenwasser, 243.
- — Sur la limite de carburation du fer, 315.
- Brandely [Jean). Contre-maître, méd. br., 425.
- Bréguel. Rapport sur un nouveau système de rouage de pendule de M. Hoyau, 161 [pl. 22).
- Breval. Machine à drayer les peaux (P), 716.
- Brière [Ed.). Système de vitrerie pour toitures (P), 272.
- Brière [J.]. Système de biberon (P), 588.
- Briot (Cyprien). Pompe aspirante (P), 369, 588.
- Brossard- Vidal (Melle) et M. Ed. Maligand. Perfectionnement à l’appareil servant à déterminer le titre alcoolique des vins (P), 371.
- Bruni [A.). Procédé d’extinction des incendies par l’acide carbonique (P), 717.
- Buhours [E.A.). Ouvrier mécanicien, méd.br., 425.
- G.
- Cabanes [Henri). Appareil mécanique pour le nettoyage du gruau [P), 387.
- Cabanis. Note sur des procédés pour détruire le phylloxéra (P), 714.
- Caillaux [A.]. Tableau général et description des mines métalliques et des combustibles minéraux de la France (P), 270.
- Cation. Cours d’exploitation des mines (P) (2e partie), 159, 378.
- — Nouvelle de sa mort, 386 ; discours prononcé sur sa tombe par M. Dupont, 446.
- Caton [Paul). Rapport sur les titres de M. Jacques Siegfried à la grande médaille de Chaptal, 398.
- Camacho (J.). Système d’électro-aimant, 372; rapport, 496; description, 658 (dessin sur bois).
- Cap. Remporte le prix mis au concours par la Société pour l’utilisation des résidus de fabrique, 398.
- Carré. Situation de sa fondation, 434, 441.
- Caucheferi. Recherches persévérantes dans l’art du tissage, méd. arg., 416.
- Caudron. Fabrication de cordes sans fin pour garnitures des boîtes à étoupes (P), 269.
- Cavé (membre du comité des arts mécaniques). Sa mort, 273; sa biographie, 390.
- Chameroy fils. Bascule à contrôle (P), 721.
- Charton (G.). Nouveaux cuirs artistiques gaufrés à
- la main (P), 378.
- Chalin. Rapport sur les travaux faits par M. Fua pour propager la culture et l’emploi du maïs,
- 293.
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- Chatin. Rapport sur le concours pour la production de graine saine de vers à soie de race indigène, 403.
- Chemineau (J.). Perfectionnement dans l’établissement des paratonnerres (P), 730.
- Chevalier [Michel). Communication sur le percement du tunnel sous-marin entre la France et l’Angleterre, 180.
- Chevallier [A.]. Dictionnaire des altérations et des falsifications, 4e édition (P), 274.
- Chevreul. Ce qu’il dit dans son rapport sur l’Expo -sition universelle de 1851, à propos de la reproduction de certains tableaux par la tapisserie, 13.
- — Exemple de sa méthode de classification des couleurs, 77.
- Cheymol. Moyen d’empêcher les navires de sombrer (P), 716.
- — Système de moteur à air comprimé (P), 734.
- Christofle et Bouilhet. Situation de la caisse de secours fondée par eux en faveur des arts industriels, 435, 441.
- Cibert [Paul). Appareil pour garantir la vigne des gelées printanières (P), 378.
- Clamond. Piles thermo-électriques, 234 (dessins sur bois) ; méd. or, 408.
- — et Gaiffe. Nouvelle pile au sesquioxyde de fer et au phosphate d’ammoniaque (P), 724.
- Cloëz (5.). Progrès réalisés dans la fabrication des tapisseries et tapis des manufactures nationales des Gobelins et de Beauvais, 67.
- — Rapport sur la fabrique de superphosphate de chaux de MM. Max. Michelet et Paul Thibault, 228 (pl. 26).
- — Sur la matière grasse extraite de l’arbre à huile de la Chine, 648.
- Golladon. Son appareil compresseur employé au percement du Saint-Golhard, 606.
- Collas [Claude). Emploi du phosphate de chaux comme mordant (P), 267.
- Combes [Pierre-Charles-Mathieu). Son éloge, 254.
- Constantin. Procédés de vernissage des poteries communes, 108; méd. arg., 417.
- Cordier [Maxime). Ouvrage facilitant le calcul des intérêts (P), 588.
- Cornet et Aubriot. Nouveau procédé de fabrication du verre-mousseline, coloré et vitrifié (P), 370.
- Cornet-Bichat. Nouveau système de comptabilité (P), 370.
- Courtin [A.). Application de l’électricité aux régulateurs des machines à vapeur (Pj, 730.
- Couturier. Niveau à lunette verticale et à perpen-dicule, 726.
- Cuny. Système de propulseur pour les navires (P),
- 716.
- D.
- Parasse (A.). Appareil de lessivage et burette pour le graissage (P), 267.
- Davanne [A.). Observations sur les taches des épreuves positives, 218.
- David [J.). Nouveau produit dit galénite pour la peinture sur métaux et le décor des bâtiments (P), 371.
- Debayeux. Appareil télégraphique pour le service des hôtels, 224 (pl. 25).
- Decauville. Petit chemin de fer portatif pour l’agriculture, 732.
- De la Bive [Arthur-Auguste)'. Son éloge historique,
- 198.
- Delattre [H. J.). Maître maçon, méd. br., 426.
- Delesse et de Lapparent. Revue de géologie, t. XI et XII (P), 274, 730.
- Deleuil. Réclamation de priorité au sujet de la pompe de M. Beynier, 378.
- Demouis [G. A.). Ouvrier, méd. br., 426.
- Deprez [Marcel). Système de planimèlre, méd. plat., 413.
- Dernoncourt [L. D.). Régularisation du tirage des foyers par la manœuvre automatique du registre (P), 725.
- Deschênes (F.). Contre-maître, méd. br., 426.
- Deschiens. Appareils électriques construits pour l’observatoire de Rio de Janeiro, 333 (pl. 29) ; méd. plat, 413.
- Devinck. Rapport sur les comptes financiers de la Société pour les exercices 1872 et 1873, 430.
- Dimps. Machine hydraulique (P), 369.
- Dobelle [A.). Appareil pour le nettoyage, le triage et l’aplatissement de l’avoine ; méd. arg., 417.
- Dubreuil. Application du four Siemens h la fabrication de la porcelaine, 91.
- Dubu. Progrès apportés à la fabrication des peluches et des velours, 221 ; méd. or, 408.
- Ducourneau. Méthode pour l’essai des ciments; méd. arg., 417; rapport, 653.
- Dumas [J. B.). Système de niveau à miroir (P), 734.
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- (744 )
- Dumas (Président). Allocution prononcée dans la séance du 11 décembre 1874, à l’occasion de l’inauguration du nouvel hôtel de la Société, 3.
- — Éloge historique d'Arthur-Auguste de la Rive,
- 198.
- — Observations au sujet de la ventilation des grandes salles, 384.
- — Remarques au sujet de la place importante prise par les dérivés du goudron de houille, 652.
- — Paroles prononcées aux funérailles de sir
- Charles Wheatslone, 700.
- Du Moncel (comte Th.). Rapport sur l’appareil révélateur des variations de pression du gaz d’éclairage de M. Launay, 105.
- — Rapport sur l’appareil télégraphique imaginé par M. Débayeux pour le service des hôtels, 224 (pl. 25).
- — Rapport sur les piles thermo-électriques de M. Clamond, 234 (dessins sur bois).
- — Rapport sur les appareils électriques de M. Liais construits par M. Deschiens, 333 (pl. 29).
- — Communica’ion sur le système d’électro-aimant de M. Camaoho, 372 ; rapport, 496.
- — Rapport sur le concours pour la conservation des denrées alimentaires à l’état frais, 403.
- —- Rapport sur le casse-fil électrique pour métiers à tisser de M. Richard, 541 (pl. 33).
- Duplessy [Nicolas). Ouvrier sondeur, méd. br., 426.
- Duponchelle [Ch.]. Rail portatif sans fin (P), 158.
- — Nouveau système d’accrochage des waggons de chemin de fer (P), 716.
- Dupont. Discours prononcé sur la tombe de M. J. Cation, 446.
- Dupont [Ad. E.) et Bouquet de la Grye. Les bois indigènes et étrangers (P), 589.
- Duquénoy [Léon). Contre-maître, méd. br., 427.
- Durand-Claye [Alfred). Rapport, au nom d’une commission, sur les mesures à prendre pour remédier à l’infection de la Seine aux abords de Paris, 510, 567.
- Durenne. Réclamation au sujet de la communication de M. Pernolet sur le tunnel du Saint-Go-thard, 369; réponse de M. Pernolet, 373.
- Dursy de Bruignac. Moufle-treuil à encliquetage naturel (P), 269.
- Duru [L.). Nécessaire contenant les spécimens des différentes mesures pour l’enseignement du système métrique (P), 270.
- Dusdgneur-Kléber. Ouvrage sur le cocon de soie,
- 159.
- E.
- Eruel. Tableau des expériences faites par lui à la Ranque de France avec la pile thermo-électrique de M. Clamond, 238.
- Évrard [Max.]. Appareil laveur classificateur de la houille, 30 (pl. 21).
- F.
- Farcot [Denis). Membre du comité des arts mécaniques; sa mort, 715.
- Fauler. Situation de la caisse de secours fondée par lui en faveur de l’industrie des cuirs, 435, 441.
- Faure et Kessler. Appareil pour la concentration de l’acide sulfurique, 382.
- Favray et Gruyelle. Appareil de sauvetage pour les incendies (P), 718.
- Figuier [Louis). Les merveilles de l’industrie, 159.
- Fleury [Jules). Projet de tunnel sous-marin entre Fîie d’Oléron elle continent (P), 718.
- Forest et Lartigue. Nouveau sifflet électrique avertisseur pour les chemins de fer (P), 728.
- Fortin [E.]. Sur la fixation dans le sol de l’azote atmosphérique (P), 734.
- Fourzac. Système de courroies (P), 369.
- Franqueville [de). Régime des travaux publics en Angleterre (P), 274.
- Froment (feu). Sa machine pour le tracé des courbes représentatives de la composition des mouvements vibratoires, 173.
- Fromont [P. T.). Ouvrier peintre, méd. br., 427.
- Fua. Travaux pour propager la culture et l’emploi du maïs, 293; méd. plat., 414.
- G.
- Gaffard. Échantillons d’encre pour le concours (P)
- 158.
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- ( )
- Gaiffc. Emploi de l’électricité pour l’éclairage instantané des lustres de l’assemblée nationale de Versailles; méd. plat., 414.
- — et Clamond. Nouvelle pile au sesquioxyde de fer et au phosphate d’ammoniaque (P), 724.
- Galitzin (princesse de). Situation de sa fondation, 434, 441.
- Garlandot (J.). Appareil pour rafraîchir l’air (P),
- 718.
- Garnier [Ch.]. Son œuvre du nouvel Opéra de Paris, 500.
- Genissieu. Sur une canalisation d’eau dans un grand atelier pour les cas d’incendie, 641.
- Gervaise. Machine à faire les clous pour ferrer les chevaux (P), 721.
- Gilbert. Sur les ronds magiques qu’on trouve dans les prairies, 733.
- Gineslou (J.). Traduction du dernier ouvrage de géologie de sir Ch. Lyell (P), 378.
- Girard (A.) et H. Morin. Des pyrites employées, en France, à la fabrication de l’acide sulfurique, 645.
- Girard (Ch.) et G. de Laire. Traité des dérivés de la houille, 602.
- Girouard (Émile). Burette-lampe facilitant le graissage (P), 734.
- Gissey. Sécateurs, méd. br., 420.
- Gournerie (de la). Rapport sur le niveau à lunette verticale et à perpendicule de M. Couturier (extrait), 726.
- Gravelin (Armand). Moyen pour détruire le phylloxéra (P), 650.
- Gravier (A.). Système de moteur (P), 269.
- Greffulhe (comte Henri). Son opinion sur les deux systèmes de charrue à vapeur de Fowler et de Howard, 41.
- Gremailly fils. Tablettes pour soupes à l'oignon; méd. br., 421.
- Greneu. Fusil à bloc obturateur, 277 (pl. 27).
- Grison (Th.). Procédé de teinture des fibres végétales (P), 721.
- Grossot (F. V.). Calorifère à lames convergentes (P), 158.
- Gruner. Cours de métallurgie, 159.
