Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale
-
-
- BULLETIN
- DE LA
- S. E. I. N.
- Bibliothèque
- SOCIETE D'ENCOURAGEMENT
- US®
- L’INDUSTRIE NATIONALE
- PUBLIE
- SOUS LA DIRECTION DES SECRÉTAIRES DE LA SOCIÉTÉ
- MM. E. PELIGOT ET CH. DE LABOULAYE.
- TROISIÈME SÉRIE. — TOME VIII. — 1881.
- Pour faire partie de la Société, il faut être présenté par un membre et nommé par le Conseil d’Administration.
- (Extrait du Règlement.)
- MD 0 CCI
- PARIS,
- SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ, RUE DE RENNES, 44.
- 1881
- Page de titre 1 - vue 1/684
-
-
-
- SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ.
- Communications, dépôts, renseignements, abonnements au Bulletin tous les jours, de midi à quatre heures.
- RÉDACTION DU BULLETIN.
- Renseignements, tous les jours, de une à quatre heures.
- PARIS. — IMPR. DE J. TREMBLAY.
- p.2 - vue 2/684
-
-
-
- 80® année.
- Troisième série, tome VIII.
- Janvier 188 fl.
- BULLETIN
- DE
- ü SOCIETE D’ElCODRiOEKEIT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- LISTE DES MEMBRES TITULAIRES ET DES MEMBRES HONORAIRES ARRÊTÉE, DANS LA SÉANCE DES ÉLECTIONS DU 24 DÉCEMBRE 1880,
- pour l’année 1881.
- Bureau.
- Président.
- 1829. — Dumas (J.) (G. C. ^), membre de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, membre perpétuel, rue Saint-Dominique, 3.
- Année de Uentrée au Conseil»
- 1840. — Becquerel (E.) (O. de l’Académie des sciences, professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue Cuvier, 57.
- 1846. — Thénard (le baron Paul) [%), de l’Académie des sciences, membre per-
- pétuel, place Saint-Sulpice, 6.
- 1847. — Baude (le baron Alph.) (O. inspecteur général des ponts et chaussées,
- membre perpétuel, rue Royale, 10.
- 1873. — De Chabannes (le vicomte) (G. O. vice-amiral, rue de Bellechasse,
- 22.
- p.3 - vue 3/684
-
-
-
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1836. — 1850. —
- 1868. —
- 1842, — 1873. —
- 1842. —
- 1849. — 1864. —
- 1868. — 1871. — 1873. —
- 1876. —
- 1879. —
- 1880. —
- 1847. —
- 1850. — 1855. —
- 1866. —
- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — JANVIER 1881,
- Secrétaires.
- Peligot (E.) (G. $0, de l’Académie des sciences, directeur des essais de la direction générale des monnaies, quai Conti, 11.
- De Laboulaye (Ch.) [%), ancien élève de l’École polytechnique, rue de Madame, 60.
- Trésorier.
- Goupil de Préfeln ($0, rue Taitbout, 9.
- Censeurs.
- Le comte B. de Mony-Colchen (^), conseiller maître à la Cour des comptes, rue de Lille, 70.
- Mengin-Lecreulx (G. O. ^), général de division, membre perpétuel, rue de Vaugirard, 58.
- Commission des fonds.
- Le comte B. de Mony-Colchen (•>}£), conseiller maître à la Cour des comptes, rue de Lille, 70.
- Le baron E. de Ladoucette (O. $0, rue Saint-Lazare. 58.
- Legrand (AL), négociant, secrétaire de la Société des amis des sciences, rue Bergère, 26. .
- Goupil de Préfeln (^f), rue Taitbout, 9.
- Le marquis de Turenne (^), membre à vie, rue de Berri-du-Roule, 26.
- Mengin-Lecreulx (G. O. %), général de division, membre perpétuel, rue de Vaugirard, 58.
- Bischoffsheim, banquier, membre perpétuel, rue Neuve-des-Mathurins, 34.
- Fourcade (O. ancien fabricant de produits chimique, rue d’Amsterdam, 67.
- Thirion (O. $£), ingénieur en chef des ponts et chaussées, en retraite, rue Monceau, 85.
- Comité des arts mécaniques.
- Baude (le baron Alph.) (O. inspecteur général des ponts et chaussées, membre perpétuel, rue Royale, 10.
- De Laboulaye (Ch.) (^), ancien élève de l’École polytechnique, rue de Madame, 60.
- Tresca (O. ^), de l’Académie des sciences, professeur de mécanique au Conservatoire des arts et métiers et à l’École centrale des arts et manufactures, rue de Valenciennes, 6.
- Breguet (L. F. C.) (•$£), membre de l’Académie des sciences, quai de l’Horloge, 39.
- p.4 - vue 4/684
-
-
-
- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — JANVIER 1881.
- 5
- Année dfi Tentrce au Conseil.
- 1867. —
- 1867. —
- 1869. — 1872. — 1876. —
- 1876. —
- 1877. —
- 1877. —
- 1878. —
- 1879. —
- 1829. — 1836. —
- 1846. —
- 1847. —
- 1851 —
- 1851. —
- 1868. —
- 1869. — 1869. — 1872. — 1872. — 1876. —
- 1876. —
- Lecoeuvre (P.) (^), ingénieur, professeur à l’École centrale des arts et ma* nufactures, boulevard Voltaire, 62.
- De Fréminyille (O. , directeur des constructions navales en retraite, rue
- de Beaune, 6.
- fïATON de la Goupillière (^), professeur à l’École des mines, rue Garancière, 8.
- Pihet (A. E.) ($£), ingénieur-mécanicien, rue Neuve-Popincourt, 8.
- Pierre (A. G. P.) (G. ^), colonel d’artillerie en retraite, rue de Varennes, 14.
- Collignon (Ed.) inspecteur de l’École des ponts et chaussées, rue des Saints-Pères, 28.
- Goulier (O. ^), colonel du génie, rue Vaneau, 49.
- Boutillier (*), ingénieur des ponts et chaussées, ingénieur en chef au chemin de fer du Midi, boulevard Haussmann, 134.
- De Comrerousse (Ch.) ($<), ingénieur, professeur à l’École centrale des arts et manufactures.
- Redier (O. $5), horloger-mécanicien, cour des Petites-Écuries, 8.
- Comité des arts chimiques.
- Dumas (J.) (G. C. de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, membre perpétuel, rue Saint-Dominique, 69.
- Peligot (E.) (G. <%), de l’Académie des sciences, directeur des essais de la direction générale des monnaies, quai Conti, 11.
- Thénard (le baron P.) (i^), de l’Académie des sciences, membre perpétuel, place Saint-Sulpice, 6.
- Le Blanc (Félix) {$&), professeur à l’École centrale des arts et manufactures, rue de la Vieille-Estrapade, 9.
- Barral (G. ^ ), secrétaire perpétuel de la Société centrale d’agriculture de France, rue de Rennes, 66.
- Sai.vétat (A.) (!$£), professeur à l’École centrale des arts et manufactures, à Sèvres (Seine-et-Oise).
- Debray (%), de l’Académie des sciences, professeur à l’École normale supérieure, rue d’Assas, 76.
- Cloez (^é), examinateur à l’École polytechnique, rue Linné, 7.
- Bouis (J.) (^t), essayeur à la Monnaie, quai Conti, 11.
- Troost (%), professeur de chimie à la Faculté des sciences, rue Bonaparte, 84.
- Gruner (O. ^), inspecteur général des mines, rue d’Assas, 90.
- Schützenberger (P.) (^), professeur au Collège de France, rue Notre-Dame-des-Champs, 75.
- Girard (Aimé) (O. ^), professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue du Bellay, 7. v ’
- p.5 - vue 5/684
-
-
-
- 6
- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — JANVIER 1881.
- Année de l'entrée au Conseil.
- 1876. 1880. -1880. -
- 1840. -
- 1856. -
- 1861. — 1861. —
- 1862. — 1862. —
- 1866. — 1866. — 1869. —
- 1876. —
- 1876. —
- 1876. —
- 1876. —
- 1880. — 1880. —
- 1851. — 1856. —
- 1864, —
- Bébard (P.) (^), secrétaire du Comité consultatif des arts et manufactures, rue Casimir-Delavigne, 2.
- Vincent (C.), professeur à l’École centrale des arts et manufactures, boulevard Saint-Germain, 28.
- Jungfleisch (jjfc), professeur à l'École de pharmacie, rue des Écoles, 38.
- Comité des arts économiques».
- Becquerel (E.) (O. ^), de l’Académie des sciences, professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue Cuvier, 57.
- Du Moncel (le comte Th.) (O. membre de l’Académie des sciences, rue de Hambourg, 7, et à Lebisey (Calvados).
- Le Roux (F. P.) (^), professeur à l’École de pharmacie, quai Henri IV, 38.
- Jamin (J. C.) (O. Jj£), de l’Académie des sciences, professeur de physique à la Faculté des sciences, rue Soufflot, 24. ' ,
- Peligot (Henri), ingénieur, rue Saint-Lazare, 43.
- De Luynes (Victor) (^), directeur du service scientifique de l’Administration des douanes, rue de Vaugirard, 61.
- Bouilhet (Henri) (O. $0, ingénieur manufacturier, rue de Bondy, 56.
- Wolff (Aug.) (Jj£), manufacturier, rue Rochechouart, 22.
- De la Gournerie (J. A. R.) (O. de l’Académie des sciences, inspecteur général des ponts et chaussées, boulevard Saint-Michel, 75.
- Paris (F. E.) (G. O. ^), vice-amiral, membre de l’Académie des sciences, place de la Madeleine, 31.
- Rousselle (H.) ($£), ingénieur en chef des ponts et chaussées, rue Saint-Dominique, 12.
- Fernet (E.) (J^t), inspecteur général de l’Université, répétiteur à l’École
- polytechnique, rue des Feuillantines, 93.
- Sebert (H.) (O. J$£), lieutenant-colonel d’artillerie de marine, boulevard de Courcelles, 17.
- Bertin (A.) (J$£), sous-directeur de l’École normale supérieure, rue d’Ulm, 45.
- Ser (L.) (^), professeur à l’École centrale des arts et manufactures, rue Soufflot, 21.
- Comité d'agriculture.
- Dailly (Ad.) (O, ^), de la Société centrale d’agriculture de France, rue Pigalle, 69.
- Mangon (Hervé) (G. ife), de l’Académie des sciences, ingénieur en chef des ponts et chaussées, directeur du Conservatoire des arts et métiers, rue Saint-Martin, 292.
- Boitel (A.) (O. J^t), inspecteur général de l’agriculture, rue du Bac, 32.
- p.6 - vue 6/684
-
-
-
- Année de l'entrée au Conseil.
- 1864. -
- 1866. —
- 1866. —
- 1866. — \
- 1869. —
- 1869. —
- 1876. -1876. —
- 1879. — 1879. —
- 1880 —
- 1876. — 1876. —
- 1876. —
- 1876. —
- 1876. —
- 1876. — 1876. —
- 1876. — 1876. —
- 1876. —
- CONSEIL DADMINISTRATION. — JANVIER 1881. 7
- Chatin (%), de l’Académie des sciences, directeur de l’École de pharmacie, membre perpétuel, avenue de l’Observatoire, 4.
- Bella (F.) (O. ^), membre de la Société centrale d’agriculture de France, rue Castellane, 10.
- Tisserand (Eug.) (G. ^), directeur au Ministère de l’agriculture, rue du Cirque, 17.
- Heuzé {%), inspecteur général de l’agriculture, rue Berthier, 27, à Versailles (Seine-et-Oise).
- Porlier (A.) (G. ancien directeur au Ministère de l’agriculture et du commerce, boulevard Saint-Germain, 282.
- Hardy (A.) (O. Jjfc), directeur de l’École d’horticulture, rue du Potager, 4, à Versailles (Seine-et-Oise).
- Pasteur (L.) (G. O. membre de l’Académie des sciences, rue d’ülm, 45.
- Dutertre (F.) directeur de l’École d’agriculture de Grignon, (Seine-et-Oise).
- Risler (^), directeur de l’Institut agronomique, boulevard Haussmann, 168.
- Schloesing (O. J$£), directeur de l’École des manufactures de l’État, quai d’Orsay, 67.
- Ronna (O. ingénieur, secrétaire du comité des chemins de fer Autrichiens, rue de Marignan, 18.
- Comité des constructions et des beaux-arts appliqués à l’industrie.
- Brune ($£), architecte, professeur à l’École des beaux-arts, quai Bourbon, 25.
- Bunel (H.), ingénieur-architecte de la préfecture de police, rue du Conservatoire, 13.
- Davanne(^), président du comité d’administration de la Société française de photographie, rue Neuve-des-Petits-Champs, 82.
- Dayioud (G.) (O. ^), architecte, inspecteur général des travaux de la ville de Paris, boulevard Saint-Germain, 108.
- Dieterle (J.) (^), sculpteur, directeur de la manufacture de Beauvais, rue Gretet, 2.
- Dufresne (O. ïfe), sculpteur statuaire, rue de Morny, 73.
- Guillaume (Eug.) (G. %£), membre de l’Institut, boulevard Saint-Germain, 238.
- Popelin (Claudius) (%£), artiste peintre, rue Téhéran, 7.
- De Salverte (Georges) (•*$£), maître des requêtes au Conseil d’État, avenue Marceau, 54.
- Dumas (Ernest) (i$£), essayeur du bureau de la garantie de Paris, rue de la Vieille-Estrapade, 7.
- p.7 - vue 7/684
-
-
-
- 8
- CONSEIL D’ADMINISTRATION. --- JANVIER 1881.
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1876. —
- 1879. —
- 1879. —
- 1880. —
- 1856. — 1858. —
- 1864. — 1866. —
- 1866. — 1869. — 1869. —
- 1873. — 1873. — 1877. —
- 1830. — 1840. — 1844. — 1844. — 1846. —
- 1855. —
- 1856. —
- Huet (E.) ($0, ingénieur en chef des ponts et chaussées, membre à vie, au Palais des Tuileries, service municipal, et rue du Regard, 5.
- Voisin Bey (O. ^), ingénieur en chef des ponts et chaussées, rue Auber, 5.
- Rossignelx (Ch.) architecte, quai d’Anjou, 23.
- Geoffroy (E.), membre du conseil d’administration de la manufacture de Gien, avenue Marigny, 27.
- Comité de commerce.
- Block (Maurice) (^t), membre de l’Institut, rue de l’Assomption, 63, à Auteuil.
- Rondot (Natalis) (O. jfe), délégué de la Chambre de commerce de Lyon, boulevard Magenta.
- Lavollée (Ch.) (Jj£), Grande rue de Passy, 76.
- Legentil (A. L.) [%), membre du comité consultatif des arts et manufactures, rue Paradis-Poissonnière, 51.
- Say (Léon), sénateur, rue de La Bruyère, 45.
- Christofle (Paul)(^), manufacturier, rue de Bondy, 56.
- Roy (Gustave) (O. ^£), membre de la chambre de Commerce et membre du Comité consultatif des arts et manufactures, rue Moncey, 14.
- Le vicomte de Chabannes (G. O. J$£), vice-amiral, rue Bellechasse, 22.
- Magnier (E.) (-*$£), négociant, rue d’Uzès, 7.
- Daguin (J. B. E.) (O. j$£), ancien président du tribunal de commerce, ancien membre du comité consultatif des arts et manufactures, rue Castellane, 4.
- MEMBRES HONORAIRES.
- Bussy (O. membre de l’Académie des sciences, place Saint-Michel, 3.
- Calla (*), ingénieur-mécanicien, rue des Marronniers, 8, à Passy-Paris.
- Cahours (O. membre de l’Académie des sciences, quai Conti, 11.
- Gaulthier de Rumilly (^), sénateur, à Fleury, par Conty (Somme).
- Féray (E.) (O. Jj£), sénateur, manufacturier, à Essonne.
- Phillips (E.) (^), membre de l’Académie des sciences, ingénieur en chef des mines, rue de Marignan, 27.
- Trélat (Émile) ($£), architecte, professeur au Conservatoire des arts et métiers, boulevard Montparnasse, 136. ^
- p.8 - vue 8/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS. ;— JANVIER 1881.
- 9
- TRAVAUX PUBLICS.
- Rapport fait par M. Voisin Bey, au nom du comité des constructions et des beaux-arts, sur les nouvelles formes de radoub construites dans la darse de Missiessy, au port de Toulon, par M. Hersent, rue de Naples, 4, à Paris.
- (Voirplanches 122 et 123.)
- Messieurs, la combinaison imaginée par M. Hersent et soumise par lui à l’examen de la Société, bien qu’ayant trait spécialement à la construction de deux grandes formes de radoub actuellement en cours d’achèvement au port de Toulon, constitue, en fait, un nouveau procédé de construction susceptible d’être appliqué, avec un égal succès, dans toutes les circonstances oii l’on aura à établir, à de grandes profondeurs sous l’eau, des ouvrages quelconques de très-grandes dimensions. On sait que, dans de telles circonstances, l’exécution des travaux par les procédés habituels de construction ne laisse pas que de présenter des difficultés qui croissent très rapidement à mesure de l’augmentation des dimensions de l’ouvrage et, surtout, de la profondeur d’eau.
- Une première communication sur le même objet a déjà été faite par M. Hersent, à la Société, dans la séance du Conseil du M mai 1878 ; mais on n’en était encore, à cette époque, qu’aux premières phases de l’application du nouveau procédé de construction, et la communication, consistant dans la remise d’une notice et de plans qui ont figuré quelques mois plus tard, avec grand succès, à l’Exposition universelle, ne put recevoir alors aucune suite utile. Dans sa nouvelle communication, en date du IA novembre dernier, M. Hersent annonce que les travaux de l’une des formes dont il a entrepris la construction se trouvent assez avancés pour permettre de juger de leur complète réussite ; et il porte, dit-il, le fait à la connaissance du Conseil d’administration delà Société afin de lui permettre de charger, s’il le juge utile, un ou plusieurs de ses membres de visiter les travaux et de se rendre compte ainsi du très important progrès réalisé dans l’art des constructions hydrauliques par la nouvelle méthode d’exécution.
- Aucun des membres du comité des constructions et des beaux-arts, à qui a été renvoyé l’examen de la suite à donner à la communication de M. Hersent, n’a pu malheureusement accepter la mission d’aller visiter les travaux.
- Tome VIII, — 80e année. 3e série. — Janvier 1881. 2
- p.9 - vue 9/684
-
-
-
- 10
- TRAVAUX PUBLICS.
- JANVIER 1881.
- Le comité a pensé, néanmoins, qu’il possédait des informations suffisantes pour pouvoir, non-seulement décrire devant vous avec précision le nouveau procédé de construction imaginé par M. Hersent, mais encore rendre compte de ses résultats et vous mettre ainsi à même de prendre, en parfaite connais -sance de cause, une décision, et il m’a confié le soin de vous présenter en son nom le présent rapport.
- Les deux nouvelles formes de radoub entreprises au port de Toulon, étant destinées aux nouveaux cuirassés, ont du être projetées avec des dimensions notablement plus grandes que celles des formes précédentes ; la plus grande profondeur surtout des fondations devait avoir pour conséquence d’augmenter dans une large mesure les difficultés de la construction. Afin de mettre à même de bien juger de la valeur de la combinaison imaginée par M. Hersent pour éviter ces difficultés, il convient de décrire sommairement d’abord les deux procédés d’exécution qui ont été successivement employés pour la construction des six formes de radoub actuellement existantes à Toulon, savoir : d’une part, le procédé employé pour la première forme et qui a consisté à établir toute la construction dans un grand caisson étanche en charpente coulé sur place ; d’autre part, le procédé qui a servi, avec des améliorations successives, pour la construction des cinq autres formes, et qui a consisté à substituer au caisson primitif en bois un bassin formé d’un fond et de parois en béton coulé sous l’eau, à l’abri d’une enceinte en charpente, et restant ensuite incorporé dans la maçonnerie.
- Mais, avant toute description des anciens procédés et du nouveau mode d’exécution, nous devons mentionner, une fois pour toutes, que le sol, vulgairement désigné sous le nom de safre, qui constitue, sous une couche de vase plus ou moins épaisse, le fond des bassins de l’arsenal de Toulon, à une profondeur de neuf à dix mètres au-dessous du niveau de l’eau, consiste, sur une épaisseur pour ainsi dire indéfinie, en un mélange d’argile et de gravier, galets et fragments calcaires, formant des couches légèrement inclinées, tantôt fort dures, tantôt moins résistantes, se laissant pénétrer plus ou moins facilement par les pieux, mais pourtant peu compressible.
- Nous devons dire aussi un mot du régime des marées à Toulon : leur amplitude ordinaire est d’une trentaine de centimètres ; mais sous l’action de forts vents persistants, soit du large, soit de terre, le niveau de la mer peut exceptionnellement s’élever jusqu a 0m,50 au-dessus, ou s’abaisser jusqu’à 0m,50 au-dessous du niveau moyen. C’est le niveau des plus hautes
- p.10 - vue 10/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS.
- JANVIER 1881.
- U
- marées, bien rarement atteint, qni a servi de plan de comparaison pour l’établissement des ouvrages.
- La première forme de radoub construite à Toulon date d’un peu moins d’un siècle. Jusque-là, l’entreprise d’un pareil ouvrage dans ce port avait été regardée comme impossible. L’établissement des quelques formes qui existaient alors dans la Méditerranée avait été partout, en effet, très-difficile et très-dispendieux ; on citait, notamment, les formes du port de Carthagène qui avaient coûté des peines et des sommes immenses; et l’on redoutait, non sans raison, de rencontrer les difficultés beaucoup plus grandes encore à Toulon, où le sol du fond des bassins est traversé par des sources abondantes qui devaient rendre à peu près inapplicable le mode de construction alors suivi pour de semblables ouvrages, lequel consistait à établir les maçonneries dans des fouilles abritées par des batardeaux, et que l’on maintenait à sec à l’aide d’épuisements. Pour éviter ces très-sérieuses difficultés, Groignard, ingénieur de la marine, imagina et fit approuver, en 177L, un autre procédé de construction. Son projet, extrêmement hardi pour l’époque, consistait à construire le bassin de radoub dans un grand caisson rectangulaire en charpente échoué sur le fond d’une fouille préalablement creusée, à l’aide de dragues à cuiller, à la profondeur voulue de 10 mètres en contre-bas du niveau des basses mers : le caisson avait, en nombres ronds, 98 mètres de longueur, 31 mètres de largeur et 11 mètres de hauteur; il était partagé dans sa longueur en huit parties égales par de fortes cloisons, cette division ayant pour but de lier le caisson, de donner la facilité de le maintenir de niveau en faisant entrer plus ou moins d’eau dans chaque compartiment, enfin, de fractionner son étendue de manière à rendre plus facile la recherche des voies d’eau, et à subdiviser les épuisements ainsi que tous les travaux subséquents ; on avait d’ailleurs ménagé, dans la paroi verticale d’une de ses extrémités, une ouverture en forme de trapèze qui était fermée par un panneau en charpente destiné à être enlevé après l’achèvement du bassin pour dégager son entrée. Le mode de fondation par caisson était, à vrai dire, déjà connu du temps de Groignard : il avait été notamment appliqué à Toulon même, pour la construction d’un quai; à Nice, pour la construction d’un môle ; dans plusieurs localités en Angleterre et en France, pour l’établissement de piles de ponts ; mais le nouveau caisson présentait une superficie neuf fois plus grande que celle du plus grand des caissons précédemment employés, et l’idée de subdiviser le caisson en plusieurs cases n’avait pas encore été appliquée. Le caisson de Groignard fut construit sur un grand radeau qu’il
- p.11 - vue 11/684
-
-
-
- 12
- TRAVAUX PUBLICS. ----- JANVIER 1881.
- suffit ensuite de couler pour mettre le caisson lui-même librement à flot. Celui-ci étant fini, soigneusement calfaté, et lesté avec environ 15 000 tonnes de pierres, on y introduisit, au moyen de pompes, le volume d’eau nécessaire pour le couler à son tour dans l’emplacement choisi. Toutes précautions avaient été prises d’ailleurs pour chercher à asseoir le caisson sur un fond bien dressé, c’est-à-dire pour faire disparaître les inégalités laissées par le travail des dragues à cuiller, et, en même temps, pour former dans le sol, avec un grand râteau, sept sillons longitudinaux destinés à recevoir les quilles que, par une imitation malheureuse de la construction des vaisseaux, on .avait laissé saillir de 0m,16 au-dessous du fond du caisson. Des expériences multiples faites au moyen de dames, d’abord simplement chargées, puis recevant le choc d’un mouton, avaient paru prouver que le sol serait en état de porter, sans s’affaisser inégalement, le poids de la construction et du plus gros navire. Dans le but de soustraire la future construction au danger de tassements ultérieurs, le caisson, après son échouage, par l’addition d’une nouvelle charge de pierres de 15 000 tonnes, fut et resta chargé pendant six mois d’un poids total de L9 000 tonnes, dépassant de près de 3 000 tonnes le poids ensemble des futures maçonneries de la forme et du plus gros vaisseau et semblablement disposé. Le caisson résista bien à cette charge d’essai. On pompa alors l’eau qui entrait pour 19 000 tonnes dans le chargement total, et le caisson ne resta plus chargé que des 30 000 tonnes de pierres représentant un poids équivalent à son déplacement d’eau. Dans cet état, le caisson ne se montra pas complètement étanche; mais les filtrations ne s’élevant, en définitive, dans tous les compartiments qu’à 350 mètres cubes environ en vingt-quatre heures, — chiffre peu considérable eu égard à la grande superficie immergée et à l’énorme pression due à la hauteur d’eau, — Groignard pensa qu’il en viendrait facilement à bout par un pompage successif dans les divers compartiments, et il fit exécuter les maçonneries. Malheureusement, le caisson, qui avait bien résisté sous la charge d’essai, ne résista pas sous le poids de ces maçonneries : il éprouva, ainsi que la maçonnerie elle-même, des ruptures partielles qui occasionnèrent des voies d’eau considérables. L’ouvrage fut pourtant mené à fin. Mais le bassin était loin d’être étanche ; les filtrations y atteignaient environ 100 mètres cubes par heure, en sorte que, pendant bien longtemps, il fallut avoir cent quatre-vingts hommes aux pompes d’épuisement pendant toute la durée de chaque radoub. Ce n’est qu’après une période devingt-cinq années d’exploitation dans ces conditions défectueuses que, par une application heureuse et nouvelle à cette époque de
- p.12 - vue 12/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS.
- JANVIER 1881.
- 13
- l’emploi des bétonnages sous l’eau, on parvint à étouffer les principales voies d’eau, et que le bassin put rendre enfin les services qu’on avait attendus de son établissement.
- Les causes qui firent que le caisson, après avoir résisté à la change d’essai, céda sous celle des maçonneries, paraissent avoir été les suivantes. Tout d’abord, comme cela se comprend sans peine à une pareille profondeur, la préparation du fond destiné à recevoir le bassin avait probablement été imparfaite : rien n’indique notamment, dans le mémoire très-détaillé de Groi-gnard, que l’on ait cherché à enlever le matelas de vase qui devait nécessairement recouvrir le fond d’une fouille longtemps labourée par les cuillers des machines à curer ; en second lieu, il semble bien difficile que la charge d’essai ait pu, conformément aux intentions de Groignard, et ce qui était, en effet, une condition essentielle, être placée semblablement à la charge ultérieure des maçonneries, puisque les 2/5 de la charge totale étaient de l’eau ; il est certain, d’un autre côté, que les cloisons transversales qui subdivisaient l’encaissement en huit parties, ainsi que plusieurs cours longitudinaux d’épontilles, ajoutaient puissamment à la rigidité de la caisse, et que ces cloisons et épontilles ayant' dû disparaître successivement à mesure de l’avancement des maçonneries, la liaison du caisson a disparu en même temps, et cela au moment même où les poids se trouvaient distribués fort inégalement sur son fond ; enfin, il y a lieu de remarquer que la charge d’essai avait été bien loin de représenter le poids total ultérieur, évalué à 46 000 tonnes, de la forme et du plus gros vaisseau, puisque, dans les conditions de l’essai, il fallait, de la charge totale de 49 000 tonnes, retrancher le déplacement du caisson d’environ 30 000 tonnes, ce qui ne laissait plus, en définitive, qu’une charge d’essai de 19 000 tonnes, alors qu’après l’achèvement du bassin et l’exécution des remblais des terre-pleins, l’ouvrage, n’étant plus que très-imparfaitement immergé, devait peser de presque tout son poids sur le sol.
- Les grandes difficultés qui avaient été rencontrées dans la construction de la forme Groignard firent naturellement renoncer à toute idée de recourir au même procédé d’exécution, lorsque fut décidée, en 1827, la construction de deux nouvelles formes de radoub a côté de la précédente dans la darse Vauban. L’emploi du béton coulé sous l’eau, qui avait déjà reçu à cette époque d’importantes et heureuses applications, était, au contraire, tout à fait indiqué. L’application du nouveau procédé de construction à la forme n° 2, de 1828 à 1838, ne laissa pourtant pas que de donner lieu à son tour à de sérieux mécomptes. Toutefois les difficultés multiples rencontrées dans ce
- p.13 - vue 13/684
-
-
-
- 14
- TRAVAUX PUBLICS.
- JANVIER 1881.
- premier travail finirent par être surmontées, et l’expérience acquise permit heureusement d’éviter de semblables difficultés dans la construction de la forme suivante n° 3. Ce sont les procédés suivis dans l’exécution de ce dernier ouvrage, de 1841 à 1846, qui ont été ensuite adoptés, avec de simples modifications dans certaines installations, pour la construction plus récente des trois nouvelles formes dites de Castigneau, du nom de la darse où elles sont situées; qui ont été adoptées également par tes ingénieurs des autres nations pour diverses grandes formes construites dans quelques ports de la Méditerranée ou les circonstances locales se trouvaient être à peu près les mêmes qu’à Toulon.
- Il nous suffira, évidemment, de décrire les installations et la série des principales opérations relatives à la construction des formes Castigneau, les plus récentes.
- On drague d’abord, aussi régulièrement que possible, à la profondeur voulue, tout l’emplacement de la forme. Pour la dernière forme Castigneau la fondation a dû être descendue ainsi à une profondeur moyenne de 15m,50 pour permettre d’avoir dans l’écluse d’entrée une profondeur d’eau de 9 mètres à basse mer, alors que l’on s’était contenté d’une profondeur de 5m,75 pour la forme Groignard et de 7m,40 pour la forme n° 3 de la darse Yauban. Après le dragage on bat les pieux de l’enceinte en charpente destinée à limiter tout le pourtour de la construction : ces pieux étaient jointifs dans les premières formes ; on y a substitué, plus tard, des pieux battus à distance et simplement réunis au moyen de bordages horizontaux cloués par des scaphandriers. Les pieux des deux grandes lignes longitudinales de l’enceinte sont coiffés de chapeaux portant des rails sur lesquels roulent de grands bâtis en charpente, au nombre de huit à dix suivant l’épaisseur que doit avoir la plate-forme en béton, marchant l’un derrière l’autre à des intervalles d’environ 4 mètres, et portant eux-mêmes, chacun, une voie de fer sur laquelle circule un chariot muni d’un treuil destiné à la manœuvre des caisses à béton. On voit aisément que cette disposition permet — ce qui est d’une importance capitale pour éviter les filtrations —de couler4oute l’épaisseur de la plate-forme en béton, qui était ici de 5 mètres, pour ainsi dire en une seule opération, les couches successives de béton, de 0m,50 environ d’épaisseur, se suivant par gradins assez rapprochés pour ne présenter, en réalité, dans leur ensemble qu’un long talus. Les manœuvres sont faci-‘ litées par un pont de service faisant le tour de la fouille, et porté sur les pieux d’enceinte ainsi que sur une autre ligne de pieux battus en dehors. Il
- p.14 - vue 14/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS.
- JANVIER 1881.
- 15
- importe, au plus haut point, d’une part, au moment de commencer le coulage de béton, puis, à mesure de l’avancement du travail, de bien nettoyer le fond de toute la vase qui le recouvre ; d’autre part, de se débarrasser au fur et à mesure de la laitance, qui, à de telles profondeurs et avec d’aussi grandes masses de béton, malgré tous les soies apportés dans le coulage, se produit inévitablement en grande abondance. Après l’achèvement de la plateforme en béton on établit, par des procédés divers, une ligne intérieure en charpente destinée à former la seconde paroi du batardeau général de pourtour en béton ; cette enceinte intérieure est d’ailleurs interrompue de distance en distance par de doubles cloisons transversales permettant d’établir sur la longueur de la forme, et faisant corps avec le batardeau de pourtour, deux ou trois batardeaux intérieurs, dont l’un immédiatement en arrière de l’emplacement que doivent occuper les rainures du bateau-porte. On exécute, après épuisements, les maçonneries dans chacun des compartiments ainsi formés ; on démolit ensuite les murailles transversales, sauf celle de l’arrière des rainures, et l’on achève les maçonneries dans leur emplacement ; enfin, on démolit le batardeau de l’extrémité correspondante à l’entrée de la forme, on met en place le bateau-porte, et, à l’abri de cette fermeture, on démolit la dernière muraille transversale.
- Les deux nouvelles formes de radoub de Toulon devaient avoir les principales dimensions suivantes, savoir : pour la forme proprement dite, longueur utile, 123 mètres; largeur au niveau des quais, 35”,55 ; largeur au niveau du radier, 23m,80 ; pour l’écluse d’entrée, largeur au niveau du seuil, 25 mètres; profondeur du seuil au-dessous du niveau des basses mers, 9m,i0. Les ingénieurs dressèrent et firent approuver le projet de ces deux nouvelles formes pour la construction desquelles ils proposèrent naturellement de suivre le mode d’exécution déjà appliqué, avec un succès si complet, aux formes précédentes. Cette fois, il est vrai, la surface renfermée par l’enceinte générale en charpente ne devait pas avoir moins de 153”,50 de longueur sur 43 mètres de labeur, et le radier, d’une épaisseur totale de 7 mètres, dont 6 mètres pour la plate-forme en béton, devait descendre jusqu’à une profondeur
- de 18”, 10 au-dessous du niveau des plus hautes mers. Ces conditions nou-
- «»
- velles devaient évidemment rendre l’établissement du radier général en béton beaucoup plus difficile que pour les formes précédentes. Mais la grande pratique que l’on a à Toulon de ce genre de travaux justifiait la confiance des ingénieurs de pouvoir surmonter toutes les difficultés de l’exécution. Seu-
- p.15 - vue 15/684
-
-
-
- 16
- TRAVAUX PUBLICS.
- JANVIER 1881.
- lement, on ne pouvait guère compter sur un délai de moins de cinq années, tout marchant au mieux, pour la construction de la première forme, avec une année en plus pour la seconde. On n’avait, d’ailleurs, à apporter dans les installations générales habituelles du chantier qu’une seule modification motivée par le grand écartement des deux lignes longitudinales de l’enceinte, lequel ne permettrait plus de se servir de ponts roulants pour le coulage du béton et obligerait à recourir à l’emploi de radeaux dont, du reste, on s’était déjà servi avec succès à la forme n° 3. C’est au moment oii les ingénieurs préparaient les marchés pour la mise en adj udication des travaux dans les conditions d’exécution qui viennent d’être indiquées, que M. Hersent, au commencement de 1876, proposa sa nouvelle méthode d’exécution. L’idée première de cette nouvelle méthode lui avait été inspirée par des travaux analogues, mais sur une moindre échelle, déjà exécutés par lui avec un entier succès, en collaboration avec M. Castor, pour l’allongement d’une forme de radoub au port de Brest en 1867. Ici, le dragage préalable de la fouille étant arrêté en principe dans le projet des ingénieurs, on n'avait plus à se préoccuper, comme à Brest, du fonçage du caisson dans le sol, et M. Hersent avait, en conséquence, étudié les deux dispositions suivantes :
- 1° Construction de la totalité du bassin du radoub dans un grand caisson en tôle à fond rigide et plat, s’immergeant à mesure de l’exécution des maçonneries, et devant reposer finalement d’une manière uniforme sur toute la surface de la fouille exécutée à la drague et dont le fond serait dressé avec le plus grand soin ;
- %° Construction du bassin dans un caisson semblable au précédent, mais avec l’addition, à la partie inférieure, de chambres de travail permettant de visiter le fond au moyen de l’air comprimé, de le nettoyer des vases que le dragage aurait pu y laisser et d’en faire disparaître les inégalités impossibles à éviter à une pareille profondeur.
- La première disposition reproduisait, à l’insu de M. Hersent, l’ancien caisson de Groignard qui, malgré ses dimensions beaucoup plus restreintes, avait donné lieu jadis, comme on l’a vu, à tant de mécomptes. J1 était éfident que, dans l’application du même procédé à la construction des nouvelles formes, on se trouverait, comme autrefois, en présence de l’immense difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité absolue de donner aux ouvrages une .assiette solide. Aussi cette première disposition fut-elle écartée par les ingénieurs du port. La seconde disposition, au contraire, comparée au procédé habituel d’exécution, tout en offrant, comme la précédente, l’avantage de
- p.16 - vue 16/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS. — JANVIER 1881.
- 17
- permettre la construction à sec de toute la maçonnerie du bassin, — ce qui est une précieuse et, à vrai dire, la seule garantie de parfaite exécution, — répondait, en même temps, à la nécessité impérieuse qui s’imposait, au point de vue du succès final des travaux, de pouvoir faire reposer cette immense construction sur un sol purgé de vases, bien uni, et parfaitement horizontal ; elle offrait encore cet autre avantage de faire disparaître tous les imprévus quant au chiffre final des dépenses et à la durée d’exécution des travaux. De si sérieux avantages méritaient évidemment une étude approfondie du nouveau système. Cette étude ayant été prescrite par le ministère de la marine, les ingénieurs du port, après avoir examiné attentivement tout le programme d’exécution de M. Hersent et vérifié tous les calculs de résistance du caisson et des maçonneries aux diverses périodes de l’immersion, émirent un avis favorable, à la suite duquel la Commission des marchés de la marine fut autorisée à passer un marché de gré à gré avec M. Hersent pour l’exécution des travaux. Ce marché contenait les principales clauses suivantes : il était alloué à l’entrepreneur, pour chacune des deux formes, une somme à forfait de 2 millions de francs pour la fourniture du caisson et l’emploi de l’air comprimé avec toutes les sujétions qui s’y rattachent; les prix des dragages et des maçonneries étaient ceux mêmes de la série qui avait été préparée en vue du premier mode d’exécution; enfin, la première forme devait être livrée dans un délai de quatre années ; la seconde, une année après. Le marché fut signé par le ministre, le 23 novembre 1876, et l’entrepreneur mit aussitôt la main à l’œuvre. .
- Les précédents de la question étant bien établis par l’exposé ci-dessus, nous consacrerons la seconde partie de notre Rapport à la description et à une étude complète du nouveau procédé de construction tel qu’il a été appliqué par M. Hersent.
- Comme nous l’avons dit, chacune des deux nouvelles formes du radoub devait être construite dans un caisson métallique. Ce caisson, indépendamment des chambres à air réservées à sa partie inférieure pour permettre de niveler et nettoyer le fond de la fouille, a été conçu de manière à satisfaire aux diverses conditions suivantes : il devait, 1° permettre de construire à sec toute la maçonnerie du bassin, et, par conséquent, envelopper complètement cette maçonnerie et la protéger contre le contact immédiat de l’eau pendant toute la durée de la construction; 2® s’enfoncer progressivement jusqu’au moment de l’échouage sous le poids même des maçonneries construites
- Tome VIII. — 80e année. 3; série. — Janvier 4 SB1. 3
- p.17 - vue 17/684
-
-
-
- 18 TRAVAUX PUBLICS. JANVIER 1881.
- l’intérieur, augmenté en tant que de besoin d’une certaine quantité de lest, la marche naturellement indiquée pour l’exécution de ces maçonneries consistant d’ailleurs à construire le radier par couches horizontales et à élever simultanément les bajoyers en ne leur donnant toutefois, afin de ne pas charger outre mesure les extrémités du radier, que l’épaisseur strictement nécessaire; 3° enfin, pendant toute la période de l’enfoncement jusqu’à l’échouage, être capable de résister, mais avec le concours des maçonneries au fur et à mesure de leur exécution, ainsi qu’il va être expliqué, aux efforts multiples et croissants qu’il aurait à supporter. En ce qui concerne cette troisième condition, par suite des grandes dimensions du bassin, on ne pouvait évidemment, sous peine d’augmenter considérablement la dépense, songer à donner au caisson une force suffisante pour lui permettre de résister, par lui-même, aux efforts énormes auxquels il serait soumis pendant les dernières phases de l’enfoncement ; en d’autres termes, on devait forcément compter sur la résistance de tous les matériaux employés à la construction. On a été amené ainsi, d’une part, à établir le fond du caisson métallique dans les conditions de force suffisantes, mais en même temps juste nécessaires, pour lui permettre de résister à lui seul pendant toute la phase de l’enfoncement ou l’on ne pouvait compter sur la résistance de la maçonnerie du radier ; d’autre part, à élever la maçonnerie des bajoyers, au fur et à mesure de l’enfoncement, avec des dimensions qui leur permissent de résister seuls, de leur côté, à la pression latérale de l’eau, les parois verticales du caisson n’ayant dès lors d’autre office que de mettre les maçonneries à l’abri du contact de l’eau. C’est en conformité de ces vues que M. Hersent a arrêté toutes les dispositions d’ensemble et de détail de son caisson métallique, considéré par lui, en dernière analyse, comme un simple moyen de construire dans d’excellentes conditions de bonne exécution le bassin en maçonnerie, et dont l’expérience a justifié toutes les dimensions au point de vue des résistances.
- Le caisson présente les dimensions suivantes : longueur, 144 mètres ; largeur, il mètres, sauf à la partie postérieure, qui est à pans coupés sur une longueur de 8 mètres; hauteur totale, 19 mètres. Sur cette hauteur, il comprend deux parties principales bien distinctes, savoir : la partie inférieure au plafond des chambres à air comprimé, de lm,90 de hauteur, contenant lesdites chambres disposées au nombre de dix-huit dans la longueur du caisson, et séparées les unes des autres par des cloisons transversales étanches ; la partie supérieure au plafond, de 17m, 10 de hauteur, for-
- p.18 - vue 18/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS. — JANVIER 1881.
- 19
- mant une grande capacité unique pour la construction à sec de toute la maçonnerie du radier et des bajoyers du bassin, cette maçonnerie constituant elle-même, comme on la dit, la charge destinée à produire l’enfoncement progressif du caisson.
- Dans sa construction, le caisson est, en outre, divisé en trois parties qui, en raison de leur importance, sont assez distinctes pour mériter d’être décrites séparément. Ce sont, savoir : le caisson proprement dit, formant toute la base de l’ouvrage sur 7 mètres de hauteur, contenant les pièces rigides extérieures et intérieures, constituant la partie la plus importante de l’ouvrage et construit, en conséquence, tout d’une pièce;'les hausses, d’une hauteur ensemble de 1% mètres, s’adaptant successivement au-dessus du caisson pour élever les parois extérieures à mesure de l’enfoncement; enfin, le batardeau, destiné à fermer provisoirement l’entrée du bassin et à en permettre ensuite l’ouverture rapide après l’achèvement de la construction. Le caisson proprement dit est composé, d’une part, comme éléments d’isolement de l’eau : de la paroi extérieure en tôle et du plafond des chambres à air; d’autre part, comme éléments de résistance : d’une grande poutre verticale à double paroi faisant tout le tour du caisson, pleine à l’extérieur, mais simplement à claire-voie à l’intérieur pour pouvoir être complètement enveloppée dans la maçonnerie; de dix-sept poutres transversales entretoisant les parties longitudinales de la grande poutre précédente et formant les cloisons étanches des chambres à air ; de deux poutres longitudinales intermédiaires entreloisant les poutres transversales sur toute leur hauteur; de poutreHes supportant la tôle de plafond des chambres à air; enfin, de consoles sous le plafond destinées à transmettre aux parois verticales les efforts de la partie supérieure et assurer la position rectiligne desdites parois disposées en couteau à leur partie inférieure. Les hausses formant la continuation des parois extérieures du caisson pour l’isolement de la maçonnerie du contact immédiat de l’eau s’appuient sur de grandes consoles en fer situées au-dessus des poutres transversales du caisson, montées en deux parties et servant d’attache à de petites membrures horizontales sur lesquelles sont fixées les tôles. Enfin, le batardeau, ayant la forme d’un bateau-porte avec sa double paroi étanche, est composé d’aiguilles verticales s’appuyant par leur extrémité inférieure contre la maçonnerie du radier et soutenues dans leur hauteur par deux poutres horizontales s’appuyant, de leur côté, sur la maçonnerie des bajoyers ; une galerie ménagée sur les deux côtés et au fond permet d’aller défaire les écrous des boulons de montage servant à faire le joint d’assemblage contre les parois
- p.19 - vue 19/684
-
-
-
- 20
- TRAVAUX PUBLICS. — JANVIER 1881.
- extérieures des hausses. Ce batardeau est monté sur place en trois parties : la première partie, s’élevant jusqu’à la première poutre horizontale, est posée sur des consoles attachées au caisson ; on monte ensuite la première poutre, puis la partie au-dessus jusqu’à la deuxième poutre horizontale ; enfin, cette deuxième poutre et la partie supérieure.
- Le caisson proprement dit, de 7 mètres de hauteur, devait, comme nous l’avons dit, être construit tout d’une pièce. On aurait eu à craindre des déformations en construisant à terre ce grand caisson métallique, qui ne devait pas peser moins de 1 850 tonnes, pour le mettre ensuite à l’eau par glissement, conformément à la pratique habituellement suivie pour toutes les constructions flottantes. Aussi, M. Hersent s’arrêta-t-il à l’idée de monter son caisson dans un bassin provisoire creusé spécialement à cet effet sur l’un des côtés de la darse Missiessy, à une faible distance en arrière du bord de l’eau, de manière à pouvoir, le caisson une fois terminé, le faire sortir par sa propre flottaison après avoir mis le bassin en communication avec la darse par l’enlèvement du massif de terre de séparation. Malheureusement, par suite de la nature fïuante du terrain, on fut obligé d’arrêter le creusement du bassin à une profondeur de 2m,30 seulement au-dessous du niveau des hautes mers, et il est résulté de là, comme nous l’expliquerons plus loin, un peu de gêne dans l’opération de la sortie du caisson. Le défaut de consistance du sol obligea également, à défaut de pieux que l’on ne pouvait songer à employer par crainte des sources, à disposer sur le fond du bassin, pour faire reposer les’chantiers destinés à supporter les couteaux des grandes poutres longitudinales du pourtour et ceux des poutres transversales du caisson, des lits de traverses n’occupant pas moins du tiers de la surface totale et qui finirent, sous la charge, par se trouver complètement enfouies jusqu’au ras du sol. C’est par le creusement du bassin de montage qu’ont commencé les travaux. Le montage du caisson a ensuite duré neuf mois, d’octobre 1877 à juillet 1878.
- Dans le même temps, l’entrepreneur procédait à toutes ses installations et faisait confectionner le matériel nécessaire à l’exécution de la fouille sur l’emplacement des deux nouvelles formes. Cette fouille devait être descendue à travers le safre depuis la profondeur de 10 mètres, qui était celle du fond de la darse, jusqu’à la profondeur de 18m,35.Pour exécuter ce difficile travail, M. Hersent a fait construire une drague spéciale qui a accompli sa tâche de la manière la plus satisfaisante. La nouvelle drague présente surtout deux innovations que nous croyons utile de mentionner : d’une part, l’élinde, au
- p.20 - vue 20/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS. --- JANVIER 1881. ^1
- lieu d’être attachée à un axe supérieur, est simplement appuyée sur un support placé à peu près à la hauteur du pont, son extrémité supérieure devenue libre portant une poulie sur laquelle passe une corde tendue par un poids que l’on détermine, d’après la nature du terrain, de manière à appuyer suffisamment l’élinde sur le fond pour permettre aux godets de mordre ; cette disposition donne à la chaîne dragueuse une grande souplesse, condition importante avec un terrain difficile à draguer ; d’autre part, la chaîne dragueuse, au lieu de pendre librement dans son mouvement de descente, est supportée par un tambour à gorge épousant la forme des godets, placé au-dessous et en avant du tourteau d’entraînement, et qui, quelle que soit l’inclinaison de l’élinde, dès que les godets ont versé leur contenu dans le couloir, les écarte d’une quantité constante du bord supérieur dudit couloir qui est toujours ainsi évité ; c’est grâce à cette disposition qu’avec une même élinde de 25 mètres de longueur, prenant une inclinaison variable depuis 45° jusque près delà verticale, la drague de Toulon a pu creuser dans le safre depuis 10 mètres jusqu’à 18m,35 de profondeur. Nous ne citerons que pour mémoire les différents appareils employés au transport et au déchargement des déblais fournis par la drague, tout ce matériel ayant été simplement imité de celui déjà imaginé par M. Hersent et appliqué par lui dans de précédents travaux. Le dragage de la fouille dans l’emplacement du caisson n° 1, qui comportait un déblai total de 67 000 mètres cubes, a été exécuté en huit mois, d’août 1877 à avril 1878.
- La fouille étant prête, dès que le caisson fut prêt à son tour dans son bassin de montage (juillet 1878), on prit toutes dispositions pour le transporter sur l’emplacement qu’il devait occuper. Plusieurs opérations préliminaires à la mise à flot étaient toutefois indispensables : on s’assura d’abord de l’étanchéité du caisson en mettant une charge d’eau sur le plafond des chambres à air ; on s’assura ensuite de ses bonnes conditions de flottaison en introduisant de l’eau dans le bassin à un niveau suffisant; enfin, toutes dispositions nécessaires furent prises en même temps, d’une part, pour que le caisson, lorsque le bassin serait mis en libre communication avec la mer, cessât de reposer sur ses chantiers et pût ainsi profiter de tout le tirant d’eau jusqu’au fond même du bassin, tirant d’eau déjà bien faible pour assurer sa flottaison ; d’autre part, — mesure à la fois d’économie et de prudence, pour qu’il ne restât aucuns chantiers enfouis dans les compartiments du caisson lorsque celui-ci serait conduit sur remplacement qu’il devait occuper. (Ces dispositions ont été les suivantes : avant l’introduction d’eau dont il
- p.21 - vue 21/684
-
-
-
- 22 TRAVAUX PUBLICS. — JANVIER 1881,
- a été parlé ci-dessus, on amarra à de petites bouées tous les chantiers des poutres extérieures, en sorte qu’après l’introduction d’eau, lorsque le caisson flotta, on put enlever tous ces chantiers ; on fit alors avancer le caisson de 2 mètres dans le sens longitudinal, et lorsque l’eau fut en partie retirée du bassin, le caisson, s’échouant de nouveau, ne reposa plus que par ses couteaux extérieurs sur les traverses enfouies dans le sol ; enfin, en pénétrant par les cheminées centrales dans les compartiments, on put retirer tous les chantiers flottants des poutres transversales). Tout cela fait, pour mettre de nouveau le caisson à flot afin de le faire sortir de son bassin, on ouvrit une libre communication entre celui-ci et la mer ; mais, par suite de la faible profondeur du bassin, la marée du jour se trouva trop basse de 0m,08 pour atteindre la ligne de flottaison du caisson, etl’on dut, pour parer à cet incident, injecter sous le caisson, de deux en deux compartiments, de l’air comprimé à l’aide d’une machine soufflante établie à bord. Pour amener ensuite le caisson depuis la sortie du bassin jusqu’à l’emplacement qu’il devait occuper au fond de la darse Missiessy, il fallait lui faire exécuter dans cette darse, fort étroite, un mouvement tournant de 180°. Or, le caisson, flottant, ne plongeait que de 2ni, 25 et, par conséquent, émergeait de 4m,75, offrant ainsi une grande surface au vent, en sorte que l’on avait à redouter pendant le transport les coups de vent, surtout les rafales du nord-ouest ; en outre, par suite de sa forme rectangulaire et de ses grandes dimensions, le caisson exigeait pour être halé et remorqué des forces considérables. On attendit un jour de calme ; et, l’Administration de la marine ayant mis à la disposition de l’entrepreneur de puissants moyens de remorquage et de halage, avec un personnel nombreux et expérimenté, l’opération se fit avec un entier succès en quelques heures.
- Le caisson une fois en place, on commença à l’intérieur les maçonneries. La complète réussite du nouveau mode de construction dépendait de la manière dont le caisson se comporterait pendant toute la durée de l’enfoncement jusqu’au moment de l’échouement. C’était là le point vraiment difficile du problème, le seul qui pût, malgré toutes les prévisions rassurantes, laisser encore dans l’esprit quelque préoccupation. On ne devait donc négliger aucun moyen de réduire au strict minimum le travail exigé des matériaux. Nous avons indiqué précédemment la marche que l’on se proposait d’abord de suivre pour l'exécution des maçonneries. Mais les calculs faits par les ingénieurs du port, avant toute mise de main à l’œuvre, pour vérifier les conditions de résistance que présenterait le caisson aux diverses périodes de l’en-
- p.22 - vue 22/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS. — JANVIER 1881.
- 23
- fonceraient, en suivant le programme primitif d’exécution, ont montré que l’on réduirait notablement les efforts exigés des matériaux, et que l’on assurerait beaucoup mieux ainsi le succès de l’opération, en apportant audit programme d’importantes modifications. Les calculs en question, par tous les faits qu’ils ont révélés au sujet des efforts maximum, variables de position et d’intensité suivant le degré d’enfoncement, et par les précieuses indications qu’ils ont données touchant le meilleur mode à suivre pour l’exécution des maçonneries, offrent le plus grand intérêt. Nous en donnons un résumé dans un appendice placé à la suite du présent Rapport. Nous nous contenterons, ici, de mentionner le principal résultat auquel ils ont conduit concernant le mode d’exécution, à savoir, que, pour que la maçonnerie du radier pût à la rigueur résister seule à partir du moment où le fer commencerait à devenir insuffisant, il fallait, pendant toute la période de l’enfoncement correspondant à une immersion de 5 mètres jusqu’à 12 mètres, réduire au strict minimum le poids des bajoyers et concentrer le plus possible au milieu la charge du radier. Il était évident qu’en conduisant les travaux de telle sorte que le fer et la maçonnerie pussent, à tour de rôle, résister isolément, on serait assuré que le caisson présenterait dans son ensemble une résistance largement suffisante. Disons maintenant comment a été appliqué le nouveau programme d’exécution.
- Pendant une première phase d’enfoncement, à partir du tirant d’eau léger correspondant à un enfoncement de 0m,32, le radier a été construit par couches uniformes successives de 0m,33 d’épaisseur jusqu’à une épaisseur totale de 1 mètre. Simultanément on a, d’une part, élevé le long des parois du caisson des murs de bajoyers de 1 mètre d’épaisseur, dépassant constamment de 0m,50 le niveau de l’eau, et soutenus par de petits contreforts de 3 mètres de longueur à la base et de lm, 10 d’épaisseur, au nombre de deux dans chacun des intervalles des poutres transversales ; d’autre part, dans le corps même du radier, englobant les deux grandes poutres longitudinales intermédiaires et chacune des poutres transversales, des nervures de 2 mètres de largeur sur une hauteur totale de 2 mètres. Le caisson a ainsi atteint une profondeur d’enfoncement de 3m,83.
- Pendant une seconde phase, à partir de l’enfoncement de 3m,83, on a continué la construction du radier par couches successives de 0m,30 d’épaisseur, mais conduites cette fois de manière à porter l’épaisseur totale à 2m,6ü dans la partie centrale comprise entre les deux grandes poutres longitudinales intermédiaires, l’épaisseur dans les intervalles latéraux n’atteignant
- p.23 - vue 23/684
-
-
-
- u
- TRAVAUX PUBLICS.
- JANVIER 1881.
- alors que lm,30, et la différence d’épaisseur étant rachetée par trois gradins d’une largeur ensemble de 0m,80; simultanément, on a continué à élever les bajoyers avec la même épaisseur de 1 mètre, et dans les mêmes conditions de hauteur que précédemment, l’épaisseur au-dessus du niveau de l’eau étant toujours d’environ 0m,5Q seulement; les petits contreforts ont été élevés, et chaque groupe de deux contreforts a été contrebuté à son pied par un arc maçonné de lm,25 d’épaisseur et de même hauteur que les nervures en maçonnerie des poutres transversales sur lesquelles il prend ses points d’appui ; on a construit au-dessus même de ces nervures de forts contreforts de lm,60 d’épaisseur enveloppant les consoles des hausses et ayant le même profil que les petits contreforts ; enfin les nervures des poutres longitudinales et celles des poutres transversales ont été élevées dans l’intervalle central jusqu’à une hauteur de 3 mètres, tandis que les nervures des poutres transversales dans les intervalles latéraux n’ont été établies que sur une hauteur de 2”,50. Le caisson a ainsi atteint une profondeur d’enfoncement de 6m,12.
- Pendant une troisième phase, à partir de l’enfoncement de 6m,12, l’épaisseur du radier a été portée, progressivement, dans la partie centrale jusqu’à 4m,60 et dans les parties latérales à 2m,50, la différence finale étant rachetée par six gradins s’étendant depuis la poutre longitudinale intermédiaire jusque tout près des arcs d’appui des contreforts des bajoyers ; les murs de bajoyers, progressivement élevés, ont conservé leur épaisseur de 1 mètre avec un léger renfort seulement à la partie inférieure ; l’arc de soutien des petits contreforts a atteint une hauteur de 5 mètres ; enfin, les contreforts principaux, établis au-dessus des poutres transversales, ont été étendus à leur base, formant ainsi nervures jusqu’aux grandes poutres longitudinales intermédiaires. Le caisson a ainsi atteint une profondeur d’enfoncement de 10m,35.
- Enfin, dans une dernière phase, à partir de l’enfoncement de 10m,35 jusqu’à l’échouement, l’épaisseur du radier a été portée, dans la partie centrale, à 5™, 10 (qui était l’épaisseur totale), et dans les parties latérales jusqu’au pied des arcs maçonnés, à 4”,66; les bajoyers ont été renforcés, présentant sur plus de la moitié de leur hauteur une épaisseur de 2 mètres ; tous les contreforts ont été allongés et les arcs de soutien renforcés ; enfin un lest de moellons de 260 tonnes par chaque intervalle de deux poutres transversales a été disposé sur toute la partie centrale du radier. Le caisson a ainsi atteint une profondeur d’enfoncement de 16m,35 en contrebas du
- p.24 - vue 24/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS. ----- JANVIER 1881.
- 25
- niveau des hautes eaux, en sorte que les couteaux se trouvaient à une profondeur totale de 18m,25. A ce moment, le déplacement du caisson était d’environ 99000 tonnes. •
- Ajoutons que, pendant chacune des quatre phases, pour la construction du bajoyer de la tête ou du fond de la forme, et pour celle du radier au-dessus des deux compartiments inférieurs contigus, certaines modifications, motivées par les conditions différentes de travail de cette partie du caisson, ont dû être apportées dans le mode d’exécution qui vient d’être décrit.
- Pour bien conduire l’opération de la descente du caisson, il était indispensable de pouvoir se rendre compte à chaque instant de la position de tous les points de la construction par rapport à un plan fixe. Au moyen de lignes d’eau tracées au fur et à mesure sur les parois du caisson à partir de la ligne inférieure des couteaux, d’échelles graduées tracées sur les cheminées, etc., on a obtenu une série de lignes de visées permettant d’apprécier, avec la plus rigoureuse exactitude, toutes les inclinaisons et flexions du caisson, tant dans le sens longitudinal que dans le sens transversal. Les résultats des observations pendant toute la durée de l’enfoncement du caisson n° 1, sont résumés dans le tableau ci-après. (Les profondeurs se rapportent ici aux couteaux et non au plafond du caisson).
- DATES Profondeurs à DIFFÉRENCES de profondeur dans le sens longitudinal. FLEXIONS dans le sens transversal au milieu de la poutre transversale centrale.
- DES OBSERVATIONS. Tabout carré du caisson. AU MILIEU. A l’about à pans coupés.
- 28 août 1878 .... 12 octobre ..... 7 décembre. . . . 24 janvier 1879 . . 1er mars 31 mars . . . . . . 14 mai ....... 12 juin 2,25 4,00 6,00 8,00 10,00 12,00 14,00 16,00 18,25 m. + 0?057 + 0,090 - 0,007 + 0,027 4- 0,010 + 0,020 4- 0,026 + 0,001 + 0,012 + 0,003 4- 0,021 -4- 0,013 4- 0,033 — 0,005 4- o,oio 4- 0,006 — 0,018 4- 0,007 — 0,001 )) — 0,005 — 0,002 -- 0,001 — 0,002 — 0,004 — 0,004
- Août
- On voit par les chiffres de ce tableau, tout à la fois avec quelle régularité s’est enfoncé le caisson, et combien ont été faibles les flexions aussi bien dans le sens longitudinal que dans le sens transversal.
- Nous devons, toutefois, mentionner ici un incident qui s’est produit vers
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Janvier 1881. 4
- p.25 - vue 25/684
-
-
-
- m
- TRAVAUX PUBLICS. — JANVIER 1881.
- la fin de l’enfoncement, et qui a révélé la nécessité d’une disposition spéciale pour bien assurer l’assiette horizontale du caisson pendant la toute dernière phase de l’enfoncement du caisson jusqu’à l’échouement final. Lorsque les couteaux se trouvèrent descendus à la cote 18m,06 en contrebas des hautes eaux, ayant ainsi déjà pénétré d’une certaine quantité dans la couche de vase de 0^,50 à0m,60 d’épaisseur qui recouvrait le fond solide primitivement dragué à la cote 18m,35, le caisson éprouva tout à coup un arrêt dans son enfoncement vers l’about à pans coupés, et s’inclina en même temps sur le côté. Cet effet ne pouvait, évidemment, être attribué qu’à des résistances inégales de la couche de vase ; peut-être aussi y avait-il quelque corps dur interposé, par exemple d’anciennes traverses du bassin de montage qui avaient pu être entraînées, en restant attachées aux couteaux, au moment de la sortie du caisson. En présence d’un pareil incident, la première chose à faire était d’empêcher le caisson de talonner sous l’action des oscillations de la marée, et l’on s’empressa, pour cela, de le délester : en enlevant 715 tonnes de lest, on le fit remonter de 0m,13. Cette précaution prise, afin d’assurer désormais au caisson une assiette de résistance uniforme, on disposa sur tout son pourtour, le long des parois, par jets à la pelle, un bourrelet de safre que des plongeurs, en le piétinant, firent pénétrer jusque sous les couteaux. Le caisson, ayant été de nouveau immergé, s’enfonça dès lors régulièrement et descendit d’abord ainsi jusqu’à la cote 18m,10. Mais il restait encore à le faire descendre à travers le bourrelet de safre jusqu’à la cote fixée de 18m,30; et l’on avait, en outre, à prendre à l’avance toutes précautions pour que le caisson, à partir du moment où l’on aurait commencé le remplissage en béton des compartiments inférieurs, ne pût plus être soulevé par suite des différences de déplacement devant résulter, tant des fluctuations de la marée que de l’envoi de l’air comprimé dans les compartiments. Dans ce double but, on ajouta successivement, en le distribuant à peu près uniformément sur toute la longueur du caisson, la quantité de lest nécessaire pour compenser les déplacements résultant d’un nouvel enfoncement du caisson de 0m,20, d’un relèvement possible du niveau de la marée jusqu’à la cote de 0m,30 au-dessous des hautes eaux, — ce qui correspondait à la marée maximum que l’on pût redouter en cette saison, — enfin de l’envoi futur de l’air comprimé dans quatre compartiments ; et cette quantité fut encore augmentée d’un surcroît d’environ 1 000 tonnes, afin d’avoir toute sécurité. En exagérant ce lest supplémentaire on eût pu craindre de fatiguer inuti-
- p.26 - vue 26/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS.
- JANVIER 188t.
- 27
- lement les couteaux. Sous la charge résultant de tout le lest successivement ajouté, le caisson s’enfonça, très-régulièrement, jusqu’à sa profondeur définitive de 18m,25 a 18™,30.
- Le caisson se trouvant ainsi arrivé à fond, parfaitement lesté, et reposant sur une assiette bien solide, on pouvait procéder au remplissage des dix-huit compartiments. On se décida à exécuter ce travail par deux compartiments à la fois placés d’une manière symétrique par rapport aux extrémités, savoir : d’abord, le n° 2 et le n° 17 ; puis le n° 7 et le n° 12, et ainsi de suite. Aussitôt après le remplissage des quatre premiers compartiments, le caisson se trouvant soutenu sur quatre forts piliers répartis également sur sa longueur, on put, sans crainte pour les couteaux, afin de compenser le déplacement correspondant à l’envoi de l’air comprimé dans les autres compartiments, ajouter de nouveau lest consistant dans les approvisionnements de toute nature destinés à l’achèvement des maçonneries. Ce lest supplémentaire était indispensable pour parer à l’éventualité que l’on pouvait redouter, et qui s’est en effet produite, ou l’air comprimé, qu’il est si difficile de contenir, parviendrait à pénétrer dans les compartiments déjà remplis de béton. On s’est, toutefois, contenté de compenser le déplacement delà moitié des compartiments. La quantité totale de matériaux en approvisionnements dans le bassin s’est trouvée être ainsi d’environ 10 000 mètres cubes.
- Pour le remplissage en béton, chaque compartiment est muni de trois cheminées réparties également dans sa longueur, savoir : une cheminée centrale, de lm,05 de diamètre, servant d’abord exclusivement au passage des ouvriers, et deux cheminées latérales de 0m,75 de diamètre servant exclusivement à l’introduction du béton et désignées, par ce motif, sous le nom de bétonnières. Ces cheminées, pendant toute la période d’enfoncement du caisson, sont fermées à leur partie inférieure, la cheminée centrale par un fort tampon provisoire en tôle garni de caoutchouc, les bétonnières par leur porte inférieure, dont il sera parlé ci-après, également garnie de caoutchouc. Chaque cheminée se compose d’une partie fixe faisant corps avec le caisson, et de parties mobiles, que l’on assemble au-dessus au fur et à mesure de la confection du radier et que l’on peut plus tard démonter et enlever, grâce à un jeu ménagé entre leurs parois et la maçonnerie. Les bétonnières, dans lesquelles l’air comprimé est amené de la cheminée centrale par un tuyau muni d’un robinet, sont munies, elles-mêmes, dans le haut, d’une porte servant à l’introduction du béton, et, à leur partie inférieure, d’une porte horizontale sur laquelle ce béton s’accumule, et que l’on peut ouvrir ou
- p.27 - vue 27/684
-
-
-
- m
- TRAVAUX PUBLICS. ----- JANVIER 1881.
- fermer de l’intérieur du compartiment ; elles font l’office de véritables sas à air comprimé pour l’introduction du béton dans les compartiments, laquelle se fait par quantités d’un mètre cube à chaque sassement. Lorsque le caisson est à fond, on installe l’écluse à air à la partie supérieure de la cheminée centrale, on envoie de l’air comprimé, on enlève le tampon inférieur, et la cheminée se trouve alors prête à fonctionner. Le remplissage du compartiment se fait en commençant simultanément par chacune de ses extrémités. A partir du moment où il ne reste plus qu’une simple ruelle centrale allant de l’une des bétonnières à l’autre, celles-ci ne pouvant plus servir, l’opération de remplissage se continue et s’achève par la cheminée centrale. Lorsque le béton est élevé jusqu’au plafond à l’endroit même des bétonnières, on remplit celles-ci de béton sur toute la hauteur de leur paroi fixe ; puis on démonte la partie mobile et l’on finit alors de remplir jusqu’au niveau du radier avec de la maçonnerie. On opère à peu près de même, finalement, à la cheminée centrale, dans laquelle on interpose toutefois, à mi-hauteur du remplissage en béton, un fort tampon en bois solidement et hermétiquement coincé contre les parois.
- Lorsque l’on est descendu dans les compartiments remplis d’air comprimé, on a reconnu — suivant les prévisions, et ce qui justifiait grandement le système — qu’il existait, comme nous l’avons déjà dit, sur le fond dragué, une couche de vase plus ou moins compacte de 50 à 60 centimètres d’épaisseur. Il fallait tout d’abord se débarrasser de cette vase, ce que l’on fit, suivant la méthode habituelle, en la rejetant vers les bords du caisson où elle était rendue fluide par l’eau voisine, et où, sous l’action de l’air comprimé, elle était prise par des tuyaux flexibles passant par les cheminées pour aller se décharger par-dessus les bords du caisson. Avant de mettre le béton, on recouvrait tout le sol du compartiment d’un lit de moellons posés à sec et rangés à la main.
- On a travaillé le plus généralement dans trois compartiments en même temps : dans l’un, on vidait la vase et l’on posait le lit de moellons; dans un autre, on mettait le béton avec les deux bétonnières; enfin, dans une troisième, on achevait le remplissage et l’on mettait le tampon de fermeture de la cheminée centrale. Le remplissage c(e chaque compartiment, comportant environ 600 mètres cubes de béton, a duré en moyenne une semaine. Le travail complet du remplissage des dix-huit compartiments du caisson n° 1, commencé le 20 août 1879, a été terminé le 20 novembre suivant, et n’a ainsi duré que trois mois.
- p.28 - vue 28/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS.
- JANVIER 1881.
- 29
- Ce n’est qu’après cette importante opération que l’on a repris le travail des maçonneries du bassin, lequel n’a présenté et ne pouvait évidemment présenter aucun incident. Il va sans dire, d’ailleurs, qu’en même temps que se poursuivaient d’une manière si heureuse les travaux de la forme n° 1, l’entrepreneur mettait en train ceux de la forme n° 2. Le montage du second caisson, commencé le 1er décembre 1878, a été terminé le 7 juillet 1879, et le caisson a été amené en place, on a commencé à y mettre du béton, à la fin du même mois.
- Aujourd’hui, la première forme peut être considérée comme complètement terminée, et le caisson n° 2 est déjà descendu à une profondeur de 13m,20.
- Par l’exposé qui précède, on voit que le nouveau système de construction imaginé par M. Hersent, a été couronné du succès le plus complet. Non-seulement la forme déjà terminée est parfaitement étanche, — ce qui arrive bien rarement avec les procédés ordinaires de construction ; — mais elle aura été exécutée dans le délai, extrêmement court pour un ouvrage d’une telle importance, de trois ans et demi. La belle et grandiose entreprise en cours d’achèvement au port de Toulon fait donc le plus grand honneur à M. Hersent, à qui l’art des constructions hydrauliques est déjà redevable de nom-breux perfectionnements dans les appareils et dans les méthodes d’exécution. Votre Comité des constructions et des beaux-arts a l’honneur, en conséquence, Messieurs, de vous proposer de remercier M. Hersent de sa très-intéressante communication, de vouloir bien vous associer aux éloges que j’ai été chargé de formuler sur la nouvelle méthode d’exécution, enfin de décider l’insertion au Bulletin du présent Rapport, avec son appendice concernant les calculs de résistance, et avec les dessins explicatifs qui ont passé sous vos yeux.
- Signé : Voisin Bey, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 9 avril 1880.
- APPENDICE.
- CALCULS DE RÉSISTANCE DU CAISSON.
- Un corps flottant et en repos, de forme parallélipipédique, tel que le caisson, est soumis à trois groupes de forces extérieures, savoir :
- p.29 - vue 29/684
-
-
-
- 30
- TRAVAUX PUBLICS. — JANVIER 1881.
- 1° A des forces verticales dirigées de haut en bas qui sont les poids des différentes matières, fer, maçonnerie et lest, qui composent le caisson ;
- 2° A des forces verticales dirigées de bas en haut et uniformément réparties sur tout le fond du caisson qui sont la sous-pression de l’eau ;
- 3° Enfin, à des forces horizontales dirigées dans quatre sens différents, opposés deux à deux, qui sont les pressions latérales de l’eau sur les quatre parois verticales du caisson.
- Pour tout l’ensemble du caisson, supposé suffisamment résistant, il y a équilibre entre toutes ces forces extérieures. Mais lesdites forces exercent sur le caisson lui-même des efforts auxquels il doit être capable de résister.
- L’appréciation des résistances intérieures auxquelles devait donner lieu l’immersion du caisson a été faite d’abord par M. Hersent, à l’aide d’une méthode approximative qu’il jugeait suffisante pour la pratique. Les ingénieurs du port, avant de proposer l’adoption du projet, ont dû à leur tour s’assurer, mais par une méthode plus rigoureuse, que le travail qui serait exigé du fer et de la maçonnerie ne serait pas exagéré. C’est de cette seconde méthode de calcul que nous donnerons un résumé.
- Dans tous les calculs de résistance qui vont suivre, on a admis, d’une part, que le radier serait construit par couches horizontales jusqu’à son épaisseur totale de àm,10 (épaisseur non compris le dallage, et qui a été portée en exécution, précisément par suite des indications des calculs, à 5m, 10); d’autre part, queles bajoyers, constamment élevés jusqu’au niveau de la flottaison, seraient établis suivant un certain profil arrêté à l’avance par M. Hersent, et tel que lesdits bajoyers seraient juste suffisants pour résister seuls à la pression de l’eau, les maçonneries fraîches n’ayant toutefois jamais à subir que de faibles tensions.
- ï. Calculs de résistance du caisson dans le sens transversal.
- On considère une tranche transversale du caisson limitée aux axes transversaux de
- deux chambres de travail contiguës, ayant par conséquent une largeur
- p
- Fig. 1.
- ^ de 8 mètres, et son axe coïncidant avec l’une des poutres transversales. Cette tranche constitue une poutre hétérogène. Mais nous étudierons d’abord la question de résistance à un point
- de vue général sans nous préoccuper de la constitution de la poutre.
- p.30 - vue 30/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS.
- JANVIER 1881.
- 31
- Soit h la profondeur d’immersion du plafond du caisson, - :
- P, le poids de chaque bajoyer en maçonnerie,
- d, la distance de l’axe neutre de la poutre au fond du caisson ;
- a, la section de la poutre. - ' ,
- Nous supposerons par simplification, que la densité de l’eau de mer est égale à
- l’unité.
- Cherchons d’abord quelle est l’action des forces verticales sur la poutre.
- Une partie de la sous-pression est directement détruite par les charges uniformément réparties du radier en maçonnerie et du caisson ; (on peut négliger l’inégale répartition résultant du poids des parois de la partie supérieure du caisson) ; l’autre
- partie de la sous-pression est égale au poids 2P des deux bajoyers en maçonnerie. La poutre peut donc être considérée comme étant chargée uniformément et reposant sur deux appuis situés sur les verticales passant par les centres de gravité des bajoyers. Par conséquent, et en désignant par l, V et l" les distances respectives au milieu de la poutre de l’arête extérieure des bajoyers, de la verticale passant par leur centre de gravité, et de l’arête intérieure, le moment fléchissant dû aux forces verticales dans une section située à une distance x du milieu de la poutre est donné par la formule -
- v
- .. L' :
- Fig. 2.
- x = P (/_*)_! (/_*)•>
- On remarquera que ce moment atteint son maximum au milieu delà poutre où il P/
- est égal à P/' — ^
- Quant à la poussée horizontale sur chaque bajoyer, elle est donnée par l’expression h2
- Q = —X 8 X 1000. Cette poussée, appliquée au tiers inférieur de la hauteur h, donne 2
- lieu,
- D’une part, à un effort de compression générale dont l’intensité par unité de surface est
- , = «•
- n
- D’autre part, à un moment fléchissant, agissant en sens contraire du précédent, et ayant pour expression
- *=Q(g—<*) = 8,00<4’(-5-d).
- p.31 - vue 31/684
-
-
-
- 32
- TRAVAUX PUBLICS. — JANVIER 1881.
- Le moment fléchissant total sera donc
- Y — X — $.
- Il n’y a pas à se préoccuper du moment fléchissant au-dessous des bajoyers, parce que la poutre y est encastrée sous une grande masse de maçonnerie et que le tout offre une grande résistance. On n’a donc à considérer que la portion de poutre comprise entre le pied des bajoyers et le milieu de la poutre.
- Pour une immersion donnée, $ est constant, mais X est variable et décroît depuis le milieu de la poutre jusqu’à son extrémité. Y atteindra donc son maximum algébrique au milieu de la poutre ; mais comme il peut devenir négatif, le maximum arithmétique peut, par cela même, se trouver au pied des bajoyers. Les deux sections où les maxima peuvent se produire sont donc celles du milieu de la poutre et du pied des bajoyers : ce sont évidemment le's seules qu’il importe de considérer.
- Les valeurs de X correspondantes sont :
- . p l
- Au milieu de la poutre X0 = P/'------\
- 2
- Au pied des bajoyers Xr' = P [ï — /")
- la.
- 2r
- ï'f.
- K\
- On se rend aisément compte des variations de la valeur de Y à l’aide d’une représentation graphique.
- AO étant un axe des abscisses, les valeurs de X pour les différents points de la demi-longueur de la poutre seront représentées par les ordonnées d’une parabole BXC ; 4>, constant, est représenté par une droite $$ ; les valeurs de Y ne seront autres que les ordonnées de la parabole comptées à partir de cette droite.
- Les situations respectives de la droite $$ et de la parabole X varient à mesure de l’enfoncement du caisson.
- Au commencement, la droite $$ est tout entière au-dessous de la parabole ; les deux moments Y0 et Yv sont de même sens; Y0 est toujours supérieur à Yt^; le moment fléchissant va constamment en décroissant du milieu de la poutre à son extrémité.
- J ! y iY*
- 1 / i / i
- 1 1 / | bV ! •
- / i
- 7
- 1 / i
- i /
- I /
- Fig. 3,
- A un certain degré d’enfoncement, la droite $$ coupe la parabole et les deux moments Y « et Y?! sont de sens contraire ; puis, l’enfoncement continuant, Y^ arrive à
- p.32 - vue 32/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS. ----- JANVIER 1881. 33
- égaler et finit par dépasser en d’autres termes, on a alors deux moments fléchissants maxima de sens contraires, l’un au milieu de la poutre, l’autre au pied des bajoyers, le second finissant par dépasser le premier, et, en conséquence, un moment fléchissant nul en un point intermédiaire.
- Enfin, pendant la dernière période de l’enfoncement, la droite $$ est tout entière au-dessus de la parabole ; Y„ et Y;" redeviennent de même sens, mais d’un sens contraire à celui de la première période ; Y0 est toujours inférieur à Y^ ; le moment maximum va constamment en croissant du milieu de la poutre à son extrémité.
- Le moment maximum absolu ne croît pas toujours lorsque le caisson s’enfonce ; il passe par un minimum relatif lorsque Y0 = Yri. Par suite, le moment maximum commence par croître à mesure de l’enfoncement; il décroît ensuite jusqu’au degré d’enfoncement où le maximum, qui était au milieu de la poutre, se transporte au pied des bajoyers ; après quoi il croît constamment.
- On peut peindre aux yeux les diverses phases par lesquelles passe le caisson en
- représentant la déformation que tend à subir pendant chacune d’elles la fibre moyenne de la poutre.
- Ve phase. — Le travail maximum est au milieu : les fibres supérieures sont partout tendues; les fibres inférieures partout comprimées. Il y a intérêt à placer des surcharges au milieu.
- 2ephase. — Le travail maximum est, soit au milieu, soit à l’extrémité : les fibres supérieures sont tendues et les fibres inférieures comprimées'au milieu de la poutre, tandis que le contraire a lieu au pied des bajoyers. Il y a intérêt à placer des surcharges au milieu et à augmenter le poids des bajoyers.
- phase. — Le travail maximum est au pied des bajoyers : les fibres inférieures sont partout tendues et les fibres supérieures partout comprimées. Il y a intérêt à augmenter le poids des bajoyers, ce qui augmente en même temps la sous-pression centrale.
- On voit parla combien il importe de connaître à l’avance, d’une manière précise, les limites entre les trois phases, puisque c’est là-dessus que l’on doit se baser pour répartir les surcharges de la manière la plus avantageuse possible. La première phase sera remplacée par la seconde lorsque l’on aura $ = Xi" ; et la seconde par la troisième lorsque l’on aura Q = X0. De ces équations on. peut tirer les valeurs de l’enfoncement h pour lesquelles ont lieu les changements de phases.
- Les efforts qui s’exercent dans chaque tranche transversale de la poutre étant déterminés, il reste à rechercher le travail qui en résulte. Ce travail est dû à deux causes : à la flexion dont le moment est Y, donnant lieu à un travail repré-
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Janvier 1881. S
- Fig. 4.
- p.33 - vue 33/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS. — JANVIER 1881.
- U
- senté par l’expression r — et à la pression latérale Q exerçant une compression
- n
- générale p = ^
- Le travail total maximum de compression sera doncR = r-|-?>
- Et le travail maximum de tension. '. ...............R'=r'—f,
- r représentant la compression de la fibre la plus chargée, et r' la tension de la fibre opposée, au point de la poutre où le moment est maximum ; et nous avons vu comment, d’après la phase de l’enfoncement, ce point pouvait être, soit le milieu de la poutre, soit le pied des bajoyers. Il importe toutefois de remarquer à ce sujet qu’il peut y avoir, en ce qui concerne le travail, une exception à la règle -établie pour les moments, le maximum de r pouvant ne pas coïncider avec celui de Y. On a, en effet, Y n
- r = — et il peut arriver que n ne soit pas le même pour la fibre supérieure et pour
- la fibre inférieure, auquel cas le maximum de r ou de Y n peut avoir lieu, non pas au point où Y est maximum, mais au point où n est maximum. En d’autres termes, tant que le sens de la flexion reste le même, r et r sont proportionnels à Y, et, par suite, R et R' suivent les variations de Y avec les modifications qui résultent de l’adjonction du terme f, constant dans toute l’étendue de la poutre pour un même degré d’immersion ; mais, lorsque le sens de la flexion change, les valeurs de r et r sont interverties, et comme, par suite de la position qu’occupe le centre d'élasticité, ces valeurs peuvent être très-différentes, il y a changement correspondant dans les valeurs de R et R'.
- Pour une même valeur de Y, suivant la position du centre d’élasticité, le travail maximum peut être beaucoup plus considérable, tantôt lorsque la fibre la plus comprimée se trouve dans le haut, tantôt lorsqu’elle se trouve dans le bas de la poutre.
- Les formules générales une fois établies, on les a successivement appliquées, 1° au calcul du travail des poutres en fer du caisson considérées comme seuls éléments de ^résistance ; 2° au calcul du travail du radier en maçonnerie, abstraction faite de la résistance des poutres en fer ; 3° enfin, au calcul du travail de la poutre hétérogène composée de fer et de maçonnerie. Ces différents calculs étaient appelés à montrer, d’une part, dans quelles limites ou pour quels degrés d’immersion on pouvait compter soit sur la résistance seule du fer, soit sur celle de la maçonnerie ; d’autre part, quelle réduction le système de la poutre hétérogène devait produire respectivement dans le travail particulier du fer et dans celui de la maçonnerie. Ils devaient fournir en même temps toutes les indications nécessaires touchant le meilleur programme à suivre pour l’exécution des maçonneries. Nous nous contenterons de mentionner les principaux résultats desdits calculs qui ont été faits pour diverses profondeurs d’immersion depuis 5 mètres jusqu’à 15m,60. * ' -
- p.34 - vue 34/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS. — JANVIER 1881.
- 35
- lu Calculs des résistances des poutres en fer.
- L’axe neutre de ces poutres se trouve situé au-dessous du plafond du caisson. Par suite de cette position de l’axe neutre, on reconnaît aisément, conformément à une remarque générale précédente, qu’avec une même valeur de moment fléchissant, le travail maximum est beaucoup plus considérable lorsque la fibre la plus comprimée se trouve dans le haut de la section que lorsqu’elle se trouve dans le bas. Cette circonstance se présente k l’immersion de 10 mètres pour laquelle Je moment fléchissant maximum qui était au milieu de la poutre passe aux pieds des bajoyers ; les moments fléchissants en ces deux points sont alors à peu près égaux ; en sorte que, vers l’immersion de 9m,50, alors que le moment maximum se trouve au milieu de la poutre, le travail maximum a lieu pourtant au pied des bajoyers. Par un motif analogue, le travail maximum entre 5 mètres et 10 mètres d’immersion correspond à la profondeur de 7 mètres, tandis que le maximum du moment fléchissant correspond à 8 mètres. Cette anomalie ne se présente du reste que dans les deux cas qui viennent d’être cités, l’un et l’autre à un maximum. Dans tous les autres cas, le travail maximum correspond au moment fléchissant maximum.
- : Entre 5 mètres et 9m,50, le travail maximum varie peu ; il atteint, comme on vient de le dire, son maximum à 7 mètres d’immersion, où il est de llk,77 par millimètre carré. A partir de 9m,50 le travail croît rapidement, et il atteint 58 kilog. au moment de l’échouement. On voit par ce dernier chiffre que, pour que le caisson en fer pût résister seul jusqu’au moment de l’échouement, il faudrait le renforcer dans des proportions considérables.
- On remarque qu’à la profondeur de 10 mètres l’épaisseur de radier nécessaire pour produire cet enfoncement est de 4m,10, précisément l’épaisseur de radier adoptée. C’est donc à partir de ce moment qu’il faudra ajouter du lest. En concentrant le lest vers le milieu, on diminuera le travail dans la partie centrale de la poutre; mais le moment maximum se trouvant déjà dès lors au pied du bajoyer, on ne pourra pas le diminuer en modifiant la disposition de la surcharge mobile.
- 2° Calculs des résistances de la maçonnerie seule.
- On trouve ici que le moment fléchissant maximum est toujours au milieu de la poutre. A partir de 10 mètres, où ce moment a une assez grande valeur, on pourra le diminuer notablement en concentrant le lest vers le centre ; faire en sorte, par exemple, que pour la profondeur de 15m,60, le moment maximum ait lieu au pied des bajoyers ; et il suffit pour cela de concentrer au milieu la moitié du lest. Par le même moyen, le maximum qui correspond à 12 mètres est ramené à 10 mètres.
- Au début, la maçonnerie du radier ne sera pas toute assez ancienne pour pouvoir supporter des tensions. Il convient d’ailleurs de remarquer que la couche supérieure la
- p.35 - vue 35/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS.
- 36
- JANVIER 1881.
- plus récente sera la plus tendue. On admet cependant, par simplification, que toute la section de la maçonnerie puisse travailler utilement. En calculant alors le travail maximum de la maçonnerie aux divers enfoncements, on trouve que, pour 5 mètres, ce travail serait de 15 kilog. par centimètre carré; il diminue alors, et devient de 9 kilog. à 10 mètres, de 6k,10 à 12 mètres ; puis, il augmente de nouveau et est de de 7k,20 àl5m,60. Le travail de la maçonnerie diminue avec l’enfoncement jusqu’à 12 mètres, parce que la sous-pression équilibre de plus en plus la flexion que tend à produire la maçonnerie; à cette cause s’ajoute, jusqu’à 10 mètres, l’augmentation d’épaisseur du radier. Eu égard à ce que l’on ne tient pas compte du travail du fer, on pourrait admettre le travail supporté par la maçonnerie à partir de 12 mètres.
- Modifications à introduire dans le profil des bajoyers et dans le mode d'exécution
- du radier.
- On voit par les résultats qui précèdent que les conditions de travail du caisson, telles qu’elles résultent des données admises dans les calculs quant au profil des ba-joyèrs et au mode d’exécution du radier, doivent être modifiées jusqu’à l’enfoncement de 12 mètres. A partir de ce moment on sera sûr que la résistance de ces maçonneries, déjà anciennes, suffira. Le fer contribuera d’ailleurs à la solidité dans une proportion que nous chercherons à apprécier plus loin.
- En ne considérant que le travail du fer, abstraction faite de la résistance des maçonneries, il conviendra de concentrer vers le centre la charge comprise entre les bajoyers. Quant au poids de ceux-ci, il devra être diminué jusqu’à la profondeur de 10 mètres ; mais à partir de là, on aurait au contraire intérêt à l’augmenter afin de diminuer l’action à l’extrémité du radier.
- Si l’on ne considère que le travail des maçonneries, on aura de même intérêt à concentrer la charge au milieu ; quant au poids des bajoyers, il conviendrait de le diminuer jusqu’à 15 mètres, résultat en contradiction avec le précédent.
- L’augmentation de la charge au centre est donc indiquée en toute hypothèse et pour tous les degrés d’enfoncement. Au début, on peut charger le centre en y donnant un surcoît d’épaisseur au radier, et continuer ainsi jusqu’à atteindre l’épaisseur maximum de à-1", 10 vers 7m,50 de profondeur. Le renflement de la maçonnerie vers le centre présente cet autre avantage, que les portions du radier qui devront le plus tôt suppléer à l’insuffisance du fer seront plus anciennes lorsqu’elles auront à supporter des tensions ; toutefois, il ne serait pas prudent, dès le début, de construire les parties centrales sur toute la hauteur, car on faciliterait ainsi des divisions verticales et, par suite, la production de voies d’eau à travers le radier ; il conviendra donc de procéder d’abord par couches horizontales au remplissage de l’intervalle des poutrelles de plafond qui présentent 0m,80 de hauteur, pour ne commencer qu’à partir de ce
- p.36 - vue 36/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS. — JANVIER 1881.
- 37
- moment à renfler progressivement le radier au centre. Dans l’une comme dans l’autre de ces deux phases d’exécution des couches successives du radier, on devra d’ailleurs avoir le soin de commencer toujours par le pied des bajoyers en marchant vers le centre ; on sera sûr ainsi que, quelle que soit la flèche, elle diminuera à la fin de la pose de chaque couche, ce qui aura pour effet de comprimer la maçonnerie fraîche au lieu de la tendre. Enfin le renflement progressif au centre devra être conduit de manière que l’inclinaison moyenne de la surface du radier ne dépasse pas 1/20 et se rapproche ainsi de la forme parabolique qui est la plus favorable pour les résistances.
- Quant au poids des bajoyers, il y aura avantage, également en toute hypothèse, à le diminuer, et à adopter en conséquence un profil aussi réduit que possible, jusqu’à 9 mètres. Dès que l’on approche de 10 mètres, il devient nécessaire d’examiner s’il convient de diminuer le travail de la partie métallique du caisson ou celui de la maçonnerie supposées travaillant isolément. Nous verrons tout à l’heure, en étudiant le travail de l’ensemble, qu’il convient de disposer les charges de manière à soulager les maçonneries. On aura donc avantage à adopter un profil réduit de bajoyer jusqu’à 12 mètres.
- Moyennant les deux précautions qui viennent d’être indiquées, renflement de la maçonnerie au centre, et réduction des bajoyers jusqu’à 12 mètres d’enfoncement, on obtiendra de très-notables réductions dans le travail : ainsi le travail maximum du fer se trouvera réduit à 8\83 et celui de la maçonnerie à 4k,21. On comprend qu’il est possible de réduire encore le travail de la maçonnerie en augmentant l’épaisseur du radier; avec une épaisseur de 5™, 10, par exemple, au lieu de 4m,10, le travail maximum de la maçonnerie serait réduit de 2 kilog par centimètre carré. (On a adopté en exécution, cette épaisseur de 5“\ 10.)
- 3° Calculs des résistances de Vensemble du fer et de la maçonnerie.
- En présence du travail excessif que, pendant une certaine phase de l’enfoncement, avec le mode d’exécution primitivement admis, auraient à subir le fer et la maçonnerie considérés isolément; et, dans l’incertitude de la complète efficacité des précautions qu’il convient en tout cas de prendre, d’après les indications du calcul, pour réduire ce travail, il était essentiel de considérer le travail d’ensemble du fer et de la maçonnerie. Sans doute, à partir du début et pendant toute une première phase de l’enfoncement, les poutres en fer, appelées à résister alors presque seules aux efforts auxquels est soumis le caisson, présentent une résistance largement suffisante qui dispense de faire entrer en ligne de compte la maçonnerie peu épaisse et encore fraîche du radier : la seule crainte que l’on puisse avoir, pendant cette première phase, c’est que la maçonnerie, étant intimement liée aux poutres et participant dès lors inévitablement à leurs flexions, n’ait à subir des dislocations ou ne présente un défaut de compacité préjudiciables à l’étanchéité du radier ; mais nous avons vu précédemment comment
- p.37 - vue 37/684
-
-
-
- 38
- TRAVAUX PUBLICS — JANVIER 1881.
- l’on peut, par une marche bien entendue du travail, éviter tout au moins que les maçonneries du radier aient au moment de leur prise à subir des tensions. De même, pendant la dernière phase de l’enfoncement, à partir du moment où le radier en maçonnerie a atteint une épaisseur suffisante pour résister par lui-même, on peut compter sur la parfaite solidité du caisson, le rôle de la partie métallique n’étant plus alors que de diminuer, dans une notable proportion, le travail de la maçonnerie. Mais, pendant toute une phase intermédiaire, nonobstant toutes précautions prises quant au mode d’exécution, on ne peut plus compter uniquement, pour être assuré de la solidité du caisson, soit sur la résistance seule du fer, soit sur celle de lamaçon-nerie, qui, considérées isolément, sont respectivement tout à fait insuffisantes ; et il faut absolument, comme nous venons de le dire, considérer l’ensemble du système dans lequel la maçonnerie, à mesure que l’épaisseur du radier augmente, contribue dans une proportion plus ou moins grande, suivant cette épaisseur, en raidissant les poutres, à la résistance totale. .
- Pour pouvoir faire les calculs de résistance de la poutre hétérogène il fallait connaître le rapport entre l’élasticité du fer et celle de la maçonnerie. Des expériences, malheureusement insuffisantes et dès lors peu concluantes, ont conduit à penser que le coefficient d’élasticité du fer était environ vingt fois plus grand que celui de la maçonnerie. Partant de cette donnée, les calculs de résistance ont été faits de la manière suivante :
- On sait que, dans les poutres hétérogènes, toutes les formules des poutres homogènes sont applicables à la condition de considérer pour le calcul des sections et des moments
- d’inertie chaque élément de surface comme ayant une densité proportionnelle à son coefficient d’élasticité, et de multiplier l’effort moléculaire danschaque cas par le coefficient d’élasticité correspondant.
- On a à déterminer d’abord la position de la fibre moyenne et le moment d’inertie delà poutre hétérogène. ' : ' '
- Pour la position de la fibre moyenne, si l’on désigne pars, « et n, les sections respectives du fer, de la maçonnerie et de l’ensemble de la poutre, la section n se rapportant à une poutre homogène en maçonnerie ; par <T, g, a, les distances respectives au plafond des centres d’élasticité, on aura : ;
- Fig. 5.
- n = a + 20 s;
- scà -f- 20 si1 n
- Pour le moment d’inertie, si l’on désigne par i le moment d’inertie de la section du fer par «apport à son centre de gravité, le même moment par rapport au centre d’élasticité général sera, d’après une propriété connue des moments d’inertie,
- p.38 - vue 38/684
-
-
-
- 39
- TRAVAUX PUBLICS. — JANVIER 1881.
- i + s (a + ; de même, K étant le moment d’inertie de la maçonnerie par rapport
- au milieu de l’épaisseur du radier, le même moment par rapport au centre d’élasticité général sera — a)2. L’expression du moment d’inertie de l’ensemble pourra
- donc s’écrire :
- I = K + « (g — a)2 4- 20 [i -f s (a + Jf].
- Désignons maintenant par r et r' le travail de compression et le travail de tension produits dans le fer par le moment fléchissant Y ; par n et n' les distances au centre d’élasticité général des filets les plus comprimés et les plus tendus, on aura :
- Y Y
- r — 20r’ = 20
- n n'
- De même pour la maçonnerie, t et t' désignant le travail, v et v' les distances au centre d’élasticité général, on aura :
- v v'
- Quant aux compressions résultant de la pression Q de l’eau sur les parois latérales, elles seront :
- Pour le fer p = 20 —, au lieu de - si le fer travaillait seul ; n s
- Pour la maçonnerie au lieu de - si l’on ne considérait que la maçon-
- fl a
- nerie. :
- Ces formules ont été appliquées à deux cas extrêmes, celui où l’on vient de terminer le remplissage des poutrelles de plafond sur leur hauteur de 0m,80, et celui où le radier a atteint son épaisseur totale de 4m,t0, ce qui a lieu pour la section centrale à 7m,50 d’enfoncement.
- Pour chacun de ces deux cas, on a déterminé d’abord la valeur de tous les éléments qui entrent dans les expressions ci-dessus des elîorts respectivement supportés par le fer et par la maçonnerie dans le travail commun. En comparant notamment les valeurs de a dans les deux cas, on reconnaît que le centre d’élasticité de l’ensemble est d’abord à 0ra,18 au-dessous du centre d’élasticité de la maçonnerie, puis qu’il s’en rapproche un peu et se trouve finalement encore à 0m,16 de distance au moment où le radier atteint son épaisseur maximum. Le moment $ de la pression latérale, et, par suite, le moment total Y sont donc peu différents de ce qu’ils seraient si la maçonnerie travaillait isolément; et, pour ce motif, les charges doivent être répar-
- p.39 - vue 39/684
-
-
-
- 40
- TRAVAUX PUBLICS.
- JANVIER 1881.
- tiesde manière à rendre minima les efforts dans l’hypothèse où l’on ferait abstraction de la résistance du fer.
- On a ensuite calculé la part du fer et celle de la maçonnerie dans le travail commun. Les résultats de ces calculs ont fait ressortir les principaux faits suivants :
- 1° Avec une épaisseur de radier de 0m,80,
- L’action de la maçonnerie réduit la compression générale du fer au quart ; mais, en définitive, le travail du fer, surtout à la tension, est augmenté. Au contraire, le travail de la maçonnerie est considérablement réduit et est exclusivement un travail de compression. Il résulte de là que le fer fonctionne un peu à la manière d’un tirant, et que si l’on surchargeait avec du lest de manière à produire l’enfoncement sans augmenter le radier, ce serait le fer qui se romprait le premier. Ces résultats ne s’appliquent toutefois qu’au début. A 5 mètres de profondeur, la section centrale du radier aura déjà 3 mètres d’épaisseur, et elle se rapproche alors beaucoup du cas que nous allons maintenant examiner.
- 2° Avec une épaisseur de radier de lm,10,
- La compression générale sur le fer est négligeable ; le travail du fer est extrêmement faible et se réduit à une tension ; la réduction du travail de la maçonnerie, tout en ayant de l’importance, est bien moindre que pour le fer.
- En résumé, tant que le radier est peu épais, le travail du fer est augmenté et celui de la maçonnerie est considérablement diminué. Lorsque le radier augmente d’épaisseur, le travail du fer diminue au contraire dans de très grandes proportions, tandis que celui de la maçonnerie ne diminue que dans une proportion de moins en moins considérable; pour l’épaisseur limite de 4m,10, la tension de la maçonnerie est lesdeux tiers de ce qu’elle serait si le fer n’existait pas.
- Bref, en appliquant les calculs à divers cas d’enfoncement, on a trouvé que le travail du fer ne dépasserait pas 7 kil. par millimètre carré, et la tension de la maçonnerie 2k,18 par centimètre carré. Et il est utile de mentionner au sujet de ce dernier chiffre que la maçonnerie de la tranche inférieure, sur 2 mètres environ d’épaisseur, a été faite avec du mortier de Portland.
- II. Calculs de la résistance du caisson dans le sens longitudinal.
- L’axe longitudinal du caisson peut être considéré comme soumis à une sous-pression uniformément répartie égale au poids du bajoyer de tête et du bateau-porte de l’entrée. On se trouve donc encore ici dans le cas d’une poutre chargée uniformément et reposant sur deux appuis. ^ .
- De là un travail pour l’ensemble du caisson.
- Même en considérant les poutrelles de plafond et le radier comme seuls éléments de résistance, on se rend aisément compte que les efforts supportés par le fer et la ma-
- p.40 - vue 40/684
-
-
-
- 41
- TRAVAUX PUBLICS. — JANVIER 1881.
- çonnerie aux diverses phases de l’enfoncement ne seraient pas considérables. On n’avait donc pas à s’en préoccuper au point de vue de la solidité du caisson. D’autant, qu’en fait, lesdits efforts sont considérablement atténués par le système de construction du caisson, lequel, on le sait, indépendamment des poutrelles de plafond et du radier, est fortement consolidé dans le sens longitudinal par les deux grandes poutres de pourtour formant les tranchants et par les deux poutres longitudinales intermédiaires, par la tôle des parois latérales, enfin par la masse croissante de la maçonnerie des bajoyers longitudinaux donnant à tout l’ensemble la forme d’une forte poutre en U.
- Mais à supposer même que, nonobstant cette puissante consolidation longitudinale, la rigidité du caisson ne soit pas parfaitement assurée, il est facile de reconnaître que les déformations possibles s’arrêteront forcément à une limite très-faible. En effet, sans la présence des deux poids extrêmes, chaque tranche s’enfoncerait naturellement à une profondeur h un peu moindre que la véritable profondeur h d’enfoncement du caisson ; la sous-pression uniformément répartie qui fait équilibre aux poids n des extrémités est évidemment proportionnelle à h — 4', et la valeur de chaque poids n peut être représentée par l’expression n = K(A— h') L, L étant la longueur du caisson. Or, si le caisson fléchit aux extrémités et se relève au milieu, le relèvement aura pour effet de diminuer la sous-pression, et la flèche ne pourra pas dépasser la quantité
- h- h'
- h~—h' ; et le rapport de cette flèche à la portée,—— , sera, d’après l’équation précédente,-^^ valeur très-faible eu égard à la grande longueur du caisson.
- Cette dernière considération explique en même temps comment l’on a pu, dans le calcul des résistances du caisson dans le sens transversal, négliger la quantité h — h', c’est-à-dire admettre que chaque tranche transversale du caisson s’enfonçait comme si elle était complètement isolée des autres.
- III. Efforts divers.
- Les efforts sur le caisson que nous avons précédemment étudiés sont modifiés aux deux extrémités.
- A l’entrée, la fermeture consiste, on le sait, en un batardeau ou bateau-porte s’appuyant sur le radier. Les efforts que cette disposition fait supporter au radier dans le sens transversal sont les mêmes que pour les autres parties du caisson ; les efforts dans le sens longitudinal résultant de la sous-pression restent également les mêmes ; mais la pression de l’eau sur le batardeau, contrebutée, il est vrai, sur les bords par les bajoyers, se transmet au radier dans la partie centrale : le calcul montre que le travail qui en résulte est peu considérable.
- A la tête du bassin, le travail du radier est moindre qu’à l’entrée : le rapprochement
- Tome VIII. — 80e année. 3- série. — Janvier 1881. - 6
- p.41 - vue 41/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS.
- JANVIER 1881.
- des bajoyers latéraux vient en effet contrebuler la poussée latérale dont l’effet se trouve en outre diminué par le poids du bajoyer transversal. On n’a donc pas à se préoccuper de cette poussée. Toutefois, il se présente ici une circonstance spéciale : la tête du bassin, à cause de sa forme rétrécie, a un déplacement moindre que les autres sections transversales, et elle est en même temps plus chargée par suite du bajoyer de tête : il résulterait de là, si l’on ne modifiait rien aux dispositions primitivement arrêtées, une dénivellation et des variations de pression qui ne seraient pas sans inconvénient. Pour prévenir ces effets, il conviendra de réduire, dans une certaine mesure et d’une certaine façon qu’indiquent les calculs, le poids du bajoyer transversal et des pans coupés. On pourra d’ailleurs, au besoin, transformer en flotteur une partie du caisson inférieur.
- Lorsqu’après l’échouement du caisson on enverra de l’air comprimé dans les chambres de travail pour permettre leur remplissage en béton, la surcharge nécessaire pour empêcher le caisson de flotter combattra les effets de l’augmentation de la sous-pression. Mais on devait prévoirie cas où, à l’approche de l’échouement, le caisson viendrait à toucher sur quelque point du sol formant saillie et résistant : en pareil cas, si l’on continuait le foncement, il se produirait inévitablement des déformations. On devra donc alors, ou arrêter instantanément le foncement ou relever le caisson en envoyant de l’air comprimé dans un certain nombre de compartiments. Il était utile de se rendre compte à l’avance des efforts longitudinaux qui se produiraient dans cette dernière hypothèse, et les calculs ont montré que ces efforts seraient peu considérables. Ils pourront d’ailleurs toujours être combattus par une surcharge convenable disposée au-dessus des compartiments renfermant de l’air.
- La houle peut amener aussi, théoriquement, dans la longueur du caisson, des différences de sous-pressions, puisque celles-ci sont proportionnelles aux ordonnées de la courbe de la houle. Un calcul très simple permet de se rendre compte des efforts qui résulteraient d’une houle déterminée. Mais la houle étant toujours très-faible dans le bassin de Missiessy, on n’avait vraiment pas à se préoccuper de son influence sur le caisson.
- On devait, enfin, chercher à se rendre compte à l’avance de ce que pourraient être les effets de l’inégalité d’action de la température sur les parties métalliques découvertes et sur celles qui sont plongées dans l’eau ou recouvertes par de la maçonnerie.
- Or, dans le sens longitudinal, les seules parties métalliques découvertes consistent en une faible portion de la paroi verticale; cette paroi est d’ailleurs intimemenUiée à la masse considérable de maçonnerie qui est plus que suffisante pour combattre les effets de la dilatation de la tôle métallique. On n’avait donc aucune préoccupation à avoir de ce côté, sinon dans la première période du travail, pendant l’exécution des maçonneries jusqu’à une immersion de k mètres, où l’on devrait avoir le soin de couvrir la partie supérieure des grandes poutres longitudinales afin d’atténuer le plus pos-
- p.42 - vue 42/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS. — JANVIER 1881. 43
- sible les effets alors inévitables, mais en même temps peu dangereux, de la dilatation .
- Dans le sens transversal, les inégalités de température ne pourraient produire de déformations que par l’action des poutres transversales supérieures qui ont des dimensions beaucoup trop faibles pour pouvoir lutter contre les poussées latérales et qui fléchiront bien certainement avant de produire aucun effet nuisible.
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DES PLANCHES 122 ET 123 RELATIVES AUX NOUVELLES FORMES DE RADOUB CONSTRUITES DANS LA DARSE DE MISSIESSY, AU PORT DE TOULON.
- Planche 122.
- Plan général de la darse (installation des chantiers).
- Fig. 1. A, Carrière pour le moellon brut.
- 1, magasin et forge.
- 2, bureau.
- 3, chemins militaires.
- B, chemin de fer reliant l’arsenal à la Seyne (station), bureau des travaux hydrauliques.
- b, magasins des travaux hydrauliques.
- c, bureaux et magasins de l’entreprise.
- d, atelier de réparations.
- e, bascule.
- /, magasin à chaux, y, broyeurs à mortier. hy compresseurs d’air.
- i, débarquement flottant à couloir cylindrique servant à déposer les dragages à 50 mètres de distance. •
- épuisement de la fosse de montage. k, atelier de montage.
- /, débarquement du sable.
- débarquement de la pierre de taille.
- m, grue roulante.
- n, chantier de pierres de taille.
- o, chaudières des pompes d’épuisement.
- p, dépôt de sables.
- r, dépôt de moellons.
- s, palissade (clôture de Castigneau).
- p.43 - vue 43/684
-
-
-
- TRAVAUX PUBLICS.
- JANVIER 1881.
- U
- Bassin n° 1, fouilles.
- Bassin n° 2, maçonnerie et fonçage.
- Dispositions principales du caisson métallique.
- Fig. 2. Coupe longitudinale de l’extrémité du caisson montrant la coupe transversale du batardeau.
- Fig. 3. Grande console des hausses au-dessus des poutres longitudinales intermédiaires à l’about à pans coupés.
- Fig. k. Elévation de deux poutrelles du plafond.
- Fig. 5. Demi-poutre transversale avec console supérieure pour les hausses.
- Fig. 6. Plan de l’about à pans coupés.
- Planche 123.
- Dispositions d’ensemble d’un bassin de radoub.
- Fig. 1. Coupe longitudinale sur l’axe, avant l’enlèvement du batardeau. a, batardeau pendant la construction.
- £, galeries conduisant l’eau aux machines d’épuisement.
- Fig. 2. Plan général.
- e, c, emplacement des machines d’épuisement. d, galeries de conduites d’eau aux machines.
- Fig. 3. Coupe transversale au milieu du bassin.
- Fig. 4. Coupe transversale à l’emplacement du bateau-porte, en A B (du plan général).
- Coupes à divers degrés d’avancement de l’exécution des maçonneries montrant leur disposition pour le lestage.
- Fig. 5. Coupe transversale à 5m,73 d’immersion avec une charge de 23 220 t.
- Fig. 6. Coupe transversale à 8m,02 d’immersion avec une charge de 37 080 t.
- Fig. 7. Coupe transversale à 12m,25 d’immersion avec une charge de 62 280 t.
- Fig. 8. Coupe transversale à 18m,25 d’immersion avec une charge de 98 928 t.
- Ecluses.
- Fig. 9. Cheminée d’accès des ouvriers et écluse à air.
- Fig. 10. Écluse spéciale pour l’introduction du béton.
- p.44 - vue 44/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES. — JANVIER 1881.
- 45
- COMITÉ DES ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. de Laboulaye, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur le moulin-tamiseur de M. Poirier.
- Tout le monde connaît les petits moulins à noix qui servent dans les ménages à moudre le café, et qui, construits d’une dimension un peu plus grande, se rencontrent dans la plupart des magasins d’épiceries. Leur emploi a surtout pour but de permettre d’acheter le café en grain et, par suite, de mettre l’acheteur à l’abri de toutes les falsifications qui se donneraient carrière avec le café en poudre.
- La mouture assez imparfaite, ou plutôt le concassage, que l’on obtient avec ces appareils est suffisant pour des matières qui servent pour préparer des infusions avec de l’eau chaude ; mais leur emploi serait défectueux si l’on voulait obtenir des poudres fines et régulières. Tel serait le cas pour le poivre, par exemple, qui ne se vend guère qu’à l’état de poudre, c’est-à-dire trop souvent altéré et toujours éventé.
- Pour obtenir une mouture régulière, il faudrait évidemment se rapprocher de la pulvérisation en grand, c’est-à-dire faire succéder un travail de tamisage, de bluterie à l’action du broyage; mais il semble que, alors, on arrive à une complication bien grande pour un appareil d’économie domestique ou de commerçant vendant une petite quantité du produit moulu. C’est ce problème que M. Poirier s’est proposé de résoudre.
- Dans la table du moulin à noix, placée horizontalement, il dispose un cadre suspendu par un simple ressort que vient faire battre une roue à cames, placée sur l’axe de la noix, et actionnant une tige verticale. Une toile métallique vient se loger dans ce cadre et donne, dans le tiroir placé à la partie inférieure et divisé par des cloisons mobiles, des poudres en rapport avec la finesse des toiles. En repassant au moulin, avec de nouvelles graines, les parties insuffisamment broyées qui arrivent à l’extrémité du tiroir, il obtient facilement les divers degrés de finesse qu’exige la consommation.
