Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale
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- BULLETIN
- U ‘AsJ ^ ^ 5
- DE LA
- J* *
- SOCIETE D'ENCOURAGEMENT
- POUR
- L’INDUSTRIE NATIONALE
- m
- PUBLIÉ
- SOUS LA DIRECTION DES SECRÉTAIRES DE LA SOCIÉTÉ
- MM. E. PELIGOT ET CH. LABOULAYE.
- TROISIÈME SÉRIE. — TOME III. — 1876.
- Pour faire partie de la Société, il faut être présenté par un membre et nommé par le Conseil d’Administration.
- [Extrait du Règlement.)
- f£BA#a. £f FILS MD C CCI.
- PARIS,
- SIEGE DE LA SOCIÉTÉ, EUE DE RENNES, 44.
- 1876
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- SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ.
- Communications, dépôts, renseignements, abonnements au Bulletin tous les jours, de midi à quatre heures.
- RÉDACTION DU RULLETIN.
- Renseignements, tous les jours, de deux à cinq heures.
- PARIS. — /MPK. PE À“J Vs BOCCHARD-HUZARD.
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- Troisième "série, tome III.
- Janvier 1896.
- 75e année.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIETE IIIMOI liAI.IVLM
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES. x
- Rapport fait par M. Haton de la Goupillière, au nom du comité des arts mécaniques, sur les appareils pour la création de force motrice hydraulique au moyen de l'absorption souterraine, employés par M. G. Hanriau, à Meaux.
- Messieurs, vous avez renvoyé à l’examen de votre comité des arts mécaniques une communication de M. G. Hanriau, de Meaux, relative à la création de chutes d’eau motrices, à l’aide de l’absorption par les couches inférieures du sol. Cette question présentant un intérêt réel et une certaine originalité, nous avons cru répondre à vos intentions en vous*soumettant, à cet égard, des éléments d’appréciation assez détaillés.
- Le principe, envisagé en lui-même, est fort simple. Il avait été déjà formulé, dans plusieurs cas, et même appliqué par MM. Mignon et Rouart, à l’aide du bélier hydraulique; mais M. Hanriau a fait faire un pas de plus à la question, en substituant à ce moteur des appareils modifiés par lui d’une manière ingénieuse.
- On conçoit facilement que, si l’on dispose de retenues d’eaux superficielles provenant des pluies, de drainages, de ruisseaux, etc., et qu’on puisse leur ouvrir, par un puits ou un trou de sonde, une issue dans des couches absorbantes, il sera possible de recueillir, à l’aide d’un récepteur approprié, une force, en général très-limitée, mais capable, cependant, de faire fonctionner, par exemple, des machines agricoles.
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- On comprend également que, dans une localité privée d’eau suffisamment pure, on pourra, par l’engouffrement d’eaux superficielles inutilisables, élever au jour celles d’une couche aquifère, en divisant par le tubage le trou de sonde en compartiments correspondants aux deux formations distinctes.
- On peut enfin imaginer que le forage, ayant traversé, en premier lieu, une couche aquifère d’une certaine abondance, et plus bas une formation dont le niveau piézométrique soit inférieur à la précédente, la descente d’une partie de l’eau sur cette seconde travée permette d’élever le reste dans la première travée, jusqu’à la surface. Il suffirait pour cela, en principe, de répartir, en raison inverse des hauteurs de ces deux travées, les poids ascendant et montant, en faisant, toutefois, au détriment de l’eau élevée, la part des résistances passives.
- Sans interdire absolument à ces espérances le domaine de la grande profondeur, on peut leur ouvrir, avec plus de prudence et de chances favorables, un champ plus rapproché de la surface, où des affleurements, situés à courte distance dans des vallées d’érosion, pourront faciliter l’évacuation pour des appareils placés sur les plateaux. Il est, toutefois, nécessaire, avant d’aborder la réalisation mécanique, d’indiquer quelques objections préjudicielles qui se présentent d’elles-mêmes à l’esprit.
- Si des couches fonctionnent, au premier abord, comme absorbantes, parce que, resserrées entre un toit et un mur argileux et étanches, elles ont été préservées de l’accès des eaux dans leur état naturel, on peut craindre qu’elles ne viennent ensuite à cesser ce genre de fonctions quand elles seront une fois saturées. Cette circonstance s’est présentée à M. Chastelain dans un forage exécuté en 1861, près de Crespin, sur la frontière belge. Après avoir traversé les dièves, la sonde rencontra un calcaire fendillé, très-puissant, où toutes les eaux supérieures s’engouffrèrent, pendant un certain temps, avec un bruit perceptible à l’oreille. Mais, au bout de cet intervalle, l’eau reprit l’ancien niveau. Une pareille circonstance serait évidemment sans remède, et l’on ne doit considérer comme utilisables que les couches qui se dégorgent, en réalité et avec une rapidité suffisante, sur quelque autre point, connu ou inconnu, en même temps qu’elles absorbent l’eau du trou de sonde.
- Mais, même dans ce cas, il est permis de se demander si des eaux troubles n’arriveront pas à encombrer, au bout de quelque temps, les conduits capillaires qui fonctionnent comme un filtre naturel. L’encrassement d’une zone de peu d’étendue, autour du forage, serait suffisant pour paralyser tout le pouvoir absorbant du reste de la formation. On a vu, parfois, en effet, des
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- boitouts cesser leurs fonctions, attendu que les conditions y sont inverses de celles des puits artésiens où la couche, se dégorgeant dans le trou de sonde, a une tendance incessante à dégager de plus en plus les petits canaux qui y aboutissent.
- M. Hanriau répond à cette appréhension par un principe dont l’application lui a plusieurs fois réussi. Il commence par opérer le filtrage des eaux de surface. En second lieu, si l’absorption vient à se ralentir, il fait arriver au fond du trou de sonde une quantité notable d’acide chlorhydrique. Celui-ci ronge le calcaire, soit pur, soit associé à l’argile, que le mouvement de l’eau achève ensuite de désagréger. Comme cette action n’a besoin que de faire franchir une zone d’étendue limitée, on comprend facilement qu’elle puisse être couronnée de succès. L’acide sulfurique peut être employé de préférence, si les encombremenfs ont une provenance organique.
- Quant au choix du récepteur, il était naturellement restreint par la forme exiguë de l’emplacement. Dans les circonstances les plus favorables, on doit l’installer dans un puits de lm,80 de diamètre, cuvelé en tôle; et souvent on ne dispose que d’un simple trou de sonde de 30 centimètres, également tubé en tôle. L’appareil devait être éminemment simple et rustique, et n’exiger aucun graissage. Les transmissions proprement dites en devaient être éliminées, car elles eussent consommé par leurs résistances passives presque toute la force disponible dans des chutes aussi peu puissantes.
- Après plusieurs essais, le choix de l’auteur s’est définitivement fixé sur deux appareils bien connus, mais que ses études lui ont permis d’améliorer d’une manière intéressante : la fontaine de Héron et le chapelet hydraulique. La première, dont l’origine remonte à une haute antiquité, a déjà été employée en Hongrie pour l’épuisement des mines de plomb de Schemnitz, et, depuis, remplacée par une machine à colonne d’eau. Ici les fonctions seront diamétralement inverses. À Schemnitz, en effet, des eaux de surface se réunissaient dans l’étage intermédiaire avec celles qui, après avoir envahi le fond en suintant par les fissures de la roche, avaient été élevées jusqu’à cet étage moyen. Toutes ensemble s’écoulaient ensuite au jour par une galerie spéciale. Ici, au contraire, les eaux, arrivant souterrainement par une couche aquifère à un niveau moyen, se divisent en deux parts, dont l’une est élevée au jour, tandis que l’autre, pour effectuer ce travail, se rend au fond et y disparaît dans la masse du terrain.
- M. Hanriau a rendu automatique le fonctionnement de cet élévateur d’une
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- manière fort simple (pl. 37, fig. 9). Le clapet du fond du vase inférieur est maintenu sur son siège par un levier, le long duquel peut rouler un galet. Celui-ci se tient naturellement à l’extrémité, en raison d’une légère pente. Mais le poids de l’eau qui remplit le récipient, finissant par l’emporter, soulève la barre et fait rouler le galet du côté du vase. Le levier ainsi allégé permet à l’écoulement de se terminer. Ce n’est qu’alors qu’il retombe par son poids, et que la pente ramène le galet à l’extrémité pour permettre un nouveau remplissage.
- Ce balancier ne peut, en raison de sa longueur, s’établir que dans les puits d’un certain diamètre. Lorsqu’il s’agit de simples trous de sonde, l’appareil s’installe à la partie supérieure, et une longue tringle verticale, commandée par ce levier et régnant sur toute la hauteur, va manœuvrer, dans le fond du trou, le clapet de retenue (pl. 37, fig. 10). M. Hanriau évalue à 0,60 le rendement de ces appareils.
- Dans un troisième dispositif, il emploie la fontaine de Héron, non plus comme élévateur d’eau, mais comme compresseur d’air, pour faire marcher un petit moteur destiné à effectuer diverses opérations agricoles dans la ferme que l’on aura dotée de cette amélioration. Comme l’appareil de Héron fonctionne précisément par l’air comprimé, il suffit de prendre cette compression comme terme de ses fonctions et non comme un simple intermédiaire. Cette modification du dispositif a servi à son auteur pour l’établissement de monte-bière, dont deux, déjà, fonctionnent à Paris, à la brasserie Suisse, boulevard de Sébastopol, 90.
- La fontaine à balancier et galet a été installée à Annet, dans la Brie, sur un sondage absorbant de 73 mètres, avec une dépense de 7 à 8000 francs. Le débit, variable suivant les crues, peut atteindre près de 1000 litres à l’heure, avec une hauteur d’élévation de 4 mètres. Une autre application en a été faite également dans les pépinières de Meaux.
- Le chapelet hydraulique se prête, avec plus de facilité, au passage dans les trous de sonde (pl. 37, fig. 1, 7 et 8). On y installe, à cet effet, des tubes encore plus étroits, présentant depuis quelques centimètres jusqu’à un décimètre de diamètre. Après avoir essayé de cuirs emboutis pour éviter les fuites, on a été obligé d’y renoncer, à cause de leur frottement trop intense. Maintenant le jeu est libre. Une vitesse de 0m,30 par seconde, assez lente pour assurer fa bonté du rendement, suffit pour atténuer l’importance du déchet occasionné par l’espace perdu. Ce jeu lui-même présente, d’ailleurs, une certaine utilité, en plaçant les organes au point de vue du frottement, dans
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- des conditions analogues, jusqua un certain point, au palier glissant de Girard. Les clapets ont la forme de poire. L’auteur a reconnu préférable, au lieu de les noyer tous dans une colonne continue, de les séparer par des espaces remplis d’air. On y trouve, au moins, l’avantage de pouvoir profiter des crues, en renonçant alors momentanément à cette interposition de l’air, sans être obligé d’accélérer le.mouvement. Dans tous les cas, la courbure inférieure qui raccorde la chaîne descendante avec la travée montante doit être noyée, pour éviter la perte que produirait le déversement à l’air libre.
- A Bailly-Romainvilliers, près Couilly (Seine-et-Marne), un semblable chapelet élève, à 7 mètres, 600 à 1000 litres par heure, en engouffrant, pour cela, de 2 500 à A 000 litres, à la profondeur de 58 mètres. Ces chiffres montrent qu’on aurait pu réaliser une élévation plus considérable; mais, cette faible quantité suffisant aux besoins du lavoir de la commune qui avait demandé ce travail, on s’est naturellement borné à la fournir. La dépense s’est élevée à 11 000 francs. Il est permis de penser qu’après les premiers tâtonnements, inévitables dans une matière aussi nouvelle, le prix de revient pourra être abaissé dans l’avenir. Un système analogue est en élaboration pour la commune de Pont-Carré, située, comme la précédente, sur le plateau de la Brie. Un autre est étudié pour celle de Marly, etc.
- Il est inutile de faire remarquer que, si la nature d’un tel emplacement pour un moteur élévatoire est essentiellement gênante, elle présente, du moins, cet avantage de permettre de marcher en tous temps, car la gelée ne peut pénétrer dans des puits fermés et des trous de sonde.
- En résumé, Messieurs, votre rapporteur a été frappé des qualités personnelles mises par M. G. Hanriau au service d’une idée, en tous cas ingénieuse, et qui a déjà rendu, dans une sphère modeste, des services utiles. Obligé par sa mission même à une grande réserve, votre comité des arts mécaniques ne saurait, sans doute, s’associer à toutes les espérances conçues par l’auteur pour les proportions à donner à l’essor de sa nouvelle création. Mais il nous a paru, en même temps, qu’il serait, à la fois, injuste et regrettable d’arrêter dans le silence ou l’indifférence une innovation intéressante, déjà recommandable pour des cas bien déterminés. Une marche progressive et prudjgite arrivera facilement à définir les limites vraiment utiles de son emploi.
- Nous avons donc l’honneur de vous proposer de remercier M. Hanriau
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- de son intéressante comunication et de décider l’insertion du présent Rapport dans le Bulletin de la Société, avec les figures à l’appui.
- Signé Haton de la Goupillière , rapporteur.
- Approuvé en séance, le 23 avril 1875.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 37 REPRÉSENTANT LES APPAREILS POUR LA CRÉATION DE FORCE MOTRICE HYDRAULIQUE AU MOYEN DE L’ABSORPTION SOUTERRAINE, EMPLOYÉS PAR M. G. HAN RI AU.
- Appareils employant le chapelet hydraulique.
- Premier exemple. — Fig. 1. Vue, en section verticale partielle, de l'installation faite par M. Hanriau de son système de chapelet sur le plateau de la Brie (Seine-et-Marne), pour alimenter le lavoir de la commune de Bailly-Romainvilliers.
- A, couche aquifère.
- B, couches imperméables.
- C, couches absorbantes.
- D, partie supérieure du puits, où se rassemblent les eaux de la couche aquifère.
- E, partie inférieure du puits, garnie d’un tubage en tôle.
- F, fond en béton sur lequel repose le tubage en tôle.
- G, charpente recouvrant le puits.
- H, entonnoir cylindrique du chapelet hydraulique moteur; il est installé dans le tubage en tôle du puits, et surmonte un tuyau qui descend jusque dans le bas.
- I, robinet se manoeuvrant par le haut au moyen d’une longue tige, et servant à introduire dans l’entonnoir H les eaux de la partie D du puits.
- J, chaîne sans fin à chapelets, dont le brin antérieur se meut dans le tuyau et l’entonnoir H qui le surmonte; c’est la chaîne motrice.
- K, tuyau d’ascension de l’eau élevée.
- L, bac dans lequel se déverse l’eau élevée par le tuyau K.
- M, chaîne sans fin à chapelets, dont le brin postérieur se meut dans le tuyau d’ascension K.
- N, poulie sur laquelle passe la chaîne J.
- O, autre poulie de plus grand diamètre, sur laquelle passe la chaîne M ; elle est calée sur le même axe que la poulie N.
- P, conduite recevant l’eau du bac L et la conduisant au lavoir.
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- Q, bouchon placé sur la conduite P, et servant à permettre de nettoyer cette conduite.
- R, eau arrivant au fond du puits par l’entonnoir H.
- S, tuyau entouré d’une coiffe, traversant le fond du puits et conduisant dans les couches absorbantes C l’eau R qui vient de produire son action.
- On comprend le jeu de cet appareil. Le robinet I étant ouvert, une partie des eaux de la couche aquifère A pénètre dans l’entonnoir H et entraîne, en descendant, la chaîne à chapelets J; celle-ci, faisant l’office de courroie, met en mouvement la poulie O et, par conséquent, la chaîne M qui, faisant l’office de pompe, remonte l’autre partie des eaux de la couche A dans le bac L, et ainsi de suite. Le double mouvement des eaux est indiqué par des flèches. L’absorption qui se fait par les couches G est si complète, que, lorsque le robinet I est fermé, le fond du tubage E est complètement à sec.
- Les figures 2, 3, k, 5 et 6 représentent des éléments de chapelets divers, vus par moitié ; les deux moitiés, entre lesquelles on place au préalable les maillons, sont ensuite assemblées au moyen de rivets qu’on fait passer par les ouvertures centrales indiquées sur les figures; dans les chapelets des figures i et 6 on ajoute, en outre, une bride.
- Les chapelets des figures 2, 3 et k sont destinés à servir dans les cas de diamètres plus ou moins réduits ; ils permettent d’employer des chaînes relativement très-fortes dans certains cas où la chute est très-élevée et l’eau peu abondante.
- Le chapelet de la fig. 5 est destiné au cas spécial où il s’agit d’élever des liquides épais.
- Enfin, pour les grands diamètres, il convient d’employer le chapelet fig. 6; pour la solidité de l’assemblage des deux parties, on voit que le chapelet porte, à sa base, des rainures sur lesquelles vient se poser la bride ou la virole.
- T (fig. k et 6), est une rondelle en caoutchouc.
- Deuxième exemple. — Fig. 7. Yue, en section verticale partielle, de l’installation du même système de chapelets employé pour mettre en mouvement une machine quelconque. Sur cette figure nous emploierons les mêmes lettres que sur la figure 1 pour désigner les mêmes objets.
- A, couche aquifère.
- R, couches imperméables.
- G, couche absorbante.
- D, petit puits où se rassemblent les eaux de la couche aquifère.
- E, trou de sonde de grand diamètre, dans lequel est installé le chapelet moteur avec les deux tuyaux dans lesquels se meut chacun des brins de la chaîne (l’un de ces tuyaux est représenté en coupe et l’autre en élévation).
- La figure 8 est une section transversale du trou de sonde et des deux tuyaux où se meut la chaîne à chapelets motrice ; cette section montre les brides et colliers qui maintiennent les tuyaux en position rigide.
- H, entonnoir cylindrique surmontant le tuyau dans lequel passe le brin descendant de la chaîne.
- I, robinet d’introduction de l’eau dans l’entonnoir H.
- Tome III. — 75e année. 3e série. — Janvier 1876.
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- N, poulie sur laquelle passe la chaîne à.chapelets ; c’est la poulie motrice, sur l’axe de laquelle on peut monter une courroie qui transmettra le mouvement à une machine quelconque.
- O, poulie de renvoi, sur laquelle passe le brin remontant de la chaîne.
- Les flèches placées sur la figure indiquent le sens du mouvement.
- Appareils employant la fontaine de Héron.
- Premier exemple. — Fig. 9. Vue, en section verticale partielle, de l’installation faite à Annet, dans la Brie, de l’appareil automatique à fontaine de Héron; cet appareil est installé dans un puits creusé tout exprès pour le recevoir.
- #, colonne d’eau ascendante fournie par un trou de sonde tubé partant d’une couche aquifère située à un niveau inférieur à la couche absorbante; une partie de cette eau sert, en retombant, à faire mouvoir l’appareil, tandis que l’autre partie est élevée, par la fonction même de cet appareil, jusqu’à un niveau où la colonne d’eau ne pourrait atteindre d’elle-même.
- b, réservoir dans lequel se fait le partage des eaux de la colonne a.
- c, vase inférieur mobile de l’appareil, dans lequel une partie de l’eau du réservoir b arrive par un tuyau vertical avec raccord en caoutchouc.
- c', vase supérieur fixe dans lequel arrive, par en dessous, l’autre partie de l’eau du réservoir b.
- d, tuyau d’arrivée de l’eau dans le vase c' ; il est muni d’un système de soupape à boulet.
- e, tube mettant en communication les vases c et c'; c’est par ce tube que l’air, chassé du vase c, arrive dans le vase c' pour y exercer la pression qui doit faire monter l’eau de ce vase à la hauteur voulue. La jonction du tube e avec le vase c a lieu au moyen d’un raccord en caoutchouc.
- /, tuyau amenant l’eau du vase c' à la hauteur voulue sous l’action de l’air comprimé.
- g g\ balancier solidaire du vase c, et oscillant en g autour d’un axe fixé sur un bâti; ce balancier se compose d’un double rail.
- h, galet roulant sur le balancier g g' entre deux arrêts qui limitent sa course et dont l’écartement se règle à volonté.
- bâti encastré dans les parois du puits, et sur lequel repose tout le système.
- /, soupape à boulet placée au fond du vase c, et obturant l’ouverture par laquelle s’écoule l’eau contenue dans ce vase.
- k, k, k, vis servant à régler l’amplitude d’oscillation du balancier g g' et l’ouverture de la soupape y.
- /, eau provenant de le vidange du vase c.
- m, tuyau par lequel l’eau l se perd dans la couche absorbante.
- Voici quel est le jeu de l’appareil : l’eau du réservoir b, arrivant dans le vase infé-
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- rieur c, y comprime l’air et le chasse dans le tube e. Dès que la quantité d’eau emmagasinée n’est plus équilbrée par le galet h, qui fait contre-poids, le poids de cette eau fait basculer le vase, dont la soupape /, s’ouvrant aussitôt, laisse écouler le liquide; en même temps, le galet h roule de droite à gauche (fîg. 9), de manière à se rapprocher du centre d’oscillation g et, par conséquent, de diminuer son action pendant un temps suffisant pour permettre au vase de se vider. La vidange opérée, le mouvement de bascule a lieu en sens inverse, le vase est de nouveau bouché, et le galet revient à sa position initiale.
- D’un autre côté, l’air comprimé, qui a été chassé dans le vase supérieur c\ exerçant sa pression sur l’eau contenue dans ce vase, la force à s’élever dans le tuyau f et à se déverser à la hauteur voulue.
- On voit que la fonction de l’appareil est entièrement automatique.
- Deuxième exemple. — Fig. 10. Section verticale du dispositif adopté lorsqu’on n’a qu’un trou de sonde à sa disposition pour installer l’appareil à fontaine de Héron. La figure n’a trait qu’à l’appareil même, sans indication des couches de terrain.
- Dans ce cas, la partie supérieure du trou de sonde est surmontée d’un excavation suffisamment large pour permettre d’y installer tout le système à bascule, qui est alors adapté au vase supérieur c'.
- Nous emploierons les mêmes lettres que dans la figure 9 pour désigner les mêmes objets. Le bassin n, qui est alimenté par un robinet à flotteur, reçoit les eaux provenant soit d’un sondage comme fig. 9, soit des infiltrations; c’est dans ce bassin que ces eaux se partagent en eau motrice qui descend dans le vase c, et en eau à élever qui se rend dans le vase c'par le tuyau c?.
- Le vase c, qui, dans ce cas, a une forme cylindrique allongée, est suspendu dans le trou de sonde; il est muni, dans le fond, d’une soupape spéciale qui, lorsque l’air a été comprimé, laisse sortir l’eau par le jeu du balancier gg’>
- o, longue tringle verticale fixée au balancier g g' et commandant la soupape de fond du vase c.
- Fig. 11. Vue, à une échelle amplifiée, de la soupape du vase c. x, x, ouvertures par lesquelles l’eau du vase c entre près de la soupape pour s’écouler au moment où elle s’ouvre.
- Troisième exemple. — Fig. 12. Section verticale du système de vase à bascule adopté par l’auteur dans l’application qu’il fait de la fontaine de Héron au montage de la bière.
- Fig. 13. Section verticale, à une grande échelle, du robinet de distribution.
- p, vase à bascule où se fait la compression du gaz (fig. 12).
- g, robinet de distribution remplaçant la soupape à boulet de l’appareil indiqué fig. 9.
- r, tuyau et robinet à cadran pour l’introduction de l’eau dans le vase p.
- s, boîte à double clapet et à flotteur pour empêcher le retour du gaz.
- Un manomètre est adapté à l’appareil. (M.)
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- POMPES. — JANVIER 1876.
- POMPES.
- Rapport fait par M. Le Roux, au nom du comité des arts économiques, sur la
- Pompe de jardin et de serre présentée par M. Reynier , rue Pierre-
- Levée, 19, à Paris.
- Messieurs, M. Reynier, fabricant de lampes à modérateur et de pompes de jardin, à Paris, a présenté à la Société une pompe de jardin et de serre d’une disposition ingénieuse.
- L’entretien des plantes délicates, soit de pleine terre, soit de serre, exige de fréquentes aspersions d’eau à l’état pulvérulent connues sous le nom de bassinages; d’autres fois il faut pouvoir apporter, au pied même d’une plante située à une certaine profondeur dans un massif, la quantité d’eau qu’elle réclame, sans cependant inonder ses voisines; l’opération, en apparence si simple, de l’arrosage se complique, dans la pratique, d’un certain nombre de nécessités de détail pour lesquelles on avait recours, jusqu’ici, à des instruments multiples et souvent insuffisants, en raison de la rapidité avec laquelle ces opérations demandent à être faites, si l’on veut économiser la main-d’œuvre.
- On a employé, jusqu’ici, d’une part, la pompe de jardin que tout le monde connaît pour les arrosages, et, d’autre part, une sorte de seringue pour le bassinage des serres.
- La pompe ordinaire de jardin, immobilisée dans le baquet qui lui sert de réservoir, ne convient guère qu’aux arrosages en masse, et n’est pas toujours suffisamment portative; si on veut rendre son jet facilement dirigeable, en lui ajoutant un tube de caoutchouc, il faudrait généralement avoir trois mains pour s’en servir commodément.
- La seringue ordinaire des serres, composée d’un tube dans lequel se meut un piston, ne tarde généralement pas à très-mal fonctionner; en effet, les chocs que reçoit le tube y déterminent des bosses qui détériorent rapidement le piston, et bientôt, à l’instar de l’instrument classique dont elle porte le nom, elle envoie autant d’eau en arrière dans la marche de l’opérateur qu’en avant sur les plantes qu’il s’agit de désaltérer. De plus, elle n’est pas à jet continu ; il faut la remplir par aspiration, et alors la même cause d’imperfection agissant, l’air rentre par le piston quand on aspire, si bien qu’on peut dire que la quantité d’eau utilisable fournie par cet instrument est à peine équivalente au quart de son volume.
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- POMPES. --- JANVIER 1876.
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- L’idée de M. Reynier a été de comprendre qu’il suffirait d’un corps de pompe de petit diamètre, pourvu qu’il fonctionnât toujours bien; que pour le conserver il n’y avait qu a le renfermer dans une enveloppe qui servirait de réservoir à air comprimé, afin d’obtenir un jet 'continu, à l’instar de ce qui s’est fait autrefois pour certains appareils désignés sous le nom générique de clysopompes. L’ajutage qui donne issue à l’eau se trouve à l’extrémité du tube comme dans la seringue de serre; d’une main on peut donc tenir l’appareil et le diriger, tandis que de l’autre on fait mouvoir le piston. L’eau qui doit alimenter l’appareil est puisée, d’une manière continue, dans un seau , par l’intermédiaire d’un boyau en caoutchouc terminé par une pomme d’arrosoir, afin de ne pas aspirer les matières obstruantes que l’eau pourrait contenir.
- Il faut signaler la disposition ingénieuse du tube d’évacuation de l’eau, dont l’ouverture intérieure est placée de telle sorte que, dans toutes les positions utiles que peut prendre l’appareil, il ne donne issue qu’à ce liquide et non à l’air du réservoir.
- Tel est l’instrument auquel M. Reynier a cru devoir donner le nom d’%-dronette; non-seulement il est bien conçu, mais encore bien exécuté et dans des conditions de prix très-abordables.
- Le rapporteur n’a pas voulu vous entretenir de l’appareil de M. Reynier avant de l’avoir soumis à une épreuve pratique ; à cet effet, un appareil a été mis en service depuis trois mois dans les serres d’un horticulteur bien connu, au parc de Neuilly. On a trouvé à l’instrument de M. Reynier une supériorité marquée sur tous ceux usités jusqu’ici pour le même travail.
- En résumé, l’examen auquel nous nous sommes livré de la pompe dite hydronette de M. Reynier nous autorise à supposer que la pratique universelle sanctionnera l’approbation que le comité vous propose de lui accorder, en vous priant d’ordonner l’insertion du présent Rapport au Bulletin, avec un dessin propre à faire comprendre la disposition intérieure de l’appareil.
- Signé Le Roux, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 23 avril 1875.
- LÉGENDE RELATIVE A LA POMPE DE SI. REYNIER REPRÉSENTÉE PLANCHE 37.
- Fig. Section longitudinale passant par l’axe du modèle de pompe à réservoir d’air cylindrique.
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- POMPES. --- JANVIER I8T6.
- Fig. 15. Section transversale perpendiculaire à l’axe du modèle à réservoir d’air sphérique.
- Les lettres de ces deux figures n’ont aucun rapport de désignation avec celles des autres figures de la même planche.
- Premier modèle. — A, corps de pompe cylindrique (fig. 14).
- B, soupape d’aspiration, placée à la partie inférieure du corps de pompe A dans une boîte surmontée d’un ajutage.
- C, tuyau d’aspiration en caoutchouc, de longueur quelconque, monté sur l’ajutage de la boîte de la soupape B.
- D, entonnoir monté sur le tuyau C, et muni d’une grille-tamis faisant l’office de pomme d’arrosoir pour empêcher l’eau aspirée d’entraîner les matières solides dans le tuyau C.
- E, soupape placée à la partie supérieure du corps de pompe, et par laquelle l’eau aspirée dans ce corps de pompe est chassée dans le réservoir à air F.
- F, réservoir cylindrique à air enveloppant le corps de pompe A, et se prolongeant à une certaine distance en avant.
- G, canule de projection montée sur la tête du réservoir F.
- H, tube s’emboîtant dans la canule G, et se prolongeant intérieurement entre le corps de pompe A et le réservoir à air F.
- I, piston cylindrique creux garni de chanvre, et percé de trous destinés à laisser pénétrer dans son intérieur l’eau aspirée en arrière du corps de pompe ; ce piston est muni d’une soupape par laquelle l’eau se rend dans l’avant du corps de pompe.
- J, tige du piston avec sa poignée de manœuvre.
- K, couvercle à vis avec boîte à étoupe, servant à l’introduction du piston dans le corps de pompe.
- Cela posé, on voit qu’en tirant la tige J l’eau déjà aspirée passe à travers le piston I; la soupape de celui-ci est ouverte et la soupape B fermée. En poussant ensuite la tige, l’eau aspirée en D remplit le corps de pompe A ; la soupape du piston est alors fermée et la soupape E ouverte donne passage à l’eau, qui est refoulée dans le réservoir F, d’où l’air la chasse avec force en dehors par le tube H et la canule G.
- Deuxième modèle. — L (fig. 15), réservoir à air de forme sphérique remplaçant le réservoir F du modèle précédent, et se plaçant sur le corps de pompe en s’adaptant sur sa soupape supérieure E, qui est la même que précédemment.
- M, tube-siphon amenant l’eau aspirée dans le réservoir L.
- N, autre tube dans lequel l’eau est ensuite refoulée par l’air comprimé pour être lancée finalement au dehors par la canule de sortie.
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- ARTS ÉCONOMIQUES. ---- JANVIER 1876.
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- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. H. Rouilhet, au nom du comité des arts économiques, sur le trieur-magnéto-mécanique de M. Charles Vavin, 26, faubourg Saint-Honoré, Paris.
- Messieurs, M. Ch. Vavin a présenté à la Société une machine destinée à séparer les limailles de fer et de cuivre, et à trier les minerais magnétiques au moyen d'aimants permanents, machine qu’il a appelée trieur magnéto-mécanique.
- Tout le monde sait que, dans les grands ateliers de construction mécanique, malgré toutes les précautions prises, les tournures, les limailles de cuivre et de fer, tombant indistinctement sur le sol, se trouvent mélangées avec les balayures, et qu’il est difficile de diviser suffisamment les travaux opérés sur ces deux métaux pour prévenir le mélange de leurs limailles. Si les balayures sont vendues sans préparation, elles perdent une grande partie de leur valeur pour l’industriel qui n’en opère pas le triage lui-méme; si, pour en tirer un meilleur parti, elles sont soumises à un triage sommaire, cette opération se fait ordinairement par des laveurs de cendres, qui l’exécutent d’une manière assez grossière. Un lavage sépare d’abord les parties métalliques des poussières et des cendres ; puis, en promenant à la main un gros aimant, on enlève la limaille de fer, et le cuivre reste, mais sali encore par des particules de fer qu’une opération aussi incomplète y laisse forcément. Cette opération est longue et les ouvriers qui la pratiquent sont ordinairement très-vite fatigués par l’absorption des poussières malsaines qu’ils respirent dans le travail ; de plus, elle revient cher, car un homme ne peut traiter dans une journée que des quantités très-limitées. Aussi a-t-on cherché à remédier à cette insuffisance de production, en transformant le travail manuel en travail mécanique.
- Déjà MM. Vennin et Deregneaux de Lille avaient essayé la solution du problème en faisant tourner autour d’un axe horizontal un tambour en cuivre, sur lequel étaient montées, suivant les génératrices du cylindre, des armatures en fer doux reliées à des aimants artificiels disposés suivant le rayon et normalement à sa surface; un autre cylindre portant des brosses en poils de sanglier et tournant en sens contraire du premier débarrassait les armatures des limailles attirées qui tombaient d’un côté, tandis que les limailles
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- ARTS ÉCONOMIQUES. — JANVIER 1876.
- de cuivre tombaient de l’autre. Mais ces armatures, forcément espacées, agissaient d’une manière intermittente; de plus, la partie à l’état neutre n’ayant aucune action était perdue comme surface de travail, et le rendement de la machine était fort limité. Mise en pratique dans les ateliers de la maison Cail, elle fut abandonnée lorsque parut la machine de M. Ch. Yavin, qui résolvait le problème plus économiquement et d’une manière satisfaisante.
- Voici comment est construite la machine de M. Vavin qui fait l’objet de ce rapport :
- Elle est ordinairement à deux cylindres, afin que ce qui échappe à l’action du premier soit nécessairement repris par le second, placé en dessous; deux autres cylindres plus petits, et garnis de brosses tournant en sens contraire, détachent la limaille attirée. Une trémie est placée au-dessus du premier cylindre et un distributeur animé d ’un mouvement de translation horizontal étend la limaille à traiter sur la surface de ce cylindre, puis sur celle du second. Les cylindres sont en bronze ; ils portent à leur surface et en saillie, le premier quatre et le second cinq bagues en fer doux montées au moyen de vis, et mises en communication avec de forts aimants artificiels en U pouvant supporter 5 kilogrammes et disposés suivant le rayon du cylindre. Chaque bague est évidée par quatre cannelures de 3 millimètres, de manière à multiplier les surfaces; les branches des aimants sont mises en rapport avec les bagues par pôles de même nom, de manière que la première porte tous les pôles Nord et la seconde tous les pôles Sud. L’écartement de chaque bague est très-faible, 0m,03 environ, de telle sorte que la limite d’action de chaque bague étant supérieure à la moitié de la distance qui les sépare, toute la surface du cylindre travaille et ne présente pas de parties inactives ; il n’y a pas non plus de point neutre comme dans la machine de MM. Vennin et Dere-gneaux.
- Le cylindre supérieur porte quatre bagues et quinze aimants; le cylindre inférieur cinq bagues et vingt aimants. Il est disposé de manière que les bagues de fer doux correspondent aux parties en cuivre du cylindre supérieur et fassent agir de nouveau l’aimantation sur les petites parcelles qui auraient pu échapper à l’action du cylindre supérieur.
- L’ensemble de l’appareil, peu volumineux et bien construit, occupe peu de place, 0m,80 en surface horizontale et lm,60 en hauteur ; il peut marcher à bras ou à la vapeur. Il a été adopté dans les grands ateliers de constructions et dans les établissements de l’Etat.
- Celui que nous avons vu fonctionner dans les ateliers de la maison Cail
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- marche à leur entière satisfaction et traite 2 000 kilogrammes de limaille par jour; il pourrait produire davantage si les besoins l’exigeaient.
- La machine demande peu d’entretien, les aimants sont bien fabriqués et conservent très-longtemps leur puissance. M. Yavin estime que sa machine pourrait suffire à traiter 5 000 kilogrammes de limaille par jour.
- Il est encore une autre application de cette machine sur laquelle nous devons appeler l’attention de la Société : c’est la séparation des minerais magnétiques, opération sur laquelle M. Yavin fonde de grandes espérances.
- Des sables ferrugineux de l’île de la Réunion ont été expédiés en France, et deux machines fonctionnent déjà avec succès pour leur triage. Une autre vient d’être envoyée dans la colonie pour procéder sur place à la séparation, et les renseignements que nous avons pris nous font penser que les machines de M. Yavin donnent au problème une solution satisfaisante.
- Déjà, dans le même but, il y a une vingtaine d’années, M. Chenot avait fait construire, par Gustave Froment, une machine pouvant servir au traitement des minerais magnétiques, dont la disposition ingénieuse avait semblé résoudre le problème. Les aimants permanents étaient remplacés par des électro-aimants, montés sur un cylindre tournant au-dessus d’une toile sans fin, amenant le minerai au contact des armatures; un commutateur, placé au-dessus de Taxe, était disposé de manière que trois des électro-aimants recevaient en même temps le courant au moment ou il passait au-dessus de la toile sans fin ; dès qu’ils avaient dépassé la toile, ils devenaient inactifs, et le minerai magnétique, n’étant plus attiré, tombait sur un plan incliné placé sur un des côtés, tandis que le sable était rejeté de l’autre. Mais cet appareil, coûtant 3 ou l 000 francs, était cher, et, à part quelques machines livrées à l’inventeur, il ne semble pas avoir eu un grand succès industriel.
- La machine de M. Yavin est, au contraire, d’un prix modique (fr. 1 500), fonctionne avec régularité, et peut traiter 5 000 kilogrammes par jour. L’examen que nous en avons fait et le parti qu’en a déjà tiré l’industrie nous ont amené à penser qu’il était utile d’appeler l’attention sur son auteur, qui a fait preuve d’une entente parfaite des conditions auxquelles il avait à satisfaire. ’ ’
- Nous nous proposons, au nom du comité des arts économiques, de remercier M. Ch. Yavin de son intéressante communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin avec le dessin de la machine.
- Signé H. Bouilhet, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 11 mai 1875.
- Tome III. — 75e année. 3' série. — Janvier 1876.
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- LÉGENDE DE LA PLANCHE 38 REPRÉSENTANT LE TRIEUR MAGNÉTO-MÉCANIQUE
- DE M. CH. VAVIN. > ' ' ;
- Fig. 1. Section perpendiculaire à Taxe des cylindres. '"’V! ,v
- Fig. 2. Vue de face. : . - . ^ . ^ .
- A, bâti de l’appareil, composé de deux fermes reliées par des tirants.
- B, B', cylindres creux en bronze de même diamètre, superposés de manière que les
- deux axes soient dans le même plan vertical ; ils tournent dans le même sens indiqué par des flèches. ' ; ! > ' : ' >
- C, bagues en fer doux, au nombre de quatre, vissées sur le cylindre B et portant autour de leur circonférence quatre cannelures également espacées.
- C', bagues cannelées pareilles aux précédentes, et vissées au nombre de cinq sur le cylindre B'. t
- D; aimants artificiels placés à l’intérieur du cylindre B, suivant son rayon ; ils sont en forme d’U et disposés de telle sorte que le plan qui passe par les deux branches passe également par l’axe du cylindre.
- D', aimants semblables placés dans le cylindre B\
- Dans l’un et l’autre cylindres les extrémités des aimants sont en contact avec les bagues de fer doux par pôle de même nom, c’est-à-dire, comme le montre la figure 1, que l’une des branches de l’u porte sur une bague et l’autre branche sur la bague voisine.
- E, E', petits cylindres garnis de brosses et placés le long des cylindres B, B', auprès desquels ils tournent en sens contraire pour faire tomber la limaille de fer attachée.
- F, trémie pour le chargement des matières à traiter.
- G, tablier distributeur, sur lequel tombent les matières sortant de la trémie ; ce tablier reçoit un mouvement de va-et-vient qui lui permet de les distribuer également sur toute la surface du cylindre B.
- H, caisse antérieure où tombent les matières, après avoir successivement subi l’action des deux cylindres qui les ont dépouillées de leur limaille de fer.
- I, secteur obligeant les matières qui tombent du cylindre B à arriver sur le cylindre B'. 1
- J, caisse postérieure où tombe, par deux plans inclinés, la limaille de fer détachée
- des cylindres par les brosses E, E\ • ( ^ •
- K, arbre moteur, commandé par un volant à manivelle ; lorsque l’appareil doit être mû par une machine, l’arbre K porte une poulie sur laquelle on fait passer la courroie de transmission.
- L, engrenages (roues et pignons) transmettant le mouvement de l’arbre K aux cylindres, aux brosses et au tablier distributeur. (M.)
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- ARTS CHIMIQUES. --- JANVIER 1876.
- , ( : ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Debray, au nom du comité des arts chimiques, sur un
- PROCÉDÉ D AMALGAMATION DES GLACES ARGENTÉES présenté par M. LeNOIR.
- L’étamage des glaces s’est fait exclusivement, jusqu a 1840, au moyen de l’amalgame d’étain. L’opération s’effectuait et s’effectue encore de la manière suivante : on étend, sur une table de pierre horizontale, une feuille d’étain du poids de 7 à 800 grammes par mètre carré de glace, on recouvre cette feuille de 12 kilog. de mercure environ, de manière à former un bain liquide, à la surface duquel on fait glisser une glace bien polie, afin d’expulser en totalité l’air entre cette glace et la feuille d’étain. On comprime ensuite fortement la glace contre la feuille d’étain, et au bout de douze heures de contact l’adhérence est suffisante ; on relève la glace verticalement pour permettre à l’excès de mercure de s’écouler. Cette dernière opération, que l’on peut comparer à un séchage, dure de huit à dix jours. C’est au bout de ce temps que l’on peut juger de la valeur de l’étamage et que la glace peut être transportée. La quantité de mercure fixée par l’étain représente à peu près le poids de ce métal, soit 7 à 800 grammes par mètre carré, i- De telles manipulations exposent nécessairement, d’une manière incessante, les ouvriers qui les pratiquent à l’action pernicieuse des vapeurs mercurielles. Aussi l’industrie de l’étamage des glaces a toujours été considérée, avec raison, comme particulièrement insalubre ; malgré tous les soins hygiéniques dont on entoure les ouvriers, bien peu échappent aux maladies causées par l’absorption continue du mercure ; beaucoup trouvent, dans cette redoutable profession, une mort prématurée à la suite de longues souffrances.
- Un progrès très-important a été réalisé dans cette industrie en 1840. Un chimiste anglais, Drayton, eut l’idée de recouvrir les glaces d’une mince pellicule d’argent obtenue en réduisant une solution ammoniacale d’azotate d’argent qui mouillait la glace par des huiles essentielles facilement oxydables. Ce procédé, qui supprime le mercure et tous ses inconvénients, a été modifié par divers chimistes, mais il n’est entré réellement dans la pratique que depuis le moment ou M. Petitjean substitua l’acide tartrique aux divers réducteurs employés avant lui.
- Voici en quelques mots en quoi consiste ce procédé d’argenture : la glace
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- que l’on veut argenter est placée sur une table horizontale en fonte, que l’on chauffe vers 40 degrés. On verse sur cette glace, préalablement bien nettoyée, successivement deux dissolutions convenablement étendues, l’une d’argent, l’autre d’acide tartrique. Le liquide s’arrondit sur les bords par un effet bien connu de capillarité, et il y forme, sans déborder,,, une couche de plusieurs millimètres d’épaisseur; au bout de vingt minutes l’argent commence à se déposer sur le verre, au bout d’une heure et un quart l’argenture de la glace est terminée (1); on fait écouler le liquide, et on lave à l’eau dis*-tillée. Il ne reste plus qu a sécher la glace et à recouvrir l’argent d’un vernis résistant, destiné à garantir la pellicule d’argent contre tout frottement extérieur. 'I .ii>f î:r i
- Les avantages de ce procédé sont évidents; le mercure, avec son cortège de maladies, est supprimé. Au point de vue du prix de revient, l’argenture est préférable, 4 à 5 grammes d’argent suffisent pour couvrir 1 mètre carré de surface; on emploie donc pour un franc d’argent pour recouvrir une surface qui exigeait, dans l’ancien procédé, 700 grammes d’étain et autant de mercure. Le prix variable de ce métal a même été souvent un embarras réel pour les miroitiers qui produisent beaucoup. Par le nouveau procédé, une glace peut être argentée en quelques heures, tandis que l’étamage ancien durait douze jours au . minimum et réclamait un matériel plus coûteux! Aussi l’argenture a-t-elle remplacé aujourd’hui presque exclusivement l’ancien procédé. V . iju- - v-i .‘h;;,--
- Toutefois les glaces argentées ont une teinte jaunâtre qu’on ne rencontre pas dans les glaces étamées; c’est pour l’usage un défaut très-grave. De plus, l’adhérence de l’argent au verre n’est pas aussi parfaite qu’on pourrait le désirer ; il arrive souvent que la lame d’argent des miroirs exposés à l’action directe des rayons solaires se détache du verre sur une étendue plus ou moins considérable. Les glaces ornant les devantures de beaucoup d’établissements ont éprouvé ce fâcheux effet; Enfin cette même argenture, quoique recouverte d’un vernis épais, noircit à la longue sous l’influence des émanations sulfhydriques. Ce dernier genre d’altération a été surtout constaté sur les glaces exportées au delà de l’équateur ; les émanations qui se dégagent de la cale des navires, où les glaces restent emmagasinées durant des mois entiers, les noircissent; tel est le motif qui a empêché
- (1) C’est la durée des opérations que j’ai vu effectuer chez M. Maugin Lesur ; elle varie, d’ailleurs, avec le dosage des liqueurs employées. i; ; ] ! 1 ; - • i - 1 -1‘- i
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- n
- jusqu’ici de substituer aux glaces étamées, que la chaleur des régions équatoriales altère souvent d’une manière profonde, les glaces argentées que l’on considérait, avec raison, comme absolument réfractaires à cette cause d’altération.
- Ces défauts sont largement compensés par l’économie de la fabrication, et surtout, ce qui est inestimable, par la suppression des maladies causées par le mercure; il était néanmoins bien désirable de les voir disparaître. Un inventeur bien connu de la Société d’encouragement, M. Lenoir, à qui l’on doit, entre autres inventions importantes, la construction d’une machine à gaz très-employée dans l’industrie parisienne, a heureusement réussi à les corriger par une manipulation simple et inoffensive au point de vue de la santé des ouvriers. . , .... . , 7 ; ; .
- La glace, argentée par un procédé quelconque, est d’abord lavée, puis arrosée avec une solution étendue de cyanure de mercure et de potassium. L’argent déplace une partie du mercure et rentre en dissolution; le reste de l’argent donne naissance à un amalgame plus blanc et beaucoup plus adhérent au verre que l’argent lui-même. Cette transformation est instantanée; la proportion de mercure fixée, variable d’ailleurs avec la durée du contact de l’argent et de la solution de mercure, ne dépassait pas 5 à 6 pour 100 dans une glace faite sous nos yeux. Le maniement des cyanures, corps très-vénéneux, ne présente néanmoins aucun danger quand ils sont en solution très-étendue; la pratique journalière du galvanoplaste, qui les emploie depuis plus de trente ans en solutions bien plus concentrées que M. Lenoir, n’a révélé, à cet égard, aucun inconvénient sérieux.
- La glace amalgamée a perdu la teinte jaune de l’argent pur ; elle donne alors des images beaucoup plus blanches et comparables à celles des anciens miroirs; elle devient aussi bien moins attaquable par les vapeurs sulfurées et résiste parfaitement à l’action du soleil ; sous ce dernier rapport, elle est aussi bien supérieure aux miroirs étamés, dont le tain s’altère sous l’influence prolongée de la lumière. Tels sont les résultats d’une expérience de deux années; les glaces expédiées aux colonies depuis l’époque où un habile miroitier de Paris, M. Maugin Lesur, a commencé l’exploitation du procédé Lenoir, n’ont été jusqu’ici l’objet d’aucune plainte; la traversée si périlleuse pour les autres ne les a nullement altérées : il en est de même de l’action du soleil expérimentée depuis le même temps. • ’ ‘ '
- Le procédé Lenoir, alors même que l’avenir révélerait quelques inconvénients méconnus jusqu’ici, est donc réellement un progrès véritable sur les
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- procédés actuellement en usage, et votre comité des arts chimiques n’hésite pas à vous proposer d’adresser à M. Lenoir des remercîments pour son importante communication et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin de la Société. '
- Signé Debray, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 13 août 1875.
- CHEMINS DE FER.
- NOTE SUR LA LOCOMOTIVE A AIR COMPRIMÉ, CONSTRUITE DANS LES ATELIERS DU CREUSOT POUR LES TRAVAUX DU TUNNEL DU SAINT-GOTHARD.
- . . [Extrait du journal VEngineering.)
- La locomotive à air comprimé, dont la figure 1, page suivante, représente une vue de profil, est employée au tunnel en construction du Saint-Gothard pour traîner les wagons chargés des matériaux provenant de l’excavation. Elle a été construite dans les ateliers du Creusot, et ce qui en constitue le caractère particulier, c’est le dispositif de l’appareil spécial dans lequel l’air ou tout autre gaz peut se détendre à la pression voulue, dispositif imaginé par M. Ribourt, l’ingénieur du tunnel. Avant de donner une description détaillée de cet appareil, il est nécessaire d’expliquer le problème qu’il s’agissait de résoudre et les desiderata auxquels il était important de satisfaire.
- En présence de la rapidité d’exécution des travaux du tunnel, il devenait urgent d’examiner comment on pourrait répondre aux exigences d’un trafic constant et considérable sur une ligne de rails posée dans une galerie qui n’est ouverte qu’à l’entrée, dont le développement augmente tous les jours et dans laquelle la ventilation artificielle est toujours imparfaite. L’avancement de cette galerie devant produire, du côté de Gœschenen comme du côté d’Airolo, environ 530 cubic yards (près de 405 mèt. cub.) de déblais par journée de vingt-quatre heures, il ne fallait pas moins de 400 wagons à mettre constamment en circulation entre le front des travaux et la sortie du tunnel ; 50 autres wragons et trucks étaient, en outre, nécessaires pour le mouvement de va-et-vient des matériaux de construction et de l’outillage ; en totalité, il fallait pourvoir aux moyens de transport capables de satisfaire à un trafic journalier de 2 300 tonnes. ; ; ; ; ;
- Employer, dans ce cas, des locomotives ordinaires était évidemment chose impossible ; d’un autre côté, recourir aux chevaux, c’était s’exposer à des frais considérables, ainsi que l’avait démontré le tunnel du mont Cénis, où il en fallait plus de 100 de chaque côté de l’attaque pour le service des déblais. C’est en présence de ces difficultés que
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- M. Favre eut l’idée de recourir à l’emploi de locomotives à air comprimé. Les compresseurs à air, à l’aide ' desquels on fait mouvoir les outils de perforation, rendaient les essais faciles, en sorte qu’au mois de septembre 1873 on put entreprendre les premiers dans les conditions suivantes :
- Au début des travaux, on s’est servi, de chaque côté v du tunnel, de deux petites locomotives provenant du
- !S Creusot. Les chaudières en furent d’abord remplies
- avec de l’air à la pression de 4 atmosphères ; mais, naturellement, on ne tarda pas à reconnaître que leur capacité était de beaucoup trop faible pour fournir des résultats utiles, et Ton prit le parti d’atteler à chaque machine, comme on le ferait d’un tender, un réservoir cylindrique d’unecapacitéd’environ 612pieds cubes (17m3,130). Ainsi que l’indique la figure 2 ci-contre, l’ensemble se compose d’une locomotive ordinaire, à quatre roues coupléesàladistanced’axe en axe de 39,37 pouces (0m,985) et pesant 4,5 tonnes. Le réservoir cylindrique à air attelé à l’arrière est porté sur huit roues ; une soupape placée à la partie supérieure sert à y introduire, au moyen d’un tuyau flexible, l’air fourni par les compresseurs, tandis qu’une seconde soupape, disposée en dessous, permet la sortie de cet air, qui est amené à la machine par un tuyau en cuivre composé de deux parties réunies au moyen d’un raccord en caoutchouc. Ce tuyau traverse la boîte à feu et amène l’air comprimé à la chaudière, où il se détend et passe de là dans les cylindres. A l’exception de l’opération spéciale du remplissage du grand réservoir, et avec cette différence qu’il y a absence complète de feu, le travail de la machine est exactement le même que celui d’une locomotive ordinaire. Au commencement d’une expérience, le manomètre accusait une pression de 90 à 105 livres par pouce carré (6k,30 à 7k,35 par cent, car.), et après le transport d’un train de 12 vagons pleins sur un parcours de 2,000 pieds (environ 600 mètres) entre le front d’attaque et l’entrée de la galerie, la pression était encore de 67,5 livres (4k,70) ; le train pouvait alors être ramené à vide, et la pression finale
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- JANVIER 1870.
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- était de 35üvres(2k,45). Voici quelques données intéressantes sur une autre expérience :
- t. cwt. kilog.
- de la machine. . . . . . . . 4,12 4669
- tender et trucks . . . . ... 7, 8 7511
- 16 wagons . . 20, 0 20 300
- de la charge desdits wagons. . . . . . 32, 0 32 480
- 64 tonnes - 64 960
- Longueur de la ligne . . . 984 pieds 299™ ,10
- Pression moyenne au départ. . . . . . 70 liv. p. pouce car. 4k ,90 par cent. car.
- — à l’arrêt. . . . . . 57 — 4k ,00
- Capacité du réservoir à air. . . . . . . 612 pieds cubes 17“3,130
- Course des pistons . . . . . . 14,17 pouces 0'“ ,35
- Diamètre des cylindres . . . 8,05 — . 0m ,20
- Diamètre des roues . . . 29,92 — 0“* ,75
- Bien que le réservoir à air fût un appareil très-encombrant, en raison de ses dimensions (longueur 26,25 pieds [7m,98] et 63 pouces [lm,57] de diamètre), les deux machines ainsi disposées, la Reuss et le Tessin, ont fonctionné, d’une manière économique, d’nn côté à Gœschenen et de l’autre à Airolo, depuis décembre 1873 jusque dans ces derniers temps, où l’on s’est servi de la nouvelle machine que représente la figure 1 ; on ne doit pas oublier qu’à l’altitude où se font les travaux, la houille revient à plus de h livres (100 fr.) la tonne.
- Sans entrer ici dans des calculs détaillés, on peut dire, d’après les nombreuses expériences qui ont été faites, que l’effet utile de chacune des deux machines dont nous venons de parler a été constamment élevé. Pendant la fonction, les pertes d’air les plus importantes ont lieu par les tiroirs, et, comme elles augmentent nécessairement avec la pression, on comprend qu’il y a avantage à travailler à des pressions aussi basses que possible ; dans ces conditions, d’ailleurs, le refroidissement des cylindres, produit par l’expansion de l’air, est moins considérable qu’avec les hautes pressions, qui donnent lieu à de graves inconvénients.
- Comme la pression de l’air varie constamment dans le réservoir, le mécanicien, pour obtenir un travail régulier dans les cylindres, est obligé de varier l’admission de l’air, et, comme il ne peut le faire graduellement, il en résulte des pertes d’air, et, par conséquent, une diminution de la distance qui peut être parcourue. Frappé de ces inconvénients, M. Ribourt, ainsi que nous l’avons dit au début, a imaginé un appareil spécial, qui n’est que le résultat des recherches auxquelles il s’est livré pour satisfaire aux conditions suivantes :
- . ^ Introduire l’air dans le cylindre à une pression relativement basse, de manière que la détente puisse avoir lieu à moitié ou aux deux tiers de la course du piston ;
- Combiner un système capable de maintenir automatiquement une pression constante dans les cylindres, quelle que soit celle qui existe dans la chaudière.
- . : Voici maintenant la description de l’appareil de M. Ribourt :
- La machine à laquelle cet appareil est adapté comprend donc (voy. la fig. 1, page 23,
- Tome III. — 75e année. 3e série. — Janvier 1876. 4
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- et les fîg. 3 et 4 ci-dessous qui sont à une échelle plus petite, et dont l’une est un
- plan pris sous la chaudière et l’autre une vue de bout) :
- 1° Un châssis de locomotive ordinaire portant les axes, roues, cylindres, leviers de manœuvre, etc., que l’on connaît ;
- 2° Un réservoir cylindrique principal A, contenant la provision d’air à une pression aussi haute que possible, pression qui diminue nécessairement à mesure que la machine fonctionne ;
- 3° L’appareil Ribourt, ou soupape automatique dite valve de réduction R, à l’aide de laquelle l’air passe de la pression variable du réservoir à une pression constante dans les cylindres où s’accomplit le travail moteur ;
- 4° Un petit réservoir B, placé entre la valve R et les cylindres, et faisant fonction de chambre à
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- tl
- air destinée à amortir les chocs qui peuvent se produire au départ ou à l’arrêt de la machine. • : - - : ^ r-; : : ^
- La pression dans le réservoir principal dépend de la capacité des compresseurs et de l’herméticité des joints de tuyaux ; au Saint-Gotliard, le maximum qu’on a atteint est de 210 livres par pouce carré (lik,75 par cent. car.).
- On doit, nous le répétons, admettre l’air dans les cylindres à une basse pression, et faire en sorte que la détente soit aussi complète que possible. Une fois que cette pression est réglée au moyen de la valve automatique de réduction, elle peut être augmentée ou diminuée, suivant le profil du chemin à parcourir, la charge à remorquer, et toutes autres conditions du trafic ; pour cela, on îUa qu’à manœuvrer, ainsi qu’il va être expliqué, une simple vis chargée de régler le ressort de la valve. 1 : ;
- L’appareil de M. Ribourt (voir la section longitudinale, fig. 5, et la section transversale, fig. 6, qui sont à une grande échelle) se compose d’un cylindre A, dont la capacité : est mise en relation, au moyen d’un coude Z, avec le réservoir principal, dans lequel la pression peut être constante ou variable. r
- .146 I.
- ,50 •
- _______VS va cj
- . \ Fig- 5.
- !
- i
- .60 .....
- Sur une partie de sa longueur, le cylindre À est entouré d’une enveloppe concentrique B, formant autour de ce cylindre une capacité annulaire destinée à recevoir l’air après sa détente, lequel se rend de là aux cylindres moteurs par le conduit Y. -* :
- Dans la portion entourée de l’enveloppe B, le cylindre A est en communication avec cette enveloppe au moyen de deux séries de trous ou lumières a, a et b, b. ' ; à ;
- Du côté des trous 5, l’extrémité du cylindre À est fermée par un couvercle, tandis que l’extrémité opposée est en communication avec l’atmosphère.
- A l’intérieur du cylindre A, et appuyant contre sa surface
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- intérieure, est un petit cylindre mobile C, sur le fond renflé duquel est adaptée une tige X, qui porte à ses extrémités deux pistons Y et H. Ce petit cylindre, qui joue ici le véritable rôle d’un tiroir, est muni d’une série de trous e, qui, suivant la position du système, correspondent soit aux lumières «, a (position de la fîg. 5), soit aux espaces pleins qui séparent ces lumières; dans le premier cas il y a communication entre le cylindre C et l’enveloppe B, et dans le second cette communication est interrompue. Pendant que le système se meut, le piston Y se trouve toujours entre les séries de trous a et b, si bien que l’espace compris entre ce piston et le fond du cylindre A reste en communication constante avec l’enveloppe B. Enfin, comme les deux pistons V et H sont de même diamètre, le système mobile est toujours en équilibre.
- L’extrémité extérieure de la tige X porte un disque K, en face duquel se trouve un autre disque de même diamètre L fixé à une vis M, et maintenu à une distance invariable du cylindre A ; un ressort N est placé entre les deux disques K et L, et tend constamment à les écarter l’un de l’autre.
- Par suite de la position invariable du disque L par rapport au cylindre A, le ressort N agit sans cesse pour repousser vers le fond de ce cylindre le système mobile, composé des deux pistons H et Y, de la tige X et du petit cylindre G, et, par conséquent, pour mettre les trous e du cylindre G en regard des trous a du cylindre fixe A.
- L’air comprimé arrivant en Z, si les trous e et a sont en face les uns des autres, cet air passe du cylindre A dans l’enveloppe B, et de là par les trous b entre le fond du cylindre A et le piston Y, où, en vertu de sa tension, il exerce sur ce piston un effort opposé à celui du ressort N. Lorsque cet effort devient supérieur à celui du ressort, le système mobile de l’appareil opère un mouvement de glissement vers l’extrémité ouverte du cylindre A, et, par suite, les lumières a se trouvent bouchées.
- Lorsque l’écoulement de l’air comprimé par le conduit Y est continu, le petit cylindre C prend des positions intermédiaires à celles que nous venons d’indiquer ; alors les trous e ne coïncident qu’en partie avec les lumières «, dont les surfaces se trouvent plus ou moins démasquées, selon la pression de l’air, c’est-à-dire que les ouvertures augmentent quand la pression diminue, et réciproquement. Quelle que soit la pression de l’air en arrivant en Z, on comprend que tout dépend de la tension du ressort N ; par conséquent, quelle que soit la pression constante ou variable de l’air à son entrée dans l’appareil, il aura, à sa sortie en Y, une pression constante, mais toujours inférieure à sa pression initiale.
- Lorsque la pression en Y est une fois réglée à l’aide du ressort N, on peut la faire varier à volonté entre certaines limites, en augmentant ou en diminuant la tension de ce ressort par la seule manœuvre de la vis M.
- La figure 3 indique en R la position qu’occupe sur la locomotive l’ingénieux appareil que nous venons de décrire. Yoici quelques chiffres intéressants :
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- Capacité du réservoir principal de la locomotive. . .
- — du petit réservoir............................
- Pression maximum dans le grand réservoir..........
- Pression moyenne dans le petit réservoir...........
- Longueur de la course des pislons.................
- Diamètres des cylindres moteurs....................
- — des roues....................................
- Poids de la machine.......................environ
- Largeur de la voie. . .......................... .
- 268 pieds cubes
- 10,6
- 105 liv. p. pouce car. 60 —
- 14,17 pouces
- 8,00 —
- 29,875 —
- 6‘, 15 cwt 39,37 pouces
- 7n,3a00 0, 296
- 7k,35 p. cent. car. 4l,20 0“,35 0m,20 0m,745 6‘, 851 0m,985
- Les cotes inscrites sur les figures indiquent les autres dimensions.
- ' >1.)
- STATISTIQUE COMMERCIALE.
- SITUATION DES INDUSTRIES TEXTILES FRANÇAISES EN 1874.
- (Extrait du Rapport fait au nom de la 4e Section de la Commission permanente des valeurs de douane, par M. Nalalis Rondot, président de cette Section.)
- Nous tracerons à grands traits le tableau de la condition de chacune des branches de l’industrie textile, cette industrie dont les développements ont été si considérables, dont la puissance est devenue énorme, et que tant d’inventions ont faite plus haute et ont rendue plus hardie que jamais.
- On verra avec quelle force l’industrie a progressé, avec quel succès elle a soutenu partout la concurrence des fabriques étrangères ; on verra aussi, en plus d’un point, les conséquences funestes de l’accroissement trop peu mesuré de nos moyens de production.
- 1° Soie.
- La réussite d’une plus grande proportion de graines provenant de nos propres récoltes et reproduisant les anciennes races paraît indiquer que la maladie des vers à soie a moins d’intensité. Ce n’est toutefois qu’une espérance. Le Japon a encore fourni la presque totalité des graines mises à l’éclosion ; ces graines ont donné, en général, de bons résultats. On a obtenu 20 pour 100 de plus de cocons, mais le rendement à la filature a diminué de 15 à 20 pour 100 ; cette pauvreté des cocons est probablement la conséquence d’une mauvaise alimentation des vers pendant la période des gelées tardives.
- L’importation des soies s’est élevée à près de 5 millions de kilogrammes en 1874 :
- 3 700 000 kilogrammes de grèges,
- 1260 000 kilogrammes d’ouvrées.
- C’est 1 million de kilogrammes de plus qu’en 1873.
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- STATISTIQUE COMMERCIALE. :— JANVIER 1876.
- Nous avons reçu directement de la Chine et du Japon une quantité double et de l’Italie une quantité presque quadruple. Nos relations directes avec l’extrême Asie augmentent et se consolident, et les Italiens poursuivent vigoureusement leurs progrès dans la filature de grèges de qualité secondaire..
- Presque toutes les soies ouvrées étrangères que nous consommons sont des ouvrai-sons de soies asiatiques qu’on fait de l’autre côté des Alpes dans des conditions très-favorables.
- L’abondance des cocons et des soies a amené l’abaissement successif des prix : la baisse, qu’on peut estimer, dans l’ensemble, à un peu plus de 20 pour 100, a été, en moyenne, de 16 pour 100 pour les soies de France, de 18 pour 100 pour les soies d’Italie et de 21 pour 100 pour les soies d’Asie.
- Les hauts prix de la matière première avaient eu pour effet de réduire la consommation et la fabrication des étoffes de soie, et, par suite, de favoriser l’usage des tissus de laine. La baisse des prix a déterminé une demande plus vive des soieries, et a, en même temps, ralenti l’activité dans les fabrications fondées sur l’emploi des déchets de soie.
- La consommation des soieries n’est pas encore revenue en France à l’ancien niveau. A l’étranger, la recherche qu’on en fait est toujours aussi vive, mais il est douteux que la demande ait augmenté dans la proportion qu’indiquent les dernières exportations. Il faut tenir compte de l’extension qu’a prise et que prend encore le système des consignations.
- L’industrie lyonnaise retient avec fermeté son ancienne supériorité, et ceux-là même qui sont le plus disposés à l’injustice n’osent pas contester une supériorité que les faits affirment avec éclat. La fabrique lyonnaise conserve heureusement encore l’organisation manufacturière bien équilibrée jusqu’à ce jour, dans laquelle le tissage à la main à la ville, le tissage à la mécanique dans de grandes usines et le tissage à la main dans les campagnes ont chacun une part.
- En Allemagne, en Suisse, en Angleterre, en Italie, en Russie, en Autriche, on fait incessamment des progrès, progrès en production, progrès en science manufacturière. Nous fabriquons par an des étoffes de soie pour 500 millions de francs ; dans les six pays que nous venons de citer, la fabrication dépasse 400 millions.
- Une concurrence aussi pressante que l’est celle des manufactures étrangères entretient l’ardeur et le progrès dans les nôtres, et notre fabrication n’est pas près de perdre les qualités qui font son originalité, sa force et son succès.
- La manufacture française tient tête avec autant d’énergie dans l’industrie des rubans de soie à ses rivales étrangères, qui produisent aujourd’hui pour 175 millions environ ; notre fabrication s’élève à peine à 80 millions. Les affaires ont été partout difficiles. Les rubans servaient principalement à l’ornementation des chapeaux de femme, et la mode leur a enlevé cet emploi. Pendant la durée de la mode actuelle, la prospérité est impossible.
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- 2° Laine. ; ; ,V:
- . L’exagération de la production a eu le plus d’influence sur les prix.
- La fabrication des étoffes de laine est, dans l’ensemble, plus avancée en France qu’en aucun autre pays. La guerre avait privé les consommateurs étrangers de nos produits. Les manufacturiers anglais et allemands ne réussirent pas à les remplacer par les leurs, et, après la paix, la mode y aidant, on rechercha nos lainages avec un empressement inattendu.
- La laine était alors à bas prix. Le travail fut repris avec ardeur. La valeur de la matière première des fils et des tissus s’éleva successivement. L’année 1871 fut prospère ; l’année 1872 ne le fut pas moins, l’activité n’ayant pas cessé d’être maintenue dans toutes les branches de l’industrie.
- Cette situation était exceptionnelle. On crut malheureusement à sa durée. On donna un développement vraiment insensé, c’est l’opinion de ceux de nos collègues qui sont les plus compétents, au peignage, à la filature et au tissage, organisés avec les métiers mécaniques. , ,
- Nous retrouvons à l’étranger, dans l’industrie de la laine, les mêmes efforts et les mêmes progrès que dans l’industrie de la soie. La fabrication n’a pas cessé de s’accroître en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Russie, et nous trouvons maintenant, pour la laine comme pour la soie, les Etats-Unis parmi nos concurrents. Chacun de ces accroissements nous atteint, et il faut s’attendre que chaque année nous les ressentirons davantage.
- Sans anticiper sur l’avenir, bornons-nous à dire que, recherchée par un grand nombre de manufacturiers, la laine a été tenue à des prix élevés, et que la production des fils et des tissus devenant excessive, plusieurs débouchés s’étant resserrés, d’autres étant alimentés par les produits des fabriques locales, l’encombrement s’est fait. La baisse des prix était inévitable. Elle a commencé en 1873, elle a continué en 1874.
- Une importation de cent mille balles de laine de plus en Angleterre, jointe à la mévente des étoffes, aurait dû amener une forte baisse du prix de la laine. Mais les achats ont continué comme par le passé ; la baisse n’a été que de 3 à 4 pour 100 pour les laines d’Australie, et le prix des laines de la Plata a monté de 3 à 4 pour 100.
- Les fabricants de draps et de tissus de laine cardée ont moins souffert que les fabricants d’étoffes de laine peignée, parce que, n’ayant pas de moyens de production à la mécanique aussi puissants, ils ont pu mieux modérer leur fabrication. La demande a été moindre à l’étranger, et la consommation intérieure n’a que faiblement augmenté. Il a fallu réduire la production et accepter des prix moins favorables que précédemment. Néanmoins on a pu, à Elbeuf, à Lisieux, à Vienne, donner, pendant toute l’année, du travail aux ouvriers et leur payer les mêmes salaires. A Sedan, la fabrication, qui avait diminué de 20 pour 100 en 1873, a éprouvé un nouvel amoindrissement de 25 pour 100 en 1874 ; beaucoup d’ouvriers ont été sans ouvrage. La baisse du prix
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- des draps est due à la fois à la difficulté de la vente et à l’emploi de matières moins fines.
- Dans l’industrie de la laine peignée, les peigneuses, les métiers à filer et les métiers à tisser, tous mus par des moteurs mécaniques, ont produit.sans relâche. On a même monté en 1874 une vingtaine de mille broches de plus.
- Le matériel, dont le perfectionnement a été vraiment merveilleux, a une puissance de production énorme, et la quantité de fils et de tissus qu’il fournit dépasse ce que la consommation peut absorber dans l’état actuel des choses. Une demande plus grande faisant défaut en France et à l’étranger, on s’est décidé à consigner sur les marchés lointains : résolution extrême qui aura, nous le craignons, ses conséquences ordinaires. On a exporté, en 1874, 35 pour 100 de plus de fils et 40 pour 100 de plus de mérinos. Une pareille augmentation marque bien la gravité de la situation.
- On peut juger, d’ailleurs, de l’étendue des pertes. En 1874, la laine à peigne a baissé, en moyenne, de 2 1/2 pour 100, la laine peignée de 4 pour 100, les fils de laine peignée de 5 pour 100, les tissus de laine peignée de 6 pour 100, et les mérinos de 8 pour 100. La main-d’œuvre représentant, dans le mérinos, 25 pour 100 de la valeur du tissu, une baisse de 8 pour 100 aurait dû amener une baisse de 12 pour 100 dans le prix de la matière première, et nous venons de dire que cette baisse n’a été que de 2 1/2 pour 100.
- Nous ne sommes pas près de voir la fin de cette crise. Les filatures et les tissages continuent à travailler dans les mêmes conditions désastreuses, l’encombrement augmente, les prix s’abaissent toujours, et il est à craindre que le retour à une situation moins désordonnée ne puisse résulter que de pertes plus grandes encore et peut-être de ruines.
- 3° Coton.
- Un meilleur avenir s’ouvre pour l’industrie du coton. Cette industrie est dans une situation prospère.
- La récolte a été de 4 millions de balles aux Etats-Unis ; c’est aujourd’hui la quantité normale. Le prix a baissé de 11 à 12 pour 100................. . . . . .
- Notre consommation s’est élevée à 92 millions de kilogrammes ; cela prouve une activité soutenue.
- Les prix des fils et des tissus se sont ressentis de la diminution de la valeur de la matière première.
- Cette baisse a été favorable à leur vente, et l’abondance des récoltes de blé et de vin a contribué à l’affermissement des cours et à l’accroissement des demandes. Les ouvriers ont eu, à peu près partout, quelque troublé que soit le temps présent, un travail bien rétribué, et ont eu peu de chômages. L’industrie du coton trouve, chez les paysans et les ouvriers, ses plus nombreux consommateurs, et les années d’abondantes récoltes sont généralement prospères pour elle. ; ;r •. >
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- Nos établissements de filature et de tissage sont loin de suffire aux besoins de notre consommation ; il n’en saurait être autrement après la perte de 1 600 000 broches et des 30 000 métiers mécaniques de l’Alsace. Les usines nouvelles sont encore en petit nombre. On n’a pas eu autant de prudence dans l’industrie de la laine..............
- 4.° Lin et Chanvre.
- La récolte des lins a été mauvaise, et la hausse de leur prix s’en est suivie ; mais la matière première a été plus chère sans que le prix des fils et celui des toiles se soient élevés. Pareil fait s’est produit dans l’industrie de la laine peignée.
- Les cours des fils et des tissus se sont abaissés successivement pendant la plus grande partie de l’année ; cette baisse a été, en moyenne, de 6 à 7 pour 100.
- Une longue période de temps s’est écoulée sans que, en France, l’industrie du lin ait connu des années prospères. Notre industrie n’est certainement pas dans un état d’infériorité par rapport aux fabriques étrangères, car non-seulement elle contient l’importation dans d’assez étroites limites, mais elle concourt activement avec ses rivales à l’alimentation des grands marchés étrangers.
- Nous avons ici une preuve nouvelle que la production manufacturière s’est accrue dans une proportion plus grande que la faculté de consommation des populations ; la modération dans la production, lorsqu’il s’agit d’une fabrication à la mécanique, est si chèrement payée, qu’on recule toujours trop de s’y résigner.
- Une dure nécessité a amené ce résultat dans l’industrie du lin. Plusieurs établissements sont fermés, sont à vendre et ne trouvent pas d’acheteurs à des prix même désastreux.
- La filature a été, en 1874, plus heureuse que le tissage. Elle a pu augmenter son exportation et remplacer une partie des fils étrangers dans la consommation intérieure.
- 5° Tulles, passementerie, bonneterie et confections.
- Nos modes sont acceptées dans le monde entier. La France doit donc garder avec plus de facilité la supériorité dans la fabrication des ouvrages dont la forme ou le dessin dépend le plus de la mode. On l’a toujours observé pour les industries dont nous nous occupons. Une concurrence très-ardente, des efforts très-persévérants à l’étranger, des difficultés de tout genre, n’ont jamais pu arrêter nos progrès, et l’exportation de ces articles si divers a monté jusqu’à 170 millions.
- Ces industries ont été florissantes pendant longtemps; elles ont souffert en 1874. La consommation a été un peu moindre à l’intérieur, et l’exportation a diminué de plus de 35 millions.
- Le changement de la mode a été en grande partie la cause de cette crise imprévue; c’est le cas pour les tulles, les dentelles et la passementerie de soie. Le fâcheux état des affaires dans plusieurs États de l’Amérique y a restreint la consommation, et l’on Tome III. — 75« année. 3e série. — Janvier 1876. 5
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- U
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- s’est le plus ressenti, dans les industries de la lingerie, de la broderie et de la confection des vêtements, de la mévente au Pérou, au Brésil, à la Plata, à la Havane, etc'. La diminution de la production et celle de l’importation résultent donc de circon-1-stances passagères ; les fabriques étrangères n’ont pas gagné d’avance sur les nôtres.
- L’industrie de la bonneterie est dans une autre situation ; elle soutient difficilement, même sur notre marché, la concurrence des manufactures anglaises et allemandes pour les articles qu’on appelle classiques et dont la vente est la plus considérable. La main-d’œuvre est à meilleur marché en Allemagne et l’outillage plus puissant en Angleterre. Pour les spécialités auxquelles elle s’applique le plus activement, notre indus? trie a subi les conséquences de l’augmentation du nombre des métiers perfectionnés ; la production est devenue trop considérable. Favorisée par les prix modérés qui ont été la conséquence de cette production trop grande, l’exportation a heureusement continué de s’accroître. . I
- Conclusion.
- On voit que les affaires n’ont pas, dans l’ensemble, été bonnes en 1874.
- La production a été développée partout ; elle l’a été, en France plus qu’ailleurs. Nul ne saurait dire à quel degré elle s’est élevée. Il est probable que sa valeur n’est pas éloignée, dans notre pays, de 3 milliards et demi pour l’industrie textile. Elle est peut-être de 14 milliards dans toute l’Europe, et l’on augmente encore les armements industriels.
- L’exportation des produits de l’industrie textile française a été de 980 millions en 1863, et de 1 200 millions en 1873. Elle progresse toujours, mais un peu plus lentement que naguère, malgré la consignation, tant est forte la compression qu’exerce la fabrication poussée avec plus d’ardeur et non sans succès chez les autres nations manufacturières.
- Les populations, fussent-elles aux points extrêmes de l’Orient ou de l’Occident, prennent heureusement de plus en plus le goût du bien-être ; le niveau de la condition matérielle s’élève, en chaque pays, dans de larges zones de la population, plus vite même que ne le comporterait la hausse du prix du travail, et il y a dans les mœurs et les habitudes une sorte de raffinement qui favorise l’accroissement de la consommation.
- En résumé, la France est devenue, par la force des choses et grâce au génie de notre race, une des plus grandes nations manufacturières du globe. On se refusait à penser, dans des temps qui ne sont pas loin de nous, que ce peuple, qui n'avait pas encore donné la mesure de sa ténacité et de sa hardiesse dans les travaux de l’industrie, pût s’élever au premier rang dans les entreprises fondées sur l’emploi des machines, et qu’il pût, sans le secours qu’il a longtemps trouvé dans les arts du dessin, comme dans les inventions de la mode, soutenir le poids de rivalités puissantes. Ces succès, la France les a remportés; elle les a conservés, elle ne les a pas laissé échap-
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- per à quelque heure que ce fût de sa détresse. Au lendemain des ruines au milieu desquelles on s’attendait à la voir s’abîmer, nous assistons à cet étrange spectacle que peuvent donner seuls les peuples forts, riches et prospères : l’accroissement continu, désordonné même en plus d’un point, comme on l’a vu, de la production, et les produits de nos manufactures portés, avec une résolution faite pour nous étonner, sur tous les marchés du globe où ils doivent rencontrer cette concurrence que nous redoutions tant autrefois.
- A cette transformation que les progrès des autres peuples nous ont forcés de poursuivre, nous aurions perdu plus que gagné, si les choses étaient restées dans le même état, mais la mode, le vêtement, le goût, la consommation, tout a changé; cette transformation était dès lors devenue nécessaire, et nous l’avons accomplie. Il fallait, quoi qu’il dût nous en coûter, avancer dans cette voie périlleuse, et nous l’avons fait d’un pas ferme. Notre nation a gardé, toutefois, ses rares aptitudes. Loin d’en avoir désappris l’usage, elle les entretient avec un soin passionné, et elle marque souvent encore d’une empreinte originale et charmante nombre d’ouvrages, même des plus simples, sortis des mains de fer de ses métiers.
- Nous avons éprouvé la vérité de cette parole d’un illustre écrivain du xvne siècle : « Les malheurs fortifient. » Il semble, en effet, que le malheur ait donné plus d’énergie à nos facultés, plus d’intensité à nos efforts, et l’on s’est attaché plus que jamais au travail avec la vieille furie française. Cette fougue, qui atteste une vitalité puissante, a fait notre faiblesse relative, car nos difficultés viennent surtout d’un défaut de mesure dans la conduite de nos entreprises, et c’est pourquoi nous disons, sans crainte d’être démentis : Si le progrès s’est montré partout plus vif, il a été en France le plus rapide et le plus haut; si partout l’industrie a acquis plus de force, elle en a pris plus encore en France, et, si l’avenir s’assombrit, ce n’est pas pour la France qu’il est le plus menaçant. '
- ARTS CHIMIQUES.
- NOTE SUR LA NATURE DE LA PIERRE DE TOUCHE, PAR M. ERNEST DUMAS.
- Depuis longtemps, la pierre qui sert et qui a presque toujours servi à déterminer, d’une manière approximative, le titre des matières d’or, a été l’objet de l’attention et de l’étude d’un grand nombre de géologues, de minéralogistes, de chimistes et d’industriels.
- Théophraste, qui vivait 350 ans avant l’ère chrétienne, en parle en ces termes dans son Traité des pierres (1).
- (1) Théophraste, Traité des pierres, traduction de Hill, 1754.
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- ARTS CHIMIQUES. — JANVIER 1876.
- « § 78. — La nature de la pierre qui sert à éprouver l’or est très-singulière, paraissant avoir le même pouvoir que le feu, qui est aussi la pierre de touche de ce métal. Quelques-uns, pour cette raison, ont douté que cette pierre eût cette propriété; mais ce sont des doutes mal fondés, car ces essais ne se font pas de la même manière. L’essai par le feu se base sur des changements de couleur et sur des pertes de matière, tandis que celui qui se fait au moyen de la pierre s’exécute par un simple frottement du métal sur elle, ce caillou paraissant avoir la propriété de recevoir séparément les différentes particules de divers métaux alliés ensemble.
- « § 79. —On dit que l’on a trouvé récemment une pierre de cette espèce, de beaucoup supérieure à celle dont on faisait usage jusqu’à ce jour, et qui peut servir à éprouver non-seulement l’or affiné, mais même le cuivre ou l’argent dorés, et qui indique les quantités de métaux étrangers mêlées à l’or. Cette pierre donne des signes par lesquels on découvre aisément si l’alliage est altéré par une diminution du titre et à quel degré, et cela depuis le poids le plus bas, qui est un grain, jusqu’à une demi-obole.
- « § 80. — On trouve toutes ces pierres dans la rivière Tmolus (1). Elles sont polies, semblables à des cailloux, mais deux fois plus grosses, aplaties et non rondes.
- « On fait, dans leur usage pour l’essai des métaux, une différence entre la face qui était tournée vers le soleil et celle qui touchait la terre ; la première a ses propriétés plus marquées, ce qui est conforme à la raison, celle-ci étant plus sèche, et l’humidité de la seconde l’empêchant de recevoir aussi bien la trace du métal. Pour le même motif, cette pierre fonctionne mieux par les temps froids que lorsqu’il fait chaud, car alors il en suinte une humidité qui se répand sur toute sa surface, empêche l’adhérence parfaite des particules métalliques et cause des erreurs dans les épreuves.
- « Ce suintement d’humidité se remarque sur plusieurs autres pierres, et notamment sur celles dont on fait les statues ; on a même regardé souvent cette propriété comme particulière aux statues. »
- Pline (livre XXXIII, chapitre XLIIÏ) parle aussi de la pierre de touche, dans un article intitulé : De coticulis aurariis. Il s’exprime ainsi à son sujet :
- « Des pierres de touche pour l’or.
- « A la suite de l’or et de l’argent vient la pierre dite coticuia. Jadis, selon Théophraste, on la trouvait seulement dans les eaux de la Tmole. Aujourd’hui on la rencontre partout; on la nomme tantôt he'racle'enne, tantôt lydienne. Sa taille excède rarement k pouces de longueur sur 2 de largeur. On regarde la face qui a subi l’action du soleil comme préférable à celle qui touche la terre.
- « Les experts-essayeurs frottent le métal à éprouver sur cette pierre, et la trace qu’il y laisse leur révèle de suite, à un scrupule près, ce qu’il contient de cuivre, d’argent et d’or. Cet essai, qui est infaillible, tient du prodige. »
- (lj Rivière de Lydie, voisine du mont Tmolus ; aujourd’hui Bouzdag ou Tomolitzi.
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- ARTS CHIMIQUES. — JANVIER 1876.
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- Georges Agricola, dans son Traité classique de métallurgie, de Re metallica, parle de la pierre de touche sous le nom de coticula et donne de grands détails sur son emploi, ainsi que sur la graduation des touchaux-étalons, mais il ne parle ni de sa nature ni de sa provenance. Rien, dans ce qu’il en dit, n’indique l’emploi des acides pour compléter l’essai ; il semble qu’à cette époque encore l’essai par la pierre de touche se bornait à une comparaison entre les traces du métal à essayer et celles des aiguilles de comparaison, dont les titres étaient connus de l’opérateur.
- Jusqu’au moment où l’on a fait intervenir dans l’essai par la pierre de touche l’action des acides, toute pierre noire, dure, suffisamment rugueuse pour agir comme une lime douce, et assez fine de grain pour ne pas enlever de trop fortes quantités de métal précieux, a pu être considérée comme une pierre de touche. Aussi beaucoup des anciennes pierres, connues sous cette dénomination, contenaient-elles d’assez fortes proportions de calcaire, et étaient-elles parfois même simplement des marbres durs et fortement colorés en noir ou en vert foncé, comme lapiedra diparagone des Italiens.
- Maintenant qu’on lave à l’eau régale la trace d’or déposée sur la pierre, le nombre des pierres que l’on peut employer se trouve très-réduit, surtout si l’on considère les conditions de grain, de couleur et de texture qu’elles doivent remplir pour être longtemps propres au service.
- La plupart des auteurs qui ont parlé scientifiquement de ces pierres se sont contentés d’examiner des échantillons pris dans le commerce, ou servant à des orfèvres ou à des bijoutiers, qui, ne s’en servant que rarement, pouvaient se contenter de pierres ne possédant qu’une partie des qualités que l’on doit exiger d’elles lorsque l’on doit les utiliser couramment, fréquemment et avec certitude.
- Une bonne pierre de touche doit être aussi noire que possible, assez dure pour n’être rayée par aucun alliage d’or, d’argent et de cuivre ; elle doit être inattaquable à l’eau régale à froid. Sa taille est proportionnée à l’usage auquel on la destine.
- On la dresse avec soin sur celle de ses faces destinée à recevoir les traces de métaux, et, sans la polir, on la doucit seulement de manière à lui donner l’aspect du verre finement dépoli, à peu près le grain du biscuit de porcelaine.
- Il est assez difficile de trouver ces qualités réunies dans le même échantillon ; certaines pierres, même parmi celles que l’eau régale n’attaque pas, sont trop tendres et se laissent entamer par le touchau ; d’autres sont trop dures et prennent par l’usage un poli qui les empêche de retenir convenablement la trace que l’on produit à leur surface.
- C’est de là que viennent les différences très-notables que Ton remarque dans les descriptions, dans les déterminations, et par suite dans le classement attribué aux pierres de touche par les savants minéralogistes qui s’en sont occupés.
- Les uns en font un quartz, d’autres un jaspe résinite, certains un silex schisteux, un phyllade quartzeux. On a souvent pris certains basaltes, des porphyres ou même des cailloux roulés pour des pierres de touche, etc.; on les a décrits comme types en leur attribuant ce nom.
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- Mais un caractère qui n’a pas échappé à celui de ces savants qui, par ses fonctions, était le plus à portée d’étudier cette pierre dans ses qualités particulières, à Vau-quelin, qui, étant essayeur du bureau de la Garantie, en avait entre les mains plusieurs échantillons et pouvait déterminer les caractères des meilleurs pour l’usage, c’est la manière dont la pierre de touche supporte l’épreuve du chalumeau.
- La plupart des minéralogistes ont vu la pierre de touche soumise au chalumeau fondre entièrement, sans addition d’aucun réactif, et donner une perle noire : c’est ce caractère qui ne se rencontre que dans les médiocres ou mauvaises pierres de touche qui les a induits à la considérer comme un silex schisteux, un basalte ou un jaspe.
- Yauquelin, qui, au contraire, avait sous la main des échantillons de bonnes pierres, de médiocres et de mauvaises, ayant pris comme type la meilleure sous le rapport des essais parmi celles qui se trouvaient dans son laboratoire, a reconnu que, soumise au dard oxydant du chalumeau, elle donnait une scorie spongieuse d’un blanc grisâtre, infusible, assez dure pour rayer le verre, en un mot de la silice pure.
- Une analyse, faite avec soin et répétée à plusieurs reprises sur cette pierre et sur d’autres analogues comme qualité, lui a donné les résultats suivants :
- Eau........................... 2,500 »
- Silice............................ 85,000 69,000
- Alumine........................... 2,000 7,500
- Chaux............................. 1,000 trace
- Charbon........................... 2,700 3,800
- Soufre............................ 0,600 trace
- Fer............................... 1,700 17,000
- 95,500 97,300
- Perte..................... 4,500 2,700
- 100,000 100,000
- Ha reconnu, en outre, que, sous l’action de l’acide chlorhydrique concentré et à chaud, la pierre de touche donne une odeur sensible d’hydrogène sulfuré, et que, chauffée au rouge avec du chlorate de potasse, elle se décolore en donnant naissance à une quantité d’acide carbonique correspondant à la quantité de charbon indiquée par l’analyse.
- Vauquelin ne conclut pas et ne se prononce pas sur la nature de la pierre de touche; mais l’état actuel des sciences nous permet aujourd’hui de compléter un travail si bien commencé et si habilement conduit.
- En étudiant les résultats de ses analyses, on reconnaît aisément que l’on peut grouper les produits qu’il a obtenus, de manière à représenter :
- 1° Du charbon libre ;
- 2® Les éléments des cendres du bois ;
- 3° De la silice en grand excès.
- Si, d’un autre côté, on étudie à la loupe les échantillons de pierres de touche qui
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- ont servi à faire ces études, ou des pierres présentant les mêmes qualités, et ayant la propriété de donner toutes, sous l’action du chalumeau, une scorie grise, infusible et dure, on y reconnaît aisément des traces d’organisation ligneuse. Il me semble donc évident que la bonne, la vraie et la seule pierre de touche applicable à nos besoins actuels, celle qui doit seule porter maintenant ce nom, est un bois fossile, conservant encore du charbon au milieu de la silice, dont il est injecté.
- Ce qui vient à l’appui de mon opinion, c’est que certains échantillons trouvés dans les Alpes, possédant toutes les qualités d’une bonne pierre de touche, et donnant au chalumeau une scorie de silice pure, conservent encore la forme de branches ou de troncs d’arbres, assez nettement caractérisée pour que l’on ait pu déterminer le genre d’arbres dont ces débris provenaient.
- Un fragment de pierre de touche de bonne qualité, servant depuis longtemps au laboratoire du bureau de la Garantie, et qui est peut-être l’échantillon sur lequel Vau-quelin a fait son travail, a été analysé, sur ma demande, au laboratoire des hautes études de l’École centrale des arts et manufactures, par MM. Mermet et Delachanal.
- Voici les résultats de cet examen chimique, qui confirme mes prévisions.
- Analyse chimique de la pierre de touche.
- Quand on chauffe longtemps à l’air la poudre de pierre de touche, elle blanchit en perdant sa matière organique. L’acide chlorhydrique bouillant l’attaque et se colore en jaune ; cette teinte est due à la dissolution d’une petite quantité de fer et aussi à la décomposition partielle de la matière bitumineuse. Quand on l’attaque au creuset d’argent par la potasse en fusion, la matière se dissout presque complètement; néanmoins, dans la masse, on voit se former une petite quantité d’écailles brillantes contenant un peu d’acide phosphorique ; pendant cette attaque, et malgré l’addition d’un peu de salpêtre, on n’a pas remarqué la teinte verte qui caractérise le manganèse. Si, au lieu de prendre la potasse fondue, on fait simplement bouillir la poudre avec une solution concentrée de cet alcali, les vapeurs qui se dégagent bleuissent un papier rouge de tournesol et produisent des fumées blanches à l’approche d’une baguette imprégnée d’acide chlorhydrique : ces réactions caractérisent l’ammoniaque.
- La présence du chlore n’a pu être constatée.
- Outre la silice, qui est l’élément minéral essentiel de la pierre de touche (84,40 pour 100), les autres substances qu’elle renferme sont l’alumine et l’oxyde de fer, de très-petites quantités de chaux et de magnésie, enfin des alcalis. La proportion de ces alcalis a été déterminée avec le plus grand soin, et, chose assez explicable, Vauque-lin, qui ne les avait pas dosés, éprouvait des pertes de 2,7 à 4,5 pour 100, qui correspondent à peu près au poids de la soude et de la potasse. Le spectroscope a fait reconnaître des traces de lithine.
- L’origine végétale de la pierre de touche permettait de croire à la présence de l’acide phosphorique. Des recherches exécutées dans ce sens ont démontré la justesse
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- de cette opinion, car on a pu non-seulement reconnaître ce corps, mais aussi le doser.
- Le tableau suivant résume les proportions des éléments reconnus dans la pierre de touche :
- Composition de la pierre de touche.
- Silice.......................
- Alumine......................
- Oxyde de fer...................
- Chaux........................
- Magnésie.....................,
- Potasse......................
- Soude........................
- Lithine........................
- Acide phosphorique...........
- Soufre.......................
- Eau..........................
- Azote. . . . Hydrogène, Carbone. . , Pertes.........................
- Matière organique
- 84,40
- 5,25
- 1,15
- 0,43
- 0,13
- 0,69
- 1,70
- ( Traces reconnues ( au sp'ectroscope.
- 0,05
- 0,60
- 0,70
- 0,19
- 0,09
- 4,37
- 0,25
- 100,00
- Silice. — La silice a été dosée après une attaque par le carbonate de soude et la potasse caustique ; les réactifs avaient été essayés et la petite quantité de silice qu’ils contenaient avait été déterminée; enfin la silice, avant d’être pesée, avait été débarrassée des traces d’alumine et de fer qu’elle contenait.
- Chaux. — La chaux avait été dosée à l’état d’oxalate dans les liqueurs débarrassées d’alumine et de fer par l’ammoniaque ; mais on a pu retrouver la totalité de cette base de la manière suivante : la substance attaquée par y acide fluorhydrique laisse un résidu formé par la matière organique, un peu d’alumine et de fer, et enfin la chaux ; en calcinant, on chassait les matières hydrocarburées ; en reprenant par l’acide chlorhydrique on dissolvait les bases ; l’alumine et le fer étant précipités par l’ammoniaque, la chaux était dosée à l’état d’oxalate.
- Magnésie. — Dans la liqueur débarrassée des bases précédentes, la magnésie a été dosée par la méthode de H. Rose, au moyen du carbonate basique d’ammoniaque.
- Alcalis. — La recherche et le dosage des alcalis ont été opérés exclusivement dans des vases en platine.
- La séparation de la potasse et de la soude a été faite à l’aide du chlorure platinique ; on remarque la prédominance de la soude sur la potasse dans la matière analysée.
- Les chlorures de potassium et de sodium préparés en vue du dosage de leurs métaux respectifs ont été examinés au spectroscope ; ils ont permis de reconnaître des traces de lithine.
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- U
- Acide phosphorique.— L’acide phosphorique a été recherché et dosé dans le précipité mixte d’alumine et d’oxyde de fer bien débarrassé de silice. Ce précipité, dissous dans l’acide azotique, ayant reçu une addition du réactif nitromolybdique de Sonnenschein, a été abandonné pendant plusieurs jours à la température de 40 degrés; le#dépôt jaune de phosphomolybdate d’ammoniaque a été recueilli et pesé.
- Soufre. — La matière a été attaquée au creuset d’argent par la potasse et le nitre ; la masse solidifiée ayant été reprise par l’eau et acidulée par l’acide azotique, le chlorure de baryum a donné un précipité qui a permis de calculer le poids du soufre.
- Azote. — L’azote a été dosé par la méthode de M. Peligot : l’ammoniaque était recueillie dans une liqueur faible d’acide sulfurique titré; les variations de titre de l’acide ont été déterminées avec une lessive de potasse pure, et, afin de mieux apprécier les changements de teintes du tournesol, les opérations ont été exécutées dans une chambre éclairée par la flamme jaune monochromatique du sodium.
- Hydrogène et carbone. — Ces deux éléments ont été dosés après une dessiccation ayant duré de longues heures dans l’étuve à air. La matière était placée dans une nacelle en platine. Introduite dans un tube de verre de Bohême, chargé avec du chro-mate de plomb fondu, de l’oxyde de cuivre noir et du cuivre pur réduit par l’hydrogène et préalablement chauffé pendant une heure dans un courant de gaz oxygène parfaitement pur et sec, on a procédé à la combustion.
- Examen microscopique.
- M.leDrB. Renault, naturaliste attaché au laboratoire de M. Brongniart, a bien voulu examiner, au point de vue de sa détermination physique, un échantillon de bois fossile bien caractérisé par ses formes extérieures et présentant tous les caractères d’une bonne pierre de touche ; ce travail lui a permis de faire des remarques qui confirment les vues que j’ai adoptées sur le mode de formation et sur la constitution de ces fossiles.
- La matière organique de la pierre de touche n’est qu’une sorte de bitume provenant de la transformation en houille des tissus ligneux primitifs ; ce bitume remplit l’espace même occupé par les parois des cellules et des fibres, et permet, par sa coloration foncée, de distinguer actuellement la forme et les détails des cellules et des fibres plongées dans la silice moins colorée qui les entoure et les remplit.
- Le fragment de pierre de louche examiné par M. B. Renault est un rameau principal d’où s’échappait un rameau secondaire accusé par les traces encore persistantes de l’insertion de sa base.
- L’examen microscopique de plusieurs plaques minces a permis d’établir la diagnose suivante :
- Diagnose. — Ligni strata concentrica conspicua, infra lineam lata; radii medullaris homomorphi prolixii conferti, simplices ex una sérié cellularum parenchymatosarum formati, una vel usque ad viginti cellulas sériés composita cellulæ magis radiatim
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- quam in altitudine elongatæ. Yasa porosa simplicia, augusta, vacua, lumine elliptico, septis scalariformibus distantibus obliquis continua, subæqualia, numerosa, satis regu-lariter sparsa, non fasciculatim disposiia.
- Cellulæ ligni prosenchymatosæ porosæ, nonnunquam lineis spiralibus decussatis notatæ (1).
- Cet échantillon appartient à une plante dicotylédone, voisine du genre Rosthornia, de Unger, mais constituant une espèce et même un genre différent.
- Dans le cas où ultérieurement son identification avec un genre connu ne serait pas faite, M. B. Renault propose de désigner ce bois sous le nom d’ Obrussaxylon (bois servant à essayer l’or), qui rappelle son usage.
- Il est curieux de rappeler, à celte occasion, combien de noms ont été donnés à diverses époques à la pierre de touche :
- Lapis chrysites ;
- Lapis Heraclius ;
- Lapis lydicus — Pline ;
- Coticula — Pline ;
- Jaspe phthanite — Haüy; Cornéenne lydienue — Brongniart; Basanite ;
- Lydienne — d’Aubuisson;
- Lydite — d'Omalius d’Halloy ; Quartz jaspe — Dufrénoy ;
- Quartz résinile — Dufrénoy ; Phyllade quartzeux — Delafosse ; Kissel Schiffer ou silex schisteux.
- Les savants modernes ont désigné, comme on voit, sous le nom de 'pierre de touche, des minéraux très-divers, les réunissant dans une dénomination vague très-sujette à erreur.
- Les anciens, sans prétendre en définir la nature, se bornaient à rappeler son origine ou son emploi. Ils ont été imités par les modernes en ce qui concerne la langue des ateliers, comme l’indique la synonymie suivante :
- Français.............................Pierre de touche.
- Anglais..............................Touchstone.
- Allemand............................. Probier-stein.
- Espagnol............................. Piedra de toque.
- Portugais............................ Piedra de tocar.
- Italien..............................Pietra de paragone.
- Danois............................... Praver steen.
- Hollandais........................... Toe steen.
- Polonais.................................Prok-ny-Kamden.
- Suédois.............................. Proberslen.
- [Annales de chimie et de physique.)
- (1) Couches concentriques ligneuses distinctes, ne dépassant pas 1 millimètre; rayons médullaires d’une seule nature, nombreux, formés, suivant leur épaisseur, d’un seul rang de cellules qui varient en nombre de 1 à 20 dans le sens de la hauteur ; les cellules parenchymateuses qui les composent sont plus étendues dans la direction du rayon que dans celle de la hauteur.
- Les vaisseaux du bois sont poreux, simples, étroits, vides, à section transversale elliptique; les
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- REMARQUES AU SUJET DU PROGRAMME DES PRIX.
- JANVIER 1876. 43
- REMARQUES
- AU SUJET DU PROGRAMME DES PRIX MIS AU CONCOURS PAR LA SOCIÉTÉ.
- M. Guignet, ancien répétiteur à l’École polytechnique, et aujourd’hui professeur de chimie à l’École polytechnique de Rio de Janeiro (Brésil), a adressé à la Société d’encouragement la lettre suivante :
- « Monsieur le Président,
- « La lecture du programme des prix proposés par la Société m’inspire des réflexions que je vous demande la permission de soumettre à votre haute appréciation :
- « Arts chimiques. —160 Acide borique.—Plusieurs lacs delà Perse contiennent du borax et en déposent de grandes quantités sur leurs rives. Une fabrique voisine de Bicêtre exploite ce borax impur qu’on fait venir de Perse en grand secret, et en le désignant sans doute sous un nom quelconque. Il serait bon d’appeler l’attention sur les gisements de borax des lacs persans. — Parmi les emplois de l’acide borique, il- me paraît utile de citer la fabrication du vert Guignet. Cette industrie ne produit pas moins de cinq cent mille kilog. de vert par an, tant dans la fabrique de Thann que dans la grande fabrique de Ludwigshafen où le produit est désigné sous le même nom [Guignet’s grün)\ c’est donc une industrie de première importance. Dans l’origine, on n’avait pas bien compris (même à la Société d’encouragement) l’importance de cette couleur, parce que, disait on, elle ne pouvait s’imprimer qu’à Y albumine; mais ce genre d’impression a pris de plus en plus de développements : ainsi on imprime d’énormes quantités de carmin de cochenille à l’albumine sur coton (pour fond rouge turc).
- « 19° Nickel et cobalt.— Si les minerais de cobalt étaient assez abondants, le bleu de cobalt serait employé dans les impressions à l’albumine. Il faudrait que le prix n’excédât pas 25 fr. le kil., tandis qu’actuellement le prix de revient est d’environ 40 fr. Il serait peut-être bon d’indiquer ce desideratum des imprimeurs sur tissus, afin de provoquer les recherches. Il paraît que M. Rivot aurait détourné un grand propriétaire
- cloisons qui coupent leur longueur sont obliques et scalariformes. Les vaisseaux sont sensiblement de même diamètre, nombreux, répandus assez uniformément et jamais groupés en faisceaux.
- • Les cellules parenchymateuses qui forment le bois ont leurs parois percées de pores, et quelques— unes offrent des épaississements spiraux entre-croisés.
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- il REMARQUES AU SUJET DU PROGRAMME DES PRIX. — JANVIER 1876.
- du Tyrol autrichien, le baron deFontbonne, à Schlodming (Autriche), d’exploiter en grand les minerais de cobalt, alléguant que le cobalt n’avait que des emplois beaucoup trop limités.
- « Arts économiques. — 1° Endosmose. — On attribue à M. Grabam la découverte de la propriété que possèdent les cloisons poreuses de remplacer les membranes dans les phénomènes dedialyse. Au contraire, M. Grabam attribuait au papier-parchemin un rôle actif, une action élective comme dit la rédaction ; il disait : le parchemin est un colloïde et il retient les autres colloïdes. Je crois avoir démontré le premier que les membranes peuvent être remplacées par des cloisons poreuses, ainsi que cela résulte d’une communication que j’ai eu l’honneur de faire à l’Académie des sciences. (C. R., t. LY, p. 740, 10 nov. 1862).
- « 3° Conservation des viandes. — Parmi les procédés énumérés, il aurait fallu, je crois, citer le meilleur qui permet de conserver les viandes fraîches pendant huit jours sans la moindre altération. Ce procédé, très-employé dans toute la Franche-Comté, consiste à plonger la viande dans le lait caillé ou dans le petit-lait, en ayant soin de la charger avec des pierres pour l’empêcher de surnager. Il est, d’ailleurs, décrit par M. Girardin. Je l’ai fait pratiquer moi-même pendant plusieurs années, et jamais il n’a présenté le moindre inconvénient. Il y aurait tout avantage à le faire connaître dans les campagnes.
- « 5° Dessiccation des bois. —Plusieurs usines, notamment la grande fabrique de parquets d’Arc en-Barrois (Haute-Marne), font tremper les bois débités dans de très-grands bassins disposés de façon qu’on peut faire écouler les eaux chargées de sève. Après deux ou trois lessivages de ce genre, les bois sont séchés à l’étuve. On obtient ainsi de très-bons parquets de chêne avec du bois abattu dans l’année. Il me paraît que ce procédé aurait dû être mentionné, s’il est connu; s’il ne l’est pas, il mérite certainement le prix.
- « 8° Adhérence de la suie. — Il est probable que cette adhérence ne se produirait pas dans les tuyaux de grès bien vernissés dans le genre des grès Doulton. La Société devrait proposer un prix important pour la fabrication de ce genre de grès. Nous avons en France d’excellentes terres à gazettes, connues de tous les fabricants de porcelaine. Si l’un de ces fabricants veut s’en donner la peine, il peut fabriquer des grès aussi bons que ceux de Doulton et vernis avec une composition feldspathique.Les grès du Montet sont travaillés ainsi ; mais il y a du plomb dans la couverte (à moins qu’on ne l’ait modifiée) ; de plus, ils résistent mal aux changements de température, parce que la pâte ne contient pas assez de ciment (ou fragments de grès pulvérisés). Mon père a exploité pendant plus de trente ans une importante fabrique de porcelaine ; il cuisait dans les mêmes fours (en charge sur les piles de gazettes) d’excellents grès à couverte non plombeuse. La terre venait de Ville-en-Trot (environs de Bar-sur-Aube).
- Il y a des spécimens de ces grès au musée de Sèvres (fabrique de Gien, Haute-Marne). — Je ne comprends pas que nous soyons encore tributaires des grès Doulton. Ces
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- grès sont, d’ailleurs, importés ici même en grande quantité pour conduites d’eau, etc.
- « Agriculture.—1° Mise en valeur, etc.—La ville de Chaumont (Haute-Marne) a exécuté, depuis quarante ans, de magnifiques travaux de reboisement à l’aide du pin, du sapin épicéa et du mélèze, sur 700 hectares de terrains communaux (collines pierreuses, sans valeur). Elle a créé ainsi de véritables forêts, qui ont déjà fourni des coupes. J’ai engagé l’Administration de la ville à envoyer à la Société les documents relatifs à cette belle et utile opération, avant le 1er janvier 1876.
- « Beaux-arts.—2° Pierres lithographiques.—La Société financière, bien connue sous le nom de Banque française et italienne, vient de mettre en exploitation des carrières de pierres lithographiques, d’excellente qualité (dit-on), lesquelles ont été découvertes en Italie par M. Steenackers (l’ancien directeur des lignes télégraphiques du temps de la défense nationale). La même personne fait de semblables recherches en Portugal.
- « La très grande bienveillance que vous m’avez plusieurs fois témoignée m’engage à vous donner quelques détails sur l’excellent accueil qui m’a été fait ici. Le gouvernement a pris les mesures nécessaires pour me faire installer un très-beau laboratoire, avec distributions d’eau et de gaz, pourvu de tous les appareils les plus perfectionnés. J’espère y former de bons élèves : il y a ici beaucoup de jeunes gens intelligents et animés d’un véritable amour de la science. Jusqu’à présent, je n’ai encore pu faire que de l’enseignement oral : mes cours se font en français ; ils ont lieu le soir; le public étranger à l’Ecole polytechnique est admis. Ils sont très-assidûment suivis : les élèves prennent des notes et traduisent mes leçons en portugais, afin de les publier dans un journal spécial, qui représente le journal de l’Ecole polytechnique (de Paris). Comme études de matières premières, il y a tout à faire ici : matières colorantes (quelques-unes nouvelles, très-probablement), huiles fixes, essences, etc.; sans parler des minéraux dont la plupart n’ontpas encore été analysés. Certaines industries locales sont extrêmement curieuses : dans plusieurs localités, on fabrique du gaz d’éclairage en distillant des graines de ricin. Le gaz est d’excellente qualité, ce qu’il était facile de prévoir : mais c’est véritable gaz de luxe, au point de vue européen.
- « Il y a déjà ici d’importantes filatures et tissages de coton, avec teinturies annexes. Une grande fabrique de bougies stéariques, établie à Rio même, est en pleine prospérité : elle saponifie les suifs par l’eau sous pression et distille à la vapeur surchauffée. Elle est munie des appareils les plus perfectionnés. L’usine à gaz est aussi fort bien montée. Enfin, si l’on ajoute à cette nomenclature des fabriques de poteries et les grandes usines à fer de la province de Saint-Paul, on peut avoir une idée de l’état actuel de l’industrie dans ce pays. Il faudrait créer des industries chimiques : le sel est produit abondamment (marais salants du capFrio). Les pyrites sont largement répandues en certains points de l’intérieur; mais les transports sont coûteux.
- « Sa Majesté l’Empereur a été pour moi d’une bonté et d’une affabilité parfaites : ce qui ne nous supprend point, puisque vous avez pu apprécier vous-même les
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- qualités extraordinaires qui distinguent ce souverain, protecteur si zélé de tous ceux qui s’occupent de science.
- « Recevez, etc. »
- VITICULTURE.
- NOTE SUR LES ALTÉRATIONS DÉTERMINÉES SUR LA VIGNE PAR LE PHYLLOXERA VASTATRIX,
- PAR M. MAX. CORNU.
- « La décomposition des renflements radicellaires de la vigne est, comme on le sait, le point de départ du dépérissement du végétal ; la mort gagne successivement les parties de plus en plus voisines des gros troncs radicellaires qui finissent eux-mêmes par succomber : la destruction des organes d’absorption est la véritable cause de l’affaiblissement (1) et du dépérissement des vignobles. En présence de ce fait, il est naturel de se demander si l’on pourrait s’opposer à la production ou tout au moins à la destruction des renflements ; on aurait, par ce moyen, soustrait la vigne, en partie du moins, aux attaques de l’insecte. L’étude de la structure anatomique, du développement et de la destruction des renflements nous montrera si l’on peut, laissant de côté l’insecte pour combattre ses effets, lutter avec avantage contre les progrès du mal.
- « Il semble naturel d’attribuer la formation, puis la destruction des renflements à un venin excrété par l’insecte; c’est une opinion qui a généralement cours : ce n’est pas sans de solides raisons que je n’avais pas, à la fin de l’année 1873 (Comptes rendus, séance du 1er décembre), cru cette explication suffisante. Aujourd’hui, après deux années de recherches nouvelles sur ce sujet, elle ne me paraît encore ni pouvoir être adoptée, ni rendre compte de l’ensemble des faits.
- « Si le phylloxéra excrétait un liquide irritant, la nodosité devrait se produire vis-à-vis de l’insecte, tandis que celui-ci se trouve, au contraire, logé dans une dépression produite en même temps que le renflement se développe de l’autre côté; ce fait est incompatible avec l’hypothèse d’un liquide irritant. D’autre part, si ce liquide, épanché en quantité de plus en plus grande, était à la fin la cause de la destruction des renflements, le nombre considérable des insectes réunis sur un même point devrait hâter cette destruction de l’organe attaqué ,• dont la durée devrait être inversement proportionnelle au nombre des phylloxéras : il n’en est rien. Les renflements produits par un grand nombre ou un petit nombre d’insectes, quoique plus volumineux dans
- (1) La perte dés liquides puisés par le suçoir de l’insecte ne peut seule expliquer cet affaiblissement de la vigne. (Mém. des Sav. étr., I. XXII. — Comptes rendus, séance du 27 octobre 1873.)
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- VITICULTURE. — JANVIER 1876- 47
- le premier cas que dans le second, n'en offrent pas moins un développement parallèle, et les nodosités les plus grosses ne périssent pas, pour cela, forcément les premières.
- « Le fait qui domine l’histoire des renflements et qui montre, d’une manière évidente, à quelle cause doit être rattachée leur destruction est le suivant. Au milieu de l’année, à un instant différent pour chaque région, les renflements meurent tous à la fois sans distinction d’âge (1) ni de grosseur; ils peuvent périr pendant une période de repos ou d’activité (2). Cette destruction générale, à un instant précis de l’année, des nodosités occupées, depuis peu ou depuis longtemps, par des insectes nombreux ou non et d’âge variable, montre que le parasite, tout en ayant une influence incontestable sur le développement des renflements, n’est cependant pas la cause déterminante de leur mort. La date de cette modification, qui supprime ainsi les organes souterrains transformés, présente, en chaque région, des différences parallèles avec le réveil et l’arrêt de la végétation, avec la maturation du raisin. Cette époque, qui surprend les nodosités, comme les insectes qu’elles nourrissent, à tous les degrés d’évolution, et les voit toutes périr, survient pendant la première huitaine d’août dans l’Hé-rault, pendant la dernière dans les Charentes.
- « Ce fait montre que les renflements individuellement soumis à une loi d’évolution particulière sont tous régis par des conditions générales dont l’origine est végétative. Leur destruction est un phénomène d’ordre végétatif. La cause occasionnelle est la période sèche et le repos de la végétation pendant cette période ; quand, par un moyen ou un autre, la végétation se continue ou que le sol demeure frais, les renflements peuvent ne pas disparaître. Sur les vignes cultivées en pot et arrosées du laboratoire de Cognac, dans les palus frais de la Garonne près de Bordeaux, dans les endroits où un traitement insuffisant pour la guérison complète a déterminé le départ d’une nouvelle végétation, ies renflements se montrent jusqu’à l’arrière-saison ; ils peuvent même parfois passer l’hiver.
- « Les faits rapportés plus haut montrent donc que ni la production, ni la destruction des renflements ne peut être attribuée à un liquide dégorgé par le phylloxéra.
- « Les altérations produites par le phylloxéra sur les divers organes de la vigne peuvent se diviser en deux groupes : dans le premier se rencontrent des organes adultes, dans le second des organes en voie d’élongation.
- « I. Lorsque le phylloxéra se pose sur une racine, c’est-à-dire un organe muni d’une zone génératrice (cambium), deux cas peuvent se présenter.
- (1) Des signes extérieurs permettent de connaître l’âge d’un renflement (c’est-à-dire depuis combien de temps la radicelle a été occupée par l’insecte) et par combien de phylloxéras il a été produit. (Comptes rendus, séance du 3 novembre 1873.)
- (2! Les radicelles renflées sous l’influence du phylloxéra n’ont pas perdu, pour cela, forcément la propriété de s’allonger et d’émettre des radicelles ; toutes les parties nouvellement formées ainsi sont saines et non modifiées. (Comptes rendus, loc. cii.)
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- « A. Le suçoir de l’insecte peut faire sentir son action jusque vers la zone génératrice : c’est le cas des racines grêles (grosses au plus comme un tuyau de plume). Il y a excitation du tissu générateur, qui donne naissance généralement sur toute sa périphérie, du côté externe à un tissu cortical, du côté interne à un tissu ligneux; ce dernier n’épaissit pas ses éléments. Il en résulte une petite bosse sur laquelle vit et se développe le phylloxéra : c’est ce cas qui a été étudié et figuré dans mon Mémoire {Mémoire des Savants étrangers, t. XXII).
- « B. Le suçoir de l’insecte ne peut plus intéresser un autre tissu générateur que celui du périderme, qui exfolie annuellement l’écorce. Dans ce cas, ce tissu générateur donne souvent naissance à des éléments nouveaux du côté externe et s’infléchit lui-même diversement; de cette façon, il produit aussi une bosse, mais toute locale, au point où se sont, entre les fentes de l’écorce, fixés les phylloxéras : un effet semblable est produit sur la tige lorsque le phylloxéra s’y fixe dans des conditions analogues (cas très-rare, observé une seule fois sur le Vitis amurensis).
- « II. Dans le second groupe rentrent les formations déterminées par l’insecte lorsqu’il s’est fixé sur des feuilles, tiges, vrilles ou radicelles encore très-jeunes et n’ayant pas encore acquis leurs dimensions définitives.
- « Le phylloxéra qui s’est fixé en un point d’un tissu jeune, et dont les éléments déjà formés n’ont plus qu’à croître en diamètre et en longueur, y détermine une modification spéciale. Les cellules soumises à l’action absorbante de l’insecte sont, dans une région plus ou moins étendue, frappées d’un arrêt de développement ; elles demeurent étroites, tandis que le reste du tissu continue à s’accroître autour d’elles. Il en résulte deux conséquences :
- « 1° Vis-à-vis de l’insecte, au point où le tissu ne s’est pas accru comme aux alentours, il se produit une dépression par suite de la différence du développement, dépression où se trouve logé l’insecte ;
- « 2° Cette différence de développement produit dans l’ensemble du tissu, dont tous les éléments devraient acquérir un accroissement égal, des tiraillements, des tensions qui seront d’autant plus fortes que le nombre des points non accrus sera plus considérable.
- « Cela peut se présenter sous forme expérimentale, en pinçant ou fronçant un objet régulier en caoutchouc. Ces tensions détermineront des effets variables, qui pourront aller jusqu’à des segmentations cellulaires.
- « L’étude d’une galle de tige va nous être d’un grand secours, et nous montrer le mécanisme de la formation de ces différentes altérations, mécanisme identique dans tous les cas, quoique s’appliquant à des organes très-différents.
- « Dans la galle de tige, une portion seulement de la partie externe de la région corticale est frappée d’un arrêt de développement : la tension s’exerce principalement sur les parties situées à droite et à gauche de ce point et y détermine des tiraillements dont la conséquence est la formation des parois latérales de la galle. Ces tensions
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- n’exercent pas, en général, leur action sur une partie très étendue de la couche corticale; le cylindre central n’est intéressé que dans le cas où deux ou plusieurs insectes se sout fixés vers le même point et produisent plusieurs galles. C’est le cas le plus simple de tous.
- « Dans la galle de feuille (1), le fait primitif est le même : il y a une région arrêtée dans son développement et qui a déjà, après un jour, une dépression dans laquelle se trouve logé l’insecte; mais, à ce premier effet, pendant l’élongation énorme des divers éléments de la feuille, qui devient dix, cent, mille fois plus étendue qu’elle ne Tétait au début (vignes américaines), vient s’ajouter là segmentation de tous les éléments soumis à une traction considérable.
- « Dans ces deux cas, l’épiderme devient le siège d’un développement particulier, les cellules s’allongent en longs poils.
- « Chez certaines espèces de pucerons qui s’attaquent aux feuilles jeunes, par exemple ceux de certains arbres fruitiers, l’altération analogue est faible et se borne à produire uniquement un effet de torsion ou de gaufrage par un mécanisme analogue à celui qui produit les planches gondolées, l’une des faces s’est plus développée que l’autre.
- « C’est par une raison analogue que se forment sur les feuilles de l’érable les singulières galles en doigt de gant produites par le Phytocoptus gallarum, Donnadieu, sous l’action, cette fois, d’un petit Acarien.
- « Lorsque les phylloxéras, comme cela arrive pour les espèces qui vivent sur le chêne, s’attaquent à des feuilles adultes, ils n’y déterminent jamais la formation de galles : c’est le cas qui s’est présenté à M. Balbiani, lorsqu’il a pu faire vivre des Phylloxéra vastatrix sur les feuilles adultes de la vigne.
- « Si, au contraire, le phylloxéra du chêne se fixe sur des feuilles excessivement jeunes, il peut y déterminer, sinon des galles, du moins des replis du bord de la feuille (communiqué par M. Balbiani).
- « Pour les renflements radicellaires, la modification primitive est la même, seulement l’organe attaqué est très-différent, et les résultats définitifs sont très-dissemblables. »
- ('Comptes rendus de l’Académie des sciences.)
- (1) J'ai rencontré une seconde fois, dans le vignoble de Cognac, des galles phylloxériques sur des cépages européens, à Crouin, à 8 kilomètres de la localité indiquée déjà (Comptes rendus, séance du 16 août 1875); c’était en compagnie de M. Balbiani et de M. le chevalier Costa, directeur du Musée zoologique de Naples. M. Planchon les a observées le 28 septembre; elles se montraient uniquement sur des vignes très-âgées et beaucoup plus hautes que les autres.
- Tome III. — 75e année. 3e série. — Janvier 1876.
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- l’algérie a l’exposition universelle de vienne EN 1873, PAR M. A. POMEL (1).
- Plantes médicinales et essences.
- Les plantes méridionales de l’Europe, qu’utilise la thérapeutique ou que la tradition fait entrer dans l’herboristerie des familles, ne croissent pas toutes en Algérie. Cependant notre sol produit des succédanés de la plupart de celles qui y manquent et quelques autres plus spéciales ; nous exportons de cet article de marchandises pour une valeur de plus de 100 000 fr. par an. L’envoi, à l’Exposition de Vienne, de M. Lalle-mant, pharmacien à l’Arba, les comprenait presque toutes; M. Chevrolat, herboriste à Alger, et M. Rivoire (droguerie générale de l’Algérie), ont aussi fait figurer les espèces habituelles dont ils font le commerce. On remarquait dans cette herboristerie générale les squammes de la scille, gros oignon si commun dans le Tell, les racines du thapsia, ombellifère également très-répandu, dont la racine est d’un emploi de plus en plus usuel pour certaines affections des voies respiratoires. Les racines du Tegenteus, anacyclus pyrethrum, répandu sur tous les plateaux algériens, sont exportées pour une valeur de 3 à k 000 francs, de la province d’Oran pour l’Orient, où elles sont recherchées par les caravanes à cause de leur saveur styptique qui porte à la salivation.
- Les succédanés du thé abondent et sont cherchés par les indigènes et les colons dans des familles bien diverses : cistinées, paronychiées, borraginées, labiées, verbénacées, orchidées, etc. On a tiré de l’Exposition de Paris un ancien bocal contenant un échantillon d’opium dont les qualités ne laissent rien à désirer, mais dont la production et surtout la récolte sont entourées de difficultés qui n’ont pas permis de faire entrer cette culture dans la pratique.
- La Tunisie et le Maroc ont envoyé les mêmes espèces et un assez grand nombre d’autres, également propres à notre sol et la plupart spontanées, qui entrent dans leur pharmacopée primitive. Mais la médecine ne semble pas avoir actuellement une grande tendance à chercher dans ces produits ses remèdes efficaces, et, jusqu’à une nouvelle évolution doctrinale, il n’y a pas à espérer beaucoup d’argent de la vente de foutes ces petites richesses naturelles de la Berbérie.
- Il faudrait citer ici l'eucalyptus, dont les propriétés médicinales ont fait naître tant d’espérances qui ne se sont pas encore toutes réalisées, mais qui n’en est pas moins remarquable par l’essence particulière qu’il produit en grande quantité, et qui pourra trouver de nombreux emplois dans les arts. MM. Delpech et Ardisson à Paris, et
- (1) Voy. cahier de juin 1875, p. 322.
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- MM. Miergues et Leroux à Boufarik, ces derniers surtout, ont exposé toute une pharmacopée très-complexe, qui ne compte pas moins d’une vingtaine d’articles, agissant tous ou presque tous à la manière des baumes.
- L’industrie des essences est appelée à un grand avenir en Algérie, et déjà elle y a pris en plusieurs localités un développement important ; notre département d’Oran est, jusqu’à ce jour, resté en dehors de ce mouvement, et cependant rien ne lui manque, pas plus qu’aux deux autres départements algériens, de ce qui favorise la végétation des plantes qui les produisent. C’est par plusieurs centaines d’hectares que quelques grands industriels comptent leur culture de géranium rosat. L’établissement Chiris, à Boufarik, dirigé par M. Gros, produit 8 à 10 000 kilog. de cette essence, d’un prix moyen de 55 fr. le kilog. Les citronniers, orangers, bigaradiers, myrtes, thyms, menthes, cèdres, etc., fournissent leur contingent à cette industrie. M. Mer-curin à Chéragas, M. Nielli à Philippeville, et M. Mourgues à Bougie, ont aussi des établissements importants. La rose, le jasmin, la tubéreuse, le romarin, la santoline, la cassie, les lavandes, la mélisse, la verveine étaient plus ou moins utilisés pour parfumer l’huile et la pommade ou pour extraire des hydrolats. Je ne puis donner de chiffres officiels ; mais il est certain qu’il se fait en essences pour plus de 1 million d’affaires en Algérie.
- Matières tinctoriales et tannantes d'origine végétale.
- Les matières tinctoriales d’origine végétale tendent à jouer un rôle de plus en plus effacé, et ce n’est guère le moment de conseiller la culture des plantes qui les produisent. Les seuls exposants algériens étaient : M. Anjaux du Tlélat pour garance, et M. Jus de Batna pour une centaurée donnant de la teinture jaune; on a reproduit, des expositions précédentes, des fleurs de carthame, du henné, de la harmale, de la gaude, de l’orcanète et de l’indigo extrait de l’Eupatoire tinctoriale. M. Jus avait encore exposé des fibres végétales rouies et teintes par des procédés non encore divulgués. Les cochenilles et le kermès, insectes produits par le nopal et le chêne vert, figuraient également dans les bocaux apportés de l’Exposition permanente de l’Algérie à Paris; les Arabes seuls continuent à récolter la dernière espèce pour leurs besoins particuliers, ainsi qu’ils font, du reste, pour la garance. En l’état actuel, l’Algérie ne trouve dans ces produits aucune source de revenus et ne peut en espérer de longtemps.
- Les substances végétales utilisées pour la préparation des cuirs ne sont pas rares en Algérie. Le sumac ordinaire, le tizra (rhus pentaphyllum), les galles du chêne zéen, celles des pistachiers de l’Atlas, du tamarix articulé du désert étaient représentés par des échantillons des anciennes expositions. On peut y ajouter le henné, les écorces de grenade, les feuilles de lentisque ; mais rien de cela n’est encore entré dans les pratiques commerciales. Ce sont surtout les écorces de chêne qui sont exploitées sur une assez grande échelle et donnent lieu à un commerce considérable. En 1872, l’Algérie a exporté 96 236 quint, métr. d’écorces à tan, dont la valeur officielle est de 1 900 000 fr.
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- Il y en a de fort belles du chêne-liége des forêts de Constantine, provenant des éla-gages nécessités par l’aménagement des forêts. Le déparlement d’Oran avait envoyé des écorces de chêne à Kermès, les seules que l’on exploite dans l’Ouest ; il a presque fourni la moitié de l’exportation de 1872, c’est-à-dire 43 545 quint, métr. ; on compte encore 24 737 quint, métr. pour le premier semestre de 1873. On sait que l’écorce est surtout extraite de la racine du chêne nain et qu’on ne l’obtient que par la destruction de l’arbrisseau. Si l’on n’exploitait que les broussailles des sols à défricher, propres à la culture, on ne pourrait que se louer de l’activité de cette exploitation ; mais il n’en est malheureusement pas toujours ainsi, et l’on dépouille souvent des sols rocheux inutilisables, dont le peu de terre n’étant plus protégé sera entraîné par les eaux et les vents, de manière à stériliser des surfaces naguère encore propres aux parcours, sans compter la part que cette dénudation prendra dans la détérioration graduelle du climat.
- Produits forestiers.
- Le nord de l’Afrique, du temps des Carthaginois et des Romains, avait d’immenses surfaces complètement dénudées et d’autres couvertes de forêts impénétrables : les dévastations successives ont très-probablement étendu les premières au détriment des secondes, et les rapports actuels ne sont plus comparables à ce qu’ils étaient autrefois, d’après le témoignage des historiens.
- Cependant l’Algérie possède encore une étendue assez considérable de véritables forêts, sans compter les maquis classés comme tels; mais leur situation dans des contrées d’un accès difficile ou dépourvues de routes ne permet pas d’utiliser encore ces richesses. Il y aurait beaucoup à dire sur l’importance du reboisement des lieux élevés et des pentes raides pour .la régularisation du régime hydrologique, et sur la conservation des peuplements existants ; mais il suffit de faire remarquer que la collection de M. Lambert, ancien conservateur des forêts, montrait toutes les ressources que notre sol possède, car elle renfermait 139 échantillons d’espèces ligneuses de toutes tailles. Parmi elles on pouvait citer les suivantes : 3 érables, houx, pistachier de l’Atlas, caroubier, cerisier, frêne, olivier, micocoulier, orme, noyer, 3 chênes à feuilles caduques, yeuse, chêne ballotte, chêne-liége, if, 3 genévriers, thuya, cèdre et pin d’Alep, sans compter les essences cultivées et celles exotiques acclimatées.
- Les exploitations forestières, liège, bois d’œ'uvre et résines, s’opèrent déjà sur une surface de 185 867 hectares ; elles ont employé un capital de plus de 26 millions, donnent un produit brut de 18 millions, et produisent à l’État 442 000 fr., aux exploitants une somme nette de 6 millions. La province d’Oran n’a qu’une très-faible part de ce chiffre d’affaires, ses forêts n’étant point sur le littoral, comme celles de Constantine.
- Les bois d’œuvre (chênes zéens en majeure partie) et les bois d’ébénisterie exploités représentent annuellement une valeur de près de 7 millions de francs ; ce qui n’em-
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- pêche pas l’Algérie de recevoir du dehors pour près de 3 millions de francs de bois de construction ou de bois ouvré.
- Au moment où j’écrivais ces lignes pour faire ressortir l’importance de nos richesses et combattre le scepticisme, à l’endroit des forêts, de ceux de nos Algériens qui n’en ont encore parcouru que les maquis, j’étais loin de me douter que la sauvagerie indigène allait porter la ruine et la dévastation par l’incendie non-seulement sur les propriétés de l’Etat, mais encore sur les exploitations de liège faites par des particuliers, exploitations dont l’aménagement avait coûté tant de sacrifices de temps et d’argent.
- A l’Exposition de Vienne, les échantillons très-nombreux de nos bois d’œuvre étaient, ainsi que je l’ai déjà dit, trop entassés et trop empilés pour pouvoir être examinés utilement ; mais on admirait une grande rondelle de cèdre de l’Atlas et de beaux morceaux en grume, polis et vernis sur une face , de notre superbe bois de thuya, si employé par l’ébénisterie parisienne, qui avait malheureusement négligé de le faire figurer dans son exposition. Le nouveau directeur du jardin du Hamma avait envoyé une collection de bois exotiques acclimatés, où l’on remarquait des acacias australiens, les casuarina, les grevilea, les eucalyptus. Il y a lieu de citer encore pour mémoire quelques échantillons, trop haut placés pour être jugés, de tabletterie et marqueterie, indiquant les ressources nombreuses de l’Algérie pour ce genre de travail, qui est à peu près encore à créer dans la colonie : bois d’oranger, de citronnier, de houx, d’alaterne, de jujubier, de pistachier, de lentisque, de thizra, de schinus, d’abricotier, de poirier, de grenadier, de bruyère, de gattilier, d’oxycèdre et enfin de thuya.
- Les essences résineuses sont assez répandues en Algérie ; la principale est le pin d’Alep, dont il existe de grandes forêts : on peut y comprendre les genévriers et les thuyas, utilisés par les indigènes pour la fabrication du goudron, ainsi que le lentisque dont la résine est le mastic du Levant, et n’est point encore ici exploitée.
- À l’Exposition de Vienne, les résines, goudron, térébenthine et autres produits de même origine étaient peu nombreux et provenaient d’un seul exposant de Boghar et de la collection de Paris; ils ont été très-appréciés. La province d’Oran possède de grandes forêts de pins d’Alep, dans les districts de Saïda, de Dayaet de Bel-Abbès ; l’incendie les dévore périodiquement, et personne ne songeant à exploiter leurs produits résineux, l’utilité de leur conservation ne ressort point pour les populations voisines, qui n’y voient qu’une gêne pour leurs troupeaux et des contrariétés avec le service forestier, impuissant à les préserver.
- L’Algérie produit pour près d’un million de francs de résines sur une quinzaine de mille hectares exploités.
- De magnifiques planches de liège, comparables à tout ce que l’Espagne et le Portugal avaient envoyé de mieux, avaient été groupées autour des tables de thuya et permettaient de prévoir un brillant avenir pour l’exploitation des forêts de chêne-liege, si leur protection contre de criminels incendies est enfin assurée. L’Algérie est, en effet, destinée à devenir bientôt le premier marché et le plus grand centre de production du liège et même de sa mise en œuvre. Elle possède 286 000 hectares de cette essence, purs de
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- mélange, et 37 000 hectares mélangés d’autres essences, soit en tout 322 000 hectares, dont 141 000, aliénés par l’Etat, sont presque en totalité mis en exploitation. Les forêts du Portugal, de l’Espagne, de la France et de l’Italie produisent actuellement tout ce dont elles sont capables et sont loin de satisfaire à des besoins toujours croissants. La Russie avait également exposé des lièges bruts venant probablement du Caucase ; mais cette concurrence est peu à redouter.
- J’ai pu montrer en détail toute notre exposition de liège à un Suédois de Stockholm, qui fait un grand commerce de bouchons et de liège ; il a déclaré qu’il s’adresserait désormais aux producteurs algériens, dont il a pris les adresses, pour faire ses approvisionnements qu’il tirait précédemment du Portugal. D’autres fabricants des bords du Rhin ont également demandé ces adresses, pour faire des commandes, nos produits leur ayant paru excellents pour l’obturation des flacons à eau de Cologne.
- Les états statistiques pour 1872 indiquent une exportation de liège brut de l’Algérie de 20 888 quint, métr. dont la valeur officielle est de 2 506 000 fr. ; mais la statistique forestière évalue à 10 millions le produit brut de l’exportation pour la même année. Le département d’Oran ne prend aucune part à ce commerce, du moins je ne trouve rien dans les tableaux de la douane de cette direction ; cependant il y existe près de 14 000 hectares de forêts de chênes-lièges mélangés, non concédés par l’État et dont il serait avantageux d’utiliser les produits. A quand l’Administration forestière se décidera-t-elle à livrer ces richesses naturelles à l’exploitation, sollicitée par plusieurs industriels et qui doit donner une plus-value considérable à cette partie du domaine?
- On remarquait dans la vitrine de l’exposition algérienne, associés à une très-belle série de bouchons de toute sorte, des porte-plumes en liège, un peu épais, mais très-légers et qui jouissent déjà d’une certaine vogue, car j’en ai retrouvé à Paris, dans un certain nombre de boutiques. Un échantillon montre un autre emploi nouveau du liège pour constituer des enveloppes isolantes aux appareils à vapeur ; on annonce que de nombreuses applications en sont faites aux locomotives en Angleterre et en Belgique. C’est à la maison Besson et comp., de l’Oued-el-Aneub (à Paris, rue Cadet, 26), que l’on doit ces nouveautés; il y a là un magnifique débouché pour les lièges de qualité inférieure, si l’emploi s’en généralise. 5
- L’usine Gabert, à Philippeville, occupe plus de 100 ouvriers et peut fabriquer 100 000 bouchons par jour, représentant 10 quintaux de liège, 2 000 paires de semelles, et les déchets sont utilisés pour matelas.
- Je ne puis me dispenser de parler encore une fois de l’eucalyptus, avant de terminer cette notice forestière de l’Algérie. Cet arbre australien n’a été introduit en France par M. Ramel qu’en 1857, un peu après en Algérie, au Jardin d’Essai, et ce n’est qu’en 1864 qu’il se répandait un peu et que M. Cordier tentait sur un hectare la première plantation en massif, au voisinage et sur le plateau de la Maison-Carrée. Actuellement on trouve déjà des arbres ayant atteint les proportions de ceux de nos climats, qu’une ou deux générations ont vus croître. Un plateau, exposé, avait 3m,50 de longueur et 40 centimètres de largeur ; il a été abattu à l’âge de 9 ans, avait lm,35 de circonférence à 1 mètre
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- du sol, 18 mètres de hauteur et cubait 1 stère 15 de bois d’œuvre. La colonie de Victoria avait exposé de volumineux plateaux d’eucalyptus globulus, d’un beau noir et qui provenaient d’arbres gigantesques.
- En somme, bois très-dur et résistant, écorce très-riche en tanin et se détachant naturellement en lanières, feuillage très-aromatique, résine et essence très abondantes, croissance extrêmement rapide et enfin adaptation merveilleuse aux conditions climatériques de tout le Tell inférieur, telles sont les qualités qui rendent cette acquisition précieuse ainsi que celle de quelques-uns de ses congénères, et qui légitiment en quelque sorte l’espèce d’engouement dont il a été l’objet dans le département d’Alger. Aujourd’hui on le plante un peu partout sur tout le littoral de l’Algérie ; cependant, en dehors de la Société de l’Habra, il a été fait peu de choses dans le département d’Oran, où on devrait en trouver au moins un petit groupe au voisinage de chaque ferme. On ne peut pas planter cette essence indifféremment sur tous les sols; il faut, pour qu’elle réussisse, un terrain profond et un peu frais ; elle végète très-mal ou pas du tout sur les sols maigres et secs. Ce n’est point avec cette essence que l’on pourra procéder jamais, si on le tente, à la conquête forestière du Sahara, quoi qu’en disent les enthousiastes. C’est le pistachier de l’Atlas ou betoum des Arabes, le jujubier à grosse épine* et l’acacia gommier poussant dans le sud de la Tunisie, ce dernier avec consistance de forêt, qui sont les plus aptes à constituer une lisière boisée au pied du versant sud de l’Atlas, à la limite du Sahara. (A suivre.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- De l’emploi du zinc comme «lésinerastant à l’intérieur des chaudières à vapeur, par M. P. O. E. Eesueur. — En 1861, M. B. Normand fit construire au Havre, pour une maison de Dunkerque, un navire à vapeur appelé VAlbert. Ce bâtiment était pourvu de trois chaudières : l’une à basse pression, recevant directement les eaux de la mer ; les deux autres timbrées à 7 atmosphères et alimentées par les eaux de condensation. M. Normand, inventeur d’un appareil portant le nom de condenseur à surface, avait appliqué son système aux machines de l'Albert, et, pour en consolider les tubes à l’intérieur, avait disposé entre eux des entretoises en cuivre jaune laminé.
- Après ses essais, le navire prit la mer; et quand, au bout de quelques années, des réparations urgentes furent reconnues nécessaires et que Y Albert dut revenir au Havre pour y être vérifié dans les ateliers de MM. Nillus, ou s’aperçut d’abord que le générateur alimenté directement par les eaux de la mer était complètement oxydé, mis hors d’usage, et Ton constata, d’autre part, que les deux chaudières qui recevaient les eaux du condenseur étaient en parfait état de conservation ; puis, lorsqu’on visita
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- NOTICES INDUSTRIELLES. --- JANVIER 1876.
- le condenseur lui-même, quelle ne fut pas la surprise de ne retrouver des entretoises en laiton qu’un squelette spongieux de cuivre : tout le zinc de l’alliage avait disparu.
- Ce phénomène si étrange passa inaperçu. On replaça de nouvelles plaques de cuivre entre les tubes du condenseur, et le fait dont je viens de vous entretenir s’étant reproduit à plusieurs reprises, dans les mêmes conditions, les constructeurs conclurent, sans se préoccuper de la cause, qu’z7 fallait donner à l’oxydation un aliment, et que ce devait être du zinc. Depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui, ce préservatif fut préconisé par eux et mis en usage avec d’heureux résultats, mais seulement à bord des navires sortis de leurs chantiers.
- ; L’action du zinc comme désincrustant me frappa à tel point que, dès mon retour à Angers, je résolus d’y renouveler l’expérience. Je fis part de ce fait à M. Ch. Raynaly, que j’avais l’occasion de voir souvent, et je l’engageai à pratiquer un essai sur sa chaudière alimentée par les eaux de la Loire.
- : Au mois de juillet dernier, j’appris de lui la parfaite réussite de notre tentative : le zinc introduit avait complètement disparu, le tartre était tombé en feuilles minces au fond du bouilleur ; un simple lavage avait suffi pour enlever toute trace.
- * Je fus, cette fois, très-frappé de ce résultat qui se produisait avec une égale intensité dans des milieux bien différents : l’eau de mer, contenant de fortes proportions de sels 5 l’eau de la Loire, ne renfermant guère que quelques silicates.
- Je cherchai à déterminer les causes qui amenaient, d’une part, la disparition complète du métal, et, de l’autre, la non-adhérence du tartre.
- Quand deux métaux de nature différente se trouvent en présence dans un milieu conducteur, un courant électrique se produit allant du métal le plus attaqué à celui qui l’est le moins. Sous cette influence, l’eau se trouve décomposée, l’oxygène se porte sur le métal, pôle positif, pour le réduire en oxyde, et l’hydrogène est mis en liberté.
- Dans le cas qui nous préoccupe, c’est le zinc qui forme le pôle positif de la pile dont l’enveloppe de la chaudière en fer constitue le pôle positif (1).
- - Diverses expériences sont venues confirmer mes premiers essais.
- - La proportion de zinc à introduire dans les générateurs, que les premières expériences permettent de fixer à 20 kilogrammes pour 100 chevaux-vapeur, pour une durée de trois mois de marche, nécessite une dépense relativement insignifiante, car on peut utiliser pour cet usage les rognures et débris de zinc, qui se trouvent toujours dans les usines comme rebuts sans valeur.
- (.Annales de chimie et de physique.)
- (1) Il y aurait lieu d’examiner si ce n’est pas la couche incessamment reproduite de gaz hydrogène qui se développe à la surface du fer qui empêcherait l’adhérence des dépôts, soit en empêchant leur contact intime avec le métal, soit en brisant les pellicules au moment de leur formation pour se frayer un passage. {Note des Rédacteurs.)
- PARIS. — IMPRIMERIE DE Mme Ve BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L'ÉPERON, 5. — 1876.
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- 9Se ann^e.
- Troisième série, tome III.
- Février 1896.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIETE D ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- INSTRUMENTS DE PRÉCISION.
- Rapport fait par M. le comte du Moncel, au nom du comité des arts économiques, sur / anémomètre enregistreur construit par M. Hardy, avenue de la Mothe-Piquet, 6, à Paris.
- Les indications concernant la direction, la durée et la force du vent sont une des données les plus importantes pour l’étude de la météorologie, car des yents dépendent la plupart des variations atmosphériques. Or on sait combien ces observations sont difficiles à obtenir de la part des observateurs, non-seulement à cause de la mobilité de cet élément insaisissable, mais encore des circonstances locales et des remous qui agissent souvent sur les girouettes et les empêchent de donner la véritable direction des courants d’air. Pour éviter ces difficultés, on a donc dû chercher à placer les organes indicateurs de la force et de la direction des vents sur des points assez élevés pour être à l’abri des effets locaux, et, comme on ne pouvait exiger d’un observateur des déplacements continuels et une attention assez soutenue pour saisir aux différentes heures du jour et de la nuit les différents azimuts suivant lesquels soufflent les vents, on avait imaginé des systèmes d’enregistreurs mécaniques qui, pendant 24 heures, fournissaient, sur une feuille de papier, toutes les indications relatives aux vents. Ce sont ces appareils auxquels on avait donné le nom d’anémométrographes, et les types les plus perfectionnés, jusqu’en 1852, étaient ceux de MM. D’Ons-en-Bray et Chazallon. Avec ces appareils, l’observateur n’avait qu’à aller une fois par
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- jour relever la feuille d’observations de dessus l’instrument et la remplacer Toutefois, en raison des positions exceptionnelles que devaient avoir ces appareils, il était à désirer que l’on pût faire en sorte que l’observateur n’eût pas à se déranger, et que les indications anémométriques s’enregistrassent dans le cabinet même de l’observateur, quelle que fût, d’ailleurs, la distance séparant l’appareil enregistreur de l’appareil indicateur. Or votre rapporteur a résolu le premier ce problème, en 1852, en employant comme intermédiaire les actions électriques. Toutefois, comme l’appareil construit alors exigeait dix fils de communication, et qu’il importait, quand la distance séparant les deux parties de l’instrument était considérable, de diminuer le plus possible le nombre de ces fils, non-seulement pour motif d’économie, mais encore à cause de la difficulté d’installation de fils conducteurs aussi nombreux et des réactions nuisibles qui résultent de leur réaction les uns sur les autres, on dut chercher à combiner différents systèmes pour obtenir ce résultat et on put parvenir à réduire à un seul tous ces fils. Dès l’origine, j’avais bien songé à cette réduction, mais j’ai toujours dû employer au moins deux fils, et l’appareil était loin de marcher régulièrement. Plus tard, en 1869, M. Hough, dans l’anémomètre qu’il installa à l’observatoire de Dudley, à Àlbany, en Amérique, put résoudre le problème en n’employant qu’un seul fil; mais cet appareil était assez compliqué et ne fournissait pas les courbes qu’on aime à retrouver dans les indications de ce genre. C’est seulement l’année dernière, en 1871, que le problème a été résolu, à la satisfaction complète des météorologistes, par M. Hardy, l’habile constructeur des télégraphes Meyer et des chronographes de MM. Martin de Brettes et Strange. L’appareil qu’il vous a présenté, et qui est remarquable par la perfection de son exécution, est aujourd’hui installé à l’observatoire du Puy, où l’on en est très-satisfait, et il est probable que les observatoires météorologiques se décideront enfin à l’adopter, car, je le répète, il peut rendre de grands services à la science. En attendant, qu’il me soit permis, Messieurs, de féliciter, en votre nom, la commission scientifique du Puy, qui a su inspirer aux habitants de cette ville assez d’intérêt pour la science pour faire décider la création chez eux d’un observatoire météorologique aussi bien monté en instruments et alors que tant d’observatoires importants n’ont encore aucun instrument enregistreur.
- L’anémographe de M. Hardy n’est, à proprement parler, comme dispositif enregistreur, qu’un perfectionnement de celui de M. Hervé Mangon, et il comporte, comme tous les appareils de ce genre, un appareil transmetteur et
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- un appareil enregistreur. Il réunit, toutefois, en plus, plusieurs accessoires qui avaient été désirés par la commission scientifique du Puy et qui n’ont rien à faire avec l’enregistreur proprement dit.
- L’appareil transmetteur, comme celui de M. Salleron et autres, est disposé au sommet d’un mât en bois de 15 mètres de hauteur, soutenu par des haubans, et se compose d’un moulinet à tasses de Robinson qui est affecté aux indications de la force du vent et d’un appareil giratoire à doubles ailettes de Piazzi-Smith qui tient lieu de girouette et oriente l’appareil. Ce système, comme ceux du même genre, réagit sur un commutateur azimutal de courants composé de quatre longs ressorts contre lesquels vient frotter un doigt métallique porté par la douille qui maintient le système d’ailettes et qui tourne avec lui. Ces ressorts sont disposés de manière que le doigt en tournant appuie sur chacun d’eux pendant un quart de sa révolution, et il résulte de cette disposition que, pour une orientation convenable des ressorts, le doigt commutateur peut provoquer l’envoi de courants susceptibles d’actionner différents mécanismes affectés aux indications des quatre vents principaux. Le moulinet de Robinson lui-même réagit, par son axe et une vis tangente qui le termine, sur un compteur qui, après un certain nombre de tours accomplis, ferme un courant à travers un électro-aimant spécial du récepteur. Cette partie du système n’est, du reste, sauf quelques différences de détails, que la reproduction de celle qui lui correspond dans l’appareil de M. Salleron. Jusqu’à présent, rien donc de bien nouveau dans le système; mais c’est au pied du mât que commencent les dispositifs particuliers combinés par M. Hardy pour réduire le nombre des fils conducteurs employés. A cet endroit, en effet, est placé un appareil rhéotomique adapté à une horloge et qui a pour effet, en marchant synchroniquement avec un autre appareil du même genre adapté à l’horloge de l’enregisteur, de faire en sorte que le fil de ligne se trouve mis successivement et simultanément, par ses deux bouts, en rapport métallique avec deux séries de ressorts qui, étant reliés d’un côté avec les ressorts du commutateur azimutal et celui de l’anémomètre, de l’autre avec les électro-aimants enregistreurs, ne laissent passer le courant que quand le circuit est complété par celui des contaêts du commutateur azimutal qui est touché par le doigt de la girouette ou quand, après cette action effectuée, le circuit a été mis en rapport avec l’interrupteur de l’anémomètre. Il résulte de cette disposition que les indications ne peuvent se faire, avec ce système, que par périodes successives, et ces périodes, dans les appareils installés au Puy. se renouvellent toutes les 10 minutes. De plus,
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- comme après chacune de ces périodes il importe que les appareils transmetteur et récepteur recommencent leur marche dans des conditions identiques, afin que les différences qui pourraient résulter du défaut de synchronisme de marche des horloges ne puissent s’accumuler, M. Hardy dispose les deux mécanismes moteurs de manière à ramener à un repère fixe les organes de contact mobiles des rhéotomes; de sorte que les horloges peuvent ne pas marcher d’accord, sans pour cela que les indications soient troublées, car leur différence de marche ne peut jamais être assez considérable pour qu’en 10 minutes les organes mobiles s’écartent notablement de la position exacte qu’ils doivent occuper et puissent entraîner une discordance dans les contacts produits sur les ressorts des rhéotomes. Naturellement, ce rappel au repère est effectué électro-magnétiquement par un sixième électro-aimant qui réagit par déclanchement. Le problème de la mise en action du récepteur par un seul fil se trouve donc ainsi résolu.
- Dans l’enregistreur de M. Hardy, les indications fournies par les électroaimants sont faites sur une bande de papier, comme dans le télégraphe Morse, et cette bande de papier est entraînée par le mécanisme même de l’horloge. Les électro-aimants sont disposés circulairement au devant, et leurs armatures, terminées par les styles traceurs, sont dirigées de façon que les pointes des styles se trouvent placées sur une même droite perpendiculaire à la bande de papier. De cette manière, la hauteur des traces sur cette bande indique la direction du vent, et, pour être sûr que les impressions seront visibles, elles sont produites sous l’influence d’un mouvement de trépidation communiqué aux armatures par un dispositif à trembleur analogue à celui des sonneries électriques. Cette disposition est, du reste, à peu près celle que M. Hervé Mangon avait adoptée dans son anémomètre, et elle a l’avantage, en fournissant les marques dans un petit espace, non-seulement d’éviter le relèvement fréquent des feuilles d’observations, mais encore de permettre un tracé de courbes qui parlent plus aux yeux que tous les calculs. Quatre électroaimants sont, comme je l’ai déjà dit, affectés aux pointages de la direction du vent, et un cinquième en enregistre la vitesse. Celui-ci, ne faisant que pointer une marque après un certain nombre de tours de l’anémomètre qui correspond à une vitesse connue, réagit sous l’influence seule du courant sans passer par un trembleur ; mais, pour que par les grands vents ces marques ne se confondent pas, M. Hardy a ajouté à l’armature de cet électro-aimant un petit dispositif qui, en faisant accomplir au style traceur un petit déplacement latéral., empêche leur superposition. La vitesse du vent se déduit, d’ailleurs,
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- du nombre de marques produites pendant le temps réservé à ces sortes d’indications, qui est de A minutes.
- Tel que nous venons de le décrire, l’anémographe de M. Hardy est complet, puisqu’il fournit les traces imprimées de la direction et de la force du vent aux différents instants du jour, c’est-à-dire toutes les 10 minutes; mais la commission scientifique du Puy n’a pas borné là ses prétentions, elle a voulu que ces indications fussent marquées sur de grands cadrans placés au-dessus de la porte du musée de la ville où étaient installés les appareils, et en même temps qu’un troisième cadran pût enregistrer les maxima et minima de la pression barométrique pendant les 12 heures séparant midi de minuit.
- Pour résoudre la première partie de ce problème, M. Hardy a employé, comme cadran indicateur des directions du vent, un grand disque de verre dépoli dans lequel ont été ménagées quatre parties carrées transparentes, et derrière ces parties transparentes, il a adapté quatre plaques mobiles portant les indications des quatre vents principaux. Ces plaques sont gouvernées par des électro-aimants Hughes reliés aux circuits des électro-aimants enregistreurs de l’anémographe, et, suivant que tel ou tel d’entre eux se trouve animé, la plaque correspondante vient se placer devant le guichet qui se trouve à portée, et désigne le vent régnant, absolument comme cela a lieu dans les cadres à numéros des sonneries d’hôtel. Quand au bout de
- 10 minutes la période des indications est terminée, un système électro-magnétique particulier réagit sur les tiges portant les quatre plaques, et les ramène à leur position initiale jusqu’à ce qu’une nouvelle indication soit fournie à la période suivante. Toutefois, comme il est nécessaire que l’indication du vent accompagne celle de sa force pendant la période réservée à cette dernière indication, le système électro-magnétique dont
- 11 vient d’être question a exigé certains dispositifs particuliers qui ont été combinés très-ingénieusement par M. Hardy et qui résolvent parfaitement le problème.
- Le cadran destiné à l’indication de la force du vent est disposé à peu près comme un cadran électrique à secondes; l’aiguille de ce cadran avance à chaque fermeture du courant de l’anémomètre d’une division, et en lisant le chiffre de la division sur le cadran on peut savoir le nombre de kilomètres à l’heure parcourus par le vent régnant pendant la période de A minutes réservée à ces indications. Il y a seulement, en plus du compteur électro-chronométrique, un petit poids dont la corde s’enroule autour de l’axe de l’aiguille indicatrice pendant sa marche, et qui la ramène
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- au repère quand, après la période d’indications, le mécanisme rhéotomique de l’enregistreur revient lui-même au repère. Comme mécanisme,, cette partie de l’appareil n’a rien que de très-simple; mais, comme la disparition de l’indication de la vitesse du vent doit se faire en même temps que celle de sa direction, il a fallu que les deux mécanismes appelés à déterminer cet effet fussent reliés l’un à l’autre et actionnés par un électro-aimant spécial.
- Les indications barométriques sont fournies par un baromètre du système Rédier. L’aiguille de ce baromètre pousse devant elle des aiguilles à maxima et à minima qui sont retenues par des cliquets agissant sur des rochets très-fins. Les axes de ces aiguilles possèdent aussi de petits contre-poids dont les cordes, en s’enroulant autour des axes pendant la marche de ces aiguilles, peuvent les ramener à zéro, lorsqu’à midi et à minuit un électro-aimant animé par une pile spéciale soulève les cliquets de retenue.
- , Comme vous le voyez, Messieurs, ce système anémométrique est très-complet et très-ingénieux dans ses dispositions; son exécution ne laisse rien à désirer, et on y retrouve les traditions de précision et de bonne construction que M. Froment, l’illustre maître de M. Hardy, avait su inculquer à ses élèves. M. Hardy, d’ailleurs, n’est pas à son coup d’essai; c’est lui qui a construit les chronographes de MM. Martin de Brettes, Gloesener et Strange que vous avez déjà récompensés, et c’est grâce à lui que les télégraphes autographiques de M. Meyer, ainsi que les télégraphes à transmissions multiples du même auteur, ont pu atteindre en si peu de temps le degré de perfection auquel ils sont arrivés. Le comité des arts mécaniques est donc heureux de profiter de la circonstance que lui offre la présentation de l’anémomètre de M. Hardy pour appeler sur lui d’une manière toute spéciale l’attention de la Société d’encouragement, et pour vous prier, Messieurs, de lui témoigner tout votre intérêt en le remerciant de sa très-intéressante communication et en ordonnant l’insertion du présent rapport au Bulletin avec les plans et dessins de son appareil.
- Signé Th. du Moncel, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 11 juin 1875.
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA PLANCHE 39 REPRÉSENTANT L’ANÉMOMÈTRE ENREGISTREUR
- DE M. HARDY.
- Figure 1. Élévation du mécanisme d’horlogerie placé au pied du mât anémométrique.
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- Figure 2. Plan de l’appareil enregistreur, dont le mécanisme moteur est le même que celui de la figure 1, mais ayant en plus un système électro-magnétique de déclanchement représenté par l’électro-aimant O 0', et un système de tirant à excentrique IJ K destiné à faire voyager longitudinalement l'armature de l’électro-aimant F. Ce système, comme on l’a vu dans le Rapport, a pour effet d’empêcher la superposition des pointages quand le vent est très-fort.
- Figure 3. Appareil anémométrique vu en coupe verticale suivant l’axe du mât qui le porte.
- Figure 4. Coupe du même anémomètre selon la ligne V Y de la figure 3.
- Figure 5. Yue, à une grande échelle, du mécanisme de droite de la figure 6.
- Figure 6. Appareil indicateur de la direction et de la force des vents, y compris l’appareil à maxima et à minima barométriques (système Rédier). Les appareils sont vus comme si le spectateur était placé derrière les cadrans où ces indications apparaissent.
- (Fjg. 3, 4). AA'A" représente le moulinet à tasses de Robinson, qui tourne d’autant plus vite que le vent est plus fort et qui constitue l’anémomètre proprement dit; t est l’axe de ce moulinet qui pivote en a sur une crapaudine et qui est muni d’une vis tangente engrenant avec la roue C d’un compteur interrupteur. Les dimensions du moulinet sont calculées pour un minimum de vitesse du vent de 2 kilomètres à l’heure entre deux contacts consécutifs effectués sur ce compteur; ce qui suppose alors une vitesse de 8 mètres en 14 " ,4 par tour de moulinet, et un défilement de ^ de tour de la roue du compteur, pendant le temps réservé aux observations de la vitesse du vent, temps qui est, comme on l’a vu, de 4 minutes. Avec cette vitesse, il peut se produire toujours une marque sur l’enregistreur, et, s’il y en a plusieurs, la vitesse du vent sera représentée par autant de fois 2 kilomètres à l’heure qu’il y a de marques sur l’enregistreur. Pour fournir ces contacts, il a suffi d’adapter 6 goupilles à la roue du compteur, laquelle fait un tour quand le moulinet en a accompli 100, et de disposer à portée de ces goupilles un ressort relié à celui du disque rhéotomique de l’appareil transmetteur.
- Y V représente l’une des roues à ailettes du système giratoire indiquant la direction du vent. Ce système, imaginé par M. Piazzi-Smith, fonctionne comme le papillon des moulins à vent perfectionnés, lequel oriente automatiquement la toiture du moulin, de manière à ce que les ailes se présentent toujours perpendiculairement à la direction du vent. Cet effet est produit au moyen d’une vis tangentes, dont est muni l’axe portant les deux roues à ailettes, et qui engrène avec une roue horizontale fixée à l’extrémité du mât M. Un bras de contact B, fixé à l’intérieur de la boîte D D, qui enveloppe le mécanisme précédent, et dont la partie frottante est représentée par un arc métallique de 45 degrés, passe au-dessus de quatre lames de ressort orientées suivant les quatre principaux azimuts de la rose des vents, et, suivant qu’il touche l’une ou l’autre de ces lames, il ferme le circuit à travers l’un ou l’autre des quatre électro-aimants affectés aux
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- indications de la direction du yent. Ces ressorts sont facilement visibles sur la figure 4. Il est facile de comprendre que les ailettes de ce système, étant exposées au vent, tournent jusqu’à ce que leur plan se trouve placé parallèlement à la direction de celui-ci, et comme, en tournant, la vis tangente fait accomplir au système un mouvement circulaire sur lui-même, l’appareil se trouve toujours orienté suivant la direction du vent.
- Fig. 1. — L’appareil représenté sur cette figure, et qui est placé au pied du mât de l’anémomètre, n’est qu’une forte horloge dont le quatrième mobile R' met en action une roue intermédiaire R, dont l’axe B porte, 1° une poulie sur laquelle s’enroule la corde d’un petit contre-poids P, 2° un disque U portant une partie saillante sur les 4/10 de sa circonférence. Ce disque est la partie essentielle de l’appareil, car c’est lui qui constitue le rhéotome appelé à mettre successivement les différentes parties de l’anémomètre en rapport avec les organes enregistreurs par l’intermédiaire d’un même fil de communication. Il porte, à cet effet, un butoir de contact D et une cheville Y. Le premier, en passant successivement devant les quatre ressorts r r' r" rm, relie successivement la ligne aux quatre ressorts du commutateur azimutal (voir fig. 4), et, comme la ligne se trouve elle-même en rapport avec un disque semblable à U, appartenant à l’horloge de l’enregistreur, que ce disque marche synchroniquement avec celui de l’horloge du mât et qu’il est lui-même muni d'un butoir D rencontrant aux mêmes instants quatre ressorts en rapport avec les électro-aimants enregistreurs, le courant ne se trouve fermé à travers l’un ou l’autre de ces derniers que quand le butoir D du premier appareil touche lui-même le ressort en rapport avec celui du commutateur azimutal, sur lequel appuie le frotteur B (voir fig. 4). Comme les ressorts de ce dernier commutateur sont orientés, c’est l’électro-aimant correspondant au vent régnant (au moment de l’obseivation) qui est animé et qui laisse une trace.
- Quand le butoir D (fig. 1) a passé successivement devant les quatre ressorts r, r\ r ', r'", la partie excentrique du disque U rencontre le ressort G, qui est en rapport avec l’interrupteur du compteur anémométrique C (voir fig. 3), et pendant tout le temps que cette partie excentrique appuie sur ce ressort, c’est-à-dire pendant quatre minutes, les fermetures du courant produites par le compteur mettent en action l’électro-aimant F (fig. 2), qui se trouve alors relié à la ligne, car la partie excentrique du disque U de l'horloge de l’enregistreur touche au même instant un ressort homologue à G qui est en rapport avec l’électro-aimant F.
- Pour ramener les appareils au repère après chaque période d’observations, l’axe du disque U (fig. 1) est porté par une bascule G B qui s’arrête en B dans l’appareil transmetteur, c’est-à-dire dans l’appareil placé au pied du mât, mais qui se continue plus loin en G G' (fig. 2) dans l’appareil enregistreur. Cette bascule est soulevée par l’intermédiaire d’un ressort, et porte un bras AB (fig. 1), terminé par un bec à plan incliné A, contre lequel vient appuyer toutes les dix minutes une cheville c adaptée à la roue R'. Or il résulte de cette rencontre l’abaissement du système porté par l’axe B, le désengrènement de
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- la roue R el le rappel au repère du système sous l’influence du contre-poids P, dont la corde s’est enroulée autour de la poulie pendant les dix minutes d’action de l’appareil. En même temps que ce déclanchement s’accomplit, la cheville Y met en contact les deux ressorts I et H qui réagissent alors sur l’électro-aimant 0 0' de l’appareil enregistreur (fig. 2) et déterminent électriquement le même déclanchement du système rhéoto-mique sur ce dernier appareil. De cette manière, les deux mécanismes rhéotomiques se trouvent donc ramenés au repère toutes les dix minutes, et cela au même moment.
- Fig. 2. — La partie mécanique de l’appareil représenté sur cette figure est, comme on l’a vu, exactement la même que celle de l’appareil précédent, sauf le système de déclanchement qui est électro-magnétique, et un petit mécanisme supplémentaire représenté par le disque H, et qui est destiné à empêcher la superposition des marques anémométriques quand le vent est très-fort.
- Pour obtenir le déclanchement électro-magnétique, la bascule CB, qui porte l’axe du rhéotome, est prolongée et forme une sorte de châssis oscillant autour d’un axe CC'". Ce châssis supporte, en B B', l’axe en question et, en C'C", une armature de fer doux, sur laquelle réagit l’électro-aimant 0 0', et qui, étant attirée par celui-ci, désengrène la roue R, absolument comme dans l’autre appareil.
- Le butoir de contact du disque U se voit en D ; la cheville de déclanchement électromagnétique est en V. Les ressorts de contact n’ont pas été indiqués sur la figure pour ne pas l’embrouiller. Quant au mécanisme supplémentaire destiné à réagir sur l’élec-tro-aimant indicateur de la force du vent, il consiste dans un disque H, d’une épaisseur différente, qui constitue, par rapport à une bascule à galet I J, qui appuie sur sa surface, une sorte d’excentrique, ayant pour effet de faire accomplir à l’armature de l’électro-aimant F et par l’intermédiaire d’une tige J K un mouvement de va-et-vient normal à celui de la bande de papier MM. Ces deux mouvements, se combinant ensemble, font que la pointe tend à décrire sur la bande une ligne diagonale au lieu d’une ligne parallèle à la bande.
- E, E', E", E"'sont les électro-aimants enregistreurs de la direction du vent. Leur armature est appuyée contre une lame de ressort qui, en servant de conducteur au courant, constitue, avec l’armature elle-même, une sorte de trembleur comme celui des sonneries électriques. Cette disposition permet d’obtenir des marques suffisamment visibles avec des pointes sèches. Comme on le voit sur la figure, les électro-aimants en question sont rangés circulairement, afin que les extrémités des styles portés par leurs armatures se trouvent échelonnées les unes au-dessous des autres sur une même ligne droite et normalement à la bande de papier.
- M M est la bande de papier enroulée en provision sur le rouleau M de droite et qui s'enroule, après les impressions, sur un second rouleau M à gauche; elle est'tirée comme dans les télégraphes Morse par un système de laminoir commandé par un axe S dépendant du mouvement d’horlogerie.
- Fig. 5 et fig. 6. —Ces deux figures représentent, comme on l’a vu, le mécanisme Tome III. — 75e année. 3e série. — Février 1876. 9
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- des indicateurs de la direction et de la force du vent et celui de l’indicateur des minima et maxima barométriques pendant les douze heures séparant midi de minuit. Ces appareils sont placés au-dessus de la porte du musée du Puy où l’appareil enregistreur est installé.
- Les indications de la direction du vent apparaissent dans quatre guichets V, V', Y", Y"'ouverts à la partie supérieure d’un grand cadran de forme trilobée. Celles de la vitesse sont données par une aiguille adaptée à une roue à rochet R, occupant le centre du lobe de droite ; celles des minima et maxima barométriques par deux aiguilles conduites par le mécanisme que l’on distingue à gauche de la figure 6 et qui occupe le centre du lobe de gauche.
- Devant les guichets Y, Y', Y", V"' se trouvent des plaques S, S', S", S'" portées par des tiges articulées L, L', L", L'" collées à l’état normal contre des électro-aimants Hughes e, e\ e", e’" qui les maintiennent assez inclinées pour que les désignations des quatre principaux vents qu’elles portent ne soient pas visibles dans les guichets. Toutefois, si un courant électrique convenablement dirigé traverse ces électro-aimants, ce collage est supprimé, et alors des contre-poids/»,^^'',//"peuvent ramener les tiges suivant la verticale, et alors les désignations des vents apparaissent dans les guichets. Mais le courant en question ne peut traverser qu’un ou deux de ces électro-aimants, car ceux-ci sont interposés sur les fils aboutissant aux électro-aimants E, E', etc., de l’enregistreur, et le courant, comme on l’a vu, est dirigé par le commutateur azimutal de l’anémomètre (voir fig. 4). Si le frotteur B de ce commutateur ne touche qu’une lame de contact, le courant passe à travers un seul électro-aimant; mais, si ce contact se produit sur deux lames à la fois/ le courant se divise et peut faire agir immédiatement, l’un après l’autre, deux électro-aimants consécutifs, ce qui indique alors les vents intermédiaires NO, SE, etc.
- Quand, après la période d’indications de la direction du vent, le courant se trouve conduit à travers Télectro-aimant enregistreur de la vitesse du vent, il passe en même temps à travers l’électro-aimant EE (fig. 6), dont l’armature fait réagir, par l’intermédiaire d’une bielle J C, un cliquet C qui, à chaque fermeture de courant opérée par le compteur de l’anémomètre, fait avancer d’une dent la roue R, et le nombre de ces dents est indiqué sur le cadran indicateur des vitesses du vent par l’aiguille qui est fixée sur l’axe de la roue R.
- Pour effacer, après chaque période de dix minutes, les indications fournies, un second électro-aimant E'E' réagit sur un système de leviers articulés AN, BO, GD, DH, IH, qui ramènent, d’une part, les leviers L, L', L", L"'au contact des électroaimants e, e’, e", em par l’intermédiaire des chevilles c, c', c", cm et, d’autre part, le rochet R à son point de départ, sous l’influence du contre-poids P, et, par suite du soulèvement des cliquets C et C', par une fourchette adaptée au bras G du compas G D. C’est naturellement sur le levier O B que se trouve le butoir d’arrêt correspondant au repère, a, a", a"1 représentent, vus de profil ou de côté, les aimants persistants en
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- ARTS CHIMIQUES. --- FEVRIER 1876.
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- fer à cheval, sur les pôles desquels sont fixés les noyaux des électro-aimants e, e', e", e'" et qui constituent ce que l’on appelle les électro-aimants Hughes.
- X est le mécanisme d’horlogerie commandant le jeu des indicateurs du baromètre. L’aiguille de ce baromètre, comme on l’a vu, pousse devant elle des aiguilles à maxima et à minima, qui sont retenues par des cliquets agissant sur des rochets très-fins; les axes de ces aiguilles possèdent aussi des contre-poids dont les cordes, en s’enroulant autour des axes pendant la marche de ces aiguilles, peuvent les ramener à zéro, lorsqu’à midi et à minuit l’électro-aimant T T, animé par une petite pile spéciale dont l’action est dirigée directement par l’horloge, soulève les cliquets de retenue. (D. M.)
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- Rapport fait par M. Lamy, au nom du comité des arts chimiques, sur les appareils a cuvette pour la concentration de l’acide sulfurique à 66° Bé., imaginés par MM. Faure et Kessler, à Clermont-Ferrand [Puy-de-Dôme) .
- Messieurs, dans une intéressante communication du 8 juin dernier, M. Kessler a décrit et soumis au jugement de la Société un appareil nouveau destiné à la concentration de l’acide sulfurique à 66° de l’aréomètre Baumé.
- Tel qu’il sort des chambres de plomb où il est produit, l’acide sulfurique marque 52° Bé. et ne peut être employé qu’à un nombre d’usages fort restreint. Pour la plupart de ses applications, il doit être concentré jusqu’à 60° et même jusqu’à 66°. — La concentration à 60° peut se faire aisément à l’air libre dans des bassines ou des poêles en plomb ; mais la concentration à 66° exige des récipients en verre ou en platine, parce que l’acide sulfurique attaque le plomb dès que son degré dépasse 60.
- Après avoir été tentée d’abord dans le verre, avec des résultats peu satisfaisants, en Angleterre, en Belgique et en France, la concentration à 66° a été essayée ensuite, avec succès, dans des alambics en platine. Mais le haut prix de ces appareils est toujours resté un obstacle sérieux à la généralisation de leur emploi, et beaucoup de fabricants ont continué à se servir du verre, en s’efforçant de diminuer les dangers et les frais de casse que son usage entraîne. En Angleterre, particulièrement, on est parvenu à amoindrir considérablement ces inconvénients, et la plupart des fabricants opèrent encore aujourd’hui la concentration de l’acide dans des ballons en verre.
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- En France, au contraire, et sur le continent, on emploie très-généralement les alambics en platine, malgré leur prix très-élevé (1) et leur usure relativement rapide. Car, si le platine paraît résister théoriquement à l’acide sulfurique, il n’en est pas de même dans la pratique, comme le savent tous les fabricants. Dans une récente publication, M. Scheurer-Kestner a même donné la mesure de cette détérioration. Un alambic en platine servant à concentrer de l’acide, même dépouillé de principes nitreux, perd 1 gramme de son poids par 1 000 kilogrammes d’acide concentré. La perte augmente avec le degré d’impureté de l’acide, et elle peut atteindre jusqu’à 8 à 9 grammes par tonne lorsqu'on prépare de l’acide à 66° réels, c’est-à-dire renfermant de 98 à 99° d’acide monohydraté, comme l’exige aujourd’hui la fabrication de certains produits, tels que l’acide nitrique fumant, l’alizarine artificielle, le bleu d’indigo, les hydrocarbures.
- L’appareil imaginé par MM. Faure et Kessler a surtout pour but de réduire de plus de moitié la masse de platine employé, et en même temps, mais sous certaines conditions, de diminuer les frais de concentration.
- Cet appareil consiste essentiellement en une simple cuvette de platine, large et peu profonde, recouverte d’une cloche en plomb à doubles parois, constamment refroidie, laquelle remplace la panse, le col, le chapiteau et l’allonge de l’alambic ancien. Les bords libres de la cuvette sont renversés extérieurement et plongent dans une rigole en plomb, constamment remplie par les acides faibles ou petites eaux qui se sont condensées sur les parois internes de la cloche et font fermeture hydraulique. La cloche peut être soulevée à volonté et replacée sans qu’aucun joint soit à faire. Sa fermeture est rendue également hydraulique au moyen des mêmes petites eaux, dont l’excès est conduit à l’extérieur par une rigole spéciale, ménagée dans le soubassement de l’appareil. Enfin, une disposition ingénieuse et récente assure, entre le platine et le plomb, un joint d’une efficacité des plus parfaites.
- D’un côté, la cuvette reçoit, par un tube en plomb, l’acide à 60° sortant des chaudières de concentration préparatoire ; de l’autre, elle le laisse échapper à 66° d’une manière continue par un court tuyau trop-plein en platine, qui le conduit au réfrigérant et de là aux touries d’expédition. Le réfrigérant
- (1) Un alambic capable de concentrer 5 000 kilog. d’acide en 24 heures coûte 50 000 francs. Un alambic pouvant produire 10 000 kilog. vaut 95 000 francs. C’est la plus grande dimension qui ait été exécutée.
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- de MM. Faure et Kessler est tout simplement en plomb, mais avec circulation combinée d’acide et d’eau froide, qui lui donne une grande efficacité sous un volume relativement petit.
- Lorsque l’appareil est destiné à une production d’acide supérieure à 4 000 kilogrammes en 24 heures, il possède deux cuvettes, dont l’une est un peu plus élevée que l’autre. La première reçoit l’acide à 60° et le déverse dans la seconde, d’où il sort pour se rendre au réfrigérant.
- Tel est, en peu de mots, l’appareil de MM. Faure et Kessler. Ses avantages principaux peuvent se résumer ainsi :
- 1° Réduction considérable du poids du platine employé, et telle que les nouveaux appareils coûtent moitié du prix des anciens ;
- 2° Diminution des 4/5es au moins dans les pertes que le platine éprouve sous l’action dissolvante de l’acide sulfurique ;
- 3° Grande facilité, avec l’appareil à deux cuvettes, de produire de l’acide à 66° degrés réels, tout en diminuant le degré des petites eaux ou en augmentant d’autant le rendement en acide concentré. Ce dernier avantage se retrouve, quoiqu’à un degré moindre, dans la concentration de l’acide commercial à 95 pour 100. Ainsi les liquides acides, distillés dans la première cuvette, ne marquant que 8 à 10° Bé., et ceux de la seconde 25°, la moyenne des petits acides est 17 à 18°, tandis que dans l’ancien alambic elle est de 25 à 30. Les petites eaüx représentant environ l/5e de l’acide produit, c’est au moins 25 pour 100 de leur poids d’acide à 66° qui n’a pas eu besoin d’être distillé.
- Quant à l’économie de combustible, que les inventeurs estiment pouvoir s’élever à 50 pour 100, tout en reconnaissant qu’elle est nécessairement variable selon la nature des installations, elle suppose essentiellement que l’on associe à l’appareil à cuvettes des poêles en plomb de concentration préparatoire, ainsi que cela se pratique encore très-généralement, pour utiliser la chaleur perdue du foyer de l’alambic.
- On a reproché à l’appareil de MM. Faure et Kessler d’être sujet à de nombreuses fuites, d’être difficile à conduire, peu économique, à cause de l’usure rapide du plomb et d’une certaine inégalité dans la concentration.
- La conduite nous a paru, en effet, plus délicate que celle de l’ancien alambic, et, par suite, la concentration un peu plus inégale ; ce qui se comprend très-bien, d’ailleurs, si l’on considère que la masse d’acide à faire bouillir est relativement bien moins grande et que l’ébullition peut devenir rapidement ou trop faible ou trop exagérée. Mais, avec de l’habitude et de
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- l'attention, un simple manœuvre parvient vite à se rendre maître de l'appareil.
- Quant aux fuites, résultant surtout de l'imperfection du joint du platine et du plomb, que j'avais moi-même signalées dans mon rapport sur l’Exposition universelle de Vienne, les auteurs y ont remédié si bien qu’elles paraissent moins grandes que dans l’alambic ancien entre platine et platine, et, par suite, que leur appareil est peut-être moins insalubre sous ce rapport.
- Enfin, en éloignant le plomb un peu plus qu'on ne l’avait fait d’abord de la surface de l’acide en ébullition, on a remédié à son usure trop rapide.
- Ces perfectionnements successifs, apportés depuis deux ans à l’appareil à cuvettes, expliquent son succès chaque jour croissant. Aujourd’hui, déjà 39 cuvettes fonctionnent dans 26 fabriques d’acide sulfurique, tant en France qu’à l’étranger, y compris l’Angleterre et l’Amérique. Comme justification de ce succès, j'ajoute que l’usine de M. Léon Thomas, à Javel, qui a été la première en France à monter l’appareil nouveau, vient de se défaire de son ancien alambic en platine, bien qu’encore en bon état de conservation, pour le remplacer par un second appareil à cuvettes muni des plus récents perfectionnements.
- En résumé, Messieurs, les avantages incontestables que présente l’appareil de concentration de MM. Faure et Kessler, justifiés par une large pratique de deux années, paraissent à votre comité dignes de votre approbation : il vous propose de remercier M. Kessler de sa communication et de décider l’insertion du présent rapport dans le Bulletin de la Société.
- Signé Lamy, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 24 décembre 1875.
- STÉRÉOTOMIE.
- Rapport fait par M. de la Gournerie, au nom du comité des arts économiques, sur un Mémoire relatif à la taille des pierres des arches biaises, présenté par M. Ithurralde, architecte, à Saint-Jean-Pied-de-Port (.Basses-Pyrénées).
- M. Jacques Ithurralde a présenté à la Société un Mémoire sur la taille des voussoirs des arches biaises dans l’appareil hélicoïdal ordinaire. Son procédé consiste à établir un châssis composé de deux madriers placés suivant
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- les directions de deux génératrices de la surface du lit, et de deux arcs de fer ayant les courbures des hélices d’intrados et d’extrados. Ce châssis sert de chantier et permet d’obtenir et de vérifier le gauche des surfaces hélicoïdales. Les têtes sont placées à l’aide des angles relevés sur l’épure.
- Cette méthode ne peut pas être considérée comme positivement nouvelle. Le châssis de M. Ithurralde rappelle les règles gauches de M. Watson Buck, qui, d’ailleurs, paraissent d’une manœuvre plus facile. Les procédés de Buck sont, d’ailleurs, complets et généraux, tandis que dans ceux de M. Ithurralde on emploie les panneaux de lit, ce qui, eu égard au gauche des surfaces hélicoïdales, ne peut être fait sans inconvénient pour les grands biais.
- Quoi qu’il en soit, votre comité des arts économiques a vu avec plaisir qu’une personne qui paraît ne pas connaître les travaux des ingénieurs anglais ait été conduite à une méthode analogue à celle des règles gauches que divers auteurs rejettent parce qu’elle s’écarte des procédés habituels de l’ancienne stéréotomie, mais qui, en réalité, facilite le travail, diminue le déchet des pierres et assure une excellente exécution, tandis que des méthodes quelquefois considérées comme plus exactes conduisent à des opérations compliquées que dans la pratique on simplifie toujours aux dépens de la précision de la taille.
- Le Mémoire de M. Ithurralde est très-succinct. L’auteur fait ressortir les avantages de sa méthode, et ce qu’il dit à ce sujet montre qu’il comprend les difficultés de la question. Le comité vous propose de remercier M. Ithurralde de sa communication et d’insérer le présent Rapport dans le Bulletin.
- Signé J. de la Gournerie, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 26 novembre 1875.
- COMITÉ DU COMMERCE.
- Rapport fait par M. le vice-amiral vicomte de Charannes, au nom du comité du commerce, sur un projet de voyages d’études autour du monde, présenté par M. Biard, lieutenant de vaisseau.
- Dans la séance du 22 octobre, M. le lieutenant de vaisseau Georges Biard
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- a présenté à la Société d’encouragement un projet de voyages d’études autour du monde que votre comité du commerce a été chargé d’examiner. Je viens, au nom de ce comité, vous rendre compte du résultat de son examen.
- Le projet comprend un ensemble de dispositions, constituant l’organisation complète de voyages réguliers et annuels autour du monde, ayant le caractère de voyages d’instruction. Ces dispositions sont développées, avec détails, dans un Mémoire fort intéressant dont je ne ferai que présenter un résumé.
- L’auteur du projet considère l’accomplissement d’un de ces voyages comme le complément de l’instruction supérieure des jeunes gens destinés à jouer un rôle actif dans la société et, plus particulièrement, dans les sciences, dans l’industrie, le commerce et la diplomatie.
- Sans se restreindre, toutefois, à ce caractère de voyages d’instruction, d’une manière exclusive, il admet l’embarquement de personnes de tout âge et de toute nation qui ont le goût des voyages et qui trouveraient là les plus grandes facilités pour visiter, en moins d’une année, les points les plus remarquables du globe, hors d’Europe, dans les meilleures conditions possibles, sans transbordements ni perte de temps.
- On pourrait, sans doute, faire le tour du monde au moyen des paquebots des grandes lignes de navigation, en combinant les diverses voies de communications qui existent, celles de Panama, de l’extrême Orient par Suez, du cap Horn, de l’océan Pacifique, et enfin le chemin de fer de New-York à San Francisco. Mais il faudrait alors changer plusieurs fois de lignes et subir tous les désagréments des transbordements et des retards forcés. Un tel voyage ne remplirait, d’ailleurs, en aucune façon le but instructif que veut atteindre l’auteur du projet et il serait plus dispendieux.
- Ce que propose M. Biard, c’est d’avoir un bâtiment spécial que les passagers n’auront pas à quitter pendant tout le cours du voyage, sauf dans les points de relâche, et où ils trouveront, avec le confortable d’une vie facile, tous les moyens d’instruction pendant les traversées.
- Dans l’étude de son plan d’organisation, M. Biard a cherché à réunir tous les éléments de bien-être et de facilités pour s’instruire qu’on peut trouver à bord d’un navire.
- Le bâtiment, spécialement aménagé pour la mission qu’il doit remplir, sera à vapeur, doué d’une belle vitesse et suffisamment grand pour que chaque personne embarquée ait une chambre claire et bien disposée.
- Un matériel d’instruction composé de livres, cartes, collections, instru-
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- ments, etc., etc.*, permettra aux passagers de se livrer aux études qui les intéressent plus particulièrement.
- Des professeurs spéciaux seront embarqués pour faire des conférences sur le voyage lui-même et sur les points de relâche. Enfin, l’étude de l’itinéraire prévoit les conditions de vents et courants favorables, pour en profiter de manière à avoir les meilleures traversées. Les ports de relâche sont indiqués ainsi que les excursions à faire dans l’intérieur à certains endroits.
- Voici, dans son ensemble, l’itinéraire projeté :
- Le bâtiment, partant du Havre à la fin du printemps ou au commencement de l’été, se rendra d’abord à New-York en touchant à Lisbonne et à Madère. De New-York, il ira aux Antilles, au Brésil et dans la Plata. 11 passera ensuite par le détroit de Magellan pour se rendre à la côte ouest de l’Amérique du Sud. De là, il ira à Taïti, à la Nouvelle-Zélande, à la Nouvelle-Hollande et à la Nouvelle-Calédonie pour poursuivre sa route jusqu’au Japon, et faire son retour en France par la Chine, Batavia, l’Inde, Aden et Port-Saïd, arrivant à Marseille dix mois environ après le départ-du Havre. Cet itinéraire est parfaitement calculé pour profiter des meilleures circonstances de navigation et des conditions hygiéniques des divers pays visités, en y passant dans les saisons les plus favorables.
- Cette route comprend 13 800 lieues marines ou plus de 76 000 kilomètres, qui seraient parcourus en 194 jours de navigation partagés en 25 traversées. On aura ainsi 110 jours de séjour dans les diverses relâches.
- Il y aura, sans doute, quelques modifications à apporter à cet itinéraire dont la direction générale est bien conçue, surtout au point de vue de la navigation et aussi des progrès de la civilisation dans les pays lointains. Il faudra changer l’époque du départ qui a été indiquée pour le 1er juillet 1876 et qui sera forcément reportée à l’année 1877, afin de donner le temps de constituer la Société, de construire le bâtiment et de faire tous les préparatifs nécessaires.
- Il est un point du projet qu’il est difficile à votre comité d’apprécier, c’est celui qui a rapport aux voies et moyens. M. Biard expose que, pour mener à bien cette entreprise et lui donner des garanties de vitalité, il faut qu’il puisse réunir une cinquantaine de passagers payant 20 000 francs par personne pour le voyage total. Se basant sur la statistique des fortunes en France et en Europe, sur le goût plus accentué des voyages à notre époque et sur l’intérêt qui s’attache aux progrès de la civilisation dans les contrées éloignées, il croit pouvoir réunir aisément le nombre de passagers voulu, payant le prix indiqué.
- Tome III. — 75p année. 3e série. — Février 1876.
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- Nous ne pouvons que souhaiter que l’événement justifie ses prévisions et que, grâce au caractère sérieux et utile que présente son œuvre et qu’affirme le comité de patronage qui l’appuie, le projet puisse recevoir son exécution.
- L’auteur du projet accorde une grande importance à l’accomplissement de ces voyages de circumnavigation, au point de vue du développement de notre commerce. Il est certain qu’ils pourront avoir une heureuse influence sur son extension, mais ce ne sera que d’une manière générale. Ces voyages auront, sans doute, pour effet d’attirer l’attention de bien des personnes sur les ressources de contrées que nous connaissons peu, malgré leur importance ; néanmoins, ils ne seront pas utilisés par ceux qui ont déjà un objectif fixe dans un pays déterminé. Pour ces personnes-là, les grandes voies de communication déjà existantes offrent des moyens de transport plus rapides et plus économiques.
- L’industrie française pourra tirer quelque profit de la réussite d’une œuvre semblable, parce qu’elle contribuera à répandre la connaissance des besoins nouveaux des pays où les usages des peuples civilisés tendent à prévaloir.
- D’autres considérations, relatives à l’élévation du niveau des études pratiques, sont de nature à plaider en faveur de l’institution des voyages autour du monde, telle qu’elle est indiquée dans le projet de M. Biard. En effet, il y a dans ce complément d’instruction comme la mise en œuvre des connaissances acquises théoriquement, et la pensée de montrer des pays intéressants, après les avoir décrits et fait connaître pendant les traversées, est tout à fait conforme à l’esprit rationnel des nouvelles méthodes d’instruction.
- L’un des résultats immédiats de ces voyages sera de développer la justesse des idées et la maturité du caractère. Les souvenirs qu’ils laisseront seront durables, et l’ensemble des notes prises pendant cette année d’études attrayantes sera, sans doute, un recueil souvent consulté par ceux-là mêmes qui les auront prises.
- Les sociétés savantes auxquelles le projet a été présenté ont été d’accord pour reconnaître que son exécution peut aider très-utilement le progrès des sciences géographiques et météorologiques, ce bâtiment d’études se trouvant dans les meilleures conditions pour faire et recueillir avec soin des observations intéressantes. La communication que M. le lieutenant de vaisseau Biard a faite à la Société de géographie, dans sa séance du 3 novembre, a été appuyée par M. Levasseur, de l’Institut, qui, se plaçant au point de vue spécial de la science, a caractérisé cette œuvre en lui donnant le titre d’école des hautes études géographiques. Cette Société a adressé à M. Biard une
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- lettre de félicitations et exprimé son désir de concourir, par son approbation, à la réussite de l’entreprise.
- L’ensemble des dispositions adoptées par l’auteur du projet est judicieusement établi, et les soins apportés aux détails desquels dépend la constitution pratique de ce projet montrent que ce travail est l’œuvre d’un esprit réfléchi et d’un homme qui possède bien la connaissance du métier de la mer,
- En résumé, la pensée élevée et utile dont ce projet est l’expression et l’étude consciencieuse de ses diverses parties semblent le rendre digne de fixer l’attention de la Société d’encouragement. L’exécution du projet est de nature à venir en aide aux besoins généraux de notre pays, et le courant des idées actuelles parait lui donner un caractère d’opportunité.
- En conséquence, le comité du commerce propose à la Société d’encouragement de donner à M. le lieutenant de vaisseau Georges Biard une marque de son approbation et de lui exprimer les vœux qu’elle forme pour le succès de l’œuvre des voyages d’études autour du monde. Le comité vous propose aussi, Messieurs, d’ordonner l’insertion du Rapport dans le Bulletin.
- Signé vice-amiral vicomte de Chabannes, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 26 novembre 1875.
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- APPAREILS INDICATEURS ÉLECTRIQUES DESTINÉS A COMPLÉTER LA SÉCURITÉ DE LA MARCHE
- DES TRAINS SUR LES CHEMINS DE FER A UNE ET A DEUX VOIES, PAR M. REGNAULT,
- AGENT DIVISIONNAIRE DES CHEMINS DE FER DE L’OUEST.
- Les appareils dont il s’agit ici ont été à leur début, en 1855, l’objet d’un rapport favorable fait par M. Combes, au nom du comité des arts mécaniques (1).
- Plus tard, M. Régnault leur ayant fait subir des modifications, le Bulletin m donna, en 1858, une nouvelle description (2).
- Aujourd’hui, enfin, après vingt années d’essais, ces appareils viennent d’être adoptés sur le réseau des chemins de fer de l’Ouest, et, comme ils rendent de très-grands services et qu’on ne saurait trop en propager l’usage, nous avons pensé qu’il ne serait pas sans intérêt, surtout pour les nouveaux lecteurs du Bulletin, de les faire connaître tels qu’ils fonctionnent dans le service actuel des chemins de fer.
- (1) Voy. Bulletin de 1855, 2e série, t. II, p. 202.
- (2) Voy. Bulletin de 1858, 2e série, t. V, p. 782.
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- Pour prévenir les accidents résultant de la rencontre des trains, il est nécessaire d’ajouter aux moyens appliqués actuellement sur les différentes lignes, c’est-à-dire aux règlements généraux et aux appareils ordinaires de la télégraphie, des appareils spéciaux d’une manœuvre simple et facile, donnant des signaux parfaitement nets et précis, qui ne puissent pas être interprétés différemment par les employés de la ligne.
- Ces appareils doivent avoir pour but :
- 1° D’empêcher deux trains de marcher en sens contraire entre deux stations consécutives d’un chemin à voie unique ;
- 2° D’empêcher toute collision entre deux trains marchant dans le même sens, soit sur un chemin à voie unique, soit sur un chemin à double voie ;
- 3° D’indiquer d’une manière permanente, visible pour tous les agents des deux gares entre lesquelles circule un train, la présence de ce train ainsi que sa direction.
- L’indicateur doit être placé dans toutes les gares, ou plutôt à tous les points qui partagent la voie en sections de parcours, dans lesquelles deux trains ne doivent jamais circuler à la fois, quel que soit le sens de leur marche.
- Un seul fil suffit pour mettre deux indicateurs en correspondance sur les chemins à voie unique;
- Chaque appareil se compose extérieurement de deux cadrans parallèles ayant chacun deux aiguilles, l’une indicateur, l’autre répétiteur, et de deux poussoirs ou commutateurs de départ et d’arrivée.
- Les aiguilles, verticales lorsque la voie est libre, peuvent s’incliner, l’une à droite, l’autre à gauche, selon la direction du train à signaler.
- L’indicateur, ainsi disposé, serait placé contre les vitres du bâtiment, de manière que dans le bureau du stationnaire, comme sur les quais, les agents aient toujours les signaux devant les yeux.
- L’usage des indicateurs est basé sur des effets produits par la marche des courants, effets sur lesquels repose la sûreté de l’emploi des appareils dans lesquels il n’entre aucun rouage mécanique.
- Voici les principaux résultats qui sont la conséquence de ces efféts :
- 1° Toutes les fois qu’un stationnaire presse le poussoir de départ pour signaler un train à la station suivante, l’aiguille répétiteur de son appareil ne s’incline que par l’action du courant électrique produit par Vappareil même qui a reçu le signal : cette inclinaison de l’aiguille prouve donc que le signal est positivement transmis, et le stationnaire du point de départ a la certitude que
- son train est protégé ;
- 2° Le signal ne peut être supprimé par la station qui l’a transmis;
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- 3° Le signal se maintient au point d’arrivée malgré la rupture du fil de ligne. La présence dans ce même fil d’un courant électrique étranger à l’appareil ne pourrait pas détruire ce signal ;
- k° S’il arrivait qu’un stationnaire d’un chemin à voie unique vînt à presser le poussoir de départ pour signaler un train prêt à partir, pendant que l’aiguille indique qu’un autre train se dirige vers son poste, l’aiguille répétiteur n’obéirait pas à cette fausse manœuvre, et l’aiguille indicateur resterait inclinée dans sa position première, montrant au stationnaire l’erreur commise par lui et excluant ainsi toute chance d’accident.
- Ces résultats sont obtenus par les effets les plus simples, au moyen d’appareils dont nous allons donner la description.
- Description de l’indicateur des chemins à voie unique.
- Le système de cet appareil est établi sur les deux principes suivants, qui servent de base à la télégraphie :
- 1° Un barreau de fer doux est aimanté temporairement lorsqu’un courant électrique traverse le fil de la bobine dans laquelle il est placé ;
- 2° Les pôles de nom contraire de deux aimants s’attirent, tandis qu’ils se repoussent lorsqu’ils sont de même nom.
- L’indicateur se compose de trois parties i le manipulateur, l’aiguille indicateur, l’aiguille répétiteur.
- Ces trois parties sont montées sur un châssis de bois qui est placé dans une boîte fermant à clef.
- Manipulateur. — Le manipulateur est composé de trois lames flexibles qui se déplacent par l’action d’un poussoir.
- Ces trois lames sont fixées horizontalement à des supports qui sont reliés aux deux pôles de la pile et au levier de contact. La partie extrême de ces lames porte sur des tiges de contact.
- Ces tiges traversent des supports qui sont en communication, l’un avec le fil de ligne, l’autre avec le fil de terre, et enfin le dernier avec la borne de contact.
- Le poussoir agit sur un peigne d’ivoire qui est disposé pour déplacer directement les trois lames.
- Aiguille indicateur. — Le barreau de fer doux de l’électro-aimant, qui fait mouvoir l’aiguille indicateur, se déplace par l’action d’un courant électrique.
- Ce barreau est monté sur pivots et traverse une bobine horizontale, sur laquelle un fil de cuivre couvert de soie fait dix mille tours environ ; deux bras de fer doux sont fixés à angle droit à l’extrémité du barreau, de manière que la partie inférieure de chacun d’eux pénètre entre les pôles contraires de deux aimants fixes qui sont placés horizontalement à une petite distance l’un de l’autre. L’un des bras porte un levier
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- dont l’extrémité supérieure conduit, au moyen d’une crémaillère, le pignon de l’axe qui reçoit l’aiguille indicateur, de sorte que le barreau entraîne mécaniquement l’aiguille chaque fois qu’il change de position. La partie inférieure du levier établit les contacts électriques nécessaires au jeu des appareils.
- Aiguille répétiteur. — L’électro-aimant destiné à faire agir l’aiguille répétiteur est disposé comme celui de l’aiguille indicateur; seulement ses bras de fer doux sont placés entre un aimant fixe et une pièce de fer doux. A l’état de repos, l’aiguille répétiteur et les bras du barreau sont maintenus dans la position verticale par l’attraction de l’aimant fixe.
- Distribution des courants et marche des appareils.
- La distribution des courants et la marche des appareils étant identiques dans toutes les stations, il n’est considéré, dans ce qui suit, que l’un des indicateurs d’une station et celui qui lui correspond dans la station voisine.
- Le tracé suivant indique l’état des appareils lorsque la voie est libre.
- Les aiguilles sont verticales.
- Lorsqu’un train doit partir d’une station, la manoeuvre s’effectue de la manière suivante :
- Départ de la station A. — Le stationnaire presse un instant le poussoir de départ. — Il déplace ainsi les trois lames du manipulateur pour isoler momentanément du fil de ligne l’appareil indicateur, et produire un courant électrique en mettant en communication le pôle cuivre de la pile avec le fil de ligne, et le pôle zinc avec la terre.
- Ce courant, en traversant le fil de ligne, arrive dans les électro-aimants du poste B pour se rendre ensuite à la terre et produire les effets suivants : en traversant l’élec-
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- tro-aimant de l’aiguille indicateur, il polarise l’extrémité des bras du barreau dans le même sens que l’aimant fixe vers lequel les bras s’appliquent au repos. Le barreau se déplace par répulsion et par l’attraction de l'autre aimant fixe dont les pôles sont contraires à ceux des bras en fer.
- Ce déplacement du barreau incline l’aiguille indicateur dans le sens de la marche du train signalé, et entraîne le levier de contact qui interrompt la communication du fil de ligne avec les électro-aimants de l’appareil, pour mettre ce fil en contact direct avec la pile du poste B qui dirige alors un deuxième courant vers le poste A.
- Le premier courant, en passant dans l’électro-aimant de l’aiguille répétiteur du poste B, détermine à l’extrémité des bras du barreau des pôles contraires à ceux de l’aimant fixe, ce qui maintient l'aiguille dans la position verticale.
- Le deuxième courant circule dans le même sens que le premier, et arrive dans les électro-aimants du poste A pour se rendre ensuite sur la ligne, puis à l’autre pôle de la pile, et fermer ainsi un circuit permanent. En traversant l’électro-aimant de l’aiguille répétiteur, il polarise l’extrémité des bras du barreau dans le sens de l’aimant fixe ; le barreau se déplace par répulsion et par l’action de la pièce de fer doux fixée en regard des bras du barreau, lequel, par son mouvement de rotation, incline l’aiguille répétiteur du poste A dans la même direction que celle du poste B, et cette inclinaison subsiste par l’effet de ce dernier courant constant. En arrivant dans l’électro-aimant de l’aiguille indicateur, le deuxième courant détermine à l’extrémité des bras du barreau des pôles contraires à ceux de l’aimant fixe vers lequel les bras s’appliquent au repos, et maintient ainsi le barreau et l'aiguille indicateur dans la position verticale.
- Les appareils présentent alors la disposition suivante :
- Arrivée a la station B. — Le stationnaire presse un instant le poussoir d’arrivée pour redresser les aiguilles des deux postes. — Cette manœuvre a pour effet de re-
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- placer les bras du barreau contre l’aimant fixe opposé, afin de maintenir l’aiguille indicateur dans la position verticale, et de rétablir la communication du fil de ligne avec les électro-aimants, en faisant cesser le courant de la pile du poste B. La suppression du courant sur la ligne et dans l’appareil du poste A détruit l’aimantation des bras du barreau de l’aiguille indicateur, et cette dernière conserve sa position par le contact de l’aimant fixe. L’interruption du courant dans l’électro-aimant de l’aiguille répétiteur fait également cesser l’aimantation des bras du barreau, et l’attraction de l’aimant fixe ramène le barreau et l’aiguille répétiteur dans la position verticale.
- Le stationnaire de A est alors averti que son train est arrivé à la station B.
- Des effets symétriques auraient lieu dans les appareils si le train était parti de B pour se diriger vers A.
- Un troisième poussoir, placé sur le côté de l’appareil, permet, dans certains cas particuliers, de signaler au poste précédent que la voie est occupée.
- Nous ferons remarquer,, en terminant la description de l’appareil indicateur, que le signal se produit à la station destinataire sans l’intervention d’aucun agent à cette station. Ainsi, le stationnaire qui donne le signal de départ d’un train fait agir lui-même l’indicateur de la station destinataire, sans appel ou avertissement préalable ; de même, lorsqu’il signale une arrivée, il fait encore fonctionner l’appareil correspondant qui, aussitôt après la réception, se trouve sans autre opération en état de produire ou de recevoir un signal.
- Enfin, cet appareil, n’exigeant l’emploi d’aucune puissance mécanique et ne nécessitant aucun remontage, est toujours prêt à fonctionner.
- Les appareils indicateurs destinés aux chemins de fer à deux voies sont semblables extérieurement aux appareils de voie unique, et leur manœuvre, pour la transmission des signaux, est identiquement la même.
- Les appareils indicateurs des lignes à deux voies ne diffèrent des appareils de voie unique que dans la disposition du manipulateur, qui n’a qu’une seule lame métallique au lieu de trois.
- Deux fils télégraphiques sont nécessaires sur les lignes à deux voies pour signaler les trains qui marchent en sens contraire, chaque signal de voie occupée nécessitant un courant électrique permanent.
- Des sonneries électriques ont été adaptées aux appareils indicateurs sur les lignes à deux voies. Ces sonneries fonctionnent par le courant qui fait agir l’aiguille indicateur.
- Avantages devant résulter de l’emploi des appareils indicateurs.
- Ainsi que nous l’avons indiqué au commencement de cette note, l’indicateur est destiné à compléter la sécurité de la marche des trains sur les chemins de fer à une et à deux voies. Il doit venir, non pas remplacer les règlements généraux en usage, mais y suppléer en apportant toujours son renseignement régulier et certain.
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- Chemins de fer à une voie; trains marchant en sens contraire. — Nous pensons qu’il y aurait un grand avantage, même pour le service le plus régulier, d’avoir en permanence un signal visible pour tous, qui indiquerait à la gare de départ qu’un train est en marche pour la station voisine, et à la station d’arrivée qu’un train se dirige vers elle. Le personnel, averti, serait plus attentif à faire son devoir et la sécurité augmenterait par cela même.
- L’appareil devant être placé sur les quais et en vue de tous, le conducteur, avant de donner l’ordre de départ, serait tenu de regarder le signal qui indiquerait que son train est annoncé à la station voisine et que, par conséquent, la voie est entièrement libre pour lui. , '
- Les graphiques et les tableaux de la marche des trains des Compagnies indiquent les points de croisement sur les voies uniques; mais la régularité n’existe pas toujours, et souvent l’on est dans l’obligation, pour éviter des retards considérables ou pour ménager la marche d’un train extraordinaire, de changer ces croisements ou de subordonner Je départ d’un train d’une gare à l’arrivée d’un autre train.
- Les règlements des Compagnies prescrivent les mesures à prendre en pareilles circonstances ; c’est au moyen des appareils télégraphiques ordinaires que s’organisent généralement ces changements de croisement, et l’expérience a malheureusement prouvé que ces moyens ne sont pas assez certains pour éviter toute chance d’accident.
- On a vu des erreurs se commettre qui n’auraient eu aucun résultat fâcheux avec le concours de l’indicateur, que l’on peut regarder comme un signal avancé qui ferme la voie à l’extrémité de la section qu’il commande, avec la même autorité que le signal avancé d’une gare.
- Prenons le cas où il est nécessaire de changer le croisement de deux trains réguliers, et voyons le rôle que doit jouer l’appareil indicateur.
- Supposons trois gares d’une voie unique A, B, C.
- Le croisement régulier des deux trains, que nous désignerons par les nos 1 et 2, doit se faire à la gare A ; mais le train n° 2 étant resté en détresse entre les gares B et G, le chef de la gare A, pour éviter un retard considérable au train n° 1, s’adresse au chef de la gare-B, et après l’échange de plusieurs dépêches télégraphiques réglementaires, que nous admettons comme passées sans erreur, la gare A fait partir le train n° 1 pour la gare B, où le croisement devra avoir lieu exceptionnellement.
- Une fois le train n° 1 parti de la gare A, examinons quelles sont les conditions de sécurité du service ainsi modifié.
- La gare A, qui a reçu de la gare B l’autorisation de faire partir le train, se trouve dégagée de toute responsabilité et de tout soin ; mais la gare B doit retenir le train n° 2, qui peut arriver avant le train n° 1 ; or, pour empêcher le départ du train n° 2 avant l’arrivée du train n° 1, cette gare n’a qu’une dépêche télégraphique inscrite sur un livre, et un disque-signal à distance que toutes les mains peuvent ouvrir.
- U peut donc se présenter un tel concours de circonstances que l’agent, qui a reçu et Tome III. — 75® année. 3e série. — Février 1876. 11
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- transmis les dépêches, s’absente sans donner tous les ordres utiles ou soit empêché par une cause quelconque, et qu’un autre agent, ayant comme lui le pouvoir de faire partir les trains, se présente à la gare pendant ce moment même, néglige de consulter le registre des dépêches, et, ignorant ainsi le changement de croisement, laisse continuer le train n° 2 qui marche alors à la rencontre du train n° 1.
- De telles circonstances pourraient paraître invraisemblables, s’il ne s’en était pas déjà présenté d’aussi extraordinaires, qui ontproduit ou qui ont failli produire des accidents.
- Montrons maintenant le rôle de l’appareil indicateur : ceci demande peu d’explications, tellement la manœuvre est simple et l’interprétation du signal facile.
- Après l’autorisation donnée par la gare B à la gare A, cette dernière gare, avant de faire partir le train n° 1, signale son départ à la gare B, c’est-à-dire ferme la voie au point même du croisement.
- Dans cet état de choses, l’agent qui ne sait rien peut venir remplacer l’agent qui a échangé les dépêches ; aucune erreur ne pourra être commise et la sécurité sera complète. En effet, l’aiguille inclinée visible pour lui, visible pour tous les agents de la gare et pour le conducteur du train n° 2, sera là, avec sa signification simple et certaine, pour indiquer que le train n° 1 se dirige vers la gare B et que le train n° 2 doit être retenu.
- Chemins de fer à une et à deux voies ; trains marchant dans le même sens.— Depuis longtemps déjà on se préoccupe de chercher un moyen de remplacer la distance basée sur un intervalle de temps par la distance réelle en kilomètres, pour séparer les trains marchant dans le même sens.
- On a reconnu que la distance, basée sur le temps, n’était pas toujours suffisamment certaine en cas de retard ; et l’emploi des signaux détonants, prescrits par l’administration supérieure pour ces circonstances, n’est venu que diminuer les chances d’accident, sans rendre la sécurité aussi complète qu’elle devrait l’être.
- Nous avons, pensé que l’appareil indicateur, appliqué sur les chemins aune et à deux voies, serait un moyen très-sûr pour séparer les trains par une distance réelle, et pourrait d’une manière absolue empêcher toute collision entre deux trains marchant dans le même sens.
- Il suffirait, pour cela, de placer un appareil à certains points qui partageraient la voie en sections de parcours plus ou moins étendues, selon l’importance du trafic de la ligne, et dans lesquelles deux trains ne devraient jamais circuler à la fois.
- Ainsi, pour prendre un exemple, un train ne devrait pas quitter la gare ou le poste A avant que le train qui le précède ne fût arrivé au poste B, c’est-à-dire avant que l’agent du poste B n’eût signalé l’arrivée du premier train, en redressant l’aiguille de 'appareil du poste A.
- L’indicateur peut encore être employé dans tous les cas où il est utile d’annoncer à l’avance l’arrivée d’un train à une gare ou à un embranchement. Le renseignement qu’il fournit, en cette circonstance, n’a plus pour objet principal la sécurité de la
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- marche du train, mais il est très-utile au point de vue du service de la gare ou de l’embranchement.
- Application de l’appareil indicateur aux canaux pour régler le niveau des eaux. — Avant de terminer cette Note, nous allons dire quelques mots de l’usage qui peut être fait de l’indicateur pour le réglage du niveau des biefs et des canaux.
- Toutes les personnes qui s’occupent de cette question savent qu’il est presque impossible d’éviter les pertes d’eau, qui sont le résultat quelquefois de fausses manœuvres des éclusiers, et, le plus souvent, des difficultés que présente la tenue à niveau des biefs successifs.
- En effet, les éclusiers n’ont pas de données bien certaines qui leur indiquent les moments opportuns pour l’ouverture des vannes ainsi que la durée de l’écoulement, et l’eau presque toujours donnée en trop aux biefs inférieurs est complètement perdue pour la navigation, ce qui constitue souvent un déficit qui occasionne malheureusement des chômages pendant la saison d’été.
- Pour éviter ces pertes d'eau si préjudiciables, nous croyons qu’il suffirait que l’éclu-sier placé en aval fût directement et instantanément en communication avec l’éclusier placé en amont, et qu’il fît connaître exactement le moment où, l’eau ayant atteint son niveau régulier, les vannes doivent être fermées.
- L’appareil indicateur, dont la simplicité en fait un moyen complètement à la portée des agents secondaires du service des canaux, nous semble pouvoir être employé avec avantage en cette circonstance.
- Les éclusiers se transmettraient des signaux auxquels seraient attachées les significations d’ouvrir et de fermer, et la cause principale des pertes d’eau se trouverait ainsi neutralisée.
- Il serait même possible, si cela était jugé préférable, de faire fonctionner l’indicateur sans l’intervention des agents, par le simple contact de l’eau qui déterminerait ou ferait cesser un courant électrique, selon que le niveau du bief serait plus ou moins élevé à un point déterminé.
- BIBLIOGRAPHIE.
- SUR LE TRAITÉ DE LA FILATURE DU COTON DE M. MICHEL ALCAN,
- PAR M. ÉDOUARD SIMON (1).
- Tous ceux qui ont abordé l’étude d’une ou de plusieurs spécialités mécaniques ressortissant aux industries textiles éprouvent un sentimeut de gratitude pour le maître
- (1) 2e édition. Un volume in-8, accompagné d’un atlas grand in-4 de 42 planches doubles. Paris, 1875; Baudry, éditeur. 15, rue des Saints-Pères.
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- qui a frayé la route et qui, depuis 1847, poursuit avec persévérance l’accomplissement d’un programme complexe et étendu. Jusqu’à cette époque, et à part quelques ouvrages des xvn® et xviii® siècles, plus curieux au point de vue historique qu’utiles sous le rapport de la technologie, il n’existait aucun traité d’ensemble sur l’une ou l’autre des branches industrielles dont M. Alcan a fait son étude favorite. Nous savons par expérience les obstacles de toute nature que rencontrait le nouveau venu désireux de faire son éducation dans certaines spécialités où les livres manquaient absolument, où la routine prenait des dehors mystérieux, où le progrès se trouvait entravé par l’absence de documents exacts et précis.
- Cependant, sous l’inspiration de génies inventifs comme les Élie Whitney, les Philippe de Girard, les Thimonnier, les Josué Heilmann, les Buron et beaucoup d’autres dont les noms sont complètement oubliés, une pléiade de constructeurs habiles, les Schlumberger, les Mercier, les Stehelin, les Buxtorf, etc., en France; en Angleterre, les Platt, les Parr-Curtis, les Lawson, etc.; en Belgique, les Houget et Teston, les Cé-lestin Martin, etc., etc., créèrent un outillage entièrement nouveau. La variété des moyens, la multiplicité des assortiments (dont le nombre s’accroît chaque jour en raison des caractères distinctifs des matières premières, et aussi des divers produits à obtenir avec les filaments de même nature) nécessitaient une méthode qui fixât les principes fondamentaux de l’industrie et fît connaître aux praticiens d’une spécialité les procédés de la spécialité voisine susceptibles d’applications fructueuses dans leur propre fabrication.
- L’Essai sur l’industrie des matières textiles, en 1847, fut comme le programme de la technologie de cette industrie ; le cadre en devint bientôt trop étroit et l’auteur entreprit l’œuvre considérable dont notre bibliothèque a reçu les diverses parties au fur et à mesure de leur publication.
- La première édition du Traité de la filature du coton commençait, en 1865, la série des ouvrages destinés à passer en revue la fabrication complète des étoffes. En 1866, parut le Traité des laines cardées dans lequel M.'Michel Alcan fut naturellement amené à suivre la matière jusqu’aux derniers apprêts du tissu, la filature, dans ce cas, n’étant qu’un élément de la fabrication et ne constituant pas, comme pour le coton, une industrie absolument distincte. Vinrent ensuite les Études sur les industries textiles à l’Exposition universelle de 1867, où, tout en signalant les progrès réalisés à cette époque, l’auteur esquissa les procédés de la fabrication du tricot et de la filature de la soie. Les laines peignées, en 1873, furent étudiées avec la science pratique que le monde industriel reconnaît à M. Alcan.
- Le travail dont nous esseyons de rendre compte ne semble pas d’abord un ouvrage nouveau, puisque c’est la seconde édition du Traité de la filature du coton, mais les chapitres où sont étudiés de récents progrès pourraient, à eux seuls, constituer un volume important; nous n’insisterons que sur les sujets inédits.
- L’une des questions les plus délicates consiste dans la possibilité de distinguer entre
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- elles les fibres de divers textiles mélangés-, déjà, lors de la première édition, l’auteur avait indiqué un certain nombre de moyens pour constater la présence de la soie, de la laine, du coton, du lin, du chanvre, du phormium, mais il reconnaissait la difficulté et même, dans certains cas, l’impossibilité d’établir une différence sensible entre les filaments blanchis résultant, par exemple, du chanvre et du jute. Cette lacune a été heureusement comblée par M. Vétillart, dont le procédé se trouve décrit dans la nouvelle édition.
- En 1865, l’industrie cotonnière subissait une crise terrible et universelle : malgré la cherté de la matière première, en dépit des affirmations contraires, des statistiques décevantes, M. Alcan soutenait que le travail libre suffirait à relever les forces productrices des Etats-Unis et ne laisserait pas regretter le travail esclavagiste ; les chiffres du commerce américain lui ont donné raison. En 1875, la situation est cruelle aussi, mais pour la France seulement, puisque avec l’Alsace notre pays a perdu près de deux millions de broches. Ici encore l’auteur relève notre courage en faisant ressortir la vitalité d’une industrie qui, sans renoncer à l’espoir de recouvrer ce qui lui a été arraché violemment, trouve en elle-même des ressources nouvelles.
- Les progrès obtenus témoignent de cette énergie sur laquelle il est juste de compter : le cardage dont M. Alcan a indiqué le but, les avantages, les inconvénients, comparativement au peignage, vient de s’enrichir d’une machine formant le trait-d’union entre les deux modes de préparation.
- Le banc-à-broches, qui demeure, dans la plupart des cas, l’appareil indispensable pour transformer les premiers rubans en mèches légèrement tordues, se trouve parfois remplacé avantageusement par un système d’étirage dit rota-frotteur ; dans la dernière machine, le constructeur a substitué aux organes coûteux des mouvements différentiels de simples transmissions de mouvements circulaires et alternatifs.
- Pour les métiers à filer qui sont, comme le reste de l’outillage, soumis à des modifications de détails dont il serait fort difficile de tenir à jour la nomenclature complète, le Traité de la filature de coton mentionne, entre autres, une disposition ingénieuse destinée à remplacer l’ailette des broches de continus par un système de trotteur de forme particulière. On sait que le trotteur doit sa nomination, assez inexacte d’ailleurs, aux nombreux circuits qu’il décrit autour de la broche.
- M. Alcan, après avoir renforcé, pour ainsi dire, la partie mécanique de tout ce que les six dernières années ont fourni d’intéressant à la filature du coton, résume, dans un tableau synoptique, les données afférentes à un assortiment de 24 000 broches. Ce travail, comme le dit l’auteur, constitue un vade-mecum où se trouvent groupés, de la façon la plus claire, les éléments indispensables à la détermination d’une semblable filature. En même temps qu’un guide spécial à une production déterminée, ce tableau fournira un modèle pour la composition d’autres assortiments applicables à des numéros plus élevés. En regard de chaque machine se voient la surface occupée par celle-ci et la surface nécessaire à l’ensemble des machines identiques du même
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- groupe ; puis le lecteur trouve successivement le poids de la machine qu’il considère et le poids de toutes les machines semblables de l’assortiment, le prix moyen de chacune d’elles, le prix de l’ensemble, le personnel nécessaire au service de l’outillage et décomposé en hommes, femmes, enfants, les salaires par personnes et les salaires totalisés.
- Enfin, l’auteur a consacré une partie du dernier chapitre aux résultats de l’enquête parlementaire sur le régime économique de 1870, enquête si malheureusement interrompue par la guerre et suffisante, néanmoins, pour faire apprécier la justesse de certaines réclamations, parfois aussi l’exagération des plaintes relatives aux effets des traités de commerce.
- L’ouvrage de M. Alcan eût mérité une analyse plus complète, mais l’étude détaillée des sujets qui s’y trouvent discutés entraînerait à un travail de longue haleine -, cette longueur effrayerait ceux de nos confrères que n’intéressent pas directement les industries textiles sans profiter aux autres ; pour ceux-ci, un compte rendu, quel qu’il soit, ne remplacera pas la lecture substantielle du traité.
- Nous tenions surtout à mériter l’honneur qui nous a été fait en ne retardant pas la remise de cette note. Il nous sera permis, en terminant, d’émettre le vœu que les industries du lin et du chanvre, dont les conditions ont été, en diverses circonstances, l’objet de rapports fort instructifs de la part de M. Michel Alcan, soient bientôt dotées, comme les autres branches des arts textiles, d’un traité complet; nul autre que notre ancien président ne saurait achever son œuvre avec la même autorité.
- (.Extrait des Mémoires de la Société des ingénieurs civils.)
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- Des différents modes d’exploitation des chemins de fer en France, en Angleterre et aux États-Unis, par M. C. Lavollée.
- . Nous extrayons d’un article récemment publié dans la Revue des Deux Mondes, par M. C. Lavollée, membre du Conseil de la Société d’encouragement, un chapitre où sont comparés les procédés d’exploitation des chemins de fer en France, en Angleterre et aux États-Unis. S’appuyant sur les rapports de M. Ch. de Franqueville, secrétaire de la commission centrale des chemins de fer, et de M. Malezieux, ingénieur en chef des ponts et chaussées, l’auteur signale les améliorations qu’il serait désirable de voir introduire, au profit du public, dans le régime de nos voies ferrées.
- « Malgré les services qu’elles rendent, ditM. Lavollée, les grandes compagnies ne sont point partout en possession de la popularité. On les critique parfois avec passion ; on exigerait d’elles l’impossible, et l’on rend le gouvernement responsable des lacunes et de l’insuffisance qui peuvent se produire, sur certains points et à certains moments, dans la circulation. Les plaintes sont d’une exagération manifeste; on aurait tort cependant de
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- les dédaigner, car l’impopularité est très-nuisible pour les grandes entreprises comme pour les gouvernements, et les institutions qui sont protégées par la loi, les industries privilégiées, ont des obligations plus étroites. Or, sans faire chorus avec les opposants systématiques, il est permis de rechercher si l’exploitation de nos voies ferrées a réalisé les progrès que l’on est en droit d’attendre. La réponse à cette question est négative. Depuis vingt ans, les perfectionnements dans le service ne sont pas apparents, et pendant cette période il y a eu à l’étranger des améliorations sensibles : c’est ce qu’attestent les rapports de MM. Ch. de Franqueville et Malezieux, c’est ce que n’ignorent point les compagnies, car elles sont trop intelligentes pour ne point se tenir au courant des réformes qui s’accomplissent dans leur industrie, et les fonctionnaires distingués, capables de procéder avec compétence à ces utiles enquêtes, ne leur font point défaut.
- « Il est certain, dit M. de Franqueville, que l’ensemble du service de l’exploitation « est en général plus satisfaisant en Angleterre qu’en France à tous les points de vue, « celui de la sécurité excepté. » La comparaison entre le service des chemins de fer français et celui des chemins de fer américains est moins facile à établir, parce que les conditions, quant à la longueur des distances et à la durée des trajets, sont très-différentes dans les deux pays; on comprend que, pour des voyages qui durent quelquefois plusieurs jours et plusieurs nuits, l’aménagement du matériel comporte des installations particulières. M. Malezieux n’en signale pas moins divers détails d’organisation que la France pourrait emprunter avantageusement aux États-Unis, et la lecture de ses rapports laisse une impression favorable au régime de l’exploitation américaine.
- « Un trait commun aux États-Unis et à l’Angleterre, c’est le soin que l’on apporte à ménager autant que possible le temps et les peines du public. Le chemin de fer est destiné à procurer la facilité et la rapidité des mouvements : c’est ce que, dans les deux pays, on 11e perd pas un seul instant de vue pour les combinaisons de service. L’intérieur des gares est disposé de telle sorte que les moments d’attente et les démarches inutiles sont habilement épargnés. Les guichets pour prendre les billets de places sont assez nombreux pour que l’on ne soit pas obligé d’y faire une longue station. Aux États-Unis, les tickets peuvent être pris d’avance dans des bureaux de ville ou dans les principaux hôtels. La manœuvre des bagages y est, comme en Angleterre, réduite aux plus simples formalités. De grands hôtels sont établis à l’extrémité des gares, qui sont situées en général dans le centre même des villes. Les compagnies anglaises n’ont point reculé devant la dépense pour amener leurs rails au milieu de Londres, et elles y trouvent leur profit. La police de l’octroi nous priverait en France d’une partie des facilités qui viennent d’être énumérées; il en est quelques-unes pourtant dont on pourrait au moins faire l’essai, au lieu d’objecter que les Français n’ont point les mêmes mœurs, les mêmes habitudes, les mêmes besoins que les Anglais ou les citoyens des États-Unis. Il est probable que les Français s’accoutumeraient très-vite à obtenir plus aisément les billets de places, à ne point avoir autant d’embarras pour les bagages et à 11e pas être condamnés au parcours des 300 mètres qu’il faut
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- souvent franchir avant d’être installé dans le train. Quand on construira de nouvelles gares ou lorsque l’on aura l’occasion de modifier celles qui existent, on devra les aménager de manière à rendre possibles ces réformes de détail qui diminueront en France les petites misères du voyageur en chemin de fer.
- « La forme et la disposition intérieure de nos wagons n’ont point varié depuis de longues années. En Angleterre, un nouveau modèle des voitures de première classe est mieux aéré, grâce à une augmentation de hauteur, et plus confortable au moyen des sommiers élastiques sur lesquels reposent les coussins et les dossiers ; les secousses produites par la marche rapide du train y sont moins rudes. Aux Etats-Unis, il n’y a, comme on le sait, qu’une classe de voitures. Les compagnies doivent donner tous leurs soins à la construction de ces véhicules, parce qu’il faut compenser l’infériorité de la voie. On y circule par un couloir central, et il existe aux deux extrémités du wagon des paliers sur lesquels on peut se tenir pendant le trajet. Les voitures sont chauffées par des poêles (ce qui n’est pas à imiter) ; on a essayé d’établir un système de circulation d’eau chaude qui semble devoir réussir. Il y a dans chaque voiture un water-closet et une fontaine du genre Wallace, remplie d’eau glacée et munie d’un verre à l’usage commun de tous les voyageurs. Indépendamment des voitures réglementaires, il existe des voitures spéciales garnies de lits et des wagons-hôtels exploités par la compagnie Pullman. Quant à l’éclairage, celui des voitures anglaises et américaines serait plutôt inférieur au nôtre pour les voitures ordinaires. On a cependant commencé à employer le gaz sur le chemin de fer métropolitain à Londres et dans les wagons de luxe aux États-Unis. Il convient de répéter que le matériel américain, avec ses nombreux et indispensables accessoires, est destiné à des trajets de très-longs parcours. Il n’en témoigne pas moins de la sollicitude que les compagnies éprouvent pour le bien-être des voyageurs. En France, cette sollicitude ne se manifeste pas au même degré sur toutes les lignes. Quelques compagnies se sont livrées à des essais d’amélioration : nous avons des wagons-salons, des wagons-lits, des wagons pour les malades; mais le chiffre en est demeuré bien faible, et c’est seulement dans les Expositions que nous avons pu, en voyant les voitures de fabrique étrangère, avoir l’idée d’un mode de locomotion plus confortable et plus libre.
- « La vitesse moyenne de nos trains n’est pas dépassée aux États-Unis, où l’état imparfait de la voie ne se prêterait pas à une marche trop rapide ; mais elle est moindre qu’en Angleterre. Les Anglais tiennent essentiellement à ne pas perdre de temps en route; ils ont des signaux pour faire connaître au mécanicien, avant l’arrivée aux stations, qu’il n’y a pas de voyageurs à prendre et qu’il est inutile de s’arrêter, des systèmes pour prendre les paquets de la poste, et même pour renouveler en pleine marche l’eau de la machine. Les trains sont très-multipliés et ne comprennent que peu de voitures ; les voyageurs ont ainsi à leur disposition un plus grand nombre de départs et sont transportés plus vite. Les trains-express entre les villes populeuses et entre les points extrêmes sont très-fréquents. Ils contenaient d’abord des voitures de
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- première et de deuxième classe; par une innovation toute récente, on y a joint, sauf de rares exceptions, les voitures de troisième classe. L’aristocratique Angleterre pratique donc l’égalité de la vitesse. Aux États-Unis, comme il n’y a pas plus de distinction entre les classes des voitures qu’entre les classes de citoyens, cette égalité a existé de tout temps. Enfin l’exactitude des correspondances soit entre les lignes des différentes compagnies, soit entre les lignes principales et les embranchements, est observée aussi rigoureusement que possible, et le service matériel est organisé de telle sorte qu’un voyageur qui doit circuler successivement sur deux ou trois lignes peut arriver à destination sans avoir changé de wagon. Les voyageurs américains jouissent d’avantages analogues. Ajoutons que les combinaisons économiques pour les voyages d’aller et retour, pour les trains de plaisir et d'excursions, etc., sont à la fois très-variées et très-étendues.
- « Est-il besoin de rappeler combien l’exploitation française laisse à désirer sur ces divers points? Si l’on compare les chiffres indiquant le nombre des trains soit express, soit ordinaires, la durée du trajet etja vitesse kilométrique, on relève des différences très-sensibles. M. de Franqueville a fait ce travail de comparaison pour les principales lignes en Angleterre et en France, et le résultat mérite d’appeler l’attention de nos compagnies. Il importe également que l’on étudie les moyens d’admettre dans une certaine proportion les voyageurs de toutes classes au bénéfice des trains rapides, et d’établir une concordance plus exacte des trains aux gares d’embranchement.
- « Ces réflexions générales, à l’appui desquelles il serait trop aisé de produire des chiffres, s’appliquent avec plus de force peut-être aux transports de marchandises. Sur ce terrain, les Anglais sont encore nos maîtres. Réception des colis, écritures, chargement, transport, déchargement, livraison à domicile, toutes ces opérations s’effectuent chez eux avec une rapidité qui est vraiment merveilleuse. La loi ne fixe pourtant pas de délai réglementaire; elle enjoint seulement aux compagnies d’effectuer le transport dans un délai raisonnable ; mais, comme en Angleterre la raison consiste à faire vite, cette prescription, si élastique dans les termes, est interprétée dans le sens des intérêts du commerce, et les trains de marchandises sont presque aussi directs que ceux des voyageurs. Il en est de même aux États-Unis.
- « On manquerait d’équité en accablant les compagnies françaises sous le poids de ces comparaisons. Si pour quelques-uns des détails elles auraient déjà dû perfectionner leur exploitation, il est d’autres réformes, et ce sont les plus importantes, au sujet desquelles il leur serait permis d’invoquer non-seulement les circonstances atténuantes, mais encore le complet acquittement. Soumises au contrôle de l’État, elles n’ont pas, comme les compagnies anglaises, la liberté absolue pour la manœuvre de leur service; il leur faut compter avec l’Administration représentée par ses nombreux agents, avec les maires des villes, avec les députés, avec les conseillers-généraux ; il leur arrive d’avoir à faire face à des ordres ou à des désirs parfois contradictoires qui peuvent
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- «CHEMINS DE FER'. *— FEVRIER 1876.
- gêner la marche rapide et normale des trains. En outre, leur argument le plus puissant, c’est la modicité de leur tarif jointe à la sécurité du transport. Nos compagnies déclarent que, si on voulait leur payer des prix aussi élevés qu’en Angleterre, elles pourraient fournir un service aussi complet et aussi rapide. Elles estiment, d’ailleurs, que le bas prix a plus d’intérêt que la vitesse, et que les préférences de la population française sont avant tout pour l’économie*
- « Cette opinion pouvait être soutenue il y a quelques années : nous l’avons partagée et exprimée ici même ; nous croyons qu’elle a cessé d’être exacte. La génération qui a précédé celle-ci avait encore le souvenir des diligences et du roulage; la vitesse la plus modérée d’un chemin de fer lui semblait, par comparaison, un tel profit, un tel bienfait qu’elle ne songeait pas à désirer mieux. La présente génération a grandi avec d’autres habitudes, avec le goût du mouvement, de l’action rapide, et elle demande que la vapeur lui donne aujourd’hui toute sa puissance. Il y a là, si nous ne nous trompons, une progression de désir, de volonté, impression toute morale dont on doit tenir compte même dans l’étude des intérêts matériels. L’ambition est venue en marchant. N’est-il pas évident que depuis quelques années, grâce au développement des affaires et à la multiplicité des relations qui se sont créées tant à l’intérieur qu’au dehors, le caractère de la population française s’est singulièrement modifié? Le cercle de toutes les opérations s’est agrandi, les horizons sont plus larges, et la vie a les heures plus pleines. Pour nous, comme pour les Anglais, le temps est devenu de l’argent; le go a head américain ne nous étonne plus. Qui sait même si, avec notre génie si prompt, nous ne sommes pas en train] de dépasser sur certaines routes nos ardents rivaux ? Ce qui est incontestable, c’est que les Français apprécient aujourd’hui beaucoup mieux ce que vaut la vitesse et qu’ils ont acquis par le travail le moyen de la payer.
- « S’il en est ainsi, notre service de chemins de fer doit se prêter à une réforme nécessaire en prenant exemple sur les services étrangers. On a mis[au rebut les vieux paquebots, si admirés en leur temps; il faut de même renoncer aux vieilles vitesses, et perfectionner le matériel, l’outillage, les règlements. Comme on ne peut tout faire à la fois, il serait prudent de commencer au plus tôt l’étude des moyens financiers et des combinaisons pratiques ; car, si l’on tardait, il viendrait un moment où le public, las d’attendre, exigerait au delà de ce qui est possible et équitable. N’est-ce pas, d’ailleurs, en vue de réaliser en France les progrès accomplis ailleurs que le gouvernement a procédé à des enquêtes aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne, et qu'il a recueilli de nombreux rapports? Toutes les propositions de réforme sont contenues dans ces documents.....
- (Extrait de la Revue des Deux Mondes.)
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- ARTS CHIMIQUES.
- NOTE SUR LES CHARBONS DÉCOLORANTS, LEUR PRODUCTION ARTIFICIELLE ET LA REVIVIFICATION DES NOIRS EMPLOYÉS DANS L’INDUSTRIE J PAR M. MELSENS,
- Membre de l'Académie royale de Belgique.
- Dans un travail sur l’absorption des gaz par le charbon, j’ai été conduit à faire quelques expériences comparatives sur l’absorption et la condensation des solides dissous et, entre autres, des matières colorantes, principalement en vue des besoins de l’industrie. Autant que je puis en juger maintenant par l’expérience acquise et par mes propres recherches, exécutées avec des charbons presque chimiquement purs, ceux-ci n’agissent pas comme décolorants. Le charbon d’os ou le charbon animal seul est employé dans l’industrie, soit comme noir neuf ou comme noir révivifié, ayant chacun des propriétés plus ou moins tranchées comme absorbants des matières colorantes ou des sels de chaux et de l’excès de chaux des liquides sucrés dans l’industrie du sucre pendant la fabrication et le raffinage.
- Le prix élevé du charbon animal a engagé beaucoup d’ingénieurs à chercher les moyens de lui trouver des succédanés, mais, jusqu’à présent, les essais tentés n’ont pas été couronnés de succès industriels ; la calcination de mélanges d’argile, de phosphates fossiles avec des matières organiques, des goudrons, des brais, du sang, du fumier, etc.... ont été essayés ; je ne sache pas que ces produits soient utilisés dans la grande industrie.
- Si l’on se demande pourquoi le charbon animal possède un pouvoir absorbant et décolorant si considérable, en ne tenant compte que de ses propriétés physiques bien entendu, on doit reconnaître d’abord qu’il présente une surface énorme et que le carbone proprement dit se trouve réparti intimement sur des matières minérales dont la division est extrême, bien que formant une masse compacte.
- Au point de vue chimique, nous voyons dominer les phosphates terreux et leurs carbonates, mais tous les noirs que l’on rencontre renferment de faibles quantités de sulfures, de la silice et des composés de fer. .
- . Au point de vue le plus général, on est tenté d’admettre que la décoloration est un phénomène physique, et ce n’est que très-exceptionnellement qu’il peut y avoir en même temps phénomène chimique. C’est l’opinion exprimée par M. E. Filhol et généralement adoptée.
- Le charbon animal enlevant les sels de chaux aux sirops tandis que le charbon végétal agit tout autrement, on peut cependant mettre en doute cette opinion ; en effet, le sulfure de calcium reste-t-il inactif ? Les phosphates basiques ne peuvent-ils pas se transformer? Le phosphate de magnésie, par exemple, au contact des sels de chaux
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- ou de la chaux ne pourrait-il pas être décomposé, de façon à laisser de la magnésie insoluble et du phosphate de chaux insoluble ? On expliquerait ainsi le pouvoir bien plus considérable du noir neuf comme absorbant de la chaux, que celui du noir régénéré sans l’intervention des sels de magnésie, et l’on comprendrait qu’il serait utile d’ajouter du phosphate de magnésie ou ses sels décomposables par la chaleur et la vapeur d’eau au charbon auquel on voudrait rendre ses propriétés premières en le régénérant.
- Lorsqu’on étudie tous les charbons artificiels qui ont été proposés par MM. Ziegler, E. Rousseau, Hamelle et peut-être d’autres encore, on s’aperçoit bien vite que des charbons, fabriqués dans des conditions analogues, ne réalisent rien de ce que le charbon animal doit être au point de vue physique ou au point de vue chimique.
- Je crois que l’on s’en rapproche davantage par les procédés dont je dois me contenter d’indiquer le principe, car ce n’est que dans l’industrie que des procédés pareils peuvent être étudiés convenablement. Les expériences entraînent, du reste, des frais considérables.
- La première condition à réaliser me paraît d’abord être celle qui aurait pour but de disséminer la matière minérale qui restera après la calcination dans le sein même de la matière organique, afin qu’elle se trouve répartie dans celle-ci comme les phosphates sont répartis dans la matière des os naturels ou au moins d’une façon qui s’en rapproche.
- A cet effet, je dissous des phosphates calcaires dans l’acide chlorhydrique, de manière à obtenir des dissolutions très-concentrées ; ces dissolutions servent à imprégner des matières organiques, des fragments de bois taillés normalement à la tige, de la sciure, du vieux tan épuisé, des tourbes, des lignites, des bois à peine carbonisés et même des charbons ou leur poussière et les noirs de fumée communs. Quand ces corps sont saturés en les maintenant à chaud dans ces dissolutions, on les laisse égoutter pour enlever l’excès de liquide et on les calcine ensuite ; l’excès d’acide est chassé et, d’après la nature des coprolithes ou des phosphorites employés, on obtient un charbon plus ou moins riche en phosphate neutre de chaux et en chlorure de calcium ; le charbon lavé à l’eau, recalciné ensuite, est décolorant ; parfois il m’a paru l’emporter sur le noir d'ivoire du commerce \ j’ai préparé, de cette façon, de petits cubes de charbon de bois qui, à poids égal, avaient un pouvoir décolorant supérieur au noir animal du commerce de première qualité ; mais, au point de vue des applications, il se présente ici une difficulté industrielle ; en effet, le noir animal du commerce est très-dense ; mes charbons, au contraire, même ceux qui contiennent au delà de 40 pour 100 de cendres, sont légers et exigeraient des filtres d’une capacité très-considérable comparativement à ceux que l’industrie emploie actuellement ; une partie de ces charbons surnage les dissolutions plus ou moins étendues de mélasse pendant un temps assez long et même après l’ébullition des liquides ; on peut cependant en obtenir qui n’offrent pas cette propriété à un aussi haut degré en s’arrangeant
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- de façon à faire dominer la matière minérale. A cet effet, les petits blocs de bois ou la sciure passaient plusieurs fois dans la dissolution de phosphate, on les desséchait jusqu’à commencement de décomposition du bois, on les lavait pour enlever le chlorure de calcium et l’on recommençait le traitement.
- Les eaux acides provenant de la fabrication de la gélatine des os peuvent servir et apportent avec elles une certaine quantité de matière organique qui se décompose au sein des cellules végétales si l’on opère sur des fragments de bois ou des sciures, par exemple ; ces matières organiques, fusibles avant leur décomposition par le feu ainsi que d’autres, telles que des mélasses communes, glucose, dextrine, que l’on pourrait ajouter aux dissolutions de phosphates minéraux, donnent des charbons boursouflés et collants et produisent plus de cohésion bien qu’employées en faible quantité ; des goudrons, des résines ou de la houille interposée ne m’ont, en général, pas donné de bons résultats.
- J’ai parfois mélangé à des sciures, imprégnées de phosphate, des argiles et calciné ce mélange sans observer que le produit obtenu fût plus décolorant que celui qui était préparé sans cette addition.
- J’espérais obtenir un produit meilleur en employant des dissolutions de sulfate d’alumine que je calcinais plus ou moins fortement avec les bois ou les charbons, mais les résultats en général ont été négatifs, c’est-à-dire que des charbons ou des bois imprégnés de sulfate d’alumine et calcinés jusqu’à décomposition complète de ce sel ne m’ont jamais fourni des charbons décolorants de bonne qualité ; la matière minérale active paraît donc bien être le phosphate calcaire.
- Il ne faudrait cependant pas conclure que certains sels, décomposables à une très-haute température, ne puissent absolument pas donner des charbons décolorants. En effet, j’ai fait absorber, par de petits cubes de bois léger (sapin, bois blanc, etc.), du sulfate de magnésie en excès ; les blocs desséchés ont été introduits dans un grand creuset 5 calcinés pendant longtemps à une haute température, ils ont fourni un charbon renfermant environ 50 pour 100 de cendres magnésiennes ; il était plus énergiquement décolorant que plusieurs noirs en grains de première qualité, que ces mêmes noirs réduits en poudre et que le noir d’ivoire le plus fin.
- Un habile et savant ingénieur, qui s’occupe spécialement de la question des sucres, assistait à l’essai de ce charbon et l’estimait comme étant de beaucoup supérieur à tous les autres charbons essayés en sa présence.
- La même expérience, répétée en employant du charbon de bois ou de la braise au lieu du bois en nature, ne m’a donné que de mauvais résultats dans plusieurs expériences.
- Le chlorure de magnésium, sel si facilement décomposable par la chaleur en présence de vapeur d’eau, donnerait sans doute les mêmes résultats et pourrait être utilisé au même titre ; je m’en suis servi en l’ajoutant à la dissolution de coprolithes, et préparant ainsi du charbon artificiel, je n’ai pas constaté de grands avantages sur le procédé qui consiste à employer la dissolution de coprolithe seule ; parfois
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- même j’ai obtenu des charbons moins décolorants que par le procédé plus simple.
- Il arrive que, tout en suivant très-exactement un procédé ayant donné d’excellent charbon on obtient un mauvais charbon ; je n’ai trouvé d’autre cause de non-réussite que dans la conduite du feu pendant la calcination ; il faut donc prendre toutes les précautions employées dans l’industrie de la fabrication et de la révivification du noir animal.
- Les charbons artificiels en grains sont susceptibles de se révivifier à la façon du noir animal, mais ils sont beaucoup plus friables que les grains du commerce; leur révivification m’a paru se faire très-facilement en les traitant de nouveau par les dissolutions de coprolithes et en les calcinant, mais comme les dissolutions contenaient en général un peu de matière organique, j’en ajoutais toujours lorsque je voulais révivifier ; à part ce petit détail pour la ré vivification, on observera, du reste, que les circonstances dans lesquelles je me place sont précisément celles dans lesquelles se plaçaient MM. Leplay et Cuisinier (Répertoire de chimie appliquée,t. IY, p. 71,1862) qui ont fait agir le biphosphate de chaux pour rendre au charbon animal épuisé ses propriétés décolorantes et absorbantes.
- Dans l’industrie du sucre on tient beaucoup à posséder des charbons absorbant les sels de chaux ou la chaux ; on comprend que des charbons, renfermant à volonté du phosphate mono-calcique ou bicalcique, agissent efficacement dans ce but ; cependant j’ai constaté un fait qui paraît assez curieux soit au point de vue chimique, soit au point de vue physique, c’est-à-dire des phénomènes de condensation d’une matière en dissolution sur un solide suspendu dans l’eau.
- En effet, les divers phosphates de chaux et de magnésie obtenus par précipitation et même chauffés ensuite, y compris le phosphate tricalcique préparé par l’acétate ou le chlorure de calcium ammoniacal et le phosphate de soude, enlèvent la chaux à l’eau de chaux ; l’expérience marche mieux à chaud qu’à froid, bien entendu qu’il faut, dans ce cas, tenir compte de la différence de solubilité de l’hydrate de calcium, plus soluble à froid qu’à chaud. Le phosphate tricalcique se comporte comme s’il existait des phosphates capables de contenir au delà des trois équivalents de calcium qui existent dans le phosphate neutre de calcium et comme s’il existait des sels basiques renfermant plus de 3C«0 pour PA205.
- Conclusion.— Il résulte des quelques expériences, que je décris sommairement comme simples essais de laboratoire, qu’il est possible de fabriquer des charbons décolorants en cherchant à se rapprocher de la constitution physique et de la composition chimique du charbon fabriqué au moyen des os et que, à poids égal, ces charbons peuvent être aussi absorbants et aussi décolorants que les noirs d’os de première qualité.,
- C?est à l’industrie qu’il appartient de résoudre le problème industriel, qui ne laisse pas que d’offrir certaines difficultés ; elles ne me paraissent pas insurmontables.
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- EXPOSITION DE VIENNE.
- l’algérie a l’exposition universelle de vienne EN 1873, PAR M. A. POMEL (1).
- Vins, alcools et légumes.
- La culture de la vigne se développe tous les jours et dans des proportions considérables en Algérie ; notre département prend une grande part dans ce mouvement, et, à l’Exposition de Vienne, il comptait 30 exposants sur un total de 80 pour toute l’Algérie ; la surface complantée en vignes est de près de k 000 hectares. A mon arrivée à l’Exposition, nos vins venaient d’être examinés et dégustés, et le Commissaire pour l’Algérie était assez mécontent du Jury.
- Très-peu de récompenses et d’un ordre inférieur, tel a été pour l’Algérie le résultat de cet examen. Beaucoup de ces vins, paraît-il, avaient été fatigués par le transport et par l’élévation de la température dans le local où ils étaient exposés ; plusieurs des bouteilles, du reste, étaient mal bouchées avec des bouchons ayant déjà servi, tout cela a contribué, sans doute, à légitimer cette dépréciation. Le seul viticulteur dont les produits eussent été jugés passables était M. Rivière de Crescia, près Alger.
- Ce qu’il y a eu de plus singulier et d’assez bizarre, c’est que les produits de la distillation de ces mêmes vins et de leurs marcs, c’est-à-dire les eaux-de-vie, ont été l’objet d’une appréciation tout opposée de la part d’un Jury tout différent du précédent. J’ai, cette fois, pu assister à l’examen, et quelques-uns de ces produits ont été jugés très-bons, très-bien faits, non-seulement ceux des fabricants de profession, mais encore ceux de nos petites distilleries de village, qui entrent d’emblée dans la pratique des bonnes méthodes. Le département d’Oran a, je crois, mérité sa bonne part de récompenses.
- Outre les alcools de raisin, l’Algérie avait exposé des alcools de grains, de fruits et de racines. Un alcool de graine de sorgho a été jugé tellement supérieur, que des membres du Jury avaient proposé à leurs collègues de le faire concourir avec les produits similaires des autres pays, pour une distinction d’un ordre plus élevé.
- J’ai eu, plus tard, l’occasion d’examiner, plus en détail et en commission, les vins algériens de l’Exposition de Vienne ; le résultat de ce nouvel examen a été beaucoup moins défavorable, en ce sens que beaucoup d'entre eux ont été reconnus posséder des qualités réelles, parmi ceux qui avaient été négligés et sans doute même non
- (1) Yoy. cahier de janvier 1876, p. 50.
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- EXPOSITION DE VIENNE. ---- FEVRIER 1876-
- dégustés ; tandis que quelques-uns de ceux qui avaient été classés portaient ce cachet fallacieux de bouquet et d’aromes spéciaux achetés chez le droguiste. Les vins de notre département sont certainement supérieurs, en moyenne, à ceux des autres départements algériens, et ce sentiment est celui de personnes intéressées à avoir une opinion contraire, en sorte qu’il doit être pour nous un encouragement. Il est incontestable que, dès le début, sous un climat spécial, avec des cépages encore jeunes, et des conditions particulières de fermentation et de conservation, il était impossible de ne pas faire des écoles et de donner à ces produits toutes les qualités qu’ils comportent; mais l’expérience et les soins apporteront certainement des perfectionnements dans leur fabrication, le choix des cépages appropriés à la région, des améliorations dans leurs qualités. It est certain que la culture de la vigne a chez nous un bel avenir, qu’elle est peut-être destinée à suppléer aux défauts de récoltes dont la Métropole est menacée par l’envahissement des fléaux destructeurs, oïdium, phylloxéra et autres. En tout cas, nous avons un très-large champ à exploiter par la production des vins liquoreux, à laquelle notre climat est si bien approprié ; nous avons aussi à nous affranchir du tribut considérable que nous payons à l’Europe pour les vins de toute sorte que
- nous en retirons.
- En 1872, l’Algérie a exporté :
- 7 537 hectol. devin, estimés à. ......... 166048 fr.
- Et elle a importé :
- 417 357 hectol. de vin, estimés à........ 10305554 fr.
- 29 400 hectol. d’esprits et eaux-de-vie, estimés à.. 1294 914 fr.
- Pendant la même année, le département d’Oran a importé en vins. 96038 hect. Et en esprits et eaux-de-vie. ........... 8463 hect.
- Je crois, avant de clore cet article, devoir aviser les colons qu’il a été exposé à Vienne un vin d’orange excellent, qui a beaucoup d’analogie avec le madère, et pour la fabrication duquel on pourrait, à l’occasion, employer les oranges non marchandes.
- Les liqueurs figuraient en grand nombre dans les envois de l’Algérie ; ce sont les deux départements de l’est et du centre qui se livrent à cette industrie, dans des proportions assez considérables pour donner lieu à un véritable commerce. On y trouve des amers de différents noms, ainsi que des bitters variés, des vermout, liqueur de Ras-pail, curaçao, génépi, chartreuse, anisette, crèmes diverses, jusqu’à la liqueur à l’eucalyptus. Le département d’Oran n’était représenté dans cette série que par la liqueur à la mandarine, de l’orphelinat de Misserghin. Plusieurs de ces liqueurs ont été jugées très-bonnes et très-bien fabriquées, mais quelques-unes d’entre elles, pour ne pas dire la plupart, ont eu le reproche d’être trop chargées de caramel, surtout celles de fabrication courante, qui ont besoin souvent de ce palliatif pour masquer leur imper-
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- fection. Je ne puis que transmettre aux intéressés cet avis officieux de membres très-compétents du Jury d’examen.
- Je dois encore mentionner deux produits singuliers par leur origine : c’est d’abord une teinture d’alfa, réputée pour constituer un cordial stomachique souverain, et une teinture de feuilles et de bois de dattier, que l’on dit pouvoir remplacer la teinture d’arnica. Les échantillons envoyés n’étaient que le résultat de simples expériences; ils sont dus à M. Jus, ingénieur des sondages de la maison Degousée, qui, à Batna, utilise ses loisirs en étudiant la préparation en fibres des feuilles de l’alfa et du dattier.
- Matières textiles d'origine végétale.
- Les textiles végétaux occupent déjà une place considérable et sont certainement appelés à jouer un rôle bien plus grand encore dans notre commerce d’exportation. Pour le prouver, il suffit de donner les chiffres de cette exportation pour l’année 1872 et pour toute la colonie.
- Cotons en laine.. 241362 k. valant 482 724 fr.
- Lin teillé. ........ 138820 — 16658
- Crin végétal. ... . . . . . 9011919 — 9011919
- Feuilles de palmier.......................... 1199100 — 179190
- Alfa. . . ..................... . 44006946 — 6601041
- Pour le département d'Oran seul, les exportations des mêmes objets se sont élevées :
- Pour l’exercice 1872
- Cotons en laine........ . 235 362k
- Lin teillé. ........ »
- Crin végétal................... 808 551
- Feuilles en palmier....... . 124 677
- Alfa. . . . . . . . . . .. 43 374029
- Pour le 1er semestre 1873 364 8331 »
- 368579 11861 20446 458
- Les valeurs officielles de la Douane, transcrites ci-dessus, méritent confirmation ; elles n’ont point servi de base à la perception de droits et n’ont ici qu’une valeur de statistique plus ou moins approchée. Mais la première colonne n’est pas contestable ; on y voit que c’est le département d’Oran qui produit presque la totalité du coton ; par contre, il n’a point de filasse de lin et ne fournit à l’exportation que moins d’un dixième de crin végétal ; mais il est presque seul à produire de l’alfa. Il a donc la plus grosse part de ce commerce considérable, soit comme quantité, soit comme valeur ; cette supériorité, il la doit à son climat et à son sol, et ne craint pas de concurrence des autres départements.
- De nombreux échantillons de coton figuraient à la galerie algérienne ; mais la plupart provenaient des bocaux de l’Exposition permanente,de Paris et avaient figuré plusieurs fois aux grands concours antérieurs ; sur vingt et un noms d’exposants, six Tome III. — 75* année. 3* série. — Février 1876. 13
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- seulement étaient réels : un de Bone, pour longue soie et courte soie ; un de Birka dem, pour longue soie ; les quatre autres du département d’Oran. J’ai assisté à l’examen de ces produits par le Jury; il y a eu unanimité pour reconnaître leur excellente qualité, et ceux de la récolte de 1872 ne se sont pas montrés moins remarquables que ceux des années antérieures; on y remarquait même particulièrement l’envoi de la maison Herzog, contenant les plus belles sortes de Belizane, de l’Habra et du Sig, et des graines choisies. Mais pourquoi la production a-t-elle baissé successivement du chiffre de 376 000 kilog., qu’elle avait atteint en 1868, à celui de 282 584 kilog. en 1869 ; puis, après s’être relevée à 346 899 kilog. en 1870, pourquoi est-elle retombée à 271 479 kilog. en 1871, et même à 241 362 kilog. en 1872? Il était alors impolitique d’accuser les causes réelles de cette baisse, et la réponse a été que, sans doute, la situation politique du pays y avait été pour quelque chose. En réalité, nos colons trouvent que cette culture n’est point actuellement suffisamment rémunératrice, et cela tient à deux causes, dont l’une, l’abaissement du prix, est transitoire sans doute et tient à la stagnation des usines qui nous achetaient une partie de nos produits; l’autre, le rendement, peut trouver un remède dans une culture plus intelligente, plus soignée, préparée par une appropriation meilleure du sol, des binages suffisamment répétés, des irrigations moins copieuses; dans une conduite de la végétation pour pousser à la précocité, et permettant d’achever la cueillette en temps favorable; ce qui n’a malheureusement pas toujours lieu, parce que l’abus de l’irrigation pousse au développement des tiges et des feuilles, retarde la floraison et donne des capsules piquées. Les chiffres que j’ai inscrits plus haut montrent que l’exportation du premier semestre 1873 est presque remontée au chiffre total de 1868, et qu’il suffirait de bien faibles améliorations dans les prix et la culture pour saJisfaireles planteurs.
- Il y avait une singularité curieuse pour les lins ; c’est que le département, qui ne fait aucun commerce de cette filasse, avait seul envoyé, à Vienne des échantillons en paille et en filasse provenant de Sidi-Ali (Gostérisan). Un autre échantillon en paille figurait pour sa précocité et avait pour but la production du la graine.; mais, grâce aux résidus des exhibitions antérieures, il y avait une belle série d’échantillons qui a été très-appréciée. Malheureusement le rouissage économique du lin paraît encore un problème incomplètement résolu, et la principale usine du département d’Alger est, à ce qu’on affirme, en souffrance et peut-être sur le point d’être abandonnée. Il se pourrait, toutefois, que cet insuccès tînt à d’autres causes que celles inhérentes à T affaire industrielle en elle-même, et l’on doit toujours espérer pouvoir tirer parti de cette quantité considérable de paille de lin qui reste inutilisée dans nos cultures, entreprises uniquement pour la graine oléagineuse de la plante. La question est, je crois, à l’étude chez nous maintenant; si je suis bien renseigné, grâce au directeur de l’usine Herzog, notre département pourra utiliser ce textile précieux, dont il perd actuellement pour une valeur considérable#
- On cultive deux races de lin : celle de Riga à graine petite, plus spécialement apte à
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- donner des filasses fines, susceptibles d’être filées dans les nOÏ 110, 120 et 140, et comparables à ce que l'on produit en Flandre pour le linge damassé, les batistes et la dentelle ; celle de Sicile, qui produit une graine plus grosse et plus abondante, mais ne possède qu’une fibre plus grossière et donnant des fils du n° 40 propres aux étoffes communes.
- L’agriculture primitive et le régime pastoral des Arabes ont favorisé l’envahissement, par le palmier nain, d’immenses surfaces des terres les plus fertiles, et ce n’est qu’à force de sacrifices d’argent et de temps que le colon parvient à en débarrasser ses champs. Cette mauvaise plante n’est cependant pas absolument inutile et les indigènes en tirent des ressources importantes; à une certaine saison de l’année, on voit des tribus entières procéder à la récolte de la bourre qui entoure la base des feuilles, pour la faire entrer, avec la laine et le poil de chameau, dans la confection de leurs étoffes de tentes ; le cœur tendre de la plante forme alors une partie de leur alimentation ; la feuille sert à la fabrication de cordelettes, de nattes, de corbeilles et de chapeaux. Les Européens ont réussi à utiliser les fibres de la feuille, pour en constituer une filasse frisée et élastique, pouvant remplacer le crin et qui a pris le nom de crin végétal. Son emploi s’est assez vite généralisé en France et tend, de plus en plus, à devenir usuel dans une grande partie de l’Europe occidentale. Ce produit est ordinairement livré au coçnmerce teint en noir, et on lui reproche d’avoir une odeur fétide ; sans cela, les populations allemandes en consommeraient de grandes quantités pour la literie, en remplacement du crin naturel qui est beaucoup plus cher. La teinture ne faisant rien à la qualité, on pourrait, pour cet usage, adopter l’emploi du crin blond ou vert. Il pourrait arriver dans ces pays par deux voies : Trieste, pour l’Austro-Hongrie ; Anvers et Hambourg, pour l’Allemagne. Des demandes seront certainement faites aux maisons algériennes qui figuraient au catalogue des exposants et avaient envoyé à Vienne une très-belle série de leurs produits. M. Arlès-Dufour, d’Alger, a, je crois, déjà noué, par Trieste, des relations d’affaires pour ces articles.
- Cette matière n’était pas exempte de similaires dans les galeries de l’Exposition, il en était même de supérieures comme élasticité; mais leur prix ne peut descendre aussi bas que celui du crin algérien. Il est cependant essentiel que les producteurs s’étudient à faire toujours bon et au meilleur marché possible, s’ils veulent conserver le monopole d’un commerce qui tend à prendre de très-grandes proportions et dont la matière première est, pour ainsi dire, inépuisable.
- A en juger d’après les échantillons exposés à Vienne et, pour la plupart, tirés des vitrines de l’exposition permanente de Paris, l’Algérie pourra fournir bien d’autres textiles qui n’ont encore été l’objet que d’expériences sur une petite échelle, soit comme culture, soit comme préparation et l’extraction de leurs fibres. On peut citer quelques malvacées : abutilon indien, hibiscus abel-moseh ; la corète textile, qui n’est autre chose, je crois, que le jute et qui est, en ce moment, très-recherchée pour les travaux grossiers; les agaves, dont une espèce donne les crins dits d’aloès; toute la
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- série des bananiers, donnant également une grande quantité de fibres où de cellulose qui, malheureusement, reste encore réfractaire au blanchiment. J’ai déjà dit que le Maroc avait exposé une poignée magnifique de gros et grand chanvre de corderie et des cordes très-belles faites de ce même chanvre. La plante chétive, cultivée par les fumeurs de hachich, ne donne certainement pas une idée du développement que cette plante peut prendre en terrain riche et un peu frais, ainsi que j’en ai moi-même fait l’expérience. Les mauves et la corète citées plus haut viennent très-bien dans les pays similaires au nôtre pour le climat, et il serait peut-être intéressant d’expérimenter à nouveau; car la demande de ces textiles tend, de plus en plus, à excéder la production. Ces plantes exigent, chez nous, des terrains profonds, un peu frais ou irrigués; mais la principale difficulté est dans leur rouissage pour préparer le teillage, comme pour tous les autres textiles produits par les écorces.