- Gruyelle et Favray. Appareil de sauvetage pour les incendies (P), 718.
- Guérin. Pantographe circulaire pneumatique pour l’agrandissement ou la réduction des dessins (P), 727.
- Gurney. Système de calorifère, 355 (dessin sur bois).
- Haarmann et Tiemann. Leur découverte de la va-nilline artificielle, 67.
- Hackney (W.). Sur la fabricatipn du coke d’anthracite dans le sud du pays de Galles, 642.
- Hanriau (G.). Création de force motrice au moyen des chutes d’eau souterraines; méd. br., 421.
- Hardy. Construction d’un anémomètre spécial pour la ville du Puy, 371.
- Hardy (J. A.). Traité de la taille des arbres fruitiers (P), 375.
- Haton de la Goupillière. Rapport sur le système de rapporteur de M. Tàbarant, 353 (dessin sur bois).
- Helet (Frédéric). Cours de chimie générale élémentaire, 159.
- Hemptine (A. de). Nouveau procédé de fabrication de l’acide sulfurique (P), 382.
- Henriot (P.). Nouvelle disposition de l’indicateur du niveau d’eau des chaudières à vapeur (P), 387.
- Herman (André). Application de la sténographie à la lithographie (P), 717.
- Hersent. Étude pour préserver Saint-Pétersbourg contre les inondations (P), 272.
- — Régularisation du cours du Danube à Vienne et nouveau mode de débarquement par dragage dans les bateaux, 551 (pl. 34).
- Hetet (Fréd.). Cours de chimie générale élémentaire (P), 589.
- Heuzè. Communication sur son atlas de la France agricole, 731.
- Hïbry (J.). Machine pour la filature delà laine et autres textiles (P), 716.
- Hoffmann (Cari). Traité pratique de la fabrication du papier (P), 270.
- Hofmann. Rapport sur les progrès des arts chimiques depuis 12 ans (P), 717.
- Hoyau. Nouveau système de rouage de pendule, 161 (pl. 22); méd. arg., 418.
- Huzard. Sur les phénomènes observés dans les produits provenant du croisement des races d’animaux, 109.
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- ( )
- I.
- Ithurralde. Procédé simple pour obtenir la taille des pierres d’un pont biais (P), 387.
- J.
- Jankiewiez [Ch.]. Appareil de sauvetage (P), 717. Jannettas. Ouvrage sur les roches (P), 159.
- Jannin [Pierre). Chef ouvrier, méd. br., 427. Joarhit. Nouvelle ferrure permettant de démonter rapidement les lits (P), 387.
- K.
- Kessler et Faure. Appareil pour la concentration de l’acide sulfurique, 382.
- Koïb [J.]. Étude sur les tourbes du département de la Somme, 42.
- Kopp [Émile). Membre correspondant du Conseil; sa mort, 730.
- Kyte et Needham. Presse pour raffermir les pâtes à porcelaine, 93.
- L.
- Laboulaye (Ch.). Des beaux-arts appliqués à l’industrie; les produits des manufactures des Go-belins et de Beauvais à l’Exposition des Champs-Élysées, 10.
- — Rapport sur le fusil à bloc obturateur de M. Gre-neu, 277 (pl. 27).
- — Notice sur M. F. Gavé, 390.
- — Paroles prononcées en séance à l’occasion de la mort de M. Denis Farcot, membre du comité des arts mécaniques, 715.
- — Communication sur la machine à graver les hachures de M. Avril, 726.
- Lachaise [Sylvain). Contre-maître dessinateur, méd. br., 427.
- Lachanal (B. de) et A. Mermet. Tube spectroscopique pour l’analyse qualitative des composés solubles des métaux, 723.
- Lagrue (A.). Traitement pour engrais des matières fécales (P), 713.
- Laire (G. de) et Ch. Girard. Traité des dérivés de la houille, 602.
- Lambert [Th.]. Ouvrier, méd. br., 428.
- Lamy. Rapport sur le concours pour l’utilisation des résidus de fabrique, 398.
- Langrais (A.). Moyen d’augmenter la force des locomotives (P), 716.
- Lapparent [de) et Delesse. Revue de géologie, t. XI et XII (P), 274,730.
- Lartigue et Forest. Nouveau sifflet électrique avertisseur pour les chemins de fer (P), 728.
- Lartigue-Tesse et Prudhomme. Appareil pour régler la vitesse des trains de chemins de fer (P), 387.
- Latour du Pin. Ouvrage sur les minéraux, 159.
- Lauby (Alex.). Système de chauffage à air chaud pour les chaudières à vapeur (P), 588.
- Launay. Appareil révélateur des variations de pression du gaz d’éclairage, 105.
- Lavalley. Communication sur le percement du tunnel sous-marin entre la France et l’Angleterre, 185 (pl. 24).
- Lavollée (G.). Rapport sur le livre de M. Émile Worms, intitulé, L’Allemagne économique ou Histoire du Zollverein allemand, 163.
- Le Chatelier (feu). Diplôme d’honneur décerné par le jury de l'Exposition universelle de Vienne en 1873 pour l’emploi de la contre-vapeur dans les chemins de fer, 530.
- Décompté (Léon). Employé de commerce, méd. br., 428.
- Lecoq de Boisbaudran. Réclamation de priorité au sujet de l’emploi de l’électrolyse pour le dosage du cuivre, 374.
- Le Doux (Christian). Procédé pour dévider et produire la soie grége avec les cocons ouverts, 493.
- Leflaive (Louis). Comptable, méd. br., 428.
- Legrand. Situation de la caisse de secours fondée par lui en faveur de l’industrie de la savonnerie, 435, 441.
- Lehmann. Petit moteur à air chaud, 524.
- Lejeune (A.). Palier graisseur continu pour les arbres verticaux (P), 382.
- Lemaire. Procédé économique de chauffage (P),
- 378.
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- ( W )
- Leroy (Octave). Excenlrique à angle variable (P], 269.
- Le Sueur. Emploi du zinc pour prévenir l’incrustation des chaudières à vapeur (P), 734.
- Letestu (L.). Projet pour l’arrêt d’un train de chemins de fer (P), 273.
- Letscher (F.). Machine à moissonner (P), 713.
- Levieil (Eugène). Contre-maître, méd. br., 428.
- Liais. Ses appareils électriques envoyés à l’observatoire de Rio de Janeiro, 333 (pl. 29).
- Ligny. Appareil pour le séchage rapide des maisons neuves (P), 269.
- Liste (G.). Procédé de conservation de l’eau de mer (P), 382.
- Lissajous. Sur le tracé mécanique des courbes représentatives de la composition des mouvements vibratoires, 168, 173 (pl. 23 et dessins sur bois).
- — Communication sur le système de carte de M. Paquier pour l’enseignement de la géographie statistique, 727.
- Loiseau (Émile). Fabrication des agglomérés en Amérique, 54.
- Lorieux. Notice sur les ressources métalliques et sa-licoles de la Loire-Inférieure (P), 717.
- Loua. Atlas de l’industrie française, méd. plat., 415.
- Lubac (de). Communication sur le verre trempé de M. de la Bastie, 160.
- Luynes (F. de). Sur la reproduction, par la méthode chimique, des espèces organiques utiles naturelles, 62.
- — Rapport sur les procédés pour la trempe du verre de M. de la Bastie, 597.
- Lyell Isir Charles). Son dernier ouvrage de géolo-gie'(P), 378.
- M.
- Maccaud. Nouveau genre de voitures (P), 369. Mac-Kean. Son appareil perforateur employé au percement du Saint-Gothard, 607.
- Maconnière. Petite règle à tracer des parallèles (P),
- 731.
- Maingault (A.). Tuile à double emploi (P), 721. Maitry-Gilbert. Nouveau modèle de charrue (P),
- 730.
- Maligand (Ed.) et MeIle Brossard- Vidal. Perfectionnement à l’appareil servant à déterminer le titre alcoolique des vins (P), 371.
- Mangon (Hervé). Communication sur l’anémomètre spécial construit pour la ville du Puy par M. Hardy, 371.
- — Communication sur la méthode d’élevage des huîtres de M. Auguste Michel, 376.
- — Communication sur le petit chemin de fer portatif pour l’agriculture de M. Decauville, 732.
- — Traité du génie rural (P), 732.
- — Communication sur les ronds magiques qu’on trouve dans les prairies, 733.
- — Communication sur le système de fermeture de sûreté des boîtes h lait de M. Rochegude, 736.
- Marryat. Histoire des poteries, faïences et porcelaines (P), 651.
- Marsilly (de). Ses analyses de la tourbe, 51.
- Mathey (C. M.). Utilisation de la force du vent pour remplacer les moteurs en usage (P), 158, 375.
- Mauran (l’abbé). Procédé pour rendre les tissus incombustibles (P), 271.
- Maurice (Gustave). Guide pour l’application de la loi sur le travail des enfants dans l’industrie (P), 651.
- — et E. Talion. Législation du travail des enfants dans les manufactures (P), 388.
- Mendeleef. Nouvelle balance, 241 (dessins sur bois).
- Ménier. Communication sur la pulvérisation des engrais, 275.
- — Situation de la caisse de secours fondée par lui en faveur des arts chimiques, 435,442.
- Mermet (A.) et B. de Lachanal. Tube spectroscopique pour l’analyse qualitative des composés solubles des métaux, 723.
- Meugy et Nivoit. Statistique agronomique de l’arrondissement de Vouziers, 358 ; méd. plat., 416.
- Meunier (Stanislas). La terre végétale (P), 159.
- Michal, membre de la commission des fonds. Discours prononcé sur sa tombe par M. Alphand, 364.
- Michel (Auguste). Méthode d’élevage des huîtres, 376.
- Michelet (Max.) et Paul Thibault. Fabrication du superphosphate de chaux, 288 (pl. 26) ; méd. or, 410.
- Mignon et Rouart. Télégraphie pneumatique, méd. plat., 416.
- Milly (de). Situation de la caisse de secours fondée par lui en faveur de l’industrie de la stéarine, 435, 442.
- Mimault. Système de télégraphie électrique à transmission simple ou multiple (P), 587.
- Moll. Sur une école pratique de laiterie pour les jeunes filles, établie en Danemark, 305.
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- Mondon. Machine à tailler les limes (P), 730.
- Mongey. Système de chauffage des voitures de chemin de fer P), 734.
- Moride. Bidon siphoïde pour les huiles de pétrole, 282 (dessins sur bois).
- Morin (H.) et A. Girard. Des pyrites employées, en France, à la fabrication de l’acide sulfurique, 645.
- Mouchot. Appareil pour utiliser la chaleur des rayons solaires, 729.
- Muller (Victor). Procédé pour la compression à froid du minerai d’asphalte (P), 269.
- Muret-Darblay. Envoi du buste de feu M. Darblay, ancien vice-président de la Société, 389.
- N.
- Needham et Rite. Presse pour raffermir les pâtes à porcelaine, 93.
- Nicolas (Michel). Ouvrier, méd. br., 428.
- Nivoit et Meugy. Statistique agronomique de l’arrondissement de Youziers, 358; méd. plat., 416.
- Notion (S.). Machine à sculpter (P), 588.
- O.
- Olivier (IL). Clarification de l’eau des citernes (P), 373.
- Orsat (H.). Appareil pour l’analyse rapide des gaz,
- 719.
- Oudry. Membre de la Société; sa mort, 721. Oustalet (S.). Briquettes de combustible perforées (P), 369.
- P.
- Paliard. Rapport sur les plaques décoratives, dites marmoréennes, de M. Pruneau, 166.
- — Rapport sur le calorifère Gurney, 355 (dessin surbois).
- Paquier. Nouveau système de carte géographique pour la statistique, 727.
- Paris (Hippolyte). Ouvrier mécanicien, méd. br., 429.
- Pasbecq (Auguste). Ouvrier peintre, méd. br., 429.
- Paupier. Ponts à bascule perfectionnés, méd. arg., 418; rapport, 495.
- Peligot (Eug.). Sur les matières salines que les betteraves à sucre empruntent au sol et aux engrais, 624.
- — Sur les matières minérales contenues dans le jus des betteraves et sur la potasse qu’on en extrait, 632.
- Pelouze (Eug.) et A. Audouin. Procédé de condensation mécanique des matières goudronneuses contenues dans le gaz d’éclairage (P), 734.
- Pernolet (A.). Communication sur le transport de la houille à l’intérieur des mines en Angleterre et en Allemagne, 379.
- — Le percement du Saint-Gothard, 605 (pl. 35 et dessins sur bois).