- Ajoutons que le tout est fermé et qu’un verre, placé à la partie antérieure permet de surveiller le travail.
- L’appareil construit par M. Poirier nous paraît assez simple pour pouvoir être mis à un prix modéré à la disposition des épiciers et des pharmaciens, qui peuvent en faire un usage fréquent, et nous vous proposons, par suite,
- p.45 - vue 45/684
-
-
-
- m
- BIOGRAPHIE. --- JANVIER 1881.
- d’aider, par votre suffrage et la publicité du Bulletin, à sa propagation, persuadé qu’il pourra rendre d’utiles services.
- Signé : De Laboulaye, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 10 décembre 1880.
- BIOGRAPHIE.
- ÉLOGE DE M. PIERRE-AMEDEE DURAND, PAR M. J.-A. BARRAT..
- Même quand on ne croit qu’aux faits et à l’expérience, on aime à s’abandonner à la rêverie, et, volontiers, en présence de certaines destinées, on se laisse aller à supposer quelque intervention surnaturelle, par exemple, celle des fées des contes de notre enfance, intervenant au-dessus d’un berceau : les unes, pour prodiguer au nouveau-né des dons précieux, tels que : un goût délicat pour les beaux-arts, une rare habileté de main, le génie de l’invention, la bonté du cœur, la persévérance de l’esprit ; les autres, pour tempérer tant de facultés puissantes, par l’amour de l’indépendance, la résistance à toute chose imposée, l’ardeur de la critique du mal. En cherchant à expliquer les événements de la vie de l’éminent Confrère dont j’ai à vous retracer la biographie, je n’ai pu trouver d’autre moyen de me rendre compte de la singularité de la carrière qu’il a parcourue. Il avait en naissant des dispositions extraordinaires pour les arts et l’industrie, et des qualités tout à fait éminentes; mais il n’a pas atteint la haute position à laquelle il avait droit, parce que son caractère trop fortement trempé ne lui a pas permis de se plier à toutes les exigences de la société où l’on préfère généralement les âmes souples et les cœurs légers aux vertus rigides et aux têtes fermes. La mort l’a mis plus haut que ne l’avait fait la vie.
- Vers le milieu du siècle dernier, une famille normande, des environs des Andelys, qui avait acquis une modeste aisance dans l’agriculture, la famille Durand, vint s’établir à Paris; elle acquit une maison rue Saint-Honoré, et un petit bien de campagne, dans la banlieue, le moulin de Saquet, devenu célèbre depuis le terrible siège que la grande ville a subi de la part des Allemands. Le père était surtout un laboureur normand ; la mère appartenait à une famille dont les membres pratiquaient les arts avec distinction; un des
- p.46 - vue 46/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- JANVIER 1881.
- il
- frères de Mme Durand était M. Deseine, sculpteur dun grand talent et membre de l’Académie royale de peinture.
- C’est dans cette famille que naquit, le 15 mars 1789, Pierre-àmédée DURAND. Son enfance se passa en partie dans les ateliers de son oncle, en partie au moulin où il aimait à rester des journées entières avec le meunier; il s’essayait, dès ses premiers ans, tantôt à modeler de la terre glaise, tantôt à combiner et à exécuter de petites mécaniques pour imiter le moulin et sa roue hydraulique et son tic-tac. U fallut cependant que l’enfant quittât ces jeux si charmants et qui indiquaient deux vocations rarement réunies, pour aller suivre les cours ordinaires des études classiques. Amédée Durand fut placé dans l’institution Planche pour laquelle il n’a pas gardé un souvenir très reconnaissant ; ce n’est pas que l’enseignemsnt y fût mauvais, bien loin de là; mais beaucoup d’autres choses laissaient à désirer dont il parlait plus tard avec quelque sévérité. Toutefois, il s’y lia d’amitié avec des condisciples qui devinrent des hommes illustres ou considérables, Villemain, Chomel, Rattier, Lenormand, ce qui lui valut, durant le cours de sa vie, la connaissance ou même l’amitié des frères Bertin, du Journal des Débats, de Chateaubriand, et d’un grand nombre de savants, de littérateurs et d’artistes.
- Lorsque son père et sa mère moururent, il entrait à peine dans la jeunesse; il n’avait qu’un frère. Les deux jeunes gens trouvèrent dans leur famille toutes les incitations propres à les amener à cultiver les arts. Son frère embrassa la profession d’architecte où il réussit; il eut une fille, nièce de notre confrère, qui a épousé un ingénieur des mines dont le nom est resté honoré dans les sciences, l’industrie et l’agriculture, M. Lechatelier.
- Quant à Amédée, il s’adonna, dès l’âge de seize ans, avec passion, à la sculpture et à la gravure. Sur les conseils de son oncle, le statuaire Deseine, il suivit les leçons de M. Chaudet. C’est comme élève de ce maître qu’en 1810, à l’âge de vingt et un ans, il remporta le premier Grand prix de gravure en médaille et pierre fine. Le sujet donné pour le concours était :• Ulysse déguisé en mendiant est reconnu par son chien. L’œuvre remarquable qu’il produisit fait partie, à l’École des beaux-arts, du Musée des Grands prix de Rome. Il partit donc, comme pensionnaire de l’Académie de France pour la capitale des arts ; il s’y inspira des chefs-d’œuvre qu’il se mit à étudier pour les imiter dans leur force. Il cultiva à la fois la gravure et la sculpture. 11 eut, en Italie, les plus grands succès par l’originalité et la vigueur de son esprit, en même temps que par la distinction de ses manières, la correction de sa tenue, et, pourquoi ne pas le dire, par la grâce
- p.47 - vue 47/684
-
-
-
- 48
- BIOGRAPHIE.
- JANVIER 1881.
- de toute sa personne. C’est alors qu’il exécuta les bustes de Murat et de ses deux enfants, et qu’il obtint pour Ingres la commande importante du portrait de la reine de Naples.
- Le grand peintre qui atteignit, plus tard, une si haute réputation, a eu aussi des débuts difficiles; il se montra reconnaissant envers Àmédée Durand d’avoir songé à lui procurer du travail à l’heure des détresses de la jeunesse. Dans une lettre du 8 décembre 1816, que Ingres écrivait de Rome, on lit en effet : « Vous êtes le premier, le seul de mes amis de Paris, qui m’ait été secourable alors que j’étais abreuvé de dégoûts, en butte à toutes sortes de critiques passionnées, ignorantes et iniques. Vous m’avez soutenu dans les diverses épreuves que j’ai traversées, je m’enorgueillis de votre assentiment et je suis fier de m’appuyer sur un homme de votre goût et de votre talent. » . '
- Notre futur confrère, à son retour en France, ne pensait guère à l’agriculture, ni à la mécanique industrielle; il s’adonnait avec passion au culte de l’art pur. Il travaillait sans relâche à des œuvres profondément étudiées et dont l’exécution exigeait beaucoup de temps, dans une branche des beaux-arts où le succès vient lentement et où il est difficile de trouver la fortune quand on est sévère et rigide sur le respect que l’on doit au beau et au vrai, et quand on ne sacrifie pas à la mode ou à la fantaisie. Il faut citer surtout parmi ses œuvres, la statue de la Religion qui fait partie du monument du duc d’Enghien, dans la chapelle de Yincennes, et deux magnifiques médailles commémoratives rappelant le passage du Simplon et l’embarquement de Napoléon, à Rochefort, sur le Beüérophon. Ces œuvres très remarquables, surtout par la finesse d’exécution et l’heureux tour de la conception, paraissent assez en contradiction au premier aspect : celles-ci en l’honneur de Napoléon, celle-là en expiation d’une de ses fautes et d’un de ses crimes. Pour qui a connu le grand artiste, tout s’explique. Chez lui l’homme de la patrie passait toujours avant l’homme de parti. Le cœur dominait, ainsi que l’amour du pays et de la vérité. Il détestait l’Empire, mais il respectait l’infortune et il avait le culte des grandes choses. Lorsqu’une terrible défaite vint atteindre la France, lorsque d’effroyables événements précipitèrent, du sommet de la gloire au fond des abîmes de l’histoire, le plus orgueilleux potentat que l’humanité ait jamais connu, Amédée Durand se sentit ému, et il grava un chef-d’œuvre, un bijou admirable, une toute petite médaille ayant pour sujet : « Poursuivi par le sort, Napoléon devient l’hôte de Neptune. » Il lui fut impossible, dans ces temps de persécution, de faire frapper la médaille en
- p.48 - vue 48/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE. — JANVIER 1881.
- 49
- France. Il s’embarqua seul et à ses frais pour l’Angleterre, et put obtenir soixante exemplaires de sa médaille. Le devoir qu’il s’était imposé étant accompli, il songea à rentrer en France; mais ce n’est qu’après mille vissi-citudes et en courant des dangers de tous genres qu’il réussit à franchir la frontière avec son trésor, trésor improductif sous une police tracassière. Ces médailles sont aujourd’hui une rareté recherchée par tous les amis des arts.
- L’esprit indépendant d’Amédée Durand lui nuisit de la manière la plus grave. A la suite de difficultés avec le directeur des beaux-arts, dont il se refusait à écouter les volontés pour une grande commande, il renonça à sa première carrière. Se souvenant d’une partie de ses distractions enfantines, il dirigea toutes ses préoccupations vers les combinaisons, mécaniques. Un de ses amis parlait devant lui de la lenteurdes impressions avec les presses à bras et du grand problème alors à résoudre de l’impression avec des presses automatiques; il répondit qu’il trouverait les machines désirées. Effectivement, en 1821, il avait construit deux presses très remarquables pour l’époque, l’une à cylindre tout à fait neuve, mais s’éloignant trop des usages anciens, ’autre à platine, sous une forme qui la rapprochait des presses adoptées généralement, pouvant dès lors s’introduire plus facilement dans les ateliers ; elle produisait avec moitié moins de main-d’œuvre deux fois plus d’ouvrage que les presses anciennes. Cette première invention mécanique fut approuvée par la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, sur un rapport de Francœur, qui fut aussi membre de notre Compagnie. Elle fut récompensée par une médaille à l’exposition de l’industrie de 1823. Dans son rapport célèbre sur l’histoire des machines, écrit à l’occasion de l’exposition universelle de Londres de 1851, le général Poncelet la cite comme le premier pas de la France dans la voie des transformations mécaniques de l’imprimerie qui ont révolutionné le monde.
- La première application à l’agriculture des inventions d’Amédée Durand, a été celle de son manège portatif en fer. Ceux qui ont vécu dans le premier quart de ce siècle se souviennent certainement des immenses roues à engrenages en bois qui constituaient les manèges alors usités, chargés particulièrement de faire mouvoir les machines à battre. Lourdeur et encombrement étaient leurs moindres défauts. Amédée Durand réduit tout le système à une grande roue horizontale en fonte placée à la surface du sol, et en une chaîne sans fin passant dans la gorge de cette roue et s’y accrochant à des fiches en fer qui l’empêchent de glisser. Une poulie verticale de renvoi permet à la chaîne de s’adapter à une poulie ds mouvement, qui conduit la machine à
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Janvier 1881. 7
- p.49 - vue 49/684
-
-
-
- 50 ' , BIOGRAPHIE. — JANVIER 1881.
- mettre en marche, quelle qu’elle soit : moulin à blé, râpe à betteraves, hache-paille, batteuse à blé, pompe pour l’élévation de l’eau ou pour l’irrigation, appareil destiné à la confection des mortiers. La chaîne est noyée en terre, près de sa surface et passe dans deux tuyaux en fonte, de telle sorte que rien ne gène le cheval dans le cercle qu’il parcourt. En 1827, beaucoup de ces dispositions étaient absolument nouvelles et quelques-unes mériteraient encore d’être reprises aujourd’hui.
- Mais l’invention capitale de notre Confrère, celle qui lui survit et qui survivra longtemps , par ses organes principaux , à toutes les générations d’hommes, tant qu’elles seront plongées au fond d’un océan aérien agité, et ainsi susceptible de donner la force motrice la plus économique, est celle de son moulin à vent se gouvernant lui-même. Les combinaisons ingénieuses et multiples qu’il a imaginées pour arriver à se débarrasser de l’excès du vent pendant les tempêtes et les ouragans, et pour en tirer tout le parti possible, lorsque cette puissance faiblit; pour faire que le moulin se dirige lui-même quel que soit le point de l’horizon d’oii le vent vient à souffler ; pour lui permettre de se distribuer automatiquement dans tous ses organes, l’huile nécessaire à la disparition des frottements ; pour avoir la certitude que la machine résiste aux intempéries et agisse efficacement même quand elle est juchée à l’extrémité d’un mât de 20 mètres de hauteur, étonnent encore aujourd’hui, quoique plus d’un demi-siècle se soit écoulé depuis que ces premières machines ont été établies, d’abord aux environs de Paris, notamment à Villejuif, puis de proche en proche dans le monde entier. C’est vraiment le triomphe delà mécanique que cette invention; elle réunit en une seule les solutions de sept ou huit problèmes ardus, a dit justement en 1842, notre Confrère le baron Seguier, dans un rapport fait à l’Académie des sciences au nom d’une commission dont les deux autres membres étaient Arago et Poncelet. Avoir pensé à chercher dans l’excès même de la vitesse du vent le moyen de ralentir le mouvement et d’assurer la stabilité d’une machine motrice est un trait de génie.
- Avant de solliciter l’examen de l’Académie, Amédée Durand avait attendu que ses moulins eussent la consécration de près de vingt années d’expériences, pendant lesquelles chaque nouveau moulin établi présentait des perfectionnements absolument inattendus. On lui avait offert, dans l’origine, plusieurs centaines de mille francs pour avoir le privilège d’exploiter son admirable machine. Malgré le mirage de la fortune qu’on faisait luire à ses yeux, il refusa parce qu’il voulait la doter encore d’organes nouveaux et
- p.50 - vue 50/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE. JANVIER 1881. 51
- quoiqu’il sût tjue les années qui s’envolaient lui faisaient perdre tous les bénéfices de son brevet d’invention primitif II était le désintéressement incarné. Son moulin à vent a rendu et continue à rendre d’immenses services à l’agriculture; il ne lui a rapporté que l’honneur de l’avoir créé.
- A côté de cette invention capitale, il est superflu de parler des combinaisons de tous genres qu’il a proposées ou qu’il a mises en pratique pour simplifier les transmissions et les transformations de mouvements dans les machines et dont il a souvent entretenu notre Compagnie après qu’il eut été appelé en 1849 à y entrer en remplacement de Lasteyrie, dans la Section de mécanique agricole et des irrigations. Nul ne savait donner aux constructeurs de machines agricoles des encouragements aussi réconfortants ; il applaudissait par ses paroles tout en critiquant, puis en redressant souvent, et sans en avoir l’air, des erreurs ou des complications fâcheuses.
- A la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, où il fut membre du comité des arts mécaniques pendant quarante-trois années, et dont il devint un des vice-présidents, il a également exercé une heureuse influence sur les progrès de la science de la construction des machines. Il a rendu à cette importante Société, à laquelle l’industrie française doit tant de progrès, un service signalé, en concourant, avec son président, M. Dumas, à faire élever l’hôtel où elle siège avec plus d’autorité, car toute grande association doit avoir une demeure stable où elle s’accroît et se développe comme fait un arbre devenant plus majestueux à mesure que ses racines s’enfoncent davantage dans le sol et que ses branches montent et s’étendent plus haut et plus loin dans les airs.
- Amédée Durand se montra, dans les sociétés savantes dont il fit partie, aussi bien que dans les commissions où il fut appelé à siéger, extrêmement assidu et d’une rigueur que quelquefois ses collègues trouvaient presque excessive pour l’accomplissement de tous ses devoirs. Il ne souffrait aucune défaillance, fût-elle excusable par la multiplicité d’autres occupations. En même temps, se trouvant souvent en contact avec les ouvriers, il avait appris à connaître leurs besoins, et il avait cherché les moyens de remédier à leurs misères, aux chômages, aux grèves. Il estimait que tout cela est mauvais, et que l’on pourrait arriver à mieux par une organisation du travail sur toute la terre. Dans le monde qu’il avait rêvé, le maintien de l’ordre devait être confié à des jurys formés d’ouvriers; la paresse et les vices, l’ivrognerie surtout, étaient sévèrement proscrits ou corrigés en recourant à tout ce qu’il y a de bon dans le cœur de l’homme ; enfin le droit au travail était incessam-
- p.51 - vue 51/684
-
-
-
- 52
- BIOGRAPHIE.
- JANVIER 1881,
- ment appliqué à transformer notre planète où tant de curieuses choses seront toujours à entreprendre. Utopies, sans doute, mais généreuses et qui peut-être, dans quelques-unes de leurs parties au moins, seront un jour des réalités. Les idées grandioses l’exaltaient; il croyait à tous les miracles que l’on est d’ailleurs en train de faire : percements d’isthmes et de tunnels, suppression de montagnes et de bras de mer. Et cependant, par cet esprit de contradiction et d’indépendance qui le menait, son premier mouvement, à l’annonce de toute chose nouvelle, était de douter, et de bien se promettre de ne pas se laisser surprendre. Après une visite aux Gobelins, dans le laboratoire de M. Chevreul, qui avait voulu lui montrer quelques-unes de ses belles expériences sur la vision des couleurs, il dit naïvement à notre illustre Président : « Je me rends, vous m’avez montré la vérité; mais j’étais venu avec la ferme intention de résister, de nier et de ne pas vous croire. »
- Un peu avant 1830, vivait, au Muséum d’histoire naturelle de Paris, un aide-naturaliste instruit, qui s’occupait avec foi du magnétisme animal. C’était M. Deleuze, auteur de plusieurs ouvrages sur le magnétisme qui ne sont pas sans quelque mérite. Il resta plus de quarante ans au Muséum, en fut le bibliothécaire, et conquit l’amitié d’Alexandre de Humboldt. Dans sa passion de voir, mais sans se laisser séduire, Amédée Durand se fît présenter dans la maison. Il n’y devint pas un grand partisan des idées mesmériennes; mais il y rencontra une jeune fille extrêmement gracieuse, qui faisait l’ornement du foyer de son oncle. L’attraction réciproque fit ici une de ses œuvres habituelles. En 1833, Amédée Durand se maria avec Mlle Olympe Deleuze. Il avait déjà quarante-quatre ans, mais son cœur était tellement jeune, son âme tellement tendre et, de sa personne, il se dégageait tant de bonté, que ce fut un mariage d’amour. Aucun trouble ne se montra jamais dans cette union qui dura quarante années. Mme Amédée Durand a survécu à son mari, mort à quatre-vingt-cinq ans, en 1873; elle a maintenant soixante-seize ans; une idée constante la poursuit, c’est de rendre hommage à la mémoire de celui que depuis sept années elle pleure chaque jour. « Non, jamais, nous disait-elle encore hier, jamais il n’y eut un homme plus droit, plus bienveillant, plus libéral; c’était la bonté incarnée; je ne saurais vous peindre tout le charme de son esprit, toute là générosité de son cœur. » Répéter ce touchant témoignage, nous a paru un devoir. En Agriculture, la femme joue un grand rôle ; dans cette enceinte, on doit la saluer respectueusement et avec reconnaissance, quand elle soutient, avec sa grâce et son dévouement, le compagnon de sa route jusque dans l’extrême vieillesse.
- p.52 - vue 52/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- JANVIER 1881.
- 53
- Je les vois encore ces deux nobles vieillards, alors que l’invasion allemande les emprisonna dans Paris. Ainsi que le dit le grand fabuliste dans cet admirable récit de Philèmon et Baucis, auquel il nous a été impossible de ne pas songer : \
- Nos deux époux allaient, ne marchant qu’avec peine ;
- Un appui de roseau soulageait leurs vieux ans.
- Ils allaient vers les remparts gémir sur les destinées de la France, et essayer de diriger leurs regards vers le moulin de Saquet, ou Àmédée Durand avait vécu ses premiers ans, et que l’effroyable guerre avait ravagé.
- Pendant ce triste et terrible hiver, notre confrère supporta avec courage et résignation toutes les souffrances imposées à la population. Il venait travailler avec nous dans les réunions hebdomadaires où. nous n’avons jamais cessé de nous occuper des progrès de l’agriculture. Il fit même alors l’invention d’un outil très simple destiné à diviser les os en fragments assez petits pour qu’ils fussent mieux accessibles aux agents propres à en entraîner les parties susceptibles de tromper la faim. Il s’occupa aussi, en ces temps malheureux, du perfectionnement de la panification destiné à tirer tout le parti possible des farines et des issues de tous les grains. En présence des cruels événements qui frappaient la France, sa douleur, il n’est pas besoin de le dire, était inénarrable ; tous, nous avons ressenti cette douleur, et nos enfants en ont le cruel héritage.
- Une très grande finesse dans l’exécution, des ressources de combinaisons extrêmement ingénieuses, de la simplicité pour assurer l’effet produit, ce sont là les mérites principaux qui ont distingué le double talent d’Amédée Durand, et comme graveur ou sculpteur, et comme inventeur mécanicien. De belles œuvres lui assureront une place à part parmi ceux dont le souvenir demeurera ineffaçable. Grand prix de Rome, inventeur d’un admirable moulin agricole, voilà deux traits qu’on ne retrouvera guère dans le même homme. La nature donne souvent naissance, dit-on, à des monstruosités; elle fait aussi d’heureux prodiges; elle en a donné la preuve expérimentale a posteriori, en créant Amédée Durand.
- p.53 - vue 53/684
-
-
-
- 54
- ARTS CHIMIQUES. — JANVIER 1881.
- ARTS CHIMIQUES.
- SUR LES PROCÉDÉS DE M. BAEYER POUR LA PRÉPARATION ARTIFICIELLE DE L’INDIGOTINE,
- PAR M. ROSENSTIEHL (1).
- La synthèse de la matière colorante bleue de l’indigo, par des procédés économiques, n’est pas un événement inattendu.
- Les travaux que Baeyer poursuit depuis tantôt quinze ans, sur les corps du groupe indigotique. avaient préparé le terrain.
- Après avoir fait la synthèse de plusieurs corps du groupe indigotique, il était arrivé à faire celle de l’indigotine elle-même, mais par des méthodes de laboratoire seulement.
- Les procédés dont il doit être question ici, paraissent, au contraire, présenter des chances de réussite industrielle. Baeyer les a brevetés (2), et c’est dans les brevets français, allemand et américain qne nous puisons les renseignements que nous donnerons plus loin. .
- Avant de les faire connaître, il est utile de résumer l’état de la question au moment où les nouveaux procédés ont été connus.
- Quand on étudie les travaux qui ont précédé la production artificielle de l’indi— gotine, on est frappé de ce fait, que ce n’est pas sur elle-même qu’ont porté les efforts des chimistes, mais sur l’isatine qui en est un produit d’oxydation et qui contient un atome d’oxygène de plus.
- < 8 Hs Az O1 2 3 Isaline
- Cs Hs Az O Indigotine
- En essayant de lui enlever cet atome d’oxygène pour revenir à l’indigotine, on a rencontré une résistance singulière. Toutes les méthodes appropriées ont été essayées sur elle tour à tour. Le résultat le plus net que l’on ait obtenu, c’est d’y fixer de l’hydrogène. C’est ainsi que Baeyer et Knop ont constaté en 1866 (3), la formation des deux corps suivants :
- C8 H? Az O2 Dioxindol. C8 H7 Az O Oxindol
- (1) Communication faite dans la séance du 12 novembre 1880.
- (2) Brevet Baeyer, pris en France le 24 mars 1880; en Allemagne, le 17 juin; en Amérique, le 19 octobre.
- (3) Annalen der Chemic u Pharmacie, t. CXL, p. 1 et 295.
- p.54 - vue 54/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES. — JANVIER 1881. 55
- Corps qu’ils ont considérés comme les degrés d’oxydation successifs d’un carbure azoté encore inconnu,
- C* H7 Az, l’indol.
- Mais ils n’avaient pas réussi à préparer ce corps, l’oxindol ayant résisté aux agents réducteurs alors connus. >
- ' Sous ce rapport, les ressources de la science étaient épuisées, et pour faire un pas de plus, il fallait trouver un désoxydant nouveau. •
- Baeyer cependant, deux années plus tard, trouva l’agent cherché et il obtint l’indol en mélangeant l’oxindol avec de la poudre de zinc, et en soumettant le mélange à la distillation sèche.
- Ce même indol fut obtenu l’année suivante (1869), par Baeyer et Emmerling (1), par synthèse, en chauffant l’acide nitrocinnamique avec un mélange de soude caustique et de limaille de fer.
- La comparaison des formules montre que cette transformation repose sur un départ d’oxygène et des éléments de l’acide carbonique :
- O H7 (Az O2) O2 = CO* +02 + C8 H7 Az Acide nitrocinnamique. Indol.
- L’indol est la première substance du groupe indigotine qui ait été produite artificiellement, et l’on pouvait compter, par une série de transformations inverses, d’arriver successivement à l’indigotine.
- Les espérances que l’on a fondées sur la synthèse de l’indol, ne se sont pas réalisées ; mais la méthode de réduction avec la poudre de zinc, par voie pyrogénée, a trouvé une application dont les conséquences économiques ont été considérables.
- On se souvient en effet que c’est par cette méthode que l’alizarine a été transformée en 1869 en anthracène, par MM. Grabe et Liebermann.
- Ce moment marque une date importante dans l’histoire des applications de la science, car, à la suite de cette transformation, la constitution de l’alizarine a été connue et aussitôt confirmée par la synthèse de cette matière colorante importante.
- Aujourd’hui, la fabrication de l’alizarine, à l’aide de i’anthracène, est une opération aussi régulière que la transformation du chlorure de sodium en carbonate de soude, par le procédé Leblanc, et son développement rapide, a porté un coup mortel à la culture de la garance.
- Un même procédé de réduction se trouve donc à la base des travaux scientifiques dont la garance et l’indigo ont été l’objet. Mais, tandis qu’il a porté immédiatement ses fruits en ce qui concerne la première, il est resté stérile jusqu’à ce jour, pour la production artificielle de l’indigotine en vue de laquelle il a été imaginé.
- (1) Deutsche chemische Gesellschaft, t. I, p. 17 et t. II, p. 679.
- p.55 - vue 55/684
-
-
-
- 56
- ARTS CHIMIQUES. — JANVIER 1881.
- Cela tient à deux causes qu’il est utile de signaler pour faciliter l’intelligence des développements qui vont suivre.
- Premièrement, pour la transformation de l’alizarine en anthracène, la constitution de cette dernière a été prévue en se fondant sur des analogies, tandis qu’encore aujourd’hui, celle de l’indigotine est inconnue, et que ce corps est jusqu’à présent sans analogue.
- En second lieu, en aboutissant à l’anthracène, on était arrivé à une substance connue, découverte, en 1832, par Dumas et Laurent et qu’on pouvait retirer toute faite du goudron de houille; tandis qu’en obtenant de l’indol, Baeyer a découvert un corps nouveau, dont la présence, dans un produit économiquement exploitable, n’avait pas encore été signalée.
- Sa synthèse, au point de vue industriel, était encore à réaliser.
- C’est dans ce but que Baeyer entreprit, en 1877 (1), avec Caro, une série d’expériences desquelles il résulte que l’indol se produit assez abondamment par la décomposition pyrogénée d’un certain nombre d’alcaloïdes tertiaires, notamment de la dime-thylorthotoluidine.
- L’indol devait ensuite subir les transformations suivantes :
- C8 H? Az indol.
- C8 H7 Az O oxindol.
- C8 H7 Az O1 2 3 dioxindol.
- C8 H* Az O2 isatine.
- C8 HK Az O indigotine.
- Les publications successives de Baeyer sur les corps du groupe indigotique prouvent qu’il a tenté d’abord de suivre cette voie.
- Baeyer et Emmerling ont réussi à transformer, en 1870 (2), l’isatine en indigotine, par une méthode de réduction spéciale qui a été étudiée et perfectionnée depuis par Baeyer (1878) (3). . '
- Elle consiste à attaquer l’isatine par le perchlorure de phosphore, ce qui a pour effet de remplacer la moitié de l’oxygène par du chlore.
- Ce chlorure dissous dans l’acide acétique cristallisable, se transforme en indigotine, si on le met en présence soit du zinc, soit d’acide iodhydrique ou de sulfhydrate d’ammoniaque.
- Il se produit une substitution inverse dont on se rend compte par l’inspection des formules suivantes :
- (1) Deutsche Chemische Gesellschafl, t. X, p. 692 et p. 1263.
- (2) Loc. cit., t. III, p. 514.
- (3) Loc. cil., t. XI, p. 1296.
- p.56 - vue 56/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES. — JANVIER 1881.
- 57
- Isatine C8 H* Az 0J.
- Chlorure d’isatine C8 H* 2 3 4 * Cl Az O.
- Indigotine C8 H* Az O.
- Corps que Baeyer représente par les formules :
- CO
- C6 H4 < >CO Az il Isatine.
- CO
- C6 H4 < > CCI
- Az
- Chlorure d’isatine.
- Quant à l’indigotine, Baeyer n’en donne aucune formule développée.
- Il dit textuellement : « Je renonce encore maintenant à établir une formule pour « l’indigotine, au risque de me voir dépasser par d’autres dans cette voie. Je n’attache « aucune valeur à pareille priorité; je suis de l’avis que la chimie progresse par les « recherches expérimentales, et non par la construction des formules (1). »
- Nous ne pouvons qu’imiter cette sage réserve de Baeyer en nous contentant de la formule brute, qui d’ailleurs n’exprime même pas la grandeur de la molécule. Sa densité de vapeur déterminée par M. Sommmaruga, d’après la méthode de Dumas, lui assigne une molécule double représentée par
- C*6 H*° Az2 O2 (2).
- L’isatine ayant été transformée en indigotine, il ne restait plus, pour clore le cycle des transformations qu’à convertir l’indol en isatine.
- Cette lacune, a été comblée, par la synthèse totale de l’oxindol, faite par Baeyer en 1878 (3), et par la transformation de ce corps en isatine réalisée la même année.
- Ces deux synthèses, quoiqu’elles n’aient pas le même point de départ que le procédé actuellement breveté, n’ont pas été sans influence sur lui, et à ce titre, il convient de les résumer ici. Cet examen aura de plus l’avantage de nous montrer la nature des difficultés vaincues et nous fera mieux apprécier le résultat finalement obtenu.
- Reprenant une idée émise par Kekulé en 1869 (à), Baeyer a choisi, comme point de départ, l’acide phénylacétique, qu’il nitre d’abord et amide ensuite.
- (lj Deutsche Gesellschaft, t. XII, p. 1319.
- (2) Loc. cit., t. XI, p. 1355.
- (3) Loc. cit., t. XI, p. 582,
- (4) Loc. cit., t. II, p. 748.
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Janvier 1881.
- 8
- p.57 - vue 57/684
-
-
-
- 58
- ARTS CHIMIQUES.
- JANVIER 1881.
- Dans l’action de l’acide nitrique sur l’acide phénylacétique, il se forme deux corps nitrés isomères, le radical Az, prenant dans le groupe phényle deux positions différentes par rapport au groupe de l’acide acétique.
- L’un d’eux seulement convient à la synthèse des corps indigotiques ; c’est celui où les positions relatives sont les mêmes que dans l’acide anthranilique ; position désignée aujourd’hui par le mot : ortho.
- On prépare donc l’acide phénylacétique orthoamidé :
- C2 H3 O2
- • G6 II* <
- Az H2
- lequel possède la singulière propriété de perdre, à la manière de l’oxyde de cuivre, une molécule d’eau, au sein même de la dissolution aqueuse bouillante, pour former un anhydride intérieur qui est l’oxindol,
- C2 H3 O2 C2 H2 O
- C6 H4 < > = H2 O + C6 H* < >
- Az H2 Az H
- Formule que Baeyer développe ainsi :
- CH2
- C6 H4 < >CO Az H
- Tandis qu’il écrit l’isatine
- GO
- C6 H4 < > CO.
- Az H
- Pour transformer l’une dans l’autre, il faut remplacer H2 du groupe acétique par O. Baeyer y arrive par une méthode indirecte : l’oxindol est attaqué par l’acide azoteux, ce qui remplace A par Az 0.
- CH (Az 0)
- C6 H4 < >C0
- Az H
- Ce nitroso-oxindol est réduit pour faire l’amido-oxindol, corps facilement attaqué par les perchlorures de fer ou de cuivre.
- Les rendements en isatine sont très-satisfaisants.
- En 1879, le même corps a été obtenu par Glaisen et Schadwell (1) sans passer par l’oxindol, en préparant l’acide ortho-amidophénylglyoxalique dont l’anhydride intérieur est l’isatine, ainsi que Kekulé l’avait prévu dix ans auparavant.
- (1) Deutsche chem. Gesellschaft, t. XII, p. 350.
- p.58 - vue 58/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES.
- JANVIER 1881.
- 59
- Par ces synthèses, le cycle des transformations est fermé et l’indigotine a pu être considérée comme étant obtenue régulièrement par synthèse totale; le point de départ, les acides phénylacétique ou phénylglyoxalique pouvant être obtenus à l’aide du toluène qui existe abondamment dans le goudron de houille.
- Mais Baeyer, ainsi que le brevet en témoigne, a renoncé à cette voie qui, sans doute, est fort longue et détournée, et qui exige la préparation industrielle de corps intermédiaires nombreux.
- Il a réussi d’une manière plus satisfaisante avec l’acide cinnamique orthonitré, qui lui a servi autrefois à produire l’indol synthétiquement.
- Nous n’extrayons de son brevet, rédigé dans des termes très généraux, que ce qui est nécessaire à l’intelligence de la méthode.
- L’acide cinnamique orthonitré est préalablement traité par le brome, dont deux atomes se fixent directement pour former l’acide bibromohydrocinnamique orthonitré.
- AzO2
- C6 H4 <
- CH = CH — CO2 H Acide cinnamique orthonitré;
- Az O2
- C® H * <
- CH6 Br. — CH Br. — CO2 H Acide bibromohydrocinnamique orthonitré.
- Baeyer, dans son brevet américain, décrit cet acide de la manière suivante :
- « A l’état pur, il se présente sous forme de cristaux d’un jaune pâle ; il est faci-« lement soluble dans l’alcool, l’éther, le chloroforme, la benzine et l’acide acétique « cristallisable ; insoluble dans les hydrocarbures du pétrole.
- « C’est un acide puissant qui forme des sels avec les alcalis et les autres bases sali— « fiables. Ses propriétés les plus caractéristiques sont les suivantes : La chaleur le « décompose, et parmi les produits de sa destruction on reconnaît aisément l’acide « bromhydrique et l’indigotine.
- « Traité par un excès d’alcali en solution aqueuse ou dans un milieu alcoolique, le « brome est éliminé successivement. »
- Le brome en sortant de la molécule, entraîne avec lui deux atomes d’hydrogène sous forme d’acide bromhydrique, et le résultat de cette réaction est l’acide phenyl-propiolique orthonitré.
- Cet acide ne diffère de l’indigotine que par les éléments d’une molécule d’acide carbonique et par un atome d’oxygène.
- C9 H5 Az O4 = CO2 + O C8 H5 Az O.
- On voit qu’il y a entre l’acide nitrophénylpropriolique et l’indigotine sensiblement la même relation qu’entre l’indol et l’acide nitrocinnamique.
- p.59 - vue 59/684
-
-
-
- 60 ARTS CHIMIQUES. — JANVIER 1881.
- C9 fl’ Az O = CO5 + O + C' H’ Az. ac. nilrocinnamique indol
- Ce rapprochement nous permet de nous rendre compte de la suite des idées qui ont dirigé les recherches de Baeyer.
- Il était logique, en effet, pour produire l’indigotine qui contient deux atomes d’hydrogène de moins que l’indol, de prendre, comme point de départ, un corps présentant la même différence avec l’acide nitroeinnamique.
- Ces conditions sont remplies par l’acide phénylpropiolique nitré. La transformation de l’indigotine se fait nettemeut à 110° et même au-dessous sans perte. ,
- Il faut le concours simultané d’un alcali et d’un corps désoxydant.
- C9 H5 Az O4 + H2 = C* Hs Az O -f- CO2 + fla O.
- Baeyer conseille l’emploi d’un mélange de glucose et d’un carbonate alcalin.
- L’indigotine se sépare sous forme cristallisée.
- Pour représenter cette réaction, les formules développées ne sont d’aucune utilité ; car si les liaisons des atomes sont connues pour l’acide orthonitrophénylpropiolique, nous n’avons qu’une connaissance incomplète de leur arrangement dans la molécule de l’indigotine. Celle-ci prend évidemment naissance à la suite d’une transposition des atomes qui a lieu au moment même où l’action chimique des réactifs vient troubler l’équilibre de la molécule de l’acide phénylpropiolique orthonitré.
- En comparant l’ensemble des transformations qui constitue le nouveau procédé Baeyer, avec les méthodes de synthèses découvertes par lui précédemment, on reconnaît aisément qu’un très grand progrès a été accompli. Mais il serait téméraire d’affirmer que l’indigotine artificielle soit à même de faire concurrence à l’indigo naturel, au même titre que l’alizarine de l’anthracène remplace celle de la garance.
- Ce résultat paraît encore fort éloigné.
- L’indigotine artificielle ne trouve pas au moment de son apparition, les mêmes conditions favorables auxquelles l’industrie de l’alizarine doit son étonnant développement. Au moment où cette dernière matière colorante a été introduite dans le commerce, la garance nécessaire pour en produire un kilogramme représentait une valeur de 150 à 200 francs. (La garance ne contient que 1 à 2 pour 100 de matière colorante.) L’indigo naturel est, au contraire, une substance fort riche en principe utile. Les qualités couramment employées contiennent 50 à 70 pour 100 d’indigotine et valent 20 à 28 fr. le kilogramme.
- Ce prix laisse peu de latitude aux fabricants; le nouveau procédé, tel qu’il se présente actuellement, ne leur permet pas de soutenir la concurrence.
- L’emploi de l’acide cinnamique et du brome, et surtout la perte qui résulte de la formation simultanée de deux acides nitrés isomères, sont des conditions peu favorables au point de vue économique. Mais ces difficultés ne sont pas insurmontables.
- p.60 - vue 60/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES. — JANVIER 1881. 61
- Déjà l’un des principaux obstacles a été vaincu ; l’acide cinnamique dont la préparation est coûteuse, si l’on part du styrax, vient d’être produit artificiellement par un procédé qui paraît être dans des conditions industrielles. La fabrique de Lud-wigshafen, qui exploite les procédés Baeyer, s’en est assuré la propriété par un brevet (1).
- Il consiste à faire agir le chlorure de benzylène sur l’acétate de soude fondu.
- L’opération se fait dans un creuset muni d'agitateurs et communiquant à un condensateur à reflux. La réaction s’accomplit en dix fheures à la température de 180° à 200°, d’après l’équation :
- Cô Hs CH Cl1 2 -J- C2 H3 O2 Na =
- = C6H5C3H2Na02 + 2CIH.
- On dissout la matière fondue dans de l’eau alcaline, on chasse les produits huileux par la vapeur d’eau ; l’addition d’un acide dans la liqueur filtrée sépare l’acide cinnamique.
- Baeyer a fait, du reste, une observation fort intéressante qui paraît devoir rendre l’exploitation de ses brevets immédiatement fructueuse.
- A l’aide de Pacide phénylpropiolique orthonitré, l’indigotine peut être formée directement sur le tissu.
- Voici du calicot sur lequel se trouve imprimée de l’eau de gomme contenant l’acide ci-dessus, du carbonate de soude et de la glucose. L’impression est actuellement à peine visible, toutes ces substances étant incolores. Il suffit d’exposer ce tissu pendant deux minutes à une température voisine de cent degrés en le plaçant au-dessus d’un vase contenant de l’eau en ébullition. Le dessin apparaît et la formation d’indigotine est si abondante que la couleur en semble noire. Un lavage à l’eau enlève les principes solubles et le bleu d’indigo devient visible avec tous ses caractères et se trouve intimement fixé sur la fibre.
- Cette formation si nette, si rapide, présente pour l’industrie de l’indienne un intérêt incontestable. On a fait dans ces derniers temps bien des essais pour introduire le bleu d’indigo dans la composition des dessins polychromes en couleurs bon teint ; les effets obtenus par impression de l’indigo bleu n’ont pas été entièrement satisfaisants.
- Il se peut que le procédé Baeyer, qui est un des plus élégants que l’on puisse imaginer, soit la solution cherchée.
- Si l’indigotine artificielle est trop coûteuse pour être employée en teinture, on est en droit d’espérer que sa formation directe sur tissu ne rencontrera pas le même obstacle.
- (1) Procédé de préparation de l’acide cinnamique et de ses dérivés par substitution ; Badische
- Anilin u. Sodafabrick in Ludwigshafen am Rh. Brevet n° 30589, du 13 août 1880,
- p.61 - vue 61/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS.
- m
- — JANVIER t881-
- Ici le prix est d’une influence secondaire ; et l’emploi du procédé Baeyer dépendra plutôt des effets nouveaux que l’on pourra en obtenir.
- Les difficultés de la préparation économique de l’acide phénylpropiolique orthonitré n’arrêteront vraisemblablement pas longtemps les habiles chimistes auxquels M. Baeyer a confié la réalisation industrielle de cette fabrication.
- Le premier pas, c’est-à-dire le plus difficile, étant facilité par l’emploi que les indienneurs feront vraisemblablement de l’acide phénylpropiolique orthonitré, les progrès de la fabrication suivront leur marche régulière ; les prix de revient s’abaisseront successivement, ainsi que cela arrive toujours, et le moment arrivera où l’indi-gotine artificielle pourra faire définitivement son entrée dans l’atelier du teinturier.
- Ajoutons encore que, d’après les travaux de Baeyer, le groupe phénylique contenu dans l’indigotine se prête à de nombreuses substitutions, sans que la molécule perde la propriété d’être une matière colorante. * _
- Si ces indigotines substituées présentent des facilités dans l’emploi, et surtout si ces couleurs sont différentes comme nuances de bleu, ce que Baeyer paraît admettre, il aura enrichi la palette industrielle de couleurs très solides qui ne manqueront pas de trouver de nombreuses applications.
- Quel que soit le sort que l’avenir réserve à la découverte de Baeyer* il restera toujours le résultat scientifique; celui-ci, nous pouvons le saluer comme une des plus belles victoires que l’histoire de la science ait été appelée à enregistrer.
- BEAUX-ARTS APPLIQUES A L’INDUSTRIE.
- DOCUMENTS SUR L’iNDUSTRIE ET LE COMMERCE DES TAPIS TURCS , PRÉSENTÉS A LA SOCIÉTÉ PAR M. MOURCEAU , l’üN DE SES MEMBRES, AU NOM DE M. ROUTIER (E.), FABRICANT A SMYRNE.
- Les tapas turcs, connus sous la dénomination de tapis de Smyrne, et s’exportant en grandes quantités en Europe et en Amérique, se fabriquent à Oushak, à Gheurdès et à Koula, trois villes de la province d’Anatolie.
- L’abondance des matières premières que les fabricants trouvent à leur portée a fait naître, dans les temps les plus reculés et perpétuer jusqu’à nos jours, cette belle industrie si justement renommée. Chacune des trois villes précitées donnant à ses produits un cachet particulier, nous allons nous en occuper séparément dans le présent Mémoire.
- Oushak. — C’est à Oushak que commence la fabrication des tapis à haute laine. Les femmes turques s’en occupent presque seules. Il n’a été permis que depuis quelques années de tisser des tapis à hautes laines aux femmes grecques qui, par contre,
- p.62 - vue 62/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS. — JANVIER 1881.
- 63
- fabriquent exclusivement cet autre produit à double face appelé dans le pays kilim grec.
- Les procédés de fabrication sont simples et faciles. Un grand châssis posé verticalement porte, dans le haut, un cylindre de bois sur lequel on passe la chaîne qui est tendue par une traverse de bois. Au bas un autre cylindre reçoit le tapis à mesure qu’il est exécuté.
- Les ouvrières sont assises devant le cadre qui porte la chaîne. Pour composer le dessin elles prennent les fils de laine teints et préparés d’avance à cet effet, et les nouent à la chaîne par des nœuds coulants. Elles passent ensuite la tra'me à la main, serrent les nœuds avec un grand peigne de bois, et enfin nivellent la partie tissée avec des ciseaux. Tout ce travail est exécuté avec une dextérité et une précision remarquables.
- D’ordinaire chaque ouvrière n’exécute que la partie du dessin qui lui est assignée. Aussi, connaît-elle, de mémoire, le nombre de fils qu’elle doit employer, et n’est jamais indécise pour composer une nuance.
- Mais quand il s’agit d’exécuter un nouveau dessin, on choisit l’ouvrière la plus experte pour composer, sur le croquis qui lui est soumis, un modèle qu’elle livre ensuite aux autres femmes qui doivent tisser le tapis. Ces dernières se servent de l’envers du modèle pour compter les points et confectionner la pièce voulue. Avec cette méthode de fabrication, le tapis ne présente sous les pieds que les têtes des laines égalisées, sans laisser voir ni la chaîne, ni la trame. La durée de pareils tapis est indéfinie.
- On compte à Oushak 2 000 métiers, dont 600 environ sont en activité pendant toute l’année.
- La fabrication occupe environ 4 000 ouvrières et ouvriers dont 3 000 femmes et 500 jeunes filles pour le tissage, et 500 hommes pour le lavage des laines et la teinture.
- Le salaire des ouvrières est de 18 à 24 piastres, soit 4 fr. à 4 fr. 80 par semaine.
- Chaque femme tisse par jour 14 à 17 décimètres carrés, soit 20 à 25 centimètres de long, sur 68 centimètres de large.
- Pour l’exécution d’un tapis d’environ 4 mètres de largeur, on emploie ordinairement 6 femmes qui travaillent à peu près à 68 centimètres de distance entre chacune d’elles.
- Les Turcs n’ont point d’école dans les arts. Us n’ont fait qu’imiter l’école persane qui dérive elle-même de l’école arabe.
- Les dessins des tapis turcs sont un mélange d’arabesques, de moresques, de médaillons et de rosaces.
- Us se décomposent ainsi :
- Zarpkiliks, espèces de feuillages et figures plus ou moins régulières.
- p.63 - vue 63/684
-
-
-
- 64
- BEAUX-ARTS. — JANVIER 1881.
- Zapraks ou losanges non adjacents, mélangés, de formes biscornues, ressemblant à des selles de cheval.
- Bouyouk adjems ou grands médaillons avec des dessins de forme ogivale aux quatre coins.
- Ilans, même dessin que le précédent, ayant en plus de grands feuillages et de petites moresques aux bords des dessins.
- Kintchuk adjems ou assemblage de petits médaillons.
- Turkmens ou espèces de rosaces et de dessins ogivaux.
- Les matières premières employées dans la teinture des tapis turcs sont :
- La garance et la cochenille qui donnent le rouge ; l’indigo pour le bleu, les noix de galle et la vallonnée pour le noir; les graines jaunes pour l’orange, le bois et autres nuances claires et douces.
- Les produits chimiques qui entrent dans la fabrication sont : le tartre rouge, l’acide citrique, le vitriol, l’alun. On emploie aussi l’étain.
- Oushak consomme annuellement 660 000 kilog. de laines brutes qui donnent 330 000 kilog. de laines filées. Ces dernières, une fois teintes, perdent environ 12 à 15 pour 100 à la tonte des tapis.
- La production annuelle des tapis haute laine d’Oushak a considérablement augmenté depuis quelques années. Aujourd’hui elle est estimée comme suit :
- Une moyenne de 50 balles part, chaque semaine, d’Oushak pour Smyrne; elle représente environ 2 000 mètres carrés à 20 francs l’un, soit 40 000 francs par semaine, ce qui donne 2 080 000 francs pour l’année,
- Dans cette somme les matières premières sont estimées pour 1 450 000 francs, le reste représente les frais généraux et la main d’œuvre.
- Les tapis d’Oushak qui s’exportent de Smyrne pour l’étranger se répartissent comme suit pour :
- mètres carrés.
- Grande-Bretagne........................................ 53,000
- France................................................. 22,000
- Autriche-Hongrie. ..................................... 4,000
- Italie.................................................. 2,000
- États-Unis d’Amérique.................................. 16,QOO
- Divers autres pays...................................... 3,000
- Total..................... 100,000
- Au tableau qui précède, il convient d’ajouter 4 000 mètres carrés environ de tapis d’Oushak consommés annuellement par la Turquie et l’Égypte.
- Les différentes qualités des tapis d’Oushak sont : la garance, la garance cochenille, la cochenille pure et le velouté. On emploie pour les dessins des trois premières qualités le vert, le bleu, le noir et l’orange. Le velouté se fait en fond rouge tout uni,
- p.64 - vue 64/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS.
- JANVIER 1881.
- 65
- excepté à la bordure, pour l’exécution de laquelle on prend des couleurs parmi celles que nous venons de nommer.
- Pour obtenir la qualité dite cochenille, sur 11 1/4 kilog. de laine filée, on emploie :
- 1 1/4 à 1 1/3 kilog. cochenille suivant la force de coloris que l’on veut avoir.
- 1 1/4 à 1 1/3 kilog. tartre rouge.
- 1 1/4 à 1 1/3 kilog. de vitriol.
- La qualité garance cochenille se fait en employant sur 12 1/2 kilog. de laine filée :
- 625 grammes de cochenille.
- 625 » de garance.
- 1 kilog. de vitriol.
- Quant à la qualité garance, on emploie, sur 2 kilog. 1/2 de laine filée, 1 kilog. 1/4 de garance, autant de vitriol et de tartre rouge.
- D’après ce mode de fabrication, 1 mètre de tapis pèse 2k,800 à 3k,300. Un kilog. de tapis fabriqué peut être évalué dans une moyenne de 7 francs ; les ingrédients employés pour la teinture augmentent le prix de revient du tapis, sans en augmenter le poids. Ainsi 1 kilog. de tapis de cochenille pure revient à 8 fr. 25.
- Les prix varient non seulement suivant la qualité, mais aussi suivant les dessins.
- Le mètre carré.
- Le zarpilik garance pure. 17 à 18 francs
- — garance cochenille......... 17 à 18 —
- — cochenille pure. .......... 22 à 24 —
- Le zaprak garance. .............................. 18 à 19 —
- — garance cochenille.................... 19 à 21 —
- — cochenille pure.............. 23 à 24 —
- Les médaillons et ilans garance......... 18 à 20 —
- — — garance cochenille. . 19 à 21 —
- — — cochenille pure. ... 24 à 26 —
- Les unis veloutés cochenille............ 26 à 30 —
- Pris en fabrique, le genre médaillon fond rouge uni, velouté, de qualité cochenille,
- revient, comme suit, par mètre carré :
- fr.
- Pour 4 kilog. laine à 3 fr. 80.............. 15,20
- Pour teindre la laine à la cochenille................ 3,95
- Pour teindre la laine en bleu et vert................ 3,10
- Main d’œuvre..................................... 3,45
- , Francs................... 25,70
- Les prix ci-dessus ont cours depuis les six derniers mois de l’année, par suite de la cherté des matières premières, des grandes commandes que nous avons exécutées Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Janvier 1881. 9
- p.65 - vue 65/684
-
-
-
- 66 BEAUX-ARTS. — JANVIER 1881.
- pour la France, et enfin de l’élévation des salaires. La destruction par les ouragans, aux Canaries, de la récolte de la cochenille y contribue également. Les années précédentes, nous étions moins haut.
- L’élévation du prix des journées d’ouvriers provient de la mesure prise par le gouvernement turc d’abaisser de 75 pour 100 le prix de la monnaie de billon, avec laquelle les salaires étaient payés. On paye, depuis l’adoption de cette mesure, les ouvriers au taux légal et abaissé de l’or et de l’argent. Devant cette différence exhorbitante, plusieurs maîtres de métiers ont été obligés de suspendre la fabrication.
- La fabrication, à Oushak, a fait, depuis quelques années, des progrès visibles et importants sous tous les rapports.
- Au point de vue industriel, on est parvenu à obtenir un plus beau rouge, couleur dominante des tapis d’Oushak, en employant la cochenille et la garance de préférence au principe primitif, la garance, dont on se servait exclusivement.
- Au point de vue mécanique, il nous a réussi de monter de grands métiers mesurant 16 mètres de large et d’exécuter des tapis jusqu’à 40 mètres de long. Ces moyens nous ont permis de fabriquer les pièces gigantesques que l’on voit au grand salon de lecture du grand hôtel du Louvre et d’autres, pour les salles des palais des sultans et celles des personnages considérables en Autriche-Hongrie.
- Enfin, au point de vue artistique, l’amélioration est encore plus sensible, et nous sommes fiers d’y avoir contribué puissamment, depuis six ans que nous avons commencé à exporter de grandes quantités pour la France. Nous avons fait revenir, à Oushak, le style classique de l’école orientale, en y faisant adopter les anciens coloris qui s’approchent de l’art décoratif et des styles antiques et de la Renaissance. Nous avons été secondés, dans notre travail de réformation, par un collaborateur intelligent, M. Eugène Pillot, intéressé dans les grands magasins du Louxre. Nous avons envoyé, à la dernière exposition de Paris, des tapis portant ces divers cachets pour lesquels nous avons obtenu la médaille d’argent.
- Gheurdes. — Après Oushak, la ville de Gheurdes produit des tapis et surtout des foyers, qui sont considérés, en Europe, comme provenant également de Smyrne.
- Ces produits sont remarquables, tant au point de vue de la fabrication industrielle qu’.au point de vue de la perfection du tissage. Sous ce dernier rapport, ils sont comparés, pour la précision du point, aux tapis de Perse, avec lesquels ils ont même une certaine analogie de dessins et de coloris.
- Les moyens de fabrication sont à peu près les mêmes que ceux employés à Oushak.
- La fabrication occupe 2 000 ouvrières à 400 métiers , tissant, annuellement 10 000 mètres carrés. Elle était plus importante cinq ans auparavant; la production annuelle montait alors à 16 ou 20 000 mètres carrés et faisait travailler 600 métiers. Elle a diminué depuis qu’en Europe et en Amérique on préfère les carpettes du Daghestan-Caucase.
- Néanmoins, les tapis Gheurdes continuent d’être demandés en Angleterre, et sont
- p.66 - vue 66/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS.
- JANVIER 1881.
- 67
- surtout estimés par les souverains de Turquie et d’Égypte qui en font meubler leurs palais.
- Quelques métiers à Gheurdes font usage du fil de coton blanc, à la trame, mais cet abus est très-peu répandu et les pièces de commande se font exclusivement avec de la laine.
- Les prix de revient varient suivant la qualité et le dessin.
- Le mètre carré.
- Foyers, dessins anciens................... 16 à 18 francs
- Tapis » » 18 à 20 —
- Foyers » modernes ou inédits. ... 21 à 24 —
- Tapis » » .... 22 à 28 —
- Koula. — Cette ville produit des tapis de pied, principalement des foyers appelés sedjades (carpettes ou tapis de prière), d’un bon marché qui résulte soit des moyens industriels de fabrication, soit de l’emploi du chanvre.
- On confectionne à Koula des descentes d’environ 2 mètres de long sur 1 mètre de large, dont les trois quarts de la matière première sont en fil de chanvre et un quart en fil de laine. Ces pièces coûtent depuis 10 francs jusqu’à 15 francs chacune. Une qualité moins ordinaire, soit deux tiers de chanvre et un tiers de laine revient à 20 fr. Celles demi-laine et demi-chanvre, reviennent au prix de 23 à 28 francs.
- La chaîne et la trame de tous ces derniers sont en fil de chanvre.
- Ceux en toute laine coûtent 35 à 40 francs, suivant mérite.
- Koula produit, en .outre, de petits lapis tout laine, d’un style primitif local et d’excellente qualité. Ils sont tissés par un très-petit nombre d’ouvriers et font partie de leurs trousseaux de mariage. La fabrication en est extrêmement limitée, les prix étant inabordables pour le commerce.
- Nous avons été les premiers à faire confectionner, à Koula, un tapis de 5 mètres de long sur 4 mètres de large, que les visiteurs du palais de l’Exposition ont pu voir dernièrement à Paris.
- C’est nous, également, qui avons contribué à faire conserver la vente courante de ce beau produit, qui est à la portée de tout le monde, à cause de la modicité des prix, en écartant les nuances modernes en faux principes de teinturerie et en les remplaçant par d’anciens coloris et des dessins classiques.
- Tels sont, à leurs différents points de vue, la fabrication, l’industrie et le commerce des tapis à Oushak, Gheurdes et Koula, les trois villes de production de notre province.
- Les données et chiffres indiqués dans le présent Rapport sont aussi exacts que possible.
- p.67 - vue 67/684
-
-
-
- 68
- CHIMIE.
- JANVIER 1881
- CHIMIE.
- SOCIÉTÉ PHYSICO-CHIMIQUE RUSSE, UNIVERSITÉ DE SAINT-PÉTERSBOURG, CONCOURS POUR UNE LAMPE BRULANT LES HUILES LOURDES DE PÉTROLE POUR ÉCLAIRAGE.
- La Section chimique de la Société physico-chimique russe met au concours un prix de 750 roubles métalliques (3 000 fr.) pour l’invention d’une lampe à éclairage, destiné© à brûler les huiles lourdes de pétrole (naphte), c’est-à-dire les parties du pétrole brut qui distillent après le cérosène ouïe pétrole ordinaire à éclairage (densité depuis 0°,79 à 8°,83, à 20 degrés cent.), ainsi que l’huile astrale (densité 0°,83 à 0°8o à 20 degrés cent.), mais avant les huiles destinées au graissage (densité au-dessus de 0°,88), c’est-à-dire les huiles, dont la densité va depuis 0°,85 à 0°,88 à 20 degrés centigr. *
- Ce concours a pour but de contribuer à répandre l’emploi, comme moyen d’éclairage, de ces huiles lourdes qui, en ce moment, sont moins utilisées que le pétrole ordinaire, quoiqu’elles présentent moins de danger que ce dernier, comme cause d’incendie, et qui se trouvent dans le pétrole de Bakou en quantités considérables.
- Les lampes présentées au concours doivent satisfaire aux conditions suivantes :
- 1° Etre d’une construction aussi simple que possible (remplissage d’huile, règlement de la flamme, nettoyage de la lampe et manière de l’éteindre) ; 2° ne demander que des verres (si toutefois la lampe en exige) existant déjà partout dans le commerce de détail ; 3° brûler, sans donner ni suie ni odeur, les huiles lourdes, dont la densité est au moins entre 0a,065 et 0°,875.
- Le terme auquel les lampes doivent être présentées au concours est fixé au 1/12 janvier 1882.
- Il doit être présenté au concours trois exemplaires de chaque lampe, dont deux seront soumis aux épreuves et le troisième conservé comme modèle.
- Il doit être joint aux lampes : 1° une description aussi détaillée que possible de la lampe en langue russe, française, allemande ou anglaise 5 2° les noms et adresses de l’inventeur et du constructeur; 3° l’engagement de permettre, sans aucune restriction, le libre emploi en Russie de là lampe primée, ou bien, si elle a été brevetée en Russie, indiquer le prix auquel le droit du brevet peut être cédé.
- Remarque. A conditions égales, la préférence sera donnée à la lampe pour laquelle il n’aura pas été pris de brevet d’invention.
- Le prix sera décerné, au plus tard, en mai 1882. ...
- Si le concours ne donne pas de résultats, il sera remis à une nouvelle date.
- Les sujets russes et étrangers peuvent également prendre part au concours.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE Mme V« BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5. — 1881. Jules TREMBLAY, gendre et successeur.
- p.68 - vue 68/684
-
-
-
- pl.122 - vue 69/684
-
-
-
- j-Stiiir/i/i i/r /<! S.i.-i, 7c V:,
- mw
- Dispositions d'ensemble <!' un Bassin do Radoub,
- l'i'j _*
- Coupes! a divers deères d’avanoemeiit do l'oxeoution des maçouncnos montrant loin' disposition pour le lestage.
- I ' I <_• : >
- F i Q\ G
- EK
- i |..‘...........................'L
- mSœ
- - 1
- llrf'Aelli3 f/t* 5on p7 //*.J’ 2'upi fl //.-
- ta Mf.
- Jrnp R• T<rrieur, Povix,
- hiKT DK loi U'\ . co.NSTbTaiON DI’. Dül \ ii \SSIN > Dii iUDlH l! !>\\S I.A i) \RSIi Dii .MiSSIr.SS't Ai MoYliN Mi f \ISS«>\S Mli! AU.M I liS KT IMIH Ci >M!'l;lMK.!,\K \i!’IIKÜSliVT.
- pl.123 - vue 70/684
-
-
-
- 80* année.
- Troisième série, tome VIII.
- Février 1881.
- BULLETIN
- DE .
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE,
- ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Aimé Girard, au nom du comité des arts chimiques, sur les Machines a couler les bougies, de M. Paul Morane aîné.
- Si l’emploi des bougies stéariques a pu, de notre temps, prendre un développement aussi considérable que celui dont nous sommes témoins, si la consommation annuelle de ces produits à lumière si douce et si agréable, s’élève aujourd’hui, en France, à 25 millions de kilogr., si nos manufactures
- Nous devons, en commençant ce Bulletin, y consigner l’expression de nos bien vifs regrets pour la perte que nous avons faite, le 19 janvier dernier, de notre dévoué collaborateur M. Gustave Maurice.
- Élève distingué de l’École des Mines de Saint-Étienne, il avait été choisi par M. Combes pour aider cet illustre ingénieur dans la rédaction du Bulletin de la Société d’encouragement; pendant près de trente ans il s’est consacré avec le plus grand dévouement à ce travail. Grâce à lui, le Bulletin a été enrichi, notamment, de nombreuses analyses des travaux relatifs à l’art des mines, parus en France et en Angleterre.
- Désigné par notre illustre président à l’Administration de la ville de Paris, lorsqu’on a organisé l’inspection du travail des enfants dans les manufactures, M. Maurice a contribué plus que personne, comme inspecteur principal, à rendre sérieuse et efficace l’application de la loi. Il a rendu encore dans cette position d’éminents services dont on devra conserver le souvenir.
- Les Secrétaires cle la Société d'encouragement.
- Tome VIII, — 80e année. 3e série. — Février 1881.
- 10
- p.69 - vue 71/684
-
-
-
- ♦ .
- 70 ARTS CHIMIQUES. —- FEVRIER 1881.
- peuvent, en outre, livrer chaque année à l’exportation près de 10 millions de kilogr. de bougies, ce n’est pas seulement aux découvertes modernes de la chimie qu’il le faut attribuer; une part importante, dans ce grand développement, appartient aux progrès réalisés par la mécanique dans l’art de couler les bougies.
- Pour apprécier l’importance de ces progrès, il suffit de se reporter, par la pensée, aux débuts de l’industrie stéarique. Le fabricant de bougies, à cette époque, n’a d’autre matériel à sa disposition que celui dont le fabricant de chandelles a fait usage jusqu’alors. Dans un moule isolé, ou, difficilement, à la main, il a centré la mèche, et que préalablement il a chauffé à l’étuve, il coule les acides gras, qu’il y abandonne ensuite au refroidissement atmosphérique. Le travail est lent, dispendieux par conséquent, et c’est à grand peine qu’une ouvrière habile amène, en une heure, 60 à 70 bougies à l’état marchand.
- C’est dans des conditions toutes différentes que le coulage des bougies s’accomplit aujourd’hui. Des machines ingénieuses, à marche rapide, y sont employées, et telles sont les dispositions des plus perfectionnées d’entre elles, que ce devient chose aisée, pour une ouvrière d’une habileté ordinaire, que de couler, démouler et livrer au paquetage 1,000 à 1,200 bougies à l’heure. Le travail est devenu vingt fois plus rapide, et la qualité des produits a, du même coup, acquis une régularité qu’elle était loin d’avoir autrefois.
- L’invention des machines à l’aide desquelles s’obtiennent ces remarquables résultats n’a pas eu lieu de toutes pièces; divers inventeurs y ont concouru; plusieurs fois, et par des constructeurs différents, les mêmes idées ont été mises en avant, les mêmes principes posés; mais, et c’est là un fait remarquable qui ne saurait manquer de frapper l’attention de la Société, c’est presque toujours dans les ateliers d’une même maison qu’on a vu, dans notre pays, ces idées et ces principes revêtir la forme pratique qui seule pouvait leur donner droit de cité dans le domaine industriel.
- La maison dont nous parlons en ce moment, et que connaissent bien tous ceux qui, soit en France, soit à l’étranger, suivent les progrès de l’industrie stéarique, est celle qui, en 1834, fut fondée à Paris par Cahouet, que celui-ci a dirigée seul jusqu’en 1855, pour l’exploitation de laquelle il s’est associé à cette époque son gendre, M. Paul Morane ainé, et à laquelle cet habile constructeur, qui la dirige seul depuis 1862, a, dans ces dernières années, donné une si grande importance.
- Faire l’histoire des progrès que doit à Cahouet d’abord, àM. Paul Morane
- p.70 - vue 72/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES. — FEVRIER 1881.
- 71
- aîné ensuite, l’art de couler les bougies, c’est en réalité faire l’histoire presque complète de cet art lui-même; l’exposé rapide de ces progrès en aura bientôt convaincu la Société.
- A l’origine de l’industrie stéarique, l’outillage des couleries se composait d’une série de moules à godets dans lesquels la mèche, fixée à la partie inférieure par une petite cheville en bois ou fosset, était centrée à la naissance du godet au moyen d’une rondelle en fer étamé, sur laquelle on la fixait par un nœud. Le travail, avec un semblable outillage, était long et pénible; cependant, jusqu’en 1848, nos ateliers de coulerien’en ont pas connu d’autre.
- C’est à cette date que, pour la première fois, on vit dans nos usines pénétrer un outillage différent, et c’est à Cahouet précisément qu’était dû cet outillage nouveau. Pour rendre le moulage et le démoulage plus rapide, Cahouet s’était attaché, d’une part, à grouper plusieurs moules dans un même appareil de coulée, d’une autre, à supprimer l’emploi du fosset. Dans ce but, il avait formé son appareil d’un bassin creux destiné à contenir la masselotte et sur le fond percé duquel étaient vissés, en nombre variable de 16 à 30, les moules destinés à recevoir les acides gras. À la partie inférieure de chacun de ces moules, il avait, en outre, disposé un petit robinet de bronze que la mèche traversait, et qu’il suffisait de tourner de 90° pour, d’un même coup, assujétir et couper cette mèche, aussi exactement et aussi solidement qu’auparavant on l’assujettissait à l’aide du fosset pour ensuite la couper aux ciseaux. Nous avons tous connu cet appareil; seul, en effet, il a été employé dans les manufactures et les couleries françaises jusqu’en 1856.
- Cependant, et déjà depuis dix ou quinze ans, divers inventeurs s’étaient préoccupés de la confection d’un outillage perfectionné, et avaient cherché à créer une machine dans laquelle l’enfilage fut, non plus manuel, mais mécanique, non plus intermittent, mais continu, dans laquelle les fossets et les robinets pussent être supprimés, dans laquelle les moules fussent, sans déplacement, chauffés avant la coulée, refroidis après, une machine, enfin, disposée de telle sorte qu’aussitôt les bougies extraites des moules ou elles avaient pris corps, il devînt possible de procéder, sans perte de temps, à une coulée nouvelle.
- Le premier qui paraît s’être occupé de résoudre ce problème, est un inventeur anglais, du nom de Newton, son brevet remonte à 1842; un fabricant, anglais, de moules à chandelles, Morgan, le suivit bientôt; puis, de 18L6à
- p.71 - vue 73/684
-
-
-
- It
- ARTS CHIMIQUES. — FÉVRIER 1881.
- 1853, d’autres inventeurs se succédèrent : Fournier, Cahouet, Kendal, Binet etCahouet, etc., qui tous, se proposant le même but, s’efforcèrent de réaliser mécaniquement le moulage et le démoulage des bougies.
- C’est d’ailleurs un fait remarquable que, dans les brevets de ces divers inventeurs, on voit, dès l’origine, apparaître simultanément les deux principes sur lesquels repose aujourd’hui la construction des deux sortes de machines qu’emploie l’art de couler les bougies. L’un est le principe du pince-mèche qui, saisissant la mèche au pied de la bougie, la pince de manière à en assurer le centrage, en même temps que par son adhérence à la masse-lotte, il soutient le produit de la coulée et permet de tirer à elle, en un bloc, et cette masselotte et les bougies solidifiées. L’autre est le principe du repoussoir qui, portant à son extrémité mobile la tête du moule lui-même, permet, au contraire, de chasser par une poussée de bas en haut les bougies solidifiées hors des moules qui les contiennent.
- De ces deux principes, c’est le second qui fut tout d’abord l’objet d’une application pratique. Dès 1850, des machines à repoussoir étaient employées en Angleterre, mais ce n’est pas au moulage de la bougie stéarique proprement dite que ces machines étaient destinées : c’est au moulage des chandelles d’une part, d’une autre, à celui des bougies molles faites d’un mélange d’huile de palme distillée et d’huile de coco simplement pressée, que l’Angleterre, et surtout la maison Price, fabriquaient à cette époque en si grande quantité, sous le nom de bougies composites.
- La fabrication des bougies blanches et dures que produit la saponification calcaire, bougies qui, seules alors, figuraient sur le marché français, ne connaissait pas ces engins : c’est aux porte-moules à robinets que son outillage se limitait dans notre pays, et il en était de même dans les usines peu nombreuses qui, à l’étranger, pratiquaient le même mode de saponification.
- La question du coulage mécanique des bougies dures avait cependant, et depuis plusieurs années déjà, préoccupé nos constructeurs, mais ce n’est pas dans la même voie que les constructeurs américains ou anglais qu’ils avaient dirigé leurs recherches : c’est au premier des deux principes que nous avons tout à l’heure indiqués, au principe d’après lequel la bougie doit être tirée et non poussée qu’ils s’étaient attachés.
- La préférence qu’ils avaient donnée à ce principe se justifiait d’ailleurs par la nature des matières fabriquées par la stéarinerie française. Les machines à repoussoir, telles qu’elles étaient constituées à cette époque, imposaient au travail une grande complication, et cette complication, inévitable en pré-
- p.72 - vue 74/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES.
- FÉVRIER 1881.
- 73
- sence des matières tendres, il n’était, èn aucune façon, nécessaire de s’en embarrasser pour le traitement des matières dures; celles-ci, en effet, se prêtent parfaitement à la sortie du moule sous l’influence d’une simple traction exercée sur la mèche.
- C’est donc à construire des machines basées sur ce principe qu’on s’attacha en France, mais on y rencontra tout d’abord de grandes difficultés. Ces difficultés, c’est toujours au même point et en face du même détail qu’on les vit se produire, c’est en face de l’organe qui, désigné sous le nom de pince-mèche, doit avoir pour fonction de fixer la mèche, de la centrer et d’offrir un point d’attache à l’appareil d’extraction des bougies solidifiées.
- Tous les efforts faits jusqu’en 1856, pour donner au pince-mèche des dispositions satisfaisantes, restèrent sans résultat, et c’est seulement après de longs essais que M. Paul Morane aîné parvint à surmonter les difficultés qui, jusqu’à ce moment, avaient fait obstacle à l’emploi des machines pour le coulage des matières dures.
- Mais une fois ces difficultés disparues, les avantages que présente leur emploi furent bien vite appréciés, et l’on vit presque aussitôt nos plus importantes stéarineries adopter les machines nouvelles. Bientôt elles franchirent la frontière et se répandirent en Belgique, en Angleterre, en Hollande, en Allemagne, etc. C’est à 3,500 que s’élève aujourd’hui le nombre des machines de ce genre livrées par M. Paul Morane aîné à l’industrie stéarique.
- La construction n’en a, du reste, été que fort peu modifiée depuis vingt ans, et telles elles étaient au moment de leur invention, telles nous les retrouvons aujourd’hui à quelques détails près.
- Sur un bâti principal, en fonte de fer, s’allongent parallèlement, à hauteur d’appui l’appareil de coulée, au-dessus du sol le groupe des bobines chargées de mèches. Deux cents bobines, en général, sont disposées ainsi au pied de la machine : chacune d’elles porte enroulés 70 mètres de mèche, c’est à dire la quantité suffiante pour la confection de 300 bougies.
- L’appareil de coulée se compose d’une série de dix porte-moules contenant vingt moules chacun, et logés tantôt dans un coffre unique lorsqu’on veut chauffer par la vapeur et refroidir par l’air, tantôt dans autant de coffres indépendants, si l’on se propose de chauffer ou de refroidir par l’eau.
- Au-dessus de chaque porte-moule vient se placer l’organe qui est en réalité l’âme de la machine, c’est-à-dire le pince-mèche. Celui-ci comprend deux parties : en premier lieu, une équerre munie d’encoches, dans les-
- p.73 - vue 75/684
-
-
-
- 74
- ARTS CHIMIQUES.
- -- FÉVRIER 1881
- quelles on loge les dix mèches qui, après avoir pénétré par la tête des moules, viennent à chaque opération se présenter automatiquement au pied de ceux-ci : en second lieu, le pince-mèche proprement dit, formé d’une règle horizontale, creuse, encochée de la même façon que l’équerre, et à l’intérieur de laquelle se déplace parallèlement, par l’action d’un levier, une règle en cuivre qui, par le bord des encoches qu’elle porte également, vient pincer les mèches et les fixer au centre du moule.
- L’équerre, d’autre part, est munie d’agrafes destinées à recevoir les crochets d’un cric a crémaillère qui, roulant au sommet du bâti, permet d’enlever par traction le pince-mèche, la masselotte et les bougies solidifiées.
- Les résultats économiques, cibtenus par l’emploi de ces machines pour le coulage mécanique des bougies dures, ont été cousidérables, et pour les résumer, il nous suffira de dire que le travail d’une ouvrière qui, avec les moules isolés, ne dépassait pas une production de 60 à 70 bougies par heure, s’est élevé par cet emploi à 400 bougies.
- Aussi peut-on considérer comme fort probable que de longtemps on n’en aurait cherché de nouvelles si, comme par le passé, nos stéariniers s’étaient bornés à la production des matières dures.
- Mais il n’en devait pas être ainsi; le procédé de la distillation qui, pendant longtemps, n’avait été dans notre pays que d’un emploi limité, ne devait pas tarder à y prendre un développement considérable.
- À l’adoption de ce procédé devait correspondre la production de matières tendres, c’est-à-dire d’acides gras aisément fusibles, et au coulage de ces matières tendres, les machines à pince-mèches ne pouvaient convenir. Lorsque, en effet, après avoir laissé refroidir dans les moules des matières de cette sorte, on tire sur le pince-mèche pour les en extraire, il arrive souvent que la mèche seule obéit à l’effort, qu’elle échappe aux corps gras qui l’enveloppent, et que, glissant au milieu de ceux-ci, comme dans une gaîne, elle laisse dans le moule la bougie solidifiée.
- Ce grave inconvénient, la stéarinerie anglaise, qui fabriquait surtout des matières tendres, en avait depuis longtemps compris l’importance, et c’est précisément pour l’éviter, qu’elle avait donné la préférence aux machines à repoussoir. Diverses machines, construites d’après ce principe, par MM. Stain-thorp, Winschmann, etc., et désignées d’une manière générale, sous le nom de machines américaines, avaient été adoptées par elle, et satisfaisaient à ses besoins.
- •SX-'
- >
- p.74 - vue 76/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES. — FEVRIER 1881. 75
- Dès 1860, c’est-à-dire à partir du moment où la distillation avait commencé à se généraliser en France et pour répondre aux besoins nouveaux qui se produisaient, M. Paul Morane ainé s’était préoccupé de construire une machine basée, comme celles dont nous venons de rappeler l’existence, sur le principe de la poussée de la bougie solidifiée.
- Aux machines déjà en usage, il avait reconnu des inconvénients sérieux, inconvénients sur lesquels il serait trop long d’insister, et que, peu à peu il fut assez heureux pour faire disparaître. Modifiant alors, les uns après les autres, presque tous les détails des dispositifs adoptés jusqu’alors, il aboutit enfin, en 1871, à la construction d’un type satisfaisant de machine à repoussoir, type auquel il donna le nom de machine à centreurs.
- De beaucoup plus petite que les machines à pince-mèche, la machine à centreurs ne porte que 60 à 30 moules. Portés par un bâti léger en fonte, le porte-moule et le coffre où ces moules sont logés, s’allongent devant l’ouvrière chargée de la coulée. Fixés, d’une part, au fond du porte-moule, d’une autre, au fond du coffre, ces moules, simplement cylindriques, sont disposés de telle sorte que le repoussoir les puisse librement parcourir de bas en haut et de haut en bas. Au-dessous de chacun de ces moules, se dresse un tube creux, vertical, fixé du bas sur une table horizontale, mobile, à laquelle, au moyen d’une vis, de deux pignons et d’une manivelle, il est aisé d’imprimer un mouvement de descente ou de remontée, et portant, d’autre part, soudée à son extrémité supérieure, une matrice dont les contours reproduisent en creux la tête de la bougie.
- Installées sur les côtés de la machine, les bobines, dont la surveillance est ainsi rendue facile, délivrent à chaque tube creux un fil de mèche qui, traversant le repoussoir et le moule, vient, tiré par la bougie déjà coulée, et que le repoussoir soulève, se présenter de lui-même à une coulée nouvelle.
- D’ingénieuses dispositions permettent d’ailleurs, à l’ouvrière qui conduit la machine, de guider les bougies à leur sortie du moule, de les serrer et de les maintenir exactement dans la verticale, de manière à obtenir un centrage parfait des portions consécutives de la mèche, lui permettent enfin de séparer la masselotte et de la rejeter hors de la machine aussitôt que la matière s’est solidifiée.
- Cette machine présente, par rapport aux autres machines à repoussoir, des avantages importants. A chaque coulée, correspondait, avec les machines de ce système jusqu’alors employées, une opération longue et pénible de nettoyage, correspondait aussi une perte de trois centimètres de mèche
- p.75 - vue 77/684
-
-
-
- 76
- ARTS CHIMIQUES.
- FÉVRIER 1881.
- par chaque bougie coulée, etc. Avec la machine à centreurs de M. Paul Morane aîné, tous ces inconvénients ont disparu; le nettoyage est facile, le pied de chaque bougie est en contact immédiat avec la tête de la bougie précédente, et toute perte de mèche est par conséquent évitée ; le travail, enfin est devenu rapide à ce point qu’une seule ouvrière peut aisément conduire quatre machines à la fois, et dans chacune de ces machines faire trois coulées à l’heure.
- Ces avantages ont assuré une faveur méritée à la machine à centreurs de M. Paul Morane aîné, et l’on a vu, depuis dix ans, cette machine, non-seulement pénétrer dans celles de nos usines où l’on travaille les matières tendres, mais encore aller à l’étranger, en Russie, en Autriche, en Allemagne, en Belgique, en Espagne, même aux États-Unis, faire concurrence aux machines du même système que produisent les constructeurs américains, anglais et allemands.
- Le succès de cette machine devait, d’ailleurs, avoir bientôt une conséquence plus importante encore; il devait conduire M. Paul Morane aîné à approprier au coulage des matières dures, que produit la saponification calcaire, le système du repoussoir, et à faire profiter, par conséquent, la fabrication des produits supérieurs, des avantages dont avait bénéficié déjà la fabrication des produits communs.
- La machine à centreurs, telle que nous l’avons tout à l’heure rapidement décrite, ne peut convenir au coulage des matières dures. Tandis que, en effet, les matières tendres n’éprouvent, en se solidifiant, qu’un faible retrait, les matières dures, au contraire, subissent, dans les mêmes circonstances, un retrait considérable. Delà la possibilité de ne couler au-dessus des bougies de matière tendre, qu’une masselotte peu épaisse, ia nécessité, au contraire, de couler au-dessus des bougies de matière dure une masselotte de plusieurs centimètres d’épaisseur, masselotte que sa dureté rend ensuite très difficile à entamer par le couteau qui doit la détacher de la bougie. Ajoutons encore que, tandis que le refroidiesement des matières tendres est rapide, celui des matières dures exige un temps assez long, et l’on comprendra aussitôt que l’appropriation du système du repoussoir au coulage des matières dures ait rencontré des difficultés particulières.
- Ces difficultés, M. Paul Morane aîné est parvenu à les surmonter heureusement dans la machine qu’il a construite, il y a trois ans, et qu’il a nommée la Parisienne.
- p.76 - vue 78/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES. — FÉVRIER 1881.
- 77
- Le principe général, d après lequel cette nouvelle machine est construite, est sensiblement le même que celui de la machine à centreurs, le porte-moule et le coffre s’allongent sur un bâti en fonte, les bobines sont placées latéralement, les repoussoirs, disposés au-dessous de chaque moule, s’élèvent et s’abaissent par un mécanisme identique, etc. C’est seulement par des modifications de détail que le dispositif nouveau diffère de celui de la machine à centreurs, mais ces modifications de détail ont une importance capitale. Elles sont telles, en effet, qu’elles permettent de démouler la bougie alors que la partie extérieure, seule, en est solidifiée et que les parties centrales en sont encore à l’état liquide.
- Pour obtenir ce résultat, M. Paul Morane aîné a remplacé la pièce creuse qui, à l’extrémité du repoussoir, reproduit la tête delà bougie, par une petite pièce de bronze qui n’en reproduit que le bouton extrême, et qui, formant point d’appui, suffit, étant donnée la dureté de la matière, à la poussée de la bougie à demi solidifiée.
- Aux barres de serrage qui, dans la machine à centreurs, ont pour fonction de maintenir la bougie en place, au moment du centrage, il a substitué des godets mobiles encochés, suivant l’une de leurs génératrices qui, rabattus latéralement, lors de la remontée de la bougie, lui laissent un libre passage, mais qui, relevés ensuite, la reçoivent comme sur un siège, où elle repose jusqu’au moment où le coupage de la mèche pourra avoir lieu.
- Grâce à ces dispositions, c’est chose facile que de repousser d’un coup, hors de la machine, le lot tout entier de bougies coulées, alors qu’en leur milieu toutes ces bougies et la masselotte elle-même sont encore à l’état liquide. Dix minutes, quinze au plus, suffisent pour donner à la matière une solidité telle, qu’elle puisse, sans s’écraser, accomplir ce mouvement, et c’est toutes les dix ou quinze minutes, par conséquent, que l’ouvrière peut procéder à une coulée nouvelle. Les dix ou quinze minutes pendant lesquelles la bougie reste ensuite exposée au refroidissement atmosphérique suffisent à en déterminer la solidification complète.
- Le coulage des bougies de matière dure devient donc, avec la nouvelle machine de M. Paul Morane aîné, aussi rapide que le coulage des bougies de matière tendre. Avec cette machine, en effet, il est dorénavant possible de faire quatre coulées à l’heure, tandis qu’avec la machine à pince-mèche qui, jusqu’à ces derniers temps, a été seule usitée pour ce travail, trois quarts d’heure sont nécessaires pour la coulée, le refroidissement et le démoulage de la matière. Son invention correspond donc à un abaissement
- Tome VIII. — 80e année. 3S série. — Février 1881. 11
- p.77 - vue 79/684
-
-
-
- 78 ARTS CHIMIQUES. --- FÉVRIER 1881.
- dans le prix de revient d’un produit de qualité supérieure, et, à ce titre, elle est digne du plus grand intérêt.
- Elle vient d’ailleurs compléter dignement cette longue série d’efforts et de recherches que Cahouet avait inaugurée, que son successeur, M. Paul Morane aîné, a poursuivie depuis près de trente ans sans interruption, et qui ont assuré à ces habiles mécaniciens un rang si élevé parmi les constructeurs du matériel qu’exige l’industrie stéarique.
- C’est cette continuité dans le travail, en même temps que l’ingéniosité dans l’invention et l’habileté dans la construction que le comité des arts chimiques vous propose d’honorer en insérant le présent rapport dans le Bulletin et en y joignant une description avec planches des machines construites par M. Paul Morane aîné pour le coulage des bougies.
- Signé : Aimé Girard, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 11 juin 1880.
- LÉGENDE DES PLANCHES REPRÉSENTANT LES MACHINES POUR LA FABRICATION DES BOUGIES, PAR M. P. MORANE AÎNÉ.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 124.
- (Les memes lettres indiquent les mêmes pièces).
- Fig. 1. Moule à godet avec aiguille à crochet pour saisir la mèche et fosset en bois pour fixer la mèche au bas du moule du côté de la tête.
- Vue avant de procéder au coulage.
- Fig. 2. Vue en coupe d’un moule à godet, la bougie étant démoulée.
- a, rondelle en fer étamé, ayant un trou central pour le passage de la. mèche et son centrage, évidée pour le passage de la matière. Cette rondelle repose au fond d’un godet et s’y trouve fixée par le fosset ou cheville.
- Fig. 3. Vue en coupe d’un moule à godet, bougie démoulée.
- ô, bobine recevant la mèche, principe de l’enfilage continu, démoulage par traction sur la mèche.
- Fig. 4. Vue en coupe d’un moule à godet, démoulage par repoussoir.
- c, bobine.
- d, repoussoir à tube.
- Fig. 5. Vue de face d’une porte-moules.
- p.78 - vue 80/684
-
-
-
- 79
- ARTS CHIMIQUES. ---- FEVRIER 1881.
- e e, moules dont un se trouve coupé par le milieu pour faire voir le passage de la mèche et le robinet g. f f, bougies.
- g g, robinets coupant les mèches.
- Fig. 6. Vue par le bout du porte-moules.
- Fig. 7. Vue d’une partie du plan du porte-moules.
- Fig. 8. Coupe d’un robinet g bouchant l’orifice inférieur du moule, serrant et coupant la mèche en supprimant le fosset.
- Fig. 9 et 10. Vue extérieure et en coupe d’une aiguille passe-mèche à ressort servant à l’enfilage à la main.
- Fig. 11. Vue de face de la machine a enfilage continu des mèches, de M. P. Mo-rane aîné (1856). Cette machine est divisée en dix compartiments de vingt moules chacun.
- h, coffre à moules, une ouverture est faite sur le dessin pour laisser apercevoir les moules extérieurement et en coupe.
- i, ventilateur pour le refroidissement des moules. ky équerres centreuses et pince-mèches.
- /, coffre à bobines chargées de mèches. m, chariot roulant et cric à crémaillère pour le démoulage.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 125.
- Fig. 1. Vue en plan d’un compartiment de la machine (1856), fig. 11, pl. 124.
- a, porte-moules.
- b, équerre centreuse,
- c, pince-mèches, vu en h, dans la planche précédente, fig. 11.
- Fig. 2. Vue par le bout du pince-mèches et en coupe de deux moules.
- Fig. 3. Vue de face de la machine dite à centreurs de P. Morane aîné (1871).
- d, coffre à moules. e e, bobines.
- /, bâti.
- g y mouvement de démoulage par manivelle, roues et vis h y repoussoirs. i, centreurs.
- /, barre retenant les bougies faites.
- Fig. 4. Vue par le bout de la machine à centreurs.
- Fig. 5. Coupe de la partie supérieure sur une plus grande échelle.
- m, m, moules.
- n, n, bougies démoulées.
- o, Oy mèches.
- p.79 - vue 81/684
-
-
-
- 80
- ARTS CHIMIQUES.
- FEVRIER 1881.
- i, i, centreurs.
- Fig. 6. Vue de face de la machine, dite Parisienne, de P. Morane aîné (type 1877).
- p, coffre à moules
- q, bougies démoulées, moules coupés par une ouverture faite dans le coffre.
- r, bobines et mèches.
- s, bâti.
- t, mouvement de démoulage.
- u, repoussoirs.
- v, récepteur des bougies faites et centreur de mèches.
- Fig. 7. Vue par le bout de la machine montrant un récepteur v rabattu et le mouvement t de remontage et de démontage des repoussoirs.
- Fig. 8. Coupe de la partie supérieure de la machine sur une plus grande échelle. y, moules, q q bougies, u u repoussoirs, v v récepteurs centreurs des bougies, xx contre-poids tendeur des mèches.
- Fig. 9. Vue en plan des récepteurs centreurs v v des bougies.
- NOTICE POUR LA MARCHE DE LA MACHINE PARISIENNE.
- 1° On entre les repoussoirs dans les moules par le dessous du coffre. Il est essentiel que les repoussoirs fonctionnent très librement dans les moules, il faut s’en assurer avant de procéder au passage des mèches ; pour cela on les remonte au-dessus de la partie supérieure des moules et on les fait mouvoir à la main un par un ; ils doivent osciller sans raideur. On cale la plaque des repoussoirs pour la longueur des têtes que l’on désire.
- 2° Les mèches traversent un- plomb tendeur glissant sur la tige du repoussoir, et frottent, en se déroulant de la bobine, sur les entailles d’un fer à T, pour résister un peu.
- Pour procéder à l’enfilage on se sert d’une aiguille en fil de laiton et d’un anneau en fil à coudre ; l’entaille du repoussoir facilite l’entrée de l’aiguille de laiton que l’on entre dans le moule, bien entendu, par dessous le coffre.
- Démoulage.
- 1° Abbattre les récepteurs.
- 2° Tourner la manivelle pour faire monter les bougres garnies de leur masselotte jusqu’au point d’arrêt, c’est-à-dire le plus possible.
- 3° Replacer les suspenseurs verticalement, les repoussoirs entrent dans les centreurs.
- k° Détourner la manivelle jusqu’au point d’arrêt en bas.
- p.80 - vue 82/684
-
-
-
- 81
- ARTS ÉCONOMIQUES. — FEVRIER 1881.
- Bien s’assurer que les repoussoirs sont descendus à leur point d’arrêt; à défaut d’être descendus suffisamment, on embarbouillerait toute la machine en coulant.
- Les bougies restent dans les centreurs, où elles sont retenues par leur tête.
- Observations.
- 1° Chauffer à point, couler à point et surtout ne pas lefroidir avec de l’eau trop froide, il faut 15 à 18 degrés centigrades ; si on refroidit trop, le démoulage n’est plus facile et on risque de tordre les repoussoirs.
- 2° Pour les mèches du culot, on les coupe soit avec des ciseaux ou un couteau courbé ; l’usage des ciseaux est préférable, parce que les mèches ne risquent pas d’être décentrées.
- 3° Les pièces de fonte des bouts sont à coulisse, afin que la fabrication puisse régler la perte de mèches suivant l’épaisseur du culot dont elle a besoin.
- COMITÉ DES ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. Sebert, au nom du comité des arts économiques, sur un
- APPAREIL POUR LA REPRODUCTION AUTOGRAPHIQUE DE L ECRITURE ET DES DESSINS,
- présenté par M. Otto Lelm, rue Duphot, 12.
- M. Otto Lelm a présenté à la Société d’encouragement un appareil de reproduction autographique de l’écriture et des dessins qu’il nomme autocopiste noir.
- Il était difficile de parler de cet appareil sans signaler les nombreuses inventions qui, poursuivant un but analogue, par des moyens plus ou moins différents, ont fait leur apparition dans ces dernières années. ••
- Votre rapporteur a donc dû rechercher les caractères distinctifs de ces divers systèmes, mais il n’a pas la prétention de les avoir tous mentionnés.
- Le nombre même de ces appareils est une preuve de l’importance que la question présente pour le commerce et l’industrie, et cette importance servira d’excuse pour les développements dans lesquels ce Rapport a dû entrer.
- La Société voudra bien aussi excuser l’emploi des termes, souvent barbares, qui ont dû servir à désigner ces appareils. Il eût été impossible, pour la plupart d’entre eux, d’éviter les noms sous lesquels ils ont été mis dans le commerce et, si les inventeurs ont eu souvent la main heureuse dans le choix des moyens qu’ils ont mis en œuvre, on ne peut en dire autant du choix des noms, à tournure hellénique, dont ils ont décoré leurs inventions.
- p.81 - vue 83/684
-
-
-
- 82
- ARTS ÉCONOMIQUES.--- FÉVRIER 1881.
- Il n’est pas besoin de dire, d’ailleurs, que les dates qui seront citées dans ce Rapport et l’ordre adopté dans l’énumération des inventions successivement rappelées ne pourraient être invoqués pour décider des questions de priorité. Votre rapporteur n’a pu citer que les renseignements qu’il possédait, et dont il ne peut garantir toujours l’authenticité.
- Le développement toujours croissant des relations commerciales et l’activité imprimée aux différentes branches de l’industrie ont provoqué, dans ces dernières années, de nombreuses recherches pour arriver à un procédé qui permît aux négociants et aux industriels de multiplier sans peine l’écriture ou les dessins.
- D’une part, les procédés ordinaires de la lithographie ou de l’autographie, qui exigent un matériel encombrant et nécessitent un apprentissage assez long, ne peuvent donner la commodité cherchée; d’autre part, les appareils dits : copies de lettres, qui sont depuis longtemps usités dans le commerce, ne peuvent fournir qu’un nombre très restreint de reproductions, dont la netteté va d’ailleurs en s’altérant rapidement. On a vu apparaître, par suite, dans différents pays, des inventions tendant à permettre, sans matériel trop coûteux ou trop spécial, et sans apprentissage trop difficile, d’arriver à reproduire à vingt ou trente exemplaires au moins, sinon à 100 ou 200, les circulaires manuscrites ou même les dessins.
- Presse autographique. —Jusqu’en ces dernières années, on ne connaissait, pour des reproductions de ce genre, que des appareils autographiques, avec presses, plus ou moins analogues aux presses lithographiques ordinaires, comme, par exemple, les presses Ragueneau ou Abat. Ces appareils ne diffèrent guère des presses lithographiques que par la substitution d’une plaque métallique à la pierre destinée à recevoir l’impression ; comme ces dernières, ils exigent l’emploi de mordants pour graver les caractères reportés sur pierre et de rouleaux pour encrer, et ils nécessitent un ponçage pour enle -ver les traces déposées sur la plaque et la préparer pour une opération nouvelle.
- Les recherches faites pour trouver des procédés de reproduction, d’un emploi plus commode et pouvant dispenser même de tout apprentissage, ont porté tantôt sur la suppression complète de la presse ou tout au moins sur sa simplification, tantôt sur la suppression de l’encrage au rouleau, tantôt encore sur la suppression de l’humectation des épreuves ou du lavage des matrices; toutes se sont proposé pour buf de rapprocher le plus possible les
- p.82 - vue 84/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES.— FÉVRIER 1881.
- 83
- opérations de reproduction des opérations usuelles de l’écriture, en évitant les précautions qu’on est obligé de prendre, en écrivant, quand on emploie le papier autographique ordinaire.
- Copie de lettres. — Les essais les plus nombreux ont porté sur le perfectionnement des procédés adoptés, depuis longtemps déjà, pour les appareils dits copies de lettre, et qui sont basés sur l’emploi des encres solubles ou communicatives, le plus souvent à base d’aniline.
- Dans ces procédés, tantôt on écrit l’original avec une encre riche en principes colorés, et on le reporte sur un papier de soie pour produire un négatif, dont on tire une ou plusieurs copies, en appliquant sur lui, avec plus ou moins de pression, des feuilles de papier légèrement humides.
- Tantôt on produit directement un négatif, en écrivant avec un style ou un crayon très dur, et plaçant sous le papier une feuille préparée chargée d’une composition grasse.
- Autocopieur Levy. — Dans ce dernier cas se trouve l’appareil dit : autocopieur de la maison Maurice Levy, qui donne, sans presse ni encre, la copie de la lettre écrite, ou même plusieurs copies si l’on interpose, entre chaque feuillet blanc, une feuille communicative, en opérant simultanément sur plusieurs épaisseurs.
- Machine à écrire Remington.—Tel est encore le cas des reproductions multiples obtenues avec la machine à écrire Remington qui a fonctionné devant la Société. Ce système convient spécialement à cette machine, car la possibilité de graduer, à volonté, par une action plus ou moins énergique sur les touches du clavier, la pression exercée lors de l’impression de chaque lettre, permet d’obtenir, d’un seul coup, un plus ou moins grand nombre de reproductions, sans pouvoir cependant dépasser dix à quinze.
- Autocopieur Frey. — On peut même, en faisant usage de feuilles intercalaires chargées, des deux côtés, de substances colorantes à base d’aniline, et à la condition d’exercer, en écrivant, une pression suffisante, obtenir de chacune de ces feuilles une copie positive et une copie négative.
- Cette dernière qui peut être lue en la regardant à l’envers par transparence, peut, en outre, servir elle-même à donner un certain nombre de reproductions positives sur papier humide.
- Il suffit, en effet, d’enduire le verso des feuillets destinés à recevoir l’épreuve négative d’une composition spéciale susceptible de retenir l’encre d’aniline. . *
- Cette disposition a été appliquée dans un appareil portatif, conçu spéciale-
- p.83 - vue 85/684
-
-
-
- 84
- ARTS ÉCONOMIQUES. — FEVRIER 1881.
- ment pour le service de transmission, en campagne, des ordres des états-majors, et qui a été proposé, en 1878, par M. le commandant Frey, de l’infanterie de marine, alors attaché à l’état-major du 11e corps d’armée.
- L’appareil constituait une sorte de registre composé de plusieurs feuillets de papier de soie entre lesquels étaient placées des feuilles enduites d’une composition à base d’aniline. Il était accompagné d’un bâton de composition colorante qui permettait de rafraîchir la surface des feuilles communicatives, et d’un bâton de composition savonneuse servant à enduire le verso des feuillets destinés à donner les négatifs lorsqu’on voulait obtenir des repro ductions à l’aide de ces derniers. On pouvait tirer de chacun d’eux jusqu’à huit à dix épreuves.
- Appareil Bauer. — Antérieurement, un procédé un peu différent avait été exploité, avec un grand succès commercial, par MM. Otto Lelm et Bauer. C’est l’appareil dit appareil Bauer, dont le véritable inventeur est un M. Hyksa, originaire de Bohême, qui l’a fait connaître en 1875.
- Dans ce procédé, on employait une plaque de tôle recouverte d’un mélange d’aniline, de suif et de craie, sur laquelle on posait un papier de soie qui prenait, au dos, l’empreinte négative, à la condition d’écrire avec un style ou une pointe très dure.
- On obtenait, sans presse, un assez grand nombre de reproductions, en employant des feuilles de papier humectées au moyen d’un mélange d’alcool, de gomme adragante et d’eau, qu’on appliquait successivement à la main sur le négatif.
- Chromographe et hectographe.—Un appareil d’un genre différent, dérivé d’une idée indiquée, en 1876, par M. Schmitt, de Prague, dont nous retrouverons le nom plus loin, à propos de la Schmittotypie, a fait, en 1878, l’objet de deux brevets, sous plis cachetés, qui ont été pris à quelques jours d’intervalle en Autriche, par M. Ungerer, d’une part, sous le nom de chromographe, et par MM. Kwaisser et Hussak, d’autre part, sous le nom d’hec-tographe, changé plus tard, en France, contre celui de polycopie.
- Ces appareils, qui présentent entre eux la plus grande analogie, ont eu un succès commercial sans précédent, car le produit de la vente du chromographe seul, importé en France, en Angleterre et en Belgique par M. Otto Lelm, a dépassé, dans ces trois pays, depuis le mois de février 1879, la somme de 660 000 francs.
- Dans ces deux appareils, on fait usag*e d’une pâte spéciale à base de gélatine, qui est coulée dans une boîte plate en zinc.
- p.84 - vue 86/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES.— FÉVRIER 1881.
- 85
- Par l’application de l’original écrit à l’encre d’aniline, maintenu pendant quelques minutes en contact avec la plaque formée par cette pâte solidifiée, on obtient sur cette plaque un report négatif.
- 11 suffit ensuite d’appliquer successivement sur ce report, en les appuyant simplement avec la main, des feuilles de papier collé, pour obtenir, à chaque fois, une expédition de l’original, sans avoir besoin de recourir à aucun encrage.
- On peut obtenir ainsi jusqu’à 40 ou 50 copies et les feuilles n’ayant pas besoin d’être mouillées, les caractères conservent leur netteté.
- Après l’opération, on lave la pâte avec une éponge pour enlever la couche supérieure qui a été pénétrée par l’encre, et l’on met ainsi l’appareil en état de servir de nouveau. L’opération du lavage est, d’ailleurs, d’autant plus facile qu’on a opéré plus rapidement, sans donner à l’encre le temps de pénétrer trop profondément dans la pâte.
- De nombreux appareils, fonctionnant d’une façon identique, ont été mis dans le commerce, en concurrence avec le chromographe et l’hectographe, dont ils ne diffèrent que par la composition de la pâte ou la nature de la boîte en métal.
- Ces appareils ont reçu des noms variés tels que le printographe, le poly-graphe, le compolithographe que mentionnent les journaux étrangers, le velo-cigraphe Anghinelli qui s’emploie en Italie, le polyaugraphe, le graphotype, le typopresse, le transphographe, l’appareil dit porte prototype ou ceux dénommés plus simplement reproducteur simplifié, appareil à copier, etc., que l’on trouve dans le commerce de Paris.
- Les boîtes employées doivent être en zinc, au moins au contact de la pâte, car le fer-blanc s’oxyderait ; les boîtes du chromographe sont en zinc à l’intérieur et en fer-blanc à l’extérieur, ce qui permet de leur donner une résistance suffisante sans les rendre trop lourdes.
- La pâte employée pour le chromographe est blanche et formée d’un mélange de gélatine, de glycérine et de sulfate de baryte, additionné d’un peu de sucre ou de glucose et d’une faible quantité d’acide phénique, pour s’opposer à l’altération de la gélatine.
- Pour l’hectographe, la pâte est de composition analogue, mais elle se distingue par une coloration rose, et nécessite un lavage a l’eau chaude; les autres pâtes se distinguent aussi entre elles par des colorations diverses, brunes, bleues, etc.
- La nature de la gélatine employée a une grande influence sur la qualité
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Février 1881. 12
- p.85 - vue 87/684
-
-
-
- 86
- ARTS ÉCONOMIQUES.— FEVRIER 1881.
- de la pâte qui, si elle n’est pas bien fabriquée, est exposée à se ramollir aux températures élevées ou à devenir fdante sous l’effet répété des lavages.
- On peut, avec des gélatines convenablement choisies, obtenir des pâtes susceptibles d’être employées dans les pays les plus chauds.
- D’après le brevet Ungerer, la pâte la meilleure s’obtiendrait en faisant usage d’une gélatine d’origine chinoise connue dans le commerce sous le nom d’Àgar-agar ; mais le prix élevé de cette substance s’oppose à son emploi commercial. Cette gélatine paraît n’être autre chose qu’une algue, connue aussi sous le nom de Mousse de Chine, dont Payen a étudié le principe immédiat qu’il a désigné sous le nom de Gélose ; il est donc probable qu’elle pourrait être remplacée par la gélatine que renferment certaines de nos algues marines.
- On peut faire usage, avec le chromographe, d’encres de diverses couleurs, dérivées de l’aniline, mais le nombre des copies obtenues varie avec le degré de concentration et aussi avec le degré de divisibilité de ces encres.
- Le violet d’aniline concentré est celui qui donne les meilleurs résultats, on peut obtenir, avec ce produit, environ 50 à 60 copies d’un même original, en opérant avec habileté.
- On peut employer aussi des encres vertes, rouges, bleues ou brunes ; mais elles ne peuvent donner un aussi grand nombre de reproductions.
- Il est essentiel, pour obtenir le plus grand nombre de copies possible, d’écrire sur un papier bien collé et même glacé, qui n’absorbe pas l’encre et d’employer des plumes bien douces qui glissent sur le papier sans le pénétrer.
- L’emploi de l’encre très concentrée est malheureusement assez gênant et ralentit l’écriture. On rend, à cette encre, la fluidité qu’elle perd rapidement en y ajoutant quelques gouttes d’alcool ; mais la difficulté d’écrire avec une encre trop épaisse, limite, dans la pratique, à 30 ou LO le nombre des copies qu’il est possible d’obtenir, même avec le violet d’aniline.
- On peut, avec le chromographe, reproduire des croquis exécutés avec plusieurs couleurs, et même des lavis obtenus avec des teintes d’aniline, mais ces teintes pâlissent très rapidement dans les reproductions successives et s’altèrent également par l’exposition à la lumière.
- Quant aux dessins géométriques, ils peuvent rarement être reproduits avec une précision suffisante, car, sous la pression répétée de la main dans les tirages, la surface de la pâte se déforme, surtout dans les temps chauds, de façon à rendre ondulées les lignes primitivement droites.
- p.86 - vue 88/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. — FÉVRIER 1881.
- 87
- Mais pour la reproduction des circulaires commerciales, des rapports et simples croquis, ce procédé serait parfait et répondrait aux besoins de la pratique, lorsqu’on ne veut qu’un nombre de copies limité à 30 ou 10, si l’on pouvait remplacer, par une encre noire, le violet d’aniline qui donne une écriture miroitante, de couleur changeante, dont la lecture prolongée fatigue la vue, et si l’on pouvait éviter le lavage après chaque opération.
- Sur ce dernier point, il n’est peut-être pas sans intérêt de signaler un fait qui est peu connu jusqu’à ce jour, c’est que le lavage n’est pas indispensable si l’on peut attendre vingt-quatre heures avant de se servir de nouveau du chromographe; l’encre, en effet, pénètre peu à peu dans la composition et finit même par gagner le fond de la boîte. Dans cet état, elle ne nuit pas aux reproductions ultérieures, surtout si l’on a eu soin de passer l’éponge humide sur la surface de la pâte, pour en enlever, immédiatement après le tirage, la couche superficielle. On peut employer ainsi, pendant très longtemps, la même pâte et lorsqu’elle est trop chargée en couleur, on peut, en la faisant fondre, en séparer l’aniline par décantation.
- Les essais faits pour substituer une encre noire à l’encre violette dans l’emploi du chromographe, n’ont pas réussi jusqu’à ce jour; l’encre noire, à base d’aniline, est peu divisible et l’on ne peut obtenir avec cette encre que 5 à 6 copies.
- Cependant un appareil nouvellement imaginé par le professeur Jacobsohn, de Berlin, et qui a reçu le nom de collographe, donnerait des reproductions sur pâte au moyen d’encres noires, mais l’emploi de cet appareil aurait perdu, dit-on, en simplicité et il exigerait des lavages longs et assez difficiles à l’eau chaude.
- Polycopie sur papier. — Pour éviter l’emploi des lavages et rendre l’appareil plus portatif encore et plus commode, on a substitué, à la pâte gélatinée, des feuilles de papier fort, recouvertes d’une couche de composition semblable, avec lesquelles on opère d’une façon analogue, à cette exception près que l’on sacrifie, à chaque fois, la feuille de papier recouverte de composition.
- La polycopie de la maison Giran et Estribaud fait usage d’un papier préparé avec la pâte rose de l’hectographe. ;
- - Vautographe Dagron était un système du même genre.
- Les feuilles de papier préparé peuvent être ainsi conservées en rouleaux ou même en registres.
- On a même proposé de les disposer de façon à permettre d’effectuer la re-
- p.87 - vue 89/684
-
-
-
- 88
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- FÉVRIER 1881.
- production d’un seul coup, sur les deux côtés d’une même feuille, quand il s’agit de circulaires présentant plusieurs pages.
- Vappareil Alisoff, qui est employé en Amérique, paraît être de ce genre, ainsi que Vappareil Anderson employé en Angleterre.
- Autographie polychrome. — On a aussi proposé d’employer des feuilles de papier préparé de cette façon, pour la reproduction des dessins faits en plusieurs couleurs et même avec teintes lavées.
- Un appareil, dit autographie polychrome, qui opère de cette façon, a été présenté à la Société en février 1879, par M. Holtzman.
- D’après l’instruction jointe à cet appareil, on peut obtenir, avec les encres spéciales qui l’accompagnent, quatorze couleurs différentes comprenant le violet foncé pour les traits et des couleurs de différentes nuances : bleues, rouges, jaunes, orangées, brunes et vertes, pour les teintes.
- La composition employée pour le papier Holtzman paraît différer notablement de la composition employée pour la polycopie
- On devait laisser tremper les feuilles pendant vingt minutes dans l’eau avant de les employer, et il fallait dessiner l'original sur un papier spécial.
- Polyaulographe expéditif Frey. — Dans le polyaulographe expéditif auquel M. Frey a été conduit par ses recherches sur l’autocopieur, on n’a pas besoin de recourir au lavage et l’on peut aussi reproduire des dessins ou croquis faits en plusieurs couleurs.
- Le papier est vendu en rouleau, les mêmes feuilles peuvent servir plusieurs fois, à la condition d’en humecter la surface et de les laisser reposer après chaque opération; la composition employée diffère de celle de la polycopie, mais elle exige que le papier qui reçoit les copies soit légèrement humide.
- Appareils à clichés perforés. — Les appareils qui précèdent, dans lesquels la pâte est étendue sur papier, ont sur le chromographe l’avantage de ne pas donner de déformations trop sensibles des traits et des dessins, mais, avec les épaisseurs de pâte habituellement employées, ils ne peuvent fournir qu’un nombre beaucoup moindre de reproductions.
- Ils présentent aussi, comme l’appareil dont ils dérivent, l’inconvénient inhérent à l’emploi des encres d’aniline, qui ne peuvent donner des reproductions indélébiles et fixes à la lumière.
- Aussi, parallèlement à ces recherches, a-t-on fait des essais pour obtenir des reproductions au moyen d’encres grasses noires et indélébiles.
- p.88 - vue 90/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- FÉVRIER 1881.
- 89
- Pour éviter les difficultés pratiques que présentent les procédés analogues à ceux qu’emploie la lithographie, on a cherché à obtenir des reproductions en faisant usage de clichés perforés, au travers desquels on fait pénétrer l’encre d’impression.
- . Pour obtenir ces clichés, on a employé un assez grand nombre de procédés différents.
- Plume électrique. — Edison a imaginé, dans ce but, sa plume électrique, qui a fonctionné devant la Société.
- On se rappelle que cette plume porte, dissimulée suivant son axe, une aiguille très fine qu’un électro-aimant anime d’un mouvement oscillatoire rapide, de sorte que, sous les traits tracés, le papier est perforé d’une infinité de petits trous, qui se trouvent régulièrement espacés, si, toutefois, l’on a soin d’écrire avec une vitesse uniforme.
- On obtient des reproductions du cliché ainsi produit en plaçant sous ce papier perforé, convenablement tendu sur un cadre, une série de feuilles de papier blanc et passant, à chaque fois, sur le cliché, un rouleau imbibé d’encre d’imprimerie qui passe à travers les trous.
- On peut obtenir ainsi un nombre considérable de reproductions, 400 à 500 au moins.
- Plume horographique. — En Angleterre, Wilson, le fabricant de machines à coudre bien connu, a imaginé de remplacer la plume électrique par une plume semblable dont l’aiguille est mise en mouvement par un rouage d’horlogerie placé à la partie supérieure du porte-plume ; il a donné à cet appareil le nom de plume horographique. On obtient avec lui des résultats semblables à ceux que donne la plume d’Edison.