- Les urticées du genre Bœhmaria, à feuilles non urticantes, sont également très-riches en fibres corticales textiles ; parmi elles il en est une, la ramie, qui se fait remarquer par sa finesse, l’éclat, la souplesse et la ténacité de ses fibres ; l’échantillon qui en était exposé à l'état de filasse a fixé l’attention des visiteurs, surtout à l’aide de petits spécimens de tissus teints en couleurs vives. En Grèce la plante a très-bien réussi, elle y donne deux coupes par an, et les échantillons envoyés de ce pays à Vienne étaient d’une très-belle venue. Le climat de l’Algérie diffère à peine de celui de la Grèce, et cette culture pourra, peut-être, un jour, devenir, chez nous, une source de richesses. M. de Bray a pris à tâche de la vulgariser, et actuellement les colons de Relizane tentent, je crois, un essai sérieux de plantation.
- L’alfa, que beaucoup de gens persistent à confondre avec l’albardin des Espagnols, senhra des Arabes, parce que les botanistes ont donné à ce dernier le nom de lygeurn spartum, est, comme textile grossier, apte à la confection d’objets de grande consommation 5 il est destiné à fournir une source de revenus considérables à l’Algérie et surtout au département d’Oran, où les peuplements s’étendent dans presque toute la région du Tell. Il y avait une belle série d’échantillons à l’Exposition devienne, et elle y a été très-remarquée. Les belles qualités longues, bien égales, blanchies ou convenablement teintes, sont employées pour la vannerie. On trouvait des échantillons de cette sorte dans la galerie espagnole, cotés à des prix sans doute exagérés, car ils atteignent et dépassent même 1 franc le kilogramme, à l’égard desquels il n’a pas été possible d’être édifié par des renseignements autres que ceux des étiquettes. L’Algérie pourrait certainement en produire d’aussi beaux. La maison Herman Wolfgramm de Guben (dépôt général à Berlin, 24, Klosterstrasse) et celle Joseph Schmidt, de Vienne (Mar-garethen Grüngasse, 27) avaient exposé des objets d’ameublement, chaises et autres, dans lesquels entrent les feuilles d’alfa. Les alfas rouis et peignés sont employés pour la corderie, les tapis et la confection d’enveloppes à emballer ; les alfas naturels servent à des usages analogues pour des qualités plus grossières * pour paniers, coufîes, scor-ins et autres articles dits de sparterie. La maison Aglave, d’Oran, et celle Duforest, à
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- Saint-Denis-du-Sig, avaient exposé un choix très-varié de ces diverses préparations, qui constituent, chez nous, une industrie toute nouvelle, susceptible d'un grand développement. M. Jus, de Batna, avait également envoyé, à Vienne, une collection analogue, et avait annoncé être en possession d’un procédé pour le rouissage instantané de l’alfa et du palmier nain, revenant à 1 fr. 75 cent, le quintal ; il avait ajouté à son envoi de la filasse d’alfa teinte et une gomme liquide retirée de la même plante. L’industrie de la sparterie, surtout pour cordes, câbles et tapis de pied, s’est implantée en France, et deux maisons considérables de Lyon ont créé des établissements importants : la manufacture de Fontaine-sur-Saône, de MM. Lafond, André et Gourdonnier, et la fabrique Marthouret fils et cornp., de la Guillotière. M. André a fait, à Vienne, une étude très— détaillée de tous les textiles grossiers, analogues au sparte, et se propose de donner tous les développements possibles à sa fabrication ; il est à la recherche de moyens mécaniques pour désagréger les fibres de l’alfa et les transformer plus facilement en filasse; il espère un résultat prochain, a pu apprécier les qualités de nos produits et ne manquera pas de s’adresser aux Oranais pour ses approvisionnements. Je n’ai vu personne de la seconde maison ; mais au dépôt de ses produits, à Paris, boulevard Poissonnière, 14, maison du Pont-de-Fer, chez M. de la Haye-Lesieur, j’ai vu les résidus de peignage vendus 32 francs le quintal, d’après facture mise sous mes yeux par l’employé de la maison; on en fait, à Paris, un assez grand usage pour la confection de cordes de puits, l’alfa résistant mieux que le chanvre à une humidité permanente. C’est aux Algériens, prévenus de ces débouchés nouveaux, de faire leurs efforts pour 'attirer chez |eux un commerce lucratif, qui se fait en grande partie ou pourrait se faire avec l’Espagne.
- Les grosses bottes comprimées et cerclées d’alfa pour pâte à papier ont attiré bien des regards de curieux, qui ont pu croire que c’était une provision de paille pour un genre de cigare très-usité en Autriche ; mais l’attention des industriels en sera certainement éveillée sur cet emploi spécial. Il est bien à regretter que les maisons anglaises qui traitent nos alfas pour la papeterie n’aient point fait une exposition particulière de leurs produits ; nous n’avons eu que quelques échantillons de papier, réclamés par MM. Dévreton à la maison anglaise Guillermo, à Haies, et qui étaient dissimulés dans une vitrine, à côté des livres et des fibres de ramie. Un échantillon de pâte à papier en grumeaux et blanchie avait été envoyé de Saint-Omer par les fabricants Dambrécourt; il était également relégué dans un coin obscur de la même vitrine. Getle insignifiance des produits est fâcheuse ; car bien des gens se figurent qu’il n’y a en cela que matière à expérience et que les écoles sont encore à faire. En général, l’industrie des papiers était à peine représentée chez les Anglais. J’y ai vu cependant un assez beau papier dans lequel l’alfa entre pour 25 pour 100, le reste étant, en totalité ou en partie, seulement de la cellulose de bois. Je n’ai point trouvé le représentant de cette maison, et je n’ai pu avoir de plus amples renseignements. Cette industrie de pâtes de bois a été récemment introduite dans les Landes et promet de s’y développer considérablement ;
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- mais je n’ai point vu de ses produits exposés. La Suède et la Norwége, au contraire, ont eu des spécimens variés et volumineux, donnant une idée de toute la série des transformations du bois, en papier d’assez belle apparence, mais assez cassant et nécessitant, sans doute, pour avoir plus de souplesse et de résistance, un mélange, en assez forte propoportion, de pâte d’alfa ; mais je n’ai pu entretenir de cette question les fabricants de ces pays, qui n’avaient pas sur place des représentants suffisamment autorisés. En Allemagne, M. Ferd. Plate, fabricant de papier, à Hambourg, se propose de tenter quelques affaires avec l’Algérie. Pour la Hollande, M. J. Lansberg, de la Haye, a pris de nombreux renseignements pour, au besoin, en faire son profit.
- Cette question des pâtes à papier est très-importante pour l’Algérie, car, en dehors de l’alfa, il y a bien d’autres plantes que l’on pourrait utiliser pour cela; mais les frais de transport de ces marchandises encombrantes sont une difficulté quelquefois insurmontable ; il serait donc à désirer que l’on pût établir des fabriques de pâte à papier dans le pays même, afin de n’avoir plus à expédier que la matière utile, débarrassée de tous ses déchets. A une certaine époque, une pareille usine avait été créée aux environs d’Alger ; mais elle n’a pu trouver un écoulement avantageux à ses pâtes desséchées en pains, qu’il était ensuite très-difficile de ramollir ; cet inconvénient pourrait facilement être corrigé par la fabrication de pâtes en grumeaux que l’on pourrait expédier ainsi ou comprimées à sec, de manière à être facilement désagrégées. Cette opportunité est dans tous les esprits; mais quel sera l’audacieux qui tentera la fortune?
- Textiles d’origine animale.
- Les tableaux statistiques de la Douane accusent pour l’exportation de l’année 1872 les chiffres suivants :
- Laine en masse : 8 300 559 kil. d’une valeur de 14 525978 fr.
- Soies : 8 015 kil. d’une valeur de 166 774 fr.
- La participation du département d’Oran à ce commerce se chiffre ainsi :
- Laine en masse : 2 978970 kil., soit un peu plus du tiers.
- Soies : 497 kil., soit un peu plus du vingtième.
- On y trouve la démonstration de l’importance des laines dans le Marché algérien, importance qui ne peut que grandir, car on pourrait donner un développement considérable à la production de cette marchandise, surtout dans notre département, où l’étendue des surfaces de parcours est presque immense. On peut, en effet, sans craindre de dépasser la réalité, estimer au cinquième la partie plus ou moins utilisée des pâturages des hauts plateaux. Actuellement, il est vrai, il ne serait pas possible de faire beaucoup plus, parce que, pendant une grande partie de l’année, l’eau manque absolument sur les étendues inutilisées, et sans cet élément indispensable à la vie, quand il n’y a plus d’herbe verte, il est impossible d’y faire séjourner les troupeaux. Il faudrait donc apporter un remède à cette situation fâcheuse ; la recherche des eaux
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- profondes, et surtout l’emmagasinage des eaux de pluie dans des redirs artificiels, viendraient accroître les ressources et augmenter considérablement les surfaces de parcours utiles, permettant de développer dans de bien plus larges proportions l’élevage des bêtes ovines et la production de la laine.
- L’Algérie avait exposé de belles laines mérinos ; mais il me semble qu’il lui sera difficile, pour cette qualité surtout, de soutenir la concurrence de l’Australie qui produit si beau et à si bon compte. Je dois dire que, pendant mon séjour dans les galeries de notre exposition à Vienne, j’ai plus souvent été interrogé sur les laines à peigner dont nous avons d’assez beaux échantillons et que nous pourrions produire en quantité, en améliorant tant soit peu la forte race de l’ouest de notre département.
- Un petit nombre d’indigènes avaient exposé des échantillons de poil de chèvre et de poil de chameau ; leur emploi est restreint à la confection des étoffes de tente, de cordes pour arrimer les charges des bêtes de somme, de sacs, etc., tous produits de l’industrie indigène et qui paraissent rester en totalité dans le pays.
- La production de la soie ne semble faire aucun progrès en Algérie, et c’est à peine s’il y en aurait eu des échantillons à l’Exposition de Vienne, si, comme pour beaucoup d’autres objets, on n’avait mis à contribution les restes des expositions antérieures, collectionnés au Palais de l’Industrie à Paris, et plus spécialement les spécimens ayant figuré à Lyon en 1872. Je ne sais pas au juste pourquoi la sériciculture n’a donné en Algérie, malgré tous les encouragements, que des espérances déçues ; cela tient peut-être à ce qu’il n’y a point suffisamment de cultivateurs initiés aux soins minutieux des éducations, ou sans doute aussi aux maladies qui ont sévi comme en France, au début même de bien des essais, et ont fait échouer tous les efforts. Cependant il existe des éducations sur petite échelle qui continuent à donner d’assez beaux résultats. Il y a donc lieu d’espérer que cette industrie a chez nous encore des chances heureuses de développement, surtout à l’aide des moyens que la science a mis à notre disposition pour garantir l’état sain des graines mises à l’éclosion. Les plantations de mûriers sont considérables et assurent l’alimentation de très-nombreuses éducations ; il serait regrettable de les voir détruire pour cause d’inutilité, ainsi qu’on en voit quelques exemples. Les populations viticoles du midi de la France, dont les vignobles sont menacés par le phylloxéra, ont en ce moment des tendances à émigrer vers l’Algérie. Si ce mouvement était favorisé par le Gouvernement, de manière à acquérir de l’importance, la sériciculture ne manquerait pas de profiter de l’expérience de ces nouveaux colons, qui verraient sans doute avec regret se perdre une aussi grande quantité de feuilles de mûrier, qu’ils ont l’habitude de considérer comme si précieuses.
- Les vers à soie du ricin, de l’ailante et du jujubier ne sont pas encore, je crois, sortis des chambrées d’expérience ; leurs cocons restent plus ou moins réfractaires au dévidage et, ne donnant que des bourres de soie, ont une faible valeur. Il n’y a donc encore aucune espérance sérieuse à fonder sur cette espèce de produits.
- [A suivre.)
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- NOTICES INDUSTRIELLES. — FEVRIER 1876.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Exposition de la Société industrielle de Mulhouse en 1816. —
- La Société industrielle de Mulhouse, qui, par ses travaux et les nombreux services qu’elle a rendus, a acquis une juste notoriété, a décidé de fêter d’une manière toute spéciale le cinquantième anniversaire de sa fondation qui tombe cette année.
- A cet effet, elle ouvrira, au mois de mai prochain, une exposition des produits des industries textiles de la région, et dans ce but elle a rédigé, sous forme de règlement général, un programme dont voici quelques-uns des principaux articles.
- Art. 1. — L’exposition sera composée des produits des industries textiles et pourra comprendre également ceux de quelques-unes des industries accessoires qui en dépendent.
- Art. 2. — Les filés, les tissus écrus et les produits des industries accessoires, quelle que soit, du reste, leur importance, ne feront l’objet que d’expositions collectives. Les expositions de tissus de différentes natures, coton, laine, soie, etc., blancs, apprêtés, teints ou imprimés, auront, au contraire, un caractère personnel, en ce sens que ces produits seront exposés séparément et sous leur nom, par chacune des maisons qui prendront part à l’exposition.
- Il en sera de même pour les fils retors blancs et teints et pour les papiers blancs ou peints.
- ...Art. 4.— Un rapport général sera fait sur l’ensemble de l’exposition qui ne sera
- pas l’occasion d’un concours ni d’une distribution de prix..
- Art. 10. — Les frais de transport des produits, de leur installation et de leur enlèvement seront à la charge des exposants. Les frais d’assurance, de garde et de surveillance seront supportés par la Société industrielle.
- Amidon de mais. — Le mais est ramolli dans une dissolution de carbonate de soude et écrasé entre des meules sur lesquelles on fait couler de l’eau. Le liquide laiteux qui s’écoule est étendu d’eau et conduit, au travers d’un tamis, sur une grande aire inclinée. Sur le tamis restent les fibres, etc., du maïs. L’amidon qui a passé se dépose sur l’aire inclinée, tandis que les éléments gras et azotés s’écoulent avec le liquide et se rendent dans une cuve. L’amidon est rassemblé, lavé et séché ; les résidus qui se trouvent dans les tamis sont employés pour la nourriture du bétail ou la fabrication du papier, et la matière grasse obtenue sert pour la fabrication des savons.
- • ( Wochenschrift der N. O. Gewerbe-Vereines.)
- PARIS. — IMPRIMERIE DE Mme Ve BOUCHÀRD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5. — 1876.
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- 95e année.
- Maris 1896.
- Troisième série, tome III. 7
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIETE im 1011! U ni I; VI
- POUR L’INDUSTRIE
- Rapport fait par M. Salvetat, au nom de la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie, sur le pantographe circulaire pneumatique présenté par
- M. Guérin, 38, avenue de Wagram, à Paris.
- Messieurs, M. Guérin vous a présenté, dans la séance du 26 novembre dernier, un appareil ingénieux au moyen duquel on peut augmenter ou réduire instantanément toute espèce de dessin. Vous en avez renvoyé l’examen à la commission des beaux-arts, qui m’a chargé de vous en rendre compte dans les termes suivants :
- On a souvent besoin dans la pratique, surtout dans l’application de l’art à l’industrie, de méthodes à l’aide desquelles on puisse réduire ou augmenter les dimensions d’un dessin donné.
- Le pantographe circulaire pneumatique, ainsi que le nomme M. Guérin, doit prendre sa place dans tous les ateliers où l’on cherche à reproduire, dans des dimensions autres que celles du sujet primitif, un objet dessiné soit au trait, soit ombré, soit peint, alors qu’on n’a pour but que de retracer les contours de l’ensemble ou des détails, sans copier les couleurs.
- Plusieurs méthodes ont été proposées déjà depuis longtemps, mais sans être adoptées définitivement par l’industrie.
- Sans parler des systèmes variés de pantographie, la chambre noire simplifie le travail de l’artiste; elle peut remplacer le carreau pour les personnes exercées, lorsqu’elles ne sont pas étrangères aux arts. Peu d’artistes, cependant, en font usage.
- Tome III. — 75e année. 3e série. — Mars 1876.
- BEAUX-ARTS APPLIQUÉS
- NATIONALE
- A L’INDUSTRIE.
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- BEAUX-ARTS.
- MARS 1876.
- La photographie conduit à des résultats identiques, en permettant de faire des clichés grands ou petits sur un dessin déterminé. Mais elle exige des appareils coûteux et toute l’habileté d’un photographe. Quelque répandu que soit cet art aujourd’hui, les artistes qui ont besoin de transformer un sujet quelconque font rarement cette opération par eux-mêmes faute de l’outillage; il leur est, d’ailleurs, à peu près impossible de recourir à des tiers pour un travail qu’il faut faire vite et qui n’exige pas plusieurs reproductions.
- On se rappelle l’emploi de la gélatine fait par Gonord, il y a plus de soixante ans, pour préparer, avec une seule planche, des épreuves grandes et petites d’un même sujet destiné à la décoration des poteries (1). Une planche de cuivre ou d’acier recevait un dessin de grandeur moyenne ; on tirait sur une feuille de gélatine. Mettant cette feuille ainsi chargée tantôt en contact avec de l’alcool, l’épreuve se contractait, tantôt en contact avec de l’eau, l’épreuve se dilatait. Des difficultés d’exécution ont empêché ce moyen de devenir pratique, même pour l’objet auquel il était destiné. Notre honorable Président nous développait récemment les sentiments de curiosité sympathique avec lesquels la Section des sciences de l’Institut avait accueilli, en son temps, le premier échantillon qui lui fut soumis.
- On a vu encore, lors des dernières expositions internationales, l’usage du caoutchouc employé comme corps élastique, recevant un dessin dont les dimensions pouvaient être modifiées par une sorte d’allongement de cette matière tirée dans plusieurs sens. Le caoutchouc, sous forme de plaque, étendu sur un châssis dont les deux côtés opposés pouvaient être écartés ou rapprochés, permettait de faire varier les dimensions du dessin.
- Votre commission des beaux-arts ne peut omettre cette citation, qui ne diminue pas le mérite du travail de M. Guérin, car, si le principe de l’emploi du caoutchouc n’est pas une découverte que l’auteur puisse revendiquer d’une manière absolue, l’appareil modifié dans lequel on retrouve l’utilisation de l’élasticité de cette matière fait le plus grand honneur à son esprit d’investigation.
- Il nous a semblé, pour bien faire apprécier les avantages de l’outil inventé par l’auteur, qu’une description sommaire devait précéder les conclusions de ce rapport.
- (1) Alex. Brongniart, Traité des arts économiques, t. Il, p. 656. Le musée céramique de Sèvres possède deux plaques sur lesquelles est imprimé, l’une en noir, 1812, l’autre en dorure, 1844, un sujet, en trois dimensions obtenues avec une même planche.
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- L’appareil proposé par M. Guérin est donc basé sur l’élasticité du caoutchouc; tiré dans le sens de sa longueur, il s’allonge pour revenir à ses dimensions primitives quand l’effort de tension n’existe plus. Si la tension est régulièrement appliquée, l’extension sera régulière et l’augmentation ou la diminution du dessin seront régulières également, surtout si les tensions circulaires concourent au centre de figure; au centre, par exemple, d’un cercle sur lequel le dessin aura été fixé.
- L’appareil se compose d’un plateau circulaire fixé sur la tête d’un pas de vis et maintenu invariablement à la partie inférieure; le pas devis est vertical et solidement fixé sur une lourde masse de fonte qui sert de pied.
- Entre ces deux parties se meut sur le pas de vis, à l’aide d’un écrou qui monte ou s’abaisse, une seconde plaque métallique également circulaire. On étend, avant de se servir de l’appareil, sur le plateau supérieur, une plaque de caoutchouc portant un petit bourrelet qu’on arrête sur le plateau inférieur; on l’y maintient par une bande de serrage; c’est sur cette plaque qu’on dessine le sujet qu’on veut modifier dans ses dimensions.
- En supposant que le plateau inférieur soit entre le pied et le plateau supérieur au moment ou le dessin a été tracé, il suffit de tourner de droite à gauche ou de gauche à droite pour voir le dessin se modifier. Le plus grand accroissement correspond à la course totale du plateau sur ce pas de vis, la position initiale étant celle dans laquelle le plateau inférieur est en contact avec le plateau supérieur. La plus grande réduction correspond à la course totale du plateau sur le pas de vis, la position initiale étant telle que le plateau du bas se trouve en contact avec le pied de l’appareil.
- Le dessin qu’on veut reproduire est fait à l’encre grasse sur papier végétal; on le décalque sur la feuille de caoutchouc. Il ne faut pas laisser l’encre se dessécher complètement; il faut, au contraire,la maintenir légèrement molle par une légère élévation de température. La compression de l’encre à l’aide d’une petite roulette détermine une adhérence suffisante.
- Le décalquage de l’épreuve, réduite ou agrandie, se fait alors par les moyens connus.
- M. Guérin a modifié cet appareil pour le rendre propre à préparer immédiatement un transport sur pierre lithographique. À cet effet, le plateau supérieur se compose d’une partie circulaire mobile qu’on peut enlever après qu’on a fait la modification du dessin primitif; il suffit de retirer la bande de serrage en la dévissant, mais il faut alors ajouter, avant cette opération, une deuxième bande de serrage au plateau supérieur; on dégage ce dernier
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- du pas de vis, on le renverse, on enlève la partie mobile et, plaçant le caoutchouc sur une pierre lithographique, on agit par compression au moyen de la roulette pour transporter l’épreuve, qui peut être mordue et retouchée par les méthodes connues de la lithographie.
- Les circonstances dans lesquelles cet appareil peut être employé sont très-nombreuses; les amateurs, les artistes même pourront trouver avantageux d’en faire usage pour modifier vivement des dessins destinés à la peinture sur verre, sur porcelaine, sur étoffes et tous tissus imprimés, et les dessinateurs de profession en apprécieront la simplicité, l’efficacité et la manipulation facile.
- Mais faut-il, comme le pense l’inventeur, le proposer aux écoles d’enseignement de l’art du dessin ? Votre commission est très-éloignée de le croire, car, dans ces dernières conditions, il faut éloigner tout procédé mécanique capable de soustraire l’élève à des études sérieuses. De même que le décalquage à la vitre est scrupuleusement interdit, de même il faut apprendre à l’enfant à se servir des yeux pour saisir les rapports el les proportions, et traduire, sans l’aide d’aucun outil, l’aspect des objets qui se présentent à sa vue (1).
- Sous le mérite de ces réserves, votre commission des beaux-arts donne son approbation aux recherches de M. Guérin et vous propose, en le remerciant de sa présentation, de voter l’insertion du présent rapport dans le Bulletin yo[yq Société.
- Signé Salvetat, rapporteur.
- Approuvé en séance, le IA janvier 1876.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Pihet, au nom du comité des arts mécaniques, sur la burette-lampe présentée par M. Girouard (Émile), rue de la Boulangerie, à Saint-Denis [Seine).
- Messieurs, le graissage des machines et de leurs transmissions de mouvement joue un si grand rôle dans nos ateliers que, tous les jours, de nouvelles combinaisons sont faites pour le faciliter, l’améliorer, le rendre efficace et
- (1) La Manufacture de Sèvres a reconnu l’utilité de cet appareil pour le service de ses ateliers, et les peintres de cet établissement en apprécient tous ies avantages.
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- économique ; il n’y a donc pas de petit effort dans ce sens qui ne mérite considération.
- Vous avez vu fréquemment combien est mal à l’aise l’ouvrier chargé du graissage, lorsque les organes qu’il doit atteindre sont dans des endroits obscurs et peu accessibles.
- D’une main, il tient sa burette à huile, de l’autre sa lampe; souvent les deux mains occupées, il est sur une échelle et la gêne le rend maladroit.
- M. Émile Girouard, de Saint-Denis, a eu l’heureuse idée de réunir les deux appareils en un seul. Sur le corps de la burette, ainsi que le montre
- la figure ci-jointe, il a soudé une petite lampe à essence minérale d’un type bien connu ; c’est la lampe Mile. Le
- récipient de cette lampe se compose, vous le savez, d’une éponge imbibée d’essence et ne peut en laisser répandre. Son usage est devenu absolument vulgaire et ne présente aucun danger.
- L’invention, vous le voyez, n’est pas compliquée, mais nous la regardons comme digne de votre intérêt et remplissant parfaitement son but.
- Votre comité a donc l’honneur de vous proposer de remercier M. Emile Girouard de sa communication et de vouloir bien insérer le présent rapport dans un de vos prochains Bulletins.
- Signé À. E. Pihet, rapporteur. Approuvé en séance, le IL janvier 1876.
- AGRICULTURE.
- LES CULTURES LEGUMIERES DU DEPARTEMENT DE LA SEINE, PAR M. HEUZÉ,
- Membre du Conseil (1). .
- La culture maraîchère a une gvande importance dans le département de
- (G Lecture faite dans la séance du 14 janvier 1876.
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- AGRICULTURE.
- MARS 1876.
- la Seine. Elle comprend la culture des légumes de pleine terre et la culture des légumes de primeur.
- Les jardiniers maraîchers de Paris, qui ont accepté saint Fiacre comme patron, formèrent, pendant plusieurs siècles, une communauté qui était régie par un statut de 1473. D’après l’article 17 de l’ordonnance de Henri II, nul jardinier ne pouvait exercer son art s’il n’était maître juré. L’apprentissage durait quatre années et le compagnonnage deux. Le brevet coûtait 15 livres et la maîtrise 200. Cette importante communauté fut supprimée en 1776.
- D’après une charte de 1176, les marais dans lesquels on cultivait les légumes s’étendaient de la rue Saint-Antoine à Chaillot et de Paris à Montreuil. Ils étaient traversés par le ruisseau de Ménilmontant. En 1154, une partie fut concédée à divers particuliers pour qu’ils les défrichassent, à raison de 12 deniers par arpent. D’après les plans des enceintes de Paris, les marais légumiers, de 1367 à 1383, s’étendaient de la porte Saint-Antoine au village de la Ville-l’Evèque ; ils occupaient les carrefours Saint-Martin, Saint-Denis, Grange-Batelière et du Roule. De 1422 à 1589, ils couvraient les courtils ou coultures Sainte-Catherine, du Temple et de Saint-Martin. De 1590 à 1643, ils étaient situés au nord de l’enceinte de Paris.
- A ces diverses époques, les jardiniers maraîchers étaient désignés sous les noms de verduriers, courtilliers ou légumiers. Henri III, dans une ordonnance rendue en décembre 1576, appelle les maraîchers ses « bien-aimès maîtres jardiniers de sa bonne ville de Paris. » Nonobstant, à cette époque le bourreau de Paris prélevait un droit à la halle aux herbages sur les produits mis en vente par les maraîchers, et ses valets marquaient le dos des payeurs avec de la craie.
- En 1780, les jardins maraîchers occupaient encore toute la partie située au nord du boulevard qui va de la Madeleine à la Bastille. Les marais de la chaussée d’Antin étaient alors très-vastes. Regnard habitait, vers 1750, un hôtel situé à l’extrémité de la rue de Richelieu ; de ses fenêtres il dominait ces cultures légumières. Voici comme il a décrit la satisfaction que lui causait la vue de ces cultures spéciales :
- C’est là qu’en mille endroits, laissant errer ma vue,
- Je vois croître à plaisir l’oseille et la laitue ;
- C’est là que, dans son temps, des moissons d’artichauts Du jardinier actif fécondent les travaux.
- Les asperges et les artichauts étaient rares à Paris au temps de Henri II.
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- En 1533, époque à laquelle Champier publia son Hortus gallicus, on mangeait en salade les extrémités des pousses de la mauve, du houblon, de la bryone, etc.
- La culture maraîchère occupe de nos jours 1 378 hectares, divisés en 1 800 jardins, dans les communes de Paris, Pantin, Clichy, Saint-Denis, Au-bervilliers, Maisons-Alfort, Grenelle, Issy, etc. Les marais ou jardins maraîchers situés à Paris dans les quartiers Saint-Antoine, Popincourt, Bercy, Saint-Mandé, Vaugirard, etc., ont une étendue totale de 750 hectares
- Tous les terrains occupés par la culture des légumes sont sablo-argileux, profonds, fertiles, à sous-sols perméables et clos de murs qui, pour la plupart, sont garnis d’arbres fruitiers. Leur étendue moyenne varie entre 60 et 70 ares ; les plus grands ont 1 hectare de superficie ; la surface des plus petits n’excède pas 50 ares. Chaque marais renferme une maison d’habitation, \ une écurie, un hangar et un manège établi au-dessus d’un puits. Le terrain / est loué de 1 000 à 1 200 francs l’hectare, et la maison de 300 à A00 francs.
- La terre de ces jardins maraîchers ne se repose jamais ; elle est sans cesse occupée par divers légumes, végétant souvent simultanément dans le même carré ; c’est pourquoi elle produit, chaque année, deux et trois récoltes légu-mières. Les plates-bandes situées à la base des murs sont appelées côtières; celles exposées au midi sont occupées par les plantes qui demandent beaucoup de chaleur ; les plates-bandes situées à l’ouest, et qu’on nomme côtières d’ombre, sont réservées pour les légumes qui exigent, pendant l’été, le plus de fraîcheur possible.
- Les plantes potagères qu’on cultive dans les jardins maraîchers exigent beaucoup de travail, des engrais en abondance, des arrosages copieux et fréquents, et souvent des abris artificiels : châssis, cloches, paillassons, etc..
- Les 1 800 jardins maraîchers précités possèdent 360 000 panneaux vitrés (coffres et châssis) et 2 160 000 cloches ou verrines. Un hectare de marais comprend 100 panneaux et 3 000 cloches, et il exige, chaque année,
- 3 000 francs de fumier. Les panneaux et les cloches changent de place tous les ans. Le fumier de cheval, employé pour monter les couches, reste souvent en tas pendant 5 à 6 mois. Chaque panneau use annuellement pour 1 francs de fumier. Les planches non occupées par ces abris sont fertilisées à l’aide du terreau fourni par les anciennes couches. Les arrosages ont lieu soir et matin à l’arrosoir, ou à la lance lorsque le marais possède un réservoir élevé de plusieurs mètres au-dessus du sol. Dans le premier cas on remplit les arrosoirs dans des tonneaux qui sont enterrés le long des allées principales.
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- Dans tons les marais on rend les arrosages moins fréquents et plus efficaces en opérant un paülis sur toute la surface des planches aussitôt que les légumes ont été repiqués. Le paillis se fait en répandant du fumier court et à demi consommé. On opère la culture simultanée en contre-plantant une rangée de laitue entre deux rangs de romaine, ou une rangée de choux-fleurs entre deux lignes de laitue, c’est-à-dire en associant une plante qui se développe promptement à un légume qui doit occuper le sol pendant un temps plus considérable. Par cette méthode il n’y a pas de vide dans les planches, et les plantes peuvent facilement végéter, puisqu’il arrive un moment où une seule espèce occupe le terrain.'
- La vie du maraîcher de Paris est très-laborieuse et pénible. Dans tous les marais on se lève à deux heures du matin en été et à quatre heures en hiver. Le maître est toujours à la tête des garçons maraîchers, et la maîtresse surveille sans cesse les femmes. Ce sont les femmes qui récoltent les épinards, l’oseille, le persil, montent les voies, c’est-à-dire les hottes à claire-voie, les mannes ou grands paniers sans anses pour les épinards, les mannettes ou corbeilles pour les choux-fleurs, et les calais, petits mannequins pour l’oseille et la laitue.
- Le maître cueille les melons, les cantaloups, les tomates, et les garçons arrachent, lavent et disposent les carottes en bottes, etc.
- C’est la maîtresse seule qui s’occupe de la vente des légumes. Le garçon qui conduit, à la pointe du jour, la voiture de légumes à la halle, décharge les voies, les mannes, etc., va chercher du fumier et revient au marais. Lorsque les légumes ne sont pas vendus en bloc, ce qui arrive aujourd’hui assez rarement, la maîtresse et la fille restent à la halle jusqu’à huit ou neuf heures du matin. C’est la fille qui rapporte alors à la maison, à l’aide d’une des hottes, les paniers, corbeilles, etc.
- La population maraîchère s’élève à 7 500. Elle possède un matériel évalué à 8 millions de francs et elle achète, chaque année, pour 1 200 000 francs de fumier. Elle vend annuellement pour 12 000 000 de francs de légumes et 300 000 francs de terreau provenant des couches épuisées.
- Les maraîchers de Paris excellent dans la culture du cantaloup prescott fond noir et du cantaloup prescott fond blanc. Ces fruits sont très-supérieurs en qualité au cantaloup non galeux. Le melon maraîcher ou melon brodé est d’une culture plus facile, mais sa chair n’a ni la qualité ni le parfum qui distinguent la chair du cantaloup prescott.
- • En général, les maraîchers cultivent principalement le chou-fleur, la lai-
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- tue, la romaine, l’escarole, la chicorée frisée, le persil, le cerfeuil, l’oignon blanc, la tomate, l’oseille, les choux pommés hâtifs, l’épinard, le concombre, le céleri et les radis. Tous ces légumes sont remarquables par leur qualité. En 1785, Rozier disait que les salades qu’on mange à Paris et qui doivent leur existence au fumier de couche étaient détestables. Ce jugement n’a jamais été confirmé. Tout le monde, au contraire, se plaît à reconnaître que les produits des jardins maraîchers de Paris sont d’une délicatesse et d’une fraîcheur tout h fait exceptionnelles.
- La culture des gros légumes : asperges, artichauts, poireaux, choux pommes, j scorsonère, carotte rouge longue, pommes de terre hâtives, pois à écosser, î haricot à écosser, etc., a une grande importance à Àubervilliers, Nogent-sur-I Marne, Noisy-le-Sec, Fontenay, Courbevoie, Nanterre, Puteaux, etc. Elle a | lieu en plein champ, alterne avec la culture des céréales et occupe annuelle-\ ment 20 000 personnes sur 7 000 hectares. Les produits ont une valeur ! moyenne de 2 000 francs par hectare.
- La culture des pois à écosser couvre, chaque année, 1 400 hectares ; celle du haricot, 880 hectares ; celle des choux, 1 669 hectares ; celle de l’arti— ; chaut, 313 hectares. Plusieurs de ces gros légumes végètent simultanément 1 sur le même terrain. La culture de l’artichaut occupe une surface importante dans la plaine de Saint-Denis. Les pois et les haricots sont spécialement cultivés à Puteaux, Suresnes, Courbevoie, etc.
- / En 1853, la halle de Paris a reçu 502 041 sacs de pois en cosse, 74 344 sacs / de haricots verts et 159 000 sacs de haricots à écosser. En 1866, il est arrivé I aux halles centrales 250 000 sacs de pois non écossés, 110 000 sacs de hari-I cots verts et 250 000 sacs de haricots à écosser.
- ) Le sac de pois pesant 55 kilogrammes rend 26 à 28 litres de petits \ pois ; le sac de haricots de 50 kilogrammes rend 36 à 38 litres de hari-V cots frais. Le sac de haricots verts pèse 55 kilogrammes.
- Les petits pois ont toujours été très-recherchés à Paris. En 1695, iis se vendaient 50 écus le litron. Mme de Sévigné disait, en 1696, « le chapitre des pois dure toujours : l’impatience d’en manger, le plaisir d’en avoir mangé et la joie d’en manger encore. » En 1780, on les vendait 100 écus le litre. En 1651, Bonnefond, valet de chambre de Louis XIV, disait, dans le Jardinier français, que les pois de Hollande ou pois sans parchemin étaient encore rares à Paris. / Les 10 000 000 de bottes de cresson que l’on consomme annuellement à I Paris sont récoltées dans les départements de Seine-et-Oise et de l’Oise. VChaque botte pèse, en moyenne, 250 grammes.
- Tome III. — 75e année. 3' série. — Mars 1876.
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- Les légumes des maraîchers de Paris sont vendus à la tête, à la botte ou au paquet. La botte de radis se compose de trois poignées; la botte de carottes pèse environ 2 kilogrammes, le paquet d’épinard ou d’oseille 1 kil. 500, la botte de persil ou de cerfeuil 1 kilogramme, celle d’oignon 2 kilogrammes, de ciboules 1 kilogramme, de poireaux 2 kilogrammes ; un litre de choux de Bruxelles pèse 4 kil. 50. Le poids moyen des melons est de 2 kil. 500.
- Les haricots secs que l’on consomme à Paris viennent de la Picardie, de l’Orléanais, du Nivernais, de la Champagne et de la Bourgogne. Les lentilles sont expédiées de la Beauce, delà Bourgogne et de la Picardie. Le lentillon ou petite lentille a été mis à la mode sous Louis XY par la reine ; c’est pourquoi on l’a appelé depuis lentille à la reine. Les pois verts sont importés de la Flandre, de la Lorraine, de la Picardie et de la basse Bretagne.
- La culture forcée des légumes n’est pas très-ancienne; c’est Tassère, jardinier du duc d’Orléans et pareut de Thoüin, qui, en 1764, imagina, le premier, à Bagnolet, de cultiver des primeurs.
- C’est en 1780 que Fournier adopta les panneaux vitrés dans les jardins maraîchers de Paris. Ces abris permirent à Decouflé, en 1788, de forcer le haricot; à Stainville, en 1791, la chicorée frisée d’Italie; à Quentin, en 1792, l’asperge blanche; à Marie, vers 1799, les petits pois, les concombres et l’asperge verte; à Besnard, en 1811, le chou-fleur; à Dulac et Duchemin, en 1812, la romaine ; aux frères Quentin, en 1814, le haricot flageolet; à Gros, en 1826, la carotte courte hâtive de Hollande.
- Ces cultures forcées sont toujours suivies par divers maraîchers malgré l’arrivée des légumes obtenus à la fin de l’hiver sur les rives de la Méditerranée ou, pendant cette saison, à Alger, parce que les produits importés de ces contrées très-tempérées n’ont jamais la fraîcheur ni la délicatesse des légumes de primeurs obtenus par les habiles maraîchers du département de la Seine.
- Les cultures forcées pratiquées en dehors des marais de Paris sont au nombre de trois : celles de l’asperge, du champignon comestible et de la barbe-de-capucin.
- La culture forcée de l’asperge est simple. Yoici comment on l’opère : on ouvre, entre les planches d’asperges, des tranchées profondes de 0m,60 et on les remplit de fumier chaud jusqu’au niveau du sol. La terre provenant de ces rigoles sert à surcharger l’aspergerie d’une couche de 0m,16 à 0m,20. Ce premier travail terminé, on place sur les planches des coffres et des châssis, et on élève les réchauds (fumier neuf) jusqu’à la hauteur des panneaux
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- vitrés, puis on couvre ceux-ci de paillassons. Douze à quinze jours après, on commence à couper des asperges, qui pèsent chacune, lorsqu’elles sont belles, de 150 à 200 grammes.
- La culture du champignon comestible se fait dans les anciennes carrières, autant que possible lesplus obscures. Les meules sont montées avec dufumier d’écurie, qui a été préalablement bien mélangé et débarrassé des longues pailles. On a soin, en montant chaque meule, de bien tasser le fumier. Les meules ont 0m,60 environ de hauteur sur 0m,60 de largeur. Quand elles sont terminées et qu’elles ont légèrement fermenté, on les larde avec des galettes de blanc de champignon ou fumier de cheval couvert de byssus ou filaments blanchâtres. Ces mises sont placées parallèlement les unes au-dessus des autres à 0”,25 de distance. Au bout de huit à dix jours, quand le blanc est bien attaché au fumier , on gobette les meules, c’est-à-dire on les couvre de terreau bien tamisé sur toute leur surface. L’ouvrier qui opère a soin de mouiller légèrement le terreau avant de le battre avec le dos d’une pelle en fer, pour qu’il couvre bien les parois latérales. De temps à autre, si les meules se sèchent, on les mouille très-légèrement avec un arrosoir à pomme percée de petits trous.
- Une meule bien réussie commence à produire des champignons au bout de quatre à cinq semaines. On doit, après la cueillette des champignons, combler avec du terreau les trous qu’on remarque.
- Cette culture est pratiquée en grand à Vaugirard. Un maniveau contient de 12 à 15 champignons, pesant ensemble environ 250 grammes.
- La barbe-de-capucln provient de la culture forcée de la chicorée sauvage. Voici comment on opère cette culture à Fontenay-sous-Bois et Nogent-sur-Marne : aux mois de novembre et de décembre, on arrache les racines de cette plante sans couper les collets ; on choisit celles qui sont droites et on les réunit en petites bottes avec des brins d’osier, en ayant soin de ne pas trop les serrer. Ces bottes, contenant 50 racines, sont mises ensuite debout dans un lit de fumier de cheval déposé dans une cave ou un cellier obscur. On arrose le fumier de temps à autre. Quand les pousses blanc jaunâtre ont 0m,30 de longueur, on retire les bottes, on les nettoie et on les livre à la vente. La chicorée sauvage, ainsi blanchie, constitue une excellente salade qui se vend, en moyenne, 30 centimes la botte.
- Les légumes cultivés dans le département de la Seine apparaissent à la halle aux époques ci-après :
- lre quinzaine de septembre. — Asperge verte forcée, batate, céleri plein.
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- 2e quinzaine de septembre. — Choux de Bruxelles, cardon. lre — d'octobre. — Céleri-rave, asperge blanche forcée. lTe — de janvier. — Radis rose.
- lre — de février. — Brocoli blanc, chicorée frisée.
- 2e — de mars. — Asperge de pleine terre, carotte courte hâtive.
- Ve — d’avril. — Brocoli violet, artichaut, haricot vert, pois en
- cosses.
- 2e — d'avril. — Chou cabus petit, chou-fleur, pommes de terre.
- lre — de mai. — Arroche, fève, cantaloup, oignon blanc, pois
- écossés.
- 2e — de mai. — Echalote, navet, panais.
- 2e — de juin.—Pourpier.
- lre — de juillet. — Radis noir.
- 2e — — — Chou milan hâtif, escarole, chou-rave, po-
- tiron.
- lre — d’août. — Chou rouge, potiron.
- Voici maintenant les époques d’arrivée et les prix de vente des légumes hâtifs et non de primeurs importés à Paris :
- 1er au 15 avril.
- Petits pois d’Alger, 60 à 110 fr.; — d’Hyères, 80 à 170 fr. les 100 kilog. Haricot vert d’Alger, 500 à 900 fr. ;— d’Angers, 500 à 700 les 100 kilog. Asperges de Perpignan, 22 à 45 fr. les 10 hottes.
- Artichauts d’Alger, 6 à 45 fr.;—d’Hyères, 13 à 16 fr.; — de Perpignan, 10 à 36 fr. le 100.
- Choux-fleurs d’Angers, 10 à 20 fr.; — de Cherbourg, 12 à 23 fr. le
- 100.
- Pommes de terre longues d’Alger, 80 à 130 fr.;—d’Hyères, 110 à 155 fr.; — d’Avignon, 100 à 110 fr. les 100 kilog.
- Pommes de terre rondes d’Alger, 40 à 50 fr.; — d’Hyères, 50 à 70 fr.; — d’Avignon, 35 à 45 fr. les 100 kilog.
- Chou cœur-de-bœuf de Cherbourg, 8 à 14 fr. le 100.
- Fraises d’Hyères, 4 à 5 fr. la corbeille.
- Du 16 au 30 avril.
- Petits pois d’Hyères, 80 à 110 fr.; —de Bordeaux, 70 à 100 fr. les 100 kilog.
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- Haricot vert d’Hyères, les fins, 300 à 600 fr.; les gros, 200 à 400 fr. les 100 kilog.
- Asperges de Perpignan, 5 à 14 fr.; —de Bourgogne, 7 à 16 fr.; — de Châ-tellerault, 7 à 20 fr.; — de Romorantin, 10 à 18 fr., et d’Orléans, de 15 à 20 fr., les 12 bottes.
- Artichauts d’Hyères, 6 à 15 fr.; — de Perpignan, 8 à 40 fr. le 100.
- Choux-fleurs d’Angers, 8 à 25 fr.; — de Cherbourg, 12 à 18 fr. le 100.
- Pommes de terre longues d’Alger, 65 à 100 fr.;—d’Hyères, 90 à 160 fr.;— d’Avignon, 80 à 100 fr. les 100 kilog.
- Pommes de terre rondes d’Alger, 45 à 85 fr.;—d’Hyères, 55 à 85 fr.; — d’Avignon, 55 à 75 les 100 kilog.
- Tomates d’Hyères, 4 à 5 fr. la douzaine.
- Fraises d’Hyères, 4 à 7 fr. la corbeille.
- Tous ces prix varient, naturellement, suivant la fraîcheur, la finesse ou la grosseur des légumes.
- Voici, comme point de comparaison, le prix des légumes achetés à Alger et vendus à Paris :
- PRIX D’ACHAT A ALGER. PRIX DE VENTE A PARIS.
- Artichauts.......Janvier, 1 fr.; avril, 0 fr. 25. Janvier, 4 fr. 50; avril, 1 fr. 50.
- Haricots verts. . . Mars, 2 fr. 50 ; mai, 0 fr. 25. Mars, 5 fr. 50 ; mai, 2 fr.
- Petits pois. Janvier, 0 fr. 40; avril, 0 fr. 10.] Janvier, 3 fr.; avril, 1 fr.
- Pommes de terre. Février, 0 fr. 30 ; avril, 0 fr. 20. Février, 1 fr.; avril, 0 fr. 50.
- Ce sont les frais de transport qui doublent, triplent ou quadruplent la valeur de ces légumes lorsqu’ils arrivent à la halle de Paris.
- La culture du fraisier des Alpes a pris une grande importance depuis envi-/ ron trente ans à Fontenay-aux-Roses, Châtenay, Plessis-le-Picquet, Rosny, Bry-sur-Marne, etc.; elle occupe dans le département de la Seine environ 500 hectares. Les plants sont renouvelés tous les trois ou quatre ans. On couvre toujours d’un paillis le terrain qu’ils occupent, et on arrose aussi souvent qu’on le peut. Un hectare de fraisier bien cultivé occasionne une ' dépense totale de 2 400 fr.; son produit peut s’élever à 3 200 fr.
- Les fraises de pleine terre que produisent les fraisiers des Alpes et les autres variétés sont vendues à la halle dans de petits paniers qui ont été habilement parés. Les fraises de primeurs sont vendues dans de petits pots de grès contenant 5 à 6 fraises anglaises, au prix moyen de 1 fr. Les premières fraises d’Alpes sont vendues de la même manière et au même prix; chaque pot contient de 20 à 25 fraises.
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- Le fraisier des Alpes a été importé du mont Cenis à Paris vers 1760. Cette plante fut forcée pour la première fois en 1776 par Legrand; les fruits furent vendus pour le roi 24 livres la douzaine.
- Le fraisier était, autrefois, très cultivé à Montreuil.
- Les égouts de Paris, commencés sous Charles Y, sillonnent aujourd’hui un grand nombre de rues. Toutes les eaux qu’ils reçoivent arrivent près du pont d’Asnières, à l’aide d’un collecteur principal ; une grande partie de ces eaux sont aujourd’hui utilisées dans la plaine sablonneuse de Gennevilliers, située sur la rive gauche delà Seine. Les deux tiers de la surface arrosée avec ces eaux limoneuses et très-fertilisantes sont labourés à la charrue, soit en bil-lons, soit en planches, et occupés par le froment, le seigle, la pomme de terre, la betterave, le chou et l’artichaut. L’autre tiers est cultivé à la bêche et constitue des jardins maraîchers qui produisent des carottes, des cardons, de l’oseille, des poireaux, etc.
- Grâce à la nature de l’eau et à la grande proportion de matières organiques qu’elle tient en suspension, toutes les plantes cultivées sur les terrains arrosés sont productives, et fournissent des légumes de bonne qnalité, qui sont vendus aux marchés d’Asnières, de Cliehy de Saint-Denis et à la halle de Paris. Il a été constaté, en 1873, qu’unjiectare arrosé et bien cultivé produit 60 000 têtes d’artichaut ou 9 000 kilogrammes d’épinard, 50 000 kilog. de carottes, 75 000 kilog. de choux pommés ou 120 000 kilogrammes de betteraves.
- Pendant l’hiver, une partie des eaux sert au colmatage des parties sablonneuses ou graveleuses. Le terreau déposé par les eaux, soit sur le sol, soit dans le fond des rigoles, est noirâtre et doué d’une grande puissance fertilisante. Avec le temps, les 2 000 hectares que renferme la plaine de Gennevilliers deviendront un véritable jardin légumier, si on ne néglige pas d’appliquer de temps à autre des chaulages exécutés à l’aide d’une chaux grasse de très-bonne qualité.
- Tous les travaux qu’on admire à Asnières font le plus grand honneur à MM. Belgrand, Mille et Alfred Durand-Claye qui les ont conçus et dirigés. Ils fournissent à la culture maraîchère une source incessante de richesse sans compromettre la salubrité publique.
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- NOTE SUR DES EXPÉRIENCES ENTREPRISES POUR DÉTERMINER LA DIRECTION DES PRESSIONS QUI SE DÉVELOPPENT DANS UNE ARCHE BIAISE,
- PAR M. DE LA GOURNERIE,
- Membre du Conseil.
- « Je me suis proposé d’étudier, par des expériences à une échelle réduite, la question très-controversée de la direction des pressions dans les arches biaises.
- « Quand on ruine les fondations d’un mur vertical sur une longueur de quelques mètres, on obtient une brèche qui s’étend verticalement de bas en haut, c’est-à-dire, dans le sens opposé à la pression, et qui forme une voûte, si le mur a une hauteur suffisante. L’ouverture ne pourrait s’étendre suivant une direction inclinée qu’accidentellement, et par suite de dispositions particulières de l’appareil.
- « Lorsqu’une maçonnerie n’est soumise qu’à des forces de compression, on peut ainsi reconnaître la direction de la poussée, d’après le sens dans lequel des brèches suffisamment étendues se développent.
- « J’ai appliqué cette idée très-simple à un modèle d’arche biaise, en formant les pieds-droits de piliers jointifs mobiles dans le sens vertical et assujettis par des vis de pression. On produit une brèche dans la voûte en abaissant plusieurs piliers consécutifs.
- « L’obliquité de l’arche est de A5 degrés, et la longueur oblique entre les têtes de M centimètres. Les sections droites de l’intrados et de l’extrados sont des demi-cercles de 30 et de 36 centimètres de diamètre. Les voussoirs sont en zinc et recouverts d’une couche de peinture qui empêche les glissements. J’avais d’abord employé des voussoirs en bois ; mais, par suite de leur légèreté, il ne se développait qu’une faible pression, et les résultats n’ont pas été suffisamment accusés (1).
- « J’ai adopté l’appareil hélicoïdal en dressant les parements des têtes suivant des hélicoïdes identiques à ceux joints discontinus. Cette disposition, qui ne
- (1) À l’origine, j’avais établi le modèle dans les proportions d’une voûte ordinaire de 10 mètres d’ouverture, à l’échelle de 3 centimètres par mètre, mais j’ai été conduit à augmenter la longueur en queue des voussoirs pour rendre la stabilité plus grande.
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- ARCHITECTURE.
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- peut avoir aucune influence sérieuse sur les pressions, supprime les difficultés auxquelles donne lieu l’appareil ordinaire des têtes et rend le montage plus rapide.
- « Il était nécessaire que les voussoirs fussent assez petits pour que les effets d’encorbellement, qui sont inévitables, n’eussent que peu d’influence sur la forme de la brèche. La douelle des voussoirs qui composent le corps de la voûte est un carré formé par des arcs d’hélice de 1 centimètre de longueur (1 ). Ceux des têtes ont alternativement 1 centimètre et 15 millimètres de longueur en douelle.
- « En abaissant des piliers peu éloignés d’une tête, j’ai constamment obtenu des brèches dont la direction était à peu près parallèle au parement de la tête. Lorsqu’une brèche partait du milieu de la culée, et qu’elle se trouvait, par suite, dans la partie de la voûte où l’influence du biais doit le moins se faire sentir, elle indiquait d’abord une pression dirigée à peu près dans la section droite ; mais, quand j’abaissais de nouveaux piliers, la brèche se développait suivant la direction des parements des têtes.
- « En abaissant progressivement un nombre suffisant de piliers au milieu de chaque culée, on obtient deux brèches qui finissent par se rejoindre. La voûte est alors divisée en deux arches étroites, formées par les parties contiguës au bandeau des têtes.
- « Les expériences établissent donc que la pression est parallèle au parement des têtes, au moins près de chacune d’elles.
- « Il importait, toutefois, de reconnaître l’influence que l’appareil peut exercer sur la forme des brèches. Pour étudier cette question, j’ai construit un modèle de mur vertical composé de matériaux de même grandeur que ceux de la voûte biaise, et disposés suivant des assises auxquelles je donnais successivement certaines inclinaisons. En minant les fondations sur une certaine longueur, je voyais la déviation que la direction de la brèche éprouve de la ligne verticale, et par suite l’influence qu’exerce l’obliquité sous laquelle la pression rencontre les lits des assises. J’ai reconnu que cette influence, bien que réelle, ne pourrait en aucune manière expliquer les résultats obtenus sur le modèle d’arche oblique, si les pressions étaient dirigées dans les plans des sections droites.
- « Dans les expériences que j’ai faites sur les murs, les modèles étaient sim-
- I (1) Les voussoirs sont creux. Chacun d’eux pèse 12sr,l. Le poids des voussoirs en bois n’était que d’environ 2&r,5.
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- plement en bois. Je compte les reprendre avec des modèles en zinc disposés comme ceux de l'arche biaise.
- « J’ai l’intention de faire des épreuves sur des arches de différents biais; mais ces expériences sont plus dispendieuses qu’on ne serait porté à le penser, parce que les voussoirs et les sommiers doivent être dressés suivant des formes et des dimensions exactes. Sans cela, il se produit au décintrement de petites dislocations qui ont une grande influence sur la forme des brèches.
- « Les figures ci-dessous représentent les résultats d’une expérience com-
- mencée le 16 mars 1875. Les piliers 6, 7, 8 et 9 de chaque culée ayant été
- Tome 111. — 75» année. 3» série. — Mars 1876. 16
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- abaissés, les deux brèches - A B C,' Ax Bx -C, se sont formées. J’ai ensuite obtenu les brèches D E F H, Dx Ex Fx Hx en descendant les piliers 5 et 10 (18 mars). L’abaissement du pilier 4 de la première culée et des piliers 11 et 12 de la seconde a déterminé la réunion des deux brèches et la division complète de la voûte en deux arceaux biais", suivant le profil indiqué (20 mars). La partie L J n’est tombée qu’aprèè plusieurs heures. Le pilier 11 de la première culée a pu encore être abaissé (22 mars).
- « Les deux parties de la voûte sont restées plusieurs semaines dans cet état et paraissaient très-solides ; mais chacune d’elles s’est affaissée dès qu’un nouveau pilier a été abaissé.
- « J’ai été aidé dans toutes ces expériences par le concours intelligent de M. Digeon, mon préparateur au Conservatoire des arts et métiers. »
- TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE.
- NOTE SUR L’APPAREIL AUTOGRAPHIQUE DE M. J. E. LENOIR, PAR M. E. BLAVIER, INSPECTEUR DES LIGNES TÉLÉGRAPHIQUES.
- M. Lenoir, auquel est dû l’appareil autographique que nous nous proposons de décrire, est connu par un grand nombre d’inventions, dont la plus importante est le moteur à gaz qui porte son nom, et qu’il n’est peut-être pas sans intérêt de rappeler (1).
- Sans instruction première (2), mais doué d’un esprit chercheur et inventif, M. Lenoir s’est occupé de questions très-diverses qu’il a su s’assimiler par son travail, sa persévérance et une intuition naturelle qui lui a fait deviner les lois principales de la mécanique et de la physique; aussi est-il arrivé chaque fois à des combinaisons nouvelles et à des solutions heureuses, quelquefois à des résultats importants. C’est ainsi que, simple ouvrier émailleur à l’âge de vingt-cinq ans, il invente plusieurs outils dont l’usage s’est répandu, des formes nouvelles de bijoux et un émail blanc sans oxyde
- (1) Voy. Bulletin de 1861, 2e série, t. VIII, p. 577.
- (2) Jean-Joseph-Etienne Lenoir est né à Mury-la-Ville, sur les frontières de la France et de la
- Belgique, le 12 décembre 1822. Il savait à peine lire et écrire, et n’avait pas encore appris l’orthographe que déjà la nécessité de gagner sa vie le condamnait à se faire colporteur. Il alla donc pendant plusieurs années, de village en village, son ballot sur le dos et une boîte à la main; d’étape en étape il gagna Paris, grandement dégoûté des fatigues et des incertitudes de sa vie errante. Quelques semaines après, il entrait à la Taverne anglaise, un des restaurants du Palais-Royal, en qualité d’aide d’abord, de cuisinier plus tard. Robuste et sanguin, il se trouva bientôt mal des^ardeurs du feu, et, résolu de changer d’état, il donnai Toutes ses économies, 400 francs environ, à un émailleur qui s’engageait à l’initier aux secrets de son art. .
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- métallique pour la fabrication des cadrans. En 1852, il crée un établissement de galvanoplastie et prend un premier brevet pour un procédé permettant d’obtenir d’un s^ul coup des rondes-bosses et des statues. Ce procédé, qui consiste à façoiirier en fils de platine le squelette de l’objet à reproduire et à enfermer ce squelette darïs le mbule en gutta-percha pour forcer le cuivre galvanique à se déposer dans lés petits recoins, est encore appliqué dans quelques ateliers.-
- En 1857 et 1858, M* Lenoir chercha à appliquer l’électricité à la production de signaux automatiques de sûreté sur les chemins de fer ; son but était d’obtenir que la distance entre deux trains circulant sur la même voie fût partout et toujours supérieure à 2 kilomètres. Il y parvenait au moyen de disques mobiles rouges amenés, par le passage des locomotives, à couvrir le vide laissé au centre de disques plus grands placés perpendiculairement à la voie. Son système* qui offrait sans doute des inconvénients dans la pratique, n’a pas été adopté;
- , C’est aussi à cette époque qu’il conçut l’idée du moteur à gaz qui a rendu son nom célèbre. On sait que le principe consiste à faire entrer librement dans un cylindre, alternativement en avant et en arrière du piston, un mélange convenable de gaz d’éclairage et d’air qui s’enflamme par une série d’étincelles produites par une bobiné d’induction de Ruhmkorff. Ce moteur, toujours prêt à fonctionner, qui occupe peu de place et n’exige ni chaudière ni foyer, est employé dans plusieurs industries.
- M. Lenoir a encore inventé un système mécanique de pétrin destiné à marcher à l’aide de sa machine à gaz, un moteur électro-magnétique de la force d’un cheval, uii propulseur d’une forme particulière pour les bateaux, puis, pour tirer parti de son propulseur, un moteur à basse pression et de petite force animé par un mélange de vapeur et d’air chaud.
- Pendant le siège de Paris, M. Lenoir a organisé à l’un des bastions un appareil d’éclairage électrique au moyen d’une machine magnéto-électrique mise en mouvement par son moteur à gaz, et a soumis au gouvernement de la Défense nationale plusieurs propositions ingénieuses.
- Il a fait, pour obtenir une communication télégraphique sans fil conducteur, des essais qui naturellement n’ont pas abouti, mais qui l’ont conduit à quelques résultats curieux sur la transmission au moyen de fils non isolés.
- , M. Lenoir a donc des droits à la reconnaissance publique ; nous serions d’autant plus heureux de lui en voir obtenir un témoignage, qu’il n’a que bien peu tiré parti de ses inventions.
- L’appareil autographique de M. Lenoir a figuré pour la première fois à l’Exposition universelle de 1867; depuis lors il a reçu des modifications importantes qui en ont fait un appareil simple et pratique. '
- ~ Nous allons le décrire tel qu’il a été présenté, en 1873, à l’Administration télégraphique française et essayé sur la ligne de Paris à Bordeaux, sans nous occuper dès diverses phases par lesquelles il a passé.
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- Principe, — À chacun des deux postes correspondants tourne d’un mouvement uniforme un cylindre mis en mouvement par une petite machine électro-magnétique. Cette machine se compose d’un électro-aimant et d’un barreau de fer doux qui tourne au-dessus des pôles; un régulateur indépendant de l’appareil envoie à des intervalles égaux et rapprochés dans l’électro-aimant un courant de courte durée qui attire le barreau mobile au moment où il se rapproche des pôles et, par conséquent, entretient son mouvement de rotation, dont la vitesse dépend uniquement de la durée des intervalles qui séparent les émissions de courant. Les deux régulateurs étant disposés de façon à marcher synchroniquement, la durée de la révolution du cylindre est la même aux deux extrémités de la ligne.
- Cette machine électro-magnétique remplace le gros pendule de l’appareil Caselli et donne un mouvement de rotation au lieu d’un mouvement de va-et-vient.
- Au poste expéditeur, la dépêche est écrite à l'aide d’une encre isolante sur une feuille de papier métallique qu’on enroule sur le cylindre; une pointe de métal appuie sur le papier et avance à chaque tour du cylindre de façon à décrire une hélice dont les spires sont très-voisines les unes des autres. Lorsque la pointe passe sur les traits marqués à l’encre, un courant positif est envoyé sur la ligne ; quand elle passe sur le métal, un faible courant négatif, nommé par M. Lenoir courant de vidage, est envoyé et subsiste jusqu’à un nouveau passage sur l’encre isolante.
- Au poste qui reçoit, une feuille de papier blanc est enroulée sur le cylindre et ses bords sont collés de façon à former une surface continue. Une plume métallique ordinaire imprégnée d’encre est mise en jeu par un électro-aimant; à chaque passage du courant positif elle s’abaisse et laisse sur le papier une trace dont la longueur correspond à la durée du courant positif. Le mouvement de la plume n’exigeant qu’une très-faible force, l’appareil fonctionne directement sous l’influence du courant de la ligne; on évite ainsi l’emploi d’un relais.
- L’armature de l’électro-aimant est un petit aimant qui se soulève sous l’influence du courant positif et est ramené à sa position par un ressort antagoniste lorsque le courant positif est interrompu.
- Chaque appareil est, d’ailleurs, installé de façon à pouvoir servir comme transmetteur ou comme récepteur; à cet effet, un petit chariot, qui est entraîné dans le sens de l’axe du cylindre lorsque ce dernier tourne, porte l’électro-aimant, la plume et la pointe métallique. En manœuvrant un petit levier, on élève la plume et l’on abaisse le style pour transmettre, ou bien on abaisse la plume et l’on élève le style pour recevoir, en même temps qu’au moyen d’un commutateur on intervertit les communications.
- Ainsi qu’on l’a dit, M. Lenoir a eu l’idée d’envoyer sur la ligne un faible courant négatif, qui est transformé en courant positif au moment où la pointe métallique passe sur l’encre isolante. Ce résultat s’obtient par une disposition très-simple, déjà adoptée jrr Si. Caselli dans ses premiers appareils autographiques et applicable à tous les appa-
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- reils analogues dans lesquels le manipulateur n’a pour fonction que d’établir et d’interrompre une communication (1). .
- Soit M (fig. 1) le manipulateur, réduit à une lame rq qui touche un contact e ou
- peut en être éloignée : e est, par exemple, le papier argenté d’un appareil autographique, et rq le style qui établit ou rompt le circuit, suivant qu’il passe sur le métal ou l’encre isolante. On dispose deux piles P et Pt, dont l’une P, destinée à produire le courant pour la transmission* a son pôle négatif en communication avec la terre enT etavec le pôle positif d’une petite pile P4 ; son pôle positif est relié au fil de ligne AL et au contact e du manipulateur. Le pôle négatif de la petite pile P* communique avec la lame qr du manipulateur. R est un rhéostat placé dans le circuit de la grande pile P.
- Si le contact est interrompu entre e et rq, le courant de la pile P passe entièrement sur la ligne L. Si e est en communication avec rq, le fil de ligne est parcouru par un courant qui est égal à la différence des deux courants contraires produits par les piles P et Pr II est facile de régler la pile P* et la résistance du rhéostat R de façon que le courant négatif de P, l’emporte et soit une fraction déterminée du courant positif qui circule sur la ligne quand le circuit est rompu entre e et rq (2).
- Fig. 1.
- (1) Il n’en est pas de même dans les appareils ordinaires, Morse, à cadran, etc., où le manipulateur établit alternaiivement la communication avec le fil de la ligne et avec le récepteur du poste qui transmet.
- (2) Soient en L la résistance de la ligne et de l’électro-aimanl du récepteur, R celle de la partie du circuit h RP, comprenant le rhéostat et la pile P, r la résistance de la pile P,, E et E< les forces électromotrices des deux piles.
- L’intensité du courant positif qui passe lorsque e est isolé est
- Si e communique avec rq, la pile P produit sur la ligne un courant positif égal à
- E r
- RL-frR + rL;
- La pile Pi un courant négatif égal à
- E,R
- RL-f rR-fLr’
- t . , , E.R-E r
- Le courant résultant est donc „ , T .
- RL-j-rR -f* L r
- E, E
- 11 sera négatif et l'on a E,R >Er ou — >„•
- C’est pour avoir ce résultat qu’on augmente R au moyen du rhéostat; on y arrive aussi en formant la pile P, d’éléments moins résistants que ceux de la pile P.
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- • Lorsqu’on supprime ce'courant négatif en enlevant la pile Pt et la remplaçant par un fil conducteur d’une résistance à peu près nulle., le jeu de l’armature est plus lent et l’appareil fonctionne moins bien. Ce courant a surtout pour effet d’agir sur l’électroaimant du poste correspondant en contribuant à détruire son magnétisme rémanent et à ramener l’armature aimantée à sa position normale (1).
- Nous signalerons encore une disposition imaginée par M. Lenoir dans le but de diminuer le magnétisme rémanent du fer donx.de l’électro-aimant. Autour de la bobine parcourue parle courant est enroulée, sur chacune des branches, une seconde bobine dont une extrémité est isolée, tandis que l’autre est en communication avec le fil prirn cipal. Nous ne pensons pas que cette disposition, qui revient à fixer le fil de ligne et le fil de terre, non aux extrémités des bobines, mais en un point intermédiaire, puisse avoir un effet utile, car la bobine supplémentaire ainsi ajoutée ne peut produire qu’un courant de décharge ou un courant d’induction insignifiant.
- Description. —Les fig. 2 et 3 représentent les dispositions principales de l’appareil, dont les dimensions sont à peu près celles d’un récepteur Morse ordinaire.
- La machine électromagnétique comprend un électro-aimant A A' et un volant horizontal B, au dessous duquel est fixé suivant un diamètre un barreau C en fer doux, L’électro-aimant est en relation par les fils S et W avec une pile et un régulateur ; il reçoit à des intervalles réguliers un courant qui dure un instant et tend chaque fois à amener le barreau C dans la direction des pôles de l’électro-aimant. La durée d’une demi-révolution du volant est donc égale à la durée qui sépare deux émissions; nous reviendrons plus loin sur le régulateur.
- Fig. 2.
- (1) Les courants négatifs sont employés avec succès pour décharger les lignes et rendre la transmission plus rapide, notamment sur les lignes sous-marines, mais ce courant ne doit durer qu’une fraction de l’intervalle de temps qui sépare deux émissions consécutives; il ramène seulement la ligne à l’état neutre sans produire une charge contraire.
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- ,’axe vertical du volant porte une Hélice qui fait mouvoir, par l’intermédiaire de la
- roue à dents hélicoïdales d, un petit arbre horizontal muni d’un pignon n et terminé par un disque m.
- Le cylindre M sur lequel s’enroule le papier destiné à recevoir la dépêche ou le papier métallique sur lequel on écrit l’original est en cuivre ; il est fixé sur un axe terminé d’un côté par une poignée G et de l’autre par un disque muni d’un buttoir i (fig. 4). Le disque m, qui est mis en mouvement par l’électro-aimant, porte lui-même une petite traverse qui entraîne le buttoir et fait tourner le cylindre. M. Lenoir a eu l’idée de faire la traverse et le buttoir en acier aimanté pour augmenter leur adhérence.
- L’axe du cylindre est soutenu par deux montants, au moyen de galets qui diminuent le* frottement ; il s’enlève avec la plus grande facilité pour être remplacé quand il y a lieu.
- Pour recevoir, on enroule sur le cylindre M une feuille'de papier ordinaire dont on colle les bords. Pour transmettre, on substitue au papier ordinaire une feuille de papier argenté qui s’enroule également autour du cylindre. Cette feuille pénètre dans une rainure pratiquée suivant une génératrice ; une tige mobile b a qu’on soulève et qu’on abaisse à volonté comble le vide de cette rainure, maintient la feuille argentée et établit un contact métallique avec le cylindre de cuivre.
- On prépare à l’avance un certain nombre de ces cylindres contenant, les uns du papier blanc, les autres des feuilles métalliques sur lesquelles sont écrits les télégrammes, de façon à n’avoir qu’à les placer sur les montants en les tenant par la poignée G.
- La plume e, l’électro-aimant I' et la pointe métallique r, destinés à appuyer sur le papier argenté, sont supportés par un chariot QQ' qui glisse sur une tige métallique H (fig. 2 et 3) ; il repose par la partie antérieure sur une tringle rectangulaire K, sur laquelle il glisse. Un bras D terminé par un demi-cylindre en cuivre muni de rainures embrasse un axe N, qui est mis en mouvement par la machine électro-magnétique en même temps que le cylindre au moyen du pignon n; cet axe porte une hélice qui s’engage dans les rainures du bras D, de sorte qu’en tournant il fait avancer le chariot horizontalement.
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- Le chariot peut basculer autour de Taxe H, ce qui permet de le faire mouvoir horizontalement pour changer sa position par rapport au cylindre et de remplacer facilement le cylindre M. Le bras D', qui vient butter contre Taxe N, est destiné à soutenir le chariot, quand on le fait basculer autour de Taxe H.
- La plume e est une plume métallique ordinaire; elle est fixée sur un petit support, à l’extrémité d’une tige terminée d’autre part par l’armature h de l’électro-aimant. Cette armature est un petit aimant recourbé dont un des pôles oscille entre deux appendices en fer doux fixés sur les pôles de l’électro-aimant II'.
- Lorsque le courant positif traverse le fil de l’électro-aimant, le bras A, attiré par le pôle supérieur et repoussé par l’autre pôle, est soulevé ; la plume s’abaisse sur le cylindre et, comme elle est imprégnée d’encre, elle laisse sur le papier une trace qui persiste pendant tout le temps que passe le courant. Un ressort de rappel fixé au sommet du chariot ramène l’armature à sa position et éloigne la plume lorsque le courant est interrompu.
- La pointe métallique r qui doit appuyer sur la feuille métallique, lorsqu’on transmet, est fixée à l’extrémité d’un ressort t.
- Pour transmettre, la pointe r doit être abaissée tandis que la plume doit être soulevée de façon à ne pouvoir toucher même accidentellement le cylindre;
- Le contraire doit avoir lieu lorsqu’on reçoit.
- Cet effet est obtenu au moyert d’un petit levier terminé par une poignée O qu’on fait mouvoir dans un sens ou dans l’autre, et qui porte une petite goupille intercalée entre le ressort t et la base du chariot. Lorsque le levier est vertical, la goupille soulève le ressort t et écarte la pointe r du cylindre M. Si, au contraire, comme dans la figure, la poignée O est amenée vers la droite, le ressort s’abaisse et la pointe appuie sur le cylindre. La plume est naturellement placée à une certaine distance du papier et reste en repos quand on transmet, puisque le courant ne traverse pas l’électro-aimant; néanmoins, afin de l’éloigner davantage, M. Lenoir a fixé à la partie inférieure du levier un petit verrou qui, lorsque la poignée O est poussée vers la droite, s’interpose entre la barre K et la base Q du chariot et soulève légèrement ce dernier sans l'empêcher de glisser; ce verrou n’est pas représenté sur la figure.
- Le cylindre de cuivre M est en communication permanente par le massif de l’appareil avec la borne extérieure Z ; la pointe r et les deux fils de l’électro-aimant communiquent avec trois tiges isolées par des montants en ébonite et terminées par des bornes X, Y et Y, auxquelles se fixent les fils de pile, de ligne et de terre. La communication a eu lieu au moyen de trois ressorts qui pressent fortement les tiges et qui se meuvent avec le chariot.
- Régulateur— Le régulateur qui communique le mouvement à la machine électromagnétique est complètement séparé de l’appareil.
- M. Lenoir avait d’abord employé un pendule conique dont le] mouvement
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- était entretenu par un mécanisme d’horlogerie. Ce pendule, qui faisait une révolution par seconde, avait son extrémité inférieure engagée dans la rainure d’un bras horizontal muni d’un frotteur; ce dernier, en appuyant sur une roue inter-ruptrice horizontale portant des reliefs métalliques, envoyait quatre courants par seconde.
- Le pendule conique, dont le prix était assez élevé, a été remplacé en dernier lieu par le pendule d’une horloge commune, vulgairement appelée coucou. Ces horloges, dont le moteur est un poids, marchent avec une grande régularité.
- Afin d’éviter les frottements, M. Lenoir a disposé l’appareil comme le montre la fîg. 5.
- La lentille E du pendule de l’horloge D supporte un aimant permanent à trois
- branches F ; les deux branches extrêmes sont terminées par un pôle sud, et celle du milieu par un pôle nord. En face se trouve un levier fl, mobile autour d’un axe f ; l’extrémité l oscille entre deux buttoirs , dont le supérieur i communique avec un des pôles d’une pile locale X, l’autre pôle étant relié à l’axe f par l’intermédiaire des conducteurs W et S et du fil de l’éîectro-aimant AA' (fig. 2).
- La tige fl supporte un petit aimant H, dont le pôle sud se trouve à la partie supérieure en présence de l’aimant à trois branches F. Lorsque le pendule oscille, l’aimant H est attiré au moment où la branche du milieu passe au-dessus; la tige fl se soulève, son extrémité l venant toucher le buttoir i ferme le circuit de la pile motrice X ; un des autres pôles de l’aimant à trois branches passe ensuite au-dessus de l’aimant H et produit une répulsion qui contribue, avec le poids de la tige et un ressort de rappel, s’il y a lieu, à rompre le circuit qui n’est fermé que pendant un instant très-court, mais suffisant pour le jeu de la machine électro-magnétique.
- Le pendule exécute à peu près quatre-vingts oscillations complètes par minute; il passe donc dans l’électro-aimant moteur cent soixante courants par minute, qui produisent quatre-vingts révolutions du volant. Les engrenages sont calculés de façon que cette vitesse du volant corresponde à vingt tours du cylindre, qui exécute, par conséquent, un tour en 3 secondes.
- La pile employée par M. Lenoir pour faire fonctionner la machine électro-magnétique est composée de seize grands éléments à perchlorure de fer.
- Transmission. — La fîg. 6 montre la disposition des communications pour deux postes correspondants A et A'; M et M' sont les deux cylindres, I et I' les électroaimants qui font mouvoir les plumes e et e'; r et r' les deux styles, X, Y, V et X', Y', Y' les projections des tiges fixes contre lesquelles appuient les ressorts destinés à établir les communications; Z et Tl les bornes qui communiquent aux massifs
- Tome III. — 75e année. 3e série. — Mars 1876. 17
- Fig. 5.
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- X'
- Y'
- Y'
- des appareils et aux cylindres. G et G' sont deux commutateurs dont l’axe est relié au fil de ligne LL'. Pour transmettre, on place le ressort mobile sur les touches a et a', pour recevoir sur les touches b et b'; une troisième touche c et c’ est en communication avec un parleur, une sonnerie ou un système Morse composé d’un manipulateur ou d’un récepteur.
- Ainsi qu’on l’a dit plus haut, un faible courant négatif doit succéder au courant positif qui fait marcher le récepteur; on a donc, comme dans la fig. 1, deux piles
- P et Pj en communication par leurs pôles contraires et avec la terre en T ; le pôle positif de la grande pile P est relié à la touche a du commutateur et, par l’intermédiaire d’un rhéostat R et de la borne Z, au cylindre M; le pôle négatif de la pile Pt est en communication parla tigeX avec la pointe métallique r. Enfin les deux extrémités du fil de l’électro-aimant communiquent par l’intermédiaire des tiges Y et Y, l’une avec la terre et l’autre avec la touche b du commutateur. Les communications sont identiques aux deux postes À et A'.
- À l’état ordinaire, les ressorts des commutateurs sont sur les touches c et c’. Si l’employé du poste A veut transmettre, il en avertit son correspondant, en envoyant un courant qui fait marcher la sonnerie, place le ressort de son commutateur sur la touche a, fait mouvoir la manette O (fig. 3) de façon à amener la pointe r sur le cylindre et à en éloigner la plume. Au poste A' on place le ressort du commutateur sur la touche b' et l’on éloigne le style du papier; enfin, aux deux postes, on met la machine électro-magnétique en marche, en imprimant un mouvement au volant. Au bout d’un instant la vitesse devient uniforme, et, si les régulateurs ont été convenablement réglés, les cylindres exécutent une révolution dans le même intervalle de temps. Tant que la pointe r appuie sur le papier métallique, le circuit des piles P et P! est fermé directement et il ne passe sur la ligne qu’un faible courant négatif, qui contribue à maintenir la plume e' éloignée du cylindre. Lorsque la pointe du style passe sur un trait, la communication avec le cylindre M est interrompue, le courant de la pile P suit le chemin rZahh'b'traverse l’électro-aimant I' et se rend à la terre en T'. L’armature est soulevée et la plume é vient toucher le papier; elle s’éloigne dès que le courant est interrompu, c’est-à-dire dès que la pointe r touche de nouveau le métal. La dépêche
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- écrite sur la feuille métallique qui enveloppe le cylindre M est donc reproduite sur le papier blanc de M' par une série de hachures parallèles.
- Sur la feuille de papier se trouve une ligne blanche correspondant à la lame métallique ab (fig. 4) qui sert à maintenir la feuille argentée sur le cylindre du poste expéditeur. Quand la transmission est terminée, on coupe avec un canif, en suivant cette ligne, la feuille de papier qu’on développe sans s’inquiéter de ses bords, qui ont été appliqués l’un sur l’autre et collés.
- L’employé du poste expéditeur, lorsqu’il a posé son cylindre, qu’il a amené le chariot en face de l’extrémité de la dépêche à transmettre et qu’il a mis l’appareil en mouvement, n’a qu’à s’assurer de temps en temps que son courant passe sur la ligne, en examinant le galvanomètre qui se trouve placé dans le circuit du fil.
- A l’autre poste, l’employé doit surveiller la réception et s’assurer que les caractères qui se dessinent peu à peu sont bien formés. Il entretient avec un pinceau l’encre de la plume métallique, règle, lorsqu’il y a lieu, le synchronisme ou le jeu de l’armature de l’électro-aimant, enfin on interrompt la transmission quand les signaux reçus sont illisibles.
- Une ligne droite tracée à l’encre sur la feuille argentée suivant une génératrice doit se reproduire sur le cylindre récepteur. Si cette ligne arrive inclinée, on en conclut que le mouvement est trop rapide ou trop lent au poste qui reçoit, et l’on rétablit la concordance en relevant ou en abaissant la tige du pendule régulateur.
- Il n’est même pas besoin de ligne directrice pour l’écriture ordinaire; la simple inspection des lettres reçues suffit pour faire reconnaître si les mouvements sont suffisamment synchroniques.
- Au poste expéditeur, on peut facilement interrompre la transmission en envoyant un ou plusieurs courants positifs de longue durée qui produisent sur la feuille de papier de l’autre poste de longs traits faciles à distinguer et qui appellent l’attention. Mais, à ce dernier poste, on est sans action sur l’appareil du poste expéditeur, puisque l’électro-aimant n’est pas dans le circuit.
- On y supplée au moyen d’un parleur ou d’un relais à armature aimantée qu’on intercale dans le circuit lorsqu’on transmet; il reste en repos pendant la transmission et ne fonctionne que lorsqu’il est traversé par le courant du poste correspondant ajouté au faible courant négatif produit par la pile de décharge. Pour interrompre, l’employé du poste qui reçoit met, au moyen dju commutateur, la ligne en communication avec un manipulateur ordinaire et envoie un courant.
- La surveillance des appareils de transmission ou de réception, lorsque les appareils sont bien réglés, n’exige qu’un peu d’attention ; aussi un employé peut-il être chargé de surveiller plusieurs appareils et, pendant leur marche, il a le temps de préparer les cylindres de réception ou de transmission de façon à n’avoir qu’à les remplacer au moment voulu.
- Vitesse de transmission. — Les cylindres sur lesquels sont enroulées les dépêches
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- ont 70 millimètres de longueur; leur circonférence a un développement de 182 millimètres, mais une petite bande longitudinale d’environ 12 millimètres de largeur correspondant à la lame qui tient la feuille métallique [ba, fîg. 4) est perdue pour la transmission, de sorte que la largeur du papier employé utilement est de 170 millimètres. La surface totale d’une feuille enroulée sur le cylindre et qui peut être recouverte de signaux est de 120 centimètres carrés.
- Les spires de l’hélice qui fait avancer le chariot sont éloignées les unes des autres de 1/3 de millimètre. Les hachures qui forment les dépêches se suivent donc à 1/3 de millimètre de distance, et il faut trois tours de cylindre pour que la plume ou le style parcoure la surface correspondant à 1 millimètre de longueur.
- Comme le chariot exécute un tour en 3 secondes, le temps employé pour chaque millimètre de longueur du papier est de 9 secondes, et la surface entière du cylindre est parcourue en 810 secondes ou 13 minutes et demie.
- Le décret du 14 août 1869 a fixé à 24 centimètres carrés la surface métallique de la dépêche simple autographique; cette surface, qui correspond à une longueur du cylindre égale à 14 millimètres, est parcourue en 126 secondes ou 2 minutes 6 secondes.
- Dans cette étendue de 24 centimètres carrés, on pourrait, en employant une écriture fine et serrée, inscrire un grand nombre de mots ; mais, dans la pratique, pour obtenir à l’extrémité d’une ligne de 5 à 600 kilomètres des caractères bien nets et bien formés, on ne doit pas dépasser le nombre de vingt-huit à trente mots.
- On peut donc admettre que l’appareil autographique de M. Lenoir peut transmettre par heure trente dépêches de vingt-huit à trente mots. Cette vitesse a été facilement obtenue dans les expériences qui ont été faites en 1873 entre Paris et Bordeaux.
- Si l’on augmentait la vitesse de rotation du cylindre et l’espacement des hachures, on obtiendrait le même effet qu’en employant une écriture plus fine ; on augmenterait le rendement, mais au détriment de la netteté des dépêches.
- [Annales télégraphiques.')
- NOTES DE VOYAGE.
- SUR LES HOUILLÈRES , LES MINES DE FER ET LES USINES SIDÉRURGIQUES DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE, PAR M. J. LOWTHIAN BELL (1).
- « Si l’on considère la production sidérurgique du Royaume-Uni (Grande-Bretagne
- (I) Ce Mémoire, lu par fauteur dans une réunion de 17ron and Steel Institute tenue à Londres en mai 1875, a été publié ensuite en brochure et précédé d’une préface dans laquelle M. Lowthian
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- et Irlande) en 1871, on peut affirmer d’une manière générale que la moitié en a été exportée à l’étranger, et que les États-Unis d’Amérique ont reçu, à eux seuls, le quart de cette exportation, soit à peu près 750 000 tonnes.
- « C’est là un chiffre d’une importance considérable, qui malheureusement ne s’est pas soutenu, car, en 1874, il tombait à 130 000 tonnes. A cette époque, des rapports parvenus en Angleterre faisaient en effet connaître que l’Amérique, notre meilleur marché extérieur, avait développé dans l’intervalle sa propre production en fonte et l’avait portée de 2 500 000 tonnes à 4 millions.
- « Tout le monde se rappelle la hausse extraordinaire qu’a subie, en Angleterre, le prix desfers de toute espèce dans la période de 1871 à 1874. Dès lors, il devenait extrêmement important pour les maîtres de forges de ce pays de savoir, d’une part, si l’accroissement sans précédent de la production sidérurgique américaine n’était pas une conséquence de la fièvre qui régnait sur nos propres marchés et, d’autre part, si cet accroissement pourrait se soutenir du jour où les prix des fers retomberaient aux cours ordinaires.
- « Lors de leur réunion à Liège, en 1873; les membres de Ylron and Steel Institute avaient été invités d’une manière pressante et toute courtoise à venir visiter, l’année suivante, les usines et les forges des États-Unis. Ce qui n’était possible à aucun d’eux d’entreprendre à cette époque, ne présentant pas pour moi de difficulté insurmontable, j’ai fait le voyage, et c’est pour déférer au désir que m’ont exprimé depuis mon retour mes collègues du Conseil, que je viens aujourd’hui leur faire part des impressions générales que j’ai rapportées de tout ce que j’ai vu de l’autre côté de l’Atlantique.
- « Qu’il me soit permis, avant d’entrer en matière, de profiter de la première occasion qui m’est offerte, pour déclarer publiquement ici que les promesses que nous avait faites M. le professeur Raymond, au nom de ses compatriotes, ont été, pour votre représentant, plus que réalisées.
- « C’est avec un profond sentiment de satisfaction que j’ai vu les maîtres de forges américains reconnaître plusieurs fois sincèrement l’influence que Ylron and Steel Institute a exercée par ses travaux sur les progrès scientifiques et industriels de cette branche de la métallurgie qui nous occupe. Ajonterai:je que l’amour-propre na-
- Bell explique la réserve qu’il a cru devoir, pour plusieurs raisons, garder sur les différentes sources où il a puisé ses renseignements. Tout en s’excusant de ne pouvoir, par suite de cette réserve; exprimer individuellement des remercîments à tous les propriétaires de mines et maîtres de forges qui lui ont fait bon accueil, il ajoute qu’il est heureux de n’êlre pas condamné au même silence vis-à-vis des directeurs des chemins de fer des compagnies Philadelphia and Reading, Iran Mountain, Great Southern, Lake shore and Michigan et Alabama and Chattanooga. Il rend également hommage aux professeurs du Cooper Institute de New-York, du Slevens Institute de Hoboken et des collèges d’Easton et de Belhlehem, et cite enfin les géologues Lesley de Philadelphie, New-berry de New-York, Cox d’Indiana et le professeur Raymond de la Mining and Engineering Institution dont il ne saurait oublier les services empressé^. (M.)
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- tional, non moins que l’honneur d’appartenir à la corporation des maîtres de forges de la Grande-Bretagne, ont été également flattés en moi, lorsque j’ai entendu parler du peuple anglais, de sa Souveraine et du gouvernement du pays dans des termes pour lesquels je ne trouve d’équivalent que le mot de vénération. L’expression de ces sentiments et la généreuse cordialité avec laquelle j’ai été reçu contribueront à graver dans mon cœur le souvenir à jamais vivant de la visite que j’ai faite à nos chers amis d’Amérique.
- « Je ne saurais, sous peine d’être taxé d’égoïsme, insister plus longtemps sur les marques de distinction avec lesquelles j’ai été reçu partout, aussi bien parles corps constitués que par les simples particuliers; si donc j’y reviens encore une fois, ce n’est que pour bien faire comprendre aux membres de cette Institution, dont j’avais encore l’insigne honneur d’être le président à l’époque de mon voyage, avec quelle faveur leur représentant a été accueilli, lors même que sa visite n’avait aucun caractère officiel.
- Les transports.
- « Lorsqu’il s’agit d’un produit tel que le fer, qui exige pour son élaboration des masses considérables de matières premières, les distances qui séparent celles-ci de l’usine où on les traite, les moyens employés pour les y amener et le transport des produits obtenus sur les marchés où s’en opère la vente, sont des sujets d’étude qui ont leur importance.
- « Le vaste territoire qu’embrassent les Etats-Unis possède d’immenses richesses minérales, mais en raison de l’étendue considérable des districts géologiques renfermant ces richesses, étendue qui est en rapport avec celle du pays lui-même, on est forcé de faire parcourir aux produits des mines des distances inconnues en Angleterre.
- « Dans le compte rendu que je me propose de faire, je laisserai de côté tout ce qui est à l’ouest des Montagnes-Rocheuses. A partir des Etats du Sud, et à une distance d’environ 500 milles (80k\5) des bords de l’Atlantique sur le 34e parallèle de latitude nord, commence la formidable chaîne des Alleghanies avec ses contre-forts qui s’étendent au loin, laquelle, à mesure qu’elle s’avance vers le nord, se rapproche de plus en plus de la côte.
- « Pour répondre aux besoins de la navigation intérieure, les rivières situées à l'est des Alleghanies, telles que l’Hudson et la Delaware, sont de dimensions relativement modérées et ne peuvent desservir, par conséquent, qu’une étendue limitée de pays. Mais à l’ouest delà même chaîne de montagnes, on rencontre le Mississipi et ses nombreux affluents, dont les principaux sont le Missouri et l’Ohio, ensemble de cours d’eau qui arrosent une plaine immense, la plus vaste du monde, car elle embrasse une superficie de 1,25 million de milles carrés (3 235 000 kilom. carr.). Le volume d’eau considérable qu’amènent les nombreuses ramifications du grand fleuve offre aux transports des ressources inappréciables. Comme exemple, on peut citer la houille de Pitts-
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- burg, qui descend par l’Ohio sur des bateaux à fond plat; on forme une flottille qui ne porte pa» moins de 20 000 tonnes à la fois, et, au moyen d’un remorqueur à vapeur, on transporte cette énorme charge à une distance de 1 600 milles (2 574 kilom.) pour un prix inférieur à 1 sh. par tonne (1 fr. 25), y compris les frais de retour des bateaux vides.
- « Lorsqu’il fut question d’utiliser les deux systèmes de rivières que nous venons de montrer à l’est et à l’ouest des Alleghanies, pour aider au développement delà fabrication du fer à la houille, on dut, en raison de la direction des cours d’eau naturels, creuser de nombreux canaux pour relier entre eux les centres d’exploitation. Les travaux qu’on a eu à exécuter ont présenté, parfois, de sérieuses difficultés lorsqu’on s’est trouvé en présence de différences de niveau trop brusques. Près de Stanhope, par exemple, où il s’agissait de relier un canal avec la rivière Delaware, qui coule à une distance de 5 à 600 yards (457 à 546 mètres), et à 170 pieds (31m,65) au-dessous du niveau de ce canal, on a dû recourir à des procédés spéciaux. La pente étant trop rapide pour permettre l’emploi des écluses, voici comment on opère : les barques qui arrivent sur la rivière et qui contiennent 70 tonnes de houille sont reçues dans un caisson, et, au moyen d’une turbine qui commande la manœuvre, elles sont sorties de l’eau et lancées en quelque sorte en tête du canal.
- « L’importance matérielle des cours d'eau de l’Amérique semblerait avoir diminué dans ces derniers temps, pour des raisons au nombre desquelles on semble placer, en première ligne, le développement de l’agriculture et le déboisement des forêts. Il est certain que, il y a quelques années, on pouvait voir sur l’Ohio une ligne de steamers faisant un service journalier entre Pittsburg et Cincinnati ; or cette ligne n’existe plus aujourd’hui, ayant été supprimée, surtout à cause des variations du régime de la rivière. Tout ce que je puis dire, c’est que, à l’époque où j’étais dans ces parages, l’Ohio, bien qu’ayant encore, parfois, dans le passage canalisé d’Ironton, une profondeur de 60 pieds (18 mètres), ne portait plus que de petits bateaux à vapeur ayant un tirant de 2 ou 3 pieds (0m,60 à 0m, 90).
- « Le développement prodigieux des chemins de fer a profondément modifié tous les moyens de communication aux États-Unis. C’est ainsi que, en outre du steamer Great Eastern, qui parcourt l’Hudson jusqu’à une distance de 75 milles (118,65 kilomètres) au-dessus de New-York, on voit encore le long de ce fleuve une double ligne de rails qui se prolonge jusqu’au delà de la cité d’Albany. Dans bien des cas, la locomotive, non-seulement a remplacé le bateau à vapeur, mais encore elle a mis en relation des districts miniers qui, sans elle, auraient été, en grande partie, délaissés. Que seraient, en effet, devenus les riches minerais du Lac Supérieur, de Ylron Mountain du Missouri et de Lebanon en Pensylvanie, avec lesquels on produisait autrefois une quantité limitée de fer au bois, si le chemin de fer n’avait permis de les amener aux houillères des vallées de Shenango et de Mahoning, ainsi qu’à celles de Lehigh, de Delaware, de l’Ohio et de tant d’autres?
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- « A ce propos, il n’est pas inutile de jeter un rapide coup d’œil sur les chemins de fer de l’Amérique, dont le réseau s’est développé dans des proportions dépassant de bien loin celles du propre réseau de l’Angleterre, pays où ils ont pris naissance.
- « Suivant le Manuel de Poor (Manual of américain railways), il y avait, en Angleterre, à la fin de 1873, 16 082 milles (25 876 kilom.) de chemins de fer, tandis que, à la même époque, les États-Unis en possédaient 70651 (113 677 kilom.); ici le prix de revient par mille était de 36 582 livres (914 550 fr., soit 568 396 fr. par kilom.), et, là-bas, il n’était que de 11 500 livr. (287 500 fr., soit 178 682 fr. par kilom.). Il va sans dire que ces chiffres ne sauraient servir à établir une comparaison dans la véritable acception du mot, car, dans les deux cas, l’étendue des lignes à une seule voie est très-différente ; mais ce qu’il faut reconnaître, c’est qu’il est deux sources sérieuses de dépenses dont nos amis d’Amérique n’ont pas eu à se préoccuper ; ils n’ont pas été obligés, comme nous, de lutter, pied à pied, et souvent au prix de grands sacrifices, pour obtenir, des autorités législatives, l’autorisation de construire leurs chemins de fer ; d’un autre côté, ils ne sont pas contraints, comme c’est parfois le cas chez nous, de payer, à des prix exorbitants, les terrains dont ils ont besoin. Sans doute, les conditions, dans les deux pays, sont essentiellement différentes; mais, si l’on considère l'importance capitale qu’il y a, surtout dans un pays industriel comme le nôtre, d’avoir des moyens de locomotion, non-seulement les plus parfaits, mais aussi les plus économiques, on ne saurait priser trop haut les avantages qui résultent de l’économie dans les frais de construction.
- « Par contre, les compagnies de chemins de fer américaines ont eu à lutter avec la rareté et, par conséquent, avec le prix élevé de tous les matériaux qui, à l’exception du bois, leur ont coûté beaucoup plus cher qu’ils ne coûtent en Angleterre; il en a été de même pour la main-d’œuvre, qu’elles n’ont pu se procurer qu’à des taux exorbitants. Elles ont cherché, et ont souvent réussi à remédier à ces inconvénients au moyen de travaux exécutés dans des conditions d’économie toutes spéciales. Or ces conditions n’auraient pas été acceptées dans un pays comme l’Angleterre, et auraient, il est vrai, rarement satisfait chez nous l’Inspecteur du gouvernement chargé de donner sa sanction avant l’ouverture de toute nouvelle ligne ; mais en Amérique les choses sont tout autres, et, dût-on léser les intérêts d’une minorité, ce sont toujours les convenances du plus grand nombre qui l’emportent.
- « Disons encore, d’après le Manuel de Poor, ce qui n’est pas sans intérêt, qu’aux États-Unis les frais d’exploitation se sont élevés, en 1873, à 65,10 pour 100 de la recette brute, tandis qu’ils n’ont été que de 53 pour 100 en Angleterre, et que, d’une part, la recette nette, calculée sur la totalité du capital dépensé, a été de 4,85 p. 100. tandis que, de l’autre, elle a été de 4,59.
- « Les tarifs pour le transport du minerai et de la houille sont très-variables ; tantôt il ne faut pas payer moins de 1,5 d. (0 fr. 15) par tonne et par mille pour des distances de moins de 40 milles (64,35 kilomètres), et tantôt on trouve, m’a-t-on dit, des
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- compagnies qui consentent à traiter, par contrat, à un taux qui dépasse à peine le tiers de ce chiffre ; il est vrai que, dans ce dernier cas, il s’agit de chemins de fer traversant des districts à peine ouverts à l’industrie, et que les autorités font tous leurs efforts pour y attirer les capitaux indispensables à leur développement.
- « Gela posé, je vais maintenant appeler votre attention sur la position géographique et sur la nature générale des différentes matières employées en Amérique à la fabrication du fer ; je commencerai par le combustible, et, en premier lieu, par celui que fournissent les vastes forêts du pays.
- lie charbon de bois.
- « Il ne faut pas voyager longtemps dans l’intérieur des États-Unis pour s’apercevoir qu’on est bien loin d’y tenir les bois en si haute estime que nous avons l’habitude de le faire en Angleterre. Il n’est pas rare de rencontrer, sur les berges ou dans le lit même de quelques rivières, d’énormes troncs d’arbres à moitié enfouis dans le sable ou la vase, où ils demeurent jusqu’à ce qu’ils pourrissent, à moins qu’une crue des eaux ne les emporte plus loin. J’ai eu l’occasion de voir des arbres de dimensions considérables pourrissant le long du chemin de fer même pour le passage duquel on les avait abattus.
- « Le bois, tel qu’il existe dans les forêts de l’Amérique, n’a qu’une faible valeur commerciale, et, comme à son origine, l’industrie sidérurgique du pays a souvent trouvé dans ces forêts la source de combustible la plus facilement accessible, les hauts fourneaux d’alors n’ont été exclusivement alimentés qu’au charbon de bois. Jusqu’en 1854, sur la production totale de la fonte, il y en avait encore un tiers qui était de la fonte au bois ; mais, depuis cette époque, cette proportion est descendue à un cinquième, bien qu’elle se soit élevée de 300 000 à 500 000 tonnes. C’est là, comme on voit, un chiffre encore important, et ce genre de fonte est surtout employé dans les usines qui font de l’acier Bessemer pour la fabrication des roues de wagons de chemins de fer, et pour d’autres applications qui peuvent supporter une élévation de prix.
- « A en juger par ce fait qu’on peut acheter des milliers de kilomètres carrés de forêts au prix de 3 ou 4 shillings l’acre, terrain compris (9 fr. 30 à 12 fr. 30 l’hectare), la valeur actuelle du bois sur pied doit être souvent insignifiante. Naturellement, cette valeur augmente lorsque des hauts fourneaux sont établis dans le voisinage, auquel cas les coupes sont vendues sur pied sous le nom de stumpage (1). Sur un certain point du Missouri, par exemple, la corde de bois, qui mesure, telle qu’on l’empile, 128 pieds cubes (3m3,584), s’est vendue 7 cents, soit environ 3,25 d. (0 fr. 085 le mètre cube). Dans ce cas, le prix de revient de 100 boisseaux de charbon
- (1) Stumpage de stump (tronc) n’a pas d'équivalent en français. Tome III. — 75® année. 3* série. —• Mars 1876.
- (M.)
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- a été de 27 sh. 7 d. (34- fr. 4-5), soit 0 fr. 94- l’hectolitre, se décomposant comme suit :
- dollars sh* deniers francs.
- Stumpage sur 2,5 cordes à 7 cents 0,18 0 7,50 = = 0,75
- Coupe du bois 2,5 — à 50 — 1,25 4 8,50 = = 5,85
- Fabrication du charbon à raison de 4,50 par boisseau. , 4,25 16 0 = = 20,00
- Transport au haut fourneau 1,2/3 - . . 1,66 6 3,0 = = 7,80
- 27 7 = = 34,40
- « Dans le cas que nous citons, le charbon pesait 19 à 20 livres par boisseau (environ 24-k,90 l’hectolitre), en sorte que le bois ne coûtant que peu de chose, ce charbon est revenu au fourneau au prix de 30 sh. la tonne (37 fr. 50).
- « Voici quels sont sur d’autres points, les prix du charbon rendu dans les mêmes conditions :
- Dans la région du Lac Supérieur.. .
- — du Kentucky........
- — du Missouri.......
- — du Tennessee. . . .
- — de l’Alabama. . . .
- 23 s. 0 d. à 50 s. 0 d. la tonne 28r,75 à 62f,50 24 s. 0 d. — 30f,00
- 38 s. 7 d. — 48f,20
- 31 s. 6 d. — 39f,35
- 20 s. 0 d. à 33 s. 0 d. — 25f,00 à 41f,25
- « Les prix, on le comprend, se ressentent du transport; 2 à 5 milles (3tilom-,218 à 8kllom-,04-5) représentent, un parcours ordinaire, mais îa distance est souvent beaucoup plus grande.
- « La quantité de bois fournie par un acre de forêt (01,ecUre,4-0) varie dans de larges limites; tantôt elle est de 20 cordes (71m3,68) et tantôt de 4-0 à 4-5 (14-3raS,36 à 161m3,28). Pour produire 100 boisseaux de charbon, il faut 2,5 cordes de bois; mais, selon la nature du bois employé, le boisseau qui mesure 2 700 pouces cubes (4-4-Ht- ,24-2) a un poids extrêmement variable.
- « Une observation que je dois faire, en passant, c’est que le système des poids et mesures employé dans les forges de l’Amérique est une de ces rares mauvaises choses que ce pays doit à ses relations de parenté avec l’Angleterre. Les dollars et les cents qui constituent la monnaie dont on se sert là-bas démontrent amplement le prix qu’on attache au système décimal; mais, quant à la tonne, on ne s’est pas contenté de prendre la nôtre qui est insignifiante avec les 20 cwts (1) de 112 livres dont elle se compose, on en a encore une autre qui est de 2 000 livres (906k,80), si bien que dans une partie des Etats-Unis la fonte se vend sur le pied de l’une de ces tonnes, tandis qu’ailleurs elle se vend sur le pied de l’autre. Le même inconvénient se répète pour la houille et le coke, excepté dans les cas assez fréquents où la vente s’en fait au boisseau, mesure qui, pour la première, est tarée au poids de 83 livres (37\60) et, pour le se-
- (1) Cwt est une abréviation de hundred-weighl qui vaut 112 livres = 50k,78.
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- cond, au poids de 40 livres (18\12). Quant aux fers, c’est à la petite tonne qu’on les trouve sur le marché, à l’exception des rails qui se vendent à la tonne anglaise.
- « Pour en revenir au charbon de bois, disons que- la production d’une tonne de fonte demande en moyenne 110 boisseaux de charbon, ce qui, pourles 500 000 tonnes de fonte au bois que produisent les États-Unis, représente une consommation de 55 millions de boisseaux ; d’un autre côté, un acre de forêt fournissant 30 cordes de bois et celles-ci rendant 1200 boisseaux de charbon, on voit que les 55 millions de boisseaux dont nous parions exigent annuellement le déboisement de 46 000 acres (18 600 hectares environ). En estimant maintenant à 22 livres (9k,960) le poids moyen d’un boisseau de charbon, on en déduit que les hauts-fourneaux en consomment 550 000 tonnes par an. Or le calcul démontre que, tout en tenant compte des déchets, l’exploitation, dans le comté de Durham, d’une couche de houille de 4 pieds (lm,20) sur une étendue de moins de 200 acres (80I,ect-,80) produirait un poids de coke égal à celui du charbon provenant des 46 000 acres de forêts dont nous venons de parler.
- « On a constaté qu’il fallait de 20 à 30 années aux bois pour se reproduire. Si l’on prend une moyenne de 25 ans, on voit que la fabrication du charbon de bois nécessaire exige l’exploitation de 1 150 000 acres de forêts (464 600 hectares), surface dont l’étendue explique les frais de transport aux 189 hauts fourneaux qui marchent encore au bois en Amérique. Sans doute, cette surface, toute grande qu’elle est, ne représente qu’une faible fraction des 380 millions d’acres de forêts (153 520 000 hectares) qui couvrent différentes régions du vaste territoire des États-Unis ; mais, néanmoins, il est des points où la rareté croissante du combustible végétal a déjà éveillé l’attention du gouvernement, et une commission émanant de la Chambre des représentants a récemment fait un rapport sur la situation que crée au pays le manque de soin que l’on constate dans l’exploitation des forêts.
- formation houillère.
- « Laissant de côté les sources de combustible dont la formation est relativement contemporaine, je ne m’occuperai que de celles qui sont formées de l’accumulation résultant aux premiers temps de notre planète de l’enfouissement de générations successives de végétaux, accumulation qui a produit les dépôts houillers de l’Amérique dont l’abondance n’a probablement son égale dans aucune autre contrée du globe.
- « Ces dépôts renferment toutes les variétés de houilles qui nous sont connues, depuis celle qui est la plus riche en principes volatils jusqu’à l’anthracite, qui est la plus riche en carbone presque pur. Mais ce n’est pas seulement à l’état solide que la végétation préhistorique a fourni à l’Amérique ses immenses amas de combustibles minéraux, c’est encore à l’état liquide et à l’état gazeux, c’est-à-dire dans les deux autres conditions qui caractérisent la matière constituante de notre globe.
- « Ainsi on m’a cité plusieurs maisons particulières qui sont chauffées et éclairées au gaz, et ce gaz leur est fourni par un simple trou de sonde creusé dans le sol. Mais
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- l’exemple le plus remarquable d’ulilisation du combustible à l’état gazeux peut se voir, près de Pittsburg, dans les établissements métallurgiques connus sous le nom de Iron City and Siberian Iron Works ; à quelques centaines de mètres des usines se trouve, en effet, un trou de sonde de 3 pouces de diamètre (0m,075) et de i 200 pieds de profondeur (365m,60), d’où s’échappe continuellement un courant de protocarbure d’hydrogène à une pression qu’on m’a dit être d’environ 2 atmosphères, et dont l’abondance est telle qu’on ne se sert pas d’autre combustible dans les établissements pour les opérations du puddlage, du réchauffage et même pour les machines à vapeur.
- « Relativement à son degré d’importance, il convient, néanmoins, ue classer immédiatement après le combustible minéral solide l’hydrocarbure liquide connu sous le nom de pétrole ou huile de houille. La découverte des immenses réservoirs de cette substance et les applications qu’on en a faites ne datent que de peu d’années. A cette époque, on se rua, en quelque sorte, sur les sources d’huile comme on s’était rué jadis sur les placers aurifères. Le prix de la main-d’œuvre et des matériaux atteignit alors à des chiffres fabuleux; ainsi la location d’un chariot et d’une paire de chevaux se payait de 5 à 6 livres par jour (125 à 150 francs); le charbon nécessaire à l’alimentation des machines ne coûtait pas moins. D’après un rapport, un heureux propriétaire possédant 70 acres de terre (28hect-,28) d’une valeur d’environ 300 livres (7 500 francs) toucha comme redevances (royalties), en raison des différents puits à pétrole creusés sur son domaine, des sommes considérables variant de 60 000 à 80 000 livres (1,5 à 2 millions de francs).
- « Faire jaillir l’huile du sol (striking oit) n’est pas chose difficile, quand elle se trouve là même où on la cherche ; mais il y a à cet égard une grande incertitude. L’opération consiste à creuser un trou de sonde d’une profondeur variant de 300 à 600 pieds (90 à 180 mètres), jusqu’à la nappe d’huile qui coule ordinairement dans un lit de roches désagrégées. Tantôt le liquide s’élance naturellement à la surface, et tantôt on est obligé, pour l’amener au jour, d’installer une pompe d’un diamètre de 2 pouces environ (0m,05) ; dans ce dernier cas, on a recours à une petite machine à vapeur n’ayant bien souvent pour combustible que le gaz même qui se dégage du trou de sonde et qui, on doit le remarquer, provient, comme l’huile elle-même, de couches que le classement géologique place au-dessous de la formation houillère.
- « Quelle doit être la durée de ces sources naturelles ? Telle est la question qui se présente de suite à l’esprit. Or, aujourd’hui, il est clairement démontré qu’au lieu de s’étendre au loin les dépôts de combustible liquide n’occupent qu’une surface restreinte, et que l’épuisement en est rapide. Ainsi, à Oil City (1), il est bon nombre de sources où l’on était obligé, il y a douze ans, de pomper d’une manière-continue, qui n’exigent plus aujourd’hui qu’un travail d’une ou deux heures par jour, parce qu’elles
- (1) Oil Cily (cilé de l’huile) est le nom qu’on a donné à la région où s’est concentrée, au début, l’exploitation du pétrole. (M-)
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- ne fournissent plus que deux ou trois barils d’huile par vingt-quatre heures. On fait il est vrai, chaque jour, de nouvelles découvertes, si bien que la production totale de la contrée est encore, je crois, égale, sinon supérieure, à ce qu’elle était auparavant.
- « L’épuration de l’huile de pétrole brute destinée à l’éclairage a motivé la création d’établissements industriels considérables, dont j’ai eu l’occasion de visiter l’un des plus remarquables dans la cité de Cleveland. Pressé par le temps, je ne m’étendrai pas à ce sujet et je dirai seulement qu’on produit par jour, dans cet établissement, 420 000 gallons d’huile rectifiée (un peu plus de 19 000 hectolitres) qui s’exportent dans le monde entier; l’expédition s’en fait au moyen de 8 000 barils en chêne, construits avec soin dans des ateliers qui forment une dépendance de l’usine, et qui sont probablement les plus considérables qui existent. On compte là une population ouvrière de 1 200 hommes et enfants, dont le travail est largement secondé par le concours des machines.
- La houille.
- « Je vais maintenant parler de cette variété de combustible minéral, de la houille en un mot, sans laquelle aucune nation, si elle n’en possède pas des gisements d’une certaine richesse, ne saurait conserver longtemps un rang de quelque importance parmi celles qui produisent le fer.
- « En comparant la superficie considérable des États-Unis d’Amérique à celle des autres pays, il est douteux qu’il existe dans le monde un territoire de cette étendue, dont une plus grande proportion soit occupée par le terrain houiller. Ce terrain comprend :
- SUPERFICIE
- en milles carrés* en kilom. carrés*
- ,1° Le district de l’est commençant dans l’Etat de Pensylvanie, traversant ceux de l’Ohio, de Maryland, du Kentucky, de la Virginie occidentale, du Tennessee, de Géorgie et se ter-
- minant dans l’Alabama.................................. 58737 151 541
- 2® Le district du centre occupant une partie considérable de l’Illinois et s’étendant dans l’Indiana et le Kentucky............. 47 138 121 616
- 3° Le district de l’ouest situé dans les États d’Iowa, du Kansas,
- du Missouri, etc............................................. 64 487 166 376
- Total......... 170 362 439 533
- c( A ce total, il conviendrait d’ajouter un petit lambeau de terrain houiller qui se trouve dans le Michigan ; mais, comme d’après les explorations faites jusqu’ici on a reconnu qu’il ne renferme que des couches minces et inexploitables, il est inutile d’en tenir compte. Cependant, si au total ci-dessus on ajoute ce lambeau, ainsi que quelques autres terrains douteux situés dans l’Arkansas, le Texas et autres États, on arrive à un total général de 192,000 milles carrés (495 360 kilom. car.).
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- « Considéré au point de vue de la production, ce chiffre me semble peut-être trop élevé, et j’ai d’autant plus de raison de le croire que tout ce terrain houiller est entrecoupé de vallées nombreuses et très-étendues, qui ont du être partiellement ou entièrement dépouillées de leurs couches de charbon par les phénomènes de dénudation. Cependant, en faisant une large part à ces pertes, il reste encore une surface utile considérable, en comparaison de laquelle celle des 8 000 milles carrés qu’occupe le terrain houiller du Royaume-Uni (20 640 kilom. carrés) est, pour ainsi dire, insignifiante sous le rapport de l’étendue. Il faut dire, toutefois, que l’existence des vallées auxquelles je viens de faire allusion favorise singulièrement l’exploitation des couches de houille, tout en créant àespeîidages qui permettent de les atteindre tout naturellement par des galeries de niveau.
- L’anthracite.
- « En Angleterre, où l’anthracite n’occupe qu’une très-petite place dans la formation houillère, nous ne pouvons nous faire qu’une idée imparfaite du rôle important que cette variété de combustible minéral joue aux États-Unis ; en 1874 , par exemple, sur une production totale dépassant 45,5 millions de tonnes de houille, il y en avait près de 23 millions d’anthracite, et sur les 2,5 millions de tonnes de fonte fabriquée, moitié environ provenait de hauts-fourneaux alimentés par ce combustible.
- « La région où l’on rencontre le gisement d’anthracite qui intéresse particulièrement le côté pratique de nos investigations se trouve à l’angle nord-est de ce que j’ai désigné plus haut sous le nom de district oriental des grands bassins houillers de l’Amérique. Ce gisement est partagé en trois sections, peu distantes l’une de l’autre, et n’ayant qu’une superficie totale, relativement faible, de 472 milles carrés (près de 1 218 kilom. car.), mais largement compensée par l’abondance du charbon qui s’y trouve. Ainsi, sur un point que j’ai visité, j’ai pu voir trois couches ayant respectivement des épaisseurs de 13, 15 et 18 pieds (3m,90, 4m,50 et 5m,40) ; mais il est d’autres endroits où l’on trouve des couches encore plus épaisses et en plus grand nombre.
- « La position qu’occupent les couches d’anthracite tendrait à faire supposer qu’après leur formation elles ont subi, dans le terrain qui les encaisse, une pression latérale considérable ; c’est à cette pression qu’il faudrait attribuer les ondulations successives qu’elles présentent, dont les pentes accusent des angles de 20 à 45 degrés et plongent parfois jusqu’à une profondeur de 200 à 250 fathoms (365m,60 à 457“*) et plus. Tantôt la pression a été si énergique qu’elle a rapproché deùx sommets voisins, supprimant ainsi un pli des ondulations sur une étendue assez considérable pour que le mur d’une couche en devienne le toit sur un autre point ; par suite du même phénomène, la quantité de charbon qui se trouve accumulée suivant l’axe anticlinal de quelques-unes des ondulations est si considérable, qu’elle n’y présente pas moins de
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- kO à 60 pieds d’épaisseur (12 à 18 met.), ou même plus. Tantôt encore, il y a eu dénudation, et non-seulement les grès et les schistes ont été emportés, mais encore une partie du charbon lui-même, auquel cas les affleurements de la couche apparaissent au jour ou ne sont recouverts que par les alluvions de la surface. Là où l’axe anticlinal n’a pas disparu, le charbon s’exploite parfois à ciel ouvert ; ainsi, près de Mauch Chunk, dans le district de Schuylkill, j’ai visité une exploitation de ce genre occupant une superficie de 10 acres (4 hect. 04), où la couche présentait une face de 70 pieds (21 mètres) de hauteur, et qui avait déjà fourni, m’a-t-on dit, 850 000 tonnes.
- « Les couches d’anthracite, en raison de leur inclinaison, exigent des installations spéciales pour l’extraction, qui ne saurait se faire ni par des puits verticaux, ni par des galeries de niveau. Une machine puissante est d’abord installée à la surface, puis on creuse dans la houille même un plan incliné, dont la pente varie avec celle de la couche et par lequel les produits arrivent au jour.
- L’appareil à molettes ( Winding engine) n’élève pas cependant le charbon à la surface dans les conditions ordinaires ; il est disposé, au contraire, pour l’amener en haut d’une gigantesque charpente en bois, connue sous le nom de Breaker (briseur), dont l’usage est rendu nécessaire par la nature même du combustible. L’anthracite possède, on le sait, une texture très-compacte, par suite de laquelle il faut beaucoup d’efforts pour le briser. En outre, il est difficile à allumer et ne peut être brûlé que dans des foyers de faible dimension, présentant une large surface à l’action de l’air. Or la main-d’œuvre qu’exigerait le concassage des blocs de combustible et le menu sans valeur qui en résulte sont si considérables, que l’exploitant épargne ce travail au consommateur en obligeant le charbon qui arrive au jour à passer par le breaker, ce qui permet en même temps, par un triage à la main et par l’action d’un courant d’eau, de le débarrasser des schistes et autres impuretés qu’il contient.
- « Les plus gros morceaux, dits lump, sont principalement consommés par les hauts fourneaux ; les autres, auxquels on donne les différents noms de hroken, egg, store, chestnut (1), sont employés à divers usages. La variété désignée sous le nom de store et qui est affectée aux usages domestiques est celle qui se vend le plus cher ; mais l’écart le plus élevé qui existe entre les prix des différentes sortes n’est que de 3 s. 6 d. par tonne (4 fr. 35).
- « En pratique, on peut considérer l’anthracite comme une sorte de coke naturel, car souvent il ne renferme pas moins de 93 pour 100 de carbone solide. Etant donné qu’il faut exploiter plus de 100 tonnes de houille ordinaire pour en obtenir 60 à 65 d’un coke qui n’est pas plus riche en matières combustibles que l’anthracite, on voit
- (1) Broken (cassé), egg (œuf), stove (foyer), chestnut (marron) sont des noms évidemment donnés aux morceaux, soit à cause de leur grosseur et de leur forme, soit en raison de l’emploi auquel ils sont destinés. (M.)
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- quelle serait la position d’un maître de forge qui, au lieu de ces 100 tonnes, n’en aurait à sa disposition que 65.
- « Mais, s’il y a avantage pour le maître de forge, la situation est loin d’être la même pour les propriétaires de mines d’anthracite. La production des puits d’exploitation étant excessivement variable, il est assez difficile de donner une idée correcte de la véritable situation des choses. La grande épaisseur des couches, et le mode d’abatage lorsqu’il s’agit d’assurer la solidité d’un toit d’une grande inclinaison, obligent à laisser un plus grand nombre de piliers en charbon que nous n’en laissons dans nos mines, ce qui produit une perte plus grande, qui varie de 15 jusqu’à 50 pour 100 de la totalité de la masse exploitable ; la moyenne étant ordinairement, d’après ce que j’ai entendu dire, de 25 pour 100, on voit qu’il n’est possible d’amener que 75 pour 100 au jour.
- « La seule opération du concassage produit une quantité considérable de menu, lequel est sans valeur, parce qu’il est impossible de l’employer sur les grilles, où il étouffe le feu sans laisser le moindre accès à l’air. Aussi n’est-il pas rare de voir, près des anciens puits à anthracite, d’immenses tas de menu couvrant plusieurs hectares de terrain, et qui sont aujourd’hui sans valeur, quoique étant sortis autrefois propres et brillants des cribles de lavage (1). Il y a donc là de ce fait une perte très-importante, et, si on y ajoute celle qui résulte du triage à la main ou du lavage, il en résulte que l’extraction totale produit un déchet qui s’élève parfois jusqu’à 50 pour 100 ; c’est là, il est vrai, un maximum, et il faut reconnaître que, dans plus d’un cas, le produit utilisable de l’extraction est de 80 pour 100.
- « Le taux des redevances [royalty] est très-variable. Il est bon de rappeler ici que ce n’est qu’en 1820 qu’on a commencé à exploiter les premières mines d’anthracite, époque à laquelle on en vendit à peine 365 tonnes. La nature en quelque sorte réfractaire de ce charbon en rendit l’adoption si difficile, que, neuf ans plus tard, il n’en venait pas plus de 100 000 tonnes par an sur le marché. Ce ne fut qu’en 1840 que la production atteignit près de 1 million de tonnes ; puis, continuant à se développer, elle s’est élevée en 1864 à 10 millions, pour arriver enfin, dans ces dix dernières années, au chiffre de 24 millions de tonnes par an.
- « Tout spéculateur qui, au début de l’industrie des mines de charbon, a été assez heureux et assez perspicace pour acheter des terrains renfermant de l’anthracite, ne paye comme redevance qu’un intérêt minime et souvent insignifiant relativement au capital qu’il a déboursé. Quant à l’exploitant, qui n’est la plupart du temps que le fermier de la mine, il payait autrefois une redevance d’environ 1 fr. 25 par tonne ;
- (1) En parlant de ces menus improductifs, l’auteur semble n’avoir pas eu connaissance des procédés d’agglomération employés récemment par un Français, M. Emile Loiseau, pour en tirer parti et dont les journaux de New-York ont fait grand bruit en 1874.
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- mais, dans ces derniers temps, cette redevance s’est élevée à 2 fr. 50, et même à 3 fr. 10.
- « Les mineurs travaillent de huit à dix heures par jour, et l’on m’a dit qu’une équipe de trois hommes pouvait produire parfois, dans un seul poste, jusqu’à 32 tonnes. Le prix de la main-d’œuvre est réglé suivant une échelle qui varie avec le prix de vente du charbon. D’après cette échelle et pendant la dernière crise, un chef d’équipe ne gagnait pas moins de 30 à 38 s. par jour (37 fr. 50 à 47 fr. 50), et même à l’époque de mon voyage, où l’industrie du fer, qui est celle qui consomme le plus de charbon, subissait une dépréciation bien sensible, la journée du mineur employé au havage ressortait encore à 15 et à 19 s. (18 fr. 75 et 23 fr. 75). .
- « Aujourd’hui, on peut considérer 7 s. 6 d. (9 fr. 35) comme le prix auquel reviennent, par tonne, l’extraction et la mise en wagon des produits d’une mine d’anthracite de moyenne valeur ; quant au prix de vente, sur lequel j’aurai l’occasion de revenir plus loin, il est de 12 s. environ (15 fr.).
- La houille bitumineuse.
- « J’ai visité d’autres points de cette région que j’ai appelée orientale des bassins houillers de l’Amérique, et qui, en raison de sa production, est aujourd’hui la plus importante de toutes. Près de Youngstown, dans l’Ohio supérieur, on exploite la mine dite Briar-Hill ou Block-Coal. Dans un puits, àla profondeur de 40 fathoms (73m,10), où je suis descendu, j’ai vu exploiter une couche de 5 pieds (lm,50) d’épaisseur, dont le charbon est pur et dont le toit est si solide que les galeries de roulage n’ont pas besoin d’être boisées. La redevance à payer (royalty) varie de 11 à 16 d. (1 fr. 10 à 1 fr. 60). Un mineur peut abattre 4 tonnes dans sa journée et gagner environ 9 s. (11 fr. 25). L’abatage ne produit pas beaucoup de menu et fournit le charbon rendu sur le carreau du puits à un prix inférieur à 5 s. (6 fr. 25) la tonne. Malgré la grande quantité de matières volatiles qu’il renferme (30 à 40 pour 100), le charbon de cette couche n’en est pas moins largement employé à l’état cru par les hauts fourneaux situés dans les vallées de Mahoning et Shenango. La proportion de cendres fournie par l’analyse est, suivant les deux cas qu’on m’a cités, de 4,38 et de 8,60 pour 100.
- « C’est près de Pittsburg, dans ce même bassin oriental, qu’on rencontre le fameux charbon à coke qui a été la cause du développement extraordinaire de l’industrie sidérurgique au voisinage de cette ville commerçante. Le district si connu de Con-nellsville présente une superficie de 60 milles carrés (un peu plus de 155 kilom. car.). La couche qu’on y exploite a une épaisseur de 11 à 12 pieds (3m,30 à 3m,60), et l’abatage de la houille en est si facile que, sans employer la poudre, le mineur 'peut en une heure, avec une simple pelle, en charger une tonne dans les wagons de la mine. On a tellement l’habitude de convertir en coke tout le produit de l’extraction, que c’est généralement en coke que ce produit s’estime. D’après ce qui m’a été dit,
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- le prix de revient d’une tonne de coke sortant des fours et mise en wagon est de 6 fr. 85, et celui de vente de 10 s. 6 d. environ (13 fr. 10). Le rendement de la houille est à peu près de 62,5 pour 100. D’après l’opinion des maîtres de forges, le coke de Connellsville, tel qu’on le fabrique près de la rivière de Monongahela, est, de tous ceux qu’on fait aux États-Unis, celui qui est le plus estimé pour les opérations métallurgiques. A mon avis, néanmoins, il est bien inférieur à notre coke anglais du comté de Durham, tant sous le rapport de la compacité que sous celui de la teneur en cendres; cette teneur n’est jamais, m’a-t-on dit, inférieure à 10 pour 100, et s’élève quelquefois jusqu’à 17 ; en outre, il y a une proportion de soufre de 0,25 à 0,50 pour 100.
- « La houille menue provenant des exploitations, près de Pittsburg, et qui ne saurait se vendre en cet état, sert également à faire du coke, après avoir été préalablement lavée. Ce coke est, sans aucun doute, de moins bonne qualité que celui de Connellsville et coûte notablement moins que le coke qui provient des environs de la rivière Monongahela.
- « La houille la moins chère qu’on m’ait citée est celle dont s’alimente l’un des établissements sidérurgiques les plus considérables des États-Unis, qui la reçoit à pied d’œuvre au prix de 3 s. (3 fr. 75) la tonne, redevance non comprise. Elle contient 1,7 pour 100 de soufre et 7,5 pour 100 de cendres ; le coke qu’elle fournit représente 60 à 62 pour 100 de son poids et a une teneur en cendres de 10 et en soufre de 1 pour 100. Les mineurs qui exploitent cette houille gagnent 7 s. 6 d. (9 fr. 35) par journée de huit heures de travail.
- « Le chemin de fer dit Ohio and Chesapeake railway, qui descend la vallée de Kanawha, traverse une grande partie de la région houillère dont nous parlons ; et comme cette région est montagneuse, comme les gisements se trouvent assez fréquemment placés au-dessus du niveau des cours d’eau, il en résulte des pendages qui permettent d’exploiter le charbon par galeries. La puissance des couches est variable ; ainsi, j’en ai visité une près de Charleston, sur l’Ohio, qui a 6 pieds d’épaisseur (lm,80) ; mais tout n’y est pas charbon pur, car on y trouve 6 pouces de schistes (Om,15). Un mineur, dans une journée de huit ou neuf heures, peut y abattre quatre tonnes et gagner 9 s. 5 d. (11 fr. 35). La redevance est faible, m’a-t-on dit, environ 6 d. pardonne (0 fr. 60) ; mais quiconque veut placer des capitaux dans les exploitations des bords du Kanawha a mieux à faire que de se mettre fermier de mines, car il peut devenir propriétaire de terrains houillerspour moins de 1 livre par acre (62 fr. 50 l’hectare), à moins qu’il ne les achète près du chemin de fer, auquel cas il devra les payer 5 livres (312 fr. 50 l’hectare). Au point de vue agricole, cette région est aujourd’hui sans valeur, en raison des forêts qui la recouvrent ; d’un autre côté, la configuration du sol, qui est très-accidenté, en rendrait sans doute la culture difficile. Le coût de l’exploitation de la tonne de charbon, dans ces environs, peut s’estimer à h s. (5 fr.) la tonne, non compris la redevance.
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- « Voici une analyse qui m’a été donnée du charbon de cette région :
- Eau........................ 0,94
- Éléments volatils combustibles...... 18,29
- Carbone fixe..................... 75,87
- Cendres.......................... . 4,90
- 100,00
- « Le coke de ce même charbon a fourni :
- Carbone fixe......................... 93,55
- Cendres................................. 6,15
- Soufre. . ............................. 0,30
- 100,00
- « A en juger par ces analyses, j’aurais pu supposer qu’elles se rapportaient à des échantillons de choix ; cependant tout porte à croire que la qualité de ce combustible est réellement bonne, car on m’a assuré que 23 cwts (1167k,95) de coke de la vallée de Kanawha suffisaient pour obtenir une tonne de fonte.
- « Dans le nord du Kentucky, à l’opposé d’Ironton, les couches de houille n’ont plus que 3 à 5 pieds d’épaisseur (0m,90 à lm,50). Le mineur y abat environ 4 tonnes par jour et gagne 8 à 9 sh. (10 à 11 fr. 25). Le prix de revient total de la tonne est de 5 francs. Quoique bitumineux, le charbon de cette région brûle avec une flamme assez sèche pour qu’on puisse l’employer à l’état cru dans les hauts fourneaux.
- « Près de Knoxville, dans le Tennessee, au lieu dit Coal Creek, j’ai visité une autre houillère. J’y ai vu une couche d’excellent charbon de 3,5 à 4 pieds de puissance (lm,05 à lm,20), ressemblant quelque peu à celui de Briar Hill et recouvert d’un lit de schiste friable de 8 à 12 pouces d’épaisseur (0m,20 à 0m,30), qui a l’inconvénient de rendre le combustible moins pur. Chaque mineur abat à peu près 3 tonnes" par joui. Le prix de revient; calculé sur une extraction relativement faible, est d’environ 5 sh. par tonne (6 fr. 25).
- « A Rockwood, en descendant plus bas dans la vallée où coule le Tennessee, le charbon revient à un prix un peu moindre et convient également pour la métallurgie.
- « A Rising Fawn, sur la ligne ferrée Alabama and Chattanooga railway, on construit une nouvelle forge sur le modèle des plus récentes établies dans le nord de l’Angleterre. Elle doit tirer son charbon d’une couche de 11 pieds (3m,30) située dans le bassin de Coosa ; mais les travaux d’exploitation ne sont pas encore assez avancés pour qu’on puisse établir un prix de revient. Ce charbon a une cassure inégale ; il est onctueux au toucher comme le talc et se délite en plaques minces lorsqu’on le comprimé. Le chimiste de l’usine m’a dit qu’il rend de 80 à 83 pour 100 de coke, lequel renferme 8 à 15 pour 100 de cendres et une notable proportion de soufre.
- « Dans l’Etat d’Alabama, on rencontre des fragments éloignés du bassin principal, désignés sous les noms de Black ‘Warrior, Cahawba et Coosa. La configuration phy-
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- sique de ces districts, ainsi que j’aurai l’occasion de le montrer plus loin, doit exercer une influence importante sur l’avenir de leurs établissements sidérurgiques, qui, selon toute probabilité, sont appelés à jouer un rôle de premier ordre dans l’industrie des Etats du Sud. Grâce aux circonstances qui ont détaché ces fragments du bassin principal, d’autres formations géologiques sont rendues accessibles, et, comme elles renferment en abondance certaines qualités de minerais de fer et de fondants, il en résulte que la métallurgie trouve là des conditions de production économique qu’on ne rencontre que rarement, même en Angleterre.
- « L’exploitation de la houille dansl’Alabama est, pour ainsi dire, encore dans l’enfance; tout ce que j’y ai vu ne consistait qu’en travaux récemment ouverts. L’extraction totale du district de Cahawba ne dépassait pas, dans l’automne de 1874, 150 tonnes par jour, fournies par des couches de 3 à 6 pieds (0m,90 à lm,80) ; j’en ai même vu une qui n’avait pas 3 pieds. Le prix de revient élevé qui m’a été donné, 9 sh. 6 d. par tonne (11 fr. 85), doit, sans doute, être attribué à la faiblesse de la production. Les mineurs gagnent 6 sh. 7 d. à 7 sh. 6 d. par poste (8 fr. 20 à 9 fr. 35). Le front de taille que j’ai mesuré moi même dans une mine du district de Black Warrior
- était composé comme suit :
- pieds, pouces, mitres.
- Bonne houille au toit................... 2 4 = 0,70
- Houille avec lit très-schisteux........ 1 2 = 0,35
- Bonne houille au mur..................... 2 4 = 0,70
- 5 10 = 1,75
- « Le menu lavé de cette mine, soumis à la carbonisation, donnait un coke d’aspect brillant et argenté. Les principaux ouvriers qu’on employait là étaient des convicts au service de l’Etat, circonstance qui explique le bas prix auquel revient l’extraction, 3 sh. par tonne (3 fr. 75). Ces malheureux, lorsqu’ils travaillent à l’extérieur de la mine, sont constamment surveillés par des gardiens armés, et, dans un chenil spécial, est une meute de limiers dressés à faire la chasse aux fuyards.
- « Dans l’Etat de Géorgie, j’ai eu l’occasion de visiter une mine dans laquelle l’exploitation d’une couche de 5 à 7 pieds d’épaisseur (lm,50 à 2m,10) fournit une extraction journalière de 250 à 300 tonnes. On emploie là également des convicts qui, toutes dépenses comprises, ne coûtent pas plus de 3 fr. 75 par jour, tandis que la journée des mineurs libres revient à 9 sh. 6 d. (11 fr. 85). Un bon ouvrier abat 5,25 tonnes par poste et peut, s’il le veut, aller jusqu’à 7 tonnes. Il y a à cette mine 40 fours à coke desservis par des hommes qui reçoivent un salaire journalier de 3 sh. 9 d. (4 fr. 65). Le rendement de la houille en coke est, m’a-t-on dit, de 67 pour 100.
- « Le bassin houiller venant le second sur notre liste est celui de l’Indiana et de l’Illinois. Il m’a été impossible de visiter les mines qu’il renferme, mais j’ai été assez heureux pour recevoir des exploitants mêmes, ainsi que de mon excellent ami le pro-
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- fesseur Cox, géologue de l’Etat, des détails très-circonstanciés sur leurs ressources ; j’ai eu, en outre, de fréquentes occasions d’examiner le charbon qu’elles produisent.
- « Parmi les variétés qu’on exploite dans l’Indiana est la houille dite block coal, qui ressemble en apparence à celle qui provient de Youngstown, dans l’Ohio. Elle a une texture lamellaire, et les lames, qui sont minces, sont superposées par alternance de qualité, si bien que le désagrégement en est facile. D’un autre côté, ces lames étant recoupées par des plans de clivage perpendiculaires, il en résulte que la houille peut être aisément extraite en blocs cubiques, d’où le nom de block coal qu’on lui a donné. Les deux ou trois couches qui la fournissent ont 3 ou h pieds d’épaisseur (0m,90 ou lm,20) ; mais il en est d’autres où la houille est difïérente, et dont l’une n’a pas moins de 11 pieds de puissance (3m,30).
- « La variété block coal est tenue en très haute estime par les maîtres de forges. Elle rend à peu près 60 pour 100 de coke, brûle franchement et est employée à l’état crue dans les hauts fourneaux. Un mineur peut en abattre 5 ou 6 tonnes dans une journée de huit heures et réaliser ainsi un salaire élevé de 16 sh. (20 francs). Pour les fourneaux qui sont près de la mine, le charbon revient à pied d’œuvre à moins de 5 sh. (6 fr. 25) par tonne. Le menu que produit le criblage, auquel on soumet le charbon des couches bitumineuses, se vend à si bas prix qu’on peut en faire un coke qui revient au même prix ou même à moins. La houille block coal est surtout remarquable parce qu’elle ne contient pour ainsi dire pas de soufre ; il en résulte que la fonte qui provient des hauts fourneaux où on l’emploie se vend plus cher que la fonte au bois faite avec le même minerai. La proportion de cendres est de 1,5 à 5 pour 100.
- « Le bassin houiller dont nous parlons contient six autres couches dont la puissance varie de 2,5 à 6 pieds (0m,75 à lm,80) et qui ont, comme les parties les plus au nord du même bassin, l’immense avantage de n’être éloignées, en quelques points, que de 10 kilomètres à peine des magnifiques eaux du Mississipi. Sur la rivière Big Muddy, une exploitation produit annuellement plus de 200 000 tonnes, dont les mineurs gagnent par jour de 9 sh. 6 d. à 17 sh. 6 d. (11 fr. 85 à 21 fr. 85). Lors de ma visite, les affaires en charbon subissant une for-te baisse, on avait annoncé aux ouvriers une réduction de salaires, et, malgré leur gain élevé jusqu’alors, ils n’avaient pas hésité à se mettre en grève. Le charbon de ce dernier district n’est pas de qualité assez bonne pour qu'on puisse l’employer seul dans les hauts fourneaux ; aussi les maîtres de forges de Carondelet, près de Saint-Louis, le mélangent-ils avec le coke de Con-nellsville qu’ils font venir d’une distance de plusieurs centaines de kilomètres.
- « Cette description rapide embrasse tout ce que j’ai à dire du charbon dans la relation de mon voyage. Je n’ai ni visité les mines du bassin que j’ai placé au troisième rang dans le classement que j’ai donné, ni eu l’occasion de voir le combustible qu’elles fournissent ; d’un autre côté, autant que j’ai pu le savoir, ce combustible n’est pas employé dans cette branche d’industrie dont s’occupe plus particulièrement Ylron and steel Institute.
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- Les fondants ou castine.
- « Il est facile, à la seule inspection d’une carte géologique des Etats-Unis d’Amérique, déjuger de l’étendue considérable qu’occupe la formation de calcaire carbonifère, formation qui s’étend à l’ouest au delà des limites des bassins houillers dont nous venons de parler; à cette source de fondants viennent s’ajouter les roches Siluriennes et Dévoniennes, qu’on rencontre fréquemment à une petite distance des usines sidérurgiques. Dans les Etats d’Alabama et de Tennessee le terrain houiller repose, en effet, partiellement sur le Silurien ou lui est adossé. On a essayé, dans une proportion très-restreinte, certain calcaire renfermant jusqu’à 30 pour 100 de carbonate de magnésie et qui, ainsi que j’ai tout lieu de le croire, appartient au terrain Dévonien. Réunie à la silice et à la chaux ou à l’alumine, la magnésie est, sans doute, très-fusible; mais, comme elle n’a aucune affinité pour le soufre, il reste à démontrer s’il y a avantage à l’employer dans le haut fourneau. A Baltimore et dans les environs, on se sert d’un fondant tout spécial et qui provient de la baie de Chesapeake*, renommée, comme on sait, pour l’abondance des huîtres qu’elle produit. Ces huîtres sont, en effet, envoyées en si grandes quantités dans toute l’Union, que les écailles, non-seulement fournissent aux maîtres de forges le flux dont ils ont besoin, mais encore sont employées pour l’entretien des routes.
- « L’analyse suivante montrera que ce genre de fondant ne contient pas moins de 95 pour 100 de carbonate de chaux, tandis que les autres éléments constituants, qui pourraient être contestables, sont en faibles quantités :
- Carbonate de chaux......................................... 95,01
- Carbonate de magnésie....................................... 0,94
- Silice insoluble dans les acides......................... 2,54
- Peroxyde de fer et alumine.................................. 0,53
- Acide sulfurique (correspondant à 0,12 de soufre)........... 0,30
- Acide phosphorique (correspondant à 0,013 de phosphore). 0,03 Soude...................................................... 0,65
- 100,00
- « En se reportant au tableau ci- après, on verra que les écailles d’huîtres sont substituées au calcaire à Baltimore dans des conditions très-économiques.
- « La simplicité des travaux d’exploitation du calcaire destiné aux hauts fourneaux me dispense d’entrer, à cet égard, dans des explications, d’autant plus que cette exploitation ne diffère en rien de celle qu’on pratique journellement en Angleterre. Je préfère donner, partout où j’ai pu les recueillir, les chiffres concernant la quantité de castine employée par tonne de fonte produite, ainsi que le prix de la tonne de cette castine rendue à pied d’œuvre, en faisant toutefois remarquer que la proportion employée varie avec la nature du minerai, et que les écarts notables qui existent entre les prix
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- NOTES DE VOYAGE. --- MARS 1876.
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- proviennent surtout des frais de transport, nécessairement variables suivant l’éloignement du lieu d’extraction.
- districts. Prix de la tonne de castine rendue au hautfourneau.
- Lac Champlain 3f,40
- Phillipsburg 3,50
- Id 4,65
- Cleveland City 4,70
- Youngstown 3,75
- Pittsburg 8,40
- Harrisburg 5,00
- Philadelphie 7,90
- Vallée de Kanawha. ...... 5,80
- Ironton. 3,75
- Indiana. . . 4,65
- Chicago. 3,10
- Alabama 3,40
- Tennessee 4,65
- Albany . 7,05
- Troy 8,20
- Baltimore (écailles d’huîtres). . 0,60
- Quantités employées par tonne de fonte.
- 67,70
- 609,30
- 1015,60 (contenant 30 pour 100 de carbonate de magnésie).
- » i
- a »
- 761,70
- j »
- » »
- 507,80 » »
- 609,30
- 761,70
- 507,80
- 609,30 660,00
- 507,80 1 015,60
- lies minerais de fer.
- « Nous allons maintenant passer en revue les différentes variétés de minerais de fer, dont quelques-unes, ainsi qu’on le verra, existent en grande abondance sur différents points du pays particulièrement privilégié que j’ai visité ; ajoutons cependant qu’il faut en excepter le minerai spathique ou carbonate de fer ; mais on sait qu’en Europe cette espèce est également assez rare.
- « Le plus important gisement de fer spathique que l’on connaisse est celui qui est situé près d’Eisenerz, en Styrie, et qui, lors de la visite que j’y ai faite en 1865, ne produisait même pas, d’après ce qu’on m’a dit, 100 000 tonnes par an. On en exploite également à Stallberg et à Siegen, en Prusse.
- « En Angleterre, on en trouve dans le comté de Somerset, à un endroit dit Brendon hills, qui n’en fournit pas beaucoup ; on en trouve aussi quelque peu dans les filons qui traversent le calcaire d’Alston Moor et de Weardale, et celui-là est traité aux hauts fourneaux situés près de Wolsingham.
- « En Espagne, à Irun, où je suis allé en 1872, on exploitait un gisement renfermant du minerai spathique, ainsi qu’une hématite brune, provenant évidemment de l’altération du carbonate de fer cristallisé, et ce gisement rendait de 30 à 40 000 tonnes par an.
- « Enfin il n’est peut-être pas inutile de faire remarquer que les minerais provenant des groupes du Lias et de l’Oolithe, et qui fournissent le tiers environ de la fonte qu’on
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- produit dans le Royaume-Uni, sont faiblement représentés aux Etats-Unis ; à l’exception de la région qui avoisine les eaux supérieures du Missouri, il n’est pas, que je sache, de district où l’existence des roches de cette formation ait été signalée.
- [A suivre.)
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- Paroles prononcées a l’occasion de l’inauguration du buste placé sur la
- TOMBE DE M. FARCOT, PAR M. TrESCA.
- Les ouvriers de M. Farcot ont fait exécuter un buste de leur ancien patron, pour être placé sur la tombe qu’ils lui ont élevée au cimetière de Saint-Ouen. L’exécution en a été confiée à l’un de nos principaux artistes, M. Vital-Dubray, qui a su rappeler les traits et la bonhomie du défunt; il a été fondu en bronze, dans les ateliers de M. Victor Thiebaut.
- Le dimanche, 6 février, ce buste a été porté sur la tombe par les ouvriers de l’usine, qui avaient demandé à M. Tresca de retracer, à cette occasion, les principales circonstances de la carrière industrielle de M. Farcot. Nous reproduisons ses paroles qui touchent, sur plus d’un point, à l’histoire de la Société d’encouragement.
- « Messieurs, la cérémonie qui nous rassemble, et dans laquelle les ouvriers de M. Farcot sont venus me demander de prendre la parole, est tout à la fois le meilleur éloge du patron qu’ils regre ttent et de leur sincère reconnaissance envers lui. Je ne saurais rien ajouter à ce touchant témoignage. Ceux qui ont su, de leur propre mouvement, faire exécuter le bronze qui rappelle fidèlement les traits de cet homme de bien, si habile et si modeste, si simple et si profond, n’aimeraient pas qu’on les loue des sentiments qui les ont animés, et je devrai par conséquent, pour entrer dans leurs vues, me borner à retracer la vie du grand industriel qui, en servant ses intérêts et le vôtre, a en même temps rendu à l’industrie nationale les plus signalés services, non pas de ces services bruyants qu’une circonstance passagère détermine ou met en vue, mais de ceux qui exigent une vie tout entière de labeur et de méditation.
- « Appréciée en elle-même, la carrière de M. Farcot ne prendrait peut-être pas son véritable relief, et c’est pour la faire ressortir avec plus de vérité que je vous demande la permission de remonter d’un demi-siècle en arrière, et de vous présenter simultanément trois figures qui sont également connues des
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- plus anciens d’entre vous, Eugène Pihet, Cavé et Farcot. Ce sont de mémorables exemples que les plus jeunes ouvriers ne doivent pas non plus ignorer.
- « Nous sommes en 1820: la France, ruinée par les guerres de l’empire, est tributaire de l’Angleterre ; elle ne peut se remettre de ses épreuves que par le développement de son industrie. Les machines, qui pourraient l’aider à produire plus vite et mieux, lui font cependant défaut ; il y a à peine à Paris vingt machines à vapeur, moins de cent dans le pays tout entier. Les machines-outils, en très-petit nombre, sont anglaises; les machines de filature, introduites au prix de mille peines, sont anglaises aussi.
- « C’est à ce moment que les trois hommes que je viens de citer ont pris une part prépondérante dans l’activité industrielle dont le pays avait tant besoin.
- « Eugène Pihet était né en 1797 ; après avoir fait son apprentissage chez Salleneuve, il construisait déjà pour son compte en 1820 quelques machines de filature, mais il n’était pas encore en possession des machines-outils de Fox, que la société d’Ourscamp ne lui remit que cinq ans plus tard, et qui devaient répandre chez nous les moyeps d’exécution que possédait déjà l’étranger.
- « François Cavé était né en 179A. Simple ouvrier menuisier, il quittait en 1820 John Collier, pour entrer comme contre-maître chez Hindenlang, et ce fut peu de temps après qu’il créa son premier établissement.
- « Marie-Joseph Farcot, le plus jeune des trois, est né en 1798. Il était fils de Joseph-Jean-Chrysostome Farcot, ancien professeur au collège de Juilly, qui avait pu développer chez lui le goût des bonnes études ; orphelin de bonne heure, il avait cependant fait son apprentissage chez Achille Colas et chez Jecker qui excellaient, soit dans la mécanique de précision, soit dans l’exécution des instruments scientifiques. En 1820, il travaillait comme monteur dans les ateliers de Chaillot, oh M. Scipion Perrier Edwards et comp. débutaient presque dans la construction des machines à vapeur. Ce fut l’époque à laquelle se décidèrent les aptitudes de M. Farcot : il lui sera donné plus tard de faire de la machine à vapeur un véritable instrument de précision.
- « Tous trois, ils avaient le génie de la mécanique; tous les trois ils s’étaient formés par l’apprentissage de l’atelier, mais ils n’avaient jamais négligé les occasions de s’instruire ; les commencements difficiles de leurs entreprises eurent lieu presque en même temps, presque au même endroit, cour de l’Orme, près de la Bastille, ou tout à côté rue Moreau.
- « Pendant qu’Eugène Pihet donnait tout son essor à la construction des ma-
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- chines de filature et qu’il appelait près de lui ses parents pour l’aider dans son immense tâche ; pendant que François Cavé, avec l’assistance de ses frères Amable et Louis, se livrait aux plus grandes conceptions mécaniques et créait, pour y réussir, l’outillage nécessaire à l’exécution des grosses pièces de forge, Farcot commençait par des machines de tous genres, des moulins, des presses, des pompes surtout. Plus tard, dans son atelier de la rue Moreau, letude des machines à vapeur se développa dans une grande proportion. Lors de l’établissement du chemin de fer de Lyon, M. Farcot fut obligé de chercher une autre installation, mieux en rapport avec l’importance de ses commandes; il vint ainsi s’établir à Saint-Ouen, où il s’associait bientôt ses trois fils, qui étaient déjà ses auxiliaires dévoués.
- « Cette collaboration de toute une famille dans une même entreprise, cette réunion d’efforts bien dirigés et tendant au même but, cette communauté de travail et de préoccupation que nous venons de signaler chez nos trois constructeurs, elle a produit pour tous trois le même résultat, le succès. Il est vrai qu’il ne s’est maintenu chez eux qu’à des degrés différents : Pihet s’est trouvé presque ruiné après avoir cédé son établissement, accablé par une responsabilité immobilière qui est venue l’écraser, alors qu’il se croyait libre de tout engagement; Cavé, devenu trois fois millionnaire, a pu être aussi généreux envers ses frères que l’industrie avait été libérale envers lui. Farcot est resté jusqu’à sa mort sur la brèche, développant toujours son établissement, et ce que vous avez pu vous-même apprécier, c’est que les enfants de ses fils se montrent déjà dignes de participer à la tâche commune, et qu’il s’est ainsi créé à Saint-Ouen une famille de mécaniciens qui est l’exemple des autres, et qui montre une fois de plus toute la puissance moralisatrice du travail et du bon exemple.
- « En 1820 Farcot était un habile ouvrier, et voilà qu’à la fin de sa carrière il a conquis, pour lui et les siens, une renommée justement méritée, que vous venez vous-même consacrer par une action dictée chez vous par les plus nobles sentiments et qui est bien faite pour constater une fois de plus que, quoi qu’on en dise, le chemin est librement ouvert, dans notre organisation sociale, à toutes les ambitions légitimes, quand elles s’appuient sur le sentiment du devoir, sur l’esprit d’ordre et de probité.
- « Ne croyez pas, Messieurs, que les faits industriels de la carrière de M. Farcot ne reposent que sur des souvenirs plus ou moins fugitifs ; leur histoire est déjà conservée dans nos documents publics, dans le recueil des brevets d’invention, dans les rapports sur nos Expositions, dans le Bulletin de la Société
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- d’encouragement pour l’industrie nationale. C’est là que j’ai voulu en retrouver tous les détails , afin que vous pussiez y rajeunir aussi vos souvenirs et y reconnaître que les travaux utiles laissent des traces profondes, qui subsistent longtemps encore .après que mille agitations contemporaines sont déjà vouées à l’oubli.
- I « Les brevets d’invention de M. Farcot formeraient, s’ils étaient réunis, plu-j sieurs gros volumes pleins de faits et de judicieuses observations, qui en | feraient un véritable traité pratique de machines à vapeur.
- \ « Aucun document ne saurait mieux caractériser la marche ascendante des
- ateliers auxquels vous appartenez que les rapports des jurys de nos Expositions.
- « La première installation dè la rue Neuve-Sainte-Geneviève, où les ateliers ont pris naissance, date de 1828; en 1829 M. Farcot obtenait modestement une médaille de bronze, mais cette bien petite récompense signalait déjà deux inventions : une pompe à course variable, et une pompe à deux pistons dans un même corps, donnant un jet continu.
- « En 1834, médaille d’argent pour une presse à huile à efforts automatiquement variables, mais à travail constant. Le rapport ajoute que l’on doit à M. Farcot les premiers pétrins mécaniques mus par la vapeur.
- « En 1839, les ateliers étaient déjà transférés rue Moreau; rappel de médaille d’argent pour « une petite machine à vapeur à sommier et bielle latérale, de puissance assez restreinte. Cette machine mérite principalement de fixer l’attention par son mécanisme de détente variable, à l’aide duquel la durée d’introduction est constamment mise en rapport avec l’effet à produire par le seul fait du modérateur à force centrifuge. »
- « Nous serions plus affirmatif aujourd’hui et nous ne craindrions pas de dire que cette détente variable est tout simplement l’un des plus grands progrès en cette matière et l’une des plus grandes inventions de M. Farcot.
- « En 1844, médaille d’or. En parlant de cette même détente variable, le rapport devient déjà plus approbatif : « Éprouvé aujourd’hui par une assez « longue expérience et adopté par plusieurs habiles mécaniciens, on peut « désormais le considérer comme l’un des plus ingénieux moyens de réaliser « les avantages et l’économie qui résultent de l’emploi de la détente. »
- « On cite à cette date les vitesses, exceptionnelles alors, d’une machine de 60 chevaux dont l’arbre fait 70 révolutions par minute et une machine de 160 chevaux allant jusqu’à 80 tours.
- « En 1849, l’inauguration de l’usine de Saint-Ouen-, qui figure pour la
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- première fois aux Expositions, est saluée par une nouvelle médaille d’or et par la décoration de la Légion d’honneur. On cite, à l’appui de cette double récompense, les générateurs à chauffage méthodique, les soupapes à double pression équilibrée et l’invention d’une nouvelle disposition de marteau-pilon d’un effet beaucoup plus énergique.
- « M. Farcot n’a pas pris part à l’Exposition universelle de 1851, mais en 1855 nous nous honorons d’avoir pu contribuer, dans le jury, à lui faire décernêr l’une des grandes médailles d’honneur pour sa belle machine de 50 chevaux, à enveloppe de vapeur, avec piston à expansion facultative, la plus parfaite de toutes celles qui eussent été construites jusque-là.
- « En 1862, M. Joseph Farcot était membre du jury à Londres.
- « En 1867, son père, désigné par l’opinion publique pour recevoir la croix d’officier de la Légion d’honneur, sut préférer que la distinction honorifique qui devait accompagner son nouveau grand prix allât récompenser, chez son fils, une collaboration déjà longue et qu’il lui semblait juste de faire apprécier à sa véritable valeur.
- « A Vienne enfin, en 1873, nous avons pu obtenir un diplôme d’honneur de plus pour la France, pour la machine semi-française de MM. Bède et Farcot.
- « Le Bulletin de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale témoigne, d’une manière plus précise encore, des principaux travaux de M. Farcot, des perfectionnements incessants apportés par lui aux appareils à vapeur : générateurs à bouilleurs latéraux, générateurs tubulaires et à foyers amovibles, enveloppes, tiroirs, pistons, modérateurs, en un mot tout ce qui touche au bon emploi et à l’aménagement de la vapeur ; mais ce qu’il constate surtout, c’est l’attribution, en 18L8, à M. Farcot et à MM. Farinaux et Legavrian, du grand prix fondé pour l’économie du combustible. Les machines présentées au concours ne devaient pas dépenser plus de lk,50 de houille par force de cheval et par heure; les deux concurrents étaient arrivés à réduire cette consommation à 1\30, et plus tard, dans les machines du pont d’Austerlitz, elle est descendue à 1 kilogramme.
- « Non-seulement M. Farcot a ainsi construit les machines à vapeur les plus parfaites et les plus économiques, mais leur puissance totale s’élève aujourd’hui à plus de 35 000 chevaux, l’équivalent d’une population de 800 000 travailleurs, et, comme l’usine avait l’habitude de fournir plus que les contrats ne promettaient, nous pouvons hardiment forcer le chiffre en le portant à 1 million d’hommes.
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- « Quelle force et quelle richesse de production sont représentées par l’ensemble de ces engins ? Quelle force et quelle richesse aussi ont été économisées, au profit des générations futures, par le combustible ainsi épargné?
- « Pihet, Cavé, Farcot se sont retrouvés en même temps, vers la fin de leur carrière, dans le Conseil de la Société d’encouragement; ils se sont retrouvés également dans notre Société d’ingénieurs civils, ou ils représentaient les connaissances de l’art de l’ingénieur acquises, non sur les bancs de l’école, mais dans les enseignements non moins certains d’une longue pratique. Ils nous ont été enlevés successivement à bien peu de distance l’un de l’autre et presque au même âge.
- « Le triple vide que leur deuil a fait parmi nous ne me permettait pas de décliner l’honneur qui m’était fait d’avoir à vous les rappeler en cette circonstance : leur histoire, c’est celle du développement de l’industrie méca-/ nique de la France ; de leur entrée dans la carrière date l’affranchissement, / maintenant complet, de notre pays dans les arts mécaniques. M. Farcot s’es-5 timait heureux d’avoir pu y contribuer.
- « Peu de jours avant sa mort, l’Académie des sciences lui faisait la plus grande joie qu’il pût alors ressentir : elle décernait à M. Joseph Farcot, l’aîné de ses fils, et maintenant votre chef, un de ses prix pour la réalisation de cet engin nouveau qui, sous le nom de servo-moteurpermet de régulariser sans effort et de diriger avec précision les effets des plus grande forces. Vous avez pu voir ce que cette création a coûté de peines et de veilles, mais, par ce côté encore, la maison Farcot a acquis un nouveau titre à la reconnaissance du pays, qui n’a peut-être pas besoin de savoir, maintenant, la prépondérance que cet engin pourrait, en certaines occasions, lui assurer.
- « Permettez-moi, Messieurs, d’ajouter, en terminant, que vous pouvez être satisfaits de votre manifestation : vous êtes parvenus à perpétuer la mémoire de M. Farcot au milieu de votre grande famille, qui était aussi la sienne à tant de titres; vous avez placé son image dans ce champ de repos, tout empreint de la foi qui lui était chère ; elle y restera comme un pieux monument des services rendus par un homme de bien à toute une population ouvrière qui a tenu à s’en montrer reconnaissante.
- « C’est avec une grande satisfaction que nous nous sommes joint à vous pour honorer une vie si pleine d’enseignements. M. le général Morin, qui a tenu à vous montrer, par sa présence, toute sa sympathie, veut encore que le buste de l’habile et fécond industriel soit placé au Conservatoire des arts et métiers. C’est votre attitude qui lui aura inspiré cet acte de justice. »
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- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Purificalioat «les niélaux facilcmcait fusibles au niojcn de la filtration, par CiiHer (Beigradi) — On sait que, par la filtration, les liquides peuvent être séparés des matières étrangères non dissoutes qui s’y trouvent en suspension ; le but de la filtration est de faire rester sur le filtre ces particules étrangères non dissoutes, de telle façon que la liqueur filtrée ne les contienne plus et qu’il ne s’y trouve que les substances qui y sont en dissolution.
- On arrivera à ce résultat si les pores du filtre sont plus petits que les particules solides étrangères. Il en est cependant autrement si la substance dont est fait le filtre n’exerce aucune force d’attraction sur les particules liquides, c’est-à-dire si elle ne peut en être humectée, si les pores n’agissent pas comme des tubes capillaires, et si aucune filtration, aucun suintement n’a lieu quand les pores sont trop étroits ; on peut ainsi porter même du mercure sur un tissu de fil de fer qui n’est nullement très-fin ; de même, sur un treillis en fil de cuivre. Cependant, si ce dernier est amalgamé, le mercure le traverse aussitôt, et si dans ce mercure il y a de petits fragments de fer, de cuivre, de métaux amalgamés, ils restent sur le treillis.
- Déjà le professeur de métallurgie Lampadius, mort à Freyberg, entre 1830 et 1840, professeur qui jouissait d’une juste estime, avait essayé la filtration des métaux facilement fusibles , guidé par ce principe que, dans ceux-ci, les métaux qui les souillent se mettent, à une certaine température plus basse, en suspension dans la masse principale qui est en fusion, et cela à l’état, soit de métaux non fondus, soit de composés chimiques et cristallins, bien caractérisés par leurs angles ; par suite, on peut les séparer par filtration. Quoique dans ces essais il employât du sable quar-tzeux, des scories en poudre et autres matières semblables, qui, par conséquent, n’étaient pas mouillées par le métal sur lequel il expérimentait, les résultats furent cependant satisfaisants, car les composés cristallins qui s’étaient formés furent séparés; cependant le métal fluide qui avait passé était encore notablement impur, parce que les espaces du milieu filtrant étaient trop grands, et il leur manquait alors la propriété d’attraction attachée aux tubes capillaires. Les expériences furent faites avec divers alliages d’étain, de plomb, de bismuth, d’antimoine et de zinc fondus ensemble.
- Le problème qui se posait à l’auteur était donc d’établir un filtre qui, comme les fibres du papier, de la toile, etc., lesquelles peuvent être mouillées par l’eau et les dissolutions et peuvent, par suite, être employées pour leur filtration, possédât aussi la propriété d’être mouillé par les métaux à filtrer, sans s’y dissoudre et sans les rendre
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- impurs. L’auteur avait autrefois examiné la possibilité de purifier par filtration l’étain indigène de Boliême, d’une valeur bien au-dessous de celle de l’étain anglais Banca et des Indes orientales , car , en raison des corps étrangers qu’il renferme, on ne peut pas l’employer pour la peinture, pour l’émaillage, pour la fabrication du verre et des perles ; il serait certainement d’une grande importance de le rapprocher, comme qualité, des étains étrangers. Il faut aussi remarquer que ces étains étrangers seraient souvent soumis avec avantage à une purification, si celle-ci n’était pas trop coûteuse, la filtration, par exemple. On sait que, par la purification au moyen des acides et des autres agents chimiques, la dissolution, la précipitation, etc., on obtiendrait le but désiré, mais ce mode de purification serait trop coûteux.
- Le fer n’entre pas en fusion à la température de fusion de l’étain, tout en possédant pour lui une grande affinité ; c’est sur ce principe que repose l’étamage du fer ; aussi, ce métal me parut tout à fait propre à servir de matière filtrante.
- Dans des plaques dé tôle étamée, de l’épaisseur du papier, on coupe des bandes longues de 6 pouces et larges de 4 pouces ; 500 de ces bandes furent solidement pressées, parallèlement les unes aux autres, dans un cadre en fer quadrangulaire, au moyen de deux coins en sens contraire, et ce cadre fut cimenté dans l’ouverture correspondante, faite au fond d’un creuset en graphite de Passau, d’une contenance de 800 marcs environ (le marc vaut 8 onces). L’étain à purifier fut fondu dans un second creuset, puis on le laissa refroidir jusqu’à ce que, à la surface, on aperçût la séparation de petits cristaux. De là résultait la séparation des métaux étrangers qui y étaient dissous, et alors on faisait passer la masse métallique, devenue un peu épaisse, dans le creuset de filtration.
- À la suite de la liquéfaction de l’étain qui se trouve sur les petites plaques de tôle, commença la filtration de la partie pure et restée fluide de la masse métallique; il resta sur le filtre un magma pâteux, dans lequel le fer, l’arsenic, le cuivre, concentrés à un haut degré, étaient chimiquement combinés à l’étain, tandis que l’étain qui avait filtré se montrait, essayé chimiquement, presque chimiquement pur, et donnait, après traitement par l’acide azotique ou par la voie sèche, un oxyde d’étain à peine coloré.
- Cette première expérience fut si satisfaisante, que l’on purifia, avec ce filtre d’essai, plus de 50 quintaux d’étain impur de Bohême ; les lingots purifiés furent envoyés, avec l’appareil, à l’Exposition industrielle qui eut lieu à Vienne dans l’été de 1845. Cependant ils passèrent inaperçus. La présente communication a pour but de faire connaître un document qui n’a certainement rien de chimérique, au sujet de la purification des métaux, qu’on paraît souvent désirer ; on veut aussi soustraire à un oubli complet, en le mentionnant, un procédé utile et capable de développement.
- [Wochenschrift der N. O. Geiverbe-Vereines. — 1874, n° 52.)
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- 160 NOTICES INDUSTRIELLES. — MARS 1876.
- Procédé pour produire le fil de fer-blanc. — M. Huren répondit de la manière suivante à une question proposée aux ingénieurs allemands, à la Société industrielle du Cercle de Hanovre, sur un procédé de fabrication du fil de fer-blanc : on commence par décaper le fil avec de l’acide chlorhydrique, dans lequel est suspendu un morceau de zinc. On porte ensuite ce fil décapé, mis en communication avec une feuille de zinc, dans un bain de 2 parties d’acide acétique dans 100 parties d’eau, bain auquel on ajoute 3 parties d’un sel d’étain (chlorure d’étain) et 3 parties de soude. Le fil reste environ deuxdieures dans le bain, et est ensuite rendu brillant par le polissage ou par un étirage à la filière. On peut aussi blanchir, au moyen de cet étamage galvanique, un fil de fer roulé en spirale ou des pièces de fer de formes diverses, ce qui est un progrès sur les méthodes mécaniques consistant à étamer le fil à chaud, et ensuite à l’étirer à la filière.
- (/g?., n° 52, 1874.)
- Deux cheminées d’usines gigantesques. — L’une de ces cheminées, située à Glascow, port Dundos, fait partie de la fabrique de produits chimiques de Crawford Street. Mesurée à partir de ses fondations, elle a une hauteur totale de 468 pieds (140m,40) ; cette hauteur n’est plus que de 454 pieds (136m,20) à partir du sol.
- Son diamètre extérieur est, à la base des fondations, de 50 pieds (15 mètres); à la surface du sol, de 32 pieds (9m,60), et, au sommet du couronnement, de 12 pieds 8 pouces (3m,80).
- La construction a employé le nombre de briques suivant :
- Briques ordinaires pour le puits................................... 1 142 532
- Briques spéciales et briques réfractaires pour le cône intérieur. 157 468 Briques ordinaires pour les carnaux.................,.............. 100 000
- 1 400 000
- Le poids total de celte masse de briques est de 5 000 tonnes environ.
- La seconde cheminée est à Bolton, dans le Lancashire, dans la fabrique de machines de Kay Street ; sa hauteur, à partir du sol, est de 367 pieds 6 pouces (llO®,25). De forme octogonale, elle a, à la base, 112 pieds de circonférence (33m,60), et, au sommet, 44 pieds (ÎS^O). L’épaisseur de la maçonnerie de briques est, dans le bas, de 8 pieds (2m,40), et, dans le haut, de 1 pied 6 pouces (0m,45). La construction a employé 800 000 briques et 120 tonnes de maçonnerie de pierre. Pour le seul couronne, ment, avec la corniche et ses moulures, il a fallu 30 tonnes de pierre et de ciment.
- [Th Builder.)
- PARIS. — IMPRIMERIE DE M“8 Ve BOUCHÀRD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5. — 1876.
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- 95e année.
- Troisième série, tome III.
- Avril 1896.
- BULLETIN
- DE
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- TÉLÉGRAPHIE PNEUMATIQUE.
- Rapport fait par M. Duméry, au nom du comité des arts mécaniques; Sür les
- APPAREILS POUR LA TRANSMISSION PNEUMATIQUE DES DÉPÊCHES, présentés par
- MM. Mignon et Rouart, rue Oberkampf, 151, à Paris.
- Messieurs, votre comité des arts mécaniques ma chargé de vous rendre compte des appareils présentés par MM. Mignon et Rouart pour la transmission des dépêches.
- Depuis l'application de l’électricité à la transmission de la pensée, depuis que les dépêches électriques parviennent en toutes saisons, dans tous les climats, à toutes les distances et dans un temps radicalement nul pour nos sens, il eût dû paraître bien téméraire celui qui eût émis la prétention d’aller au delà !
- C’est cependant ce qu’ont réalisé les appareils de compression et de raréfaction de l’air.
- L’administration des lignes télégraphiques, dont la sollicitude est toujours en éveil, ne s’est pas laissé éblouir par l’éclat des merveilleux résultats obtenus par l’électricité ; elle a examiné et réduit en chiffres le travail pratique qu’il était possible d’obtenir d’un fil électrique comparé au travail d’un tube pneumatique, et elle reconnut qu’avec les moyens dont elle dispose et en effectuant toutes les manipulations matérielles accessoires qu’exige l’expédition d’une dépêche électrique, telles que la lecture de la dépêche la vérification du nombre de mots, l’enregistrement, la perception, la délivrance du reçu à souche, l’annonce de la dépêche au bureau destinataire, l’expé-
- Tome III. — 75® année. 3e série. — Avril 1876. 21
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- TÉLÉGRAPHIE PNEUMATIQUE. — AVRIL 1876.
- dition par le fil électrique de 150 signes environ, la copie de la dépêche à l’arrivée, la mise sous enveloppe, le collage de l’enveloppe, la suscription, enfin la préparation du reçu, — il n’était guère possible d’obtenir d’un fil électrique plus de quarante dépêches par heure.
- Ces deux limites de nombre et de temps étant connues pour la dépêche électrique, l’on reconnut que pour les petites distances de trois à quatre kilomètres, ce qui répond bien au service d’une grande ville, le pouvoir expéditeur d’un appareil pneumatique est supérieur au pouvoir expéditeur de l’électricité dans un rapport qui varie avec le nombre de trains expédiés par heure.
- Ainsi pour 4 départs par heure :
- 4 départs X 400 dépêches = 1,600 dépêches
- comparées à............... 30 —
- donnant le rapport de. . 1 à 40 —
- Pour un nombre de départs de 20 par heure, soit un départ par 3 minutes (ce qui correspond au service spécial de la Bourse) :
- On a 20 trains X 400 dépêches = 8,000 dépêches par heure comparées à. . 40 —
- ce qui donne le rapport. . 1 à 200 —
- Si à cette première cause de supériorité on ajoute celle de l’économie du temps de la transmission, de la fidélité de la traduction, du secret même de la dépêche, de son étendue et enfin de la dépense, on reconnaît bientôt qu’il y a un immense avantage, pour les petites distances, à faire usage des appareils pneumatiques.
- Voilà donc, dans une certaine limite, l’électricité détrônée par le souffle ; voilà la simple sarbacane, dépassant la prestesse, l’instantanéité de l’électricité, c’est-à-dire éclipsant une partie du plus bel édifice intellectuel qui ait jamais été élevé par l’esprit humain.
- Seulement il ne suffisait pas de concevoir, il fallait réaliser, et c’est ce qu’ont fait MM. Mignon et Rouart avec autant de savoir que d’habileté en imaginant d’utiliser la pression d’eau des villes.
- Ces appareils, devenus, entre leurs mains, d’une simplicité remarquable, sont composés d’un tuyau et d’un colis à expédier; — dans ce tuyau, fermé
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- à ses deux extrémités, on a préalablement fait le vide d’un côté — ou comprimé l’atmosphère de l’autre, ou enfin établi les deux simultanément.
- Ceci fait, on place un des petits cylindres wagonnets portant les dépêches à l’entrée du tuyau expéditeur et, par un jeu de robinets convenablement disposé, on met, comme nous venons de le dire, ce wagonnet en communia cation avec le vide d’un côté ou avec la pression de l’autre, ou souvent avec les deux à la fois, et sous l’influence de la différence des pressions établies dans le tuyau conducteur, qui est d’environ 20 à 25 kilogrammes, le colis chemine avec une vitesse de 60 kilomètres à l’heure et arrive à destination, oii il est reçu par un matelas d’air qui le garantit de toute espèce de choc destructeur.
- Tel est l’énoncé sommaire de l’ensemble des fonctions.
- La théorie en est aussi simple que l’application en était incertaine et ingrate.
- Quant aux moyens d’exécution, ils sont irréprochables comme tout ce qui sort de l’établissement de MM. Mignon et Rouart.
- Les tubes pneumatiques sont calibrés et étirés sur mandrin.
- Les wagonnets se composent d’un tube métallique coiffé d’une gaine en cuir formant piston et n’ayant d’autre moyen de fermeture que le frottement de la gaine en cuir contre les parois du tube. — De là pas de ressort, pas de mentonnet, pas de poussoir; la simple friction.
- L’un de ces wagonnets porte des lèvres d’obturation qui n’ont elles-mêmes pour occlusion que la friction de ces lèvres ou clapet contre le tuyau pneumatique.
- Les robinets de MM. Mignon et Rouart méritent également une mention : ils sont borgnes, c’est-à-dire que le boisseau n’est ouvert que d’un seul côté et que la fermeture hermétique est due à une seule lame de caouchouc formant une obturation complète.
- Un point, futile en apparence et vers lequel néanmoins nous croyons devoir attirer l’attention du Conseil, est celui de l’élégance des formes, non-seulement parce que, dans le cas présent, elle représente une des conditions du succès, mais parce qu’elle témoigne, à l’égard des accessoires, une indépendance d’esprit qui ne peut être que profitable à la bonne conception et au bon fonctionnement de ces appareils.
- Voyez, Messieurs, combien chemine vite l’application d’un principe
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- quand ce principe est rationnel et qu’il a trouvé de bons interprètes.
- À peine si MM. Mignon et Rouart achèvent les appareils de 0m,065, qu’ils se sentent en état de soumissionner la fourniture d’un appareil reliant les bureaux du gouvernement à Versailles avec les bureaux de l’administration à Paris, qui aurait, pour se conformer aux formats des pièces administratives, un diamètre de 0m,300.
- Et voilà maintenant que, sans même attendre le succès de cette seconde application, on fait aux mines d’Epinac des études tendant à l’application d’un tube de lm,600 de diamètre correspondant à une surface de 2 mètres et devant aller chercher la houille à 1 000 mètres de profondeur.
- Voici donc la progression :
- 6 centimètres 1 /2 la dimension exécutée ;
- 30 centimètres la dimension soumissionnée ;
- lm,60 centimètres le diamètre en cours d’étude!...
- Comme toutes les grandes conceptions, celle-ci a dû supporter la part des entraves judiciaires qui s’attachent à toutes les grandes créations et qui ont retardé la communication de cette importante et intéressante conquête.
- Ces entraves nous ont fait savoir que les recherches judiciaires ont attribué la paternité scientifique de cet appareil à l’ingénieur danois Medhurst, qui en a donné l’énoncé théorique dès l’année 1810 !
- Date éloquente qui signifie que depuis soixante-cinq ans il ne s’est révélé aucun constructeur qui se sentît en état de triompher des nombreuses difficultés matérielles que présentait la solution de ce problème.
- Et c’est en rappelant cette date que votre comité des arts mécaniques vous propose de féliciter MM. Mignon et Rouart d’avoir mis les ressources de toute nature dont ils disposent au service d’un progrès qui prendra rang parmi les plus importants de notre époque ; de les remercier de leur très-intéressante communication et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin de la Société avec les dessins qui l’accompagnent.
- Signé Duméry, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 9 avril 1875.
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- NOTE SUR LE SYSTÈME DE TRANSMISSION PNEUMATIQUE DES DÉPÊCHES ET SUR LES
- appareils de mm. mignon et rouart (Planches 40, 41 et 42).
- Définition, but et utilité du système.
- On désigne sous le nom de transmission pneumatique des dépêches l’opération qui consiste à transporter, dans des tubes souterrains, des paquets de dépêches au moyen de l’air comprimé ou de la pression atmosphérique poussant au vide.
- La transmission pneumatique des dépêches n’est que le cas particulier d’un problème plus général : les transports pneumatiques. Ce problème, en quelque sorte oublié depuis un certain nombre d’années, a cependant fait travailler bien des imaginations. Papin paraît être le premier qui y ait songé ; mais l’idée n’a pris réellement un corps que vers l’année 1810, époque à laquelle l’ingénieur danois Medhurst proposa de transporter les lettres et marchandises, au moyen de la pression de l’air, dans un canal entièrement fermé. Plus tard vinrent, en Angleterre et en France, les diverses tentatives faites pour établir ce qu’on appela des chemins de fer atmosphériques. L’application de ce système, sur la ligne de Paris à Saint-Germain, pour gravir la rampe de cette dernière ville, en est un exemple très-intéressant; mais nous n’insisterons pas sur les moyens employés dans ce but, les chemins de fer atmosphériques étant aujourd’hui à peu près partout abandonnés (1). Peut-être avait-on voulu donner à la solution du problème des transports atmosphériques une généralité et des proportions qu’elle ne comportait pas ? Transporter des voyageurs par ce moyen est un problème trop compliqué; transporter des dépêches, des lettres, de petits paquets, est, au contraire, chose toute simple, et c’est sur ce terrain que le problème se pose. L’intérêt qui s’y attache est facile à démontrer.
- (1) C’est en Angleterre, où le premier chemin de fer atmosphérique a été établi, qu’a été également établi, pour la première fois, le système de transmission pneumatique des dépêches. Nous trouvons, à ce sujet, dans un ancien numéro du Practical Mechanic’s Journal, quelques détails historiques que nous ne croyons pas inutile de reproduire en partie ici :
- « La première idée d’un chemin de fer atmosphérique semble remonter à l’année 1810 ; c’est celle d’un ingénieur danois du nom de Medhurst.
- « En 1818, M. Vallance proposa de 'faire mouvoir, dans l’intérieur d’un tube, un corps cylindrique contenant des colis ou même des voyageurs. Plus tard, en 1824, M. Pinkus émit, pour la première fois, l’idée d’un tube avec une fente continue, recouverte d’une soupape de même longueur, pour relier, sans nuire à l’herméticité, un piston intérieur avec un chariot roulant extérieurement à ce tube, le soulèvement et l’abaissement de la soupape étant obtenus au moyen d’un levier coudé et le vide étant fait en avant du piston.
- « Dans la période de 1837 à 1840, divers inventeurs ont étudié l’idée du piston moteur enfermé dans un tube et devant lequel on fait le vide, utilisant ainsi la pression atmosphérique pour obtenir le mouvement de progression d’un train. Parmi les nombreuses patentes prises à ce sujet,
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- Remplacer les moteurs animés par des moteurs mécaniques offre généralement un avantage considérable, se traduisant par des économies de temps et d’argent. Quand on voit les omnibus qui circulent dans Paris pour transporter des facteurs munis de boîtes lourdement chargées, on se demande si on est réellement arrivé à la solution du transport des dépêches. Il est d’usage, il est vrai, de louer la manière dont l’Administration des postes fait son service, et c’est justice, car ce service est admirablement bien fait. L’Administration est, en effet, arrivée à donner satisfaction au public par des moyens simples et naturels ; mais est-ce bien là le dernier mot du progrès ? Et
- celle de M. Ciegg (1839), qui est relative à une soupape perfectionnée, donna lieu à une démonstration décisive du système que M. Pinkus n’avait fait qu’entrevoir. La première expérience fut faite à YYormwood Scrubs, près de Londres. Peu de temps après, une application plus importante fut entreprise à Dalkey, sur le chemin de fer prolongé de Dublin et Kingstown. Les travaux en furent confiés à MM. Ciegg et Samuda, auxquels fut adjoint M. James Pim, ingénieur de la ligne. Ce dernier, qui avait pris un intérêt dans l’affaire, adressa, en 1842, au comte Ripon, president du Comité du commerce (Boarà of trade), une lettre tendant à démontrer l’intérêt qu’il y aurait à appliquer le nouveau système à tout le réseau des chemins de fer de l’Irlande. Cette lettre fut soumise à M. le professeur Barlow, de Woolwich, qui fut chargé, de concert avec M. Fred. Smith, ingénieur de l’État, de rédiger un rapport sur l’affaire.
- « Ce rapport fut l’occasion d’une polémique des plus vives entre les partisans de la locomotive et les avocats du nouveau système, qui ne prétendaient rien moins qu’à le substituer partout aux chemins de fer ordinaires. MM. Barlow et Smith, qui avaient consciencieusement étudié la question, avaient immédiatement jugé le côté défectueux de l’invention telle qu’elle se présentait alors, savoir : que, pour obtenir rapidement un vide d’au moins 7 à Î2 pouces de mercure (0m,17o à 0m,305) dans un tube muni d’une soupape longitudinale plus ou moins hermétique, il fallait employer des machines fixes d’une grande puissance, constamment prêtes à fonctionner, bien que leur travail ne dût être qu’intermittent; qu’en conséquence la. dépense dû travail moteur ne pouvant êlre, comme dans le cas des locomotives, proportionnelle au travail à effectuer, devait être, au contraire, subordonnée à la limite maxima du trafic de la ligne. Il faut remarquer, à cet égard, que, sur la ligne expérimentale de Wormwood, ainsi que sur le chemin de Dalkey, les pertes faites par la soupape longitudinale étaient si grandes que, même au repos, le tiers d’un vide de 12 pouces de mercure se perdait en quatre minutes; il y avait, sur la quantité de travail moteur produite, une perte qui n’était pas moins des 4/5es, laquelle était due à la difficulté de réaliser l’herméticité parfaite de la soupape et des joints. »
- A cette époque, on commençait, en France, à s’occuper vivement de la même question, et l’attention se portait sur les moyens de rendre plus hermétique la fermeture du tube longitudinal du système Ciegg. On trouvera, à cet égard, de nombreux renseignements dans le Bulletin (voy. lre série, t. XLIII, p. 90, t. XLIY, p. 77, et t. XLY, p. 219). Nous ne pousserons pas plus loin cet historique, mais nous ferons remarquer que, parmi les inventions qui ont le plus contribué aux progrès de la civilisation moderne, il en est plus d’une qui, après avoir été, à son début, expérimentée et abandonnée alternativement plusieurs fois, a fini par reparaître, au bout d’un temps plus ou moins long, en produisant les résultats les plus inattendus. Témoin le système de propulsion atmosphérique qui, après avoir été mis de côté, a reparu longtemps après, il est vrai dans des conditions d’application toutes différentes, c’est-à-dire pour servir à la transmission des dépêches.
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- quand on constate qu’on en est presque encore aux procédés qui ont été imaginés sous Louis XI, il est bien permis, tout en reconnaissant qu’ils ont été grandement améliorés, de chercher dans une voie nouvelle des perfectionnements destinés à en changer complètement les conditions économiques.
- Etudions la distribution des lettres dans l’intérieur d’une ville comme Paris. Il est clair que l’échange des correspondances s’y fait aujourd’hui d’une manière trop lente; la preuve en est dans le grand nombre de piétons employés par les fonctionnaires et les particuliers pour remédier à cette lenteur. Combien de correspondances n’échappent-elles pas à l’Administration des postes, qui lui reviendraient si on était sûr qu’elle les rendît en moins d’une heure au domicile du destinataire? On a, il est vrai, introduit la dépêche télégraphique de Paris pour Paris ; mais c'est là seulement un acheminement, comme nous allons le démontrer.
- Il est incontestable que la rapidité extrême avec laquelle se propage l’électricité supprime la distance ; mais cette électricité, pour être distribuée le long d’un fil, doit passer au travers d’appareils dont les plus perfectionnés ne peuvent pas transmettre plus de cinquante dépêches de vingt mots à l’heure. Assurément, lorsque ces cinquante dépêches seront confiées à la fois à un appareil chargé de les faire parvenir à New-York, l’heure nécessaire à leur transmission ne comptera pas. Mais, s’il s’agit de les envoyer à 1 kilomètre de distance, il vaudra certainement mieux les donner à un piéton, qui les portera à destination en 10 ou 12 minutes. On comprend donc que, pour l’intérieur des villes, l’électricité perd presque tous ses avantages de vitesse ; on ne doit pas, en outre, oublier qu’elle ne respecte pas le secret des lettres.
- Ainsi, la poste et l’électricité sont relativement lents et incapables de lutter avec le système de transmission pneumatique, qui permet d’envoyer en une minute, à 1 kilomètre, un paquet contenant deux ou trois cents dépêches.
- Application dans Paris du système de transmission pneumatique des dépêches.
- L’utilité du problème étant reconnue, voyons maintenant dans quelles limites il a été résolu.
- Cette question, déjà souvent posée, est revenue à l’ordre du jour vers 1865, et en Angleterre, à Londres, on essaya une espèce de nouveau chemin atmosphérique se composant d’un gros tube dans lequel on voulait faire circuler des voyageurs. A peu près à la même époque, et à Londres également, l’Office de télégraphie se relia avec la Banque par un tube en métal, dans lequel on faisait circuler une dépêche en l’enroulant autour d’un morceau de bois. La circulation était obtenue au moyen de machines à air comprimé et à vide placées dans les sous-sols de l’Office.
- C’est alors que l’Administration française des télégraphes eut l’idée, en élargissant le cadre, d’installer à Paris le système qui n’était, pour ainsi dire, qu’en germe encore chez nos voisins. Un vaste réseau de tubes devait unir entre eux tous les postes télé-
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- graphiques et assurer, par Faction de Fair comprimé et du vide, Féchange mutuel des dépêches rendues avec une rapidité jusqu’alors inconnue. C’est la poste pneumatique appliquée à des lettres de dimensions restreintes.
- Le problème posé, on se demanda comment on se procurerait la puissance motrice : l’air comprimé et le vide. Deux solutions se présentaient : la première consistant à édifier, dans un endroit quelconque de Paris, une vaste usine destinée à produire la force et à la disperser dans la ville ; la seconde à créer, dans chaque centre télégraphique, un producteur de force rayonnant tout autour.
- Aujourd’hui,- l’Administration paraît peu à peu revenir à la première solution ; mais au début, c’est la seconde qui a prévalu comme répondant mieux aux moyens dont on disposait. Cependant, une difficulté se présentait. On ne pouvait, en effet, songer à établir une usine dans chaque local, extrêmement restreint, où se trouvent installés les postes télégraphiques ordinaires ; on ne pouvait pas y loger des ouvriers mécaniciens, des chauffeurs, des chaudières, ni des machines à vapeur. C’est alors que MM. Mignon et Rouart eurent l’idée de proposer l’emploi de l’eau de la Ville comme moyen d’obtenir la force nécessaire. Après une première expérience dans leurs ateliers, l’Administration les aida dans la réalisation d’une seconde épreuve faite sur une plus grande échelle, et dès lors fut décidée la création de la première ligne tubulaire, destinée à relier le poste du Grand-Hôtel à celui de la Bourse, et mesurant environ 1 kilomètre de longueur. Cette ligne fonctionna dès la fin de 1866, avec le plus grand succès, et devint le modèle de toutes celles qui ont été établies ultérieurement.
- Description du système.
- Voici par quels moyens très-simples la question a été résolue :
- Tout système de transmission pneumatique se compose de deux parties principales : 1° la ligne, formée de la partie fixe et du matériel de circulation ; 2° la force, comprenant les moyens mis en œuvre pour obtenir Faction de Fair et les appareils destinés à recueillir et à expédier le matériel de circulation.
- La ligne. — Pour déterminer le diamètre intérieur des tubes de la ligne et le fixer à 65 millimètres, l’Administration se guida sur les besoins de son service et sur les limites imposées à ses dépenses. Comme matière première des tubes, on adopta le fer en raison de la résistance qu’il offre et des conditions économiques de fabrication. Ces tubes peuvent se fabriquer avec une grande régularité, surtout en les constituant avec des matières de choix, susceptibles d’être étirées à froid, et donnant ainsi, d’une manière presque absolue, des diamètres rigoureux. On les cintre facilement et presque sans déformation, en employant des laminoirs convenablement disposés, de sorte qu’on peut établir avec eux une ligne composée de parties droites reliées à des parties courbes et dont la section soit sensiblement constante, avec la seule restriction de ne pas faire des courbes de trop petit rayon. Pour relier entre eux les tronçons de
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- cette ligne, il convient d’employer un joint analogue à celui que représente en section longitudinale la fig. 6 de la planche 40.
- Ce joint est à emboîtement, et pour être convenablement fait il doit se composer de parties tournées ; les brides étant posées bien normalement à l’axe des tubes de la ligne, l’étanchéité se trouve assurée par une lame de caoutchouc extrêmement mince comprimée par les boulons du joint. Faite avec ces précautions, la jonction de deux tuyaux ne présente rien de difficile dans la construction de la ligne, et si l’on a soin d’espacer les joints le plus possible, c’est-à-dire de les porter à 7m.50 et 8 mètres les uns des autres (1), la ligne qu’on voudra établir entre deux points destinés à être reliés se rapprochera aussi pratiquement que possible d’un tube théorique d’un seul morceau à section constante.
- Quelle est la limite des rayons de courbure qu’on peut employer?
- Pour aborder cette question, il est nécessaire d’expliquer la construction des véhicules qui doivent circuler dans le tube formant la ligne. Ces véhicules sont de deux natures : ceux qui reçoivent directement l’action motrice de l’air sont les wagonnets ou chariots moteurs, et ceux qui obéissent à cette action sont les chariots simples ou porteurs de dépêches.
- Les chariots porteurs sont des boîtes cylindriques à enveloppes concentriques, constituées comme le sont les étuis à cigarettes (voy. la fig. 5, pl. 40, qui représente un de ces chariots en section longitudinale) ; l’enveloppe extérieure est en cuir, l’intérieure peut être en cuir ou en métal. Les dépêches sont placées dans ces boîtes, qui peuvent chacune en contenir environ quarante.
- Les chariots moteurs (voy. fig. 4, pl. 40, la section longitudinale et la vue de bout) sont des cylindres de bois ou de métal creux, à l’arrière desquels est disposé un cuir A dont les bords retournés en dehors sont déchiquetés en dents pouvant chevaucher l’une sur l’autre, comme on le voit dans les pistons de certaines pompes. On comprend qu’avec cette disposition la pression de l’air agissant à l’arrière du chariot aura pour effet, tout en le faisant avancer, d’appliquer le cuir contre les parois du tube, de manière à éviter les déperditions.
- Les chariots porteurs, comme les chariots moteurs, ont un diamètre sensiblement inférieur à celui du tube de la ligne, soit, dans le cas qui nous occupe, de 55 millimètres, c’est-à-dire 10 millimètres de moins que l’intérieur du tube. La longueur des premiers est d’environ 0m,140 ; celle des seconds est peut-être un peu plus petite.
- On a préconisé l’emploi de chariots à roues ; mais il est évident que, pour une marche rapide, les roues devraient fournir un nombre de tours en quelque sorte impossible à réaliser en pratique. En outre, pour ce genre de chariots, il faudrait des
- (1) C’est ce que permettent de réaliser les moyens de fabrication des tubes mis en œuvre à Mont-luçon par MM. Mignon, Rouart et Delinières.
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- lignes à grande section, et dès lors l’emploi de l’air comme moteur ne serait plus économique.
- Les chariots que nous venons de décrire, imaginés par MM. Mignon et Rouart, ont seuls permis jusqu’ici de réaliser, d’une façon pratique, la question des transports pneumatiques.
- Examinons maintenant quelle est la force motrice mise en œuvre. -
- Nous avons dit plus haut que cette force était empruntée à l’eau de la Ville. Voyons donc comment cette eau peut servir à produire la compression de l’air et le vide.
- Pour la compression de l’air, supposons (planche 41, fig. 5) un réservoir complètement fermé a, dans lequel plonge un tube b jusqu’à sa partie inférieure. Supposons, en outre, ce tube plongeur relié à un autre réservoir c à ciel ouvert, rempli d’eau, comme celui d’une distribution d’eau de ville, et installé à 10m,33 au-dessus du premier. Un robinet étant placé sur le parcours du tuyau plongeur, il est évident que, lorsqu’on l’ouvrira, l’eau du réservoir supérieur s’écoulera dans le réservoir inférieur, en y comprimant l’air jusqu’à ce que sa pression fasse équilibre au poids de l’eau qui tend à s’écouler, c’est-à-dire, dans le cas qui nous occupe, jusqu’à ce que la pression de l’air renfermé dans le réservoir inférieur soit devenue égale à deux atmosphères, son volume ayant diminué de moitié ; de sorte que, si le réservoir inférieur a une capacité de 2 mètres cubes, on aura à sa disposition 1 mètre cube d’air comprimé à deux atmosphères, dont la compression aura été obtenue par 1 mètre cube d’eau descendue du réservoir supérieur dans le réservoir inférieur.
- Quant au vide , il est aussi facile à obtenir. Supposons un réservoir fermé d (planche 41, même fig. 5), disposé à 10m,33 au-dessus du sol, et muni d’un tube e avec robinet, qui descend et plonge dans un baquet placé à terre. Remplissons complètement d’eau ce réservoir, en ayant soin de fermer le robinet du tube de descente. Ouvrons ensuite ce robinet, l’eau va s’écouler, passer par-dessus les bords du baquet et se répandre sur le sol. Dans ces conditions, le réservoir constituera la chambre d’un baromètre à eau, dans laquelle il se produira un vide presque absolu ; l’écoulement ne s’arrêtera que quand l’eau sera arrivée au bas du réservoir, de sorte que l’écoulement de 1 mètre cube d’eau donnera naissance à un vide de 1 mètre cube que l’on pourra utiliser à volonté..
- Tout le travail pour obtenir de la force motrice se borne donc à ouvrir et à fermer des robinets. C’est en raison de la simplicité de cette méthode que l’Administration des lignes télégraphiques a pu confier la manœuvre des appareils à ses facteurs ordinaires et organiser un service relativement compliqué, sans être obligée d’avoir recours à aucun élément nouveau et spécial. •
- Le mode de production de la force motrice étant expliqué, nous allons donner la description d’un appareil tête de ligne, qui met cette force en jeu et sert à la fois à l’expédition et à la réception des chariots moteurs et porteurs de dépêches.
- L’appareil qui est en fonction est représenté en élévation de face (planche 40, fig. 1).
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- Le tube de ligne B, venant aboutir au sol même des bureaux, se termine par une partie verticale C montant à environ 2m,50 au-dessus et complètement bouchée. Sur cette partie verticale, à une hauteur convenable, 0m,70 environ, est placée une boîte en fonte D, munie, sur sa face antérieure, d’une porte rectangulaire s’ouvrant pour l’introduction et la sortie des chariots ; cette porte, manceuvrée par une poignée à excentrique, est disposée de manière à fermer hermétiquement. .
- . Des faces latérales de la boîte partent des branchements E E', sur lesquels sont placés des robinets munis de secteurs dentés F F' se manœuvrant à l’aide de vis sans fin. Ges robinets correspondent à deux tuyaux G G', l’un aboutissant à la cuve à air comprimé et l’autre à l’air libre.
- Les vis sans fin qui commandent les secteurs F F' des robinets sont reliées entre elles de manière que les mouvements de ces robinets soient solidaires, et combinés pour que l’un se ferme quand l’autre s’ouvre. Cette disposition a pour effet d’empêcher les erreurs dans les manœuvres et de les simplifier. La boîte en fonte D formant le corps de l’appareil est portée par une colonne à jour H appuyée sur le sol.
- La manœuvre de ces appareils est extrêmement simple.
- Lorsqu’on veut les faire fonctionner pour l’expédition, on introduit les chariots dans la boîte, en ayant soin de placer en queue du train le chariot moteur j ces chariots tombent nécessairement dans le tube C qui se trouve béant à la partie inférieure de la boîte. L’introduction faite, on ferme la porte, et si l’on doit opérer à l’air comprimé, on ouvre la communication avec les réservoirs d’air comprimé, opération qui a pour effet, en même temps, de fermer l’échappement à l’air libre. L’air comprimé agit alors sur l’arrière du chariot moteur et envoie le train à destination.
- Lorsqu’on veut, au contraire, faire partir les chariots ‘sous l’appel du vide, qui doit alors être fait à l’autre extrémité de la ligne, il suffit, après avoir fermé la porte d’introduction, de laisser l’appareil en l’état, car, au repos, la communication avec l’air libre se trouve ouverte, et l’accès de la pression atmosphérique peut ainsi se faire derrière le chariot moteur.
- • Pour faire fonctionner les appareils pour la réception, nécessairement la communication avec l’air comprimé est fermée et l’échappement à l’air libre ouvert. Les chariots arrivent à destination, et par conséquent, se trouvent amenés à l’orifice de la ligne dans la boîte D. Mais à ce moment, en vertu de la vitesse acquise, ils dépassent cette boîte et s’introduisent dans le cul-de-sac fermé qui la domine ; l’air comprimé, trouvant une issue latérale, s’échappe, et son action sur les chariots est anéantie à ce moment. Les chariots, arrivant en vitesse et s’amoncelant dans le cul-de-:sac qui se trouve devant eux, y compriment l’air, qui les renvoie comme un ressort et les fait retomber inertes dans la boîte de l’appareil, où on les recueille en ouvrant la porte.
- Des signaux électriques reliant les postes entre eux permettent d’arrêter au moment précis l’écoulement de l’air comprimé.
- Il est facile d’utiliser l’appareil lui-même pour prévenir de l’arrivée des chariots ; à
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- cet effet, il suffit de disposer dans l’intérieur du cul-de-sac un contact électrique ou même un simple sifflet à air, qui agit sous l’influence de l’air comprimé par les chariots.
- Dans les dispositions que nous venons de décrire, l’appareil est installé verticalement ; mais on peut aussi bien le disposer horizontalement, ainsi que l’indique la vue en élévation de la fig. 2, pl. 40, où l’on voit la semelle de l’appareil fixée à un mur, auquel cas le cul-de-sac et la boîte D qui le supporte, de verticaux qu’ils étaient, deviennent horizontaux. Dans cette figure les mêmes organes sont représentés par les mêmes lettres que dans la figure 1 même planche. Pour recueillir les chariots facilement, il suffit de rendre le cul-de-sac mobile autour d’une charnière I fixée sur la boîte et de disposer au-dessous une corbeille J ; les chariots accumulés dans le cul-de-sac tomberont dans la corbeille, quand une simple rotation autour de la charnière aura fait passer cette partie de l’appareil de la position horizontale à la position verticale.
- Nous n’entendons pas indiquer ici toutes les formes des appareils pouvant résoudre la question ; il suffit d’avoir montré les principes sur lesquels ils doivent être construits.
- Pour terminer la description de tous les éléments qui entrent dans la composition des appareils de transmission pneumatique de MM. Mignon et Rouart, il est essentiel de dire un mot des robinets employés, qui sont d’une construction toute spéciale.
- Ce genre de robinet ne permet aucune fuite et la construction en est fort simple, comme l’indiquent sur la planche 40 la section verticale fig. 3 et la vue en dessus fig. 3 bis.
- Les robinets ordinaires fuient plus ou moins extérieurement, c’est-à-dire qu’ils laissent écouler les fluides entre la clef et le boisseau. Pour éviter ces fuites, il faut leur boucher les issues, et c’est ce que réalise le système de robinet de MM. Mignon et Rouart. A la partie inférieure, le boisseau est plein, et quant à la partie supérieure, c’est-à-dire à la périphérie qui sépare la clef du boisseau, une rondelle de caoutchouc K (fig. 3) y est appliquée, sur laquelle un disque métallique L (fig. 3 ùzs) exerce une pression au moyen d’écrous.
- Installation des appareils.
- Dans le but de rendre le système d’ensemble des appareils plus facilement intelligible, nous l’expliquerons d’abord au moyen de la fig. 4, pl. 41, qui est en partie théorique.
- En M, N N' sont les appareils de compression d’air et de vide, en O un appareil de réception, le tout constituant, pour ainsi dire, l’installation d’un poste. Puis vient le tube de ligne P dans lequel sont représentés les chariots porteurs et moteurs, et enfin, l’appareil de réception du poste voisin Q. Tel qu’il est organisé, cet ensemble suffirait à l’échange des dépêches entre les deux postes où sont supposés établis les appareils
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- de réception que nous avons décrits ; le tube de ligne est identique à celui que nous avons expliqué ; par conséquent, il ne nous reste qu’à parler des appareils producteurs de force, dont il n’a été question au début que d’une façon toute théorique, et qui ont dû, on le comprend, subir quelques modifications dans la pratique.
- Le réservoir d’alimentation est l’un des réservoirs de la Ville. Le réservoir de réception se compose de la cuve à eau M et de la cuve à air N N', cette dernière étant elle-même composée de deux parties identiques; leur doublement n’a pour but que de permettre de faire des cuves moins grandes et plus faciles à installer dans les bureaux où elles doivent fonctionner.
- La cuve à eau peut faire à volonté la compression ou le vide. Pour la compression, cette cuve se trouve mise en rapport, au moyen d’une colonne de fonte R, avec les conduites d’eau de la Ville ; au sommet de cette colonne, et fixé sur elle en même temps que sur la cuve, se trouve un gros robinet d’introduction de l’eau. Pour éviter les coups de bélier, ce robinet est muni d’un secteur à vis sans fin qui permet de l’ouvrir vite et sans secousses.
- L’eau arrivant ainsi dans la cuve M chasse l’air et l’envoie par un tuyau dans les autres cuves N, N' \ la communication se fait par l’intermédiaire d’une soupape de retenue. Un clapet muni d’un flotteur est placé au sommet de la cuve à eau ; son jeu vient intercepter la communication à la fin de l’opération et prévient les irruptions d’eau dans les cuves à air, résultat qu’une maladresse pourrait amener.
- Ainsi, l’air se trouve refoulé et comprimé dans les cuves N, N' par l’arrivée de l’eau, qu’un niveau bien organisé S permet de suivre attentivement, de sorte qu’on a, d’une part, une cuve pleine d’eau, et, d’autre part, des cuves pleines d’air comprimé.
- L’air comprimé sera utilisé au mieux dans le tube de ligne pour l’envoi des chariots, et, à cet effet, les cuves à air sont reliées directement à l’appareil de réception.
- Il reste maintenant la cuve M, qui est pleine d’eau et qui va servir pour obtenir le vide d’après les procédés indiqués. En effet, il suffit de faire écouler cette eau à un niveau convenable, au moyen de la colonne descendante T munie d’un robinet. Le degré de vide est indiqué par un manomètre S'.
- Si on ne pouvait pas ou si l’on ne voulait pas faire le vide, on provoquerait seulement l’écoulement de l’eau, en ayant soin d’ouvrir la soupape de rentrée d’air U. En tous cas, la soupape de retenue placée entre les cuves à eau et à air permettra de vider l’eau, pendant que les cuves à air sont en pression, et d’abréger ainsi 1 durée du temps qui sépare deux opérations consécutives.
- Toutes les cuves sont munies de trous d’hommes, de manière à permettre de les nettoyer et de surveiller l’état de toutes les pièces. '
- Ces explications données, il est facile de se faire une idée complète du système ; mais, avant d’aller plus loin, il importe d’insister sur quelques méthodes d’emploi de l’air comprimé qui ont leur intérêt.
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- Pour économiser la dépense, la cuve à eau doit être aussi petite que possible ; on lui donne donc un volume de très-peu supérieur à celui du tube de ligne qu’elle doit desservir. Mais l’air comprimé dont on dispose ayant amené le train à l’extrémité de son parcours n’a, pour ainsi dire, plus de pression différentielle pour commander le mouvement des chariots, de sorte qu’on éprouverait de grandes difficultés si l’on avait des rampes à leur faire franchir. Il y a là un inconvénient auquel on remédie de la manière suivante :
- Supposons que l’on refoule au commencement du travail, dans les cuves à air, une pression différentielle de 1/4 d’atmosphère, que nous appellerons pression de réserve. Quand on voudra faire marcher un train, il suffira d’imprimer, avec la cuve à eau, une nouvelle pression qui, dans les conditions relatives de volume où se trouvent ces organes, amènera sensiblement la pression de 1 atmosphère 1/4 à 1 atmosphère 3/4. Il est clair que, quand on aura chassé les] trains par la détente de l’air dans le tube de ligne, les chariots amenés à l’extrémité auront encore derrière eux la pression de réserve de 1/4 d’atmosphère, ce qui, pour des tuyaux de 65 millimètres intérieurs représente le soulèvement d’un poids d’environ 8 kilogrammes. C’est ainsi que l’on a pu, dans les essais qui ont été faits au début, transporter dans un chariot un lingot de plomb de 3 à 4 kilogrammes, correspondant au poids d’un train de dix chariots environ, et le soulever verticalement de manière à l’amener jusqu’à la boîte de réception.
- On peut également, en se servant de la pression de réserve, faire l’écoulement du train par l’emplissage même de la cuve à eau. On produit ainsi une sorte de pression constante qui amène les chariots à destination, et l’on gagne ufi peu de temps dans les manœuvres.
- Description d'un poste complet.
- Nous allons maintenant donner la description d’un poste complet ; nous prendrons pour exemple celui qui a été établi près du Théâtre-Français, et que représentent les figures 1, 2 et 3 de la planche 41.
- La fig. 1 est une section verticale montrant le rez de-chaussée et le sous-sol.
- La fig. 2 est le plan du sous-sol et la fig. 3 le plan du rez-de-chaussée.
- Dans le sous-sol sont placées les cuves à eau et à air, au rez-de-chaussée sont installés les appareils de réception et de manœuvre des cuves. Cette installation, qui date de l’origine, est celle que nous allons décrire, bien qu’elle ait reçu depuis lors quelques modifications. Nous désignerons les organes déjà décrits par les lettres qu’ils ont sur la fig. 1 de la pl. 40 et sur la fig. 4 de la pl. 41.
- Commençons par le sous-sol.
- La cuve à eau est en M (fig. 1 et 2, pl. 41), et les cuves à air A en N N'. En raison de l’exiguïté du local, ces dernières ont été superposées, et pour les loger facilement, on a pratiqué dans le sol une excavation. En outre, pour pouvoir les introduire dans
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- le local fort étroit où elles sont installées, elles ont été faites chacune de deux pièces, réunies par un joint à cornière comprimant une grande rondelle de caoutchouc. Ces deux cuves communiquent entre elles au moyen d’un tuyau Y muni d’un robinet qui permet, au besoin, d’interrompre la communication.
- Les manœuvres qui commandent le remplissage et la vidange de la cuve à eau se font au rez-de-chaussée au moyen de manivelles W, X (fig. 1) placées sur des colonnes. La charge de cette cuve a lieu par le robinet commandé par la manivelle W et placé à la face antérieure sur le trou d’homme. La décharge se fait par les deux robinets conjugués placés à son côté droit et commandés par la manivelle X. Ces deux robinets s’assemblent sur une culotte en fonte Y (fig. 2), sur laquelle se branche un tuyau conduisant à l’égout les eaux de décharge.
- Voyons maintenant le rez-de chaussée (fig. 1 et 3). Trois appareils de réception I, II, III y sont disposés parallèlement l’un à l’autre et aussi rapprochés que leur manœuvre le permet, soit à environ 0m,70 d’axe en axe. Ces trois appareils sont trois têtes de ligne conduisant au poste de la Bourse, situé rue Feydeau, au poste central de la rue de Grenelle-Saint-Germain et au poste des Halles. La fig. 2 indique en I, II et III les tubes de départ de ces trois lignes.
- Les trois appareils sont reliés aux cuves à air par trois tuyaux parallèles Z, Z', Z", et portent chacun un tuyau d’échappement d’air C, qui se termine au plafond même de la salle du rez-de-chaussée; à portée de la main se trouvent également, comme il a été dit, les colonnes qui servent à la manœuvre de la cuve à eau M. La colonne la plus rapprochée des appareils de réception est celle où se manœuvre le robinet d’accès de l’eau, dans la verticale duquel elle se trouve ; le secteur denté qui sert habituellement de commande à ce robinet du diamètre de 0m,10 a été ramené au sommet de la colonne ainsi que la vis sans fin et la manivelle W de commande (fig. 1). L’autre colonne sert à la manœuvre de l’échappement de l’eau ; elle soutient un arbre vertical mû par un volant X, qui est armé d’un pignon et commande des roues d’engrenage placées sur les clefs des robinets de vidange ; elle porte, en outre, latéralement, une ouverture verticale dans laquelle glisse une poignée g qui permet de manœuvrer, à l’aide d’un levier h, la soupape de rentrée d’air. Le degré de remplissage de la cuve se juge au moyen de manomètres à air libre placés sous l’œil des opérateurs.
- En résumé, on voit que toutes les manœuvres sont ramassées dans un espace fort restreint, de manière à se trouver sous la main des facteurs chargés du service.
- Le détail d’un poste et de la relation de deux postes voisins entre eux étant bien compris, il sera facile, au moyen du plan de Paris représenté planche 42, de juger de l’ensemble des lignes souterraines construites jusqu’ici pour la transmission pneumatique des dépêches ; ce plan représente également les grands égouts collecteurs. Ces lignes fonctionnent presque toutes au moyen de l’eau de la Ville et desservent une superficie dont on peut juger par les teintes du dessin. Un certain nombre sont ali-
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- mentées par des machines placées au poste central rue de Grenelle-Saint-Germain et à la gare du chemin de fer du Nord.
- , La légende suivante indique le mode de représentation et la longueur des lignes, qui constituent un résean principal A et deux réseaux secondaires B et CJ.
- Réseau principal. . . .... . . . . . •
- Réseau secondaire. )
- > ............................ O
- Embranchements . )
- Lignes en égout. . . . '. . . . . . . . h
- Lignes en tranchées. . ................................ mmmm
- mètres.
- IDu poste central à la rue Boissy-d’Anglas.........1 410
- De la rue Boissy-d’Anglas au Grand-Hôtel........1 000
- Du Grand-Hôtel à la Bourse............. 1 050
- De la Bourse à l’avenue Napoléon. . ........ 928,80
- De l’avenue Napoléon à la rue des Saints-Pères.. . 1 090
- De la rue des Saints-Pères au poste central..... 1 240
- r De la Bourse à la rue J. J. Rousseau......... 990 \
- * l De la rue J. J. Rousseau à la rue des Vieilles-Hau- J
- ^ £ I driettes.......................................... . 1300 [
- sa g J De la rue des Vieilles-Haudriettes au Château-d’Eau. 1 032 [
- | I Du Château-d’Eau à la Porle-Saint-Denis. ..... 993 I
- 'v De la Porte-Saint-Denis à la Bourse. ........ 1109 )
- q [ De la Bourse à la rue Lafayette. .......... 935 \
- 0 a De la rue Lafayette à Montmartre. . ..1109 j
- w < ( De Montmartre à la gare du Nord...............1 180 >
- « § De la gare du Nord à la rue Sainte-Cécile..... 1 034 l
- | De la me Sainte-Cécile à la Bourse........... 935 ]
- Embranchement. — De la rue Boissy-d’Anglas aux Champs-Elysées. . Lignes directes. — Du poste central à la Bourse et retour. ......
- Totaux.
- 6 718,80
- 5 424
- 5193
- 1160 6 000
- Total général....... 24 495,80
- Examinons maintenant le côté économique de la question :
- L’eau employée par l’Administration des télégraphes est celle du canal de l’Ourcq; sa pression n’est pas très-grande, mais elle suffit à peu près partout. Or, si nous prenons pour unité le kilomètre, la ligne représente un volume de 3m3,318. Le mètre cube d’eau coûtant 0f,07, c’est donc une dépense de 0f,23, soit en chiffre rond 0f,25. A ce taux que peut-on transporter? On peut expédier 10 chariots porteurs, contenant chacun 40 dépêches, soit 400 au total, et, en admettant que les dépêches dans Paris parcourent en moyenne 4 kilomètres, on voit qu’on pourrait expédier 100 dépêches du bureau expéditeur au bureau de réception pour 0f,25, soit 0f,0025 par dépêche. Mais, si l’on utilise le vide produit par l’écoulement de l’eau, comme cela est possible dans la plupart des cas, cette dépense sera encore réduite de moitié.
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- Extension du problème.
- MM. Mignon et Rouart ont présenté, au mois de mai 1872, un projet de transport pneumatique des dépêches entre Paris et Versailles pour le service de l’Assemblée nationale. Us ont, à cet égard, publié une note à laquelle nous empruntons les détails suivants :
- « Nous proposons, disent les auteurs, d’établir, entre des points à choisir convenablement, soit par exemple le Ministère de l’Intérieur et le palais de Versailles, une ligne tubulaire souterraine, dans laquelle on ferait circuler des chariots contenant les objets à transporter, avec la vitesse des trains express des chemins de fer.
- « Cette ligne, qui aurait moins de 20 kilomètres de développement, serait construite avec des tuyaux en fer de 150 millimètres de diamètre intérieur. Le mouvement des chariots serait assuré par l’air comprimé ou par le vide.
- « Des réserves de force convenablement disposées permettraient de faire circuler, à l’occasion, des trains de chariots de dix minutes en dix minutes, dans le même sens, de manière à pouvoir expédier, dans un temps très-court, une quantité considérable de pièces.
- « Vers le milieu de la ligne, à Saint-Cloud, serait établi un poste central où se ferait l’opération de la compression‘de l’air ou du vide.
- « Deux postes intermédiaires placés, l’un au quart, l’autre aux trois quarts du parcours de la ligne, recevraient, au moyen de conduits venant de Saint-Cloud, l’air comprimé ou le vide. On pourrait les établir, l’un à Auteuil et l’autre au bois de Fausses-Reposes.
- « Le poste central serait l’usine où se ferait le travail. Le vide ou la compression pourrait s’y obtenir par l’emploi de l’un ou de l’autre des moyens suivants :
- * « 1° Machines à air naturellement aspirantes et foulantes, mues par des machines à vapeur ;
- « 2° Pompes à eau actionnées par la vapeur;
- « 3° Action directe des eaux prises aux réservoirs de Saint-Cloud, si cela est possible.
- « Les inconvénients et les avantages de chacun de ces procédés sont faciles à signaler.
- « La machine à air est compliquée ; elle devrait avoir de très-grandes dimensions* qui ne dispenseraient pas de l'emploi d’immenses réservoirs assez étanches pour garder le vide ou l’air comprimé. Ses avantages sont de ne relever que de l’usine même qui la met en jeu et de n’avoir rien à emprunter soit à la Seine, soit aux eaux de Saint-Cloud.
- « Les pompes à eau ont sur les pompes à air la supériorité d’un rendement plus sûr et plus constant, d’une construction plus simple, d’un établissement plus économique.
- Tome III. — 75e année. 3* série. — Avril 1876. 23
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- Avec elles on peut se dispenser d’emmagasiner de grandes quantités d’air sous pression différentielle ; c’est de l’eau qu’on a à garder et le problème est plus simple.
- « L’emploi des eaux en réserve à Saint-Cloud, si tant est qu’il soit possible, rendrait toute simplicité à la question et dispenserait complètement de l’emploi des machines motrices ; c’est évidemment la solution pour laquelle sont toutes nos préférences.
- « L’existence des postes intermédiaires d’Auteuil et de Fausses-Reposes a un but facile à saisir. Ils tronçonnent la ligne en fractions de moins de 5 kilomètres et pei-mettent ainsi d’obtenir pour les trains de chariots une grande vitesse, sans avoir besoin d’une pression considérable pour vaincre les frottements de toute la ligne.
- « Leur construction est, du reste, des plus simples ; ils reçoivent la force du poste central et se contentent de l’emmagasiner.
- « Les réservoirs destinés à cet objet, ne devant contenir que les charges nécessaires à deux opérations successives pour des longueurs de 5 kilomètres, rentrent dans des dimensions fort acceptables en pratique.
- a Dans aucun des postes les trains ne subissent de transbordement, ils restent continuellement en vitesse dans la ligne. Des dispositions spéciales permettent de faire qu’au moment de leur passage dans la station ils reçoivent une impulsion venant des moyens d’action de cette station.
- « Comme on le voit, ce projet est simple ; en le réalisant sur une échelle suffisamment vaste on pourrait en tirer de très-utiles services, certainement en rapport avec l’importance des sommes qui y auraient été consacrées.
- « Il est, du reste, facile de se faire approximativement une idée de la dépense, et nous croyons être dans le vrai en l’estimant à environ 2 millions de francs dans le cas où l’on pourrait utiliser les eaux de Saint-Cloud. Elle monterait à 2 500 000 francs dans le cas de l’emploi des pompes à eau, et à 2 700 000 francs avec l’emploi des pompes à air ; bien entendu, en se tenant dans les limites du projet que nous avons conçu. »
- MACHINES A VAPEUR.
- Sur les enveloppes de vapeur a circulation, par M. Ch. Laboulaye,
- Secrétaire du Conseil (1).
- L’utilité des enveloppes de vapeur, autour des cylindres des machines à vapeur à détente, est parfaitement constatée aujourd’hui, et des économies de 20 à 25 pour 100 résultent, le plus souvent, de leur emploi dans des ma-
- lt] Note lue dans la séance du 24 décembre 1875.
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- chines où la détente de la vapeur est portée à trois ou quatre fois le volume primitif. Ainsi, M. Hirn a trouvé, dans une série fort complète d’expériences sur une machine de Woolf de 100 chevaux, où la vapeur entrait à une pression de 3,75 atmosphères, où la détente était de 1,32 du volume primitif, dans le grand cylindre, une économie de 23,5 pour 100, lorsqu’on faisait passer de la vapeur de la chaudière dans l’enveloppe. Je citerai quelques chiffres de ces expériences pour bien indiquer comment les phénomènes se produisent :
- Pressions Pressions
- sans vapeur avec vapeur
- dans l’enveloppe. dans l’enveloppe.
- Tension dans le petit cylindre avant l’ouverture du tiroir de 3alm ,75 communication. 3atm-,75
- Tension dans le grand cylindre à l’instant de l’ouverture de latm-,62 tiroir. 2atm ,20
- 0at3*-,685 Tension dans le grand cylindre à la fin de la course. 0atm,81
- I/eau condensée dans l’enveloppe, à la température de 142 degrés, était de 0 kil. 0381 par coup de piston, répondant à 19 calories, pendant que la vapeur reçue par le petit cylindre renfermait
- 0 kil. 4125 X 645 = 266 calories ;
- ainsi donc la quantité de chaleur de la vapeur reçue dans le cylindre produisant 79 chevaux est à celle de l’enveloppe produisant 24 chevaux
- 266 70
- dans le rapport de = 14, pendant que celui du travail est — = 3,3,
- c’est-à-dire que cette dernière donne des résultats quatre fois plus grands que celle qui agit dans une bonne machine à vapeur à détente, mais sans enveloppe de vapeur; et encore la détente était-elle, dans ce second cas, moins prolongée qu’elle n’eût pu l’être.
- On voit donc que les enveloppes, dont l’utilité est nettement établie par les chiffres ci-dessus, fournissent le moyen, à l’aide de la vapeur qui y est contenue, de transmettre aux parois du cylindre et à la vapeur plus ou moins mélangée d’eau qui se détend dans celui-ci et s’y refroidit par suite, pour atteindre plus tard la pression limite déterminée par celle du condenseur, une quantité de chaleur qui peut être considérée comme très-bien utilisée, comme presque complètement convertie en travail mécanique.
- Pour rendre bien claire cette proposition, il faut analyser la production du travail mécanique par la détente de la vapeur.
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- Lorsque celle-ci se produit, elle pousse le piston avec des pressions décroissantes, et il disparaît une quantité de chaleur équivalente au travail engendré. Dans une machine à air chaud (et c’est là la grande cause d’infériorité de ce genre de machines) la température et la pression baissent rapidement. Dans une machine à vapeur, l’effet est différent; la vapeur saturée ne peut se refroidir en produisant du travail, sans qu’une petite partie se liquéfie, et la chaleur latente que dégage celle-ci rend plus lents l’abaissement de température et la diminution de pression de la masse.
- Si on suppose le cylindre à vapeur suffisamment long, cette action se continuera avec la détente, de manière à utiliser la totalité de la chaleur latente de la vapeur, à la convertir entièrement en travail mécanique.
- Mais ceci n’est que purement théorique ; les pressions minimes et les vo-. lûmes énormes qui seraient nécessaires pour utiliser les dernières fractions du travail mécanique que peut engendrer la chaleur ne sont généralement pas utilisables. La machine travaille dans un milieu à une pression déterminée, et, par suite, les pressions inférieures à celle-ci sont absolument inutilisables. De plus, les pressions initiales sont également limitées par diverses conditions, notamment la nature du métal qui sert à fabriquer les chaudières où se forme la vapeur et qui est exposée à l’action du feu. Une pression initiale ne dépassant guère 5 atmosphères, et une pression finale d’une atmosphère ou 0,50, suivant qu’on emploie ou qu’on n’emploie pas de condenseur, sont des limites dont on sort peu. Des détentes de trois à quatre fois le volume primitif sont les seules qui se rencontrent un peu fréquemment et des détentes de huit ou dix fois le volume primitif les plus grandes qu’il paraisse possible de réaliser pratiquement.
- Il n’est pas besoin d’insister sur ce point pour en déduire que la machine à vapeur pratique ne permet pas d’utiliser toute la détente théorique qui permettrait l’utilisation complète de la chaleur.
- Ceci établi, il est facile de reconnaître ce qui arrive lorsque, par l’action d’une source extérieure de chaleur, on réchauffe les parois du cylindre rapidement refroidies lors de la détente, d’autant plus qu’elles se sont recouvertes d’eau condensée à leur surface à l’arrivée de la vapeur, à cause de la perte de chaleur subie lorsque la pression est devenue presque nulle lors de la communication avec le condenseur, lorqu’on réchauffe la vapeur à mesure qu’elle se détend et pendant qu’elle est en pression. Il est évident que la température et la pression augmentant par suite de cet échauffement, le travail est plus grand pour une même course du piston, et que, de plus, la détente
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- peut être poussée plus loin, avant d’atteindre la limite fixée par la pression au condenseur, ce qui permet d’utiliser une plus grande partie de la chaleur appartenant à toute la vapeur du cylindre. De ce dernier fait, on obtien-
- dra pratiquement un véritable gain de travail et de chaleur inutilisée auparavant. C’est ce que le tracé des
- a
- l courbes de détente, dans les deux
- cas, permet de reconnaître bien clairement. ab étant la courbe de détente sans enveloppe, ac la courbé
- avec enveloppe, bd la pression finale, bc une horizontale, ab dec sera le travail gagné par l’emploi de l’enveloppe, produit par le réchauffement et l’accroissement de détente que l’augmentation de pression rend possible.
- On voit donc comment la quantité de chaleur transmise à travers les parois pendant la détente, peu considérable par rapport à la chaleur latente de la vapeur qui remplit le corps de pompe, mais non par rapport à celle qui est utilisée, est convertie presque complètement en travail, tant par les accroissements relatifs de pression qu’elle fait naître , que par suite de la plus longue détente que le réchauffement permet d’obtenir et qui utilise un supplément du travail de toute la vapeur du cylindre, ce qu’il eût été impossible de faire sans ce réchauffement; enfin parce qu’elle diminue la quantité de vapeur inutilement admise dans le cylindre, par suite de sa condensation à l’entrée sur les parois refroidies.
- Il est difficile de mesurer ces divers effets, variables pour chaque machine, avec assez de précision pour calculer l’effet et la dépense des enveloppes ; mais ce qui précède nous paraît démontrer l’exactitude de la proposition énoncée plus haut : que, surtout en employant toute la détente possible, la chaleur de réchauffement transmise par les enveloppes est parfaitement utilisée.
- Ce serait un grand progrès que celui qui permettrait d’augmenter l’action des enveloppes de vapeur, car c’est la seule voie que nous connaissions pour obtenir une aussi bonne utilisation d’une certaine quantité de chaleur. À cela on doit ajouter que la disposition actuelle est reconnue être insuffisante dans la pratique, pour les machines à longue détente. Ainsi, tandis que des machines de Woolf, où la vapeur agit à pleine pression sur le petit piston et se détend sous le grand de trois à quatre fois le volume initial, donnent d’excellents résultats, dans lesquels l’action de l’enveloppe entre pour une bonne part, bien nettement constatée, des machines semblables dans lesquelles on
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- commence la détente dans le petit cylindre, de manière à obtenir des détentes de huit à dix fois le volume primitif, ne donnent pas des résultats sensiblement meilleurs pour la même quantité de vapeur.
- Il nous semble difficile de ne pas conclure de ce fait d’expérience qu’il répond à une action trop limitée de la vapeur de l’enveloppe ; que si son effet de réchauffement pouvait être augmenté dans le second cas, surtout pour de gros cylindres dont le volume croît plus rapidement que la surface, de plus longues détentes produiraient une grande économie, relativement à celles assez peu étendues auxquelles l’expérience a montré qu’il y avait avantage à se limiter, dans l’état actuel des constructions mécaniques.
- Nous poserons donc, comme un desideratum démontré, l’augmentation de l’action de réchauffement, déjà si utile, à obtenir de la vapeur renfermée dans les enveloppes. La chose est-elle possible ?
- Cherchons d’abord comment les phénomènes se produisent avec la disposition actuelle :
- L’enveloppe consiste en un cylindre en fonte entourant le corps de pompe dans lequel se meut le piston. L’intervalle de section circulaire qui règne entre les deux cylindres est rempli de vapeur arrivant de la chaudière par un tuyau assemblé avec la chemise extérieure. La vapeur stationnaire dans cet espace, pendant la durée de la détente, se précipite vers l’orifice que vient ouvrir le mouvement du tiroir. Quel chemin suit la vapeur? Evidemment elle se dirige du tuyau d’arrivée vers le tiroir, en parcourant en général la section du milieu du cylindre et laissant les extrémités enveloppées d’une vapeur stagnante refroidie, surtout au voisinage du cylindre, et n’ayant plus qu’une faible action de réchauffement. En un mot, on se trouve à peu près dans la condition des appareils de chauffage à la vapeur, dans lesquels on fait arriver celle-ci dans un double fond. Or cette disposition est très-inférieure à celle d’un serpentin, et Péclet rapporte une expérience de Thomas et Laurens, dans laquelle un serpentin produit un effet quadruple de celui d’un double fond pour une même chaudière, résultat confirmé par les expériences faites sur les tubes des condenseurs à surfaces. Dans le cas actuel où l’on ne peut changer l’étendue de la surface de chauffe, ni simplement au moins, la différence des températures (inutile de parler des gaz de la combustion qui n’ont qu’une faible chaleur spécifique et dont l’emploi n’a donné que de mauvais résultats), c’est évidemment dans ce remplacement de la vapeur stagnante par de la vapeur en mouvement que l’on doit chercher le moyen d'augmenter l’effet des enveloppes.
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- Cela posé, le progrès indiqué sera facilement réalisé et les habiles construc-
- vapeur vers les fonds du cylindre.
- teurs de machines à vapeur trouveront aisément les dispositions les plus convenables pour les divers systèmes, encore bien qu’il y ait ici quelques difficultés d’exécution.
- Leur point de départ commun devra consister en cloisons hélicoïdales, fondues avec le cylindre à vapeur et qui, tournées et enveloppées par la chemise extérieure, d’un plus grand diamètre qu’aujourd’hui, formeront les spires du serpentin que devra parcourir la vapeur; ces cloisons augmentant d’ailleurs la surface de chauffe, comme le font les ailettes dans le calorifère Gurney.
- Nous ne parlerons que de deux systèmes principaux de machines. Le premier sera celui des machines ayant deux orifices d’admission aux extrémités du cylindre à vapeur. L’arrivée du tuyau venant de la chaudière devra déboucher au milieu du cylindre et y rencontrera deux spires, l’une ascendante, l’autre descendante, pour fournir la vapeur circulant sans difficulté dans de larges conduits à chacun des deux tiroirs.
- Le second système est celui des machines les plus usitées, ayant un seul tiroir au milieu du cylindre. L’arrivée de la vapeur sera placée de même, seulement en arrière des hélices voisines de l’entrée sera établi un conduit vertical amenant la De là partiront deux spires inver-
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- sement inclinées et se terminant toutes deux, après un nombre de révolutions en raison de la hauteur du cylindre, vers le tiroir interceptant les communications entre les deux séries de spires.
- Par suite de la vitesse considérable donnée aujourd’hui aux pistons des machines la circulation de la vapeur sera assez rapide. Ainsi un conduit hélicoïdal adapté à un cylindre de 0m,75 de diamètre aura 2,35 par tour, soit, pour cinq spires, llm,35. C’est le chemin que parcourra la vapeur par seconde, pour une vitesse d’un coup de piston dans le même temps.
- Dans quelques cas, on pourra rendre continu le mouvement de la vapeur, l’employer, par exemple, à alimenter un injecteur Giffard, quand celui-ci sert pour l’alimentation de la chaudière.
- Nous terminons en exprimant le souhait que ces dispositions contribuent à l’amélioration de la machine à vapeur, déjà parvenue à un si haut degré de perfection, grâce aux nombreux travaux de savants et de constructeurs éminents.
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- De l’état actuel de l’industrie sucrière en France et de quelques expériences RELATIVES AU RÔLE DE LA CHAUX DANS LA DÉFÉCATION, PAR M. Lamy, membre du Conseil (l).
- Messieurs, une de nos plus belles industries, la fabrication du sucre indigène, traverse en ce moment une crise douloureuse, et la campagne s’achève dans les circonstances les plus difficiles dont on ait gardé le souvenir. La betterave a été très-abondante, mais rarement les rendements ont été aussi faibles et le prix du sucre aussi peu rémunérateur pour le fabricant.
- Quelles sont les causes de cette situation malheureuse? — Quels sont les moyens de les atténuer ou de les éviter à l’avenir? — Telles sont les deux questions auxquelles je vais essayer de répondre d’une manière très-sommaire.
- Les causes de l’état de choses actuel sont, sans aucun doute, multiples;
- (1) Communication faite dans la séance du 28 janvier 1876.
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- mais la principale c’est le développement exagéré de la production, ainsi que le montrent les nombres suivants :
- Il y a 15 ans, la France produisait 150 millions de kilog. de sucre. En 1873-1874, sa production s’est élevée à 400 millions; en 1874-1875, à 450 millions; et cette année, c’est-à-dire dans la campagne 1875-1876, elle eût atteint le chiffre de 500 millions, à cause de l’abondance des betteraves, sans la faiblesse exceptionnelle de leur rendement en sucre. Ainsi la production du sucre, en France, a triplé dans l’espace d’une quinzaine d’années; et elle s’élève, aujourd’hui, à près de la moitié de la production totale de l’Europe, laquelle a été, l’année dernière, de 1 054 000 tonnes.
- La consommation est loin d’avoir augmenté dans le même rapport. Elle était de 202 220 000 kil. en 1858, et a été, l’année dernière, de 259 millions, soit un peu plus de la moitié de la quantité produite.
- En outre, nos colonies, favorisées par une récolte remarquablement belle, ont importé, cette année, en France, 103 millions de kilogrammes de sucre, soit 26 millions de plus qu’en 1874. Enfin, d’autres pays, l’Allemagne et l’Autriche, dont l’industrie sucrière a pris un accroissement proportionnellement aussi rapide que le nôtre, étant devenus, comme nous, exportateurs, nous font une rude concurrence sur les marchés étrangers. Cette année, en particulier, l’importation des sucres étrangers a présenté sur nos exportations un disponible de 7 millions de kilogrammes, qui est venu s’ajouter à l’excédant de la production indigène et coloniale. ......
- Ce développement excessif de la production, par suite cet état de souffrance, qui n’est malheureusement pas restreint aujourd’hui à la seule industrie du sucre, est la conséquence, pour ainsi dire fatale, de cette sorte d’axiome économique que, pour produire à bon marché, il faut produire beaucoup. Seulement, dans l’application, le résultat n’est avantageux qu’à la condition ou de créer en même temps des débouchés ou d’accroître proportionnellement le développement de la consommation et de l’exportation.
- En ce qui concerne l’exportation, la France ne peut plus guère compter sur une grande extension de ses débouchés au dehors. Sa consommation, au contraire (environ 8 kilogrammes par tête), est encore très-limitée et loin de ce qu’elle pourrait être, puisqu’elle devrait être doublée pour atteindre seulement le taux de la consommation en Angleterre (16 kilogrammes par tête). Malheureusement, les droits élevés dont l’Etat a cru devoir frapper le sucre né sont pas de nature à favoriser cette consommation.
- Par conséquent, si, de ce côté, les améliorations sont difficiles à atteindre
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- ou lentes à opérer, il faut chercher dans l’industrie elle-même les remèdes à apporter à la situation et les appliquer le plus tôt possible.
- Or le principal de ces remèdes consiste dans l’amélioration de la matière première de la fabrication , la betterave. Nos betteraves ne donnent, en général, que des rendements de 5 à 6 °/0 de leur poids de sucre, tandis qu’en Allemagne et en Autriche on obtient 7 à 8.
- L’expérience a déjà prouvé suffisamment qu’avec des soins dans la culture l’on pourrait récolter, chez nous, des betteraves presque aussi riches qu’en Allemagne, et par suite accroître notablement le rendement. Mais ce qui n’a été que l’exception doit devenir la règle générale. Pour cela, il faut le concours du fabricant et du cultivateur, dont les intérêts sont solidaires, et dontj malheureusement, une sorte d’antagonisme fâcheux a été trop souvent préjudiciable à ces intérêts. Jusqu’ici, en effet, sauf quelques exceptions, les fabricants ont acheté leurs betteraves au poids, sans tenir compte de leur richesse. Il en est résulté que beaucoup de cultivateurs, dans le but d’augmenter le poids de leurs récoltes, ont pris des graines propres à un grand développement des racines, et ont forcé la dose de fumier ou d’engrais chimiques. C’est ainsi que dans le département du Nord tel cultivateur est arrivé à produire jusqu’à 100,000 kilogrammes de betteraves à l’hectare.
- En Allemagne, la législation sur les sucres conduit le cultivateur à rechercher, au contraire,'non pas les grosses récoltes de betteraves, mais les forts rendements de sucre avec le minimum de poids des racines. L’impôt ne frappe pas le produit fabriqué comme cela a lieu en France, mais la matière première elle-même ou la racine à son entrée dans la fabrique.
- Si la législation française n’offre pas le même stimulant à nos agriculteurs, il n’en est pas moins important pour eux de rechercher la plante qui, sous le moindre poids, donnera le plus de sucre. L’existence de la sucrerie indigène nous paraît être à cette condition. Le fabricant a tout intérêt évidemment à travailler la moins grande masse de matière première pour obtenir le même effet utile. Et, quant au producteur de betteraves, ses avantages ressortent assez des progrès énormes que l’agriculture a faits dans tous les pays où s’est développée l’industrie sucrière.
- L’amélioration de la betterave par un choix judicieux des graines, un emploi rationnel des engrais et l’application de soins spéciaux de culture que la science et la pratique indiquent, telle est donc la première condition qui s’impose aux cultivateurs comme aux fabricants.
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- Je n’ignore pas que déjà de nombreuses tentatives ont été faites dans la direction que j’indique. Dans l’achat des betteraves, des marchés ont été conclus sous la condition que le fabricant fournirait des graines de son choix ; que certains engrais seraient proscrits de la fumure des terres, ou encore que la betterave serait payée au degré, c’est-à-dire jusqu’à un certain point d’après sa richesse saccharine. Dans le Nord, la maison Despretz, à Capelle, se livre, sur une vaste échelle, à la culture spéciale des graines de betteraves. Là, les betteraves jugées de meilleure qualité par l’aspect, sont analysées avec soin, et on ne choisit, pour en faire des porte-graines, que celles qui ont donné à l’analyse la plus grande quantité de sucre. Mais, je le répète, ce qui n’est encore que l’exception doit devenir la règle générale, sous la condition de sauvegarder les intérêts du cultivateur aussi bien que ceux du fabricant (1). 'i!;î - ‘ 7!î 1
- En dehors de cette condition, amélioration de la matière première de la fabrication, il en est une autre qui ne doit pas être négligée, bien que plus secondaire, c’est celle qui s’applique aux pèrfectionnements à introduire dans la fabrication elle-même. ^
- Aujourd’hui les opérations de la concentration des jus, de la cuite des sirops dans ces magnifiques et puissants appareils que l’on appelle le triple effet et la chaudière de cuite en grains, laissent peu à désirer au point de vue de l’économie du travail et de l’importance du rendement.
- Il n’en est pas de même de l’extraction du jüs. L’emploi des presses continues, destinées à remplacer les presses hydrauliques, n’a pu fournir encore des jus aussi purs que ces dernières, et on peut bien dire que sous ce rapport aucune n’a donné jusqu’à ce jour des résultats complètement satisfaisants; je n’en veux d’autre preuve que le nombre et la variété même de ces presses.
- Enfin la purification chimique des jus, tel est le dernier point qui doit appeler l’attention des savants et des fabricants. Cette opération ne paraît pas suffisamment comprise ou convenablement pratiquée dans un trop grand nombre de nos sucreries, et il n’est pas sans doute téméraire d’avancer que le rendement moyen de la fabrication serait sensiblement augmenté, toutes choses égales d’ailleurs, si partout on savait appliquer les principes ou les
- (1) En ce moment même, le Comice agricole de l’arrondissement de Lille convoque à Lille un congrès sucrier, dans le but d’amener entre les fabricants de sucre et les producteurs de betteraves, une entente sérieuse sur les bases à adopter désormais dans la rédaction des compromis au printemps, ou dans l’achat des racines à l’automne.
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- conditions que la science et l’expérience ont indiqués comme essentiels pour assurer un bon travail. î
- C’est pénétré de la même conviction qu’un chimiste, qui a été fabricant de sucre, M. Pésier de Valenciennes, a jugé à propos de résumer ces principes dans une communication faite à la session du congrès pour l’avancement des sciences, tenue à Lille en 1874, sous le titre de: la Chimie dans Vindustrie sucrière.
- Dans cette communication, M. Pésier a insisté notamment sur les inconvénients d’un emploi exagéré de la chaux à la défécation. Il a fait remarquer que l’augmentation considérable du poids des écumes , qui restent chargées de 50 °/0 d’humidité, c’est-à-dire de jus, entraîne de ce fait une perte de sucre si notable, qu’elle se traduit journellement par 200 kilogrammes de sucre au moins sur une fabrication de 100 000 kilogrammes de betteraves, et de 2 000 kilogrammes, par conséquent, pour une fabrication dix fois plus importante comme nous en avons en France.
- Pour justifier cet excès de chaux, on a fait valoir la régularité du travail qu’il procure, la décoloration remarquable du jus, une économie notable dans l’emploi du noir et la beauté des sucres blancs de premier jet, enfin la nécessité de combiner avec l’élément conservateur, la chaux, la totalité du sucre sous la forme d’un sucra te ou saccharate de chaux.
- Sans vouloir insister ici sur ce que la décoloration d’un jus ne correspond pas toujours à son degré de pureté, que la beauté des premiers jets n’assure pas la valeur des deuxièmes et des troisièmes, que forcer le dosage de la chaux, c’est accroître proportionnellement la quantité de potasse qu’elle renferme toujours, je me bornerai à faire remarquer que l’existence d’un sucrate de chaux à la température de 35° ou au-dessus, quoique très-généralement admise, non-seulement n’a jamais été démontrée, mais pouvait à priori être contestée d’après les expériences de M. Peligot publiées en 1851 (1).
- Dans la communication que j’ai rappelée plus haut, M. Pésier dit avoir fait de fréquents essais alcalimétriques sur de bons déféqués et avoir constaté qu’à une température de 35° et, à plus forte raison, à 60° et 70°, à laquelle le lait de chaux est versé dans les chaudières de défécation, il n’existait pas de sucrate ; de plus, que- la chaux titrante dans les jus clairs était à peu près celle dont l’eau pure se serait saturée ; en tout cas, qu’elle n’était pas le
- (1) Compte rendu de l’Académie des sciences, tome XXXII, page 335.
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- dixième de celle qui était nécessaire pour constituer un sucrate monobasique.
- Dans le but de compléter ces expériences et de jeter un peu plus de jour sur cette question du rôle de la chaux à la défécation, j’ai fait moi-même sur des dissolutions de sucre pur des essais dont je vais présenter le résumé.
- J’ai commencé par déterminer la quantité de chaux que pouvaient dissoudre à 30°, 50°, 60°, 70° et 100°, cent parties d’une dissolution sucrée décime, lorsqu’on lui ajoutait 1 ou 2 pour 100 de son poids de chaux, c’est-à-dire les quantités mêmes qui sont adoptées dans la pratique pour des jus d’une richesse moyenne semblable. La chaux éteinte et la solution sucrée, mélangées à la température de l’expérience, sont restées trois heures en contact et agitées fréquemment. Ensuite j’ai ajouté les mêmes proportions de chaux à 50°, 60° et 70°; j’ai élevé graduellement la température jusqu’à 100°, comme on le fait dans le procédé de défécation le plus ordinaire; enfin j’ai dosé, dans le liquide filtré rapidement à 100°, la proportion de chaux restée en dissolution. -
- Le tableau ci-dessous présente le résultat de ces expériences :
- Solubilité de la chaux dans des dissolutions sucrées décimes en employant 2 grammes de chaux
- pour 100 de la dissolution.
- TEMPÉRATURES. CHAUX DISSOUTE dans 10 000 gr. de la solution sucrée. CHAUX DISSOUTE dans 10 000 gr. d’eau pure. DIFFÉRENCE ; exprimant la chaux unie au sucre. CHAUX necessaire pour sucrate monobasique. EXCÈS de la chaux nécessaire pour sucrate sur celle unie au sucre.
- degrés : gr- gr- „r. , gr. gr.
- 100 15,5 6,0 9,5 149 + 139,5
- 70 23,0 7,9 15,1 Id. + 133,9
- 50 53,0 9,6 43,4 Id. , +105,6
- 30 120,0 11,7 118,3 Id. + 80.7
- 15 (1) 215,0 13,0 202,0 Id. — 53,0
- 0 250,0 14,0 236,0 Id. — 87,0
- 50 à 100 18,5 6,0 12,5 Id. + 136,5
- 60 à 100 17,0 Id. 11,0 Id. + 138,0
- 70 à 100 16,0 Id. 10,0 - Id. + 139,0
- (l) Les nombres correspondants aux températures 15 et Ooont été obtenus par saturation des solutions sucrées au moyen d’un grand excès de chaux.
- Voici les principales conséquences à déduire de ce tableau :
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- 1° La quantité de chaux dissoute dans la solution sucrée augmente à mesure que la température baisse, comme cela arrive pour la chaux par rapport à l’eau pure (1).
- 2° Si l’on retranche des quantités de chaux dissoutes dans l’eau sucrée (2e colonne) celles qui sont dissoutes par l’eau pure à la même température (3e colonne), on obtient des nombres qui peuvent représenter les proportions de l’alcali absorbées par le sucre seul. Or il est remarquable, d’abord que ces nombres sont variables avec la température, ensuite qu’ils sont notablement supérieurs à ceux qui représentent la solubilité de la chaux dans l’eau pure.
- 3° En comparant les mêmes nombres (4e colonne) avec celui qui exprime la quantité de chaux (5e colonne) qui devrait être dissoute pour former un sucrate monobasique, on voit qu’ils sont inférieurs à ce dernier, d’autant plus que la température est plus élevée au-dessus de 30°. A 100°, dans les conditions du travail ordinaire de la fabrication, la quantité de chaux réellement dissoute par le sucre est même inférieure au dixième du nombre nécessaire 149 (2). Les petites différences que présentent les nombres de la 6e colonne, correspondant aux températures 100°, 50° — 100°, 70° — 100°, s’expliquent suffisamment par la différence des temps pendant lesquels les dissolutions sont restées à 100°, et la difficulté d’obtenir la saturation à cette température. Ainsi le nombre 15,5, qui exprime la quantité de chaux dissoute à 100°, a été obtenu après un contact de trois heures environ, tandis que les nombres 18,5, 17, 16 représentent les quantités de chaux restées en dissolution au moment où les liqueurs sucrées ont atteint la température de 100°. Bien que les expériences, qui ont fourni ces nombres, aient été faites dans des conditions aussi identiques que possible, on voit cependant que la solution sucrée contient, à 100°, plus ou moins de chaux, selon que la température à laquelle a été faite l’addition de cette base est moins ou plus élevée.
- 4° Enfin je ferai remarquer en passant, sauf à y revenir plus tard, que la quantité de chaux dissoute par les dissolutions sucrées décimes peut devenir
- (1) Lorsqu’on emploie seulement 1 pour 100 de chaux, les nombres trouvés sont un peu plus faibles que ceux de la deuxième colonne, et en diffèrent d’autant moins que la température est plus élevée. Ex. à 100°, la différence n’est que 0 gr. 5, tandis qu’elle est de 20 gr. à 30° ; la saturation se fait d’ailleurs moins vite avec 1 pour 100 de chaux.
- (2) Il faut noter que les nombres de la deuxième colonne seraient encore plus faibles, si le contact des dissolutions sucrées avec la chaux avait duré moins de trois heures.
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- tellement grande, avec l’abaissement de température, qu’à 0°, par exemple, elle dépasse de plus de 50 °/0 celle qui est nécessaire pour faire un sucrate monobasique.
- En résumé, lorsqu’il s’agit de dissolutions sucrées pures, la proportion de chaux combinée est supérieure à celle que peut dissoudre l’eau seule à la même température, même à 100°; mais elle est encore beaucoup plus faible que celle qu’il faudrait admettre pour faire un sucrate monobasique, entre les limites 30° et 70°, auxquelles on ajoute la chaux dans l’opération de la défécation.
- VITICULTURE.
- INSTRUCTION PRATIQUE SUR LES MOYENS A EMPLOYER POUR COMBATTRE LE PHYLLOXERA,
- ET SPÉCIALEMENT PENDANT L’HIVER.
- La commission considère le phylloxéra comme la cause de la maladie de la vigne.
- Elle s’est proposé pour but précis la conservation des vignes françaises; leurs principaux types étant les produits d’une pratique séculaire, il importait surtout de les sauver.
- Ses études ont été conduites dans l’esprit de la méthode scientifique ; c’est à la pratique à s’approprier maintenant les résultats obtenus, en les adaptant à ses besoins.
- Le phylloxéra peut être combattu, soit en l’attaquant sur les racines quand il y est établi, soit pour prévenir ses invasions souterraines, en détruisant les œufs déposés sur les ceps par les insectes ailés, et en particulier l’œuf d’hiver.
- On examinera donc successivement ici à quels signes on apprend à reconnaître ou à redouter sa présence, quels moyens sont propres à en opérer la destruction dans les deux cas précités, à quelle époque il convient d’en faire emploi et quels procédés pratiques on peut conseiller. :
- Traitement répressif.
- C’est celui qui convient lorsque le phylloxéra est établi sur les racines.
- Signes de la présence du phylloxéra sur les racines. —Les renflements des radicelles de la vigne sont le premier signe de l’invasion du phylloxéra : ils se montrent dès la première année, alors que la vigne n’en manifeste encore aucun symptôme extérieur. Leur disparition s’opère vers la fin de l’été, et il ne s’en reforme plus ; les racines continuant à pourrir, le chevelu disparaît peu à peu.
- Lorsque la présence des renflements donne l’éveil au vigneron, il ne tarde pas à découvrir, soit à l’œil nu, soit plus facilement à l’aide d’une loupe, l’existence de l’insecte lui-même ou celle de ses œufs, répandus çà et là sur les racines.
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- Comme les renflements concourent à la nutrition de la vigne, leur présence indique que la plante se nourrit encore aux dépens du sol ; mais, comme rien ne peut s’opposer à la destruction des renflements et que la mort du cep en est la conséquence, pour guérir la vigne il faut détruire le phylloxéra et provoquer la reconstitution du chevelu.
- Destruction du phylloxéra. — De tous les agents qui ont été signalés comme propres à la destruction du phylloxéra, l’expérience a montré que les sulfocarbonates seuls sont efficaces.
- Le sulfocarbonate de potassium, on particulier, possède à la fois les qualités d’un insecticide énergique et celles d’un reconstituant propre à favoriser la reprise de la végétation de la vigne et la formation d’un chevelu nouveau et abondant.
- Le sulfocarbonate de sodium jouit des mêmes qualités comme insecticide; mais il faut lui associer un engrais potassique, choisi parmi ceux qu’on trouve à prix favorable dans le commerce.
- Il en est de même du sulfocarbonate de baryum.
- Employé à raison de 2 à 8 centilitres par cep, selon l’age de la vigne et la profondeur du sol, le sulfocarbonate de potassium ne produit sur la vigne aucun effet fâcheux ; au contraire, il en ranime la végétation ; il détermine, dans la quinzaine, la destruction de tous les phylloxéras ou de presque tous ; cependant, même dans les opérations les mieux dirigées, quelques œufs peuvent être épargnés, quelques rares phylloxéras peuvent résister.
- L’action du sulfocarbonate de potassium étant passagère, les phylloxéras provenant des œufs épargnés, les mères qui ont résisté ou les jeunes émigrants fournis par les ceps du voisinage peuvent recommencer l'invasion. Un second traitement sera donc toujours nécessaire et devra être placé, soit au commencement de l’hiver, soit au commencement du printemps, c’est-à-dire quand les œufs sont tous éclos ou quand ils ne sont pas encore pondus.
- Ces traitements placent la vigne dans un état de tolérance pour le phylloxéra qui lui permet de résister, de vivre et de porter ses fruits, d’accomplir, en un mot, tous les actes de son existence normale. Si tous les phylloxéras n’ont pas été détruits, le chevelu reconstitué montrera bien quelques renflements nouvellement formés ; mais il n’en ramènera pas moins la vigne au point où elle en était au début de l’invasion, période où elle donne encore sa récolte sans symptôme de souffrance.
- Epoque du traitement. — L’époque du traitement est déterminée par deux conditions : le moment où la vigne en souffrira le moins ; celui où les phylloxéras en seront le plus affectés. Ces deux conditions sont réunies quand la végétation est arrêtée. La vigne, dégarnie de feuilles, ne transpire et n’absorbe presque plus ; les remèdes sont donc presque sans action sur elle. Les insectes, engourdis dans leur repos hivernal, sont tous des jeunes ; il n’y a ni mères prêtes à pondre, ni œufs, si difficiles à tuer. La race peut être détruite ; car les phylloxéras ont conservé la faculté de se mouvoir et le besoin de se nourrir, et, s’ils résistent mieux aux agents toxiques que dans la belle
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- saison, ceux-ci leur sont encore funestes, tandis que la vigne est pour ainsi dire indifférente à leurs effets.
- La vigne perd ses feuilles dès la fin d’octobre et n’entre en végétation que vers le milieu d’avril ou même aux premiers jours de mai, avec quelques variations du Nord au Midi. C’est entre ces deux époques qu’il convient d’agir.
- Le phylloxéra s’engourdit lorsque la température du sol est inférieure à 10 degrés ; il revient à l’activité dès que cette température remonte au-dessus de 10 degrés. Il mue alors et change de couleur, passant du brun bronzé au jaune très-vif. C’est le moment qui convient le mieux pour appliquer le traitement.
- Mais, à cet instant, la vigne émet ses premières feuilles; on pourrait donc craindre qu’elle ne fût dans des conditions défavorables pour l’emploi du remède. Le travail des bourgeons est simultané avec celui des racines ; toutefois, tandis que les bourgeons s’accroissent tous ensemble, avec une légère avance peut-être en faveur des bourgeons supérieurs, il n’en est pas ainsi des racines. Les fibrilles du chevelu et les parties les plus ténues, plus spécialement chargées d’absorber, restent en retard ; les grosses radicelles s’allongent d’abord, puis les moyennes, et enfin, lorsque les ramifications les plus grêles du chevelu se développent à leur tour, les feuilles ont acquis la largeur d’une pièce de 5 francs. Cette époque est placée, dans l’Hérault, au commencement de mai, et, dans les Charentes, vers la fin du même mois.
- On peut encore, à ce moment, appliquer le remède; mais il ne faudrait pas trop attendre ; les phylloxéras réveillés ne tarderaient pas à pondre, et le bénéfice résultant de l’absence des œufs serait perdu.
- Les renflements radicellaires caractéristiques de la présence du phylloxéra ne doivent pas être confondus avec ceux des racines des plantes de la famille des légumineuses, sur lesquelles une anguillule détermine la formation de nodosités souvent très-nombreuses. Les haricots, les fèves, l’acacia, la luzerne, diverses plantes adventices de la famille des légumineuses sont dans ce cas, et peuvent, entremêlant leurs racines avec celles de la vigne, donner lieu de la sorte à des paniques locales sans objet (1).
- (I) Les renflements radicellaires de la vigne sont caractérisés par leur forme, leur couleur et leur situation.
- Ils offrent souvent la disposition en crochet; leur surface est munie de dépressions plus ou moins nombreuses, dans chacune desquelles se trouvent logés un ou plusieurs phylloxéras.
- Us sont, en général, d’une teinte tranchée d'un jaune vif quand ils sont jeunes; ils passent ensuite au jaune d’or, ils tournent plus tard au brun, finalement ils deviennent noirs.
- Us sont fréquemment terminés par une portion de radicelle saine et non renflée, intercalaires alors et parfois groupés les uns sur les autres.
- Les renflements des légumineuses sont également caractérisés par leur forme, leur couleur et leur situation.
- Us sont ovoïdes, plus ou moins allongés, parfois palmés, mais toujours terminés par des extrémités arrondies. Ils ne présentent pas de cavités à leur surface. Leur couleur est, en général,
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- Emploi des suifocarbonates. —Lorsqu’on opère dans les mois de février ou de mars, c’est-à-dire à l’époque la plus favorable au traitement, la terre étant généralement imprégnée d’eau, il n’est pas nécessaire de faire usage d’une grande quantité de ce liquide comme véhicule du sulfocarbonate.
- On verse donc, par mètre carré, 2 ou 3 centilitres, ou 30 à 40 grammes de sulfocarbonate de potassium dissous dans 5 litres d’eau, et, lorsque la dissolution est absorbée, on ajoute de 5 à 10 litres d’eau pour entraîner la liqueur toxique vers les racines inférieures. Ce traitement doit coïncider avec une façon donnée à la vigne. On met à profit le déchaussement du cep pour verser les liqueurs dans les cavités préparées tout autour, et qu’on a soin de prolonger dans le sens horizontal quand on opère sur des terrains en pente.
- La dose de sulfocarbonate indiquée ci-dessus convient pour des ceps jeunes et pour des terres d’une profondeur moyenne de 0m,50 à 0m,70; mais, s’il s’agit de vignes très-âgées et de sols d’une profondeur de 1 mètre à 1”,20, on portera les doses de sulfocarbonate à 4 ou 5 centilitres, ou 60 à 70 grammes par mètre carré.
- Le sulfocarbonate de sodium, à.poids égal, est un peu plus actif que le précédent ; on peut cependant l’employer aux mêmes doses ; mais il faut l’associer à un engrais potassique. Selon les localités, on donnera la préférence à tel ou tel de ces engrais ; il suffira qu’il représente environ 20 grammes de sulfate de potasse par mètre carré, ou 200 kilogrammes par hectare.
- Le sulfocarbonate de baryum, qui offre une résistance remarquable, peut être déposé dans le sol sous forme pulvérulente et attendre l’époque où, délayé par les pluies, il ira porter le sulfure de carbone sur les racines envahies par le phylloxéra. On doit employer en même temps un engrais potassique à la dose indiquée plus haut.
- Le traitement de la vigne attaquée par le phylloxéra sur les racines peut donc être effectué par un procédé suffisamment éprouvé. Il s’agit seulement de produire à des prix convenables le sulfocarhonate de potassium ou le sulfocarbonate de sodium. C'est une question que les fabricants de produits chimiques sauront résoudre.
- Les expériences effectuées au moyen du sulfocarbonate de potassium ont mis dans une telle évidence les excellents effets de la potasse sur la vigne, qu’on ne saurait trop recommander l’emploi des amendements riches en potasse comme auxiliaire de tout traitement.
- Traitements préventifs.
- Les procédés qui précèdent sont ceux qui conviennent pour la destruction du phylloxéra reconnu sur les racines. Le traitement préventif a pour but la destruction des
- terne, plus ou moins lavée de jaune, de violet ou de gris.
- Ils sont, en général, latéraux, rarement intercalaires, et ne se prolongent guère en une radicelle saine.
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- teuïs provenant des phylloxéras ailés qui pourraient être déposés sur les ceps. II n’est pas aisé de reconnaître s’il existe ou non sur les ceps des œufs de cette sorte, et, en particulier, des œufs d’hiver ; il est donc nécessaire de prendre toutes les précautions que la destruction de ces œufs exige lorsqu’on se trouve dans une contrée atteinte par le phylloxéra.
- En attendant que cette opération soit rendue obligatoire, comme l’échenillage, on doit compter sur le sentiment de l’intérêt privé bien compris pour la faire pratiquer partout où les vignes sont menacées, c’est-à-dire à 10 ou 12 kilomètres autour des points attaqués, et spécialement dans les vignes placées sous les vents régnant en août, septembre et octobre.
- OEufs d'hiver. — Les méthodes de traitement répressif instituées contre le phylloxéra et décrites plus haut avaient exclusivement pour but la destruction des colonies souterraines formées par le parasite ; on ne s’était pas préoccupé d’abord de le combattre pendant la période aérienne de son existence. Ses légions ailées accomplissaient donc en toute liberté, chaque année, leur funeste mission de propagatrices du fléau; fâcheux état de choses qui n’était que trop justifié par l’ignorance où nous étions restés des mœurs du phylloxéra pendant sa courte apparition à la surface du sol.
- Guidé par les études effectuées sur le phylloxéra du chêne, on a reconnu que, après leur sortie du sol et leur dissémination au loin, les phylloxéras ailés déposent leuis œufs sur toutes les parties du cep, mais principalement sous les feuilles et à l’intérieur de l’écorce. De ces œufs sort une génération de petits insectes sexués, lesquels produisent, par leur accouplement, l’insecte régénéré, chargé, sur place, de ranimer chaque année la vitalité affaiblie des foyers anciens ou de créer à distance de nouveaux centres d’invasion. Heureusement, l’œuf dont il provient n’est pas destiné à une éclosion immédiate; il hiverne sous l’écorce et n’éclôt qu’au printemps de l’année suivante. Le viticulteur l’a donc pour ainsi dire sous la main pendant plusieurs mois ; il peut, sans se presser, préparer ses moyens de destruction et choisir son heure.
- Par l’analogie que les mœurs du phylloxéra ailé présentent avec celles d’un grand nombre d’autres insectes nuisibles à nos cultures et contre lesquels l’industrie agricole est armée depuis longtemps, la question du traitement répressif du phylloxéra aérien se trouve ramenée aux méthodes de destruction généralement en usage contre ces derniers.
- Destruction de l’œuf d’hiver. — C’est ainsi que l’échaudage par l’eau bouillante Ou par la vapeur, qui se pratique avec succès en hiver, sur les ceps, dans plusieurs de nos départements pour la destruction de la pyrale, peut être également conseillé pour anéantir les œufs hibernants du phylloxéra.
- On peut aussi pratiquer la décortication des souches et la combustion des écorces chargées d’œufs.