- Perrot (Eug.). Sur les écumes de défécation et leur danger près des fabriques, 55.
- Picot (J. B. C.). Remède pour la destruction du phylloxéra (P), 370.
- Pierre (P.). Système de machine à vapeur (P), 266.
- Pinolot. Machine à imprimer les marges de deuil sur le papier à lettre (P), 269.
- Platel. Préparation d’une encre maigre pour la typographie (P), 717.
- Poirier. Machine à bronzer pour les lithographes (P), 387.
- Pomel (A.). L’Algérie à l’Exposition universelle de Vienne, 247, 322.
- Bouriau. Ouvrage sur la laiterie, 159.
- Prévost. Moyen de faire disparaître les désordres qu’apporte à la santé des ouvrières la coulure mécanique (P), 588, 725.
- Prudhomme et Lartigue-Tesse. Appareil pour régler la vitesse des trains de chemins de fer (P) 387.
- Pruneau. Plaques décoratives, dites marmo -réennes, 166.
- R.
- Raffard (N. J.). Moyen d’annuler presque complètement le frottement du volant dans les machines à vapeur (P), 273.
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- ( 749 )
- Ragon et Waller. Système de rail fer et bois (P),
- 158.
- Ratieuville, Tresca et Thorel. Procédés appliqués à la fabrication des châles et des étoffes d’ameublement, 349; méd. or, 411.
- Renoir. Procédé pour diriger les ballons (P), 716.
- Richard. Système de casse-fil électrique pour les métiers â tisser, 541 (pl. 33).
- Richard (F.). Procédé de peinture au demi-grand feu pour la porcelaine dure, 286; méd. or, 411.
- Rivière (1.). Nouveau procédé de traitement de la betterave (P), 378.
- Robert (F.). Nouveau biberon à soupape, méd. br., 421.
- Robert [Henri), membre de la Société. Sa notice biographique, 153.
- Robert (Henri fils). Système de pendule sans mouvement apparent, 271.
- Robert [Th.). Nouveau mode de propulsion pour les bateaux en rivière (P), 714.
- Rochegude (H.). Système de fermeture de sûreté pour les boîtes à lait, 736.
- Rohart (F.). Expériences pour la destruction du phylloxéra (P), 273.
- Rondot [Natalis). Rapport sur l’industrie de la soie à l’Exposition universelle de Vienne en 1873 (P), 589.
- Rostaing (de). Essai de l’emploi de l’électricité en agriculture (P), 269.
- Rouart et Mignon. Télégraphie pneumatique; méd. plat., 416.
- Rouffia. Remporte le prix mis au concours par la Société pour la production de graine saine de vers à soie de race indigène, 403.
- Rous (Ermond). Système de poulie-moufle (P), 734.
- Roussen (Léon de). Fer à cheval perfectionné (P),
- 730.
- Roy (Eug.). Envoi d’une encre en poudre pour le concours [P], 158.
- Roy (Gustave). Situation de la fondation du prix pour l’industrie cotonnière, 436,443.
- S.
- Sabaté (J.). Gant en acier pour assurer la destruction de l’œuf du phylloxéra (P), 735. Saint-Romas. Machine hydraulique (P), 373.
- Salleron. Note sur la nouvelle, balance de M. Men-deleef, 241 (dessins sur bois).
- Salvetal. Sur les progrès récents réalisés par l’industrie privée dans la fabrication de la porcelaine ; état actuel de la fabrication de Limoges, 83.
- — Sur les procédés de vernissage des poteries communes de M. Constantin, 108.
- — Rapport sur la palette du peintre sur porcelaine au demi-grand feu de M. François Richard, 286.
- — Présentation d’imitations de poteries du Japon, 595.
- — Rapport sur le traité des dérivés de la houille de M. G. Girard et G. de Faire, 602.
- — Communication sur le pantographe circulaire pneumatique de M. Guérin, 727.
- — et d’Armaillé. Traduction de l’ouvrage de M. Marryat sur les poteries, faïences et porcelaines (P), 651.
- Samain. Nouveau système de pressoir (P), 270.
- Sanguet (J. L.). Instrument facilitant les opérations du cadastre (P), 721.
- Savalle. Appareils de distillation, 723.
- Seguin (membre correspondant de la Société). Sa mort, 273.
- Seguin (Joseph). Ouvrage sur la dentelle à l’aiguille et au fuseau (P), 159.
- Seguin. Reçoit une médaille au sujet du concours ouvert par la Société pour le gazonnement et le reboisement des montagnes, 404, 655.
- Seguin (René). Ouvrier, méd. br., 429.
- Siblas (de). Système d’étui-forme pour instruments de musique, 546.
- Sibon (Théophile). Manivelle sans point mort (P), 377.
- Siegfried (Jacques). Reçoit la grande médaille de Chaptal, 398.
- Stamm (Ernest). Projet de percement du mont Blanc par un chemin de fer (P), 713.
- T.
- Tabarant. Système de rapporteur, 353 (dessin sur bois) ; méd. arg., 418.
- Talion (E.) et Gustave Maurice. Législation sur le travail des enfants dans les manufactures (P), 388.
- Tautin (Hippolyte). Ouvrier, méd. br., 429.
- Tome II. — 74e année. 3e série. — Décembre 1875.
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- ( 750 )
- Taylor (Charles T.). Sur l'exploitation de l’étain d’alluvion dans la baie de Restronguet (Angleterre), 310 (pl. 28).
- Tellier. Reçoit nn encouragement au sujet du prix
- • mis au concours par la Société pour la conservation des denrées alimentaires à l’état frais, 403.
- Tetevide-Jouvenel. Inciseur annulaire pour la culture de la vigne (P), 377.
- Théron de Montaugé. Membre de la Société; sa mort, 730.
- Thibault [Paul] et Max. Michelet. Fabrication du superphosphate de chaux, 288 (pl. 26) ; méd. or, 410.
- Thiou (E. Siméon). Contre-maître, méd. br., 429.
- Thollois (L.). Méthode d’enseignement de la lecture, de l’orthographe et du calcul (P), 272.
- Thomas. Kaléidoscope perfectionné, méd. br., 422.
- Thomas (Yves). Perfectionnements dans l’horlogerie, méd. arg., 419.
- Thorel, Tresca et Ratieuville. Procédés appliqués â la fabrication des châles et des étoffes d’ameublement, 349; méd. or, 411.
- Tiemann et Haarmann. Leur découverte de la va-nilline artificielle, 67.
- Tisley. Pendule composé pour le tracé mécanique des courbes représentatives de la composition des mouvements vibratoires, 299 (dessins sur bois).
- Tison (Louis). Creusets pour la verrerie (P), 717.
- Tissandier (Gaston). Journal la Nature (P), 274.
- Tisserand. Son opinion sur les avantages de la culture à vapeur, 40.
- — Note sur une école pratique de laiterie pour les jeunes filles établie en Danemark, 307.
- — Rapport sur la statistique agronomique de l’arrondissement de Vouziers, dressée par MM. Meugy et Nivoit, 358.
- Toselli. Chambre de sécurité pour les ballons (P), 373.
- — Grappins pour les sondages à la mer, méd. arg., 419.
- Trehonnais (de la). Sur les grèves et leurs conséquences dans les régions agricoles de l’Angleterre, 36.
- — Résultats de la culture à vapeur en Angleterre, 40.
- — Ce qu’il dit du croisement des animaux, 110.
- Tresca (membre du Conseil). Les machines à l’Exposition universelle de Vienne, 361,523,557, 635.
- — Rapport sur les ponts à bascule perfectionnés de M. Paupier, 495.
- — Paroles prononcées aux funérailles de sir
- Charles Wheatslone, 703. J
- Tresca, Thorel et Ratieuville. Procédés appliqués à la fabrication des châles et des étoffes d’ameublement, 349; méd. or, 411.
- Trivier (de Saint-). Destruction du phylloxéra par l’action du froid (P), 272.
- Troost. Rapport sur le bidon siphoïde pour les huiles de pétrole de M. Monde, 282 (dessins sur bois).
- Tunner (de). Des hauts fourneaux qui traitent des minerais faciles à réduire ; réponse à M. Low-Ihian Rell, 134.
- Turr. Machine à biseauter les cartons employés dans la reliure (P), 266.
- V.
- Vavin. Trieur magnéto-mécanique; méd. arg., 420.
- Villarceau (Yvon). Sur ses régulateurs isochrones, 687 (pl. 36).
- Vilpreuæ (A. J.). Contre-maître, méd. br., 430. Vincent (G.). Système de lits perfectionnés (P),
- 721.
- w.
- Walker et Ragon. Système de rail fer et bois (P),
- 158.
- Wery (Eug.). Appareil de ventilation pour les appartements et les cheminées (P), 650.
- Wheatstone (sir Charles). Sa mort, 699.
- Wolf. Rapport sur les étuis-forme pour instruments de musique de M. de Siblas, 546.
- Worms (Émile). L’Allemagne économique ou Histoire du Zollverein allemand, 163.
- Y.
- Yrague (J.). Procédé pour diriger les ballons (P),
- 714.
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- ( 751 )
- TABLE
- ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE
- DES MATIÈRES
- CONTENUES DANS LA SOIXANTE ET QUATORZIÈME ANNÉE DU BULLETIN. { Troisième série — tome II. )
- (La lettre (P) à la suite d’un article indique qu’il ne s’agit que d’une présentation.)
- A.
- Acide sulfurique. Nouveau procédé de fabrication de P, par M. A. de Hemptinne (P), 382.
- — Appareil pour la concentration de P, par MM. Kessler et Faure, 382.
- — Des pyrites employées, en France, à la fabrication de P, par MM. A. Girard et II. Morin, 645.
- Aérostation. Système de sécurité pour P, proposé par M. Toselli (P), 373. (Voy. Ballons.) Agglomérés. Fabrication des, en Amérique, par M. Émile Loiseau, 54.
- Agriculture. Vulgarisation de la culture à la vapeur, par M. J. Besset, 35.
- — Essai d’emploi de l’électricité en, par M. de Rostœing (P), 269.
- — Travaux pour propager la culture et l’emploi du maïs, parM. Fua ; rapport de M. Chatin, 293; mëd. plat., 414.
- — Petit chemin de fer portatif pour P, par M. De-cauville; communication de M. Hervé Mcmgon,
- 732.
- — Ce qu’on appelle les ronds magiques en, par M. Gilbert; communication de M. Hervé Mangon,
- 733.
- Air. Petit moteur à, chaud, par M. Lehmann, 524.
- — Système de moteur à, comprimé, par M. Càeu~ mol (P), 734.
- Alcool. Perfectionnement à l’appareil servant à déterminer le titre en, des vins, par M. Ed. Ma-ligand et Melle Brossard-Vidal (P), 371.
- Alimentation. Tablettes pour soupes à l’oignon, par M. Gremailly fils; méd. br., 421.
- Allocution prononcée par M. Dumas le 11 décembre 1874, lors de l’inauguration du nouvel hôtel de la Société, 3.
- Ameublement. Procédés appliqués à la fabrication des châles et des étoffes d’, par MM. Tresca, Thorel et Balieuville; rapport de M. Alcan, 349.
- Analyse. Appareil pour 1’, rapide des gaz, par M. H. Orsat, 719.
- — Tube spectroscopique pour 1’, qualitative des composés solubles des métaux, par MM. B. de Lachanal et A. Mermet, 723.
- Anémomètre. Système d’, construit pour la ville du Puy, par M. Hardy; communication de M. Hervê Mangon, 371.
- Aniline. Vin frelaté par les couleurs d’; communication de M. Balard, 651.
- Animaux. Sur les phénomènes observés dans les produits provenant du croisement des races d’, par M. Huzard, 109.
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- Appareil. Système d’, pour le lavage et la classification des charbons, par M. Max. Ëvrard, 30 (pl. 21).
- — télégraphique pour le service des hôtels, par M. Debayeux ; rapport de M. du Moncel, 224 (pl. 25).
- — de lessivage, par M. A. datasse (P), 267.
- — Système d’, pour le séchage rapide des maisons neuves, par M. Ligny (P), 269.
- — Plusieurs, électriques présentés par M. Des-chiens; rapport de M. du Moncel, 333 (pl. 29) ; méd. plat., 413.
- — Sur les différents genres d’, à lever les fardeaux qui se trouvaient à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, par M. Tresca, 535.
- — Système d’, pour rafraîchir l’air, par M. J. Gar-landot (P), 718.