- Crayon voltaïque. — En France, MM. Bellet et d’Àrros ont donné une solution plus élégante encore du problème, au moyen du Crayon voltaïque, dans lequel l’aiguille perforatrice a pu être supprimée, son action étant remplacée par celle d’étincelles électriques qui jaillissent à chaque instant, au travers du papier, entre la pointe d’un simple crayon ordinaire finement taillé et une surface conductrice placée sous le papier. L’opérateur n’a plus à tenir un porte-plume lourd et mal équilibré et les perforations obtenues sont d’une finesse que les procédés mécaniques ne peuvent atteindre.
- Papyrographe. — Mais les appareils électriques ou ceux à rouages mécaniques ne sont évidemment susceptibles que d’une vulgarisation très restreinte, aussi un fabricant anglais, M. Zuccato, a cherché à obtenir les avan-
- p.89 - vue 91/684
-
-
-
- 90
- ARTS ÉCONOMIQUES.— FEVRIER 1881.
- tages du papier perforé, sans recourir à l’emploi de mécanismes aussi délicats.
- Dans un premier système, imaginé en 1869, il a eu l’idée d’employer, pour recevoir l’écriture, un papier de soie, à tissu très perméable, recouvert d’une couche de composition imperméable, que l’encre que l’on emploie, pour écrire l’original, a la propriété de rendre soluble dans l’eau.
- En trempant cette feuille de papier dans l’eau, après avoir écrit, on obtient donc un cliché sur papier fin, dans lequel toutes les parties écrites sont spongieuses et perméables, tandis que le reste de la surface est imperméable.
- En pressant ce cliché, placé à l’envers, sur un tampon de drap imbibé d’une encre fluide, comme une encre rouge d’aniline, on fait suinter l’encre au travers de l’écriture et l’on peut obtenir une reproduction sur une feuille de papier blanc appliquée au verso.
- En répétant l’expérience, on peut obtenir de nouvelles reproductions.
- On fait usage d’une presse spéciale, d’ailleurs très simple, pour régulariser la pression qui doit varier suivant l’état d’imbibition du tampon.
- On peut obtenir avec cet appareil jusqu’à 500 copies, mais on ne pourrait employer une encre grasse qui engorgerait rapidement les fibres du papier.
- Trypographe— Plus récemment, en 1879, M. Zuccato, a imaginé un autre appareil qu’il nomme trypographe et qui donne, cette fois, un papier réellement perforé, pouvant laisser passer une encre noire grasse.
- Dans cet appareil, on pose le papier sur lequel on doit écrire l’original, sur une plaque métallique taillée dans le genre d’une lime, de façon à présenter une infinité de petits points saillants très rapprochés. On écrit avec un style dur et en appuyant fortement ; on produit ainsi, sous les traits, une série de petits trous régulièrement espacés.
- On se sert du cliché ainsi obtenu, pour opérer des reproductions, en passant sur le papier une sorte de rateau chargé d’encre d’imprimerie.
- Glyphochorde. — On a vu enfin apparaître encore, tout dernièrement, un appareil dit glyphochorde, dont le principe est analogue à celui du trypographe, mais qui en diffère en ce que la plaque métallique rugueuse est remplacée par une toile métallique.
- Ces deux derniers appareils ont sur les autres systèmes à perforation, l’avantage que les trous sont toujours uniformément espacés, quelle que soit la vitesse de l’écriture, mais d’autre part, il faut exercer, pour écrire, un effort pénible.
- p.90 - vue 92/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. — FÉVRIER 1881.
- 91
- Tous les appareils à perforation ont, du reste, l’inconvénient de ne pouvoir donner, pour l’écriture, des traits continus et de force graduée. Vus à la loupe, les traits obtenus apparaissent formés d’une succession de petites taches circulaires très rapprochées et l’on ne peut obtenir qu’une écriture filiforme.
- Schmittotypie. — Aussi a-t-on cherché à obtenir mieux encore dans la voie des reproductions à l’encre indélébile.
- C’est ici que se place l’invention de l’appareil auquel son inventeur, M. Schmitt, a donné le nom de Schmittotypie et qui a été introduit encore en France par M. Otto Lelm, l’importateur du chromographe.
- Dans ce système, on faisait usage, pour chaque tirage, d’une feuille de zinc recouverte d’une composition gélatinée, qui devait être préalablement mouillée, et sur laquelle on appliquait alors, en le plaçant à l’envers, l’original à reproduire, écrit à l’aide d’une encre spéciale assez fluide pour permettre d’écrire ou de dessiner avec autant de facilité qu’avec l’encre ordinaire.
- Cette encre a la propriété d’attaquer la couche gélatineuse en la durcissant et la séchant, de sorte que si, après avoir enlevé l’original, on passe, sur la surface de la composition, une éponge humide, l’eau mouille seulement les parties qui n’ont pas été impressionnées par l’encre. Si ensuite on passe, sur cette surface, un rouleau chargé d’encre d’imprimerie, l’encre ne prend pas sur les parties mouillées et ne se dépose, par suite, que sur l’écriture ou sur les traits du dessin.
- : On pose alors, sur l’appareil, une feuille de papier que l’on applique avec soin, à la main, et l’on obtient une reproduction de l’original en encre noire indélébile.
- En passant de nouveau le rouleau pour encrer, et appliquant ensuite une Seconde feuille, on obtient une seconde reproduction semblable et, en continuant ainsi, on a pu obtenir jusqu’à 700 bonnes reproductions de l’original.
- L’appareil Schmitt donnait donc une excellente solution du problème et il assurait les reproductions des dessins sans déformations et en tous temps; mais pour chaque tirage, on devait consommer unfe feuille de zinc enduite de composition spéciale, composition qui ne pouvait être placée qu’en usine et l’appareil entraînait, dès lors, l’emploi d’un matériel cher et assez encombrant.
- Ce n’eût pas été cependant* une cause d’insuccès absolu, si l’on n’avait
- p.91 - vue 93/684
-
-
-
- arts ÉCONOMIQUES. — -FÉVRIER 1881
- reconnu que les feuilles préparées ne peuvent être conservées facilement, et que l’oxydation du zinc fait perdre, à la pâte gélatinée, les propriétés sur lesquelles est basé son emploi, de telle sorte qu’elle prend l’encre, au passage du rouleau, dans toutes les parties où le métal est attaqué par l’oxyde.
- M. Otto Lelm fut ainsi conduit à chercher à remplacer les plaques de zinc gélatinées par une substance moins chère, plus commode à transporter et qui ne fût pas sujette à s’altérer rapidement.
- Appareil Pumphrey. — Un système, ayant quelque analogie avec le précédent et dont M. Otto Lelm avait aussi acquis le brevet, avait été imaginé antérieurement, en 1878, par M. Pumphrey, de Birmingham.
- Dans cet appareil, on faisait usage de plaques de verre recouvertes d’albumine sur lesquelles se fixait le report.
- Le verre était inaltérable, mais sa fragilité s’opposait à son emploi industriel.
- Autocopiste noir. — M. Lelm est parvenu à remédier aux inconvénients de ces deux systèmes en employant, pour recevoir la composition gélatinée, des bandes de parchemin végétal qui peuvent être conservées en rouleaux.
- Il a créé ainsi le nouvel appareil qu’il présente aujourd’hui à la Société et qui est dénommé autocopiste noir.
- Cet appareil comprend d’abord un châssis de forme spéciale, dit stirateur, qui est destiné à tendre la feuille de papier parcheminé et à lui servir d’appui pour l’encrage et le tirage.
- La fig. 1 ci-dessous représente le châssis recouvert de la feuille de papier
- Fig- 1 Fig„ 2.
- tendue ; la fig. 2 montre le même appareil dont le fond mobile F a été en-evé pour laisser voir la disposition intérieure.
- p.92 - vue 94/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. — FEVRIER 1881.
- 93
- Sous l’appareil se trouvent deux cames T T, formées de quarts de cylindres en bois montées à charnière et qui servent à soulever le fond mobile quand le papier est mis en place et fixé sur les bords.
- Les deux figures montrent également comment on fixe le papier. On se sert, à cet effet, du cadre mobile B B qui entre, avec beaucoup de jeu, dans une rainure du châssis AC et s’y trouve maintenu parles petits tourniquets J J placés aux angles.
- L’opération se fait de la façon suivante : le fond mobile étant en place, les cames abaissées et le cadre B B étant enlevé", on étale sur l’appareil la feuille mouillée, dont les angles ont été coupés, et l’on pose, par dessus, le cadre mobile que l’on engage de force dans la rainure, oh il pénètre en entraînant le papier qu’il maintient aussi tout autour. On fixe le cadre au moyen des tourniquets JJ et on le consolide en engageant, au milieu de chaque côté, les petites broches que l’on voit également sur la figure. On relève alors les cames, en passant les mains sous le châssis pour les manœuvrer, et le papier se trouve tendu fortement et sans plis ; en même temps, il est soulevé au-dessus du châssis de façon à éviter que, dans l’encrage, le rouleau ne puisse venir noircir l’appareil, en dehors des parties préparées pour le report.
- Un petit tiroir logé sous le châssis, entre les cames, et que représente la
- figure 3, contient tous les accessoires nécessaires pour l’impression : éponge, flacon d'encre à écrire, tube d’encre d’imprimerie, rouleau et plaque à noircir.
- Les feuilles de papier parchemin que l’on tend ainsi qu’il a été dit plus haut, sont découpées dans un rouleau, au fur et à mesure des besoins et doivent être plongées dans l’eau pendant deux minutes avant de les appliquer sur le châssis.
- On a préalablement écrit ou dessiné l’original avec l’encre spéciale qu’on a laissé sécher, et on l’applique, en le retournant, sur la surface humide du parchemin, on le laisse séjourner deux minutes et on l’enlève; le cliché est prêt.
- Il suffit, dès lors, de mouiller de temps en temps avec l’éponge, d’encrer avec le rouleau et d’appliquer une feuille de papier qu’on presse simplement, à la main, pour retirer une copie.
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Février 1881. 13
- Fig. 3.
- p.93 - vue 95/684
-
-
-
- 94 ARTS ÉCONOMIQUES. -- FÉVRIER 1881.
- On peut obtenir, de cette façon, 200 bonnes copies parfaitement semblables à l’original.
- L’appareil, quoique d’invention récente, et bien que la préparation du papier spécial ait entraîné certains tâtonnements qui sont à peine terminés, a été déjà mis en service dans de nombreux établissements et dans plusieurs des ministères, où il tend à remplacer, pour certains emplois, le chromographe, que l’on a dû, dans quelques administrations, proscrire pour les travaux un peu longs, par suite de la fatigue que la lecture des reproductions obtenues avec cet appareil impose à la vue et aussi par suite de l’instabilité des épreuves qui, peu à peu, pâlissent à la.lumière.
- Dans les essais faits devant votre Comité, il a été tiré 200 exemplaires numérotés d’une circulaire écrite en caractères fins et les derniers exemplaires étaient encore très lisibles.
- Le maniement de l’appareil ne présente pas de difficultés, bien qu’il soit moins simple que celui du chromographe, et quelques instants suffisent pour connaître les précautions à prendre pour en assurer le bon fonctionnement, toutefois, il n’est pas inutile de signaler qu’il est indispensable de suivre rigoureusement les précautions indiquées, avec détails, dans l’instruction, si l’on ne veut s’exposer à des accidents comme le soulèvement partiel de la couche gélatineuse, ou la rupture du papier au milieu d’un tirage. Il est aussi essentiel d’employer, pour l’impression, l’encre même qui est vendue avec l’appareil et de renouveler, avant chaque tirage/celle qui couvre la plaque à noircir.
- Le prix de l’autocopiste est modique, de 20 à 35 francs, suivant la grandeur, et la dépense de renouvellement des feuilles de parchemin spécial atteint à peine celle qu’entraîne, dans l’emploi du chromographe et pour les longs tirages, l’usure de la pâte enlevée après chaque opération par le lavage ; le prix des feuilles de papier parchemin varie, en effet, de 15 à 30 centimes, suivant le format.
- Votre Comité pense donc que l’appareil est appelé à rendre d’utiles services au commerce, à l’industrie ainsi qu’aux administrations, et qu’il y a lieu d’en propager l’emploi. Il me charge, en conséquence, de vous proposer d’approuver le présent Rapport et d’en ordonner l’insertion au Bulletin de la Société.
- Signé : Sebeut, rapporteur. Approuvé en séance, le 10 décembre 1880.
- p.94 - vue 96/684
-
-
-
- AUTOGRAPHIE.
- FÉVRIER 1881.
- 95
- AUTOGRAPHIE.
- NOTE DE M. DE LAFOLLYE SUR LES PROCÉDÉS A EMPLOYER POUR LA REPRODUCTION AUTOGRAPHIQUE DES ÉCRITURES.
- La lecture fort intéressante que je viens de faire du substantiel rapport de M. le colonel Sebert, sur un appareil de reproduction autographique de l’écriture, présenté par M. Otto Lelm, inséré au compte rendu de la séance de la Société d’encouragement du 10 de ce mois, me suggère quelques réflexions que je vous demande la permission de soumettre au Conseil de la Société.
- : Ainsi que l’a très bien remarqué M. Sebert, les procédés de reproduction autographique se divisent en deux branches suivant qu’on fait usage d’encre aqueuse ou d’encre grasse. C’est du dernier genre que fait partie Vautocopiste noir.
- Lorsqu’on emploie l’encre grasse et qu’on n’exerce qu’une faible pression, il faut que cette encre soit presque liquide. Les essais faits dans ce sens, ont été extrêmement nombreux, et il me souvient d’en avoir vu, il y a une vingtaine d’années, un qui se résumait en deux feuilles de carton lisse entre lesquelles on insérait le type et le papier.
- Il suffisait de frotter une des faces de l’appareil avec la tranche d’une planchette tenue à la main pour obtenir une épreuve. C’était d’une simplicité primitive, mais comme de juste, le résultat s’en ressentait C’est, qu’en effet, avec l’encre grasse molle, il est très difficile à un opérateur peu expérimenté d’obtenir quelque chose de convenable. La pose du papier sur le type exige toujours, pour le repérer, un peu de tâtonnement pendant lequel il se macule ou reçoit plusieurs empreintes. L’encre molle s’étale e 1 enveloppe le trait de bavures qui ne tardent pas à défigurer le cliché. Quant le support du type est rigide, on peut quelquefois enlever l’excès d’encre et rendre au trait sa pureté, mais il n’en peut que bien rarement être ainsi avec un support sans consistance. Et puis tous ces supports ont un inconvénient grave, c’est que si, d’aventure, quelque partie du cliché insuffisamment humide a pris l’encre, il est impossible de l’enlever.
- C’est la nécessité d’employer de l’encre grasse dure qui a entraîné les recherches du côté de la fabrication des pierres factices et de l’emploi des supports rigides et particulièrement du zinc. Je crois que c’est dans ce sens que doivent se poursuivre de préférence les essais dont les procédés de MM. Ragueneau, Monrocq et autres sont le prélude.
- Déjà, dès 1825, c’était la tendance des expérimentateurs. J’en trouve une trace dans un souvenir que m’a communiqué un lithographe de Tours : à cette époque, M. le baron Bacot de Romand, trésorier payeur général d’Indre-et-Loire, et savant distingué,
- p.95 - vue 97/684
-
-
-
- 96
- AUTOGRAPHIE. — FÉVRIER 1881.
- avait revêtu des feuilles de zinc d’une composition assez dure qui recevait bien le travail lithographique et qui ne s’est pas altérée depuis sa préparation. L’analyse que j’ai faite de cet enduit permet de constater qu’il n’est pas autre chose qu’un mélange séché et coagulé d’albumine et de chaux hydratée. Cet enduit n’a pas* toutefois, la dureté ni la finesse de la pierre et encore moins du métal. C’est ce qui m’a paru rendre intéressants les procédés de M. Ragueneau et de ses concurrents d’une part, et ceux de M. Monrocq d’autre part. Je regrette seulement que dans ces procédés il faille faire usage de substances mystérieuses qu’on ne trouve pas partout et qui rendent le consommateur tributaire de secrets auxquels il n’est pas initié. Dans le procédé Ragueneau on se sert de plaques aussi chères que la pierre, sans qu’on en puisse contrôler le prix. Dans celui de M. Monrocq, le zinc dont on fait usage doit être graine mécaniquement à l’usine. Ce sont là autant d’obstacles à la vulgarisation de ces procédés et qu’on doit tâcher de franchir. C’est ce que, pour mon compte, j’ai tenté de faire, et je terminerai par le récit de mon essai, afin que d’autres plus habiles en tirent bon parti et l’améliorent. •
- Je me sers de zinc ordinaire tel que les couvreurs l’emploient, sans me préoccuper de la crainte de voir la surface du cliché s’altérer avec le temps, parce qu’après les opérations qu’elle a subies, elle a été transformée en une couche préservatrice. Ma propre expérience me confirme dans cette espérance autant que l’examen de grandes plaques que j’ai vues chez M. Monrocq et qui, à cause du grainage, auraient dû s’altérer plus facilement que d’autres.
- Je me sers pour l’impression d’une presse analogue à la presse Ragueneau ou d’un laminoir comme celui des photographes.
- Pour décaper d’abord la plaque de zinc, on la frotte vigoureusement en tous sens avec un morceau de papier d’émeri demi fin soutenu sur un morceau de liège. On termine en arrondissant, puis on décalque comme sur pierre. _ ;
- Après le décalque, j’enlève immédiatement, par un lavage à l’éponge, le dépôt jaune laissé par le papier autographique, sans attendre qu’il se sèche, et je me sers pour préparer la plaque des deux dissolutions suivantes :
- La première est un mélange de 70 grammes d’eau additionnée de 2 centimètres cubes d’acide chlorhydrique, et de 30 centimètres cubes d’alcool méthylique (esprit de bois) dans lesquels on a dissous 5 grammes d’acide gallique.
- La seconde est une dissolution de 10 grammes de gomme arabique dans 100 centimètres cubes d’eau. On y ajoute une petite quantité d’esprit de bois et on agite pour redissoudre le précipité. Cette addition a pour but de prévenir la corruption de l’eau gommée. Ces deux solutions se conservent indéfiniment.
- Pour préparer la plaque, je fais un mélange de une à deux parties de la solution gallique, et de 8 à 10 d’eau, et je promène une éponge largement imbibée de ce liquide sur toute la surface du métal. Il se produit alors une petite modification dans l’aspect
- p.96 - vue 98/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES. — FEVRIER 1381
- 97
- de la plaque qui semble s’argenter un peu. Quand cet effet s’arrête, on enlève le liquide et on étend avec une éponge quelques gouttes de la solution gommée. Puis, on lave à l’eau, on essuie avec un chiffon doux, on mouille et on donne un premier encrage, comme sur une pierre, avec de l’encre ferme. On applique ensuite une seconde préparation avec la première solution gallique augmentée de son volume d’eau ; on gomme, on lave, on essuie, on mouille et on encre comme précédemment. Cette seconde préparation accentue la couleur blanche de la plaque sur laquelle le cliché ressort en noir. A partir de ce moment, le tirage peut commencer et se continuer indéfiniment.
- Dans cet état, la planche métallique peut subir toutes les opérations ordinaires de la lithographie. Quand on enlève le cliché à l’essence, il remonte plus net sous le rouleau. Si, par mégarde, on oublie de mouiller quelque partie avant l’encrage, l’encre qui s’est étendue s’enlève comme sur pierre en mouillant et en roulant. Enfin, il suffit de couvrir le cliché d’une petite couche de gomme pour le conserver. .
- Tout ceci n’est certainement pas bien nouveau en principe. Depuis longtemps, on savait qu’une décoction de noix de galle modifiait la surface du zinc ; mais je n’ai vu nulle part de formules précises et d’une application facile. En communiquant celles dont je me sers à la Société, je n’ai pas la prétention de lui offrir une découverte; je n’ai d’autre but que do provoquer des opérateurs plus habiles à diriger leurs expériences dans la voie que je viens d’indiquer.
- COMITE DES ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Troost, au nom du Comité de chimie, sur le procédé de . fabrication du vinaigre de MM. Michaelis, importé en France par M. Rarbe, ingénieur civil, 156, boulevard Voltaire, à Paris.
- Messieurs, l'industrie du vinaigre a été profondément modifiée, en France, par l’invasion du phylloxéra qui a détruit un grand nombre de vignobles. L’élévation croissante du prix des vins est venue restreindre la fabrication du vinaigre de vin au moment même où l’industrie des conserves alimentaires, prenant un développement rapide, en demandait au commerce des quantités de plus en plus considérables. .
- Pour faire ces conserves on emploie actuellement des vinaigres d’alcool d’un goût irréprochable, qui arrivent de l’étranger sur nos marchés, à des prix défiant toute concurrence de la part du vinaigre de vin. Nos vinaigriers
- p.97 - vue 99/684
-
-
-
- 98
- ARTS CHIMIQUES. — FEVRIER 1881.
- devaient se préoccuper de la nécessité de fabriquer des vinaigres d’alcool susceptibles de lutter, par leur qualité et par leur prix de revient, avec les vinaigres étrangers.
- Le procédé ordinaire de l’Orléanais, excellent lorsqu’il s’agit de fabriquer des vinaigres conservant tout l’arome des vins employés, est trop lent et par suite trop coûteux quand il s’agit du vinaigre d’alcool.
- Le procédé de M. Pasteur, appliqué d’abord uniquement à la fabrication du vinaigre de vin, est tout aussi bien approprié à la fabrication du vinaigre d’alcool; il suffit d’ajouter aux mélanges d’alcool et d’eau employés, une quantité convenable de matières nutritives nécessaires pour le développement du mycoderma aceti. Aussi le procédé de M. Pasteur est-il employé avec succès à Orléans pour la fabrication du vinaigre d’alcool ; mais il n’est pas le seul employé en ce moment.
- La méthode accélérée, dite méthode allemande, rendue pratique par Schut-zenbach, s’est introduite en France dans un certain nombre de fabriques. Cette méthode a l’avantage d’être rapide ; mais cette rapidité même a des inconvénients : la chaleur dégagée par l’acétification élève souvent la température à plus de 40 degrés. De là des pertes d’alcool qui peuvent s’élever à 15 pour 100 par suite de l’évaporation du liquide.
- Une modification de la méthode allemande a été présentée au Conseil de la Société d’encouragement par M. Ë. Barbe, 150, boulevard Voltaire. Cet ingénieur exploite, en France, le brevet de MM. Michaëlis.
- Le principe de ce procédé n’est pas nouveau; il a été d’abord désigné sous le nom de procédé des flûtes roulantes. Abandonné, au bout de quelque temps, il a été repris, mais sans plus de succès, en 1852, par M. Lacambre. Le procédé des flûtes roulantes a été très notablement perfectionné dans ces derniers temps par MM. Michaëlis; il réparait aujourd’hui, sous le nom de méthode luxembourgeoise ou de méthode des cuves tournantes. Dans sa nouvelle disposition, il semble appelé, à plus de succès. Les circonstances sont, du reste, exceptionnellement favorables pour l’expérimentation en grand. Les fabricants peuvent difficilement suffire aux besoins de la consommation, et le vinaigre se maintient à des prix très rémunérateurs.
- J’ai visité à la Villette, avec M. Pasteur, une fabrique de vinaigre où vingt-six cuves fonctionnent par la méthode des cuves tournantes. Les tonneaux employés ont une capacité d’environ six hectolitres; ce sont des fûts qui, après avoir servi dans le Midi au transport des vins, sont remis en bon état
- p.98 - vue 100/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES. — FÉVRIER 1881.
- 99
- et cerclés de fer. On ôte un de ces fonds, on remplit complètement le tonneau avec des copeaux de hêtre enroulés en spirale, on tasse aussi fortement que possible, puis on remet le fond. Ces tonneaux sont placés horizontalement sur un chantier en bois, de manière à se toucher pour ainsi dire. Ils roulent sur des galets b (fîg.. 2).qu’une simple manivelle met en mouvement; on peut ainsi, avec une très grande facilité, faire tourner les tonneaux autour de leur axe. , . " .
- Au milieu du fond antérieur (fig. 1), on a percé une ouverture e de lcc,5 de diamètre pour laisser entrer l’air, qui ressortira par un trou f percé dans le dessus du tonneau, près du fond postérieur. La température des copeaux, dans la partie supérieure du tonneau, est indiquée par un thermomètre horizontal, dont la tige g se redresse à l’extérieur.
- Un tube de niveau h indique la hauteur à laquelle s’élève le liquide. Le chargement se fait par le trou d’entrée de l’air; une canelle en bois i, placée à la partie inférieure du fût, permet de retirer le vinaigre produit.
- Le mélange d’alcool et d’eau ne contenant pas les matières nutritives nécessaires au développement des mycoderma aceti, on y ajoute une cer-aine quantité du produit de la fermentation des mélasses de sucre de cannes.
- Quand la fabrication est en pleine activité, 220 litres environ ont été introduits en plusieurs fois; la température des copeaux s’élève aux environs de 30 à 36 degrés.
- Six fois par jour, on fait faire aux tonneaux une révolution complète autour de leur axe horizontal. Par cette opération, on arrose les copeaux sans trop abaisser leur température, de sorte que l’acétification continue régulièrement. '
- Au bout de douze jours environ, les 220 litres de liquide qui contenaient d’abord 8 pour 100 d’alcool, se sont transformés en acide acétique à 7 3/A degrés ; la perte par évaporation ne dépasse pas 5 pour 100, pour ces vinaigres qui ont la force ordinaire des bons vinaigres de vin.
- La fabrication des vinaigres plus concentrés, à 12 degrés, par exemple, exigerait environ vingt-un jours. Elle serait accompagnée d’une perte d’environ 6 pour 100.
- La méthode luxembourgeoise peut s’installer dans des conditions très économiques; la main-d’œuvre y est très simple. Elle convient également pour la grande et pour la petite industrie. De plus, elle présente sur la méthode
- p.99 - vue 101/684
-
-
-
- 100
- ARTS CHIMIQUES. — FEVRIER 1881.
- allemande l’avantage de permettre de ralentir et même d’interrompre momentanément la fabrication sans porter d’atteinte sensible à la puissance acétifiante des cuves, ce qui est très important pour la saison où la vente se ralentit.
- Pour cela, le tonneau étant en pleine activité, on ferme les ouvertures, et on le retourne de manière à ce que les copeaux chargés du mycoderma aceti se trouvent immergés dans le liquide. Il n’y a dans ces conditions, d’après les auteurs, ni altération des copeaux, ni combustion du vinaigre.
- La méthode luxembourgeoise, qui se recommande par la faible dépense d’installation et d’entretien, a été adoptée dans plusieurs départements.
- 55 cuves fonctionnent dans le département de la Charente-Inférieure.
- 50 — . à Blois.
- 40 — à Orléans.
- 36 — à Châlons-sur-Marne.
- 20 — à Chalon-sur-Saône.
- 12 — à Autun
- 26 — à Paris.
- 200 cuves sont installées dans le Bordelais.
- Beaucoup de petites usines sont disséminées dans d’autres localités.
- En tout, 524 cuves fonctionnent en France, et produisent 95 hectolitres de vinaigre par jour.
- Au 1er février 1881, 1 400 cuves fonctionneront en France et produiront de 221 à 230 hectolitres de vinaigre par jour.
- Cette méthode a paru intéressante à votre Comité des arts chimiques, il en suivra le développement. Il vous propose de remercier M. Barbe de sa communication, et de voter l’impression au Bulletin du présent Rapport avec les dessins qui l’accompagnent.
- Signé : Troost, Rapporteur.
- Approuvé en séance, le 23 Juillet 1880.
- p.100 - vue 102/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES
- FEVRIER 1881
- 101
- LÉGENDE DES FIGURES 1 ET 2 , RELATIVES A LA FABRICATION DU VINAIGRE
- DE MM. MICHAELIS.
- a, appareil de 5 à 6 hectolitres de capacité. b b, galets en fonte au nombre de quatre sur lesquels roule le fût.
- Fig. 1.
- Fig. 2.
- c, roue dentée qu’une simple manivelle met en mouvement.
- d, chaîne à la Yaucanson.
- e, trou d’entrée de l’air dans la cuve.
- f, obturateur par lequel sort l’air de la cuve.
- g, thermomètre horizontal dont la tige se redresse à l’extérieur.
- h, niveau indiquant la hauteur du liquide.
- i, robinet de vidange permettant de retirer le vinaigre produit.
- COMITE DES ARTS ECONOMIQUES
- Rapport fait par M. Paliard, au nom du comité des arts économiques, sur divers
- APPAREILS DE SAUVETAGE EN CAS D’INCENDIE.
- Messieurs, vous vous rappelez l’émotion de tout le public en apprenant la terrible catastrophe de Rouen, lors de l’incendie du théâtre de cette ville. Les détails douloureux que la presse a donnés sur cet événement et sur plusieurs Tome VIII. — 80e année. 3S série. — Février 1881. 14
- p.101 - vue 103/684
-
-
-
- 102 ARTS ÉCONOMIQUES. — FEVRIER 1881.
- autres du même genre, survenus depuis, ont excité le zélé des inventeurs. Un grand nombre se sont mis à rechercher les moyens d’assurer, dans tous les cas, la sécurité des personnes qu’un semblable malheur pourrait surprendre h l’improviste, et beaucoup d’entre eux ont cru pouvoir atteindre ce but par des appareils convenablement appropriés et mis, soit à la portée des habitants des maisons, soit entre les mains des sapeurs-pompiers.
- L’exposition de Bruxelles montrait plusieurs de ces combinaisons, et la Société d’encouragement a reçu, depuis un an, la communication d’une douzaine d’inventions de ce genre.
- Le comité des arts économiques, qui a été chargé de faire l’examen de ces derniers, a d’abord reconnu qu’il ne fallait pas compter, au milieu d’un incendie, sur le sang-froid et l’énergie des personnes enveloppées par le feu et qui cherchent à se sauver. Il est donc à craindre qu’un appareil de sauvetage, mis en réserve pour ces événements qui sont toujours très rares, ne puisse pas être retrouvé à temps par les personnes surprises et troublées qui doivent en faire usage. On doit aussi s’attendre à ce que leur manœuvre, quelque simple qu’elle soit, ne puisse pas être faite par elles ; mais, surtout il faut prévoir que des engins, oubliés depuis longtemps, seront trouvés en mauvais état d’entretien, ce qui rendrait leur emploi impraticable ou très-dangereux.
- Entre des mains exercées, au contraire, confiés à des pompiers, par exemple, ces appareils peuvent être d’une grande utilité, parce qu’aucune des causes d’insuccès qu’on vient d’énumérer ne se réaliserait. Si les pompiers de Paris, militairement commandés et très-exercés, préfèrent s’en tenir à la manœuvre des petites échelles, qui font partie de leur matériel, avec lesquelles ils atteignent promptement et simplement à toutes les hauteurs, ceux des départements, qui ne sont pas dans les mêmes conditions, peuvent faire un très bon usage d’autres appareils de secours, qui exigent un exercice moins habituel, moins d’adresse et moins de pratique; et les soins qu’ils donneront régulièrement à leur conservation en bon état peuvent suffire, pour que, au moment du besoin, leur emploi n’ait rien d’imprévu pour eux.
- On voit donc que, outre le but humanitaire, très digne de louange, qui a excité le zèle des inventeurs, et qui ne doit jamais être perdu de vue, il faut reconnaître à ces recherches de moyens de sauvetage simplifiés, un intérêt très réel et une utilité pratique qu’il ne faut pas négliger. Le comité des arts économiques à donc examiné avec soin les propositions diverses qui vous ont
- p.102 - vue 104/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. -- FEVRIER 1881. 103
- été soumises, et il vient vous faire, à ce sujet, un rapport d’ensemble, car, malheureusement, aucune d’entre elles n’est assez complète et assez éprouvée pour que vous pussiez lui accorder, dès à présent, votre approbation.
- En effet, parmi les appareils qui vous ont été présentés, certains, très imparfaitement étudiés, sont accompagnés d’une demande de secours pour prendre un brevet, ce qui fait connaître, dès l’abord, qu’ils n’ont été mis en pratique et expérimentés nulle part. Certains autres, mieux étudiés et essayés,
- . doivent se fixer à des crochets en fer, scellés au mur exprès pour cet usage, de telle sorte que leur emploi est nécessaire pour la manoeuvre de l’appareil. On a objecté que, lorsque viendrait le jour, souvent très éloigné, où ces crochets devraient porter charge, la rouille du fer ou le tassement du bâtiment ayant ébranlé leur scellement, il serait impossible de compter sur leur solidité. Votre comité a pensé que ces systèmes devaient aussi être écartés, comme faisant dépendre la sécurité d’un élément auquel il n’est pas possible de pourvoir au moment du besoin. Enfin il y a d’autres appareils fonctionnant isolément, tels que les échelles qui se déploient, des descenseurs etc., lesquels, avec certains avantages, peuvent offrir, en compensation, des inconvénients trop réels. Ces engins ont encore été trop peu expérimentés et ont, d’ailleurs, encore besoin d’être étudiés d’une manière plus complète par leurs auteurs. -
- En résumé, le comité des arts économiques, sans contester le mérite de certaines de ces dernières combinaisons pour sauvetage en cas d’incendie, pense que les appareils qui en dérivent ne sont pas assez parfaits, et surtout assez expérimentés, pour qu’on puisse, sans danger, leur accorder l’approbation de la Société, qui pourrait être considérée comme attestant une sécurité qu’ils ne peuvent pas encore assurer. Il propose donc d’ajourner toute décision, espérant que plusieurs des présentations qui vous ont été faites, relatives à ceux de ces mécanismes ou systèmes les plus expérimentés, pourront être perfectionnées et donner lieu, ultérieurement, à des encouragements mérités de la part de la Société.
- D’autre part, Messieurs, le comité des arts économiques est d’avis que des inventions de ce genre, ayant pour objet de soustraire les personnes au danger que leur fait courir un incendie, perdraient beaucoup de leur utilité, si des moyens de secours pour combattre le feu, à son origine, étaient mieux organisés, plus répandus et plus complets.
- Leur emploi ne permettrait peut-être pas toujours de maîtriser l’incendie à son début, mais on pourrait, au moins dans la plupart des cas, le
- p.103 - vue 105/684
-
-
-
- 104
- ARTS ÉCONOMIQUES. — FEVRIER 1881.
- contenir de manière à donner aux personnes surprises par le feu, le temps d’échapper au danger ou d’être sauvées, et aux secours le temps d’arriver.
- Permettez-moi, pour entrer dans les vues du comité, de donner quelques explications à ce sujet.
- En Allemagne, en Angleterre, en Amérique on recommande, pour cet usage préventif, des extincteurs divers qui ont pour objet de combattre les premières manifestations du feu, avant le développement complet de l’incendie. L’exposition de Bruxelles, en montrait beaucoup qui sont peu employés en France, et, cependant, des établissements importants, éloignés de tout secours et où l’eau est rare, pourraient en faire usage avec grand avantage : mais il est à craindre que, lorsqu’on voudrait s’en servir, on ne les trouvât pas toujours en état de rendre les services qu’on en attendrait, à cause de l’oubli dans lequel ils seraient restés et de la rareté des sinistres. A Paris et dans d’autres villes où l’eau sous pression ne manque pas, on peut organiser des moyens plus simples et à la fois plus efficaces pour combattre un commencement d’incendie.
- Examinons donc ce qui se fait et ce qui pourrait être fait, dans ce but, à Paris.
- Certaines industries, certains magasins où le feu est à craindre, sont assujettis à recevoir une autorisation administratives et l’autorité leur prescrit des dispositions préventives et des moyens de secours contre le feu : isolement des matières combustibles ; ouverture de foyers en dehors ; dépôts de sable, et enfin la nécessité d’avoir une concession d'eau avec robinet à pas de vis de la ville de Paris ; elle leur prescrit même, au besoin, l’installation au dehors d’une bouche de prise d’eau pour une pompe à vapeur; mais beaucoup d’établissements, tout aussi exposés à produire un incendie, sont libres de toute prescription de ce genre. Je citerai, par exemple, tous les grands magasins de nouveautés ou d’étoffes, les fabricants ou marchands de meubles les menuisiers, les ébénistes, les scieries etc. Tous ces magasins, très-exposés, sont libres, et à peu près tous sont dépourvus des moyens préventifs de secours contre l’incendie, dont on puisse faire usage avant l’arrivée des pompiers. Si donc, aujourd’hui, le feu se déclare dans un magasin, dans une fabrique non classée, dans une maison, on ne pourra chercher à combattre l’invasion de l’incendie, d’une manière efficace, que lorsque les pompiers appelés seront arrivés avec les clés des eaux, qu’ils auront ajusté une série plus ou moins longue des tuyaux en cuir ; et, cependant, pendant tous
- p.104 - vue 106/684
-
-
-
- 105
- ARTS ÉCONOMIQUES. --- FEVRIER 1881,
- ces délais, que de progrès, le feu n’aura-t-il pas pu faire, et que de dangers ne seront pas survenus pour les personnes comprises dans ce sinistre !
- Pourquoi les propriétaires et surtout les industriels commerçants, chez lesquels l’explosion d’un incendie est à craindre, ne seraient-il pas assujettis à avoir près de la porte d’entrée de leur établissement, ou près de la porte de la maison, un robinet de secours, à pas de vis, modèle de la ville? Il n’en résulterait pour eux, qu’une dépense peu importante. En effet, lorsqu’il existerait dans l’établissement une concession d’eau avec conduite d’arrivée de 0n\ 04:5 de diamètre, il ne faudrait faire, sur cette conduite, qu’un branchement de même diamètre, aboutissant à une petite colonne montante, placée près de la porte d’entrée, avec un robinet à pas de vis qui, lui-même, pourrait être logé dans une petite armoire. Lorsque le tuyau de la concession d’eau n’existerait pas ou serait d’un diamètre moindre, le branchement de ()m, 045 de diamètre devrait être pris sur la grosse conduite de la ville, et cette prise n’entraînerait pas une augmentation de prix dans la concession, si le concessionnaire faisait apposer sur le robinet d’incendie un cachet de la ville, qui ne pourrait être brisé qu’en cas de sinistre constaté. Ce robinet et sa colonne montante ne coûteraient pas plus de 75 fr., 10 mètres de tuyaux pour le branchement coûteraient 150 fr., de sorte que cette installation d’un robinet de secours ne dépasserait pas le prix de 250 fr. Pour assurer, autant que possible, le service de l’extinction des incendies, il faudrait aussi que, sur le trottoir, on mît une prise d’eau pour pompe à vapeur avec branchement de 10 centimètres, qui coûterait 800 francs, mais dont la visite mensuelle et l’entretien seraient faits gratuitement par le service des pompiers. Ce robinet et cette prise d’eau auraient certainement une grande influence sur l’extinction rapide des incendies et sur la diminution de leur gravité.
- À. Paris, on ne se préoccupe pas assez des moyens d’arrêter et de maîtriser dès le début, un commencement d’incendie ; on compte sur le zèle et l’activité des pompiers, dont le service est réellement très-remarquable et, d’ailleurs, en général, on est assuré. Cette confiance n’existe pas dans d’autres pays où les compagnies d’assurances se chargent d’éteindre le feu. Elle comprennent l’intérêt des mesures préventives et elles les imposent aux assurés. Il est à regretter que les compagnies d’assurance françaises restent indifférentes au plus ou moins de précaution que les assurés prennent pour éviter le danger ou pour s’y opposer au début. Elles se contentent d’augmenter la
- p.105 - vue 107/684
-
-
-
- 106
- ARTS ÉCONOMIQUES. — FEVRIER 1881.
- prime d’assurance en raison des chances quelles courent dans les sinistres ; mais il serait d’intérêt public qu’elles exigeassent que leurs clients intervinssent d’une manière active pour s’opposer au sinistre, et cette mesure, adoptée d’une manière générale, aurait une influence incontestable sur la sécurité publique.
- Le concours et la bonne volonté de tous les intéressés sont nécessaires en présence de dangers aussi terribles et aussi inopinés. L’Administration, de son côté, fait tout ce qu’on doit attendre de sa longue expérience, de la régularité de son organisation et de son zèle. Elle étudie en ce moment les mesures qu’il y a à prendre pour imposer l’établissement d’un robinet de secours à toutes les constructions neuves.
- Le Conseil municipal vient de voter une somme importante pour multiplier beaucoup les prises d’eau pour pompe à vapeur, de manière qu’elles ne soient jamais à plus de 200 mètres l’une de l’autre. Enfin, les sapeurs-pompiers rendent applicables les derniers moyens indiqués pour l’extinction des feux de cheminée, et perfectionnent sans cesse leurs manœuvres et leur matériel.
- J’ai cru, Messieurs, qu’il était utile de rappeler, par cet exposé, l’intérêt qui existe à ce que tous ceux qui peuvent avoir à craindre l’explosion d’un incendie, soient constamment armés pour combattre de suite le développement du feu, ou pour le maîtriser jusqu’à l’arrivée des pompiers, et pendant que les personnes compromises cherchent à se sauver ou sont secourues. J’ai indiqué par quels moyens à Paris, on pourrait avec une faible dépense, une fois faite, organiser les moyens de donner un secours immédiat. J’ai dit, enfin, ce que l’autorité faisait pour atteindre ce but et, là oh s’arrêtait son action, ce que devaient faire les négociants, les industriels et les propriétaires; enfin, comment les compagnies d’assurance pouvaient seconder l’autorité, en imposant des mesures de précautions utiles qu’elle ne pouvait pas prescrire.
- Je serais heureux si cet exposé pouvait amener à l’adoption de précautions utiles pour le public et, surtout, pour les industriels que notre Société a pour mission d’encourager et parfois, aussi, de conseiller.
- Approuvé en séance le %clmars 1878.
- Signé : Paliard, rapporteur.
- p.106 - vue 108/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE. --- FEVRIER 1881. 107
- , EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- CONFÉRENCE SUR l’eMPLOI DES EAUX EN AGRICULTURE PAR LES CANAUX DTRRIGATION , PAR M. DE PASSA, INGÉNIEUR EN CHEF DES PONTS ,ET CHAUSSÉES, EN RETRAITE.
- Messieurs, je diviserai cette conférence en deux parties :
- Dans la première j’expliquerai l’influence des eaux d’irrigation sur les cultures, et j’établirai la nécessité de donner en France un plus grand développement aux canaux d’irrigation.
- Dans la seconde je justifierai les principes qui doivent être appliqués aux concessions de canaux d’irrigation pour en assurer le succès. •
- Première'partie.
- L’irrigation est un des principaux éléments du progrès agricole.
- Avec l’irrigation on obtient des prairies artificielles sur les terrains les plus arides, alors même qu’ils seraient composés presque exclusivement de sable et de gravier, comme les garigues de la plaine de Carpentras. Le fourrage sert à l’alimentation du bétail, le bétail à Ja formation du fumier et le fumier se transforme en céréales.
- Les rapports officiels de M. Barrai, secrétaire perpétuel de la Société d’agriculture de France, sur les concours ouverts en 1875, 1876 et 1877, dans les départements des Bouches-du-Rhône et de Vaucluse, pour le meilleur emploi des eaux d’irrigation, rapports qui ont été publiés par les soins du Ministère de l’agriculture et du commerce et dont les quatre volumes constituent une statistique aussi complète qu’instructive des irrigations de cette région de la France, constatent qu’une irrigation bien dirigée a pour résultat de doubler, tripler et parfois même de décupler la force productive du sol et sa valeur vénale. ,
- Les eaux d’irrigation agissent, en effet, sur la terre :
- Par l’humidité qu’elles apportent ;
- Par les substances minérales qu’elles tiennent en dissolution ;
- Et par les matières solides qu’elles tiennent en suspension.
- L’humidité est. indispensable à la végétation. La terre la plus riche, le terreau le plus pur ne produisent rien, si on n’y ajoute une certaine quantité d’eau. Cette eau est-elle chimiquement pure? elle ne fait que donner au sol l’humidité qui lui manque. Renferme-t-elle, à l’état de combinaison, de l’azote, le principe fertilisent par excellence, de l’acide carbonique et de l’oxygène? elle devient un engrais. Contient-elle en su'spension des matières solides qu’elle dépose à la surface dès que sa vitesse se ralentit? elle transforme la nature du sol en lui apportant, sous forme de limon, une cer-
- p.107 - vue 109/684
-
-
-
- 108
- EXPOSITION UNIVERSELLE. — FEVRIER 1881.
- taine couche d’humus que les Italiens, dans leur langage imagé, appellent la fleur de la terre.
- Il est établi aujourd’hui, par les nombreuses et délicates expériences auxquelles M. Hervé Mangon, membre de l’Institut, ingénieur en chef des ponts et chaussées, s’est livré sur les irrigations du Nord et du Midi :
- Que l’azote, combiné aux eaux d’irrigation, intervient au profit du sol et se fixe dans les récoltes ; mais que la quantité d’azote ainsi emprunté n’atteint qu’une partie du poids de l’azote que ses eaux renferment; ce qui semblerait prouver que les plantes ne puisent plus rien aux eaux d’arrosage, dès que la proportion d’azote qui leur reste descend au-dessous d’un chiffre déterminé;
- Que l’acide carbonique est en moins grande quantité dans les eaux d’irrigation que dans les eaux de colature ;
- Et que l’oxygène, au contraire, se montre plus abondant à l’entrée des eaux qu’à leur sortie. C’est la confirmation de la théorie de M. Chevreul que les eaux d’irrigation déterminent dans le sol des phénomènes de combustion lente semblables à ceux que produit le drainage.
- Des résultats des expériences de ce savant ingénieur, on serait porté à conclure que les eaux les meilleures pour l’irrigation sont celles qui contiennent le plus d’azote et d’oxygène et le moins d’acide carbonique.
- Mais la composition chimique ne donne pas la mesure exacte de la qualité des eaux d’irrigation. Leur degré de richesse est déterminé par la plus ou moins grande facilité avec laquelle elles abandonnent aux cultures les substances fertilisantes qu’elles tiennent en dissolution et en suspension.
- C’est ainsi que, dans le département de Yaucluse, les eaux limoneuses de la Durance sont plus appréciées que les eaux claires de la Sorgue, qui sont cependant aussi riches en azote. Il doit en être ainsi, car les eaux de la Durance abandonnent jusqu’à 36 pour 100 de leur poids d’azote aux prairies artificielles qu’elles arrosent, tandis que les eaux de la Sorgue n’en abandonnent que 13 pour 100.
- Dans les irrigations à petits volumes d’eau des pays chauds, l’azote fourni par les eaux d’irrigation n’est qu’une faible partie de l’azote représenté par les récoltes. Ces eaux ne jouent qu’un rôle secondaire à titre d’engrais. Le déficit doit être comblé par des fumiers.
- Dans les irrigations à grands volumes d’eau des pays froids, l’azote contenu dans les récoltes n’est que la moitié à peine de celui qui est fourni par les eaux d’arrosage. De telle sorte que ces eaux constituent de véritables engrais et qu’il n’est pas besoin d’employer de fumier.
- On pourrait en déduire que le volume d’eau consacré aux irrigations du Nord, qui s’élève jusqu’à 50 litres par seconde et par hectare, serait trop considérable, et que le volume d’eau consacré aux irrigations du Midi, qui ne dépasse pas un litre par secon'de et par hectare, serait beaucoup trop faible.
- p.108 - vue 110/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE. — FÉVRIER 1881. 109
- Mais il convient de faire observer que, dans le Midi, où sans eau on ne récolte rien, il y a tout avantage à répartir sur la plus grande surface possible les eaux dont on a le droit de disposer, tandis que, dans le Nord, il y a intérêt à les concentrer sur une surface restreinte afin d’économiser les engrais.
- Dans le Midi, l’eau est une nécessité; dans le Nord, elle n’est qu’un perfectionnement.
- Les eaux d’irrigation, envisagées au point de vue physique, interviennent à titre de régulateur delà température du sol et d’agent essentiel des phénomènes journaliers d’évaporation et d’absorption qui se passent dans les plantes ; et au point de vue chimique, comme un engrais qui, selon la nature du sol et du climat, peut représenter tantôt une partie, tantôt la totalité des matières fertilisantes exigées par les cultures.
- Le rôle des eaux d’irrigation est d’ailleurs trop complexe pour qu’on puisse essayer de modifier, parla théorie, des habitudes locales qui ont pour elles la consécration de la pratique. Expérience vaut mieux que science est un adage contre lequel il serait tout au moins imprudent de réagir en agriculture. S’il est hors de doute que l’analyse d’une eau destinée aux arrosages soit un élément précieux, éminemment propre à guider l’agriculteur, puisqu’elle indique son degré de richesse en principes fertilisants, il est également incontestable que le titre de fertilité d’une eau d’irrigation se mesure surtout aux résultats qu’elle produit.
- Toutes les eaux de nos fleuves et rivières sont bonnes pour l’irrigation ; mais il en est peu qui soient utilisées. On les connaît beaucoup plus dans nos campagnes par les désastres qu’elles causent que par les bienfaits qu’elles procurent.
- Aussi peut-on avancer, sans conteste, qu’un champ presque indéfini est ouvert en France aux entreprises de canaux d’irrigation.
- ; A l’exception de la Durance, dont les eaux sont réparties entre le grand canal de Marseille et dix-huit canaux d’irrigation, parmi lesquels les plus importants sont ceux de Carpentras, de Cavaillon, de Saint-Julien, de Grillon, de Cadenet, de Crapponne, des Alpines et de Châteaurenard, nos fleuves et nos rivières ne fournissent presque rien à l’agriculture. Le Rhône coule inutile à travers les plaines desséchées du Midi, ruinées par la garance artificielle et dévastées par le phylloxéra, en attendant que le grand canal Dumont, le prolongement du canal de Pierrelate et le canal de Roque-maure soient exécutés. La Seine, la Loire, la Garonne et leurs affluents, ainsi que les affluents du Rhin qui nous restent, sont à peu près dans les mêmes conditions.
- On évalue à 180 milliards de mètres cubes par an, en dehors des crues, le volume total des eaux versées à la mer par tous nos fleuves grands et petits. Or, chaque centaine de mille mètres cubes d’eau employée à l’irrigation représente l'équivalent d’un bœuf de boucherie ; c’est donc 1 800 000 têtes de gros bétail qui vont se perdre, chaque année, dans la mer sans profit pour personne. Si l’on rapproche de ces chiffres le compte rendu des Douanes qui établit que le déficit de notre production sur la con-Tome VII f. — 80e année. 3e série, — Février 1881. 13
- p.109 - vue 111/684
-
-
-
- 110
- EXPOSITION UNIVERSELLE. — FÉVRIER 1881.
- sommation est, en moyenne, depuis dix ans, de 160 millions de francs pour le gros bétail seulement et de 110 millions pour les autres viandes et les céréales, on arrive à cette conclusion que toute entreprise de canal d’irrigation est une œuvre d’intérêt général au premier chef, puisqu’elle a pour objet d’augmenter la fortune publique, en utilisant des richesses perdues.
- Le Gouvernement, malgré les charges énormes de son budget, se fait un devoir d’encourager ces entreprises, en leur accordant, sur les fonds du Trésor, des subventions qui atteignent généralement le tiers des dépenses prévues de premier établissement de ces canaux.
- On est donc en droit de s’étonner que l’initiative individuelle ne dirige pas plus particulièrement ses efforts vers les concessions de canaux d’irrigation.
- Quelles peuvent être les causes qui arrêtent ou paralysent son action ?
- Notre législation serait-elle insuffisante? A en croire des théoriciens qui se posent en réformateurs, l’irrigation en grand ne parviendra à sortir du cercle d’entraves qui l’emprisonne qu’après la refonte complète des lois qui la régissent. Ce qu’il y a de vrai dans la pratique, c’est que la loi du 3 mai 1841 sur l’expropriation, les lois des 29 avril 1845 et 11 juillet 1847 sur les irrigations, et la loi du 21 juin 1865 sur les associations syndicales, qui les complète, suffisent pour vaincre toutes les résistances et sauvegarder tous les intérêts.
- L’Etat mettrait-il à son concours financier des conditions qui le rendraient inacceptable, parce qu’elles seraient trop onéreuses? En dehors des prescriptions générales imposées à toutes les grandes entreprises de travaux publics subventionnées sur les fonds du Trésor, il n’en est qu’une seule qui concerne plus spécialement les canaux d’irrigation : c’est la condition de produire, au préalable, des souscriptions à l’arrosage jusqu’à concurrence des 2/5 environ de la dotation légale du canal. A quelque point de vue qu’on l’envisage, cette condition ne peut être considérée que comme un avertissement salutaire qui permet au demandeur en concession, particulier ou compagnie, aussi bien qu’à l’Etat, de s’assurer, avant la déclaration d’utilité publique des travaux, de l’intérêt réel qu’attachent à l’exécution de l’entreprise les propriétaires des terrains compris dans le périmètre arrosable et de se rendre compte du produit probable de son exploitation.
- Les canaux d’irrigation éloigneraient-ils les capitaux de placement? Gomment pourrait-il en être ainsi en présence d’un revenu garanti par des redevances qui sont hypothéquées sur la terre et qui jouissent du privilège d’être recouvrées comme en matière de contributions directes?
- S’il est vrai que certaines entreprises, mal conçues, mal dirigées, grevées d’apports qui les ruinaient d’avance, ont sombré avant l’achèvement des travaux, ont été mises sous séquestre et n’en sont sorties le plus souvent que pour être vendues à vil prix* s’ensuit-il qu’on doive condamner en masse les canaux d’irrigation?
- Des résultats aussi regrettables portent avec eux leur enseignement. Ce n’est pas le
- p.110 - vue 112/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE. --- FEVRIER 1881.
- 111
- lieu de remonter aux causes pour en déduire les effets inévitables, mais bien de rechercher et d’établir ce que doit être la concession d’un canal d’irrigation pendant la période de construction et pendant la période d'exploitation, pour que le succès en soit assuré au point de vue de tous les intérêts.
- Ce sera l’objet de la seconde partie de cette conférence.*
- Deuxième partie.
- En quoi consiste un canal d’irrigation et quels sont les droits et obligations du concessionnaire?
- Un canal d’irrigation peut être assimilé à la distribution d’eau d’une ville, avec cette différence que les tuyaux de conduites sont remplacés par des canaux à ciel ouvert et que la zone à desservir, au lieu d’être restreinte à l’enceinte d’une ville et de ses faubourgs, embrasse un périmètre de plusieurs milliers d’hectares. La rivière dont on dérive les eaux pour l’alimentation du canal est le réservoir; le canal principal est l’artère maîtresse de distribution ; les canaux secondaires et tertiaires sont les diverses branches du réseau de distribution ; les prises d’eau particulières sont les branchements des abonnés.
- Les eaux d’un canal d’irrigation sont employées, comme eaux périodiques, à l’irrigation et, comme eaux continues, aux usages domestiques et d’agrément, à l’alimentation publique des communes et à la mise en jeu des usines établies sur leur cours.
- Le concessionnaire prend à sa charge l’exécution de tous les canaux, canal principal, canaux secondaires et tertiaires, et de tous les ouvrages qui en dépendent. Il est tenu d’amener, à ses frais, l’eau en tête de la propriété de chaque usager, de telle sorte que les propriétaires n’ont d’autres travaux à exécuter et à entretenir que leurs vannes ou martellières de prise d’eau et leurs rigoles d’arrosage. , .
- Pour indemniser le concessionnaire de ses dépenses, il lui est accordé, outre la subvention de l’Etat, l’autorisation de percevoir, pendant toute la durée de la concession, qui est en général de quatre-vingt-dix-neuf ans, des redevances annuelles qui sont recouvrées comme en matière de contributions directes, et qui sont fixées : à raison de 40 à 60 francs par litre par seconde ou par hectare, pour l’irrigation, à raison de 80 à 100 francs par décilitre par seconde, pour les usages domestiques et d’agrément et l’alimentation publique des communes, et à raison de 200 francs par force de cheval de 100 kilogrammètres pour l’alimentation des forces motrices.
- Ceci expliqué, je reviens aux principes à appliquer aux concessions de canaux d’irrigation.
- Au lieu de rester dans des généralités auxquelles on pourrait reprocher l’absence de sanction pratique, je prendrai pour type le canal d’irrigation de la Bourne, dans le département de la Drôme.
- Je ferai en peu de mots l’historique du cariai de la Bourne. Vous verrez, Messieurs,
- p.111 - vue 113/684
-
-
-
- 112
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- FÉVRIER 1881.
- que c’est un des plus beaux exemples des efforts persévérants de l’initiative individuelle poursuivant, au lendemain de nos désastres, la réalisation d’une entreprise de 10 millions, sans autre mobile que les intérêts généraux du pays.
- Le canal dérivé de la Bourne est destiné à arroser la plaine de Valence, qui présente une superficie de 22 000 hectares. Cette plaine, dont le sol est formé d’allu-vions, est suceptible d’une très riche culture. Mais elle manque d’eau pour ainsi dire complètement, et les récoltes y sont tout au moins compromises, quand elles ne sont pas détruites, par une sécheresse de plusieurs mois consécutifs.
- Aussi pendant plus d’un siècle a-t-on cherché les moyens d’amener les eaux sur ce vaste périmètre.
- Les premières études datent de 1811. Elles ont été faites par l’ingénieur en chef Lesage, sur l’invitation expresse de M. de Montalivet, alors ministre de l’intérieur, que le département de la Drôme s’honore de compter parmi ses plus illustres enfants. Elles ont eu pour résultat de faire connaître que, de tous les cours d’eau qui coulent au nord de Valence, la Bourne, affluent de l’Isère, était le seul qui pût fournir à l’étiage un débit de 7 mètres cubes d’eau par seconde, en rapport avec l’étendue de la plaine à irriguer, et que la prise d’eau devait être établie près de Pont-en-Boyans à plus de 40 kilomètres de Valence, avec relèvement du niveau de la rivière par un barrage, afin d’obtenir une altitude suffisante.
- Les études continuées depuis n’ont fait que confirmer les données de Lesage.
- C’était de remonter jusqu’à la chaîne de montagnes qui forme la dernière ondulation des Alpes.
- Aussi la construction du canal principal, dont le développement total est de 50 kilomètres, a-t-elle présenté, sur les 2/5 de sa longueur, de très grandes difficultés. En dehors du barrage de retenue, dont la hauteur atteint jusqu’à 21 mètres au-dessus du rocher de fondation, on rencontre, sur les 20 premiers kilomètres, k kilomètres de tunnel, un demi-kilomètre de ponts-aqueducs de 17 à 37 mètres d’élévation, et 5 kilomètres de tranchées de 8 à 12 mètres de profondeur.
- Quand on parcourt pour la première fois ces 20 kilomètres, en suivant le tracé du canal tel qu’il esl exécuté aujourd’hui, quand on voit ce sol bouleversé par les révolutions du globe, ces rochers abrupts dont le sommet se perd dans les nuages, ces ravins profonds qui se succèdent à des distances très rapprochées et qui forment autant de précipices, on est saisi de vertige; on s’étonne d’une idée aussi hardie et l’on s’incline avec admiration devant le génie qui l’a conçue et dont l’énergique volonté est venue affirmer, soixante ans auparavant, la réalisation pratique d’une entreprise qui semble défier Dieu !
- Un avant-projet complet fut rédigé, en 1860, par les ingénieurs du département, MM. de Montrond et de Montgolfier; c’était de tout point l’exécution du programme tracé par Lesage.
- M. Bérenger de la Drôme, ancien pair de France, membre de l’Institut, que l’appli—
- p.112 - vue 114/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE. — FEVRIER 1881. 113
- cation du décret de 1852 sur la limite d’âge venait d’atteindre comme président de la Cour de cassation et de ramener dans son pays de naissance, dont il était l’orgueil, consacra les dernières années de sa vie au succès de cette entreprise, qui paraissait condamnée d’avance à subir le contre-coup de toutes nos révolutions politiques.
- La mort le surprit avant que son œuvre fût achevée.
- Son fils, qui porte si dignement le nom illustré par son père et qui, après avoir brillé comme lui dans la magistrature, continue, dans la vie politique, les traditions libérales dont il lui a légué l’exemple, a repris comme un héritage cette œuvre inachevée, et, pour la mener à bonne fin, y a mis tout son cœur.
- Groupant autour de lui ses collègues de la Drôme à l’Assemblée nationale, MM. Clerc, Malens et le général Chareton, dont la mort récente a été un deuil pour l’armée et une grande perte pour le Sénat, il signa, avec eux, une demande à l’effet d’obtenir la concession du canal de la Bourne suivant le projet de 1860, tant en leur nom personnel qu’au nom d’une société locale en voie de formation.
- A cette demande étaient joints, outre des projets de convention et de cahier des charges, les statuts de la société à constituer pour la construction du canal et la justification de souscriptions à l’arrosage pour 3 000 litres par seconde, soit les 3/7 de la dotation légale du canal.
- En attendant la décision à intervenir, on procéda aux études définitives du canal principal et on dressa les projets d’exécution.
- L’état estimatif fit ressortir les dépenses de premier établisssement de ce canal à la somme de k 900 000 francs, dont :
- Francs*
- Études et travaux................................. 3 000 000
- Indemnités de terrains ........................... 1 000 000
- Étanchements...................................... 400 000
- Frais généraux et sommes à valoir pour imprévu. . . 500 000
- Tolal égal..................... 4 900 000
- Et, sur le vu de ces projets définitifs, M. Watel, dont l’expérience, la capacité et la puissance financière ont été pour la compagnie un auxiliaire précieux, s’engagea à exécuter à forfait les travaux proprement dits du canal principal, moyennant le prix prévu de 3 millions.
- M. Watel a justifié une fois de plus, dans l’exécution de ces travaux, la réputation qu’il s’est acquise comme entrepreneur de travaux publics. M. Gustave de la Vallée-Poussin, l’habile ingénieur à la capacité duquel il a fait appel, a construit toutes les vannes, vannes de prise d’eau, vannes de décharge, martellières de répartition, suivant des types dont les ingénieuses dispositions méritent de fixer l’attention des ingénieurs qui s’occupent de canaux d’irrigation.
- p.113 - vue 115/684
-
-
-
- 114
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- FÉVRIER 1881.
- Le décret de concession fut rendu en 1873 ; mais on trouva qu’un décret n’était pas suffisant et qu’une loi était nécessaire. Ce n’est que treize mois après, le 21 mai 1874, que cette loi est enfin intervenue.
- MM. les députés de la Drôme, qui avaient atteint le but que leur initiative désintéressée poursuivait depuis plus de trois ans, s’étaient effacés comme demandeurs en concession, et le Gouvernement a concédé directement, pour quatre-vingt-dix-neuf ans, avec une subvention de 2 900 000 francs, le canal de la Bourne à la société locale qui s’était formée sous leurs auspices.
- La compagnie concessionnaire s’est constituée en société anonyme, suivant la loi du 24 juillet 1867, au capital de 2 millions, qui représentent, avec la subvention de l’État (2 900 000 francs), la dépense prévue de premier établissement du canal principal (4 900 000 francs). Toutes les actions ont été souscrites, et le montant en a été intégralement versé. Pour faire face à la dépense de construction des six canaux secondaires et de leurs canaux tertiaires, dont l’ensemble forme le réseau de distribution des eaux sur la plaine, la compagnie a émis des obligations qui trouveront leur garantie dans les redevarfbes souscrites.
- Si l’on considère les situations respectives de la compagnie qui vend son eau et de l’usager qui l’achète, on est amené à reconnaître que les deux parties sont vis-à-vis l’une de l’autre dans un état de mutuelle dépendance qui exige leur accord commun.
- Pour que cet accord nécessaire existe, se maintienne, se consolide dans la pratique, il faut que la compagnie concessionnaire soit une société locale et non une compagnie étrangère au pays, qu’on est toujours disposé à regarder et à traiter comme un groupe de spéculateurs. Ce n’est pas trop de l’autorité d’un conseil d’administration dont les membres appartiennent exclusivement à la contrée que dessert le canal, sont connus et estimés des propriétaires et des fermiers, se montrent bienveillants pour tous, respectueux des droits de chacun et d’autant plus soucieux de remplir leur mandat qu’ils ne l’ont accepté que par dévouement ; il faut encore que les usagers aient le même intérêt que la compagnie concessionnaire, et le moyen le plus rationnel et le plus sûr qu’il en soit ainsi, c’est que les usagers participent aux bénéfices de la compagnie.
- Or la compagnie est représentée par un conseil d’administration dont les membres sont nommés par l’assemblée générale des actionnaires.
- Les usagers doivent donc être groupés de même en société et avoir des délégués de leur choix pour les représenter.
- Mais, comme les intérêts des usagers sont essentiellement distincts et séparés par canal secondaire, il en résulte qu’il doit y avoir autant de sociétés différentes d’usagers qu’il y a de canaux secondaires.
- De là la nécessité des associations syndicales par canal secondaire.
- A cet effet, chaque souscripteur aux eaux périodiques et aux eaux continues, en signant sa police d’abonnement, est tenu de prendre l’engagement de faire partie
- p.114 - vue 116/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE. — FÉVRIER 1881. 115
- d’une association syndicale avec tous les usagers desservis par le même canal secondaire et d’adhérer aux statuts de cette association, rédigés suivant le type adopté par l’administration supérieure pour les irrigations collectives.
- Chacune de ces associations partielles, comme toutes celles qui sont soumises à la loi primordiale de l’unanimité, a deux phases bien distinctes et également obligatoires à traverser.
- Dans la première, elle est à l’état d’association syndicale libre. Elle y reste pendant la préparation des projets définitifs du canal secondaire et pendant leur exécution. C’est une période transitoire, dont la durée est limitée à l'achèvement et à la mise en eau du canal secondaire.
- Dans la seconde, elle est à l’état d’association syndicale autorisée. C’est la période d’exploitation du canal secondaire. Elle a, vis-à-vis de la compagnie, toute la durée de la concession.
- J’examinerai successivement chacune de ces deux phases.
- Dans l’une et dans l’autre, l’intérêt de l’association syndicale reste toujours intimement lié à celui de la compagnie concessionnaire. *
- L’association libre se forme, en dehors de toute intervention administrative, par la simple adhésion donnée aux statuts.
- Elle a pour objet d’obtenir que les canaux destinés à desservir son périmètre soient établis dans des conditions qui permettent de donner la satisfaction la plus complète aux intérêts généraux des usagers.
- Il importe, dès lors, que l’association libre se constitue le plus tôt possible, en procédant à l’élection de ses syndics, afin que les syndics, qui sont les représentants légaux de l’association, puissent :
- D’une part, donner leur avis motivé sur les projets présentés parla compagnie concessionnaire et arriver à un accord qui est dans l’intérêt commun ;
- D’autre part, veiller avec elle à ce que l’exécution des travaux par l’entrepreneur soit conforme aux dispositions approuvées ;
- Et, d’autre part, enfin, prêter leur concours aux agents de la compagnie, à l’effet de recueillir, s’il y a lieu, le complément de souscriptions nécessaire pour que le montant total des redevances, capitalisé à 6 0/0, atteigne au moins le chiffre de la dépense de premier établissement des canaux compris dans le périmètre de l’association, suivant le devis arrêté par l’administration supérieure. A défaut de redevances suffisantes pour couvrir l’intérêt à 6 0/0 de cette dépense, le cahier des charges de la concession autorise, en effet, la compagnie concessionnaire à surseoir à l’exécution de ces canaux.
- Dès que le canal secondaire est achevé et mis en eau, l’association libre disparaît pour faire place à l’association autorisée.
- La conversion de l’association syndicale libre en association autorisée a lieu par simple arrêté préfectoral. Il n’est besoin ni d’enquête, ni de procès-verbal d’assemblée
- p.115 - vue 117/684
-
-
-
- 116
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- FÉVRIER 1881.
- générale constatant que les conditions de majorité prévues par l’article 18 de la loi du 21 juin 1865 ont été remplies. L’unanimité résulte de rengagement que chaque souscripteur a pris en signant sa police d’abonnement.
- L’arrêlé de conversion respectera les statuts de l’association libre, tels qu’ils ont été arrêtés dans l’assemblée générale constitutive du syndicat, en tant, toutefois, qu’ils ne contiennent aucune disposition qui soit contraire à la loi du 11 juin 1865 ou à l’intérêt général. S'il est vrai que l’autorité préfectorale, qui a dû rester et qui est restée étrangère à la formation de l’association libre, ait le droit d’intervenir dans les actes d’un syndicat par cela même qu’il est autorisé, il est également vrai qu’elle ne peut le faire que sous le rapport du contrôle à exercer au point de vue de l’intérêt général et sous le rapport des mesures à prescrire, en vertu des pouvoirs de police qui lui sont conférés par la loi des 12-20 août 1790, et qu’elle doit s’abstenir d’introduire dans les statuts des modifications qui auraient pour effet d’apporter à la liberté d’action du syndicat la moindre entrave qui ne serait pas commandée par le respect de la loi ou par l’intérêt public.
- Le but de l’association syndicale autorisée est de se substituer à la compagnie concessionnaire pour l’exploitation des canaux exécutés dans les limites de son périmètre.
- Elle peut se substituer à la compagnie pour l’exercice de tous ses droits sur ces canaux en lui laissant toutes les charges.
- C’est la première période de l’association autorisée.
- Par le fait de cette substitution restreinte, le syndicat demeure chargé de la répartition des eaux entre les usagers, de la police des canaux et de leur entretien, tandis que les dépenses annuelles restent à la charge exclusive de la compagnie concessionnaire. Pour couvrir le syndicat de ses avances, la compagnie lui abandonne toutes les redevances souscrites et devenues exigibles depuis la mise en eau des canaux exécutés. Le syndicat tient de l’article 18 de la loi du 21 juin 1865 les mêmes droits que la compagnie de son cahier des charges, pour faire recouvrer ces redevances comme en matière de contributions directes. Et le receveur de l’association, après avoir prélevé sur ses encaissements les frais de perception et toutes les dépenses afférentes au périmètre, y compris les frais d’administration syndicale, remet le surplus à la compagnie concessionnaire.
- Gomment est déterminé le montant annuel de ces frais et dépenses?
- Il est à désirer que la compagnie s’entende avec le syndicat sur le nombre et le salaire des gardes, sur le devis d’entretien des canaux, sur les frais d’administration et de perception syndicales, plutôt que de faire régler par des arbitres ceux des éléments de dépense sur lesquels l’accord ne se serait pas établi. Mais que le budget annuel ait été arrêté à l’amiable ou par voie d’arbitrage, il n’en résulte pas moins de cette situation du syndicat qui administre, entretient et exploite, et de la compagnie concessionnaire qui paye les frais d’administration, d’entretien et d’exploitation, que lasso-
- p.116 - vue 118/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- FÉVRIER 1881.
- 117
- dation se trouve sous la dépendance de la compagnie et sous le contrôle de ses agents. La compagnie, en effet, qui alloue au syndicat les crédits nécessaires, ne saurait se désintéresser de la surveillance de l’emploi de ces crédits dans les conditions prévues.
- Que si l’association veut s’affranchir de la dépendance de la compagnie concessionnaire et de l’ingérence de ses agents et obtenir ainsi son automonie, il faut alors qu’elle se substitue à la compagnie non seulement pour l’exercice de tous ses droits, mais encore pour l’accomplissement de toutes ses obligations;
- C’est la deuxième période de l’association autorisée, la période de participation aux bénéfices delà compagnie.
- L’association se trouve en fait substituée, vis-à-vis de l’Etat, à la compagnie concessionnaire, sur tout le réseau de canaux de distribution dans l’étendue de son périmètre.
- Le syndicat administre, entretient et exploite les canaux exécutés, et il exécute ceux qui deviendraient nécessaires pour l’usage de nouveaux souscripteurs. Il a, de plus, à sa charge toutes les dépenses annuelles. Par contre, il entre en possession de tous les produits ainsi que de tout le volume d’eau qui a été attribué, par décision ministérielle, au périmètre de l’association. La compagnie concessionnaire lui abandonne toutes les redevances présentes et futures à percevoir dans l’étendue de ce périmètre. Mais elle ne le fait et ne peut le faire évidemment que moyennant le payement d’une soulte qui corresponde à une partie du bénéfice qu’elle aliène.
- Supposons que la dotation légale du périmètre de l’association soit de 2 000 litres par seconde, et que les redevances souscrites ne soient que de 800 litres; la compagnie pourra faire bénéficier l’association de la moitié, par exemple, de la différence de 1 200 litres, en ne lui demandant qu’une soulte calculée sur 1 400 litres de redevances.
- Cette soulte peut être une annuité à payer pendant tout le temps restant à courir jusqu’à l’expiration de la concession, ou le capital une fois donné représentant cette annuité. Capital ou annuité, la soulte est fixée à forfait, et le montant en est réglé de gré à gré. L’entente sera d’autant plus facile avec le syndicat que la compagnie se bornera à ne lui demander que la part correspondante dans la libération de ses charges.
- En résumé :
- Compagnie concessionnaire, compagnie locale;
- Compagnie locale constituée en société anonyme, suivant la loi du 24 juillet 1867 ;
- Capital-actions assez élevé pour que, réuni à la subvention de l’État, il permette de faire face tout au moins à la dépense prévue de premier établissement du canal principal, garantie, dans ce qu’elle peut avoir d’aléatoire, par un marché à forfait.
- Émission d’obligations pour la construction du réseau de distribution, sous la condition que l’intérêt et l’amortissement des obligations émises trouveront leur garantie dans les redevances souscrites ;
- Tome VIII. — 80e année, 3e série. — Février 1881.
- 16
- p.117 - vue 119/684
-
-
-
- 118
- PROCÈS-VERBAUX.
- FEVRIER 1881.
- Associations syndicales partielles par canal secondaire ;
- Accord de la compagnie concessionnaire et des associations syndicales par la communauté même de leurs intérêts et par une participation commune aux bénéfices de l’entreprise :
- Tels sont les principes qui ont été appliqués pour la première fois au canal de la Bourne et qui me paraissent devoir, à l’avenir, servir de règle à toutes les concessions de canaux d’irrigation.
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 14 janvier 1881.
- Présidence de M. le colonel Pierre.
- Correspondance. — Mme Paliard, veuve du membre regretté du Conseil d’administration, remercie de l’inscription que ce Conseil.a accordée à la famille de M. Paliard, parmi les membres perpétuels donateurs, et indique M. Bunel, son gendre, comme devant jouir, après elle, des droits que lui confère cette inscription.
- M. Potel (A. P.), boulevard Voltaire, 168, présente à la Société, un système de voie ferrée entièrement métallique, qui est employé depuis trois ans et demi sur un des chemins de fer de Belgique. (Arts mécaniques.)
- M. Amette fils (L.), boulevard Voltaire, 145, à Paris, envoie un dossier pour le concours relatif aux progrès de l’industrie cotonnière; il présente, en outre, un nouveau système de parquets mosaïque. (Comité des constructions et beaux-arts pour la deuxième partie de cette demande, et commission spéciale pour la première partie.)
- M. Lepage (Th.), à Bernot (Aisne), annonce qu’il est inventeur d’un nouveau procédé pour couper la trame des peluches et des velours, qui offre de grands avantages; il demande le concours de la Société. (Arts mécaniques.)
- M. le commissaire général de l’exposition internationale d’électricité en 1881, Palais des Champs-Élysées, porte n° IV, envoie les règlements de cette exposition, ainsi que des formules de demande d’admission. (Arts économiques.)
- M. Deschamps (Louis), tailleur à Dreux, rue Saint-Denis, 48, demande l’appui de la Société pour propager la meunerie ambulante qu’il met en souscription. (Agri-cul ture.)
- M. Gravier (A.), ingénieur civil à Varsovie, rue Leszno, 25, envoie un paquet cacheté contenant la description d’un perfectionnement à ses procédés d’induction dynamo ou magnéto-électrique.
- Le dépôt de ce paquet est accepté.
- p.118 - vue 120/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- FÉVRIER 1881.
- 119
- M. Poillon (L.), ingénieur, boulevard Montparnasse, 158, envoie à la Société, à titre de documents, deux Notices imprimées relatives, l’une à l’utilisation de la chaleur solaire pour l’élévation des eaux par le système Théophile Foucault, l’autre à l’emploi de l’air comprimé pour la distribution à domicile du froid et de la force motrice.
- M. le Président remercie l’auteur de cet envoi, qui sera déposé à la bibliothèque.
- M. Lequy, ouvrier forgeron, rue de la Chapelle, 39, envoie une série d’études sur la mécanique et les moissonneuses. (Arts mécaniques.)
- M. Gagnage et M. Alophe (James), ancien préparateur au Conservatoire des arts et métiers, envoient deux échantillons de cellulose sédimentée, pour la fabrication des bougies Edison. (Arts économiques.)
- M. Lebon (G.), capitaine d'artillerie, secrétaire de la compagnie mixte d’études sur la dynamite, envoie à la Société un exemplaire de la Note sur l’emploi de la dynamite gelée pendant les travaux exécutés à Saumur dans l’hiver de 1880.
- M. le Président adresse des remereîments à l’auteur de cet envoi; dépota la Bibliothèque.
- Mme veuve Nourrit (A.), avenue des Ternes, 36, présente un nouveau produit alimentaire inventé parM. Andrès. (Arts économiques.)
- M. Blockx (Jacques), à Vieux-Dieu-lez-Anvers (Belgique), envoie une série de vingt-sept couleurs préparées à l’huile et au succin dissous. (Arts chimiques et beaux-arts.)
- M. Froger, 52, faubourg Montmartre, à Paris, délégué pour la souscription ouverte chez MM. LozardÎTeres, banquiers, rue Sainte-Cécile, 10, à Paris, dans le but de couvrir les dépenses nécessaires pour le voyage en Amérique, et les démarches de M. Léon Chotteau, en faveur du traité franco-américain, demande le concours de la Société. (Commerce).
- M. Sourigues (P.-Ch.), rue Cambronne, 52, à Paris, demande si la Société peut l’aider à exploiter une invention qu’il a fait breveter, et qui est relative au cirage des appartements et à l'entretien des meubles. (Constructions et beaux-arts).
- M. Lefèvre (H.), ingénieur (des mines, membre du cercle des actuaires français, avenue de Villiers, 110, envoie à la Société, avec la recommandation de M. Ernest Dumas et de M. Roy, deux ouvrages sur le commerce, 1° des opérations commerciales, le change et la banque; 2° de l’enseignement commercial en France, 1879, in-8°, Delagrave, éditeur. (Commerce.)
- Rassegna del commercio et delle industrie, publication nouvelle hebdomadaire italienne, Torino, via délia Zecca, 11, premier et deuxième numéros, demande d’échange. [Bulletin.)
- Le Monde, la Science et l’Industrie, revue bimensuelle, rue de Grenelle, 35, avec demande d’échange. [Bulletin.)
- M. Fritz Marti, concessionnaire des appareils Henning, pour la concentration et
- p.119 - vue 121/684
-
-
-
- 120 PROCÈS-VKRBAllX. — FEVRIER 1881.
- l’enelanchement des leviers et des aiguilles des chemins de fer, à Winterthour (Suisse), envoie la description de ces appareils, brochure in-4°, Lausanne, 1880. (Bibliothèque.)
- Le Monde 'physique, troisième série, par Amédée Guillemin. Hachette, éditeur, 1881. (Bibliothèque.)
- M. Gautier (F.), secrétaire du comité des forges de France. Rapport sur l’Exposition de Dusseldorf, Paris, 1880, br. in-8°. (Bibliothèque.)
- Envoi des membres du Conseil et des correspondants. — M. Collignon fait hommage à la Société de deux Notes lues par lui au Congrès de Reims, tenu par l’Association française pour l’avancement des sciences, en 1880. Elles traitent de sujets relatifs à la géométrie.
- La première de ces Notes contient des Observations sur un système particulier de cartes d’égale superficie j la deuxième est intitulée : Sur les polygones inscriptibles.
- M. le Président remercie M. Collignon de cet envoi, et en ordonne le dépôt à la Bibliothèque.
- Autographie. — Note de M. de Lafollye, correspondant de la Société, à Tours, sur les procédés à employer pour la reproduction autographique des écritures.
- M. le Président exprime les remercîments du Conseil pour cette intéressante communication de M. de Lafollye, qui sera insérée au Bulletin de la Société.
- Rapports des comités. — Cuirs gaufrés. — M. H. Dufresne, lit au nom du comité des constructions et des beaux-arts un Rapport sur les procédés de M. Char-ton, pour la fabrication des cuirs gaufrés décoratifs.
- Le Rapporteur propose de remercier M. Charton de sa communication et de lui accorder une somme de 100 francs, pour encourager ses efforts.
- Ces conclusions sont adoptées par le Conseil et le don d’un encouragement de 100 francs est renvoyé à la Commission des fonds.
- Communications. —Matière plastique. Capsulage hermétique. Conservation des viandes. — M. Potel (À.), boulevard Voltaire, 160, fait à la Société une communication sur un nouveau produit et ses applications industrielles.
- Ce produit auquel M. Potel a donné le nom de poteline, sert au capsulage hermétique des bouteilles et flacons de toutes sortes, à la fabrication de têtes de poupées incassables, à la confection d’un marbre artificiel permettant de fabriquer, à bon marché, des pendules, des coupes, des boutons de portes et des plaques de propreté, des boutons de fantaisie, des clous de tapissier, etc. Ce même produit sert aussi à la conservation des viandes, en leur laissant toute l’apparence de fraîcheur naturelle.
- Lorsqu’il s’agit de capsuler des bouteilles ou des flacons, il remplace la capsule métallique actuellement en usage.
- Ce capsulage étant liquide, adhère complètement à l’orifice des vases, prenant leurs contours dans leurs plus petits détails, ce qui n’a pas lieu avec la capsule métallique. En outre, le prix de celle-ci est de 40 pour 100 plus élevé que le prix de la poteline.
- p.120 - vue 122/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX. — FEVRIER 1881.
- 121
- La fermeture hermétique obtenue à Laide de ce produit empêche toute fermentation, ce qui permet de conserver pendant un temps indéterminé des jus de fruits, pour la confection des confitures, non d’une seule fois, mais au fur et à mesure des besoins, ou, pour mieux dire, des commandes faites aux fabricants.
- Pour les conserves d’anchois à l’huile, la poteline permet de supprimer le plâtre actuellement employé, et, grâce à ce bouchage, aucune déperdition d'huile n'est à craindre.
- La poteline est un mélange de gélatine, de glycérine et de tannin ; on la rend opaque, pour divers usages, au moyen du sulfate de baryte ou du blanc de zinc.
- Le Président remercie M. Potel de sa communication qui sera examinée par le comité des arts économiques.
- Séance du 28 janvier 1881.
- Présidence de M- Dumas, président.
- Correspondance. — M. le Ministre de Vagriculture et du commerce envoie à la Société, deux exemplaires du tome XX de la collection des brevets d'invention. (Dépôt à la bibliothèque.)
- M. Lemercier, rue de Bagnolet, 31, à Paris, soumet à l’examen de la Société une machine qu’il nomme machine-batteur sans meule, pour pulvériser toutes espèces de graines, de produits chimiques ou autres matières. (Arts mécaniques.)
- M. Gravier (A.), ingénieur civil, 25, rue Leszno à Varsovie, présente à la Société un procédé nouveau pour la distribution de l’électricité, lequel est déjà en pratique dans trois établissements industriels en Pologne,
- Il sollicite l’examen de la Société pour faire bien établir la priorité, au moins scientifique, de son invention. (Arts économiques.)
- M. Goret (Aug.), mécanicien, à Lyon-Perrache, hôtel de la Tour du Pin, envoie à la Société la description avec dessin d’un purgeur automoteur pour machines à vapeur. (Arts mécaniques.)
- MM. Samper et Mérino, rue d’Hauteville, 26, envôient à la Société la description d’un nouveau procédé américain pour transmission du mouvement par des câbles, et annoncent qu’ils sont en mesure d’exécuter toutes les expériences qui seraient nécessaires pour faire apprécier la supériorité de cette méthode. (Arts mécaniques.)
- M. Margotton, mécanicien, rue Savoie, à Tarare (Rhône), demande le concours de la Société pour faire exécuter un monte-charge hydraulique ou ascenseur télescopique qu’il a inventé. (Arts mécaniques.)
- MM. Hai'bulot (A.) et Leune, présentent à la Société un appareil pour faire reconnaître la quantité de margarine ou autres corps gras étrangers incorporés au beurre. (Renvoyé au comité de l’agriculture.)
- p.121 - vue 123/684
-
-
-
- 122 PROCÈS-VERBAUX. — FEVRIER 1881.
- M. Picard (A.), ingénieur en chef des ponts et chaussées, directeur du cabinet et du secrétariat au ministère des travaux publics, qui a été chargé, comme ingénieur du canal de la Marne au Rhin et du canal de l’Est, de travaux considérables pour l’alimentation de ces deux canaux, fait hommage à la Société d’un exemplaire de l’ouvrage qui vient d’être publié à ce sujet. M. Picard signale particulièrement à l’attention du conseil d’administration le chapitre relatif aux machines hydrauliques élé-vatoires de Toul et aux machines à vapeur de Vacon. Il offre, au nom de l’éditeur et au sien, toutes les facilités possibles pour seconder l’intention que la Société pourrait avoir de publier des extraits, soit du mémoire, soit des figures. Paris, 1880, un vol. grand in-8° de 544 pages avec atlas in-folio de 15 planches. (.Rothschild éditeur).
- M. le Président remercie M. Picard de l’envoi de ce bel ouvrage et en ordonne le renvoi à la commission du Bulletin.
- M. le Ministre de Vagriculture et du commerce envoie à la Société trois nouveaux fascicules des Rapports du jury international de l’exposition de 1877. Ce sont : ceux relatifs à l’architecture, aux machines et instruments usités dans divers travaux et à la carrosserie. (Dépôt à la Bibliothèque.)
- Envoi des membres du conseil et des correspondants. — M. Haton de la Goupil-Hère, membre du Conseil, adresse à la Société un exemplaire du Rapport qu’il a fait au nom de la commission chargée de l’étude des moyens propres à prévenir les explosions du grisou dans les houillères. Brochure in-8° de 225 pages, extraite des Annales des Mines 1880.
- M. Barrai (J. A.), secrétaire perpétuel de la Société d’agriculture de France et membre dn conseil d’administration de la Société d’encouragement, fait hommage à la Société d’un exemplaire de l’éloge biographique de M. Pierre Amédée Durand, qu’il a prononcé dans la séance solennelle de rentrée de la Société d’agriculture de France, le 22 décembre 1880. Brochure in-4°.
- M. Plassiard (J. A.), ingénieur en chef des ponts et chaussées en retraite, membre correspondant de la Société d’encouragement, adresse un exemplaire de son Mémoire sur les cordes harmoniques en général et spécialement sur celles des instruments à archet, in-4° avec planches (Paris, 1880, chez Jérôme Thibauville-Lamy), Mémoire dans lequel il fait connaître les procédés et les instruments nécessaires à la vérification, l’ajustage et le filage des cordes, et où il annonce que M. Thibauville-Lamy peut fournir des cordes justes préparées conformément à ses principes.
- M. le Président remercie les auteurs de ces ouvrages, et en ordonne ie dépôt à la Bibliothèque.
- Nécrologie. — M. Maurice. — M. le Président annonce à la Société la triste nou -velle de la mort de M. Maurice qui, pendant près de trente années, a été attaché à la rédaction du Bulletin de la Société. Les connaissances variées qu’il avait acquises à l’École des mines de Saint-Étienne et dans la pratique des affaires industrielles, lui avaient donné toutes les aptitudes nécessaires pour remplir cette fonction qui exige des
- p.122 - vue 124/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX. --- FEVRIER 1881.
- 123
- connaissances en quelque sorte encyclopédiques. Tous les membres du Conseil ont pu apprécier le zèle et le dévouement intelligent qu’il a montrés dans cette carrière déjàlongue.
- M. le Président croit exprimer le vœu de tous les membres du Conseil en demandant qu’on fasse connaître à sa veuve et à sa famille les vifs regrets que sa perte dou-loûreuse a excités parmi eux. .
- M. Kuhlmann. — M. le Président annonce aussi que la Société vient de perdre M. Kuhlmann (Charles-Frédéric), membre correspondant de la Société pour les arts chimiques, correspondant de l’Académie des sciences, président de la Société industrielle du nord de la France, commandeur de la Légion d’honneur.
- M. Kuhlmann, né à Golmar, le 22 mai 1803, fit d’abord à Strasbourg, puis à Paris, ses études scientifiques dans le laboratoire de Yauquelin, et ceux qui ont suivi l’histoire du développement des sciences chimiques connaissent l’influence remarquable qu’a exercée ce petit et modeste laboratoire si pratique et si scientifique. Il suffit de citer trois de ses élèves : Kuhlmann, Chevandier de Valdrôme et Schneider, pour faire comprendre la valeur de cet enseignement. M. Kuhlmann en avait profité de toutes les manières. En 1832, il fut nommé professeur de chimie appliquée à Lille et se dévoua bientôt tout entier à la chimie manufacturière et lui voua les plus importantes de ses recherches.
- C’est ainsi qu’il fil connaître la liaison qui existe entre les composés nitrés et ammoniacaux, montrant qu’ils peuvent très facilement être transformés les uns en les autres, suivant qu’on fournit à l’action chimique de l’hydrogène ou de l’oxygène, expliquant ainsi une des réactions les plus importantes dans les phénomènes agricoles et dans la science des engrais. Ses travaux sur les sels de baryte, qui lui ont donné occasion de fonder une industrie nouvelle, ses perfectionnements de l’industrie sucrière, ses études sur la cristallisation, sur les mortiers et ciments, sur la teinture et l’impression des étoffes, et tant d’autres, l’ont placé parmi les chimistes industriels les plus utiles et les plus féconds.
- I! fonda à Lille un grand établissement qui compte aujourd’hui parmi les plus importantes fabriques de produits chimiques.
- Sa science, sa grande fortune, la position honorée que son mérite lui avait procurée, l’ont rendu un des hommes les plus considérables du nord de la France. Il devint un centre de réunion pour les savants et les industriels des trois pays voisins, la France, l’Angleterre et l’Allemagne. Aimé et vénéré de tous, il était le fondateur ou le coopérateur de toutes les œuvres généreuses et utiles.
- Rapport des comités. — Sucreries. — M. Aimé Girard lit, au nom du comité des arts chimiques, un Rapport sur les procédés de M. Gallois (Ch.), pour l’épuisement des pulpes et des écumes des sucreries.
- Frappé de l’importance de ces résultats, comme aussi de l’ingéniosité des procédés qui permettent de les obtenir, le comité des arts chimiques a l’honneur de proposer à
- p.123 - vue 125/684
-
-
-
- 124
- PROCÈS-VERBAUX.
- FÉVRIER 1881.
- la Société de remercier M. Gallois de sa communication, et de décider l’insertion au Bulletin du présent Rapport, en y joignant le dessin des appareils qu’exige leur mise en pratique.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Communications. — Celluloïd. —M. Vincent, membre du Conseil, présente des objets très variés en celluloïd, au nom de la Société fondée pour l’exploitation en France de ce produit; celte matière est formée du mélange de la cellulose nitrique avec du camphre et de l’alcool.
- M. le Président, remercie M. Vincent de cette communication, et charge le comité des arts chimiques d’en faire l’examen.
- Éclairage intensif au gaz par les becs Siemens. — M. Félix Le Blanc, membre du Conseil, après avoir présenté quelques considérations sur les essais d’éclairage intensif sur la voie publique, est heureux de montrer à la Société les becs intensifs à gaz de M. Siemens (F.) qui attirent, en ce moment, l’attention des ingénieurs et des fabricants de gaz. Sur sa demande, M. Marché, l’un des vice-Présidents de la Société des ingénieurs civils, a bien voulu se charger de faire devant la Société l’exposé de cette invention.
- M. Marché fait, à la suite de l’allocution de M. Le Blanc (F.), une communication sur le brûleur intensif Siemens à régénérateur.
- M. le Président remercie M. Marché de cette intéressante exposition et charge le comité des arts économiques d’en faire l’examen.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE Mme BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5.— 1881. Jules TREMBLAY, gendre et successeur.
- p.124 - vue 126/684
-
-
-
- V 1> ‘'in Je !<’ Soeiêié J'£neota'(U/ement ,i/NŸil,’>
- n.rj4
- tfi
- 1»*
- ftT,meut' P,
- )ent\
- <M L {'haïunont r/ Z>vr(r<
- FABKIGAÏiÜX DI1;S BOUGIES PAR M, .U OORAXK
- pl.124 - vue 127/684
-
-
-
- J§t\i
- ||É£^:^”::...._._^_____
- I
- lîiil i.:ii;s. l’Ali M. I’ MON \\K AI \ ! :
- pl.125 - vue 128/684
-
-
-
- SOc année.
- Troisième série, tome VIII.
- Mars *881.
- BULLETIN
- DE
- u société imioiiiUï.tim
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. *
- BEAUX-ARTS.
- Rapport fait par M. Davanne , au nom du comité des beaux-arts, sur les gravures photographiques, présentées par M. Arents, 43, rue Tournefort, à Paris.
- Messieurs, dans la séance du mois de juillet dernier, M. Arents a présenté à la Société d’encouragement une série de gravures obtenues par les procédés photographiques; par leur netteté et leur finesse ces gravures ont mérité l’attention des personnes qui les ont examinées. En faisant cette présentation, M. Arents a été le premier à reconnaître que ces photogravures n’étaient pas le résultat d’inventions personnelles et nouvelles, mais qu’elles avaient été obtenues par la réunion et la bonne appropriation de procédés déjà connus et nous ajouterons que leur réussite est due aux soins extrêmes que l’auteur apporte dans leur mise en œuvre. Nous avons suivi avec M. Arents l’ensemble de ses opérations, et votre Comité a pensé qu’il pouvait être utile de vous présenter un Rapport sur ce sujet, car en appelant l’attention sur des procédés qui ne sont pas encore répandus d’une manière générale, on en vulgarisera l’emploi en même temps qu’on en donnera une connaissance sommaire.
- Les gravures obtenues par l’intervention de la lumière ont reçu différents noms et nous retrouvons, suivant les opérateurs et suivant les opérations, les dénominations d'héliogravure, de gravure héliographique, d’hèlioplastie, de gravure photoglyptique, de photogravure, etc., qui indiquent l’intervention du soleil ou de la lumière, le moulage des reliefs ou la morsure des planches;
- Tome VIII. — 80e année. 3* série. — Mars 1881. 17
- p.125 - vue 129/684
-
-
-
- m
- BEAUX-ARTS.
- MARS 1881.
- si on voulait indiquer par un nom particulier chacun des différents modes d’exécution, il faudrait créer un nombre plus considérable de dénominations. Ne vaudrait-il pas mieux n’en conserver qu’un seul, celui de photogravure, puisque la lumière suffit et que le soleil n’est pas indispensable?
- L’idée d’utiliser la lumière pour obtenir la gravure d’une planche métallique remonte aux premiers essais de Nicéphore Niepce, et, dès 1824, cet inventeur avait produit des planches d’étain qui, couvertes de bitume de Judée, impressionnées parla lumière à travers une gravure, convenablement lavées par un dissolvant du bitume, puis encrées, donnaient par la presse en taille-douce une reproduction de la gravure qui avait servi à les impressionner par transparence. J’ai l’honneur de montrer à la Société une épreuve authentique tirée sur une des meilleures planches gravées par Nicéphore Niepce, en 1824, épreuve qui m’a été offerte par M. Chevrier, conservateur du Musée de Chalon-sur-Saône, et actuellement détenteur d’une partie des objets laissés par cet inventeur.
- Il n’est pas sans intérêt de nous reporter à ce premier essai fait, il y a cinquante-six ans, pour apprécier les progrès accomplis et rappeler combien il faut parfois de temps et d’efforts pour amener à la pratique industrielle une découverte qui semblait presque complète au début.
- Les recherches, pour arriver à ce résultat pratique, n’ont pas cessé un instant de marcher parallèlement avec les progrès de la photographie et en même temps elles se sont portées aussi bien sur la gravure en creux pour l’impression en taille-douce que sur la gravure en relief pour l’impression typographique. Nous les voyons aussi se diviser en deux modes d’opérer très différents :
- Dans l’un, qui a pris naissance avec les études sur la gélatine biehromatée, les inventeurs procèdent par moulage des reliefs plus ou moins accentués obtenus par la lumière ;
- Dans l’autre, on produit par la lumière les réserves partielles qui protégeront la plaque contre la morsure d’un agent chimique et on rentre dans les conditions de la gravure à l’eau-forte.
- Nous avons montré précédemment à la Société (1) quelques-uns des résultats obtenus par la première méthode en présentant les photogravures exécutées par M. Rousselon dans les ateliers de la maison Goupil et comp. ;
- (1) Bulletin d’octobre 1877, p. 545.
- p.126 - vue 130/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS.
- MARS 1881.
- 127
- aujourd’hui nous ne nous occuperons que des photogravures dont M. Arents vous a soumis quelques types et qui sont obtenues par morsure directe de la planche métallique.
- Après les premières recherches de Nicéphore Niepce et aussitôt que les procédés de Daguerre ont été divulgués, de nombreuses tentatives furent faites pour graver les délicates images que les vapeurs mercurielles développaient sur la plaque, et M. Fizeau a donné un procédé qui, employant successivement la morsure par le mélange des acides chlorhydrique, nitrique et nitreux, puis la dorure galvanique, fournissait des planches utilisables, mais sans doute encore insuffisantes, puisque cette manière de faire n’a pas résisté à l’essai industriel.
- Lorsque la plaque daguerrienne fut abandonnée pour faire place aux négatifs et aux positifs, il se fit un retour vers l’emploi du bitume de Judée, et après des essais auxquels se rattache le nom de Niepce de Saint-Victor, on put rendre le bitume un peu plus sensible, mais souvent cette substance désagrégée par les dissolvants ne donnait qu’une réserve insuffisante et les mordants la traversaient en atteignant la surface métallique, à moins qu’il n’y eût eu en même temps emploi d’une couche épaisse et action prolongée de la lumière.
- Ch. Nègre sut tirer un excellent parti de cette désagrégation et, en plongeant la plaque à graver dans un bain de dorure galvanique, il obtint une sorte de réseau d’or inégal se déposant sur toute la surface et donnant, par son inégalité même, le grain convenable pour des reproductions faites d’après nature. L’or formait réserve contre la morsure et les parties non dorées étaient creusées par le mordant; Ch. Nègre a fait ainsi de très grandes et très belles planches, surtout celles destinées à une monographie de la cathédrale de Chartres; mais on lui a reproché de s’isoler, de ne pas faire d’élèves qui, en étudiant l’ensemble un peu compliqué de ses opérations, eussent pu continuer et perfectionner son œuvre; sa mort récente est venue donner raison aux personnes qui craignaient de voir s’éteindre avec lui un procédé que la maladie et quelque découragement ont laissé stationnaire entre ses mains.
- L’impression du bitume, sous l’action de la lumière, est lente, ses qualités de vernis protecteur sont amoindries par l’action des dissolvants et, sans méconnaître les services que cette substance peut rendre et rend journellement dans les applications photographiques, il était désirable de trouver un agent plus rapide.
- La découverte des propriétés de la gélatine bichromatée et les études
- p.127 - vue 131/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS.
- MARS 1881.
- 128
- qui suivirent donnèrent l’espoir de remédier à ces défauts ; Fox Talbot, en 1867, montrait à l’Exposition universelle des gravures d’une remarquable finesse, mais encore incomplètes. Pour employer la gélatine bichromatée comme réserve, Fox Talbot avait dû modifier le procédé de morsure et substituer des sels comme le bichlorure de platine, le perchlorure de fer aux acides qui pénétraient et altéraient immédiatement la gélatine.
- Néanmoins les épreuves de Talbot étaient incomplètes, parce que dans ses opérations, il avait négligé cette question première que nous retrouvons toujours lorsqu’il s’agit de graver les demi-teintes d’après nature, la formation du grain; ce fut à cette même époque que M. Garnier montra qu’il était possible d’ajouter sur ces plaques le grain de résine du graveur et d’obtenir ainsi des épreuves d’après nature; les essais continués dans cette voie par M. Baldus, surtout par M. Dujardin, prouvent que l’on peut arriver à de bons résultats; mais l’obtention du grain ou des grains successifs constitue le tour de main particulier de chaque opérateur, et l’on comprend que nous n’avons ni à le rechercher, ni à le décrire.
- Toutefois, il n’y a pas lieu de s’occuper de ce grain lorsqu’il s’agit d’une reproduction de gravure ou de dessin, le grain préexiste alors sous forme de points, de traits, ou de tailles qui se trouvent accusés par le cliché.
- La production de ce cliché est toujours la première opération, mais elle doit être faite avec les soins spéciaux nécessaires, suivant le but à atteindre.
- Pour avoir des traits, lignes ou points nettement arrêtés ou coupés, quelle que soit leur finesse, on doit employer des appareils très soignés, apporter des soins minutieux contre toute action lumineuse autre que celle provenant des rayons réfléchis par le modèle, il faut surtout que l’épreuve négative donne à l’état inverse une opposition du blanc au noir aussi nettement accusée que celle de l’original. Le plus souvent, en cherchant à atteindre ce résultat par des opérations successives qui renforcent lourdement l’épreuve, on arrive à boucher les traits délicats, soit qu’on emploie le bichlorure de mercure et le sulfhydrate d’ammoniaque ou l’azotate de plomb et le prussiate rouge de potasse; M. Arents préfère obtenir ce résultat par un renforcement convenable fait au moyen d’un mélange de solution pyrogallique et de nitrate d’argent, et il y parvient en employant, pour faire son collodion, un coton-poudre, qu’il fabrique lui-même, dans un mélange d’acides maintenu à haute température; son pyroxyle est alors poudreux, très désagrégé; le collodion qui en résulte est très perméable aux réactifs, ce qui, par une action pro-
- p.128 - vue 132/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS.
- MARS 1S81.
- 159
- fonde dans l’épaisseur de la couche, permet d’arriver à une intensité beaucoup plus grande que si l’action restait superficielle.
- L’opérateur, après avoir fait son cliché à la dimension voulue, ce qui est facile, puisqu’il emploie la chambre noire, peut l’utiliser pour la gravure en creux ou pour la gravure en relief.
- Dans l’un et l’autre cas, la planche métallique à graver est couverte d’une couche mince, formée à la surface par une solution de gélatine : 6 gr., bichromate de potasse 4 gr., eau 155 c. Cette couche est étendue régulièrement, et lorsqu’elle est sèche, elle ne doit pas avoir plus d’épaisseur qu’un vernis. Les planches ainsi préparées sont très sensibles à la lumière et elles doivent être employées le plus tôt possible après leur préparation.
- Pour la gravure en creux on ne peut se servir directement d’un négatif ; il faut, par un des procédés courants, faire une très bonne épreuve positive sur glace, en évitant, pendant l’impression, les rayons lumineux obliques qui nuiraient à la netteté de l’image ; puis, cette épreuve positive est mise en contact immédiat avec la couche bichromatée de la planche et isolée avec les mêmes soins pour éviter toute lumière qui ne tombe pas perpendiculairement sur les surfaces en contact. L’action est rapide, mais variable, suivant la lumière et suivant les clichés et les motifs à reproduire ; elle est à peine de quelques secondes au soleil, et elle atteint dix minutes, un quart d’heure et même plus dans les jours sombres ; la gélatine passe à l’état insoluble et même imperméable, excepté sous les traits noirs du positif. Il suffit alors de plonger la planche, sans aucune autre préparation, dans une solution de perchlorure de fer d’autant plus étendue, qu’on veut une morsure plus rapide.
- Le liquide ne pénètre que dans les traits préservés de la lumière, il attaque le métal et fait une première morsure que l’on ne pourrait prolonger longtemps sans courir le risque, comme pour la morsure à l’eau-forte, de perdre la planche ; il y a là une question d’appréciation qui est exactement dans les mêmes conditions que pour le graveur qui fait mordre un dessin à la pointe.
- Cette première morsure par le perchlorure de fer étant faite, la surface métallique est débarrassée de toute couche superficielle et mise à nu, l’opérateur peut alors encrer les creux et tirer un premier essai; mais le plus souvent cette morsure manque de profondeur ; alors, par des encrages successifs, faits rien qu’à la surface avec un bon rouleau d’imprimeur et en ménageant avec soin les traits les plus légers, puis, par un saupoudrage de
- p.129 - vue 133/684
-
-
-
- 130
- BEAUX-ARTS. — MARS 1881-
- «
- bitume ou de résine, suivi d’un chauffage à 70 degrés ou 80 degrés, on forme une nouvelle réserve superficielle, que l’on peut renouveler chaque fois, et qui permet de continuer autant de morsures à l’acide qu’il est nécessaire pour arriver à l’intensité voulue.
- Pendant la série de ces morsures, on recouvre successivement de vernis les parties que Ton juge suffisamment creusées, comme on le fait pour toutes les gravures à l’eau-forte.
- Par ce moyen, on produit des fac-similé tellement comparables à l’original, que l’on peut rééditer les vieilles gravures, les anciennes eaux-fortes, les dessins, etc.
- De semblables procédés n’ont pas été sans inspirer quelques inquiétudes au point de vue de la contrefaçon des œuvres rares et des papiers de banque, mais le danger d’un abus qui, s’il se présente, est toujours justiciable des tribunaux, et d’autre part la dépréciation, au moins douteuse, qui pourrait résulter pour les collectionneurs, de la copie de quelques originaux rares, qui deviennent cependant d’autant plus précieux qu’ils sont plus connus, trouvent une large compensation dans la vulgarisation pour le profit de tous, d’œuvres d’art, qui, sans cela, resteraient isolées dans quelques mains. Les règlements dont sont armées nos bibliothèques publiques contre l’abus que l’on voudrait faire de leurs richesses et les encres colorées employées pour les papiers de banque, semblent, jusqu’ici du moins, une garantie suffisante contre les tentatives frauduleuses.
- Ce procédé de photogravure est surtout précieux par sa rapidité d’exécution, sa fidélité, sa facilité de réduction, la modicité de son prix, qui peut être évalué plutôt selon la dimension de la planche à graver que selon la complication de l’œuvre à reproduire.
- C’est un auxiliaire des plus commodes pour les éditeurs, car en quelques heures, il est possible de livrer, sans aucune erreur, des planches d’une exécution même très délicate, telles sont les figures de géométrie que M. Arents met sous les yeux de la Société ; les lignes les plus fines, les lignes ponctuées sont exécutées telles que les donne le modèle, et le coût de la planche est évalué au tiers environ de ce qui serait demandé pour le travail fait à la main ; je crois inutile d’insister sur les avantages d’un semblable mode d’exécution, qui ajoute à la modicité du prix l’impossibilité d’une erreur.
- Lorsqu’il s’agit de l’impression en relief pour la typographie, le procédé diffère quelque peu.
- p.130 - vue 134/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS.
- MARS 1881.
- 131
- C’est le négatif obtenu à la chambre noire qui sert à l’impression de la planche, sans qu’il soit nécessaire de faire une épreuve positive; mais il faut le retourner, sans quoi l’épreuve finale serait renversée.
- Les divers moyens usités pour le retournement du cliché sont : ou l’emploi d’un prisme, méthode coûteuse vu le prix élevé de cet appareil qui, en outre, occasionne une perte considérable de lumière et un ralentissement très marqué dans le temps de pose; ou le retournement de la glace sensible dans le châssis, ce qui gène une mise au point rigoureuse, à cause de la réfraction des rayons lumineux, et ce qui vient en outre rendre le développement moins certain ; ou le décollage de la mince pellicule du collodion qui porte l’épreuve et son transport dans le sens voulu sur un autre subjectïle. Ce dernier moyen est préférable, malgré son apparente délicatesse, c’est celui que M. Arents a adopté et qu’il met en œuvre avec une rare habileté.
- Sur son cliché terminé et séché, M. Arents verse une couche d’une solution sirupeuse de caoutchouc dans la benzine cristallisable, et après évaporation de la benzine, ce qui alieu presque immédiatement, il superpose une couche de collodion normal à tg,50 dupyroxyle pour 100 centimètres cubes du mélange d’alcool et d’éther. Aussitôt que cette deuxième couche est sèche, il donne un trait de canif tout autour de l’empreinte à la grandeur voulue pour la justification, il étend sur cette surface un papier mouillé un peu plus grand que la surface entaillée et, relevant un des coins du papier, il y applique le coin de la pellicule qu’il a préalablement soulevée avec une pointe, il tire le tout ensemble, la pellicule quitte la glace et reste collée sur le papier humide par capillarité.
- On ne peut pas reporter immédiatement cette pellicule sur une autre glace, ce serait la remettre dans son sens primitif ; mais on la fait adhérer à une seconde feuille de papier mouillé, on enlève la première et l’épreuve peut être alors posée sur une glace préalablement enduite d’un peu de gomme arabique dissoute à raison de 2 parties pour 100 d’eau. Est-il nécessaire plus tard de la reprendre pour en changer le sens, il suffit de la mouiller, de la saisir de nouveau avec des feuilles de papier trempé, qui permettent de la retourner indifféremment dans tous les sens.
- L’image destinée à être gravée en relief est imprimée sur planche de cuivre ou de bronze; M. Arents préfère ces métaux au zinc employé généralement, le résultat obtenu est à la fois plus fin et plus solide, la plus-value du cuivre augmente un peu le prix de revient, mais cela est peu de chose sur le coût total.
- p.131 - vue 135/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS.
- MARS 1881.
- 132
- Le cliché redressé est mis en contact avec la planche métallique bien plane et préalablement recouverte d’une couche mince de gélatine bichromatée parfaitement séchée ; on expose l’ensemble à l’action des rayons lumineüx tombant perpendiculairement sur la surface ; après l’impression, la planche à graver est immergée sans lavage dans le bain de perchlorure de fer, comme pour la gravure en taille-douce, puis nettoyée, encrée avec soin à la surface et soumise aux opérations alternatives des morsures à l’acide et des encrages successivement répétés avec addition de résine. Chaque fois que la planche est encrée, on la chauffe à la température nécessaire pour donner à l’encre un peu plus de fluidité et la faire descendre le long des parois de la cavité creusée ; ces parois sont ainsi protégées contre l’action des acides, et les morsures peuvent être répétées autant de fois qu’il est nécessaire pour arriver aux creux profonds exigés pour l’impression typographique.
- Dans ce genre de travail, l’opération est d’autant plus délicate que le dessin est plus simple ; un point, une ligne, sont plus difficiles à reproduire qu’une gravure très compliquée, parce qu’ils ne présentent pas au rouleau encreur les points d’appui voulus pour en maintenir la régularité ; aussi arrive-t-il quelquefois que l’opérateur doit ajouter sur un cliché qui ne présenterait qu’un dessin trop simple comme une figure de géométrie, des lignes accessoires qu’il fait ensuite disparaître sur la planche en les enlevant mécaniquement.