- L’emploi des insecticides trouve d’ailleurs ici des conditions d’application faciles! et constitue peut-être, de tous les procédés, le plus expéditif et le moins coûteux comme main-d’œuvre; le praticien sera probablement souvent conduit à lui donner la préférence.
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- Dans le choix de la substance insecticide, il faut prendre en considération les conditions dans lesquelles ces œufs sont pondus sur les ceps. Rarement ils sont déposés à la surface du bois, ou même dans les fissures qui sillonnent extérieurement les branches et le tronc du cep. La plupart sont placés plus ou moins profondément entre les lamelles exfoliées de l’écorce, surtout dans les vignes un peu âgées. Il s’ensuit que, pour parvenir jusqu’aux œufs, le liquide doit jouir à un haut degré de la propriété de se diffuser par capillarité dans le tissu de l’écorce. Or, sous ce rapport, les insecticides qui ont l’eau pour véhicule, sauf peut-être ceux qui sont fortement alcalins, le cèdent de beaucoup aux essences, telles que l’huile de térébenthine, l’huile de cade, le pétrole, l’huile de schiste, l’huile lourde du goudron de gaz, etc. C’est à la pratique à déterminer quels sont, parmi ces corps, ceux qui donneraient les meilleurs résultats, et à fixer leur mode d’emploi.
- On peut essayer une émulsion obtenue en battant à l’aide d’un balai de bouleau 1 kilogramme d’huile de cade et 10 kilogrammes d’eau tenant en dissolution 100 grammes de soude du commerce.
- Le délai dans lequel le traitement destructeur des œufs hibernants peut être appliqué varie suivant les conditions de température des diverses contrées viticoles. Il ne doit jamais être retardé au delà du milieu de mars, dernière limite présumée de la période d’incubation de ces œufs dans la généralité des vignobles ; mais le viticulteur prudent fera sagement de devancer cette époque, pour ne pas être surpris par un retour prématuré des chaleurs, qui hâteraient la sortie du jeune phylloxéra. La résistance de l’œuf à l’influence dés agents extérieurs diminue probablement vers les derniers temps de son incubation ; il sera donc avantageux de ne faire agir l’insecticide qu’à une époque un peu éloignée de la ponte et lorsque l’œuf contient déjà un embryon bien formé. On obtiendrait un résultat plus certain encore à l’aide d’un double badi^-geonnage des ceps : le premier, aussitôt après la taille des bois ; le second, vers le mois de février ou de mars.
- Parvenue à peu près au terme de sa tâche scientifique, la commission, qui n’a jamais désespéré des vignes françaises, envisage aujourd’hui leur avenir avec confiance. Elle voit dans les sulfocaibonates un agent de destruction éprouvé contre les familles établies du phylloxéra des racines, et, dans l’ébouillantage ou le badigeonnage des ceps, des moyens qu’on peut considérer comme efficaces pour la destruction des œufs d’hiver, point de départ des familles nouvelles.
- Le mal pourrait donc être arrêté, circonscrit et même conjuré par un effort énergique et concerté qui rentre dans le domaine de l’administration éclairée et vigilante du ministère de l’agriculture ou des associations locales, et que l’Académie des sciences appelle de tous ses vœux. '
- Le secrétaire de la commission : Le président de la commission :
- Max Cornu, Dumas,
- aide-naturaliste au Muséum. de l'Académie française,
- secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences.
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- STATISTIQUE.
- DU MOUVEMENT DE l’ÎNBUSTRIE SIDÉRURGIQUE,. EN FRANCE, PENDANT LA PÉRIODE DÉCENNALE DE 1865 A 1874.
- Le Bulletin du comité des forges, qui est rédigé avec un soin que tout le monde se plaît à reconnaître, a publié dernièrement, sur l’industrie de nos établissements sidérurgiques et sur le commerce de leurs produits, pendant la période décennale de 1865 à 1874, des documents statistiques très-intéressants, et surtout très-faciles à saisir, parce qu’ils sont donnés sous forme de tableaux graphiques.-Nous allons reproduire quelques-uns de ces tableaux.
- Le tableau n° 1, ci-dessous, est relatif à la production et àMa consommation de la Tableau N* 1. — Production et consommation de la fonte de 1865 à 1874.
- 820 000 _ 1865
- 1866 1867 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874
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- STATISTIQUE.
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- fonte. Sous la rubrique fonte, on a compris toutes les fontes sans exception, produites ou introduites en France, destinées soit au moulage, soit à l’affinage et obtenues soit au combustible végétal, soit au combustible minéral.
- On voit que la production nationale a été, comme par le passé, constamment inférieure à la consommation ; toutefois l’écart est plus faible que dans la période décennale antérieure.
- Le tableau n° 2 suivant 'concerne le fer. Sous la rubrique fer sont compris les fers marchands, rails, tôles, étc., produits ou importés en France.
- Tableau n° 2. — Production et consommdtion du fer et de la rlâle üe Î865 à 4874.
- 400 000
- 1805 1860 1807 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874
- On voit que pour le fer c’est l’inverse de la fonte, c’est-à-dire que la production a été constamment supérieure à la consommation.- •
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- Le tableau n° 3 se rapporte à l’acier.
- Tableau n° 3. — Production eh cmsomtnetMon de Vùeier de 1865 à 1874.
- tonnes.
- 220 000 !
- 1865 1666 1867 1868 1869 1870 1871 1872 1873
- 1874
- On remarquera que jusqu’en 1871 la production de l’acier est restée constamment inférieure à la consommation; à partir de cette dernière annéec’est l'inverse qui a eu lieu, et l’écart tend à s’accroître.
- La production et la consommation des rails en fer, toujours pendântia môme période, a été comme suit : i
- . PRODUCTION. CONSOMMATION
- kilog. kilog.
- 1865. 308 785 900 151 972 581
- 1866. 171 007 400 125 974 749
- 1867. ...... 172 482 400 140 621 261
- 1868. . . . . . . 186 028 400 124 734 392
- 1869. ...... 216 627 800 133 479 546
- 1870. . ... . . 132 611 600 81 433 723
- 1871. . . . . . . 100 372 734 64 207 999
- 1872. ...... 159 048 200 101 686 73*2
- 1873. .... . . 151 478 430 124 717 450
- 1874. . . . . . . 152 545 506 125 667 201
- Voici la production et la consommation des rails en acier :
- PRODUCTION. CONSOMMATION.
- kilog. kilog.
- 1865. . . . . . . 9 751 014 »
- 1866. .... ..... 10 790 952 3 687 171
- 1867.......... 19 893 108 10 967 925
- 1868. . . . . . . 42 601 226 25 759 804 i
- 1869. . ... . . 52 400 387 50 225 500
- 1870. . . . . . i 42 520 077 41 189 420
- 1871. . ... . . 32 447 000 22 613 568
- 1872.......... 82 822 500 52 194 990 ,
- 1873. ...... 102 083 000 64 097 762
- 1874......... 155 647 094 102 227 760
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- STATISTIQUE. — AVRIL 18*6.
- Les chiffres relatifs à l’acier sont mis en évidence par les tableaux graphiques 4 et 5.
- Tableau n° 4. — Production des rails -en -acier de 1865 à 1874.
- 1865 1866 1867 1868 1869
- 1870 1871 1872 1873
- Tableau n° 5. — Consommation des rails en acier de 1868 à 1874.
- tonnes.
- 110 000
- 1874
- 1874
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- CONGRÈS AGRICOLE DE 1876.---- AVRIL 1876.
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- - Enfin voici deux autres tableaux, n” 6 et 7, relatifs aux prix des rails en fer et en acier :
- Tableau n° 6.
- Prix des rails en fer de 1865 à 1874.
- Tableau n° 7.
- Prix des rails en acier de 1866 à 1874.
- __________
-
- SH sss s
- 345 gggSBgggSgggggggggggBBBBHBBBBBBS«aSSSSS
- 340 SSïS SSSg 5SSE SSSB9B9BBB5!SBB9BB5ÎsbbbihS
- 335 330 325 320 315 310 305 300 295 290 285 280 275 270 265 2£0 255 250 245 240 235 230 225 220 215 210 205 200 195 190 185 180 175 170 165 160 155 150
- a
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- -««ai .! SS a — mm .
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- SSSSÎ SSS SSSSSSi SSS ÏSSÏSSSSSs SS iSSSSSSSSS 9999!!9! 9999BB« 52 SB" —neiB — » MM B
- 5 SS SB SSS! !9*E5 "
- san
- SS SÏ3S5SSS SSS SSSSS5S5SS55355S5K5SSS5
- JS 5 SSSSSmSS
- BiHSHSiiBaagBaaaaaaaaa
- S S SSS5S5SSS S B5S5S35SK333S5353533S5S33M
- Bi B a»——
- 1865 1866 1867 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874
- n ma
- SSSSShSSSSSSSSSSSSSSuhh s sss
- •••••••n
- sssssssssssssssssssr--------
-
- Bauiaiiiuuiiiiiii
- ssssssssssssssssss;
- 5SSS5SSSS5555SS5SSS&___
- n
- a
- MaSBana_
- ssssssEHBaaaaaaaagj
- §—SH—IM
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- S—Hamas sasaagassasas __ssbssbs— sas s sss ss s sas 53 3
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- saSaSsssa s
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- aawawwHi k nai
- 1866 1857 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874
- [Bulletin au comité des forges de France.)
- CONGRÈS AGRICOLE DE 1876.
- LE BANQUET DE LA SOCIÉTÉ DES AGRICULTEURS DE FRANCE.
- Le 16 mars dernier a eu lieu, au Grand-Hôtel, le banquet de la Société des agriculteurs de France, à l'occasion de la septième Session tenue à Paris par cette grande et
- utile Association.. J -j : : - ; i:) / ..... ; t
- Tome llf. -— 75* année. série. — Avril 1876. 26
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-
- 20^ CONGRÈS AGRICOLE DE 1876. — AVRIL 1876.
- Au dessert, plusieurs toasts ont été portés. C’est M. Lecouteux, secrétaire général de la Société des agriculteurs de France, qui a pris le premier la parole et a rappelé, dans des termes heureux, le rôle que M. Drouyn de Lhuys a joué, comme président de la Société, depuis sa fondation.
- M. Drouyn de Lhuys, se levant à son tour, a répondu :
- « Messieurs, je suis vraiment touché des paroles trop flatteuses que je viens d’entendre et de la manière favorable dont vous avez bien voulu les accueillir. Notre secrétaire général, il faut l’avouer, met à une cruelle épreuve mon humilité. Pour me dérober à l’embarras où me jettent ses bienveillantes hyperboles, permettez-moi de renvoyer vos hommages à l’ancien ministre, à l’illustre savant assis à ma droite, M. Dumas, qui a rendu à l’agriculture de si éminents services. Permettez-moi aussi de vous signaler le caractère affectueux des relations que nous entretenons au dehors et de vous proposer de boire aux membres étrangers de notre Association.
- « Le vaste empire de l’agriculture ne connaît pas de frontières. Son régime est la neutralité. Là, point de préjugés hostiles, de haines politiques, d’antagonismes nationaux. Là régnent partout les mêmes lois, celles que la divine Providence a imposées à la nature. Le même soleil qui fait mûrir toutes les moissons semble entretenir dans tous les cœurs une chaleureuse sympathie.
- « Nous en avons eu une preuve éclatante lorsque, 'au milieu de nos récents désastres, les sociétés rurales de presque toutes les nations tendirent une main secourable aux cultivateurs français. Je suis heureux de saisir cette occasion de leur en exprimer ici, une fois encore, notre durable et profonde reconnaissance.
- « Ce sentiment de fraternelle bienveillance, notre .Société en a recueilli de nombreux témoignages toutes les fois qu’elle a porté sur la terre étrangère son pacifique drapeau.
- « Buvons donc, Messieurs, à la cordiale entente des agriculteurs de tous les pays ! »
- Après M. Drouyn de Lhuys, M. Dumas s’est exprimé en ces termes :
- « Messieurs, je ne m’attendais pas à prendre la parole devant vous ; une obligeante provocation et l’accueil qu’elle à reçu de votre part m’amènent, cependant, à vous adresser à la fois mes remercîments personnels et ceux de l’Académie des sciences, à qui je reporte tout entière la faveur dont je suis l’objet.
- « On vous a parlé du phylloxéra ! Ce n’est pas la première fois que la pratique agricole et la science,se trouvent en présence de grands fléaux! La richesse tente les voleurs, et l’abondance attire les déprédateurs ; les belles cultures sont les plus exposées à voir les infinimént petits de la création s’abattre sur elles, s’y multiplier et les détruire par une action cachée et irrésistible. Mais l’homme est né pour la lutte ; il doit combattre ses ennemis partout et se défendre sur tous les terrains, en empruntant ses armes à la pratique, fille du
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- CONGRÈS AGRICOLE DE 1876. — AVRIL 1876. 208
- passé, et à la science, mère de l’avenir. C’est là son plus noble privilège.
- « Il y a quarante ans, lorsque la pyrale exerçait ses ravages dans le Méconnais et menaçait le reste de nos vignobles, après avoir déjà causé pour 50 millions de pertes, c’est l’académicien Victor Audouin et le vigneron Raclet qui ont donné les moyens de s’en débarrasser, l’un montrant le lieu et l’heure de l’attaque, l’autre le procédé.
- « Il y a vingt-cinq ans, l’oïdium parut, près de Paris, dans une serre qu’on ne voulut pas clore d’autorité et désinfecter par une fumigation énergique ; il en sortit et fit le tour de l’Europe. Nos vignobles auraient disparu sous ses coups meurtriers si un savant professeur de l’Institut agricole de Versailles, M. Duchartre, et un vigneron éminent, M. Henri Marès, élève de l’École centrale des arts et manufactures, ne nous avaient appris à le détruire, unissant encore une fois dans leurs efforts la science et la pratique.
- « Il y a quinze ans, la sériciculture voyait périr successivement toutes ses races indigènes de vers à soie, et ne trouvait qu’au Japon l’occasion précaire d’utiliser ses mûriers. C’est un savant, M. Pasteur, qui a découvert, dans la sélection, le moyen de conserver, de perfectionner mémo les anciennes et belles races acclimatées en Europe ; ce sont les grands éleveurs d’Italie et de Fra ce qui donnèrent la forme pratique à ses procédés.
- « A son tour, le phylloxéra menace tous nos vignobles et en a déjà ruiné beaucoup. Ne restons pas découragés; il s’agit aussi de sauver des races françaises, honneur de notre pays, richesse de notre commerce qu’on ne remplacerait pas. Comment improviser des crus centenaires, tels que ceux du Bordelais, de la Bourgogne, de la Champagne, des Charentes ? Ils sont le fruit d’un choix délicat de cépages et de leur appropriation lente au sol, au climat, aux procédés de vinification, au goût des consommateurs. Mais ce n’est pas en vain qu’on aura combattu à Montpellier, à Cognac, à Angoulême, à Libourne, à Paris ! Les vignes françaises ne périront pas; on connaît maintenant le lieu où il faut attaquer l’ennemi, l’époque et les moyens qui conviennent à sa destruction. La science a fait son œuvre, c’est à la pratique à la compléter. Mais il faut du temps; en agriculture, le temps est toujours nécessaire. Il faut du travail ; Dieu n’aide guère ceux qui ne s’aident pas. Aujourd’hui cependant, l’état de la question, l’émotion efficace de grands et intelligents intérêts permettent de dire que d’ici à deux ans, la pratique et la science s’entr’aidant, on saura partout que le phylloxéra peut être détruit, et on a le droit d’ajouter que partout on aura dans les mains les moyens de le détruire.
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- EXPOSITION DE VIENNE. — AVRIL 1876.
- « Puissent donc s’accomplir les vœux que je forme du plus profond de mon cœur pour le maintien de cette union féconde de la pratique et de la science dont vous donnez, Messieurs, le plus éclatant témoignage et dont votre con seil est la plus haute expression !»
- EXPOSITION DE VIENNE.
- L’ALGÉRIE a l’exposition UNIVERSELLE DE VIENNE EN 1873, PAR M. A. FOMEL (1).
- Autres produits d’origine animale.
- Les miels et cires de l’Algérie n’ont rien perdu des bonnes qualités qui ont fait leur réputation, si l’on en juge sur le petit nombre d’échantillons qu’on avait envoyés de chaque département. Il y avait surtout de magnifiques cires blanches d’une transparence parfaite. De tout temps l’Algérie, et surtout la Kabylie ont exporté beaucoup de cire; en 1872, cette exportation a atteint le chiffre de 112 619 kilog., estimés par la douane 245238 fr. Notre département y entre pour 38 597 kilog., c’est-à-dire pour un peu plus du tiers. C’est une industrie presque entièrement entre les mains des indigènes, qui sont loin d’en tirer tout le parti possible. Les quelques Européens qui s’y livrent le font avec plus de succès, soit pour la quantité, soit pour la qualité des produits.
- Le corail a été, presque de tout temps, tiré en majeure partie de la côte barbaresque, et sa pêche était un privilège français exploité par la Société du Bastion de France; ses produits alimentaient à Marseille une industrie florissante, qui avait pour objet leur mise en œuvre. Aujourd’hui cette industrie est morte à Marseille et s’est transportée en Italie. Le corail était représenté à Vienne par quelques beaux buissons tirés de l’Exposition permanente de Paris; car les envois directs de corail brut ont été presque nuis. Au contraire, MM. Raval, père et fils, de la Calle, avaient exposé une série d’objets de bijouterie en corail, témoignant des efforts faits par ces fabricants pour ramener à la France et au pays de production du précieux polypier, une industrie qui ne peut que laisser des bénéfices. Leurs bijoux, agencés avec goût, attiraient les regards; mais, comme dans les autres compartiments analogues de l’Exposition, le gardien des vitrines ne recevait que de trop rares demandes d’achat. Ce n’est pas en Autriche, d’ailleurs, que paraît devoir se faire l’écoulement de ces produits.
- En 1872, l’exportation du corail algérien a été de 32 049 kilog., estimés par la douane à une valeur de 352 539 fr., qui me paraît de beaucoup inférieure à la réalité; à ce chiffre, en effet, cela ne ferait qu’un peu plus de 10 fr. le kilog., tandis que la valeur moyenne en est au moins de 60 fr.; celle de l’exportation totale pour 1872 attein-
- (1) Voy. cahier de janvier 1876, p. 60.
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- drait donc environ 2 000 000 de francs. L’exportation du département d’Oran pour la même année n’atteint que 1026 kilog. ; mais il y a certainement là matière à alimenter une fabrication de bijouterie analogue à celle de la Calle. La pêche du corail a employé, en 1872,131 bateaux, dont 82 français et 49 italiens; c’est une diminution considérable sur l’année précédente qui comptait 162 français et 58 étrangers, et cependant le produit a dépassé de près de 1000 kilos celui de l’année précédente.
- Il y avait là une énigme dont la solution consiste simplement dans l’emploi du scaphandre sur la côte de Constantine, où l’Administration devra surveiller, par conséquent, la conservation des peuplements, que ce système de pêche compromettrait certainement, s’il n’était point réglementé. Il faut observer, en terminant, que les pêcheurs de corail au titre français sont tous simplement des étrangers qui se sont fait nationaliser pour n’avoir point à payer les droits de pêche de 800 fr. ou de 400 fr., suivant que la barque est ou non propriété française ; les droits perçus à Oran en 1872 n’ont été que de 2 400 fr. La pêcherie de poissons pour exportation de salaisons semble avoir détourné un certain nombre de pêcheurs de corail, dont le métier est extrêment rude. -
- La Tunisie avait exposé à Vienne quelques éponges mal préparées et mal choisies, dè la qualité dite éponge de cheval, dont elle fait un commerce dont l’importance ne m’est pas connue. Cette pêche se fait au grappin par des Idriotes, à des profondeurs de 6 à 15 mètres, dans le golfe de Gabes. C’est l’éponge commune qui abonde .en ces parages; mais on y trouve également des éponges fines et fermes. Ces mêmes espèces vivent tout le long de la côte algérienne, et les grosses mers en rejettent souvent sur les rivages. Il est à présumer que des recherches attentives feraient découvrir dans nos golfes quelques gisements exploitables. La plus grande quantité des bonnes éponges du commerce est fournie par la Méditerranée et surtout par le Levant, où cette exploitation est presque entièrement faite par des pêcheurs grecs; il ne serait donc pas impossible d’introduire cette industrie sur nos côtes.
- „ Matières alimentaires d'origine animale.
- Ce sont les statistiques seules de la douane qui nous ont révélé toute l'importance du commerce des salaisons de poissons de mer, créé depuis quelques années seulement en Algérie ; rien, à l’Exposition de Vienne, ne pouvait appeler l’attention sur cet objet. Dans les derniers jours seulement, j’ai vu arriver des échantillons de sardines en saumure, expédiés par la Société d’agriculture d’Alger, je crois. Les salaisons de sardines se font tout le long de la côte sur une grande échelle, et on y prépare également des conserves à l’huile de ces mêmes poissons, qui vont incognito sur les marchés de France, en passant par Nantes. J’ai regretté de ne point trouver à Vienne un échantillon de cette sorte de produits, et Oran aurait pu y tenir une fort belle place. C’eût été une occasion heureuse de faire apprécier toute l’excellence de nos sels et de nos huiles, qui trouveront dans cette nouvelle industrie un débouché dont l’importance ne peut
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- que grandir. Il ne faut pas oublier que le poisson fournit des ressources considérables pour l’alimentation des populations, èt que les pêches méritent à cet égard tous les encouragements de l’Administration et l’attention des économistes. ’’
- Pendant l’année 1872, l’Algérie a exporté 3 314 465 kilog. de poissons de mer, secs, salés ou fumés, représentant une valeur officielle de 662 893 fr. Le départemënt d’Oran y a contribué pour 924 279 kilog., et pendant le premier seméstre de 1873 il a exporté 606 915 kilog. de cette même denrée, en augmentation sur la même période de l’année ' précédente de 155 525 kilog.
- L’Algérie n’envoie pas seulement du poisson salé et en conserve à la France, elle lui fournit aussi une quantité considérable de viande fraîche, dont le transport sur Marseille alimente presque à lui seul certains services de transport à vapeur. L’exportation pour 1872 est donnée par les chiffres suivants, relevés par la douane :
- Bœufs. ...... 18 952 têtes, d’une valeur officielle de. . . 3 745 060 fr.
- Bêtes à laine. .. 655 642 11145914 fr.
- Les chiffres afférents au département d’Oran pour la même période sont : bêtes à cornes 2 925 -r-bêtes à laine 64 191 têtes. Pour le premier semestre de 1873, nous trouvons 1265 bœufs ; 36 477 moutons, et il faut y ajouter 2 859 porcs. Il y a une in-» fériorité très-marquée pour notre département ; mais elle est certainement moins grande qu’elle ne le paraît ; car un de nos marchés, l’un des plus importants des hauts, plateaux, celui de Tiaret, fournit un chiffre considérable de têtes de moutons à l’exportation du département d’Alger, et cela par la route de Teniet-el-Had et Milianah.
- J’ai dit plus haut combien les ressources de cette nature pourraient être augmentées à l’aide de travaux qu’on ne saurait trop multiplier, dès que l’expérience aura permis de faire un choix des moyens les plus appropriés à la région des steppes, pour aménager les eaux de toute nature et de toute origine; c’est certainement, d’abord, une des conditions essentielles de l’amélioration de la race ; car la soif est une des plus grandes misères estivales des régions pastorales du sud ; c’est ensuite le seul moyen d’utiliser de vastes pâturages improductifs et d’augmenter, dans de larges proportions, la production de cette viande savoureuse des pays salés, qui fait le plus grand mérite de nos races aborigènes*.
- Indépendamment de l’exportation, il se fait dans nos pays une grande consommation de viande : on peut s’en faire une idée par le commerce que fait la colonie des produits des animaux abattus. Yoici les chiffres de la douane pour 1872 : .
- Peaux brutes de toute sorte.
- 1 790 581 kilog. valant 4192 562 fr.
- Os, sabots et cornes de bétail.
- 1 528 168 kilog. valant 163 308 fr.
- Graisses !(suif brut}. .
- \ 232 753 kilog. valant 128 014 fr.
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- PROCÈS-VERBAUX. -- AVRIL 1876.
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- On a pour Oran : cuirs, 486715 kilog. — os et cornes, 435 831 kilog. — graisses, 76 537 kilog., et encore faut-il tenir compte que beaucoup de graisses sont converties sur place en stéarine dont un échantillon algérien figurait à l’Exposition de Vienne, et que l’indüstrie des cuirs est assez répandue dans la colonie pour y en préparer une notable quantité, sans compter la production indigène, qui ne manque pas non plus d’importance. Quelques beau^ échantillons de cuirs ont été exposés h Vienne et indiquent que la colonie n’a rien à envier à la métropole pour la variété et la qualité des produits de cette sorte. La maroquinerie indigène y était aussi représentée très-convenablement par des échantillons aux couleurs vives.
- Les recensements de 1873 pour la perception de l’impôt Zekkat ont donné les chiffres suivants, qui sont incontestablement des minima : chameaux (dromadaires), 60592 — bœufs, 209 497 — moutons, 2805473 — chèvres, 1 113 394. L’élément à multiplier sur les hauts plateaux et au Sahara est le mouton, qui compte pour ces régions environ dans la proportion de 800 000, mais est certainement trop faible et que l’on pourrait, du reste, facilement tripler, quadrupler même par les moyens indiqués précédemment. (A suivre.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. ,
- Nouveau produit formé de coton-poudre et de camphre- —On fabrique, à Newark (New-Jersey), un nouveau et curieux produit, dont la préparation vient de donner lieu à une explosion rapportée par les journaux de New-York. Ce produit, connu en Amérique sous le nom de celluloïd, est formé d’un mélange de coton-poudre et de camphre qui, lorsqu’il est comprimé et séché, constitue une matière dure, élastique et ayant, lorsqu’elle est polie, l’aspect complet de l’ivoire. Ce nouveau produit est excessivement inflammable et brûle plus rapidement, et avec plus de flamme, que la cire à cacheter. On a essayé, avec quelque succès, d’en faire des bijoux; mais il est facile de comprendre combien l’usage en est dangereux.
- [Journal ôf the Society of arts.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 14 janvier 1876.
- Présidence de M. Troost, membre du comité des arts chimiques.
- Correspondance. — M. de Gaulne (A.), ingénieur, à Bordeaux ; bouton de sonnette électrique disposé de manière à former un avertisseur qui signale l’élévation de
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- la température au-dessus d’un degré déterminé* et par conséquent qui puisse avertir en cas d’incendie. (Arts économiques.) 7.'.'\.r.-
- M. Grappe (Justin), ouvrier, à Lyon, rue de Monsieur, 27 ; machine à tailler les râpes., (Arts mécaniques.) , , ( ,
- M. Sabatéi}.), au château de Cadarsac, par Libourne (Gironde), annonce l’essai très-satisfaisant qu’il a fait du gant à mailles d’acier présenté par lui à la Société d’encouragement dans la séance du 24 décembre dernier, et qui a pour but d’enlever l’écorce brute des ceps de vigne sans attaquer lia peau, afin d’arriver à détruire l’œuf d’hiver du phylloxéra. (Comité de l’agriculture.) ,
- M. Lionnet (F.), boulevard Pereire, 195, Paris ; Mémoire sur un procédé général d’épuration des sucs végétaux appliqué à l’extraction du sucre cristallisable. (Arts chimiques.) '. . , , 1 ' |
- M. le Ministre de Vagriculture et du commerce envoie à la Société deux exemplaires des nos 4 et 6 du Catalogue des brevets d’invention pris en 1875.
- . M. Levasseur (E.), membre de l’Institut, envoie une carte comparative del’instruc-tion primaire en Europe et dans quelques autres contrées.
- M. de Malarce, secrétaire perpétuel de la Société des institutions de prévoyance, envoie un exemplaire de sa Notice historique et Manuel des caisses d’épargne scolaires en France, dans laquelle il montre les bienfaits que cette institution, encore peu répandue en France, a déjà produits dans les localités où elle a été organisée.
- Mieux vaut mille fois agir que parler. Mémoire pour le concours ouvert pour le perfectionnement de la machine à vapeur. (Arts mécaniques.) . . .
- Aux grandes découvertes, imprimerie, vapeur, électricité, Mémoire pour le même concours. (Arts mécaniques.) ; ^ i n 4 , i
- La force de l’homme et la durée de sa vie, etc., Mémoire pour le même concours. (Arts mécaniques.) ....... r .. s:
- La santé, l’élévation de l’âme, etc., Mémoire pour le même concours. (Arts mécaniques.) . . - ... , , t ,
- M. Sebillot (A.), avenue de Paris (par la Chapelle), 104, à Saint-Denis (Seine) ; Note pour poser sa candidature au prix proposé pour la création d’une usine .métallurgique en France, faisant le traitement complet des minerais de nickel. (Arts chimiques.)
- M. Perrin-Gabet, cultivateur, à Saint-Vit (Doubs) ; Mémoire pour le concours sur la dessiccation rapide des bois. (Arts économiques.) , .. » 4 , %
- M. Faessler (J. U.), ancien négociant, rue Saint-Marcel, 19, à Lyon, envoie deux Mémoires. Le premier, relatif au concours ouvert pour la dessiccation rapide des bois, est renvoyé à l’examen du comité des arts économiques ; le deuxième, relatif à la mise en valeur des terrains en pente, est renvoyé au comité de l’agriculture. „ ? . ,
- , M. Goetz présente, pour les concours ouverts par le, comité de l’agriculture, un volume i.n-8 intitulé : Nouvelle méthode de culture, et quatre br<^hgreS|relatives au même sujet. (Agriculture.)
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- AVRIL 1876.
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- M. Millat, ingénieur civil, à Lyon, quai de Vaise, 2, présente, pour les mêmes concours, un Mémoire où il traite : 1° de la mise en valeur des terrains en pente ; 2° des irrigations ; 3° des dessèchements et des endiguements. (Agriculture.)
- Ne passons pas sur terre sans faire quelque chose utile, Mémoire pour le concours sur les endiguements et dessèchements. (Agriculture.)
- La Compagnie des polders de l'Ouest présente, pour le même concours, un Mémoire sur les travaux qu’elle a exécutés. (Agriculture.)
- M. Perrin-Gabet (Th.), agriculteur, à Saint-Vit (Doubs), Mémoire pour le concours sur la mise en valeur des terrains en pente. (Agriculture.)
- M. Bogaerts, directeur de la basse-cour de Don (Nord) ; Mémoire pour le concours relatif aux dessèchements. (Agriculture.)
- M. Duchesne-Thoureau (J.), de Ghâtillon-sur-Seine (Côte-d’Or) ; Mémoire pour le concours relatif à la mise en valeur des terrains en pente. (Agriculture.)
- M. Vallet (Ad.), rue des Bosquets, 10, à Lunéville (Meurthe-et-Moselle) ; Mémoire pour le concours relatif à la réduction des frais de récolte. (Agriculture.)
- L'avenir nous réserve d’autres surprises, Mémoire pour le concours du labourage à la vapeur. (Agriculture.)
- Améliorer et cultiver le sol, c’est rendre service à la patrie, Mémoire pour le concours du labourage à la vapeur. (Agriculture.)
- La science fera le bonheur de l’humanité, légende et photographie d’une moissonneuse-faucheuse à vis sans fin, à toile sans fin et à disques. (Agriculture.)
- M. Lacour, rue Grange-Batelière, 1 ; nouveau système de chauffage, par la pulvérisation préalable du combustible, qui utilise beaucoup mieux la chaleur que les procédés ordinairement employés. (Arts économiques.)
- M. Bucastel (Paul), ingénieur, boulevard Voltaire, lk ; grille fumivore économique à mouvement rectiligne. La grille unique des foyers est remplacée par une série de grilles séparées portées par des wagonnets, de manière que le combustible soit chargé régulièrement en avant et en dehors du fourneau ; une fois allumé, il est brûlé tranquillement incandescent sur les grilles. Ces grilles peuvent avoir un allongement indéfini, et la fumée est nécessairement brûlée sur les dernières parties incandescentes du fourneau. (Arts économiques.)
- M. Cernuschi (Henri) ; brochure sur la monnaie bimétallique. Il désigne par ce mot l’emploi simultané des deux métaux argent et or pour remplir l’office de monnaie, avec le rapport fixe de 15 1/2 pour le poids correspondant à une même valeur.
- Il montre que la refonte des monnaies d’Allemagne avec un seul métal, l’or, pour base, donnera lieu à des difficultés graves ; que la force des choses a obligé le gouvernement allemand à adopter un tempérament qui le met, en fait, très-près de faire usage du système bimétallique, et il s’attache à montrer que l’adoption pure et simple de ce système entre des nations qui possèdent déjà de grandes masses d’argent mon-Tome 111. — 75* année. 3* série. — Avril 1876. 27
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- nayé et qui emploient nécessairement l’argent pour leur commerce avec l’Inde ne peut avoir que de très-grands avantages. (Comité du commerce.) -s _
- Parmi les pièces imprimées de la correspondance*l^àqUlagesignale plus particulièrement les suivantes : ’ y; -
- Expériences de la Société d’agriculture de Melun sur la culture des betteraves $ Projet de statuts pour former une société d’encouragement, pour le développement
- de l’instruction primaire communale en France ; .........i
- Bulletin et brochures par l’Union des fabricants pour la protection internationale des marques de fabrique, présentés par M. Théodore Boninais, agent général de cette association, qui désire faire à la Société d’encouragement une communication sur les moyens qu’elle emploie et les résultats qu’elle a déjà obtenus ; ; ÿ horpm Recherches sur la navigation aérienne, par M. A. Duroy de Bruignac, ingénieur, à Versailles ; j .
- Rapports sur les sondages exécutés dans le Pas-de-Calais en 1875 pour le chemin de fer sous-marin projeté entre la France et l’Angleterre. - -t : ; -
- Correspondants. —M. le Président dorme communication au Conseil des lettres qu’il a reçues de MM. Fehling, Spottiswood, Édouard Gandel Quillacq, qui remercient de leur nomination au titre de correspondants de.la Société, .
- Rapports des comités. — Pantographe. — M. Salvetat, au nom de.,la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie, donne lecture d’un, .rapport sur le pantographe circulaire deM. Guérin, qui permet de réduire ou d’augmenter dans toutes les proportions toute espèce de dessin. { ï ;.r - jU
- La commission propose de remercier M. Guérin de sa communication et d’insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu. Les. conclusions de ce.rapport, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil. (Voy* çahier de mars 1876, p.: 105.) -vv Gélatine, lavage des rognures de peaux* — ù\. Alcan présenté,,au: nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur l’appareil inventé, par M. iiqî/^.fabricanl de gélatine, à Givet, pour nettoyer les rognures de peaux-destinées à la fabrication de la colle. Le comité des arts mécaniques propose de remercier M. Baux de son intéressante communication, et d’insérer au Bulletmde rapport auquel elle a donné lieu, avec les dessins de son appareil. ^ , q , :i, f <pf , A ,*
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Graissage des machines. —-M. Pihet présente, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur la burette-lampe de M. Girouard, qui sert à faciliter le travail de l’ouvrier chargé de graisser les rouages des machines.
- Le comité des arts mécaniques propose de remercier M. ’GirèuaYd deisà' communication et d’insérer le rapport au Bulletin. (Voy. cahier de mâts 1876,'p.'108.)
- Ces conclusions, misés aux voix, sont approuvées" par lé Conseil.5 s:
- Communications. — Cidtures horticoles. — M. Beuzét membre dd comité de l’agri-
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- culture, donne lecture à la Société de ses recherches sur les cultures légumières de Paris. (Voy. cahier de mars 1876, p. 109.) ' ^
- - Télémétrie. — M. Gaumet, officier d’infanterie, expose devant la Société les résultats qu’il a obtenus dans ses recherches pour trouver des moyens simples de mesurer rapidement les distances inaccessibles.; • . ^ J
- : C’est toujours en mesurant l’angle que les rayons visuels, dirigés des deux extrémités d’une base sur un point éloigné, font avec cette base qu’on détermine l’angle compris entre ces deux rayons ou la parallaxe du point éloigné par rapporté la base, et on en déduit, soit par une table, soit par un calcul, la distance de ce point.
- : Si on se sert d’une équerre à réflexion ordinaire, la déviation de l’un des rayons visuels par rapport à l’autre peut être mesurée parla lecture, sur une mire perpendiculaire à la base, de la tangente de l’angle que la perpendiculaire à ce rayon fait avec la base, et alors une simple proportion suffit pour donner la mesure de la distance cherchée. Cette lecture est plus précise si elle est faite au moyen d’une lunette convenablement réglée. ,-jr:3iïiÿiUL ' > ::, ^ :
- On peut aussi mesurer l’angle de déviation par une vis micrométrique qui, agissant sur l’un des miroirs d’une équerre à réflexion dont les miroirs forment un angle de 45°, altérera momentanément l’angle droit de cette équerre pour le réduire à celui que le rayon visuel fait avec la basé. Une petite table indiquera avec précision l’angle correspondant à la lecture qui aura été faite sur la tête de la vis micrométrique. J M- Gaumet a fait exécuter plusieurs variations de ces instruments, soit avec une seule lunette, soit avec deux lunettes à angle droit, soit avec un miroir à 45° et vis micrométrique placés à l’extrémité d’une lunette de Galilée ordinaire. a fait un grand nombre d’expériences, et il s’est assuré qu’en prenant pour base la longueur du couronnement de l’are de triomphe de l’Étoile, on peut estimer ainsi, en quelques minutes, la distance des principaux édifices de Paris, sans commettre d’erreur supérieure à 2 pour 100 de la distance mesurée. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- Nomination de membres, — Sont nommés membres de la Société par un vote du Conseil i-; ! ?/ ' ' • '
- MM. Charles Ségoffin, ancien industriel, à Courbevoie ;
- Félix Gaillard, pharmacien, à Paris, * .
- , Séance du tS janvier 1876.
- Présidence d^M. Dumas, Président.
- Correspondances ;—M. Gagnage, avenue de Neuilly, 171, à Paris, propose la fondation d’une compagnie dite Compagnie transcontinentale Franco-Africaine, ayant pour but l’exploitation de toutes les richesses que le territoire algérien peut donner à peu de frais. (Comité du commerce.)
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- Mel,e Birschfeld (Jeannette), à Bonn sur le Rhin, demande à communiquer au Président de la commission du phylloxéra le fruit de ses recherches pour arriver à la destruction de cet insecte. (Agriculture.) ^ ^
- M. Thomassin (Ch.), à Corpus-Christi, Texas (U. S.), et chez son père, ancien négociant, à Nancy, faubourg Saint-Pierre, 34, demande un procédé pour faire sécher rapidement la colle forte et la gélatine dans un Climat très-humide comme celui qu’il habite. (Arts chimiques.) - ^ A ^ j v , l'n-
- M. Boblique (L.), hôtel de Dunkerque, rue des Trois-Têtes, à Bruxelles (Belgique), signale les résultats qu’il a obtenus pour la clarification des eaux d’égouts par l’emploi de son phosphate de soude ferrugineux avec un sel soluble de magnésie. Des eaux qui contenaient par mètre cube 38 grammes d’ammoniaque sont devenues complètement incolores, inodores et insipides, et, après la précipitation, ne contiennent plus que 1 gramme d’ammoniaque. Ce procédé paraît, dit-il, être le plus parfait de tous ceux qui ont été proposés. (Arts chimiques.) ’ Kj!l^ ^-
- M. Lombardon (Pascal), hôtel de Paris, rue d’Argout, 26, à Paris ; procédé de saponification qui évite la production d’un résidu que les savonniers appellent sous-savon ou gras de savon, qui cause une perte fâcheuse ef qui est, dit-il, un composé de glycérine et d’éthal. (Arts chimiques.) î> . , ; .V.
- M. Bouyn (Edouard de), à Marseille; deux Mémoires manuscrits. Le premier expose l’invention d’un procédé pour former des convois qui puissent transporter un poids indivisible très-considérable. Le deuxième est un extrait d’un Mémoire imprimé, le 1er août 1875, à Marseille, et qui expose l’invention des convois de voitures et des convois cuirassés roulant sur des rails mobiles tournants^ afin de pouvoir parcourir toutes les routes, les champs, les landes et même les déserts. (Arts mécaniques.)
- M. Ravenac (H.), peintre en bâtiment, rue Saint-Dominique, 233, à Paris, rappelle son procédé pour le calfeutrage des portes et fenêtres qu’il avait proposé avant 1870, mais sur lequel il n’a pas été fait de rapport. (Arts économiques.) J > -
- M. Guimet, correspondant de la Société, à Fleurieux-sur-Saône, par Fontaine (Rhône), adresse à la Société un projet dressé par M. Castanier (J.), ingénieur-constructeur, vice-président du Conseil général du département du Rhnne\ pour la construction d’un tunnel transmarin réalisant la traversée de la Manche et d’autres détroits ou bras de mer. Ce projet est exposé dans une brochure grand in-8°. Dunod, éditeur.
- M. Colladon (D.), correspondant de la Société, à Genève, envoie une Note imprimée sur les travaux mécaniques pour le percement du tunnel du Gothârd, lue à la Société helvétique des sciences naturelles. Cette brochure est accompagnée d’une belle planche photographiée représentant les compresseurs employés au percement du mont Ceniset à ceux du Gothard. ? : - ; :
- M. le comte du Moncel, membre du Conseil, présente, au nom de M. de Lagué-renne, un nouveau mésanisme électro-mécanique pour faire marcher, par l’électricité, .les aiguilles et la sonnerie d’une horloge, conformément à une 'bonne pendule bien
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- réglée, sans employer de poids et de moteur pour la minuterie, qui est actionnée par des électro-aimants. •— Cet appareil, qui résout, par des moyens d’une simplicité remarquable, le problème dont M. Fournier, de la Nouvelle-Orléans, avait donné une très-belle solution mécanique (1), est une des applications de l’électricité les plus dignes d’attention. (Comité des arts économiques.) v
- Emploi des eaux d’égout. — M. le Président porte à la connaissance du Conseil une lettre que lui a écrite M. Durand-Claye (Alfred), ingénieur des ponts et chaussées, à Paris, attaché au service de l’utilisation des eaux d’égout, au sujet des réserves qui ont été faites, dans une séance précédente, sur les conséquences des travaux exécutés, dans la plaine de Gennevilliers, pour cette utilisation. Les avantages résultant de ces travaux seraient, dit-on, contestés par une partie des intéressés.
- M. Durand-Claye (Alfred)dit que ces réserves, qui ne sont qu’indiquées au procès-verbal de la séance et qui n’ont pas été l’objet d’une discussion, paraissent provenir des plaintes de quelques habitants de Gennevilliers, qui ont prétendu : 1° que les irrigations auraient relevé la nappe des eaux souterraines d’une manière nuisible pour ces habitants; 2° qu’elles auraient causé une épidémie de fièvres intermittentes. 11 réfute ces deux objections en montrant :
- D’une part, dans un constat par ministère d’huissier, accompagné des courbes de hauteur, que les variations du niveau de la nappe souterraine sont intimement liées à celles du niveau de la Seine, puisque ces deux niveaux s’élèvent et s’abaissent en même temps, et qu’elles sont en contradiction avec les quantités d’eau vèrsées par l’arrosage, puisque la plus grande élévation de la nappe souterraine est en janvier et février, pendant que l’arrosage est à peu près nul, tandis que la plus petite élévation de cette nappe est en août, époque où l’arrosage est au maximum.
- D’autre part, dans un rapport à la suite d’une enquête faite par M. le docteur Ber-geron, qu’il y a eu très-peu de fièvres à Gennevilliers pendant les trois années dernières 5 que les habitants qui les ont subies demeurent tous loin des arrosages, près d’une mare, tandis que la population du village placé au milieu des terrains arrosés en a été exempte. \ u
- M. le Président ajoute quelques observations à la présentation de ces documents. Il présidait le Conseil municipal en 1867, à l’époque où les projets pour l’emploi des eaux d’égout ont été adoptés. Ces projets s’appuyaient sur un essai comparatif par lequel on a commencé, entre les divers systèmes à adopter. L’expérience a bientôt montré que l’emploi direct de ces eaux en irrigation était préférable à la clarification chimique et pouvait seul être appliqué aux eaux d’une grande ville comme Paris. Le projet primitif comprenait un système étendu de travaux. Les eaux devaient être conduites et élevées sur une colline en sable, près de Méry-sur-Oise, qui constituait un filtre d’une puissance considérable, devant suffire, pendant un temps indéfini, à tous
- (1) Voy. Bulletin de 1870, 2e série, t. XVII, p. 9.,
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- les besoins de clarification. Les travaux ont été commencés dans cette direction ; mais, dès l’abord, on a trouvé, à Gennevilliers, un sable très-perméable qui remplissait complètement le but qu’on se proposait, et on s’est arrêté provisoirement à en tirer parti. Cela suffit, en effet, tant qu’on n’aura pas fait les travaux nécessaires, pour évacuer jusque-là toutes les eaux d’égout et pour tirer parti des eaux-vannes de Bondy, bien autrement nuisibles et incommodes.
- Quand on aura donné à la plaine de Gennevilliers toute l’irrigation qu’elle comporte, il faudra donc reprendre la continuation du projet primitif, suivant le vœu de ceux qui veulent voir compléter d’une manière large et satisfaisante ces utiles travaux. Cependant, les pièces produites à l’appui de la lettre de M. Durand-Claye (Alfred) montrent qu’il n’y a, en ce moment, aucun fondement aux plaintes qu’ont fait entendre quelques intéressés.
- Cet emploi des eaux de déjection des grands centres de population n’était pas facultatif pour la ville de Paris ; il était commandé par tous les principes de l’hygiène et par ceux d’une bonne administration. En Angleterre, il a été prescrit par la loi et, dans une position analogue, la ville de Paris aurait été contrainte par les tribunaux à faire ce qu’elle a entrepris spontanément. La loi défend, en effet, chez nos voisins, de rien jeter dans les cours d’eau qui puisse en altérer la pureté. Cette exigence absolue, qui prend plus d’importance à cause de la faible pente des rivières, a obligé les Anglais à faire de grands études sur ce sujet. Les clarifications chimiques de toutes les formes, et entre autres celle par la chaux, ont été essayées sur une grande échelle et n’ont donné aucun bon résultat, et l’irrigation des terres cultivées, opérée dans des conditions convenables, paraît avoir partout une juste préférence.
- La faible pente des rivières se retrouve avec une grande accumulation de population, sur la Seine à Paris et à Elbeuf, sur la Saône et en d’autres lieux semblables, et là, tout le cortège des inconvénients qui en résultent se développe, comme en Angleterre, de manière à rendre impérieuse la nécessité d’un moyen certain et largement efficace pour se débarrasser de ces eaux. C’est ce que le Conseil municipal de Paris a voulu faire par les décisions qu’il a prises il y a près de dix ans, et tout annonce que ses efforts seront couronnés par un succès complet.
- M. le Président charge le comité de l’agriculture de prendre connaissance delà lettre et des documents envoyés par M. Durand-Claye (Alfred) et d’étudier cette affaire avec tous les détails qu’elle comporte,
- M. Cloez dit que le compte rendu de la séance précédente du Conseil a mal exprimé l’observation qu’il avait faite. Il est très-partisan de l’irrigation comme moyen de purifier les eaux d’égout, et il a contribué à la faire adopter dans une sucrerie II est donc très-loin de vouloir contester un principe qu’il regarde comme très-utile. Il est convaincu qu’on en tirera un grand parti, quand il pourra être appliqué avec toutes, les conditions qui sont nécessaires pour assurer la réussite d*une entreprise de ce genre. ,
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- PROCÈS-VÈABAliX. --- AVRIL 1876.
- Correspondants.—M. le Président fait donner lecture au Conseil des lettres de remercîments qui lui Ont été adressées par les correspondants suivants nouvellement élus :;i ' ; - ! ' ''' : ’* • "
- M. Colladon (Daniel), professeur à Genève, correspondant pour les arts mécaniques'; ' ;i' , \
- M. Bésobrasoff {W.), membre de l’Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, correspondant pour le comité du commerce ;
- M. de Candolle (Àlph.), professeur à Genève, correspondant pour le comité d’agriculture. * ...
- En écrivant à M. le Président, M. de Candolle rappelle que son père et M. Dekssert (Benjamin) sont les premiers rédacteurs des statuts de la Société, lorsqu’elle fut fondée
- en 1801.
- Membres perpétuels et a vie. — M* le Président présente au Conseil la lettre par laquelle M. Baux, manufacturier à Givet, et l’un des anciens membres de la Société d’ëncoüragement, demande à être inscrit parmi les membres perpétuels-donateurs. ' ' ;i :Vvr
- Il présente aussi la demande, pour être inscrit parmi les membres à vie, qui a été formée par M. Huet,ingénieur en chef des ponts et chaussées, à Paris, et gendre du très-regretté M. Miehal, membre dela commission des fonds.
- Le Conseil, consulté, décide que cette double inscription sera faite sous les conditions prescrites par les nouveaux statuts de la Société.
- Rapport des comités. — Sucreries, épuration des jus. — M. Lamy lit, au nom du comité des arts chimiques, un Mémoire sur les procédés d’épuration des jus sucrés, propose par M. Marot, qui désire avoir l’avis de la Société avant d’en faire une application en grand.
- Cette méthode, que M. Lamy décrit, est fondée sur l’idée que ce ne sont pas les sels minéraux proprement dits qui s’opposent à la fabrication du sucre, mais bien tous les sels à base minérale formés par les acides organiques joints aux corps neutres non salifiés. Le comité ne peut pas admettre ce principe, qui serait en contradiction avec l’influence fâcheuse bien constatée des nitrates de soude et de potasse, avec la cristallisation du sucre provenant dès mélasses traitées par l’osmose et, d’ailleurs, avec d’autres faits bien constatés. Le rapporteur signale des remarques intéressantes, faites par M. Marot, sur la nature des matières organiques laissées par une défécation défectueuse. Elles l’ont conduit, dit-il, à abandonner l’emploi des sels de chaux et de baryte pouf faire une défécation au minimum de chaux, 1/3 pour 100, suivie, après refroidissement modéré et clarification, d'une addition de chaux en partie carbonatée, avec ébullition prolongée jusqu?à la réduction d’un cinquième dans le volume. Cette ébullition a pour objet de décomposer les produits azotés et de faire dégager l’ammoniaque qui résulte de cette décomposition.
- Ces diverses opérations atteindront-elles réellement le but qu’on se propose? Des
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- sels de chaux solubles comme les lactates doivent rester après la défécation, et rien ne prouve que l’azote soit éliminé en entier par Tébullition. Les composés divers résultant de l’ébullition avec excès de chaux sont-ils complètement absorbés parla filtration sur le noir? Des analyses complètes et comparatives des jus traités et des masses cuites sont le seul moyen de juger de leur rendement et de décider si la méthode proposée doit être préférée au procédé ordinaire de fabrication. Les expériences intéressantes, rapportées dans le Mémoire , qui paraissent donner des résultats satisfaisants, ne doivent être regardées, jusqu’à cette épreuve, que comme des essais de laboratoire.
- Échafaudages. — M. Paliard lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur les échafaudages volants de M. Basile, peintre en bâtiment.
- Le comité des arts économiques propose de remercier M. Basile de sa communication et de décider que le rapport auquel elle a donné lieu soit inséré au Bulletin avec le dessin de l’échafaudage.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Communications. — Sucreries ; betteraves. — M. Lamy présente à la Société quelques considérations générales sur l’état actuel de la sucrerie indigène et sur la crise qu’elle traverse en ce moment. (Voy. plus haut, p. 184.)
- M. le comte de Mony-Colchen dit qu’on s’est déjà vivement préoccupé d’améliorer la betterave. Dans plusieurs sucreries, les sucriers fournissent la graine aux cultivateurs et ne prennent que les betteraves ainsi produites. Ils précisent la manière serrée dont elles doivent être semées pour diminuer le volume.
- M. Cloez parle de l’influence des engrais sur cette exagération du poids de la betterave et de la nature de ceux qui doivent être écartés.
- M. le Président fait remarquer une coïncidence singulière : cette année a été remarquable à la fois par l’abaissement du titre des betteraves et par la faiblesse en sucre de la production de la vigne, qui a donné du vin d’une faiblesse exceptionnelle en alcool, tellement que certains propriétaires ont laissé la récolte sur pied sans la recueillir, pensant qu’elle ne valait pas les frais de ramassage.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société, le premier par suite de son titre de correspondant, et le deuxième par suite de la notoriété de la Société qu’il représente :
- MM. Poure, manufacturier, à Boulogne-sur-Mer ; le Président de la Société industrielle de Fiers.
- Sont également nommés membres de la Société :
- MM. Attias, négociant, à Paris ;
- Landry (P.), architecte, peintre-professeur, à Paris ;
- Jégers (L. L.), ingénieur des mines, au Chili.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE Mm'> Ve BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5. — 1876.
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- îft" année.
- Jflai 1896,
- Troisième série, tome III.
- BULLETIN
- ?.. , ,;ï. v ? f ,. .. ' DE
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- DECRET DU PRÉSIDENT DE LA RÉPURLIQUE
- DO 7 FÉVRIER 1876
- APPROUVANT LES STATUTS DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’iNDUSTRIE NATIONAL PROPOSÉS PAR L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE CETTE SOCIÉTÉ DU 9 JUILLET 1875.
- u Le Président de la République française,
- Sur le rapport du Ministre de l’agriculture et du commerce ;
- Vu l’ordonnance royale du 21 avril 1824, qui a déclaré établissement d’utilité publique la Société d’encouragement pour l’industrie nationale et approuvé ses Statuts, - -
- Vu la délibération prise le 9 juillet 1875 par l’Assemblée générale extraordinaire des membres de ladite Association ;
- Le Conseil d’État entendu,
- DECRETE :
- Article premier.
- Les modifications proposées aux Statuts de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale sont approuvées, telles qu’elles sont contenues dans l’expédition annexée au présent décret, et qui restera déposée dans les Archives du Ministère de l’agriculture et du commerce. : : / !
- . ' ' Art.: 2.
- La Société d’encouragement pour l'industrie nationale sera ténue de transmettre, au commencement de chaque année, au Ministère de l’agriculture et du commerce, un extrait de son état de situation arrêté dans la dernière Assemblée générale.
- Tome III. — 75e année. 3e série. — Mai 1876. 3 ‘ ^ 28
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- 218 STATUTS. --- MAI 1876.
- Art. 3.
- Le Ministre de l'agriculture et du commerce est chargé de l’exécution du présent décret, qui sera inséré au Bulletin des lois et publié au Journal officiel de la République française.
- Fait à Paris, le 7 février 1876.
- Maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta.
- Par le Président de la République :
- Le Ministre de Vagriculture et du commerce,
- C. de Meaux.
- STATUTS.
- T1TBE PREMIER.
- Admission et droits des Membres de la Société.
- Article premier. La Société d’encouragement pour l’industrie nationale a pour but l’amélioration et le développement de toutes les branches de l’industrie française.
- Elle a son siège à Paris.
- Art. 2. Pour devenir Membre de la Société, il faut être présenté par un Membre et reçu par le Conseil d’administration.
- Art. 3. Les Étrangers peuvent être admis comme Souscripteurs.
- Art. 4. Chaque Membre de la Société reçoit un exemplaire du Bulletin de ses travaux, des règlements et des comptes rendus par le Conseil d’administration.
- Art. 5. Il peut consulter les livres de la bibliothèque de la Société et les journaux qu’elle reçoit.
- Art. 6. Les Membres admis dans les trois derniers mois de l’année ne jouissent des droits de Sociétaires qu’à partir du 1er janvier suivant, à moins d’avoir payé la Souscription de l’année courante.
- TITRE II.
- Conditions de la Souscription.
- Art. 7. Chaque Membre de la Société s’engage à payer une cotisation de trente-six francs par année.
- Art. 8. Il cesse d’être Membre de la Société et de recevoir le Bulletin, s’il ne renouvelle pas sa cotisation chaque année; il peut néanmoins être admis de nouveau, ensuivant la marche ordinaire.
- Art. 9. Les Souscriptions sont payables d’avance.
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- STATUTS. ---- MAI 1876.
- Akt. 10. Les Membres à vie sont ceux qui ont été autorisés, par une délibération du Conseil, à verser un capital unique de 500 francs pour remplacer leur cotisation pendant leur vie entière.
- Art. 11. Les Membres perpétuels-donateurs sont les Membres qui ont été autorisés, par une délibération spéciale du Conseil, à verser une somme unique de 1 000 francs pour représenter leur cotisation à perpétuité et obtenir la faculté de transmettre leur droit de Membre de la Société à ceux de leurs héritiers qui rempliraient les conditions nécessaires pour être éligibles, ou bien à un établissement d’intérêt public.
- TITRE III.
- But de la Souscription.
- Art. 12. Les fonds provenant de la Souscription sont employés:
- A décerner des prix pour l’invention, le perfectionnement et l’exécution des machines ou des procédés avantageux à l’agriculture, aux arts et manufactures.
- A introduire en France les procédés établis avec avantage dans les manufactures étrangères.
- A répandre l’instruction relative à l’agriculture, aux arts et manufactures, soit par la voie de l’impression et de la gravure, soit en faisant former des élèves dans les branches d’industrie utiles à naturaliser ou à étendre en France.
- A faire les expériences nécessaires pour juger le degré d’utilité qu’il est possible de retirer des nouvelles inventions annoncées au public.
- TITRE IV.
- Direction des fonds.
- Art. 13. L’emploi des fonds est dirigé par le Conseil d’administration nommé et composé comme il sera dit ci-après.
- Art. 14. Une Commission des fonds fait verser chez le Trésorier le montant des Souscriptions, tient note de tous les mandats de payement du Conseil d’administration^ et règle les dépenses intérieures de la Société.
- Art. 15. Un Trésorier nommé par l’Assemblée générale reçoit le montant des Souscriptions et toutes les sommes quelconques qui doivent être versées à sa caisse, et il en donne quittance au nom de la Société. Il acquitte tous les mandats de payement du Conseil d’administration et ceux de la Commission des fonds.
- Art. 16. Deux censeurs nommés par l’Assemblée générale examinent les Comptes du Trésorier, et en rendent compte dans la première séance générale.
- TITRE V.
- Recette.
- Art. 17. Lorsqu’un Candidat a été admis par le Conseil au rang des Membres de la
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- Société, le Secrétaire délivre un extrait du procès-verbal à la Commission des fonds, et il informe le Candidat de son admission.
- La Commission des fonds remet au Trésorier une quittance visée de la somme pour laquelle le Candidat a souscrit.
- Le Trésorier reçoit ou fait recevoir la contribution contre la quittance de la Commission des fonds.
- Art. 18. La Commission des fonds est tenue de présenter, chaque mois, au Conseil, une vérification de la Caisse.
- TITRE VI.
- Dépense.
- Art. 19. Lorsqu’une proposition tendant à occasionner une dépense quelconque est faite au Conseil, elle est renvoyée à l’examen du Comité ou des Comités qu’elle regarde, et à celui de la Commission des fonds.
- Le Comité présente, dans un rapport, son opinion sur la proposition, et, si le rapport est favorable, il y joint un devis de la dépense.
- Le Conseil prononce sur le rapport du Comité et sur l’àvis de la Commission des fonds ; s’il y a lieu à la dépense, il ën fixe la quotité.
- Le Secrétaire remet à la Commission des fonds un extrait du procès-verbal constatant la somme fixée et le nom des Commissaires chargés de l’exécution de cette décision.
- La Commission des fonds conserve èt enregistre cette pièce, et écrit au Trésorier pour l’autoriser à payer jusqu’à concurrence de la somme fixée, en lui indiquant le nom de celui ou de ceux des Commissaires qui sont chargés de faire cette dépense.
- Art. 20. Lorsqu’un Comité fait une proposition au Conseil, celui-ci suit la même marche que si le Comité eût fait un rapport sur une proposition faite antécédemment.
- TITRE VII.
- Conseil d’administration.
- Art. 21. Le Conseil d’administration écrit et agit au nom de la Société d’encouragement pour l'industrie nationale.
- Il convoque l’Assemblée générale aussi souvent qu’il le juge convenable.
- Il autorise, sur le rapport des divers Comités qui le composent, les dépenses nécessaires pour remplir l’objet de l’Association.
- Il admet les personnes qui demandent à faire partie de la Société, sur la présentation d’un Membre.
- Il élit, à la majorité absolue, les Membres du Conseil pour remplir les vacances survenues dans son sein.
- 11 choisit des Correspondants en France et à l’Étranger sur la présentation des six Comités.
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- Art. 22. Il est chargé, par l’Assemblée générale, de prendre les mesures nécessaires pour remplir l’objet de la Société.
- Il rend compte de sa gestion à l’Assemblée générale.
- Art. 23. Il est composé de cent Membres, savoir :
- Un Comité de seize Membres, qui s’occupe de l’amélioration des branches d’industrie qui dépendent des arts mécaniques ;
- Un Comité de seize Membres, qui s’occupe de l’amélioration des branches d’industrie qui dépendent des arts chimiques ;
- Un Comité de seize Membres, qui s’occupe de l’amélioration de l’agriculture ;
- Un Comité de seize Membres, qui s’occupe des arts économiques et des applications de la physique ;
- Un Comité de seize Membres, qui s’occupe de l’art des constructions et des beaux-arts appliqués à l’industrie ;
- Un Comité de dix Membres, qui s’occupe du commerce ;
- Une Commission des fonds, composée de dix membres.
- Art. 24. L’Assemblée générale nomme le Bureau, à la majorité absolue, parmi les Membres du Conseil, savoir :
- Un Président;
- Quatre Vice-Présidents;
- Deux Secrétaires;
- Un Trésorier;
- Deux Censeurs.
- Art. 25. La nomination des Membres du Conseil qui ont été élus depuis la séance générale de l’année précédente est soumise à la ratification de l’Assemblée générale.
- TITRE VIII.
- Organisation des Comités et correspondance.
- Art. 26. Les Comités se concertent sur la fixation du jour et de l’heure de leurs séances, de manière à ce que les séances ne coïncident point entre elles.
- Chaque Comité nomme annuellement dans son sein un Président et un Secrétaire.
- Art. 27. Le Conseil s’assemble en séance ordinaire deux fois par mois.
- Le Bureau convoque extraordinairement le Conseil, lorsque les circonstances l’exigent.
- Art. 28. Les lettres, machines, mémoires, appareils, etc., qui sont adressés au Conseil, dans l’intervalle d’une séance à l’autre, sont envoyés, par le Président, au Comité qu’ils concernent.
- Art. 29. Les lettres relatives aux affaires administratives sont rédigées par les Secrétaires du Conseil et expédiées par le Bureau; celles qui ont rapport aux arts sont rédigées par les différents Comités et expédiées par le Bureau du Conseil.
- Il est tenu registre des modèles, livres, machines, etc., envoyés à la Société.
- On ne donne communication d’aucune invention sans la permission de l’auteur.
- Art. 30. Tout acte émané d’un Comité doit être signé au moins de trois de ses membres.
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- TITRE IX.
- Assemblée générale.
- Art. 31. Les Assemblées générales ont lieu au moins deux fois par an.
- La première est consacrée :
- A entendre le rapport des travaux du Conseil d’administration ;
- A entendre le rapport de la Commission des fonds et celui des Censeurs ;
- A décerner les médailles d’encouragement et les prix mis au concours par la Société ;
- A proposer les prix que la Société eroit devoir mettre au concours pour l’encouragement de l’industrie.
- La deuxième Assemblée générale est principalement consacrée •
- A nommer le Bureau de la Société ;
- A ratifier la nomination des Membres du Conseil élus pendant l’année ;
- A décider les questions réglementaires proposées par le Conseil d’administration.
- Art. 32. Le Conseil d’administration fixe le jour, l’heure et le lieu des Assemblées générales, et convoque les Membres de la Société.
- Art. 33. Les Membres du Conseil d’administration qui, pendant l’année, n’ont assisté à aucune des séances du Conseil ou des Comités peuvent être considérés comme démissionnaires et remplacés.
- A chaque séance, les Membres du Conseil signent au registre de présence.
- Art. 34. Lors de l’Assemblée générale pour les élections, il est dressé des listes de Candidats, sur des feuilles portant la désignation des Membres du Bureau à élire et celle des Membres du Conseil élus dans l’année dont l’Assemblée est appelée à ratifier la nomination. Les Membres présents y inscrivent leur vote.
- Art. 35. Après la clôture du scrutin, le dépouillement des votes a lieu séance tenante.
- Art. 36. Les Statuts ne pourront être modifiés que sur la proposition du Conseil d’administration et à la majorité des deux tiers des votants, dans une Assemblée générale spécialement convoquée un mois à l’avance.
- Art. 37. L’Assemblée générale annuelle, appelée à ratifier les nominations des Membres du Conseil d’administration, doit compter cent Membres au moins.
- Dans le cas où il s’agit de modifier les Statuts, l’Assemblée générale doit se composer de deux cents Membres au moins.
- Si l’une ou l’autre de ces conditions n’était pas remplie, il serait procédé immédiatement à une nouvelle convocation dans la même forme.
- Les décisions de cette seconde Assemblée sont valables, quel que soit le nombre de ses Membres.
- Art. 38. En cas de dissolution, le Conseil d’administration est chargé de la liquidation de la Société. L’actif net est appliqué à des établissements publics ou^à des sociétés ayant -un but analogue au sien et reconnues comme établissements d’utilité publique.
- Le Conseil d’administration en détermine l’emploi. La décision est soumise à l’approbation du gouvernement.
- Vu pour être annexé au décret en date du 7 février 1876, enregistré sous le n* 24.
- Le Ministre de l'agriculture et du commerce,
- Signé C,e de Meaux.
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- ARTS CÉRAMIQUES.
- MAI 1876.
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- ARTS CÉRAMIQUES.
- Rapport fait par M. Salvetat, au nom du comité des arts chimiques, sur la fabrication mécanique des assiettes de porcelaine par les machines-outils inventées par M. Faure, ingénieur-mécanicien à Limoges, rue de la Mauvendière, 7.
- Messieurs, M. Faure, ingénieur-mécanicien, demeurant à Limoges, a soumis à l’examen de votre Société les machines-outils qu’il fabrique pour substituer dans le façonnage des assiettes en pâte de porcelaine, au travail à la main, un travail mécanique. Le comité des arts chimiques m’a désigné pour lui rendre compte de cette invention remarquable. Le comité des arts mécaniques, saisi lui-même de l’étude de cette question, m’a confié la même mission d’examiner si les machines de M. Faure satisfont au but que s’était proposé l’auteur. La visite que votre rapporteur a faite à Limoges et dans les fabriques du centre de la France à l’occasion de cette mission, l’ont mis à même de vous faire le rapport suivant :
- A différentes époques, depuis 1820, on a tenté de substituer, dans la fabrication de la porcelaine, le façonnage mécanique des assiettes au façonnage à la main. Les presses Matelin, d’Orléans, et celles imaginées plus récemment par M. Durand, n’ont conduit qu’à des déceptions. Et dans cet ordre d’idées, les résultats les plus pratiques ont été obtenus, dans la manufacture nationale de Sèvres, ^par l’emploi du calibre au moyen duquel cet établissement façonne ses jolies assiettes dites calibrées (1). Dans cette méthode, le rôle du tourneur est régularisé, mais la machine proprement dite n’existe pas; l’intervention de l’homme est encore trop prépondérante. On sait que l’inventeur du procédé dit calibrage est M. Regnier, autrefois chef des fours et pâtes, inventeur de l’encastage qui porte son nom et que votre Société récompensait en 1831 par sa médaille d’or; ce procédé est appliqué depuis vingt-cinq ans et plus au façonnage des assiettes. L’industrie privée ne se l’est approprié que depuis peu d’années, et encore n’est-ce que par exception.
- Il est utile, pour faire comprendre l’importance du travail de M. Faure, de rappeler comment, en porcelaine, on fabrique une assiette.
- (I) Traité des arts mécaniques, par A. Brongniart. 3e édition, 1.1, p. 727, et t. II, p. 281.
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- ARTS CÉRAMIQUES. — MAI 1876.
- tu
- L’assiette se fait en trois temps distincts : l'ébauchage, le moulage et le tournassage.
- L’ébauchage consiste à donner à la pâte molle une forme approchant celle que la pièce doit conserver. Pour ébaucher une assiette, l’ouvrier prend une balle de pâte proportionnelle aux dimensions que l’objet doit avoir; il dépose cette balle avec la main sur un rondeau en bois dont le centre coïncide avec la girelle du tour ; il l’aplatit, la relève un certain nombre de fois alternativement de manière à lui faire prendre la forme d’une lentille dans laquelle toutes les molécules tendent à suivre au four un même chemin en spirale partant du centre pour aboutir à la circonférence, c’est la housse. La housse ainsi faite est placée sur son rondeau dans un endroit sec, où elle se ressuie suffisamment.
- Le moulage consiste à mettre la housse ainsi ressuyée en contact avec un moule, qui donne extérieurement la forme que l’assiette présente extérieurement. Au moyen d’une éponge suffisamment mouillée, l’ouvrier fait pression sur la pâte pour lui faire prendre l’empreinte du moule, en agissant du centre à la circonférence et laissant en certain point assez de pâte pour qu’on puisse y trouver le pied ; il enlève, à l’aide d’un couteau, l’excédant de pâte, et soulève le rebord de l’assiette pour faciliter le retrait à la dessiccation. L’assiette est alors placée dans le séchoir sur une planchette; elle y prend assez de solidité pour se démouler facilement. À ce moment, elle présente une épaisseur à peu près double de celle qu’elle doit avoir.
- Le tournassage a pour but de la ramener à ses véritables dimensions. L’ouvrier se sert alors d’un outil tranchant, tournassin, pour enlever l’excédant d’épaisseur en partant du centre pour arriver à la circonférence et retrouver le pied de l’assiette. A cet effet, il trace avec un compas le diamètre du pied, le dégage et termine en amincissant l’extrême bord.
- L’assiette est ainsi faite.
- Ce procédé, qui paraît très-simple, est cependant tel que deux ouvriers peuvent produire avec la même pâte et les mêmes moules des pièces, possédant à la sortie du four des épaisseurs, des contours, des diamètres différents.
- Les défauts les plus fréquents dans le travail à la main sont le vissage, si la pression exercée par les doigts de l’ouvrier n’est pas exactement la même sur toutes les parties de -la surface ; il est un point difficile, c’est le passage du fond de l’assiette au marly ou bord. Par le seul fait du moulage, on doit redouter du gauche et de la déformation, soit que le fond tombe, soit que Y aile
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- se relève. Le tournassage lui-même conduit à quelques défauts ; un ouvrier habile, se fiant à son adresse, ne veut pas s’astreindre à toutes les minuties exigées et se repose sur l’habitude pour fixer les dimensions. La moindre négligence, la plus petite absence entraînent des accidents qui sont causes de rebuts, souvent importants. D’ailleurs le tourneur d’assiettes habile est rare et le fabricant ne le sait que trop, le constatant à ses dépens.
- Connaissant les difficultés à surmonter, M. Faure a pensé que sans trop s’écarter de ce mode de travail, il pouvait remplacer la main de l’ouvrier par une machine et que, s’inspirant du calibrage des assiettes par la méthode de Sèvres, il pourrait doter l’industrie d’un outillage remplissant les diverses fonctions qu’on remarque dans le calibrage ordinaire. Ses machines, après de nombreux tâtonnements, répondent, au dire des industriels qui les emploient maintenant, aux besoins d’un travail régulier dans des conditions très-satisfaisantes.
- La machine complète comprend trois outils différents : 1° une machine à faire les croûtes; 2° une machine à centrer ; 3° une machine à mouler et calibrer.
- 1° Machine à faire les croûtes. Elle comporte deux organes principaux, un tour et un chariot qui doit faire agir la machine ou l’outil qui travaille. (Voir les dessins annexés à ce Rapport et les légendes qui s’y rapportent.) La commande du tour au chariot se fait à l’aide d’une came solidaire du mouvement d’une roue et d’une vis sans fin. Le tour reçoit son mouvement d’un moteur quelconque. Les commandes séparées ou combinées s’effectuent au moyen de pédales.
- Pour faire une croûte, l’ouvrier prend une balle de pâte proportionnelle aux dimensions que doit avoir la pièce, la met sur une basane placée préalablement sur le tour de la machine.
- En appuyant sur une première pédale, il met le tour en mouvement; avec le même pied, et en agissant sur une deuxième pédale, il fait marcher le chariot qui agit verticalement. L’outil qui travaille est une lame très-épaisse que l’on a taillée suivant une portion de surface hélicoïdale ; il commence sa descente avec une vitesse accélérée, s’arrête quelques secondes pour permettre à l’ouvrier de placer sa balle au centre avec la paume de la main et la maintenir en résistant à la force centrifuge, continue sa marche avec une vitesse décroissante calculée suivant les besoins d’étirement delà pâte. A la fin de sa course, l’outil a réduit la pâte en une galette ramenée elle-même aux dimensions voulues par un couteau chasse-pâte.
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- La galette obtenue a une surface et un volume respectivement conformes à ceux que doit conserver l’assiette ; ces conditions sont réalisées parle profil de la tête du tour qui reçoit la basane.
- Lorsque la croûte a été préparée, l’outil remonte automatiquement pour redescendre faire une deuxième croûte, et ainsi de suite.
- 2° Machine à centrer. La fonction que cette machine doit remplir est excessivement simple. L’ouvrier n’a qu’à placer la croûte sur le moule de telle sorte que les centres de la croûte et du moule correspondent absolument. L’appareil se compose d’un bâti en fonte extrêmement rigide auquel quatre douilles correspondent avec la plus grande exactitude. Deux douilles placées à la partie inférieure reçoivent un tour avec mouvement de débrayage; les deux douilles placées à la partie supérieure reçoivent une tringle portant un plateau équilibré par un contre-poids. Le plateau présente exactement la surface de la basane; l’ouvrier y applique cette dernière, appuie sur le plateau, l’abaisse à fond de course jusqu’à ce que la pâte qui adhère à la basane rencontre le moule placé préalablement sur la tête du tour. Dès que le contact a lieu, l’ouvrier abandonne le plateau, qui remonte sous l’action du contre-poids, et appuyant le pied sur la pédale, il met le tour en mouvement ; il détache alors la basane de la croûte à l’aide d’un couteau de bois, et s’aidant d’une éponge mouillée, il fait adhérer la croûte au moule pour qu’elle ne s’échappe pas sous l’influence de la force centrifuge.
- La croûte se trouve de la sorte parfaitement centrée.
- 3° Machine à mouler et à calibrer. M. Faure a construit deux appareils mécaniques satisfaisant au même but. Le premier est, à première vue, plus abordable, c’est lui que nous décrirons; il se prête mieux à l’intelligence des descriptions. Le deuxième offre l’application des mêmes lois à l’aide de moyens entièrement automatiques, assurant une fabrication parfaite sans demander grande habileté de la part des ouvriers. Le premier est de toute utilité quand il s’agit de changer souvent de formes et de dimensions; le dernier acquiert une supériorité marquée dans le cas de grande production.
- La machine se compose d’un bâti vertical portant à sa partie inférieure le mouvement d’un tour, à la partie centrale l’agencement d’un calibre, et à la partie supérieure le mécanisme destiné à faire mouvoir l’outil mouleur.
- La croûte étant centrée*, l’ouvrier place le moule sur la tête du tour; en soulevant le pied, il fait descendre un outil qui rencontre la pâte au centre de la pièce et détermine son épaisseur; l’outil étant solidaire d’un composteur qui représente le profil de l’assiette et étant soumis à un mouvement
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- horizontal, on conçoit qu’il travaille la pièce suivant l’extérieur que-l’on désire obtenir.
- Or comment se fait ce profil? Ici nous devons entrer dans quelques détails, car cette opération règle la réussite du travail. Si nous nous rappelons ce que nous avons dit du façonnage à la main, l’outil doit exercer sur le fond et sur l’aile des pressions nécessairement dans un rapport déterminé, et mouler la pâte sans temps d’arrêt et sans donner trop de fuyant. En ce qui concerne les pressions, ces dernières sont dépendantes de la section de la croûte ; la première machine doit donc être parfaitement réglée. En ce qui concerne le façonnage des bords, l’outil agissant sous un angle déterminé avec des faces hélicoïdales, il découpe la pâte en la comprimant et représente le travail à la main régularisé, perfectionné. L’outil profilant la pièce travaille et lamine le fond, forme le pied et façonne le marly. Ainsi préparée l’assiette se trouve moulée ; de plus, elle est réduite à ses véritables dimensions.
- Il reste le calibrage définitif, qui donne le poli et fait les filets dont la pièce peut être décorée.
- Le calibre n’a donc pour but qu’un polissage sans pression; cette action terminée, un outil spécial découpe les bords qui passent au delà du moule, et renvoie dans un récipient cet excédant de pâte.
- Comme dans le procédé manuel, l’ouvrier relève légèrement l’extrême bord pour faciliter le retrait, et retire le moule pour le placer sur une planche au moyen de laquelle on le transporte dans un endroit à température convenable pour préparer le démoulage. Dans cet état, l'assiette présente un fini parfait; elle sera terminée quand on aura passé l’extrême bord au papier de verre pour arrondir les arêtes vives.
- Ici se placent quelques observations relatives au jeu de chacune de ces machines.
- L’opération du façonnage de la croûte se fait évidemment d’une manière constante. L’outil étant automatique agit toujours dans les mêmes conditions, et par conséquent les croûtes obtenues sont toujours identiques. Donc, pour la première opération, travail absolument satisfaisant. *
- La deuxième opération s’effectue de même dans d’excellentes conditions ; l’axe du plateau étant rigoureusement celui du tour, le centrage est exact. Toutefois elle nécessite une certaine habileté pour un travail rapide et surtout pour saisir le moment où, par un léger coup d’éponge, on fait adhérer la croûte au moule. Dans le cas où l’ouvrier agirait trop violemment, les incon-
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- vénients du travail a la main pourraient se produire. On emploie cependant des enfants qui prennent vite l’habitude de ce genre de travail; ils saisissent promptement le temps du fonctionnement. Donc, avec un peu de soin, cette opération présente une garantie presque absolue.
- Dans la troisième opération, si l’on considère que les croûtes sont identiques, et qu’elles ont été mathématiquement centrées, on comprendra que les outils doivent agir avec une exactitude complète. Le calibre n’ayant qu’à polir, il n’exerce qu’une action superficielle.
- Toutefois, il convient d’ajouter que cette conclusion, entièrement favorable, n’appartient réellement qu’à l’outil automatique. Mais la machine à mouler et à calibrer se trouve dans des conditions identiques quand l’ouvrier sait conduire convenablement le fonctionnement de sa machine.
- Avec un ensemble des trois machines que nous venons d’étudier, le prix de la fabrication est amoindri dans une certaine mesure, mais, croyons-nous, les avantages de ces perfectionnements sont d’une autre nature : il y a meilleure fabrication, production plus rapide; main-d’œuvre moins coûteuse, enfin emploi de mains moins exigeantes que dans le travail ordinaire.
- Quant à la production, le travail à la main conduit à la fabrication de 100 assiettes en moyenne par jour et par ouvrier.
- Dans le travail à la machine, un ouvrier, aidé de deux enfants, l’un de douze, l’autre de quinze ans, peuvent faire de 400 à 450 assiettes par jour, même 600, mais il ne faut guère accepter pour une production soignée le chiffre de 450 que comme un maximum.
- Quoi qu’il en soit, les fabriques les plus importantes de Limoges et du centre de la France ont adopté l’usage de ces machines, et les renseignements que votre rapporteur a pu recueillir sont des plus favorables. Il est utile de remarquer, en outre, que nous ne parlons pas de la fabrication de la faïence; il ne s’agit que de porcelaine. La pâte de faïence se comporte tout différemment au façonnage ; il peut y avoir une telle rapidité dans le travail à la main, et surtout si peu de déformation par ce mode de façonnage, que l’emploi des machines est loin de présenter les avantages que nous constatons dans le cas qui nous occupe.
- Dans cette circonstance, on paye généralement 5 francs le cent d’assiettes plates; parla machine, le prix brut et direct est de 2 fr. 40 seulement, soit en bénéfice 52 pour 100, qui suffisent amplement à payer le prix des bords arrondis, le battage de la pâte, la force motrice et l’amortissement du prix
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- d’achat. Mais 1’avantage le plus sérieux est, ainsi que nous l’avons dit, dans une fabrication plus régulière et plus lucrative. C’est cette considération qui .guide les manufacturiers.
- Citer les industriels qui se servent des appareils de M. Faure, MM. Gibus et Redon, Haviland et comp., Àrdant et Bourdeau à Limoges, Hache et Pépin Lehalleur fils, F. Haviland, à Yierzon, Pillivuyt et comp. à Mehun, Vieillard et comp. à Bordeaux, c’est nommer tous les fabricants de porcelaine qui recherchent avec intérêt, pour les mettre à profit, les perfectionnements les plus récents.
- Appréciant donc à leur valeur réelle les travaux que nous venons d’analyser, votre comité a l’honneur de vous proposer :
- 1° De remercier M. Faure de sa communication et de voter l’insertion du Rapport dans le Bulletin de votre Société;
- 2° De voter également la gravure des machines qui sont l’objet de cet examen détaillé en l’accompagnant d’une légende explicative.
- Approuvé en séance, le 11 juin 1875.
- Signé Salvetat, rapporteur.
- LÉGENDE EXPLICATIVE DE LA PLANCHE 43 REPRÉSENTANT LES MACHINES-OUTILS A FABRIQUER LES ASSIETTES EN PORCELAINE, IMAGINÉES PAR M. FAURE.
- Première machine. — Outil à fabriquer les croûtes.
- Fig. 1. Élévation vue de profil.
- Fig. 2. Élévation vue de face.
- Cette machine a pour objet la préparation de la croûte ou housse :
- A, tête du tour en plâtre gâché sur une armature en fer a.
- B, basané tendue sur un cercle de cuivre ajusté ; quand on l’a placée sur la tête du tour, on y lance la balle de pâte.
- C, outil calibreur ; il lamine la pâte pour l’étendre sur la basane.
- D, arbre porte-outil ; il monte au moyen d’une corde et d’une pédale; il descend par son propre poids.
- E, écrou de buttée servant à limiter la descente de l’arbre.
- F, collier de serrage pour fixer l’arbre et l’arrêter quand on le juge convenable.
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- Deuxième machine. — Outil pour cintrer.
- Fig. 3. Élévation vue de face.
- Fig. 4, Élévation vue de profil.
- Cette machine a pour but de replacer la croûte dans l’axe du tour, sans déviation du centre, quand on l’a renversée pour la mettre en contact du moule.
- A, bâti en fonte portant quatre douilles dont les axes coïncident 1.2. 3. k : deux supérieures 1 et 2 qui guident l’arbre de l’outil; deux inférieures 3 et k qui guident l’arbre du tour.
- B, girelle ou tête du tour surmontée du moule.
- C, plateau sur lequel s’emboîte la basane tendue sur le cercle en cuivre et chargée de la croûte; en appuyant sur ce plateau on l’amène au contact du moule ; quand la croûte est détachée, le plateau remonte entraîné par un contre-poids a.
- D, embrayage à cône de friction mû par une pédale à contre-poids b, muni d’un taquet en bois /, dont l’effet est d’amortir le choc. Quand la pédale n’est pas pressée, le tour est au repos; quand on met le pied dessus, le cône de friction descend et met le tour en mouvement.
- E, moteur mécanique général commun à plusieurs machines.
- Troisième machine. — Outil à mouler et calibrer.
- Fig. 5. Élévation vue de face.
- Cette machine comporte plusieurs organes distincts ; la partie supérieure réunit un composteur qui donne la forme grossière de l’assiette, et le chariot qui guide l’outil mouleur ; la partie inférieure sert à terminer l’assiette ; c’est le calibre.
- A, moule portant la croûte centrée.
- B, outil mouleur qui monte ou descend ; il porte un contre-poids pour l’équilibrer.
- C, poignée par laquelle on le place au contact de la croûte qui se lamine.
- D, galet qui glisse sur le gabarit régulateur de la forme.
- E, chariot qui règle la course de l’outil mis en mouvement par le levier articulé F.
- G, composteur régulateur de la forme de l’assiette.
- H, calibre qu’on abaisse, lorsque l’outil mouleur a fait son travail, pour terminer l’assiette. .
- Pour faciliter l’intelligence du dessin on a supposé le levier articulé F rabattu sur le plan de l’élévation, passant par l’axe du tour, après avoir fait une certaine révolution autour de l’axe ; c’est ce mouvement qui entraîne l’outil de gauche à droite sur tout le parcours du guide G.
- Les bâtis de ces trois machines sont solidement fixés sur le sol au moyen de tire-fond.
- (S. M.)
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- M \CIII\KS-urms A PA BRI OP K K PHS ASS \ K T T K S K N PORC Kl. Al NK, PAR M. 1AU U1C.
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- VISITE AU PONT DU MOERDICK, SUR LE HOLLANDSCH-DIEP, CHEMIN DE FER D’ANVERS A ROTTERDAM, PAR M. B AUDE,
- Membre du comité (1).
- Messieurs, aujourd’hui le voyageur ou le touriste qui part le matin, par le chemin de fer du Nord, à 7 heures 20, arrive en gare de Rotterdam, via de Bruxelles et d’Anvers, à A heures de l’après-midi. Ce résultat est dû à la construction d’un pont, à piles en pierres, à travées métalliques, qui fait, franchir aux trains le Hollandsch-Diep ou grand bras de la Meuse de 2 500 mètres de largeur. Le pont est composé de IA travées de 100 mètres de portée chacune, ce qui fait, avec les culées, une longueur de 1 A80 mètres ; le reste est occupé par deux digues et un pont tournant ayant, avec ses accessoires, 6A mètres de largeur. Les dimensions que nous venons de citer vous indiquent tout de suite qu’on est devant un des ouvrages d’art les plus considérables, digne de l’attention des ingénieurs. Nous n’avons pas la prétention d’en faire une étude complète (2), le sujet nous entraînerait trop loin; mais nous vous signalerons les principales difficultés de son élévation et de sa fondation, et peut-être ce rapide exposé ne sera-t-il pas sans intérêt pour les curieux de la science de l’ingénieur. Nous n’avons d’autre prétention que de vous donner nos impressions d’une récente visite au pont du Mœrdick.
- Les travaux publics ont, en Hollande, vous le savez, une grandeur qui n’exclut pas la simplicité. Si vous opposez aux largesses des ingénieurs hollandais la parcimonie ou, pour mieux dire, l’économie que nous sommes obligés de recommander en France, ils vous répondront que le pays ne fait pas d’emprunts, que son budget n’est pas grevé comme le nôtre, qu’ils emploient au développement de leurs travaux publics l’argent que rapportent leurs colonies. Aussi, à côté des travaux du Waterstaat, qui prédominent toujours, puisque l’existence du pays en dépend, vous les voyez entreprendre un chemin de fer qui barre l’Escaut oriental et qui, avec les développements
- (1) Communication faite dans la séance du 13 août 1875.
- (2) Nous recommandons à nos lecteurs l'excellente Notice sur les travaux publics en Hollande, par M. Croizette-Desnoyers, ingénieur en chef des ponts et chaussées. Dunod, éditeur, 49, quai des Auguslins.
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- donnés par avance au port de Flessingue, coûte près de 60 millions de francs; une traversée au centre de Rotterdam, pour unir les chemins de fer du Midi aux stations du Nord, qui en coûtera presque autant ; une traversée analogue à Amsterdam ; enfin, sans parler de beaucoup d'autres, une communication directe de leur capitale avec la mer par un canal maritime, ce qui a pour conséquence le dessèchement d'une mer, le Zuyderzée. Ces immenses travaux et beaucoup d'autres marchent parallèlement, suivant les ressources matérielles de la province ou ils s’exécutent et avec les excédants de recettes des services des colonies. En fait de chemins de fer, le gouvernement exécute lui-même ces grands travaux, mais il n’exploite pas ; il les livre à des Compagnies d’exploitation à des conditions déterminées.
- Les travaux du pont du Mcerdick sont de ce nombre. Ils ont été cédés à la Société pour l’exploitation des chemins de l’Etat, sous l’habile direction de M. S’Jacob. Cette Compagnie exploite environ 900 kilomètres.
- Le Hollandsch-Diep est un bras de la Meuse et du Rhin réunis qui a, dans le voisinage du petit village de Mœrdick, 2 600 mètres de largeur à haute marée. C’est un véritable bras de mer, bien qu’on soit à près de 50 kilomètres de la côte. Les vents violents y soulèvent la vague à de grandes hauteurs, et la marée y est de 2 mètres.
- On ne devait rencontrer dans la traversée qu’un sol vaseux et sablonneux, et les sondages apprenaient que, vers la rive gauche, les fondations de trois piles, occupant un espace de deux cents et quelques mètres, devaient atteindre une profondeur de 20 à 26 mètres au-dessous de l’eau de haute marée. On se décida alors à fonder ces trois premières piles par les procédés de l’air comprimé, et les dix autres d’après une méthode que commande souvent en Hollande la nature du sol, c’est-à-dire de pieux battus de grande longueur, recepés à plusieurs mètres au-dessous de l’eau et couronnés par une épaisseur de béton de 4 à 5 mètres, coulé dans une enceinte, laquelle est entou-
- rée de fascines et d’enrochements.
- L’ensemble de l’ouvrage se compose, d’ailleurs,
- 1° D’une levée, du côté du Sud, de. . . . . v . . . . ^ . 232 mètres
- de longueur ;
- 2° D’un pont tournant, à volée double* reposant sur une pile et laissant un double passage aux bateaux de 16 mètres de largeur chacun, ensemble. . . . ......................... 64 —
- 3° D’un remblai, entre le pont tournant et le grand pont, de. ........................................................ 71 —
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- 4° Du grand pont, comprenant 14 travées de 100 mètres d’ouverture chacune, de 13 piles de 5 mètres de largeur, et de 2 culées occupant un espace de 7m,50 chacune, ensemble J 400 mètres
- 5° Enfin, d’une levée du côté du Nord ou de Dordrecht de 689 —
- Les travaux s’étendent ainsi sur une longueur de 2 536 mètres.
- C’est à M. Ernest Gouin que les ingénieurs hollandais (et nous avons hâte de citer l’habile et savant ingénieur en chef M. van den Berg) ont confié la construction des trois premières piles, fondées par les procédés de l’air comprimé. '
- On sait en quoi consiste cette invention, que nous avons décrite dans le Bulletin de la Société, année 1860, 2e série, t. VII, p. 449, méthode que l’on doit à M. Fleur-Saint-Denys, ingénieur des ponts et chaussées, et qui l’a appliquée pour la première fois au pont de Kehl, sur le Rhin, pour la traversée du chemin de fer de Strasbourg.
- Concevez, en effet, un immense caisson en tôle que l’on amène, par le flottage, à l’emplacement de la pile dont il doit former la base de fondation. La maçonnerie se monte sur ce caisson qui s’enfonce peu et qui, d’ailleurs, par le refoulement de l’air permet de travailler à sec à l’intérieur, soit pour les dragages, soit pour les maçonneries de remplissage, et où l’on pénètre enfin par une double chambre à air.
- Ce procédé de fondation avait de grandes difficultés à surmonter pour arriver à bonne fin. Il faut que les caissons soient dans un milieu tranquille, pour ne pas être déplacés, et protégés par des échafaudages qui n’aient rien à redouter de l’agitation des flots ou de la tempête. Or, nous l’avons dit% le Hollandsch-Diep c’est la mer, et elle n’a pas été sans produire des effets quelquefois désastreux pendant le cours des travaux. On s’en est tiré avec beaucoup de persévérance et d’habileté et surtout par une exécution très-prompte. Leur durée a été de deux ans, soit du commencement de l’année 1868 à la fin de l’année 1869.
- Les piles qui font suite à celles-ci jusqu’à la levée septentrionale ont été fondées sur 178 pilotis en sapin du Nord, enfoncés dans la vase et le sable, et recepés à 7 mètres au-dessous du niveau des basses mers. Ils avaient 18 mètres de longueur d’enfoncement. Ils sont entourés d’une enceinte de pieux et planches jointives descendues seulement à 6 mètres de la pointe des pieux de fondation. Dans cette enceinte on coule du béton, qui couronne la tête des pieux de 0,50 environ et qui forme un massif de 5 mètres sur lequel vont reposer les premiers libages de la plate-forme de fondation.
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- L’arasement du béton est à 2”,22 en contre-bas du niveau de l’eau à basse mer ordinaire. ,r .
- Sur l’entourage de l’enceinte de pieux on a coulé de forts enrochements, qui ont une base de 9 à 10 mètres et qui reposent eux-mêmes sur un clayonnage en fascines, coulé sur le fond du lit et entourant la pile. Ce clayonnage est fixé lui-même par des enrochements épars.
- Ce que nous venons de dire de ce mode de fondation fait concevoir combien il est convenablement approprié à un sol que l’on retrouve presque toujours en Hollande dans le fond des rivières. Les pieux, enfoncés à de grandes profondeurs, enchaperonnés pour ainsi dire sous le massif de béton qui les couronne, ne tendent plus aux déversements. Les fascines de fond, les empâtements larges des enrochements préviennent les affouillements par des eaux qui n’ont en général rien de torrentiel.
- 11 y a eu beaucoup d’analogie entre les fondations des culées de rive du pont tournant et celles que nous venons de décrire. Le chenal double du pont tournant est dragué à 6 mètres en contre-bas des basses mers.
- Sur la rive gauche du Hollandsch-Diep, une digue joint la culée du pont tournant, et, presque perpendiculairement à cette culée, une autre digue forme une espèce de chenal où s’engagent avec sécurité les grands bateaux de la navigation. De même, sur la rive droite, une digue plus longue et assise sur un sol à une assez grande profondeur sous l’eau joint la culée du grand pont à la terre ferme.
- Ces levées sont construites, suivant une méthode à peu près uniforme, de fascines, de clayonnages, d’enrochements et de remblais de sable, et qui ne varie guère que par les dimensions données aux parties qui les composent, afin de défendre les digues contre les attaques des eaux, ou des affouillements.
- Ainsi, par exemple, sur une certaine partie de la levée septentrionale, la profondeur au-dessous de la basse mer atteignait 10m,78 d’après les sondages, et, comme la plate-forme est à 6m,72 au-dessus du même point, on a partiellement un remblai dont la hauteur est de près de 17m,50 du fond à la plate-forme.
- Le corps du remblai est en sable, mais la base des talus, jusque dans le voisinage de la basse mer, est formée par des fascines. Chaque couche est composée d’un paquet qui a 0m,125 de diamètre, surmonté par le croisement d’un saucisson qui peut en avoir le double, et recouvert d’un autre paquet de même diamètre entre-croisé. Ces diamètres varient suivant les cir-
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- constances; mais, en général, telle en est la composition. Elles sont employées par couches superposées et encadrent ainsi la partie inférieure du remblai. Telle est aussi, sur Ôm,50 d’épaisseur environ, la couche de fascines qui recouvre le fond du Hollandsch-Diep dans une grande étendue de sa traversée, par le pont fixe et ses levées.
- On estime que les fascines, dans une couche de fond, pour être bien maintenues, doivent être rechargées par des enrochements ou du gravier, ou de fortes terres glaises d’un poids de 350 kilogrammes environ par mètre
- carré.'.'- «• * : *,J 1 ; ; '
- La charpente en fer qui couronne les piles et les culées a pour élément principal les poutres qui supportent le tablier du pont. Ces poutres laissent entre elles un espace de 4m,50, car le pont qui traverse le Hollandsch-Diep est à simple voie. Chaque poutre est double, ou formée d’un double rang de tringles Ou verticales ou inclinées qui relient la cornière horizontale du bas et la cornière courbe du sommet.
- Ces poutres sont indépendantes ; elles ont, chacune, 10L”,L0 de longueur et reposent sur des coussinets posés eux-mêmes sur la plate-forme des piles. La partie droite à l’aplomb de la pile a 6 mètres de hauteur; au milieu de la travée, la hauteur de la poutre est de 12 mètres; les tringles, en cornière, sont verticales et reliées entre elles de la tête de l’une au pied de l’autre par d’autres tringles en diagonales, simples aux naissances de la courbe, doubles dans la partie milieu de la travée. Les deux poutres du pont sont entre-croisées, et rentre-eroisement s’augmente d’un rang, suivant la hauteur de la poutre. " oh .i : ;;
- On "voit, par la longueur des poutres, que les galets sur lesquels elles reposent sont aussi rapprochés que possible du centre de la pile; c’est pour éviter, autant que possible, le déversement que les ingénieurs hollandais . cherchent toujours à prévenir, par suite de la nature compressible du sol.
- Les rouleaux en acier sur lesquels la dilatation de la poutre peut se produire ont 12 centimètres de diamètre.'
- En France, nos travées a poutres métalliques sont généralement continues, ce qui donne comme résistance l’avantage de l’encastrement. En outre, aménagées et ihontées sur l’une des rives, on les fait glisser sur le chantier de manière à venir s’appuyer successivement sur les piles et finalement sur la dernière culée. Ce système n’était pas possible sur le pont du Hollandsch-Diep avec une longueur de près de 1 500 mètres. Mais comment a-t-on opéré la mise en place des quatorze poutres de l(Mm,40 de portée? Par un
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- TRAVAUX PUBLICS.
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- moyen très-simple et très-ingénieux. Le chantier oii la poutre était assemblée était coupé par de petits canaux où pénétrait l’eau de la Meuse; des chalands, des bouées soulevaient la poutre de manière à la conduire dans le fleuve. On exhaussait successivement la poutre sur des espèces de pontons, de manière qu a haute mer la semelle inférieure de la poutre fût au niveau du coussinet de support sur la pile ; on l’approchait avec précaution, et les chalands et les bouées détachés se séparaient de la poutre avec la marée descendante. Malgré la simplicité du procédé, il n’est pas besoin d’insister sur les difficultés que rencontrait parfois cette opération dans une sorte de bras de mer soumis à toutes les variations, même de la saison de l’année la plus favorable. ; \
- Les pièces de pont qui portent sur les deux poutres parallèles et qui les relient ont 50 centimètres de hauteur.
- Les travaux que nous venons dé décrire occupent donc une longueur de 2 600 mètres ; en nombre rond, ils ont coûté 13 millions de francs, à très-peu près. Ils reviennent donc à 5 000 francs le mètre courant. Si on veut séparer de cet ensemble la superstructure métallique des travaux, elle représente environ une somme de 3 200 000 francs, qui, pour une longueur de 1 L61m,60, donne, pour prix du mètre courant, une somme de 2,200 francs en nombre rond. À la vérité, à l’époque de la construction, le prix du fer était très-bas, car il ne revenait, à l’entreprise, qu’à L0 francs les 100 kilogrammes. ........ : 5 ' '
- Tel est l’ensemble des travaux exécutés sous l’habile direction de M. van den Bergh, ingénieur principal aux chemins de fer de l’État néerlandais. Ils ont duré quatre ans et ont été livrés à l’exploitation le 1er janvier 1872.
- Notre but n’est autre que d’engager nos collègues de la Société à visiter ce beau travail si leurs affaires les en rapprochent. L’aspect en est grandiose : vu en élévation, des rives de la Meuse ou d’une chaloupe que l’on frète facilement, au petit village du Mœrdick, à 2 kilomètres en aval, il satisfait entièrement l’œil par ses bonnes proportions, bien que le grand fleuve soit dominé par un feston de 6 mètres de hauteur à ses angles successifs, de 12 mètres au sommet de l’arc, alors que la faible différence de 6m,75 sépare le tablier de l’eau moyenne, l’élévation du pont n’a rien d’écrasé, tant la superstructure est légère, bien découpée et satisfaisant, par sa bonne proportion, la part d’esprit mécanique que chacun peut avoir en soi.
- Nous terminons donc cet exposé, déjà trop long pour la simple visite que nous annoncions, en payant un juste hommage, pour la grandeur des travaux
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- ARTS PHYSIQUES. — MAI 1876.
- qu’elle exécute, à une nation amie, qui n’est pas considérable par le nombre, mais qui est grande par sa richesse, son bon sens, son patriotisme, et pour laquelle nous éprouvons tous, en France, une vive sympathie.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 44, REPÉSENTANT LE PONT DE MOERDICK.
- *
- Fig. 1. Plan général du pont et du grand bras de la Meuse sur lequel il est jeté. Le confluent de Dordsche Kil est à 50 kilomètres de la mer. La ville de Dordrecht est située sur la rive gauche de la Dordsche.
- Fig. 2. Coupe en travers d’une des trois piles fondées au moyen de l’air comprimé. La troisième pile, sur la rive droite, a été fondée à 4 mètres de profondeur en moins que les deux premières.
- Fig. 3. Elévation et coupe en travers partielles d’une pile fondée sur pilotis; il y en a dix semblables.
- Fig. 4. Vue en élévation des deux arches du pont comprises entre les trois piles fondées à l’air comprimé. Le poids total de la, superstructure de chaque travée est de 500 000 kilog.
- Fig. 5. Vue en élévation du pont tournant, dont la manœuvre est faite par un seul homme. La navigation est très-active en amont de ce pont.
- Fig 6. Coupe transversale d’une travée au-devant de la première verticale.
- Fig. 7. Coupe suivant l’axe du pont de l’appareil de support d’une grande poutre.
- Fig. 8. Coupe en travers du même appareil.
- Les galets de l’appareil de support ont pour objet de permettre à la dilatation de se produire librement.
- La demi-travée repose sur uné section triangulaire pour que, dans le fléchissement de la poutre, l’effort dû à son poids passe par le centre de gravité des supports.
- ARTS PHYSIQUES.
- NOTE SUR UN APPAREIL DE M. MELSENS, DIT RIlÉ-ÉLECTROMETRE, PAR M. HERVÉ-MANGON.
- Membre du Conseil fl).
- « M. le professeur Melsens, de Bruxelles, a fait récemment construire un
- (1) Communication faite dans la séance du 10 décembre 1875.
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- ARTS PHYSIQUES. ---- MAI 1870.
- modèle de rhé-électromètre, sur le principe de l’instrument du même nom proposé par Marianini. r ) ‘ :
- « L’appareil se compose, figures 1, 2, ‘1, d’une petite boussole, plus ou
- moins sensible, sous le cadran de laquelle est placée une hélice de fil métallique bien isolé et enroulé sur un petit cylindre creux d’ébonite ; l'axe de cette hélice est perpendiculaire à la direction du méridien magnétique indiqué par l’aiguille. L’une des extrémités du fil de l’hélice communique par la borne L avec un fil de ligne télégraphique ; l’autre extrémité
- communique avec le fil de terre par la
- Fig. 1. Plan.
- Fig. 2. Coupe par l’axe de l’hélice.
- borne T. Un fil de fer ordinaire bien recuit et ne présentant aucune polarité magnétique est placé à l’intérieur de l’hélice. Aussi longtemps que le fil de l’hélice n’est traversé par aucun courant, le fil de ....... fer reste sans action
- Fig. 3. Coupe perpendiculaire à la longueur de l’hélice. ,, . ... . .
- sur 1 aiguille de la
- boussole, et celle-ci se maintient au 0° de la division du cadran;: mais aussitôt que l’hélice reçoit un courant, elle transforme le fil en un aimant qui dévie l’aiguille de la boussole vers l’est ou vers l’ouest, suivant le sens de ce courant. L’aiguille reste déviée par l’action des pôles du fil d’acier; elle conserve ainsi la trace du phénomène électrique si fugitif qui a pu l’atteindre.
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- « En observant de temps en temps le rhé-électromètre, on connaît, par le sens et l’amplitude de la déviation de l’aiguille, si l’appareil a été traversé par un courant, le sens de ce courant et, jusqu’à un certain point, son intensité. Il suffit d’enlever le fil qui a été aimanté et de le remplacer par un nouveau fil recuit pour ramener l’aiguille de la boussole au 0° et pour remettre l’instrument en état de servir à de nouvelles observations. Le modèle de rhé-électromètre de! M. Melsens est d’une construction très-simple et peut être établi à fort bas prix, ce qui permet d’en multiplier les applications (I).
- « Aujourd’hui (dit M. Melsens dans une Note insérée au tome XXXVIII « du Bulletin de l’Académie des sciences de Belgique) que les réseaux télégra-« phiques s’étendent sur toute l’Europe savante, communiquent avec beau-« coup d’observatoires et rayonnent, on peut le dire, sur le monde entier, « il me semblerait qu’un vaste système d’observations établi, au moyen du « rhé-électromètre de Marianini, dans tous les postes télégraphiques, serait « de nature à nous éclairer sur des points importants se rattachant à tous « les phénomènes électriques qui se passent au-dessus de nos têtes, dans les « nuages, dans nos édifices, et, sous nos pieds, dans le sol. »
- « La direction des télégraphes de Belgique a compris l’intérêt scientifique et pratique des études proposées par M. Melsens; elle a fait placer quelques-uns de ses appareils dans les bureaux télégraphiques et a fait connaître à ses agents, par une instruction spéciale en date du 31 mai 1875, l’intérêt, pour la météorologie, de l’observation des rhé-électromètres intercalés sur les fils de terre des stations, instruments qui ont « pour objet, aux termes de l’instruction, « d’indiquer, particulièrement en temps d’orage, si une décharge atmosphé-« rique a traversé les fils qui arrivent au bureau ». Les résultats des observations sont transmises sans retard à l’Administration centrale, qui pourra suivre ainsi la marche des manifestations électriques dans l’air et dans le sol, et peut-être découvrir la loi qui régit ces phénomènes encore si peu connus.
- « Quelques résultats isolés offrent déjà de l’intérêt.
- « M. Melsens m’écrit, en effet, à la date du 5 décembre 1875 : « Je n’ai pas « encore la connaissance officielle des observations faites dans différents « bureaux ; mais je puis vous assurer qu’à chaque orage, l’appareil enre-« gistre, parfois, une série nombreuse de courants instantanés, et que l’on « constate l’état positif et négatif des fils de la ligne ou de la terre. J’ai
- (1) M. Devos, mécanicien beige des télégraphes de l’État, construit ces appareils pour 10 francs lorsqu’il en livre une centaine.
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- « vu, dans une observation faite à Bruges, entre 3 heures 45 minutes et « 7 heures 55 minutes du soir, sans que l’on change le 1er, l’aiguille passer « dix ou douze fois de l’est à l’ouest, ce qui suppose des décharges assez « violentes pour renverser les pôles du fil. » c
- « Les faits cités par M. Melsens et les explications données dans son Mémoire ne peuvent laisser de doute sur l’intérêt du système d’observations qu’il propose, soit pour les progrès de la météorologie, soit pour le perfectionnement du système télégraphique en temps d’orage. Je demande donc à la Société de remercier M. Melsens de son intéressante communication. »
- NOTES DE VOYAGE.
- SUR LES HOUILLÈRES, LES MINES DE FER ET LES USINES SIDÉRURGIQUES DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE, PAR M. J. LOWTHIAN BELL (1).
- Le minerai de fer magnétique.
- « Dans la vaste chaîne de montagnes, composée de différents groupes de régions élevées, et qui s’étend pour ainsi dire de l’extrême frontière septentrionale des Etats-Unis jusqu’au loin dans l’Etat d’Alabama, on rencontre différentes espèces de minerais. Celui dont nous parlerons d’abord est le minerai magnétique, et nous commencerons par les gisements qu’on en exploite dans les montagnes d’Adirondack, tout près du lac Champlain. -•••. :
- a La mine que j’ai visitée est située à 6 milles environ (9\650) de Port-Henry. Là, le minerai affleure au jour à l’état de puissant filon de 150 à 200 pieds d’épaisseur (45 à 60 mètres). Les travaux d’excavation descendent à 125 pieds de profondeur (37m,50), mais on a sondé à 80 pieds plus bas (24 mètres) sur un point, et sur un autre jusqu’à 147 (44™, 10). A partir de son affleurement, le filon plonge sous les roches métamorphiques dans une direction qu’on a pu explorer jusqu’à la distance de 1 000 pieds (300 mètres) ; il présente ainsi un immense prisme de minerai descendant, on ne sait jusqu’où, sous un angle variant de 26 à 40 degrés.
- « Laroche supérieure est soutenue par des piliers de solide minerai ayant, à la base, 40 pieds carrés (3m2,6) et moitié environ à la partie supérieure avec une hauteur dépassant de beaucoup 100 pieds (30 mètres). Dans le principe les mineurs gagnaient par jour 9 sh. 9 d. (12 fr. 15), mais aujourd’hui ils ne gagnent plus que les 2/3 de cette somme et travaillent cinq jours par semaine pendant 10 heures, sauf le samedi, où ils ne font que 8 heures. Répartie sur tous les travailleurs du fond, mi-
- (I) Voyez cahier de mars 1876, p. 132.
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- neurs, casseurs et routeurs, la production moyenne peut être évaluée à 2 tonnes par homme et par jour. A la mine de Port-Henry dont nous parlons, l’extraction d’une année n’a pas été de moins de 390 000 tonnes, et il y a vingt-cinq ans à peine que les propriétaires actuels sé sont rendus acquéreurs de cette mine pour moins de 1 000 livres (25 000 francs) ; il faut dire cependant que, depuis cette époque, ils ont dû dépenser beaucoup d’argent pour augmenter la production et pour construire le chemin de fer qui relie l’exploitation avec le lac Champlain. r
- « Le minerai paraît souvent dense et amorphe, mais on le trouve aussi h l’état grenu et semi-cristallin. Sur quelques points il est plus ou moins mélangé de chaux phosphatée, et on peut dire qu’en général le filon contient trop de phosphore pour que la fonte qu’il donne puisse servir à faire de l’acier Bessemer. On a reconnu qu’il existe, en totalité, dans le voisinage de cette région, quatre filons d’une puissance de 12 à 15 pieds (3m,60 à 4m,50). Le minerai de l’un d’eux, que l’on traite à l’usine de Crown Point, sur le lac Champlain, est cependant assez pur pour être destiné à faire de l’acier Bessemer. Enfin, un peu au nord de la ville de Port-Henry, il est encore une exploitation qui appartient à une Compagnie qui porte ce nom.
- « Le poids total du minerai produit par ce district a été évalué à plus de 500 000 tonnes par année ; le prix de revient varie de 6 sh. à 11 sh. 6 d. par tonne (7 fr. 50 à 14 fr. 35), et celui de vente, sur le bord du lac, de 20 à 28 sh. (25 à 35 francs). Le rendement au haut fourneau dépend de la qualité ; certains échantillons ne donnent pas plus de 55 pour 100, tandis que d’autres donnent jusqu’à 66 pour 100.
- « La formation des roches de gneiss, dans l’Etat du New-Jersey, semble avoir été accompagnée par un abondant dépôt contemporain de minerai magnétique. Tantôt l’oxyde de fer, précipité des eaux qui le tenaient en suspension, s’est déposé en se débarrassant complètement des matières terreuses qui constituent la roche, et tantôt il est très-mélangé avec ces matières terreuses elles-mêmes; de là les variations de richesse que le minerai présente dans les différentes exploitations et souvent dans la même. Les couches horizontales, lors de leur formation, ont subi un relèvement tel, qu’aujourd’hui elles se présentent dans une position plus ou moins verticale.
- « On compte plus de 100 mines dans l’État de New-Jersey, mais il en est plusieurs qui sont, pour ainsi dire, insignifiantes. Mes investigations n’ont porté que sur les plus importantes, situées au voisinage de la ville de Dover. Ainsi je puis citer celle de Dickerson, où on exploite une couche qui, prise en masse, mesure de 12 à 40 pieds d’épaisseur (3m,60 à 12 mètres), mais qui, çà et là, renferme des parties stériles qu’en langage de mine on désigne sous le nom de horses (1); considérée dans une direction perpendiculaire à cette épaisseur, elle présente 150 à 200 pieds (45 à 60 mètres) et
- 1) Le mot horses, dont la traduction littérale est chevaux, n'a pas, dans l’acception où il est pris ici, d’équivalent français. (M.)
- Tome III. — 75e année, 3e série. — Mai 1876.
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- constitue, en quelque sorte, une masse aplatie qui plonge en profondeur sous un angle de 45 degrés environ. Le minerai est phosphoreux et rend au fourneau près de 66 pour 100; on en extrait ordinairement 20 000 tonnes par an.
- « Je citerai également la mine Hibernia, qui produit annuellement 48 000 tonnes. Le minerai s’y rencontre en couches séparées par des schistes à hornblendes ; ainsi j’ai vu deux couches, l’une de 8 pieds (2®,40) et l'autre de 6 fl“,80), entre lesquelles il y a une épaisseur de schistes de 5 pieds (lm,50). On m’a dît que le rendement du minerai était de 55 pour 100. Quiconque est familiarisé avec Part des mines comprendra qu’un minerai placé dans de pareilles conditions de gisement doit être dur et, par conséquent, cher à exploiter. Répartie sur tout le personnel, la production n’est que de 1,5 à 2 tonnes par tête et par jour. Les mineurs les plus habiles gagnent, par journée de huit heures, 7 sh. 6 d. (9 fr. 35). La redevance à payer est de près de 3 sh. par tonne (3 fr. 75), et il est probable que pour tout nouveau bail elle augmentera, car cette variété de minerai est très-demàndée par les maîtres de forges de la vailée Lehigh et des environs. Autant qu'il m’en souvient, le prix delà tonne, rendue au chemin de fer, varie de 17 sh. 6 d. à 22 sh. 6 d. (21 fr. 85 à 28 fr. 10).
- « Dans l’État de New-York, on exploite du minerai magnétique analogue, mais comme je n’ai pas eu l’occasion de le voir^je passerai outre pour parler du remarquable gisement de Cornwal en Pensylvanie, situé à 86 milles (environ 138 kilora.) nord-ouest de Philadelphie.
- « Au nord de New-Jersey on aperçoit quelque peu de trias, mais il ne se montre pas, que je sache, en Pensylvanie. Au point où les roches métamorphiques viennent s’adosser au grès triasique surgit une large masse de trapp, et, entre le trapp et le grès, s’élève une crête d’une longueur de trois quarts de mille (1200 mètres) sur une largeur moyenne de 500 pieds (150 mètres). Cette crête offre deux dépressions qui la divise en trois proéminences, désignées sous les noms de Big-hill, 5tiddle-hill, Grassy-hill, et dont la première, la plus élevée, a son point culminant situé à 350 pieds de haut (105 mètres). Des sondages pratiqués dans les dépressions dont nous venons de parler ont traversé le minerai solide jusqu’à des profondeurs de 50 à 179 pieds (15 mètres à 53“,70), et comme les 350 pieds de Big-Hill se composent également de ce même minerai, il serait bien possible que toute la masse de Big-Hill h’eût pas moins de 500 pieds d’épaisseur (150 mètres) sur une largeur encore plus grande ; mais nous nous en tiendrons, comme appréciation, àux 350 pieds qu’on exploite aujourd’hui. Un chemin de fer, partant du pied de là colline, la contourne en spirale, et l’exploitation se fait par étages le long de ce chemin, de manière à permettre de faire tomber directement le minerai dans les wagons. minerai est tendre et, par'Conséquent, si facile à attaquer par le fleuret, qu’un seul coup dé miné suffit à chaque homme pour abattre et charger 10 tormes par jour^ travail pour lequel-il reçoit 4 sh. 9 d. (5 fr. 90), soit moins de 0 fr. 60 par tonné. La mine* qu-i est plutôt une carrière, est exploitée par son propriétaire qui, par conséquent, n’a aucune redèvanceà payer; en
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- sorte que rainerai, qui ne lui revient probablement pas à beaucoup plus de 1 sb. (1 fr. 25) par tonne, se vend au prix de 17 sh. 10 d. (22 fr. 25), même en ce moment où les affaires sont très-mauvaises. La production annuelle a été de 220 000 tonnes, mais le gisement est tellement puissant, qu’on pourrait, si on le voulait, compter sur une extraction journalière de 5 000 tonnes.
- « Ce n’est que depuis ces dernières années que le minerai de Cornwall a été l’objet de demandes considérables. Il contient une si forte proportion de soufre que, par les temps secs, comme celui qu’il faisait lors de ma visite, on voit la roche recouverte de légères efflorescences de sulfate de fer. La présence de ce soufre rend le fer si rouve-rain (cassant à cbaud)vqu’on ne peut; l’employer qu’à l’état de mélange ; mais, d’un autre coté, il est complètement dépourvu de phosphore. En calcinant avec soin le minerai, on peut cependant en éliminer assez de soufre pour qu’il donne une fonte capable de passer en convertisseur Bessemer, d’où l’énorme augmentation de valeur qu’il a acquise dans ces derniers temps. La mine de Cornwall fournit en même temps, chaque année, 400 tonnes de minerai de cuivre d’une teneur de 20 pour 100.
- « Il m’a iété dit qu’une puissante compagnie, ayant des intérêts considérables dans le voisinage, ;avâit offert, sans succèsjJI millions sterling de cette mine (50 millions de francs). Je ne saurais ,dire jusqu’à quel point ce récit est exact, mais, en présence des richesses du gisement de Cornwall, on peut affirmer qu’il s’est fait à ce prix, des deux côtés de l’Atlantique, plus d’une affaire qui est loin de valoir ce que vaut celle-là.
- « Je terminerai ce que j’ai à dire du minerai magnétique, en indiquant qu’on en signale de riches gisements dans la Caroline du Nord et sur d’autres points, mais comme ils ne sont pas exploités et se trouvent éloignés des lignes de chemins de fer, je ne les ai pas visités; je n-ai pas vu davantage ceux qui existent dans les États de l'extrême Nord et, par conséquent, je ne puis en parler.
- ^ Le minerai de fer spéculaire.
- « Retournons maintenant vers le Nord et nous allons trouver les riches dépôts de minerai de fer spéculaire situés près du lac Supérieur, et dont la valeur est due à leur exploitation peu coûteuse, à leur abondance, ainsi qu’à leur qualité d’être exempte des éléments étrangers qui altèrent ordinairement la pureté des autres variétés de minerais. Je regrette de n’avoir pu, en raison de la saison trop avancée, visiter ce district si intéressant ; mais j’ai eu la bonne fortune de faire la connaissance d’une personne très-complètement au courant de toutes ses ressources, et c’est à son obligeance, que je me plais à reconnaître, que sont dûs les détails qui vont suivre.
- « La région qui fournit le minerai spéculaire du lac Supérieur est celle qui se trouve entre Marquette et Escouaba, sur la Greenbay; un chemin de fer relie ces deux localités, en sorte que, d’un, côté comme de l’autre, le minerai peut être embarqué.
- « Ici, comme pour les gisements de minerai magnétique de New-Jersey, ceux de fer spéculaire sont probablement le résultat de dépôts qui se sont effectués horizonta-
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- lement; mais les roches encaissantes, quartzite et jaspe, ont non-seulement subi un relèvement, mais ont encore été soumises à une pression latérale, d’où les larges masses de forme irrégulière sous lesquelles se présente le minerai, masses qui ont parfois 200 à 300 pieds de long (60 à 90 mètres) sur 50 à 100 de large (15 à 30 mètres) et 100 à 200 de profondeur (30 à 60 mètres). L’exploitation a lieu principalement à ciel ouvert. Les mineurs gagnent plus de 12 sh. (15 francs) par jour et les manœuvres environ 6 sh. (7 fr. 50); à ce taux, dans les meilleurs chantiers, la tonne extraite ne doit pas revenir à plus de 7 sh. (8 fr. 75), et son prix, mise en wagon, doit varier entre ce chiffre et celui de 11 sh. 6 d. (14 fr. 35). Il résulte du relevé que je possède du travail fait pendant cinq semaines consécutives, d’un haut fourneau alimenté par ce minerai, que le rendement le plus faible a été de 66,28 pour 100 et le plus élevé 67,60.
- « La production annuelle de ce district a déjà dépassé 1 million de tonnes. Ces données, jointes à cette circonstance que le minerai du lac Supérieur est assez pur pour servir à la fabrication de l’acier Bessemer, suffisent amplement à démontrer l’exactitude de ce que nous avons dit relativement à la valeur de ce gisement.
- « Qui ne connaît, ne fût-ce que de nom, Ylron Mountain (montagne de fer), ce célébré et puissant gisement de minerai spéculaire de l’État de Missouri ? Contrairement à son appellation, la montagne n’est cependant pas entièrement composée de minerai, comme l’est celle de minerai magnétique de Cornwell. A sa base se trouve un porphyre très-dur et de couleur foncée ; ce porphyre se rencontre de nouveau au sommet jusqu’à des profondeurs variant de 20 à 60 pieds (6 à 18 mètres), mais dans un état d’altération tel qu’on peut facilement l’entamer au couteau, et avec une teinte quia passé au chamois. Au milieu des assises les plus dures traverse une veine de minerai d’une épaisseur très-irrégulière, variant de quelques pieds jusqu’à 200 yards (182m,80); mais, dans ce dernier cas, il y a des passages de matières stériles. Je dois dire, cependant, qu’il m’a été donné de voir un chantier où le minerai, compact et pur de tout mélange, se présente sur une hauteur de 70 pieds (21 mètres) et une largeur de 50 (15 mètres). Là, l’assise de roche stérile qui recouvre cette masse imposante renferme quelques petits filets de minerai et, lorsqu’elle est désagrégée, on y trouve encore des blocs de minerai disséminés. Cette désagrégation est, d’ailleurs, des plus faciles, car, existant déjà en partie naturellement, il suffit pour la compléter de diriger sur la roche un courant d’eau. :
- « La plus grande quantité de minerai qu’on extrait, en une année, de ce gisement est de 300 000 tonnes. Le minerai proprement dit est très-dur à attaquer, et, comme les matières stériles, qui représentent à peu près trois fois autant de volume, donnent lieu à une main-d’œuvre importante, il en résulte que le travail utile ne peut guère s’estimer à plus d’une tonne par homme et par jour. Les ouvriers occupés à l’abatage gagnent de 4 sh. 6 d. à 5 sh. 3 d. (5 fr. 60 à 6 fr. 55) pour une journée qui, dans la saison d’été, est de onze heures. Le gisement appartenant aux exploitants, j’estime
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- que la tonne, chargée en wagon, ne doit pas revenir à plus de 7 sh. 6 d. (9 fr. 35). Malgré sa texture compacte, le minerai se laisse facilement réduire, car un haut fourneau ayant 40 pieds de hauteur (12 mètres) et 9,5 pieds de largeur (2“,85) aux étalages [boshë$y marchant â Pair froid, peut produire, par semaine, 100 à 120 tonnes de fonte grise, en consommant moins de 24 cwts (1 218 kil. 70) de charbon de bois par tonne. En employant de l’air modérément chaud, cette production peut s’élever à 150 tonnes pour moins de 21 cwts de combustible (1 066 kil. 30). Le minerai rend 65 pour 100.
- « Il y a, au voisinage de Tlron Mountain, d’autres gisements, parmi lesquels celui de Pilot Knob, que j’ai visité; J’y ai vu là une couche de minerai d’apparence régulière, présentant une inclinaison que j’estime à 25 degrés. Elle est comprise entre les assises d’un porphyre stratifié auquel parfois elle passe graduellement, et son épaisseur est d’environ 30 pieds (9 mètres). Comme la roche est très-dure et qu’elle recouvre le minerai sur une grande épaisseur, le prix d’extraction de la tonne doit être élevé, probablement de 10 à 11 sh. (12 fr. 50 à 13 fr. 75). Jusqu’ici les travaux se sont faits à ciel ouvert ; mais, comme la roche en recouvrement a fini par atteindre une hauteur de 100 pieds (30 mètres), on se prépare à continuer l’exploitation en galeries. Le minerai rend de 56 à 57 pour 100 et demande environ 25 cwts (1 269 kil. 50) dé charbon de bois par tonne de fonte produite.
- Le fer limoneux ou hématite brune.
- « Le minerai magnétique et le minerai spéculaire dont je viens de parler, quoique existant en quantités considérables, n’en constituent pas moins des amas isolés. Tout au contraire, les deux autres variétés de minerais dont il va être question sont remarquables, non-seulement en raison de leur abondance sur plusieurs points, mais encore à cause de la persistance avec laquelle certaines veines paraissent se prolonger à des distances do plusieurs kilomètres de pays. C’est ainsi, par exemple, que l’hématite brune, qu’on rencontre au voisinage des hauts fourneaux de Lehigh, en Pensylvanie, semble n’être-là qu’un simple prolongement des gisements qui commencent dans l’Alabama pour se diriger vers le Nord-Est, en traversant le Tennessee. Je décrirai ce minerai tel qu’il m’a été donné de le voir en différents endroits, à commencer par la Pensylvanie, où il apparaît dans les terrains d’alluvion, ainsi qu’au milieu de la roche partiellement décomposée qui repose immédiatement sous l’argile. Dans l’un et l’autre cas, on l’extrait très-facilement, mais il est toujours mélangé à des matières étrangères (terre ou pierre), dont la proportion s’élève tantôt de 15 à 20 et tantôt de 35 à 50 pour 100. Les plus gros blocs sont: enlevés à la main, et, quant au reste, on opère la séparation des parties stériles pat un lavage qu’on pratique au moyen d’un appareil composé d’un long auget horizontal, dans lequel tourne un arbre pourvu de
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- palettes disposées en spirales. Le rainerai, mis dans l’appareil, est remué par les palettes et lavé par un courant d’eau continu qui emporte, & l’état ;fie bpfe, une bonne partie des matières stériles; mais il est encore loin d'étre-pur.,,,par,.en;pehétat,..il ne rend que 30 à 35 pour tOO. Les propriétaires du sol, qui sont, en général, de petits fermiers, touchent une redevance variant de 1 sh. 10 d. à 2 sh. 10 d<;par tonne (2 fr. 25 à 3 fr. 50). Ce minerai n’est employé qu’à l’état de mélange et en proportion limitée, pour être traité avec le riche oxyde magnétique de New-Jersey. Rendue au hautfourneau, la tonne revient à 12 ou 15 sh. (15 ou 18 fr. 75). = ,
- « Dans l’ouest de la Virginie, j’ai visité un gisement d’hématite brune ayant indubitablement l’allure d’un filon régulier. Ce filon n’est-il que le simple prolongement d’un autre plus étendu? C’est ce que je ne saurais dire. Il a environ 24 pieds de largo (7"',20), et j’ai vu, dans un chantier d’exploitation, un front de taille qui n’avait pas moins de 40 pieds de haut (12 mètres). Au bas de la montagne, ,on a ouvert une galerie de niveau où on a rencontré le filon. Une vallée, qui a peut-être un mille de largeur (1 609 mètres), sépare cette exploitation d’une autre montagne sur le flanc de laquelle on aperçoit l’affleurement du minerai; d’où la probabilité qu’il n’y a là qu’un seul et même filon qui se prolonge d’une montagne à l’autre. Chaque mineur pouvant abattre et charger en wagon 3 tonnes par jour, gagne de 3 sh. 9 d. à 4 sh. 9 d. (4 fr. 65 à 5 fr. 90). Le minerai revient à 6 ou 8 sh. par tonne (7 fr. 50 à 10 francs)? et rend à la fonte environ 47 pour 100.
- « Tout le long de la route, depuis Buffalo-Gap jusqu’à Covington, à travers la chaîne de montagnes dite Blue Ridge Mountainsy on rencontre l’hématite brune et, sur quelques points, en quantités considérables, il en existe également des masses qui semblent énormes sur la ligne du chemin de fer d’Alabama et Chattanooga ; je n’affirme pas d’opinion à cet égard, car on n’a encore ouvert nulle part de travaux sur une assez grande échelle pour qu’il soit permis de juger, d’une manière certaine, de l’étendue du gisement. J’ai marché, pendant plusieurs centaines de mètres, le long des terrains affermés par la compagnie dite Alabama central iron Company ; ces terrains, situés à une basse altitude, ont été explorés par de petites excavations, et l’on a rencontré partout le minerai solide.
- « Un peu au sud de ce point, est un autre gisement qui appartient à la compagnie dite Pioneer iron Company. Il consiste en une colline de forme arrondie, sur la pente de laquelle, et à une distance de 150 à 200 pieds du sommet (45 à 60 mètres), on aperçoit à la surface des fragments d’hématite brune, en même temps qu’on remarque, sur certains points, le minerai en roche mis à nu par les cours d’eau. Sur la crête de la colline, la roche dénudée semble passer à une variété de minerai plus siliceuse. On a pratiqué des fouilles dans un ou deux endroits et on a trouvé, sur un front de taille, un minerai ayant une grande analogie avec celui de Sommorostro, en Espagne.
- « En quittant cette localité, j’ai parcouru 1 mille de pays (1 609 mètres) en pleine forêt, et à en juger parles blocs épars que j’ai rencontrés et par l’aspect des roches
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- ni
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- qui se montrent parfois à nu, les sommets des éminences voisines m’ont semblé également formés d’hématité brune.- * "
- « A Snake Creek Gap, près du chemin de fer de Selma, Rome et Dalton, j’ai eu l’occasion d’examiner une fouille faite dans un filon présentant, au nord, une largeur d’environ 50 pieds (15 mètres), et dont le minerai, chargé sur chariots, ne revenait guère a plus de 1 Sh. 6 d. par tonne (1 fr. 85). A mesure que s’élargissait la colline où ce filon est situé, le filon s’élargissait lui-même jusqu’à 500 pieds (150 mètres). Avec un baromètre anéroïde, J’ai mesuré Une différence de niveau de 120 pieds (36 mètres) entre le point où le filon se montrait dans les petits ravins et celui où il disparaissait au pied de la colline. Vers le sommet, le minerai semblait siliceux, comme celui de la Pioneer Iron Company % dont j’ai parlé plus haut.
- « Dans une usine où l’on traitait ce minerai, j’ai appris qu’il coûtait, rendu à pied-d’œuvre, 3 sh. 9 d. par tonne (4 fr. 65), et j’ai pu voir, d’après les livres mêmes, que son rendement était de 46 pour 100. Malheureusement, il contient 1 pour 100 de phosphore, ce qui le rend impropre à la fabrication de l’acier, défaut qu’on peut, je crois, reprocher en général à tous les minerais de cette espèce que renferme l’Amérique.
- « On voit, d’après tout ce que je viens de dire, que l’hématite brune se rencontre et s’exploité en Pënsylvàïiie aussi loin vers le Nord que le 41e degré, et que les derniers gisements que nous avons cités se trouvent sur le 33e parallèle de latitude. Si, comme* on me l’a affirmé/des filons de ce minerai existent tout le long de la région intermédiaire avec plus ou moins de Continuité, il en résulterait que l’Amérique posséderait 5 à 600 milles de territoire (environ 8 à 900 kilomètres) pouvant fournir une production indéterminée d’hématite brune.
- 1 L’hématite rouge.
- « Je n’ai vu, aux Etats-Unis, aucun minerai ressemblant, par ses qualités physiques, à cette variété fibreuse et mamelonnée qu’on trouve, en Angleterre, dans le Cumberland et le Lancashire. L’hématite rouge de l’Àlabama et du Tennessee, qu’on connaît mieux sous le nom de minerai rouge fossilifère (red fossiliferous ore), existe en couchés régulièrement stratifiées, au milieu des grès et des schistes qui reposent sur le caleairé silurien. ? ? ; , ii: v
- « Dans une de mes courses, j’ai fait l’ascension d’une colline de 3 à 400 pieds de hauteur (90 à 120 mètres), où j’ai vu les différentes formations prendre une inclinaison de près de 30 degrés. La roéhe supérieure est formée d’un grès qui, sur quelques points, n’a qu’une faible épaisseur, et par dessous se présente une couche de minerai fossilifère, dont l’épaisseur varie de 8 à 30 pieds (2m,40 à 9 mètres). J’ai parcouru, jusqu’à une certaine distànce‘, la crête de la colline où l’on voit une crevasse de 18 à 20 pieds (5m,40 à 6 mètres) s’oüvrant dans le minerai même. Malheureusement,ce mi-
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- 248 NOTES I)E VOYAGE,. — MAI 1876.
- nerai est extrêmement siliceux, au point qu’on ne peut l’employer, d’une manière avantageuse, que mélangé à d’autres variétés. En voici l’analyse,; ; L ,,.
- Silice.. . . . .7 . . . . 18,00
- Peroxyde de fer. . . . . . . 7. 77,50
- Chaw*. , - . . . 2,00
- Magnésie . . . . 0j50
- Alumine . . ... . . 1,50
- Acide phosphorique. . . . . , . 0,50
- 100,00
- « La couche n’est exploitée qu’à la profondeur de 8 pieds (2m,V0) à partir du toit, car les parties inférieures sont trop siliceuses et, en même temps, trop pauvres en fer. Le prix de la tonne, mise en wagon, est de 2 sh. (2 fr. 50), et le rendement au fourneau est de 50 pour 100.
- « Cette variété de minerai se poursuit sur une étendue de plusieurs kilomètres; peut-être sont-ce d’autres couches. Ainsi, à Rising-Fawn, situé à 130 milles plus loin au nord (209kilom,,170), on la retrouve dans une couche de 6 à 7 pieds d’épaisseur (1“,80 à 2m,10); mais la richesse en fer est faible, et les proportions d’alumine et de chaux sont plus fortes, ainsi que le prouve cette analyse qu’on m’a communiquée :
- Silice.................... . . . . . 9,00
- Peroxyde de fer........... ..... 50,00 soit 35 pour 100 de fer.
- Chaux................. ..... ... . . 35,00
- Alumine............v . .... . . 3,30
- Acide phosphorique. . . ...... . . 0,67
- Eau et différence. . . ... . . . . . . . 2,03
- 100,00
- « Naturellement, la couche étant relativement mince et l’épaisseur qui la recouvre considérable, on est obligé d’exploiter par galerie, ce qui élève le prix de revient de l’extraction, qu’on m’a dit être, sur un point, de 6 sh. 7 d. la tonne (8 fr. 20) et, sur un autre, de 10 sh. 4 d. (12 fr. 90).
- « On rencontre également en Géorgie le minerai rouge fossilifère, et il est à remarquer que, dans cet État comme dans l’autre, les veines se poursuivent du sud au nord sur une étendue de plus de 450 milles (724 kilom.) , en s’amincissant toutefois à mesure qu’on s’avance vers le nord. - ïml - *.**.?
- Le minerai de fer argileux.
- « Dans un pays où le terrain houiller occupe, ainsi que nous l’avons vu, une étendue aussi vaste, on doit s’attendre à rencontrer le minerai de fer argileux en abondance. C’est ainsi que, sur la Davis-Creek, près de Charleston, sur l’Ohio, en haut de
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- la rivière Elk et dans d’autres lieux, on m’a fait voir des couches de ce minerai encore vierges, ayante à 3 pieds d’épaisseur (0m,60 à 0“,90), et passant pour contenir au moins 36 pour 100 de métal. Mais le gisement qui dépasse tous les autres en importance est celui qu’on désigne sous le nom de Hanging-Rock et qui est situé près d’Iron-ton, sur l’Ohio. Là les travaux sont souterrains, et la couche s’y exploite sur une épaisseur moyenne de 12 pouces (,0“,30), qui s’élève quelquefois jusqu’à 3 ou 4 pieds (0m,90 ou lm,20). Au-dessus se trouve une couche d’argile de 4 pieds (lra,20) renfermant du minerai en rognons- Pour arriver aux hauts fourneaux le minerai parcourt une distance de 3 à 13 milles (4-,80 à 20,90 kilom.); il y arrive au prix de 11 sh. 3 d. à 15 sh. 6 d. par tonne (14 fr. 05 à 19 fr. 35) et fournit un rendement de 40 p. 100. Le mineur ne produit guère, par journée, que 15 cwts de minerai (760k,70), car l’abatage donne beaucoup de stérile; son gain est de 3 sh. 9 d. à 6 sh. (4* fr. 65 à 7 fr. 70). Aux environs de Hanging-Rock on compte 34 hauts fourneaux au charbon de bois, et 14 à la houille et au coke, lesquels sont, je crois, presque exclusivement alimentés avec le minerai argileux de cette région.
- Le minerai de fer dit black-Band (1).
- « On m’a fait traverser quelques kilomètres de terres incultes dans l’ouest de la" Virginie pour me conduire voir un gisement de la variété de minerai dit black-Band. La couche, attaquée seulement sur une étendue de quelques mètres, mesurait 6 à 7 pieds d’épaisseur (1“,80 à 2m,10). La partie inférieure était incontestablement du minerai; mais la partie-supérieure, sur 2,5 pieds (0m,75), n’en accusait guère qu’une proportion de 7,2 ; la partie voisine, sur 3,5 pieds (lm,05), que 27,27, et le reste 35,8. Une fouille pratiquée sur 4,5 pieds (1”,,35) n’aurait ainsi produit qu’une quantité de minerai ne pouvant rendre, après calcination, que 36 pour 100 environ de fonte.
- « Il n’est pas, que je sache, d’autre dépôt important de ce genre de minerai que celui de la vallée de Tusearawas; il alimente cinq ou six hauts fourneaux produisant une fonte qui passe pour être analogue, comme qualité, à celle qu’on fait près de Glasgow. Les couches qui forment ce dépôt n’occupent qu’une superficie très-limitée. Situées près du sommet des collines, elles viennent en recouvrement de la houille, et c’est en raison des phénomènes de dénudation qui ont produit les vallées, que le minerai ne se rencontre qu’en amas isolés.
- lies liant» fourneaux.
- « Maintenant que j’ai décrit, en termes généraux, les matières premières servant à la production du fer, je vais, si vous le voulez bien, vous parler des procédés suivis dans les usines de l’Amérique pour fabriquer la fonte ; mais, auparavant, je dirai, sur
- (1) C’est le minerai des houillères. ' (M.)
- Tome III, — 75e année. 3e série. — Mai 1876.
- 32
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- la manière dont on envisage, dans ce pays, cette question importante, quelques mots qui ne seront pas sans intérêt pour les membres de Yïron and steel lnstitute, toujours empressés de demander au concours de la science les perfectionnements que réclame leur industrie.
- « Je me hâte de le dire, là-bas comme ici, on sent vivement l’importance capitale de ce concours. De temps en temps paraissent, dans les différents comtés, d’excellentes publications faites sous la direction de fonctionnaires spéciaux, dits géologues de l’État. Ces publications, qui forment de gros volumes, renferment des rapports concernant les informations les plus récentes sur les ressources des différentes contrées de l’Union.
- « Les Américains favorisent largement tout ce qui concerne l’éducation des jeunes gens destinés un jour à diriger leurs établissements industriels. A cet égard, je citerai d’une manière toute spéciale la libéralité de quelques citoyens des États-Unis, consacrant au développement de l’éducation scientifique des sommes considérables, qu’ils versent de leur vivant pour ne pas léguer d’engagements à leurs héritiers, De ce nombre sont mon vénérable ami M. Peter Cooper, le fondateur du Cooper lnstitute de New-York ; M. Pardee, qui a récemment ajouté un magnifique bâtiment au Lafayette College, à Eaton; et M. Packer, qui a construit, à Bethlehem, un grand établissement où. l’éducation est donnée gratuitement. Je ne saurais quitter ce sujet sans accorder un mot d’éloge au Stevens lnstitute, à Hoboken, où, grâce à une collection d’appareils de la plus grande valeur, quelques-uns des professeurs les plus éminents viennent, en dehors de leurs leçons, se livrer à des recherches personnelles.
- « Quatre personnes ont contribué aux frais de ces quatre établissements, et ce n’est pas, je crois, dépasser les bornes de la vérité que d’évaluer à un demi-million sterling (12 millions 1/2) la somme totale qu’elles ont dépensée.
- « Le développement de l’éducation scientifique qui est dû à ces libéralités a des résultats qui se font sentir dans toute l’Union américaine. Les principes généraux qui sont la base des différentes opérations que comprend la sidérurgie, sont aussi bien compris là-bas que chez nous, et je suis persuadé que bien des maîtres de forges américains sont aussi familiarisés que les nôtres avec tout ce qu’a fait VIron and steel Ins-titute. Dès qu’un perfectionnement quelconque est signalé chez nous, il est de suite étudié en Amérique, et appliqué aussitôt que le besoin s’en fait sentir. En résumé, il serait impossible de trouver, en Amérique, une classe d’hommes plus dévoués à leur profession que celle des industriels qui s’occupent de mines et de métallurgie.
- « Pour décrire les hauts fourneaux d’un aussi vaste pays, je serai forcé de borner mes observations à celles qui ont le caractère le plus général. Dans ce but, je choisirai quelques-uns des grands centres métallurgiques ; ce sera le moyen de donner une idée bien nette des progrès accomplis et de permettre d’apprécier, jusqu’à un certain point, les avantages et les inconvénients qui en sont résultés.
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- l Hauts fourneaux de la Pensylvanie.
- « A l’époque où les moyens de communication n’avaient pas atteint le degré de développement qu’ils ont reçus de nos jours en Amérique, quiconque voulait établir des hauts fourneaux devait, avant tout, se préoccuper, d’une manière spéciale, des trois points suivants : facilité d’approvisionnement du minerai, ressources suffisantes en combustible situées à peu de distance, et, ce qui n’était pas moins important, proximité d’une population capable de fournir des bras, et d’un marché pouvant recevoir les produits de la fabrication.
- « A cet égard, les États de New-Jersey et de New-York étaient parfaitement dotés avec leurs minerais de fer magnétique, leurs bois, qui couvraient alors des étendues de pays, et le voisinage des villes, qui s’élèvent non loin de la mer. Mais lorsque les forêts primitives furent épuisées, lorsque la possibilité d’alimenter les hauts fourneaux avec l’anthracite, en même temps que les avantages de l’emploi do l’air chaud furent démontrés par nos compatriotes. David Thomas et William Firmstone, les vallées où coulent les rivières Lehigh,Dolaware et Susquehanna furent choisies comme les centres les plus favorables pour recevoir le combustible, ainsi que les minerais de New-Jersey et autres localités. Pour faciliter les transports, la navigation fluviale fut améliorée par des travaux 'd’endiguement et par la création de canaux, puis les chemins de fer vinrent plus tard, et c’est grâce à cet ensemble de conditions favorables que les régions que nous venons de Citer sont devenues, dans ces derniers temps, des centres métallurgiques d’une grande importance.
- « Nous ferons toutefois remarquer que la fabrication de la fonte, dans ces régions, ne présente, au point de vue des transports, aucun avantage sur celle de nos districts d’Écosse, du Staffordshire ou dû Cleveland. Ainsi:
- Le prix du transport de la houille aux rives de la rivière Lehigh par tonne de fonte est d'environ. ............6 sh. — 7 fr. 50
- Le prix du transport du minerai de New-Jersey est souvent de. . . ....................10 sh. = 12 fr. 50
- Total. .... 16 sh. = 20 fr. 00
- « J’ai calculé que, dans le district du Cleveland (nord de l’Angleterre), le coût total du transport du minerai, de la castine et du combustible est, par tonne de-fonte, -à peu près la moitié de celui qu’ont à payer les maîtres de forges de la Pensylvanie. v « Quant aux hauts fourneaux proprement dits, si l’on fait la part des changements rendus nécessaires par les conditions climatériques qui ne sont plus les mêmes, on peut dire, en les comparant aux nôtres, qu’ils ne présentent pas de différences qui méritent d’être signalées. Le mode de chargement des matières premières ressemble à celui du nord de l’Angleterre. Naturellement, la question la plus importante à exami-
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- 252 NOTES DE VOYAGE* -r MAI 1876.
- ner est celle de la consommation du combustible, et, à cet égard, je suis forcé d’avouer que les maîtres de forges de Lehigh sont peut-être un peu en arrière de nous. A l’époque où j’étais là-bas, des fourneaux de 55 pieds de haut (16“,50) sur 17 à 18 pieds de largeur (5m,10 à 5m,40) aux étalages, traitant un minerai d’une teneur de 50 p. 100, consommaient, par tonne de fonte, 35 cwts d’anthracite (1 777 kilog.) avec 12 cwts de castine (609k,30). J’attribue, en partie, cet excès de consommation à l’insuffisance de température du vent; les pyromètres en usage accusaient bien 1 000 degrés Fahr. (537°,80 C.), mais, en réalité, il devait y avoir moins, car la température réelle était incapable de fondre le zinc, dont le degré de fusion est, comme on sait, bien inférieur au chiffre de 1 000 degrés. La raison principale de cette grande consommation réside dans l’insuffisance de hauteur des fourneaux; mais, sous ce rapport, on ne doit pas être étonné que les maîtres de forges qui ne consomment que de l’anthracite aient hésité à suivre l’exemple de quelques maîtres de forges anglais. Le combustible qu’emploient ces derniers a l’avantage, grâce à sa dureté et à sa compacité, d’arriver en gros morceaux non désagrégés jusqu’au creuset du fourneau, tandis que l’anthracite se brise sous l’action de la chaleur et se tasse tellement qu’il exige, dit-on, même dans un fourneau d’une hauteur modérée, une pression de vent de 7 à 10 livres (0m,35 à 0m,50 de mercure). !
- « Cependant un ou deux maîtres de forges ont été assez hardis pour tenter d’établir des fourneaux de 72 pieds de haut (21m,60) et ont parfaitement réussi dans leur expérience, car ils n’ont plus consommé que 25 cwts de combustible (1269liK,50) par tonne de fonte. Je ne dis pas qu’avec une hauteur plus grande et avec un vent un peu plus chaud, on ne pourrait pas faire mieux encore ; mais, en tout cas, relativement à la qualité du charbon employé, on peut déjà regarder ce résultat comme très -satisfaisant.
- « Quant aux salaires ils étaient, à l’époque de ma visite, au moins pour les ouvriers de choix, inférieurs à ceux que nous donnons, car les fondeurs recevaient 8 sh. 6 d. (10 fr. 60), tandis que ceux du nord de l’Angleterre gagnent 10 à 12 sh. (12 fr. 50 à 15 francs); mais ce qui nous permet, en somme, d’avoir, par tonne de fonte, des frais de main-d’œuvre bien inférieurs à ceux qu’on dépense en Pensylvanie, c’est que, pour un même travail, nous employons moins de bras, que nous fabriquons davantage et que notre installation est, jusqu’à un certain point, mieux entendue.
- « Les machines soufflantes ont, là-bas, un aspect imposant ; la puissance qu’elles ont et qui pourrait sembler exagérée est motivée par la nécessité de fournir toujours du vent à une haute pression. La coutume, autrefois, étant d’avoir des gueulards ouverts, la prise des gaz se faisait par les côtés, et, pour éviter les pertes, on installait les chaudières et les appareils à air chaud sur des plates-formes élevées à la hauteur de 25 pieds (7m,50) et même plus. C’est peut-être à ce mode d’installation, qui a l’inconvénient d’éloigner davantage des tuyères les appareils à air chaud, qu’il faut attribuer l’insuffisance de température du vent à son entrée dans les hauts fourneaux.
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- « La production hebdomadaire en fonte grise des hauts fourneaux de 55 et 60 pieds (16“,50 et 18 mètres) peut être évaluée à 200 tonnes, et celle des fourneaux plus élevés à 300 tonnes. •>' " ' ’ ‘ -
- 1 ‘ ‘ Hauts fourneaux du lac Champlain.
- « La richesse des minerais de ce district permet d’économiser l’anthracite, qui coûte, rendu aux hauts fourneaux, 24 sh. la tonne (30 francs); on en consomme à peu près 25 cwts (1 269kiU,50) par tonne de fonte.
- « A Crown-Point et à Cedar-Point on a, récemment, établi de nouveaux fourneaux parfaitement construits, dont l’un a 60 pieds de haut (18 mètres), l’autre 70 pieds (21 mètres), et munis, tous deux, des appareils Whitwell. La lourdeur du marché n’a cependant pas permis de mettre en feu les fourneaux de Cedar-Point, en sorte qu’on ne saurait encore juger de l’avantage que peut présenter, pour le traitement des minerais de cette région, l’emploi du vent surchauffé dans des fourneaux de grandes dimensions; tout ce qu’on peut dire, c’est qu’avec une consommation de 24 cwts d’anthracite (1 218kU\70), et même avec un minerai d’une teneur de 60 pour 100, il ne semble pas y avoir beaucoup de place pour les améliorations. Les chefs d’équipe gagnaient ici 8 sh. 10 d. par jour (11 francs), mais on leur avait annoncé une réduction ... de salaire.
- , :T Hauts fourneaux du lac Supérieur.
- « Les hauts fourneaux du lac Supérieur emploient exclusivement le charbon de bois; la consommation est d’environ 18 cwts (914 kilog.) par tonne de fonte; mais, en raison du déchet, on compte sur 20 cwts (1 015kiL,60). Le rendement du minerai dépasse 64 pour 100, et la réduction en est si facile, qu'un fourneau de 41,50 pieds de haut (12m,45) sur 9,5 pieds de largeur (2m,85) aux étalages peut produire, en moyenne, par semaine, 250 tonne de fonte n° 1 bonne pour acier Bessemer ; 1 cwt (50kll-,75) de castine suffit par tonne de fonte. Le salaire des fondeurs est de 10 sh. (12 fr. 50) par jour et le coût de la main-d’œuvre, par tonne de métal, s’élève à 9 sh. (11 fr. 25).
- Hauts fourneaux de Cleveland.
- « On a choisi la cité de Cleveland et ses environs, sur le lac Érié, comme un point central convenable pour y construire des hauts fourneaux destinés au traitement des minerais du lac Supérieur avec la houille dite block-coal de Briar-IIill, près Young-stown. Le prix du transport du minerai à pied-d’œuvre, y compris les frais de chemin de fer et le fret d’Escoüaba à Cleveland, est de 15 à 16 sh. (18 fr. 75 à 20 francs)
- ; par tonne ou de 22 sh. 6 d. à 24 shillings (27 fr. 50 à 30 fr.) par tonne de fonte pro-: duite. Celui de la houille est au moins de 9 sh. (il fr. 25) par tonne de fonte, en sorte que le total des frais de transport des matières premières, castine comprise, s’élève à près de 35 sh. (43 fr.;75) par tonne de métal. ; • . • , . ; •
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- « Les fourneaux ont, en général, 62 pieds de haut (18m,60) et produisent environ 300 tonnes par semaine. La houille leur revient à 13 sh. 6 d. par tonne (16 fr. 85) et ils en consomment 2,25 tonnes par 1 000 kilogr. de fonte. Quelquefois on la mélange avec du coke de Connellsville qui, rendu à l’usine, ne coûte pas moins de 17 sh. 6 d. la tonne (21 fr. 85), tant il vient de loin. Les chefs d’équipe gagnent? sh. 6 d. par jour (9 fr. 35), et la tonne de fonte coûte, en main-d’œuvre, 9 à 10 sh. (11 fr. 25 à 12 fr. 50).
- Hauts fourneaux des vallées de Shenango et de Mahoning.
- « Les usines de ces deux groupes trouvent, dans leur voisinage même, la houille dont elles ont besoin; mais comme le minerai du lac Supérieur qu’elles traitent doit passer par Cleveland City, il y a lieu de payer un transport supplémentaire; quoi qu’il en soit, le transport de leurs matières premières leur revient, en somme, à quelques francs meilleur marché par tonne de fonte.
- « Les hauts fourneaux que j’ai visités ne sont pas aussi grands que ceux de Cleve-land-City et n’emploient pas un vent aussi bien chauffé ; ils produisent, chacun, 250 à 275 tonnes par semaine. On y emploie, en général, la houille crue sur le pied de 50 cwts (2 539 kilogr.) par tonne de fonte, mais quelques maîtres de forges préfèrent y ajouter une certaine. proportion de coke de Connellsville qu’ils tirent du district de Pittsburg. Les chefs d’équipe gagnent 7 sh. à 7 sh. 6 d. par jour (8 fr. 75 à 9 fr. 35), et la main-d’œuvre de la tonne produite varie de 8 sh. 6 d. à 10 sh. 6 d. (10 fr. 60 à 13 fr. 10).
- Hauts fourneaux de Pittsburg.
- « Le combustible qu’on emploie dans cette région est le coke de Connellsville, qui revient, à pied-d’œuvre, au prix de 9 sh. par tonne (11 fr. 25). C’est, en réalité, grâce à cette circonstance et à la position qu’elle occupe sur l’Ohio que Pittsburg doit son importance au point de vue métallurgique, car le seul transport du minerai du lac Supérieur ne lui coûte pas moins de 25 sh. par tonne (31 fr. 25), et celui du coke 4 sh. 6 d. (5 fr. 60). On fait également venir quelques minerais de Ylron Mountain (Missouri), mais son transport par chemin de fer coûte presque aussi cher que celui du minerai du lac Supérieur. Il en résulte que, sur le prix total de revient de la tonne de fonte, il faut compter de 35 à 40 sh. (43 fr. 75 à 50 francs), rien que pour le transport des matières premières.
- « Les anciens hauts fourneaux ont de 45 à 55 pieds de haut (13m,50 à 16m,50) et produisent 200 à 250 tonnes par semaine, en consommant 27 à 28 cwts de coke par tonne (1 371 à 1 421li,*,85). Les autres fourneaux ont 60 pieds (18 mètres et donnent 300 à 380 tonnes par semaine,
- « A l’époque même de ma visite, on a mis en feu deux nouvelles usines construites
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- sur le modèle de celles du nord de l’Angleterre ; à cette égard, il convient de dire que les métallurgistes qui ont vu ce qui a été fait sur les rives de la Tees, ont su mettre à profit les résultats que notre expérience nous a donnés dans les comtés de Durham et de Yorkshire. Les usines dont nous parlons, désignées sous les noms d’Isabella et de Lucy, comprennent des hauts fourneaux de 75 pieds de haut (22m,50), avec une largeur de 20 pieds aux étalages (6 mètres). Comme les propriétaires de ces établissements ne font pas un secret de leur fabrication, je suis persuadé qu’il me pardonneront de répéter ce que tous les journaux ont dit des chiffres considérables de leur production. S’il est parfaitement vrai que, dans quelques-unes de nos usines du district du Lancashire, un seul fourneau ait été jusqu’à produire 700 tonnes dans une seule semaine, la moyenne générale du rendement n’en est pas moins, pour cela, de 200 tonnes, tandis qu’elle n’esl pas moins de 600 tonnes et même plus dans les établissements d’Isabella et de Lucy.
- « Rien, dans la construction des fourneaux de ces établissements ni dans la conduite des opérations, ne trahit une supériorité quelconque, lorsqu’on les compare à ceux de notre district de Middlesbrough ; le vent y arrive avec une température à peine aussi élevée que celle qu’on lui donne dans le nord de l’Angleterre. Tout le secret de cette supériorité de production réside dans le volume injecté de cet air et dans sa haute pression, qui est de 8 à 9 livres (0“,40 à O®^ de mercure). Il faut, sans doute, tenir compte également de la grande facilité de réduction des minerais qu’on y traite, comme c’est le cas pour les hauts fourneaux situés près de Marquette, qui sont alimentés au charbon de bois, mais rien ne me prouve que la production extraordinaire dont il s’agit ne soit pas achetée par une augmentation de consommation de combustible de 5 cwts et plus (253lI1-,90); le coke dont on se sert revient sans doute à très-bon marché, mais on n’en consomme pas moins de 28 à 30 cwts par tonne de fonte (1 421lil-,80 à 1 523àa-,40).
- « Le salaire des chefs d’équipe est de 9 sh. à 9 sh. 6 d. par jour (11 fr. 25 à 11 fr. 85); mais, malgré le bas prix du combustible, la tonne de fonte revient encore assez cher, en raison du prix élevé du minerai, qui coûte 40 sh. la tonne (50 francs).
- Hauts fourneaux de la région de Hanging-Rock.
- « Les usines de cette région sont situées sur les deux rives de l’Ohio, partie dans l’État de ce nom et partie dans le Kentucky. La houille provient des environs d’Iron-ton, mais la meilleure est tirée de la rive méridionale de la rivière, à une distance de 8 à 9 kilomètres des usines. La castine est trouvée au voisinage immédiat, où on l’extrait d’une couche de 5 à 6 pieds d’épaisseur (1”,50 à 1®,80). Le minerai de fer est également sur les lieux, en sorte que, au point de vue de la distance, les matières premières se trouvent dans une position plus favorable que partout ailleurs. De plus, les hauts fourneaux ont l’avantage d’être situés sur l’Ohio, qui, dans cette région, a un large cours et offre de grandes facilités au transport des produits.
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- « Une bonne partie de la fonte est faite au charbon dé bois. J’ai visité un des hauts fourneaux alimentés par ce combustible; il a 43 pieds de haut (12m,90) sur 11 pieds de largeur aux étalages (3m,30) et produit, avec une alimentation à l’air chaud, 100 tonnes de fonte de moulage par semaine ; mais il consomme beaucoup de charbon, environ 28 à 30 cwts par tonne (1 421kU-,80 à 1 523kil,,40).
- « Quant aux hauts fourneaux qui marchent à la houille, c’est à l’état cru qu’ils emploient ce combustible. Leurs dimensions sont variables; quelques-uns ont jusqu’à 66 pieds de haut (19m,80), produisent 280 tonnes de fonte grise par semaine et absorbent 42 à 48 cwts.de houille par tonne (2132kil-,75 à 2 437\45). Les chefs d’équipe touchent 7 sh. 6 d. par jour (9 fr. 35), et le coût de la main-d’œuvre, par tonne, est de 9 sh. 6 d. (11 fr. 85).
- « A l’époque de ma visite on élevait près de la ville, et pour le compte de la Société dite Etna lron Company, deux hauts fourneaux dont les plans étaient conçus de manière à réaliser les perfectionnements les plus modernes. Ils doivent avoir une hauteur de 87,50 pieds (26m,25) sur un diamètre de 18,50 pieds au ventre (5m,55) et, d’après une application du système Ferrie, être munis, près du gueulard, de chambres de cuisson pour la houille ; enfin le vent doit être chauffé par des appareils Whitewell. Les résultats que donneront des hauts fourneaux ainsi établis ne manqueront pas d’être intéressants.
- Hauts fourneaux d’Indiana.
- « Il m’a été impossible de visiter ce district, mais un des maîtres de forges de la localité a bien voulu me communiquer les renseignements suivants. Les hauts fourneaux ont environ 62 pieds de haut (18m,60) et produisent près de 260 tonnes par semaine, se partageant en 2/3 de fonte de moulage et 1/3 de fonte pour forge. L’avantage qu’ils ont, c’est d’avoir à leur portée la houille dite block-coal pour traiter principalement les minerais du Missouri et du lac Supérieur ; leur consommation en combustible est, en y comprenant 1/5 de coke, de 26 cwts (1 320\30) par tonne de métal. Le minerai du Missouri revient à l’usine à 38 sh. la tonne (47 fr. 50) et celui du lac Supérieur à 26 sh. (32 fr. 50). Les chefs d’équipe touchent 9 sh. 5 d. par jour (11 fr. 75), et le coût de la main-d’œuvre par tonne de fonte est de 7 sh. 6 d. (9 fr. 35). D’après ces renseignements, il me semble que les hauts fourneaux d’Indiana, qui traitent les minerais du Missouri et du lac Supérieur, peuvent entrer en concurrence avec l’une quelconque des régions que j’ai visitées.
- Hauts fourneaux du Missouri.
- « Il y a près de Saint-Louis, sur les rives du Mississipi, des hauts fourneaux, dits fourneaux de Carondelet, qui, en raison du prix élevé du minerai, sont tous éteints. En voyant la situation si favorable dans laquelle ces usines sont placées par rapport à cet immense fleuve, la facilité avec laquelle elles peuvent se procurer les riches et
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- abondants minerais du Missouri, et leur peu d’éloignement des houilles d’Indiana et autres lieux, on a lieu de s’étonner de leur état de chômage, quand on voit dans leur voisinage marcher d’autres usines du même genre qui, au point de vue de la production économique de la fonte, ne sont pas placées dans de meilleures conditions. Certains hauts fourneaux de cette région ont 62 pieds de haut (18m,60) et produisent, m’a-t-on dit, 320 tonnes par semaine en consommant, par tonne, 28 cwts (1 421kn,,85) d'un mélange par moitié de coke et de houille crue. Il est un fourneau, le Jupiter, qui n’a pas moins de 75 pieds (22m,50) sur 20,75 de largeur aux étalages (6m,20), mais qu’on n’a pas encore mis en feu. :
- « Sur la rive gauche du fleuve, la société métallurgique Meir Iron Company a fait ériger deux fourneaux de 60 pieds (18m,00) de haut sur 17 de large aux étalages (5m.10), dont le vent doit être chauffé par des appareils du système Whitwell.
- Hauts fourneaux des Etats du Sud.
- « Telle qu’elle est aujourd’hui, la production de la fonte dans la Caroline, la Virginie occidentale, le Tennessee, l’Alabama ou la Géorgie ne saurait donner une idée du rôle que peuvent être appelés à jouer un jour ces différents Etats comme centres métallurgiques. Quelles que soient leurs ressources naturelles, des considérations d’ordre social et, jusque dans ces derniers temps, l’absence de chemins de fer, et dans certains cas, de voies navigables, ont empêché de progresser des entreprises dont le succès dépend, avant tout, de la facilité et du bon marché des transports.
- « Jusque dans ces dix dernières années, la main-d’œuvre, dans la région méridionale extrême du territoire dont nous nous occupons, était presque exclusivement fournie par des esclaves, qu’on supposait plus aptes aux travaux de l'agriculture qu’à ceux de l’industrie. Il semblerait, d’ailleurs, que la nature du sol et du climat, ainsi que le caractère de la population ouvrière, aient poussé de préférence les capitalistes vers la culture du coton, leur fortune consistant surtout en terres et en esclaves, et ne leur offrant pas, par conséquent, les moyens de construire des hauts fourneaux, à la conduite desquels ils devaient être probablement complètement étrangers.
- « Quoi qu’il en soit, il est un fait certain, c’est que bien que les usines soient nombreuses dans les Etats du Sud, la production de la fonte a toujours été très-faible ; établies, d’ailleurs, sur une petite échelle, ces usines n’ont encore consisté qu’en des fourneaux isolés de dimensions insignifiantes et forcés, jusque dans ces derniers temps, de demander exclusivement aux forêts le combustible nécessaire à leur alimentation. - ^
- « Les distances qui séparent le combustible du minerai, et qui sont plus ou moins grandes dans certains districts métallurgiques des Etats-Unis, sont si favorables dans quelques parties de l’Alabama, de la Géorgie, du Tennessee et de la Virginie occiden-Tome 111. — 75* année. 3* série. — Mai 1876. 33
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- taie, que plusieurs localités de ces provinces sont vraiment aussi heureusement partagées que bon nombre de celles que j’ai visitées en Europe. Comme exemple, je citerai la portion de territoire qui renferme, à l’ouest, le bassin houiller Warrior. Entre ce bassin et celui qui porte le nom de Cahawba, se trouve la vallée dite Jones Walley, qui n’a que quelques kilomètres de large, et dans laquelle on trouve l’hématite brune et le minerai rouge fossilifère dont nous avons déjà parlé. Comme on le voit, la houille borne là à l’est et à l’ouest, sur une étendue de plusieurs kilomètres, des dépôts de minerai de fer d’une abondance extrême, en même temps que, sur la lisière orientale du bassin Cawhaba, se trouvent non-seulement d’autres gisements abondants d’hématite brune mais encore, au voisinage immédiat, une riche source de castine fournie par le calcaire silurien.
- « Malgré toutes ces conditions favorables créées par la nature pour faciliter la production économique de la fonte, on peut dire qu’en fait de travaux, on n’a, pour ainsi dire, que constaté l’existence des richesses minérales que nous venons d’énumérer. La raison en est sans doute dans certaines difficultés d’ordre social, qui devront disparaître pour que les Etats du Sud prennent la position que doivent incontestablement leur assurer quelque jour les richesses naturelles qu’ils possèdent.
- « Les sentiments de jalousie qui existaient entre le Nord et le Sud, et qui ont pris un caractère si aigu pendant la guerre de sécession, s’apaisent chaque jour de plus en plus et ne tarderont pas à disparaître tout à fait, à en juger, comme j’ai eu l’occasion de le faire, par la cordialité qui règne dans les relations entre individus ayant naguère combattu dans des rangs opposés. Les capitaux et l’éducation scientifique venant des Etats du Nord et autres lieux finiront par pénétrer dans le tSud ; alors les cbemins de fer, qui languissent encore aujourd’hui faute de trafic, pourront, grâce à un développement d’activité industrielle le long de leur parcours, contribuer à améliorer dans une large mesure les districts qu’ils traversent.
- « Les salaires, dans les Etats du Sud, sont encore peu élevés, comparativement à ceux de la Pensylvanie, de l’Ohio, etc.; mais vienne la métallurgie à se développer, et le nivellement ne tardera pas à se faire. A ce sujet, je ne dois pas omettre de mentionner le vif intérêt que j’ai pris à voir, à certains hauts fourneaux alimentés au charbon de bois, des nègres travaillant en hommes libres là même où ils étaient autrefois esclaves. Mes propres observations, aussi bien que les fréquentes conversations que j’ai eues sur les lieux, tendraient à prouver que cette race, autant que la population qu’elle représente puisse le permettre, est loin d’être impropre à servir dans les travaux métallurgiques.
- « Quiconque a suffisamment réfléchi et a étudié convenablement les conditions qui concourent à la production économique du fer et de l’acier, sait qu’il reste bien peu de chose à dire lorsqu’on a examiné le haut fourneau dans ses rapports avec les matières premières et les produits qui en découlent, les matières premières fournissant les données nécessaires à l’établissement du prix de revient, et les produits permettant
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- d’apprécier la valeur de la marchandise. En passant rapidement en revue, comme j’ai été forcé de le faire, les ressources en combustibles et en minerais de fer que possèdent les Etats-Unis, j’espère en avoir assez dit et m’être expliqué avec assez de clarté pour permettre à ceux qui ont bien voulu m’écouter de se former une opinion.
- « Je ne saurais cependant me dispenser de vous apprendre à quel point en sont nos amis d’Amérique dans les procédés de conversion de la fonte en fer malléable et en acier.
- Des Forges catalanes.
- « Je mentionnerai, au point de vue historique, les rares usines où l’on produit directement du fer malléable par le traitement du minerai dans cet appareil rudimentaire qu’on nomme forge catalane (catalan fire), et qui n’est que le précurseur du haut fourneau. L’une de ces usines, située à Ticonderoga, sur le lac Champlain, a fourni, en 1874-, une production de 1 000 tonnes.
- Des Forges.
- « L’étendue considérable du réseau des chemins de fer de l’Amérique, jusqu’ici alimenté en partie parles forges anglaises et en partie par les forges du pays, nécessite, chaque année, le réemploi d’une grande quantité de rails hors de service, qu’on est alors obligé de renvoyer aux laminoirs. Il en résulte que la quantité de fonte puddlée pour rails est comparativement moindre que la nôtre, tandis qu’au contraire, chez nous, qui exportons une grande partie de nos vieux rails, le rapport entre les quantités fabriquées de fer pour rails et de fer destiné à d’autres usages est moins grand qu’il ne l’est de l’autre côté de l’Atlantique.
- « C’est, à Johnstown, aux forges de Cambria, qu’on trouve à la fois le plus grand nombre de fours à puddler. D’après les rapports de Ylron and Steel Association, ces fours ne peuvent pas fournir plus de 600 tonnes de fer par semaine ; mais l’usine produit, par année, 100 000 tonnes de rails tant en fer qu’en acier.
- « Les mêmes rapports établissent qu’il y aux Etats-Unis 899 fours à puddler doubles et 2 063 fours simples, dont la production totale par année ne peut dépasser 2 millions de tonnes de fer puddlé, soit environ 1,75 million de tonnes de fer fini.
- « Souvent on ajoute dans le four à puddler une forte proportion de minerai du lac Champlain ou autre minerai riche (500 à 1 000 livres, soit 226k,50 à 453 kilog. par tonne de fonte), en sorte que l’opération du puddlage produit une quantité de fer égale à celle de la fonte traitée ; mais lorsque l’opération est pratiquée comme en Angleterre, le rendement en fer est le même que chez nous.
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- localités :
- le prix de la main d’œuvre payée pour le puddlage dans différentes
- sh. a. fr. c.
- Vallée Lehigh 21 9,00. . 27,15
- Cleveland 22 7,50. . 28,25
- Youngstown 22 7,50. . 28,25
- Pittsburg 22 7,50. . 28,25
- Vallée Schuylkill. . . . 24 5,00. . 30,50
- Cincinnati 22 7,50. . 28,25
- Indianopolis . 23 3 à 24 6,00. . . . 29 fr. 05 à 30,60
- Chicago 19 11,75. . 24,92
- Saint-Louis 24 6,00. . 30,60
- Chattanooga. ...... 23 6,00. . . 30,60
- Troy 19 0,00. . , 23,75
- « La quantité de travail produit et la consommation de combustible sont à peu près les mêmes que les nôtres, mais en raison principalement du taux élevé des salaires ci-dessus relaté, qui est environ le double du nôtre, en raison également de l’infériorité dans la production du fer, le prix de la main-d’œuvre dans la forge est supérieur de près de moitié à celui de la nôtre.
- « Sachant tout l’intérêt que Ylron and Steel Institute attache au puddlage mécanique et les vœux qu’on doit former pour le voir se substituer au puddlage ordinaire à bras, je n’en ai que plus de regrets de ne pouvoir rendre compte d’une manière satisfaisante des progrès qui ont été faits à cet égard en Amérique.
- « A l’exception de un ou deux appareils isolés, l’application du procédé de puddlage mécanique de Dank n’a été faite que dans quatre usines (1), et encore faut-il dire que dans deux de ces usines, les fours ont dû être démolis, en raison des interruptions continuelles auxquelles donnait lieu l’usure des pièces mécaniques de l’appareil.
- « Les deux forges où le système Dank fonctionne encore sont celle du chemin de fer à Cincinnati, placée sous la direction de M. Dank lui-même, et celle de MM. Graff, Bennett et comp., à Pittsburg. M. Dank a toujours la plus grande confiance dans le succès définitif de son invention, et cette confiance est partagée par M. Bennett, ainsi que par le directeur de son usine, M. Williams. Dans l’une comme dans l’autre forge, l’opération semblait, à l’époque de ma visite, donner les meilleurs résultats ; mais il est à remarquer que les fours ne fonctionnent pas la nuit.
- « D’après mes impressions, j’estime qu'on en sait aujourd’hui assez du puddlage rotatif pour prédire avec confiance le succès définitif de ce système ; il y aura lieu, sans doute, d’apporter des modifications notables à l’appareil lui-même, tel que M. Dank nous l’a décrit lors de la réunion que nous avons tenue à Dudley; mais il
- (1 j Le procédé Dank a été décrit dans le Bulletin, 2e série, t. XIX, p. 361, et t. XX, p. 365.
- (M.)
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- n’en subsistera pas moins ce fait, que par la substitution du puddlage mécanique au puddlage à bras, une fois réalisée définitivement, l’inventeur aura rendu un service important, non-seulement en perfectionnant le four lui-même, mais en permettant d’opérer sur des masses plus considérables de métal. A cet égard, il est juste de faire la part du concours apporté dans la réalisation du problème par ceux qui dirigent l’établissement de MM. Gaff, Bennett et comp.
- « La méthode généralement suivie pour traiter les loupes obtenues par le puddlage à bras consiste à les soumettre d’abord au cinglage, puis à les faire passer au laminoir, qui, dans les nouvelles forges, se compose d’un train à trois cylindres. Les laminoirs finisseurs, par lesquels on termine, comprennent en général également trois cylindres, et les supports, au lieu d’être assujettis grossièrement comme autrefois sur les plaques de fondation, sont aujourd’hui presque partout des pièces planées et ajustées avec soin, comme il en est de tous les organes d’une machine bien construite. Comme exemple d’une remarquable installation de ce genre, je citerai le magnifique établissement qu’on construit à Phœnixville. La toiture couvre plus de 6 acres de terrain (2,40 hectares), sur lesquels seront installés neuf trains de laminoirs, qu’alimenteront des fours Siemens capables d’une production de 100 000 tonnes par an.
- « Je ne pense pas qu’il soit utile de vous entretenir longuement de la qualité et de la forme des fers qu’on fabrique aux Etats-Unis ; personne ne s’étonnera qu’avec des minerais tels que ceux dont je vous ai parlé, ces fers ne soient d’excellente qualité; comme nos voisins de France et de Belgique, les Américains produisent de grandes quantités de fer à double X pour les constructions. A Phœnixville, on fait des barres de différentes dimensions, en forme de quart de cercle, avec rebords de chaque côté. Quatre barres de même dimension étant réunies et assemblées par leurs rebords, percés pour recevoir des rivets, constituent des poutres tubulaires à quatre nervures qu’on emploie beaucoup dans la construction des ponts.
- « A Pittsburg, MM. Jones et Mac Laughlin font des fers laminés à froid (cold rolled iron). Des barres rondes sont passées à froid au laminoir jusqu’à ce qu’elles deviennent polies, et c’est ainsi qu’on peut, sans autre façon, les employer comme tiges de piston.
- « Je ne saurais terminer cette esquisse rapide de la fabrication du fer en Amérique sans mentionner l’ingénieuse machine inventée par feuM. Burden, de Troy, pour fabriquer les fers à cheval. Une roue hydraulique, qui est probablement la plus grande qu’on connaisse dans le monde, et qui n’a pas moins de 60 pieds de diamètre (18m,00) sur 22 de largeur (6m,60), avec des augets de 6 pieds de profondeur (lm,80), donne le mouvement à six trains de laminoirs. Les barres de fer rouge sont converties directement en fers à cheval, dont le prix est de 21 livres par tonne (525 fr.) ; 400 tonnes de fer brut passent chaque semaine aux laminoirs.
- >, [La fin prochainement.)
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- PROCÈS-VERBAUX. — MAI 1876.
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 11 février 1876.
- Présidence de M. Dumas, Président.
- Correspondance. — M. le Président de l’Académie des sciences fait parvenir à la Société cent exemplaires de YInstruction 'pratique publiée par la commission du phylloxéra, sur les moyens à prendre pour le combattre.
- Cette instruction pratique sera envoyée à MM. les membres du Conseil et aux membres correspondants du comité de l’agriculture, et elle sera insérée dans un des plus prochains numéros du Bulletin. (Voy. cahier d’avril 1876, p. 191.)
- M. Wallon, ministre de l’instruction publique, vient d’instituer, sur le vœu de M. Y Ambassadeur d’Angleterre, un comité chargé de prendre part, au nom de la France, à l’exposition d’appareils scientifiques qui doit avoir lieu prochainement à Londres. Ce comité se compose de
- MM. Dumas, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences;
- Le Verrier, membre de l’Académie des sciences, directeur de l’Observatoire ;
- Faye, membre de l’Académie des sciences, président du Bureau des longitudes ;
- le général Morin, membre de l’Académie des sciences, directeur du Conservatoire des arts et métiers ;
- Tresca, membre de l’Académie des sciences
- Fremy, id.
- Becquerel, id.
- Jamin, id\
- Daubrée, id.
- de Quatrefâges, id.
- Peligot, id.
- Bouley, id.
- On trouvera au secrétariat de la Société les programmes de cette intéressantes exposition, dont s’occupent déjà un grand nombre de nos artistes.
- M. Telliez, rue des Fossés-Saint-Jacques, 11, à Paris, demande à faire à la Société une communication sur le mode de culture des pommes de terre d’hiver dont il est inventeur. (Agriculture.)
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- MM. Bruno et Magniat, rue de Nantes, 4, h Paris, envoient le prospectus de leur mastic calorifuge franco-universel. (Arts mécaniques.)
- M. Idrac (J.), fabricant de parquet, à Toulouse; description du procédé qu’il emploie, depuis plusieurs années, pour la dessiccation des bois, procédé qui lui a fourni les meilleurs résultats. (Arts économiques.)
- M. Maingaud, propriétaire-directeur des mines métalliques de Saint-Jean-du-Gard (hôtel du Louvre, à Paris), envoie deux notes lithographiées sur les avantages que l’exploitation de ces mines doit procurer. (Arts chimiques.)
- M. Paul Soleillet, rue Monjardin, 8, à Nîmes (Gard), envoie diverses études relatives à l’établissement d’un chemin de fer d’Alger à Saint-Louis par Tumbouctou. (Commerce.) . > •
- MM. Constant (L.) etcomp., rue deNeuilly, 48, à Clichy-la-Garenne (Seine), soumettent à l’examen de la Société le produit qu’ils fabriquent et vendent sous le nom de tartriphage, pour la désincrustation des chaudières. (Arts mécaniques.)
- M. Joly (Romain), rue de Louviers, 194, à Candebec-lès-Elbeuf, demande à être admis à concourir pour le prix d’Argenteuil, comme inventeur d’un produit chimique neutre pour détruire les corps végétaux qui se trouvent dans la laine non tissée ou tissée. (Arts chimiques.)
- M. Thomas (Alexandre), ancien employé de la marine, boulevard de Vaugirard, 7 bis, à Paris, envoie la copie d’un rapport qu’il a adressé le 27 septembre dernier à M. le Ministre des travaux publics, pour lui présenter un instrument destiné à permettre de constater la profondeur des sondages faits en mer et la nature du fond. Ce mécanisme peut aussi s’appliquer à déterminer la vitesse des navires. (Arts mécaniques.)
- M. Harman (Y.), box 1199, Sait lake city, Utah, U. S., annonce qu’il possède un filon de mica d’une grande beauté, et il demande si cette matière est employée en France. (Arts économiques.) '
- M. le Président demande au Conseil d’examinèr les moyens employés pour imprimer les billets de commerce et les chèques. Ces procédés sont insuffisants pour empêcher toute tentative de fraude, parce que l’encre d’écriture est détruite par des agents qui sont sans action sur la partie imprimée. Il y a trente ans, on a proposé de faire l’impression du billet avec une encre de même nature que celle qui sert à écrire les sommes. Ce moyen simple paraissait devoir atteindre le but, mais il ne fut pas adopté. MM. Dumas, Poncelet et Séguier se sont occupés de ce sujet important, et M. le Président possède, en ce moment, les documenls qui sont relatifs à ces études, et dont il compte faire le dépôt dans les archives de la Société. (Arts économiques.)
- MM. les Secrétaires signalent dans la partie imprimée de la correspondance les pièces suivantes :
- M. Henri Cerhuschi : la monnaie bimétallique, numéros 6 et 7. (Comité du commerce.)
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- M. Cotard (Ch.), ingénieur, chemin de fer central-asiatique, communication faite à la Société de géographie, brochure in-8.
- M"*® E. L., un pensionnat d’apprentis ou quelques moyens pratiques d’améliorer la moralité et le bien-être de tous, brochure in-18.
- Correspondants. — M. le Président présente au Conseil les lettres de remercî-ments, pour nominations au titre de correspondants, qu’il a reçues de :
- M. Sella (D.), ancien ministre des finances, à Rome, correspondant du comité du commerce.
- M. Mevissen (G.), conseiller intime du commerce, ancien président de la Chambre de commerce de Cologne, correspondant du même comité.
- Sir Henri Cole K. C. B., correspondant pour le comité des arts économiques. A cette lettre est joint un exemplaire de l’instruction sur les écoles pour la propagation de la musique en Angleterre.
- M. Dufour, professeur à Lausanne, correspondant des arts économiques.
- M. le Président présente aussi au Conseil un Mémoire sur les puits de gaz, en Pen-sylvanie, que M. Laurence Schmith, correspondant pour le comité de chimie, a bien voulu envoyer à la Société en texte original et en traduction française.
- Rapports des comités. — Tissus pour ameublements. —M. Alcan fait lire au Conseil un rapport rédigé, au nom du comité des arts mécaniques, sur les procédés de fabrication dont l’industrie des tissus pour ameublements est redevable à M. Mourceau (rue de Rome, 45).
- Le comité propose d’adresser des remercîments à ce manufacturier et d’insérer au Bulletin le rapport auquel cette communication a donné lieu, avec le dessin des brefs des tissus qui y sont mentionnés.
- L'es conclusions de ce rapport sont approuvées par le Conseil.
- Horlogerie électrique. —M. Duméry présente, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur les moyens que M. de Laguerenne emploie pour procurer à diverses horloges une concordance parfaite et pour organiser, à très-peu de frais, une horloge publique.
- Le comité des arts mécaniques est d’avis qu’il y a lieu de remercier M. de Laguerenne de la présentation de son horloge électrique et d’ordonner l’insertion au Bulletin du rapport auquel cette communication a donné lieu, avec les dessins qui l’accompagnent.
- Ces conclusions sont approuvées par le Conseil.
- Sériciculture. — M. Boitel lit, au nom du comité de l’agriculture, un rapport sur la graine des vers à soie de Casabianda (Corse) et sur la fabrication de cette graine, que M. Lièvre y a créée.
- Le comité d’agriculture propose de signaler à l’attention des éducateurs les résultats remarquables obtenus à Casabianda, dont l’origine est due à l’initiative et aux
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- méthodes employées par M. Lièvre, et d’insérer le présent rapport au Bulletin de la Société.
- M. Peligot fait remarquer qu’il s’agit ici, non pas d’une graine spéciale formant une race susceptible de résister à l’infection des maladies auxquelles le ver à soie est sujet, mais d’une localité et d’un ensemble de circonstances, plus ou moins inconnues, au milieu desquelles une graine parfaitement exempte de causes de maladies, comme paraît l’avoir été à l’origine la graine fournie par Mme Roccaserra, peut conserver toute son intégrité et ses qualités premières. C’est une oasis dans laquelle les maladies des vers à soie n’ont pas encore pénétré, mais qui pourrait perdre totalement ses privilèges si on cherchait à y élever des cocons avec une graine en partie infectée.
- Après ces observations, ies conclusions du rapport sont adoptées par le Conseil.
- Communications. — Acclimatation d’espèces nouvelles de maïs. — M. Boitel présente à la Société des épis de maïs caragua et dent de cheval cultivés en Corse et donnant des grains de toute beauté et d’une maturité parfaite. On sait que ces deux variétés, originaires de l’Amérique centrale, mûrissent difficilement en France. Les cultivateurs, qui se servent de ces variétés si précieuses pour la production des fourrages frais ou ensilés, emploient généralement des graines qui viennent de l’Amérique et qu’on paye à des prix très-élevés. Plusieurs expériences sérieuses, tentées sur certains points de la Provence, en Algérie et en Corse, semblent démontrer que ces deux variétés importantes pourront désormais se reproduire en France sans aucune dégénérescence. Dès lors on doit espérer que la semence de ce fourrage deviendra plus abondante et moins chère dans le commerce. L’acclimatation de ces nouvelles variétés intéresse plus particulièrement les contrées où l’on éprouve de grandes difficultés à obtenir des racines pour l’alimentation du bétail. Le fourrage de maïs caragua et dent de cheval ne le cède en rien à la betterave sous le rapport du rendement, et, conservé par l’ensilage, il remplace parfaitement les racines pour la nourriture des animaux pendant l’hiver.
- Puits de gaz en Pènsylvanie. — M. Laurence Schmith, correspondant de la Société, lui envoie les renseignements suivants sur l’état actuel des puits de gaz de la Pensylvanie orientale.
- Situation. — Les principaux puits sont situés dans le comté de Butler (Pensylvanie), latitude 40° 30’, longitude 80°; dans les comtés avoisinants se trouvent également des puits, mais de moindre importance. On sait, depuis plusieurs années, qu’en creusant dans ces régions jusqu’à certaines profondeurs, le gaz se dégage avec violence, mais les avantages pratiques qui résultent de ce phénomène n’attirent une sérieuse attention que depuis quelques mois.
- Les puits de gaz les plus abondants sont ceux connus sous les noms de puits de Burns et de Delamater.
- Puits de Burns et de Delamater.— Séparés par moins d’un demi-mille, ils sont situés dans le comté de Butler, à 7 milles de Butler (nord-est), à 15 milles environ du
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- puits de Hardy (Larden’s Mills, dans le même comté), dont le gaz est conduit à Pitts-burg, aux usines de Spang-Chalfant et comp. et de Graff-Benett et comp. A vol d’oiseau, ces deux puits sont à 30 milles environ de Pittsburg. Leur profondeur est de 1 600 pieds environ, car ils ont été forés jusqu’à la quatrième couche de sable, si bien connue, au moins de nom, de tous ceux que préoccupe la question du pétrole.
- Le puits de Burns n’a jamais, croyons-nous, donné d’huile, mais celui de Delama-ter, foré d’abord jusqu’à la troisième couche de sable, était un puits à pétrole de 1600 pieds; creusé ensuite jusqu’à la quatrième, il donna du gaz dont la pression était telle que des sondes d’environ 800 kilogrammes purent être retirées du puits à la main. Chacun de ces puits a 5 5/8 pouces de diamètre.
- Le puits de Delamater est le plus remarquable; il produit près du double de celui de Burns, et fournit de la lumière et du combustible à tous les environs, y compris la ville de Saint-Joe. Il est situét dans une vallée entourée de hautes montagnes, qui réfléchissent et concentrent la lumière produite par le gaz. Plusieurs conduites partent de ce puits; l’une conduit le gaz directement au cylindre d’une forte machine motrice qui, par la seule pression, acquiert une prodigieuse vitesse, et si on allume le gaz qui s’échappe du tuyau de dégagement, il se produit une flamme immense. Un autre tuyau, près du hangar de la machine, alimente une autre flamme, capable de réduire autant de minerai de fer .que la moitié des hauts fourneaux de Pittsburg n’en mettent en œuvre par jour. A 20 mètres plus loin est l’écoulement principal du puits; d’un tuyau de 3 pouces jaillit une colonne de feu de 40 pieds de hauteur, dont le bruit fait trembler les collines. Dans un rayon de 50 pieds, la terre est brûlée; mais plus loin, la végétation est aussi abondante et vigoureuse que dans les tropiques et semble jouir d’un été perpétuel. Par une nuit calme, le bruit peut s’entendre à 15 milles.de distance; à 4 milles, on dirait un train de chemin de fer passant sur un pont peu éloigné ; il augmente au fur età mesure qu’on se rapproche et devient semblable au bruit que ferait un millier de locomotives laissant échapper la vapeur.
- A un huitième de mille, il ressemble au grondement continu du canon. La voix humaine peut à peine se faire entendre, et la flamme s’élance dans les airs jusqu'à une hauteur de 70 pieds, comme un clocher d’église embrasé. En hiver, les collines environnantes sont couvertes de neige ; mais à 2 acres autour du puits, l’herbe est verte et en pleine végétation, sauf tout près, où la terre ressemble à de la lave éteinte. À une certaine distance, on voit les troupeaux et le bétail se chauffer et brouter l’herbe, qui paraît sortir d’une serre chaude.
- Composition et pression du gaz. —La'composition et la pression de ce gaz ont été examinées avec soin par O. Wath. Il est presque entièrement composé d’hydrocarbure de la composition C4 H6, mélangé avec une petite quantité d’oxyde de carbone et d’acide carbonique ; sa puissance éclairante est de sept bougies et demie, celle du gaz de charbon étant à peu près de seize. Sa puissance calorifique est, à poids égal, de 25 pour 100 environ plus forte que celle du bon charbon bitumineux.
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- Au puits, dans un tuyau de 5 pouces 5/8, la pression est de 100 livres par pouce carré. Dans un plus petit tuyau, elle dépasse 200 livres, et si, par un tuyau de 2 pouces, on conduit le gaz jusqu’à Freeport, qui est à 15 milles du puits, la pression se trouve réduite de 200 à 125 livres. D’où l’on peut conclure, qu’en employant un tuyau de
- 5 pouces 5/8 et une pression originaire de 100 livres, la perte occasionnée par le frottement dans le trajet du puits à Pittsburg (35 milles) ne dépasserait pas la moitié, et que la pression serait encore de 50 livres par pouce carré à Pittsburg.
- La vitesse ascensionnelle du gaz est, en chiffres ronds, de 1 700 pieds par seconde, et si on multiplie ce chiffre par la surface du tuyau, 17 pouces carrés , on trouve un débit de 289 pieds cubes par seconde, ou de 17 340 pieds cubes par minute, ou bien, en chiffres ronds, de 1 million de pieds cubes par heure.
- La quantité de gaz fournie journellement est donc de 1 408 tonnes environ. Si on prend en considération que, pour l’usage des hauts fourneaux, la combustion du gaz est bien plus complète que celle du charbon bitumineux, et que la chaleur effective produite est de 25 pour 100 plus grande, en supposant la combustion complète dans les deux cas, on peut être assuré que les chiffres ci-dessus sont certainement inférieurs à la réalité.
- On estime le rendement du puits, en combustible, à plus de 3 millions de kilogrammes par jour.
- Le puits de Burns fonctionne depuis plus de 300 jours, et a produit l’équivalent de plus de 300 millions de kilogrammes de charbon bitumineux.
- Durée des puits de gaz. —Tout ce que nous pouvons dire à ce sujet, c’est que, dans la région de l’huile supérieure, des puits ont fourni du gaz pendant douze années, sans aucune diminution apparente. Un puits, à Fairview, a alimenté de combustible plus de cent machines pendant cinq ans, et sa production est aujourd’hui la même que le premier jour.
- Application économique de ce gaz.— L’art de tirer parti de cette immense quantité de combustible est encore dans l’enfance. Le gaz provenant des deux puits les plus connus n’est employé qu'aux usages ci-dessus mentionnés. A Pittsburg, deux usines à fer prennent le gaz du puits de Harvey, situé à 15 milles de la ville; c’est la plus grande application faite jusqu’à ce jour.
- Ce dernier puits, creusé dans la deuxième couche, a une profondeur de 1 200 pieds ; son diamètre est de 5 pouces 5/8. Le tuyau qui conduit le gaz à Pittsburg est de
- 6 pouces, mais il est très-mince, et les raccords sont faits d’une façon si imparfaite qu’il y a de très-grandes fuites; à l’arrivée, la pression est donc beaucoup réduite. A ces usines, on se sert du gaz pour puddler le fer, et on prétend qu’il endommage moins le fourneau que le charbon, et qu’on obtient une économie de quatre heures par fournée.
- Une compagnie s’est constituée pour forer des puits dans la ville de Pittsburg, sur le côté septentrional du Monongahela, et va immédiatement commencer ses travaux ;
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- une autre se forme pour opérer les mêmes travaux sur le côté sud; enfin, une troisième, avec un capital de 2 500 000 francs, se propose d’amener à Pittsburg le gaz des puits de Delamater et de Burns, éloignés de 35 milles.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société : M. Evrard, opticien, à Paris ; M. Lacour, industriel, à Paris.
- Séance du 25 février 1876.
- Présidence de M. Baude, Vice-Président.
- Nécrologie. —M. le Président annonce la perte importante que la Société vient de faire de M. le baron Séguier, l’un de ses vice-présidents, qui a fait partie du Conseil pendant quarante-trois ans et en a été un des membres les plus zélés et les plus laborieux.
- Il rappelle en quelques mots ses principaux travaux : sur les chaudières à vapeur, sur la photographie, sur l’horlogerie, sur les balances monétaires, sur le chemin de fer à rail central dont il fut l’inventeur, sur les effets de la poudre de guerre et sur la balistique. Membre d’une famille illustre dans la robe depuis plus de trois cents ans, il quitta, pour la science, la magistrature dans laquelle il était entré ; mais il se voua surtout à la science appliquée et voulut être habile lui-même dans l’exécution des machines dont il s’occupait. L’Académie des sciences le comptait au nombre de ses membres libres, et la Société d’encouragement lui doit un grand nombre de Rapports et de Mémoires sur les points les plus importants de la mécanique appliquée. Tout le monde se rappelle le zèle consciencieux qu’il montrait et l’extrême bienveillance qu’il apportait dans ses relations avec les membres du Conseil.
- Une autre perte non moins douloureuse vient de frapper la Société et son Conseil d’administration. M. Adolphe-Théodore Brongniart, de l’Académie des sciences, professeur au Muséum d’histoire naturelle, membre du comité de l’agriculture dans le Conseil, vient d’être enlevé à la science et à ses nombreux amis.
- Ses remarquables travaux sur la physiologie végétale, sur l’histoire des végétaux fossiles et sur plusieurs autres parties importantes de la botanique sont connus de tous les savants. Mais la Société d’encouragement connaît surtout l’homme aimable et bienveillant qui, abandonnant le champ de la science pure, objet de ses plus chères études, a partagé ses travaux pendant vingt-sept années. Elle le retrouve dans les conseils éclairés qu’il a donnés, dans la sympathie affectueuse pour les horticulteurs qu’il a montrée lors de la visite que le Conseil a faite à l’établissement du Fleuriste de la ville de Paris, dans l’éloge qu’il a prononcé à la mort de Vilmorin, et dans les Mémoires dont il a enrichi son Bulletin. Elle joindra son nom dans ses souvenirs à la mémoire vénérée d’Alexandre Brongniart, son père, qui, avant lui, faisait partie du Conseil de la Société.
- Correspondance. — M. Baude présente, de la part de M. Dumas, qui n’a pas pu
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- assister à la séance, un Mémoire sous le titre de : Etudes sur le phylloxéra et sur les sulfocarbonates, qui contient les travaux que l’auteur a faits, sur ce sujet important, au laboratoire des hautes études de l’École centrale des arts et manufactures, et le résumé des expériences pratiques faites, en divers lieux, au même point de vue.
- . En remerciant le Président de la Société de l’envoi de ce Mémoire, le Conseil désire que Y Instruction pratique sur les moyens à employer pour combattre le phylloxéra, publiée par la commission du phylloxéra, sous l’inspiration de ces études, soit imprimée à la suite du compte rendu de la séance, pour en répandre le plus possible les préceptes.
- M. Gallet (Y.), à Neuilly, rue Perronet, 23; Note sur un procédé pour l’amélioration de la fabrication industrielle du fer et de l’acier. (Arts chimiques.)
- M. Couturier (M.), géomètre, attaché au service de la Compagnie du chemin de l’Est, rue du Faubourg-Saint-Martin, 161; Étude sur quelques moyens à employer pour empêcher les écrous des machines de se desserrer. (Arts mécaniques.)
- M. Boutin (Jean-Marie), horloger, rue David, 10, à Laon, annonce 1° qu’il est possesseur d’une machine à tailler les limes en tout genre; 2° qu’il a installé un télégraphe imprimant, simple et peu coûteux, qui offre divers avantages. Cette communication est renvoyée au) comité des arts mécaniques pour la première partie et au comité des arts économiques pour la deuxième.
- M. Bai °rère (Benjamin), rue de Rennes, 119 bis, à Paris, demande que la Société fasse examiner un appareil, qu’il a inventé, pour le levage des pierres. (Arts mécaniques.)
- M. Mallat (J. B.), fabricant, rue Chariot, 7, à Paris, présente la description, le dessin et le modèle en relief d’un appareil pour la construction d’un tunnel propre à relier la France à l’Angleterre et à traverser les fleuves sans entraver la navigation. (Arts mécaniques.)
- M. Gjauthier (Raphaël), propriétaire, avenue Suffren, 18, à Paris; système d’abri pour garantir les vignes et les arbres fruitiers contre les gelées printanières. (Agriculture.)
- M. Bernardini (A.), directeur des Écoles supérieures de commerce et d’industrie de Rouen, envoie, avec une lettre exposant le but de ces institutions, le compte rendu des travaux de l’année 1874-75 ; le programme des cours de l’École spéciale de commerce, celui des cours de l’École spéciale d’industrie et les programmes d’admission dans ces deux écoles. (Commission du Bulletin.)
- M. le Président de la commission du phylloxéra adresse à la Société d’encouragement sept brochures imprimées par les soins de cette commission.
- Instruction pratique sur les moyens à employer pour combattre le phylloxéra ;
- Compte rendu de la séance du comité de Cognac ;
- Pays atteints par le phylloxéra en 1874;
- Extraits des Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des sciences ;
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- Note sur la composition et les propriétés physiologiques des produits du goudron de houille, par M. Dumas;
- Rapport sur les réclamations au sujet du décret relatif à l’importation, en Algérie, de plants d’arbres fruitiers et forestiers, par M. Bouley;
- • Indications générales sur les vignobles des Charentes, par M. Maurice Girard.
- Renvoi de ces pièces au comité d’agriculture.
- M. Touzard (J.) présente, au nom de la Société des polders de l’Ouest, une Notice sur les polders de la baie du mont Saint-Michel, qui doit être jointe aux pièces que cette Société a présentées pour le concours relatif aux endiguements et dessèchements en 1875. (Agriculture.)
- La Société havraise d’études diverses envoie un volume in-octavo contenant le recueil des publications qu’elle a faites dans la quarantième année de ses sessions.
- Dans ce recueil on remarque, au point de vue des sciences physiques, un Mémoire important de M. Marchand (Eugène) sur la force chimique contenue dans la lumière du soleil.
- Rapports des comités. — Echafaudages. — M. Paliard lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur les échafauds que M. Bomblin présente à la Société.
- Le comité des arts économiques propose de remercier M. Bomblin de sa communication, et d’insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu.
- Ces conclusions sont approuvées par le Conseil.
- Communications. — Marques de fabrique. — M. le comte de Maillard de Marafy fait, au nom du syndicat de Y Union des fabricants pour la protection des marques de fabrique, une communication sur le but de cette association et sur les progrès réalisés récemment dans le régime international des marques de fabrique. (Cette communication paraîtra au Bulletin.) »
- Nomination de membres. — M. Bacot, ingénieur civil, est nommé membre de la Société.
- Séance du 10 mars 1876.
- Présidence de M. Dumas, Président.
- Correspondance. —M. Cacheleux (À. F.), chef de station télégraphique, rue des Vieilles-Haudriettes, 6, à Paris : appareil pour l’échange des dépêches sans arrêt de train sur les voies ferrées. (Arts mécaniques.)
- M. de Saint-Simon Sicard, place Saint-Michel, chez M. Allard, à Marseille, ou à Paris, chez M. Pagès (Abel), rue des Grands-Degrés, 7 : lampe inexplosible pour la combustion du pétrole. (Arts chimiques.)
- M. Lieuté fils (A. C.), rue Godefroy, 20, à Puteaux : appareil mécanique qui a pour objet de remplacer le tireur et la terrine dans l’impression des étoffes. (Arts mécaniques.) *
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- M. Dupont, rue d’Ulm, 11 : frein automatique à action instantanée pour les trains de chemins de fer. (Arts mécaniques.)
- M. Meunier (L.), ébéniste, cours de Vincennes, 9 : procédé pour le sauvetage des personnes en danger pendant les incendies ; demande d’une annuité de brevet. (Arts économiques.)
- MM. Favray et Gruyelle : appareil pour le sauvetage, par les fenêtres, des personnes en danger en cas d’incendie. (Arts économiques.)
- MM. Brassai père et fils, fabricants de tapis à Rodez, présentent les tapis-draps teints et imprimés qu’ils fabriquent couramment, depuis 1873, pour faire concurrence aux tapis-feutre anglais. Ils demandent à être compris parmi les concurrents au grand prix d’Argenteuil. (Arts mécaniques.)
- M. Paillard (Léon), à Etampes : Mémoire sur la construction d’une machine à gaz employant le gaz produit par la vapeur d’eau passant sur du charbon incandescent. (Arts mécaniques.)
- M. Selmi (F.), professeur à l’Université royale de Bologne, annonce qu’il est inventeur d’un procédé pour la fixation de l’azote de l’air sous forme assimilable, et il demande si le concours institué par la Société pour la solution de cette question est encore ouvert.
- On a répondu à M. Selmi que le concours est clos, mais que la Société accorde des récompenses aux progrès réalisés dans l’industrie, quelle que soit l’époque à laquelle ils sont signalés à son attention ; que, par conséquent, il pourra lui faire connaître ce procédé quand bon lui semblera.
- M. Durand (Emile), directeur du journal le Gaz, envoie un exemplaire spécimen de ce journal, et neuf ouvrages in-18 reliés qu’il a publiés sur l’industrie du chauffage et de l’éclairage par le gaz.
- MM. les Secrétaires signalent, dans la partie imprimée de la correspondance, des détails intéressants sur l’acier chromé, sa fabrication, ses propriétés, les essais auxquels il a été soumis, les avantages qu’il présente, relatés dans la livraison n° 101, 21 février 1876, du Bulletin du comité des forges de France.
- Rapport annuel pour 1874 du bureau des directeurs de l’Institution Smithsonniene, 1 vol. in-8° ;
- Questions philanthropiques, par M. le comte de Beaufort; Paris, 1875, 1 vol. grand in-8° ;
- Bulletin des travaux de la Société industrielle d’Elbeuf, 1872-73-74-75.
- M. Mangon présente les communications suivantes :
- M. Decauville aîné, agriculteur à Petit-Bourg (Seine-et-Oise) : Mémoire sur le porteur universel en fer qu’il a organisé pour les exploitations agricoles. Il a remarqué que le labourage à la vapeur a pour résultat de diminuer la quantité des chevaux et des bœufs. Cela n’a que des avantages en Angleterre, où les produits du sol sont, en général, des grains ou des fourrages ne formant pas plus de 7 h 8 000 kilogrammes par
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- hectare, qui sont enlevés dans la belle saison ; mais, en France, la culture des racines, et surtout de la betterave, a pris une grande extension. Il s’agit, à la récolte, de rentrer 60 à 80 000 kilogrammes par hectare, pendant la saison pluvieuse et dans une terre labourée à la vapeur jusqu’à 50 centimètres de profondeur. Cette opération exige une quantité d’animaux de trait qu’il est très-difficile de réunir.
- M. Decauville a résolu cette question en étudiant un petit chemin de fer mobile analogue à celui que M. Corbin a organisé, mais tout en fer, par conséquent plus solide sans être beaucoup plus cher ni plus lourd, avec des wagonnets à quatre roues, des plaques tournantes portatives, des passages à niveau, et autres détails de construction préparés à l’avance et étudiés dans leurs moindres détails.
- Il demande que la Société veuille bien nommer une commission pour examiner, chez MM. Feray et comp., le fonctionnement de ce chemin de fer, et, dans l’ensemble de sa construction, au concours agricole au palais de l’Industrie, où il est exposé. (Renvoyé au comité de l’agriculture.)
- M. Albaret, constructeur d’appareils pour l’exploitation agricole, à Liancourt-Ran-tigny (Oise), présente un Mémoire et des dessins sur une nouvelle combinaison d’engrenages permettant de multiplier simplement et rapidement un effort ou une vitesse et de les rendre variables à volonté. Ces combinaisons ont déjà reçu un certain nombre d’applications, etM. Albaret en signale plusieurs exemples dans le matériel agricole qu’il construit. (Arts mécaniques.)
- M. Laureau (Jules) et comp., au Kerrievel, près Lorient : Mémoire sur l’exploitation des détritus de poisson, provenant des établissements de Bretagne pour la salaison du maquereau et la préparation du thon et des sardines.
- Ces détritus, qui étaient jusqu’ici une matière encombrante, sont assez considérables pour occuper d’une manière continue une machine à vapeur et un nombreux personnel. Ils sont utilisés, maintenant, jusqu’à la dernière parcelle, à produire des engrais divers pour la partie solide, des engrais liquides pour la saumure et lès eaux d’égouttage, et des corps gras qui sont livrés, pour la purification et l’emploi, aux industries qui emploient ces matières premières. (Comité de l'agriculture.)
- M. le Président présente deux volumes grand in-4°, que M. Spottiswoode (William), correspondant de la Société pour le comité du commerce, a bien voulu envoyer à la Société.
- C’est une statistique des propriétaires fonciers de l’Angleterre et du pays de Galles v en 1873, à l’exclusion des parties purement urbaines, et notamment de la métropole.
- Ce bel ouvrage a été dressé par les soins du Local Government Board, et présenté au Parlement. Une préface de M. John Lambert, directeur de ce bureau, donne de très-intéressants détails sur les circonstances auxquelles est dû cet important travail.
- Modification des statuts de la Société. — M. le Président présente l’ampliation officielle du décret de M. le Président de la République, approuvant la modification des statuts que la Société avait demandée. Il donne lecture de ce décret et, pour se
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- conformer à la demande de M. le Ministre de l’agriculture et du commerce, par qui la notification de cette décision a été faite, il propose au Conseil l’acceptation de ce décret et sa transcription, ainsi que celle des nouveaux statuts, sur les registres de la Société. Cette double proposition, mise aux voix, est adoptée à l’unanimité. Ces documents seront aussi insérés dans un des plus prochains numéros du Bulletin, et les expéditions officielles seront classées dans les archives de la Société. (Voy. plus haut p. 217.)
- , Membres correspondants. — M. ffeimendahl (Alexandre), président de la Chambre de commerce de Crefeld, correspondant de la Société pour le comité du commerce, écrit pour exprimer ses remercîments au sujet de cette nomination.
- - M. Guignet, professeur à l’École polytechnique de Rio-Janeiro (Brésil), écrit aussi pour remercier de sa nomination au titre de correspondant de la Société pour le comité des arts chimiques. Il annonce que, si ses communications peuvent être agréables à la Société, il est en mesure de lui procurer des renseignements utiles sur l’industrie au Brésil et les matières premières qu’on peut y trouver.
- - Buste de Tessier, l’un des fondateurs de la Société. — M. Heuzé (G.), inspecteur général de l’agriculture, membre du Conseil, s’est occupé de l’érection, au moyen d’une souscription, d’un monument à la mémoire de Tessier (Henri-Alexandre), l’un des agronomes français les plus utiles et les plus laborieux, qui fut un des fondateurs de la Société d’encouragement, et M. le Ministre de Vagriculture et du commerce a fait exécuter, pour ce monument, par M. Hébert (Émile), habile statuaire, rue Oudi-not, 6, un buste en bronze de Tessier. M. le Président de la Société d’encouragement en a demandé un exemplaire en plâtre pour être joint à la collection de ceux qu’elle possède déjà et qui rappellent le souvenir de ses membres les plus célèbres. Ce plâtre est exposé devant l’assemblée.
- Tessier naquit en 1744 à Angerville (Loiret). Il s’est fait un nom dès sa jeunesse, par ses recherches pour le perfectionnement de l’agriculture et l’amélioration des races d’animaux domestiques, et il a continué de publier, dans sa longue carrière, un grand nombre d’ouvrages importants et de Mémoires, sur les procédés agricoles et sur l’élevage des bestiaux, des chevaux et des bêtes à laine. Il était, avant la Révolution, membre de l’ancienne Académie des sciences. Depuis, il a été nommé professeur d’agriculture et du commerce aux Écoles centrales, docteur-régent de la Faculté de médecine de Paris, membre de la Société d’agriculture, directeur des Bergeries de Rambouillet, membre de l’Institut, et il fut un "des premiers à s’inscrire parmi les fondateurs de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale lorsque cette Société prit naissance.
- ! Communications.— Borax, conservation des viandes.— M. le Président donne connaissance à la Société des nouveaux progrès qu’a faits, depuis quelque temps, l’art de conserver les viandes et, en général, de s’opposer à la fermentation et à la putréfaction.
- Beaucoup de recherches ont été entreprises sur ce sujet, depuis que les travaux de
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- M. Pasteur ont attiré l'attention sur ce genre d’études. Il en est résulté un ensemble de travaux importants qui ont établi d’une manière claire les principes suivants :
- On doit distinguer deux causes différentes dans les altérations, en apparence spontanées, que les matières organiques subissent, soit par les miasmes de l’air, soit autrement. • i . m
- Les fermentations proprement dites, certaines maladies infectieuses, sont déterminées par des corpuscules solides, qui peuvent être retenus par la filtration ou par une paroi endosmotique. De ce genre sont les ferments qui produisent divers alcools, le mycoderme qui cause l’acidification du vin, la plupart des virus, le vaccin, etc.
- La modification des matières animales qu’on nomme putréfaction provient, au contraire, de la présence de matières solubles, traversant les filtres, et du genre de la diastase à laquelle on a recours pour transformer lés fécules en matière gommeuse, puis en sucre.
- Les expériences nombreuses qui ont produit cette doctrine donnent un grand intérêt à un fait que M. Dumas a consigné, il y a peu de temps, dans ses essais pour connaître l’influence de diverses substances sur les ferments. Le bofax en dissolution empêche les ferments solubles d’exercer leur action, et il n’agit pas sur les ferments insolubles.
- Gela explique l’utilité du borax pour empêcher la putréfaction des matières animales, et, en effet., des expériences nombreuses en Angleterre et ailleurs ont montré sa puissante efficacité pour la conservation des viandes. Il suffit de mettre tremper les quartiers de viande, pendant un espace de temps de vingt-quatre à trente-six heures, dans une dissolution de borax. La solution qu‘on emploie à Buenos-Ayres se compose, pour 100 parties en poids, de 8 de borax, 2 d’acide borique, 3 de salpêtre et 1 de sel commun. On embarille ensuite en mettant un peu de ce liquide. Pour faire usage de la viande, il suffit de la faire tremper pendant vingt-quatre heures.
- M. Schnetzler, en donnant des renseignements sur l’emploi industriel de cette propriété du borax, cite un voyageur,, en Californie, qui a trouvé, dans un terrain imprégné de borax, le cadavre d’un cheval mort depuis quatre mois, soumis à une température qui a dépassé souvent 45® centigrades. Ce cheval ne répandait aucune odeur, sa chair était parfaitement fraîche, la cornée de l’œil était claire et brillante, le poil était souple et bien attaché à la peau. > ;;; -
- On n’a pas tardé à organiser des établissements industriels sur cette base. Des expéditions de 20 000 kilogrammes et plus ont été commandées. Les viandes ainsi conservées sont parvenues en parfait état en Belgique, à Bruxelles, Anvers, et au Havre. Une de ces caisses contenait un mouton entier, qui a été trouvé d’une conservation magnifique et a causé une véritable stupéfaction parmi les personnes qui ont assisté à l’ouverture du colis. > o -* , ; - i ; : i
- Il est très-probable qu’on fera bientôt d’autres applications de cette propriété antiseptique d’une substance inoffensive, pour la conservation du lait, du beurre et des divers liquides. V ; .
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- Avant de quitter cet intéressant sujet, on doit signaler un fait curieux et inattendu qui a été constaté par M. de Rostaing. De la viande, recouverte d’une couche de poudre de garance, ne subit plus aucune altération putride et ne répand aucune mauvaise odeur; Elle se dessèche lentement et, au bout de plusieurs mois, elle a perdu la majeure partie de son poids, et se conserve ensuite indéfiniment sans altération. M. de Rostaing indique plusieurs applications de ce moyen de rendre les chairs inaltérables. Mais le principe scientifique lui-même peut donner lieu à des recherches utiles ; cette propriété est-elle spéciale à la garance? Quel est le mode d’action que la poudre employée exerce, quelles altérations prévient-elle? Il serait bon que les comités des arts chimiques et des arts économiques pussent donner quelque temps à ce genre de recherches. j ;
- Thermomètres à minima. — M. Debray présente à la Société un thermomètre à minima d’un nouveau genre imaginé par M. Duclaux, et dont les indications, clairement visibles à grande distance, peuvent rendre de grands services dans quelques cas spéciaux. : r-î&tr.èH / .r*$ *- -i ; ;f • ' ' k.fi "5 ' ir’ " * -
- M. Duclaux, professeur de physique a la Faculté de Lyon, a fait une étude spéciale de la répartition qui s’opère dans la solution saturée de deux liquides l’un dans l’autre, lorsqu’une circonstance extérieure quelconque, par exemple un abaissement de température, intervient pour les séparer. Il se fait, en ce cas, une distribution nouvelle des deux substances, et les deux mélanges nouveaux qui en résultent ont des volumes qu’il est facile de calculer ; lorsque les proportions des deux liquides mélangés sont convenables, on peut déterminer le volume de manière que le partage se fasse en volumes égaux. v ?
- > En appliquant ces principes à l’eau et à l’alcool amylique qu’on a rendu soluble dans l’eau par l’addition d’une certaine quantité d’alcool ordinaire, on peut avoir des liquides qui se troublent et puis se séparent en deux colonnes égales superposées, à des températures données. - -c. u;.; - , -
- Une quantité de 20 centimètres cubes d’alcool amylique, additionnée de 25 centimètres cubes d’alcool ordinaire à 50 degrés, ne se trouble qu’à une température de — 15°. Si on y ajoute 15 centimètres cubes d’eau, le liquide se trouble et se sépare à -J- 30°, et, dans ces limites, l’élévation de la température est à peu près proportionnelle à l’augmentation de la quantité d’eau. Rien n’est donc plus facile que de préparer un mélange restant limpide tant qu’un certain abaissement de température n’est pas atteint, se troublant quand il est dépassé et se séparant alors en deux couchés distinctes. On peut rendre cette séparation très-apparente par un peu de carmin qui colore la masse entière lorsque le mélange est complet, mais qui se concentre dans la couche inférieure, laissant la supérieure presque incolore, quand un refroidissement convenable a lieu et quand le liquide se sépare en deux parties. Une fois isolées, ces deux couches, dont les densités sont à peu près comme 103 est à 100, ne se mélangent plus. L’indication reste donc persistante jusqu’au moment où la température s’étant relevée, on agite le tube pour le remettre en état de reproduire le
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- même phénomène lorsque la température critique pour laquelle il a été préparé reviendra.
- C’est sur ce principe qu’est établi le thermomètre à minima que M. Duclaux propose. Chaque mélange ne peut indiquer qu’une seule température, et il faut avoir un certain nombre de tubes pour remplacer une échelle thermométrique un peu étendue ; mais ils n’ont besoin d’avoir que quelques centimètres. On les fixe sur une planchette sur laquelle on écrit le degré thermométrique correspondant à chacun d’eux, et on a ainsi un appareil dont les indications sont très-précises et faciles à voir de loin par un grand nombre de personnes réunies. Il est peu fragile, ne craint ni les chocs ni la pression, et il pourrait être employé avec avantage pour les sondages thermométriques à la mer et dans les grandes profondeurs. Il peut aussi être utilisé pour surveiller la température des serres, des orangeries, des magnaneries, des salles d’hôpitaux, et dans un grand nombre de circonstances diverses.
- M. Debray présente à l’assemblée plusieurs exemplaires de ce thermomètre, et montre la température, très-inférieure à celle de la salle, qu’il a conservée du lieu où il était placé, ainsi que l’homogénéité que le liquide reprend lorsqu’il est agité à un degré plus- élevé.
- M. Duclaux déduit des mêmes recherches le moyen de construire des thermomètres à maxima par un mélange d’alcool, d’éther et d’eau, qui a la propriété de se troubler par une élévation de la température et qui peut servir à constater cette élévation avec la même sûreté et la même constance.
- L’examen du thermomètre de M. Duclaux est renvoyé au comité des arts économiques.
- Horticulture, fruits et fleurs. — M. Heuzê, qui, dans une séance précédente, a donné d’intéressants détails sur la culture et la consommation des légumes à Paris (1), lit une Note très-étendue sur la culture des arbres fruitiers et des fleurs dans le même lieu, et sur le commerce considérable qu’elle produit.
- Il est impossible d’analyser cette communication , pleine de documents d’une grande importance et présentant l’histoire détaillée de l’horticulture parisienne mise en parallèle avec les développements de la capitale. On lira avec intérêt les dates nombreuses de ces progrès des cultures d’agrément, qui suivent pas à pas ceux de la richesse parisienne. On remarquera les chiffres moyens des différentes consommations de fleurs et de fruits, que M. Heuzé a recueillis dans ce Mémoire.
- Pour faire comprendre l’importance d’un pareil travail, on ne peut que renvoyer à la publication entière qui en sera faite.
- Nomination de membres. — M. Picard, ingénieur-mécanicien à Paris, est nommé membre de la Société.
- (1) Voy. cahier de mars 1876, p. 109.
- PARIS. — 1MFRIMERIE DE Mm’ Ve BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, S. — 1876.
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- 95e année.
- Troisième série, tome III.
- Juin 1896.
- BULLETIN
- DE
- U SOCIETE BENCOIBAKRMEM
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Haton de la Goupillièke, au nom du comité des arts mécaniques, sur ï appareil-purgeur du siphon des bains d’Uriage, présenté par M. de Saint-Ferréol, àUriage (Isère).
- Messieurs, M. le comte de Saint-Ferréol, propriétaire de rétablissement thermal d’Uriage (Isère), a soumis à votre appréciation un appareil ingénieux destiné à supprimer les accumulations de gaz qui se produisent dans le siphon établi pour le captage de la source minérale.
- Celle-ci a été recueillie dans le calcaire noir à bélemnites, au moyen d’un puits de forme irrégulière. On l’a rejoint par plusieurs galeries ouvertes à des niveaux de plus en plus bas, dans le but d’augmenter le débit de la source en abaissant son point d’émergence d’après un principe fondamental d’hydrologie souterraine. La dernière a 300 mètres de longueur. Comme le puits s’enfonce encore de 8 mètres au-dessous de sa sole, on a cherché à capter les eaux dans le puisard sans le recouper encore une fois par une nouvelle galerie. On a profité, pour cela, de celle de 300 mètres, en y installant un siphon. Le niveau des bains se trouve en effet inférieur de 17 mètres à celui de la sole, ce qui assure une charge plus que suffisante pour le fonctionnement de l’appareil.
- Mais il est arrivé, une fois le travail terminé, qu’en raison de la diminution de pression qui se produit dans la branche supérieure, les gaz dissous se dégagent en partie et la remplissent bientôt d’un mélange d’azote et d’acide carbonique qui amène le désamorcement du siphon et la suspension de l’écoulement. Le problème consistait dès-lors à établir un moyen automatique Tome III. — 75* année. 3* série. — Juin 1876. 36
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- d’ouverture qui permît périodiquement à une bouffée de s’échapper dans l’atmosphère, de manière à entretenir la continuité liquide nécessaire au fonctionnement du système. Ce desideratum a été obtenu d’une manière très-simple parle petit appareil que nous avons à vous faire connaître.
- Sur la branche supérieure du siphon s’implante une tubulure qui débouche dans un ballon de verre, surmonté lui-même d’un récipient métallique librement ouvert à sa partie supérieure. La tubulure pénètre jusqu’au fond de ce dernier, en traversant le ballon suivant son diamètre vertical. Sur cette longueur, elle est percée de deux séries d’orifices que des tiroirs tournants ouvrent et ferment alternativement. Il suffit de concevoir que le tiroir inférieur venant à démasquer le passage à un certain instant, le gaz accumulé dans le siphon et dans la tubulure pénètre dans le ballon, dont l’eau le remplace dans l’espace qu’il vient d’abandonner. L’orifice se refermant, ce gaz se trouve définitivement séparé du siphon, et quand le tiroir supérieur s’ouvrira à son tour, il s’échappera dans le réservoir métallique et de là dans l’atmosphère, tandis que ce réservoir cédera lui-même son eau au ballon, pour le remettre en étal de fonctionner de nouveau. Quant à ce récipient, il est alimenté par un courant continu dont le débit est réglé, à l’aide d’un robinet, d’après l’activité du dégagement des gaz. On comprend, d’après cela, que ces manoeuvres résoudront complètement la question si l’on parvient à les effectuer à intervalles régulièrs.
- Pour obtenir avec précision cette série de mouvements du cylindre qui démasque ou referme alternativement, par des quarts de tour, les orifices supérieurs et inférieurs, on s’est servi de l’eau même du courant dont il vient d’être parlé. Quand celui-ci a achevé de remplir le récipient métallique, le trop-plein se déverse dans les augets d’une petite roue en-dessus, qui est retenue dans une position d’équilibre par un contre-poids formé d’un tube plein de grenaille de plomb. La fin du remplissage atteint la limite précise de cet équilibre; elle détermine le basculement qui manœuvre les tiroirs à l’aide d’engrenages et vide la roue, après quoi le tube de grenaille se remet en position pour une nouvelle oscillation.
- Cet appareil, exécuté dans les ateliers de MM. Brenier et comp., à Grenoble, fonctionne depuis deux annés déjà sans avoir motivé un seul arrêt pendant la campagne thermale. On a constaté, en même temps, que le nouveau régime auquel il préside, en prévenant le dégagement de l’hydrogène sulfuré pendant le trajet, effectue dans la baignoire même le dépôt de soufre laiteux qui, auparavant, se précipitait prématurément sur les parois de la conduite. On
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- ARTS MÉCANIQUES.
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- lui a donc dû à la fois une régularisation mécanique de l’écoulement et une amélioration de l’efficacité thérapeutique des bains d’Uriage.
- En résumé, Messieurs, votre comité des arts mécaniques a l’honneur de vous proposer, en présence de la simplicité du principe et de son efficacité constatée, de remercier M. le comte de Saint-Ferréol de son intéressante communication et d’ordonner l’insertion du présent rapport dans le Bulletin de la Société avec une planche à l’appui.
- Signé Haton de la Goupillière, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 11 juin 1875.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 45 REPRÉSENTANT L’APPAREIL PURGEUR DU SIPHON
- DES BAINS D’URIAGE.
- Fig. .1. Vue, en élévation, de l’appareil dans un plan perpendiculaire à l’axe de la petite roue hydraulique.
- Fig. 2. Autre vue, en élévation, dans un plan perpendiculaire à celui de la fîg. 1.
- Fig. 3. Section verticale suivant l’axe de la roue hydraulique.
- Fig. 4 et 5. Sections longitudinales représentant la position des ouvertures des sièges et celle correspondante des ouvertures des tiroirs ; ces figures sont à une plus grande échelle que celle des figures précédentes.
- A, B, partie de la branche supérieure du siphon : A, côté du puits; B, côté de l’établissement des bains.
- C, tubulure verticale implantée sur le siphon A B.
- D, robinet permettant d’établir ou d’interrompre la communication entre la tubulure C et le siphon.
- E, ballon de verre traversé par la tubulure C, laquelle, dans l’intérieur du ballon, est percée d’orifices la mettant alternativement en communication, par le haut ou par le bas, avec la capacité de ce ballon.
- F, récipient ouvert par le haut et coiffant l’extrémité supérieure de la tubulure C.
- G, tuyau d’arrivée de l’eau dans le récipient F.
- H, tuyau de trop plein conduisant l’eau à la roue à augets I.
- I, petite roue à augets que tient en équilibre un tube plein de grenaille de plomb ; ce tube n’est pas représenté.
- JJ', roues d’angle placées à l’intérieur du récipient F et transmettant le mouvement intermittent de la roue au système intérieur de la tubulure C, qui démasque alternativement les ouvertures de cette tubulure ; ce système agit à la façon de tiroirs, de manière que les ouvertures soient toujours placées dans les positions correspondantes indiquées par les figures 4 et 5. (M.)
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- CHEMINS DE FER.
- Rapport fait par M. Baude, au nom du comité des arts mécaniques, sur une forme de rail, dit rail économique, de M. Martin, architecte-expert, au Mans (Sarthe). -
- Messieurs, vous avez renvoyé à votre comité des arts mécaniques un mémoire de M. Martin, du Mans, sur une forme de rail à laquelle il paraît attribuer une grande supériorité sous le rapport de la résistance et, par suite, ' de l’économie.
- Avant de discuter ces avantages prétendus, il convient de constater ce que sont aujourd’hui les voies de fer sur les chemins qui sillonnent la France, et ce que font ou tendent à faire les grandes compagnies qui sont si fort intéressées à adopter la meilleure solution entre toutes.
- Ce n’est point par caprice que l’on est arrivé aux formes de rails adoptées aujourd’hui. l)e nombreux essais ont été faits en Allemagne, en Angleterre et en France sur les résistances transversales, sur la tendance au déversement. Une expérience lente, continue a fixé peu à peu les opinions des différents ingénieurs. On a été amené à éliminer les formes plus ou moins extraordinaires qui ont été employées sur différents chemins et particulièrement en Allemagne. On ne voit guère aujourd’hui que deux formes de rails : le rail à double champignon symétrique, posé sur coussinets en fonte et fixé par des coins en bois; puis le rail Vignole à simple champignon, ayant à sa base un patin que des crampons attachent sur la traverse en bois.
- Ce dernier système empiète maintenant sur le rail à champignon double, et tend à se généraliser. Quand on fait ce qu’on appelle de grosses réparations, que connaissent trop bien les entreprises anciennes et que cherchent à oublier beaucoup de petites entreprises nouvelles, on refait une voie Vignole, et les rails à double champignon qui ne sont pas hors de service servent au petit entretien des anciennes voies. On ne commande plus guère aux usines que des rails Vignole, et les laminoirs des rails à double champignon sont le plus souvent au repos, , ; r
- Chaque entreprise a son gabarit particulier, mais ces gabarits diffèrent si. peu, que véritablement il n’y a pas à s’en préoccuper dans la pratique ; on peut dire que chacun a conservé son type très-étudié pour continuer à faire autrement qu’ailleurs. : . • f
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- Il faut bien justifier cette préférence ou donner les raisons générales qui la motivent, puisque, ainsi que nous le verrons tout à l’heure, M. Martin, du Mans, revient au rail à double champignon avec une forme un peu modifiée.
- Comme résistance, sous la charge et à poids égal, la flexion ou la rupture d’un rail à double champignon ou d’un rail Vignole sont sensiblement les mêmes.
- A la vérité, le rail à double champignon est soutenu dans sa hauteur par les coussinets, et peut opposer une plus grande résistance à l’effort transversal produit par le mentonnet des roues d’une locomotive ou des wagons; mais cela importe peu, puisque la résistance du rail Yignole bien fixé par ses crampons est plus que suffisante pour les efforts qu’elle subit. Cet avantage est donc nul dans la pratique.
- La faculté que possède un rail à double champignon symétrique de pouvoir être retourné sans dessus dessous a été fort contestée. , Si l’on use le champignon jusqu’à la limite de 1 centimètre par exemple, il est tellement déformé qu’il ne coïncide plus avec la base du coussinet. Presque toujours le rail porte sur sa face inférieure l’empreinte du coussinet, et lorsqu’on le retourne, il présente des inégalités qui occasionnent des ruptures , sans donner le temps aux jantes des roues de le ramener à une surface unie.
- De nombreuses ruptures de rails retournés ont donné de grandes appréhensions aux ingénieurs qui avaient recours à cette méthode, et le besoin absolu de sécurité sur les voies ferrées a contribué à réduire la force de l’argument du rail retourné en faveur du rail à double champignon symétrique.
- Les coussinets, dans la construction d’une voie ferrée, suivant les prix des fontes, peuvent représenter une dépense de 7 500 à 8 500 francs. C’est une économie qui n’est pas à dédaigner.
- ; Les résultats d’expériences en grand, ou plutôt les comptes de réfection et d’entretien de certaines Compagnies, semblent indiquer que le rail Vignole coûte moins à entretenir dans une voie qui en est pourvue.
- Sans doute, le rail à double champignon symétrique a encore ses partisans parmi des ingénieurs forts distingués ; mais le courant de l’opinion porte vers le rail Vignole. ' ' :
- Si nous examinons maintenant le rail proposé par M. Martin, du Man% et que représente en grandeur d’exécution la figure ci-après, nous voyons
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- qu’il diffère du rail de l’Ouest, auquel il le compare, par un champignon
- moins épais, soit 55 millimètres au lieu de 62 dans la largeur de la table. Le rail a 12 millimètres de large dans le milieu de sa hauteur au lieu de 18 millimètres ; il va en s’épanouissant depuis ce point, passage de l’axe neutre, jusqu’au renflement du champignon. A l’Ouest, la hauteur du rail a 132mm,4:; M. Martin donne au sien environ un millimètre et demi de plus, soit 134 millimètres.
- De ces modifications, il résulte que le mètre courant du rail de M. Martin, du Mans, pèse 31\70, tandis que le rail a double champignon de l’Ouest pèse 37 kilogrammes. Mais l’auteur du nouveau rail est-il bien sûr que la résistance soit la même ? La résistance à une pression perpendiculaire à une barre de fer est dans le rapport de la largeur et du carré de la hauteur ; aussi la théorie que s’est faite l’inventeur a été de maintenir sa hauteur, tout en réduisant sur la largeur, mais nous doutons, malgré cela, que sous la charge ou le choc d’un mouton, le rail de 31\70 résiste comme un rail de 37, à égalité de distance d’appuis.
- Dans l’origine, les rails pesaient 30 kilogrammes. Sous la Gabarit au raii ue m. Martin. du Mans. surcharge des essieux des locomo-
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- tives, on a jugé prudent d’en augmenter le poids. Sur certains chemins de fer anglais le poids de 40 kilogrammes a été atteint et dépassé, soit pour diminuer les chances de rupture, soit pour donner plus de pesanteur et d’assiette à la base afin d’augmenter la stabilité.
- L’expérience semble donc démontrer que tout n’est pas bénéfice dans la réduction du poids des rails, malgré la forme satisfaisante à l’œil du rail de M. Martin, du Mans.
- Tout rail à double champignon symétrique peut, comme le rail de M. Martin, du Mans, se retourner sans dessus-dessous, en faisant faire quartier à la barre, sans être obligé de décrire une demi-circonférence d’un rayon égal à la demi-longueur du rail ; sous ce rapport, il y a parité, et nous ne voyons pas pourquoi l’auteur semble se réserver cet avantage, qu’il n’a que sur le rail Vignole.
- Le rail de M. Martin, du Mans, n’a rien que de rationnel dans sa forme et peut être recommandé pour des voies qui n’ont pas besoin de rails de plus de 30 kilogrammes de poids ; mais nous croyons que pour des barres qui passent au laminoir et qui doivent supporter les efforts auxquels est soumis une voie ferrée ordinaire, l’épaisseur de 1% à la hauteur de Taxe neutre est un peu faible. •*
- Le véritable progrès dans la Construction des voies de fer, n’est pas dans une modification de forme ; il est dans la substitution de l’acier au fer, et les grandes Compagnies font toutes cette réforme, autant que le leur permettent les crédits destinés aux grandes réparations. Toutes, excepté celle du Midi, ont conservé uniquement le rail Vignole dans la tranformation que nous venons d’indiquer. Quoiqu’il en soit, nous vous proposons, Messieurs, de remercier M. Martin, du Mans, de la communication de ses consciencieuses études, et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin de la Société, avec le dessin de son nouveau rail. _ f *
- Signé Baude, rapporteur;
- Approuvé en séance, le 10 décembre 1875.
- MÉTALLURGIE SIDÉRURGIQUE. —
- Rapport fait par M.. Gruner, au nom du comité des arts chimiques, sur la fabrica-
- tion'des rails en acier phosphoré, à Terre-Noire, près St.-Étienne [Loire).
- » ...................................................................
- Le phosphore est l’une des substances que l’on rencontre le plus souvent
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- MÉTALLURGIE SIDERURGIQUE. ---- JUIN 1876.
- dans les minerais de fer. Son influence est utile ou nuisible selon les circonstances. Il rend les fontes plus fluides, ce qui facilite la fabrication des objets moulés. Il favorise le soudage des fers doux ; rend plus aisé leur travail à chaud; accroît, à froid, la rigidité et la dureté des barres laminées. De là, la supériorité relative des rails phosphorés (1). Ils s’écrasent et s’usent moins par frottement que les fers mous ordinaires. Mais ces rails, comme toutes les barres de fer préparées par les procédés anciens, offrent un défaut qui tient, non pas au phosphore, mais au mode de fabrication, commandé, en quelque sorte, par l’état réfractaife du fer doux. Le fer, en effet, est peu fusible; on ne peut le fondre aux températures des foyers ordinaires. On ne peut fabriquer les grosses pièces de fer comme les fortes pièces de fonte ou de bronze. À la fusion, on est obligé de substituer le soudage; c’est-à-dire, que, pour avoir de grosses barres, il faut assembler en paquet un très-grand nombre de petites barres isolées, chauffer ces paquets au blanc soudant, et les soumettre ensuite à une violente compression à l’aide de marteaux ou de cylindres lamineurs.
- Or, ce soudage n’est jamais parfait; au lieu d’une masse complètement homogène, on n’a qu’un assemblage de barres, en partie séparées les unes des autres par des éléments oxydés ou scoriacés. A la longue, ces rails en fer doux se désoudent, s’effeuillent et se brisent. Ces défauts, tout le monde les connaissait, mais comment y remédier?
- Deux moyens se présentent à l’esprit, mais deux moyens qui ne sont connus que depuis dix à douze ans. C’est le procédé Bessemer, d’une part; le four Siemens de l’autre. Grâce à ces appareils, on peut réaliser des températures capables de fondre même le fer le plus doux ; cependant comme Y acier est plus fusible, plus dur et plus tenace que le fer, on s’est surtout servi de ces nouveaux appareils pour fabriquer de l’acier fondu en grosses masses. De là, depuis quelques années, la prédominance des rails en acier fondu sur les rails en fer doux soudés. Ces rails, coulés d’une seule pièce, parfaitement homogène, uniformément résistants, durent cinq, six et même dix fois plus que les anciens rails en fer soudés.
- Mais il y a une ombre à ce tableau, il y a le revers de la médaille. L’acier devient aigre dès qu’il est impur; quelques millièmes, parfois même quelques dix-millièmes de substances étrangères, suffisent pour le rendre cassant, et d’autant plus cassant qu’il est plus carburé et plus dur. Le soufre,
- (1) Du moins de ceux qui ne renferment que 0,004 à 0,006 de phosphore.
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- le phosphore, le silicium nuisent surtout à la qualité de l’acier, et altèrent à un haut degré sa ténacité lorsque ces éléments s’y rencontrent réunis. Un acier à la fois phosphoré et silicié, est moins tenace qu’un acier simplement phosphoré ou simplement silicié. Il est vrai que W. Fairbairn, après avoir soumis quelques aciers phosphorés à des essais de traction et de flexion, avait cru pouvoir affirmer, en 1869, à la réunion de l’Association britannique pour l’avancement des sciences, tenue à Exeter, que ces aciers étaient supérieurs à tous les autres par leur rigidité et leur résistance vive élastique. Mais, dans un Mémoire sur les propriétés mécaniques des aciers phosphorés, publié en 1870, et dont un extrait fut communiqué à l’Académie des sciences, le IA mars de la même année, je n’eus pas de peine à montrer que si ces aciers résistaient à un effort statique, ils se brisaient, sans allongement sensible, sous l’action d’un choc brusque, ou même d’une simple vibration quelque peu énergique; que ces aciers, en un mot, étaient aigres et manquaient de corps.
- J’avais trouvé dans ces aciers :
- 0,005 à 0,066 de carbone,
- 0,0025 à 0,003 de phosphore,
- 0,0010 à 0,0015 de silicium.
- Ils appartenaient, par suite, à la classe des aciers durs ou mi-durs.
- Il suit de là que, pour obtenir des aciers résistants, des aciers propres à rendre les rails solides, il faut avoir recours aux minerais purs, ou chercher à enlever aux matières premières les éléments nuisibles.
- On se débarrasse facilement du soufre et du silicium, mais il n’en est pas de même du phosphore. Épurer les minerais, par des lavages à l’acide, comme on l’a proposé, est trop coûteux. D’autre part, au haut fourneau, Faction réductrice fera toujours passer la totalité du phosphore dans les fontes; enfin, au moment de l’affinage, la déphosphoration est impossible dès que l’on opère dans des fours à parois argileuses, parce que les scories sont alors siliceuses, et que les phosphates sont décomposés, sous Faction réunie de la silice et du fer, dès que ces scories renferment au delà de 30 pour 100 de silice. C’est le motif pour lequel le phosphore ne peut être enlevé au fer ni dans l’appareil Bessemer, ni dans le procédé Martin-Siemens.
- On réussit mieux dans les fours de puddlage et au bas foyer, parce que les parois sont en fonte et garnies d’oxyde de fer, qui rend les scories forte-
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- ment basiques. Mais même, dans ces conditions, on ne peut enlever au fer tout son phosphore.
- Le procédé Heaton, que j'ai fait connaître, il y a sept ou huit ans, n’a pas donné des résultats plus favorables, ou du moins la méthode est trop coûteuse, étant fondée sur l’emploi du nitre brut.
- Ainsi donc on ne connaît, jusqu’à présent, aucun procédé pratique qui permette de débarrasser, complètement et à peu de frais, les minerais, la fonte et le fer du phosphore qu’ils renferment souvent. D’autre part, négliger les minerais phosphoreux et employer uniquement les minerais de choix, pour la fabrication des rails, c’était priver les forges, dans un avenir très-prochain, des matières premières les plus indispensables pour les fers fins.
- Ce motif a déterminé votre Société à donner un prix de 3 000 francs à celui qui ferait connaître un « procédé simple et peu coûteux, permettant « de fabriquer de l’aeier fondu avec des minerais ordinaires plus ou moins «phosphoreux.»
- Parmi les usines qui se sont préoccupées de cette question, depuis quelques temps, on doit citer la forge de Terre-Noire, près de Saint-Étienne.
- L’habile directeur de ce bel établissement, M. Euverte, n’a pas la prétention, ainsi qu’il l’écrit à votre Président, d’avoir complètement résolu le problème et mérité le prix. Mais il espère avoir fait un pas vers la solution, et pense que des renseignements précis sur les résultats déjà atteints pourraient intéresser la Société d’encouragement. C’est le motif qui l’a porté à vous communiquer les travaux accomplis dans cette voie par la Société des forges de Terre-Noire.
- Or voici, en deux mots, le problème que s’est posé ladite Société.
- Ne pouvant élimmer le phosphore, elle a cherché à vivre avec lui, à utiliser ses bonnes qualités, à neutraliser ses qualités mauvaises, c’est-à-dire, la fâcheuse influence qu’il exerce sur la ténacité du fer. On reconnut bientôt que cette fâcheuse influence était d’autant moins prononcée que l’acier était moins dur, c’est-à-dire moins carburé. On chercha donc à préparer, par voie de fusion, non de l’acier proprement dit, mais plutôt un fer doux plus ou moins phosphoré. Le procédé adopté est le suivant : Dans un four Siemens, on soumet à la fusion de la fonte peu siliceuse, puis on ajoute du fer doux, c’est-à-dire de vieux rails en fer, selon la méthode bien connue de M. Martin. !
- Le fer est dissous, et, grâce au contact prolongé de Tair; le carbone et le
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- silicium sont graduellement oxydés. Cependant, pour que le silicium soit complètement éliminé, dans ces conditions, il faut, d’une part, choisir des fontes qui, par elles-mêmes, soient peu siliceuses, et, d’autre part, pousser l’oxydation à outrance, c’est-à-dire transformer en oxyde une partie même du fer. Cet oxyde reste alors comme dissous ou en suspension, dans le bain métallique.
- Il en est de cette opération comme de l’affinage du cuivre brut; si l’on veut épurer parfaitement le cuivre, il faut que le métal soit en partie oxydé, qu’il soit transformé en cuivre rosette. Et ce que je viens de dire du procédé Martin, s’applique également au procédé Bessemer. Là aussi il faut pousser jusqu’à l’oxydation partielle du fer, si l’on veut arriver au parfait affinage. Mais ce point une fois atteint, on devra réduire de nouveau l’oxyde en excès, sinon le métal n’a aucune ténacité. Dans le cas du cuivre, on a recours au charbon, et l’on arrive à l’homogénéité par le bouillonnement que produit l’immersion d’une branche de bois vert. Dans le cas du fer, c’est le manganèse qui sert de réductif, et ce métal est, en général, ajouté sous forme de fonte spéculaire. Mais cette fonte qui apporte, en moyenne, 10 pour 100 de manganèse, fournit, en même temps, 5 pour 100 de carbone. 11 en résulte que, par ce procédé, on ne peut désoxyder sans recarburer, c’est-à-dire, que le produit final est un acier proprement dit, plus ou moins dur. Eh bien, l’usine de Terre-Noire a tourné la difficulté. Elle a substitué à la fonte spéculaire du ferro-manganèse, c’est-à-dire, un alliage carburé de fer et de manganèse, qui renferme, au maximum 5 à 6 pour 100 de carbone, mais dans lequel, à la place de 10 pour 100 de manganèse, on en trouve 40, 50, même 60 pour 100.
- Dans ces conditions, l’oxyde de fer est réduit par le manganèse, tandis que le fer lui-même est très-peu recarburé, car une partie du carbone agit, lui aussi, comme réducteur sur l’oxyde de fer. Le produit final est, par suite, du fer doux fondu et non de l’acier.
- - Et maintenant, si lafonte primitive renferme du phosphore, ou si les vieux rails en contiennent, tout ce phosphore se retrouvera dans le produit fondu, parce que les scories sont trop siliceuses pour que le phosphore puisse être oxydé. On aura donc du fer fondu phosphoré, dont les propriétés rappellent celles du fer soudé phosphoré ; mais de même que l’acier fondu est supérieur à l’acier de forge, le fer fondu phosphoré est aussi supérieur au fer phosphoré simplement soudé. Ce produit phosphoré donne, en effet, de très-bons rails; ils résistent aux mêmes épreuves, par flexion, traction et choc, que les
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- rails Bessemer, préparés exclusivement avec des fontes et des minerais supérieurs; c’est-à-dire, que l’usine de .Terre-Noire fabrique aujourd’hui, et depuis deux ans, avec des matières partiellement phosphorées, des rails que la Compagnie du Nord, la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée, et plusieurs autres compagnies de chemins de fer, acceptent à l’égal des rails Bessemer.
- Les charges ordinaires des fours Martin s’élèvent aujourd’hui, dans l’usine de Terre-Noire, à 6 000 kilogrammes.
- Elles se composent, en général, de :
- 1600 kilogr. de fonte au bois de Solenzara,
- 3 400 à 3 500 kilogr. de vieux rails à 0,004 ou 0,005 de phosphore,
- 800 kilogr. de rognures d’acier,
- et de 130 à 150 kilogr. de ferro-manganèse, selon la teneur en manganèse proprement dit.
- Une opération dure 8 à 10 heures et le déchet est de 6 à 7 pour 100.
- Chaque four peut produire, par mois, 375 à 400 tonnes de lingots.
- Le métal obtenu ne doit pas contenir au delà de 0,0015 à 0,0020 de carbone et au plus 0,003 de phosphore. Dans ces limites, les rails résistent parfaitement aux épreuves prescrites ; tandis qu’un excès de carbone ou de phosphore rendrait le produit plus ou moins aigre. Ajoutons que la forge de Terre-Noire fabrique non-seulement, dans son usine, tout le ferro-manganèse dont elle a besoin, mais qu’elle en expédie à d’autres usines et même en Angleterre.
- Ainsi, en résumé, la Compagnie de Terre-Noire livre aujourd’hui, d’une façon courante, des rails en fer phosphoré fondu qui sont acceptés par les chemins de fer, à l’égal des rails en acier Bessemer. C’est un véritable progrès, dont il convient de féliciter les habiles ingénieurs de la Société de Terre-Noire. Aussi votre comité des arts chimiques a-t-il l’honneur de vous proposer de remercier M. Euverte, directeur de la Société, pour sa très-intéressante communication, et de voter l’insertion du présent rapport dans le Bulletin.
- Signé L. Gruner, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 24 mars 1876.
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- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. Paltard, au nom du comité des arts économiques, sur les
- Appareils pour sécher les habitations humides, proposés par M. Ligny, rue
- de la Victoire, 86, à Paris.
- Messieurs, votre comité des Arts économiques a été chargé par vous d’examiner les appareils proposés par M. Ligny : 1° pour sécher les bâtiments neufs; 2° pour sécher aussi et assainir les constructions anciennes envahies par l’humidité provenant du sol.
- Je viens vous rendre compte de cet examen.
- Je dois dire d’abord que, tout en trouvant ces appareils simples et bien conçus pour leur usage, votre comité a surtout considéré comme dignes de votre attention les résultats obtenus par M. Ligny dans une industrie qu’il a en quelque sorte créée et qu’il exerce en grand, avec succès, depuis plus de dix ans.
- En effet, presque tous les architectes ou constructeurs qui ont, soit â sécher, soit à assainir un bâtiment neuf ou vieux, s’adressent aujourd’hui à cet entrepreneur.
- Cette industrie consiste donc non-seulement à sécher très-rapidement, à l’aide des dits appareils, les constructions neuves qu’on veut occuper de suite telles que, par exemple, la salle neuve des séances de la Chambre des Députés qui vient d’être séchée ainsi; mais encore, et surtout, cette industrie consiste à sécher et assainir des constructions anciennes dont les rez-de-chaussée sont devenus souvent inhabitables par l’humidité que leurs murs puisent dans le sol, et par le salpêtre qui, par suite, couvre ces murs jusqu’à une grande hauteur.
- Examinons d’abord les appareils de séchage ainsi que l’opération du séchage des bâtiments neufs; nous examinerons ensuite l’opération du séchage et de l’assainissement des bâtiments vieux envahis par l’humidité provenant du sol.
- 1 ° Appareils et emploi de ces appareils pour sécher les constructions neuves.
- Chaque appareil est ainsi composé :
- 1° D’un chariot monté sur galets afin de pouvoir changer à volonté l’appareil de place et le conduire facilement dans toutes les parties de la pièce à sécher;
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- 2° D’un cendrier posé sur ce chariot;
- 3° D’un foyer en grille de fer rectangulaire, de 0m,70 de long sur 0m,40 de large et 0m,40 de haut environ ; le dit foyer est rempli de coke et garni d’une feuille de tôle formant réflecteur;
- 4° De six tuyaux en tôle de 1” à 1M25 de long environ et pouvant être allongés à volonté, lesquels se placent verticalement sur le feu, de telle sorte que leurs extrémités inférieures, élargies en forme d’entonnoir, couvrent presque tout le foyer. Ces tuyaux qu’on incline à volonté et dans telle ou telle direction, sont tenus par des supports en fer fixés à la grille du foyer; une ouverture de compas à vis permet de régler à volonté l’inclinaison.
- On comprend que, cet appareil une fois chauffé, l’air froid et humide de la pièce, passant à travers le combustible incandescent, soit déchargé de son humidité et projeté très-chaud contre les murs.
- Le séchage se fait généralement toutes les fenêtres ouvertes ou entr’ouvertes, et la température de la pièce est encore de 30 à 35 degrés.
- Un petit ventilateur à bras est au besoin adapté à un des tuyaux, soit pour précipiter sur un point une plus grande quantité d’air chaud, soit pour atteindre des parties dont l’appareil ne pourrait pas être approché.
- L’opération est faite rapidement en multipliant les appareils comme le fait M. Ligny; une pièce ou un appartement peut être séché en quatre ou cinq jours et même au besoin plus rapidement.
- 2" Séchage et assainissement de constructions anciennes envahies par Vhumidité
- provenant du sol.
- Voici comment, d’après M. Ligny, on doit procéder. On enlève d’abord, à l’intérieur de la pièce que l’on veut assainir, tous les enduits en plâtre des murs dans les parties où ces murs sont humides ou salpétrés ; puis on dégarnit avec soin tous les joints jusqu’à la demi-épaisseur des murs. (On fait ce travail par petites parties si l’on craint d’ébranler la construction.) On mouille les murs ainsi dégarnis avec de l’eau, et cela à plusieurs reprises, et on sèche après chaque lavage au moyen des appareils, afin de dissoudre tout le salpêtre contenu dans les matériaux; puis on nettoie ces murs avec de grosses brosses. Enfin ce travail de dégarnissage, de séchage, de nettoyage, ayant été fait avec le plus grand soin, les moellons ne contenant plus aucune humidité ni salpêtre, on chauffe de nouveau ces moëllons et on les imbibe sur toutes les faces (au moyen d’une brosse) d’un liquide hydrofuge bouillant qui est promptement absorbé. On répète cette opération deux, trois ou quatre
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- m
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- fois jusqu’à ce que, la quantité absorbée étant égale à la quantité d’eau extraite, le moëllon n’absorbe plus rien. " ‘ î; vu ; 7 ' lî '
- - Le liquide ainsi appliqué est un composé d’huile de lin, de résine, de litharge, d’ail et de paraffine; on en emploie généralement % kilog. par mètre superficiel. .^ ^ ; : ; ; ,
- s II faut ensuite laisser sécher pendant plusieurs jours. Lorsqu’on juge que la siccité est complète, on refait le jointoiement en employant de préférence, à cet effet, le ciment de Portland; puis on rétablit l’enduit du mur, mais en ayant soin d’arrêter cet enduit en plâtre à dix centimètres du sol. On remplace dans cette hauteur, qui est ordinairement celle de la plinthe, l’enduit de plâtre par un enduit hydrofuge, fait d’un mélange de bitume, de brai et de goudron, lequel permet, mieux que s’il était en ciment, de recevoir, sans se briser, les clous qui fixent la plinthe, et a surtout l’avantage d’empêcher l’humidité de remonter par l’enduit en plâtre ainsi isolé du sol.
- Tout mur ayant ses deux faces à l’intérieur est nécessairement ainsi dégarni et regarni sur ces deux faces, de telle sorte que son soubassement est rendu imperméable dans toute son épaisseur. v;
- Quant aux murs de face, M. Ligny ne fait le plus souvent ce travail que sur la face intérieure, mais il a soin que l’enduit extérieur, s’il est en plâtre, ne descende pas jusqu’au sol, et que, dans les parties qui ont été atteintes par l’humidité, quelle que soit la hauteur, il n’y ait pas de peinture à l’huile extérieure. Par suite, l’action de l’air extérieur suffit pour empêcher que l’humidité, s’il s’en produit, s’étende, et que le salpêtre se forme.
- En effet, si la précaution de ne pas descendre j usqu’au sol les enduits en plâtre recouvrant les murs était toujours prise, on éviterait presque toujours, dans les habitations, l’humidité provenant du sol, et par suite le salpêtrage, car l’humidité du sol ne pénètre que très-difficilement les matériaux, généralement durs et plus ou moins hydrofuges, qui composent dans le bas la grosse construction des murs; mais elle pénètre facilement le plâtre des enduits de ces murs, et ce plâtre sert de conducteur à l’humidité, puis au salpêtre, qui gagnent bientôt la grosse construction des murs eux-mêmes.'
- En résumé, Messieurs, M. Ligny a créé en quelque sorte, comme je l’ai dit déjà, une industrie, qui, depuis dix ans qu’il l’exerce à la satisfaction générale des architectes et des constructeurs, a rendu de réels services à l’industrie de la construction. Des bâtiments neufs peuvent en très-peu de jours être rendus, par ce mode de séchage, assurément habitables. • o : :
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- SÉRICICULTURE. — JUIN 1876.
- Des constructions anciennes inhabitables en partie par l’humidité et le salpêtre peuvent être assainies d’une façon certaine et durable, sans frais considérables; car la dépense est de 8 à 10 francs au plus par mètre superficiel. Enfin les travaux exécutés dans plus de 150 maisons témoignent des succès obtenus.
- Votre Comité est donc d’avis de remercier M. Ligny de sa communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé : Paliard, rapporteur.
- Approuvé en séance le 24 mars 1876.
- SÉRICICULTURE.
- Rapport fait par M. Boitel , au nom du comité d’agriculture, sur la
- GRAINE DE VERS A SOIE PRODUITE AU PENITENCIER DE CASABIANDA (CORSE),
- par M. Lièvre.
- M. Lièvre, régisseur au pénitencier agricole de Casabianda (Corse), eût l’idée, en 1869, d’essayer une petite éducation, une once environ de vers à soie, sur un territoire très-malsain où il n’avait jamais été fait de sériciculture.
- Il n’y avait pas de mûrier adulte en état de donner de la feuille pour la nourriture des vers à soie. On a dû employer, à cet effet, la feuille de plants de mûrier élevés en pépinière pour des plantations ultérieures. La graine employée venait de Porto-Vecchio, où Mme Roccaserra l’a conservée bonne seulement pendant quelques années.
- Cette graine donna des résultats inespérés par les soins intelligents et dévoués de M. Lièvre. Le rendement en cocons a toujours été considérable, et la graine qu’on en retirait, reconnue de première qualité au microscope, et ensuite aux résultats qu’on en obtenait en Italie, s’est toujours écoulée à un prix avantageux. Les Italiens la retenait à l’avance, et l’ont payée de 800 à 900 fr. le kilogramme. Depuis trois ans la bonne graine est devenue moins rare, et les prix ont sensiblement baissé. Cependant la graine de Casabianda, toujours recherchée en Italie, s’est vendue, en 1873, encore 640 francs le kilogramme. . . ^
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- SÉRICICULTURE. --- JUIN 1876.
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- Depuis deux ans, une partie de la graine de Casabianda s’écoule sur le marché français.
- La récolte de 1874 a été de 16kilO3-,105, d’une valeur de 10000 francs en nombre rond. Cette graine a été répartie comme suit :
- 8 kilog. à M. le préfet de la Drôme, à 560 fr. le kilog. ;
- 1 kilog. à M. le préfet de l’Ardèche, à 576 fr. le kilog. ;
- 0kilog,625 à M. le préfet de l’Hérault, à 576 fr. le kilog.;
- 0kilog-,450 à diverses personnes de la Corse ;
- 6 kilog. à un marchand italien, à 640 fr. le kilog.
- La récolte de 1875, s’élevant à 17 kilog., a été vendue à une maison de Valence au prix de 18 fr. l’once, de 25 grammes, soit 720 fr. le kilog.
- Cette petite éducation a donné un produit en argent de 12 240 fr.
- Voilà sept ans que cette graine se conserve sans aucune altération dans la plaine d’Aleria, réputée la plus malsaine de la Corse. M. Lièvre mort en 1872, des atteintes de la malaria, examinait avec la plus grande attention, au microscope, la graine et les papillons ; il n’y a jamais trouvé aucune trace de corpuscules. Les marchands italiens ont également constaté qu’elle se conserve à Casabianda avec toutes ses qualités primitives.
- M. Lièvre a toujours suivi pour cette petite éducation (3 à 4 onces) les procédés ordinaires, ayant soin seulement de donner beaucoup d’air à la magnanerie et de la tenir avec une grande propreté. L’éducation toute entière a toujours été consacrée au grainage. Le produit en argent, pour la graine vendue en Italie, a varié entre 8000 et 12000 fr., soit en moyenne, 10000 fr.
- Depuis trois ans, le successeur de M. Lièvre, dans la surveillance des cultures de Casabianda, continue la même éducation en suivant les mêmes procédés de grainage ; il obtient le même succès, et cette graine accuse des qualités supérieures dans toutes les localités ou elle a été transportée pour la production des cocons.
- Un fait très-digne d’être noté, c’est qu’elle ne conserve nulle part sa pureté au même degré qu’au pénitencier de Casabianda. Les éducateurs italiens reconnaissent leur impuissance à la reproduire sans altération. En Corse, les pénitenciers de Chiavari et de Castellouccio, situés dans l’arrondissement d’Ajaccio, font aussi des éducations avec la graine de Casabianda. Il faut croire, ou que les soins diffèrent ou que ces localités sont moins favorable au grainage que la plaine d’Aleria, car la graine qu’on y récolte est toujours inférieure à celle de Casabianda.
- Votre comité d’agriculture, auquel j’ai communiqué ces renseignements
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- NOTES DE VOYAGE.
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- sur le grainage des vers à soie pratiqué au pénitencier de Casabianda, vous propose de signaler ces résultats remarquables à l’attention des éducateurs français, en insérant le présent rapport au Bulletin de la Société.
- Signé Boitel, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 11 février 1876.
- NOTES DE VOYAGE.
- SUR LES HOUILLÈRES , LES MINES DE FER ET LES USINES SIDÉRURGIQUES DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE, PAR M. J. LOWTHIAN BELL {fin) (1).
- De la fabrication de l’acier.
- Procédé Bessemer.
- « Le produit sidérurgique auquel on donne le nom d’acier Bessemer a pris une place si considérable dans l’industrie, qu’il est en quelque sorte indispensable que nous disions ici quelques mots de sa fabrication.
- « D’après M. Swank, secrétaire de Ylron and Steel Association, le poids de l’acier fabriqué en Amérique d’après la méthode de notre compatriote et collègue Bessemer a été, en 1874, de près de 175 000 tonnes, dont 135000 ont été employées à faire des rails, le reste ayant servi à d’autres applications.