- — spectroscopique pour l’analyse qualitative des composés solubles des métaux, par MM. B. de Lachanal et A. Mermet, 723.
- — pour utiliser la chaleur solaire, par M. Mouchot, 729.
- Armes h feu. Fusil à bloc obturateur, par M. Greneu; rapport deM. Laboulaye,277(pl.27).
- Asphalte. Procédé pour la compression à froid du minerai d’, par M. Victor Muller (P), 269.
- Atlas. Création d'un, de l’industrie française, par M. Loua; méd. plat., 415.
- — La France agricole en; communication de M. Heuzé, 731.
- Avoine. Appareil pour le nettoyage, le triage et l’aplatissement de 1’, par M. A. Dobelle; méd. arg., 417.
- Azote. Sur la fixation de 1’, de l’atmosphère dans le sol, par M. E. Fortin (P), 734.
- Balances. Note sur la nouvelle, de M. Mende-leef, construite par M. Salleron, 241 (dessins sur bois).
- — Ponts à bascules perfectionnés, par M. Paupier; méd. arg., 418; rapport de M. Tresca, 495.
- — Bascule à contrôle, par M. Chameroy fils (P), 721.
- Ballons. Chambre de sécurité pour les, proposée par M. Toselli (P), 373.
- Ballons. Procédé pour diriger les, par M. J. Yrague (P), 714.
- — Méthode pour la direction des, par M. Renoir (P), 716.
- Bateaux. Nouveau propulseur pour, dans les rivières, par M. Th. Robert (P), 714. Beaux-arts appliqués à l’industrie.
- Des, par M. Laboulaye, 10 ; les produits des manufactures des Gobelins et de Beauvais à l’Exposition des Champs-Elysées, 13.
- — Plaques décoratives, dites marmoréennes, par M. Pruneau ; rapport de M. Paliard, 166.
- Betteraves. Nouveau procédé d’extraction du jus de, par M. A. Rivière (P), 378.
- — Sur les matières salines que les, à sucre empruntent au sol et aux engrais, par M. Eug. Pe-ligot, 624.
- — Sur les substances minérales contenues dans le jus des, et sur la potasse qu’on en extrait, par M. Eug. Peligot, 632.
- Biberon. Système de, à soupape, par M. E. Robert; méd. br., 421.
- — Autre système de, par M. J. Prière (P), 588. Bibliographie. Cours de métallurgie, par
- M. Gruner, 159.
- — Cours d’exploitation'des mines (2e partie, L II), par M. Callon, 159.
- — Statistique des travaux de l’administration des mines de 1865 à 1870, 159.
- — Atlas, avec notice, des ports de mer de France, 1.1, 159.
- — Statistique générale annuelle de la France, 1.1, 1871, 159.
- — Les merveilles de l’industrie, par M. Louis Figuier, 159.
- — Cours de chimie générale élémentaire, par M. Frédéric Hetet, 159.
- — La laiterie, par M. Pouriau, 159.
- — La dentelle à l’aiguille et au fuseau,par M. Joseph Seguin, 159.
- —- Le cocon de soie, par M. Duseigneur-Kléber,
- 159.
- — La terre végétale, par M. Stanislas Meuwier, 159.
- — Les minéraux, par M. Latour du Pin, 159.
- — Les roches, par M. Jannettas, 159.
- — L’Allemagne économique ou Histoire du Zoll-verein allemand, par M. Émile Worms; rapport de M. Lavollèe, 163.
- — OEuvre agricole deM. de Bëhague, par M. J. A. Barrai, 270.
- — Traité pratique de la fabrication du papier, par M. Cari Hoffmann, 270.
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- Bibliographie. Tableau général et description des mines métalliques et des combustibles minéraux de la France, par M. A. Caillaux, 270.
- — Etude pour préserver Saint-Pétersbourg contre les inondations, par M. Hersent, 272.
- — Revue de géologie, par MM. Delesse et de Lap-parent (t. XI et XII), 274, 730.
- — Régime des travaux publics en Angleterre, par M. de Franqueville, 274.
- — Journal la Nature, par M. Gaston Tissandier, 274.
- — Dictionnaire des altérations et des falsifications, par M. A. Chevallier (4e édition), 274.
- — Statistique agronomique de l’arrondissement de Vouziers, par MM. Meugy et Nivoit; rapport de M. Tisserand, 358; méd. plat., 416.
- — Statistique sommaire des principales industries de la France en 1873, 370.
- — Traité de la filature du coton (2e édition), par M. Alcan, 370.
- — Traité de la taille des arbres fruitiers, par M. J. A. Hardy, 375.
- — Cours de machines et d’exploitation des mines, par M. Callon (t. IV), 378.
- — Dernier ouvrage de géologie de sir Charles Lyell, trad. par M. Ginestou, 378.
- — Rapports sur l’Exposition universelle de Vienne, 382.
- — Législation sur le travail des enfants dans les manufactures, par MM. E. Talion et G. Maurice,
- 388.
- — Atlas de l’industrie française, par M. Loua; méd. plat., 415.
- — Rapport sur l’industrie de la soie à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, par M. Natalis Rondot (P), 589.
- — Les bois indigènes et étrangers, par MM. Ad. E. Dupont et Bouquet de la Grye, 589.
- — Cours de chimie générale élémentaire, par M. Fréd. Hetet, 589.
- — Traité des dérivés de la houille, par M. Ch. GU rard et G. de Laire; rapport de M. Salvetat, 602.
- — Guide pour l’application de la loi sur le travail des enfants dans l’industrie, par M. G. Maurice,
- 651.
- — Histoire des poteries, faïences et porcelaines, par M. J. Marryat; trad. de l’anglais et annotée par MM. d’Armaillé et Salvetat, 651.
- — Notice sur les ressources métalliques et salicoles de la Loire-Inférieure, par M. Lorieux, 717.
- — Rapport sur les progrès de la chimie depuis 12 ans, par M. Hofmann, 717.
- Bibliographie. Statistique annuelle de la France pour 1872 (t. II), 725.
- — Atlas de la France agricole, par M. Heuzè,
- 731.
- — Traité du génie rural, par M. Hervé Mangon,
- 732.
- — Annales de la Société centrale des architectes,
- 735.
- — Notice sur les tapisseries du xvn* siècle exécutées d’après les cartons de Raphaël, par M.Frantz Bauer, 735.
- Biographie. La, de M. Henri Robert, membre de la Société, 153.
- — Eloge historique d’Arthur-Auguste de la Rive, par M. Dumas, 198.
- — Eloge de Pierre-Charles-Mathieu Combes, par M. J. A. Barrai, 254.
- — Notice sur M. F. Cavé, par M. Ch. Laboulaye, 390.
- Bois. Nouveau, remplaçant le buis dans la gravure, par M. Boudin (P), 378.
- Burette. Système de, pour le graissage des machines, par M. A. Darasse (P), 267.
- — Système de, avec lampe pour le graissage, par M. Émile Girouard (P), 734.
- Buste. Envoi à la Société, par Mme Muret-Dar-blay, du, de feu M. Darblay, ancien vice-président du Conseil, 389,718.
- €.
- Cadastre. Instrument facilitant les opérations du, par M. J. L. Sanguet (P), 721.
- Caisses de secours. (Voy. Fondations.)
- Calcul. Système d’enseignement de la lecture, de l’orthographe et du, par M. L. Thollois (P), 272.
- — Ouvrage facilitant le, des intérêts, par M. Maxime Cordier (P), 588.
- Canalisation. Sur une, d’eau dans un grand atelier pour les cas d’incendie, établie par M. Genissieu, 641.
- Céramique. Sur les produits de la Manufacture nationale de Sèvres à l’Exposition des Champs-Élysées, par M. H. Bouilhet, 15 ; coulage des grandes pièces, 18 ; pâtes colorées et sculpture sur pâte, 19; intervention des feux d’oxydation et de réduction, 20; peintures en couleurs demi-grand feu, ïb.
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- Céramique. Sur les progrès récents réalisés par l’industrie privée dans la fabrication de la porcelaine; état actuel de la fabrication de Limoges, par M. Salvetal, 83 ; importance de la fabrication actuelle, 84 ; causes du développement de l’industrie de la porcelaine en France, 89; cuisson à la houille, 90; emploi des machines danslafabrication,93;porcelaines décoratives, 95.
- — Vernis sans plomb pour la poterie commune, par M. Constantin; rapport de M. Salvetat, 108; méd. arg., 417.
- — Palette du peintre sur porcelaine au demi-grand feu, par M. François Richard; rapport de M. Salvetat., 286; méd. or, 411.
- — Imitation de poteries du Japon ; présentation de M. Salvetat, au nom de la manufacture de Sèvres,
- 595.
- Châles. Procédés appliqués à la fabrication des, et des étoffes d’ameublement, par MM. Tresca, Thorel et Ratieuville ; rapport de M. Alcan, 849; méd. or, 411.
- Charpente. Fermes d’une grande portée, par M. Ernest Bosc (P), 378.
- — Nouveau système de, d’échafaudage, par M. Basile (P), 651.
- Charrue. Système de, par M. Maitry-Gilbert (P),
- 730,
- Chaudières à vapeur. Nouvelle disposition de l’indicateur du niveau d’eau des, par M. P. Henriot (P), 387.
- — Sur les, à l’Exposition universelle devienne en 1873, par M. Tresca. 523.
- — Procédé pour empêcher l’incrustation des, par M. A. Bidot (P), 716.
- — Emploi du zinc contre les incrustations des, par M. Le Sueur (P), 734.
- Chasillage. Calorifères à lames convergentes, par M. F. V. Grossot (P), 158.
- — Calorifère inventé par M. Gurney; rapport de M. Paliard, 355 (dessin sur bois).
- — Procédé économique de, par M. Lemaire (P), 378.
- — Système de, à air chaud pour les chaudières à vapeur, par M. Alex. Lauby (P), 588.
- —. Procédé pour l’économie du, par M. E. Alleoud (P), 588.
- — Régularisation du tirage des foyers par la manœuvre automatique du registre, par M. L. D. t/ernoncourt '(P), 725.
- Système de, au moyen de la chaleur solaire, par M. Mowchol, 729.
- -*• Système de, des voitures de chemins de fer, par M. Mongey (P), 734.
- Chaussure. Note sur la fabrication de la, à vis, 113 (dessins sur bois); importance statistique de la chaussure, ib.; conditions d’une bonne chaussure à vis, 114; conditions d’une bonne vis pour chaussure, 116; mode de labrica-tion des bonnes vis, 119 ; examen des différentes machines à visser la chaussure, 120, influence de l’humidification sur le vissage, 122; résistance comparative des deux systèmes de vis, ib.; rétrogradation de la chaussure à vis depuis dix ans, 125 ; conditions que doit remplir une bonne machine à visser, 127 ; limitation de la production par les matières premières, 131.
- Chaux. Fabrique de superphosphate de, par MM. Max. Michelet et Paul Thibault; rapport de M. Cloëz, 228 (pl. 26) ; méd. or, 410.
- — Emploi du phosphate de, comme mordant, par M. Claude Collas (P), 267.
- Chemins de fer. Rail fer et bois, par MM. Ra± gon et Walker (P), 158.
- — Rail portatif sans fin, par M. Duponchelle(P), 158.
- — Communications sur le tunnel pour le, sous-marin à établir entre” la France et l’Angleterre, par MM. Michel Chevalier, 180, et M. Lavalley, 185 (pl. 24). ,
- — Projet pour l’arrêt d’un train de, par M. L. Le-testu (P), 2T3.
- — Appareil pour régler la vitesse des trains de, par MM. Lartigue-Tesse et Prudhomme (P), 387.
- — Le percement du Saint-Gothard, par M. A. Per-nolet, 605 (pl. 35 et dessins sur bois).
- — Projet de percement du mont Blanc par un, par M. Ernest Stamm (P), 713.
- — Nouveau système d’accrochage des waggons de, par M. C. Duponchelle (P), 716.
- — Nouveau sifflet électrique avertisseur pour les, par MM. Lartigue et Foresl, 728.
- — Système de, pour les exploitations rurales, par M. Decauville; communication de M. Hervé Man-gon, 732.
- — Système de chauffage des voitures de, par M. Mongey (P), 734.
- Chronographe. Système de, électrique imaginé par M. Liais et construit par M. Deschiens, 335 (pl. 29) ; méd. plat., 413.
- Ciment. Méthode pour l’essai du, par M. Du-courneau; méd. arg., 417 ; rapport de M. Bande, 653.