- La planche terminée est ajustée sur un bois d’épaisseur et elle entre dans la composition du texte d’imprimerie.
- Grâce à ce procédé, qui a fait de grands progrès entre les mains de MM. Gillot, Yves et Barret, Dujardin, Àrents, Lefman, il est devenu facile de transformer les gravures et les dessins en planches typographiques en leur faisant subir telle modification de format que l’on juge nécessaire et que peut comporter l’espacement des traits de la gravure.
- Votre Comité des beaux-arts, après avoir examiné avec beaucoup d’intérêt les travaux de M. Arents et les résultats mis sous les yeux de la Société, vous propose de le remercier de son intéressante présentation et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé : Da vanne, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 2Y décembre 1880.
- p.132 - vue 136/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. --- MARS 1881.
- 133
- COMITÉ DES ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. le lieutenant-colonel Sebert, au nom du Comité des arts économiques, sur des télémètres répétiteurs présentés par M. Le Cyre, ingénieur civil, avenue Trudaine, 11, à Paris.
- Messieurs, M. Le Cyre, ingénieur civil, a présenté à la Société d’encouragement, divers appareils destinés à la mesure des distances, spécialement pour les usages militaires et qui sont susceptibles d’être employés, suivant le cas, soit dans le service à terre, soit dans le service à bord des bâtiments.
- Ces appareils se distinguent de tous les autres télémètres connus, en ce qu’ils sont pourvus de dispositions qui permettent d’opérer des retournements successifs et d’appliquer aux opérations le principe de répétition qui donne le moyen de diminuer, à volonté, les erreurs de lecture. Des organes de collimation adaptés aux appareils de grandes dimensions en facilitent aussi le réglage et accroissent encore ainsi la précision des mesures.
- Le problème de la mesure de la distance d’un point inaccessible se présente d’ailleurs, pour les services militaires, dans des conditions très variables et sa solution exige par suite, suivant les cas, l’emploi d’instruments de types très différents.
- Tantôt, en effet, l’observateur peut être placé dans un poste fixe, où. il est possible d’établir à l’avance des appareils spéciaux, présentant tous les caractères d’une installation permanente, comme, par exemple, lorsqu’il s’agit de faire connaître à une batterie de côte, la distance des navires qui se présentent pour l’attaquer; tantôt, au contraire, l’observateur doit pouvoir se déplacer facilement avec l’instrument, comme dans la guerre de campagne ; tantôt enfin, il est placé sur un navire qui ne permet pas l’installation d’appareils fixes et immuables.
- M. Le Cyre a abordé tous ces différents cas dans les recherches qu’il a soumises à la Société, mais ses premiers efforts se sont portés sur les appareils portatifs et c’est cette première série de recherches que nous examinerons d’abord.
- Les instruments employés, sous le nom de télémètres, pour la détermination de la distance d’un point inaccessible, sont, le plus souvent, construits pour opérer la résolution d’un triangle formé, dans l’espace, par une base accessible et par deux rayons visuels dirigés, des extrémités de cette base, sur le but dont on veut connaître la distance.
- Parmi ces instruments, ceux qu’il importerait le plus de perfectionner; pour leur donner la précision qu’exige le tir de l’artillerie actuelle, sont ceux qui portent leur base en eux-mêmes. Us peuvent, en effet, être rapidement mis en station en tous points et ils donnent les distances par une visée rapide ou permettent, suivant l’expression Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Mars 1881. 18
- p.133 - vue 137/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- MARS 1881.
- 134
- reçue, la mesure instantanée des distances, ce qui est le grand désideratum des services militaires.
- Ce qui manque surtout aux appareils usuels de ce genre, pour satisfaire aux conditions imposées actuellement, c’est une précision suffisante dans la mesure des angles.
- C’est cette précision que M. Le Cyre s’est proposé d’obtenir en appliquant, aux appareils télémétriques, les procédés de répétition et de retournement en usage pour les instruments de géodésie et d’astronomie, procédés qui, en augmentant à volonté la précision obtenue dans les lectures angulaires, font en même temps disparaître les erreurs dues aux défauts de réglage et de construction des appareils.
- Le premier télémètre que M. Le Cyre a construit sur ce principe, en 1863, était un télémètre portatif, contenu dans un tube en bois d’un mètre de longueur ; il était à réflexion simple et présentait une certaine analogie avec le sextant de Caleb Smith décrit dans les Mémoires de l’Académie de Marseille pour 1855.
- L’appareil qu’il soumet aujourd’hui à la Société est un instrument à double réflexion fonctionnant comme le sextant employé dans la marine.
- Les rayons lumineux, partis de l’objet visé, viennent frapper deux glaces placées aux extrémités de la base formée par le tube de l’appareil. Ces glaces sont disposées normalement au plan du triangle à résoudre et inclinées, à très peu près, à 45 degrés sur cette base, dans une direction sensiblement parallèle.
- L’une de ces glaces est fixe et est disposée de façon à ne masquer qu’une partie du champ de la lunette à l’aide de laquelle l’observateur dirige l’orientation de l’instrument.
- L’autre glace est mobile autour d’un axe situé dans son plan et est montée sur l’extrémité d’une longue alidade qui permet de lui donner un mouvement de rotation autour de cet axe et de mesurer la valeur de l’angle ainsi parcouru.
- On peut, en agissant sur cette alidade, orienter la glace mobile de telle sorte que les rayons venus de l’objet, après réflexion sur sa face étamée, soient dirigés sur la glace fixe où ils subissent une nouvelle réflexion qui les renvoie dans l’axe de la lunette d’observation.
- L’observateur voit ainsi deux images de l’objet visé, l’une directe, l’autre doublement réfléchie et, en agissant sur la vis micrométrique qui commande l’alidade, il peut amener ces deux images en coïncidence.
- A ce moment, d’après les propriétés connues des miroirs, l’angle des deux miroirs se trouve égal à la moitié de l’angle au sommet du triangle, ou angle de parallaxe.
- On pourrait donc, en mesurant cet angle exactement et connaissant la distance des deux glaces, distance qui forme la base de l’instrument, déterminer la distance de l’objet ; une table calculée à l’avance pourrait faire connaître cette distance instantanément.
- Mais ainsi employé, l’instrument ne présenterait aucune nouveauté.
- p.134 - vue 138/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. — MARS 1881. 135
- Il ne différerait que par des détails de construction des appareils du même genre déjà connus, et en particulier des télémètres Steinheil, Adie, Tavernier et Glerk.
- La détermination précise de l’angle de parallaxe exigerait alors que l’origine des graduations fût prise exactement à partir de la position de parallélisme des deux miroirs, ce qui nécessiterait un réglage parfait de l’appareil, Ce réglage serait difficile à établir et plus difficile encore à conserver dans un instrument de ce genre.
- C’est pour faire disparaître cette difficulté que M. Le Cyre a eu l’idée d’intervertir le rôle des miroirs. Pour cela, il suffit de disposer l’appareil de telle sorte qu’il puisse se retourner en changeant la lunette de place. La glace au-dessus de laquelle passaient primitivement les rayons directs devient alors celle qui fait subir une double réflexion à ces mêmes rayons déjà réfléchis sur l’autre glace.
- Le retournement peut être réalisé de bien des façons différentes, et M. Le Cyre a fait une étude complète de ces différentes méthodes.
- Dans l’appareil présenté à la Société, le retournement s’opère, bout pour bout, par un mouvement de rotation de 180 degrés autour d’un axe perpendiculaire au plan du triangle à résoudre.
- Les glaces ne sont étamées que sur une seule face et la lunette, transportée à l’autre bout du tube, reçoit directement les rayons venus de l’objet, ainsi que ceux que lui transmet, par double réflexion, la glace qui, primitivement, opérait seulement la première réflexion.
- Dans cette position, les images, directe et doublement réfléchie, vues dans la lunette, ne se trouvent plus en coïncidence et pour établir de nouveau leur superposition, il faut agir sur l’alidade qui déplace la glace mobile. On donne ainsi à celle-ci, par rapport à la position de parallélisme initial, une position symétrique de celle qu’elle occupait dans la première visée.
- On la déplace donc d’une quantité égale au double de son inclinaison première, c’est-à-dire d’une quantité égale précisément à la parallaxe. Il en résulte que si l’on se contente de lire l’angle qui mesure le déplacement du miroir mobile, à partir de la position qu’il a fallu donner à ce miroir dans la première visée, et non à partir d’une origine déterminée à l’avance, on obtient directement la valeur de la parallaxe, et cela sans qu’il soit nécessaire que le parallélisme des miroirs ait été réglé au début, ni que l’origine des graduations coïncide avec cette position de parallélisme. On fait donc disparaître ainsi les erreurs qui peuvent être dues au réglage de l’instrument.
- Ainsi, à la condition de faire deux visées rapides au lieu d’une, le télémètre Le Cyre peut faire connaître instantanément la distance d’un objet, sans qu’on ait à se préoccuper des erreurs de réglage et en doublant la précision habituelle des lectures ; ce qui équivaut à l’emploi d’un appareil de longueur double.
- Lien n’empêche d’ailleurs, si le but est fixe et si l’on dispose d’un temps suffisant, de multiplier les répétitions pour accroître, à volonté, la puissance des lectures.
- p.135 - vue 139/684
-
-
-
- 136
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- MARS 1881.
- M. Le Cyre a consacré à l’étude analytique complète du fonctionnement des appareils à retournement de ce genre une brochure publiée en 1867(1).
- Cette brochure est restée à peu près inaperçue pendant longtemps.
- Ce n’est qu’en 1875, qu’un lieutenant de vaisseau, M. Fleuriais, aujourd’hui capitaine de frégate, qui était envoyé en mission en Chine, pour l’observation du passage de Vénus, a attiré l’attention sur les recherches de M. Le Cyre.
- M. Fleuriais avait été frappé surtout de l’idée du retournement, parce qu’elle permettait d’établir un instrument qui, donnant les résultats par unv observation croisée, pouvait être manié comme le cercle ou le sextant et être employé pour la détermination des distances à bord des navires, malgré les mouvements de roulis et de tangage qui rendent impossible, dans ce cas, l’emploi des appareils connus.
- En tenant, en effet, l’appareil verticalement à la main et le manœuvrant comme un sextant, on peut arriver, avec un peu d’habitude, à maintenir dans le champ de la lunette les deux images, directe et réfléchie, de l’objet visé, images qui conservent toujours, comme dans le sextant, leur position relative, dans les déplacements oscillatoires dus aux mouvements du navire. On peut, par conséquent, malgré ces mouvements, établir la coïncidence des images, qui permet la déterminatien de la distance.
- Sur les conseils de M. Fleuriais, M. Le Cyre qui, jusqu’à ce jour, n’avait fait établir qu’un seul instrument, qu’il a décrit dans la brochure de 1867, fit exécuter l’appareil plus maniable du type qui est soumis aujourd’hui à la Société, et M. Fleuriais, l’ayant emporté dans sa mission, put vérifier que cet appareil était d’un emploi pratique à terre comme à bord.
- A terre, il put relever avec son aide, et sans attirer l’attention soupçonneuse des Chinois, le plan des environs de l’observatoire que la mission dont il faisait partie avait été autorisée à occuper à Pékin même.
- A bord, il put s’en servir pour déterminer les distances des points qui venaient en vue du navire où il se trouvait ; il put opérer, au mouillage, des relevés hydrographiques sans quitter le navire, et même il réusssit, la nuit, à évaluer instantanément la distance des lumières qu’on apercevait, au loin, dans l’obscurité, et à faciliter ainsi l’entrée du bâtiment dans les ports où il dut pénétrer de nuit.
- Il est à remarquer, en effet, que le télémètre Le Cyre peut faire connaître, même dans la nuit la plus profonde, la distance d’un point lumineux, comme le feu d’un phare ou d’un signal, sans qu’il soit nécessaire d’apercevoir aucun autre objet extérieur, puisqu’il suffit, pour mesurer cette distance, d’établir la coïncidence des deux points lumineux que forme, dans la lunette, la double image de la flamme aperçue.
- On conçoit toute l’importance de cette application, dans les différentes circonstances
- (1) Étude sur le télémètre à retournement par M. Le Cyre. (Gaulhier-Villars.)
- p.136 - vue 140/684
-
-
-
- 137
- ARTS ÉCONOMIQUES. — MARS 1881,
- de la navigation, tant pour les cas d’atterrissage que pour les cas de rencontres de navires en mer.
- L’appareil de 1 mètre de longueur, construit par M. Le Cyre, faisait connaître les distances avec une erreur moyenne de 30 mètres environ à 1 000 mètres.
- C’était un très-beau résultat, comparativement à ceux donnés par les appareils analogues. Dans ces conditions, l’instrument pouvait recevoir différentes applications dans le service de la marine et être avantageusement employé, par exemple, aux levés hydrographiques sous voiles.
- Sur le rapport de M. Fleuriais, le département de la marine fit donc construire un certain nombre d’appareils du même type. Ces mêmes instruments ont été mis aussi, depuis cette époque, en essai à l’étranger et ils viennent d’être officiellement adoptés par la marine hollandaise.
- Il y a donc là un premier pas fait vers la solution du problème difficile de la détermination des distances en mer, mais les erreurs données par les télémètres à base fixe de ce genre croissant comme le carré des distances, ces appareils ne pourraient, sous cette forme, donner une approximation suffisante pour servir à régler le tir de l’artillerie. L’instrument serait absolument insuffisant aux distances de 4 000 à 5 000 mètres qui sont devenues les distances pratiques de combat, au moins pour l’artillerie actuellement employée pour la défense des côtes, et qui sont loin de constituer la limite à laquelle il est devenu possible d’engager un combat d’artillerie.
- Les conditions spéciales de la défense des côtes permettant, d’ailleurs, d’installer dans les batteries, des instruments fixes de grandes dimensions, le service de l’artillerie de la marine fut conduit à demander à M. Le Cyre d’étudier la construction d’appareils de puissance suffisante pour permettre d’obtenir la mesure des distances en mer avec la précision nécessaire au tir de l’artillerie de côte, c’est-à-dire d’appareils devant donner une erreur inférieure à 100 mètres.Jusqu’à la distance de 5 000 mètres.
- Il fallait pour cela établir des appareils de 5 à 6 mètres de base. Ces appareils pouvaient être disposés, soit verticalement dans des espèces de pylônes, soit horizontalement dans des observatoires établis de façon à permettre de leur donner facilement l’orientation voulue.
- M. Le Cyre a étudié et construit des appareils de ces deux types, et l’on peut voir encore en ce moment, lorsqu’on voyage sur la ligne du chemin de fer de Soissons et qu’on a dépassé la station de Sevran-Livry, un pylône élevé renfermant un télémètre Le Cyre de 6 mètres de hauteur, que le service de l’artillerie de la marine a fait dresser, en cet endroit, pour des expériences spéciales.
- M. Le Cyre a réussi à combiner l’installation de ces appareils de telle sorte que, quelque soit le type choisi, ils comportent des organes optiques semblables, pouvant être indifféremment employés dans les deux cas et qui sont seulement installés sur des supports de formes et de dispositions différentes.
- p.137 - vue 141/684
-
-
-
- 138
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- MARS 1881.
- Pour faire disparaître les difficultés de montage et de réglage, et permettre même d’éviter la nécessité des doubles visées, avec retournement, dans le cas où le voisinage de l’ennemi ne permettrait pas de consacrer aux visées un temps suffisant, il a ajouté à ses appareils, en outre des organes de retournement, des organes de collimation qui permettent de vérifier, à chaque instant, si l’appareil a conservé son réglage, et de rectifier ce réglage s’il vient accidentellement à se déranger.
- Ces appareils, dont l’étude détaillée exigerait de trop grands développements, sont décrits dans un ouvrage que M. Jacob de Marre, capitaine d’artillerie de la marine, a consacré à la description de tous les instruments de mesure des distances connus à l’époque actuelle (1), et qu’il a offert à la Société d’encouragement; ceux que cette question intéresse y trouveront la description, non seulement des télémètres proposés et construits par M. Le Cyre, mais aussi celle des télémètres de presque tous les autres systèmes connus, et en particulier des appareils remarquables qu’a fait construire notre savant collègue M. le colonel Goulier, et qui s’appliquent à un cas différent de ceux qu’a considérés M. Le Cyre, celui où l’on peut prendre, sur le terrain, une base convenable pour la formation d’un triangle rectangle dont la distance à mesurer constitue l’un des côtés.
- Toutefois, il convient de mentionner encore les recherches que M. Le Cyre a faites pour appliquer aussi les derniers perfectionnements qu’il a apportés à ses appareils à deux cas particulièrement difficiles, celui de l’emploi des télémètres pour la guerre de campagne et celui de leur emploi à bord des navires.
- Pour le cas de la guerre de campagne, M. Le Cyre a imaginé un télémètre placé dans une voiture, qui peut suivre les batteries d’artillerie et être mis en station instantanément en un point quelconque.
- C’est une disposition analogue à celle due au général Berdan, et qui a été récemment mise en essai en Allemagne ; mais le télémètre Le Cyre, monté sur voiture, est pourvu d’organes de collimation et de retournement qui permettent de vérifier, à chaque instant, et de rectifier au besoin, le réglage de l’appareil. Si l’on dispose du temps nécessaire pour faire une double visée, les organes de retournement permettent d’obtenir, d’un appareil de h mètres de longueur, la précision que donnerait un appareil de 8 mètres, à simple visée. Les organes de collimation, d’autre part, permettent d’opérer, sans craindre de grandes erreurs, par lectures rapides, aux distances ordinaires. On peut se contenter habituellement de ce mode d’emploi de l’appareil : mais si l’ennemi s’éloigne et si le feu devient moins vif, on peut doubler la précision des mesures, au moment où l’erreur à craindre sur l'évaluation de la distance peut cesser d’être négligeable par le procédé de simple visée.
- (1) Des instruments pour la mesure des distances par M. Jacob de Marre. — Ch. Tanera, éditeur.
- p.138 - vue 142/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- MARS 1881.
- 139
- L’appareil peut d’ailleurs être construit à un prix beaucoup moins élevé que celui du général Berdan, dont la valeur s’élève jusqu’à 25 000 francs (1). •
- Pour le service à bord, M. Le Cyre a étudié les moyens de permettre l’emploi de télémètres puissants, malgré les difficultés qui résultent des oscillations des navires.
- Nous avons vu déjà que ses petits télémètres portatifs permettaient la mesure des distances à bord des bâtiments, mais c’était à la condition qu’ils fussent tenus à la main par un observateur assez exercé pour contre-balancer, par une impulsion convenable donnée à l’appareil, les effets combinés du roulis et du tangage.
- Un pareil moyen ne pourrait s’appliquer à un instrument de grandes dimensions, comme ceux que l’on est obligé d’employer pour obtenir la précision nécessaire pour régler le tir de l’artillerie actuelle.
- M. Le Cyre a cherché un système susceptible d’être appliqué à ces grands appareils pour permettre leur emploi à bord.
- Il est parvenu à surmonter les difficultés du problème, en considérant séparément les composantes du mouvement d’oscillation du navire, suivant deux axes rectangulaires situés dans un plan parallèle au pont, et en plaçant l’axe optique de la lunette d’observation parallèlement à l’une de ces directions, après avoir rendu tout l’appareil mobile autour de cet axe.
- Il résulte de cette disposition, qu’il est facile de faire suivre à l’instrument les mouvements d’oscillation qui se produisent perpendiculairement à l’axe optique, sans que l’observateur ait à déplacer son œil qu’il maintient ainsi facilement à l’oculaire de la lunette.
- Les mouvements d’oscillation que l’on combat ainsi sont généralement ceux qui présentent le plus d’amplitude. Un assistant dont l’œil est appliqué à une lunette à grand champ, fixée dans le plan de visée de l’appareil, perpendiculairement à la direction de la lunette de l’observateur principal, est chargé de cette opération, dont ce dernier n’a nullement à se préoccuper.
- Ce même assistant imprime aussi à l’appareil les mouvements d’orientation nécessaires pour suivre les évolutions du but visé, quand ces mouvements d’orientation ne peuvent être produits par la manœuvre même du navire ou de la tourelle tournante qui porte le télémètre et les bouches à feu.
- L’observateur principal voit dès lors constamment, dans le champ de la lunette d’observation, les images, directe et réfléchie, du but visé, et ces deux images n’ont plus, dans l’appareil, que des déplacements relativement lents et de peu d’amplitude.
- Malgré ces mouvements de déplacement, l’opérateur peut alors sans difficultés établir la coïncidence des deux images, au moyen de la vis micrométrique qui règle
- (1) Un télémètre Le Cyre sur voiture pourrait être probablement construit pour 6 000 francs, voiture comprise.
- p.139 - vue 143/684
-
-
-
- 140
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- MARS 1881.
- les déplacements relatifs des miroirs et, par suite, il peut déterminer, à chaque instant, la distance du but, distance que fait connaître la graduation de cette vis
- Pour les premières études de ce système, M. Le Cyre a fait construire un appareil de démonstration de 0m,50 de longueur qu’il soumet aujourd’hui à la Société et qui a servi à des expériences faites à Toulon, à bord du vaisseau-école des matelots-canonniers.
- Ces expériences ont été concluantes et leurs résultats ont conduit M. Le Cyre à établir les plans d’appareils de plus grande puissance applicables aux différents cas que peuvent présenter les conditions variées d’installation des navires pour l’établissement d’appareils de ce genre.
- La Société n’a pas à entrer dans l’examen de ces projets qui n’ont pas, jusqu’à ce jour, été réalisées et qui sont seulement indiqués, d’une façon sommaire, dans l’ouvrage de M. Jacob de Marre.
- Votre Comité ne pouvait donc étudier que le mode de construction de l’appareil de démonstration qui lui a été présenté, ainsi que le fonctionnement des appareils portatifs qui ont été mis à sa disposition.
- Tous ces appareils sont basés sur des principes rigoureux ; leur mode de construction est parfaitement entendu et tout concourt à assurer, dans leur emploi, une grande précision. Les essais qui ont été faits sur les appareils portatifs, par les soins de votre rapporteur, ont montré que le mouvement de ces instruments est facilement compris et que des observateurs arrivent très vite à faire des lectures concordantes, à une ou deux divisions près de la vis micrométriqne, c’est-à-dire avec une erreur angulaire inférieure à huit ou dix secondes.
- Le retournement s’opère très rapidement et, avec l’instrument d’un mètre de longueur, un seul observateur, effectuant les deux visées, détermine, en moins d’une demi minute, l’éloignement d’un objet dont la distance n’est pas supérieure à 3000 ou 4000 mètres.
- Si l’objet visé est mobile et qu’on effectue sur lui des visées successives, en retournant à chaque fois l’instrument, chacune de ces visées donne immédiatement la distance au moment où on l’effectue.
- Il suffit, à cet effet, de lire sur la table que porte l’instrument, le nombre qui correspond à chacune des lectures faites sur le tambour de la vis micrométrique.
- La précision obtenue dans ces mesures varie naturellement avec la distance ; on a pu vérifier que, pour une distance de 1000 mètres, l’erreur moyenne est environ 30 mètres et qu’elle atteint près de 100 mètres à 2000 mètres, comme l’indique la théorie.
- L’instrument peut être placé sur un pied ou porté à la main, en le tenant suspendu verticalement; c’est cette dernière disposition qu’on emploie habituellement à bord des navires ; toutefois on peut aussi le placer, dans ce cas, sur un pied spécial que M. Le Cyre a imaginé et qui permet d’imprimer à l’appareil les mouvements d’oscillation néces-
- p.140 - vue 144/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. — MARS 1881. 141
- saires pour apercevoir constamment la double image du but, malgré les mouvements de roulis et de tangage, sans imposer à l’œil de l’observateur des déplacements sensibles. Ce résultat est obtenu en combinant le support de telle sorte que les mouvements d’oscillation aient sensiblement pour centre la position de l’oculaire de la lunette d’observation. :
- Les excellents signaux fournis, la nuit, par les becs de gaz d’un de nos grands boulevards ont permis de vérifier que l’instrument donne, avec une facilité remarquable, la distance d’un point lumineux visible dans l’obscurité.
- M. Le Gjre a, tout récemment encore, apporté un nouveau perfectionnement à cet appareil, pour les visées de jour, en le munissant d’une lunette astronomique pourvue d’un diaphragme longitudinal, qui a pour effet de donner seulement des moitiés d’image et d’éviter ainsi les difficultés de superposition de deux images complètes.
- Avec cette disposition, et comme lorsqu’on fait usage d’une lunette de Galilée, l’image directe ne comprend que l’une des moitiés de l’objet visé et l’image doublement réfléchie ne donne que l’autre moitié ; ces deux moitiés d’image conservent ainsi toute leur vivacité de teinte et il est extrêmement facile de les juxtaposer de façon à reconstituer l’image complète. .
- On réalise ainsi, avec une lunette astronomique, les conditions favorables qu’assure l’emploi de la lunette de Galilée, tout en conservant l’avantage, que cette dernière lunette ne donne pas, de pouvoir obtenir de forts grossissements sans réduire considérablement le champ de l’instrument.
- Des expériences intéressantes ont pu être faites également sur l’appareil destiné à démontrer le principe de l’établissement de télémètres rendus oscillants autour de l’axe optique pour permettre d’opérer la décomposition, suivant deux axes rectangulaires, des mouvements d’oscillation des navires.
- En plaçant cet appareil sur un support auquel on imprimait des mouvements rhythmés simulant les oscillations d’un navire, on a constaté qu’il était facile, à l’observateur et à son assistant, d’arriver à maintenir, dans le champ de l’instrument, la double image de l’objet visé. L’assistant parvient aisément [à suivre les mouvements d’oscillation avec sa lunette, dans le sens perpendiculaire à l’axe optique de l’appareil, et l’observateur principal, qui a l’œil dirigé suivant cet axe, n’a aucun mouvement à exécuter. .
- En résumé, les appareils présentés par M. Le Gyre constituent une solution remarquable du problème de la mesure de la distance d’un point inaccessible, tant par la précision relative qu’ils assurent, étant donnée la faible valeur de la base employée, que par les ingénieuses dispositions qui permettent de les appliquer dans les conditions de fonctionnement spécialement difficiles qui se rencontrent à bord des navires.
- La propriété dont ils jouissent de pouvoir mesurer la distance d’un point lumineux isolé, visible dans l’obscurité et de donner instantanément cette distance, si l’on se
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Mars 1881.
- 19
- p.141 - vue 145/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. --- MARS 1881.
- m
- contente d’une première approximation, que l’on peut ensuite accroître en ayant recours au retournement, les rend susceptibles d’être très avantageusement utilisés dans les circonstances critiques de la navigaiion, telles que les cas d’atterrissage pendant la nuit ou les cas de rencontre d’autres navires, et il est certain que, sous ce rapport, la présence, à bord d’un navire, d’un petit télémètre portatif, semblable à ceux qui ont été expérimentés, pour la première fois, sur nos navires de guerre et qui viennent d’être adoptés aussi pour le service de la flotte en Hollande, constituerait un accroissement sérieux de sécurité.
- Votre Comité pense donc que ces appareils sont susceptibles d’utiles applications et il vous propose, en conséquence, d’autoriser l’insertion du présent Rapport dans le Bulletin de la Société, avec les dessins nécessaires pour faire comprendre le mode de construction de ces intéressants appareils.
- Signé : Sebert, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 11 février 1881.
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA PLANCHE 126 RELATIVE AUX TÉLÉMÈTRES DE M. LE CYRE, ET DÉTAILS SUR LE MANIEMENT DES INSTRUMENTS A BORD.
- Télémètre portatif. (Cet instrument est représenté figure 1.)
- Description.
- T, tube en. poirier à section carrée, aux extrémités duquel sont fixés les deux miroirs.
- «, alidade en bois, de 50 centimètres de longueur, terminée par un bec en bronze et sur laquelle est monté un des miroirs en M.
- V, vis micrométrique munie de son cadran divisé.
- S, ressort antagoniste.
- Tous deux sont montés sur une même pièce de cuivre.
- Le bec de l’alidade est saisi entre la pointe de la vis et le ressort. La paroi brisée du tube permet de voir cette installation. L’autre miroir est mobile au moyen d’une disposition semblable, mais par une vis de rappel v.
- v, vis de rappel munie d’un petit cadran de repère.
- L, lunette mobile grossissant environ douze fois.
- Elle se visse dans la bague z, qui est armée d’une tige, laquelle s’engage à frottement doux dans le petit tube j.
- j, logement de la lunette muni de rappels analogues à ceux d’une lunette de sextant.
- p.142 - vue 146/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- MARS 1881.
- 143
- Lorsque dans les deux positions, on a obtenu le champ libre et les images de même intensité, il n’y a plus à toucher à ces rappels.
- t, est une petite tige, dite tige de stabilité, adaptée à la lunette L et portant à son extrémité un bouton de caoutchouc que l’on appuie sur le front afin de maintenir l’œil toujours en face de l’oculaire.
- pp -'PiPiP^Pi* petites poignées facilitant la tenue du tube et protégeant le mécanisme extérieur.
- Fig. 2, représente une courroie qui se passe autour du cou.
- Les poignées p%pK s’engagent successivement dans l’anneau de cette courroie ; de sorte que les bras ne supportent point le poids du tube.
- Maniement.
- La fîg. 1 représente l’instrument vertical, la lunette en place pour la première visée. On a mis la vis micrométrique au zéro. La main gauche saisit le tube à la hauteur des poignées pAp%.
- La poignée p3 passée dans l’anneau de la courroie. Le doigt du milieu de la main droite soutenant légèrement cette poignée, l’index et le pouce restant libres pour tourner la vis de rappel.
- Le front est appuyé sur la tige de stabilité. Cette tenue du tube permet de maintenir une image dans le champ avec plus de facilité et moins de fatigue qu’en se servant d’une longue-vue ordinaire de même grossissement.
- En visant le point dont on veut connaître la distance, on verra généralement de ce point deux images, que l’on superposera au moyen de la vis de rappel.
- On retournera le tube (dans le plan de la figure) et à l’instant où il est renversé, la lunette en bas, on retirera celle-ci pour la mettre devant le miroir supérieur.
- On engagera la poignée pA dans l’anneau de la courroie.
- Dans cette position la vis micrométrique est du côté de l’observateur.
- Par le fait de ce retournement, le rôle des miroirs se trouve interverti, et on voit les deux images séparées du double de la parallaxe.
- En tournant la vis micrométrique, on rétablit la superposition. On lira sur le cadran le nombre de divisions parcourues. Cherchant ce nombre sur une table collée sur le tube, on trouvera en regard la distance.
- Le pas delà vis est de 1 millimètre, comme elle est placée à 50 centimètres du centre de rotation de l’alidade, il s’en suit qu’un tour de la vis déplace angulairement Fali-
- 1 . „ dade de —, soit 412 .
- 5uU
- Le cadran étant divisé en cent parties, chacune de celles-ci vaut donc 4", 12. Ce qui correspond dans la lunette à un déplacement double soit 8”,2.
- Il est admis que les pointés à l’œil nu se font avec une incertitude de l',5 à 2'.
- p.143 - vue 147/684
-
-
-
- 144
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- MARS 1881.
- Avec une lunette grossissant douze fois, on sera en droit de s’attendre à une précision d’observation qui ne laissera sur les résultats qu'une incertitude de + 8" à 10" environ. Attendu qu’il ne peut exister dans l’instrument aucune autre cause d’erreur, que l’erreur de pointé.
- Il est intéressant de se former une idée des écartements d’images que l’on sera appelé à observer.
- Quand un objet est éloigné de mille fois sa grandeur, l’angle sous lequel il est vu ou sa parallaxe est de 206".
- Nos miroirs étant fixés à 1 mètre l’un de l’autre, l’angle sous lequel cette base serait vue d’un point distant de 1000 mètres serait donc de 206".
- Or, après retournement, on observe dans la lunette un écartement des deux images du double de celte parallaxe, soit 412".
- On admet généralement 30 centimètres pour la distance moyenne de la vue distincte.
- En supposant l’œil à 30 centimètres de la figure, le tableau suivant montre les écartements des images correspondants à diverses distances :
- Ëcarlemenl clés images.
- Ecart des traits.
- 1,8 mill. 3,6 — 7,2 -14,4 —
- Distances,
- 4 000 mètres,
- 2 000 —
- 1 000 —
- 600 —
- Lorsqu’on observe un point mobile qui n’est pas très éloigné, on peut tenir compte du mouvement relatif de l’observateur et du point.
- On fera trois pointés en prenant les intervalles de temps entre deux pointés consécutifs. On a ainsi les éléments d’une petite correction que l’on fait à vue sur la dernière lecture. Et on obtient la distance au moment même du dernier pointé, ainsi que la vitesse relative de l’observateur et du point.
- On pourra continuer les observations conjuguées, chaque pointé se combinant avec le précédent donnera immédiatement une distance.
- Si celle-ci vient à descendre au-dessous de 1 000 mètres, on se dispensera du retournement. L’observation simple suffira, à moins qu’il n’y ait intérêt à avoir plus de précision.
- La vis de rappel est munie d’un cadran de repère, afin de retrouver à volonté la position des miroirs voisine du parallélisme.
- Sans le secours d’aucun objet extérieur au navire, on peut même trouver cette po-, sition d’une manière rigoureuse. Il suffit de fixer aux extrémités d’une règle deux collimateurs dont les axes optiques soient sensiblement parallèles et distants de 1 mèt.
- p.144 - vue 148/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. — MARS 1881.
- 145
- Avec le télémètre, on mesure par une observation croisée l’angle des axes optiques des collimateurs.
- Cette observation aura donné, par exemple, 72 divisions pour le parcours de la vis micrométripue dans le sens de la division. On ramènera le micromètre en arrière à la division 36. Les images des réticules des collimateurs se sépareront, on les superposera de nouveau en tournant la vis de rappel, de sorte que le micromètre revenant au zéro, les miroirs seront exactement parallèles.
- Ceci aurait un certain avantage ; c’est que le premier pointé de l’observation croisée donnerait déjà un résultat approché.
- Yoici un exemple numérique complet de l’usage du télémètre dans le cas le plus intéressant. Soit par une nuit brumeuse l’apparition subite d’un feu dans la direction-de l’avant. On ignore si ce feu est fixe ou appartient à un navire en marche.
- Le télémètre est préparé. La vis de rappel à son trait de repère, le micromètre au zéro. Les miroirs sont donc sensiblement parallèles. On saisit l’instrument; le micromètre du côté de l’observateur, on vise le feu.
- On voit les images écartées, et avec quelque habitude de ces sortes de pointés, d’un coup d’œil on se forme déjà une idée de l’éloignement. Soit, par exemple, cet écartement :
- Ecartement des traits,
- 2 mill. 7
- ! I
- On peut annoncer de suite que la distance du feu sera comprise entre 1 500 et 1 000 mètres environ.
- On superposera les images en tournant le micromètre, celui-ci s’arrêtera à la division 19.
- On doublera ; avec le nombre 38 on entrera dans la table, et on trouvera 1 320 mètres pour première approximation de la distance.
- Si le temps est favorable ; on retournera rapidement l’instrument afin de compléter l’observation croisée.
- Mais si le vent et le roulis rendent les observations difficiles, de sorte qu’il y ait forcément un assez grand intervalle entre les pointés, on commencera la série des observations conjuguées.
- Afin d’abréger les opérations, on tournera seulement le micromètre, et on lira la somme des excursions de part et d’autre du zéro entre deux pointés.
- Admettons que les observations aient donné :
- Le premier parcours micrométrique.................
- L’intervalle entre le premier et le second pointé.. .
- Le second parcours micrométrique..................
- L’intervalle entre le second et le troisième pointé. .
- 40 divisions. 16 secondes. 46 divisions. 14 secondes.
- On divisera la différence des lectures par la somme des intervalles,
- p.145 - vue 149/684
-
-
-
- m
- ARTS ÉCONOMIQUES. — MARS 1881.
- En multipliant ce quotient par le dernier intervalle, le résultat sera le nombre qu’il faudra ajouter à la dernière lecture, soit donc
- 46 — 40 16 + 14
- = 0,2 X 14 = 2d,5
- ou en nombre ronds 3. Nous entrerons dans la table avec le nombre 49 et nous trou-verons 1 020 mètres pour la distance au moment même du dernier pointé.
- Division» Extrait de la table. Distances
- du en Différences.
- cadran. mètres.
- — — —
- 36 1 390 »
- 38 1 320 70
- 40 1 250 70
- 42 1 190 60
- 44 1 140 50
- 46 1 090 50
- 48 1 040 50
- 50 1 000 40
- 52 960 40
- 54 930 30
- 56 890 40
- 58 860 30
- 60 830 30
- En doublant le quotient de la différence des lectures par la somme des intervalles, soit :
- 46 — 40 16 + 14
- = 0,2X2 = 0j,4
- on aura la variation de parallaxe pendant l’unité de temps.
- Or, on voit plus haut, sur la table, qu’aux environs des lectures, 2 divisions correspondent à une variation moyenne de distance de 50 mètres.
- 50
- On aura donc — X 0,4 — 10 mètres.
- Ainsi le feu en vue et le navire sur lequel se trouve l’observateur se rapprochent l’un de l’autre avec une vitesse de 10 mètres par seconde.
- On cessera les observations conjuguées, mais on continuera les observations simples c’est-à-dire sans opérer de retournement.
- Les images étant de nouveau séparées, il faudra pour rétablir la superposition tourner le micromètre de 5 divisions.
- Doublons ce nombre et avec :
- p.146 - vue 150/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. — MARS 1881.
- 147
- 46 4- 3 + 10 = 59
- on entrera dans la table et on trouvera 875 mètres pour la nouvelle distance, etc.
- En résumé, si le point mobile visé est assez éloigné pour que la variation de distance entre les pointés se confonde avec les erreurs d’observation, on fera des observations croisées indépendantes.
- S’il n’en est pas ainsi, on fera des observations croisées conjuguées, comme on vient de l’exposer.
- Et aux petites distances, des observations simples, sans retournement, suffiront.
- Dans ces explications, nous avons parlé de pointés par superposition d’images ; mais si la forme dès objets visés s’y prête, on prendra des contacts.
- Et en faisant basculer légèrement un des miroirs, une des images déborde un peu sur l’autre ; et on pointera par juxtaposition.
- Ce dernier mode de pointé donne généralement les meilleurs résultats.
- Les déformations du tube, dues à une inégale distribution de la température, n’ont évidemment pas d’influence sur l’observation croisée ; il suffit seulement qu’entre deux pointés le tube ne se déforme pas.
- Quoique dans le bois la propagation de la chaleur soit lente, quand on opérera en plein soleil, il ne faudra pas mettre trop d’intervalle entre les pointés. Si cela n’est pas possible, on fera bien de protéger le tube.
- Télémètre oscillant autour de Taxe optique.
- Description.
- La fîg. 3 représente cet appareil en projection horizontale.
- La fîg. 4 est une élévation vue du côté du but. „
- La fîg. 5 est une coupe par le milieu, suivant AB, vue du côté de l’observateur.
- Les mêmes lettres désignent les mêmes objets sur les figures 3, 4, 5.
- U, est le tube en bois aux extrémités duquel sont fixées les glaces.
- G, G', sont les glaces montées sur des cadres de cuivre noirci. Elles sont étamées des deux côtés, de manière que sur chacune il y ait un grand et un petit miroir inversement disposés. Au-dessous du petit miroir, l’étamage est enlevé, la glace est transparente.
- m, m', sont des boîtes fermées; dans chacune se trouve un micromètre semblable à celui du télémètre portatif (fig. 1).
- Q,Q', sont deux planches supportant l’axe r de retournement du tube U.
- E,E', pièces de cuivre auxquelles sont fixées les planches Q, Q'. Ces pièces font partie de l’axe d’oscillation à travers lequel passe la lunette O d’observation. Elles portent de petits butoirs, qui soutiennent encore les extrémités du tube.
- p.147 - vue 151/684
-
-
-
- 148
- ARTS ÉCONOMIQUES. — MARS 1881
- P, P', sont deux poutres, supportées par une pièce de fer que traverse l’axe de direction fixé au trépied qui porte tout le système.
- Les trois branches du trépied sont réunies par un cercle de cuivre sur lequel une pince n peut arrêter à volonté tout l’appareil tournant. Ce cercle peut être divisé pour faciliter des relèvements.
- La fig. 5 fait comprendre ces dispositions.
- Comme l’axe optique est pris pour axe d’oscillation, il s’ensuit que le tube U est un peu incliné par rapport aux planches supports Q, Q', ainsi qu’on le remarque fig. 3.
- C, est un accotoir que l’observateur ajuste à sa guise, sur lequel il appuie le front et le côté droit de la tête.
- C', est l’accotoir de l’assistant, il est fixé sur la manivelle K montée sur l’axe d’oscillation du système.
- O, est la lunette de l’observateur, elle grossit quinze fois.
- O', est la lunette de l’assistant, elle grossit trois fois.
- Maniement.
- Les opérations sont les mêmes qu’avec le télémètre portatif. Ce qui distingue ce nouvel appareil, c’est la manière dont on maintient les images dans le champ, quelque soit l’amplitude des mouvements du navire.
- Nous savons qu’on peut retrouver à volonté la position de parallélisme des miroirs. Ici l’appareil s’y prête très facilement. Deux collimateurs se fixent sur la poutre P, de sorte qu’ils sont en contre-bas, et qu’il faut incliner le tube de 45 degrés, pour cette opération, que l’on peut faire à tout instant; toujours au moyen de l’observation croisée.
- Ces collimateurs sont mobiles, on les adapte quand on en a besoin.
- Sur la fîg.#5, seulement, leur position / est indiquée en ligne pointée.
- La lunette de l’assistant est réglée perpendiculairement à l’axe optique. Son réticule est composé de quatre fils qui, se croisant, forment un carré dont le côté sous-tend un angle égal au champ de la lunette de l’observateur.
- La fig. 3 montre la marche des rayons incidents, qui viennent dans la direction des flèches frapper les glaces perpendiculairement à l’axe optique.
- L’assistant dirige sa lunette sur le but et maintient l’image au milieu du carré des fils. Pour cela, il lui suffit de saisir la manivelle K, d’appuyer son front et le côté droit de la tête contre l’accotoir, puis de tenir le haut du corps droit, ou plutôt toujours perpendiculairement à Taxe optique.
- Il n’y a pas à tourner ia manivelle qui doit rester sensiblement immobile par rapport au plan d’observation.
- Il en résulte que le navire, animé d’une rotation autour d’un axe parallèle à l’axe optique, entraîne l’appareil, sauf le tube. S’il existe une rotation autour d’un axe pa-
- p.148 - vue 152/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. --- MARS 1881.
- 149
- rallèle aux rayons incidents, l’appareil tout entier est entraîné dans cette direction.
- Cette rotation ne faisant pas sortir les images du champ, il n’y a pas à s’en préoccuper.
- L’observateur, la tête appuyée contre son accotoir, regarde dans sa lunette, ayant ainsi l’objet visé à sa droite.
- La fig. k fait voir sur les glaces la position des miroirs.
- Le petit miroir est à la partie supérieure de la glace et donne une première image simplement réfléchie.
- A travers la partie transparente, le grand miroir envoie une seconde image simplement réfléchie.
- L’observateur les superpose, en tournant la vis du micromètre m.
- Si les miroirs ont été rendus parallèles, une première lecture fournira déjà une valeur approchée de la distance.
- On retournera le tube; l’observateur, agissant sur le micromètre m', complétera l’observation croisée.
- Comme on le voit, cet appareil est à réflexion simple, il y a donc moins de lumière de perdue ; et, bien que la lunette du télémètre soit une fois et demie plus forte que les lunettes des cercles et des sextants de grand modèle, on est frappé de la différence d’éclat et de netteté des images, quand on compare les pointés du télémètre à ceux de ces instruments à double réflexion.
- Dans les télémètres que représente la planche 126, la distance des miroirs est de 1 mètre ; mais on peut, sans difficulté, construire un télémètre oscillant où les miroirs seraient distants de 2 mètres.
- Voici un tableau des écartements que l’on observe à diverses distances, après retournement; les lunettes grossissant quinze fois.
- L’œil est toujours supposé à 30 centimètres de la figure.
- DISTANCES.
- Télémètre de Télémètre de Ecartement des images. Ecartement des traits.
- 1 métis. 2 mètres.
- mètres. mètres. m iÜ.
- 4 000 8 000 1 1 2,2
- 2 000 4 000 1 1 4,5
- 1 000 2 000 1 1 9
- SOO 1 000 1 1 18
- L’appareil oscillant étant muni d’un cercle, on peut, en mesurant la distance, prendre un relèvement.
- De sorte que la nuit, en suivant un feu appartenant par exemple à un navire en marche, on déterminera la route relative, attendu que l’on possédera pour cela les deux éléments nécessaires, la direction et la distance.
- Tome Vllt. — 80e année. 3e série. — Mars 1881.
- 20
- p.149 - vue 153/684
-
-
-
- 150
- NÉCROLOGIE. — MARS 1881.
- La connaissance de cette route relative, devenant de plus en plus exacte à mesure que les navires se rapprochent, permettrait pour éviter une rencontre, de ne plus compter autant sur la disposition des feux de couleurs.
- NÉCROLOGIE.
- NOTICE SUR M. PALIARD, MEMBRE DU COMITE DES ARTS ÉCONOMIQUES.
- M. Paliard, Victor, Louis, né à Paris en 1813, après avoir fait ses études au collège de Versailles, étudia l’architecture dans l’atelier d’Abel Blouet et fut, en même temps, adjoint comme dessinateur à la Préfecture de Police, et, plus tard, comme inspecteur aux travaux de la Chambre des Députés. Il ne quitta pas cependant le service d’architecture de la Préfecture auquel il fut attaché pendant quarante-huit ans. Nommé, en 1865, architecte en chef, il fut membre, de droit, du Conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine. La maladie l’avait obligé h prendre sa retraite au printemps de 1880; mais le Conseil d’hygiène, voulant lui donner un témoignage de profonde sympathie, l’avait nommé membre titulaire.
- Membre de la Société centrale des architectes, il obtint une médaille à la première exposition de Londres, en 1851, et fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, en 1865 ; ancien membre de la Commission des logements insalubres, il fit partie de la Société française d’hygiène dès sa constitution, et prit une part très active aux travaux de cette Société.
- Comme architecte, il construisit de nombreuses maisons dans Paris, restaura l’Hôtel des Ventes mobilières, édifiâtes marchés emfer de l’Ile de la Réunion ; en 1852, il restaura le théâtre du Gymnase et le théâtre des Variétés. Sa grande expérience des affaires, l’étude spéciale qu’il avait faite de toutes les questions d’hygiène rendaient son concours précieux à l’Administration à laquelle il resta attaché pendant près d’un demi-siècle, et à toutes les Sociétés dont il faisait partie.
- Cette autorité, généralement reconnue, amena son admission, en 1869, dans le Comité des arts économiques de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale. Il en fut, depuis cette époque, un des membres les plus zélés et les plus utiles, et pendant douze années il fit de nombreux rapports au Conseil de cette Société, qui sont insérés dans la collection de ses bulletins. Il y a traité principalement des questions relatives à l’art des constructions ou à la sécurité et à l’hygiène publiques, notamment de celles qui
- p.150 - vue 154/684
-
-
-
- PHYLLOXERA.
- MARS 1881.
- 151
- concernent la sécurité dans les théâtres, l’assainissement des constructions humides, les moyens de prévenir les dangers d’incendie ou de les atténuer, l’extinction des feux de cheminée, et il fit proposer un prix par la Société pour amoindrir les chances de ce dernier genre d’accident.
- M. Paliard est mort le 15 septembre 1880, en laissant de vifs regrets à ses collègues dans le Conseil d’administration de la Société d’Encouragement, ainsi qu’à tous ceux qui l’ont connu et qui ont pu apprécier sa bienveillance sympathique, son affabilité et le soin scrupuleux qu’il apportait dans toutes les affaires dont il était chargé.
- PHYLLOXERA.
- CRÉATION DE SYNDICATS.
- M. Moullon, président du tribunal de commerce de Cognac, a obtenu, dans sa propriété de Vitis-Parc, de magnifiques résultats en traitant ses vignes par les insecticides.
- La commune de Bréville, ayant organisé une réunion dans le but de se concerter sur les moyens à employer pour conserver ses vignobles, en grande partie intacts, a invité M. Moullon à venir présider cette réunion et à vouloir bien lui donner ses avis sur cette importante question.
- M. Moullon, si compétent en cette matière et toujours disposé à aider les viticulteurs de ses lumières, s’est rendu à l’invitation qui lui était faite et, dans une allocution que nous reproduisons ci-dessous, a exposé d’une manière aussi claire que savante les divers moyens de combattre le fléau.
- Le résultat de cette réunion est qu’à la suite des avis de M. Moullon, plusieurs personnes de Bréville ont demandé à se constituer en syndicat.
- Messieurs, on se plaint beaucoup, et ce n’est malheureusement pas sans raison, de l’état déplorable de nos vignes. Cette question, capitale au point de vue de la production et du commerce du pays, vous a préoccupés et vous a engagés à demander l’avis d’un modeste viticulteur qui n’a d’autre mérite, en outre de votre gracieuse bienveillance, que celui du désir de faire tout ce qui peut lui être possible dans l’intérêt du pays, en signalant à votre attention, un procédé pouvant sauver vos vignes des désastres occasionnés par le phylloxéra et qui, chez lui, a toujours donné de bons résultats.
- Les ravages du phylloxéra sont tellement considérables qu’il est à craindre qu’avant peu, les vignes ne disparaissent complètement et n’entraînent avec elles, sans compter
- p.151 - vue 155/684
-
-
-
- m
- PHYLLOXERA.
- MARS 1881.
- le préjudice qu’en éprouverait la fortune de l’État, la ruine de nos riches contrées. On ne comprend donc pas combien est grande l’indifférence des viticulteurs, qui. si travailleurs naguère et si heureux du gain que leur procurait leurs vignobles, assistent, pour ainsi dire, impassibles à la destruction — quelque fois lente, mais toujours certaine — du précieux arbuste.
- Je ne m’explique pas cette indifférence. Il est vrai qu’un grand nombre d’idées, aussi fausses les unes que les autres, ont été émises sur le phylloxéra, et, le plus souvent, sans qu’on se rendît bien compte de l’effet de l’insecticide. Il en est résulté que lés traitements divers n’ont pas arrêté la marche progressive de l’insecte destructeur.
- Parmi ces diverses idées, il en est une très-dangereuse, qui, présentée sous une forme assez ingénieuse, tendrait à démontrer que le phylloxéra n’est pas la cause de la disparition des vignobles : que l’insecte est le résultat de l’état maladif de la vigne, de l’épuisement du sol, dit-on, et qu’il suffit, en conséquence, de reconstituer par les engrais le sol appauvri pour voir revenir à la santé les vignes malades; d’autres, sans se préoccuper de la présence de l’insecte, croient chaque année à la reprise des vignes; d’autres, oubliant le précepte : « Aide-toi, Dieu t’aidera, » disent : « Celui qui a mis l’insecte l’ôtera, et demeurent dans une complète inertie. »
- Ces divers raisonnements ont pu trouver des adeptes — ils sont malheureusement trop nombreux, — mais peuvent ils subsister à un raisonnement approfondi? A ce sujet, l’honorable M. Maufras, dans une brochure très-bien écrite, dit : « Qu’en toute chose, en effet, il faut, avant d’émettre une opinion, bien observer et bien constater. On doit n’admettre un fait comme, réel que lorsqu’il aura été bien vu et bien vérifié, et non pas seulement parce qu’il est possible ou parce que des analogiess plus ou moins exactes en font supposer l’existence. D’ailieurs, pour tous ceux qui ont suivi les ravages du phylloxéra, il a été facile de reconnaître que cette théorie n’était pas possible. On a pu remarquer, en effet, que les meilleurs terrains étaient aussi bien envahis que les mauvais, et même que ies premières traces phylloxériques étaient constatées, sur certains points, dans d’excellents vignobles, jeunes encore, très-souvent plantés dans des terres vierges de vignes, et qui avaient été constamment amendées. Si l’épuisement du sol était la cause de la maladie, ces vignobles devraient sûrement être préservés. Ils sont anéantis comme les autres. »
- Vous le voyez, Messieurs, il faut nécessairement reconnaître que l’épuisement du sol est une utopie émise par des publiscites qui ne connaissent ni le phylloxéra, ni sa marche destructive, ni même l’arbuste qu’ils veulent défendre. Qu’est-ce donc que le phylloxéra? C’est un ennemi implacable qui a déjà détruit des milliers d’hectares de nos précieux vignobles et se prépare à ravager ce qui reste encore des vignes plus ou moins attaquées.
- Partout où les vignes sont atteintes, on trouve sur les racines un insecte qui ne les quitte qu’au moment où elles sont trop épuisées et impuissantes à nourrir ses nom-
- p.152 - vue 156/684
-
-
-
- PHYLLOXERA.
- MARS 1881.
- 153
- breuses générations. Il arrive alors que des vignes que l’on croyait mortes, étant débarrassées momentanément de l’insecte, ont donné quelques rameaux qui ont fait croire à quelques viticulteurs à une reprise, ce qui ne peut pas être, car l’instinct d’un tel ennemi est tel que, peu après la reconstitution des radicelles, il revient et ravage à nouveau.
- Le phylloxéra, disent tous les hommes compétents, est d’origine étrangère. C’est une importation. Cette question ayant été résolue d’une façon affirmative, je ne vois pas l’utilité de vous la développer; mais, ce que je crois nécessaire de vous dire, c’est que jamais, avant l’invasion qui date, pour le Midi de la France, de 1863, et, pour notre zone, de l’année 1868, nos vignes n’avaient été atteintes de ce puceron. Par suite, le phylloxéra ne peut pas être un ennemi passager qui serait déjà venu pour nous visiter et aurait cessé pour reparaître à notre époque. Cette doctrine, qui est celle de plusieurs vignerons qui aiment aussi à se faire quelques illusions sur le désastre qui les atteints, est tout à fait erronée et, si j’avais le loisir de vous le démontrer, je vous prouverais, par le témoignage d’hommes compétents, que le phylloxéra est d’origine américaine, qu’il a été importé en France dès que la facilité des transports a permis d’amener des vignes américaines non plus seulement à l’état de boutures, mais par pieds complets et enracinés.
- Je ne vois pas non plus l’utilité de ‘vous indiquer comment l’on reconnaît les taches ou points d’attaque, chacun de vous étant fixé à cet égard : mais, ce que vous avez besoin de connaître, afin de pouvoir le combattre plus efficacement, ce sont ses transformations diverses et les époques où elles ont lieu.
- M. Blanchon les établit comme suit :
- 1° Etat de larve ;
- 2° Femelle pondeuse aptère ;
- 3° Nymphe;
- à0 Femelle ailée;
- 5° Individu sexué.
- Le mal est propagé par la femelle ailée vers le milieu de septembre. Elle pond quatre ou cinq œufs de grosseurs différentes qui éclosent huit ou dix jours après et donnent naissance à des individus sexués; la femelle de ces nouveaux individus est ensuite elle-même fécondée et dépose sur un cep, à quelques centimètres du sol et sous l’écorce, un œuf unique, après quoi elle meurt. Cet œuf pondu au mois d’octobre, appelé œuf d’hiver, éclot au mois d’avril suivant ; il donne naissance à une larve qui se transforme, quelques jours après, en femelle pondeuse aptère. En cet état, telle est sa merveilleuse fécondité qu’une seule femelle peut, par ses générations, du mois d’avril au mois d’août, donner naissance à plus de 20 millions d’individus.
- Ces faits démontrent les innombrables désordres que l’insecte peut occasionner aux vignes; ils démontrent l’utilité qu’il y a à enrayer une telle invasion par des traite-
- p.153 - vue 157/684
-
-
-
- 154
- PHYLLOXERA.
- MARS 1881.
- ments sérieux, rationnels, faits du 1er avril à fin mai, soit par le sulfure de carbone, qui a donné chez l’honorable Dr Menudier, au Plaud-Chermignac, de splendides succès soit par les sulfocarbonates de potassium, dont j’ai lieu de m’applaudir.
- Il est fâcheux de constater, dans le camp des régénérateurs de nos vignobles, des disputes continuelles au sujet des divers traitements employés pour guérir la vigne. Je crois qu’il vaudrait bien mieux se réunir pour combattre l’ennemi commun que se diviser. Ceux ci trouvent le remède suprême dans le sulfocarbonate, ceux-là dans le sulfure de carbone ; les uns ne voient le salut que dans la propagation des cépages exotiques, les autres dans les immersions. Tous les partisans absolus de ces divers systèmes s’attaquent vigoureusement et se disent même parfois des choses dans lesquelles ne domine pas la plus grande courtoisie. C’est qu’il y a les intérêts et, lorsque les intérêts dominent, on n’est malheureusement pas parlementaire. Chacun prêche alors pour son saint et proclame avec le plus grand enthousiasme qu’il faut prendre son ours, quoique cet ours ne soit pas toujours aussi privé qu’on pourrait le désirer. C’est vraiment à en rire quand on examine de sang-froid toutes ces discussions réellement nuisibles à l’intérêt que l’on a en vue.
- Quant à moi, persuadé que le sulfure de carbone peut rendre de grands services ; que l’étude des cépages américains doit être encouragée, je ne puis me dispenser d’encourager également les traitements par les sulfocarbonates de potassium qui, depuis plus de cinq ans, m’ont rendu des services que je suis heureux de proclamer et de pouvoir encourager chez des viticulteurs tels que vous, Messieurs, heureux de voir leurs beaux vignobles encore pour ainsi dire intacts.
- Croyez-moi, Messieurs, faites vos efforts pour maintenir ces vignobles, peut-être uniques ; vous y trouverez, en dehors de vos intérêts, la satisfaction d’avoir accompli un patriotique devoir.
- Le gouvernement, désireux d’encourager les traitements de vignes par les moyens recommandés par la commission supérieure du phylloxéra, a fait voter par les Chambres, les 15 juillet et 2 août 1879, une loi qui accorde chaque année un crédit extraordinaire suffisant destiné à favoriser les moyens de combattre notre plus grand ennemi, et également à reconstituer les vignobles détruits. Qu’un département, qu’une commune comme la vôtre, Messieurs, vote dans ce but une somme quelconque, l’Etat aussitôt double les allocations ; que plusieurs d’entre vous s’associent, forment un syndicat, les allocations de l’État vous sont assurées.
- Pourquoi donc, Messieurs, ne prendriez-vous pas, conformément à la loi libérale dont je viens de parler, l’engagement qui vous est ainsi recommandé? Le comité d’études et de vigilance de Cognac, présidé par notre honorable sous-préfet, composé de membres tous dévoués aux intérêts de votre pays, encourage de tous ses efforts la constitution do syndicats. Pour répondre à cette patriotique pensée, j’ai, l’an dernier, de concert avec le comité de vigilance, formé un syndicat auquel, en raison de l’inertie
- p.154 - vue 158/684
-
-
-
- PHYLLOXERA.
- MARS 1881.
- 155
- des viticulteurs, peu de membres ont apporté leur concours, ce qui est regrettable ; mais, ce qui console, c’est que je puis vous assurer que ceux qui ont fait traiter leurs vignes désirent encore, l’année prochaine, faire partie du syndicat que nous sommes dans l’intention de renouveler.
- Vous tous, Messieurs, vous pouvez, j’ajouterai même, vous devez, dans votre intérêt vous joindre à nous ; vous le devez, si vous voulez que votre précieux vignoble vous soit conservé. Je vous atteste que ceux qui s’inscriront s’applaudiront d’un sacrifice indispensable. Comme également ceux qui écouteront la voix d’une économie mal entendue regretteront, envoyant leurs vignes, aujourd’hui encore splendides, mais demain complètement défaillantes, de s’être tenus à l’écart. Quoi qu’il en soit, en vous avertissant, le Comité de vigilance aura fait tout ce qui est en son pouvoir. L’appel que j’ai l’honneur de faire, je le fais également à tous les viticulteurs du canton, soucieux de leurs intérêts.
- J’entends plusieurs d’entre vous, désireux de connaître le prix du traitement.
- Le prix du traitement, soit que l’on emploie le sulfure de carbone ou le carbonate de potassium, est à peu près le même. Si un seul traitement au sulfure était suffisant, le prix de cet insecticide serait moins élevé ; mais il est démontré que deux traitements l’un vers le milieu d’avril et l’autre au commencement de septembre, sont indispem sables pour débarrasser la vigne de l’insecte.
- Il résulte que l’un et l’autre traitement ne peuvent être inférieurs à 300 francs l’hectare, soit 100 francs le journal.
- A ce prix, dans des vignes comme les vôtres, je conseillerai le traitement en assurant un bénéfice supérieur à ce que vous aviez avant l’invasion qui nous préoccupe. Voyons par un exemple : Vos vignes, généralement plantées en cépages rouges, donnent en moyenne de 30 à 40 hectolitres à l’hectare. Le vin valait autrefois 15 francs l’hectolitre ; aujourd'hui il se vend au moins 40 francs l’hectolitre.
- Prenons pour production une moyenne, soit 35 hectolitres à l’hectare, ou environ cinq barriques et demie au journal, et voyons quelle était la valeur avant la triste et déplorable invasion, et ce qu’elle serait aujourd’hui.
- Les frais de culture, de vendanges, les impôts restant les mêmes dans l’une et l’autre époque, nous les porterons à 50 francs le journal ou 150 francs à l’hectare ; le produit, depuis l’invasion, sera chargé seul des frais de traitement et d’engrais, soit de 400 francs.
- Exemples de calcul :
- N° i. — Avant l’invasion, le vin n’étant en moyenne qu’à 15 francs
- l’hectolitre, nous avons pour 35 hectolitres............................. 525 fr.
- Frais de culture à déduire................................................. 150 s
- Bénéfice à l’hectare.
- 375 »
- p.155 - vue 159/684
-
-
-
- 156
- PHYLLOXERA. — MARS 1881.
- N« 2. — Depuis l’invasion, le prix du vin rouge étant en moyenne
- de 40 francs l’hectolitre, nous avons pour 35 hectolitres........... 1 400 fr.
- Frais de culture, comme ci-dessus, 150 francs.
- Frais de traitement, 300 francs.
- Engrais, soit cendres, râpes, etc., 100 francs.
- Formant un total à déduire de......................................... 550 »
- Bénéfice à l’hectare. . .......................... 850 »
- Ainsi, avant l’invasion, le revenu était de 375 francs ; il est aujourd’hui, tout en supportant 300 francs de traitement, 100 francs d’engrais, de 850 francs, plus du double de ce qu’il était.
- Quelle conclusion pouvons-nous tirer de ces calculs? C’est que nous devons traiter nos vignes.
- Nous le devons d’autant mieux que le chiffre de 300, qui est celui de MM. Mouille-fert et Humbert, inventeurs d’un outillage très-ingénieux qui amène l’eau de grandes distances à pied d’œuvre, et qui a notablement facilité ce genre de traitement, peut être diminué de prix.
- Je suis persuadé qu’un cultivateur, exploitant par lui-même et sa famille, peut, en économisant les temps de chômages, diminuer les frais de traitement. S’il ne compte pas la main d’œuvre et ne prend note que de ses déboursés, il peut réduire les frais dont il s’agit au chiffre de 110 francs l’hectare.
- Voici le moyen : après avoir, au mois de février, déchaussé bien régulièrement chaque pied de vigne et à une profondeur suffisante, sans pourtant que les racines soient atteintes, lors de la reprise de la végétation, au commenceront d’avril, l’on transporte dans des tonneaux, barriques ou tierçons, de l’eau qui, étant rendue au vignoble, est versée dans une cuve ou tout autre fût défoncé à l’un des bouts. Ceci fait, l’on prend, dans un petit vase, une certaine quantité de sulfo- carbonate que l’on mélange à l’eau à raison d’un tiers de litre par hectolitre d’eau. Le mélange du sulfo-carbonate étant bien fait, l’on verse dans chacune des cuvettes dont il a été parlé précédemment : 1° si c’est une vigne adulte, 20 litres de mélanges ; 2° si c’est une très-jeune vigne, non encore attaquée, 10 litres seulement. Lorsque, après dix minutes, l’insecticide est introduit dans le sol, ce qui se reconnaît à l’inspection de la cuvette, il est utile de verser encore quatre à cinq litres d’eau pure. Chaque pied de vigne sera traité de la même façon. On devra, après le traitement, laisser la vigne pendant une quinzaine de jours sans culture, ou du moins la surface du fond de la cuvette ne pourrait pas, sans inconvénient pour la réussite du traitemeni, être touchée.
- La quantité de sulfo-carbonate, diluée dans 100 litres d’eau, étant d’environ 300 grammes, et les 100 litres étant versés à chaque déchaud ou cuvette à raison de 20 litres pour les vieilles vignes, les 300 grammes ou l’hectolitre du mélange traiteront 5 pieds. Ils auront donc reçu chacun 60 grammes. Si l’hectare contient 4,000 pieds, la quantité de sulfo-carbonate nécessaire pour le traitement de 3 journaux sera de 240
- p.156 - vue 160/684
-
-
-
- PHYLLOXERA.
- MARS 1881.
- 157
- grammes. Le prix du sulfo-carbonate que MM. Gélis et comp., rue Meslay, à Paris, fournissent étant de 50 francs les 100 kilogrammes, la dépense sera de 110 francs à l’hectare, soit pour un journal 36 fr. 60.
- Pour les jeunes vignes, la dépense ne serait que 19 francs le journal.
- Les personnes qui auraient le désir d’employer le sulfure de carbonée au traitement de leurs vignes, pourront s’adresser à M. P. Talabot, l’honorable directeur général de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée; à M. le docteur Crolas, professeur à la faculté de médecine de Lyon, et également à M. le Dr Menudier, au Plaud-Chermignac, près Saintes. Chacun de ces messieurs suit avec une attention si persévérante et une coopération si active les phases de la lutte engagée contre le phylloxéra, que chacun de vous est assuré de trouver près d’eux des conseils et des encouragements.
- Les conditions actuelles sont tellement impératives, que l’on serait, à mon avis, bien blâmable de ne pas recourir à l’un des moyens ayant tant de chances de succès pour la défense des vignes que nous avons encore et pour celles que nous nous proposons de planter.
- Ce n’est pas seulement pour la victoire, mais pour la vie que nous avonsà combattre. Rappelez-vous que tout vignoble envahi est fatalement perdu dans l’espace de trois ans, s’il reste sans traitement.
- Cette vérité, incontestable déjà, l’est encore plus, si c’est possible, pour les jeunes vignes. J’en suis si pénétré, que je ne crains pas de paraître importun en répétant ce que je vous ai dit bien souvent : « Planter sans donner les soins nécessaires, c’est perdre son temps, se priver de revenu, car il n’y a pas d’exemples qu’une jeune vigne ait résisté au-delà de quatre années.
- N’oublions pas que, dans cette triste situation, il y a deux parties engagées, l’Etat et les particuliers. L’Etat seul agit, le propriétaire est inerte, insouciant; il ne vient nullement en aide aux efforts de l’Etat, et cependant c’est surtout son intérêt qui est en jeu. Il commence à nier le mal, il le cache à tous les yeux, il cherche à se le cacher à lui-même; lorsqu’enfin il éclate d’une manière indéniable, il n’est plus temps d’y porter remède.
- Croyez moi, Messieurs, soyez vigilants, travailleurs, économes de votre temps, qualités que tous vous avez, car l’aisance et la satisfaction ne seront qu’à ce prix. Je n’ai pas besoin de vous faire remarquer que je ne vends pas plus les insecticides que les cépages américains et, par suite, mes modestes conseils, dégagés de tout sentiment de lucre, n'ont qu’un but, celui d’aider les gens d’initiative à sauver notre pays d’un désastre complet.
- Tome VIII. - 80s année, 3e série.
- Mars 1881.
- 21
- p.157 - vue 161/684
-
-
-
- 158
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- MARS 1881.
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- LAGRIGULTURE DES ÉTATS-UNIS ET DU CANADA, PAR M. ARTHUR BRANDIN (1).
- Lorsque Ton jette les yeux sur une carte du monde, on voit que les États-Unis sont compris dans la même zone que tous les pays du bassin de la Méditerranée. On pourrait donc supposer qu’en vertu de l’égalité de latitude, le territoire de l’Union américaine jouit du même climat que le Maroc, l’Algérie, l’Égypte, la Grèce, l’Italie, le Midi de la France et l’Espagne, climat caractérisé par des étés brûlants, il est vrai, mais aussi par des hivers d’une grande douceur. Il n’en est rien cependant. « Tandis qu’en Europe le Gulf stream vient échauffer les côtes de l’Angleterre et de la Norwège et porter jusqu’au milieu de ce pays les limites de la zone tempérée, le courant polaire de retour longe la côte Est américaine et exerce sur elle une action réfrigérante. » On voit donc que si la zone tempérée empiète en Europe sur la zone glaciale, c’est au contraire la zone glaciale qui empiète en Amérique sur la zone tempérée, ce qui produit pour ce pays, par rapport à l’ancien monde, un retard de 10 à 20 degrés de latitude. D’un autre côté, « les montagnes qui courent généralement en Europe de l’Est à l’Ouest, opposent une barrière aux vents froids du pôle, tandis que, dirigées en Amérique du Nord au Sud, elles laissent à ceux-ci, comme à ceux qui soufflent du golfe du Mexique, une libre carrière » (Clavé). Il en résulte des différences de température extrêmement accentuées. « Le climat des États-Unis oscille entre deux saisons extrêmes d’un froid rigoureux à d’intenses chaleurs. Le thermomètre y descend jusqu’au 34e degré centigrade au-dessous de 0, et s’élève à 45 au-dessus. Son printemps est un mythe et l’automne est encore été pendant le jour, quand ses nuits sont déjà l’hiver. » (Mot, Rapport à la Société des agriculteurs de France en 1876.)
- Lorsque se constitua, après la guerre de l’Indépendance, la République des États-Unis, les terrains vagues des treize États qui la composaient alors furent déclarés domaines publics. Successivement l’annexion de la Floride, de la Louisiane, du Texas, de la Californie et des territoires achetés aux Indiens ou conquis sur eux, augmenta l’étendue de ce domaine d’une quantité extraordinaire. M. Mot, dans le rapport cité tout à l’heure, dit qu’en 1874 le domaine public des États-Unis contenait environ 765 millions d’hectares. D’un autre côté, M. Leroy-Beaulieu, raillant un de ses confrères en journalisme, qui avait accepté comme exact le chiffre de 6 milliards, affirme que le territoire entier des Etats-Unis ne contient que 750 millions d’hectares, dont un dixième au moins est pris par les cours d’eau et les bois, et un autre dixième par
- (1) Extrait du Rapport de l’auteur à la Société d’agriculture de Melun sur l’Agriculture tà l’Exposition.
- p.158 - vue 162/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- MARS 1881.
- 159
- les montagnes. On le voit, dès le premier pas que l’on veut faire en Amérique, on se heurte à des contradictions. Quant à nous, nous adopterons comme étendue totale de l’Union américaine le chiffre de 922 millions 446 mille hectares (Alaska compris), chiffre donné par M. Hough dans son rapport officiel sur les forêts, bien que l’expression de a Total area as commonly reported » nous paraisse indiquer qu’il n’a pas lui-même sur cette étendue une certitude complète.
- Quoi qu’il en soit, les 45 à 50 millions d’hommes qui peuplent actuellement les États-Unis peuvent se mouvoir à l’aise sur une si grande surface, et ce ne sont pas les terres qui manqueront de longtemps aux émigrants. Le domaine public a été divisé en sections de 256 hectares, et, en vertu de la loi dite Homestead, tout homme adulte, citoyen de l’Union ou émigrant qui se fait naturaliser, reçoit gratuitement sur sa simple demande et à son choix un quart de section, soit 64 hectares et un titre aliénable après cinq années de culture. De plus, le gouvernement vend aux particuliers, au prix uniforme de 1 dollar 1/4 l’acre, environ 16 francs l’hectare, des lots de terres publiques qui ne peuvent pas être moindres de 1/16 de section, c’est-à-dire 16 hectares.
- On prétend que le cultivateur américain paye en taxe de fédération, d’État, de comté et de paroisse, des impôts au moins aussi élevés que ceux que supporte le cultivateur français. Sur ce point, nous n’avons trouvé que le renseignement suivant, extrait de la notice sur l’Orégon.
- TAXES. ÉTAT. COMTÉ. PAROISSE. TOTAL.
- dollars. dollars, dollars. dollars.
- Orégon.............. 177 653 363 753 40 550 580 956
- Californie......... 2 540 383 5 068 041 208 691 7 817 115
- Moyenne par personne : Orégon, 6.40 dollars; Californie, 14 dollars.
- On voit par cet exemple combien l’impôt peut varier d’État à État, et l’on peut supposer qu’il varie dans des proportions aussi larges de comté à comté et de paroisse à paroisse. Étant connue la diversité des intérêts et des besoins créés par les distances et l’esprit éminemment particulariste des Américains, ce fait n’a rien qui puisse étonner. Il faudrait donc être beaucoup plus complètement renseigné que nous l’avons été sur un sujet aussi complexe, pour nous permettre de donner une appréciation. Néanmoins, si nous admettons que le fermier américain supporte la même somme d’impôts que le fermier français, il faudra bien que l’on reconnaisse avec nous que la différence entre le prix de la terre, et par conséquent la différence de la rente de celle-ci dans les deux pays, constitue en faveur des Américains un avantage considérable, plus que suffisant pour compenser l’inconvénient des distances et des transports coûteux.
- Un territoire aussi étendu que l’Union américaine doit naturellement présenter des divisions agricoles très-caractérisées. C’est en établissant ces divisions que nous allons essayer de le parcourir.
- p.159 - vue 163/684
-
-
-
- 160
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- MARS 1881.
- Une des plus importantes régions agricoles des États-Unis est celle du Sud dont les produits, disons-le tout de suite, sont ceux qui nous intéressent le moins. Cette région du Sud, que nous ne confondrons pas entièrement avec l’ancienne division politique de ce nom, est limitée au nord par le 35e degré de latitude. Elle comprend tous les États qui bordent le golfe du Mexique et le Mississipi inférieur, Texas, Arkansas, Mis-sissipi, Alabama, Floride et quelques-uns des États de la côte Atlantique, Géorgie, Caroline Nord et Caroline Sud. Sous l’influence des vents humides du golfe du Mexique et de la protection des monts Alleghanys, les extrêmes de température qui caractérisent le climat des États du nord et du centre, s’y font moins souvent sentir. Les pluies violentes y sont plus à redouter que les grands froids et les grandes sécheresses. Toute la partie de cette région qui s’étend à l’est du Mississipi, était à l’époque des premiers établissements européens et est restée, jusqu’à ce jour, essentiellement boisée. Le chêne vert, le pin à longues feuilles, le pitchpine, l’olivier, le magnolia sont les essences dominantes. Une vaste forêt de pins, qui commence au fleuve Roanocke, dans la Caroline du Nord, s’étend à travers la Caroline du Sud, la Géorgie, l’Alabama et le Mississipi jusqu’en Louisiane. Dans la Caroline du Nord, elle n’occupe pas moins de 30 pour 100 du territoire. C’est dans l’Alabama et la Floride que le gouvernement fédéral s’est réservé le plus de districts forestiers pour les besoins de ses constructions navales. Les ports de Wilmington en Caroline, de Jacksonville et de Pensacola en Floride, exportent de grandes quantités de bois pour l’Amérique du Sud et l’Europe.
- La principale culture du Sud est celle du coton. Elle s’exerce le plus souvent non loin des fleuves et des rivières qui offrent des moyens de transports économiques. Dépouillé depuis la guerre de sécession de sa prépondérance politique, ruiné et privé du travail forcé du nègre, le planteur ne trouve plus un profit suffisant dans cette culture qui faisait sa richesse et son orgueil autrefois. Il est à la merci désormais du fila— teur et du capitaliste de l’Angleterre et des États du Nord. Il subit, dans l’ordre politique la dure loi du vainqueur, et dans l’ordre économique la loi non moins dure du plus riche. Cependanl, telle est la force de l’habitude que la manie du coton, the cot-ton mania, comme disent les Yankees du Nord et de l’Ouest, sans réfléchir qu’on pourrait aussi bien leur reprocher la manie du blé ou du mais, persiste encore dans le Sud.
- L’industrie qui se développe aux États-Unis d’une façon si merveilleuse, a compris tout l’avantage qu’il y avait pour elle dans le travail d’une matière première récoltée sur le sol même de l’Amérique. En 1875, les États du Nord, parmi lesquels se distinguaient le Massachussets, le Rhode Island et le Connecticut, employaient 1 097 000 balles de coton. C’était déjà le placement du quart en Amérique même de tout le coton produit par ce pays. Les États du Sud n’employaient, à la même époque, que 145 000 balles ; mais les filatures s’y montaient rapidement, et les plus intelligents planteurs demandent maintenant à l’industrie les bénéfices que la culture seule est impuissante à donner. Terrible menace pour l’Angleterre !
- p.160 - vue 164/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- MARS 1880.
- 161
- Le riz était aussi autrefois une eulture qui donnait à certains États du Sud, à la Caroline notamment, une grande célébrité. Elle est bien restreinte aujourd’hui que le nègre n’est plus forcé à l’insalubre culture des marais. Elle ne s’exerce guère maintenant qu’à sec ; mais elle peut donner encore dans ces conditions des produits de 40 hectolitres à l’hectare. La Géorgie se distingue dans la pratique de ce nouveau procédé de culture.
- Bien que la pomme de terre réussisse bien dans le Sud, on lui préfère la patate douce qui, à l’automne, fait les délices du riche aussi bien que du pauvre. Avec le homini ou maïs décortiqué, le riz et la viande de porc, elle constitue le fond de la nourriture de la population, malgré le désavantage de ne pouvoir se conserver au delà de trois mois.
- Le Sud, qui au temps de sa prospérité monopolisait les cultures du coton et du riz, aurait pu alors, avec un égal avantage, développer celle de la canne à sucre. Outre que son sol et son climat y sont très-appropriés, il possédait dans le travail du nègre un des éléments les plus favorables à sa réussite. L'approvisionnement, au prorata de 17 kilog. par tête, des 40 millions de consommateurs de l’Union, offrait aussi à sa production un débouché assuré qu’aucun pays n’eût pu lui ravir. Mais alors le coton retenait toute son attention, et la dure nécessité de restreindre la culture favorite ne se faisait pas encore sentir. Le Nord, plus entreprenant, n’a pas réussi dans ses essais de la culture de la betterave. Les énormes racines obtenues sur ses meilleurs sols avec les plus grands soins n'ont donné que des résultats déplorables, au point de vue de la richesse saccharine. Aussi, malgré tous les produits similaires employés dans les ménages, comme le sirop d’érable et la mélasse du sorgho, les États-Unis sont-ils tributaires de l’étranger pour la plus grande partie du sucre consommé chez eux. En
- 1876- 77, ils ont dû en importer pour 406 millions de francs et pour 348 millions en
- 1877- 78. Cette situation préoccupe beaucoup les Américains, et nul doute qu’avec leur esprit ingénieux et persévérant ils n’arrivent, dans un temps plus ou moins rapproché, à s’affranchir du tribut qu’ils payent à l’étranger.
- En attendant, des encouragements de toutes sortes, — entre autres une loi qui exempte d’impôts la terre, les fabriques et les machines destinées à la production du sucre de betterave,—sont donnés à l’industrie sucrière indigène. De plus, l’existence, près de Charleston, d’un des gisements de phosphate les plus étendus et les plus faciles à exploiter que l’on connaisse, permettra désormais aux cultivateurs de corriger par ce précieux élément minéral la surabondance de potasse et d’azote de leurs terrains. La Floride et la Louisiane occupent seules, jusqu’à ce jour, un rang de quelque importance dans la production sucrière.
- Le sésame et l’arachide, cultivés aussi dans le Sud avec succès, mais sur des étendues insignifiantes, sont peut-être appelés à constituer pour lui, dans un temps donné, des récoltes avantageuses. Bien que les cultures arbustives, de l’oranger, du figuier, de l’olivier, du grenadier, etc., puissent trouver dans toute cette contrée, mais
- p.161 - vue 165/684
-
-
-
- 162
- EXPOSITION UNIVERSF.LLE. — MARS 1881.
- particulièrement dans la Géorgie et la Caroline du Sud, États adossés aux Alleghanys, des expositions et un climat très-favorables, on n’y prête aucune attention. Cependant les fruits exquis que l’on obtient dans quelques jardins, prouvent de quelles propriétés elles seraient susceptibles, surtout étant donné le goût très-développé des Américains pour tous les fruits en générai. Us citent les pêches de la Floride avec orgueil et les déclarent sans rivales dans le monde.
- Le Texas et l’Arkansas, par leur climat et leur culture principale, le coton, appartiennent bien à la grande région du sud, mais par la nature de leur sol et leur aspect, ils font plutôt partie de la célèbre région des prairies qui s’étend à l’ouest du Missis-sipi. Us ne sont boisés qu’aux abords de ce fleuve et de ses tributaires, et rappellent la physionomie de ces savanes et de ces pampas de l’Amérique du Sud où nous avons vu fleurir l’industrie pastorale. Là aussi, nous retrouvons cette industrie pratiquée sur des étendues immenses par des éleveurs, dont les troupeaux de bêtes à cornes et de moutons se chiffrent par dizaines et centaines de mille. Le Texas, le plus grand des États de l’Union, comprend 70 millions d’hectares (la France n’en contient que 53 millions). On voit à quelle quantité prodigieuse d’animaux il pourrait donner asile. D’après certains indices que nous avons cru découvrir dans le rapport mensuel, ce bétail appartiendrait à des races communes et nullement améliorées. Mais il n’en est pas moins demandé par les engraisseurs des États des prairies de la vallée de l’Ohio, quand l’abondance de leurs récoltes de maïs et de fourrages rend la vente de ces produits difficile et leur consommation sur place nécessaire. Peut-être pourrait-on, avec avantage, employer les bœufs du Texas pour les travaux agricoles, si l’habitude de se servir des mules, dont l’État de Kentucky est l’éleveur le plus important, n’était aussi général dans le Sud.
- Bien que la nécessité de demander des profits à de nouvelles cultures, et l’exemple tentant des États du Far-West aient fait donner plus d’attention dans le Sud aux récoltes de blé et de maïs, ces céréales n’y sont guère encore cultivées que pour les besoins de la consommation locale, et il ne faudrait pas regarder comme ses produits tous les blés connus à l’étranger sous le nom de blé du Mississipi et de la Nouvelle-Orléans. Ce fleuve leur sert, il est vrai, de débouché et cette ville d’entrepôt, mais ce sont plutôt les États dits des prairies qui les produisent.
- La culture du coton n’est pas tout entière renfermée dans la région dont nous venons de parler. Le Tennessée et la Virginie en donnent encore des quantités importantes; mais ces deux États appartiennent à une nouvelle zone, plus spécialement caractérisée par la production du tabac. Cette culture est une des plus importantes des États-Unis, car elle donne lieu à une exportation dont la moyenne, pendant onze années, de 1868 à 1878, a été de 233 millions de livres, d’une valeur de 120 millions. La production annuelle n’est pas évaluée à moins de 400 millions de livres. Voici les chiffres indiqués par notre bulletin de statistique d’avril 1878, pour quelques-uns des Étals producteurs :
- p.162 - vue 166/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- MARS 1881.
- 163
- Kentucky. . . . . 100 000 000 livres. Missouri. ..... 12 000 000 livres.
- Virginie.. . ... 37 000 000 — Caroline du Nord. 10 000 000 —*
- Tennessee....... 20 000 000 — Massachussets. . . 6 000 800 —.
- Ohio........ 18 000 000 — New-York.............. 200 000 —
- Maryland........ 17 000 000 —
- D’après le rapport mensuel, en 1875, les États ci-dessus avaient consacré à la culture du tabac le nombre d’hectares suivant :
- Kentucky............ 41 200 hectares. Maryland.............. 8 520 hectares.
- Virginie............ 25 040 — Missouri.............. 8 470 —
- Tennessée.......... 9 600 — Caroline du Nord. 8 400 —
- Ohio................. 5 200 —
- Bien que le tabac soit du petit nombre des produits soumis à l’impôt indirect en Amérique, sa culture y est libre et on la rencontre plus ou moins dans presque tous les États. La récolte de 1875 donnait des rendements différents, selon les régions; le plus élevé se trouvait dans le New-Hamsphire, 4 125 livres à l’hectare; puis venaient le Connecticut et la Californie, 3 750 livres. Dans la grande région du tabac, le produit était de beaucoup inférieur à ceux que nous venons d’indiquer; il variait entre 1 625 et 2 050 livres. D’après M. Mot, c’est le Connecticut qui fournit la feuille large et lisse dont on habille les cigares communs. Le Kentucky, le Maryland, la Virginie, donnent un tabac plus délicat au goût mais moins productif.
- Nous n’avons trouvé aucun renseignement sur les procédés culturaux suivis par les planteurs de tabac. Le sèment-ils en place ou bien le repiquent-ils, comme leurs confrères d’Europe? Dans quelle mesure, pour maintenir leur production, sont-ils obligés d’avoir recours à l’emploi des engrais? Toutes ces questions techniques qui intéressent tant les cultivateurs européens semblent indifférentes aux cultivateurs américains, car il en est bien rarement parlé dans les documents qu’ils fournissent. Le Monthly report lui-même n’y paraît pas donner grande attention. Il est certain que les opérations qui concernent la préparation et l’entretien de la terre, labours, sarclages, etc., the Cultivation en un mot, comme on dit là-bas, y sont pratiquées avec tous les soins qu’exige une culture aussi délicate et aussi exigeante que celle du tabac. Mais, pas plus pour cette plante que pour les autres, on ne semble attacher d’importance à la question si capitale des assolements et des engrais. Il en résulte ce fait, cité par M. Mot, que les terres de la Virginie, ruinées par la culture du tabac, sont, en bien des endroits, vainement offertes à 10 francs l’hectare.
- La Virginie, cet État naguère si prépondérant, cette mère des présidents, comme on l’appelait alors, n’est pas le seul État de l’Union dont les terres soient ruinées par des cultures épuisantes trop répétées. Tous les États connus sous le nom d’États de la Nouvelle-Angleterre et d’États du milieu, qui occupent l’angle nord-est du territoire, se trouvent aujourd’hui dans la même situation. Ils étaient primitivement très-boisés,
- p.163 - vue 167/684
-
-
-
- 164
- EXPOSITION UNIVERSELLE,
- MARS 1881-
- et les noms de certains d’entre eux, Pensylvanie, Vermont, rappellent leur origine forestière. Le Maine a conservé sur son écu l’image de l’arbre qui lui a fait donner le surnom populaire d’État du Pin. Depuis longtemps occupés par les Européens, défrichés et cultivés selon l’imprévoyant système que nous voyons adopté dans tous les pays neufs d’une grande fertilité et qui fleurit peut-être plus encore en Amérique qu’ailleurs, ces États ont vu de jour en jour diminuer leur rendement, et, la population y devenant de plus en plus dense, leur production agricole s’est trouvée insuffisante pour les besoins de ses habitants. Us pouvaient, comme l’ont fait les vieilles nations d’Europe, avec remploi de matières fertilisantes (1) et au moyen d’assolements bien raisonnés, relever ces rendements que l’abus des cultures répétées sans engrais avait fait descendre si bas. Mais déjà se dressait pour eux la concurrence des pays de l’Ouest aux terres vierges. Us n’ont pas pensé que lutter avec eux par la pratique des cultures intensives fût possible, et ils se sont tournés vers les pâturages, le bétail et les industries laitières, abandonnant ainsi à l’industrie qui se développait rapidement, surtout dans certains centres de la Pensylvanie, du New-York, du Massachussets, du Rhode-Island et du Connecticut, les bras que celle-ci réclamait et qu’elle pouvait plus libéralement payer.
- (1) Le numéro d’octobre 1878 de notre Bulletin de statistique et de législation comparée, contenant un tableau sommaire des exportations et importations des Etats-Unis pour les campagnes 1876-77 et 1877-78, nous lui avons demandé quelles étaient la valeur et les quantités des matières fertilisantes importées.
- Voici les chiffres que nous avons trouvés :
- IMPORTATIONS.
- POIDS. VALEUR E N FRANCS.
- 1876-77. 1877-78. 1876-77. 1877-78.
- Tonnes.
- Guano 25 582 23 033 4 366 000 4 248 000
- Livres,
- Nitrate de soude 54 208 334 42 258 850 6 617 000 4 866 000
- Livres.
- Nitrate de potasse 13 846 670 6 760 984 2 561 000 1 464 000
- 13 544 000 10 578 000
- Bien que ces quantités ne soient guère employées que par les États de l’Est, elles n’en représentent pas moins une valeur insignifiante par rapport à l’étendue de leurs cultures.
- p.164 - vue 168/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- MARS 1881.
- 165
- Il est intéressant de savoir ce qu’a produit en Amérique cette transformation agricole que l’on ne cesse de nous préconiser. C’est à une intéressante publication qui a pour rédacteur en chef M. Leroy-Beaulieu, un des partisans décidés, comme on sait, des innovations industrielles, que nous l’avons demandé. L’article suivant répond à souhait à notre question :
- « Nous ne quitterons pas la Pensylvanie sans mentionner la décadence de son agriculture : car le voyageur qui parcourt ses campagnes, même celles qui longent les grandes artères commerciales, est frappé de leur aspect négligé et relativement pauvre. L’outillage agricole y est insuffisant et presque toujours suranné ; les fermiers se contentent, pour la plupart, de vivre comme ils peuvent du produit de leurs terres, et beaucoup d’entre eux succombent sous le fardeau de dettes hypothécaires qui s’accroissent d’année en année. Au surplus, d’après le Daily Commercial bulletin, de New-York, qui est ici notre caution, ce triste tableau n’est pas particulier à la Pensylvanie ; il s’applique, dans ses principaux traits, à tous les États du centre, au New-York, comme au Connecticut et au New-Jersey. Qu’on prenne, par exemple, l’État de New-York, et on s’assurera, en remontant une période de quinze années, 1860 à 1874, qu’à part certains produits, tels que le maraîchage, les foins, les houblons, les pommes de terre dont le développement des fabriques et l’agglomération des populations dans les centres urbains ont favorisé l’essor, toutes les autres cultures et toutes les autres productions sont en décroissance ou n’accusent qu’une progression insignifiante. Ainsi les cinq principales céréales, froment, avoine, seigle, orge et maïs, qui fournissaient 65 265 000 boisseaux en 1860, en ont fourni 76 367 000 en 1874, ce qui ne représente qu’une augmentation de 4.75 pour 100, tandis que la production lainière tombait de 9 454 000 livres à 7 369 000, et que le nombre des animaux de ferme, chevaux, vaches laitières, moutons et porcs, descendait de 5155 000 têtes à
- 4 008 000, en d’autres termes, diminuait de 22 pour 100. Dans ce même intervalle, la population croissait cependant de 3 097 000 à 4 698 000 habitants, c’est-à-dire de 21 pour 100, et l’État tout entier se sillonnait de voies ferrées, qui étaient bien faites pour stimuler l’agriculture, en facilitant le transport de ses produits et en leur ouvrant des débouchés nouveaux.
- « On peut ajouter qu’à l’égard de ces voies, les États du Centre se trouvent dans une position particulièrement favorable, n’ayant pas moins de 20 320 milles (32 555 kilomètres) de chemins construits, au coût de 990 000 000 de dollars (près de
- 5 milliards de francs). Des privilèges tout à fait exceptionnels ont été accordés aux compagnies qui les exploitent, dans l’attente que les populations retireraient de cette situation dé très-grands avantages, et il se trouve, par un singulier phénomène, que la construction de ce réseau ferré a coïncidé avec le déclin des intérêts même qu’elle était appelée à servir. Mais, dans l’opinion du Bulletin, cette coïncidence n’a rien de fortuit et il la rapporte, sans hésiter, à la façon dont les compagnies de chemins de fer des États du Centre se sont acquittées de leur mission.
- Tome VUI. — 80e année. 3e série, — Mars 1881.
- 22
- p.165 - vue 169/684
-
-
-
- 166
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- MARS 1881.
- « Elles ont établi, écrit-il, un système de tarifs différentiels tout à l’avantage des fermiers de l’Ouest. Déjà, ces premiers jouissaient du grand avantage de pouvoir se procurer du terrain à tin prix à peu près nominal, et les chemins de fer leur ont assuré, par surcroît, celui du transport de leurs produits, sur les bords de l’Atlantique, à des taux également nominaux, si on les compare aux taux qui pesaient sur les transports des produits des États du littoral. Gomme ces chemins ne réalisaient que peu ou point de profit sur les marchandises de l’Ouest, ils se sont rattrapés sur celles du Centre, et l’on a vu les fermiers de ces Étals forcés de contribuer, de leurs propres deniers, à l’arrivée sur le marché de produits qui venaient y faire concurrence aux leurs. Plus l’émigration s’est enfoncée dans l’Ouest, et plus cette pression a pesé sur les fermiers du Centre, jusqu’à ce qu’enfin ceux-ci se soient vu virtuellement fermer (sauf pour quelques rares articles) l’usage des voies ferrées. Tout ce qu’ils peuvent faire, c’est de produire pour la consommation locale, et encore, sur ce terrain, rencontrent-ils la concurrence des produits à meilleur marché de l’Ouest. » Sur les 12 millions d’hectares qu’embrasse la Pensylvanie, il n’y a guère plus du sixième en culture.
- Telle est la situation de ces pays auxquels on a dit comme à nous, sans doute : Le blé n’est plus rémunérateur, faites de la viande !
- Quoi qu’il en soit, les prairies permanentes ou temporaires, selon la méthode anglaise, y sont établies dans d’excellentes conditions de climat et de terrain. Le trèfle et les meilleures graminées entrent dans leur composition. Quant à la luzerne et au sainfoin, on les cultive peu aux États-Unis. Le tableau suivant, extrait du Rapport mensuel, montre quel a été pendant les quatre années de 1872 à 1875 le rendement de la récolte de foin à l’hectare, dans les différents États qui, en 1874, avaient donné les 2/3 de la récolte totale.
- 1872 1873 1874 1875
- Maine kil. . . . 2 300 kil. 2 325 kil. 2 200 kil. 3 375
- Vermont 2 900 2 750 2 850 2 825
- New-York . . . 3 125 2 550 3 250 2 925
- Pensylvanie . . . 2 800 2 875 2 900 2 750
- Ohio . . . 2 675 2 625 2 250 2 750
- Michigan 3 125 2 875 2 500 3 000
- Indiana 3 100 3 125 2 825 3 250
- Illinois 3 625 3 125 3 009 3 500
- Wisconsin 3 150 3 250 2 750 3 375
- lowa 3 375 3 125 3 050 3 375
- « Dans un rayon d’un mille autour de chez moi, écrivait du comté d’Orléans (Ver-mont), en 1876, un correspondant du Rapport mensuel, il y a dix fermiers entretenant chacun 150 vaches à lait, 20 chevaux, un attelage de bœufs, une paire de bouvillons, environ 25 génisses, 15 veaux, 20 moutons et 20 porcs. Dans les autres par-
- p.166 - vue 170/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- MAHS 1881.
- 167
- ties du comté, les vaches sont aussi en grand nombre, et le principal produit est le beurre. Tout le foin et toute la paille sont consommés dans les étables. Celles-ci sont chaudes, et les vaches, auxquelles un espace de 3 pieds est accordé, peuvent se désaltérer sans quitter leur place, au moyen de conduits qui amènent l’eau devant elles. Nous estimons qu’une vache moyenne exige deux tonnes de foin pour son entretien pendant l’hiver. La neige commence vers le 1er novembre et nous ne pouvons mener les bêtes aux pâturages qu’aux alentours du 20 mai. » Du comté de Windham (Connecticut), on écrivait aussi : « L’usage qui prévaut chez nos meilleurs fermiers, est de faire deux élèves de porcs par an : le premier au printemps, et le second à l’arrière-saison. Nous engraissons ces animaux jusqu’à ce qu’ils pèsent 175 à 200 livres, et, alors, nous les vendons. Si nous ne récoltons pas de maïs ou d’autre nourriture, nous en achetons. Par ce moyen, nous nous procurons de l’engrais et nous augmentons la fertilité de nos terres. Autrefois, nous exécutions nos travaux de ferme avec des bœufs, mais aujourd’hui les chevaux les ont remplacés presque partout. »
- La Pensylvanie se distingue entre tous les autres Etats par le soin et la science que déploient depuis longtemps ses fermiers dans l’élève des moutons à laines fines. Ils sont arrivés, au moyen de croisements judicieux et d’une attention constante, à créer une variété de mérinos qu’ils désignent sous le nom de mérinos américain. Il n’est pas rare, d’après les renseignements fournis par la brochure sur l’Ouest Virginie, que la toison d’une brebis de cette race pèse jusqu’à 18 livres et que celle d’un bélier atteigne 25. Les comtés de Washington et de Wyoming se sont acquis, dans cette industrie agricole, une grande célébrité. ;
- La brochure que nous venons de citer donne, sur les conditions du bétail dans la région de l’Est, des détails qu’il est intéressant de signaler. L’Ouest Virginie, région accidentée, peu peuplée et privée jusqu’à ce jour de voies de communication, donne de plus en plus d’attention à l’élevage du bétail et particulièrement du mouton. A part les comtés qui bordent la rivière Ohio et forment une plaine d’une grande fertilité, tout le reste de l’Etat est composé de collines qui s’élèvent graduellement jusqu’aux Alleghanys. Ces collines, peu ou mal cultivées, sont de nature généralement calcaire, et les sources et les ruisseaux si nombreux qui les arrosent, sans jamais tarir, donnent à leurs gazons une grande valeur nutritive en même temps qu’une grande luxuriance de végétation. L’auteur de la brochure ne manque pas, à ce propos, d’exalter les avantages que l’Ouest Virginie offre à l’industrie pastorale, et il en donne comme preuve la table suivante, établie d’après la statistique publiée par le Monthly Report de mars 1875. Ce tableau fait connaître le coût de l’hivernage des principaux animaux domestiques dans les Etats qui produisent le plus de laines de l’Union.
- p.167 - vue 171/684
-
-
-
- 168
- EXPOSITION UNIVERSELLE. — MARS 1881.
- Coût de l’hivernage du bétail.
- CHEVAL VACHE LAITIÈRE MOUTON
- par tête. par tête. par tête,
- fr. fr. fr.
- Maine . . . 185 145 15 »
- New-Hampshire 185 190 12,50
- Vermont . . . 190 125 12,50
- New-York 185 120 12,50
- New-Jersey 240 145 10 »
- Pensylvanie 180 115 10 »
- Delaware ... 215 130 13,75
- Maryland ... 170 100 13,75
- Virginie.. . . . . 110 55 13,50
- Ohio ... 125 80 8,75
- West-Virginie 90 60 6,05
- La qualité du foin n’est pas la seule cause qui donne à l’Ouest Virginie l’avantage de nourrir le bétail à meilleur marché pendant l’hiver. Son climat, généralement plus doux que celui de la Nouvelle-Angleterre et des États du milieu, rend la période d’hivernage plus courte. L’hiver n’y commence, en effet, que vers la dernière semaine de novembre, pour finir au 1er avril. Voici, au surplus, d’après le même auteur, la longueur de la période d’hivernage, pour les moulons, dans les principaux États producteurs de laine.
- NOMBRE DE MOIS NOMBRE DE MOIS d’hivernage complet. d’hivernage partiel.
- Maine 6 1 1/2
- New-Hampshire 6 1 1/2
- Vermont 6 1 1/2
- New-York 5 1/2 2
- New-Jersey 5 1/2 2
- Pensylvanie 5 2
- Delaware. 4 1/3 2
- Maryland 5 5/6 2
- Virginie 4 2
- Ohio 4 1/2 2
- West-Virginie 4 1/3 2
- Dans l’Ouest Virginie, les pâturages se composent principalement de trèfle rouge, de fléole et de poa des prés, qui est indigène. Le dactyle y a donné d’excellents résultats et l’on y préconise beaucoup sa culture. La nourriture d’hiver consiste en grains de maïs et d’avoine, en maïs, fourrages, foins de fléole et de trèfle. Dans les comtés les mieux cultivés, la rotation suivante est la plus usitée : mais, avoine, blé et trois années
- p.168 - vue 172/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE, — MARS 1881. 169
- *
- d’herbage. Il faut remarquer le peu d’importance des racines dans ce système de nourriture et de culture; du grain et du foin.
- La pomme de terre est une de ces cultures maraîchères toujours avantageuses dans le voisinage des centres populeux; aussi, est-elle importante dans la Nouvelle-Angle-terre et les États du milieu. Les 6/7 de la récolte de ce tubercule aux États-Unis proviennent des États dont le Monthly Report donnait la liste avec le rendement pour chacun d’eux pendant les quatre années 1872*1875.
- 1872 1873 1874 1875
- hect. hect. hect. hect.
- Maine. . . . . . 67,5 105,3 110,7 96,3
- New-Hampshire. ....... 84,6 135 108 119,7
- Vermont ..... 96,3 126 130,5 139,5
- New-York.. . . 79,2 92,7 94,5 115,2
- New-Jersey. . . 67,5 81 63 94,5
- Pensylvanie. . . 89,1 86,4 75,6 86,4
- Ohio ..... 72 56,5 63,8 92,7
- Michigan ..... 59,4 67,5 78,3 112,5
- Indiana 63 50,4 54 102,6
- Illinois....... 67,5 36 50 117
- Wisconsin. . . . 87,3 63,9 78,3 94,5
- Iowa 108 39,6 56,7 109
- Missouri 72 34,2 36 99
- Nous venons de voir par ce tableau, comme par celui que nous avons donné pour
- la production du fourrage, qu’à côté des États de la Nouvelle-Angleterre et du milieu
- viennent se ranger tous ceux situés au nord de l’Ohio et les principaux États de l’Ouest.
- C’est la confirmation de cette concurrence dont l’Est souffre tant et que nous a signalée
- l’article deM. Leroy-Beaulieu.
- L’avoine, qui était aussi un des produits caractéristiques de la Nouvelle-Angleterre,
- est maintenant récoltée avec succès dans l’Ouest, comme l’indique la table suivante
- avec les rendements par hectare, de 1872 à 1875, dans les principaux États produc-
- teurs.
- 1872 1873 1874 1875
- hect. hect. hect. hect*
- New-York. . . . 31,5 27,9 29,6 30,6
- Pensylvanie. . . 27,9 27 22,1 27
- Virginie. . . . . 11,7 14,6 10,3 13,5
- Kentucky. . . . 22,1 22 13 18,9
- Ohio 27 24,3 18,4 24,4
- Michigan 27 27 24,3 31,5
- Indiana 27,5 18 17,1 26,1
- Illinois ..... 32,9 27 15,5 30
- p.169 - vue 173/684
-
-
-
- 170 EXPOSITION UNIVERSELLE. — MARS 1881,
- 1872 1873 1874 . . 1875
- hect* hect. hect* hect.
- Wisconsin 31,95 31,5 23,7 34,65
- Minnesota. ..... 32,8 32,4 27 32,8
- Iowa 33 29,7 27 39,9
- Missouri. ...... 29,4 25,2 19,8 28,4
- Ces États produisent environ les 6/7 de toute l’avoine aux États-Unis. L’Illinois seul a donné, en 1874, le septième de la récolte.
- En 1877, les quatre États de l’Union qui avaient ensemencé le plus d’avoine étaient :
- L’Illinois................ 640 000 hectares.
- New-York.................. 548 800 —
- Pensylvanie............... 478 800 —
- Iowa..................... 442 000 —
- Le seigle et l’orge, qui ne sont cultivés aux États-Unis que sur des surfaces restreintes, ont été longtemps l’apanage de la région du Nord-Est. Les brasseries et les distilleries de grains des centres populeux leur offraient un débouché avantageux. Mais pour ces articles encore se présente la concurrence de l’Ouest. En 1877, les États qui cultivaient le plus le seigle étaient les suivants : .........
- Pensylvanie........... 97 142 hectares.
- New-York.............. 88 000 —
- Wisconsin............. 69,677 —
- Illinois.............. 83 200 —
- En même temps, les plus grandes quantités d’orge se rencontraient
- En Californie. New-York.
- Iowa. . . .
- Wisconsin
- 195 000 hectares. 107 600 —
- 92 000 —
- 72 880 —
- Dans ces conditions, le caractère industriel qui distingue déjà la Nouvelle-Angleterre et les États du milieu ne fera que s’accentuer, et l’agriculture dans cette région aura un rôle de plus en plus effacé.
- Entre les États de la côte Atlantique et les États dits des prairies se trouve un groupe intermédiaire dont l’Ohio, l’Indiana, le Kentucky forment le noyau. Leurs terres, plus anciennement défrichées que celles du Far-West, gardent encore cependant la fertilité originelle que celles des États de l’Est ont perdue. Us forment la partie orientale de cette grande région agricole que l’on peut désigner par le nom de sa culture principale, le maïs. Ayant eu l’avantage de trouver des renseignements précis dans les deux
- p.170 - vue 174/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE. — MARS 1881. 171
- brochures sur l’Indiana et l’Ouest Virginie, déjà signalées, nous avons pensé qu’il serait intéressant de présenter l’analyse de ces deux documents.
- L’Indiana contient 8 760 000 hectares dont les 9/10 sont cultivables à la charrue. C'est une région peu accidentée et qui ne présente de hauteur de quelque importance que dans sa partie sud, sur le bord de la rivière Ohio, au bassin de laquelle elle appartient. Son climat peut être pris comme type de celui de la plus grande partie des États-Unis : froids rigoureux en hiver, chaleurs tropicales en été. Dans sa partie nord, la neige couvre fréquemment la terre pendant 6 ou 8 semaines consécutives; mais, dans sa partie sud, elle persiste rarement plus d’une semaine. Le sol de l’Indiana était primitivement boisé sur les 5/6 de son étendue. Il n’y a pas plus de 50 ans, il était encore couvert de forêts vierges, dont quelques arbres mesuraient de 90 à 120 pieds de haut et un diamètre de 5 pieds. Un sixième seulement de l’Etat se trouvait en prairies. Celles-ci, complètement privées d’arbres dans la partie ouest de l’État, indiquaient, au contraire, par les bouquets d’arbres qu’elles contenaient sur leurs prolongements, au centre et au nord, une origine forestière. Le sol des prairies proprement dites est composé d’une terre argileuse d’une profondeur d’un pied au moins, enrichi de matières organiques par la décomposition des racines et des tiges du gazon. Mais dans le nord et dans le centre les terres de prairies sont, comme les défriches de forêts, d’une nature sablo-argileuse et d’une culture plus facile. Les détritus de la forêt accumulés pendant des siècles leur ont donné aussi une ample provision de matières organiques. Dans la partie nord, de nombreux petits marais ont été, par le drainage, assainis et rendus cultivables. Cette amélioration foncière est, d’ailleurs, communément pratiquée dans tous les cas où la terre végétale repose sur un sous-sol glaiseux, comme il arrive pour presque toutes les terres de forêts. Sur les prairies primitives, on trouve trois ou quatre espèces de graminées indigènes très-nutritives, quoique dures et grossières. Mais, au bout d’un petit nombre d'années de pâturage, elles se couvrent spontanément de trèfle blanc et de poa des prés. Cette graminée comprend deux espèces, le poa pratensis ou blue-grass du Kentucky, qui s’élève jusqu’à 3 pieds de hauteur et plus, et le poa compressa qui n’atteint que la moitié de cette hauteur, mais résiste mieux aux chaleurs de l’été.
- Les forêts de l’Indiana furent défrichées par ces légendaires pionniers sous la puissante hache desquels ont presque disparu, dans certains États, les immenses forêts d’autrefois : géants s’attaquant à d’autres géants. Ce furent eux qui commencèrent à cultiver l’Indiana. Les uns sont restés sur ces terres si laborieusement conquises à la culture et y ont fait souche de gentlemen farmers. D’autres, chargés de famille, ou plus aventureux et plus impatients, ont vendu leurs établissements à des fermiers de l’Est et se sont dirigés vers ces prairies du Far-West où le gouvernement donnait si libéralement des terres, et où le défrichement n’était qu’un jeu auprès de ce qu’il avait été sur les forêts de l’Indiana. Le prix d’une ferme varie actuellement, en ce pays, de 250 à 1 250 francs l’hectare, selon la qualité du sol, la proximité des marchés, la va-
- p.171 - vue 175/684
-
-
-
- m
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- MARS 1881.
- leur des améliorations. L’étendue de la plupart des fermes, un quart de section, 64 hectares, indique bien qu’elles ont eu pour origine les ventes de terres du domaine public. Il n’y a guère que dans les districts des prairies que l’on trouve des fermes de 400 hectares. Et c’est un cas très-rare. L’Indiana est donc un État de fermes moyennes. Une ferme de 64 hectares, de bon sol, convenablement située, avec de bons bâtiments, ses clôtures, ses attelages et son bétail, peut être évaluée de 50 à 60 000 francs. Le salaire d’un ouvrier de ferme n’est pas inférieur à 80 francs par mois, plus la nourriture et le logement à la ferme. On sait combien cette nourriture est abondante et substantielle. Les femmes sont rarement employées aux travaux des champs. Elles sont le plus souvent occupées à l’intérieur de la ferme.
- La culture de l’Indiana s’exerce particulièrement sur les grains et les fourrages, l’élevage et l’engraisseinent des bêtes à cornes et des porcs. Cependant l’élève des chevaux et des mules dépasse aussi les besoins du pays, puisqu’il y a de ce fait exportation d’animaux. A l’exception de la pomme de terre, que l’on trouve principalement dans les comtés du nord, on ne cultive guère de racines dans cet État. Les extrêmes chaleurs de l’été sont peu favorables à la culture des turneps, rutabagas et carottes, et le maïs fournit d’ailleurs une masse de nourriture plus considérable que toutes ces racines. Le maïs, le blé, l’avoine, et, dans une proportion bien moindre, l’orge et le seigle, constituent les récoltes de grains de l’Indiana.
- Le maïs y est le grain préféré, et l’on ne trouve pas de ferme où il ne soit cultivé. Sous forme de hominy, il a presque complètement remplacé le riz pour la nourriture des habitants. Son grain concassé avec l’épi, aussi bien que ses tiges vertes et même sèches, forme la nourriture par excellence des bêtes à cornes, des chevaux et des porcs. Il demande un terrain riche, profond, bien ameubli et bien sain. Sa culture y est l’objet de grands soins donnés avec les instruments aratoires les plus perfectionnés. Semé en quinconce dont les lignes sont distantes de 3 à 4 pieds, il est traité comme une plante sarclée. Sa plantation a lieu en mai. La croissance de la plante est très-rapide, car dès les premiers jours d’août les tiges ont atteint tout leur développement et les épis sont formés. Ces tiges atteignent, dans de bonnes conditions de culture, de 10 à 15 pieds de haut, et la récolte, qui a lieu en septembre, varie entre 27 et 72 hectolitres de 64 kilogrammes à l’hectare. La force de végétation est si grande, que souvent les feuilles restent vertes quand le grain est déjà sec et qu’on peut les employer comme fourrage.