- « Mon ami, M. Alexandre L. Holley, de New-York, a lu, lors de la séance d’automne de notre Institut, en 1874, deux mémoires très-intéressants, dans lesquels il nous a donné des détails très-précis sur les usines les plus récentes où l’on fait l’acier Bessemer, et qui sont celles de Troy, Bethlehem et Joliet, que j’ai précisément visitées. Ceux qui ont entendu M. Holley n’ont pas oublié la description qu’il a donnée du système de double fond au moyen duquel un jeu neuf de tuyères peut être rapidement mis en place lorsque les anciennes demandent à être renouvelées. C’est grâce à l’excellence de ce système, et grâce également à la manière ingénieuse dont les convertisseurs sont placés par rapport aux cubilots et aux grues hydrauliques, que les usines américaines parviennent, avec une paire de convertisseurs, à produire moitié plus d’acier que nous n’en obtenons ordinairement dans les nôtres. La fonte dont on se sert semble se prêter facilement à l’injection de l’air [èlown), c’est-à-dire à la con-
- (1) Voyez cahier de mai 1876, p. 240.
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- NOTES DE VOYAGE. --- JUIN 1876»
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- version. J’ai constaté qu’une opération était terminée en 13 minutes ; la perte réalisée varie de 14 à 16 pour 100.
- « Pendant l’une de mes visites à l’usine de Bethlehem, j’ai assisté aux opérations suivantes : les lingots, encore chauds, sont portés directement à un four Siemens desservi par une grue hydraulique servant au chargement et au déchargement de ce four. Lorsqu’ils ont la température voulue, ils sont envoyés au laminoir cannelé, de chaque côté duquel sont installées les tables d’alimentation {feeding tables) du système Fritz. Ces tables consistent en deux forts châssis de la largeur des cylindres et d’une longueur suffisante pour supporter le lingot au sortir du laminoir. Chaque châssis est muni d’une série de rouleaux, à laquelle fait suite un autre rouleau porté par les supports mêmes du laminoir. Tous ces rouleaux, de chaque côté des tables d’alimentation, sont mis en mouvement dans un sens ou dans l'autre par une petite machine à vapeur à deux cylindres, manœuvrée par un homme. Dès qu’un lingot arrive sur une table, les rouleaux étant mis en action, il est entraîné jusqu’au laminoir, qui l’étire et le délivre à la table placée de l’autre côté. Aussitôt, un appareil hydraulique, manœuvré par un autre ouvrier, élève les deux tables au niveau des cannelures formées par le cylindre du milieu et le cylindre supérieur du laminoir, dont l’écartement est en même temps diminué par l’action de vis puissantes ; le sens de rotation des rouleaux est alors changé, et le lingot repasse au laminoir d’arrière en avant, pour subir immédiatement après une nouvelle opération, que permettra l’abaissement des tables ramenées à leur niveau primitif.
- « Sous le châssis de la table alimentaire d’avant se trouve un autre châssis transversal qui, par un système hydraulique, peut recevoir un mouvement parallèle à l’axe des cylindres du laminoir et perpendiculaire aux rouleaux de la table. Sur ce second châssis est fixée une rangée de cinq forts barreaux passant entre les rouleaux de la table, et courbés à angle droit à leur extrémité supérieure. Ces barreaux pouvant être élevés ou abaissés à l’aide du moteur hydraulique, il en résulte que le mouvement du châssis transversal qui les porte peut les faire aller à volonté à droite ou à gauche entre les rouleaux de la table ou les élever au-dessus de cés rouleaux. Au moment où le lingot, revenu à l’avant du laminoir, redescend avec la table alimentaire qui le porte, il est saisi par les extrémités recourbées des barreaux, qui le retournent bout pour bout, puis le châssis transversal est mis en mouvement vers la droite, et les mêmes barreaux poussent le lingot de manière à l’amener en face de la seconde cannelure du laminoir ; c’est alors que les rouleaux de la table alimentaire reprennent leur fonction, le laminage recommence comme précédemment, et ainsi de suite pour toutes les cannelures. On voit que, par cette série de manœuvres mécaniques, les lingots sont réduits au diamètre convenable sans le concours d’aucun bras, et peuvent de là passer au laminoir finisseur. Après avoir été coupés à la longueur voulue, ils sont chargés, pendant qu’ils sont encore chauds, dans un second four Siemens, d’où ils sortent pour aller au laminoir à rails, machine - a trois cylindres extrêmement
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- Temarquable sous le rapport de la force et de la précision des pièces qui la composent.
- « En résumé, sous le rapport des hauts fourneaux et des forges, tout ce qu’on peut dire des procédés suivis par les Américains, c’est qu’ils sont entièrement à la hauteur des nôtres; mais quant aux usines Bessemer, il me semble que nous aurions certaines choses à apprendre de leurs installations et de leurs mécanismes perfectionnés, qui sont, sur plusieurs points, supérieurs à tout ce que nous avons fait chez nous.
- « Pas plus que nous les Américains n’ont pas, que je sache, imité ce qui se fait en France pour amener directement au convertisseur la fonte qui sort du haut fourneau.
- Procédé Siemens-Martin.
- « Je crois qu’on ne fait point ou qu’on fait bien peu d’acier en Amérique en utilisant la température intense que donne le four Siemens. En France, et postérieurement dans notre propre pays, on s’est servi de ce four pour obtenir un excellent acier par la fusion d’un mélange de fonte et de fer ; tout récemment encore, on est arrivé au même résultat dans le pays de Galles et en Ecosse, en substituant au fer le minerai lui-même. A Cleveland, sur le lac Erie, on a cependant établi une usine où l’on devait fabriquer de l’acier de ce genre et le convertir en plaques et en barres au moyen d’un puissant laminoir.
- Procédé Blair.
- « Mon ami, M. T. S. Blair, avec quelques associés, a établi près de Pittsburg une usine destinée à mettre en pratique son mode de fabrication de l’acier.
- » En principe, il n’y a rien de nouveau dans le procédé de M. Blair, qui consiste à désoxyder le minerai et à le convertir en une éponge de fer.qu’on fond ensuite avec de la fonte dans un foyer ouvert. Les premières recherches dans cette voie ont été faites à différentes reprises par MM. Clay, Chenot et bien d’autres; les secondes sont dues, comme on sait, à M. le Dr Siemens, qui s’y est largement consacré.
- « Le mode d’opérer de M. Chenot, que j’ai eu l’occasion d’examiner il y a trois ans à Bilbao, consiste à exposer un mélange de charbon de bois et de minerai à la chaleur rouge dans une sorte de cornue verticale de 10 mètres de haut et ayant èn section 1,5 mètre sur 0“,40. Chaque cornue de ce genre produisait un peu plus de 15 cwts (761k,70) d’éponge par vingt-quatre heures. L’éponge était ensuite plongée dans un feu de charbon de bois et convertie en barres, dernière opération qui donnait lieu à un déchet considérable. La consommation du charbon de bois et du combustible en général étant énorme, il ne m’a pas semblé, à cette époque, que le procédé put se substituer d’une manière avantageuse à celui qui résulte de l’emploi combiné du haut fourneau et du four à puddler.
- « M. Blair prétend, avec son système, réaliser de grands avantages au point de vue de l’économie du combustible. Comme M. Chenot, il opère dans une cornue verticale;
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- mais elle est de section circulaire et présente un diamètre de 4,5 pieds (lm,35) et une hauteur de 40 à 50 (12 à 15 mètres). Dans la région supérieure de cette cornue, et sur une hàuteur de 8 à 10 pieds (2m,40 à 3m,00), est placé un tuyau métallique de 3,75 pieds de diamètre (lm,125), qui détermine ainsi, à partir du haut de l’appareil, un espace annulaire de 4,5 pouces (0m,1125). La chaleur développée par la combustion de l’oxyde de carbone provenant d’un générateur Siemens est appliquée à l’extérieur de la cornue et à l’intérieur du tuyau métallique. Le minerai et le charbon de bois sont chargés dans le haut de l’espace annulaire de l’appareil, qui se trouve ainsi exposé extérieurement et intérieurement à l’action de la chaleur, ce qui n’a pas lieu dans le système Chenot, qui n’est échauffé que par l’extérieur. Dans les deux modes de procéder,1 l’éponge métallique est reçue dans le bas, qui doit rester fermé jusqu’après refroidissement. La cornue de M. Blair donne à peu près deux tonnes d’éponge en vingt-quatre heures.
- « Comme tous les procédés plus ou moins modifiés où l’on emploie le fer à l’état d’éponge, c’est-à-dire.dans un état de division extrême, le procédé que nous venons de décrire présente des difficultés qui tiennent à la tendance du métal à s’oxyder. Il me semble que c’est à Landore que le procédé direct, comme on l’appelle, a jusqu’ici le mieux réussi. On prend de la fonte et lorsqu’elle est en fusion on jette dans le bain des blocs de minerai ; le carbone et le silicium réduisent l’oxyde et le fer métallique est instantanément absorbé dans le bain.
- L’éponge doit se comporter d’une manière toute différente ; jetée dans le bain de fonte, elle doit y surnager, et alors, étant exposée à l’action de l’acide carbonique à une très-haute température, elle doit infailliblement se réoxyder jusqu’à une certaine étendue. Si l’on m’a bien renseigné, deux parties de fonte et une d’éponge perdent environ 20 pour 100 dans le fourneau. D’un autre côté, s’il est exact, comme on me l’a dit, qu’un mélange de fer et de fonte peut être fondu à foyer ouvert avec une perte de 6 pour 100, il est évident que dans le procédé de M. Blair une proportion considéra-rable de l’éponge de fer doit repasser à l’état-d’oxyde.
- « Les échantillons d’acier Blair que j’ai eus entre les mains, considérés au seul point de vue de la qualité du produit, témoignent évidemment d’un succès complet. Sans aucun doute, dans le système de production de l’éponge de fer, M. Blair l’emporte sur M. Chenot, et je tiens à faire remarquer que je suis loin d’exprimer une opinion défavorable sur l’avenir qui peut être réservé aux aciers fabriqués par la méthode que je viens de décrire.
- lia question des salaires.
- « Avant de conclure sur tout ce que j’ai raconté des mines et des usines sidérurgiques de l’Amérique, il ne sera pas inopportun de dire quelques mots d’une question qui a pris de nos jours une importance de premier ordre.
- « Dans un vaste pays comme celui des États-Unis, où les distances sont si considé-
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- râbles et où les conditions générales d’existence de la société présentent tant de variétés, il est impossible d’établir aucune règle générale relative à la demande et par conséquent relative au taux des salaires. Les localités qui, en raison des circonstances que j’ai décrites, avaient déjà acquis une grande importance comme centres métallurgiques, ont vu cette importance grandir par suite du redoublement d’activité résultant des prix élevés qu’ont atteints les produits dans ces dernières années. L’immigration fut bien encouragée par tous les moyens, mais ce n’est qu’en augmentant largement leurs salaires qu’on parvint à retenir les anciens ouvriers. Ces faits ont eu lieu surtout dans les forges et les laminoirs ; de gré ou de force les patrons en sont arrivés à payer aux ouvriers des unes près de 35 sh. (à-3 fr. 75) de façon par tonne de puddlage et aux ouvriers des autres un prix tel qu’en peu d’années, grâce à l’épargne, ils auraient pu laisser là leurs outils.
- « Des chiffres ayant déjà été donnés plus haut relativement aux salaires payés dans plusieurs localités pour différents genres de travaux, je me contenterai donc de faire des rapprochements en montrant qu’à l’époque de ma visite un ouvrier travaillant aux mines de fer du lac Supérieur pouvait gagner 12 sh. 9 d. (15 fr. 90) par jour, tandis qu’à celles de New-Jersey il ne recevait guère plus de la moitié de cette somme et que dans l’Alabama, il doit se contenter de h sh. 8 d. (5 fr. 80). C’est dans le travail des hauts fourneaux que j’ai trouvé le plus d’uniformité dans les salaires. Les fondeurs gagnent 7 sh. à 9 sh: 6 d. par jour (8 fr. 75 à 11 fr. 85), excepté pour les hauts fourneaux au charbon de bois de l’Alabama où ils ne reçoivent que k sh. 9 d. (5 fr. 90) ; dans ce dernier endroit les chargeurs ne touchent que 3 sh. 9 d. (k fr. 65), tandis que dans les États du Nord, leur paye varie de 5 sh. 6 d. à 7 sh. 6 d. (6 fr. 85 à 9 fr. 35).
- « Il faut se rappeler, pour expliquer cette différence, que les États du Sud sont des pays pour ainsi dire encore agricoles, et que les ouvriers employés dans les usines sidérurgiques ne sont autres souvent que ceux-là mêmes qui travaillaient auparavant comme esclaves. Après la guerre de sécession, toutes les industries étaient en ruine et les pauvres nègres s’estimèrent bien heureux de pouvoir travailler à tout prix dans les usines à fer, relativement en petit nombre de cette région, suivant ce que les propriétaires de ces usines voulaient ou pouvaient leur offrir. Somme toute, en considérant l’éloignement des États du Sud des grands centres de consommation, il est à craindre qu’en temps ordinaire les maîtres de forges du Tennessee et de l’Alabama ne puissent vivre qu’en obtenant encore un abaissement du prix de la main d’œuvre.
- « Les forgerons et les charpentiers gagnent 7 sh. 6 d. à8 sh. 6 d. (9 fr. 35 à 10 fr. 60) par jour, tandis que les maçons de toute espèce exigent de 11 sh. 3 d. à 15 sh. (15 fr. 05 à 18 fr. 75) ; ces derniers ont même reçu, en 1873, jusqu’à 18 sh. 10 d. (23 fr. 50), ce qui n’a pas empêché une grève de se produire pendant cette même année à Ironton, parce que les entrepreneurs refusaient de payer les ouvriers à raison de 20 sh. 10 d. (26 fr.) par jour. La cause de cet écart considérable entre les salaires des maçons et ceux des ouvriers d’une classe certainement plus relevée, celle des
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- ouvriers mécaniciens qui ne gagnent que 6 sh. 6 d. à 9 sh. 6 d. par jour (8 fr. 10 à 11 fr. 85), provient, m’a-t-on dit, de la nature du climat qui oblige souvent les maçons à chômer pendant deux ou trois mois d’hiver et même plus. Si à cette cause on ajoute celles qui résultent des exigences provenant de l’érection de nouvelles usines, ainsi que du rapide accroissement de la population de certaines villes, on comprendra qu’il se soit produit en même temps une grande demande de bras, d’autant plus considérable qu’il s’agissait de travaux à exécuter en neuf mois au lieu de douze.
- « Les salaires élevés dont nous venons de parler et qui sont si loin de ceux que nous payons chez nous, ne datent cependant que depuis peu. Un des premiers maîtres de forges de Pittsburg m’a assuré qu’avant la guerre, les ouvriers ordinaires recevaient 3 sh. 4,5 d. par jour (4 fr. 20) et que leur paye qui, pendant les hostilités, s’était élevée à 7 sh. 6,5 d. (9 fr. 40), était redescendue aujourd’hui à 5 sh. 7,75 d. (7 fr. 025). Dans la vallée deLehigh, la main d’œuvre d’une tonne de fonte qui, pendant la guerre, variait de 5 sh. 9 d. à 12 sh. 3 d. (6 fr. 15 à 15 fr. 30) est depuis lors à 8 sh. 6 d. environ (10 fr. 60).
- « En règle générale, les salaires ont constamment augmenté depuis vingt ans dans tous les Etats de l’Union. Cette hausse a atteint son maximum pendant la guerre, mais depuis lors le taux est redescendu pour rester cependant à un niveau qui représente une augmention de 50 à 75 pour cent sur celui qui existait il y a un quart de siècle.
- « La houille et le fer ont rapidement diminué de valeur là bas comme chez nous, et les conflits entre les ouvriers d’une part, et les maîtres de forges et les exploitants d’autre part, ont produit comme en Angleterre les résultats les plus désastreux.
- « A Pittsburg, les puddleurs recevaient pendant la guerre jusqu’à 33 sh. 11 d. par tonne (42 ïr. 35) ; plus tard on leur proposa de réduire leur paye à 30 sh. 2 d. (37 fr. 70) et il en résulta une grève de huit mois.
- « A Troy, pendant mon voyage, les ouvriers refusaient une réduction de salaires et la lutte s’est prolongée pendant plusieurs mois.
- « Quelque temps auparavant, la région des mines d’anthracite venait d’être le théâtre d’une grève qui avait duré six mois, et en ce moment (1875) les travaux sont de nouveau suspendus, parce que les mineurs refusent d’accepter une diminution de paye rendue nécessaire par la grande diminution de valeur du combustible qu’ils exploitent.
- « Un des points importants qui doivent régler les conditions suivant lesquelles un ouvrier peut disposer de ses bras, c’est la dépense que nécessitent son entretien et celui de sa famille. Je ne prétend certes pas que cette dépense doive servir de limite à ce qu’il peut être en droit de demander pour son travail ; mais, avant qu’il ne prenne le parti de se déplacer, il est tout naturel qu’il s’enquière si, dans le nouveau pays qu’il doit habiter, le rapport entre ses dépenses et le taux de son salaire doit rester le même qu’auparavant.
- « Aujourd’hui, à n’en pas douter, la vie sous beaucoup de rapports est beaucoup
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- plus chère aux États-Unis qu’en Angleterre. Une maison construite par des maçons qui sont payés le double des nôtres, coûte nécessairement beaucoup plus et par conséquent s’y loue à un prix plus élevé. Le prix des vêtements de toute espèce est également plus cher, et c’est là ce dont j’ai entendu se plaindre constamment les ouvriers anglais que j’ai eu l’occasion de rencontrer là-bas.
- « Ce qui a également contribué dans une grande proportion à rendre la vie plus chère, c’est l’augmentation considérable que le prix des denrées alimentaires a éprouvé dans le cours de ces vingt-cinq dernières années. On en jugera par les chiffres suivants qui m’ont été fournis par M. le professeur Cox, d’Indiana :
- kilog.
- Blé par boisseau de 60 livres (27,20). .
- Maïs.................. 56 — (25,35). .
- Porc.............par 100 —- (45,30). .
- Bœuf par livre.................. (0,453). .
- PRIX EN 1850. PRIX EN 1874.
- fr. c. fr. c.
- . 1,45 . . . 5,10
- . 0,50 . . . 2,70
- . 5,80 à 7,05. . . . . 40,00
- . 0,10 . . . 0,50 à i
- « Le prix de la pension d’un homme seul permet de juger facilement de la cherté de la vie normale. Un ouvrier de Middlesbrough m’a appris que pour 13 sh. par semaine (16 fr. 25), sur les bord de la Tees, il trouvait à vivre dans d’aussi bonnes conditions qu’il le ferait sur les bords du lac Érie pour 18 sh. 10 d. (23 fr. 50).
- « Voici, comparés à ceux du Nord de l’Angleterre, quels étaient dans l’automne de 1875 les prix de quelques substances alimentaires :
- ÉTATS-UNIS. ANGLETERRE.
- kil. fr. c. fr. c. fr. c. fr. c.
- Bœuf par livre (0,450). . . , . . . 0,875 à 0,60. . . . . 1,10 à 0,80
- Beurre — , . . 1,625. . . 1,65 à 1,85
- Farine, par mesure de 14 livres (6,350). . . , . . . 3,10 à 2,15. . . . . 2,50 à 2,05
- Sucre brut, par livre. . . . 0,55 à 0,75. . . . . 0,25 à 0,35
- Café . . 1,40 . . 1,65
- Lard (U . . 0,70 à 0,80
- « Aux États-Unis en général, mais je ne saurais dire si c’est absolument partout, il n’existe aucune loi qui défende de payer les salaires en toute autre chose qu’en mon-naiè du pays. J’ai trouvé en usage dans les usines de différentes parties de l’Union le système des magasins d’approvisionnement (store). Dans quelques-unes de celles du Sud, on paye exclusivement les ouvriers en provisions, vêtements et autres choses nécessaires à la vie ; dans d’autres, on leur ouvre pour tout ce dont ils ont besoin un compte qui se règle tous les mois ou tous les trois mois, et si la balance est en leur faveur, on leur paie la différence en espèces. Ce mode de procéder de la part de certains maîtres de forges trouve son excuse dans ce fait, que s’ils ne pouvaient réaliser
- (1) 11 s’agit ici du lard importé d'Amérique.
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- un certain bénéfice (bien faible m’a-t-on dit) sur les objets qu’ils fournissent à leurs ouvriers, ils se verraient forcés, en présence des prix si peu rémunérateurs que les fers trouvent sur les marchés, de fermer leurs usines. De leur côté les ouvriers, en bonne politique, acceptent ces conditions sans lesquelles ils risqueraient d’être privés de travail, et je dois dire que dans les conversations que j’ai eues avec eux, je n’ai entendu formuler aucune plainte sérieuse contre les magasins d’approvisionnement ; c’est d’ailleurs ce que m’a confirmé un marchand qui fait concurrence à ces magasins, et qui m’a expliqué leur système d’organisation.
- « Jusqu’au moment où les affaires commerciales ont été atteintes de la panique qui règne aujourd’hui, il est incontestable que dans les États du Nord, en dépit même des inconvénients dont j’ai parlé, un ouvrier qui avait une bonne conduite pouvait se faire une existence aisée. J’ai rencontré sur le lac Champlain un mineur qui, pendant quatre ans, avait gagné annuellement 120 livres (3 000 francs) ; comme il était garçon et économe, il ne dépensait pour vivre que 65 livres (1 625 francs) et avait pu mettre de côté de quoi acheter une petite ferme ; rien ne me prouve, par exemple, qu’à cette même époque il n’eût pu en faire autant en Angleterre. Il m’a raconté que bien des ouvriers et particulièrement des immigrants Anglais, étaient loin de suivre son exemple lorsqu’ils arrivent en Amérique. C’est avec peine que je suis forcé d’avouer qu’ils ne travaillent que pendant quelque temps, et qu’après avoir pris sur leur salaire juste de quoi payer leur nourriture et leur habillement, ils dépensent le reste à boire. Il ne faut pas croire cependant que ce soit nos seuls compatriotes qui se livrent à cette funeste passion ; bien que j’aie ouï dire que l’élévation des salaires ait contribué jusqu’à un certain point à élever le niveau moral et intellectuel des ouvriers des forges et des mines, la mauvaise santé de beaucoup d’entre eux est la seule trace évidente que semblent avoir laissée les jours de prospérité. C’est là une constatation dont l’exactitude m’a été confirmée par les meilleurs ouvriers eux-mêmes.
- Des droits protecteurs.
- « En consultant ma mémoire, je ne vois plus qu’un seul sujet dont j’aie à vous parler, celui qui nous divise entièrement certains de mes amis d’Amérique et moi ; il s’agit du système des droits protecteurs de leur pays. Je me hâte de dire cependant qu’ils m’ont exposé leurs vues à cet égard d’une manière si courtoise, que c’est sans crainte de troubler nos relations amicales que je vais à mon tour exprimer les mienn'es.
- « Je sais, à n’en pas douter, avec quelle défaveur tout abaissement du tarif actuel serait accueilli par un grand nombre de maîtres de forges de l’autre côté de l’Atlantique; bien mieux, c’est qu’ils cherchent plutôt à faire augmenter les restrictions qu’à les diminuer. Comme habitant de l’Angleterre, je comprends que tout ce que nous pourrons dire à cet égard ne pourra influencer l’opinion publique en Amérique, et s’il doit se produire quelque jour un changement, fl sera dû aux seules convictions américaines et nullement aux nôtres. Cela dit, j’aime à croire que les plus chauds partisans du
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- système de droits protecteurs me pardonneront de raconter ici mes impressions relativement à ce que j’ai vu et entendu dire là-bas sur cette question et particulièrement sur l’influence qu’elle exerce sur le fer et les industries qui s’y rattachent.
- « Dès qu’on aborde ce sujet avec les fabricants américains, leur première réponse consiste très-souvent à dire que nous avons commencé par faire comme eux, c’est-à-dire que nous avons protégé notre industrie nationale jusqu’au jour où nous n’avons plus eu à craindre la concurrence étrangère, et qu’àujourd’hui que cette crainte n’existe plus pour nous et que nous n’avons plus à nous inquiéter d’assurer les conditions d’existence de notre classe ouvrière, nous réclamons à grands cris la liberté de commerce.
- « Mais les partisans du système protectionniste semblent oublier ce fait, que ceux-là même qui, il y a trente ans, en Angleterre, étaient les plus acharnés défenseurs d’un pareil système avaient autant de motifs pour craindre la concurrence étrangère que peut en avoir aujourd’hui l’industrie américaine relativement à l’importation des fers anglais. On en jugera par les faits suivants :
- « J’ai rencontré à Gleveland un banquier qui revenant de la région de la Rivière Rouge, m’a décrit les immenses terrains qui s’y trouvent, terrains recouverts d’une épaisseur de 3 à 5 pieds (0m,90 à lm,50) de terreau et qu’on pourrait acheter sur le pied de 4- à 11 sh. par acre (5 à 11 fr. 25 pour 0bectare,40, soit 12 fr. 50 à 28 fr. 10 par hectare). Là, le fermier n’a qu’à prendre un outil quelconque pour remuer le sol (une charrue serait pour ainsi dire inutile), et lorsqu’il l’a défoncé jusqu’à la simple profondeur de un pouce et demi (0m,0375), il en obtient sans autre préparation 4-5 boisseaux de blé par acre (4-0,8 hectolitres par hectare). Le blé est amené par chemin de fer à Duluth sur le Lac Supérieur, et de là, on l’embarque pour le diriger vers quelqu’une des grandes lignes qui font le trafic des grains et qui le rendent à la côte d’où les navires l’exporteront en pays étrangers. Dès lors, existe-t-il vraiment quelque difficulté matérielle qui s’oppose à ce que ces mêmes navires apportent leur mgehen jusqu’à Liverpool?
- « A Indianopolis, on m’amené voir un enclos ne contenant pas moins de 10 OOOporcs à la fois. Ces animaux sont amenés successivement par un plan incliné jusqu’en haut d’un immense bâtiment, où il suffit d’une seconde ou deux pour les transformer en pièces de salaison. Tout cela, bien entendu, a lieu mécaniquement et les porcs qu’on traite ainsi avec une rapidité qui permet d’en faire passer 1600 par jour, pendant toute l’année, représentent un courant continu d’animaux qui, à mesure qu’ils quittent l’enclos, sont remplacés par d’autres venant de tous les points du pays.
- « Gela posé, s’imagine-t-on l’effroi qu’eussent ressenti aü début de notre régime de liberté commerciale, le fabricant de salaisons de l’Irlande et le fermier anglais en présence des moyens d’action puissants employés en Amérique dans les deux branches de commerce que nous venons de relater, moyens capables de les ruiner, quand on songe surtout que seul loyer de la terre coûte annuellement au fermier anglais dix fois le prix
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- auquel le cultivateur des bords de la Rivière Rouge a pu acheter les champs qu’il exploite? Eh bien, quand on voit quelle est aujourd’hui la position des agriculteurs et des propriétaires fonciers de l’Angleterre, n’ésl-il pas permis de dire que cet effroi eût été imaginaire ? Les fermes de notre pays, au lieu de devenir les déserts qu’on eût été tenté de pronostiquer, ne sont-elles pas, en présence des produits qu’elles fournissent et des procédés de culture qu’elles emploient, une preuve évidente des progrès que nous avons faits dans la science agricole ?
- « Il est parfaitement vrai que c’est dans notre propre intérêt, et non pour céder à des réclamations venant de loin, que nos législateurs ont introduit dans nos relations avec le reste du monde, cette grande réforme de la liberté de commerce, grâce à laquelle la prospérité de la Grande-Bretagne a atteint le niveau élevé qu’elle a aujourd’hui.
- « Ce serait sortir de mon sujet que d’essayer de démontrer les conséquences que pourrait avoir en général, pour le commerce de l’Amérique, l’application d’un système de politique commerciale contraire à celui qu’on y suit aujourd’hui; je me bornerai donc à exposer ici mon opinion sur quelques-uns des résultats que les droits protecteurs ont produit dans la métallurgie du fer de ce pays.
- « On se rappelle, sans qu’il soit nécessaire d’en rechercher la cause, qu’un peu après 1871, le prix des fers commença à s’élever en Angleterre; à cette époque, nous fournissions aux États-Unis à peu près le tiers de leur consommation. Cette hausse se fit immédiatement sentir là-bas, car j’appris à cette époque que le prix de la fonte s’y était élevé jusqu’à 13 livres (325 fr.), en conservant le taux moyen de 10 livres (250 fr.). Ce changement surprenant eut pour résultat immédiat d’augmenter le nombre des hauts fourneaux, qui, de 571 qu’il était en 1871, s’éleva, à la fin de 1873, à 662.
- « Il s’est alors produit ce fait, c’est que les consommateurs, qui, en Amérique, sont, comme on sait, beaucoup plus nombreux que les fabricants, ont dû, à cette époque, payer, non-seulement des prix égaux à ceux déjà fort élevés de l’Angleterre, mais encore les prix de transport et les droits d’importation, s’élevant à 23 sh. 9 d. (29 fr. 65) par tonne de fonte et à 52 sh. 10 d. (66 fr.) par tonne de rails. Qu’on juge par là des bénéfices considérables qu’ont dû faire les maîtres de forges du pays ! Si les circonstances n’avaient pas changé, ces bénéfices fussent devenus véritablement fabuleux.
- « En Amérique, les maîtres de forges ne sont pas ordinairement propriétaires des houillères et des mines de fer qui alimentent leurs fourneaux ; ils sont donc obligés d’acheter leurs matières premières. Or, l’accroissement brusque delà demande de ces matières ne fut pas sans produire son effet sur le marché ; partout où cette cause d’augmentation de prix était insuffisante pour satisfaire les appétits des propriétaires de mines, comme ils voyaient sans doute avec un œil d’envie les brillantes affaires que faisaient les maîtres de forges, ils mirent promptement en pratique la politique de restriction, si en faveur dans l’industrie sidérurgique.
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- « Pour la houille, ainsi qu’on va le voir, la mesure fut, de toute manière, facile à prendre pour un certain temps. En effet, les deux grandes compagnies de chemins de fer qui commandent le trafic dans la région de l’anthracite, avec une prévoyance qui donne la mesure de leur sagacité commerciale, avaient acheté de grandes étendues de terrain houiller longtemps avant que les richesses qu’elles renferment fussent reconnues. De ce fait, non seulement elles ont aujourd’hui le monopole du transport du combustible, mais elles sont encore les plus puissants propriétaires de houillères du district, et, par conséquent, exercent, par la force des choses, une influence prépondérante pour régler les prix du combustible sur le marché. Dès lors on comprend que, grâce à cette influence, ces riches compagnies purent donner une valeur fictive à .leurs charbons, et pour maintenir cette valeur, elles adoptèrent le moyen qui prévalut dans le nord de l’Angleterre il y a quelques, années, c’est-à-dire qu’elles diminuèrent les extractions de leurs puits. On sait où peut conduire une pareille mesure, et ce qui s’est passé chez nous peut servir à le démontrer. En effet, de nouvelles mines de houille s’ouvrirent en Angleterre jusqu’au moment où la ruse ne fut plus praticable, et, finalement, les exploitants du Northumberland et du Durham, qui l’avaient imaginée, payèrent chèrement leur imprudente campagne de hausse.
- « Mais, pendant que les propriétaires de houillères ne se montraient pas disposés à laisser les maîtres de forges s’attribuer une trop large part des bénéfices dans la réalisation desquels leur charbon jouait un rôle si important, de leur côté, les mineurs, sans lesquels l’exploitation ne peut se faire, entendaient bien aussi ne pas laisser à leurs patrons la totalité de leur gain. Cette juste réciprocité trouva, je crois, son application à l’époque où le prix du combustible atteignit sa cote la plus élevée, car, à ce moment, les ouvriers gagnèrent de 30 à 35 sh. par jour (37 fr. 50 à 43 fr. 75); c’était le prix courant de la journée. Cependant, la leçon d’économie politique préparée par les exploitants, et consistant à limiter l’extraction, ne fut pas perdue pour les mineurs, et lorsqu’ils virent que le prix du combustible pouvait baisser et que leur salaire pouvait revenir au taux où il avait été auparavant, ils prirent le parti de créer une pénurie artificielle en suspendant les travaux pendant trente jours.
- « En présence d’une pareille détermination, les auteurs de la mesure qui consistait à réduire l’extraction ne tardèrent pas à comprendre qu’ils avaient mis entre les mains des mineurs une arme trop dangereuse, et voici la manière sommaire dont ils procédèrent pour en annuler les effets : ils prirent le parti de fermer complètement les travaux pendant six mois, et, pour empêcher qu’aucune expédition de charbon ne se fit sur le marché de New-York, la compagnie de chemins de fer propriétaire de houillères, dont le tarif varie suivant le prix de la marchandise qu’elle transporte, quadrupla ce tarif, c’est-à-dire l’éleva à 37 sh. 6 d. environ par tonne (46 fr. 85) ; du coup, toutes les mines furent réduites à une inaction complète. Et maintenant, que firent les maîtres de forges pendant cette lutte? Une fois la paix rétablie entre les exploitants et les mineurs, il fut décidé d’un commun accord que les salaires seraient fixés d’après
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- une échelle mobile, variant selon le prix de vente du charbon. Au premier abord, ce compromis pouvait sembler raisonnable ; mais, malheureusement, il était loin d’être favorable aux maîtres de forges. En effet, ceux-ci allaient payer la houille, non pas au prix qu’ils pourraient en offrir, et qui dépend du prix de vente du produit qu’ils fabriquent, mais bien au cours du marché de New-York, dont la compagnie du chemin de fer est en quelque sorte maîtresse, tant comme exploitant que comme transporteur, ayant la faculté d’élever ses tarifs selon les prix de vente de la marchandise.
- « La compagnie du chemin de fer est donc seule arbitre de la situation, et c’est ce dont se plaignent les maîtres de forges qui prétendent, avec juste raison, que cette situation, dans l’état actuel de leurs affaires, est pour eux trop lourde à porter. En effet, si le mode de régler le cours des charbons que nous venons d’expliquer permet aux exploitants d’accorder aux mineurs de 15 sh. à 18 sh. 10 d. (18 fr. 75 à 23 fr. 50) pour des journées de huit heures, en revanche, il a l’inconvénient d’obliger les industriels à payer le combustible beaucoup trop cher. Quelque bien fondées que soient ces plaintes, je crois néanmoins que la cause première de ce fâcheux état de choses doit être surtout attribuée à la hausse qui s’est produite dans le temps sur les fers, hausse à laquelle ont contribué dans une certaine proportion les droits protecteurs si en faveur auprès de ceux-là même qui se plaignent aujourd’hui.
- « Quant aux propriétaires de mines de fer, leur ligne de conduite n’est pas longue à expliquer. En principe, ils agirent comme les exploitants de houillères, mais, dans quelques cas, ils aggravèrent encore'la situation. La fourniture des minerais fut concentrée dans un petit nombre de mains, et ceux qui en étaient les maîtres auraient souvent préféré voir s’éteindre les hauts fourneaux l’un après l’autre plutôt que d’envoyer à prix réduit leur marchandise sur le marché.
- « Pour montrer l’influence qu’ont exercée simultanément sur le coût de la fabrication de la fonte les mesures funestes que je viens d’expliquer, je vais, d’après des sources dignes de foi, mettre en regard les prix de revient de la tonne à trois périodes différentes. La première période est celle de 1860, époque à laquelle le marché était très-calme; la seconde concerne l’année 1871, qui a précédé les mois de fièvre commerciale; enfin, la troisième a trait à 1873, où des bénéfices extravagants ont été partout réalisés, bénéfices qui ont pu se prolonger pour les exploitants, tandis qu’au contraire les maîtres de forges n’avaient plus rien à espérer.
- 1860. 1871. 1874.
- 1. sh. d. fr. c. 1. sh. d. fr. c. 1. sh. d, fr. c.
- Houille, minerai et calcaire. 1 15 9,5 = 44,70. . . 2 19 8 = 74,55. . . 3 17 7 = 96,95
- Main-d’œuvre............... 0 6 6 = 8,10. . . 0 9 9,5 = 12,20. . . 0 10 4 = 12,90
- Matériel et autres dépenses. 0 5 6 = 6,85. ..0 8 6,5 = 10,65. . . 0 10 8 = 13,30
- 2 7 9,5 = 59,65. . . 3 18 0 = 97,40. . . 4 18 7 = 123,15
- « Ainsi que le montrent ces chiffres, le prix de fabrication de la fonte a doublé en
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- douze ans dans tous les États du nord de l’Union américaine, et il en résulte qu’au-jourd’hui il n’est guère possible au producteur de vendre sans éprouver de la perte.
- « Après avoir envisagé la situation du producteur, il m’importait d’examiner celle du consommateur, et de savoir si, comme je le pensais, son action ne devait pas être paralysée par les filets qu’on avait en quelque sorte tendus autour de lui. Je m’adressai donc surtout aux directeurs de chemins de fer et aux constructeurs de locomotives, pensant qu’il ne leur était pas indifférent de voir le prix des rails ou celui des plaques pour chaudières augmenté d’une taxe perçue au profit de l’État. Quel ne fut pas mon désappointement de leur entendre dire, aux uns comme aux autres, que, bien que la cherté des produits achetés par eux provînt du taux élevé des salaires, il n’en était pas moins vrai que ce taux assurait plus de liberté aux classes ouvrières et avait pour conséquence d’augmenter la prospérité générale des compagnies de chemins de fer et des constructeurs !
- « A ne considérer que le travail du mineur et celui du puddleur, le système suivi a, sans aucun doute, produit d'heureux résultats, puisqu’il a permis à chacune de ces classes d’ouvriers de gagner, en 1873, des salaires journaliers de 20 à 30 sh. (25 fr. à 37 fr. 50) ; mais est-il possible d’admettre que chaque espèce de travailleur puisse être traitée sur le même pied? Est-il admissible, par exemple, qu’un directeur de chemin de fer consente à se baser sur de pareils tarifs pour établir sa voie, débiter ses traverses, diriger ses stations et conduire ses trains?
- « D’un autre côté, on prétend qu’un des avantages que présentent les droits protecteurs, c’est d’alimenter les revenus de l’État, ou en d’autres termes, pour ce qui concerne le fer, que ce sont ceux-là seuls qui en consomment le plus qui contribuent le plus aux dépenses nationales. De tous les arguments présentés par les défenseurs de la protection, celui-là cependant est peut-être le plus faible, surtout lorsqu’il sort de la bouche d’un maître de forges; en effet, en réclamant pour un tarif élevé, on arrive à ce résultat, c’est que, loin de faire entrer beaucoup d’argent dans le trésor national, on oblige à réduire au plus bas possible la quantité de fer sur laquelle les droits sont perçus. La vérité sur les droits protecteurs, c’est que le maître de forges cherche à éviter la concurrence étrangère en rendant l’importation presque impossible.
- « Une industrie qui est aux prises avec des difficultés qui lui sont propres peut-elle demander au gouvernement un appui delà nature de celui dont nous parlons? C’est là une question que nous laisserons de côté pour examiner plutôt si la protection est réellement indispensable à l’industrie sidérurgique des États-Unis.
- « En admettant que les maîtres de forges de ce pays soient placés dans une situation désavantageuse, cette situation ne peut provenir que de deux causes, soit de la cherté de la main-d’œuvre, soit des difficultés de faire venir les matières premières et d’envoyer sur le marché les produits fabriqués.
- « Eh bien! écoutez l’opinion de Y lron Age, journal bien rédigé, traitant surtout,
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- comme son nom l’indique, des questions se rattachant à l’industrie du fer. Dans un article publié le 22 octobre 1874, et intitulé : Pourquoi l’Angleterre souffre delà concurrence étrangère (Why England suffers from foreign compétition), voici ce qu’il disait :
- « Si l’Angleterre souffre, cela tient surtout à ce qu’elle ne peut plus faire la loi à la « main-d’œuvre du prolétaire {pauper labour), et c’est cette main-d’œuvre qui a em-« pêché les manufacturiers anglais de se tenir au courant des progrès modernes et « d’encourager toute invention mécanique ayant pour but d’économiser les bras. »
- « Si l’auteur de cet article s’adresse aux maîtres de forges, il ne doit être qu’impar-faitement renseigné sur la véritable situation des choses, car, dans ses comparaisons, il fait une distinction entre le continent européen et notre pays. Lorsque j’affirme, en effet, que le taux des salaires est aujourd’hui encore et a toujours été beaucoup plus élevé chez nous que dans tout centre métallurgique quelconque du continent, je ne fais simplement que constater un fait dont tous les hommes compétents ont reconnu la vérité depuis vingt-cinq ans. A ceux qui prétendent que nous ne1 nous sommes pas préoccupés des inventions mécaniques destinées à économiser les bras (labour saving machinery), je répondrai que les efforts que nous faisons, malgré les salaires élevés, pour fabriquer aux mêmes prix que nos voisins, ont fait l’admiration de ceux d’entre eux qui ont visité nos usines. J’ajouterai, et ceci aura peut-être plus de poids aux yeux du rédacteur de Ylron Age que les marques d’admiration française ou allemande, que quelques-uns de nos amis d’Amérique ont jugé utile de faire dans leurs nouvelles usines sidérurgiques l’application de nos procédés les plus perfectionnés, application qu’ils doivent, ainsi qu’ils se plaisent à le reconnaître, aux enseignements qu’ils ont puisés chez nous.
- « Il est cependant un fait économique que les apôtres de la protection devraient bien ne pas oublier, c’est que notre politique commerciale n’a pas été sans influence sur la situation industrielle de nos voisins les plus proches. Nos larges importations en substances alimentaires en ont augmenté la valeur à l’étranger, et ont eu pour conséquence d’y faire peu à peu hausser les salaires dans ces dernières années. De même, les efforts qu’ont fait les maîtres de forges américains pour attirer nos ouvriers chez eux, ont eu pour résultat de faire hausser chez nous le prix de la main-d’œuvre. Au prix de 10 livres (250 fr.) la tonne de fonte, il y a certes de la marge pour supporter cette hausse, mais il faut remarquer que dès que le commerce trouve les prix trop élevés, la demande tombe aussitôt, et le courant d’émigration s’arrête; bien plus, il arrive parfois qu’il y a interversion, car un certain nombre de nos anciens ouvriers quittent l’Amérique pour revenir au pays natal.
- « Certainement les Américains peuvent, c’est leur droit, venir sur notre marché nous disputer les bras, et cela sans égard pour les dommages que nous cause la concurrence étrangère; mais qu’ils le fassent et qu’ils condamnent alors la population de leur pays à payer de lourdes taxes pour leur permettre de payer des salaires extrava-
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- gants, c’est là ce que je considère comme une politique très-discutable, et quelques Américains même sont de mon avis.
- « Supposons pour un instant qu’on favorise la création, en Amérique d’une nouvelle industrie, et que pour décourager la concurrence étrangère, on établisse des droits à l’entrée des produits similaires, sous prétexte d’établir une sorte d’égalité; est-ce que l’industrie sidérurgique des Etats-Unis se trouve réellement dans le même cas? Les ressources minérales de ce pays sont d’une étendue indiscutable 5 mais les nôtres n’ont-elles pas également leur valeur, et leur avenir n’est-il pas assuré pour des siècles? Toutes choses égales, il est matériellement impossible que la fonte puisse être produite aux États-Unis à meilleur marché qu’en Angleterre. Les maîtres de forges américains auront beau lutter avec les nôtres sur ce terrain, ce ne sera qu’à leur détriment. A ceux qui seraient tentés de contester la vérité du fait que j’avance, je répondrai en rappelant la position dans laquelle ils étaient il y a une douzaine d’années, époque à laquelle ils faisaient même de médiocres affaires avec de la fonte qui ne leur revenait guère à plus de moitié de ce qu’elle leur coûte aujourd’hui. Depuis lors, la métallurgie a fait de grands progrès, et cependant les prix de fabrication ont plus que doublé, soit à cause de l’augmentation considérable des salaires, soit par suite des entraves apportées au progrès commercial par les mesures de protection dont nous avons parlé.
- « Si mes informations ne me trompent pas, à l’époque où le prix de fabrication était en Amérique moitié de ce qu’il est maintenant, aucun maître de forges anglais n’aurait pu entrer en concurrence, car avant d’arriver sur le marché des États-Unis, il aurait eu à payer des frais de transport onéreux.
- « Ce que je viens d’établir étant admis, je dirai que les maîtres de forges de Lehigh, grâce aux conditions favorables où la nature les a placés, même avec un prix de revient supérieur à celui d’autrefois, doivent être capables de lutter avantageusement avec nous sur le marché de New-York; quant à ceux de Cleveland, de Pittsburg, de Hanging Rock et des autres régions de l’Ouest, leur position est bien meilleure encore, car pour arriver sur leur terrain la fonte anglaise a non-seulement à subir le fret, mais encore le transport par terre. Pour le moment, je ne tiens pas compte du Tennessee, de la Géorgie et de l’Alabama, dont les ressources actuelles sont comparativement moins développées, mais qui un jour pourront lutter de pair avec n’importe quelle partie du monde pour la production économique de la fonte5 ce qui m’amène à examiner sur quelle base devraient être établis les droits d’importation des fers en Amérique.
- «r Les droits protecteurs doivent-ils simplement suffire à protéger le salaire du pud-dleur, qui était en 1860 de 12 sh. 3 d. par tonne (15 fr. 30), ou doivent-ils être assez élevés pour que ce salaire puisse continuer à être comme il l’est aujourd’hui, le triple de ce qu’il était il y a quinze ans? Ou bien encore doivent-ils être réglés en raison de l’inhabileté du maître de forges à soutenir la concurrence avec de la fonte à 5 livres
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- (125 fr.) la tonne, lui qui pouvait il y a douze ans en fabriquer à 50 sh. (62 fr. 50), et qui aujourd’hui ne saurait invoquer aucune difficulté dans ses moyens d’approvisionnement en combustible et en minerai? Mais à l’appui de notre thèse, nous n’avons pas besoin de comparer le présent avec le passé; il nous,suffira de dire que, selon toute apparence, les États du Sud peuvent aujourd’hui produire la fonte à un prix peu supérieur à la moitié de celui qu’elle coûte dans les États du Nord. Cela étant, est-il juste que dans l’Alabama ou le Tennessee, le consommateur soit obligé de payer sur le pied de 5 ou 6 livres la tonne (125 ou 150 fr.), de la fonte qui ne revient qu’à 50 sh. (62 fr. 50), parce qu’ailleurs les maîtres de forges, pour des raisons qui ne me paraissent pas sérieuses, prétendent ne pouvoir, sans perte, la vendre à meilleur marché?
- « Depuis quelque temps néanmoins, malgré les protestations qui se sont produites en faveur de la protection, il semble se faire dans l’esprit des avocats de ce système un revirement, indiquant qu’ils commencement à soupçonner que le système inverse pourrait bien en définitive être plus rationnel. Je ne sais si je me trompe à cet égard, mais si nos amis de l’hémisphère occidental ne sont pas des admirateurs de notre liberté commerciale, en tout cas, ils ne paraissent pas en dédaigner les avantages.
- « Tous les ans, Y American iron and Steel Association, publie un rapport renfermant une série de renseignements précieux sur toutes les questions qui se rattachent à l’industrie et au commerce de la sidérurgie américaine. Le dernier récemment paru témoigne de la compétence du secrétaire de cette Association et de ses sympathies pour le système de la protection. De la lecture de ce rapport, je conclus qu’on peut laisser en toute sécurité notre industrie nationale prendre soin d’elle-même.
- « Dans l’ouest du comté d’York, il existe, comme tout le monde le sait, plusieurs usines faisant spécialement des fers de première qualité, destinés surtout à la fabrication des roues de wagons. En Amérique, au contraire, on emploie à cette destination de la fonte au bois, provenant de fourneaux marchant à l’air froid; et comme 100 tonnes de cette fonte ont été envoyées en Angleterre dans l’espoir de supplanter les fers du Yorkshire, le rapport de Y American iron and Steel Association, dont je viens de parler, mentionne un document qui contient des félicitations à l’adresse du commerce américain. Bien plus, l’auteur de ce document paraît si convaincu de la possibilité de cette substitution, qu’il ne prétend rien moins que de nous envoyer, par navires américains, toute la fonte qui nous sera nécessaire pour nos chemins de fer. Ce sont là des prétentions auxquelles nous ne chercherons à apporter aucun obstacle. Le sol anglais produit du chêne, et cependant nous choisissons celui de l’Amérique pour nos wagons, parce qu’il est à notre convenance. C’est pour la même raison que nous emploierons pour nos roues la fonte du même pays, si elle est meilleure que le fer du Yorkshire; et qu’il s’agisse du chêne ou de la fonte, nous ne refuserons ni l’un, ni l’autre, dussent-ils même nous être apportés par des bâtiments portant le pavillon américain.
- Tome III. — 75e année. 38 série. — Juin 1876.
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- « L’un des meilleurs signes auquel on reconnaît la puissance d’une nation, ainsi que les progrès qu’elle a pu faire dans la science et la pratique industrielles, c’est la position qu’elle est capable de prendre dans la voie des échanges, en fournissant aux autres pays contre les produits qu’ils peuvent créer avec plus d’avantage, ceux que, grâce à des circonstances naturelles ou spéciales, elle arrive à fabriquer dans de bonnes conditions. Il est donc tout naturel que le secrétaire de l’Association américaine citée plus haut, soit heureux de pouvoir parler de l’augmentation du chiffre des exportations, fourni par les rapports de douane (custom-house) des États-Unis, surtout en ce qui concerne le fer et l’acier, qui y entrent pour une large part. Cependant, il nous permettra de lui faire remarquer, que du moment où il déclare que les maîtres de forges américains prétendent ne pouvoir vivre qu’à la condition que les produits anglais soient frappés à leur entrée chez eux d’un droit élevé, il y a de sa part une légère contradiction, en affirmant que ces mêmes maîtres de forges peuvent exporter des locomotives en concurrence avec les nôtres ; ce qui rend cette contradiction plus frappante encore, c’est quand il affirme que ces locomotives sont envoyées à Saint-Pétersbourg par la voie anglaise. Et comment explique-t-on cette difficulté, en apparence insurmontable? Toujours par les droits protecteurs. Les maîtres de forges et les constructeurs-mécaniciens de l’Amérique, affirment que les prix élevés leur permettent de payer de forts salaires, et qu’alors la nécessité a tellement stimulé leur génie inventif, qu’ils parviennent à établir leurs machines dans des conditions d’économie et de bonne construction, capables de leur permettre de lutter avec celles du vieux monde.
- « Les constructeurs de l’Amérique, personne ne le conteste, font preuve d’une grande ingéniosité, et il n’est que justice de considérer leurs œuvres comme une digne continuation de ce qui a été fait en Angleterre par leurs ancêtres, et poursuivi depuis par leurs élèves.
- « Revenant au rapport auquel nous avons fait allusion, si nous admettons l’exactitude de ses allégations, nous arrivons à cette conclusion, qu’un fabricant de locomotives de Philadelphie, par exemple, qui reçoit du fer et de l’acier à des prix plus élevés que ceux que paye un fabricant de Newcastle-sur-Tyne ; qui a une main-d’œuvre plus chère, mais plus habile que 4a nôtre, je le concède ; qui a enfin à payer un fret plus elevé, peut venir nous disputer avec succès le marché de Saint-Pétersbourg où nous envoyons nos machines Stephenson et Hawthorn î
- « En voyant les richesses de l’Amérique en houille et en minerais de fer, que je vous ai décrites, et qui laissent bien loin derrière elles celles des autres pays, ne sont-ce pas les consommateurs de fer de ce grand pays plutôt que nous-mêmes qui sembleraient, en quelque sorte, autorisés à réclamer l’application à la fabrication sidérurgique de cette ingéniosité dont nous parlions tout à l’heure, qui permet à un de leurs constructeurs de locomotives de lutter avec nous, malgré les nombreux désavantages que nous venons de signaler, surtout quand on songe que cette fabrication, pour la majeure partie des forges, est placée tout au moins dans des conditions équivalentes aux nôtres.
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- « Le rapport auquel je reviens encore affirme qu’aucun industriel américain, animé de sentiments patriotiques et humanitaires, ne désire voir ses ouvriers travailler pour un faible salaire. Qu’entend-on véritablement par faible salaire? J’avoue que, dans mon voyage, je n’ai pu me faire une idée bien nette de celui dont parle le rapport; mais, ce que je puis hardiment affirmer, c’est qu’en discutant, comme je l’ai fait là-bas, la question du travail, je n’ai trouvé aucune différence entre l’opinion exprimée par les maîtres de forges de l’Amérique et ceux de notre pays. On ne peut nier, d’ailleurs, qu’il n’y ait une limite à la libéralité de nos confrères éloignés; sans cela, comment expliquer la grève des puddleurs de Pittsburg, qui a duré neuf mois, et qui s’est produite lorsqu’on a proposé de réduire de 34 à 30 sh. (de 42 fr. 50 à 37 fr. 50) le prix de la main-d’œuvre par tonne ? Comment expliquer également la présence de la force armée près des puits d’exploitation des mines d’anthracite de Hazelton, pour mettre le calme parmi les mineurs qui ne voulaient pas accepter de leurs patrons une juste, sinon libérale, proposition de réduction de salaires?
- « Enfin le rapport condamne, jusqu’à un certain point, l’adoption de certains perfectionnements rendus nécessaires par les progrès de l’industrie moderne. « Il de-« mande, par exemple, si toute personne qui possède un piano carré devra le rem-« placer par un piano à queue [grandpiano). » A cela, je répondrai : tant que cette personne jouera pour son propre agrément, il n’y a rien à lui dire, si elle se sert d’un instrument de fabrication ancienne ; mais autre chose est d’appeler un public payant à écouter jouer d’un vieil instrument, quand on sait qu’on en fait de meilleurs aujourd’hui.
- « Il faut néanmoins reconnaître que les nations étrangères n’ont pas besoin de pousser les maîtres de forges de l’Amérique à renouveler le matériel de leurs usines. Les fourneaux de grandes dimensions qu’ils ont construits dans différentes localités les admirables perfectionnements apportés par Holley et par Fritz, non-seulement dans les laminoirs, mais encore dans l’installation du système Bessemer exerceront une influence sur ceux-là mêmes auxquels les circonstances ne permettent pas toujours de marcher en avant. « Le système de politique qui consiste à écraser le faible « et à exalter le fort », n’est pas sans doute du goût du premier, mais il est inévitable dans l'histoire de l’industrie.
- « Au point de vue politique, les États du nord de l’Amérique ne peuvent et ne pourront fournir aucun argument capable de plaider contre le développement des ressources sidérurgiques des États du Sud, et il n’est pas impossible, qu’avant peu, ils n’aient à redouter de leur part une concurrence plus dangereuse que celle que nous pouvons leur faire.
- « Mais je n’ai pas besoin pour combattre la doctrine du secrétaire de Y American Iron and Steel Association de puiser des arguments dans notre camp; il me suffit de citer les paroles que le président même de cette Association a prononcées dans la réunion du 11 février 1875.
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- « Le moment est venu, a-t-il dit, de nous préparer à de nouveaux efforts. Aux « vieilles méthodes doivent en succéder de nouvelles ; les anciennes machines doivent « faire place à d’autres mieux combinées. Une économie bien entendue doit être à « l’ordre du jour, et nos procédés de puddlage, de laminage et de réchauffage ont « besoin d’être examinés à fond et améliorés. Si le four Dank n’a pas jusqu’ici tenu « tout ce qu’il promettait, notre génie inventif doit s’appliquer à corriger ses imper-« fections ou à lui substituer quelque chose de mieux. Les fours Siemens et Ponsard, « partout où ils ont été employés, ont donné des résultats meilleurs et plus écono-« miques que les anciens systèmes, etc. »
- « Plus loin, le Président recommande de briser les barrières qui ont existé jusqu’ici entre les maîtres de forges de la Grande-Bretagne et ceux de l’Amérique, afin de mieux exciter l’émulation des deux nations, tout en leur apprenant à se respecter, ce qui ne peut jque tourner à leur avantage réciproque.
- « Pour le respect, je ne crois pas trop m’avancer en affirmant ici que tous les membres de Ylron and Steel Institute en professent un sincère pour leurs confrères d’Amérique et, quant au pronostic de,mon ami M. Reeves, si vous me demandez mon opinion à cet égard, je vous dirai que je ne puis en avoir d’autre que la sienne. »
- (M.)
- ENGRAIS.
- SUR LES GISEMENTS ET LES EXPLOITATIONS DE PHOSPHATES DE CHAUX FOSSILES DANS LES DÉPARTEMENTS DES ARDENNES ET DE LA MEUSE (1).
- Historique.
- La découverte de dépôts importants de phosphate de chaux dans les terrains stratifiés et leur utilisation par l’agriculture comptent parmi les progrès les plus considérables qu’ait réalisés la science agricole dans ces dernières années. La présence du phosphore dans le règne minéral était, il est vrai, connue depuis la fin du dernier siècle, mais seulement dans un petit nombre d’espèces minérales, et ce n’est que bien plus tard, avec les perfectionnements des méthodes d’analyse chimique, qu’on la constata dans un grand nombre de roches soit éruptives, soit sédimentaires. Le phos-
- (1) Cette note est le résumé d’une communication verbale faite il y a quelque temps par M. Barrai, membre du Conseil, dans l’une des séances de la Société d’encouragement ; on s’est également servi pour la,préparer des différentes publications faites sur ce sujet par M. Nivoit, ingénieur des mines dans le département de la Meuse.
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- phate de chaux à l’état terreux, qui est son état le plus habituel, n’a rien, en effet, qui le décèle, même à l’œil du minéralogiste le plus exercé, et il ne peut être reconnu que par un essai chimique.
- Ce n’est qu’en 1841 que l’on voit apparaître pour la première lois l’idée d’employer pour engrais les phosphates de chaux (apatite cristallisée) exploités à Lagrosan, dans l’Estramadure. Cette idée avait fait l’objet d’un brevet pris au nom de M. Robin-Mohery, médecin à Loudéac, qui tentait avec M. Simon, de Redon, l’importation en France de l’apatite de l’Estramadure. L’entreprise n’eut d’abord pas de succès ; reprise quelque temps après par la Société royale d’agriculture de la Grande-Bretagne, qui découvrait en même temps dans diverses parties de l’Angleterre, notamment à la base de la craie, des dépôts importants de coquilles et de matières phosphatées, elle donnait lieu à une fabrication d’engrais qui prenaient rang, vers 1847, parmi les engrais d’un emploi usuel.
- L’analogie que présentent les couches de la base de la craie des deux côtes de la Manche engagea M. Meugy, actuellement ingénieur en chef des mines, à étudier avec soin le terrain crétacé dans le nord de la France, et en 1852, il retrouvait les rognons de phosphate de chaux dans l’étage des sables verts qui existe à la base du terrain crétacé dans les départements du Nord et des Ardennes. A ce niveau, les nodules constituent une zone remarquablement continue, que l’on peut suivre de Novion-Porcien (Ardennes) jusqu’à Saint-Florentin (Yonne), sur plus de 300 kilomètres, et qui s’étend encore dans d’autres parties de la France. C’est à M. Meugy qu’on doit d’avoir fait connaître le premier la composition de ces nodules, composition qui n’avait pas encore été déterminée. .
- Le terrain crétacé de la France présente les nodules phosphatés à trois autres niveaux : dans la gaize, roche siliceuse qui constitue le massif de l’Argonne, dans les marnes crayeuses qui lui sont superposées et dans la craie blanche.
- A Mons (Belgique), on a signalé les nodules à un cinquième niveau plus élevé, à la base de l’étage connu sous le nom de craie de Maëstricht.
- Enfin, le phosphate de chaux existe encore dans d’autres terrains géologiques (roches éruptives, filons métallifères, terrain silurien du Canada, terrain houiller de Westphalie, terrain jurassique, terrain tertiaire, etc.), mais nous n’avons à nous occuper ici que des gisements des Ardennes et de la Meuse, et qui appartiennent aux étages des sables verts et de la gaize. '
- C’est dans le département des Ardennes que les phosphates de chaux du terrain crétacé ont été exploités pour la première fois en France. Le mérite de cette initiative revient à MM. Desailly etDemolon, et surtout au premier, qui, dès 1855, a commencé aux environs de Grandpré une exploitation qui depuis lors n’a cessé de grandir. -
- Cette industrie nouvelle ne fut pas exempte des difficultés que rencontre toute entreprise à ses débuts ; mais grâce aux efforts combinés de plusieurs habiles chimistes, ces difficultés ont fini par être surmontées. Vers 1860, l’exploitation suivait une
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- marche régulière, et les cultivateurs appréciaient les bons effets produits par les phosphates fossiles. C’est alors que les travaux franchirent les limites du département des Ardennes, et qu’en 1861 des carrières furent ouvertes dans le département de la Meuse, où cette industrie n’a cessé de prospérer.
- Ainsi, la production de ce département, qui n’était que de 1 500 tonnes en 1862, s’est élevée en 1874 à 41 000, et a ainsi dépassé celle des Ardennes, qui, il y a quelques années, tenait le premier rang.
- Description et composition des nodules ou rognons de phosphate de chaux.
- Les nodules ou rognons de phosphate de chaux sont depuis longtemps connus des habitants des Ardennes et de la Meuse, qui leur donnent le nom de coquins. L’aspect sous lequel ils se présentent le plus ordinairement dans les sables verts est celui de rognons arrondis, lisses ou mamelonnés, dont la grosseur varie de celle d’une noix à celle du poing ; ils sont compactes, grisâtres ou d’un brun verdâtre à la surface et brun foncé ou noirâtre à l’intérieur; ils présentent fréquemment à la cassure des reflets violacés, métalliques.
- Tantôt, et c’est le cas le plus fréquent, ces nodules sont isolés dans le sable ; tantôt ils sont soudés plus ou moins solidement, en formant une espèce de conglomérat. En un grand nombre de points, ils sont accompagnés par des coquillages de formes diverses, parfaitement conservés et offrant parfois des reflets irisés et nacrés.
- Les nodules sont rarement homogènes. Ils sont souvent pénétrés, surtout dans la partie périphérique, par de gros grains de quartz, du sable vert ou de la glauconie ; parfois ils sont traversés par de petites veines ou des cristaux isolés de pyrite ou de gypse, plus rarement de galène. Des rognons de pyrite, de gros cristaux de gypse, des boules d’ocre, des géodes ou des grains de minerai sont fréquemment mêlés avec eux.
- Dans les Ardennes, la couche de nodules des sables verts, très-régulière, a une épaisseur de 10 à 30 centimètres, pouvant s’élever au plus à 50 ; dans la Meuse, cette épaisseur descend rarement au-dessous de 5 centimètres et ne dépasse guère 25,
- Les nodules de la gaize sont beaucoup plus homogènes que ceux des sables verts, mais ils ne forment pas de couches aussi régulières et sont d’une exploitation plus coûteuse, parce qu’ils sont recouverts d’une plus grande épaisseur de terre. Ils sont presque toujours à surface lisse, de couleur vert-foncé ou noirâtre, et souvent accompagnés de fossiles bien conservés. Parfois, quand on les casse, on remarque au centre une matière blanche, qui n’est autre chose que de la gaize englobée par le phosphate de chaux.
- Les nodules ont une densité très-variable de 1,80 à 2,90 ; la moyenne est de 2,70. Le poids de 1 mètre cube de nodules bien nettoyés varie entre 1 350 et 1 600 kilogr. Ceux de la gaize et du gault sont plus lourds que ceux des sables verts.
- Les nodules sont poreux, et par conséquent perméables aux liquides et aux gaz. Ils
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- absorbent une proportion d’eau pouvant s’élever à 2,60 pour 100 quand ils sont en fragments, et jusqu’à 70 pour 100 quand ils sont en poudre fine. Leur cohésion et leur résistance à l’écrasement sont variables ; mais elles sont toujours plus grandes que celles du calcaire*. Les phosphates en rognons sont en général moins durs et plus cassants que ceux qui constituent des masses continues. La friabilité se modifie notablement avec l’exposition à l’air ; au bout de quelques mois, les nodules se désagrègent avec une plus grande facilité que lorsqu’ils sortent de la carrière. La même propriété se constate aussi dans les nodules fraîchement extraits qui se trouvent à une faible profondeur, et qui ont été par conséquent soumis aux influences atmosphériques.
- Réduits en poudre, les phosphates prennent à l’air des modifications rapides. M. De* herain a observé que des nodules contenant 2,5 à 6 pour 100 d’eau ne perdent que 0,25 pour 100 de phosphate terreux, quand on les soumet à l’action de l’acide acétique à 5 degrés B., tandis qu’après une exposition de trois mois à l’air, ils contiennent 17,5 pour 100 d’eau, et abandonnent au même acide 5 à 6 pour 100 de phosphate.
- Les nodules sont essentiellement formés par du phosphate de chaux, du carbonate de chaux, du sable vert, de l’argile, de l’oxyde de fer dont une partie est combinée à l’acide phosphorique, et une matière organique. Ils contiennent accidentellement de la pyrite de fer, du sulfate de chaux, de la galène, de la magnésie et des traces de chlore et de fluor.
- Voici la composition de cinq échantillons de diverses provenances, dont les quatre premiers représentent des nodules des sables verts, et le cinquième des nodules de la gaize :
- 1. 2. 3. 4. 5.
- Eau, acide carbonique et matières organiques. 15,00 9,60 10,50 8,00 7,20
- Sable et argile 27,98 23,80 31,03 39,80 13,50
- Acide phosphorique 18,72 22,03 18,78 16,30 31,00
- Acide sulfurique » 2,12 0,89 0,92 1,00
- Oxyde *de fer 4,30 11,30 15,65 10,60 7,50
- Chaux 31,00 29,33 20,80 22,00 38,50
- Magnésie 2,10 traces traces 0,89 »
- Perte et matières non dosées 0,90 1,82 2,35 1,49 1,30
- 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00
- La matière organique est azotée et une partie de l’azote est à l’état de combinaison ammoniacale.
- On a reconnu que les échantillons 1 et 3 contiennent respectivement 0,4 et 0,3 pour 100 d’azote ; cette proportion a son importance, et elle ne doit pas être négligée dans l’évaluation de la valeur agricole des phosphates de chaux fossiles.
- Il faut aussi tenir compte de la potasse contenue dans la glauconie qui accompagne toujours les nodules en plus ou moins forte proportion. Quoique cette matière fertili-
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- santé soit engagée dans une combinaison silicatée, la glauconie est assez facilement décomposable pour qu’elle puisse agir sur la végétation.
- La richesse des nodules en acide phosphorique varie suivant la provenance ; elle varie non-seulement d’une localité à l’autre, mais encore d’un point à l’autre de la même carrière. Des nombreuses analyses faites tant au laboratoire de l’École des ponts et chaussées qu’aux laboratoires des stations agricoles des régions qui nous occupent, il résulte que la teneur moyenne des nodules des sables verts est de 18 pour 100, soit 39 pour 100 de phosphate, et celle des nodules de la gaize de 25 pour 100, soit 55 pour 100 de phosphate.
- Exploitation des nodules de phosphate de chaux.
- Exploitation à ciel ouvert. — Quand on veut extraire les nodules à ciel ouvert, on commence par ouvrir une tranchée, sur 2 mètres de largeur, pour mettre la couche à découvert ; les nodules sont enlevés à la pelle, ou même simplement à la main. Les terres de recouvrement servent à remblayer la partie postérieure de la tranchée, que l’on pousse devant soi, en lui maintenant toujours à peu près la même largeur. Il faut avoir soin de mettre de côté la terre végétale et de la replacer ensuite dans sa première position ; avec cette précaution, le terrain fouillé, au lieu de perdre de sa valeur agricole, reçoit une amélioration notable, car le défoncement qu’on lui fait subir équivaut à un assainissement du sous-sol, qui est généralement très-compacte.
- Pour abattre les terres de recouvrement, voici comment on opère : la tranchée présente devant les ouvriers une paroi verticale, dont la hauteur varie avec la pente du terrain. Cette paroi est divisée en tranches de 2 à 3 mètres de longueur, en raison de la largeur de la parcelle à exploiter, par des coupures faites de haut en bas dans le massif, sur une profondeur d’environ lm,20. Puis on cave la partie que l’on veut faire tomber, en laissant toutefois de chaque côté de petits piliers triangulaires, destinés à soutenir le bloc à abattre, et dont la face présente une largeur de 0m,50 sur le devant. Pendant que deux ouvriers travaillent à ce cavage dans la tranchée, un troisième reste à la surface, attentif aux mouvements du terrain. Lorsqu’une fente se produit, les ouvriers de la tranchée en sont avertis et ils remontent immédiatement. Alors on enfonce, à coups de masse, des pieux dans la fissure, et le bloc attaqué, se détachant du massif, est renversé dans la tranchée. On recommence la même opération immédiatement pour donner à la tranchée sa largeur primitive de 2 mètres, avant d’enlever les phosphates mis à découvert ; et ainsi de suite jusqu’au bout de la parcelle.
- On ne peut naturellement abattre ainsi par gros blocs que quand la terre de recouvrement est compacte. Quand elle est sableuse ou qu’elle a été ameublie par un remaniement, on est obligé de la faire tomber par petites masses, ou de l’enlever à la pelle.
- Lorsque la masse de recouvrement a plus de 2 mètres de puissance, on l’abat par banquettes.
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- Exploitation souterraine. — Quand le procédé d’exploitation à ciel ouvert n’est pas praticable, on applique la méthode d’exploitation par petits puits temporaires et galeries.
- Les puits sont creusés sur une section circulaire, avec un diamètre de 80 centimètres à 1 mètre, jusqu’à une profondeur de 50 à 60 centimètres au-dessous de la couche de nodules.
- Comme les terrains à traverser sont d’un travail facile, cet ouvrage se fait assez rapidement. Un homme, aidé d’un enfant qui porte les déblais, peut approfondir de 3 mètres en moyenne par jour.
- En raison de la consistance de l’argile du gault, il est rarement nécessaire de boiser les puits. Mais quand les terres ont été ameublies par un remaniement, ou que l’argile est recouverte d’alluvions anciennes peu consistantes, on maintient les parois par des fascines disposées en cercle. Si l’on a quelque raison de craindre l’envahissement des eaux superficielles, on fait un cuvelage en planches de section hexagonale, que l’on conduit jusqu’à la glaise bien compacte, et on creuse autour de l’orifice un fossé circulaire de 20 centimètres de largeur dans lequel on dame fortement de la glaise.
- Quand on néglige de prendre ces précautions, il arrive parfois qu’à la suite de grandes pluies, le puits s’éboule et se bouche complètement.
- Le matériel d’un puits est très-simple. Il se compose d’un treuil pour remonter les paniers dans lesquels on met les nodules et les déblais, et d’une échelle verticale à un seul montant qui sert à la descente et à la remonte des ouvriers. Quelquefois même, lorsque l’argile superposée aux sables verts est bien solide, on se contente de creuser de distance en distance des trous dans lesquels les ouvriers posent leurs pieds, en s’aidant d’une corde fixée au bâtis du treuil.
- Le puits terminé, on pousse, à partir du fond, une première galerie de lm,30 à lm,60 de largeur, de 70 à 80 centimètres de hauteur, et de 10 mètres de longueur. Le toit est formé par les sables verts supérieurs à la couche de nodules, qui sont presque toujours plus argileux et mieux agrégés, et par suite plus résistants que les sables verts inférieurs. Quelquefois, cependant, le contraire a lieu ; on forme alors le sol de la galerie avec le mur de la couche, et l’on abat au-dessus le sable, jusqu’à ce qu’on ait rencontré une couche un peu plus compacte, qui se trouve généralement à 60 ou 80 centimètres au-dessus.
- Cette galerie est boisée avec des cadres (formés de deux étais ou chandelles de 6 à 7 centimètres de diamètre et d’un chapeau), que l’on espace de 30 centimètres à 1 mètre, suivant la solidité du toit. Quelquefois, mais exceptionnellement, on est obligé de poser des palplanches au-dessus.
- Arrivé à l’extrémité de la galerie, on fait sur l’un des côtés une recoupe perpendiculaire de même hauteur, de 2 mètres de largeur maximum et de 5 à 6 mètres de longueur. Les sables qui proviennent de ce travail, ainsi que ceux de la galerie principale, doivent être amenés au jour. Sur les côtés de la recoupe, on cave dans
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- la couche de nodules, sur une profondeur qui ne dépasse pas 30 à 40 centimètres.
- En face, sur l’autre côté de la galerie principale, on creuse une recoupe semblable, et les matières stériles qui en proviennent servent à remblayer la première. Comme le sable vert foisonne de un quart à un tiers, on voit qu’on en aura suffisamment pour les remblais, et que, si l’on donnait aux travaux une plus grande hauteur, on serait obligé de sortir du puits une partie de ce sable.
- On continue à faire alternativement de chaque côté de la galerie, et en revenant vers le puits, des recoupes de [mêmes dimensions, séparées par des piliers qui, à la base, ont de 1 mètre à im,50 d’épaisseur, mais qui, au sommet, n’ont que 40 à 80 centimètres, par suite du cavage pratiqué dans la couche de nodules.
- Quand on a ainsi exploité un rectangle d’environ 10 mètres sur 12, on opère de la même manière de l’autre côté du puits. Les sables extraits de la nouvelle galerie principale sont employés pour remblayer la première, après, toutefois, que l’on a retiré le plus de cadres de boisage possible.
- D’après les règlements, il doit toujours y avoir deux puits au moins en communication par une galerie principale. Cette disposition a pour but d’assurer l’aérage des travaux, et de faciliter le sauvetage en cas d’accident. Quand la galerie principale est en voie de percement, on opère momentanément la ventilation au moyen d’un petit poêle que l’on installe au fond du puits et dont le tuyau vient jusqu’au jour.
- Pour le transport des nodules et des déblais, on se sert de paniers plats en osier, dont la contenance est de 15 à 20 litres. On les place sur de petits chariots très-bas, à deux roues, analogues aux chiens de mine, que l’on roule jusqu’au bas du puits ; là, le panier est accroché par son anse au crochet suspendu à la corde du treuil et remonté à jour.
- Le personnel d’un puits se compose généralement d’un mineur et d’un manœuvre avec un enfant. Le manœuvre, qui est souvent remplacé par une femme, est chargé de remonter les matières et de tamiser les nodules à la surface du sol ; quand il n’est pas occupé au jour, il descend dans le puits et fait les remblais. Le travail de l’enfant consiste surtout à charger les matières abattues dans les paniers et à les amener au bas du puits.
- Préparation des nodules.
- Les nodules, quand ils viennent d’être extraits, sont mêlés d’une grande quantité de sable plus ou moins argileux. Pour les en débarrasser, on les jette d’abord sur une claie à barreaux de fer ou sur un treillis en fil de fer, dont les mailles ont de 8 à 12 millimètres d’écartement. On sépare ainsi une partie delà terre adhérente et le volume se réduit, en moyenne, de 1/4 à 1/3; mais on perd en même temps des nodules de petites dimensions ou des fragments détachés par le choc. Les treillis en fil de fer
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- nettoient moins bien que les claies, mais ils donnent moins de déchet en phosphate et c’est pourquoi certains exploitants les préfèrent. 1
- On achève généralement le nettoyage par un lavage à l’eau courante. Ce lavage demande beaucoup de soin, si l’on veut qu’il soit complet. On se sert, le plus souvent, d’une caisse en bois, de 2 mètres de longueur sur 1 mètre de largeur et 80 centimètres de profondeur, établie dans le lit d’un cours d’eau ou sur une dérivation; aux deux tiers de la profondeur est placée une grille, dont les barreaux sont espacés de 2 millimètres, et sur laquelle on jette les nodules. On retient l’eau dans la caisse à l’aide d’une vanne disposée en aval, et l’on agite les nodules avec des crocs. Quand l’eau est devenue épaisse, on la laisse écouler, et on ne considère l’opération comme terminée que quand elle sort du bassin aussi propre qu’elle y est entrée. Deux bons ouvriers peuvent laver de 1 à 2 mètres cubes de nodules dans leur journée.
- La perte résultant de cette opération est encore de 1/4 à 1/2; elle est un peu plus forte pour les nodules de gaize, qui sont aussi plus difficiles à laver que les nodules de sable, parce que la terre qui les accompagne est plus argileuse. En somme, il faut de 2 à 3 mètres cubes de nodules sortant de terre pour obtenir 1 mètre cube de nodules bien nets.
- Le lavage est le meilleur procédé de nettoyage des nodules, mais il n’est pas toujours praticable, et on s’en dispense dans certains pays, notamment à cause des difficultés que l’on rencontre dans l’établissement des lavoirs. On le remplace par plusieurs passage à la claie, effectués, chacun, après une exposition à l’air, qui a pour but de sécher les sables argileux et de les rendre plus faciles à détacher. Cette opération porte le nom de fanage, parce que les nodules sont étendus et retournés comme le foin que l’on fait sécher.
- Mais on ne parvient pas ainsi à nettoyer à fond les nodules ; ils retiennent des sables adhérents, ou restent même mêlés de gros fragments d’un sable argileux fin qui, au soleil, acquiert une assez grande dureté pour ne pas être désagrégé par le choc et que l’eau seule délite. On peut admettre que les nodules fanés sont accompagnés de 10 à 15 pour 100, et quelquefois plus, de matières étrangères.
- Dans certaines exploitations, on combine les deux procédés. Les nodules sortant de terre sont jetés d’abord sur une claie à large écartement des barreaux (2 à 2 1/2 centimètres); ceux qui restent sur la claie sont simplement fanés; ceux qui passent au travers sont lavés après un nettoyage à la claie ordinaire. Ou bien on enlève à la main les gros nodules dont les dimensions dépassent celles du poing; les autres sont soumis au lavage.
- Les phosphates en bancs continus ne peuvent être nettoyés ni par le fanage, ni par le lavage. Ils contiennent, en effet, dans leurs fissures du sable argileux très-dur, qui ne se délite bien qu’après une longue imbibition, et encore en reste-t-il dans des cavités intérieures. Le bocardage, qui a été essayé, fait perdre une trop grande proportion de matière utile. On se contente, pour le moment, de casser ces phosphates avec un
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- marteau, en fragments de 12 à 15 centimètres que l’on trie à la main ; on les envoie dans cet état aux moulins broyeurs où on les nettoie encore, comme on le verra plus loin.
- * La préparation mécanique des phosphates de chaux fossiles appelle, comme on le voit, des perfectionnements. A ce point de vue, il n’est pas inutile de signaler l’appareil de M. Baye, qui a pour but d’éviter les inconvénients que présente le lavage des minerais, et surtout des nodules phosphatés, par les procédés usités jusqu’à ce jour (1).
- Une condition essentielle pour l’emploi agricole des nodules est la ténuité, car, s’ils étaient employés en morceaux, ils ne produiraient aucun effet sur la végétation. Il est donc nécessaire de les réduire en une poudre qui soit aussi fine que possible; on se sert, pour cette opération, de meules semblables à celles des moulins à farine.
- Les nodules amenés aux usines sont préalablement soumis à l’action d’un concasseur qui les brise en fragments de la grosseur maximum d’une petite noix. Le concasseur le plus généralement employé consiste en deux cylindres en fonte, dont la surface est hérissée de dents en forme de tronc de pyramide.
- Les nodules concassés passent ensuite dans les meules. Ces meules, qui ont en général lm,60 de diamètre et tournent à une vitesse de 100 à 110 tours par minute, peuvent produire du premier coup des farines qui traversent le tamis n# 50 ou n° 60. Le broyage donne lieu à une perte d’environ 2 pour 100.
- Production et prix de revient.
- Aujourd’hui que les phosphates de chaux naturels sont définitivement classés parmi les substances les plus nécessaires au développement de la végétation, la recherche et l’exploitation des gisements en sont très-actives. Comme exemple nous citerons M. Desailly de Grandpré, qui, à lui seul, possède des établissements dans les départements des Ardennes, de la Meuse, de la Marne et du Pas-de-Calais, et qui a produit, en 1875, plus de 20 000 tonnes de phosphates qu’il expédie jusqu’en Angleterre.
- La richesse des gisements découverts est variable; mais on en aura une idée par les détails suivants qui concernent la Meuse. Ainsi le sol de ce département renferme, tant dans les sables verts que dans la gaize, environ 800000 tonnes de phosphates, dont les deux tiers peuvent être extraits à ciel ouvert ou par petits puits, et dont l’autre tiers devra être exploité par des travaux souterrains analogues à ceux des mines.
- Quant aux prix de revient et aux prix de vente, voici des exemples relatifs au même département,:
- (1} Voy. Bulletin de 1874, 3* série, t. I, p. 605.
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- Prix de revient moyen d’un mètre cube de nodules des sables verts, pesant 1 500 ki-
- logrammes pris au moulin des ïsletles :
- fr. c.
- Indemnité de terrain............................ 4,00
- Extraction (lm,75 à 9 fr.)..................... 15,75
- Transport au lavoir et du lavoir au moulin. ... 4,00
- Lavage......................................... 2,50
- Pulvérisation et mise en sacs. . . .......... 9,00
- Expédition...................................... 1,75
- Frais généraux de toutes sortes. . . ........... 5,00
- Total.................42,00
- Soit par tonne..............................28,00
- Prix de revient d’un mètre cube de nodules de la gaize, pesant 1 600 kilogrammes :
- fr. c.
- Indemnité de terrain........................ 10,00
- Extraction. . ...............................31,00
- Transport au lavoir et du lavoir au moulin.. . . 4,00
- Lavage. . . . .............................. 5,00
- Pulvérisation et mise en sacs........... 10,40
- Expédition.................................. 2,50
- Frais généraux de toutes sortes.............. 5,00
- Total.............. *67,90
- Soit par tonne............................42,45
- La valeur du sac n’est pas comprise dans ces prix 5 elle est de 0 fr. 55 par quintal métrique.
- Le prix de vente des phosphates pulvérisés des sables verts, emballage non compris, est de 38 à 45 francs les 1 000 kilogrammes, suivant la teneur et le lieu de livraison. Les nodules lavés et non pulvérisés se vendent de 20 à 30 fr. et les nodules simplement fanés de 4 à 5 fr. moins cher.
- Quant aux phosphates de la gaize, leur prix, après pulvérisation, est de 62 à 65 fr. les 1 000 kilogrammes.
- ' LÉGENDE DE LA PLANCHE 46 REPRÉSENTANT LES OUTILS ET APPAREILS EMPLOYÉS POUR L’EXTRACTION ET LE LAVAGE DES NODULES.
- Fig. l. Couche de nodules des sables verts ; section verticale partielle d’un gise^ ment.
- Fig. 2. Couche de nodules de la gaize ; section verticale analogue.
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- EXPOSITION DE VIENNE. — JUIN 1876.
- Fig. 3. Sonde en fer.
- Fig. 4. Pince en fer.
- Fig. 5. Râteau à crocs en fer, à manche de bois, servant à agiter les nodules dans le lavoir.
- Fig. 5 bis. Vue de la face dudit râteau armé de cinq dents ou crocs.
- Fig. 6. Pieu en bois pour détacher les blocs.
- Fig. 7. Bêche à manche de bois.
- Fig. 8. Pic à manche de bois.
- Fig. 9. Pelle à manche de bois.
- Fig. 10. Masse à manche et à tête de bois.
- Fig. 11. Pioche à manche de bois.
- Fig. 12. Vue perspective d’une brouette.
- Fig. 13. Coupe longitudinale d’un lavoir.
- Fig. 14. Plan du même.
- A, buse amenant l’eau au lavoir.
- B C, capacité dans laquelle on met les nodules à laver en même temps qu’on les remue à l’aide du râteau à crocs indiqué fig. 5 et 5 bis.
- D, grille par laquelle s’écoule l’eau emportant le sable et les matières terreuses abandonnés par les nodules.
- E, plancher sur lequel on ramasse les- nodules après l’opération du lavage.
- F, caisse où l’on dépose les nodules lavés.
- Fig. 15. Pont volant en bois.
- Fig. 16. Claie où l’on fait passer les nodules avant l’opération du lavage.
- (M.)
- EXPOSITION DE VIENNE.
- l’algérie a l’exposition universelle de vienne EN 1873, PAR M. A. POMEL (1).
- Produit des Chasses.
- L’Algérie possède un certain nombre d’animaux sauvages à fourrure ou pelleterie, tels que : lion, panthère, caracal, chat de Libye, genette ichneumon (raton des colons), hyène, chacal, zorille. Les premiers sont heureusement assez rares pour ne point donner lieu à un commerce important de leurs dépouilles ; les autres, ou ne sont pas communs non plus, ou leurs dépouilles ont une valeur très-minime : 3 fr. la peau de l'ichneumon, de 1 fr. à 1 fr. 50 celle du chacal, 0 fr. 75 celle du chat-tigre. Un petit
- 1) Voy. cahier d’avril 1876, p. 204.
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- EXPOSITION DE VIENNE. ---- JUIN 1876.
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- nombre d’exemplaires ont été envoyés à Vienne; mais, dans les derniers temps, on a reçu un couple de lions, mâle et femelle, venant du département de Constantine, et dont l’empaillage très-défectueux n’a pas témoigné du sentiment artistique de l’exposant, qui en demande un prix exorbitant. Aux espèces citées plus haut, on pourrait ajouter les gazelles : antilope bubale, mouflon, etc. ; mais je ne sais point quelle peut être à Paris la valeur de leurs peaux préparées.
- La classe des oiseaux n’était pas mieux représentée que celle des mammifères, car, à l’exception de peaux de grèbes et de quelques plumes et œufs d’autruche tirés des anciennes Expositions, il n’y avait absolument rien. Mais le directeur du Jardin du Hamma, aujourd’hui exploité par la Société algérienne, avait envoyé des plumes et des œufs d’autruche et de casoar, produits par des animaux élevés en domesticité. Les essais d’éducation commencés par l’ancienne administration ont été constamment couronnés de succès, et on peut considérer le problème comme résolu. Les autruches pondent, couvent leurs œufs et élèvent leurs petits tout aussi bien en domesticité qu’à l’état sauvage. Les Anglais, au Cap, ont obtenu un résultat tout semblable, et cette éducation promet de donner des bénéfices assez importants, puisqu’on estime à 500 ou 600 fr. le produit brut de chaque individu. Il serait à désirer que des essais fussent faits dans notre département, dont la végétation et le climat subsaharien pourraient plus spécialement convenir à ces animaux; les œufs et les plumes, quelles que soient les fluctuations de la mode, seront toujours des produits très-appréciés et dont l’écoulement sera toujours bien assuré.
- Le département d’Oran, où les marais et les lacs sont assez rares, est moins pourvu que les autres départements algériens des autres espèces d’oiseaux dont les plumes sont recherchées par le commerce, surtout en ce moment; mais on les y rencontre quelquefois, et il est bon d’indiquer ici celles qui ont une certaine valeur. On recherche surtout les espèces du groupe des hérons et principalement les aigrettes, la grande et la petite, puis les hérons : le cendré, le pourpré, le blongios, le butor, etc. Certaines plumes de flamant, de houbara, de rollier et de guêpier, pourraient également être utilisées -, mais leur valeur ne pourrait être déterminée que d’après des échantillons permettant déjuger le parti que l’on pourrait en tirer. M. Servant, négociant à Paris, rue de Braque, 6, serait très-disposé à entrer en relations d’affaires avec les Algériens, et ne demanderait pas mieux que de tirer de la colonie des produits qui lui viennent de l’étranger. Son exposition à Vienne était fort remarquable, et j’y ai surtout pu juger de tout le parti que l’on peut tirer des plumes de nos volailles. Les coqs, surtout les blancs, puis les unicolores, et en dernier lieu les bariolés, fournissent plusieurs catégories qui, au moment où j’ai traversé Paris, étaient cotées aux prix suivants, qui m’ont été donnés parM. Servant lui-même : plumes grandes et moyennes, noires et blanches, variant de 10 fr. à 25 fr. le kilog. ; petites plumes, noires et blanches, de 2 fr. à 3 fr. le kilog. ; plumes de la croupe, noires et blanches, de 1 fr. 50 à 2 fr. ; plumes du cou,
- 1 fr. Ces catégories doivent être classées par le vendeur, car sans cela les prix seraient
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- EXPOSITION DE VIENNE.
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- bien inférieurs, et toujours les blanches doivent être soigneusement séparées. Le même négociant fait l’offre de ses bons offices pour faire participer la colonie aux bénéfices que ce commerce produit. Il est certain que chaque ménagère pourrait ainsi faire quelques petits bénéfices sur des résidus inutilisés, et qu’il y aurait là matière pour certains industriels à un commerce assez important, fait à cueillette comme pour beaucoup d’autres objets.
- Instruction 'publique, travaux s’y rattachant.
- Une vitrine spéciale de l’Exposition contenait, empilés, un assez grand nombre de livres édités par des auteurs algériens et imprimés, pour la plupart, en Algérie, quelques autres en France. La maison Jourdan, d’Alger (ancienne maison Bastide), y figurait surtout par ses publications sur la langue arabe et donnait, en même temps, un spécimen de magnifiques reliures ; d’autres publications spéciales à l’histoire et à l’archéologie des États barbaresques, les publications des Sociétés savantes (Société historique algérienne, Société climatologique d’Alger, Académie d’Hippone), enfin divers écrits sur l’histoire naturelle et les sciences physiques, pouvaient donner une idée du mouvement scientifique qui se développe dans la colonie. Malheureusement, les membres français de ce jury spécial comptaient trouver dans l’exposition française afférente au Ministère de l’Instruction publique, l’envoi algérien qui leur était annoncé, et ne pouvaient se douter qu’il était en partie enfoui sous les étagères de l’exposition algérienne, en partie perdu au milieu de bocaux de laine, de coton et de soie. Il a fallu beaucoup d’insistance pour obtenir un examen de ces œuvres, et ce n’est que tardivement que quelques jurés sont venus isolément le faire et constater toute leur importance.
- La même observation s’applique aux travaux des élèves des lycées, collèges et écoles, qu’il n’avait pas été possible de mettre en évidence. Trois maîtres avaient exposé des œuvres spéciales à l’enseignement : leçons de grammaire, géographie historique algérienne, l’Algérie en relief. Les études de l’arabe, au lycée et à l’école normale d’Alger ont particulièrement intéressé un juré orientaliste, d’origine danoise, je crois. Le département d’Alger seul était représenté pour l’instruction primaire, et la ville d’Alger plus particulièrement y figurait dignement et de manière à attirer l’attention des membres du jury. Il est fâcheux que les autres départements se soient abstenus ; il eût été bon de démontrer que partout en Algérie, on fait des sacrifices pour le développement de l’enseignement primaire et pour assurer une plus digne rétribution de ses services au personnel si dévoué de cet enseignement. On pourrait croire, en effet, à l’indifférence de la plupart des communes, si la notice du catalogue spécial de l’exposition algérienne ne faisait ressortir le contraire par les renseignements statistiques, où l’on voit que, pour une population d’environ 300,000 Européens, on compte plus de 52,000 élèves fréquentant les écoles primaires ou les salles d’asile, et un millier environ, les lycées et collèges communaux; avec ces éléments, l’enseignement se
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- propage et les fils des colons peuvent ne pas rester dans l’ignorance. Presque partout l’enseignement primaire est gratuitement donné par les communes. De 1865 à 1870, l’école de médecine d’Alger a délivré 10 diplômes d’officier de santé, 27 de pharmacien et 22 de sage-femme. Dans le même temps, 70 diplômes de bachelier ès lettres et 43 de bachelier ès sciences ont été délivrés en Algérie par les commissions d’examen de la Faculté d’Aix.
- [La fin 'prochainement.)
- NÉCROLOGIE.
- NOTICE SUR ÉMILE KOPP , CORRESPONDANT DU COMITÉ DES ARTS CHIMIQUES DE LA SOCIÉTÉ
- D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE, PAR M. FÉLIX LE BLANC, MEMBRE
- DU CONSEIL (1).
- La Société a eu le malheur de perdre récemment l’un de ses membres correspondants du Comité des arts chimiques. Emile Kopp, professeur de chimie industrielle à l’École polytechnique de Zürich, a été enlevé subitement à sa famille, à la science, à ses élèves et à ses amis, le 27 novembre 1875, à l’âge de 58 ans.
- Émile Kopp était un enfant de l’Alsace. Né à Wasselonne en 1817 et fils d’un pasteur protestant, il manifesta de bonne heure un goût prononcé pour les sciences physiques et chimiques. A 18 ans, il entrait en fonctions comme préparateur de chimie à la faculté des sciences de Strasbourg, puis il devenait préparateur du cours de M. Persoz, à l’École de pharmacie de la même ville. En 1839, il fut chargé de l’enseignement des sciences mathématiques, physiques et naturelles à l’École normale primaire de Strasbourg. Il s’acquitta de ces fonctions avec dévouement et forma un grand nombre d'élèves qui se sont répandus dans les manufactures du département du Bas-Rhin.
- En 1844, Emile Kopp fut nommé chef des travaux chimiques à la Faculté de médecine de Strasbourg. Bientôt reçu maître en pharmacie, il fut nommé agrégé et chargé du cours de physique à l’École supérieure de pharmacie de Strasbourg. En 1847, il obtenait la chaire de toxicologie à la même École. Il avait été, à cette occasion, présenté au ministre de l’instruction publique par l’Académie des sciences. En 1848, il fut chargé du cours de chimie. Les chimistes savent que, l’un des premiers, il adopta les idées de Gerhardt. Les premiers travaux d’Emile Kopp se rapportent à la physique et à la chimie. Ils datent de 1844. Il publia une série de Mémoires, entre autres sur l’éther iodhydrique (2), le baume de tolu, le styrax et le benjoin, et de bonnes analyses de l’eau minérale de Soulz-les-Bains.
- (1) Nous avons fait, pour la rédaction de cette notice, plus d’un emprunt à l’intéressant article nécrologique qui a paru dans le journal VIndustriel alsacien.
- (2) C’est dans ce Mémoire, ayant pour titre : « Sur la décomposition de l'éther iodhydrique par la chaleur » (Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. XVIII, p. 871), qu’Émile Kopp parle de la production du phosphore rouge. Nous citerons d’abord le passage sur lequel quelques chimistes alsaciens, et notre regretté correspondant lui-même, se sont appuyés pour revendiquer la priorité
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- On lui doit une méthode pratique pour préparer l’alizarine et la purpurine, des études intéressantes sur les dérivés du goudron de houille, etc.
- L’ardeur des convictions politiques d’Emile Kopp l’avait décidé à se porter candidat à l’Assemblée législative. Il y fut nommé en 1849. Décrété d’accusation le 13 juin de cette même année, il passa à l’étranger et ne rentra en France que six ans plus tard. Il se rendit, d’abord, en Suisse et fut nommé, cette même année, professeur de physique et de chimie à Lausanne. En 1851, il passa en Angleterre et entra dans la fabrique de M. Steiner, à Accrington, près Manchester. De cette époque, date pour Emile Kopp une longue série de travaux pratiques et industriels, notamment sur
- de la découverte du phosphore rouge et de sa véritable constitution et nous exprimerons ensuite notre propre opinion, que nous croyons partagée par presque tous les chimistes.
- E. Kopp s’exprimait ainsi : «... Le résidu solide est pulvérulent, d’une couleur rouge-foncé. Ce « corps, bien lavé, est insipide, inodore, n’attire que faiblement l’oxygène de l’air et n’est autre « chose que du phosphore dans sa modification rouge. On peut le dessécher, au bain-marie, sans « qu’il s’oxyde sensiblement, mais il est difficile de chasser les dernières traces d’humiditè. Dis-« tillé, il noircit d’abord et se transforme en phosphore ordinaire, qui se condense ; en même « temps, il se dégage un peu de gaz phosphure hydrique et il reste un léger résidu, fondu et in-« colore, dont la quantité, variable dans différents essais, n’excédait pas 7 pour 100 de la matière « employée. »
- Dans son article sur le phosphore et ses composés (Dictionnaire de M. Wurtz [1874], t. II, p. 954), M. Willm dit : « La première mention du phosphore rouge, comme modification allotropique « du phosphore, est due à Émile Kopp (Comptes rendus, t. XVIII, p. 871), qui avait observé sa for-« mation dans la préparation de l’iodure d’éthyle, par l’action simultanée du phosphore et de l’iode « sur l’alcool. »
- Émile Kopp dit, lui-même, en 1874, dans l’article qu’il a rédigé, pour le Diclionnaire précité, sur la fabrication du phosphore : « Le phosphore rouge, amorphe, observé pour la première fois en 1844, « par E. Kopp, qui constata son inaltérabilité à l’air et sa conversion en phosphore ordinaire par « la distillation sèche, fut étudié, plus complètement, en 1848, par M. Schrætter. Ce dernier chimiste « indiqua, en 1851, un procédé, ou plutôt un appareil assez compliqué pour préparer le phosphore « amorphe sur une certaine échelle. »
- C’est, sans doute, la connaissance de ces textes qui a fait attribuer, dans quelques articles de journaux, publiés en Alsace, depuis la mort de E. Kopp, la découverte du phosphore rouge à notre regretté correspondant. Il nous a semblé nécessaire d’élucider cette question et de former, à nouveau, notre conviction, par l’étude des textes, sur la part relative à faire àE. Kopp et au savant chimiste de Vienne, feu Schrætter, dont le beau Mémoire, publié en France en 1848 (Annales de chimie et de physique, 3e série, t. XXIV, p. 406), fit, à juste titre, une si grande sensation dans le monde scientifique.
- On connaissait par les travaux de Pelouze, dès 1832, une poudre rouge formée pendant la combustion, par l’oxygène, du phosphore fondu sous l'eau. D’après les analyses de Pelouze, cette poudre fut considérée comme un oxyde de phosphore susceptible de se convertir par la chaleur en acide phosphorique et en phosphore volatilisable et condensable en phosphore blanc.
- En 1834, Thénard, dans son Traité de chimie, n’admettait que le phosphore noir en fait de modification du phosphore ordinaire. Voici comment s’exprime l’illustre chimiste, à l’égard de la production de la matière rouge à la surface du phosphore ordinaire :
- « Les rayons solaires colorent le phosphore en rouge, sans le rendre opaque, et ce changement de « couleur, remarqué d’abord par Vogel, a lieu dans le vide, dans l’hydrogène, dans l’azote; il se « produit, même à la lumière diffuse, mais très-lentement. Ne serait-il pas dû à ce que le phosphore « retiendrait un peu d’humidité et à ce que, par la décomposition de l’eau, il se formerait un peu « d’oxyde de phosphore qui est rouge?... »
- Berzélius, dans son édition française de 1839, admet l’oxyde rouge de Pelouze, mais il ne le confond
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- la fabrication industrielle de l’acide arsénique pour la préparation des couleurs d’aniline, etc. (1).
- En 1855, après l’amnistie, Emile Kopp rentra en France et prit, à Paris, la direction du laboratoire de chimie pratique, fondé par Gerhardt. Ce dernier savant allait occuper, à Strasbourg-, les chaires de chimie de la Faculté des sciences et de l’Ecole de pharmacie.
- Emile Kopp avait épousé la fille de M. Goldenberg et, dès 1856, il prit part à l’administration de la manufacture de son beau-père, au Zornhoff, près Saverne. A cette époque, l’activité de Kopp ne se ralentit point, ainsi que le témoigne la publication de nombreux Mémoires de chimie appliquée, soit dans le Moniteur scientifique, soit dans leRépertoire de chimie pure et appliquée de MM. Wurtz et Bareswill. 11 a collaboré jusqu’à ses derniers moments au Dictionnaire de chimie pure et appliquée de M. Wurtz.
- Eu 1856, il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, à l’occasion de ses travaux sur l’ex-
- pas avec le phosphore rouge, car il dit à l’égard du phosphore proprement dit : « La lumière produit « en lui un changement particulier, dont la nature intime n’est point connue et qui, autant qu’on « en peut juger, jusqu’à présent, n’altère point sa pesanteur. Elle lui fait prendre une teinte rouge.
- « Ce phénomène a lieu dans le vide, dans l’hydrogène, dans l’azote, dans le gaz carbure tétrahydrique,
- « sous l’eau et dans divers liquides. Dissous dans l’éther, le phosphore se dépose, à l’état rouge, par « l’action de la lumière. »
- Dans son Manuel de chimie (t. I, p. 560, publié en 1843), Gmelin n’accorde pas que le phosphore rouge soit une modification allotropique du phosphore ordinaire ; il admet que, lorsque le phosphore devient rouge, dans le vide ou dans un gaz inerte, sous l’influence de la lumière, c’est qu’il n’a pas été bien desséché ; dès lors, il pourrait y avoir fixation d’oxygène, par suite de la décomposition de l’eau lorsque le phosphore passe à l’état rouge.
- Dans l’introduction de son Mémoire, publié dans les Annales de 1848 (voir plus haut), M. Schrœt-ter, après avoir exposé l’opinion de Berzélins et celle de Gmelin et invoqué les termes de tous les traités de chimie existants, était réellement fondé à dire que de nouvelles recherches, à ce sujet, étaient nécessaires pour fixer l’opinion. Ces recherches, commencées en 1845, eurent pour résultat de démontrer de la manière la plus péremptoire que le phosphore rouge était, en effet, une modification allotropique du phosphore ordinaire entraînant un changement de propriétés physiques et de propriétés chimiques, que le phosphore ordinaire pouvait se transformer, tout entier, en phosphore rouge, sans changement de poids, lorsqu’il était soumis, en vase clos et dans un gaz inerte, azote ou hydrogène, à l’action de la chaleur, qu’enfin ce phosphore rouge pouvait faire complètement retour à l’état de phosphore ordinaire par la distillation, à une température plus élevée, dans un gaz inerte, le phosphore distillé se condensant, alors, à l’état blanc et translucide.
- Cette production du phosphore rouge se retrouve, en 1844, comme un fait accessoire dans un paragraphe d’un Mémoire de E. Kopp sur un autre sujet. L’auteur paraît y admettre l’opinion de Berzé-lius sur l’état allotropique du phosphore rouge comme ayant cours dans la science, sans s’attribuer à lui-même ce point de vue. A la vérité, l’auteur du Mémoire précité constate la faible oxvdabilité du phosphore rouge obtenu dans la réaction, sa conversion, pour la majeure partie, en phosphore ordinaire, par la distillation. Puis il passe, comme s’il venait de mentionner un fait très-ordinaire, à l’occasion des recherches qui font l’objet de son Mémoire. Lorsque Schrœtter publie son travail, en 1848, Émile Kopp ne réclame pas, et une sorte de revendication de sa part ne se fait jour qu’en 1874.
- En résumé, et pour rester dans la stricte équité, disons qu’Émile Kopp, dans son Mémoire sur la décomposition de l’éther iodhydrique, paraît avoir admis, en 1844, l’allotropie du phosphore rouge et du phosphore ordinaire et le passage du premier au second, sans avoir fourni à cet égard une véritable démonstration et sans y avoir attaché l’importance qu’elle méritait. Laissons à Schrœtter l’honneur d’avoir fourni, à l’appui de cette remarquable allotropie, des arguments complets et décisifs appuyés sur des expériences rigoureuses.
- (1) On trouvera, à la suite de cette notice, la liste des mémoires et publications de notre savant correspondant.
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- iraction de la matière colorante de la garance. Tout en restant directeur de la fabrique d’outils en acier, au Zornhoff, il devint chimiste consultant de plusieurs usines et fabriques, notamment des Salines de l’Est et de la fabrique de fuchsine de M. Fayolle, à Lyon. Il fut, aussi, l’associé de la fabrique de garancine de MM. Schaaf et Laulh, à Wasselonne. En qualité de chimiste des salines de Dieuze, Emile Kopp a publié des Mémoires intéressants sur la fabrication de la soude et sur l’utilisation des marcs de soude.
- En 1864, M. Emile Kopp eut la douleur de perdre sa femme. En 1867, il sollicita et obtint la main de MUe Bolley, fille de Bolley, son ancien ami, alors professeur de chimie technique et l’un des fondateurs de l’École polytechnique de Zürich. Il trouva dans cette excellente compagne une seconde mère pour achever l’éducation de ses filles.
- En 1868, le gouvernement italien ayant décidé la création du Muséum Royal industriel de Turin, Emile Kopp fut appelé dans cette ville pour organiser un grand laboratoire industriel et pour enseigner la chimie technologique et métallurgique.
- Il fut bientôt nommé chevalier et, un peu plus tard, commandeur de l’ordre de la couronne de fer d’Italie.
- En 1871, Emile Kopp quitta Turin et vint se fixer à Zürich, où il fut appelé à remplir la chaire de chimie technologique à l’École polytechnique, devenue vacante, par suite de la mort subite de son beau-père, P. Bolley.
- Pendant cinq ans, Emile Kopp a professé dans cet important établissement. Ceux qui ont visité l’École polytechnique de Zürich peuvent, comme celui qui trace ces lignes, attester les soins et le dévouement qu’Emile Kopp apportait à ses fonctions. Il dirigeait, avec le plus grand zèle, un bel et vaste laboratoire, où bien des jeunes gens, formés à son école, ont puisé une instruction qu’ils ont, ensuite, heureusement appliquée, dans un grand nombre d’établissements industriels. ^ Zürich^ Emile Kopp sut, comme partout, se concilier l’estime et l’affection de ses savants collègues et de ses élèves. Je n’oublierai pas, pour ma part, l'accueil plein de cordialité de notre compatriote et les renseignements précieux qu’il s’empressa de me donner lorsque je visitai (1), ilyabientôt trois ans, la belle École polytechnique de Zürich, où affluent un si grand nombre d’élèves studieux.
- Emile Kopp venait de quitter son laboratoire, dans la soirée du 27 novembre de l'année dernière ; à peine arrivé chez lui, il s’affaissa pour ne plus se relever! Son souvenir restera dans la science et sera affectueusement conservé par sa famille, ses collègues, ses élèves et ses nombreux amis.
- En terminant, qu’il me soit permis d’adresser mes remercîments à M. le professeur Kenngott, le savant directeur de l'École polytechnique de Zürich, et à M. le professeur Gnehm, chargé du cours de chimie technologique dans ce même établissement, lesquels ont bien voulu répondre à mon appel et me transmettre des renseignements intéressants sur la carrière et les travaux de notre regretté collègue.
- Liste des principaux travaux scientifiques et industriels d’Émile Kopp.
- Recherches sur les variations d’intensité des courants galvaniques. (Thèse de Doctorat.) Sur l’action des corps oxydants sur l’alcool. (Dissertation.)
- Sur l’éther iodhydrique. (Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. XVIII.)
- Action de la vapeur de soufre sur le sulfate de chrome anhydre. (Comptes rendus, t. XVIII.)
- (1) Délégué, à cet effet, par le Couse.! de l’École centrale des arts et manufactures.
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- Sur le benjoin, le baume de tolu, le styrax, l’acide cinnamique et les cinnamates. (Comptes ren-nus, t. XVIIÏ.)
- Sur la préparation industrielle et économique de l’acide phosphorique vitreux. {Comptes rendus, t. XVIII.)
- Analyse de la racine de rhubarbe commune. {Comptes rendus, t. XLIII.)
- Théorie de la fabrication de la soude par le procédé de Le Blanc. {Comptes rendus, t. LXIII.)
- Préparation de la nitro-glycérine pour les carrières. {Comptes rendus, t. LXIII.)
- Sur l’extration de l’iode, la préparation de l’acide phosphorique, etc. {Moniteur scientifique, t. I.)
- Sur la murexide et ses applications. {Moniteur scientifique, t. I.)
- Sur l’influence de l’arsenic sur l’économie animale. — Sur l’emploi de l’acide arsénique et de l’acide phosphorique dans les fabriques de rouge d’Andrinople. {Moniteur scientifique, t. III.)
- Sur les couleurs dérivées du goudron de houille. {Moniteur scientifique, 1860-1861 et 1862.)
- Fabrication du sulfate de soude et de l’acide chlorhydrique en Angleterre. {Moniteur scientifique, 1866.)
- Sur l’utilisation des résidus de fabrication du chlore. {Moniteur scientifique, 1866 et 1868.)
- Sur la production des alcaloïdes artificiels. {Moniteur scientifique, t. XXII.)
- Sur la constitution des sels. {Moniteur scientifique, t. XXIII.)
- Sur la fabrication continue du gaz de l’éclairage. {Le Technologiste, t. XVIII.)
- Sur l’emploi de l’acide lactique et des lactates dans la teinture. {Journal polytechnique de Dingler, t. XXXVII.)
- Sur l’emploi de l’acide arsénique, de l’acide phosphorique et de l’acide lactique en teinture et impression. (Gazette chimique.)
- Nouveau procédé de préparation de la soude pure par le traitement de la soude brute ferrugineuse. (Annales de chimie et de physique, 1856.)
- Recherches sur les acides cristallisés et hydratés de l’arsenic. (Annales de chimie et de physique, 1866.)
- Préparation de la soude artificielle. (Annales de chimie et de physique, 1866.)
- Sur les hyposulfites d’alumine, de fer, de chrome et leurs applications comme mordants. (Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, 1858.)
- Sur la préparation du rouge d'antimoine. (Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, 1859.)
- Sur la garance d’Alsace. (Bulletin de la Société industrielle de Mulhouset 1859.)
- Sur le chromate double de potasse et d’ammoniaque. (Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, 1867.)
- Sur un perfectionnement dans la préparation de la garancine dans la fabrication des produits de garance pour l’impression. (Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, 1867.)
- Sur les huiles minérales d’Amérique. — Sur la purification des huiles de goudron de houille. — Sur les tannates d’aniline. (Répertoire de chimie appliquée, 1862.)
- Sur la préparation de l’alizarine et de l’indigotine par la vapeur d’eau surchauffée. (Répertoire 1858.)
- Sur la préparation de la soude caustique. (Répertoire, 1860.)
- Sur les dérivés colorés de la naphtaline. (Répertoire, 1861.)
- Nouveau procédé de préparation de l’alizarine jaune. (Répertoire, 1864.)
- Sur les matières colorantes artificielles. (Répertoire, 1864-1865.)
- Sur les matières colorantes des grains d’Avignon. — Sur la réaction du carbonate de soude sur le sulfure de fer. (Répertoire, 1866.)
- Sur la matière colorante de la mauve noire. (Bulletin de la Société d’Encouragement, 1866.)
- Emile Kopp a collaboré à la chimie organique de Gerhardt;
- au répertoire de chimie industrielle de Barreswil ;
- au dictionnaire de chimie industrielle dé MM. Aimé Girard et Barreswil.
- au dictionnaire de chimie pure et appliquée de M. Wurtz.
- Traductions :
- Les produits chimiques à l’exposition internationale de Londres, par A. W. Hofmann.'
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- PROCES-VERBAUX. — JUIN 1876.
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- , PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 24 mars 1876.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Correspondance. — M. Delaurier, rue Daguerre, 71, à Paris, présente un appareil pour empêcher les accidents de voitures. (Arts mécaniques.)
- M. Quillemer (C.), quai des Grands-Augustins, 39. Rame brisée qui, par un engrenage, permet au rameur de se tourner du côté vers lequel il dirige le bateau sans cesser d’opérer sur les rames à la manière ordinaire. (Arts mécaniques.)
- M. Audouin (Paul), ingénieur civil, rue Cuvier, \k, soumet à l’examen de la Société un appareil qu’il a imaginé pour Cessai de toutes les matières propres à la fabrication du gaz d’éclairage. Cet appareil a été breveté; mais, pour le laisser à la disposition de tout le monde, son inventeur l’a volontairement laisser tomber dans le domaine public. Il est employé avec succès dans diverses usines. (Arts chimiques.)
- M. le docteur Morvan, à Douarnenez (Finistère), demande l’examen par la Société de la rogue des sauterelles pour l’appât du poisson qu’il a fait préparer pour remplacer celle de Norvège, et qui, à un prix beaucoup moindre, produit des résultats au moins aussi avantageux. Déjà des quantités importantes de ce produit ont été employées, et les résultats en ont été très-satisfaisants. (Arts économiques.)
- M. Thirion (Ch.), boulevard Beaumarchais, 95, fait hommage à la Société d’une brochure qu’il a publiée sur la législation comparée des marques de fabrique en France et à l’étranger.
- M. Colladon, correspondant de la Société, adresse une note imprimée sur les travaux de percement du tunnel du mont Saint-Gothard, au 7 février 1876.
- La Société industrielle du nord de la France envoie le programme des prix qu’elle a mis au concours pour 1876. (Commission du Bulletin.)
- La Société industrielle d’Amiens envoie aussi le programme des prix qu’elle met au concours pour la même époque. (Commission du Bulletin.)
- M. Murray, boulevard Bonne -Nouvelle, 11, à Paris, envoie une note imprimée sur la création d’un établissement pour permettre de patiner en tout temps sur de la glace produite par la congélation artificielle. (Arts économiques.)
- M. Mangon, membre du Conseil, fait les communications suivantes :
- Météorologie. — Il présente une courbe tracée par un thermométrographe fondé sur l’emploi d’un thermomètré à poids actionnant un rouage différentiel deM. Redier. Cette courbe est régulière, continue, et présente les moindres variations de la température.
- Les thermométrographes employés jusqu’ici sont de plusieurs sortes, mais ils ont
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- PROCÈS-VERBAUX.
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- — JUIN 1876.
- presque tous des inconvénients sérieux qui ont empêché la généralisation de leur emploi. Il est difficile de leur donner une sensibilité suffisante et d’empêcher que leurs indications ne soient influencées par les murs de l’observatoire, dont on ne peut jamais éloigner le thermomètre que de quelques mètres au plus.
- L’instrument qui a produit cette courbe laisse, au contraire, le thermomètre tout à fait libre et, si on le veut, isolé au milieu d’un champ. Dans une autre communication, on fera connaître les détails de cette nouvelle application d’un mécanisme ingénieux; aujourd’hui, on n’a voulu que constater le résultat qui vient d’être obtenu et montrer la sensibilité et la régularité des indications de cet instrument.
- Electricité. Appareil Gramme. — Les appareils de M. Gramme pour la production de l’électricité dynamique ont reçu, depuis quelque temps, des perfectionnements importants qui en étendent considérablement l’usage. Dans une visite récente aux ateliers de M. Sautter> M. Mcmgon a vu en construction et terminées des machines électriques d’une grande puissance et de petite dimension. Ainsi un appareil produisant une lumière de mille becs, comme celle qu’il faut pour l’éclairage des phares, ne pèse pas plus d’une tonne. Ces appareils, dans de plus petites dimensions, sont employés pour l’éclairage des gares de chemin de fer, des grands ateliers, des usines, des signaux des bâtiments à vapeur, et contribuent ainsi à la vulgarisation de la lumière électrique.
- Appareils télédynamiques. — Dans la même visite, l’auteur de la communication a assisté à des expériences d’un grand intérêt sur l’emploi qu’on peut faire de l’électricité pour le transport de la force a grande distance.
- On sait que l’appareil Gramme, qui, consommant de la force, produit de l’électricité, peut être employé pour obtenir l’effet inverse et pour donner lieu à une production de force sous l’influence d’un courant électrique. On peut utiliser cette propriété pour faire renaître une puissance à une certaine distance d’une force motrice donnée. Celle-ci étant employée par un appareil Gramme à produire un courant électrique, ce flux, transporté par un câble à la distance voulue et appliqué à un appareil de même espèce pris en sens inverse, reproduira de la force. Il y a nécessairement dans cette double opération une perte, et l’expérience seule pouvait faire connaître son importance.
- L’expérience, en effet, a fait connaître cette quantité, et on a reconnu qu’elle était loin d’être aussi importante qu’on l’avait imaginé. Elle est tout à fait comparable et même inférieure à celle que d’autres dispositions mécaniques pourraient produire ; et ce nouveau dispositif sera certainement utilisé dans plus d’une circonstance où, sans lui, le transport de la puissance à de grandes distances deviendrait impossible. On peut, dès à présent, entrevoir de nombreuses et importantes applications d’une source nouvelle mise ainsi à la disposition des mécaniciens.
- Membres correspondants. — M. Vasquiez y Qmepo écrit de Madrid et remercie le Conseil du titre de correspondant pour le commerce qui lui a été conféré.
- Rapports des comités. — Correspondants étrangers. — M. Le Blanc fait, au nom du comité des arts chimiques, un rapport pour proposer la nomination d’un membre
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- PROCÈS-VERBAUX.
- JUIN 1876.
- correspondant étranger, en remplacement de M. Kopp (Émile), décédé dernièrement.
- Le comité propose M. Stas, membre de l’Académie royale des sciences à Bruxelles, et M. le rapporteur expose les titres bien connus qui recommandent ce chimiste au choi* du Conseil.
- Les conclusions de ce rapport mises aux voix sont approuvées par le Conseil.
- Notice sur M. Kopp [Émile). — M. Le Blanc donne ensuite lecture d’une notice sur la vie et les travaux de M. Émile Kopp, qui a été successivement professeur dans plusieurs universités, et qui s’était fixé à Zürich. (Yoy. plus haut, p. 325.)
- Analyse chimique par le spectroscope. — M. Le Blanc lit, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur le fulgurator perfectionné, appareil de MM. Lachanal et Mermet, pour opérer simplement et en peu de temps l’analyse qualitative des produits chimiques en se servant du spectroscope.
- Le comité des arts chimiques estime que l’appareil de MM. Lachanal et Mermet présente des avantages pratiques incontestables pour les études spectroscopiques. Il propose de remercier leurs auteurs de leur intéressante communication, et d’insérer le rapport du comité au Bulletin en l’accompagnant de figures et légendes explicatives.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par. le Conseil.
- Acier phosphore. Rails. —M. Gruner fait, au nom du même comité, un rapport sur les rails en acier phosphoré qui sont fabriqués à l’usine de Terrenoire.
- Le comité des arts chimiques propose de remercier le directeur de Terrenoire de la très-intéressante communication qu’il a faite, et d’insérer le rapport au Bulletin.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont adoptées par le Conseil. (Voy. plus haut, p. 283.)
- Canaux d’irrigation. — M. Mangon fait, au nom du comité de l'agriculture, un rapport sur une vanne automotrice à déclic, exécutée sur un canal d’irrigation par M. Pinchard, conducteur principal des ponts et chaussées à Montpellier.
- Le rapporteur propose, au nom du comité, de remercier M. Pinchard de la communication qu’il a faite, et d’insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu, avec les figures nécessaires à son intelligence.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Séchage des édifices. — M. Paliard fait, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur les procédés employés par M. Ligny : 1° pour sécher en peu de temps les bâtiments neufs ; 2° pour assainir les constructions anciennes envahies par l’humidité provenant du sol.
- Le comité des arts économiques est d’avis de remercier M. Ligny de sa communication et d’insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil. (Voy. plus haut, p. 289.)
- PARIS. — IMPRIMERIE DE M“e V* BOUCHARD-HUZÀRD, RUE DE L’ÉPERON, 5.
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- 95e année.
- Troisième série, tome III.
- Juillet 1896.
- BULLETIN
- DE
- LA mm DMRAGEMm
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- Année de l’entrée au Conseil.
- LISTE DES MEMBRES TITULAIRES ET DES MEMBRES HONORAIRES, ARRÊTÉE DANS LA SEANCE DES ÉLECTIONS DU 5 MAI 1876.
- Bureau.
- Président.
- 1829. — Dumas (G. C. *$£), membre de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, membre perpétuel, rue Saint-Dominique, 69.
- Vice-présidents.
- 1840. — Becquerel (E.) (O. ^), de l’Académie des sciences, professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue Cuvier, 57.
- 1846. — Thénard (le baron Paul) ($t), de l’Académie des sciences, membre per-
- pétuel,-place Saint-Sulpice, 6.
- 1847. — Baude (le baron Alph.) (O. ïfe), inspecteur général des ponts et chaussées,
- membre perpétuel, rue Royale, 13.
- 1873. — De Chabannes (le vicomte) (G. O. vice-amiral, rue de Bellechasse, 22.
- Secrétaires.
- 1836. — Peligot (E.) (O. de l’Académie des sciences, administrateur des monnaies et médailles, quai Conti, 11.
- 1850. — Laboulaye (Ch.) (^t), ancien élève de l’École polytechnique, rue Madame, 60.
- T»me III. —73e année, 39 série. — Juillet 1876.
- 43
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — JUILLET 1876.
- Année tle l'entrée au Conseil.
- 1868. —
- 1866. —
- 1873. —
- 1842. —
- 1849. — 1864. —
- 1867. —
- 1867. —
- 1868. — 1871. — 1873. —
- 1875. —
- 1876. —
- 1847. —
- 1847. — 1850. —
- 185). — 1855. —
- 1866. — 1867. —
- 1867. —
- 1869. — 1872. —
- Trésorier.
- Goupil de Préfeln (%), rue Taitbout, 9.
- Censeurs.
- Legentil (A.L.) (^), membre du Comité consultatif des arts et manufactures, rue Paradis-Poissonnière, 51.
- Mengin-Lecreulx (G. O. ^), général de division, membre perpétuel, rue de Vaugirard, 58.
- Commission des fonds.
- Le comte B. de Mony-Colchen (^}, conseiller à la Cour des comptes, rue de Lille, 70.
- Le baron E. de Ladoucette (O. ^), rue Saint-Lazare. 58.
- Legrand, négociant, secrétaire de la Société des amis des sciences, rue Bergère, 26.
- Deyinck (G. O. ^), manufacturier, ancien président du Tribunal de commerce, rue Saint-Honoré, 175.
- Calon (Paul) (^), consul du Danemark, rue d’Hauteville, 53.
- Goupil de Préfeln (^), rue Taitbout, 9.
- Le marquis de Turenne membre à vie, rue de Berri-du-Roule, 26.
- Mengin Lecreulx (G. O. général de division, membre perpétuel, rue de Vaugirard, 58.
- Le vicomte de Grouchy (O. ancien préfet, rue Chauveau-Lagarde, 16.
- Bischoffsheim, banquier, membre perpétuel, rue de Grammont, 27.
- Comité des arts mécaniques.
- Baude (le baron Alph.) (O. ^), inspecteur général des ponts et chaussées, membre perpétuel, rue Royale, 13.
- Alcan (O. -i^), professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue du Faubourg-Poissonnière, 98.
- Laboulaye (Ch.) (^), ancien élève de l’École polytechnique, rue Madame, 60.
- Duméry, ingénieur-mécanicien, boulevard de Batignolles,2V.
- Tresca (O. $£), de l’Académie des sciences, sous-directeur du Conservatoire des arts et métiers, rue Saint-Martin, 292.
- Breguet (j$£), membre de l’Académie des sciences, quai de l’Horloge, 39.
- Lecoeuvre (^), ingénieur, professeur à l’École centrale des arts et manufactures, boulevard Voltaire, 62.
- De Fréminyille (O. %) , directeur des constructions navales , rue de Beaune, 6.
- Haton delà Goupillière (^), professeur à l’École des mines, rue Garancière, 8.
- Pihet (A. E.), ingénieur-mécanicien, rue Neuve-Popincourt, 8.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — JUILLET 1876.
- 335
- A nnée de lVutrée au Conseil.
- 1829. —
- 1831. —
- 1836. —
- 1846. —
- 1847. —
- 1851. —
- 1851. —
- 1868. -1869. — 1869. —
- 1869. — 1869. — 1872. — 1872. —
- 1840. —
- 1856. — 1856. —
- 1861. — 1861. —
- 1862. — 1862. —
- 1866. — 1866. — 1869. —
- 1869. —
- Comité des arts eSaimiques.
- Dumas (G. C. de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, membre perpétuel, rne Saint-Dominique, 69.
- Chevallier (O. de l’Académie de médecine, professeur à l’École de pharmacie, rue du Faubourg-Saint-Denis, 188.
- Peligot (E.) (O. •$£), de l’Académie des sciences, administrateur des monnaies et médailles, quai Conti, 11.
- Thénard (le baron P.)(^), de l’Académie des sciences, membre perpétuel, place Saint-Sulpice, 6.
- Le Blanc (Félix) (^), professeur à l’École centrale des arts et manufactures, rue de la Vieille-Estrapade, 9.
- Barral (O. ^ ), secrétaire perpétuel de la Société centrale d’agriculture de France, rue de Rennes, 66.
- Salvetat chef des travaux chimiques à la Manufacture nationale de porcelaines, à Sèvres (Seine-et-Oise).
- Debray professeur à l’École normale supérieure, rue d’Assas, 76.
- Gobley (*), membre de l’Académie de médecine, rue de Grenelle, 34.
- Lamy (J$£), professeur à l’École centrale des arts et manufactures, boulevard Saint-Michel, 77.
- Cloez (*). examinateur à l’École polytechnique, rue Linné, 7.
- Bouis (*), essayeur à la Monnaie, quai Conti, 11.
- Troost (Jj£), professeur de chimie à la Faculté des sciences, rue Bonaparte, 84.
- Gruner (O. inspecteur général des mines, rue d’Assas, 90.
- Comité «les arts économiques.
- Becquerel (E.) (O. de l’Académie des sciences, professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue Cuvier, 57.
- Lissajous (O. ^)), recteur de l’Académie, à Besançon.
- Du Moncel (!e comte Th.) (O. $t), membre de l’Académie des sciences, rue de Hambourg, 7, et à Lebisey (Calvados).
- Le Roux (^), examinateur pour l’École polytechnique, quai Henri IV, 38,
- Jamin (O. ^£), de l’Académie des sciences, professeur de physique à la Faculté des sciences, rue Soufflot, 24.
- Peligot (Henri), ingénieur, rue Saint-Lazare, 43.
- De Luvnes (Victor) (J$£), professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue de Vaugirard, 61.
- Bouilhet (Henri) (Jj£), manufacturier, rue de Bondy, 56.
- Wolff (*), manufacturier, rue Rochechouart, 22.
- Paliard [$£), architecte en chef de la Préfecture de police, avenue de l’Empereur, 180.
- De la Gournerie (O. ^), de l’Académie des sciences, inspecteur général des ponts et chaussées, boulevard Saint Michel, 75.
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- CONSEIL DADMINISTRATION. — JUILLET 1876.
- Année de Tentrée au Conseil.
- 1869. —
- 1828. —
- 1846. —
- 1851. —
- 1856. —
- 1856. —
- 1864. — 1864. —
- 1866. —
- 1866. — 1866. —
- 1869. —
- 1869. —
- 1876. — 1876. — 1876. —
- 1876. — 1876. —
- 1876. —
- 1876. — 1876. —
- Homberg (O. $£), inspecteur général des ponts et chaussées en retraite, rue Notre-Dame-des-Champs, 115.
- Comité «l’agriculture.
- Huzard (O. $£), de la Société centrale d’agriculture de France, de l’Académie de médecine et du Conseil de salubrité, rue de l'Éperon, 5.
- Moll (O. ^), professeur au Conservatoire des arts et métiers, boulevard Saint-Martin, 19.
- Dailly (Ad.) (O. de la Société centrale d’agriculture de France, rue Pigalle, 69.
- Mangon (Hervé) (O. de l’Académie des sciences, ingénieur en chef des ponts et chaussées, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 69.
- Bourgeois (^), membre de la Société centrale d’agriculture de France, au Perray, près Rambouillet (Seine-et-Oise).
- Boitel (O. ife), inspecteur général de l’agriculture, rue Madame, 56.
- Chatin (*), de l’Académie des sciences, directeur de l’École de pharmacie, membre perpétuel, rue de Rennes, 129.
- Bella (F.) (O. J^), membre de la Société centrale d’agriculture de France, rue Saint-Lazare, 122.
- Tisserand (O. 4$£), inspecteur général de l’agriculture, rue du Cirque, 17.
- Heuzé (^), inspecteur général de l’agriculture, rue Berthier, 27, à Versailles (Seine-et-Oise).
- Porlier (O. J$£), directeur au Ministère de l’agriculture et du commerce, boulevard Saint-Germain, 266.
- Hardy (%), directeur de l’École d’horticulture, rue du Potager, 4, à Versailles (Seine-et-Oise).
- Comité des constructions et des beaux-arts.
- Barre (A.) (^), graveur général des monnaies, quaiConti, 11.
- Brune, architecte, professeur à l’École des beaux-arts, quai Bourbon, 25.
- Bunel, ingénieur-architecte de la préfecture de police, rue du Conservatoire, 13.
- Davanne, chimiste photographe, rue Neuve-des-Petits-Champs, 82.
- Davioud (j}£), architecte, inspecteur général des travaux de la ville de Paris, boulevard Saint-André, 1.
- Dieterle (A.), sculpteur, directeur de la manufacture de Beauvais, boulevard de Clichy, 41.
- Dufresne, sculpteur statuaire, rue de Morny, 73.
- Guillaume (O. ^), membre de l’Institut, directeur de l’École des beaux-arts, rue Bonaparte, 14.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- JUILLET 1876.
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- Année de l’entrée au Conseil.
- 1876. — 1876. —
- 1856. —
- 1858. —
- 1864. -1866. —
- 1866. — 1868. —
- 1869. — 1869. —
- 1873. — 1873. —
- 1830. — 1840. — 1844. — 1844. — 1846. — 1855. —
- 1860. — 1864. —
- Popelin (Claudius) (jjfc), artiste peintre, rue Téhéran, 7.
- De Salverte (Georges), maître des requêtes au Conseil d’État, rue d’Anjou-Saint-Honoré, 12.
- Comité de commerce.
- Block (Maurice) (^), membre de plusieurs académies, rue de l’Assomption, 63, à Auteuil (16e arr.).
- Rondot (Natalis) (O. ^), délégué de la Chambre de commerce de Lyon, rue du Conservatoire, 11.
- Layollée (Ch.) (^), grande rue de Passy, 76.
- Legentil (^), membre du comité consultatif des arts et manufactures, rue Paradis-Poissonnière, 51.
- Sày (Léon) (•$£), ministre des finances, rue de Labruyère, 45.
- Wolowski (O. $fc), de l’Académie des sciences morales et politiques, sénateur, rue de Clichy, 49.
- Christofle (Paul) (J$fc), manufacturier, rue de Bondy, 56.
- Roy (Gustave) (^), membre du Comité consultatif des arts et manufactures, rue Moncey, 14.
- Le vicomte de Chabannes (G. O. j^), vice-amiral, rue Bellechasse, 22.
- Magnier (E.) (>$£), négociant, rue de Châteaudun, 2.
- MEMBRES HONORAIRES.
- Bussy (O. ^), de l’Académie des sciences, place Saint-Michel, 3.
- Calla (^), ingénieur-mécanicien, rue des Marronniers, 8, à Passy-Paris.
- Cahours (O. J$£), de l’Académie des sciences, quai Conti, 11.
- Gaulthier de Rumilly (^), sénateur, à Fleury, près d’Amiens (Somme).
- Féray (E.) (0.^), sénateur, manufacturier, à Essonne.
- Phillips (E.) (Jjfc), de l’Académie des sciences, ingénieur des mines, rue de Marignan, 27.
- Molinos (Léon) (•*$£), ingénieur-architecte, rue de Châteaudun, 2.
- Blanchet (^£), ancien élève de l’École polytechnique, rue d’Hauteville, 26.
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- PROCÈS-VERBAUX. — JUILLET 1876.
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance générale du 28 avril 1876. [Élections.)
- Présidence de M. Dumas, Président.
- Scrutin pour les élections. — M. le Président donne lecture du décret du 7 février 1876 qui approuve les modifications aux statuts, demandées par la Société dans son assemblée générale du 9 juillet 1875. (Voy. cahier de mai 1876, p. 217.)
- Il indique que le but principal de la séance de ce jour est l’élection des membres du Bureau, pour Tannée 1876, et la ratification des nominations de membres du Conseil qui ont été faites jusqu’ici. Messieurs les membres de la Société sont invités à déposer leur bulletin et signer sur le registre de présence.
- Le scrutin sera dépouillé, s’il y a lieu, conformément aux statuts, à la fin de la séance.
- Nécrologie. — M. le Président annonce qu’il a un triste et pénible devoir à remplir en annonçant la mort de deux des membres de la Société qui lui ont été les plus chers et les plus sympathiques.
- M. Balard, notre regretté vice-président, dit-il, s’était fait remarquer de bonne heure par d’importants travaux. A vingt-quatre ans, il avait découvert le brome, corps simple intermédiaire entre le chlore et l’iode, dont l’analogie était déjà très-remarquable, et formant ainsi avec eux une famille chimique d’un grand intérêt pour la science. Le brome n’a pas tardé à être employé dans les arts. La photographie n’a trouvé que dans son emploi le moyen d’obtenir des images instantanées; la médecine en a tiré un médicament précieux pour les maladies nerveuses, le bromure de potassium, et ce corps nouvellement découvert est bientôt devenu l’objet d’un commerce considérable.
- Les résidus des marais salants qui avaient fourni à M. Balard cette précieuse découverte, ont été, pour lui, l’objet d’une étude particulière. Il reconnut bientôt qu’ils pouvaient fournir une ample moisson des matières premières à nos plus grandes industries, le sulfate de soude, base de la fabrication de la soude artificielle, et le chlorure de potassium, dont l’emploi dans les arts et l’agriculture a une si grande importance. Il donna les moyens de les obtenir en abondance sans préparation, et il montra que le littoral de la Méditerranée, en France, pouvait produire la majeure partie de ce qui est nécessaire pour les arts. Ces recherches avaient précédé la découverte des sels naturels de Stasffurt, où Ton trouve ies mêmes matières formées spontanément dans
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- PROCÈS-VERBAUX.
- JUILLET 1876.
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- une période géologique ancienne, pendant le dessèchement de quelque mer intérieure, et identiquement par les mêmes moyens que M. Balard avait si heureusement découverts. Les arts ont profité de cette découverte qui donne, à moins de frais, peut-être, des substances dont ils ne peuvent se passer, et, si elle a été contraire aux intérêts de M. Balard, elle a relevé le mérite des études par lesquelles il avait trouvé le secret de ces réactions naturelles.
- Les études qu’il a consacrées à des substances très-employées pour le blanchiment, telles que le chlorure de chaux, en ont fait connaître la composition réelle; elles ont enrichi la chimie de vues précises et de faits importants, et elles ont été d’une grande utilité pour l’industrie, qui en a tiré le moyen de mieux régler l’emploi de ces agents.
- Je pourrais parler longtemps encore des travaux scientifiques et industriels de M. Balard, car les applications pratiques de la science ont été l’objet de son attention la plus sérieuse; mais on ne doit pas laisser dans l’oubli ses services académiques, qui ont été au moins aussi féconds. Il a succédé à Thénard dans la chaire de chimie de la Sorbonne, et a rempli, sans infériorité, la tâche difficile de donner, après lui, un attrait nouveau à l’étude de la chimie dans ce grand et célèbre amphithéâtre. On se rappelle encore l’enseignement précis et convaincu, par lequel il savait exciter un vif intérêt dans son nombreux auditoire.
- Peu d’années après, il a été chargé du cours d’analyse chimique au Collège de France; il est le seul encore qui ait fait un cours public complet et détaillé de cette importante science, et, pendant quinze ans, il en a professé les meilleures méthodes. On lui doit la vulgarisation de ces études; ses nombreux élèves, répandus dans le monde entier, ont emporté avec eux l’amour des connaissances exactes en chimie analytique qu’il avait su leur inspirer, ainsi que la connaissance des ressources qu’une étude attentive met à la disposition des chimistes.
- Mais, à côté des grands services que M. Balard a rendus à la science et à l’industrie, je dois donner la place qui est due à sa carrière universitaire. Il faut signaler le zèle qu’il apportait à la vulgarisation des sciences chimiques, le soin avec lequel il passait en revue nos lycées, nos collèges et nos Facultés pour connaître la manière dont les cours et les laboratoires étaient installés, recherchant ce qui manquait à chaque établissement, employant tout son crédit, et souvent ses ressources personnelles, pour subvenir à l’insuffisance des moyens d’étude qu’il déplorait et à laquelle il s’empressait de remédier. Ce qu’il a imaginé de procédés économiques ingénieux pour mettre l’étude de la chimie à la portée de tous est impossible à dire. Il voulait que cette étude pût être faite dans toutes les écoles, être à la portée de tous ; il montrait qu’elle pouvait acquérir une assez grande étendue sans occasionner de dépense notable. Il a été ainsi le plus actif et le plus utile vulgarisateur des études chimiques en France, et cette œuvre, à laquelle il a consacré une attention soutenue depuis plusieurs années, est de celles qui ont une influence durable sur la marche de la science dans la nation.
- Nous avons tous perdu un des hommes qui ont le plus honoré la France dans les
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- PROCÈS-VERBAUX.
- JUILLET 1876.
- sciences, ettjui ont rendu le plus de services à leur patrie; mais, permettez-moi d’ajouter que je perds en lui un ami bien cher, que j’avais le droit de considérer comme un frère.
- M. de Milly, qui vient de mourir, est la seconde et regrettable perte dont j’avais à rendre compte à l’assemblée.
- Dès l’origine de la création de l’industrie des bougies stéariques, il se mit à la tête de cette fabrication, qui n’en était encore qu’à la phase des tentatives. Il y apporta l’intelligence, la précision et la persévérance qu’il mettait dans tous ses travaux, et le succès de cette industrie fut assuré aussitôt qu’elle fut entre ses mains. On ne peut se figurer la quantité de travaux qu’il dut faire pour en régulariser et en perfectionner les procédés, les efforts persévérants, l’énergie d’action qu’il a dû développer pour surmonter les difficultés qu’il rencontrait à chaque instant. La Société d’encouragement, qui a suivi avec le plus grand intérêt ses efforts et ses succès, a été heureuse de pouvoir lui décerner sa plus haute médaille et de constater à diverses reprises qu’il l’avait plusieurs fois méritée par les perfectionnements nombreux qu’il apportait sans cesse à son industrie.
- La mort d’un fils bien cher, tué pendant le siège de Paris, avait profondément affecté M. de Milly et avait jeté une grande affliction sur ses dernières années. Cette douleur a exercé une triste influence sur le déclin rapide de sa santé, et a contribué sans doute au malheur qui vient de frapper sa famille, l’industrie française et notre Société d’une manière imprévue. Je suis sûr d’exprimer les sentiments du Conseil et de la Société d’encouragement tout entière en disanl combien cette perte a été vivement ressentie par eux.
- Correspondance. — M. le Ministre de Vagriculture et du commerce adresse deux exemplaires du tome LXXXII, 2e partie, de la collection des brevets d’invention et des numéros 9 et 10 du Catalogue de ces brevets pris en 1875.
- Mme Ve Dumas-Fremy, fabricant de papier à polir, fait hommage à la Société d’un volumineux album, richement relié, des produits de sa fabrication. Cette collection avait été commencée par feu M. Dumas-Fremy, et devait être offerte à titre de témoignage de reconnaissance pour l’accueil qu’il avait reçu de la Société. La mort l’a malheureusement empêché de réaliser son désir, que sa veuve a considéré comme un pieux devoir de remplir.
- M. Jus (H.), ingénieur civil, à Batna, chargé en 1856 des travaux de sondage en Algérie, adresse à la Société une brochure in-4, contenant un résumé historique des sondages artésiens exécutés dans le département de Constantine de 1856 à 1875. Il constate que la longueur totale des forages effectués au 1er juillet dernier, était supérieure à 17 500 mètres. Ces travaux ont produit la découverte de 146 sources jaillissantes, versant 107 647 litres d’eau par minute, et 182 puits à nappe ascendante, dont 151 ont donné de l’eau potable; ce mémoire est accompagnée d’une carte des sondages effectués. (Commerce et agriculture.)
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- M. Jus adresse en même temps des spécimens de matières textiles exposés par lui au concours agricole d’Alger ; ces spécimens sont accompagnés d’un mémoire pour montrer l’utilité de leur exploitation et les moyens employés pour les mettre en œuvre. (Commerce et agriculture.)
- M. Alibert (J. P.), rue Mazagran, 2 : cheville pour les cordes de piano, qui résout le problème de faciliter et de maintenir l’accord. Un piano, accordé suivant ce nouveau mode, est exposé devant l’assemblée, et montre la manière dont cette nouvelle cheville fonctionne. (Comité des arts économiques.)
- La Société industrielle de Mulhouse célébrera, le 11 mai prochain, le cinquantième anniversaire de sa fondation par une séance générale extraordinaire, après laquelle une exposition industrielle de quelques-uns des produits les plus saillants fabriqués dans cette région sera inaugurée. Elle serait heureuse que la Société d’encouragement y fut représentée par quelques délégués. (Renvoyé au Bureau.)
- M. de Clermont, négociant, membre de la commission des valeurs des douanes, rue Barbette, 11, envoie à la Société un mémoire rectificatif et complémentaire du travail qu’il avait présenté en 1865, sur les couperies de poils. Il constate que la production des peaux de lapins et de lièvres en France n’a pas augmenté depuis dix ans, tandis qu’elle a progressé d’une manière continue en Allemagne. (Commerce.)
- M. Laprugne fils, place de la Marine, 2, à Vichy, soumet un heurtoir découpé dans une masse de fer, qui est destiné à être placé sur la porte de l’hôtel de ville de Vichy. (Art des constructions et beaux arts.)
- M. Gémy (P.) fils aîné, fabricant de menuiserie, boulevard de la Madeleine, 38, à Marseille, représenté à Paris par M. Adam, architecte, rue du Faubourg-Poissonnière, 54, envoie la description d’un appareil qu’il nomme mégagraphe, pour faciliter l’exécution des dessins de grandes dimensions. (Art des constructions et beaux-arts.)
- MM. Christy et Ragon, Fenchurch-street, 155, h Londres, envoient une note et des morceaux de racines de la consoude rugueuse du Caucase, dont ils recommandent la culture, et qui donne, disent-ils, de 150 à 200 tonnes de produits par hectare. Ils proposent de l’employer dans la grande culture. (Agriculture.)
- M. Bardaudy (G.) aîné, cours d’Alsace-et-Lorraine, 7, à Bordeaux; pain pour l’alimentation des chevaux. (Agriculture.)
- M. Emile Ador, rue du Stand, 9, à Genève, adresse, au nom de la Société Albert Conti et comp., à Buenos-Ayres, un Mémoire imprimé sur la conservation de la viande à l’état frais, et il annonce l’envoi de spécimens de ses produits. (Arts économiques.)
- M. Maraval (Aug.), fabricant de chapeaux, rue Barbette, 5, à Paris, annonce qu’après huit ans de recherches il a trouvé le moyen de faire le feutre des chapeaux sans employer de mercure. (Arts économiques.)
- M. Trimoulet (A. H.), entomologiste, membre de plusieurs sociétés savantes, à Bordeaux : mémoire sur le phylloxéra. (Comité d’agriculture.)
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- MM. Monrocq, rue Suger, 3, et Erhard, rue Duguay-Trouin, 12 : enduit préservatif des cartes géographiques contre l'humidité. (Arts économiques.)
- » M. Bugnard, 23, rue Perrier, à Levallois-Perret : procédé pour faire des incrustations métalliques dans le Cristal et la porcelaine. (Arts économiques et beaux-arts.)
- The Franklin institute de Philadelphie annonce que sa bibliothèque et ses salles sont ouvertes aux membres des sociétés importantes qui viendront visiter l’Exposition des États-Unis. Il demande à la Société d’encouragement, par une circulaire imprimée, de lui adresser son Bulletin pour compléter les documents mis à la disposition des visiteurs. (Renvoyé à la Commission du Bulletin.)
- M. Jacquot (Philippe), rue du Faubourg-Saint-Martin, 148 : Prospectus d’un nouveau procédé pour l’affinage des pièces de fonte moulée. (Arts chimiques.)
- M. Bïber, constructeur d’appareils de physique, rue Hautefeuille, 32 : bec Bunsen pour le chauffage au gaz, qui est muni d’une veilleuse pour allumer quand on veut, instantanément et d’une manière automatique, le bec qu’on éteint entre deux opéra-rations différentes. Cet appareil, très-commode, est employé dans les laboratoires d’essai des sucres, dans les pharmacies, etc. (Arts chimiques.)
- M. Salleron (J.), constructeur d’appareils de physique, rue Pavée-au-Marais, 24 : brochure sur la température d’ébullition des spiritueux et sur le dosage de l’alcool par l’ébullioscope.
- M. Heuzé (Gustave), membre du Conseil, fait hommage à la Société d’un Manuel complet des constructions agricoles, avec atlas, qu’il vient de publier dans la collec-des manuels Roret.
- M. Jourdain (Maurice), directeur de l’Association parisienne d’appareils à vapeur, envoie le Bulletin qu’elle publie et une instruction sur les mesures à prendre dans l’emploi des machines à vapeur.
- M. jBarrault (Émile), ingénieur civil : Étude historique et comparative duservo-mo-teur Farcot et de ses applications ; Paris, 1876, in-8.
- M. le Président donne lecture d’une lettre de MM. Christofle et Bouilhet, au sujet d’une extension qu’ils veulent donner à la caisse fondée par eux pour la distribution de premières annuités de brevet. Us annoncent qu’ils effectueront, pendant dix ans, le versement d’une somme de 1 000 francs par an, pour constituer un fonds de 10 000 francs, qui donne à la Société le moyen d’accorder des deuxièmes annuités de brevet aux inventeurs déjà brevetés qui seraient hors d’état de payer cette somme, ou de leur venir en aide.
- M. le Président offre par avance aux donateurs les remercîments du Conseil pour le don généreux qu’ils font à la Société, et il renvoie cette lettre à la Commission des fonds, pour qu’elle fasse, à ce sujet, un rapport au Conseil.
- M. Laurence-Smith, correspondant pour les arts chimiques, envoie des documents sur les puits à gaz de la Pensylvanie qui complètent ceux qu’il avait adressés, il
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- y a quelque temps, et dont lecture a été donnée au Conseil dans la séance du 11 février dernier.
- Le gaz sortant des quatre puits a été analysé avec un grand soin par M. S. P. Sad-tler, et cette analyse, qui inspire toute confiance, a donné les résultats suivants :
- Puits de Burns, Butler County. — Acide carbonique, 0,34 ; oxyde de carbone, trace 5 hydrogène, 6,10; gaz des marais, 75,44; éthylène, 18,12-, total, 100.
- La densité du gaz de ce puits a été trouvée de 0,698.
- Puits de Leechburg, Westmoreland C. — Acide carbonique, 0,35; oxyde de carbone, 0,26 ; hydrogène carboné, 0,56 ; hydrogène, 4,79 ; gaz des marais, 89,65; éthylène, 4,39 ; total, 100.
- Puits Harvey, Butler C. —Acide carbonique, 0,66; hydrogène, 13,50; gaz des marais, 80,11; éthylène, 5,72; total, 99,99.
- Puits Cherry tree, Indiatia C. — Acide carbonique, 2,21; hydrogène, 22,55; gaz des marais, 60,27; oxygène, 0,83; azote, 7,32.
- Rapports des comités. — Bascule à contrôle. — M. Tresca fait, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur une addition que M. Chameroy a faite à la bascule de pesage ordinaire, pour donner la faculté d’imprimer sur un ticket le poids que marque la bascule.
- Le comité des arts mécaniques propose de remercier l’inventeur de sa communication et d’insérer le rapport, auquel elle a donné lieu, au Bulletin, avec une reproduction de l’appareil par un dessin détaillé avec fac-similé du carton de contrôle. (Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.)
- Palier graisseur. — M. Lecœuvre lit, au nom du même comité, un rapport sur le palier graisseur de M. Lejeune, mécanicien, rue de la Folie-Regnault, 32.
- Le rapporteur propose, au nom du comité, de remercier l’inventeur de la communication qu’il a faite à la Société et d’insérer le rapport, auquel elle a donné lieu, dans le Bulletin, avec le dessin du palier graisseur. (Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.)
- Levûre pure.—M. Lamy lit, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur la fabrique de levûre pure queM. le baron de Springer a établie à Maisons-Alfort (Seine).
- Le comité des arts chimiques propose de remercier M. de Springer de sa communication et d’ordonner l’insertion au Bulletin du rapport auquel elle a donné lieu.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Purification du gaz. — M. Le Blanc lit, au nom du même comité, un rapport sur les appareils imaginés par MM. Eugène Pelouze et Paul Audouin, pour condenser les matières liquéfiables tenues en suspension par les gaz et vapeurs.
- Le comité propose de remercier MM. Pelouze et Audouin de leur intéressante communication et d’ordonner l’insertion au Bulletin du rapport auquel elle a donné lieu, avec un dessin de l’appareil et une légende explicative.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
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- Horlogerie électrique. — M. du Moncel fait, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur les perfectionnements que M. de Laguerenne a apportés à son horloge électrique.
- Le rapporteur propose de remercier M. de Laguerenne de la communication qu’il a faite à la Société et d’insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Plantations. — M. Moll lit, au nom du comité de l’agriculture, un rapport relatif à un Mémoire présenté par M. Girault sur l’avantage qui résulterait de la plantation régulière et constante des rives des cours d’eau, en osiers, saules et autres essences appropriées. Le comité propose de remercier l’auteur de cette communication et d’insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.
- Cuirs ciselés décoratifs. —M. Bouilhet lit, au nom du comité des constructions et des beaux-arts appliqués à l’industrie, un rapport sur les cuirs ciselés, employés à l’ameublement et à la décoration des appartements par M. Charton.
- Le comité propose de remercier M. Charton de sa communication et d’insérer le rapport auquel elle a donné lieu au Bulletin de la Société avec le dessin des outils inventés pour cette fabrication.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Dépouillement du scrutin. — M. le Président procède au dépouillement du scrutin ouvert pour les élections. — Il constate que le nombre des votants n’a pas été de 100, ainsi que le prescrit le premier paragraphe de l’art. 37 des statuts.
- En conséquence, il annonce que le scrutin est annulé et que la Société se réunira de nouveau, en assemblée générale, pour procéder à ces élections, conformément au troisième paragraphe du même article des statuts.
- Cette réunion aura lieu le vendredi 5 mai et sera annoncée par une convocation spéciale.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société par un vote du Conseil :
- MM. Durand (Émile), directeur du journal le Gaz.
- Tausin, fabricant à Saint-Quentin, le comte de Salis, ingénieur civil.
- Hallopeau, ingénieur civil.
- Liébault, ingénieur civil.
- Séance extraordinaire du h mai 1876 [Élections).
- Présidence de M. Dumas, Président.
- Ouverture du scrutin pour les élections. — M. le Président annonce à l’assem-
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- blée l’ouverture du scrutin pour l’élection des membres du Bureau de la Société et pour la rectification de la nomination des membres du Conseil qui ont été faites jusqu’à ce jour et qui n’ont pas encore été sanctionnées par la Société.
- L’assemblée générale du 28 avril, n'ayant pas réuni les conditions prescrites par les statuts pour que le vote fut définitif, le scrutin a été remis à une deuxième séance qui a lieu aujourd’hui et dont le résultat sera définitif, quel que soit le nombre des votants.
- Correspondance. — M. le Ministre de Vagriculture et du commerce envoie deux exemplaires du tome LXXX1V de la collection des brevets d’invention pris sous le régime de la loi de 184-4.
- M. Barbaudy (G.) aîné, cours d’Alsace Lorraine, 7, à Bordeaux, envoie un compte rendu des expériences faites par M. Faure-Lacaussade, vétérinaire en chef de la Compagnie générale des omnibus de Bordeaux, pour l’essai du pain écossais dans l’alimentation des chevaux. (Agriculture.)
- M. Gallet (Y.), rue Perronet, 23, à Neuilly (Seine), demande le concours de la Société pour le payement d’une annuité de brevet pour un procédé qui est relatif à une amélioration des fers et aciers. (Arts chimiques et Commission des fonds.)
- M. Robert père, à Puteaux, quai National, 16, demande le concours de la Société pour prendre un brevet d’invention relatif à un nouveau mordant de teinture pour tissus mélangés. (Arts chimiques.)
- M. Bloch (Isidore), rue de l’Entrepôt, 34, à Paris, présente des spécimens de gravure pour filigrane des billets et chèques qui garantissent de toute altération. (Arts chimiques et économiques.)
- M. Mangon, membre du Conseil, présente le triturateur de M. Anduse, qui a pour objet de réduire les matières en poudre plus ou moins fine.
- Cet appareil se compose de deux couronnes verticales en fonte, placées l’une en regard de l’autre. La première est fixe et la deuxième mobile autour d’un axe horizontal. Ces couronnes portent à leurs surfaces, en regard, des saillies ou dents pyramidales à base rectangulaire, disposées de manière que celles de la couronne mobile puissent passer dans les intervalles des dents de la couronne fixe, lors même que ces deux couronnes sont au contact. La dimension de ces dents va en diminuant, et leur nombre augmente à mesure que l’on approche de la circonférence extérieure de la couronne. En rapprochant ces couronnes l’une de l’autre, on obtient une ténuité de plus en plus grande dans la pulvérisation.
- M. Mangon a fait usage de cet instrument, et en a obtenu de très-bons résultats, même quand il a voulu réduire en poudre la paille de sarrasin, qui est une matière difficile à pulvériser. (Arts économiques.)
- M. Breton (Philippe), correspondant pour le comité des arts économiques, envoie un ouvrage qu’il vient de publier sous le titre Étude d’un système général de défense contre les torrents, concerté entre les fonctionnaires des forêts et des ponts et chaussées' partie concernant les ponts et chaussées, 1 vol. in-4 et 10 planches.
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- Dans cet ouvrage, M. Breton fait une étude détaillée de la manière dont se fait le déblaiement des montagnes sous l’action de l’eau et des formes diverses sous lesquelles cet écroulement des parties élevées et le comblement des parties inférieures se présentent. La plus ordinaire de ces formes, qu’on est convenu de nommer les torrents alpins, offre trois parties : le bassin de réception des eaux, le canal d’écoulement et le bassin de déjection. M. Breton examine la manière dont se font les déblais dans ces trois régions, soit par les pluies, soit par l’action de la rivière ou cours d’eau principal de la vallée, qui, en laissant étendre le cône des déjections, ou en le coupant de diverses manières, donne lieu à des modifications diverses du torrent lui-même. Il s’étend davantage sur les moyens à employer pour protéger les plaines contre ces invasions du gravier qui ruinent les cultures, enfouissent les villages eux-mêmes sous des masses de débris dont la puissance semble irrésistible et dont l’action sur la rivière de la vallée est redoutable à de grandes distances en amont ou pour la rive opposée. Cette étude est terminée par un avant-projet des travaux qui seraient à faire pour la protection d’une des vallées les plus importantes du Dauphiné, la plaine d’Oisans, projet qui est donné comme un spécimen comprenant les variétés principales de ce genre de travaux.
- Rapports des comités. — Levage des pierres. — Construction. — M. Boude fait, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur un appareil propre au levage des pierres de taille et désigné sous le nom de saisisseur, par M. Barrère (Benjamin), rue de Rennes, 119 bis.
- Le comité propose de remercier M. Barrère de sa communication, et de faire insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu, avec le dessin de l’appareil.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont adoptées par le Conseil.
- Rames articulées. — M. Baude lit, au nom du même comité, un rapport sur une rame articulée, présentée par M. Guillemot (Charles) et qui a pour objet de renverser l’effet du travail du rameur.
- Le comité propose de remercier M. Guillemot de sa communication, et d’insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées parle Conseil.
- Sécurité sur les chemins de fer. — Block-système. — M. le comte du Moncel lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur les appareils électro-séma-phoriques de MM. Lartigue, Tesse, Forest et Prudhomme employés pour régler la marche des trains sur les chemins de fer.
- Le comité des arts économiques propose d’exprimer l’intérêt que le Conseil porte au succès de l’invention de MM. Lartigue, Tesse, Forest et Prudhomme, et d’ordonner l’insertion au Bulletin du rapport du comité avec les plans et dessins des appareils.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Distillation méthodique. — M. Lamy lit, au nom du comité des arts chimiques, un
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- rapport sur les appareils de M. Savalle pour la distillation méthodique des alcools.
- Le comité des arts chimiques propose de remercier M. Savalle de la communication qu’il a faite à la Société, et d’ordonner l’insertion au Bulletin du rapport auquel cette communication a donné lieu avec le dessin des appareils.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Communications. — Respiration pulmonaire. — M. Sanson (A.), professeur à l’Ecole d’agriculture de Grignon, présente à la Société l’appareil qu’il a imaginé pour étudier sans trouble la respiration des grands animaux. Cet appareil se compose essentiellement d’un masque ou capacité enveloppante, en caoutchouc, muni de conduits pour l’arrivée de l’air frais et pour la sortie des produits de la respiration. Les soupapes, de dimension convenable, sont tellement légères et faciles à mettre en mouvement que leur action n’a absolument aucun effet sur le rhythme de la respiration.
- Cet appareil a permis à M. Sanson de faire plus de cent expériences sur des animaux de race bovine ou chevaline, de les prolonger pendant tout le temps nécessaire, de les varier de manière à arriver à des conclusions précises.
- C’est par de semblables expériences qu’il est parvenu à étudier les lois de la variation des propriétés de l’acide carbonique pendant la respiration. Cette proportion croît avec la surface pulmonaire. Le dégagement de l’acide est influencé par le genre, la race ou l’espèce, et le sexe des animaux; toutes circonstances qui influent sur la capacité pulmonaire; l’âge influe aussi par la modification qu’il apporte dans le nombre des mouvements respiratoires.
- La température atmosphérique a une influence marquée sur l’élimination de l’acide carbonique qui croît avec son élévation et décroît quand la température s’abaisse.
- L’influence de la pression barométrique suit une marche inverse, l’élimination croît quand la pression diminue, et est diminuée lorsqu’elle s’élève.
- La diffusion de l’acide carbonique de la respiration dans le milieu atmosphérique est purement mécanique et s’opère, en fonction des surfaces pulmonaires et de la composition et de la tension du mélange gazeux extérieur, par les lois physiques ordinaires de la diffusion des mélanges gazeux séparés par les membranes. Il suffit de quelques millimètres en moins de la pression barométrique et de quelques degrés thermométriques en plus de la température pour faire varier presque du simple au double l’élimination de l’acide carbonique dans l’unité de temps. (Renvoi au comité de l’agriculture.)
- Éclairage électrique. — M. Serrin (Y.) présente à la Société le régulateur de lumière électrique qu’il a perfectionné pour le mettre en état de donner une lumière très-intense, équivalente, par exemple, à 2 000 ou 3 000 becs Garcel. Il en décrit les diverses parties et attire plus spécialement l’attention sur les spirales électro-magnétiques des bobines, qui, au lieu d’être formées de fils dont la chaleur ferait fondre les matières isolantes, sont composées d’hélices métalliques méplates, dépourvues de toute couverture isolante, et disposées de manière que les spires ne puissent pas se
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- toucher. Les noyaux magnétiques et les rondelles de l’électro-aimant sont recouverts d’une couche d’émail assez épaisse pour donner un isolement suffisant.
- Avec cette disposition, les hélices peuvent être portées à une température très-intense sans que l’isolement cesse, et on a pu les porter au rouge sans que la sensibilité de l’appareil fut altérée. Au reste la section de la spire est si grande que, pour les courants des piles de Bunsen, même d’une grande puissance, la chaleur développée n’était pas appréciable à la main.
- Un autre perfectionnement consiste en un petit dispositif adapté aux chaînes des porte-charbons qui permet de déplacer le point lumineux sans éteindre la lumière. Ce perfectionnement est important pour les phares où on doit pouvoir centrer avec précision le point lumineux par rapport aux lentilles.
- Enfin M. Serrin fait remarquer que les charbons ont 15 millimètres de côté, ce qui permet de développer une lumière très-intense, et que la sensibilité de l’appareil est aussi grande qu’on peut le désirer. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- Exploitation des chemins de fer. — M. Baude donne communication à la Société de 12 tableaux statistiques qui font connaître la relation qui existe entre le matériel roulant des chemins de fer et le trafic. Ces tableaux embrassent une période de dix années, et ils donnent la fraction d’unité des éléments du matériel roulant qu’il faut, pour obtenir une recette de 1 000 francs, soit sur la grande vitesse, soit sur le transport des marchandises. Ils ont été recueillis par M. Regray, ingénieur en chef du matériel de la Compagnie de l’Est.
- M. Baude fait ressortir l’utilité de ces tableaux pour déterminer la quantité de chaque partie du matériel qui est nécessaire pour l’exploitation d’une ligne nouvelle et pour l’entretien de l’exploitation d’une ligne ancienne. Il fait le rapprochement des résultats de même nature qu’ont donné les relevés faits par les différentes compagnies dans le même espace de temps de dix années, et il montre combien ils sont concordants, surtout en ce qui concerne le service des marchandises; les légères différences qu’on peut remarquer proviennent de la nature diverse du trafic dans les localités diverses. Mais, malgré ces diversités de causes, les résultats s’harmonisent, ainsi que le prouvent les douze tableaux qui restent parmi les documents les plus instructifs de la statistique du mouvement des chemins de fer français. (Renvoi à la Commission du Bulletin.)
- Dépouillement du scrutin. — Le dépouillement du scrutin est fait par M. le Président, assisté de MM. les Secrétaires. Le résultat en est définitif, quel que soit le nombre de votants, en vertu du 3e paragraphe de l’article 37 des nouveaux statuts de la Société.
- Le nombre des votants est de 79.
- La composition du Bureau et la confirmation des nominations des membres du Conseil, faites dans l’année, ont été arrêtées à l’unanimité des suffrages, ainsi qu’il suit :
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- Bureau. — M.Dumas, président. —MM. Baude, baron Thénard, Édmond Becquerel, vicomte de Chabannes, vice-présidents.—MM. Eugène Peligot, Charles La-boulaye, secrétaires. — MM. le général Mengin-Lecreulx, Legentil, censeurs. — M. Goupil de Préfeln, trésorier.
- Commission des fonds. — M. Bischoffsheim.
- Comité des arts mécaniques. — MM. de Fréminville, Haton de la Goupillière, Pihet (Eugène).
- Comité des arts chimiques. — MM. Bouis, Troost, Gruner.
- Comité des arts économiques. — MM. Paliard, de la Gournerie, Homberg.
- Comité de l’agriculture. — MM. Tisserand, Heuzé, Porlier3 Hardy.
- Comité des constructions et des beaux-arts. — MM. Albert Barre, Brune, Bunel, Davanne, Davioud, Dieterle, Dufresne, Guillaume, Popelin (Claudius), Georges de Salverte.
- (Voy. plus haut, p. 333, la liste complète des membres du Conseil.)
- Séance du 12 mai 1876.
- Présidence de M. Dumas, Président.
- Correspondance. — M. Tellier (Ch.), route de Versailles, 99, à Auteuil-Paris, annonce la fin des travaux d’installation du navire le Frigorifique, qui est aménagé pour transporter des viandes fraîches conservées par le froid. Il invite la Société à le faire visiter, à la fin du mois, à Rouen. (Arts économiques.)
- Mme la baronne de Pages, petite-nièce de Philippe de Girard, rappelle qu’avant les travaux exécutés en 1865 pour la décoration de la salle des séances de la Société, le nom de Philippe de Girard était inscrit sur les murs de cette salle avec celui d’autres inventeurs célèbres. Elle demande que cette inscription soit rétablie, puisque la Société a récemment adopté un système de décoration qui comporte ces inscriptions.
- M. Mercier (Théophile), constructeur de moulins à bras, à la Ferté-sous-Jouarre, envoie une note imprimée sur son voile préservateur pour les ouvriers rhabilleurs de meules. (Arts mécaniques.)
- M. Menneret (Sosthène), négociant, place de la Banque, 4, à Troyes, représenté à Paris par M. Menneret (L.), employé au bureau du contentieux des contributions (préfecture de la Seine), présente à la Société des tire-bouchons perfectionnés. (Arts économiques.)
- M. Lockert (Louis), ingénieur, envoie une brochure sur la comparaison de deux projets présentés pour la traversée du Pas-de-Calais, celui du tunnel sous-marin, M. Michel Chevallier, président, et celui à ciel ouvert de M. Vérard de Sainte-Anne.
- M. de Cuyper, correspondant de la Société d’encouragement, adresse un exemplaire de l’ouvrage qu’il a publié sous le titre : L’enseignement technique supérieur
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- de l’empire d’Allemagne, rapport au conseil de perfectionnement de l’École des arts et manufactures de Liège. Un vol. in-8, avec planches.
- M. le comte du Moncel, membre du Conseil, présente, au nom de M. Dumoulin-Froment, un nouveau mode pour le réglage des appareils télégraphiques, applicable à tous les instruments dans lesquels les variations du courant électrique nécessitent divers réglages successifs du ressort antagoniste de la palette des électro-aimants. Ce nouveau mode de réglage consiste dans un mouvement de rotation que l’on fait prendre à volonté à l’électro-aimant, en le faisant pivoter sur la traverse qui réunit ses deux bobines. Cette rotation fait écarter les pôles et diminuer progressivement la force d’attraction, ce qui suffit pour assurer la marche régulière de l’appareil, si le courant devient trop fort.
- M. du Moncel montre deux appareils ainsi disposés, et fait voir la simplicité de ce mode de réglage. (Arts économiques.)
- M. du Moncel présente aussi, au nom de M. Augustin Billet, rue de Châteaudun, 2, un télégraphe imprimant perfectionné. (Arts économiques.)
- Rapport des comités. — Meules blutantes. — M. Hervé Mangon lit, au nom du comité de l’agriculture, un rapport sur la meule blutante de M. Aubin, à Bourra y (Seine-et-Oise).
- Le comité de l’agriculture propose de remercier M. Aubin de son importante communication et d’ordonner l’insertion au Bulletin du rapport auquel elle a donné lieu, avec les figures nécessaires pour son intelligence.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Transport du lait. — M. Hervé Mangon fait, au nom du même comité, un rapport sur le système de fermeture des boîtes à lait, imaginé par M. Rochegude, rue du Faubourg-Saint-Martin, 231, à Paris.
- Le comité propose de remercier M. Rochegude de sa communication et d’imprimer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Gant pour nettoyer les ceps de vigne, — M. Hardy fait, au nom du comité de l’agriculture, un rapport sur le gant à mailles d’acier que M. Sabaté, propriétaire près de Libourne (Gironde), propose pour nettoyer les ceps de vigne par l’enlèvement des vieilles écorces.
- Le comité d’agriculture propose de féliciter M. Sabaté de son ingénieuse idée et d’insérer le rapport au Bulletin.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Lapinières mobiles. — M. Moll lit, au nom du même comité, un rapport sur les parcs mobiles à lapins que M. Yverneau, ouvrier au Port-àrl’Anglais, à Vitry-sur-Seine, a présentés à la Société.
- Le comité de l’agriculture propose de remercier M. Yverneau de sa communication et de faire insérer au Bulletin le rapport auquel elle a donné lieu.
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- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Communications. — Entrainement de l'air. — M. Félix de Romilly expose devant la Société le résultat de ses études sur l’entraînement de l’air par un jet d’air ou de vapeur.
- Un jet d’air ou de vapeur partant d’un ajutage lanceur entraîne avec lui une certaine quantité de l’air ambiant. La forme des récepteurs et leur position, relativement au lanceur, influent sur les résultats de cette action. Des expériences précises ont été organisées par M. de Romilly pour constater cette influence ; elles ont porté sur quatre formes de récepteurs : 1° les ajutages coniques évasés dans le sens du mouvement de l’air, c’est-à-dire dont la petite section est tournée vers le lanceur ; 2° des ajutages coniques dont la grande base est tournée vers le lanceur ; 3° des ajutages cylindriques, et k° enfin, des orifices en mince paroi. Ces expériences ont été répétées devant l’assemblée.
- Le premier de ces orifices est celui qui donne le maximum d’effet. Ce maximum se réalise lorsque le lanceur est placé à l’extérieur, à une distance de l’orifice du récepteur, qui soit environ quatre fois le diamètre de cet orifice et lorsque l’angle du cône est de 6 degrés environ. La quantité d’air reçue est dans la proportion des diamètres du récepteur et du lanceur, la vitesse est en raison inverse ; il faut supposer à l’orifice du lanceur toute la vitesse de la détente, et il en résulte la conservation intégrale de la quantité de mouvement. C’est, le fait le plus important pour la pratique et il n’a lieu que pour ce genre d’ajutage. Quant à la pression manifestée par le manomètre, elle est double de celle qui résulterait du rapport des surfaces du lanceur et du récepteur.
- L’ajutage conique, dont la grande section est tournée vers le lanceur, donne des résultats tout différents. Le maximum maximorum n’a lieu que lorsque l’orifice du lanceur est engagé dans l’intérieur du cône, dans une position déterminée et sur l’axe. Les maxima à toute autre distance sont excentrés et ont lieu quand l’orifice du lanceur est placé hors de l’axe du cône. Ces points forment une surface courbe de révolution située en partie dans l’intérieur et en partie à l’extérieur du cône.
- Pour les ajutages cylindriques avec récipient ouvert, le maximum maximorum est sur l’axe du cône à une petite distance de l’orifice extérieur. Avec récipient clos, les maxima correspondent à des points sur l’axe, quand le lanceur pénètre à l’intérieur de l’ajutage ou même quand il est extérieur à une certaine distance ; mais, pour de plus grands éloignements, ils correspondent à des positions situées sur une surface de révolution dont le méridien est une courbe fermée : le maximum maximorum répond à la partie la plus renflée de celte surface.
- Pour l’orifice en mince paroi, si l’on éloigne le lanceur du récepteur, on obtient le maximum d’effet lorsque la distance est celle qui a été indiquée pour l’ajutage conique dont la petite section est tournée vers le lanceur. C’est l’orifice le moins favorable.
- Voici les résultats d’expériences faites avec un même lanceur et les divers ajutages
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- récepteurs, pour remplir un gazomètre déterminé, en plaçant le lanceur à la position qui donne dans chaque espèce le résultat maximum :
- Ajutage :
- 1° Conique de 6°, petite section vers le lanceur. 2* Conique de 15° idem.
- 3° Conique de 6°, grande section vers le lanceur.
- 4° Cylindrique.................................
- 5* Mince paroi.................................
- Temps du Rapport
- remplissage. de la quantité de mouvements.
- . 8",6 1,00
- . 9",6 0,91
- , 10",6 0,65
- . 11",0 0,61
- . 12",5 0,48
- Lorsque le récipient est percé, outre l’ajutage supérieur, d’un autre orifice semblable, la pression est réduite à moitié.
- A quelque endroit que se trouve l’orifice du lanceur, soit sur l’axe, soit hors de l’axe, l’effet est toujours supérieur quand la direction du jet se confond avec l’axe ou lui est parallèle. Toute direction angulaire à l’axe produit une diminution d’effet très-rapide.
- Les expériences qui suivent sont dignes d’intérêt, surtout au point de vue scientifique.
- Si, avec le récepteur en mince paroi, on éloigne le lanceur de quelques millimètres seulement du récepteur et qu’on le déplace parallèlement à lui-même en l’éloignant de l’axe, c’est lorsque le jet est en dehors de l’orifice du récepteur et qu’il frappe contre la paroi même dans lequel Torifice est percé, que se trouve le maximum de la pression, laquelle est alors double de ce qu’elle serait si le jet était lancé dans l’intérieur du récepteur. Les deux orifices sont alors placés de manière que les projections de leurs deux cercles soient extérieurement tangentes.
- Le même phénomène a lieu avec le récepteur conique ou cylindrique, avec cette différence qu’il y a un premier maximum lorsque le jet est lancé au centre du récepteur ; il y a diminution à mesure que le lanceur s’avance vers la paroi, puis un saut brusque et un second maximum quand la paroi est franchie. Un autre phénomène qui n’existe pas pour les orifices en mince paroi, c’est que la grandeur et la position du deuxième maximum ne sont pas les mêmes quand le lanceur va du centre au bord du récepteur et continue sa marche au delà, que lorsque le déplacement est en sens contraire et que le lanceur revient vers l’axe : dans ce dernier cas, le maximum est moins excentré. Il en est de même du minimum qui accompagne ce maximum. Le phénomène est le même, mais avec une valeur et une place différentes. En excentrant doucement, on arrive à un minimum ou à un maximum instable qui, à peine atteint, disparaît aussitôt et, en s’arrêtant un peu avant ce point, on trouve un lieu de facile variation qui se modifie, ou en soufflant sur le jet, ou en glissant une carte entre le lanceur et le récepteur, laquelle, par son déplacement, détermine la position du maximum ou du minimum.
- Lorsqu’on se sert d’un lanceur et d’un récepteur terminés l’un vers l’autre par des
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- parois parallèles entre elles et perpendiculaires à l’axe, on a, le bord franchi, non plus une pression, mais une aspiration. Cette aspiration se produit jusqu’à une grande distance entre le lanceur et le récepteur. Par exemple, un lanceur d’un millimètre de diamètre, à une atmosphère, peut être éloigné de plus d’un centimètre d’un récepteur de 8 millimètres sans que l’effet d’aspiration soit anéanti. En le rapprochant, l’aspiration augmente et dépasse, en valeur absolue, la pression maximum obtenue à la même distance lorsque le jet pénètre dans le récepteur. Cette différence en faveur de l’aspiration peut s’élever à près du triple de la pression. Pour les distances rapprochées, le lieu du maximum de cette aspiration est au point même où, par l’effet du bord, se trouverait le maximum de pression avec lanceur sans parois parallèles au récepteur ; mais cela n’a lieu que pour les distances très-proches.
- L’effet du bord et l’aspiration croissent avec la sectiou du lanceur et la pression du jet et en proportion inverse de la section du récepteur. L’effet du bord ne se produit que lorsque le récepteur forme l’entrée d’un récipient clos *, quant à l’effet d’aspiration dû au parallélisme des parois terminales, il se manifeste également pour un récipient clos ou pour un récipient ouvert.
- M. de Romilly, à la suite de ces expériences sur l’entraînement de l’air par l’air ou la vapeur, a expérimenté l’entraînemeut de l’air dans l’eau et il a montré que la quantité d’air entraînée était la même que dans l’air, en faisant entrer en ligne de compte la pression de l’eau. Il a montré : que le jet émanant d’un tube vertical venant du fond d’un vase plein d’eau, et s’arrêtant à quelques décimètres de la surface, ne donnait pas naissance à une colonne d’air qui montât avec violence et en s’élargissant de plus en plus comme on l’aurait cru, mais que la colonne d’air descendait au-dessous de l’orifice d’où elle sortait et qu’elle prenait tout d’abord une largeur de plusieurs fois le tube abducteur, en sorte qu’elle avait une base beaucoup plus large que l’orifice qui lui donnait naissance et placée à quelques centimètres plus bas que cet orifice.
- Ces expériences font partie d’un corps de recherches très-étendu qui a autorisé M. de Romilly à recommander l’emploi de l’air entraîné pour un grand nombre d’usages.
- Ainsi : 1° Emploi de la masse d’air entraînée, sans aucun intermédiaire qu’un tube de conduite, pour les foyers divers à combustion complète ou à production d’oxyde de carbone ;
- Pour les hauts fourneaux et les forges ;
- Pour la ventilation des édifices, théâtres, hôpitaux, mines, etc. ;
- 2° Emploi delà masse d’air entraînée pour faire tourner une turbine, soit dans l’air, soit dans l’eau, par sa face ascensionnelle ;
- 3° Après avoir été refoulée sous l’eau, emploi de la masse d’air pour faire marcher des navires par sa force ascensionnelle ;
- 4° Emploi de l’air entraîné pour comprimer l’eau alternativement dans un ou deux
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- récipients et servir de force motrice ou être élevée à une hauteur plus ou moins grande, l’air servant ainsi de machine élévatoire.
- Il y a donc une foule de circonstances dans lesquelles l’industrie pourra tirer parti de ces principes, fondés sur l’entraînement d’un gaz par un autre gaz sans perte de quantité de mouvement.
- M. le Président remercie M. de Romilly d’avoir bien voulu venir exposer devant la Société le résultat de ses persévérantes et importantes études sur l’entraînement de l’air par un jet d’air ou de vapeur, et il le prie de remettre à la Société un mémoire sur ce sujet, pour qu’il soit renvoyé au comité des arts mécaniques.
- Nomination de membres. — M. Jacqniné, inspecteur général des ponts et chaussées en retraite et correspondant de la Société d’encouragement, demande à être membre de cette Société. — Attendu la notoriété du candidat et sa position de correspondant élu par le conseil, M. le Président met immédiatement sa nomination aux voix.
- Elle est votée à l’unanimité.
- Membres perpétuels. — M. le baron Bande, vice-président de la Société, écrit pour demander à être membre perpétuel.
- Mme de Milly demande que le nom de M. de Milly soit inscrit dans la liste des membres perpétuels de la Société, accomplissant ainsi un désir que -M. de Milly avait manifesté plusieurs fois.
- Ces deux propositions, mises aux voix, sont adoptées par le conseil.
- Le conseil se forme, après la séance, en comité secret.
- Séance du 26 mai 1876.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Correspondance. — M. Henry (Lucien), à Douzy (Ardennes), fait connaître à la Société une nouvelle combinaison qu’il a inventée pour ^installation du clavier d’un piano, qui ouvre un horizon tout nouveau et beaucoup plus étendu aux arts de la musique et de l’harmonie et à l’industrie des instruments à touche. Dans ce clavier, qu’il nomme clavier à consonnances, les touches sont disposées sur quatre rangs, de manière que les notes consonnantes soient rapprochées l’une de l’autre et puissent être frappées ensemble d’un seul doigt, tandis que les notes dissonnantes, celles de la gamme chromatique, sont éloignées l’une de l’autre. Ce clavier a moitié moins de longueur que celui qui est actuellement en usage. Il peut s’appliquer facilement aux pianos déjà existants. M. Armengaud aîné, rue Saint-Sébastien, 45, est chargé de représenter M .Henry. (Beaux-arts appliqués à l’industrie.)
- M. Arnaudeau (A.), rue d’Assas, 52, à Paris, propose un nouvel organe moteur qui peut être appliqué à mettre en mouvement une machine à coudre. Il consiste en une chaîne ou corde très-élastique qui est enroulée sur deux cylindres juxtaposés, de
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- diamètres différents, et réunis par deux roues dentées de même denture et de même diamètre. L’enroulement de cette chaîne d’un cylindre sur l’autre ne peut pas se faire sans que son élasticité soit mise en jeu et sans qu’elle soit soumise à une grande tension ; le retour à l’équilibre primitif permettra d’utiliser la force ainsi emmagasinée et produira ainsi un effet utile. (Arts mécaniques.)
- M. Legris fils (A.), fabricant de conserves, pâtes de fruits et confitures, à la confi-turerie des Minimes, à Abbeville, donne la description des procédés nouveaux ou applications de procédés connus qu’il emploie dans son établissement et il demande à la Société de les examiner. (Arts économiques.)
- M. Poure, correspondant de la Société, fait connaître un procédé qu’on emploie dans les ateliers de la maison Poure, Gillot, O’Keilly et comp.,fabricants de plumes métalliques, pour préserver les chaudières et tuyaux de vapeur du refroidissement par l’air ambiant. Il consiste dans l’application d’un nombre suffisant de couches d’une peinture grossière, formée de sciure de bois délayée dans de la colle de pâte. Cet enduit est très-adhérent, très-économique et préserve les surfaces du refroidissement mieux que tous les autres enduits proposés depuis longtemps. (Commission du Bulletin.)
- M. Larpent, rue de Madame, 68, à Paris, envoie une lettre autographiée pour annoncer qu’un arrêt de la Cour de Paris l’a reconnu l’inventeur du moyen d’éviter les dangers de la marche à contre-vapeur pour ralentir et annuler la vitesse des trains de chemins de fer dans tous les cas.
- M. Marre (Aristide), membre de la Société asiatique, officier de l’instruction publique, rue Mayet, 11, fait hommage à la Société d’un exemplaire de sa Grammaire malgache, la première qui ait été imprimée en Europe, et il espère que l'étude de la langue malgache aura une heureuse influence sur l’introduction de notre commerce et de notre industrie dans la grande île de Madagascar, qui est appelée à un brillant avenir. (Comité de commerce.)
- M. de Taste, Notice imprimée sur le compteur solaire de M. Allegret, faisant connaître l’évaluation de la chaleur lumineuse reçue par une étendue donnée de la surface du sol.
- Communications. — Impression photochromique. — M. Léon Vidal a la parole pour une communication relative à deux des principales applications de l’art photographique : les impressions à Vencre grasse et la photochromie.
- Le procédé d’impression sur gélatine) bichromatée insolée n’est pas une chose absolument nouvelle. On la pratique depuis que M. Poitevin a indiqué la propriété qu’a la gélatine bichromatée de repousser l’eau dans les parties attaquées par la lumière et de l’absorber, au contraire, là où elle n’a pas agi.
- Seulement, ces impressions sur gélatine s’opéraient sur des presses à bras, et, de la sorte, on arrivait à un nombre de tirages qui est important, sans doute, si on le compare à celui des épreuves ordinaires, mais qui est encore beaucoup trop restreint pour permettre une vulgarisation à bon marché des chefs-d’œuvre de l’art et pour suffire à
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- ce qu’exigent des publications périodiques, qu’il faut imprimer à un nombre considérable d’exemplaires.
- Les épreuves communiquées par M. Léon Vidal ont été faites par une presse à cylindre, donnant de 12 à 18 pressions par minute et permettant d’imprimer en même temps du texte et des vignettes différentes.
- De la sorte, on arrive à produire des œuvres où textes et images peuvent être réunis, à des conditions de prix très-accessibles.
- L’impression s’effectue sur des glaces polies, et elle présente, quand l’opération a été bien menée, une solidité suffisante pour que le tirage sur une seule glace puisse atteindre le chiffre de 2 000.
- Rien n’est plus aisé, étant donné un cliché négatif, que d’en tirer un nombre infini d’épreuves sur gélatine, lesquelles constituent tout autant de planches qu’on peut dire gravées par la lumière, et de chacune desquelles on peut tirer environ 2 000 exemplaires.
- Les spécimens présentés à l’appui de cette communication indiquent à quel degré de perfection on pent atteindre pour la finesse dans les détails et pour la continuité et la douceur dans le modelé ; on peut citer, entre autres, des objets reproduits d’après nature, des dessins tracés sur bois et copiés par l’objectif avant que la main du graveur les ait entamés, des reproductions, vrais fac-similé de dessins au crayon.
- Le perfectionnement important apporté à l’art de ces impressions consiste surtout dans l’introduction en France des presses cylindriques appropriées à cette application spéciale et dans la combinaison des tirages de vignettes avec le texte, suivant la méthode de M. Léon Vidal.
- La deuxième partie de la communication de M. Léon Vidal a trait à la photo-chromie, art dont M. Léon Vidal se déclare l’inventeur et dont on pratique industriellement, dans les ateliers du Moniteur universel, les applications les plus variées, embrassant tous les genres possibles de l’art de la copie.
- La photochromie, pour la décrire sommairement, est, comme son nom l’indique, l’art d’exécuter des photographies en couleur. Non pas que les couleurs soient obtenues ainsi directement par l’action immédiate des rayons réfléchis par des objets coloriés ; ce problème, dont la solution a été l’objet des recherches de plusieurs savants physiciens, n’est point encore résolu, et M. Léon Vidal explique qu’il ne s’agit ici que d’une action indirecte. La lumière fait le travail photographique proprement dit, de manière qu’on n’ait qu’à la diriger pour tracer les contours des couleurs et pour modeler les tons.
- Déj à, en 1872, M. Dumas présenta à l’Académie des sciences les premiers essais photochromiques de M. Léon Vidal; depuis cette époque, de nombreux progrès ont été réalisés par l’inventeur, et ses procédés sont devenus assez pratiques, assez industriels, pour qu’une grande industrie ayant pour objet spécial cette application de l’art photographique ait pu être organisée au Moniteur universel.
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- Les épreuves mises sous les yeux du Conseil indiquent la nature des applications diverses de cet art ; il est, entre tous les arts de copie, celui dont les produits sont les plus complets, car il permet d'obtenir la vérité photographique, non-seulement dans les détails les plus minutieux des dessins et du modelé, mais encore dans la disposition et la valeur des tons.
- Ce que ses applications ont de plus précieux, c’est qu’on peut ainsi reproduire en nombre illimité tous les objets possibles avec leur aspect réel, vivant, tandis que la photographie ordinaire n’en donne jamais qu’un dessin d’une seule couleur.
- M. Léon Vidal fait passer, en grand nombre, sous les yeux des membres du Conseil, des portraits de dimensions diverses, des tableaux, la représentation de divers objets d’art, des bijoux, etc., qui montrent toutes les ressources qu’on peut tirer de cette nouvelle industrie.
- M. le Président remercie M. Léon Vidal de cette intéressante communication et lui demande de remettre à la Société une note descriptive qui sera examinée par le Comité des beaux-arts appliqués à l’industrie.
- Air comprimé. — M. Pernolet fils, ingénieur civil des mines, fait à la Société une communication sur les appareils employés dans l’industrie pour la production de l’air comprimé.
- Ces appareils sont composés d’une capacité fermée communiquant, par dqs ouvertures à clapets, d’un côté avec l’atmosphère et de l’autre avec le réservoir d’air comprimé. Les choses sont disposées de manière que le volume de cette capacité puisse être alternativement dilaté et réduit dans la proportion voulue pour la pression à obtenir, soit qu’on la remplisse par de l’eau qu’on laisse échapper à la période d’aspiration, soit qu’on la fasse parcourir par un piston qui réduise progressivement le volume occupé par l’eau.
- Les appareils hydrauliques, dont le type le plus perfectionné est le compresseur à choc de M. Sommeiller, compresseur qui a fonctionné pendant plusieurs années au tunnel du Mont-Cenis, ne sont et ne peuvent être que des appareils exceptionnels, parce qu'ils exigent une place considérable, parce qu’ils dépensent des volumes d’eau énormes, parce qu’ils ne peuvent avoir qu’un débit limité, et enfin, parce que leur effet utile ne peut être supérieur à 50 pour 100.
- Les appareils à piston, dont le type le plus perfectionné est le compresseur imaginé par M. Colladon, pour le tunnel du Saint-Gothard, sont, au contraire, d’un emploi complètement général, parce qu’ils ne sont limités ni comme pression obtenue, ni comme débit, et que, de plus, ils peuvent, grâce à la vitesse qu’ils admettent au piston, présenter une grande puissance sous un petit volume, ce qui réduit les frais de premier établissement. Enfin ils peuvent, lorsqu’ils sont pourvus de moyens de refroidissement suffisants, donner normalement un effet utile, supérieur à 80 pour 100.
- C’est, en effet, la chaleur développée par la compression qui crée la seule difficulté qu’on rencontre dans la construction des compresseurs. Cette difficulté vient de ce que Tome III. — 75e année. 3e série. — Juillet 1876. 46
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- la chaleur produite par la compression augmente le volume de l’air et oblige à développer, pour le comprimer, un travail beaucoup plus considérable que celui qui suffirait à réduire le volume dans la proportion voulue par la pression à obtenir. Cet excès de travail qu’il faut développer en pure perte, puisqu’on ne le retrouve plus dans l’air comprimé une fois qu’il est refroidi, croît comme la pression avec la chaleur développée et, déjà à cinq atmosphères, elle représente un quart du travail total à développer.
- La première condition, pour obtenir un effet utile élevé, est donc d’employer des moyens de refroidissement proportionnés à la pression à obtenir. Ces moyens sont la seule particularité présentée par les compresseurs ; c’est par eux que les compresseurs à piston se distinguent entre eux, et c’est leur perfectionnement que résume les progrès réalisés dans la production de l’air comprimé.
- Le moyen de refroidissement le plus économique est un simple courant d’air léchant la surface extérieure du cylindre compresseur ; mais dès qu’on dépasse 1 atmosphère effective, il devient insuffisant, la température finale de l’air comprimé à 1 atmosphère étant déjà de 85°. Au delà de 1 atmosphère, il faut absolument avoir recours aux moyens de refroidissement fondés sur l’emploi de l’eau froide. Ces moyens bien autrement efficaces, compliquent la construction des appareils, mais permettent de maintenir l’effet utile à plus de 80 pour 100.
- Une circulation d’eau froide, purement extérieure au cylindre, comme celle qu’on rencontre dans la plupart des compresseurs anglais, suffît pour qu’on obtienne un effet utile de 83 pour 100 à la pression de 3 atmosphères, avec une vitesse au piston de 1 mètre par seconde ; mais on peut pousser notablement plus loin la pression, si l’on fait pénétrer la circulation d’eau froide jusqu’à l’intérieur du piston et de sa tige, comme M. Colladon l’a fait dans les appareils qu’il a construits pour comprimer le gaz destiné à éclairer les wagons à voyageurs.
- Une couche d’eau maintenue sur le piston compresseur, comme celle que Randolph a adoptée dans le compresseur Goran Franwork, permet de pousser la pression jusqu’à 4 et même 5 atmosphères effectives, à condition que l’eau soit renouvelée au fur et à mesure de son échauffement ; mais la vitesse et, par conséquent, le débit de ces appareils, sont limités par l’indépendance de la couche d’eau qui prend dans le cylindre compresseur des mouvements désordonnés.
- Ls piston hydraulique adopté par M. Sommeiller n’est, à bien dire, que l’application de la couche d’eau maintenue sur le piston à un compresseur à double effet ; il a la même efficacité, mais l’importance de la masse d’eau en mouvement réduit encore la vitesse qu’on peut donner au piston et oblige, par conséquent, à augmenter les dimensions du compresseur pour un débit donné. Aussi n’obtient-on déjà plus que 75 pour 100 d’effet utile à la pression de 5 atmosphères, avec une vitesse au piston de 0,60 par seconde.
- Une infection d’eau froide lancée directement au milieu de l’air à comprimer,
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- comme celle que MM, Sautter et Lemonnier, Maréchal et Révollier ont adoptée dans leurs compresseurs, est évidemment plus efficace, mais lorsque les appareils d’injee-tion ne sont pas étudiés avec soin, elle conduit à introduire dans le compresseur des volumes d’eau très-notables qui réduisent d’autant le volume utile du cylindre compresseur ou qui obligent à augmenter ses dimensions, pour obtenir le même débit.
- Aussi M. Colladon a-t-il obtenu le maximum d’effet utile, et le minimum de dépense d’eau, en l’injectant par des pulvérisateurs qui, divisant l’eau à l’infini, augmentent à l’infini les points de contact avec l’air. Lorsqu’on emploie en même temps, comme il l’a fait au Saint-Gothard, tous les moyens de refroidissement, à l’extérieur du compresseur, au piston et dans sa tige, on peut obtenir, en n’injectant dans le compresseur que 1 litre d’eau froide par mètre cube d’air aspiré, un effet utile de 80 pour 100 à la pression de 7 atmosphères effectives, avec une vitesse au piston de lm,35, sans que la température de l’air s’élève de plus de 15 degrés et, à 9 atmosphères effectives, l’effet utile est environ de 60 pour 100.
- Le compresseur Colladon à injection d’eau pulvérisée avec circulation d’eau dans les parois du cylindre, et à l’intérieur du piston et de sa tige, est donc actuellement le meilleur, parce que, à égalité de pression et de débit, c’est lui qui donnera le maximum d’effet utile avec le minimum de dépense de premier établissement.
- En mettant ce compresseur perfectionné au service de l’industrie, le professeur Daniel Colladon a rendu la production de l’air comprimé plus économique et a contribué, par conséquent, à généraliser l’emploi de cet agent si précieux pour les travaux publics, l’industrie des mines et la métallurgie. Il a enfin rendu possible la production industrielle de l’air comprimé à très-haute pression, ce qui facilitera assurément la solution du problème si intéressant de la substitution des moteurs mécaniques aux chevaux pour la traction des voitures sur les tramways des grandes villes.
- M. le Président remercie M. Pernolet de l’intéressante communication qu’il vient de faire à la Société d’encouragement et il le prie d’en déposer une rédaction qui puisse être insérée dans le Bulletin de la Société.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société par un vote du Conseil :
- MM. Cagnant, imprimeur typographe, à Argentan ;
- Maurice-Jourdain, ingénieur civil, à Paris ;
- Simon (Édouard), ingénieur civil, à Paris ;
- Grémailly (Fernand), architecte, à Paris ;
- Geoffroy (Édouard), directeur de la faïencerie de Gien;
- Desnoyers (Alfred), ingénieur civil, à Paris ;
- De la Teillais (le comte), à Paris.
- Après la séance, le Conseil se forme en comité secret.
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- SÉANCE GÉNÉRALE DU 9 JUIN.
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- SÉANCE GÉNÉRALE DU 9 JUIN 1876.
- PRÉSIDENCE DE M. DUMAS,
- MEMBRE DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE,
- SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES.
- La Société d’encouragement pour l’industrie nationale a tenu, le 9 juin 1876, en présence d’un public nombreux, sa séance générale annuelle consacrée à la distribution des prix et médailles.
- Le fauteuil de la présidence était occupé par M. Dumas,' membre de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, président de la Société.
- A ses côtés siégeaient MM. le vicomte vice-amiral de Chabannes et Ed. Becquerel, de l’Institut, vice-présidents; E. Peligot, de l’Institut, et Ch. La-boulaye, secrétaires; général Mengin-Lecreulx, l’un des censeurs, et Legrand, président de la commission des fonds de la Société.
- La séance a été ouverte par la lecture du rapport de M. Legrand sur la situation financière de la Société pour 1874 ; puis M. le général Mengin-Lecreulx a lu le rapport des censeurs à la suite duquel des remercîments ont été votés à M. le Trésorier pour les soins désintéressés qu’il donne à la gestion des finances de la Société ; enfin après une notice biographique lue par M. Ch. LaboulayesurM. le baron Séguier, les récompenses ont été distribuées dans Tordre suivant :
- Grande médaille de Prony (arts mécaniques) àM. Henri Giffard, l’inventeur bien connu de l’injecteur qui porte son nom.
- Prix- de 4 000 francs à M. Georges Roger, fabricant de meules à la Ferté-sous-Jouarre, pour son procédé de fabrication qui met l’ouvrier à l’abri des poussières nuisibles.
- Prime de 500 francs à M. J. Poirel, pour un appareil destiné à protéger l’ouvrier contre ces poussières.
- Prime de 500 francs à M. J. C. Delaplace, pour un appareil remplissant le même but.
- Prix de 1000 francs à M. F. J. Thonion, à Albertville, pour l’organisation et l’exécution des arrosages du syndicat de la plaine de Conflans.
- Prix de 1000 à la Compagnie des polders de VOuest, pour les endiguements
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- BIOGRAPHIE
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- importants qu’elle a exécutés dans la baie du Mont Saint-Michel et dans celle des Veys (Manche).
- Encouragement de 500 francs aux héritiers de M. Lièvre, pour l’organisation, à Casabianda (Corse), par M. Lièvre, d’une éducation de vers à soie qui donne d’une manière permanente de la graine saine.
- Encouragement de 250 francs à M. Meyère pour ses essais de semoir d’engrais pulvérulents d’un prix modéré.
- Encouragement de 100 francs à M. Yverneau, à Port-à-1'Anglais (Vitry-sur-Seine), pour son installation de parcs mobiles pour l’élevage des lapins en plein champ.
- Médailles d’or, de platine, d’argent et de bronze, décernées aux industriels.
- Médailles décernées aux contre-maîtres.
- BIOGRAPHIE.
- NOTICE SUR M. LE BARON SÉGUIER, VICE-PRESIDENT DE LA SOCIETE d’encouragement, PAR M. CH. LABOULAYE,
- Secrétaire du Conseil.
- Nous voyons chaque jour disparaître les hommes qui ont efficacement contribué, par leurs efforts, à amener l’industrie française à l’état où elle se trouve aujourd’hui Nous devons compter parmi eux notre regretté vice-président, M. le baron Séguier, dont je vais tenter de rappeler les principaux travaux.
- Appartenant à une ancienne famille dont les membres ont brillé dans l’ancienne magistrature et dans les Parlements, fils du premier président de la Cour d’appel de Paris, M. Séguier fut naturellement dirigé vers la magistrature et poussé vers les études juridiques. Tout en s’y livrant, et à l’exemple de ce qui se passait dans bien des anciennes familles, il s’exerça de bonne heure à manier les outils, à tourner, et entraîné par un goût tout particulier pour ces travaux, il agrandit et compléta sans cesse son atelier, de manière à entreprendre bientôt des oeuvres qui dépassaient les limites ordinaires des travaux d’amateur. C’est M. Rouffet, qui est devenu un de nos bons -constructeurs, qui le dirigea longtemps.
- A cette époque, l’industrie mécanique prenait un développement tout
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- nouveau ; à l’importation de tous les progrès accomplis en Angleterre par Watt, Bramah, Maudslay et tant d’autres, inconnus des Français pendant les guerres du premier Empire, se joignait un esprit de progrès, une ardeur de rivalité qui, entraînant l’esprit actif et curieux de M. Séguier et l’empêchant de se limiter à l’habile maniement des outils, le fit se passionner pour un grand nombre de questions techniques, pour l’étude desquelles il se trouvait préparé, le conduisit à entreprendre des recherches qui furent très-utiles aux progrès de notre industrie et lui conquirent une juste notoriété. Lorsqu’il reçut la plus belle récompense gu’il ambitionnât, celle d'être nommé membre de l’Académie des sciences, car ses recherches furent toujours désintéressées, ou, pour mieux dire, lui furent fort coûteuses, il renonça à ses fonctions de magistrat pour pouvoir se consacrer entièrement aux progrès de l’industrie, dont il détournait difficilement son esprit.
- Parmi les plus anciens travaux de M. Séguier, nous citerons sa chaudière à circulation, dans laquelle l’eau montait dans un faisceau de tubes en fer inclinés, de petit diamètre, et par suite, dont la rupture était presque impossible. Il a, de plus, démontré expérimentalement que même celle-ci ayant lieu, l’explosion était sans danger, ne pouvait être foudroyante, par suite de la division de la masse d’eau dans les tubes.
- Il a ainsi apporté son contingent à un système imité et varié depuis pour nombre de chaudières, et a fait progresser des recherches qui n’ont pas encore dit leur dernier mot, mais qui, au point de vue de la sécurité surtout, ont déjà fourni d’importants résultats.
- A cette même époque, il fit construire, avec l’aide de M, de la Morinière, un petit bateau à vapeur dans lequel il s’appliqua à améliorer tous les éléments de la construction. Chaudière à circulation, roues à palettes tournantes, mâts tubulaires, etc., chaque élément était un objet curieux d’étude. Il publia à ce sujet un intéressant mémoire, qui forma un précieux programme d’améliorations à apporter à la navigation à vapeur.
- L’horlogerie occupa beaucoup M. Séguier. Wagner, Gambey, Yinnerl, Froment, le voyaient souvent apportant un projet d’amélioration de quelque détail. Ses rapports à la Société d’encouragement, celui qu’il a écrit pour l’Exposition universelle de 1851 , sont des modèles à consulter et renferment l’exposé des vrais principes, l’indication des bonnes méthodes de ' travail.
- Parmi les travaux se rapportant à des instruments de précision, nous devons citer la curieuse balance automatique qu’il inventa pour peser les monnaies,
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- et au sortir du plateau de laquelle les pièces sont aiguillées pour se rendre, suivant les cas, au réservoir des pièces faibles, ou à celui des fortes, ou à celui des droites. Bien que la balance analogue inventée par M. Cotton, en Angleterre, soit peut-être plus connue, celle de M. Séguier ne fait pas moins un bon service de chaque jour à la Monnaie de Paris.
- La question des armes à feu préoccupa toujours M. Séguier, et il y apporta son tribut ordinaire d’ingéniosité. Grand partisan du fusil Robert, qui était, dès 1831, une remarquable solution du problème de fabrication des armes se chargeant par la culasse, il seconda vivement tous les progrès tendant à son amélioration. Il fit apprécier et expérimenta la cartouche Lenoir à pâte de papier, qui remédiait assez bien aux crachements par la culasse, défaut grave de ce genre d’armes, avant qu’on n’en eût trouvé le remède par l’adoption de la cartouche métallique convenablement établie.
- La poudre attira aussi son attention ; son projet de fabrication de poudre à rapidité d’inflammation croissante mérite surtout d’être signalé.
- La grande industrie des chemins de^fer ne pouvait manquer d’exercer la sagacité de M. Séguier, et lui a, en effet, fourni l’occasion d’attacher son nom à une invention très-remarquable, à savoir le chemin de fer à rail central. Permettre aux locomotives de gravir des rampes, non plus en raison de leur adhérence, de leur poids, dont l’effet utile diminue rapidement avec l’inclinaison du plan sur lequel elles s’avancent, mais en vertu de leur puissance mécanique, tel est le problème qu’il a résolu en munissant la locomotive de deux roues horizontales laminant entre elles le rail central. La praticabilité du système a été démontrée par M. Fell, qui l’a employé pour gravir le Mont-Cenis, et dont les machines fonctionnent aujourd’hui régulièrement au Brésil en donnant une puissance de traction double de celle des locomotives d’égale dimension, sur les fortes pentes qu’on n’a pu éviter dans cette contrée. Nous espérons toujours que notre collègue M. Duméry, que M. Séguier s’était associé pour arriver à une exécution parfaite, pourra nous en faire voir une application aux environs de Paris, annoncée depuis bien longtemps.
- Nous craindrions d’être trop long si nous voulions nous étendre sur toutes les recherches de M. Séguier ; elles se rapportent à une foule de questions : celles relatives à la photographie, par exemple, à l’action des divers outils, sont très-multi pliées.
- Le nombre de celles qui lui étaient familières était très-grand, et lorsqu’il présidait une de nos séances, une question de mécanique ne pouvait se pré-
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- GRANDE MÉDAILLE. ---- JUILLET 1876.
- senter sans qu’avec une abondance, une facilité merveilleuse, il n’en exposât l’historique, les précédents jusque dans les moindres détails.
- Mais c’était surtout dans les jurys de nos Expositions qu’il fallait voir quel bon parti il tirait de cette généralité de connaissances; combien efficacement il était empressé de faire rendre justice aux véritables inventeurs, en montrant les difficultés du problème qu’ils avaient résolu, l’importance des progrès réalisés, retrouvant sa nature de magistrat pour faire rendre des arrêts équitables. Les inventeurs avaient en lui le défenseur le plus utile de leurs droits, et il savait presque toujours gagner leur cause.
- M. Séguier figurera dans l’histoire de l’industrie française comme un ami aussi ardent que désintéressé de ses progrès, et à la Société d’encouragement, dont il a été un si utile, et si éminent collaborateur, nous conserverons toujours le souvenir de la science comme de l’affabilité si expansive de notre regretté vice-président.
- GRANDE MÉDAILLE DES ARTS MÉCANIQUES.
- HEÉDAIK1E DE PROXY.
- RAPPORT AU NOM DU COMITÉ DES ARTS MÉCANIQUES, SUR LES TITRES DE M. GIFFARD A LA GRANDE MÉDAILLE DE PRONY, PAR M. CH. LABOULAYE.
- Lorsqu’en 1861 on annonça l’invention de l’injecteur Giffard et qu’on connût son mode de fonctionnement, l’étonnement fut universel. Rien dans les recherches connues, dans les découvertes précédemment faites, n’avait fait concevoir la possibilité des curieux résultats auxquels l’inventeur arrivait du premier coup. Quelques observations, comme celles de Yenturi sur les entraînements des liquides, sur les formes des ajutages, rendaient bien compte des formes de l’appareil ; mais ce qui paraissait étrange, ce qui était vraiment digne d’admiration, c’était d’employer directement la pression de la vapeur d’une chaudière à faire entrer l’eau d’alimentation dans cette chaudière, malgré cette même pression existant dans son intérieur.
- Il y avait lk, à première vue, quelque chose de paradoxal.
- La vapeur sortant de la chaudière ne saurait, en effet, y rentrer par le seul fait de la conversion du travail correspondant à sa pression en force vive ;
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- mais lorsque, mue avec une grande vitesse, elle communique cette force vive à l’eau, d’une densité bien plus grande, avec laquelle elle se confond par condensation, celle-ci y pénètre facilement par son choc, quand sa masse est dans un rapport convenable avec la quantité de vapeur condensée. Inutile d’ajouter que toute la chaleur contenue dans la vapeur rentre ainsi avec elle dans la chaudière et n’est pas dépensée pour l’alimentation.
- Par sa belle invention, M. Giffard a doté l’industrie d’un très-précieux appareil d’alimentation des chaudières à vapeur ; les locomotives notamment, souvent arrêtées par le dérangement des pompes alimentaires, ont été munies de cet appareil d’un effet sûr, d’une action continue, même pendant les arrêts. Son adoption a été un des plus grands progrès qui aient assuré la régularité du service des chemins de fer.
- La nouveauté, l’originalité de l’invention qui a illustré le nom de M. Giffard sont si grandes ; elle est si utile par ses applications diverses, si remarquable au point de vue mécanique, qu’il nous paraît inutile de parler ici des travaux, fort intéressants d’ailleurs, du même ingénieur. Nous nous contenterons de rappeler qu’il a fait faire des progrès réels à l’aérostation, à divers points de vue, notamment à ceux de la préparation des enveloppes imperméables à l’hydrogène et de la fabrication de ce gaz. Tout le monde se rappelle le ballon captif qu’il a fait régulièrement fonctionner pendant la durée de l’Exposition de 1867, et qui devrait sans doute être imité pour les observatoires de météorologie.
- Le comité des arts mécaniques a proposé et le conseil de la Société a adopté la proposition de décerner la médaille de Prony à M. Giffard, inventeur de l’admirable appareil, qui, à juste titre, immortalisera son nom.
- PRIX DES ARTS MÉCANIQUES.
- RAPPORT SUR LE CONCOURS RELATIF A L’AMELIORATION DE LA TAILLE DES PIERRES MEULIÈRES AU POINT DE VUE DE LA SANTÉ DES OUVRIERS, PAR M. TRESCA (1).
- (Prix fondé par les industriels de la Ferté-sous-Jouarre.)
- MM. les négociants et industriels de la Ferté-sous-Jouarre, présidés par MM. Bouchon et Gatellier, ont fait une collecte pour la fondation d’un prix
- (lj Ce rapport paraîtra ultérieurement.
- Tome 111. — 75* année. 3* série. — Juillet 1876.
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- à décerner par la Société d’encouragement à celui qui aurait fait disparaître les inconvénients qui résultent, pour la santé des tailleurs de meules et de pierres meulières, de la poussière siliceuse produite par ce travail, laquelle, en pénétrant par la respiration dans la poitrine, abrège très-rapidement la vie des ouvriers.
- Ce prix, mis au concours en 1866, devait être retiré s’il n’était pas décerné au bout de dix ans, et les fonds réalisés devaient être versés à la Société de secours mutuels de la Ferté.
- La Société d’encouragement a suivi, d’année en année, les progrès que cette question a faits. Elle est heureuse aujourd’hui de pouvoir décerner le prix à M. Roger (Georges), fabricant de meules, à la Ferté-sous-Jouarre, qui a trouvé le moyen de faire mécaniquement l’opération du dressage des meules, l’une des principales de la fabrication. Cette opération est accomplie par une machine placée dans un espace fermé ; elle n’exige nullement la présence continue des ouvriers et devient,, dès lors, sans influence sur leur santé.
- La Société lui décerne le prix de i 000 francs.
- Deux autres ouvriers de la Ferté-sous-Jouarre ont perfectionné les moyens connus par lesquels on se met ordinairement à l’abri des poussières. Les deux formes qu’ils ont données aux masques humides qui arrêtent les poussières sont bien combinées, et le Conseil, en leur décernant un prix, a espéré que l’exemple qu’ils donnent, en se servant de cet appareil, attirerait davantage l’attention des autres ouvriers et serait imité par eux.
- La Société décerne donc un prix de 500 francs à M. Poirel (P.-J.), pour son appareil protecteur contre les poussières de la taille des pierres meulières.
- Elle décerne aussi, pour le même motif, un prix semblable à M. Dela-PLACE (J.-C.).
- D’autre part, comme le problème proposé n’a été résolu que dans ses principales parties, et non en totalité, le comité décide que le restant de la somme déposée pour le prix sera versée à la caisse de la Société de secours mutuels de la Ferté-sous-Jouarre.
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- PRIX DE L’AGRICULTURE.
- RAPPORT SUR LE CONCOURS OUVERT POUR LES IRRIGATIONS,
- PAR M. HERVÉ MANGON.
- (Prix de 2 000 francs.)
- La Société d’encouragement a offert un prix de 3 000 francs et un prix de 2 000 francs aux personnes qui « utilisant les eaux de source, de rivière « ou de pluie, en auront tiré le meilleur parti, soit pour la formation des « prairies, soit pour l’arrosage des autres cultures. »
- Ces prix devaient être décernés en 1874, mais pour donner plus de temps aux concurrents, vous avez jugé convenable de laisser le concours ouvert jusqu’au 31 décembre 1875. Malgré cette prorogation, les mémoires présentés sont au nombre de cinq seulement.
- Les auteurs des mémoires inscrits sous les nos 1, 2 et 5, n’ont point paru à votre comité réunir les conditions nécessaires à l’obtention des récompenses offertes par la Société. Sans nous arrêter ici à l’examen de ces mémoires, nous passerons immédiatement à l’exposé des travaux que nous vous proposons de récompenser.
- M. Thonion (François-Joachim), à Albertville (Savoie), dont le mémoire a été inscrit sous le n° 4, est incontestablement le concurrent le plus méritant, et nous signalerons en premier lieu l’opération d’arrosage qu’il a su conduire à bonne fin.
- La plaine de Conflans, près d’Albertville (Savoie), est comprise entre la limite de la commune de Tours et la digue de l’Arly, d’une part; entre la rive droite de l’Isère et la route nationale n° 90, d’autre part. L’Isère, avant l’en-diguement, divaguait dans la partie basse de cette plaine dont la surface était formée de cailloux roulés, recouverts sur quelques points seulement d’une couche mince de terre végétale. Les plantes semées sur un pareil sol périsssaient presque toutes par la sécheresse, pendant les chaleurs de l’été, de sorte que beaucoup de propriétaires renonçaient à cultiver et laissaient envahir leurs terres par des broussailles sans valeur.
- Les travaux exécutés par un syndicat, formé grâce à l’initiative et à l’infatigable persévérance de M. Thonion, ont pour résultat de transformer complètement ce fâcheux état de choses.
- Après plusieurs années de démarches et de difficultés, M. Thonion est par-
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- venu à réunir en syndicat, le 2 juillet 1872, les propriétaires de la partie arrosable de la plaine, formant une surface de quatre-vingts hectares environ. Les fonds nécessaires ont été fournis par un capitaliste du pays qui sera remboursé par annuités.
- Les travaux exécutés comprennent une prise d’eau dans l’Isère, un canal d’amenée, deux canaux principaux et des canaux secondaires d’arrosage et de colature.
- La largeur du canal principal est de 3 mètres au plafond, avec talus à 45°; sa pente, réglée à 0m,00067 par mètre, suffit à l’entraînement des limons de l’Isère. Avec un tirant d’eau de 0m,60, le canal domine de 0m,10 les parties les plus hautes de la plaine. La prise d’eau est complétée par un épi, qui assure son alimentation même en basses eaux. L’entrée du canal est garnie de trois vannes de lm,25 de largeur chacune, pouvant se mouvoir séparément. Le débit du canal peut s’élever à 1944 litres par seconde, soit 24 litres par seconde et par hectare, ou 2100 mètres cubes environ par hectare et par jour.
- Les canaux secondaires, espacés de 180 mètres environ les uns des autres, s’embranchent sur les canaux principaux et sont garnis de vannes pour arrêter les eaux au besoin. Ils ont 0m,001 de pente par mètre et un mètre de largeur. Les cultivateurs prennent l’eau à ces canaux soit pour l’irrigation soit pour le colmatage suivant la nature du terrain, l’époque de l’année et l’état des eaux. Les rigoles et canaux de colatures sont naturellement établis dans les lignes de thalweg du terrain.
- Les dépenses nécessitées pour ces divers travaux, d’après l’état officiel certifié par l’ingénieur des ponts et chaussées d’Albertville, se sont élevés à 26850 fr. 26, ainsi partagés :
- Ouvrages d’art, prise d’eau, murs de chute, appareils répartiteurs, vannes, etc. . . . 19 382r,37
- Terrassements............................. 7167 ,89
- Frais de surveillance..................... 300 ,00
- Total égal....... 26 850f,26
- La dépense a donc été de 335 francs par hectare.
- Les terres du syndicat, en moyenne, valaient à peine \ 500 francs par hectare avant les travaux. Après une seule année d’arrosage, leur valeur moyenne atteignait déjà 2 200 francs par hectare. Après 8 ou 10 ans d’arrosage et de colmatage, ces terrains vaudront au moins 3 500 francs. On y cultivera avec avantage du maïs, du froment, du trèfle et des betteraves
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- comme dans les terres formées d’une manière analogue dans d’autres parties de la vallée de l’Isère ou de ses affluents.
- L’opération d’irrigation et de colmatage entreprise par l’association syndicale de la plaine de Conflans a donc parfaitement réussi et peut être citée comme un exemple à imiter au point de vue administratif comme au point de vue de la bonne exécution des travaux.
- Les déclarations des membres du syndicat, un certificat de M. le maire d’Albertville et une lettre de l’ingénieur de l’arrondissement établissant que le succès de l’entreprise est dû à l’initiative, à la persévérance et à la coopération active et continuelle de M. Thonion,
- Si l’irrigation de la plaine de Conflans s’étendait à une plus grande surface, cette entreprise eut mérité le premier prix. Mais en présence de l’étendue relativement peu considérable des terrains intéressés, le comité se borne à proposer d’accorder à M. Thonion le second prix, comme récompense de la part prépondérante qui lui revient dans le succès des travaux d’irrigation et de colmatage de la plaine de Conflans, près d’Albertville.
- Le comité propose, en outre, d’accorder une médaille d’argent à M. de Manuel, président du syndicat et une autre médaille d’argent à M. Perrier, vice-président, comme témoignage de la sympathie de la Société d’encouragement pour l’association qu’ils dirigent.
- Un autre concurrent, sans présenter des travaux aussi intéressants que ceux de la plaine de Conflans, a paru digne, à d’autres titres, d’obtenir une des médailles que le programme des prix autorisait à décerner.
- M. Lécuyer, président honoraire du tribunal de Valenciennes, possède près de son château de Raucourt, commune de Saint-Saulve (Nord), une cinquantaine d’hectares de terrains dont la surface se trouve au-dessous du niveau du bief d’amont de l’écluse delà Folie, sur l’Escaut navigable, et au-dessus du lit du Vieil Escaut. La différence de niveau de ces deux cours d’eau, qui passent à une très-faible distance à l’ouest de la propriété, est de lm,80 en temps ordinaire. M. Lécuyer a profité d’une manière ingénieuse de cette position. 11 a obtenu l’autorisation de faire une prise d’eau dans l’Escaut navigable et l’a mise en communication avec ses terres par un canal qui passe sur le Vieil Escaut, au moyen d’un grand cheneau en bois porté par des piles en charpente. Les prairies ont été entourées de digues élevées et solides et sillonnées de rigoles servant à la fois à répandre les eaux amenées du bief supérieur de l’Escaut navigable et à les rejeter, après chaque arrosage, dans le Vieil Escaut.
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- En temps de sécheresse les besoins de la navigation ne permettent pas de prendre de l’eau dans le bief supérieur; en temps de grandes eaux, les portes de l’écluse doivent rester ouvertes, et le niveau dans le bief d’amont ne permet plus d’alimenter la prise d’irrigation. Pour remédier à ce double inconvénient, M. Lécuyer a fait établir un barrage à poutrelles qui s’appuie sur les piles du cheneau qui traverse le Vieil Escaut. Ce barrage donne le moyen, en cas de besoin, de faire gonfler les eaux du Vieil Escaut et de les envoyer sur les terres. Après l’arrosage, on enlève les poutrelles et l’eau retourne dans le lit de la rivière. Ces différents travaux permettent de couvrir les prairies d’une couche d’eau de plus d’un mètre d’épaisseur, toutes les fois que cela est nécessaire, et de les débarrasser de cette eau aussitôt qu’elle a laissé déposer, par le repos, les limons fertilisants qu’elle contenait.
- Il résulte de plusieurs rapports, faits à la Société d’agriculture de Valenciennes, que les travaux dont on vient de parler ont doublé, particulièrement pendant les années sèches, le produit de la prairie.
- Le comité d’agriculture prenant en considération l’ingénieuse disposition de l’arrosage de la prairie de Raucourt et son étendue relativement considérable a l’honneur de proposer d’accorder une médaille d’or au vénérable M. Lécuyer.
- D’après ce qui précède, le comité d’agriculture propose en résumé :
- 1° De décider qu’il n’y a pas lieu de décerner le prix de 3 000 francs que la Société avait offert pour travaux d’irrigations ;
- 2° D’accorder le second prix de 2 000 francs à M. Thonion pour les travaux d’arrosage et de colmatage de la plaine de Conflans, près Albertville (Savoie);
- 3P D’accorder, comme témoignage de sympathie pour le syndicat qu’ils dirigent, une médaille d’argent à M. de Manuel, président du syndicat de Conflans et une médaille d’argent à M. Perrier, vice-président de ce syndicat.
- 4® D’accorder une médaille d’or à M. Lécuyer pour les travaux d’arrosage de sa prairie de Raucourt, commune de Saint-Saulve (Nord).
- RAPPORT SUR LE CONCOURS OUVERT POUR LES DESSECHEMENTS OU ENDIGUEMENTS, PAR M. HERVE MANGON.
- (Prix de 2 000 francs.)
- La Société d’encouragement a offert un prix de 2 000 francs pour les
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- travaux de dessèchements ou d’endiguements. Aux termes du programme, ce prix doit être décerné au propriétaire, fermier ou entrepreneur qui aura desséché un marais ou conquis un terrain, constamment ou périodiquement recouvert par les eaux, pour le livrer à la culture. Ce concours, comme celui relatif aux irrigations, a été prolongé jusqu’au 31 décembre dernier.
- Le nombre des concurrents est de sept. Les auteurs des mémoires inscrits sous les n08 2, 3, 4 et 6 n’ont point paru mériter de distinction spéciale. Votre comité vous rendra compte seulement des travaux auxquels il propose de décerner des récompenses.
- La Compagnie des Polders de l’Ouest, dont le siège est à Paris, rue Jou-bert, 8, se place en première ligne parmi les concurrents, par l’importance de ses travaux, la bonne direction de ses opérations et l’intérêt du mémoire qu’elle vous a présenté.
- En vertu de décrets du 21 juillet 1856, 30 novembre 1867 et de diverses conventions particulières, la Compagnie des Polders de l’Ouest est concessionnaire, dans la baie du Mont-Saint-Michel, de 2 900 hectares, et dans la baie desVeys de 1 000 hectares de lais et relais de mer. Aux termes du cahier des charges, le concessionnaire devait, avant tout, fixer et endiguer à ses frais la rivière du Couesnon, opération dont la dépense avait été évaluée à 622 122 francs.
- La fixation du lit du Couesnon était une opération coûteuse et difficile, mais indispensable à toute entreprise d’endiguement dans la baie du Mont-Saint-Michel. Ce cours d’eau considérable se déplaçait en effet périodiquement, au milieu de l’immense surface des grèves, détruisant les alluvions qui tendaient à se former et menaçant, à des intervalles de temps plus ou moins longs, les digues du grand marais de Dol, de 14 000 hectares d’étendue, endigué au commencement du xvie siècle.
- Les travaux de fixation du Couesnon, exécutés par des moyens ingénieux, réussirent à souhait. La rivière est devenue navigable pour les bâtiments de mer jusqu’à Moidrey, et les endiguements anciens ou récents n’ont plus rien à craindre de ce cours d’eau si redoutable autrefois.
- Les lais et relais de mer de la baie du Mont-Saint-Michel ne peuvent être endigués avec avantage pour la culture qu’autant qu’ils sont recouverts d’une végétation naturelle de gazons ou au'moins de criste-marine. Cette végétation se produit seulement sur les terrains dont la surface est voisine de la cote 11 mètres, c’est-à-dire placée à 1 mètre environ au-dessous du niveau
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- des hautes mers. Les terrains de la baie Saint-Michel sont principalement formés de tangue ; ils sont légers et se prêtent avec bénéfice à la culture du colza, du froment, des racines et des légumineuses.
- Les terrains de la baie des Veys diffèrent beaucoup de ceux de la baie du Mont-Saint-Michel. Ils sont riches en argile et en matière organique. Ils sont extrêmement fertiles, même lorsqu’ils n’ont porté aucune végétation naturelle avant l’endiguement. On peut les enclore avec profit dès que leur surface est arrivée à la cote 12, c’est-à-dire à 2 mètres au-dessous du niveau des grandes marées.
- Aussitôt après la construction des digues, on ouvre des fossés de clôture et d’assainissement. Quelques mois après, on donne deux ou trois labours. On laisse la terre exposée à l’air pendant quelques mois, puis on donne un dernier labour, sur lequel on sème du froment, de l’orge ou de l’avoine, suivant la richesse en argile du terrain. On cultive en céréales pendant trois ou quatre ans, et enfin on sème des graines de foin pour transformer les polders en herbages.
- La différence de niveau des terrains endigables des deux baies, et surtout l’inégalité de l’amplitude des marées, qui est de 15 mètres au Mont-Saint-Michel et de 7 mètres seulement aux Yeys, conduisent à des méthodes de construction de digues fort différentes dans les deux baies. Les digues sont toujours en terre, revêtues de perrés en pierre, ou de gazons dans les parties très-abritées, mais leur exécution est naturellement beaucoup plus facile et moins coûteuse dans la baie Saint-Michel que dans la baie des Yeys. Les rigoles d’assèchement, les clapets automobiles d’écoulement ne présentent aucune particularité remarquable, et il est inutile de s’arrêter ici à ces détails d’exécution.
- Depuis 1856 jusqu’à ce jour, la Compagnie a endigué dans la baie du Mont-Saint-Michel 18 polders d’une surface totale de 1 044 hectares 83 ares 13 centiares, et dans la baie des Yeys 11 polders d’une surface totale de 343 hectares 72 ares 16 centiares, soit en tout \ 388 hectares 55 ares 29 cent. D’autre part, dans la baie Saint-Michel, 91 hectares de terrains, appartenant à des particuliers, se sont trouvés mis à l’abri des flots par les digues du Couesnon exécutées par la Compagnie.
- L’endiguement coûte, en moyenne, 500 francs par hectare dans la baie Saint-Michel et 2 000 francs dans la baie des Yeys. Les polders de la baie Saint-Michel valent aujourd’hui, en moyenne, 3 000 francs l’hectare, et ceux de la baie des Yeys plus de 4 000 francs. La valeur de ces terrains augmente
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- d’ailleurs avec le temps d’une manière très-notable. On peut, dès aujourd’hui, sans exagération, fixer à 4 du 5 millions la valeur des terrains conquis par la Compagnie dans les deux baies. Les travaux d’endiguement sont donc, par eux-mêmes, extrêmement avantageux et le deviendront de plus en plus avec le temps. Malheureusement, d’autres opérations non agricoles, imposées à la Compagnie lors de sa formation, et dont nous n’avons pas à nous occuper en ce moment, absorbent une partie des bénéfices des travaux de poldérisation.
- Indépendamment de la conquête de 1 388 hectares de terre dont nous venons de parler, les travaux de la Compagnie ont produit plusieurs autres résultats d’une grande importance. Ils ont amélioré d’une manière très-sensible l’état sanitaire des contrées voisines ; ils ont mis à l’abri de tout danger de grandes étendues de terrains anciennement endigués et souvent menacés jusqu’à présent de l’invasion des eaux ; ils ont creusé, dans l’anse de Moidrey, un petit port où le tonnage s’élève déjà à 4 ou 5 000 tonnes par an ; enfin, ils ont beaucoup amélioré le sort des populations voisines, en leur fournissant un travail abondant et bien rétribué.
- Les travaux de la Compagnie, dans les premières années, ont été dirigés avec beaucoup de talent par M. de Saint-Dridan, ingénieur des ponts et chaussées, puis par M. Camus, également ingénieur des ponts et chaussées, actuellement vice-président de la Compagnie des Pold ers de l’Ouest et directeur de la Compagnie du Gaz parisien.
- M. Julien Leroux, attaché à la Compagnie depuis sa fondation, a été chargé de la plupart des opérations d’endiguement dans les deux baies.
- La Compagnie des Polders de l’Ouest, par l’importance et Futilité de ses travaux, a pleinement mérité le prix offert pour les dessèchements. Le comité propose de le lui accorder, et demande, en outre, pour M. J. Leroux une médaille de platine pour sa longue et utile collaboration aux travaux de la Compagnie.
- D’autres concurrents ont exécuté des travaux moins importants que les précédents, mais cependant fort dignes d’intérêt. Il reste, maintenant, à les signaler.
- M. Beauchamp, ingénieur civil, 68, rue David Johnston, à Bordeaux, a été chargé de la rédaction des projets et de la direction des travaux d’amélioration des marais flamands de Parempuyre (Gironde). Ce marais a une étendue de 790 hectares. Il est situé sur le bord de la Gironde ; sa surface est inférieure au niveau des hautes marées et se trouvait exposée à une submersion, presque continuelle.
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- Les travaux exécutés fonctionnent depuis cinq ou six ans. Iis comprennent un canal de ceinture, trois canaux d’évacuation terminés par des portes de flot, et deux canaux destinés à l’introduction des eaux troubles du fleuve pour colmater et arroser les terrains. Ces canaux sont fermés par des vannes que l’on manœuvre à volonté. Le dessèchement est parfait et le colmatage donne des résultats extrêmement remarquables.
- Les travaux ont coûté 120 000 francs. On estime que la plus-value s’élèvera en peu d’années à 1 million.
- Les travaux projetés et dirigés par M. Beauchamp sont bien décrits dans son mémoire et paraissent fort bien entendus. Le comité propose d’accorder à cet ingénieur une médaille d’or pour l’amélioration des marais flamands de Parempuyre.
- Le dernier concurrent dont nous avons à signaler les travaux de dessèchement est M. Bétille, demeurant à Bayeux (Calvados), 17, rue des Bouchers.
- M. Bétille s’est rendu acquéreur, en 1866, au prix de 120000 francs, d’un terrain marécageux, d’une étendue de 105 hectares, appelé le marais de Meuraines, et situé dans la commune de ce nom, sur le bord de la mer. Les parties hautes du marais, sur une étendue d’une vingtaine d’hectares, pouvaient être pâturées pendant l’été ; le reste ne produisait que des roseaux. Le revenu annuel, à cette époque, était de 4 000 francs au plus.
- Le nouveau propriétaire fit élargir et curer le lit de la rivière qui traversait son terrain, il établit un clapet automobile en aval et de nombreuse^ rigoles d’assainissement, complétées par quelques tranchées de drainage. Les travaux ont coûté 49 300 francs, qui, ajoutés au prix d’acquisition, représentent une mise de fonds de 169 300 francs.
- En 1869, M. Bétille a revendu 38 hectares pour 100 000 francs. De sorte que les 67 hectares qui lui restent lui coûtent seulement 69 300 francs. Le revenu de cette propriété est aujourd’hui de 12 000 francs, soit de 179 francs par hectare. Le prix de location ne tardera pas à atteindre 200 francs par hectare. Le taux de l’intérêt des fonds dépensés par M. Bétille sera alors de 20 pour 100.
- Les travaux du marais de Meuraines ont apporté une grande amélioration à l’état des marais d’Asnelles et autres situés en amont, et ont supprimé une source d’infection très-nuisible à la santé des habitants de la commune.
- M. Bétille a donné l’exemple d’un travail utile entrepris aux frais d’un simple particulier. Le comité propose d’accorder à ce propriétaire une médaille d’or.
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- Le prix offert par la Société pour récompenser des travaux de dessèchement ou d’endiguement, a révélé l’existence d’opérations agricoles d’une grande importance, qui serviront d’exemple, il faut l’espérer, à d’autres entreprises du même genre. Notre Société applaudira aux résultats de ce concours, qui lui permet de récompenser de généreux efforts et d’encourager une fois de plus des travaux destinés à augmenter la richesse et la force productrice de notre pays.
- En résumé, le comité d’agriculture a l’honneur de proposer :
- 1° D’accorder le prix de 2 000 francs à la Compagnie des Polders de l’Ouest, pour ses travaux d’endiguement de la baie du Mont-Saint-Michel et de la baie des Yeys ;
- 2° D’accorder une médaille de platine à M. Julien Leroux, ancien conducteur des ponts et chaussées, pour sa longue et utile collaboration aux travaux de la Compagnie des Polders de l’Ouest ;
- 3° D’accorder une médaille d’or à M. Beauchamp, ingénieur civil, pour l’amélioration des marais flamands de Parempuyre (Gironde) ;
- 4° D’accorder une médaille d’or à M. Bétille, pour le dessèchement du marais de Meuraines (Calvados).
- Les conclusions de ce rapport ont été adoptées.
- RAPPORT SUR LE CONCOURS POUR LA PRODUCTION DE GRAINE SAINE DE VERS A SOIE DE RACE INDIGÈNE , PAR M. BOITEL.
- (Encouragement de 500 francs.)
- M. Lièvre, régisseur au pénitencier de Casabianda (Corse), a tenté, en 1869, une petite éducation dans la plaine d’Àleria, dont l’insalubrité avait paru jusqu’alors un obstacle insurmontable pour toute entreprise de cette nature (1). Grâce à des soins intelligents, cette éducation a produit une graine d’excellente qualité, fort recherchée par les éducateurs français et italiens.
- M. Lièvre est mort en 1872 des restes d’une fièvre pernicieuse, occasionnée par un séjour trop prolongé dans une contrée infectée de la malaria. L’éducation organisée par son initiative s’est continuée depuis, d’après les mêmes procédés et toujours avec les mêmes succès. En raison des services
- (1) Voy. Bulletin de 1876, cahier de juin, p. 292.
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- rendus par lui à la sériciculture, le comité d’agriculture a proposé et le Conseil accorde un encouragement de 500 francs à sa veuve, Mmc Lièvre, née Benedetti, à Yzeure, près Moulins (Allier).
- RAPPORT SUR UN SEMOIR A ENGRAIS PULVÉRULENT DE M. MEYERE, PAR M. MOLL.
- (Encouragement de 250 francs.)
- M. Meyère établit son appareil sur une charrette ordinaire, circonstance qui mérite d’être prise en considération, car elle simplifie la construction. Sur le bouge intérieur de l’une des roues, il adapte une poulie ayant un peu plus de la moitié du diamètre de la roue. Une chaîne sans fin, passant par la gorge de cette poulie et commandant, par des renvois, une petite poulie horizontale, transmet, en l’accélérant encore au moyen d’une roue dentée et d’un pignon, le mouvement à une tige verticale portant à son extrémité inférieure, à quelques décimètres de terre, un disque concave.
- C’est sur ce disque que, par un conduit terminant inférieurement une large trémie, vient tomber l’engrais qui, par suite du mouvement circulaire rapide du disque, est projeté avec force tout autour.
- Un tiroir muni d’un levier permet de régler à volonté le débit du conduit.
- M. Meyère n’a encore présenté que des dessins et un petit modèle. Mais, quoique certains détails laissent à désirer, et quoique, en principe, l’épandage circulaire, partant d’un point qui se meut en ligne droite, donne lieu nécessairement à une certaine inégalité dans la répartition des matières, le comité a pensé que l’idée de M. Meyère n’était pas sans mérite, et, à sa demande, la Société lui accorde un encouragement de 250 francs, de manière à lui permettre de perfectionner l’application de son semoir et de l’exécuter en grand.
- RAPPORT SUR L’INSTALLATION DE PARCS MOBILES FAITE PAR M. YVERNEAU, POUR
- l’éducation des lapins en plein champ, par m. moll. (Encouragement de 100 francs.)
- Le sieur Yverneau, fils d’un cultivateur des Ardennes, et aujourd’hui
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- simple ouvrier à Vitry-sur-Seine, a voulu tirer parti des connaissances qu’il avait acquises chez son père pour améliorer sa position, tout en donnant satisfaction à son goût pour l’élevage des animaux domestiques.
- Ne pouvant aborder le bétail, il se rejeta sur les lapins.
- Mais là, également, de graves difficultés résultaient de sa position d’ouvrier travaillant toute la journée dans une usine. Acheter la nourriture, c’était renoncer à tout bénéfice, et il lui était impossible de la recueillir lui-même.
- C’est alors qu’après bien des essais, il finit par arriver aux cages-boîtes qui sont l’objet de ce rapport.
- La cage-boîte est formée par un cadre en planches d’environ 2 mètres de longueur sur 1 mètre de largeur et 0m,4:0 de hauteur. On peut réduire les deux premières dimensions, mais non la dernière. Tout le fond, c’est-à-dire la partie qui touche le sol, est garni d’un grillage en fil de fer galvanisé à mailles de 5 à 6 centimètres de diamètre.
- Ce cadre est divisé en deux compartiments égaux par une planche percée d’un trou assez grand pour le passage des lapins. Le premier compartiment est couvert en planches, affectant la forme d’un toit, pour l’écoulement prompt de l’eau de pluie. Il renferme une petite mangeoire en tôle pour le cas où, comme par les temps de neige, il faudrait afîourrager les lapins, et deux boîtes, l’une à droite, à terre, l’autre à gauche, à 15 centimètres au-dessus du sol, toutes deux percées d’un grand et d’un petit trou, et que l’inventeur appelle des nichoirs. C’est en effet là où la femelle met bas. Elle préfère, en général, le nichoir inférieur dans les premiers moments, puis au bout de huit jours passe au nichoir supérieur, surtout par les mauvais temps.
- L’autre compartiment n’est recouvert que d’un grillage serré, qui met les lapins à l’abri des animaux nuisibles et où ils viennent se mettre au soleil et manger.
- Ces cages-boîtes sont, en effet, destinées, non-seulement à loger les lapins, mais encore à les mettre à même de prendre leur nourriture sur place. Il suffit, pour cela, de les placer dans un pré ou dans une récolte fourragère quelconque. On place la cage-boîte sur le terrain ; les plantes passent à travers le grillage ; les lapins les mangent, et quand tout est consommé, on change de place.
- C’est l’application fort ingénieuse aux lapins du principe du pâturage au piquet pour le gros bétail et les chevaux, et du pâturage aux parcs mobiles pour les moutons; mettre l’animal en mesure de prendre lui-même sa nour-
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- riture sur place, ce qui augmente incontestablement la valeur de celle-ci> tout en supprimant le travail nécessaire pour la recueillir et l’apporter.
- Dans toutes les fermes, et même dans toutes les maisons de campagne et villas, il y a des gazons, des pelouses qui sont peu utilisés ; ailleurs, il y a des champs de fourrages quelconques. Il suffit de placer la cage-boîte sur un de ces terrains. Les plantes passent à travers le grillage et peuvent être consommées par les lapins. On change de place dès que tout est consommé. Le travail humain se réduit donc à ce changement de place, qui est plus ou moins fréquent, suivant l’abondance de la végétation et le nombre des habitants de la cage. Ce nombre peut aller jusqu’à dix.
- La simplicité et l’ingéniosité de l’appareil et la multiplicité des cas oh on peut l’appliquer avec avantage permettent d’appeler toute la bienveillance de la Société sur l’inventeur, et de proposer de lui décerner une médaille de bronze et 100 francs pour l’aider à développer sa fabrication.
- MÉDAILLES.
- I. LISTE DES MÉDAILLES DÉCERNÉES PAR LA SOCIÉTÉ POUR DES INVENTIONS UTILES OU DES PERFECTIONNEMENTS AUX ARTS INDUSTRIELS.
- NoS d’ordre. | NOMS DES LAURÉATS. NOMS DES RAPPORTEURS nommés par les comités. INVENTIONS OU PERFECTIONNEMENTS qui ont motivé la médaille.
- Ittédailtea d’or.
- MM. MM.
- 1 Aubin. Hervé Mangon. Meules blutantes.
- 2 Beauchamp (A.). Id. Dessèchement des marais de Parempuyre (Gironde).
- 3 Bétille. Id. Dessèchement du marais de Meuraines (Calvados).
- 4 Compagnie des Fonderies et Forges de Terrenoire , Lavoulte et Bes- SÉGES. Gruner. Fabrication de rails en acier phosphoré.
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- D ORDRE,
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- JB Oh « 05 O 'à O Z NOMS DES LAURÉATS. NOMS DES RAPPORTEURS nommés par les comités. INVENTIONS OU PERFECTIONNEMENTS qui ont motivé la médaille.
- MM. MM.
- 5 Faure(P.) ,à Limoges. Salvetat. Machines à mouler les assiettes en porcelaine.
- 6 Faure et Kessler. Lamy. Appareils nouveaux pour la concentration de l’acide sulfurique.
- 7 Hardy (E.J. Du Moncel. Ensemble de ses travaux pour la télégraphie et les instruments de précision.
- 8 Lecuyer (Ph. J.). Hervé Mangon. Travaux d’irrigations remarquables.
- 9 Mourceau (H..) Alcan. Perfectionnements importants dans la fabrication des étoffes pour tentures et ameublement.
- 10 Savalle (D.) fils. Lamy. Perfectionnement des appareils pour la distillation méthodique des alcools, etc.
- H Springer (de). Id. Fabrication perfectionnée de levûre pure et d’alcool de grains.
- Médailles &e
- MM. MM.
- 1 Baux (Ch.), à Givet. Alcan. Lavoir barbotteur pour les rognures de peaux, les minerais et autres substances.
- 2 Chameroy (H.). Tresca. Bascule à contrôle enregistrant mécaniquement le poids.
- 3 Delachanal et Mer- MET. Le Blanc. Perfectionnement des appareils pour l’analyse chimique par le spectroscope.
- 4 Galland. Barral. Malterie pneumatique.
- 5 Laurent (L.). De Luynes. Perfectionnement du saecharimètre optique.
- 6 Lenoir. Debray. Perfectionnement dans l’argenture des glaces.
- 7 8 Le Roux (Julien). E. Pelouze et P. Audoüin. Hervé Mangon. Le Blanc. Longue et utile collaboration au travaux de la Compagnie des polders de l’Ouest. Condensation mécanique des matières goudronneuses entraînées par le gaz.
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- « « a PS O O Z NOMS DES LAURÉATS. NOMS DES RAPPORTEURS nommés par les comités. INVENTIONS ou perfectionnements ayant motivé les médailles.
- Médailles d'argent.
- MM. MM.
- 1 Laguerenne (E. de). Duméry et Du Mon-cel. Horloge électrique.
- 2 Leguy (M1U). Laboülaye. Longue collaboration, comme graveur, au Bulletin de la Société.
- 3 Ligny. Paliard. Séchage des constructions neuves et assainissement des murs salpêtrés.
- 4 Manuel (A. de). Hervé Mangon. Concours aux travaux d'irrigations du Syndicat de la plaine de Conflans (Savoie).
- 5 Périer (E.). Id. Ibid.
- 6 PlNCHARD (J.). Id. Vanne à échappement pour défendre une irrigation des crues d’un torrent.
- 7 Robert (H.). Haton de la Gou- PILL1ÈRE. Horloges mystérieuses sans mouvement apparent.
- WM édaiiles de brome.
- MM. MM.
- 1 Basile. Paliard. Echafaudages pour les badigeonneurs.
- 2 Camacho (J.). Du Moncel. Ëlectro - aimants concentriques d’une grande puissance.
- 3 Charton. Boüilhet (Henri). Cuirs décoratifs ciselés.
- 4 Debayeux. Du Moncel. Appareils télégraphiques pour le service des hôtels.
- 5 Giraud. Moll. Mémoire sur l’utilité de la plantation des rives des cours d’eau.
- 6 Girouard (E.). Pihet. Burette porte-lumière pour le graissage des machines.
- 7 Guérin. Salvetat. Pantographe circulaire à membrane de caoutchouc.
- 8 Ithurralde (Ch.). De la Gournerie. Procédé simplifié pour la taille des pierres des voûtes biaises.
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- W es a ce a *Q o Z NOMS DES LAURÉATS. NOMS DES RAPPORTEURS nommés par les comités. INVENTIONS ou perfectionnements ayant motivé les médailles.
- MM. MM.
- 9 Lejeune (A.) et Mar-con. Lecoeuvre. Palier graisseur pour axe vertical.
- 10 Reynier (P.). Le Roux. Pompe à main pour arrosage.
- 11 Rochegude. Mangon. Fermeture de sûreté pour les boîtes à lait.
- 12 Yverneau. Moll. Parcs mobiles pour l’éducation des lapins en plein champ.
- DISTRIBUTION DES MÉDAILLES.
- MÉDAILLES DÉCERNÉES POUR DES INVENTIONS UTILES OU DES PERFECTIONNEMENTS
- AUX ARTS INDUSTRIELS.
- (Voir le tableau I.)
- médailles d’or.
- 1. Meule blutante, parM. Aubin, à Bouray (Seine-et-Oise) (I).
- M. Aubin a accompli dans la mouture du blé un progrès important. Il a construit une meule blutante qui soustrait la farine à Faction de la meule au fur et à mesure de sa production, qui augmente le produit en farine, qui empêche qu’elle ne s’échauffe en s’altérant et en consommant en pure perte du travail mécanique, et qui diminue la nécessité ou l’importance du blutage pour la séparation du son.
- La Société lui décerne une médaille d’or.
- 2. Dessèchement des marais de Parempuyre (Gironde), par M. Beauchamp, rue David Johnston, 68, à Bordeaux.
- (Voy. plus haut, p. 373, le rapport de M. Hervé Mangon.)
- (1) Le rapport paraîtra ultérieurement.
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- 3. Dessèchement des marais de Meuraines [Calvados], par M. Bétille, rue des Bouchers, 17, à Bayeux.
- (Yoy. plus haut, p. 374, le rapport de M. Hervé Mangon.)
- 4. Bails en acier phosphoré, fabriqués par la Compagnie de Terre-Noire,
- près Saint-Étienne (1).
- On ne connaît jusqu’à présent aucun procédé pratique qui permette de débarrasser complètement et à peu de frais les minerais, la fonte et le fer du phosphore qu’ils renferment souvent. D’autre part, négliger les minerais phosphoreux et employer uniquement les minerais de choix pour la fabrication des rails, c’était priver les forges, dans un avenir très-prochain, des matières premières les plus indispensables pour les fers fins.
- Ce motif a déterminé la Société à donner un prix de 3 000 francs à celui qui ferait connaître un procédé simple et peu coûteux de fabriquer de l’acier fondu avec des minerais ordinaires plus ou moins phosphoreux.
- Parmi les usines qui se sont préoccupées de cette question depuis quelque temps, on doit citer la forge de Terre-Noire, près de Saint-Étienne, qui, sans avoir complètement résolu le problème, espère cependant avoir fait un pas vers la solution. Grâce à un procédé spécial, cet établissement fabrique aujourd’hui et depuis deux ans, avec des matières partiellement phosphorées, des rails que la Compagnie du Nord, la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée et plusieurs autres compagnies de chemins de fer acceptent à l’égal des rails Bessemer.
- C’est là un véritable progrès, que la Société est heureuse de récompenser en accordant la médaille d’or à la Compagnie de Terre-Noire.
- 5. Machines à mouler les assiettes en porcelaine, par M. Faure,
- à Limoges (2).
- M. Faure, ingénieur-mécanicien, à Limoges, a résolu le difficile problème de la fabrication mécanique des assiettes en porcelaine. Créer des machines propres à reproduire le travail à la main dans le façonnage de pâtes aussi délicates que les pâtes à porcelaine, tel a été le but que s’est imposé l’inventeur. Il lui a fallu disposer trois machines distinctes : une pour faire la croûte, une deuxième pour centrer, une troisième enfin pour mouler et
- (1) Voy. Bulletin de 1876, cahier de juin, p. 283.
- (2) Voy. id. cahier de mai, p. 223.
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- calibrer l’assiette. Le succès est complet : ces machines fonctionnent à Limoges et dans le Centre, à la satisfaction des industriels qui les ont adoptées.
- La fabrication mécanique des assiettes en porcelaine, c’est-à-dire la création des machines propres à cet usage constitue le progrès le plus réel réalisé depuis longtemps dans les arts céramiques.
- La Société décerne à M. Faure une médaille d’or.
- 6. Appareils nouveaux pour la concentration de l'acide sulfurique,
- par MM. Faure et Kessler, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) (1).
- L’acide sulfurique, tel qu’il sort des chambres de plomb où il est produit, marque 52° B. et ne peut être employé qu’à un nombre d’usages fort restreint. Pour la plupart de ses applications, il doit être concentré jusqu’à 60° et même 66*. La concentration à 60° peut se faire aisément à l’air libre dans des bassines ou des poêles en plomb ; mais la concentration à 66° exige des récipients en verre ou en platine, parce que l’acide attaque le plomb dès que son degré dépasse 60.
- Après avoir été tentée dans le verre, avec des résultats peu satisfaisants, en Angleterre, en Belgique et en France, la concentration à 66° a été essayée ensuite avec succès dans des alambics en platine. Mais le haut prix de ces appareils est toujours resté un obstacle sérieux à la généralisation de leur emploi, et beaucoup de fabricants ont continué à se servir du verre, en s’efforçant de diminuer les dangers et les frais de casse que son usage entraîne.
- L’appareil à cuvettes imaginé par MM. Faure et Kessler a surtout pour but de réduire de plus de moitié la masse de platine employé et en même temps, mais sous certaines conditions, de diminuer les frais de concentration. Les avantages incontestables qu’il présente étant justifiés par une large pratique de deux années, la Société décerne à ses auteurs une médaille d’or.
- 7. Appareils télégraphiques et instruments de précision, par M. Hardy, avenue de la Mothe-Piquet, 6, à Paris.
- M. Hardy, à différentes reprises, a présenté à la Société d’encouragement plusieurs appareils de la plus grande importance, entre autres les deux sys-
- (1) Voy. Bulletin de 1876, cahier de février, p. 67.
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- tèmes télégraphiques de M. Meyer, les chronographes de MM. Gloesener et Martin de Brettes, etc. Ces appareils ont tous été pour leurs auteurs l’objet des plus hautes récompenses de la Société, etM. Hardy ayant eu la modestie de ne pas adjoindre son nom à ceux des inventeurs, est resté un peu oublié, malgré les nombreux perfectionnements de détail qu’il a apportés à ces appareils et les soins intelligents qu’il a donnés à leur construction.
- La Société a donc été heureuse de profiter de l’occasion que lui a fourni dernièrement M. Hardy, en lui présentant son anémomètre électrique à un seul fil (1), aujourd’hui installé au Musée de la ville du Puy, ou il fonctionne de la manière la plus satisfaisante, pour lui conférer sa plus haute récompense; récompense qui, en s’appliquant à l’ensemble de ses travaux, montre en quelle estime la Société tient cet habile constructeur, le digne élève de M. Froment, notre regretté confrère.
- 8. Travaux d’irrigations remarquables, par M. Lécuyer.
- (Yoy. plus haut le rapport de M. Hervé Mangon, p. 369).
- 9. Perfectionnements dans la fabrication des étoffes pour tentures et ameublements, par M. Mourceau, rue Saint-Maur, 174, à Paris (2).
- M. Mourceau, fabricant de tissus pour ameublement, a soumis à la Société d’encouragement l’ensemble des procédés de sa fabrication de tentures de tout genre et de celle des velours imitant les velours d’Italie.
- Pour l’une des fabrications comme pour l’autre, M. Mourceau emploie un montage en deux parties et deux mécaniques Jacquart. L’une est chargée des cartons du broché ; l’autre, restreint aux organes essentiels est réservée à la fabrication du fond.
- Ces fabrications, entre les mains de M. Mourceau, sont devenues considérables, et sa belle usine de la rue Saint-Maur se recommande encore par son organisation, par ses classes du soir, par sa société de secours mutuels, en un mot par les institutions que la grande industrie peut seule réaliser au grand profit des ouvriers.
- La Société d’encouragement décerne à M. Mourceau une de ses médailles d’or.
- (1) Voy. Bulletin de 1876, cahier de février, p. 57.
- (2) Le rapport paraîtra bientôt.
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- 10. Appareils de distillation et de rectification de MM. D. Savalle fils et comp., avenue du Bois-de-Boulogne, 64, à Paris (1).
- Les procédés de distillation, encore à l’état rudimentaire au commencement de ce siècle, ont reçu, à dater de cette époque, des perfectionnements successifs dus à Ed. Adam, Cellier, Blumenthal et surtout à M. Dubrunfaut, dont les recherches dans cette voie furent motivées par l’invasion de l’oïdium en 1850. On se rappelle, en effet, que le fléau, en réduisant des trois quarts les alcools de vins, obligea à suppléer à l’insuffisance de la vigne par l’extension de la culture de la betterave et la distillation directe du jus fermenté de cette plante.
- M. Dubrunfaut, qui a réussi, le premier, à faire fermenter les jus de betteraves, ne s’était surtout occupé, dans l’opération de la distillation, que de l’appareil condenseur, tandis que M. Amand Savalle s’était entièrement consacré aux appareils de distillation et de rectification.
- Continuateurs de M. Amand Savalle, MM. D. Savalle fils et comp., ont, à leur tour, considérablement perfectionné les appareils. Ceux qu’ils construisent aujourd’hui se recommandent par leur puissance de travail, par la qualité supérieure et la quantité relative des alcools qu’ils permettent d’obtenir, enfin par l’extension considérable qu’ils ont prise dans les pays civilisés.
- La Société accorde la médaille d’or à MM. D. Savalle. *
- 11. Farrication perfectionnée de levûre pure et d’alcool de grains, par MM. de Springer et comp., à Maisons-Alfort (Seine) (2).
- Depuis 1850, M. le baron de Springer, fabriquait à Reindorf, près de Vienne (Autriche), de la levûre dite viennoise, très-recherchée pour la fabrication de la pâtisserie et des pains de luxe. A l’Exposition universelle de 1867 à Paris, la boulangerie autrichienne mit en relief la supériorité de cette levûre, qui fut l’objet d’un rapport très-favorable. Après l’avoir expédiée pendant plusieurs années de Vienne en France, M. de Springer s’est décidé à venir la produire sur place, et, dans ce but, il a fondé, en 1874, à Maisons-Alfort, une grande distillerie de grains. La nouvelle levûre, qui a reçu le nom de
- (1) Le rapport paraîtra prochainement.
- (2) Ibid.
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- levure française, l’alcool résultant de la fermentation et le résidu solide de la distillation, ou la drèche, tels sont les trois produits essentiels de l’industrie que M. de Springer a importée en France.
- Cette triple fabrication «fait le plus grand honneur à M. de Springer, auquel la Société décerne une médaille d’or.
- médaille de platine.
- 1. Appareil pour préparer les rognures de peaux destinées à la fabrication de la
- colle, par M. Baux, à Givet (1).
- M. Baux, fabricant de colle, à Givet, a imaginé un appareil laveur pour nettoyer les rognures de peaux destinées à la fabrication de la colle. Ce laveur se compose d’un vaisseau dans lequel un arbre à palettes fait environ cent tours par minute et agite énergiquement dans l’eau, qui y circule d’une manière continue, les matières préalablement traitées par la chaux, avec lesquelles l’ouvrier n’a plus à être en contact.
- L’appareil de M. Baux n’en est plus à faire ses preuves; il est adopté par les différents fabricants de la contrée, et, par suite de la rapidité de son action, il est, dès à présent, employé à laver plus de 1 500 000 kilogrammes de déchets chaque, année.
- La Société d’encouragement a tenu à consacrer ce succès par l’attribution d’une médaille de platine.
- 2. Nouvelle bascule de pesage, dite à contrôle, par M. Chameroy, rue du Faubourg-Saint-Martin, 162, à Paris (2)
- M. Chameroy s’est proposé d’adapter au curseur des bascules ordinaires une disposition qui permet, au moment où la pesée est faite, d’obtenir l’impression du chiffre qui la constate. Il lui a suffit, pour cela, de permettre l’introduction dans une rainure ménagée dans la masse du curseur, d’un bulletin en carton qui, pressé par un excentrique contre la rive inférieure du levier, recevra l’empreinte d’un numéro en relief fixé dans ce levier et, en même temps, celle d’un numéro dépendant d’une seconde tige, dont le degré
- (1) Le rapport paraîtra prochainement.
- (2) Id. id.
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- de tirage correspond à l’ajustement de la pesée et indique par sa position les unités de kilogramme et ses fractions.
- Cet appareil donnant des indications certaines doit contribuer utilement à la vérité des constatations, et la Société décerne à M. Chameroy une médaille de platine.
- 3. Nouveau tube spectro-èlectrique, par MM. Delachanal et Mermet, préparateurs de chimie à l’École centrale des arts et manufactures, à
- Paris (1).
- Depuis les remarquables travaux de MM. Kirshoff et Bunsen, on sait tout l’intérêt qui s’attache a l'observation des raies spectrales développées par l’introduction de diverses substances dans les flammes examinées ensuite au spectroscope.
- Frappés de l’inconvénient de l’intermittence forcée de l’observation des raies spectrales en portant la matière d’essai dans la flamme, MM. Delachanal et Mermet ont réussi à établir un appareil permettant, pour l’observateur, la vision continue des raies afférentes à chaque substance; il en résulte qu’on peut dessiner facilement les spectres et leurs raies caractéristiques.
- Cet appareil permet de suivre avec facilité, dans le cours d’une analyse, l’examen des divers produits successivement obtenus, e#t de s’assurer de la rigueur des séparations effectuées. En raison de sa simplicité et des avantages pratiques incontestables qu’il offre pour les études spectroscopiques, la Société décerne à MM. Delachanal et Mermet la médaille de platine.
- 4. Malterie pneumatique, par M. Galland, à Maxéville, près Nancy (Meurthe-et-Moselle) (2).
- M. Galland, fondateur et directeur de la brasserie viennoise établie à Maxéville, près Nancy, a cherché à perfectionner la fabrication du malt, c’est-à-dire la germination de l’orge qui donne naissance à la matière au moyen de laquelle s’obtiennent les bonnes bières. Tl a présenté à la Société une méthode très-rationnelle qui permettrait de fabriquer du malt en toutes saisons, en diminuant la surface très-considérable qu’occupent les ger-moirs ordinaires et en régularisant, d’une manière absolue, la germination
- (1) Le rapport paraîtra prochainement.
- (2) Id. id.
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- qui y est trop souvent inégale. Il donne à sa méthode le nom de maltage pneumatique, parce qu’elle repose sur une circulation d’air frais constamment maintenu à nne même température et à un même état hygrométrique.
- Afin d’encourager les efforts de M. Galland pour la transformation d’une industrie importante qui intéresse à la fois l’agriculture et l’hygiène publique, la Société d’encouragement lui décerne une médaille de platine.
- 5. Nouveau saccharimètre, par M. Laurent, rue de l’Odéon, 21, à Paris (1).
- Dans les appareils saccharimétriques qui ont été en usage jusqu’à ces dernières années, le dosage du sucre s’obtient par la comparaison de deux teintes qui, par un jeu spécial des organes de l’instrument, doivent être amenées à l’identité. La comparaison de ces teintes complémentaires, très-faciles lorsquelles sont très-différentes, devient très-délicate et très-incertaine lorsqu’elles diffèrent très-peu l’une de l’autre. De là des incertitudes qui se traduisent par des erreurs notables dans le résultat du titrage et auquel vient remédier l’appareil nouveau de M. Laurent.
- La construction de son saccharimètre, dont il a livré déjà un certain nombre d’exemplaires, est une nouvelle preuve de l’habileté qu’il a montrée dans l’exécution d’autres instruments d’optique de haute précision. La Société lui décerne une médaille de platine.
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- 6. Procédé d’amalgamation des glaces argentées, par M. J.-E. Lenoir, boulevard Voltaire, 109, à Paris (2).
- Jusqu’en 1840, l’étamage des glaces s’est fait exclusivement au moyen de l’amalgame d’étain, opération qui a toujours été considérée, avec raison, comme particulièrement insalubre.