- Citernes. Clarification de l’eau des, par M. E. Olivier (P), 373.
- Classification. Exemple de la, des couleurs, par M. Chevreul, 77.
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- Clous. Machine à faire les, pour ferrer les chevaux, par M. Gervaise (P), 721.
- Cocons. Procédé pour dévider et produire la soie grége avec les, ouverts, par M. Christian Le Doux; rapport de M. Alcan, 493.
- Combustibles. Briquettes perforées, par M. S. Oustalet (P), 369.
- — Sur la fabrication du coke d’anthracite dans le sud du pays de Galles, par M. W. Hackney, 642.
- Comptabilité. Nouveau système de, par M. Cornet-Bichat (P), 370.
- — Rapport sur la, de la Société pour les exercices 1872 et 1873, par M. Bevinck, 430; rapport au nom des censeurs, par M. E. Becquerel, 445.
- — Ouvrage de, par M. Maxime Cordier (PJ, 588.
- Compteur. Système de, électro-chronométrique
- imaginé par M. Liais et construit par M. Deschiens; rapport de M. du Moncel, 334 (pi. 29) ; méd. plat., 413.
- — Système de, dit vélocimètre, par M. Deschiens; rapport de M. du Moncel, 339.
- Concours. Rapport sur le, pour l’utilisation des résidus de fabrique, par M. Lamy, 398.
- — Rapport sur le, pour la conservation des denrées alimentaires à l’état frais, par M. du Moncel, 403.
- — Rapport sur le, pour la production de graine saine de vers à soie de race indigène, par M. Chatin, 403.
- — Rapport sur le, pour le gazonnement et le reboisement des montagnes, par M. Boitel, 404, 655.
- — Programme des, ouverts par la Société pour 1876, 1877, 1878, 1879, 1880 et 1881, 454.
- Condenseurs. Etude sur les, à surface dans les machines marines, par M. Audenet, 659 (dessins sur bois).
- Conseil «l’administration. Liste des membres du, pour 1875, 57.
- — Révision des statuts régissant le, de la Société, 589.
- — Membres correspondants du, nouvellement nommés, 718, 735.
- Conservation. Procédé pour la, de l’eau de mer, par M. E. Liste (P), 382.
- Conserves alimentaires. Tablettes pour soupes à l’oignon, par M. Gremailly; méd. br., 421.
- Cordes. Fabrication de, sans fin pour garnitures des boîtes à étoupes, par M. Caudron (P), 269.
- Couleurs. Exemple de la classification des, par M. Chevreul, 77.
- Couleurs. Préparation* de, de demi-grand feu, par M. François Richard; rapport de M. Salvetat,
- 286.
- — Place importante prise par les, dérivées du goudron de houille; communication de M. Dumas, 652.
- Courbes. Sur le tracé mécanique des, représentatives de la composition des mouvements vibratoires, par M. Lissajous; machines construites par MM. Lissajous et Froment, 168 (pl. 23 et dessins sur bois); description de la machine construite par M. Froment, 173 ; machine propre à tracer les courbes sur une grande échelle et à démontrer la composition de deux mouvements vibratoires, 295; pendule composé de Tisley, 299.
- Courroies. Système de, de transmission, par M. Fourzac (P), 369.
- — Nouveau monte, par M. Biedermann (P), 716.
- — Sur l’industrie des, à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, par M. Tresca, 636.
- Couture. Sur les machines opérant la, mécanique exposées à Vienne, à l’Exposition de 1873, par M. Tresca, 567.
- — Moyen de faire disparaître les désordres qu’apporte à la santé des ouvrières la, mécanique, par M. Prévost (P), 588, 725.
- — Moteur à poids pour faire marcher les machines pour la, par M. J. B. Barret (P), 730.
- Creusets. Fabrication de, pour la verrerie, par M. Louis Tison (P), 717.
- Croisement. Sur les phénomènes observés dans les produits provenant du, des races d’animaux, par M. Huzard, 109.
- Cuirs. Nouveaux, artistiques gaufrés à la main, par M. G. Charton (P), 378.
- D.
- Dallage. Compresseur à froid de l’asphalte pour le, des chaussées, par M. Muller (P), 269.
- Décoration. Plaques, dites marmoréennes, pour la, des bâtiments, par M. Pruneau; rapport de M. Paliard, 166.
- Débrayage. Système de, électrique pour les métiers à tisser, par M. Richard; rapport de M. du Moncel, 541 (pl. 33),
- Dépenses. Compte des recettes et, de la Société pour les exercices 1872 et 1873; rapport de
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- M. Devine}i, 430; rapport au nom des censeurs, par M. E. Becquerel, 445.
- Désinfection. Rapport fait par M. Alfred Du-rand-Glaye, au nom d’une commission, sur les mesures à prendre pour la, de la Seine aux abords de Paris, 510; examen et choix des mesures à prendre pour remédier à l’infection de la Seine, 567 ; établissements industriels et égouts secondaires, 584; résumé et conclusions, 585.
- Dessins. Pantographe circulaire pneumatique pour l’agrandissement ou la réduction des, par M. Guérin ; communication de M. Salvelal, 727.
- Dévidage. Procédé de, des cocons ouverts, par M. Christian Le Doux; rapport de M. Alcan, 493.
- Discours prononcé par M. Alphand sur la tombe de M. Michal, membre de la Commission des fonds de la Société, 364.
- — Prononcé sur la tombe de M. J. Callon, par M. Dupont, 446.
- — Prononcés par MM. Dumas et Tresca aux funérailles de sir Charles Wheatstone, 700, 703.
- Distillation. Méthode de , du schiste, par M. F. Baron (P), 158.
- — Appareils de, de M. Savalle; communication de M. Barrai, 723.
- Dragunge. Sur la régularisation du cours du Danube à Vienne et sur un nouveau mode de débarquement par, dans les bateaux, appliqué par M. Hersent, 551 (pl. 34).
- Durcissement. Sur le, du verre par la trempe, par M. A. de la Bastie, 132; communication de M. de Lubac, 160; méd. or, 410; rapport de M. de Luynes, 597.
- E.
- Eaux. Procédé de clarification des, des citernes, par M. E. Olivier (P), 373.
- — Procédé pour la conservation de P, de mer, par M. E. Liste (P), 382.
- — Utilisation des chutes d’, souterraines, par M. Hanriau; méd. br., 421.
- — Rapport fait par M. Alfred Durand-Claye, au nom d’une commission, sur les mesures à prendre pour remédier à l’infection des, de la Seine aux abords de Paris, 510; constatation et causes de cette infection, 512 ; analyse des, entre le pont d’Asnières et Rouen, 517; examen et
- choix des mesures à prendre pour remédier à l’infection de la Seine, 567; établissements industriels et égouts secondaires, 584 ; résumé et conclusions, 585.
- Échafaudage. Nouveau système d’, par M. Basile (P), 716.
- — Appareil nouveau pour, par M. Bomblin (P), r716.
- Éclairage. Emploi de l’électricité pour 1’, instantané des lustres de l’assemblée nationale de ^Versailles, par M. Gaiffe; méd. plat., 414. Ecole. Sur une, pratique de laiterie pour les jeunes filles, établie en Danemark; note par ^ M. Moll, 305; autre note par M. Tisserand, 307. Écumes. Sur les, de défécation et leur danger ^ près des fabriques, par M. Eug. Perrot, 55. Electricité. Piles thermo-électriques, par M. Cla-mond; rapport de M. du Moncel, 234 (dessins sur bois) ; méd. or, 408.
- — Essai d’emploi de 1’, en agriculture, par M. de Boslaing (P), 269.
- — Régulateur et chronomètre réglés par P, imaginés par M. Liais et construits par M. Deschiens ; rapport de M. du Moncel, 333 (pl. 29) ; méd. plat., 413.
- — Système d’électro-aimant, par M. José Camacho; communication de M. du Moncel, 372 ; rapport, 496 ; description, 658 (dessins sur bois).
- — Emploi de 1’, pour l’allumage instantané des lustres à gaz de l’assemblée nationale de Versailles, par M. Gaiffe; méd. plat., 414.
- — Casse-fil fonctionnant par 1’, pour les métiers à tisser, par M. Richard; rapport de M. du Moncel, 541 (pl. 33).
- — Sifflet fonctionnant par 1’, sur les locomotives pour indiquer au mécanicien si la manœuvre du disque a été faite, par MM. Lartigue et For est, 728.
- — Emploi de 1’, pour les régulateurs des machines à vapeur, par M. A. Courtin (P), 730.
- Email. Préparation d’un, pour les objets en fonte, 332.
- Encre. Essai d’une, en poudre pour le concours, par M. Eugène Roy (P), 158.
- — Échantillons pour le même concours, par M. Gaf-fard (P), 158.
- — Préparation d’une, maigre pour la typographie, par M. Platel (P), 717.
- Enduits. Divers systèmes d’, par Mme Ve Au-douin; méd. plat., 412.
- Engrais. Fabrication du superphosphate de chaux, par MM. Max. Michelet et Paul Thibault;
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- rapport de M. Cloëz, 228 (pl. 26); méd. or, 410.
- Engrais. Communication sur la méthode de pulvérisation des, par M. Ménier, 275.
- — Système de traitement pour, des matières des fosses d’aisances, par M. A. LagruefP), 713.
- Enseignement. Nécessaire contenant tous les spécimens des différentes mesures pour 1’, du système métrique, par M. L. Duru (P), 270.
- — Système d’, de la lecture, de l’orthographe et du calcul, par M. L. Thollois (P), 272.
- — École d’, agricole relatif à la laiterie, établie pour les jeunes filles en Danemark; note de M. Moll, 305; autre note par M. Tisserand, 307.
- — Nouvelle carte pour 1’, de la géographie statistique, par M. Paquier; communication de M. Lissajous, 727.
- Étain. Sur l’exploitation de 1’, d’alluvion dans la baie de Restronguet (Angleterre), par M. Charles T. Taylor, 310 (pl. 28).
- Étuis. Système d’, pour instruments de musique, par M. de Siblas; rapport de M. Wolf, 546.
- Expositions universelles. L’Algérie à Y, de Vienne en 1873, par M. A. Pomel; remarques générales, 247 ; substances minérales, 252 ; céréales et farines, 322; légumes, 325; fruits, 326; oléagineux, 328; tabac, 330.
- — Les machines à P, de Vienne, par M. Tresca, 361 ; machines motrices, 362 ; générateurs, 523 ; petits moteurs, 524; locomotives, 525; waggons, 530 ; contre-vapeur, ib.; locomobiles et machines demi-fixes, 532; locomotives routières, 533 ; accessoires des machines à vapeur, 534 ; moteurs, hydrauliques, ib.-, machines servant à la manœuvre des fardeaux, 535; pompes, 536; injec-teurs et éjecteurs, 539; machines-outils, 540; travail des métaux, 557 ; travail du bois, 563 ; travail de la pierre, ib.-, appareils de pesage, 565 ; machines des arts textiles, 566 ; machines à coudre, 567; fabrication et travail du papier, 635; imprimerie, 636; travail du cuir et courroies, ib.; malaxeurs et broyeurs, 637 ; appareils des industries chimiques, ib.; sucre, distillerie, 638; brasserie, fabrication des bougies, eaux gazeuses, 639 ; machines servant au développement des phénomènes physiques, 640.
- F.
- Falsification. De la, du vin par les couleurs d’aniline; communication de M. Balard, 651.
- Tome II. — 74e année. 3e série, — Décembre 1875.
- Fer. Sur la limite de la carburation du, par M. Boussingault, 315.
- — Machine magnéto-mécanique pour séparer le, du cuivre dans les rognures et balayures, par M. CK Vavin, méd. arg., 420.
- Fer à cheval. Machine à faire les clous pour, par M. Gervaise (P), 721.
- — Système de, par M. Léon de Boussen (P), 730.
- Fermeture. Système de, automatique, par
- M. Émile Bazelaire (P), 377.
- — Système de, de sûreté pour les boîtes à lait, par M. H. Bochegude; communication de M. Hervé Mangon, 736.
- Filature. Machine pour la, de la laine et autres textiles, parM. J. Hibry (P), 716.
- Finances. Compte des recettes et dépenses de la Société pour les exercices 1872 et 1873 ; rapport de M. Devinch, 430 ; rapport au nom des censeurs, par M. E. Becquerel, 445.
- Fondation de M. le marquis d’Argenteuil, 433, 439.
- — De M. Bapst, 433, 439.
- — De MM. Christofle et Bouilhet, 434, 440.