- La culture du blé n’est pas aussi étendue que celle du maïs en Indiana. Les variétés d’hiver y sont préférées à celles de printemps. Les meilleurs fermiers le sèment sur un trèfle ou une jachère ; mais la plupart le sèment sur un chaume d’avoine, et demandent au même champ deux et souvent un plus grand nombre de récoltes consécutives. Le terrain destiné à recevoir du blé est labouré en août, et ameubli au moyen du rouleau et de la herse. Les semailles ont lieu en septembre; mais avec un automne favorable, elles peuvent se prolonger jusqu’au milieu d’octobre sans compro-
- p.172 - vue 176/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- MARS 1881,
- 173
- mettre en rien la récolte. Entre le 20 juin et le 10 juillet a lieu la moisson, au moyen de ces ingénieuses machines dont les Américains sont les inventeurs. Quand le blé produit moins de 13 hect. 50, du poids de 78 kilog. par hectare, la récolte est considérée comme très-mauvaise; mais quand il produit plus de 27 hectolitres, on la dit extraordinaire.
- L’avoine est employée dans beaucoup de fermes pour la nourriture des chevaux et des moutons; mais elle figure rarement sur les marchés. Beaucoup de fermiers la considèrent comme une récolte accessoire destinée à occuper la terre qui doit être ensemencée en blé au lieu de la laisser en jachère. Ce n’est pas une récolte assurée dans cet État, car vingt jours de sécheresse en juin la compromettent, sans que ni le blé ni le maïs en aient à souffrir. L’orge n’est cultivée dans l’Indiana, bien qu’elle y trouve un climat et un sol très-favorables, que pour l’approvisionnement des brasseries du pays, et la culture du seigle est encore moins importante, cette céréale ayant cessé d’être employée pour la nourriture des habitants, et ayant été supplantée pour celle du bétail par le maïs et l’avoine.
- Les prairies de graminées et les trèfles constituent les récoltes fourragères de l’Indiana. Les graminées principalement cultivées sont : la fléole, l’agrostis et le dactyle, mais la première de ces espèces est la plus estimée. Le trèfle rouge est considéré non-seulement comme un excellent et abondant fourrage, mais encore comme la meilleure préparation pour le blé, surtout quand sa seconde coupe a été enfouie en vert. Le fourrage est, dans cet État, un article de vente considéré comme d’autant plus avantageux, que sa culture et sa récolte réclament peu de main-d’œuvre. Le foin bien sec produit au maximum 5 660 kilog. par hectare et au minimum 2 265. L’intérêt que l’on attache au pâturage augmente en même temps que l’importance donnée à l’élevage et à l’amélioration des races de bétail. L’industrie laitière qui, jusqu’à ce jour, ne s’était pas étendue au delà des besoins de la ferme même, tend à prendre un grand développement et sera certainement, dans un temps donné, une des premières de l’État.
- Il ressort de ces détails que la terre, dans l’Indiana, est cultivée soigneusement; mais que les fermiers y sont dans la plus complète ignorance de la question des engrais et des assolements, comme le prouve encore le passage suivant, extrait textuellement de la notice :
- « Il n’est pas encore d’usage général de consacrer quelque engrais à la culture du maïs. Notre sol vierge et riche en matières minérales et organiques ne semble pas encore en avoir besoin ; mais le temps est proche où il faudra s’occuper de cette question. Le mais est une plante vorace qui ne peut être longtemps cultivée sur le même sol sans l’épuiser. Les bons fermiers cultivent rarement la même plante, excepté les prairies, deux années de suite sur le même champ. Ils pratiquent l’alternance des récoltes* mais sans règle fixe et à l’aventure. Comme preuve de la fertilité de notre sol, il n’est pas rare que l’on obtienne trois ou quatre bonnes récoltes de la même espèce
- Tome VIII, — 80® année. 3e série. — Mars t881. 23
- p.173 - vue 177/684
-
-
-
- 174
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- MARS 1881.
- consécutivement sur le même terrain, et cela sans aucun engrais. Il est difficile de convaincre le plus grand nombre de nos fermiers que ce sol ait besoin d’engrais et que de bons soins de culture ne suffisent pas pour obtenir de bonnes récoltes. Les fumiers seuls sont menés une fois l’an sur les plus mauvaises terres les moins éloignées de la ferme. Cette insouciante pratique se maintiendra encore quelque temps, jusqu’à ce que la diminution constante de rendements apprenne aux cultivateurs que l’on ne peut pas impunément demander à la terre sans lui rien rendre. »
- {La fin au 'prochain cahier.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Bac à vapeur pour le transport des trains de chemin de fer. — La
- ligne qu’on a récemment construite en Amérique pour abréger le parcours entre Sacramento et San-Francisco traverse les détroits de Carquinez. On avait tout d’abord songé à les franchir au moyen d’un pont; mais on a reconnu que les difficultés de construction seraient si grandes qu’on a dû renoncer à cette idée; et finalement la Compagnie du Central Pacific Railroad s’est décidée à recourir à un bac à vapeur pour opérer le transbordement des trains d’une rive à l’autre, de Benicia à Port-Costa.
- Ce bac est probablement le plus grand qui soit au monde, et il n’est pas sans intérêt de faire connaître ses principales dimensions et sa disposition. Ses dimensions sont les
- suivantes :
- AÎ êtres.
- Longueur totale, sur le pont..................................... 129,23
- — au fond............................................. 123,74
- Hauteur ou profondeur., au centre................................... 5,61
- — aux extrémités.............................. 4,82
- Largeur du maître bau......................................... . 19,50
- Largeur totale de la plate-forme du pont..................... 35,35
- Flèche du pont...................................................... 0,76
- Tiranl d’eau, sans charge........................................... 1,52
- — avec charge.................................................. 1,98
- Le tonnage est de 3 600 tonnes.
- Le bac reçoit sa force motrice de deux machines verticales à balancier. Les cylindres ont lm,52 de diamètre intérieur et 3m,35 de course. La propulsion s’effectue au moyen de 2 roues à aubes de 9n,,14 de diamètre portant chacune 24 aubes.
- La vapeur est fournie par huit chaudières d’acier, longues de 8m,53 et dont le corps cylindrique a 2m,13 de diamètre; elles renferment chacune 143 tubes de 0“,09 de diamètre et de 4m,87 de longueur. La surface de chauffe totale des huit chaudières
- p.174 - vue 178/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- MARS 1881.
- 175
- est de 1.824m2,54 et la surface de grille de 26In2,75. Les chaudières sont disposées par couples; elles sont placées sur les côtés et de part et d’autre des chambres des roues. Elles sont reliées aux machines de telle manière qu’on peut n’en employer qu’une, ou se servir de toutes à volonté.
- Les machines sont placées, non pas côte à côte à la manière ordinaire, mais l’une devant l’autre et suivant l’axe longitudinal du bateau-, elles se trouvent de part et d’autre de l'axe transversal et à une distance de 2m,45 de cet axe. Cette disposition a pour but de laisser sur le pont la place nécessaire pour quatre voies de chemins de fer. Chacune des roues est menée par une des machines et est indépendante de l’autre; cet arrangement rend les manœuvres bien plus faciles quand il s’agit d’accoster aux cales.
- Parmi les particularités intéressantes au point de vue de la construction, nous signalerons la présence de quatre poutres, du système Pratt, placées directement sous chacune des voies et dont les différentes sections ont été calculées en raison des efforts qu’elles ont à supporter. Elles donnent au bac une grande raideur dans le sens longitudinal et relient le pont avec la membrure. Le bac se trouve ainsi n’être en réalité qu’une vaste poutre flottante. On a de plus établi dans le sens transversal onze cloisons étanches, qui divisent la coque en douze compartiments, et mettent le bateau à l’abri de sombrer, tout en augmentant la raideur générale de la construction.
- A chaque bout se trouvent quatre gouvernails, solidaires les uns des autres, longs de 3®,50 et hauts de lm,67. On les manœuvre à l’aide d’appareils hydrauliques actionnés par des machines indépendantes. Tout ce système est relié à la manière ordinaire avec la roue de gouvernail. Afin que les pilotes puissent voir distinctement devant eux, aussi bien à l’avant qu’à l’arrière, ils sont logés dans des cabines situées à 12 mètres au-dessus du pont. Ce dernier est aussi surmonté de quatre passerelles. Celles d’avant et d’arrière portent les cabines des pilotes.
- Les quatre voies établies sur le pont peuvent recevoir 48 wagons à marchandises avec la locomotive ou 24 voitures à voyageurs du plus grand modèle.
- Les tabliers qui mettent le bac en communication avec les cales à Benicia et Port-Costa ont chacun 30m,78 de longueur ; ils portent quatre voies et sont disposés de telle manière que les trains peuvent pénétrer sur le bac, machine en tête, sans qu’on soit obligé de découpler. Chaque tablier pèse 150 tonnes; ils se manœuvrent au moyen de l’eau sous pression d'un système de pontons et de contre-poids.
- Le bac renferme des logements commodes pour les officiers et l’équipage. Il y a en outre des bureaux spéciaux pour l’expédition des affaires de la Compagnie.
- [Extrait du Railroad Gazette.)
- Les ruptures de rails d’acier sur les chemins de fer russes peaidant
- l’année 18 7». — Dans les documents statistiques publiés par le Ministère des routes et voies de communication de Russie, nous trouvons d’intéressants renseignements
- p.175 - vue 179/684
-
-
-
- m
- PROCES-VERBAUX.
- MARS 1881.
- sur les ruptures de rails d’acier arrivées sur les chemins de fer russes en 1879. Nous en donnons ici un résumé sommaire.
- Au 1er janvier 1880, la longueur totale des lignes exploitées était de 22 560 kilomètres. Dans cet ensemble les rails d’acier figurent pour une longueur de 15 550 kilomètres. Si l’on tient compte des voies d’évitement, de garage, etc., la longueur totale de voie effective montait à 30 378 kilomètres en 1879.
- Les ruptures de rails d’acier se sont élevées à h 759. Elles se répartissent entre les différents mois ainsi qu’il suit :
- Mois,
- Janvier. . . Février. . . Mars. . . . Avril. . . .
- Mai........
- Juin. . . . Juillet. . . Août. . . . Septembre. Octobre. . . Novembre.. Décembre..
- Nombre de ruptures.
- 699 598 854 235 . 235 160 247 156 214 328 341 692
- On peut remarquer que les ruptures sont bien plus nombreuses l’hiver que l’été comme on devait s’y attendre. Autant qu’on en peut juger par le nombre relativement faible de rails brisés, il semblerait que ceux qui ont le mieux résisté sont de fabrication anglaise.
- [Annales des ponts et chaussées.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 11 février 1881.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Correspondance. — M. Hnbert-Gourrier (A.), à Toulon, villa Blanche-lès-Dar-boussèdes, envoie à la Société un exemplaire de son traité de la culture de l’olivier et de la fabrication de l’huile d’olive, et demande qu’on examine ses nouveaux procédés et les appareils de fabrication dont il est l’inventeur, avec M. Boursier. (Agriculture.)
- M. Hénault, tailleur, à Paris, rue de Richelieu, 99, demande à la Société de vou-
- p.176 - vue 180/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- MARS 1881.
- 177
- loir bien examiner ses tarifs , pour la confection économique des vêtements. (Commerce.)
- La Sociétéphysico-chimique de l’Université de Saint-Pétersbourg (Russie) envoie à la Société un programme pour le concours ouvert, sur la proposition et aux frais de M. Ragosine, pour l’invention d’une lampe brûlant les huiles lourdes de pétrole pour l’éclairage. (Prix de 3 000 frênes.) (Renvoyé à la Commission du Bulletin.)
- Le sel de conserve, Société anonyme, rue de Provence, 34, à Paris, se présente comme concurrent pour le concours ouvert par la Société à un prix qui doit être décerné en 1883, pour un procédé de conservation des denrées comestibles à l’état frais. (Arts économiques.)
- M. Desgrandchamps, mécanicien, rue des Gharolais, 1, à Paris, envoie comme suite à la communication faite, en juin 1880, sur le perfectionnement des machines à fraiser deHI. Bauher, un Mémoire sur l’amélioration des fraises et sur quelques soins de détail à observer, pour assurer la bonne marche de ces machines-outils. (Arts mécaniques.)
- M. Borgna, rue Gauthey, 31, à Paris, envoie un nouveau système de régulateur applicable au tirage des appareils de chauffage. (Arts économiques.)
- M. Jarre (S.), ingénieur, à Ornans (Doubs), envoie la description de l’appareil qu’il a combiné, pour remplacer les robinets de gros diamètre, sur les conduites à gaz. (Arts mécaniques.) %
- M. Picq, mécanicien à l’atelier de construction, rue Ramey, à Tarbes (Hautes-Pyrénées), envoie le dessin et la description d’un appareil qu’il a établi pour emmagasiner les forces ordinairement perdues, comme les efforts que l’on fait pour arrêter les trains de chemins de fer, machines routières, omnibus, etc. (Arts mécaniques.)
- M. Coret, mécanicien, à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche) et à Lyon, Perrache, hôtel de Latour du Pin, signale à la Société un moyen, pour prévenir dans certains cas, les explosions de chaudières à vapeur. (Arts mécaniques.)
- MM. Rigolier et comp., me Grolier, 3, à Lyon, envoient un nouveau système de traverses métalliques pour chemins de fer. (Arts mécaniques).
- M. Casalonga, ingénieur civil, propriétaire de la Chronique industrielle, envoie à la Société, pour sa bibliothèque, un exemplaire relié de ce journal. (3e année.)
- M. le Président remercie M. Casalonga de l’envoi jde ce volume, qui sera déposé à la bibliothèque.
- La réforme alimentaire, Bulletin de la Société végétarienne, janvier 1881. (Bibliothèque.)
- M. Péneau (E.), directeur de la station agronomique du Cher, à Bourges, Étude géologique et agronomique du canton de Lury (Cher), brochure in-8. (Bibliothèque.)
- M. de Saint-Prix, nouveau système pour protéger les fruits et hâter leur maturité. Brochure in-12, à Morlaix. (Bibliothèque.)
- p.177 - vue 181/684
-
-
-
- 178
- PROCÈS-VERBAUX. — FÉVRIER 1881.
- M. Delesse, ingénieur des mines, membre de l’Institut, sur les Etudes de géologie agronomique aux États-Unis, brochure in-8. (Bibliothèque.)
- Rapports des comités. — M. Sebert [présente, au nom du comité des arts économiques, un Rapport sur les télémètres répétiteurs, applicables au service à terre et au service à bord, imaginé par M. Le Cyre,
- Le comité propose d’autoriser l’insertion du présent Rapport dans le Bulletin de la Société, avec les dessins nécessaires pour comprendre le mode de construction de ces intéressants appareils.
- Ces conclusions mises aux voix sont adoptées.
- Communications. — Vignesphylloxérées. —M. Mangon présente à la Société, au nom de M. Charles Bourdon, boulevard Voltaire, 87, un nouveau traitement pour les vignes attaquées par le phylloxéra.
- M. le Président remercie M. Mangon de cette Communication et la renvoie à la Commission du Bulletin.
- Tourbe à Parafine. — M. de Molon présente des échantillons des tourbes de la vallée de l’Aven (Finistère) à divers états de formation et de siccité, ainsi que des mousses qui croissent spontanément sur les gisements, mousses dont la décomposition paraît avoir déterminé cette formation tourbeuse spéciale. Il présente, en même temps, toute une série de produits retirés de ces tourbes par M. Burin, qu’il avait chargé d’étudier leur composition chimique et les procédés industriels d’extraction de leurs composants.
- A la suite de ces communications, M. le Président témoigne de l’intérêt avec lequel il les a entendues. Il considère la constatation des matières cireuses, dans les produits de décomposition de certaines mousses, comme une découverte nouvelle très intéressante à tous les points de vue. Il déclare que, lorsqu’il a eu, pour la première fois, connaissance des résultats annoncés, il a eu peine à en admettre l’exactitude; qu’il avait tenu à les vérifier par lui-même, et, que, après des recherches assez longues, il avait également constaté dans son laboratoire l’existence de 18 pour 100 de matières cireuses dans ces tourbes ; il félicite M. Burin du résultat de ses études.
- Il fait ensuite ressortir quelques-uns des caractères spéciaux des mousses qui concourent à la formation des gisements tourbeux, caractères qui donnent une explication de la composition des diverses tourbes. Il félicite M. de Molon, qui a déjà rendu à l’agriculture et au pays tout entier de si grands services par la découverte des gisements de phosphate de chaux, d’avoir couronné une existence de travail et de dévouement aux intérêts généraux, en trouvant une source nouvelle de richesses pour l’industrie et pour l’agriculture.
- Phares. — Note sur un appareil de phare pour feu de direction, avec systèmes d’écrans pivotants, construit et combiné par M. Henry Lepaute fils, ingénieur-constructeur d’horlogerie et de phares lenticulaires, 6, me Lafayette, à Paris.
- p.178 - vue 182/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX. — MARS 1881. 179
- M. le Président remercie M. Henry Lepaute de cette intéressante communication et en renvoie l’examen au comité des arts économiques.
- Nomination de membres. — MM. Tanenr, imprimeur en taille-douce, à Paris; Jacquemart, inspecteur des écoles industrielles, sont nommés membres de la Société.
- Séance du 25 février 1881.
- Présidence de M. Le Blanc.
- Correspondance. — M. le Ministre de l’instruction publique annonce à la Société la création dans son ministère d'une Revue scientifique du comité des travaux historiques et des Sociétés savantes, et demande à la Société l’envoi de ses publications. [Bulletin.)
- M. le Ministre de /’instruction 'publique demande la nomination d’un délégué de la Société, pour représenter la Société au Congrès international des électriciens qui doit se réunir, le 15 septembre prochain, à la suite de l’Exposition internationale d’électricité. (Arts économiques.)
- M. Turney (R.), président de l’Assistance paternelle des enfants employés dans les fabriques de fleurs et de plumes, boulevard Sébastopol, 36, à Paris, demande à la Société d’encouragement une allocation pour concourir à la distribution des récompenses de cette assistance, qui aura lieu le 10 avril. (Commerce.)
- Le sel de conserve, rue de Provence, 34, écrit pour renoncer à la prétention qu’il avait annoncée, en se posant comme concurrent au prix à décerner en 1883, par la Société et il demande qu’elle fasse examiner, dès à présent, les produits de son industrie. (Arts économiques.)
- M. Lepage (Th.), à Bernat (Aisne), propose de rechercher les matières textiles indigènes à fibres courtes, telles que le coton de peuplier, pour les utiliser. Il propose aussi un nouveau système de greffe pour les petits sujets. (Agriculture.)
- M. Lair (F.), ingénieur chimiste, rue de Valenciennes, 3, à Paris, présente à la Société le résultat de ses études pratiques sur le traitement industriel des matières de vidanges. (Arts économiques.)
- M. Beuchot (C.), avenue de la République, 4, à Paris, envoie à la Société un exemplaire de ses diverses publications sur l’emploi de la vapeur dans la navigation intérieure, sur les canaux, etc. (Arts mécaniques.)
- M. Amette (L.), ingénieur civil, à Rouen, et, à Paris, boulevard Voltaire, 146, Projet de canalisation de la Seine. (Bibliothèque.)
- M. Chefd’hôtel père, ancien serrurier-mécanicien, rue du Malconseil, à Epernon (Eure-et-Loire), présente la description et le dessin d’une turbine automatique. (x\rts mécaniques.)
- M. Franc (J.), voyageur de commerce, à Nanteuil-le-Noudouin (Oise). Prospectus
- p.179 - vue 183/684
-
-
-
- 180
- PROCÈS-VERBAUX. — MARS 1881.
- imprimé d’un système de chemin de fer qu’il nomme chemin de fer télégraphe. (Arts mécaniques.)
- M. Lavallée (A.). Les vignes du Soudan, brochure in-8. (Bibliothèque.)
- M. Cornuault (E.), ingénieur. Note sur quelques nouveaux becs intensifs. (Extrait du Procès-verbal des séances de la Société des ingénieurs civils, Paris, 1881, in-8, brochure in-4, 1879). (Bibliothèque.)
- M. dufrené (H.), ingénieur civil. Étude sur l’histoire de la production et du commerce de l’étain (extrait des Annales du génie civil), brochure in-8, 1881. (Bibliothèque.)
- Rapports des comités. — déclaration de vacance. — M. Boitel fait, au nom du comité de l’agriculture, un Rapport pour demander la déclaration d’une vacance parmi les membres de ce comité dont le nombre est réduit à quatorze, par suite de la mort de M. Moll.
- Cette proposition, mise aux voix par M. le Président, est adoptée par le Conseil.
- L’élection aura lieu dans la séance publique du 11 mars.
- Communications. — Chêne-liège. — M. Capgrand-Mothes présente à la Société un nouveau système pour la culture du chêne-liège, avançant de dix ans sur les jeunes arbres et d’un an sur tous les autres, la récolte des écorces et ne donnant que des écorces de première qualité.
- M. le Président remercie M. Capgrand-Mothes de cette intéresante communication qui sera examinée par le comité de l’agriculture.
- Aréométrie. — M. dalican fait au Conseil une communication sur la balance aréo-thermique qu’il a inventée. . ,
- M. le Président remercie M. dalican de cette communication et charge le comité des arts économiques d’en faire l’examen.
- Éclairage par la soléine. — M. Guillemare, professeur de physique au lycée Charlemagne, et inventeur de l’éclairage par la soléine, rue des Rosiers, 3 bis, fait au Conseil une communication sur cet éclairage.
- M. le Président remercie M. Guillemare de cette communication et charge le comité des arts économiques d’en faire l’examen.
- Nomination de membres. —• M. Marché, ingénieur civil, est nommé membre de la Société.
- PABIS. — IMPRIMERIE DE Mme Ve EOUCHARD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 5. — 1881. Jules TREMBLAY, gendre et successeur.
- p.180 - vue 184/684
-
-
-
- lin !•> Soi-irli- ih
- /'/
- © 0
- 0 0
- (D ©
- © 0
- ,;
- / Jfêt
- _h‘c:htJU& tie *8 p7 /rtt’ /'V<7. ©. 4-
- —.• .
- eh la ne del. _Z. Chaumont et 8er Ira rut *re
- T K LF/M h TRE S A ORSERVAïlOXF CROISEES, PAR M A. LE LYRE
- pl.126 - vue 185/684
-
-
-
- 8Qe année.
- Troisième série, tome VIII.
- Avril 1881.
- BULLETIN
- Il SMI
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- COMITÉ DES ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Aimé Girard, au nom du comité des arts chimiques, sur
- les PROCÉDÉS DE LAVAGE DES PULPES ET DES ÉCUMES DES SUCRERIES , de
- M. Gallois, fabricant de sucre à Francières [Oise]. .....
- La fabrication française du sucre de betteraves qui, pendant soixante-dix ans, s’était toujours maintenue au premier rang par l’importance de sa production, s’est vue, depuis deux années, distancer par la fabrication allemande, et déjà la fabrication autrichienne marche presque de pair avec elle. C’est, à la suite d’efforts persévérants, et non par quelque chance heureuse que l’Allemagne et l’Autriche ont conquis cette situation. Depuis dix ans, en effet, on voit dans ces deux pays, on voit, en Russie également, agriculteurs et fabricants rivaliser de zèle, pour obtenir, d’une part des betteraves riches en sucre, d’une autre des rendements industriels élevés.
- Il n’en a pas été de même en France durant cette période; confiants dans leurs anciens succès, nos compatriotes ont laissé se développer, à côté d’eux, une puissance industrielle qui, aujourd’hui, les menace, et c’est depuis deux années seulement, qu’on les voit, inquiets de l’avenir, s’ébranler à leur tour pour entrer dans la voie du progrès. Les conditions actuelles de l’industrie sucrière leur en font, d’ailleurs, une nécessité absolue, et c’est chose certaine que la France, à qui l’on doit la création de la fabrication du sucre de betteraves, s’en verrait bientôt totalement dépossédée si, aux errements anciens, ne venaient se substituer des errements nouveaux. Semblable calamité ne se produira pas, nous en sommes certains et l’élan avec lequel, cette
- Tome VIII. — 80e année. 3e série« — Avril 1881. _ 24
- p.181 - vue 186/684
-
-
-
- m
- ARTS CHIMIQUES.
- AVRIL 1881.
- année, nos manufacturiers se sont portés en avant, peut même nous permettre d’espérer de voir la sucrerie française reprendre, à brève échéance, le rang qu’elle n’aurait jamais dû perdre.
- Les progrès à accomplir pour obtenir ce résultat sont de deux sortes : les uns sont relatifs à la production de betteraves riches et d’un grand rendement en poids, à l’hectare ; de ce côté, tout est à faire, et nos agriculteurs, malgré les efforts de la science, sont loin d’avoir compris encore à quel degré leurs intérêts sont, sous ce rapport, solidaires de ceux des fabricants ; les autres sont relatifs à l’extraction et au traitement des jus sucrés; de ce côté, la situation est toute différente.
- Déjà, depuis quelques années, la substitution, en mainte usine, des presses continues aux presses intermittentes, avait permis de réaliser, sous le rapport de l’extraction des jus, un progrès sérieux; la campagne 1880-81, en a inauguré un plus considérable encore. Le procédé de la diffusion qu’a imaginé M. Robert de Seelowitz, que pratiquent aujourd’hui presque toutes les sucreries allemandes, autrichiennes et russes, que M. Quarez avait introduit en France il y a cinq ans, qu’une douzaine de nos fabriques avaient timidement adopté, a pris pied, définitivement, l’année dernière, dans soixante-douze sucreries françaises, et des perfectionnements non moins importants semblent devoir, en ce moment, modifier d’une façon heureuse, les conditions économiques de l’évaporation du jus et de la cuite des sirops.
- Ce sont là tous perfectionnements d’une portée capitale, mais, à côté d’eux, on en rencontre d’autres encore dont les conséquences, pour être moindres, sont cependant dignes de fixer l’attention.
- Parmi ceux-ci, il convient de placer les procédés de lavage des pulpes et de lavage des écumes dont un habile fabricant, M. Gallois, de Francières (Oise) a, dans ces derniers temps doté la sucrerie.
- De ces deux procédés, l’un n’intéresse que l’ancienne méthode de travail, celle qui repose sur l’emploi successif de la râpe et des presses intermittentes: l’introduction en sucrerie des presses continues d’abord, de la diffusion ensuite, en doit limiter le développement; l’autre, au contraire, s’appliquant aux résidus de la défécation, intéresse la sucrerie tout entière.
- Cependant, si l’on considère qu’en présence du prix élevé des outillages nouveaux, on verra, pendant plusieurs années encore, les presses intermittentes fonctionner en sucrerie, il convient de donner, même au premier de ces procédés, une attention sérieuse.
- Le principe sur lequel M. Gallois le fait reposer consiste en ceci : que l’é-
- p.182 - vue 187/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES. — AVRIL (881.
- 183
- J imination du sucre contenu dans le pressin est plus facile en diluant celui-ci sous la presse qu’en le diluant à la râpe. Au moment du râpage, et pour rendre le pressin plus fluide, le fabricant, on le sait, a pour coutume d’arroser la betterave de 20 à 25 pour 100 de son poids d’eau. M. Gallois réduit cette quantité à 10 ou 15 pour 100, se réservant de faire agir la différence, c’est-à-dire 10 pour 100 d’eau, sur la pulpe à moitié pressée déjà, au moment où elle quitte la presse préparatoire.
- Le travail est, tout d’abord, conduit comme de coutume, et c’est seulement au moment où les piles sont reconstruites à la presse hydraulique qu’intervient le lavage imaginé par M. Gallois. À travers le sommier de la presse, ont été percés quatre ou cinq trous par lesquels s’écoule, sous une légère pression, de l’eau portée à 100 degrés. Le courant en est continu pendant tout le chargement, de telle sorte que chaque sac, au moment où l’ouvrier le dépose sur la pile, et avant qu’il ne le recouvre de son paillasson, reçoit une quantité d’eau chaude, représentant 10 pour 100 du poids de la betterave, dont le sac d’abord, la pulpe ensuite se pénètrent, et qui, diluant le jus dont celle-ci est encore imprégnée, rendra bientôt, au cours de la pression, l’extraction du sucre plus facile et plus abondante.
- Adopté, dès à présent, dans une vingtaine de sucreries, le procédé de M. Gallois pour le lavage des pulpes, y a donné des résultats satisfaisants. L’analyse des pulpes obtenues à la sucrerie de Francières, à la presse hydraulique et sans lavage, montre que celles-ci contiennent d’habitude 6,3 pour 100 de sucre, tandis que les pulpes lavées sous la presse n’en renferment plus que A,7 pour 100; d’où résulte, qu’en admettant la proportion normale de 20 de pulpe pour 100 de betterave mise en travail, on peut, par ce procédé, enlever à la betterave une proportion supplémentaire de sucre qui n’est pas moindre, en quantité réelle, de 0\320, en quantité extractible à l’état de cristaux de 0k,240 par 100 kilog. de betterave. C’est, pour une sucrerie travaillant 12 millions de kilog. de betterave, une bonification, par campagne, de 24 000 kilog. de sucre et de 16 000 kilog. de mélasse.
- Ces résultats, certes, sont tout à fait dignes d’intérêt, mais plus intéressants encore sont ceux qu’obtient M. Gallois, par son procédé de lavage des écumes. C’est, en effet, à la sucrerie tout entière que ce procédé s’adresse. Que le jus ait été extrait à la presse hydraulique ou aux presses continues, qu’il provienne de la diffusion, peu importe, c’est toujours de la même façon qu’il est déféqué, et du fait de la double carbonatation, on le voit, en tout cas, fournir comme résidu un poids d’écumes calcaires qui ne repré-
- p.183 - vue 188/684
-
-
-
- 184 ARTS CHIMIQUES. — AVRIL 1881.
- sentent pas moins de 10 à 12 pour 100 du poids de la betterave, et qui, contenant toujours 3 à 4 pour 100 de leur poids de sucre, emportent, en réalité, 300 à 350 grammes de sucre par 100 kilog. de betteraves.
- Une perte aussi considérable ne pouvait manquer de préoccuper les fabricants de sucre et elle les a, en effet, préoccupés depuis longtemps Divers procédés ont été imaginés pour retirer le sucre des écumes; tous reposent sur le lavage de ce résidu. Le plus simple est celui qui consiste à délayer les tourteaux, sortant du filtre-presse, à l’aide d’une quantité d’eau aussi faible que possible, pour, ensuite, les soumettre à une pression nouvelle; mais à cette manière de faire qui, quelques soins que l’on prenne, comporte toujours l’emploi d’une quantité d’eau importante, qui, d’ailleurs exige une main-d’œuvre sérieuse, il convient de préférer le lavage des écumes dans le filtre-presse lui-même.
- Cependant, cette opération présente des difficultés particulières, et presque toutes les tentatives faites pour l’exécuter ont échoué jusqu’ici. Ces difficultés, M. Gallois, les a heureusement vaincues, en recourant à un élégant tour de main. Celui-ci consiste à limiter à quelques minutes l’envoi des écumes normales au filtre-presse, pour, au bout de ce temps, les diluer à l’aide d’une quantité d’eau déterminée, et n’envoyer l’eau pure chargée du dernier lavage qu’à la fin même du travail. C’est en réalité, un lavage méthodique exécuté dans le filtre-presse et sous pression.
- Pour réaliser les conditions que je viens d’indiquer, M. Gallois a construit un robinet dont la lumière L est unique, mais dont le boisseau est à trois voies ; l’une de ces voies A sert à l’introduction des écumes, l’autre B à l’introduction de l’eau, la troisième C au départ du liquide qui vient de traverser la lumière.
- Disposé de façon à pouvoir s’adapter aux filtres de tous les systèmes, ce robinet porte sur le boisseau un cadran fixe ou sont gravés les points de repère vis à vis desquels l’ouvrier doit amener l’aiguille que porte la tête du robinet, lorsqu’il veut, par la lumière de celui-ci, envoyer dans le filtre-presse soit les écumes seules, soit les écumes mélangées d’eau, soit l’eau seule.
- p.184 - vue 189/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES. — AVRIL 1881. 185
- Rien de plus simple que la manœuvre de cet appareil, rien de plus simple, par conséquent, que le travail des écumes et leur lavage au filtre-presse. Au début de l’opération, le robinet est tourné sur écumes et, pendant trois ou quatre minutes, laissé en cette position; durant ces trois ou quatre minutes le tourteau commence à se former : contre les toiles les écumes se condensent, et bientôt, à la surface de celles-ci, se solidifie une couche de quelques millimètres de matière agglomérée ; lorsque ce point est atteint, le robinet est tourné, mis sur écumes et eau tel que le représente la figure, c’est-à-dire orienté de telle façon qu’aux écumes l’eau se mélange dans la lumière même du robinet, et qu’au liquide pâteux du premier moment succède un liquide plus léger.
- Un phénomène remarquable se produit alors, et c’est à la production de ce phénomène qu’est dû le succès du travail exécuté par M. Gallois. Sous la poussée de ce liquide plus léger, une voie d’élection se forme dans chaque chambre du filtre-presse, et constitue au milieu de celle-ci une sorte de lame parallèle aux surfaces filtrantes, lame par laquelle dorénavant s’effectuera l’alimentation tout entière. De cette disposition résulte qu’à partir du moment où les écumes arrivent diluées dans la chambre, le travail de filtration, et par conséquent de lavage, s’effectue également par tous les points des deux grandes surfaces parallèles que cette lame^médiane détermine, surfaces qui vont, sans cesse, se rapprochant l’une de l’autre, jusqu’à ce que le filtre étant plein d’écumes pressées elles se trouvent au contact. C’est après deux minutes de filtration environ que l’empli peut être regardé comme complet ; le robinet est alors tourné une troisième fois, et au mélange d’eau et d’écumes on fait, pendant une minute, succéder de l’eau pure qui, malgré le rapprochement des deux surfaces précédemment définies trouve encore, à travers la masse moins dense qui forme le milieu du tourteau un chemin facile.
- L’appréciation des moments auxquels il convient de changer la direction du robinet, n’offre d’ailleurs aucune difficulté; un densimètre disposé à la sortie des jus en indique, à tout instant, la densité. La quantité d’eau nécessaire au lavage n’excède pas 6 à 7 litres par 100 kilog. de betteraves, la manœuvre est toute facile et les résultats obtenus sont considérables.
- Ces résultats, l’industrie sucrière les apprécie à leur valeur; dès à présent, plus de cent-vingt sucreries ont adopté le procédé de lavage des écumes au filtre-presse qu’a imaginé M. Gallois, et des analyses exécutées sur les tourteaux de plusieurs sucreries, il résulte qu’en moyenne, les écumes qui,
- p.185 - vue 190/684
-
-
-
- 186 HORLOGERIE ÉLECTRIQUE. — AVRIL 1881.
- passées au filtre-presse comme de coutume, sans lavage, retiennent encore 3 pour 100 de sucre, n’en contiennent plus, lorsqu’elles ont été traitées de la façon qui vient d’être décrite, que 0,5 pour 100. En suivant, par conséquent, la méthode de M. Gallois, le fabricant de sucre récupère par 100 kilog. d’écumes pressées 2k,500% soit par 100 kilog. de betteraves mises en travail 0k,250 de sucre.
- Appliqué dans toutes les sucreries françaises, ce procédé déterminerait une augmentation de la production qui, pour une campagne de 400 millions de kilog. de sucre, ne serait pas moindre de 15 millions de kilog.
- Frappé de l’importance de ces résultats, comme aussi de l’ingéniosité des procédés qui permettent de les obtenir, le comité des arts chimiques a l’honneur de proposer à la Société de remercier M. Gallois de la communication qu’il lui en a faite, et de décider l’insertion au Bulletin du présent Rapport, en j joignant le dessin des appareils qu’exige leur mise en pratique.
- Signé: Aimé Girard, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 28 janvier 1881.
- HORLOGERIE ÉLECTRIQUE.
- Rapport fait par M. le comte du Moncel, au nom du comité clés Arts économiques , sur le SYSTÈME DE REMISE A L HEURE DES HORLOGES PUBLIQUES (le M.FEmN,57,quaideValmy.
- Depuis longtemps, on a cherché, pour obtenir l’unification de l’heure dans les villes, à télégraphier l’heure comme on télégraphie sur nos lignes l’expression de la pensée; mais comme, dans un cas, c’est une force intelligente qui constitue l’action dirigeante, alors que, dans l’autre cas, c’est une force purement matérielle soumise à une action physique très variable et très capricieuse, on n’a pas obtenu, jusqu’à présent, de la transmission électrique de l’heure, des résultats bien encourageants, alors que la télégraphie accomplit des merveilles. Étant ainsi obligé de renoncer, pratiquement, à la transmission électrique de l’heure, qui aurait eu pourtant de grands avantages, on s’est demandé si on ne pourrait pas obtenir le même résultat en conservant les horloges existantes, et en ne faisant intervenir l’électricité que comme force dirigeante, c’est-à-dire en lui faisant opérer, la correction de l’heure
- p.186 - vue 191/684
-
-
-
- HORLOGERIE ÉLECTRIQUE. — AVRIL 1881. 187
- à des intervalles de temps plus ou moins éloignés. Dans ces conditions, les caprices de l’électricité ne pouvaient être préjudiciables; car, en admettant qu’ils pussent se produire, les horloges pouvaient continuer à fonctionner comme horloges ordinaires et, en effectuant la correction toutes les heures, on devait obtenir l’heure assez exactement pour les besoins du public. C’est dans ce sens qu’a été résolue en principe la quation de l’unification de l’heure dans les villes, notamment pour la villle de Paris, et l’on comprend que le problème ainsi posé a donné carrière au génie inventif des horlogers qui, depuis quelque temps, ont produit plusieurs systèmes très intéressants de remise à l’heure. Pourtant, ce problème n’est pas nouveau, et, depuis 1843, on s’en est occupé à différentes reprises. Le plus ancien système est celui de M. Bam; puis sont venus successivement ceux de MM. Breguet, Lasseau, Guyard, Collin, Borel, et, tout dernièrement, ceux de MM. Fenon, Redier et G.. Tresca. C’est un de ces derniers, celui de M. Fenon, que nous avons été chargés d’étudier, et, après l’avoir vu fonctionner chez M. P. Garnier, nous avons cru devoir soumettre à votre approbation le rapport suivant.
- Le système de M. Fenon ou plutôt les systèmes, car il y en a deux, ont été combinés pour s’adapter aux horloges à échappement h chevilles et aux horloges à échappement à ancre, et ils ont, sur plusieurs des systèmes qui les avaient précédés, l’avantage de fournir la remise à l’heure sans qu’il soit besoin de donner aux horloges une avance quelconque, ce qui revient à dire qu’ils peuvent corriger les retards aussi bien que les avances.
- Pour obtenir ce résultat, avec les horloges dont la roue d’échappement est à chevilles, M Fenon rend cette roue d’échappement mobile sur son axe dans le sens longitudinal, sans que pour cela elle cesse d’être sollicitée à se mouvoir, ce que l’on obtient aisément au moyen d’une cheville d’entraînement fixée snr le pignon d’échappement. L’électro-aimant de la remise à l’heure réagit sur cette roue d’échappement au moment oii il devient actif, et la dégage de l’ancre; et, comme cette roue est munie, du côté opposé aux chevilles, d’une tige correspondant exactement à la position de l’aiguille des minutes sur l’heure, cette aiguille se trouve ramenée immédiatement à cette position qu’elle conserve jusqu’à ce que les aiguilles de l’horloge directrice et de l’horloge à régler marquent la même heure. La fermeture du courant se produit toujours à l’heure, de sorte que si l’horloge à régler est en avance ou en retard de 10 secondes, je suppose, le dégagement de sa roue d’échappement et, par suite, la remise à l’heure, se manifestera 20 secondes ou
- p.187 - vue 192/684
-
-
-
- 188 HORLOGERIE ELECTRIQUE. — AVRIL 1881.
- 40 secondes avant l’heure, mais l’aiguille ne reprendra sa marche qu’au moment même oii l’aiguille des minutes de l’horloge régulatrice aura dépassé l’heure de 30 secondes; s’il n’y a ni retard ni avance, l’arrêt de l’horloge à régler durera 30 secondes. Comme on le voit, ce système est très simple, très rationnel et pourra fournir des résultats très avantageux.
- Tour appliquer son système aux horloges ayant un échappement à ancre, M. Fenon l’a disposé d’une autre manière, qui est très ingénieuse. Comme la roue d’échappemeut ne peut plus alors être changée de place, c’est un petit bras monté sur un manchon mobile sur l’axe de cette roue qui y supplée. À cet effet, la roue d’échappement n’est pas fixée sur son axe, mais sur un manchon qui est monté à frottement doux sur lui, et c’est le bras en question, sollicité à se mouvoir par l’axe de la roue, qui lui communique le mouvement au moyen d’une broche appuyant contre l’un de ces rayons. Toutefois, indépendamment de ce mouvement, la roue peut être sollicitée par un petit barillet qui fait corps avec elle et qui peut agir dans le même sens, quand le bras, par suite d’une action que nous allons analyser, se trouve dégagé. D’un autre côté, la roue porte, sur chacun de ces quatre rayons une goupille qui se trouve, dans une position donnée, à portée d’un butoir articulé qui tombe devant elle au moment ou le bras est dégagé, et ce double effet est la conséquence d’une attraction électro - magnétique effectuée à l’heure. A ce moment, en effet, l’armature d’un électro-aimant réagit par l’intermédiaire d’une fourchette engagée dans la gorge d’une rainure circulaire évidée dans le manchon du bras entraîneur, de manière à le faire glisser sur l’axe de la roue d’échappement, et à dégager celle-ci de l’action du bras qui lui communique le mouvement. Ce bras, devenu libre en même temps, se trouve alors entraîné brusquement par le mécanisme d’horlogerie et vient buter contre un arrêt fixe adapté au bâti de l’horloge et placé dans une position qui correspond exactement à la verticale, c’est-à-dire à l’heure du cadran, et la roue d’échappement elle-même, sollicitée par son petit barillet, continue son mouvement jusqu’à ce qu’une de ses chevilles vienne rencontrer le butoir articulé correspondant, que l’électro-aimant, dans son effet attractif, a fait abaisser. Alors, le balancier continue à osciller par l’effet delà force acquise jusqu’à ce que la rupture du courant, provoquée par l’horloge régulatrice, ait dégagé à la fois la roue d’échappement et le bras qui en gouverne la marche, lequel s’engage de nouveau entre ses rayons pour entretenir son mouvement jusqu’à la prochaine fermeture du courant. Comme c’est l’axe
- p.188 - vue 193/684
-
-
-
- HORLOGERIE ÉLECTRIQUE. — AVRIL 1881. ' " 189
- de la roue d’échappement qui commande la marche de l’aiguille des minutes, on voit qu’au moment de la fermeture du courant par l’horloge régulatrice, cette aiguille arrive brusquement à l’heure, quelle que soit la position relative des deux aiguilles sur les deux horloges. Cette disposition un peu compliquée a été la conséquence de ce qu’on a voulu éviter qu’au moment du dégagement de la roue d’échappement, l’ancre ne vienne buter sur les dents de cette roue. Du reste, l’arrêt de la roue d’échappement ne se produit que lorsque l’horloge à régler est en avance sur l’horloge-type ; quand elle retarde, le barillet se trouvant suffisamment remonté, la roue d’échappement continue son mouvement sans arrêt.
- M. Fenon a complété son système par une disposition d’interrupteur qui fournit les contacts francs et brusques nécessaires au bon fonctionnement des appareils électriques de ce genre. Cet interrupteur est naturellement appliqué sur les horloges régulatrices, et il est disposé de manière à ce que la durée du contact puisse être variée à volonté.
- Après avoir constaté l’excellent fonctionnement de ce système de remise à l’heure, votre Comité des arts économiques vous prie, Messieurs, de décider que des remerciments soient adressés à M. Fenon pour son ingénieuse invention, et que le présent Rapport soit inséré au Bulletin avec les dessins des appareils.
- Signé : dtj Moncel, rapporteur.
- . Approuvé en séance, le 28 mai 1880.
- • ——
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA PLANCHE 127, FIGURANT DIVERS MODES DE MISE EN PRATIQUE DU SYSTÈME DE REMISE A i/HEURE ÉLECTRIQUE DE M. AUGUSTE FÉNON.
- Nous allons, en nous référant aux dessins annexés au présent Rapport, désigner les différentes pièces dont l’ensemble réalise ce système d’unification de l’heure.
- Les figures 1, 2 et 3 représentent l’application de ce système à une horloge à échappement à chevilles.
- Les figures 4, 3, 6, 7, 8, 9, 10 et 11 représentent la mise en pratique du système applicable à un échappement quelconque.
- Les figures 12 et 13 ont rapport à un système spécial de commutateur électrique fermant et ouvrant brusquement le circuit adapté à une horloge réglante.
- Fig. 14. Pile électrique.
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. —
- Avril 1881.
- 25
- p.189 - vue 194/684
-
-
-
- 190
- HORLOGERIE ÉLECTRIQUE. — AVRIL 1881.
- Application à F échappement à chevilles.
- Fig. 1 et 2. Vues en élévation de face et de côté de l’horloge munie de sa remise à l’heure. La partie antérieure du bâti et le côté ont été coupés pour laisser voir le dispositif de l’électro-aimant et de son armature.
- Fig. 3. Élévation et coupe du manchon et de la roue d’échappement, laissant voir son montage sur le pignon.
- a, roue d’échappement faisant un tour dans une minute. Elle est folle sur Taxe du pignon h et peut en outre se déplacer dans le sens longitudinal de son axe.
- h, pignon de la roue a.
- c, manchon faisant corps avec la roue a.
- d, gorge annulaire ménagée sur le manchon c.
- e, fourchette embrassant la gorge d du manchon c et faisant corps avec l’armature /.
- /, armature de l’électro-aimant g qui, lorsqu’elle est attirée par Faction du courant, fait glisser la roue a sur sa tige et la rend indépendante de l’échappement.
- g g, électro-aimant.
- h, axe sur lequel oscille l’armature /.
- if ressort antagoniste appuyant sur l’armature / pour éloigner celle-ci de l’électro g lorsqu’il cesse d’être actionné par le courant et, par là, remet en prise la roue d’échappement avec l’ancre. fi
- j, tige fixée sur l’arbre du pignon 6, s’appuyant par son extrémité sur la cheville de buttée k.
- k, cheville de buttée fixée sur la face postérieure de la roue a sur laquelle s’appuie la tige j qui communique à la roue d’échappement le mouvement du rouage.
- /, ressort contre lequel vient butter la cheville k, quand la roue d’échappement est déclanchée et n’est plus par suite en prise avec l’échappement.
- m, vis du ressort-buttoir /, ayant pour fonction de régler l’entrée des chevilles de la roue a dans les becs de l’ancre n.
- n, ancre.
- Mécanisme de remise ci l’heure applicable à un échappement quelconque.
- La figure 4 est une vue de côté du dispositif.
- La figure 5 en est une vue en dessus.
- La figure 6 est une vue de face du même mécanisme, une des platines du mouvement étant supprimée.
- Les figures 7, 8, 9, 10 et 11 sont des vues séparées de pièces montrées dans leurs rapports de fonctionnement avec les figures 4, 5 et 6.
- p.190 - vue 195/684
-
-
-
- HORLOGERIE ÉLECTRIQUE. ---- AVRIL 1881.
- 191
- a, roue d’échappement faisant un tour en une minute. Elle est calée sur un manchon e.
- b, barillet faisant corps avec la roue a.
- c, ressort contenu dans le barillet b; il est fixé à son centre sur l’arbre d de la roue a et n’est relié au barillet que par friction.
- d, arbre de la roue d’échappement a.
- e, manchon sur lequel est fixée la roue a, il est monté fou sur l’arbre d de cette roue.
- /, tige recevant, sous l’action de l’armature g ou du resssort antagoniste h, un mouvement de translation suivant son axe.
- g, armature de rélectro-aimant i.
- h, ressort antagoniste.
- «, électro-aimant
- y, pièce d’entraînement fixée sur l’arbre f; elle est terminée par une fourcheÆ.
- k, fourche de a pièce d’entraînement s’engageant dans la gorge annulaire m. '
- /, manchon coulissant sur l’arbre d.
- m, gorge annulare ménagée dans le manchon l et embrassée par la fourche k.
- n, bras d’entraînement faisant corps avec le manchon l.
- o, goupille fixée sur le levier n et s’engageant dans un des bras de la roue d’échappement.
- p, tige fixée sur ,’arbre d, s’appuyant par son extrémi/; sur la goupille o et entraînant ainsi la roue d’échappement dans le mouvement du rouage.
- q, cheville de buttée implantée dans la platine r et contre laquelle vient porter, quand il est déclanché, le bras n.
- r, platine postéreure du mouvement.
- s, levier coudé dont la branche verticale s’appuie sur la face latérale interne de la tige /.
- t, axe du levier &.
- u, encoche pratiquée dans la tige f ; elle arrive, lors du fonctionnement, en regard de l’extrémité du bvier coudé 5.
- v, chevilles implantées dans la face antérieure de la roue a,. échappement
- Commutateur.
- Les figures 12 e; 13 représentent ce commutateur vu de face, avant et pendant le fonctionnement.
- a, roue d’une horloge directrice, faisant un tour en une heure. L’aiguille des minutes est montée sur l’are de cette roue.
- p.191 - vue 196/684
-
-
-
- m
- HORLOGERIE ÉLECTRIQUE. — MARS 1881.
- b b', chevilles implantées dans la roue a, l’une sur sa face antérieure, l’autre sur sa face postérieure.
- c, levier à deux branches tourillonnant en d.
- d, axe du levier c.
- e, ressort portant sur le talon du levier c et tendant à le relever constamment. •
- /, levier tourillonnant en g et servant de conducteur au courant.
- g, axe ou pivot du levier /.
- h, ressort portant en i sur le levier / qu’il tend à abaisser.
- i, goupille servant de buttée au ressort h.
- j, goupille du levier /reposant sur la branche supérieure du levier c.
- k, ressort de contact adapté sur le levier / et tombant sur l’extrémité de la vis l; lorsque le levier/échappe de la goupille b, ce ressort, en s’abaissant avec le levier /, se raccourcit et produit une friction qui entretient le contact constamment propre.
- /, vis de contact.
- m, conducteur fixé sous la borne de la vis de contact L
- n, goupilles d’arrêt du ressort k.
- o, goupilles d’arrêt des leviers c et /.
- FONCTIONNEMENT DU SYSTEME.
- Au moment où les aiguilles de l’horloge directrice approchent d’une heure quelconque, 12 heures par exemple, la goupille b, figure 12, fixée sur la partie postérieure de la roue a appuie sur la branche inférieure du levier c et l’abaisse, tandis que la goupille b' vient soutenir le levier /.A 12 heures juste, le levier / échappe de la goupille br et tombe dans la position indiquée figure 13, ferme le circuit et laisse le courant, lancé par la pile figure \h, arriver jusqu’à l’éleclro-aimant <7, figures 1 et 2, qui attire à lui l’armature /dont la fourchette e est engagée dans la gorge annulaire d. La roue d’échappement suit par conséquent le mouvement de l’armature, quitte les becs de l’ancre et tourne jusqu’à ce que la goupille k rencontre le ressort buttoir l. Le rouage peut donc avancer brusquement, ainsi que les aiguilles qui viennent s’arrêter sur 12 heures 30 secondes. Le balancier, qui n’est plus actionné par la roue d’échappement, continue à se mouvoir par sa force acquise. Pendant cet arrêt du rouage qui dure 30 secondes, l’horloge directrice a continué de marcher, la goupille b a pu arriver jusqu’à l’extrémité du levier c et le laisse échapper. Le levier c, rappelé par le ressorte, se relève brusquement, la branche supérieure de ce levier e soulève alors le levier / en agissant sur la goupille^’. Le circuit se trouve immédiatement ouvert comme dans la figure 12. L’électro-aimant g n’étant plus actionné abandonne l’armature /qui, sollicitée par le ressort antagoniste i, ramène la roue d’échappement a en prise avec l’ancre n et l’horloge, parfaitement en concordance avec la pendule
- p.192 - vue 197/684
-
-
-
- HORLOGERIE ÉLECTRIQUE. — AVRIL 188t. 193
- directrice, reprend sa marche jusqu’à l’heure suivante où les mêmes effets se produisent. Dans le cas où les horloges ne sont pas déréglées, leurs aiguilles au moment du réglage se déplacent de 30 secondes. Si, au contraire, une d’elle a avancé de 10 secondes par exemple, son aiguille des minutes ne décrira que 30 — 10 = 20 secondes ; si elle avait retardé de 10 secondes, l’aiguille aurait décrit 30 + 10 = 40 secondes; mais, dans tous les cas, c’est sur 12 heures 30 secondes que l’aiguille s’arrêtera, ainsi que cela a été indiqué précédemment, et les rouages ne se remettront en marche que lorsque l’horloge régulatrice indiquera exactement la même heure.
- Pour le mécanisme de remise à l’heure applicable à un échappement quelconque, le courant établi par l’horloge directrice passe dans l’électro-aimant i, figure 5, qui attire l’armature g, celle-ci entraîne l’arbre f; le levier/, fixé sur cet arbre, fait alors reculer le manchon l et le bras n de manière à dégager la broche o, qui s’appuie sur un des bras de la roue a; à cet instant le levier n, entraîné par la tige/?, montée sur le pignon d, tourne brusquement et vient s’arrêter contre la cheville de buttée q. Le rouage ainsi déclanché a pu amener les aiguilles à 12 heures 30 secondes, comme dans le cas de l’échappement à chevilles, où elles resteront jusqu’à ce que l’horloge directrice indique la même heure. Ce déclanchement a eu, en outre, pour effet d’armer le petit, ressort c, figure 8, contenu dans le barillet b. La roue d’échappement peut donc continuer à tourner, indépendamment de son rouage, sous l’action de ce ressort, jusqu’à ce que Lune de ses goupilles v, figure 9, rencontre l’extrémité du levier coudé 5. Ce levier, figure 6, a basculé quand l’arbre / s’est déplacé sous l’influence de l’aimantation de l’armature, amenant l’encoche u, figure 7, en regard de labranche verticale du levier s, ce qui permet à sa branche horizontale de s’abaisser pour arrêter la roue par une des goupilles v.
- Les goupilles v de la roue a, figure 9, sont placées sur cette roue dans une position telle que : 1° lorsque l’une d’elles vient s’arrêter sur le bec du levier s, l’un des bras de la roue a se trouve placé pour recevoir, à la rupture du courant, la goupille o sans temps perdu; 2° que l’ancre x, figures 4 et 6, qui continue à osciller avec le balancier ne puisse butter sur les points des dents de la roue a ainsi arrêtée.
- Dans l’exemple décrit, la roue a fait un tour par minute. Au moment où le déclanchement se produit, si l’horloge est bien réglée, le bras n doit être dirigé verticalement au-dessous du pignon d et de la tige de buttée, figure 3. Il sera en arrière de cette position ou l’aura dépassée, figure 6, si l’horloge a retardé ou avancé. Dans le cas où l’horloge est bien réglée, le bras n et le pignon d font juste un demi-tour, équivalant à 30 secondes, avant de s’arrêter sur la tige de buttée q, ou plus d’un demi tour si l’horloge a retardé. Le ressort c, contenu dans le barillet b, s’est armé d’une quantité égale au chemin parcouru par le bras n, puisque le ressort c est attaché par son centre au pignon d qui conduit le bras ??, mais il ne peut se désarmer que d’un quart de tour, au maximun, la roue a ne pouvant faire plus d’un quart de tour sans que l’une de ses goupilles v ne rencontre le bec du levier coudé s.
- p.193 - vue 198/684
-
-
-
- 194
- BEAUX-ARTS.
- AVRIL 1881.
- A chaque déclanchement qui se produirait dans ces conditions, le ressort c s’armerait de plus en plus, s’il était attaché à la virole du barillet b autrement que par friction, et finalement empêcherait le rouage de tourner lors du déclanchement.
- Dans le cas où l’horloge avancerait de 15 secondes, par exemple, le bras n se trouverait être en avant de la position verticale de un quart de tour et ne parcourrait, quand il se déclanche, qu’un quart de tour correspondant à 15 secondes avant de s’arrêter, sur le buttoir q. Le ressort c serait, par conséquent, armé d’un quart de tour. Le rouage cessant d’actionner la roue d’échappement pendant 30 secondes, celle-ci ne pourrait se mouvoir sous l’influence de son ressort c que d’une quantité égale à celle dont ce ressort a été armé, c’est-à-dire de 15 secondes et enfin s’arrêterait. C’est alors que l’échappement x qui continue à osciller avec le balancier viendrait butter sur la pointe des dents de la roue a et l’horloge cesserait de marcher. Le levier coudé s a donc pour fonction principale d’arrêter la roue d’échappement lorsqu’elle a parcouru un chemin exactement proportionnel à la quantité dont le ressort c a été armé lors du déclanchement du rouage et de la maintenir dans la position dont nous avons parlé plus haut.
- BEAUX-ARTS.
- Rapport fait par M. H. Dufresne, aa nom du comité des constructions et des beaux arts} sur les procédés pour la fabrication des cuirs gaufrés décoratifs de M. Charton, rue Lemarois, 21 (Passy).
- Messieurs, permettez-rnoi de venir encore aujourd’hui vous parler d’une industrie qui intéresse l’art décoratif de nos demeures.
- Les procédés de cuirs gaufrés, imprimés, ont été employés dans le passé avec le plus grand avantage : au xvie siècle et aux plus belles époques de l’art.
- L’Italie, l’Espagne, la France, en firent un grand usage. Les palais autre fois, plus tard les hôtels, les somptueuses demeures du xvie siècle, nous ont laissé des spécimens magnifiques de ces cuirs rehaussés d’or, qu’on appelait cuirs de Cordoue, bien que l’Espagne n’ait eu ni le privilège ni le monopole de l’invention.
- L’industrie du cuir gaufré a souvent été préférée à la peinture décorative, elle a précédé l’emploi des papiers d’impression et a eu un privilège sur les tentures d’étoffes.
- Par la nature du produit qu’elle emploie, elle est forcée de suivre une règle
- p.194 - vue 199/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS
- AVRIL 1881.
- 195
- de goût et d’harmonie, car ses reliefs n’y sauraient être trop considérables et les diverses nuances du cuir s’associent tellement bien aux tons de l’or, que presque toutes les combinaisons deviennent heureuses. Quand un architecte, un décorateur mal inspirés veulent réunir des couleurs trop vives, le fond du cuir reparaît toujours avec ses teintes de bistre, effaçant, amoindrissant ce qui serait criard ; c’est le manteau couleur de muraille qui s’étend avec ses harmonies rousses et sombres derrière l’éclat des glaces, des cadres, les saillies des crédences, les caprices du marbre ou de la faïence.. Si on a trop prodigué l’or ou l’argent, quelquefois glacés de tons transparents trop aigus, le tannin du cuir et les corps nombreux que nos chimistes modernes analyseraient dans la peau d’un animal viennent, aidés par le temps, faire justice de ce qui était exagéré et les violences se trouvent atténuées, amoindries.
- .le viens donc, Messieurs, vous prier d’encourager les efforts d’un patient imitateur des belles époques, de M. Cbarton, ancien décorateur qui travailla à la belle et savante école de M. Duban. Il faut, peut-être, aider, Messieurs, dans la mesure où nous pouvons le faire, ceux qui cherchent dans le passé ce qui était utile et beau, pour le conserver dans un présent souvent tourmenté parles caprices d’une mode qui s’égare souvent aussi, en perdant les vraies conditions de l’art simple et sobre.
- M. Charton, avec une volonté ferme, dont il faut lui savoir gré, est allé à la vérité de ^/invention elle-même. Ce sont des peaux naturelles qu’il imprime. Au lieu d’essayer ces estampages en carton, en toile, en papier même, qui, moins coûteux il est vrai, ont le défaut de présenter cet aspect froid et sec, désagréable comme ces reliures au rabais que le jour de l’an étale au coin des rues, où l’or est remplacé par le cuivre, l’argent par l’étain et la peau par tout ce qui n’en est pas.
- Le cuir c’est d’abord la chose solide pour le meuble, rien ne peut le remplacer aussi bien. L’impression n’y laisse qu’une empreinte adoucie, les décorations y sont forcément sobres, pour laisser voir la fleur, la contexture du cuir. Les procédés impressifs sont plus coûteux, plus difficiles il est vrai, mais la pensée, la main de l’artiste s’y lisent mieux aussi. Ce ne saurait être ce rouleau sans fin, qui semble menacer des générations entières d’un dessin pareil, jusqu’à l’ennui.
- M. Charton peut changer ces types aussi souvent que l’exige le goût de l’architecte ou du client, et la précision de l’outil n’est plus alors une menace.
- Je viens donc, Messieurs, évoquer, invoquer peut-être, au milieu de vous,
- p.195 - vue 200/684
-
-
-
- 196
- BIOGRAPHIE.
- AVRIL 1881.
- tous les souvenirs de nos belles demeures du passé, souvenirs de l’Escurial, du Palais des doges, ou de ceux des nobles florentins.
- Je voudrais faire miroiter à vos yeux les teintes de ces beaux oratoires sous Louis XIII, de ces alcôves au fond de pourpre, d’azur ou sinople, chargées de fleurs d’or, qu’on voyait dans le boudoir de Ninon ou de la Champmeslé, et pour terminer mon Rapport, je vous prierai de jeter un regard bienveillant sur les tentatives de M. Charlon et je vous proposerai de le remercier de la Communication qu’il nous fait, et si vous le voulez bien, de lui accorder une somme de cent francs pour aider son zèle, encourager ses efforts.
- Signé : Dufresne, rapporteur.
- Approuvé en séance, le \â janvier 1881.
- BIOGRAPHIE.
- ÉLOGE BIOGRAPHIQUE DE M. DARBLAY (AÎNÉ), MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D’AGRICULTURE, VICE-PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR u’iN-DUSTRIE NATIONALE, PAR M. J. A. BARRAL.
- Laisser un nom qui rappelle un immense commerce de grains, de grands perfectionnements dans la meunerie, un dévouement éprouvé aux progrès de l’agriculture, n’est pas un fait ordinaire. Celui qui a su arriver £ revêtir ce triple caractère à un très haut degré mérite certainement qu’on consacre à sa mémoire une étude attentive, à la fois respectueuse et curieuse de bien dire la vérité, mais absolument indépendante de toute pression extérieure. Raconter sa naissance, son éducation; peindre le milieu ou il a vécu comme agriculteur, maître de poste, grand commerçant, administrateur consommé, homme politique influent; puis donner son portrait; montrer l’action qu’il a exercée et rappeler les services qu’il a rendus; tel est le plan de l’éloge biographique que nous avons le devoir de faire d’un confrère qui a appartenu à notre Compagnie durant un demi-siècle.
- Auguste-Rodolphe DARBLAY naquit à Étampes le 16 novembre 1784. Son père, Simon-Rodolphe Darblay, était meunier au moulin de Chagrenon, situé sur la commune d’Auvers-Saint-Georges; il était en même temps maître de poste et cultivateur à Etrechy (Seine-et-Oise) ; il est mort à Corbeil en 1889 à l’âge de 79 ans. Sa mère, Jeanne-Marguerite Maugars, a vécu jusqu’en 1882.
- p.196 - vue 201/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- AVRIL 1881.
- 197
- Il était l’aîné de ces deux frères Darblay qui ont acquis une grande réputation dans le commerce des grains et des farines, à ce point que leur maison devint dans le monde entier presque le régulateur du prix des céréales, et, leur marque, le type de la perfection dans la mouture. Les commencements avaient été difficiles et pleins de vicissitudes. Son enfance s’était écoulée au milieu des événements de la Révolution sans qu’il pût recevoir beaucoup d’instruction, mais il avait l’intelligence très ouverte. Aussi fit-il des progrès rapides lorsque, en 1795, il fut placé à Passy dans la pension Sensier, peu de mois après la naissance de son frère, qui fut nommé Darblay jeune et garda cette appellation alors qu’il était devenu octogénaire. Il en sortait à l’âge de 14 ans, dès î 798, pour venir seconder son père dans la direction du moulin de Chagrenon. L’enfant avait été singulièrement précoce ; il avait appris vite; auprès de ses camarades d’école, parmi lesquels il compta Gay-Lussac dont il demeura l’ami, il avait laissé le souvenir d’un esprit vif, prompt à la réplique, et entreprenant en même temps que tenace, et même un peu dominateur. Il lui restait bien quelque chose de ce caractère lorsque, 50 ans plus tard, nous l’avons connu au sein de la Société d’agriculture. Qui, dans notre Compagnie, ne se représente encore ce vieillard actif, même lorsqu’il était presque nonogénaire, au regard perçant, à la parole vive, à la réplique mordante, n’aimant pas beaucoup la contradiction, mais bienveillant au fond, quand le mouvement de vivacité était passé. Petit de taille, et maigre, mais à l’œil intelligent et aux allures énergiques; d’ailleurs résolu et persévérant malgré les difficultés. Protestant contre les économistes, même un peu contre les journalistes, mais faisant à son heure de la polémique et composant même des dissertations économiques. Avec cela, du tact pour juger les choses et pour apprécier les hommes de valeur, afin d’en tirer utilité dans les affaires publiques. Je crois qu’il a été ainsi dès sa jeunesse; il le fut certainement jusqu’à sa mort.
- Dès qu’il prend part au négoce, la maison de son père acquiert du développement. On y sent une activité nouvelle. En toutes choses il avait la main heureuse. Dès l’âge de 17 ans, en 1802, il se mariait avec une jeune cousine ayant à peu près son âge; il raconte, dans des notes qu’il a laissées sur les principaux événements de sa vie, qu’à 15 ans à peine, il éprouvait déjà un vif penchant pour Mlle Louise Conty, dont le père s’occupait aussi de meunerie à Étampes; mais il n’osait pas se déclarer. Il finit par confier sa passion à son père pour qui, d’ailleurs, elle n’était pas un mystère; le mariage fut bientôt conclu. Au moment de la conscription il était père de
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Avril 1881. 26
- p.197 - vue 202/684
-
-
-
- 198
- BIOGRAPHIE.
- AVRIL 188t.
- famille. De son mariage naquirent trois enfants, dont deux sont décédés en bas âge; mademoiselle Jenny Darblay, qui seule a survécu, vint au monde en 1804 ; elle a épousé en 1823, M. Isidore Muret, agriculteur et maître de poste, père de notre confrère M. Henri Muret.
- Par son mariage avec sa cousine, M. Darblay entrait de plus en plus dans les affaires de meunerie. Sa part d’intérêt dans le commerce de son père ne suffisait pas à son esprit d’entreprise. De 1802 à 1807, il s’occupa pour son compte de l’exploitation du moulin de Vaux, sur la. rivière de Juine. Mais il avait des rêves ambitieux que sa femme plus prudente ne partageait pas toujours; ce sont les seuls dissentiments qu’il eut, raconte-t-il, avec sa compagne, durant soixante années de mariage. M. Darblay estimait, et les événements ont fini par prouver qu’il avait raison, que le commerce et l’industrie de la meunerie exercés dans les conditions où ils se traînaient alors ne pouvaient pas lui donner des résultats satisfaisants. En 1807, il acheta le brevet de maître de poste de Berny, le premier relai à partir de Paris sur la grande route d’Orléans, et il prit à bail une centaine d’hectares de terre. C’était un théâtre ou il pouvait mieux développer ses aptitudes.
- Le mouvement agité de sa poste dont les écuries comptaient un grand nombre de chevaux, les relations qu’il liait avec tant de personnages considérables allant et venant, et causant volontiers avec un homme qui se faisait connaître par son initiative en mille choses diverses, convenaient à son activité. Il faisait des expériences agricoles qui avaient du retentissement, d’autant plus qu’il savait s’arranger pour montrer les succès obtenus en administrant la preuve devant laquelle les plus sceptiques finissent toujours par s’incliner, savoir : des bénéfices accusés par une prospérité croissante et des exemples suivis par les agriculteurs ses voisins. Il employait de très fortes fumures, grâce aux ressources que lui donnaient ses écuries, et il montrait avec fierté de magnifiques récoltes; mais il ne se contentait pas de faire les cultures alors usitées. Il expérimentait toutes les opérations compatibles avec la nécessité qu’il s’imposait de pouvoir toujours affirmer le gain comme résultat d’un changement adopté. C’est à lui que la contrée doit l’introduction de plusieurs plantes fourragères ou oléagineuses ; c’est à ses essais qu’il faut reporter la reconnaissance de l’avantage des huileries qui laissent par les tourteaux, dans une région agricole, de l’engrais pour la terre et delà nourriture pour le bétail, sans rien emporter de la fertilité du sol. Il fit en même temps le premier l’essai de la culture de la betterave et, en collaboration avec notre ancien et savant confrère M. Payen, il se livra à
- p.198 - vue 203/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE, — AVRIL 1881. 199
- des recherches relatives à la fabrication du sucre. C’est aussi à la Croix-de-Berny qu’il introduisit les moutons mérinos d’Espagne, que les voyageurs, amis des progrès agricoles, qui passaient par lerelai de la poste, demandaient à voir. La ferme avait ainsi conquis une véritable célébrité. On la citait comme une ferme-modèle.
- C’est maintenant chose oubliée qu’une poste aux chevaux; on ne reverra plus dans nos villages ces maisons si pleines d’animation, ce bruit incessant de chevaux lancés au trot et agitant leurs grelots, ce va-et-vient de postillons fiers de leurs habits aux brillantes couleurs et si habiles à faire claquer leurs fouets, cette curiosité, parfois importune, des paysans voulant regarder de près ceux qui se cachaient dans ce qu’on appelait des chaises de poste et de s’efforcer de deviner les drames de ta jalousie, du désespoir, les inquiétudes et les tristesses plus que les joies. Foyers ou les nouvelles venaient s’apprendre pour rayonner dans les villes et les campagnes, où les progrès prenaient naissance, où l’aisance se multipliait et se changeait souvent en richesse, car les grandes routes étaient pour beaucoup une sorte de Pactole. Les chemins de fer ont anéanti tout cela ; c’est désormais autour des gares que se concentre l’animation, ce sont elles qui apportent les nouvelles. Mais le chef de station, quelque soit d’ailleurs son rôle, ne vaut pas pour les campagnes, le maître de poste, et les employés de la voie n’ont pas l’entrain des postillons. Tout est devenu plus sombre et comme noirci par la fumée que vomissent les locomotives. On va plus loin et plus vite, mais il y a moins de charme dans les relations.
- La poste aux chevaux avait donc beaucoup de bon, surtout à la Croix-de-Berny, au commencement de ce siècle, et entre les mains d’un homme tel que M. Darblay.
- Il y lia, avec quelques-uns des nombreux personnages qui y passaient chaque jour, des amitiés profondes Mais les hommes en vue excitent souvent l’envie et, lors des révolutions, ils sont atteints par les dénonciations. M. Darblay l’éprouva en 1815. Son brevet de maître de poste lui fut brutalement enlevé. Le même coup frappa son père pour le relai d’Etrechy sur la route d’Orléans, et quatre-vingt-cinq autres maîtres de poste. C’est en vain qu’il réclama contre cette spoliation; il raconte, dans des notes écrites de sa main, l’insuccès des démarches qu’on lui conseilla de faire. Nous en citerons un passage; c’est une page d’histoire due à un témoin non suspect.
- « Je demandai, dit-il, à une audience au directeur général des postes. Après avoir entendu ma première exposition, il me fit cette réponse : « Vous
- p.199 - vue 204/684
-
-
-
- 200
- BIOGRAPHIE — AVRIL 1881,
- voulez avoir des opinions, il faut en supporter les conséquences.
- « — Mais je n’ai jamais donné lieu à aucune plainte dans mon service.
- « — C’est vrai, mais vous ne pouvez me convenir. '
- « — J’ai acheté mon relai; je suis encore débiteur de fortes sommes; si ma présence vous déplaît, laissez-moi vendre; je quitterai tout aussitôt.
- « — Non.
- « — C’est donc ma ruine que vous voulez.
- « — Oui, » fut la dernière réplique.
- Voilà textuellement le récit de M. Darblay. Il prouve que les passions humaines sont à peu près les mêmes dans tous les temps et que les partis n’ont guère de reproches à se faire.
- Mais la ruine d’un homme énergique ne s’accomplit pas facilement. M. Darblay sortit d’embarras par le travail. Tout en cherchant à tirer le meilleur parti possible de son exploitation agricole de Berny, il se souvint de son premier état de meunier. Il reprit des mains des fermiers les moulins de Chagrenon, les augmenta et fit la mouture pour son compte sur une échelle qu’on ne connaissait pas jusqu’alors. Puis, dès 1816, il fonda la maison Darblay frères qui parvint rapidement à une grande notoriété. Il raconte qu’il ne fit que suivre les exemples légués par son père, mais en les développant avec une véritable hardiesse, qui n’excluait pas la prudence et un coup d’œil de commerçant voyant de loin et voyant bien. Le commerce d’importation des grains étrangers n’existait pas ; le gouvernement était forcé de faire face lui-même aux difficultés de l’approvisionnement du pays dans les mauvaises années; Paris avait des greniers de réserve toujours insuffisants. Tout cela coûtait très cher pour des résultats médiocres. Les frères Darblay recontrèrent un concours empressé chez beaucoup de commerçants auxquels, par une probité et une exactitude sévères, ils inspirèrent confiance ; leur œuvre rendait au pays de grands services. Aussi, une ordonnance du 5 septembre 1819, contresignée par notre ancien confrère le duc, Decazes, alors ministre tout puissant, et avec le concours de M. Dailly père (un nom vénéré dans notre Compagnie), fit rentrer M. Darblay aîné dans le relai de poste de Berny. La fortune lui revenait; elle ne cessa plus de grandir entre ses mains. Mais il n’y avait pas, à cet égard, une grande ambition; d’ailleurs, ses amis le sollicitaient de prendre part aux affaires publiques, et il estimait qu’un homme qui appartient aux grands corps de l’État ne doit pas pouvoir être soupçonné de se décider pour tel ou tel parti parce que ses intérêts particuliers lui dictent sa conduite. En 1839, il se retira de la Société
- p.200 - vue 205/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- AVRIL 1881.
- 201
- Darblay frères; il était alors membre du Conseil général de la Seine; Tannée suivante, il fut élu député de l’arrondissement de Corbeil. À cette même époque, il achetait le domaine de Noyen, situé dans l’arrondissement de Provins, et il redevenait agriculteur.
- Pendant le tiers de ce siècle qu’il a consacré aux affaires commerciales, il montra une puissance de travail tout à fait remarquable. Il faisait face à une correspondance énorme ; il était le véritable centre de toutes les transactions ayant pour but l’achat ou la vente des grains et des farines ; il faisait établir des moulins nouveaux; il s’associait à tous les essais tentés pour la conservation des grains ; il étudiait à fond les causes qui agissent sur les mercuriales; il acquérait la réputation de l’homme le plus versé dans les questions relatives à l’alimentation publique. Il arrivait donc à la Chambre des députés dans les meilleures conditions pour exercer une influence marquée sur les lois économiques du pays.
- Comment a-t-il joué le rôle auquel il était appelé ? Au lieu de discuter cette question, je laisserai la parole à notre ancien confrère : «Avant que la loi de l’échelle mobile existât, dit-il, nos frontières restaient absolument fermées tant que les cours des céréales n’atteignaient pas un certain taux. De 1820 à 1827, il y eut une suite non interrompue de bonnes ou d’abondantes récoltes, et les prix du blé n’atteignirent jamais le taux où la loi permettait l’entrée des blés étrangers pour la consommation en France. Ce fut la cause de la ruine d’une grande maison qui a fait une opération importante d’achat de blé dans la croyance d’une hausse qui ne fut pas tout à fait atteinte. A ce grave inconvénient, la loi de Téchelle mobile était venue remédier. Sous l’ancienne législation, nul commerce avec l’étranger ne pouvait avoir lieu avec quelque sécurité; quand la cherté menaçait, le gouvernement était obligé d’intervenir directement ou indirectement. Avec l’échelle mobile, on pouvait toujours faire entrer des grains, à moins d’être bien mal habile, avant que le droit devînt prohibitif. Il y avait, sans doute, des chances de perte, mais non de ruine. J’ai toujours cru que cette loi pouvait être améliorée, mais j’ai regretté sa suppression. Pendant tout le temps que j’ai pris part aux affaires publiques, j’ai été constamment d’avis que les lois de douane ne pouvaient être soumises à aucun système fixe, qu’elles étaient essentiellement sous la dépendance des circonstances et des situations; qu’elles devaient être révisées à des époques assez rapprochées, non pour y faire légèrement des changements arbitraires, mais des modifi-
- p.201 - vue 206/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- AVRIL 1881.
- tôt
- cations indiquées par la marche du temps, et que, pour conserver cette faculté, il ne faut pas se lier par des traités de commerce. » (1).
- Ce passage montre bien dans quelles limites M. Darblay s’est rangé du côté des doctrines protectionnistes. T/historien a le devoir absolu d’exposer les faits; mais il peut s’abstenir d’expliquer et d’apprécier, et c’est le parti que j’adopte en présence de la loyauté remarquable que M. Darblay a toujours montrée dans les discussions, même lorsque la question l’emportait momentanément jusqu’à traiter rudement ses adversaires. Je me hâte d’ajouter que, le moment de vivacité passé, il leur tendait la main avec des sentiments de paix affectueuse.
- Ai. Darblay fut deux fois réélu membre de la Chambre des députés pour l’arrondissement de Corbeil; il siégea au palais Bourbon d’une manière continue de 1840 à 1848 ; il y fut renvoyé en 1849, comme représentant du peuple à l’Assemblée législative. Après le coup d’État, en 1851, il se retira de la scène politique, en refusant noblement toutes les situations qui lui furent offertes, parce qu’il avait horreur de toutes les violations du droit. Et cependant il avait été dévoué à Napoléon Ier, puis il avait souffert sous la Restauration et, tout en aimant profondément le roi Louis-Philippe, il avait fini par se séparer de ses ministres. L’indépendance était dans son caractère.
- Comme député ou représentant du peuple, M. Darblay s’occupa surtout des questions agricoles, en discussion devant le Parlement.
- Il suffit d’indiquer les principales, celles sur lesquelles les solutions qu’il a proposées ont été adoptées, souvent par des amendements qu’il a dû porter et défendre à la tribune, malgré les commissions législatives et même le gou^ vernement. Ainsi, il a demandé et obtenu, dans la loi sur le roulage, que les voitures de l’agriculture ne fussent point soumises à la vérification de leur poids ni aux prescriptions de la loi relative à la largeur des bandes et à la hauteur des roues; il a fait, malgré Berryer, passer un amendement augmentant les droits sur l’importation des graines oléagineuses étrangères ; il a concouru à sauver la culture de lu betterave et de la sucrerie indigène qu’on avait eu la déplorable pensée de supprimer; il défendit le maintien au budget des encouragements à l’agriculture, contre des commissions éco-
- (1) On se souvient de l’importante discussion qui eut lieu dans le sein de la Société sur l’échelle mobile, et à laquelle M. Darblay prit une part très active.
- p.202 - vue 207/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE. — AVRIL 1881. 203
- nomes qui en demandaient la réduction; en 1847, il fut rapporteur de la loi qui supprima, temporairement, il est vrai, tous les droits sur l’importation des grains et des farines ; il collabora à la rédaction des lois concernant les servitudes d’appui pour les travaux d’irrigation et les prestations pour l’entretien des chemins vicinaux; il soutint la proposition de M. Demesmay, pour la réduction de l’impôt du sel; il prit la défense de l’Institut agronomique de Versailles, que l’on menaçait dès sa naissance, et il repoussa avec énergie des insinuations malveillantes contre Grignon, car il voulait l’enseignement agricole et il comprenait la nécessité de la science en agriculture. En 1845, il fut président de la Commission du budget.
- M. Darblay a reçu à peu près tous les mandats que l’élection peut conférer. Il fut successivement ou simultanément : juge au tribunal de commerce de la Seine, membre de la chambre de commerce de Paris, membre du conseil de l’arrondissement de Sceaux, membre du Conseil général de la Seine, chef de bataillon de la garde nationale, président du comice agricole de Seine-et-Oise où l’on se rappelle encore la compétence et l’autorité avec lesquelles il traitait les questions intéressant l’agriculture, vice-président du conseil d’administration de la Société agronomique de Grignon, du conseil supérieur d’agriculture, du congrès central d’agriculture, et de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale. Mais la dignité élective dont il fut le plus fier a été celle de membre titulaire de notre Compagnie, de même qu’il a toujours préféré à toutes les autres les occupations agricoles.
- Il avait été élu membre delà Société d’agriculture, le 3 août 1825; dès 1827, il présenta à la Société un excellent rapport sur les machines à battre qui étaient à peine connues, et dont la propagation rencontrait beaucoup d’obstacles et se heurtait à de nombreux préjugés. Il fut appelé à la présidence en 1857. Dans le discours qu’il a prononcé à cette occasion, en séance solennelle, il a très bien exposé la nécessité et la fécondité de l’alliance de la pratique avec la science, qui font la raison d’être, la puissance et l’autorité de notre compagnie. Représentant de la pratique, il déclare que les progrès ont été grands, dans les campagnes, depuis plus d’un demi-siècle qu’il a commencé à exploiter à ses risques et périls; il proclame bien haut que, par les machines que la science a permis d’inventer et par les engrais dont elle a fait connaître l’efficacité ou dont elle a indiqué la préparation, le cultivateur produit plus et mieux. Aujourd’hui, ce sont des choses universellement admises; mais il était encore utile, il y a un quart de siècle, qu’un homme du métier et passant pour aimer mieux les mains calleuses que les mains
- p.203 - vue 208/684
-
-
-
- 204
- BIOGRAPHIE.
- AVRIL 1881.
- blanches, déclarât solennellement l’heureuse influence de la science et de l’instruction sur l’agriculture. D’ailleurs, il définissait ainsi le rôle de la Société d’agriculture : « Nous ne faisons, dit-il, ni les bonnes ni les mauvaises récoltes. Les saisons, que l’homme ne gouverne pas, nous gratifient des unes et nous infligent les autres; mais notre devoir est de rechercher sans relâche et d’indiquer aussi précisément que possible, les moyens de lutter contre les saisons défavorables et d’aider à l’accroissement des bienfaits qui nous sont octroyés. » Il ajoutait que, de son côté, il s’était toujours efforcé de concourir pour sa part à l’accomplissement de ce devoir qui nous est commun à tous.
- Lorsque, en 1839, il se retira delà meunerie et des affaires commerciales, M. Darblay fit l’acquisition du domaine de Noyen, situé dans l’arrondissement do Provins, afin de l’exploiter lui-même. Il laissa la poste et les terres de Berny à sa fille unique qui avait épousé M. Isidore Muret, dont la famille est alliée aux familles des principaux agriculteurs des environs de Paris. Il fixa lui-même sa demeure au château de Montjean, sis sur la commune de Wissous, dans le canton de Longjumeau, à deux ou trois kilomètres de Berny. Il partageait son temps entre Noyen, Montjean et Paris; c’est-à-dire entre l’agriculture, les affections de famille, les affaires publiques. Cela dura ainsi jusqu’à 1852, époque à laquelle il se fit remplacer à Noyen, par l’aîné de ses petits-fils, M. Jules Muret.
- La terre de Noyen ne compte pas moins de 600 hectares. Mais c’était un triste domaine, comme le village lui-même était un misérable pays à l’époque où M. Darblay en devint propriétaire. Est-il besoin de dire qu’une tranfor-mation complète a été opérée par les soins de notre ancien confrère ? Une seule route, celle d’Orléans à Mézières, donnait accès à cette commune, en Jui imposant pour ses communications avec le chef-lieu de l’arrondissement, un allongement de plusieurs lieues. Cette route elle-même, par la hauteur du radier des ponceaux destinés à l’écoulement des eaux, était une cause permanente de ruine pour la plus grande partie des champs qui formaient à l’automne un cloaque fangeux, où les lignes de peupliers, l’arbre ennemi de la culture, avaient été multipliées avec une effrayante profusion. Les seigles semés dans une boue abominable, s’ils avaient résisté à l’hiver, se trouvaient au printemps dans un véritable mortier mélangé de nombreux cailloux roulés, et qui, sous l’action du soleil devenait dur comme du béton. La fièvre des marais régnait dans toutes les chaumières. En établissant de nombreux fossés d’assainissement, en drainant sur une grande échelle, en
- p.204 - vue 209/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- AVRIL 1881.
- 205
- multipliant les voies de communication, en introduisant tous les procédés de culture perfectionnés avec les engrais et les amendements nécessaires, M. Darblay a produit une véritable métamorphose. En visitant ce beau domaine, qu’exploitent aujourd’hui notre confrère M. Henri Muret et M. Léon Muret, qui ont succédé à leur frère M. Jules Muret mort en 1866, on ne pourrait se figurer quel était l’état ancien du pays, si l’on n’avait sous les yeux les descriptions de la contrée, et si on n’entendait les vieux paysans qui se souviennent et qui bénissent la mémoire du bienfaiteur de Noyen. Du reste, notre Compagnie a voulu qu’un rapport de Pommier, lu dans la séance solennelle de 1858, rendît hommage à l’œuvre entreprise.
- Parmi les conquêtes dont M. Darblay a concouru à enrichir l’agriculture, il en est une qu’il importe de rappeler avec quelques détails : c’est celle du Blé bleu ou du Blé de Noé.
- En 1826, un chargement de grains d’Odessa offrit à un riche et intelligent meunier de Nérac, nommé Planté, une singularité qu’il n’avait pas encore aperçue; c’étaient des grains de blé beaucoup plus gros, d’une forme plu§ ronde, d’un jaune plus beau que ceux qu’il avait coutume de recevoir de ses correspondants. 11 eut l’idée de les séparer et de les propager comme devant donner des résultats probablement remarquables. Il réussit au delà de ses espérances. Il obtint un blé, à tige courte, robuste, ayant un épi court, gros, nourri et cylindrique, toujours dressé et sans barbe, arrivant à maturité quinze jours plus tôt que les blés du pays. La plante étant, jusqu’au moment de la récolte, d’une couleur glauque bleuâtre, on lui donna le nom de Blé bleu. Le Dr Duffour qui, après avoir longtemps exercé avec distinction son art à Paris, s’était retiré dans la ferme de Bazin, près de Lectoure, étudia attentivement l’importation du fermier Planté; il se rendit compte de la grande précocité et du rendement productif du blé bleu, supérieur de trois ou quatre hectolitres par hectare, toutes les circonstances de culture égales d’ailleurs; il mit un grand zèle à le faire adopter dans le département du Gers. Un ancien élève de Roville, exploitant la ferme de Caumont, dans l’ile de Noé, fit connaître ce blé excellent à son propriétaire qui le recommanda à M. Darblay. Dès lors des essais sur une grande échelle furent faits dans la Beauce par les Darblay, les Babourdin, les Lefèvre, c’est-à-dire par les cultivateurs et les meuniers les plus importants du pays. M. Darblay fit récompenser par notre Compagnie, non pas les premiers importateurs qui étaient morts, mais leurs successeurs de qui il tenait cette excellente variété, qui a d’ailleurs l’avantage de pouvoir être employée comme blé d’automne
- Tome YIIT. — 80e année. 3e série. — Avril 1881. 27
- p.205 - vue 210/684
-
-
-
- 206
- BIOGRAPHIE
- AVRIL 1881.
- et comme blé de printemps, pourvu qu’on la sème de bonne heure. C’est ainsi que le rendement de beaucoup de cultures de froment a été notablement augmenté. Mais il faut conserver la pureté de la semence, et c’est alors seulement « que la moisson répond aux vœux du laboureur avide de récolter »
- Ilia seges dernum votis respondit avari Agricolæ.
- a dit Virgile dans le premier livre de ses Géorgiques. N’est-ce pas d’ailleurs le lieu d’appliquer un mot bien connu : celui qui augmente la quantité des subsistances des populations rend plus de services à l’humanité que celui qui remporte de grandes victoires. Voilà pourquoi nous avons cité tous ceux qui, avec M. Darblay, ont gagné la bataille du Blé bleu.
- Parmi les autres campagnes de M. Darblay et qui constituent ses glorieux états de service, il convient de rappeler encore : 1° la part active qu’il prit à la fondation et à la prospérité de Grignon en donnant des premiers son concours à Auguste Bella et à Polonceau et en restant, durant quarante-huit ans, administrateur dévoué de cette œuvre de bien public ; 2° la part non moins grande qu’il eut dans la fondation du Crédit foncier, où il n’hésita pas à répondre à l’appel de Wolowski. Le côté pratique et utile des choses n’échappait jamais à M. Darblay.
- C’est par ce côté de son caractère que M. Darblay se fit de solides et durables amitiés. On savait qu’on pouvait compter sur lui. Il était aussi homme de bon conseil. Sa correspondance et les rapports qu’il a entretenus avec un grand nombre d’hommes éminents l’attestent ; il suffit de nommer M. Thiers (1) qui l’a fait décorer en 1832 ; le maréchal Bugeaud qui était heu-
- (1) Voici en quels termes M. Darblay raconte lui-même ses premières relations avec M. Thiers :
- « En 1832, comme membre du Conseil général de l’agriculture, j’ai été appelé aux réunions du Conservatoire des arts et métiers présidées par M. Thiers. C’est là que je l’ai connu ; porté par ses antécédents dans le journalisme révolutionnaire, le National et le Constitutionnel (d’alors) vers les idées de liberté extrême, il est venu au Ministère du commerce avec les idées libres échangistes. La vivacité et la sagacité de son esprit l’ont bientôt porté à des pensées plus prudentes.
- « M. David, alors conseiller d’Etat, directeur du commerce au Ministère, n’a pas peu contribué à modifier ses idées, et après un petit nombre de séances du Conservatoire, M. Thiers nous faisait à tous des leçons d’économie politique, conservatrice et modérée. Un jour il me fit passer un papier crayonné sur lequel il me disait : Monsieur Darblay, monsieur Darblay, vous allez bien loin • prenez garde à notre frontière ; seize cent mille Badois nous écoutent et vous en ferez des
- p.206 - vue 211/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE. — AVRIL 1881.
- 207
- reux d’avoir son appui pour le soutenir au sein de la Chambre des députés dans ses vues sur la colonisation de l’Algérie; le général Boinod ; le maréchal Lobau; puis, parmi nos Confrères, le duc Decazes, le comte Gasparin, Dupin aîné,- le comte de Rambuteau; M. Dumas qui l’a fait nommer, en 1849, officier de la Légion d’honneur alors qu’il était ministre de l’agriculture et du commerce; M. Dubrunfaut, beaucoup d’autres encore.
- Il avait fréquenté tous les salons politiques ou il se faisait remarquer par la courtoisie de ses manières et la finesse de ses réparties. Il avait vu les révolutions succéder aux révolutions, et il avait vécu sous toutes les formes de gouvernements. Des événements dont il avait été témoin, parfois victime et parfois aussi acteur, il avait conçu une grande inquiétude; il voyait partout agitation et confusion, le chaos dans les idées et dans les faits. Il voulut, à l’âge de soixante-dix-sept ans, résumer ses observations, peut -être est-il plus juste de dire ses appréhensions; tel est le sujet du volume qu’il a publié, en 1861, sous le titre : La France, VEurope, leur état présent, vues sur leur avenir. « Conservateur, dit-il, sans préjugé et sans parti pris, il voudrait assurer la paix, la sécurité qu’il croit nécessaires. » Il entrevoit que la République fait partout des progrès, et il voudrait opposer une digue au flot qui monte, «par l’association des monarchies et leur union dans un dogme unique. » Rêve d’un homme de bien, mais qui n’avait pas encore la conviction qu’il acquit, dix ans plus tard, que la démocratie est désormais trop puissante pour jamais se soumettre.
- Lorsque Madame Darblay mourut en 1862, il quitta le château de Mont-jean qu’habite maintenant sa fille durant l’été, et il se retira à Noyen, heureux d’y suivre les travaux agricoles de ses petits-fils. Toutes ses ambitions avaient été comblées. Il avait conquis le droit au repos : olium cum dignitate, et il ajouta : et cum artium amore.
- mécontents. Sur le même papier et au crayon, je lui répondis : Monsieur le Ministre, monsieur le Ministre, si nous mécontentons seize cent mille Badois en donnant satisfaction aux vrais intérêts de trente-sept millions de Français, nous n’aurons pas perdu à ce jeu-là.
- « Je le vis passer le papier à M. David, puis, le reprenant, il me fit un signe de tête que j’eus lieu de considérer comme approbatif, car peu après la fin de la session il m’envoya, sans aucune provocation, sans que je puisse m’y attendre, la décoration de la Légion d’honneur et, en 1834, lors du renouvellement de la Chambre, il me fil les plus vives instances pour que je prisse la candidature de l’arrondissement de Sceaux. Je refusai très positivement et très obstinément, donnant pour motif que j’avais des affaires très actives et que je ne pouvais en même temps les suivre et remplir, comme je l’entendais, les fonctions de député; que je n’accepterais aucune candidature tant que je serais engagé dans des affaires particulières. »
- p.207 - vue 212/684
-
-
-
- 208
- ÉCONOMIE RURALE.
- AVRIL 1881.
- Sentant que les années qui s’étaient accumulées sur sa tête lui étaient désormais comptées, il résolut de n’emporter dans la tombe que les images les plus belles de la nature et des arts. Il avait gardé dans sa vieillesse toute son activité de corps et d’esprit. Arrivé à sa quatre-vingtième année, il entreprit, en 1863, un voyage en Angleterre, en Ecosse et en Irlande, afin de voir les contrées du Nord dont l’agriculture lui avait été si souvent vantée comme digne de toutes les études. En 1865, il visita l’Italie, puis l’Autriche, la Savoie; en 1866, il parcourut la Belgique, les bords du Rhin, l’Allemagne du Nord. Partout il prenait des notes pour rédiger à son retour ses observations. En même temps, il réunissait à Noyen et à Paris un grand nombre d’objets d’arts : tableaux, marbres, bronzes, porcelaines et faïences artistiques de tous les pays et de tous les temps. Il ne voulait garder dans son esprit, dans sa mémoire, que des images et des souvenirs du beau et du vrai.
- C’est ainsi qu’il se préparait à la mort; celle-ci ne le frappa qu’en 1873, le 15 septembre. Il était âgé de quatre-vingt-neuf ans. Il avait conservé toutes ses facultés. Sa devise était : « Labeur et persévérance ; » il n’y a jamais dérogé.
- ÉCONOMIE RURALE.
- SUR LE TRAITEMENT DES VIGNES PHYLLOXÉRÉES, PAR INSUFFLATION DE VAPEUR DE SULFURE DE CARBONE. NOTE DE M. CH. BOURDON, PRÉSENTÉE PAR M. H. MANGON (1).
- « Je me suis proposé de remplacer le traitement des vignes phylloxérées par le sulfure de carbone injecté au pal, ou à l’aide des autres procédés aujourd’hui le plus employés, par une opération simple permettant de traiter en une seule fois une surface assez étendue, exigeant peu de main-d’œuvre et pouvant se prolonger autant qu’il est nécessaire et se renouveler en toute saison.
- « Ce résultat ne pouvait être obtenu qu’à l’aide d’une installation permanente, destinée à distribuer souterrainement un agent capable de détruire les phylloxéras et inoffensif pour la vigne.
- « Cet agent devant pouvoir se répartir dans un terrain de profil quelconque, je le cherchai parmi les fluides gazeux, qui se distribuent aisément dans des canalisations compliquées et pénètrent tous les interstices du sol.
- (IJ Communication faite dans la séance du 11 février 1881.
- p.208 - vue 213/684
-
-
-
- ÉCONOMIE RURALE. — AVRIL 1881.
- 209
- « Le sulfure de carbone, qui a déjà donné des résultats satisfaisants, est très volatil ; sa vapeur, très dense, tend naturellement à séjourner dans le sol : ce corps était donc tout indiqué comme agent toxique, et c’est surtout en vue de son emploi que je combinai mon appareil.
- « ïl n’est pas nécessaire que les vapeurs soient pures : diluées dans un volume d’air même considérable, elles forment encore un mélange insecticide qui a l’avantage d’être moins dangereux pour la vigne. De plus, ce procédé permettant d’augmenter le volume de gaz fourni par un poids donné de sulfure, on réalisera une économie, ou bien pour la même dépense les résultats seront plus complets. U importe, d’autre part, de continuer le traitement avec la même intensité pendant toute la durée de l’éclosion des œufs du phylloxéra. L’emploi du pal ne remplit qu’imparfaitement cette condition. Le procédé par submersion, tout en la réalisant, ne peut être employé en tout lieu et en toute saison. Ni l’un ni l’autre procédé ne se prête d’ailleurs bien au traitement préventif. Le procédé par insufflation, que je propose, permet au contraire de donner au traitement la durée convenable.
- « Les vapeurs sont réparties dans le sol au moyen d’un drainage auquel je donne les dispositions suivantes :
- « 1° En terrain plat : canalisation centrale étanche, munie de tubulures dans lesquelles s’emmanchent de petits drains latéraux, placés bout à bout et manchonnés pour éviter les obstructions. Les gaz refoulés sortent par les intervalles des petits drains et sous les manchons.
- « 2° En terrain incliné : avec une canalisation centrale suivant la pente du sol, les vapeurs, étant très denses, s’accumuleraient dans la partie inférieure; il paraît donc préférable de placer les drains en zigzag.
- u J’ai trouvé que la diffusion des gaz dans le sol est très uniforme et que des canalisations distantes de k mètres, posées à 0ra,50 de profondeur, donnent un résultat satisfaisant.
- « On est donc conduit à employer par hectare environ 100 mètres de gros drains et 2 300 mètres de petits, ce qui entraîne, y compris l’installation, une dépense de 1 000 francs au plus.
- « L’appareil d’insufflation doit être simple, fonctionner régulièrement et n’exiger ni surveillance, ni entretien. Je songeai alors à monter sur un chariot une machine employée pour l’éclairage aux vapeurs de pétrole et consistant en un compteur à gaz dont l'axe est mis en mouvement par un moteur à poids. Suivant mes prévisions, un appareil destiné au traitement d’un hectare devra pouvoir insuffler 600 mètres cubes d’air par vingt-quatre heures. Gela conduit aux nombres suivants :
- « 0œ,900 de diamètre, 0m,700 de largeur environ et un poids moteur de 900 kilog. tombant de 3m,300 en douze heures.
- « Dans ces conditions, si l’on veut injecter en quinze jours 30 grammes de sulfure
- p.209 - vue 214/684
-
-
-
- 210
- ÉCONOMIE RURALE.
- AVRIL 1881.
- par mètre carré, on trouve que le dosage du mélange sera de 1 kilog. de vapeur de snlfure pour 30 mètres cubes d’air.
- « En août dernier, j’ai expérimenté ce procédé dans le département de Saône-et-Loire, dans un clos de vignes appartenant à M'. Goubert de Dracy; les unes étaient complètement perdues, les autres attaquées, mais possédaient encore une certaine vigueur. Pour une surface de 364 mètres carrés j’employai en tout 8 kilog de sulfure (22 grammes par mètre carré). Les vapeurs furent diluées dans 426 mètres cubes d’air (dosage de 1 kilog, de sulfure pour 53 mètres cubes d’air) : j’obtins ainsi un volume de gaz toxique 184 fois plus grand que si j’avais injecté le sulfure liquide.
- «v Malgré la forte proportion d’air contenue dans le mélange, le succès de l’opération fut complet, et les personnes compétentes reconnurent que tous les phylloxéras étaient morts : la vigne, quoique en pleine végétation à ce moment, n’avait subi aucune altération. Ce résultat obtenu est d’autant plus surprenant que le mélange de l’air et des vapeurs sulfocarbonées se faisait alors dans des conditions très irrégulières.
- « J’ai remédié à cet inconvénient en divisant le socle de mon nouvel appareil en deux compartiments : 1° un réservoir de sulfure liquide ; 2° une chambre d’évaporation.
- « Un poids connu de liquide passe du réservoir dans la chambre, à intervalles réguliers, au moyen d’un petit distributeur dont le mouvement, obtenu par le moteur à poids, est solidaire de celui du compteur; le dosage est, par suite, indépendant de la vitesse de l’appareil.
- « Pour traiter simultanément une surface de 1 à 2 hectares, on devrait recourir à des moteurs plus puissants et moins encombrants : c’est là un point que j’étudierai prochainement.
- « En résumé, le procédé que je propose supprime presque complètement la main-d’œuvre, évite les manipulations multipliées de sulfure, présente plus de garanties pour la conservation de la vigne, et, pour une même dépense de sulfure, assure un succès plus certain, par suite de l’action uniforme et prolongée de l’agent toxique. Enfin, mes premiers essais montrent que ce procédé se prête en toute saison à un traitement préventif ou curatif.
- « On ne peut éviter, il est vrai, une dépense de première installation, mais on en retire un double avantage : d’abord celui de garantir les vignes de l’action du Phylloxéra, puis une augmentation de production due au drainage et à l’aération du sol.
- « Il#reste encore bien des études à faire, notamment en ce qui concerne l’économie des installations, et à chercher la meilleure proportion d’air à mélanger aux vapeurs de sulfure ; mais le succès d’une première expérience, montrant que ce mode de traitement est rationnel, permet d’espérer, à l’avenir, des résultats tout à fait satisfaisants.
- « De plus, ce procédé se prêterait également à l’emploi d’insecticides gazeux
- p.210 - vue 215/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- AVRIL 1881.
- 211
- moins coûteux et moins dangereux pour la vigne que ne le sont les vapeurs sulfo-carbonées, et d’une manière générale à l’emploi des gaz en agriculture comme agents insecticides ou fertilisants. »
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- L’AGRICULTURE DES ÉTATS-UNIS ET DU CANADA, PAR M. ARTHUR BRANDIN (1).
- L’Ouest-Virginie est aussi un État à maïs ; son sol et son climat, surtout dans la vallée de l’Ohio, se prêtent admirablement à cette culture. Le double avantage d’être aussi estimé pour la nourriture des hommes que pour l’engraissement des animaux, y a fait préférer son grain à tous les autres.
- Le sol le plus commun de l’État est une argile mêlée de sable et de calcaire en quantité variable. En règle générale, les terres d’alluvion qui bordent les cours d’eau contiennent plus de sable que les collines. Elles sont plus faciles à travailler, plus vite pénétrées par les rayons du soleil, et l’abondance des matières végétales qu’elles renferment leur permet de donner d’excellentes récoltes de maïs, avec très-peu de soins et de frais. Les alluvions du Kanawha ont été cultivées en maïs pendant 80 années consécutives, sans diminution de rendement. Blenerhasset Island, sur l’Ohio, produit depuis 57 ans des récoltes de maïs de 72 et quelquefois 100 hectolitres sans engrais. Certaines parties de la South-Branch, dans les comtés de Hamp et Hardy, sont cultivés depuis 100 ans avec des rendements de 72 à 80 hectolitres. Les alluvions de l’Ohio sont d’une fertilité non moins'extraordinaires. Tous ces exemples, dit l’auteur de la notice sur l’Ouest-Virginie, montrent non seulement la fertilité du sol, mais aussi le-déplorable système suivi par trop de fermiers en continuant la même culture si longtemps. Le sol des collines, naturellement moins profond, ne se prête pas à une aussi longue continuation de la même culture ; mais quand il a été récemment défriché et qu’il est encore plein de matières organiques, il donne, avec de bons soins, des rendements aussi élevés.
- La routine, dans cet État, préside à tous les ensemencements. Ainsi, en règle générale, le maïs est cultivé dans les comtés les plus récemment défrichés, et le blé dans les parties les {plus anciennement cultivées, non pas parce que le sol se prête plus ou moins bien à l’une ou à l’autre de ces céréales, mais parce que c’est un usage établi et que le cultivateur Ouest-Virginien aime plus que tout autre à suivre l’ornière tracée. Le rendement moyen du maïs est de 31 hect. 50 l’hectare. La production du blé est bien inférieure, dans cet État, à celle du maïs. Elle ne représente que le quart de la quantité de celui-ci. La notice en donne la raison suivante : le blé ne sert qu’à la
- (IJ Voir cahier de Mars 1881, p. 158.
- p.211 - vue 216/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- AVRIL 1881.
- 212
- nourriture de l’homme et ne peut, par suite des difficultés des communications dans la plus grande partie de l’État, être facilement exporté. Le maïs, au contraire, est avantageusement employé à la nourriture des animaux, et ce sont ceux-ci qui l’exportent eux-mêmes sous forme de viande et de laine. Dans les comtés les mieux cultivés, comme Harrison et Marshall, on obtient souvent des récoltes de 27 hectolitres à l’hectare, mais la moyenne de l’État n’est guère que de 8 hect. 66. Cette moyenne est, bien entendu, celle des terres sans engrais, car ici encore on n’en fait pas usage.
- L’avoine occupe comme grain le troisième rang dans l’Ouest-Virginie. Elle est particulièrement appréciée dans la région montagneuse, dont le climat plus froid se prête mieux à sa culture qu’à celle des autres céréales. Elle est consommée à la ferme pour l’engraissement des moutons. Rendement moyen 27 hectolitres. L’orge, le seigle, le sarrasin, n’occupent que de petites étendues. Cependant, la culture du seigle, pour former une pâture d’hiver et de printemps selon l’usage du Tennessée, est préconisée aujourd’hui, et celle du sarrasin a été reconnue avantageuse sur les terres fraîchement défrichées de la région montagneuse et froide des Alleganhys. Les navets y pourraient également bien réussir, mais la seule racine véritablement cultivée est la pomme de terre. Son rendement moyen est de 108 hectolitres à l’hectare. Le Colorado, combattu dans cet État dès son apparition, n’y a pas exercé d’aussi grands ravages qu’ailleurs. La notice ne nous a malheureusement pas fait connaître quel moyen avait été employé. La récolte du sucre de l’érable est, pour l’Ouest-Virginie, comme pour tous les pays boisés des États du Nord, d’une grande importance. Son sirop remplace le sucre dans un grand nombre d’usages domestiques. Le miel, aussi, pour la même cause, est un produit beaucoup plus recherché qu’en Europe.
- Quand la terre produit des herbages, et spécialement sur les sols calcaires, la rotation suivante est considérée comme la plus avantageuse. Maïs un ou deux ans, avoine, blé, et enfin prairies artificielles composées de trèfle ou de fléole, ou d’un mélange des deux. Ces prairies artificielles ne peuvent se maintenir longtemps, car le fameux blue g7'ass (poa pratensis) apparaît bientôt dans les champs et ne tarde pas à en chasser le trèfle et la fléole Les fermiers des sols calcaires du Panhandle savent que leurs collines donnent des fourrages aussi bien que les vallées, mais que la fléole ne peut pas durer plus de cinq ans comme espèce dominante. On laisse donc le blue grass prendre possession du *sol. 11 forme un excellent pâturage qui améliore la terre aussi bien qu’un autre gazon. Au bout d’un certain nombre d’années, on le retourne et bon recommence la même rotation. Sur les hautes terres des districts de la South-Branch du nord-est, qui est une excellente région de pâturages, et produit du grain et du foin en abondance, la rotation est maïs, blé, trèfle et quelquefois seigle ou sarrasin. C’est la succession la plus recommandée pour les hautes terres à grain.
- Tels sont les renseignements culturaux que nous avons trouvés pour deux des États de la région du maïs, et que nous nous sommes d’autant plus empressés de vous signaler, qu’ils sont extrêmement rares en ce qui concerne les États-Unis.
- p.212 - vue 217/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- AVRIL 1881.
- 213
- Le maïs est la céréale qui occupe, dans les cultures américaines, la plus grande étendue. Le blé ne vient qu’au second rang. Si les ensemencements en blés se sont accrus dans une très-forte proportion depuis dix ans, le maïs a suivi la même progression, et l’on peut dire qu’aujourd’hui il y a moitié plus de terres consacrées au maïs qu’au blé. Le tableau suivant fera ressortir l’importance croissante de cette culture aux États-Unis.
- En 1870 les ensemencements étaient de 15 458 790 hectares.
- 1871 — 13 636 454
- 1872 — 14 210 734
- 1873 — 15 678 859
- 1874 — 16 414 767
- 1875 — 17 936 548
- 1876 — 19 613 345
- 1877 — 20 147 653
- Les principaux États cultivant le maïs, en 1877, étaient les suivants :
- Illinois 3 586 000 hectares.
- Iowa . . . 1 920 000 —
- Missouri 1 420 400 —
- Indiana 1 280 000 —
- Ohio . . . 1 231 000 —
- Kansas . . . 1 083 600 —
- Tennessee 808 000 —
- Kentucky 785 200 —
- Total . . . 12 114 200 hectares.
- Ces huit États représentaient donc les 3/5 de l’ensemencement total. 'Voici quels ont été, d’après le Monthly Report, leurs rendements par hectare pendant la période 1872-75 :
- 1872 1873 1874 1875
- Tennessee. . . . 21,15 20,25 15,12 27,45 hectolitres à l’hectare.
- Kentucky. . . . 28,07 26,55 22,50 29,97 —
- Ohio. 35,55 31,50 32,40 29,90 —
- Indiana 32,80 23 24,30 31,05 —
- Illinois 35,82 18,90 16,20 31,05 —
- Iowa 35,82 26,10 26,30 31,50 —
- Missouri 33,30 21,15 14,40 32,70 —
- Kansas 34,65 35,20 9,45 34,60 —
- Nous sommes loin de retrouver, dans ce tableau, les rendements annoncés par les notices de l’Indiana et de l’Ouest-Virginie. C’est qu’en Amérique, aussi bien qu’en France, les statistiques officielles confirment rarement ces produits extraordinaires annoncés par l’amour-propre ou l’intérêt des particuliers.
- Tome VIII. — 80' année. 3* série. — Avril 1881.
- 28
- p.213 - vue 218/684
-
-
-
- tu
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- AVRIL 1881.
- Il n’est pas d’anathèmes que les fermiers d’Europe n’aient lancés aux blés d’Amérique. C’est, en effet, pour nous un événement bien grave que la concurrence de ces blés; mais ne serait-il pas plus juste de nous dire, en considérant le maïs : voilà le véritable ennemi. C’est lui, en effet, qui, employé si largement dans l’alimentation humaine en ce pays, permet l’exportation d’une grande quantité de blé, et c’est lui aussi qui sert avec tant d’avantage à engraisser ce bétail que nous allons voir de plus en plus faire la loi sur nos marchés.