- Plus tard, Drayton imagina un procédé d’argenture supprimant l’emploi du mercure, procédé qui ne parvint à entrer sérieusement dans le domaine de la pratique que depuis le moment où M. Petitjean y apporta un perfectionnement important. Toutefois les glaces argentées présentent différents défauts, entre autres celui d’avoir une teinte jaunâtre, défaut capital que ne compense pas l’économie du procédé. Or M. Lenoir est aujourd’hui par-
- (1) Le rapport paraîtra prochainement.
- (2) Voy. Bulletin de 1876, cahier de janvier, p. 19.
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- venu à corriger ces défauts par une manipulation simple et inoffensive au point de vue de la santé des ouvriers.
- Le procédé de M. Lenoir étant un progrès véritable sur ceux actuellement en usage, la Société lui accorde une médaille de platine.
- 7. Travaux des polders de l'Ouest, collaboration de M. Julien Le Roux.
- (Voy. plus haut le rapport de M. Hervé Mangon, p. 373.)
- 8. Nouvel appareil de condensation des matières liquéfiables tenues en suspension dans les gaz ou vapeurs, par MM. E. Pelouze, administrateur, et P. Au-douin, chimiste de la Compagnie parisienne d’éclairage et de chauffage par le gaz, rue Condorcet, à Paris (1).
- Les appareils employés jusqu’ici pour la condensation des matières liquéfiables sont fondés généralement sur le refoidissement résultant du contact de ces matières avec des parois refroidies par une grande masse d’eau ou par une grande masse d’air, lorsque les surfaces en contact avec les gaz sont très-étendues. Souvent on fait agir un courant de liquide sur les gaz dirigés méthodiquement dans des serpentins, jeux d'orgue, colonnes à fragments de corps solides mouillés, etc. C’est à l’aide d’appareils établis sur ces principes qu’on opère la condensation du gaz d’éclairage obtenu par la distillation de la houille.
- MM. E. Pelouze et P. Audouin ont proposé un autre mode d’opérer, qui repose sur un principe essentiellement différent. Frappés de la difficulté d’éviter le transport à distance et à l’état liquide de globules ou vapeurs vésiculaires et de les retenir sur leur trajet avant l’arrivée du gaz de l’éclairage aux caisses à épuration chimique, les auteurs ont songé à arrêter ces vésicules en vertu d’un choc contre des surfaces solides, après leur avoir fait traverser sous une pression de 50 à 60 millimètres d’eau au moins, une série d’orifices étroits pratiqués.dans des parois métalliques.
- Ce choc rend l’action condensatrice instantanée, et les matières entraînées qui n’avaient pu se déposer par le refoidissement pendant leur trajet en contact avec de vastes surfaces, se trouvent liquéfiées et coulent dans un espace de quelques millimètres.
- De nombreuses expériences faites par des froids rigoureux ayant parfaite-
- (1) Le rapport paraîira très-prochainement.
- Tome III. — 75e année. 3e série. — Juillet 1876.
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- ment démontré que l’appareil de MM. Pelouze et Audouin résout avec une grande simplicité le problème de la condensation du goudron par le choc, la Compagnie parisienne du gaz l’a adopté dans plusieurs de ses usines et doit successivement l’établir dans les autres. La province et l’étranger commencent également à faire usage de cet appareil qui est destiné à recevoir d’autres applications aussi utiles.
- En présence de ces remarquables résultats, la Société décerne à MM. E. Pelouze et Audouin la médaille de platine.
- Médailles d'argent.
- 1. Nouvelle horloge électrique, par M. de Laguerenne, au château de Mont-Saint-Angel, près Montluçon (Allier) (1).
- M. de Laguerenne, pénétré des avantages qui résulteraient de la généralisation de l’heure électrique, a fait de très-grands et très-louables efforts pour triompher des difficultés qui se dressent encore devant cette importante application.
- Ainsi que le constate M. de Laguerenne, le plus grand obstacle à la vulgarisation de l’heure électrique est entièrement dû à l’élévation du prix de premier établissement; aussi a-t-il fait dans cet ordre d’idées de réels efforts pour arriver à l’abaissement du prix de revient.
- Grâces aux ingénieuses combinaisons qu’il a mises en oeuvre dans ses déclics, il est parvenu à composer un mécanisme de minuterie et de sonnerie en n’employant que des pièces brutes de fonte, c’est-à-dire telles qu’elles sortent de la fonderie, sans porter atteinte à la sécurité et à la régularité des fonctions.
- En conséquence, la Société le félicite de la voie dans laquelle il est entré et lui décerne une médaille d’argent.
- t. Longue collaboration, comme graveur, au Bulletin de la Société, par Mlle Lequy, rue d’Enfer, 83, à Paris.
- Depuis plus d’un quart de siècle, la gravure des lettres des planches du Bulletin de la Société d’encouragement a été exécutée avec un soin tout
- (1) Le rapport paraîtra ultérieurement.
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- particulier par M1W Lequy. Lorsque, il y a quelques années, elle sentit les forces lui manquer pour entreprendre de nombreux travaux, elle ne voulut conserver que ceux de la Société. Enfin, vaincue par l’âge (81 ans) et la paralysie, elle est aujourd’hui forcée d’y renoncer.
- La Société d’encouragement décerne à cette collaboratrice dévouée une médaille d’argent comme témoignage de reconnaissance et d’estime pour toute une vie de travail et d’ordre, pour laquelle on ne saurait avoir trop d’admiration. C’est avec une grande satisfaction que la Société donne à MHe Lequy cette preuve du vif intérêt qu’elle lui porte et qu’elle mérite si bien.
- 3. Appareils pour sécher les habitations humides, par M. Ligny, rue de la
- Victoire, 86, à Paris (1).
- A l’aide d’appareils simples et bien conçus, M. Ligny a créé en quelque sorte une industrie qui, depuis dix ans qu’il l’exerce à la satisfaction générale des architectes et des constructeurs, a rendu de réels services à l’industrie de la construction. Par son procédé de séchage, des bâtiments neufs peuvent, en très-peu de jours, être rendus habitables. Des constructions anciennes, inhabitables en partie à cause de l’humidité et du salpêtre, peuvent être assainies d’une façon certaine et durable, sans frais considérables. Des travaux de ce genre exécutés déjà dans plus de 150 maisons témoignent des succès obtenus.
- La Société décerne à M. Ligny une médaille d’argent.
- 1 et 5. Concours aux travaux d’irrigations de la plaine de Confions, par MM. A. de Manuel et Perrier.
- (Voy. plus haut le rapport de M. Hervé Mangon, p. 369).
- 6. Vanne automotrice à déclic, par M. Pinchard, conducteur des ponts et
- chaussées, à Montpellier (2).
- M. Pinchard a imaginé, pour assurer en cas de crue la fermeture automatique des vannes d’arrosage, un système de déclic simple et ingénieux qui pa-
- (1) Voy. Bulletin de 1876, cahier de juin, p. 289.
- (2) Le rapport paraîtra très-prochainement.
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- rait de nature à rendre de grands services, pour les cas où les eaux d’irrigations peuvent devenir torrentielles et par conséquent nuisibles.
- La Société décerne à M. Pinchard une médaille d’argent.
- 7. Horloges mystérieuses, par M. Henri Robert, faubourg Saint-Honoré, 86,
- à Paris (1).
- M. Robert est l’auteur de ces horloges mystérieuses qui semblent seulement composées d’une aiguille se mouvant sur un cadran de verre, sans aucun mécanisme apparent, et sachant se remettre d’elle-même à l’heure lorsqu'on l’écarte d’une manière quelconque de la position qu’elle occupe. C’est que l’aiguille porte elle-même son mécanisme à contre-poids mu par un mouvement d’horlogerie , qui règle invariablement et sûrement sa position.
- Une médaille d’argent est accordée à M. Robert, tant pour son appareil en lui-même que pour la bonne pensée qu’il a su mettre en œuvre d’en confier la fabrication à un atelier exclusivement composé de sourds-muets.
- médailles de bronze.
- 1. Système d’échafaud, par M. Bazile, rue Montmartre, 35, à Paris (2).
- Tous les ans, à Paris, en vertu d’un décret, les façades d’un dixième des maisons doivent être grattées, repeintes ou badigeonnées. En général, ce travail se fait en employant des échafauds volants suspendus par des cordes, et comme ces échafauds sont souvent mal conçus, mal établis et mal ma-nœuvrés, il en résulte de nombreux accidents.
- Pour y remédier, M. Bazile, qui est un ouvrier peintre, a imaginé un système d’échafaud se composant d’une cage qu’on peut élever ou abaisser à volonté, et qui, au moyen de deux rails suspendus le long de la façade du bâtiment et sur lesquels roule un chariot peut se déplacer horizontal-ment ; c’est à ce chariot que sont fixés les mouffles de suspension de la cage.
- Bien que M. Bazile n’ait pu encore faire une expérience sérieuse de son
- (1) Le rapport paraîtra ultérieurement.
- (2) Le rapport paraîtra prochainement.
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- système, il y a là néanmoins une idée utile et ingénieuse que la Société récompense par une médaille de bronze.
- 2. Électro-aimant tubulaire à noyaux multiples, par M. Camacho, rue Taitbout, 16, à Paris (1).
- Les électro-aimants sont les organes les plus essentiels de la télégraphie électrique et de toutes les applications mécaniques de l’électricité. Conséquemment tout perfectionnement à ces appareils doit être encouragé. C’est à ce titre que la Société décerne une médaille de bronze à M. Camacho pour son électro-aimant tubulaire à noyaux multiples qui a une force considérable eu égard à son volume.
- 3. Cuirs ciselés par M. E. Char ton, rue Bayard, 26, à Paris (2).
- M. Charton, au moyen d’un outillage de son invention, a fourni à tout artiste modeleur le moyen de travailler le cuir comme il travaille la cire et de rendre pratique l’exécution de panneaux décoratifs en cuirs modelés et ciselés, rappelant les décorations de ce genre en faveur aux xve et xvie siècles. Il a rendu là à l’industrie de la grande décoration d’ameublement un service que la Société est heureuse d’encourager par une médaille de bronze.
- 4. Appareils télégraphiques pour le service des hôtels, par M. Debayeux, rue des Blancs-Manteaux, 41, à Paris (3).
- Il est quelquefois utile, pour simplifier le service des hôtels et de certains grands établissements, de transmettre télégraphiquement un certain nombre d’ordres; mais les systèmes télégraphiques sont toujours d’une manipulation plus ou moins délicate, et il était à désirer que le problème eût une solution plus simple. M. Debayeux y est parvenu avec le petit appareil qu’il a présenté à la Société, et qui est aujourd’hui dans des conditions parfaitement pratiques. En conséquence la Société lui accorde une médaille de bronze.
- (1) Voy. Bulletin de 1875, 3e série, t. II, p. 49S.
- (2) Le rapport paraîtra bientôt.
- (3) Voy. Bulletin de 1875, 3e série, t. II, p. 224.
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- 5. Mémoire relatif aux plantations à faire sur les cours d’eau, par M. Girault,
- à Gannay-sur-Loire (Allier) (1).
- Les plantations que propose M. Girault ont pour but de s’opposer aux érosions et aux changements de lit des cours d'eau. Son projet méritant de fixer l’attention, la Société lui accorde une médaille de bronze.
- 6. Burette-Lampe pour le graissage des machines, par M. E. Girouard,
- rue de la Boulangerie, à Saint-Denis (Seine) (2).
- On sait combien l’ouvrier est souvent mal à l’aise, lorsqu’il doit graisser des organes de machine placés dans des endroits obscurs ; d’une main, il tient sa burette et de l’autre sa lampe, ce qui est un embarras lorsqu’il faut gravir une échelle.
- Frappé de cet inconvénient, M. Girouard a eu l’heureuse idée de réunir les deux appareils en un seul, dont le maniement est des plus faciles. La Société lui accorde une médaille de bronze.
- 7. Pantographe circulaire pneumatique, par M. Guérin, avenue de Wagram, 38, à Paris (3).
- On a souvent besoin dans la pratique, surtout dans l’application de l’art à l’industrie, de méthodes à l’aide desquelles on puisse réduire ou augmenter les dimensions d’un dessin donné. Le pantographe circulaire pneumatique de M. Guérin, basé sur l’élasticité du caoutchouc, répond à ce besoin.
- Les circonstances dans lesquelles cet appareil peut être employé sont très-nombreuses ; les amateurs, les artistes même pourront trouver avantageux d’en faire usage pour modifier rapidement des dessins destinés à la peinture sur verre, sur porcelaine, sur étoffes et tous tissus imprimés ; les dessinateurs de profession en apprécieront la simplicité, l’efficacité et la manipulation facile.
- La Société accorde à M. Guérin une médaille de bronze.
- 8. Procédé pour la taille des pierres des arches biaises, par M. Ithurralde, à Saint-Jean-Pied-de-Port (Basses-Pyrénées) (4)..
- Le comité des arts mécaniques a vu avec plaisir que l’auteur, qui paraît ne
- (1) Le rapport paraîtra très-prochainement.
- (2) Voy. Bulletin de 1876, cahier de mars, p. 108.
- (3) Voy. id. id. p. 105.
- (1) Voy. Bulletin de 1876, cahier de février, p. 70.
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- pas connaître les travaux des ingénieurs anglais, ait été conduit à une méthode analogue à celle des règles gauches, que divers auteurs rejettent parce qu’elle s’écarte des procédés habituels de l’ancienne stéréotomie, mais qui en réalité facilite le travail, diminue le déchet des pierres et assure une excellente exéution.
- La Société récompense les recherches de M. Ithurralde par une médaille de bronze.
- 9. Paliers graisseurs, par M. Lejeune, rue de la Folie-Regnault, 32,
- à Paris (1).
- M. Lejeune a construit un palier graisseur, spécialement destiné aux arbres verticaux et utilisant pendant très-longtemps la même huile. Il emploie à cet effet un réservoir inférieur renfermant une certaine quantité d’huile, qu’il élève et laisse retomber pour la remonter de nouveau sans éprouver une perte très-sensible.
- Le palier graisseur à circulation continue de M. Lejeune a déjà été l’objet d’un certain nombre d’expériences favorables ; aussi la Société décerne-t-elle à son auteur une médaille de bronze.
- 10. Pompe de jardin et de serre, par M. Reynier, rue Pierre Levée, 19,
- à Paris (2).
- L’entretien des plantes délicates soit de pleine terre, soit de serre, exige de fréquentes aspersions d’eau à l’état pulvérulent, connues sous le nom de bassinages; d’autres fois il faut pouvoir apporter au pied même d’une plante située à une certaine profondeur dans un massif, la quantité d’eau qu’elle réclame, sans cependant inonder ses voisines. L’opération, en apparence si simple de l’arrosage, se complique dans la pratique d’un certain nombre de nécessités de détail pour lesquelles on avait recours jusqu’ici à des instruments multiples et souvent insuffisants, en raison de la rapidité avec laquelle ces opérations demandent à être faites si l’on veut économiser la main-d’œuvre.
- La pompe, construite par M. Reynier, répond parfaitement à ces nombreux desiderata et la Société lui accorde une médaille de bronze.
- (1) Le rapport paraîtra ultérieurement.
- (2) Voy. Bulletin de 1876, cahier de janvier, p. 12.
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- 11. Système de fermeture des boites à lait, par M. Rochegude, rue du Faubourg Saint-Martin, 231, à Paris (1).
- La consommation du lait à Paris dépasse 320000 litres par jour, dont les quatre cinquièmes au moins sont transportés par les chemins de fer et le dernier cinquième est fourni par les vacheries situées dans l’intérieur de Paris ou dans son voisinage immédiat.
- Les grands laitiers expéditeurs par chemins de fer surveillent avec le plus grand soin leurs fournitures. Pour éviter toute altération frauduleuse pendant le transport, ils attachent le couvercle des boîtes à lait avec une ficelle dont le nœud est recouvert d’un cachet de cire; ce cachet constitue la marque commerciale de leur produit et doit arriver parfaitement intact au destinataire.
- M. Rochegude ayant pu constater que ce mode de fermeture ne prévient pas toujours l’ouverture frauduleuse des boîtes, en a imaginé un autre plus simple, plus facile à employer et d’une sécurité absolue que la Société récompense par une médaille de bronze.
- 12. Parcs mobiles pour l’éducation des lapins en plein champ, par M. Yverneau,
- à Vitry-sur-Seine.
- (Voyez plus haut, p. 376, le rapport de M. Moll).
- II. LISTE DES CONTRE-MAÎTRES ET OUVRIERS JUGÉS DIGNES DE RECEVOIR DES MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT.
- H p: Q PS p *b O NOMS. ANNÉES de service. ÉTABLISSEMENTS AUXQUELS ILS APPARTIENNENT.
- MM. MM.
- 1 Beniest (Auguste-Maximilien).. . . 10 Mathieu et fils, fabricants d’instruments de chirurgie, à Paris.
- 2 Boussard (Félix) 28 Chaix, imprimeur libraire, à Paris.
- 3 Clauss (Paul) 15 Legrand, fabricant de parfumerie , à Paris.
- (1) Le rapport paraîtra sous peu.
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- MÉDAILLES D ENCOURAGEMENT.
- JUILLET 1876-
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- « CG Q CG O o 55 NOMS. ANNÉES de service. ÉTABLISSEMENTS AUXQUELS ILS APPARTIENNENT.
- MM.
- 4 Deray (Philibert).. . . 25 Compagnie des chemins de fer de l’Est! (ateliers d’Epernay).
- 5 Dubois (Pierre) 22 Fabrique de céruse de M. Théodore Lefebvre, à Lille.
- 6 Frigout (Innocent) 46 Compagnie de Saint-Gobain (atelier de forge).
- 7 Genique (Pierre) 41 Bunel, entrepreneur de peinture, à Châlons-sur-Marne.
- 8 Lamotte (Claude-André) 44 Soudière de Chauny (Compagnie de Saint-Gobain).
- 9 Maurice (Paul-Stanislas) . 21 Tulpin frères, constructeurs mécaniciens, à Rouen.
- 10 Monin (Jean) 49 Roux (Jules), fabricant de faïence, à Villers-les-Pots (Côte-d’Or).
- 11 Pfitzinger (Joseph-Charles) 21 Compagnie des chemins de fer de l’Est (ateliers de la Yillette).
- 12 Robinet (Gabriel-Charles) 11 Godchaux, imprimeur éditeur, à Paris.
- 13 Thomas (Jean-François) 38 Henri.Lepaute, horloger, à Paris.
- Les secrétaires de la Société,
- Ch. LÀBOULAYE. E. PELIGOT,
- Membre de l’Institut.
- MÉDAILLES
- DÉCERNÉES AUX CONTRE-MAÎTRES ET OUVRIERS DES ÉTABLISSEMENTS AGRICOLES
- ET MANUFACTURIERS.
- (Voir le tableau II.)
- 51
- Les notes suivantes sont extraites des dossiers concernant les lauréats. Tome III. — 75* année. 3° série. — Juillet 1876.
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- MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT. — JUILLET 18*.6.
- 1. M. Beniest (Auguste-Maximilien).
- M. Beniest, entré en 1866 comme ouvrier chez M. Mathieu, fabricant d’instruments de chirurgie, à Paris, est devenu contre-maître en 1869, et compte, par conséquent, aujourd’hui, dix ans de service. Son patron, qui [est [membre de la Société, l’a recommandé en des termes qui méritent vraiment d’être cités :
- « Son zèle, dit M. Mathieu, son intelligence et son excellente conduite méritent, à tous égards, d’être l’objet d’une récompense honorifique qui sera pour lui un acte de justice et un encouragement à persévérer dans la voie qu’il a suivie jusqu’à ce jour.
- « Marié en 1859, Beniest a deux filles qu'il élève dans d’excellents principes. Sa femme étant illettrée, comme le sont encore bien souvent les filles d’ouvriers^ il a su, par la douceur et la persuasion, lui faire comprendre qu’elle avait besoin de s’instruire, afin de n’avoir pas à rougir un jour de son ignorance devant ses enfants et cette digne mère de famille, profitant des sages conseils de son mari, s’est mise à l’étude avec une ardeur telle qu’elle remportait l’année dernière un prix d’honneur. »
- De tels exemples ont besoin d’être proclamés bien haut.
- 2. M. Boussard (Félix).
- M. Boussard compte vingt-huit années de bons et loyaux services chez M. Chaix, imprimeur à Paris, membre de la Société. Entré à vingt et un ans dans les ateliers, il y est devenu successivement premier ouvrier, metteur en pages, chef de conscience et depuis 1871 il remplit les fonctions de contre-maître de l’atelier de composition, qui ne renferme pas moins de 150 ouvriers.
- Dans ces différentes situations, M. Boussard s’est constamment fait remarquer par sa conduite exemplaire, son esprit d’ordre et son grand dévouement aux intérêts de son patron.
- 3. M. Çlauss (Paul).
- M. Legrand, parfumeur, à Paris, membre de la Société, a présenté sous les auspices de M. Devinck, membre du Conseil, le jeune Clauss qui est, depuis quinze ans, dans sa maison, où il remplit les fonctions de commis principal, et qui n’a cessé de donner des preuves de dévouement et de bonne conduite.
- 4. M. Deray (Philibert).
- M. Deray, contre-maître de l’atelier de fabrication de ressorts de la Compagnie du chemin de fer de l’Est, à Épernay, a été recommandé par le directeur même de cette Compagnie, M. Jacqmin.
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- MÉDAILLES D ENCOURAGEMENT. -- JUILLET 1876.
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- M. Deray sait lire, écrire, calculer, et possède quelques notions de dessin. Agent dévoué, assidu à son travail, il n’a cessé, depuis vingt-cinq ans qu’il est au service delà Compagnie, de donner des preuves d'une grande aptitude. Entré, en 1851, comme forgeron et ajusteur au prix de 5 francs par jour, il a été nommé contre-maître en 1854 et a vu son traitement augmenter successivement jusqu’au chiffre de 3 000 fr. par an.
- Père de cinq enfants, il est parvenu, malgré des ressources relativement modiques et grâce à un esprit d’ordre et de conduite, digne des plus grands éloges, non-seulement à leur donner une bonne instruction et une éducation convenable, mais encore à acquérir la petite maison qu’il habite avec sa famille.
- M. Deray a coopéré à la fondation d’une société de secours entre les ouvriers du chemin de fer à Epernay, société dont il est trésorier depuis dix-neuf ans. En reconnaissance des services rendus par lui, la commission supérieure des sociétés de secours lui a décerné, en 1867, une médaille d’argent.
- 5. M. Dubois (Pierre).
- Vingt-deux ans de bons et loyaux services dans la fabrique de céruse de MM. Théodore Lefèvre et comp. à Lille, membres de la Société, tels sont les titres qui ont valu la médaille à M. Dubois.
- 6. M. Frigout (Innocent).
- C’est sous les auspices de M. Baude, vice-président du Conseil de la Société, que plusieurs administrateurs de la Manufacture de glaces de Saint Gobain ont présenté les titres de M. Frigout, qui est depuis quarante-six ans au service de la forge de ce grand et célèbre établissement.
- Entré à la Manufacture en 1830, M. Frigout y a travaillé pendant deux ans avec son père comme apprenti non payé ; de 1832 à 1835, il a partagé avec son père, comme forgeron, tous les travaux de l’établissement; de 1835 à 1852, il a été maître forgeron et, enfin, en 1852, il est devenu chef de l’atelier de la forge.
- Doué de dispositions remarquables pour le dessin, et d’un esprit observateur et inventif, il a pu, dans sa modeste sphère et malgré le manque d’instruction première, rendre à l’usine de sérieux services. C’est ainsi qu’il lui revient une bonne part dans la création de l’outillage nouveau des halles, et notamment des appareils à enfourner ainsi que des poches à couler le verre mince.
- La médaille accordée à M. Frigout ne saurait être mieux méritée.
- 7. M. Genique (Pierre).
- M. Genique est premier ouvrier peintre chez M. Bunel, entrepreneur de peinture, à Châlons-sur-Marne, où il travaille depuis quarante-et-un ans.
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- 400 MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT. — JUILLET 1876.
- M. Bunel, architecte, à Paris, qui recommande vivement M. Genique, ajoute que cet honnête et laborieux ouvrier a su donner à son fils une éducation telle, que celui-ci est devenu chef de bureau à la préfecture de la Marne.
- 8. M. Lamotte (Claude).
- La Société d’encouragement récompense, en M. Lamotte, quarante-quatre ans de service dans l’atelier de tonnellerie de la Soudière-de-Chauny, qu’il n’a quitté qu’une seule fois pour aller passer cinq ans sous les drapeaux. Contre-maître depuis 1851 de ce même atelier, où il est entré comme simple ouvrier en 1832, il dirige encore aujourd’hui, malgré ses soixante-trois ans, un grand nombre d’ouvriers ; aussi le directeur de la fabrique écrit-il que c’est avec regret qu’il voit approcher le jour où les forces de M. Lamotte ne lui permettront plus de continuer son service.
- 9. M. Maurice (Paul-Stanislas).
- M. Maurice est un candidat présenté par MM. Tulpin frères, les habiles ingénieurs constructeurs de Rouen, que la Société d’encouragement a récompensés.
- Entré comme apprenti à l’âge de quatorze ans chez MM. Tulpin, M. Maurice a su, peu à peu, grâce à son intelligence et à sa bonne conduite, y améliorer sa position et, aujourd’hui, il dirige comme contre-maître un important atelier. Il compte donc vingt-et-un ans de services et a bien mérité la médaille que la Société lui accorde.
- 10. M. Monin (Jean).
- Travailler pendant quarante-neuf années consécutives dans un même établissement est chose bien digne d’éloges et que s’est empressé de signaler M. Jules Roux, membre de la Société, à Villers-les-Pots (Gôtes-d’Or), à la faïencerie duquel M. Monin est attaché depuis 1827.
- D’une conduite exemplaire, M. Monin a élevé plusieurs enfants, et aujourd’hui qu’il a soixante-sept ans, il se prépare à céder la place à son fils, qu’il a su habilement dresser aux pratiques de son art.
- 11. M. Pfitzinger (Joseph-Charles).
- M. Pfitzinger est encore un candidat présenté par M. Jacqmin, directeur du chemin de fer de l’Est ; c’est dire que ses états de services sont dignes des plus grands éloges. L’ingénieur du matériel roulant des ateliers de la Villette, dans le service duquel M. Pfitzinger travaille depuis bientôt vingt-deux ans, écrit à ce sujet :
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- MÉDAILLES DENCOURAGEMENT -- JUILLET 1876.
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- « .....Sa grande valeur et sa longue expérience comme modeleur, en particulier,
- ont été, de tout temps, d’un très-précieux secours pour les travaux neufs de la Compagnie.
- « M. Pfitzinger est père d’une nombreuse famille (cinq garçons), pour l’éducation desquels il n’a reculé devant aucun sacrifice :
- « L’aîné, âgé de vingt-sept ans, employé en qualité de dessinateur au service du matériel roulant, est resté jusqu’à l’âge de seize ans à l’Ecole supérieure de Metz et a fait un excellent apprentissage d’ajusteur-mécanicien.
- « Le second, âgé de vingt-deux ans employé comme ajusteur aux ateliers delà Vil-lette, a suivi l’école primaire jusqu’à quatorze ans et ne l’a quittée que pour entrer en apprentissage.
- « Le troisième, qui a dix-neuf ans, a suivi jusqu’à quinze ans les cours de l’École supérieure de Metz, et a appris l’etat de modeleur sous la direction de son père.
- « Le quatrième, qui n’a que quinze ans, suit actuellement, à Paris, les cours de troisième année de l’École municipale d’apprentis.
- « Le cinquième, enfin, fréquente assidûment l’école et fera, à n’en pas douter, un excellent ouvrier comme ses frères. »
- La Société aime à récompenser le chef d’une pareille famille !
- 12. M. Robinet (Gabriel-Charles).
- M. Robinet est attaché depuis onze ans à l’important établissement de MM. God-chaux frères, imprimeurs-éditeurs, à Paris, membres de la Société, où il remplit les fonctions de chauffeur-mécanicien. C’est un ancien marin de l’État qui a conservé chez ses patrons toutes les précieuses qualités du soldat esclave du devoir, et qui traite la machine qui lui est confiée avec des soins et une intelligence qui ne se rencontrent malheureusement pas toujours partout.
- 13. M. Thomas (Jean-François).
- M. Thomas compte bientôt trente-huit ans de services dans l’ancienne et célèbre maison Henry-Lepaute, horloger, à Paris. Il y est entré en 1838, alors que M. Lepaute réussissait, le premier, à exécuter, au moyen de machines, les lentilles destinées aux phares inventés par l’illustre Fresnel.
- Laborieux, intelligent et honnête, possédant une instruction élémentaire au-dessus de la moyenne, M. Thomas a fini par acquérir une véritable supériorité dans la construction de ces lentilles; aussi,est-il chargé, depuis plus de vingt ans, de la direction de l’atelier d’optique dont il est devenu contre-maître.
- M. Lepaute fils, aujourd’hui à la tête de la maison, fait le plus grand éloge de ce contre-maître et de la manière dont il a su élever ses enfants, dont l’un est déjà apprenti horloger dans la maison.
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- ÉTAT FINANCIER DE I A SOCIÉTÉ. --JUILLET 1876.
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ.
- RAPPORT FAIT PAR M. LEGRAND, AU NOM DE LA COMMISSION DES FONDS, SUR LES COMPTES DE RECETTES ET DÉPENSES DE L’EXERCICE 1874.
- Messieurs, la commission des fonds, par le présent rapport, soumet à votre approbation le compte de l’exercice financier de 1874, régularisé par M. le trésorier, dans le cours de l’année dernière.
- Ce compte se divise, comme dans les années précédentes, en trois parties :
- 1° Les fonds généraux, comprenant les recettes et dépenses afférentes au fonctionnement de la Société.
- 2° Le fonds d’accroissement provenant d’un legs fait par Mme la comtesse Jollivet pour être capitalisé jusqu’en 1882.
- Et 3° Les fondations et dons faits à la Société, avec affectation spéciale au sujet desquels elle a été instituée mandataire.
- ire PARTIE.
- FONDS GÉNÉRAUX.
- Recettes.
- Les recettes en 1874 se composent, d’abord, du solde en recette de l’année précédente, puis des revenus ordinaires, annuels de la Société, qui proviennent de sources diverses, et ensuite de la vente d’une inscription de 6000 francs, afin de réaliser les ressources nécessaires pour le payement des
- dépenses de reconstruction de l’hôtel de la Société.
- fr. c.
- Le solde de recette du compte de 1873 est............................ 10 192,07
- Art. 1er. Souscription du ministère du commerce...................... 4 000,00
- — 2. Souscriptions particulières antérieures à 1874. . 324 fr.} ^ 512 00
- — 3. Souscriptions particulières en 1874 ............ 26 188 j “ ’
- — 4. Vente d’exemplaires du Bulletin............................. 604,44
- — 5. Intérêt des sommes déposées au Crédit foncier................. 1 086,02
- — 6. Location des salles de l’Hôtel antérieurement aux travaux.. . 1 845,00
- — 7. Arrérages des rentes sur l’État.............................. 22 668,72
- Id. provenant des souscriptions perpétuelles
- ou à vie..................................,.............. 1 158,00
- — 8. Somme provenant de la vente d’une inscription de 6 000 fr.
- de rente 3 pour 100...................................... 119 448,40
- Total des recettes................. 187 514,65
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. — JUILLET 1876.
- 403
- Dépenses.
- Les dépenses sont résumées ainsi qu’il suit :
- fr. c*
- Art. 1er. Bulletin ; rédaction, impression et expédition........... 28 013,13
- — 2. Impressions diverses...................................... 1 902,00
- — 3. Bibliothèque.................................................. 293,70
- — 4. Agence, secrélariat, concierge et économat................ 14 622,22
- — 5. Jetons de présence......................................... 1 883,00
- — 6, Hôtel de la Société, dépenses ordinaires...... 3 695,94| ^ 41595
- Id. dépenses de reconstruction 128 720,01 j ’
- — 7. Pensions................................................ »
- -T- 8. Récompenses et encouragements.......................... »
- — 9. Dépenses pour études des comités.............................. 167,05
- — 10. Subventions à des écoles...................................... 350,00
- — 11. Addition au legs Bapst, prise sur le produit des locations des
- salles....................................................... 925,00
- — 12. Grand prix de la Société (annuité)....................... 1 800,00
- Total des dépenses........... 182 372,05
- Il résulte de la comparaison du chiffre des recettes et de celui des dépenses un solde en recette à la fin de 1874 de..................... 5 142,60
- Total égal................... 187 514,65
- Comme annexe à cette partie des comptes, M. le trésorier a présenté, à titre de renseignements, un résumé des dépenses aujourd’hui terminées et soldées qui ont été faites pour la reconstruction de l’hôtel de la Société entreprise en 1872.
- fr* c.
- On y trouve pour l’acquisition des terrains...................... 86 053,05
- pour les travaux de restauration...................... 152 000,30
- pour l’ameublement.................................... 15 689,23
- pour les frais divers de déplacement. . . ............]
- allocations et honoraires dus à l’architecte pour travaux > 20 685,71
- et projets pendant une période de dix années..........)
- Total............... .... 274 428,29
- Ces dépenses ont été payées par la vente d’inscriptions de rentes 3 pour 100 et par les réserves disponibles.
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- Le chiffre des charges annuelles que représente aujourd’hui l’immeuble
- de la Société peut alors s’évaluer ainsi :
- fr. c.
- Dépense de première acquisition et installation.......................... 151 000,00
- Appropriations et modifications à diverses époques....................... 40 000,00
- Achat de terrains et réédifications en 1873 et 1874...................... 274 428,00
- Total......................... 465 428,00
- fr. c.
- L’intérêt calculé à 5 pour 100 représente. ............................ 23 270,00
- Il faut déduire la valeur des locations qui atteint maintenant......... 10 000,00
- Il reste donc à la charge de la Société................................... 13 270,00
- «e PARTIE
- FONDS D’ACCROISSEMENT.
- Le fonds d’accroissement se forme comme il a été expliqué dans les
- comptes précédents :
- fr. c.
- 1° Du quart d’une inscription de 11 405 fr. de rente 3 pour 100 léguée par Mme la comtesse Jollivet, qui doit être capitalisé.......... 2 851,28
- 2° Du quart également d’une inscription provenant du même legs de
- 180 fr. de rente 4 1/2 pour 100, soit................................ 45,00
- 3° Des revenus provenant des placements faits successivement depuis le legs, et qui, à la fin de l’exercice 1874, s’élèvent à. .......... 26 783,50
- Ensemble....................... 29 679,78
- Par suite des achats faits en vertu de cette capitalisation qui doit se continuer jusqu’en 1882, conformément au désir de la donatrice, l’inscription de rente 3 pour 100 s’élève pour cette exercice à.......... 27 701,00
- Les frais à........................................................ 1 935,16
- Et le solde en caisse de..............................•............ 43,62
- 3e PARUE.
- FONDATIONS ET DONS SPÉCIAUX.
- Cette 3e partie du compte présente 16 articles différents; chacun d’eux est relatif à une fondation spéciale.
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- 1° Prix fondé par M. le marquis d’Argenteuil.
- Les arrérages de la rente de i 647 francs, qui composent cette fondation, sont déposés à la caisse des consignations, et l’accumulation des intérêts constitue le prix de 12 000 francs, qui doit être décerné tous les six ans.
- fr. c.
- Les sommes ainsi déposées s’élèvent, en 1874, à...................................... H 332,45
- Et il reste en caisse un solde de.................................................... 340,59
- Ce prix devait être donné en 1876, mais une délibération du Conseil du 20 avril 1876 a fait connaître qu’il n’y avait pas lieu d’en faire la délivrance cette année et a renvoyé ce concours à l’année 1878.
- 2° Legs de M. Bapst.
- Gette fondation repose sur une rente 3 pour 100 de 2 160 francs, qui est applicable jusqu’à concurrence de 1 565 fr. 20, à donner des secours aux inventeurs malheureux, et pour le reste, de 594 fr. 80, à faciliter des découvertes.
- Cette dernière somme, trouvée insuffisante, a été capitalisée en vertu d’une délibération du Conseil jusqu’au chiffre de 1 588 francs, de sorte que ces deux sommes réunies donnent un total de 2 182 fr. 80 pour cette seconde partie
- fr- c.
- La première partie de celte fondation dispose donc de................. 1 565,20
- Mais, par une délibération du Conseil, on y a ajouté sur les frais généraux à prélever des locations de la salle............................... 924,80
- Plus une somme donnée par M. le marquis de Turenne et provenant de ses jetons de présence............................................... 60,00
- Ensemble........................ 2 550,00
- Cette somme a servi à distribuer des secours à quatorze personnes.
- fr.
- La deuxième partie du legs Bapst se compose, ainsi qu’il a été dit pré-
- cédemment, de la portion de rente réservée.............................. 594,80
- Et des arrérages d’une inscription de rente provenant des capitalisations antérieures....................................................... 1 588,00
- Total...........................2 182,80
- Tome 111. — 75e année. 3® série. — Juillet 1876. 52
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIETE.
- JUILLET
- fr. c.
- Sur cette somme diminuée d'un solde en dépense de 11 f fr. 50 qui existait à la fin de 1873 on a distribué des secours à huit personnes pour
- une somme totale de........................................................... 1 200,00
- El il reste en caisse disponible un solde de. ............................. . 871,30
- 3° Fondation de M. Paul Christofle pour la délivrance de premières annuités
- de brevets.
- Cette fondation consiste en un versement annuel de 1 000 francs, institué par M. Christofle père et continué par ses fils, pour fournir à des inventeurs sans ressources suffisantes une première annuité de brevet qui leur assure la propriété de leur découverte et leur donne le moyen de la faire connaître, sans danger pour leurs intérêts.
- Cette somme de 1 000 francs doit être partagée en deux parts égales de 500 francs. La première est applicable au payement immédiat de premières annuités de brevets, la seconde est destinée à être capitalisée jusqu’à concurrence d’une rente de 500 francs, qui servira à fournir d’autres annuités de brevets lors de sa réalisation.
- L’inscription de rente, résultat de cette capitalisation, s’élève à 416 francs à la fin de 1874, et comme il n’a été délivré que trois annuités de brevets, le solde en caisse restant disponible est de......................... 608 fr. 54
- 4° Fondation de la princesse Gallitzin.
- Mme la princesse Gallitzin a fait don à la Société d’encouragement d’une somme de 2 000 francs pour la délivrance d’un prix sur l’avis du comité des arts économiques.
- La commission des fonds a décidé que cette somme serait provisoirement employée à l’achat d’obligations du chemin de l’Est en attendant son application.
- Cette fondation possède actuellement sept (7) obligations 3 pour 100 et un solde en caisse de.................................... 306 fr. 17
- 5° Fondation Carré.
- M. Carré aîné a donné, dans le même but, une somme de 1000 francs. Elle a été convertie également en trois obligations 3 pour 100 du chemin de fer de l’Est et il reste un solde en caisse de...............184 fr. 03
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ
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- 6° Fondation Fauler. (Industrie des cuirs.)
- Cette fondation destinée à donner des secours pour l’industrie des cuirs repose sur 9 obligations du Midi, 7 du chemin de l’Est, et 5 des Ardennes, ensemble 21 obligations, donnant un revenu de 305 fr. 69.
- Par suite du manque d’emploi en 1874, le solde en caisse disponible est de. ...............................................................551 fr. 50
- 7° Fondation Legrand. (Industrie de la savonnerie.)
- Cette fondation repose sur 37 obligations donnant un revenu annuel de................................................................. 538 fr. 44
- Elle a donné en secours une somme de 350 francs, elle a éteint un excédant de dépense existant à la fin de 1873 de 169 fr. 76 et elle possède un solde en recette...................................................18 fr. 58
- 8° Caisse Christofle et Bouilhet destinée à donner des secours aux artistes industriels malheureux.
- Cette fondation repose sur une obligation 5 pour 100 du chemin de fer de l’Est et sur 22 obligations 3 pour 100 du même chemin, d’un revenu de 344 fr. 34.
- Elle présente un solde en caisse de.............................414 fr. 03
- 9° Caisse de Blilly en faveur des contre-maîtres et ouvriers de l’industrie stéarine ayant rendu ^des services appréciés.
- Cette fondation repose sur 20 obligations 3 pour 100 du chemin de fer de l’Est et elle possède en caisse un solde de........................ 364 fr. 81
- 10° Caisse de Baccarat pour l’industrie de la céramique et de la cristallerie
- Cette fondation repose sur 4 obligations 3 pour 100 du chemin de fer de l’Est et possède en caisse un excédant de recette de............... 244 fr. 39
- 11® Souscriptions perpétuelles et à vie.
- Aucun changement ne s’est opéré dans cette caisse, qui repose sur 2 inscriptions de rente, l’une pour les membres perpétuels, l’autre pour les
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIETE. ---JUILLET 1876.
- membres à vie, lesquelles forment ensemble une rente de 1183 francs; elle s’applique à 22 membres perpétuels et 6 membres à vie. Le solde en recette est de. ...................................................12 fr. 46
- 12° Caisse Ménier pour l’industrie des produits chimiques.
- Cette fondation repose sur 3 obligations 3 pour 100 et 2 obligations 5 pour 100 du chemin de fer de l’Est, donnant un revenu de 92 fr. 13.
- Elle présente un solde en recette de............................217 fr. 00
- 13° Fondation Bouchon, de la Ferté-sous-Jouarre.
- Cette souscription, destinée à donner un prix en faveur de celui qui rendra la taille des pierres meulières moins nuisible à la santé des ouvriers, représente, au 31 décembre 1874, la somme de...................... 6 794 fr. 40
- 14° Grand prix de la Société
- Cette fondation consiste dans une réserve annuelle de 1800 fr. faite par la Société et versée à la caisse des consignations pour former un prix de 12 000 fr. à délivrer tous les six ans, en faveur de la découverte la plus importante.
- Les versements, à la fin de 1874, avec les intérêts, forment un total de.............................................................. 3 742 fr. 15
- 15° Prix pour l’industrie cotonnière, fondation Gustave Roy.
- Cette fondation est destinée à décerner un prix tous les six ans pour un progrès important dans l’industrie cotonnière.
- Elle repose sur 41 obligations du chemin de fer de l’Est donnant un revenu brut de..................................................... 576 fr. 54
- Les arrérages, placés à la caisse des consignations, à mesure de leur rentrée, constituent la valeur d’un prix de 4 000 francs à délivrer tous les six ans.
- Le montant des dépôts s’élève, à la fin de 1874, à. . . . 692 fr. 44
- 16° Caisse Elphège Baude, prix institué pour le matériel des constructions du génie civil délivré tous les cinq ans.
- Cette fondation comprend 8 obligations 3 pour 100 du chemin de fer
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- de l’Est donnant un revenu annuel de 116 fr. 40 et elle possède en caisse un solde de............................................156 fr. 01
- Tous ces comptes sont accompagnés des pièces justificatives classées avec la plus parfaite régularité par M. le trésorier, dont les soins constants pour les intérêts de la Société méritent tous nos remercîments.
- Maintenant, Messieurs, par ce qui précède, vous pouvez juger que notre situation financière a subi quelques modifications à la suite des dépenses occasionnées par la reconstruction de l’hotel de la Société. Vous avez dû permettre d’aliéner trois inscriptions formant un chiffre de 12 000 francs de rente 3 pour 100 qui a produit un capital de 240 000 francs, et nous avons, en outre, prélevé 34 000 francs sur nos réserves pour faire face à nos besoins. Les revenus se sont ainsi trouvés diminués, et, si notre budget de 1874 présente encore un solde en excédant de recette de 5 142 fr. 60, cela tient à ce que les travaux de réédification ne nous ont pas permis, dans le cours de cet exercice de distribuer les prix et les encouragements qui, d’ordinaire, tiennent une place importante dans le chiffre des dépenses.
- 11 devient donc nécessaire, pour rétablir notre prospérité, d’apporter un concours efficace à l’augmentation des membres sociétaires et à la réalisation de toutes les économies possibles, de manière à trouver un juste équilibre entre nos revenus et nos dépenses, sans nous détourner du but de notre institution.
- Déjà, par la plus grande quantité de sociétés savantes, que l’agrandissement de notre local nous a permis d’accueillir, nous trouvons, maintenant, une source de revenus qui compense une partie de nos déboursés, et il est permis de supposer qu’elle devra s’accroître encore, mais nos charges ont aussi augmenté, et il convient, par toutes les mesures d’ordre et d’économie, d’en assurer la compensation.
- Tel est, Messieurs, l’ensemble du compte de l’année 1874, dont nous venons de vous soumettre les détails, et auquel votre commission des fonds, après examen, vous prie de donner votre approbation.
- RAPPORT FAIT PAR M. LE GENERAL MENGIN-LECREULX, AU NOM DES CENSEURS, SLR LA COMPTABILITÉ DE L EXERCICE 1874.
- Messieurs, je viens pour obéir à l’article 16 de nos statuts, vous rendre
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- NOTICES INDUSTRIELLES*
- JUILLET 1876.
- compte de l’examen que nous avons fait de l’état fourni par M. le trésorier des recettes et des dépenses de l’exercice 1874. Ces comptes nous ont paru tout à fait en règle ; ils n’ont pas laissé que d’exiger une aptitude spéciale et un travail considérable qui mérite toute la reconnaissance de la Société. Quant au rapport dont vous venez d’entendre la lecture, nous nous bornerons à appeler votre attention sur deux points principaux :
- 1° Première observation. On voit que l’hôtel de la Société a coûté, ainsi que la commission des fonds le fait remarquer, y compris les dépenses primitives, d’acquisition et d’appropriation, la somme totale de 465428 francs; que cette somme, à 5 pour 100 produirait un intérêt de 28 270 francs, dont déduisant le produit des locations s’élevant aujourd’hui à 10 000 francs, il reste une somme de 13270 francs, qui ne paraît pas constituer un prix de location exagéré pour les locaux dont nous jouissons. Il semble en outre qu’il n’est pas sans intérêt pour notre Société, même au point de vue matériel, d’avoir un hôtel qui présente au public une façade convenable et de bon goût.
- 2° Seconde observation. Tout en insistant avec M. le rapporteur sur l’utilité des économies et sur les efforts que chacun de nous doit faire pour procurer à la Société de nouveaux membres, nous ferons remarquer que, en 1882, c’est-à-dire dans six ans, le fonds d’accroissement dû à la libéralité de M“e la comtesse(de Jolivet augmentera le revenu de la Société de 42 000 francs, c’est-à-dire des deux tiers au moins, et lui permettra de faire encore plus de bien que par le passé et d’accomplir, de mieux en mieux, sa noble tâche : celle d’assurer le développement et la prospérité de Vindustrie nationale.
- En terminant, nous avons l’honneur de vous proposer d'approuver le rapport de la commission des fonds et, en outre, de voter des remercîments à l’honorable trésorier de la Société.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Moyen simple pour éviter les déperditions «le ealorlcgue.— MM. Bianzy, Poure et comp., manufacturiers à Boulogne-sur Mer, ont recours au procédé suivant pour éviter la déperdition de calorique dans les conduites de vapeur, dômes de générateurs, cylindres de machines, etc., de leurs usines.
- Ils recouvrent simplement les surfaces de sciure de bois (quelle que soit son essence) agglutinée au moyen de colle de pâte. Si la colle a été employée très-liquide et
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- 4M
- NOTICES INDUSTRIELLES. -----JUILLET 1876.
- si le mélange de sciure et de colle est pris à l’état de pâte compacte, l’adhérence est parfaite sur les surfaces à recouvrir, à la condition, toutefois, que celles-ci soient bien dégraissées. Il n’y a pas de retrait et, par conséquent, pas de fissures.
- MM. Blanzy, Poure et comp. affirment que des appareils à vapeur ainsi recouverts donnent lieu à moins de déperdition de calorique que par l’emploi des autres produits calorifuges que l’on trouve dans le commerce.
- Ils placent sur les appareils à recouvrir cinq couches successives de 5 millimètres d’épaisseur chacune, soit une épaissseur totale de 25 millimètres, et, avec cette épaisseur, ils prétendent obtenir un résultat beaucoup plus parfait qu'avec 50 millimètres indiqués pour les autres produits.
- Le coût est presque nul, la sciure de bois étant, en général, sans emploi dans un grand nombre d’industries. MM. Blanzy et Poure ont trouvé qu’avec 50 kilogr. de farine, soit pour une somme de 20 francs environ, ils faisaient le même travail qu’avec 1 000 francs des produits que le commerce livre, en général, au prix de 15 à 18 francs les 100 kilogr.
- La colle de pâte qu’ils emploient est simplement composée de farine, sans addition d’amidon. Le mélange, qu’on applique à la truelle avec la plus grande facilité, sert pour recouvrir des conduites de vapeur, à l’intérieur ou même à l’extérieur; dans ce dernier cas, on a soin de mettre par-dessus deux ou trois couches de coal-tar (goudron de houille) pour rendre l’enduit imperméable à l’eau.
- On facilite beaucoup l’application du mélange en tamisant la sciure pour en retirer les parties trop grosses.
- Organisation nouvelle dn bureau des patentes de Londres. — Plusieurs changements sont sur le point de se faire dans le Bureau des patentes {Patent office) de Londres. Une ordonnance a été rendue, qui doit avoir son effet à partir du 1er juillet 1876 et en vertu de laquelle est supprimé l’abrégé de la patente provisoire, exigé depuis 1866 de chaque inventeur ; cet abrégé est jugé désormais inutile.
- Un avertissement est en même temps donné qu’à l’avenir les dessins accompagnant les spécifications de patentes devront être reproduits par la photo-lithographie ; les copies des originaux déposés devront, après le 30 juin 1876, être adressées sous une forme telle qu’on puisse les reproduire au moyen de la photographie. Il suit de là qu’on devra réduire, autant que possible, l’échelle des dessins, dans le but d’économiser la place et de diminuer les frais d’impression.
- Afin de laisser le temps nécessaire à l’examen des dessins déposés, les Commissaires de patentes demandent que ces dessins soient envoyés six jours au moins avant l’expiration de la date fixée, ce qui revient à réduire à une semaine la protection provisoire de six mois accordée jusqu’ici par l’Acte de 1852. Il est probable qu’à la suite d’un rapport que préparent le directeur des archives et le secrétaire de la trésorerie, il y aura encore d’autres modifications dans l’organisation du Patent office, et que ces
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- NOTICES INDUSTRIELLES. — JUILLET 18T6.
- modifications auront pour objet de réglementer dans de plus étroites limites les facilités accordées au public en ce qui concerne la librairie du Bureau et l’expédition des publications officielles. On a proposé, pour le cas où une bibliothèque scientifique nationale serait créée à fouth Kensington, d’adjoindre à cette bibliothèque celle du Patent office,, mais il n’y a encore rien de décidé à cet égard. (Times.)
- (M.)
- Sur les-mines «le nickel «le la Nouvelle-Calédonie.—La présence du nickel dans la Nouvelle-Calédonie a été signalée, depuis plusieurs années, sur un grand nombre de points de l’île, par M. Jules Garnier. Comme ce métal atteint actuellement des prix élevés, on s’est mis à le rechercher et à l’extraire activement dans la colonie. Plusieurs centaines de tonnes de minerai de nickel de la Nouvelle-Calédonie sont même attendues en France, et voici l’analyse faite, au bureau d’essais de l’Ecole des mines, d’un des nombreux échantillons qui ont été rapportés par M. Garnier :
- Gangue et silice.............................44.00
- Magnésie................................... . 16.30
- Oxyde de nickel............................. 19.00
- Alumine et fer............................... 0.60
- Eau..........................................20.00
- Total..............99.90
- Jusqu’ici, le nickel n’était point retiré de composés oxydés; aussi, par reconnaissance pour l’auteur de la découverte de ce nouveau minerai, on a donné à ce dernier le nom de Garnierite.
- La Garnierite est d’un beau vert, et il est peu de gîtes de serpentines de la Nouvelle-Calédonie qui n’en présentent au moins des traces ; parfois elle forme des enduits à la surface des roches magnésiennes ; elle remplit encore les cavités d’un silex caverneux qui accompagne les serpentines ; en filons, elle est quelquefois associée à d’autres métaux, notamment au cuivre. Parmi les gîtes explorés, ceux des environs de Kanala sont maintenant les plus rémunérateurs. M. Garnier pense que la Nouvelle-Calédonie est appelée à devenir une des sources les plus importantes de nickel.
- , (Annales des mines.)
- PARIS.
- IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE BOUCHARD—HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5.
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- ARTS MÉCANIQUES. ------ AOUT 1876. 4M
- voir se lever ou s’abaisser à volonté ; les extrémités inférieures de ces bras sont des crochets ou des griffes.
- F, chaînes portées par les bras E et terminées par des crochets qui, au moment de la descente de l’appareil dans l’eau, servent à relever les bras dans la position indiquée en ponctué, figure 1 ; les crochets s’attachent, comme on le voit figure 1 bis, à la partie supérieure de la tige A.
- Lorsqu’on veut opérer, tous les bras ayant été relevés, on descend l’appareil dans l’eau ; dès que le poids C" rencontre un objet contre lequel il butte, la tringle G C' G" remonte, et le tampon C', faisant d’un seul coup lâcher prise à tous les crochets des chaînes F, les bras E tombent et saisissent l’objet qu’on veut retirer ; on n’a plus alors qu’à remonter l’appareil.
- Deuxième modèle. — Fig. 2. Vue en élévation.
- G, tige de suspension de l’appareil portant les bras saisisseurs.
- H, espèce de cloche entourant la tige G, le long de laquelle elle peut glisser ; elle est munie en dessous d’un rebord saillant.
- I, bras courbes s’articulant à leur partie supérieure dans des oreilles ; ils sont munis d’une série de tringles horizontales, disposées de telle sorte que, lorsque les bras sont abaissés comme l’indique la figure 2, ils forment une espèce de cage.
- P, cames portées par les bras I près de leur centre d’articulation, et servant à maintenir les bras relevés au moment de la descente de l’appareil ; pour cela on les engage sous le rebord saillant de la cloche H.
- J, petit réservoir pénétrant sous la cloche au moyen d’une boîte à étoupe empêchant l’eau extérieure d’y entrer.
- K, petit tube flexible, pénétrant dans le réservoir J et enfermé dans le câble de suspension de l’appareil.
- Pour opérer, on relève les bras I, et quand l’appareil est descendu au-dessus de l’objet à saisir, au moyen d’une pompe on injecte de l’extérieur, par le tube K, une petite quantité d’eau dans le réservoir J 5 aussitôt, l’eau arrivant soulève la cloche H, qui dégage les cames P et laisse par conséquent retomber les bras I.
- Cet appareil est employé pour ramener des objets fragiles, que le contact du poids G" (fig. 1) de l’appareil précédent pourrait endommager.
- Troisième modèle. — Vue en élévation.
- L, tige de suspension de l’appareil, portant à sa base un croisillon à oreilles.
- M, bras courbes s’articulant dans les oreilles du croisillon de la tige L.
- N, surfaces convexes en forme de carapace ou d’écusson, fixées extérieurement à chaque bras vers son milieu, et dont la fonction consiste à offrir une surface de résistance.
- Il suit de là que lorsque l’appareil descend par son propre poids, l’action de l’eau contre les surfaces N force les bras à s’ouvrir, tandis qu’ils se referment dès qu’on remonte l’appareil. (M.)
- Tome III. — 75e année. 3e série. — Août 1876.
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- ARTS CHIMIQUES. — AOUT 1876.
- ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Lamy, au nom du comité des arts chimiques, sur la fabrique
- DE LEVURE FRANÇAISE ET D’ALCOOL DE GRAINS de MM. SPRINGER ET COMP., à
- Maisons-Alfort [Seine).
- Messieurs, dans la séance du \% novembre 1875, vous avez renvoyé à votre comité de chimie une communication faite par M. Barrai, au nom de M. le baron Springer, sur une nouvelle fabrication de levure et d’alcool de grains établie récemment à Maisons-Alfort. Sur l’invitation de M. Springer, plusieurs membres du comité, auxquels s’étaient joints deux membres du comité d’agriculture, sont allés visiter l’usine, et c’est un compte rendu sommaire de cette visite que nous venons vous présenter dans ce rapport.
- Depuis 1850, M. le baron Springer fabriquait à Reindorf, près de Vienne, en Autriche, de la levure dite viennoise, très-recherchée pour la fabrication du pain et de la pâtisserie. A l’Exposition universelle de 1867, à Paris, la boulangerie autrichienne mit en relief la supériorité de cette levûre, laquelle, examinée et essayée par les membres du Jury international de la classe 67, fut l’objet d’un rapport des plus favorables. Après l’avoir expédiée pendant plusieurs années de Vienne en France, ou elle était vendue en concurrence avec la levûre similaire hollandaise, M. Springer s’est décidé à venir la produire sur place, et dans ce but, il a fondé en 1874, à Maisons-Alfort, une grande distillerie de grains. La nouvelle levûre, qui a reçu le nom de levûre française, l’alcool résultant de la fermentation, et le résidu solide de la distillation, ou la drèche, tels sont les trois produits essentiels de l’industrie que M. le baron Springer a l’honneur d’avoir introduite le premier en France, et dont l’importance peut justifier les détails dans lesquels nous allons entrer.
- L’usine élevée à Maisons-Alfort, au milieu[d’un vaste terrain de 18 hectares de superficie, et construite tout en fer, brique ou pierre, comprend trois grandes divisions : la malterie, la préparation de la levûre et la distillerie.
- Les étages supérieurs du bâtiment de la malterie renferment la matière première de la fabrication, savoir : orge, seigle et maïs, dont ils peuvent emmagasiner 3 500 000 kil., et contiennent en outre toutes les machines les plus perfectionnées pour nettoyer, diviser les grains, les concasser, les élever ou les transporter horizontalement. Au premier étage, huit paires de meules avec blutoirs servent à les réduire en fine farine.
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- ARTS CHIMIQUES. — AOUT 1870.
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- Dans le sous-sol sont les germoirs, vastes et belles caves voûtées, convenablement éclairées et aérées, dont le plancher, tout en ciment de Portland, présente une double pente en sens contraire vers un canal médian, et où la température peut conserver une constance des plus favorables à la germination.
- Au-dessus sont les cuves de mouillage en ciment, avec de larges trappes pour laisser tomber le grain convenablement gonflé sur le sol du germoir.
- La touraille est une étuve à deux étages, avec une chambre inférieure pour le chauffage de l’air, dont la disposition, qui nous a paru nouvelle, mérite d’être signalée. D’un coin de cette chambre, un large tuyau, en tôle forte galvanisée, s’élève graduellement en hélice, et, après trois tours de spire, va déboucher dans une cheminée sur la paroi supérieure opposée. C’est par ce tuyau que passent la fumée et les gaz chauds du foyer du calorifère. Sa section, bizarre, est celle d’un demi cercle surmonté d’un cône, afin de permettre aux radicelles desséchées de l’orge (touraillons) de tomber jusque sur le plancher. Au-dessous de ce tuyau fortement échauffé, et à des distances égales assez rapprochées, débouchent des tuyaux verticaux, un peu coniques de bas en haut, ouverts aux deux bouts, qui vont puiser l’air pur par leur extrémité inférieure dans une chambre du sous-sol voisine du massif du foyer. Cet air, appelé dans les tuyaux, vient se dégager contre la surface du conduit hélicoïdal de fumée, et s’échauffer à son contact, pour s’élever ensuite à travers le plafond perforé qui supporte l’orge à dessécher.
- Les planchers à claire-voie de la touraille sont formés, non pas de lames de tôle perforées, mais de toiles en fil de fer dont la surface présente une plus grande somme d’espaces vides par rapport aux espaces pleins. Enfin, au sommet du plafond voûté du deuxième étage, une large baie circulaire est fermée au moyen d’une trappe mobile, à contre-poids, que l’on peut manœuvrer aisément du plancher de la touraille, pour régler l’écoulement de l’air chaud plus ou moins chargé d'humidité.
- La préparation des moûts ou jus sucrés se fait en saccharifiant exclusivement par le malt, un mélange en proportions à peu près égales de farines d’orge, de seigle et de maïs. L’orge seule est maltée pour fournir la diastase nécessaire à la transformation en sucre de la fécule des trois espèces de grains.
- L’opération elle- même a lieu dans des cuviers macérateurs à double fond, chauffés à la vapeur à 72°, et munis d’agitateurs mûs mécaniquement. Elle dure à peine deux heures.
- Aussitôt que la saccharification est jugée complète, on écoule la bouillie pâteuse dans de grands rafraîchissoirs dont la disposition et l’efficacité sont
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- des plus remarquables. Ce sont de grands bacs en tôle, cylindriques, à double fond, très-larges (7 à 8 mètres de diamètre), mais d’une très-faible profondeur (30 à 40 centimètres). Le faux fond est rafraîchi par une nappe d’eau à 12°, dont la circulation est rendue méthodique par le moyen de diaphragmes convenablement placés. Au centre, un arbre vertical mobile porte, à sa partie inférieure, deux grands bras horizontaux à palettes pendantes pour agiter constamment le liquide, et au-dessus, en dehors du liquide, un double volant destiné à enlever la vapeur et renouveler l’air. Sous l’action de l’eau froide, qui circule entre les deux fonds du rafraîchissoir, et du mouvement rapide de l’arbre qui remue le liquide et balaye énergiquement la vapeur et l’air à sa surface, la réfrigération est des plus promptes, par suite le moût mieux préservé des ferments de maladie, et la matière organique rendue moins facilement altérable.
- Une fois refroidi à 12°, le moût, en bouillie pâteuse, est écoulé dans un atelier au rez-de-chaussée, pour être distribué aux cuves de fermentation.
- Cet atelier, dont la superficie n’est pas moins de 1 000 mètres carrés et la hauteur \% mètres, contient des cuves pour la fermentation de 6 500 hectolitres de moût. Le plancher n’est pas à claire-voie, comme celui de nos distilleries de betteraves ou de mélasses ; mais au-dessous est une vaste cave, dont l’air toujours frais sert à ventiler l’atelier et à y entretenir une température sensiblement constante en été comme en hiver : condition précieuse pour la régularité de la fermentation et la qualité des produits qu’elle engendre.
- Les cuves de fermentation, de forme elliptique, ont une hauteur peu différente de leur petit diamètre. Peut-être serait-il plus avantageux, au point de vue du rendement en levûre, de leur donner une moins grande hauteur. M. Pasteur a, en effet, prouvé que la levûre se. développait en proportion d’autant plus grande que l’épaisseur du moût en fermentation était moindre. C’est, d’ailleurs, un fait qui aurait été constaté depuis longtemps par les distillateurs de grains en Hollande, le pays du monde où l’on fabrique le plus de levûre douce pour l’exportation (1); car, dans les nombreuses distilleries de ce pays, notamment aux environs de Schiedam, la fermentation se fait en partie dans des bacs qui n’ont pas plus de 30 à 40 centimètres de profondeur.
- Quoi qu’il en soit, les cuves étant à peu près remplies de moût, on les met en train avec un levain de farines de malt et de seigle convenablement
- (1) Les 400 distilleries hollandaises produisent pour 17 millions de francs de levûre, et les résidus de la distillation suffisent à l’engraissement de plus de 100 000 bœufs.
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- ARTS CHIMIQUES. -- AOUT 187o. 425
- préparé. On a préalablement ajouté au moût une partie de vinasse épuisée, provenant d’une opération précédente, laquelle doit contribuer, par son acidité, à favoriser la fermentation. La température au départ est 18°, et elle ne dépasse à aucun moment 28°. La constance de ces limites de température, jointe à tous les soins apportés à la préparation des grains, aux proportions du mélange, à la rapidité des opérations et à l’extrême propreté des appareils, concourt, sans nul doute, à donner au ferment une énergie de développement et une vitalité considérables.
- A diverses reprises, et jusqu’à ce que l’ébullition ou la fermentation tombe, on recueille la levûre à la surface des cuves.
- Cette levûre est ensuite tamisée, lavée avec soin à l’eau froide, puis comprimée et mise en sacs ou en paquets pour être expédiée aux boulangers et aux pâtissiers. De 100 kilog. de grains, on obtient 9 kilog. de levûre pressée. En Hollande, le rendement serait un peu plus grand. Mais il faut remarquer que le chiffre du rendement ne peut avoir, dans ce genre de fabrication, de signification bien précise, parce qu’il n’existe pas de caractères de pureté ou d’activité pour la levûre assez bien définis qu’on puisse adopter facilement comme termes de comparaison. Un même poids de levûre, d’apparence à peu près identique, peut agir très-inégalement dans la panification, selon que cette levûre est composée de globules jeunes, vigoureux, bien vivants, ou d’un mélange de ces globules avec d’autres moins jeunes, moins sains, en un mot, moins actifs. Dans tous les cas, le rendement industriel est encore bien loin de ce qu’il peut être, car, d’après les expériences de M. Pasteur, il peut s’élever jusqu’à plus de 50 pour 100 du poids du sucre, ou plus du double delà quantité actuellement obtenue.
- La levûre française, préparée à Maisons-Alfort, présente ce caractère curieux, qu’elle doit sans doute à la nature des matières premières, d’être d’une qualité incontestablement supérieure à celle qui est faite en Autriche par le même procédé.
- Elle est blanche, parfaite d’odeur et de goût, ne pouvant altérer ni la nuance de la farine, ni le goût du pain ou des pâtisseries qu’elle sert à produire. Elle a une force très-grande, qui fait pousser régulièrement la pâte, et procure une économie de plus de moitié sur la levûre de bière. Elle a de plus sur celle-ci l’avantage de ne pas communiquer au pain l’amertume ou l’odeur aromatique forte qui proviennent du houblon. A cause de sa pureté, elle ne s’altère pas facilement, et peut être conservée à l’état sain, pendant plusieurs jours, même au milieu des chaleurs de l’été.
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- Employée avec une addition de lait et de beurre, elle sert avec le plus grand succès à la fabrication des pains riches et de fantaisie, ainsi que des gâteaux de toutes sortes.
- Enfin, d’après les fabricants, elle ne dissoudrait pas le gluten comme le font les autres levûres, mais elle lui donnerait, au contraire, toute l’extension et la régularité de gonflement dont il est susceptible.
- Sous le rapport de la composition chimique, j’ai trouvé que cette levûre pressée perdait, à 100°,72.5 pour 100 d’eau, et que 100 parties de la substance sèche abandonnaient à l’éther 3,5 de matières grasses, et laissaient à l’incinération 7 de cendres à demi vitrifiées.
- L’usine Springer fabrique journellement 3 000 kilog. de cette levûre qu’elle livre à la boulangerie parisienne, et dont elle exporte même une partie en Belgique et en Angleterre.
- La fabrication de la levûre, par la fermentation du moût, ayant transformé celui-ci en vin, comprend nécessairement la distillation de ce vin pour en retirer l’alcool. A Maisons-Alfort, on fait 70 hectolitres d’alcool par jour : le rendement moyen de 100 kilog. de grains est de 28 litres à 100° centésimaux. Cet alcool est si remarquable par sa pureté et sa finesse, qu’il est vendu avec une prime de 12 à 15 francs sur le cours ordinaire des alcools industriels. Un tel résultat tient d’abord aux soins apportés dans le choix des matières premières, et dans toutes les opérations de la fermentation qui fournissent un vin de qualité supérieure, ensuite à la perfection du travail dans les appareils de distillation et de rectification employés. Ces appareils, au nombre de cinq, deux pour distiller et trois pour rectifier, sont ceux de MM. D. Savalle et comp., que nous avons décrits dans un autre rapport, et sur l’importance desquels, par conséquent, nous n’avons pas à insister ici.
- Enfin, le troisième produit de l’usine de Maisons-Alfort est le liquide en bouillie pâteuse d’où l’on a extrait l’alcool, ou le résidu delà distillation que l’on nomme drèche. Il en est fabriqué chaque jour plus de 1 000 hectolitres, pouvant servir à la nourriture ou à l’engraissement d’un même nombre de vaches laitières ou de bœufs, c’est-à-dire représenter la production de 1000 kilog. de viande par jour ou son équivalent en lait. Elle a sur la drèche des brasseurs l’avantage d’être plus riche en matières grasses, à cause du maïs qui entre dans sa fabrication.
- Malheureusement, cette drèche contient beaucoup d’eau, environ onze fois son poids, est difficilement transportable, et a l’inconvénient de s’altérer promptement. Comme elle ne pouvait être entièrement consommée chaude à
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- IRRIGATIONS. — AOUT 1876.
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- Maisons-Àlfort, des presses ont été montées pour en expulser la plus grande partie de l’eau, et vendre la portion solide sous forme de tourteaux, qui sont actuellement très-recherchés par les nourrisseurs de Paris.
- Nous compléterons les nombres que nous avons cités sur l’importance de l’usine, en ajoutant qu’elle possède 3 machines à vapeur de la force de 150 chevaux, i pompes à eau dont le débit est de 1500 hectol. par heure, une douzaine de pompes diverses pour l’alimentation des chaudières, des colonnes distillatoires ou rectificatrices, pour le nettoyage des grains, du malt, pour la ventilation, etc., 5 presses pour la compression de la levure et de la drèche, enfin A chaudières à vapeur de 350 chevaux, consommant annuellement 9 000 tonnes de charbon (1).
- En résumé, Messieurs, votre comité a été vivement intéressé par l’ensemble des opérations qu’il a vu pratiquer dans l’usine de Maisons-Alfort. Il a pu constater la beauté et la pureté de la levure française, la finesse et la qualité de l’alcool obtenu, l’importance des résidus pour la nourriture et l’engraissement du bétail, enfin la perfection des soins apportés à l’installation de toute l’usine. Cette triple fabrication fait le plus grand honneur à M. Springer et à son habile directeur, M. Berger. Elle mérite d’être encouragée, développée, comme intimement liée aux progrès de l’agriculture, de la production en général, et en particulier de la bonne fabrication du premier de nos aliments, le pain. En conséquence, Messieurs, nous vous proposons d’adresser des remercîments àM. Springer et d'ordonner l’insertion du présent rapport dans le Bulletin de la Société.
- Signé Lamy, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 28 avril 1876.
- IRRIGATIONS.
- Rapport fait par M. Hervé Mangon, au nom du comité d’agriculture, sur une vanne automotrice a déclic, exécutée sur un canal d’irrigation dans le département de l’Hérault, par M. Pinchard, conducteur des ponts et chaussées, à Montpellier.
- Messieurs, le domaine de Fonfroide, situé sur le côté droit de la route de
- (1) Le capital engagé dans cette affaire est de 4 millions.
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- IRRIGATIONS. — AOUT 1876.
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- Montpellier à Ganges, doit son nom à une source assez abondante dont les eaux sont utilisées pour l’arrosage des prés contigus au château et à la métairie, sur la rive droite de la Lironde. Le propriétaire de ce domaine, M. Ch. Leenhart, a pensé à utiliser, pendant l’hiver, les eaux de cette source à la submersion des vignes situées sur la rive gauche du cours d’eau pour détruire le phylloxéra, selon les conseils de M. Faucon.
- Les vignes de M. Leenhart, très-largement fumées d’ailleurs, ont éprouvé de fort bons résultats des submersions hivernales et le propriétaire s’est décidé à étendre ses travaux à de nouvelles parties de son domaine, en allongeant le canal d’irrigation et en construisant en travers des champs les digues nécessaires pour retenir les eaux de submersion.
- Le canal d’irrigation prend les eaux à un barrage construit en travers de la Lironde, à l’endroit où sont amenées les eaux de la source. Ce barrage sert à conduire l’eau de la rive droite à la rive gauche du lit du torrent.
- La submersion des vignes exige un temps assez long pour remplir les compartiments arrosés et, lorsqu’ils sont pleins, on doit maintenir l’écoulement pour remplacer l’eau absorbée par la terre et par l’évaporation. La vanne de tête du canal doit donc rester ouverte jour et nuit pendant assez longtemps.
- La Lironde, dont le lit est habituellement à sec, est sujette à des crues rapides et considérables à la suite des grandes pluies. Les vignerons habitent la rive droite de ce torrent et, faute de pont pour le traverser, ne pourraient pas venir fermer la vanne de tête, surtout si la crue survenait pendant la nuit. Les vignes seraient ainsi exposées à de grands ravages, si la vanne de tête n’était pas disposée de manière à se fermer d’elle-même, automatiquement, aussitôt que la crue atteint une hauteur déterminée.
- Pour réaliser cette fermeture automatique M. Pinchard a imaginé un système de déclic simple et ingénieux qui laisse tomber la vanne, aussitôt qu’un flotteur placé à côté atteint une hauteur fixée à l’avance. On peut, d’ailleurs, faire varier cette hauteur à volonté en déterminant la longueur de la tige verticale que le flotteur soulève et qui fait jouer le déclic.
- La figure ci-dessous et la légende qui l’accompagne feront facilement comprendre ce mécanisme, qui est simple et tellement rustique que son dérangement accidentel paraît impossible. L’appareil est placé depuis plus de deux ans, il a toujours fonctionné en temps utile et n’a coûté qu’une cinquantaine de francs en sus du prix de la vanne elle-même, large de 0m,55 et haute de 0m.35, dont le prix n’excède pas LO fr.
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- IRRIGATIONS. — AOUT 18:6.
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- En résumé, le système de déclic imaginé par M. Pinchard pour assurer la fermeture automatique des vannes d’arrosage en cas de crue paraît simple et de nature à rendre des services dans des conditions analogues à celles où l’inventeur en a fait l’application.
- En conséquence, votre comité a l’honneur de vous proposer de remercier M. Pinchard de sa communication et d’ordonner l’insertion au Bulletin du présent rapport avec la figure nécessaire.
- Signé H. Mangon, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 24 mars 1876.
- LÉGENDE RELATIVE A LA VANNE DE M. PINCHARD.
- La figure ci-dessous représente, en élévation, la vanne de M. Pinchard.
- A, ouverture d’introduction de l’eau dans le canal.
- N, niveau de l’eau au commencement d’une crue. n, hauteur de l’eau à l’étiage. P, petit puits en communication avec le canal, et dans lequel se meut le flotteur cylindro-conique qui commande le mouvement de la vanne. Ce flotteur est percé, suivant son axe, d’une ouverture ou gaine, qui part de son sommet pour se terminer vers sa base et dans laquelle peut glisser une tige verticale.
- D E, petit levier pouvant tourner autour du point D, et dont le bras le plus court est muni de deux becs, dont l’un est tourné vers le haut et l’autre vers le bas. Le bec du haut est engagé dans une mortaise que lui présente la tige de la vanne.
- CBF, grand levier pouvant osciller autour du point B, et dont l’extrémité d’avant, C, s’enclanche dans le bec inférieur du petit levier D E, pendant que l’extrémité d’arrière passe dans un anneau que lui présente la tête de la tige du flotteur.
- Voici maintenant comment le fonctionnement a lieu :
- Tant que le niveau de l’eau se maintient eutre les lignes N, nt le flotteur monte ou . Tome III. —75e année. 3* série. — Août 1876 . 55
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- ARTS PHYSIQUES.
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- descend selon la hauteur de l’eau-, mais lorsque celle-ci atteint la plus grande hauteur, fixée par avance, le flotteur s’élevant à son maximum, son fond vient butter contre sa tige, qui est alors soulevée verticalement, dirigée qu’elle est par des guides fixés dans la maçonnerie du petit puits P. Cette tige, en se soulevant, relève alors le grand levier CB F, qui, en tournant autour du point B, déclanche son extrémité d’avant du bec inférieur du petit levier D E ; ce dernier, étant rendu libre, ne peut plus soutenir la vanne, qui retombe aussitôt par son propre poids et ferme l’ouverture d’introduction de l’eau dans le canal d’arrosage.
- Lorsque la crue est passée et que l’on veut recommencer l’irrigation, on soulève la vanne, jusqu’à ce que le bec supérieur du petit levier D E s’engage dans la mortaise de la tige de cette vanne; en même temps le flotteur étant redescendu, le grand bras du levier C B F agit par son poids et relève le petit bras qui vient enclancher le levier D E et, par conséquent, maintenir la vanne soulevée.
- (M.)
- ARTS PHYSIQUES.
- Rapport fait par M. de Luynes, au nom du comité des arts économiques, sur le kaléidoscope perfectionné présenté par M. Thomas, rue des Abbesses, 48, à Paris-Montmartre.
- Le kaléidoscope inventé par Brewster, pour mettre en évidence les réflexions multiples'produites par deux miroirs inclinés, consiste essentiellement en un tube dans lequel sont placés deux miroirs faisant un angle de 30 degrés. À l’une de ses extrémités, le tube est fermé par deux glaces parallèles, entre lesquelles sont placés des fragments de verres colorés et d’autres matières transparentes. La glace extérieure est dépolie et laisse passer la lumière qui éclaire les objets. En les regardant par l’autre extrémité du tube, on aperçoit ces objets et leurs images multiples, dont tous les points sont placés sur des circonférences ayant leurs centres situés sur la ligne d’intersection des deux miroirs. L’ensemble de ces images constitue des arrangements composés de parties symétriques, souvent très-élégantes, et qu’on peut faire varier en tournant le tube sur lui-même de manière à déplacer les objets renfermés entre les deux glaces.
- Ainsi construit, l’instrument sert comme appareil de démonstration et surtout comme jouet.
- M. Thomas a pensé qu’on pouvait tirer un parti plus utile du kaléidoscope,
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- et il en a modifié la construction d’une manière intéressante et ingénieuse. Dans ce kaléidoscope perfectionné, les deux miroirs sont toujours placés dans un tube, mais les objets destinés à produire les images sont renfermés dans une boîte transparente isolée du tube. Cette boîte, presque plate, et dont les deux faces sont formées par des verres de montre, est soutenue par une tige fixée au tube à l’aide d’une charnière; elle peut, d’ailleurs, recevoir un mouvement de rotation autour de son axe de suspension. Grâce à ces dispositions, il est possible de l'incliner dans toutes les directions par rapport à l’axe du tube. Enfin un bouton qu’on manœuvre avec la main permet de la faire tourner autour de son centre, de manière à changer la position des objets qui y sont contenus.
- Un disque de carton, blanc d’un côté et noir de l’autre, est placé derrière la boîte. Les objets transparents ou opaques peuvent dès-lors recevoir la lumière sur l’une ou l’autre face de la boîte et se détacher sur le fond blanc ou noir du disque, suivant qu’on veut les observer par transmission ou par réflexion.
- En faisant subir au kaléidoscope ces perfectionnements, M. Thomas obtient des effets plus beaux, plus nombreux qu’avec l’ancien système, et d’une variété infinie. Son mode d’éclairage permet d’introduire dans la boîte tels objets que l’on veut, et dont on désirerait étudier les dispositions les plus satisfaisantes. Cet appareil peut alors offrir aux artistes et aux dessinateurs des motifs qu’il est facile^de transporter sur le papier, au moyen d’une chambre claire que M. Thomas a disposée à la partie antérieure du tube.
- Votre comité des arts économiques a pensé qu’il y avait lieu de signaler les applications utiles auxquelles se prête le kaléidoscope perfectionné de M. Thomas. Il vous propose, Messieurs, de remercier l’auteur de son intéressante communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin
- Signé V. de Luynes, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 12 mars 1875.
- ARTS MÉCANIQUES.
- NOTE SUR LA VOITURE A VAPEUR DE M. BOLLÉE, DU MANS, PAR M. TRESCA.
- La circulation, sur plusieurs points de la ville de Paris, d’une nouvelle voiture à
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- vapeur ayant attiré, il y a peu de temps, l’attention publique, nous avons pensé que l’Académie connaîtrait volontiers les données certaines que nous avons recueillies sur cette machine, qui a été construite dans des conditions toutes particulières et pour satisfaire à une vue personnelle. M. Amédée Bollée, constructeur au Mans, l’a combinée pour voiture de famille, à l’aide de laquelle il put faire ses courses, conduire ses matériaux à la gare du chemin de fer et lui servir même de voiture de chasse et de voyage. C’est ainsi qu’il est arrivé à Paris en dix-huit heures, et qu’après y avoir fait seulement quelques courses de 15 à 25 kilomètres, il est retourné au Mans, en passant par Vendôme, où l’un de mes fils a voyagé assez longtemps avec lui pour compléter les renseignements que j’avais obtenus à Paris pendant deux de ses excursions.
- La voiture, avec ses provisions d’eau et de charbon, pèse 4 000 kilogrammes, 4 800 kilogrammes avec ses douze voyageurs. Ce poids est porté, savoir : 3 500 kilogrammes sur les deux roues motrices, de lm,18 de diamètre, et de 0m,12 de largeur de jante, et les 1 300 kilogrammes restants sur les deux roues d’avant-train, de O111^ de diamètre. Chaque roue est comprise entre deux paires de ressorts, aussi morochés que possible du moyeu, de manière à diminuer la portée de la charge sur i essieu, réduit ainsi à de plus petites dimensions. Les deux roues motrices sont folles sur l’essieu d’arrière ; les deux roues d’avant sont plus indépendantes encore l’une de l’autre, et l’appareil de manœuvre est ainsi disposé que ces deux roues prennent chacune, lorsqu’il s'agit de tourner très-court, une direction perpendiculaire à la ligne qui joindrait son point de contact avec le sol au centre autour duquel le conducteur voudrait opérer la rotation de tout le véhicule. Cette indépendance des quatre roues, et surtout cette propriété de l’avant-train, assurent au véhicule une sûreté et une facilité d’évolution qui n’avaient pas encore été atteintes.
- A l’arrière se trouve la chaudière verticale du système Field, à rapide mise en feu, d’un diamètre extérieur de 0m,80, de 1 mètre de hauteur, renfermant 194 tubes de circulation d’eau de 27 millimètres de diamètre. Elle alimente quatre cylindres groupés deux par deux entre les roues, sous un angle de 45 degrés, chacun des deux groupes commandant un arbre spécial, qui agit, à l’aide d’un engrenage et d’une chaîne sans fin sur la roue motrice correspondante.
- Les pistons, de 0m,10 de diamètre et de 0”, 16 de course, développent ensemble un volume de 5 litres par tour de l’arbre intermédiaire, volume qui, comparé à la dépense effective de l’eau d’alimentation, suffit à montrer que les pertes par fuite ou par entraînement sont considérables.
- Tous les organes de la voiture, de la machine et de la chaudière sont construits en acier, dans des conditions de légèreté bien calculées sous le rapport de la résistance.
- A l’avant du véhicule se trouvent réunis tous les organes de commande à la disposition du conducteur, assis au milieu de la largeur, faisant face à la route à suivre, prêt à exécuter toutes les évolutions que les circonstances viendraient à exiger.
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- Après avoir purgé les cylindres à l’aide de robinets manœuvrés à la main, et avoir ouvert la communication générale des tiroirs avec la chaudière, il règle avec des pédales la quantité de vapeur qui s’introduit dans chaque groupe de cylindres, accélérant ainsi leurs évolutions ou les retardant, au besoin, jusqu’à l’arrêt de la roue motrice. Il peut même faire reculer en agissant sur une coulisse de Stephenson, qui lui permet aussi, soit dans la marche directe, soit pendant le recul, de modifier les conditions d’admission. Le gouvernail qui agit sur les roues d’avant-train est constamment sous l’action de la main droite, qui ne le quitte pas, et la main gauche peut encore, derrière le siège, remplacer, suivant les conditions de la route, la transmission rapide par la transmission lente, ou inversement, indépendamment des vitesses propres des machines elles-mêmes qui donnent en marche courante 180 coups doubles de piston par minute. Le manomètre qui indique la pression de la vapeur est aussi placé sous les yeux du conducteur ; il ne lui manque qu’une trompette à vapeur pour donner sur la route l’avertissement nécessaire aux conducteurs des voitures que l’on dépasse ou que l’on croise.
- Le service de la chaudière est exclusivement confié à un chauffeur qui monte à l’arrière, qui soigne le feu et qui alimente au moyen d’un Giffard ou d’une pompe, en puisant soit dans le tender pendant la marche, soit dans les ruisseaux pendant les arrêts nécessités tous les 10 kilomètres pour le remplissage de ce réservoir, auquel cas la vapeur actionne une pompe spéciale, de plus fort calibre.
- La machine parcourt facilement 20 kilomètres par heure en plaine, 12 à 15 kilomètres sur les voies fréquentées ; elle maintient une vitesse de 9 kilomètres sur des rampes de 5 centimètres par mètre, et elle peut y remorquer facilement une voiture de même poids que le sien.
- Elle n’évolue certainement pas aussi facilement qu’un de nos fiacres, mais plus facilement qu’un omnibus, par suite de la suppression de la flèche et de l’attelage ; elle s’arrête, repart, se range, évite avec une surprenante précision, ce qui est certainement dû à la disposition toute nouvelle de la commande des deux roues indépendantes qui remplacent l’avant-train ordinaire.
- La solution de cette partie importante du problème ajoute un intérêt tout particulier aux données économiques du fonctionnement de la machine.
- En parcourant en terrain horizontal 15 kilomètres en une heure, elle développe, en adoptant 0,05 pour coefficient de traction, un travail effectif de 13 chevaux pour sa charge complète. Elle dépense pour le même parcours 600 litres d’eau, ce qui, à raison de 30 kilogrammes par force de cheval et par heure, semblerait correspondre à 20 chevaux. On voit ainsi qu’une partie de l’eau est perdue ou mal utilisée, les tubes Field donnant lieu d’ailleurs à un entraînement d’eau liquide assez considérable. La consommation de charbon par heure ne doit pas, dans ces conditions, être inférieure à 50 kilogrammes, ce qui représente une dépense de 1 fr. 50 seulement en combustible.
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- Lorsqu’on analyse ainsi les divers éléments du problème de la locomotion à la vapeur, on est tenté d’admettre qu’il approche d’une solution véritablement pratique, d’autant plus intéressante que l’exploitation des tramways rendra peut-être indispensable, même dans les conditions actuelles, l’emploi des moteurs mécaniques.
- Dans le voyage que nous avons fait du quai Jemmapes à la barrière de Fontainebleau, parla place du Trône, nous avons remarqué que les chevaux manifestaient rarement de l’inquiétude à notre passage. Dans plusieurs voitures que nous avons croisées se sont trouvés des voyageurs que le bruit de la locomotive n’a pas même interrompus dans leur lecture.
- Je dois ajouter cependant que ce voyage a été signalé par le dessoudage d’un des tubes de la chaudière, qu’il a fallu tamponner sur place; la machine est restée pendant plus d’une demi-heure au repos, tant pour attendre le refroidissement de la chaudière que pour le bouchage du tube.
- Voici, du reste, les durées des différentes parties du parcours :
- Distances Parcours corresp,
- Minutes. en kilomètres. par heure.
- Quai Jemmapes . . 12 2,10 10,5
- Boulevard Voltaire. . . . . . 10 2,10 12,5
- Boulevard Mazas . . 10 2,10 12,5
- Boulevard de l’Hôpital. . . . 6 1,25 12,5
- Sur le pont d’Austerlitz, encombré de voitures au moment de notre passage, la locomotive a pris rang au milieu des autres véhicules et a suivi, de la même allure, la file qui la précédait.
- Nous ne pouvons terminer sans décrire le mécanisme d’avant-train qui a permis d’obtenir ces résultats et qui est d’ailleurs très-simple.
- L’arbre vertical qui porte le volant du gouvernail est muni, à la partie inférieure, de deux cames elliptiques, dont les grands axes sont dans le prolongement l’un de l’autre et dans la direction commune des deux petits essieux d’avant-train, lorsque le cheminement doit avoir lieu en ligne droite.
- Une chaîne fixée aux deux ellipses embrasse un pignon denté de même diamètre que le petit diamètre de ces ellipses, qui tourne avec la cheville ouvrière de la roue de droite, par exemple. En faisant agir le volant, cette roue tourne autour de la verticale de son point de contact avec le sol, en raison de la longueur de l’arc d’ellipse développé, c’est-à-dire d’un plus grand angle si l’on tourne à droite, d’un angle plus petit si l’on manœuvre à gauche. La disposition qui vient d’être décrite étant double et s'appliquant de même à la roue de gauche, on voit facilement comment, en pivotant seulement sur elles-mêmes et sans glisser, les roues directrices viennent nécessairement se placer sous l’inclinaison convenable pour rester toutes deux tangentes aux deux circonférences qu’elles doivent décrire autour du centre de rotation.
- Nous ne doutons pas que cette combinaison marquera un progrès sérieux, sinon
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- décisif, dans l’histoire de la locomotion à vapeur. Il n’est, d’ailleurs, pas hors de propos de prévoir qu’au moyen d’organes spéciaux de transmission, les manœuvres du conducteur seraient facilement ramenées à être analogues à celles du cocher qui fouette, retient ou dirige ses chevaux. (Comptes rendus de VAcadémie des sciences.)
- BIBLIOGRAPHIE.
- LA dentelle; histoire, description, fabrication, bibliographie,
- PAR JOSEPH SEGUIN (1).
- Parmi les grands ouvrages de luxe que la typographie moderne, toujours en progrès, a récemment créés , il convient de citer celui de M. Joseph Seguin sur la dentelle, dont le texte, écrit avec beaucoup de soin, est enrichi d’une série de planches typographiques, fac-similé de dentelles de toutes les époques et de nombreuses gravures d’après les meilleurs maîtres des xvie et xvne siècles.
- Après une introduction bien étudiée, dans laquelle l’auteur s’applique à démontrer l’influence que l’art doit exercer sur l’industrie, il aborde son sujet, qu’il a divisé en quatre parties : 1° origine de la dentelle ; 2° dentelles aux fuseaux ; 3° dentelles à l’aiguille ; k° lieux de production. Chacune de ces parties comprend un certain nombre de chapitres, dont il nous suffira de citer les titres pour faire comprendre l’intérêt et la variété des sujets traités :
- 1° Origine de la dentelle ; de l’origine des dentelles à l’aiguille ; de l’origine des dentelles aux fuseaux.
- 2° Les dentelles aux fuseaux des xvie et xvne siècles ; bibliographie ; les édits somptuaires ; les dentelles aux fuseaux des xvii® et xviii® siècles ; la Valenciennes ; les Malines ; dentelles de soie noire aux fuseaux ; dentelles d’or et d’argent, de soie mélangée d’or et d’argent, blondes, fantaisies ; guipures modernes de soie ; guipures de fil, Cluny ; guipures et dentelles de laine.
- 3° Point coupé et point de Venise ; point de Vienne et point de France.
- 4° Belgique : points à l’aiguille de Bruxelles ; Angleterre et application ; dentelles noires de Grammont.—Angleterre : ses dentelles aux xvneet xviii* siècles; point d’Ho-niton ; dentelles diverses des manufactures établies dans les comtés de Bedford, Buckingham, Northampton et Oxford. — Italie : Gênes, Venise, Milan, etc. — France : le Puy et ses environs ; Aurillac, Murat et Tulle ; Mirecourt, Neufchâteau, Saint-Mihiel ; Dijon, Auxerre, Sens, Sedan, Reims; Lyon, Saint-Étienne; Ile de France; le Havre, Dieppe, Caen, Bayeux ; Alençon, Argentan ; Flandre française,
- (1) Grand in-4, Paris, chez Rotschild, éditeur.
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- Lille, Arras. —Espagne et Portugal. —Allemagne, Autriche et Suisse ; dentelles de Saxe, de Berlin et de la Bohême. — Danemark, Suède et Russie. _
- ' Cette énumération paraîtrait un peu sèche, si nous ne la faisions suivre de quelques emprunts que nous allons faire à plusieurs chapitres, pour montrer l’originalité et la beauté de_quelques dessins. Nous devons à l’obligeance de l’éditeur les clichés qui nous ont servi au tirage. '
- Les dentelles aux fuseaux ; bibliographie (extrait).
- ......Ce serait presque une banalité de vanter ici la supériorité des productions
- de la Renaissance, car cette vérité est devenue un article de foi pour tout le monde. Mais il n’est pas inutile et sans intérêt de rappeler l’heureux concours que les plus grands peintres d’alors ne dédaignaient pas d’apporter au développement artistique de
- SS
- Passement de point coupé d’après Siebmacher (Nuremberg, 1604).
- l’art industriel. Raphaël lui-même, au milieu des immenses travaux qu’il avait entrepris, trouve encore le temps de composer des dessins pour la décoration des habitations de ses amis. Le pape désirant avoir des tapisseries, Raphaël travaille pour les
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- ateliers de la Flandre et envoie à Bruxelles deux de ses élèves, avec ses instructions pour en surveiller l’exécution. Albert Durer compose des entrelacs pour passementeries et broderies que la gravure nous transmet. Jean Cousin fait des dessins de dentelles pour le recueil de Dominique de Sera. Il ne serait pas difficile de relever ainsi de nombreux témoignages attestant les rapports intimes de l’art et de l’industrie aux xve et xvie siècles. Les artistes les plus éminents ne croyaient pas déroger en fournissant des dessins et des compositions destinés à embellir la forme des objets les plus humbles de l’usage journalier. C’est pour cela que tout ce qui nous vient de cette époque remarquable de la Renaissance porte sa marque par les détails et l’ensemble de la forme artistique qui les distinguent.
- La dentelle, en venant au monde à une époque aussi bien préparée, ne pouvait qu’y gagner, d’autant que cet ouvrage paraît avoir été imaginé pour satisfaire aux habitudes laborieuses des grandes dames, qui y appliquèrent naturellement tout leur savoir-faire avec le bon goût qui présidait à l’exécution de tous les ouvrages de ces temps privilégiés sous le rapport de l’art.
- Naturellement aussi, elle donna lieu à ces nombreuses publications de modèles qui lui étaient destinés. La plupart n’en contiennent que pour l’aiguille; mais en leur faisant subir quelques modifications, on les rendait propres à être reproduits par le travail aux fuseaux. Parmi ces œuvres, celle qui obtint le plus de succès et dont les bibliographes se sont le plus occupés, peut-être parce qu’elle fut publiée en France, est celle de Yinciolo, qu’on édita à Lyon et à Paris. L’Italie, cependant, en produisit plusieurs d’aussi remarquables, sans parler de celle du maître allemand Siebmacher, qui ne le cède à aucune par la variété, la richesse et l’ingéniosité attrayante de ses compositions....
- De toutes ces publications, il ne nous est parvenu qu’un nombre très restreint d’exemplaires; ils atteignent dans les ventes publiques, quand ils y paraissent, des prix d’une exagération que justifient leur rareté et la valeur artistique qu’on leur reconnaît de nos jours dans le monde des amateurs.
- La Valenciennes. :
- ..... Il n’existe aucun document historique qui puisse fournir quelques renseignements sur l’ancienneté de l’établissement de la première manufacture de dentelles dans la ville de Valenciennes ; mais il y en a de très-nombreux qui prouvent que la dentelle était inconnue avant le milieu du xvi* siècle. Ce qu’il y a de certain, c’est que partout où on fabriquait de la dentelle aux fuseaux au xvi* siècle, et, au commencement du xvii*, elle se faisait d’après les modèles des maîtres italiens ou d’après leur inspiration. :
- On remarque que la plupart des modèles de dentelles aux fuseaux qui se trouvent dans l’édition de 1623 de Vinciolo ne peuvent s’exécuter sans crochetage, tandis que
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- ceux du recueil édité par Foillet à Montbéliard, en 1598, quoique à dents assez prononcées, sont combinés pour se passer de ce procédé. Il en est résulté deux systèmes de fabrication différents, suivant qu’on a travaillé d’après les modèles de l’un ou de l’autre ; et lorsque, vers le milieu du xvne siècle, le genre Renaissance, dont les dessins étaient à bords droits, a prévalu, on a fait dans les pays où l’opération du crochetage était pratiquée comme dans le Brabant, de la dentelle semblable, pour le travail, à celle actuelle dite guipure de Bruges, et dans ceux où l’on ne savait pas crocheter, un genre de dentelle dont le travail, sauf le réseau, qui n’avait pas encore été inventé
- Passement aux fuseaux d’après Foillet (Montbéliard, 1598).
- à cette époque, avait une parfaite analogie avec celui de la Valenciennes. C’est à ce moment qu’il faut faire remonter l’origine de celle qui a porté ce nom.
- Guipures modernes.
- Guipures de fil Cluny. — C’est à la fabrique du Puy que revient l’honneur d’avoir, la première, reproduit les guipures antiques connues maintenant sous le nom de Cluny, bien que le rapport du jury international de l’Exposition universelle de 1867 l’attribue à la fabrique de Mirecourt, et cetté priorilé est d’autant moins contestable que déjà, à l’Exposition universelle de 1855, on voyait dans les vitrines des exposants du Puy des échantillons de cette dentelle, qu’on y fabriquait depuis quatre ans.
- Lors de l’apparition de cette guipure, elle a eu un succès assez général, qui s’est maintenu pendant plusieurs années ; mais on l’avait abandonnée, quand on a eu l’idée d’en changer le nom et de l’appeler Cluny ; cela a suffi pour attirer l'attention sur elle et la remettre à la mode, tant il est vrai que, de nos jours, le mot a souvent plus d’attraits que la chose, quelque méritante qu’elle puisse être. ; ! !
- Pour rester dans la vérité de l’histoire, il faut laisser à la fabrique de Mirecourt
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- l’invention de cette appellation nouvelle, qui a eu infiniment d’à-propos et dont il faut la remercier, car elle a été une occasion précieuse d’accroître la prospérité des fabriques.
- Quelque ingénieuse qu’ait été l’application du mot Cluny à la guipure imitée des antiques passements aux fuseaux, il faut reconnaître que cela ne diminue en rien le mérite qu’a eu le Puy de renouveler le produit ; il est certain que cette nouvelle création a demandé un plus grand effort d’imagination que le baptême sans lequel, il est vrai, la mode ne l’eût peut-être pas recherchée avec autant d’ardeür.
- Ce nouveau caprice de la mode n’a pas été d’une bien longue durée; la guipure de style gothique a été encore une fois presque délaissée, malgré ses qualités décoratives incomparables; mais on y revient, et elle partage actuellement la faveur générale avec la guipure Renaissance, renouvelée de l’époque deLouis XIV, etdonlles plus riches et les plus belles se font à Bruxelles, à Bruges et aux environs. La fabrique de Mirecourt s’adonne aussi à cette fabrication.
- La guipure anglaise que l’on appelle Honiton est du même genre. Cette belle dentelle, qu’on n’a jamais cessé complètement de fabriquer dans le Devonsliire depuis le milieu du xvn* siècle, époque où elle était très-goûtée de ce côté-ci du détroit, et spécialement à la cour de France, ne laisserait rien à désirer, pas plus que celles de Bruxelles et de Bruges, si les fabricants choisissaient mieux leurs dessins.
- Guipures et applications de Mirecourt.
- .......En étudiant la manière de faire la dentelle dans les différentes fabriques-,
- on s’aperçoit que la méthode n’est pas complètement la même partout et qu’il y a des différences dans la forme, la manière d’être des accessoires, tels que piqûres, fuseaux,
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- métiers ou matières ; de là des différences d’aspect du produit, sensibles à l’œil de celui qui a une grande habitude de la dentelle.
- D’après Savary, Mirecourt, Vezelise, Neufchâteau et quelques villages et dépendances de ces villes étaient les lieux où il se faisait le plus de dentelles de fil en Lorraine. « Ces dentelles, il est vrai, sont grossières, ajoute-t-il; mais étant bonnes pour l’Espagne, le débit en est assez grand, et on en fait tous les ans des envois de plusieurs milliers de pièces. »
- Les dentelles grossières dont parle Savary n’étaient autres que les guipures corsées à dessins courants dont on garnissait, sous Louis XIY, les jupes et les vêtements. Lorsque la mode les a abandonnées, Mirecourt s’est réformée comme les autres fabriques et s’est adonnée au genre Lille, dans lequel elle a eu le plus grand succès jusqu’à ces dernières années, où cette dentelle a été délaissée.
- Fleur d’application de Mirecourt.
- Actuellement on y fait quantité de guipure blanche dans tous les genres : gothique à rosaces géométriques, ou façon Angleterre et Bruges. On y fabrique aussi de l’application, principalement en étroit, qui se débite en France, à l’étranger, et même en Belgique, ou on la^vend comme produit belge.
- Blonde de Caen.
- On faisait anciennement à Caen des dentelles de fil, de soie noire, puis des blondes, et enfin tous les genres de dentelles aux fuseaux autres que la Valenciennes ;
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- suivant la mode, on apportait des modifications au travail, on renouvelait les modèles fréquemment. Cette habitude de se plier aux exigences de la mode et de provoquer même ses fantaisies, concourait à augmenter la réputation de la fabrique et à la faire prospérer ; aussi prit-elle un développement considérable et vit-on de grandes fortunes se créer dans cette industrie, indépendamment du bien-être qu’elle répandait dans les campagnes. Mais ce sont la blonde et la dentelle de soie noire qui lui ont apporté le plus de profits ; si elles étaient moins riches que celles de Chantilly, le débit n’en était que plus général et plus facile.
- Blonde de Caen, 1835.
- On ne s’expliquerait pas que les manufactures de dentelles qui existaient anciennement entre l’embouchure de la Seine et Dieppe, le long du littoral de la Manche, aient fini par s’anéantir, tandis que celle de Caen n’a fait que grandir et s’étendre de Honfleur à Bayeux, si on ne découvrait dans ce fait la conséquence d’une situation particulière. Au moment où Caen et surtout Bayeux se mettaient à faire de la dentelle, ce produit était soumis à une modification, un changement de genre commandé par la mode. On conçoit que dans les pays nouveaux où s’introduisait l’industrie, on se soit adonné à ce que demandait le goût du jour, et c’est ce qui explique son développe-
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- ment rapide au détriment des anciens lieux de fabrique, où l’esprit d’initiative manquait, les ouvrières n’y étant guère dirigées et travaillant toutes à peu près pour leur compte d’une manière routinière, d’après de vieux modèles.........
- Dentelle dite gueuse d’Espagne.
- On n’a aucune donnée sérieuse sur l’origine et l’ancienneté de l’industrie des dentelles en Espagne. Suivant l’auteur, il résulte de l’application du mot espagnol puntas à la dentelle, lequel se prononce à peu près comme le pointas de l’Auvergne et du Yelay, dont le patois a beaucoup d’analogie avec le catalan, que le produit pourrait bien avoir été introduit en Espagne par des colporteurs auvergnats, qui de temps immémorial commercent avec ce pays. Quoiqu’il en soit, on y fabriquait au xvne siècle, en grande quantité, une dentelle commune dite gueuse, dont le dessin ci-dessous donne uu échantillon.
- Gueuse. — xvne' siècle.
- C’est ce qu’on appelle aujourd’hui de la dentelle torchon
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- NÉCROLOGIE.
- MORT DE M. RALARD, VICE-PRESIDENT DE LA SOCIETE D ENCOURAGEMENT.
- Parmi les pertes récentes que la Société d’encouragement a faites, l’une des plus grandes et des plus douloureuses est, sans contredit, celle de M. Balard, qui appartenait au Conseil depuis 1844 et qui, par conséquent, n’a cessé, pendant trente-deux années consécutives, de lui apporter le concours le plus dévoué, en même temps que l’éclat d’un nom illustré par d’immortels travaux.
- Après les paroles émues que M. Dumas, président, a prononcées, à ce sujet, dans la séance du 28 avril dernier (1), les lecteurs du Bulletin liront, avec intérêt, la notice que M. Debray a lue à la dernière séance générale de la Société de secours des amis des sciences, et le discours que M. Wurtz, avait préparé et qui a été inséré au Journal officiel (2).
- Notice de Debray.
- « M. Balard a été l’un des maîtres illustres de la science française. Il a conquis sa place au milieu d’eux, il y a un demi-siècle, par sa découverte du brome. Les travaux qu’il a publiés depuis, sa création de l’industrie des eaux-mères, ont ajouté à sa réputation et justifié les espérances qu’un début aussi brillant avait fait concevoir. Mais ce ne sont pas les seuls titres qu’il ait à la reconnaissance du pays. Il a eu, dans le cours de sa longue carrière, par son enseignement et par l’action personnelle qu’il a exercée sur de nombreux élèves, dont quelques-uns sont devenus des savants éminents, une influence considérable sur le mouvement et le développement des études chimiques en France.
- « Ces grands services, que je désire rappeler dans cette Notice, n’ont pas été méconnus des contemporains de M. Balard. Ils lui ont valu toutes les récompenses morales qu’un savant peut ambitionner ; il était, en effet, quand la mort l’a enlevé à l’affection de sa famille et de ses nombreux amis, membre de l’Institut, Commandeur de la Légion d’honneur, professeur au Collège de France et inspecteur général de l’enseignement supérieur.
- (1) Voy. Bulletin de 1876, cahier de juillet, p. 338.
- (2) On sait que, dans son testament, M. Balard avait spécifié qu’aucun discours ne serait pro< noncé sur sa tombe.
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- « M. Balard est né à Montpellier en 1802. Fils d’un vigneron sans fortune, il avait dû à l’affection éclairée de sa marraine, devenue plus tard sa mère adoptive, de pouvoir faire, au lycée de sa ville natale, les études indispensables à son entrée dans les carrières libérales. Pressé de subvenir à ses besoins, désireux de continuer les études de chimie et d’histoire naturelle qui passionnaient également sa jeunesse, il avait recherché et obtenu unehnodeste place de préparateur de chimie et se dirigeait en même temps vers la pharmacie. Il comptait, avec raison, trouver dans l’exercice de la profession de pharmacien, avec la sécurité matérielle du moment, le moyen d’aborder à son heure la carrière scientifique, comme l’avaient fait avant lui tant de savants illustres de tous les pays. A ses études journalières se joignirent bientôt les recherches personnelles et, en 1825, le jeune préparateur débutait dans la science par un mémoire intéressant.
- « L’iode était alors récemment connu. Un fabricant de salpêtre, nommé Courtois, l’avait découvert en 1811 dans le résidu de la préparation des sels de varechs de la Normandie. La calcination de ces plantes marines donne une cendre qu’on lessive pour dissoudre les sels de soude et de potasse qui y sont contenus. L’évaporation de cette lessive laisse déposer successivement ces divers produits et donne finalement une eau riche en iodures. C’est dans cette eau-mère que l’on va encore chercher aujourd’hui la majeure partie de l’iode utilisé par la médecine et par l’industrie. Courtois ne pouvait soupçonner toute l’importance de sa découverte ; elle ne fut révélée que deux ans plus tard par un admirable travail de Gay-Lussac. L’iode est un corps simple, un métalloïde que ses réactions placent à côté du chlore, découvert quarante ans auparavant par l’immortel Scheele. Il fut bientôt démontré que certaines eaux minérales chlorurées, renommées à juste titre, devaient leur efficacité, depuis longtemps reconnue, à l’existence des iodures alcalins qu’on n’y avait pas constatés jusqu’alors. L’iode et les iodures prirent aussitôt, dans la thérapeutique, la place importante qu’ils ont toujours occupée depuis.
- « Les varechs n'ont, évidemment, pu emprunter l’iode qu’ils renferment qu’au milieu où ils se développent ; mais, à cette époque, on n’était pas encore parvenu à déceler la présence de ce corps dans l’eau de la mer. M. Balard montrait le défaut des méthodes employées, en découvrait une plus efficace et arrivait à constater l’existence de l’iode, non-seulement dans l’eau de mer, mais dans la plupart des êtres qui y vivent. L’eau de la mer ne contient que des quantités pour ainsi dire imperceptibles d’iode, que les varechs et le foie de certains poissons accumulent dans leurs tissus. Aussi, était-ce surtout dans les eaux-mères des salins du Midi, où les iodures se sont concentrés, que M. Balard recherchait cette substance. Une circonstance fortuite allait le mettre à son tour sur la voie d’une grande découverte. Il employait le chlore pour déplacer l’iode des eaux-mères ; il remarqua un jour que ce réactif avait développé dans ce liquide une coloration rougeâtre particulière, où l’iode n’avait évidemment aucune part. Il s’attacha aussitôt avec ardeur à l’explication de ce fait inattendu. La matière
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- colorante qu’il recherchait était bien peu abondante, mais l’eau-mère lui en offrait une source indéfinie ; il n’avait donc rien à redouter d’essais infructueux. Cette heureuse condition, qui venait au secours de sa sagacité naturelle, le conduisit bientôt au succès. En 1826, il isolait de l’eau-mère un nouveau corps simple, le dernier des métalloïdes connus, le brome, intermédiaire par l’ensemble de ses propriétés chimiques entre le chlore gazeux et l’iode solide, intermédiaire aussi par ses propriétés physiques, puisqu’il constitue un liquide fortement coloré comme eux et dont l’odeur désagréable et irritante rappelle à la fois celle de ces deux corps.
- « Cette brillante découverte a associé pour toujours, dans l’histoire de la chimie, le nom de M. Balard aux grands noms de Scheele et de Gay-Lussac. M. Balard ne s’est jamais cru l’égal de ses prédécesseurs. Il était, néanmoins, bien digne de prendre place à côté d’eux par ce travail et par toutes les œuvres de sa vie. A ceux qui croient à l’influence prépondérante du hasard dans les découvertes scientifiques, il est utile de rappeler que, quelque temps auparavant, un célèbre chimiste allemand, l’illustre Liebig, a tenu aussi le brome dans ses mains, et, quoique bien plus expérimenté à cette époque que ne pouvait l’être M. Balard à ses débuts, il en a cependant méconnu la véritable nature.
- « L’Académie des sciences n’avait pris au sérieux ce travail d’un débutant que sur l’insistance réitérée d’Anglade et de Bérard, à qui M. Balard devait surtout son instruction scientifique. Mais, convaincue de la réalité des faits avancés, elle ordonnait, par une faveur bien rare alors, l’insertion de son Mémoire dans le Recueil des Savants étrangers ; la Société Royale de Londres lui décernait sa plus haute récompense et la carrière universitaire, qu’il devait parcourir avec tant d’éclat, s’ouvrait devant lui et lui assurait, contre les hasards de l’industrie où il allait bientôt s’engager, la situation modeste dans laquelle il a toujours vécu, et que ses travaux industriels n’ont jamais améliorée .
- « Les conséquences pratiques de la découverte du brome ont été considérables. C’est pour la chimie organique un réactif, on peut dire un outil, aussi utile que les acides communs le sont pour la chimie minérale. Son emploi a rendu facile un grand nombre des belles synthèses effectuées de nos jours. Je n’en citerai qu’un exemple. Lorsqu’on eut soupçonné le lien qui devait exister entre un produit du goudron jusqu’alors obscur, l’anthracène et la matière colorante de la garance, connue sous le nom d’ali-zarine, on trouva aussitôt dans le brome un agent certain pour arriver à cette substance par des modifications appropriées de l’anthracène. Cette synthèse effectuée, il devint facile alors de préparer industriellement i’alizarine par une méthode plus simple et plus économique qui donne aujourd’hui une grande valeur à une partie des goudrons de houille, inutilisée jusque-là, au grand détriment de la culture de la garance.
- « La médecine s’est emparée du brome et l’administre avec succès dans les névroses, à l’état de bromure de potassium. Mais c’est surtout à la photographie que le brome a
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- rendu le plus grand service. Les bromures lui permettent d’obtenir des effets variés, qu’aucune autre substance ne pourrait lui donner. Aussi, la Société photographique de Paris avait-elle tenu à donner à M. Balard un témoignage public de sa reconnaissance en le choisissant pour la présider.
- « Ces premières recherches de M. Balard ne sont que le prélude de son grand travail sur l’eau-mère, qui devait le conduire, après dix-huit années de sacrifices et d’efforts soutenus, à la création d’une industrie nouvelle, complétant heureusement la fabrica tion du sel commun dans toute la région du Midi.
- « Montpellier est situé, comme on le sait, près d’une zone de sables qui borde la côte française de la Camargue aux Pyrénées, et qui est parsemée de nombreux étangs salés, en communication plus ou moins parfaite avec la mer. Sur le bord de ces étangs sont établies de nombreuses salines. Chacune d’elles comprend un espace de plusieurs centaines d’hectares où l’eau, mise en mouvement par des moyens mécaniques simples sur un sol peu perméable, s’évapore durant l’été sous l’influence simultanée de la brise et de la chaleur solaire. Lorsque ces eaux ont acquis le degré de concentration où elles commencent à déposer du sel, on les introduit dans des bassins peu profonds, appelés tables salantes, où, l’évaporation continuant, le sel se dépose. Mais les combinaisons de la magnésie contenues dans l’eau de la mer finissent par se déposer à leur tour avec du sel marin, et lui communiquent une amertume insupportable. Il faut donc, pour obtenir un produit propre à l’usage domestique auquel il est surtout destiné, ne pas pousser trop loin l’évaporation et séparer soigneusement le sel du liquide où il a cristallisé avant qu’il ne soit souillé par la magnésie.
- « Cette eau, qu’on rejetait alors comme inutile, est ce que nous avons déjà appelé l’eau-mère des salins. Elle contient du sel commun, des sels de magnésie ; mais on peut aussi en extraire, comme l’a montré M. Balard, du sulfate de soude et des sels de potasse qui sont, pour l’industrie chimique, des produits d’une haute importance et d’une valeur vénale relativement considérable.
- « Le sulfate de soude sert à fabriquer le verre, les cristaux de soude et la soude avec laquelle on fait le savon ; les sels de potasse servent plus particulièrement à la fabrication du salpêtre, nécessaire à la confection de la poudre ; ils entrent aussi dans la composition d’engrais puissants, de plus en plus appréciés par l’agriculture.
- «M. Balard commença d’abord par la recherche du sulfate de soude. On savait avant lui que l’eau-mère, soumise au froid rigoureux de certains hivers rares dans le Midi, déposait spontanément du sulfate de soude. Mais il s’agissait de produire régulièrement cette substance sans le secours de températures exceptionnellement basses. Il y parvenait en évaporant l’eau-mère pendant l’été. L’évaporation du jour lui donnait du sel marin ; le refroidissement de la nuit, un dépôt de sulfate de magnésie. Le mélange des deux sels, récolté dans la bonne saison, redissous dans l’eau et soumis alors aux froids de l’hiver produisait, par un échange mutuel de ses éléments, un abondant dépôt de sulfate de soude. Il fallait seulement que la température se maintint longtemps
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- inférieure à 7 ou 8° au-dessus de zéro, ce qui est ordinaire pour une grande partie de l’hiver dans la région des salins. '
- « Cette première partie du problème résolue, M. Balard arriva, après bien des efforts infructueux, à isoler de l’eau, déjà dépouillée de son sulfate de soude, du sulfate double de potasse et de magnésie et du chlorure de magnésium et de potassium. On s’étonnera moins du temps considérable que lui ont coûté ces recherches, et l’on admirera davantage la ténacité qu’il y a déployée quand on saura les difficultés de tout ordre qu’il a eues à vaincre. La perméabilité du sol, sur lequel il opérait ses évaporations, lui enlevait une grande partie de ses produits ; une pluie abondante détruisait le travail de toute une saison. Il avait eu aussi à lutter contre le mauvais vouloir qui s’attache, non sans raison parfois, à tous les inventeurs, et il avait dû se résigner, à une époque de sa vie où ses ressources personnelles suffisaient à peine aux besoins de sa famille, à poursuivre ses recherches à ses frais, loin de Montpellier, dans un salin d’Agde, plus particulièrement imperméable, où il fallait souvent se rendre à pied et séjourner dans l’intervalle de ses cours, pour surveiller ses expériences, au milieu d’une région insalubre, foyer permanent de fièvres intermittentes.
- « En 1844, il put se croire arrivé au succès. Dans le mémoire où il exposait à l’Académie des sciences sa remarquable découverte, il établissait qu’il suffirait d’affecter à l’exploitation de son procédé 20,000 hectares‘de terres sans valeur, d’un littoral pestilentiel que son industrie aurait assaini, pour fabriquer les 60 000 000 de kilogrammes de sulfate de soude employés en France à cette époque ; que le sulfate de potasse retiré des mêmes eaux représenterait un poids de 9 000 000 de kilogrammes, chiffre quatre fois supérieur à la consommation d’alors. La France, tributaire de l’Amérique, de l’Allemagne et de la Russie pour sa potasse, pourrait donc en exporter ; elle achèterait aussi bien moins de soufre à la Sicile, puisqu’elle n’aurait plus à fabriquer toute cette portion d’acide sulfurique que l’on transforme en sulfate de soude.
- «La grandeur de ces résultats nous fait comprendre la passion, pour ainsi dire exclusive, qu’il apportait à ce travail qui, au gré de plusieurs de ses amis, l’éloignait trop des recherches purement scientifiques, où ils auguraient pour lui les succès les plus éclatants.
- « M. Balard avait obéi, dans cette circonstance, aux tendances pratiques de son esprit. Les lignes suivantes, que j’emprunte à son beau mémoire, expression élevée de ses nobles sentiments, sont aussi une éloquente réponse à ceux qui lui reprochaient d’avoir trop négligé la science pure. « La science ne me paraît pas avoir seulement « pour mission de satisfaire chez l’homme ce besoin de tout connaître, de tout appro-« fondir, qui caractérise la plus noble de ses facultés; elle en a aussi une autre, « moins brillante sans doute, mais peut-être plus morale, je dirai presque plus sainte, « qui consiste à coordonner les forces de la nature pour augmenter la production et « rapprocher les hommes de l’égalité par l’universalité du bien-être. J’ai cru qu’en la « faisant servir à créer, à perfectionner cette industrie nouvelle, je ne déviais pas pour
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- « cela de la voie que j’avais suivie jusqu’alors. Rentré maintenant et pour tou-« jours dans ces études de science pure, vers lesquelles me portent mes goûts, je ne « regrette pas, je l’avoue, le temps que cette industrie m’a employé. En absence de « préoccupations d’un certain ordre, en moyens matériels de travail, en loisirs consa-« crés à la science, elle me rendra, je l’espère, plus qu’elle ne m’a coûté. »
- « Aucun de ces désirs ne devait se réaliser. Sa création exigea encore de lui bien des efforts ; elle dut même subir une entière transformation pour arriver à cette marche régulière et certaine qui, seule, peut assurer la sécurité des transactions commerciales. Mais, au moment où il allait recueillir le fruit bien légitime de tant de labeurs, une découverte inattendue vint arrêter l’essor de la nouvelle industrie et en réduire singulièrement le profit. On trouva, en 1858, à Stassfurt, dans la Sarre allemande, un immense banc de sel gemme surmonté de couches puissantes, contenant le sulfate de soude et les sels de potasse que M. Balard avait obtenus dans l’évaporation des eaux de la Méditerranée. L’ordre de ces couches semble établir qu’un volume énorme d'eau salée, en communication prolongée avec la mer, a accumulé, durant des siècles, en cet endroit privilégié, cette masse considérable de produits, exploitée aujourd’hui avec une activité extraordinaire pour satisfaire aux besoins croissants de l’agriculture.
- « La découverte des gisements de Stassfurt a donc été pour elle un véritable bienfait ; mais l’intérêt particulier de M. Balard en a vivement souffert. Son âme était trop élevée ; il avait trop de ressort dans son énergique nature pour paraître affecté d’un tel événement. Avec l’aide de colloborateurs dévoués, il s’est remis plus activement à l’œuvre pour perfectionner son industrie et la mettre en état de lutter efficacement contre une concurrence aussi redoutable. Mais ses amis ont regretté pour lui cette rigueur du sort ; ils savaient que la fortune matérielle eût été pour M. Balard une source de satisfactions élevées. Elle lui eût donné « ce loisir consacré à la science » qu’il a tant désiré, et en assurant la sécurité de la vie pour les siens, elle lui aurait permis de satisfaire dans une plus large mesure les penchants généreux de son cœur.
- « Dans le cours de ses premières recherches industrielles, M. Balard était revenu, à plusieurs reprises, à ses travaux théoriques. En 1834, il publie son beau mémoire sur les combinaisons décolorantes du chlore. Nous savons maintenant, grâce à lui, que l’eau de Javelle et le produit si important que l’on désigne vulgairement sous le nom de chlorure de chaux doivent leurs propriétés décolorantes et désinfectantes à un acide particulier du chlore, l’acide hypochloreux, qu’il a découvert et isolé. Ses mémoires sur l’acide oxamique et sur l’alcool amylique datent de 1842 et de 1844. Le temps me manque pour apprécier, comme elles le méritent, ces recherches qui lui ouvrirent, avec ses travaux antérieurs, les portes de l’Académie des sciences, où il remplaça Darcet en 1844.
- « La solidité de son enseignement, son mérite scientifique, le faisaient également avancer dans la carrière universitaire. Après avoir été professeur au Lycée et à l’Ecole de pharmacie, il arrivait à la Faculté des sciences de Montpellier en 1834. En 1842, il
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- venait recueillir à la Sorbonne le glorieux mais dangereux héritage de l’illustre et vénéré fondateur de notre Association. Succédant à un tel maître, à côté du plus éloquent professeur de chimie de notre temps, il sut néanmoins, par la lucidité de son exposition et la chaleur communicative de sa parole, se concilier immédiatement la sympathie d’auditeurs rendus difficiles, sympathie qu’il a conservée pendant ses trente-quatre années de professorat à Paris.
- « L’Ecole Normale se rappelle avec orgueil qu’elle l’a possédé comme maître de conférences de 1845 à 1851. Il la quitta pour le Collège de France, où il a professé presque sans interruption jusqu’à sa mort. Je ne rendrais pas justice complète à M. Bâtard si je ne rappelais qu’au nombre des services rendus par lui à ce célèbre établissement, il plaçait au premier rang 1a création de 1a chaire de chimie organique, occupée avec tant d’éclat depuis sa fondation par son ancien préparateur, qui comptait, dès ses débuts, parmi les maîtres de 1a science.
- « En 1867, il était appelé à l’inspection générale de l’Enseignement supérieur. C’était 1a juste récompense de longs et excellents services, rehaussés par des titres scientifiques d’une grande valeur.
- « J’ai terminé cette esquisse rapide de 1a vie scientifique et industrielle de cet homme de bien qui s’est appelé M. Bâtard. Le souvenir de son esprit fin et toujours bienveillant, de son cœur généreux dévoué à ses amis et à ses élèves, mais dévoué pardessus tout à 1a science, inaccessible à tout sentiment d’orgueil ou d’envie, disparaîtra sans doute avec ceux qui l’ont connu, respecté et aimé. Mais son nom n’a rien à craindre de l’oubli ; ses travaux, peu nombreux il est vrai, par leur importance exceptionnelle assurent à sa mémoire une durable renommée. »
- M. Bâtard a appartenu pendant trente-deux ans à 1a Société d’encouragement pour l’industrie nationale. Il y était entré en 1844 comme membre adjoint du Comité des arts chimiques, et en 1868, le suffrage unanime de ses collègues l’appelait à ta vice-présidence, en remplacement de M. Darblay aîné.
- L’âge et 1a maladie qui l’a souvent atteint dans les dernières années de sa vie,n’ont pas ralenti son zèle ou diminué l’intérêt qu’il a toujours porté aux questions industrielles nombreuses et variées qui occupent cette grande Société. Le Bulletin porte 1a trace durable des services qu’il lui a rendus. Il contient, en effet, de nombreux rapports sur diverses industries et des travaux suscités par les découvertes du moment, qui se font remarquer par l’ampleur des vues en même temps que par 1a précision et l’élégance du style. Ils accusent, chez leur auteur, un sentiment exact et profond du rôle élevé que 1a science doit remplir dans toutes les questions industrielles, un vif désir de mettre en lumière toute découverte utile et d’en propager l’application et aussi le besoin généreux de rendre pleine et entière justice aux inventeurs ; de là la haute estime dans laquelle les collègues de M. Bâtard l’ont toujours tenu et 1a situation élevée qu’il avait prise parmi eux.
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- Discours de M. Wurtz.
- « La mort frappe sur nous à coups redoublés. En peu de semaines, Andral, Bron-gniart, Séguier, nous ont été ravis, et voici un nouveau deuil qui nous surprend : comme les autres, c’est un grand deuil. M. Balard avait vaincu deux maladies; sa forte constitution et sa vaillante nature promettaient une convalescence facile et rapide, lorsqu’il a été terrassé en deux jours par une violente atteinte, retour offensif du mal qù’il avait dominé unè première fois. La science, l’enseignement public, l’Institut, ses amis et même le monde, qui ne l’a pas connu, perdent en lui un de ces êtres d’élite, dont l’existence est un bienfait et le souvenir un culte. Au nom de l’Académie des sciences, je viens rendre hommage à sa chère mémoire. Une voix plus autorisée, mais non moins amie que la mienne, dira un jour quels furent ses travaux dans la science, ses succès et ses déceptions dans la vie, Pour moi, au bord de sa tombe, je vais essayer de faire revivre un instant sa noble et sympathique figure.
- « Antoine-Jérôme Balard naquit à Montpellier, le 30 septembre 1802, de parents honorables mais pauvres. C’étaient des vignerons qui cultivaient leur champ de leurs mains. Us gardèrent leur fils pendant son enfance, et le confièrent, ensuite à sa marraine, qui l’adopta et le fit élever.
- « C’est à elle que M. Balard est redevable de son éducation et de sa carrière : il semble avoir trouvé dans l’héritage maternel un don plus précieux encore, l’intelligence vive, l’énergie et la droiture du caractère.
- « Après de bonnes études au collège de Montpellier, nous le trouvons, à dix-sept ans, préparateur à l’École de pharmacie. Cette école, qu’il va illustrer, lui décerne son diplôme le 5 juillet 1826. Il était alors partagé entre la chimie et la botanique; plus tard, il cultivera et enseignera la physique.
- « Son esprit vif était également apte à toutes les sciences, et il va donner immédiatement de sa pénétration et de son talent dans l’art des expériences une preuve éclatante. Vers 1824, herborisant au bord d’un marais salant, par une matinée de printemps, il avait remarqué un dépôt de sulfate de soude que la fraîcheur de la nuit avait fait cristalliser dans un bassin où l’on conservait des eaux-mères, du sel commun. L’idée d’exploiter ces eaux-mères s’empara immédiatement de son esprit et l’occupa pendant la plus grande partie de sa vie.
- « Dans le cours de ses expériences, il fut frappé par une coloration particulière que certains réactifs développent dans ces eaux. Il saisit le fait, et l’ayant poursuivi avec cette ténacité qui est le génie des inventeurs, il eut l’heureuse fortune de découvrir le brome. C’était une grande découverte. M. Balard a isolé un nouveau corps simple, et ce n’est pas un de ces métaux rares, je dirai obscurs, qui se cachent dans quelque minéral peu connu ; c’est un grand corps, qui va prendre rang entre le chlore, que l’on doit à Scheele, et l’iode, que l’on doit à Gay-Lussac. Ainsi le nom de ce jeune
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- homme de vingt-quatre ans se placera d’emblée à côté de ces grands noms ; le voilà devenu immortel.
- « L’attention se porte immédiatement sur le nouveau corps ; ses propriétés, ses principales combinaisons, sont étudiées par M. Balard et décrites dans un mémoire classique. Gay-Lussac félicite le jeune chimiste et montre un échantillon de brome dans son cours à l’École polytechnique.
- « La Société royale de Londres lui décerne la plus haute récompense dont elle dispose.
- « A Montpellier, sa renommée vint en aide à sa pauvreté. Il est appelé successivement à l’École de pharmacie comme professeur adjoint, au Collège royal, et enfin, en 1834, à la chaire de chimie de la Faculté des sciences. Le voilà dans une situation qui va lui procurer à la fois des ressources pour la vie de chaque jour et, chose plus précieuse, des moyens de travail.
- « Mais la gêne des premières années aura laissé dans son esprit une empreinte durable : des habitudes d’économie, avec le désir légitime d’assurer l’avenir des siens ; le goût d’une existence modeste et d’une installation médiocre, avec un éloignement marqué pour les moyens et les objets dispendieux. L’influence de cette disposition s’est fait sentir dans ses travaux. Il choisissait de préférence les méthodes simples, les appareils primitifs, les réactifs préparés par lui-même, se plaisant à rappeler les grandes découvertes qui sont sorties de la pauvre officine de Scheele. Il ne pouvait mieux choisir son modèle ; mais n’est-il pas vrai, d’un autre côté, que si la simplicité des méthodes est un avantage et l’agencement économique des choses un gain, ces conditions ne sont pas toujours compatibles avec la précision que l’on doit rechercher avant tout dans les expériences ?
- « Celles que l’on doit à M. Balard ont toujours eu ce caractère. Ses découvertes n’ont jamais été contestées et sont marquées toutes au coin de sa puissante originalité. Celles de l’acide hypochloreux et de l’acide oxamique ont comblé de véritables lacunes et ont ouvert des voies nouvelles. Il était occupé de l’étude de cette huile, qui se sépare pendant la distillation de l’eau-de-vie de marc et qu’on a nommée alcool amy-lique, lorsqu’il fut appelé à Paris pour monter dans la chaire de Thénard à la Faculté des sciences, M. Dumas occupant celle de Gay-Lussac. Il prit sa place après ses grands devanciers et à côté de son inimitable collègue. Sa parole vive, son exposition lucide et abondante, les accents un peu élevés de sa voix, tout commandait l’attention d’un auditoire difficile. Plus tard, il a apporté le même entrain et la même distinction dans son enseignement au Collège de France, où il fut appelé, en 1850, à remplacer Pelouze.
- « M. Balard a habité Paris pendant trente-huit ans. Cette longue période a été, sinon la plus productive, du moins la plus utile de sa vie. L’Académie des sciences lui avait ouvert ses portes dès 1844. Depuis lors, il a pris au mouvement scientifique l’intérêt le plus vif et le plus soutenu, cherchant plutôt à développer ses premières
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- découvertes et à en tirer parti, qu’à en faire de nouvelles. Il avait pris, en 1840, un brevet pour l’extraction des sels de potasse des eaux-mères des marais salants, qui ont déjà laissé déposer du sulfate de soude sous l’influence du froid. Ses recherches de laboratoire lui avaient appris les proportions de ces sels et les conditions de leur séparation. Pendant quarante ans, il à poursuivi l’application de ces expériences à l’industrie, rare exemple de persévérance, que le succès a couronné à la fin. Mais, comme il arrive souvent, ce succès n’a pas été complet au point de vue des avantages matériels qu’on pouvait espérer en retirer.
- « Au moment même où les dernières difficultés étaient vaincues, on a découvert en Allemagne, près de Stassfurt, des couches presque inépuisables des sels dont il s’agit et qui se sont déposés, après le sel commun, à un âge géologique antérieur, par le dessèchement d’une mer primitive. Ainsi la nature avait achevé elle-même, et sur une immense échelle, ce que M. Balard avait réussi à effectuer en imitant, sans le savoir, les procédés naturels ! Celte coïncidence peut ajouter à sa gloire : elle n’a rien ajouté à sa fortune. En ce qui concerne l’application du brome, qui est devenu aujourd’hui un agent très-utile et très-répandu dans l’art du photographe, et, sous forme de bromure de potassium, un médicament très-précieux, notre confrère a eu le même genre de succès : il a dû se contenter de l’idée que sa découverte est devenue un bienfait pour les hommes ; plus d’un inventeur a dû se contenter de moins.
- « M. Balard a été un homme heureux par caractère, mais il a connu l’adversité dans la vie. Ses trois enfants lui ont été successivement enlevés, et, l’année dernière, il a perdu la fidèle compagne de sa vie. Il n’était point isolé pourtant ; les enfants de sa femme, qu’il a adoptés et qui méritaient de l’être, ont entouré sa vieillesse et ses derniers jours de soins pieux. Il a supporté fortement les grandes douleurs, trouvant dans son âme un ressort, et dans ses convictions un soulagement. Sa situation matérielle s’était enfin améliorée, mais son genre de vie a continué d’être modeste. Il était dur et strict pour lui-même, indulgent et généreux pour les autres, et cet homme, qui se refusait les plus simples jouissances du bien-être, était toujours prêt à secourir largement ceux qui faisaient appel à sa bonté.
- « Cette bonté ne se lassait jamais : elle était ingénieuse et faisait succéder les prêts aux dons quand la période des dons était passée. Savant pauvre, il était riche, et sa richesse lui venait du cœur. Il était simple dans ses manières, sincère dans ses paroles, ferme dans ses promesses, fidèle dans ses affections. Et qui pourrait oublier les grâces de son esprit cultivé, les charmes de sa conversation vive, nourrie, naturelle, pleine de sel et de saillies, exempte d’ironie èt d’âpreté? Ce cœur qui débordait de sentiments généreux, était inaccessible à la jalousie, la vanité, la morgue, cette forme déplaisante de la vanité.
- « Voilà, Messieurs, ce que nous avons perdu ! Et de tout cela, ne resterait-il aujourd’hui qu’un souvenir et un exemple ? Nous avons la confiance qu’il n’en est pas ainsi. N’est-il pas vrai que tout ce que nous avons aimé en lui, la bonté parfaite, la
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- EXPOSITION DE VIENNE.
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- droiture, l’indulgence extrême, et par-dessus tout la chaleur et la générosité du cœur, n’est-il pas vrai que tout cela subsiste ?
- « Oui, cher maître, cher confrère et ami, tes œuvres et tes vertus t’ont suivi, et cette chose qui n’est plus rien et que nous allons recouvrir de terre, ce n’est pas toi. Adieu! »
- {Journal officiel.)
- EXPOSITION DE VIENNE.
- l’algérie a l’exposition universelle de vienne EN 1873, PAR M. A. POMEL (1).
- Travaux publics.
- J’inscris ce titre pour mémoire et pour constater que l’Algérie ne figurait point dans les documents généraux du Ministère des travaux publics, publiés à propos de l’Exposition universelle de Vienne, où figurait très-bien son exposition de plans et de modèles en relief. Cet oubli est regrettable, car l’importance des travaux exécutés dans la colonie ne le cède point à celle de beaucoup de ceux de France.
- Industrie domestique.
- Il n’y a rien à dire de l’industrie domestique chez les Européens, parce qu’elle ne présente dans la colonie rien de particulier, rien qui soit étranger à celle de la métropole. De l’industrie domestique indigène il y aurait, au contraire, beaucoup à dire, surtout pour montrer son état encore tout primitif. Ce serait, toutefois, une simple étude de curiosité, que j’ai faite déjà dans un autre travail sur les races indigènes, mais qui ici n’aurait aucune opportunité, car, en général, cette industrie n’intéresse guère le commerce européen ; elle ne sort pas de la sphère des besoins indigènes, si différents des nôtres. Je me bornerai donc à une simple énumération des catégories les plus importantes.
- Vêtements et tapis : haïk en laine, burnous blanc, couverture en laine, frache, envoyés par six exposants oranais ; — souliers, brodés par un indigène de Constantine.
- Tabletterie et vannerie : coffrets, cassettes, appliques et crémaillères de style mauresque, pipes incrustées, nattes, paniers et corbeilles en roseau, alfa, palmier et dattier.
- Poterie indigène : vases divers de fabrication kabyle, décorés de dessins noirs au vernis de térébinthe, gargoulettes, lampes, amphores et plats.
- Broderies indigènes : toute une série de travaux exposés par Mm* Frague, directrice de l’ouvroir musulman d’Alger, et quelques autres objets envoyés par des indigènes, bourse, coiffe, ceinture de femme.
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- 1) Voy. cahier de juin 1876, p. 322.
- Tome III. — 75e année. 3" série. — Août 1876.
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- Mobilier, ustensiles et armes : — une vingtaine d’exposants d’Alger — cuillers en bois, sabots pour femme et pour bain, pupitre en bois, plat à couscoussou en bois de frêne, bracelets en bois, flûte en roseau, poudrière en cuivre, couteaux, rasoirs, poignards, etc.
- Bijouterie indigène : une dizaine d’exposants kabyles — bagues, boucles d’oreilles, bracelets, anneaux de pieds, épingles ou broches et boutons, flacons et boites, colliers et diadèmes, tous objets en argent et corail.
- Il se fait, dans les tribus, de tous ces objets, un commerce assez important qui est entre les mains de Maures, de Kabyles (Zouaoua) et surtout de Juifs, qui vont les colportant de douar en douar et les troquant contre argent ou contre des denrées dont ils font également commerce. Quelques-uns s’en vont avec leur matériel s’installer dans les tentes et y fabriquer ainsi, sous les yeux des intéressés et avec leurs douros, la bijouterie grossière qui doit témoigner au besoin sur leurs femmes de toute leur prétention à l’opulence.
- Conclusions sur les ressources de la colonie.
- De cet examen rapide des divers produits de l’Algérie, il me semble ressortir ce fait : notre pays possède chez lui-même des éléments naturels qui doivent devenir des sources de richesses, et, parmi ceux qui lui font plus ou moins défaut, c’est surtout dans la région circum-méditerranéenne qu’il doit les choisir, pour pouvoir plus immédiatement entrer dans leur possession sans avoir à redouter les déceptions de l’acclimatation. Le débouché pour les produits de cette région est pour ainsi dire illimité. On doit avoir soin de se garantir des illusions miroitantes, mais si décevantes des fortunes trop rapides et de cet esprit de retour dans la mère-patrie, qui en est souvent, chez les nouveaux arrivés, le mobile principal. Notre colonie doit être un champ de travail et non de spéculations hasardeuses : c’est le meilleur moyen de grandir.
- Ce n’est pas que j’aie l’intention de proscrire les essais raisonnables d’acclimatation; les climats similaires au nôtre peuvent nous donner beaucoup, en dehors du bassin méditerranéen ; mais je voudrais combattre cette tendance mal raisonnée d’obtenir chez nous les produits des colonies des tropiques. J’espère que beaucoup d’Algériens sont guéris de cette manie de l’excentrique en colonisation ; mais on ne saurait trop agir contre cette tendance, car les insuccès produisent toujours le découragement, et les ruines qui en résultent ont trop souvent un retentissement funeste dans les contrées qui pourraient nous fournir des immigrants et augmenter netre population européenne, actuellement insuffisante pour exploiter nos richesses naturelles.
- Les céréales, les légumes secs, les huiles d’olive, les tabacs, les lièges, les lins, les spartes et fibres de palmier, les laines et la viande, et, si le phylloxéra poursuit ses ravages dans les vignobles de la mère-patrie, les vins et alcools, tels sont, en général et plus spécialement, les produits qui doivent fixer l’attention des Algériens. Il en est encore quelques autres plus spéciaux à certains cantons et à certaines régions, comme
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- les dattes au Sahara, les bananes sur les lieux irrigués du littoral, les cotons longue soie dans les plaines arrosées du littoral oranais, etc. ; mais on nejpeut sérieusement songer à les obtenir partout, et l’on doit borner ses efforts aux lieux où se trouvent réunies les conditions complexes de leur réussite.
- J’ai, en terminant cet exposé très-incomplet, à réclamer l’indulgence des colons sur la manière, peut-être un peu trop doctrinale, dont j’ai traité quelques questions que mes occupations habituelles ne m’ont point suffisamment rendues familières. Mais je dois faire remarquer que, dans la plupart de ces cas, je n’ai été que l’écho des opinions qui se sont produites autour de moi, et que ce que je pourrais retenir de ce travail, comme mon bien propre, en est certainement la plus minime partie. Je ne suis donc, en quelque sorte, qu’un rapporteur, et si j’ai pu dans ce rôle avoir quelque mérite, j’en suis heureux pour le peu de bien qui pourra en résulter pour notre chère colonie.
- Commerce général de la colonie.
- Je ne puis mieux terminer ce travail sur les ressources de l’Algérie, qu’en exposant la statistique de son commerce général, statistique empruntée aux documents de la Douane et ayant, par conséquent, tout le caractère officiel et toute la valeur solide de ce genre de renseignement sur des faits accomplis. J’ai cru devoir comparer l’ensemble de notre mouvement commercial avec celui des colonies trans-océaniques, et comme je ne possède pour ces dernières que les renseignements relatifs à 1870, j’examinerai également l’ensemble de nos affaires pour cette même année et donnerai ensuite les documents relatifs à 1872.
- La totalité dn commerce des colonies trans-océaniques pour 1870 se chiffre par un total de 292 millions de francs, se décomposant ainsi :
- EXPORTATIONS. IMPORTATIONS.
- Cochinchine 50 000 000 fr. 27 500 000 fr.
- Martinique 22 319 054 26 947 965
- Guadeloupe. . . .;.... 25 331 234 14 777 083
- Réunion. 12 262 036 25135 070
- Sénégal 11 540 127 15195 510
- Inde française 9 801 628 5 307 441
- Saint-Pierre et Miquelon. 9 859 847 7 842 902
- Guyane 1 673 602 7 371734
- Madagascar 3 579 818 2 895 526
- Taïti. 4 504 608 3 265 968
- Nouvelle-Calédonie. . . . 303 650 3 249 182
- Gabon 650 000 1 050 000
- Totaux 151 825 604 140 538 381
- Total des exportations. 151 825 604 fr.
- — importations. 140 538 381
- Ensemble dü commerce. , . . . 292 363 985 fr.
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- Dans la même année, l’Algérie a donné lieu à un commerce général de plus de 297 millions de francs se décomposant ainsi :
- Exportation. . Importation. .
- Totaux. . .
- FRANCE.
- 63 897 000 Ir. 131 834 000
- 195 731 000 fr.
- ÉTRANGER.
- 60 559 000 fr. 40 857 000
- 101 416 000 fr.
- TOTAL.
- 124 456 000 fr. 172 691 000
- 297 147 000 fr.
- Il résulte de ces documents que, pendant l’année 1870, le commerce général de l’Algérie a dépassé de 4 783 000 fr. celui de la totalité des autres colonies de la France; chez ces dernières, les exportations sont aux importations dans le rapport de 15 à 14 ; ce rapport est inverse, c’est-à-dire de 12 à 17, pour l’Algérie, qui constitue un débouché important pour le marché industriel de la France. On ne saurait, en effet, trop insister sur l’importance du commerce en général de cette colonie avec la Métropole : 195 millions de francs, tandis qu’il n’est que de 101 millions avec l’étranger, c’est-à-dire presque dans le rapport de 2 à 1.
- Mais pour faire ressortir encore mieux les ressources de l’Algérie et le développement rapide de son commerce, il faut encore étudier la statistique de l’année 1872.
- Exportation. . Importation. .
- Totaux. . .
- FRANCE.
- 121 848 000 fr. 157 013 000
- 278 861 000 fr.
- ÉTRANGER.
- 42 755 000 fr. 40 031 000
- 82 786 000 fr.
- TOTAL.
- 164 603 000 fr. 197 044 000
- 361 647 000 fr.
- L’augmentation totale est de 65 millions, dont 40 pour les exportations et 25 pour les importations.
- L’augmentation du commerce avec la France est de 84 millions, dont 58 pour les exportations et 26 pour les importations.
- La diminution du commerce avec l’étranger est de 19 millions, portant presque en totalité sur les importations.
- Comme conséquence : amélioration de la production et par conséquent de l’exportation, augmentation des importations de la Métropole de tout ce que perd le marché étranger, toutes circonstances heureuses pour la France et l’Algérie.
- Il est encore quelques remarques intéressantes à faire sur l’ensemble de ce commerce ; pour les importations, la France entre pour près de 80 pour 100, entrepôts compris; l’Angleterre pour 10 pour 100 ; les États Barbaresques pour 3,8 pour 100 ; l’Espagne pour 3, 4 pour 100 ; et les autres nations pour moins de 1 pour 100. L’Angleterre a envoyé des cotonnades et des lainages, des tabacs en feuilles et fabriqués, de la houille et des fers. Les États Barbaresques ont envoyé des peaux préparées, des poteries, des laines en masse et des tissus de soie. La Suède et la Norwége, l’Autriche et la Belgique nous ont adressé des bois à construire et des fers. Les marchandises dont l’augmentation a été le plus sensible sont le sucre raffiné, le tabac en feuilles, l’huile
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- d’olive, las bois, l’acide stéarique, les poteries, les verres et cristaux, les tissus de chanvre et de coton, les papiers, les ouvrages en métaux, la mercerie et les meubles ; il est évident que pour beaucoup de ces articles, la colonie doit faire ses efforts pour se suffire à elle-même.
- La douane classe ainsi les marchandises d’importation du commerce spécial (entrepôts
- non compris) :
- Matières animales................... 5 830 283
- — végétales.................. 26 869 513
- — minérales................... 4 840 028
- Fabrications...................... 145 489 018
- Monnaies............................. 7 285 834
- Total................. 190 314 676
- La valeur totale des exportations, qui était, en 1871, de 111 700 672 fr. s’est élevée, en 1872, à 164 603634 fr.; soit un excédant de 52 902 962 fr., ou environ 47 pour 100. Cette augmentation démontre l’importance de la part prise par la colonie à la reprise des affaires, et quelles ressources elle a procurées aux manufactures nationales. Indépendamment du bétail, toutes les matières premières nécessaires à l’industrie, telles que les peaux brutes, les laines en masse, le tabac en feuilles, le liège brut, le crin végétal, les écorces à tan, les minerais de toute espèce, ressortent avec des plus-values importantes. Les expéditions de céréales ont eu une activité exceptionnelle. Les diminutions qui affectent quelques articles, doivent être attribuées, pour la plupart, à des causes accidentelles.
- La participation des diverses nations à ce commerce algérien d’exportation se classe dans les proportions suivantes : France, 74 pour 100; Angleterre, 12 pour 100; Espagne, 6 pour 100 ; Italie, 3 pour 100 ; Pays-Bas et Belgique, chacun 1 pour 100 ; les autres au-dessous. Augmentation pour la France de 58 pour 100 sur l’année précédente; l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie, à peu près stationnaires. Les Pays-Bas et l’Allemagne ont débuté, en 1872, dans leurs relations avec l’Algérie, et ces relations se chiffrent par 2051000 fr. avec la première, et 569 000 fr. avec la seconde, représentant principalement des envois de crin végétal et de minerai de fer. La Belgique a demandé des céréales, du crin végétal et du minerai de fer pour 1 988 000 fr. ; l’Autriche a reçu 1 079 000 fr. de crin végétal et de lin teillé.
- Cette valeur totale de 164 603 000 fr. se décompose ainsi entre les diverses classes
- de marchandises exportées.
- Matières animales................... 43 975 690
- — végétales. ......... 75 509 728
- — minérales.................. 22 341 064
- Fabrications.......................... 21 282 688
- Monnaies.............................. 1 494 464
- Total............... 164 603 634
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- Je le répète, tous ces chiffres sont tirés de documents authentiques, publiés par les soins de la Douane qui les a établis, et chacun pourra consulter avec intérêt des détails très-instructifs dont cette exposition n’est que le résumé. Les conséquences qu’on peut en déduire sont donc irrécusables, et la principale est celle-ci :
- L’Algérie est une colonie qui fait avec la mère-patrie plus d’affaires à elle seule que toutes les autres réunies. En une seule année, elle a pu faire avec elle pour plus de 278 millions d’affaires, sans compter 82 millions avec l’étranger. Ses ennemis et ses détracteurs persistent cependant à dire partout qu’elle est une ruine pour la France. Je désire bien vivement que ce document tombe sous les yeux de ceux qui sont de bonne foi pour les éclairer, et qu’il fournisse des arguments irréfutables à ceux qui voudront combattre le mal fait par des détracteurs intéressés, qu’on ne peut espérer convertir à la raison et à l’équité.
- L’Etat prélève annuellement sur l’Algérie pour une vingtaine de millions de francs d’impôts, de taxes et de droits divers. Le budget administratif comporte une dépense de 25 à 26 millions, et l’on ne parle que de ce petit défaut de balance de quelques millions entre les recettes directes et les dépenses. Qui pourrait nier cependant que ce commerce de plus de 260 millions ne fasse verser dans les caisses de l’État des sommes bien plus considérables que celles qu’il perçoit directement en Algérie? Qu’on ne perde pas de vue que ce commerce entraîne un mouvement correspondant de la navigation, qui donne en entrées un chiffre de 1805 navires, jaugeant 647 880 tonneaux et montés par 43704 matelots, et la France y participe pour plus des deux tiers, soit 68,55 pour 100.
- Que l’on supprime donc, comme d’un coup de baguette magique, tout ce mouvement commercial, et l’on verra quel trouble, quelle perturbation seront jetés dans la mère-patrie, et l’on cessera de demander ce que l’Algérie produit à la France. En 1850, l’ensemble du commerce algérien atteignait à peine le chiffre de 92 millions, dont 19 tout au plus d’exportation. Cet immense développement de production et de commerce est presque dû en totalité à l’énergie et au courage de l’élément européen, malgré les combats et la lutte contre les fléaux de toute sorte ; de quel accroissement n’est donc pas capable la puissance productive de cette France transméditerranéenne, si l’on arrive à doubler, à tripler même, comme c’est possible, le chiffre actuel de 300000 Européens qui y sont plus ou moins fixés.
- Mais, dira t-on, les dépenses de l’armée ne sont pas comprises dans les dépenses administratives de l’Algérie que nous avons chiffrées plus haut ; c’est vrai. Mais ces dépenses n’ont pas eu toujours pour but unique le maintien de l’autorité de la France sur les populations indigènes ; et, du reste, la Métropole ne dépense-t-elle pas des sommes bien plus considérables encore pour la protection du commerce de ses colonies trans-océaniques, moins important que le nôtre de plus de 1/6 et bien certainement non susceptible d’un accroissement aussi accéléré?
- Je cesse ici mes raisonnements, ils ne pourraient qu’affaiblir ma démonstration. La
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- lumière ne se discute pas; et si quelqu’un persiste encore à déclarer que l’Algérie est le boulet de la France, il sera bien obligé d’avouer que ce boulet est d’or ! [Fin.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- maisons-dortoirs et cantines de certaines mines de l’Allemagne. —
- Dans la plupart des mines des districts de Dortmund, de Bonn et de Halle, on a créé pour les ouvriers qui viennent de loin et qui ne peuvent retourner chaque jour chez eux des maisons-dortoirs (schlafhâuser) et des cantines qui ont souvent coûté des prix considérables. On a pris modèle, en général, sur les établissements analogues fondés dans les mines appartenant à l’État, comme à Saarbrück, par exemple. Les ouvriers de l’extérieur y trouvent le logement pour la nuit et la nourriture [du lundi au samedi ; les célibataires s’y établissent souvent pour un temps assez long.
- C’est surtout dans les provinces de l’Ouest que ces maisons-dortoirs ont parfaitement réussi. Elles sont établies pour recevoir de 50 à 300 personnes. En général les administrations minières les cèdent gratuitement ou pour un loyer modéré à un régisseur, avec obligation de loger les ouvriers célibataires moyennant une faible rétribution; les ouvriers peuvent faire préparer leur nourriture dans les cuisines de l’établissement. Ils payent, en moyenne pour le logement et la nourriture de 4 à 12,5 s. gr. (Ofr. 50 à 1 fr. 56) par jour. C’est en Westphalie qu’ils payent les prix les plus élevés, mais on leur donne du café deux fois par jour et ils ont tous les jours de la viande. Le chauffage et l’éclairage sont presque toujours aux frais de l’administration de la mine. Dans certaines provinces les ouvriers payent une contribution mensuelle pour le lit, la lumière et le chauffage ; cette rétribution est tantôt de 1 thaler (3 fr. 75) par mois, et, tantôt, de 20 s. gr. (2 fr. 50), en hiver, et de 15 s. gr. (1 fr. 87), en été.
- Les salles de dortoirs peuvent contenir de 6 à 10 personnes en moyenne, quelquefois 25 comme maximum. On fournit aux ouvriers les couchages, les draps et les serviettes de toilette. On comptait, à la fin de 1874, dans le district de Dortmund, 28 grandes et 7 petites maisons-dortoirs avec cantines, pouvant recevoir, en tout, 4 800 ouvriers. Plusieurs de ces maisons renferment des salles de lecture, des bibliothèques, des salles de réunion, etc., et quelques-unes des établissements de bains, ouverts gratuitement aux ouvriers. On peuteiter, comme l’une des mieux aménagées, la caserne d'ouvriers des ateliers de préparation mécanique de Silberau, près d’Ems, qui occupe une surface de 638m2,85, et peut loger 200 ouvriers, répartis par groupes de 3 à 7 dans les dortoirs. Le réfectoire, placé au rez-de-chaussée, peut recevoir 300 personnes ; toutes les salles sont chauffées l’hiver par un calorifère à circulation d’eau chaude. La dépense de construction a été de 30 000 thalers (112 500 fr.).
- [Annales des Mines')
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- PROCÈS-VERBAUX.
- AOUT 1876.
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 23 juin 1876.
- Présidence de M. Dumas, Président.
- Correspondance. — M. Marchand, rue Blainville, 7, à Paris, inventeur d’un brûloir à café approuvé et encouragé par la Société, demande une somme qui puisse l’aider à faire à ses appareils des perfectionnements importants. (Arts économiques.)
- M. Gronou (Victor), rue Brunei, 27, aux Ternes, Paris, propose une nouvelle force mécanique. (Arts mécaniques.)
- M. Binant, rue de Paris, 126, à Vincennes (Seine), envoie le dessin d’une turbine. (Arts mécaniques.)
- M. Alexander (William), rue de Lisbonne, 64-, à Paris, envoie la description et le prospectus d’un ciment incombustible non conducteur de la chaleur, destiné à empêcher le refroidissement des chaudières et tuyaux de vapeur. (Arts mécaniques.)
- M. Guinebert (Pierre), ancien constructeur, rue Cavé, 8, à Paris. Système de digues mobiles contre les inondations. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Giesmer, dessinateur, rue d’Amboise, 23, demande que la Société fasse examiner la méthode qu’il emploie pour fixer les élastiques et la doublure des chaussures, méthode par laquelle il dit réaliser un bénéfice de 75 pour 100 sur les frais de fabrication. (Arts mécaniques.)
- M. Marcadier, rue de Rennes, 65. Nouvelle machine à étirer et ramener au fil droit les étoffes (Arts mécaniques.)
- M. Favray fils, fabricant d’instruments de précision, avenue d’Orléans, 19, à Paris. Appareil pour le sauvetage en cas d’incendie. (Comité des arts économiques.)
- M. le Ministre de l’agriculture et du commerce envoie deux exemplaires des n°® 2 et 3 du Catalogue des brevets d’invention pris en 1876.
- MM. Christy et Ragon (A. E.), 23, Upper-Westbourne terrace, W. London, envoient de nouveaux documents au sujet de la culture fourragère de la grande consoude du Caucase. (Agriculture.)
- M. Marre-de Marin, rue Mayet, 11, à Paris, demande l’appui de la Société pour faire ouvrir à Paris, dans les quartiers populeux et commerçants, des cours gratuits de malgache, d’arabe vulgaire et de malais. (Comité du commerce.)
- M. Pinchon (A.), pharmacien et professeur de chimie à la Société industrielle, à Elbeuf, envoie un aréomètre thermique, à indications concordantes, qui donne un moyen simple et rapide de constater la pureté des huiles d’olive du commerce, par la concordance parfaite de deux échelles, l’une donnant les densités et l’autre la tempé-
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- rature ; concordance qui n’a pas lieu pour les huiles mélangées. (Arts chimiques.)
- M. Tulpin (Eugène), chimiste, rue de Gharonne, 166, présente un travail sur l’emploi du caoutchouc et les perfectionnements qu’il a apportés à cette industrie pour concourir aux prix proposés par la Société. (Arts chimiques.)
- M. Cacheux (E.), ingénieur des arts et manufactures, quai Saint-Michel, 25, envoie une brochure sur les moyens pratiques de réduire la misère, suivie de l’histoire d’une ville industrielle (Mulhouse). (Commerce.)
- M. Perron (J. A.), rue Bellechasse, 8, adresse un résumé du travail dont il s’occupe, pour la solution de la question ouvrière par l’établissement de chambres syndicales mixtes, et demande le concours de la Société pour lui donner les moyens de terminer ce travail. (Comité du commerce.)
- Mme Canonge (S.), née Delon, à Nîmes, place de l’Écluse, demande qu’on organise l’industrie des conserves alimentaires dans les départements du bassin du Rhône, qui y trouveraient un débouché pour des cultures de légumes verts, sur les terrains où le phylloxéra interdit la culture de la vigne. (Comité de l’agriculture.)
- M. Goetz (L.), boulevard de La Tour-Maubourg, 74, présente son procédé nouveau de culture pour concourir au prix du marquis d’Argenteuil. Il envoie, à cet effet, copie d’une lettre, qui rend compte d’essais faits sur les sables crayeux de la Champagne. (Agriculture.)
- M. Barbaudy (G.) aîné, cours d’Alsace-Lorraine, 7, à Bordeaux, envoie diverses pièces à l’appui de la communication qu’il a déjà faite à la Société pour proposer l’alimentation des chevaux par le pain écossais, pour lequel il a pris un brevet d’invention. (Agriculture.)
- M. Launay (Ch.), rue de l’Entrepôt, 30, à Paris, envoie une réclamation sur la décision prise par le Comité des arts économiques au sujet d’un chercheur des fuites du gaz. (Arts économiques.)
- M. le Président de la Société industrielle de Mulhouse envoie un exemplaire de la médaille commémorative de la fête célébrée pour le cinquantième anniversaire de sa fondation.
- La Société des arts de Genève adresse également un exemplaire de la .médaille qui a été frappée en commémoration de la fête célébrée le 1er juin pour le centième anniversaire de sa fondation.
- M. le Président, en demandant que des remercîments soient adressés à la Société industrielle de Mulhouse, ainsi qu’à la Société des arts de Genève, rappelle que ' l’exemple de cette dernière Société a eu une grande influence sur la fondation de la Société d’encouragement française. M. de Candolle, qui en faisait partie, a été l’un des fondateurs de la Société d’encouragement et l’un des plus actifs, et plusieurs des dispositions importantes des statuts de la Société de Genève ont inspiré les dispositions adoptées dans les statuts de la Société française.
- M. Chameroy fils, faubourg Saint-Martin, 162, en remerciant la Société d’encou-Tome III. — 75* année. 3° série. — Août 1876. 59
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- ragement de la médaille de platine qui lui a été décernée dans la séance générale du 9 juin, fait offre d’une rente annuelle de 50 francs, applicable au paiement, tous les deux ans, d’une annuité de brevet, et il annonce qu’il en enverra prochainement le titre à la Société.
- M. le Président exprime les remercîments de la Société pour la fondation généreuse de M. Chameroy fils, et il renvoie cette lettre à la Commission des fonds pour qu'elle en fasse l’objet d’un rapport au Conseil.
- M. Homberg, membre du Comité des arts économiques, fait connaître que son état de santé ne lui permet plus de continuer à remplir les fonctions dont il s’était chargé et il donne sa démission de membre de la Société.
- M. le Président déclare, au nom du Conseil, que cette démission n’est pas acceptée. M. Homberg restera toujours membre honoré et en haute estime dans le Conseil et l’objet de la sympathique affection de ses collègues.
- M. Stas, membre de l'Académie royale des sciences de Bruxelles, adresse ses remercîments au sujet de sa nomination au titre de membre correspondant du Conseil.
- M. le Ministre des travaux publics adresse à la Société un exemplaire des Notices sur les modèles, cartes et dessins relatifs aux travaux des ponts et chaussées et des mines envoyés à l’Exposition de Philadelphie.
- M. le lieutenant de vaisseau Biard, rue Mont-Thabor, 10, envoie à la Société un exemplaire d’une notice insérée dans la Revue britannique, sur les voyages d’études autour du monde et sur la Société constituée pour les effectuer. Cette brochure est accompagnée d’un planisphère sur lequel le voyage projeté est tracé.
- M. Paliard, membre du Conseil, remet à la Société un exemplaire du rapport fait à la préfecture du département de la Seine par une commission dont il a fait partie, chargée d’examiner les questions qui se rattachent à l’assainissement des Halles centrales, travail important et qui résume tout ce qui a été fait à ce sujet.
- M. Peligot, secrétaire, présente à la Société, au nom de M. Ernest Dumas, un exemplaire de son ouvrage sur l’émission en France des monnaies décimales de bronze (1852-1865), volume in-4°, imprimerie impériale, 1868; ouvrage étendu, dans lequel est résumée l’histoire de la fabrication des monnaies en France, et qui contient de nombreux dessins sur bois des monnaies décimales françaises actuelles et des anciennes monnaies de cuivre refondues.
- M. De Félix Alexandre Sola, avocat à Barcelone. — Le marché du mercure, article publié dans XAvenir de l’Industrie. Brochure in-8", donnant des détails intéressants sur le commerce du mercure et l'exploitation des mines d’Almaden.
- Membres perpétuels-donateurs. — M. Giffard (H.), demande à être admis au titre de membre perpétuel de la Société.
- M. le Président rappelle que M. Giffard est bien connu de la Société, qui a été heureuse de pouvoir lui décerner sa grande médaille des Arts mécaniques pour les beaux travaux par lesquels il a enrichi la scienee appliquée à l’industrie. Il propose de
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- nommer immédiatement M. Giffard membre de la Société et de décider que son nom • sera inscrit sur la liste des membres perpétuels-donateurs.
- Cette proposition, mise aux voix, est adoptée par le Conseil.
- Election d’un membre correspondant étranger. — M. du Moncel fait, au nom du comité des arts économiques, un rapport pour proposer le remplacement de M. Wheat-stone, correspondant étranger pour les arts économiques, mort il y a plusieurs mois.
- Il propose de nommer à sa place M. Frankland.
- Le rapport expose les titres sur lesquels se fonde ce choix du comité. M. Frankland, éminent chimiste, correspondant de l’Académie des sciences de France, fait partie du comité chargé de la direction des travaux publics- de la ville de Londres. Il est, de plus, chargé du service des cours d’eau et rivières de l’Angleterre au point de vue hygiénique, et il a donné à ce service une importance et une utilité très-remarquables. Ce sont ses travaux qui ont servi de base aux lois qui ont été promulguées sur la salubrité des cours d’eau dans la Grande-Bretagne.
- Sa nomination, mise aux voix, est adoptée à l’unanimité.
- Rapports des comités. — Cheville de pianos. — M. Wolff fait, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur la cheville que M. Alibert a inventée pour fixer les cordes de pianos et pour permettre de faire varier à volonté leur tension par un mouvement insensible et gradué ; évitant ainsi les soubresauts que la clef de l’accordeur produit parfois dans cette tension avec le procédé actuellement en usage.
- Le comité des arts économiques propose de remercier M. Alibert de la présentation qu’il a faite et de voter l’impression du rapport au Bulletin de la Société avec une figure nécessaire à l’intelligence du système.
- Les conclusions de’ce rapport sont approuvées parle Conseil.
- Modérateur du gaz. — M. Peligot (Henri) fait présenter, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur un régulateur à gaz de M. Chartrain, rue de Jouy, 4.
- Le rapporteur explique qu’il s’agit ici bien plutôt d’un modérateur que d’un régulateur. Il décrit cet appareil, indique le mode d’emploi qu’il comporte et signale son premier avantage, qui est d’éviter le filage des becs quand on allume ou au moment des changements brusques de pression. Il montre que cet avantage n’est pas négligeable et il cite une épreuve de six mois qu’il a faite de ce modérateur, et de laquelle il résulte la constatation d’une économie de 12 pour 100, environ, dans la consommation.
- Un membre du Conseil ayant fait connaître qu’il avait à présenter, sur cet appareil, des observations qu’il ne voudrait pas faire en l’absence du rapporteur, la discussion sur ce rapport est renvoyée à la prochaine séance.
- Programme des prix.—Les divers comités ont examiné le programme des prix à mettre au concours pour les années de 1877 à 1882, et ils font les propositions suivantes :
- Arts mécaniques. — Le programme des prix est maintenu conforme à celui qni a été publié l’année dernière avec cette seule modification que le prix n° 1 sera reporté à 1881.
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- PROCÈS-VERBAUX. -- AOUT 1876.
- Arts chimiques. — Le programme des prix est maintenu conforme à celui qui a été publié l’année dernière, en reculant seulement toutes les échéances d’un an. De sorte que les prix proposés pour 1876 sont maintenus au concours pour 1877, ceux qui étaient pour 1877 sont reportés à 1878, etc.
- M. le Président propose d’ajouter au programme un prix pour la fabrication d’acier ou de fer fondu nouveaux ayant des propriétés utiles \ l’industrie, au moyen de l’alliage du tungstène ou de divers autres métaux d’un emploi récent dans les arts.—Le programme pour la recherche d’un alliage utile aux arts ne serait pas modifié pour cela, le nouveau prix étant spécial à l’acier ou aux états analogues du fer.
- Cette proposition est approuvée. Le montant du prix est porté à 3 000 francs et la rédaction du programme est renvoyée au comité des arts chimiques.
- Arts économiques. — Le comité des arts économiques maintient le programme actuel des prix, en reportant à 1877 et à 1878 deux prix qui avaient été au mis concours pour 1876.
- Agriculture. — Le Programme actuel pour les années 1877 et suivantes est maintenu avec addition de deux prix pour la culture des arbres fruitiers et pour la fabrication d’un semoir d’engrais pulvérulent à bas prix.
- Beaux-arts appliqués à l’industrie. — Le programme' du prix proposé pour 1880, pour la fabrication d’un bon papier photographique, est retiré comme n’étant plus en rapport avec l’état actuel de la science, et il sera remplacé par un prix de 2 000 fr. pour l’emploi des clichés photographiques à teintes dégradées dans la typographie. — Un prix analogue avait été mis au concours en 1868, mais il n’a été réclamé par aucun concurrent. Le comité estime que les progrès de l’industrie lui donne plus d’actualité aujourd’hui.
- Ces diverses propositions sont successivement mises aux voix et approuvées par le Conseil.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société par un vote du Conseil :
- MM. Clouet, fabricant d’engrais, à Villedieu.
- Sabaté, propriétaire, à Libourne.
- Menneret (Sosthène), à Troyes.
- Picard-Méry, ingénieur, à Paris.
- Wiesnegg, fabricant d’appareils de chimie.
- Après la séance, le Conseil se forme en comité secret.
- PARIS. -- I IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE BOECIIARD-TIUZ ARD , RUE DE l’ÉPERON ,5.
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- 95e année.
- Troisième série, tome III. Septembre 1890.
- BULLETIN
- DE
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- GAZ D’ÉCLAIRAGE.
- Rapport fait par M. Félix Le Blaxc, au nom du comité des arts chimiques, sur
- Un NOUVEL APPAREIL DE CONDENSATION MÉCANIQUE DES MATIERES LIQUÉFIARLES
- TENUES EN SUSPENSION DANS LES GAZ OU VAPEURS, par MM. EUGENE PeLOUZE
- et Paul Audouin.
- Messieurs, vous avez renvoyé à l’examen de votre comité des arts chimiques un nouvel appareil que les inventeurs MM. E. Pelouze et P. Audouin ont conçu et appliqué, pour réaliser une condensation plus parfaite du goudron dans la fabrication du gaz de l’éclairage, mais qui est, également, applicable à la condensation des matières liquéfiables diverses, contenues dans d’autres gaz ou vapeurs (1). •
- Les appareils employés, jusqu’ici, pour la condensation des matières liquéfiables, sont fondés, généralement, sur l’abaissement de température résultant du contact de ces matières avec des parois refroidies par une grande masse d’eau, ou par une grande masse d’air, les surfaces, en contact avec les gaz, étant très-étendues. Souvent, on fait agir un courant de liquide sur les gaz dirigés méthodiquement dans des serpentins, jeux d’orgue, colonnes à fragments de corps solides, mouillés (schrubbers), etc.
- La condensation, dans la fabrication du gaz de l’éclairage, provenant de la distillation de la houille, est, presque exclusivement, obtenue h l’aide d’appareils établis sur ces principes. Cette condensation est, surtout, efficace, en rai-
- (1) Brevet du 7 décembre 1872. Première addition au brevet, 13 janvier 1873. Deuxième addition, 24 août 1874.
- Tome III. — 75e année. 3* série. — Septembre 1876.
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- GAZ D’ÉCLAIRAGE. --- SEPTEMBRE 187G.
- son du refroidissement communiqué aux vapeurs qui existent, en dissolution, dans le gaz, à une température plus ou moins élevée, à la manière de la vapeur d’eau dans l’air atmosphérique transparent.
- Rarement, on a recours à une méthode fondée sur la compression que l’on fait éprouver au gaz. Cette méthode ne reçoit, guère, d’application que dans la fabrication du gaz, dit portatif, obtenu, presque exclusivement, par la distillation des schistes bitumineux, dits boghead.
- Nous avons dit que les dispositions, en vertu desquelles la condensation s’opère, à l’aide des surfaces, sont des plus variées, à l’effet de déterminer, par un abaissement de température, le dépôt, à l’état liquide, des principes condensables du gaz de l’éclairage, par exemple.
- Le procédé, proposé par MM. Pelouze et Àudouin, reposé sur un principe essentiellement différent. Frappés, comme la plupart des chimistes, de la difficulté d’éviter le transport à distance, et à l’état liquide, de globules ou vapeurs vésiculaires (par conséquent non dissoutes à l’état aériforme) et de les retenir sur leur trajet, avant l’arrivée du gaz de l’éclairage aux caisses à épuration chimique, les auteurs ont songé à arrêter ces vésicules, en vertu d’un choc contre des surfaces solides, après leur avoir fait traverser, sous une pression de 50 à 60 millimètres d’eau, au moins, une série d’orifices étroits pratiqués dans des parois métalliques.
- Les appareils peuvent présenter, soit la forme de caisses parallélipipédiques, soit celle de cloches, en tôle, à parois minces. Ces parois sont percées de nombreuses séries de trous étroits, de I millimètre de diamètre. Les jets gazeux, ayant traversé ces orifices, sont projetés sur une surface solide fixe, maintenue à une très-faible distance [t à 3 millimètres, environ) des plaques percées de trous (I).
- Les globules liquides entraînés, s’étranglent, dans leur passage à travers les trous, se soudent, en s’écrasant, ensuite, au contact du plan, et acquièrent, bientôt, un poids suffisant pour cesser de rester en suspension; ils s’écoulent, alors, sous la forme d’un liquide facile à recueillir, au fur et à mesure de sa production.
- (1) Obligés de tenir compte de l’installation actuelle des usines à gaz, MM. Pelouze et Audouin placent leur condensateur après les réfrigérants, au lieu et place des colonnes à coke, bien que l’appareil, monté, immédiatement, à la sortie du barillet, c’est-à-dire agissant sur du gaz très-chaud (+6(D, environ), puisse, suivant les auteurs, retenir la totalité du goudron. Pour agir, dans les meilleures conditions, le condensateur devra recevoir le gaz, venant des réfrigérants, à une température d’environ +15° centigr. qui est, à peu près, la température moyenne du sous-sol.
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- Le tracé, ci-après, donne une idée du principe de l’appareil]:
- Ce mécanisme rend l’action condensatrice instantanée et les matières entraînées, qui n’avaient pu se déposer, par le refroidissement, pendant leur trajet, en contact avec de vastes surfaces, se trouvent liquéfiées et coulent, dans un espace de quelques millimètres.
- L’expérience a appris, dans les usines à gaz, que le gaz de la houille ne peut arriver aux matières solides, presque pulvérulentes , contenues dans les caisses à épuration chimique, exempt de goudron, en suspension, malgré son trajet assez long, en sortant du barillet, par les jeux d’orgue, colonnes à coke humecté, etc. Or, ces goudrons entraînés, arrivant au contact des matières épura-trices, se condensent, à la vérité, mais ils empâtent, peu à peu,
- Les flèches f, f indiquent la direction des gaz ou
- vapeurs. Les veines fluides v, v, comprises entre : les parois A. et B, représentent la forme présumée qu’affectent les jets gazeux venant se heurter contre les écrans, après avoir traversé les orifices percés dans la paroi.
- A, A, parties pleines, formant écrans, sur lesquelles a lieu la projection.
- B, B, buses d’échappement des gaz ou vapeurs; ce sont des orifices circulaires très-étroits percés normalement à la paroi.
- C, C, écoulement des produits condensés.
- l’oxyde de fer et rendent l’épuration plus imparfaite et plus coûteuse.
- On peut facilement constater que le gaz de l’éclairage, aspiré par les extracteurs et se rendant aux caisses à épuration, contient encore en suspension des matières goudronneuses, qui n’ont pu se précipiter par le simple refroidissement. 11 suffit, pour cela, de faire passer un filet de gaz, sous une pression de 5 à 6 centimètres d’eau, au moins, par un étroit orifice contenu dans une sorte d’entonnoir. Un morceau de papier blanc, couvrant l’orifice évasé de l’entonnoir et recevant le choc de la veine de gaz, se trouve, instantanément, noirci par un dépôt de matière goudronneuse. Ce dépôt cesse de se produire et le papier reste blanc, lorsque le gaz, soumis à cette épreuve, a traversé, préalablement, le condensateur de MM. Pelouze et Audouin. Nous mettons .sous les yeux de la Société une série d’échantillons de disques de
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- papier, frappés par le gaz, avant et après son passage dans le condensateur. Le disque de papier est toujours noirci, dans le premier cas; il reste blanc dans le second cas.
- Les expériences, faites à Paris, dans les usines à gaz de la Compagnie parisienne, pendant les froids les plus rigoureux de l’hiver dernier, ont été bien démonstratives. A l’usine des Ternes, notamment, les jeux d’orgue, qui ont là une surface considérable, et les colonnes à coke se sont montrées insuffisantes pour dépouiller le gaz de la totalité de son goudron en suspension.
- On n’y serait arrivé que par l’emploi des joints très-étranglés que laisseraient entre eux des grains, humectés, d’un petit volume; mais, avec cette disposition, les colonnes seraient rapidement obstruées. Or, dans les conditions de température précitées, le condensateur mécanique, placé à la suite des réfrigérants de l’usine, a encore fonctionné, avec efficacité, pour compléter la condensation du goudron (1). Ainsi, l’appareil, qui fait l’objet de ce rapport, résout avec une grande simplicité le problème de la condensation du goudron par le choc.
- Les fîg. 1 à 5, pi. 49, représentent le condensateur de MM. Pelouze et Audouin, déjà installé dans un grand nombre d’usines. Le gaz, avant de se rendre aux caisses à épuration, passe à travers les parois verticales d’une cloche en tôle d’un volume, relativement, assez faible. Ainsi, une seule cloche de 1 mètre cube suffirait pour une usine à gaz produisant 100 000 mètres cubes, par 24 heures. Cette cloche peut fonctionner dans une usine pourvue, ou non, d’extracteurs.
- Les ouvertures que porte la cloche doivent être en nombre proportionné au volume du gaz appelé à traverser l’appareil, dans un temps donné.
- Pour obtenir une condensation aussi complète que possible, les auteurs ont ajouté au premier système de plaques, produisant le premier choc, un second système, semblable et placé tout près du premier, de manière à obte-
- (!) Les chimistes connaissent les difficultés que présente la dessication absolue d’un gaz en mouvement, ainsi que l’absorption, par un réactif liquide, d’un gaz absorbable, disséminé, en petites quantités, dans un très-grand volume relatif de gaz non absorbable, par exemple l’acide carbonique dans l’air atmosphérique. Il serait impossible d’y parvenir en faisant barboter le gaz dans le liquide absorbant. M. Boussingault, il y a plus de trente-cinq ans, a surmonté cette difficulté en faisant circuler le gaz à travers de longues colonnes de matière finement granulée (pierre ponce) et mouillée du liquide absorbant. Ces moyens sont aujourd’hui employés dans tous les la-boratoirés de chimie. Ils réussiraient pour la condensation du goudron; mais, dans la pratique et dans l’industrie, les inconvénients mentionnés plus haut se manifester aient.rapidement.
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- nir deux chocs successifs des veines gazeuses contre les écrans, disposition qui a pour effet de produire une condensation absolue (1).
- Il importait de rendre l’appareil automatique, c’est-à-dire de l’établir de façon à assurer le passage du gaz lorsque la production de l’usine vient à augmenter.
- La cloche, convenablement équilibrée, peut jouer, elle-même, le rôle de régulateur. A cet effet, elle se meut dans une gorge hydraulique, qui permet de noyer le nombre d’orifices de passage du gaz, dont le fonctionnement est jugé inutile. Lorsque la pression augmente, ce qui correspond à un accroissement dans la production du gaz, la cloche condensatrice s’élève et un plus grand nombre d’ouvertures se trouvent démasquées pour livrer passage au gaz.
- Au bout d’un certain temps, variable, suivant la nature du goudron produit (2), on procède à un nettoyage. Celui-ci peut être réalisé, en quelques instants, en plongeant la cloche dans un bain d’eau bouillante qui liquéfie le goudron, pouvant obstruer les orifices (3). On reconnaît, à l’inspection du manomètre, le moment où cette opération est devenue nécessaire, l’encrassement déterminant une surélévation de la pression normale qui correspond à un bon fonctionnement de l’appareil.
- Dans une expérience faite, à Paris, à l’usine des Ternes, munie, comme nous l’avons dit, de réfrigérants puissants, et produisant, environ, 100 000 m- c>, par vingt-quatre heures, on a obtenu, à une température relativement basse :
- 253 kilog. de goudron,
- 30 litres d’eau ammoniacale très-riche.
- Ces quantités corresponden ta une période de production de 28200ra,c- de gaz.
- La quantité de goudron condensé, pour 1000mc- de gaz, était donc de8liK,9.
- On peut admettre 9 à 10 kilog. de goudron condensé par l’effet du choc,
- (IJ Comine le second système de plaques ne sert que par ses parties pleines, MM. Pelouze et Audouin augmentent considérablement le diamètre des ouvertures, pour faciliter l’écoulement des matières gondronneuses condensées. Cette disposition, adoptée récemment par les auteurs, réussit bien. . . .
- (2) Une ou deux fois par an, au moins, ou une fois, par mois, au plus.
- (3) Au besoin, un petit serpentin, placé dans la gorge, peut fournir un mince courant de vapeur pour empêcher le goudron de descendre à une température trop basse..
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- pour 1000mc' de gaz, lorsque la température est, relativement, basse et lorsque l’usine est munie de systèmes de réfrigération assez puissants.
- A l’égard de petites usines, moins bien pourvues pour le refroidissement du gaz, à la suite du barillet, la quantité de goudron condensée peut être, relativement, beaucoup plus grande. Ainsi, à l’usine expérimentale de la Villette, pouvant produire 1 700 à 1 800ra,c- de gaz, par vingt-quatre heures, on a trouvé, pour une moyenne de onze jours d’essai, en ramenant à
- 1 000m-c- le gaz passé dans le condensateur (î) :
- Goudron. ........... 72 kilog.,
- Eau ammoniacale concentrée, à 80 grammes d’ammoniaque par litre...16 litres,
- Il importait de s’assurer que le gaz sortant du condensateur n’avait pas perdu, d’une manière fâcheuse, le pouvoir lumineux qu’il possédait auparavant. A cet égard, l’expérience a prouvé que le pouvoir éclairant du gaz n’avait pas subi d’abaissement appréciable. Les usines munies de l’appareil de MM. Pelouze et Audouin ont continué à fournir aux consommateurs, à Paris, un gaz qui n’avait rien perdu de ses qualités antérieures, d’après les essais photométriques effectuées, en Ville, dans les chambres noires.
- La Compagnie parisienne du gaz a adopté le condensateur de MM. Pelouze et Audouin et l’a fait placer successivement dans plusieurs de ses usines. Telles sont l’usine de Saint-Mandé, celles des Ternes, d’Ivry, de Saint-Denis et l'usine expérimentale de la Villette, entre lesquelles huit appareils sont répartis jusqu’à ce jour. Ils seront successivement introduits dans les autres usines.
- Douze usines de province possèdent, maintenant, le condensateur de MM. Pelouze et Audouin et les directeurs de ces usines se déclarent satisfaits du fonctionnement de cet appareil, ainsi qu’il ressort des lettres jointes au dossier.
- A l’étranger, il a été expédié : 12 appareils en Allemagne, 7 en Suisse, 2 en Belgique, 1 en Hollande, 2 en Italie, 6 aux États-Unis. Tout récemment, ces appareils ont été expédiés à Calcutta et à Batavia (2). C’est, surtout, dans les pays chauds que l’appareil servira le plus efficacement.
- (1) Pendant ces deux expériences, l’air extérieur était à zéro environ, le gaz arrivant au condensateur avait de 4° à 8°. Suivant les auteurs, ainsi que nous l’avons déjà dit, leur condensateur, qui recevrait le gaz à sa sortie du barillet, serait encore capable de retenir la totalité du goudron.
- (2) La Compagnie anonyme continentale pour la fabrication des compteurs et appareils à gaz
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- L’emploi du condensateur se trouve aussi indiqué, d’une manière particulièrement avantageuse, dans les usines à gaz où l’on emploie l’extracteur Kôrting, en usage, depuis peu, en Angleterre et en Allemagne et qui s’introduit aussi en France.
- Dans ce cas, le condensateur, qui devra être placé, avant cet extracteur, aura pour effet d’empêcher l’action de la vapeur sur la matière goudronneuse, action qui détermine des dépôts, formés, principalement, de naphtaline, et qui engorgent les tuyaux. Cet effet ne peut plus se produire lorsque le gaz, arrivant à l’injecteur, a été, préalablement, bien purgé de goudron (L).
- Il est clair que le nouveau condensateur pourrait recevoir d’autres applications, en dehors des usines à gaz, soit pour obtenir de la vapeur d’eau sèche, soit pour retenir les globules liquides et les particules de corps solides, entraînés, simultanément, pendant l’évaporation des liquides. Ces applications ont, d’ailleurs, été prévues et signalées par les auteurs dans leur brevet et additions à ee brevet.
- (ci-devant Brunt et comp.) construit ces appareils, qui sont tarifés aux prix suivants, livrés à Paris,
- d’après les informations que nous avons prises :
- m* c. fr*
- N05 0 pour une production de. . . . 1 000 par 24 heures. 1 000
- 1 — .... 2 000 — .............. 1 200
- 2 — .... 4 000 — 2 000
- 3 — .... 6 000 — 2 500
- 4 — .... 10 000 — 4 000
- 5 — .... 15 000 — 5 000
- 6 — .... 20 000 — 7 000
- 7 — .... 35 000 — 8 000
- 8 — .... 50 000 — 10 000
- (1) Lors de la publication du travail de MM. Pelouze et Audouin, dans les Comptes rendus de VAcadémie des sciences, M. Colladon, de Genève, l’honorable et savant correspondant du Conseil de la Société, adressa une réclamation (Comptes rendus, t. LXXVII, p. 819, année 1873) en faveur d’un appareil qu’il avait fait breveter à Paris, le 29 mai 1857, et dont la description se trouve dans le Journal de VÉcole polytechnique de Zürich (1858).
- MM. Pelouze et Audouin ont répondu à cette réclamation {Comptes rendus, t. LXXVII, p. 928) et ont prouvé qu’elle ne reposait que sur un malentendu. En effet, l’appareil de M. Colladon s’applique, surtout, au lavage et à la saturation des gaz solubles contenus dans le gaz de l’éclairage. Son appareil est un laveur, ou un carburateur, suivant le liquide dans lequel il plonge. Le liquide qu’il emploie est immobilisé dans des cuves, et les gaz traversent des sortes de peignes métalliques, mis en mouvement et disposés en chicanes. On réalise, ainsi, les dispositions de laveurs employés dans l’industrie et dont le principe diffère de celui du condensateur par le choc.
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- Tout récemment, MM. Chevé et Girard , fabricants d’acide acétique et d’esprit de bois, ont adopté le condensateur de MM. Pelouze et Audouin, dans leur usine de Courville (Eure-et-Loir) et se trouvent bien de cet emploi pour le traitement des produits de la distillation du bois.
- ; Ce condensateur pourra, aussi, servir, ainsi que le font remarquer les auteurs, à arrêter les poussières métalliques, ou autres, provenant de certaines fabrications, en humectant les parois de l’appareil, ou en envoyant dans le courant gazeux un jet d’eau pulvérisée.
- ~ En résumé , votre Comité des arts chimiques estime que l’appareil de MM. Pelouze et Audouin réalise des effets très-avantageux pour la condensation des goudrons entraînés dans la fabrication du gaz de l’éclairage et qu’il pourra, probablement, rendre service à d’autres industries pour obtenir un but semblable.
- En conséquence, votre Comité a l’honneur de vous proposer :
- 1° De remercier les auteurs de leur intéressante communication ;
- 2° D’ordonner l’insertion du présent rapport au Bulletin, avec une planche représentant l’appareil et accompagnée d’une légende explicative.
- Signé Félix Le Blanc, rapporteur..
- Approuvé en séance, le 18 avril 1876. . . • , .
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 49, REPRÉSENTANT L’APPAREIL CONDENSATEUR ' ' DE MM. E. PELOUZE ET P. AUDOUIN.
- Fig. 1. Vue, en élévation d’un appareil condensateur raccordé avec la canalisation d’une usine à gaz.
- A, manomètre différentiel, indiquant la pression absorbée par le gaz à travers les
- parois perforées de la cloche condensatrice. .
- Fig. 2. Vue, en plan, correspondante à la figure 1.
- B, valve d’entrée du gaz dans l’appareil condensateur.
- C, valve par laquelle le gaz sort dudit appareil.
- D, valve à clapet, permettant le passage direct du gaz dans la canalisation de l’usine, en cas d’arrêt de l’appareil condensateur pour nettoyage, réparation, etc.
- Fig. 3. Section verticale de l’appareil condensateur.
- a, cloche en tôle perforée, constituant l’appareil condensateur proprement dit.
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- ARTS ÉCONOMIQUES — SEPTEMBRE 1876.
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- b, gorge ou espace annulaire dans lequel se meut la cloche a, et où s’accumule le goudron par le fait de la condensation.
- c, capacité dans laquelle tombe le goudron qui déborde de l’espace annulaire b.
- d, ouverture par laquelle le gaz chargé de goudron pénètre dans l’appareil.
- e, ouverture par laquelle sort le gaz débarrassé de son goudron par les deux chocs successifs qu’il a subi contre les plaques de la cloche condensatrice.
- /, tuyau terminé par un siphon servant d’écoulement aux condensations qui tombent dans la capacité c.
- g, guide à fermeture hydraulique, avec contre-poids permettant de faire varier la course de la cloche du condensateur (qui fait elle-même fonction de régulateur), proportionnellement à la quantité de gaz produite à chaque moment de la journée.
- h, tuyau servant à remplir la gorge b lors de la mise en service de l’appareil.
- i, tuyau destiné à vider la gorge b, en cas de nettoyage ou de réparation.
- j, échelle de graduation indiquant la hauteur de la cloche condensatrice en dehors de la gorge b.
- Fig. 4. Vues partielles (grandeur d’exécution) des plaques en tôle perforée formant les parois de la cloche condensatrice. Une représentation théorique de cette figure a déjà été donnée plus haut dans ce rapport p. 467.
- Fig. 5. Section transversale de ces plaques.
- k, plaque perforée divisant le gaz sous forme de jet.
- k', plaque présentant une série de parties pleines correspondant aux lignes d’ouvertures de la plaque k et contre lesquelles se produit le choc du gaz.
- (M.)
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. Paliard, au nom du comité des arts économiques, sur le système d’échafaud présenté par M. Razile, rue Montmartre, 35, à Paris.
- Messieurs, l’échafaud de M. Bazile, dont vous avez confié l’examen à votre comité des arts économiques, peut servir à tous maçons, tailleurs de pierres, peintres, etc., qui ont soit à gratter, soit à laver les façades en pierre des maisons, soit à peindre ou badigeonner celles de ces façades qui sont enduites en plâtre. Cet échafaud ne peut guère être employé, il est vrai, qu’à Paris; néanmoins, il y a certainement intérêt à encourager un pareil essai et, en général, tout essai ayant pour but d’améliorer les échafauds volants, suspendus par des cordes, qui sont presque journellement la cause d’accidents.
- Tome III. — 75e année. 3° série. — Septembre 1876.
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- Tous les ans (en vertu du décret du 26 mars 1852, art. 5), les façades d’un dixième des maisons de Paris sont grattées, repeintes ou badigeonnées, et, à bien peu d’exceptions près, ce travail se fait en employant des échafauds dits volants, suspendus par des cordes. Ces sortes d’échafauds, souvent mal conçus, mal établis et mal manœuvrés par des ouvriers inhabiles, sont la cause d’accidents si nombreux, que l’Administration étudie en ce moment s’il n’y aurait pas quelque mesure à prescrire à ce sujet.
- M. Bazile est un ouvrier peintre qui travaille souvent sur des échafauds mobiles suspendus par des cordes, et qui sait combien ces appareils sont dangereux. Voici quel est le système qu’il propose :
- Des câbles sont d’abord, sur plusieurs points, amarrés aux murs qui s’élèvent au-dessus du toit du bâtiment, ou aux pièces de la charpente du comble ; ces câbles, exhaussés par des chevalets, pendent au devant de l’entablement pour recevoir et supporter l’échafaud. Cette première disposition n’a rien de nouveau, c’est ce qui se fait ordinairement ; mais aux câbles qui pendent devant l’entablement, au lieu de fixer, comme d’habitude, des mouffles dont les cordes tiennent en suspension ce qu’on appelle la cage des ouvriers, M. Bazile y fixe de fortes griffes en fer à deux branches portant et maintenant rigides deux cours de rails sur lesquels roule un chariot à quatre roues, et c’est à ce chariot mobile que sont fixées les mouffles de suspension de la cage.
- Une corde est fixée à chacune des deux extrémités du chariot ; chacune de ces cordes passe sur une poulie à l’extrémité des deux rails et est ramenée à la cage où se tiennent les ouvriers.
- Enfin, deux cordes à nœuds fixées au chariot et qui pendent de chaque côté de la cage, offrent aux ouvriers un point d’appui si la cage venait, dans la manœuvre, à être inclinée d’une façon dangereuse.
- Cet échafaud ainsi disposé peut non-seulement être monté et descendu à volonté comme les autres échafauds, mais il peut de plus, et c’est là son grand avantage, être manœuvré horizontalement dans toute la largeur de la façade, à quelque hauteur qu’il se trouve, et cela simplement en tirant, de la cage même et suivant le besoin, soit l’une soit l’autre des deux cordes, qui, passant par une poulie à une des extrémités du rail, va joindre le chariot.
- Avec les échafauds ordinaires, comme les cages ne font que monter ou descendre et qu’elles ne peuvent parcourir la largeur de la façade d’une maison, on est amené à leur donner une longueur démesurée, ce qui en rend la manœuvre difficile, ou bien il faut les démonter et remonter plu-
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- sieurs fois; de là viennent surtout les dangers auxquels sont exposés les ouvriers.
- Avec le système de M. Bazile, une même cage solide, qu’il n’est jamais nécessaire d’allonger ou de modifier sur place, qui peut n’avoir que des dimensions convenables, suffit toujours pour nettoyer ou peindre toute une façade de maison; la longueur seule des rails doit varier, ainsi que, par suite, le nombre des amarres sur les toits.
- Il est regrettable que M. Bazile n’ait pu encore, faute de ressources suffisantes, faire l’application de son système; l’expérience seule démontrera s’il sera utile d’y apporter quelques modifications
- Votre comité pense néanmoins qu’il y a là une idée utile et ingénieuse à encourager; il vous propose de remercier M. Bazile de sa communication et de décider que le présent rapport sera inséré au Bulletin avec la figure de l’appareil.
- Signé Paliard, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 28 janvier 1876.
- LÉGENDE RELATIVE AU SYSTÈME D’ÉCHAFAUD DE M. BAZILE, REPRÉSENTÉ PLANCHE 50.
- Fig. 1. Vue, de face, de l’appareil prêt à fonctionner le long de la façade d’une maison.
- Fig. 2. Vue de profil.
- A, chevalets disposés sur le toit, et recevant les câbles d’attache qui supportent l’échafaud.
- B, étriers de suspension de l’échafaud, attachés par des crochets aux câbles des chevalets A.
- C, rails fixés à l’intérieur des étriers B et courant tout le long de la corniche de la façade.
- D, chariot à quatre roues roulant sur les rails C.
- E, cage de l’échafaud où se placent les ouvriers.
- F, cordes, avec moufles, suspendant la cage E au chariot D, et permettant de la faire monter ou descendre à volonté.
- G G', cordes fixées de part et d’autre au plancher de la cage, et passant de l’un et de l’autre côté sur des poulies fixées aux extrémités des rails pour venir ensuite s’enrouler sur le treuil H.
- H, treuil de manœuvre servant, suivant le sens de rotation qu’onjui donne, à im-
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- primer, au moyen des câbles G G', un mouvement de translation horizontale à la cage, soit à gauche, soit à droite.
- J, cordes à nœuds, fixées au chariot D, pour offrir des points d’appui aux ouvriers en cas d’inclinaison momentanée de la cage.
- (M.)
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- Rapport fait far M. Alcan, au nom du comité des arts mécaniques, sur un appareil pour préparer les rognures de peaux destinées a la fabrication de la colle, imaginé par M. Raux, à Givet (Ardennes).
- Les fragments de peaux et autres déchets de substances animales employés dans la fabrication de la colle, dite colle forte ou colle de Flandres, arrivent souvent de l’étranger aux fabriques après avoir subi une première préparation à la chaux pour en empêcher l’altération, et se présentent néanmoins, en général, dans un état d’impureté notable. Ils contiennent encore, en outre, des résidus de cette préparation préliminaire, poils, laine, etc., dont il faut les débarrasser. On les soumet, à cet effet, à de nouveaux traitements à la chaux, répétés, en raison de la pureté de la matière brute, un plus ou moins grand nombre de fois, et suivis chacun d’un lavage. Ces opérations préparatoires, constituant au moins la moitié de la dépense de fabrication de la colle, ont une grande importance; leur degré de perfection a, de plus, une influence considérable sur la qualité du produit ; certains accidents de fabrication dans les arts textiles, n’ont souvent d’autre origine que l’impureté de la colle appliquée aux fils avant le tissage. Pendant longtemps ces lavages avaient lieu par les procédés anciens, usités également naguère pour le lavage des laines, c’est-à-dire par une manœuvre de bâtons opérant sur la matière déposée dans des mannes à clair-voie ou percées de trous, et placées sur un courant d’eau; ces mannes devaient être chargées et déchargées à la main. D’autrefois, lorsqu’on avait à sa disposition une chute, on la faisait passer dans une espèce de foulon où l’on opérait une sorte de maillage et de lavage simultanés. Ce dernier moyen n’était applicable qu’exceptionnellement, dans des localités possédant une masse d’eau d’une élévation suffisante.
- Le lavage sur rivière, plus ou moins modifié, était presque exclusivement
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- pratiqué, bien qu’il présentât divers inconvénients sérieux : il produisait peu, d’une façon imparfaite, revenait cher, exposait à une augmentation de déchets par suite des matières passant à travers les mannes, et à la perte complète des résidus du lavage; il rentrait, pour le personnel y attaché, dans la catégorie des travaux anti-hygiéniques, à cause de la difficulté d’établir des abris.
- On s’est donc vu amené à rechercher des procédés qui permettent d’éviter la plupart des inconvénients signalés.
- M. Baux, fabricant de colle à Givet, a imaginé, dès 1857, un appareil à laver automatiquement les déchets de peaux. Son système consiste en un vaisseau, d’un volume plus ou moins considérable, destiné à recevoir l’eau et les matières à laver, et dans lequel se trouve un arbre à palettes qui, dans sa rotation, fait environ 100 tours à la minute et agite, par conséquent, énergiquement la substance à traiter, dans l’eau fournie d’une manière quelconque à l’ouverture du vase. Afin d’empêcher que l’action de la force centrifuge des palettes ne retienne des fragments de matières contre les parois du récipient, celui-ci est muni à l’intérieur de saillies qui contribuent à ramener les fragments sous l’action des palettes; la partie inférieure du vase est percée de petits trous par lesquels doit s’écouler et se renouveler l’eau. Une porte, placée au point convenable de l’appareil, et manœuvrée par un contre-poids attaché à une corde passée sur une poulie, permet d’ouvrir et de fermer le vase et d’enlever la substance lavée, qui se rend alors sur un plan incliné troué également et se trouvant à l’ouverture de sortie de l’appareil. Cette disposition a pour but de laisser écouler à travers les trous, l’eau, dont les rognures sont encore imprégnées, et qui se rend dans des bassins ou les matières dont elles sont chargées se déposent et sont recueillies comme un engrais qui, auparavant, ainsi que nous l’avons dit, était complètement perdu.
- Ce mode de lavage rendait de grands services dans l’usine de M. Baux depuis près de vingt ans, et a été perfectionné encore par son auteur, dans ces dernières années, grâce à des changements de détails destinés à réaliser plus efficacement, et avec plus d’économie, le lavage automatique en rendant l’épuration de la matière première et la séparation des corps étrangers plus complètes et plus rapides. Le travail de la préparation des déchets de peaux et des lavages peut, au moyen de cet appareil, avoir lieu avec une promptitude telle que les résultats, plus parfaits que par le passé, ont été décuplés ; un laveur peut actuellement faire dix fois plus de besogne que
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- par le mode ancien et avec une économie correspondante; les ouvriers, travaillant dans des ateliers clos, n’ont plus qu’une surveillance à exercer dans les conditions hygiéniques les plus convenables. Les avantages du lavage automatique sont d’ailleurs démontrés par sa généralisation.
- L’appareil de M. Baux a, en effet, été imité et adopté par la plupart des fabricants de colle de sa localité, et traite, si nous sommes bien informés, environ 1 500 000 kilogrammes par an; ce système offre donc, sous tous les rapports, un intérêt réel et un progrès véritable dans la spécialité à laquelle il est employé. L’inventeur pense qu’il pourrait être aussi appliqué avec avantage au lavage des minerais, en présence de la facilité qu’il présente de pouvoir fonctionner dans toute localité ou il serait possible de disposer d’un puits.
- L’époque à laquelle remonte le commencement de l’application de ce mode de lavage, ainsi que certains organes de l’appareil, ont pu faire supposer que le système avait été la reproduction de divers appareils automatiques employés au lavage des laines, et qu’il n’y avait eu de la part de M. Baux que l’emploi d’une machine ancienne à une application nouvelle. Il est juste de reconnaître que cette invention est, au contraire, d’une originalité réelle, sa première application étant au moins contemporaine,^sinon antérieure, à celle du lavage automatique des laines, et la ressemblance de l’appareil avec celui dont on se sert pour les laines brutes n’étant qu’apparente, ainsi qu’on en pourra juger par les figures de la planche 50.
- Votre comité des arts mécaniques vous propose, en conséquence, Messieurs, de remercier M. Baux de son intéressante communication, et d’insérer le présent rapport et les dessins des appareils à laver dans votre Bulletin.
- Signé Alcan, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 14 janvier 1876 ,
- LÉGENDE RELATIVE A L’APPAREIL A LAVER LES ROGNURES DE PEAUX DE M. BAUX,
- REPRÉSENTÉ PLANCHE 50.
- Fig. 3. Section transversale de l’appareil.
- Fig. k. Section longitudinale.
- K K', récipient composé de deux compartiments communiquant entre eux, et dans lesquels passent successivement les rognures de peaux soumises au lavage. Les fonds de ces deux compartiments sont munis de trous destinés à laisser partir l’eau et les
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- matières désagrégées ; les trous du premier compartiment K, par lequel se fait le chargement des matières, sont d’un plus grand diamètre que ceux du compartiment K', parce qu’ils doivent laisser passer les matières étrangères en plus gros volumes, chaux, poils, etc.
- L, couvercle par lequel on introduit les matières dans l’appareil.
- M M', arbres armés de palettes tournant dans les compartiments du récipient.
- N N', plans inclinés servant à ramener sur les palettes les matières projetées par la rotation des arbres ; le plan incliné N' est plus grand que l’autre, parce qu’il a pour but d’empêcher en même temps les rognures, qui sont arrivées dans le compartiment K', de retourner dans le compartiment K.
- O, porte du compartiment K', par laquelle on sort les rognures après le traitement.
- P, corde commandant le levier de manœuvre de la porte 0.
- Q, cuve pour recevoir les rognures à leur sortie de l’appareil ; elle est percée de trous pour faciliter l’écoulement de l’eau.
- *
- R, R' , canaux emportant les eaux et les matières étrangères désagrégées sortant par le fond des compartiments du récipient K K'.
- S, tuyau avec robinet de commande pour la distribution de l’eau dans les compartiments du récipient K K'.
- T, poulie folle et poulie de commande des arbres 5 palettes M, M'. (M.)
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- Rapport fait par M. F. Le Rlanc, au nom du comité des arts chimiques, sur un nouveau tube spectro-électrïque ou fulgurator, présenté par MM. R. Dela-chanal, préparateur au laboratoire des hautes études de l'Ecole centrale, et À. Mermet, professeur agrégé au Lycée Charlemagne et préparateur en chef des cours de chimie à l'École centrale des arts et manufactures.
- Depuis les remarquables travaux de MM. G. Kirchhoff et R. Bunsen, on sait tout l’intérêt qui s’attache à l’observation des raies spectrales, développées par l’introduction de diverses substances dans les flammes, examinées, ensuite, au spectroscope. En effet, les méthodes spectroscopiques ont doté la chimie d’un réactif physique dépassant en sensibilité tous les moyens d’investigation chimique connus. Les travaux de M. R. Bunsen, en conséquence des belles recherches de M. Kirchhoff, l’ont conduit, en 1860, à la découverte et à l’extraction de deux nouveaux métaux alcalins, le Césium et le Rubidium, prédits par l’analyse spectrale avant leur obtention par les moyens dont la
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- chimie dispose, moyens mis en œuvre, avec une rare habileté, par le célèbre chimiste précité.
- C’est encore l’analyse spectrale qui a mis sur la voie de la découverte du Thallium, dont le rôle comme métal a été si Lien établi par notre savant collègue, M. Lamy. On sait qu’il a réussi à extraire le thallium des boues des chambres de plomb, alimentées d’acide sulfureux par la combustion de certaines pyrites. Tous les chimistes connaissent les belles et classiques recherches de M. Lamy et sa découverte d’une série nombreuse de composés du thallium.
- En 1863, la méthode spectrale a encore fait découvrir à MM. Reich et Richter, dans les blendes de Freiberg, un nouveau métal qu’ils ont appelé Indium, pour rappeler, cette fois encore, la couleur d’une raie caractéristique.
- Enfin, tout récemment, l’analyse spectrale a conduit M. Lecoq de Rois-baudran à la découverte d’un nouveau métal, dont il poursuit l’étude, métal qu’il a nommé Gallium, et que ses propriétés chimiques rapprochent, à certains égards de l’indium et de l’aluminium. Ainsi, dans une période d’une quinzaine d’années, et grâce à l’analyse spectrale, les chimistes ont enregistré la découverte de cinq nouveaux métaux.
- Aussi, depuis un certain nombre d’années, tous les chimistes se sont-ils empressés de se familiariser avec le maniement du spectroscope. Dans les usines métallurgiques, où l’on fabrique depuis peu et par masses énormes, l’acier fondu dans l’appareil de Bessemer, le spectroscope à vision directe est entre les mains des ingénieurs, et, même, des contre-maîtres, pour suivre les progrès de la combustion dans le convertisseur.
- Frappés de l’inconvénient de l’intermittence forcée de l’observation des raies spectrales, en portant la matière d’essai dans la flamme, soit du brûleur à gaz de Bunsen, soit de l’appareil de M. Debray, MM. Delachanal et Mermet se sont préoccupés de disposer un appareil qui permît, pour l’observateur, la vision continue des raies afférentes à chaque substance. Ils se sont d’abord attachés à perfectionner les procédés ou appareils à l’aide desquels on avait déjà cherché à prolonger la durée du spectre, pour en rendre l’étude plus facile et plus minutieuse, à l’aide de l’étincelle électrique, procédés qui n’étaient pas exempts d’un certain nombre d’inconvénients.
- Les auteurs ont déjà décrit (Annales de chimie et de physique, 5e série, t. III, p. 485, année 1874) un premier tube, dit fulgurator, destiné à l’observation des spectres des dissolutions métalliques et qui réalisait la principale condition, celle d’une plus longue durée d’observation.
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- La figure 1, ci-dessous, représente cel appareil en verre, d’un petit volume, installé sur son support, et dans lequel l’étincelle produite par la
- Fig. 1. Appareil primitif.
- A, tube-réservoir coutenant la solution à examiner.
- a, petit tube communiquant avec A; il sert à introduire le liquide.
- b. tube capillaire traversé par un fil de platine; il passe par le bouchon de B.
- B, tube traversé à sa partie inférieure par une électrode de platine. e, électrode inférieure.
- C, réservoir destiné à recevoir l’excédant de liquide ; il est relié à B, par un ajutage latéral d.
- D, pipette avec poire en caoutchouc; elle sert à transvaser le liquide excédant dans le tube a.
- P, pince à vis supportant tout l’appareil.
- X, tige métallique sur laquelle glisse une aiguille horizontale en cuivre.
- machine de Holz, ou, mieux, par la bobine de Ruhmkorff, a une direction fixe, permettant l’observation de spectres très-beaux et très-purs, et cela sans consommation appréciable de matière, pour ainsi dire. En effet, la dis-
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- A.
- solution de la substance à examiner tombe goutte à goutte et peut être
- recueillie à l’aide d’une disposition spéciale. Les électrodes sont enfermées dans un tube et le spectroscope est mis à l’abri de toute cause de détérioration. La légende qui accompagne la figure permet de saisir facilement tous les détails de l’appareil. Nous n’y insisterons pas plus longuement et nous passerons à la description du nouveau fulgurator, modifié et simplifié, qui fait, plus spécialement, l’objet de la présentation des auteurs (1).
- L’appareil, très-simple, consiste en un tube en verre à essais À, de 11 centimètres de hauteur et de 15 millimètres de diamètre, bouché par un bout et recevant à son orifice un bouchon C, engagé à frottement (fig. 2). Ce bouchon est traversé par un petit tube creux en verre, presque capillaire, et dans lequel passe, suivant l’axe, un fil de platine c d, communiquant en c avec l’électrode positive. Ce fil de platine descend verticalement dans le tube bouché A B et se prolonge librement à l’extérieur de ce tube jusqu’à une distance de 15 millimètres environ du fond. Un bout de tube conique creux, en verre, reçoit, suivant son axe, un fil de platine f qui s’arrête, dans l’intérieur, à une très-faible distance de l’orifice capil-d, petit tube capillaire un peu co- Lnrc D. Ce dernier fil de platine, coiffe par le nique, coiffant l’électrode infé- petit tube conique précité, est scellé au fond neure f- du tuke Yerre, traverse sa concavité et vient,
- a, electrode supérieure en platine.
- f, électrode inférieure, id. au dehors, se noyer au contact d’une petite a b, niveau du liquide. calotte en cuivre, laquelle supporte le tube
- spectro-électrique placé dans une position verticale. Cette calotte métallique extérieure peut être mise en communication avec l’électrode néga-
- Fig. 2. Appareil modifié.
- A, tube dans lequel on verse le liquide' à analyser.
- B, tube capillaire dans lequel est soudé le fll de platine cd qui constitue l’électrode supérieure.
- C, bouchon de liège fermant le tube A; il supporte B et lui permet de se mouvoir à frottement doux.
- (1) Cet appareil a été présenté à l’Académie des sciences dans la séance du 26 octobre 1875. (Voir Comptes rendus, t. LXXXI, p. 726.} .
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- tive f. Lorsque la bobine de Ruhmkorff est actionnée par la pile et que le courant passe, l’étincelle jaillit dans l’intervalle qui sépare les deux fils de platine, à l’intérieur du tube. La dissolution métallique à étudier occupe le fond de ce tube et s’élève à une hauteur delO millimètres du fond, environ. Le niveau de cette couche liquide doit être de très-peu inférieur au niveau de l’orifice du tube creux qui coiffe extérieurement le bout de fil de platine constituant l’électrode négative f. Or, cet orifice est maintenu, par capillarité , constamment mouillé par une goutte de liquide immobile, touchant également le fil de platine inférieur. L’atmosphère du tube s’illumine lorsque l’étincelle jaillit, par suite du passage du courant d’induction.
- L’observation à la lunette peut alors durer pendant un temps très-long, et il est possible de dessiner les spectres et leurs raies caractéristiques avec la plus grande facilité. En effet, le tube est maintenu verticalement et dans une position invariable, à l’aide d’un support spécial fixé dans une bague entourant l’extrémité du collimateur. Cette disposition, due à M. Duboscq, permet de placer instantanément le tube devant la fente, puis de l’enlever avec la même rapidité, pour le remplacer par un tube de comparaison contenant une dissolution connue, etc. (1).
- Votre comité est d’avis qu’on ne saurait trop recommander l’emploi d’un appareil si simple à tous les chimistes qui ont recours à l’analyse spectrale. Ce système permet de suivre avec facilité, dans le cours d’une analyse, l’examen des divers produits successivement obtenus et de s’assurer de la rigueur des séparations effectuées (2).
- Un observateur ayant à sa disposition un râtelier de tubes spectro-élec-triques, disposés comme il a été dit, et contenant chacun une dissolution métallique différente, peut, dans un temps assez court, faire apparaître
- (1) D’après les renseignements que nous a communiqués M. Duboscq, qui se charge de fournir l’oulillage nécessaire pour les observations spectro-électriques : le support à bague coûte 20 francs; chaque tube, moins le liquide, 2 fr. 50, et le râtelier-support, pour une collection de tubes, 6 fr. C’est donc un outillage peu dispendieux.
- (2) Dans leur mémoire, les auteurs rendent compte des résultats de l’analyse d’une cendre végétale dans laquelle ils ont pu découvrir, au spectroscope, des traces de cuivre et de zinc inappré» ciables aux réactifs chimiques ordinaires.
- La raie de l’hydrogène s’observe toujours lorsqu’on emploie des dissolutions contenant un excès d’acide chlorhydrique libre.
- Les auteurs reconnaissent que, lorsqu’il s’agit de la détermination des oxydes de potassium, de césium et de rubidium, l’examen des substances dans la flamme du bec Bunsen ou du bec Debray est encore ce qu’il y a de préférable. r , .
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- AGRICULTURE.
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- nettement les divers systèmes de raies qui caractérisent chaque métal et rendre les observations spectroscopiques très-faciles pour ses élèves.
- Les auteurs font remarquer que, dans un petit nombre de cas, seulement, (par exemple dans le cas des dissolutions de fer) il sera préférable d’employer leur tube fulgurator primitif, en raison des pellicules solides qui tendent à se fixer sur les électrodes.
- En résumé, votre comité des arts chimiques estime que l’appareil conçu et réalisé par MM. Delachanal et Mermet présente une grande simplicité et des avantages pratiques incontestables pour les études spectroscopiques.
- En conséquence, il a l’honneur de vous proposer :
- 1° De remercier les auteurs de leur intéressante communication ;
- D’insérer le présent rapport au Bulletin, en l’accompagnant des figures et légendes explicatives.
- Signé Félix Le Blanc, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 24 mars 1876.
- AGRICULTURE.
- Rapport fait par M. Moll, au nom du comité d'agriculture, sur une note relative aux plantations a faire sur les alluvions des cours d’eau, présentée par M. Girault, à Gannay-sur-Loire [Allier).
- Messieurs, M. Girault, à Gannay-sur-Loire (par Chevagnes, Allier), vous adresse un Mémoire sur l’avantage qui résulterait, tant pour l’État que pour les particuliers, à ce que l’Administration autorisât les riverains à complanter en osier et autres essences appropriées la zone de sable et de gravier qui borde, souvent sur de longs parcours et de larges surfaces, la plupart des cours d’eau, grands et petits, à régime plus ou moins torrentiel. Il fait remarquer que non-seulement ces plantations sont l’obstacle le plus efficace aux érosions et aux changements de lit qui se produisent si souvent dans les crues, mais encore que, comme l’ont prouvé des faits nombreux, elles déterminent le dépôt d’un limon fertilisant connu dans l’Ailier sous le nom de chambonnage, qui nivelle et exhausse la surface et la rend plus ou moins rapidement apte à s’engazonner et à former de bonnes prairies. Nous ajouterons que, quand on en est là, il convient de supprimer une portion notable de la plantation, en ne conservant que des lignes de 3 à 4 mètres de largeur, échelonnées de distance en distance et dirigées perpendiculairement au cours d’eau, afin de rompre le courant.
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- Quoiqu’il ne s’agisse ici que d’un seul point de cette grande question des cours d’eau, votre comité est d’avis qu’il mérite de fixer l’attention, et il vous demande de remercier M. Girault de sa communication et d’insérer le présent rapport dans votre Bulletin.
- Signé G. Moll, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 28 avril 1875.
- L’AMÉRIQUE.
- LES RICHESSES SOUTERRAINES DES ÉTATS-UNIS ; LE CHARBON, LE FER, LE PÉTROLE, PAR M. L. SIMONIN, INGÉNIEUR CIVIL DES MINES (1).
- Un homme d’État anglais a dit que l'avenir était au peuple qui produirait le plus de, houille. Si cette prédiction de Robert Peel doit se vérifier, aucune contrée plus que les Etats-Unis de l’Amérique du Nord n’a le droit d’en revendiquer l’application. Les bassins carbonifères de ce pays ont des dimensions qui sont en rapport avec l’étendue du continent lui-même, et alors que la Grande-Bretagne, depuis quelques années, scrute avec émotion les réserves de ses domaines souterrains, les États de l’Union fouillent toujours plus ardemment leurs richesses houillères sans se demander encore s’il est possible d’assigner une limite à la durée, sinon aux confins de cette exploitation. Les seules mines de la Pensylvanie ne sont-elles pas aussi étendues que toutes celles de l’Angleterre, et tous les gisements des États-Unis ensemble n’ont-ils pas une superficie vingt fois plus grande? La houille dispense partout la lumière, la chaleur, la force, le mouvement ; elle est l’âme de tous ces ingénieux mécanismes qui suppléent de plus en plus aux bras de l’homme, dont l’emploi est si cher en Amérique. C’est pourquoi il n’est pas un point des États-Unis révélant un indice de charbon où le gîte ne soit immédiatement interrogé, attaqué, recoupé par des galeries ou des puits, et cela, quelque éloigné qu’il soit, àu pied des Montagnes-Rocheuses ou sur les rivages du Pacifique, dans le Colorado ou en Californie.
- Ce n’est pas seulement de houille que la nature a été généreuse envers l’Amérique du Nord, c’est aussi de ceminerai qui ne peut plus se passer delà houille et avec lequel on produit le métal à la fois le plus commun et le plus utile, le fer. Ce minerai est là-bas partout répandu en amas, en filons, en couches épaisses et même en véritables montagnes, témoin ces gîtes fameux de la Pensylvanie, du Missouri, du Michigan. La
- (1) Bien que le sujet de l’article de M. Simonin soit, en quelque sorte, le même que celui de M. Lowthian Bell, que nous avons donné dernièrement (cahiers de mars, mai et juin 1876, p.132, 240 et 294), nous avons pensé qu’il ne ferait pas double emploi, parce qu’il est traité d’une façon pittoresque qui diffère complètement du point de vue scientifique qu’a seul envisagé le célèbre maître de forges anglais. (M.)
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- houille sert à traiter le minerai dans de vastes foyers. Le métal sort de la pierre à l’état de fonte, transformée bientôt en fei et en acier. Ici comme en d’autres contrées, les gîtes ferrifères marchent volontiers de conserve et font bon voisinage avec les gîtes houillers ; ils sont même quelquefois en concordance, en superposition complète avec eux. Ce qui est plus important, c’est que le chiffre de la production, pour la houille comme pour le fer, est allé en croissant dans des proportions très-rapides. Les Etats-Unis produisent aujourd’hui en houille le tiers, et en fer la moitié du chiffre de la Grande-Bretagne, qui est de beaucoup, en ces deux matières, le pays le plus fécond du globe ; demain ils l’auront atteinte, et dès lors ils la laisseront bien loin derrière eux.
- Une troisième substance minérale, vulgaire comme les précédentes et devenue presque aussi indispensable aux usages quotidiens des sociétés civilisées, est le pétrole. Proche parent de la houille et lui-même houille liquide, on peut le dire, le pétrole est surtout employé comme lumière, et à ce titre il fournit aux ménages et aux ateliers industriels l’éclairage le plus économique. Les États-Unis ont véritablement le monopole de cette utile matière, qui avant eux, depuis le temps des Babyloniens, des Égyptiens et des Perses, n’était qu’une curiosité minéralogique. La nature, dans la distribution qu’elle en a faite au globe, s’est montrée encore plus prodigue envers les États-Unis que pour les produits précédents. Elle a semé sous le sol, principalement en Pensylvanie, des lacs de cette houille fluide et donné à ce seul État à peu près le privilège exclusif de la production du pétrole. Les extractions, déjà énormes, des premières années sont maintenant de beaucoup dépassées, et l’on ne sait où s’arrêtera cette récolte toujours plus abondante de l’huile de pierre.
- Ces faits n’ont rien de surprenant aux États-Unis, car il serait facile de constater pour d’autres produits souterrains, soit parmi les métaux plus ou moins communs, le plomb, le zinc, le cuivre, le mercure, soit parmi les métaux précieux, l’or et l’argent, des phénomènes analogues. Les mines de plomb du Wisconsm et du Missouri égalent celles de l’Espagne, et les mines de zinc de ces deux États celles de la Belgique, de la Silésie et de la Sardaigne; les mines de cuivre du Michigan sont les rivales de celles du Chili, et New-Almaden de Californie a fait pâlir l’Almaden d’Espagne, exploité depuis les Phéniciens. Est-il besoin de rappeler que l’Australie elle-même n’a jamais produit plus d’or que la Californie? Et toutes les mines de l’Amérique espagnole, hier encore si réputées, ont-elles jamais donné une quantité annuelle d’argent égale à celle que fournit aujourd’hui le seul État de Nevada? En vérité, quand on réfléchit à ces choses, on est conduit à se demander s’il y a là un simple phénomène de hasard, ou si la nature, qui semble ne rien faire en vain, avait quelques vues secrètes lorsqu’elle favorisait avec une préférence si marquée la partie du continent américain où devaient s’asseoir et s’étendre un jour les États-Unis.
- I. — Le Charbon.
- Si l’on jette un coup d’œil sur la carte géologique qui accompagne le dernier volume
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- du neuvième recensement des États-Unis, récemment publié par le gouvernement fédéral, on remarque une énorme tache noire courant dans la direction des monts Alleghany ou Apalaches, qui est celle des côtes de l’Atlantique, et traversant les États de Pensylvanie, Ohio, Maryland, Virginie, Kentucky, Tennessée, Alabama. Trois autres taches, dont une est plus étendue encore que la première, et situées toutes les trois en arrière de celle-ci, empâtent la moitié de l’État de Michigan, ceux d’Illinois et d’In-diana, enfin ceux de Missouri, Iowa, Kansas, Arkansas et Texas. C’est là l’indication conventionnelle de la surface occupée par les principaux bassins houillers des États-Unis. Si l’auteur n’a pas fait mention d’autres gîtes carbonifères, c’est que la faible étendue de quelques-uns de ces gîtes relativement aux premiers aurait à peine permis de les indiquer par un point sur la carte. Ces dernières mines s’étendent entre autres au pied des Montagnes-Rocheuses dans l’État de Colorado, ou sont disséminées le long du grand chemin de fer du Pacifique à travers les territoires de Wyoming et d’Utah. Il faut noter enfin celles qui gisent dans l’Orégon ou en Californie, au pied du mont du Diable, près de la baie de San-Francisco.
- Les gisements de Pensylvanie sont de beaucoup les plus renommés, les plus productifs. A lui seul, cet État extrayait, en 1872, environ les trois quarts de tout le combustible que fournissait l’Union, et les deux tiers de sa production totale, qui était alors d’environ 30 millions de tonnes (1), se composaient de charbon antbraciteux. L’anthracite ou charbon de pierre proprement dit, (à la houille friable, bitumineuse, doit seul être réservé le nom familier de charbon de terre) n’est exploité qu’en Pensylvanie en grandes masses; l’extraction en est peu importante dans les États de Rhode-Island et de Massachusetts. C’est l’idéal du charbon fossile, presque du charbon pur comme du diamant. Enlevez-lui quelques centièmes de cendres et donnez-lui la limpidité qui lui manque, vous aurez la reine des gemmes. Il est tel échantillon d’anthracite qui renferme presque au delà de 95 pour 100 de carbone fixe ; le peu qui reste est dévolu aux matières volatiles, qui ne consistent souvent qu’en un peu d’eau combinée ou interposée, et aux cendres. Les Américains sont fiers de ce combustible, et remarquent que leur pays seul en est largement doté. En Europe, un coin de la Grande-Bretagne, le pays de Galles, où sont les mines de Swansea, et un département de France, l’Isère, où sont les mines de La Mure, en produisent seuls des quantités assez notables, et encore la qualité n'en est pas comparable à celle de l’anthracite américain. Celui-ci est toujours compacte, dur, d’un noir de jais, d’un éclat semi-métallique, ne tache jamais les doigts, ne produit ni poussière ni fumée. Grâce à la quantité considérable de carbone qu’il contient, il développe entre tous les combustibles minéraux le maximum de chaleur; c’est comme du coke naturel. L’anthracite est par excellence le combustible domestique. Le cannel-coal des Anglais, cette houille terne, chargée de bitume, qui s’allume comme de la chandelle et jette une flamme vive
- (1) La tonne américaine et anglaise est de 1 016 kilogrammes.
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- et blanche,, n’a pu lui ravir que quelques foyers des maisons riches; lui, on le rencontre dans tous les poêles, dans toutes les cheminées. Comme il exige un assez grand tirage, il n’est pas utilisé seul à bord des navires à vapeur : il faut pour cela le mélanger à des combustibles bitumineux. Comme il ne colle pas en brûlant à la façon de la houille maréchale, il est aussi impropre à la forge ; mais ces énormes foyers où l’on traite le minerai de fer, les hauts fourneaux, l’emploient avec avantage au lieu du coke ou de la houille flambante crue. En 1868, à Haukendauqua (Pensylvanie), nous l’avons vu jeter en blocs volumineux dans la gueule des fours, et nous avons salué là l’inventeur de ce procédé métallurgique, le vénérable M. Thomas, venu en 1840 du pays de Galles pour apprendre aux Américains à consommer l’anthracite dans le traitement du mine -rai de fer.
- C’est dans l’est de la Pensylvanie que sont concentrés les charbons anthraciteux. Ils occupent trois bassins distincts, superficiellement peu étendus, très-rapprochés, de directions sensiblement parallèles, et qui sont quelquefois appelés du nom des cours d’eau qui les traversent, le Schuylkill, le Lehigh et la Lackawanna. La première et la seconde de ces rivières sont des affluents de la Delaware, qui passe à Philadelphie; la troisième se jette dans la Susquehanna, dont l’embouchure est au-dessous de celle de la Delaware. Le pays où sont dispersés les mines et les chantiers d’exploitation est magnifique. Les cours d’eau qui l’arrosent roulent à travers des roches schisteuses, feuilletées, distribuées pittoresquement, des eaux claires, poissonneuses, teintées de vert. Une partie de ces cours d’eau est naturellement navigable, l’autre a été canalisée, et il est commun de voir les canaux aller parallèlement avec le rail, qui s’allonge ici de tous côtés. La voie d’eau, bien que moins rapide, est plus économique que la voie ferrée, ce dont il faut tenir compte dans le transport des charbons. Les arbres qui couronnent la crête et le flanc des vallées, les chênes, les hêtres, le châtaignier, le noyer, l’érable, et sur les plus hautes cimes les pins et les sapins, distribuent partout la verdure et l’ombre, et maintiennent dans l’air une humidité bienfaisante. Ces forêts ont été de tout temps exploitées. Les troncs les plus gros, les plus sains, abattus à la hache, débités à la scie, fournissent au mineur une partie des étais dont il a besoin pour soutenir ses puits, ses galeries, ou les pièces équarries qui lui servent à façonner la charpente des engins particuliers qu’il emploie.
- Dans cet État de Pensylvanie, caressé avec tant d’amour par la nature, l’histoire commence de bonne heure; il faut remonter à deux siècles pour arriver aux temps héroïques de la colonisation, si rapprochés du présent pour d’antres États. Nous sommes sur la terre de Penn, l’hôte fidèle et pacifique des Indiens Delawares, tout près de Philadelphie, la cité de Vamour fraternel, qu’il fonda en 1682, — à Reading, dont les quakers jetèrent également la première pierre vers le milieu du siècle passé. Peu de villes américaines sont aussi heureusement situées et aussi belles que celle-ci. Elle domine une riche plaine semée de céréales, bornée à l’horizon par la ligne bleue et doucement ondulée des montagnes. Reading montre avec orgueil aux visiteurs sa cour
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- de justice, ses églises monumentales et son joli cimetière, qui, dans ce pays où le champ de l'éternel sommeil est transformé partout en jardins fleuris et en promenades pleines d'ombre, mérite encore d’être cité.
- Franchissons les années et regardons autour de nous. De nouveaux centres de population se sont créés, Pottsville, Tamaqua, Danville, Allentown, Scranton, Wilkes-barre, séjour des mineurs, des pondeurs, des forgerons, des mariniers; Williamsport, où sont d’importantes scieries de bois, Harrisburg, qui renferme après Pittsburg les plus vastes fonderies, les plus grandes forges et fabriques d’acier. Partout règne l’aisance, ce qu’on nomme ici le comfort; partout des magasins abondamment pourvus, des rues bien alignées, des places larges, aérées, plantées d’arbres, des édifices élégants, somptueux. Le bien-être général réagit sur les habitudes privées. Il y a dans quelques cottages de mineurs, entourés d’un jardin, une espèce de luxe; on ne se contente pas du nécessaire, on veut un peu de superflu, et la ménagère diligente, soigneuse, délicate, met une sorte de point d’honneur à embellir la demeure de l’ouvrier. Partout on se nourrit bien. On fait trois repas par jour, on mange de la viande à chaque repas ; le beurre, la pomme de terre ne manquent jamais, et, comme boisson, le café et le thé, arrosés de lait.
- La population minière forme comme une petite armée qui compte aujourd’hui 60,000 individus dans ses rangs. Elle est d’ordinaire assez bonne et disciplinée, assidue à sa tâche ; mais les jours de paye on ne rapporte pas au logis tout ce qu’on a reçu, on dépense follement une partie du salaire si péniblement gagné, et dans les buvettes répandues à profusion les disputes et les coups naissent facilement. Tout ce monde est d'ailleurs bien mêlé; il y a là des Allemands, des Irlandais, des Anglais, des Gallois, chacun apparaissant avec les caractères particuliers et surtout les inimitiés instinctives de sa race. Par moments éclatent des grèves : elles s’étendent quelquefois sur un mot d’ordre des chefs et.les injonctions des comités sur toutes les mines en même temps. Ce qu’on veut, c’est la même chose partout : une augmentation de salaire avec une diminution des heures de travail. Les meneurs ferment avec des menaces la porte des chantiers à ceux qui, lassés d’attendre, voudraient y retourner. Des rixes, des batailles commencent, et le désordre est à son comble quand se présentent les constables ou la milice, la garde nationale de l’endroit. Des coups de feu sont tirés et des morts jonchent le sol. Enfin, après avoir longtemps parlementé de l’un à l’autre camp, celui des patrons et celui des ouvriers, on fait une cote mal taillée, on augmente un peu les salaires ou l’on réduit d’une heure la journée, sauf à revenir parfois sur ces concessions dès que le commerce languira. Qu’ont gagné les ouvriers anglais, qu’ont gagné les Américains aux grèves formidables suscitées dans les mines de charbon, les usines à fer, les filatures, et jusque dans les travaux des champs? Peut-être une faible augmentation de salaire, après des mois entiers de lutte, de souffrances, de privations, que rien ne pourra compenser.
- Pendant l’été de 1868, nous parcourions le bassin anthracifère de la Pensylvanie, T&me III, — 75® année, 3* série. — Septembre 1876. 63
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- aux environs de Pottsville. La population des ateliers souterrains s’était mise en grève. Sur toute l’étendue des mines, pas un puits'ne marchait, pas une machiné ne fonctionnait. Ce calme inaccoutumé avait quelque chose de pénible. Ça et là on rencontrait des groupes de mineurs, la face morne, discutant ou silencieux. D’autres étaient tristement assis sur le pas de leur porte, ou une bêche à la main s’occupaient sans entrain autour de leur potager. La femme, les enfants, ne disaient rien, mais avaient faim. Sur nombre de points, des menaces, des violences avaient eu lieu pour empêcher de travailler ceux qui voulaient rester à l’ouvrage. Sur une mine, un cercueil vide fut déposé une nuit avec une inscription significative. C’était plus qu’une plaisanterie sinistre, c’était une menace de mort pour ceux qui seraient tentés de reprendre le travail, et, si cette fois il n’y eut pas lieu de la mettre à exécution, elle fut implacablement exécutée dans une autre grève quelques années plus tard. Tous les jours, c’étaient de longues processions et d’interminables meetings où l’on prononçait des discours enflammés, où l’on arrêtait des résolutions inacceptables. La grève dura plusieurs semaines. L’autorité, attentive, vigilante, mais désireuse de respecter jusqu’au bout les droits du travailleur, n’envoya sur les lieux que des constables ou agents de police. Peu à peu le calme se fit, et tout rentra dans l’ordre; les mineurs furent forcés de reprendre l’ouvrage, sans avoir rien obtenu de ce qu’ils réclamaient si impérieusement. Ils voulaient réduire la journée de travail à huit heures au lieu de dix, et recevoir pour cela la même paye. Leur prétention, s’ils avaient eu gain de cause, eût désorganisé tous les chantiers : elle était condamnée d’avance.
- Les mines de Pensylvanie, dans leur allure géologique, n’ont presque rien qui les distingue, sauf la qualité du charbon, des houillères des autres pays. Les couches d’anthracite gisent sous le sol superposées les unes au-dessus des autres comme les feuillets d’un livre, mais séparées par des intervalles plus ou moins grands de roches stériles, des argiles compactes, des schistes ardoisés, des grès. Les couches.charbonneuses elles-mêmes ont des épaisseurs variables, qui peuvent dépasser plusieurs mètres, comme cette couche qu’on appelle mammouth à cause de son énorme épaisseur, et qui présenté en quelques endroits jusqu’à 20 mètres de charbon pur. On trouve ici les mêmes fossiles que dans toutes les régions houillères, entre autres ces empreintes de fougères arborescentes qui couvraient le sol en si grande'quantité au temps de la formation du charbon minéral.
- Dans les mines de Pensylvanie* on rejoint le combustible par de larges galeries inclinées, plus rarement par des puits verticaux à grande section. Dans ces galeries Circulent sur un chemin de fer les chariots menés par une machine à vapeur, qui fait remonter les pleins et descendre les vides. Un câble attaché aux véhicules passe sur un tambour ou sur la gorge d’unë énorme poulie. L’ouvrier gagne par Ce tunnel les chantiers souterrains. Il est chaussé de grosses bottes, et sè protège la tête d’un chapeau rond en cuir très-dur, auquel il fixe sa lampe, un petit godet en fer-blanc à la mèche fumeuse. Il va en tâtonnant, courbé, heurtant aux boisages dans le dédale des galeries,
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- et arrive à sa place accoutumée pour commencer la rude besogne, toujours la même chaque jour. Le mineur abat la roche et le charbon à la poudre ou au pic; le voiturier conduit les chevaux qui transportent la matière extraite sur les chemins de fer souterrains.; les charpentiers fixent les étais. Toute la ruche travailleuse est en mouvement ; peu d’enfants, aucune femme. Dans les mines d’Angleterre, de Belgique, il n’est pas rare d’en rencontrer encore ; mais les mœurs américaines répugnent à cet emploi avilissant du sexe faible et délicat. D’ordinaire l’air est bon, circule librement ou par le moyen de ventilateurs mécaniques ; la température est douce et toujours égale, été comme hiver; les eaux sont peu abondantes, et l’on n’a guère à redouter les inflammations de grisou, si terribles dans d’autres mines.
- Extrait au dehors par les puits ou les grands tunnels inclinés, l’anthracite est déversé sur des machines fort ingénieuses, dites concasseurs ou breakers, qui le séparent en morceaux d’égale grosseur. Les blocs les plus volumineux sont d’abord broyés entre deux cylindres massifs en acier, juxtaposés, armés de dents, et tournant l’un vers l’autre à la façon de laminoirs. Une série de tamis en fer inclinés, en forme de tambours cylindriques, à mailles de plus en plus serrées, animés d’un mouvement de rotation autour de leur axe, classent ensuite le combustible en six qualités ou grosseurs distinctes, pendant que des manœuvres enlèvent à la main les schistes et autres pierres qui le souillent. Ces machines, dont on voit sur toutes les mines se dresser la haute charpente recouverte de planches, et aux formes originales, rappellent de loin les élévateurs à grains de Chicago. Elles sont tout à fait distinctes des machines à laver et à classer les charbons employées en France, et où l’eau joue un rôle particulier, par exemple celles dites de Bérard ou d’Évrard, du nom des inventeurs.
- L’anthracite, une fois trié et classé, est chargé dans des wagons qui le transportent sur un chemin de fer extérieur dépendant delà mine. Celui-ci rejoint par des embranchements, au besoin par des plans inclinés savamment établis et qui rachètent des différences de niveau assez considérables, les grandes voies ferrées, les canaux, les rivières. Toutes ces nouvelles voies marchent vers le littoral, et aboutissent à New-York et à Philadelphie, les deux véritables entrepôts de l’anthracite, les deux grands ports où se consomme et se vend principalement ce charbon renommé.
- Si Philadelphie est le plus grand marché de l’anthracite en Pensylvanie, Pittsburg est celui de la houille bitumineuse, et, plus favorisé encore que Philadelphie, il est situé sur les mines mêmes. Quand on suit le chemin de fer Pensylvania-Centrai, qui traverse la chaîne des Alleghany et restera l’une des œuvres les plus hardies de l’art de l’ingénieur en Amérique, on rencontre les mines de houille. Elles apparaissent dès qu’on a franchi la ligne de faîte, avant qu’on arrive à Pittsburg, attachées aux flancs de la vallée qui mène à la « ville fumeuse. » On les salue en descendant au pas accéléré de la locomotive. A droite, à gauche, partout, on voit les entrées des puits, des galeries, les amas de charbon autour des mines, les longues files de wagons chargés. Tout autour de Pittsburg, dans la vallée de la rivière Alleghany, dans celle de la Monongahela,
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- il en est de même, et les seules mines de ce district, au nombre d’une centaine, en 1872 ont fourni 10 millions de tonnes de houille, c’est-à-dire près des deux tiers de ce qu’ont donné toutes les houillères françaises ensemble, dont quelques-unes, celles d’Anzin, de la Grand’Combe, de Saint Étienne et Rive-de-Gier, sont cependant si productives.
- Pittsburg naissait à peine, il y a un siècle. En 1754, ce lieu s’appelait Fort-Duquesne. Il était sur la frontière qui séparait les possessions coloniales françaises des possessions anglaises, frontière lointaine, sans limite nettement déterminée, et plus d’une fois baignée de sang ; les rencontres sur ces points étaient presque quotidiennes. Fort-Duquesne fut bientôt perdu sans retour par la France et devint Fort-Pitt (1758). Tels furent les commencements de Pittsburg, qui n’obtint qu’en 1816 sa charte municipale. Voyez maintenant ce qu’en a fait la houille. Cette ville renferme aujourd’hui 200,000 habitants; elle est entourée d’usines, d’ateliers populeux, animés, et c’est à la fois le Manchester, le Birmingham et le Sheffield de l’Amérique. Hauts fourneaux, forges, aciéries, construction de machines à vapeur, usines de toute sorte à torturer, à manufacturer le fer, fonderies de cuivre, de laiton, raffineries de pétrole, verreries, cristalleries, scieries de bois, filatures de coton, fabriques de machines agricoles, tout est là. Une fumée noire, épaisse, couvre la ville. Du haut des cheminées des usines se dégagent la nuit de longues flammes, et jamais le travail ne cesse. La suie vole éternellement dans l’air, couvre toutes les maisons, tous les édifices d’une épaisse patine, qui leur donne, comme à Londres un air de deuil, et s’attache partout, au linge, au visage, aux mains. Les habitudes locales se ressentent du dur labeur quotidien. Nulle part la population ouvrière, qui en Amérique ne se pique pas de façons distinguées, n’est aussi rude et aussi grossière.
- Les mines de houille bitumineuse n’existent pas seulement aux environs de Pittsburg ; le bassin pensylvanien s’étend au loin dans le nord-ouest de l’État. Dans le comté de Mercer, à Pardoe, nous avons visité en 1874 une houillère qui nous a rappelé de tout point celles que nous explorions quelques années auparavant, en 1867, dans la vallée de la Monongahela. On entre dans la mine par un large tunnel que parcourent des wagons traînés par des chevaux, et roulant sur un chemin de fer établi sur le seuil de la galerie. Les chantiers ne renferment ni eau, ni grisou, et la roche est assez résistante pour n’avoir pas besoin d’étais. La couche exploitée est comprise entre des bancs de grès et d’argile dure. La régularité en est remarquable, l’épaisseur de 1 mètre. On découpe le gîte en piliers qu’on abat avec le pic et la poudre, puis on remblaie les vides avec du moellon. Le charbon, amené au dehors parle chemin de fer de la galerie principale, est versé sur une série de grilles étagées qui le séparent en différentes grosseurs et qualités. Le chemin de fer Shenango and Alleghany, au moyen d’un bout d’embranchement, jette ses rails et amène ses wagons jusque sous les appareils de triage, et la houille de Pardoe est embarquée sans frais sur le railway. De là elle gagne les usines à fer voisines et le port de Cleveland sur le lac Erie, où elle fait concurrence aux charbons de l’Ohio. C’est une houille bitumineuse, collante, de bonne qualité, excellente
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- comme charbon de forge et de grille et aussi pour la fabrication du coke. La mine en produit à peu près 100 000 tonnes par an, qui reviennent, tous frais compris, à 2 dollars ou 10 francs la tonne. Il y a sur les chantiers 225 ouvriers, dont 200 occupés aux travaux souterrains. Ce sont principalement des Suédois et des Allemands. Cette population est bonne, calme, très-facile à conduire.
- Le terrain houiller sur lequel sont situées les mines de Mercer, de Pittsburg, est le plus important des États-Unis. Le géologue anglais Rogers, mort récemment professeur à Édimbourg, mais qui avait consacré une partie de sa vie à étudier les houillères américaines, disait que ce bassin est peut-être le plus étendu du globe, celui qui présente le développement de houille le plus continu : il se prolonge sans interruption sur une longueur de 875 milles, du nord de la Pensylvanie au centre de l’Alabama, et l’on peut le suivre sans discontinuité sur une largeur maximum de 180 milles entre la Pensylvanie et l’Ohio. Il couvre une surface de 60 000 milles carrés, égale à près du tiers de celle de toute la France ; il est parallèle à la chaîne des Apalaches, sur laquelle il s’adosse à l’est, et dont les contre-forts détachent plusieurs archipels houillers dans le grand bassin lui-même. Les assises géologiques de ce bassin offrent de tels points de similitude avec celles de l’Angleterre, que tous les géologues en ont été frappés. Rien ne manque au rapprochement, pas même cette puissante masse de grès, à grains de silex, sur laquelle repose tout le bassin carbonifère, le millstone grit ou pierre meulière grenue, à laquelle les mineurs anglais ont donné le nom familier de roche d’adieu, farewell rock, comme pour indiquer que, passé cet horizon, il n’y a plus d’espoir de trouver la houille. Le bassin de Rive-de-Gier en France repose sur une assise analogue, et cet exemple prouve, entre tant d’autres, qu’aux temps où elle façonnait le globe, la nature usait partout des mêmes moyens, et imprimait à son œuvre le cachet de l’uniformité sans tenir compte de la distance.
- Nous n’insisterons pas davantage sur les détails des exploitations houillères en Amérique. Les données de la géologie, les méthodes d’extraction ne diffèrent pas sensiblement de l’une à l’autre de ces mines et rappellent les exploitations européennes. Bornons-nous à mentionner que c’est dans l’État de Maryland qu’existent les fameuses mines de Cumberland, qui produisent le meilleur charbon pour la navigation à vapeur marine, l’égal de la qualité anglaise dite de Newcastle. Les steamers qni fréquentent le port de New-York n’en veulent pas d’autre. On calcule que le Maryland envoie pour cet usage 2 millions 1/2 de tonnes par an dans les ports de l’Atlantique, à Boston, New-York, Philadelphie, Baltimore, Washington, etc. Les ports de l’Océan ou des lacs sont du reste les plus grands consommateurs et les exportateurs naturels des houillères. La ville de Cleveland, qui est non-seulement le principal port du lac Erie, mais encore une cité industrielle de premier ordre, qui tend à rivaliser avec Pittsburg, Cleveland reçoit 1 million de tonnes des mines de l’Ohio et en exporte la moitié. A son tour, Chicago absorbe 1 million de celles de l’Illinois, de l’Iowa et de l’Indiana ; Saint-Louis autant de celles de l’Illinois et du Missouri. Chacun des États
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- producteurs expédie ses charbons jusqu’aux points où ils rencontrent ceux de la Pennsylvanie ou des États voisins. Routes de terre, canaux, fleuves et rivières navigables, voies ferrées, tout est mis à contribution pour ce transport, où, comme pour le mouvement des céréales, chaque compagnie voiturière essaye d’attirer à elle le plus de trafic, tout en réduisant les tarifs au minimum.
- Les combustibles qu’on exploite dans les États du far-west, comme le'Colorado, et dans ceux du Pacifique, l’Orégon, la Californie, bien que de bonne qualité, sont moins prisés que ceux dont il a étéfjusqu’ici fait mention. Ce sont des combustibles d’un âge géologique plus moderne, ce qu’on nomme des lignites, des lignites parfaits si l’on veut, mais non plus de la véritable houille. Sans doute la texture du nouveau combustible ne rappelle point les fibres du bois, lignum, encore moins a-t-on affaire à un simple bois fossile. C’est un combustible minéral bien formé, noir, serré, bien qu’un peu cassant et friable, et par moments terreux. Il est aussi moins bitumineux, moins riche en carbone que la houille proprement dite, et, par conséquent, d’un pouvoir calorifique moindre ; mais comme il est chargé de matières volatiles et qu’il brûle à cause de cela'avec une longue flamme, il s’adapte fort bien à certains usages, notamment le chauffage des chaudières à vapeur et même la fabrication du gaz; aussi, en certains points, est-il exploité à l’égal de la houille.
- En 1867, nous trouvant au pied des Montagnes-Rocheuses, à 20 milles de Denver, alors capitale du territoire, aujourd’hui de l’État de Colorado, nous avons exploré un des bassins à lignite les plus intéressants du grand-ouest américain. On voyait le long des ruisseaux apparaître le combustible entre des couches d’argile bleue et de grès rougeâtre, friables, feuilletés. On l’avait rejoint souterrainement par quelques puits de recherche, alors abandonnés, et dans les lits des roches ramenées à la surface nous découvrîmes l’empreinte de quelques plantes fossiles. C’étaient des palmacites, arbres de la famille des palmiers, qui poussaient en ces régions à l’époque où ce terrain carbonifère se déposait. Depuis, le géologue Hayden a commencé, sur ces points et d’autres analogues, des investigations suivies, et a retrouvé là bien d’autres fossiles, un herbier souterrain complet et un ossuaire de grands vertébrés dont la description a frappé d’étonnement tous les paléontologistes. L’exploitation du combustible a été aussi reprise. Un embranchement ferré, réunissant Denver au grand railway du Pacifique, est passé sur ces mines, et l’on dit que la capitale du Colorado emploie aujourd’hui à la fabrication de son gaz d’éclairage une partie de ce lignite. Ce combustible est du même âge que celui qu’on rencontre le long ou au nord du chemin de fer du Pacifique dans le Wyoming, le Montana, le Dakota, l’Utah, le Nevada, le même aussi que celui qu’on exploite en Arizona, en Californie, dans l’Orégon, et qu’on retrouve jusque dans les territoires de Washington et d’Aliaska. Les mines du Mont du Diable en Californie sontj les plus fécondes de tous ces gîtes, et produisent aujourd’hui plus de 200 000 tonnes par an, principalement envoyées à San-Francisco. C’est ce que donnent les riches mines du bassin d’Aix, en Provence, où l’on exploite, depuis un siècle et
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- demi, un excellent lignite, dont le principal débouché est Marseille; il y fait concurrence à la houille. La Californie, dn reste, est loin de se suffire avec la production de ses mines; elle va s’adresser à l’Australie, qui lui expédie sa houille de Sidney, au Chili, qui lui envoie son lignite de Lota, frère de celui du Mont du Diable. Ce n’est pas le seul point de ressemblance qu’offrent, dans leurs productions naturelles, les côtes du Pacifique nord et celles du Pacifique sud, aux latitudes de la Californie et du Chili.
- En 1872, on estimait à environ 41 millions 1/2 de tonnes la production totale des mines de charbon des États-Unis. En tête venait la Pensylvanie pour 29 millions 1 /2 de tonnes, dont 19 millions en anthracite, puis l’Ohio et l’Illinois, chacun pour 3 millions en houille bitumineuse, le Maryland pour 2 millions 1/2, l’Indiana pour 800 000 tonnes, le Missouri et la Virginie occidentale chacun pour 700 000,1e Kentucky pour 350 000, l’Iowa pour 300 000, le Tennessée pour 200 000, puis tous les autres États houil-lers, le Michigan, l’Alabama, le Kansas, etc., ensemble pour 200 000 tonnes, enfin la Californie et tous les États ou territoires producteurs de lignite, pour environ 350 000 tonnes ; tous ces chiffres réunis donnent un total de 41 500 000 tonnes en charbon minéral de toute qualité, anthracite, houille bitumineuse ou lignite.
- La production de toutes les houillères du globe était évaluée, pour cette même année 1872, à 255 millions de tonnes, dont la Grande-Bretagne fournissait environ la moitié, ou 125 millions; après venaient les États-Unis, qui extrayaient le tiers de celle-ci, ou 41 millions 1/2; puis l’empire d’Allemagne 40 millions, la France et la Belgique chacune 16, l’Autriche-Hongrie'10 1/2. L’Espagne, la Russie, la Chine, le Chili, les colonies anglaises réunissaient, tous ensemble, environ 6 millions de tonnes.
- Dans la liste des pays producteurs, les États-Unis tiennent, dès aujourd’hui, le second rang. La marche qu’ils ont suivie mérite de fixer l’attention. En 1820, le bassin anthracifère de la Pensylvanie produisait à peine 365 tonnes. En 1872, le chiffre de production de ce seul bassin atteignait 19 millions de tonnes. En étudiant la loi de cet accroissement, année par année, on voit qu’il a doublé dans des périodes très-rapprochées, toujours en moins de dix ans. Pour les houillères, la progression a été encore bien plus rapide. Or le chiffre de la production, dans la Grande-Bretagne, ne double que tous les quinze ans ; la France, la Belgique, obéissent aussi à cette loi. Si l’on adopte la limite maximum de dix ans pour toutes les mines de combustible des États-Unis, il est facile de voir qu’en moins de quarante ans ceux-ci auront atteint la Grande-Bretagne. Bien plus, d’après les inventaires mêmes qui ont été faits des réserves souterraines britanniques, après des enquêtes minutieuses ordonnées par le Parlement, sur les suggestions de M. Gladstone, et qui n’ont pas duré moins de cinq ans, de 1866 à 1871, c’est dans quatre siècles au plus que ce pays arrivera à l’entier épuisement de son stock carbonifère. Aux États-Unis, cet important^domaine est, au contraire, presque encore vierge, et d’une étendue qui est au moins vingt fois plus considérable que dans la Grande-Bretagne.
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- Il serait peut-être prématuré de tirer aucune conséquence des deux faits qu’on vient d’énoncer : l’épuisement pour ainsi dire prochain des houillères anglaises, auxquelles, avant un-demi-siècle, les houillères américaines vont faire, du reste, une concurrence victorieuse, et la réserve presque indéfinie du combustible minéral aux États-Unis. Il y a dans toutes les questions de ce genre une inconnue qu’on ne voit pas. A qui appartiendront, par exemple, les houillères de la Chine quand celles de la Grande-Bretagne seront épuisées ? Or celles-là sont peut-être à celles de l’Amérique du Nord ce que ces dernières sont à celles de la Grande-Bretagne, c’est-à-dire encore plus étendues en surface, et ont encore plus d’épaisseur en charbon. Remarquons que c’est entre quelques degrés de latitude et dans l’hémisphère nord, précisément dans les régions où devait s’épanouir la civilisation contemporaine, la seule qui ait réellement fait usage de la houille, que la nature s’est plu à accumuler le précieux fossile. Est-ce par une espèce d’harmoniepréalable que les choses se sont ainsi passées? Quoi qu'il en soit, les grands magasins souterrains de houille sont, dès à présent, en Amérique, et il est dans les destinées manifestes des États-Unis, comme tous les Américains le répètent déjà avec orgueil, de devenir bientôt les plus grands producteurs de charbon sur le globe. Il en sera de même pour le fer, comme nous allons le prouver.
- II. — Le fer.
- Le minerai de fer est abondamment répandu aux États-Unis dans différentes formations géologiques, les unes plus anciennes, les autres contemporaines, les dernières plus modernes que le terrain houiller. Partout le minerai est fouillé et porté aux usines, depuis le lac Champlain, dans le nord de l'État de New-York, jusqu’aux limites de l’Alabama, depuis les bords de l’Atlantique jusqu’aux Montagnes-Rocheuses, et de celles-ci au Pacifique. Toutes les variétés y sont, et les mines si fertiles et si célèbres de la Suède, de l’Écosse, de l’Espagne, de l’île d’Elbe, de l’Algérie, ont en Amérique des sœurs.
- Le minerai magnétique de Suède, si estimé et qui donne un fer de qualité supérieure, celui avec lequel les Anglais font l’acier de Sheffield, se retrouve dans la Caroline du Nord. Le black-band, ou roche noire d’Écosse, qui produit une fonte renommée, existe dans l’Ohio, la Virginie, l’Alabama. Les minerais carbonatés spathiques, lamelleux, cristallins, si abondamment répandus sur les versants des Alpes et qui interviennent si utilement dans la fabrication de l’acier, se rencontrent dans le Connecticut et l’État de New-York. Les minerais manganésifères, qui servent à la fabrication des fontes miroitantes ou spiegeleisen des Allemands, avec lesquelles on prépare ensuite l'acier Bessemer, existent en immenses dépôts dans le Missouri, et y rappellent certains gîtes si particuliers d’Afrique ou d'Espagne. Les minerais magnétiques et peroxydés de l’île d’Elbe ont des analogues dans le Michigan et en Pensylvanie, où le mont Cornwall fait songer au mont Calamita, tandis que les fers oligistes qu’on em-
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- barque à Marquette, sur le Lac-Supérieur, seraient aisément confondus avec ceux de Rio. Il n’est jusqu’à certaines variétés bizarres, comme les minerais titanifères, qui existent en Norwége et que les Anglais sont parvenus à traiter, qui ne se montrent aussi aux États-Unis, par exemple dans les États de New-York et de Virginie. Nous ne parlons pas de certaines espèces particulières à ce pays, telles que la franklinite, si abondante dans le New-Jersey, et dont on retire, par deux opérations différentes, à la fois le zinc et le fer; ni du minerai carbonaté pierreux, aussi abondamment répandu dans les houillères américaines qu’en Angleterre, soit en bancs prolongés, soit en amas irréguliers. Cette variété, que les Anglais nomment minerai de fer argileux, clay iron stone, et les Français minerai carbonaté lithoïde, se rencontre notamment dans les mines de Pensylvanie, non pas celles d’anthracite, mais de houille bitumineuse. Là, comme en Angleterre et en France, le minerai, la houille et le fondant, c’est-à-dire le calcaire qui, jeté dans le four avec la roche métallifère, sert à la rendre fusible, se présentent souvent dans la même mine en stratifications superposées. Cet assemblage de substances minérales utiles, accumulées dans le même gîte, a donné naissance à de grandes usines, dont quelques-unes ont fait fortune et d’autres ont dû fermer leurs portes ou se transformer. Il en a été ainsi ailleurs, et les hauts fourneaux de Rive-de-Gier dans la Loire, qui furent établis sous la Restauration pour le traitement du minerai de fer contenu dans les houillères, consomment depuis bien longtemps tout autre minerai que celui-là. Qui croirait que la grande usine du Creusot n’a pas eu une autre origine ?
- L’histoire de la fabrication du fer aux États-Unis commence avec l’histoire des colonies anglaises. On employait alors le charbon de bois pour fondre le minerai. En 1620, les premiers foyers furent allumés en Virginie, en 1643 dans le Massachussets, puis arriva la Pensylvanie. En 1719, cette industrie prospérait si bien que la Métropole s’en émut, craignant que ce développement n’arrachât les colonies à sa dépendance. Deux ans après, les maîtres de forges anglais essayaient de faire passer un bill devant le Parlement pour empêcher la fabrication du fer dans les établissements d’outremer. Ce ne fut que sur les oppositions très-vives des agents coloniaux que le bill fut rejeté. Dès lors la sidérurgie américaine allait prospérer de plus en plus. En 1810, déjà, on estimait à 55 000 tonnes la fabrication de la fonte aux États-Unis. En 1850, ce chiffre avait plus que décuplé, et en 1872 il dépassait 2 800 000 tonnes, la moitié à peu près de ce que produisait la Grande-Bretagne, qui fournit elle-même de ce chef, comme pour la houille, autant que tout le globe (1). Ici encore, les États-Unis viennent immédiatement après la Grande-Bretagne; mais, marchant d’un pas beaucoup plus
- (1) On se rappelle que c’est précisément en raison de cet accroissement prodigieux de la production sidérurgique américaine, capable de faire perdre aux maîtres de forges anglais un de leurs plus importants débouchés, que P/ron and steel Inslitute a récemment envoyé M. Lowthian Bell sur les lieux pour y étudier la question. (M.)
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- rapide, bientôt ils la dépasseront. Il faut cependant reconnaître que, depuis la fin de 1873, la métallurgie américaine subit une crise et comme un temps d’arrêt. Cette crise a été provoquée par la panique financière qui a frappé, à cette époque, les places de New-York et de Chicago, et dont les effets ne sont pas encore entièrement éteints. Les exploitations houillères et métallurgiques sont coutumières, en tous pays, de ces maladies périodiques , mais bientôt les chiffres de production se relèvent, reprennent même leur marche ascendante, et les statistiques, considérées dans leur ensemble, par décades d’années, ne révèlent qu’un progrès continu.
- On calcule qu’à la production de 2 800 000 tonnes de fonte de fer, qui a été celle des États-Unis en 1872, correspond à peu près l’extraction de 6 millions de tonnes de minerai, car le rendement moyen de celui-ci peut être estimé à 50 pour 100. C’est la Pensylvanie qui marche au premier rang dans la production du minerai, comme dans celle de la houille, et aussi dans la fabrication de la fonte, du fer et de l’acier. C’est d’ailleurs en Pensylvanie que, pour la première fois, a été tenté le traitement direct du minerai de fer par l’anthracite, procédé importé du pays de Galles, il y a trente-cinq ans, par l’infatigable fondeur, M. Thomas, dont nous avons déjà cité le nom. Ses fils, qui le remplacent aujourd’hui, suivent intelligemment ses traces, et ont gardé, pour ainsi dire, les secrets de sa méthode. A Haukendauqua, dans le comté de Lehigh, il nous fit visiter lui-même son usine. On jetait, par l’ouverture supérieure, dans la vaste capacité des fours, des blocs tout entiers d’anthracite pesés d’avance, et le minerai et le fondant, également mesurés, étaient versés à brouettées par le même orifice. Le monstre digérait sa pâture avec une remarquable aisance. Il avait, comme tous les hauts fourneaux, la forme d’une immense cuve faite de matériaux infusibles, réfractaires aux plus hautes températures. Dans le bas passait le corps des tuyères, qui soufflaient l’air dans le foyer. Par une ouverture pratiquée sur le devant sortait, au moment de la coulée, la fonte limpide, étincelante, qui courait, comme un fleuve de feu, à travers les rigoles ménagées sur le sable de l’usine, où elle se figeait. Les minerais consommés étaient surtout extraits de localités voisines, de gîtes assez irréguliers, presque superficiels. Us étaient de la classe des minerais dits des peroxydes.