- — De Mme la princesse Galitzin et de M. Carré, 435, 441.
- — Caisse de secours pour l’industrie des cuirs, 435, 441.
- — Caisse de secours pour l’industrie de la savonnerie, 435, 441.
- — Caisse de secours pour les artistes industriels, 434, 441.
- — Caisse de secours pour la stéarinerie, 435, 442.
- — Caisse de secours pour la céramique, 435, 442.
- — Caisse de secours pour les arts chimiques, 435,442.
- — Pour la taille des meules, 436, 442.
- — Pour l’industrie cotonnière, 436, 443.
- — Pour les perfectionnements aux procédés du génie civil, 436, 444.
- Four. Système de’, Siemens pour la fabrication de la porcelaine, par M. Dubreuil, 91.
- Fusils. Système de, à bloc obturateur, par M. Greneu; rapport de M. Laboulaye, 277 (pl. 27).
- G.
- Gaïac. Observations critiques sur l’emploi de la teinture ou de la poudre de, pour apprécier la pureté du kirschenwasser, par M. Boussingault, 243.
- 96
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- Garance. Fabrication artificielle des couleurs de la; communication de M. Dumas, 652.
- Gaz d’éclairage. Révélateur des variations de pression du, par M. Launay; rapport de M. du Moncel, 105.
- — Allumage instantané du, à l’assemblée nationale de Versailles, par M. Gaiffe, méd. plat., 414.
- — Procédé de condensation mécanique des matières goudronneuses du, par MM. Eug. Pelouze et P. Audouin (P), 734.
- Gaz. Appareil pour l’analyse rapide des, par M. H. Orsat, 719.
- Géographie. Nouvelle carte de, statistique, par M. Paquier ; communication de M. lissajous,
- 727.
- Gin. Emploi divers de la, marine, par Mme Ve Audouin, méd. plat., 412.
- Goudron. Place importante que prennent les couleurs dérivées du, de houille; communication de M. Dumas, 652.
- Graissage. Burette pour le, des machines, par M. 4. Darasse (P), 267.
- — Palier de, continu pour arbres verticaux, par M. A. Lejeune (P), 382.
- — Nouveau palier pour le, des machines, par M. Jean Bohn, 650.
- — Système de burette-lampe facilitant le, par M. Émile Girouard (P), 734.
- Grappin. Système de, pour les sondages à la mer, par M. Toselli; méd. arg., 419.
- Gravure. Système de, mécanique des cadrans de télégraphes, de chronomètres, etc., par M. Deschiens; rapport de M. du Moncel, 337.
- — Nouveau bois pour remplacer le buis dans la, par M. Boudin (P), 378.
- —- Machine à faire la, des lignes parallèles et des hachures, par M. Avril;, communication de M. Laboulaye, 726.
- Grèves. Des, et de leurs conséquences dans les régions agricoles de l’Angleterre, par M. de la Trehonnais, 36.
- H.
- Hauts fourneaux. Des, au bois qui traitent des minerais faciles à réduire, par M. Tunner, en réponse à M. Lowthian Bell, 134.
- Hauts fourneaux. Traitement des laitiers des, pour en obtenir une matière filamenteuse dite laine minérale, 331.
- Historique. De 1’, de la fabrication dés tapisseries en France, par M. S. Cloëz, 68.
- Horlogerie. Nouveau système de rouage de pendule, par M. Hoyau; rapport de M. Bréguet, 161 (pl.22); méd. arg., 418.
- — Système de pendules sans mouvement apparent, par M. Henri Bobert fils (P), 269, 271.
- — Compteur électro-chronométrique imaginé par M. Liais et construit par M. Deschiens, 334 (pl. 29) ; méd. plat., 413.
- — Perfectionnements dans 1’, par M. Yves Thomas; méd. arg., 419.
- Hôtel de la Société. Inauguration du nouvel, le 11 décembre 1874, 3.
- — Historique de la restauration de F, 99.
- Houille. Appareil laveur-classificateur de la,
- par M. Max. Evrard, 30 (pl. 21).
- — Fabrication des agglomérés de, en Amérique, par M. Émile Loiseau, 54.
- — Sur le gisement de, de Dranista, 156.
- — Transport de la, à l’intérieur des mines; communication de M. A. Pernolet, 379.
- — Traité des dérivés de la, par MM. Ch. Girard et G. de Laire, rapport de M. Salvelat, 602.
- — Sur la fabrication du coke de, d’anthracite dans le sud du pays de Galles, par M. W. Hackney, 642.
- — Place importante que prennent les couleurs dérivées du goudron de ; communication de M. Dumas, 652.
- Huile végétale. Sur 1’, extraite de l’arbre à huile de la Chine, par M. S. Cloëz, 648.
- Huîtres. Méthode d’élevage des, par M. 4u* gusie-Michel; communication de M. Hervé Man-gon, 376.
- I.
- Inauguration du nouvel hôtel de la Société d’encouragement le 11 décembre 1874, 3.
- Incendies. Sur une canalisation d’eau dans un grand atelier pour les cas d’, établie par M. Ge-nissieu, 641.
- — Extinction des, par l’acide carbonique, par M. A. Bruni (P), 717.
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- Incendies. Appareil de sauvetage pour les, par MM. Favray etGruyelle (P), 718.
- Incombustibilité. Procédé pour F, des tissus, par M. l’abbé Mauran (P), 271.
- Incrustations. Procédé pour empêcher les, des chaudières, par M. A. Bidot (P), 716.
- — Moyen de prévenir les, par M. Berenger, 524.
- — Emploi du zinc pour empêcher les, des chaudières à vapeur, par M. Le Sueur (P), 734.
- Instrusncnts de musique. Étuis-forme pour, par M. de Sïblas; rapport de M. Wolf, 546.
- Instruments de précision. Note sur la nouvelle balance de M. Mendeleef, construite par M. Salleron, 241 (dessins sur bois}.
- — Rapporteur, par M. Tabârant; rapport de M. Haton de la Goupillière, 353 (dessin sur bois); méd. arg., 418.
- —- Système de planimètre, par M. Marcel Deprez, méd. plat., 413.
- — Kaléidoscope perfectionné, par M. Thomas, méd. br., 422.
- — Instrument pour mesurer les distances, par M. J. L. Sanguet (P), 721.
- — Niveau à lunette verticale et à perpendicule, par M. Couturier; extrait du rapport de M. de la Gournerie, 726.
- — Machine à graver des parallèles et des hachures, par M. Avrit; communication de M. La-boulaye, 726.
- — Pantographe circulaire pneumatique, par M. Guérin; communication de M. Salvetat, 727.
- — Petite règle à tracer les parallèles, par M. Ma-connière (P), 731.
- — Niveau à miroir, par M. J. B. Dumas (P),
- 734.
- J.
- Jus sucrés. De l’action qu’exerce sur les, le ferment développé par les écumes de défécation, par M. Eug. Perrot, 55.
- — Nouveau procédé d’extraction des, de betteraves, par M. A. Bivière (P), 378.
- — Sur les substances minérales contenues dans les, des betteraves et sur la potasse qu’on en extrait, par M. Eug. Peligot, 632.
- K..
- Hirschenwasser. Observations critiques sur l’emploi de la teinture ou de la poudre de gaïae pour apprécier la pureté du, par M. Boussin-gaull, 243.
- L.
- Labourage. Du, à vapeur, 35.
- Laine. Sur la, dite minérale, 331.
- — Machine à filer la, par M. J. Hibry (P), 716.
- Laiterie. École pratique de, pour les jeunes
- filles, établie en Danemark ; note de M. Moll, 305; autre note de M. Tisserand, 307.
- Lavage. Appareil classificateur pour le, des charbons, par M. Max. Êvrard, 30 (pl. 21).
- Levage. Sur les appareils de, à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, par M. Tresca, 535.
- Limes. Machine à tailler les, par M. Mondon (P), 730.
- Liste. Des membres titulaires, des adjoints et des membres honoraires composant le Conseil d’administration pour 1875, 57.
- — Des .médailles de différentes classes décernées aux industriels dans la séance générale du 25 juin 1875, 405.
- — Des médailles de bronze décernées aux contremaîtres et ouvriers dans la même séance, 422.
- — Des nouveaux membres admis, en 1875, à faire partie de la Société d’encouragement, 739.
- Lits. Nouvelle ferrure pour les, permettant de les démonter rapidement, par M. Joarhit (P), 387.
- — Système de, perfectionnés, par M. G. Vincent (P), 721.
- Lithographie. Machine à imprimer les marges de deuil sur le papier à lettre, par M. Pi-nolot (P), 269.
- — Machine à bronzer pour les imprimeurs en, par M. Poirier (P), 387.
- — Application de la sténographie à la, par M. André Herman (P), 717.
- Locomotives. Voy. Machines locomotives.
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- M.
- machines hydrauliques. Système de, par M. Dimps (P), 369.
- — Autre système de, par M. Saint-Romas (P), 373.
- machines à vapeur. Système de, par M. Pierre (P), 266.
- — Moyen d’annuler presque complètement le frottement du volant dans les, par M. N. J. Raf-fard (P), 273.
- — Sur les, à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, par M. Tresca, 532.
- — Étude sur les condenseurs à surface dans les, marines, par M. Audenet, 659 (dessins sur bois).
- — Perfectionnements au régulateur des, par l’emploi de l’électricité, par M. A. Courtin (P), 730.
- jflachines locomotives. Système de, à train articulé, par M. G. Aliger (P), 274.
- — Moyen d’augmenter la force des, par M. A. Langrais (P), 716.
- Machines diverses. Presse pour raffermir les pâtes à porcelaine, par MM. 'Needham et Kyte, 93.
- — Machine à biseauter les cartons employés dans la reliure, par M. Turr (P), 266.
- — Machine à imprimer les marges de deuil sur le papier à lettre, par M. Pinolot (P), 269.
- — Moufle-treuil à encliquetage naturel, par M. Dursy de Bruignac (P), 269.
- — excentrique à angle variable, par M. Octave Leroy (P), 269.
- — poinçonneuse remplaçant la gravure au burin, par M. Deschiens; rapport de M. du Moncel, 337.
- — Manivelle sans point mort, par M. Théophile Si-bon (P), 377.
- — Marteau-pilon à frein puissant, par M. Albisser (P), 377.
- — Machine à bronzer pour la lithographie, par M. Poirier (P), 387.
- — trieur magnéto-mécanique, par M. Ch. Vavin, méd. arg., 420.
- — Sur les machines à coudre à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, par M. Tresca, 567.
- —. Machine à sculpter, par M. S. Notton (P),
- 588.
- — Système de machine à moissonner, par M. F. Letscher (P), 713.
- machines diverses. Machine à filer la laine, par M. J. Hibry (P), 716.
- — Machine à drayer les peaux, par M. L. Brêval (P), 716.
- — Machine à fabriquer les clous pour ferrer les chevaux, par M. Gervaise (P), 721.
- — Machine à tailler les limes, par M. Mondon (P),
- 730.
- maçonnerie. Procédé simple pour obtenir la taille des pierres d’un pont biais, par M. J. Ithur-ralde (P), 387.
- — Sur les travaux de la, des fondations du nouvel Opéra de Paris, par M. Baude, 498 (pl. 30,31, 32).
- maïs. Travaux pour propager la culture et l’emploi du, par M. Fua; rapport de M. Ghatin, 293; méd. plat., 414.
- manufactures nationales. Les produits des, des Gobelins et de Beauvais à l’Exposition des Champs-Élysées, par M. Laboulaye, 13 ; progrès réalisés dans la fabrication des tapisseries et tapis desdites, par M. S. Cloëz, 67.
- — Sur les produits de la, de Sèvres à l’Exposition des Champs-Élysées, par M. H. Bouilhet, 15.
- — Poteries imitées du Japon par la, de Sèvres ; communication de M. Salvetat, 595.
- marteau. Système de, pilon à frein puissant, par M. Albisser (P), 377.
- médailles. Rapport de M. Paul Galon sur les titres de M. Jacques Siegfried à la grande, de Chaptal, 398.
- — Liste des, de différentes classes décernées aux industriels dans la séance générale du 25 juin 1875, 405.
- — Liste des, de bronze décernées aux contremaîtres et ouvriers dans la même séance, 442.
- métallurgie. Des hauts fourneaux au bois qui traitent des minerais faciles à réduire, parM. Tun-ner, en réponse à M. Lowthian Bell, 134.
- — Sur la limite de la carburation du fer , par M. Boussingault, 315.