- Peut-être pourrons-nous lutter avec les Américains pour le blé, si le produit des taxes douanières que nous réclamons, est consacré à alléger nos lourdes charges, et à réduire ou supprimer ces droits divers qui s’opposent encore aux réformes agricoles les plus urgentes.
- Les intempéries qui nous accablent prendront fin, sans doute, et les Américains n’en sont pas plus que nous à l’abri. Ils ont connu et connaîtront encore les fléaux atmosphériques. Mais nous n’obtiendrons jamais de notre sol et de notre climat le maïs qu’ils obtiennent du leur. Nous dirons donc : le blé, c’est l’ennemi temporaire, nous l’espérons du moins, mais le maïs, c’est l’ennemi permanent.
- La région des Etats-Unis qui nous intéresse le plus, celle qui tient maintenant tant de place dans les préoccupations de l’agriculture européenne, est la région désignée sous le nom pittoresque de prairies. Elle comprend la partie ouest de l’Indiana, l’Illinois, le Michigan, le Wisconsin et toute la contrée qui, s’étendant à l’ouest du Missis-sipi jusqu’aux Montagnes Rocheuses, renferme les Etats de Minnesota, Iowa, Missouri, Kansas, Nebraska, ainsi que les territoires encore peu connus du Dakota, du Wyo-ming et du Montana.
- Bien que ce soit elle qui renferme les plus importantes cultures de froment, on ne peut cependant lui donner dans son entier le nom de région du blé, car la plupart des Etats qui la composent consacrent beaucoup moins d’étendue à la culture de cette céréale qu’à celle du maïs. Ainsi la région du maïs, qui comprend, dans le bassin de l’Ohio, l’Indiana, l’Ouest-Virginie, l’Ohio, le Kentucky, et plus au sud le Tennessee, s’étend encore sur l’Illinois et au delà du Mississipi, sur l’Iowa, le Missouri et le Kansas. La comparaison des surfaces ensemencées en blé et en maïs dans ces États, en 1877, justifie cette division agricole.
- MAÏS. BLÉ.
- hectares* hectares.
- Ohio. . i 231 600 680 000
- Indiana . . 1 282 000 680 000
- Illinois 3 586 000 800 000
- Iowa 1 920 000 1 400 000
- Missouri 1 420 000 560 000
- Kansas. 1 083 600 400 000
- Tennessee. . . . . . 808 000 540 000
- p.214 - vue 219/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- AVRIL 1881.
- 215
- Le titre agricole de région du blé appartiendrait plutôt, selon nous, aux États du Pacifique et à ceux qui, riverains des lacs canadiens, forment la partie nord de la zone des prairies, car c’est là que la culture du froment règne sans conteste.
- Le Michigan, le Wisconsin et le Minnesota, qui renferment encore dans leurs parties septentrionales d’importantes forêts de pins, étaient primitivement boisés; le voisinage des grands lacs canadiens donnant à l’atmosphère une abondance d’humidité favorable à la végétation forestière. Mais dans tous les États qui s’étendent à l’ouest du Mississipi et qui forment la région proprement dite des prairies, on ne rencontre de bois que sur les bords des cours d’eau, et encore sont-ils loin, par la force de leur végétation, d’accuser la fertilité du sol si grande cependant en ces parages. Le reboisement, d’après M. Houg, préoccupe vivement les Sociétés agricoles de ces États, et les compagnies de chemins de fer qui y possèdent des lignes.
- « Cette région, dit M. Clavé, abritée contre les vents humides du Pacifique est, pendant l’été, absolument privée d’eau ; mais elle reçoit pendant l’hiver, sous forme de neige, les vapeurs qui lui sont amenées par les vents du nord et du nord-est qui soufflent sans obstacle. Cette neige, en fondant au printemps, développe une végétation herbacée, abondante, mais éphémère, et qui, pendant quelques mois du moins, donne à ces vastes plaines, couvertes de fleurs et de graminées, l’aspect d’un merveilleux pâturage. Mais la sécheresse ne tarde pas à survenir et à les transformer en désert. Pendant une période aussi courte, toute végétation ligneuse est impossible; aussi sauf dans quelques rares oasis toute cette région est-elle dépourvue d’arbres. » Ne reconnaissons-nous pas dans ce tableau les conditions qui amènent toujours chez nous de bonnes récoltes ; hivers rigoureux, printemps humides, étés secs? C’est à la sécheresse des étés que les blés de cette région doivent leur qualité et leur poids. Formés par les alluvions des deux immenses fleuves du Mississipi, du Missouri et de leurs nombreux affluents, ces terrains contiennent une incroyable abondance de matières organiques provenant de la décomposition des herbes qui y poussent et y meurent la même année, depuis des milliers de siècles. Dans les trois quarts de l’Illinois, la profondeur de la terre végétale est de 10 pieds au moins.
- Nous avons déjà signalé le rang qu’occupent quelques-uns des États du Far-West dans la production du foin, du mais, de l’avoine, de la pomme de terre; ils produisent tout, en effet, avec un égal avantage. L’Illinois, qui mesure une étendue totale de 14 millions d’hectares, avait ensemencé en 1877 ;
- hectares»
- 3 586 000 800 000 640 000 63 200
- En tout................ 5 089 200 hectares.
- En maïs. En blé. . En avoine, En seigle.
- p.215 - vue 220/684
-
-
-
- 216
- EXPOSITION UNIVERSELLE. — AVRIL 1881.
- soit plus du tiers de sa surface en céréales. Nous avons vu qu’il était aussi au premier rang pour la production du fourrage et de la pomme de terre. Chicago, ce marché peut-être le plus important du monde pour les grains, appartient à l’Illinois, et Saint-Louis, cet autre grand centre commercial, bien que capitale du Missouri, est situé sur sa limite.
- Dansl’Iowa, dans le Missouri, dans le Kansas, la culture du maïs l’emporte encore sur celle du blé; mais dans le Minnesota, le Wisconsin, le Michigan, situés au nord de la région, c’est au contraire le blé qui domine. Dans le comté de Buffalo (Wisconsin), il y avait en 1875 :
- hectares.
- Blé 16 533
- Avoine 4 212
- Maïs 3 250
- Orge 316
- Seigle 141
- Le nombre des animaux domestiques était de :
- Bêtes à cornes, 15 218 ; moutons, 8 252 ; porcs, 6 389; chevaux, 4 190; mules, 198.
- Nous citons ces chiffres d’après le Monthly Report, parce qu’ils établissent d’une façon précise les rapports entre les différentes cultures et les espèces d’animaux domestiques dans une contrée qui peut être prise comme type des États nord de la région des prairies.
- Voici d’ailleurs quelles étaient, en 1877, les surfaces ensemencées en blé dans les principaux États producteurs de ce grain :
- hectares.
- lowa .... 1 040 000
- Californie .... 920 000
- Illinois .... 800 000
- Minnesota .... 720 000
- Indiana .... 680 000
- Ohio .... 680 000
- Wisconsin .... 600 000
- Missouri .... 560 000
- Pensylvanie .... 560 000
- Tennessee .... 540 000
- Michigan .... 500 000
- Kansas .... 400 000
- 8 000 000 hectares.
- Tous les autres États de l’Union ensemble ne comptaient que 2 477 000 hectares. Les États du Far-West ne donnent qu’une bien faible partie de tout le grain qu’ils pourraient produire s’ils étaient plus peuplés. Us n’ont pas encore atteint leur apogée,
- p.216 - vue 221/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE. — AVRIL 1881,
- comme l’Illinois, l’ïndiana, l’Ohio, plus anciennement occupés. Le Kansas n’est encore sérieusement cultivé que dans sa partie est, et au Nebraska, dont on parle déjà comme d’un État auquel une grande prospérité est promise ; les cultures ne se sont guère éloignées des rives du Missouri et de la rivière Plate. Sur une étendue territoriale de 19 millions d’hectares, cet État n’en compte qu’un million en culture.
- L’établissement des fermes non loin des cours d’eau est d’ailleurs une nécessité dans ces pays nouveaux : car en l’absence d’un réseau, de chemin de fer assez développé, les voies fluviales seules leur donnent le moyen d’écouler leurs produits. Un avantage immense pour l’avenir agricole de ces deux États, c’est d’être traversés dans toute leur largeur, le Nebraska par le chemin de fer du Pacifique, et le Kansas par la ligne directe de Saint-Louis au Colorado.
- On voit donc qu’il reste un vaste champ ouvert aux écrémeurs de terres que ces États, à l’envi les uns des autres, appellent de tous les coins du monde.
- Ce ne sont pas seulement les gens de petits moyens, les déshérités de la fortune, qui quittent leur pays pour demander un sort meilleur aux terres de cette fertile région. « Des fermiers aisés des anciens États vendent leurs fermes pour 312 ou 375 fr. l’hectare, afin d’acheter pour le dixième ou le cinquième de cette somme les terres vierges du Far-West, comptant bien que dans cinq ou six ans leur nouvelle exploitation agricole vaudra deux fois plus que celle qu’ils ont abandonnée. » De grands capitalistes se lancent aussi maintenant dans les spéculations agricoles. L’expérience de certains d’entre eux, le long du Saint-Paul et Sioux-Railway, est que, sur des lots de 240 à 1 200 hectares, du blé dur n° 1, Minnesota, peut être amené au chemin de fer au coût de 93 fr. 75 à 106 fr. 25 l’hectare, y compris labourage, semailles, moisson, battage, transport jusqu’à la station, dépréciation du sol et des machines et intérêt sur le capital engagé. Neuf hectolitres par hectare, au prix moyen de 11 francs l’hectolitre, couvrent toutes les dépenses. 18 hectolitres de plus (ce qui est au-dessous de la production moyenne d’une première récolte) payent l’achat du sol et les dépenses préliminaires, défrichement, etc. Ainsi, 27 hectolitres par hectare, la première année, et le propriétaire a tous ses débours couverts. Au delà de 27 hectolitres, c’est tout bénéfice net. Il y a des terres qui, dans les années favorables, rendent de 36 à 45 hectolitres.
- On voit quel énorme profit certains individus ont pu faire.
- Parmi les localités qui jouissent de la faveur d’attirer à elles la grande spéculation agricole, une des plus célèbres aujourd’hui, aux États-Unis, est la vallée de la rivière Rouge, qui sépare le Minnesota du Dakota, et se rend au lac Winipeg après avoir traversé la province canadienne du Manitoba. « Le pays qu’elle arrose est, dit-on, le plus beau terrain à blé de l’Amérique du Nord. Nulle part, dans l’Union, si ce n’est en Californie, l’agriculture ne se pratique sur une plus large échelle, et cela ne date que de 1875, époque à laquelle MM. Chang, de Roston, et 0. Dabrymphe, de Saint-Paul du Minnesota, acquirent 2 000 hectares, dont les trois cinquièmes sont déjà défrichés. L’année dernière, ils récoltaient 15 000 hectolitres de blé, 2 000 d’avoine et 1 000
- p.217 - vue 222/684
-
-
-
- ns
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- AVRIL 1881.
- d’orge. Leur outillage consiste en 40 charrues, 40 herses, 16 moissonneuses, 3 batteuses, 3 locomobiles, et, à l’époque des grands travaux, ils n’emploient pas moins de cent hommes. Un autre fermier, M. Cass, exploite un domaine de 2 400 hectares. Mais cette exploitation n’est rien auprès de celle de M. Williams Dabrymphe. Celui-ci avait emblavé, l’an dernier, 8 360 hectares en blé. Us avaient donné 90 000 hectolitres, soit 10 hect. 75 par hectare, obtenus au moyen de 75 moissonneuses opérant sur le pied de 400 hectares par jour. 450 ouvriers et 300 chevaux sont employés pour cette immense exploitation. Il faut trois teneurs de livres pour en tenir les comptes et deux caissiers pour le maniement des fonds. »
- Nous avons vu l’accroissement constant de la culture du mais depuis dix ans. Le tableau suivant fait ressortir le même fait pour le blé.
- Il y avait aux États-Unis :
- En 1870.............. 7 597 028 hectares ensemencés en blés.
- 1871 ............ 7 977 557 —
- 1872 ........... 8 343 343 —
- 1873 ........... 8 868 670 —
- 1874 ........... 9 986 810 —
- 1875 ......... 10 552 604 —
- 1876 ......... 11 050 808 —
- 1877 .......... 10 477 208 —
- Cette diminution, en 1877, n’a été qu’un accident, car les années 1878 et 1879 ont donné, paraît-il, un ensemencement supérieur à 1876.
- Cette augmentation d’emblavure s’est traduite par un grand développement dans la production et dans l’exportation des blés, coïncidant avec des mauvaises années en Europe. La récolte de blé aux Etats-Unis, dit notre Bulletin de statistique et de législation comparées, a été particulièrement abondante en 1877 et 1878. De 35 millions d’hectolitres en 1849, 60 millions en 1859, 90 millions en 1869, 110 en 1874, elle s’est élevée en 1877 à 128 millions, et en 1878 à 150 millions d’hectolitres. En France, la production du blé n’a jamais dépassé 133 millions d’hectolitres, chiffre de l’année 1874. Comme les Américains (grâce à l’emploi du maïs), consomment moins de froment que les Français (environ 2 hectolitres par tête et par an) il leur reste sur les récoltes, comme celles des deux dernières années, un excédant disponible pour l’exportation. Voici les chiffres relatifs aux exportations de blé pendant les campagnes 1876-77, 1877-78.
- 1876-1877 1877-1878
- hectolittes. hectolitres.
- Blé........................... 14 200 000 25 500 000
- Farine................... 5 400 000 6 400 000
- Ensemble. ... 19 600 000 31 900 000 hectolitres
- p.218 - vue 223/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- AVRIL 1881.
- 219
- Soit pour 34Y millions de francs en 1876-77, et pour 609 millions en 1877-1878.
- New-York seul en est arrivé à exporter, annuellement, pour plus de 200 millions de francs de blé. C’est dans cette ville que s’établit, au début de chaque campagne, le standart, ou classement des blés de la récolte en un certain nombre de types divisés eux-mêmes en plusieurs numéros selon les qualités. Les échantillons ainsi formés sont envoyés dans les principaux ports importateurs d’Europe, et c’est d’après eux que se font les offres, s’exécutent les commandes et s’opèrent les envois. Ainsi tel négociant du Havre peut demander à son correspondant de New-York du blé de printemps n° 1, par exemple, conforme à l’échantillon déposé à la Bourse du Havre, sans qu’il soit besoin d’échanger à travers l’Océan des échantillons pour chaque navire. Ce système ingénieux et commercialement fort commode doit présenter cependant, dans la pratique, certaines difficultés : car nous savons tous combien il serait difficile de composer avec les récoltes de Seine-et-Marne, par exemple, de grands chargements de Chiddam ou de blé bleu bien homogènes et parfaitement semblables.
- Le progrès de cette exportation est dû, non-seulement à l’augmentation des superficies cultivées et des quantités produites, mais aussi à la réduction du prix des transports. Outre le taux exceptionnellement faible du fret maritime, le transport des grains de Chicago à New-York, par les lacs et canaux, s’est abaissé de 3,50 par hectolitre en 1872 à 1,30, et les tarifs de chemin de fer ont été réduits dans une proportion à peu près égale. Jusqu’en 1872, le Mississipi, qui est la grande artère naturelle des principaux Etats à blé, était, par suite des nombreux barrages créés dans son lit, par les amoncellements d’arbres entiers arrachés à ses rives dans les crues, tout à fait innavigable pour les bateaux d’un fort tonnage. Aujourd’hui, grâce aux travaux entrepris par le gouvernement fédéral, il possède, dans les basses eaux, un tirant de 22 pieds anglais. Les chemins de fer, maîtres absolus auparavant, ont compris que le temps de leur toute-puissance était passé. De là cet abaissement considérable de tarifs signalé par le Bulletin de statistique ; de là aussi l’établissement de ces tarifs différentiels si favorables aux Etats du Far-West et contre lesquels protestent aujourd’hui les États du centre et de l’est.
- Yoici le prix moyen annuel du blé de 1872 à 1877 sur le marché de New-York :
- 1872. .... 23 fr. 70 l’hectolitre. 1875............. 18 fr. 45 l’hectolitre.
- 1873 ....... 23 fr. 41 — 1876.......... 20 fr. 86 —
- 1874 ....... 17 fr. 74 — 1877.......... 17 fr. 72 —
- Un des plus intéressants renseignements que nous avons trouvés dans le rapport mensuel, est le rendement du blé pendant la période de 1872 à 1875, dans les principaux États producteurs.
- En voici le tableau.
- p.219 - vue 224/684
-
-
-
- 220 EXPOSITION UNIVERSELLE. — AVRIL 1881.
- 1872 1873 1874 1875
- New-York 11,25 12,15 14,04 7,20
- Pensylvanie. . . . 9,72 12,78 13,32 11,52
- Ohio 10,53 10,80 13,50 8,55
- Michigan 10,80 10,98 12,78 12,15
- Indiana 11,05 10,08 10,98 8,10
- Illinois 10,90 12,15 10,35 9,45
- Wisconsin 12,87 14,85 10,35 12,60
- Minnesota 14,85 16,47 12 15,30
- Iowa 11,34 11,70 10,44 8,73
- Missouri 7,85 11,52 12,15 8,10
- Kansas 10,44 12,60 12,35 11,25
- Californie 10,95 12,15 11,88 9,90
- A ceux qui voudraient prouver, et il y en a, que les cultivateurs américains se trouvent dans des conditions moins avantageuses que nous, nous demanderons comment il se fait qu’avec des rendements aussi déplorables ils prospèrent cependant.
- Sans entrer dans une discussion approfondie, c’est ici le moment de rappeler les principaux avantages et les inconvénients de la situation de l’agriculture américaine.
- Les salaires agricoles aux États-Unis sont beaucoup plus élevés qu’en Europe ; c’est la conséquence naturelle du peu de densité de la population. Plus on s’avance, en effet, vers l’ouest, plus ces salaires augmentent. Ainsi, d’après un document officiel tout récent, dans les États de la Nouvelle-Angleterre, un laboureur qui n’est ni logé ni nourri gagne 101 fr. 55 par mois, et le coût de sa nourriture est estimé à 41 francs. Dans les États du centre, la moyenne des salaires mensuels est de 98 fr. 35; dans les États du sud qui bordent l’Atlantique, le nègre ne gagne que 56 francs; dans les États du golfe, 74 francs; dans le Kentucky, le Tennessee, l’Arkansas, le Missouri, 77 fr. 50. Mais dans l’Ohio, l’Indiana, le Michigan, le Wisconsin, les salaires se relèvent à la somme de 104 fr. 50. Dans l’Iowa, le Minnesota, le Kansas, le Nebraska, le Colorado, ils atteignent 119 francs; dans l’Utah, le Névada, 143 fr. 35, et enfin dans les États du Pacifique, 191 fr. 92. Cette augmentation, dans le Far-West, provient de la concurrence que le travail des mines fait au travail agricole et de l’extension toujours croissante des défrichements.
- Le même document donne aussi les moyennes pour quelques États d’Europe, moyennes établies d’après les enquêtes auxquelles se sont livrés les consuls américains.
- p.220 - vue 225/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- AVRIL 1881.
- Ainsi le salaire du laboureur non nourri et non logé serait pour la
- fr.
- France de................................ 68 »
- Espagne.................................. 71 »
- Italie................................... 76 »
- Irlande...................'.......... 73,60 •
- Angleterre............................. 78 »
- Écosse. ................................. 97 »
- Ces chiffres, pour l'Amérique, étonneront peut-être, par leur modicité, quelques personnes qui, sur la foi de documents moins nouveaux, les croient beaucoup plus élevés. Mais nous ferons remarquer qu’ils s’appliquent à la généralité du travail agricole, aux plus importants comme aux plus petits ouvriers, et que les employés principaux jouissent seuls de ces salaires très-élevés signalés par la plupart des documents.
- Avec une main-d’œuvre rare et chère, les Américains ne peuvent faire que des cultures relativement peu coûteuses et facilement réalisables an moyen des machines. Aussi, à part le coton et le tabac, ne trouve-t-on pas aux Etats-Unis de cultures industrielles importantes. Les herbages et les céréales, au contraire, qui se prêtent si bien à l’emploi des machines, y sont cultivés sur une grande échelle. Par une coïncidence heureuse, c’est en ce pays où l’emploi des machines est indispensable, que celles-ci peuvent fonctionner dans les conditions les plus favorables. Jamais, en effet, de récoltes versées, un sol toujours ferme comme une route au moment de la moisson, et une non-valeur de la paille n’exigeant pas un travail aussi parfait que chez nous. Sans prétendre, comme certaines personnes, que l’unique facteur de la prospérité agricole aux Etats-Unis est l’usage des machines et que notre infériorité ne tient qu’à cela, il faut reconnaître que sans elles il n’y aurait pas, dans un pays aussi peu peuplé, de culture possible. Car, pourquoi sèmerait-on si l’on ne possédait pas le moyen d’exploiter la récolte? Si la moissonneuse devait naître quelque part, c’est assurément en Amérique; elle y est la condition sine quâ non de l’agriculture. Aux admirateurs excessifs de la machinerie agricole américaine, il faut faire observer, croyons-nous, que si les Américains ont eu le mérite d’inventer les machines à récolter, faucheuses, faneuses, râteaux, moissonneuses, etc., ils ne sont pour tous les instruments qui regardent la préparation de la terre, charrues, herses, rouleaux, semoirs, etc., que les imitateurs des Anglais. Dans ce pays qui se prête si admirablement, par exemple, à la culture par la vapeur, il ne semble pas que, même sur les grandes exploitations dont nous avons parlé, on ait prêté jusqu’ici à ce mode de culture une grande attention.
- Cette différence dans l’outillage agricole des deux nations fait bien ressortir le caractère de leur agriculture respective; l’une se préoccupant d’assurer ses récoltes par une préparation soignée, l’autre ayant surtout en vue la réalisation prompte et économique du produit de ses terres vierges, dont la fertilité dispense de soins de culture minutieux.
- On s’accorde à considérer comme un grand avantage pour le cultivateur américain,
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Avril 1881. 29
- p.221 - vue 226/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- AVRIL 1881.
- 222
- la facilité qu’il trouve d’emprunter aux banques qui foisonnent dans les plus petites bourgades. Dans les contrées les plus reculées du Far-West, il n’y a pas une agglomération de cinquante personnes qui ne compte un banquier. Le taux de l’intérêt est d’autant plus élevé que les pays sont moins peuplés, moins connus, et le gage par suite plus incertain. Ainsi, il est de 5 pour 100 à New-York, de 10 dans l’Illinois et de 15 à 20 dans le Nebraska.
- Aucune loi, sauf dans quelques rares États, ne limite le taux de l’intérêt. L’Illinois, dont la législature vient, par un vote récent, de restreindre la liberté du prêt à intérêt, en a fixé le maximum à 8 pour 100. Cet énorme intérêt n’effraye pas le cultivateur américain. Il sait que les grands profits que lui donnent les récoltes obtenues presque sans frais, sur des terres reçues gratuitement ou achetées à vil prix, lui permettent presque toujours de remplir ses engagements. Mais si, par malheur, des fléaux atmosphériques, des sécheresses prolongées, des invasions de sauterelles l’obligent à avoir recours à des renouvellements successifs, sa terre chargée d’hypothèques tombe à la merci du banquier qui en dispose en faveur d’un nouveau fermier quand l’occasion est favorable. Aussi trop souvent le cultivateur américain est-il réduit au rôle d’intendant de son prêteur, comme le squatter australien l’est du marchand de la Cité de Londres.
- Cette facilité d’emprunter à de gros intérêts, dangereuse déjà aux États-Unis, le serait encore plus en Europe, où le cultivateur, exposé aux mêmes intempéries, ne peut pas espérer de bénéfices aussi élevés. Des faits malheureux, connus de tous, n’ont-ils pas justifié cette opinion?
- Le principal obstacle à la colonisation et au défrichement du Far-West a été, pendant longtemps, l’absence des moyens de communication, notamment de chemins de fer. On sait quel développement prodigieux a pris depuis dix ans le réseau américain. Au 31 décembre 1878, on comptait aux États-Unis 131682 kilomètres de chemins de fer. Le Sud, si appauvri, présente encore de grandes lacunes dans son réseau; mais quelques-uns des plus fertiles des États de l’ouest, l’Iow'a, le Missouri, le Wisconsin, l’Illinois n’ont plus rien à envier sous le rapport des voies ferrées aux États industriels de l’est et du centre. La fièvre des chemins de fer qui s’était emparée des Américains après la guerre, a donné lieu à une foule de spéculations et d’entreprises conçues et menées avec une véritable folie. De là, la grande débandade de 1873, qui a failli compromettre cette industrie aux États-Unis. On a cru, en Europe, que cette sévère leçon ralentirait l’ardeur des Américains et enrayerait le développement des voies ferrées dans les contrées encore presque inconnues du Far-West. Il n’en a rien été cependant; et si, une fois la crise passée, ils ont marché avec plus de prudence, ils n’ont pas pour cela ralenti leur course. Depuis 1876, 18 600 kilomètres ferrés ont été construits, et la plus grande partie de ces nouveaux chemins appartient à l’extrême ouest, aux États miniers du versant du Pacifique et aux territoires qui ont devant eux un si brillant avenir. Beaucoup de ces nouveaux chemins aident au développement
- p.222 - vue 227/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE. — AVRIL 1881.
- d’un trafic déjà existant, tandis que d’autres jalonnent l’avenir. Il y a lieu de croire que dans moins d’une année une nouvelle ligne, le Southern-Pacific, traversera le continent américain, et que de son côté le Northern-Pacific pourra atteindre la base des montagnes Rocheuses, donnant ainsi accès dans le Dakota et le Montana à une vaste zone de terres publiques d’une grande fertilité. Sur une carte, datant de 1877, nous voyons qu’il y avait déjà une voie ferrée partant de Duluth, à l’extrémité du lac Supérieur, et aboutissant à Bismarck (1) sur le haut Missouri. Elle traverse les fertiles territoires à blé du Minnesota, de la Red-River et du Dakota, et met ainsi en communication la vallée du Missouri avec la grande voie des lacs canadiens. Ainsi, l’émigration vers l’ouest, le défrichement, l’établissement des voies ferrées, tout marche de front et à grands pas.
- Longtemps, l’exagération des tarifs des chemins de fer a rendu impossible l’exportation des produits de l’ouest. Pour transporter de l’Iowa jusqu’à New-York un hectolitre de maïs, il fallait, selon M. Mot, payer cinq fois sa valeur primitive, de sorte qu’il était quelquefois avantageux de le brûler au lieu de charbon. Nous avons vu, selon le rapport de notre bulletin de statistique, combien les choses étaient changées. L’ouest, aujourd’hui, inonde les États de l’est de ses produits agricoles.
- Le plus grand avantage dont jouisse le cultivateur du Far-West, consiste, selon nous, dans la fertilité de sa terre et le prix extrêmement bas de celle-ci. Quel loyer, quel amortissement, quel capital engagé, représentent ces fermes des prairies composées de lots gratuits du Homestead et de sections à 15 francs l’hectare, dont les terres, pendant dix, vingt, trente ans, peuvent donner des récoltes sans engrais?
- Les blés d’Amérique connus en Europe sous les appellations commerciales de White-Michigan (blanc de Michigan), Red Winter (rouge d’hiver), Amber Winter (ambrés d’hiver), Milwankee, blés d’Orégon, blés de Californie, et classés par numéros selon leur qualité, portent aux États-Unis des noms particuliers, que, grâce à l'obligeance d’un ami, nous pouvons vous faire connaître.
- Dans les États de la Nouvelle-Angleterre, on cultive ordinairement Loost-Nation, le Tappahannock et le Lancaster-red-Chaff. Les Arnauka, Canada, Hybrid, White-Lais-sette et White-Italian y sont rares. Mais on trouve ceux-ci sur une grande échelle dans l’État de New-York avec le Deihl, Tréadwell, China Tea et d'autres variétés. Dans les autres États du centre, ainsi que dans la Virginie, le Maryland et la Caroline du Nord, lesFultzet Méditerranéens sont très-répandus. Les Tappahannock, White-Canada et Golden-Chaff sont aussi représentés. Un blé particulier à l’Ohio et à la Pensylvanie est le Food.
- Dans l’Itidiana et l’Illinois, nous retrouvons les Lancaster, Tappahannock, Fultz et
- (I) Ce nom indique bien l’importance de l’émigration allemande dans cette contrée, comme dans tout l’ouest d’ailleurs. .
- p.223 - vue 228/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- AVRIL 1881.
- China, plus les Michigan, les Amber, les Odessa red, les Missouri, les Herly Velvet, les Oran, les Scott, les Egyptians dont beaucoup, comme on le voit, portent des noms géographiques indiquant leur origine.
- Le Michigan envoie des Deihl, Gold-Medal et White-Mountain. Le Minnesota, qui ne cultive guère que des blés de printemps, produit le Scotch, le Fife, le Rio-Grande, le China Tea, l’Harly-Chermam et le White-Hambourg. L’Iowa produit aussi le Rio-Grande, plus le Canada, le Fife et le White-Chili. Dans le Missouri, le Fultz et l’Odessa se trouvent avec le New-York-Flint. Le Nebraska donne à ses blés les noms particuliers de Proest-Pring, Otos et Russian Club. Les blés du Kansas et du Colorado ressemblent à ceux de la Californie, et portent les noms de White Colorado et White-Cali-fornia, Turkey et Colorado-red-Chaff. Les États du Pacifique possèdent en plus grande partie des blés blancs d’origine étrangère comme le White-Australine et le White-Chili. Mais on y trouve aussi d’autres variétés telles que le Canada-Club, le Sones, le Props, le Rride of Rutte et le Non-Pareil.
- Nous ne nous dissimulerons pas qu’une classification eût été plus intéressante que cette sèche nomenclature. Mais il nous a été impossible de la donner. Un grand nombre de ces variétés sont printanières, car l’usage des semailles de printemps pour les blés est très-répandue aux États-Unis. On peut même dire que les semailles d’automne, surtout dans les États nord des prairies, sont l’exception. Aussi le nom du port principal qui expédie les blés de cette région, Milvaukee, est-il devenu synonyme, dans le langage commercial, de blé de printemps.
- L’origine européenne de beaucoup de ces blés est constatée par leur nom, et d’autres comme le blanc du Chili, le blanc d’Australie ne sont eux-mêmes que des blés d’Espagne ou d’Egypte ayant passé par ces pays nouveaux avant d’être introduits aux États-Unis. Quelques-uns, portant des noms anglais, sont venus sans doute avec les premiers colons de race anglo-saxonne, car on ne voit pas que le blé ait élé sérieusement cultivé en Amérique avant l’arrivée des Européens. Des années aussi mauvaises que celles que nous venons de traverser, amènent toujours une défaveur sur les variétés que nous cultivons, et un engouement pour les espèces des pays plus favorisés. U nous semble qu’en faisant revenir chez nous des blés d’Amérique, nous ne ferions que rapatrier des émigrants. Cependant, il n’en est pas moins utile d’en tenter l’essai afin de s’assurer s’ils conservent sous notre climat les qualités qu’ils ont acquises là-bas. Des expériences dans ce sens ont été faites par quelques cultivateurs de notre département du Nord, et suivies par le savant chef de la Station agronomique de Lille. Il y a donc dans cet ordre d’essais un précédent qu’il serait important de consulter, et que nous regrettons de n’avoir pas suffisamment signalé en sa place.
- Entre les deux régions à blé des États-Unis, celle des prairies et celle du Pacifique, dont nous parlerons tout à l’heure, s’étend une zone limitée par les montagnes Rocheuses et la Névada. Cette région présente un caractère bien tranché; presque complètement déboisée, sèche en été#comme en hiver, elle n’est encore guère connue
- p.224 - vue 229/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- AVRIL 1881.
- 225
- que par ses mines de métaux précieux. Deux Etats parmi elle ont seuls une certaine importance agricole, l’Utah et le Colorado. Ce dernier, situé sur les deux versants des montagnes Rocheuses, appartient, par sa partie est, à la région des prairies, et toutes les grandes rivières qui traversent le Kansas et les territoires indiens y prennent leur source. Nous avons vu, dans l’énumération des blés américains, qu’un certain nombre de variétés portaient le nom de cet Etat. Il paraît donc appelé à tenir, dans la production de cette céréale, un rang important. Déjà, sa capitale, Denver, est reliée par un chemin de fer au grand centre commercial de Saint-Louis du Missouri. En attendant que la culture proprement dite y prenne plus d’extension, il occupe, pour l’élevage des bêtes à cornes un rang important dans l’Union, et l’on y trouve, comme au Texas, des propriétaires de 50 000 bêtes.
- LYJtah, plus connu sous le nom de pays des Mormons, doit à l’habile, fondateur de cette célèbre secte religieuse une prospérité agricole remarquable. U y a trente ans, c’était dans sa plus grande partie un désert aride privé de bois, excepté dans quelques gorges des montagnes. Brigham Young vit bien vite que ce sol n’était pas infertile, et qu’avec des irrigations il pourrait donner de superbes récoltes. Quand la cité du Lac Salé fut fondée, on ne put guère irriguer dans son voisinage que de 300 à 350 hectares. Maintenant, on compte autour d’elle de 1 600 à 2 000 hectares irrigués, et l’Utah possède 3 200 kilomètres de canaux principaux et 7 800 kilomètres de canaux distributeurs. Aussi, le grand prophète des Mormons laissa-t-il à sa mort un nombre respectable de millions.
- La côte du Pacifique est occupée par deux États, la Californie et l’Orégon, qui tiennent dans la production du blé un rang considérable. Le climat particulier à cette région lui donne un caractère tout à fait différent du reste des États-Unis.
- Nous avons signalé le phénomène climatérique produit sur les côtes occidentales de l’Europe par les eaux tièdes du Gulf-Stream. Un phénomène semblable, dû au voisinage du courant équatorial du Tessan, a lieu sur les côtes occidentales de l’Amérique du Nord. Tandis que des froids excessifs signalent les hivers des États de la Nouvelle-Angleterre et. des États des prairies, toute la bande comprise entre le Pacifique et les Sierras des Cascades et de Nevada, reçoit les pluies bienfaisantes que lui amènent les vapeurs de l’Océan, et jouit en hiver d’un climat qui se rapproche de celui du midi de la France. Cependant la Californie, plus anciennement colonisée que l’Orégon, et dépouillée, pour les besoins de ses mines, de ses antiques forêts, ne jouit plus de cette douceur et de cette égalité de climat que celui-ci a conservées avec ses bois. Selon M. Hough, le déboisement de la Californie a produit ces perturbations climatériques, signalées dans tous les pays dénudés et que caractérisent d’extrêmes chaleurs, suivies de chutes de pluies et d’inondations désastreuses. En 1869, 1870 et 1871, la sécheresse a été telle dans cet État, que la récolte de blé a manqué. Dans les vallées de San-Joaquim, de Sacramento et de Santa-Clara qui passaient pour les plus riches territoires de l’État, la détresse était si grande en 1871 que des comités ont dû
- p.225 - vue 230/684
-
-
-
- 226 EXPOSITION UNIVERSELLE. — AVRIL 1881.
- se former à San-Francisco pour procurer aux fermiers leurs semences. Le ravage était semblable à celui causé par les sauterelles dans certaines parties du Kansas, du Né-braska et du Minnesota en 1874. L’hiver de 1874-1875, arrivant après une brûlante sécheresse, a été marqué par des pluies torrentielles, des débordements et des pertes de toute sorte.
- Nous avons vu, par les tableaux précédemment donnés, quel rang tenait la Californie dans la production du blé et quelles variétés elle cultivait. Elle tient le premier rang pour la culture de l’orge, 195 000 hectares en 1877. Nous ajouterons qu’elle a gardé de son origine espagnole le caractère d’un pays de grandes propriétés, surtout dans les districts pastoraux, où les possesseurs de ranchos, au nombre de 5 000, dit-on, se partagent une superficie de 20 millions d’hectares, inculte, il est vrai, mais assez herbeuse pour nourrir de grands troupeaux de bœufs et de moutons. La culture proprement dite, exercée au contraire par 50 000 émigrants anciens ou nouveaux, ne s’étend que sur 2 400 000 hectares. Il y a, cependant, des exploitations comme celles du docteur Glenn qui embrassent jusqu’à 24 000 hectares, dont 18 000 sont emblavés chaque année en céréales. Elle produit en moyenne 327 000 hectolitres de grains d’une valeur de 3 885 000 francs sur place (soit 11 Ir. 60 l’hectolitre) et 18 hectolitres par hectare.
- L'Orégon, dont l’admission au rang d’Etat ne date que de 1859, est un pays de moyenne culture. Nous avons dit pour quelle cause son climat avait conservé une grande douceur, et ses saisons leur régularité. Le tiers à peine de son territoire est réellement occupé. C’est la région ouest, comprise entre les monts des Cascades et la mer, et qui renferme les fertiles vallées de la Villamette, de l’Umpqua et de la Rogne-River. Toute la partie centrale et orientale de l’Etat, dont le climat, d’ailleurs, est moins tempéré que celui de la côte du Pacifique, n’est encore qu’une région pastorale à peine connue et hantée par les tribus indiennes.
- La vallée de la Villamette, qui a reçu le nom caractéristique de Jardin du nord-ouest, est maintenant desservie, dans toute sa longueur, par la voie ferrée de l’Orégon et Californie rail road qui met en communication Portland et San-Francisco, les deux grands ports des États-Unis sur le Pacifique. Le caractère de l’Orégon de l’ouest est un pays entrecoupé de collines et de vallées dont les terres, également argileuses, quoique diversement colorées, reposent sur un sous-sol de glaise. Les terres des vallées, formées par les alluvions des cours d’eau, renferment généralement plus de matières organiques, surtout en amont des digues établies par les castors, au temps où la contrée, encore sauvage, était remplie de ces curieux animaux. Ces terres, après avoir donné pendant vingt et trente ans, sans aucun engrais et avec des labours insignifiants, des récoltes de blé, d’avoine et d’orge, conservent encore une fertilité extraordinaire.
- La principale récolte de l’Orégon est le blé, dont le poids à l’hectolitre varie souvent de 81 à 86 kilog. C’est, dit la note sur cet État, le blé le plus lourd du monde.
- p.226 - vue 231/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE. — AVRIL 1881. ^27
- Après le blé vient l’avoine, par ordre d’importance, puis l’orge. Le maïs n’y est pas cultivé avec autant de succès que dans les États de la vallée du Mississipi. On considère une récolte de blé de 25 hectolitres à l’hectare comme une bonne moyenne; mais dans les années favorables, et sur les meilleures terres, le rendement peut aller jusqu’à 40, sans engrais. Le rendement de l’avoine varie entre 45 et 72 hectolitres, et celui de l’orge entre 36 et 54.
- Comme le Monthly Report, qui nous a fait connaître les rendements des principaux États à blé, pendant une période de quatre ans, n’a pas placé l’Orégon dans ses tableaux, il nous a été impossible de vérifier les assertions contenues dans la notice publiée par le bureau d’émigration de cet État. Il eût été intéressant de trouver, dans un document officiel et impartial, les moyennes de rendement des diverses cultures dans un État qui se glorifie d’avoir surpassé tous les autres à l’exposition de Philadelphie, par le nombre des récompenses obtenues pour l’excellence et la variété de ses produits. *
- Quoi qu’il en soit, la rouille et autres maladies n’ont jamais atteint les céréales en Orégon, et les charançons et les sauterelles y sont aussi inconnus que les sécheresses. Depuis trente-trois ans que l’Orégon est occupé, la récolte de blé n’a pas manqué une seule fois.
- La culture du lin, si peu importante aux États-Unis, est particulièrement bien adaptée au climat de l’Orégon, qui ne souffre pas, comme la plupart des autres États, des sécheresses prolongées de l’été. Les expériences faites jusqu’à ce jour ont donné les meilleurs résultats, et ses lins jouissent d’une grande faveur auprès des filateurs de New-York et même de l’Angleterre. C’est, dit la notice, une récolte plus profitable que celle du blé, mais qui demande plus de soins dans la préparation du sol. On doit lui reprocher aussi de nécessiter, pour l’arrachage, une main-d’œuvre qui est toujours rare et chère ; mais la mécanique saura sans doute y suppléer. On peut obtenir de 500 à 1 000 kilog. de filasse par hectare.
- Le houblon d’Orégon est aussi fort estimé. Il produit de 1 600 à 3 600 kilog. par hectare. Tous les légumes y sont cultivés avec succès. Le rendement de la pomme de terre est de 135 à 270 hectolitres par hectare. La maladie y est inconnue, ainsi que le Colorado. Sur les barrages de castor, on obtient fréquemment d’incroyables récoltes d’oignons, de 1 000 à 900 hectolitres par hectare (1 000 à 1 200 bushels à l’acre).
- Nous avons déjà dit combien les fruits étaient recherchés aux États-Unis. Ceux de l’Orégon sont peut-être les plus estimés. Sous forme de fruits confits, dits de Portland, ils sont connus dans le monde entier. La vigueur de végétation des arbres ne nuit aucunement à la qualité de leurs produits. La notice cite un fermier des environs de Portland qui a vendu, à un confiseur de Salem, la récolte de fruits de son jardin, d’une contenance de 1 hect. 40 ares, pour la somme de 11 000 francs. Chez un autre, le verger rapporte en moyenne 6 250 francs l’hectare.
- Les grands espaces encore inoccupés de l’Orégon central et oriental, dont les gazons
- p.227 - vue 232/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- AVRIL 1881.
- 228
- sont verts toute l’année, se prêtent bien à l’industrie pastorale. Ce fut en 1839 que le premier lot de moutons fut introduit en Orégon. Aujourd’hui, on y trouve plusieurs centaines de mille de moutons à laine fine dont la tonte, en 1876, a produit 3 150 000 livres. Cette laine jouit d’une faveur de 30 centimes la livre sur la laine de Californie.
- Un fermier du comté de Marion écrivait, en 1877 : « J’ai vécu vingt-cinq ans en Orégon, possédant, sur une ferme de 400 hectares, de 500 à 700 moutons. Durant tout ce temps, je ne leur ai pas donné une tonne de nourriture sèche en hiver, l’herbage étant toujours suffisant. Je n’ai élevé aucun bâtiment pour leur protection, me bornant à les rassembler dans un parc pour passer la nuit. » On prétend que les animaux dans cette contrée ne sont pas tourmentés par les insectes et qu’ils sont exempts de la plupart des maladies qui atteignent les troupeaux des autres pays.
- Le gouvernement et les deux compagnies de chemins de fer l’Orégon central et l’Orégon et Californie rail road, sont les principaux vendeurs de terres de cet État.
- Entre les mains des particuliers, une ferme de 32 à 64 hectares, située dans la vallée de la Villamette, à une distance de 12 à 30 kilomètres du chemin de fer, avec 6 ou 8 hectares en culture, vaut de 4 000 à 7 000 francs. Une ferme, en état de culture plus avancée, peut valoir de 125 à 375 francs par hectare, et les fermes, en prairies bien établies, de 375 à 750 francs.
- Le déplorable système de culture suivi par le plus grand nombre des fermiers, est signalé avec regret par la notice sur l’Orégon.
- Rappelons-nous que les notices sur l’Indiana et l’Ouest-Yirginie contenaient les mêmes plaintes. Ce témoignage est significatif, venant des Américains eux-mêmes. Quand les sectaires du libre échange, pour faire taire nos plaintes trop bien justifiées, mais importunes, opposent à notre prétendue routine l’initiative, l’ardeur, l’audace des cultivateurs américains, n’avons-nous pas droit de nous étonner de l’exemple qu’ils nous proposent? Comme négociants, comme spéculateurs, oui, les Américains sont nos maîtres ; mais les témoignages cités au cours de cette étude ne permettent pas d’aller plus loin dans la louange donnée à leur agriculture. Nous comprendrions vos doléances, nous dit-on, si vous aviez réalisé tous les perfectionnements que la science des engrais et les progrès de la mécanique vous indiquaient. Il y a, en Europe, une nation dont l’agriculture est, avec raison, citée comme la plus perfectionnée et la plus progressive : c’est l'agriculture anglaise. Souffre-t-elle aujourd’hui moins que la nôtre?
- Si les États-Unis sont loin de produire tout le grain qu’ils pourraient donner, et si la population n’y a pas encore la densité qu’elle aura par la suite, son territoire ne contient pas non plus tout le bétail qu’il pourrait élever. On en jugera par les chiffres suivants, qui représentent le nombre des principaux animaux domestiques existant sur tout le territoire de l’Union au 1er janvier 1878 :
- p.228 - vue 233/684
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- AVRIL 1881.
- 229
- Moutons. . .
- Porcs......
- Bœufs. . . .
- Vaches à lait Chevaux.. .
- Mules. . . .
- Par rapport au nombre des habitants, le chiffre des animaux domestiques est au moins aussi élevé que dans les principaux États européens; mais, par rapport à la surface du territoire, il est inférieur à celui des moins favorisés d’entre eux.
- On voit combien est remarquable, relativement au chiffre des autres bestiaux, le nombre des porcs ; 32 millions, répartis entre 45 millions d’habitants, donnent 71 par 100 habitants. Il n’y a pas un pays d’Europe qui atteigne, à beaucoup près, cette proportion ; elle n’est que de 24 pour le Danemarck, 26 pour l’Espagne et 28 pour la Hongrie. L’élevage et l’engraissement de ces animaux donnent aux fermiers de beaux bénéfices, malgré les terribles épidémies qui déciment souvent les porcheries. En 1876-1877, les États-Unis ont exporté pour 247 millions 1/2 de francs de lard et de jambon, et pour 258 750 000 francs en 1877-78. L’exportation du saindoux a atteint, dans cette dernière campagne, le chiffre de 150 millions de francs. Il est question maintenant d’expédier en Europe, pour y servir d'engrais, le sang recueilli dans les immenses abattoirs de Chicago, Cincinnati et autres villes.
- Les États qui élèvent le plus de porcs sont :
- Iowa 2 950 000
- Missouri. . . .... . 2 585 000
- Indiana 2 422 000
- Ohio . . . 2 250 000
- Illinois 2 000 000
- Kenlucky. ...... 1 950 000
- On remarquera que dans ces États domine la culture du maïs, grain aussi favorable à l’engraissement des porcs que des autres bestiaux.
- Pour les moutons, le chiffre de 77,7 par 100 habitants est supérieur à celui de la France 69,4. mais inférieur à celui de la Prusse 79,6, de la Hongrie 97,2, de la Norwège 96,6, de la Grande-Bretagne 111,8, de l’Espagne 138,4.
- Nous avons vu que l’élevage des bêtes à laine se pratiquait avec un soin et une science remarquables dans les États de la Nouvelle-Angleterre et du centre. Deux des États qui comptent le plus de moutons, la Californie 6 561 000, et le Texas 2 700 000, sont, malgré ces chiffres considérables qui représentent environ le tiers du nombre total, ceux qui donnent par kilomètre carré la densité la plus faible. Elle est, au contraire, bien plus élevée dans l’Ohio (3 974 000 moutons), dans le Michigan (1 750 000), dans la Pensylvanie (1 600 000), dans le New-York (1 500 000), et dans les États du nord-est.
- 35 740 500 32 262 500 19 223 300 11 300 100 10 329 700 1 637 500
- Tome VIII. —* 80e année. 36 série. — Avril 1881.
- 30
- p.229 - vue 234/684
-
-
-
- 230
- EXPOSITION UNIVERSELLE
- AVRIL 1881.
- Le bétail à cornes se divise en deux classes : le bœuf et la vache à lait. Celle-ci domine dans les contrées à population dense, comme les Etats de la Nouvelle-Angleterre et les Etats du centre, où la production du beurre et du lait est lucrative, et elle devient de plus en plus prépondérante dans les États situés au nord de la région des prairies, le Wisconsin et le Minnesota, par exemple, où la fabrication du fromage pour l’exportation prend un grand développement. Quant aux bœufs, nous les trouvons principalement dans les pays d’industrie pastorale, comme le Texas 3 458 300, et dans les pays producteurs de maïs, l’Illinois 1 274 000, le Missouri 1 075 000, et l’Iowa 1 054 000.
- Nous avons vu que le mulet était l’animal de travail préféré dans le Sud, et que le Kentucky tenait le premier rang pour sa production.
- Le cheval, au contraire, est beaucoup plus répandu dans le Nord. Les États qui en comptent le plus sont :
- L’Illinois . . . . 1 091 500
- New-York . . . . 890 000
- Iowa .... 734 000
- Ohio . . . . 765 000
- Indiana. . . . . . . 668 000
- Pensylvanie . . . . 614 000
- Le Texas ne semble pas avoir développé l’élevage du cheval autant que celui du bœuf ou du mouton. Il n’en possède que 725 000.
- Enfin, l’habitai des animaux domestiques aux États-Unis peut se résumer ainsi : pays de gazons, pays de vaches à lait, de chevaux et de moutons ; pays de maïs, pays de bœufs et de porcs.
- A la fin de cet examen sommaire, les idées se pressent en foule à l’esprit. On se demande, avec une anxiété bien naturelle, quel avenir réserve à l’Europe un pays dont l’étendue égale quatorze fois celle de la France et qui est doté, non-seulement de toutes les richesses minérales, mais encore d’une immense quantité d’excellentes terres sur lesquelles peuvent s’exercer avec succès presque toutes les cultures. Nous ne vous redirons pas tous les motifs de crainte ou d’espérance que les économistes ont tour à tour signalés dans ces derniers temps. C’est une question qui vous intéresse trop pour que vous n’ayez pas suivi les discussions auxquelles elle a donné lieu. Nous nous sommes borné à bien préciser les faits qui servent de base à ce grand débat.
- Le Canada est un paysde forêts etde pâturages. Si, politiquement, il appartenait aux États-Unis, il formerait avec les États de la Nouvelle-Angleterre une seule et même région agricole. Malgré la rigueur des hivers, la culture des céréales y est pratiquée avec succès, sinon sur de grandes étendues. L’élève du bétail y est la principale industrie agricole, et ses exportations de bétail vivant pour l’Europe ne sont plus une
- p.230 - vue 235/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES. — AVRIL 1881. ^31
- révélation. La céréale qu’il cultive le plus est celle qui domine dans tous les pays du nord, l’avoine. Comme preuve de son importance, il en exposait un grand nombre de variétés. Sous la dénomination générale d’avoines de l’Ile-du-Prince-Édouard, elles sont bien connues aujourd’hui dans notre commerce de graineterie.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Résistance des briques à l’écrasement. — M. Trautwine, ingénieur civil à Philadelphie, qui a fait un grand nombre d’expériences sur ce sujet, a constaté que, si les briques tendres s’écrasent sous une charge de 30 à 40 kilogrammes par centimètre carré, des briques de qualité supérieure, moulées mécaniquement sous forte pression, exigent une charge de 300 à 400 kilogrammes par centimètre carré, c’est-à-dire autant que les grès et les deux tiers delà charge d’écrasement des marbres et calcaires de bonne qualité et la moitié de celle des granits et des ardoises.
- Il est vrai que la maçonnerie de briques ne peut supporter que des charges inférieures à celles des briques isolées. On a constaté, en Angleterre, que des massifs cubiques de briques maçonnées en ciment s’écrasaient sous des charges de 40 à 50 kilogrammes par centimètre carré. Cependant un massif en briques et ciment de Portland n’a même cédé que sous une charge de 200 kilogrammes par centimètre carré.
- Mais des fentes et des crevasses commencent à se manifester bien avant l’écrase-memt, et il est prudent de ne pas faire supporter aux maçonneries de briques plus du dixième ou du huitième de la charge d’écrasement. Les chiffres ci-dessus s’appliquent à des massifs cubiques; mais, dès que la hauteur augmente par rapport à la base, la charge doit diminuer; ainsi, dans une tour en briques à faire le plomb de chasse, à Baltimore, dont la hauteur est de 75 mètres, la charge de la base ne dépasse pas 6 kilogrammes 1/2 par centimètre carré ; pour une cheminée de 143 mètres de hauteur à Glasgow, cette charge est de 9 kilogrammes. Le professeur Rankine a calculé, pour cette cheminée, que, dans de forts coups de vent, la charge du côté sous le vent peut s’élever à 15 kilogrammes.
- Il est bien entendu que, dans ces deux constructions, les parois vont en*diminuant d’épaisseur du bas vers le haut; dans un mur de 50 mètres de hauteur et d’épaisseur uniforme, la charge à la base est de 5k,5 par centimètre carré.
- Il est prudent, dans l’état actuel de nos connaissances sur ce sujet, de ne pas soumettre les maçonneries de briques de choix, faites à la machine avec mortier de ciment, à plus de 12 kilogrammes par centimètre carré, et les maçonneries de briques ordinaires à plus de 8. [Nouvelles annales de la construction.)
- p.231 - vue 236/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX. — AVRIL 1881.
- 232
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 11 mars 1881.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Correspondance.—M. Balny (J.), instituteur, à Espaubourg (Oise), envoie une Note sur un remède préservatif de la maladie des pommes de terre, procurant, dit-il, des récoltes suivies et abondantes. (Agriculture.)
- M. Armet de l’Isle, fabricant de sulfate de quinine, rueMalher, 18, à Paris, recommande pour les récompenses de la Société, un de ses ouvriers, contre-maître dans sa fabrique depuis 1837. (Arts chimiques.)
- M. le Ministre de Vagriculture et du commerce, envoie les numéros 5, 7, 8 et 9, du Catalogue des brevets prix en 1880. (Bibliothèque.)
- M. Bazin (Alfred) , à Auchy-aux-Bois (Pas-de-Calais), adresse à la Société la suite de ses travaux, comprenant les moyens d’éviter la rencontre des trains sur les chemins de fer; une Notice sur les torpilleurs, les fusils, un nouveau système de construction des chronomètres, et une étude sur les ascensions en ballon. (Comités divers.)
- M. Fédé(Jean), charron-forgeron, rue de Picpus, 122, nouveau système de manivelle à simple course, avec bielle à deux glissières. (Arts mécaniques.)
- M. Lebourdais (Louis), rue Rocheehouart, 38, à Paris, rappelle l’envoi qu’il a fait à la Société d’une serrure nouvelle pouvant signaler et arrêter toute tentative d’ouverture. (Arts mécaniques.)
- M. Lacarrière (C.-L.), entrepreneur des travaux publics, rue Montmartre, 111, à Paris, envoie la description et les dessins d’une piocheuse verticale mécanique pour déblais dans les terrains compacts. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Galibert (A.), remercie la Société du concours qu’elle lui a prêté pour son nouveau mode de fabrication de feuillages artificiels.
- M. Brunei (Désiré), à Guerbigny (Somme), demande si la Société voudrait examiner un manuscrit traitant d’un nouveau moteur fonctionnant par l’air seulement. (Arts mécaniques.)
- M. Seguy, ouvrier forgeron, rue de Lacépède, 31, à Paris, qui a déjà soumis à l’examen de la Société diverses inventions, lui envoie le projet d’une pendule qui n’aurait jamais besoin d’être remontée. (Arts mécaniques.)
- M. Pichard (Émile), inspecteur du service des eaux, à Versailles, fait présenter à la Société, par MM. Armengaud aîné fils, ingénieurs, rue Saint-Sébastien, 45, un
- p.232 - vue 237/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- AVRIL 1881.
- *233
- Mémoire sur l'épuration rationnelle et économique des eaux destinées aux usages domestiques (Arts économiques.
- MM. les Secrétaires signalent, parmi les pièces imprimées de la correspondance, les articles suivants :
- L’Éducation mutuelle, prospectus d’une association fondée à Paris pour procurer une distraction utile.
- Programme des'prix proposés par la Société industrielle de Rouen, et à décerner en décembre 1881, comprenant 58 articles, brochure in-8.
- M. Joly (Ch.), les étiquettes horticoles, brochure in-8.
- Arrêté réglementaire sur les compteurs d’eau dans la préfecture de la Seine.
- Chambre syndicale des mécaniciens, chaudronniers et fondeurs de Paris. Compte rendu du banquet du 13 décembre 1880.
- M. de Comberousse fait hommage à la Société de deux exemplaires de la Revue scientifique, renfermant le discours qu’il a prononcé au Conservatoire des arts et métiers, lors de l’inauguration de la statue de Denis Papin.
- M. le Président remercie M. de Comberousse de cet envoi. (Commission du Bulletin. )
- Nécrologie. — M. le Président annonce à la Société, avec un vif regret, trois pertes considérables qu’elle a faites récemment.
- Ce sont celles de :
- M. Menier, négociant, membre de la Chambre des députés, qui était l’un des membres les plus anciens et les plus zélés de la Société.
- Il était inscrit au nombre des membres perpétuels de la Société et il a fondé auprès d’elle et sous sa gestion, une caisse pour les ouvriers des fabriques de produits chimiques.
- M. Bellieni, fabricant d’instruments de précision, à Nancy, membre correspondant du comité des arts économiques.
- M. Pelouze (Eugène), administrateur de la Compagnie parisienne de l’éclairage et du chauffage par le gaz, membre de la Société et auteur de communications remarquables faites dans ses séances.
- Le Conseil décide que l’expression de ses regrets sera insérée au procès-verbal de la séance.
- Election d’un membre du comité de l’agriculture. — M. le Président annonce que le Conseil doit procéder à l’élection d’un membre du comité de l’agriculture pour remplir la vacance déclarée dans la séance du 25 février.
- Le candidat présenté par le comité et dont les titres ont été examinés par le Conseil en comité secret, estM. Lavalard, directeur de la cavalerie et des fourrages de la Compagnie générale des omnibus.
- Un scrutin est ouvert par M. le Président pour cette élection, et le dépouillement des votes, fait par le bureau, donne l’unanimité des votes à M. Lavalard.
- p.233 - vue 238/684
-
-
-
- 234
- PROCÈS-VERBAUX. — AVRIL 1881.
- En conséquence, M. le Président proclame M. Lavalard, membre du comité de l’agriculture. Cette élection sera soumise à la ratification de l’assemblée générale de la Société.
- Rapport des comités. — Velours et 'peluches. -— M. de Laboulaye fait, au nom du comité des arts mécaniques, un Rapport sur l’invention de M. Lepage pour la fabrication des velours et peluches.
- Le comité propose d’encourager M. Lepage en le félicitant des résultats qu’il a obtenus et en décidant l’insertion du présent Rapport dans le Bulletin de la Société, avec les dessins nécessaires à son intelligence.
- Ces conclusions, mises aux voix, sont adoptées.
- Communication. — M. Cassagnes, ingénieur civil, directeur des Annales industrielles, rue Lafayette, 18, présente à la Société la sténographie mécanique de M. Michela.
- M. Cassagnes expose d’abord, d’une manière sommaire, les procédés utilisés dans la plupart des systèmes de sténographie ; il montre les causes des difficultés qu’on rencontre dans cet art et signale les procédés par lesquels on a pu les vaincre en multipliant les opérations. L’un des grands obstacles à cet enregistrement rapide de la parole consiste dans la lecture qui ne peut être faite que par les sténographes eux-mêmes et avec peine, à cause de la multiplicité des signes abréviatifs que chacun d’eux emploie.
- Ces obstacles ont attiré à diverses époques l’attention des inventeurs. Mais, parmi tous ces essais, on doit signaler surtout la sténographie mécanique de MM. Antoine et Jean Michela, ingénieurs italiens qui, par une étude patiente des sons émis dans l’acte de la parole, sont parvenus à combiner les signes représentatifs fournis par un clavier, de manière à les enregistrer simplement et avec toute la rapidité désirable. Ils ont donné ainsi une solution complètement satisfaisante de la question.
- Après cet exposé sont faites diverses applications de cet instrument, dont l’exécutant, Mlle Louise Gillio, se sert avec une habileté merveilleuse.
- Ces épreuves ont consisté dans la lecture à haute voix, par MM. les Secrétaires et divers membres du Conseil, de morceaux de prose ou de vers et d’articles de journaux contenant beaucoup de chiffres. Toutes ces lectures ont été sténographiées avec correction, quoique Mlle Gillio soit peu familiarisée avec la langue française. Pour faire connaître la rapidité à laquelle on peut atteindre, M. Michela a fait une dictée en italien, qui a été instantanément reproduite.
- Dans ces épreuves, M. Cassagnes a fait remarquer que le procédé de M. Michela obtient un résultat qu’on n’attend pas ordinairement de la sténographie ; lorsqu’une dictée était terminée, Mlle Gillio, détachant la bande de papier sur lequel elle était sténographiée, lisait, couramment et sans hésitation, ce qui avait été dit, de manière à prouver par ce collationnement, l’exactitude de cette reproduction.
- M. le Président remercie M. Cassagnes de cette intéressante communication, il
- p.234 - vue 239/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- AVRIL 1881.
- 235
- complimente M. Micheia pour le beau résultat auquel il est parvenu et dont la parfaite correction obtenue par M1Ie Gillio fait comprendre toute l’importance. L’examen de ce système de sténographie sera fait par les comités des arts mécaniques et des arts économiques.
- Nomination de membre. — Est nommé membre de la Société :
- M. Capgrand-Mothes, président de la Chambre syndicale des produits pharmaceutiques, à Paris.
- Séance du 25 mars 1881.
- Présidence de M. l’amiral de Chabannes, vice-président.
- Correspondance. — M. Beuchot (Constant), avenue de la République, k, envoie à la Société, comme complément à la communication qu’il a faite le 21 janvier, des extraits de journaux, qui font ressortir la bonté de son système de navigation à vapeur. (Arts mécaniques.)
- M. Gonin (E.), ingénieur-constructeur, à Meaux, 10, place de l’Hôtel-de-Ville, présente un dessin etuneNotice sur un instrument de géodésie qu’il a inventé et qui peut être visité et expérimenté chez MM. Clément, constructeurs de vélocipèdes, à Neuilly, rue Brunei. (Arts mécaniques.)
- M. Coret (Aug.), mécanicien, cours Charlemache, à Lyon, envoie le dessin et la description d’un mécanisme pour transformer un mouvement circulaire alternatif en mouvement continu. (Arts mécaniques.)
- M. Sequy, forgeron, rue Lacépède, 31, donne des renseignements nouveaux sur les inventions mécaniques qu’il a déjà présentées. (Arts mécaniques.)
- La Société française de navigation aérienne invite les membres de la Société d’encouragement à assister à la cérémonie d’inauguration du monument élevé à la mémoire de Sivel et Crocé-Spinelli, victimes de la catastrophe du ballon le Zénith.
- M. Parue? (E ), ingénieur, au Piessis-Trévise, près Yilliers-sur-'darne, envoie un Mémoire sur un système de canalisation de l’électricité. (Arts économiques.)
- M. Guérin (E.), rue de Bondy, 68, à Paris, présente à la Société un système nouveau de bouchage inversable, applicable à tous les encriers, à tous les flacons, bouteilles ou estagnons contenant de la peinture, de l’huile ou des essences, aux veilleuses et lampes, et à tous les vases qu’on veut rendre inversables. (Arts économiques.)
- M. Lahure (A.), imprimeur-éditeur, rue de Fleurus, 9, envoie divers spécimens d’impression en chromo-typographie exécutés dans ses ateliers. (Comité des beaux-arts.)
- M. Roseau (A.), à Deuil, par Montmorency (Seine-et-Oise), présente un procédé de collage des étiquettes sur bois ou métaux, vernis ou non, qui les rend indécollables. (Arts économiques.)
- M. Lavalard, directeur de la cavalerie et des fourrages de la Compagnie des
- p.235 - vue 240/684
-
-
-
- 236
- PROCÈS-VERBAUX. — AVRIL 1881
- omnibus, remercie de sa nomination au titre de membre du conseil pour le comité de l’agriculture.
- MM. les Secrétaires signalent les publications suivantes, comprises dans la partie imprimée de la correspondance :
- M. Bûcher, éditeur, envoie à la Société un ouvrage qu’il a édité, de M.Miotat^ug.), intitulé : Assainissement des égouts et des habitations. (Arts économiques.)
- M. Sautter (Maurice), rue de l’Oratoire-Saint-Honoré, 6. Filtrage industriel; système Farquar, brochure in-8. (Bibliothèque.)
- M. Grisou (Th.), manufacturier, à Lisieux, Notice sur l’extinction du paupérisme au moyen d’une assurance mutuelle contre la misère, brochure in-8. (Commerce.)
- Rapports des comités. — Enseignement commercial. — M. Legentil fait, au nom du comité du commerce, un Rapport sur une brochure de M. H. Lefèvre sur l’enseignement commercial en France.
- Le comité de commerce propose de remercier M. Lefèvre de sa communication et d’ordonner l’insertion du présent Rapport au Bulletin.
- Les conclusions de ce Rapport sont adoptées.
- Communication. — M. Ber tin présente à la Société les trois principales ihventions de M. H. Garnier, pendant que leur auteur en donne la démonstration expérimentale devant l’assemblée.
- La première est relative à la photogravure ; elle a été brevetée le 10 juillet 1858, et elle a valu à M. Garnier un grand prix à l’Exposition universelle de 1867.
- La deuxième est relative à l’aciérage des planches gravées; elle a été brevetée le 18 juillet 1857.
- La troisième est relative aux impressions par les vapeurs ; elle est toute récente, car elle n’a été brevetée qu’à la fin de février de cette année.
- M. le Président remercie MM. Bertin et Garnier, de cette intéressante communication et charge le comité des beaux-arts d’en faire l’examen.
- PARIS. ” IMPRIMERIE DE Mme V* BOUCHARD-HUZARD, RUE DE l/ÉPERON, 5. — 1881. - Jules TREMBLAY, gendre et successeur.
- p.236 - vue 241/684
-
-
-
- lUllh'IUI </>' /,/ 1
- PL 127
- SYSTI-MK |)T.\ ll'KWTln.N Ml-: I. ' 11 t-i I '\i ! IWK M. YI'KXnX.
- pl.127 - vue 242/684
-
-
-
- 8SJe année.
- Troisième série, tome VIII,
- Mai 1881.
- BULLETIN
- la miiini: m:\uii ii ii,i:nm
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE,
- COMITÉ DES ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Vincent, au nom du comité des arts chimiques, sur une
- COMMUNICATION DE LA SOCIETE FRANÇAISE DTJ CELLULOÏD.
- Messieurs, la Compagnie Française du celluloïd, a exposé devant vous, dans une des dernières séances du Conseil, un certain nombre de produits intéressants, sortant de son usine.
- Je viens vous rendre compte, au nom du comité des arts chimiques, de Fexamen de cette communication.
- Le celluloïd est un produit complexe formé par le mélange de cellulose nitrique (pyroxyline) et de camphre. Additionné d’alcool, ce mélange est laminé, comprimé et étuvé lentement. Il donne ainsi une matière dure, élastique, transparente, susceptible de prendre un beau poli. Sa densité est de 1,35. On peut, par addition de matières pulvérulentes, diversement colorées, le rendre opaque, et lui donner l’aspect de l’ivoire, de l’ébène, du corail, etc.
- Le celluloïd a été obtenu, en 1869, par Isaiah Smith Hyatt et John Wesly Hyatt deNew-Àrck (New-Jersey). lia été d’abord fabriqué à New-Arck exclusivement, puis, depuis quelques années, à Stains, près Paris, dans l’importante usine de la Compagnie Française du celluloïd.
- Soumis à l’action de la chaleur, le celluloïd devient mou vers 80 degrés, et peut alors prendre toutes les formes par moulage. Il reprend sa dureté primitive en refroidissant.
- Lorsqu’il est maintenu vers 130 degrés, il commence à se décomposer en
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Mai 1881. 31
- p.237 - vue 243/684
-
-
-
- 238
- ARTS CHIMIQUES, — MAI 1881.
- dégageant les vapeurs nitreuses ; à 135 degrés, l’action est très énergique, et vers 195 degrés il y a décomposition vive.
- D’après certains expérimentateurs, lorsqu’il est maintenu vers 130 à 14.0 degrés, dans un espace clos, il pourrait faire explosion spontanément.
- Chauffé brusquement à l’air, il s’enflamme et il brûle très vivement en laissant un faible résidu charbonneux, ainsi que les matières colorantes fixes qu’on a ajoutées, lors de sa préparation. Il s’enflamme également par le contact d’un corps incandescent.
- Lorsqu’on souffle sur la matière en combustion, la flamme s’éteint ; mais le camphre continue à distiller au milieu d’un nuage de fumée, et la matière subit une combustion-incomplète par l’oxygène de la pyroxyline.
- Projeté dans une capsule chauffée au rouge, le celluloïd dégage immédiatement d’abondantes vapeurs combustibles, qui brûlent en produisant une flamme brillante fuligineuse, et il reste un faible résidu charbonneux qui s’incinère peu à peu.
- Le celluloïd, porté à 180 degrés environ, peut détoner sous le marteau.
- Le celluloïd doit, comme on le voit, être conservé à l’abri de toute élévation notable de température, même momentanément, afin d’éviter de graves accidents. On doit également n’emmagasiner ce produit qu’en quantité limitée.
- Les acides minéraux froids n’attaquent que faiblement le celluloïd ; mais l’acide azotique et l’acide sulfurique chaud le détruisent rapidement. Il se dissout facilement, même à froid, dans un mélange d’alcool et d’éther ; les matières minérales restent seules à l’état insoluble. On obtient ainsi sun liquide épais qui sert à coller le celluloïd. Chauffé avec de l’éther exempt d’alcool, il laisse dissoudre tout le camphre qu’il contient et la pyroxyline reste à l’état insoluble.
- La préparation du celluloïd est longue et exige beaucoup de soins. Elle comprend plusieurs phases principales :
- 1° La fabrication de la cellulose nitrique ou pyroxyline ;
- 2° La mise en plaques du mélange et son laminage ;
- 3° La compression et le chauffage du produit laminé pour former les blocs ;
- 4° Le découpage de ces blocs en feuilles, d’épaisseur variable suivant la destination ;
- 5° L’étuvage des produits.
- La pyroxyline est obtenue au moyen du papier à cigarette, de très bonne
- p.238 - vue 244/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES. ---- MAI 1881. 239
- qualité. Ce papier, en rouleaux de 0.34 de largeur et du poids de 15 à 25kilog., est déroulé mécaniquement et immergé dans un mélange de 5 parties d’acide sulfurique à 66 degrés, et 2 parties d’acide azotique à 42° B, maintenu à la température de 35 degrés environ. La cellulose du papier, après douze à quinze minutes d’immersion, est transformée en nitro-cellulose, soluble dans un mélange d’alcool et d’éther, ce dont on s’assure par un rapide essai. On enlève alors le produit du bain acide, on en exprime le liquide et on le jette dans l’eau. Après un premier lavage, la matière est mise avec de l’eau dans une pile à papier, et triturée pendant deux heures et demie à trois heures, de façon à donner une pâte homogène, composée de fragments de 2 à 3 millimètres de côtés. La pyroxyline doit être alors soumise au blanchiment ; cette opération se pratique au moyen d’une dissolution de permanganate de potasse. Lorsque le contact a été suffisamment prolongé avec ce réactif, on élimine l’excès de permanganate par lavage, puis on traite la masse par une disssolution d’acide sulfureux, afin de dissoudre l’oxyde de manganèse fixé sur elle, et on termine l’opération par une série de lavages à grande eau.
- La pyroxyline blanchie est mise dans des caisses garnies de toiles filtrantes, puis soumise à l’essorage mécanique.
- En sortant de l’essoreuse, la matière retient encore 40 pour 100 d’eau environ, et se trouve dans l’état convenable pour servir à la préparation du celluloïd.
- On la fait alors passer dans un moulin à meules métalliques, d’abord seule, puis mélangée avec la quantité convenable de camphre, préalablement laminée, et de matières colorantes, si on se propose de faire du celluloïd opaque. Après une série de broyages successifs, le mélange est moulé à la presse hydraulique, dans un châssis métallique, de façon à donner des plaques qui sont disposées entre 10 à 12 feuilles de papier buvard épais, et pressées. L’eau du mélange est absorbée peu à peu par le papier qu’on renouvelle 12 à 15 fois. Les plaques ainsi séchées, réduites à une épaisseur de 3 millimètres environ, sont concassées entre des cylindres en bronze armés de dents. Les morceaux sont mis à macérer pendant douze heures environ, avec 25 à 35 pour 100 d’alcool, à 96 degrés; on ajoute alors les matières colorantes solubles dans l’alcool, si on se propose d’obtenir du celluloïd transparent et coloré. Le mélange est repris et passé au laminoir, dont les cylindres sont chauffés à 50 degrés environ. On opère sur 20 à 25 kilog. de matière à la fois ; le laminage dure 25 à 35 minutes, et est terminé lorsque la masse est
- p.239 - vue 245/684
-
-
-
- m
- ARTS CHIMIQUES. ---- MAI 1881.
- devenue homogène. On obtient ainsi une feuille de 12 millimètres d’épaisseur qu’on coupe en un rectangle de 0,80 sur 0,60. Ces feuilles sont superposées sur le plateau d’une presse hydraulique dans une boîte métallique soli dement armée, et à double paroi, permettant un chauffage par circulation d’eau chaude.
- La boîte est chauffée pendant toute la durée de la compression, qui est de vingt-quatre heures environ. À la fin de l’opération, on fait passer un courant d’eau froide dans la double paroi de la boîte, on supprime la pression, et on retire alors un bloc de celluloïd très homogène, d’environ 0m,12 d’épaisseur. Les blocs sont collés sur un plateau, et portés sur la table d’une raboteuse, qui permet de les découper en feuilles, pouvant varier depuis 2/10 de millimètre jusqu’à 30 millimètres d’épaisseur, suivant les usages auxquels on destine le produit. Ces feuilles sont placées dans une étuve ventilée, chauffée à 65°, et y séjournent de huit jours à trois mois, suivant leur épaisseur et leur nature.
- Dans cette description, il n’est question que du celluloïd de couleur uniforme, soit transparent, soit opaque, imitant l’écaille blonde, le corail, l’ébène, la turquoise, etc. Lorsqu’on veut obtenir le celluloïd imitant l’ambre, le jade, l’écaille jaspée, etc., on prépare séparément chacun des produits de couleur uniforme qui doivent composer la matière et on les mélange pour les réunir ensuite par compression.
- Le celluloïd sortant de l’étuve peut servir à fabriquer un grand nombre d’objets différents.
- Il peut se travailler comme le bois, l’ivoire et l’écaille. On peut le tourner, le trancher, le scier, le mouler et le polir.
- On le moule, par pression, dans des matrices métalliques chauffées soit à l’eau chaude, soit à la vapeur; on refroidit par immersion dans l’eau froide, avant démoulage.
- On peut obtenir le celluloïd en baguettes ou en tubes de tous diamètres par refoulement à chaud à la presse hydraulique. On peut également, à l’aide de la pression hydraulique, recouvrir le bois et les métaux d’une couche mince de ce produit et obtenir ainsi des objets très divers, tels que des appareils de chirurgie et d’orthopédie, des manches de couteaux, etc.
- Par addition d’une certaine quantité d’huile grasse, le celluloïd peut être obtenu à l’état souple et servir alors à faire des objets de lingerie, tels que cols, manchettes, devants de chemises, imitant la toile, qui sont d’un nettoyage facile et rapide. On obtient ces produits en comprimant une toile entre
- p.240 - vue 246/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES. — MAI 1881.
- m
- deux feuilles minces de celluloïd blanc ; le grain de la toile apparaît ainsi sous la couche de cette matière.
- Le prix de ces objets est à peu près celui du linge qu’ils imitent. Le celluloïd souple, coloré, peut servir à imiter le cuir pour les objets de sellerie.
- Depuis quelque temps, on commence à utiliser le celluloïd pour faire le clichage des planches d’imprimerie, planes ou cylindriques, en remplacement de l’alliage fusible, Les feuilles qui servent à cet usage ont 3 millimètres d’épaisseur ; elles donnent des clichés plus résistants que l’alliage, et d’une grande finesse. On a également substitué le celluloïd aux pierres lithographiques, en faisant usage d’une encre spéciale.
- Tout récemment, on l’a employé dans l’ébénisterie, pour faire des panneaux décoratifs d’un joli effet. On a appliqué à cet usage un produit renfermant des poudres diversement colorées et produisant des sortes de marbrures imitant les veines du noyer et de l’érable.
- La plus grande application du celluloïd est jusqu’ici la fabrication des objets de tabletterie et de ce qu’on désigne sous le nom d’articles de Paris : boîtes, porte-monnaie, porte-cigares, encriers, etc. Tout récemment, on est parvenu à faire avec ce produit des objets soufflés et moulés tels que des têtes de poupées, etc.
- Le celluloïd est un produit curieux, auquel on peut faire prendre les aspects les plus différents, et qui se prête aux applications les plus diverses. On ne peut, malheureusement, jamais l’employer qu’à une température relativement peu élevée, sous peine de le voir se déformer.
- En résumé, votre comité des arts chimiques vous propose, Messieurs, de remercier la Compagnie Française du celluloïd de son intéressante communication, et de voter l’insertion du présent rapport au Bulletin.
- Approuvé en séance, le 8 avril 1881.
- Signé : Vincent, rapporteur.
- NOTE ADDITIONNELLE SUR L’APPLICATION DU CELLULOÏD AUX RAPPORTEURS TOPOGRAPHIQUES, PAR M. LE COLONEL GOUL1ÉR, MEMBRE DU CONSEIL.
- Dans l’excellent rapport dont nous venons d’entendre la lecture, on a signalé comme l’un des avantages du celluloïd, servant de succédané à l’écaille et à la corne, son absence de fragilité. J’ai l’honneur de faire connaître
- p.241 - vue 247/684
-
-
-
- COMITÉ DE COMMERCE. — MAI 1881.
- au Conseil un autre avantage de la même matière, relativement à la corne.
- Celle dernière substance sert habituellement pour la construction des rapporteurs employés par les topographes ; mais on sait quelle est très impressionnable par l’humidité. Lorsqu’elle passe de l’air sec d’un bureau chauffé à un air saturé d’humidité, elle s’allonge de quantités très notables : 1 /2 à 1 millimètre par décimètre. On ne peut donc accorder aucune confiance aux échelles en millimètres que certains constructeurs tracent le long du bord de la corne qui correspond au diamètre du rapporteur. De plus, pour beaucoup de cornes, qui ont une texture fibreuse, l’allongement est extrêmement différent dans le sens des fibres et dans le sens perpendiculaire. Alors, les angles tracés sur le rapporteur deviennent erronés : leur erreur peut aller à 1/2 degré en plus.
- Le celluloïd n’a pas cet inconvénient. Quand il passe de la sécheresse à l’humidité extrême, son allongement est de un cinquième de millimètre seulement; et cet allongement est sensiblement le même dans tous les sens. Cette substance a, ou, du moins, les deux spécimens que j’ai l’honneur de faire passer sous les yeux du Conseil, ont des nuances plus foncées que celle de la belle corne. C’est un défaut auquel la fabrication pourrait peut-être remédier, mais que les topographes soigneux accepteraient, sans aucun doute, pour se mettre à l’abri des erreurs causées par l’irrégularité des allongements de la corne ordinaire.
- COMITÉ DE COMMERCE.
- Rapport fait par M. Legentil, au nom du comité de commerce, sur une brochure de M. H. Lefèvre sur l’enseignement commercial en France.
- Messieurs, je suis chargé de vous rendre compte, au nom de votre comité de commerce, d’une brochure offerte à la Société d’encouragement et intitulée : Quelques mots sur l’enseignement commercial enFrance, par M. H. Lefèvre, licencié ès sciences, etc. Avant d’entrer dans l’examen de cette publication, il n’est pas hors de propos de dire quelques mots de son titre.
- « L’enseignement commercial », et non « l’enseignement du commerce». En effet, Messieurs, on n’enseigne pas le commerce. Le commerce s’apprend par T exercice, et, cependant, certains hommes, quelque exercés qu’ils soient, ne le savent jamais. Pour le savoir à fond, c’est-à-dire pour le pratiquer
- p.242 - vue 248/684
-
-
-
- COMITÉ DE COMMERCE. — MAI 1881. 243
- avec succès, il faut de l’application, une vigoureuse volonté, un grand désir de réussir et aussi ce don particulier, ce sens pratique, cette intuition des affaires qui fait discerner ce qui est possible, utile, dangereux. Rien ne supplée à ce don naturel. Sans l’avoir, on peut être un négociant estimable, exact, instruit, prudent même ; on ne sera pas un négociant habile.
- Mais si on ne peut pas apprendre le commerce proprement dit, on peut acquérir certaines connaissances, générales ou techniques, qu’on trouvera à appliquer dans la pratique des affaires et c’est là ce qui constitue l’enseignement commercial.
- Cet enseignement peut-il faire toute l’éducation? Non, certainement. Avant de diriger un jeune homme vers une carrière quelconque, il importe de le pourvoir d’une certaine somme de connaissances générales, nécessaires dans toutes les conditions, et propres à donner à l’esprit cette rectitude et cette élévation dont tous les hommes ont besoin. À ces premières connaissances, le futur commerçant pourra en ajouter d’autres, si sa fortune patrimoniale, ses relations, la position à laquelle il semble appelé le comportent. Mais il ne faut passe tromper : cette culture intellectuelle, profonde et plus raffinée, donnera des idées plus élevées et plus étendues, des jouissances plus délicates, elle ne sera pas un moyen de faire fortune. On s’est parfois moqué des mésaventures de jeunes gens « forts en thème » qui, entrant dans le monde avec une instruction classique brillante, en apparence du moins, échouaient misérablement devant tous les obstacles. Un jeune homme « fort en thème » peut mériter ces mésaventures, non parce qu’il est fort en thème, mais parce qu’il est un sot, et qu’il croit bonnement que ses études avaient pour but de le mener à la fortune. La véritable récompense d’apprendre, c’est de savoir, et l’homme qui ne trouverait pas, dans la culture même des sciences et des lettres, la récompense de ses efforts, ne serait guère digne d’y réussir. Cette récompense peut se trouver encore ailleurs ; de nombreux exemples nous attestent que, dans les affaires publiques, une forte éducation littéraire est un puissant moyen de succès. Mais nous n’avons pas à nous élever si haut; il s’agit de ce qu’un commerçant doit apprendre afin de pourvoir à ses intérêts et d’accomplir ses devoirs.
- Tout en s’assurant d’une éducation générale conforme à sa position, le futur négociant aura besoin d’acquérir les connaissances techniques nécessaires à sa profession, lesquelles sont plus spécialement l’objet de l’enseignement commercial. Ces dernières connaissances pourront être plus élevées et plus étendues si l’étudiant a un esprit plus cultivé et mieux préparé par
- p.243 - vue 249/684
-
-
-
- COMITE DE COMMERCE.
- MAI 1881.
- 248
- sa première éducation. Il suit de là que l’enseignement commercial ne peut pas être le même pour tous les élèves. On l’a déjà senti, paraît-il, en instituant, à Paris, Y École commerciale de l’Avenue Trudaine, laquelle correspond à l’enseignement primaire ; Y École supérieure du commerce, jadis créée par Adolphe (et non Auguste) Blanqui; et en projetant d’instituer une École des hautes études commerciales. Nous conservons quelques doutes sur Futilité pratique de cette dernière fondation. Elle ne peut faire appel qu’à des hommes faits, nécessairement engagés dans les affaires, et qui, à tort ou à raison, croiront qu’ils apprennent suffisamment le commerce en l’exerçant.
- On essaya, sous le ministère de M. Duruy, d’introduire l’enseignement commercial dans l’enseignement scientifique secondaire. Il ne parait pas que cet essai ait réussi et il n’y a pas lieu de s’en étonner. L’enseignement secondaire, tel qu’il existe en France, est purement théorique; il a pour but seulement la culture de l’esprit, but qu’il poursuit plus ou moins heureusement, et il était difficile d’y introduire un élément si complètement étranger. Le corps enseignant ne s’y prêta guère et, si nous en croyons M. Lefèvre, les livres spéciaux qui devraient servir de base au nouvel enseignement étaient complètement défectueux.
- L’auteur de la brochure que nous examinons, se proposant de traiter ex professo la grande et importante matière de l’enseignement commercial, commence par se demander en quoi consiste la science elle-même qu’il se propose d’enseigner. Il distingue :
- 1° L’art d’acheter ou de vendre, ou le commerce proprement dit ;
- L’art de payer ou de recevoir, ou la banque ;
- 3° L’art d’enregistrer les opérations, ou la comptabilité.
- L’art d’acheter ou de vendre est naturellement différent de ce don naturel dont nous avons parlé plus haut; si l’on veut exercer le commerce sur une grande échelle, il comporte un vaste ensemble de connaissances vraiment difficiles à posséder : connaissance des marchandises, connaissance des changes, connaissance des monnaies et des métaux précieux, connaissance des valeurs mobilières dans le monde entier.
- M. Lefèvre pose ces problèmes sans Jes résoudre; nous ne pouvons que le laisser parler, en souhaitant tout succès à l’ouvrage qu’il annonce, et dont un de nos collègues vous rendra sans doute compte :
- « Aux notions empiriques d’autrefois doit venir se substituer aujourd’hui une théorie mathématique du commerce, qui permet de déduire tous les phénomènes économiques et pratiques d’un petit nombre de faits généraux,
- p.248 - vue 250/684
-
-
-
- COMITÉ DE COMMERCE. — MAI 1881. 249
- de sorte que le raisonnement y tienne désormais plus de place que la mémoire. Mais cette théorie n’est encore faite nulle part et, dans les livres destinés à l’enseignement, elle fait absolument défaut. Nous croyons l’avoir construite dans un ouvrage auquel nous mettons la dernière main. L’étude rationnelle des lois et des phénomènes commerciaux n’est nullement indigne de l’attention des savants, l/arithmétique ordinaire ne suffit nullement aies expliquer, et il faut emprunter à l’algèbre et même à la géométrie supérieure ses procédés d’analyse qui, du reste, conduisent à des conséquences pratiques qu’on ne saurait soupçonner sans elles, et que l’empirisme le plus perspicace ne peut jamais révéler. » (Page 12).
- Après l’art d’acheter et de vendre vient l’art de payer et de recevoir, lequel est bien une partie intégrante ou plutôt l’instrument nécessaire du commerce proprement dit, mais n’est pas le commerce lui-même. Cet art, traité philosophiquement, peut devenir une véritable science.
- Enfin, vient l’art d’enregistrer les opérations ou la comptabilité, la tenue des livres, si l’on veut, laquelle, pour beaucoup de personnes, constitue presque tout l’enseignement commercial. Il n’en est pourtant que la partie inférieure ; mais comme il s’adresse à une classe très nombreuse, celle des aspirants employés de commerce, il est très enseigné, ce qui ne veut pas dire qu’il le soit bien, ni que les commerçants les plus relevés, comme les plus modestes, le sachent comme ils le devraient.
- Après avoir énoncé en termes généraux ce que doit être l’enseignement commercial, M. Lefèvre examine comment il est donné, notamment à Paris. Il entre dans d’assez grands détails sur l’École supérieure du commerce, dirigée, autrefois, par Adolphe Blanqui. Nous lui laissons la responsabilité d’appréciations, parfois sévères, sans affirmer qu’elles soient injustes.
- D’autres écoles supérieures de commerce ont été créées à Lille, à Anvers, à Rouen, au Havre, à Lyon, à Marseille, à Bordeaux. D’après le jngement de M. Lefèvre, l’enseignement de ces écoles laisserait beaucoup à désirer, comme l’enseignement commercial introduit dans les établissements d’enseignement secondaire de l’Université.
- . Une fondation plus modeste parait avoir eu un succès plus réel ; nous voulons parler de Y École commerciale fondée, avenue Trudaine, par la Chambre de commerce de Paris. L’enseignement y est simple, mais donné avec bon sens et avec exactitude. Cette école, qui a principalement pour but de fournir de bons employés de commerce, parait bien remplir son but.
- La partie la plus élémentaire de l’enseignement commercial ou la tenue
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Mai 1881. 32
- p.249 - vue 251/684
-
-
-
- 250
- COMITÉ DE COMMERCE.
- MAI 1881.
- des livres peut parfaitement trouver sa place dans l’enseignement primaire proprement dit. Il en fait très utilement le complément. Les frères des Ecoles chrétiennes le donnent avec un véritable succès, non seulement dans leurs établissements spéciaux, comme celui de Passy, mais dans d’autres écoles moins relevées. Ici, toutefois, il faut se tenir en garde contre un danger dont on ne soupçonne pas suffisamment l’importance. Je parle spécialement de la population de Paris. Un des désirs les plus ardents qu’on remar. que chez les travailleurs, c’est celui de ne pas travailler de leurs mains. À leurs yeux, il n’y a que le travail manuel qui soit un vrai travail et un travail pénible. Aussi cherchent-ils à y soustraire leurs fils, et, autant qu’ils peuvent, ils en font des petits commis. Us n’attendent même pas toujours que ces enfants aient complété cette faible éducation commerciale qu’on peut acquérir dans les écoles primaires, et les placent, Dieu sait comment. Ces pauvres enfants, n’ayant presque point de connaissances générales, sachant uniquement les premiers éléments de la comptabilité, au-dessus desquels ils ne peuvent pas s’élever, font de tristes employés, condamnés à rester dans les rangs inférieurs de leur profession et à rencontrer la misère et la corrup* tion dans un état pour lequel ils sont insuffisamment préparés et dont ils ne peuvent ni bien remplir les devoirs, ni surmonter les dangers.
- Aussi trouve-t-on beaucoup d’employés de commerce qui ont besoin de gagner leur vie et en rencontre-t-on peu de bons.
- Nous n’avons pas à nous étendre sur ce point. En parlant de la brochure qui nous occupe, nous avons déjà eu le tort de dépasser les limites habituellement accordées à ce genre de Rapports. Il nous a semblé toutefois que ce travail méritait un sérieux examen. Le sujet qu’il aborde est fort important, assez peu connu et très digne d’être étudié. Il nous a semblé que M. Lefèvre rendait un service véritable en appelant l’attention sur une matière aussi grave. Aussi, votre comité de commerce vous propose-t-il de remercier ce publiciste de sa communication et d’ordonner l’insertion du présent Rapport au Bulletin.
- Signé : Legentil, rapporteur.
- Approuvé en séance le 25 mars 1881.
- p.250 - vue 252/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES.
- MAI 1881.
- 251
- ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Schutzenberger, au nom du comité des arts chimiques, sur
- le MOYEN PROPOSÉ PAR M. MAISTRASSE POUR DECELER l/lMPURETÉ DE L ETAIN DES
- ÉTAMAGES. '
- Messieurs, vous avez renvoyé à l’examen de votre comité des arts chimi- * ques la Note de M. Maistrasse, sur un procédé permettant de reconnaître rapidement la présence du plomb dans l’étain et dans les ustensiles étamés.
- La solution de cette question, par une méthode prompte et à la portée de tout le monde, offre un réel intérêt hygiénique, depuis que l’on a signalé, à fréquentes reprises, l’emploi d’étains plombifères dans la fabrication des boîtes qui servent à emmagasiner les substances alimentaires.
- Le procédé de M. Maistrasse est fondé sur les différences d’aspects qu’offrent les moirés obtenus sur diverses surfaces métalliques, suivant la plus ou moins grande pureté de l’étain.
- On comprend, en principe, que la présence de métaux étrangers, alliés à l’étain, puisse modifier la cristallisation de ce dernier, cristallisation sur laquelle reposent les apparences du moiré.
- Nous avons voulu nous rendre compte de la sensibilité de ce procédé de recherche, très simple et très rapide, puisqu’il n’exige qu’un lavage de la surface avec de l’acide chlorhydrique étendu, pur ou mélangé d’acide nitrique. ;
- À cet effet, M. Maistrasse a préparé, sous nos yeux, des alliages d’étain et de plomb dont la teneur en plomb croissait de 1 à 30 pour 100. Nous avons reconnu que le moiré, fourni par l’alliage, employé tel quel, ou fixé sur une feuille de tôle ou de cuivre, commence à prendre une apparence nettement distincte de celui qui donne l’étain pur, lorsque la dose de plomb dépasse 5 pour 100. Il résulte de ces essais que le procédé proposé peut rendre des services en pratique et faciliter la découverte d’une sophistication assez fréquente.
- M. Maistrasse a déjà présenté à la Société d’encouragement de nouveaux procédés d’étamage galvanique ; ils ont fait l’objet d’un Rapport favorable de M. H. Bouilhet. L’auteur a donc poursuivi des recherches qui lui sont familières et a cherché, avec un zèle et une patience méritoires, à épuiser la question qu’il avait abordée il y a quelque temps.
- p.251 - vue 253/684
-
-
-
- 252
- ARTS MÉCANIQUES. — MAI 1881.
- Sur la proposition de votre comité des arts chimiques, vous avez accordé, il y a un an, à l’auteur, quelques fonds pour couvrir les frais de ses expériences. Le même comité vient, aujourd’hui, vous prier de voter des remerciements à M. Maistrasse pour son intéressante communication et de lui accorder une indemnité de deux cents francs, en raison du temps qu’il a consacré à ces études, temps qu’il a dû soustraire aux rares loisirs laissés par une position très modestement rétribuée.
- Signé : Schutzenberger, rapporteur.
- Approuvé en séance, le iâ janvier 1881.
- ARTS MÉCANIQUES.
- MACHINES A PERCER ET A TARAUDER SUR PLACE LES TROUS ü’eNTRETOISES DES FOYERS
- DE LOCOMOTIVES, PAR M. FERDINAND MATHIAS, INGÉNIEUR DE LA TRACTION AU CHEMIN DE FER DU NORD, A LILLE (1).
- (PI. 128 et 129.)
- Les petites machines que nous allons décrire remplacent, dans les ateliers du chemin de fer du Nord de Fives et d’Hellemmes, un travail manuel long et pénible par une opération mécanique très rapide.
- Elles sont mises en mouvement par une corde sans fin d’une longueur indéterminée.
- Il nous paraît utile de faire précéder leur description de quelques détails sur l’utilité de l’emploi des cordes sans lin dans les ateliers des chemins de fer.
- Lorsqu’une machine locomotive a été amenée sur une fosse de montage pour subir une grande réparation, on retire la tuyauterie et les robinets, les enveloppes, les roues et boîtes à graisse, le mécanisme, etc., etc.
- De ces pièces, les unes sont rebutées et remplacées, d’autres sont réparables et passent à la forge et aux machines-outils ; toutes enfin reviennent entre les mains des ouvriers du montage qui les réassemblent.
- Il ne reste sur les tréteaux que la chaudière, supportée par les longerons boulonnés avec les cylindres, et il n’est souvent pas nécessaire de pousser plus loin le démontage.
- Mais cet ensemble n’est pas transportable, et toutes les réparations s’y font à bras.
- (1) Cel article est extrait de la Revue générale des chemins de fer, publiée par M. Dunod, libraire-éditeur, à Paris.
- p.252 - vue 254/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES. — MAI 1881.
- 253
- Ainsi, pour aléser sur place les cylindres ou les presse-étoupes, il faut qu’un manœuvre tourne pendant, plusieurs jours la manivelle de l’alésoir portatif. Beaucoup de trous doivent être percés ou débouchés à la main au moyen de cliquets.
- Si l’on a besoin d’enlever les cylindres, ce qui entraîne fréquemment le retrait des longerons, il faut souvent percer les boulons d’attache. Dans les grands ateliers on peut, il est vrai, amener ensuite les cylindres sur un tour ou un gros alésoir, mais partout le travail manuel augmente et devient très considérable lorsqu’il s’agit de réparer la chaudière.
- Il y a toujours des entretoises à remplacer, soit isolément lorsqu’on en trouve de cassées ou à trop petite tête ou bien qu’on met une pièce, soit en masse si une paroi ou un foyer est à changer.
- Le remplacement d’une entretroise exige (fig. 1) l’évidement, à l’extérieur et à l’intérieur du foyer, des deux parties a et b taraudées dans les parois, évidement qui permet de faire tomber le morceau plein sur le cadre; puis il faut enlever les bagues restées dans les parois. Cette opération dégrade toujours le taraudage et il devient nécessaire de reformer un pas complet en passant plusieurs tarauds au travers des deux trous. Souvent il faut faire cinq ou six passes avec des tarauds de plus en plus gros, et c’est ainsi qu’on arrive à l’inconvénient des entretoises de diamètres très différents.
- En résumé, quelque puissant que soit l’outillage d’un atelier de réparation, il a été jusqu’à présent impossible, pour les parties de machines placées sur les fosses de montage, d’éviter un travail manuel et fatiguant d’alésage, de perçage et de taraudage de toute nature.
- Ajoutons qu’il n’existe pas d’opération plus pénible à l’ouvrier que le perçage et le taraudage des trous d’entretoises, toujours confiés à des ajusteurs très bons et par conséquent à salaire élevé.
- Il n’y a qu’un moyen de remédier à ces inconvénients.
- Puisqu’il est impossible de transporter sur les machines-outils la chaudière, les longerons et les cylindres y attachés, il faut conduire la force motrice en un point quelconque de l’atelier de montage, et l’appliquer, soit aux machines existantes, soit à des machines construites spécialement pour l’usage auxquels on les destine.
- L’exposition de Philadelphie, en 1876, a vulgarisé l’emploi de la corde déjà en
- p.253 - vue 255/684
-
-
-
- tu
- AHTS MÉCANIQUES. — MAI 1881.
- usage à celte époque dans nos ateliers. Tendue par un poids et soutenue sur son parcours par des galopins mobiles en tous sens, cette corde peut atteindre partout, quel que soit l’éloignement ou la position de la pièce à réparer.
- A Lille, nous avons adopté des galopins équilibrés A (fig. 2) portant une poulie pour chaque brin.
- Les cordes ont 15 millimètres de diamètre et une longueur invariable de 5 à 100 mètres.
- Elles sont réunies par des attaches représentées ci-contre et ci-dessous (fig. 3 et 4).
- L’attache E s’emploie avec des cordes à trois torons ; on voit (fig. 3) que la rivure de la tige se fait après l’introduction du bout droit du crochet dans la corde munie d’avance de la bague fdetée d’un pas à gauche.
- L’attache E' sert pour toutes les cordes et spécialement pour les cordes à âme.
- Dans les deux systèmes, le crochet est tournant, ce qui évite l’effet nuisible de torsion des bouts de cordes, dont l’une est souvent plus neuve que l’autre.
- Une transmission intermédiaire près de l’arbre principal de l’atelier est affectée à chaque système de corde. Les poulies fixe et folle ordinaires y sont remplacées par des poulies à gorge dont la forme est indiquée ci-contre (fig 5).
- Un débrayage à fourche, manœuvré à toute distance au moyen d’une ficelle soutenue par les supports c des galopins A (fig. 2), fait facilement passer la corde par-dessus le petit bourrelet central de la poulie folle sur la poulie fixe. Pendant le travail on maintient la corde sur cette dernière en attachant le bout de la
- Fig. 4.
- Fig. 5.
- ficelle à un objet quelconque, et le débrayage se fait, à l’aide du contre-poids qui produit la tension nécessaire au travail, par le simple décrochage de la ficelle.
- On transmet ainsi une force motrice très suffisante, dans tous les points d’un atelier, aussi loin qu’on veut de l’arbre principal.
- Il est facile maintenant de trouver des procédés pour utiliser la force transportée. Pour les machines à aléser les cylindres et les presse-étoupes, nous plaçons une poulie à gorge en bois sur l’arbre de l’alésoir portatif; la suppression de tout arrêt
- p.254 - vue 256/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES. — MAI 1881. 255
- *s
- pendant la journée et la disparition du point mort que l’ouvrier marque toujours, permettent d’obtenir un travail parfait dont la durée, pour un cylindre de 0m,i20 de diamètre, par exemple, est réduite de onze heures à neuf.
- Pour percer dans les traverses des machines les trous de 75 millimètres nécessaires
- aux boulons des nez de vérins de déraillement, nous avons utilisé une tête de machine portative à aléser, et monté le système élémentaire indiqué ci-contre (fig. 6). Avec un seul foret héliçoidal, les deux tôles et le bois ont été percés en 13 minutes. Dans l’atelier, ce travail a été fait à l’aide de la transmission à corde, et, dans les rotondes sur les machines en service, au moyen d’une roue de volée, contre laquelle était fixée une poulie à gorge pour recevoir la corde.
- On peut ainsi, pour tous les cas spéciaux, trouver facilement l’application du système.
- Le perçage à la corde de presque tous les trous, jusqu’à 25 millimètres de diamètre, se fait à Lille avec la machine américaine Thorne et Haven, construite en France par MM. Dandoy, Mailliard, Lucq et comp., à Maubeuge.
- A l’Expoition de 1878 on a vu les divers modèles de cet outil, faisant fonctions de perceuse radiale et permettant d’incliner le foret jusqu’à 30 degrés.
- Cette machine ne nous sert pas seulement pour les chaudières et bâtis ; les pièces encombrantes quelconques ne sont plus transportées à grands frais dans l’atelier des machines-outils, où elles dérangent plus d’un ouvrier. Les rails, les traverses de machines, les fers à I ou U pour poutres, etc., etc., sont percés là où ils gênent le moins, au moyen d’une installation des plus simples.
- On peut aussi, dans le montage, placer la machine Thorne, ou toute autre, sur un établi fixe ou portatif, et éviter aux ouvriers de cet atelier et à ceux des machines-outils des dérangements considérables. A Lille, une machine à percer à bras, qui rendait peu de services, sert constamment depuis qu’elle marche à la corde.
- Ces rapides indications font entrevoir les applications diverses et nombreuses auxquelles se prête la transmission par la corde de la force motrice, ainsi que l’économie et la rapidité qu’elle introduit dans les réparations.
- Mais aucune des machines du commerce ne pouvait s’appliquer ni au perçage ni au taraudage des entretoises de foyer, et, nous l’avons dit, ce travail qui se répète sans cesse et sur des centaines de trous par machine, est précisément le plus coûteux et le plus pénible de tous ceux qui se font à bras d’homme dans nos ateliers.
- Toutes ces machines présentent, pour l’opération dont il s’agit, deux inconvénients graves. D’abord, leur installation est difficile, sinon impossible, sur la botte à feu et
- p.255 - vue 257/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES. — MAI 1881.
- 156
- surtout dans le foyer, à cause de leur poids, de leur volume et de la forme de leur base; puis, leur action n’atteignant qu’un petit nombre d’entretoises, il faudrait les déplacer fréquemment, varier sans cesse les points et le mode d’attache, ce qui serait impiaticable, exigerait le concours de plusieurs ouvriers et coûterait beaucoup d’argent et de temps.
- Sous peine de ne pas employer la corde, il fallait combiner des machines spéciales pour percer et pour tarauder. Celles que l’atelier de Fives (aujourd’hui Hellemmes) emploie depuis 1876 d’une manière tout à fait courante, et dont il tire un avantage important et hors de toute discussion, ont été conçues d’après le programme suivant :
- 1° Le bâti doit être installé facilement contre l’une quelconque des faces de la boite à feu ou du foyer ;
- 2° Une fois fixé, il doit, sans déplacement de ses supports ou boulons d’attache, permettre à la machine d’atteindre toutes les entretoises de la paroi, à l’exception peut-être des rangées verticales placées tout à fait contre les angles du foyer ;
- 3° Pour chaque rangée horizontale, la machine ne doit que glisser d’une entretoise à l’autre et pouvoir être concentrée et fixée rapidement en face de chaque trou. Le déplacement vertical par rangée doit se faire en une fois et sans tâtonnement ;
- 4° La machine doit être assez légère pour qu’un homme seul puisse l’établir sur le bâti et la mouvoir le long de son support. Elle doit permettre au foret ou au taraud de s’incliner suivant la direction de l’entretoise;
- 5° Le recul et le changement de l’outil doivent être très prompts.
- Nous allons faire voir maintenant que les machines construites à Fives remplissent bien ces conditions.
- Les planches 128 et 129 représentent : la première, la machine à percer, la seconde, la machine à tarauder. Toutes deux montrent divers modes d’installation (fig. 5, 6 ; 13 et 14).
- Le bâti, commun aux deux machines, est vu dans les figures 5, 6 et 6 bis d£ la planche 128 et dans celles 13 et 14 de la planche 129.
- Deux bouts de fer carré cc de 25 millimètres de côté, sont maintenus verticalement par des supports ddfixés d’une, manière quelconque sur la chaudière. Le point d’attache pour ces supports ne manque jamais; ordinairement c’est un trou d’entretoise (fig. 5 et 13), un trou de rivet du cadre, ou du boulon du ciel (fig. 14) ou bien un des nombreux goujons du cadre ou de la boîte à feu. On trouve aisément, pour chaque système de machine et pour chaque paroi, la place et la forme qui conviennent, et on compose un assortiment do supports peu nombreux, mais suffisants.
- Le mode de réunion du montant au support est expliqué par la fig. 7 ci-contre. Sur les montants cc se fixent deux barres horizontales e, e, e' e', vues dans leur ensemble (pi. 128, fig. 6) et sur une plus grande échelle (fig. 1, 2, 3 et 4 et fig. 7, 8, 9 et 10). *
- p.256 - vue 258/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES.
- MAI 1881.
- 257
- La machine glisse entre ces deux barreaux et peut y être solidement fixée (fig. 1,2, 7 et 8) ; le déplacement n'exige aucun effort, si l’ouvrier a soin de placer l’outil d’abord
- devant l’entretoise la plus éloignée de la transmission. Le poids de la corde agit alors dans le sens favorable au mouvement, qui se fait sans même arrêter la marche de la machine.
- Lorsque toute une rangée de trous a été ainsi percée ou taraudée, on desserre les boulons qui attachent les deux barreaux aux montants verticaux, et si l’on a eu soin de placer sur chacun de ces derniers, à la distance voulue, un taquet d’arrêt /(pi. 128, fig. 6 et 6 bis), tout le système horizontal vient s’y appuyer et la machine se trouve de nouveau en face du centre de tous les
- Fig. 7.
- trous d’une seconde rangée. Comme l’écartement de ces rangées est à peu près constant, une petite bride à rainure (fig. 6 et 6 bis) dispense de tout tâtonnement.
- Nous verrons d;ailleurs que la machine elle-même peut être réglée dans les deux directions verticale et horizontale pour d’assez forts écarts.
- Le bâti que nous venons de décrire remplit donc les conditions du programme, et est d’un usage simple et facile.
- Nous arrivons maintenant à la description des machines.
- 1° Machine à percer portative à corde.
- LÉGENDE EXPLICATIVE DES FIGURES ET DES PIÈCES DE LA PLANCHE 128.
- Fig. 1. Vue de profil de la machine à percer.
- Fig. 2. Élévation de face en coupe verticale. Suivant 1-2 du plan.
- Fig. 3. Plan coupe horizontale, suivant 3-4 de l’élévation.
- Fig. 4. Coupe suivant la ligne 5-6 du plan.
- Fig. 5 et 6. Ces figures montrent les divers modes d’installation pour le perçage des chaudières montées.
- Le support principal A est vu pl. 128, tig. 2, 3 et 4. Il se compose d’un cylindre creux portant une patte terminée par un taraudage avec écrou, et des rainures qui permettent de le fixer ou de le faire glisser entre les barreaux e. e .
- Deux embases sont réservées pour les vis B et B'. Enfin (fig. 3 et 4), ce support est lié à un petit mécanisme à excentrique très simple C, au moyen duquel l’ensemble peut recevoir sans choc un mouvement de translation aussi petit qu’on voudra.
- Le fût D du porte-outil entre comme un plongeur cylindrique dans le support principal et est mis, en place par la Vis B (fig. 2 et 3). Il peut tourner autour de son axe, Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Mai 1881. 33
- p.257 - vue 259/684
-
-
-
- 258
- ARTS MÉCANIQUES.
- MAI 1881.
- et donner à l’outil une inclinaison quelconque, qu’on maintient par le serrage de la vis B'.
- Ce fût se termine par deux branches (fig. 3) dans chacune desquelles est placée une vis B" munie de bouts cylindriques servant de tourillons à la douille extérieure E du porte-outil (fig. 2). Ce dernier peut ainsi être incliné dans un plan perpendiculaire à celui dans lequel le fût lui permet de se mouvoir. Un coin à écrou F (fig. 2 et 3) le fixe dans la position voulue.
- Lorsque la machine est prise entre les deux barres e et e', le support principal A et le fût D sont verticaux. On voit que le porte-outil peut être mû dans ce sens par la vis B, et horizontalement soit à la main soit par l’excentrique ; il peut de plus prendre une inclinaison quelconque dans deux plans se coupant à angle droit et dès lors l’outil est facilement amené en face du centre d’une entretoise et placé perpendiculairement aux parois droites ou inclinées, sans qu’il soit nécessaire de changer le bâti.
- Bemarquons que la patte i (fig. 2) du porte-outil E permet de fixer celui-ci directement entre les barres et de supprimer le support et le fût.
- La partie supérieure du porte-outil reçoit une vis G à filet carré, donnant au forêt la pression et l’avancement. Elle se meut dans un écrou coupé semblable à ceux en usage sur les tours, et les deux parties qui le composent peuvent être éloignées et rapprochées l’une de l’autre par une manivelle H commandant une vis à pas contraires (fig. 1, 2 et 3).
- Lorsque l’écrou est desserré, la vis G devient libre et permet de reculer brusquement le foret, soit en tirant le volant I en arrière, soit en se servant de la manivelle H' dontl’ axe porte un pignon denté, engrenant avec le filet de la vis G devenue crémaillère. On arrive ainsi à dégager promptement le foret lorsque, par exemple, il traverse l’une des parois dont le trou existe pour en percer un dans l’autre paroi, et que, par conséquent, il est engagé sur une grande longueur.
- Le porte-outil, alésé à l’intérieur, est muni d’un canon creux dont le mouvement dans le sens de l’axe est empêché par les goupilles g et g' (fig. 2).
- Le porte-foret K se place à l’intérieur du canon avec lequel il est relié au moyen de deux clavettes, glissant dans les rainures pratiquées dans le porte-foret.
- Enfin l’extrémité du canon est tournée conique et reçoit la poulie à gorge L fixée par un écrou h et, par conséquent, facile à remplacer. Les deux brins de la corde enroulée sur la poulie L, passent sur deux galopins n, n (fig. 1,2,3, 3 et 6) montés sur un support M (fig. 2) qui, maintenu en place par l’écrou k, peut tourner autour du porte-outil. Ces galopins obligent la corde à se mettre toujours dans le plan de la poulie de commande.
- On trouvera plus loin quelques données sur le travail obtenu avec la machine à percer que nous venons de décrire.
- p.258 - vue 260/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES. — MAI 1881.
- 259
- 2° Machine à tarauder portative à cordes.
- LÉGENDE EXPLICATIVE DES FIGURES ET DES PIÈCES DE LA PLANCHE 129.
- Fig. 7. Vue de profil et en coupe suivant la ligne 1-2 du plan de la machine à ta-, rauder.
- Fig. 8. Élévation de face en coupe verticale suivant la ligne 3-4 du profil.