- A 60 milles, à l’ouest d’Haukendauqua, dans le comté de Lebanon, existe une montagne de fer renommée, celle de Cornwall, que nous visitâmes également. On y monte par un railway en colimaçon qui fait le tour de la montagne. Celle-ci est composée presque entièrement de minerai ; elle en renferme une masse évaluée à 40 millions de tonnes, c’est-à-dire que l’on pourrait en exploiter, pendant deux siècles, 200 000 tonnes par an. C’est du minerai magnétique compacte, de couleur gris d’acier, rendant plus de 65 pour 100. Cet aimant naturel rappelle, trait pour trait, celui de la montagne Calamita, à l’île d’Elbe. Il se trouve, comme lui, au contact de roches vertes serpenti-neuses, et mêlé, accidentellement, à des veinules de minerai de cuivre. Ce rapprochement minéralogique, bizarre à cette distance, mérite d’être signalé.
- Cette excursion en Pensylvanie a été l’une des plus curieuses qu’il nous ait été donné de faire en Amérique. Grâce à nos lettres d’introduction, nous fûmes partout
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- reçus, mes compagnons et moi, comme des enfants du pays plutôt qu’en visiteurs étrangers. On alla jusqu’à mettre une petite locomotive à notre disposition, et, avec elle, nous parcourûmes le pays en tous sens. Malgré la chaleur de notre étroit compartiment, établi au-dessus de la chaudière, — on était en pleine canicule, — nous fîmes cette excursion gaiement. La complaisance inaltérable du guide qui nous avait été donné, les détails intéressants qui nous furent fournis tout le long du trajet, tant par lui que par l’un de nos compatriotes, M. Borda, ancien élève de l’École centrale de Paris, et l’un des ingénieurs les plus distingués de la Pensylvanie, le charme pittoresque du paysage, la vertigineuse rapidité de notre course à toute vapeur, des haltes marquées à point sur les mines et les usines, à Pottsville, Reading, Allentown, Harrisburg, tout cela nous faisait oublier l’enfer où nous rôtissions.
- La Pensylvanie n’est pas le seul État où se rencontrent ces amas énormes de minerai de fer dont il a été parlé. Sur le bord occidental du lac Champlain, à Port-Henry, il faut signaler une masse magnétique cristalline encore plus importante que celle du mont Cornwall, et à 75, milles, au sud-ouest de Saint-Louis, dans l’État de Missouri, la célèbre Montagne de Fer, Iron-Mountain, qui couvre une étendue de 200 hectares et s’élève jusqu’à 75 mètres. A 6 milles au sud de celui-ci, est un autre amas non moins riche, Pilot-Knob. On retire aujourd’hui de ces gîtes, reliés à Saint Louis par une voie ferrée, environ 400 000 tonnes par an de minerai qu’on expédie principalement dans les usines du Missouri, de l’Ohio et de la Pensylvanie.
- Tous les gisements ferrifères des États-Unis, quelque riches qu’ils soient, pâlissent devant ceux du Michigan, au bord du Lac-Supérieur, entre l’Anse et Marquette. Il y a là des mines inépuisables, à peine reconnues et qui fournissent déjà plus de 1 million de tonnes annuellement. Les produits extraits sont d’excellente qualité. On en compte quatre variétés : le minerai magnétique, gris, brillant, qui agit sur la boussole comme un véritable aimant ; il est très-pur, et convient particulièrement à la fabrication de l’acier; — le minerai spéculaire, pailleté, à l’éclat métallique, à la poussière rouge; — l’hématite, terae, compacte, de même composition que le précédent; — enfin le minerai schisteux, en lamelles ardoisées, serrées, le plus pauvre de tous et le plus difficile à réduire. Ces diverses variétés de minerai sont, en partie, traitées sur les lieux, séparément ou mélangées ensemble, et fondues dans les hauts fourneaux chauffés au charbon de bois. En 1873, plus de 70 000 tonnes de métal ont été produites de la sorte par dix-sept hauts fourneaux. La fonte de fer ainsi obtenue est raffinée dans des fours à réverbère, puis martelée, laminée à la forge en rails, en barres, en lanières. La majeure partie du minerai est exportée dans les usines de l’Ohio. Grâce au voisinage des grands lacs, cette utile matière peut être amenée économiquement à de très-grandes distances.
- Sur la quantité totale de 2 800 000 tonnes de fonte fabriquée en 1872 aux États-Unis, environ 1 200 000 l’ont été à l’anthracite, 1 million à la houille bitumineuse crue ou au coke, et le reste au charbon de bois. Dans cette fabrication, c’est la Pensylvanie qui marche au premier rang, c’est même elle qui produit presque toute la
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- fonte obtenue à l’anthracite. Les États de New-York et d’Ohio ne viennent qu’après elle, le premier pour 200 000 tonnes de fonte à l’anthracite, le second pour la même quantité fabriquée à la houille ou au coke. Après ces trois États, il faut citer par ordre d’importance le New-Jersey, le Massachusetts, l’Illinois, le Michigan, le Missouri, l’In-diana, le Wisconsin, le Maryland, la Virginie. Partout on extrait et l’on fond, autant que possible, le minerai sur place. Quand la houille n’est pas à proximité ou revient trop cher, on emploie le charbon de bois produit par les forêts voisines. Il n’est État ou territoire, si lointain soit-il, qui n’ait tenté de traiter lui-même ses minerais. A Boul-der, dans le Colorado, aux premiers jours de la colonisation, en 1865, on a essayé de fondre au charbon de bois un minerai assez peu riche et peu abondant exploité au flanc des Montagnes-Rocheuses. Les pionniers ne doutent de rien, et l’affaire a marché un moment d’un pied boiteux; mais un jour le four s’est engorgé, on a produit ce que les fondeurs appellent un loup dans leur langage pittoresque; les tuyères qui soufflaient l’air dans le creuset se sont bouchées, la fonte a refusé de couler, s’est durcie, et le foyer s’est trouvé hors de service après une courte campagne. Les fondeurs mormons de l’Utah ont été plus heureux et ont alimenté longtemps avec succès, alimentent peut-être encore leurs fourneaux avec le minerai et la houille que la Providence, disent-ils, leur a départis. En Californie, ce sera mieux encore, et ce jeune et brillant État se prépare, dès maintenant, à lutter victorieusement pour cette fabrication , comme il l’a déjà fait pour d’autres, avec ses frères aînés de l’Atlantique.
- Les trois États de Pensylvanie, de New-York et d’Ohio sont les trois principaux producteurs de fer des États-Unis ; mais la Pensylvanie domine de beaucoup les deux autres, et c’est pourquoi cette importante région, où sont à la fois les plus riches houillères et les plus grandes forges, a toujours été le nid préféré du protectionnisme. Encore aujourd’hui, ce sont les députés et les sénateurs pensylvaniens qui font, dans les discussions du Congrès fédéral, le plus d’opposition aux doctrines du libre échange, que les gens de l’Ouest voudraient voir triompher. C’est à Philadelphie que réside l'apôtre le plus infatigable de la protection, l’économiste Carey, dont les années n’ont pas ralenti l’ardeur. Dans les États agricoles du Sud, et même dans les États industriels de la Nouvelle-Angleterre et à New-York, régnent des idées plus libérales, défendues énergiquement par un statisticien de talent, M. Ruggles, et surtout par l’ancien commissaire du revenu, M. David A. Wells, dont les écrits ont fait récemment sensation, même en Europe.
- Autrefois c’était l’Angleterre qui redoutait la fabrication du fer dans ses colonies d’Amérique, aujourd’hui ce sont ces anciennes colonies qui s’effrayent de l’importation du fer anglais. Et cependant les États-Unis n’ont plus rien à craindre de la Grande-Bretagne. Ne fabriquent-ils pas eux-mêmes tous leurs rails, tout leur acier, qu’hier encore ils recevaient du dehors en quantités si considérables? Us viennent immédiatement après leur lointaine rivale dans l’application du fameux procédé Bessemer pour la fabrication en grand de l’acier, et chez eux, non moins que dans le Royaume-Uni, les inventeurs sont, jour et nuit, à l’œuvre pour perfectionner les appareils et les
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- fours spéciaux où l’on élabore ce métal et ceux où l’on traite la fonte et le fer. Aucune manipulation n’est devenue plus délicate que celle-ci, qui semblait fixée pour toujours; nulle part les indications de la chimie ne jouent un rôle aussi prépondérant. Quelques centièmes, souvent même quelques millièmes en plus ou en moins de carbone, telles sont à peu près les seules différences que le métal présente dans sa composition chimique sous chacun de ses trois états. La présence du soufre, du phosphore, du silicium, de l’arsenic, du manganèse, du chrome, à doses souvent infinitésimales, exerce aussi une influence bonne ou mauvaise selon les corps. Les métallurgistes américains, comme ceux d’Europe, ont étudié à l’envi ces réactions, et n’ont pas reculé devant la dépense pour faire venir, même d’Algérie, des minerais que l’on croyait doués de propriétés spéciales. Us ont fait plus, ils ont mis en action le puddlage mécanique, et demandé à la vapeur d’accomplir cette rude opération que les bras d’un athlète peuvent seuls exécuter, non sans danger pour les organes. Enfin ils ont, eux aussi, assoupli le métal à une foule d’applications industrielles : construction de machines à vapeur, de locomotives, de navires, de ponts, d’instruments agricoles, de roues et d’essieux de wagons, de tuyaux de conduite, d’appareils domestiques de chauffage, de poutres et de cornières pour charpentes. Qui ne connaît dans l’art de la guerre leurs armes de précision, leurs mitrailleuses, leurs canons à longue portée, leurs monitors à tourelle? Ils ont si bien conquis sur tout cela la prééminence,-qu’aucun pays ne peut plus importer chez eux de produits similaires, ni lutter sur ce terrain avec avantage, et qu’ils seront un jour le fournisseur de l’Europe en ces matières comme l’Europe l’a été pour eux si longtemps. Leurs navires en ferl’emportent sur ceux de la Clyde, leurs machines agricoles, leurs locomotives, ont obtenu les premières médailles dans toutes les Expositions, et, quant à leurs ponts métalliques, nulle nation ne saurait en présenter d’analogues aux leurs. Ceux qu’ils ont jetés dernièrement sur le Mississipi à Saint-Louis, sur le Missouri à Omaha, et sur le Niagara devant les chutes ou à Buffalo, dépassent en hardiesse et en dimensions tout ce qu’on a pu faire ailleurs.
- On estimait, en 1872, à 14 millions de tonnes la production totale de la fonte de fer sur le globe. La Grande-Bretagne produisait environ la moitié de ce chiffre ou 6 700 000 tonnes; les États-Unis, qui la suivaient immédiatement, le cinquième ou 2 800000 tonnes. Les pays qui venaient ensuite étaient l’empire d’Allemagne pour 1 600 000 tonnes, et la France 'pour 1 200 000, quantités qui sont à peine comparables aux chiffres de production de la Grande-Bretagne et des États-Unis. La Grande-Bretagne doublant sa production métallurgique environ tous les quinze ans, et les États-Unis la leur tous les dix ans (c’est pour l’un et l’autre pays la même loi que pour la production houillère), il est certain que dans vingt ans les États-Unis auront atteint et bientôt dépasseront leur rivale. Ici beaucoup plus tôt que pour la houille, le rapport renversé. Qui ne prévoit toutes les conséquences que cette évolution économique aura sur les destinées de l’un et l’autre pays ?
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- III. — Le 'pétrole.
- Dans une de mes courses en Pensylvanie, je prenais une nuit, à Pittsburg, le chemin de fer qui remonte la vallée de l’Alleghany. Deux jeunes Français qui étaient avec moi, l’un secrétaire, l’autre attaché à la légation de France à Washington, fort peu rassurés à la vue des compagnons de voyage que le sort semblait nous réserver, demandèrent un sleeping car, sorte de wagon de luxe où, moyennant une légère redevance, on peut voyager dans un isolement relatif et passer la nuit dans un bon lit. Il leur fut répondu que le chemin de l’Alleghany ne jouissait pas de ce confort, et nous prîmes démocratiquement et résolument notre place à côté de ces hommes à mine rébarbative qui plaisaient si peu à mes deux compagnons -, ils étaient chaussés de grosses bottes où s’engouffrait le pantalon, que surmontait pour tout vêtement une chemise de flanelle au col défait, découvrant une poitrine hâlée. Autour d’une ceinture de cuir, serrée à la taille, plus d’un avait mis en évidence son revolver. Ils causaient très-haut, se passaient fraternellement de l’un à l’autre, à instants rapprochés, un bidon'de whisky. Très-tard ils s’endormirent, et bientôt ronflèrent bruyamment. Où allaient-ils? Comme nousauxmines de pétrole, à Oil-City, la ville de l’huile, où nous fûmes charmés de les perdre au matin.
- Les compagnons de route dont le ciel venait de nous débarrasser si fort à propos étaient les derniers représentants de ces aventuriers de toute espèce, si nombreux aux premiers temps de la Pétrolie, et qui apportèrent là tant de germes de désordre. Aujourd’hui toute trace d’agitation a disparu de ces parages, et l’exploitation du pétrole s’est d’ailleurs cantonnée plus au sud. Oil-City, Titusville, Tidioute, Pithole, Franklin, Pleasantville, Parkers, nombre d’autres centres industriels naguère si turbulents, sont devenus des lieux relativement paisibles. Plus d’une de ces importantes cités est passée, du reste, par des alternatives inouïes, quelquefois subites, de prospérité et de décadence, et Pithole, la ville-champignon, poussée en un jour, Pithole, qui a eu ses hôtels, son théâtre, ses journaux, ses églises, Pithole, née d’hier, qui a fait un moment tant de bruit, a été si populeuse, si remuante, est déjà une ville fossile. Elle a perdu tous ses habitants, et, si quelque Pitholien lui est né, cet honorable citoyen aura un jour quelque peine à retrouver sa ville natale. Qu’on ne croie pas que pour cela le pétrole ait disparu; il a seulement changé de place. Les gîtes naguère si productifs se sont peu à peu épuisés, mais on en retrouve chaque jour de nouveaux, et plus fertiles encore. La production de l’huile a augmenté dans des proportions auxquelles les plus enthousiastes étaient loin de s’attendre. Elle a triplé en six ans, de 1867 à 1873, et atteignit alors 10 millions de barils, de près de 200 litres chacun. Cet énorme volume d’huile était fourni par 4 250 puits, dont quelques-uns donnent jusqu’à 1200 barils par jour. Au prix de 8 francs le baril, prix dérisoire, puisqu’on l’a payé jusqu’à 35, c’est encore 10 000 francs de revenu quotidien, presque sans bourse délier; le puits une fois foré, les frais sont nuis. En 1874, allant de Meadville (nord de la Pensylvanie) dans la région actuelle de l’huile, je constatais une nouvelle activité dans l’exploi-
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- tation et la découverte des sources, et, je dois le dire, un nouveau progrès dans la vie sociale de ces districts. Comme dans la Californie, qui fut, elle aussi, si troublée, tout y était peu à peu rentré dans l’ordre normal.
- C’est ainsi que vont d’ordinaire les choses dans les régions minières aux États-Unis. Le pays des sources de pétrole, sauvage et accidenté, au début presque inaccessible, la vie étrange qu’on y menait aux premiers temps de la fièvre de l’huile, le rendement fabuleux de certains puits, les étonnantes fortunes faites ou défaites en un jour, les folies de la spéculation dépassant toute limite, le jeu effréné, les disputes sanglantes, les incendies incessants que l’inflammation du pétrole rendait encore plus terribles, Oil-City brûlée en une nuit de fond en comble avec tout son stock d’huile, une autre fois une débâcle de glace sur la rivière Alleghany entraînant tous les barils amarrés au quai, tout cela est encore présent à la mémoire de chacun.
- Ce district commença surtout d’être connu en 1859, le jour où, près de l’endroit où est aujourd’hui Titusville, le colonel Drake eut l’heureuse idée d’appliquer la sonde à la recherche de l’huile minérale. Elle s’épanchait auparavant en divers points de la surface, et on la recevait sur des couvertures de laine, d’où on l’extrayait assez péniblement. On l’appelait l’huile de Senecas, du nom de la tribu indienne qui habita longtemps cette contrée, et on la croyait bonne seulement à un grossier éclairage; on l’employait aussi à lubrifier les machines et à la guérison des rhumatismes et de quelques autres maladies; encore n’était-ce qu’un remède de bonne femme, appris des sauvages. Jadis les pionniers français du Canada, les colons anglais de l’Atlantique étaient passés successivement près de ces sources sans s’y arrêter autrement qu’en curieux, et en avaient abandonné la maigre exploitation à la confédération iroquoise, dont les Senecas formaient une branche. Qui aurait osé prédire alors qu’il y avait là une richesse cachée d’où sortiraient les millions par centaines? C’est ce qui eut lieu, cependant, dès que l’emploi hardi de la sonde et, bientôt, des torpilles souterraines à la recherche de l’huile, révéla sous le sol de véritables lacs du liquide bitumineux. Alors la Pétrolie devint comme une Californie nouvelle vers laquelle accoururent tous les pionniers en quête de dollars et tous les chercheurs d’aventures.
- Les gîtes de pétrole sont tous accumulés dans la Pensylvanie occidentale, dans les trois comtés de Venango, de Clarion et de Butler. La Pensylvanie, qui produit presque tout le charbon et le fer des États-Unis, a véritablement le monopole de l’huile de pierre, et l’on ne saurait opposer à ses gîtes de pétrole ceux qu’on a jusqu’à présent essayé d’exploiter dans l’Ohio, la Virginie occidentale et l’État de New-York, sur des directions parallèles , sinon au voisinage des précédents. Récemment toutefois on annonçait le forage d’un puits à Warren (Ohio), d’où le pétrole serait sorti en abondance. Les gîtes de l’Illinois, du Missouri et même ceux du Canada, assez productifs, mais dont l’huile est de qualité inférieure, ne sauraient non plus être comparés aux gîtes pensylvaniens, encore moins ceux du Kentucky, du Tennessée, de l’Indiana, à peine explorés. Toute l’Amérique du Nord semble d’ailleurs être imprégnée de pé-
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- trole, car on a également signalé l’existence de l’huile minérale dans le Texas, le Colorado, l’Utah, la Californie,
- L’alignement que semblent suivre les sources souterraines, rejointes en Pensylvanie par la sonde, court du nord-est au sud-ouest, comme la crête des monts Alleghany, ou l’axe moyen de la rivière du même nom. Au nord des points primitivement occupés, dans la vallée d’Oil-Creek (le ruisseau de l’huile), les sondages ont été stériles ; mais vers le sud, on a toujours rencontré et l’on rencontre encore des sources nouvelles de plus en plus abondantes, et avec elles les amas d’eau salée et de gaz combustible qui accompagnent d’ordinaire l’apparition de l’huile. Celle-ci gît dans un terrain de grès sableux et de schistes argileux et feuilletés, et semble occuper d’immenses crevasses dans les grès. Généralement la sonde traverse, à des profondeurs variables, trois bancs de grès imprégnés d’huile et de gaz, dont le dernier est le plus riche en huile. Le gaz, recueilli par un tube spécial dans le trou de la sonde, est presque toujours utilisé comme combustible dans le foyer de la petite machine à vapeur locomobile qui dessert le derrick. On appelle ainsi la charpente pittoresque composée de quatre montants élevés surmontés d’une poulie, dans la gorge de laquelle passe la corde qui sert à manœuvrer les outils de sondage. Le trou foré, le pétrole monte jusqu’à une certaine hauteur, et, souvent, coule de lui-même à la surface, où il jaillit comme une source artésienne. Quand il ne franchit pas le niveau du sol, une pompe mue par la locomobile l’amène au jour. Dans les deux cas, il vient se déverser dans une grande cuve extérieure. Les puits sont très-rapprochés, et quelques-uns ne fournissent pas de pétrole. On ne démolit jamais les charpentes, et elles donnent à tout le district de l’huile un aspect caractéristique.
- Les géologues ont bien longtemps discuté et discuteront peut-être longtemps encore sur l’origine du pétrole. Ceux-ci, disciples des plutoniens du passé, l’attribuent à une cause ignée et volcanique ; ceux-là, plus près de la vérité, n’invoquent que des causes neptuniennes. Le pétrole n’est que de la houille liquide. On le trouve dans les terrains d’un âge fort peu antérieur ou contemporain de celui du terrain houiller, et de composition à peu près identique, des argiles, des schistes, des grès. On a affaire à de véritables nappes, à des bassins, à des lacs, à des fleuves d’huile, alignés sur un axe géométrique, au moins pour les gîtes pensylvaniens, et non à des nids, à des amas isolés, disséminés au hasard. Le pétrole n’est, comme la houille, que le produit d’une végétation disparue; mais quelle était cette végétation ? Voici la réponse que faisait un jour à cette question un savant botaniste, M. Lesquereux, dans le cabinet du regretté Agassiz, à Cambridge, Massachusetts. « Le pétrole, disait-il, n’est comme la houille que je produit de la décomposition lente de matières végétales, avec cette différence que les plantes qui ont concouru à former la houille étaient des plantes terrestres à tissu fibreux, et que ce tissu ne peut jamais disparaître, même dans la carbonisation artificielle, comme on le voit par le charbon de bois. Au contraire, les plantes qui ont concouru à la formation du pétrole étaient des plantes marines, à texture purement cellulaire. Dans
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- la décomposition de ces plantes, toute trace du tissu primitif a disparu, et la matière bitumineuse seule est restée imprégnée dans le grès, les schistes, ou accumulée dans des cavités souterraines. Et cela est si vrai, que des empreintes de plantes marines oufu-coides,les varechs, les fucus, les algues de ces mers primordiales du globe, se retrouvent dans les grès, les calcaires, les ardoises, qui accompagnent les dépôts de pétrole. Les gaz produits par la décomposition de ces végétaux marins sont également demeurés emprisonnés avec la matière huileuse, et de l’eau salée elle-même, qui se retrouve avec ces gaz et l’huile minérale, n’est que le résidu des eaux marines qui couvraient alors la partie du sol où pullulaient ces fueoïdes. Qu’a-t-il fallu pour retenir, pour emmagasiner souterrainement tous ces produits? Un lit de roches argileuses, imperméables, qui s’est formé au dessus d’eux. Quand la sonde déchire quelque part ce bouchon naturel, l’huile, le gaz,l’eau salée, montent au jour comme fait une source artésienne.» On ne peut véritablement opposer aucune objection sérieuse à ces preuves fournies par l’éminent botaniste qui, compatriote d’Agassiz et émigré, comme lui, aux États-Unis en 1847, a contribué, avec lui, h donner à la science américaine une allure à la fois si originale et si pratique.
- On ne peut pas dire encore du pétrole comme de la houille, qu’il est un élément indispensable à la civilisation contemporaine; il n’en est pas moins devenu l’un de ses auxiliaires. C’est l’éclairage à bon marché qui a fait invasion dans nos sociétés démocratiques, et un éclairage en même temps le plus brillant, le plus propre, le plus élégant de tous. Il ne demande aucun entretien, la mèche n’a jamais besoin d’être mouchée, et l’huile ne laisse aucune tache persistante. Cela étant, on se demande comment il n’est pas plus répandu en France. C’est la crainte des explosions, dira-t-on ; mais, quand le pétrole est bien raffiné, les explosions sont impossibles, et il est facile de s’en assurer en jetant une allumette enflammée dans une soucoupe à moitié remplie de pétrole : elle s’éteint immédiatement. Chacun peut tenter cette expérience sans danger, et, si le pétrole est impur et qu’une petite explosion ait lieu, comme avec Falc-ool, découvrir ainsi la fraude de ces marchands éhontés qui falsifient l’huile minérale avec les bas produits que la distillation en avait retirés. Avec la crainte des explosions disparaît aussi celle des mauvaises odeurs, qui ne s’engendrent que par ces bas produits, ou au milieu d’une ignition incomplète et d’un courant d’air insuffisant dans la cheminée de la lampe. De bonne heure on a paré à ce nouvel inconvénient, et avec un instrument bien construit et bien entretenu il est certain que l’éclairage au pétrole peut lutter avec avantage contre tous les éclairages possibles, comme l’exemple des États-Unis le prouve.
- Fournir un éclairage brillant, sain et à bon marché, donner au prix le plus bas possible la lumière aux familles pauvres, telle semble être la destinée véritable du pétrole, qu’il s’agisse de celui d’Amérique ou de ceux d’Europe, et même de ces huiles minérales obtenues par la distillation des schistes et des bois bitumineux fossiles. Ce n’est que le pétrole raffiné qui sert à l’éclairage. Par une suite de purifications, de dis— Tome III. — 75* année. 3* série. — Septembre 1876. 65
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- tillations successives, il abandonne au fond des cornues ou laisse dégager divers produits secondaires, des eaux ammoniacales, des goudrons, des huiles lourdes, des éthers, des benzines, de la paraffine, qui tous ont une importance bien moindre que l’huile d’éclairage, mais dont l’industrie a su tirer parti. C’est ainsi que les goudrons servent à lubrifier les grosses pièces de machines comme cambouis, que les huiles lourdes sont employées dans la peinture en rivalité avec l’huile de lin, que la paraffine est utilisée à faire des bougies transparentes, etc.
- Le pétrole brut de Pensylvanie était naguère versé à l’orifice des sources mêmes dans des barils de bois qui servaient au transport. Il se perdait en route une grande quantité d’huile par le coulage ; en outre, les chemins mal entretenus, fatigués par un parcours incessant, étaient presque impraticables en hiver, et la population charretière était la plus mauvaise, la plus ignoble, la plus dangereuse qu’on pût voir. On a remédié à tous ces inconvénients en faisant passer directement le pétrole des cuves de réception installées sur les sources dans des conduits en fer qui courent à la surface du sol et amènent l’huile, refoulée par des pompes, si besoin est, jusqu’aux gares les plus voisines. Ces lignes de tuyaux rappellent celles dont on fait usage dans quelques-unes des sucreries de betterave du nord de la France pour transporter le vesou, le premier jus sucré, aux usines centrales de distillation et d’évaporation. Une des conduites de pétrole en Pensylvanie part de Millerstown, le centre actuel de la production de l’huile dans le comté de Butler, et va jusqu’à Pittsburg, sur une longueur de 60 kilomètres; une autre rejoint Karns-City à Harrisville, station du chemin de fer Shenango and Alleghany : celle-ci n’a que 30 kilomètres. Quatre immenses cuves en bois découvertes, établies sous les arbres d’une forêt voisine de la station, reçoivent le pétrole brut, tel qu’il sort des puits. L’huile, verdâtre, puante, coule lourdement, remplissant l’air de ses émanations. Aucune surveillance ; une pancarte seule avertit le passant qu’il est défendu de fumer. De ces cuves, de nouveaux tuyaux descendent vers la station, et là sont des réservoirs cylindriques en fer, à bouts lenticulaires, ayant la forme des chaudières horizontales à vapeur, et d’une capacité de 85 barils. Ils sont montés sur un châssis à roues, passent successivement devant le tuyau d’où s’écoule le pétrole, et s’emplissent; puis le train part, emportant chaque fois vers Cleveland, Pittsburg, New-York, où sont les plus vastes raffineries de pétrole, une vingtaine de ces grands réservoirs. C’est par ces moyens ingénieux qu’on a assuré le transport à la fois économique, rapide et sûr du pétrole, et le temps semble bien loin où les barils s’en allaient péniblement sur des charrettes rejoindre la rivière Alleghany par les routes de terre aux ornières profondes, puis descendaient en radeau jusqu’à Pittsburg au moment des hautes eaux*
- Pittsburg est resté le centre le plus important de la raffinerie du pétrole ; mais Cleveland lui dispute la palme. A Cleveland, une usine considérable fait presque seule tout ce travail, et, bien que reléguée assez loin de la ville, l’empeste de ses émanations, surtout le soir. Les habitants se consolent en pensant que le pétrole est bon
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- contre les rhumatismes. L’huile propre à l’éclairage est le principal produit qu’on retire de la purification du pétrole. Elle est limpide, blanche, d’un éclat opalin, d’une légère odeur éthérée. L’huile brute fournit environ 75 pour 100 de cette huile; le reste se compose des résidus dont il a été déjà parlé. L’huile lampante est versée dans des barils en bois de chêne, et à cet état répandue à travers toute l’Amérique et sur toutes les places de l’univers. Le pétrole est devenu l’un des principaux produits d’exportation des États-Unis. Il vient après le coton et le blé, avant le tabac, les viandes salées et les bois. Les ports d’embarquement sont Philadelphie, New-York, Baltimore, Boston; les principaux ports d’arrivée en Europe, Anvers, Hambourg, Brême, Liverpool, puis le Havre, Marseille, Gênes. Quelques-unes de ces places reçoivent le pétrole brut et trouvent avantage à le raffiner elles-mêmes. Chacun a vu dans ces ports, et même devant les grands magasins de droguerie de certaines villes de l’intérieur, quelqu’un de ces barils de chêne à panse renflée, revêtus d’une peinture bleu clair, et d’une conte» nance d’environ 200 litres : c’est le type désormais*classique des barils à pétrole américains. On les fabrique mécaniquement par milliers à la fois, à Pittsburg, à Cleveland, d’une façon aussi rapide qu’originale. Des grappins de fer serrent automatiquement les cercles sur les douelles assemblées; un rabot circulaire donne le biseau aux fonds. Cela fait, les barils descendent seuls les uns suivant les autres par un couloir incliné, au bas duquel un peintre les reçoit. Armé d’un large pinceau, il les badigeonne d’une main en les faisant tourner rapidement de l’autre sur le plancher horizontal. En une heure, plus de 60 barils ont reçu de la sorte leur couche réglementaire. Après cela, on les tare, les jauge et les emplit. La jauge se tient toujours aux environs de 42 gallons ; le gallon impérial égale 4 litres 1/2.
- On calcule que, sur les 10 millions de barils produits en 1873 par les États-Unis, le tiers a été consommé sur place et les deux tiers exportés. Depuis les premiers temps de l’extraction de l’huile, la même proportion existe entre la consommation et l’exportation américaines. C’est principalement à l’éclairage que tout le pétrole est employé.
- L’exploitation de l’huile minérale a fait presque entièrement renoncer à l’usage de l’huile de baleine, et la pêche de cet important cétacé a considérablement diminué depuis quinze ans. . .
- Quelques esprits chercheurs, frappés de l’abondance toujours plus grande de la production du pétrole, ont imaginé de l’appliquer brut au chauffage des chaudières à vapeur et des foyers métallurgiques. Volontiers ils ont vu en lui, devant l’inépuisable fécondité des sources pensylvaniennes et l’importance que pourraient prendre un jour les gîtes analogues des États-Unis, du Canada, des Apennins, du Caucase, de la Birmanie, le combustible de l’avenir. S’il est vrai qu’un poids donné de pétrole fournit à peu près deux fois plus d’effet calorique que le même poids de houille, et relativement ne coûte pas plus cher, qu’est-ce que tout le poids de pétrole que peut produire le monde entier, ce poids fût-il deux fois plus considérable que tout ce que la Pensylvanie fournit aujourd’hui, devant la quantité de houille qu’extrait la Grande-Bretagne? Ces deux
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- poids sont respectivement dans le rapport de 1 à 125, c’est-à-dire que tout le pétrole produit par les Etats-Unis est à peine équivalent en poids à 1 million de tonnes, quand la Grande-Bretagne seule produit 125 millions de tonnes de charbon. Il n’y a donc aucun espoir ni aucune crainte à concevoir de ce côté, et jamais le pétrole ne détrônera la houille dans les emplois calorifiques et mécaniques, ni même dans la fabrication dn gaz. Aucune des nombreuses expériences partout tentées à ce sujet n’a jamais réussi économiquement, et ce n’est que pour des cas très-particuliers que l’on peut prévoir que le pétrole arrivera quelque jour à se substituer avec avantage à la houille. L’empereur Napoléon III, qui apportait dans les recherches scientifiques, pour lesquelles il croyait avoir une aptitude spéciale, le même esprit mystique et bizarre que dans ses combinaisons politiques et sociales, avait songé un moment à appliquer le pétrole aux usages industriels. Ilavait chargé un membre de l’Institut de poursuivre ces recherches pour son compte, et il monta un jour sur une locomotive chauffée au pétrole qui l’emporta au camp de Châtons. Si cet essai eût réussi, on eût bientôt chauffé la flotte avec l’huile minérale. Tout cela s’en est allé en fumée.
- On peut se demander ce qui serait arrivé dans quelques autres contrées, si la nature leur avait si généreusement départi les richesses souterraines qu’elle a réservées aux Etats-Unis. Certains pays auraient-ils tiré parti de ces trésors cachés d’une manière aussi décisive et aussi rapide ? Il est permis d’en douter quand on voit le misérable état où l’Europe laisse ses mines de houille, car celles des Asturies, de la Vieille-Castille et de la province de Léoq sont peut-être aussi riches que les mines de la Pensylvanie. Il ne faut point oublier que, si la nature a beaucoup fait pour les États-Unis, les hommes ont aidé, et les institutions aussi, au développement de ces merveilleuses contrées. En Amérique, l’individu est partout, l’État nulle part; jamais l’activité du citoyen n’esj gênée dans son expansion native. Les administrations , les bureaux, quand ils se montrent, c’est pour venir en aide au travail industriel, c’est pour l’éclairer par des rapports, des statistiques, des publications soigneusement élaborées, aucunement pour le gêner par ces formalités minutieuses et lentes dont la plupart des nations latines ont conservé pieusement la tradition. Là-bas, rien ne reste dans les cartons, tout en sort, et promptement, à l’heure voulue. Chez nous, tout s’y entasse, tout y moisit. « Je n’ai pas besoin de vous communiquer mes statistiques, disait un ministre des travaux publics sous le second empire à l’un de nos industriels ; je les fais non pas pour vous, mais pour m’en servir contre vous. » Aux États-Unis, qui oserait tenir un pareil langage? C’est pourquoi l’initiative individuelle fait là-bas de si grandes choses, et a donné notamment à l’exploitation de la houille, du fer, du pétrole, cette impulsion féconde dont nous venons de constater les résultats surprenants. Le progrès ne s’arrêtera pas, et le jour n’est pas éloigné, on l’a vu, où la Grande-Bretagne elle-même devra baisser pavillon devant les États-Unis pour la production de la houille et du fer. Quant à la première place dans l’extraction du pétrole, il est probable qu’aucune contrée au monde ne pourra jamais la disputer aux États-Unis. Et la nature n’a pas tout
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- fait pour cela, les institutions politiques et le caractère national y ont eu une certaine part. C’est ainsi qu’une fois de plus se vérifie ce mot si vrai de Montesquieu, que les colonies prospèrent non pas seulement en raison de leur fécondité, mais aussi et surtout en raison de la liberté dont elles jouissent. {Revue des Leux-Mondes.)
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- Des progrès réalisés dans le régime international des marques de fabrique,
- PAR M. LE COMTE DE MAILLARD DE MARAFY (1).
- « Messieurs, la question dont je vais avoir l’honneur de vous entretenir, touche à tous les intérêts que votre puissante association a mission de protéger, et qui, depuis trois quarts de siècle n’ont cessé de grandir à son ombre. Aussi, suis-je assuré de pouvoir compter, sans risque d’être taxé de présomption sur votre bienveillante attention.
- « Ce n’est pas, Messieurs, devant les hommes éminents qui dirigent vos travaux avec tant de sollicitude, qu’il conviendrait de faire ressortir les difficultés sans nombre dont le fabricant, si intelligent soit-il, est entouré à ses débuts. Habitués à seconder l’esprit d’initiative dans ses plus utiles manifestations, ils savent mieux que personne quels sacrifices impose à une industrie naissante la légitime ambition d’arriver honorablement à la notoriété. Mais ce qu’ils n’ignorent pas non plus, c’est que cette grande somme d’efforts est loin de profiter uniquement à ceux qui devraient en avoir le bénéfice exclusif. Je ne crois pas, toutefois, m’avancer trop en disant que le mal n’est pas connu dans toute son étendue, et qu’il est peut-être aussi important, à l’heure présente, de conserver à notre commerce les sources acquises de bénéfice que de lui créer les moyens de perfectionner son outillage matériel. Aussi l’institution dont je me propose d’exposer ici le but et les moyens d’action, semble-t-elle être le complément nécessaire de la Société d’Eneouragement.
- « Pendant la guerre, une légion de contrefacteurs s’est emparée des marques créées par nos industriels au prix souvent de bien des sacrifices, et s’approprie ainsi la meilleure part des revenus appartenant en réalité à l’élite de nos fabricants. On est heureux d’avoir à reconnaître que la contrefaçon et l’imitation frauduleuse sont, en France, des cas relativement exceptionnels. Gela tient à deux causes également honorables pour le pays : au sentiment public d’abord, qui flétrit ce genre de fraude à l’égal de toute autre; et aussi à une législation qui, sans être parfaite, est cependant la meilleure, dans son ensemble, qu’on puisse encore citer. Mais si l’on franchit la frontière soit au sud, soit à l’est, soit au nord, on s’aperçoit que la France paie aux contrefacteurs
- (1) Communication faite dans la séance du 25 février 1876.
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- du dehors un tribut qui suffirait à lui seul pour solder le budget de bien des États secondaires. C’est ce qui résulte des recherches statistiques faites par Y Union des Fabricants. En Allemagne, par exemple, foyer principal d’où rayonne la contrefaçon sur le monde entier, il n’est pas de grande maison française, en quelque spécialité que ce soit, dont la marque ou la raison sociale ne soit communément usurpée. Il semble y avoir, dans ce vaste empire, une absence complète de sens moral à cet égard. En France, en Italie, un contrefacteur invoque sa bonne foi, plaide en un mot les circonstances atténuantes. En Allemagne, la contrefaçon est à ce point dans les mœurs, qu’on y voit des associations considérables, délibérant au grand jour, en cherchant dans des réunions publiques les moyens d’éluder la loi et de peser sur le gouvernement. Quelques Chambres de commerce, au premier rang desquelles il est juste de citer celles de Leipzig, de Cologne et de Dusseldorf, sont seules émues de ce débordement d’improbité commerciale. De son côté, le Moniteur de l’Empire proteste, il est vrai, au nom de la moralité publique, mais n’en publie pas moins, en gémissant sur le côté passif auquel le condamne la loi, les spoliations légales que permet dans l’état actuel des mœurs allemandes, l’article 8 de la loi du 30 novembre. Le principe de la priorité d’enregistrement comme base exclusive de tout droit, suppose en effet l’existence des scrupules commerciaux qu’on chercherait en vain dans le nouvel empire. Aussi l’introduction de cette disposition juridique dans la récente législation a-t-elle été considérée en France, dans certains centres manufacturiers, comme un moyen détourné de prélever sur notre fabrique une contribution de paix plus lourde encore que la contribution de guerre. Je dois dire que cette appréciation est complètement erronée. Les circonstances m’ont permis, au cours d’une mission que j’ai remplie récemment à Berlin, à Dresde et à Leipzig, de conférer avec les personnages les plus autorisés dans le monde politique, judiciaire ou administratif. J’ai acquis ainsi la parfaite certitude que l’on est, en haut lieu, profondément peiné de voir se produire ouvertement des pratiques coupables, dont l’effet le plus certain est de jeter un très-grand discrédit sur le commerce allemand, et de le condamner sûrement à tous les genres d’infériorité. Mais quelles que soient les bonnes intentions des gouvernements allemand ou autres, intéressés d’honneur à voir disparaître de leur territoire des habitudes incompatibles avec un commerce régulier, le mal n'en existe pas moins dans des proportions effrayantes, et cela particulièrement au préjudice des fabricants français.
- « Ces déprédations peuvent-elles être réprimées efficacement? Un certain nombre d’industriels, particulièrement lésés, résolurent de s’en assurer aussitôt la paix rétablie, en groupant, dans un syndicat constitué sur de larges bases, lous les moyens de lutte qu’un examen approfondi de la question pourrait révéler.
- « On croira, sans peine, qu’une campagne de longue haleine contre les contrefacteurs de l’étranger n’était pas sans présenter, au lendemain de nos désastres, des difficultés de plus d’un genre, et qu’il fallait autant de Téserve que de résolution pour porter au dehors les hostilités contre des adversaires enrichis, influents, souvent revêtus de
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- fonctions élevées, parfois même magistrats consulaires. Un sentiment de prudence excessive était donc de rigueur. : , ,
- « Le premier soin du nouveau syndicat fut de se rendre un compte exact des moyens de répression fournis par le droit privé de chaque État, et les traités ou déclarations. On voulut bien s’adresser à moi pour cette enquête économique, à laquelle me désignaient peut-être des études antérieures faites à l’étranger sur le droit international.
- « Tels furent les commencements de Y Union des Fabricants. Depuis cette époque, les questions de tout ordre intéressant le régime des marques, dessins ou modèles de fabrique, noms de raisons sociales, ont été successivement traitées dans les séances hebdomadaires du Conseil d’administration de l’Union, et mises à jour avec un constant succès.
- « Je me hâte d’ajouter que si Y Union des Fabricants a porté dans cette œuvre de progrès économique tout ce que l’esprit d’imitation et la pratique des affaires peuvent suggérer de solutions utiles, les deux ministères des Affaires étrangères et du Commerce ont mis à réaliser les améliorations signalées, une sollicitude qui ne s’est jamais démentie.
- « C’est dans ces conditions que des conventions particulières ou des Notes interprétatives ont été obtenues de l’Allemagne, de la Belgique, de l’Italie, de la Russie, de l’Espagne et de l’Angleterre. En outre, un nouveau service de chancellerie a été créé près des administrations compétentes à l’étranger pour le dépôt sûr et régulier des marques de nos nationaux. Aux colonies, la loi de 1857, en souffrance depuis quinze ans, est devenue exécutoire. Enfin, l’Assemblée nationale a voté, sur la même initiative, une loi complémentaire de celle de 1824. De nombreuses et intéressantes correspondances avec les consulats, les ambassades et les ministères, des négociations * directes avec les pouvoirs compétents à l’étranger ont permis de régler, conformément aux intérêts généraux de notre exportation, nombre de difficultés réputées presque in-montables.
- « C’est, par exemple, à l’initiative de Y Union des Fabricants que nos industriels, et, à leur suite, les commerçants de toutes les nations ont dû de pouvoir déposer en temps utile leurs marques à Leipzig, conformément à la nouvelle loi. A mon départ pour l’Allemagne, vers la fin de la période transitoire et presque à la veille du terme fatal, quarante maisons seulement avaient réussi, par suite de circonstances exceptionnelles, à faire recevoir leurs marques. Or, immédiatement après l’acceptation par l’autorité allemande des solutions que je venais proposer, plus de deux mille marques étrangères furent admises sans difficulté.
- « Je citerai un autre exemple, plus récent encore, des services que YUnion des Fabricants est en mesure de rendre.
- « Une grande maison de Saint-Etienne venait de perdre, à Clèves, en première instance et en appel un procès de principe, relatif à la protection des raisons sociales françaises en Allemagne. Pour des raisons trop longues à exposer ici, le même sort
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- l’attendait en cassation. L’Union, informée du fait par M. le vicomte de Fontenay, consul à Dusseldorf, toujours si attentif aux intérêts de ses nationaux, avisa la maison stéphanoise que tout pouvait être réparé. Inutile d’ajouter que le fabricant, averti si à propos, se hâta d’entrer dans le syndicat. Quelques jours après, le conseil judiciaire de l’Association était à Berlin, et après avoir mis sous les yeux du procureur général les textes nécessaires avec les explications opportunes, obtenait un arrêt de la Cour suprême qui met à néant une jurisprudence dont la confirmation aurait été un véritable désastre pour le commerce français tout entier.
- « Telle est la manière de procéder de Y Union des Fabricants. La pensée maîtresse de cette institution a été formulée, du reste, avec autant de précision que d’autorité dans une lettre que M. le Ministre des Affaires étrangères a bien voulu adresser, il y a peu de temps au président, chargé par le Conseil d’informer Son Excellence des démarches faites pour obtenir en faveur de Y Union des Fabricants la déclaration d’utilité publique :
- « ... Le constant appui prêté par le Ministre des Affaires étrangères aux démarches « de la Société, témoigne de l’intérêt qu’il prend à son œuvre. Sans vouloir donc pré-« juger du résultat de l’examen dont la demande en déclaration d’utilité publique sera « l’objet de la part des pouvoirs compétents, je n’hésite point, Monsieur, à vous douce ner l’assurance que je serai heureux de tout ce qui pourra augmenter les moyens « d’action d’une Société dont les opérations entreprises dans l’intérêt particulier des « membres qui la composent servent en même temps l’intérêt général de notre com-« merce et de notre industrie. »
- « Vous le voyez, Messieurs, Y Union des Fabricants est digne d’être abritée sous le même toit que la Société d’encouragement pour l’industrie nationale. »
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- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- lioi ayant pour objet l'ouverture, à Paris, d’une Exposition internationale universelle en 1.898. — Le Sénat et la Chambre des députés ont adopté,
- Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :
- Article premier. — Le Ministre des finances est autorisé à ouvrir, parmi les services spéciaux du Trésor, un compte auquel seront imputés, d’une part, en dépense, les frais de construction, d’appropriation et d’exploitation de l’Exposition universelle internationale de 1878, et d’autre part, en recette, le produit des droits d’entrée, locations et autres perceptions dérivant de ladite Exposition, ainsi que la subvention qui
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- doit être fournie par la ville de Paris, lesquelles devront être versées dans les caisses du Trésor public au fur et à mesure de leur rentrée.
- Art. 2. — La part contributive de l’État, nécessaire pour balancer le compte spécial prévu par l’article premier de la présente loi, sera seule inscrite au budget de 1878.
- Art. 3. — Les projets de toute nature, relatifs à la construction, l’appropriation et l’exploitation de l’Exposition de 1878, seront, préalablement à leur exécution, soumis à l’approbation du Ministre de l’agriculture et du commerce.
- Art. 4. — Par extension des dispositions des articles 69 et 73 du décret du 31 mai 1862, sur la comptabilité publique, le Ministre aura la faculté d’accepter des soumissions directes pour l’exécution de ceux desdits travaux qu’il ne jugerait pas devoir être soumis à l’adjudication.
- Toutefois, cette faculté est subordonnée à l’avis préalable d’une commission spéciale, qui sera nommée par le Ministre ; les noms des membres de cette commission seront publiés au Journal officiel.
- Art. 5. — Il sera rendu au Sénat et à la Chambre des députés un compte détaillé des opérations de recettes et de dépenses de l’Exposition de 1878.
- Art. 6. — Les actes désignés dans l’article 1er, § 9, de la loi du 28 février 1872 et passés par le Ministre de l’agriculture et du commerce, en exécution de la présente loi, seront assujettis au droit fixe de trois francs (3 fr.).
- La présente loi, délibérée et adoptée par le Sénat et la Chambre des députés, sera excutée comme loi de l’État.
- Fait à Versailles, le 29 juillet 1876.
- Maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta.
- Par le Président de la République :
- Le Ministre des finances,
- Léon Say.
- Le Ministre de Vagriculture et du commerce,
- Teisserenc de Bort.
- Sur le commerce «le l’ivoire eu Angleterre (1). — La quantité d’ivoire importée en Angleterre s’élève annuellement à 650 tonnes, dont 350 sont employées pour la consommation intérieure ; les fabricants de coutellerie de Sheffield seuls en consomment 200 tonnes par an. Le poids des défenses varie de 1 à 165 livres (0k,450 à 74k,25) ; le poids moyen est de 38 livres (17l,10). L’ivoire vaut actuellement de 57 à 68 liv. sterl. les 100 kilog. (1 425 à 1 700 fr.) suivant la qualité,
- La quantité d’ivoire importée annuellement en Angleterre exige la destruction de 50 000 éléphants. Si l’on tient compte de ces chiffres et qu’on les rapproche de la
- (1) Voy. Bulletin de 1864, 2e série, t. XI, p. 119.
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- quantité d’ivoire exportée dans les autres pays, on peut se faire une idée du carnage qui est fait de ces animaux.
- Bombay et Zanzibar exportent annuellement.......... . 160 tonnes d’ivoire.
- Alexandrie et Malte.................................. 180 —
- Côte occidentale d’Afrique............................ 20 —
- Le Cap................................................ 50 —
- Mozambique............................................ 14 —
- L’ivoire vient à Bombay de toutes les contrées méridionales de l’Asie et de la côte occidentale d’Afrique ; une grande partie est embarquée pour les marchés chinois et indiens, et le reste vient en Europe. Alexandrie et Malte reçoivent l’ivoire de l’Afrique septentrionale et centrale, de l’Égypte et des contrées bordant le Nil.
- Les plus grandes défenses sont fournies par les éléphants d’Afrique et sont exportées de Zanzibar ; elles produisent un ivoire de très-belle qualité, opaque, tendre, facile à travailler et ne se fendillant pas.
- L’ivoire qui vient d’Ambriz, de la rivière du Gabon et des régions situées au sud de l’Équateur est appelé argent gris. Il conserve sa blancheur quand il est exposé à l’air et il ne devient jamais jaunâtre en vieillissant, comme les ivoires de l’Asie et de l’est de l’Afrique ; c’est la qualité la plus recherchée sur les marchés.
- L’ivoire de Siam est très demandé pour les ouvrages de ciselure et d’ornement, parce qu’il est tendre, d’un beau grain et translucide.
- De temps en temps, quelques tonnes d’ivoire fossile sont recueillies dans les régions arctiques et en Sibérie. Cet ivoire est le produit des défenses d’éléphants qui sont ensevelis dans la glace, où ils se sont conservés depuis des temps inconnus. Quelques-unes des défenses de ces animaux, qui sont encore couverts de poils et ont une stature gigantesque, sont dans d’aussi bonnes conditions pour être travaillées que les meilleurs ivoires modernes.
- [Journal of the Society of Arts.)
- Extraction de la vanilline de la sève du sapin- — M. Bouquet de la Grye, en présentant dernièrement à la Société d’agriculture de France deux échantillons de vanilline provenant de la sève du sapin, a donné sur ce précieux produit les renseignements suivants :
- « L’un des échantillons est de la vanilline pure et l’autre de la vanilline préparée pour les besoins de la confiserie. La vanilline existe également dans la sève du pin silvestre et du mélèze. Les premiers essais d’extraction ont été faits par Hofmann, qui n’avait opéré que sur des quantités peu considérables, comme cela a lieu pour les expériences de laboratoire.
- « Le prix de la vanilline, quoique assez élevé, par suite des opérations nécessaires pour retirer la sève et la préparer, l’est cependant moins que celui de la vanille du
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- commerce. La difficulté est de se procurer la sève. Il faut pour cela faire écorcer les arbres abattus pendant la période d’activité de la végétation, c’est-à-dire en mai et juin. Les troncs dépouillés de leur écorce sont raclés immédiatement après l’abatage. Le produit de cette opération, recueilli dans des vases en fer-blanc, est soumis à l’action du feu, sur le parterre même de la coupe, afin d’éviter la fermentation ; puis, après un filtrage, on fait concentrer la liqueur et on obtient, en la laissant refroidir et reposer, une substance analogue à la cassonnade, qui est la coniférine.
- « La coniférine est peu altérable ; on l’envoie en barils à Paris, et c’est de cet extrait qu’on tire la vanilline, d’après les procédés dus à Hofmann. »
- [Journal de VAgriculture.)
- Précaution à prendre dans le procédé indiqué par MM. Blanzy, Poure et comp., pour éviter les déperditions de calorique- — Nous avons dit (1) que MM. Blanzy, Poure et comp., pour éviter les déperditions de chaleur dans les conduites de vapeur, dômes de générateurs, cylindres de machines, etc., recouvraient simplement les surfaces d’un enduit formé de sciure de bois agglutinée au moyen de colle de pâte.
- Or, l’application de procédé, qui est très-facile lorsqu’il s’agit de tuyaux de fonte ou de fer, l’est moins lorsqu’on veut opérer sur des tuyaux de cuivre, mais seulement pour la première couche, dont l’adhérence est moins facile à obtenir. Pour remédier à cet inconvénient, MM. Blanzy et Poure indiquent le mode de procéder suivant, qui leur réussit parfaitement bien :
- Ils font une bouillie assez liquide avec de l’argile plastique (terre à poterie ou autre), et ils en recouvrent le tuyau de cuivre à enduire, au moyen d’une brosse à badigeon ordinaire ; deux ou trois couches légèrement appliquées suffisent, après quoi on peut passer par-dessus l’enduit de sciure agglutinée.
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
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- Séance du 14 juillet 1876.
- Présidence de M. Dumas, Président.
- Correspondance. — M. Baume, instituteur public, à Saint-Martin-l’Inférieur (Ardèche), fait à la Société d’encouragement .une double communication :
- (1) Voy. Bulletin de 1876, cahier de juillet, p. 410.
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- 1° Réforme de l’alphabet dit alphabet économico-harmonique logique, où tous les sons sont absolument fixes et invariables. (Comité du commerce.)
- 2° La demande que les rails des chemins de fer soient modifiés pour que le rail extérieur, tout au moins, soit accompagné d’un contre-rail qui s’oppose au déraillement, afin d’éviter les accidents, qui sont encore beaucoup trop fréquents. (Arts mécaniques.)
- M. Raynaud, notable commerçant, rue Saint-Honoré, 207, à Paris, envoie le prospectus d’une Société dont il est délégué fondateur, et qui a pour objet des études économiques pour la réalisation des réformes fiscales. (Comité du commerce.)
- M. le Ministre de l’agriculture et du commerce envoie à la Société un exemplaire du Relevé des rapports préfectoraux, sur les résultats de la récolte des céréales et des pommes de terre en 1875.
- La famille Viollet fait part de la mort deM. J. B. Viollet, qui a coopéré à la rédaction du Bulletin de la Société d’encouragement pendant de nombreuses années.
- M. Francesco Flores Arenas, président de l’Académie gaditane de sciences et lettres, écrit pour annoncer la création de cette académie et établir des rapports d’amitié entre elle et la Société d’encouragement.
- M. Mayoux (Honoré), éditeur et fabricant du photo-réflecteur, rue des Francs-Bourgeois, 26, à Paris, envoie une description et un croquis de cet appareil, qui a pour objet de faciliter l’exécution du dessin et de le mettre à la portée de tout le monde. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Lamar (Ernest), dessinateur-mécanicien, avenue Parmentier, 180, à Paris, demande le concours de la Société pour l’aider à faire breveter et à faire connaître un appareil de sauvetage en cas d’incendie, qu’il a inventé. (Arts économiques.)
- M. Clostre-Richard, manufacturier, rue Saint-Jean, 33, à Nancy, demande à présenter à la Société d’encouragement un produit nouveau, qu’il nomme crin indien. (Arts économiques.)
- M. Glaçon (À. A. T.), manufacturier à Breteuil (Eure), demande à la Société de faire examiner un nouveau procédé pour la tréfilerie des métaux, qui, suivant lui, présente de grands avantages. (Arts mécaniques.)
- M. Castanier, rue Beuret, 5, à Paris. Appareil pour le sauvetage en cas d’incendie. (Arts économiques.)
- M. Bellion (J.), armurier, rue Saint-Jacques, 316, présente à la Société un fusil de chasse, se chargeant par la culasse, qui est exempt des inconvénients que présentent tous les modèles déjà soumis. (Arts mécaniques.)
- M. Armanety ouvrier mécanicien, rue Albouy, 24-, fait connaître un appareil pour rafraîchir l’eau et les liquides destinés à la boisson, consistant en une double communication qu’il établit entre la fontaine filtrante qui les contient, dans l’appartement habité, et un bon tonneau placé dans une cave fraîche ou dans la terre. Cette double communication, formée de tuyaux inattaquables par les liquides, permetàl’eau filtrée
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- chaude, de descendre dans le tonneau et, par sa pression, de faire remonter celle qui y était déjà et qui s’y était rafraîchie, (Arts économiques.)
- M. Fauré (R. E. L.), mécanicien, rue Masséna, 21, à Nice. Roue qui, dans ra rotation sur elle-même, comprime assez d’air pour lui permettre d’acquérir une vélocité aussi rapide que puissante, continuelle, et supprimant la vapeur. (Arts mécaniques.)
- M. Delagrave (Ch.), libraire, rue des Écoles, 58, à Paris, fait hommage à la Société du tableau de M. Linarès, expliquant le système métrique.
- M. le Ministre de l’agriculture et du commerce envoie à la Société deux exemplaires du tome VIII, lre et 2me partie, nouvelle série, 1873, de la collection des brevets d’invention et deux exemplaires du numéro 4, Ve partie, du catalogue de ces brevets en 1876.
- M. Guinebert (Pierre), rue Cavé, 8, projet de digues contre les inondations, système mixte. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Goyet (P.), rue Bernard-Palissy, 7, propose un système de tablier à mettre autour des voitures de tramways pour éviter les accidents qu’elles peuvent produire. (Arts mécaniques.)
- M. Lacroix (A.), chimiste, avenue Parmentier, 186, fait hommage à la Société d’une brochure qu’il a publiée au nom de Martial Gabelle, pour faire connaître un procédé simple pour cuire chez soi, sans moufle, les peintures vitrifiables sur porcelaine. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Boré, chimiste, rue Notre-Dame-de-Nazareth, 66. Enduit mordant et enduit hydrofuge. (Constructions et beaux-arts.)
- Le Président du congrès d’hygiène et de sauvetage ouvert à Bruxelles envoie un prospectus de l’organisation de ce congrès.
- M. Roche (H.), à Vassy (Haute-Marne) et à Paris, rue de Dunkerque, 31. Assemblage des tuyaux par des joints fermés par du caoutchouc. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Loth (Ch.). Sur une nouvelle classe de matières colorantes, brochure in-4.
- M. Plassiard, ingénieur en chef des ponts et chaussées en retraite, fait hommage à la Société d’un exemplaire du Mémoire qu’il a lu à l’Association française pour l’avancement des sciences, lors du congrès de Lille en 1874, sur les cordes du violon.
- M. Bobierre (Adolphe), correspondant de la Société, lui adresse un exemplaire du Compte rendu des travaux du laboratoire de chimie agricole de la Loire-Inférieure. Paris, Masson, 1876,1 vol. in-8.
- Robert Briggs (C. E.). Rapport sur la ventilation des salles de représentation. Philadelphie, 1876, brochure in-8.
- Rapports des comités. — Brûleur à gaz. —- M. Debray fait, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur le robinet à gaz que M. Biber, fabricant, rue Hautefeuille, 32, a imaginé pour faciliter le service des brûleurs à gaz, quand leur usage est intermittent et très-fréquent.
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- Le comité des arts chimiques propose de remercier M. Biber de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin, avec un dessin du robinet.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le conseil.
- Élections. — M. Davanne fait, au nom du comité des constructions et des beaux-arts, un rapport pour demander que le Conseil déclare qu’il y a lieu de nommer des membres pour occuper deux places vacantes dans ce comité.
- Le rapporteur fait remarquer que le comité, renfermant des architectes et des ingénieurs, ne possède pas de spécialité qui soit au courant des détails des grands travaux d’utilité publique, et qui puisse donner un avis ayant autorité sur une certaine quantité de questions que le Conseil l’a déjà chargé d’examiner. D’autre part, pour ne pas détruire la proportion entre les membres spéciaux aux deux branches très-distinctes de connaissances dont le comité s’occupe, il serait nécessaire de nommer un membre amateur et connaisseur des arts, et qui se soit occupé dés applications que l’industrie fait chaque jour des connaissances artistiques et du sentiment du goût.
- Il propose donc de déclarer qu’il y a lieu de nommer deux membres de plus dans le comité, qui ne comprend en ce moment que dix membres au lieu de seize qu’il peut admettre d’après les statuts.
- Cette proposition, mise aux voix, est adoptée par le Conseil.
- Don de M. Chameroy fils. — M. Bischoffsheim fait, au nom de la commission des fonds, un rapport sur le don d’un titre de rente annuelle de 50 francs que M. Chameroy fils a annoncé à la Société d’encouragement par sa lettre du 2 juin 1876, laquelle rente serait destinée à payer tous les deux ans une annuité de brevet.
- La commission des fonds propose d’accepter cette donation et de voter des remer-cîments à M. Chameroy fils.
- Cette proposition, mise aux voix, est adoptée à l’unanimité par le Conseil.
- Communications. — Navigation de la Seine. Touage à vapeur. — M. le Président présente au Conseil un ouvrage publié par M. le baron Ernouf sur la vie et les travaux de M. Pierre Latour-Dumoulin, l’un des hommes qui ont le plus fait pour la prospérité du commerce en France, et peut-être un de ceux dont le mérite a le moins reçu le juste tribut de notoriété et de reconnaissance qu’on accorde à ceux qui ont consacré leur vie aux questions d’utilité publique.
- Sans parler d’un frein automoteur très-remarquable, pour assurer la sécurité dans les chemins de fer, les principaux travaux de Latour-Dumoulin ont eu pour objet l’amélioration de la navigation de la Seine, pour l’approvisionnement de Paris; il s’était voué en entier à cette étude lorsque, en 1830, après une carrière uniquement littéraire, il fut nommé inspecteur général de la navigation de la Seine. Pour bien comprendre l’ardeur qu’il dut mettre à ces recherches et leur importance, il faut savoir ce qu’était la navigation de la Seine en aval de Paris.
- La batellerie de cette rivière était régie, avant la Révolution française, par des règlements spéciaux pourfe pilotage, dont le principal est dû à Colbert. Des chefs ou
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- maîtres de ponts et de pertuis et leurs aides étaient chargés, moyennant une rétribution déterminée, de faire opérer le passage de tous les bateaux qui se présentaient pour passer dans les endroits difficiles ou dangereux, où ces agents étaient installés.
- La Révolution, en supprimant tout péage et rendant la navigation libre, détruisit cette organisation, et pendant plusieurs années, la batellerie fut dans un désarroi complet. La remonte des bateaux était livrée aux exigences des populations riveraines, coalisées pour rançonner les patrons, et bientôt ces exactions organisées firent vivre ces populations entières dans une oisiveté complète, aux dépens des intérêts du commerce. Ainsi, à Pont-de-1’Arche, où une cataracte de 0m,50 de hauteur exigeait l’emploi de quarante chevaux et de deux à trois cents hommes, le crieur public annonçait dans la contrée l’arrivée d’un bateau qui était signalé ; il fallait six à sept heures pour réunir les moyens de remonte nécessaires, et un prix exorbitant était payé sans contrôle pour ce service. Il en fallait autant à Poses et dans les autres pertuis. Sous l’Empire et la Restauration, on construisit l’écluse de Pont-de-l’Arche et on fit d’autres améliorations matérielles, mais le service barbare du halage ne fut pas sensiblement amélioré.
- À l’époque où Latour-Dumoulin fut nommé inspecteur général de la navigation de la Seine, l’accroissement de la population de Paris et de son commerce avait fait grandir l’importance de la navigation : 13430 bateaux y étaient employés ; la valeur des marchandises qu’ils transportaient était évaluée à 400 millions, et le nombre de ces bateaux dans la Seine supérieure était plus considérable encore, sans compter des trains nombreux de bois flotté. Il reconnut d’abord que le halage à la corde n’était plus en rapport avec les besoins du commerce; et il s’occupa des moyens à employer pour opérer ce travail par l’emploi des machines à vapeur.
- Les essais et tâtonnements nombreux qu’il dut faire auraient été beaucoup abrégés, s’il avait connu les tentatives infructueuses qu’on avait faites avant lui, à Paris, à Lyon et ailleurs. Dès 1702 et 1729, des projets avaient été présentés pour remonter les bateaux en employant la force du courant de la rivière elle-même. En 1732, le maréchal de Saxe présenta à l’Académie le modèle d’un remorqueur à manège dont le dessin fut inséré dans le Recueil des machines et inventions approuvées par l’Académie. On voit toute l’importance qu’avait dès lors le service de l’approvisionnement de Paris par la navigation de la Seine, et personne maintenant ne pourrait dire, comme un biographe du vainqueur deFontenoy, que « c’était 14 une distraction frivole, peu digne d’un aussi grand homme de guerre. » Près d’un siècle plus tard, en 1819, ces projets, et d’autres dans le même sens, furent repris, et cette question ne cessa pas d’être à l’étude jusqu’à ce que Latour-Dumoulin en eût donné et fait accepter la solution compète.
- Le premier appareil pour le touage des bateaux, par une chaîne sans fin immergée dans la rivière et par un remorqueur à double gouvernail, a été installé à Paris, entre Passy et le pont des Arts, en juillet 1839; en mai 1845, un appareil semblable fut
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- autorisé entre le pont de la Tournelle et le Port-à-l’Anglais, et le halage par des chevaux dans la traversée de Paris fut supprimé à cette époque. En 1854, le service du toueur à vapeur à chaîne immergée fut concédé à M. Godeaux, depuis l’écluse de la Monnaie jusqu’à Pontoise. En 1856, il fut établi entre l’écluse de la Monnaie et le pont de Montereau. A partir de ce moment, cette industrie nouvelle était créée, et elle se répandit rapidement sur les canaux de Caen à la mer et de Saint-Quentin, le canal Saint-Martin à Paris, le canal de Bourgogne, etc., etc.
- A l’étranger, son extension fut plus rapide encore. L’Allemagne se sert de ces appareils, sous un autre nom que celui de l’inventeur, sur l’Elbe, le Rhin, le Danube, l’Oder, le Mein, la Yistule, etc.
- La Belgique en a fait une large application à ses principales lignes de navigation. En Russie, on commence à s’en occuper ; mais, chose singulière, on y emploie encore depuis longtemps, un toueur à manège tout à fait semblable à celui du maréchal de Saxe.
- De pareils services doivent être hautement signalés à l’attention des industriels et du commerce, et si l’on a oublié quelque part le nom de l’inventeur pour ne s’occuper que de tirer parti de l’invention, ce n’est pas la France qui peut oublier les services de cet ordre qui lui ont été rendus.
- Plan en relief de Suez. — M. le Président présente à la Société, au nom de M. l’amiral Pâris, un plan en relief de l’Isthme de Suez, qui est remarquable par les procédés expéditifs employés pour son exécution. Les masses des formes du terrain étant faites soit par un moulage, soit autrement, et les parties recouvertes d’eau étant peintes en bleu et séchées, on peut terminer dans ses moindres détails un plan-relief de ce genre en une demi-journée. Il y a lieu de remarquer l’utilité que de semblables reliefs auraient pour l’étude de la géographie dans les écoles, où le bon marché extrême de ces modèles en permettrait un emploi plus fréquent. — M. le Président fait remarquer la netteté et la vérité des moindres détails de cette planche et remercie, au nom de la Société, M. l’amiral Pâris de l’envoi qu’il a bien voulu lui en faire.
- Nickel. — MM. Christofle et Bouilhet font à la Société une communication au sujet d’une mine de nickel, très-abondante, qui a été découverte dans la Nouvelle-Calédonie.
- M. Debray, qui a entrepris autrefois des recherches sur le nickel, fait remarquer que ce métal a une ténacité d’un tiers en sus plus grande que celle du fer. Le cobalt a une ténacité plus grande encore, et ces trois métaux peuvent être rangés, à ce point de vue, dans l’ordre suivant : fer, 60 ; nickel, 80 ; cobalt, 110.
- La communication de MM. Christofle et Bouilhet sera insérée au Bulletin.
- PARIS. -- IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE BOIT. li A RD-HI 2 A R D , RUE DE l’ÉPEBOV ,5.
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- 95e année.
- Troisième série, tome III. Octobre 189®.
- BULLETIN
- DE
- LA
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- FONDATION CHR1ST0FLE
- Rapport fait par M. le vicomte de Grouchy, au nom de la Commission des fonds, sur la nouvelle donation de MM. Christofle et Bouilhet, membres du Conseil. . . . ' ’ :
- Messieurs, depuis 1853 vous avez accordé aux inventeurs, qui se trouvaient hors d’état de pourvoir aux frais des brevets destinés à garantir la propriété de leurs inventions, la somme nécessaire pour en payer la première annuité.
- L’institution de ces utiles subventions est due à la généreuse initiative de M. Charles Christofle. Cet honorable industriel avait, à cet effet, mis à la disposition de notre Société une somme annuelle de 1 000 francs, et M. Eugène Bezançon, fabricant de céruse, à Ivry, y avait ajouté 300 francs en 1853. L’un et l’autre voulaient ainsi témoigner publiquement de leur reconnaissance pour l’appui et les conseils désintéressés qu’ils avaient rencontrés, dans leur carrière industrielle, auprès des savants voués à l’étude des sciences chimiques et physiques.
- Limité d’abord à une période de cinq ans, ce don fut renouvelé par M. Charles Christofle plusieurs fois, jusqu’à sa mort. Alors, son fils, fidèle aux traditions paternelles, et désirant perpétuer la fondation qui portait son nom, offrit à la Société de continuer à lui verser, pendant dix ans, uce somme annuelle de 1 000 francs, dont la moitié serait employée, comme par le passé, et dont l’autre moitié serait capitalisée à l’effet de constituer une rente qui assurât, dans l’avenir, la continuation de cette intervention spéciale en faveur des inventeurs pauvres.
- Tome III. — 75e année. 3e série. — Octobre 1876. 67
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- 522 FONDATION CHRISTOFLE, — OCTOBRE 1876.
- Les intentions de M. Paul Christofle ont été réalisées. Chaque année, le montant de la première annuité des brevets garantissant la propriété d’inventions reconnues utiles par les comités compétents a été alloué aux inventeurs qui avaient justifié de l’impossibilité d’y pourvoir eux-mêmes, et, à la fin de 1875, une rente de 500 francs se trouvait constituée avec un reliquat en caisse de 650 francs : résultat dont la promptitude a tenu à ce que le nombre des inventeurs admis à participer au bénéfice de la fondation a été plusieurs fois assez restreint pour ne pas épuiser les sommes destinées aux subventions, et pour permettre d’augmenter d’autant celles qui devaient être capitalisées.
- Avis en a été donné à M. Paul Christofle qui a répondu par un nouvel acte de libéralité, ayant pour but de compléter sa fondation de 1864.
- Par une lettre en date du 28 avril dernier, il a, de concert avec son associé, M. Henri Bouilhet, offert, pour une seconde période décennale, un nouveau don annuel de 1000 francs, dont la moitié serait ajoutée au capital de la rente existant déjà, pour le revenu total être employé avec les 500 francs formant la seconde moitié, à aider les inventeurs pauvres soit à payer la première et même la seconde annuité de leurs brevets, soit à réaliser leurs inventions.
- Voici les considérations qui ont inspiré l’offre actuelle de M. Paul Christofle.
- L’expérience a démontré combien il était difficile à la Société de juger si une invention devait être encouragée, alors que son auteur, obligé de la tenir encore secrète, ne pouvait donner que des renseignements sommaires au comité chargé d’en apprécier le mérite. Souvent aussi des inventeurs qui avaient déjà reçu la première annuité de leurs brevets ont, pour acquitter la seconde, réclamé une nouvelle subvention : dans ce cas, l’intervention de la Société pourrait être encore plus efficace, puisqu’elle serait mieux à même de se rendre un compte exact d’une invention dont le brevet aurait été pris depuis quelque temps, ou dont un commencement de pratique aurait déjà démontré la valeur.
- Votre Commission des fonds, après avoir mûrement pesé ces considérations, a l’honneur, Messieurs, de vous proposer d’accepter la nouvelle donation de MM. Christofle et Bouilhet sous les conditions d'emploi qu’ils y ont attachées, et de décider :
- 1° Que la moitié des 1000 francs qu’ils verseront annuellement sera immédiatement placée en rente 3 pour 100, ainsi que les reliquats des allô-
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- ALIMENTATION. — OCTOBRE 1876.
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- cations affectées les années précédentes aux subventions à donner aux inventeurs et qui n’auraient pu être distribuées en totalité;
- 2° Que tous les ans, pendant la période décennale, les arrérages des rentes ainsi achetées seront ajoutés aux 500 francs provenant de la rente constituée au moyen de la donation de 1864, et à la seconde moitié du versement annuel, pour le tout être employé à aider les inventeurs qui en auraient fait la demande, soit à payer la première et même la seconde annuité de leurs brevets, quand ils auraient justifié de l’impossibilité d’y pourvoir eux-mêmes et que l’utilité de leurs inventions aurait été reconnue par le comité compétent, soit à leur fournir le moyen de réaliser leurs inventions;
- 3° Qu’à l’expiration de cette période, les arrérages des diverses rentes achetées avec les sommes capitalisées recevront le même emploi ;
- 4° Que l’on continuera à, tenir un compte spécial pour la fondation de MM. Paul Christofle et Henri Bouilhet, comprenant la donation faite par M. Christofle, en 1864, et celle que de, concert avec M. Henri Bouilhet, il offre aujourd’hui pour compléter son œuvre.
- Enfin, Messieurs, nous vous proposons de faire parvenir à MM. Christofle et Bouilhet l’expression de la vive gratitude avec laquelle nous acceptons leurs dons généreux.
- A vos yeux, comme aux nôtres, ces dons sont la preuve de leur constante sollicitude pour les progrès de l’industrie et, en même temps, de leur sympathie pour la mission d’encouragement et d’assistance que nous poursuivons.
- Aussi nous sommes certains de votre assentiment, en venant prier M. le Président de vouloir bien renouveler, au nom de la Société entière, les remer-cîments que, d’avance, il leur adressait dans la séance du 28 avril dernier.
- Signé le vicomte de Grouchy, rapporteur. *
- Approuvé en séance, le 23 juin 1876.
- ALIMENTATION.
- Rapport fait par M. Hervé Mangon, au nom du comité d’agriculture, sur le système de fermeture des boites a lait, de M. H. Rochegude, rue du Fau-bourg-Saint-Martin, 231, Paris.
- La consommation du lait à Paris dépasse 320 000 litres par jour; les quatre
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- cinquièmes au moins de cet énorme volume sont transportés par les chemins de fer. Le dernier cinquième de la consommation parisienne est assuré par les vacheries situées dans l’intérieur de Paris ou dans le voisinage immédiat delà capitale.
- La plus grande partie du lait apporté par les chemins de fer vient d’une zone éloignée de 70 à 100 kilomètres. Les envois de distances plus considérables sont peu nombreux; cependant quelques stations situées à plus de 180 kilomètres de Paris, comme Vitry-la-Ville, par exemple, font encore des expéditions considérables.
- Le lait est transporté dans des pots en tôle étamée, de 20 litres de capacité, chargés au nombre de 200 par wagon spécial à claire-voie à deux étages. La charge de chaque wagon est de 5 000 kilog. environ. La compagnie du Nord apporte chaque matin de 5 000 à 5 200 de ces pots de 20 litres chacun ; la compagnie de l’Ouest de 4200 à 4400, et les trois autres grandes compagnies réunies de 3 500 a 3700. On estime que le nombre des boîtes nécessaires pour assurer les retours à vide et les transports aux gares d’expédition est au moins quadruple de celui des boîtes qui arrivent pleines à Paris chaque matin. Le commerce de laiterie parisienne possède donc plus de 13 000 boîtes à lait de 20 litres, matériel important dont l’entretien ne laisse pas que d’être onéreux.
- Le lait est acheté dans les fermes par des commerçants spéciaux, qui le réunissent en grande quantité dans un établissement voisin de la gare et l’expédient par les trains du soir ou de la nuit, pour qu’il arrive à Paris vers quatre heures du matin' Les correspondants des laitiers-expéditeurs se trouvent avec leurs voitures à la gare d’arrivée, prennent immédiatement livraisons des boîtes à lait qui leur sont destinées et les transportent chez les détaillants.
- L’organisation du commerce de la laiterie que je viens de rappeler sommairement, fournit à Paris du lait de qualité très-supérieure à celui que l’on consommait autrefois.
- Les grands laitiers-expéditeurs surveillent avec le plus grand soin leurs fournitures. Pour éviter toute altération frauduleuse du lait, pendant le transport, ils attachent le couvercle des boîtes à lait avec une ficelle dont le nœud est recouvert d’un cachet de cire, qui constitue la marque commerciale de leur produit et qui doit arriver parfaitement intact au destinaire. Ce mode de fermeture présente certains inconvénients, et il paraît même qu’il ne prévient pas l’ouverture frauduleuse des boîtes.
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- M. Rochegüde s’est proposé de remplacer le cachet de cire, appliqué Comme on vient de le dire aux couvercles des boîtes à lait, par un mode de fermeture plus simple, plus facile à employer, offrant une sécurité absolue et basé sur l’emploi du plombage usité depuis longtemps par un grand nombre d’administrations. Mais M. Rochegüde a dû modifier profondément la méthode ordinaire pour l’appliquer à l’objet spécial qu’il avait en vue. La nouvelle fermeture est obtenue au moyen d’une petite tige à tête, fondue en métal de caractères d’imprimerie, semblable à un petit clou, que l’on fait passer dans deux trous percés en face l’un de l’autre dans la barre fixe du couvercle et dans la tige mobile du loquet qui ferme la boîte. Un petit bout de tube de plomb mou est introduit sur l’extrémité libre de la tige en métal, et fixé à sa place avec une pince à plomber portant l’empreinte de l’expéditeur. L’opération est plus promptement et plus facile à faire que la pose sur ficelle d’un cachet de cire. A l’arrivée le destinaire vérifie le plomb et ouvre la boîte, après avoir rompu la petite tige qui assurait l’intégrité de sa fermeture.
- La tige, en métal dur, présente une série de petits crans qui assurent la fixité du plomb et qui en même temps rendent très-facile sa rupture à l’arrivée. On pourrait craindre que la tige soit facilement brisée par un choc accidentel; mais sa position dans l’intérieur même du vide ordinaire du couvercle de la boîte, la met à l’abri de ce genre d’accident.
- Le système de fermeture à tige plombée proposée par M. Rochegüde pour les boîtes à lait est ingénieusement disposé, et son principe serait applicable avec profit à l’emballage d’autres substances qui doivent être, comme le lait, mises à l’abri de toute manipulation indiscrète, depuis le magasin de l’expéditeur jusqu’à celui du destinataire.
- En conséquence, votre comité d’agriculture a l’honneur de vous proposer de remercier M. Rochegüde de sa communication, et d’insérer le présent Rapport dans votre Bulletin.
- Signé Hervé Mangon, rapporteur.
- Approuvé en séance, le Î2 mai 1876.
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- Rapport fait par M. Wolff, au nom du comité des arts économiques, sur la cheville de piano imaginée par M. Alibert, rue Mazagran, 2, à Paris.
- De nombreux essais ont été tentés pour substituer à la cheville ordinaire
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- du piano un système qui permette de faire varier par un mouvement insensible la tension des cordes, et d’éviter ainsi les soubresauts que la clé de l’accordeur leur imprime parfois dans les conditions actuelles de la fabrication.
- Nous pouvons citer, entre autres essais, la cheville de pression de Glues-mann et celle de Woelfel, dont l’application remonte à une trentaine d’années. Ces tentatives, et d’autres encore qu’il est inutile de mentionner ici, étaient souvent ingénieuses et présentaient parfois certains avantages ; mais aucune d’elles n’a été suivie d’un emploi régulier. On s’est contenté d’appliquer les appareils nouveaux dans des instruments plutôt destinés à la démonstration, et bientôt après l’invention était abandonnée par son auteur.
- M. Alibert, ingénieur distingué, à qui la Société d’encouragement a décerné une médaille d’or pour sa découverte d’une mine de graphite en Sibérie, n’a pas dédaigné de s’occuper, lui aussi, de la solution de ce problème si simple en apparence et si difficile en réalité, et il a inventé une cheville qui diffère notablement de celles qui ont été essayées jusqu’à ce jour et présente des avantages assez sérieux.
- La cheville de M. Alibert est montée sur une pièce en cuivre et forme, avec cette pièce, une espèce d’équerre ou bascule, qui peut tourner sur son sommet comme axe de rotation. Un des bras de l’équerre est formé par la cheville elle-même, et l’autre bras est ramené contre le sommier du piano par une vis de rappel dont le filet est assez fin pour que le mouvement soit très-lent. Il résulte de cette combinaison que la vis, qui presse le bras d’équerre parallèle au sommier, détermine dans l’autre bras un mouvement dans le sens du plan des cordes et que la cheville est entraînée par ce mouvement lent.
- Voilà bien les conditions nécessaires pour tendre progressivement une corde et l’amener sans secousse et insensiblement au ton juste. Mais ce mouvement insensible ne pouvait fournir toute la course nécessaire aux premières tensions ou au remplacement des cordes cassées. En effet, si 2 ou 3 millimètres de course suffisent pour faire varier l’accord d’un demi-ton, il faut au moins trois tours de cheville pour monter solidement une corde, ce qui représenterait une course impossible à obtenir.
- Voici comment M. Alibert a satisfait à la double condition du mouvement lent et du mouvement rapide. La cheville qui représente, comme nous l’avons dit, un des bras de la bascule, est logée dans un trou dans lequel elle peut tourner comme une cheville ordinaire ; mais elle est armée d’un collet denté - qui lui permet de prendre un nombre de positions fixes, suivant le nombre des dents. Il résulte de cette disposition que si l’ouvrier doit placer une corde
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- neuve, il l’enroule sur la cheville qui tourne librement en se soulevant un peu pour franchir chaque dent, par un mouvement analogue à celui de la clé Bréguet. Dès que la corde est arrivée à un point voisin du son cherché, on a recours au mouvement lent de la bascule pour faire varier insensiblement la tension de la corde et arriver à une justesse parfaite.
- Plusieurs instruments ont déjà été montés avec la cheville-Alibert, et les résultats obtenus prouvent que le système mérite d’être expérimenté sérieusement.
- Le piano est appelé à subir bien des épreuves, soit dans le salon du professeur, soit sous les doigts des nombreux amateurs qui travaillent aujourd’hui, autant que les artistes.
- Il arrive souvent qu’un piano est joué de six à huit heures par jour; dans ces conditions, il lui faut un tempérament solide et des organes robustes pour résister aux nombreuses visites de l’accordeur que nécessite un service aussi actif.
- Le mécanisme de M. Alibert présente heureusement des garanties de solidité qui permettent de bien augurer de son avenir. Le prix un peu élevé en restreindra peut-être l’application, qui n’en sera probablement faite qu’aux instruments de choix. Néanmoins, il y a dans ce travail un service rendu à la facture, et nous en félicitons l’inventeur.
- Le comité des arts économiques vous propose de remercier M. Alibert de sa présentation et de voter l’impression du présent Rapport dans le Bulletin de la Société avec un dessin de la cheville.
- Signé Wolff, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 23 juin 1876.
- LÉGENDE RELATIVE A LA CHEVILLE DE M. ALIBERT.
- La cheville de M. Alibert se compose de trois parties représentées par les figures ci-après, de grandeur d’exécution.
- Fig. 1. Yue perspective de l’ensemble de l’appareil montésur le sommier E du piano. Fig. 2. Yue, en élévation, de la cheville proprement dite.
- Fig. 3. Yue, en élévation, de la vis de rappel.
- Fig. k. Vue, en élévation, du levier à bascule.
- B G, la cheville proprement dite est réunie au levier à bascule A dans lequel elle pénètre, au moyen d’un rochet G; la corde s’enroule sur cette cheville comme dans
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- tous les pianos ordinaires et lorsqu’on monte une corde neuve, il suffit, pour opérer la rotation plus rapidement pendant les premiers tours de clef, de soulever la cheville au-dessus du rochet. ‘
- • Fig. 2. Fig. 3.
- A, le levier à bascule maintient solidement le système au sommier E du piano; il n’est susceptible que d’un seul mouvement c’est celui d’une légère inclinaison de gauche à droite dans le plan vertical de la figure 1, mouvement qui réalise une plus grande tension de la corde, celle qui doit donner la justesse parfaite de la note.
- D, vis de rappel tournant dans le sommier et entraînant, au moyen d’un collet, le levier À qu’il fait basculer pour produire la tension de la corde. (M.)
- VITICULTURE.
- Rapport fait par M. Hardy, au nom du comité d’agriculture, sur le gant d’acier, imaginé pour le nettoyage des ceps de vigne, par M. Sabaté, à Cadarsac [Gironde).
- Messieurs, M. Sabaté, propriétaire au château de Cadarsac, par Libourne (Gironde), a adressé à la Société un gant à mailles destiné à nettoyer les ceps de vigne, par l’enlèvement des vieilles écorces.
- Le comité d’agriculture, à qui l’examen de ce gant a été renvoyé, vient vous faire connaître ,1e résultat de ses essais.
- L’appareil dont il s’agit consiste en un gant de peau assez épaisse, séparé en
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- deux parties : l’une prenant le pouce, l’autre les quatre doigts de la main, de manière à rendre les mouvements de celle-ci plus faciles. Il est recouvert d’un réseau en mailles d’acier plates s’enchevêtrant les unes dans les autres. Chaque anneau a reçu une.soudure au cuivre, afin de donner au tout une solidité suffisante. Le milieu du gant et la face intérieure du pouce, points ou se produit le principal effort pendant le travail, sont renforcés de rangs de mailles plus serrés, pour résister davantage à l’usure. Une courroie en cuir, munie d’une boucle, se serre au poignet et maintient parfaitement ce gant après la main. En outre, sa disposition générale permet de le changer de main à volonté. Quant à son aspect, il rappelle assez le gantelet des anciens chevaliers.
- Le travail à accomplir n’est pas difficile; c’est la main armée du gant qui agit et le fait. Sous sa pression, les mailles râclentles écorces; celles-ci, détachées rapidement, rendent le cep net et propre. Un homme peut décortiquer environ de 100 à 500 grosses souches par jour ou émousser et gratter de 800 à 1,000 échalas, dans le même temps, suivant leur hauteur et leur régularité. Ce n’est pas seulement pour la vigne que l’emploi du gant de M. Sabaté semble utile; appliqué aux arbres fruitiers, son procédé de nettoyage est avantageux. Avec lui on enlève facilement les mousses et les lichens qui s’attachent à ces arbres, et servent de refuges aux insectes dont les attaques nuisent aux récoltes de fruits.
- Qn aurait pu craindre que le gant à mailles ne s’encrassât au bout de quelque temps et alors ne fonctionnât plus régulièrement. Il n’en est rien; il se nettoie de lui-même sous l’action de la main qui le presse. Le seul inconvénient à signaler, c’est qu’il est difficile d’atteindre, par suite de la grosseur des mailles, certains interstices que présentent les nodosités qu’on remarque sur les vieux ceps de vigne et ceux qu’offrent parfois entre elles les ramifications des arbres fruitiers.
- Malgré cela, le gant à mailles de M. Sabaté paraît devoir remplacer avec avantage, dans bien des cas, les grattoirs et émoussoirs en usage aujourd’hui. Son poids, d’environ 0 gr. 750, n’a rien de trop lourd, et son prix, que l’inventeur pense pouvoir établir à 10 ou 12 francs, n’a rien d’exagéré. Votre comité d’agriculture vous propose donc de féliciter M. Sabaté de son ingénieuse idée et d’insérer le présent Rapport au Bulletin de la Société.
- Signé Hardy, rapporteur.
- Approuvé en séance le 12 mai 1876.
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- Discours prononcé par M. Dumas à la séance d’inauguration de la 5e session du Congrès tenu à Clermont [Puy-de-Dôme], le 18 août 1876, par la Société française four l’avancement des sciences.
- Messieurs ,
- Je me trouvais à Londres, en 1851, au début de la première Exposition universelle, et je ne tardai point à reconnaître combien mes collègues, les membres anglais du jury des Présidents étaient frappés de l’importance, du nombre et de la variété des inventions représentées dans les produits de l’industrie française, parmi les objets qui se rattachent aux arts dépendants de la science à laquelle j’ai consacré ma vie. L’Angleterre comptait cependant, alors, les usines de produits chimiques les plus considérables du monde et ne manquait pas de praticiens consommés. Mais, la France, de son côté, possédait depuis longtemps avec Vauquelin, Gay-Lussac et Thénard, avec l’École polytechnique et l’École centrale, un enseignement régulier de la chimie la plus savante ; on trouvait dans toutes ses usines- des élèves qui en avaient suivi les leçons avec fruit ; c’est en appliquant à un même objet les notions générales qu’ils avaient recueillies et l’esprit de la méthode scientifique dont ils étaient pénétrés, qu’ils avaient réalisé ces inventions qui étonnaient leurs juges. Après quelques séances consacrées à la discussion des titres des diverses nations aux premières récompenses, la prééminence de la France étant constatée, l’un des plus illustres parmi les présidents anglais, résumait d’un seul mot, au point de vue des industriels de sa nation, la moralité de cette victoire de la science sur la pratique : l’Angleterre a eu tort; elle s’est trompée ; la science est de l’argent; nous n’avons pas assez fait pour elle; imitons la France.
- L’art est aussi de l’argent, nous n’avons pas assez fait pour lui, s’écrièrent alors les membres anglais du j ury qui avait eu mission de comparer, avec les tissus exposés par les autres nations, les admirables étoffes de Lyon et celles non moins admirables de Mulhouse, une de nos gloires ! une de nos douleurs ! à qui nous envoyons, avec affection et regret, le souvenir des temps heureux de ce triomphe fraternel de deux grandes cités françaises.
- La science et l’art sont de l’argent ! Cette double vérité fut comprise ; les
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- universités anglaises réformèrent leur enseignement ; de nombreuses écoles de dessin furent créées ; les écoles de science pratique se multiplièrent; L'Association britannique, prenant la direction de ce mouvement de l’opinion, en ce qui concerne les sciences, n’a pas cessé depuis lors, de répandre le goût de la philosophie naturelle parmi les gens du monde et de solliciter en vue de ses progrès le zèle de tous les esprits éclairés du Royaume-Uni. L’exemple qu’elle nous donnait était utile à observer et bon à suivre. Cette association, qui nous a servi de modèle, compte un demi-siècle d’existence ; la science anglaise ayant repris son rang par l’impulsion qu’elle en a reçue, il est opportun de signaler les procédés dont elle a fait emploi.
- Elle ne reçoit rien du budget ; s’appuyant sur l’initiative privée seule, elle réunit en un solide faisceau l’aristocratie de la science, et celle du rang ou de la fortune, faisant concourir ainsi, vers un but commun, les aspirations désintéressées des savants, les calculs prévoyants des industriels, la bonne volonté des hommes du monde et la sagesse des hommes d’État intervenant à titre privé. ' f
- A côté des professeurs de ses universités, l’Angleterre voit figurer sur les listes de l’Association britannique, les noms de tous les représentants des anciennes familles; pour la présider, les membres de la chambre des Lords alternent avec les maîtres de la science. Le prince Albert, éloigné de l’action politique par les lois du pays qui l’avait adopté, donnant un exemple bien digne d’être médité, se mêlait activement aux travaux de l'Association ; dès son arrivée en Angleterre, il mettait à son service le prestige de sa situation ; et, par un juste retour, il en recevait, le bénéfice d’une cordiale popularité. C’est ainsi que dans cette république aristocratique la vieille noblesse anglaise conserve son autorité sur l’opinion, accoutumée à la voir, aux premiers rangs, dès qu’il s’agit de la grandeur de la Nation, figurant à la tête des troupes sur les champs de bataille, commandant les navires dans les luttes de la mer, défendant le commerce à l’étranger, provoquant, par son exemple, les progrès de l’agriculture, suscitant, par ses capitaux, les nouveautés de l’industrie, éclairant par ses travaux personnels les spéculations de la science pure et donnant partout l’exemple du travail, du dévouement et du patriotisme. C’est ainsi que s’est fondée une puissance dont on peut dire que si elle ne veut pas tout ce qu’elle peut quand il s’agit des autres, dès qu’il s’agit de ses intérêts, elle peut tout ce qu’elle veut.
- L’Association britannique, dès ses débuts, a défini son terrain, s’en est emparée avec fermeté et n’en est pas sortie. Sans intervenir dans la marche
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- des autres institutions du pays, elle donne une forte impulsion et une direction plus systématique aux recherches scientifiques ; elle facilite les rapports des personnes vouées au culte de la science dans les diverses parties du Royaume-Uni, soit entre elles, soit avec les savants étrangers ; elle appelle l’attention générale sur tous les sujets se rapportant aux sciences et .elle écarte tout obstacle de nature publique qui serait capable d’en empêcher ou d’en retarder les progrès. Tel était son programme ; telle est restée sa loi.
- Chaque année, l’Association britannique se réunit en une session qui dure huit jours, tantôt dans l’une des villes illustrées par l’éclat de. séculaires universités, tantôt dans l’un des centres manufacturiers importants du royaume, tantôt dans l’une des contrées géologiques que les débats du moment signalent à l’intérêt du monde savant. Lorsque je prenais part pour la première fois, il y a près de quarante ans, à l’une de ces sessions, j’y trouvais un spectacle plein d’enseignements. En France, la vie intellectuelle semblait se concentrer alors de plus en plus à Paris; en Angleterre, à côté de Cambridge, d’Oxford, d’Edimbourg, de Glasgow, Londres ne comptait pas. En France, la science semblait faite pour les seuls savants; en Angleterre, elle passionnait les gens du monde. En France, tout professeur envoyé en province se considérait comme en exil; en Angleterre, on aurait bien surpris un professeur des universités provinciales, si on lui eût annoncé qu’il était appelé à Londres par voie d’avancement.
- La centralisation qui ramenait tout vers Paris, offrait un contraste complet avec cette initiative qui animait les villes de province en Angleterre ; aujourd’hui, tout tend à se mettre en équilibre dans les deux pays. Londres possède son université, fondée par des souscripteurs amis du progrès, et la France, de son côté, voit renaître sous la main de l’État et confiante dans leur avenir, les anciennes universités provinciales, dont la résurrection occupe depuis longtemps les meilleurs esprits. Napoléon Ier, plein de sollicitude pour l’Institut, indiquait un jour à son ministre de l’intérieur quelques mesures à prendre en faveur de ce corps auquel il s’honorait d’appartenir ; j’obéirai, répondit le ministre, mais j’aimerais mieux recevoir l’ordre de placer sur le pont des Arts, deux pièces d’artillerie chargées à mitraille.... Et pourquoi faire?... Pour renvoyer tous vos savants en province où ils reconstitueraient nos anciens centres d’étude. Le procédé était trop violent et le résultat cherché trop absolu. Il faut laisser leur part aux institutions scientifiques de Paris. Les mesures nouvelles sont préférables ; Paris conservera des institu-
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- tions que le temps a consacrées ; les départements reprendront un bien dont ils n’auraient jamais dû être dépossédés et dont ils connaissent désormais la valeur pour en avoir été longtemps privés. - : < -
- ' A son tour, la. France se souvient donc que la science est une grande force. Elle met à leur rang les professeurs à qui elle en confie l’enseignement, et elle ouvre aux besoins matériels des facultés les ressources du Trésor public. Ailleurs, l’initiative privée aurait prévenu les décisions de l’État ; en France, on ose à peine la faire intervenir, et on ne croit pas assez à son efficacité. Cependant, elle suffisait,il y a cinquante ans, à la fondation de l’École centrale dont les élèves ont maintenu l’Industrie française au rang qu’elle occupe dans le monde; elle a suffi naguère à celle de l’Association française qui, se portant sur les divers points du territoire, pourra seule y féconder l’esprit scientifique. Notre pays possède, en effet, partout de vrais savants, des esprits cultivés que le progrès de la science intéresse, des cœurs patriotiques qui veulent contribuer à soutenir la nation au niveau élevé que ses traditions intellectuelles lui assignent, mais ces éléments, restant isolés les uns des autres, ne porteraient pas tous leurs fruits.
- L’Association scientifique française, réunissant sur le même point les illustrations de notre pays et quelques-unes de celles de l’Europe, vient consacrer aux yeux des populations le mérite des hommes éminents qu’elles possèdent et faire connaître l’importance qu’elle attache à leurs travaux; elle ranime le goût des hautes études parmi ces anciens élèves de l’École polytechnique, de l’École normale, de l’École centrale, des Écoles de médecine et de pharmacie qui ont appris à s’intéresser à la science de la nature, et parmi ces magistrats et ces membres du Barreau que les études du droit ont accoutumés à chercher par quel lien la statistique louche aux lois morales auxquelles l’humanité est soumise. Elle convie à se réunir dans un but commun pour la prospérité du pays, pour sa gloire et sa pacification ceux qui cultivent les sciences, ceux qui les aiment, ceux qui les respectent; c’est-à-dire toutes les intelligences d’élite. Quiconque est en mesure d’instruire les autres lui appartient; quiconque vient vers elle avec le désir d’être instruit, lui appartient aussi ; et quiconque s’approche d’elle avec la seule pensée de contribuer par ses encouragements à répandre l’instruction lui appartient encore et trouve ses rangs prêts à le recevoir. ;
- La vérité est assez belle par elle-même, pour mériter un hommage abstrait et pur, le rôle de la science assez noble pour satisfaire dans leurs aspirations les intelligences les plus délicates ; son champ assez vaste pour offrir des ré-
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- coites à tous les ouvriers ; les uns y abattent de riches moissons ; les autres se contentent d’y glaner ; mais ce que chacun ramasse ou découvre, tous en jouissent; entre savants les biens sont communs et le flambeau allumé par le génie ne s’éteint pas, même quand il a communiqué, de proche en proche, sa flamme féconde au monde entier.
- Permettez que j’ajoute que les souvenirs d’une vie déjà longue m’ont permis de voir de près une grande diversité de personnages. Si j’en évoque le souvenir pour me représenter comment on réalise le type du vrai bonheur sur la terre, je ne le vois ni sous la forme de l’homme puissant revêtu d’une haute autorité, ni sous celle de l’homme riche à qui les splendeurs du luxe et les délicatesses du bien-être §ont permises, mais sous celles du savant consacrant ses jours à pénétrer les secrets de la nature et à découvrir des vérités nouvelles. Laplace, poursuivant pendant un demi-siècle l’application des lois du système du monde aux mouvements des corps célestes ; Cuvier, inventant l’anatomie comparée et restituant l’antique population du globe ; De Candolle, écrivant la théorie élémentaire de la botanique et le signalement de toutes les plantes connues ; Brongniart, apprenant à classer les terrains par les fossiles qui les caractérisent; ces savants illustres et d’autres qui, les prenant pour modèles, ont honoré votre cité, et dont les noms sont sur toutes les lèvres, ont connu la vie heureuse. Animés de l’amour de la vérité, indifférents aux jouissances de la fortune, ils ont trouvé leur récompense dans l’estime publique.
- L’Association française ouvre aujourd’hui sa cinquième session. Après avoir visité Bordeaux, patrie de Montaigne et de Montesquieu; Lyon, patrie d’Àmpère ; Lille, que son industrie place parmi les villes les plus intéressantes de l’Europe, et Nantes, que son grand commerce met en rapport avec tous les pays, l’Association française vient réclamer au milieu d’une contrée essentiellement agricole, l’hospitalité de Clermont, patrie de Biaise Pascal. Votre cité, dont l’histoire remonte aux dates les plus dramatiques de l’invasion romaine dans les Gaules, et que ses anciennes écoles illustraient dès les premiers siècles de l’ère chrétienne, était désignée au choix de l’Association comme ayant marqué son rang, à une époque plus rapprochée de nous, parmi les plus vivants foyers du culte des sciences naturelles ; ne devions-nous pas cet hommage à l’ardeur, à la persévérance et au dévouement des savants regrettés qui ont fondé vos riches Musées, à celle des savants éminents qui nous en font les honneurs? La science, malgré ses formules abstraites et son langage technique trop souvent livré au
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- caprice personnel, est toujours sûre de trouver des amis dans les pays de montagne dont la flore brillante excite l’étonnement et dont les changeants horizons éveillent la curiosité. Elle en compte surtout ici au milieu de toutes vos merveilles, près de cette Limagne inépuisable dont le nom rappelle un grand lac disparu, au pied de ces montagnes pleines de problèmes dont chaque cratère semble un volcan près de se rallumer. Ici même, cependant, la science n’occupe pas encore un rang conforme à la dignité de son objet, à la grandeur de ses services et à l’importance de sa mission sociale.
- Les lettres, interprètes des sentiments et des passions, les beaux-arts, fruits de l’imagination, la philosophie, qui apprend à l’homme à se connaître, ont des origines dont personne n’ignore la noblesse et l’antiquité. La science de la Nature, ses applications aux besoins de l’homme, sa prépondérance dans la marche de la civilisation ne remontent pas si haut. Le temps n’est pas loin où le travail des mains, asservi à la routine, était considéré comme indigne de l’attention des esprits cultivés. Le mécanicien était un manœuvre/ le chimiste un distillateur, le naturaliste un collectionneur, également occupés d’objets matériels et subalternes. Représentants des œuvres serviles, ils étaient tenus à distance par le lettré, le philosophe et le géomètre, représentants privilégiés de la pensée pure et des œuvres de l’esprit.
- Il n’en est plus ainsi depuis deux siècles. L’art d’observer, soumis à une critique plus sévère ; l’art d’expérimenter, conduit par une logique plus sûre ; les conclusions plus étroitement assujetties aux lois de la prudence ; une vue plus nette du lien qui unit l’effet à la cause, loin de restreindre le champ sur lequel s’exerce la méthode scientifique, enfantent chaque jour, à son aide, des prodiges nouveaux, qui lui méritent la reconnaissance publique et qui lui assurent la juste admiration des hommes éclairés. La pensée ennoblie du savant, s’élevant à une conception plus large de la nature, remonte aujourd’hui des plus humbles objets à l’ensemble de la création, oblige la force et la matière à lui obéir en instruments dociles et considère l’univers comme un domaine légitimement conquis.
- La philosophie naturelle ne se contente même plus du rôle contemplateur qui suffisait à Newton ou à Laplace. La science se mêle maintenant à tous les actes personnels de notre existence ; elle intervient dans toutes les mesures d’intérêt public ; l’industrie lui doit son immense prospérité ; l’agriculture se régénère sous sa haute influence ; le commerce est forcé d’en prévoir les découvertes ; l’art de la guerre en est transformé ; la politique est tenue de l’admettre dans ses conseils pour le gouvernement des Etats.
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- ... Comment en serait-il autrement? La mécanique, la physique, la chimie, les sciences naturelles ne sont-elles pas devenues les agents intelligents et nécessaires de la création des richesses parle travail? N’ont-elles pas ouvert la voie à toutes les institutions par lesquelles l’hygiène veille sur la santé des ouvriers et sur la salubrité des villes? Si le bien-être est plus universel, si l’existence de l’homme est prolongée, l’aisance mieux répartie, les habitations plus commodes, les meubles et les vêtements moins chers, le soldat mieux armé, les finances de l’État plus prospères, n’est-ce point aux sciences que tous ces progrès sont dus? Ce sont elles qui découvrent dans le sol des matières premières nouvelles, qui signalent à l’agriculture les productions les plus favorables, les engrais les plus efficaces et les instruments les plus énergiques ; ce sont elles qui, renouvelant les procédés de l’industrie, mettent dans ses mains des machines infatigables, tantôt gigantesques, rivalisant de force brutale avec les géants de la fable, tantôt délicates , rivalisant de souplesse avec la main des fées. Ce sont elles, enfin, qui ont doté le monde des moyens rapides de communication par terre et par mer, à l’aide desquels l’homme prend possession du globe terrestre, créant de nouveaux peuples et de florissantes cités, là où nos pères ne connaissaient que des déserts incultes et des régions inhabitées.
- La philosophie naturelle, œuvre de la civilisation moderne, est née d’un concert d’efforts auxquels ont concouru les principales nations de l’Europe. La France y a pris une part glorieuse ; comment oublier, en parlant devant vous, que l’Académie des sciences de Paris, placée en avant de ce grand mouvement de l’esprit humain, depuis plus de deux siècles, est née au foyer même de votre compatriote, du père de Biaise Pascal, de ce génie universel et sublime dont l’enfance s’est écoulée au milieu de ses fondateurs?
- A cette époque critique et décisive de l’histoire de l’esprit humain, il fallait d’abord soustraire la science aux erreurs de l’imagination, à l’abus des hypothèses, aux illusions de la métaphysique, et la faire rentrer dans la voie sûre de l’expérience contrôlée par le calcul, que Galilée venait d’ouvrir avec tant d’éclat, dans laquelle Pascal, à son tour, devait marcher avec tant, de fermeté et où notre devoir et notre honneur nous commandent de la maintenir. Jusqu’à la fin du siècle dernier, telle a été surtout la pensée poursuivie par l’Académie des sciences de Paris. Non qu’elle fut demeurée indifférente aux progrès de l’agriculture et des arts ! Ses publications témoignent, au contraire, qu’elle se considérait comme leur historien et leur
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- conseil ; mais, par une sorte de dédain du lucre et de respect pour la noblesse de la science, les académiciens restaient alors systématiquement étrangers aux opérations professionnelles de l’industrie ; s’ils avaient découvert que la science était de l’argent, ils n’avaient pas imaginé que ce fut à leur profit.
- La Révolution française, en isolant tout à coup notre pays et en lui imposant l’obligation de résister à l’Europe entière, vint jeter les académiciens dans la mêlée. Émus du danger de la patrie, les savants durent se livrer aux travaux de l’industrie, fabriquer le salpêtre, la poudre, les armes, la soude et les produits chimiques, trouver des remplaçants aux denrées exotiques que le commerce maritime ne fournissait plus, et créer pour les circonstances nouvelles et les besoins nouveaux , des procédés nouveaux aussi et des machines également nouvelles. Surexcité par les événements et fécondé par la science, le génie de l’invention répondit à tous les besoins de la guerre; l’histoire n’a point oublié que les généraux qui défendaient avec tant d’éclat le sol de la patrie contre l’Europe coalisée, recevaient des mains de Lavoisier, de Bertholet et de Chaptal, leur salpêtre et leur poudre ; de celles de Monge, leurs canons; de celles de Clouet, leurs armes blanches, et que ces industriels, improvisés par le patriotisme, étaient'les premiers savants du monde.
- Jusqu’à cette époque, les académiciens étaient restés à peu près étrangers à l’enseignement de la jeunesse. Ils se recrutaient parmi les hommes que le goût des sciences avait séduits, que d’heureuses facultés avaient signalés, mais il n’existait pas d’institution spécialement propre à former des savants destinés à les remplacer et calculée pour utiliser, conserver et répandre les lumières de leur expérience. La création de l’Ecole polytechnique, celle de l’Ecole normale, celle des Facultés des sciences et de l’Ecole centrale, la réorganisation des Écoles de médecine et de pharmacie et celle de l’enseignement de l’agriculture, ont changé la situation. Depuis le commencement du siècle, presque tous les académiciens professent ; ils ont des élèves préparés à les comprendre et l’Académie des sciences est assurée de trouver dans ce personnel d’élite des talents dignes d’entrer dans son sein et fidèles à sa devise : invention et perfectionnement.
- La science a reçu de ces diverses créations une espèce d’organisation administrative. On sort des lycées pour entrer dans l’enseignement supérieur ; celui-ci conduit aux fonctions publiques, aux carrières libérales, aux applications industrielles ou agricoles. Les académiciens devenus professeurs, les professeurs, à leur tour, deviennent académiciens, lorsque leurs travaux ont
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- fait avancer la science. Pendant que ce mouvement s’effectuait, et par une conséquence à laquelle on ne s’attendait pas, on voyait, cependant, diminuer ou s’éteindre les observatoires particuliers, les laboratoires personnels, les collections locales, comme si chacun, abandonnant à l’État la responsabilité du progrès scientifique, se retirait de la lutte, découragé par la concurrence des professeurs en titre ou par celle des établissements publics entretenus aux frais du budget.
- C’est à une telle situation que l’Association scientifique a voulu porter remède. Sans doute, il convient de laisser aux Académies, à l’enseignement supérieur, aux élèves sortis des écoles, leur rôle dans la science et dans l’État, mais l’initiative privée ne doit pas abdiquer. Il n’est pas bon pour les hommes du monde de se placer en dehors de la science ; car on peut dire d’elle ce que Royer-Collard disait delà politique : Vous ne vous en occupez pas ! Soyez tranquille, elle s’occupera de vous.
- Comme la politique, en effet, la science s’occupe de vous; en bien toujours, quand on considère l’ensemble des intérêts; en mal quelquefois, s’il s’agit des intérêts privés. Le monde entier profite du percement de l’Isthme de Suez ; les armateurs anglais des navires en bois et à voiles que le commerce de l’Inde occupait, ont dû, sous peine d’être ruinés, renouveler leur matériel et renoncer à leurs combinaisons commerciales lentes, pour adopter les navires de fer, mus par la vapeur, et les opérations à court terme.
- Cette transformation était prévue, mais qui aurait annoncé, au moment où les premières fabriques de gaz pour l’éclairage s’établissaient dans les villes et y répandaient leur noir goudron, qu’il sortirait bientôt de ces résidus infects et sales, des parfums recherchés et les couleurs les plus brillantes et les plus pures, une révolution industrielle et agricole? Qui aurait deviné, qu’au moment où s’établissait la première fabrique de bougie stéarique, une liqueur inerte et douceâtre qui en sortait était destinée à fournir à la poudre de guerre un rival écrasant, la nitroglycérine ?
- À chaque instant, sous toutes les formes, la science s’occupe de vous. C’est elle qui a construit ces chemins de fer qui vous ont réunis ; c’est elle qui transporte ces dépêches télégraphiques que vous recevez. La vapeur a broyé le grain et séparé la farine qui produit votre pain; elle a cardé, filé, tissé, teint et lustré le coton, le lin, la soie ou la laine dont vos vêtements sont formés. La poudre de guerre, mélange dû au hasard, avait changé la face du monde; le nitrate de méthylène, le coton poudre, les picrates, la dynamite et tant d’autres combinaisons fulminantes dues à la science seront
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- les agents d’une nouvelle évolution sociale ? L’ancienne chevalerie couverte de fer avait disparu sous les coups du fantassin muni de l’arquebuse; les puissants vaisseaux cuirassés ne résisteront pas à ces tirailleurs des mers dont les projectiles percent les blindages d’acier les plus épais? Tandis qu’on calcule ici quelle résistance doit avoir l’enveloppe du navire pour braver les coups ; on calcule ailleurs quelle masse et quelle vitesse il faudra donner au projectile pour briser le nouvel obstacle qu’on lui prépare. C’est un assaut de la science contre la science, image de la lutte universelle dans laquelle l’humanité s’engage par une application soutenue de la méthode scientifique à l’étude des problèmes de la nature. Lutte d’homme à homme, entre rivaux poursuivant la même industrie ; lutte de région à région entre contrées du même pays, opposant l’une à l’autre des productions similaires ; lutte de nation à nation, mesurant leurs forces pour la production en temps de paix, leurs ressources pour l’attaque ou pour la défense en temps de guerre.
- Ce serait donc en vain que vous diriez : je ne m’occupe pas de la science, elle aurait le droit de vous répondre : au moment même de votre naissance, j’avais tissé les langes qui vous ont reçu; pendant votre vie, je n’ai pas été un seul instant étrangère aux actes de votre existence ; après votre mort, c’est encore en mon nom qu’on veut présider à la destruction ou à la conservation de votre dépouille mortelle. 4,a science vous suit partout : respirer, c’est de la chimie ; marcher, c’est de la mécanique ; à tous les moments, sans y penser, nous en faisons tous. Qu’on le veuille ou non, il faut accepter la science pour compagne, la posséder ou en être possédé ; si vous ignorez, vous êtes son esclave; si vous savez, elle vous obéit.
- L’avenir appartient à la science. Malheur aux peuples qui fermeraient les yeux sur cette vérité ! Ces sublimes esprits, absorbés dans la contemplation désintéressée de l’univers, les Galilée, les Képler, les Newton, les Laplace, les Lavoisier ont ouvert aux hommes des sources intarissables de richesse ; ils ont donné aux pouvoirs de l’État, l’instrument souverain et universel de la force ; ils ont doté le plus humble des citoyens du privilège de monter aux premiers rangs, sans autre capital que le travail et l’étude ; en créant la science moderne, ils ont livré un vaste et libre domaine à toutes les activités ; ils ont découvert un nouveau monde, inépuisable dans sa fertilité.
- En dehors de l’âme, de son origine et de sa fin, qui sont du domaine de la foi, le reste de l’univers appartient à la science, qui est du domaine de la raison. Avec Pascal, il est vrai, l’homme aurait le droit de dire à l’univers tombant sur lui pour l’écraser : je suis plus noble que celui qui me tue;
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- je sais qu’il m’écrase et il ne le sait pas ! Mais, cet univers passif m’est pas seulement un spectacle aux harmonies sublimes offert à la contemplation de notre pensée qui le domine, c’est aussi la source où le corps qui sert d’asile temporaire à la pensée puise sa nourriture, le champ où l’homme trouve tout ce qui est nécessaire à sa conservation, à son bien-être, aux satisfactious de son ambition et aux ardeurs de sa curiosité.
- Laissons l’âme à Dieu, la morale à la religion et à la philosophie, les passions humaines aux poêles et marchons résolument à la conquête scientifique de l’univers; le théâtre est assez vaste pour nos libres discussions. Appelons à nous, sur ce terrain pacifique et neutre de la philosophie naturelle, où toutes les victoires sont des bienfaits, où les défaites ne coûtent ni sang ni larmes, les cœurs que la grandeur de la patrie émeut ; c’est par la science et par les hauteurs de la science qu’elle ressaisira son prestige. Ecoutez les paroles d’un homme qui assiste depuis soixante ans au travail profond que l’évolution scientifique exerce sur les destinées du monde ; si ce n’est pas seulement en elle qu’il faut chercher la force qui les dirige, nulle nation, sans s’exposer à périr, ne peut rester indifférente à cette évolution.
- Le dessein qui nous réunit dans vos murs est sérieux ; l’impression que nous cherchons à produire ne sera jamais assez profonde, assez durable. Si elle vous laissait convaincus que tout avantage accordé à la science est un bienfait pour les générations futures et un gage de puissance pour le pays, nous pourrions considérer comme atteint le but élevé de l’Association scientifique.
- Vous possédez des musées complets réunis par les mains savantes de vos compatriotes, une Faculté des sciences dont l’enseignement fructifiera, une École de médecine qui a son histoire, une Station agricole qui commence la sienne sous l’impulsion de son généreux fondateur et vous allez inaugurer au centre de la France et au sommet de l’une de vos montagnes, un observatoire météorologique, destiné à servir de point de départ à une science nouvelle. Nous venons vous féliciter de tous ces biens, applaudir à tous ces efforts et demander à ceux qui s’élèvent de suivre l’exemple de ceux qui les ont précédés dans la carrière.
- Votre Conseil général, votre Conseil municipal, par leur générosité, vos principaux concitoyens, par leur accueil hospitalier ont rendu facile et douce la tâche de l’Association, qui était assurée de trouver auprès du Préfet du département, M. Tirman, et du premier magistrat de la ville, M. Moinier, le concours le plus empressé. Qu’ils en reçoivent tous nos remercîments ! L’Association ne s’étonne pas du zèle déployé pour faciliter ses travaux par
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- l’honorable M. Bardoux, président du comité local; elle savait avec quelle ardeur et quel succès il s’est toujours porté, devant le pouvoir législatif, à la défense des intérêts de la science.
- La session terminée, le calme rentré dans vos murs, la cité ayant repris sa vie accoutumée, il n’est pas sûr que ceux qui sont venus de loin, et dont vous aviez entendu retentir les noms, n’auront pas perdu de leur prestige en se montrant de près ; ils s’en consoleront en pensant que les savants qui vous entourent et qu’une familiarité de chaque jour vous empêchait peut-être d’estimer à leur juste valeur, auront été grandis par ces témoignages de respect pour leurs personnes et d’estime pour leurs travaux que vient leur décerner la justice des hommes les plus dignes de les apprécier.
- Quelque beau que soit votre pays pittoresque, il vous apparaîtra lui-même peut-être plus beau désormais, lorsque vous vous souviendrez des sentiments que sa vue aura fait éclater, des réflexions que ses sites variés auront suscitées et des études qui en auront éclairé les diverses époques et les aspects sévères ou charmants. Vous comprendrez alors, et je parle pour ceux d’entre vous qui n’ont accordé à l’étude de la nature qu’une attention vague et passagère, qu’elle a des jouissances dont le niveau monte avec celui de la science.
- Il n’est pas donné à tous les hommes d’embrasser d’un même coup d’œil la marche des astres errants dans l’espace infini et les agitations obscures des particules invisibles de la matière ; mais lorsque Laplace s’écrie : « La courbe décrite par une simple molécule d’air ou de vapeur est réglée d’une manière aussi certaine que les orbites planétaires, il n’y a de différence entre elles que celles qu’y met notre ignorance; » son âme émue nous apprend que les mathématiques ont leur poésie et nous laisse entrevoir à quelle hauteur il faudrait s’élever pour jouir pleinement du spectacle réservé au génie, par les splendeurs de la création.
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- DES MÉTHODES EMPLOYÉES POUR DÉTERMINER LA NATURE DES MATIÈRES COLORANTES
- INTRODUITES DANS LES VINS.
- A la suite d’une instance élevée l’année dernière dans le Midi par un acquéreur de vins contre un vendeur, le premier accusant celui-ci de lui avoir livré des vins falsifiés,
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- une expertise a été ordonnée par le tribunal. Le Rapport de MM. Balard, Pasteur et Wurtz, membres de l’Institut, nommés experts dans cette affaire, donne sur les procédés employés pour la recherche de la falsification des détails circonstanciés qu’on lira avec intérêt.
- Dans la première partie de leur travail, les experts ont cherché si les vins soumis à leur examen contenaient des proportions d’alcool, d’extrait, d’acidité et de cendres comparables à celles des vins reconnus naturels, obtenus la même année dans les communes voisines, ces proportions variant d’ailleurs, dans de certaines limites, avec la nature des cépages, du sol, et l’année de la récolte.
- L’alcool a été déterminé en distillant 200cc de vin et recueillant 100cc, auxquels on a ajouté 50cc d’eau de chaux et 50cc d’eau.
- Puis on a distillé de nouveau et recueilli 100cc. Le degré alcoolométrique a été alors déterminé au moyen d’un alcoolomètre très-sensible vérifié d’avance. On a ainsi trouvé que la moyenne alcoolique était de 10,22 pour 100 dans les vins naturels, et de 10,40 dans les vins soumis à l’expertise.
- L’acidité a été déterminée sur 10cc de vin, en employant l’eau de chaux titrée. On ajoute de l’eau de chaux, en agitant constamment le liquide jusqu’à ce qu’il se forme un précipité floconneux. Ce procédé de dosage est très-sensible et très-sûr. Le degré d’acidité, évaluée en acide sulfurique monhydraté, a été trouvé de 4gr ,9 par litre pour les vins naturels et 5gr ,1 pour le vin moyen de l’expertise.
- L’extrait a été obtenu en évaporant un volume déterminé de vin, d’abord au bain-marie, puis à l’étuve à 100°. On a souvent vérifié les résultats obtenus, en évaporant 50cc de vin mêlés à 25 grammes de sulfate de potasse en petits cristaux bien desséchés. L’opération est plus rapide et donne des nombres un peu plus élevés, parce que l’on perd moins de substances volatiles du vin, notamment de glycérine. Le sulfate de potasse fait l’office de corps poreux, de sable par exemple. La quantité moyenne d’extrait a été trouvée la même dans les vins analysés et dans les vins naturels.
- Les cendres ont été obtenues par l’incinération au rouge naissant de 20cC de vin. La proportion est assez variable lorsque les vins ont été plâtrés, la quantité de cendres augmentant avec le degré de plâtrage. Un litre de vin a donné 4gr,6 de cendres.
- La comparaison des nombres donnés par les vins naturels et les vins soumis à l’expertise a démontré que ces derniers n’ont pu être falsifiés ni par addition d’eau, d’alcool ou de matières colorantes. La recherche spéciale de la matière colorante a été faite ensuite avec beaucoup de soin par MM. les experts dans la seconde partie de leur travail, que nous reproduisons in-extenso.
- « On sait, disent-ils, que la valeur vénale des vins s’accroît dans une certaine mesure avec leur richesse de coloration. Destinés souvent à faire des coupages avec des vins plus faibles d’autres localités, on trouve utile qu’ils apportent une certaine intensité de coloration et qu’ils fournissent à la fois au coupage l’alcoolicité et la couleur. Cette destination fait appeler ces vins vins teinturiers. Il eût donc été possible que M. Guerre,
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- voulant faire acquérir ce complément de qualité aux vins, très-naturels d’ailleurs, qu’il avait récoltés, eût renforcé leur nuance par l’addition de quelques matières colorantes étrangères, se livrant ainsi à une pratique à laquelle semblent provoquer en quelque sorte la vente publique de ces matières et l’indication de l’usage frauduleux auquel elles sont destinées.
- « On conçoit que, dans cette nouvelle recherche, nous ne pouvions plus trouver la même rigueur absolue qüi avait caractérisé la première partie de notre travail. En réfléchissant que ces matières colorantes étrangères sont mélangées avec des quantités notables de celles du vin lui-même, on est frappé à priori de la difficulté qu’il peut y avoir à les isoler et à les caractériser. Et puis, quand on a tiré des réactifs les indications les plus délicates qu’ils peuvent fournir, pourrait-on en déduire avec certitude complète l’absence absolue d’une proportion moindre encore que la limite à laquelle la sensibilité des réactifs avait forcé de s’arrêter ?
- « Mais, en considérant qu’après tout on ne fait pas la fraude pour la fraude même, qu’il faut qu’elle soit fructueuse pour qu’on la tente, nous avons pensé que, dans les cas où la recherche de la matière colorante étrangère était le plus difficile, nous étions autorisés à ne pas poursuivre cette recherche quand nous avions constaté que cette matière colorante y intervenait pour moins que 1/8.
- « L’expérience nous avait démontré que cette proportion de 1/8 était inférieure à celle qui eût été nécessaire pour faire passer la teinte du vin le plus clair des vins naturels examinés à la teinte du vin moyen de l’expertise, et à fortiori à celle du vin le plus coloré.
- « Nous avons donc préparé des solutions de ces matières colorantes étrangères, de manière à les amener à avoir l’intensité de coloration du vin incriminé, nous avons eu ainsi des vins renfermant des doses de matières colorantes connues de nous.
- « Ici se présente une objection. Ces mélanges, faits au moment même, offrent-ils les résultats qu’on eût obtenus si nous eussions opéré sur ces mêmes mélanges faits depuis quelques mois? Il est impossible d’admettre que l’altération, par le temps, des matières colorantes ajoutées puisse être telle qu’elle supprime delà part de ces matières toutes réactions propres à décéler, en laissant aux vins falsifiés une identité absolue de propriétés avec des vins naturels du même âge. Or, l’expérience nous a démontré que, entre le vin moyen de l’expertise et les vins naturels récoltés dans la commune de Mèze, tous les réactifs n’ont pu manifester de différences appréciables autres que celles qui sont propres à des vins naturels de différentes colorations.
- « Pour procéder à la recherche des matières colorantes étrangères que pourrait contenir le vin, nous avons essayé de réaliser sur les mélanges soumis à notre étude des expériences dont les résultats caractéristiques et permanents, pour la plupart, fussent de nature à être appréciés de la même manière par tous les observateurs.
- « Frotter du vin sur la paume delà main, sentir l’odeur qu’il exhale, et de cette appréciation toute personnelle conclure, sans autre preuve, à l’existence de tel ou tel
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- corps ajouté au vin, ne peut suffire à apporter la conviction dans les esprits. On a droit à réclamer des démonstrations plus sérieuses.
- « La nécessité de rechercher des matières colorantes diverses, en quantité petite, et plus ou moins masquées dans leurs propriétés par la matière colorante du vin elle-même, a exigé de nous un examen préalable et une discussion des diverses méthodes générales fondées sur les propriétés des matières colorantes, et propres à les manifester.
- « Si l’on peut isoler, du moins d’une manière relative, la matière colorante, il convient de la faire servir à teindre un tissu convenablement mordancé, ou une matière minérale blanche, sur laquelle elle se dépose en la colorant. Ce procédé est excellent quand on parvient à l’appliquer. On peut d’ailleurs, en traitant l’étoffe teinte par certains réactifs, acquérir la preuve delà nature spéciale de la matière déposée, et, en variant les mordants, obtenir, avec les mêmes matières colorantes, telle ou telle nuance plus ou moins caractéristique.
- « On peut constater comment se comportent les matières colorantes sous l’influence des agents de déshydrogénation ; à cet égard, nul agent ne nous a paru plus utile pour ces recherches que l’hydrosulfite de soude récemment préparé.
- « Il y aurait aussi quelque chose à tirer de l’action des agents oxydants : chlore, brome, iode, acide hypochloreux, dont nous avions commencé l’étude. Elle n’a pas été poursuivie, notre conviction ayant été acquise par d’autres moyens ; mais cette étude mériterait d’être reprise plus tard.
- « La seule expérience de cet ordre que nous ayons tentée est relative à l’action d’un mélange d’acide chlorhydrique et de chlorate de potasse sur le vin moyen de l’expertise et sur le vin naturel. Elle a eu pour but spécial de contrôler une assertion qui avait été émise concernant l’action de ces réactifs sur le vin suspect, assertion que nous avons reconnue dénuée de fondement.
- « On peut modifier par quelques réactifs la nuance de la matière colorante ajoutée, de manière à distinguer le vin qui la renfermerait du vin naturel pris pour terme de comparaison.
- « Enfin, outre les procédés qui permettent d’isoler, d’une manière relative au moins, la matière colorante cherchée, on peut teindre directement les étoffes imprégnées de mordants divers, comparativement par le vin incriminé et par le vin type exempt de toute altération ; de la différence ou de la similitude de couleur observée, on peut conclure à l’altération ou à sa pureté.
- « Les matières colorantes diverses que nous avons cherchées dans le vin de l’expertise sont :v
- la Fuchsine, la Cochenille, le Campêche.
- r Indigo,
- la Rose trémière, le Sureau,
- VRyèble et le Myrtille.
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- « Les matières colorantes du dernier groupe sont très-analogues à la matière colorante des vins eux-mêmes. Quant aux matières du premier groupe, elles sont tout à fait étrangères à leur nature ; c’est dire, dès lors, que leur recherche est plus facile, et c’est par elles que nous allons commencer.
- Indigo.
- « Nous mettrons en première ligne l’indigo, sous forme de carmin d’indigo ; parce que, d’une part, cette matière colorante est employée fréquemment toute seule dans la falsification des vins, et que, de l’autre, elle aide à l’introduction d’autres matières colorantes, dont elle ramène la teinte à celle du vin, et qui n’auraient pas pu être employées seules, parce qu’elles n’ont pas la nuance que l’on veut imiter.
- « C’est par la teinture qu’on peut constater dans un vin la présence de cette couleur, quelque exiguë en quelque sorte qu’en soit la proportion. On introduit dans deux petites fioles semblables du vin contenant pour 50cc un dixième de milligramme d'indigo, soit 2 milligrammes par litre, quantité qui ne change la couleur du vin auquel on l’ajoute que d’une manière inappréciable ; après avoir déposé dans ces deux liquides une bande de laine mordancée avec de l’acétate d’alumine, d’une surface de 5 centimètres carrés environ, l’on soumet les deux vases à une température voisine de l’ébullition pendant quinze ou vingt minutes. La petite bande attire la presque totalité de l’indigo contenu dans la liqueur, et les deux échantillons, dégorgés et séchés, présentent : celui qui a été teint dans le vin, la nuance pure du vin ; l’autre, une nuance d’un bleu manifeste, quoique modifiée parle rouge du vin.
- « On peut aussi ajouter au vin additionné d’indigo un peu de sulfate de potasse, que l’on précipite par le chlorure de baryum ; le sulfate de baryte, qui se dépose et qui se serait montré, après lavage, à peu près blanc s’il n’y avait pas eu d’indigo, se montre comme coloré en bleu d’une manière sensible. Dans ce dernier cas, l’indigo, ainsi déposé sur une matière minérale très-résistante, peut être soumis à toutes les expériences qui auraient pour résultat d’en faire connaître nettement la nature.
- « En exécutant les expériences que nous venons de décrire sur le vin moyen, nous n’avons obtenu aucun indice de l’existence de l’indigo ; mais nous ne pouvions pas oublier qu’une note qui nous a été remise, le 10 février 1874, par l’avoué de l’une des parties, mentionnait la présence de l’indigo par la formation du chloranile ; nous avons, dès lors, répété l’expérience indiquée, et voici les résultats que nous avons obtenus :
- « Le vin moyen de l’expertise et le vin naturel du pays ont été traités comparativement par le chlorate de potasse et l’acide chlorhydrique, en vue de vérifier l’assertion dont il s’agit sur la formation du chloranile.
- « A 200cc de chacun des vins on a ajouté :
- 10gr de chlorate de potasse,
- 20 d’acide chlorhydrique pur.
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- La liqueur a été chauffée doucement jusqu’à l’ébullition. La couleur a d’abord passé au rouge vif, puis il s’est formé un précipité floconneux rouge, avec teinte brunâtre. Dès que la liqueur a été en pleine ébullition, ces flocons se sont convertis en un précipité jaune, lequel est resté suspendu dans la liqueur et dans la mousse formée ; on a alors arrêté l’opération, on a laissé déposer et on a filtré.
- « Le précipité jaune, lavé à l'eau, a été examiné au microscope : il s’est présenté sous forme de granulations amorphes, exactement semblables dans les deux cas.
- « Chauffé au fond d’un tube, le précipité formé avec l’un et l’autre vin s’est char-bonné en émettant une vapeur blanche acide. Il s’est dissous dans l’alcool froid en formant une solution orangée, laquelle a passé au rouge brun par l’addition d’ammoniaque. Ici, identité complète de réactions entre les deux précipités. L’expérience ayant été répétée avec une dose moitié moindre de chlorate et d’acide chlorhydrique, les mêmes phénomènes se sont produits, mais plus lentement. Les précipités jaunes amorphes ont encore paru dans les deux liqueurs. Impossible de confondre le précipité jaune dont il s’agit avec le chloranile, composé défini jaune cristallisable et se sublimant par l’action de la chaleur.
- Fuchsine.
- « Nous aurions pu nous dispenser de chercher directement la fuchsine dans le vin incriminé. En effet, cette matière colorante est loin d’avoir la couleur du vin. Or, en ajoutant à du vin très-clair de M. Marès de la fuchsine, même concentrée en toutes proportions, il nous a été impossible de l’amener jusqu’à la teinte foncée du vin de l’expertise. Cette matière colorante n’a donc pu être employée seule ;isi l’on fait intervenir l’indigo, celui-ci, ajoutant sa teinte bleue au rouge trop vif de la fuchsine, eût pu reproduire la nuance du vin suspect. Mais il aurait fallu, pour cela, une dose d’indigo bien supérieure à celle dont nous avions constaté l’absence dans les expériences antérieures ; on peut conclure, dès lors, de ce fait que la fuchsine ne pouvait être intervenue dans la fabrication.
- « Nous n’avons pas moins essayé de caractériser la fuchsine d’une manière directe, soit par le procédé que l’on emploie à Montpellier, soit par des méthodes analogues.
- « Ces méthodes sont basées sur ce fait que, si l’on ajoute au vin incriminé son volume d’eau de baryte, la liqueur filtrée et jaunâtre, saturée par l’acide acétique, se colore en rose ; et ce qui la colore est bien de la fuchsine, car cette matière est immédiatement décolorable par les hydrosulfites, et c’est ce qui arrive à la liqueur rose.
- « Agitée avec une petite quantité d’alcool amylique, elle se décolore entièrement, et cet alcool vient surnager la liqueur, formant une zone de la couleur vive de la fuchsine. Enfin, si l’on traite cette liqueur rosée par un peu d’étoffe de soie non mordancée, celle-ci se colore d’une nuance qu’on reconnaît bien pour celle de la fuchsine, à la manière dont une goutte d’acide chlorhydrique tache l’étoffe en jaune.
- « Ces phénomènes se sont produits avec du vin contenant deux milligrammes de
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- fuchsine par litre, avec une netteté et une intensité telles que la dose de cette substance, si elle eût été quatre ou cinq fois plus petite, eût encore donné des résultats très-nets. Ori juge de là quelle est la sensibilité de ces réactions et l’efficacité de cette recherche, qui, appliquée au vin de l’expertise, n’a, il est presque inutile de le dire, rien donné qui pût faire soupçonner l’existence de cette couleur. • !
- Cochenille ammoniacale.
- « Dans l’expertise actuelle, et en ne se préoccupant que du vin incriminé, on pouvait aussi, par des considérations semblables à celles que nous avons fait valoir pour la fuchsine, conclure que la cochenille ammoniacale n’avait pu contribuer à la falsification. En effet, on ne parviendrait pas, en ajoutant au vin clair Marès, dont nous avons parlé plus haut,de la cochenille en grand excès, à atteindre la nuance du vin de l’expertise, sans ajouter de l’indigo ; or, la dose d’indigo qu’il faudrait ajouter est telle qu’elle dépasserait beaucoup la quantité qui a été cherchée sans succès dans le vin examiné. De l’absence d’indigo, on pourrait donc conclure à celle de la cochenille.
- « Nous n’en avons pas moins cherché cette matière colorante directement. Les caractères divers qu’elle présente, s’ajoutant et se corroborant l’un l’autre, permettent d’affirmer, avec beaucoup de certitude, la présence de la cochenille dans le vin, même quand elle n’y est qu’en très-faibles, proportions. Il suffit d’épuiser avec de l’eau h grammes de ces plaques, qu’on vend comme cochenille ammoniacale, pour obtenir un litre d’une liqueur d’une intensité de coloration sensiblement égale à celle du vin.
- « Dans nos premiers essais, nous avons opéré avec un mélange de quinze volumes de vin et d’un volume de cette liqueur, constituant]ainsi du vin cochenillé au seizième. En traitant le liquide, ainsi qu'on le fait à Montpellier, par une solution d’un sel à réaction alcaline faible, et notamment le borax, comparativement avec du vin normal, on voit celui-ci prendre la nuance vert bleuâtre que lui communiquent les alcalis faibles, tandis que celui qui contient de la cochenille prend une couleur violacée qui est tout à fait caractéristique.
- « La couleur de la cochenille résiste à froid à l’action désoxydante des hydrosul-fites; mais, à l’ébullition, elle est promptement détruite par eux. On peut utiliser l’une et l’autre de ces propriétés pour la recherche de la cochenille dans les vins. En plaçant dans des tubes de diamètre égal quelques centimètres cubes, d’une part, du vin tenant de la cochenille, de l’autre, du vin pur de même nuance pour terme de comparaison, l’addition de quelques gouttes d’hydrosulfite diminue la teinte de celui-ci sans agir sur celle de la cochenille ; il en résulte qu’après quelques instants, le vin contenant cette matière colorante paraît plus coloré que le vin naturel. Mais, si l’on opère à chaud, la décoloration de la cochenille par l’hydrosulfite étant alors complète et instantanée, tandis que celle du vin est plus lente, c’est du côté du vin altéré que se manifeste une décoloration comparative, qui constitue un nouvel indice. Ces caractères ne peuvent
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- s’observer qu’avec des vins plus chargés de cochenille que celui sur lequel nous avons opéré. Il en est de même des bandes spéciales d’absorption produites par la cochenille, observées au spectroscope, et que nous avons essayé vainement de constater, vu la petite quantité de matière colorante étrangère que renfermait le mélange sur lequel nous opérions.
- « La méthode qui nous a servi à trouver la cochenille employée dans des proportions très-faibles est la suivante : Comme, dans la recherche de la fuchsine, on précipite la matière colorante du vin par l’addition d’un volume égal d’eau de baryte, la liqueur filtrée se colore en rose par neutralisation de la liqueur, au moyen de l’acide acétique. On pourrait à l’aspect confondre cette couleur avec celle que communique la fuchsine, mais quelques gouttes d’hydrosulfïte suffisent pour distinguer ces deux couleurs. La teinte de la cochenille résiste quelque temps à l’action du réactif désoxydant, tandis qu’elle disparaît instantanément quand la coloration est due à la fuchsine. On peut, d’ailleurs, en faisant bouillir la liqueur rosée sur un fragment de laine mordancée à l’acétate d’alumine, la teindre et reconnaître sur l’étoffe les caractères de la teinture parla cochenille.
- « Le vin moyen de l’expertise, soumis aux divers moyens dont nous venons de parler, n’a pas présenté le plus léger indice qui pût faire soupçonner qu’il contenait de la cochenille.
- Campêche.
- « Le campêche, fort employé, comme on sait, pour la fabrication du vin de toutes pièces, ne paraît pas servir, dans le Midi, à la coloration artificielle des vins. Nous n’en avons pas moins cherché à reconnaître son existence dans le vin de l’expertise, par la méthode de la teinture et par l’emploi de l’aluminate de soude. Ce réactif, qui n’altère point sensiblement la coloration du vin, produit avec celle du campêche une nuance bleue assez pure et très-foncée. Du vin mêlé pour 7/8 avec 1/8 de solution d’extrait de campêche, de même nuance que lui, a été traité par ce réactif, comparativement avec le vin naturel. L’aluminate de soude a déterminé, dans le vin additionné de campêche, une coloration violette très-sensible ; mais la différence a été encore plus nettement accentuée en étendant les deux liqueurs d’une égale quantité d’eau.
- « Nous avons essayé l’action de cet utile réactif comparativement sur le vin de l’expertise et sur le vin naturel. Ces deux liquides se sont comportés de la même manière, et nous n’avons pas observé le plus léger indice de l’existence du campêche dans le vin incriminé.
- « Nous avons déjà vu que ce n’est que par une association convenable que les matières colorantes, dont nous avons parlé jusqu’ici, peuvent reproduire la teinte du vin. Il n’en est pas de même des matières colorantes qui nous restent à examiner. Celles-ci
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- donnant, sans mélange et directement, la couleur du vin, on s’est depuis longtemps adressé à elles pour la coloration artificielle de ce liquide. . »
- « Ces couleurs ne sont pas seulement semblables à celles du vin par leur nuance ; il est probable qu’elles lui ressemblent beaucoup aussi par leur nature, et que, sans être identiques, ce sont du moins des espèces chimiques très-voisines. Elles présentent donc beaucoup de propriétés communes, et que partage la matière colorante du vin.
- « Ainsi ces matières colorantes verdissent par les solutions alcalines ; elles sont, comme celles du vin, précipitables par le baryte. Le précipité, vert bleuâtre avec le vin, est, avec la rose trémière et le sureau, d’un beau vert, un peu terne avec l’hyèble et le myrtille. Les liqueurs filtrées qui surnagent les précipités sont jaunes ou légèrement verdâtres. En saturant par l’acide acétique l’alcali qu’elles contiennent en excès, elles se colorent parfois d’une teinte rose, mais extrêmement faible, et qui n’est peut-être due qu’à la dissolution d’une trace du dépôt vert qui a passé au travers du filtre. Ces matières colorantes se décolorent toutes par l’hydrosulfite de soude, mais avec des différences dans la durée du temps nécessaire à la production du phénomène. Celle de la rose trémière est la plus altérable ; la décoloration est à la fois instantanée et complète, tandis que celle du sureau et de l’hyèble, et plus encore celle du vin, marchent graduellement, et laissent souvent au liquide une teinte légèrement rougeâtre.
- « Les richesses tinctoriales des matières premières que l’on emploie pour la coloration sont différentes. En prenant pour unité la faculté tinctoriale de la mauve, celle du sureau n’est que de 0,27, celle du myrtille 0,17, et celle de l’hyèble 0,15, du moins pour les substances que nous avons employées et dans l’état où nous les avons trouvées dans le commerce.
- « Le prix de ces matières premières sont aussi inégaux ; mais, en combinant ces prix avec les nombres qui représentent leur faculté tinctoriale, on trouve que, le prix de l’unité de pouvoir colorant de la mauve noire étant 1, celui du sureau est 1,6, celui du myrtille 1,96, et enfin celui de l’hyèble 2,2. La couleur du myrtille et de l’hyèble coûtant ainsi deux fois plus que celle de la mauve, il est peu probable qu’on emploie, si ce n’est dans des cas tout particuliers, ces deux matières colorantes pour la falsification du vin ; c’est le sureau, et plus généralement la mauve noire, que l’on utilise.
- « Malgré la similitude de propriétés de ces matières colorantes, nous sommes cependant parvenus à trouver quelques réactions spéciales qui permettent de les distinguer entre elles et de les reconnaître quand elles existent dans les vins. Nous allons étudier successivement chacune d’elles.
- Rose trémière.
- « Passe-rose, rose trémière, mauve noire, tels sont les noms divers sous lesquels est connue, dans le commerce, la fleur d’une malvacée (Althœa rosea, varieias nigra)
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- qui, d’après ce que nous avons dit, doit être la plus employée pour la coloration artificielle des vins.
- • o L’altérabilité de cette matière colorante, plus rapide que celle du vin, semblerait, au premier aspect, offrir un bon caractère pour reconnaître la matière colorante de la rose trémière. En effet, si dans quelques centimètres cubes de vin pur et du même vin coloré par cette substance on verse la même quantité d’hydrosulfite, les nuances, égales à l’origine, cessent d’être identiques, et la décoloration, plus prononcée dans un cas que dans l’autre, indique l’existence du vin fraudé. Mais ce caractère, qui exige des comparaisons de teintes toujours difficiles, quoique ayant quelque valeur, quand le vin contient 1/k de matière colorante étrangère, devient trop incertain quand cette proportion est réduite à 1/8, pour qu’on puisse se fier à ses indications.
- « Cette matière colorante de la mauve éprouve, de la part de l’alun, et surtout de l’alun ammoniacal, une altération qui la fait passer de la nuance du vin qu’elle possédait à une couleur violacée, qui devient plus intense par l’élévation de la température.
- « Du vin coloré au 1/8 peut être facilement distingué du même vin pur.
- « Il suffît pour cela d’opérer comparativement sur quelques centimètres cubes du vin normal et du vin devant à la mauve 1/8 de sa couleur ; on ajoute dans les deux tubes cinq ou six fois le volume de solution saturée d’alun ammoniacal. L’action commence à froid, mais elle devient plus manifeste quand on chauffe près de l’ébullition ; on voit alors le tube contenant le vin pur conserver la couleur rouge brique du vin, tandis que celui qui contient le vin altéré par la matière colorante étrangère prend une couleur violette qui suffit pour le distinguer nettement du premier. On pourrait même pousser l’appréciation au delà de 1/8.
- « En faisant cette expérience comparativement avec le vin moyen de l’expertise et du vin Latour, pris pour terme de comparaison, nous n’avons vu aucune modification dans la teinte de ces deux vins, tandis que celui qui contenait 1/8 de matière colorante delà mauve se distinguait nettement, par sa coloration violacée, des deux précédentes.. Nous en avons, dès lors, conclu que le vin examiné, pas plus que le vin pur auquel nous le comparions, n’avait été falsifié par l’addition de la matière colorante de la mauve noire.
- « Nous pouvons même tirer de cette absence de coloration violacée une' conclusion plus générale encore. En effet, la matière colorante du sureau, celle de l’hyèble et du myrtille se comportant de la même façon, en donnant aussi une teinte violacée dans le vin coloré par un huitième de ces matières colorantes, l’absence de ces réactions par l’alun ammoniacal peut permettre de conclure à l’absence de ces matières colorantes étrangères.
- « L’alumine, sous la forme d’aluminate de soude, permet aussi de distinguer entre elles les matières colorantes de la mauve, du sureau et de l’hyèble, et même de les retrouver quand elles n’interviennent que pour 1/8 dans la couleur des vins.
- « Quand on verse dans lcc de ces infusions, également colorées en excès, huit à dix
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- gouttes d’une dissolution très-étendue d’aluminate de soude , assez pour que la liqueur se fonce en couleur et paraisse se troubler, on obtient des résultats différents ; la mauve noire donne lieu à un précipité bleuâtre, et la liqueur surnageante est incolore ; avec le sureau, il ne se forme pas de précipité, et la liqueur restée limpide est colorée en vert sali par un peu de rouge. : ; ;
- « L’hyèble etle myrtille se comportent de la même manière ; le liquide resté limpide teint seulement un peu moins de rouge et est dès lors d’un vert moins douteux. ^
- « Ces différences d’action, qui peuvent servir tout au moins à distinguer la matière colorante de la mauve de celle du sureau, ne se présentent pas avec assez de netteté pour qu’on puisse reconnaître, par ce moyen, du vin additionné de 1/8 de ces matières colorantes étrangères ; mais l’aluminate de soude, agissant d’une manière différente sur le vin pur et sur le vin contenant une de ces trois matières colorantes, peut constituer un caractère générique analogue à celui de l’action de l’alun.
- « Il faut pour cela opérer comparativement avec 1“ de chacun de ces liquides, auquel on ajoute quatre gouttes d’aluminate de soude seulement. En étendant ensuite de 12cc d’eau distillée environ chacune de ces liqueurs, on constate que le vin a conservé sa teinte, tandis que le vin qui renfermait une des trois matières colorantes étrangères prend une couleur violacée, qui n’a pas la même intensité avec les trois couleurs, mais qui est toujours facile à distinguer de celle du vin.
- a En faisan t agir l’aluminate de soude sur le vin de l’expertise, il s’est comporté absolument comme le vin pur auquel nous le comparions, et a témoigné, par l’absence de nuance violette, qu’il ne renfermait aucune des trois matières colorantes que nous cherchions. La conclusion générale déduite de l’action de l’alun se trouve ainsi pleinement confirmée par celle de ce nouveau réactif.
- « Notre expertise, arrivée à ce terme, se trouvait terminée; nous croyons cependant utile d’ajouter quelques détails sur les procédés qui pourraient permettre de distinguer, dans une certaine mesure, ces matières colorantes dans les vins auxquels elles communiqueraient 1/8 de leur couleur.
- Sureau.
- « Nous avons 'trouvé dans le sulfate de fer un réactif propre à faire distinguer la matière colorante du sureau des autres matières colorantes végétales, par exemple de la mauve, et à les reconnaître dans les vins. Quand on place dans 1 ou 2cc d’infusion de mauve un fragment gros comme un pois de protosulfate de fer, et qu’on opère d’une manière comparative avec l’infusion du sureau, on observe des phénomènes différents : les deux matières colorantes se foncent beaucoup dans leur couleur ; mais, tandis que celle de la mauve devient d’un violet foncé, celle du sureau prend une teinte bleue très-sensible. ( ;
- « Si, dans cet état, on produit une suroxydation par l’addition'd’un égal nombre de ; gouttes de solution de brome, la teinte violette de la mauve s’exalte sans passer au
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- bleu, tandis que celle du sureau passe au bleu foncé. La matière colorante du vin n’éprouve pas d’altération sensible dans sa nuance, quand on traite quelques centimètres cubes de ce liquide de la même manière. Le vin cependant se trouble et se fonce par l’addition du brome ; mais il n’y a pas de coloration bleue, et la masse délayée dans l’eau, ce qui rend les comparaisons plus faciles, présente des différences tranchées.
- .<: « On peut utiliser ces propriétés pour la recherche du sureau dans le vin.
- « Si l’on opère par comparaison avec du vin naturel, la couleur bleuâtre qui se développe dans le vin additionné de sureau, surtout après l’addition de quelques gouttes de brome, contraste si nettement avec la couleur jaunâtre que prend le vin naturel, que l’on peut ainsi facilement constater la présence certaine delà matière colorante étrangère.
- « L’expérience faite dans ces conditions, avec le vin moyen de l’expertise et les vins naturels des environs de Mèze, nous a toujours donné une coloration identique dans tous ces vins ; par conséquent, le vin incriminé n’a point été adultéré par addition de la matière colorante du sureau.
- ' Hyèble et Myrtille.
- « Ces deux matières colorantes, qui présentent entre elles une grande ressemblance, peuvent être distinguées de celles du sureau par l’action des sels de fer.
- ; « Si on dissout à chaud, dans 2 ou 3 centimètres cubes de vin coloré au 1/8, un petit cristal de protosulfate de fer, les deux liqueurs prennent une couleur violacée ; si l’on ajoute quelques gouttes de solution de brome pour produire la suroxydation, la liqueur étendue d’eau présente une nuance vert jaunâtre sale, et non la teinte bleue qui se manifeste avec le sureau.
- « En opérant avec du vin pur et du vin coloré par l’hyèble, on observe aussi une différence légère sans doute, mais sensible.
- « En étendant d’une égale quantité d’eau les deux liqueurs après la suroxydation, on observe que celle qui ^contient de l’hyèble est plus riche en couleur et présente une teinte sensiblement plus verte.
- « Le fer, à l’état d’alun de fer, nous permet aussi de distinguer ces matières colorantes entre elles, et même de retrouver l’hyèble dans les vins.
- « Si l’on dissout un petit cristal d’alun de fer dans les infusions de mauve, de sureau et d’hyèble, on voit la mauve perdre la teinte violette, passer au jaune sans qu’il y ait formation de précipité. Avec le sureau, il se forme un précipité et une coloration verte ; avec l’hyèble et le myrtille, il y a aussi un dépôt, mais la coloration est brune.
- « En opérant comparativement avec du vin pur et du vin contenant 1/8® d’hyèble, il se forme un précipité des deux côtés ; les deux liqueurs présentent une teinte brun-jaunâtre, mais elle est sensiblement plus foncée quand on opère avec du vin tenant de l’hyèble. r . - *
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- « Le myrtille se comporte de la même manière.
- « En essayant d’appliquer ces nouvelles réactions au vin de l’expertise et au vin pur pris pour terme de comparaison, nous n’avons rien observé qui n’ait confirmé les conséquences que nous avons déjà décrites de l’absence d’action de l’alun et de l’alu-minate de soude.
- Essais de teinture des étoffes par le vin.
- « Nous avons indiqué les méthodes spéciales qui nous ont permis de reconnaître, dans les vins examinés, l’absence de telle ou telle matière colorante étrangère ; mais il est un procédé général qui permet de constater si un vin a été altéré ou non, et cette constatation est si simple, qu’elle pourrait être utilisée par les personnes étrangères aux connaissances chimiques.
- « Il consiste à teindre comparativement, avec du vin pur d’une nuance analogue à celle du vin que l’on soupçonne, des fragments d’étoffe de laine, chargés de différents mordants.
- « Si l’on maintient pendant une heure environ, à une température voisine de l’ébullition, un fragment de cette étoffe mordancé par l’acétate d’alumine ou par un mélange d’alun et de crème de tartre, il se colore d’une nuance rouge plus ou moins intense, qui ést celle du vin.
- « Cette couleur n’augmente pas sensiblement d’intensité quand on fait passer l’étoffe dans un autre bain de vin. Le premier traitement l’avait en quelque sorte saturée de cette couleur.
- « Mais, quand le vin est mêlé d’une petite quantité de matière colorante étrangère, l’étoffe, saturée de la couleur du vin, ne l’est pas pour cela de cette matière colorante étrangère. Si dès lors on la fait passer dans un second ou dans un troisième bain semblable, elle se charge à’chaque fois d’une nouvelle dose de la matière colorante ajoutée, et, tandis qu’en opérant des réactions sur les vins purs et incriminés, les rapports dans les proportions de matière colorante du vin et de matière colorante étrangère restant constants, donnent naissance à des phénomènes limités dans leur sensibilité, il arrive, au contraire, par ce procédé de teinture, que la matière colorante étrangère, s’accumulant sur le tissu, se trouve sur celui-ci en quantité proportionnellement plus grande que dans la liqueur même. Cette accumulation, on le conçoit, peut dès lors donner lieu à des changements plus faciles à apprécier. ,
- « La matière colorante ainsi accumulée peut même, dans certains cas, être détachée du tissu de manière qu’on puisse constater sa nature propre ; ainsi, par exemple, en mettant dans l’eau ammoniacale une étoffe sur laquelle a été fixé de l’indigo, on voit l’étoffe passer au vert, colorer la liqueur en bleu décolorable par les agents oxydants et désoxydants. L’étoffe imprégnée de la matière colorante du vin pur verdit aussi par l’ammoniaque, mais la liqueur ne se colore pas comme quand il y a de l’indigo.
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- « Au lieu de ces teintures successives, on peut d’ailleurs, ce qui revient à peu près au même, opérer en une fois, mais en faisant intervenir alors du premier coup le volume de vin incriminé qu’on eût, dans la première méthode, employé d’une manière successive.
- « En variant les mordants, on peut, dans ces expériences, obtenir des résultats analogues, mais avec des colorations différentes.
- « Nous avons essayé les mordants d’alumine, de fer, de cuivre, d’étain peroxydé. Dans la recherche de l’indigo, de la fuchsine, de la cochenille, il convient d’employer le mordant d’alumine. Pour la mauve, le sureau, le mordant à l’oxymuriate d’étain est préférable.
- « La sensibilité de la réaction, quand on recherche l’indigo, la fuchsine et la cochenille, peut jiépasser la limite à laquelle nous nous sommes arrêtés dans la recherche directe dé chacune de ces couleurs en particulier. Dans la recherche des matières colorantes analogues à celles du vin, lâ sensibilité nous a paru au contraire moindre, et nous n’avons aperçu des différences bien sensibles que quand le vin renfermait 1/4 de matière colorante étrangère, tandis que , par les autres réactions que nous avons décrites, nous avons pu évaluer jusqu’au l/8e.
- « Il n’est pas possible d’indiquer d’une manière absolue les couleurs obtenues dans ces différentes circonstances ; elles varient en effet d’une expérience à l’autre, non-seulement avec la couleur propre des vins purs et avec la nature du mordant, mais aussi avec les proportions de celui-ci. Il en est surtout ainsi pour le mordant d’étain, selon la forme sous laquelle l’acide stannique a été déposé sur le tissu, soit par ébullition avec oxymuriate d’étain additionné de crème de tartre, soit en passant l’étain dans un bain et le traitant ensuite par l’eau acidulée d’acide sulfurique. Dans ce mode d’expérimentation, on ne saurait dès lors rien conclure que par la comparaison des résultats obtenus en se plaçant dans les mêmes circonstances.
- « Cette comparaison faite dans ces conditions, avec le vin de l’expertise et des vins naturels analogues, aussi variés que nous avons pu nous en procurer, a toujours montré moins de différence entre le vin naturel et celui de l’expertise qu’entre ce dernier et les vins que nous avons falsifiés.
- « Ces expériences, comme on le voit, corroborent encore les résultats obtenus par la recherche individuelle des matières colorantes, et sont pour nous une nouvelle preuve que les vins examinés n’ont point été falsifiés par l’addition de matières colorantes étrangères.
- « A toutes ces preuves, nous en ajouterons une dernière : l’examen microscopique des lies. Si le vin eût été altéré par la présence de matières colorantes étrangères ajoutées au moment de la vendange, les lies eussent probablement contenu des débris d’organes de ces matières étrangères : nous avons dès lors dû soumettre à l’examen par le microscope une bouteille de lies envoyée par M. Gagne, et qui représentait la moyenne des lies de vin rouge prélevées dans les vaisseaux vinaires de Félines-le-Haut
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- et de Félines-le-Bas. Ces lies ne se composent que de globules de levûre, avec présence insignifiante d’autres organismes, mais sans débris qui accusent des additions frauduleuses. Leur nature témoigne qu’il n’est intervenu dans la fabrication des vins rien d’étranger au raisin. »
- SUR LE MÊME SUJET, PAR M. LE Dr ST1ERLEIN.
- Les moyens de découvrir les falsifications du vin ont déjà été l’objet de plusieurs publications.
- Nous extrayons du Dingl. Polyt. Journal, septembre 1875, l’article suivant du DrStierlein :
- Parmi toutes les substances alimentaires, il n’en est aucune aussi sujette aux falsifications que le vin, le vin rouge surtout. Les droits élevés auxquels les vins sont soumis sont une des causes principales du développement de la fabrication artificielle du vin, ceux qui s’y livrent pouvant y trouver un bénéfice considérable en très-peu de temps et avec peu d’argent. Il n’y a qu’à lire les réclames des journaux suisses ou allemands, où des industriels annoncent des méthodes de fabrication du vin sans raisin, pour se convaincre de l’utilité des recherches sur la falsification.
- Les chimistes ont déjà beaucoup écrit sur ce sujet, mais leurs méthodes manquent de précision. Ils n’indiquent pas la quantité de réactif à employer dans chaque recherche, point important cependant, puisque, suivant la quantité employée, on peut arriver à des résultats tout différents. Les tableaux que nous présentons permettent une détermination exacte et rapide.
- ôn a soumis à l’essai des vins naturels d’une origine absolument certaine, de Hongrie, du Tyrol, du Piémont, de la Suisse, de France et d’Espagne, et leur matière colorante a été isolée par le procédé indiqué par Elénard, qui donne de bons résultats. On ajoute à une certaine quantité de vin, 250cc par exemple, de l’acétate de plomb. Il se produit un précipité. On le rassemble sur un filtre, on le lave à plusieurs reprises avec de l’eau distillée et on le sèche à 100°. On le pulvérise grossièrement, et on l’introduit dans un tube de verre effilé en pointe à son extrémité inférieure, bouchée préalablement par un petit tampon de coton. On verse sur le précipité environ 25cc d’éther saturé de gaz acide chlorhydrique ; lorsque cet éther s’est écoulé, on en verse une seconde fois autant. Il est bon que l’éther s’écoule lentement, afin que l’oxyde de plomb combiné à la matière colorante du vin, l’œnoline (G30 H10O10), puisse être complètement transformé en chlorure de plomb. La matière colorante n’est plus alors que mélangée avec le chlorure, le sulfate et le phosphate de plomb, qu’elle colore en rouge.
- L’éther saturé de gaz chlorhydrique, que l’on emploie dans cette réaction, s’obtient facilement de la manière suivante : On met dans un grand flacon à deux tubu-
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- lures de l’acide chlorhydrique ordinaire du commerce. L’une des tubulures est mise en communication avec deux ou trois flacons Wolf remplis jusqu’au tiers de leur hauteur d’éther pur. L’autre tubulure porte un tube à entonnoir plongeant à peine au-dessous de la surface de l’acide chlorhydrique. On y verse, par petites quantités à la fois, de l’acide sulfurique moyennement concentré. Cet acide s’empare de l’eau et élève la température en déterminant un dégagement d’acide chlorhydrique, lent d’abord, mais qui devient bientôt rapide.
- L’éther du premier flacon se trouve ainsi promptement saturé d’acide chlorhydrique.
- Après avoir traité le précipité-par l’éther chlorhydrique, on lave à plusieurs reprises avec de l’éther pur, dans lequel la matière colorante est insoluble, afin d’enlever complètement l’excès d’acide chlorhydrique. Six lavages avec 10cc d’éther suffisent ordinairement. On sèche le précipité avec le tube dans un courant d’air, au moyen d’un aspirateur, si on en a un, en faisant passer l’air lentement de la partie large du tube vers la pointe. Cela fait, on bouche l’extrémité inférieure du tube, et on fixe à l’autre extrémité un long tube recourbé. On a ainsi l’appareil d’extraction d’Anthon, dans lequel le liquide distillé retombe de nouveau sur la matière à traiter.
- Avec 50cc cubes d’alcool à 36°, on arrive à décolorer complètement le précipité de plomb, en lui enlevant sa matière colorante rouge. Après trois lavages, les précipités donnés par tous les vins rouges n’ont plus qu’une légère teinte couleur de chair, et après quatre ou cinq lavages, ils deviennent d’un blanc pur, tandis que l’alcool prend une belle couleur rouge. En ajoutant alors à l’alcool coloré de l’eau distillée, de manière à obtenir un volume de 250cc, la couleur se trouve ramenée à son premier état de dilution, celui qu’elle avait dans le vin.
- On trouvera cependant généralement que l’intensité de la couleur est un peu moindre. Cette dissolution n’est pas très-stable, et ii se dépose au bout de 24 heures, quelquefois même 12 heures seulement, des flocons rouge-bruns. La dissolution alcoolique pure, au contraire, est très stable et peut se conserver pendantj plusieurs, mois.
- La dissolution alcoolique provenant de vins naturels de toute origine et soumise aux essais a toujours donné les mêmes résultats.
- Après avoir essayé les vins naturels, on a fait, avec les substances indiquées dans les tableaux, des décoctions ou dissolutions avec du vin blanc, et on les a étendues avec un mélange d’environ 10 volumes pour 100 d’alcool et 90 pour 100 d’eau, jusqu’à ce qu’elles aient la couleur d’un vin de Beaujolais de 1873.
- Ce vin blanc, ainsi coloré en rouge par différentes substances, fut soumis à l’essai en cet état d’abord, puis mêlé de 30 à 70 pour 100 de Beaujolais, en choisissant les méthodes les plus simples et les plus sûres.
- Comme ii est toujours difficile de définir les couleurs par des mots, et que chacun ne les perçoit pas absolument de même, il est bon de conserver dans de petites fioles des séries de précipités de plomb et d’alumine desséchés et caractéristiques. Comme il est difficile déjuger la couleur d’un précipité dans un liquide d’une autre couleur,
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- I.
- TRAITEMENT DES LIQUIDES
- 2CC AMMONIAQUE A 10 POUK 100, 0CC,5 sulfhydrate d'ammoniaque et 25cc de : n. J Vin avec 10 pour 100 Décoction ou jus. | , • i . J | du precedent. Filtrer et compléter à 100cra*ec de l’eau. 2 POUR 100 BIOXYDE DE MANGANÈSE ET 25,c DE : Décoction ou jus. 1 Vin *v«-30 pour 103 * | du precedent. Agiter et filtrer au bout de 10 minutes 25cc DISSOLUTION DE BICARBONATE de soude à tï et 25,c de : n, . - 1 Vin a*ce 30 pour I0O Décoction ou jus. 2 \ J | du prcccueul. Compléter à 2ôG cc avec d l'eau. 2CC ACIDE AZOTIQUE pur et concentré et 25lt vin mélangé de 30 | our ÎOO 10 triinitt'S au bain-m«rie 85 à ^0 de" és. 0,625 BIOXYDE DE BARYUM et 25cc de : n .• 1 Vio avec 30 pour 100 Décoction ou jus. 1 . . . . J | du pieceuent. Filtrer apres 24 h* un s, après avoir secoué de temps temps. 5&r ZINC 2cc acide sulfurique, 25cc <Iu iiqui<lo. Observer 24 heures après» 100« ALUN A 8 POUR 100 AJOUTÉ a 100cc de : Décoction ou jus. 1 Vin =vec 30 Pour ",0 * | du precedcuL. Précipiter par 100 <c dissolution de carbonate ani-moniatjue à 10 pour 100. Couleur du précipité luiuitde sur le filtre* ACÉTATE DE PLOMB ajouté jusqu’à précipitation complète de 250cc de : Décoction on jus. 1 Vin 3'V 'our 100 J | du jmeedent.
- I. Vin rouge pur. Filtré : vert pur. Filtré : jaune-paille clair. Par transparences gris-bleu sombre. Reste rouge. Liqueur brun-rouge clair. Précipité humide : gris-bleu. Reste rouge. Liqueur vert-brunâtre. Précipité : couleur d’ardoise. Liqueur incolore. Précipité : gris bleu.
- 2. Campêche. Décoction dans le vin. Rouge. Filtré brun-rouge. Noir-brun. Brun-rouge. Rouge-cerise. Brun-rouge sale. Jaune. Liq. rouge-violacé. Préc. violet sombre Liq. rouge-violacé. Préc. violet sale. Jaune-brun. Liq. brun. Prec. violet sombre Liq. brun léger. Préc. violet. Liq. lilas. Préc. violet-noir. Liq. jaunâtre. Préc. bleu-violacé.
- 3. Fernambouc. Décoction dans le vin. Rouge. (Filtré violet). Rouge. Brun sombre. Brun-rouge. Rouge clair. Lilas. Jaune. Liq. rouge. Préc. rouge-cramoisi. Liq. rouge clair. Préc. En partie rouge. En partie bleu-gris. Rouge clair. Liq. rouge.' Préc. rouge. Liq. rose foncé. Préc. violet-gris. Liq. rouge. Préc. rouge-violacé. Liq. rougeâtre. Préc. lilas-bleuâtre.
- 4. Coquelicot (Papa-ver rhæas). Décoction dans le vin. Brun. (Filtré brun). Brun-rouge. Brun. Brun-rouge. Violet. Violet. Brun. Liq. brun. Préc. brun-gris. Liq. rouge-brun. Préc. gris et bleu-gris. Reste rouge. Liq. rouge. Préc. gris d'ardoise foncé. Liq. rouge-violacé. Préc. bleu-gris sale. Liq.brun-rougeâtre. Préc. ardoise foncé. Liq. rougeâtre. Préc. bleu-gris.
- 5. Ketmie ( Malva arborescens). Décoction dans le vin. Brun. (Filtré brun). Vert-brun. Brun-jauneclair. Brun-jaune. Violet-bleu. Vert-bleu. Jaune. Liq. vert-brun clair. Préc. vert-brun. Liq. vert-brun sale. Préc. gris-bleu sale. Rouge clair. Liq. brun-verdâtre. Préc. bleu-gris. Liq. vert-brun. Préc. bleu-gris. Liq. incolore. Prec. vert-bleuâtre. Liq. incolore. Préc. vert-gris.
- 6. Airelle myrtille. Jus fermenté. Brun. (Filtré gris-bleu sale). Rouge-brun. Brun. Brun-jaune. Bleu foncé. Gris-bleu. Rouge. Liq. rouge. Préc. beau violet foncé. Liq. rouge. Préc. lilas. Rouge. Liq. brun-violet. Prec. violet-brun. Liq. vert-brun. Prec. violet - gris foncé. Liq. incolore. Préc. bleu-gris. Liq. rougeâtre. Préc. bleu - gris sombre.
- 7. Cerise. Jus fermenté. Rouge-brun. (Filtré brun). Rouge-brun. Brun clair. Brun-jaune. Rouge-brun. Violet-brun. Jaune. Liq. jaune. Préc. brun-gris Liq. brun. Préc. gris foncé. Brun. Liq. presque incolore. Préc. gris-brun. Liq. brun. Préc. bleu-gris sale. Liq. jaunâtre. Préc. brun-gris. Liq. jaunâtre. Préc. brun-gris.
- 8. Sureau (Sambucus nigra). Brun. (Filtré vert-brun). Vert-brun. Brun. Brun-jaune. Violet sale. Reflets verdâtres. Violet sale. Jaune. Liq. vert-jaunâtre. Préc. vert-brun sale. Liq. rouge-brun sale. Préc. bleu-grisâtre. Rouge. Liq. rouge-violacé. Prec. violet-grisâtre. Liq. violet. Préc.violet-grisâtre. Liq. incolore. Préc. vert-bleu foncé bleuissant à l’air. Liq. bleuâtre. Préc. bleu presque pur.
- 9. Cochenille. Décoction dans le vin. Rouge. (Filtré violet-rouge). Jaune. Brun-jaune. Rouge-écarlate. Violet - rougeâtre. Jaune. Liq. jaune clair. Préc. violet-rougeâtre. Liq. rougeâtre. Préc. violet-bleu. Jaune. Liq. rose. Prec. laque-carminée. Liq. rouge-vif. Préc. rouge-violacé. Liq. violet faible presque incolore. Préc. violet foncé. Liq. incolore. Préc. bleu-gris.
- 10. Tournesol. Décoction dans le vin. Rouge-brun. (Filtré bleu-gris sale). Violet. Jaune-paille foncé. Sépia claire. Bleu. Bleu. Jaune. Liq. incolore. Préc. bleu de ciel sale. Liq. brunâtre. Préc. gris-bleuâtre. Incolore. Liq. violet - bleu clair. Préc. violet-bleu. Liq. rouge - brun sale. Préc. bleu-gris. Liq. incolore. Prec. bleu clair, reflets gris. Liq. incolore. Préc.ibleu-gris sale.
- 11. Fuchsine. Rouge-brun. (Filtré violet) Brun. Rouge. Brun-jaune. Rouge - cerise clair. Violet - rougeâtre. Jaune. Liq. jaune clair, presque incolore. Préc. rose. Liq. brun -jaune clair. Préc. violet-rougeâtre. Jaune, puis incolore , devient violet. Liq. rouge. Préc. rouge clair. Liq. rouge. Prée. lilas. Liq. rouge. Préc. rouge clair. Liq. rouge. Préc. lilas-rougeâtre.
- 12. Betterave. Décoction dans le vin. Rouge-violacé. (Filtré brun). Violet-brun. Brun-rouge. Brun-jaune. Rouge. Violet. Jaune-brun. Liq. brun - rouge clair. Préc. brun-gris. Liq. lilas-rougeâtre. Préc. lilas-gris. Jaunâtre presque incolore. Liq. rougeâtre. Préc. lie-de-vin. Liq. rougeâtre. Préc. lilas-gris. Liq. brun-jaune. Prec. lie de vin. Liq. brun-jaune. Prec. lilas-gris.
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- II
- TRAITEMENT DES PRECIPITES
- VIN ROUGE mêlé de 30 pour 100 de : COULEUR du précipité de plomb desséché. COULEUR du précipité de plomb traité par l'éther saturé de gaz chlorhydrique en excès. COULEUR de l’éther. LE RÉSIDU OBTENU par la distillation de IVlher, dissout dans 30 cc d’eau et traite par l'ammoniaque en excèr, donne une coloration COULEUR du précipité de plomb traité par 50CC d’alcool ' à 36 degrés* COLORATION PRODUITE dans 10 ,c d'oitiait a'rooliqtie par: 0cci5 ammoniaque. | 1<C ammoniaque. COLORATIC en traitant la moitié du par l’a! O ce/. ammoniaque. N OBTENUE Précipité de plomb épuisé 70o1 par : 10 4c eau acidulée par 2 pour 100 H cl. 3CC ammoniaque. ’
- 1. Vin rouge naturel. Bleu-grisâtre clair. Rouge-écarlate. Jaune pâle. Brunâtre. Blanc. Vert. Vert-brun. » ï> 1
- 2. Campêche. Bleu avec un léger reflet violet. Violet sale. Jaune. Violet. Violet. Violet. Violet foncé. Violet-noir. Violet-noir. 2
- 3. Fernambouc. Lilas-bleuâtre. Rouge-violacé. Orange. Brun-rouge. Rouge-violacé. Violet sale. Violet sale. Gris. Brun-rougeâtre. 3
- 4. Coquelicot. Gris légèrement bleuâtre. Rouge-écarlate. Jaune. » Brun-jaune. Rouge-violacé. Vétt sale. Vert-grisâtre. Gris. Brun-verdâtre. 4
- 5. Ketmie, Vert-grisâtre. Rouge-violacé. Jaune. Brun-jaune. Rouge-violacé. Vert. Vert-jaunâtre. Brun-grisâtre. Vert-jaunâtre. 5
- 6. Airelle myrtille. Bleu-grisâtre foncé. Rouge-violacé. Rougeâtre. Brun-rouge foncé. Rouge-violacé. Vert-bleuâtre sale. Vert-bleuâtre foncé. Violet-grisâtre. Vert7brun foncé. 6
- 7. Jus de cerise. Gris. Rouge-violacé. Jaune. Brun-jaune foncé. Lilas-brunâtre. Vert-grisâtre. Vert-brun. Noir-grisâtre. Brun clair légèrement verdâtre. 7
- 8. Sureau. Même couleur, plus foncée que le n° 6. Rouge-violacé. Jaune. Brun-jaune foncé. Lilas-brunâtre. f Vert-brun. Brun-grisâtre. Noir-bleuâtre. Brunâtre. 8
- 9. Cochenille. Bleu foncé. Rouge-violacé. Orange. Rouge. Lilas. Violet. Violet. Lilas-grisâtre. Violet-brun. 9
- 10. Tournesol. Bleu-grisâtre foncé. Rouge-violacé. Rose faible. Jaunâtre. Lilas. Vert-grisâtre. Gris-verdâtre. Lilas-grisâtre. Brun-grisâtre légèrement verdâtre. 10
- 11. Fuchsine. Violet. Rouge-violacé. Presque incolore. Brun-rouge. Violet clair. Lilas. Violet. Violet. Brun rougeâtre. il
- 12. Betterave. Gris. Rouge foncé. Jaunâtre. Jaune-brunâtre. Lilas clair. Violet-brun. Brun. Gris clair. 1 Jaune pâle. 12
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- on l’observera sur le filtre. La couleur du précipité change aussi un peu par la dessiccation. Elle est un peu moins nette. Si l’on veut en juger d’après le précipité humide, on n’a qu’à prendre la précaution de broyer un petit grain du précipité sec de la couleur la plus voisine/avec une goutte de glycérine, sur une assiette blanche.
- Le premier tableau donne les réactions dans le vin lui-même ; elles suffisent dans la plupart des cas. Le deuxième tableau donne les essais des précipités de plomb. Il montre que lorsqu’il y a une matière colorante autre que l’œnoline, le précipité de plomb épuisé par l’alcool conserve assez de couleur pour pouvoir être caractéristique.
- La méthode d’essai présentée ici est préférable à celle indiquée par Mulder, parce qu’il est difficile dans cette dernière de voir le moment où la décomposition du précipité de plomb est complète, et parce qu’on ne peut distinguer aucune coloration rose ou violacée sur un précipité noir de sulfure de plomb. Le procédé donné par Faure, de Bordeaux, n’a pas été indiqué non plus dans les tableaux. Il consiste à précipiter parle tannin et la gélatine. Dans les vins naturels, le précipité est complet, et la liqueur est décolorée ou n’a plus qu’une légère teinte jaunâtre, tandis que les vins falsifiés ne sont pas décolorés complètement et restent plus ou moins rouges ou violets. L’inconvénient de cette méthode est que les précipités humides n’ont pas de couleur nettement caractérisée et n’en acquièrent pas par la dessication.
- Il resterait encore, pour compléter les tableaux, à ajouter aux matières colorantes celles données par le liguslrum et le phytolacca. L’auteur se propose de les soumettre à ses essais. (Ding. Polyt. Journal.)
- ARTS MÉCANIQUES.
- SUR LES TOURS COMPOSÉS ET MACHINES A GRAVER ET A SCULPTER,
- PAR M. CH. LABOULAYË (1).
- Les questions relatives aux tours composés sont moins appréciées de nous qu’elles ne l’étaient de nos pères ; les amateurs de tours intelligents et instruits étaient plus nombreux autrefois qu’ils ne le sont aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, comme la théorie des tours composés repose sur les plus intéressantes considérations de cinématique, qu’elle conduit à l’intelligence de très-curieuses machines, nous essayerons, pour la première fois, de l’élucider aussi complètement qu’il nous sera possible. Pour l’histoire des inventions dont il s’agit, nous reproduirons dans ce travail les pages que l’illustre Poncelet, dans son admirable étude sur l’histoire des inventions industrielles depuis la fin du siècle dernier, a consacrées à la question des tours composés,
- (1) Extrait du Dictionnaire des arts et manufactures, 4e édition.
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- ARTS MÉCANIQUES. — OCTOBRE 1876.
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- qu’avaient obscurcie, comme à plaisir, quelques auteurs d’énormes volumes remplis d’une foule de choses, sauf de l’exposé des principes mêmes sur lesquels reposent ces appareils.
- Rien de sérieux n’existait sur cette intéressante question dans les ouvrages modernes avant ce beau travail du maître, où abondent les considérations générales les plus précieuses, mais difficiles à bien apprécier sans le dessin et la description des appareils.
- Tours à équipages mobiles.
- Le tour usuel à pointes et poupées-supports fixes, dit Poncelet, le tour à mandrin et à collets ou lunettes d’appui, qui se réfèrent plus particulièrement à la rotation des corps autour d’un axe fixe ou changeant ; les divers chariots mécaniques, les chariots à va-et-vient cheminant sur galets, rails ou coulisses,, qui, d’autre part, se réfèrent plus spécialement au glissement, à la translation rectiligne ou curviligne ; les tours et les chariots, dis-je, considérés isolément, soit comme porte-objets destinés à être façonnés diversement, soit comme porte-outils coupant, rabotant, rodant, sciant, etc. ; les tours et les chariots enfin, tantôt simples, tantôt combinés entre eux ou avec eux-mêmes, constituent les instruments de travail par excellence, des outils pour ainsi dire universels. Ce sont surtout des instruments de précision pour dresser les surfaces planes ou cannelées, façonner les corps ronds et même les surfaces obliques ou rampantes autour d’un axe rectiligne. Ces dernières surfaces, en effet, bien que privées du caractère rigoureux de symétrie qu’on observe dans les corps de révolution, n’en sont pas moins susceptibles d’être exécutées avec régularité et promptitude au moyen des organes élémentaires dont il vient d’être parlé, aidés de dispositions plus ou moins savantes et délicates, qui se laissent apercevoir dans les machines à raboter, à mor-taiser, perforer, polir ou dresser ; dans les machines à scier, débiter les pierres ou les boisjen dalles, en planches plus ou moins minces, mais plus particulièrement encore dans les tours à guillocher, graver et sculpter, nommés tours à combinaisons, à portraits ou figurés.
- Ces derniers tours, munis de mandrins porte-objets, comme le tour en l'air proprement dit, s’en distinguent, on le sait, non-seulement parce que le mandrin n’y est point simplement fixé au bout ou bec de l’arbre tournant, comportant quelquefois une combinaison de pièces mobiles, mais en ce que l’arbre lui-même est susceptible de se mouvoir longitudinalement ou par glissement dans ses collets à poupées-supports fixes, ou transversalement et parallèlement, avec ces collets et leurs poupées, par glissement, translation directe ou rotation sur un châssis support à charnières inférieures, elles-mêmes fixes. A cet effet, les tours dont il s’agit, et dont nous allons donner la description, dé taillée dans les pages suivantes, comportent extérieurement et intermédiaire-ment, tantôt à l’extrémité opposée de l’arbre, tantôt transversalement à sa direction, des repoussoirs formés jadis de contre-poids, aujourd’hui principalement de ressorts
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- OCTOBRE 1S76.
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- qui obligent cet arbre à s’appuyer sans cesse par une touche émoussée, soit contre des plans obliques ou des surfaces taillées en hélice, pour exécuter des surfaces rampantes, biaises, torses, etc., soit contre des gabarits à couronnes de champ, à rosettes ondulées latéralement ou extérieurement, et qui, montés transversalement sur l’arbre même du tour, obligent le mandrin à subir divers mouvements indépendants de celui de sa rotation propre, en face de l’outil tranchant dont les biseaux variés, à support intérieur ou latéral immobile, parcourent l’objet, le taillent suivant des contours ou des formes nommés proprement guillochis. , /
- Mais ces différents tours, qui rentrent tous essentiellement dans la catégorie de ceux à combinaisons, ne sont pas uniquement employés pour l’exécution rigoureuse de formes mathématiquement définies ; ils le sont encore pour le tracé, la copie et la réduction de figures artistiques, sur le plan ou le relief, au moyen de procédés qui constituent de véritables transformations géométriques de ces figures, et nécessitent, par là même, des transformations correspondantes de mouvement, rentrant plus spécialement dans le domaine de la Cinématique : transformations et combinaisons qui, à dater du xve siècle, ont aussi exercé le génie inventif du grand peintre Léonard de Vinci et des célèbres géomètres de Lahire, de Lacondamine et Clairaut. C’est que, en effet, ces tours et leurs analogues offrent un sujet intéressant d’études pour la richesse et l’élégance des solutions géométriques auxquelles ils donnent lieu, et qui se rattachent, comme on sait, à l’antique problème des épicycles, des courbes mécaniques et des mouvements relatifs sur le plan ou dans l’espace.
- Le tour, envisagé dans son primitif état de simplicité, celui où une pièce déjà dégrossie ou arrondie, tournée par une impulsion plus ou moins directe, sur des appuis fixes horizontaux ou verticaux, en présence et sous l’action lente d’un outil que l’ouvrier transporte, promène successivement le long d’un support fixe, parallèle à l’axe de rotation ; dans cet état de simplicité, dis-je, le tour a dû être connu dès la plus haute antiquité, et c’est ce qu’attesteraient, au besoin, divers passages de Vitruve, en tant qu’il s’agisse d’instruments à travailler les objets de petites dimensions. Mais s’en servait-on également pour arrondir le fût de certaines colonnes monolithes, les arbres de moulins ou enfin les vases précieux que nous ont légués les Grecs, les Romains, les Chinois mêmes des époques contemporaines ? Cela est tout aussi probable, pourvu encore qu’ils’agisse d’outils, de procédés mécaniques analogues à ceux généralement employés aujourd’hui dans l’art du charpentier, du marbrier ou du potier; soit que d’ailleurs la pièce elle même tourne sous l’impulsion directe de manivelles à bielle, ou de tiraudes à main, de roues, de volants à pédales, etc. ; soit qu’au contraire cette pièce restant fixe, l’outil soit dirigé au moyen d’un châssis à gabarit, à profil tournant sur l’axe de symétrie de cette pièce.
- Quant aux tours figurés et à combinaisons, nécessaires pour exécuter les surfaces rampantes, excentriques, ovales, à guillochis, etc., leur usage ne doit guère remonter au delà du xve siècle, où le célèbre Léonard de Vinci, suivi à un siècle de distance
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- ARTS MÉCANIQUES. — OCTOBRE 1876.
- par le Lyonnais Jacques Besson et par Salomon de Caus, l’ingénieur français des princes palatins, y ajouta divers perfectionnements ou artifices auxquels le célèbre mathématicien et médecin Jérôme Cardan lui-même n’aurait point été étranger, d’après les auteurs italiens, et qui prouvent tout au moins qu’on avait senti dès le xvie siècle le besoin de découvrir quelque procédé mécanique pour exécuter sur le tour les objets d’une forme différente de celles des corps de révolution, notamment les surfaces rampantes et à sections elliptiques quelconques.
- Au surplus, la plupart des tours à combinaisons, avec axes et mandrins diversement mobiles et tels qu’on en employait dans les deux derniers siècles, rentrent dans la classe de ceux qui étaient bien plutôt destinés à exercer la patience de nos ancêtres qu’à développer leur industrie manufacturière ou artistique, et, si l’on en juge par les modèles exposés au Conservatoire des arts et métiers, ainsi que par les planches des ouvrages de Plumier, deBergeron et du tome X (1772) de la grande Encyclopédie, il est tout au moins douteux qu’ils aient appliqué le tour rampant à d’autres matières que l’ivoire, le buis, etc., dans des proportions naturellement très-petites ; ce qui doit s’entendre également des tours à rosettes et à couronnes servant à guillocher, et où l’on employait exclusivement les supports à outils fixes. On peut voir dans ces ouvrages ce qu’étaient devenus, à la fin du dernier siècle ou au commencement de celui-ci, ces différents tours, et combien on était loin encore d’y faire marcher automatiquement l’outil, comme Besson l’avait anciennement tenté, au moyen d’une longue barre horizontale supérieure et parallèle à l’axe de rotation, portant une coulisse ondulée où l’outil pouvait occuper des positions diverses, tandis que la barre elle-même, susceptible de descendre et de monter alternativement dans d’autres coulisses verticales, y était animée d’un va-et-vient horizontal, déterminé par des guides ou platines de soutien tournantes, découpées en rosettes, en ovales, de dimensions et situations identiques, et dont les plans inclinés, parallèles, étaient fixés sur l’arbre même du tour, extérieurement et symétriquement, par rapport h ces poupées.
- L’obscurité des ternies et de la figure explique le dédain qu’en a fait Plumier dans la préface de son Traité sur le tour, dont la seconde édition contient d’ailleurs, sous forme d’appendice, les mémoires de Lacondamine, ainsi que la description du rabot servant à guillocher les manches de couteaux, attribué aux Anglais, et dont le porte-outil, conduit par une longue vis suivant l’angle de la pièce ou du manche monté sur un arbre à rayon et cadran diviseur, est dirigé dans ses excursions verticales par un gabarit qui offre quelque analogie avec le dispositif, un peu vague, adopté par Besson. On a bien plus lieu encore d’être surpris que Plumier et son imitateur Bergeron aient accordé si peu d’attention aux tours à outils mobiles, véritablement automatiques et dont il existait pourtant à leur époque un remarquable exemple dans la machine à copier et réduire les médailles, d’origine très-ancienne, incontestablement allemande, mais qu’ils mentionnent à peine, et dont les planches 43 et suivantes de YEncyclo-pédie de 1772 offrent un spécimen d’autant plus digne d’intérêt qu’elles appartiennent
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- à une forte machine construite entièrement en fer, avec la perfection que comportaient les tours à plusieurs fins ou à combinaisons multiples dont on voit divers modèles au Conservatoire des arts et métiers de Paris. Parmi ces modèles, on admire surtout le tour à guillocher de Merklein, construit en 1780 pour Louis XVI, et celui à portrait donné par le czar Pierre le Grand, sans autre indication d’origine, mais qui, remontant à une date de beaucoup antérieure, peut servir à constater le point où en était déjà arrivée la construction de ce genre d’outils en Allemagne. Avant d’aller plus loin, analysons en détail le tour à guillocher.
- Tour à guillocher. — Le tour à guillocher fournit le moyen d’obtenir des décorations, des tracés de courbes entrelacées, à volutes symétriques, très-propres à l’ornement dans une foule de cas analogues à celui que représente la figure 1, exécutés avec ce tour, notamment pour la gravure peu profonde des boîtes de montre et autres pièces d’orfèvrerie, d’horlogerie. C’est à l’aide de disques aux contours desquels on à donné des formes convenables, de rosettes qu’on y parvient.
- Le tour à guillocher diffère du tour ordi-Flg' naire, en ce que le centre du cercle que
- décrit, en chaque instant, chaque point de la surface sur laquelle on opère, n’est plus un point fixe, mais éprouve un petit mouvement d’oscillation qui engendre des courbes d’autant plus différentes de la circonférence d’un cercle que, pour une même rotation, les oscillations sont plus fréquentes et ont plus d’amplitude par rapport à la distance au centre.
- La pièce étant montée à l’aide d’un mandrin sur l’extrémité de l’arbre T (fig. 2), il s’agit de donner à cet arbre le mouvement voulu pour que l’outil coupant fixé sur le
- support à chariot K produise le contour cherché. A cet effet, les deux supports de l’axe C et H, au lieu d’être fixés directement au banc comme dans les autres tours, descendent entre les deux jumelles d’une part de banc en fonte, jusqu’au-dessous de l’établi A ; ils sont réunis par l’axe P parallèle à celui du tour et qui est supporté sur des pivots vers ses extrémités, pivots portés par des pièces de fonte garnissant les jumelles et consolidés par la barre de fer Q qui les réunit. Les deux poupées C, H, ne forment plus ainsi qu’une seule pièce.
- L’extrémité de l’axe portant donc la pièce à travailler, l’outil étant monté sur le
- Tome III. — 75e année, 3° série. — Octobre 1876. 72
- Fig. 2.
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- support à chariot et amené à une distance de l’axe convenable pour la courbe à tracer,
- un mouvement d’oscillation est communiqué à l’axe par les rosettes de métal qui lui sont adaptées, comme on le voit dans la figure 3.
- Ces rosettes sont poussées par un petit rouleau, porté par l’extrémité de la touche n, glissant dans une coulisse portée par une barre triangulaire m, parallèle à l’axe et montée à l’extrémité d’un support courbe. Quand l’axe tourne, les saillies et les creux de la rosette en prise s’appliquant sur le rouleau dont Taxe ne peut se déplacer, c’est l’axe du tour et du bâti C H qui prend un mouvement d’oscillation. Cet effet est assuré par l’action d’un fort ressort b, b, caché dans l’intérieur de l’établi A, qui fait toujours presser la rosette sur la roue n. La touche
- Fig. 3,
- peut glisser le long de la barre, de manière à venir se mettre en contact avec une quelconque des rosettes différentes, au nombre de 15 ou 20 en général, montées sur le tour.
- Dans quelques cas, lorsque les creux ont peu de largeur, on ne peut se servir du rouleau qui garnit une extrémité de la barre n; on se sert alors de l’autre extrémité, qui est arrondie et polie avec soin pour diminuer le frottement.
- , Un moyen de varier les dessins que l’on peut obtenir avec les mêmes rosettes consiste à les faire tourner un peu sur leur axe pendant le travail. La figure 1 est un exemple des résultats obtenus par ce mode d’opérer. C’est une rose à 24 saillies. Après avoir tracé la ligne extérieure, et le ciseau ayant été amené par le support à la position convenable pour tracer la seconde ligne, on a fait tourner la rosette autour de l’axe de 1/4. d’une saillie ou 1 /96e de la circonférence du cercle ; les extrémités des saillies de cette seconde ligne ne tombent plus alors sur les rayons correspondants de la première, mais sont un peu en avance. On a opéré de la même manière pour les lignes successives et on a eu des résultats semblables.
- Les cercles concentriques sont tracés équidistants au moyen de divisions tracées sur le chariot K ou sur la tête de la vis qui fait mouvoir l’outil, et les rosettes sont fixées dans la position convenable à l’aide d’unë plaque circulaire montée sur l’axe vers l’extrémité H. C’est une chose surprenante que la multitude d’effeis différents qui peuvent être obtenus d’un certain nombre de rosettes en variant les positions. Par exemple, si, après avoir tracé une ligne ondulée, la rosette est avancée d’une demi-division, sans changer la position de l’outil, les deux lignes s’entrelacent et forment une chaîne, une série de boucles.
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- ARTS MÉCANIQUES. — OCTOBRE 187«.
- m
- Pour orner la surface d’un cylindre, l’outil n’est plus placé comme sur la figure. On fait faire au support à chariot porte-outil un quart de tour : c’est ainsi que l’on grave beaucoup de rouleaux pour l’impression sur étoffes. C’est l’axe qui se meut suivant sa longueur sous l’action de rosettes qui portent des ondes sur leur plat, pendant qu’une rotation du cylindre, d’un arc déterminé, est produite. Par cette disposition, des lignes ondulées peuvent être gravées sur la surface d’un cylindre dans le sens de sa longueur. .
- Le guilloehage en ligne droite est obtenu de même par rabotage, au moyen d’un double mouvement du ciseau, en raison de la barre-rosette qui lui sert de guide.
- Les courbes qui résultent du mode d’action du touràguillochersont des conchoïdes de celles décrites par le point de contact de la touche et de la rosette, dont les rayons vecteurs (en les rapportant à un système de coordonnées polaires) sont augmentés ou diminués d’une quantité constante. En effet, l’outil étant fixé, pour une courbe donnée, à une distance d de l’axe de rotation, la touche n à une distance R du centre correspondant de ce même axe pour le creux de la courbe le plus rapproché du centre, enfin / = <p (<»), l’équation polaire de la courbe dont le rayon est /, l — R = <p (&) — R, sera le déplacement de l’axe et du mandrin produit en chaquè instant par l’effet de la convexité de la courbe. On aura donc, p étant le rayon vecteur de la courbe de guilloehage produite par le déplacement du mandrin égal à /— R '
- P — d —J— l —• R = <p («) — (R — d)f et p -{- (R — ctj ^ y (&>),
- c’est-à-dire la même équation que la courbe de la rosette, sauf que les rayons vecteurs en sont diminués d’une quantité constante.
- La détermination d’une rosette convenable pour une courbe déterminée s’obtient donc en général bien facilement : il suffit de diminuer ou d’augmenter tous les rayons de la courbe à produire d’une même quantité et de tracer la courbe passant par les points ainsi déterminés : c’est la rosette cherchée.
- Mais ce mode d’opérer est en défaut quand la courbe est accidentée, est à nœuds, comme celle de la fig. k, qu’il n’existe pas de point tel à l’intérieur qu’une droite passant par ce point ne rencpntre jamais la courbe en plus de deux points.
- Mais si on incline la touche OT, si on la fait mouvoir non plus suivant PQ, droite passant par le centre de rotation G, mais suivant une direction faisant un angle constant avec le rayon vecteur, le point T peut alors décrire le nœud de la courbe. * .
- En effet (fig. 5), quand PQ sera passé à la position P' Q', si le point O s’approchant du centre G vient en 0', le point T passera en T' et aura éprouvé un mouvement rétrograde relativement à celui de PQ :1e tracé,pourra donc avoir lieu en général. , ;
- /"
- Fig. 4.
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- On ne peut donner une méthode générale pour déterminer l’angle COT que doit
- faire la ligne OT avec le rayon vecteur, ni la longueur O T la plus convenable pour tracer une courbe donnée. Ce sera, dans chaque cas, par un tracé et avec quelques tâtonnements, qu’on parviendra à les déterminer. Disons comment on doit opérer pour trouver une rosette convenable pour une courbe donnée, en employant une touche inclinée, qui rend la rosette bien plus différente de la courbe qu’une touche droite.
- Soit AB la courbe à reproduire (fig. 6), et CT, CT'... des rayons vecteurs. On connaît l’inclinaison CTO de la touche sur chaque rayon vecteur et la longueur OT. Prenant un point quelconque T' sur un de ces rayons, nous pourrons tracer T'O'; menant par O' une parallèle à CT', le point O" de la courbe sera le point qui devra être tracé par la touche, le point T' étant en T", point de rencontre avec CT' de la ligne O^T" parallèle à O'T'. La suite des points déterminés comme T” donnera le tracé de la rosette.
- Fig. 5.
- Fig. 7.
- ê “
- La Condamine a proposé en 1730 un petit appareil pour tracer avec facilité une rosette correspondant à une courbe donnée, et permettre, par une opération simple, de déterminer les rosettes qui correspondent à divers points pris pour centres des rayons vecteurs, afin d’adopter le tracé qui fournit la rosette la moins anguleuse, celle qui convient le mieux, par suite, pour le travail du tour.
- ÂBCD (fig. 7) est une règle percée d’une rainure dans toute sa longueur ; sur la partie AB s’assemble une pointe, si l’on veut obtenir seulement la conchoïde de la courbe cherchée, une barre O B dans le cas que nous traitons ici. La règle ABCD est
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- embrassée par les tenons E et G d'une seconde règle, percée aussi d’une rainure, et pouvant glisser sur la première ; un barillet L monté sur la règle EG et assemblé par un fil à l’extrémité de la première règle tend à produire cet effet. Une pointe N, faisant corps avec ABGD, tendra donc à se rapprocher du centre fixe P, formé par une troisième pointe assemblée avec la deuxième règle. ^ '
- Soit T le contour d’une tête, par exemple, qu’on veut reproduire sur le tour, devenu ainsi une espèce de tour à portrait, pour lequel on cherche la rosette la plus convenable. Après avoir découpé ce profil sur une carte, on le colle sur une autre HS. Ensuite on prend à volonté un point P pour centre; on perce les deux cartes en ce point, et on les attache sur un plan en y enfonçant la pointe P ; après quoi on applique la pointe N sur le contour du relief de la tête découpée ; on tourne ensuite à la main tout le système, en faisant toujours porter la pointe N sur le bord de la découpure ; ou, mieux encore, on ne fait que tourner d’une main la carte sur son centre, en tenant de l’autre la machine fixe, et en faisant attention à ce que la pointe N ne quitte pas le bord de la carte découpée, action que facilite l’effet du ressort renfermé dans le barillet. La pointe B, extrémité de la touche oblique OB, tracera la rosette cherchée.
- Tour ovale. — Ce tour, dont l’invention est due, suivant les Anglais, à Abraham Sharp, malgré la fixité de son axe de rotation, agit néanmoins comme tour à guillo-cher, par suite de la mobilité d’une rosette spéciale, qui est un cercle excentré, d’où résulte la composition d’un mouvement rectiligne produit sur le mandrin en même temps que s’effectue le mouvement de rotation de celui-ci. La simplicité et la solidité du mécanisme ont fait de cet appareil un instrument indispensable des ateliers où il y a à produire des objets de forme elliptique.
- Le tour ovale ou elliptique est constitué par une disposition particulière du mandrin porte-objet. Ce mandrin consiste en trois parties : le plateau, le chariot glissant, enfin l’excentrique. Le plateau est monté sur la pointe du tour (fig. 8 et 9). Sa face porte deux guides i, i, maintenant le chariot glissant g, portant en son centre la vis saillante h, sur laquelle se monte la pièce à façonner. Le mouvement de glissement qui apparaît avec le mouvement de rotation est produit par le moyen d’un cercle excentrique (fig. 10) en laiton attaché à la poupée du tour et à travers lequel passe librement la vis d’assemblage du plateau, par l’ouverture l; le châssis m, qui porte le cercle dont il vient d’être parlé, est fixé par deux vis placées en face l’une de l’autre, dont la pointe entre dans deux petits trous pratiqués sur la partie antérieure c de la poupée. Ces deux vis sont horizontales et leur direction commune rencontre l’axe. En faisant avancer une des vis et
- Fig. 8.
- Fig. 9.
- Fig. 10.
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- Fig. 11.
- reculer l’autre, on peut obtenir des excentricités variables. Le plateau porte deux rainures parallèles à la longueur du chariot, destinées à laisser passer librement deux vis qui assemblent les deux pièces d’acier parallèles entre elles, et placées en dessous (fig, 11), dont l’écartement est égal au diamètre du cercle qu’elles pressent, forçant ainsi le chariot à suivre ses mouvements, et à se déplacer en raison de son excentricité.
- La grandeur d’excentricité, la différence entre le grand et le petit axe, résultent donc clairement de la position du châssis mn, qui agit comme une véritable excentrique circulaire, et c’est la combinaison de ce mouvement avec le mouvement circulaire qui engendre la forme ovale, fort utile pour les arts; ce qui rend ce tour très-précieux pour nombre d’industries qui en font grand usage.
- La théorie du tour ovale a été donnée complètement, pour la première fois, par M. Dreyfus dans un intéressant Mémoire inséré dans le Bulletin de la Société d’encouragement. Nous lui empruntons ce qui suit (1) :
- Le tour ovale qui a servi de base à cette étude a une disposition un peu différente de celle décrite ci-dessus, mais qui est en réalité équivalente.
- Un anneau AA est monté sur un tour (fig. 12). Soit O son centre qui se trouve sur l’axe du tour. La flèche a. indique le sens de la rotation de cet anneau, qui se fait dans le sens habituel de la rotation dans un tour. Au même niveau que le point 0 se trouve le centre 0' d’une circonférence BB excentrique par rapport à la première, qui ne peut avoir d’autre mouvement qu’un mouvement de rotation autour de 0', ou plutôt autour d’un axe parallèle à l’axe du tour et passant par 0'. Sur ce disque est pratiquée une coulisse dans laquelle peut se mouvoir un coulisseau, CG, guidé parBB; ses extrémités sont en saillie et constamment comprises entre les règles c d, c' d\ lesquelles sont tangentes et adhérentes à l’anneau AA. La ligne médiane de ce coulisseau passe toujours par le centre O'. Dans une de ses positions, 0,0,, le coulisseau remplit exactement la coulisse ; sa longueur a b, comptée suivant son axe, est doiic égale au diamètre du plateau AA. C’est sur le centre I du coulisseau qu’est fixée la pièce à tourner.
- Le mouvement de rotation du tour détermine celui des règles c d, c' d! ; celles-ci entraînent le coulisseau, comme le montre la figure. Le coulisseau à son tour force le disque B à tourner dans le sens de la flèche /?, c’est-à-dire dans le même sens que l’arbre du tour, et avec la même vitesse. Dans ce mouvement, l’axe a b du coulisseau
- Fig. 12.
- (1) Voy. Bulletin de 1873, 2‘ série, t. XX, p. 338.
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- ne cesse pas de passer sur le point O', mais son milieu I se déplace ; comme d’ailleurs la parallèle menée par le point O aux deux règles passe toujours par ce milieu I, et que cette parallèle est perpendiculaire à a b, on voit que le point I se déplace en suivant la circonférence décrite sur O Of comme diamètre. L’axe de la pièce qu’on tourne se déplace donc en engendrant un cylindre droit à base circulaire, dont l’axe K est situé dans le plan des axes O et 0', parallèle à ces deux axes, et à égale distance de chacun d’eux.
- L’angle dont a tourné le tour étant représenté par eO/=IOO', l’angle dont aura tourné l’axe I sera I K 0' = 2 I 0 0’ : le mouvement de rotation de l’axe I est donc • uniforme comme celui du tour, mais sa vitesse angulaire est le double de celle du tour. Il résulte de là que, à chaque révolution de l’anneau AA ou du tour, l’axe I accomplira deux révolutions.
- Ainsi, l’action sur le coulisseau produit, sur la pièce à tourner, le même effet qu’une rotation de cette pièce autour de son axe, dans le même sens que les rotations précédentes, avec une vitesse angulaire égale à celle du tour.
- Ce qui précède permet de se faire une idée très-claire du mouvement de la pièce à tourner dans l’espace. Elle tourne d’un mouvement uniforme autour de son axe I, pendant que cet axe tourne lui-même d’un mouvement uniforme autour d’un axe fixe K qui lui est parallèle. Les deux rotations se font dans le même sens, mais avec des vitesses angulaires différentes : pendant que la pièce fait une révolution autour de son axe I, cet axe en fait deux autour de l’axe K.
- Je vais chercher maintenant la courbe décrite par un point quelconque de la pièce à tourner. Pour cela, je considère une section droite de cette pièce. J’ai déjà montré
- que le point I décrit la circonférence ayant 0 0' pour diamètre. Il est facile de voir que tous les autres points décriront des conchoïdes de ce même cercle. Considérons, en effet, d’abord un point M (fig. 13) situé sur l’axe du coulisseau. La longueur MI est constante, la ligne MI passe toujours par le point 0' : le lieu des points M est donc une conchoïde du cercle 0 0'. L’axe de symétrie est le diamètre 0 0', le nœud est en 0'. La courbe entière est décrite dans une révolution de l’arbre du tour; la partie extérieure et la partie intérieure correspondent chacune à l’une des deux révolutions que fait le point I pendant que l’arbre du tour en fait une. Lorsque le point M se confond avec le point I, la conchoïde se réduit au cercle 0 0' répété deux fois.
- Supposons maintenant le point sur la perpendiculaire menée par I à l’axe du coulisseau. On voit facilement (fig. lk) que la courbe décrite est encore une conchoïde du même cercle, mais disposée en sens inverse ; le nœud est en 0.
- Fig. 13. Fig. 14.
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- Soit, enfin, M un point quelconque, déterminé par l’angle ô et la distance MI (fig. 15).
- Le point P, où la ligne M 1 rencontre le cercle O O', est un point fixe, car l’angle constant ô a pour mesure la moitié de l’arc O' P. Le lieu des points M est donc une conchoïde du cercle O CP, dont le nœud est en P. On voit que le nœud est le même pour tous les points d’une même ligne droite passant par I; lorsque cette droite tourne autour du point I, le nœud se déplace sur le cercle O 0' d’un angle double, car
- ' 0' K P =2ê.
- Fig. 15.
- Il résulte de ce qui précède que tous les points situés à une même distance du point I décrivent des courbes égales, mais diversement orientées ; le lieu des nœuds de ces courbes est le cercle 00' ; chacun de ces nœuds correspond à deux points symétriques par rapport au point I.
- La normale au cercle décrit par le point I est le diamètre I R (fig. 16). Si on considère un point 0" de l’axe du coulisseau, infiniment voisin du point 0', ce point 0" décrit l’élément 0' 0", c’est-à-dire qu’il . se meut suivant l’axe du coulisseau, pendant un temps infini-/ / / / \)' \ nient petit; la normale à cette trajectoire rectiligne est la ° V-''*-—qui rencontre la première normale en R, sur le \ cercle 0 0'. Ce point R est le centre instantané de rotation du
- mouvement du coulisseau. Les lignes RI, R 2, R 3, R 4, etc., Fig. 16, ...
- qui joignent le point R aux différents points du coulisseau (ou de la section droite de la pièce à tourner), sont les normales aux trajectoires de ces points. On voit que, dans le mouvement du coulisseau, le centre instantané de rotation décrit dans l’espace la circonférence 0 0', avec une vitesse égale à celle du point I, puisque 0 K R = 0' K I, et en tournant dans le même sens.
- La longueur I R étant constante et égale à 0 0', le centre instantané de rotation décrira sur le coulisseau (ou sur la section droite de la pièce) un cercle T T' (fig. 17) ayant pour centre le centre I de la sec* T» Hon, et dont le rayon IR est égal au diamètre 0 0' du
- j \
- cercle 0 0'.
- Ceci va nous permettre de définir d’une nouvelle manière —A— / mouvement du coulisseau et de la pièce qu’il emporte.
- ; \ / Etant donnée une figure plane qui se meut d’une manière quel-
- conque dans son plan, si on détermine la trajectoire A du Fig 17 centre instantané de rotation sur la figure, et sa trajectoire B
- sur le plan, on sait que le mouvement de la figure pourra être obtenu en faisant rouler la courbe A, liée à la figure, sur la courbe fixe B. Dans le
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- cas qui nous occupe, le cercle T T' représente la courbe A, et le cercle O O' la courbe B. Il suit de là que la pièce à tourner se meut comme si elle faisait partie d’un cylindre de même axe qu’elle, dont le rayon serait égal à la distance O O', et qui roulerait sur un cylindre intérieur de diamètre O O'.
- Il suit de là aussi, et de ce qui précède, que lorsqu’un cercle TT1 roule sur un cercle intérieur fixe 00', de rayon moitié moindre, chaque point lié au cercle mobile décrit une conchoïde du cercle fixe. Cette propriété se démontre, d’ailleurs, directement d’une manière très-simple. Les points intérieurs au cercle mobile décrivent des conchoïdes à deux boucles, l’une intérieure, l’autre extérieure. Les points du cercle mobile décrivent des conchoïdes à une boucle, ayant leur point anguleux sur le cercle fixe. Les points extérieurs au cercle mobile décrivent des conchoïdes à une boucle, ayant leur point anguleux en dehors du cercle fixe.
- Les développements qui précèdent rendent compte de la nature des courbes décrites dans l’espace par les différents points de la pièce à tourner. Rien n’est plus facile, d’ailleurs, que d’observer pratiquement la forme de ces courbes : il suffit de fixer un crayon en un point quelconque du coulisseau, et de déterminer sa trace sur une feuille de papier fixe, placée perpendiculairement à l’axe du tour.
- Jusqu’à présent, je n’ai considéré que le mouvement des points de la pièce à tourner. Je vais examiner maintenant la nature du profil déterminé par l’outil ; ce qui importe surtout dans son emploi, et qui, par suite du double mouvement du coulisseau, est autre que le mouvement d’un point de celui-ci.
- Le tranchant de l’outil est un point fixe. Il s’agit donc, étant donnée une figure plane qui se meut dans son plan suivant la loi définie précédemment, de déterminer la courbe décrite sur cette figure mobile par un point fixe du plan. Pour cela, il faut chercher le mouvement relatif du plan par rapport à la figure, c’est-à-dire le mouvement du plan supposé mobile par rapport à la figure supposée fixe, et déterminer, dans ce mouvement, la trajectoire du point considéré dans le plan.
- On peut y arriver de la manière suivante. La droite 0 0r (fig. 12) appartient au plan fixe, et le mouvement relatif de ce plan, par rapport au coulisseau, est complètement défini par le mouvement relatif de la droite 0 O'. Or le mouvement du coulisseau est défini par les axes rectangulaires a b, m n, lesquels se meuvent en passant constamment par les points fixes 0 et 0'. Inversement, le mouvement relatif de la droite 0 0' s’obtiendra en faisant glisser ses extrémités sur les axes rectangulaires fixes a b et mn (fig. 18). Or on sait que tout point d’une pareille droite décrit une ellipse ayant I m et I « pour axes, et que tout point M lié à cette droite décrit également une ellipse ayant I pour centre, mais d’autres axes.
- On y parvient encore en complétant ce qui a été dit précédemment au sujet des deux courbes A et B, lieux des centres instantanés de rotation sur la figure mobile Tome III. — 75e année. 3e série. — Octobre 1876. 73
- Fi*. 18.
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- (courbe A) et sur le plan fixe (courbe B). On sait que le mouvement relatif du plan par rapport à la figure peut s’obtenir en faisant rouler la courbe B sur la courbe A supposée fixe. Dans le cas actuel, la courbe A est le cercle T T' (fig. 17), et la courbe B est le cercle O O'. Or, quand un cercle roule à l’intérieur d’un cercle fixe de rayon double, on sait que chaque point de la circonférence mobile décrit un diamètre du cercle fixe ; en outre, tout point lié au cercle mobile décrit une ellipse.
- Le profil déterminé par l’outil, quelle que soit la position de l’outil, est donc une ellipse.
- Ainsi, en résumé, la vitesse angulaire de la pièce montée sur le mandrin ovale est double de celle du tour, le mouvement du coulisseau produisant l’effet d’imprimer une seconde rotation.
- La courbe décrite par un point de la pièce à tourner est une conchoïde du cercle qui a pour diamètre la distance O O' des axes de rotation du tour et de l’excentrique circulaire.
- Le centre du coulisseau parcourt cette circonférence O O'.
- La pièce à tourner se meut comme si elle faisait partie d’un cylindre de même axe qu’elle, dont le rayon serait égal à la distance O O', et qui roulerait sur un cylindre intérieur de diamètre O Or.
- La courbe tracée par un outil fixe sur la surface du mandrin, est une ellipse, et non pas une courbe ovale de forme analogue seulement.
- Pour effectuer un bon travail, les directions de l’outil doivent varier en chaque instant, l’inclinaison et la vitesse de la pièce à travailler variant aussi. La détermination de ces derniers éléments peut permettre de construire un tour ovale self-acting, dans lequel le travail ne dépendrait pas de l’habileté de l’ouvrier, qui sait modifier en chaque instant la direction et la pression de l’outil. Nous renvoyons pour ce point au mémoire de l’auteur.
- Tours à équipages différentiels. — L’établissement d’une rosette spéciale pour toute courbe à obtenir, solution pratique du problème industriel lorsqu’il s’agit de reproduire des courbes déterminées, exige un travail préparatoire qui serait évité si des combinaisons de roues circulaires pouvaient suffire pour produire toutes les courbes : c’est le problème entrevu par la plupart des inventeurs, qui ont plus ou moins espéré produire avec leurs systèmes tous les tracés possibles, engendrer mécaniquement une foule de décorations artistiques, sans dépenses spéciales.
- Sans parler de la question théorique du tracé des courbes à l’aide de la règle et du compas, c’est-à-dire de mouvements rectilignes et de mouvements circulaires, nous rappellerons seulement qu’un système de roues dentées à axe mobile, en nombre indéfini, peut servir à tracer un nombre infini de courbes, ayant un nombre indéfini de boucles ou de saillies, mais appartenant toujours à une seule famille, celle des épicij-cloïdes circulaires. Si leur variété fournit des ressources suffisantes pour obtenir un grand nombre de tracés décoratifs, des éléments de petite étendue à peu près quel-
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- conques, ces courbes, ne comportant qu’une seule allure, sont tout à fait insuffisantes au point de vue de l’art.
- L’étude de ces systèmes, au point de vue cinématique, offre beaucoup d’intérêt : aussi nous croyons devoir la donner avec quelques détails, vu qu’elle est ignorée souvent même des habiles praticiens qui exécutent les œuvres les plus curieuses à l’aide du tour. .
- Les tours qui les utilisent comportent des roues dentées se mouvant d’un mouvement différentiel, dont les axes sont entraînés en même temps que tournent les roues qu’elles portent. Ils peuvent par suite servir, ainsi que nous venons de le dire, à tracer toutes les courbes épicycloïdales, des courbes ayant un nombre de nœuds ou de points d’inflexion déterminés par les rapports des nombres de dents.
- Mais revenons d’abord à l’intéressant historique de Poncelet. Il rapporte tenir de M. Séguier, aussi habile que savant dans toutes les questions de mécanique appliquée, que MM. Holtzappfel et Deyerlein, constructeurs de tours à Londres, avaient, en 1825, fait un excellent usage du support à chariot porte-foret des anciens tours, pour guillo— cher et sculpter, par des recoupements réguliers, variés à l’infini au gré de l’artiste, divers objets de tabletterie, au moyen d’outils trempés, de formes diverses, de tourets tournant avec vivacité sous l’action d’un cordonnet sans fin substitué à la manivelle motrice autrefois directement conduite à la main. JVlais ce qui distingue particulièrement ce nouveau genre d’outils des anciens et puissants tours à guillocher, c’est que l’équipage à chariot y est dirigé, orienté d’une manière précise et géométrique, par une règle à coulisse graduée, une vis micrométrique et un cercle ou plateau diviseur, qui, sous la main d’un intelligent artiste, lui permettent d’occuper toutes les positions obliques ou symétriques par rapport à la matière qu’il s’agit d’attaquer, montée elle-même sur un tour ou porte-objet ordinaire, et par là découpée en creux ou en relief, d’après des combinaisons fort remarquables mais également géométriques.
- D’ailleurs, cet instrument, nommé, improprement peut-être, tour anglais, avait été précédé ou suivi de quelques autres appareils ou mandrins excentriques analogues, proposés par J. H. Ibbetson, en vue de graver, buriner légèrement, sur différentes matières, des figures en ovales, en conchoïdes, en épicycloïdes, etc., entrecoupées, recroisées de diverses manières, et qui rappellent celles obtenues autrefois sur le tour excentrique ou les instruments traceurs de Lacondamine, de Suardi [plume géométrique), etc., chariots, on doit le dire, entièrement dirigés à la main, et dont M. Ibbet-son prétend avoir réalisé les combinaisons principales, de 1818 à 1820, pour s’opposer à la contrefaçon des billets de banque, mais qui, ayant été par lui communiqués en 1827 à MM. Holtzappfel etcomp., de Londres, auraient été ajoutés à leurs catalogues de tours d’amateurs.
- Mandrin excentrique. — Décrivons d’abord le mandrin excentrique simple.
- Sur un plateau de cuivre suffisamment épais sont fixés, au moyen de vis, deux
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- Fig. 20.
- bandes d’acier (fig. 19 et 20) guidant le mouvement de glissement d’un chariot portant
- une vis susceptible de prendre un mouvement de rotation, et conduit par un tenon que traverse une vis k dont l’écrou est monté dans le bord du plateau et qui détermine l’excentricité ; / est une plaque circulaire sur la circonférence de laquelle sont taillées des dents, et qui pourrait tourner si elle n’était maintenue en place par un cliquet et le ressort h ; en son centre est fixée la vis g, dont les filets servent à maintenir en place la pièce à travailler.
- Le rayon du cercle que produit sur la pièce ainsi montée l’outil situé sur le support du tour est la distance de sa pointe au centre a, et la succession de semblables circonférences dépend du mouvement du mandrin, succession en ligne droite si on fait agir la vis k, circulaire si on fait tourner /.
- Si donc on établit ce mandrin de manière à pouvoir mesurer le mouvement de progression de la vis, aussi bien que le nombre de degrés de rotation, on pourra tracer des cercles disposés, espacés à volonté, obtenir des figures variées par des successions, des intersections de cercles.
- Les cercles étant d’un diamètre constant tant que l’outil porté sur le support à chariot reste fixe, on voit que cette disposition permettra de former des parties circulaires d’un même rayon, en une place quelconque d’une même pièce, amenée sous l’outil au moyen de la vis et du plateau à cliquet (l’inventeur a adopté 96 dents), ou mieux du plateau divisé, conduit par une vis sans fin, par lequel le cliquet est remplacé. Ces successions de cercles ont dans l’industrie des emplois assez fréquents. Pour les déterminer, il suffit de fixer Y excentrique et le rayon; l’excentricité qui répond au nombre de tours de la vis du plateau excentrique, à partir du point où son centre correspond à l’axe du tour; le rayon déterminé par la vis qui fait avancer l’outil sur le support à coulisse monté sur le banc du tour, qu’on fait, en général, identique à la précédente, et également à partir de la position qui correspond à Taxe du tour.
- Lesaspects varient beaucoup avec les grandeurs de l'excentricité et du rayon, même quand leur rapport est constant. Donnons-en Flg’ 21 • quelques exemples.
- Fig. 21. Excentrité = 4 1/2. Rayon = 2. 24 cercles 4 divisions du plateau pour passer d’un cercle au suivant.
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- Fig. 22.
- Fig. 22. Excentricité = 5 1/8. Rayon = 11 3/4. 24 cercles.
- Fig. 23. Excentricité = 21 1/2. Rayon = 4 3/4. 96 cercles équidistants.
- Le mouvement rectiligne n’est guère employé que pour faire mouvoir le coulisseau verticalement ou horizontalement, et produire l’effet représenté fîg. 24.
- En montant un plateau semblable sur le nez du tour ovale, on obtiendrait de même des successions d’ellipses.
- Pour multiplier les effets décoratifs, il faut rendre continus les mouvements du mandrin.
- Ce procédé fournit, en effet, des ressources indéfinies pour la décoration, sans rosette spéciale, en permettant de disposer de toute la famille des courbes épicycloïdales. Telle est déjà la plume de Suardi, en réalité équivalente à un tour différentiel simple, le mouvement de rotation étant donné à la main dans cet appareil, devenu une espèce de compas à tracer les épicycloïdes. Nous l’analyserons ici pour rendre facilement compréhensible l’analyse des rotations qui s’effectuent dans les tours épicycloïdaux.
- Plume de Suardi. — Soit une roue fixe F de rayon R (fig. 25, p. 574), engrenant avec une roue M de rayon r. L’axe de cette dernière est porté par un bras A que l’on peut faire tourner à la main autour de l’axe de la roue fixe F ; à cette roue mobile est adaptée une barre IK, dans laquelle est pratiquée une rainure où l’on peut faire glisser un crayon ou un pinceau, dont on fixe la position à Fig- 24- l’aide d’une vis de pression. Si l’on fait
- mouvoir le bras A autour de l’axe fixe, dans le sens de la flèche /, la roue M engrenant avec la roue fixe tourne autour de son axe dans le sens de la flèche f ; et le point I décrit une épicycloïde extérieure, qui sera allongée, simple ou raccourcie, suivant que la longueur de la barre à partir du centre de la roue M sera supérieure, égale ou inférieure au rayon r de la roue mobile. Le nombre des dents de chaque roue étant
- Fig. 23.
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- nécessairement entier, la courbe décrite sera toujours une courbe fermée. Soit N le
- nombre des dents de la roue fixe, et n celui des dents de la roue mobile, le rapport de ces deux nombres, le même que celui des rayons des roues, réduit à sa plus simple expression, sera une fraction dont le numérateur exprimera le nombre de points de rebroussement de l’épicy-cloïde simple, de nœuds de l’épicycloïde allongée, de dépressions de l’épicycloïde raccourcie, tandis que le dénominateur indiquera le nombre de tours nécessaire pour revenir au point de départ. Ainsi, si le rapport est 3/5, l’épicycloïde aura trois points de rebroussement et il faudra 5 tours pour tracer la courbe entière (1).
- Au lieu de faire rouler la roue M extérieurement à une roue fixe F, on pourrait la faire rouler intérieurement, et l’on obtiendrait des épicycloïdes intérieures, allongées, simples ou raccourcies, suivant la position du traçoir sur la barre IK. Mais on peut
- obtenir le même résultat d’une autre manière, sans recourir à un engrenage intérieur. Il suffit d’interposer une roue auxiliaire entre les roues F et M de la figure précédente, ce qui retourne le mouvement du traçoir. Soit B (fig. 26) cette roue intermédiaire.
- Il est aisé de voir que les choses se passent T,. comme si le point I était lié à une roue mo-
- Jig. 26.
- bile qui aurait le même centre que M, mais qui roulerait intérieurement dans une roue fixe. Remarquons, en effet, que si N est le nombre des dents de la roue F, n celui des dents de la roue M, « la vitesse angulaire du bras OA, celle de la roue M autour de son axe, on a :
- L et / étant les longueurs des rayons des roues F e,t M, relation indépendante du nombre des dents de la roue intermédiaire. Cela posé, supposons que la roue M soit remplacée par une roue M' ayant le même axe, et un rayon r> assujettie à rouler dans l’intérieur d’une roue fixe F', ayant l’axe 0 et un rayon R. D’après la liaison des
- (I) Voy. au Dictionnaire des arts et manufacturée l’art. Courbes rpicycloïdaies, qui traite com jplétement cet»e questiou.
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- roues F' et M', on aurait, en appelant a" la vitesse angulaire de la roue M' autour de l’axe C,
- a
- a
- R
- r
- (2)
- La vitesse théorique a" étant égale à on doit poser :
- On doit avoir de plus :
- R — r z= d}
- (3)
- W
- en désignant par d la distance des deux axes de rotation. Des relations (3) et (4), on tire :
- R = d -, et v = d -,—-
- L — /
- l
- (3)
- Le mouvement du point décrivant 1 sera donc le même que si ce point était lié à une roue M', ayant le même axe que la roue mobile sur la barre, et qui roulerait dans une roue fixe F', ayant le même axe que la roue F, les rayons de ces deux roues ayant les valeurs indiquées par les relations (5). L’épicycloïde engendrée sera allongée, simple ou raccourcie, suivant que la longueur de la barre tournante sera supérieure, égale ou inférieure au rayon r de la roue M'.
- Cette disposition fournit, on le voit, un compas à ellipse en faisant en sorte que R = 2 7’, ce qui nécessite, d’après les équations ci-dessus, L = 2 L
- Disposé sur le tour, ou plutôt un système équivalent étant disposé sur celui-ci, l’appareil qui vient d’être décrit pourra évidemment servir à tracer toutes les courbes épicycloïdales simples, et sa multiplication à engendrer des courbes très-complexes.
- Mandrin géométrique. — Nous décrirons comme exemple de disposition de ce genre (fig. 27, p. 576) le tour très-complet construit par M. Plant, de Birmingham. M. Savory a publié un album des décorations qu’il obtient avec lui, dont nous reproduirons quelques exemples.
- On voit que le mandrin géométrique est formé de une, deux ou trois parties ; on n’en a pas employé plus, parce qu’il deviendrait trop lourd et trop embarrassant. Chaque partie consiste en un plateau à glissière semblable à celui du plateau du tour excentrique ; elle porte en son centre une grande roue dentée mue par un train de roues dentées ; le tout formant un plateau de tour excentrique self-acting.
- La grande roue de la première partie est mise en mouvement par une roue dentée montée sur une bande mobile saillante sur le plateau, et rendue solidaire avec celui-ci à l’aide d’une pointe qui entre dans un trou, absolument comme celle qui agit sur le
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- plateau d’une machine à diviser ; celte roue engrène avec une autre roue placée en arrière du plateau par le moyen d’une ou deux autres roues, et est attachée au pignon qui traverse le plateau porte-chariot ; à l’autre extrémité de ce pignon est adaptée une
- Fig. 27.
- autre roue dentée. Cette dernière roue peut être changée à volonté, et a le nombre de dents que l’on veut ; elle est dite roue-pignon de la première partie et donne le mouvement au train de roues qui met en mouvement la grande roue de cette première partie, par l’effet d’une roue fixe, concentrique avec l’axe du tour.
- Il est évident que quand on ne fait pas agir le système de roues, chaque rotation de l’axe du tour produit un cercle, dont le rayon est la distance de l’extrémité de l’outil au centre du tour, et la position en est déterminée par la quantité dont on a fait marcher, au moyen d’une vis saillante, le plateau mobile, c’est le mandrin excentrique simple ; quand le système agit complètement, on obtient des épicycloïdes, parce que
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- pendant que le tour a produit un mouvement circulaire, le chariot tourne d’un mouvement propre et produit le nombre de boucles pour lequel il a été disposé.
- Le second plateau qui sert à produire des épicycloïdales doubles, est mis en mouvement de la même manière ; c’est une roue intérieure montée sur le premier plateau, qu’on ne peut voir sur la figure, qui engrène avec la roue qui conduit le pignon de cette seconde partie. Le troisième est exactement semblable au second ; chacun d’eux consistant en une pièce glissante et un mouvement planétaire différentiel.
- Nous ne reviendrons pas sur le nombre de boucles et de points de rebroussement, qui dépendent des rapports des rayons des roues (voy. l’art. Épicycloïdales au Dictionnaire des arts et manufactures) ; nous dirons seulement qu’avec les roues toujours dans un rapport constant, les seules qu’emploie le constructeur, les courbes se formeront toujours, et par conséquent tout mouvement de rotation du tour donnera une courbe décorative, de nature variable avec les roues adoptées, et celles-ci étant constantes, avec le pignon primitif. Lorsque rien ne change que les excentricités, le rapports (art. précité) ne changeant pas, le nombre des boucles ou points de rebroussement ne changera pas, bien que, du reste, la courbe puisse se modifier considérablement dans son apparence, mais non dans sa nature. -
- Par suite de leur mode de formation, toutes les courbes formées sur le tour ont un centre, qui est le centre même du tour, et un axe de symétrie, ces courbes produites par des mouvements de révolution ne pouvant se former sans qu’une moitié soit symétrique et semblable à l’autrg.
- Les nombres de boucles des courbes sont déterminés par les rapports des rayons des roues, chacune d’elles ne pouvant être engendrée que par un tour complet du mandrin du tour; ainsi, si le premier plateau est monté pour produire une courbe à 72 boucles, son mandrin fera 72 tours pendant que la roue maîtresse en fera un ; si le second plateau est arrangé pour 36 boucles, le nombre de tours sera de 36 X 72 i s’il en est de même pour le troisième, il arrive à 36 X 36 X 72 = 93 312, combinaison qui n’a certes jamais été réalisée, qui exigerait beaucoup de temps et d’espace pour que les lignes d’une certaine épaisseur ne se confondissent pas.
- Dans le tour représenté fig. 27, et qui a servi à produire les dessins reproduits ci-après, les vis du chariot et du support sont toutes de 20 pas dans un pouce anglais et portent un index divisé en dixièmes et 1/2 de dixièmes; les excentricités et les rayons s’expriment en unités semblables.
- Le mandrin porte-objet est munie d’une roue à déclic, semblable à celle que l’on voit fig. 19 qui permet, quand une ligne est terminée, de la répéter en la faisant tourner de 1/4, 1/3, etc., de circonférence, de multiplier les répétitions de lignes circu-lairement, de les disposer autour du centre.
- Les mouvements épicycloïdaux pouvant toujours se ramener, en chaque instant, au roulement d’une circonférence sur une autre immobile, ayant son centre sur l’axe de rotation du tour, les centres instantanés de rotation se trouvant toujours aux points de
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- contact successifs des deux circonférences, le tracé obtenu répond au mouvement d’un point d’un cercle mobile traçant sur un plan fixe; il est le même que celui qu’un point fixe tracera sur le plan du tour, c’est-à-dire si le point traçant devenant fixe, le plan devenait mobile, prenait un mouvement angulaire inverse de celui du cercle roulant, n’ayant plus qu’un mouvement de rotation autour de son axe. On peut donc placer l’outil qui grave ou le crayon qui dessine les courbes, soit sur le support à coulisse, soit sur le chariot du tour; on emploie en effet les deux dispositions.
- Nous devons donner quelques exemples des résultats que l’on peut obtenir, et qui feront apprécier les ressources que peut fournir ce mode d’opérer; nous n’entrerons pas toutefois dans les détails dJexécution pratique, mouvements de progression de l’outil, déplacements sur le mandrin, etc., qui offriraient peu d’intérêt. Il est évident que le nombre des révolutions dépend des nombres de rouages et l’allongement ou raccourcissement des courbes, de l’excentricité. Nous donnerons seulement les valeurs extrêmes ou moyennes du rayon et de l’excentricité qui intervient ici, comme il a été dit pour le tour excentrique ; le fonctionnement des divers organes du tour se comprenant aisément.
- Le cliquet du mandrin permet de faire succéder les mêmes lignes avec une rotation angulaire, les variations du rayon, au moyen du chariot du tour, de faire varier les grandeurs en partant du centre ; les variations du chariot du mandrin et celles de l’excentricité permettent de modifier les rayons de courbure, le nombre des boucles ; enfin, une roue supplémentare peut transformer les convexités en concavités.
- Premier plateau seul.
- Fig. 28. Fig- 29.
- Fig. 30.
- Fig. 28. 2 boucles. Exc. = 10. Rayon = 9. Quatre déplacements par le cliquet.
- Fig. 29. 3 boucles. Extérieur : Exc. = 12. Rayon = 8. Intérieur : Excentricité =r 10. Rayon = 10. Celui-ci diminue de 1/2 par tour pour chaque courbe.
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- Fig. 30. 3 boucles. Extérieur : Exc. = 2. Rayon = 1. Intérieur : Exc. = 12. Rayon = 5, allant en diminuant successivement, avec roue de renversement.
- Fig. 31. 5 boucles. Excentricité = 18. Rayon = 2.
- Fig. 32. 5 boucles. Extérieur : Exc. = 17. Rayon = 3. Intérieur : Roue de renversement. Excentricité = 3. Rayon =.2. Diminution du rayon : 1/4 part tour.
- Fig. 31. Fig. 32.
- Ces exemples suffisent pour montrer les richesses du système à un seul plateau, qui fournit toutes les épicyclo'ïdes simples et permet de varier singulièrement les effets obtenus par des courbes du même ordre, comme le montrent les exemples reproduits ci-dessus.
- Deux plateaux.
- Fig. 33. Fig. 34.
- Avec deux plateaux, ce ne sont plus les épicycloïdes simples qui sont obtenues,
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- ARTS MÉCANIQUES. — OCTOBRE 1876.
- comme avec la plume de Suardi, mais des courbes bien plus complexes engendrées par la superposition de doubles rotations.
- Fig. 33. Premier plateau : Exc. = 8. Second plateau : Exc. = 4 1/2. Rayon = 4 1/4.
- Fig. 34. Exc. 1 := 6. Exc. 2 =: 12. Rayon = 3.
- Il nous faudrait le tour lui-même pour graver ces courbes ; avec son aide, elles se produisent en quelque sorte d’elles-mêmes, tandis que leur reproduction à la main est difficile et eût été presque impossible même, sans le secours de la photographie.
- Nous renvoyons donc aux albums de courbes obtenues ainsi, les exemples ci-
- dessus faisant apprécier la nature et la richesse des entrelacements de lignes que l’on peut produire avec cette machine et appliquer à bas prix sur les surfaces à décorer.
- Nous donnerons un seul exemple des courbes obtenues avec trois plateaux. Elles sont curieuses par la complexité des enroulements qui se produisent et qui nous paraît même trop grande pour qu’elles soient souvent utilisables pour la décoration industrielle.
- Trois plateaux.
- Fig. 35. Excentricité 1=2. Excentricité 2 = 3. Excentricité 3 = 20. Rayon =2.
- [La suite prochainement. )
- PARIS. — IMPRI.MER1E.de M'“e Ve BOCCHARD-IIUZARD, RUE DE L*ÉPERON- 5.
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- 95e année.
- Troisième série, tome III.
- Novembre 1896.
- BULLETIN
- DE
- Rapport fait par M. Baude, au nom du comité des arts mécaniques, sur un
- système de rames a effet renyersé de M. Charles Guillemot, quai des
- Grands-Augustins, 37, à Paris.
- Messieurs, il faut que je me hâte de dire, au sujet de l’invention qui vous est soumise, quelle n’est pas à l’usage des canotiers de profession ou des amateurs de ce noble exercice qui fait filer sur l’eau d’élégantes yoles à des vitesses vertigineuses. Dans ces légères embarcations l’aviron doit être d’une seule pièce, bras et pelle, plongeant dans l’eau ou en émergeant sous les légères inclinaisons qu’un habile rameur leur imprime. Celui-ci, d’ailleurs, n’a pas besoin de se guider; il obéit à l’œil du commandant qui tient le gouvernail.
- Mais il n’en est pas de même pour les manœuvres du pesant bachot à fond plat, manœuvré par un homme qui, ayant le dos tourné h l’avant pour donner son coup de rame par la force combinée des reins et des talons, ne voit pas où son impulsion le conduit.
- Pour remédier à cet inconvénient, et pour que le rameur voie devant lui, M. Guillemot a séparé par deux engrenages demi-circulaires les deux par-' ties de la rame, qu’on appelle le bras et la pelle. Ainsi donc, quand le rameur tire la rame à lui, la partie plongeante fait marcher le bateau dans un sens opposé. et, dès lors, l’œil du nautonnier est fixé sur l’endroit vers lequel il veut se diriger.
- Cet engrenage double, réuni dans ses parties par une plaque en cuivre, se fixe sur le bordage du bateau au moyen de deux saillies qui entrent dans les
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- deux douilles de la plaque. Il y a un jeu qui permet de faire plonger les rames; mais elles frappent l’eau d’une façon verticale, ce qui ne ferait pas l’affaire des rameurs aristocrates dont nous avons parlé en commençant.
- Toutefois, on reconnaîtra que, pour les chasseurs qui guettent le gibier sur l’eau, que pour le propriétaire qui dirige son bateau vers un point donné de la berge ou de la rive opposée, il importe de voir ou l’on va, et, sous ce rapport, le petit appareil que nous mettons sous vos yeux et reproduit d’après le modèle en grand déjà placé sur un bachot par M. Guillemot, a bien son mérite.
- • Les bachots sont, en général, assez négligés, comme tout objet dont on se sert habituellement et qu’on a sous la main. Mais l’appareil qui donne à la rame un effet renversé ne semble pas devoir exiger d’autre entretien que celui d’être huilé de temps à autre.
- Votre comité a donc pensé, Messieurs, qu’il pouvait être utile à plusieurs de prêter la publicité du Bulletin aux rames à effet renversé de M. Guillemot. Il vous propose de faire insérer le présent Rapport, en remerciant d’ailleurs M. Guillemot de sa communication.
- Signé Baude, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 5 mai 1876.
- ART DES MINES.
- NOTE SUR LE NICKEL EXTRAIT DES MINERAIS DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE ,
- PAR MM. PAUL CHRISTOFLE ET HENRI BOU1LHET, MEMBRES DU CONSEIL.
- En 1867, M. Garnier, ingénieur civil des mines, a publié un essai sur la Géologie et les ressources minérales de la Nouvelle-Calédonie. Ce travail fut le résultat d’une mission dont l’avait chargé M. le Ministre de la marine, en 1863.
- Dans cette note, à propos de son étude sur les éruptions magnésiennes de Koé et du bassin de la Dumbéa, il a signalé la présence du nickel pour la première fois en Nouvelle-Calédonie dans les termes suivants :
- « Voici les particularités offertes par cette contrée : d’abord, à l’en-« droit ou la rivière de Dumbéa sort d’une vallée, profondément encaissée « dans les montagnes de l’intérieur, pour circuler dans la plaine de Koé, se « dresse le pic de Latouchetéré, qui n’est autre chose que le quartz hyalin,
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- « accompagnant ordinairement les argiles magnésiennes, qui a pris ici les « proportions d’un énorme filon; entouré d’argiles, ce quartz est souvent « cristallisé, avec des enduits verts à sa surface, qui paraissent dus à du « nickel, dont nous allons signaler la présence dans plusieurs des roches de « ces parages.
- « La rivière de Dumbéa, les ruisseaux, ses affluents, qui arrosent la « plaine de Koé et plus particulièrement celui qui met en mouvement la « roue hydraulique de l’usine de M. Joubert, contiennent tous dans leurs « lits, avec abondance, le silex caverneux, cloisonné, qui accompagne ordi-« nairement les argiles magnésiennes; mais ici, les cavités de la roche sont « remplies de silicates magnésiens, fortement imprégnés d’une substance « nickélifère verte, qui les colore et que, jusqu’à ce jour, on avait prise « pour un certain état du chrome qui, d’habitude, est abondant dans le « quartz lui-même; M. Jannettaz a constaté la véritable nature de cette « coloration.
- « Le nickel se rencontre aussi dans les mêmes conditions accompagnant « des serpentines noirâtres, avec nodules de matières vertes; à Kanala, le « nickel se montre encore colorant fortement un silicate magnésien.
- « Il sera d’un haut intérêt d’étudier plus complètement les gisements du « nickel en Nouvelle-Calédonie et de voir si l’industrie ne saurait point y « tirer parti de ce métal, dont le prix, comme on sait, est assez élevé, et dont « l’emploi, cependant, offre tant d’avantages dans certains cas. De prime « abord, à cause du mélange intime du nickel au silicate magnésien, on « pourrait dire que le traitement en grand de ce métal s’opérerait plus faci-« lement par voie humide. »
- M. Garnier signale ensuite dans ses travaux les autres points de l’ile où la roche magnésienne présente le même caractère.
- Jusqu’en 1873, ces indications n’ont pas été suivies de travaux ni de recherches sérieuses mais la hausse exagérée du nickel de 1872 a naturellement ramené l’attention sur les minerais de ce métal, et des prospecteurs de mines australiens sont venus, et se sont mis à la recherche de gisements exploitables. Ils ont réussi, et d’importants chantiers[d’extraction ont été ouverts.
- M. Garnier, dans une récente communication à l’Académie, a signalé l’importance de ces gisements et de l’exploitation à laquelle ils avaient donné naissance. Il a rappelé ses travaux de 1863 et l’étude que le professeur Liversidge, de l’Université de Sydney, et le professeur Dana, des États-Unis,
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- avaient faite de ce minérai, auquel ils avaient donné, d’un commun accord, le nom de Garniérite.
- Il a pensé que, malgré son analogie avec la pimélite et la genthite, ce nom pouvait lui être conservé, à cause de quelques caractères particuliers que présente le minerai de nickel de la Nouvelle-Calédonie.
- En effet, la pimélite est un silicate d’alumine, de magnésie et d’oxyde de nickel, qui y entre pour 15 à 25 pour 100.
- Sa composition est variable; sa couleur d’un beau vert, d’un éclat gras à cassures écailleuses ; il est accompagné de chrysoprase et se trouve dans le Furstemberg en Silésie.
- La présence de l’alumine dans la pimélite, qui y entre pour  à 5 pour 100, différencie ce minéral de la garniérite, dans lequel l’alumine ne s’est pas encore rencontré jusqu’ici; c’est du moins ce qui résulte de toutes les analyses que nous avons faites sur les échantillons à notre disposition.
- La genthite ou nickel gymnite est aussi un silicate de magnésie.et de nickel.
- Elle se trouve avec le fer chromé dans la Pensylvanie, la Caroline du Nord, au Texas, mais, jusqu’ici, en petite quantité; elle est en tous points semblable à la variété de garniérite compacte qui contient 20 pour 100 de nickel; seulement elle est plus riche et contient 25 pour 100 de nickel,
- Le minerai de la Nouvelle-Calédonie est aussi un hydrosilicate de magnésie et de nickel. La proportion de ces deux bases y est très-variable.
- Ses caractères extérieurs sont cependant les mêmes : même couleur verte, même éclat gras, onctueux au toucher et cassure écailleuse.
- Quoi qu’il en soit, et quelque nom qu’on lui donne, ce nouveau minéral se trouve en Nouvelle-Calédonie en quantité notable et au milieu de roches serpentineuses très-abondantes dans différentes parties de l’île.
- Les échantillons que nous avons eus à notre disposition sont de teneur très-variahle en nickel. Leur aspect permet de les ramener à trois types bien distincts :
- Un hydrosiUcate vert-émeraude compact et dur, contenant 18 à 20 pour 100 de nickel et 5 pour 100 d’eau et inattaquable aux acides ;
- Un hydrosilicate vert-jaunâtre plus friable, contenant 12 à 15 pour 100 de nickel et 10 à 15 pour 100 d’eau ;
- Un hydrosilicate bleuâtre très-friable et facile à écraser, même sous le doigt, ne contenant plus que 6 à 8 pour 100 de nickel et jusqu’à 20 pour 100 d’ eau. Ces deux derniers sont attaquables aux acides.
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- La composition moyenne de ces minerais peut se résumer par l’analyse
- suivante :
- Eau.................................... 22
- Silice. ...............................• 38
- Peroxyde de fer......................... 7
- Protoxyde de nickel................... 18
- Magnésie............................... 13
- 100
- La quantité de fer contenue est assez considérable. Mais le fer que l’analyse indique s’y trouve à l’état d’oxyde ou de silicate interposé sans y être combiné.
- Le fait le plus important à considérer, au point de vue de la métallurgie, c’est que ce minerai ne contient ni soufre, ni arsenic.
- Nos relations avec la Société foncière calédonienne, dont l’activité développe d’une manière si heureuse les richesses du sol de la colonie, nous ont permis d’obtenir une quantité suffisante de ces minerais pour monter une usine d’essai et chercher le meilleur traitement à y appliquer.
- Aujourd’hui que nous sommes arrivés à un ensemble de procédés qui nous donne toute satisfaction, nous avons pensé qu’il était utile de présenter le résultat de nos travaux et les travaux obtenus.
- Le nickel extrait de ces minerais, et dont nous présentons des échantillons, a été obtenu par deux procédés. L’un, par voie humide seule, l’autre par un procédé mixte de voie humide et de voie sèche. Tous les deux sont d’excellente qualité, et le nickel, réduit par voie humide, présente cette particularité remarquable, qu’il s’écrase sous le marteau sans se casser, ce que nous n’avons jamais pu obtenir, soit avec le nickel réduit en grains des Anglais, soit avec le nickel réduit en cubes des Allemands.
- A l’analyse, ce métal titre 98 pour 100, et nous avons même obtenu des échantillons à 99,5 pour 100.
- Voici, d’après M. Riche, qui a bien voulu contrôler nos analyses, la composition de ces deux nickels :
- NICKEL RÉDUIT PAR VOIE HUMIDE. NICKEL FONDU PAR PROCÉDÉ MIXTE.
- Nickel............. 97,75 Nickel............... 98,00
- Silicium......... 0,54 Cuivre............... 0,50
- Charbon. . . ..... 1,25 Silicium. . .......... 0,13
- Manganèse.......... 0,36 Fer.................. 1,60
- 99,90 100,23
- Nous présentons également des alliages en plaques cubiques à 50 pour 100
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- ARTS MÉCANIQUES. — NOVEMBRE 1876.
- de nickel et 50 pour 100 de cuivre, alliage recherché par l’industrie à cause de la facilité qu’il présente pour la refonte et la combinaison des alliages de maillechort.
- Nous présentons enfin du maillechort à 15 pour 100 de nickel pur. Ce dernier alliage est remarquable par sa malléabilité, son homogénéité et sa blancheur. Nous l’avons laminé à toutes épaisseurs, même en feuilles minces de 5/100 de millimètres; nous l’avons étiré en fils de tous diamètres; il s’est comporté d’une manière remarquable, ainsi que le prouvent les échantillons soumis à la Société.
- Nous en avons fait des couverts, des pièces d’orfèvrerie estampées, re treintes, repoussées, qui montrent toute la valeur de cet alliage à 15 pour 100, au point de vue industriel, ainsi que les qualités du nickel extrait des minerais de la Nouvelle-Calédonie qui, dans tous ces essais, nous a paru mieux se comporter que le nickel européen.
- Nous ne voulons pas terminer cette Note sans remercier notre chimiste, M. Herpin, et notre ingénieur, M. Coste-Floret, dont le concours nous a été précieux pour la mise en pratique des procédés nouveaux que nous avons imaginés pour extraire le nickel de ses minerais calédoniens.
- ARTS MÉCANIQUES.
- SUR LES TOURS COMPOSÉS ET MACHINES A GRAVER ET A SCULPTER,
- PAR M. CH. LABOULAYE (1).
- Machines à graver.
- La machine dont nous venons de parler est, en réalité, moins un tour qu’une machine à graver. En effet, le caractère principal du tour est d’agir sur un corps auquel on imprime un mouvement de rotation, tandis que, ici, on est naturellement conduit à rendre celui-ci fixe sur le support, pour placer sur le système en mouvement l’outil traceur, ce qui est le caractère des machines à graver. On ne peut, en effet, que difficilement obtenir des tracés délicats avec des pièces d’un poids notable et de nombreux ajustements, des plateaux glissants. Au contraire, en redressant, en quelque sorte, le tour, en employant un axe vertical et des rouages légers, de la nature de ceux de l’horlogerie, on pourra faire fonctionner rapidement l’outil traceur sur la surface hori-
- (1) Voy. Bulletin de 1876, cahier d’octobre, p. 557.
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- zontale placée sur un support, sur lequel elle peut être mue. C’est ainsi que le tour ovale donne des conchoïdes de cercle, ainsi qu’il a été expliqué.
- Telle est l’élégante machine à graver due à M. Barrère (voy. pl. 51), et dans laquelle le mouvement des roues produit des courbes épicycloïdales à boucles multiples, et la pierre lithographique mue à volonté, circulairement, elliptiquement, se déplace de manière à disposer ces lignes en raison des applications qu’on peut en faire dans le commerce. Comme il a été déjà dit, cette curieuse machine approche beaucoup des limites de ce qu’il est possible d’obtenir des machines à graver, sans rosette spéciale, c’est-à-dire, non pas remplacer le travail du dessinateur, mais mettre à sa disposition une espèce de kaléidoscope fournissant des fonds teintés, des enroulements de courbes à boucles, etc., toutes sortes de combinaisons susceptibles d’une foule d’applications industrielles, mais ne s’écartant jamais de la famille des épicycloïdes circulaires. (On trouvera h la fin de cet article la légende descriptive de cette machine.)
- La petite et élégante machine à graver que ce constructeur a cherché à introduire dans les ateliers de lithographie, de gravure, etc., construite un peu différemment de la précédente, sert à volonté à graver sur pierre ou sur cuivre des lignes parallèles, droites ou ondulées, des figures de médailles, des bordures à entrecoupements microscopiques, etc.
- Pour la caractériser en deux mots, il suffira de dire que le corps de cette machine, établi au-dessus du mandrin horizontal d’un tour, rendu à volonté fixe, ovale ou excentrique, comprend la plateau ordinaire à chariot, pouvant devenir porte-modèle ou bas-relief, le chariot porte-touche et outil, ainsi que leurs équipages accessoires ou moteurs, le tout monté sur des rails à coulisses transversales fixes, et accompagné latéralement d’un petit équipage à roues dentées de rechange, faisant mouvoir horizontalement, au sommet, un bouton d’excentrique qui, au moyen d’un système de tringles et de bascules de renvoi, transmet à l’équipage même du porte-outil le mouvement destiné à produire les vignettes, etc.
- Il importe d’insister sur la disposition du plateau qui, en permettant de répéter les courbes en ligne droite, circulairement ou elliptiquement, fait naître des cadres convenables pour cartes, billets à ordre, dessins, etc.
- Au dernier degré possible, la machine à graver, sans rosette spéciale, se ramène à la solution du problème des courbes, qui peuvent être tracées avec la règle et le compas; elles se trouvent avoir, par suite, une connexion directe avec les machines à calculer possibles théoriquement. Il devait en être ainsi, puisque, dans les deux cas, il s’agit d’une courbe ou d’une fonction à deux inconnues, ce qui est la même chose, à représenter avec des rouages et des crémaillères.
- Ce que nous avons établi sur la limite de la puissance de ces dernières est donc applicable aux machines à graver sans rosette, et montre que l’on pourrait obtenir d’autres courbes. Les losanges Peaucellier, les ressources qu’offrent les systèmes articulés pour tracer les courbes, pourront permettre d’étendre leur domaine.
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- Revenons à Fhistorique de Poncelet et l’étude des machines à graver, employant des rosettes spéciales, ce qui est le cas général.
- L’Américain Perkins, à qui l’on doit, après Gingembre, les moyens de reproduction indéfinie des matrices ou clichés en acier des billets de banque, devait se servir de quelque procédé analogue au tour anglais pour y graver des figures en lignes continues et recroisées, telles qu’on peut en obtenir sur le tour au guillochis ; mais le caractère essentiellement géométrique de ces lignes, plus ou moins déliées et d’une certaine étendue, n’ayant pas semblé offrir une garantie absolue ou suffisante contre le talent d’imitation ou de reproduction de quelques dessinateurs exceptionnels, dont la main et le coup d’œil acquièrent, à la longue, un sentiment instinctif de la continuité et de la courbure des lignes, c’est précisément ce qui a donné à M. Grimpé, et à d’autres artistes habiles, l’idée des figures étoilées polygonales, à angles vifs et d’une petitesse microscopique, pour la fabrication des papiers de sûreté, ce qui entraîne l’emploi de rosettes correspondantes à chaque figure demandée. Ce sont aussi ces figures, obtenues par des procédés et dans des degrés de précision divers, que le mécanicien Barrère, à Paris, depuis l’époque où s’ouvrait le concours relatif à cette frabri-cation, a tenté de produire, d’une manière plus parfaite encore, sur la pierre lithographique et sur l’acier, à l’aide d’une charmante et délicate petite machine dont les produits ont figuré à l'Exposition française de 1849.
- La machine de M. Barrère, destinée à produire des fonds inimitables, constitue un véritable tour automate, dont l’arbre vertical, à fourreaux ou manchons emboîtés les uns dans les autres à diverses fins, porte, vers le bas, une aiguille de centrage très-déliée, et, vers le milieu de sa hauteur, des roues d’angles motrices que conduit un mécanisme d’horlogerie, à roues d’échappement et mentonnets de rencontre, trop complexe pour en donner ici même une simple idée, mais dont le but spécial est de mettre en action, par un renvoi de bascules et de tringles, les divers organes de la machine : telles sont, notamment, et les rosettes à fourreaux-enveloppes de l’arbre central, destinées à faire mouvoir extérieurement les touches, et les pantographes de réduction à ressorts-repoussoirs, qui font aller, à leur tour, les quatre aiguilles fixes à pointes diamantées et inclinées, traçant sur le vernis de la plaque d’acier ou cliché h graver autant d’étoiles microscopiques, groupées symétriquement autour de chacune des positions relatives et distinctes données à l’aiguille directrice ou centrale, je veux dire au mécanisme entier de l’équipage, susceptible de prendre automatiquement et successivement diverses positions parallèles aux côtés rectangulaires de cette même plaque immobile sur la plate-forme d’un tour ovale ou excentrique, munie, en outre, de diviseurs universels fonctionnant d’une manière également automatique.
- L’ensemble de cette délicate machine, aussi bien conçue qu’exécutée, et dont les multiples combinaisons constituent un véritable tour de force mécanique, est le fruit de dix années de persévérants efforts pour la production de figures étoilées, de bordures régulières vraiment identiques, mais, par cela même, d’une imitation pour ainsi
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- dire impossible. C’est, si l’on veut encore, le dernier mot d’une série d’ingénieuses tentatives pour améliorer le système des machines destinées à la gravure des billets d’échange ou de commerce, et dont M. Barrère avait, avec une louable perfection, précédemment fabriqué des modèles pour les graveurs des banques du Brésil, de Constantinople, de Madrid, etc.
- On doit remarquer, dit Poncelet, que le point de départ réel des anciennes machines à graver est dans l’appareil à châssis vertical rectangulaire, porte-plaque ou objet, doublement mobile dans des coulisses perpendiculaires entre elles, à orientations diverses autour de son centre, et dont les artistes tourneurs, Bergeron notamment, reportent la première idée aux académiciens de Lahire, de Lacondamine et Dufay, mais qu’ils nomment machine carrée, peut être aussi parce que la plaque à buriner au guillochis, contenue par des vis de serrage dans un châssis en fer pareil à celui des formes d’imprimerie, est animé de ce double mouvement rectangulaire avec ce châssis ou coffre, dont le fond plat peut, comme dans le tour à ovales, prendre diverses inclinaisons autour de l’axe d’une roue dentée et graduée, remplissant la fonction de cercle diviseur. Cette roue, ce châssis, sont, pour cette fin, montés sur un plateau vertical en bois, véritable chariot ou traîneau à coulisses horizontales, montées sur un second plateau lui-même à coulisses verticales, le long desquelles il est élevé, au moyen d’une vis à manivelle, traversant un chapeau supérieur, tandis que le précédent est soumis, d’une part, à l’action horizontale d’un ressort repoussoir, d’une autre, à celle d’une touche à pointe mousse, qui, en s’appuyant contre les ondulations d’une réglette verticale parallèle au côté correspondant du chariot porte-châssis ou objet, imprime à celui-ci, pendant son ascension, un mouvement horizontal oscillatoire en face de l’outil traceur ou burineur, monté sur un support à coulisse et vis de serrage, immobile au-dessus d’un établi solide servant aussi de point d’appui à la machine.
- Ce lourd équipage, à double plateau vertical et glissant, d’ailleurs soulagé dans son ascension par un contre-poids à corde et poulie de renvoi, est, comme on voit, fondé sur le principe des anciens tours à mandrin mobile et outil fixe. Employé autrefois principalement à guillocher les surfaces planes des tabatières, des bottes de montre et objets similaires, il ne tarda pas à l’être à la gravure en taille-douce des planches de cuivre pour l’impression des étoffes peintes : gravure qui, née en France ou en Suisse, fut bientôt étendue, perfectionnée dans ses applications aux manufactures de l’Angleterre. Malheureusement la’2e édition du Manuel de Bergeron, publiée peu après l’époque où s’opérait une si utile transformation, ne contient sur ce sujet que des indications fort vagues, et tout à fait insignifiantes, dans les sections m et iv du chapitre VIII (p. 113 à 423), où, en donnant dans la planche 511 un spécimen de ce que, en 1816, l’on savait faire de mieux en ce genre au moyen du tour â guillochis et de la machine carrée9 le texte nous apprend que l’auteur de cette planche, feu Collard, l’un des artistes guillocheurs les plus distingués d’alors, en avait obtenu
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- des figures gravées directement sur le cuivre par des procédés divers, dont le plus remarquable était, sans contredit, celui de la figure 16, destinée à représenter deux têtes en bas-reiief, au moyen de tailles, de traits également fins, ondulés suivant la forme et la saillie du modèle. Ce procédé, purement mécanique, est indiqué par Collard même en ces termes : « Le profil, fig. 16, se fait sur la machine carrée au « moyen d’une vis de rappel adaptée au porte-touche et divisée comme la vis de « rappel du support. En faisant avancer la touche sur une médaille mise en place de « la règle et dans la même proportion que l’outil qui coupe, on peut couper en taille-« douce toute sorte de sujets. Non-seulement ce moyen est propre à figurer le plan « des sujets qu’il représente, mais il a l’avantage de figurer les bas-reliefs par l’ïllu-« sion des effets de la lumière. »
- Il est évident qu’ici Collard entend parler d’une machine restée inédite, d’une constitution fort simple, dont l’outil et la touche marchaient automatiquement, et non pas de la machine carrée que Bergeron avait précédemment (1793 à 1796) décrite dans la première édition du Manuel. Cela, joint au peu d’encouragement commercial que ce genre de produit reçut avant ou après l’édition de 1816, explique comment la gravure en taille-douce d’après le relief, improprement nommée aujourd’hui gravure numismatique, est demeurée en oubli pendant plus de quinze années, au bout desquelles l’apathie du public et des artistes fut enfin stimulée chez nous par le succès des Américains et des Anglais dans ce nouvel art, qui, sauf le perfectionnement des outils et du mécanisme des machines, ne paraît pas avoir subi des modifications bien essentielles.
- Quant à l’ancienne et soi-disant machine carrée, réduite au simple rôle de buriner des lignes droites ou ondulées sur des plaques de cuivre, elle ne pouvait être préférée parles graveurs en taille-douce à l’ingénieux et léger instrument imaginé en 1805 par Conté, réalisé par Gallet, pour l’exécution des planches du grand ouvrage sur l’Egypte, dont les ciels, les eaux, les faces de monuments, exigeaient le tracé d’une multitude de lignes droites ou ondulées équidistantes, à écartements et finesse gradués ; instrument constitué d’une simple équerre en cuivre à deux branches, dont l’une, dirigée par une vis à cadran et aiguille micrométrique, marche parallèlement à l’un des côtés de la table, tandis que l’autre chemine perpendiculairement, munie d’un chariot à coulisse portant, selon les cas, ou le diamant pour enlever légèrement le vernis à la surface de la planche exactement maintenue, ou la pointe sèche à ressort pous-seur pour entamer le métal à la profondeur voulue, ou enfin la molette à lignes ondulées, bientôt remplacée, à moins de frais, par une réglette en cuivre servant à diriger le porte-outil du chariot; réglette aujourd’hui fabriquée expéditivement et avec beaucoup de précision au moyen d’une petite machine automatique, dont la fraise, et le porte-outil tournant exécutent des révolutions très-rapides en face de plusieurs de ces lames superposées, serrées entre les mâchoires d’un chariot à coulisse mené, horizontalement et transversalement à la fraise, par une longue vis, dont l’exécution a besoin
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- d’être parfaite pour la succession régulière et identique des diverses branches sinusoïdes des lames, variables à l’infini de formes et de proportion, au moyen d’un compteur servant à régler les avancements du chariot, etc.