- métiers à tisser. Casse-fil électrique pour les, par M. Richard; rapport de M. du Moncel, 541 (pl. 33).
- — Navette perfectionnée pour les, par M. Jean Bohn (P), 650.
- méthode. Sur la reproduction par la, chimique des espèces organiques utiles naturelles, par M. de Luynes, 62.
- meule. Système de, blutante, par M. Aubin (P),
- 158.
- mines. Sur le gisement de houille de Dranista
- 158.
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- Mines. Sur l’exploitation de l’étain d’alluvion dans la baie de Reslronguet (Angleterre), par M. Charles T. Taylor, 310 (pl. 28).
- — Transport de la houille à l’intérieur des ; communication de M. A. Pernolet, 379.
- Mosaïques. Sur les, du nouvel Opéra de Paris, par M. Baude, 547.
- Moteur. Système de, thermique, par M. A. Gravier (P), 269.
- — Système de, à vent, par M. C. M. Mathey (P),
- 375.
- — Système de, hydraulique, par M. Hanriau; méd. br., 421.
- — Système de, à poids pour faire marcher les machines à coudre, par M. J. B. Barret (P), 730.
- — Système de, à air comprimé, par M. Cheymol (P), 734.
- Moufle. Système de, par M. Ermond Rous (P), 734.
- Mouvements vibratoires. Sur le tracé mécanique des courbes représentatives de la composition des, par M. Lissajous, 168 (pl. 23 et dessins sur bois); description de la machine construite par M. Froment, 173 ; machine propre à tracer les courbes sur une grande échelle et à démontrer la composition de deux mouvements vibratoires, 295; pendule composé de Tisley, 299.
- N.
- Navette. Système de, perfectionnée pour le tissage, par M. Jean Bohn (P), 650.
- Navires. Procédé pour la propulsion des, par M. Guny (P), 716.
- — Moyen d’empêcher les, de sombrer, par M. Cheymol (P), 717.
- Nécrologie. M. Henri Robert, membre de la Société, 153.
- — Mort de M. Cavé, membre du comité des arts mécaniques de la Société, 273.
- — Mort de M. Seguin, membre correspondant de la Société, 273.
- — Mort de M. Michal, membre de la commission des fonds de la Société ; discours prononcé sur sa tombe par M. Alphand, 364.
- — Mort de M. J. Gallon, membre du comité des arts mécaniques de la Société, 386; discours prononcé sur sa tombe par M. Dupont, 446.
- Nécrologie. Mort de sir Charles Wheatstone; discours de M. Dumas, 700; discours de M. Tresca, 703; article du journal the Times, 706.
- — Mort de M. Denis Farcot, membre du comité des arts mécaniques ; paroles prononcées en séance, par M. Làboulaye, 715.
- — Mort de M. Oudry, électro-métallurgiste, membre de la Société, 721.
- — Mort de M. Émile Kopp, correspondant du Conseil de la Société, 730.
- — Mort de M. Théron de Montaugé, membre de la Société, 730.
- Nettoyage. Appareil mécanique pour le, du gruau, par M. Henri Cabanes (P), 387.
- — Appareil pour le, le triage et l’aplatissement de l’avoine, par M. A. Dobelle; méd. arg., 417.
- Niveau. Nouvelle disposition du, dans des chaudières à vapeur, par M. P. Henriot (P), 387.
- O.
- Ostréiculture. Méthode d’, appliquée à Lorient, par M. Auguste Michelcommunication de M. Hervé Mangon, 376.
- Outils. Poinçonneuse remplaçant la gravure au burin, par M. Deschiens; rapport de M. du Mon-cel, 337.
- — ineiseur annulaire pcfur la culture de la vigne, par M. Tetevide-Jouvenel (P), 377.
- — sécateurs, par M. Gisey; méd. br., 420.
- P.
- Palier. Système de, graisseur continu pour arbres verticaux, par M. A. Lejeune (P), 382.
- — Nouveau, pour le graissage des machines, par M. Jean Bohn, 650.
- Panification. Emploi de l’eau de mer dans la, par M. E. Lisle (P), 382.
- Papier. Sur l’industrie de la fabrication du, à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, par M. Tresca, 635.
- Paratonnerres. Perfectionnements dans l’établissement des, par M. J. Chemineau (P), 730.
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- Peigne. Système de, extensible pour les métiers à tisser, par M. Richard; rapport de M. du Moncel, 543 (pl. 33).
- Peinture. Procédé de, au demi-grand feu pour la porcelaine dure, par M. F. Richard (P), 158; rapport de M. Salvetat, 286; méd. or, 411.
- — Nouveau produit dit galénite pour la, sur métaux et pour le décor des bâtiments, par M. J. David (P), 371.
- Peluches. Progrès apportés à la fabrication des, et velours, par M. Dubu; rapport de M. Alcan, 221; méd. or, 408.
- Pesage. Appareils de, de M. Paupier, méd. arg., 418; rapport de M. Tresca, 495.
- — Sur les appareils de, à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, par M. Tresca, 565.
- — Instrument de, à contrôle, par M. Chameroy fils (P), 721.
- Pétrole. Moyen propre à éteindre le, enflammé,
- 220.
- — Bidon siphoïde pour les huiles de, par M. Monde; rapport de M. Troost, 282 (dessins sur bois).
- Phylloxéra. Destruction du, par l’action du froid, par M. de Saint-Trivier (P), 272.
- — Expériences pour la destruction du, par M. F. Rohart (P), 273.
- — Procédés pour la destruction du, parM. J. R. C.
- Picot (P), 370.
- — Moyen pour détruire-le, par M. Armand Grave-lin (P), 650.
- — Note sur des procédés pour détruire le, par M. Cabanis (P), 714.
- — Gant en acier pour assurer la destruction de l’œuf du, par M. J. Sabatè (P), 735.
- Phosphate de chaux. Traitement du, pour la fabrication du superphosphate, par MM. Max. Michelet et Paul Thibault; rapport de M. Cloëz, 228 (pl. 26); méd. or, 410.
- — Emploi du, comme mordant, par M. Claude Collas (P), 267.
- Photographie. Observations sur les taches des épreuves positives de, par M. A. Davanne,
- 218.
- Pile. Système de, thermo-électrique de M. Cla-
- . mond; rapport de M. du Moncel, 234 (dessins sur bois) ; méd. or, 408. .
- — Nouvelle, au sesquioxyde de fer et. au phos-
- . phate d’ammoniaque, par MM. Gaiffe et Cla-
- mond (P), 724.
- Pistons. Cordes sans fin pour garniture des, par M. Caudron (P),,269.
- Plomb. Composé de, dit galénite remplaçant le minium dans la peinture sur métaux, par M. J. David (P), 371.
- Pompes. Système de, aspirantes, par M. Cyprien Rriot (P), 369.
- — Sur les, à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, par M. Tresca, 536.
- — Système de, marchant par le vide produit par les matières combustibles, par M. Cyprien Briot (P), 588. ,
- — Nouveau système de, par M. E. Alleoud (P), 588.
- Porcelaine. Sur les produits en, de la Manufacture nationale de Sèvres à l’Exposition des Champs-Élysées, par M. if. Bouilhet, 15.
- — Sur les progrès récents réalisés par l’industrie privée dans la fabrication de la ; état actuel de la fabrication de Limoges, par M. Salvetat, 83 ; importance de la fabrication actuelle, 84; causes du développement de l’industrie de la porcelaine en France, 89 ; cuisson à la houille, 90 ; emploi des machines dans la fabrication, 93; porcelaines décoratives, 95.
- — Procédé de peinture au demi-grand feu pour la, dure, par M. F, Richard (P), 158; méd. or, 411.
- Potasse. Remarques sur les substances minérales contenues dans le jus des betteraves et sur la, qu’on en extrait, par M. Eug. Peligot, 632.
- Poteries. Sur les procédés de vernissage des, communes de M. Constantin, par M. Salvetat, 108; méd. arg., 417.
- — Imitation de, du Japon par la manufacture de Sèvres; communication de M. Salvetat, 595.
- Presse. Système de, pour raffermir les pâtes à porcelaine, par MM. Needham et Kyte, 93.
- — Nouveau système de, par M. Samain (P), 270.
- Priorité. Réclamation de, adressée par M. Le-
- coq de Boisbaudran au sujet de l’application de l’électrolyse au dosage du cuivre, 374.
- — Réclamation de, présentée par M. Deleuil au sujet de la pompe de M. Reynier, 378.
- Prix. Rapport sur le concours pour l’utilisation des résidus de fabrique, par M. Lamy, 398.
- — Rapport sur le concours pour la conservation des denrées alimentaires à l’état frais, par M. du Moncel, 403.
- — Rapport sur le concours pour la production de graine saine de vers à soie de race indigène, par M. Chatin, 403.
- — Rapport sur le concours pour le gazonnement et le reboisement des montagnes, par M. Boitel, 404,655.
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- Prix. Programme des, mis au concours par la Société pour être décernés en 1876, 1877, 1878, 1879, 1880 et 1881, 454.
- Procès-verbaux des séances du Conseil d’administration. Séance ordinaire du 8 janvier 1875, 158; — du 22 janvier, 266;— du 12 février, 268 ; — du 26 février, 272 ; — du 12 mars, 273 ; — du 9 avril, 368 ; — du 23 avril, 373; — du 14 mai, 377; — du 28 mai, 382; — du 11 juin, 386; — générale du 25 juin, 389; — ordinaire du 9 juillet, 587 ; — du 23 juillet, 650; — du 13 août, 713; — du 22 octobre, 715; — du 12 novembre, 721 ; du 26 novembre, 724; — du 10 décembre, 730; — du 24 décembre, 734.
- Progrès. Sur les, réalisés dans la fabrication des tapisseries et lapis des manufactures nationales des Gobelins et de Beauvais, par M. S. Cloëz, 67.
- — Sur les, récents réalisés par l’industrie privée dans la fabrication de la porcelaine ; état actuel de la fabrication de Limoges, par M. Salvetat,
- 83.
- Propulseur. Nouveau, pour les bateaux dans les rivières, par M. Th. Robert (P), 714.
- — Système de, pour les navires, par M. Cuny (P),
- 716.
- Pyrites. Des, employées, en France, à la fabrication de l’acide sulfurique, par MM. A. Girard et H. Morin, 645.
- H.
- Rails. Système de, fer et bois, par MM. Ragon et Walker (PJ, 158.
- — Système de, portatifs sans fin, par M. Ch. Du-ponchelle (P], 158.
- Reboisement. Du, et du gazonnement des montagaes, par M. Seguin; rapport de M. Boitel, 655.
- Recettes. Compte des, et dépenses de la Société pour les exercices 1872 et 1873; rapport de M. Devinck, 430; rapport au nom des censeurs, par M. E. Becquerel, 445.
- Réclamation. Présentée par M. Durenne au sujet du percement du tunnel du Saint-Gothard, 369; réponse de M. A. Pernolet, 373.
- — Présentée au sujet de la priorité de l’application de l’électrolyse au dosage du cuivre, par M. Le-coq de Boisbaudran, 374.
- Réclamation. De priorité présentée par M. Beleuil au sujet de la pompe Reynier, 378.
- Réfrigération. Appareil pour la, de l’air, par M. J. Garlandot (P), 718.
- Règle. Système de, à tracer des parallèles, par M. Maconnière (P), 731.
- Régulateur. Système de, électro-chronométrique imaginé par M. Liais et construit par M. Deschiens; rapport de M. du Moncel, 333 (pl. 29J.
- — Sur les, isochrones de M. Yvon Villarceau, 687 (pl. 36J.
- — Perfectionnements au, des machines à vapeur par l’emploi de l’électricité, par M. A. Courtin (P), 730.
- Reliure. Machine à biseauter les cartons employés pour la, par M. Turr (P), 266.
- Reproduction. Sur la, par les méthodes chimiques, des espèces organiques utiles naturelles, par M. de Luynes, 62.
- Restauration. Historique de la, de l’hôtel de la Société d’encouragement, 99 (dessin sur bois].
- Révélateur. Système de, des variations de pression du gaz, par M. Launay; rapport de M. du Moncel, 105.
- S.
- Salubrité. Rapport fait, au nom d’une commission , sur les mesures à prendre pour remédier à l’infection de la Seine aux abords de Paris, par M. Alfred Durand-Claye, 510; constatation de l’infection de la Seine aux abords de Paris, causes de cette infection, 512 ; analyse des eaux entre le pont d’Asnières et Rouen, 517 ; examen et choix des mesures à prendre pour remédier à l’infection de la Seine, 567 ; établissements industriels et égouts secondaires, 584; résumé et conclusions, 585.