- Fig. 9. Yue par-dessus la machine.
- Fig. 10. Coupe horizontale suivant la ligne 5-6 de Pélévation.
- Fig. 11 et 12. Yue du taraud, du porte-taraud et de son guide.
- Fig. Là et 14 montrent, comme dans la planche précédente, les divers modes d’installation pour le taraudage des chaudières montées.
- Ainsi que nous l’avons dit, cette machine se place sur le même bâti que la machine à percer, et jouit des mêmes avantages de facile déplacement horizontal et vertical. Elle a le même support principal A dessiné (pl. 129, fig. 7), sans l’appareil à excentrique pour la mise en place entre les barres e. e'.
- Ce support porte un fût semblable à celui déjà décrit, et la machine peut recevoir aussi un mouvement vertical par la vis B et un mouvement de rotation (fig. 10) ; la vis B'fixe le fût après orientation.
- A la partie supérieure du fût est une forte fourche (fig. 7) qui reçoit la pièce C, mobile autour du boulon D passant à travers les branches, et pouvant, par conséquent, prendre une position inclinée sur l’horizontale, position dans laquelle elle est maintenue par le serrage du coin F.
- La pièce C est munie de trous E et E'.
- L’axe plein, fixé dans le trou E, porte un pignon i et la poulie motrice. Nous avons remplacé la poulie à gorge ordinaire par deux poulies cônes à pénétration, dont les figures 8 et 9 font assez comprendre la construction. En serrant le volant G on pousse vers le cône fixe H' le cône H ; le diamètre du cercle d’intersection des deux cônes augmente et la vitesse est ralentie. Si l’on desserre au contraire le volant, la corde, par sa tension, écarte les cônes, le diamètre diminue et la marche de l’outil est accélérée (1).
- Le changement de vitesse est nécessaire à la machine qui nous occupe, parce que l’on taraude tantôt un trou, tantôt les deux trous d’entretoise à la fois, et que l’outil doit couper plus ou moins profondément sans danger d’avarie.
- (1) Celte ingénieuse disposition a été appliquée, avec le plus grand succès, aux machines à coudre mues par la vapeur, de MM. Bataille et Bloom, dirigeant à Lille la succursale de « La Belle Jardinière » de Paris. — L’ouvrière cesse d’être une force motrice, elle n’a plus qu’à faire mouvoir le cône mobile au moyen d’une pédale, pour obtenir instantanément la vitesse convenable, et la modification a été à la fois un bienfait hygiénique et une cause de bénéfices pour l’ouvrière et pour le patron.
- p.259 - vue 261/684
-
-
-
- 260
- ARTS MÉCANIQUES. — MAI 1881.
- L’axe passant par le trou E' de la pièce G est muni d’une roue dentée I engrenant avec le pignon i et tournant quatre fois moins vite. Il est percé d’un trou carré qui reçoit le guide du taraud. Ce guide K se termine en té et reçoit les crochets du porte-taraud L (fig. 9, 11 et 12) dans lequel le taraud est fixé au moyen d’une vis de pression m.
- Le taraud passe toujours au travers des deux trous de l’entretoise; il est retiré par un apprenti chargé en même temps de graisser du côté où ne se trouve pas l’ouvrier conduisant la machine.
- Il nous reste à donner quelques exemples d’application de ces outils.
- Le tableau N° 1 offre une comparaison entre le perçage, à la machine radiale et à la machine à corde, de trous d’entretoises dans deux foyers à peu près semblables.
- TABLEAU N° 1.
- COMPARAISON entre les temps et les prix de perçage des foyers des machines
- 3216 et 3637.
- FOYER DE LA MACHINE 3216 Transporté dans l’atelier d’ajustage et percé à la machine. FOYER DE LA MACHINE 3637 Monté dans la boîte à feu et percé à la machine à corde.
- DÉSIGNATION DES OPÉRATIONS. TEMPS employé. COUT. 60 % Frai* généraux. COUT total. DÉSIGNATION DES OPÉRATIONS. TEMPS employé. COUT. 60 •/. Frais géuéraux. COUT total.
- MONr TAGE.
- Mise en place provisoire
- du foyer et pointage
- des trous 30 h.
- Transport à l’ajustage h. fr. fr. fr. h. fr. fr. fr.
- et retour après per- 50.30 17.99 10.79 28.78 Mise en place du foyer. 18 » 6.84 4.10 10.94
- cage 4 h.
- Mise en place définitive
- du foyer 16 h. 30
- PERÇAGE.
- A la machine à corde h.
- (637 trous) 49.30 16.76 10.06 26.82
- Moyenne 4'40" 0,0263 0,0158 0,0421
- A la main (25 trous)... 12^ „ 3.84 2.30 6.14
- Moyenne 28'6" 0.153 0.092 0.245
- Perçage à la machine b.
- radiale (603 trous)... 28.30 10.02 6.01 16.03 Total du perçage.. 61h.30 20.60 12.36 32.96
- Total 79h » 28.01 16.80 44.81 Totat 79'l30 27.44 16.46 43.90
- Moyenne du perçage par trou. . 2.50' 0,0166 0,0099 0,0266 Moyenne du perçage par trou. . 5'34" 0,0311 0,0186 0,0497
- Moyenne totale par trou 7' 51" 0,0454 0,0278 0,0743 Moyenne totale par trou 7' 23” 0,0414 0,0249 0,0663
- p.260 - vue 262/684
-
-
-
- 261
- ARTS MÉCANIQUES. — MAI 1881.
- Le foyer de la machine 3216 a été monté d’abord dans sa boîte à feu pour le pointage des centres ; puis il a été retiré et transporté dans l’atelier des machines-outils sous une machine radiale ; il a fallu enfin le mettre définitivement en place.
- Le foyer de la machine 3 637, une fois introduit dans la boîte à feu, n’en a plus bougé. Les trous d’entreloises existant dans les parois de cette boîte ont servi de guide au foret héliçoïdal, et il n’y a pas eu de pointage de centres.
- On voit que le perçage d’un trou est meilleur marché à la machine radiale qu’à celle à la corde, puisqu’il ne coûte que 2cent.66 au lieu de 4cent.97. Mais le transport et la double mise en place font non seulement disparaître cet avantage, mais créent un bénéfice de 0cent.80 en faveur du nouveau procédé qui peut encore porter à son crédit la suppression du dérangement qu’occasionne toujours le déplacement d'objets volumineux et lourds.
- La grande supériorité de la transmission de force par la corde se manifeste surtout au taraudage, car ce travail ne peut se faire qu’à la main, et fatigue promptement l’ouvrier.
- Le tableau N° II donne le temps employé et la dépense faite pour tarauder tous les trous d’entretoises dans les boîtes à feu et les foyers des mêmes machines 3216 et 3637.
- TABLEAU N° II.
- TARA (JD A GE des trous d’entretoises dans les boîtes à feu et les foyers des machines » 3216 et 3637.
- DÉSIGNATION NOMBRE TEMPS EMPLOYÉ 60 % Coût
- de tarauda passés. de Coût moyen
- des FOYERS. à la main. à la corde. TOTAL. en moyenne pour passer un taraud. Coût. frais géné- raux. total. par chaque taraud passé.
- Machine 3216 683 101.30 » 101.30 8 55" fr. 32.45 fr. 19.47 fr. 51.92 c. 7.7
- 0.04748
- ( à la corde 939 Machine 3637 j ( à la main. 23 962 6.45 81.05 87.50 5'28" 28.62 17.17 45.79 4.7
- Moyenne » 17'36" » 5' 10" 0.02975
- 100 tarauds passés à la main coûtent 7 fr. 60 et demandent..... 14 h. 52'
- 100 tarauds passés à la machine à corde coûtent 4 fr. 70 et demandent. 9 h. 52'
- p.261 - vue 263/684
-
-
-
- 262
- BIOGRAPHIE.
- MAI 1881.
- Le passage d’un taraud à travers les deux trous a coûté 7cent.6 à la main, et 4cent.7 à la corde, soit une économie de 2cent.9 ou 38 pour 100 malgré le taraudage à la main de vingt-trois trous.
- Dans le tableau N° III, on a réuni les deux opérations détaillées dans ceux Nos I et II et, afin de rendre la comparaison plus facile, on a établi les chiffres pour la machine 3216 comme si on y avait percé autant de trous et passé autant de tarauds qu’à la machine 3637.
- TABLEAU N° III.
- RESUME, en supposant que les deux foyers aient eu le même nombre de trous et que le même nombre de tarauds ait été passé.
- (Le foyer de la machine 3637 est pris comme type.)
- MACHINE 3216. MACHINE 3637.
- TEMPS employé. Coût. 60 % frais généraux. Coût . total. TEMPS employé. Coût. 60 % frais généraux* Coût total.
- h. fr. fr. fr. h. fr. fr. fr.
- Montage 50.30 17.99 10.79 28.78 18 » 6.84 4.10 10.94
- Perçage 30.57 10.99 6.59 17.58 61.30 20.60 12.36 32.96
- Taraudage 143 » 45.67 27.40 73.07 87.30 28.62 17.17 %.79
- 224.27 74.65 44.78 119.43 167.20 56.06 33.63 89.69
- ( Temps employé, pour la machine 3216, en plus......... 57 h, 07
- Différences : < Coût total, pour la machine 3216, en plus............ 29 fr. 74
- Soit 48 pour 100 d’économie pour la machine à corde.
- BIOGRAPHIE.
- NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR M. KUHLMANN, DE LILLE, MEMBRE CORRESPONDANT DE l’.ACADÉ-MIE DES SCIENCES ET DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE, PAR M. J. GIRARDIN, DE ROUEN.
- Une grande illustration provinciale vient de disparaître, le 27 janvier 1881, après une longue vie consacrée tout entière à la science, à l’industrie manufacturière et à
- p.262 - vue 264/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE. ---- MAI 1881. 263
- toutes ces institutions de bienfaisance qui ont pour but d’améliorer le sort des classes ouvrières.
- e veux parler de M. Charles-Frédéric Kuhlmann, non moins célèbre par ses talents divers que parla bonté de son cœur; c’est plus qu’il n’en faut, n’est-il pas vrai, pour être sincèrement regretté. Et ce n’est pas seulement à Lille, où cet éminent confrère a parcouru sa brillante carrière, que de pareils regrets se font jour; partout ailleurs où fleurissent les sciences et leurs applications, les mêmes sentiments s’affirment, car, ainsi que l’a si bien dit M. Dumas, cet éloquent Secrétaire perpétuel de l’Institut, M. Kuhlmann était aimé et vénéré de tous, comme il était le fondateur ou le coopérateur de toutes les œuvres généreuses et utiles.
- Je vais résumer brièvement une vie si bien remplie.
- Né à Colmar le 22 mai 1803, le jeune Kuhlmann fit ses études, d’abord dans sa ville natale, puis au lycée de Nancy et, bientôt après, dans le laboratoire de l’habile chimiste Vauquelin, dont la Normandie est à bon droit si fière. Sur les pressantes sollicitations du mathématicien Delezenne qui, en 1817, avait ouvert un Cours public et gratuit de physique sous le patronage de l’administration municipale de Lille, une Chaire de chimie appliquée aux arts fut érigée en 1823, à côté de la sienne, et ce fut cet honorable savant qui alla chercher dans le laboratoire de Yauquelin l’élève qui devait, lui aussi, concourir d'une manière si large à la réputation de l’enseignement communal de la vieille cité flamande.
- Ce professeur de vingt ans, pourvu d’un esprit investigateur et d’une rare puissance d’assimilation, ne tarda pas à donner des preuves de sa capacité, aussi fut-il bien vite accueilli avec la plus grande faveur par les industriels. Les relations intimes qu’il établit avec eux le mirent en état d’acquérir promptement la connaissance des diverses applications de la chimie manufacturière, si bien qn’avec le concours des frères Des-cat, les teinturiers les plus en renom à cette époque, qui l’aidèrent de leurs capitaux, il fonda à Loos, dans la banlieue de Lille, une fabrique de produits chimiques qui fut le point de départ de tous les autres établissements qu’il créa par la suite, et dans lesquels il ne cessa d’introduire les perfectionnements qu’une science éclairée lui suggérait. C’est grâce à son habileté pratique, à sa sagacité, à son talent d’observation, au trésor de connaissances qu’il grossissait constamment par de persévérantes recherches, qu’il devint l’un des chimistes industriels les plus inventifs et les plus féconds, l’un des commerçants les plus capables et les plus riches.
- Pour se livrer tout entier à la chimie manufacturière, il abandonna le professorat bien avant la création de la Faculté des sciences en 1854, et il se fit remplacer dans sa chaire, à partir de 1847, par l’un de ses meilleurs élèves, M. Corenwinder, qui profita si bien des leçons de son maître, qu’il a conquis un rang distingué parmi les chimistes contemporains.
- Doué d’une merveilleuse activité, M. Kuhlmann, tout en se dévouant à la direction des grands établissements qu’il avait créés aux portes de Lille (à Loos, à la Madeleine,
- p.263 - vue 265/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- MAI 1881.
- 264
- à Saint-André), à Amiens, à Viilefranque, près Bayonne, à Corbehem (Pas-de-Calais), M. Kuhlmann, dis-je, ne négligeait pas de s’occuper des questions économiques qui intéressaient la région du Nord, telles, entre autres, que celles relatives aux chemins de fer et à la navigation intérieure, aux contributions des portes et fenêtres applicables aux usines, aux droits sur le sel des soudières, à la législation des brevets d’invention, à la répression légale des fraudes dans le commerce des engrais ; il fut Tardent défenseur de l’industrie du sucre de betterave, et Ton peut à juste titre lui attribuer l’abandon du projet de suppression de cette belle industrie.
- Jamais, non plus, il n’interrompait ses recherches scientifiques qui avaient pour lui tant de charmes, et chaque année il faisait part au monde savant de ses découvertes.
- Considérable est le nombre des publications dont il enrichit, à partir de 1823 jusqu’en 1877, les divers recueils consacrés à la vulgarisation des sciences pures et appliquées, telles que les Mémoires de la Société des sciences de Lille, les Annales de physique et de chimie, les Bulletins de la Société d’encouragement, de la Société nationale d’agriculture, les Comptes rendus de l’Institut. Le volume de 746 pages grand in-8° qu’il fit imprimer, en 1877, pourl’offrir à ses amis, renferme 69 Mémoires ou Notices, qu’il a classés dans Tordre suivant : agronomie, sucrerie, blanchiment, teinture, chimie pure, construction, hygiène, discours prononcés en séances publiques.
- Je regrette de ne pouvoir présenter l’analyse de tous ces travaux, si remarquables par l’importance des sujets qu’ils traitent, l’ingéniosité des aperçus, la hauteur des vues, la précision des détails, l’exactitude des faits, les déductions rigoureuses qui en découlent, la clarté d’exposition, enfin les services qu’ils ont rendus à la science pure, à la pratique industrielle, au commerce et à l’économie sociale.
- Je me bornerai à signaler, tout d’abord, les trois Mémoires sur la garance, qui ont été les premiers, pour ainsi dire, de cette longue série d’écrits consacrés à l’étude de cette plante tinctoriale, naguère la richesse du comtat Venaissin, mais qu’une étonnante synthèse chimique a réduit à néant, en donnant des moyens faciles de créer de toutes pièces, dans les usines, cette matière colorante rouge, Yalizarine, non moins belle et aussi solide que celle que la nature fait naître dans les racines de la plante en question.
- Je citerai ensuite : les Mémoires sur la teinture et l’impression des étoffes, la théorie du blanchiment, l’influence de l’oxygène dans la coloration des produits organiques, l’action de l’acide sulfureux comme agent décolorant, la production de l’acide azotique, de l’ammoniaque, de l’acide cyanhydrique sous l’intervention de l’éponge de platine, la relation entre la nitrification et la fertilisation des terres, la théorie des engrais basée sur de nombreuses recherches expérimentales, les perfectionnements dans la fabrication de l’acide sulfurique, de la soude, de la potasse, du sucre de betteraves, la création d’une nouvelle industrie, celle de la baryte, qui fournit aux peintres-décorateurs
- p.264 - vue 266/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- MAI 1881.
- 265
- une matière blanche, inaltérable, n’ayant aucune des propriétés délétères de la céruse.
- Je mentionnerai encore : les études sur les mortiers, les ciments et les chaux hydrauliques, la silicatisation des pierres, la conservation des matériaux de construction, la formation des espèces et des roches par la voie humide en vertu de cette force que l’ingénieux auteur désigna sous le nom de force cristallogénique ; les expériences pour servir à l’histoire de l’alcool, de l’esprit de bois et des éthers ; la théorie de la panification, la fabrication du noir animal dans ses rapports avec la salubrité publique, l’assainissement des manufactures de produits chimiques, l’application des carbonates alcalins en vue d’éviter l’incrustation des chaudières à vapeur, etc.
- Ce qui précède m’autorise à dire, avec l’illustre chimiste Hofmann, que personne mieux que M. Kuhlmann n’a résolu le problème difficile de joindre avec un égal succès les vues les plus élevées de la science aux préoccupations de l’industrie.
- La compétence de M. Kuhlmann en tant de matières diverses était si bien reconnue, qu’il fut, pendant de longues années, président de la Chambre de commerce, qu’il dota d’une façon princière; directeur de la Monnaie, où il eut à installer, sous le règne de Louis-Philippe, l’affinage et la refonte des anciennes pièces d’argent et la fabrication de la nouvelle monnaie de bronze ; administrateur du chemin de fer du Nord ; membre du conseil général de son département, du conseil central de salubrité ; administrateur général des manufactures de produits chimiques du Nord ; président de la Société industrielle de Lille, dont il fut le promoteur et le généreux Mécène. En 1869, il fut appelé au sein du Conseil supérieur du commerce. A toutes les expositions nationales et internationales des produits de l’industrie, on le vit figurer dans la composition des jurys, et il s’y fit remarquer par son sens droit, sa grande expérience et son impartialité. Mû par un sentiment de haute délicatesse, il ne voulut pas accepter le grand prix que le jury des arts chimiques lui avait décerné en 1867, parce que sa qualité de membre du Conseil supérieur de l’exposition devait, dans sa pensée, le maintenir hors concours. Tout le monde n’a pas imité cet acte de modestie.
- La Société d’encouragement le nomma correspondant pour les arts chimiques, l’Académie des sciences de l’Institut le fit entrer dans sa section d’économie rurale, la Société nationale d’agriculture lui conféra le titre d’associé regnicole, et nombre de sociétés savantes françaises et étrangères tinrent à honneur de le compter dans leurs rangs. Enfin, il était commandeur de la Légion d’honneur et décoré des ordres de Russie, de Prusse, d’Autriche, de Portugal, de Perse, etc.
- Toutes ces distinctions, que je me plais à énumérer, démontrent surabondamment la grande estime qu’on portait à cet infatigable travailleur et la réputation universelle qu’il avait si légitimement conquise. J’ai pu moi-même, pendant les dix années que j’ai passées à Lille comme doyen de la Faculté des sciences, apprécier sa vaste intelligence, constater la part considérable qu’il prit à tous les progrès accomplis dans cette belle Flandre française qui était devenue sa patrte d’adoption, et reconnaître le crédit
- Tome VIII. — 80e année. 3e série, Mai 1881. ' 34.
- p.265 - vue 267/684
-
-
-
- m
- MARINE.
- MAI 1881.
- dont il jouissait auprès de ses concitoyens, qui n’attendirent pas sa mort, comme cela n’arrive que trop souvent envers les hommes de génie et les bienfaiteurs de l’humanité, pour lui prouver leur admiration et leur reconnaissance.
- En ma qualité de confrère et d’ami, l’ayant suivi dans toute sa carrière, de loin comme de près, j’ai cru devoir rendre un public et sincère hommage à sa mémoire, au nom de la science et du pays.
- Je n’ai plus à ajouter que quelques mots, que j’emprunte à M. le professeur Gosse-let, qui a si bien exprimé, sur les bords de la tombe de son ancien maître, les vifs regrets de la Société des sciences de Lille :
- « M. Kuhlmann appartenait à une honorable famille bourgeoise de l’Alsace; la mort prématurée de son père, géomètre municipal, lui imposait le devoir de se créer lui -même un avenir par le travail ; aussi, dès le jeune âge, il acquit les habitudes laborieuses qu’il devait conserver toute sa vie, et l’on peut dire de lui qu’il fut le fils de ses œuvres. »
- C’est un nouvel exemple à offrir à notre jeune génération.
- MARINE.
- NOTE SUR LE MUSÉE DE MARINE AU LOUVRE.
- A côté des merveilles de la peinture et de la sculpture, ainsi que des restes curieux de l’antiquité, le musée du Louvre contient la collection la plus complète du grand art de la navigation, auquel nous devons de connaître notre planète, delà parcourir en tous sens et de jouir de tout ce qu’elle produit. Lors de son essor, la navigation a contribué à l’affranchissement du joug féodal, en ouvrant une carrière à tous les courages pour affronter les aventures des voyages, alors que le système féodal ne donnait droit à la fortune que par l’hérédité.
- Malheureusement les matériaux employés à la construction navale sont si périssables, que les premières périodes de la navigation, même moderne, ont disparu, et que les modèles du musée ne remontent qu’à Louis XIY, alors que les peintures exactes et les gravures n’ont pas une date plus ancienne. Il y a là de quoi faire rire un antiquaire, dont les pierres remontent à des milliers d’années. Mais cette date si mesquine prouve qu’il faut plus de soins, et qu’il est utile de confier au papier des éléments exacts qui, parleur dispersion, assurent davantage leur durée.
- Toutefois, il faut dire que la collection du musée est unique au monde. Celle de Londres qui vient de commencer et celle de Hollande contiennent fort peu de modèles. On dirait que c’est la France qui s’est chargée de conserver l’histoire maritime en collectionnant des modèles. Car, si à terre l’homme est presque tout dans les événements, sur mer c’est le navire qu’il a créé qui se trouve être l’agent principal et indis-
- p.266 - vue 268/684
-
-
-
- MARINE.
- MAI 1881.
- 267
- pensable de ses actions. Au Louvre on a les galères élégantes et les sculptures originales du Pujet, qui ornaient la Réale : on a le Soleil royal et le Royal-Louis de Louis XIY et beaucoup de modèles de cette époque exécutés sous Louis-Philippe, d’après des plans disparus, mais, malheureusement, ces modèles n’ont point de mâture. Vient ensuite l’époque si remarquable de la fin de Louis XV et de Louis XVI, alors que la science, s’occupant de la construction, était encouragée par les prix que l’Académie décernait aux Euler et aux Bernouilli, tandis que les ouvrages de Bouguet, Les-calier, Bourdé de Ville Huet, Vial de Clairbois et autres instruisaient la marine et perpétuaient ses connaissances. A la même époque les cinq générations des Ollivier et les trois des Coulomb maintenaient la perfection des navires, ainsi qu’Ozanne et plus tard Sané. Le musée possédait plusieurs modèles de cette époque, mais ils avaient été très négligés depuis, en partie cassés et on en a déjà réparé cinq, en utilisant l’expérience d’un vieil ouvrier, qui n’a pas connu la marine actuelle. Une galéasse du xviii6 siècle est aussi en réparation d’après des documents certains de la Bibliothèque nationale et d’un manuscrit.Elle se montre complète et brillante dans la salle de LouisXIV.
- Aux collections de Trianon et du duc de Choiseul en partie disparues, a succédé celle complète de la marine du premier empire français, presque entièrement due au savoir de l’illustre Sané ; cette collection précieuse a été couverte d’une vitrine et elle est en parfait état, ainsi que celle de la flottille de Boulogne.
- Puis est venue la période où, en fondant le musée avec les collections des ports de Toulon et de Brest, on a détruit beaucoup plus que l’on n’a produit. Mais, heureusement, les résultats de ce temps néfaste ont été en partie réparés sous le règne de Louis-Philippe, lorsque M. Lebas devint conservateur. On eut alors une profusion de modèles plus parfaits que ceux qu’on avait exécutés antérieurement, et l’organisation du musée devint ce qu’elle est aujourd’hui. Mais là s’est arrêtée assez longtemps la production : les nouveautés de la marine à vapeur ne sont représentées que par deux modèles de navires à roues et un de vieille machine à balancier. Aucun navire à hélice n’est représenté, le Napoléon de M. Dupuy de Lôme manque. Cette première période de la marine à vapeur fait défaut. Le musée a entretenu ce qu’il possédait et, sous la direction de M. Morel Fatio, la collection ethnologique a pris beaucoup d’intérêt et un livret du musée a été publié. Depuis lors de nombreux modèles bien exécutés ont été donnés au musée après avoir paru aux expositions de 1867 et de 1878 et ils représentent bien la marine cuirassée, dont une partie n’est point exposée, à cause du manque de place. Récemment, un constructeur anglais a presque donné un modèle de grand paquebot transatlantique et un autre à roues à aubes qui manquaient et l’atelier a construit le modèle du Monitor, ce navire si original dans lequel l’homme vit séparé de l’atmosphère, et un type du même genre a été donné par les forges et chantiers delà Méditerranée, tandis que de grands dessins montrent l’intérieur d’un monitor et celui d’un paquebot. Le bateau torpilleur, terrible quoique très petit, se montre à côté du Monitor.
- p.267 - vue 269/684
-
-
-
- 268
- MARINE.
- MAI 1881.
- Outre les navires complets, le musée expose au public tous les engins maritimes : les cabestans, les poulies, les stoppeurs, les barbottins ; il montre les engins de sauvetage, le scaphandre, les phares et les balises et la vieille artillerie de marine ; les détails de la construction, le lancement, le halage à terre et les bassins de radoub. Il a une collection intéressante de boussoles et des instruments nautiques, depuis l’astrolabe tenue suspendue en l’air, jusqu’aux admirables instruments à réflexion de Borda.
- Enfin on a récemment ajouté une collection d’une centaine de modèles représentant les pirogues, déjà en partie disparues, des peuples de l’Océanie et les constructions originales et souvent bizarres du Japon, de la Chine et de la Malaisie, ainsi que de l’Inde et de l’Arabie.
- La marine marchande n’était pas représentée, aussi a-t-on commencé une série de modèles de ce qu’elle présente de plus original : c’est-à-dire des caboteurs et des bateaux de pêche ; car il y a moins lieu de faire les navires de long cours, en ce que, dans leurs dimensions moindres, ils ressemblent beaucoup à ceux de guerre. On a donc déjà de nombreux modèles de bateaux turcs, arabes, norvégiens et hollandais, grâce à de nombreux plans reçus des ministères de ces marines du Nord. Nos anciens Chebecs, nos tartanes, nos allèges, déjà disparus, sont exécutés en modèles, ainsi que les chasse-marée et les côtiers, devenus rares. Cette collection est toujours en voie de progrès, pour combler la lacune que présentait le musée.
- Un plan en relief de l’isthme de Suez, long de 10 mètres et large de 2 mètres 50, a récemment montré, en bien petit il est vrai, les merveilles de ce grand travail détaillées, en outre, par une longue légende disposée autour du plan et imprimée en livret avec des cartes. Les engins employés à l’extraction du sable ont été donnés par M. de Lesseps et on les voit dans une vitrine placée à côté du Canal.
- Une des nouveautés importantes du musée est l’adoption de légendes très détaillées et placées à côté des objets, pour les décrire et surtout en donner les dimensions ; car comment se figurer la masse imposante d’un vaisseau, lorsqu’on ne peut avoir la réalité sous les yeux ? Les chiffres seuls peuvent le faire apprécier en exposant qu’il pèse 4 400 000 kilog. et déploie plus de 4 000 mètres carrés de toile ; en disant qu’il contient 1 100 hommes avec six mois de vivres et 100 jours d’eau, enfin qu’il lance 1420 kilog. de fer en une seule bordée. Tout ce bel ensemble a disparu devant les navires cuirassés, dont les proportions et la force sont également détaillées à côté des modèles.
- Le musée ethnographique a également ses étiquettes et on commençait à y ajouter des modèles exacts des habitations sauvages, lorsqu’il a été question de le démembrer.
- On se fait peu d’idée du nombre d’hommes et surtout d’ouvriers qui lisent ou parcourent ces légendes et de celui des pères ou des instituteurs qui trouvent à y puiser des réponses à la curiosité des enfants.
- Un artiste, M. Roux, dont l’exactitude élégante est très précieuse, a doté le musée
- p.268 - vue 270/684
-
-
-
- MARINE.
- MAI 1881.
- 269
- d’une quarantaine de portraits de navires de guere, remontant à 1810, grâce à des dessins de son père, et ces aquarelles sont préférables à des tableaux à l’huile, par la finesse qu’elles permettent de donner aux gréements. Les dessins descendent jusqu’à l’époque actuelle et il est à espérer qu’ils comprendront bientôt les navires du commerce.
- Tous les plans des modèles récents , tracés à leur échelle d’exécution, sont contenus dans des rouleaux de cuivre, et beaucoup de calques de vieux vaisseaux, ainsi que de leurs ornements, sont conservés dans la nouvelle petite bibliothèque, à côté de nombreux livres de marine ou de voyages et des charmants dessins d’Ozanne, donnés par une de ses nièces.
- Une publication récente, exécutée aux frais du conservateur, est venue se mettre à côté de cette collection, en portant sur le papier tous les éléments de la construction, de manière à les reproduire dans l’avenir aussi exactement que maintenant. Elle est arrivée actuellement à 60 planches, tirées à 400 exemplaires, que l’on peut acquérir au prix coûtant; mais il lui manque la publicité que donnerait un éditeur.
- Tel est, en résumé, l’ensemble du musée de marine. Puisse-t-il être conservé et ne pas éprouver une nouvelle destruction partielle par une translation dans un autre local, comme il en a été lorsque les modèles des ports sont arrivés à Paris avant qu’il y eû de quoi les placer. Le local actuel est trop divisé, mais il présente un grand développement de murs : les petites salles ne se prêtent pas à une disposition méthodique, telle que celle par époques, mais elles suffisent et des tableaux y seraient très mal placés. Elles ont un avantage précieux, indispensable pour une telle collection , plutôt que pour presque toutes les autres ; c’est une sécheresse parfaite, due à l’ancienneté de la construction et à l’épaisseur des murs. Sans cela un peu d’humidité aurait bientôt pourri toutes les petites cordes et ramolli des colles qui ont jusqu’à 200 ans. On a peu l’idée de tout ce qu’on casse, lorsqu’il faut réparer des objets si délicats, dont les parties, mises en place dans un certain ordre, empêchent la main de parvenir là où elle doit travailler. On ne lutte pas contre l’humidité, et le chauffage fait alors plus de mal aux objets, quand même il produit un effet agréable sur le corps. Souhaitons donc, qu’arrivé au point où il est, le musée de marine ne soit pas déplacé et que des locaux inoccupés et impropres à toute exposition permettent de le désencombrer pour obtenir plus de méthode. L’économie avec laquelle les modèles sont produits, ainsi que leurs vitrines, permettrait des améliorations avec des dépenses très minimes.
- Il a été omis de parler d’une publication déjà avancée qui, sous le titre de Musée de marine du Louvre, est arrivée à 60 planches en photo-gravures, exécutées d’après les modèles et les aquarelles, auxquelles 200 gravures sur bois et un long texte sont ajoutés. Une planche déjà gravée présente à bien dire une table illustrée de l’ouvrage, en commençant à la pirogue, montrant ce que l’on sait au sujet de l’antiquité et du moyen âge, ainsi que des temps modernes, pour se terminer à la merveille des navires à voiles : le vaisseau à trois ponts. L’éditeur estM. Rothchild, rue des Saints-Pères.
- p.269 - vue 271/684
-
-
-
- 270
- PROPRIÉTÉ INDUSTRIELLE.
- MAI 1881.
- PROPRIÉTÉ INDUSTRIELLE.
- CONFÉRENCE INTERNATIONALE POUR LA PROTECTION DE LA PROPRIÉTÉ INDUSTRIELLE.
- La Conférence internationale pour la protection de la Propriété industrielle qui s’est réunie à Paris le k novembre 1880, ayant terminé ses travaux, soumet au gouvernement des États qui s’y sont fait représenter le projet de Convention, avec Protocole de clôture, dont la teneur suit :
- PROJET DE CONVENTION.
- S. M. l’Empereur d’Autriche, roi de Hongrie et de Bohême; le Président de la Confédération Argentine ; S. M. le Roi des Belges; S. M. l’Empereur du Brésil 5 le Président des États-Unis d’Amérique; le Président de la République française, S. M. la Reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande; le Président de la République du Guatémala; S. M. le Roi d’Italie; S. M. le Roi des Pays-Bas; S. M. le Roi de Portugal; S. M. l’Empereur de Russie; S. M. le Roi de Suède et de Norvège; le Président de la République du Salvador; le Président de la Confédération suisse; S. M. l’Empereur des Ottomans; le Président de la République de l’Uruguay; le Président des États-Unis du Vénézuéla, également animés du désir d’assurer, d’un commun accord, une complète et efficace protection à l’industrie et au commerce des nationaux de leurs États respectifs, et de contribuer à la garantie des droits des inventeurs et de la loyauté des transactions commerciales, ont résolu de conclure une Convention à cet effet, et ont nommé pour leurs Plénipotentiaires, savoir :
- S. M. l’Empereur d’Autriche, Roi de Hongrie et de Bohême, M........
- Le Président de la Confédération Argentine, M........
- S. M. le Roi des Belges, M........
- Lesquels, après s’être communiqué leurs pleins pouvoirs respectifs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus des articles suivants :
- Article premier.
- L’Autriche-Hongrie, la Confédération Argentine, la Belgique, le Brésil, les États-Unis d’Amérique, la France, la Grande-Bretagne et l’Irlande, le Guatémala, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède et la Norvège, le Salvador, la Suisse, la Turquie, l’Uruguay et les États-Unis du Vénézuéla sont constitués à l’état d’Union pour la protection de la Propriété industrielle.
- p.270 - vue 272/684
-
-
-
- PROPRIÉTÉ INDUSTRIELLE.
- MAI 1881.
- n\
- Article 2.
- Les sujets ou citoyens de chacun des États contractants jouiront, dans tous les autres États de l’Union, en ce qui concerne les brevets d’invention, les dessins ou modèles industriels, les marques de fabrique ou de commerce et le nom commercial, des avantages que les lois respectives accordent actuellement ou accorderont parla suite aux nationaux. En conséquence, ils auront la même protection que ceux-ci et le même recours légal contre toute atteinte portée à leurs droits, sous réserve de l’accomplissement des formalités et des conditions imposées aux nationaux par la législation intérieure de chaque État.
- Article 3.
- Sont assimilés aux sujets ou citoyens des États contractants, les sujets des États ne faisant pas partie de l’Union, qui sont domiciliés ou ont des établissements industriels ou commerciaux sur le territoire de l’un des États de l’Union.
- Article 4.
- Celui qui aura régulièrement fait le dépôt d’une demande de brevet d’invention, d’un dessin ou modèle industriel, d’une marque de fabrique ou de commerce, dans l’un des États contractants, jouira, pour effectuer le dépôt dans les autres États et sous réserve des droits des tiers, d’un droit de priorité pendant les délais déterminés ci-après.
- En conséquence, le dépôt ultérieurement opéré dans l’un des autres États de l’Union, avant l’expiration de ces délais, ne pourra être invalidé par des faits accomplis dans l’intervalle, soit, notamment, par un autre dépôt, par la publication de l’invention ou son exploitation par un tiers, par la mise en vente d’exemplaires du dessin ou du modèle, par l’emploi de la manque.
- Les délais de priorité mentionnés ci-dessus seront de six mois pour les brevets d’invention, et de trois mois pour les dessins ou modèles industriels, ainsi que pour les marques de fabrique ou de commerce. Us seront augmentés d’un mois pour les pays d’outre-mer.
- Article 5.
- L’introduction par le breveté, dans le pays où le brevet a été délivré, d’objets fabriqués dans l’un ou l’autre des États de l’Union n’entraînera pas la déchéance.
- Toutefois le breveté restera soumis à l’obligation d’exploiter son brevet conformément aux lois du pays où il introduit les objets brevetés.
- p.271 - vue 273/684
-
-
-
- PROPRIÉTÉ INDUSTRIELLE.
- MAI 1881.
- Article 6.
- Toute marque de fabrique ou de commerce régulièrement déposée dans le pays d’origine sera admise au dépôt et protégée telle quelle dans tous les autres pays de TUnion.
- Sera considéré comme pays d’origine le pays où le déposant a son principal établissement.
- Si ce principal établissement n’est point situé dans un des pays de l’Union, sera considéré comme pays d’origine celui auquel appartient le déposant.
- Le dépôt pourra être refusé, si l’objet pour lequel il est demandé est considéré comme contraire à la morale et à l’ordre public.
- Article 7.
- La nature du produit sur lequel la marque de fabrique ou de commerce doit être apposée ne peut, dans aucun cas, faire obstacle au dépôt de la marque.
- Article 8.
- Le nom commercial sera protégé dans tous les pays de l’Union sans obligation de dépôt, qu’il fasse ou non partie d’une marque de fabrique ou de commerce.
- Article 9.
- Tout produit portant illicitement une marque de fabrique ou de commerce, ou un nom commercial, pourra être saisi à l’importation dans ceux des États de TUnion dans lesquels cette marque ou ce nom commercial ont droit à la protection légale.
- La saisie aura lieu à la requête soit du ministère public, soit de la partie intéressée, conformément h la législation intérieure de chaque État.
- Article 10.
- Les dispositions de l’article précédent seront applicables à tout produit portant faussement, comme indication de provenance, le nom d’une localité déterminée, lorsque cette indication sera jointe à un nom commercial fictif ou emprunté dans une intention frauduleuse.
- Est réputé partie intéressée tout fabricant ou commerçant engagé dans la fabrication ou le commerce de ce produit, et établi dans la localité faussement indiquée comme provenance.
- p.272 - vue 274/684
-
-
-
- PROPRIÉTÉ INDUSTRIELLE.
- MAI 1881.
- m
- Article 11.
- Les hautes parties contractantes s’engagent à accorder une protection temporaire aux inventions brevetables, aux dessins ou modèles industriels, ainsi qu’aux marques de fabrique ou de commerce, pour les produits qui figureront aux expositions internationales officielles ou officiellement reconnues.
- Article 12.
- Chacune des hautes parties contractantes s’engage à établir un service spécial de la Propriété industrielle et un dépôt central, pour la communication au public des brevets d’invention, des dessins ou modèles industriels et des marques de fabrique ou de commerce.
- Article 13.
- Un Office international sera organisé sous le titre de Bureau international de V Unionpour la protection delà Propriété industrielle.
- Ce Bureau, dont les frais seront supportés par les Administrations de tous les États contractants, sera placé sous la haute autorité de l’Administration supérieure de la Confédération suisse, et fonctionnera sous sa surveillance. Les attributions en seront déterminées d’un commun accord entre les États de l’Union.
- Article 1k.
- La présente Convention sera soumise à des révisions périodiques en vue d’y introduire les améliorations de nature à perfectionner le système de l’Union.
- A cet effet, des Conférences auront lieu successivement dans l’un des États contractants entre les délégués desdits États.
- La prochaine réunion aura lieu en 1883, à Vienne.
- Article 15.
- Il est entendu que les hautes parties contractantes se réservent respectivement le droit de prendre séparément, entre elles, des arrangements particuliers pour la protection de la Propriété industrielle, en tant que ces arrangements ne contreviendraient point aux dispositions de la présente Convention.
- Article 16.
- Les États qui n’ont point pris part à la présente Convention seront admis à y adhérer sur leur demande.
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Mai 1881.
- 35
- p.273 - vue 275/684
-
-
-
- tu
- PROPRIÉTÉ INDUSTRIELLE.
- MAI 1881.
- Cette adhésion sera notifiée par la voie diplomatique au Gouvernement de la Confédération suisse, et par celui-ci à tous les autres.
- Elle emportera, de plein droit, accession à toutes les clauses et admission à tous les avantages stipulés par la présente Convention.
- Article 17.
- L’exécution des engagements réciproques contenus dans la présente Convention est subordonnée, en tant que de besoin, à l’accomplissement des formalités et règles établies par les lois constitutionnelles de celles des hautes parties contractantes qui sont tenues d’en provoquer l’application, ce qu’elles s’obligent à faire dans le plus bref délai possible.
- Article 18.
- La présente Convention sera mise à exécution à partir du...............et demeu-
- rera en vigueur pendant un temps indéterminé, jusqu’à l’expiration d’une année, à partir du jour où la dénonciation en sera faite.
- Cette dénonciation sera adressée au Gouvernement chargé de recevoir les adhésions. Elle ne produira son effet qu’à l’égard de l’État qui l’aura faite, la Convention restant exécutoire pour les autres parties contractantes.
- Article 19.
- La présente Convention sera ratifiée, et les ratifications en seront échangées à Paris, dans le délai d’un an au plus tard.
- En foi de quoi, etc.
- PROTOCOLE DE CLOTURE.
- Au moment de procéder à las signature de la Convention conclue, à la date de ce jour, entre l’Autriche-Hongrie, la Confédératton Argentine, la “Belgique, le Brésil, les États-Unis d’Amérique, la France, la Grande-Bretagne et l’Irlande, le Guatémala, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède et la Norvège, le Salvador, la Suisse, la Turquie, l’Üînguay et les États-Unis du Yénézuéla, pour la protection de la Propriété industrielle, les Plénipotentiaires soussignés sont convenus de ce qui suit :
- 1. Les mots propriété industrielle doivent être entendus dans leur acception la plus large, en ce sens qu’ils s’appliquent non seulement aux produits de l’industrie proprement dite, mais également aux produits de l’agriculture (vins, grains, fruits, bestiaux, etc.) et aux produits minéraux livrés au commerce (eaux minérales, etc.).
- 2. Sous le nom de brevets d’invention sont comprises les diverses espèces de bre-
- p.274 - vue 276/684
-
-
-
- PROPRIÉTÉ INDUSTRIELLE.
- MAI 1881.
- 275
- vêts industriels admises par les législations des États contractants, telles que brevets d’importation, brevets de perfectionnement, etc.
- 3. Il est entendu que la disposition finale de l’article 2 de la Convention ne porte aucune atteinte à la législation de chacun des États contractants, en ce qui concerne la procédure suivie devant les tribunaux et la compétence de ces tribunaux.
- k. Le Plénipotentiaire des États-Unis d’Amérique ayant déclaré qu’aux termes de la Constitution fédérale, le droit de légiférer en ce qui concerne les marques de fabrique ou de commerce est, dans une certaine mesure, réservé à chacun des États de l’Union américaine, il est convenu que les dispositions de la Convention ne seront applicables que dans les limites des pouvoirs constitutionnels des hautes parties contractantes.
- 5. L’organisation du service spécial de la Propriété industrielle mentionné à l’article 12 comprendra, autant que possible, la publication dans chaque État d’une feuille officielle périodique.
- 6. Les frais communs du Bureau international institué par l’article 13 ne pourront, en aucun cas, dépasser, par année, une somme totale représentant une moyenne de 2,000 francs par chaque État contractant.
- Pour déterminer la part contributive det chacun des États dans cette somme totale des frais, les États contractants et ceux qui adhéreraient ultérieurement à l’Union seront divisés en six classes contribuant chacune dans la proportion d’un certain nombre d’unités, savoir :
- lie classe, 25 unités. 4e classe, 10 unités.
- 2e — 20 5e — 5
- 3e — 15 6e — 3
- Ces coefficients seront multipliés par le nombre des États de chaque classe, et la somme des produits ainsi obtenus fournira le nombre d’unités par lequel la dépense totale doit être divisée. Le quotient donnera le montant de l’unité de dépense.
- Les États contractants sont classés ainsi qu’il suit en vue de la répartition des frais :
- lre classe. . ..........................
- 2e classe...............................
- 3e classe...............................
- 4e classe...............................
- 5e classe............................. . .
- 6e classe...............................
- L’Administration suisse surveillera les dépenses du Bureau internatioaal, fera les avances nécessaires et établira le compte annuel qui sera communiqué à toutes les autres Administrations.
- Le Bureau international centralisera les renseignements de toute nature relatifs à la
- p.275 - vue 277/684
-
-
-
- 276
- PROPRIÉTÉ INDUSTRIELLE. — MAI 1881.
- protection de la propriété industrielle et les réunira en une statistique générale qui sera distribuée à toutes les Administrations. Il procédera aux études d’utilité commune intéressant l’Union et rédigera, à l’aide des documents qui seront mis à sa disposition par les diverses Administrations, une feuille périodique, en langue française, sur les questions concernant l'objet de l’Union.
- Les numéros de cette feuille, de même que tous les documents publiés par le Bureau international, seront répartis entre les Administrations des États de l'Union, dans la proportion du nombre des unités contributives ci-dessus mentionnées. Les exemplaires et documents supplémentaires qui seraient réclamés soit par lesdites Administrations, soit par des sociétés ou des particuliers, seront payés à part.
- Le Bureau international devra se tenir en tout temps à la disposition des membres de l’Union, pour leur fournir, sur les questions relatives au service international de la Propriété industrielle, les renseignements spéciaux dont ils pourraient avoir besoin.
- L’Administration du pays où doit siéger la prochaine Conférence préparera, avec le concours du Bureau international, les travaux de cette Conférence.
- Le directeur du Bureau international assistera aux séances des Conférences et prendra part aux discussions sans voix délibérative. Il fera sur sa gestion un rapport annuel qui sera communiqué à tous les membres de l’Union.
- La langue officielle du Bureau international sera la langue française.
- 7. Le présent Protocole de clôture, qui sera ratifié en même temps que la Convention conclue à la date de ce jour, sera considéré comme faisant partie intégrante de cette Convention, et aura même force, valeur et durée.
- En foi de quoi, les Plénipotentiaires soussignés ont dressé le présent Protocole, etc., etc.
- La Conférence émet, en outre, le vœu que ce projet de Convention soit, par les soins du Gouvernement de la République française, également communiqué aux Gouvernements des États qui ne se sont point fait représenter, afin de provoquer leur adhésion.
- En foi de quoi, les soussignés, délégués par leurs Gouvernements respectifs à la Conférence internationale pour la protection de la Propriété industrielle, ont dressé le présent procès-verbal de clôture et y ont apposé leurs signatures.
- Fait à Paris, le 20 novembre 1880.
- Pour l’Autriche....................
- Pour la Hongrie....................
- Pour la République Argentine.. . . .
- Pour la Belgique ..................
- Pour le Brésil.....................
- Pour les États-Unis d’Amérique.. . .
- Dr Woerz.
- Dr Hérich.
- J. Le Long.
- A. Demeur.
- Düjeux.
- J.-C. de Villeneuve. James-O. Putnam.
- p.276 - vue 278/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- MAI 1881.
- m
- Pour la République Française......
- Pour la Grande-Bretagne et l’Irlande. Pour le Guatemala..................
- Pour l’Italie.....................
- Pour les Pays-Bas.. ..............
- Pour le Portugal..................
- Pour la Russie....................
- Pour la Suède. . . ...............
- Pour la Norvège. . . .............
- Pour la République de Salvador. . .
- Pour la Confédération Suisse......
- Pour la Turquie...................
- Pour l’Uruguay....................
- Pour le Vénézuéla.................
- J. Bozérian.
- Ch. JAGIïRSCHMIDT.
- Girard.
- H. Reader-Lack.
- Crisanto Médina.
- Indelli.
- Trincheri Remigio.
- H.-C. Yerniers van der Loeef. Guilhermino-Augusto de Barros. Camillo-Claudino de Moraês. Alexandre de Nebolsine.
- Alfr. Lagerheim.
- Dr O,-J. Broch.
- J.-M. Torres Caïcedo.
- Kern.
- J. Weibel.
- E. Imer-Schneider.
- J. Amassian.
- Juan-José Diaz.
- J.-M. de Rojas.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Économie résultant de l’emploi de la lumière électrique, par M. W.-l». Preece. — On vient de faire au South Kensington Muséum des expériences très rigoureuses pour déterminer le coût relatif des deux systèmes d’éclairage par le gaz et par l’électricité. La cour qui a été éclairée est celle qui est connue sous le nom de Cour du Lord Président (ou de l’emprunt). Elle a environ 42 mètres de long sur 35 mètres de large et une hauteur moyenne de 13 mètres. Des galeries formant cloître bordent toute cette enceinte, et les murs au-dessus sont décorés de façon à ne favoriser ni la réflexion, ni la diffusion de la lumière. L’absence de toit — la cour est à ciel ouvert — est compensée, jusqu’à un certain point, par des stores qu’on peut développer au-dessous des châssis vitrés.
- Les expériences ont commencé, il y a environ douze mois, avec huit lampes seulement sur un côté de la cour. Le système employé était celui de Brusch. Le générateur électro-dynamique était actionné par une machine à gaz Otto, de la force de huit chevaux. La comparaison avec le gaz se montra tellement en faveur de l’électricité, et le succès de l’expérience fut si encourageant, qu’on se décida à éclairer toute la cour.
- Le moteur à gaz, qui n’était pas assez puissant, fut remplacé par une machine à
- p.277 - vue 279/684
-
-
-
- m
- NOTICES INDUSTRIELLES. — MAI 1881.
- * vapeur de la force de 14 chevaux, semi-mobile, de MM. Ransomes et Ce, d’Ipswich — machine d’une force suffisante pour développer deux fois plus de lumière qu’il n’en fallait. Le générateur électro-dynamique était un Brush n° 7. On avait disposé seize lampes en tout — huit sur chaque côté de la cour. La machine a parfaitement fonctionné et n’a encore donné aucun signe d’usure. Les lampes n’étaient pas bonnes ; on a reconnu qu’elles devaient être ajustées avec beaucoup de soin ; mais dès qu’elles eurent été bien arrangées, elles marchèrent parfaitement et n’ont offert, jusqu’à ce jour, aucun indice de détérioration, bien qu’elles travaillent depuis neuf mois.
- Les premiers frais ont été les suivants :
- francs*
- Machine, pose, y compris les organes de transmission. . 10 500
- Générateur éleclro-dynamique............................ 10 000
- Lampes, appareils et fil conducteur..................... 9 600
- 30 100
- Le coût de l’opération du 22 juin au 31 décembre, période pendant laquelle les lampes ont éclairé 87 nuits, pendant une durée totale de 359 heures :
- fr.
- 461,25
- 114.35 292,55
- 859.35
- 1 727,50
- soit environ 4 fr. 81 cent, par heure d’éclairage.
- Or, la consommation du gaz aurait été de 4,800 pieds cubes par heure, soit, à raison de 4 fr. 15 par 1,000 pieds cubes, une dépense environ de 20 fr. par heure; ce qui donne pour l’emploi de la lumière électrique une économie de 15 fr. 19 par heure ou, depuis que le Muséum est éclairé, par an, pendant 700 heures, une économie annuelle de 10,633 francs.
- En ne considérant que les frais de l’éclairage de la cour, on ne devrait compter que le prix d’une seule machine, car on a ajouté dernièrement une seconde machine électro-dynamique, pour éclairer quelques galeries de peinture de l’étage supérieur et la salle du modèle vivant de l’école des arts. Le capital dépensé serait donc de 24,750 francs. Dans l’estimation des dépenses annuelles, il faut aussi tenir compte de l’intérêt du capital et des pertes provenant de l'usure des appareils. Ainsi :
- fr.
- 5 pour 100 pour le capital.................................... 1 237,50
- 5 pour 100 pour l’usure des appareils électriques............. 975,00
- 5 pour 100 pour la dépréciation des machines, etc. . . . 525,00
- Total................... 2 737,50
- Charbon. Huile, etc Houille.. Salaires.
- p.278 - vue 280/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES,
- MAI 1881.
- 279
- ce qui, après balance faite, donne un boni, en faveur de l’électricité contre le gaz, de 7,895 fr. 50. Les résultats obtenus au South Kensington Muséum, sous les rapports pratiques et financiers, ont montré un succès incontestable.
- Je dois ces détails au colonel Feeling, de la Société Royale, qui a été chargé de l’éclairage.
- La comparaison n’a pu être faite au British Muséum, parce qu’on n’avait pas employé de gaz dans la salle de lecture avant l’introduction de la lumière électrique, mais le coût de l’éclairage par cette lumière a été fixé à 7 fr. 85 par heure — au moins le tiers de ce qu’aurait coûté le gaz. On se sert au Muséum du système Siemens, et la machine est de Wallis et Steevens, de Basingstoke.
- « Un excellent exemple de l’économie qui résulte de l’emploi de l’éclairage électrique est celui qu’on peut voir dans la raffinerie de sucre de MM. Henry Tate et fils, à Silvertown. Une petite machine Tangye, placée sous la surveillance du conducteur de la grande machine de l’usine, actionne une machine Gramme, grandeur A, qui alimente une lampe E Crompton. Celle-ci est suspendue à une hauteur de 3m,60 du sol dans une simple loge de 24 mètres de long sur 15 mètres de large avec toit à châssis ouverts. La lumière, placée vers le milieu de la longueur est munie d’un appareil qui aide à la diffusion de la lumière. Toute la loge est parfaitement éclairée, et une grande quantité de lumière pénètre encore dans une pièce adjacente, de semblables dimensions, séparée par une rangée de colonnes. On emploie la lumière régulièrement toute la nuit, et cela pendant tout l’hiver. MM. Tate se félicitent hautement des résultats qu’ils ont obtenus. Pour déterminer le véritable coût de la lumière électrique et celui du gaz qu’elle a remplacé, on a disposé un compteur pour mesurer la consommation du gaz par les becs affectés à l’éclairage, et on a noté aussi la consommation de charbon nécessitée par l’emploi de la lumière électrique. Une série d’expériences, faites avec le plus grand soin, a montré que l’éclairage par l’électricité a coûté, pendant une nuit d’hiver de 14 heures, 2 fr. 15, tandis que par le gaz il coûtait 4 fr. 35, — soit 15 centimes par heure contre 30 centimes. A cet avantage, on doit ajouter celui d’une augmentation de lumière (quatre ou cinq fois plus), donnée par l’électricité au profit du travail, et celui, en outre, de reconnaître, pendant la fabrication du sucre, les gradations délicates de teintes, ce qui permet d’éviter les erreurs, souvent coûteuses, qui proviennent de la nuance jaune que donne l’éclairage au gaz. Cette particularité seule ajouterait beaucoup à l’économie susdite qui résulte de l’emploi de l’éclairage électrique dans les fabriques de sucre.
- Je dois ces faits à M. J.-N. Shoolbred, qui a présidé à l'établissement de l’éclairage.
- On a fait d’excellentes expériences aux docks de constructions maritimes à Barrow-in-Furness, où l’on a employé le système Brush pour éclairer plusieurs grands hangars qui abritent les machines à percer et à raboter, les poulies, les chaudières et autres branches de ces travaux gigantesques. Dans un hangar qui était précédemment
- p.279 - vue 281/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES*
- MAI 1881.
- 280
- éclairé par de grandes lampes à soufflerie, dans lesquelles on brûlait de l’huile coûtant environ 50 centimes les 4 litres, soit 211 fr. 25 par semaine, on a adopté la lumière électrique qui a occasionné une dépense par semaine de 117 fr. 50.
- L’atelier de construction de 135 mètres de long sur 45 de large, autrefois très mal éclairé par le gaz au prix de 550 fr. par semaine, l’est aujourd’hui parfaitement par l’électricité à moitié prix.
- Je suis redevable de ces faits à M. Humphreys, directeur des travaux.
- Les administrateurs du Post-Office ont traité avec M. E. Crompton, pour éclairer le Post-Office, à Glascow, pour le même prix que celui qu’ils payaient pour le gaz, et cet arrangement laissera sans aucun doute, dans beaucoup de cas, un grand bénéfice à la Compagnie d’éclairage électrique. On est en train de faire des essais avec le système Brockie, dans les galeries du télégraphe, et avec le système Brush, dans les bureaux de départ des journaux au Post-Office de Saint-Martin-le-Grand.
- (Journal of the Society of arts).
- £mplol de la houille crue dans les hauts-fourneaux. — La houille crue n’est employée nulle part en France aux hauts-fourneaux; le coke est le seul combustible qui serve à la production de la fonte.
- On peut expliquer ce fait par deux raisons : d’abord, dans les pays où l’on marche au combustible cru, celui-ci est généralement anthraciteux, c’est alors une sorte de coke naturel, qui est fort avantageux, quand il supporte la pression sans se pulvériser. C’est ce que nous voyons aux Etats-Unis, où la production de la fonte avec l’anthracite représente 40 pour cent environ de la fabrication totale.
- Production de la fonte aux États-Unis.
- NOMBRE
- de fourneaux. 1878 1879
- Anthracite............. 229 1 092 870 1 273 024
- Charbon de bois........ 266 293 399 358 873
- Coke................... 202 1 191 092 1 438 978
- 697 2 577 361 3 070 875
- En France,nous n’avons pas de combustible de ce genre; nos anthracites de la Mayenne et de la Savoie renferment 35 à 40 pour cent de cendres et ne possèdent aucune des propriétés physiques de ce que l’on rencontre si abondamment en Amérique.
- Mais en Angleterre on emploie, pour produire la fonte, des houilles gazeuses, très différentes de l’anthracite. Ne pourrait-on, en France, opérer de la même manière? Au point de vue strictement théorique, cet emploi serait possible, sans doute, dans des
- p.280 - vue 282/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- MAI 1881.
- 281
- circonstances spéciales, en choisissant les charbons les plus purs ; mais au point de vue économique, c’est difficile. D’abord, la houille crue ne peut s’employer aux hauts-fourneaux qu’à l’état de gros morceaux, et chez nous la valeur marchande du gros est à peu près égale à celle du coke ; de plus, la teneur en cendres est assez élevée dans cette nature de combustible et surtout très irrégulière, sans compter la teneur en soufre. Quoi qu'il en soit, nous citerons ici ici un exemple des conditions dans lesquelles se fait, au moins partiellement, l’emploi de la houille crue dans les hauts-fourneaux anglais.
- A Wingerworth, près de Sheffield, on traite des minerais de fer ayant la composition suivante : .
- DÜSTON. CRANSLEY.
- Peroxyde de fer 61,19 55,29
- Protoxyde de fer 1,63 traces
- Oxyde de manganèse 0,80 0,63
- Silice 12,70 13,37
- Alumine 5,00 5,70
- Magnésie . . . . 0,81 1,05
- Chaux 2,10 6,10
- Acide carbonique 0,17 2,57
- Acide phosphorique 1,43 »
- Soufre 0,03 0,06
- Eau combinée . 14,05 12,80
- On emploie un mélange par moitié de ces deux sortes de minerai, ce qui correspond à une moyenne en fer de 40 pour cent au plus.
- La quantité de castine ajoutée est de 50 à 60 pour cent du poids de la fonte ; celle-ci varie entre le n° 2 pour moulage et le n° 3 pour affinage gris.
- Le laitier obtenu est assez volumineux, comme le montre l’analyse ci-dessous :
- Silice.................................. 37,65
- Alumine................................. 21,45
- Chaux. ............................ 37,1
- Magnésie. .............................. 2,09
- Soufre................................... 0,83
- Le minerai est chargé à l’état cru, sans grillage préalable, ni aucun cassage.
- Les hauts-fourneaux ont 15 mètres de hauteur, avec un diamètre de 2 mètres 40 au gueulard et 4 mètres 50 au ventre. Le creuset a 1 mètre 50. La pression du vent est de 14 centimètres de mercure et sa température de 450° centigrades.
- Comme combustible, on emploie un mélange de moitié coke et moitié houille. Le coke est de bonne nature, très résistant et ayant moins de 8 pour cent de cendres. La houille est chargée en gros morceaux, ayant subi un criblage à la mine ; comme elle Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Mai 1881, 36
- p.281 - vue 283/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- MAI 1881.
- 282
- est très résistante et fait peu de poussière, on n’a pas besoin de lui faire subir un nouveau criblage après les quelques kilomètres qu’elle a parcourus par chemin de fer. Cette houille, qui n’est que peu ou point collante, provient de Kiveton Park, aux environs de Wingerworth. Elle est d’une teinte mate, sans aucun éclat, et pourrait, à première vue, être prise pour du schiste. Elle présente, à l’analyse, la composition suivante :
- l 2 3
- Carbone fixe 56,80 60,8 57,4
- Matières volatiles. . . . 40,40 36,0 39,2
- Cendres 2,80 3,2 3,4
- 100,00 100,0 100,0
- C’est donc une houille excessivement gazeuse. Son pouvoir calorique est de 6,432, en prenant 8,000 pour le carbone pur.
- Au gazogène, elle donne un gaz qui renferme en moyenne :
- Acide carbonique.......................... 3,5
- Oxyde de carbone......................... 27,5
- Cendres................................... 69,0
- Du mois de mai au mois d’octobre de l’année dernière, on a fabriqué 15.088 tonnes de fonte grise et on a consommé 12 934 tonnes de houille et 12 570 tonnes de coke, ce qui fait, par tonne de fonte :
- Houille.............................. 850
- Coke................................. 830
- avec une production de 83 tonnes de fonte par 24 heures.
- Les appareils de chauffage du vent étant peu énergiques, puisque la température de celui-ci n’atteint pas 500 degrés centigrades, si on marchait au coke seul, on devrait, avec un minerai rendant 37 à 40 pour cent, consommer 1100 kilogr. de coke, et comme on n’en charge que 830, les 270 kilogr. supplémentaires sont remplacés par 820 de houille. Mais, d’après l’analyse que nous en avons donnée, elle renferme 56 à 60 pour cent seulement de carbone fixe, soit pour 850 kilogr. 470 à 510 kilogr., qui produisent le même effet que 270 kilogr. de coke. D’où provient cette consommation supplémentaire? Du refroidissement qu’amène la volatilisation d’une aussi grande quantité de gaz et que l’on ne peut combattre que par un excès de houille.
- Un kilogramme de carbone, se transformant en oxyde de carbone, donne 2 473 calories, et comme l’acide carbonique, primitivement produit, repasse presque immédiatement à l’état d’oxyde de carbone, le nombre ci-dessus doit représenter le pouvoir calorifique du carbone au haut-fourneau. En admettant 8 pour cent de cendres dans le coke, celui-ci aurait un pouvoir calorifique de 92 pour cent de 2 473, soit 2270
- p.282 - vue 284/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES. --- MAI 1881.
- 283
- calories. D’un autre côté, 1 kilogr. de gaz consomme pour son dégagement dans les cornues d’une usine à gaz 1 895 calories. Le pouvoir calorifique de la houille en question serait donc, pour le haut-fourneau :
- 2 270X0 60—1895X0 40
- soit : 600e seulement, et 850 kilogr. de houille donnant 850X600 équivaudraient à 4 800
- 011 210 kilogr. de coke. Nous avons trouvé, d’une autre manière, que ces 850
- kilogr. de houille équivaudraient à 270 kilogr. de coke; les 60 kilogr. de coke, qui constituent l’écart entre ces deux nombres, proviennent, ou bien de ce que nous avons supposé une consommation de coke un peu trop forte, ou de ce que nous aurions évalué un peu trop haut la chaleur absorbée par la volatilisation des gaz. Quoi qu’il en soit, il suffit de retenir ce fait qu’une houille, qui aurait donné 50 à 55 pour cent de coke, agit au haut-fourneau comme si elle n’en donnait que 25 à 30 pour cent, quand elle est très riche en matières volatiles. Il faut donc, de préférence, chercher à employer au haut-fourneau des houilles maigres plutôt que des houilles donnant une aussi grande quantité de gaz.
- (Bulletin du comité des forges de-France.)
- Sur une nouvelle sonde marine pour les grandes profondeurs. —
- Un ingénieur russe, M. Paul C. Rousset, vient d’imaginer un appareil ingénieux qui permet de faire les sondages à grande profondeur sans qu’on soit obligé, pour le faire descendre et le remonter, d’employer une corde, dont la longueur et le poids sont toujours une gêne. Cet instrument se compose essentiellement d’un appareil enregistreur, muni à sa partie supérieure d’une sorte de ballon gonflé servant de flotteur, et à sa partie inférieure d’un lest calculé de manière à déterminer l’enfoncement de tout le système. Ce lest est accroché à une tige à déclic qui part de la partie inférieure de l’appareil. Quand tout ce système est abandonné à lui-même dans la mer, il tombe verticalement, le lest à la partie inférieure et le ballon en haut. Pendant la descente, l’eau traversée met en mouvement un moulinet porté par l’appareil enregistreur, et l’indicateur enregistre la profondeur. Quand le lest vient à toucher le fond, le léger choc qu’il reçoit le fait détacher de sa tige; le système, débarrassé de la majeure partie de sa charge, remonte sous l’action du ballon et vient flotter à la surface de la mer, où on le reprend facilement. On lit ensuite à bord la profondeur indiquée par l’appareil enregistreur.
- [Annales des ponts et chaussées.)
- p.283 - vue 285/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- MAI 1881.
- %u
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 5 avril 1881.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Correspondance. —M. Lacroix (P.), à Lalinde (Dordogne), entretient la Société d’une machine pour la filature du lin et du chanvre qu’il veut faire breveter. (Arts mécaniques.)
- M. Sellier, chez M. De'ré, boulanger, à Montluçon (Allier). Moyen de diriger les ballons. (Arts mécaniques.)
- M. Bosin (Alfred), à Auchy-au-Bois (Pas-de-Calais), adresse à la Société la copie d’une communication qu’il a faite à M. le Ministre de la guerre sur un fusil à tir rapide et sur la chaussure du soldat. (Arts mécaniques.)
- Le même auteur envoie copie d’une Note sur la destruction des germes charbonneux, des germes atmosphériques et des animaux féroces, qu’il a adressée à M. le Ministre de l’agriculture et du commerce. (Agriculture.)
- M. Cavalerie (Marcelin), mécanicien, hôtel d’Alger, rue Jean-Jacques Rousseau, 32, à Paris, envoie un nouvel exemplaire d’une Note' imprimée concernant une machine-moteur de son invention. (Arts mécaniques.)
- M. Gabelle, à Chateaubriant, (Loire-Inférieure), a continué ses études sur la cuisson de la peinture sur porcelaine à feu nu au poêle d’appartement, et il croit avoir résolu complètement le problème, de manière à obtenir des résultats identiques à ceux delà cuisson à la moufle, de sorte que la cuisson au poêle doit être regardée comme un procédé sérieux. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Pinta [X.), membre de la Société centrale d’agriculture d’Arras, envoie à la Société d’encouragement deux brochures, l’une sur une nouvelle culture du blé, l’autre sur le labourage par la vapeur, et il en demande l’examen par la Société. (Agriculture.)
- MM. les Secrétaires signalent les ouvrages suivants dans la partie imprimée de la correspondance :
- M. Theron de Montaugé. Rapport présenté, en 1880, au nom de la Commission des prix, à la Société d’agriculture de la Haute-Garonne.
- M. Blavier, directeur de l’Ecole supérieure de télégraphie : Sur les grandeurs électriques et leurs mesures en unités absolues. Paris, 1881, vol. in-8°. (Dunod, éditeur.)
- M. de Cuyper (À.-C.), inspecteur des études à l’École des arts et manufactures et des mines de Liège, envoie trois brochures in-8 :
- p.284 - vue 286/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- MAI 188t.
- 285
- 1° Enseignement professionnel en Russie. Liège, 1874.
- 2° Enseignement technique en Italie. Liège, 1878.
- 3° Les Universités royales en Italie. Liège, 1879.
- M. Groult (Edmond), docteur en droit, fondateur des musées cantonaux à Lisieux, envoie la 2e année de Y Annuaire des musées cantonaux et des autres institutions cantonales patriotiques d’initiative privée.
- M. le Président remercie les auteurs de l’envoi de ces ouvrages, qui seront déposés
- la bibliothèque de la Société.
- Instruments de météorologie. — M. Mangon présente, au nom de MM. Richard frères, fabricants de baromètres, impasse Fessart, 8, à Paris, un baromètre et un thermomètre enregistreurs destinés à l’usage usuel.
- Ces instruments donnent sur un cylindre, revêtu d’une bande de papier régulièrement divisée, qui est mis en marche par un mouvement d’horlogerie très simple, une courbe, représentant les variations barométriques ou celles du thermomètre, qui est tracée par un bec de plume amorcée par une encre d’aniline dissoute dans la glycérine. Cette encre, ne s’évaporant, pas peut durer longtemps sans s’épaissir. Ces appareils sont faciles à mettre en jeu par le changement de la bande de papier et l’amorçage du bec de plume garnie d’encre, et ils fonctionnent très bien. Il ne faut pas cependant les regarder comme des instruments d’une très grande précision, qui coûteraient dix fois plus; ce sont des appareils d’un usage courant, mais très suffisants pour une foule de recherches.
- Le baromètre est un bon anéroïde ordinaire, et le thermomètre est formé par un tube courbe de Bourdon, rempli d’alcool, qui se déforme et, par conséquent, fait marcher le bec de plume par suite de la dilatation de l’alcool. (Comité des arts économiques.)
- Nécrologie. —- M. le Président fait part à la Société des pertes regrettables qu’elle a faites depuis sa dernière réunion :
- M. de Silvestre. — M. le baron de Silvestre vient de mourir à l’âge de 81 ans.
- Il était fils d’un des fondateurs de la Société et il avait toujours été l’un des membres les plus assidus et les plus zélés du comité des arts économiques, tant que sa santé lui avait permis de prendre une part active à ses travaux. La Société, qui a si longtemps pu apprécier sa coopération bienveillante, regrette vivement la perte qu’elle vient de faire.
- M. Davioud. — C’est avec un extrême regret que M. le Président fait connaître à la Société la perte qu’elle vient de faire par la mort de M. Davioud, membre du comité de l’architecture et des beaux-arts depuis la création de ce comité. Tous les membres du Conseil savent avec quel zèle et quelle application il s’acquittait des missions qui lui étaient confiées. Ce zèle, il l’a apporté dans tous les actes de sa vie ; on sait la part considérable qu’il a prise à l’ornementation de la capitale, pendant qu’il était plus spécialement architecte en chef des promenades de Paris. Sans chercher à rap-
- p.285 - vue 287/684
-
-
-
- 286
- PROCÈS-VERBAUX. — MAI 1881.
- peler tous les monuments remarquables qu’on lui doit, on ne peut pas omettre de parler de ses études pour l’amélioration des théâtres, études dont il a fait des applications remarquables au palais du Trocadéro et dans plusieurs autres grands édifices. Si on a cité le théâtre de Vienne pour ses bonnes dispositions, on a oublié que, longtemps auparavant, dans les théâtres delà place du Châtelet, M. Davioud, suivant les instructions de la Commission municipale de Paris, avait satisfait complètement à tout ce qui peut être exigé pour la facilité de la circulation et pour une parfaite ventilation. Il n’a manqué au succès de ces heureuses combinaisons que d’avoir été utilisées, mises en pratique par un bon service régulier, comme on a fait avec exactitude et méthode à Vienne.
- On publiera prochainement une Notice des principaux travaux du collègue que la Société regrette ; elle montrera combien celte laborieuse vie a été bien remplie et combien son talent et ses éminentes qualités l’ont rendu digne des hommages douloureux qui sont unanimement accordés à son souvenir.
- Rapports des comités. — Canaux, alimentation par machines. — M. Ed. Colli-gnon lit, au nom du comité des arts mécaniques, un Rapport sur un ouvrage de M. Alfred Picard, ingénieur en chef des ponts et chaussées, intitulé : Alimentation du canal de la Marne au Rhin et du canal de l’Est.
- Le comité propose d’adresser à l’auteur des remerciements et des félicitations, et de voter l’impression du présent Rapport au Bulletin, avec les dessins des principales machines, accompagnés de légendes explicatives.
- Les conclusions de ce Rapport, mises aux voix, sont adoptées.
- Celluloïd. — M. Vincent lit, au nom du comité des arts chimiques, un Rapport sur une communication de la Société française du celluloïd.
- Le comité propose de remercier la Compagnie française du celluloïd de son intéressante communication et de voter l’insertion du présent Rapport au Bulletin.
- Après cette lecture, le colonel Goulier présente d’intéressantes observations sur l’application du celluloïd aux rapporteurs topographiques. Il demande qu’une note additionnelle résumant ce qu’il vient de dire soit insérée à la suite du Rapport.
- Les conclusions du Rapport et les observations de M. le colonel Goulier sont adoptées.
- Nominations de membres. — Sont nommés membres de la Société : M. Brachet, pharmacien, à Périgueux ; M. Bellieni fils, fabricant d’instruments de précision, à Nancy.
- Séance du 22 avril 1881.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Correspondance. — M. Belouis (A.), ingénieur, à Colombes (Seine), soumet à l’examen de la Société un procédé pour recueillir l’oxygène de l’air au moyen d’un appareil dialyseur, de manière qu’avec cet appareil, toutes les usines possédant une
- p.286 - vue 288/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- MAI 1881.
- 287
- machine à vapeur] pourront préparer à bas prix de l’air contenant 60 pour 100 d’oxygène et produire, au moyen du gaz, une lumière très intense ou employer l’oxygène dans des opérations métallurgiques. (Comité des arts chimiques.)
- M. Lecoustey (Joseph), route d’Épinay, n° 6, à Saint-Denis (Seine), amélioration des scies à rubans pour le sciage du bois en grume. (Arts mécaniques.)
- M. Paliopy, ancien distillateur de bois, à Carcassonne (Aude), demande l’avis de la Société sur le bon fonctionnement que peut avoir un appareil qu’il décrit, pour la distillation des bois durs. (Arts chimiques.)
- M. Agnew Pope, rédacteur, propriétaire du British Trade journal, demande des renseignements sur une lampe à éclairage sans chaleur. (Arts économiques.)
- M. Bellieni (H.), fabricant d’instruments de précision, place de l’Académie, n° 7, à Nancy, remercie le Conseil de l’intérêt qui lui a été témoigné au sujet de la perte de son père, membre correspondant de la Société, qu’il a faite récemment.
- M. Cagniard (E.), imprimeur, à Rouen, rue Jeanne-d’Arc, 88, demande une médaille de contre-maître pour l’un de ses ouvriers. (Commission spéciale.)
- M. Barthez (Jean), 13, rue de Jessaint, à La Chapelle (Paris), inventeur d’une machine pour le pelage mécanique de l’osier, sollicite un secours de la Société. (Agriculture.)
- M. Legrisson (A.), cultivateur, à Tridon, par Tonneins (Lot-et-Garonne), envoie à la Société des réflexions sur les moyens d’empêcher les incendies qui semblent être plus fréquents depuis quelque temps, et sur les modifications très simples qu’il faudrait, pour cela, introduire dans l’art des constructions. (Construction et beaux-arts).
- M. Oriolle (P.), constructeur-mécanicien, à Nantes, quai de la Fosse, 86, appareil nommé extincteur automatique d’incendies. (Arts économiques.)
- Rapports des comités. — M. Peligot (Eug.) fait, au nom du comité de l’agriculture, un rapport pour demander au Conseil de déclarer dans ce comité l’existence d’une vacance parmi les correspondants français, par suite du décès de M. Kuhlmann.
- M. le Président met aux voix cette proposition et la vacance est déclarée par le Conseil.
- L’élection aura lieu, le vendredi, 13 mai, en séance publique.
- Communication. — Compteur totalisateur électrique. — M. Dumoulin-Froment fait présenter à la Société, par M. le colonel Sebert, un compteur totalisateur qu’il a construit pour la Compagnie parisienne du gaz, et qui enregistre électriquement, à chaque instant et pendant le cours d’une année, le nombre total des tours exécutés par un certain nombre de compteurs à gaz indépendants, (à l’usine de la Villette le nombre de ces compteurs est de dix). Cette totalisation devait se faire sur un appareil qui fût visible à l’extérieur du bâtiment, ce qui excluait l’emploi des compteurs à cadrans multiples dont chacun représente un ordre différent des unités qui composent le nombre total.
- M. le Président remercie M. Dumoulin-Froment et M. le colonel Sebert de cette
- p.287 - vue 289/684
-
-
-
- 288
- PROCÈS-VERBAUX.
- MAI 1881.
- communication et charge le comité des arts économiques d’en faire l’examen.
- Horloges 'pneumatiques. — Communication sur les horloges pneumatiques (système Popp-JResch) présentée à la Société d’encouragement, au nom de M. Popp, par M. Martin, ingénieur de la Compagnie.
- M. le Président remercie M. Popp et M. Martin de cette intéressante communication et de l’exposition qu’ils ont faite dans la salle des différentes applications des horloges pneumatiques, exposition qui montre, par la concordance de tous les appareils, combien ils sont propres à cette unification de l’heure pour les besoins de la vie civile. Le comité des arts économiques sera chargé de l’examen de ces procédés.
- Pile secondaire accumulatrice. — M. Reynier (Emile), rue Benouville, 3, à Paris^ présente à la Société, au nom de M. Faure (Camille), une pile électrique secondaire emmagasinant l’électricité.
- M. Dumas, président, remercie MM. Reynier et Faure des soins qu’ils ont pris pour mettre sous les yeux du Conseil et de l’assistance les expériences nouvelles qui viennent d’être exécutées. Il demande la permission d’adresser des remercîments personnels à M. Planté (Gaston), qui a, le premier, imaginé les piles secondaires dont les effets viennent d’être développés. M. Planté (Gaston) a l’honneur d’avoir créé pour ainsi dire une nouvelle branche d’électricité, et M. le Président espère que son extension pourra donner à l’industrie de nouvelles armes, pour l’éclairage, les actions chimiques et les applications mécaniques.
- Il prie le comité des arts économiques d’examiner cette communication avec l’attention que mérite l’importance du sujet.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE M“e Ve BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L’ÉPERON, 3. — 1881. Jules TREMBLAY, gendre et successeur.
- p.288 - vue 290/684
-
-
-
- pl.128 - vue 291/684
-
-
-
- m \< i 11 \ K \ TAii.xi'hki: mi; iam i: !’\i; m. i-t.i; di \ and .matin\s
- pl.129 - vue 292/684
-
-
-
- §Oe année.
- Troisième série, tome VIII.
- •fuin 1881.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIETE riNCIDUGMNT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. de Laboulaye, au nom du comité des Arts mécaniques, sur la fabrication des velours et peluches, par M. Lepage, de Bernot (Aisne).
- Les métiers à tisser, pour fabriquer les articles de nouveauté, se multiplient chaque jour en Picardie, et les efforts de sa laborieuse population pour satisfaire aux demandes des négociants de Paris, qui s’occupent de l’article mode, de la fabrication des tissus délicats et variés qui exigent beaucoup de soins et d’attention, sont souvent couronnés de succès.
- Tel est le caractère de l’invention que M. Lepage, de Bernot (Aisne), a soumise à la Société d’encouragement. On sait que les velours, les peluches de soie et de laine, se fabriquent au moyen d’une chaîne spéciale, qui s’enroule sur un fer et qui est ensuite coupée par un rabot. M. Lepage s’est proposé d’obtenir le velours par la coupe du fil de trame, ce qui donne la faculté d’employer des fils moins chers, de varier les couleurs, d’espacer à volonté les dessins veloutés, et de permettre, par suite, la création de genres d’étoffes nouvelles.
- La solution du problème que se proposait l’inventeur était difficile, car l’ancien procédé de fabrication, l’emploi des fers, n’était plus possible. C’est en employant de petits couteaux circulaires minces, qu’une pédale, dont le mouvement est relié au battant de la Jacquart qu’elle fait tourner à l’aide d’une corde et d’une poulie, qu’il coupe les boucles qui sont maintenues par des fils métalliques passant dans la partie inférieure du peigne et intervenant à volonté par l’action de la Jacquart,
- Tome VIII. — 80e année, 3e série. — Juin 1881.
- 37
- p.289 - vue 293/684
-
-
-
- 290 ARTS MÉCANIQUES. — JUIN 1881.
- Le produit dont nous parlons n’a pas encore pris une place importante dans l’industrie, mais les nombreux échantillons qui nous ont été soumis prouvent manifestement que le travail peut être fait dans de bonnes conditions par ce nouveau procédé, qui pourra sans doute être amélioré, mais qui ouvrira très probablement une nouvelle voie à une intéressante fabrication.
- Nous vous proposons, par suite, d’encourager M. Lepage en le félicitant des résultats qu’il a obtenus, et en décidant l’insertion du présent Rapport dans le Bulletin de la Société, avec les dessins nécessaires à son intelligence.
- Signé : De Laboulaye, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 11 mars 1881.
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA PLANCHE 130, REPRÉSENTANT L’APPAREIL A FABRIQUER LES VELOURS ET PELUCHES, DE M. LEPAGE.
- La figure 1 est une vue de face de l’appareil montrant l’arbre des couteaux en partie découvert et en partie caché.
- La figure 2 est un plan correspondant.
- La figure 3 est une coupe transversale de l’appareil.
- Enfin, la figure 4 montre, à échelle agrandie, la façon dont les fils de trame sont coupés.
- Cet appareil, qui s’adapte entre le battant A (fig. 3) et l’ensouple de devant, immédiatement au-dessous du tissu fabriqué, se compose d’un arbre B, d’environ 0m,70 de longueur, sur lequel sont enfilés des couteaux circulaires C ; l’arbre est monté sur pointes. D et E ; il est muni d’une petite poulie à gorge F, sur laquelle passe une corde G, qui va aboutir à la roue d’une pédale, dont le mouvement est relié à celui du battant de la Jacquart.
- L’extrémité de l’arbre B, opposée à la poulie, est filetée et reçoit un écrou de serrage H, destiné à presser plus ou moins contre les couteaux.
- Les supports des pointes D et E sont reliés à un fer cornière J, parallèle à l’arbre B, et adapté au bâti du métier; contre ce fer cornière s’appuie une pièce I portant, sur ses deux faces biseautées, une série de rainures rapprochées de manière à former une sorte de peigne ; elle est solidement maintenue et pressée par l’intermédiaire d’une équerre métallique K, et de vis de pression L.
- Dans ces rainures s’engagent des fils métalliques, en fer par exemple, qui courent immédiatement au-dessous du tissu, traversent le peigne du battant, et vont se terminer vers l’ensouple d’arrière qui délivre les fils de chaîne.
- On compose de la sorte une nappe R de fils conducteurs qui séparent le tissu de
- p.290 - vue 294/684
-
-
-
- COMITÉ DE COMMERCE. — JUIN 1881.
- m
- l’arbre des couteaux, et qui, dans des conditions déterminées pour chaque genre de tissu à obtenir, conduisent les fils de trame aux couteaux qui doivent les couper.
- Chaque lame de couteau se place entre deux fils consécutifs et dépasse la nappe d’une certaine quantité, un demi-millimètre par exemple, quantité qu’on peut, d’ailleurs, régler à volonté.
- Ce réglage s’effectue au moyen des vis M M, et quand l’arbre B est dans la position voulue, on l’y maintient par les vis de pression N N.
- Les fils métalliques engagés dans le peigne I en sortent en passant entre les pièces I et K, et viennent s’enrouler par faisceaux (voir fig. 1) autour des vis P, fixées au fer cornière J.
- A leur autre extrémité, ces fils passent tous sur une ensouple, et chacun d’eux est terminé par un fil de caoutchouc muni d’un petit poids, pour assurer une tension régulière et déterminée des fils, tout en leur permettant de se prêter aux mouvements du tissage. On peut d’ailleurs employer tout autre mode d’attache et de tension de ces fils.
- Pour éviter que l’équerre métallique K ne vienne à érailler le tissu S qui frotte sur elle et à arracher les fils coupés, on a soin de noyer à l’angle de cette équerre un cylindre de verre Y, sur lequel s’appuie le tissu.
- Il est aisé de voir maintenant comment l’appareil fonctionne : les fils métalliques étant actionnés comme les fils de chaîne, quand on veut couper un fil de trame, on le fait passer sous deux ou plusieurs fils métalliques consécutifs (suivant la longueur de poil qu’on veut obtenir); ce fil, ainsi retenu (fig. 4), est conduit en regard des couteaux qui le coupent dans l’intervalle des fils métalliques.
- De la sorte, sans rien changer au fonctionnement ordinaire du métier Jacquart, on peut, en faisant passer le fil de trame sous un nombre variable de fils métalliques consécutifs, produire tous les genres de tissus peluches, de velours unis ou brochés, etc., etc., et cela en fabriquant le tissu lui-même (au lieu que maintenant le velours est coupé après le tissu fait).
- De même, les couteaux peuvent être disposés sur l’arbre B en séries (voir fig. 1 et 2) plus ou moins écartées, et séparées par des rondelles pour assurer la stabilité de l’ensemble. Tous les dessins peuvent donc être produits avec cette disposition.
- COMITÉ DE COMMERCE.
- Rapport fait par M. Gustave Roy, au nom du comité de commerce, sur le livre de M. H. Lefèvre, intitulé : Le Change et la Banque.
- Messieurs, il y a une science du commerce; à ceux qui en doutent nous
- p.291 - vue 295/684
-
-
-
- COMITÉ DE COMMERCE. — JUIN 1881.
- cm
- conseillons de lire le livre de M. H. Lefèvre, intitulé : Le Change et la Banque. Trop longtemps, dans notre pays, on a regardé le commerce comme une profession subalterne, qui n’avait besoin d’aucune préparation ; on revient, de nos jours, sur cette idée, et l’on reconnaît que l’homme qui entre dans les affaires, préparé par de fortes études, a plus de chance d’y réussir que celui qui, n’en ayant pas étudié la théorie, n’entend demander de leçons qu’à la pratique.
- Loin de nous de prétendre que les études théoriques peuvent dispenser de la pratique et que l’on n’ait besoin, pour être apte au commerce et à la banque, que d’en connaître les lois ; mais nous affirmons que ces études sont d’un grand secours, qu’elles abrègent les débuts des jeunes gens qui se préparent au commerce, leur ouvrent de plus larges horizons, et leur permettent de se présenter bien armés pour le combat des intérêts contre les intérêts. Aussi avons-nous vu avec une vive satisfaction la Chambre de commerce créer une Ecole oii cet enseignement élevé sera donné à nos jeunes gens.
- En ce qui concerne les opérations de banque et de change, le livre de M. Lefèvre fait désormais autorité ; il expose, avec méthode, les lois du commerce, jusqu’ici mal définies; il nous montre quelles sont les règles qui régissent les opérations de banque ; l’art de payer et de recevoir. C’est, nous le disions dernièrement, à cette science du change, connue de quelques-uns de nos banquiers, que nous avons dû, après nos désastres, de pouvoir, sans troubles financier et monétaire, payer en peu de temps la rançon de la France.
- M. Lefèvre, ancien secrétaire de feu M. le baron James de Rothschild, était à bonne école pour étudier les phénomènes économiques auxquels sont dues les variations dans les cours du papier sur l’étranger : on sent, en lisant son livre, qu’il s’est, par une longue pratique, familiarisé avec tous les calculs des monnaies, des parités, des changes, des arbitrages; ce que les financiers habiles, ce que les cambistes émérites ont saisi par instinct, il l’explique clairement, et substitue aux tours de main d’une savante pratique une méthode raisonnée ; c’est là son mérite.
- La première partie du livre traite de la monnaie ; c’est la mesure de la valeur des choses; c’est la base des transactions et du change. La valeur absolue et la valeur relative de la monnaie doit donc être étudiée avec soin ; car les opérations de banque n’ont pour objet que d’éviter le transport des métaux précieux d’un endroit à un autre, en remplaçant par des lettres de change l’or ou l’argent existant sur une autre place. La question des rapports
- p.292 - vue 296/684
-
-
-
- COMITE DE COMMERCE. --- JUIN 1881. 293
- monétaires internationaux est traitée avec soin par M. Lefèvre ; la lecture de ce chapitre doit faire réfléchir ceux qui, dans ce moment, prétendent forcer la nature et imposer à deux métaux , à deux marchandises, un rapport immuable.
- Des rapports monétaires internationaux M. Lefèvre déduit des règles invariables qui deviennent des axiomes commerciaux : « Quand un nombre quelconque de places sont au pair ou à la parité, leurs cotes forment des produits ou des quotients qui sont égaux à l’unité. »
- Il serait trop long de faire ici la démonstration de ce théorème; on la trouvera dans l’ouvrage de M. Lefèvre.
- La seconde et la troisième partie traitent du change et des opérations auxquelles il donne lieu. Là, encore, nous trouvons la démonstration de théorèmes qui doivent servir de guides dans les transactions :
- « Quand la relation est plus grande que l’unilé, si l’on prend les cours, ou plus grande que zéro, si l’on prend les agios, c’est aux créanciers à faire traite, soit directement, soit par la place tierce.
- « Et si la relation est plus petite que l’unité, avec les cours, ou plus petite que zéro, avec les agios, c’est aux débiteurs à faire remise, soit directement, soit par l’intermédiaire de la place tierce. »
- De ce théorème découlent des théorèmes secondaires qui servent de règles aux opérations connues dans la pratique sous le nom de traites et remises continues et rentrantes, parité, prix de revient, ordres de banque.
- Le chapitre qui traite de cette opération qui consiste à rendre comparables les changes sur l’étranger en les ramenant tous à un type uniforme, ce qu’en langage technique on désigne sous le nom de nivellement des cours, a été l’objet d’un soin particulier; elle est comme la démonstration de la remarquable théorie des changes étrangers de M. Goschen.
- Telles sont les études auxquelles nous convions ceux qui veulent, à l’avenir, s’occuper de commerce et de banque; plus que jamais elles leur sont utiles. Paris est devenu l’une des premières places financières du monde; c’est a notre Bourse que se négocient et se cotent les valeurs de tous les pays. Les métaux précieux, la monnaie, les billets de banque, le papier-monnaie, ne sont plus les seuls éléments du change ; nous avons à y ajouter les valeurs immobilières, les fonds d’Etat, les titres des grandes sociétés industrielles et financières; les actions et les obligations de chemins de fer et leurs coupons, sont devenus pour les nations de nouveaux éléments et de puissants moyens de payements, de compensation, de change.
- p.293 - vue 297/684
-
-
-
- 294
- BIOGRAPHIE. — JUIN 1881,
- Nous sommes heureux de voir ces opérations expliquées avec méthode ; M. Lefèvre a fait, en quelque sorte, le code du change, il en a résumé et expliqué les lois. C’est, comme nous le disions, une science indépendante que celle du commerce; elle vient largement au secours de ces sciences qui ont agrandi, élargi, honoré nos industries et dont je vois ici d’illustres représentants.
- Il ne suffit pas, en effet, de produire; il faut vendre, il faut écouler les objets fabriqués dans nos manufactures, les échanger contre d’autres ou contre les métaux précieux qui en représentent la valeur ; aussi la Société d’encouragement voudra prouver qu’elle tient en estime cet art de payer et de recevoir, si bien expliqué par M. H. Lefèvre. Votre comité de commerce vous propose de remercier l’auteur du livre dont nous venons de vous rendre compte et de vous montrer l’utilité. Nous demandons l’insertion, dans le Bulletin, du Rapport de ce comité.
- Approuvé en séance, le 27 mai 1881.
- Signé : Gustave Roy, rapporteur.
- BIOGRAPHIE.
- ÉLOGE HISTORIQUE DE HENRI-VICTOR REGNAULT, MEMBRE DE L ACADËMIE DES SCIENCES, PAR M. J.-B. DUMAS, SECRETAIRE PERPETUEL (1).
- Messieurs, ce n’est pas sans émotion que je viens devant l’Académie, à la fin de ma carrière, consacrer quelques pages à la mémoire d’un confrère que j’ai profondément admiré et beaucoup aimé : Victor Régnault. Dès ses débuts, les circonstances nous avaient rapprochés, et les événements ont semblé se plaire à nous mettre en contact plus intime encore aux heures décisives de son existence, parfois si heureuse et souvent si tourmentée.
- Parmi les savants dont tes travaux ont pris une place éminente et durable dans nos Annales, il n’en est aucun dont la vie ait offert les contrastes qu’on rencontre dans celle de Régnault. Quand la Fortune semblait lui sourire et l’accabler de ses dons, au fond, toujours irritée et menaçante, elle se réservait de le traiter en marâtre et de le dépouiller de toutes ses faveurs par le
- (1) Lu dans la séance publique annuelle de l’Académie des sciences du 14 mars 1881.
- p.294 - vue 298/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE,
- JUIN 1881.
- 295
- plus sauvage des retours. Il y a vingt ans, entouré d’une famille nombreuse au milieu de laquelle brillait, dans tout l’éclat de sa renommée naissante, le jeune artiste dont la France en pleurs a consacré la mémoire héroïque, Régnault, avait vu, coup sur coup, disparaître tous les siens; doué de la raison la plus ferme, il avait senti son intelligence s’obscurcir; habile à tous les exercices du corps, infatigable même, il venait naguère vers nous, affaissé sous le poids d’une vieillesse prématurée, soutenu par un bras charitable, et traînant des membres impuissants que la volonté ne dirigeait plus. Entré dans la vie par un chemin difficile et rude, il avait rapidement conquis tous les honneurs, amassé tous les biens, connu toutes les joies; victime d’une fatalité implacable, il descendait avec la même hâte fiévreuse toutes les étapes de la voie douloureuse. On dirait que deux divinités rivales se rencontrant près de son berceau, tandis que l’une lui promettait tous les succès, l’autre le condamnait à tous les revers.
- Àndré-Privat Régnault, son père, originaire de Paris, capitaine au corps des ingénieurs géographes militaires, s’était marié, en 1807, à l’âge de vingt-huit ans, à Aix-la-Chapelle, avec une jeune femme de famille italienne, Marie-Thérèse Massardo. Cette union, qui devait être si courte, leur avait donné deux enfants : une fille et un fils. Notre futur confrère, Victor Régnault, né en 1810, avait deux ans à peine lorsque pendant la campagne de Russie, en 1812, l’infortuné capitaine, mortellement blessé, était abandonné sur la route de Wilna. Frappés par ce premier deuil de tragique présage, ses enfants devaient bientôt en connaître un second : Mmc Régnault mourait à son tour, épuisée de douleur, laissant deux orphelins, sans famille, sans ressources, mais non sans appui.
- En effet, ils n’étaient pas abandonnés de la Providence. Parmi les camarades d’armes du capitaine Régnault, un officier du même âge et du même grade, Jean-Baptiste Clément, fidèle aux nobles traditions de la fraternité du champ de bataille, n’avait cessé de témoigner à la veuve de son ami la plus constante sollicitude, et lorsque la fille d’un membre de l’Académie française, Alexandre Duval, devint sa compagne, les enfants Régnault trouvèrent en Mme Clément une seconde mère.
- La prudence commandait de leur donner un état; ils furent placés, rue Richelieu, dans une maison de nouveautés, oii le jeune Victor fut bientôt distingué : sa vive intelligence, son entrain, son précoce bon sens, tempéré par la gaieté communicative qui ne l’abandonna jamais, tout en lui provoquait la sympathie. Jusqu’à l’âge de dix-huit ans, il remplit les fonctions les
- p.295 - vue 299/684
-
-
-
- 296
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881.
- plus modestes. Commis exact et scrupuleux, on lui laissait quelque liberté, il n’en abusa pas; les heures dont il pouvait disposer, il les consacrait à la Bibliothèque nationale. Il reconnut bientôt que les éléments des mathématiques ne lui offraient aucune difficulté, et il en poursuivit l’étude. Son père avait appartenu aux armes savantes; l’École polytechnique lui apparut dans le lointain, non comme l’objet de ses rêves, Régnault ne fut jamais rêveur, mais comme un but précis, marqué à sa légitime ambition.
- Ses heureuses facultés reconnues, on n’hésita pas à le faire entrer dans une institution préparatoire à l’École polytechnique, ou bientôt une supériorité incontestée l’élevait au rôle de répétiteur. La pauvreté ne lui avait pas seule inspiré le goût du travail; il le tenait de la nature ; mais elle lui avait donné l’habitude de toutes les sobriétés, le mépris des moyens factices, et rien n’est plus touchant que de le voir préparant dès ce moment à sa sœur, par le produit respecté de ses leçons, une modeste dot, caisse d’épargne fraternelle à laquelle il ne cessa plus de verser.
- Désormais les difficultés semblaient vaincues; Régnault touchait au but. Mais si la divinité secourable avait veillé sur lui, la divinité sinistre ne l’oubliait pas ; une maladie grave vint le frapper, au moment même où s’ouvrait la session pour l’admission à l’École polytechnique, et son examen fut remis à la fin de la liste.
- C’est ainsi qu’il arrivait aux extrémités de la France, dans la dernière des villes où les candidats devaient se rendre, à l’heure même où il s’agissait de subir l’épreuve décisive. L’examinateur, M. Lefébure de Fourcy, n’était pas tendre. Deux fois déjà, mais en vain, il avait appelé Régnault, et il levait la séance, lorsque celui-ci se présenta. Sa figure pâle, son menton imberbe, sa longue chevelure blonde, ses traits amaigris par la maladie, altérés encore par la fatigue d’une longue route en diligence, tout annonçait un débile enfant dont l’examen serait court. Les assistants réprimèrent à peine leur sourire en entendant M. Lefébure de Fourcy débuter avec lui par une des plus difficiles questions du programme, comme s’il voulait, du premier coup, exécuter un importun. La réponse ne laissant rien à désirer, un duel à outrance s’ouvrit entre l’examinateur, bien portant et maître de sa pensée, et le candidat, luttant contre l’épuisement, mais ne laissant paraître aucune défaillance intellectuelle. Aux questions succédaient les questions; M. Lefébure semblait s’oublier; il grossissait sa voix à mesure que celle de Régnault allait faiblissant, et l’auditoire, ému, se passionnait pour ce jeune homme près de tomber évanoui.
- p.296 - vue 300/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE. — JUIN 1881.
- 297
- Ce supplice ayant pris fin, Régnault s’éloignait entouré des plus vives sympathies, tandis que M. Lefébure écoutait, sans s’émouvoir, les murmures qui s’élevaient sur son passage. Il connaissait trop bien le personnel des écoles préparatoires pour ignorer la valeur de Victor Régnault, dont la place était marquée aux premiers rangs, et il voulait qu’elle fût confirmée par l’opinion, précisément à cause de la mesure qui avait retardé l’époque de son examen.
- Régnault entrait à l’Ecole polytechnique en 1830. Une large carrière s’ouvrant désormais devant lui, il n’avait plus qu’à se laisser porter par le courant. Une puissance de travail singulière, une clarté d’esprit inaltérable, une aptitude naturelle pour la partie mathématique des études, une main de la plus rare habileté pour les travaux graphiques, rien ne lui manquait.
- Cependant la destinée lui réservait encore une triste surprise. On était à une époque troublée; l’École polytechnique était le point de mire des émeutes ; les élèves furent munis de fusils. En soulevant brusquement son arme, Régnault atteignit une lampe dont le verre, brisé par le choc, vint, en tombant, pénétrer clans son œil gauche, faire craindre la perte de l’organe et rendre, en tout cas, un long repos nécessaire. Malgré cet^échec, Régnault sortait au premier rang à la fin de ses études. Après deux ans passés à l’École des mines, il visitait les houillères d’Anzin, examinait les procédés métallurgiques de la Saxe et s’arrêtait enfin parmi les élèves de Liebig, dans le célèbre laboratoire de Giessen. Ses journaux de voyage, fort remarqués au Conseil des mines, le signalaient comme l’une des espérances de ce corps célèbre.
- Les professeurs de l’École polytechnique, de leur côté , s’étaient promis d’y rappeler Régnault, dès qu’une place de répétiteur deviendrait vacante ; il était propre à toutes. Le hasard en dé ûda. Après un séjour momentané à Lyon, où il avait été chargé du cours de chimie de la Faculté, comme suppléant de notre confrère, M. Boussingault, il rentrait à l’École polytechnique, en 1836, attaché à la chaire de Gay-Lussac. Quelques mois après, il contractait, avec Mlle Clément, cette union que leur enfance avait préparée et à laquelle les grâces ineffables de la jeune épouse, ainsi que les brillants débuts du jeune savant, semblaient promettre la plus enviable destinée.
- Les Mémoires consacrés à des études de pure chimie, que Régnault publia d’abord, prouvent que toutes les théories de cette science lui étaient fami-
- Tome VIII. ~ 80e année. 3e série. — Juin 1881. 38
- p.297 - vue 301/684
-
-
-
- 298
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 188t.
- lières, qu’il possédait à un degré peu commun le maniement des procédés les plus délicats de l’analyse, ainsi que l’art difficile de combiner les expériences propres à conduire à des résultats solidement acquis.
- On s’occupait alors avec ardeur de chimie organique ; ses recherches sur les alcalis végétaux fixèrent toutes les incertitudes sur leur véritable composition.
- I/étude de l’action singulière que le chlore exerce sur certaines matières dont il soustrait l’hydrogène en prenant sa place commençait à faire pressentir le rôle auquel la théorie des substitutions était destinée ; Régnault en réalisa les exemples les mieux choisis, et, par des travaux restés classiques, en suivit toutes les étapes depuis le point de départ jusqu’à l’extrême limite,
- L’eau est si souvent mise en contact avec les métaux, dans les recherches scientifiques du laboratoire ou dans les procédés pratiques de la métallurgie, qu’on ne vit pas sans surprise ses expériences signaler des réactions imprévues dans les rapports de ce liquide avec les métaux les plus communs.
- Enfin, on s’était contenté, pour l’appréciation de la valeur des divers combustibles, des procédés les plus vulgaires ; Régnault fit voir que les anthracites, les houilles, les tourbes et les bois possèdent, comme sources de chaleur, des propriétés liées à leur composition, et tous les jours on applique dans les ateliers les règles qu’il a déduites de ses analyses, pleines d’intérêt, d’ailleurs, pour la géologie.
- Qui ne connaît, du reste, non seulement en France mais à l’étranger, où les traductions l’ont rendu populaire, l’excellent Traité de chimie publié par notre confrère, lorsqu’il fut chargé de l’enseignement de cette science à l’École polytechnique ? Dans ce livre plein de bon sens, écrit avec ordre et clarté, gardant un juste équilibre entre les résultats de l’observation et les conceptions de l’esprit, on trouve cependant une lacune. Rien n’y rappelle la marche des inventeurs, les hasards qui ont guidé leurs premiers pas, les efforts de sagacité ou de génie qui les ont conduits au but. Ce traité prépare le lecteur à répondre correctement au plus exigeant examen ; il n’éveille ni la curiosité féconde qui dirige vers l’étude des œuvres originales, ni le sentiment de la méthode à laquelle les découvertes des maîtres sont dues. Malgré la perfection des ouvrages, ayant trait à la chimie, publiés par Régnault, ce n’est pas de ce côté, en effet, que le cours de ses idées le dirigeait. C’est par des travaux de précision comme physicien, et non par des inventions comme chimiste, qu’il a mérité la grande place que l’histoire de la science contemporaine lui assigne et que la postérité lui ratifiera.
- p.298 - vue 302/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881.
- La transition entre les études de pure chimie qui l’avaient occupé jusqu’alors, et les travaux de physique auxquels il semblait prédestiné, s’opéra d’une manière accidentelle. Conduit à s’occuper, comme chimiste, des chaleurs atomiques, Régnault ne songeait pas à changer de carrière ; cependant, entraîné par une pente naturelle, il se consacra tout entier à l’étude de la chaleur, et il étonna bientôt le monde savant par l’abondance des résultats précis dont il enrichit cette branche de la physique.
- Mais, aussi, quel sujet plus beau d’étude, il y a quarante ans? La science et l’économie politique réclamaient alors l’examen approfondi de la chaleur, comme elles réclament aujourd’hui l’étude pratique de la lumière et celle de l’électricité. D’oii viennent donc, en ce siècle qui semble l’esclave de la matière et des sens, de telles préoccupations au sujet des forces, c’est-à-dire des conceptions les plus pures de l’intelligence, sinon du contraste entre les anciens moyens d’action de l’homme et les nouveaux ?
- Le génie civil ouvre les montagnes, construit de gigantesques viaducs, franchit les détroits, détourne les fleuves, impose des digues aux flots de la mer, et perce les isthmes. Ces monuments ne font pas oublier, cependant, les restes imposants que les civilisations antiques ont laissés en souvenir de leur passage sur la terre. Dès l’origine des sociétés, l’Inde et l’Egypte réalisaient des prodiges que nous surpassons à peine. Mais si l'antiquité connaissait l’art de tirer parti des forces de l’homme ou des moteurs animés, elle a ignoré l’art plus délicat d’asservir aux besoins de la civilisation la lumière, la chaleur, l’électricité, ces forces si longtemps insaisissables, dont nous exploitons la puissance, et dont nous mettons volontiers en oubli l’idéale beauté, à laquelle les premiers hommes rendaient surtout hommage.
- En notre temps positif, hélas ! Apollon, fils de Jupiter, dieu de la poésie et des arts, dont le char, précédé par l’Aurore, parcourait la courbe des cieux pour disparaître enflammé dans le sein des flots, ne conduit plus le sublime choeur des Muses : descendu de l’Olympe, il vient donner le mouvement et la vie à l’atelier du photographe ou aux presses de Gutenberg, et nous le verrons même bientôt contraint à faire auprès de nous l’office de servi teur universel. Lorsque Prométhée, fils de Junon, dérobait le feu du ciel pour en faire l’âme modeste du foyer domestique, il ne prévoyait pas que ce feu, engendrant la vapeur, deviendrait, sous la main d’un humble chauffeur, l’agent hautain, bruyant et formidable, qui dompte les mers, supprime les distances et livre la terre soumise à toutes les énergies de l’activité humaine. L’électricité, dont les éclairs, la foudre et les orages, écla-
- p.299 - vue 303/684
-
-
-
- 300
- BIOGRAPHIE. — JUIN 1881.
- tant sous la main du Maître de la voûte étoilée, avaient seuls révélé le pouvoir, descend sur la terre à son tour et se plie maintenant à toutes nos volontés. Sous sa forme inquiétante et magique, elle met en fusion, volatilise ou décompose les matières les plus réfractaires, éclaire nos phares ou nos rues, donne le mouvement aux machines, rappelle sur les cadavres les actions éteintes de la vie, et porte au loin la pensée et même la parole, plus rapide en son vol que la messagère des dieux !
- Yoilà pourquoi la chaleur, la première de ces forces dont on ait tiré parti, provoque, depuis près d’un siècle, une vive attention. Quant à sa nature, on a longtemps hésité. Fallait-il y voir une matière subtile pénétrant les corps, les gonflant, ainsi que l’eau absorbée par une éponge, et s’échappant quand ils se refroidissent et se contractent, comme l’eau qui ruisselle d’une éponge comprimée? Fallait-il y voir, au contraire, une force agitant les molécules de ces mêmes corps d’un mouvement vibratoire, plus lent quand ils sont froids, plus rapide quand ils sont chauds? Les anciens physiciens penchaient pour la première explication; la seconde est adoptée aujourd’hui, comme mieux d’accord avec les phénomènes connus. Quoi qu’il en soit, que se passe-t-il quand on chauffe un solide, un liquide ou une vapeur; quand un solide se liquéfie, quand un liquide devient aériforme, quand la chaleur, enfin, passe d’une substance dans une autre? Autant de problèmes, dont notre confrère, se dégageant de toute hypothèse, voulut aborder l’étude et préparer la solution, dès qu’une circonstance, qui intéresse l’histoire de la science, l’eut conduit à s’occuper du dernier d’entre eux.
- Il y a un siècle à peine, on ignorait que, pour échauffer au même degré des poids égaux de deux matières différentes, il faut employer des quantités de combustible très variables, et que l’eau réclame plus de chaleur que toute autre substance, pour passer d’un degré du thermomètre à un degré supérieur. Un savant professeur de l’Université d’Edimbourg, Black, que la France pourrait presque réclamer, car il était né à Bordeaux, ayant appelé l’attention sur ce fait étrange, des physiciens habiles montrèrent bientôt que, pour acquérir la même température, l’eau absorbe deux fois plus de chaleur que l’huile, cinq fois plus que le verre, dix fois plus que le fer, trente fois plus que le mercure. C’est ainsi qu’à cette époque où la chaleur était considérée comme une matière, on disait que la capacité de l’eau pour la recevoir dépassait celle de tous les autres corps. Laplace et Lavoisier accordé-
- p.300 - vue 304/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881.
- 301
- rent un vif intérêt à ces expériences et aux vues nouvelles dont elles étaient l’expression. Cependant rien n’annonçait encore le rôle qui leur était réservé dans le développement de la philosophie naturelle, lorsque Dulong et Petit furent amenés à s’en occuper.
- Le lundi 5 avril 1819, date mémorable, Petit, dont un an plus tard la science déplorait la mort prématurée, montrait, en confidence, à son beau-frère Arago, un chiffon de papier, sur lequel se trouvaient inscrits les rapports selon lesquels les corps simples se combinent, et les quantités de chaleur exigées par chacun d’eux pour s’échauffer d’une manière égale sous le même poids. Au premier aspect, c’était le désordre; mais, en multipliant pour chacun de ces corps les deux chiffres l’un par l’autre, tous les produits se trouvaient égaux. Une heure après, l’illustre secrétaire perpétuel, convaincu que Dulong, toujours hésitant, pourrait s’opposer à la divulgation de cette belle loi, en entretenait ses confrères, par une indiscrétion calculée. Huit jours plus tard, les deux collaborateurs l’énonçaient devant l’Académie elle-même, dans un Mémoire célèbre, en ces termes précis : « Les atomes de tous les corps simples ont exactement la même capacité pour la chaleur. » Au milieu du désordre des chiffres, apparaissait tout à coup l’indication claire d’une loi de la nature.
- Il n’y eut qu’un cri dans l’Europe savante. Je ne serai démenti par aucun des rares survivants de cette époque ; chacun pensait que la philosophie naturelle venait de faire un grand pas ? Lavoisier avait prouvé que dans tous les phénomènes de combinaison ou de décomposition des corps, rien ne se perd et rien ne se crée, comme si la matière était formée de particules inaltérables; Berzélius avait employé sa vie à démontrer que ces particules peuvent être considérées comme des atomes capables de s’unir ou de se séparer sans changer de nature ou de poids ; mais ces savants illustres avaient envisagé la matière dans ses seuls rapports avec la matière; Dulong et Petit, en rattachant les propriétés fondamentales de la substance pesante à celles d’un fluide impondérable ou d’une force, la chaleur, semblait donner au vieil atomisme grec une consécration moderne et supérieure.
- Malgré le triomphant accueil fait à cette découverte, vingt années s’étaient écoulées, et Dulong se montrait de moins en moins disposé à poursuivre les recherches qu’elle provoquait. Peut-être m’est-il permis de rappeler les efforts persistants que j’ai dû faire pour déterminer Régnault à entrer en lutte avec le problème des chaleurs spécifiques. Longtemps il hésita ; s’engageant
- p.301 - vue 305/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881.