- On rappellera ici le caractère de précision que M. Perreaux a su apporter à sa machine à graver de l’Imprimerie nationale, dont il a disposé le mécanisme de manière à pouvoir; au besoin, obtenir très-facilement, par le tracé de l’outil mobile, la représentation en plans, des bas-reliefs, que d’autres avaient depuis longtemps tentée avec succès d’après l’ingénieux système de Collard. Ce système, de même que l’instrument traceur de Conté et ses dérivés immédiats, ne constituaient pas, en eux-mêmes, des machines automatiques, et il faut remonter à l’époque de 1830 à 1832 pour les États-Unis d’Amérique ou l’Angleterre, et à celle de 1833 et 1834 pour la France, afin de retrouver la trace, si longtemps perdue, des anciens travaux de Collard; travaux que M. Collas a remis en honneur chez nous dans l’importante publication du Trésor de numismatique, ouvrage où les médailles sont imitées par la taille-douce avec une vérité d’expression, une dégradation de nuances et de tons généralement admirées des amateurs, qui, s’attachant exclusivement au résultat final et artistique, s’inquiètent assez peu de savoir si les figures tracées au diamant ont reçu, après coup, des retouches au burin, des applications d’ombres par l’approfondissement de certains traits à l’eau-forte, ni même si elles n’ont pas subi une légère déformation résultant du déplacement général des saillies du relief, de la droite vers la gauche, ou de la gauche vers la droite, etc., selon le sens même dans lequel s’effectue l’opération mécanique qui, en réalité, consiste en un rabattement de diverses tranches parallèles du relief ou profils perpendiculaires au fond plan de la médaille. Dans toutes les machines en usage, celle-ci marchant parallèlement à elle-même et de quantités égales sous l’action intermittente d’une vis à pas micrométrique, est, en effet, parcourue à chaque fois, transversalement et rectilignemen-t, par une touche à pointe mousse et ressort-pousseur dont les alternatives d’abaissement ou d’élévation, le long du relief, mettent en jeu un système de tringles, de bascules à leviers coudés oscillant, tournant autour de leurs axes d’appui respectifs; alternatives elles-mêmes transmises dans le plan horizontal, au moyen de cordons, au porte-fourreau du burin, à pointe diamantée traçante, placé à l’autre bout de l’appareil, où il décrit une série correspondante de lignes ondulées sur la planche à graver, qui, à son tour, marche parallèlement, de quantités proportionnelles en longueur à la réduction, au moyen de deux crémaillères et d’un pignon intermédiaire convenable, tandis que le mouvement convenable pour chaque passe est déterminé par deux vis micrométriques à déclic et rochet, mises en harmonie à chaque va-et-vient du chariot porte-touche.
- Dans le système anglais qu’indique l’ouvrage si connu de M. Babbage, la médaille et le cuivre à graver, mus toujours et respectivement de quantités égales et parallèles, étaient placés dans des plans différents, rectangulaires entre eux, et l’opticien John Bâte, de Londres, s’était, à ce qu’il paraît, dès 1831, créé une méthode pour éviter
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- les inconvénients résultant d’une trop grande saillie du relief. Mais, d’après le peu qu’en dit le savant professeur de l’université de Cambridge, rien ne prouve qu’il s’agit là d’autre chose que d’un procédé restreint de correction obtenue par un tâtonnement tel que l’expérience en suggère aux artistes habiles, et ressortant des moyens mêmes fournis par la marche de l’outil ou de la touche à inclinaison variable dans cette sorte de machine. Ce qui tendrait à le prouver, c’est, d’une part, que M. Freebairn a publié, en 1840, c’est-à-dire huit ans après l’apparition de l’ouvrage ci-dessus, une grande carte, topographique représentant le relief des Pyrénées, et qui, exécutée d’après les procédés de M. Bâte, paraît offrir encore partiellement le caractère de déformation dont il vient d’être parlé; d’autre part, c’est que M. Babbage n’a pas cru superflu d’indiquer un moyen d’atténuer, dans un rapport variable, les trop grandes saillies du relief ou des tranches rabattues, tout en insistant sur d’autres modes de représentation, qui consistent, soit dans un système à pantographe où la largeur des traits, renfoncement du burin, varieraient proportionnellement aux saillies du modèle, soit dans la reproduction du relief, au moyen de tranches planes horizontales et équidistantes, d’après le principe des ingénieurs topographes.
- Toutefois, il semble qu’on obtiendrait encore plus de chances de succès, si l’on substituait au système des tranches horizontales, dont il vient d’être parlé, la projection, sur le plan qui sert de base au relief, de tranches également équidistantes, niais inclinées toutes d’un même angle approprié à la saillie et à la nature des objets. Sauf, en effet, les difficultés d’exécution mécanique, les résultats d’une telle méthode, déjà anciennement soumise à des essais purement graphiques par un ingénieux et savant professeur de dessin aux Ecoles de services publics, M. Bardin, de tels résultats seraient particulièrement aptes à représenter les ondulations du relief des corps, en évitant cette déformation, ce déplacement apparent de leur ensemble, qui, pour les médailles à saillies un peu prononcées, mais surtout pour les objets d’ornement à formes régulières ou mathématiques, devient intolérable dans le système ordinaire de la gravure dite numismatique, où le resserrement naturel des lignes du dessin dans la descente de la touche, et leur écartement dans son ascension sur les parties en relief, donnent lieu à une opposition naturelle cl’ombre et de lumière d’un effet vraiment merveilleux, quand il s’agit de formes irrégulières dont les altérations sont peu sensibles, surtout hors de la vue du modèle.
- Quant à la machine réalisée en 1833 par M. Collas, elle se distingue des précédentes à plans rectangulaires en ce que le bas-relief et la planche à graver sont mobiles aussi parallèlement, de sens contraires, sur un plan horizontal formant le dessus d’une table solide surmontée de la barre à coulisse fixe, dont le chariot à va-et-vient entraîne parallèlement les équipages de la touche et du burin; ce qui amène, pour tous les cas, une très-grande simplification dans le jeu des divers organes mis en action, d’un côté par une manivelle, d’un autre par l’appareil à rochet et divisions conduit à la main. Cette machine comporte d’ailleurs des moyens non moins simples
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- de soulever le poinçon aux retours du chariot, et de faire varier, entre certaines limites, et l’inclinaison du porte-touche ou des tranches planes du relief, et la proportion des saillies ou ordonnées de ces tranches par rapport à celles qui les représentent sur le dessin : un simple déplacement des porte-touche et burin sur le levier à bascule qui règle les excursions, permet ainsi de changer à volonté le mode de représentation du relief par le rabattement, le transport parallèle de ses tranches.
- D’un autre côté, M. Barrère, adoptant le système ancien à deux plans rectangulaires conduits, parallèlement à leur intersection commune, par des vis à action intermittente, graduelle et solidaire, l’un, horizontal, portant la planche ouïe marbre à graver, l’autre, vertical, portant la médaille ou sa copie, M. Barrère, dis-je, imitant en cela le système des petites planeuses de Whitworth à fourche oscillante que conduit un bouton de manivelle à curseur, imprime au chariot à coulisses horizontales soutenant à la fois la touche et le burin, un retour accéléré qui produit une notable économie de temps et s’applique, de même, au va-et-vient parallèle du chariot à coulisse et porte-planche inférieur, par une seconde tringle ou bielle, dont l’articulation, fixée plus près ou plus loin du centre d’oscillations de la fourche, permet de faire varier, dans un rapport donné, l’étendue relative de la course de ces deux chariots, et par conséquent la grandeur même des réductions.
- Ajoutons que le chariot porte-touche et outil est surmonté de deux volets à charnières et à ressorts-repoussoirs, dont les châssis mobiles, liés entre eux parallélogram-miquement, reçoivent séparément, à leurs traverses supérieures, la touche et le burin, également susceptibles de diverses inclinaisons pour le refouillement des creux, mais incapables, d’après la nature du système, d’apporter aucun changement appréciable dans le mode de représentation des tranches planes du relief. Néanmoins, ici encore la saillie de ces tranches peut être réduite sur le dessin, dans un rapport arbitraire, par le rapprochement du porte-touche à l’égard de la charnière de rotation; rapprochement indispensable dans la machine Barrère, quand il s’agit d’opérer la réduction même des médailles sur la planche à graver.
- En se reportant à ce qui a été dit ci-dessus des avantages géométriques inhérents à la projection rectangulaire d’un système de sections obliques et équidistantes, qu’on obtiendrait sur le relief en inclinant, d’un angle invariable convenablement fixé pour chaque cas, soit le plan même de la médaille, s’il s’agit de la machine Barrère, soit la direction propre de l’axe du porte-touche, s’il s’agit de la tige conductrice à leviers coudés de la machine Collas, il est facile d’apercevoir comment le moyen de réduction dont il vient d’être parlé en dernier lieu pourrait faire obtenir, sur le plan même du dessin ou du cuivre à graver, non le rabattement, mais cette projection exacte des tranches obliques du modèle, dont on diminuerait les saillies ou ordonnées respectives dans la proportion constante de l’unité au cosinus de leur angle d’inclinaison sur le plan du bas-relief. Or, on arriverait à ce résultat par des modifications très-simples apportées au jeu de l’une ou de l’autre des machines ci-dessus, sans que, pour cela, évidemment, il soit
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- nécessaire de rien changer au mode ni à l’égalité des avancements parallèles des deux plans sous l’action intermittente et simultanée de leurs vis, poulies ou chaînes conductrices, non plus qu’aux oscillations transversales du porte-outil et du porte-touche. Il y a plus, au lieu de recourir à la réduction des ordonnées, ou déplacements obliques de la touche d’après la proportion du cosinus, op pourrait terminer l’extrémité postérieure de l’équipage de cette touche par un talon au retour rectiligne, dirigé perpendiculairement au plan du bas-relief, et qui imprimerait à une tige parallèle à ce même plan un mouvement ondulatoire, dont les excursions seraient répétées par l’outil au moyen d’un mécanisme approprié à la nature de la machine.
- En terminant ce qui concerne ce sujet, dont l’importance, au point de vue géométrique et artistique, ne saurait être mise en doute, je ferai observer que, dans la machine Collas, l’inclinaison à 45 degrés du porte-touche sur le plan horizontal du relief est aussi susceptible de donner une projection exacte des tranches correspondantes ; ce qu’explique la nature particulière de l’appareil, dans lequel les excursions de la touche sont transmises au burin par une tringle munie de deux leviers égaux et coudés à angles droits. Pour toute autre inclinaison du porte-touche, la proportion de la saillie des tranches à celle des rabattements est altérée dans un rapport invariable, il est vrai, mais différent de celui de l’unité au cosinus de l’angle de cette inclinaison; et c’est ce qui avait lieu aussi, à ce qu’il paraît, dans la machine de Bâte, où la transmission des déplacements de la touche au burin se faisait par des combinaisons fondées principalement sur un système de poulies et de cordons ou chaînettes de renvoi.
- Machines à sculpter.
- Les machines-outils servant à donner à la substance à travailler des formes déterminées, sont, en réalité, des machines à sculpter. Mais c’est surtout le tour qui doit être considéré à ce point de vue, puisqu’il permet d’obtenir facilement des cylindres, des cônes, des vis, etc.
- Le tour simple est la machine à sculpter sans rosette spéciale ; mais on ne considère, en général, comme machines à sculpter, que celles qui servent à reproduire un modèle donné, modèle qui devient naturellement la rosette spéciale. C’est encore le tour qui a fourni la solution du problème, et la machine la plus utilement combinée à cet effet est le tour à portrait.
- Tour à portrait. Le tour à portrait, à peine connu en France à l’époque de 1749, où parut la 2e édition de Plumier, était déjà mentionné en 1733 dans le second mémoire de Lacondamine; et ce fut, si je ne me trompe, seulement dans la traduction allemande de ces ouvrages, que fit paraître, en 1776, l’imprimeur Breitkopf à Leip-sick (p. 45 à 49), que se trouve reproduite, d’une manière, à la vérité, imparfaite, la description d’un tour à médailles (Contrefait-Werks), extraite d’un autre livre publié, en 1740, par Jean-Martin Teubers, de Batisbonne, dont la famille s’était, depuis plus
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- d’un siècle déjà, acquis une certaine célébrité dans l’art du tourneur au guillochis, art qui s’était singulièrement propagé à Nuremberg, la patrie des jouets mécaniques, etc. On y aperçoit, en effet (pi. 80), l’arbre à roue motrice, cordon sans fin, etc., parallèle à celui du mandrin, muni à ses extrémités de la médaille à copier et du disque à graver; les deux tambours, à diamètres inégaux, d’après l’échelle de réduction, où s’enroulent les petites chaînes horizontales qui servent à faire mouvoir, avec la lenteur indispensable et du centre à la circonférence des médailles, la touche-repoussoir de l’arbre du mandrin, lui-même retenu par une lame du ressort horizontale, et l’outil à grain d’orge servant à entailler circulairement ou en spirale l’objet fixé au bout opposé ; enfin les petits chariots ou traîneaux porte-touche et porte-outil, glissant, de part et d’autre, de l’arbre du tour dans des coulisses horizontales parallèles, et que sollicitent des contre-poids de recul remplacés par des bascules à ressort dans le tour moderne et plus parfait de Y Encyclopédie. Ce dernier tour comporte, en outre, comme je l’ai dit, des équipages de rosettes ou de couronnes multiples, le tout surmonté, vers le haut, d’une roue motrice verticale, à cordon sans fin croisé et vis de tension, avec volant régulateur et manivelle conduite par une tiraude qui sert à donner le mouvement automatique à l’ensemble muni d’ailleurs d’un équipage de roues dentées et de vis sans fin, enfermées dans une boîte, sur l’un des côtés de la machine, pour ralentir au besoin, et dans une proportion convenable, la vitesse relative des divers organes du tour à portraits : des combinaisons analogues, mais dans des conditions mécaniques moins parfaites, existent dans les tours de Martin Teubers et de Pierre le Grand, qui, sans nul doute, ont donné lieu aux tours à guillocher, à graver, à sculpter modernes, où, à l’inverse de ce qui se faisait auparavant, Toutil est conduit d’une manière purement automatique, tandis que l’arbre du mandrin, tournant sur lui-même, est maintenu immobile dans ses collets.
- Au surplus, je ne dois pas laisser échapper l’occasion de faire remarquer, avec M. Willis, que les planches 37, 38, 84, 85 et 86 de Y Encyclopédie (t. X, 1772) comportent une collection de porte-outils tournant, glissant en différents sens et munis de coulisses, de manivelle, de vis de réglage, etc., qui montrent que ce n’est point aux artistes de l’Angleterre, aux célèbres Joseph Bramah et Henry Maudslay notamment, que nos ateliers sont redevables de ces ingénieux et utiles appareils, qui, susceptibles d’être adaptés à vis et écrou en un point quelconque de l’établi d’un tour, rendent, à cet égard, les plus grands services; mais ce qui paraît leur appartenir en propre, c’est, il faut bien le reconnaître, l’usage de ce même appareil comme support à chariot (.slide-rest), glissant le long des tiges ou coulisses en fer dans les tours parallèles à travailler les métaux; encore doit-on ne pas perdre de vue qu’on s’est servi dans le dernier siècle, en France, de moyens analogues pour diriger spontanément la course du chariot porte-outil, moyens dont M. Willis fait remonter le premier exemple à l’année 1648, où le R. P. Magnan, minime de Toulouse, le même dont Plumier parle avec éloge dans la préface de Y Art du tourneur sans en citer les ouvrages, publia à Rome
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- les dessins de deux tours fort Curieux pour exécuter automatiquement les surfaces des miroirs métalliques, sphériques, hyperboliques ou plans. Or, les Anglais ont eu l’incontestable mérite d’étendre les applications de ce genre d’outils à leurs grandes machines à aléser, tourner, fileter les fortes pièces de fonte ou de fer, machines dans lesquelles l’équipage à chariot esj, conduit parallèlement, d’une manière vraiment spontanée, par un système d’engrenages à roues fixes de rechange ou quadrature, à crémaillère ou à chaîne sans fin ; mais cela n’ôte rien au mérite des originales conceptions des Nicolas Focq, des Lelièvre, des Gédéon Duval, des Taillemard, des Ferdinand Berthoud et des Caillon, ni même à celui des combinaisons, en quelque sorte inverses, par lesquelles les Plumier, les Grandjean, les Frédéric Japy et autres ont imaginé de tailler de petites vis cylindriques ou coniques, en imprimant à l’arbre du tour un mouvement direct en hélice, au moyen de vis mères, de plans inclinés mobiles avec la roue motrice, etc.
- Je ne reviendrai pas sur l’ancien tour à portraits de Lacondamine (voir plus haut) qui ne peut guère servir qu’à tracer isolément et linéairement des figures planes au moyen de platines, de rosettes cylindriques, biaises ou droites, si ce n’est pour faire remarquer que ce tour constitue véritablement, par lui-même, une machine à outil automate, qui, cl’après la combinaison de ses rouages et la rotation distincte des deux figures dans un même plan, a pu conduire au tour moderne à réduire les médailles, le même que Ha-melin-Bergeron attribue, on ne sait trop pourquoi, au fils du célèbre P.-C. Hulot qui laissa inachevé V Art du tourneur mécanicien, dont la première partie seulement fut publiée en 1776 par l’Académie des sciences, tandis que le fils, attiré en Angleteterre par Georges III, vers 1766, en aurait reçu la commande d’un tour à guillocher et d’un tour à portraits, dont, s’il avait vécu, Hulot père nous eût entretenu dans la seconde partiè de son Traité. Ainsi c’est dans le Manuel de Bergeron encore qu’il faut aller puiser des notions un peu certaines sur cette dernière machine, où la médaille et sa copie étaient non plus simplement montées, comme dans celle de Martin Teubers, etc., aux bouts d’un arbre de tour à deux mandrins, mais bien disposées dans un même plan vertical, perpendiculairement aux extrémités de deux arbres horizontaux parallèles, conduits par un troisième arbre transversal à double engrenage sans fin, et situés à la hauteur et en face d’une forte barre de fer qui, horizontale dans sa position moyenne, sert de guide, de soutien, à la touche et au burin. (La fig, 36 montre cette disposition.) Ceux-ci,
- montés horizontalement sur des poupées ou supports curseurs à vis de serrage et de centrage, sont fixés sur la barre mobile, comme les arbres mêmes du tour sur leurs traverses supérieures horizontales, dans des positions dépendantes de la grandeur des réductions à opérer, grandeur elle-même évidemment variable en raison des distances respectives de l’outil et de la touche par
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- rapport à la charnière de rotation de la barre, articulée doublement, au moyen d’un genou à la Cardan, avec un arbre support, parallèle à ceux des mandrins et situé à l’extrémité gauche de la machine. D’un autre côté, cette barre tournante, soumise à l’action d’un ressort d’acier qui tend à presser simultanément le burin et le porte-touche contre les reliefs respectifs des médailles animées d’un mouvement égal et uniforme de rotation, s’abaisse lentement et graduellement vers l’extrémité opposée à sa charnière, où elle est munie, parallèlement à sa direction, d’une couple de petits rouleaux d’acier entre lesquels passe une cheville horizontale qui leur sert de guide et de soutien pendant la descente de la barre seulement. Enfin, cette cheville elle-même est liée à un écrou, à coulisses latérales fixées, au bâti, mobile le long d’une vis verticale dont l’arbre, de direction invariable, est conduit par un système de vis sans fin et d’engrenages extérieurs qui empruntent leur mouvement propre à l’arbre du mandrin porte-modèle, et, par suite, au système à volant, poulies et cordons sans fin, servant de moteur à toute la machine rendue ainsi parfaitement automatique.
- Il n’est pas hors de propos de rappeler ici que l’admirable machine de Hulot fils, dont la date, au dire de Bergeron, serait antérieure à 1766, a été exécutée en fer, sans changement notable, mais sous de fortes proportions, pour le Conservatoire des arts et métiers, qui, depuis l’apparition de la 2e édition du Manuel du tourneur, en 1816, en a commandé le modèle à l’habile M. Collas, auquel sont dues de nouvelles applications de la machine à la reproduction, amplifiée ou réduite, des bas-reliefs sur des matières tendres qui ont exigé des modifications essentielles dans le système de la barre porte-touche et outil, système par trop rigide pour des matières de cette espèce. D’ailleurs, si le tour à deux arbres de Hulot offre l’avantage de faire éviter le changement du creux en relief, ou réciproquement, il présente, en revanche, l’inconvénient que la touche et le taillant n’y marchent plus rectilignement, mais bien sur des arcs de cercle partant de chacun des centres de médailles, et dont la courbure, à la vérité peu appréciable pour de faibles diamètres, ne permet pas de renverser le sens de la rotation de l’un des mandrins, afin d’obtenir la contre-partie du profil de la médaille à copier, sans amener des altérations plus ou moins sensibles, dues au déplacement angulaire relatif des spirales tracées par la touche et le burin, sorte de distorsion qui croît avec leur éloignement des centres respectifs de rotation. D’un autre côté, les difficultés du centrage des médailles étaient restées les mêmes que dans l’ancien tour allemand ; et si le mécanisme de la barre porte-outil permettait de régler à volonté la saillie proportionnelle du relief de la copie, au moyen d’une petite tringle latérale â vis de réglage ajustée sur cette barre et conduisant la tête de l’outil dans une position telle que la ligne droite, qui l’unit à celle de la touche, eût l’inclinaison jugée nécessaire sur le plan vertical commun aux deux médailles, il n’en est pas moins vrai que, d’une part, l’égalité, l’invariabilité, à tous les instants, de la vitesse angulaire des arbres de mandrins, d’où résultaient des inégalités considérables dans la vitesse même de travail du burin aux diverses distances du centre; d'un autre, la rapidité trop Tome III. — 75e année. 3e série. — Novembre 1876. 77
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- grande de-la descente delà barre; enfin le prompt échauffement de l’outil en acier travaillant pour ainsi dire à sec, et, par conséquent, susceptible de s’user, de se détremper promptement; ces différentes causes, dis-je, amenaient des difficultés, des défauts d’exécution très-fâcheux, et qu’on n’évitait que bien imparfaitement en recourant à des passes successives, h des affûtages et remontages répétés de- l’outil : nouvelles sources de pertes de temps et de déformations qui ne permettaient pas aux artistes de considérer les résultats comme autre chose que des ébauches en elles-mêmes peu satisfaisantes, et impropres à servir de coins pour le frappage des monnaies ou des médailles.
- Parmi les perfectionnements qu’ont subis les tours à portraits, il en est un surtout de la plus haute importance, et qui en a fait tripler, quadrupler les produits : c’est celui par lequel on a remplacé l’ancien burin à pointe d’acier fixe par une fraise à rotation rapide, dont quelques personnes attribuent la première application, en 1816, à un sieur Poterat, de Paris, comme aussi elles accordent à M. Contamin l’invention du procédé par lequel la mobilité de la touche et du burin le long de la barre directrice corrige les défauts qu’on observait dans l’ancien système, lorsqu’on voulait obtenir, sans altération sensible, le retournement symétrique de la figure, de la gauche à la droite, ou son contre-profil, en faisant tourner les mandrins en sens opposé. Mais, quels que soient les avantages de ce dernier procédé, qui valut au tour à portraits de M. Contamin les honneurs de l’Exposition de 1839 et une utile application à la Monnaie de Munich, leur importance et leur mérite ne sauraient être comparés à ceux des perfectionnements divers que M. Collas, vers la même époque, et M. Barrère, postérieurement, ont introduits dans le mécanisme des machines à portraits. Malheureusement, ces perfectionnements ne se trouvant décrits nulle part, il règne, à leur sujet, une sorte de doute ou de mystère dont les estimables travaux de Gambey, de Grimpé et de plusieurs autres artistes ont offert des exemples d’autant plus fâcheux, que ces travaux, en leur supposant une supériorité mécanique incontestable, seront à peu près perdus pour l’avancement et le progrès industriel de notre pays.
- A l’égard du tour Contamin en particulier, il faut se contenter de savoir, d’après M. Amédée Durand, que l’outil et la touche possédaient, sur la barre, des mouvements qui lenr étaient propres, et dont les arcs respectifs avaient des centres différents, la touche étant d’ailleurs montée sur un manchon à poupée, glissant le long de la barre, de manière à décrire un arc de cercle opposé à celui que parcourt le porte-outil. -
- La modification la plus importante apportée par M. Collas à l’ancien tour à portraits deHulot consiste, sans contredit, dans l’application, déjà mentionnée ci-dessus, qu’il en a faite à la réduction ou à l’amplification même des bas-reliefs ou médaillons de grandes dimensions, en matière plastique destinée à des moulages ultérieurs. Cette application, en effet, a conduit notre honorable et modeste artiste à allonger notablement la barre porte-touche et outil du tour Hulot, à la rejeter en dehors de l’établi, à
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- une distance variable avec l’épaisseur du modèle et de la copie; ce qui permet d’abaisser à volonté le chiffre de la réduction, et doit s’entendre également du mécanisme à vis sans fin, etc., qui règle le mouvement de cette barre. D’un autre côté, l’arbre horizontal à manchons filetés qui mène les deux roues taraudées des mandrins verticaux se trouve ici placé au sommet de ces roues, de manière à retenir constamment l’huile qui sert à en lubrifier les dentures. Enfin M. Collas, dont les premiers travaux en ce genre remonteraient à 1835, a su appliquer au système de la touche et de l’outil un mécanisme en vertu duquel ils décrivent, non plus des arcs de cercle concentriques, mais bien des parallèles verticales, quand il s’agit de contre-profils d’une certaine dimension, et tout cela sans ôter à l’ensemble du tour son caractère automatique primitif, attendu que les modèles, reproduits au besoin en plâtre, etc., sont capables de résister à la pression douce et élastique de la touche qui détermine les déviations horizontales de l’outil.
- Quant à M. Barrère, il s’est plus particulièrement attaché à modifier le tour à portraits, de manière à le rendre apte, non plus simplement à ébaucher, mais à finir entièrement, et sans retouches subséquentes, les coins d’acier et les médaillons ou camées en pierres dures, telles que l’agate et la cornaline, dont ce mécanicien a offert, à l’Exposition française de 1848, des échantillons fort admirés du public, lesquels lui ont valu les éloges mérités du jury et des nombreux artistes graveurs de timbres ou de médailles, qui n’ont pas cessé depuis de recourir à l’usage expéditif de ses machines, toutes fois qu’il est devenu nécessaire d’obtenir des réductions d’une perfection suffisante, quoique sans retouches.
- Non-seulement M. Barrère a substitué aux anciens burins fixes, en acier trempé, des burins en diamant, montés d’après le procédé qui lui est propre (centrés dans l’instrument, dans la masse du métal), la perfection du centrage de l’outil étant une condition essentielle et difficile à remplir, pour que sa pointe ne produise pas un petit cercle à chaque tour; non-seulement il a pu les faire tourner sur leur axe avec une vitesse qui s’élève de deux à trois milles tours par minute, en les maintenant, ainsi que leur boîte à pivot supérieur, constamment baignés dans un liquide rafraîchissant, sans lequel le diamant lui-même se briserait en éclats ; mais, de plus, il a disposé les choses de manière que les vitesses angulaires des mandrins et de la barre porte-louche et outil décroissent en raison réciproque du rayon des diverses branches spirales, dont la finesse et le rapprochement offre une continuité, un caractère microscopique qui expliquent la perfection des produits, en même temps que l’extrême vitesse rotatoire imprimée au diamant explique, malgré le ralentissement graduel de la vitesse des mandrins, l’accélération du travail dans une proportion au moins triple de ce qui avait lieu auparavant, en un mot, telle qu’il devient possible de terminer automatiquement, ou sans aide étranger, le coin d’une petite médaille dans un intervalle de quinze à vingt heures au plus. Agissant en quelque sorte, points par points, le diamant peut s’élever et s’abaisser, et, par suite, ne pas faire naître des talus sur la figure produite, qui n’existent pas sur le
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- modèle, quand on décrit une spirale par un outil tranchant immobile, c’est-à-dire avec l’imperfection inhérente aux tours à portraits ordinaires, qui ne peuvent que fournir des ébauches au graveur.
- La machine qui produit de tels résultats mériterait bien, à cause de l’originalité de ses combinaisons, d’être décrite avec le plus grand soin, et l’on peut, à juste raison, s’étonner que cela n’ait point eu lieu jusqu’ici. Il me suffira de dire que les arbres des mandrins, au lieu de la position horizontale, ordinairement adoptée pour le tour à portraits, sont disposés verticalement et mus par un équipage de roues et de vis sans fin inférieur, qui offre un moyen de débrayage ingénieux pour changer le sens de la rotation du modèle, lorsqu’il s’agit d’en obtenir le contre-profil; que la vitesse angulaire des mêmes arbres de mandrins est rendue variable dans les conditions ci-dessus, au moyen d’un couple de cônes alternes ou différentiels à courroie sans fin, conduit par une griffe dont la position varie solidairement avec celle de la barre directrice de la touche et du burin ; que cette barre est mobile dans un plan horizontal au-dessus du plan supérieur et parallèle de l’établi, affleuré parles mandrins des médailles ; ce qui offre de grandes facilités pour le centrage, et la faculté de maintenir le mandrin à rebord de la pièce à buriner constamment recouvert d’huile ; que cette même barre, articulée doublement à son pivot, l’est aussi, à l’extrémité opposée, avec deux petites pièces transversales agissant horizontalement de chacun des côtés de sa direction, de manière que l’une, à libre pivotement vers son bout extérieur, tend à la soulager d’une portion arbitraire de son poids par un ressort transversal inférieur fixe, tandis que l’autre, véritable arbre tournant, est conduit par un engrenage sans fin, à vis et écrou micrométriques, dont la rotation et la translation excessivement lentes, mises en rapport avec la rotation propre des mandrins ou des cônes alternes, sert à imprimer à la barre du guide supérieur le mouvement horizontal, circulaire et concentrique, qui écarte progessivement la touche et le burin des centres respectifs de leurs médailles, etc.
- Serait-il vrai que la disposition horizontale des mandrins du tour à portraits, ici impérieusement exigée pour le rafraîchissement perpétuel de l’outil, eût déjà fort anciennement été mise en usage par feu Dupeyrat, graveur et guillocheur, à Charenton près Paris, qui, vers 1830, inventa pour les billets de banque les timbres coïncidents, au sujet desquels il obtint les éloges de la Société d’encouragement? Cela paraît d’autant plus difficile à vérifier, que les procédés mécaniques de ce graveur ont été tenus secrets, comme ceux de tant d’autres artistes français éminents. Quant à l’usage que l’on a pu faire de cette même horizontalité des mandrins pour imprimer simultanément la rotation au modèle et à la copie en ronde-bosse à sculpter, il n’a avec le tour de M. Barrère qu’un rapport fort indirect, et sur lequel il serait d’autant moins nécessaire d’insister, que les outils y remplissent un rôle tout différent, étant conduits par des systèmes de tringles à mouvements parallélogrammiques, dans le genre de ceux des machines à dessiner ou à graver.
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- M. Babbage nous apprend, dans le livre déjà cité (p. 132 et 133), que James Watt s’amusa, il y a fort longtemps, à construire une pareille machine, demeurée inédite, et que, antérieurement à l’année 1832, l’Anglais Hawkins en aurait inventé une autre qui, entre les mains d’un artiste de Londres, a servi à faire les copies en ivoire d’un grand nombre de bustes. De semblables moyens de reproduction ou de réduction ont été également tentés aux États-d’Amérique et en France à une date postérieure. Je me contenterai de citer, comme étant des plus connus, ceux inventés et perfectionnés dans notre pays par M. Sauvage (mai 1836, 1840 et 1844), par M. Dutel (novembre 1836 et 1844), par M. Collas (mars 1837 et 1844), enfin par M. Alexandre Contzen, successeur de M. Dutel, en 1844, pour la copie, en ébauche, des grandes statues de marbre. Les moyens automatiqnes notamment employés par M. Collas pour opérer, sur le tour à portrait de Hulot, la réduction et l’amplification des médaillons et bas-reliefs ; ses procédés, d’un genre différent, pour réduire les bustes et les statues de ronde-bosse destinés au moulage en bronze : ces moyens ou procédés en particulier ont obtenu, tant par les travaux de cet artiste que par l’intelligente et consciencieuse coopération de son associé M. .Barbedienne, un assez grand succès commercial, pour qu’il ne soit pas superflu de le rappeler ici, en faisant observer toutefois que la forme de certains modèles se prête difficilement à l’application des procédés mécaniques sans démontage des parties, les bras, les •jambes, etc. En outre, il ne faut pas oublier qu’il s’agit là d’un sculptage mécanique appliqué à des matières plastiques, telles que le plâtre, l’argile, le savon, la craie, servant ensuite de modèles pour le moulage du plâtre même, de la fonte de fer, du zinc et du bronze ; modèles qui, en raison de leur perfectionnement et de leur bon marché relatifs ont rendu des services réels aux arts, en mettant à la portée du grand nombre des copies de chefs-d’œuvre propres à répandre et développer le goût du beau, en se substituant, dans les objets d’ameublement, à de pâles et médiocres copies de l’antique.
- Quant à l’art de sculpter la pierre et le bois en général, peut-être serait-ce une illusion de croire que l’on possède aujourd’hui même des procédés mécaniques vraiment satisfaisants, et propres à exécuter autre chose que des ornements d’architecture, quelques bas-reliefs très-simplçs, etc., etc. On a, il est vrai, des moyens expéditifs d’ébaucher, copier et réduire même les grandes statues de marbre, à l’aide de fraises ou forets à rotation rapide, dont l’enfoncement, les positions successives, sont réglés d’après les formes, les proportions du modèle, sur lequel la main de l’artiste ou le mécanisme même de la machine, comme l’a tenté en 1844 M. Contzen, promène délicatement une touche à pointe mousse, liée aux articulations d’une ingénieuse combinaison de pantographes articulés, mobiles dans les trois dimensions du relief, au moyen d’un genou à la Cardan, et qui servent à diriger, à l’autre extrémité de l’appareil, le porte-foret ou burin, non sans donner lieu, il est vrai, à de légères altérations de forme provenant delà vibration, du fléchissement des tiges du pantographe, et telles
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- qu’on en observe pour le tracé des figures sur un plan parfaitement uni, notamment dans le cas de la ligne droite.
- On se îappelle les tentatives, déjà anciennes et assez peu fructueuses, faites par divers ingénieurs ou artistes distingués, notamment par Philippe de Girard (1830), par M. Grimpé (1839) et par MM. Barros et Decoster (1848), pour sculpter, fabriquer des bois de fusil, des bas-reliefs ou autres objets similaires, au moyen de gouges, de fraises tournantes, conduites automatiquement par des gabarits, des patrons en fonte ou d'autres bas-reliefs découpés ou non à jour, et servant, comme dans les tours à guillocher ou à portraits, de repoussoirs à un équipage de porte-touches coniques, annulaires, etc., muni, ainsi que le porte-outil, de ressorts, de moyens d’avance convenables et également susceptibles, dans certains cas, d’être dirigés par des pantographes de réduction, analogues à ceux employés par MM. Sauvage, Collas, Dutel, etc. Il serait fort inutile de rechercher la cause du faible succès commercial de ce genre de machines ailleurs que dans la complication même des procédés ou la difficulté de surveiller, faire fonctionner rapidement et d’une manière durable un équipage multiple d’outils en .acier, fût-ce dans le bois le plus tendre, sans les voir se détériorer promptement, et sans être obligé par conséquent à un entretien, à des pertes de temps très-onéreuses, si l’on ne veut pas se contenter de produits grossièrement ébauchés, tels qu’en donneront toujours des fraises tournantes coupant les fibres du bois dans tous les sens, et non sous l’inclinaison et la vitesse les plus favorables, qui se font remarquer dans les instruments à main ou certains outils automates. Ce mode de
- c travail progresse avec le perfection-
- nement des outils tournants, à coupant hélicoïde notamment.
- On doit applaudir aux efforts ingénieux tentés à cet égard par M. Decoster dans les machines publiées en son nom et en celui de l’ingénieur portugais M. de Barros, machines qui forment comme le complément de celles de leurs nombreux prédécesseurs, et il est regrettable que l’on en soit encore réduit à de simples conjectures relativement aux procédés mécaniques de sculpture de Philippe de Girard et autres ingénieurs qui se sont oc-Flg> 37\ cupés de cette question.
- On connaît la solution adoptée dans les arsenaux pour la fabrication des bois de fusil par l’emploi d’outils rotatifs, résultat des essais antérieurs, pour laquelle on
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- a décomposé la fabrication en plusieurs opérations successives. Ce système rappelle celui que nous allons décrire : le tour pour tourner des formes irrégulières, par M. Blanchard (de Boston) (fîg. 37). Cette machine permet de tirer d’un bloc de bois une forme simple, exactement semblable à celle d’un modèle donné. Le modèle et le bois sont montés sur un même axe, mis en mouvement par une courroie (cachée en partie sur la figure). Sur le banc du tour sont montés trois supports portant les coussinets qui guident l’axe des roues servant à couper et à frotter. La roue coupante, qui a environ 30 centimètres de diamètre, porte à sa circonférence une succession de taillants en forme de gouge. Cette roue est appliquée sur le bloc dégrossi. La roue de friction, qui a le même diamètre que la roue coupante, appuie contre le modèle. A l’axe de ces roues est fixée une poulie, mue par une courroie qui passe sur un gros tambour. C’est ce tambour qui reçoit l’action du moteur, et c’est au moyen de roues dentées et d’une vis que l’on donne à l’axe porte-roues un mouvement continu de progression.
- Le modèle et le bloc s’approchent ou s’éloignent des roues, en raison des inégalités de la surface, grâce à la manière dont ils sont supportés dans un châssis tournant autour de deux pivots, et après un temps suffisant on obtient un solide tout à fait semblable au modèle donné.
- C’est en perfectionnant cet appareil, en faisant mouvoir le modèle et le bloc sur des axes differents que M. Blanchard est parvenu à la machine qui a été admirée à l’Exposition de 1855, avec laquelle il exécutait avec une rapidité remarquable la réduction de bustes sur bois, sur ivoire et même sur marbre.
- Les quelques machines à sculpter dans lesquelles on a abandonné le principe du tour, qui seul assure le bon travail de l’outil fixe sur le corps tournant, n’ont guère réussi à prendre place dans la pratique, même avec l’emploi de fraises tournant avec grande vitesse, qui travaillent d’une manière qui a quelque analogie avec le travail du tour. Nous compléterons cet article par quelques détails sur le procédé Jordan, qui a été pratiqué sur une grande échelle en Angleterre, et a servi notamment à exécuter une partie des grands panneaux de boiserie des salles du Parlement à Westminster.
- Le mode d’opérer se rapproche de celui de M. Amédée Durand : c’est par des fraises, des gouges tournantes que le bois est enlevé. Sur un plateau mobile à volonté sur deux séries de rails superposés, de direction rectangulaire, se place le modèle, et de chaque côté une pièce de bois à travailler, de dimension convenable Un sommier approché et relevé à volonté à l’aide d’une pédale porte trois outils tournants à l’aide d’une courroie sans fin, avec une vitesse de 3 à k 000 tours par minute; ceux de droite et de gauche sont les gouges; celui du milieu, une lige à pointe mousse, destinée à s’appuyer sur le modèle et par suite à guider les mouvements verticaux du sommier.
- L’ouvrier, le pied sur la pédale et les mains sur les manivelles, fait mouvoir le plateau transversalement, puis suivant la longueur d’une petite quantité, avant de répéter ce mouvement. .
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- Il obtient ainsi le résultat voulu, et cela d’une manière assez satisfaisante pour des moulures très-simples. Des sculptures assez compliquées pourront être même obtenues sur des matières non fibreuses, comme l’ivoire, l’ébène, etc.; mais les bois tendres sont coupés trop imparfaitement pour ne pas exiger des retouches à la main, qui réduisent à rien les avantages qu’on recherche dans l’emploi d’une machine.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 51 REPRÉSENTANT LA MACHINE A GRAVER LES VIGNETTES
- DE SÛRETÉ DE JJ. BARRÈRE.
- Fig. 1. Vue, en élévation, grandeur naturelle.
- Fig. 2. Vue en dessus.
- Fig. 3. Section verticale partielle.
- Fig. 4, 5 et 6. Vues, en élévation et en plan, des pièces de détail dites disques ou patronnes.
- A, disques au nombre de sept, sur lesquels les touches F viennent puiser les mouvements que des doubles parallélogrammes communiquent aux diamants E.
- B, pistons portant les touches F et pouvant aller toucher tous les disques et en régler les grandeurs avec précision au moyen de vis de rappel que les ressorts H tiennent en contact avec les disques et qui pivotent sur les quatre colonnes du bâti.
- C, doubles parallélogrammes au nombre de quatre, pouvant changer à l’infini les formes et les grandeurs microscopiques des figures.
- D, leviers, au nombre de quatre, entraînant les diamants; ils reçoivent le mouvement des pièces G et sont tenus au contact par les ressorts W.
- E, diamants, au nombre de quatre, montés à vis pour en régler la chute; leur descente sur la planche à graver est commandée par la pièce I et leur relèvement par la rondelle J, qui agit quand ils ont tracé la figure concentrique que l’on grandit ou diminue en faisant glisser les parallélogrammes C.
- F, touches à vis, au nombre de quatre, pouvant être réglées sur tous les disques et en changer à volonté la forme.
- G, leviers portant les diamants.
- H, ressorts réglés sur une crémaillère dentée pour changer à volonté la pression des diamants ; il y a un ressort correspondant à chaque diamant.
- I, leviers, au nombre de quatre, s’appuyant sur la rondelle J, qui sert à relever les diamants chaque fois que la roulette U rencontre l’encoche V.
- J, rondelle que la roulette U fait monter et descendre à chaque tour accompli par les quatre diamants.
- K, leviers communiquant avec les leviers des parallélogrammes C.
- L, rochet mis en mouvement par le levier O, portant une vis sans fin et déplaçant par fraction les disques A.
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- M, roue menant la vis sans fin et faisant tourner les disques A.
- N, canon portant la roue d’angle, tenant au canon de la vis sans fin par un collet qui lui permet d’y tourner juste et menant l’appareil.
- O, levier commandant la rondelle J qui relève les diamants.
- P, bâti portant tous les organes de la machine.
- Q, vis tendant le ressort qui fait tourner l’appareil chaque fois que le levier S, portant le crochet T, prend une goupille Z.
- R, levier faisant ressort, menant la tige XX et tirant sur le levier S, qui met le mécanisme en mouvement.
- S, levier prenant une des goupilles Z avec le crochet T qui, pour chacune d’elles, fait faire le tour aux quatre diamants.
- T, crochet prenant les goupilles Z, sur lesquelles il tire chaque fois que le ressort R est armé.
- U, roulette roulant sur la pièce Y et rencontrant périodiquement l’encoche dont elle est munie pour opérer la levée des diamants.
- V, cercle munie d’une encoche où pénètre la roulette U pour faire lever ou descendre la rondelle J.
- W, ressorts assurant le contact des leviers D et des pièces G.
- X, tige à pointe pénétrant concentriquement dans le canon N,[et servant à indiquer avec précision le centre des figures microscopiques tracées.
- XX, tige relevant le levier S au ressort R, qu’on relève mécaniquement ou à la main. (M.) •
- INDUSTRIE MINIÈRE.
- SUR LE MARCHÉ DU MERCURE PAR M. F.-A. SOLA.
- (Traduit de Vespagnol.)
- L’Espagne a conservé pendant plusieurs siècles la possession exclusive du mercure et de son marché.
- Ses mines d’Àlmaden (l)qui, malgré les importantes découvertes dont je parlerai, constituent, encore aujourd’hui, le plus riche gisement de mercure qui existe dans le monde, furent exploitées dans les temps les plus reculés. — Un passage de Pline démontre que les Romains les utilisèrent uniquement pour fabriquer le vermillon, et il témoigne de l’immense importance qui leur était accordée. En effet, après en avoir extrait, pour les besoins de l’année, 10 000 livres de minerai, on fermait ensuite so-
- ft j « Almaden » (en arabe « la mine'») est située dans la province de la Manche, au point d'intersection des limites de cette province avec celles de l’Andalousie et de l'Estramadure.
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- lennellement ces mines avec une clef que gardait le préfet ; et il fallait un ordre direct de Rome pour les ouvrir de nouveau. —Il est admis que l’exploitation par les Romains fut précédée par celle des Phéniciens ; et bien que celle-ci ne soit confirmée par aucune preuve historique, elle me paraît effectivement admissible : 1° par la grande importance que cette nation attachait à la possession de ses eolonies espagnoles et de leurs richesses minérales ; 2° par la proximité de ces mines du centre de l’occupation phénicienne en Espagne ; 3° parce que la production du vermillon dénote un certain progrès dans les arts industriels, qui se conçoit mieux chez un peuple commerçant que chez un peuple guerrier ; et 4° parce que les Romains, qui ne se signalèrent jamais par leur aptitude industrielle, ne furent que les disciples des peuples qui les avaient précédés dans la civilisation.
- Quels que soient leurs antécédents, les mines d’Almaden ont été uniques dans le monde, durant le long espace de temps qui sépare les commencements de la domination romaine de l’exploitation de la richesse des Amériques.
- La séparation de l’argent dans le traitement de ses minerais par l’amalgation, est l’objet principal de la consommation du mercure. — La découverte des mines d’argent si riches du Mexique et du Pérou, vint donc imposer une augmentation extraordinaire de sa production. — Depuis lors, Almaden prit une grande importance.
- On avait découvert, au Pérou, les mines de cinabre de Huencavelica, et en Autriche celles d’Idria en Carniole ; mais les premières, exploitées d’une façon vicieuse, s’écroulèrent à la fin du siècle passé ; et le gouvernement espagnol, exclusif dans le commerce du Nouveau-Monde, réduisit facilement l’empereur d’Autriche à un arrangement par lequel, se réservant la consommation de son pays, il cédait à l’Espagne toute la production d’Idria à un prix convenu, qui permettait à l’acquéreur de prélever un gros bénéfice lorsqu’il livrait ensuite les mercures d’Idria aux mines américaines.
- L’Espagne restait donc maîtresse exclusive du marché, bien qu’elle ne fût plus l’unique productrice du mercure. Elle prenait annuellement à l’Autriche 8 000 quintaux (368 000 kilogr.) de mercure au prix de 55 piastres (600 fr. les 100 kilogr.) et qu’elle vendait 82 piastres le quintal (900 fr. les 100 kilogr.). —A cette même époque elle négociait l'exploitation et la distillation des cinabres d’Almaden avec des Allemands, les fameux Fuggar (nom qui devint Fucares en s’espagnolisant), qui furent maîtres de cette opération de 1525 à 1645, et qui retournèrent en Allemagne avec le titre de Princes de l’Empire et en emportant une de ces immenses fortunes dont s’étonne l’histoire ; d’où le proverbe espagnol : « plus riche qu’un Fucar. »
- Quelques autres mines d’Allemagne et de Toscane n’ayant aucune importance, l’unique appréhension que l’on eût en Espagne était de voir, un jour, la Chine à laquelle on supposait de grands gisements de cinabre, apparaître sur le marché, avec des quantités importantes de mercure ; mais, au contraire, on a vu récemment que la Chine était un acheteur de ce métal sur les marchés d’Europe et d’Amérique ; et c’est au moment où l’on y pensable moins, que de nouvelles découvertes, dont je vais faire
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- apprécier l’importance, sont venues apporter la perturbation sur la production et le marché du mercure.
- A l’époque de la fureur de l’or en Californie, les chercheurs trouvèrent dans les « placers » de la rivière Trinidad, des pépites d’une pierre rougeâtre, dont la pesanteur spécifique faisait que, dans le lavage des sables, elles restaient toujours dans les appareils après la séparation de toutes les autres matières plus légères : redstuffs, tel est le nom que lui donnèrent les mineurs ; de même qu’ils donnèrent celui de blue-stuffs à d’autres fragments nombreux de couleur bleue. Les premiers n’étaient autre chose que du cinabre ; les seconds un sulfate d’argent extrêmement riche.
- Dans un pays où la science et le capital sont, l’un et l’autre, pratiques, et s’unissent facilement dans une action commune, cette indication fut recueillie ; et lorsque les placers diminuèrent d’importance, elle donna lieu à des recherches aussi sérieuses que coûteuses. — On remonta les torrents qui devaient avoir roulé ces fragments, en explorant les points où le riche minerai que l’on cherchait pouvait exister; et à la suite de travaux qui auraient découragé des hommes moins énergiques, on découvrit les riches filons qui, aujourd’hui, s’exploitent et donnent des résultats considérables.
- Aujourd’hui, New-Almaden, New-Idria, Napa, Colusa, Sonoma, Lake, Colorado, ouvrent de nombreux champs d’exploitation de mercure à cette race puissante qui ne s’est pas bornée à explorer d’abord, à exploiter ensuite; mais qui s’est encore lancée dans la voie des perfectionnements dans le traitement des minerais. Trois systèmes brevetés existent déjà pour des fourneaux de distillation : ceux de Randal, Knox et Osborn, etLivermore, qui permettent de traiter les minerais les plus pauvres, soit convertis en tourteaux, soit à l’état pulvérulent ; car il y a une grande différence de teneur parmi les minerais traités, depuis 20 jusqu’à moins de 2 pour 100.
- Tout cela a été l’œuvre de moins d’un quart de siècle, et aujourd’hui plus de la moitié de la consommation générale du mercure est fournie par ce pays privilégié.
- Ce métal est livré sur les marchés dans des bouteilles de fer qui contiennent 34 kilogr. 5 de mercure (76 livres américaines). Sur la production générale annuelle de 100 000 bouteilles (3 450 000 kilogr.), 60 000 proviennent de Californie ; et le port de San Francisco, par lequel se fait la majeure partie de son transport, a remis, dans les quinze dernières années, 400 000 bouteilles de mercure, dont la valeur s’élève à 71 250 000 francs (en chiffres ronds).
- New-Almaden qui a été, pendant quelques années, la première mine de mercure du monde, comme production, est arrivée à atteindre les chiffres suivants :
- Pendant l’année 1862 elle a produit 34 765 bouteilles = 1 199 392 kilogr.
- — 1863 — 40 391 — =1 393 489 —
- — 1864 — 47 191 — =1 628 089 — »
- 32 336 bouteilles (1 115 592 kilogr.) est le chiffre de production le plus élevé qu’ait jamais pu atteindre l’Almaden d’Espagne, et aujourd’hui celte production est limitée à 9 000 bouteilles annuelles (310 500 kilogr.)
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- Les résultats de cette surprenante production américaine ont été : s
- 1° Contenir le mouvement ascendant du prix du mercure, qui, pendant l’époque antérieure, présentait une tendance rapide dans ce sens ;
- 2° Produire une augmentation de richesse dont la progression est manifestée par les arrivages à New-York de 23 591 bouteilles en 1874 et de 47 165 bouteilles en 1875 ;
- 3° Étendre la consommation de telle manière, que la Chine qui, en 1873, prit 1 900 bouteilles, figure dans la statistique deSan Francisco pour 18 190 bouteilles en 1875, et le Mexique qui, dans la première de ces deux années, limita ses demandes à 3 761 bouteilles, en prit 5 757 en 1875;
- 4° Enfin, augmenter la consommation du pays même jusqu’à 15 ou 20 000 bouteilles, qui représentent la quantité que les États-Unis gardent pour eux.
- Aujourd’hui, la statistique générale des mines de la Californie, suivant une publication récente, indique les productions suivantes pour 1875
- Redington. . . . a produit 13 000 bouteilles
- New-Almaden. — 9 000 —
- New-Idria. . . — 8 800 —
- Guadalupe. . . — 3 400 —
- Great-Western. — 3 400 —
- Saint-John. . . — 700 —
- Liverdale. . . . — 700 —
- Ruckeye. . . . — 700 —
- Manhatan.. . . — 450 —
- Great-Easlern.. 1 — 400 —
- Phénix . . . .— 350 —
- 40 900 bouteilles = 1 411 050kilogr.
- La production de Sulphur-Bank, qui occupe cependant le second rang, et celle de plusieurs mines peu importantes, ne figurent pas dans ce document.
- 11 y a donc un fait qui altère profondément le marché ; l’Espagne n’a jamais pu lui offrir annuellement 40 000 bouteilles ; les fourneaux d’Almaden produisant normalement environ 25 000 et aujourd’hui la production générale s’élèvant à 100000; la différence est fournie par d’autres; conséquemment le marché ne nous appartient plus. — Il était à nous lorsque nous étions les uniques producteurs ; mais aujourd’hui l’Angleterre qui consomme, à elle seule, environ la moitié de la production générale (45 000 bouteilles) est recherchée par les producteurs, et le marché a émigré à Londres; la maison de Rothschild y ayant contribué par son immixtion dans les mercures de l’Espagne dont la possession lui est assurée pour quelques années (1).
- (1) La maison de Rothschild est devenue acquéreur du produit des mines d’Amalden, par cession qui lui a été faite d’un contrat passé avec le gouvernement espagnol en 1843.
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- Heureusement pour nous, les frais énormes de transport que les mercures de Californie doivent supporter pour se présenter sur le marché de Londres, ainsi que d’autres frais qui les chargent avant d’y arriver, les affectent assez pour que notre concurrence puisse se soutenir avec avantage.
- Mais le moment est arrivé de ne pas nous endormir dans la béatitude de la possession, et de nous efforcer de soutenir, avec profit, la concurrence qui se présente.
- La forte hausse vers laquelle l’article inclinait avant la découverte des cinabres de Californie, non-seulement ne s’est pas produite ; mais encore il y a eu une baisse considérable, elle menace d’augmenter, et cette situation est digne d’examen.
- L’exploitation et le traitement du minerai sont les deux éléments qui composent le prix de revient du métal.
- Pour ce qui est du premier élément (l’exploitation), il faut l’écarter de suite de la discussion, attendu que, bien que l’abattage soit très-cher à Almaden, (en raison de la journée triple que l’on doit y payer aux mineurs, qui ne peuvent travailler plus de trois heures par jour, sous peine d’intoxication mercurielle), l’avantage résultant d’un prix moindre d’abattage serait insignifiant, puisque cet abattage, payé comme il est dit, ne coûte que 6 fr. 25 les 100 kilog., et que ce prix ne pèse pas sensiblement sur le prix de revient total.
- Il faut donc fixer la discussion sur le traitement des minerais; et véritablement, nous y trouvons la cause qui fait notre désavantage.
- Les fourneaux, dans lesquels on distille à Almaden, sont ceux de Bustamante, inventés par cet ingénieur distingué en 1648, c’est-à-dire à l’époque où les Fucares laissèrent les mines ; et ceux d’Idria, introduits en 1806; sans que, depuis lors, on y ait apporté le moindre perfectionnement. Cependant Idria a réalisé, depuis cette époque, deux réformes dans ses fourneaux ; et en Californie, on emploie déjà, comme je l’ai dit, trois systèmes brevetés. Comme il faut supposer que les uns et les autres représentent des perfectionnements importants, cette seule comparaison suffit pour nous faire considérer comme très-arriérés.
- On sait que le traitement du cinabre est difficile à cause de la nature volatilisable du mercure qui, si l’on ne prend pas de grandes précautions, s’échappe avec les gaz de la cheminée.
- Les très-graves inconvénients hygiéniques résultant de cette volatilisation, sont spécifiés par le Dr Robert dans un remarquable travail où il s’occupe du nouveau système Berrens, qui évite complètement l’évaporation.
- Quelle est la perte de mercure dans les fourneaux d’Almaden ?
- Plusieurs auteurs étrangers, notamment Glowacki, et de nombreux ingénieurs espagnols, déclarent que cette perte est de 50 pour 100, Aujourd’hui, on cite comme type le résultat d’une opération du célèbre ingénieur Escosura, qui obtint un minimum de perte de 4,36 pour 100 ; mais les résultats obtenus dans le laboratoire du fameux chimiste, ne sont assurément pas les résultats pratiques des fourneaux d’Almaden
- La perte, dans les fourneaux d’Almaden, paraît incroyable ; elle porte naturelle-
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- ment l’esprit à accepter quelqu’une des solutions que l’infortuné ingénieur Monas-terio (1) présente dans son « Mémoire sur l’essai comparatif du système de distillation « des minerais de mercure proposé par l’ingénieur français, M. E. Pellet, avec celui « que l’on suit, à Amalden, dans les fourneaux dits de Idria. »
- Chargé par le Gouvernement de diriger cet essai comparatif, dans lequel l’ingénieur français eut le dessous, on doit supposer qu’il s’efforça de réussir en employant le fourneau S. Luis, système d’Idria.— Le résultat qu’il annonce est une perte de 5,59 pour 100 ; mais ce résultat est contestable : premièrement, pour la raison que nous avons exposée au sujet de l’essai d’Escosura, à laquelle il faut ajouter l’autorité de M. Huyot qui affirme (2) qu’à Idria, on perd de 27 à 29 pour 100. En second lieu, parce que l’auteur même du Mémoire et directeur de l’opération comparative, arrive à convenir que la perte peut atteindre facilement 10 pour 100. — Finalement, ce résultat est encore contestable parce que M. Monasterio, en admettant ce dernier chiffre, termine par ces mots : «Veut-on supposer que,dans les circonstances normales, quand on « n’a pas le même intérêt (c’est-à-dire dans les conditions ordinaires d’élaboration) on « perde le double? Eh bien ! encore nous n’arriverions qu’à 20,16 pour 100, beau-« coup moins de la moitié de ce que, plus d’une fois, on a imprimé dans des docu-« ments livrés au public. » Ne semble-t-il pas que cet ingénieur se considère comme satisfait, en limitant la perte à ce dernier chiffre ? Remarquons combien elle se rapproche de celle qui est signalée par M. Huyot dans les fourneaux d’Idria.
- Acceptons-la ainsi, et étant donné que les mines d’Almaden ont produit depuis Rétablissement des fourneaux de Bustamente 1 500 000 000 francs, chiffre non contestera perte serait, jusqu’à ce jour, de 300 000 000 francs.
- Je ne connais aucun document qui puisse m’éclairer sur la perte qui se produit dans les fourneaux brevetés des États-Unis ; mais je crois qu’il y a des raisons de supposer qu’on n’y contemplerait pas, avec impassibilité, le spectacle de ces immenses quantités de mercure, livrées gratuitement à l’atmosphère et se perdant dans les crevasses du terrain.
- Il est donc très-possible que, sur ce point, nous ayons un notable désavantage relativement aux mines de la Californie.
- (1) Le souvenir de M. Monasterio est cher à tous les ingénieurs français, que leur profession a
- appelés en Espagne. Ils ont toujours trouvé, auprès de lui, l’accueil le plus bienveillant et de précieuses marques d’intérêt et de sympàthie. M. Monasterio était directeur de l’École des mines de Madrid, lorsqu’il périt misérablement, assassiné par une bande d’émeutiers, à Almaden. Voici en quelles circonstances : Le gouvernement l’y avait envoyé pour régler certaines questions, qui furent sans doute mal interprétées par les mineurs d’Almaden. Ils crurent, à tort ou à raison, qu’il s’agissait de céder les mines à une maison étrangère, et que, par conséquent, divers privilèges dont ils jouissent pouvaient leur être retirés. M. Monasterio, accompagné d’un ingénieur de la mine, s’efforça de calmer l’émotion des mineurs ; mais inutilement. Quelques forcenés se jetèrent sur lui et sur son compagnon, et les tuèrent à coups de couteaux. [Note du traducteur.)
- (2) Annales des mines. 1852.
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- - Pouvons-nous, devons-nous continuer ainsi, en face de la concurrence qui se présente si puissante ?
- L’établissement d’Almaden a, comme auxiliaires, les éléments les plus avantageux : en premier lieu, des minerais d’une richesse supérieure à celle des minerais de Californie et des autres minerais d’Espagne ; et des mines ayant déjà fait tous les frais exigés par leur mise en valeur, avec des filons de 4, 5 et jusqu’à 9 mètres de puissance. Il possède enfin l’accès facile du marché anglais, avec une faible partie des frais que le mercure américain doit supporter pour y arriver. Voilà des conditions qui permettent d’avoir confiance; et si, en résumé, la consommation croissante veut que la production américaine reste pour l’Amérique, le marché d’Europe peut et doit appartenir aux Espagnols.
- Almaden ne produit aujourd’hui que 4 000 kilog. de mercure par jour, ce qui fait 25 000 bouteilles pour les sept mois de traitement (1). L’Angleterre nous en demande 45 000 ; pourquoi, le pouvant, ne les lui donnons-nous pas? Simplement, parce que nos moyens actuels de production ne le permettent pas.
- Heureusement pour nous, un homme qui, bien que né en France, est espagnol par adoption, un chimiste distingué de Barcelone, a demandé au Gouvernement l’autorisation d’établir, à Almaden, un système de fourneaux de son invention, avec lesquels on recueille tout le mercure contenu dans les minerais, riches ou pauvres, qui y sont soumis à la distillation. Le Gouvernement, connaissant la valeur du pétitionnaire, a nommé une Commission de trois ingénieurs des mines pour examiner le procédé, assister à toutes les opérations et les surveiller.
- On fit deux essais qui furent soigneusement suivis par ladite Commission : dans le premier, l’inventeur, M. Berrens, conduisit l’opération avec une grande attention,'et il obtint, par le rendement du fourneau, une quantité de mercure égale à celle contenue dans le minerai (suivant les analyses), moins 0,79 pour 100 ; dans le second essai, il opéra d’une manière toute différente : afin de mettre sous les yeux de la Commission une marche contraire à toutes les règles de la prudence, il avança la période de « braise; » il poussa la machine à vapeur jusqu’à 126 coups de piston par minute ; il abrégea de vingt-cinq heures le temps employé, pendant le premier essai, au grillage; et il éleva la température au point de mettre le fourneau au rouge-blanc. En un mot, il fit tout ce qu’il put pour compromettre le résultat de l’opération ; et pourtant, la perte dans le rendement ne dépassa pas 3,62 pour 100, sans que, pour cela, cette quantité fût réellement perdue, attendu que la feuille d’or placée à la bouche de la cheminée ne présenta pas la moindre trace d’altération mercurielle, prouvant ainsi qu’il n’y avait aucune perte par évaporation, comme les trois ingénieurs le reconnurent unanimement, d’ailleurs, dans les deux essais; ils accordèrent que la quantité
- (1) A cause de la grande chaleur, les fourneaux sont éteints à Almaden pendant les mois de mai, juin, juillet, août et septembre.
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- de mercure qui manquait, pouvait rester déposée dans une partie ad hoc de l’appareil. M. Berrens, en opérant ainsi, voulut démontrer à la Commission que la négligence et le désordre poussés à l’extrême, ne seraient pas encore capables de détruire le mérite de son procédé.
- Le système Berrens présente encore un avantage : celui de pouvoir distiller avec ses fourneaux pendant toute l’année, comme le prouvent les deux essais qui se firent dans le mois d’août, avec une température extérieure de 27 à 33° ; de sorte que, sans élever les proportions de la fonte actuelle à Almaden, par cette seule circonstance de pouvoir utiliser les cinq mois de chaleur, la production de 25 000 bouteilles s’élèverait à 43 000 ; et pour peu que l’on tienne compte des pertes occasionnées par le procédé actuel, on arrivera, par le chiffre de 50 000 bouteilles, à doubler la production.
- Ce progrès est déjà un fait officiellement prouvé et reconnu par les personnes compétentes qui assistèrent aux essais et qui, dès le mois de janvier, ont déposé leur Rapport. (D.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
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- Séance du 28 juillet 1876.
- Présidence de M. Dumas, Président.
- Correspondance. — M. Gentry (Eug.), rue du Croissant, 16, à Paris, demande qu’on l’aide à développer une industrie qui est fondée sur un nouveau produit, facilitant la nourriture des hommes et des chevaux en temps de guerre. (Arts économiques.)
- M. Hénault (Louis), employé, rue Raynouard (Passy), 68, à Paris, annonce qu’il a inventé un système particulier de tarifs différentiels applicables à l’industrie du tailleur-fournisseur, spécialement sur les marchandises confectionnées sur commande. Il demande que sa méthode soit examinée par la Société. (Commerce.)
- M. Bouilliant, fondeur-constructeur, rue Oberkampf, 62, soumet à l’examen de la Société une chaîne galvanisée avec vis de serrage pour remplacer les cordes dont on se sert dans l’assemblage des boulins des échafaudages. Les cordes s’usent, dit-il ; les chaînes galvanisées sont d’une durée infinie. (Comité des constructions.)
- M. Badeuille, Grande-Rue de Belleville, 132, à Paris, demande l’aide de la Société pour prendre un brevet au sujet d’un nouvel appareil de sauvetage en cas d’incendie. (Arts économiques.)
- M. Renard (A.), fabricant de boutons, à Dammartin (Seine-et-Marne), fait une demande semblable pour une invention concernant son état. (Arts économiques.)
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- M. Mallet (A.), ingénieur, ancien élève de l’École centrale, rue de Laroche-foucauld, 30, à Paris, fait connaître que l’usine du Creusot vient de construire trois machines suivant son système, consistant dans l’application à la locomotive du système de Woolf dit Compound, avec cet avantage que, pour le démarrage, il peut agir avec les deux cylindres à la fois, ce qui met à la disposition du mécanicien une force considérable. (Comité des arts mécaniques.)
- M. le docteur Ricard (F.), rue Saint-André-des-Arts, 63, à Paris, présente : 1° une boîte chiropsie, destinée à l’enseignement et à la démonstration de la théorie musicale; 2° une écriture et un clavier pour la musique qu’il appelle Partégale. Son système, dit-il, fait disparaître toutes les difficultés de la théorie musicale. (Comité des arts économiques.)
- M. Buss (Édouard), ingénieur, à Berne (Suisse), fait présenter en son nom, par M. Armengaud aîné, rue Saint-Sébastien, 45, à Paris, un nouveau régulateur applicable à toutes les machines, qu’il nomme régulateur-cosinus. (Arts mécaniques.)
- M. Varin (Ch.), avenue d’Orléans, 26, demande à la Société d’examiner le ventilateur-chasse-mouche qu’il a inventé et dont il envoie une photographie. (Arts mécaniques.)
- M. le Ministre de l’agriculture et du commerce envoie un exemplaire du Rapport publié par son ministère sur le concours ouvert dans le département des Bouches-du-Rhône, pour le meilleur emploi des eaux d’irrigation; un volume grand in-4° avec planches (imprimerie nationale).
- M. le Ministre de l’agriculture et du commerce envoie aussi deux exemplaires du n° 4, 2e partie, du Catalogue des brevets d’invention pris en 1876.
- M. F. Goppelschrœder envoie un exemplaire d’une notice nécrologique sur Émile Kopp, membre correspondant de la Société, notice qu’il a lue à une séance de la Société industrielle de Mulhouse.
- M. Joly (Ch.), rue Boissy-d’Anglas, 11, à Paris, envoie une note imprimée sur la ventilation des théâtres. (Arts économiques.)
- M. Renard (L.), rue Saint-Lazare, 94, à Paris, fait hommage à la Société d’un exemplaire d’une brochure intitulée : Notice sur l’hygiène, la salubrité publique et la fertilisation des campagnes. Paris, 1876, in-8°.
- M. Rontemps (Georges), envoie à la Société un exemplaire de la traduction qu’il a faite du 2e livre de l’Essai sur divers arts par Théophile, prêtre et moine, livre relatif à la verrerie. M. Laboulaye, en présentant cet ouvrage de la part de M. Rontemps, si compétent en pareille matière, fait remarquer l’importance de cette traduction d’un texte qui remonte au xne siècle. Tous les traducteurs précédents avaient fait des erreurs grossières parce que, dans un ouvrage aussi technique, il ne suffît pas de savoir le latin, ni même le latin de l’époque, mais il faut pouvoir comprendre et souvent deviner les termes techniques, et surtout il faut connaître par soi-même les procédés et tours de main d’atelier qui sont décrits dans cet ouvrage.
- Tome III. — 75e année. 38 série. — Novembre 1876.
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- M. H. de Parville adresse à la Société un exemplaire de ses causeries scientifiques, 15e année, 1875.
- M. Rothschild (J.), libraire, rue des Saints-Pères, 13, envoie à la bibliothèque de la Société deux ouvrages in-18 :
- Le Chalumeau, analyses qualitatives et quantitatives, guide pratique, par M. Jan-nettaz.
- Les Aliments, guide pratique, par Vogl; traduction par Ad. Focillon, directeur de l’École supérieure Colbert, et G. Dauphin.
- M. Dronnier (P.), fait hommage à la Société d’nn exemplaire de son ouvrage intitulé : Essai sur la mécanique moléculaire. Paris, in-8 ; Lacroix, éditeur.
- Dragueur à hélice sous-marine. — M. Bouilhet (Henri), membre du Conseil, envoie les pièces relatives à une invention faite par M. Binet, marin attaché au port de Honfleur et y demeurant rue Dauphine, 7.
- Cette invention, qui a pour objet de favoriser l’effet des chasses faites pour dégager les chenaux des entrées des ports, se compose d’un tube en tôle, contenant du lest, de 3 mètres de longueur et de 0m30 de diamètre, dont la surface est munie d’ailettes montées en hélice discontinue. Lorsqu’on veut faire agir cet appareil, on dispose dans un chenal une série de ces tubes reliés entre eux par des maillons et des émerillons pour que le mouvement de chacun d’eux soit indépendant, et on attache solidement la fin de ce chapelet aux deux rives du chenal à creuser. Le courant de la marée descendante du fleuve ou de l’écluse de chasse qui est destinée à tenir libre la passe dont on s’occupe, agit sur les ailettes de ces cylindres et leur imprime un mouvement de rotation qui remue profondément le sable à emporter et qui, en le mettant en suspension, augmente considérablement l’effet produit par ce courant.
- Des essais ont été faits dans le port de Honfleur et à l’entrée du canal de Caen, et ils ont très-bien réussi. M. le Ministre des travaux publics, sur le rapport des ingénieurs de ces ports, a bien voulu accorder, à deux reprises, une récompense de 500 francs à M. Binet. (Comité des constructions.)
- Rapports des comités. — Fabrication mécanique des limes. — M. Pihet fait, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur la machine à fabriquer les limes, qui a été présentée à la Société, par M. Mondon, rue Saint-Georges, k, à Paris.
- Le comité propose de remercier M. Mondon de la communication qu’il a faite à la Société, et d’insérer le rapport auquel elle a donné heu dans le Bulletin, avec un dessin et une description de la machine.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.
- Élection de deux membres du conseil. — L’ordre du jour appelle l’élection de deux membres du Conseil, pour deux places vacantes dans le Comité des constructions et des beaux-arts.
- Les candidats présentés par le comité et inscrits sur la liste arrêtée par le Conseil, dans sa séance du 21 juillet, sont :
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- Pour la première place, M. Ernest Dumas.
- Pour la deuxième place, M. Edmond Huet.
- M. le Président ouvre un scrutin secret pour la première nomination.
- Ce scrutin, dépouillé par le Bureau, donne à M. Ernest Dumas l’unanimité des votants, dont le nombre est dix-neuf.
- En conséquence, M. le Président proclame la nomination faite par le Conseil de M. Ernest Dumas, comme membre du comité des constructions et des beaux-arts.
- Le Conseil procède ensuite à la nomination d’un membre pour la deuxième place vacante.
- M. le Président ouvre un scrutin secret pour cette nomination.
- Ce scrutin dépouillé par le Bureau donne l’unanimité des suffrages, au nombre de dix-neuf, à M. Edmond Huet.
- En conséquence, M. le Président proclame la nomination de M. Edmond Huet, au titre de membre du Comité des constructions et des beaux-arts.
- Les deux membres du Conseil qui viennent d’être élus sont invités à siéger avec leurs collègues. Cette nomination sera, d’ailleurs, soumise à la sanction de l’Assemblée générale, dans sa plus prochaine réunion, conformément à l’article 25 des statuts, arrêtés par décret présidentiel du 7 février 1876.
- Communications. — Régulateur des étuves et des magnaneries. — M. Debray, membre du Conseil, présente à la Société le régulateur que M. Raulin, professeur de chimie appliquée, à Lyon, a installé pour assurer la régularité de la température des étuves et des magnaneries chauffées par le gaz.
- Cet appareil repose sur l’emploi d’un thermomètre dont le liquide ferme plus ou moins le passage du gaz. M. Wiesnegg, qui le construit, en a fait un instrument à la fois simple et pratique.
- L’enveloppe est en fer et en fonte tournée, elle se compose d’un réservoir prolongé par un tube étroit rempli de mercure. Au-dessus est une boîte formée de deux tubes concentriques, le tube intérieur arrivant jusqu’au niveau du mercure. Le gaz entre par le tube intérieur et sort par le tube extérieur pour se rendre au brûleur. Une tige centrale en acier bleui, graduée en millimètres, glisse dans une boîte à étoupes, et en s’enfonçant plus ou moins, règle l’écoulement du gaz comme uu modérateur Dt par conséquent la température. Un robinet, placé dans la masse de la boîte, fait communiquer directement le tube d’arrivée avec le tube de sortie et assure le passage d’un minimum du gaz, pour empêcher l’extinction totale du brûleur, laquelle ne peut ainsi avoir lieu totalement.
- Cet appareil se distingue des autres du même genre, par les caractères suivants: l’enveloppe métallique lui donne une solidité et une sûreté qui le rendent propre à être adapté aux étuves de laboratoire comme aux opérations de l’industrie.
- La forme annulaire des tubes par lesquels le gaz passe, a pour objet de donner
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- à l’appareil une grande sensibilité, avec un débit relativement assez développé du gaz, malgré la faible dilatation du mercure contenu dans un réservoir de grandeur modérée. .
- ; La tige graduée permet d’amener , sans tâtonnements et sans surveillance , l’étuve à une température rigoureusement déterminée d’avance. La fermeture étant simplement hydraulique , sans pièces solides mobiles, l’appareil ne peut pas se déranger : la surface du mercure étant à la température ordinaire, son évaporation est nulle.
- Toutefois l’appareil doit être construit avec beaucoup de soin, si on veut éviter que les phénomènes capillaires de la surface du mercure ne rendent sa marche irrégulière. L’espace annulaire doit être étroit, mais sans excès ; la tige et les tubes doivent être parallèles et bien centrés ; le bord du tube intérieur doit être mince et légèrement irrégulier, et le mercure doit être pur. Sans ces précautions, les vibrations du mercure pourraient faire osciller continuellement la flamme du brûleur.
- Acide sulfurique fumant. — M. Debray présente quelques observations au sujet de la fabrication de l’acide sulfurique de Nordhausen ou fumant, qui est maintenant recherché dans l’industrie malgré son prix élevé. Il est en effet devenu indispensable dans certaines industries telles que la fabrication de l’alizarine artificielle et de quelques autres produits.
- M. Winckler, dans une publication récente, a rappelé l’expérience de laboratoire dans laquelle on produit de l’acide sulfurique anhydre, en faisant passer un mélange convenable d’acide sulfureux et d’oxygène sur de la mousse de platine, et il a fondé, sur cette réaction, le procédé industriel qu’il propose en remplaçant la mousse de platine par de l’amiante platinée. Il ajoute comme moyen d’obtenir aisément l’acide sulfureux et l’oxigène, la décomposition de l’acide sulfurique ordinaire par la chaleur.
- Evidemment l’auteur de cette proposition ne s’est pas rendu compte des difficultés que présente la production de l’oxygène par ce procédé. Ainsi l’acide sulfurique ne peut pas être chauffé dans toute espèce de vase. Tous les métaux usuels, la fonte surtout, sont vivement attaqués : les vases en terre, même les plus réfractaires, sont rapidement corrodés et on ne peut se servir que de vases en platine. Mais encore, à ces hautes températures, l’emploi du platine est loin d’être simple et économique. Il est perméable au gaz du foyer, de sorte qu’on ne peut pas le chauffer directement à feu nu. L’hydrogène entre alors dans l’appareil, de telle sorte que quelquefois au lieu d’oxygène on n’obtient que de l’eau. Il faut donc placer le vase en platine dans une sorte de moufle qui, en contact avec le feu en dehors, n’échauffe l’appareil que par rayonnement avec une grande perte de chaleur et de puissance. Au laboratoire de l’Ecole normale, où cette décomposition a été opérée sur une grande échelle, avec un vase en platine de 1“,20 de longueur sur 0m,25 de diamètre, on ne parvenait à décomposer que 3 kilog. au plus d’acide sulfurique par heure. Quelle dimension ne faudrait-
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- il pas donner à ceux qui seraient destinés à alimenter une fabrication industrielle d’acide sulfurique anhydre?
- D’autre part, l’état dans lequel est l’acide sulfurique qu’on veut décomposer, a une influence majeure sur le résultat de l’opération. S’il contient du sulfate de plomb et de l’arsenic, le platine est vivement attaqué et l’appareil a besoin de réparations fréquentes et dispendieuses. .
- Ce procédé pour la fabrication de l’oxygène a été très-convenable pour le service d’un laboratoire où on est quelquefois obligé de payer cher les réactifs nécessaires. Il était surtout très-praticable, à Paris, où on trouve l’emploi de l’acide sulfureux à des prix très-rémunérateurs, et où il en est de même pour l’oxygène, qui peut être payé à un prix assez élevé. Mais il est inadmissible qu’on puisse songer à cette méthode dans une fabrique qui cherche à avoir à bas prix l’acide sulfureux et l’oxygène, afin de s’en servir pour produire une marchandise au plus bas prix possible.
- Un membre demande quels sont les procédés les plus économiques en usage maintenant pour la production de l’acide sulfurique anhydre.
- On répond que le procédé ancien est probablement le moins cher. Le grillage des schistes pyriteux et la distillation du sulfate de fer desséché convenablement, employés en grand et d’une manière judicieuse, seraient probablement les moyens les plus praticables dans une fabrique.
- M. le Président fait remarquer que cette discussion montre l’intérêt que la Société aurait à fonder un prix pour la production industrielle de l’acide sulfurique fumant ou de Nordhausen. Tant que ce produit chimique n’a eu qu’un emploi limité, sa fabrication industrielle n’avait pas l’importance qu’elle paraît atteindre aujourd’hui que son usage, pour la fabrication de l’alizarine artificielle et autres produits, oblige à en fabriquer de grandes quantités, au plus bas prix possible. Il est certain que plusieurs voies peuvent être tentées pour y parvenir, et la Société ferait une chose utile en mettant au concours cette question d’un intérêt tout nouveau.
- Le Conseil charge le comité des arts chimiques de s’occuper de la rédaction de ce programme de prix, qui sera inséré dans la liste des prix que la Société met au concours.
- Irrigations dans les Bouches-du-Rhône. — M. Barrai présente un résumé de l’ouvrage sur les irrigations dans les Bouches-du-Rhône, qui a été envoyé aujourd’hui à la Société par M. le Ministre de l’agriculture et du commerce, et dont il est l’auteur.
- Cet ouvrage est le résultat d’une mesure prise par M. le Ministre de Vagriculture, qui ne peut manquer d’avoir une grande influence sur une des branches les plus fécondes des procédés agricoles employés en France. Un arrêté ministériel du 2 juin 1874 ouvre, dans le département des Bouches-du-Rhône, pour cinq années, à partir de 1875, un concours donnant lieu à des récompenses variées, entre les agriculteurs qui auront employé de la manière la plus intelligente, dans leur culture, les eaux qui étaient à leur disposition
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- Le jury chargé du jugement de ce concours pour 1875 â parcouru le pays irrigué. Il a visité un grand nombre de cultures spéciales, et, dans chacune d’elles, il s’est rendu un compte détaillé des faits dont il était témoin. Il a été frappé des résultats obtenus et M. Barrai, rapporteur de cette commission, a consigné le résultat de ses observations dans l’ouvrage qui est offert à la Société ; mais il a dû y mettre aussi la description et l’histoire des canaux d’arrosage qui fertilisent cette contrée ainsi que l’exposé des méthodes employées pour l’emploi de l’eau, qui n’ont jamais encore été décrits complètement. (La communication de M. Barrai sera insérée au Bulletin.)
- Peinture sur 'porcelaine, cuisson. — M. Lacroix (A.), fabricant de couleurs pour la peinture sur porcelaine, expose devant la Société le procédé pour cuire la peinture sur porcelaine ou sur faïence à feu nu et sans four spécial, que M. Martial Gabelle, peintre amateur, rue du Gaz, 7, à Dijon, emploie depuis quelque temps avec un entier succès, pour toutes les pièces qui n’ont pas de forme compliquées et qui sont de dimension restreinte.
- La cuisson s’opère dans un poêle ordinaire en faïence ou en tôle ayant au-dessus du foyer un four à réchauffer.
- Lorsqu’on a brûlé dans le foyer des bûches de bois dur, sec, que le bois est parfaitement consumé et qu’on a obtenu ainsi une épaisse couche de braise ou, mieux encore, quand on a formé une couche bien ardente et homogène de braise de charbon de bois dur, on prend dans le four à réchauffer l’objet décoré qu’on y a placé pour le dégourdir au point convenahle, on l’installe sur les charbons et on ferme rapidement la grande et la petite porte du foyer, de manière à laisser passer aussi peu d’air que possible. Après un espace de temps qui varie de un quart d’heure à une demi heure, on ferme la clef du poêle pour arrêter le courant d’air et empêcher que la cendre, dont la surface des charbons commence à se couvrir, ne voltige et ne vienne s’attacher à la peinture. Au bout de 30 à 50 minutes, selon l’intensité du feu, on retire la pièce cuite et on la remet pendant quelque temps dans le four pour qu’elle ne se refroidisse pas trop brusquement. Pour les pièces plates, comme les assiettes, les coupes et soucoupes, qui ne risquent pas de se renverser dans les cendîes, il est bon de les laisser dans le poêle jusqu’à refroidissement complet.
- Il est bien entendu que, avant comme après la cuisson, la pièce n’est jamais touchée qu’avec des pinces ou une petite pelle plate qui sont toujours chauffées préalablement à une température convenable. Le danger à courir est, en effet, la casse des pièces par un changement brusque dans la température. Il est plus grand pour la faïence que pour la porcelaine, dont la pâte est plus conductrice de la chaleur, mais on peut l’éviter, aisément et à coup sûr, en se servant du four du poêle pour réchauffer et laisser refroidir lentement les pièces, en ne les touchant qu’avec des pinces et pelles convenablement chauffées, en évitant les courants d’air froid et en employant les autres précautions simples que la pratique suggérera pour éviter les modifications brusque de chaleur.
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- Les pièces sortant du four à dégourdir sont souvent plus ou moins jaunies ou noircies : il ne faut pas s’en inquiéter et cela disparaît au feu. Mais on ne saurait trop veiller, pour qu’elles ne soient pas noicies par la fumée ou détériorées pendant la cuisson, à ce qu’à ce moment il ne reste aucun fumeron dans la braise du foyer et à ce que la surface de celle-ci soit bien unie.
- Cette méthode est très-simple et sans frais, et quelques essais feront promptement acquérir l’habitude de régler et de préparer le feu. On peut cuire ainsi la peinture de toutes les pièces dont les formes ou les dimensions ne sont pas incompatibles avec celles du poêle dont on dispose ; ainsi, on peut faire les assiettes, les raviers, lestasses à café et à thé d’un service, et on n’aura besoin d’envoyer au four à moufle que les pièces de grande dimension.
- M. Lœbnitz, faïencier, rue Pierre-Levée, k, a fait un modèle de foyer intérieur qui s’adapte exactement aux poêles en faïence et en fonte et qui facilite toutes ces opérations.
- M. Lacroix termine cette exposition en faisant cuire devant l’assemblée une série de pièces de porcelaine richement décorées et contenant toutes les couleurs de la palette. Il fait remarquer que le carmin ordinaire exige un feu plus ardent et qu’il pourrait ne pas se développer complètement ; dans le doute, on doit se servir de cai-min tendre.
- Vacances. — M. le Président, avant de lever la séance, annonce qu’elle sera la dernière que la Société tiendra avant les vacances. MM. les Membres seront prévenus de la reprise des travaux de la Société, qui aura lieu au mois d’octobre prochain.
- Nomination des membres. — Sont nommés membres de la Société par un vote du Conseil :
- MM. Roger (Georges), fabricant de meules, à la Ferté-sous-Jouarre.
- Alexander (William), fabricant d’enduits contre les pertes de chaleur.
- Pourcel, ingénieur en chef de l’usine de Terre-Noire.
- Euverte, directeur de la même usine.
- Guiguet, graveur sur bois, à Paris.
- Garnier (Jules), ingénieur civil, à Paris.
- Roche, fabricant de tuyaux, à Vassy.
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- PROGRAMME
- DES PRIX ET MÉDAILLES
- MIS AU CONCOURS
- POUR ÊTRE DÉCERNÉS DANS LES ANNÉES 1877, 1878, 1879, 1880, 1881 ET 1882.
- GRANDES MÉDAILLES, GRANDS PRIX ET FONDATIONS,
- GRANDES MÉDAILLES.
- La Société décerne, chaque année, sur la proposition de l’un des six comités du Conseil, une médaille en or portant l’effigie de l’un des grands hommes qui ont illustré les arts ou les sciences, aux auteurs, français ou étrangers, des travaux qui ont exercé la plus grande influence sur les progrès de Vindustrie française, pendant le cours des six années précédentes.
- Ces grandes médailles sont distribuées dans l’ordre suivant :
- 1877. Arts chimiques.
- 1878. Beaux-arts. . .
- 1879. Agriculture. . .
- 1880. Arts économiques
- 1881. Commerce.
- 1882. Arts mécaniques.
- à l’effigie de Lavoisier.
- — de Jean Goujon.
- — de Thénard.
- — d’Ampère.
- — de Chaplal.
- — de Prony.
- Ces médailles ont été décernées, savoir : en 1868, pour le commerce, à M. F. de Lesseps ; — en 1870, pour la chimie, à M. IL Sainte-Claire Deville ; — en 1872, pour l’agriculture, à M. Boussingaidt; — en 1875, pour la physique et les arts économiques, à sir Charles Whealstone; — en 1875, pour le commerce, à M. Jacques Siegfried; — en 1876, pour les arts mécaniques, à M. H. Giffard.
- GRAND POIX DU MARQUIS D’ARGENTEUIL.
- Le marquis d’Argenteuil a légué à la Société d’encouragement une somme de 40 000 francs pour la fondation d’un prix qui doit être décerné, tous les six ans, à l’auteur de la découverte la plus utile au perfectionnement de l'industrie française, principalement pour les objets dans lesquels la France ndurait point encore atteint
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- la supériorité sur l’industrie étrangère, soit quant à la qualité, soit quant au prix des objets fabriqués.
- Le prix de 12 OOO francs, ainsi fondé, a été décerné, en 1846, à M. Vicat pour ses travaux sur les chaux hydrauliques; en 1852, à M. Chevreul, pour ses travaux sur les corps gras; en 1858, à M. Ueilmann, pour sa peigneuse mécanique; en 1864, à M. Sorel, pour la galvanisation du fer ; en 1870, à M. Champonnois, pour l’organisation des distilleries agricoles.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1879.
- GRAND PRIX DE LA SOCIÉTÉ.
- La Société d’encouragement décerne, tous les six ans, un grand prix de 12 000 fr. à l’auteur de la découverte la plus utile à l’industrie française. Ce prix alterne avec celui qui a été fondé par le marquis d’Argenteuil.
- Il a été décerné, en 1875, à M. Pasteur pour ses travaux sur l’éducation des vers à soie, sur la conservation des vins et sur la fabrication de la bière et du vinaigre.
- Il sera décerné de nouveau, s’il y a lieu, en 1882.
- PRIX POUR L’INDUSTRIE COTONNIÈRE.
- Les exposants de la classe n° 27, à l’Exposition universelle de 1867, ont donné à la Société d’encouragement une somme de 13 169 fr. 85 c. pour la fondation d’un prix qui sera délivré, tous les six ans, à celui qui aura contribué le plus efficacement au développement ou au progrès de l’industrie cotonnière en France.
- Ce prix sera décerné pour la première fois en 1877 et sera de 4000 francs.
- PRIX ELPHÈGE BAUDE, POUR LE MATÉRIEL DU GÉNIE CIVIL ET DE L’ARCHITECTURE.
- Les exposants de la classe 65, à la même Exposition universelle, ont donné à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale une somme de 2 515 fr. 75 c. pour fonder un prix qui sera décerné, tous les cinq ans, à l'auteur des perfectionnements les plus importants au matériel et aux procédés du génie civil, des travaux publics et de l’architecture.
- Ce prix sera de 500 francs et sera décerné, pour la première fois, s’il y a lieu, en 1880.
- Terne 11. — 75e année, 3° série. — Novembre 1876.
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- PRIX DIVERS PROPOSÉS ET MIS AU CONCOURS
- POUR ÊTRE DÉCERNÉS DANS LES ANNÉES 1877, 1878, 1879, 1880, 1881 ET 1882.
- ARTS MÉCANIQUES.
- 1° Prix île 2 000 francs pour une machine motrice de 25 à 100 chevaux, brûlant
- au maximum, en travail courant, 700 grammes de houille de bonne qualité, par heure
- et par force de cheval mesurée sur l'arbre de la machine, pesant moins de 300 kilog.,
- et coûtant'de 300 à 400 francs par force de cheval.
- Ce prix sera accordé à l’inventeur d’une machine motrice réalisant toutes les conditions de légèreté dans la construction ou d’économie dans l’usage, qui seraient de nature à en rendre l’emploi général.
- L’importance, toujours croissante, de la machine à vapeur dans tous les grands travaux de l’industrie, a amené, avec la généralisation de son emploi, des perfectionnements qui ont réduit successivement le chiffre de la consommation par cheval.
- La Société d’encouragement pour l’industrie nationale a favorisé ce mouvement par le concours qu’elle a ouvert en 1848, et qui a établi, d’une manière précise, l’état de la question à cette époque. Depuis lors, les constructeurs les plus en renom ont abaissé encore le chiffre de la consommation, et la Société serait heureuse d’avoir à constater de nouveau un progrès marqué.
- C’est dans ce but qu’elle a institué le prix proposé. Toutes les conditions imposées par l’énoncé devront être simultanément remplies. Afin de dégager, autant que possible, l’influence du générateur, le constructeur aura le droit d’employer dans les essais le système de générateur qui lui paraîtra le plus favorable; il aura aussi le choix du combustible, mais les expériences devront durer plusieurs jours au moins sans interruption, et assez longtemps pour que les faits constatés acquièrent une notoriété suffisante.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1881.
- 2° Prix de 1 000 francs pour un petit moteur destiné à un atelier de
- famille.
- On a souvent signalé l’intérêt qu’il y aurait, pour le petit fabricant en chambre, à se procurer commodément et à bon marché, toutes les fois qu’il en aurait besoin, la petite quantité de travail pour laquelle il a ordinairement recours à l’assistance momentanée d’un tourneur de roue.
- Un prix est proposé, dans ce but, pour un moteur à arbre rotatif, pouvant mettre à peu de frais, à la disposition de l’ouvrier en chambre, un travail de 6 à 20 kilogram-mètres par seconde. Les dispositions proposées devront permettre de faire varier, entre
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- ces limites, la puissance disponible, sans présenter de trop grands écarts dans le rendement ; et, s’il est possible, elles devront se prêter aux vitesses les plus convenables, suivant la nature de l’opération à effectuer.
- La solution de cette question aurait pour conséquence de favoriser le travail en famille dans les villes, et de maintenir les enfants sous les yeux de leurs parents, la fille sous la surveillance de la mère.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1878.
- 3° Prix de 2 OOO francs pour des progrès à réaliser dans la filature mécanique
- du lin et du chanvre.
- La filature mécanique du lin, dont la prospérité a été surtout la conséquence de la crise cotonnière, laisse encore à désirer. Elle n’atteint pas la limite de finesse obtenue par la main ; ses métiers sont plus volumineux, plus lourds, plus chers que ceux des autres filatures. L’intervention de l’eau chaude est indispensable, si ce n’est pour les gros fils, et la force motrice dépensée est bien plus grande, à numéro égal, pour le lin que pour les autres substances textiles.
- Ces faits constituent des inconvénients graves ; ils compliquent les opérations, limitent l’échelle des produits, entraînent à des dépenses considérables, rendent le travail insalubre et expliquent la lenteur du développement normal de l’industrie du chanvre et du lin, qui intéresse particulièrement les pays agricoles. La Société pense que la plupart de ces obstacles tiennent à l’insuffisance de l’assouplissage et de la désagrégation mécanique et physique des filasses du chanvre et du lin, et que, mieux divisées, celles-ci pourraient se filer à une plus grande finesse ou bien à finesse égale avec une dépense moindre et une production supérieure. De légères modifications aux machines en usage suffiraient en ce cas pour procurer les résultats désirés. La division de la matière première devrait néanmoins se bornera une désagrégation physique de la masse des fibres, sans atteindre les inconvénients connus de la colonisation chimique.
- Certains systèmes de rouissage se rapprochent du but par l’état dans lequel ils mettent la substance filamenteuse. S’ils ne sont pas encore répandus dans la pratique, c’est que les filateurs répugnent à tout essai qui les obligerait à modifier des machines coûteuses, dont le fonctionnement normal est nécessaire à l’établissement.
- La Société d’encouragement propose un prix de 2000 francs, en faveur de l’industriel qui, le premier, produira, mécaniquement et d’une façon courante, des fils de lin d’une finesse dépassant 100000 mètres au kilogramme ou des fils de chanvre de 1 5 000 mètres au kilogramme ; la production de ces fils dans tous les numéros sera obtenue avec une économie de 15 pour 100 au moins sur la force motrice, et avec une diminution telle dans la température de l’eau, si son action restait nécessaire, qu’il n’en résulte pas de buée sensible (1).
- (1) Quelques filateurs sont déjà arrivés à ce dernier résultat par l’immersion dans l’eau des bobines de préparations, ou leur pénétration par l’intervention de la vapeur d’eau. La Société désirerait voir ces méthodes se propager.
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- Pour avoir droit au prix proposé, il faudra avoir livré à la consommation au moins pour vingt mille francs de fils de lin ou de chanvre dans les conditions ci-dessus énoncées.
- Dans le cas où le progrès serait atteint par suite de l’emploi de filasses rouies par l’un des procédés existants, la Société se réserve d’accorder à son auteur une récompense spéciale sous forme de médaille ou de prix.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1878.
- 4° Prix de 2 OOO francs pour le peignage des cotons ordinaires et autres filaments courts préparés, jusqu’à ce jour, par le cardage.
- II est actuellement bien reconnu qu’il y aurait un grand intérêt à substituer la préparation du peignage à celle du cardage, dans le travail de tous les fils destinés à la fabrication des retors et des étoffes rases et lisses, quelle que soit la nature des filaments qui les composent. Les avantages des produits peignés et leur supériorité sur les articles préparés à la carde ont été analysés, dans les ouvrages spéciaux, et notamment dans les Traités sur la filature du colon et de la laine de M. Alcan, d’une manière assez étendue, pour qu’il soit inutile d’y revenir ici. Les services considérables rendus par la peigneuse Heilmann et par celles qui l’ont suivie depuis prouvent, d’ail -leurs, l’importance de ce genre de transformations (1).
- Mais, jusqu’ici, les différents genres de peigneuses n’ont pu s’appliquer qu’aux fibres d’une certaine longueur. Des difficultés techniques et une dépense de travail que ne comportent pas les substances cardées se sont opposées à la propagation des machines imaginées à cèt effet, et dont quelques spécimens ont figuré aux dernières expositions internationales.
- La Société d’encouragement, pénétrée de l’importance de la solution pratique de cette question, et convaincue des progrès qui résulteraient de la substitution d’une bonne peigneuse à la carde, surtout dans la filature du coton, propose un prix pour être décerné à l’inventeur d’une peigneuse pour le coton dit courte-soie, préparé, jusqu’ici, par le cardage.
- L’emploi de cette machine ne devra pas être plus onéreux que celui de la carde, c’est à-dire que le même poids, bien peigné, ne devra pas coûter plus que s’il avait été cardé d’une manière parfaite. La peigneuse ne devra pas exiger plus de soin ni d’en-fretien qu’une carde ordinaire. Pour mériter le prix, il sera nécessaire de prouver que la nouvelle peigneuse a produit au moins 10 000 kilogrammes de fibres peignées. Une collection complète d’échantillons de la matière textile, travaillée dans les divers degrés de préparation par lesquels elle a passé dans le nouveau système, devra être adressée au siège de la Société, avec les pièces à l'appui, pour justifier delà réalisation des conditions du présent programme.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1879.
- (t) Voir le rapport sur le prix d’Argenteuil accordé à la peigneuse Heilmann. Bulletin de la Société d’encouragement : année 1857, 2e série, t. IV, page 498.
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- o° Prix de 2 000 francs pour une machine à tailler les limes de toute espèce.
- Le problème de la taille mécanique et automatique des limes est poursuivi depuis longtemps.
- Il y a quatre siècles environ que Léonard de Vinci imagina une machine dont on retrouve des dessins dans ses manuscrits déposés à la bibliothèque de l’Institut. Les plus anciennes collections de machines, et notamment celles du Conservatoire des arts et métiers, renferment des modèles de ce genre. Les publications scientifiques et les brevets d’invention en décrivent un assez grand nombre. La solution pratique de la question n’en paraît cependant pas plus avancée. Ce n’est pas parce que la consommation des limes aurait diminué avec l’usage des machines-outils; elle a augmenté, au contraire, par la propagation du grand outillage automatique, au point de représenter en France une valeur annuelle de près de 10 millions.
- L’insuccès des tentatives pratiques tient évidemment aux conditions complexes et délicates qu’il est nécessaire de réaliser. Si l’on examine, par exemple, une lime ordinaire de 0m,50, on la trouve formée de 140 000 à 900 000 dents, suivant sa finesse, et selon qu’elle a reçu la taille dite bâtarde ou la taille douce. Bien exécuté à la main, ce travail ne laisse rien à désirer sous le rapport delà forme régulière de ces dents et de leur espacement, et cependant l’ouvrier tailleur a dû le réaliser au moyen de 50 000 à 50 000 coups de marteau frappés sur un même burin dans des conditions identiques.
- C’est ainsi que l'ouvrier obtient deux séries de sillons parallèles, dont le croisement, à peu près à angle droit, détermine, par le refoulement ou écrouissement de la matière, un nombre infini de parallélipipèdes ou dents qui doivent agir chacune comme l’outil d’une machine à raboter. Ces dents doivent couper la matière sans se polir, s’écraser, rompre, ou môme blanchir sous les efforts considérables auxquels elles sont soumises.
- On ne comprendrait pas l’insuccès des nombreuses tentatives faites pour obtenir, automatiquement, un résultat semblable à celui qu’on obtient par ce travail manuél, si on n’en rappelait les causes. La principale tient peut-être à ce que l’on s’est constamment attaché à l’imitation servile du travail h la main, tout en recourant «à l’action d’un burin mécanique soumis au choc. L’imitation est d’autant plus difficile à réaliser que, par économie, on donne à la machine, qui n’a jamais l’élasticité, la docilité et l’intelligence de la main de l’ouvrier, une vitesse beaucoup plus considérable. Les recherches se sont concentrées sur les transmissions du mouvement, lorsqu’il fallait surtout modifier l’organe principal, l’outil, agissant sous l’action de la machine.
- Dans l’espoir de voir étudier le problème en vue des considérations qui précèdent, la Société d’encouragement propose un prix pour la réalisation d’une machine à tailler, automatiquement, les limes de toute espèce et de toutes dimensions.
- Les limes devront, sous le rapport de la perfection de la taille, rivaliser avec les meilleures limes du commerce; les dents obtenues par le refoulement ou écrouissement de la matière devront présenter des sillons régulièrement espacés et d’une égale profondeur.
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- L’organe tailleur ou outil de la machine devra avoir une forme mathématique invariable, agir sans choc et être à l’abri de réparations anormales.
- Le coût et l’entretien de la machine, sa production, la force motrice nécessaire, devront être tels que son usage offre des avantages sensibles sur les résultats obtenus à la main.
- Le prix ne sera accordé qu’à une machine ayant fonctionné régulièrement pendant trois mois au moins.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1880.
- 6° Prix de 2 000 francs pour un moyen pratique d’amortir les ébranlements et les vibrations qui résultent de l’emploi des marteaux mécaniques ou autres machines à percussion, et qui portent obstacle à ce que leur usage, dans les villes, devienne aussi fréquent qu’il le faudrait dans l’intérêt de l'industrie.
- L’emploi des marteaux mécaniques, qui sont en général mis en mouvement par la vapeur, s’est beaucoup répandu depuis quelques années, malgré les inconvénients causés par les secousses qu’ils produisent. Ces machines sont indispensables pour un grand nombre de fabrications, et d’autres outils à percussion moins puissants, mais souvent aussi incommodes, sont nécessaires à de petits ateliers qui sont essentiellement liés à l’industrie parisienne. Leur utilité a amené à les comprendre dans la deuxième classe des établissements incommodes et insalubres; dès lors ils ont pu être installés dans les villes, et leur emploi à Paris a pris un assez grand développement. Cependant le bruit et les trépidations insupportables que ces appareils produisent ont donné lien à de vives réclamations et à des procès civils ; ces plaintes ont été telles qu’il a été question de demander le déclassement de ces établissements et leur assimilation à ceux de première classe, qui ne peuvent être placés que hors des villes et complètement isolés.
- Il n’est pas nécessaire de montrer quel trouble une pareille mesure porterait dans toute l’industrie parisienne qui occupe, au milieu des quartiers les plus populeux, un grand nombre d’ateliers employant les marteaux-mécaniques, et, à tous les étages des maisons, des machines à percussion de moindre importance. Mais on doit désirer de voir adopter des moyens faciles à mettre en œuvre et nssez efficaces, pour amortir les trépidations que ces marteaux produisent. Ces dispositions nouvelles feraient disparaître le danger que des ébranlements réguliers et continus peuvent faire courir aux constructions contiguës, et l’incommodité grave qu’ils ont pour les habitations voisines, et ces utiles appareils pourraient être mis partout en usage, sans inconvénients.
- Les possesseurs de ces machines ont cherché, de plusieurs manières, à empêcher la propagation des ébranlements qu’elles causent. Ils en ont modifié l’assiette en maçonnerie, iis ont augmenté le poids de la chabotte, ils l’ont fait reposer sur des charpentes environnées de corps mous ou élastiques. Mais ces tentatives sont isolées, les résultats n’en ont été ni mesurés ni constatés régulièrement, et il est utile que cette question soit examinée en détail et d’une manière spéciale.
- C’est cette étude que la Société d’encouragement veut provoquer, et elle propose un prix de 2 000 francs pour celui qui aura fait connaître des moyens pratiques et assurés
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- d’empêcher la propagation, hors de l’atelier, des trépidations causées par les machines à percussion.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1877.
- ARTS CHIMIQUES.
- 1° Prix *le 2 000 francs pour Vapplication industrielle de l’eau oxygénée.
- Les chimistes, dans les recherches de chimie organique, mettent en œuvre une série nombreuse d’actions oxydantes. La grande variété de substances sur lesquelles ils ont à agir, l’intensité plus ou moins grande des réactions qu^ils veulent produire, les ont successivement amenés à utiliser les agents d’oxydation les plus divers, et à profiler de tout ce que la science met, dans ce sens, à leur disposition. Tel de ces agents qui, pour un corps donné, se montre inactif ou insuffisant présente, au contraire, avec un autre corps, trop d’énergie, et produit une décomposition complète. Le chimiste qui entend, par un choix judicieux, proportionner l’action oxydante au phénomène qu’il provoque, et qui veut atteindre le but sans le dépasser, a besoin d’avoir à sa disposition un arsenal de réactions diverses du même genre.
- L’industrie a, peu à peu, emprunté aux procédés des laboratoires quelques-uns de ces agents variés; il importe de voir se multiplier leur introduction dans la pratique des arts.
- Elle n’utilisa, pendant longtemps, que l’action de l’oxygène de l’air, agissant directement, ou bien dissous dans la rosée, comme on le fait encore dans le blanchiment des toiles. Cette méthode d’oxydation lente, la première que l’homme ait connue, met sans doute à profit cette modification de l’oxygène, l’ozone, qui paraît exister fréquemment dans l’atmosphère. Elle fut remplacée, au siècle dernier, par l’action du chlore libre, puis par celle des combinaisons décolorantes de ce corps, chlorure de chaux, etc., qui, avec le concours des acides et selon le degré de leur dilution, peuvent fournir ou du chlore ou de l’acide hypochloreux libre.
- Quoique, dans le plus grand nombre des cas, ces corps agissent par une action oxydante simple, on conçoit que, dans d’autres, ils peuvent exercer une action complexe, en agissant à la fois comme oxydants et comme chlorurants, et produire ainsi des phénomènes très-divers.
- Les chromâtes dont l’industrie fait depuis longtemps usage, et les permanganates dont elle commence à se servir, ne présentent pas cet inconvénient, mais ils laissent, dans les liquides au sein desquels ils exercent leur action, des produits de décomposition qui restreignent leur emploi.
- Il est un agent d’oxydation, des plus énergiques, dont la décomposition, facile à provoquer, ne donne que de l’oxygène eide l’eau; c’est l’eau oxygénée que Thénard découvrit en 1818, et qui est une des plus belles découvertes du savant illustre dont le
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- nom est cher à la Société. Quelques travaux de chimie organique ont utilisé, dans ces derniers temps, ses propriétés remarquables; mais elles n’ont pas encore trouvé place dans l’industrie; c’est une lacune qu’il importe de combler.
- On sait combien la préparation de l’eau oxygénée est laborieuse, quand on veut l’obtenir à la fois pure et concentrée, mais l’industrie n’a rien à tirer d’un pareil produit. Au contraire, quand on se contente d’obtenir l’eau oxygénée mêlée à des matières étrangères inertes, et étendue d’eau, état qui suffirait certainement à beaucoup de réactions, sa préparation est facile.
- La faible valeur du carbonate de baryte que nous envoie principalement l’Angleterre, ainsi que le prix peu élevé de l’acide nitrique permettraient de préparer, avec économie, la baryte caustique, base de la production de l’eau oxygénée. Son prix baisserait encore, si l’opération, exécutée dans une fabrique d’acide sulfurique, permettait d’utiliser les vapeurs nitreuses provenant de la décomposition du nitrate de baryte. Cette baryte caustique, pour se transformer en bioxyde de barium, n’a pas besoin, d’ailleurs, d’oxygène pur ; l’air atmosphérique suffit. Le bioxyde obtenu, si on le traite par l’acide chlorhydrique étendu, on obtient une eau oxygénée à l’emploi de laquelle la présence du chlorure de barium ne nuit guère. Dans les cas spéciaux où la présence de ce corps pourrait gêner, on substituerait à l’acide chlorhydrique l’acide fluorhydrique que les enlevages sur verre ont introduit dans l’industrie depuis quelques années.
- Mais il est un mode de préparation qui semble plus particulièrement applicable à l’industrie, c’est celui qui repose sur la décomposition du bioxyde de barium par l’acide carbonique. M. Dumas, qui l’a signalé, fait remarquer qu’il permet de régénérer le carbonate de baryte et de reconstituer le bioxyde de barium ; qu’il fournit de l’eau oxygénée étendue d’eau, mais pure; enfin, que la préparation peut se faire dans des vases clos par des procédés réglés et une marche courante.
- L’industrie pourra utiliser, sans doute, l’action oxydante de l’eati oxygénée. La préparation en grand de ce corps extraordinaire rendrait plus fréquent son emploi dans les recherches de chimie, et la science pure tirerait parti, à son tour, de l’emprunt que l’industrie lui aurait fait.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en ,1879.
- 2° Prix de 2 OOO francs pour la préparation économique de l’ozone et pour ses
- applications.
- Schônbein a constaté l’existence d’une modification de l’oxygène à laquelle il a donné le nom d’ozone.
- Cette modification prend naissance, quand on électrise l'oxygène ou l’air: quand on dégage par certains procédés spéciaux l’oxygène des corps qui en contiennent; quand le phosphore, les essences et certains corps combustibles s’oxydent à froid; enfin, quand l’air est agité par les orages ou modifié par l’action des végétaux vivants.
- L’ozone possède, comme corps oxydant, une activité comparable à celle du chlore. Il oxyde l’argent à froid ; il détruit instantanément une foule de substances organiques;
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- il décolore les matières colorantes ; il brûle les miasmes, etc. Il aurait tous les avantages du chlore sans en avoir peut-être les inconvénients.
- Si l’industrie avait à sa disposition un procédé qui lui permît de produire l’ozone avec économie et de le conserver ou de l’utiliser facilement, elle pourrait en tirer un parti avantageux -, car, après avoir agi sur les matières organiques, par exemple, l’ozone ne laisse que des substances inertes, l’eau et l’acide carbonique. Le chlore donne, comme on sait, de l’acide chlorhydrique dont il faut se débarrasser ; de plus, il .se substitue à l’hydrogène dans une foule de cas et crée ainsi des complications dont il faut tenir compte et que l’ozone ne fait jamais naître.
- La Société est disposée, en conséquence, à favoriser tout effort tendant à produire l’ozone avec économie et facilité, et donnant les moyens de récolte et de conservation nécessaires pour que ce corps remarquable puisse être mis régulièrement à la disposition de l’industrie.
- Le prix est proposé pour une solution complète du problème, mais la Société se réserve d’encourager toutes les tentatives sérieuses.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1881.
- 3° Prix de 2 OOO francs pour la fixation de l’azote de l’air, sous forme d’acide nitrique, d’ammoniaque ou de cyanogène.
- L’azote de l’air intervient-il d’une manière directe dans les phénomènes de la nitrification, dans la formation de l’ammoniaque atmosphérique et dans la production des matières organiques azotées d’origine végétale? Ce sont des questions qu’il appartient à la théorie de résoudre.
- Mais l’azote de l’air existe en quantités immenses autour de la terre et est à la disposition de l’homme. Il lui reste à le fixer sous l’une des trois formes qui permettent à l’agriculture et à l’industrie d’en tirer parti : acide nitrique, ammoniaque, cyanogène. Il importe peu laquelle des trois combinaisons serait réalisée directement, puisque les procédés connus de la chimie permettent de passer avec facilité de l’un quelconque de ces composés aux autres.
- Cette fixation peut, d’ailleurs, être faite de plusieurs manières. Ainsi on sait, par des expériences déjà fort anciennes de Curandau, qu’un mélange de potasse et de charbon, calciné fortement au contact de l’air, peut absorber de l’azote en donnant naissance à du cyanure de potassium. M. Desfosses a confirmé et étendu cette observation de Curandau, Journal de Pharmacie, 1828, et a fait pressentir qu’elle pourrait recevoir une application dans l’industrie. Plus tard, en effet, la formation du cyanure de potassium au moyen de l’azote de l’air a été proposée et même effectuée en grand, comme base d’un procédé pour la fabrication du prussiate de potasse. Il paraît que les pertes résultant de la volatilité du cyanure de potassium, à la haute température nécessaire pour sa production, ont fait renoncer à l’emploi de ce procédé ; mais d’autres cyanures moins volatiles pourraient être mis à profit et servir de base à la préparation subséquente du bleu de Prusse et des cyanures industriels.
- Tome lit. — 75e anrJ*. 3° série. — Novembre 1876.
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- D’autres procédés pourraient être employés pour obtenir des nitrates ou des sels ammoniacaux.
- On sait, d’une autre part, avec quelle facilité tous ces divers produits peuvent, dans des conditions favorables, faciles à réaliser, transformer leur azote en carbonate d’ammoniaque.
- Or, le carbonate d’ammoniaque constitue la combinaison dans laquelle l’azote se trouve le plus communément dans les engrais résultant des matières animales en décomposition ; c’est celle sous laquelle il paraît le plus propre à fertiliser le sol auquel on le mélange.
- Le problème qu’il s’agit de résoudre, et dont on possède aujourd’hui une solution scientifique, serait d’obtenir, industriellement, le cyanure de potassium ou tout autre composé azoté, dans des conditions économiques acceptables même pour la fabrication des engrais, en empruntant l’azote à l’air atmosphérique, à l’exclusion des matières animales.
- C’est à ce point de vue que la Société d’encouragement propose un prix de 2000 fr. pour la fabrication économique, soit des nitrates et des sels ammoniacaux, soit du cyanure de potassium ou des cyanures analogues, au moyen de l’azote de l’air.
- Ce prix sera décerné en 1877.
- 4° Prix de 2 000 francs à décerner au fabricant d’acide sulfurique qui, le premier, en employant les pyrites dans sa fabrication, ne livrera au commerce que de l’acide sulfurique entièrement exempt d’arsenic.
- On sait que la substitution des pyrites au soufre, dans la fabrication de l’acide sulfurique, a eu pour résultat d’introduire, dans cet acide et, par suite, dans les nombreux produits qui en dérivent, de notables quantités d’arsenic. Ce corps s’y rencontre à l’état d’acide arsénieux ou d’acide arsénique.
- Les propriétés vénéneuses de l’arsenic sont trop connues pour qu’il soit utile d’insister sur les dangers que présente, pour la santé publique, l’emploi de l’acide sulfurique arsenifère, intervenant comme matière première dans la préparation de divers produits alimentaires.
- Quoique divers procédés, d’une efficacité certaine, aient été proposés pour dépouiller l’acide sulfurique de l’arsenic qu’il renferme, comme ces procédés ne s’exécutent pas sans quelque dépense, les fabricants ne les ont pas adoptés. Il y a lieu d’espérer qu’on arrivera à trouver un procédé de cette nature, qui puisse être employé sans qu’il en résulte une augmentation sensible dans le prix de revient pour l’acide sulfurique.
- La Société d’encouragement, vivement préoccupée de la présence de l’arsenic dans une matière première d’une aussi grande importance, propose un prix de la valeur de 2 000 francs pour le fabricant qui, le premier, travaillant avec les pyrites, ne livrera au commerce que de l’acide sulfurique entièrement exempt d’arsenic.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu en 1880.
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- 5° Prix de 1000 francs pour un nouvel emploi industriel d'une substance minérale quelconque abondante et à bas prix.
- La craie, la chaux, le plâtre, l’argile, la silice, la sulfate de soude, le sulfate de baryle, le granit et les roches granitoïdes altérées, les argiles, le fluorure de calcium, le phosphate de chaux, le sel marin, le sulfate de fer, les minerais de fer, etc., sont autant de substances dont tout emploi nouveau crée une richesse, suscite un commerce, développe des trafics de transport et fournit à la population de nouvelles sources de bien-être.
- Trouver de nouveaux emplois à l’une quelconque des substances de cet ordre constitue donc une amélioration industrielle intéressante que la Société veut provoquer, et qu’elle désire trouver l’occasion d’encourager ou de récompenser.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1879, à la plus importante des applications de cette nature que la Société aura été appelée à constater.
- 6° Prix de 1 000 francs pour l'utilisation des résidus de fabrique.
- Il fut un temps où les chimistes rejetaient, comme inutile et sans objet, le résidu, le caput mortuum, de leurs opérations. En tenir compte fut une révélation qui, de proche en proche, conduisit de Glauber à Lavoisier, c’est-à-dire de la manipulation indécise à la théorie la plus sûre.
- Beaucoup d’industries en sont encore à cette période où les résidus de leurs travaux demeurent sans emploi et deviennent, par leur importance, l’occasion de troubles pour l’hygiène publique, ou de lourdes dépenses et de grandes gênes.
- Les laitiers des hauts fournaux, les charrées des fabriques de soude, les sels de manganèse des fabriques de chlorure de chaux, les eaux mères des marais salants, etc., constituent des masses dont l’exploitation sollicite vivement l’attention de l’industrie.
- Tout emploi utile de ces matériaux dégrèverait d’une charge les industries qui les produisent, et réduirait d’autant le prix de revient de leurs produits.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1879.
- 7° Prix de 1 000 francs pour une application utile des métaux nouvellement
- découverts.
- Depuis quelques années, les métaux soupçonnés par les anciens chimistes ont été mis à nu, d’autres métaux curieux ont été découverts. Le calcium, le magnésium, le barium, le strontium sont très-répandus à la surface de la terre; le thallium et les nouveaux métaux alcalins sont rares, mais doués de caractères spécifiques qui les recommandent à l’attention des expérimentateurs.
- II est impossible que le génie de l’homme laisse sans emploi des métaux aussi communs que le calcium, aussi étranges que le thallium, aussi rapprochés des métaux nobles par leur densité que le tungstène.
- Le magnésium promet de fournir la source lumineuse la plus économique et la plus
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- puissante. Les métaux nouveaux ont presque tous quelque propriété de nature à être également mise à profit.
- La Société voudrait susciter des travaux dans cette direction. Elle récompensera donc tout effort utile tenté en vue d’utiliser les nouveaux métaux, laissant les expérimenla-taleurs libres de choisir leur voie.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1877.
- 8° Prix de 1000 francs pour de nouvelles applications des corps simples , non métalliques.
- Le silicium, le bore, le brome, l’iode même, le sélénium, le phosphore sont des corps ; rares autrefois et peu connus, aujourd’hui faciles à obtenir et bien étudiés.
- Trouvera ces substances, qui sont douées d’aptitudes si diverses et si variées, des applications nouvelles, est un objet à la fois digne d’attentiqn et de nature à répondre aux efforts tentés dans ce but.
- Le prix sera décerné en 1877.
- 9° Prix de 1000 francs pour la découverte d'un nouvel alliage utile
- aux arts.
- La plupart des alliages employés dans l’industrie sont connus depuis longtemps. Cependant de nouveaux métaux ont été découverts, et l’un d’eux, l’aluminium, a fourni un bronze doué de qualités extraordinaires dont les arts et les beaux-arts tireront un parti considérable, lorsque son prix de revient le rendra accesible aux emplois communs de la vie.
- Le bronze d’aluminium, éminemment malléable et ductile, parlage avec le fer et l’acier la propriété de se laisser forger à chaud et de pouvoir être soudé. Fusible à une température élevée, il se prête à tous les travaux du moulage. Il résiste mieux à l’air et aux agents d’oxydation que les bronzes ou laitons anciennement connus.
- Pourquoi les métaux, nouvellement connus, ne seraient-ils pas susceptibles de fournir aussi des alliages doués de qualités spéciales dignes de l’attention de l’industrie? Ce sont des études à entreprendre et des essais à tenter : la Société, en les provoquant, tiendra compte, du reste, de tout travail exact, faisant connaître les propriétés des alliages anciens ou nouveaux, lors même que leurs auteurs n’auraient pas trouvé l’occasion de faire sortir de leurs recherches de nouvelles applications industrielles.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1877.
- 10° Prix de 5000 franc» pour la production artificielle du graphite propre à la
- fabrication des crayons.
- Le graphite propre à la fabrication des crayons, sans préparation préalable, est devenu ort rare. Les anciennes mines connues sont à peu près épuisées, et la découverte, en Sibérie, d’un gisement nouveau d’une grande richesse a été un véritable événement.
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- Toutefois, si riche que puisse être cette mine, elle ne saurait suffire indéfiniment à la consommation. Ses produits se vendent, d’ailleurs, à un prix fort élevé, qui ne peut que s’accroître, à mesure que l’enseignement du dessin prendra plus d’extension et produira ainsi une augmentation rapide dans l’emploi des crayons.
- Ne serait-il pas possible d’obtenir artificiellement le graphite en masses assez considérables pour répondre aux besoins de l’industrie ? Ne pourrait-on pas, de la sorte, la soustraire à l’obligation d’avoir recours aux procédés de lavage et d’agglomération qu’elle emploie, et dont les produits laissent beaucoup à désirer ?
- Le gisement bien connu du graphite dans les roches cristallines, et spécialement dans les calcaires cristallins, permet d’entrevoir la solution du problème.
- On sait, d’ailleurs, que le graphite constitue l’état le plus stable du charbon ; qu’il prend naissauce dans diverses circonstances ; qu’en particulier il se forme lorsqu’on chauffe le diamant au foyer de la pile, comme l’a vu M. Jacquelain, et qu’il se sépare abondamment de la fonte grise au moment de sa solidification.
- 11 s’agit donc, en réalité, d’étudier, de préciser et de régler les conditions de la production d’un corps dont la formation artificielle est déjà constatée, et de découvrir un procédé pratique qui permette de l’utiliser en grand.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1878.
- 11° Prix «te 3 000 francs pour la préparation artificielle du diamant
- noir compacte.
- La chimie a prouvé que le carbone ou charbon, le graphite ou plombagine et le diamant constituent des substances identiques. La conversion du diamant en plombagine s’effectue très-facilement; l’inverse, c’est-à-dire la conversion du charbon et de la plombagine en diamant, est certainement possible.
- Mais, si le charbon pouvait être changé en un corps dur, identique au diamant, il ne s’ensuivrait pas que ce diamant fût cristallisé et comparable' aux diamants des joailliers.
- L’industrie resterait indifférente, du reste, à la découverte d’un moyen propre à réaliser la cristallisation du charbon ; elle ne le serait pas à la découverte d’un moyen d’obtenir le charbon en masses dures et amorphes, comparables au diamant noir ; car elle y trouverait le meilleur agent pour attaquer et pour polir les corps les plus durs.
- Les détails connus sur le gisement du diamant, et surtout du diamant carbonique, sont encore extrêmement incomplets. L’un et l’autre se trouvent, et souvent ensemble, dans des sables d’alluvion provenant de la désagrégation de roches plus ou moins anciennes qui sont elles-mêmes des terrains de transport. Nous ne possédons aucune notion certaine sur la gangue primitive du diamant, et nous ne connaissons aucune différence de gisement qui permette d’entrevoir une différence correspondante dans le mode de formation de la variété cristalline et de la variété compacte.
- Nous savons seulement qu’il existe des variétés d’anthracite d’une dureté singu* lière.
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- On pourrait, de là, être conduit à penser que les causes qui ont donné naissance à l’anthracite commun, étant modifiées, auraient pu lui assigner une dureté qui le rap procherait plus ou moins du diamant carbonique.
- La Société d’encouragement attache une si grande importance à la fabrication du diamant noir, qu’elle se réserve de récompenser libéralement celui qui, par une étude plus approfondie du gisement des diamants noirs ou cristallisés, aurait fourni un point de départ plus sûr aux recherches expérimentales relatives à la production artificielle de cette substance précieuse.
- Tout procédé qui permettrait de réaliser cette production serait considéré, d’ailleurs, à quelque prix qu’elle fût effectuée, comme un progrès considérable, promettant pour l’avenir aux ateliers un moyen d’action d’une grande puissance pour le travail du fer, de la fonte, de l’acier et des pierres dures, et serait couronné en conséquence.
- Le prix sera décerné en 1878.
- 12° Prix de 4000 francs pour la découverte de procédés capables de fournir, par des transformations chimiques quelconques, des espèces organiques utiles, telles que la quinine, le sucre de canne, etc.
- La chimie organique est en possession de doctrines et de méthodes pratiques au moyen desquelles on peut prévoir et réaliser la production, par voie de transformation, d’un grand nombre de substances. L’urée, l’huile d’amandes amères, l’huile volatile de reine des prés, l’alcool, l’acide des fourmis, les essences à odeur de fruit, etc., etc., ont été reproduits, par M. Yôhler ou par ses succeseurs, au moyens de procédés certains, en partant de substances qui semblaient très-éloignées de la composition de ces corps, et quelquefois avec autant d’économie que de facilité.
- II n’y a pas de limites à ces sortes de créations, ou plutôt de ces nouveaux arrangements. Aux yeux de la théorie, il n’y a pas de différence entre la production de l’urée et celle de l’indigo ou de la quinine, entre celle de l’acide formique ou de l’alcool et celle du sucre de canne.
- Aux yeux de la pratique, il n’en est pas de même et, tandis que les alcaloïdes artificiels connus demeurent presque tous d’un faible intérêt à ses yeux, la découverte de la quinine artificielle aurait un retentissement immense et rajeunirait la gloire de Pelletier et de Caventou.
- La Société d’encouragement, convaincue que les progrès de la chimie organique permettent d’aborder ces sortes de problèmes, ne craint pas d’engager les chimistes à s’en occuper; s’ils n’atteignent pas le but, ils seront du moins récompensés de leurs efforts par des résultats scientifiques nouveaux.
- Elle fait remarquer, d’ailleurs, qu’il ne s’agit point de la découverte de procédés exploitables au point de vue commercial, mais de la découverte pure et absolue d’un moyen quelconque pour la formation artificielle d’une substance éminemment utile de l’ordre de celles qui sont citées plus haut.
- Le prix sera décerné, dès qu’il y aura lieu. Le concours restera ouvert jusqu’à 1880 inclusivement.
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- 13° Prix de 4 000 francs proposé pour la préparation artificielle des acides gras
- ou des matières cireuses.
- Les acides gras employés pour la préparation des bougies, les cires végétales ou animales, la paraffine produite par la distillation des substances végétales, sont des matières qui reçoivent la même application aux besoins de l’éclairage domestique-, elles ont une production limitée et généralement au-dessous des besoins.
- Dans l’état actuel de la science, la chandelle devrait, cependant, être bannie de la consommation. Les lampes elles-mêmes devraient trouver dans la bougie une concurrence encore plus sérieuse.
- Comme on sait convertir maintenant, l’une en l’autre, les substances organiques par des procédés réguliers, la Société demande avec confiance la découverte d’un procédé capable de fournir, artificiellement, l’acide stéarique ou l’acide margarique, la paraffine ou l’une des matières cireuses employées à la fabrication des bougies.
- Subsidiairement, elle accordera de sérieux encouragements à tout procédé nouveau de préparation des acides gras donnant, en acides solides, la plus belle et la meilleure qualité, avec le rendement le plus élevé, ou bien en produits liquides (acide oléique et glycérine) les produits les plus blancs et les moins odorants, pour le prix de revient le moins élevé.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1882.
- 14° Prix de 6000 francs pour une théorie de l’acier fondée sur des expériences certaines et ayant pour résultat les moyens de mieux diriger la fabrication de l’acier.
- La constitution de l’acier n’est pas connue. Le travail délicat mis en pratique pour la production de cet agent si nécessaire aux arts est fondé sur l’empirisme. Cependant, si la nature de l’acier n’était pas ignorée, il deviendrait possible d’en diriger la préparation par des règles plus certaines et d’en améliorer peut-être les qualités.
- Mais comment se diriger pour convertir en aciers supérieurs des aciers communs, lorsqu'on ignore ce qui constitue leur différence?
- Comment renoncer, d’autre part, à l’espérance de découvrir un jour le moyen de transformer un fer quelconque en fer de première qualité pour acier fondu, lorsqu’on sait qu’il suffit, pour produire ce résultat, d’enlever ou d’ajouter au fer des traces presque inappréciables de matières étrangères?
- La première question à résoudre, si on veut abandonner la voie du tâtonnement et procéder d’une manière raisonnée, est évidemment de fixer d’abord la théorie de l’acier et de la fonder sur des expériences certaines, variées et contrôlées par la pratique.
- La Société encouragera tous les efforts tentés dans celte direction par des médailles ou des récompenses annuelles.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1879.
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- NOVEMBRE 1870.
- 15° Prix de 2 000 francs proposé pour la désinfection des résidus d’épuration
- des usines à gaz.
- Les immenses services rendus à l’éclairage public par les usines à gaz sont tellement incontestables, qu’il importe d’éloigner de cette industrie les inconvénients quelconques dont les procédés qu’elle met en usage peuvent devenir l’occasion. Pour le moment, celui qui mérite le plus de fixer l’attention se rapporte à la révivification des matières employées pour épurer le gaz.
- Les matières épurantes, généralement en usage, consistent en un mélange de sesquioxyde de fer hydraté, de sulfate de chaux et de chaux en excès. Les résidus sont extraits des caisses d’épuration à l’état de protoxyde et de sulfure de fer mêlés de soufre, de carbonate de chaux, de sulfure de calcium imprégnés de carbonate, de sulfocyanhy-drate, d’acétate d’ammoniaque, de divers carbures d’hydrogène, d’acide phénique, d’essences sulfurées, en un mot de tous les produits volatils et infects du goudron.
- On parvient à revivifier, ou plutôt à réoxyder ces résidus ferrugineux, de façon à les faire servir un grand nombre de fois, en les étendant sous des hangars ouverts à tous vents et en les retournant, de temps à autre, avec des pelles pour multiplier les surfaces de contact exposées à l’air atmosphérique.
- C’est particulièrement pendant la vidange des caisses d’épuration et l’étendage à l’air des résidus que se dégagent en abondance des vapeurs incommodes, qui, suivant la direction des courants d’air, peuvent gêner les habitations jusqu’à des distances de 1 200 ou 1 500 mètres, et souvent même bien au delà. Or, ces inconvénients s’accroissent à mesure que la consommation et, par suite, la production du gaz de la houille se développent dans les villes. A tous ces points de vue, on conçoit qu’en France Paris occupe le premier rang.
- On sait qu’en effectuant la réoxydation dans les caisses d’épuration elles-mêmes sans les ouvrir, et dirigeant les produits gazeux sous un foyer incandescent, les vapeurs sulfurées se transforment en eau, acide carbonique et acide sulfureux, et, dès lors, peuvent être rejetées dans l’atmosphère sans inconvénient. Mais, lorsqu’on veut procéder ainsi, on évite difficilement l’altération des claies et réchauffement trop grand de la masse qui se réoxyde ; peut-être faudrait-il faire usage de grilles en briques creuses et diminuer l’épaisseur des couches de résidus.
- Quels que soient, au surplus, les moyens employés par les concurrents, s’ils sont efficaces, praticables avec économie -, si, en un mot, ils ont réalisé dans une grande usine le moyen de réoxyder les mélanges d’épuration en prévenant tout dégagement au dehors des gaz et vapeurs infects, ils auront droit à la récompense proposée.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1881.
- 16° Prix de i 500 francs, de 1 000 francs et de 500 francs relatifs à l'emploi de l’acide borique et du borax dans les arts céramiques.
- L’introduction de l’acide borique et des borates dans les glaçures des faïences fines
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- doit compter au nombre des améliorations les plus importantes dont la fabrication des poteries ait été l’objet; une fusion brillante, une grande dureté, un accord parfait avec le biscuit amené, par une température élevée, à l’état dense et sonore, telles sont les qualités précieuses que ces éléments nouveaux ont ajoutées, depuis le commencement de ce siècle, aux glaçures des faïences fines qui sont si supérieures aux anciennes terres de pipe.
- Les arts céramiques fournissent le débouché le plus important pour l’acide borique de Toscane et pour celui qu’on retire, depuis quelques années, du borate de soude du Pérou. Mais le marché de ces produits tend à se centraliser et à se fixer en Angleterre, et, en présence du développement toujours croissant que les arts céramiques prennent dans le Staffordshire, l’Ecosse et le reste du Royaume-Uni, les manufactures françaises se préoccupent, à juste titre, des moyens de s’assurer, à un prix convenable, des quantités suffisantes de cette matière, qui leur est aujourd’hui indispensable.
- Elles ont aussi, à ce même point de vue, un intérêt très-grand à provoquer la découverte des moyens par lesquels on pourrait remplacer l’acide borique et le borax dans les glaçures des faïences fines, sans nuire aux qualités des produits. Le problème n’est pas insoluble.
- Les phosphates, certains silicates, peu plombeux, cuisant à des températures élevées, les composés résultant des mélanges de spath fluor, de quartz et d’argile, kaolin ou sulfate de chaux qu’a indiqués M. Berthier, quelques micas et les lépidolithes que M. Régnault a analysés, formeraient probablement des glaçures convenables d’une dureté suffisante et d’un usage dépourvu de danger.
- Toute autre voie tendant à régler le prix du borax, toute découverte créant sur le sol français une exploitation régulière d’acide borique qui satisferait aux exigences des arts céramiques seraient accueillies.
- On sait, par exemple, que Beudant a constaté, dans les eaux des lacs de Hongrie, des quantités notables d’acide borique que l’évaporation dépose sous forme de borax natif.
- On sait aussi qu’en 1853 MM. Bonis et Filhol ont, signalé, dans les eaux des Pyrénées et du Midi, la présenee de ce même acide; il est possible que de nouvelles recherches en fassent découvrir des sources exploitables.
- Dans l’Amérique du Sud, les terrains d’Iquique dépendants de la République de l’Équateur contiennent de vastes amas de borate de chaux, qui sont devenus l’objet d’un grand commerce depuis l’Exposition universelle de 1851, et qui fournissent maintenant l’acide borique suffisant pour remplacer celui qu’on ne peut plus tirer de Toscane.
- Si les arts céramiques peuvent, dans certaines conditions nouvelles, se passer d’acide borique, quelques industries importantes pour le commerce de la France ne sauraient le remplacer : la peinture sur porcelaine, la peinture sur émail, la décoration du cristal, la fabrication des verres d’optique, etc.
- Comment mettre en doute les avantages que l’art du verrier en général pourrait retirer de l’emploi de l’acide borique, si sa valeur commerciale permettait de le substituer, en partie, à l’acide silicique?
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- La Société met, en conséquence, au concours, la solution des questions suivantes :
- 1° Prix de 1 500 francs pour une composition qui puisse être substituée à l’acide borique ou au borax dans les glaçures des poteries, sans altérer la valeur actuelle des faïences et sans augmenter leur prix. ^ ^ ; i
- 2° Un prix de 1 000 francs sera décerné à l’auteur de la découverte de gisements exploitables d’acide borique dans la France ou dans ses possessions. j ; ;, T
- 3° La Société décernera de même une médaille de 500 francs à l’industriel qui introduira en France, pour les y traiter, des matières autres que le tinkal ou l’acide brut de Toscane, contenant de l’acide borique en quantité suffisante pour une exploitation régulière.
- Ces prix seront décernés, s’il y a lieu, en 1882.
- 17° Prix de 1 000 francs pour l'extraction, en France, de l'iode que contiennent les
- nitrates de soude de l’Amérique méridionale, les borates et les phosphates minéraux.
- La fabrication de certaines couleurs d’aniline adonné, dans ces dernières années, un emploi industriel à l’iode. Le prix de cette matière s’est, dès lors, notablement élevé, et ce renchérissement a été augmenté par les embarras que les exploitations des cendres de varech ont éprouvés depuis l’introduction, dans le commerce, des sels de potasse de Stassfiirt. Ces fabriques, en effet, tiraient une partie notable de leurs avantages de la vente des sels de potasse, dont la fabrication était, en quelque sorte, complémentaire de celle de l’iode. Alors, tant que les sels de potasse se sont maintenus à un taux élevé, la concurrence entre les diverses fabriques a fait baisser le prix de l’iode ; mais, maintenant que le prix du chlorure de potassium se trouve réduit aux deux cinquièmes de son taux ancien, les fabriques ont considérablement élevé celui de l’iode.
- Heureusement, les végétaux marins ne sont plus, aujourd’hui, d’une manière exclu* sive, la seule source de cette matière qui puisse être exploitée. Le nitrate de soude de l’Amérique méridionale en contient des quantités exploitables, sous deux formes différentes, les iodures et les iodates ; ces derniers sont plus abondants. Cet iode est extrait, en Amérique, des eaux mères du raffinage du nitrate de soude; mais le double état dans lequel il est engagé exige qu’on prenne des soins spéciaux et qu’on fasse des dosages exacts dans le traitement par lequel on l’obtient. Ces soins ne peuvent jamais être donnés d’une manière régulière, en plein désert, avec des ressources incomplètes et des ouvriers peu exercés, et on ne relire, en général, des eaux mères, pas plus de 40 pour 100 de l’iode qu’elles contiennent.
- > Cette extraction serait beaucoup plus fructueuse, si la matière brute était transportée en Europe pour y être raffinée, et si on appliquait à l’extraction de la totalité de l’iode qu’elle contient les méthodes perfectionnées en usage dans les fabriques actuelles de produits chimiques.
- D’autre part, on a reconnu que certains borates naturels, ainsi que les phosphates du Lot et de plusieurs autres gisements, contiennent une certaine quantité d’iode,dont une partie se manifeste dans les nuages violets qui s’élèvent des cuves où on fabrique les superphosphates. Il y a là, encore, une source d’iode qui ne doit pas être négligée,
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- à cause de l’extension que l’emploi du superphosphate prend chaque jour dans T agriculture. ; '-i'x i
- La Société d’encouragement désire provoquer l’établissement, en France, d’une exploitation de ces nouvelles sources d’iode. Elle est, en effet, persuadée que la consommation de l’iode ne peut que s’accroître, et qu’il est important de pourvoir de bonne heure au développement de la production d’une matière qui est devenue indispensable pour plusieurs industries. Elle décernera un prix de 1 000 francs pour la création d’un établissement de cette nature ayant réalisé une fabrication réellement industrielle et d’une importance notable.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1877. ’
- 18° Prix de 3 OOO francs pour un procédé industriel de, fabrication des rails en acier fondu, en ne se servant que de minerais communs, contenant, comme les minerais oolt-thiques ethouillers, 0,50 à 1,50 pour 100 d’acide phosphorique.
- Les rails en acier fondu préparés par les procédés Bessemer ou Martin Siemens tendent, depuis quelques années, à remplacer les rails en fer doux soudé. Leur parfaite homogénéité et leur durée beaucoup plus grande expliquent assez la préférence si marquée qu’on leur accorde aujourd’hui.
- Malheureusement, cet acier fondu ne peut être fabriqué, jusqu’à ce jour, qu’au moyen de minerais d’une qualité supérieure, qui sont manganésifères et qui ne contiennent pas de phosphore. Or le prix de ces minerais exceptionnels s’élève rapidement; ils seront même bientôt épuisés, si on ne parvient pas, dans un avenir prochain, à faire usage des minerais ordinaires pour cette fabrication.
- Les fers oxydés purs devraient être réservés pour la production de l’acier de choix, nécessaire pour les ressorts, les essieux, les bandages de roues, les machines, les ou tils, etc. Quant à la grande consommation de l’acier pour rails, elle ne devrait faire appel qu’aux minerais ordinaires. .
- Il y aurait donc un immense intérêt à pouvoir épurer, par un procédé simple et peu coûteux, les fontes et les minerais ordinaires plus ou moins phosphoreux, et à les transformer en acier fondu par l’affinage.
- Les grands progrès que la fabrication de l’acier a faits depuis quelques annnées donnent tout lieu de croire que ce perfectionnement sera réalisé prochainement.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1877.
- 19° Prix de 1 OOO francs pour l’établissement, en France, d’une usine où l’on réaliserait le traitement complet des minerais de nickel et la préparation de ce métal pur.
- La France possède des mines de nickel et de cobalt dans les Pyrénées, les Alpes, les Vosges et ailleurs, et en Algérie. n? ?
- Jusqu’ici les produits de ces mines y ont été traités pour obtenir le smalt et quelques autres dérivés. Les minerais, après avoir subi ce premier traitement, sont envoyés ensuite à l’étranger pour l’extraction et la purification du nickel. C’est surtout en Aile-
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- magneîqaefçette extraction ést faite sur une grande échelle. Cependant les applications du nickel deviennent de plus en plus importantes, et la France, jusqu’ici tributaire de l’étranger, i aurait intérêt à s’affranchir de cette dépendance. ; ;
- h) Les minerais français suffiraient pour alimenter une usine qui s’occuperait de la préparation complète et de la purification du nickel. Cette usine pourrait également traiter les minerais de Sardaigne et d’Espagne, et, d’autre part, l’existence d’une semblable exploitation augmenterait l’activité dans les mines actuelles ; elle attirerait aussi l’attention sur d’autres mines analogues signalées depuis longtemps sur notre sol.
- La Société d’encouragement désire provoquer cet établissement et propose, pour cela, un prix de 1 000 francs qui sera décerné, s’il y a lieu, en 1877.
- 20° Prix de 3 OOO francs pour la fabrication courante d’un acier ou fer fondu doué de propriétés spéciales utiles, par l’incorporation d’un métal étranger.
- On sait, par les recherches de Faraday, que plusieurs métaux, le platine, le palladium, le chrome, etc., modifient les propriétés de l’acier, d’une façon notable, dans le cas où ces métaux ne sont alliés au fer qu’en minimes proportions.
- Plus récemment, il a été constaté que les aciers sont rendus d’autant plus durs qu’ils renferment plus de tungstène. Leur ténacité statique s’accroît aussi ; mais le métal devient plus aigre; il s’allonge moins. Les effets utiles ou nuisibles du manganèse sur l’acier ont été signalés également dans ces derniers temps. Mais il y a loin encore de ces indications plus ou moins vagues à une fabrication régulière et courante.
- Cependant, aujourd’hui que, grâce aux procédés Bessemer et Martin Siemens, l’emploi de l’acier et des fers fondus s’est considérablement élargi, l’attention se reporte de nouveau sur les travaux de Faraday. Il importe de connaître l’influence spéciale des métaux étrangers sur les propriétés du fer et de l’acier.
- La Société d’encouragement désirant favoriser ces études, décernera un prix de 5 000 francs à celui qui fabriquera, sur une large échelle et qui aura fait accepter par les arts ou les ateliers de construction, un fer fondu doué de propriétés spéciales par l’incorporation d’un métal étranger.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1880.
- 21° Prix «le 2 000 francs et «le 1000 francs pour la fabrication industrielle,
- ‘ - ° { ‘ en France, de l’acide sulfurique fumant dit de Nordhausen.
- La fabrication de l’acide sulfurique de Nordhausen a été jusqu’ici le monopole de quelques fabriques de l’Allemagne. La consommation était d’ailleurs limitée à l’emploi qu’on en faisait pour dissoudre l’indigo. Aujourd’hui que l’acide fumant est,pour ainsi dire,indispensable à la production de corps importants tels que l’alizarine artificielle, il serait utile que nos industriels au lieu de faire venir de loin et à grands frais, un produit dont l’usage s’étend déjà beaucoup et s’étendra certainement encore plus dans l’avenir, pussent le tirer des fabriques nationales d’où ils tirent leurs autres produits.
- La Société d’Encouragement a décidé qu’un prix de 2,000 francs serait décerné au
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- fabricant qui produirait le premier, en France, l'acide fumant par un procédé plus économique que ceux qui ont été appliqués jusqu’ici. ; ; - tb i U i i ?j!
- Elle accordera une prime de 1,000 francs à l’industriel qui aura mis en œuvré l’une des méthodes déjà connues, en établissant, en France, une fabrication régulière et suffisamment importante.
- Ces prix seront décernés, s’il y a lieu, en 1879.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- 1° Prix de 1000 fraites pour une application industrielle de l'endosmose
- des liquides.
- Il y a quarante ans, un illustre académicien français, Du Trochet, découvrit la mystérieuse propriété des membranes végétales et animales à laquelles il donna le nom à’Endosmose.
- Le fait général dont la science lui est redevable peut s’énoncer ainsi : lorsque deux liquides décomposition différente, c’est-à-dire formés par le mélange de substances différentes, sont séparés par une membrane, certaines de ces substances peuvent passer d’un compartiment à l’autre à l’exclusion des autres. La membrane exerce une véritable action élective.
- Un chimiste anglais, Graham, a agrandi le cercle de ces phénomènes; nous savons aujourd’hui que les membranes n’agissent que par leur qualité de corps poreux, et non comme corps organisés; des cloisons déplâtré, de porcelaine dégourdie, de graphite, donnent lieu aux mêmes phénomènes que les membranes végétales ou animales. Il y a là une force mécanique moléculaire qui peut vaincre non-seulement l’affinité d’un corps pour son dissolvant, mais même des’affinités chimiques faibles.
- L’industrie doit, sans doute, tirer un jour le plus grand parti de ces actions physiques d’uné nouvelle espèce, pour concentrer des principes disséminés dans de grandes masses de produits naturels ou artificiels, pour en éliminer de nuisibles, pour déplacer les sucs contenus dans des cellules végétales, etc. L’Endosmose suffira, dans certains cas, pour provoquer des doubles décompositions exigeant, sans son concours, tantôt des températures trop élevées ou trop basses, tantôt l’influence d’agents trop dispendieux, ou capables d’altérer les produits utiles.
- Déjà, un de nos plus éminents industriels, M. Dubrunfaut, a montré, dans le traitement des mélasses, combien il était facile de donner à l’Endosmose une forme industrielle et pratique. Depuis longtemps, on sait que l’alcool se concentre dans les réservoirs membraneux qui le renferment. Certains procédés de tannage ont mis l’Endos^-mose à profit. Il y a donc là une voie à tenter pour un grand nombre d’industries.
- Désirant encourager les recherches faites dans cette direction, la Société décernera un prix pour la meilleure application industrielle de l’Endosmose des liquides. s; , i
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1877. , ^
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- 2°. Prix de 1 OOO francs pour Vapplication industrielle de l’endosmose des gaz.
- Graham a montré que les membranes ou les corps poreux, mis en présence des gaz, produisaient sur ceux-ci des phénomènes analogues à ceux que Du Trochet a découverts pour les liquides. Les cloisons poreuses ont la faculté de diffuser avec une rapidité très-inégale les différents gaz, soit dans le vide, soit dans une atmosphère gazeuse.
- En particulier, la Société verrait avec satisfaction résoudre le problème posé par l’emploi du gaz dans les appartements. Veul-on se préserver des dangers d’explosion, il faut ouvrir des ventilateurs à la partie supérieure des pièces ainsi éclairées. Mais, si ces pièces sont chauffées par des poêles ou cheminées, l’appel qui se fait par ces ventilateurs en rend l’habitation très-incommode et jette quelque doute sur l’efficacité de la ventilation. Il s’agirait de trouver une étoffe ou un diaphragme capable d’arrêter l’air et de livrer issue au gaz de l’éclairage. Les ventilateurs qui en seraient munis garderaient ainsi leurs bons effets et perdraient leurs inconvénients.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1877.
- 3° Prix de 1 000 francs pour la conservation, pendant un mois au moins, des viandes crues, du gibier et du poisson, par un procédé nouveau et d’une exécution facile.
- On ne saurait mettre en doute l’intérêt que peut offrir la solution de cette question mise au concours : la conservation économique et pratique de la viande fraîche de bœuf, de veau, de moulon et de porc, du gibier et des poissons comestibles, mettrait à profit tous les moyens de transport allant, des marchés où la production les dirige, vers les localités où la consommation s’effectue.
- On parviendrait ainsi à rendre plus confortable le séjour dans les campagnes où la viande de boucherie est souvent rare; on viendrait en aide à l’agriculture en offrant de nouveaux et importants débouchés aux produits de l’élevage et de l’engraissement du bétail, dans nos fermes; on encouragerait la pisciculture et l’industrie des pêches maritimes ou fluviatiles et des étangs.
- Déjà bien des essais ont été entrepris : on a tenté, avec des succès divers, l’emploi de la glace, qui prévient ou suspend les phénomènes de la fermentation putride; l’application d’une couche superficielle d’une faible solution d’alun, d’acide phénique, de créosote, ou d’huile essentielle de moutarde; le contact plus ou moins prolongé du gaz acide sulfureux; l’injection artérielle de solutions salines; la torréfaction rapide de la superficie des viandes, etc.
- Tous ces procédés ont présenté des inconvénients, soit parce qu’ils n’étaient pas assez économiques* soit parce que les agents antiseptiques laissaient une saveur ou une odeur désagréable aux aliments préparés.
- Toutefois,aucun des moyens ou procédés anciens ne serait exclu du concours, pourvu que, par des dispositions nouvelles, il devînt praticable, économique, et donnât des résultats irréprochables.
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- La Société se réserve d’accorder une partie du prix proposé dans le cas où, la solution complète du problème n’étant pas présentée, un moyen^efficace îifi Sétaîf bcfmrhu-niqué, qui serait applicable seulement à une ou deux des substances alimentaires en question. ' ‘ '
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1879. " r**'
- 4° Prix de 2 000 francs pour un procédé pouvant assurer la désinfection permanente
- des fosses d'aisances.
- Les fosses d’aisance constituent l’une des plus graves difficultés des agglomérations urbaines. ,. .
- En communication directe avec les égouts, elles infectent les cours d’eau dans lesquels ceux-ci se déversent. Des collecteurs prolongés et coûteux, capables de transporter les produits des égouts à de grandes distances sur des terres propres à être fertilisées par leur action, deviennent indispensables, si on veut échapper à leur influence délétère. Mais ce procédé, adopté par les villes de Paris et de Londres, n’est pas applicable à toutes les cités, à cause des dépenses élevées qu’il entraîne et des difficultés que les dispositions du terrain lui opposent souvent. _
- Les fosses fixes, en les supposant bien étanches, offrent de leur côté trois inconvénients : 1° des émanations fâcheuses s’en exhalent sans cesse par les ventilateurs; 2° à l’époque de la vidange, elles deviennent, pour le voisinage et sur le parcours des matières, la cause d’un véritable trouble-, 5° rendues à la voirie, les matières provenant de ces fosses y répandent, pendant leur séjour souvent long, des exhalaisons au moins fort incommodes et répugnantes.
- Les fosses mobiles débarrassent la cité du second des inconvénients qu’on vient de signaler, mais laissent les deux autres en leur entier. :
- On sait, aujourd’hui, que les déjections humaines renferment les principes de fertilité indispensables au sol, et, en particulier, des éléments faciles à transformer en phosphate amrnoniaco-magnésien, le plus puissant des engrais factices; il est donc nécessaire de les conserver pour les besoins de l’agriculture, si on veut éviter l’appauvrissement plus ou moins rapide de la fécondité des terres. m ;U-
- On sait aussi que des germes, origine de diverses affections, peuvent être transportés par les déjections, et que, après avoir traversé sous des formes étranges les plantes et les animaux herbivores qui s’en nourrissent, ils reviennent, multipliés, se développer chez les animaux carnivores ou chez l’homme lui-même. Ce n’est donc pas sans utilité que l’agriculture fait subir aux déjections humaines la fermentation qui produit l’engrais flamand ou la longue élaboration qui donne la poudretle. Ces pratiques, entre autres résultats, déterminent la destruction de tous les germes nuisibles qui auraient pu exister dans les déjections récentes. ;
- Diverses circonstances rendent probable, sinon certain, que des épidémies meurtrières se propagent par l’action que les déjections exercent sur l’air, sur les eaux ou sur les terres humides. ----- ;
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- Par tous ces motifs, il importe, au plus haut degré, tant pour la bonne direction des opérations agricoles d’une nation que pour l’intérêt de la salubrité des villes et pour l’agrément de leurs habitants, de trouver et de mettre en pratique, dans toutes les fosses d’aisance, un procédé capable de réaliser les trois conditions suivantes : désinfection instantanée et durable des déjections; 2° destruction de tous les germes nuisibles qu’elles contiennent; 3° conservation de la puissance des‘matières comme engrais.
- Le prix pour la désinfection permanente des fosses d’aisance, avec conservation absolue des engrais, sera décerné, s’il y a lieu, en 1881.
- 5° Prix de 1OOO francs pour la dessiccation rapide des bois par un procédé économique et industriel n’altérant pas leurs qualités physiques.
- L’emploi des bois dans les travaux de charpente, de menuiserie et d’ébénisterie ne peut se faire avec sécurité qu’après une dessiccation préalable, qui met les constructions et les objets fabriqués à l’abri des déformations et des dislocations produites par le travail des matériaux employés. Le moyen de dessiccation le plus sûr consiste dans une exposition préalable, à l’air libre, des bois mis en chantier, après qu’ils ont été débités en madriers, en plateaux ou en planches : l’action alternative de l’eau et de l’air amène l’élimination progressive des matières hygrométriques renfermées dans le bois. Il peut alors subir une division en fragments plus petits et être placé sous des hangars, puis dans des séchoirs pourvus d’appareils de chauffage et d’aérage convenables, où il est amené à un degré de dessiccation qui offre toutes les garanties désirables. Malheureusement, cette méthode, simple et sûre, exige un temps très-long, des approvisionnements considérables qu’il faut renouveler en temps utile et, par suite, l’avance d’un capital important qui est immobilisé.
- Un procédé qui assurerait la dessiccation des bois sans altérer leurs qualités, en leur donnant les propriétés précieuses des bois anciens, rendrait certainement un service signalé aux diverses industries qui emploient cette matière première, principalement à l’ébénisterie, qui est une des branches importantes du commerce parisien. C’est ce genre de recherches que la Société désire encourager. Les expériences devront être faites sur une quantité de .bois suffisante pour garantir le succès de l’application en grand ; elles devront porter sur les principales essences employées dans l’industrie.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1878.
- 6° Prix de 1 000 francs pour la construction d’appareils propres à fournir, rapidement et économiquement, de hautes températures à l’usage des petits ateliers industriels.
- L’invention des fours du système Siemens, les recherches de M. Paul Audouin et de M. Henri Sainte-Claire Deville sur le chauffage à l’aide des huiles minérales, ont démontré la possibilité de produire facilement, pour la grande industrie, les températures les plus élevées. U serait désirable que l’application des mêmes principes, sur une petite échelle, mît à la disposition des ateliers industriels des appareils propres à réaliser soit des essais
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- indispensables pour certaines recherches, soit la cuisson ou la fusion des pièces artistiques ou autres, de dimension restreinte. ; L : ! -1 ’ 1 “î
- Sans demander la découverte d’un principe nouveau ni l’emploi exclusifd’un combustible déterminé, la Société admet que le but qu’elle indique puisse être atteint par une application nouvelle, sous une forme simple, commode et économique, desmoyens^ actuellement acquis à la science. Elle tiendra compte, d’une manière spéciale, du bas prix des appareils, de la simplicité de leur installation, et de la facilité avec laquelle ils se prêteront à des usages variés. . 1
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1880. s ^ ^ i ; ^ ;
- 7° Prix de 1 000 francs pour une application nouvelle de l’analyse spectrale dans
- l’industrie.
- Depuis les brillantes découvertes de MM. Kirchoff et Bunsen, l’emploi de l’analyse spectrale a rendu des services considérables à la science. Plusieurs métaux nouveaux ont été trouvés; l’usage du spectroscope en astronomie a révélé les particularités les plus caractéristiques de la constitution physique des astres et de leur composition chimique. Une méthode d’investigation aussi puissante et aussi sûre rendra certainement, quelque jour, des services signalés à l’industrie. Déjà elle a été appliquée à l’élude de la flamme du foyer dans la fabrication de l’acier Bessemer. D’autres applications ne tarderont pas à en être faites, et la Société désire les encourager. Mais, comme l’emploi de l’analyse spectrale peut se produire sous plusieurs formes très-différentes, le prix sera décerné à l’application qui paraîtra la plus digne de cette récompense, soit par l’importance des résultats obtenus, soit par la nouveauté des moyens employés.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1879. .
- 8° Prix de 1 000 francs pour un moijen d’empêcher que la suie n’adhère aux parois des tuyaux de cheminée, afin que le ramonage en puisse être complet et assuré.
- Les habitations à plusieurs étages, adossées les unes aux autres, qui composent nos grandes villes, ont obligé les architectes et, avec eux, la police urbaine à renoncer aux larges conduits des cheminées anciennes, qui sont encore en usage en province,; dans lesquelles un ramoneur peut s’introduire, parcourir le tuyau entier et enlever la suie qu’ils contiennent et qui est concrétée en une couche résistante. Cette visite permet aussi de découvrir les dégradations de la cheminée et de les réparer en temps ulilè. L’emploi des tuyaux étroits, en brique ou poterie, oblige maintenant à ne ramoner les cheminées qu’avec un hérisson ou fagot de tilde fer auquel on donné un mouvement de va-et-vient pour détacher la suie. u : 3
- Malheureusement cette opération, même quand elle est faite avec tout le soin possible, ne donne pas toujours le résultat qu’on en attendait. Si une partie de la suie est à l’état de mousse presque pulvérulente, la majeure partie qui provient de la volatilisation des goudrons et des huiles pyrogénées se concrète en une couche qui adhère fortement aux parois de la cheminée et qui résiste au frottement du hérisson. Elle reste donc en place après le ramonage. De nouvelles couches se superposent à la première; le tuyau se Tome III. — 75e année. 3e série. — Novembre 1876. 83
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- rétrécit peu à peu et conserve, ainsi, de grandes quantités de matières inflammables, en laissant les habitants de la maison dans une sécurité trompeuse.
- Ces dangers seraient évités si on pouvait empêcher l’adhérence de cette croûte dure au tuyau ou s’opposer à sa formation. Le fagot de fil de fer dans son passage détacherait alors toute la suie, et un bon ramonage serait assuré. Des tentatives en ce sens ont déjà été faites et donnent lieu de croire que ce résultat peut être atteint avec une certitude suffisante.
- La Société d’encouragement désire que des recherches soient faites sur ce sujet important, et elle décernera un prix de 1 000 fr. à celui qui aura obtenu, d’une manière assurée et démontrée par un usage habituel assez prolongé, que la suie n’adhère plus, dans aucun cas, aux tuyaux de cheminée, ou bien qui sera parvenu, par un procédé facile et adopté dans la pratique usuelle, à enlever d’une manière certaine la totalité de la suie qui se dépose dans les tuyaux de cheminée.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1878.
- AGRICULTURE.
- 1° Prix de iOOO francs pour la meilleure étude sur l’agriculture et l’économie rurale
- d’une province ou d’un département.
- L’agriculture et l’économie rurale des diverses parties de la France présentent des différences dignes de remarque provenant de causes locales, encore peu connues, il serait très-utile de pouvoir comparer entre elles les méthodes ou systèmes qui y sont mis en pratique. Une série de monographies faisant connaître ce qui se passe dans chaque région agricole permettrait de faire ces rapprochements et contribuerait ainsi puissamment aux progrès de l’agriculture.
- Quelques études de ce genre qui avaient été tentées ont engagé la Société d’encouragement pour l’industrie nationale à proposer un prix pour ce genre de recherches, et elle a pu décerner, en 1872, deux prix et une mention honorable aux auteurs de trois remarquables monographies de ce genre. Ce succès l’a décidée à maintenir la question au concours. Elle propose donc, de nouveau, un prix de 1 000 francs pour la meilleure description de l’agriculture et de l’économie rurale d’une région agricole. L’étendue de cette région pourra embrasser une province entière ou se borner à un département ; mais les investigations dont cette contrée sera l’objet devront être précises et détaillées, et faire connaître, aussi complètement que possible, les pratiques agricoles et surtout les méthodes d’économie rurale qui y sont employées.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1877.
- 0 Prix de i OOO francs pour l’emploi, au boisement des terrains pauvres et arides, d’une essence d’arbre peu utilisée, et dont les produits soient au moins aussi avantageux que ceux des essences forestières employées.
- Le propre d’une civilisation avancée est de réduire de plus en plus, jusqu’à les faire disparaître, les terrains improductifs.
- De grands progrès ont déjà été réalisés sous ce rapport : le pin maritime couvre un
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- grande partie des dunes et des landes du littoral du golfe de Gascogne; les meilleures terres de la Sologne sont en culture ou en prairie ; les terres les plus pauvres ont été conquises par le pin silvestre, le bouleau ou le chêne. Le pin noir d’Autriche s’est répandu sur les plateaux de la Champagne ; enfin l’eucalyptus conquiert, chaque année, de nouveaux espaces en Algérie. Il reste néanmoins encore plusieurs millions d’hectares à mettre en valeur.
- Multiplier le nombre des essences forestières propres à utiliser les plus mauvaises terres, varier les produits que ces terres sont susceptibles de donner, serait assurément un moyen de favoriser la disparition des landes. Dans les introductions à faire, il convient, d’ailleurs, de se préoccuper des essences de haute stature, pouvant donner rapidement des bois de charpente propres aux constructions civiles ou navales, et des arbustes capables de fournir des produits utilisables par l’industrie, tels que résine, cires, matières tinctoriales ou pharmaceutiques, tan, etc., etc.
- La Société décernera un prix de lOOO francs à celui qui aura employé une essence d’arbre utile, peu en usage, pour le boisement de terrains pauvres et arides, et qui aura étendu sa culture sur une surface importante pouvant servir de modèle pour la propagation de ce genre de plantation.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1880.
- 3° Prix de 1 000 francs pour la destruction des foyers d’invasion du phylloxéra par
- des moyens simples et dont le succès complet ait été constaté dans une vigne récemment
- attaquée par cet insecte.
- La vigne est attaquée, depuis plus de dix ans, par un insecte très-petit nommé phylloxéra vastatrix. Cet insecte continue à exercer ses ravages, et, après s’être étendu dans la vallée du Rhône, le Languedoc et la basse Provence, il envahit le Bordelais, la Saintonge et les bords du Rhône, et il menace la Bourgogne.
- La nature et les habitudes du phylloxéra ont été étudiées avec soin ; on a décrit ses conditions d’existence, son mode de reproduction, les moyens qu’il emploie pour se transporter d’un lieu à un autre. On connaît les matières qui le font périr sans nuire à la vigne, et la méthode à suivre pour les employer, et cependant le fléau étend toujours ses ravages, il menace d’envahir l’Europe entière et de ruiner une des branches les plus précieuses de notre agriculture.
- La Société désire provoquer des applications pratiques de ces études diverses et voir réaliser un progrès réel, un résultat complet, dans la lutte entre le cultivateur et l’insecte parasite de la vigne. Elle propose donc un prix de 1 000 fr., qui sera décerné au viticulteur qui aura fait disparaître complètement un foyer d’invasion récent du phylloxéra, dans une région envahie depuis peu, et qui aura ainsi opposé une barrière efficace à la propagation de ce fléau.
- Ce prix sera délivré, s’il y a lieu, en 1878.
- 4° Prix de i 000 francs pour la mise en valeur de terres incultes, par l'emploi d’arbres fruitiers dont les produits soient utilisés directement dans l'alimentation de l’homme.
- La culture des arbres fruitiers a pris en France, depuis une trentaine d’années envi-
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-
-
-
- 648
- PROGRAMME DES PRIX.
- NOVEMBRE 1876.
- ron, une extension considérable. Elle est devenue une des branches importantes de la production du sol par le commerce auquel elle donne lieu.
- Jusqu’à présent c’est principalement dans les pays à sols profonds et riches que les plantations sont faites en grand. En agissant ainsi, les cultivateurs ont raison ; ils sont plus largement rémunérés de leurs avances et de leurs travaux. Cependant, dans bien des contrées, il est possible d’utiliser, d’une manière profitable, par la culture fruitière, des natures de terrains qui se prêteraient difficilement à des cultures perfectionnées. Des essais heureux ont été tentés dans ce sens sur divers points du territoire, et surtout dans l’est de la France.
- La Société d’encouragement pour l’industrie nationale regarde comme utile d’appeler l’attention des cultivateurs et des arboriculteurs sur l’importance qu’il y aurait, tant au point de vue de l’alimentation générale qu’à celui de la richesse du pays, à augmenter la valeur des terres incultes ou pauvres par des plantations d’arbres fruitiers.
- Un prix de 1 000 francs sera accordé au planteur qui aura fait une amélioration importante de ce genre, en faisant le choix le plus judicieux de l’essence fruitière à préférer, suivant la nature du sol et celle du climat. Il sera tenu compte en même temps de l’étendue des plantations dont les résultats devront pouvoir être complètement appréciés.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1878.
- 5° Prix rtc 1 000 francs pour un semoir d'engrais pulvérulents, simple et d'un prix modéré.
- L’agriculture emploie aujourd’hui une quantité notable d’engrais pulvérulents, dont l’épandage est souvent contrarié par le vent et est pénible ou même quelquefois dangereux pour ceux qui font cette opération.
- Il existe déjà des machines qui font cet épandage d’une manière à peu près satisfaisante; mais elles sont, en général, d’un prix trop élevé pour les cultivateurs. On rendrait un grand service à l’agriculture, si on construisait une machine faisant ce travail d’une manière aussi parfaite que possible et dont le prix fût en rapport avec les ressources de la grande masse des cultivateurs.
- La Société décernera, s’il y a lieu, en 1879, un prix de 1 000 francs à celui qui aura satisfait à ces conditions.
- CONSTRUCTIONS ET BEAUX-ARTS APPLIQUÉS A L’INDUSTRIE.
- 10 Prix rte 2 000 francs pour le perfectionnement des applications de la photographie.
- Un prix de 2 000 francs sera décerné à l’inventeur d’un procédé permettant de transformer un cliché photographique, pris sur nature et offrant des teintes finement dégradées, en un cliché pouvant se composer sur la forme d’imprimerie avec le texte, et fournir industriellement un tirage, sans modifier sensiblement les conditions ordinaires de la typographie, tout en donnant des résultats comparables à ceux des clichés typographiques actuellement employés.
- La Société d’encouragement est convaincue du grand intérêt que présenterait l’ap-
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-
-
- PROGRAMME DES PRIX. — NOVEMBRE 1876.
- 649
- plication facile et courante de la photographie pour les publications scientifiques, artistiques ou autres. Un des grands mérites de la photographie est la fidélité, l'authenticité de ses épreuves, la finesse des détails qu’elle reproduit quelle qu’en soit la complication. Avec elle, on ne peut craindre, comme dans le travail du graveur, l’interprétation personnelle ou l’erreur, et la transformation du cliché photographique pour l’employer dans un tirage ordinaire typographique, tout en mettant à l’abri de ce danger, permettrait de plus d’obtenir une exécution rapide et de réaliser une notable économie.
- La photographie trouvera dans cette application l’occasion de prendre un nouvel essor et la Société ne doute pas que cette union complète avec la typographie ne soit féconde en résultats importants pour les deux industries.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1880.
- 2° Prix de 2 000 francs pour l'exploitation de nouvelles carrières de pierres lithographiques fournissant, abondamment, des pierres au moins égales en qualité aux meilleures pierres d’Allemagne ; ou bien pour l'emploi d’une composition, soit métallique, soit de toute autre nature, qui puisse remplacer avec avantage les bonnes pierres lithographiques.
- Jusqu’à présent l’industrie française est tributaire de l’Allemagne pour la fourniture des bonnes pierres lithographiques. Ce n’est pas qu’on ne trouve en France des pierres propres à cet usage. On en a découvert, au contraire, à diverses époques, mais, quand on les a mises en œuvre, on les a toujours trouvées inférieures à celles de Munich. On exploite actuellement, au Vigan (Gard), une carrière qui fournit des pierres de bonne qualité très-employées surtout pour les grands formats ; elles sont bonnes et cependant moins dures que les pierres allemandes. Des échantillons choisis provenant d’autres localités se sont montrés quelquefois non pas comparables, mais bien supérieurs aux pierres étrangères; puis, les pierres courantes provenant de l’exploitation de ces carrières pêchaient toutes par la pureté. Comme la qualité de la pierre est d’une importance capitale, on a abandonné tous ces essais et on a continué à s’en tenir aux pierres allemandes, qui seules donnaient toute sécurité au dessinateur. Peut-être ne peut-on espérer d’obtenir une pureté et une régularité suffisantes qu’en faisant de grands découverts et en pénétrant à de grandes profondeurs.
- Cependant la consommation des pierres lithographiques augmente rapidement ; les carrières allemandes s’épuisent, les prix ont considérablement haussé, et souvent même on ne peut trouver, à quelque prix que ce soit, la pierre dont on aurait besoin. Il y a donc une véritable pénurie de bonnes pierres et l’industrie est en souffrance.
- La Société d’encouragement se préoccupe de cet état de choses, et elle désirerait que des recherches bien dirigées amenassent à la découverte et à l’exploitation de carrièrès fournissant des pierres de bonne qualité. Elle espère que les études géologiques et minéralogiques, qui depuis vingt ans ont fait mieux connaître la composition des roches de la France, pourront être mises utilement à profit dans ces tentatives.
- Il serait possible de satisfaire aux besoins de l’industrie par une autre voie qui a déjà été tentée et qui serait reprise, aujourd’hui, avec plus de chances de succès. Sennefelder avait essayé de fabriquer des pierres artificielles, et, s’il n’a pas réussi, d’autres paraissent avoir élé quelquefois plus heureux. On pourrait, en effet, augurer mieux
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- PROGRAMME DES PRIX. — NOVEMRRE 1876.
- ,de travaux en ce sens, entrepris aujourd’hui que la composition des matières plastiques, telles que l'oxychlorure de zinc,: celui de magnésie, etc., a été beaucoup perfectionnée. Des plaques métalliques pourraient aussi être substituées aux pierres qui sont lourdes et emcombranles. On a déjà essayé le zinc et d’autres substances, et la métallographie a été l'objet de quelques applications. Les obstacles divers qui se sont opposés à ce que ces procédés ne reçussent toute l’extension qu’ils pourraient avoir ne sont probablement pas insurmontables, et on peut espérer de voir un jour la lithographie délivrée, par l’un ou l’autre de ces divers moyens, de la dépendance dans laquelle elie a toujours été relativement aux carrières allemandes. ' '~
- La Société d’encouragement demande donc un progrès marqué dans les moyens de fournir à la lithographie des pierres ou planches quelconques qui lui permettent de se passer, avec avantage et avec économie, des pierres qu’elle fait venir à grands frais de l’Allemagne. La Société accueillera avec une égale faveur la découverte de carrières nouvelles, en France, dont les pierres aient toutes les qualités désirables, la fabrication de pierres factices atteignant le même but ou bien des procédés pratiques et industriels, pour l’emploi de planches, d’une composition quelconque, donnant, sans augmentation de prix, des épreuves aussi parfaites que celles que fournissent les meilleures pierres étrangères.
- Le prix sera de 2 000 francs ; il sera décerné, s’il y a lieu, en 1877.
- CONDITIONS GÉNÉRALES A REMPLIR PAR LES CONCURRENTS.
- 1. Les mémoires descriptifs, modèles, renseignements, échantillons et autres pièces, destinés à faire connaître les titres des concurrents, devront être déposés au secrétariat de la Société avant le 1er janvier de l’année désignée par le programme pour la délivrance des prix : ce terme est de rigueur.
- 2. Les concurrents qui auront traité plusieurs des questions mises au concours seront tenus de consacrer à chacune d’elles un mémoire séparé, appuyé de pièces distinctes, qui puisse être transmis, pour examen, à des commissaires différents.
- 3. Les concurrents qui ne voudraient pas mettre leur invention dans le domaine public devront prendre un brevet d’invention avant de se présenter au concours.
- 4. Néanmoins, les auteurs qui désireraient garder le secret de leurs procédés, et se décideraient à en présenter publiquement les résultats sans prendre de brevet d’invention, seront admis au concours, à la condition de déposer, dans un paquet cacheté, une description détaillée de ces procédés, dont l’exactitude sera vérifiée et certifiée par un membre du comité compétent.
- 5. Les mémoires descriptifs, les pièces écrites et les dessins déposés ne seront pas rendus aux concurrents qui n’auraient pas obtenu de prix ; mais la Société leur en laissera prendre des copies et autorisera, s’il y a lieu, la reprise des modèles et des échantillons.
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-
-
- TABLEAU
- PRIX ET MEDAILLES PROPOSES
- PAR LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- dans sa séance générale du 9 juin 1876.
- ÉPOQUE LIMITE du dépôt DES MÉMOIRES.
- DÉSIGNATION DES SUJETS DE PRIX.
- s
- P
- fc
- Grandes médailles.
- fr.
- 1877
- 1878
- 1879
- 1880 1881 1882
- Médaille des arts chimiques.......
- — des beaux-arts appliqués
- à l’industrie...........
- — de l’agriculture..........
- — des arts économiques. . . .
- — du commerce............... .
- — des arts mécaniques. ... .
- à l’effigie de Lavoisier.
- — J. Goujon
- — Thénard.
- — Ampère.
- — Chaptal. .
- — Prony.ii
- Grands prix.
- 1877
- 1879
- 1880 1882
- Prix de la classe 27 (industrie cotonnière).. . . Prix du marquis d’Argenteuil. .......
- Prix de la classe 65 (matériel des constructions) Prix de la Société...............................
- 4,000
- 12,000
- 500
- 12,000
- 28,500
- Prix mis au concours par la Société.
- ARTS MÉCANIQUES.
- 1877 31 décembre 1876.
- 1878 31 décembre 1877.
- 1879
- 1880 1881
- 31 décembre 1878. 31 décembre 1879. 31 décembre 1880.
- 6
- 2
- 3
- 4
- 5 1
- Amortissement des secousses causées par les marteaux-pilons.
- Petit moteur pour atelier de famille. .................
- Perfectionnement dans la filature du lin et du chanvre. . . .
- Peignage des fibres textiles courtes. ...............
- Machine à tailler les limes................................
- Perfectionnement de la machine à vapeur................ . .
- 2,000
- 1,000
- 2,000
- 2,000
- 2,000
- 2,000
- 11,000
- A reporter.
- 39,500
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-
-
-
- 652
- PROGRAMME DES PRIX. — NOVEMBRE 1876.
- Q. Cfi o ÉPOQUE LIMITE W O Ph O d 3 P, CO J H B
- H n"0 13-s' du dépôt ‘fi DÉSIGNATION DES SUJETS DE PRIX. w O < Oi
- !i O A X
- rS *C :: *3 : DES IMÉMOIRES. s & Z w 1-4 < > 3 B O H
- Report. fr. fr. 39,500
- | ARTS CHIMIQUES. " .
- 3 Fixation de l’azote de l’air en cyanures, nitrates Ou ammoniaque 2,000
- 7 Application industrielle des nouveaux métaux.' . .; 1,000
- ii ! 8 Nouvel emploi des corps simples non métalliques.: 1,000
- 1877 31 décembre 1876..; 0 Nouvel alliage utile aux arts. . . .-i 1,000
- 17 Exploitation de l’iode dans les nitrates, borates ou phosphates. 1,000
- 18 Rails en acier fondu avec des minerais phosphorés. . . . . . , 3,000
- 19 Etablissement d’une fabrique de nickel en France. . . . . . . 1,000
- 1878 31 décembre 1877. 10 Fabrication artificielle du graphite pour crayons. 3,000
- Fabrication du diamant noir 3,000
- 1 Emploi industriel de l’eau oxygénée | . 2,000
- 5 Emploi industriel nouveau d’une matière minérale abondante. 1,000
- 1879 31 décembre 1878. 6 Utilisation des résidus de fabrique 1,000
- 14 Théorie de l’acier fondée sur des expériences précises 6,000
- 4 Acide sulfurique sans arsenic extrait des pyrites 2,000
- 1880 31 décembre 1879., 12 Transformation chimique donnant un produit naturel utile. . . 4,000
- 20 Acier ou fer fondu allié à un métal étranger 3,000
- 21 Fabrication d’acide sulfurique fumant 2,000 1,000
- 1881 31 décembre 1880., â 13 Préparation économique et emploi de l’ozone Désinfection des caisses d’épuration du gaz 2,000 2,000 4,000
- Production artificielle des corps gras
- 1882 31 décembre 1881. 16 Nouvelle source de borates ou leur remplacement dans la céramique 1,500 1,000
- ARTS ÉCONOMIQUES. 500 49,000
- 1877 ! 31 décembre 1876. 1 Application de l’endosmose des liquides 1,000
- 2 Application de l’endosmose des gaz 1,000
- 1878 34 décembre 1877. 5 8 Dessiccation rapide des bois . Moyen d’empêcher l’adhérence de la suie dans les cheminées. O O O O O o O O O
- 1879 31 décembre 1878. q Confrmation des denrées alimentaires
- Application de l’analyse spectrale dans l’industrie
- 7 1,000
- 1880 31 décembre 1879. 6 Petit appareil donnant de hautes températures 1,000 2,000
- DéMiifpntinn permanente des fosses d’aisances
- lool 9,000
- AGRICULTURE.
- 1877 31 décembre 1876. 1 Élude sur une région agricole de la France 1,000
- 31 décembre 1877. 3 Destruction d’un foyer de phylloxéra 1,000
- 1878 4 Mise en valeur de terrains par les arbres fruitiers l’ooo
- A reporter 3,000 97,500
- r
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-
-
-
- PROGRAMME DES PRIX. — NOVEMBRE 1876. 653
- ANNÉES de la distribution des prix. ÉPOQUE LIMITE du dépôt DES MÉMOIRES. W « « P5 O O £ P £5 DÉSIGNATION DES SUJETS DE PRIX. VALEUR DES PRIX. TOTAUX PARTIELS.
- fr. fr-
- Report 3,000 97,500
- 1879 31 décembre 1878. 5 Semoir d’engrais pulvérulents 1,000
- 1880 31 décembre 1879. 2 Boisement des terrains pauvres par une essence nouvelle. . . 1,000 5,000
- BEAUX-ARTS APPLIQUÉS A L’INDUSTRIE.
- 1877 31 décembre 1876. 2 Pierres lithographiques 2,000
- 1880 31 décembre 1879. 1 Emploi de la photographie pour la typographie 2,000 4,000
- Total général 106,500
- Tome III. — 75e année. 3e série.
- Novembre 1876.
- 84
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-
-
-
- TABLEAU PAR ANNÉE
- DES
- PRIX ET MÉDAILLES PROPOSÉS
- PAR LA .
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- DANS SA SÉANCE GÉNÉRALE DU 9 JUIN 1876.
- C/2
- O
- Û*
- D
- £
- SUJETS DE PRIX.
- En 1877.
- Grande médaille des arts chimiques (Lavoisier) Prix de la classe 27 (industrie cotonnière). . . .
- 4,000
- CONCOURS OUVERTS.
- Arts mécaniques..
- 6
- 3
- Arts chimiques,
- Arts économiques. . . .
- Agriculture............
- Beaux-arts.............
- 7
- 8 9
- |l7
- 18
- 19
- 1
- 2
- 1
- 2
- Amortissement des secousses causées par les marteaux-pilons. Fixation de l’azote de Pair en cyanures, nitrates ou sels ammoniacaux.....................................................
- Applications industrielles des nouveaux métaux................
- Nouvel emploi des corps simples non métalliques...............
- Nouvel alliage utile aux arts.................................
- Extraction de l’iode des nitrates, borates et phosphates......
- Rails en acier fondu fabriqués avec des minerais phosphorés. . Etablissement d’une fabrique de nickel en France. ......
- Application de l’endosmose des liquides.......................
- Application de l’endosmose des gaz............................
- Etude sur une région agricole de la France....................
- Pierres lithographiques.......................................
- 2,000
- 2,000
- 1,000
- 1,000
- 1,000
- 1,000
- 3,000
- 1,000
- 1,000
- 1,000
- 1,000
- 2,000
- 21,000
- A reporter,
- 21,000
- 21,000
- TOTAUX PAR ANNEE.
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-
-
-
- 655
- PROGRAMME DES PRIX. - NOVEMBRE 1876.
- H Ph P Ph O 'q w O Ph ‘W S P £ SUJETS DE PRIX. VALEUR DES PRIX. - TOTAUX PAR ANNÉE.
- fr. fr.
- Report 21,000 21,000
- En 1878.
- Grande médaille des beaux-arts (Jean Goujon)
- CONCOURS OUVERTS.
- 2 Petit moteur pour atelier de famille 1,000
- Arls mécaniques. . . . 3 Perfectionnement dans la filature du lin et du chanvre. ... 2,000
- 10 Fabrication artificielle du graphite pour les crayons. 3,000
- Arts chimiques 11 Fabrication du diamant noir 3,000
- 5 Dessiccation rapide des bois 1,000 -
- Arts économiques. . . . 8 Moyen d’empêcher l’adhérence de la suie dans les cheminées. 1,000
- 3 Destruction d’un foyer de phylloxéra 1,000
- Agriculture 4 Mise en valeur des terrains par les arbres fruitiers 1,000
- 13,000
- En 1879.
- Grande médaille de l’agriculture (Thénard)
- Grand prix du marquis d’Argenteuil 12,000
- CONCOURS OUVERTS.
- Arts mécaniques: . . . 4 Peignage des fibres textiles courtes 2,000
- 1 Emploi industriel de l’eau oxygénée « 2,000
- S Emploi industriel nouveau d’une matière minérale abondante. 1,000
- Arts chimiques 6 Utilisation des résidus de fabrique 1,000
- 14 Théorie de l’acier fondée sur des expériences précises 6,000
- 3 Conservation des denrées alimentaires 1,000
- Arts économiques. . . . 7 Application de l’analyse spectrale dans l’industrie ; . 1,000
- s Semoir d’engrais pulvérulents......’ 1,000
- En 1880. 27,000
- Grande médaille de physique et des arts économiques (Am-
- père) —
- Prix de la classe 65 (matériel des constructions) 500
- A reporter. ........ 500 61,000
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-
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- PROGRAMME DES PRIX. - NOVEMBRE 1876-
- H X « X o "p cfi O X O s a £ SUJETS DE PRIX. VALEUR DES PRIX. TOTAUX PAR ANNÉE.
- (r. fr.
- Report 500 61,000
- CONCOURS OUVERTS.
- Arts mécaniques 5 Machine à tailler les limes 2,000
- 4 Acide sulfurique exempt d’arsenic extrait des pvrites 2,000
- 12 Transformation chimique donnant un produit utile 4,000
- Arts chimiques 20 Acier ou fer fondu allié, doué de propriétés spéciales 3,000
- 21 Fabrication d’acide sulfurique fumant 2,000 1,000
- Arts économiques. . . . 6 Petit appareil donnant de hautes températures 1,000
- Agriculture 2 Boisement des terrains pauvres par une essence nouvelle.. . . 1,000
- Beaux-arts appliqués à
- l’industrie 1 Emploi do la photographie dans l’art typoorfiphiqno 2,000
- 18,500
- En 1881.
- Grande médaille du commerce (Chaptal) —
- CONCOURS OUVERTS.
- Arts mécaniques 1 Perfectionnement de la machine à vapeur 2,000
- 2 Préparation économique et emploi de l'ozone 2,000
- 15 Désinfection des caisses d’épuration du gaz 2,000
- Arts économiques . . . . 4 Désinfection permanente des fosses d’aisances 2,000
- 8,000
- En 1882.
- Grande médaille des arts mécaniques (Prony) —
- Grand prix de la Société 12,000
- CONCOURS OUVERTS.
- 13 Production artificielle des corps gras 4,000
- Arts chimiques 6 Nouvelle source de borates ou leur remplacement dans la céra- 1,500 1,000
- mique 500
- 19,000
- Total général 106,500
- PARIS. — IMPRIMERIE DE Mme Ve BOUCH ARD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5. — 1876. Jules TREMBLAY, gendre et successeur.
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-
-
- 95e année.
- Troisième série, tome III.
- Décembre 1896.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIETE II CHHini.fMVÏ
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Lamy, au nom du comité des arts chimiques, sur les appareils
- DE DISTILLATION ET RECTIFICATION de MM. D. SAVALLE FILS ET COMP., avenue
- du Bois de Boulogne, 64, à Paris.
- Messieurs, la distillation des vins s’est faite exclusivement jusque dans les premières années de ce siècle, à l’aide du vieil alambic de nos laboratoires. Lavoisier, dès 1770, avait bien, à la vérité, perfectionné cet appareil pour l’appliquer aux arts, et en obtenir, selon ses propres expressions : « le maximum d’effet avec le minimum de dépense ». Mais ce n’est que vers 1802 que l’alambic fut complètement transformé, et l’art de distiller les vins grandement amélioré par Ed. Adam, qui sut faire un rapprochement heureux de principes et de combinaisons connus, mais appliqués isolément jusqu’alors. ;
- Adam réunit, en effet, dans un même appareil, la disposition de Glauber et de Woolf pour ne faire bouillir directement qu’une partie du vin et l’autre partie de proche en proche par les vapeurs hydro-alcooliques elles-mêmes, l’enrichissement graduel de ces vapeurs par leur condensation partielle à des températures de moins en moins élevées, enfin, l’utilisation trouvée par Argant, de la chaleur de condensation des vapeurs pour commencer réchauffement du vin à distiller. L’alambic nouveau donnait un alcool sans goût de feu, plus parfait, plus fort que celui des alambics en usage, et avec une grande économie de combustible et de main-d’œuvre. Mais il était volumineux, manquait de simplicité et. coûtait fort cher. Aussi, de tous côtés s’empressa-t-on de l’imiter, en cherchant à réduire ses dimen-
- Teme III. — 75e année, 3' série. — Décembre 1870. 85
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- ARTS CHIMIQUES. --- DECEMBRE 1876.
- sions et à le perfectionner. Parmi tous les appareils, qui furent la conséquence de ces recherches, le plus parfait fut celui de Cellier-Blumenthal, qui multiplia les surfaces du vin soumis à la distillation, en construisant la colonne à plateaux, et rendit l’opération continue, en faisant servir le vin exclusivement à la condensation. C’est cet appareil, un peu modifié par Derosne pour remédier à la faible perte d’alcool qui restait dans les vinasses, qui a été appliqué depuis 1820 jusqu’à ce jour aux vins communs du Midi, dans le but d’obtenir, soit des esprits trois-six ordinaires, soit des eaux de vie communes, et qui est devenu pour les arts, le type de tous les appareils à distiller, quels qu’ils soient, en France comme à l’étranger.
- Yers 1850, l’invasion de l’oïdium et la succesion de mauvaises récoltes dans le Midi, ayant réduit des 3/4 les alcools de vin, on songea à suppléer à l’insuffisance de la vigne par l’extension de la culture de ]a betterave dans le Nord, et la distillation directe du jus fermenté de cette plante. De là une industrie pour ainsi dire nouvelle, développement de celle qui distillait les mélasses et les grains, et qui put déjà fournir à la consommation en 1855, 451 984 hectolitres d’alcool de betteraves, quand la production des alcools de vin était tombée à 72 280 hectolitres.
- L’homme qui contribua pour la plus large part aux progrès de l’industrie nouvelle fut M. Dubrunfaut. Savant et industriel tout à la fois, il sût en perfectionner les diverses parties, et notamment les appareils de distillation en vue de l’épuration des alcools obtenus.
- Les jus fermentés de betteraves, de mélasses ou de grains, en effet, ne sont pas des vins comparables au vin proprement dit, sous le rapport du goût et des principes aromatiques qu’ils contiennent. Dans l’acte de la fermentation, surtout sous l’influence de ferments impurs, il se développe dans ces jus, outre l’alcool ordinaire, de l’aldéhyde et des éthers plus volatils , des huiles essentielles ou alcools supérieurs plus fixes, qui viennent s’ajouter aux composés odorants propres aux matières premières d’où ils sont extraits, et qui tous ont un goût plus ou moins désagréable ou une action fâcheuse sur l’économie animale. La séparation de ces éthers et de ces huiles passant à la distillation avec l’alcool devait être le but principal à atteindre dans la construction ou la conduite des nouvelles colonnes dis-tillatoires.
- * A peu près à la même époque où M. Dubrunfaut fit construire les appareils qui portent son nom, un autre français, M. Amand Savalle, constructeur et distillateur à La Haye, et déjà connu pour les importantes modifications qu’il
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- avait apportées à la colonne de Cellier-Blumenthal, vint s’établir en France, où il continua, avec la collaboration de son fils, M. D. Savalle, à perfectionner les appareils distillatoires en général. Ce sont ceux que M. D. Savalle construit aujourd’hui, et tels qu’ils sont installés dans l’usine de M. Springer et comp., à Maisons-Àlfort, qui ont été plus particulièrement soumis à l’examen de votre comité, et dont nous allons vous rendre un compte sommaire.
- Dans l’historique qui précède, nous avons dit que l’appareil fondamental de Cellier-Blumenthal avait dû être modifié en vue d’obtenir des alcools de betteraves ou de grains d’une pureté comparable à celle des alcools de vin. Au chauffage à feu nu, on a substitué le chauffage à la vapeur, et on a séparé la colonne distillatoire en deux, de telle façon qu’aujourd’hui les alambics les plus perfectionnés se composent en réalité de 2 parties distinctes : l’appareil distillatoire proprement dit, pour extraire des vins les alcools faibles appelés flegmes, et l’appareil rectificateur pour retirer de ces flegmes, par distillation fractionnée, les esprits ou alcools forts et purs (1).
- Appareil distillatoire (fig. 1, pl. 52). — Comme tous ceux du même genre, le distillateur Savalle, comprend 5 parties : la chaudière, pour fournir la vapeur de chauffage; la colonne distiilatoire, à plateaux, pour l’analyse et l’enrichissement graduel et méthodique des vapeurs alcooliques; le condenseur ou chauffe-vin, destiné à condenser partiellement les vapeurs par échange de chaleur avec le vin à distiller; le réfrigérant, pour compléter la condensation, et enfin Y éprouvette, pour l’écoulement et la vérification du degré des flegmes. Il possède en outre un régulateur automatique de chauffage delà colonne.
- Relativement au chauffage, le mode le plus général, qui est aussi le plus simple, consiste à introduire la vapeur d’un générateur directement dans le pied des colonnes. Mais quand il s’agit des vins de mélasse, que l’on a intérêt à ne pas étendre d’eau pour l’extraction ultérieure des sels de potasse, le jus fermenté est chauffé dans une chaudière tubulaire, séparée de la colonne. La vapeur remplit les intervalles que les tubes laissent entre eux, le vin coule dans ceux-ci, et sa libre circulation est assurée avec la base de la
- (1) Il est juste de remarquer que l’industrie de la distillation en France est redevable aussi de nombreuses améliorations à M. Champonnois, qui a créé, pour ainsi dire, la distillerie agricole de betteraves, en inaugurant le système de macération qui porte son nom, et en simplifiant la construction des appareils à colonne, afin de rendre moins dispendieuse leur installation dans les fermes. Mais ces appareils ne donnent que des flegmes ou alcools faibles contenant ces huiles essentielles de mauvais goût que les colonnes de rectification ont pour but d’éliminer.
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- colonne par un tuyau latéral situé au-dessous du tuyau plus large qui sert au passage des dernières vapeurs alcooliques (voy. la figure, page 670).
- Quand il s’agit de vins en matière pâteuse, la vapeur de chauffage est admise dans un compartiment ou caisse en fonte qui forme le soubassement de la colonne, et qui permet de se débarrasser aisément de l’eau de condensation. La matière pâteuse elle-même, lorsqu’elle est épuisée, passe du plateau le plus inférieur de la colonne dans un large siphon voisin à contre-pression, d'oh elle peut être facilement évacuée au dehors (fig. 1, pl. 52).
- Voici les autres dispositions principales de l’appareil.
- Colonne. — La colonne est rectangulaire, et composée de 25 tronçons. Les capsules de chaque plateau, au nombre de deux, sont aussi rectangulaires, et renversées sur des ajutages de même forme, qui servent de passage aux vapeurs. Elles sont perforées, vers leurs bords libres inférieurs, d’un grand nombre de petites ouvertures pour le barbotage des vapeurs, si l’on distille des vins de mélasse ou de betteraves; ces ouvertures sont supprimées dans le cas des matières pâteuses, parce qu’elles seraient promptement obstruées et, partant, inefficaces. Pour assurer autant que possible l’homogénéité de la matière pâteuse et éviter les dépôts sur la longue surface (125m) qu’elle parcourt d’une marche fréquemment changée ou entravée, on lui donne une vitesse d’écoulement de 35 cent, par seconde environ. Mais comme malgré toutes les précautions, il se produit encore de temps en temps des dépôts de matière solide, particulièrement près des conduits ou trop-pleins qui servent au passage du liquide fermenté d’un plateau sur l’autre, on a établi, en face de chacun d’eux, un regard ou trou de bras qui permet de les visiter et de les nettoyer sans démonter la colonne.
- Chauffe-vin. — Réfrigérant. — Ces organes, dans toutes les installations de M. Savalle, ont la forme cylindrique, et sont traversés par un grand nombre de tubes droits, au lieu d’être à serpentin comme dans les appareils de Cellier-Blumenthal, Dubrunfaut et autres. Sans doute, cette disposition est avantageuse, parce que la surface de refroidissement peut être plus grande, et que les tubes sont faciles à nettoyer à l'aide d’une brosse emmanchée au bout d’une longue tige de fer : mais par contre, elle ne peut assurer une réfrigération aussi méthodique et économique que le serpentin ; car les vapeurs, qui entrent vers le haut et sur le côté de l’appareil, ne vont pas se distribuer uniformément autour de tous les tubes jusque dans la partie diamétralement opposée; par suite, l’effet utile de condensation doit être inégal et in-
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- complet dans les diverses régions du réfrigérant. Pour remédier à cet inconvénient, M. Savalle dispose maintenant, dans ses réfrigérants, cinq disques ou diaphragmes horizontaux qui ont précisément pour but d’obliger la vapeur à se distribuer plus uniformément dans toutes les parties de la masse tubulaire.
- Le chauffe-vin appliqué au travail des grains, se distingue surtout par le système d’alimentation. La matière fermentée est refoulée par une pompe à la partie inférieure de ce chauffe-vin, et son volume est déterminé par l’ouverture plus ou moins grande d’un robinet gradué, fixé sur le tuyau de refoulement, et qui renvoie l’excédant de vin au réservoir d’alimentation. La matière s’élève ensuite dans les tubes du cylindre et se déverse chaude par un tuyau central qui régularise le fonctionnement et le débit de ces tubes.
- Deux brise-mousses faisant rétrograder vers la colonne les mousses et les matières entraînées par le courant de vapeur, et contribuant, par la différence de section des tuyaux qui y aboutissent, à l’effet voulu de condensation, servent à compléter l’ensemble du chauffe-vin et du réfrigérant.
- Régulateur automatique. — Enfin, le régulateur automatique de pression, créé par M. Savalle fils, est comme le guide indispensable des appareils de ce constructeur, en ce sens qu’il est destiné à maintenir la pression, la température et la vitesse de circulation des liquides dans les limites des plus favorables au dégagement de l’alcool, tout en simplifiant la conduite et assurant la sécurité de ces appareils.
- Ce régulateur (voy. la fig. page 669), a pour organe principal un flotteur, soulevé par la pression de la vapeur de chauffage, et qui commande, par l’intermédiaire d’un levier puissant, la soupape de distribution de cette vapeur, de façon qu’une fois réglé à la hauteur reconnue la plus convenable pour le meilleur travail, le flotteur diminue l’introduction de la vapeur, si la pression tend à s’élever, et l’augmente, si au contraire cette pression tend à baisser.
- Appareil reetificateur (fig. 2, pl. 52).—Les premiers appareils de rectification, construits par la maison Savalle, en 1857, étaient surtout remarquables par leur puissance de travail. Depuis cette époque, toutes leurs parties essentielles, chaudière, colonne, condenseur, réfrigérant, éprouvette et régulateur, ont été successivement perfectionnées, et aujourd’hui, ils sont appréciés en outre pour la régularité et la facilité avec laquelle ils fonctionnent, la richesse et la qualité des produits qu’ils permettent d’obtenir. Tels qu’ils sont actuellement établis, ils nous paraissent la partie la plus parfaite de l’ensemble
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- des constructions de M. Savalle, et d une supériorité réelle sur toutes les autres colonnes de même genre.
- La chaudière, qui doit recevoir la quantité de flegmes nécessaires à une opération, est cylindrique avec serpentin pour chauffage à la vapeur, et a une capacité qui peut atteindre 730 hectolitres, ou telle que le volume d’alcool fin, produit en 24 heures, égalerait 205 hectolitres. Elle communique avec la base de la colonne, par l’intermédiaire d’un dôme ou large tuyau cylindrique de un mètre de hauteur environ, divisé en deux par un diaphragme dans le sens de sa hauteur, et capable de contenir la totalité du liquide des plateaux, qui pourrait s’accumuler au bas de la colonne à la fin d’une opération, lorsqu’on a laissé tomber la pression dans la chaudière. Un thermomètre placé dans ce dôme, sur le passage des vapeurs, indique la marche de l’opération et le moment ou il faut la terminer, en soutirant les huiles lourdes et infectes qui recouvrent les plateaux, ainsi qu’il sera dit plus bas.
- Ces plateaux, au nombre de 32, sont percés comme des écumettes, de petites ouvertures de 4 millimètres environ de diamètre, à l’exception de la cuvette où se déverse le liquide du plateau supérieur et dont le fond n’a qu’une ouverture de 2 millimètres. Ces ouvertures ont été l’objet d’une étude sérieuse, et des modifications essentielles y ont été apportées récemment. Il résulte de cette disposition, que, lorsque les vapeurs, qui s’élèvent de la chaudière, ont acquis une tension supérieure à la somme des couches de liquide sur les plateaux, ce liquide ne peut passer à travers les ouvertures en même temps que la vapeur; il reste donc soutenu sur les écumettes à la hauteur normale, réglée par les ajutages d’écoulement ou les trop-pleins, tandis que les vapeurs alcooliques le traversent, se tamisent en quelque sorte, en s’analysant de la manière la plus efficace.
- Un autre avantage de cette disposition, c’est qu’elle donne, à la fin d’une opération, la facilité de débarrasser à peu près complètement, en quelques minutes, les plateaux des huiles essentielles ou alcools supérieurs de mauvais goût qui les recouvrent, et qui s’écoulent de proche en proche dans la chaudière, par le fait seul de la diminution de pression.
- En effet, un tuyau siphon z (fig. 2, pl. 52), communique, d’un côté, avec la base non perforée de la colonne, de l’autre, par l’intermédiaire d’un robinet à trois eaux, soit avec l’intérieur, soit avec l’extérieur de la chaudière. Pendant la distillation et par ce tuyau, les liquides, plus ou moins épuisés, peuvent retomber dans la chaudière. Mais, lorsque l’opération est terminée, généra-
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- lement quand le thermomètre marque 102 degrés, on tourne le robinet à trois eaux en sens contraire, on arrête l’introduction de la vapeur au serpentin, et alors la pression diminuant dans la chaudière, le liquide des plateaux, qui n’est plus soutenu, tombe à travers les petites ouvertures jusqu’au bas de la colonne, d’où il est conduit, par le tuyau siphon, dans le récipient aux alcools chargés d’huiles mauvais goût.
- Régulateur de condensation. — Dans l’opération de la rectification, la régularité de production de l’alcool a une grande importance, tant pour la qualité du produit que pour l’économie du chauffage. L’expérience a montré que les 2/3 environ des vapeurs alcooliques, engendrées dans la colonne, devaient être condensées au chauffe-vin et retourner à cette colonne : le troisième-tiers seul étant suffisamment pur pour aller se condenser au réfrigérant, et de là couler à l’éprouvette. Mais, si par suite d’une alimentation trop abondante de la vapeur de chauffage, il arrive au condenseur un excès de vapeurs alcooliques impures qu’il ne peut condenser, cet excès passe au réfrigérant, et les produits recueillis à l’éprouvette se trouvent immédiatement chargés d’huiles essentielles. Si, au contraire, le chauffage est momentanément insuffisant, les vapeurs alcooliques peuvent être totalement condensées au chauffe-vin: par suite, le réfrigérant ne recevant rien, le travail de l’appareil est interrompu, du combustible est dépensé en pure perte. On comprend donc qu’un régulateur, qui écarterait ces deux cas extrêmes, aurait l’avantage d’assurer la pureté des alcools, tout en économisant du combustible. C’est un régulateur de ce genre que M. Savalle fils a ajouté à son appareil de rectification. Il est fondé sur les mêmes principes que le régulateur automatique de chauffage de la colonne distillatoire. En agissant directement sur le robinet d’admission de l’eau au condenseur, il modifie à volonté la proportion de l’alcool à l’éprouvette, et permet à chaque opération d’en régler la production, dans les conditions les plus avantageuses.
- À tous ses appareils de rectification, aussi bien d’ailleurs qu’aux colonnes distillatoires, M. Savalle a appliqué une éprouvette-jauge, très-ingénieusement disposée, pour permettre de juger, non-seulement à la manière des autres éprouvettes, de la couleur, du goût et du degré de l’alcool, mais encore de mesurer la quantité qui passe à la distillation dans un temps donné , et de faciliter le fractionnement des produits. Sa construction est basée sur l’écoulement différentiel des liquides par un orifice donné soumis à des pressions différentes. Elle est représentée par la fig. page 668.
- Les diverses dispositions perfectionnées que nous venons d’indiquer, no-
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- tamment en ce qui concerne le rectificateur, tout en économisant le combustible, ont permis dobtenir des alcools plus fins, au titre élevé de 96 à 97° centésimaux, et en proportion sensiblement plus grande qu’avec les colonnes des autres constructeurs. À Maisons-Alfort, on retire, de 100 kilog. de grains, 28 litres d’alcool d’une qualité tout à fait supérieure. Avec les mélasses indigènes, on peut estimer le rendement moyen de flegmes à 31°, à 70 pour 100 d’alcool fin, 22 d’alcool moyen, 6 d’alcool mauvais goût à retravailler, et 2 de pertes. La dépense de combustible peut être évaluée à A0 kilog. par hectolitre d’alcool fin.
- Dans leur ensemble, les appareils de la maison Savalle répondent de la manière la plus satisfaisante aux besoins de l’industrie. La faveur avec laquelle ils ont été accueillis, et se sont répandus en France et dans toutes les parties du globe, en est la confirmation la plus éclatante.
- Aujourd’hui, la France produit environ un million et demi d’hectolitres d’alcool, tant de vin que de betteraves, de mélasses ou de grains. Un demi-million est extrait du vin, à l’aide de l’ancienn e colonne du système Cellier-Blumenthal et Derosne, chauffée à feu nu (1). Le reste, soit un million d’hec-litres, est en grande partie obtenu au moyen des appareils Savalle, anciens ou nouveaux. Ainsi, l’année dernière on comptait, en France, 127 distilleries, employant 219 de ces appareils d’une puissance de production journalière pouvant atteindre 7 000 hectolitres d’alcool rafiné. Dans le reste de l’Europe, particulièrement en Espagne et en Italie pour les vins, en Autriche, en Allemagne, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Russie, en Suède, etc., pour les betteraves, les mélasses et les grains, il y avait 156 appareils ; enfin, 31 fonctionnaient en Égypte, aux États-Unis, au Chili, au Brésil, dans la République argentine, etc. : total 245 distilleries employant 404 appareils Savalle.
- Après cette énumération, il serait inutile d’insister sur l’importance des résultats qu’une puissance d’appareils semblable crée pour l’industrie, l’agriculture et le commerce de tous les pays, mais plus particulièrement de la France.
- 11 nous reste à ajouter que les rectificateurs, dont nous venons de vous en-
- (1) Les eaux-de-vie, comme celle de Cognac, se sont refusées à toutes les améliorations qu’on a cherché à introduire dans leur fabrication au point de vue économique; elles ont été toutes essayées au détriment de la qualité, et successivement abandonnées, pour revenir à la vieille cornue, c’est-à-dire à la distillation simple à 2 degrés, qui laisse au produit toute son huile essentielle et avec elle son goût exquis.
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- (retenir, ont été appliqués avec succès à la purification de l’alcool méthylique ou esprit de bois, ainsi qu’à la distillation fractionnée des benzols pour la fabrication des couleurs d’aniline; enfin, qu’une colonne d’un petit modèle, applicable dans les laboratoires, vous a été présentée par M. Savalle, comme éminemment propre à contrôler le travail dans les distilleries, en décelant avec certitude les faibles pertes d’alcool Auxquelles peut entraîner, soit un manque de surveillance, soit l’emploi de colonnes défectueuses.
- En résumé, Messieurs, nous avons étudié avec un vif intérêt, les nouveaux appareils de distillation et de rectification, construits par MM. D. Savalle et comp., et dont nous avons pu voir les plus beaux spécimens dans l’usine de M. le baron Springer, à Maisons-Àlfort. Nous avons essayé de vous donner une idée des principaux perfectionnements qui les caractérisent, des dispositions qui assurent leur fonctionnement mécanique, aussi indépendant que possible de la surveillance comme de l’intelligence de l’ouvrier, de leur puissance de travail, de la qualité supérieure et de la quantité relative des alcools fins qu’ils permettent d’obtenir, enfin, de l’extension considérable qu’ils ont prise dans tous les pays civilisés. Comme conséquence de cette étude, votre comité vous propose d’adresser des remercîments à M. Savalle, et de décider l’insertion, dans le Bulletin, du présent rapport, avec les dessins et la légende explicative qui l’accompagnent.
- Signé Lamy, rapporteur.
- Approuvé en séancey le 5 mai 1876.
- LÉGENDE EXPLICATIVE DE LA PLANCHE 52 REPRÉSENTANT LES APPAREILS DE DISTILLATION ET DE RECTIFICATION DE MM. SAVALLE FILS ET COMP.
- Les lettres de chacune des figures de celte planche n’ont aucun rapport de désignation entre elles.
- Colonne distillatoire.
- Fig. 1. Vue, en élévation et section verticale partielles, de la colonne distillatoire.
- ay colonne distillatoire rectangulaire en cuivre, assise sur un soubassement en fonte de fer; elle se compose de vingt-cinq tronçons munis, chacun, d’un regard cl (fîg 5 et 7), et réunis les uns aux autres au moyen de pinces en fer.
- b, brise-mousses renvoyant à la colonne a les mousses et les matières entraînées par le courant de vapeur qui va de la colonne au chauffe-vin c.
- c, chauffe-vin cylindrique tubulaire.
- Tome lit. — 75e année 3® série. — Décembre 1876.
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- d. réfrigérant cylindrique tubulaire à compartiments horizontaux intérieurs.
- e, éprouvette-jauge pour l’écoulement des flegmes
- /, régulateur automatique de chauffage de l’appareil (voy. plus bas la figure de détail).
- g, tube de contre-pression pour la sortie des vinasses.
- h, réservoir d’eau froide disposé en haut de l’appareil.
- i, tuyau conduisant les vapeurs de chauffage^de la soupape du régulateur / à la base
- de la colonne a. '
- j, tuyau de pression du régulateur f-
- k, /, tuyaux conduisant les vapeurs alcooliques de la colonne a au brise-mousses b et au chauffe-vin c.
- m, tuyau de refoulement de la pompe alimentaire de l’appareil.
- n, conduite amenant l’eau du réservoir h au réfrigérant d; elle est munie, dans le bout, d’un robinet de commande.
- o, tuyau de sortie des vinasses.
- p, conduite d’alcool à l’éprouvette-jauge e.
- q, conduite amenant les matières chaudes du chauffe-vin c à la colonne a.
- r, tuyau de retour du brise-mousses à la colonne a.
- s, tube d’air débouchant dans le haut du chauffe-vin c.
- t, soupape du régulateur de vapeur, dont le détail à grande échelle est donné ci-après.
- u, robinet à cadran réglant l’alimentation des matières à distiller.
- v, reniflard placé au bas de la colonne a.
- x, niveau d’eau.
- y, robinet de purge de la base de la colonne.
- Appareil rectificateur.
- Fig. 2. Vue, en élévation et section verticale partielles, de l’appareil rectificateur.
- a, chaudière cylindrique, en cuivre ou en tôle, recevant l’alcool à rectifier; elle est munie, intérieurement, d’un serpentin à circulation de vapeur pour le chauffage; un niveau d’eau extérieur indique la hauteur du liquide soumis à l’opération.
- b, trou d’homme pour visiter le serpentin de la chaudière a.
- c, colonne à diaphragmes où s’effectuent des distillations multiples.
- . d, condenseur analyseur tubulaire, dont la fonction consiste à faire retourner à l’état liquide à la colonne c les deux tiers des vapeurs alcooliques qu’on lui donne à analyser et à laisser passer au réfrigérant e l’autre tiers dont le degré alcoolique est élevé.
- e, réfrigérant destiné à liquéfier et à refroidir l’alcool rectifié.
- f, régulateur automatique de chauffage de l’appareil et de la production des vapeurs alcooliques ; il agit avec la précision de un millième d’atmosphère.
- éprouvette graduée servant à l’écoulement du trois-six rectifié, et indiquant le
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- volume du produit écoulé par heure ; elle est représentée plus loin en détail par un dessin sur bois.
- h, dôme de vapeur servant, à la fin des opérations, à la séparation et à l’élimination des huiles essentielles lourdes.
- i, réservoir à eau froide, chargé d’alimenter le condenseur d et le réfrigérant e\ il est muni d’un tuyau trop-plein destiné à maintenir le niveau constant et à assurer, par conséquent, une alimentation à pression constante.
- j, réservoir à alcool brut, où sont également renvoyés les alcools secondaires.
- k, régulateur de condensation. "
- l, tuyau mettant en communication la colonne c et le condenseur d.
- m, tuyau ramenant à la colonne c les alcools faibles.
- n, tuyau conduisant au réfrigérant e les alcools de degré élevé.
- o, tuyau mettant en communication la chaudière a avec le régulateur de pression f.
- p, tuyau amenant l’eau du réservoir i au condenseur d et au réfrigérant e.
- q, conduite amenant les vapeurs de chauffage au serpentin contenu dans la chaudière a. '
- r, tuyau trop-plein des eaux chaudes.
- s, conduite pour charger d’alcool brut la chaudière a.
- t, robinet spécial au régulateur de vapeur /.
- u, sortie des eaux de condensation du serpentin de la chaudière a.
- v, robinet double placé au bas de la conduite s et commandant le remplissage et la vidange de la chaudière a.
- w, robinet régulateur placé au bas du tuyau p et réglant l’admission de l’eau de condensation.
- i
- x, robinet d’écoulement des alcools secondaires ; il est placé sous l’éprouvette graduée g.
- x', robinet d’écoulement des éthers. i
- x'\ robinet d’écoulement des alcools bon goût.
- y, reniflard placé en haut de la chaudière a et destiné à empêcher son écrasement par le vide.
- zy robinet et tuyau de décharge des huiles essentielles.
- u.y thermomètre spécial aux appareils Savalle ; il indique les différentes phases de l’opération et le moment où il faut la terminer en soutirant les huiles lourdes et infectes que l’opération a séparées.
- Détails de la colonne distillatoire proprement dite. *
- Fig. 3. Vue, en section longitudinale, de trois tronçons de la colonne distillatoire représentée en a fig. 1.
- Fig. k. Vue en dessus.
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- Fig. 5. Section transversale suivant les ligne Y X Y Z.
- Fig. 6. Détail à grande échelle d’un élément de tronçon yu en section transversale.
- Fig. 7. Détail à grande échelle du trop-plein vu déjà fig. 5.
- Détails de V éprouvette-jauge et du régulateur automatique de chauffage.
- La figure ci-dessous réprésente à une plus grande échelle l’éprouvette-jauge, désignée en g sur la figure 2 de la planche 52.
- B, tuyau par lequel l’alcool arrive du réfrigérant.
- C, tubulure en cuivre par laquelle l’alcool entre dans l’éprouvette E.
- D, petit robinet de dégustation placé à l’extrémité de la tubulure G.
- E, éprouvette en cristal renfermant un tube, en verre gradué.
- F, tube en cuivre disposé à l’intérieur de la tubulure G et surmonté du tube gradué ; il est muni, au niveau du sommet de la tubulure, d’une petite ouverture par laquelle une partie de l’alcool qui entre dans l’éprouvette pénètre pour tomber immédiatement dans le réservoir de distribution.
- G, réservoir de distribution recevant l’alcool qui pénètre par l’ouverture du tube F.
- I, robinet d’écoulement des alcools secon-Éprouvette-jauge. daires
- J, robinet d’écoulement des alcools de bon goût.
- K, robinet d’écoulement des alcools mauvais goût.
- Le fonctionnement de l’éprouvette a lieu de la manière suivante :
- L’alcool, arrivant du réfrigérant par le tube B, emplit d’abord la tubulure C, autour du tube F, baigne le petit robinet de dégustation D et monte dans l’éprouvette E, en même temps qu’une petite quantité pénètre par l’ouverture du tube F pour tomber dans le réservoir G. Tout le liquide doit successivement passer dans le réservoir par l’ouverture du tube F, mais on comprend que la totalité n’y passera que sous une certaine pression déterminée par l’élévation de son niveau dans l’éprouvette E. La nappe de liquide dans l’éprouvette subit donc des variations de niveau, que constate l’échelle du tube gradué qui s’y trouve plongé; chaque division correspond à un vo-ume différent et indique la quantité de liquide écoulée par heure.
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- La figure suivante représente, en section verticale, le régulateur automatique
- de chauffage repré -senté en f sur la figure 1 de la planche 52.
- À, bâche inférieure munie d’une chambre d’air et remplie d’une certaine quantité d’eau
- froide.
- B, tube d’ascension par lequel l’eau, en vertu de la pression de la vapeur, monte dans la bâche supérieure et soulève plus ou moins le flotteur C.
- Régulateur automatique de chauffage.
- Soupape de distribution de vapeur du régulateur.
- C, flotteur placé dans la bâche supérieure et commandant, au moyen du levier D, l’ouverture ou la fermeture de la soupape ou robinet de vapeur.
- E, soupape de distribution de vapeur désignée en t sur la figure 1 de la planche 52.
- F, tuyau par lequel la vapeur de pression fournie par l’appareil entre dans la bâche A; il est désigné en y sur la figure 1 de la planche.
- Les figures de la soupape de distribution de vapeur du régulateur sont des vues perspectives. L’une est le raccord du tuyau dans lequel elle se meut et l’autre est la soupape proprement dite.
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- Système de chauffage tubulaire 'pour les appareils appliqués à la distillation
- des mélasses.
- La figure ci-dessous représente, en section verticale, l’appareil de chauffage tubulaire servant pour les appareils appliqués à la distillation des vins de mélasse.
- Cet appareil, qui est installé à côté de la colonne distillatoire, se compose principalement d’un cylindre surmonté d’une calotte sphérique, et renferme un faisceau de tubes verticaux au centre duquel est un tube de plus gros diamètre.
- i, conduite par laquelle la vapeur de chauffe entre dans l’appareil entre les tubes.
- 8, robinet de purge.
- x, tuyau par lequel les vinasses arri-. vent dans les tubes.
- 7, robinet de sortie des vinasses.
- 10, tube de niveau.
- y, conduit par lequel les vapeurs produites se rendent à l’appareil distillatoire; ce conduit qui se recourbe dans la partie que ne représente pas la figure et qui est celle qui lui sert de raccord avec l’appareil de distillation, sert, en outre, à abattre les mousses entraînées par l’évaporation.
- z, tube de gros diamètre placé au milieu du faisceau tubulaire ; il est surmonté d’un entonnoir et aide à la circulation des vinasses.
- Yoici comment fonctionne l’appareil :
- La vapeur, qui arrive par la conduite i, se répand autour de la paroi extérieure des tubes ; elle cède son calorique aux vinasses contenues dans ces tubes et sort condensée par le robinet 8 pour traverser, de là, un extracteur de vapeur condensée, ou pour revenir directement aux générateurs, si son niveau de sortie est assez élevé au-dessus de ces derniers.
- En même temps, les vinasses, arrivant d’une manière continue de la colonne par le tuyau x, emplissent le faisceau tubulaire, circulent en vertu de l’ébullition produite, arrivent à la partie supérieure des tubes, et finalement sont ramenées par l’entonnoir
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- et le tube z à la partie inférieure pour sortir par le robinet 7. Pendant l’ébullition, les vapeurs engendrées se rendent, par la conduite y, dans l’appareil distillatoire.
- G, est la partie supérieure de l’appareil qui s’adapte au moyen d’un joint uv, lequel permet un démontage facile pour le nettoyage et la réparation des tubes. (M).
- ARTS PHYSIQUES.
- Rapport fait par MM. Cloez et de Luynes, au nom des comités des arts chimiques et des arts économiques, sur Ze nouveau saccharimètre de M. Laurent, rue de l’Odéon, M, à Paris.
- Dans les appareils saccharimétriques qui ont été en usage jusqu’à ces dernières années, et principalement dans celui de Soleil, le dosage du sucre s’obtient par la comparaison de deux teintes qui, au moyen d’un jeu spécial des organes de l’instrument, doivent être amenées à l’identité. La comparaison de ces teintes complémentaires, facile lorsqu’elles sont très-différentes, devient délicate et incertaine lorsqu’elles diffèrent peu l’une de l’autre; elle dépend alors de la nature de la vue des observateurs, et pour un même observateur de l’état de fatigue de ses yeux. Elle est encore influencée par la coloration de la liqueur sucrée qui doit être essayée. De là des incertitudes qui se traduisent par des erreurs notables dans le résultat du titrage.
- Dans ces derniers temps, M. Cornu, en perfectionnant une disposition due à M. Jellet, de Dublin, est parvenu à construire un appareil très-simple et très-exact avec lequel on peut mesurer, à quatre minutes près, les rotations produites par les substances actives, en écartant les causes d’erreurs dues à la mauvaise appréciation des couleurs.
- L’appareil est disposé comme le polarimètre de Mitscherlich ; il n’en diffère que par la construction du polariseur. Pour obtenir ce polariseur, on scie un prisme de Nicol longitudinalement suivant le plan des petites diagonales; on use les deux faces d’un angle de deux degrés et demi et on les recolle. On obtient ainsi un système équivalent à deux prismes de Nicol juxtaposés, dont les sections principales feraient un angle de 5 degrés. En éclairant l’appareil avec la lumière monochromatique du gaz salé, l’extinction des deux moitiés du polariseur n’a plus lieu en même temps. Mais lorsque la section de l’analyseur est perpendiculaire au plan bissecteur des deux sections principales du polariseur, ces deux moitiés présentent des
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- intensités d’éclairement égales. Cette position de l’analyseur peut se déterminer avec une grande précision. Car en le faisant tourner, l’une des moitiés du polariseur s’illumine, tandis que l’autre s’éteint; ce qui permet de régler la position d’équilibre avec sûreté et rapidité. Cet appareil, construit avec beaucoup de soin par M. Duboscq, donne d’excellents résultats avec des liqueurs bien décolorées. Cependant, lorsqu’on essaie un grand nombre de polariseurs ainsi construits, on reconnaît qu’ils ne conduisent pas au même degré d’exactitude, à cause de leur sensibilité inégale, ce qui dépend sans doute de la valeur de l’angle des deux sections qui doivent être recollées. En effet, si cet angle est trop petit, les deux moitiés du polariseur, près de la position d’équilibre, sont trop obscures pour qu’on puisse voir si l’on s’approche ou si l’on s’éloigne de cette position; si l’angle est trop grand, l’éclairement devient trop considérable, et les variations d’illumination sont trop peu appréciables pour qu’on soit guidé, comme nous venons de le dire, dans l’estimation de la position d’égalité des pénombres. Ce dernier inconvénient s’atténue beaucoup quand on opère sur des liqueurs très-colorées, tandis que, dans le même cas, le premier inconvénient devient très-grave. Il fallait donc pouvoir disposer à son gré de l’angle des deux sections du polariseur, de manière à obtenir le maximum de sensibilité et par suite d’exactitude dans les deux cas.
- Ce problème, dont la solution présentait une grande importance au point de vue de la construction spéciale du saccharimètre, a été résolu avec beaucoup d’habileté et de sagacité par M. Léon Laurent.
- C’est encore la construction du polariseur que M. Laurent a modifiée. Son polariseur est un polariseur ordinaire, prisme de Nicol ou prisme biréfringent pouvant tourner sur lui-même. Devant se trouve un diaphragme fixe, divisé en deux moitiés, dout une seule est recouverte par une lame de quartz parallèle à l’axe, ayant l’épaisseur dite d’une demi-onde. En faisant tourner le polariseur, on peut faire varier ^à volonté l’angle formé par sa section principale avec l’axe delà lame de quartz. Alors, suivant la position de l’analyseur, on peut obtenir l’égalité ou l’inégalité d’éclairement comme avec le Nicol coupé ordinaire, et, de plus, en laissant l’analyseur fixe, on peut, en tournant le polariseur faire varier l’éclairement de zéro jusqu’à son maximum, sans changer l’égalité des pénombres si elle existait déjà. Cette disposition permet donc d’obtenir les deux résultats dont dépend la sensibilité de l’instrument, savoir un angle suffisamment petit et variable à volonté, et beaucoup de lumière.
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- L’appareil se manœuvre comme le saccharimètre de MM. Cornu et Duboscq. Un levier, qui se trouve sous la main de l’observateur, lui permet de faire varier la position du polariseur de manière à obtenir le maximum de sensibilité et de lumière dans les conditions exigées par la nature de l’essai qu’il fait.
- Le saccharimètre de M. Laurent présente encore d’autres dispositions de détail dont l’ensemble contribue à faire de cet instrument un appareil vraiment pratique. Le porte-tube, mieux équilibré que dans les autres instruments du même genre, assure la stabilité de l’appareil dans toutes les positions. Un petit miroir, placé au-dessus de la loupe réfléchit la lumière jaune sur l’échelle divisée et en rend la lecture facile sans être obligé de recourir à l’emploi d’une lumière qui gênerait l’observation. La lumière monochromatique jaune est obtenue à l’aide d’un brûleur spécial. La position et la forme delà nacelle en platine qui renferme le sel marin fondu,donnent à la flamme un éclat et une homogénéité plus grande que ceux qu’on obtient avec les brûleurs ordinaires. Toutes les pièces du saccharimètre sont montées sur une planchette qui forme table et peuvent être renfermées du même coup dans leur boîte. Le saccharimètre, fixé dans la position voulue par rapport à la lampe peut être disposé en quelques secondes pour l’expérience. Cet instrument réunit donc toutes les qualités qu’on recherche dans un appareil destiné à des essais industriels.
- La construction de ce saccharimètre, dont M. Laurent a déjà livré un certain nombre d’exemplaires, est une nouvelle preuve de l’habileté qu’il a montrée dans l’exécution d’autres instruments d’optique de haute précision. M. Laurent, du reste, n’est pas un nouveau venu pour la Société; il a reçu d’elle une médaille, alors qu’il était attaché aux ateliers de notre célèbre et regretté confrère, M. Froment, qui le recommandait comme un de ses meilleurs élèves.
- Vos comités, Messieurs, sont d’avis qu’il y a lieu de remercier M. Laurent de la présentation qu’il a faite à la Société de son nouveau saccharimètre. Us vous proposent de plus l’insertion du présent rapport au Bulletin avec le dessin et la légende explicative de l’appareil.
- Signé Cloëz et V. de Luynes, rapporteurs.
- Approuvé en séance^ le 11 juin 1875.
- lome III. — 74e année. 3e série. — Décembre 1876.
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- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA PLANCHE 53 REPRÉSENTANT LE NOUVEAU SACCHARIMÈTRE
- CONSTRUIT PAR M. LAURENT.
- Fig. 1. Vue en section longitudinale de l’appareil, montrant, en traits ponctués, comment, lorsqu’on doit opérer, se place le tube contenant la solution à essayer.
- Fig. 2. Vue, en dessus de l’appareil, tous les tubes d’essai étant placés sur leurs râteliers de repos.
- Fig. 3. Section verticale du brûleur.
- Fig. 4. Vue, de face, du cadran à deux divisions pour modèle de laboratoire.
- Fig. 5. Vue, de face, du cadran à une seule division pour sucreries et raffineries.
- Fig. 6. Vue, en plan et de profil, des bras du polariseur.
- Fig. 7. Vue, de face, desdits bras.
- Description générale de l’appareil.
- A. Colonne portant l’appareil optique (fig. 1 et 2), lequel est renfermé dans deux bonnettes fixées aux extrémités d’une alidade A', pouvant tourner dans le plan horizontal ou dans le plan vertical.
- B. Autre colonne portant le brûleur.
- C. Quatre tubes pour les expériences, dont le premier, -qui est de plus grand diamètre, est un tube à inversion ; ils sont sur leurs râteliers de repos, où des taquets faciles à tourner, les maintiennent en place. Pour opérer, ils se posent comme l’indique en traits ponctués la figure 1.
- D D. Planchette portant tous les organes, c’est-à-dire, les colonnes A, B et les tubes C.
- E. Brûleur dont le détail sera donné plus loin, fig. 3 ; il est agencé de manière à pouvoir augmenter beaucoup l’intensité de la flamme.
- F. Diaphragme placé en face du brûleur, dans la bonnette d’avant; il contient une plaque de bichromate de potasse, qui a pour effet d’absorber les rayons violets et bleus que contient la flamme, tout en laissant passer intacts les rayons jaunes utiles.
- G. Prisme bi-réfringent, disposé en arrière de la plaque de bichromate de potasse et pouvant tourner suivant l’axe des bonnettes ; c’est dans ce prisme que la seconde image est rejetée de côté et interceptée par les diaphragmes.
- H. Second diaphragme portant une lame mince de quartz parallèle à l’axe, et dont l’épaisseur est d’une demi-onde pour les rayons jaunes; cette lame est fixe et ne recouvre que la moitié du diaphragme.
- I. Troisième diaphragme, placé dans la bonnette d’arrière.
- J. Prisme de Nicol placé dans la même bonnette, derrière le diaphragme I.
- K. Objectif.
- L. Oculaire concave formant, avec l’objectif K, une lunette de Galilée. Le système J K L est monté sur une alidade pouvant tourner sur le cadran M, dans un plan toujours perpendiculaire à Taxe des bonnettes.
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- M, cadran portant une ou deux divisions, l’une, spéciale au sucre, l’autre, pour les substances rotatoires quelconques; le détail en sera donné ci-après, fig. h et 5.
- N, loupe pour lire les divisions du cadran M ; elle est montée à l’extrémité d’une tige recourbée.
- O, miroir renvoyant la lumière du bec sur le cadran M, et évitant ainsi l’emploi d’une lumière auxiliaire.
- P, Q, bras du polariseur, placés sur la bonnette d’avant; le bras Q est fixe, tandis que le bras P, qui porte des divisions de repère, peut tourner autour de la bonnette. (Voir le détail, fig. 7.)
- R, bouton molleté commandant la rotation dans le plan vertical de l’alidade A\ et par conséquent, de l’appareil optique (fig. 1 et 2).
- S, pivot servant d’axe de rotation à l’appareil optique dans le plan horizontal.
- T, bouton placé sur la bonnette d’arrière et servant à régler l’appareil à zéro.
- U, ressort antagoniste destiné à éviter le jeu.
- Y, alidade mobile autour du centre du cadran M.
- W, bouton de manœuvre de l’alidade V.
- Pour donner une idée plus complète de l’ensemble de l’appareil, nous en donnons ci-dessous une vue perspective.
- Description du brûleur. — Le brûleur qui est désigné par la lettre E, sur les fig. 1 et 2 de la planche 53, est représenté, en détail, par les fig. 3 de ladite planche; c’est
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- un nouveau système à lumière monochromatique. La flamme se compose des quatre parties suivantes :
- ay partie jaune, large, identique à celle des brûleurs ordinaires ;
- by partie lumineuse supplémentaire très-intense; elle est longue et étroite, et paraît presque blanche; c’est sur elle qu’on dirige la partie optique de l’appareil ;
- c, partie violette, haute, large et excessivement chaude;
- d, partie conique intérieure, verdâtre et froide.
- e, cheminée assurant la fixité de la flamme.
- f, nacelle en toile de platine, dans laquelle on place le chlorure de sodium ; la partie antérieure est munie d’un rebord relevé et incliné, et la partie postérieure est soudée à un fort fil de platine recourbé, qui sert à fixer le tout au support de la cheminée au moyen d’une tige à bouton.
- g y robinet commandant l’arrivée du gaz dans le brûleur.
- h, virole servant à régler la quantité d’air qui doit entrer dans le brûleur, suivant que la pression du gaz est plus ou moins grande.
- Le brûleur que nous venons de décrire produit une lumière beaucoup plus intense que celle des brûleurs ordinaires, et de plus, il brûle sous de très-faibles pressions. Il est à son maximum à 10 millim. d’eau, et peut fonctionner avec une pression de 3 à 2 millim.
- Description des cadrans. — Le cadran à deux divisions pour modèle de laboratoire (fig. h)y comprend un vernier i en face des divisions intérieures du cercle, en centièmes de sucre-, ce vernier donne les dixièmes de division, c’est-à-dire, les millièmes de sucre.
- j, autre vernier correspondant aux divisions extérieures du cercle qui sont en demi-degrés ; ce vernier accuse des angles de rotation de 2 minutes.
- Le cadran a une division extérieure pour sucreries et raffineries (fig. 5), porte un seul vernier k qui donne les cinquièmes de divisions.
- Dans l’un et l’autre cadran, les organes désignés par les lettres N, O, T, U, Y, W, sont ceux qui sont indiqués sur les figures 1 et 2.
- Théorie de Vappareil (1).
- La disposition optique nouvelle consiste dans le système polariseur. Il est composé de 2 parties distinctes : le prisme bi-réfringent P (désigné par G sur la fig. 1 de la planche 53), qui peut tourner et le diaphragme D (désigné par H sur la fig. 1 de la planche), qui est fixe, avec sa demi-lame de quartz. L’explication du rôle de cette lame peut être donnée comme suit, au moyen des 4 figures ci-après :
- La figure I représente le diaphragme D agrandi et tel qu’on le voit dans la lunette. La moitié gauche est recouverte par la lame de quartz, dont l’axe est aussi
- (1) Les détails qui suivent sont empruntés, en partie, à une brochure publiée par M. Laurent.
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- parallèle à la ligne de séparation 0 A, et la moitié droite qui est nue, laisse passer, sans la dévier, la lumière polarisée par le polariseur P.
- Nous supposerons d’abord le plan de polarisation parallèle à OAr fîg. I. Si-on le laisse fixe et qu’on tourne l’analyseur ou prisme de Nicol désigné en J sur la figure 1 de la planche 53, on passera progressivement de l’extinction totale au maximum delumière,
- Fig. I. Fig. II. Fig.. III. Fig. IV.
- et les deux moitiés du disque resteront toujours égales l’une à l’autre en intensité, exactement comme si la lame n’existait pas. La lame étant toujours fixe, supposons qu’on fasse tourner le polariseur de manière que sa section principale vienne en O B, (fîg. I ci-dessus) en faisant avec l’axe 0 A, un angle quelconque, a. Soit alors une vibration s’accomplissant dans un plan représenté par sa trace O B; cette vibration, qu’on peut représenter en longueur par O B, peut se décomposer en deux autres, l’une 0 y parallèle à l’axe O A de la lame, et l’autre Ox perpendiculaire. Cette vibration passera sans déviation du côté droit, mais du côté gauche, elle sera déviée par la lame. L’ordonnée 0 y étant parallèle à l’axe du quartz, ne changera pas de signe; mais l’abscisse O x, qui lui est perpendiculaire, changera de signe et viendra en 0 ær, à 180°, puisque la lame a une épaisseur d’une demi* onde; de sorte que du côté gauche, la vibration résultante se fera en 0 B', en faisant avec l’axe 0 A, un angle a! symétrique et égal à cl.
- Cette lame a donc pour objet de déterminer, du côté gauche, une section principale OB' placée, par rapport à la ligne de séparation OA, symétriquement à- la section principale O B, du côté droit.
- Si on laisse le polariseur fixe dans cette position, et qu’on tourne l’analyseur de manière à rendre sa section principale SP, perpendiculaire à OB, fîg. II, ci-dessus, il y aura extinction totale par le côté droit, mais partielle par le côté gauche, et on aura l’apparence de la fîg. II.
- Réciproquement, si la section principale S P de l’analyseur est perpendiculaire à QB', fîg. III, il y aura extinction totale pour le côté gauche, mais partielle pour le côté droit et on aura l’apparence de la fîg. III.
- Enfin, si la section principale S P de l’analyseur est perpendiculaire à 0 A, fîg. IVv
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- il y aura extinction partielle pour chacun des deux côtés et égalité de tons, puisque cl — cl. On aura alors l’apparence de la fig. IV.
- Si on laisse maintenant l’analyseur fixe dans cette dernière position, et qu’on tourne le polariseur de manière que sa section principale fasse avec O A', des angles variant de 0° à 45°, les deux demi-disques resteront toujours égaux en intensité, l’un par rapport à l’autre, mais tous deux ensemble changeront progressivement leur intensité commune, en passant de l’extinction totale au maximum de lumière. Autrement dit, si l’appareil est réglé au zéro, c’est-à-dire à l’égalité de tons et qu’on tourne le polariseur, on ne changera pas cette égalité d’un côté par rapport à l’autre, ni par conséquent le zéro, mais on changera l’intensité commune de tons, et l’égalité se fera sur un fond plus ou moins sombre.
- Mais, si après avoir ainsi amené le polariseur à faire un angle quelconque (excepté zéro degré), avec OA, et que, le laissant fixe dans cette dernière position, on fasse tourner l’analyseur d’un petit angle, soit à droite, soit à gauche, de SP, fig. IV, alors, immédiatement, l’égalité de tons est rompue pour les deux demi-disques; l’un devient plus foncé et l’autre plus clair. Ce brusque changement permet de déterminer, avec beaucoup de précision, la position de l’analyseur, c’est-à-dire la position du zéro de l’instrument, quand il n’y a aucune substance interposée.
- Si l’on vient à interposer une substance possédant le pouvoir rotatoire, on détruit l’égalité de tons; il faut alors tourner l’analyseur jusqu’à ce que l’on rétablisse cette égalité, et l’angle de rotation dont l’analyseur a tourné, indique.le pouvoir rotatoire de la substance.
- Cet appareil donne donc, d’une manière très-simple, la solution générale de la question, à savoir, de rendre variable, à volonté, l’angle des sections principales de chacune des deux moitiés du diaphragme. Cette nouvelle combinaison optique permet d’étudier facilement, rapidement, économiquement et dans des conditions comparables entre elles, différents angles, afin de déterminer quel est le meilleur à prendre pour des cas bien déterminés.
- Manipulation de l’appareil.
- Le levier ou bras P du polariseur qui porte des divisions (fig. 2, 6 et 7 de la planche 53) étant levé jusqu’à son arrêt, et le bouton molleté R serré modérément, on place sur l’alidade A' (fig. 1) un tube de 20 centim. rempli d’eau distillée (ou filtrée), mais sans bulle, et on dirige l’appareil optique vers la flamme du brûleur, aussi bien que possible ; on finira plus tard de déterminer exactement sa direction.
- On regarde à travers la loupe N, que l’on sort ou rentre jusqu’à ce que l’on voie nettement les divisions, qui se trouvent alors éclairées par le réflecteur 0, lequel renvoie sur elles la lumière de la flamme; car il est préférable d’opérer dans l’obscurité.
- Alors on amène le zéro du vernier sur la 7e division, environ, à droite ou à gauche
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- du zéro de la division en centièmes de sucre (ou sur 1° et demi environ, si l’on agit avec la division en demi-degrés) et cela, en tournant le bouton molleté W.
- Ensuite on regarde à l’oculaire L et l’on a l’image B ou C de la fîg. X ci-contre (1), c’est-à-dire un disque divisé en deux moitiés, l’une jaune clfvir, l’autre noir-jaunâtre, et l’on sort ou l’on rentre le tube L de manière à voir leur séparation bien nette, et sans s’occuper des bords du diaphragme. Ce pointé est très-important pour bien établir plus tard l’égalité de tons ; mieux il est fait et plus l’appareil est sensible.
- Il est bon de faire ressortir ici que,
- Fig. X.
- par suite de l’emploi de cette lame mince dont le bord est parfaitement net et tranchant, les deux demi-disques ne sont pas séparés, soit par une ligne noire, soit par une ligne noire et blanche*, ils sont rigoureusement tangents; la moindre différence de tons entre eux, est appréciée et quand on fait l’égalité de tons, À, (fig. X ci-dessus), on n’a plus aucune ligne de séparation. Ce détail a une très-grande importance pratique et concourt certainement à accroître la sensibilité relative de l’appareil.
- On prend alors de la main gauche, l’appareil par l’alidade A' par exemple, (fig. 1 de la planche) et de la main droite, on saisit le tube plein d’eau distillée entre le pouce et l’index et appuyant l’œil sur ces doigts, on dirige (tout en regardant) l’appareil vers l’endroit qui fait paraître le disque le mieux éclairé, par petits mouvements, en haut, en bas, à droite, à gauche, etc. L’appareil possède pour cela, deux axes de rotation en R et S, à mouvements gras. On doit s’assurer de temps en temps, si l’on est toujours bien dirigé vers le maximum de lumière.
- On regarde de nouveau à travers la loupe et on agit sur le bouton W pour faire coïncider, cette fois, bien exactement, le zéro du vernier avec celui de la division que l’on a choisie, puis on regarde dans l’appareil. S’il est déjà réglé, on verra (fig. X image A) les deux côtés d’un gris-jaunâtre sombre et bien égaux en intensité. S’il n’est pas tout à fait réglé, on aura l’image B ou C; pour ramener à l’égalité de tons, il faudra tourner le bouton T (planche 53), qui ne sert qu’à cet effet. On tourne dans le bon sens, quand le côté foncé s’éclaircit et que le côté clair s’assombrit.
- (1) Dans cette figure, qui représente également les deux bras du polariseur, on remarquera que celui qui est désigné en P, sur la planche 53, l’est ici en K, et celui désigné en Q sur la même planche l’est en J.
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- On est à l’endroit de l’égalité de tons, lorsque en tournant ce bouton T, alternativement à droite et à gauche et par petits mouvements, on passe successivement de l’apparence A, fîg. X à celles B et G, pour s’arrêter définitivement à celle A.
- L’appareil est réglé, mais il faut le vérifier. Pour cela, on déplace l’alidade par le bouton W et, au moyen de ce même bouton, on reproduit l’égalité de tons; si l’on a Ijien opéré, on doit, en regardant à travers la loupe, retrouver le zéro du vernier en coincidence avec celui de la division. S’il n’y est pas, c’est que l’on n’a pas bien opéré, et il faut retoucher légèrement au bouton T, dans un sens ou dans Vautre, jusqu’à ce qu'on arrive bien à la coïncidence des zéros, en établissant l’égalité de tons, au moyen du bouton W et alors seulement, l’appareil est bien réglé et pour l’opérateur seul.
- On remplace le tube d’eau distillée par Le tube rempli (sans bulle) de la dissolution sucrée à mesurer.
- Si on avait oublié de mettre le premier tube, la mise au point ne serait plus nette quand on placerait le second ; il faudrait alors sortir le tube de l’oculaire L (de 2 mill. environ pour 1 tube de 20 cent.), jusqu’à ce que l’on aperçoive nettement les deux demi-disques, mais cela pourrait quelquefois déplacer légèrement le point de départ et il est toujours préférable de commencer avec l’eau distillée.
- La dissolution sucrée étant interposée, les deux côtés de l’image A (fig. X),sont devenus plus clairs et inégalement. On tournera alors le bouton W dans un sens tel que le côté moins clair continue à devenir foncé jusqu’au noir ; en poursuivant, il s’éclaircit bientôt et c’est l’autre côté qui devient noir presque immédiatement; on a alors dépassé le point voulu, on revient légèrement en arrière, et l’on établit l’égalité de tons par une série d’oscillations du bouton W de plus en plus petites et faisant passer de l’apparence B (fig. X) à celle C pour s’arrêter enfin à celle A.
- Si le vernier a tourné à droite, à partir du zéro, le pouvoir rotatoire est droit, ainsi que cela arrive avec le sucre de canne, le sucre de betterave, le sucre de diabète, le glucose, le quartz droit, etc.
- Si le vernier a tourné à gauche, le pouvoir rotatoire est gauche, ainsi que cela arrive pour le sucre incristallisable, le sucre interverti, le quartz gauche, etc.
- Remarque. — Un instrument même bon et bien réglé peut présenter les deux défauts suivants :
- 1° Quand on fait le zéro, les deux demi-disques peuvent ne pas présenter une égalité rigoureuse de tons, dans toute leur étendue, tout en étant de la même couleur.
- 2° Quand la liqueur est interposée, ces deux demi-disques n’ont plus rigoureusement la même couleur, quand on fait l’égalité de tons; cela arrive dans tous les appareils, lorsque la flamme est intense et la liqueur très-peu colorée et tient à la flamme elle-même, qui n’est pas rigoureusement monochromatique. Il pourrait sembler impossible, au premier abord, de faire un pointé exaet, mais il n’en est pas ainsi en pratique et il vaut mieux pour tous les cas, s’y prendre de la manière suivante :
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- On fixe la ligne de séparation au centre des deux demi-disques, et on fait tourner le bouton W alternativement dans un sens et dans l’autre (lorsque l’on est près de. l’égalité de tons), en réduisant de plus en plus l’amplitude des oscillations; on a alors l’apparence d’une petite ombre qui semble aller et venir de chaque côté de cette
- ligne. On s’arrête lorsqu’elle semble stationnaire et que cette ligne même qui paraissait
- ♦
- aussi se courber ou s’incliner successivement dans les deux sens, reste droite et même disparaît. Tout cela se fait très-vite, sans quitter l’œil et sans s’occuper, soit des couleurs, soit de l’uniformité absolue du disque dans toute son étendue ; on obtient ainsi beaucoup de précision. Si, alors, on ôte l’œil et qu’on le remette ensuite, on peut apercevoir une différence de couleur ou autre, que l’on avait pour ainsi dire oubliée, en opérant. Il est bien entendu, du reste, qu’il ne s’agit que de très-faibles différences.
- Quand on règle l’appareil avec l’eau distillée (ou filtrée), la détermination du zéro se fait toujours très-bien, la lumière est plus que suffisante. Quand on interpose la dissolution sucrée, on voit encore; mais quand on cherche à établir l’égalité de tons, surtout si l’on a affaire à un liquide assez coloré, il peut y avoir une grande obscurité, qui empêche d’observer.
- Souvent dans l’industrie sucrière, on a des jus et des sirops colorés qui, mis dans l’appareil (le levier K, fig. X, étant levé) ou dans tout autre saccharimètre, sont assez foncés pour que l’on ne voie plus rien et qu’il soit impossible de rien lire ; alors dans ce cas, on peut, en abaissant le levier K, graduellement et autant que cela est nécessaire, faire passer plus de lumière dans l’appareil. On a de cette manière, l’avantage de pouvoir encore lire et avec une approximation suffisante dans les applications, alors qu’il serait impossible de rien distinguer avec tout autre saccharimètre.
- Un liquide étant donné, on peut toujours, avec cet appareil, choisir l’angle qui donnera le meilleur résultat, et la pratique montre que cet angle varie avec la coloration du liquide.
- A cet effet, l’un des bras horizontaux J (fig. X), ou Q (fig. 6 et 7, pl. 53) porte un trait et l’autre K (ou P, pl. 53), des divisions en millim. qui servent de repères. On peut ainsi déterminer et noter la division qui donne le meilleur résultat, pour une certaine coloration.
- Si on veut faire vérifier un résultat par un autre opérateur, il est nécessaire que ce dernier recommence lui-même toute la manipulation, s’il n’a pas la même vue. S’il a la même vue, il suffit qu’il refasse le zéro avec l’eau distillée et l’égalité de tons, avec la liqueur.
- Nettoyage des cristaux. — L’appareil est construit de façon à pouvoir séparer, à la main, -tous les cristaux; on peut alors les essuyer, s’il y a lieu, soit qu’il y ait de la poussière, ou de la buée, dont l’effet est de diminuer considérablement la sensibilité de l’appareil, en dépolarisant la lumière.
- Pour le polariseur, on sortie tube F (fig. 1, pl. 53) portant le bras P et ensuite,
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- celui portant le prisme bi-réfringent polariseur ; ce dernier est muni d’un barillet qui se dévisse. La bonnette se dévisse aussi. Le diaphragme portant la lame de quartz se tire en dedans.
- Pour l’analyseur, il faut dévisser le bouton T (fig. 2, pl. 53) tout à fait; on sort alors le tube K, duquel on retire le tube portant le prisme de Nicol. On doit essuyer ce cristal, surtout, avec un linge très-doux, car il est très-facile à rayer. Ce dernier tube porte l’objectif, qui se dévisse.
- La bonnette étant dévissée, on dévisse le petit barillet portant l’oculaire concave.
- La loupe N se dévisse aussi.
- 'Précautions à prendre relativement au brûleur. — Le grain de sel se place, comme il a été dit, dans la nacelle/(fig. 3, pl. 53). •*
- Lorsque le chlorure de sodium vient à fondre, il monte, par capillarité, le long du bord de la nacelle qui est très-chaud, et donne dans le prolongement, en b, une flamme étroite excessivement brillante et que l’appareil n’utilise même pas entièrement. Il vaut mieux mettre peu de sel à la fois et un peu plus souvent. Quand il y en a trop ou trop peu, on n’obtient pas bien la partie lumineuse intense.
- On se sert du chlorure de sodium fondu en plaques, qu’on vend dans le commerce et que l’on casse en petits morceaux.
- Il est très-essentiel de maintenir la nacelle à la place marquée, fig. 3, planche 53, pour obtenir le maximum d’effet. Elle doit se trouver, non au milieu de la flamme, mais bien sur le côté, le bord relevé étant dans la partie violette, exactement comme dans la figure.
- Si elle se trouvait dérangée de cette position, il faudrait l’y ramener pendant que le bec brûle, ce qui est facile à faire au moyen d’une petite pince avec laquelle on agit sur le fil recourbé. On est assuré que les choses sont bien, dès qu’on aperçoit la flamme brillante intérieure b.
- Avec cette disposition, on a en outre, l’avantage d’éviter que le sel, en fondant, ne vienne tomber sur l’orifice du gaz et l’obstruer.
- Il est bon aussi quelquefois d’amorcer, pour ainsi dire, la nacelle lorsque son bord ne contient plus de sel; il suffit alors de passer dessus une lame quelconque, en allant du fond vers le haut du bord relevé. Il se produit sur ce bord de petits dépôts blancs lumineux, que l’on enlève très-facilement en passant légèrement dessus une lame quelconque.
- Pour allumer le bec, on tourne dJabord la virole h, fig. 3 (pl. 53), de manière à fermer l’entrée de l’air; on allume au haut du tube, et on détourne ensuite la virole jusqu’à ce que l’on obtienne bien le cône verdâtre d.
- Si, lorsque l’entrée de l’air est complètement ouverte, ce cône était plus haut que sur la fig. 3, cela indiquerait que la pression du gaz est trop forte ; il faudrait alors fermer un peu le robinet du brûleur, ou, le laissant ouvert, fermer plus ou moins le robinet d’arrivée. (M.)
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- NOTE
- DES SECRÉTAIRES DE LA SOCIETE A L’OCCASION DUNE NOTICE SUR LES PETROLES D’AMÉRIQUE EMPLOYÉS COMME COMBUSTIBLE.
- Le grand pouvoir calorifique du pétrole rendait intéressante son étude, au point de vue du chauffage, lorsque TAmérique commençait à en produire de très-grandes quantités, et alors qu’Elie de Beaumont annonçait qu'on devait le rencontrer dans nombre de pays et y voir le rival sérieux de la houille. Les expériences qui ont été faites pour apprendre à le brûler, pour mesurer sa consommation dans des applications importantes, étaient donc fort désirables, et on doit de la reconnaissance aux savants éminents qui les ont entreprises, à M. H. Sainte-Claire Deville surtout, qui a fait les plus complètes et qui a donné les modèles du plan incliné, adopté pour les fourneaux à pétrole, en usage aujourd’hui chez les bijoutiers. Il a déterminé le pouvoir calorifique de tous les pétroles connus et il a indiqué les conditions dans lesquelles les huiles minérales peuvent être employées comme combustibles.
- Est-il permis, parce que l’empereur Napoléon III a inspiré ces recherches, en a fait les frais et a voulu, de sa personne, en courir le premier les dangers, de dire qu’elles sont dues « à ce qu’il apportait dans les recherches scientifiques , pour lesquelles il croyait avoir une aptitude spéciale, le même esprit mystique et bizarre que dans ses combinaisons politiques et sociales?.... (1)»
- Parler ainsi, c’est introduire la passion politique Jà où elle n’a que faire. Le Souverain, qui provoquait une étude utile sur une importante question industrielle, était parfaitement dans son rôle, de contribuer au progrès de l’industrie nationale et ne mérite, pour ce service rendu à la science et à l’industrie, qu’un souvenir de gratitude.
- INDUSTRIE DE LA PAPETERIE.
- SUR LA FABRICATION DU PAPIER AU JAPON, PAR M. HENRY S. MUNROE.
- On sait qu’au Japon le papier est employé à une foule d’autres usages que récri-
- (1) Revue det Leux-Mondes. — Bulletin, p. 508, 1876.
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- ture, l’impression, l’emballage et la décoration des murs, usages qui sont ceux auxquels on l’affecte ordinairement en Europe. La force et la souplesse toutes spéciales du papier japonais lui permettent de recevoir des applications, dont on n’a guère idée dans nos pays. C’est ainsi, par exemple, que certaine qualité sert à faire des mouchoirs de poche, dont le maniement est doux et agréable, et dont la souplesse est presque égale h celle de la toile ; des petites bandes tordues de ce même papier constituent une corde très-solide, et dont la résistance à la rupture est vraiment considérable.
- Dans les maisons japonaises, non-seulement le papier sert à recouvrir les murs et les plafonds, mais on l’emploie encore sur les portes à coulisse légères, qui séparent les chambres les unes des autres, et sur les paravents pliants, qui servent à garantir des courants d’air. Les fenêtres sont formées de légers châssis en bois sur lesquels sont tendues de simples feuilles de papier, disposition qui, tout en garantissant de l’éclat du soleil et des bourrasques de vent, laisse pénétrer l’air et la lumière. Ce genre de papier dénommé, en japonais, Shoji, ne garantit cependant pas de la pluie, en sorte que, par le mauvais temps, il faut avoir recours à des volets supplémentaires en bois.
- Il est une sorte de papier qu’on rend imperméable avec une préparation d’huile; on s’en sert, alors, pour faire des parapluies, certains vêtements, et des bâches protectrices pour les marchandises.
- On fait encore, avec le papier japonais, une espèce de cuir très-remarquable, qu’on emploie pour la reliure, pour la confection des bottes, etc.; on en fait également du carton de qualité inférieure, mais on lui préfère, sous le rapport de la qualité et du prix, les minces feuilles d’un certain bois qui se débitent à la main avec un large rabot.
- Tout le monde connaît les articles variés qu’on fait avec du papier en pâte, dit papier mâché; ces articles sont recouverts de laque comme ceux en bois, dont il est assez difficile de les distinguer, tant leur similitude est grande.
- Le catalogue delà section japonaise, à l’Exposition universelle de Vienne, faisait mention de différentes sortes de papier, telles que papier pour vêtements, papier-crêpe, etc., mais il en est qui ne sont probablement que de simples curiosités et qui n’ont pas d’applications courantes.
- Le papier japonais est généralement fait avec l’écorce interne [liber] de l’espèce de mûrier dite mûrier à papier (Broussonetia papyrifera), qu’on cultive spécialement pour cette destination; on emploie également, dit-on, l’écorce des espèces dites Passe-rina Gampi (1), et Edgeworthiapapyrifera (2). La fabrication est toujours faite à la main et, par conséquent, ne comporte que des feuilles de dimensions restreintes. La dimension ordinaire, en japonais, le Hanshi, a environ 9,5 sur 12,5 pouces (0m,2375 sur 0m,3125) ; il yen a de plus grandes, maison en fait aussi de plus petites, qui sont d’un usage moins fréquent.
- (1) Caialog. der Kaiserlich japanischen Ausstellung. Wien, 1873, s. 133.
- (2) E. Zappe, Mitt. d. Deutschen Gessell. f. Nat. u. Volk. Oslasiens 2tes Hefl, Juli 1873, s. 14.
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- Tel qu’il se vend ordinairement, le papier n’est pas collé, l’épaisseur de l’encre de Chine, dont on se sert pour écrire, rendant le collage inutile. Une seule qualité, cependant, fait exception; c’est un papier extrêmement mince et transparent, dont on fait des cahiers et qu’on appelle Ro-biki ou Bidorogami ; la colle qu’on emploie dans la fabrication de cette qualité est préparée, dit-on, avec l’écorce d’une sorte d’Hortensia [H. Paniculatd).
- Le papier japonais n’est jamais soumis au blanchiment, d’où la teinte légèrement jaune ou grise qu’il affecte ordinairement. Sa texture, très-fibreuse, est plutôt lâche que serrée. Généralement les fibres sont placés dans une direction parallèle au côté le pins court du rectangle de la feuille; aussi, dans ce sens, le papier se laisse-t- il plus facilement déchirer que dans l’autre ; cependant, dans le papier d’emballage et dans celui qu’on emploie pour vêtements imperméables, il y a entrecroisement des fibres en telle manière, que le déchirement est difficile dans tous les sens.
- Le papier se fabrique ordinairement dans de petits villages, et comme il n’y a d’autre industrie que celle-là, tous les habitants sont fabricants; il en est d’ailleurs de même pour d’autres produits de l’industrie, et il n’est pas rare de trouver des villages de potiers, de fondeurs en cuivre, de cloutiers, de vermicelliers, etc. Chacun de ces petits centres, consacré à une seule et même fabrication, ne doit, parfois, sa raison d’être, qu’à l’abondance ou au bas prix de la matière première existant sur les lieux; le plus souvent, néanmoins, son existence n’est due qu’au bon plaisir de quelque prince ou Daimio, qui, sans se préoccuper des conditions plus ou moins favorables de la région, a autrefois fondé la fabrication pour satisfaire aux convenances ou aux nécessités de son petit royaume.
- Quoique installées dans le même village, les différentes fabriques de papier semblent être entièrement étrangères les unes aux autres, chaque famille sachant pourvoir, avec son propre personnel, à tous les détails de la fabrication, depuis le commencement jusqu’à la fin.
- Le système d’adoption pratiqué par la famille impériale et par la noblesse, système qui leur a permis de se perpétuer pendant tant de siècles, est pareillement suivi dans les classes d’artisans. Ainsi, par exemple, si le fils d’un fabricant de papier ne veut pas suivre la carrière de son père, il cherche à se faire adopter par une autre famille dont le genre d’affaires lui convient mieux, en même temps qu’il est remplacé dans sa propre famille par un fils d’adoption. S’agit-il d’un armurier renommé qui n’ait pas de fils ? Eh bien, il ne sera pas embarrassé; il adoptera quelque jeune et habile ouvrier de sa profession, et de cette manière, le nom de la maison ne périra pas. On prétend que cette coutume de succession de père en fils, dans la même profession, était telle autrefois, que le fils d’un mendiant n’avait d’autre ressource que de suivre le métier de son père, et de devenir mendiant lui-même.
- Dans la famille du fabricant de papier, tout le monde, hommes, femmes et enfants,
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- se partagent la besogne, depuis les grands parents jusqu’aux petits enfants de cinq ou six ans.
- Le mûrier à papier qui fournit la matière première pour la fabrication, est cultivé par des fermiers, aux environs des fabriques mêmes. Cette culture a rarement lieu sur des terres spéciales; elle est pratiquée sur les bords des rizières, ou sur les billons étroits qui séparent les champs de riz les uns des autres.
- D’après Zappe (1), la culture du mûrier à papier se pratique au moyen des racines que l’on coupe, et qui atteignent leur complet développement en quatre ou cinq ans ; les pousses ou cannes prennent, au bout de la première année, un pied de longueur (0m,30), au bout de la seconde, 2 à 3 pieds (0m,60 à 0,90), au bout de la troisième, quelquefois k pieds (lm,20), et enfin, après la quatrième, 6 pieds (lm,80). On en a vu qui, au bout de la cinquième année, atteignaient, dans quelques cas, 9 (2m,70) et même 12 pieds (3”,60).
- Au moment voulu pour la récolte, alors que l’écorce est arrivée à maturité, et pendant qu’il reste encore quelque peu de sève dans le bois, les cannes qui représentent la culture de la saison, sont coupées à ras du sol et vendues aux fabricants de papier. Quant aux souches, elles restent en terre pour fournir, b partir de l’année suivante, de nouvelles pousses. J’ai vu de ces souches qu’on m’a dit n’avoir pas moins de cinquante à soixante ans d’âge, et qui, sous un aspect chétif et légèrement noueux, ont encore assez de vitalité pour fournir une abondante récolte pendant une aussi longue période.