- Sauvetage. Grappins pour opérer le, des objets échoués au fond de l’eau, par M. Toselli; méd. arg., 419.
- — Appareil de, parM. Ch. Jankiewiez (P), 717.
- — Appareil de, pour les incendies, par MM. Fa-vray et Gruyelle (P), 718.
- Séance générale. Distribution de prix et de médailles le 25 juin 1875, 389.
- Séances ordinaires du Conseil d’ad-
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- ministration. (Voy. Procès-verbaux;.)
- Schistes. Méthode de distillation des, par M. V. Baron (P), 158.
- Scories. Traitement des, des hauts fourneaux pour en obtenir une laine dite minérale, 331.
- Sculpture. Machine à faire la, par M. S. Notton (P), 588.
- Sifflet. Système de, électrique avertisseur pour le mécanicien des locomotives, par MM. Lartigue et Forest, 728.
- Siphon. Système de, pour verser les huiles de pétrole, par M. Moride; rapport de M. Troost, 282 (dessins sur bois).
- Soie. Procédé pour dévider et produire la, grége avec les cocons ouverts, par M. Christian Le Doux; rapport de M. Alcan, 493.
- . — Rapport sur l’industrie de la, à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, par M. Natalis Ron-dot (P), 589.
- Soleil. Appareil pour la concentration de la chaleur du, par M. Mouchot, 729.
- Sondages. Grappins pour les, à la mer, par M. Toselli; méd. arg., 419,
- Statistique. De la, agronomique de l’arrondissement de Vouziers, par MM. Meugy et Nivoit ; rapport de M. Tisserand, 358; méd. plat., 416.
- — Atlas de l’industrie française, par M. Loua; méd. plat., 415.
- — Carte géographique de, établie d’après de nouveaux procédés, parM. Paquier; communication de M. Lissajous, 727.
- Statuts. Révision des, de la Société, 589.
- Substances alimentaires. Tablettes pour soupe à l’oignon, par M. Gremailly fils; méd. br., 421.
- Sucre. Sur les écumes de défécation et leur danger prèsdes fabriques de, parM. Eug. Perrot, 55.
- — Sur l’industrie du, à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, par M. Tresca, 638.
- T.
- Taches. Observations sur les, des épreuves positives, par M. A. Davanne, 218. Tapisseries. Sur les, des Manufactures nationales des Gobelins et de Reauvais à l’Exposition ' des Champs-Elysées, par M. Laboulaye, 13.
- — Sur les progrès réalisés dans la fabrication des,
- et tapis de ces mêmes manufactures, par M. S. Cloëz, 67.
- Teinture. Procédé de, des fibres végétales, par M. Th. Grison (P), 721.
- Télégraphie électrique. Indicateur pour le service des hôtels, par M. Débayeux; rapport de M. du Moncel, 224 (pl. 25).
- — Système de télégraphe à cadran, par M. Des-chiens'-, rapport de M. du Moncel, 339.
- — Système de, à transmission simple ou multiple, par M. Mimault (P), 587.
- — Fils perfectionnés pour la, par M. A. Maistrasse (P), 717.
- — Projet pour le développement de la, privée, par M. André Herman (P), 717.
- Télégraphie pneumatique. Établissement de la, par MM. Mignon et Rouart; méd. plat., 416.
- Théâtre. Sur les fondations du, du nouvel Opéra de Paris, par M. Baude, 498 (pl. 30, 31, 32).
- — Sur les mosaïques du même, par M. Baude, 547.
- Tissage. Recherches persévérantes dans l’art du, par M. Cauchefert, méd. arg., 416.
- Tissus. Progrès apportés à la fabrication des peluches et des velours, par M. Dubu ; rapport de M. Alcan, 221 ; méd. or, 408.
- — Procédés appliqués à la fabrication des châles et des étoffes d’ameublement, par MM. Tresca, Tho-rel et Ratieuville; rapport de M. Alcan, 349; méd. or, 411.
- Toitures. Système de vitrerie pour, par M. Ed, Briere (P), 272.
- — Tuile à double emploi pour, par M. A. Main-gault (P), 721.
- Topographie. Rapporteur, par M. Tabarant; rapport de M. Haton de la Goupillière, 353 (dessin sur bois); méd. arg., 418.
- — Instrument pour faciliter les opérations de la, par M. J. L. Sanguet (P), 721.
- Tourbe. Étude sur la, du département de la Somme, par M. J. Kolb, 42.
- Tracé. Sur le, mécanique des courbes représentatives de la composition des mouvements vibratoires, par M. Lissajous; machines construites par MM. Lissajous et Froment, 168 (pl. 23 et dessin sur bois); description de la machine construite par M. Froment, 173; machine propre à tracer les courbes sur une grande échelle et à démontrer la composition de deux mouvements vibratoires, 295; pendule composé de, Tisley, 299.
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- Transport. Sur le, de la houille dans les mines de l’Angleterre et de l’Allemagne, par M. A. Pernolet, 379.
- Travaux publics. Le tunnel sous-marin entre la France et l’Angleterre ; communications de MM. Michel Chevalier, 180, et Lavalley, 185 (pl. 24).
- — Sur les fondations du nouvel Opéra de Paris, par M. Baude, 498 (pl. 30, 31, 32).
- — Sur la régularisation du cours du Danube à Vienne et sur l’installation d’un nouveau mode de débarquement par draguagedans les bateaux, appliqué par M. Hersent, 551 (pl. 34).
- Trempe. Sur la, et le durcissement du verre, et sur sa résistance au choc et à la chaleur, par M. A. de la Bastie, 132; communication de M. de Lubac, 160; méd. or, 410; rapport de M. de Luynes, 597.
- Tunnel. Sur le, sous-marin entre la France et l’Angleterre; communications de MM. Michel Chevalier, 180, et Lavalley, 185 (pl. 24).
- — Observations présentées par M. Durenne au sujet de la communication de M. A. Pernolet sur les travaux du, du Saint-Gothard, 369; réponse de M. Pernolet, 373.
- — Le percement du, du Saint-Gothard, par M. A. Pernolet, 605 (pl. 35 et dessins sur bois) ; appareils mécaniques employés, ib.; travail à faire au Saint-Gothard, 608; organisation du travail, 609; conduite du travail mécanique, 610 ; travail fait, résultats obtenus, 617.
- — Projet de percement des Alpes au mont Blanc, par M. Ernest Stamm (P), 713.
- — Projet de, sous-marin entre l’île d’Oléron ej le continent, par M. Jules Fleury (P), 718.
- Tuyaux. Raccords pour, d’arrosage, par M. Bo-del (P), 716.
- Typographie. Sur l’industrie de la, à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, par M. Tresca, 636.
- — Encre maigre pour la, par M. Plaiel (P), 717.
- V.
- Vapeur. Mémoire sur quelques propriétés de la, I saturée, par M. Charles Antoine (P), 387, 721. Velours. Progrès apportés à la fabrication des peluches et des, par M. Dubu ; rapport de M. Al-
- Vent. Utilisation de la force du, pour remplacer les moteurs en usage, par M. G. M. Mathey (P), 158.
- — Système de moteur à, par M. C. M. Mathey (P), 375.
- Ventilation. De la, des grandes salles; observations de M. Dumas, 384.
- — Appareil de, pour les appartements et les cheminées, par M. Eug. Wery (P), 650.
- Vernissage. Sur les procédés de, des poteries communes de M. Constantin, par M. Salvetat, 108; méd. arg., 417.
- Verre. Sur le, durci ou trempé et sur sa résistance au choc et à la chaleur, par M .A. de la Bastie, 132 ; communication de M. de Lubac, 160 ; méd. or, 410; rapport de M. de Luynes, 597.
- — Système de plaques de, pour toitures, par M. Ed. Brière (P), 272.
- — Nouveau procédé de fabrication du, mousseline, coloré et vitrifié, par MM. Aubriot et Cornet (P), 370.
- — Creusets pour la fabrication du, par M. Louis Tison (P), 717.
- Vins. Perfectionnement à l’ébullioscope pour le titrage des, par M. Ed. Maligand et Mel,e Bros-sard-Vidal (P), 371.
- — De la falsification des, par les couleurs d’aniline ; communication de M. Balard, 651.
- Viticulture. Procédé de, pour la destruction du phylloxéra, par M. de Saint-Trivier (P), 272.
- — Expériences pour la destruction du phylloxéra, par M. F. Bohart (P), 273.
- — Procédé pour empêcher la vigne de geler, par M. J. B. C. Picot (P), 370.
- — Inciseur annulaire pour la, par M. Tetevide-Jou-venel (P), 377.
- — Appareil pour garantir la vigne des gelées printanières, par M. Paul Cibert (P), 378.
- — Moyen pour détruire le phylloxéra, par M. Amand Gravelin (P), 650.
- — Note sur des procédés pour détruire le phylloxéra, par M. Cabanis (P), 714.
- — Gant en acier contre le phylloxéra, par M. J. Sabaté (P), 735.
- Voiture. Nouveau genre de, par M. Maccaud (P), 369.
- can, 221 ; méd. or, 408.
- Tome II. — 74e année. 3e série, — Décembre 1875.
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- I.
- Zinc. Emploi du, pour empêcher les incrustations
- des chaudières à vapeur, par M. Le Sueur (P), 734.
- Zollverein. L’Allemagne économique ou Histoire du, allemand, par M. Émile Worms ; rapport de M. Lavollèe, 163.
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- TABLE DES PLANCHES ET DES DESSINS
- PLANCHES.
- Pages.
- PI. 21, double. Appareil laveur classificateur, par M. Max-Évrard........................... 34
- PI. 22, double. Nouveau système de rouage de pendule, par M. Hoyau.......................... 162
- PI. 23, triple. Appareil servant à tracer les courbes représentatives de la composition des
- mouvements vibratoires, par M. Lissajous.................................179
- PI. 24, triple. Projet de tunnel sous-marin entre la France et l'Angleterre. ........ 195
- PI. 25, simple. Indicateur télégraphique pour le service des hôtels, par M. Debayeux. . . . 227 PI. 26, triple. Fabrication du superphosphate de chaux, par MM. Michelet et Thibault. . . 233
- PI. 27, simple. Fusil à bloc-obturateur, par M. Greneu........................................281
- PI. 28, simple. Exploitation de l'étain dans la baie de Restronguet (Angleterre)..............313
- PI. 29, double. Régulateur électro-chronométrique de M. Liais, construit par M. Deschiens. 347
- PL 30, triple. Nouvel Opéra de Paris..........................................................509
- PI. 31, double. Id. id. ..................................................................... ib.
- PI. 32, double. Fondations du nouvel Opéra de Paris.......................................... ib.
- PI. 33, simple. Nouveau système de casse-fil électrique, par M. Richard.......................545
- PI. 34, triple. Système de débarquement par draguage dans les bateaux, par M. Hersent. 555
- PI. 35, triple. Percement du tunnel du Saint-Gothard..........................................623
- PI. 36, double. Régulateur isochrone, par M. Yvon-Yillarceau................................. 698
- DESSINS.
- Nouvelle façade de l’hôtel de la Société d’encouragement. — 1 figure.................... 56
- Vue orientale de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, telle qu’elle était en 1368. — 1 figure. 100
- Fabrication de la chaussure à vis. — 8 figures......... 117, 118, 119, 125, 128, 129 et 130
- Sur le tracé mécanique des courbes représentatives de la composition des mouvements vibratoires, par M. Lissajous. — 5 figures.................. 169, 170, 171, 296, 301, 302 et 303
- Piles thermo-électriques, par M. Clamond. — 4 figures......................................240
- Nouvelle balance de M. Mendeleef. — 2 figures......................................241 et 242
- Bidon siphoïde destiné aux huiles de pétrole, par M. Moride. — 2 figures............... • • • 285
- Appareils électriques construits par M. Deschiens. — 3 figures................ 346, 347 et 348
- Rapporteur par M. Tabarant. — 1 figure. ......................................... 354
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- Pages.
- Calorifère par M. Gurney. — 1 figure...................................................356
- Le percement du Saint-Gothard, par M. Pernolet. — 8 figures. . . . 610, 613, 614, 615 et 616
- Électro-aimant tubulaire de M. Camacho. — 2 figures....................................659
- Sur les condenseurs à surface dans les machines marines.—8 fig. 667,668,678,679,682 et 684
- PARIS. — IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5.
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