- Les cannes qui représentent le produit de la récolte, et qui ont une longueur de 6 à 8 pieds (lia,80 à 2m,k0) pour un diamètre de la grosseur du doigt, sont coupées en morceaux d’environ 2 pieds (0m,60), qu’on empile avec soin. Dans cette situation la sève ne tarde pas à fermenter et l’écorce se détache facilement du bois.
- L’écorce une fois détachée, on en fait de petits paquets qu’on laisse sécher à l’air, en les suspendant à des perches; à moins qu’il ne fasse grand vent, ce séchage dure ordinairement plusieurs jours. Lorsque l’écorce doit être utilisée de suite pour la fabrication, on la racle, au préalable, avec des couteaux; on on détache ainsi l’épiderme mince qui la recouvre ainsi qu’une pellicule verte, après quoi on la lave et la fait sécher. Les raclures qui proviennent de cette opération, servent à faire une sorte de papier commun (Chiro-gami), de couleur brune qu’on emploie pour l’emballage, et dont les malheureux se servent pour faire des mouchoirs de poche.
- Au contraire, quand l’écorce n’est pas destinée à une fabrication immédiate, on la fait simplement sécher, après quoi on l’emmagasine; ce n’est que plus tard, quand elle doit servir, qu’on la racle, mais auparavant, il est nécessaire de la laisser tremper dans l’eau.
- L’écorce raclée et séchée, est soumise à l’ébullition dans une lessive concentrée où
- (1) E. Zappe. Die Bereüung des japanischen papiers, 1. c.
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- elle reste jusqu’à ramollissement, c’est-à-dire, pendant deux heures environ ; généralement ont espère sur quatre kan, c’est-à dire 33 livres d’écorces (14\ 83). La matière ainsi ramollie est placée dans des sacs ou des paniers, et soumise, pendant vingt-quatre heures au moins, à l’action d’un courant d’eau qui a pour but de bien la laver jusqu’à ce que toute trace d’alcali ait disparu. La lessive dont on se sert pour ce traitement, est préparée avec des cendres de bois ; ordinairement on se sert de l’armoise commune. D’après Zappe, on emploierait aussi les cendres de la paille de sarrasin, et dans le cas où l’écorce traitée serait rebelle au ramollissement, on ajouterait à la lessive une petite quantité de chaux vive, addition qui aurait, cependant, l’inconvénient de nuire à la teinte du papier fabriqué.
- Pour convertir en pâte l’écorce ainsi ramollie, on en prend deux ou trois livres à la fois (0\90 ou lk,35), qu’on dispose sur une table solide, en chêne ou en cerisier, et qu’on soumet au battage pendant un quart d’heure environ. Cette opération faite par deux personnes armées de baguettes lourdes et de petite dimension, consiste à frapper vigoureusement la matière, tout en la retournant fréquemment pour que les fibres soient broyées dans tous les sens.
- Une fois la pâte obtenue, on la prépare pour la fabrication du papier en la mélangeant avec une certaine quantité soit de Tororo (1), soit de pâte de riz. Le Tororo provient des racines d’une espèce de mauve (Hibiscus manihot), racines qu’on racle et qu’on réduit par l’ébullition en une pâte d’une moyenne consistance. En été, c’est la pâte de riz qu’on emploie pour le mélange ; mais, en hiver, le produit qu’on prépare avec le Tororo, et qu’on désigne sous le nom de Kiduski, est plus apprécié parce qu’il est moins facilement attaquable par les vers.
- Le mélange des deux pâtes finalement préparé soit avec le Tororo, soit avec la pâte de riz, est alors délayé dans un grand volume d’eau (un quart de livre de pâte (0%135) pour 40 à 30 gallons d’eau (180 à 225 litres), après quoi la fabrication du papier commence ; mais avant de décrire cette fabrication, il est indispensable de dire quelques mots de l’appareil employé.
- Mentionnons d’abord la large cuve rectangulaire qui sert à contenir la pâte liquide et l’agitateur avec lequel on remue, de temps en temps, celle-ci, et qui n’est autre qu’un simple bâton. Mais la pièce principale, c’est la natte, que les Japonais appellent So, et sur laquelle on étend la pâte puisée au réservoir (2). Elle est formée d’un certain nombre de longues et minces baguettes de bambou, ayant ordinairement un diamètre de 1/15 à 1/16 de pouce (environ 0m,0015) et assemblées parallèlement au moyen de huit à dix cordons de soie, qui forment autant de lignes transversales également espacées; cette natte est donc entièrement flexible dans un sens et peut même
- (1) E. Zappe, loc. cit.
- (2) Cette natte correspond à la toile métallique employée dans les papeteries européennes.
- (M.)
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- être roulée sans danger. La préparation de ces minces baguettes et leur assemblage, c’est-à-dire la fabrication des nattes, est une opération extrêmement délicate. C’est une certaine partie de la noblesse, dite Samurai, qui, de temps immémorial, a monopolisé, en quelque sorte, cette fabrication, en sorte que les fabricants de papier sont presque à sa merci. Pour se soustraire à ce monopole, on fait bien quelques nattes avec certain roseau qui fournit des tiges assez minces; ces nattes sont moins coûteuses, mais elles n’ont pas la qualité et la durée de celles qu’on prépare avec le bambou.
- Les dimension des nattes sont de plusieurs sortes; elles correspondent aux dimensions mêmes du papier qu’on veut fabriquer, et se placent sur des châssis munis de rebords destinés à maintenir la pâte à papier.
- Toutes choses étant prêtes, l’opérateur, qui est ordinairement une femme, s’asseoit en face de la cuve et remue vigoureusement la pâte liquide pendant quelques secondes. Plaçant ensuite une natte sur son châssis et, saisissant celui-ci par les extrémités, il le plonge dans la cuve, puis il le retire en ramenant avec la natte uue certaine quantité de pâte dont l’épaisseur est déterminée par la hauteur du rebord du châssis, et dont l’eau s’écoule rapidement à travers les interstices de la natte, en laissant sur celle-ci une mince pellicule. Pendant cet écoulement, on tape de petits coups contre le châssis dans les deux sens, afin de favoriser une répartition égale de la pâte.
- A moins qu’il ne s’agisse de produire un papier très-mince, dit Usui-gami, la natte doit être plongée de nouveau dans la cuve; on l’y plonge jusqu’à quatre et cinq fois quand on veut obtenir un papier épais. Entre chaque immersion, il faut laisser égoutter pendant quelques secondes et, à cet effet, on pose chaque fois la natte et son châssis sur deux bâtons placés en travers de la cuve.
- Quand la feuille de papier, suffisamment égouttée, a atteint l’épaisseur voulue, on enlève la natte du châssis et on la dresse à côté de la cuve pour laisser égoutter encore ; en même temps, on met une autre natte sur le châssis et on recommence l’opération pour une seconde feuille. Pendant qu’on laisse égoutter celle-ci pour la première fois, on reprend la première natte et la feuille qui y adhère, puis la retournant sens dessus dessous, on la pose sur la pile de feuilles encore humides, précédemment faites, en ayant soin d’interposer près des bords un simple brin de paille destiné à faciliter une séparation ultérieure.
- Natte et feuille restent en cet état sur la pile, tandis que la seconde feuille en préparation reçoit une nouvelle immersion dans la cuve; mais aussitôt que cette immersion est faite, et pendant que la natte retirée du châssis est dressée comme la précédente pour égoutter encore, on revient alors vers la pile de feuilles humides où a été déposée sens dessus dessous la précédente natte avec sa feuille, et on enlève cette natte en la roulant lentement, de manière à éviter de déchirer la feuille adhérente et qui reste déposée sur les autres. Une fois la natte libre, on la déroule et on la place immédiatement sur le châssis pour continuer la fabrication
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- Pour faire du papier d’épaisseur moyenne, on comprend que deux nattes alternant suffisent à l’opération ; mais lorsqu’il s’agit de papier plus épais, il faut un plus grand nombre de nattes si l’on ne veut pas travailler dans des conditions défavorables.
- Lorsque le nombre de feuilles humides réunies en pile atteint cinq ou six cents, ce qui représente une journée de travail, on met cette pile de côté, puis on la charge avec de lourdes pierres et on la laisse ainsi sécher pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que les feuilles soient assez fermes pour être séparées.
- Pour le séchage définitif, on choisit un jour clair et brillant ; chaque feuille est alors enlevée de la pile au moyen des pailles interposées, et passée à la brosse douce sur une table bien plane et bien lisse. Cette dernière opération, qui demande beaucoup de soin et de patience, est ordinairement dévolue au vieux grand-père de la famille, et c’est son petit-fils qui emporte les feuilles à la maison sur une planche où il en place quatre ou cinq à la fois.
- Les feuilles enlevées des planches sont parfaitement lisses ; il ne leur reste plus qu’à être rognées de dimension pour être mises en paquet et livrées au commerce. Pour les rogner on les étend sur une planche, puis, au moyen d’un large couteau bien tranchant qu’on promène en dessous, on coupe les bords qui dépassent.
- Les rognures et les feuilles gâtées retournent à la fabrication ; on les transforme en pâte au moyen d’un lessivage, et on en fait un papier dont la qualité est supérieure» à celui qui provient directement de l’écorce.
- Quatre kan d’écorce (14k,85) bien raclée et séchée en produisent deux de papier (7k,425), représentés par 3 000 à 3 600 feuilles de dimension et d’épaisseur ordinaires. Ce papier est généralement vendu par jo de 10 feuilles et par so de 200. Pour certaines qualités, 1 ejo est au contraire tantôt de 20 feuilles et tantôt de 48. Quant au papier épais, il est toujours vendu au poids.
- Les Japonais fabriquent de nombreuses variétés de papiers de fantaisie, au nombre desquelles on cite, comme l’une des plus jolies, celle qu’on désigne sous le nom de devil-paper (papier du diable). C’est un papier à tissu frès-mince sur lequel des dessins, rappelant la dentelle et imprimés avec de l’encre blanche opaque, font l’effet d’un filigrane très-compliqué. On l’emploie pour certaines lanternes et quelquefois pour couvrir des châssis de fenêtres (Shoji), bien que, pour ce dernier usage, il soit peut-être un peu mince. Collé sur verre, il donne à celui-ci, dans une certaine mesure, l’aspect du verre gravé.
- Les papiers pour éventails, ceux pour écrire des poésies et même les papiers de tenture sont souvent décorés par de belles peintures faites à la main ou imprimées. Les dessins en sont toujours artistiques et représentent généralement des feuilles de vigne, des fleurs, des tiges de bambou, etc., très-naturellement groupées. Le papier de tenture le plus en usage est complètement blanc avec un dessin imprimé au blanc de perle ; on emploie rarement les papiers de couleur, si ce n’est pour les vestibules et les corridors. Ce genre de papier est toujours en feuilles de petite dimension.
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- Le papier imitation de cuir est fait avec une spécialité dite Tosasenka-gami qu’on réunit en plusieurs épaisseurs pour obtenir le degré de solidité voulue. Les feuilles intérieures sont imprégnées d’une huile Ye-no-abura, extraites du Celtis Wildenowiana, qui communique à l’ensemhle la flexibilité indispensable. L’aspect du maroquin qu’on donne à la surface est obtenu par la pression au moyen d’une planche en bois gravée, et pour terminer, on passe une couche de vernis de laque.
- Herr von Brandt, autrefois ministre d’Allemagne au Japon, dans un Mémoire (1) lu à la Société asiatique de son pays, a donné une description détaillée, très-intéressante, de la fabrication du crapepaper (papier de crêpe); nous lui empruntons les détails suivants ;
- « Pour faire du papier de crêpe, on prend du papier japonais ordinaire, portant quelques dessins imprimés en couleur ; on l’humecte et on l’étend en pile sur une large table de bois, en ayant soin que les bords de deux feuilles consécutives ne soient pas parallèles. On dispose, par alternance avec ces feuilles, des morceaux de papier blanc ordinaire, qu’on pl'ace entre les côtés en regard des feuilles coloriées; on y ajoute également une sorte de papier épais, dit Takanaga, dont il sera question tout à l’heure. L’ensemble de la pile est alors étroitement roulé sur un bâton bien lisse et recouvert d’une longue bande de toile humide, enroulée diagonalement et fortement serrée ; puis on porte le tout à la presse où on lui fait subir longitudinalement une pression énergique ; la presse est munie de deux trous par lesquels on fait passer les extrémités du bâton qui n’ont pas besoin d’être pressées. »
- Le papier dit Takanaga, dont il vient d’être question, est composé de plusieurs feuilles de papier épais ordinaire, réunies avec de la colle de riz et qui, au préalable, ayant été plissées bien régulièrement, impriment, sous l’action de la presse, leurs plis sur les feuilles coloriées entre lesquelles elles ont été placées.
- Après cette première compression, on retire le rouleau de la presse, on déroule et on sépare les feuilles. Le papier Takanaga est lissé et on recompose la pile comme auparavant, en ayant soin, toutefois, de disposer les plis de manière à faire un angle avec ceux que la pression a déjà produits. On roule de nouveau autour du bâton, puis on repasse à la presse, et ainsi de suite. La même opération se renouvelle sept fois, après quoi, on fait sécher les feuilles qui présentent l’aspect crêpé désiré.
- Toutes excellentes qu’elles soient, les différentes espèces de papiers japonais sont loin de répondre à tous les besoins, et cette note serait incomplète si elle ne faisait allusion au papier de chiffons qu’on fabrique également là-bas, dans plusieurs localités, sur une grande échelle et d’après les procédés étrangers. A Tokio, seul, il y a au moins trois papeteries de ce genre, pourvues des meilleurs types de machines anglaises ou américaines et capables d’une large production. Le gouvernement consomme beau-
- (1) Die Àufertigung des Krepp papiers, Tshirimengatni. Mitt. d. Deutsch. Gessell. 5me Heft. Julv 1874.
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- BIOGRAPHIE. — DÉCEMBRE 1876.
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- coup de papier à écrire venant du dehors; les journaux emploient également beaucoup de papier d’impression qu’on importe ; il en est de même de la librairie et des maisons d’éducation, qui reçoivent leurs papiers de l’étranger. Aujourd’hui, cependant, le Japon, avec ses fabriques modernes,% fait concurrence à ces produits d’importation, et il semble que les vieux procédés de fabrication à la main que jnous avons décrits sont appelés à disparaître un jour, en cédant la place aux procédés mécaniques qui permettent de faire mieux et à meilleur marché.
- [The American chemist.) (M.)
- BIOGRAPHIE.
- ÉLOGE DU GÉNÉRAL PONCELET, PAR M. BERTRAND, SECRÉTAIRE PERPÉTUEL ' DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES.
- « Messieurs, Chamfort raconte qu*un médecin de sa connaissance, entrant un jour dans un salon, s’inclina devant la maîtresse de la maison, c’était Mme du Detïant, en lui disant : Madame, j’ai l’honneur de vous présenter mon très-humble respect ; il dit ensuite à M. le président Hénault : Monsieur, j’ai bien l’honneur de vous saluer; à M. de Pont-de-Veyle : Monsieur, je suis votre très-humble serviteur; et à d’Alem-bert : Bonjour, monsieur. En croyant observer les distances, il se trompait jusqu’au ridicule. Une intelligence vaste et élevée, de sublimes découvertes, une vie de probité et de travail imposaient au xvme siècle, et inspirent aujourd’hui, en dépit de la plus humble origine, la déférence et le respect de tous.
- « L’enfance de Poncelet fut, comme celle de d’Alembert, abandonnée à une direction indifférente aux travaux de l’intelligence; comme le pauvre enfant recueilli parla vitrière de la rue Michel-Lecomte, notre confrère, favorisé des dons les plus rares de l’esprit et marqué du sceau de la science, se montra, dès l’école primaire, supérieur à ses condisciples. Les espérances de son premier maître parlèrent assez haut pour obtenir d’un père qui, régulièrement, s’informait de lui, les moyens delui faire"suivre, comme externe, les cours du lycée de Metz. Ses progrès furent rapides et, après quatre ans d’efforts, en 1807, à l’âge de dix-neuf ans, il entrait le huitième à l’École polytechnique ; fatigué par le travail, il tomba malade et perdit une année. En 1812 seulement, il quitta l’École d’application du génie de Metz, fut chargé, dans l’île de Walcheren, de travaux difficiles et urgents, et attaché presque aussitôt à la grande armée que l’on dirigeait vers la Russie.
- « Intrépide et patient, de Smolensk à Borodino, de Borodino à Moscou, et de Moscou à Krasnoe, Poncelet supporta, sans se laisser abattre, les fatigues, les souffrances et les cruels désastres dont je n’ai pas à faire le douloureux récit. Dix jours avant le pas-
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- sage de la Bérésina, son corps d’armée, réduit à sept mille hommes, échappa par une fuite nocturne, plus audacieuse que la plus brillante attaque, aux cinquante mille hommes de Mileradowitch. Le Dniéper fut traversé sur une mince couche de glace. Quelques-uns se sacrifièrent à la liberté et au salut de tous : Poncelet fut un de ces braves. Prisonnier de guerre, dès le lendemain il commençait à pied un terrible voyage de quatre mois. Épuisé de forces, malade, dépourvu de tout, mais endurci aux privations et libre par l’esprit, il trouva à Saratof, sur les bords du Yolga, deux années de studieux loisirs et de fructueuses méditations. La révision de ses études élémentaires fut son premier exercice. Sans conseils et sans livres, mais appuyé sur des principes solides, il travailla sur son propre fonds. Préoccupés d’examens décisifs pour son avenir, et sans prévenir à contre-temps des difficultés trop subtiles, ses maîtres, jusque-là, pour retenir ses études dans les limites prescrites, avaient imposé silence à ses empressements ; sans déprimer son esprit d’invention, ils en avaient arrêté l’essor. Plus d’une rêverie, repoussée, au lycée de Metz, comme une dangereuse intempérance d’esprit, plus d’une curiosité, tenue alors pour vaine et indiscrète, furent avidement rappelées et diligemment suivies, consolatrices bienfaisantes cette fois, précieux divertissement parmi tant de tristesses.
- « Le point de départ de ses méditations n’était ni transcendant ni nouveau. Ses illustres maîtres de l’École polytechnique, s’il avait pu les consulter, auraient sans doute dirigé ses pensées vers des sujets plus dignes de leurs savantes leçons. Mais en lui signalant les larges voies qui, sur leurs traces, peuvent conduire si haut, il y a peu d’apparence qu'ils l’y eussent entraîné. Poncelet, déjà tenace, n’aimait pas les sentiers battus, et son indocile fierté n’avait accoutumé d’accorder à personne le droit de choisir pour lui et déjuger au-dessus de lui. Il aurait pu répondre, d’ailleurs, que le point d’arrivée importe, non celui de départ, que la distinction entre les recherches transcendantes et les exercices élémentaires est artificielle, antiphilosophique et nuisible au progrès. La discussion lui fut épargnée. Trop peu versés dans la science élémentaire ou transcendante, ses compagnons ne pouvaient ni l’encourager ni le combattre. Il n’avait à contenter que lui-même : il n’y parvint pas. Le temps et l’occasion de son long travail expliquaient l’inexpérience et le défaut d’érudition ; il ne lui sembla pas qu’ils les autorisassent. A son retour en France, il n’acheva pas son œuvre imparfaite, il la refit. S’éclairant au contact des Pascal, des Desargue, des Maclaurin et des Lambert, et retrempé dans ces sources intarissables et fécondes, rudoyant sans pitié quelques auteurs médiocres dont il aurait pu laisser s’éteindre en paix la célébrité usurpée mais viagère, il composa lentement son beau livre, dont les cahiers de Saratof, publiés depuis, ne sont que le préparatif et l’ébauche.
- « Descartes avait cru, par des procédés uniformes de calcul, abolir le droit d’inventer avec génie en géométrie. Croyant avoir tout préparé et tout prévu, en laissant, sur plus d’un point, à ses successeurs le plaisir d’accomplir le progrès, il en usurpait par avance tout le mérite et toute la gloire. « J’espère, disait-il, que nos neveux me sau-
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- « ront gré, non-seulement des choses que j’ai expliquées, mais aussi de celles que j’ai « omises volontairement pour leur laisser le plaisir de les inventer. »
- « Ceux qui, sur la foi d’un aussi fier génie, ont cru l’ère des découvertes originales terminée dans l’étude des courbes, cherchèrent naturellement dans d’autres parties de la science un plus fructueux emploi de leurs efforts, et le progrès le plus grand sans difficulté qu’ait jamais fait cette belle théorie, a été ainsi l’occasion et le signal d’un temps d’arrêt dans sa marche.
- « Descartes oubliait que, suivant la très-heureuse expression d’un géomètre contemporain, la géométrie est un art aussi bien qu’une science : Mathesis ars et scientia dicenda ; et, s’il est quelquefois possible à une science de marquer dans une formule définitive la fin de ses efforts et le terme de ses progrès, l’art est inépuisable et infini, toujours jeune et fécond pour des génies nouveaux. L’étude de toutes les parties du Traité des propriétés projectives peut seule faire apprécier au lecteur géomètre l’art merveilleux qui les fait naître les unes des autres, en conduisant par une voie singulière et nouvelle jusqu’aux vérités les moins prévues au départ. Les formules algébriques sont strictement bannies des démonstrations ; mais l’algèbre, depuis Descartes, embrasse trop étroitement la géométrie pour que rien puisse les désunir ; et les conceptions analytiques les plus subtiles, en guidant, sans se montrer, l’application des principes, en justifient la hardiesse.
- « Le Traité des propriétés projectives étudie les figures dans leur image perspective. Le microscope des naturalistes substitue ainsi à l’objet une image agrandie mais non déformée. La méthode de Poncelet est analogue ; mais, pour la définir par une comparaison plus exacte et transporter l’ingénieuse conception dans la réalité physique, il faudrait tailler et ajuster avec assez d’art des verres assez heureusement trompeurs pour corriger dans l’image les défauts de l’original, ou, par une industrie plus merveilleuse encore, lui procurer en la transformant avec des beautés nouvelles, une ressemblance désirée et prévue. Tel est le problème résolu par Poncelet. Deux sections coniques, par exemple, sont remplacées par deux cercles, et, lors même qil’elles se coupent, il peut arriver que les deux cercles soient concentriques. De tels et semblables paradoxes répugnent à l’évidence, un écolier les repousserait sans examen, et Archimède lui-même, pour interpréter un tel langage et en pénétrer la profondeur, aurait dû commencer par apprendre l’algèbre ou l’inventer.
- « Poncelet, sûr de lui-même, après six années de méditations et d’études, présenta son manuscrit à l’Académie des sciences. Le rapport des commissaires, Poisson, Arago et Cauchy, ne répondit ni à son attente ni à l’importance de l’œuvre. Où trouver cependant trois esprits de plus haute portée que Poisson, Arago et Cauchy ? trois promoteurs plus zélés pour une théorie grande et neuve ? trois juges plus éclairés de démonstrations hardies et subtiles ? Ni leur bienveillance n’était douteuse ni leur autorité contestable ; mais ils goûtaient surtout ceux qui de loin suivaient leurs traces, et, sans donner l’exclusion à aucune partie de la science, marquaient la haute idée qu’ils
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- avaient des théories de calcul intégral, de physique mathématique ou de mécanique céleste, en plaçant leurs moindres progrès fort au-dessus des plus élégants résultats d’une étude réputée élémentaire.
- « La géométrie ancienne, lors de l’éclosion des méthodes nouvelles, avait livré bataille à l’analyse de l’infini; choisissant imprudemment son terrain, un disciple illustre de Galilée, Viviani, avait osé défier les novateurs. Leibnitz et Newton trouvèrent dès le premier jour le mot de sa facile énigme. Cela ne prouvait que leur pénétration. On en jugea autrement : Il parut, dit Fontenelle, que ceux qui étaient dans l’ancienne géométrie, quelque profonds qu’ils y fussent, n’étaient pas destinés à faire beaucoup de peine aux géomètres du calcul différentiel. Un siècle s’était écoulé : les analystes, comme les nommait Poncelet, continuaient à préconiser leurs sublimes et fécondes méthodes, dernier mot pour eux de l’esprit mathématique ; la géométrie des anciens était de moins en moins connue et goûtée. Dans cette mine épuisée et ouverte de toutes parts, on ne voyait plus rien à chercher ni à trouver, et, digne encore peut-être de la curiosité des géomètres, elle ne l’était plus de leurs efforts.
- « Le flambeau dont Poncelet venait ranimer l’éclat n’éclairait plus que les exercices des écoliers. La simplicité des méthodes en dissimulait la grandeur et la force. Etranger aux savants travaux de ses juges et sans prendre place parmi leurs disciples, le jeune débutant osait les convier dans une vaste plaine depuis longtemps en friche : ils y trouvèrent un maître, non un docteur, qui leur montra des vérités plus admirables pour l’école qu’intéressantes pour l’Académie. Ils l’approuvèrent et crurent l’encourager, sans saluer ni deviner en lui le précurseur d’une génération nouvelle de géomètres et le chef d’une grande école. En retenant plus d’une vérité curieuse et nouvelle dont il proclamait l’importance, Cauchy, dans son rapport, contestait l’étendue de la théorie et la solidité des preuves, et, reprochant à l’ingénieux auteur d’avoir trop osé, il le déprimait en l’approuvant. Ces méthodes découvertes avec tant de joie, ces hardiesses heureuses qui ne l’avaient égaré dans aucune rencontre, étaient dénoncées comme imprudentes et tenues pour suspectes ; ses succès les plus admirés, formellement repris d’incorrection, étaient placés enfin en dehors de la pureté géométrique.
- « Vivement froissé d’un tel jugement, Poncelet le repoussa toujours avec force, et les critiques, souvent renouvelées, d’adversaires inégaux en autorité et en génie, mais clairvoyants d’habitude et se connaissant en démonstrations, n’ont pu lui arracher la plus légère concession ; sans entrer en discussion ni satisfaire à leurs doutes, il ne retrancha rien de ses conclusions, et, imperturbable dans ses principes, il les laissa triompher par leur propre force.
- « Il y a cependant une réflexion à faire : gardienne inflexible et rigoureuse des règles de la logique, la géométrie ne doit permettre aucune obscurité, ni les géomètres connaître aucun partage ; ses démonstrations, non-seulement exactes, mais nettes et précises, ne doivent laisser au doute aucun refuge ; c’est sa tradition, son honneur et sa
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- force : une rigueur contestée ne saurait lui suffire. Mais cela ne touche en rien au mérite d’invention du grand ouvrage : les méthodes comme les arbres se jugent par leurs fruits. Celui qui, par des voies et des lumières nouvelles, sait éclairer et aplanir la science, aura toujours la meilleure part. Poncelet l’a méritée en géométrie,elle ne lni sera pas enlevée.
- « La froideur et les objections de ses juges désappointèrent Ponceletsans le rebuter; il ne ralentit pas ses travaux, et, attendant de l’avenir, dont les suffrages l’ont dédommagé, une meilleure et plus complète -justice, il présenta successivement les beaux mémoires sur le centre des moyennes harmoniques, sur l’analyse des transversales et sur la théorie des polaires réciproques. L’accueil fut le même. L’ingénieux auteur, remercié cette fois par Ampère, Legendre et Cauchy pour ses communications intéressantes, ne vit s’ouvrir pour aucune d’elles les recueils de l’Académie.
- « Une polémique, où sa mauvaise humeur n’était que trop bien justifiée, éloignait en même temps Poncelet du seul recueil mathématique publié en France. Un très-habile géomètre de Bonn, Plucker, débutait dans la science, en traitant par l’algèbre des questions analogues, en quelques points, aux problèmes résolus par Poncelet.
- « Il n’avait pas lu le Traité des propriétés projectives, et ses recherches, avec une valeur propre, présentaient une grande part de nouveauté. Gergonne publiait alors à Montpellier les Annales de mathématiques. Zélé pour la science seule, le savant et orgueilleux journaliste n’avait d’égards que pour elle ; s’érigeant indiscrètement en arbitre et en juge, il tranchait du grand géomètre, et, donnant toute liberté à sa plume, distribuait la louange et le blâme avec une impartiale perspicacité, mais de moins haut qu’il ne croyait. Etendant ses droits jusqu’à changer l’ordre et la rédaction des manuscrits acceptés, il appuyait quelquefois par l’expression de ses propres pensées sur ce qu’un auteur n’avait voulu qu’indiquer. En comparant le mémoire de Plucker aux découvertes de Poncelet, il en déduisit, par un jugement trop précipité, des conséquences en partie erronées, et avec une secrète complaisance, sans doute, pour sa générosité modestement cachée, prêta gratuitement à l’auteur les idées de Poncelet, qu’il avait le mérite de trouver profondes, et son propre style, dont il était fier. Les objections et les plaintes de Poncelet précédèrent, à Bonn, le numéro des Annales. Plucker n’y pouvait rien comprendre. Il n’avait pas lu le Traité des propriétés projectives, il l’affirmait, et comment douter de sa parole? Poncelet non plus ne pouvait comprendre que, sans l’avoir lu, on le citât textuellement. Gergonne gardait le silence : gêné par l’abondance des matières, il ne trouva ni le temps ni la place d’expliquer dans la livraison suivante cette énigme dont le mot, compris par Poncelet, le fit renoncer pour toujours à la rédaction du recueil de Montpellier. Ses mémoires de géométrie furent dès lors envoyés au journal de Crelle. C’est là que les géomètres en ont admiré d’abord la profondeur et l’élégance ; les progrès de la science en font chaque jour paraître la haute portée, et, vantés par les meilleurs juges, ils forment aujourd’hui, avec les premiers écrits de Jacobi et d’Abel, un des plus précieux joyaux de cette grande et belle collection.
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- « Sans interrompre ses travaux géométriques, la mécanique, plus d’une fois déjà, était venue l’en détourner et l’en distraire. Ses devoirs d’officier du génie lui imposaient l’occasion de s’y exercer. L’opinion de grand savoir qu’il s’était acquise encourageait ses chefs à lui proposer les questions les plus difficiles, et la pratique, qui d’habitude procède avec plus de lenteur, consacrait l’exactitude de ses solutions et l’importance de ses découvertes. Chargé de la construction d’nne roue hydraulique, il aurait pu, choisissant entre les modèles classiques et suivant les règles établies, s’appliquer seulement à trouver les meilleures dimensions. Le produit du poids de l’eau par sa hauteur de chute mesure le travail théorique dont on dispose ; mais l’eau, pour le transmettre tout entier, doit quitter la roue sans vitesse. La raison en est évidente : que la roue soit verticale ou horizontale, qu’elle reçoive le liquidé en dessus ou eu dessous, en mécanique aussi bien qu’en droit, donner et retenir ne vaut, et, quand elle communique sa puissance, l’eau, par une suite nécessaire, doit la perdre entièrement. Mais, dans cette vérité supposée et admise, les mécaniciens voyaient un conseil, non un précepte.
- « Toutes les bonnes maximes, a dit Pascal, sont dans le monde, on ne manque qu’à les appliquer. Celle-ci, par une erreur générale, était tenue pour impraticable. Il faut bien, disait-on, que l’eau s’écoule, et comment s’écouler sans vitesse? Pendant qu’il pousse la palette qui lui est opposée ou l’auge qui le contient, le liquide les suit et partage leur vitesse : il ne peut donc pas être immobile en les quittant et concilier deux conditions si contraires. Résignés à un inconvénient qui semblait sans remède, les mécaniciens l’acceptaient, comme les frottements et les chocs, que l’on voudrait aussi et que l’on ne peut proscrire. Par un artifice très-simple, mais dont personne ne s’était avisé, Poncelet, réussissant où tant d’autres avaient échoué, parvint à l’atténuer au delà de toute espérance.
- « L’invention d’un nouveau système de pont-levis ne parut pas un service moins considérable ; il fut remarqué et vanté à l’égal de la roue. Eprouvé et froissé, comme géomètre, par des critiques impatiemment supportées, et plus encore, peut-être, par l’indifférence des maîtres de la science, Poncelet, comme mécanicien, était apprécié et compris avec le plus flatteur empressement. L’expérience en mécanique, par les preuves sensibles et démonstratives pour tous, abrège, il est vrai, les contestations, grave les découvertes dans la mémoire, et, en invitant à en tirer profit, rend l’esprit plus facile et plus prompt à y croire ; mais cette raison ne saurait suffire, car elle s’applique à tous les inventeurs. On n’accusera pas Poncelet, en tout cas, d’avoir montré pour sa propre gloire trop de complaisance et de zèle. Ayant à citer son pont-levis, en 1857, dans un rapport officiel : « On ne saurait, dit-il, mettre en oubli certaines machines d’équilibre et à poids mobiles, telles que les grandes portes d’écluse des ports maritimes, les lourds et immenses ponts tournants servant à traverser les canaux, les élégants et savants ponts-levis en fer et en fonte que nos ingénieurs militaires ont substitué, à partir de 1815, aux vieux ponts-levis à flèche et à bascule, en bois, des forteresses ou châteaux gothiques, et parmi lesquels on me permettra de citer ceux des
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- capitaines du génie Derché, Delilie, Bergère, Poncelet, fondés sur des principes très-divers, et qui ne manquaient pas d’un certain caractère d’invention et d’originalité dans la conception. »
- « Le comité du génie ne se demanda pas si lés solutions de Poncelet étaient élémentaires ou transcendantes, et moins encore si les travaux faits de si bonne main appartiendraient un jour à l’enseignement supérieur ou à celui des lycées ; il les mit à profit, et guidé par l’applaudissement général, accepta Poncelet pour une des lumières scientifiques du corps, successeur désigné de l’illustre Coulomb.
- « Le cours de mécanique à l’école d’application de l’artillerie et du génie à Metz, confié à Poncelet en 1824, exerça sur sa carrière une influence considérable. Apercevant une grande lacune à combler et un grand service à rendre, il tourna, non sans regret, tous ses efforts vers la mécanique, et, punissant peut-être la géométrie des torts de quelques géomètres, il fut désormais perdu pour elle.
- « Neuf promotions seulement ont été initiées par lui aux principes de la science des forces, et ses leçons publiques du soir les ont profondément imprimés dans l’esprit de quelques centaines d’ouvriers. Tous les mécaniciens, sans exception, reconnaissent cependant Poncelet pour leur maître, et les cahiers lithographiés de Metz ont enseigné la mécanique à l'Europe entière. Les savants aussi bien que les ignorants y ont trouvé d’utiles lumières, et les contre-maîtres, dans les ateliers, des principes généraux et solides, armes défensives à jamais acquises contre l’illusion des fausses découvertes et le danger de chimériques espérances. Peu de points dans la rédaction de Poncelet eussent paru nouveaux à un géomètre habile et instruit. Les anciens élèves de l’École polytechnique, préparés par des maîtres illustres, voyaient cependant à ses leçons naître pour eux une science inconnue. Poncelet, en conduisant leurs pensées avec ordre, s’arrêtait longuement sur les plus simples, et l’étude continuelle des faits venait éclairer chaque raisonnement, en confirmer les conclusions, et à la certitude ajouter l’évidence.
- « Lagrange, dans un ouvrage immortel, s’est attaché, au contraire, en ramenant tout au calcul et s’élevant au-dessus des détails et des faits, à remplacer les phénomènes par les formules qui les enveloppent et les cachent. Sans rechercher la cause prochaine de chaque effet, ni s’attarder au fondement de l’édifice, il atteint le sommet d’un vigoureux coup d’aile et résume tout dans une seule formule; la science commence par elle et se résout en elle ; elle y est contenue mais cachée ; les doctes seuls peuvent en faire usage ; mais, même en guidant ceux qui savent, elle ne satisfait que ceux qui pensent, et, en aplanissant la voie qui les conduit au but, elle ne l’éclaire d’aucune lumière.
- « Cet ouvrage de génie exerçait sur l’enseignement une influence toujours croissante. Sans se laisser éblouir par l’autorité d’un si grand nom, Poncelet s’y déroba entièrement, et le cours de mécanique se tient plus éloigné encore de la mécanique analytique de Lagrange que le Traité des propriétés projectives de la géométrie de Bes-Tome III. — 75* année. 3“ série. — Décembre 1876. 90
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- cartes. Les oeuvres cependant sont entièrement dissemblables, et rien n’y fait paraître l’empreinte d’un même génie.
- « En portant vers l’étude du mouvement toute la puissance et la géométrie de son esprit, l’auteur du Traité des propriétés projectives pouvait faire espérer, dans un chef-d’œuvre de précision élégante, uu triomphe nouveau des méthodes anciennes renouvelées et agrandies. Nul n’était mieux préparé que lui à disputer le premier rang dans le genre dont Poinsot a donné de si parfaits modèles. Ceux qui prévoient ainsi ce qui échappe h toute prévision virent leur perspicacité en défaut ; laissant à d’autres la contemplation spéculative et abstraite du vrai, Poncelet révèle dans une voie nouvelle des qualités inconnues jusque-là de son esprit judicieux et sagace. Le nombre et l’importance des applications mesurent pour lui désormais tout l’intérêt d’un problème. S’il conduit la théorie dans les ateliers, c’est pour en distribuer les bienfaits, non pour en faire admirer l’élégance, heureux surtout quand l’application des principes abstraits vient éclairer la coutume, donner des règles à la routine et marquer le but au progrès.
- « L’histoire de la science cite de brillants esprits qui, réunissant plus d’un talent, ont su se plier, suivant l’accident des circonstances, à la variété des sujets les plus divers : on ne produirait pas un seul exemple peut-être d’un changement aussi complet.
- « Ce n’estpas, comme chez Huyghens ou chez Gauss, l’esprit d’invention mécaniquè ou le talent de l’inventeur qui s’ajoute par surabondance à l’ingénieuse profondeur du géomètre ; ils s’y substituent. Les mathématiques, qui n’abandonnent jamais l’esprit qu’elles ont fortifié et embelli, deviennent pour lui de fidèles et robustes, mais très-humbles servantes ; il ne leur demande plus des armes pour conquérir le vrai, mais des outils pour façonner le réel, et il renonce aux bonnes fortunes analytiques que l’ingénieux et profond Lamé accueillait avec une joie confiante et modeste : Hoc vobis signum, disait-il avec l’Écriture ; elles sont la marque éclatante de la bonne voie et l’indice, plus encore que l’ornement, de la vérité. Sans se piquer désormais de simplicité et d’élégance, Poncelet place le signe de la vérité dans l’accord de la théorie avec les faits. Si la roue développe le travail annoncé, si le pont-levis réclame pour sa facile manœuvre la force exactement prévue, si l’écluse dépense la quantité d’eau calculée, les formules sont bonnes et utiles, les admirera qui voudra.
- « L’assimilation des puissances au travail a, depuis un demi-siècle, dans toutes les parties de la science, agité puissamment et fécondé les esprits d’élite. Aucune force dans la nature ne peut être gagnée ou perdue, le principe est général et absolu, et l’affaire du mécanicien n’est pas de créer la puissance motrice, mais de s’en emparer. Ce germe fécond de tant de vérités est supposé par les plus hardis comme un premier principe posé pour fondement de la science. Brillant pour eux de sa propre lumière, sa certitude éclate au-dessus de toutes les preuves ; son énoncé reste pour d’autres le résultat le plus haut des théories physiques et le résumé de leur étude. Poncelet évite ces deux extrémités, et, s’il fait appel à l’évidence, c’est après l’avoir préparée et produite.
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- « Les agents de toute espèce que présente la nature, considérés en eux-mêmes, nous paraissent quelquefois, dit-il dans son cours de mécanique industrielle, doués d’une énergie d’action qui leur est propre et qui ne suppose pas une communication primitive de travail ; mais c’est une erreur qui vient de ce que nous ne réfléchissons pas aux causes plus ou moins immédiates de cette action. Cette eau, que nous voyons tomber du haut du réservoir où elle est retenue sur la roue d’un moulin qu’elle fait marcher par son poids, en produisant du travail mécanique, a été d’abord amenée là par l’action de la gravité qui la fait descendre de la partie supérieure des vallées où elle jaillit des sources naturelles. Ces sources elles-mêmes sont entretenues par les pluies qui tombent sur le sommet des montagnes et s’infiltrent lentement à travers le sol. Or les pluies qui proviennent des nuages ou brouillards supérieurs et les nuages sont produits par l’action de la chaleur du soleil qui a vaporisé l’eau répandue sur la surface de la terre et l’a contrainte à s’élever, malgré l’action de la pesanteur; de sorte que le travail recueilli dans nos usines hydrauliques est, en réalité, une bien faible partie de celui qui a été primitivement dépensé par la force motrice de la chaleur. »
- « Ces lignes nettes et précises sont considérables dans l’histoire de la science ; mais plus d’un savant philosophe signalait avec force la généralité et la portée d’une conception dont l’importance et l’étendue, non l’énoncé même, ont été dans ce siècle une nouveauté et un grand progrès. Poncelet n’en a jamais réclamé la découverte.
- « Je n’ai pas besoin, dit-il dans la préface de son Traité de mécanique industrielle, d’insister sur l’utilité du principe des forces vives dans lès questions variées de mécanique pratique. Cette utilité est constatée par les heureux résultats qui ont été obtenus à diverses époques de son application à la théorie* des fluides, à celle des différentes roues et en général à toutes les théories concernant le jeu et les effets des diverses machines. Mais il convient de rappeler que c’est plus particulièrement aux travaux de Daniel Bernouilli, de Borda, de Carnot, de Navier, ainsi qu’à ceux de nos anciens camarades à l’École polytechnique, Petit, Burdin, Coriolis et Bellanger, qu’on doit cette importante application et les développements les plus clairs, les notions les plus positives sur le principe des forces vives pris pour base de la science des moteurs et des machines. »
- « En voyant cinq camarades d’école concourir brillamment dans l’application d’un même principe sans en réclamer l’invention ni en marquer précisément l’origine, comment ne pas reporter vers l’enseignement qu’ils ont reçu en commun une part au moins de l’honneur? Outre l’esprit élevé et curieux que tant d’autres après eux ont puisé à l’École polytechnique, les cinq mécaniciens philosophes, il est impossible de l’oublier, y ont trouvé un avantage que rien ne saurait remplacer : ils y ont reçu les leçons d’Ampère.
- « Soigneux de conduire les solutions jusqu’aux derniers détails, Poncelet, par une heureuse paresse, cherchait à abréger les calculs. Il proposa, pour transformer d’importantes formules, des règles contredites par les lois rigoureuses de l’algèbre et qui,
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- sur les bancs de l’École d’application, devaient exciter la surprise et le doute. Les formules, en effet, ne sont pas rigoureuses ; les moins géomètres parmi les élèves auraient pu les convaincre d’erreur ; mais Poncelet avait l’art de rendre la différence assez petite pour n’associer aucun inconvénient à l’avantage d’un calcul dix fois plus rapide. Cette substitution de formules approchées et données pour telles,, aux expressions compliquées et exactes, appartient entièrement à Poncelet $ utilisée souvent par les calculateurs, elle a suggéré à notre illustre associé, M. Tchebitchef, quelques-uns de ses travaux les plus utiles. Le grand analyste est devenu, comme tant d’autres, disciple de Poncelet, et il aime à le proclamer. Citons seulement, parmi les applications d’une méthode féconde, un problème dans lequel on retrouve, M. Tchebitchef le fait remarquer avec empressement, non-seulement l’idée première, mais la forme même de la règle de Poncelet.
- « La distance de deux points du globe peut se calculer d’après leurs latitudes et leurs longitudes connues. La solution, théoriquement facile, exige de sérieuses études mathématiques et l’usage d’une table de logarithmes. M. Tchebitchef a proposé, en imitant les formules de Poncelet, une règle assez simple pour que les élèves d’une école primaire puissent, en une seule leçon, apprendre à l’appliquer et, sans recourir aux tables, calculer en quelques minutes la distance de deux points quelconques choisis sur la carte de Russie : l’erreur dans les cas extrêmes ne dépasse pas quelques lieues. Semblable à un vin trop savamment fabriqué, la formule ne supporte pas le transport; mais chaque pays peut la transformer pour l’adapter à son usage.
- « Appelé, le 17 mars 1834, à remplacer Hachette à l’Académie des sciences dans la section de mécanique, Poncelet fut peu de temps après choisi par le comité du génie comme rapporteur des travaux scientifiques et fixé désormais à Paris. C’est vers les questions dè mécanique appliquée qu’il porta dès lors toute son attention. Accessible à tous, même aux inventeurs, sa rude franchise les servait mieux qu’une approbation bienveillante et banale. Habile à dissiper les chimères, il excellait surtout à mettre le vrai mérite en lumière, et, dans plus d’une rencontre, les développements originaux, ajoutés à ses savants rapports, en ont doublé le retentissement. Le juge, pour les travaux qui en sont dignes, devient un maître habile, soigneux de les corriger et de les étendre. Dans son rapport sur le système d’écluses de Girard, pour n’en citer qu’un exemple, les rôles, complètement intervertis, font un honneur égal au savant académicien et à l’ingénieux inventeur. A Poncelet, depuis longtemps illustre et consommé dans la connaissance des combinaisons hydrauliques, appartenait l’appréciation des vues nouvelles et des desseins de l’auteur, la discussion des principes et l’examen critique des manœuvres projetées ; les calculs de détail et le devis hydraulique de chaque pièce, application laborieuse et facile des théories connues, revenaient au contraire au disciple en présence du maître, au solliciteur en présence du juge. Il n’importe, le brillant et sagace inventeur semble peu disposé à confirmer et à développer par des calculs précis les conclusions d’un pénétrant et rapide coup d’œil. Pour
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- accorder au projet de plus justes louanges, Poncelet commencera par l’en rendre digne, et, sans vouloir rien retenir du profit ni de l’honneur, en l’accroissant par son labeur et sa science, il en rehaussera l’intérêt par l’autorité de sa collaboration.
- « Une chaire créée pour lui à la Faculté des sciences de Paris invitait Poncelet, à partir de l’année 1838, à renouveler devant un public très-différemment préparé les lumineuses conférences de mécanique qui, naguère, à Metz, avaient su exciter et remuer des esprits si divers. Il ne retrouva ni le même applaudissement ni le même concours d’auditeurs. Des explications, trop minutieuses et trop élémentaires souvent, fatiguaient les élèves très-instruits déjà de la Faculté des sciences et les disposaient mal pour les savantes discussions qu’elles précédaient ; la nouveauté du langage troublait souvent les esprits instruits aux méthodes de Lagrange et lecteurs assidus de la mécanique de Poisson. Si, par exemple, Poncelet analysait l’effort d’un cheval de trait, l’introduction dans les calculs de la force d’inertie du chariot étonnait et choquait les auditeurs, qui, dans la même salle, devant le même tableau, avaient entendu la veille ou devaient entendre le lendemain un autre maître renommé pour la précise clarté de sa parole, s’élever contre une telle locution, en répétant avec insistance : Il n’y a pas de force d’inertie; l’inertie n’a de force ni petite ni grande; on ne doit pas parler de force d’inertie.
- « Les auditeurs les plus instruits pouvaient seuls, dans une vaine dispute d’école, démêler, sous la différence des mots, la parfaite conformité des idées, et, sans s’embarrasser des contentieuses subtilités de langage, retenir la règle incontestée dont les deux maîtres enseignaient distinctement l’application. Le même calcul, en effet, leur donnait, pour l’effort du même cheval, le même nombre de kilogrammes, de grammes et de milligrammes ; après être tombés d’accord sur la résistance du sol et l’action retardatrice de la pesanteur, ils affirmaient tous deux que le cheval, en développant la somme de ces deux forces, maintiendrait le mouvement uniforme. Mais tandis que, selon la façon de parler de Poncelet, pour accélérer le mouvement, il faut par un effort nouveau vaincre la force d’inertie de la voiture, Sturm disait, et oubliant que les définitions de mots sont libres, exigeait qu’on dît avec lui : Pour accélérer le mouvement, le cheval doit, par un effort nouveau, produire l’accélération. Les mots sont différents, mais le sens est le même et fort clair. On aurait pu tout accorder peut-être, en disant : Le cheval, pour accélérer le mouvement, doit, par un effort nouveau, vaincre l’inertie de la voiture. Les plus récalcitrants en seraient tombés d’accord ; mais, quand Poncelet disait « force d’inertie, » les auditeurs les mieux préparés, choqués par cette métaphore, se croyaient divisés sur le fond des choses.
- « Poncelet, habitué à une docilité plus confiante, continua, sans y mêler aucune polémique, à exposer avec simplicité l’enchaînement de ses idées ; retenu par des devoirs plus urgents, il prit sa retraite en 1849, en désignant lui-même pour son successeur notre regretté confrère Delaunay, heureux, dans son zèle pour la mécanique, d’avoir introduit à la faculté des sciences un professeur aussi lucide, un esprit d’aussi haute portée.
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- « Nommé général de brigade le 25 avril 1848, Poncelet, quelque temps après, était appelé au commandement de l’École polytechnique, au moment même où le département de la Moselle, justement fier de l’un de ses plus illustres enfants, l’envoyait à l’Assemblée nationale. Sous sa direction prudente et ferme, l'École polytechnique ne fit pas parler d’elle, c’était tout ce qu’il pouvait désirer. N’espérant pas soustraire de jeunes esprits à l’agitation et au tumulte du dehors, Poncelet, par un très-judicieux conseil, par habitude de mécanicien peut-être, évita les résistances et les chocs. Tempérant, pour satisfaire aux circonstances, la rigueur de la discipline, en réservant à la science les heures réglementaires de leçons et d’étude, il introduisit le journal officiel dans les salles de récréation, laissant aux élèves le droit de discuter les travaux de l’Assemblée nationale et la satisfaction d’employer leurs loisirs à réviser ses décrets.
- « Chaque jour, à cette triste époque, amenait de nouveaux dangers; bien souvent, alarmé par le rappel, on endossait l’uniforme, au milieu de la nuit, pour courir, le fusil sur l’épaule, demander des instructions et des ordres. Poncelet joua son rôle dans une de ces scènes.
- « C’étaitle 15mai 1848; les chefs du Gouvernement, réunis au Luxembourg, y étaient protégés par la légion du quartier. Arago, ministre de la guerre, quittait à chaque instant la salle du conseil, et, paraissant tout comprendre et tout connaître, en soutenant les chefs par ses judicieuses observations, les animait par l’expression éloquente de son ardeur indignée. Plus satisfait de leur zèle que de leur habileté militaire, il aperçoit, dans la rue de Yaugirard, Poncelet, qui,-sortant de l’Assemblée envahie, se hâtait vers l’École polytechnique. « Poncelet, crie Arago, Poncelet, vous qui êtes général, je vous nomme commandant du Luxembourg. » Poncelet entre, prend le bras de son illustre confrère ; les gardes nationaux s’éloignent respectueusement, en attendant, suivant la coutume de l’époque, la harangue de leur nouveau chef. Poncelet demande où sont placés les factionnaires, ordonne d’en doubler le nombre, règle les moyens de communication en cas d’alerte, et remonte rappeler à Arago quels devoirs impérieux l’appellent ailleurs. On ne le revit plus, et, une heure après, c’était le sculpteur David (d’Angers) qui félicitait les gardes nationaux, rangés en bataille pour l’entendre et l’applaudir, de leur dévouement à la liberté, à l’égalité et à la fraternité.
- « L’Exposition universelle de Londres, en 1851, sans rien ajouter à la gloire de Poncelet, mit en lumière sa haute renommée et le respect attaché à son nom. Les savants et les ingénieurs étrangers l’accueillirent comme un arbitre et un maître. Nommé président du sixième groupe, il s’imposa, pour répondre à leur confiance, un travail que ses collègues n’auraient pas osé demander à son dévouement. Deux volumes, publiés en 1857, sous le titre de : Rapport sur les machines et outils employés dans les manufactures, révélèrent, sous une forme nouvelle, la puissance de cet esprit clairvoyant et tenace. Joignant à de longues et curieuses lectures la patiente recherche des traditions industrielles et retrouvant la suite des inventions trop souvent anonymes, il se montre exactement instruit sur des sujets jusqu’alors inexplorés dans leur ensemble.
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- BIOGRAPHIE. ---- DÉCEMBRE 1876.
- Remontant parfois à l’origine des sociétés, il cite la Bible et Homère, et, sans amoindrir les procédés et les arts primitifs, il suit les traces du progrès pour en marquer toute la grandeur.
- « Le livre de Poncelet a occupé six années de travail assidu. On reste surpris, en le lisant, qu’un temps si court ait suffi à tant d’exactes et difficiles recherches. Les douze cents pages de ce beau livre sont remplies, sans digressions ni longueurs, par des documents exacts et de judicieuses appréciations. La lecture, cependant, en est difficile : l’auteur s’adresse aux mécaniciens. Chaque organe, désigné parle nom qu’on lui donne dans les ateliers, n’est ni défini ni décrit ; et le dessin, langage rapide et clair des ingénieurs, ne vient pas une seule fois expliquer et traduire les difficultés du texte.
- « Poncelet, silencieux d’habitude au milieu des discussions les plus vives, offrait à ses confrères peu d’occasions de lui témoigner toute leur sympathie et leur estime. Il se croyait méconnu; et l’Académie elle-même, en invoquant en toute occasion l’autorité du mécanicien, semblait oublier la gloire du géomètre. La publication de ses œuvres mathématiques, depuis longtemps désirée, fut accueillie avec une joie, troublée chez ses amis par l’amertume de ses préfaces. Laissant éclater tous ses ressentiments, il y énumère des griefs oubliés et prescrits, reproche des injustices depuis longtemps réparées, rappelle des préventions à jamais évanouies, et réunit laborieusement les pièces d’un procès depuis longtemps jugé. On accepta, sans le reviser, l’arrêt toujours équitable de l’opinion, qui, dans toute l’Europe, sans assigner de rangs, comptait Poncelet et Cauchy parmi les gloires de la France et quelques-uns de ses adversaires au nombre des grands géomètres de tous les temps.
- « Les dernières années de Poncelet furent douces et faciles. Le vieux soldat de Krasnoë avait conservé la rude franchise de ses compagnons d’armes. Son esprit loyal et sans fiel attirait, sans qu’il la recherchât, la sympathie dont il était digne. On l’aimait d’autant plus, qu’on le connaissait davantage et de plus près. Une compagne digne de lui fut, pendant trente ans, la confidente assidue de ses pensées, le conseiller prudent et sage de ses actions. Pieusement fidèle à sa mémoire, elle a voulu que, chaque année, en souvenir de lui, on couronnât dans cette enceinte un représentant des sciences qu’il a aimées, et que le prix Poncelet rappelât à jamais à nos successeurs une générosité d’autant plus touchante, que le souvenir qui s’y attache était assuré, dès longtemps déjà, de ne jamais périr parmi nous. (1) »
- [Comptes rendus de l’Académie des sciences.)
- (1) Nous étions à l’École de Metz, à l’époque où Poncelet y taisait ses cours pour la dernière fois et y avons ressenti l'impulsion puissante qu’il avait donnée à la mécanique industrielle, et qui nous permet de reporter au maître bonne partie des travaux que nous avons pu faire.
- Tout le monde sentait qu’une grande œuvre venait d’être accomplie, tout à fait comparable à celle de Monge à l’École de Mézières. Les élèves, heureux de posséder les fameux cahiers lithographiés du cours de Poncelet, étudiaient avec ardeur et satisfaction un cours si nouveau et si complet, dont
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- PROCES-VERBAUX.
- DÉCEMBRE 1876.
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du % 7 octobre 1870.
- Présidence de M. Dumas, Président.
- Corbespondance. — M. Boué-Montagnac (J.), ancien capitaine d’artillerie, avenue d’Eylau, 5 ; machine à calculer pouvant s’appliquer à un grand nombre de chiffres. (Arts mécaniques.)
- — M. Coret (Augustin), au Bourg-Saint-Andéol (Ardèche) ; horloge à mouvement continu, dont le remontage serait fait par un appareil utilisant les variations de dilatation provenant des changements de température. (Arts mécaniques.)
- M. Piedfer (A.), à Francheville (Eure) ; moteur fonctionnant en raison des variations de pression.de l’atmosphère. (Arts mécaniques.)
- M. Cleuet (Y.), chef d’usine, rue d’Allemagne, 196, à Paris; régulateur pour l’alimentation des chaudières à vapeur. (Arts mécaniques.)
- M. Nardit^,), rueÉmile-Lepeu, 13, à'Paris; machine perfectionnée pour cambrer les tiges de bottes. (Arts mécaniques.)
- M. Baudet (Louis), tourneur mécanicien, rue Merlin, 20, à Paris; trusquin. (Arts mécaniques.)
- MM. Mignon et Malin, rue Virginie, Montmartre, à Paris; appareil pour empêcher les coups de bélier dans les conduites d’eau. (Arts mécaniques.)
- les levés d’usines leur fournissaient des vérifications si probantes; les anciens élèves, les officiers attachés à l’École d’application, cherchaient à compléter l’enseignement de Poncelet, en exécutant ^es systèmes imaginés par lui, et au premier rang on doit citer M. Morin, qui variait les dispositions des dynamomètres indiqués dans le cours, et faisait ses expériences sur le frottement. Enfin, dans la masse de la population ouvrière de la ville de Metz, des connaissances sérieuses de mécanique se trouvaient répandues grâce à un cours public, inspiré par celui professé avec éclat à Paris par Ch. Dupin, cours où Poncelet, simplifiant encore son enseignement de l’École, sut réduire à un degré inespéré de simplicité l’enseignement de la mécanique. S’écartant de la voie ancienne dans laquelle l’étude de la statique était la première, où l’analyse du levier conduisait nombre d’élèves à chercher les moyens de multiplier la force, au mouvement perpétuel, il remplaça, dès le début, la notion insuffisante de la force par celle du travail de la force, notion complète et quia elle seule assure les esprits contre les plus fâcheux écarts. Puis, bientôt, montrant simplement comment le travail se transforme en force vive, Poncelet mettait ses auditeurs en mesure d’attaquer les questions difficiles de la mécanique industrielle. La route ouverte par Poncelet a été suivie depuis dans les écoles du monde entier, et peut-être jamais œuvre plus utile n’a été accomplie pour la propagation et la vulgarisation d’une série de connaissances capitales pour le progrès de l’industrie. (C. L.)
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- M. Bouvard (G.), àBellevue, route Nationale, 9, à Saint-Etienne (Loire); pompe à balancier qu’il nomme pompe artésienne. (Arts mécaniques.)
- M. Mhun (Jean), à Sury-près-Léré (Cher); nouveaux moteurs annoncés comme devant être plus avantageux que la vapeur. (Arts mécaniques.)
- M. Van Royen (J.-B.-H.), major dans l’armée hollandaise, à Arnhem (Pays-Bas) ; pompe à air chaud dite machine à calorique. (Arts mécaniques.)
- M. Gaubert (Charles de), officier supérieur du génie, à Nîmes, rue Trajan, 24, présente à la Société trois inventions :
- Transformation du roulage par une nouvelle disposition de la forme des chariots. (Arts mécaniques.)
- Modification avantageuse de la brouette ordinaire. (Arts mécaniques.)
- Procédé nouveau pour empêcher les cheminées de fumer. (Arts mécaniques.)
- M. Gourbis (N.), rue des Chaudronniers, 3, à Genève, annonce que, par une modification du combustible, coûtant 10 francs par tonne, il produit avec tous les riblons de fonte fondus au cubilot, des fontes aciéreuses et, par un mélange de riblons de fonte et de riblons de fer fondus au simple cubilot, des aciers rivalisant avec les aciers Bes-semer. (Arts chimiques.) .
- M. Chateau (Th.), à Aubervilliers (Seine), demande à la Société de vouloir bien examiner son ouvrage sur la fabrication du rouge turc ou d’Andrinople. (Arts chimiques.)
- MM. Lainville et Roy, ingénieurs chimistes, rue Rousselet, 35, à Paris, envoient des échantillons du papier réactif qu’ils préparent pour mettre en évidence les matières colorantes étrangères, fuchsine, cochenille ammoniacale, bois, qui peuvent entrer dans la sophistication du vin. (Arts chimiques.)
- M. Joly (Charles), rue Boissy-d’Anglas, 11 ; note sur la ventilation des théâtres. (Arts économiques.) .
- M. Francisque Michel(R.), rue del’Ancienne-Comédie, 13, envoie, comme complément d’une précédente communication, un exposé du procédé nouveau qu’il emploie pour l’essai des paratonnerres de la ville de Paris. (Arts économiques.)
- M. Briet, chef de comptabilité de la compagnie des chemins de fer de l’Hérault, rue Poitevine, 11, à Montpellier; Note sur des perfectionnements faits à la presse autographique en vue de faciliter l’emploi de ce procédé pour copier. (Arts économiques. ^
- M. Marmet, conducteur des ponts et chaussées, à Versailles, présente une nouvelle disposition plus simple du planigraphe pour la réduction d’un plan. (Arts économiques.)
- M. Tripone (Édouard), marchand, rue des Chapeliers, 41, à Marseille, demande des renseignements sur l’emploi du borax pour la conservation du poisson. (Arts économiques.)
- Mouchel, chef armurier de la marine, en retraite, et artificier, boulevard de Grenelle, 18 ; système de signaux détonnants et éclairants pour la marine marchande. (Arts économiques.)
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- PROCÈS-VERBAUX. — DÉCEMBRE 18’ fl.
- M. Boldoduc (Pierre), lithographe, à Lille, rue des Suaires, 2, envoie un spécimen de ponçage mécanique des pierres lithographiques, obtenu par son procédé qui fait en quatre minutes le travail d’une heure et demi. (Beaux Arts et constructions.)
- M. Devillier, constructeur, à Brest; préparation pour préserver les constructions de toutes les intempéries. (Constructions et Beaux-Arts.)
- M. Maës, directeur de papeterie mécanique, passage Fauve!, 24, à la Chapelle, Paris, offre de présenter des papiers photographiques exempts des défauts qu’on a souvent reprochés à ceux qui sont dans le commerce. (Beaux-Arts et Constructions.)
- M. Le Duc (Achille), rue de Fénelon, 5, à Paris, envoie un travail sur les erreurs commises dans le commerce dans le calcul des intérêts. (Commerce.)
- M. Chaix (A.), imprimeur-libraire, rue Bergère, 20, à Paris, fait hommage à la Société de la collection des documents qu’il a présentée à l’exposition d’hygiène et de sauvetage à Bruxelles, sur les institutions qu’il a fondées en faveur des ouvriers et des apprentis et pour lesquelles il a obtenu une médaille d’argent à cette exposition.
- M. Lacroix (Eugène) éditeur, présente à la Société les deux ouvrages suivants :
- Chauffage par le gaz par M. Germinet. (Arts économiques.)
- Cubage des bois par M. Frochot.
- M. Dronier, membre de la Société, fait hommage d’un exemplaire de l’ouvrage qu’il vient de publier (Eugène Lacroix, éditeur), sur la mécanique moléculaire. (Comité des arts chimiques).
- M. le Ministre de Vagriculture et du commerce envoie deux exemplaires des tomes 6, 7 et 9 de la collection des brevets et deux exemplaires du catalogue de ces brevets nos 5 et 6.
- M. le Ministre de Vagriculture et du commerce : circulaire imprimée n° 237, pour demander le concours des sociétés industrielles pour l’Exposition universelle de 1878.
- M. Planat (P.), rue des Ecoles, 51, à Paris, envoie les numéros parus d’une publication, La Semaine du constructeur et demande l’échange de cette publication contre le Bulletin. (Construction et Beaux-Arts.)
- M. Le Blanc (Félix), professeur à l’École centrale des arts et manufactures, envoie à la Société une brochure intitulée : Méthode d’essai du pouvoir éclairant et de la bonne épuration du gaz à Paris, de MM. Dumas et Régnault.
- M. Mouquet (H.), constructeur de chaudronnerie, rue de Paris, 161, à Lille; brochure descriptive du chauffage et de la ventilation des wagons de chemins de fer. (Arts mécaniques.)
- M. Grieumard (J. A.), marchand devins, rue Rébeval, 69, à Paris; système pour le chauffage des wagons de chemins de fer. (Arts mécaniques.)
- M. Jus (H.), ingénieur à Batna (Algérie); échantillons de pâte à papier fabriquée avec les fibres de l’alfa. (Artsf chimiques.)
- M. Guitard (Émile), rue de Palestro, 15; chauffage des wagons de chemins de fer. (Arts chimiques.)
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- M. Sourdot (Louis), rue Myrrha, 16, à la Chapelle, Paris; turbine essoreuse pour essais de laboratoire. (Arts chimiques.)
- M. Thomas (Albert) ; analyse et dosage des matières étrangères dans le peigné et le fil de laine. (Arts chimiques.)
- M. Achard (A.) ; brochure sur la transmission et la distribution des forces à grande distance.
- Commission de la Société des ingénieurs allemands. Système du pas métrique pour démontrer la possibilité d’introduire une uniformité universelle dans le pas des vis d’un usage courant, brochure in-8, avec planches. (Arts mécaniques.)
- M. Magnin (M. C.), à Cherbourg; nouveaux procédés de moulage pour l’art céramique et la verrerie. (Arts chimiques.)
- M. Waquer Lalo, professeur, à Lille, fait présenter par M. Despeyroux, professeur de chimie et de physique, à Vincennes, rue du Terrier, 2, des cartes de France murales muettes, avec teintes parlantes, soit pour les hauteurs, soit pour les pluies, soit pour divers renseignements agricoles ou industriels, et envoie une brochure décrivant son procédé pour l’enseignement de la géographie. (Arts économiques.)
- La Société française de physique envoie le compte rendu de ses séances en janvier et mars 1876.
- M. le Président exprime la sympathie que le Conseil éprouve pour cette Société et les vœux qu’il fait pour son succès et son développement.
- M. Girardin (J.), correspondant de la Société pour les arts chimiques, à Rouen, envoie une brochure sur les recherches faites par lui et MM. A. Rivière et /. Clouet sur les étamages et plus spécialement sur ceux destinés à la marine. (Arts chimiques.)
- M. De Malarce (A.), envoie un exemplaire d’une brochure intitulée : Revue des premiers travaux de la Société des institutions de prévoyance.
- MM. Oeschger et Mesdach, à Ougrée, près de Liège, envoient un exposé de leurs installations ouvrières.
- La chambre de commerce de Lyon envoie le compte rendu de ses travaux pendant l’année 1876.
- Le secrétaire de la Société centrale des architectes envoie de la part de cette Société, un exemplaire du rapport du jury des récompenses, pour l’architecture privée en 1876.
- M. Cauvy (B.), professeur à l’École de pharmacie de Montpellier, adresse des considérations sur l’état actuel de la maladie de la vigne dans le département de l’Hérault. (Agriculture.)
- MM. Cornu (Max) et Mouillefert; expériences faites à la station de Cognac, pour combattre le phylloxéra.
- Rapport de la commission du phylloxéra sur les mesures administratives à prendre pour préserver les territoires menacés par le phylloxéra.
- >.I. Engel-Dolfus, membre correspondant de la Société, envoie une brochure inti-
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- PROCÈS-VERBAUX. — DÉCEMBRE 1876.
- tulée : Étude sur Vépargne et les institutions de prévoyance et la participation aux bénéfices. (Comité de commerce.)
- M. le Président présente au nom de M. Bunel, architecte et l’un des membres du comité des Constructions et des Beaux-Arts, un ouvrage qu’il vient de publier sur la législation, les conditions d’autorisation et les inconvénients des établissements insalubres, incommodes et dangereux, comprenant tout ce qui manquait aux publications déjà anciennes qui ont paru sur cette matière.
- Cet ouvrage qui exigeait de très-grandes recherches sur la législation en vigueur et la jurisprudence adoptée dans les différentes parties de la France, était devenu indispensable aujourd’hui que l’industrie a un si grand développement dans les grandes villes et dans leur banlieue, et a pris des formes nouvelles très-variées. Des intérêts d’une grande importance sont liés aux conditions dans lesquelles se trouvent ces établissements, et le Président de la Société félicite M. Bunel d’avoir entrepris ce travail. (Comité du commerce.)
- Nécrologie. — M. le Président annonce à la Société deux pertes douloureuses que le Conseil a faites pendant les vacances.
- M. Homberg, inspecteur général des ponts et chaussées, en retraite, membre du comité des arts économiques, a succombé à la maladie qui avait attaqué sa santé depuis deux ans. Allié à une famille d’ingénieurs auxquels on doit les ponts d’Iéna, d’Austerlitz, des Arts, etc., il fut attaché de bonne heure au département de la Seine; bientôt, après, au service delà Ville de Paris et, pendant les quarante années de sa laborieuse carrière, il est peu d’améliorations ou d’embellissements de la voie publique auxquels il n’ait participé, soit par ses projets, soit par l’exécution même des travaux. Son esprit éclairé et pratique lui faisait trouver des solutions simples et complètes dans les problèmes les plus difficiles, et l’élévation de son caractère imprimait une régularité et un ordre remarquables à toutes les affaires administratives dont il avait à s’occuper.
- Le Conseil de la Société a été heureux de l’associer à ses travaux lorsqu’il devint inspecteur-général, et ses collègues du comité des Arts économiques regretteront longtemps le zèle qu’il apportait dans l’étude des affaires dont il était chargé, la clarté de ses rapports et la simplicité affectueuse de ses relations.
- M. Gobley, membre du comité des Arts chimiques, a aussi succombé, il y a deux mois, a une maladie accidentelle, survenue pendant qu’il était aux eaux des Pyrénées.
- Professeur agrégé à l’École de pharmacie, membre du Conseil d’hygiène et de salubrité du département de la Seine, membre de l’Académie de médecine, d’un grand nombre de sociétés savantes, industrielles ou philanthropiques, l’un des rédacteurs du nouveau codex de la pharmacopée française, M. Gobley a fait un grand nombre de recherches chimique sur les matières et sur les préparations pharmaceutiques, sur les eaux minérales et sur diverses questions d’hygiène ; ses connaissances spéciales étaient précieuses et ont souvent été très-utiles au comité des Arts chimiques.
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- PROCES-VERBAUX.
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- prix pour la taille des pierres meulières. — M. le Président rappelle que dans la séance générale du 9 juin dernier, la Société a décerné le prix fondé par les habitants de La Ferté-sous-Jouarre, pour obtenir un moyen de diminuer l'insalubrité de la de la taille des pierres meulières. Ce prix a été partagé. Deux prix de cinq cents francs ont été décernés à MM. Poirel et Delaplace, pour des masques arrêtant les poussières siliceuses avant qu’elles pénètrent dans les poumons, et un prix de quatre mille francs, à M. Georges Roger, fabricant de meules à La Ferté, qui a organisé une fabrication de meules par des procédés entièrement mécaniques, laissant les ouvriers tout à fait en dehors des lieux où se développent les poussières malfaisantes.
- M. Roger a demandé à la Société que ce prix lui fut remis, non pas en argent, mais en un objet d’art qui perpétuât, dans sa famille, le souvenir de l’honneur qui lui est accordé.
- La Société d’Encouragement a été heureuse de s’associer à ce vœu, et elle a chargé M. Froment-Meurice de l’exécution d’une coupe pour M. Roger. Cette œuvre d’art remarquable, où on reconnaît le goût et le style de l’éminent artiste qui l’a exécutée est sous les yeux de l’assemblée. M. le Président en fait la remise à M. Roger, en le complimentant de nouveau de l’heureuse solution, pleine d’avenir, qu’il a su donner à un problème difficile.
- transcription des statuts de la société^ sur le registre des délibérations. — Les règlements de l’Administration prescrivent que les statuts de la Société, modifiés par un décret présidentiel du 7 février 1876, soient transcrits sur le registre des délibérations de la Société.
- M. le Président constate que cette transcription a été faite régulièrement, et cette constatation sera inscrite dans le procès-verbal de la présente séance, dont une ampliation sera adressée à M. le Préfet de la Seine.
- Rapports des comités.— Bronzage du papier. — M. Labôulaye fait, au nom du comité des Arts mécaniques, un rapport sur une machine à appliquer le bronze dans les impressions lithographiques ou typographiques, par MM. Poirier, constructeurs-mécaniciens, à Paris.
- Il propose de les remercier de leur communication et d’insérer le rapport auquel elle a donné lieu dans le Bulletin.
- Ces conclusions sont adoptées par le Conseil.
- Vacance dans le comité des Arts mécaniques. — M. Labôulaye fait, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport pour demander au conseil de déclarer la vacance d’une place parmi les membres de ce comité.
- Il expose que le nombre des affaires relatives aux arts mécaniques est considérable, que le comité n’est pas au complet, et qu’il importe, dans l’intérêt du Conseil et de l’industrie, d’augmenter le nombre de ses membres. Le comité avait été autorisé à faire une présentation en ce sens avant la révision des statuts, mais à cause de cette révision, il a penséqu’il convenaitde suivre à nouveaula marche adoptée par le Conseil.
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- PROCÈS-VERBAUX. — DECEMBRE 1876.
- Cette proposition est adoptée, et le comité des Arts mécaniques est invité à présenter des propositions pour cette candidature.
- Communications. — Chauffage des wagons. — M. Baude, vice-président, expose au Conseil l’état de la question du chauffage des wagons de toutes les classes, sur les chemins de fer français ou étrangers, et il présente, en même temps, au nom de la compagnie de l’Est, l’ouvrage remarquable qu’a publié sur cette question M. Regray, ingénieur de cette compagnie. (Cette communication paraîtra dans le Bulletin.)
- Hygiène. — Substances alimentaires. — M. Lamy présente au Conseil quelques-unes des observations qu’il a faites quand il a visité, avec M. Paliard, l’Exposition d'hygiène et de sauvetage de Bruxelles, en qualité de délégué du Conseil de salubrité du département de la Seine,
- Il a été frappé, tout d’abord, de la multiplicité des objets exposés par les douze nations de l’Europe, qui avaient répondu à l’appel du Comité d’organisation, mais plus particulièrement du nombre et de l’importance des appareils de toute nature, voitures d’ambulance, pompes à incendie, bateaux de sauvetage, etc., destinés à servir en cas de guerre, d’incendie ou de naufrage. Seulement, à la vue de ce déploiement de coûteux appareils, on pouvait regretter que l’on ne se fût pas préoccupé au moins autant de prévenir les accidents, que d’en atténuer la gravité quand il sont arrivés.,.
- M. Lamy désire, aujourd’hui, attirer l’attention de la Société sur la conservation et le transport des substances alimentaires. C’est un sujet qui a toujours vivement préoccupé la Société d’encouragement, et qu’elle a eu soin de maintenir depuis dix ans dans le programme des prix qu’elle met au concours. L’Exposition de Bruxelles présentait, sur ce sujet, plusieurs préparations d’un grand intérêt.
- La conservation des denrées alimentaires est assurée quand on empêche le développement des,organismes qui provoquent la fermentation, ou l’altération putride de ces matières. Un des moyens les plus simples pour atteindre ce but, consiste dans l’enlèvement de la majeure partie de l’eau que les substances à conserver contiennent. C’est sur ce principe que sont fondés les procédés de salaison par le sel marin, ou par l’acétate de soude qui sont employés ou ont été proposés. La dessication des viandes, quand elle peut être faite rapidement, produit le même résultat. — Lorsque les substances sont fumées, la dessication est combinée avec l’emploi des antiseptiques que contient la fumée.
- La cuisson en vase clos par le procédé Appert, malgré quelques difficultés d’exécution, atteint parfaitement le but qu’on se propose, mais elle ne s’applique pas aisément partout, et présente les matières sous une forme unique qui n’est pas toujours celle qu’on eût désirée.
- L’emploi de la glace, et mieux un froid au-desssous de zéro, empêchent aussi le développement des germes d’altération. Le froid a été employé dans ces dernières années pour amener en Europe des viandes de l’Amérique et, après plusieurs tentatives, dont le succès a été variable, des expéditions importantes par le nombre de tonnes ont
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- amené de New-York en Angleterre, à Liverpool et à Londres, des viandes fraîches parfaitement conservées, qui étaient vendues à prix réduit.
- En ce moment une grande expérience est tentée pour amener en France de la viande de la Plata et de l’Amérique du Sud, où elle est sans valeur. Le Frigorifique, navire qui a été aménagé dans ce but, est parti de Rouen, et le succès de cette entreprise est fondé sur une condition particulière qui est l’obligation de conserver les viandes dans une atmosphère froide et, en même temps, d’une siccité déterminée. Tant que cette condition est remplie, la conservation paraît être irréprochable. Espérons le succès pratique de cette expédition, qui s’est faite sous les meilleurs auspices.
- Les antiseptiques, substances douées de la propriété spéciale de paralyser plus ou moins l’action des germes de putréfaction, sont aussi .très-employés et avec un succès peu contestable. Celles de ces substances, dont l’effet est actuellement bien connu, sont le borax et l’acide borique, l’acide phénique, et son dérivé l’acide sali-cylique.
- Le borax, dont les propriétés anti-putrides ont été signalées par M. Dumas, est la base d’un procédé Herzen, exploité par une compagnie italienne, qui fait des expéditions de Buenos-Ayres. La Société, en particulier, a reçu de cette provenance des caisses de gras double et de tripes, en très-bon état, qui sont, en ce moment, l’objet de l’examen du comité des Arts économiques. Ces procédés paraîtraient donc devoir être utilisés, si le borax n’exerce pas d’action fâcheuse sur les animaux, comme pourraient le faire craindre les expériences importantes que M. Peligot a faites tout récemment sur les végétaux.
- A côté des caisses de viandes de la compagnie de Montevideo, M. Koch, d’Anvers, avait exposé des viandes fraîches d’une parfaite conservation ; mais le procédé qu’il emploie est encore tenu secret.
- L’acide phénique est un antiseptique par excellence, il n’est pas d’un prix élevé, et rien ne paraît faire craindre que son emploi soit dangereux ; mais son odeur est désagréable et ne permet pas de l’utiliser pour la conservation du plus grand nombre des substances alimentaires.
- On lui a substitué, depuis deux ans, Yacide salicylique qui est un de ses dérivés. Celui-ci est sans odeur, a un goût très-faible, et son effet a paru certain dans les premières expériences qui ont été faites. Aussi les préparations avec cet acide étaient-elles extrêmement nombreuses dans divers sections de l’Exposition de Bruxelles. Des viandes, des poissons, des fruits, des légumes, du beurre, des œufs, des confitures, des boissons, des liqueurs diverses, du lait, des savons, des cosmétiques, etc., le tout à l’acide salicylique, étaient exposés en grande abondance. Quelle est, en réalité, l’efficacité de cet agent, et jusqu’à quel point peut-on compter sur son action ?
- Des expériences récentes de M. Kolbe, répondent à cette question. La conservation produite par cette substance est réelle, mais elle est loin d’être aussi complète et aussi durable qu’on l’avait supposé. Elle ne dépasse pas deux ou trois mois ; la bière, addi-
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- tionnée d’acide salicylique se recouvre de moisissures au bout de deux mois, et le pain au bout de six semaines.
- D’autre part, le prix de l’acide salicylique est toujours assez élevé (de 25 à 30 francs le kilog.), et tout donne lieu de penser que cette circonstance et le peu de durée de son efficacité en restreindront l’usage.
- En définitif, il n’y a rien qui s’écarte des principes posés d’une manière si lucide, par M. Pasteur, et les procédés qu’il en a dérivés seront toujours les plus sûrs et les plus efficaces, toutes les fois qu’on pourra en réaliser l’application. Mais il a paru intéressant de faire une revue des conséquences que la pratique en a tirées et de tous les procédés empiriques ou autres dont l’Exposition de Bruxelles présentait de nombreuses applications.
- Séance du 10 novembre 1876.
- Présidence de M. De la Gournerie, membre du comité des arts économiques.
- Correspondance. — M. Planchon (F.), avenue d’Italie, 22, à Paris; modifications apportées au métier Jacquard, qui permettent de donner avec le même métier une grande extension aux combinaisons du dessin. (Arts mécaniques.)
- M. Ducret (Etienne), membre de la Société des auteurs dramatiques, rue de Vau-girard, 64, demande le concours de la Société pour mettre à exécution un petit appareil, breveté, qui sans ressort, sans électricité, sans vapeur, supprime la pédale de la machine à coudre. (Arts mécaniques.)
- M. Chapotat (R.), marbrier, à Glandieu, par Saint-Benoît-de-l’Ain (Ain), propose de remplacer les briques qu’on emploie dans les souterrains et tunnels, et notamment dans le tunnel de la Manche, par des parallélipipèdes de même forme en marbre qu’on pourrait faire exécuter mécaniquement à peu de frais dans le pays qu’il habite. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Calandre (Pierre), rue Réaumur, 4, à Paris; projet d’une machine motrice par l’inflammation des matières qui entrent dans la composition de la poudre. (Arts mécaniques.)
- M. Cadot (Auguste), horloger, rue de l’Echelle, 3; montres sans rouages apparents. (Arts mécaniques.)
- M. Latapie (le docteur), à Lourdes (Hautes-Pyrénées); système nouveau de pompe rotative. (Arts mécaniques.) "
- M. Ducourneau, ancien entrepreneur, boulevard Morland, 6, à Paris; méthode nouvelle pour faire des ciments et mortiers très-résistants et des pierres artificielles très-dures à des prix modérés. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Carré (J.), quai d’Orsay, 127, à Paris; réservoir-filtre à air comprimé four_ nissant toujours de l’eau parfaitement aérée. (Arts économiques.)
- M. Jacqmin, directeur de la compagnie des chemins de fer de l’Est, propose deux
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- agents de cette compagnie pour des médailles de contre-maître. (Commission spéciale.)
- M. Delaunay (À.), constructeur d’appareils de précision en verre, rue Saint-Jacques, 57, à Paris, envoie deux appareils pour constater la qualité des vins : l’un nommé vinomètre, fait connaître la richesse alcoolique par la lecture de l’élévation d’une colonne de liquide dans un tube capillaire incliné; l’autre nommé acidi-mètre, donne la quantité d’acide contenue dans le vin, par l’action d’une liqueur titrée. (Arts économiques.)
- M. Nordingh, chimiste amateur, rue Brizard, 12, à Bordeaux décrit le procédé qu’on emploie pour ramener au blond la couleur des cheveux, en employant l’eau oxygénée. Il donne des détails sur l’étendue de cet emploi, à Bordeaux, et fait connaître que depuis quelque temps il prépare de l’eau oxygénée pour ceux qui exploitent cette industrie. (Arts chimiques.)
- M. Germain, paveur, dessinateur paysagiste, rue du Sauveur, 12 à Lyon, expose diverses inventions qu’il a faites concernant les rigoles, le pavage des chemins ou le dessin des squares et jardins publics. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Goyet (P.), rue Bernard-Palissy, 7, à Paris, envoie pour le concours relatif au nettoyage des cheminées, un mémoire descriptif de son procédé. (Arts économiques.)
- M. le Ministre de Vagriculture et du commerce envoie deux exemplaires du n° 12 du Catalogue des brevets d’invention pris en 1875, et du n° 7 de celui des brevets pris en 1876. (Dépôt à la Bibliothèque.)
- M. Toselli (J.-B.), rue Lafayette, 213, fait connaître les procédés qu’il propose pour construire entre deux eaux, un tunnel en fer entre la France et l’Angleterre. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Lacretelle (S.), à Bois-d’Oingt (Rhône); Mémoire imprimé sur l’estimation des houillères, application de formules imaginées par lui, brochure in-8°. (Dunod, éditeur.)
- M. Seigle-Agnellet. Note sur les travaux de M. Alcan, lue à la séance générale du 21 juin 1876 de la Société des sciences industrielles de Lyon.
- M. le Président, à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle Manufacture de Sèvres, fait connaître la publication de la 3e édition du Traité des Arts céramiques ou des poteries, œuvre classique d’Alexandre Brongniart, l’illustre géologue, qui pendant près d’un demi-siècle a dirigé cette Manufacture et qui a fondé le Musée céramique de Sèvres. Il met sur le bureau une Note publiée à l’occasion de cette nouvelle édition.
- « Toutes les additions nécessaires pour la mettre au courant de l’état des arts céramiques ont été réunies par M. Salvetat dans un supplément ; le texte original de l’ouvrage a été respecté.
- « Alexandre Brongniart explique comment, pour la rédaction de son important ouvrage qui l’a occupé pendant près d’un demi-siècle, il avait pu mettre à profit les ressources nombreuses et efficaces qu’il s’était préparées lui-même en formant le Musée céramique de Sèvres.
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- « Cette collection considérable a eu pour première origine un groupe de vases dits étrusques, donnés par Louis XVI à la Manufacture de Sèvres comme pouvant servir de modèles à ses travaux. Ces vases devinrent le point de départ du Musée lorsque Brongniart fut nommé administrateur de la Manufacture en 1800.
- « Il y joignit bientôt des produits des diverses manufactures de porcelaine d’Allemagne et des exemples des diverses fabrications de poteries de nos départements, ainsi que des échantillons des terres qui servent à les fabriquer.
- « Les voyages qu’il exécuta dans le but d’étudier la fabrication dans les diverses contrées de l’Europe, concoururent à l’accroissement de cette collection, qui dut cependant son principal développement aux recherches et aux dons qu’il obtint, pendant sa longue carrière, d’un grand nombre de personnes appartenant à toutes les classes de la société.
- « Ministres et consuls de France à l’étranger, marins, savants, voyageurs, archéologues, industriels, etc., sollicités par l’illustre académicien, s’empressèrent de concourir à l’accroissement d’une collection qui chaque jour prenait plus d’intérêt par le nombre ou la valeur des objets et par leur classification méthodique, qui en rendait l’étude plus instructive.
- « Rangés d’après la nature de leur composition et de leur mode de fabrication dans un ordre scientifique, des types, des fabrications, depuis les plus grossières jusqu’aux plus parfaites, depuis les briques jusqu’à la porcelaine vinrent y prendre place. Dans chacune des séries se trouvent réunis des produits de toutes les régions du globe, ainsi que de toutes les époques, à partir des figurines égyptiennes les plus anciennes jusqu’aux produits actuels.
- « A ces produits de la céramique ont été ajoutés ceux qui concernent la fabrication de la verrerie et des vitraux.Ces derniers ont même été l’objet d’une fabrication suivie pendant plusieurs années, due à l'initiative d’Alexandre Brongniart; et la Manufacture de Sèvres a contribué à donner à cette branche de l’industrie l’activité qu’elle a reprise de nos jours.
- « Le Traité classique des arts céramiques ne suffisait pas à donner une idée complète de la variété et de l’importance des diverses collections du Musée. Son complément naturel se trouve dans l’ouvrage publié par Brongniart, avec la collaboration de M. Riocreux, conservateur du Musée, sous le titre de Description méthodique du Musée céramique de la Manufacture royale de porcelaine de Sèvres (1 vol. in-4°, 454 pages avec atlas de 80 planches, en partie coloriées.)
- « Si le Musée céramique de Sèvres présente à tout esprit cultivé un grand intérêt en montrant ce qui s’est fait dans tous les pays et à toutes les époques dans un art qui remonte aux débuts de la civilisation, il offre aussi, au point de vue industriel, une véritable utilité en montrant à nos fabricants des modèles souvent dignes d’être imités au point de vue soit de l’art, soit de la fabrication. Ce Musée n’est donc pas seulement destiné à plaire aux yeux par la variété des objets qu’il contient, mais aussi à fournir
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- une instruction solide aux personnes qui, sont préparées à tirer parti de l’enseignement qu’il renferme, tant au point de vue technique ou scientifique que sous le double rapport de l’archéologie et de l’ethnographie.
- « Nous ne pouvions pas séparer, dans cette courte étude, le Traité des arts céramiques et le Musée céramique, puisque, dans la pensée de l’auteur et du créateur de ces œuvres, l’une expose la pensée du savant et de l’industriel, l’autre en présente la démonstration matérielle ; les deux monuments se complètent. »
- M. le Président présente à la Société, de la part de M. E. Frankland, membre correspondant pour le comité des arts économiques, un exemplaire du Rapport publié en 1874 par la commission nommée en 1868, pour rechercher les meilleurs moyens de s’opposer à l’altération de l’eau des rivières. Ce rapport, qui est le sixième, a pour objet plus spécial le service de la fourniture des eaux pour les usages domestiques dans la Grande-Bretagne.
- Ce rapport, qui forme un volume petit in-folio contenant des cartes géologiques et autres et de nombreuses planches, traite des matières suivantes :
- 1 ™ partie. Examen chimique des eaux potables.
- 2e partie. Classification et composition chimique des eaux potables de la Grande-Bretagne.
- Eaux de pluie.
- Eaux de la surface des lieux élevés.
- Eaux de la surface des terres cultivées.
- Eaux des puits moyens.
- Eaux des puits profonds non altérés ou altérés.
- Eaux de sources non altérées ou altérées.
- 3e partie. Considérations particulières.
- IP partie. Description des approvisionnements d’eau, conclusions sommaires et recommandations. Appendices.
- Membres perpétuels. — M. le Président donne lecture au Conseil d’une lettre de M. Tourasse, membre de la Société, qui demande à être admis au nombre des membres perpétuels.
- Conformément à l’art. 11 des statuts, le Conseil vote l’admission de M. Tourasse.
- Nomination de membres. — Sont présentés et sont nommés membres de la Société :
- M. le colonel Pierre, présenté parM. Dumas et M. Tresca.
- M. Collignon (Edouard) présenté par M. Dumas etM. Tresca.
- Election de deux membres du conseil. — L’ordre du jour appelle l’élection de deux membres du Conseil pour deux places vacantes dans le comité des Arts mécaniques.
- Les candidats inscrits sur la liste arrêtée par le Conseil dans sa séance du 3 novembre, sont : M. Edouard Collignonet M. le colonel Pierre.
- Un scrutin secret est ouvert pour ces nominations. Le nombre des votants est de vingt un.
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- M. le colonel Pierre a obtenu vingt suffrages.
- M. Collignon (Edouard) a obtenu dix-nenf suffrages.
- M. Albaret a obtenu une voix.
- En conséquence, M. le Président proclame la nomination, au titre de membres du Conseil pour le comité des Arts mécaniques, de : M. le colonel Pierre et de M. Edouard Collignon.
- Cette nomination sera soumise à la sanction de l’assemblée générale dans sa prochaine réunion, conformément à l’art. 25 des statuts arrêtés par décret présidentiel du 7 février 1876.
- Vacances dans le comité des arts économiques. — M. Paliard fait, au nom du comité des Arts économiques, un Rapport pour demander la déclaration, par le Conseil, de deux vacances parmi les membres de ce comité.
- Le nombre des membres, qui devrait être de seize d’après les statuts, n’est que de onze ; sur ce nombre il y en a quatre qui ont des occupations tellement importantes et multipliées qu’on ne peut pas réclamer d’eux un travail bien étendu, et les sept membres restants sont obligés d’expédier la majeure partie des affaires courantes.
- Le comité pense qu’il est utile d’augmenter maintenant de deux le nombre des titulaires.
- Cette proposition, mise aux voix, est adoptée par le Conseil. Le comité des Arts économiques est invité à se réunir pour faire des propositions au Conseil au sujet de cette élection.
- Rapports des comités. — Teinture. — M. Salvetat fait, au nom du comité des Arts chimiques, un Rapport sur les procédés de teinture pour draps mélangés, mis en oeuvre par M. Théophile Grison, teinturier à Lisieux (Calvados.)
- Le comité des arts chimiques propose de féliciter M. Théophile Grison des nouveaux progrès qu’il a réalisés, de le remercier de sa communication intéressante et de voter l’insertion du rapport dans le Bulletin.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Communications. — Affinage de l’argent. — M. Debray, membre du Conseil, fait à la Société une communication sur la présence du sélénium dans l’argent d’affinage. (Cette communication paraîtra au Bulletin.)
- Hygiène et salubrité, incendies. — M. Paliard, qui a visité l’exposition internationale d’hygiène et de sauvetage de Bruxelles avec M. Lamy, rend compte à la Société de quelques-unes des observations qu’il a faites pendant cette visite.
- Le service public de la salubrité et de l’hygiène lui a paru organisé à Bruxelles avec un ordre et une régularité remarquables.
- . Il est centralisé sous la direction d’une seule personne (un médecin), qui coordonne toutes les branches et les fait concourir à l’exécution d’un plan régulier arrêté à l’avance. C’est une administration à part, un petit ministère spécial, qui donne d’excellents résultats. Ainsi des cartes, dressées en temps opportun, font connaître la ré-
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- partition des diverses maladies régnantes ; les renseignements émanant de diverses sources sont recueillis, classés et contrôlés avec ordre ; les prescriptions utiles sont publiées et appliquées régulièrement, parce qu’il y a une volonté unique qui agit et veille pour atteindre le but qu’on se propose.
- Les commissions, les conseils, les académies, qui ordinairement ont à donner leur avis sur les affaires relatives à la santé publique, sont d’une grande importance et font des rapports de la plus grande valeur. Mais, dans beaucoup de pays, on pourrait désirer plus d’ordre, de précision et d’activité dans l’organisation des mesures qui ont pour but l’application de ces avis ou la préparation des documents qui doivent être soumis à l’examen de ces assemblées. C’est là l’objet que l’administration de l’hygiène publique à Bruxelles a en vue, et plusieurs des principes sur lesquels elle est fondée seraient bons à imiter.
- Voitures de tramways. — M. Paliard rend compte des observations qu’il a faites sur les voitures de tramways qui étaient à la même Exposition. Les conditions dans lesquelles se trouve la population de Bruxelles, ville où il n’y a point d’omnibus, sont tout autres que celles de la population parisienne. Il n’y aurait donc rien à imiter par nous dans ce qui était exposé pour ce genre de voitures, qui d’ailleurs paraissait très-bien combiné pour le but à atteindre.
- M. Paliard a remarqué les spécimens, modèles et dessins que la compagnie du chemin de fer du Nord avait envoyés, et il a regretté que la France, où il y a tant de choses à montrer en cette matière, n’ait pas été plus largement représentée. Ainsi, l’installation des moyens préventifs d’accidents qu’on nomme le block-system et les diverses modifications qu’ont faites les différentes compagnies, le sifflet automatique des locomotives, etc., etc., n’ont été qu’indiqués par des dessins présentés par la compagnie du Nord.
- Incendies. — Un grand nombre d’appareils relatifs, soit à l’extinction des incendies, soit au sauvetage des personnes ou des choses en danger, figuraient parmi les objets exposés ; mais, comme M. Lamy l’a déjà fait remarquer, on ne trouvait que très-peu de dispositions inventées dans le but d’éviter ces déplorables accidents ou d’en limiter l’étendue ; il y a cependant beaucoup de choses très-importantes à faire dans cette voie.
- L’un des moyens auxquels on a eu recours et qu’on a regardés comme infaillibles est l’établissement de constructions en fer; les fermes des combles, les planchers sont en fer et paraissent devoir empêcher l’incendie parce que le fer est à peu près incombustible ; mais pendant l’incendie, les fers se dilatent et se tordent ; leur dilatation chasse les murs au vide et en détermine la chute, et on a vu souvent des pompiers en danger par la chute de murs provenant de cette cause. On aurait donc bien tort de se fier à une pareille garantie. Le fer lui-même a besoin d’être préservé, et ne doit pas être soumis directement à une chaleur trop intense. En Angleterre, on a assez bien atteint ce but en enveloppant les fermes et poutres en fer dans du béton. On a
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- ainsi des combles et des poutres en maçonnerie qui sont incombustibles et ne pour raient être détruites que par une chaleur très-intense, prolongée très-longtemps, sans l’intervention d’aucun secours. Cette enveloppe peut même préserver dans certain cas les boiseries.
- M. Patera a publié un petit ouvrage sur les moyens à employer pour rendre les draperies, tentures, décorations ou costumes sinon tout à fait incombustibles au moins ininflammables. Ces procédés sont très-variés, quoique se rapportant tous à un même principe, et une partie d’entre eux étaient connus déjà depuis longtemps. Ces moyens préservatifs ont été appliqués d’une manière très-étendue au théâtre de Munich. Les liquides dont on imbibe les étoffes, pour y faire pénétrer les substances préservatrices, ne sont pas cependant sans inconvénients; ils altèrent ou délayent les couleurs des décorations et des draperies, ce qui limite leur emploi ; mais, à Munich, on a tourné cette difficulté, en ne préparant pas les draperies elles-mêmes, mais en collant à l’envers par un enduit approprié, une doublure mince qui a été préparée à l’avance.
- M. Mangon indique un fait qui paraît digne d’intérêt. ïl a remarqué que, quand un incendie survient à Londres, il a généralement une grande importance et que ses effets s’étendent le plus ordinairement à plusieurs maisons à la fois. À Paris, au contraire, les grands incendies sont très-rares et le désastre se borne le plus souvent à une maison ou même à un seul étage.
- Cette différence qui est très-frappante doit provenir de plusieurs causes : parmi elles, il en est une qu’on ne peut pas négliger, c’est l’emploi abondant du plâtre qui est fait dans toutes les parties des constructions de Paris, tandis qu’à Londres on ne construit qu’en briques cuites, en pierre et en mortier. Le plâtre contient environ là p. 100 d’eau à l’état solide et invisible, c’est-à-dire 200 litres par mètre cube, et cette eau latente apparaît à la température de la cuisson du plâtre, dès 150 degrés. On a donc là une provision d’eau déposée à l’avance et toute prête à agir dès le début de l’incendie, pour enlever de la chaleur par la vaporisation et pour diminuer la quantité d’oxygène qui peut être en contact avec les matières embrasées.
- M. de la Gournerie, trouve que cette observation explique très-bien pourquoi, dans les incendies, les cloisons en pan de bois avec plâtre, telles qu’on les fait maintenant, s’enflamment moins aisément que les anciennes, qui contenaient beaucoup de briques cuites et du mortier.
- M. Paliard cite des exemples frappants qui confirment ce qui vient d’être dit. Il a assisté à un grand nombre d’incendies qui lui ont fourni beaucoup de cas de ce genre. L’un deux, entre autres, avait produit une fournaise d’une chaleur tellement intense que tout était fondu, les cristaux, les glaces des murs elles-mêmes, et cependant deux cloisons adjacentes en plâtre ont pu être préservées sans que les bois aient pris feu. Il ne peut expliquer cela qu’en faisant remarquer que la chaleur volatilise l’eau du plâtre qui reste à l’état pulvérulent ou poreux, mais anhydre, et qui est tout prêt à
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- reprendre l’eau qu’il peut contenir, quand les pompes viennent la lui rendre ; de sorte qu’il agit ainsi comme un réservoir immédiat prêtant un secours continuel aux pompiers, qui travaillent à restreindre l’incendie.
- Lors d’un incendie de l’ancien théâtre italien à Paris, (l’Opéra-Comique actuel), tout était embrasé, les pierres même éclataient de tous côtés et on avait la plus grande crainte de voir le feu s’étendre aux maisons sur le boulevard, où est le Café du Grand-Balcon. Heureusement le mur de séparation était en plâtre, et, quoique dans certaines baies fermées son épaisseur fut réduite à une quinzaine de centimètres, il a parfaitement résisté avec le secours que lui ont fourni les pompes, et il a arrêté l’incendie.
- Mais, à cette cause puissante qui lutte contre les incendies à Paris, il faut ajouter les moyens principaux plus influents encore qui répriment promptement ces désastres.
- La principale est l’excellente organisation du service. Le corps des sapeurs-pompiers, en France, est régi et constitué militairement. A Paris, les sapeurs sont d’anciens militaires habitués à l’exécution prompte de la consigne; il sont conduits par un corps d’officiers se rendant bien compte de l’importance de la mission qui leur est confiée, et les secours sont expédiés, aussitôt qu’un danger est signalé, avec une promptitude très-remarquable. En même temps, la troupe est prévenue, de sorte que, dans le moindre délai possible, on a, sur les lieux, à la fois, et les pompiers et la force armée nécessaire, soit pour maintenir l’oralre, soit même pour fournir des hommes, si c’était nécessaire. Enfin, on doit faire remarquer que les postes de sapeurs-pompiers ont été répartis sur la surface de la ville de Paris, de manière à former un réseau dont les mailles soient à peu près égales et les moindres possible. La distance à parcourir est donc un minimum.
- A ces conditions, provenant de l’ordre qu’imprime toujours une bonne administration, il faut ajouter la bonne volonté et je zèle de la population parisienne. Quand un malheur de ce genre arrive, la population accourt de toute part; les hommes se prêtent au travail avec la meilleure volonté,\t on a souvent des ressources de reste ; tandis qu’à Londres, la population est très-indifférente à l’extinction des incendies, dont le service est fait par les compagnies d’assurance.
- Le matériel diffère aussi dans les deux villes ; au lieu des pompes à vapeur anglaises d’une grande puissance, qui exigent un temps d’allumage assez long, les sapeurs-pompiers se trouvent très-bien de leurs petites pompes à bras, mobiles, faciles à transporter et mises en jeu immédiatement dans une ville où la main-d’œuvre de bonne volonté ne manque jamais. S’il y a quelque chose à désirer, c’est au point de vue de l’arrivée de l’eau. Malgré tous les beaux travaux de canalisation qui répartissent si bien une eau abondante sur toute la surface de notre capitale, on n’a pas toujours assez de facilité pour réunir sur le lieu de l’incendie les torrents d’eau qui sont nécessaires pour agir avec efficacité. Mais cette partie du service tend aussi à s’améliorer et est l’objet de toute l’attention de l’Administration municipale.
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- Séance du 2-4 novembre 1876.
- Présidence de M. Dumas, Président.
- Correspondance. — M. Victor Lapierre (fils), exploitant de carrières de granit, rue du Cimetière, 9 et 16, à Brest, demande que sa maison, qui fabrique toute sorte d’objets en granit depuis les pavés jusqu’aux granits polis pour pendules de cheminée, soit admise au concours pour l’emploi nouveau d’une matière minérale abondante. (Arts économiques.)
- M. Coret (Auguste), à Bourg-Saint-Àndéol (Ardèche), envoie de nouveaux détails sur le mécanisme qu’il propose pour faire des horloges se remontant par les dilatations provenant des changements de température. (Arts mécaniques.)
- M. Jus, ingénieur, à Batna (Algérie), envoie des graines d'Alfa, pour qu’un semis en soit essayé en France pour l’utilisation des terrains pauvres. (Agriculture.)
- M. Landes (P.-J.), rue de Yaugirard, 8, à Paris, propose un mécanisme produisant une force utile au moyen de soufflets qui, mus par une chaîne sans fin, sont alternativement dans l’eau et dans l’air. (Arts mécaniques.)
- M. Bouillet (C.), au Creusot, propose un nouveau système de pompe qui élève l’eau par la pression de l’air. (Arts mécaniques.)
- M. Malien (Marius),rueDuchesne, 37, à Paris, envoie un mémoire sur une machine inducto-électrique en demandant que cette pièce reste secrète. — Tous les actes de la Société étant publics, il a été répondu à M. Malien que la Société ne pouvait pas prendre communication de son mémoire, lequel restera à sa disposition pendant un mois en paquet cacheté.
- M. Fournol (Léon), étudiant en médecine, rue du Vieux-Pont-de-Sèvres, à Billancourt (Seine), annonce qu’il s’occupe d’un petit moteur pour le concours ouvert par la Société, et il demande quelle est l’époque limite de la fermeture du concours. On a répondu en annonçant que cette limite était le soir du 31 décembre 1876.
- M. Danten (E.), cultivateur, à Longuevillette, par Doullens (Somme), propose de faire marcher les locomotives sur des rails mobiles assemblés en chapelet et se développant sur le sol devant elles. — Il a été répondu à M. Danten que cette proposition avait été faite à plusieurs reprises, et avait été plusieurs fois, depuis longtemps, l’objet de recherches infructueuses.
- M. Bouviri, horloger, à Moreuil (Somme); modification du rouage des montres, ralentissant de moitié le mouvement du balancier et par suite l’usure de la montre. (Arts mécaniques.) -
- M. Delage (L.), rue Cambacérès, 25, demande le concours de la Société pour faire breveter des instruments qu’il a imaginés pour rendre plus rapides et plus exacts les procédés de l’arpentage et les calculs de nombres. (Arts économiques.)
- M. Bonconseille, contre-maître, médaillé par la Société, rue de Meaux, 66, à Paris, indique un procédé pour amortir les secousses produites par les marteaux-pilons, sujet
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- pour lequel la Société à proposé un prix à décerner en 1877. (Arts mécaniques.)
- M. le Ministre de Vagriculture et du commerce envoie deux exemplaires n° 7, 2e partie, du Catalogue des brevets d’invention, pris en 1876.
- M. le Directeur de l’Ecole des ponts et chaussées envoie une livraison qui vient de paraître du tome II de l’Atlas des ports maritimes de la France. Cette livraison se compose de 16 planches gravées avec soin et d’un beau volume de texte.
- M. Girault (E.), à Gannay-sur-Loire (Allier), envoie un mémoire complémentaire de celui qu’il a déjà présenté pour signaler l’avantage des plantations faites sur les rives des cours d’eau, mémoire qui a déjà été l’objet d’un rapport (1). (Agriculture).
- M. Clouet, fabricant d’engrais, à Villedieu (Manche), fait connaître l’installation de sa fabrication et demande des conseils pour y introduire des perfectionnements. (Agriculture.)
- M. Deville-Ferrier (A.), à Avignon; Note imprimée exposant son procédé pour combattre le phylloxéra. (Agriculture.)
- M. Maistre (L.), à Foucauge, près le Mans (Sarthe) ; procédés de fabrication pour l’amidon de riz. (Arts chimiques.)
- M. Romas (A.), rue Liancourt, 47, Paris, demande à la Société de faire examiner ses norias. (Agriculture).
- M. Lemoine (Henri), président du patronage des Enfants de l’ébénisterie, rue des Tournelles, 17, demande à la Société de continuer l’allocation qu'elle a accordée pendant les années précédentes à ce patronage. La fondation d’un concours pofessionnel suivi par 337 apprentis et ouvriers, et l’ouverture, depuis plusieurs années, d’une école de dessin très-fréquentée, montrent les progrès remarquables faits par cette institution. (Commission des fonds.)
- M. Flourens (Gustave), à Haubourdin, près Lille (Nord), envoie un Mémoire étendu sur la fabrication du sucre candi, industrie importante qui n’avait jamais été décrite complètement. (Renvoyé au comité des Arts chimiques, qui examinera s’il n’y a pas lieu d’imprimer le mémoire de M. Flourens dans le Bulletin.)
- Catalogue raisonné de la bibliothèque botanique de M. Ad. Brongniart, précédé d’une notice sur sa vie, in-8°.
- Académie-des sciences et lettres de Montpellier, envoi du 4° fascicule du tome III des Mémoires de cette académie.
- Bulletin de la Société industrielle de Rouen, septembre et octobre 1876.
- Demande en faveur de M. Barker (Ch. S.). Un comité international a été institué, dans le but de constituer une rente viagère à ce savant artiste, et il s’adresse à la Société d’encouragement pour obtenir son appui et son concours.
- En renvoyant cette demande à l’examen du comité des arts économiques et de la commission des fonds, M. le Président rappelle que M. Barker a habité très-long-
- (1) Voy/cahier de septembre 1876, p. 484.
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- temps la France et qu’il y a fait ses deux principales découvertes. C’est, en effet, le levier pneumatique, employé partout aujourd’hui, qui a permis de donnner au jeu des grandes orgues la douceur qu’il a maintenant. L’application de l’électricité aux transmissions de mouvement, qui a été faite d’une manière si remarquable à l'orgue de Saint-Augustin, est aussi un progrès d’une grande importance. La Société et les constructeurs français ne peuvent pas rester indifférents à la position de celui qui a tant fait pour cette grande industrie.
- M. Lissajous invoque le témoignage de M. Cavaillé Coll qui représente la France dans ce comité, et il ajoute la citation des principales orgues où on a employé avec un grand bonheur les remarquables inventions de M. Barker.
- Rapports des comités. — Echafaudages. — M. Bunel lit, au nom du comité des constructions et des beaux-arts, un rapport sur les chaînes de M. Bouilliant pour la liaison des bois qui forment les échafaudages employés dans la construction des édifices.
- Le comité des constructions et des beaux-arts propose de remercier M. Bouilliant de sa communication et d’insérer au Bulletin le rapport auquel cette présentation a donné lieu, avec un dessin de la chaîne.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Communications. — Manufacture de porcelaine de Sèvres. —M. Salvetat, membre du Conseil, lit un mémoire sur la fondation, l’histoire et l’importance de la manufacture nationale de porcelaines de Sèvres, à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle installation de cette manufacture. (Cette communication paraîtra au Bulletin.)
- Eburine — Ivoire moulé — M. Davanne présente à la Société, au nom de M. Latry, une série d’objets destinés à la bijouterie et la petite ébénisterie, et fabriqués par lui, en utilisant les déchets d’os et d’ivoire par des procédés analogues à ceux au moyen desquels il a obtenu les objets en bois durci, déjà récompensés par une médaille de la Société.
- M. Latry emploie pour cela de la poudre d’ivoire, soit avec sa couleur naturelle, qui devient plus foncée pendant la préparation, soit après avoir été colorée en diverses teintes déterminées par la pratique ; la poudre d’os donne des nuances plus foncées.
- En soumettant ces poudres, dans des moules fermés, à une température de 100 à 120 degrés, l’osséine se ramollit, prend une autre texture en empâtant le phosphate et le carbonate de chaux de l’ivoire, et donne une matière très-compacte, extrêmement difficile à travailler, que la lime et le burin des tourneurs n’entament qu’avec peine, et qui est ainsi douée de propriétés spéciales dont on pourra tirer un jour un grand parti. M. Latry lui a donné le nom d'eburine, et il a remarqué que sa production exigeait des soins spéciaux. Le moindre excès dans l’élévation de la température produit un dégagement de gaz qui rendent la matière poreuse et sans consistance ; le même défaut de consistance résulte d’une température trop basse, aussi a-t-il fallu employer des moyens très-précis pour avoir la température de l’intérieur du moule
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- pendant le chauffage. Le refroidissement rapide des moules, qui ne pouvait pas se faire en les plongeant dans l’eau comme pour la corne et l’ivoire, est obtenu par un ven-tillateur puissant.
- D’autre part, la difficulté extrême qu’on éprouve à travailler Yéburine et à y percer des trous de vis a porté M. Latry à enchâsser les objets qu’on fabrique ainsi dans du bois durci au moment même de la fabrication de l’une et de l’autre matière dans le même moule. Les cavités correspondantes aux parties qui doivent être en éburine de diverses couleurs sont garnies en poudre d’ivoire ou d’os de nuances convenables, et le reste du moule est rempli de la matière qui doit être transformée en bois durci. — La chaleur et la demi-fusion qu’elle opère font du tout un objet unique où se trouvent enchâssés des médaillons et parties colorées, en ivoire et en os ramolli.
- Tels sont les bases des procédés que M. Latry emploie dans sa nouvelle industrie. M. Davanne met sous les yeux du Conseil une série d’objets ainsi obtenus, depuis de simples plaques en matière première jusqu’à des médaillons et plaques à guirlandes de plusieurs couleurs différentes.
- M. le Président remercie M. Davanne et M. Latry de cette présentation et renvoie l’examen des procédés et des produits de cette industrie au Comité des arts chimiques et à celui des Beaux-Arts.
- Cristallerie. — Couleurs pour émaux. — M. Troost, membre du Conseil, fait au nom de MM. Appert frères, fabricants à Clichy, chemin des Chasses, 5, la présentation de la série des couleurs pour émaux, du cristal de diverses sortes, des verres colorés, etc., qui sont les objets principaux de leur fabrication. Leur usine, installée d’après les meilleurs procédés, a été fondée en 1832. Elle a pris peu à peu un grand développement, et maintenant elle arrive à fournir par jour au commerce 1,000 kilogrammes de produits de fusion de diverses sortes.
- Couleurs fusibles et émaux. — 1° Couleurs pour porcelaine dure et pâte tendre, couleurs très-fusibles pour cristaux et opales, couleurs et grisailles pour vitraux, couleurs pour faïence.
- 2° Couleurs pour émail sans fondant ; émaux blancs broyés très-fin pour émailler par trempage ; émaux pour or et argent plus fusibles que les soudures, émaux pour cuivre et or bas.
- 3° Émaux pour bronze, genre cloisonné, de toute couleur.
- 4° Émaux pour fer, tôle et fonte, émaux blancs sans plomb ni arsenic pour les usages culinaires.
- Verrerie et cristaux. — 5° Tubes et tiges en verres ou cristal de fusibilité diverse pour instruments de physique ou de chimie.
- 6° Tubes en verre dur pour analyses organiques, résistants au feu, et remplaçant avec avantage les tubes de ce genre qu’on faisait venir auparavant de l’étranger.
- 7° Tubes de niveau en cristal ou en verre recuit, pour chaudières à vapeur.
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- 8° Tubes et baguettes en cristal de couleur, transparent ou opaque, baguettes ornées ou filigranées pour le soufflage à la lampe.
- 9° Tubes en verre d’urane très-fluorescents pour les lampes à gaz ou à huile et arrêtant les rayons calorifiques.
- 10° Cheminées blanches et de couleur pour les phares ; lentilles pour hublots ou pour miroirs optiques, jusqu’au poids de 20 kilogr., verres à gaz, blancs, à filets colorés ou en émail opale, etc. *
- 11° Gobeleterie spéciale ou de fantaisie pour les émailleurs.
- 12° Eprouvettes, ballons jaugés, cloches pneumatiques, etc.
- 13° Vases à cuire (kochbacher) par piles de 12 à 14 vases posés l’un dans l’autre, supportant de brusques variations de température, supérieurs aux produits similaires des verreries de Bohême.
- 14° Des feuilles de verre noir ou de couleur pour les bijoutiers, le verre vert [green-signal), conservant sa teinte à de grandes distances, qu’on ne fabriquait jusqu’à présent qu’en Angleterre.
- 15° Des verres d’optique de toute sorte, blancs, à teinte neutre, fumés ou verts, par plaques et feuilles de teinte uniforme.
- Tous ces produits, qui ont obtenu à Vienne deux médailles de mérite et un diplôme d’honneur, composent une exposition très-intéressante. On y remarque un plat émaillé d’imitation chinoise orné de toutes les couleurs appropriées , fabriquées chez MM. Appert frères, des feuilles de vitraux assemblés, des lames de green-signalet des verres colorés pour optique, des strass taillés d’un grand éclat, etc.
- M. Troost signale la bonne installation des ateliers de cette usine. Les vases à cuire, et autres produits qu’on tirait de l’étranger, sont maintenant obtenus en France avec des qualités au moins égales à tout ce qu’on fait de mieux en Angleterre ou en Bohême. Des tubes pour analyses ont résisté à dix opérations successives, des niveaux pour chaudières à vapeur ont servi dix-huit mois de suite, sans accident, et étaient alors rongés jusqu’à moitié de leur épaisseur.
- Il pense donc que MM. Appert frères, en développant ainsi leur établissement pour la fabrication des émaux et de la cristallerie, ont fait une œuvre qui est digne de toute l’attention de la Société.
- M. le Président remercie M. Troost et MM. Appert frères de cette communication et en renvoie l’examen au comité des arts chimiques.
- Perspective. —Dessm. — M. Granjean, capitaine d’artillerie, fait l’exposé des avantages qu’on peut retirer de l’emploi de sa planchette-perspective ou pendulo-graphe.
- Tous les instruments employés jusqu’à ce jour pour obtenir des perspectives comprenant dans leur construction des prismes, des lentilles ou des glaces, présentent les graves inconvénients suivants :
- 1° D’affaiblir la lumière qui nous vient des objets; de changer la valeur des teintes;
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- 2° De demander une grande habileté de main et une facilité extraordinaire d’adaptation de l’œil ;
- 3° De produire une fatigue de la vue intolérable pour beaucoup de personnes ;
- 4° D’être d’un prix inabordable pour le plus grand nombre, si on veut un instrument qui donne une suffisante exactitude.
- La planchette-perspective donne la solution très-simple de cette question : elle fait reproduire directement sur le papier du dessinateur, sur la toile du peintre, la perspective exacte des objets, perspective que l’on obtiendrait sur une glace sans tain verticale, en interposant cette glace, entre l’œil et ces objets, à une distance fixe de l’œil. Voici en quoi consiste l’appareil :
- Une planchette de dessinateur, ou la toile d’un peintre étant placée verticalement devant l’objet, paysage, etc... dont on veut avoir la perspective, on fixe sur le rebord supérieur horizontal du cadre, à l’aide d’une pince, une traverse qui porte un œilleton, ce qui permet de fixer l’œil à une distance déterminée et fixe du tableau. On peut faire varier cette distance à volonté. (On peut employer une planchette quelconque en se servant d’une pince-étau que l’on fixe sur le rebord d’une table.)
- On engage la pointe d’un crayon dans un trou d’une réglette très-légère en bois ; l’extrémité supérieure de la réglette porte un guidon, et à l’autre extrémité on suspend, à l’aide d’un fil, une balle en plomb. Tenant le crayon dans une position à peu près perpendiculaire au tableau, la réglette se place verticale, et le pendule composé produit par la combinaison de la réglette et du fil à plomb, fait que cette réglette reste verticale quand on déplace, assez lentement, la niain dans une direction quelconque.
- Gela étant, si, appuyant le crayon sur la planchette, l’œil fixé à l’œilleton on fait parcourir au guidon tous les contours, tous les traits que l’on aperçoit sur un objet, le guidon trace dans l’espace la perspective qu’on obtiendrait sur une glace sans tain qui ferait suite à la planchette, et cette perspective est reproduite exactement un peu plus bas, par le crayon sur le papier ou la toile de la planchette.
- La pratique de cet instrument devient très-facile au bout d’une heure d’exercice, car il suffit de s’habituer à mettre trois points en ligne droite, l’œil fixe derrière l’œilleton, le guidon et un point de l’objet. En un mot, on répète d’une manière suivie le pointage que l’on exécute avec les canons et on obtient la même précision.
- On obtient ainsi facilement la perspective exacte du quart du tour d’horizon. Cette perspective étant orientée, convenablement placée sur une carte, normalement au papier, à une distance de la station égale à la distance de l’œil au tableau, si l’on applique l’œil à l’emplacement exact de la station, en regardant la perspective par des rayons visuels rasant la carte, on a la sensation exacte de l’effet que produirait la carte si elle était en relief.
- M. Granjean montre la perspective de la Grande-Chartreuse amplifiée et projetée
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- sur un tableau, avec la carte d’état-major sur lequel elle est fixée. La comparaison entre ce tableau et le modèle en relief de la même contrée fait par M. Bardin rend sensible ce résultat.
- Au point de vue de la défense des places, ces perspectives peuvent rendre de grands services, en permettant à des défenseurs étrangers au pays de reconnaître de suite les points sur lesquels il ont reçu l’ordre de diriger leur feu. Pour cela on trace, sur la perspective, des verticales passant par chaque point remarquable du terrain qu’il importe de battre, sur ces verticales on inscrit le nom du point et sa distance à la position où a été prise la perspective.
- Les perspectives sont d’une utilité incontestable pour les marins. Les profils des côtes leur donnent le meilleur moyen pour se guider dans les atterrissages et de reconnaître leur position exacte. Le pendulographe leur permettra d’obtenir rapidement, par un temps calme, ces profils qu’ils sont obligés de demander à l’emploi de la photographie instantanée.
- La reproduction des tableaux et dessins devient d’une extrême facilité, et cela avec une précision de détails qui n’a de limite que la patience du dessinateur.
- La mise en perspective des machines les plus compliquées et des objets d’art n’est plus qu’un jeu d’enfant.
- Enfin, sans parler d’autres applications que l’on peut faire du pendulographe à la géographie, à l’art militaire, à l’architecture, etc..., nous pensons que la vulgarisation de cet instrument dans nos différentes écoles, facilitera l’étude, la pratique et surtout l’intelligence de la perspective.
- Pendant le cours de ces explications, diverses perspectives prises en quelques heures au moyen de cet instrument, sont projetées sur le tableau et montrent à l’assemblée le grand degré d’exactitude qu’on peut obtenir ainsi.
- M. le Président remercie M. le capitaine Granjean de cette intéressante communication et en renvoie l’examen au comité des Arts économiques.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société :
- MM. l’amiral Paris, président de l’Académie des sciences ;
- Rousselle, ingénieur en chef du département de la Seine ;
- Théophile Grisou, teinturier à Lisieux (Calvados).
- Sont aussi nommés membres de la Société par un scrutin du Conseil et après l’accomplissement des formalités ordinaires :
- MxM. Régnault, agent divisionnaire des chemins de fer de l’Ouest ;
- Reynier, fabricant de pompes à main, à Paris ;
- Cristix (Henri), industriel à Marseille;
- Rabie, ingénieur minéralogiste à Saint-Plancard (Haute-Garonne) ;
- Cacheux, ingénieur des arts et manufactures à Paris.
- Election de deux membres du conseil. — M. le Président annonce qu’on va pro-
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- céder à l’élection de deux membres du Conseil pour remplir deux places vacantes dans le comité des Arts économiques.
- Le Conseil a arrêté la liste des candidats, qui sont :
- Pour la première place, M. le vice-amiral Pâris, président de l’Académie des sciences.
- Pour la deuxième place, M. Rousselle, ingénieur en chef des ponts et chaussées pour le département de la Seine.
- Un scrutin secret est ouvert pour la première de ces nominations ; le nombre des votants est de 28.
- M. l’amiral Pâris est nommé à l’upanimité.
- Un scrutin semblable est ouvert pour la deuxième élection.
- M. Rousselle est nommé aussi à l’unanimité.
- En conséquence, M. le Président proclame la nomination au titre de membres du Conseil, pour le comité des Arts économiques, de :
- MM. le vice-amiral Pâris ;
- Rousselle, ingénieur en chef.
- Cette nomination sera soumise à la sanction de l’assemblée générale de la Société lors de sa plus prochaine réunion, conformément à l’art. 25 des statuts de la Société.
- Séance du 8 décembre 1870.
- Présidence de M. Dumas, Président.
- Correspondance. — M. Monter (Emile), ancien élève de l’École centrale, avenue d’Eylau, 97, présente des mèches, pour briquet de fumeurs, ne contenant point de substance vénéneuse et proposées pour remplacer celles au chromate de plomb qui sont dans le commerce. La fabrication de ces dernières est la cause d’accidents fâcheux pour les ouvriers qui se livrent à cette industrie. (Arts chimiques.)
- M. Lebon (Eugène), président de la Société technique du gaz envoie le programme de deux prix fondés par cette Société, qui doivent être décernés en 1877 :
- Le premier, de 500 francs, sera donné à l’auteur du meilleur Mémoire inédit, en français, contenant une étude approfondie des progrès réalisés depuis dix ans dans l’industrie du gaz.
- Le deuxième, de 250 francs, sera donné à l’auteur du meilleur Mémoire inédit, en français, sur un sujet quelconque concernant l’industrie du gaz.
- M. Lebon demande aussi, au nom de cette Société, l’échange de ses publications contre celles de la Société d’encouragement. (Arts chimiques et Commission du Rulletin.)
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- M. Duvaldestin, opticien, rue Royale, 16, à Tours, envoie un instrument pour mesurer la quantité d’alcool contenu dans un liquide par la densité que prend ce liquide quand il est saturé d’un sel soluble dans l’eau et insoluble dans l’alcool, comme le sulfate de cuivre. (Arts chimiques.)
- M. Bérenguier, employé de la Société générale algérienne, rue du Carrefour, 25, à Alger, demande le prêt de livres spéciaux pour continuer des études qu’il a entreprises sur les appareils de sauvetage en cas d’incendie. (Arts économiques.)
- M. Toselli (G.-B.), rue Lafayette, 213, à Paris, envoie le programme du grand aquarium qu’il veut construire à l’Exposition universelle de 1878, pour faire fonctionner tous les engins sous-marins qu’il a imaginés. (Arts-économiques.)
- M. Lopez (Henri), rue Oberkampf, n° 1, à Paris, envoie la description et le dessin d’un moteur à ressorts de son invention et plus spécialement destiné à faire fonctionner les machines à coudre. (Arts mécaniques.)
- M. De Cœur, ingénieur des ponts et chaussées, à Thiers (Puy-de-Dôme), envoie un Mémoire sur des perfectionnements qu’il a apportés aux turbines motrices et à l’application de ces principes aux pompes rotatives centrifuges. (Arts mécaniques.)
- M. Farcot (E.), horloger, rue des Trois-Bornes, 39, présente des remontoirs à tirage rentrant, plus spécialement applicables aux pendules marines dites d’habitacle, aux pendules d’atelier et aux réveils. (Arts mécaniques.)
- M. Chapotat (R.), marbrier, à Glandieu, par Saint-Benoît-l’Ain (Ain), écrit de nouveau, pour demander qu’on utilise la force motrice des chutes d’eau considérables qui sont dans son pays et qui pourraient être employées au sciage du marbre du pays, dont le placement pourrait ensuite être fait partout et dans toutes les parties des constructions. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Ravel (A.), manufacturier, à Barrême (Basses-Alpes), a vu dans les journaux, attribuer à M. Vassivière l’invention de l’emploi du choc d’une veine liquide pour le lavage de la laine. Il envoie une réclamation de priorité et montre que ce choc est un des éléments essentiels de la Laveuse-Ravel, brevetée en 1865, pour laquelle il a reçu une médaille de la Société d’encouragement, le 11 février 1870.
- M. Jean (G.), graveur, lithographe et peintre de portraits à l’huile, à la Croix-Blanche, à Evreux, demande une récompense pour les efforts qu’il a faits en apprenant seul la lithographie. Il envoie des spécimens des travaux de ce genre qu’il a exécutés. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Mhun (J.), à Jury, près Léré (Cher), envoie de nouveaux renseignements sur les recherches mécaniques qu’il a faites et pour lesquelles il désirerait que la Société d’encouragement pût lui venir en aide. (Arts mécaniques.)
- M. Cacheux (E.), quai Saint-Michel, 25, à Paris, remercie la Société de lui avoir conféré le titre de membre ordinaire et l’entretient des divers projets dont il s’occupe en ce moment, en demandant le concours des membres du Conseil. (Constructions et beaux-arts.)
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- M. Caron (L.), rue du Cherche-Midi, 55, h Paris, demande que la Société fasse examiner un liquide pour peinture à l’huile sur tous les ciments. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Reneurel (P.), minéralogiste, désire présenter à l’Exposition des pierres lithographiques dont il s’occupe depuis plusieurs années, et il demande que la Société lui envoie deux exemplaires de ses programmes de prix.
- M. le Ministre de l’agriculture et du commerce envoie deux exemplaires du n° 8 des Ie et 2e partie du Catalogue des brevets d’invention, en 1876.
- M. Martineau (Édouard), à Saint-Porchaire (Charente-Inférieure), demande à présenter une matière extraite de certains varechs, qu’il nomme gelose, et qui peut-être utile pour l’encollage des toiles. — Une note sur ce produit est insérée dans le Bulletin de la Société industrielle de Rouen, octobre 1876. (Arts chimiques.)
- M. Mandet, pharmacien à Tarare, membre et lauréat de la Société d’encouragement, demande qu’on examine un produit alimentaire qu’il fabrique et qu’il nomme biscuit-viande, contenant les principes nutritifs du pain et de la viande. (Arts économiques.)
- M. Girardin (J.), directeur de l’École industrielle de Rouen et correspondant de la Société d’encouragement, envoie une brochure contenant les rapports que lui et M. Teinturier père ont faits sur la culture de dix variétés de pommes de terre sous le climat de la Normandie.
- M. le duc d’Audiffret Pasquier. Discours prononcés au Sénat le 6 et le 10 novembre dans la première et la deuxième délibération sur le projet de loi relatif à l’administration de l’armée.
- M. Sebert (H.), commandant d’artillerie de la marine, fait présenter, par M. Le Roux, un ouvrage intitulé Notice sur les bois de la Nouvelle-Calédonie, Paris, Arthus Bertrand, libraire, un volume in-8°, avec caries.
- En faisant cette présentation, M. Le Roux y joint les renseignements suivants :
- Ayant eu à créer à la Nouvelle-Calédonie la première exploitation régulière des bois de ce pays, M. Sebert a été conduit, pour diriger dans l’emploi de ces bois, à chercher à déterminer par un système méthodique d’expériences les propriétés industrielles des différentes essences et à les définir scientifiquement.
- Il a donc entrepris d’exprimer numériquement les propriétés mécaniques des divers bois du pays, comparativement avec les échantillons des bois usuels de France, et d’Australie qui pouvaient exister dans les magasins de la colonie ; il a rapproché les résultats de ses déterminations de celles obtenues par divers expérimentateurs et consignées dans les traités spéciaux.
- Ses expériences ont porté sur 120 essences, dont 80 sont spéciales à la Nouvelle-Calédonie, et qui sont déterminées botaniquement.
- Les propriétés mécaniques ont été surtout étudiées au point de vue de la torsion et
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- de la flexion, d’une façon très-complète, au moyen de machines spécialement installées avec beaucoup de soin et d’esprit d’invention.
- L’ouvrage de M. Sebert renferme en outre un exposé critique de l’état actuel de la science sur ce sujet et le résumé des recherches antérieures. On peut donc le considérer comme un guide précis offert aux ingénieurs qui peuvent avoir à effectuer des recherches analogues dans d’autres pays. On y trouve aussi d’importantes et nouvelles considérations propres à l’auteur, sur les procédés à employer pour déterminer, dans la pratique, les limites d’élasticité des corps.
- Tous les résultats des expériences de M. Sebert ont été traduits en courbes sur lesquelles la détermination des constantes cherchées a pu être effectuée avec précision.
- C’est la première fois que d’aussi nombreuses déterminations se trouvent réunies, spécialement en ce qui concerne la torsion, et la Nouvelle-Calédonie, malgré la date récente de sa découverte, se trouve être peut-être le pays dont les bois soient le plus complètement étudiés.
- L’exemple donné par l’auteur a d’ailleurs été suivi depuis, et un travail exécuté sur le même plan vient d’être publié en ce qui concerne la Coehinchine.
- L’ouvrage renferme, en outre, des renseignements qui pourront être utilement consultés sur l’installation matérielle de l’exploitation, l’emploi de voies à rails en bois, de traîneaux pour les transports par terre et la construction de radeaux pour les transports par mer.
- Cartes géographiques.— M. Laboulaye, secrétaire du Conseil, présente à la Société la belle carte que M. Viollet-le-Duc a faite du Mont-Blanc, et qui a été publiée par M. Baudry, éditeur, rue des Saints-Pères, 15.
- Depuis que le massif du Mont-Blanc a été en partie annexé à la France, M. Viollet-le-Duc s’est donné la tâche de dresser une carte complète de ce massif à une échelle assez grande (un quarante millième), pour que la forme et la disposition des roches et des terrains qui le composent puissent être fidèlement retracés. Il commença par réunir tous les travaux antérieurs, tels que la carte partielle de M. le capitaine Mieulay, les reliefs de M. Bardin, l’excellent ouvrage de M. Alph. Fabre. Les positions relatives des divers sommets furent vérifiées par des relevés pris de points nombreux choisis sur les arêtes qui l’entourent. Puis, pénétrant dans le massif même, il a pu faire des visées intérieures de tous les points importants, de manière à avoir toujours trois visées pour un même sommet. Rapprochant ces trois visées, il était possible de figurer ce sommet sur un plan horizontal, d’apprécier l’inclinaison et la direction de ses arêtes et la physionomie de son ensemble cristallin.
- Pour que ces déterminations fussent exactes, il a fallu revenir plusieurs fois sur les mêmes points, multiplier les dessins à vue et les visées, se méfier des erreurs que la pureté extrême; mais très-variable de l’air, peut causer dans l’appréciation des diverses perspectives. Peu à peu, on arrivait ainsi à compléter des polygones qui se rectifiaient
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- par l’étude des polygones voisins, et ce n’est que par une série de tâtonnements très-répetés qu’on est parvenu à la représentation exacte du terrain.
- Dans cette longue et laborieuse étude, M. Viollet-le-Duc s’est servi avec un grand avantage de l’adaptation de la chambre claire à une lunette fixée parallèlement à une planchette. C’est ainsi qu’il a pu du sommet du Brevent, des Grands-Mulets et du grand plateau, reconnaître sûrement et dessiner le mode de structure et de dislocation par retrait, du sommet de l’Aiguille-du-Midi. Il s’en est servi aussi pour dessiner à distance les neiges des altitudes supérieures, et pour se rendre compte du mode de glissement et de chute de ces neiges qui n’ont pas encore acquis les propriétés expansives de la glace.
- C’est à l’aide de ces nombreuses déterminations, de plus de cinq cents dessins, de très-nombreuses photographies, que M. Viollet-le-Duc est parvenu à dresser sa carte qu’il a éclairée par le midi avec la direction des rayons de onze heures, et qui représente avec toute l’exactitude possible, ce que serait une photographie de cette partie des Alpes, prise d’un point élevé à 10 kilomètres au-dessus de la terre.
- L’auteur de ce beau travail n’a pas pu parcourir ces montagnes, sans être amené à faire une étude approfondie de la manière dont elles ont été formées. Deux périodes sont intéressantes dans cette création ; la formation primitive, donnant plus ou moins vite aux massifs leur forme originelle, et la dégradation lente, continue, mais considérable, qu’ils ont subie par l’action des intempéries atmosphériques et autres modifications survenues avec le temps dans une longue durée. Cette étude l’a conduit à analyser l’action des pluies, les torrents divers qui s’établissent dans les hautes montagnes, les dégradations qu’ils causent, les alluvions de formes si variées et d’une importance si grande qui en sont la conséquence. Ces phénomènes ont eu une très-grande part dans la forme des montagnes actuelles. Leur état présent est loin d’être définitif; il se modifie sans cesse, l’état instantané d’équilibre résulte de la résistance que les roches apportent à la décomposition, contre l’action continue de ces causes de la démolition des montagnes.
- Cette partie de l’étude de M. Viollet-le-Duc offre le plus grand intérêt, et contient une grande quantité d’observations neuves, très-utiles aux ingénieurs chargés de travaux pour contenir les torrents des montagnes.
- M. le Président remercie M. Viollet-le Duc et M. B au dry, de l’envoi de ce beau travail.
- Rapports des comités. — M. Huzard fait, au nom du Comité de l’agriculture, un rapport pour faire déclarer deux vacances parmi les membres de ce comité, dont le nombre n’est actuellement que de 12.
- Le Conseil prononce la déclaration de ces deux vacances.
- M. Dumoncel fait, au nom du comité des Arts économiques, un rapport pour demander que le Conseil déclare l’existence de trois vacances parmi les membres de ce comité, dont le nombre n’est actuellement que de 13.
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- Le Conseil prononce la déclaration de ces trois vacances.
- Les comités de l'Agriculture et des Arts économiques feront, sur leurs propositions, arrêter par le Conseil en comité secret, la liste des candidats pour chacune de ces élections, ces listes seront portées à la connaissance des membres du Conseil, et le vote aura lieu dans la prochaine séance publique.
- Communications. — Marine. — Embarcations rapides. — M. de Fréminville expose devant la Société les progrès que les embarcations à vapeur de la marine ont faits depuis quelques années et les résultats remarquables auxquels M. Thorneycrofft est parvenu. (Cette communication paraîtra au Bulletin.)
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société par un vote du Conseil :
- M. Quantin, imprimeur-typographe, à Paris.
- M. Thoyot, ingénieur civil, à Paris.
- Séance du 22 décembre 1876.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Correspondance. — M. Rassaert, chaussée du Maine, 42, à Paris ; appareil sudorifique perfectionné. (Arts économiques.)
- MM. Lemeunier et comp., rue du Puits-de-l’Ermite, 19, à Paris; chauffage par l’air et l’eau combinés. (Arts économiques.)
- M. Van Royen (J.-B.-H.), major dans l’armée hollandaise, à Arnhem (Hollande), annonce l’envoi d’un de ses moteurs à calorique au Conservatoire des Arts et Métiers, et expédie des prospectus avec croquis de cet appareil. (Arts mécaniques.)
- M. Oulrig, rue Beaubourg, 49, à Paris, envoie, pour le concours sur les moyens d’empêcher l’adhérence de la suie dans les cheminées, la description du procédé qu’il a inventé. (Arts économiques.)
- M. Gœtz, agriculteur alsacien, boulevard de Latour-Maubourg, 74, à Paris, adresse à la Société pour tous les membres du comité de l’agriculture et pour les divers comités, un exemplaire d’une lettre imprimée du 20 décembre 1876, et d’un Mémoire imprimé : Communications aux imitateurs de sa nouvelle méthode de culture.
- M. Maccaud, rue Saint-Marc, 17, à Paris, envoie un dessin et une description d’un gazomètre inexplosible et inodore, et demande que la Société en fasse l’examen. (Arts économiques.)
- M. de Cohorn, ancien calculateur de l’Observatoire et du Bureau des longitudes, à l’hospice d’Ivry (Seine), demande le concours de la Société peut faire breveter un nouveau système de globes terrestres. (Arts économiques.)
- M. Viallon fils, fabricant de toiles cirées et de produits chimiques, rue. Saint-Pierre, 20, à Lyon (Rhône), signale l’emploi qu’on pourrait faire des marcs de soude et des résidus plâtreux provenant de la fabrication des bougies et du phosphore, pour
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- combattre le phylloxéra, et pour l'amendement des terres. (Arts économiques.)
- La Compagnie générale des asphaltes de France, quai Valmy, 117, à Paris, se présente comme concurrent pour le prix fondé au sujet des moyens d’amortir les vibrations des marteaux-pilons. (Arts mécaniques.)
- Un anonyme; étude agricole des cantons de Doulevant et de Vassy-sur-Blaise (Haute-Marne), pour concourir au prix proposé pour une étude sur l’agriculture et l’économie rurale d’une province ou d’un département. (Agriculture.)
- M. le Ministre de Vagriculture et du commerce envoie pour la bibliothèque de la Société, un exemplaire du tome III, année 1873, de la Statistique annuelle de la France, nouvelle série.
- M. le capitaine Granjean, à Grenoble, envoie un exemplaire de la leçon qui a été faite, à la réunion des officiers, sur sa planchette ou pendulographe pour dessiner les perspectives. (Arts économiques.)
- Rapports des comités. — Pantographe, cartographie. — M. de la Gournerie lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur un appareil présenté par M. Marmet, conducteur des ponts et chaussées, dont le but est de réduire ou d’augmenter à volonté les dessins.
- Communications. — Céramique. —M. Salvetat, membre du Conseil, présente, de la part de M. Faure, mécanicien à Limoges, une machine automatique qui exécute la troisième opération du moulage des assiettes, qu’on ne pouvait faire jusqu’à présent qu’à la main, ou avec une machine marchant avec l’aide de la main.
- Par un double mouvement donné aux pièces d’un tour, M. Faure est parvenu à faire mécaniquement toutes les parties*de ce façonnage de l’assiette. Par la manœuvre de deux pédales on met en mouvement le tour d’abord, puis les cames qui engagent tout le mécanisme. L’outil s’abaisse jusqu’à la hauteur du centre de l’assiette, se déploie pour faire le fond, se lève au passage du pied et descend pour faire l’aile, comme dans la grande machine marchant à la main. Il résulte de ce mouvement mécanique une grande régularité dans le travail et une augmentation importante dans la production, puisqu’on fait en moyenne 500 pièces en dix heures.
- Cet appareil est en activité pour 58 séries dans diverses manufactures à Limoges, à Yierzon, dans le grand-duché de Bade, à Florence, à Turin. Il a paru digne d’attirer l’attention de la Société, parce qu’il complète la fabrication mécanique des assiettes qui est due aux divers appareils inventés par M. Faure, dont la Société a déjà apprécié l’importance. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- Chaleur solaire. — M. Mouchot, professeur de physique à Tours, présente à la Société les nouveaux perfectionnements qu’il a fait aux appareils par lesquels il utilise directement la chaleur solaire. Il montre de petits appareils pouvant faire en quelques minutes deux tasses de café, cuire des grives, de la viande, diverses préparations. Il montre qu’on peut, par cette haute température, faire fonctionner, des piles thermo-électriques et obtenir des courants d’une grande énergie.
- To me III. — 74e année. 3e série. — Décembre 1876.
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- M. Mangon demande à ajouter quelques mots à l’occasion de cette présentation.
- L’application très-rationnelle des miroirs coniques que M. Mouchot a proposée, rencontre deux obstacles principaux; l’un dans l’exécution de ces miroirs sur de grandes dimensions, inconvénient auquel on remédierait en les composant de pièces séparées qui seraient réunies dans un châssis. Le deuxième consiste dans l’emploi de la chaleur emmagasinée à des usages industriels. Jusqu’à présent M. Mouchot n’a fait que des applications économiques, mais il n’est pas douteux qu’on ne puisse en retirer des résultats plus importants. La chaleur, que quatre mètres carrés d’ouverture seulement peuvent produire, correspond à une force motrice d’un quart de cheval ou 18 kilogrammètres. On pourrait faire communiquer le générateur solaire avec une chaudière fixe munie d’un foyer, dans lequel on allumerait du feu lorsque la chaleur solaire ferait défaut ou serait insuffisante et, dans le Midi, en Afrique, dans toutes les régions dont les saisons sont bien définies et où le le ciel est serein, des forces importantes pourraient résulter de cet emploi économique du soleil. Dans le Nord le soleil est souvent couvert ; mais on a utilisé la force du vent, et en moyenne les moulins à vent marchent pendant 120 jours par an. En Algérie, dans le midi de la France, en Espagne on a plus de 200 jours de soleil utilisable, et rien n’empêche qu’on ne tire de cette puissance un parti au moins égal à celui que les Hollandais et les peuples du Nord ont tiré de la force du vent.
- La communication de M. Mouchot est renvoyée aux comités des arts économiques et de l’agriculture.
- Présentation et nomination de membres de la société. — Sont présentés pour être nommés membres de la Société :
- MM. Pasteur, membre de l’Académie des sciences, présenté par M. Dumas.
- Schützenberger, professeur au Collège de France, présenté par M. Dumas.
- Personne, pharmacien en chef de l’hôpital de la Pitié, présenté par M. Dumas.
- Dutertre, directeur de l’École de Grignon, présenté par M. Dumas.
- Sebert, chef d’escadron de l’artillerie de marine, présenté par M. Le Roux.
- Clémandot, ingénieur civil à Paris, présenté par M. Peligot (Eugène).
- M. le Président propose au Conseil d’admettre, dès à présent, ces candidats comme membres de la Société.
- Cette proposition, mise aux voix, est adoptée par le Conseil, et M. le Président proclame leur nomination définitive.
- Admission d’un membre perpétuel. — M. le Président donne communication au Conseil de la demande qui lui a été adressée par M. Huzard, membre du comité de l’agriculture, pour être nommé membre perpétuel de la Société, en accomplissant les conditions prescrites par les statuts.
- Cette proposition, mise aux voix, est adoptée à l’unanimité par le Conseil, et M. Huzard est proclamé membre perpétuel de la Société.
- Élection de membres du Conseil. — Comité des arts chimiques. — L’ordre du
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- jour appelle l’élection de deux membres du Conseil pour le comité des arts chimiques.
- La liste des candidats, arrêtée par le Conseil, sur les propositions du comité, est composée de M. Schützenberger, professeur au Collège de France, et de M. Girard (Aimé), professeur au Conservatoire des arts et métiers.
- Un scrutin est ouvert pour cette élection et les deux candidats sont nommés à l’unanimité des suffrages, qui sont au nombre de trente-huit.
- En conséquence, M. le Président proclame la nomination de M. Schützenberger et de M. Aimé Girard, au titre de membre du comité des arts chimiques.
- Comité des arts économiques. — Il est procédé à une élection du même genre pour la nomination de trois membres du comité des arts économiques.
- La liste des candidats, arrêtée par le Conseil, se compose (par ordre alphabétique) de MM. Bérard, Fernet, Personne, Sebert.
- Un scrutin est ouvert et donne les résultats suivants sur trente-huit membres présentés (une voix perdue) : MM. Fernet, 37 voix, Personne, 34, Sebert, 25, Bérard,24.
- M. le Président proclame les noms de MM. Fernet, Personne et Sebert, qui sont nommés membres du comité des arts économiques.
- Comité d’agriculture. — Le Conseil est appelé à voter pour la nomination de deux membres dans ce comité. La liste des candidats, arrêtée par le Conseil, sur les proposition du comité d’agriculture, se compose de MM. Dutertre et Pasteur, placés dans l’ordre alphabétique.
- Un scrutin est ouvert et donne sur 38 votants : MM. Pasteur, 38 voix, Dutertre, 34, Decauville, 3.
- M. le Président proclame la nomination de MM. Pasteur et Dutertre au titre de membre du comité d’agriculture.
- Conformément à l’article 25 des statuts, ces nominations dans les trois comités, seront soumises à la ratification de la Société dans sa prochaine assemblée générale.
- M. le Président engage MM. les membres du Conseil à s’occuper de compléter le nombre des titulaires de chacun des comités. Le comité des arts mécaniques, celui des arts chimiques et celui du commerce étant incomplets, il invite ces comités à se réunir prochainement pour faire des présentations de candidats.
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- LISTE
- DES NOUVEAUX MEMBRES ADMIS EX 1816
- a faire partie de la société d’encouragement pour l’industrie nationale.
- MM.
- Attias, négociant, rue de l’Entrepôt, 13.
- Babie, ingénieur minéralogiste, à Saint-Plancard (Haute-Garonne).
- Bacot ingénieur civil, rue des Archives, 19.
- Cacheux, ingénieur des arts et manufactures, quai Saint-Michel, 25.
- Cagnant, imprimeur typographe, à Granville, (Manche).
- Clemandot, ingénieur civil, rue Brochant, 18.
- Clouet (Victor), fabricant d'engrais, à Villedieu (Manche).
- Collignon (Edouard),ingénieur des Ponts et Chaussées, boulevard Saint-Germain, 70.
- Cristin (Henri), industriel, à Marseille.
- Davioud, architecte de la ville, boulevard Saint-André, 1.
- Desnoyers (Alfred), ingénieur civil, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 37.
- Dieterle, directeur de la*manufacture de Beauvais, rue Cretet, 2.
- Durand (Emile), directeur du journal Le Gaz, faubourg Montmartre, 66.
- Duterlre, directeur de l’Ecole d'agriculture de Grignon.
- Evrard (M“* veuve), opticien, rue de la Perle,
- 14.
- Euverte, directeur de l’usine de Terre-Noire.
- MM.
- Faure et Kessler, fabricants de produits chimiques, à Clermont-Ferrand.
- Fernet, inspecteur de l’Université, rue des Feuillantines, 93.
- Garnier {Jules), ingénieur civil, boulevard Magenta, 35.
- Geoffroy (Edouard), directeur de la faïencerie de Gien.
- Giffard, ingénieur civil, rue de Marignan, 14.
- Gremailly ( Ferdinand), architecte, rue Saint-Honoré, 370.
- Grison (Théophile), teinturier, à Lisieux (Calvados).
- Guiguet, graveur sur bois, rue du Cherche-Midi, 21.
- Guillaume, membre de l'Institut, directeur de l'Ecole des Beaux-Arts, rue Bonaparte.
- Hallopeau, ingénieur civil, rue de Compïègne, 4.
- Jaquiné, inspecteur général des Ponts et Chaussées, à Nancy.
- Jourdain (Maurice), ingénieur civil, boulevard Haussmann, 56.
- Leclère, inspecteur des polders de la Vendée.
- Lenoir, ingénieur mécanicien, boulevard Voltaire, 109.
- Liébant, inspecteur des Arts et Manufactures, rue de Ponthieu,6.
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- MM.
- Menneret (Sosthène), industriel, à Troyes.
- Méry-Picard, ingénieur .civil, rue Contrescarpe, 30 bis.
- Paris (vice-amiral), rue Castellane, 10.
- Pasteur, membre de l’Académie des Sciences, rue d’Ulm, 44.
- Personne, pharmacien en chef de l’Hôpital de la Pitié.
- Picard (Gustave), ingénieur mécanicien, rue Cro-zatier, 23.
- Pierre (le colonel), rue de Varenne, 14.
- Popelin (Claudius), artiste peintre, rue de Téhéran' 7.
- Pourcel, ingénieur en chef de Terre-Noire.
- Povre, manufacturier, à Boulogne-sur-Mer.
- Quantin, imprimeur typographe, rue Saint-Benoît, 7.
- Régnault, agent divisionnaire des chemins de fer de l’Ouest.
- Regray , inspecteur en chef du matériel de l’Est.
- Renaud, fabricant de meules, à La Ferté-sous-.louarre.
- Reynier, fabricant de pompes d’arrosage, rue Pierre-Levée, 19.
- MM.
- Richard, constructeur mécanicien, rue Rebeval, 43.
- Roger (Georges), fabricant de meules, à La Ferté-sous-Jouarre.
- Rousselle, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, rue Saint-Dominique, 12.
- Saboté, propriétaire, au château de Cadarsac (Gironde).
- Salis (le comte de), ingénieur civil, rue Lord-Byron, 15.
- Salverte (de), maître des requêtes au conseil d’Etat, rue d’Anjou-Saint-Honoré, 12.
- Schützenberger, professeur au Collège de France.
- Sebert, commandant de l’artillerie de marine, rue de la Chaise, 14.
- Simon (Edouard), ingénieur civil, rue Meslay, 32.
- Tausin et Comp., apprêteurs d’étoffes, à Saint-Quentin.
- Thoyot, ingénieur civil, rue deTurenne, 114.
- Tourasse, propriétaire, à Pau.
- Wiessneg, fabricant d’appareils pour les sciences, rue Gay-Lussac, 64.
- Zegers (Louis), ingénieur des mines au Chili, rue Monge, 10.
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- TABLE ALPHABÉTIQUE
- DES NOUS DES AUTEURS MENTIONNÉS
- DANS LA SOIXANTE ET QUINZIÈME ANNÉE DU BULLETIN.
- (Troisième série — tome 111.)
- (La lettre (P) à la suite d’un article indique qu’il ne s’agit que d’une présentation.'
- A.
- Achard(A.). Sur là transmission des forces à grande distance (P), 707.
- Adam (Ed). Sa part dans les améliorations apportées aux appareils de distillation, 657.
- Alcan. Traité de la filature du coton, 83.
- — Rapport sur l’appareil pour préparer les rognures de peaux destinées à la fabrication de la colle, imaginé par M. Baux, 476 (pl. 50).
- Alexander {William). Ciment incombustible pour empêcher le refroidissement des générateurs de vapeur (P), 460.
- Alibert. Nouvelle cheville de piano, 525 (dessins sur bois).
- Anduse. Système de triturateur (P), 345.
- Appert. Fabrication d’émaux de couleur (P) , 723.
- Argenteuil (marquis d’). Situation de sa fondation,
- 405.
- Armanet. Appareil pour rafraîchir l’eau (P) ,
- 516.
- Arnaudeau (A.). Nouvel organe moteur pour les machines à coudre (P), 354.
- Aubin. Meule blutante (méd. or), 381.
- Audouin [Paul). Appareil pour l’essai de toutes les matières propres à la fabrication du gaz d’éclairage (P), 330.
- — et E. Pelouze. Appareil de condensation des |
- matières liquéfiables tenues en suspension dans les gaz ou vapeurs (méd. plat.), 389; description, 465 (pl. 49).
- Badeuille. Appareil de sauvetage pour les incendies (P), 612.
- Balard. Vice-président de la Société ; sa mort, 338; sa biographie, 443, 450. *
- — Pasteur et Wurtz. Des méthodes pour déterminer les matières colorantes employées pour la falsification des vins, 541.
- Bapst. Situation de sa fondation, 405.
- Barbaudy (G.). Pain pour l’alimentation des chevaux (P), 341, 345, 461.
- Barrai. Rapport sur le procédé de maltage pneumatique de M. Gallànd, 413 (pl. 47).
- — Ouvrage sur les irrigations dans les Bouches-du-Rhône (P), 617.
- Barrère. Machine à graver les vignettes de sûreté, 604 (pl. 51).
- Baude. Visite au pont du Moerdick, chemin de fer d’Anvers à Rotterdam, 231 (pl. 44).
- — Paroles prononcées en séance au sujet de la
- mort de M. le baron Séguier, vice-président de la Société, 268. #
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- ( ™> ) '
- Baude. Rapport sur une forme de rail, dit économique, de M. Martin, 280 (dessin sur bois).
- — Rapport sur le système de rames à effet renversé de M. Ch. Guillemot, 581.
- Baude (Elphége). Situation de la fondation faite par lui, relative au prix institué pour les perfectionnements des procédés du génie civil, 408.
- Baudet (Louis). Système de trusquin (P), 704.
- Baux. Appareil pour préparer les rognures de peaux destinées à la fabrication de la colle (méd. plat.), 386; description, 476 (pl. 50).
- Bazile. Système d’échafaud (méd. br.), 392 ; description, 473 (pl. 50).
- Beauchamp. Amélioration des marais de Parem-puyre (Gironde) (méd. or), 375.
- Bell (Lowthian J.). Sur les houillères, les mines de fer et les usines sidérurgiques des États-Unis d’Amérique, 132, 240 , 294.
- Bellion (J.). Nouveau fusil de chasse se chargeant par la culasse (P), 516.
- Beniest (A. M.). Contre-maître (méd. br.), 398.
- Berrens. Procédé de traitement des minerais de mercure, 611.
- Bertrand. Eloge du général Poncelet, 691.
- Bétille. Dessèchement du marais de Meuraines (Calvados) (méd. or), 375.
- Biard. Projet de voyages autour du monde, 71.
- Billet (A.). Télégraphe imprimant perfectionné (P),
- 350.
- Binant. Système de turbine hydraulique (P), 460.
- Binet. Drague à hélice sous-marine, 614.
- Bischoffsheim. Rapport sur la donation faite par M. Chameroy fils, 518.
- Blanzy, Poure et comp. Emploi de la sciure de bois agglutinée pour empêcher les déperditions de calorique des conduites de vapeur, 410, 515.
- Blavier. Note sur le télégraphe autographique de M. Lenoir, 122 (dessins sur bois). -
- Bloch (Isidore). Specimens de gravure pour filigrane des chèques et billets (P), 345.
- Bob tique (L.j. Méthode de purification des .eaux d’égout (P), 212.
- Boitel. Sur l’acclimatation d’espèces nouvelles de maïs, 265.
- ___Rapport sur l’éducation de vers à soie produits au pénitencier de Casabianda (Corse), par M. Lièvre, 292.
- — Rapporl sur le concours ouvert pour la production de graine saine de vers à soie de race indigène, 375.
- Bollée. Système de voiture à vapeur, 431.
- Bontemps (Georges). Traduction du 2e livre de l’Es-
- sai sur divers arts par Théophile, prêtre et moine
- 613.
- Bouchon. Situation de sa fondation pour le prix relatif à la taille des pierres meulières, 408.
- Boué-Montagnac (JA. Appareil à calculer s’appliquant à un grand nombre de chiffres (P>, 704.
- Bouilhet (C). Système de pompe (P), 720.
- Bouilhet (H.). Rapport sur le trieur magnéto-mécanique de M. Ch. Vavin, 15 (pl. 38).
- — Communication sur une drague à hélice sous-marine de M. Binet, 614.
- — et Ghristofle. Situation de leur fondation, 406.
- — Note sur le nickel extrait des minerais de la Nouvelle-Calédonie, 582.
- Bouquet de la Grye. Sur l’extraction de la vanilline de la sève du sapin, 514.
- Boussard (Félix). Contre-maître typographe (méd. br.), 398.
- Boutin (J. M.). Machine à tailler les limes (P), 269.
- — Télégraphe imprimant (P), ibid.
- Bouvard (G.). Pompe artésienne (P), 505.
- Bouvin. Modification du rouage de montre (P), 720.
- Brassât. Fabrication de tapis-draps (P), 271.
- Breton (Ph.). Etude d’un système général de défense contre les torrents (P), 345.
- Briggs (Robert). Rapport sur la ventilation des salles de représentation (P), 517.
- Brongniart (Th.), membre du comité d’agriculture; sa mort, 268.
- — Son Traité des arts céramiques, 3e édition, 713.
- Bruno et Magnial. Mastic calorifuge (P), 263.
- Bugnard. Procédé pour faire des incrustations dans
- le cristal et la porcelaine (P), 342.
- Bunel. Sur la législation des établissements insalubres, incommodes ou dangereux (P), 708.
- Buss (Édouard). Système de régulateur pour toutes les machines (P), 613.
- €.
- Cacheleux (A. F.). Appareil pour l’échange des dépêches, sans arrêt de train, sur les chemins de fer (P), 270.
- Cadot (Auguste). Montre sans rouage apparent (P),
- 712.
- Calandre (Pierre). Projet de moteur par l’inflammation de la poudre CP), 712.
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-
- ( Ml )
- Camacho. Electro-aimant tubulaire à noyaux multiples (méd. br.), 393.
- Caron (Z,.). Liquide pour peinture à l'huile sur les ciments (P), 728.
- Carré. Situation de sa fondation, 406.
- Carré (J.). Réservoir-filtre à air comprimé fournissant des eaux parfaitement aérées (P), 712.
- Castamer [J.). Projet de tunnel transmarin pour la raversée de la Manche et autres détroits (P), 212.
- — Appareil de sauvetage pour les incendies (P),
- 516.
- Cellier-Blumenthal. Ses perfectionnements dans les appareils distillatoires, 658.
- Cernuschi [H.). La monnaie bi-métallique (P), 209.
- Chabannes [de). Rapport sur le projet de voyages autour du monde de M. Biard, 71.
- Chameroy fils. Nouvelle bascule de pesage dite à contrôle (méd. plat.J, 386.
- — Fondation créée par lui, 461.
- Charton (E.). Cuirs ciselés (méd. br.), 393.
- Christofle et Bouilhet. Situation de leur fondation,
- 406, 521.
- — Note sur le nickel extrait des minerais de la Nouvelle-Calédonie, 582.
- Christy et Bagon. Sur la culture de la consoude rugueuse du Caucase (P), 341, 460.
- Clauss (Paul). Commis principal (méd. br.), 398.
- Cleuet (F.). Régulateur pour l’alimentation des chaudières à vapeur (P), 704.
- Cloëz. Remarques au sujet de l’utilisation des eaux d’égout dans la plaine de Gennevilliers, 214.
- — et V. de Luynes. Rapport sur le saccharimètre de M. Laurent, 671 (pl. 53 et dessins sur bois).
- Clouel (J.), J. Girardin et A. Rivière. Recherches sur les étamages (P), 707.
- Cœur (de). Perfectionnements aux turbines (P), 728.
- Colladon (D.). Note sur les travaux mécaniques pour le percement du Saint-Gothard (P), 212.
- Collignon (Édouard). Son entrée au comité des arts mécaniques, 716.
- Compagnie des forges de Terre-Noire. Fabrication des rails en acier phosphoré (méd. or), 382.
- Compagnie des polders de l’Ouest. Reçoit le prix du concours ouvert pour les dessèchements ou endi-guements, 370.
- Constant (L.). Produit pour la désincrustation des chaudières (P), 263.
- Conti (Albert). Sur la conservation de la viande à l’état frais (P), 341.
- Corel (Augustin). Horloge se remontant par un appareil utilisant les variations de dilatation dues aux changements de température (P), 704, 720.
- Cornu (Max). Note sur les altérations déterminées sur la vigne par le phylloxéra vastatrix, 46.
- Colard (Ch.) Chemin de fer central asiatique (P), 264.
- Gourbis (N.). Procédé de fabrication d’un acier supérieur iP), 705.
- Couturier (M.). Moyen pour empêcher les écrous de machines de se desserrer (P), 269.
- Curter. Purification des métaux facilement fusibles au moyen de la filtration, 158.
- Cuyper (de). L’enseignement technique supérieur de l’empire d’Allemagne (P), 349.
- D.
- bavanne. Communication au sujet des objets en ivoire moulé de M. Latry, 722.
- Debayeux. Appareils télégraphiques pour le service des hôtels (méd. br.), 393.
- Debray. Rapport sur le procédé d’amalgamation des glaces argentées de M. J. E. Lenoir, 19.
- — Communication sur les thermomètres à minima de M. Duclaux, 275.
- — Notice biographique sur M. Balard, 443.
- — Quelques mots sur la ténacité du nickel, 520.
- — Communication sur l’appareil régulateur de la température des étuves et magnaneries chauffées par le gaz, imaginé par M. Raulin, 615.
- — Communication au sujet de la fabrication de l'acide sulfurique fumant de Nordhausen, 616.
- Deherain. Analyse des nodules de phosphate de chaux des Ardennes, 315.
- Delachanal et Mermet. Nouveau tube spectroscopique (méd. plat.), 387; description, 479 (dessins sur bois).
- Delage (L.). Instrument pour rendre plus rapides les procédés d’arpentage (P), 720.
- Delaunay (A). Appareil pour constater la qualifé des vins (P), 713.
- Delaurier. Appareil pour empêcher les accidents de voitures (P), 330.
- Deray (Ph.). Contre-maître au chemin de fer de l’Est (méd. br.), 398.
- Tome 111. — 75e année 3e série. — Décembre 1876.
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- Desaiïly. Exploitation des phosphates de chaux fossiles dans les Ardennes, 312 (pl. 46).
- Deville-Ferrier (A.). Procédé pour combattre le phylloxéra (P), 721.
- ' Devillier. Enduit pour préserver les constructions contre les intempéries (P), 706.
- jDoré. Enduit mordant (P), 517.
- Drayton. Son procédé perfectionné d’étamage des glaces, 19.
- Dronnier (P.). Essai sur la mécanique moléculaire (P), 614.
- Drouyn de Lhuys. Paroles prononcées au banquet des agriculteurs de France, 202.
- Dubois [Pierre). Ouvrier cérusier (méd. br.), 399.
- Dubrunfaut. Sa part dans les perfectionnements modernes apportés aux appareils de distillation, 658.
- Ducastel [Paul). Grille fumivore économique à mouvement rectiligne (P), 209.
- Duclaux. Thermomètres à minima, 275.
- Ducournau. Méthode nouvelle pour faire du ciment très-résistant (P), 712.
- Dumas (président), instruction pratique sur les moyens à employer pour combattre le phylloxéra, et spécialement pendant l’hiver, 191.
- — Paroles prononcées au banquet des agriculteurs de France, 202.
- — Sur la falsification dans l’impression des billets de commerce et des chèques, 263.
- —- Études sur le phylloxéra et les sulfocarbonates (P), 268.
- — Sur l’emploi du borax pour la conservation des viandes, 273.
- — Paroles prononcées, en séance, â l’occasion de la mort de M. Balard, 338.
- — Paroles prononcées à l’occasion de la mort de M. de MiUy, 340.
- — Communication sur les travaux d’amélioration de la navigation de la Seine dus à Latour-Dumoulin, 518.
- — Discours prononcé au Congrès tenu à Clermont-Ferrand le 18 août par la Société française pour l’avancement des sciences, 530.
- — Paroles prononcées en séance à l’occasion de la mort de M. Homberg et de M. Gobley, membres du Conseil de la Société, 708.
- Dumas [Ernest). Note sur la nature de la pierre de touche, 35.
- — Ouvrage sur l’émission, en France, des monnaies décimales de bronze (P), 462.
- Dumêry. Rapport sur les appareils pour la trans- j
- mission pneumatique des dépêches de MM. Mignon et Rouart, 161 (pl. 40, 41, 42).
- Du Moncel (comte Th.). Rapport sur l’anémomètre enregistreur construit par M. Hardy, 57 (pl. 39).
- Dumoulin-Froment. Nouveau mode de réglage des appareils télégraphiques (P), 350.
- Dupont. Frein pour chemin de fer (P), 271.
- Durand-Claye [Alfred). Réclamation au sujet des travaux faits dans la plaine de Gennevilliers pour l’utilisation des eaux d’égout, 213.
- Duroy de Bruignac [A.). Recherches sur la navigation aérienne (P), 210.
- Dutertre. Son entrée au Conseil de la Société, 735.
- Duvaldestin. Instrument pour apprécier la quantité d’alcool contenu dans un liquide (P), 727.
- E.
- Engel-Dolfus. Étude sur l’épargne et les institutions de prévoyance (P), 707.
- Ernouf (baron). Vie et travaux de Pierre Latour-Dumoulin, 518.
- Euverte. Fabrication des rails en acier phosphoré à Terre-Noire, 283.
- F.
- Farcot. Inauguration du buste placé sur sa tombe,
- 152.
- Farcot (E.). Remontoirs à tirage rentrant pour pendules marines (P), 728.
- Fauler. Situation de la caisse de secours fondé par lui en faveur des ouvriers de l’industrie des cuirs, 407.
- Faure. Machines à fabriquer les assiettes de porcelaine, 223 (pl. 43); (méd. or), 382.
- — Machine pour la troisième opération du moulage des assiettes, 733.
- Faure et Kessler. Appareils à cuvette pour la concentration de l’acide sulfurique à 66° R., 67; (méd. or), 383.
- Favray et Gruyelle. Appareil de sauvetage pour les incendies (P), 271.
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- Fernet. Son entrée au Conseil de la Société, 735.
- Flourens (G.). Mémoire sur la fabrication du sucre-candi (P), 721.
- Fournol (Léon). Petit moteur (P), 720.
- Frankland (E.). Rapport de la Commission anglaise traitant des moyens de prévenir la pollution des rivières (P), 715.
- Frigout (Innocent). Chef forgeron (méd. br.J, 399.
- Frochot. Ouvrage sur le cubage des bois (P), 706.
- G.
- Gabelle (Martial). Procédé pour cuire chez soi, sans moufle, les peintures vîtrifiables sur porcelaine,
- 618.
- Galitzin (princesse). Situation de sa fondation, 406.
- Galland. Procédé de maltage pneumatique (méd. plat.), 387; description, 413 (pl. 47).
- Gallet (F.). Procédé pour l’amélioration delà fabrication du fer et de l’àcier (P), 269.
- Garnier (Jules). Découverte du nickel dans la Nouvelle-Calédonie, 412, 582.
- Gaubert (G. de). Procédé pour empêcher les cheminées de fumer (P), 705.
- Gaulne (A. de). Bouton de sonnerie électrique avertisseur des incendies (P), 207.
- Gaumet. Instrument pour mesurer rapidement les distances inaccessibles, 211.
- Gauthier (R.). Système d’abri pour garantir la vigne contre les gelées printannières (P), 269.
- Genique (Pierre). Ouvrier peintre (méd. br.), 399.
- Gemy. Appareil pour faciliter l’exécution des dessins de grande dimension (P), 341.
- Germinet. Ouvrage sur le chauffage par le gaz (P)_, 706.
- Giffard. Reçoit la grande médaille de Prony, 364.
- Girard (Aimé). Son entrée au Conseil de la Société,
- 735.
- Girardin (J.), A. Rivière et J. Glouet. Recherches sur les étamages (P), 707.
- Girault. Mémoire relatif aux plantations à faire le long des cours d’eau (méd. br.), 394 ; rapport, 484.
- Girouard (Émile). Système de burette-lampe pour le graissage des machines, 108 (dessin sur bois); (méd. br.), 394.
- Glaçon (A. T.). Nouveau procédé pour la tréfilerie des métaux (P), 516.
- Gabley. Membre du comité des arts chimiques ; nouvelle de sa mort, 708.
- Goetz (L.). Procédé nouveau de culture (P), 461.
- Gournerie (de la). Rapport sur un Mémoire de M. llhurralde relatif à la taille des pierres des arches biaises, 70.
- — Note sur des expériences entreprises pour déterminer la direction des pressions qui se développent dans une arche biaise, 119 (dessins sur bois.)
- Goyet (P.). Tablier à adapter aux voitures de tramways pour prévenir les accidents (P), 517.
- — Procédé de nettoyage des cheminées (P), 713.
- Gramme. Nouvelle application de sa machine magnéto-électrique, 331.
- Granjean. Planchette dite pendulographe pour le dessin perspectif, 724.
- Grappe (Justin). Machine à tailler les râpes (P), 208.
- Grieumard (J. A.). Système de chauffage des wagons de chemins de fer (P), 706.
- Gronou (F.). Système de moteur (P), 460.
- Grouchy (vicomte de). Rapport sur la nouvelle donation de MM. Christofle et Bouilhet, 521.
- Gruner. Rapport sur la fabrication des rails en acier phosphore de Terre-Noire, 283.
- Gruyelle et Favray. Appareil de sauvetage pour les incendies (P), 271.
- Guérin. Pantographe circulaire pneumatique pour augmenter ou réduire instantanément les dessins, 105 ; (méd. br.), 394.
- Guignet. Lettre à M. Dumas, relativement aux prix mis au concours par la Société d’encouragement, 43.
- Guillemot (Ch.). Système de rames à effet renversé,
- 581.
- Guinebert (Pierre). Système de digues mobiles jepntre les inondations (P) 460, 517.
- Gmtawd (Émile). Système de chauffage de wagons de chemins de fer (P), 706.
- H.
- Hanriau. Création de force motrice au moyen de l’absorption souterraine, 3 (pl. 37).
- Hardy. Anémomètre enregistreur, 57 (pl. 39); (méd. or), 383.
- Hardy (membre du Conseil). Rapport sur le gant d’acier imaginé par M. Sabaté pour le nettoyage de lu wigne, 528.
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- Eaton de la Goupillière. Rapport sur les appareils pour la création de force motrice au moyen de l’absorption souterraine, imaginés par M. Han-riau, 3 (pl. 37).
- — Rapport sur le purgeur du siphon des bains d’Uriage, 277 (pl. 45).
- Henry (Lucien). Nouveau clavier de piano (P), 354.
- Heuzé. Sur les cultures légumières du département de la Seine, 109.
- — Sur le buste de Tessier, 273.
- — Sur la culture et le commerce des fleurs (PJ, 276.
- — Manuel complet des constructions agricoles (P), 342.
- Homberg. Membre du comité des arts économiques ; nouvelle de sa mort, 708.
- Huren. Procédé pour produire le fil de fer blanc, 160.
- I.
- Idrac (J.). Procédé de dessiccation des bois (PJ, 263. Ithurralde. Mémoire relatif à sa taille des pierres des arches biaises, 70; (méd. br.), 394.
- ë.
- Jacquot (Ph.). Procédé pour l’affinage des pièces de fonte de moulage (P), 342.
- Jannetaz. Guide pratique des essais au chalumeau (P), 614.
- Joly [Ch.). De la ventilation des théâtres (P), 613.
- Joly (Romain). Produit chimique neutre pour détruire les corps végétaux dans la laine non tissée ou tissée (P), 263.
- Jus (H.). Résumé historique des sondages artésiens exécutés dans le département de Constantine de 1856 à 1875 (P), 340.
- K.
- Kessler et Faure. Appareils à cuvette pour la con-
- centration de l’acide sulfurique à 66° B., 67; (méd. or), 283.
- Kopp (Émile). Membre correspondant du Conseil de la Société. Sa biographie, 325.
- L.
- Laboulaye. Sur les enveloppes de vapeur à circulation autour des cylindres des machines à vapeur à détente, 178 (dessins sur bois).
- — Notice biographique sur M. le baron Séguier. vice-président de la Société, 361.
- — Rapport sur les titres de M. Giffard à la grande médaille de Prony, 364.
- — Sur les tours composés et sur les machines à graver et à sculpter, 557, 586 (pl. 51 et dessins sur bois).
- — Communication sur la carte du Mont-Blanc dressée par M. Viollet-le-Duc, 730.
- Laguerenne (de). Nouvelle horloge électrique (méd. arg.), 390.
- Lainville et Roy. Papier réactif pour constater la falsification du vin (P), 705.
- Lalo ( Waquer). Nouveau système de cartes géographiques muettes (P), 707.
- Lamar (Ernest). Appareil de sauvetage pour les incendies (P), 516.
- Lamotie (Claude). Contre-maître tonnelier (méd. br.), 400.
- Lamy. Rapport sur les appareils imaginés par MM. Faure et Kessler pour la concentration de l’acide sulfurique à 66° B., 67.
- — De l'état actuel de l’industrie sucrière en France et de quelques expériences relatives au rôle de la chaux dans la défécation, 184.
- — Rapport sur les procédés d’épuration des jus sucrés de M. Marot, 215.
- — Rapport sur la fabrique de levûre française et d’alcool de grains de MM. Springer et comp., 422.
- — Rapport sur les appareils de distillation et de rectification de MM. D. Savalle fils et comp., 657 (pl. 52 et dessins sur bois).
- — Communication sur la conservation et le transport des substances alimentaires à propos de l’Exposition universelle d’hygiène et de sauvetage de Bruxelles en 1876, 710.
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- Latapie. Système nouveau de pompe rotative iP>,
- 712.
- Latour-Dumoulin. Ses travaux d’amélioration de la navigation de la Seine, 518.
- Latry. Objets en ivoire moulé (P), 722.
- Laureau [Jules]. Fabrication d’engrais avec les détritus provenant des salaisons, 272.
- Laurent (Léon). Nouveau saccharimètre (méd. plat.), 388; description, 671 (pl. 53 et dessins sur bois).
- Lavollée (G.). Des différents modes d’exploitation des chemins de fer en France, en Angleterre et aux États-Unis, 86.
- Le Blanc (Félix). Notice biographique sur M. Emile Kopp, 325.
- — Rapport sur un nouvel appareil de condensation mécanique des matières liquéfiables tenues en suspension dans les gaz ou vapeurs, imaginé par MM. E. Pelouze et P. Audouin, 465 (pl. 49).
- — Rapport sur le nouveau tube spectro-électrique de MM. Delachanal et Mermet, 479 (dessins sur bois).
- Lecuyer. Reçoit une médaille d’or pour ses travaux d’irrigation, 369.
- Legrand. Rapport sur l’état financier de la Société d’encouragement pour l’exercice 1874, 402.
- — Situation de la caisse de secours fondée par lui en faveur des ouvriers de la savonnerie, 407.
- Legris. Fabrication des conserves alimentaires (P), 355.
- Lejeune. Paliers graisseurs (méd. br.), 395.
- Lemeunier. Chauffage par l’air et l’eau combinés (P), 732.
- Lenoir (J. E.). Procédé d’amalgamation des glaces argentées, 19 ; (méd. plat.), 388.
- — Télégraphe autographique, 122 (dessins sur bois).
- Lequy (Melle). Longue collaboration comme graveur au Bulletin de la Société (méd. arg.), 390.
- Le Boux (F. P.). Rapport sur le système de pompe de jardin et de serre de M. Beynier, 12 (pl. 37).
- — Communication relative au livre de M. Sebert sur les bois de la Nouvelle-Calédonie, 729.
- Leroux (Julien). Longue collaboration aux travaux de la compagnie des polders de l’Ouest (méd. plat.), 375.
- Lesueur (P. 0. E.). De l’emploi du zinc comme désincrustant à l’intérieur des chaudières à vapeur, 55.
- Lieuté (A. G.]. Appareil mécanique remplaçant le tireur dans l’impression des tissus (P), 270.
- Lièvre. Éducation de vers à soie de race indigène au pénitencier de Casabianda (Corse), 292 ; reçoit le prix du concours, 375.
- Ligny. Appareils pour sécher les habitations humides, 289; (méd. arg.), 391.
- Lionnet (F.). Mémoire sur un procédé général de purification des sucs des végétaux applicables à l’extraction du sucre cristallisable (P), 208.
- Lombardon (P.). Procédé de saponification (P), 212.
- Lopez (H.). Moteur à ressorts pour machine à coudre (P), 728.
- Luynes (F. de). Rapport sur le kaléidoscope perfectionné de M. Thomas, 430.
- — et Cloëz. Bapport sur le saccharimètre de M. Laurent, 671 (pl. 53 et dessins sur bois).
- m.
- Maceaud. Gazomètre inexplosible (P), 732.
- Maës. Préparation d’un papier sans défaut pour la photographie (P), 706.
- Magniat et Bruno. Mastic calorifuge (P), 263.
- Magnin (G.). Nouveau procédé de moulage pour la céramique (P), 707.
- Maillard de Marafy (de). Des progrès réalisés dans le régime international des marques de fabrique,
- 509.
- Maingaud. Sur les mines métalliques de Saint-Jean-du-Gard (P), 263.
- Maistre (.L.). Procédé de fabrication de l’amidon de riz (P), 721.
- Malarce (de). Notice sur les caisses d’épargne scolaires (P), 208.
- Mallat (J. B.). Appareil pour la construction d’un tunnel entre la France et l’Angleterre (P), 269.
- Mallet (A.). Application aux machines locomotives du système de Woolf (P), 613.
- Mandet. Préparation d’un biscuit-viande (P), 729.
- Mangon (Hervé). Note sur un appareil de M. Mel-sens, dit rhé-électromètre, 237 (dessins sur bois).
- — Communication sur le thermométrographe de M. Bedier, 330.
- — Communication sur l’emploi de l’électricité pour le transport de la force à grande distance,
- 331.
- — Communication sur le trituraleur de M. Anduse, 345.
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- Mangon (Hervé). Rapport sur le concours ouvert pour les irrigations, 367.
- — Rapport sur le concours ouvert pour les dessèchements ou endiguements, 370.
- — Rapport sur la vanne automotrice à déclic de M. Pinchard, 427 (dessin sur bois).
- — Rapport sur le système de fermeture des boîtes à lait de M. Rochegude, 523.
- — Observations au sujet des moyens préventifs employés contre les incendies, 718.
- — Remarques au sujet de l’appareil de M. Mou-chot, pour le chauffage au moyen de la chaleur solaire, 734.
- Manuel (de). Président du syndicat des travaux d’irrigation de la plaine de Conflans (méd.arg.),369.
- Maraval (de). Moyen de faire le feutre des chapeaux sans l’emploi du mercure (P), 341.
- Marchand (Eugène). Mémoire sur la force chimique contenue dans la lumière du soleil (P), 270.
- Marot. Procédés d’épuration des jus sucrés, 215.
- Martin (du Mans). Forme de rail, dit économique, 280 (dessin sur bois).
- Martineau (E.). Matière extraite de certains varechs et pouvant servir à l’encollage des toiles (P), 729.
- Maurice (P.-S.). Contre-maître mécanicien (méd. br.). 400.
- Mayoux (H.). Appareil facilitant l’exécution du dessin (P), 516.
- Medhurst. Son chemin de fer atmosphérique, 165.
- Melsens. Note sur les charbons décolorants, leur production artificielle et la révivification des noirs employés dans l’industrie, 91.
- — Appareil dit rhé-électromètre, 237 (dessins sur bois).
- Mengin-Lecreulx (général). Rapport au nom des censeurs sur la comptabilité de la Société pour l’exercice 1874, 409.
- Menier. Situation de la caisse de secours fondée par lui en faveur de l’industrie des produits chimiques, 408.
- Mermet et Delachanal. Nouveau tube spectroscopique (méd. plat.), 387 ; description, 479 (dessins sur bois).
- Meugy. Découvre le premier les nodules de phosphate de chaux des Ardennes, 313.
- Meunier (L.). Procédé pour le sauvetage des personnes dans les incendies (P), 271.
- Meyère. Semoir à engrais pulvérulent, 376.
- Michel (Francisque). Procédé nouveau pour l’essai des paratonnerres (P), 705.
- Mignon et Rouarl. Appareils pour la transmission pneumatique des dépêches, 161 (pl. 40,41 et 42).
- Milly (de). Membre de la Société; sa mort, 341.
- — Situation de la caisse de secours fondée par lui en faveur des ouvriers de la stéarinerie, 407.
- Moll. Rapport sur le semoir à engrais pulvérulent de M. Meyère, 376.
- — Rapport sur la méthode d’élevage des lapins en plein champ de M. Yverneau, 376.
- — Rapport sur un mémoire de M. Girault relatif aux plantations à faire sur les alluvions des cours d’eau, 484.
- Monter (Émile). Mèches pour briquet de fumeur sans chromate de plomb (P), 727.
- Monin (Jean). Ouvrier faïencier, (méd. br.), 400.
- Monrocq. Enduit pour préserver les cartes géographiques de l’humidité, (P), 342.
- Mony-Colchen (le comte de). Observations au sujet de la culture de la betterave, 216.
- Mouchel. Signaux détonants et éclairants pour la marine marchande (P), 705.
- Mouchot. Perfectionnement à son appareil de chauffage par la chaleur solaire, 733.
- Mouquet (H.). Système de chauffage des wagons de chemins de fer (P), 706.
- Mourceau. Perfectionnements dans la fabrication des étoffes pour tentures et ameublement (méd. or.), 384.
- Munroe(S.). Sur la fabrication du‘papier au Japon, 683.
- N.
- Nardi (F.). Machine à cambrer les tiges de bottes (P), 704.
- Nordingh. Emploi de l’eau oxigénée pour la régénération de la couleur blonde des cheveux tP),
- 713.
- P.
- Paillard (L.). Machine à gaz employant le gaz produit par la décomposition de la vapeur d’eau sur du charbon incandescent (P), 271.
- Paliard. Rapport sur les .appareils de M. Ligny pour sécher les habitations humides, 289.
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- Paliard. Rapport sur le système d’échafaud de M. Bazile, 493 (pl. 50).
- — Communication sur le service d’hygiène de la ville de Bruxelles, 716.
- Paris (amiral). Nouveau procédé d’exécution des plans en relief, 520.
- — Son entrée au comité des arts économiques, 727.
- Pasteur. Son entrée au Conseil de la Société, 735.
- — Balard et Wurtz. Des méthodes pour déterminer les matières colorantes employées pour la falsification des vins, 541.
- Paiera. Ouvrage sur les moyens à employer pour rendre les tissus ininflammables, 718.
- Pelouze (E.) et P. Audouin. Appareil de condensation des matières liquéfiables tenues en suspension dans les gaz ou vapeurs (méd. plat.), 389; description, 465 (pl. 49).
- Pernolet. Des appareils employés dans l’industrie pour la production de l’air comprimé, 357.
- Perrier. Vice-président du syndicat des travaux d’irrigation de la plaine de Conflans ; (méd. arg.), 369.
- Personne. Son entrée au Conseil de la Société, 735.
- Pesier. Sur l’emploi exagéré de la chaux à la défécation des jus sucrés, 188.
- Petitjean. Son procédé perfectionné d’étamage des glaces, 19.
- Pfilzinger (J.-C.). Ouvrier au chemin de fer de l’Est (méd. br.), 400.
- Piedfer [A.]. Moteur fonctionnant d’après les variations de l’atmosphère (P) 704.
- Pierre (colonel). Son entrée au comité des arts mécaniques, 716.
- Pihet. Rapport sur la burette-lampe de M. Émile Girouard, 108 (dessin sur bois).
- Pinchard. Vanne automotrice à déclic (méd. arg.), 391 ; description 427, (dessin sur bois).
- Pinchon (A.). Aréomètre thermique à indications concordantes pour l’essai des huiles d’olive (P), 460.
- Planchon [F.]. Modification au métier Jacquart (P), 712.
- Plassiard. Mémoire sur les cordes de violon (P),
- 517.
- Pomel (A.). L’Algérie à l’Exposition universelle de Vienne en 1873 [suite), 60, 204, 322.
- Poncelet (général). Son éloge, par M. Bertrand,
- 691.
- Poure, Blanzy et comp. Emploi de la sciure de bois agglutinée pour empêcher les déperditions
- de calorique des conduits de vapeur, 410, 515. Président de la République. Décret approuvant les nouveaux statuts de la Société d’encouragement,
- 217.
- R.
- Ragon et Christy. Sur la consoude rugueuse du Caucase (P), 341, 460.
- Raulin. Appareil régulateur de la température des étuves et magnaneries chauffées par le gaz, 615.
- Ravel [A.]. Réclamation de priorité au sujet de l’emploi du choc de Peau pour le lavage de la laine, 728.
- Redier. Système de thermométrographe, 330.
- Régnault. Appareils indicateurs électriques, destinés à compléter la sécurité de la marche des trains sur les chemins de fer à une ou à deux voies, 75 (dessins sur bois).
- Reynier. Pompe de jardin et de serre, 12 (pl. 37); (méd. br.), 395.
- Ribourt. Machine locomotive à air comprimé construite dans les ateliers du Creusot pour les travaux du tunnel du Saint-Gothard, 22 (dessins sur bois).
- Ricard [F.]. Système de clavier de piano (P), 613.
- Riche [Alfred). Analyse du nickel de la Nouvelle-Calédonie, 585.
- Rivière [A.), J. Girardin et J. Clouet. Recherches sur les étamages (P), 707.
- Robert [Henri). Horloges mystérieuses, (méd. arg.), 392.
- Robert père. Mordant pour la teinture des tissus mélangés (P), 345.
- Robinet [G. C.). Chauffeur - mécanicien (méd. br.),
- 401.
- Roche [H.). Système de joint de tuyaux avec caoutchouc (P), 517.
- Rochegude. Système de fermeture des boîtes à lait (méd. br.), 396; description, 523.
- Roger [Georges). Reçoit le prix du concours relatif à l’amélioration de la taille des pierres meulières au point de vue de la santé des ouvriers, 365, 709.
- Romas {A.). Système de norias (P), 721.
- Romilly [F. de). Études sur l’entraînement de l’air par un jet d’air ou de vapeur, 351.
- Rondot [Natalis). Situation des industries textiles françaises en 1874, 29.
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- Roslaing (de). Emploi de la poudre de garance pour la conservation des viandes, 275.
- Rouart et Mignon. Appareils pour la transmission pneumatique des dépêches, 161 (pl. 40, 41 et 42).
- Roussette. Son entrée au comité des arts économiques, 727.
- Roy (Gustave). Situation de sa fondation relative au prix de l’industrie cotonnière, 408.
- Roy et Lainville. Papier réactif pour constater la falsification du vin (P), 705.
- S.
- Sabalé. Gant d’acier pour le nettoyage de la vigne,
- 528.
- Saint-Ferréol (de). Purgeur du siphon des bains d’Uriage, 277. (pl. 45).
- Saint-Simon Sicard (de). Lampe inexplosible pour le pétrole (P), 270.
- Salvetat. Rapport sur le pantographe circulaire pneumatique, imaginé par M. Guérin pour augmenter ou réduire instantanément les dessins,
- 105.
- — Rapport sur les machines à fabriquer les assiettes de porcelaine de M. Faure, 223 (pl. 43).
- — Communication au sujet de la nouvelle machine à mouler les assiettes de, M. Faure, 733.
- Sanson (A.). Appareil pour étudier la respiration des grands animaux, 347.
- Savalle (D. fils) et comp. Appareils de distillation et de rectification (méd. or.) 385 ; description 657 (pl. 52 et dessins sur bois}.
- Schützenberger. Son entrée au Conseil de la Société, 735.
- Sebert (H.). Notiee sur les bois de la Nouvelle-Calédonie, 729.
- — Son entrée au Conseil de la Société, 735. Séguier (baron). Sa mort, 268; sa biographie,
- 361.
- Seguin (Joseph). La dentelle, histoire, description, fabrication, 435 (dessins sur bois).
- Selmi (F.). Procédé pour la fixation de l’azote de l’air sous forme assimilable (P), 271.
- Serrin. Perfectionnements à son régulateur de lumière électrique, 347.
- Simon (Édouard). Sur le traité de la filature du coton de M. Alcan, 83.
- Simonin (L.). Les richesses souterraines des Etats-Unis : le charbon, le fer, le pétrole, 415.
- Smith (Laurence). Sur les puits de gaz delaPen-sylvanie, 265, 342.
- Société industrielle de Mulhouse. Fête et Exposition pour le 50e anniversaire de sa fondation , 104, 341.
- Sola (F. A.). Sur le marché du mercure, 605.
- Soleillet (P.). Études d’un chemin de fer d’Alger à Saint-Louis, par Tombouctou (P), 263.
- Sourdot (Louis). Turbine essoreuse pour essais de laboratoire (P), 707.
- Spottiswood (W.). Statistique des propriétaires fonciers de l’Angleterre et du pays de Galles (P), 272.
- Springer et comp. Fabrique de levûre française et d’alcool de grains, 422; (méd. or.), 385.
- Stierlein. Des méthodes pour déterminer les matières colorantes employées pour la falsification des vins, 555.
- T.
- Telliez. Mode de culture des pommes de terre d’hiver (P), 262.
- Thirion (Ch.). Législation comparée des marques de fabrique en France et à l’étranger (P), 330.
- Thomas (Alexandt'e). Instrument pour constater la profondeur des sondages en mer (P), 263.
- Thomas (Jean-François). Contre-maître d’horlogerie (méd. br.), 401.
- Thomas. Kaléidoscope perfectionné, 430.
- Thonion. Reçoit le second prix du concours ouvert pour les irrigations, 369.
- Toselli. Grappins automoteurs, 419 (pl. 48).
- — Projet de tunnel en fer entre la France et l’Angleterre (P), 713.
- Tresca. Paroles prononcées à l’occasion de l’inauguration du buste placé sur la tombe de M. Farcol, 152.
- — Extrait de son rapport sur le concours relatif à l’amélioration de la taille des pierres meulières au point de vue de la santé des ouvriers, 365.
- — Rapport sur les grappins automoteurs de M. Toselli, 419, (pl. 48).
- — Note sur la voiture à vapeur de M. Bottée,
- 431.
- Troost. Communication sur les émaux de couleur et les cristaux de MM. Appert frères, 723.
- Tulpin (Eugène). Perfectionnements à l’industrie du caoutchouc (P), 461.
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- V. Wurtz. Discours à l'occasion de la mort de M. Balard, 450 (dessins sur bois). — Balard et Pasteur. Des méthodes pour déterminer les matières colorantes employées pour la
- Van Royen (J.). Moteur à air chaud (P), 705, 732. Vavin [Ch.]. Trieur magnéto-mécanique, 15 (pl. 38). Vidal (Léon). Procédés de photochromie, 355. Viollet-le-Duc. Carte du Mont-Blanc, 730. Vogl. Les aliments (P), 614. falsification des vins, 541. Y.
- w.
- Wolfî. Rapport sur la nouvelle cheville de piano de M. Alibert, 525 (dessins sur bois). Yverneau. Méthode d’élevage des lapins en plein champ, 376.
- Tome III. — 75* année. 3° série. — Décembre 1876.
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- TABLE
- ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE
- DES MATIÈRES
- CONTENUES DANS LA SOIXANTE ET QUINZIÈME ANNÉE DU BULLETIN.
- Troisième série — tome III.
- (La lettre (P) à la suite d’un article indique qu’il ne s’agit que d’une présentation.)
- A.
- Accidents. Appareil pour empêcher les, de voitures, par M.Delaurier (P), 330.
- — Projet de tablier à adapter aux voitures de tramways pour prévenir les, par M. P. Goyet (P),
- 517.
- Acide sulfurique. Appareils à cuvette pour la concentration de 1’, à 66° B. imaginés par MM. Faure et Kessler ; rapport de M. Lamy, 67 ; (méd. or), 383.
- — Communication de M. Debray au sujet de P, fumant de Nordhausen, 616.
- Acier. Production et consommation de 1’, de 1865 à 1874, 199.
- — Note sur un procédé pour l’amélioration de la fabrication du fer et de 1’, par M. V. Gallet (P), 269.
- — Fabrication des rails en, phosphoré, par M. Eu-verte à Terre-Noire ; rapport de M. Gruner, 283 ; (méd. or), 382.
- — De la fabrication de 1’, aux Etats-Unis, par M. Lowthian-Bell, 294.
- — Procédé de fabrication d’un, supérieur, par M. N. Gourbis (P), 705.
- Agriculture. Sur les cultures Iégumières du département de la Seine, par M. Heuzé, 109.
- — Banquet de 1', en 1876, 201 ; paroles de M. Drouyn de Lhuys, 202 ; paroles de M. Dumas, ibid.
- — Mode de culture des pommes de terre d’hiver, par M. Telliez (P), 262.
- — Sur l’acclimatation d’espèces nouvelles de maïs, par M. Boitel (P), 265.
- — Sur la culture de la consoude rugueuse du Caucase, par MM. Christy et Bagou (P), 341, 460.
- — Procédé nouveau de culture, par M. L. Goetz (P), 461.
- — Mémoire sur les plantations à faire sur les cours d’eau, par M. Girault (méd. br.),394; rapport de M. Moll, 484.
- Air. Machine locomotive à, comprimé, construite dans les ateliers du Creuzot pour les travaux du tunnel du Saint-Gothard, par M. Ribourt, 22 (dessins sur bois).
- —- Application de la compression et de la raréfaction de 1’, à la transmission des dépêches, par MM. Mignon et Rouart; rapport de M. Dumèry, 161 (pl. 40, 41 et 42).
- — Procédé pour la fixation de l’azote de 1’, sous forme assimilable, par M. F, Selmi (P), 271.
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- Air. Etudes sur l’entraînement de 1’, par un jet d’air ou de vapeur, par M. F. de Romilly, 351.
- — Des appareils employés dans l’industrie pour la produetiou de 1’, comprimé, par M. Pernolet, 357.
- — Moteur fonctionnant d’après les variations de pression de 1’, atmosphérique, par M. A. Piedfer (P), 704.
- — Système de moteur à, chaud, par M. J. Van-Royen (P), 705,732.
- Alcool. Fabrique de levûre française et d’, de grains, par MM. Springer et comp. (méd. or.), 385 , rapport de M. Lamy, 422.
- — Appareil de distillation du vin et de rectification de 1’, par MM. D. Savalle fils et comp., (méd. or), 385; rapport de M. Lamy, 657 (pl. 52 et dessins sur bois).
- — Instrument pour mesurer la quantité d’, contenu dans un liquide, par M. Duvaldestin (P), 727.
- Alimentation. Pain pour 1’, des chevaux, par M. G. Barbaudy (P), 341, 345, 461.
- Amalgamation. Procédé d’, des glaces argentées, par M. Lenoir; rapport de M. Debray, 19; (méd. plat.), 388.
- Ameublement. Etoffes pour tentures et, par M. Mourceau (méd. or), 384.
- Amidon. Préparation de P, de maïs, 104.
- — Procédé de fabrication de 1’, de riz, parM. L. Maistre (P), 721.
- Anémomètre. Système d’, enregistreur, construit par M. Hardy ; rapport de M. du Moncel, 57 (pl. 39); (méd. or), 383.
- Anniversaire. Fête et exposition pour le 50e, de la fondation de la Société industrielle de Mulhouse, 104, 341.
- Appareils. Système d’, indicateurs électriques destinés à compléter la sécurité de la marche des trains sur les chemins de fer à une et à deux voies, par M. Régnault, 75 (dessins sur bois).
- — Système d’, dit pantographe circulaire pneumatique pour augmenter ou réduire instantanément les dessins, par M. Guérin; rapport de M. Salvetat, 105; (méd. br.), 394.
- — Système d’, pour l’échange des dépêches sans arrêt de train sur les voies ferrées, par M. A. F. Cacheleux (P), 270.
- — Purgeur du siphon des bains d’Uriage, par M. de Saint-Ferréol ; rapport de M. Haton de la Goupillière, 277 (pl. 45).
- — Pour sécher les habitations humides, par M. Ligny ; rapport de M. Paliard, 289.
- Appareils. Pour empêcher les accidents de voitures, par M. Délaurier (P), 330.
- — Pour étudier la respiration des grands animaux, par M. A. Sanson, 347.
- — Pour distillation, et rectification des alcools, par MM. D. Savalle fils et comp. (méd. .or), 385.
- -- Pour calculer, s’appliquant à un grand nombre de chiffres, par M. J. Boué-Montagnac (P), 704.
- — Perfectionnement à son système d’, de chauffage par la chaleur solaire, par M. Mouchot, 733; observations de M. Hervé Mangon, 734.
- Armes à feu. Nouveau fusil de chasse se chargeant par la culasse, par M. J. Bellion (P), 516.
- Arpentage. Instrument pour rendre plus rapides les procédés d’, par M. L. Delage (P), 720.
- Azote. Procédé pour la fixation de 1’, de l’air sous forme assimilable, par M. F.Selmi (P), 271.
- Balances. Nouvelle bascule de pesage dite à contrôle , par M. Chameroy fils (méd. plat.), 386.
- Banquet. Sur le, de la Société des agriculteurs de France en 1876, 201 ; paroles de M. Drouyn de Lhuys, 202 ; paroles de M. Dumas, ibid. Bibliographie. Sur le Traité de la filature du coton de M. M. Alcan, par M. Édouard Simon, 83.
- — Notice sur les caisses d’épargne scolaires, par M. de Malarce, 208.
- — La monnaie bi-métallique, par M. H. Cernuschi,
- 209.
- — Recherches sur la navigation aérienne, par M. A. Duroy de Bruignac, 210.
- — Rapport sur les sondages exécutés dans le Pas-de Calais, en 1875, pour le chemin de fer sous-marin projeté entre la France et l’Angleterre,
- 210.
- — Note sur les travaux mécaniques pour le percement du tunnel du Saint-Gothard, par M. D. Colladon, 212.
- — Chemin de fer central asiatique, par M. Ch. Cotard, 264.
- — Mémoire sur la force chimique contenue dans la lumière du soleil, par M. Eugène Marchand,
- 270.
- — Statistique des propriétaires fonciers de l’Angle-
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- terre et du pays de Galles, par M. SpoUiswood (William), 272.
- — Législation comparée des marques de fabrique en France et à l’étranger, par M. Ch. Thirion, 330.
- — Résumé historique des sondages artésiens exécutés dans le département de Constantine, de 1856 à 1875, par M. H. Jus, 340.
- — Manuel complet des constructions agricoles, par M. Heuzé, 342.
- — Etude d’un système général de défense contre les torrents, par M. Ph. Breton, 345.
- — L’enseignement technique supérieur de l’empire d’Allemagne, par M. de Cuyper, 349.
- — La dentelle, histoire, description, fabrication, par M. Joseph Seguin, 435 (dessins sur bois).
- — Ouvrage sur l’émission en France des monnaies décimales de bronze, par M. Ernest Dumas, 462.
- — Mémoire sur les cordes de violon, par M. Plas-siard, ingénieur en chef des ponts et chaussées, 517.
- — Rapport sur la ventilation des salles de représentation, par M. Robert Briggs, 517.
- — Vie et travaux de Pierre Latour-Dumoulin, par M. le baron Ernouf, 518.
- — De la ventitation des théâtres, par M. Ch. Joly,
- 613.
- — Traduction, par M. Georges Bontemps, du 2e livre de l’Essai sur divers arts, par Théophile, prêtre et moine, 613.
- — Guide pratique des essais au chalumeau, par M. Jannetas, 614.
- — Les aliments, par M. Vogl, 614.
- — Essai sur la mécanique moléculaire, par M. P. Dronnier, 614.
- — Ouvrage sur les irrigations dans les Bouches-du-Bhône, par M. Barrai, 617.
- — Chauffage par le gaz, par M. Germinet, 706.
- — Cubage des bois, par M. Frochot, 706.
- — Brochure sur la transmission des forces à grande distance, par M. A. Achard, 707.
- — Recherches faites sur les étamages, par MM. J. Girardin, A. Rivière et J. Clouet, 707.
- — Compte rendu des travaux de la Chambre de commerce de Lyon pour 1876, 707.
- — Rapport de la Commission du phylloxéra sur les mesures administratives à prendre pour préserver les territoires menacés, 707.
- — Étude sur l’épargne et les institutions de prévoyance, par M. Engel-Dolfus, 707.
- — Sur la législation des établissements insalubres,
- incommodes ou dangereux, par M. Burnl, 708.
- — Traité des arts céramiques, par A. Brongniart, 3e édition, 713.
- — Rapport de la commission anglaise traitant des moyens de prévenir la pollution des rivières, par M. É. Frankland, 715.
- — Notice sur les bois de Ja Nouvelle-Calédonie, par M. H. Seberl; communication de M. Le Roux,
- 729.
- Bière. Procédé de maltage dit pneumatique pour la fabrication de la, par M. Galland ; (méd. plat.), 387; rapport de M. Barrai, 413 (pl. 47). Biographie. Notice sur M. Emile Kopp, membre correspondant de la Société, par M. Félix Le Blanc, 325.
- — Notice sur M. le baron Seguier, vice-président de la Société, par M. Ch. Laboulaye, 361.
- — Notice sur M. Balard, par M. Debray, 443 ; discours de M. Wurtz, 450.
- — Eloge du général Poncelet, par M. Bertrand, 691. Bois. Procédé de dessiccation des, par M. J.
- Idrac (P), 263.
- — Emploi de la sciure de, agglutinée comme revêtement pour empêcher .les déperditions de calorique, par MM. Blanzy, Poure et comp., 410; 515.
- — Notice sur les, de la Nouvelle-Calédonie, par M. H. Sebert ; communication de M. Le Roux, 729.
- Boîtes. Système de fermeture des, à lait, par M. Rochegude (méd. br.), 396; rapport de M. Hervé Mangon, 523.
- Borax. De l’emploi du, pour la conservation des viandes ; communication de M. Dumas, 273. Brevets. Organisation nouvelle du bureau des, à Londres, 411.
- Burette. Système de, avec lampe, par M. Émile Girouard; rapport de M. Pihet, 108 (dessin sur bois); (méd. br.), 394.
- Buste. Paroles prononcées à l’occasion de l’inauguration du, placé sur la tombe de M. Farcot, par M. Tresca, 152.
- — Sur le, de Tessier, par M. Heuzé, 273.
- G.
- Caisse «le seeours. (Voy. Fondations).
- Calculs. Machine à faire les, par M. J. Boué-Montagnac (P), 704.
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- Calcul. Instrument pour rendre plus rapide le, des nombres, par M. L. Delage (P), 720.
- Camphre. Nouveau produit formé de, et de coton-poudre, 207.
- Cantines. Sur les, et les maisons-dortoirs de certaines mines d’Allemagne, 459.
- Caoutchouc. Perfectionnements à l’industrie du, par i\l. Eugène Tulpin (P), 461.
- — Emploi du, dans l’assemblage des tuyaux, par M. H. Roche (P), 517.
- Céramique. Machines à fabriquer les assiettes de porcelaine, par M. Faure; rapport de M. Sal-vetat, 223 (pl. 43) ; (méd. or), 382.
- — Procédé pour cuire chez soi, sans moufle, les peintures vitrifiables sur porcelaine, par M. Martial Gabelle, 618.
- — Nouveau procédé de moulage pour la, par M. G. Magnin (P), 707.
- — Machine pour la troisième opération du moulage mécanique des assiettes, par M. Faure; communication de M. Salvetat, 733.
- Chapeaux. Moyen de faire le feutre des, sans
- . employer de mercure,par M. A. Mar aval (P), 341.
- Charbon. Note sur le, décolorant, sa production
- . artificielle et la revivification des noirs employés dans l’industrie, par M. Melsens, 91.
- Charpente. Système d’échafaud , par M. Bazile
- : (méd. br.), 392; rapport de M. Paliard, 473 (pl. 50).
- Chaudières à vapeur. De l’emploi du zinc comme désincrustant à l’intérieur des, par M. P. 0. E. Lesueur, 55.
- — Produit fabriqué par M. L. Constant, pour la désincrustation des, (Pj, 263.
- — Emploi de la sciure de bois agglutinée pour empêcher les déperditions de chaleur des conduits des, cylindres de machines, etc., par MM. Blanzy, Poure et comp., 410, 515.
- — Ciment incombustible pour empêcher le refroidissement des, par M. William Alexander (P), 460.
- — Régulateur pour l’alimentation des, par M. V. Cleuet (P), 704.
- Chauffage. Procédé pour empêcher les cheminées de fumer, par M. C. de Gaubert (P), 705.
- — Système de, des wagons de chemins de fer, par M. H. Mouquet (P), 706.
- — Autre système se proposant le même but, par M. J. A. Grieumard (P), 706.
- — Autre système du même genre, par M. Émile Guitard (P), 706.
- Chauffage. Système de, par l’air et l’eau combinés, par M. Lemeunier (P), 732.
- — Appareil pour le, par la chaleur solaire, par M. Mouchot, 733; observations de M. Hervé Man-gon, 734.
- Chaux. De quelques expériences relatives au rôle de la, dans la défécation des sucreries, par M. Lamy, 184.
- — Sur les gisements et les exploitations de phosphates de, fossiles dans les départements des Ardennes et de la Meuse, 312 (pl. 46).
- Cheminées. Sur deux, gigantesques, d’usines,
- 160.
- — Procédé pour empêcher les, de fumer, par M. C. de Gaubert (P), 705.
- — Procédé pour le nettoyage des, par M. P. Goyet (P), 713.
- Chemins de fer. Locomotive à air comprimé construite dans les ateliers du Creusot pour les travaux du tunnel du Saint-Gothard, par M. Ri~ bourt, 22 (dessins sur bois).
- — Appareils indicateurs électriques destinés à compléter la sécurité de la marche des trains sur les, à une ou à deux voies, par M. Régnault, 75 (dessins sur bois).
- — Des différents modes d’exploitation des , en France, en Angleterre et aux États-Unis, par M. C. Lavollée, 86.
- — Études d’un, d’Alger à Saint-Louis, par Tombouctou, par M. Paul Soleillet (P), 263.
- — Frein pour, par M. Dupont (P), 271.
- — Forme de rail, dit économique, par M. Martin; rapport de M. Baude, 280, (dessins sur bois).
- — Système de chauffage des wagons de, par M. H. Mouquet (P), 706.
- — Autre système se proposant le même but, par M. J. A. Grieumard (JP), 706.
- — Autre système du même genre, par M. Émile Guitard (P), 706.
- Chèques. Sur la falsification dans l’impression des billets de commerce et des, par M. Dumas, 263.
- — Spécimens de gravure pour filigrane des, et billets, par M. Isidore Bloch (P), 345.
- Chevaux. Pain pour l'alimentation des, par M. Barbaudy (P), 341, 345, 461.
- Ciment. Préparation d’un, destiné à empêcher le refroidissement des chaudières à vapeur, par M. William Alexander (P), 460.
- — Méthode nouvelle pour faire du, très-résistant, par M. Ducournau (P), 712.
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- Ci ment. Liquide pour peinture à l’huile sur le, par M. L. Caron (P], 728.
- Cobalt. Sur la ténacité du, par M. Debray, 520.
- Colle. Appareil pour préparer les rognures de peaux destinées à la• fabrication de la, par M. Baux (méd. plat.), 386; rapport de M. Alcan, 476 (pl. 50).
- Combustion. Grille fumivore économique à mouvement rectiligne, par M. Paul Ducastel (P), 209.
- Comptabilité. Rapport de M. Legrand sur les comptes de recettes et dépenses de la Société pour l’exercice 1874,402; rapport deM. le général Mengin-Lecreulx au nom des censeurs, 409.
- Concours. Extrait du rapport de M. Tresca sur le, relatif à l’amélioration de la taille des pierres meulières au point de vue de la santé des ouvriers, 365.
- — Rapport de M. Hervé Mangon sur le, ouvert pour les irrigations, 367.
- — Rapport du même sur le, ouvert pour les dessèchements, ou endiguements, 370.
- — Rapport de M. Boitel sur le, pour la production de graine saine de vers à soie de race indigène, 375.
- Congrès. Discours prononcé par M. Dumas au, tenu à Clermont-Ferrand le 18 août par la Société française pour l’avancement des sciences, 530.
- Conseil d’administration. Liste des membres titulaires et des membres honoraires composant le, de la Société d’après les élections du 5 mai 1876,333.
- Conservation. Sur la, des viandes au moyen du borax, par M. Dumas, 273.
- — Sur la, de la viande à l’état frais, par M. Albert Conti (P), 341.
- — Communication de M. Lamy sur la, et le transport des substances alimentaires à l’Exposition universelle d’hygiène et de sauvetage ouverte à Bruxelles en 1876, 710.
- Coton. Sur le traité de la filature du, de M. M. Alcan, par M. Édouard Simon, 83.
- Couleurs. Préparation de, pour émaux, par MM. Appert ; communication de M. Troost, 723.
- Cuirs. Outils pour ciseler les, par M. E. Charton (méd. br.), 393.
- D.
- Décret du président de la République, approu-
- vant les nouveaux statuts de la Société, 217.
- Dentelle. Histoire, description, fabrication de la, par M. Joseph Seguin, 435 (dessins sur bois); les dentelles aux fuseaux, 436 ; la Valenciennes, 437 ; guipures modernes, 438 ; guipures et applications de Mirecourt, 439 ; blonde de Caen, 440 ; dentelle dite gueuse d’Espagne, 442.
- Dépêche*. Système de transmission pneumatique des, par MM. Mignon et Bouart ; rapport de M. Duméry, 161 (pl. 40, 41 et 42) ; note sur ce système ; définition, but et utilité, 165 ; application du système dans Paris, 167 ; description du système, 168 ; installation des appareils, 172; description d’un poste complet, 174 ; extension du problème, 177.
- — Appareil pour l’échange des, sans arrêt de train sur les voies ferrées, par M. A. F. Cache-leux (P), 270.
- Dépenses. Compte des recettes et, de la Société pour l’exercice 1874 ; rapport de M. Legrand, 402 ; rapport de M. le général Mengin-Lecreulx, au nom des censeurs, 409.
- Dessèchements. Rapport de M. Hervé Mangon sur le concours pour les, ou endiguements, 370.
- Dessin. Pantographe circulaire pneumatique pour augmenter ou réduire instantanément tout, par M. Guérin; rapport de M. Salvetat, 105; (méd. br.), 394.
- — Appareil pour faciliter l’exécution de tout, de grande dimension par M. Gemy (P), 341.
- — Appareil facilitant l’exécution du, par M. H. Mayoux (P), 516.
- — Planchette pour le, perspectif, par M. le capitaine Granjean, 724.
- Digues. Système de, mobiles contre les inondations par M. Pierre Guinébert (P), 460, 517.
- Discours prononcé par M. Tresca à l’occasion de l’inauguration du buste placé sur la tombe de M. Farcot, 152.
- — prononcé par M. Dumas au Congrès tenu à Clermont-Ferrand, le 18 août, par la Société française pour l’avancement des sciences, 530.
- Distillation. Appareils de, et de rectification des alcools, par MM. D, Savalle fils et comp. (méd. or), 385; rapport deM. Lamy, 657 (pl. 52 et dessins sur bois).
- Drague. Système de, à hélice sous-marine, par M. Binet; communication de M. H. Bouilhet, 614.
- Droits protecteurs. Des, aux Etats-Unis, parM. Lowthian Bell, 301.
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- E.
- Eau oxygénée. De l’emploi de 1’, pour ramener au blond la couleur des cheveux, par M. Nordingh (P), 713.
- Eaux. Méthode de purification des, d’égout, par M. L. Boblique (P), 212.
- — Utilisation des, d’égout ; réclamation de M. Alfred Durand-Claye, 213 ; remarques de M. Dumas, ib. ; observations de M. Cloëz, 214.
- — Réservoir-filtre à air comprimé fournissant des,
- _ parfaitement aérées, M. J. Carré (P), 712.
- Éeliafaud. Système d’, pour le bâtiment, par M. Bazile (méd. br.), 392 ; rapport de M. Pa-liard, 473 (pl. 50).
- Eclairage. Perfectionnements â son régulateur de lumière électrique, par M. Serrin, 347.
- Ecrous. Moyens pour empêcher les, des machines de se desserrer, par M. M. Couturier (P),
- 269.
- Electricité. Appareils indicateurs mus par 1’, destinés à compléter la sécurité de la marche des trains sur les chemins de fer à une ou à deux voies, par M. Begnault, 75 (dessins sur bois).
- — Note sur un appareil de M. Melsens dit rhé-électromètre, par M. Hervé Mangon, 237 (dessins sur bois).
- — Emploi de 1’, pour le transport de la force à de
- . grandes distances ; application de l’appareil
- Gramme; communication de M. Hervé Mangon,
- 331.
- — Electro-aimant à noyaux multiples, par M. Ca-
- ; macho (méd. br.), 393.
- Eloge du général Poncelet, par M. Bertrand, 691.
- Émaux. Couleurs pour, par MM. Appert ; communication de M. Troost, 723.
- Endigue ments. Rapport de M. Hervé Mangon sur le concours ouvert pour les, ou dessèchements, 370.
- Enduit. Préparation d’un, pour préserver les cartes géographiques de l’humidité, par M. Mon-rocq (P), 342.
- — Système d’, mordant, par M. Doré (P), 517.
- — Système d’, pour préserver les constructions contre les intempéries, par M. Devillier (P), 706.
- Engrais. Fabrication d’, avec les détritus provenant des salaisons, par M. Jules Laureau, 272.
- — Sur les gisements et les exploitations de
- phosphate de chaux fossile dans les départements des Ardennes et de la Meuse, historique, 312 ; description et composition des nodules ou rognons de phosphate de chaux, 314 ; exploitation des nodules, 316 ; préparation des nodules, 318 ; production et prix de revient, 320 ; outils et appareils employés pour l’extraction et le lavage des nodules, 321, (pl. 46).
- — Semoir à, pulvérulent de M. Mégère; rapport de M. Moll, 376.
- Enseignement. Appareil pour 1’, de la musique, par M. F. Bicard, 613.
- — Nouveau procédé d’exécution des plans en relief pour 1’, par M. l’amiral Paris (P), 520.
- — Système nouveau de cartes muettes, par M. Wa-quer Lalo (P), 707.
- Etamage. Nouveau procédé d’, des glaces argentées, par M. Lenoir; rapport de M. Debray,
- 19.
- Étain. Purification de 1’, au moyen de la filtration, par Curler, 158.
- Exposition universelle. L’Algérie à 1’, de Vienne en 1873, par M. A. Pomel (suite), plantes médicinales et essences, 50; matières tinctoriales et tannantes d’origine végétale, 51; produits forestiers, 52; vins, alcools et légumes, 95; matières textiles d’origine végétale, 97; textiles d’origine animale, 102 ; autres produits d’origine animale, 204; matières alimentaires d’origine animale, 205; produit des chasses, 322 ; instruction publique, travaux s’y rattachant 324; travaux publics, 453 ; industrie domestique, ib; conclusions sur les ressources de la Colonie, 454; commerce général de la Colonie, 455.
- — Nomination d’un comité français pour prendre part à 1', d’instruments scientifiques à Londres, 262.
- — Loi ayant pour objet l’ouverture d’une, en 1878, 512.
- — Communication de M. Lamy sur 1’, d’hygiène et de sauvetage de Bruxelles, 710.
- — Communication de M. Paliard sur la même Exposition, 716.
- F.
- Falsification. De la, dans l’impression des
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- billets de commerce et chèques ; communication de M. Dumas, 263.
- Falsification. Des méthodes pour déterminer les matières colorantes employées pour la, des vins ; rapport de MM. Balard, Pasteur et Wurtz, 341; sur le même sujet, parM. Stierlein, 553.
- — Papier réactif pour constater la, du vin, par MM. Lainville et Roy (P), 705.
- Fer. Sur les houillères, les mines de, et les usines sidérurgiques des États-Unis d’Amérique, par M. J. Lowthian Bell, 132, 240,294.
- — Production et consommation de la fonte de fer de 1865 à 1874, 197.
- — Note sur un procédé pour l’amélioration de la fabrication du, et de l’acier, par M. F. Gallet (P), 269.
- — Sur les mines de, de charbon et sur les puits de pétrole de l’Amérique, par M. L. Simonin, 485 ;— note des Secrétaires de la Société à l’occasion de cet article, 688.
- Fermeture. Système de, des boîtes à lait, par M. Rochegude (méd. br.), 396; rapport de M. Hervé Mangon, 523.
- Feutre. Procédé pour faire le, des chapeaux sans l’emploi du mercure, par M. A. Maraval (P), 341.
- Fil de fer.'Procédé pour produire le, blanc, par M. Huren, 160.
- Filtration. Purification des métaux facilement fusibles au moyen de la, par Curter, 158.
- Finances. Rapport de M. Legrand sur les, de la Société pour l’exercice 1874, 402 ; rapport de M. le général Mengin-Lecreulx au nom des censeurs, 409.
- Fleurs. Culture et commerce des, par M. Heuzé (P), 276.
- Fondations. De M. le marquis d’Argenteuil,
- 405.
- — Do M. Bapst, 405.
- — De MM. Ghristofle et Bouilhet, 406 ; rapport de M. le vicomte de Grouchy sur leur nouvelle donation, 521.
- — De Mme la princesse Galitzin et de M. Carré,
- 406.
- — Caisse de secours pour l’industrie des cuirs,
- 407.
- — Caisse de secours pour l’industrie de la savonnerie, 407.
- — Caisse de secours pour les articles industriels, 407.
- Fondations. Caisse de secours pour la céramique, 407.
- — Caisse de secours pour les arts chimiques, 408.
- — Pour la taille des meules, 408.
- — Pour l’industrie cotonnière, 408.
- — Pour les perfectionnements aux procédés du génie civil, 408.
- — Faite par M. Chameroy fils, 461 ; rapport de M. Bischoffsheim, 518.
- Fonte. Procédé pour l’affinage des pièces de, moulées par M. Ph. Jacquot (P), 342.
- — Fabrication de, aciéreuse, par M. N. Courlis (P), 705.
- Frein. Système de, automatique pour chemins de fer, par M. Dupont (P), 271.
- Fumivorité. Système de, pour les cheminées, par M. G. de Gaubert (P), 705.
- Fusils. Nouveau système de, se chargeant par la culasse, par M. J. Bellion (P), 516.
- G.
- Garance. Effet de la poudre de, pour la conservation des viandes, constaté par M. de Rostaing,
- 275.
- Gaz. Sur les puits de, de la Pensylvanie, par M. Laurence Smith, 265, 342.
- — Appareil purgeur destiné à supprimer les accumulations de, qui se produisent dans le siphon des bains d’Uriage, par M. de Saint-Fer-réol; rapport de M. Ilaton de la Goupillière, 277 (pl. 45).
- Gaz d’éclairage. Appareil pour l’essai de toutes les matières propres à la fabrication du, par M. Paul Audouin (P), 330.
- — Appareil de purification du, par MM. E. Pelouze et P. Audouin (méd. plat.), 389; rapport de M. F. Le Blanc, 466 (pl. 49).
- — Prix fondés par la Société technique du, pour être décernés en 1877, 727.
- — Réservoir inexplosible pour le, par M. Maccaud CP), 732.
- Géographie. Nouveau procédé d’exécution des plans en relief, par M. l’amiral Paris, (P) 520.
- Nouveau système de cartes muettes, par M. Wa-quer Lato (P), 707.
- — Carte du Mont-Blanc, par M. Viollet-le-Duc Caisse de secours pour la stéarinerie, 407. communication de M. Laboulaye, 730.
- Tome III. — 75e année. 3e série. — Décembre 1876. 98
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- Géographie. — Nouveau système de globe terrestre, par M. de Cohorn (P), 732.
- Glaces. Procédé d’amalgamation des, argentées, par M. Lenoir; rapport de M. Debray, 19; (méd. plat.), 388.
- Graissage. Burette-lampe pour le, par M. Émile Girouard; rapport de M. Pihet, 108 (dessin sur bois); (méd. br.), 394.
- — Système de palier pour le, par M. Lgjeunei (méd. br.), 395.
- Grappins. Système de, automoteurs, par M. Tôselli; rapport de M. Tresca, 419 (pl. 48).
- Gravure. Spécimens de , pour filigrane des billets et chèques, par M. Isidore Bloch (P), 345. .
- Hauts fourneaux. Sur les, des Etats-Unis d’Amérique, par M. J. Lowthian Bell, 249.
- Horlogerie. Système électrique appliqué à P, par M. Laguerenne (méd. arg.), 390.
- — Horloges mystérieuses, par M. Henry Bobert (méd. arg.), 392.
- — Horloge dont le remontage se fait par un appareil utilisant les variations de dilatation dues aux changements de température, par M. Augustin Corel (P), 704, 720.
- — Montre sans rouages apparents, par M. Auguste Cadot( P), 712.
- — Modification du rouage de montre, par M. Bou-
- , vin (P), 720.
- — Remontoirs à tirage rentrant pour pendules marines, par M. E. Farcot (P), 728.
- Houille. Sur les mines de, et de fer, et sur les usines sidérurgiques des Etats-Unis d’Amérique, par M. Lowthian Bell, 132, 240, 294.
- — Sur la, le fer et le pétrole de l’Amérique, par M. L. Simonin, 485 ; — note des Secrétaires de la Société à l’occasion de cet article, 683. ...
- Humidité. Appareils pour enlever 1’, des habitations, par M. Ligny ; rapport de M. Paliard, 289; (méd. arg.), 391.
- — Enduit pour préserver les cartes géographiques de 1’, par M. Monrocq (P), 342.
- Hydraulique. Création de force motrice, au moyen de l’absorption souterraine, par M. G. j
- Hanriau; rapport de M. Haion de la Goupillière, 3 (pl. 37).
- Hygiène. Sur le service tf’, et de salubrité de la ville de Bruxelles ; communication de M. Pa-liard, 716.
- I.
- Impression des tissus. Appareil mécanique remplaçant le tireur dans 1’, par M. A. C. Lieutè (P), 270.
- Incendies. Bouton de sonnette électrique avertisseur des, par M. Gaulne [A. de) (P), 207.
- — Procédé pour le sauvetage des personnes dans les, par M. L. Meunier (P), 271.
- — Appareil de sauvetage pour les, par MM. Favray et Gruyelle (P), 271.
- — Appareil de sauvetage pour les, par M. Favray, (P), 460.
- — Autre appareil du même genre, par M. Ernest Lamar (P), 516.
- — Autre appareil du même genre,,par M. Casta-nier (P), 516.
- — Autre appareil du même genre, par M. Ba-deuille (P), 612.
- — Sur les appareils à, à l’Exposition d’hygiène et de sauvetage de Bruxelles, par M. Paliard, 717; observations de M. Hervé Mangon, 718.
- Incrustations. De l’emploi du zinc contre les, des chaudières à vapeur, par M. P. 0. E. Lesueur, 55.
- — Produit fabriqué par M. L. Constant pour enlever les, des chaudières (P), 263.
- — Procédé pour faire des, dans le cristal et la porcelaine, par M. Bugnard (P), 342.
- Indu st r tels. Récompenses aux. (Voy. Séance générale. )
- Industries textiles. Situation des, françaises en 1874, par M. Natalis Rondot, 29. (Voy.
- Statistique).
- Inondations. Digues mobiles contre les, par M. Pierre Guinébert (P), 460, 517.
- Instruments de précision. Pantographe circulaire pneumatique, par M. Guérin; rapport de M. Salvetat, 105; (méd. br.), 394.
- — Instrument pour mesurer rapidement les distances inaccessibles, par M. Gaumet, 211.
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- Instruments de précision. Instrument pour constater la profondeur des sondages en mer, par M. Alexandre Thomas (P), 263.
- — Thermomètre à minima, par M. Duclaux ; communication de M. Debray, 275.
- — Thermométrographe, par M. Redier; communication de M. Hervé Mangon, 330.
- — Appareil pour faciliter l’exécution des dessins de grande dimension, par M. Gemy (P), 341.
- — Saccharimètre par M. Laurent (méd. plat.), 388 ; rapport de MM. Cloëz et de Luynes, 671 (pl. 53 et dessins sur bois).
- — Aréomètre thermique à indications concordantes pour l’essai des huiles d’olive, par M. A. Pinchon (P), 460.
- — Planchette dite pendulographe pour le dessin perspectif, par M. Granjean, 724.
- — Appareil pour mesurer la quantité d’alcool contenue dans un liquide, par M. Duvaldestin (P),
- 727.
- Instruments de musique. Nouveau clavier de piano, par M. Lucien Henry (P), 354.
- — Nouvelle cheville de piano, par M. Alibert; rapport de M. Wolff, 525 (dessins sur bois).
- — Système de clavier de piano, par M. F. Ricard, 613.
- irrigations. Rapport de M. Hervé Mangon sur le concours ouvert pour les, 367. -
- — Vanne automotrice à déclic pour les, par M. Pinchard ( méd. arg.), 391 ; rapport de M. Hervé Mangon, 427 (dessin sur bois).
- — Sur les, dans les Bouches-du-Rhône, par M. Barrai, 617.
- Ivoire. Sur le commerce de 1’, en Angleterre,
- 513.
- — Fabrication d’objets en, moulé provenant des déchets, par M. Latry ; communication de M. Da-
- vanne, 722.
- J.
- Jus sucrés. Procédés d’épuration des, par M. Marot; rapport de M. Lamy (extrait), 215; observations de M. le comte de Mony-Colchen,
- 216.
- L.
- Laine. Produit chimique neutre pour détruire les corps végétaux dans la, non tissée ou tissée, par M. Romain Joly (P), 263. 1
- Réclamation de priorité adressée par M. A. Ravel au sujet de l’emploi du choc de l’eau pour le lavage de la, 728.
- Lait. Système de fermeture des boîtes pour le, par M. Rochegude (méd. br.), 396 ; rapport de M. Hervé Mangon, 523.
- Lampe. Système de, inexplosible pour le pétrole, par M. de Saint-Simon Sicard (P), 270.
- Lapins. Méthode d’élevage des, en plein champ, par M. Yverneau ; rapport de M. Moll, 376.
- Légumes. Sur la culture des, dans le département de la Seine, par M. Heuzê, 109.
- — Mode de culture des pommes de terre d’hiver, par M. Telliez [P), 262.
- Lettre. Envoi d’une, à M. Dumas, relativement aux prix mis au concours par la Société , par M. Guignet, 43. J
- — De M. Alfred Durand-Glaye au sujet de l’utilisation des eaux d’égout, 213. .
- Levure. Fabrication de, française et d’alcool de grains, par MM. Springer et comp. (méd. or), 385; rapport de M. Lamy, 422.
- Limes. Machine à tailler les, par M. J. M. Boulin (P), 269.
- Liste des membres titulaires et des membres honoraires composant le conseil d'administration de la Société, d’après les élections du 5 mai 1876, 333.
- — des médailles de différentes classes décernées aux industriels dans la séance générale du 9 juin 1876, 378.
- — des médailles de bronze décernées aux ouvriers et contre-maîtres dans la même séance, 396.
- — des nouveaux membres admis en 1876 à faire partie de la Société, 737.
- Locomotives. (Voy. Machines locomotives.)
- Lumière. Perfectionnements à son régulateur de, électrique, par M. Serrin, 347.
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- M.
- Hlaeliines à vapeur. Sur les enveloppes de vapeur à circulation autour des cylindres des, à détente, par M. Laboulaye, 178 (dessins sur bois).
- machines diverses. Trieur magnéto-mécanique, par M. Ch. Vavin; rapport de M. H. Bouilhet, 15 (pi. 38).
- — Machine à tailler les râpes, par M. Justin Grappe (P), 208.
- — Machines à fabriquer les assiettes de porcelaine, par M. Faure, rapport de M. Salvetat, 223 (pl. 43).
- — Machine à tailler les limes, par M. J. M. Boulin (P), 269.
- — Machine à gaz employant le gaz produit par la décomposition de la vapeur d’eau par du charbon incandescent, par M. L. Paillard (P), 271.
- — Trilurateur par M. Anduse; communication de M. Hervé Mangon, 345.
- — Nouvel organe moteur pour machines à coudre, par M. A. Arnaudeau (P), 354.
- — Semoir à engrais pulvérulent de M. Meyère, rapport de M. Moll, 376.
- — Sur les tours composés et sur les machines à graver et à sculpter, par M. Laboulaye, 557 (dessins sur bois) ; machine à graver les vignettes de sûreté, par M. Barrere, 604 (pl. 51).
- — Dragueur à hélice sous-marine, par M. Binet; communication de M. H. Bouilhet, 614.
- — Machine pour cambrer les tiges de bottes, par M. F. Nardi (P), 704.
- — Systèmede trusquin, par M. Louis Baudet{¥),70L
- — Machine pour la troisième opération du moulage mécanique des assiettes, par M. Faure; communication de M. Salvetat, 733.
- machines hydrauliques. Système de turbine, par M. Binant (P), 460.
- — Système de norias, par M. A. Bornas (P), 721.
- — Perfectionnements aux turbines , par M. de Cœur (P), 728.
- machines locomotives. Sur la, à air comprimé construite dans les ateliers du Creusot, pour les travaux du tunnel du Saint-Gothard, par M. Bibourt, 22 (dessins sur bois).
- — Application aux, du système Woolf, par M. A. Mallet (P), 613.
- maïs. Préparation de l’amidon de, 104.
- — Sur l’acclimatation d’espèces nouvelles de, par M. Boitel, 265.
- malt. Fabrication pneumatique de, par M. Gal-land (méd. plat.), 387 ; rapport de M. Barrai, 413 (pl. 47).
- maraîchers. Sur l’industrie des, dans le département dn la Seine, par M. Heuzê, 109.
- marques de fabrique. Des progrès réalisés dans le régime international des, par M. de Maillard de Marafy, 509.
- mastic. Préparation d'un, calorifuge, par MM. Bruno et Magniat (P), 263.
- mèches. Système de, pour briquet de fumeur remplaçant celles ordinaires au chromate de plomb, par M.- Émile Monier (P), 727.
- médailles. Rapport de M. Laboulaye sur les titres de M. Giffard à la grande, de Prony, 364.
- — Liste des, de différentes classes décernées aux industriels dans la séance générale du 9 juin 1876,378.
- — Liste des, de bronze décernées aux ouvriers et contre-maîtres dans la même séance, 396.
- — Programme des prix et, mis aux concours par la Société ponr être décernés en 1877, 1878, 1879, 1880, 1881 et 1882, 620.
- mercure. Sur le marché du, par M. F. A. Sola, 605.
- métallurgie. Note sur un procédé pour l’amélioration de la fabrication du fer et de l’acier, par M. V. Gallet (P), 269.
- — Fabrication des rails en acier phosphoré à Terre-Noire, par M. Euverte; rapport de M. Grimer, 283.
- — Procédé pour l’affinage des pièces de fonte moulée, par M. Ph. Jacquot (P), 432.
- métier à tisser. Modification au, du sys -tème Jacquart, par M. F. Planchon (P), 712.
- meules. Extrait du rapport de M. Tresca, sur le concours relatif à l’amélioration de la taille des, au point de vue de la santé des ouvriers, 365.
- — Système de, blutantes, par M. Aubin (méd. or), 381.
- mines. Sur les, de bouille et de fer, et sur les usines sidérurgiques des États-Unis d’Amérique, par M. J. Lowthian Bell, 132, 240, 294.
- — Sur les, métalliques de Saint-Jean-du-Gard, par M. Maingaud (P), 263.
- — Sur les, de Nickel de la Nouvelle-Calédonie, 412.
- — Maisons-dortoirs et cantines de certaines, de l’Allemagne, 459.
- — Sur les, de charbon, de fer et sur les puits de pétrole de l’Amérique, par M. L. Simonin, 845.
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- Mines. Note sur le nickel extrait des, de la Nouvelle-Calédonie, par MM. P. Christofle et 11. Bouilhet, 582.
- Morilant. Préparation d'un, pour la teinture des tissus mélangés, par M. Robert père (P), 345.
- Moteur. Système de, hydraulique, par M. G. Hanriau; rapport de M. Haton de la Goupillière, 3 (pl. 37).
- — Système de, à vapeur pour voitures, par M. Bollée ; note de M. Tresca, 431.
- — Nouveau système de, par M. V. Gronou (P),
- 460.
- — Système de, fonctionnant d’après les variations de pression de l’atmosphère, par M. A. Piedfer (P), 704.
- — Système de, à air chaud, par M. J. Van-Roy en (P), 705, 732.
- — Projet de, par l’inflammation de la poudre, par M. Pierre Calandre (Pj, 712.
- — Système de petit, par M. Léon Fournol (P), 720.
- — Système de, à ressort pour machines à coudre, par M. H. Lopez (P), 728. .
- Moulage. Nouveau procédé de, pour la céramique et la verrerie, par M. G. Magnin (P), 707.
- N.
- Navigation. Sur les améliorations apportées à dater de 1830 à la, de la Seine, par M. Latour-Dumoulin ; communication de M. Dumas, 518.
- — Système de rames à effet renversé, par M. Ch. Guillemot; rapport de M. Baude, 581.
- — Signaux détonants et éclairants pour la marine marchande, par M. Mouchel (P), 705.
- Nécrologie. Mort de M. le baron Séguier, vice-président de la Société ; paroles prononcées en séance par M. Baude, 268.
- — Mort de M. Th. Brongniart, membre du comité d’agriculture, 268.
- — Notice sur Emile Kopp membre correspondant du Conseil de la Société d’encouragement, par M. F. Le Blanc, 325.
- — Mort de M. Balard, vice-président du Conseil de la Société; paroles prononcées en séance par M. Dumas, 338 ; notice de M. Debray, 443 ; discours de M. Wurtz, 450.
- Nécrologie. Mort de M. de Milly, membre de la Société, 340. .. i-A
- — Mort de M. Homberg, membre du comité des
- arts économiques ; paroles prononcées en séance par M. Dumas, 708. t- . ?
- — Mort de M. Gobley, membre du comité des arts chimiques ; paroles de M. Dumas, 708.
- Nickel. Sur les mines de, de la Nouvelle-Calédonie, 412.. • ;
- — Sur la ténacité du, par M. Debray, 520.
- — Note sur le, extrait des minerais de la Nouvelle-Calédonie, par MM. P. Christofle et H. Bouilhet, 582.
- O.
- Optique. Nouveau saccharimètre, par M. Laurent (méd. plat.), 388.
- — Kaléidoscope perfectionné, par M. Thomas ; rapport de M. de Luynes, 430.
- P.
- Pain. Préparation d’un, pour les chevaux, par M. Barbaudy (P), 341, 345, 461.
- Papier. Sur la fabrication du, au Japon, par M. S. Munroe, 683.
- — Préparation d’un, sans défaut pour la photographie, par M. Ma'ës (P), 706.
- Paratonnerres. Procédé nouveau pour l’essai des, par M. R. Francisque Michel (P), 705.
- Patentes. Organisation nouvelle du bureau des, à Londres, 411.
- Peaux. Appareil pour préparer les rognures de, destinées à la fabrication de la colle, par M. Baux (méd. plat.), 386; rapport de M. Alcan, 476 (pl. 50).
- Pesage. Bascule de, dite à contrôle, par M. Chameroy fils (méd. plat.), 386.
- Pétrole. Lampe inexplosible pour la combustion du, par AL de Saint-Simon Sicard (P), 270.
- — Sur le charbon, le fer et le, des États-Unis d’Amérique,fpar M. L.\Simonin, 485.
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- PétroSe. Note des Secrétaires de la Société à l’occasion de l’article de M. Simonin, 683.
- Phosphate de ehaux. Sur les gisements et les exploitations de, fossile dans les départements des Ardennes et de la Meuse, 312 (pl.46).
- Photographie. Procédé de, en couleur, par M. Léon Vidal, 355. O î ^ ^
- — Papiers exempts de défauts pour la, par
- M. Maës (P), 706. •
- Phylloxéra. Note sur les altérations déterminées sur la vigne par le, par M. Max. Cornu, 46.
- — Instruction pratique sur les moyens à employer pour combattre le, et spécialement pendant l’hiver ; traitement répressif, 191 ; traitements préventifs, 194.
- — Études sur le, et les sulfocarbonates, par M. Dumas (P), 268.
- — Procédé pour combattre le, par M. A. Deville-
- Ferrier (P), 721. -
- Pianos. Nouveau genre de clavier pour, par M. Lucien Henry (P), 354.
- — Nouvelle cheville pour, par M. Alibert; rapport de M. Wolff, 525 (dessins sur bois).
- Pierre de touche. Note sur la nature de la, par M. Ernest Dumas, 35; analyse chimique, 39; examen microscopique, 41.
- Plantations. Projet de, à faire sur les allu-vions des cours d’eau, par M. Girault (méd. br.), 394 ; rapport de M. Moll, 484.
- Pompes. Système de, de jardin et de serre, par M. Reynier; rapport de M. Le Roux, 12 (pl. 37); (méd. br.), 395. •
- — Système de, dite artésienne, par M. G. Bouvard (P), 705.
- — Système nouveau de, rotatives, par M. Latapie (P;. 712.
- — Autre système de, par M. C. Bouilhet (P), 720.
- Ponts. Mémoire relatif à la taille des pierres des
- arches biaises, par M. lthurralde; rapport de M. de la Gournerie, 70; (méd. br.), 394.
- — Note sur des expériences pour déterminer la direction des pressions qui se développent dans une arche biaise, par M. de la Gournerie, 119 (dessins sur bois).
- — Visite au, du Moerdick, chemin de fer d’Anvers à Rotterdam, par M. Baude, 231 (pl. 44).
- Porcelaine. Fabrication mécanique des assiettes de, par M. Faure ; rapport de M. Salvetat, 223 (pl. 43).
- — Procédé pour cuire chez soi, sans moufle, les pein-
- tures vitrifiables sur, par M. Martial Gabelle, 618.
- Porcelaine. Machine pour la troisième opération du moulage mécanique des assiettes de, par M. Faure ; communication de M. Salvetat, 733.
- Poudre-coton. Nouveau produit formé de, et de camphre, 207. ;
- Priorité. Réclamation de, adressée par M. A. Ravel au sujet de l’emploi du choc de l’eau pour le lavage de la laine, 728.
- Prix. Remarques au sujet des, mis au concours par la Société ; lettre à M. Dumas, par M. Gui-gnet, 43.
- — Rapport de M. Tresca sur le concours relatif à l’amélioration de la taille des pierres meulières au point de vue de la santé des ouvriers, 365.
- — Rapport de M. Hervé Mangon, sur le concours ouvert pour les irrigations, 367.
- — Rapport du même, sur le concours ouvert pour les dessèchements ou endiguements, 370.
- — Rapport de M. Boitel, sur le concours pour la production de graine saine de vers à soie de race indigène, 375.
- — Programme des, et médailles mis au concours par la Société pour être décernés en 1877, 1878, 1879, 1880, 1881 et 1882, 620.
- — fondés par la Société technique du gaz pour être décernés en 1877, 727.
- Procès-verbaux «les séances du Conseil d’administration. Séance ordinaire du 14 janvier 1876, 207 ; — du 28 janvier, 241 ;
- — du 11 février, 262; — du 26 février, 268; — du 10 mars, 270; — du 24 mars, 330; — du 28 avril, 338; du 5 mai (élections), 344; — du 12 mai, 349 ; — du 26 mai, 354 ; — générale du 9 juin, 360; — ordinaire du 23 juin, 460; — du 14 juillet, 515; — du 28 juillet, 612 ;
- — du 27 octobre, 704 ; — du 10 novembre, 712;
- — du 24 novembre, 720; — du 8 décembre, 727;
- — du 22 décembre, 732.
- Puits. Sur les, de gaz de la Pensylvanie, par M. Laurence Smith, 265, 342.
- Purification. Procédé de, des métaux facilement fusibles au moyen de la filtration, par Cur-ter, 158.
- — Mémoire sur un procédé général de, des sucs végétaux, applicable à l’extraction du suc cris-lallisable, par M. F. Lionnet (P), 208.
- — Méthode de, des eaux d’égout, par M. L. Bo-blique (P), 212.
- — Procédé de, des jus sucrés, par M. Marot ; rapport de M. Lamy (extrait), 215.
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- ».
- Purification. Appareil pour la, du gaz d’éclairage, par MM. E. Pelouze et P. Audouin (méd. plat.), 389 ; rapport de M. F. Le Blanc,465 (pl. 49).
- R.
- Rails. Production et consommation des rails en acier de 1865 à 1874, 200.
- — Forme de, dit économique, par M. Martin ; rapport de M. Bande, 280, (dessins sur bois).
- — Fabrication des, en acier phosphoré par M. Euverle à Terre-Noire ; rapport de M. Gru-ner, 283.
- Rames. Système de, à effet renversé, par M. Ch. Guillemot; rapport de M. Bande, 581.
- Recettes. Compte des, et dépenses de la Société pour l’exercice 1874 ; rapport de M. Legrand, 402 ; rapport de M. le général Mengin-Lecreulx, au nom des censeurs, 409.
- Réclamation. Adressée par M. Alfred Dur and-Glaye au sujet de l’utilisation des eaux d’égout, 213.
- — Adressée par M. A. Ravel au sujet de la priorité de l’idée de l’emploi du choc de l’eau pour le lavage de la laine, 728.
- Réfrigération. Appareil pour la, de l’eau, par M. Armanet (P), 516.
- Régulateur. Perfectionnements à son, de lumière électrique, par M. Serrin, 347.
- — Système de, pour toutes les machines, par M. Édouard Buss (P), 613.
- — Système de, pour la température des étuves et magnaneries chauffées par le gaz, par M. Ràu-lin ; communication de M. Debray, 615.
- — Construction d’un, pour l’alimentation des chaudières à vapeur, par M. F. Cleuet (P), 704.
- Respiration. Appareil pour étudier sans trouble la, des grands animaux, par M. A. San-son, 347.
- S.
- Salaires. La question des, aux Etats-Unis, par M. Lowthian Bell, 297.
- Salubrité. Sur le service d’hygiène, et de, de la ville de Bruxelles ; communication de M. Pa-liard, 716.
- Saponification. Procédé de, par M. P. Lom-
- bardon (P), 212.
- Sauvetage. Procédé de, des| personnes- dans les incendies, par M. L. Meunier (P),271.
- — Appareil de, pour les incendies, par MM. Fa-vray et Gruyelle (P), 271.
- — Appareil de, en cas d’incendie, par M. Favray (P),460.
- — Autre appareil de, du même genre, par M. Ernest Lamar (P), 516.
- — Autre appareil du même genre, par M. Gasla-nier (P), 516.
- — Autre appareil du même genre, par M. Ba-deuille (P), 612.
- Séances ordinaires du Conseil d'administration. (Voy. Procès-verbaux.)
- Séchage. Procédé de, des bois, par M. J. Idrac (P), 263.
- — Appareils pour le, des habitations humides, par M. Ligny, rapport de M. Paliard, 289 ; (méd. arg.), 391.
- Sériciculture. Graine de vers à soie produite au pénitencier de Casabianda (Corse), par M. Lièvre ; rapport de M. Boitel, 292.
- — Rapport de M. Boitel, sur le concours pour la production de graine saine de vers à soie, 375.
- Siphon. Appareil-purgeur du, des bains d’Uriage par M. de Saint-Ferréol ; rapport de M. Haton de la Goupillière, 277 (pl. 45).
- Spectroscople. Nouveau tube speelro-électri-que, par MM. Delachanal et Mermet (méd. plat.), 387; rapport de M. F. Le Blanc, 479 (dessins sur bois).
- Statistique. Situation des industries textiles françaises en 1874, par M. Natalis Rondoi ; soie, 29; laine, 31; coton, 32; lin et chanvre, 33; tulle, passementerie, bonneterie et confections, ib.; conclusion, 34.
- — De la, de l’industrie sucrière en France, par M. Lamy, 184.
- — Du mouvement de l’industrie sidérurgique en France, pendant la période décennale de 1865 à 1874, 197 (dessins sur bois).
- — Sur le commerce de l’ivoire en Angleterre, 513.
- — Sur le marché du mercure, par M. F. A. Sola, 605.
- Statuts. Nouveaux, du la Société, approuvés par décret du Président de la République, en date du 7 février 1876, 218.
- Stéréotomie. Mémoire relatif à la taille des pierres des arches biaises, par M. Ithurralde ; rapport de M. de la Gournerie, 70; (méd. br.), 394.
- Substances alimentaires. Procédé pour
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- la fabrication des conserves, par M. A. Legris (P), 355.
- Substances alimentaires. Communication de M. Lamy sur la conservation et le transport des, à l’Exposition universelle d’hygiène et de sauvetage ouverte en 1876 à Bruxelles, 710.
- — Biscuit-viande, par M. Mandet (P), 729. Sucre. De l’état actuel de l’industrie du, en
- France et de quelques expériences relatives au rôle de la chaux dans la défécation, par M. Lamy, 184.
- — Procédé d’épuration des jus pour la fabrication du, par M. Marot ; rapport de M. Lamy (extrait),
- 215.
- — Mémoire sur un procédé général d’épuration des sucs végétaux, appliqué à l’extraction du, cristallisable, par M. F. Lionnet (P), 208.
- — Instrument pour l’essai du, par M. Laurent (méd. plat.), 388; rapport de MM. Glo'êz et de Luynes, 671 (pl. 53 et dessins sur bois).
- — Mémoire sur la fabrication du, candi, par M. G. Flourens {P), 721.
- T.
- Teinture. Mordant pour la, des tissus mélangés, par M. Robert père (P), 345.
- Télégraphie électrique. Appareils indicateurs destinés à compléter la sécurité de la marche des trains sur les chemins de fer à une et à deux voies, par M. Régnault, 75 (dessins sur bois); description de l’indicateur des chemins à voie unique, 77 ; distribution des courants et marche des appareils, 78 ; avantages devant résulter de l’emploi des appareils indicateurs, 80.
- — Note sur l’appareil autographique de M. J. E. Lenoir, par M. Blâmer, 122 (dessins sur bois).
- — Système de, imprimant, par M. J. M. Boutin (P), 269.
- — Nouveau mode de réglage des appareils de, par M. Dumoulin-Froment (P), 350.
- — Télégraphe imprimant perfectionné, par M. A. Billet (P), 350.
- — Appareils de, pour le service des hôtels, par M. Debayeux (méd. br.), 393.
- Ténacité. Sur la, du nickel et du cobalt, par M. Debray, 520.
- Thermomètre. Construction d’un, à minima, par M. Duclaux ; communication de M. Debray, 275.
- Tissage. Modifications au métier Jacquart, par F. Planchon (P), 712.
- Tissus. Fabrication de tapis-draps, par M. M. Brassat (P), 271.
- — Fabrication perfectionnée de, pour tentures et ameublement, par M. Mourceau (méd. or), 384.
- Touagc. Sur le, à vapeur et sur la part d’invention qui revient à Latour-Dumoulin ; communication de M. Dumas, 518.
- Tours. Sur les, composés et sur les machines à graver et à sculpter, par M. Laboulaye, 557, 586 (dessins sur bois); machine à graver les vignettes de sûreté, par M. Barrère, 604 (pl. 51).
- Travaux publics. Visite au pont du Moer-dick, chemin de fer d’Anvers à Rotterdam, par M. Baude, 231 (pl. 44).
- Tréfileric. Nouveau procédé pour la, des métaux, par M. A. T. Glaçon (P), 516.
- Triage. Machine magnéto-mécanique pour le, des limailles de fer et de cuivre et des minerais magnétiques par M. Ch. Vavin; rapport de M. H. Bouilhet, 15 (pl. 38).
- Triangulation. Moyen simple pour mesurer rapidement les distances inaccessibles, par M. Gaumet, 211.
- Tunnel. Locomotive à air comprimé, construite dans les ateliers du Creusot pour les travaux du, du Saint-Gothard, par M. Ribourt, 22 (dessins sur bois).
- — Projet de, transmarin pour la traversée de la Manche et autres détroits, par M. J. Castanier (P), 212.
- — Appareil pour la construction d’un, entre la France et l’Angleterre, par M. J. B. Mallal (P), 269.
- — Proposition d’un, en fer entre la France et l’Angleterre, par M. Toselli (P), 713.
- Turbine. Système de, par M. Binât (P), 460.
- — Système de, essoreuse pour essais de laboratoire, par M. Louis Sourdot (P), 707.
- — Perfectionnement à la, par M. de Cœur (P), 728.
- Tuyaux. Mode d’assemblage des, par des joints fermés par du caoutchouc, par M. H. Roche (P), 517.
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- V.
- Vanilllne. Sur l’extraction de la, de la sève du sapin, par M. Bouquet de la Grye, 514.
- Vapeur. Sur les enveloppes de, à circulation autour des cylindres des machines à détente, par M. Laboulaye, 178 (dessins sur bois).
- — Machine à gaz employant le gaz produit par la, d’eau passant sur du charbon incandescent, par M. L. Paillard (P), 271.
- Varccbs. Matière extraite de certains, et pouvant servir à l’encollage des toiles, par M. E. Martineau (P), 729.
- Veut. Appareil indiquant la durée, la direction et la force du vent, par M. Hardy, rapport de M. du Moncel, 57 (pl. 39).
- Verrerie. Fabrication de, et cristaux, par MM. Appert ; communication de M. Troost, 723.
- Vers à soie. (Yoy. Sériciculture).
- Viandes. Sur la conservation des, au moyen du borax, par M. Dumas, 273.
- — Mémoire sur la conservation des, à l’état frais, par M. Albert Conti (P), 341.
- Vigne. Note sur les altérations déterminées sur la, par le phylloxéra vastatrix, par M. Max Cornu, 46.
- — Système d’abri pour garantir la, contre les gelées printannières, par M. R. Gauthier (P), 269.
- — Gant d'acier pour le nettoyage des ceps de, par M. Sabaté; rapport de M. Hardy, 528.
- Vins. Appareils de dislistillation et de rectification des, par MM. D. Savalle et comp. (méd. or), 385; rapport de M. Lamy, 657 (pl. 52 et dessins sur bois).
- — Des méthodes employées pour déterminer la nature des matières colorantes introduites dans les vins ; rapport de MM. Balard, Pasteur et Wurtz, 541 ; indigo, 545 ; fuchsine, 546 ; cochenille ammoniacale, 547; campêche, 548; rose trémière, 549 ; sureau, 551 ; hyèble et myrtille, 551; essais de teinture des étoffes par le vin, 553. — Sur le môme sujet, par M. Stierlein, 555.
- — Papier réactif pour découvrir la sophistication des, par MM. Lainville et Roy (P), 705.
- Vins. Appareils pour constater la qualité des, par M. A. Delaunay (P), 713.
- Viticulture. Note sur les altérations déterminées par le phylloxéra vastatrix, par M. Max Cornu, 46.
- — Instruction pratique sur les moyens à employer pour combattre le phylloxéra et spécialement pendant l’hiver ; traitement répressif, 191 ; traitements préventifs, 194.
- — Études sur le phylloxéra et sur les sulfocarbo-nates, par M. Dumas (P), 268.
- — Procédé pour combattre le phylloxéra , par M. A. Deville-Ferrier (P), 721.
- Voiture. Système de, à vapeur, par M. Bottée; note de M. Tresca, 431.
- — Sur le système de, de tramway de Bruxelles, par M. Paliard, 717.
- Voyages. Projet de, autour du monde, par M. Biard ; rapport de M. de Chabannes, 71.
- — Notes de, aux États-Unis, par M. J. Lowthian Bell, 132; les transports, 134; le charbon de bois, 137; la formation houillère, 139; les fondants, 150 ; les minerais de fer, 151 ; les minerais magnétiques, 240 ; le minerai de fer spéculaire, 243 ; le fer limoneux ou hématite brune, 245 ; l’hématite rouge, 247 ; le minerai de fer argileux, 248 ; les hauts fourneaux, 249 ; hauts fourneaux de la Pensylvanie, 251 ; hauts fourneaux du lac Champlain, du lac Supérieur, de Cleveland, 253 ; hauts fourneaux des vallées de Shenango et de Mahoning, hauts fourneaux de Pittsburg, 254 ; hauts-fourneaux de la région de Hanging-Rock, 255; hauts fourneaux d’Indiana, du Missouri, 256 ; hauts fourneaux des États du Sud, 257 ; forges catalanes et forges, 259 ; de la fabrication de l’acier, procédé Bessemer, 294 ; procédé Siemens-Martin, procédé Btair, 296; la question des salaires, 297; des droits protecteurs, 301.
- Z.
- Zinc. De l’emploi du, comme désincrustant, à l’intérieur des chaudières à vapeur, par M .P. 0. E. Lesueur, 55.
- Tome III. — 75e année. 38 série. — Décembre 1876.
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- TABLE DES PLANCHES ET DES DESSINS.
- PLANCHES.
- Pages.
- PI. 37, triple. A. Création de force motrice hydraulique au moyen de l’absorption souter-
- raine, par M. G. Hanriau.—B. Pompe de jardin et de serre, par M. Reynier. 11
- PJ. 38, simple. Trieur magnéto-mécanique, par M. Ch. Vavin....................... 19
- PI. 39, triple. Anémomètre enregistreur, par M. Hardy...................... ............ 65
- Pi. 40, simple. Appareils pour la transmission pneumatique'des dépêches par MM. Mignon
- et Rouart. . . . . ....................................... . . . 170
- PI. 41, double. Appareils pour la transmission pneumatique des dépêches par MM. Mignon
- et Rouart..................................................................... 173
- PI. 42, double. Plan de Paris indiquant les grands égouts collecteurs et le réseau des lignes
- de transmission pneumatique des dépêches. ............................ 177
- PI. 43, triple. Machines-outils à fabriquer les assiettes en porcelaine, par M. Faure............231
- PI. 44, triple. Chemin de fer d’Anvers à Rotterdam. — Pont du Moerdick. .........................237
- PI. 45, simple. Appareil purgeur du siphon des bains d’Uriage, par M. de Saint-Ferréol.. . 279
- PI. 46, double. Exploitation et lavage des nodules de phosphate de chaux.........................320
- PI. 47, triple. Procédé de maltage pneumatique de la brasserie de Maxeville près Nancy,
- par M. Galland..................................................................418
- PI. 48, simple. Grappins automoteurs, par M. Toselli....................................421
- PI. 49, triple. Appareil condensateur des matières liquéfiables contenues dans les gaz, par
- MM. E. Pelouze et P. Audouin.................................................473
- PI. 50, double. A. Système d’échafaud, par M. Bazile. — B. Appareil à laver les rognures
- de peaux destinées à la fabrication de la colle, par M. Baux..........479
- PI. 51, triple. Machine à graver la vignette de sûreté, par M. Barrère...........................604
- PI. 52, triple. Appareil de distillation et de rectification, par MM. D. Savalle fils et comp. . 667
- PI. 53, double. Nouveau saccharimètre, par M. Laurent............................................081
- DESSINS.
- Locomotive à air compimé construite dans les ateliers du Creusot pour les travaux du tunnel du Saint-Gothard. — 6 figures........................................ 23, 24, 26 et 27
- Appareils indicateurs électriques destinés à compléter la sécurité de la marche des trains sur les chemins de fer à une et à deux voies, par M. Régnault. — 3 figures. ... 76, 78 et
- 79
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- V ; ( 768 ) /
- ; ;/-;/ ' Pages.
- Burette-lampe, par M. Girouard. — 1 figure. . . ....................... 109
- Expériences entreprises pour déterminer la direction des pressions qui se développent dans
- une arche biaise, pàr M. de la Gournerie. — 2 figures.......... 121
- Appareil autographique de M. J. E. Lenoir. — 6 figures.. . 125, 126, 127, 129 et 130
- Sur les enveloppes de vapeur à circulation, par M. Laboulaye. — 3 figures. .... 181 et 183 Mouvement de l’industrie sidérurgique en France de 1865 à 1874. — 7 figures. 197, 198
- 199, 200 et. ........... ..........................................., 201
- Appareil dit rhé-électromètre, par M. Melsens. — 3 figures. 238
- Forme de rail, dit rail économique, par M. Martin. — 1 figure............ 282
- Vanne automotrice à déclic, par M. Pinchard. — 1 figure.................. . . 429
- Histoire de la dentelle. — 6 figures. .............. 436, 438, 439, 440, 441 et 442
- Appareil de condensation mécanique des matières liquéfiables tenues en suspension dans les
- gaz, par MM. E. Pelouze et P. Audouin. — 1 figure................. 467
- Nouveau tube spectro-électrique, par MM. Delacfianal et Mermet. — 2 figures. . . . 481 et 482
- Cheville de piano, par M. Alibert. — 4 figures....................... 528
- Tours composés et machines à graver et à sculpter. —37 figures. 561, 562, 563, 564, 565 566, 567, 568, 569, 572, 573, 574, 576, 578, 579, 580, 596 et. ............ . 602
- Appareil de distillation et de rectification, par M. D. Savalle et comp. — 4 figures. 668,
- 669 et................................................ . . . . 670
- Nouveau saccharimètre, par M. Laurent. — 3 figures...... 675, 677 et 679
- ..T
- Paris.— Imprimerie de Mm* V* Bouchard-Huzard, rue de l’Éperon, 5.
- Jules TREMBLAY, gendre et successeur.
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-