- 30J>
- résolument, enfin, dans une carrière qui devait honorer sa vie, il montra, par la discussion des méthodes et par les combinaisons des appareils, les qualités d’un savant de premier ordre. Il ne cessa jamais, du reste, au milieu de ses plus grands travaux, de s’intéresser au problème des chaleurs spécifiques auquel il avait consacré ses premiers pas dans la carrière de la physique. Il saisit toutes les occasions de multiplier ses expériences, et nul n’en a publié de plus importantes, par l’heureux choix des matériaux, par l’admirable sûreté des résultats, et par la netteté des conclusions. Il découvrit entre divers métaux des ressemblances ignorées. Il étendit aux atomes de toutes les combinaisons, pourvu qu’elles fussent du blême ordre, la loi que Dulong et Petit avaient énoncée comme particulière aux atomes des éléments, démontrant ainsi une vérité de la plus haute signification, savoir : que les corps considérés comme simples par la chimie sont seulement des corps du même ordre, et que nous ne connaissons pas encore les véritables éléments.
- Dès ce moment, Régnault introduisait un principe nouveau dans les études de la physique expérimentale. Pour en comprendre la portée, il faudrait remonter au traité classique de Biot, ou sont exposées, avec une si parfaite lucidité, les corrections de tout genre au moyen desquelles un phénomène complexe serait débarrassé des causes d’erreur qui le troublent, si celles-ci étaient appréciées avec une précision absolue. Quiconque, adoptant cette marche, emploie des appareils simples mais exigeant des rectifications nombreuses, reconnaît bientôt cependant qu’elle est pleine de périls. D’un résultat douteux les corrections ne font jamais une vérité, pas plus que d’un coupable les circonstances atténuantes ne font un innocent
- Régnault pose en principe que le résultat de toute expérience doit se dégager net et clair. Il fait usage de mécanismes compliqués, c’est vrai ; mais, si l’appareil est complexe, le phénomène à observer est simple. Dans l’art d’expérimenter, en fait de corrections, il ne reconnaît qu’un procédé sûr, c’est celui qui n’en exige pas. N’est-ce pas d’ailleurs la méthode des moralistes profonds, des politiques heureux et des grands capitaines? N’est-ce pas en écartant tous les détails parasites et marchant droit au but, qu’ils savent mettre en saillie les lignes maîtresses d’une passion, saisir l’heure opportune du succès dans une époque troublée, ou fixer la victoire par une manœuvre décisive au milieu des désordres d’une bataille? La doctrine qui a constamment dirigé Régnault est là tout entière, et, en la mettant en évidence, il a
- p.302 - vue 306/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881»
- 303
- rendu aux sciences un service qui ne sera< point oublié, car il s’étend à l’art d’interroger la nature dans toutes les directions, et il constitue le premier et le plus important précepte de la méthode expérimentale.
- Dès lors Régnault découvrait un autre point de vue, que ses études postérieures lui ont donné l’occasion de mettre en évidence dans des circonstances importantes. Les résultats approximatifs indiquent souvent entre les faits naturels des relations simples, que les résultats exacts ne confirment pas. Les expériences précises de Régnault enlevaient à la loi de Dulong et Petit, établie sur des faits insuffisants, le caractère d’une loi mathématique, et notre confrère a démontré plus tard que celle-ci trouverait seulement son application dans les gaz qu’il apnelle parfaits. Les quantités de chaleur employées pour faire varier la température des liquides ou des solides dépendent de plusieurs causes, parmi lesquelles la masse des molécules reste assez prépondérante cependant pour justifier le sentiment de Dulong et de Petit. Mais la loi qu’ils ont cru découvrir, absolument vraie pour un état idéal de la matière que nous ne réalisons pas, n’apparaît plus que comme un souvenir plus ou moins effacé, quand on opère sur des substances considérées dans l’état grossier ou nous les connaissons.
- Ce n’est, pas tout : il y a deux siècles, Mariotte, prieur de l’abbaye de Saint-Martin-sous-Reaune, constatait que Pair, se condense en raison des poids dont il est chargé, et que sous un poids double, par exemple, l’espace qu’il occupait se réduisait à moitié. Régnault fit voir que la loi de Mariotte ne.conviendrait qu’à ces gaz qu'il suppose parfaits. Loin d’obéir à une règle uniforme, chacun des gaz connus se comporte d’une manière qui lui est particulière, et, pour des pressions également augmentées, les espaces qu’ils occupent diminuent, en général, plus ou moins, selon qu’ils se rapprochent plus ou moins eux-mêmes du moment où ils prennent la forme liquide.
- Enfin, lorsque Gay-Lussac, élève ingénieur de l’Ecole des ponts et chaussées, cherchait, à l’âge de vingt-deux ans, sous l’inspiration de Laplace et Rerthollet, à déterminer quelle expansion éprouvent les gaz quand on les chauffe, les petites différences propres à chacun d’eux lui échappèrent. Il n’hésita pas à considérer les gaz et les vapeurs comme également dilatables par la chaleur. Régnault a démontré que chaque gaz soumis à l’action de la chaleur se modifie d’une manière spéciale, et que des gaz supposés parfaits réaliseraient seuls encore l’idéal dont on avait cru trouver l’expression dans les gaz ordinaires.
- p.303 - vue 307/684
-
-
-
- m
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881.
- Les lois que Mariotte, Gay-Lussac, Dulong et Petit avaient énoncées ont gardé leur caractère usuel ; elles n’ont pas conservé leur précision mathématique; Régnault, par des expériences irréprochables, a démontré que, vraies pour un gaz idéal dont les particules seraient dépourvues d’action réciproque, elles ne le sont pas tant que cette action se mêle aux effets de la chaleur ou de la pression.
- Pour voir disparaître celle-ci, il faudrait atteindre aux régions les plus élevées de l’espace, s’approcher du vide absolu, parvenir à une raréfaction telle que l’air dont nous sommes entourés deviendrait en comparaison un épais milieu, et faire connaissance avec un état de la matière dont on n’a essayé d’approcher que dans ces derniers temps et dont les propriétés nous échappent encore.
- À mesure que les travaux de notre confrère se multipliaient, on voyait ainsi s’accroître, à la fois, sa confiance dans l’autorité de l’expérience et sa méfiance à l’égard des doctrines. On lui avait enseigné que la chaleur était un corps, elle devenait un mouvement; que les gaz offraient la matière dans le dernier état d’atténuation, et ce n’était plus qu’une poussière moléculaire visqueuse ; que les éléments chimiques étaient de véritables corps simples, et cette grande conclusion de la loi de Dulong et Petit s’évanouissait. Comment, plus tard, eût-il accepté pour définitives des opinions nouvelles dont la durée ne lui semblait pas mieux garantie que celle des théories anciennes qu’il avait dû abandonner ? Au lieu de proclamer des lois éternelles réservées à un domaine idéal, inaccessible, ne fallait-il pas se contenter d’en entrevoir, dans nos régions matérielles inférieures, les vestiges» et les souvenirs imparfaits ?
- C’est ainsi que Régnault, devenu sceptique, tout en restant passionné pour la vérité, est amené à consacrer sa vie à l’observation des faits précis et à la recherche des formules empiriques. Sous ce double rapport, il laisse un ensemble de documents d’une incomparable richesse et d’une fécondité que le travail de longues générations n’épuisera pas. Après avoir créé la vraie calo-rimétrie, il reconstitue successivement l’hygrométrie et la thermométrie; ses travaux se multiplient, ses publications se succèdent rapidement, et toutes se distinguent par une physionomie spéciale et nouvelle. Critique défiant, aucune cause d’erreur ne lui échappe ; esprit ingénieux, il trouve l’art de les éviter toutes ; savant plein de droiture, au lieu de donner le résultat moyen de ses expériences, il en publie tous les éléments qu’il livre à la dis-
- p.304 - vue 308/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881.
- 305
- cussion. Dans chaque question, il introduit quelque méthode caractéristique; il multiplie, il varie les épreuves, jusqu a ce que l’identité des résultats ne laisse aucun doute. La manière de Régnault a fait école ; chaque physicien s’y conforme aujourd’hui; on voudrait le suivre dans tous ses travaux, il faut se borner à quelques exemples.
- Un litre d’eau pèse un kilogramme, mais combien pèse un litre d’air ou de tout autre gaz? Déterminer avec précision le* poids toujours si faible d’un gaz emprisonné dans un ballon de verre, alourdi par une armature métallique, constitue une opération délicate. Il faut que le gaz soit pur et sec, que sa pression et sa température soient définies, conditions qu’on avait su réaliser; mais suspendre un ballon de verre à l’un des plateaux d’une balance et déposer dans l’autre des poids de métal, c’est mettre en présence des masses déplaçant des quantités d’air tellement différentes, qu’une correction, une seule, restait encore nécessaire. On l’avait éliminée par un artifice; Régnault la supprime absolument en équilibrant le ballon contenant le gaz par un ballon compensateur de même volume, suspendu au plateau opposé. Les variations de l’atmosphère devenues indifférentes au système, il se comporte dans ce milieu changeant comme s’il était placé dans le vide invariable, et c’est ainsi que Régnault a déterminé le poids du litre d’air et celui des principaux gaz avec une précision que personne ne songe à surpasser. C’est également ainsi qu’il a donné à la balance, le plus sûr des instruments scientifiques, sa dernière perfection.
- Dans notre jeunesse, nous entendions affirmer, par nos plus illustres prédécesseurs, dont les vues sur le temps et l’espace n’étaient peut-être pas aussi étendues qu’elles le sont à l’époque actuelle, que la composition de l’air ne variait pas. Us s’appuyaient sur des analyses effectuées à vingt ans de distance, montrant que la proportion d’oxygène contenue dans l’air n’avait pas changé. Mais notre atmosphère aurait pu perdre ou recevoir plus d’un milliard de kilogrammes d’oxygène, sans que leurs moyens imparfaits eussent signalé cette modification. Des analyses effectuées par un procédé plus sûr nous ayant amenés à penser, M. Boussingault et moi, qu’ils avaient raison, Régnault fut conduit à la même conclusion par une méthode différente ; nous pesions l’oxygène, il le mesurait. Mais l’instrument de mesure dont il se servait, l’eudiomètre à mercure, n’était plus l’outil imparfait et grossier de nos pères ; il en avait fait un appareil de précision d’une délicatesse absolue, quun astronome n’eût pas désavoué et qui est demeuré classique. Il avait d’ailleurs varié et multiplié ses analyses sans relâche et j usqu’à parfaite
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Juin 1881, 39
- p.305 - vue 309/684
-
-
-
- 306
- BIOGRAPHIE. — JUIN 1881.
- démonstration. Dans les limites de nos moyens d’observation, l’air se montre donc uniforme dans sa composition. Cependant, devenus plus circonspects, oserions-nous affirmer encore qu’il ne se modifiera pas avec les années, quand, autour de nous, tout change et tout se meut?
- L’homme et les animaux ont besoin d’air pour respirer. Ils en absorbent l’oxygène ; ils lui rendent de l’acide carbonique, comme si le charbon qui fait partie de leurs tissus était brûlé par une combustion lente, d’une manière analogue à celle qu’on observe dans la combustion vive d’une lampe enflammée. La chaleur propre des animaux, qui se soutient pendant que le poumon fonctionne, se dissipe lorsque la respiration s’arrête, et, il y a près de quatre mille ans, les poètes de l’Inde considéraient déjà la chaleur comme le principe de la vie, et le refroidissement comme l’indice de la mort. Les études considérables entreprises sur la respiration par Régnault, avec le concours de son savant collaborateur, M. Reiset, ont porté la lumière sur ces intéressantes questions. Leurs prédécesseurs s’étaient contentés d’étudier le phénomène sur des animaux gênés dans leurs allures. Pour la première fois, ceux-ci furent placés dans un récipient ou leurs habitudes étant respectées, ils pouvaient y séjourner indéfiniment. L’air y était renouvelé par d’ingénieux mécanismes dont on ne pourra plus se dispenser de faire usage désormais. Les oiseaux, les mammifères, les reptiles, les insectes, offrent dans leur respiration des différences que les deux éminents observateurs ont mesurées. Les animaux à l’état de repos ou de sommeil, nourris abondamment ou soumis à un jeûne prolongé, les animaux hibernants eux-mêmes ont été comparés. Dans l’état d’hibernation, la température du corps étant descendue à ï% degrés, la respiration s’abaisse à des quantités à peine appréciables, et, loin de diminuer, le poids du corps augmente. Quelle serait la durée de la vie dans ces conditions de torpeur qu’ont traversées peut-être certains mammifères de l’époque glaciaire? C’est ce que nous ignorons ; mais, d’après ces résultats, on peut présumer qu’elle serait longue, la dépense étant réduite alors à sa plus simple expression.
- Régnault, que ses importantes recherches de chimie avaient désigné, dès 1840, au choix de l’Académie, en remplacement de Robiquet, avait été bientôt appelé à monter dans la chaire de Savart et d’Àmpère, comme professeur de physique au Collège de France. Prenant pour texte de ses premières leçons les questions les plus profondes de l’optique, il ouvrait ainsi cette série de cours où la hauteur des vues le disputait à la sûreté des dé-
- p.306 - vue 310/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881
- 807
- monstrations et à la ferme clarté du langage. Menant alors de front les travaux du laboratoire et les devoirs du professeur, il renouvelait la science. Entouré de jeunes maîtres, heureux de se voir associés à ses recherches, il animait de son ardeur des savants français : MM. Bertin, Reiset, Jamin, Izarn, Descos; des professeurs étrangers : MM. Soret, Bede, Blaserna, Lubimoff, Pflaunder, et sir William Thomson, l’illustre physicien écossais. Les-enseignements qu'il leur prodiguait dans la chaire par la discussion sévère des principes, au laborataire par l’habile exécution des expériences, et dans la conversation par les vives improvisations d’un esprit sans préjugés, ouvert et libre, avaient transformé son amphithéâtre en une véritable académie où planait la statue delà Vérité, et ses leçons, dont tout culte de l’imagination était banni, en un cours de physique supérieure sans précédent en France.
- Pendant les dernières années de sa vie, il revenait avec persistance sur ces souvenirs glorieux et chers. Il mettait sous nos yeux la sténographie de ces cours embrassant le champ presque entier de la physique. Il aurait voulu en assurer la publication, persuadé que l’originalité du plan et la nouveauté des détails pouvaient rendre service à la science. Mais ce plan et ces détails ayant transpiré dans les ouvrages classiques, il partageait le sort de tous les professeurs de l’enseignement public, qui donnent à l’auditoire le meilleur de leur vie et dont les idées, s’infiltrant de proche en proche, font si bien oublier leur origine que, s’ils en réclament la paternité, on les prend pour des plagiaires.
- Les travaux de notre confrère sur diverses questions de physique forment la matière de cinquante Mémoires, pleins de chiffres et de résultats. Ils auraient suffi pour remplir la vie de plusieurs savants, et ils n’étaient cependant que le prélude de ceux par lesquels il devait marquer sa puissante originalité.
- Depuis que la machine à feu est devenue un instrument universel, prenant partout la place des forces intermittentes ou trop coûteuses de l’eau, du vent et des moteurs animés, tous les efforts des ingénieurs avaient eu pour but de faire produire à la vapeur le maximum d’effet avec le minimum de dépense. On ne tarda point à reconnaître que le problème resterait insoluble tant que des résultats scientifiques certains n’auraient pas pris la place de l’empirisme.
- Il serait difficile d'imaginer une question plus digne de l’attention du savant ou de l’ingénieur et de l’intérêt de l’homme d’État. Les machines à feu
- p.307 - vue 311/684
-
-
-
- 308
- BIOGRAPHIE. — JUIN 1881.
- se multiplient elles-mêmes et constituent ainsi une population de fer et d’acier dont rien n’arrête l’expansion. Le travail qu’elles produisent déjà dépasse celui de tous les ouvriers de l’espèce humaine. L’armée, la marine, l’agriculture, l’industrie, le commerce, l’art des constructions, c’est-à-dire la défense du pays, l’alimentation publique, le travail national, les moyens de transport, sont également intéressés à la bonne exécution et au meilleur service des machines à feu. Papin, Watt, les créateurs de ces géants dociles, qui ont doublé en moins d’un siècle la population active du globe, avaient considéré le problème en mécaniciens. Appliqués à constituer les organes matériels des nouveaux moteurs et à garantir leur jeu régulier, ils n’avaient pas essayé de remonter au ressort caché qui leur communique le souffle et la vie. Ils avaient donné au monstre des os et des muscles de dur métal; ils n’avaient pas pénétré le secret de ce feu qui en déploie les membres formidables par sa transformation en travail mécanique. Il était réservé à Régnault de poser les bases de cette physiologie nouvelle, et à la science des mathématiques supérieures d’en élever le monument définitif.
- Cette question fondamentale ne s’était pas présentée d’abord à l’esprit des administrateurs. Le gouvernement, chargé de surveiller les machines à vapeur et d’en prévenir les dangereuses explosions, s’était contenté de demander à l’Académie de l’éclairer sur ce sujet restreint. Arago et Dulong avaient institué les expériences nécessaires. Une longue colonne mercurielle, destinée à la mesure exacte des pressions, avait été établie, en 1821, sur leurs plans et avec le secours de l’habile artiste Fortin, dans toute la hauteur de la tour, dite de Clovis, dépendant du lycée Henri IV. Mais, à peine avaient-ils répondu à la question de police industrielle soumise à l’Académie, qu’on se hâtait de détruire tous leurs appareils, dont la présence, disait-on, menaçait la tour d’une ruine imminente. Les noms retentissants d’Arago, de Dulong, de Fortin, ne suffirent pas pour protéger contre la décision de quelque subalterne commis les expériences projetées pour étudier le mode de génération de la vapeur; elles se trouvèrent ajournées à des temps meilleurs par cet acte de vandalisme.
- Le problème devait être posé de nouveau par le ministère des Travaux publics, mieux inspiré, et Régnault, seul, cette fois, physicien, chimiste et mécanicien tout ensemble, fut chargé de déterminer « les principales lois et les données numériques qui entrent dans le calcul des machines à vapeur », c’est-à-dire de fournir aux ingénieurs les moyens de les perfectionner avec certitude par des combinaisons réfléchies et non par des essais livrés
- p.308 - vue 312/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881.
- 309
- au hasard. Au commencement du siècle, il fallait consommer plus de trois kilogrammes de houille par heure, pour produire la force d’un cheval ; aujourd’hui, un kilogramme suffit. Comment nier l’importance de telles études qui, sans accroître la dépense, mettent à la disposition des nations civilisées des millions et des millions de travailleurs de plus?
- Régnault était trop expérimenté pour ignorer que la moindre erreur commise à l’origine sur les effets de la compression ou de la chaleur produirait de grands désordres, lorsqu’on atteindrait les limites supérieures. Il avait d’ailleurs, dans ses propres résultats, une confiance qu’il n’étendait guère jusqu’à ceux de ses devanciers, quels qu’ils fussent. Ne nous étonnons donc pas si, dans un travail hérissé de tant de difficultés et si grand par ses conséquences, il a voulu, pour le plus grand bien de la science, que tout fût mesuré de ses propres yeux et pesé de ses propres mains.
- Le véritable thermomètre étant le thermomètre à air, il détermine de nouveau la dilatation que l’air éprouve par la chaleur. Le thermomètre usuel étant le thermomètre à mercure, il fixe la dilatation du mercure et sa compressibilité. On admettait que les verres de même nature se dilatent par la chaleur, delà même manière ; il démontre que chaque tube propre à fournir un thermomètre se dilate à sa façon et doit être étudié pour lui-même.
- Il constate avec la plus rare précision la force élastique de la vapeur d’eau depuis 34 degrés au-dessous de zéro, quand la glace fournit la vapeur, jusqu’à 230 degrés au-dessus, c’est-à-dire à la pression de 28 atmosphères. Il mesure la chaleur spécifique de l’eau liquide depuis zéro jusqu’à près de 200 degrés; il détermine, enfin, la chaleur totale nécessaire pour réduire l’eau en vapeur sous des pressions variées. Le but pratique proposé à ses investigations était atteint; des expériences d’une exactitude sans égale et d’une originalité féconde, dont l’exposé gigantesque forme un volume entier de nos Mémoires, mettaient les ingénieurs en possession de toutes les données nécessaires au calcul des machines à feu.
- Mais, si l’administration avait reçu pleine satisfaction, la physique avait d’autres questions à résoudre, que les instruments créés par Régnault lui permettaient d’aborder. Remercions le ministère des Travaux publics d’avoir permis que ses études fussent continuées, et d’avoir pourvu aux dépenses qu’elles entraînaient. Notre confrère ne pouvait s’en charger ; il vivait modestement, lui et son nombreux entourage, des émoluments attachés à ses fonctions de professeur. Remarquons, cependant, que ces dépenses étaient relativement fort modérées, et que les travaux entrepris aux frais de l’État
- p.309 - vue 313/684
-
-
-
- 310
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881.
- par Lavoisier, Gay-Lussac, Thénard, Arago, Dulong, Fresnel, Régnault lui-même, s’ils ont beaucoup rapporté au pays, n’ont jamais ruiné le budget. Ces grands savants étaient tous de grands patriotes prodigues de leur science et de leur temps, avares du trésor national. Ils ont créé au milieu de nous une tradition de désintéressement, d’abnégation et de respect pour les deniers publics, dont l’Académie est fière et qu’elle ne laissera jamais entamer.
- Rien ne manquaifaux études poursuivies par Régnault; personnel, matériel, ressources, tout était d’accord pour les rendre bientôt complètes. La France pouvait s’enorgueillir de voir s’élever, sous la protection de son gouvernement et par le dévouement de l’un de ses plus dignes fils, cette œuvre monumentale. Le monde civilisé la recevait avec respect, la preuve nous en était bientôt donnée. Les événements de 18L8 ayant surpris notre confrère au moment ou l’exposé de ses travaux sur la vapeur d’eau venait d’être publié, il semblait bien incertain que les études destinées à les compléter fussent continuées aux frais de l’Etat. La Société des ingénieurs de Londres, frappée de la beauté des résultats obtenus par Régnault, voulut mettre à sa disposition les fonds nécessaires à la poursuite de ses expériences. Cette proposition ne reçut pas son accomplissement; la France pourvut elle-même à la continuation de l’œuvre commencée et qui reste son œuvre; mais on aime à rappeler ce vote libéral des ingénieurs anglais, constatant une fois de plus que la science appartient au monde civilisé et qu’elle ne connaît pas de frontières.
- C’est ainsi que Régnault, après avoir défini les rapports de l’eau avec la chaleur, sous ses divers états, fît connaître les tensions aux diverses tempé-pératures et les chaleurs latentes des vapeurs du mercure, du soufre, de l’alcool, de l’éther, de l’esprit de bois, du chloroforme, du sulfure de carbone, de l’essence de térébenthine et de nombre d’autres substances dont la comparaison fournit chaque jour à la physique une base inappréciable de considérations du plus haut intérêt. Le volume de nos Mémoires qui renferme ces belles séries d’expériences contient aussi les admirables études sur la chaleur spécifique des gaz et des vapeurs, dans lesquelles notre confrère, déployant toutes les ressources de son génie, s’est surpassé.
- Tout en poursuivant des études qui devaient servir de fondement à la théorie mécanique de la chaleur et qu’on allait bientôt mettre à profit, il ne perdait pas de vue le côté pratique des travaux qui lui avaient été demandés. Les ingénieurs chargés de construire les machines à éther et à chloroforme dont la marine essayait l’emploi, pour utiliser la chaleur perdue de
- p.310 - vue 314/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE. -- JUIN 1881,
- 311
- la vapeur d’eau, trouvaient dans ce volume tous les éléments nécessaires à leur établissement correct et régulier.
- Cependant Ebelrnen, qui avait remplacé Alexandre Brongniart comme directeur de la Manufacture de porcelaines de Sèvres, venait d’être soudainement emporté, en 1852, dans la force de l’âge, avant d’avoir pris parmi nous la place due à ses rares talents. Après ces deux ingénieurs des mines, il était naturel de réclamer le concours de Régnault pour diriger un établissement modèle, dans lequel les ressources les plus hautes de la mécanique, de la physique, de la chimie et des beaux-arts sont mises à profit. Qui mieux que lui répondait à ce programme ? Il ne se décida pas facilement à accepter cette situation. Confident de ses hésitations, je sais que l’espoir de continuer sur un terrain plus vaste les belles recherches dont le Collège de France avait été le témoin privilégié détermina son acceptation.
- Quelles années heureuses, mais trop courtes, que celles dont fut suivie sa prise de possession à Sèvres! Mme Régnault, douée d’un esprit délicat, sensible à toutes les beautés de la littérature et de l’art, se trouvait transportée dans un milieu sympathique ; ses vieux parents y jouissaient d’une existence plus large; ses enfants, entourés de tous les secours d’une éducation libérale, n’avaient qu’à sortir de la demeure paternelle pour s’abattre en pleine campagne au milieu des bois. Les rapports d’affection et de voisinage qui existaient entre nos deux familles me donnaient, à chaque instant, l’occasion d’apprécier des joies intimes dont rien ne semblait pouvoir désormais altérer la douceur.
- Pendant que notre confrère s’occupait de l’administration de la manufacture de Sèvres, il en perfectionnait les procédés par l’emploi du vide dans le coulage des grandes pièces et par l’intervention des gaz réducteurs dans la cuisson au grand feu des porcelaines décorées au moyen des oxydes métalliques. Il prenait part, en sa qualité d’ingénieur, à la restauration de la machine de Marly. Il dirigeait, comme physicien, les expériences qui ont reconstitué, à Paris, l’industrie du gaz, et qui lui ont donné cette marche scientifique dont les consommateurs, la Ville et la Compagnie recueillent les profits.
- Régnault était alors à l’apogée de sa gloire. Ses travaux faisaient autorité. Les jeunes maîtres appliquaient à toutes les branches de la science les méthodes dont il avait fait un si heureux emploi dans l’étude de la chaleur.
- p.311 - vue 315/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881.
- Toutes les Académies l’avaient adopté ; la Société royale de Londres liii avait décerné ses plus hautes récompenses, et les souverains étrangers s’empressaient de reconnaître, par leurs distinctions, les services qu’il avait rendus à tous les pays. Il n’avait plus qu’à jouir des faveurs dont la fortune le comblait ; mais c’est bien à lui qu’il convient d’appliquer les paroles du tragique grec : « Avant de dire d’un homme qu’il est heureux, attendez qu’il soit mort ! »
- La vie du savant à la recherche des vérités naturelles ressemble à celle du soldat; elle connaît les mêmes périls; elle exige le même sang-froid. Tel d’entre nous vit sans se troubler, au milieu des miasmes, des poisons et des virus mortels; tel autre, entouré de matières explosives. Régnault possédait au plus haut degré ce courage moral que rien n’étonne. Les dangers qu’il avait courus, le jour où la vapeur du soufre en ébullition mettait le feu à son atelier ou bien quand l’explosion d’un matras plein de mercure bouillant avait labouré son visage, ou bien, enfin, lorsqu’un récipient de fer plein d’acide carbonique liquide éclatait comme un obus entre ses mains, il n’en parlait jamais. Il semblait se considérer comme invulnérable.
- Pourtant, un jour du mois d’août 1856, on vint me chercher en toute hâte : victime d’un nouvel accident de laboratoire, cette fois, Régnault était mourant. Je l’avais vu la veille, plein de projets et d’animation; je le retrouvais sans connaissance, agonisant, étendu sur le sol, dépouillé de ses vêtements et soumis à l’exploration d’un praticien habile, qui, après s’être assuré de l’absence de toute fracture, constatait qu’une commotion cérébrale des plus graves laissait à peine l’espoir de lui sauver la vie, et donnait lieu de tout redouter du côté de l’intelligence. De longs jours se passèrent dans les plus pénibles émotions; peu à peu, cependant, le corps reprit son équilibre et l’esprit, sa lucidité. Toute sa lucidité, qui oserait l’affirmer?
- Au moment où, parvenu au terme de ses longues études expérimentales, il allait en formuler la théorie générale, c’est ainsi que fut brisé le fil qui le guidait. Régnault poursuivit plus tard des travaux qui auraient honoré la vie de plusieurs physiciens ; il n’avait donc rien perdu de son activité ; on aurait pu croire même qu’elle s’était accrue. Mais un changement était survenu dans l’équilibre de ses facultés. Il n’était pas toujours maître de sa parole ; il semblait avoir perdu le don de conclure, et nous assistions avec inquiétude à ces séances intimes dans lesquelles, ayant une opinion à formuler, son esprit, autrefois si net, si ferme et si mordant, s’égarait en dissertations diffuses.
- p.312 - vue 316/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881.
- 313
- Etrange destinée ! Régnault avait convaincu d'inexactitude les lois de Ma-riotte, de Gay-Lussac, de Dulong et Petit; ces lois usuelles n’en porteront pas moins les noms de leurs inventeurs à la postérité. Les expériences innombrables, d’une exactitude admirable, dont il a doté la science, seront impuissantes, au contraire, pour assurer à son nom la popularité dont il était si digne. Il ne lui aura pas été donné de condenser sa pensée dans une de ces formules vibrantes qui émeuvent les contemporains et qui brillent encore aux yeux des générations à venir, comme autant de phares lumineux.
- C’est bien à tort, cependant, que Régnault était considéré par les esprits superficiels comme voué au cuite étroit de l’observation et comme entièrement dépourvu du sentiment de l’idéal. Plaçant son idéal dans un milieu plus haut que ne le croyaient ses juges, il trouvait téméraire d’essayer de s’en former une image concrète. Les hardiesses relatives à l’unité de la matière ou à l’unité des forces ne le séduisaient pas. La conversion de la lumière en chaleur, du magnétisme en électricité, de ces quatre forces l’une en l’autre, ne l’avait pas occupé. Il l’acceptait comme une vue ingénieuse et non comme un résultat certain. Il avait vu s’évanouir tant de vieilles lois, sous sa critique impitoyable, qu’il ne se sentait pas saisi de respect pour de jeunes lois, auxquelles manquait encore l’épreuve de l’expérimentation précise et surtout celle du calcul rigoureux.
- Il n’en était pas ainsi de la transformation du travail mécanique en chaleur et de la chaleur en travail mécanique. Son laboratoire du Collège de France possède des appareils inédits auxquels il en avait longtemps demandé, mais en vain, la mesure précise. Il attendait son heure. Mais des esprits éminents s’étant engagés sur la route qu’il tardait trop à aborder, la théorie mécanique de la chaleur, une des plus nobles acquisitions de l’esprit humain, dont Sadi Carnot avait posé les bases en France, avait trouvé en Allemagne et en Angleterre de profonds interprètes. Le calcul s’était emparé du champ que ses expériences avaient défriché, quand il opposait encore à ses prétentions la marche de la méthode empirique.
- La chaleur dont il avait suivi, comme s’il s’agissait d’un fluide, l’entrée, le séjour et la sortie dans les matières les plus diverses et à tous les états, devenait un mouvement dont il n’avait pas accepté à temps utile la transformation en travail mécanique et la disparition. Le dernier mot de la théorie des machines à feu, que ses expériences seules permettaient de prononcer, ce n’est pas à lui qu’en restait l’honneur.
- Tome VIII. — 80e année, 38 série. — Juin 1881.
- 40
- p.313 - vue 317/684
-
-
-
- 314 BIOGRAPHIE. — JUIN 1881.
- D’autre part, des vues déduites d’une conception générale de la matière prenaient une large place dans la science, a leur tour. Il n’était plus question de chercher comment se comportent les gaz chauffés ou comprimés, mais d’établir comment ils devaient se comporter, étant formés de particules invisibles, d’une extrême ténuité, vibrant, tournoyant et rebondissant sans cesse avec une agilité prodigieuse. Les lois de Mariotte et de Gay-Lussac devenaient alors de pures conséqueaces de cette constitution. La température, dont la définition échappait à Régnault, se liait elle-même à la force vive des gaz; elle lui était proportionnelle.
- Après quelques années de repos et de recueillement, Régnault, converti pour toujours aux idées nouvelles relatives à la chaleur mais ne s’écartant pas de ses vues personnelles, complétait son travail expérimental, en déterminant la vitesse de propagation du son dans l’air, pour en déduire, au moyen de la formule de Laplace, le rapport de la chaleur spécifique des gaz sous pression constante et sous volume constant.
- Pour se mettre à l’abri des variations qu’une couche d’air présente lorsqu’on étudie la propagation du son sur une étendue de terrain considérable, Régnault voulut opérer dans de longs tuyaux. Il n’avait pas d’ailleurs d’autre moyen à prendre pour déterminer la vitesse du son dans des gaz purs, et pour comparer, comme il l’a fait, l’acide carbonique et l’hydrogène à l’air. L’administration de la ville de Paris s’empressa de lui offrir les canalisations de la Marne, de la Dhuys, et celles du gaz de l’éclairage, ayant jusqu’à 5 000 mètres de longueur et représentant, avec les réflexions qu’il faisait subir à l’onde sonore, des parcours de 000 mètres. Jamais des expériences de cet ordre n’avaient été tentées.
- En même temps, la bienveillance particulière dont le Chef de l’État entourait Régnault lui permettait d’accomplir sur le plateau de Satory une série d’épreuves, la plus belle et la plus complète qui ait été effectuée sur la vitesse de propagation dans l’air du son produit par l’explosion des bouches à feu.
- Reprenant enfin des études qu’il avait poursuivies et variées pendant vingt années, Régnault publiait en même temps, dans un troisième volume de nos Mémoires, ses recherches sur la détente des gaz et sur les rapports qui s’y manifestent entre le travail produit et la chaleur consommée, établissant enfin, mais bien tard pour sa gloire, l’équivalent mécanique de la chaleur. Le chiffre qu’il indique est un peu plus fort que celui qu’on admet généralement. « Toutefois, ajoute-t-il, je ne regarde pas les méthodes que j’ai
- p.314 - vue 318/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881.
- 315
- << décrites comme suffisamment précises pour déterminer avec certitude la « valeur exacte de cet équivalent. Je pense qu’il en est de même pour toutes « celles qui ont été proposées jusqu’ici; car elles contiennent toutes des pé~ « titions de principe, des lois posées sous forme d’axiomes, qu’on devrait « avant tout établir par l’expérience. » Donnant l’exemple, il se met à l’œuvre, cherchant par ces méthodes dont il avait le secret et à l’aide de ces instruments, les plus parfaits que la physique ait jamais possédés, à remplacer ces axiomes des théoriciens par des données précises ; il y consacre les dix dernières années de sa vie. Prenant pour objet de ses expériences les gaz liquéfiés sous les plus fortes pressions : l’acide carbonique, le protoxyde d’azote, l’ammoniaque, etc., il en détermine tous les éléments calorifiques. La grande habitude qu’il avait acquise par le maniement de ces produits dangereux lui permet de réunir à leur égard toutes les données qu’il avait recueillies quand il s’agissait de l’eau. On allait connaître, enfin, avec les résultats de ces étonnantes expériences, toute sa pensée sur la théorie de la chaleur. Mais la fatalité qui pesait sur sa destinée semblait avoir attendu ce moment suprême pour le frapper, cette fois, sans relâche, sans pitié, sans retour.
- En 1866, Mme Régnault lui était enlevée; et Mme Clément, ainsi que deux de ses parentes, auxquelles depuis longtemps notre confrère avait offert un asile et qui l’entouraient de leur affection, disparaissaient à leur tour, laissant désert et désolé ce foyer jadis si vivant et si animé.
- Il avait cherché dans les travaux du laboratoire, et il avait trouvé dans les éclatants succès de son fils, quelque distraction à sa douleur.
- Eh bien ! en 1870, pendant le siège de Paris, une main brutale anéantissait à Sèvres, occupé par l’ennemi, toutes ses Notes et jusqu’au moindre des instruments de son laboratoire. Rien ne semblait changé dans cet asile de la science, et tout y était détruit. On s’était contenté de casser la tige de ces thermomètres ou de briser les tubes de ces baromètres ou de ces manomètres, devenus, par leur participation aux plus importantes expériences du siècle, de véritables monuments historiques; pour les balances et autres appareils de précision, il avait suffi d’en fausser d’un coup de marteau les pièces fondamentales; les registres et les manuscrits, réunis en tas, avaient été livrés aux flammes et réduits en cendres.
- Dix ans de travail, et des centaines de résultats que la philosophie naturelle regrettera toujours et ne retrouvera pas, avaient disparu ; cruauté dont l’histoire n’offre pas. d’autre exemple ! On peut excuser le soldat; romain
- p.315 - vue 319/684
-
-
-
- 316
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881*
- qui, dans la fureur d’un assaut, massacrait Archimède ; il ne le connaissait pas. « Mais, disait Régnault, avec un triste sourire en me montrant ses instruments deshonorés, ce travail de destruction est l’œuvre d’un vrai connaisseur ! et cette poussière, ajoutait-il en repoussant du pied les cendres laissées par ses manuscrits, c’est ce qui reste de ma gloire ! » Quand on a vécu dans la familiarité de notre malheureux confrère et qu’on a connu son scepticisme habituel, ce mot « gloire », qui lui échappait dans sa douleur, montre quelle importance il attachait à ces manuscrits dévorés par le feu, où se trouvait consignée une pensée qu’il ne retrouva plus, et quels services il attendait encore de ces merveilleux instruments façonnés de ses mains, dont les indications ne l’avaient jamais trompé.
- Ce malheur qui ne frappait que le savant n’était rien à côté de celui qui, dans le même moment, atteignait le père au cœur. Au milieu du grand désastre de la capitulation de Paris, la population tout entière ressentit un élan nouveau de douleur en apprenant la mort d’Henri Régnault, tué à Buzenval, par la dernière balle partie des rangs ennemis; d’Henri Régnault, demeuré le symbole touchant du talent, de la jeunesse, du patriotisme et du malheur. La carrière brillante que l’artiste, encore à son printemps, avait déjà parcourue, les espérances que ses rares facultés avaient inspirées, son caractère-ardent et chevaleresque, la popularité dont jouissaient ses œuvres, que la foule, surprise et charmée, entourait à chaque exposition, inspiraient à son père un juste orgueil et la plus profonde tendresse.
- Accablé de toutes parts, la première pensée de Régnault, devant cet écrou lement des espérances de sa vie, fut de fuir Paris et de se confiner dans une demeure isolée, à Lassigneu, non loin de Genève, où, parmi de nombreux dévouements, il avait été l’objet des plus tendres soins de la part de son ancien disciple, M. Louis Soret, recteur de l’Académie. Il s’occupait à reconstituer son laboratoire et même à reprendre ses travaux, lorsque survint la catastrophe finale, qui rappelle les dénouements les plus cruels de la tragédie antique. Sa sœur. M'me Laudin, cette fidèle compagne de ses peines et de ses joies, étant venue lui porter quelque secours, à peine arrivée, le cœur brisé par la douleur, tombait morte dans les bras de son frère. Terrassé par cette nouvelle férocité de la destinée, une attaque de paralysie le condamnait, au même instant, à cette longue agonie dont son ancien collaborateur, M. Rei-set, et Mlle Serais, une amie dévouée de la famille, luttant de dévouement, ont essayé d’adoucir les tristesses. Ah ! combien ceux que trompaient ses allures insouciantes eussent été surpris, s’ils l’avaient entendu dans ses mo-
- p.316 - vue 320/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1881.
- 317
- ments d'épanchement! Songeant à tout ce qu’il avait perdu, il appelait la mort comme une délivrance, ne reprenant un peu de calme qu’auprès de monseigneur de Belley, qui, après s’être montré plein de bonté pour notre confrère dans sa retraite, l’avait adopté dans son malheur, l’assistant de ses consolations jusqu’à la dernière heure de sa vie.
- L’Académie, en apprenant ces événements funestes, avait délégué un de ses membres, M. Henri Sainte-Claire-Deville, pour veiller sur notre illustre confrère dans cette épouvantable épreuve, à laquelle il survécut pendant quelques années.
- Dans la séance oii il nous faisait ses adieux, une satisfaction singulière lui était réservée : il avait annoncé, en étudiant les effets différents de la pression sur les divers gaz, qu’on parviendrait à liquéfier l’oxygène et l’azote en les comprimant, et l’hydrogène en abaissant sa température. Cet élan d’imagination, le seul qu’il se fût jamais permis, les expériences de MM. Cailletet et Raoul Pictet venaient le confirmer d’une manière éclatante ! Mais, ironie suprême de la destinée, peut-être n’était-il plus en état de saisir toute l’importance de leurs démonstrations et de jouir de cet hommage rendu à la finesse de ses anciens aperçus.
- • Il avait eu, cependant, un jour de véritable consolation, lorsque l’exposition des œuvres de son fils, organisée par des soins pieux, eut mis sous les yeux du public étonné le prodigieux travail du jeune et fécond artiste. Le succès populaire qu’elle obtint et le sentiment éclairé des gens de goût, ravivant toutes ses douleurs, y mêlaient la seule douceur permise, l’expression de l’universelle sympathie et celle des profonds regrets du pays.
- Cette exposition, transformée bientôt en pèlerinage touchant et en démonstration patriotique, offrait un spectacle solennel et laissait une impression profonde. La France se sentait cruellement atteinte dans son prestige par la perte de ces deux grandes intelligences, frappées du même coup : l’artiste, disparaissant au seuil d’une jeune gloire et laissant son œuvre inachevée; le savant, le pied dans la tombe, se survivant pour honorer la mémoire de son fils, et oubliant, pour accomplir cette tache, la perte de ses derniers écrits, titres d’une gloire en sa maturité, dont une main ennemie venait de jeter les cendres au vent.
- Hélas ! pauvre Régnault ! On se retirait plein de compassion pour ce deuil immense, et maintenant que notre confrère, parvenu au terme de son existence glorieuse et misérable, a trouvé le repos, l’Académie, fidèle interprète de la postérité et seule héritière de sa renommée, s’empresse de lui rendre
- p.317 - vue 321/684
-
-
-
- 318
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- — JUIN 1881.
- un hommage public d’affection pour sa personne, de reconnaissance pour ses grands et nobles travaux, de respect pour ses éclatants services et de sympathie pour ses malheurs, en attendant que la science et la nation payent, enfin, leur dette à sa mémoire, digne de tous les honneurs.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- SUR LES FILTRES MÉCANIQUES DU SYSTÈME FARQUHAR, PAR M. HENRY CHAPMAN (1).
- La cause principale des difficultés que l’en rencontre actuellement dans l’installation des égouts dans les grandes villes se trouve dans l’impossibilité qui existe de filtrer économiquement une quantité si considérable de liquide. En effet, parmi de nombreux procédés mécaniques ou chimiques, aucun n’a pu être adopté d’une façon générale; et des centres de civilisation, tels que Paris et Londres, continuent à jeter leurs eaux d’égouts à la rivière, au risque de nuire gravement à la santé des riverains.
- La raison de l’insuccès des divers procédés mécaniques est facile à expliquer : dans tous les filtres mécaniques, qu’ils soient munis de toiles, de sacs, de sable ou de tout autre couche granulaire, le liquide à filtrer est pressé contre une matière poreuse dont la surface est suffisamment ténue pour arrêter les impuretés solides et ne laisser passer que le liquide clarifié. — Lorsque ces impuretés sont de nature vaseuse, comme c'est le cas dans les égouts, leur dépôt sur la surface filtrante devient rapidement si compact, que le liquide ne peut plus traverser cette nouvelle couche, quelle que soit la puissance de la pression employée. Le filtrage est donc arrêté jusqu'à ce qu’on ait enlevé le dépôt formé,
- Ces arrêts répétés à de courts intervalles nécessitent un travail manuel, des rechanges d’appareils et de matières filtrantes pour opérer la purification des eaux d’égouts, même dans une petite ville, et rendent le coût du filtrage hors de proportion avec ses avantages.
- Il s’ensuit donc, que pour qu’un système puisse être appliqué économiquement au filtrage des eaux d’égouts, il est absolument nécessaire que les arrêts trop fréquents soient évités.
- Le principe du filtre Farquhar repose sur l’enlèvement continu des matières tenues en suspension dans l’eau à filtrer, à mesure qu’elles viennent se déposer sur la surface de la couche filtrante. Cette surface est ainsi ietiue libre de toute obstruction, et le filtrage rapide et continu.
- (1) Communication faite à VInstitution of mechanical Engineers et traduite pour la Société des Ingénieurs civils, par M. Henri Vaslin.
- p.318 - vue 322/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. — JUIN 1881. 319
- Description cle Vappareil et de son fonctionnement.
- La couche filtrante, qui est composée de sciure, de sable, de cendres ou de toute autre matière analogue est contenue dans un cylindre fermé W fig. I et repose sur u;;e grosse toile supportée par une plaque perforée, laquelle porte sur une grille U.
- Le liquide est refoulé dans le filtre par une tubulure A, passe dans l’intérieur de l’arbre fileté B et arrive au-dessous du disque à couteau S, d’où il est distribué par les canaux G uniformément sur toute la surface de la couche filtrante; celle-ci est alors traversée par le liquide qui laisse toutes ses impuretés solides à la surface, et finalement s’écoule par le tuyau X.
- Pendant le travail on fait tourner le disque à couteau S au moyen d’une poulie L actionnant deux pignons d’angle, et on peut le faire descendre à la vitesse voulue, indépendamment de la vitesse de rotation, à l’aide du mouvement d’avance'FG.
- Il arrive quelquefois que les matières en suspension sont de nature calcaire ; elles forment alors une mince couche qui constitue elle-même un excellent filtre. Dans ce cas, il est seulement nécessaire de faire tourner le disque à couteau sur la surface de cette couche dans le cylindre W, sans le faire descendre. Le dépôt accumulé sera alors continuellement râclé, et forcé, par l’inclinaison du couteau K, de passer à la surface du disque dont la partie inférieure sera toujours ainsi complètement libre, l’arrivée du liquide restant toujours en contact direct avec la surface de la matière filtrante.
- Dans d’autres cas, les matières en suspension sont de nature vaseuse et, lorsqu’on laisse s’accumuler un peu de ce dépôt, le filtrage est arrêté. Il est alors nécessaire que le couteau descende en même temps qu’il tourne, de telle façon qu’à chaque révolution, il enlève une tranche très mince de la matière filtrante avec le dépôt accumulé; il se produit ainsi, à chaque révolution du couteau, une surface propre sur la couche filtrante qui forme pour ainsi dire un nouveau filtre.
- Les vitesses de rotation et de descente du disque à couteau sont déterminées par la quantité de dépôt qu’il faut enlever du filtre en un temps donné.
- Lorsque le disque à couteau est descendu jusqu’à 50 ou 60 millimètres du fond, le mouvement de descente s’arrête automatiquement, L’opération touche alors à sa fin, et la matière filtrante qui au commencement était sous le disque, se trouve au-dessus entièrement mélangée aux résidus solides qui ont été retenus. Si on le désire, le liquide restant dans la matière filtrante à la fin de l’opération peut être expulsé par le tuyau X au moyen d’air comprimé envoyé dans le filtre par le tuyau B.
- Pour extraire la matière filtrante et les résidus il est nécessaire de déboulonner le couvercle Q et de l’élever jusqu’au point indiqué par le tracé ponctué. Alors, par le moyen d’un changement de marche R, le disque à couteau, qui peut mettre quelques heures ou même plusieurs jours pour descendre au fond de la cuve, peut tourner rapidement en sens contraire, et remonter à chaque révolution de la longueur totale
- p.319 - vue 323/684
-
-
-
- 320
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- JUIN 1881
- A, bouche d’arrivée du liquide à filtrer amené par un tuyau flexible.
- B, arbre creux fileté conduisant le liquide à la couche filtrante.
- W, cylindre du filtre.
- U, fond perforé dudit. —X, tuyau d’écoulement.
- Q, dôme recouvrant le cylindre; le pointillé indique son point de relevage lors du renouvellement de la couche.
- S, plateau fixé au bout inférieur de l’arbre B.
- C, rigoles taillées en dessous du plateau pour la diffusion du liquide.
- K, lame de rabot garnissant le secteur entaillé dans le plateau.
- L, poulie de commande de l’engrenage FG qui fait tourner et descendre l’arbre B et le plateau S.
- R, engrenage de renversement du mouvement de l’arbre B pour le relèvement du plateau.
- . S
- p.320 - vue 324/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. — JUIN 1881.
- 321
- d’un pas de vis ; de cette façon en quelques minutes seulement, ces résidus sont automatiquement rejetés par-dessus le bord de la cuve W. Le disque et le couvercle Q sont alors élevés ensemble à une hauteur convenable au-dessus du cylindre W, hauteur indiquée par les traits ponctués, de façon à ce qu’on puisse nettoyer ce cylindre et le remplir de matière filtrante pour une nouvelle opération. Le temps exigé par ce travail ne dépasse pas une heure.
- De ce qui précède, il résulte clairement que chaque fois que le contenu enlèvera les impuretés solides et par suite nettoiera la surface du filtre, en empêchant ce dernier de s’obstruer et le filtrage de s’arrêter, un nouveau filtre sera pour ainsi dire créé; il est donc évident que l’enlèvement de mille couches rendues imperméables par les dépôts correspondra à la création de mille filtres en état de bon fonctionnement.
- Résultats d’expériences.
- La longueur du temps pendant lequel un filtre fonctionne dépend de la quantité et de la nature des impuretés que contient le liquide et de l’épaisseur de la couche filtrante. La pression à exercer sur le liquide dépend aussi de sa nature et de la vitesse de filtrage que l’on désire obtenir. Les comptes rendus suivants d’expériences faites en France pourront servir de base.
- Les dimensions de la couche filtrante employée pendant ces expériences étaient seulement de 25 centimètres de diamètre sur 25 centimètres d’épaisseur :
- 1° Aux Jardins d’essai des travaux de Paris à Asnières, des expériences furent faites, le 2T août 1880, en présence de M. Buffet, ingénieur en chef des ponts et chaussées, et de MM. Durand-Claye et Locquet. Les eaux d’égouts furent filtrées et rendues parfaitement liquides et d’une façon continue, à un débit moyen de 6.25 litres par minute, avec une pression de liquide égale à 1 atmosphère. Lorsqu’on éleva la pression à 1 1/2 atmosphère, la proportion fut de 8 litres par minute,
- 2° Au dépotoir des travaux de Paris à la Villette, des expériences ont été faites le 7 octobre 1880, en présence de M. Duval, directeur du dépotoir et de son personnel. En cette occasion les eaux-vannes furent parfaitement filtrées et rendues limpides et d’une façon continue, à un débit de 1.50 litre par minute avec une pression de liquide égale à 1 atmosphère.
- Il est reconnu que ce liquide est le plus difficile à filtrer, Il n’avait jamais pu l’être d’une façon continue avant l’expérience précitée, et c’est là une question des plus importantes dont on se préoccupe beaucoup en ce moment sur le continent. Il a été prouvé, à la satisfaction des ingénieurs et des personnes déléguées par l’administration pour assister aux expériences, que la machine était capable de séparer les solides des fluides et qu’un filtrage satisfaisant avait pu être obtenu, comme le démontrent les
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Juin 1881. 41
- p.321 - vue 325/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- juin mu
- 322
- échantillons qu’on a conservés et qui ont été déposés au laboratoire des ponts et chaussées.
- En outre, MM. Duval et Durand-Claye rapportent, en se référant à l’expérience sur les eaux-vannes, que, au commencement de l’opération, la couche fdtrante avait 35 centimètres d’épaisseur, qu’à la fin elle n’avait que 75 millimètres et que, néanmoins, le liquide sortait encore limpide.
- Afin de démontrer pratiquement, devant les délégués officiels, le grand avantage de l’enlèvement continu des surfaces obstruées, le mouvement rotatif du disque à couteau fut arrêté dans le cours de l’expérience précédente; le couteau, par conséquent, cessa d’enlever les impuretés. Immédiatement le filtrage diminua de vitesse et en quelques minutes il fut totalement arrêté, bien que la même pression eût été maintenue sur le liquide. Le disque à couteau fut alors remis en marche, et aussitôt que le dépôt eut été enlevé par le couteau et eut passé à la partie supérieure du disque, le filtrage redevint aussi rapide qu’au commencement de l’expérience.
- 3° A la sucrerie de la Compagnie de Fives-Lille, à Coulommiers, des expériences ont été faites en présence de M. H. Pellet, chimiste de la Compagnie, et des ingénieurs de l’usine. Du jus de betterave fut filtré d’une façon complète et continue par le modèle de machine à couche filtrante de 35 centimètres de diamètre avec un débit de 8 litres par minute, la pression sur le liquide étant égale à 2 atmosphères : le filtrage fut continué pendant deux heures et aurait pu être poursuivi encore pendant quatre heures sans changer la matière filtrante si on l’avait désiré.
- Le filtrage fut déclaré par le chimiste M. Pellet parfaitement pur, aussi pur que si le jus eût passé au travers du papier à filtrer, et bien meilleur que s’il eût été obtenu des filtres-presses ordinaires. M. Pellet ajouta qu’il ne voyait pas de raison empêchant de construire une machine marchant pendant quatre jours. (Leurs filtres-presses ordinaires fonctionnent seulement pendant deux heures et demie, après quoi on doit les démonter.)
- La Compagnie de Fives-Lille, qui a acquis le droit de faire ces machines en France, construit en ce moment un appareil de grandes dimensions.
- k° L’eau de rivière, qui contient des matières argileuses et vaseuses en suspension, lesquelles obstruent les filtres ordinaires, est filtrée et rendue parfaitement limpide par le modèle de machine ayant une surface filtrante de 25 centimètres de diamètre avec un débit dépassant 10 litres par minute sous une pression de 1 atmosphère; avec une pression de 2 atmosphères, la vitesse de filtrage serait ‘considérablement augmentée.
- Applications.
- Égouts. — Il existe, on le sait, peu de liquides aussi difficiles à filtrer que les eaux-
- p.322 - vue 326/684
-
-
-
- ARTS ECONOMIQUES.
- JUIN 1881.
- vannes, lesquelles, selon des rapports officiels, contiennent 100 pour 100 en plus de matières solides que les eaux d’égout.
- Pour ce liquide, de même que pour les eaux d’égout, la sciure ordinaire est la meilleure matière à employer pour composer les filtres. Yu sa légèreté, son élasticité et sa nature absorbante, elle peut retenir environ huit fois son propre poids des impuretés en suspension. Elle est très bon marché, facile à obtenir en grande quantité et, lorsqu’elle est saturée de matières organiques, elles forme un engrais de valeur. — Il est cependant d’autres matières que la sciure qui peuvent être employées : les cendres en poudre, le sable fin répondent très bien à cette application et ensuite forment aussi de bons engrais.
- Dans l’expérience faite à Asnières, on prit les eaux à filtrer telles qu’elles venaient du collecteur; mais on a reconnu qu’avant de traiter les eaux-vannes il était bon d’y ajouter une petite quantité (3 pour 100 environ) de chaux, ce qui a pour objet de précipiter la filtration.
- Un grand avantage de ce procédé appliqué aux eaux d’égouts est l’état compact des résidus absorbés par la masse filtrante. Si, à la fin de l’opération, ce qui peut rester de liquide dans le filtre est expulsé au moyen de l’air comprimé introduit dans le cylindre par l’arbre creux, comme il a été dit déjà, on obtient directement de véritables blocs d’engrais susceptibles d’être transportés sans qu’il soit besoin de les soumettre au séchage, ce qui est important au double point de vue de l’économie et de la salubrité et, si l’on tient compte du profit que l’on peut tirer de ces résidus, on voit que le filtrage des eaux d’égouts peut se faire sans frais aucun.
- La vitesse de filtration obtenue avec le modèle dont il a été question étant de 8 litres pour un diamètre de 250 millimètres, un appareil de 3 mètres de diamètre, par exemple, pourrait filtrer 1180 litres par minute, soit environ 1 700 mètres cubes par vingt-quatre heures et, comme le temps nécessaire pour renouveler la masse filtrante est de une heure au maximum, depuis l’arrêt, à la fin d’une opération, jusqu’au commencement de la suivante, il est facile d’évaluer le nombre de machines qu’il faudrait employer au filtrage d’une quantité donnée d’eaux d’égouts.
- Distributions d’eau.— Pour cet emploi cet appareil a prouvé sa réelle valeur : 1° au point de vue économique, les grandes surfaces de filtration actuellement usitées ainsi qne les couches filtrantes de rechange, qui occupent de grands espaces, pouvant être supprimées; 2° au point de vue hygiénique, l’eau n’ayant pas à être exposée en grandes surfaces à l’action insalubre de l’atmosphère dans les cités grandes et populeuses ou dans leur voisinage.
- Finalement, et ce point n’est pas le moins important, il a été prouvé que le filtrage par ce procédé donnait un liquide beaucoup plus pur que tout ce que l’on avait obtenu par les autres systèmes; de fait, pour répéter les paroles de M. Pellet : « La filtration était aussi complète que si elle eût eu lieu à travers le papier buvard, ce qui est le meilleur terme de comparaison, »
- p.323 - vue 327/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- JUIN 1881.
- 324
- Dans toutes les expériences dont il a été parlé, une fois la filtration terminée on prit soigneusement des échantillons de la masse filtrante et, toujours, l’on trouva que la partie de la couche qui avait été enlevée pendant l’opération était intimement mélangée aux matières solides et limoneuses qui avaient été retenues; on remarqua aussi que la partie du filtre qui n’avait pas encore été enlevée par le couteau restait parfaitement propre, à l’exception de sa surface supérieure seulement, qui était recouverte d’une mince couche de matières solides, ce qui prouve à l’évidence que ces matières ne pénètrent jamais dans l’épaisseur de la masse filtrante et se déposent seulement à sa surface.
- Pour établir une comparaison entre les prix de revient du filtrage par ce procédé et par d’autres systèmes, celui qui est employé par diverses compagnies de Londres, par exemple, on peut prendre pour point de départ l’extrait suivant d’un des Rapports officiels.
- Volume filtré par mètre carré de surface et par heure :
- New River Company................................. 122 litres.
- East London Company............................... 65 —
- Southwark and Vauxhall Company.......... ... 75 —
- West Middlesex Company............................. 61 —
- Grand Junction Company........................... 103 —
- Lambelh Company.................................. 195 —
- Chelsea Company.................................... 97 —
- Par ce qui précède, on voit que le taux moyen de filtration est à peu de chose près de 100 litres par mètre carré, par heure.
- Prenant la vitesse de filtration par la machine modèle dont il a été parlé à 10 litres par minute, avec une pression de 1 atmosphère seulement, à travers une surface filtrante de 25 centimètres de diamètre, la quantité par mètre carré de surface serait environ de 200 litres par minute ou 12 000 litres par heure au lieu de 100 litres par heure obtenus par le procédé ordinaire, tel qu’on l’emploie actuellement. De ce calcul il résulte qu’une machine de 3 mètres de diamètre filtrerait environ 2100 mètres cubes par jour de 24 heures.
- La construction de la machine étant extrêmement simple, le prix en serait peu élevé et, pour la même raison, le coût de l’entretien serait minime, comparé à la production de travail. — La vitesse de filtration de cette machine est toujours constante et l’on n’éprouve aucune difficulté à filtrer des eaux contenant du frais de poisson ou des matières argileuses en suspension ; tandis que dans les filtres ordinaires à sable la filtration diminue journellement eu égard à l’engorgement de la surface, spécialement avec les dépôts limoneux.
- Le lavage de la surface du lit peut être fait d’après le même procédé que celui employé pour les autres systèmes.
- p.324 - vue 328/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. — JUIN 1881. 325
- Gomme ces calculs sont basés sur les résultats obtenus avec une pression de liquide égale à 1 atmosphère seulement, il est évident que si l’on emploie une pression plus grande, dans des limites raisonnables, l’on obtiendra une vitesse de filtration supérieure, et cela sans que la pureté de la filtration en soit altérée, ce qui a été prouvé par les expériences de Coulommiers, où la pression employée était de 2 atmosphères.
- Usines. — On verra sans peine qu’en dehors des distributions d’eau et des égouts, ce procédé de purification automatique est destiné à opérer une révolution dans tous les systèmes de filtration, et qu’il procurera une grande économie aux fabricants de sucre, aux brasseurs, aux fabricants de vinaigre et autres, qui ont besoin d’une filtration efficace, rapide, continue et peu coûteuse, —Il supprime l’usage des sacs ou toiles qui imposent une dépense annuelle considérable et ne donnent pas une filtration suffisante. Pour les brasseurs et les distillateurs il sera particulièrement utile pour filtrer les résidus qui contiennent actuellement une grande quantité de liquide utilisable qui, en pratique, est perdu eu égard à l’inefficacité des systèmes actuels de filtration continue.
- Avantages de la sciure de bois comme matière filtrante.
- A volume égal on a trouvé que les avantages suivants sont en faveur de la sciure de bois comparée au sable, etc. :
- 1° Elle est meilleur marché ;
- 2° Son prix de transport est minime, comparé à celui du sable ;
- 3° Elle demande moins de travail manuel pour son lavage, surtout à cause de sa légèreté et de la facilité de manutention ;
- k° Elle produit une filtration bien plus efficace parce que les grains de sciure lorsqu’ils sont saturés adhèrent ensemble, et plus la pression employée est grande, plus les grains sont serrés et s’agglomèrent, ce qui ne peut avoir lieu avec le sable;
- 5° On filtre, au moyen de la sciure, dans un temps donné, une quantité de liquide trois fois plus grande qu’avec le même volume de sable fin, par ce procédé.
- La raison en est que les impuretés solides sont arrêtées immédiatement à la surface supérieure de la sciure et sont par conséquent enlevées instantanément par le couteau, de sorte qu’il en résulte une filtration rapide et continue; tandis qu’avec le sable les impuretés pénètrent toujours à une certaine profondeur au-dessous de la surface supérieure, eu égard à l’impossibilité de tasser suffisamment les grains de sable, même sous la plus grande pression. En fait, les particules de sciure, se recouvrant presque hermétiquement l’une l’autre sous la pression, équivalent ainsi à plusieurs couches de toiles fines ou de papier buvard, et le lit de sciure de bois n’est plus perméable qu’au liquide pur.
- La question qui se pose naturellement est celle-ci :
- La sciure de bois communique-t-elle une saveur au liquide filtré, ce qui, pour le
- p.325 - vue 329/684
-
-
-
- 326
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- JUIN 188t.
- sucre, etc., serait désavantageux? La réponse est que, après que le liquide avec lequel la sciure a été saturée avant la filtration a été expulsé, aucune saveur provenant de la sciure ne peut subsister dans le liquide filtré. La raison est que le liquide dont la couche a été saturée est entièrement absorbé par les particules de sciure, comme par une éponge, et que la totalité de ce liquide est, sous pression, exprimée hors des grains, emportant ainsi la plus grande partie de la saveur de la sciure. La couche filtrante étant alors comprimée, le liquide filtré ne peut pénétrer dans l’intérieur des grains et, dans son passage rapide entre ces grains, il ne contracte aucun goût de ce fait.
- Dans tous les cas la sciure doit être imbibée de liquide clair pour former le lit du filtre afin de créer une attraction capillaire égale dans tous les sens, de sorte que le liquide puisse couler également à travers le lit entier.
- Des essais répétés ont été faits dans le but de savoir si le liquide à filtrer chasse devant lui la totalité du liquide employé pour saturer le lit au début de la filtration, ce qui a toujours été le cas, ainsi qne le prouvent les essais suivants. La quantité d’eau employée pour saturer le lit fut soigneusement mesurée ; aussitôt que cette quantité eut été extraite et non avant, l’eau d’égout filtrée ou le jus sucré passa au travers de l’appareil.
- En terminant, l’auteur exprime tous ses remerciements à M. John Frédérick Cooke Farquhar, et à M. Walter Oldham, les inventeurs du procédé, pour le concours qu’ils ont apporté à la rédaction de cet article.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- soufre et la déphosphoration. — Lorsque l’on fît en Angleterre les premières démonstrations du procédé Thomas sur la déphosphoration au Bessemer, les objections qui s’élevèrent contre les conditions pratiques de cette opération furent de deux sortes. Les unes portaient sur l’incertitude des résultats : aucun point de repère ne pouvant être indiqué qui pût marquer, d’une manière même approchée, la fin de cet affinage à outrance, auquel on a donné le nom de sursoufflage. On reprochait également au métal d’être si fortement décarburé, qu’on était exposé à ne produire qu’une température insuffisante pour le maintenir à l’état liquide; on devait donc se trouver sous le coup d’une congélation instantanée. Nous n’expliquerons pas ici comment la plupart de ces objections tendent à tomber de plus en plus, à mesure que l’expérience des opérateurs se perfectionne.
- Les autres difficultés que l’on rencontrait, et celles-là semblaient plus graves, pro-
- p.326 - vue 330/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES. — JUIN 1881.
- 327
- venaient de la composition chimique désirable. Il fallait du silicium et il ne fallait pas de soufre. Ces deux conditions n’étaient pas incompatibles ; l’allure de fourneau qui permet à la silice libre de passer à l’état de silicium dans la fonte est une allure très chaude, qui favorise le passage du soufre dans le laitier; toutes choses égales d’ailleurs, une fonte est d’autaut moins sulfureuse qu’elle est plus grise, ou obtenue avec un plus grand excès de combustible. Cependant il faut pour la réduction du silicium un laitier un peu siliceux; il faudrait d’ailleurs, pour assurer la désulfuration bien franche, un excès de chaux dans ce même laitier. On retombait donc sur une difficulté analogue à celle qui se présentait dans la fabrication des fontes Bessemer.
- La première expérience d’Eston ayant nécessité l’emploi {de fontes très siliceuses obtenues avec les cokes peu sulfureux du Durham, les difficultés que devait faire naître la question du soufre ne se soulevèrent pas dans les premiers temps. Il suffit, en effet, de se reporter à l’analyse des fontes employées :
- Silicium.. Carbone. . Phosphore. Soufre.. . Manganèse,
- 3,030
- 3,200
- 1,800
- 0,030
- 0,450
- et au métal obtenu :
- Carbone. . Manganèse. Phosphore. Soufre.. .
- PREMIÈRE DEUXIÈME
- opération. opération.
- 0,330 0,171
- 0.213 0,160
- 0,235 0,223
- 0,073 0,037
- Les industriels français qui assistaient à ces expériences remarquables, voyant que, sauf des progrès à réaliser, le problème de la déphosphoration était bien près de sa solution pratique, se demandèrent si, à la question du phosphore n’allait passe substituer la question du soufre. C’est que les conditions dans lesquelles fonctionne la métallurgie française sont autrement défavorables que celles rencontrées communément en Angleterre. Les houilles françaises sont généralement assez sulfureuses, et la pyrite, disséminée dans les clivages horizontaux en couches très minces, résiste au lavage; tout au plus quelques pellicules, assez ténues pour surnager, sont-elles entraînées par les eaux. A la carbonisation, dans une atmosphère essentiellement réductrice, on n’obtient que le dédoublement du bisulfure de fer en soufre, qui se volatilise, et en protosulfure, qui reste disséminé dans le coke.
- Lorsque, dans ce qu’on peut appeler la deuxième phase de la déphosphoration, le
- p.327 - vue 331/684
-
-
-
- 328
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- JUIN 1881.
- traitement des fontes blanches peu siliceuses (en réservant à la première phase le nom de traitement des fontes grises siliceuses), on fut convaincu que le silicium n’était plus un élément indispensable de la réussite du procédé, la question du soufre, entrevue seulement par quelques observateurs perspicaces, devint une réalité pour l’application, aux fontes françaises, des méthodes anglaises de déphosphoration.
- Grâce h l’initiative hardie de l’usine de Hœrde, il était désormais prouvé qu’on pouvait abandonner l’emploi des fontes grises siliceuses du Cleveland. L’action corrosive qu’exerçait, malgré les additions basiques, la silice naissante sur la garniture des convertisseurs, faisait éviter maintenant le silicium, autant qu’on l’avait recherché quelques mois auparavant. La fluidité inhérente aux fontes phosphoreuses suffisait pour assurer au passage du vent cette netteté, cette séparation franche, entre le métal et les gaz, caractérisée par l’absence de bouillonnement et de projections. Ajoutons, de plus, que la chaleur développée par la combustion du phosphore permettait de maintenir une température suffisamment élevée, sans recourir à cet élément éminemment calorifique et jusqu’ici indispensable, le silicium.
- C’était fort bien, pour les conditions physiques de l’affinage, mais comment éviter le soufre, en employant des fontes blanches, obtenues par surcharge de minerai, par mélange même de scories généralement impures, si on voulait arriver à la limite de Rabaissement du prix de revient?
- Tout en rendant justice à la libéralité avec laquelle les usines de Prusse, Hœrde et Phœnix, ont ouvert leurs portes aux métallurgistes de tous les pays, il ne faut pas oublier qu’elles avaient un certain intérêt au développement du procédé, et elles ont su présenter au public une manière d’opérer qui laissait complètement dans l’ombre la question si grave du soufre, et ses difficultés qu’on pouvait croire inextricables.
- Elles ont réussi assez facilement à résoudre ce problème au moyen de deux éléments, dont il faut dire quelques mots : la fonte blanche d’Ilsede et un mélange judicieux de fonte grise du Cleveland et de fonte blanche du Luxembourg.
- La fonte d’Ilsede, dans sa variété manganésifère, est une véritable curiosité métallurgique. Obtenue au pirx incroyable de 31 fr. 50 avec du coke ayant supporté 200 kilomètres de transport par chemin de fer, elle doit sa pureté en soufre à l’abondance de son manganèse. Elle donne, à l’analyse :
- 0,11
- 3,84 3,29 0,04 2,68
- Nous connaissons la fonte grise du Cieveland, il n’est donc pas étonnant qu’un mélange formé de
- Silicium. . Manganèse, Phosphore. Soufre. . . Carbone .
- p.328 - vue 332/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- JUIN 1881.
- 329
- kilog.
- 2 500 fonte grise Cleveland
- 3 500 fonte dllsede
- 500 fonte blanche du Luxembourg
- comme ceux qu’on traitait couramment, n’ait renfermé que 0,08 pour 100 de soufre et que la coulée en résultant n’ait pas eu à souffrir de la présence de ce métalloïde en aussi faible quantité.
- Cependant, il est jliste de dire que certaines opérations commencées avec k millièmes de soufre, à Hœrde, notamment, avaient pu produire de l’acier à un millième et demi de soufre. Il pouvait donc y avoir, dans certaines conditions, une élimination du soufre pouvant atteindre 60 pour 100, et se maintenir aux environs de 50 pour 100. C’était déjà un résultat fort intéressant ; mais, de même que dans les observations de précision, on doit réduire au minimum les erreurs, avant d’y appliquer les corrections, il était désirable de diminuer, autant que possible, la teneur en soufre, tout en spéculant sur une élimination de 50 à 60 pour 100 par l’opération même.
- La nécessité de la présence d’une petite proportion de manganèse dans les fontes Thomas a introduit une certaine connexité entre la question du soufre et du manganèse. Puisqu’il faut du manganèse pour l’opération, comment doit-on l’introduire? Un moyen très simple, c’est l’addition d’une petite proportion de spiegel au début de l’affinage. En admettant une différence de 50 fr. par tonne, entre le prix du spiegel à 10 pour 100 et celui de la fonte phosphoreuse, pour incorporer 1,5 pour 100 de manganèse, il faut 15 pour 100 de spiegel et, par conséquent, dépenser 7 fr. 50. C’est une dépense assez considérable, mais à laquelle il faut se résigner. Il y a une autre manière d’incorporer cette proportion de manganèse, en obtenant un effet indirect plus désirable, l’élimination partielle du soufre. On a beaucoup discuté sur l’influence du manganèse sur la désulfuration au haut-fourneau ; les uns veulent faire intervenir une affinité directe du soufre et du manganèse, amenant la présence de sulfure de manganèse dans les laitiers ; on a bien imaginé quelques expériences pour mettre en évidence la formation de ce composé de soufre et de manganèse, mais elles sont délicates et assez discutables. Il est une autre manière d’expliquer les choses, qui est fort simple et fort vraisemblable ; l’oxyde de manganèse, qui passe dans le laitier, quand on cherche à le réduire, communique à celui-ci une fluidité spéciale, qui permet d’augmenter la proportion de chaux qu’il peut comporter. Comme la quantité de silice en présence est toujours la même, le rapport de la silice à la chaux diminue; il en résulte qu’une partie de la chaux est libre ou moins fortement combinée à la silice ; par suite, la proportion de sulfure de calcium formé augmente et il peut se dissoudre en plus forte proportion.
- Quoi qu’il en soit, il est un fait indiscutable, c’est que les fontes fortement manga-nésifères sont à peu près exemptes de soufre et puisqu’il faut 1,5 pour 100 de manga-
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Juin 1881. 42
- p.329 - vue 333/684
-
-
-
- 330
- NOTICES INDUSTRIELLES. — JUIN 1881.
- nèse daus les fontes Thomas, autant introduire ce manganèse au haut-fourneau ; on obtiendra un résultat supplémentaire, l'élimination partielle du soufre.
- Malheureusement, le manganèse est un métal peu abondant dans la nature ; quand il est sous forme d’oxyde à 50 pour 100, il faut payer le minerai à raison de 2 fr. 50 par chaque 1 pour 100 de manganèse métallique contenu. Quand le minerai de manganèse est associé à du minerai de fer, il ne renferme guère que 20 à 25 pour 100 de manganèse, et, tout en payant celui-ci au-dessous de 1 fr. l’unité, on arrive facilement, par suite des transports, à le payer 1 fr. 50 et 1 fr. 60. Or, la métallurgie du manganèse, en progrès notable depuis quelques années, doit cependant être considérée comme étant encore dans l’enfance. Tandis que 100 kilogr. de fer, contenus sous forme d’oxyde dans un minerai passé au haut-fourneau, donnent de 98 à 100 kilogr. de fer, suivant que la fonte obtenue est blanche ou grise, 100 kilogr. de manganèse ne rendent que 50 à 75 kilogr., suivant les circonstances qui accompagnent la réduction : température du vent plus ou moins élevée, présence d’une quantité plus ou moins grande de silice, composition plus ou moins heureuse du laitier, etc.
- Pour obtenir 1,5 de manganèse dans de la fonte blanche, il faut préalablement mettre de 4 à 5 de manganèse, tandis que 2 à 3 suffiraient pour de la fonte grise à la même teneur. Ce manganèse, qui échappe à la réduction, permet d'augmenter notablement la proportion de chaux dans le laitier, et la désulfuration, qui en résulte, paye les frais supplémentaires de l’introduction de cet excès de manganèse.
- On compte actuellement, en Luxembourg, une dépense de 5 à 6 fr. pour incorporer 1 1/2 pour 100 de manganèse dans la fonte blanche. En employant du minerai de Siegen à 10 pour 100 de manganèse et 30 de fer, coûtant, rendu, aux environs de 18 à 20 fr. la tonne, on paye en réalité 15 fr. au minimum pour 10 unités pour 100 de manganèse en considérant les 30 pour 100 de fer restant comme représentant 3 fr. ou 3 fr. 50 de minerai de fer du pays. C’est donc du minerai de manganèse à 1 fr. 50 ou 1 fr. 60 l’unité métallique pour 100 que l’on paye, et si l’on compte 6 francs de plus-value pour incorporer 1,5 pour 100 de manganèse, c’est qu’on a 6 . ,
- employé—-r-de manganèse ou 4 unîtes : on en retire 1,5, c’est un rendement de
- 1,5
- 35 à 40 pour 100 seulement, qui tient à la grande quantité de silice en présence.
- Les frais de la désulfuration par le manganèse sont donc intimement liés au prix de ce métal dont les minerais, de plus en plus recherchés, semblent peu disposés à baisser.
- A côté de cette désulfuration indirecte, il est intéressant de noterles tentatives faites récemment pour obtenir l’épuration directe des fontes plus ou moins chargées de soufre.
- A la réunion du 8 janvier dernier de la Société de l’Industrie minérale, M. Rollet a fait, à Saint-Etienne, une communication sur la désulfuration des fontes.
- p.330 - vue 334/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- JUIN 1881.
- 331
- L’éliminatton du soufre de la fonte se ferait à une température relativement assez basse, par une action oxydante en présence d’une scorie basique. Il faut que cette action ait lieu par l’intermédiaire d’un oxyde qui se dédouble en oxyde inférieur et en oxygène qui se porte sur le soufre pour produire des sulfates. Ceux-ci persistent en partie dans la scorie ou se décomposent en acide sulfureux entraîné par les gaz, et en oxyde de fer et de manganèse.
- Mais cette action oxydante entraîne avec elle une certaine déphosphoration, qui avait l’inconvénient de faire absorber par un corps étranger l’oxygène qu'on réservait au but principal. M. Rollet a cherché si la désulfuration, sans la déphosphoration, pourrait se faire en favorisant la formation des sulfures métalliques.
- En soumettant la fonte à une action réductrice en présence d’un laitier extrabasique, quoique de poids très faible, on peut lui enlever la presque totalité de son soufre, sans en éliminer le phosphore. ,
- En traitant à température élevée des fontes sulfureuses et de composition variée dans un cubilot, en présence de un dixième environ de son poids de laitier à 20 ou 30 pour 100 de silice et alumine, plus de la chaux et une forte proportion de spath-fluor, en a obtenu une fonte désulfurée ne renfermant plus que 15,10 ou même quelquefois 5 pour 100 de soufre primitif. Quant aux autres impuretés, elles disparaissent à peu près en mêmes proportions que dans le cubilot ordinaire, sauf le phosphore, qui diminue faiblement.
- Voici quelques exemples de traitement de fontes sulfureuses par cette méthode simple : '
- GIVORS. POUZIN. LONGWY.
- AVANT. APRÈS. AVANT. APRÈS. AVANT. APRÈS.
- Carbone 3 300 2 950 2 710 2 575 2 900 2 800
- Silicium 0 560 0 168 0 560 0 150 0 423 0 150
- Manganèse. 8 432 0 150 — — — —
- Soufre 0 814 0 029 0 532 0 066 0 518 0 051
- Phosphore 0 055 0 045 0 195 0 163 1 418 1 238
- Pour obtenir facilement le laitier extra-basique nécessaire, on peut garnir intérieurement le cubilot de dolomie calcinée. La chaux, qui ne convient pas seule pour la garniture au Bessemer, fait très bon effet dans le cubilot. Du reste, l’importance du revêtement extérieur diminuerait beaucoup si on employait une enveloppe à courant d’eau.
- p.331 - vue 335/684
-
-
-
- 332
- PROCÈS-VERBAUX. — JUIN 1881.
- Les résultats de M. Rollet, cités plus haut, indiquent une déphosphoration très complète au point de vue pratique ; on voit, notamment, que les fontes blanches françaises, ayant 1,5 pour 100 de soufre, n’en ont plus que dix fois moins; c’est donc une élimination de 90 pour 100.
- En recouvrant une fonte sulfureuse d’un laitier suffisamment basique, 10 pourcent environ de son poids, et ajoutant quelques kilogrammes de houille, de 1 à 2 pour 100 du poids de la fonte, on peut obtenir une excellente déphosphoration dans un four à reverbère quelconque.
- M. Rollet a employé ainsi un four Pernot garni entièrement de chaux ou de dolomie calcinée; c’est de tous les fours mobiles celui qui se prête le mieux au traitement des grandes masses liquides, comme à un brassage énergique et homogène.
- La désulfuration par ce procédé nouveau est fort simple et semble facile à réussir. Elle est plus effective, plus complète que par l’introduction du manganèse au hautfourneau ou, du moins, il faudrait peut-être un peu plus de 1,5 pour 100 de manganèse dans la fonte pour arriver avec certitude à un demi-millième seulement de soufre.
- Il resterait à comparer la désulfuration spéciale, au point de vue du prix, avec la méthode indirecte que nous avons indiquée plus haut. Nous manquons de renseignements à cet égard, mais il nous semble qu’on ne devrait pas dépasser le prix de 3 à 4 fr. par tonne en s’appuyant sur ce que la déphosphoration Krupp consommait de houille et de main-d’œuvre.
- (Bulletin du Comité des Forges de France.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 13 mai 1881.
- Présidence de M. l’amiral de Chabannes, vice-président.
- Correspondance. — M. le Ministre de Vagriculture et du commerce envoie à la Société deux exemplaires du tome XXI, lre partie de la collection des brevets d’invention pris sous le régime de la loi de 1844. (Dépôt à la Bibliothèque.)
- M. Joannon (François), avenue Philippe-Auguste, 90, expose que, après de longues et coûteuses recherches, il a trouvé le moyen de détruire le phylloxéra vastatrix, mais qu’il lui est impossible de livrer sa découverte au public si on ne lui fait pas obtenir une gratification qui lui permette de continuer ses opérations. (Agriculture.)
- M. Rivage (Ch.), ex-inspecteur de la ville de Paris, cité Thuré, à Paris-Grenelle, demande une subvention qui lui vienne en aide pour la construction d'un appareil
- p.332 - vue 336/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX. — JUIN 1881.
- 333
- d’astronomie à double réflexion, avec lequel on pourra suivre sans fatigue les observations astronomiques. (Arts économiques.)
- M. Thiers (R.), électricien, rue des Feuillantines, 91, Paris, adresse un Mémoire pour revendiquer la priorité du système Lacassagne (J.) et Thiers (R.) pour l’application de l’éclairage électrique dans de vastes espaces, et pour rappeler que, dès 1856, il a fait des applications pratiques de la divisibilité des courants électriques provenant d’une source unique. (Arts économiques.)
- M. James (Edouard), vice-président du Conseil d’hygiène de Sedan, inspecteur des pharmacies, à Balan-Sedan (Ardennes), envoie à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale deux exemplaires d’un petit Traité pratique et succinct d’hygiène, spécialement destiné aux classes ouvrières.
- M. le Président remercie M. James de cet envoi et ordonne le dépôt de cet ouvrage à la Bibliothèque.
- M. Favier (A.), ancien officier du génie, rue Boissy-d’Anglas, 31, envoie à la Société une brochure sur la décortication de la ramie et appelle l’attention de la Société sur le procédé qu’il emploie; ce procédé s’applique d’une manière générale à tous les textiles dicotilédonés et peut amener la suppression complète du rouissage et du teillage dans le traitement industriel de ces plantes. (Comités des arts mécaniques et de l’agriculture.)
- M. Vivien (A.), expert-chimiste, rue de Baudreuil, 16 dis, à Saint-Quentin, envoie à la Société les cinq premières livraisons de son Traité de sucrerie pour concourir à l’un des prix décernés par la Société pour l’industrie et l’économie rurales. (Agriculture.)
- La Société technique de l’industrie du gaz en France, rue de Provence, 9, demande l’échange de ses publications avec celles de la Société d’encouragement et, à titre de spécimen, elle envoie le compte rendu du Congrès tenu par elle en 1880, un volume grand in-8 de 442 pages, avec 24 planches. (Arts chimiques.)
- M. Guignet, directeur de la station agronomique de la Somme et membre correspondant de la Société d’encouragement, envoie pour la Bibliothèque :
- 1° Le Bulletin de cette station, 1er trimestre 1881 ;
- 2° Une brochure, grand in-8, sur la mise en valeur des mauvais terrains de la Somme pour des plantations d’arbres résineux.
- M. Giroud, fabricant de régulateurs et de rhéomètres pour l’industrie du gaz, envoie à la Société l’album de ses appareils. (Bibliothèque.)
- Le Comice agricole de Médéah (Algérie) adresse à la Société son Bulletin mensuel pour échange contre les publications de la Société. (Envoi du compte rendu des séances.)
- MM. les Secrétaires signalent dans la partie imprimée de la correspondance les envois suivants :
- p.333 - vue 337/684
-
-
-
- 334
- PROCÈS-VERBAUX.
- JUIN 1881.
- Annuaire statistique de la France, lre année, 1878, envoi de M. le Ministre de l’agriculture et du commerce, un volume grand in-8 de 590 pages.
- Documents sur le traité franco-américain, par M. Léon Chotteau, 7me réunion de Paris, broch. in-8.
- M. Jules Maistre, de Villeneuvette : De l’influence des forêts et des cultures sur le climat et le régime des sources, broch. in-8.
- Catalogue supplémentaire de la bibliothèque de l’École des ponts et chaussées, un vol. in-8 cartonné.
- M. Amette fils, ingénieur civil, à Rouen : Projet de canalisation de la Seine, broch. in-4.
- M. Régnier, sur la pile secondaire de M. Faure, broch. in-4, extraite des comptes rendus de l’Académie des sciences.
- Tenth annual report of the railroad and warehouse commission of Illinois, 1880, in-8 de 557 pages, avec cartes, cartonné.
- Supplément à ce Rapport de 1880, un vol. in-8, composé de tableaux.
- Report upon certain muséum of technology sciences and arts in legislative assembly of New South Wales, 1880, in-4, cartonné.
- Annual report of the departmenl of mines New South Wales, 1878, in-4.
- Annual report of the department of mines New South Wales, 1779, in-4.
- Maps to accompagny the annual report of the year 1879, in-4.
- Journal and proceedings of the royal Society of New South Wales, 1879, in-8, broché.
- Reports of the council of éducation upon the public schools, 1879, in-4, cartonné.
- Élection d’un membre correspondant. — L’ordre du jour appelle la nomination d’un correspondant français dans le comité de l’agriculture. Le candidat présenté par le comité et dont les titres ont été examinés par le Conseil, en comité secret, est M. Grandeau (L.), doyen de la Faculté des sciences et président de la Société centrale d’agriculture de Nancy, directeur de la Station agronomique de l’Est.
- Un scrutin secret est ouvert par M. le Président pour cette élection et le dépouillement de ce scrutin, fait par le Bureau, constate que M. Grandeau a réuni l’unanimité des suffrages.
- M. le Président proclame le résultat de ce vote.
- Rapports des comités. — Phares. — M. Redier fait, au nom du comité des arts mécaniques, un Rapport sur un appareil de phare pour feu de direction, muni d’écrans pivotants, système Von Otter, combiné et exécuté par MM. Henry Lepaute fils, constructeurs d’horlogerie et de phares, 6, rue Lafayette, à Paris.
- Le comité des arts mécaniques propose de remercier MM. Henry Lepaute fils de leur intéressante communication et de décider l’insertion au Rulletin du présent Rap-pori avec dessins et légendes à l’appui.
- p.334 - vue 338/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- 335
- — JUIN 1881.
- Ces conclusions sont adoptées par le Conseil.
- Correspondants. - M. le colonel Goulier fait un Rapport au Conseil, au nom du comité des arts mécaniques, pour signaler la vacance qui existe dans les correspon dants français de ce comité par la démission de M. Mather, à Toulouse.
- Le comité des arts mécaniques demande que cette vacance soit déclarée.
- Cette proposition est admise par le Conseil. L’élection aura lieu dans la séance du Conseil du 27 mai.
- Culture du chêne-liège. — M. Chatin fait un Rapport, au nom du comité de l’agriculture, sur un nouveau procédé de culture du chêne-liège, pratiqué par M. Capgrand-Mothes.
- Le Conseil n’a pas oublié que M. Capgrand-Mothes a mis sous ses yeux des lièges, complètement privés de toute croûte, obtenus par son procédé de revêtement.
- Le comité, considérant les grands avantages que peut avoir le nouveau procédé de production du liège pour nos départements du Midi et nos possessions d’Afrique, propose de remercier l’auteur de sa communication et d’insérer au Bulletin son Mémoire avec le présent Rapport.
- Ces conclusions sont adoptées par le Conseil.
- Communications. — Topogravure, zincographie. — M. le colonel Goulier présente, au nom de M. le commandant du génie de la Noë, divers procédés en usage à l’atelier zincographique du Dépôt des fortifications.
- M. le Président remercie M. le colonel Goulier et M. le commandant de la Noë de cette intéressante communication et, charge le comité des beaux-arts d’en faire l’examen.
- Appareils mécaniques divers.—M. Pihet présente à la Société, au nom de M. Poi-rot (Paul), ingénieur-mécanicien, boulevard Richard-Lenoir, 92, un petit appareil mobile pour faciliter le chargement sur des camions, des caisses et autres fardeaux. Il consiste en un systyme articulé qui, par un moyen simple, procure l’élévation sur place de l’objet à charger, lequel, ensuite, est poussé sans efforts sur le camion. Cet appareil fonctionne déjà en plusieurs lieux pour des poids de 500 kilog., et son emploi pourrait aisément aller jusqu’à un poids de 1 500 kilog.
- M. Pihet présente ensuite, au nom du même mécanicien, un petit appareil destiné à produire un raccommodage provisoire d’une solidité suffisante pour les brancards de voiture brisés par accident.
- Il consiste en deux presses à vis qui saisissent chacun des deux tronçons du brancard cassé, après qu’ils ont été rapprochés le plus exactement possible. Une tige en fer coudée, qui réunit ces deux presses, sert à transmettre la traction en suppléant au brancard cassé, et une courroie que l’on serre avec force à chaque tour, forme une ligature qui consolide l’appareil au point que le brancard ainsi raccommodé peut permettre, sans aucun secours, de retourner aisément et sans danger à l’atelier ou à la remise.
- Enfin M. Pihet présente aussi, au nom de M. Poirot (Paul) et de M, Chertemps,
- p.335 - vue 339/684
-
-
-
- 336
- PROCÈS-VERBAUX.
- JUIN 1881.
- une petite grue, dite gerbeuse, applicable à la manœuvre des futailles dans les chais et remises de chargement, qui a l'avantage de n’employer ni cordes ni chaînes et de donner une grande stabilité, de sorte que, lorsqu’une pièce de vin est enlevée et mise en position, elle peut, sans inconvénient, rester suspendue à la grue jusqu’à ce qu’on ait pris les dispositions nécessaires pour la déposer d’une manière stable.
- M. Pihet montre, sur un petit modèle, avec quelle facilité une vis sans fin permet d’abaisser, autant qu’il est nécessaire, la volée de la grue pour qu’elle puisse entrer dans les portes des celliers ou magasins et se relever ensuite à la hauteur convenable.
- Tous ces appareils, d’une grande simplicité, lui paraissent destinés à rendre des services dans la pratique usuelle des affaires, et, par conséquent, lui semblent dignes de l’attention de la Société.
- M. le Président remercie M. Pihet de cette communication qui sera examinée par le comité des arts mécaniques.
- Séance du 27 mai 1881.
- Présidence de M. Baude, Vice-Président.
- Correspondance. — M. Lamé (Ch.), lieutenant de vaisseau en retraite, à Brest, rue Fay, n° 1, présente un bouchon économique pouvant servir un grand nombre de fois. (Comité des arts économiques.)
- Dans une autre lettre, M. Laîné annonce qu’il s’est occupé des moyens de changer l’organisation de la fourniture d’eau potable, pour que les habitants d’une ville aient, dans chaque maison, un robinet et un bout démanché avec lance d’incendie,de façon que l’on puisse immédiatement attaquer un foyer d’incendie.
- M. Jacquelain (V.-A.), chimiste à Romanèche (Saône-et-Loire), ancien membre du Conseil d’administration de la Société (Arts chimiques), ancien préparateur du cours de chimie appliquée à l’Ecole centrale des arts et manufactures, envoie à la Société un Mémoire sur la fabrication d’un combustible économique. (Arts chimiques.)
- M. Boulanger (H.) présente à la Société pour la faïencerie de Choisy-le-Roy deux candidats pour l’une des médailles de contre-maître. (Commission spéciale.)
- M. Rousseau (Émile), fabricant de produits chimiques, à Paris, rue des Écoles, kk, présente aussi un candidat pour les mêmes médailles. (Commission spéciale.)
- M. Meunier (Paul), rue de Lainas, à Commercy, annonce qu’il a trouvé un nouveau moyen de fabriquer le carbonate de soude en employant l’oxyde de carbone pour combustible, et qu’il a perfectionné la production de l’aluminium métallique. Il désirerait, avant de prendre un brevet d’invention, savoir : 1° si sa nouvelle méthode est préférable à l’ancienne et peut procurer une économie sérieuse ; 2° si le métal l’aluminium peut être obtenu à moins de 2 francs le kilogramme. Il offre d’envoyer au président de la Société le Mémoire dans lequel ses procédés sont décrits. (Arts chimiques.)
- p.336 - vue 340/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- JUIN 1881.
- 337
- Mme veuve Picq, veuve d’un mécanicien de la fabrique d’armes de Tarbes, demande l’aide de la Société en raison des recherches et travaux de son mari. (Arts mécaniques.) .
- M. Armengaud (jeune), ingénieur, boulevard de Strasbourg, 23, à Paris, envoie un exemplaire de la communication qu’il a faite à la Société des ingénieurs civils, sur l’installation et l’exploitation des lignes téléphoniques dans le réseau de Paris exploitées par la Société générale des téléphones, rue des Petits-Champs, n° 66, et il désirerait que les détails nouveaux sur cette installation contenus dans cette brochure puissent être insérés dans le Bulletin de la Société. (Arts économiques.)
- M. Durand-Claye (Alfred), ingénieur en chef des ponts et chaussées, rue de Richelieu, 85, fait hommage à la Société de son travail sur l’assainissement de quelques villes allemandes, notamment de Dantzig, de Berlin et de Breslau. Brochure in-8° avec atlas in-folio.
- M. le Président exprime les remerciements du Conseil à M. Alfred Durand-Claye, et prescrit le dépôt de cet ouvrage à la Bibliothèque de la Société.
- MM. les Secrétaires signalent, parmi les pièces imprimées de la correspondance :
- Les Transactions de la Société royale d’Edimbourg et les Proceedings de cette Société pour la session 1878-1880, ainsique les Proceedings pour le mois de janvier 1881.
- Le programme des conditions exigées pour l’admission à l’École des hautes études commerciales et le programme sommaire des études de cette Ecole, boulevard Malesherbes, 108, offert parM. Gustave Roy, président de la Chambre de commerce de Paris.
- Les archives du Musée national de Rio Janeiro, volumes I, II, III.
- Envoi des membres du Conseil. — M. le général Mengin-Lecreulx envoie à la Société un exemplaire du discours qu’il a prononcé sur la tombe du général de division Doutrelaine, du corps du génie.
- M. Hirn, correspondant de la Société pour les arts mécaniques, fait hommage à la Société d’une brochure qu’il a publiée pour l’explication d’une paradoxe, apparent, d’hydrodynamique.
- M. le Président remercie M. le général Mengin-Lecreulx et M. Birn de l’envoi de ces ouvrages, qui seront déposés à la Bibliothèque.
- Revue des chemins de fer. — M. Baude présente, ainsi qu’il suit, à la Société, de la part de M. Dunod, éditeur, les deux volumes de cette i?e?;wepour 1880.
- Messieurs, j’ai l’honneur de faire hommage à la Société d’encouragement de deux beaux volumes in-4°, qui comprennent les articles publiés mensuellement, en 1880, dans la Revue générale des chemins de fer. M. Dunod, libraire des ponts et chaussées, des mines et des télégraphes, qui vous est bien connu comme éditeur, a courageusement entrepris cette publication, il y a trois années, et vous savez que ces entreprises ne sont pas toujours sans danger pour ceux qui les commanditent.
- Tome VIII. — 80e année, 3e série. — Juin 1881.
- 43
- p.337 - vue 341/684
-
-
-
- 338
- PROCÈS-VERBAUX.
- JUIN 1881.
- La Revue générale défi chemins de fer est certainement le recueil le plus complet qui se publie sur la matière : il donne des articles étendus sur toutes les innovations qui concernentles voies ferrées. Il rend compte de toutes les améliorations introduites dans l’exploitation, tant en France qu’à l’étranger. Il tient le lecteur au courant de toutes les décisions administratives concernant les chemins de fer, des tarifs et des discussions qu’ils provoquent.
- Les ingénieurs distingués qui forment le comité de rédaction sont tous des gens de pratique : il y a donc dans la Revue une critique éclairée de toutes les utopies qui se produisent quelquefois, dans un public, de tout ce qui se dit sur ce vaste instrument dont il se sert tous les jours.
- Nous ne saurions citer tous les articles intéressants de la Revue de l’année 188C .
- Nous signalerons, toutefois, un remarquable travail de M. Cossmann, inspecteur de l’exploitation au chemin de fer du Nord, sur la concentration et l’enclanchement des leviers des aiguilles et signaux manœuvres à distance.
- L’exploitation des chemins de fer, par l’accumulation des voyageurs et des marcfan-dises dans les mêmes gares, par la multiplicité des embranchements qui viennent y aboutir, par le développement des voies d’évitement, de garage, de triage, a dû concentrer dans un petit espace la manœuvre des aiguilles de changement de voie, el les réunir, pour ainsi dire, dans une même main. L’aiguilleur, placé à distance, doitpou-voir indiquer, par des signaux, si elles sont ouvertes ou fermées et s’assurer de leur contact parfait avec les rails.
- Ce système d’enclanchement a été imaginé, le premier, par M. Vignier, ingénieur aux chemins de fer de l’Ouest. Les Anglais, et particulièrement MM. Saxby et Farmer, dont les appareils sont si répandus en France, ne le connaissaient pas, mais ils ne contestent pas la priorité de l’idée, malgré leurs procédés un peu différents. Le Mémoire de M. Cossmann a presque l’étendue d’un volume. Il élucide complètement la question délicate et un peu compliquée de la manœuvre des leviers.
- On remarquera un Mémoire de M. Sartiaux, sous-chef de l’exploitation des chemins de fer du Nord, sur les opérations de la manutention dans les gares de chemins de fer.
- Nous signalons aussi à l’attention des ingénieurs un article de M. Jules Michel sur les dispositions à donner aux voies de service dans les gares à voie unique et à faible trafic.
- Chaque numéro de la Revue est accompagné de documents statistiques du plus grand intérêt. Elle ne nous laisse rien ignorer de ce qui se passe en Europe, en Amérique, sur les voies ferrées; toutes les mesures prises par l’Administration française, les décisions judiciaires sont analysées. La multitude des chiffres, relevés avec exactitude dans les documents officiels, publiés ou inédits, delà France et de l’étranger l’a rien d’effrayant, parce qu’ils sont groupés avec méthode et clarté.
- J’espère donc, qu’en outre du dépôt à la Bibliothèquo de la Société d’encourage-
- p.338 - vue 342/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- JUIN 1881.
- 339
- ment, le Conseil voudra bien adresser des remerciements au comité de rédaction de la Revue des chemins de fer et à M. Dunod, éditeur, au nom duquel je fais le dépôt des deux volumes de l’année 1880.
- Ces remerciements sont votés par le Conseil.
- Election d'un membre correspondant français pour le comité des arts mécaniques. — L’ordre du jour appelle la nomination d’un correspondant français pour le comité des arts mécaniques. Le candidat présenté par le comité et dont les titres ont été examinés par le Conseil, en comité secret, est M. Jarre (G.), ingénieur civil, directeur des Usines d’Ornans (Doubs).
- L’élection est faite parle Conseil à l’unanimité des voix.
- En conséquence, M. le Président proclame l’élection de M. Jarre (G.) au titre de membre correspondant français de la Société pour le comité des arts mécaniques.
- Rapport des comités. — Le Change et la Banque. — M. Gustave Roy lit, au nom du comité de commerce, un Rapport sur le livre que M. H. Lefèvre a présenté à la Société et qui est intitulé : Le Change et la Banque.
- Le comité de commerce propose de remercier l’auteur du livre dont on vient de rendre compte, et d’insérer le Rapport dans le Bulletin.
- Ces conclusions sont adoptées par le Conseil.
- Communications. — Industrie de la Tourbe, — M. Colart (G.-R.), à Fontaine-sur-Somme, par Longpré, présente à la Société un exposé de l’exploitation industrielle de la tourbe dans le nord de la France.
- La Notice, dit M. Colard, que nous avons l’honneur de soumettre à votre appréciation, et dont le cadre est restreint, ne vise aucunement la formation de la tourbe. Cette matière est répandue sur la surface du globe, en gisements parfois très importants. Les régions tempérées et celles du Nord, sont les plus riches en ces dépôts; celles, au contraire, qui sont voisines de l’équateur n’en ont pas de traces. La décomposition trop rapide des végétaux aquatiques qui forment sa base ne s’accomplit pas dans les conditions voulues pour qu’elle puisse s’y former.
- Pour les industriels qui voudront exploiter la tourbe, les remarques suivantes pourront être utiles :
- 1° Faire choix d’un marais à l’abri des inondations ;
- 2° D’une formation ancienne; si on travaille au point de vue du charbon, rechercher la plus grande densité possible, et la pureté ;
- 3° Constater que, par incinération sur une plaque, elle ne produise pas plus de 10 à 12 pour 100 de cendres ou résidus;
- 4° Sa richesse en goudron ne devra pas être inférieure à 9 ou 10 pour 100, et eri azote à 2 pour 100 ;
- 5° Si la dessiccation a lieu à l’air libre sur des terrains d’étendages, il faut que ces derniers soient préparés, que leur assèchement soit facile et qu’en toute saison leur niveau dépasse, au minimum, de 0m,60 celui du plan d’eau ;
- p.339 - vue 343/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX. — JUIN 1881.
- 340
- 6° Rechercher et employer la méthode la moins coûteuse pour l’extraction, soit la drague ou le secteur vertical, suivant la nature du banc. Si, par places, le gisement renferme des couches sableuses ou coquillières, le louchet mécanique mû à bras ou à la vapeur devient indispensable pour arriver à une épuration qui est alors forcée;
- 7° La contexture du gisement se reconnaît, d’ailleurs, à l’aide d’une sonde-cuillière.
- Le choix ainsi arrêté, pour façonner la briquette en vue de la fabrication du charbon, la matière extraite exige et réclame impérieusement divers traitements.
- La tourbe doit toujours être bien épurée, condition rigoureuse. Des barques, généralement, la reçoivent; suivant le mode d’extraction adopté, on la jette dans un bac récipient; elle ira de là, à l’aide d’une chaîne à godets, se faire malaxer et triturer dans un broyeur d’une forme spéciale pour tomber enfin dans un bateau.
- Le broyeur ne prend que 0ra,30 c. de hauteur, il se compose d’une cuve et de deux hélices à quatre branches, fixées sur un arbre vertical, se mouvant horizontalement sur des grilles en spirales dont les barreaux devront être espacés suivant la nature de la matière tourbe et le degré de malaxage qu’on veut obtenir. Cette disposition, d’une grande simplicité, permet la fabrication d’une gadoue parfaitement délayée produisant le cube voulu pour la confection, en cinq minutes, de 3 000 briquettes de 0.28X0.10X0.09.
- La force à employer est de 3 à 4 chevaux vapeur.
- L’installation de l’appareil broyeur a lieu en pleine eau; elle permet le déchargement de quatre barques à la fois : un va-et-vient étant établi, les ouvriers mouleurs ne chôment pas. Il fonctionne sans engrenages, à l’aide de courroies et de poulies à joues, précaution utile si on veut supprimer les chances de casse.
- La gadoue ainsi obtenue, parfaitement exempte de garots, est transportée auxéten-tes, conduite et versée sur les toiles, pour y être moulée en briquettes ; on se sert également de brouettes mouleuses} les barques circulent dans des canaux préparés par la distribution.
- Dessication. — Séchage à, l’air. — 1° Quand la briquette a acquis une certaine consistance, on la tourne ; après une augmentation de solidité, on la superpose en câ-telets de 10 à 12 briquettes, suivant le degré de consistance acquis ; après quelques jours, quand le temps est beau, on renverse ledit câtelet, de façon que les briquettes formant le pied deviennent celles du haut;
- 2° Avec un peu d’habitude, on juge si la dessiccation est arrivée à un point voulu, alors on met les briquettes en gros tas ou piles ;
- 3° On donne à ces piles des dimensions variables, suivant le degré de sécheresse des tourbes, et aussi selon les saisons. Il est indispensable surtout de les construire sur une partie sèche et de les couvrir immédiatement avec des pailles, joncs, roseaux, dont il ne faut pas ménager l’épaisseur, si l’on veut éviter la désagrégation des briquettes.
- On a avantage, si les tourbes ont été empilées très vertes, a remuer les tas, soit en
- p.340 - vue 344/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX. ---- JUIN 1881. 341.
- décembre ou en mars suivant, car il ne faut jamais oublier, pour obtenir un coke solide, que la tourbe demande au moins une année de repos ;
- 4° Dans ces conditions mêmes, la quantité d’eau qu’on recueille à la carbonisation n’est pas au-dessous de 25 pour 100 du poids de la tourbe réputée sèche ; la dessiccation à l’air libre étant connue, nous ne nous y arrêterons pas plus longtemps.
- Divers essais de compression n’ayant pas donné d’heureux résultats il a fallu y renoncer.
- Qu’on nous permette de signaler à l’attention un procédé que nous avons expérimenté et dont nous avons obtenu des produits parfaits.
- Il s’agit du séchoir Moussard, que M. Borde, directeur des blancs minéraux de Meudon, a bien voulu mettre à notre disposition; l’aide empressée de M. Lavau-domme, entrepreneur, nous ayant simplifié notre tâche, notre essai a pu s’accomplir dans d’excellentes conditions.
- La tourbe, fraîchement moulée et tout humide, a été placée sur les clayettes, posée ensuite dans un des wagonnets du séchoir. La machine broyeuse-mouleuse Clayton, serait bonne pour ce travail.
- Après 36 heures, en saison d’hiver, de séjour dans le couloir du séchoir, la tourbe a été retirée parfaitement sèche. Elle avait toute la solidité et la consistance désirables, et nous ajouterons qu’on peut la mettre en piles, et même la carboniser, si on emploie un moule petit modèle. Cette application dote l’industrie tourbière d’un progrès réel. La dessiccation de la tourbe à l’air libre dans nos climats ne nous permet que de travailler 100 jours, du 15 avril au 15 août; l’exploitant est le jouet de toutes les intempéries, elles lui occasionnent des déchets. Ces inconvénients disparaissent et la durée de la campagne sera assurément doublée. Terminons en constatant encore que ce succès, immense à nos yeux, réduira le prix de revient de la tourbe ainsi traitée.
- Les frais de tout genre, comptés largement et exagérés à dessein : amortissement du capital, intérêts, matériel, ne devront jamais dépasser un prix de revient que nous fixons à 16 francs par tonne ; nous supprimons aussi toute surprise, tout mécompte. Ce prix diminuerait sensiblement, si les frais généraux étaient répartis sur une production de 6,000 tonnes au lieu de celle de 3,000, qui nous sert de base. On remarquera que le prix de revient de 16 francs n’est atteint dans aucune tourbière.
- Carbonisation. (Procédés.) — Un grand nombre de procédés ont été employés, beaucoup même abandonnés presque aussitôt éclos; nous ne nous arrêtons qu’à la carbonisation en vases clos. Elle permet de calciner la matière au degré qu’on désire, de recueillir les produits que procure la distillation et d’en retirer une rémunération qui n’est pas toujours à dédaigner. Dans les autres moyens avec accès d’air, les résultats ne peuvent qu’être amoindris.
- Après divers essais de cornues en terre réfractaire, nous avons adopté celles en fonte hématite. Les fours, disposés comme ceux des usines à gaz, diffèrent de ceux-ci comme agencement intérieur, carneaux, murettes supports, que nous avons dû éta-
- p.341 - vue 345/684
-
-
-
- 766
- PROCES-VERBAIJX.
- JUIN 1881.
- blir de façon à nous procurer une répartition uniforme de chaleur, tout en préservant les cornues des coups de feu. Elles ne peuvent donc s’endommager que par suite d’une excessive imprudence.
- Un ascenseur conduit les vapeurs au barillet; un condenseur, constamment arrosé, déverse les liquides dans une cuve. Les gaz, à l’aide de tubes disposés en conséquence, font retour au foyer et deviennent, en y brûlant, un appoint précieux de chauffage.
- Suivant la position des cornues et la chaleur qu’elles reçoivent, la tourbe qu’elles contiennent y séjourne plus ou moins de temps pour y être carbonisée et épurée à point ; ensuite elle est défournée, versée dans les étouffoirs, où elle se refroidit en 12 ou 15 heures, puis elle est répandue sur une sole. On procède, à l’aide du criblage, au classement du charbon en diverses catégories de grosseurs, pour le livrer au commerce.
- L’écart entre le prix de revient d’une tonne de charbon- de tourbe et celui de vente en gros obtenu, rendu sur wagon, est de 19 fr. 24.
- Les ouvriers des fours, à cause de la proximité de ceux-ci avec l’appareil à sulfate, s’occupent, en outre, de tout le traitement des eaux ammoniacales pour récolter le sel.
- Le rendement du charbon en vase clos varie de 38 à 45 pour 100; les calculs qui précèdent sont établis sur le rendement minimum de 38 pour 100.
- La distillation de la tourbe, comme elle vient d’être décrite, nous donne, en outre, des goudrons, des huiles, des eaux ammoniacales et des gaz dont nous avons indiqué l’emploi.
- La récolte de ces sous-produits n’occasionne aucune dépréciation à la qualité du coke, il convient de déterminer les usages et les applications que l’industrie leur trouvera ; nous en dirons quelques mots dans la suite de ce bref exposé.
- Agglomérés. — Un outillage spécial traite les menus; il se compose d’une locomo-bile faisant marcher un pulvérisateur, d’un mélangeur, d’une cuve à goudron avec serpentin réchauffeur, d’une mouleuse à tasseur automatique ; cette mouleuse fait des briquettes variant de forme. Le goudron de tourbe sert d’agglutinant, quand il a été privé des eaux ammoniacales qu’il renferme. Ce traitement des poussiers permet de réaliser de 30 à 35 francs par tonne des menus.
- Sortant de la roue mouleuse, les briquettes sont déposées dans des haquets où, après quelques jours de séchage, on les recarbonise, sans feu alimentaire, dans un four spécial au charbon de Paris.
- On peut, avec ces poussiers et d’autres, reconstituer à l’aide de ce four, maintenu à une haute température, certaines qualités de coke, suivant mélange, en y ajoutant un agglutinant. Ces briquettes seront employées pour le chauffage des wagons.
- Sous -produits divisés de la tourbe. — Nous exploitons :
- 1° Les eaux ammoniacales 5 2° Les goudrons et les huiles ;
- 3° Les gaz, comme combustible.
- p.342 - vue 346/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- JUIN 1881.
- 343
- Les eaux ammoniacales pèsent, en moyenne, 3, 5 à 6 degrés. Elles sont recueillies dans des bacs où, après séjour et repos, les goudrons et huiles qui s’y trouvent mêlés, s’étagent suivant leur densité ; on les soutire et on obtient alors les eaux à un point de pureté relatif qui permet de les traiter pour en retirer du sulfate d’ammoniaque destiné à l’agriculture, qualité dite bon gris.
- Tous frais déduits, on obtient 20 francs environ de sulfate par tonne de charbon de tourbe, la teneur en azote de la tourbe sèche employée est de 2 pour 100. Gomme on ne recueille que le quart environ de cette quantité, il y a lieu dépenser que cette faible récolte est due à l’imperfection des procédés extractifs.
- Les métylènes recueillis, analysés par M. Lhaute, ont été trouvés trop peu riches pour être exploités *, on les dirige dans un foyer.
- Les goudrons nous rendent 6 pour 100 du poids de la tourbe carbonisée ; si au lieu de se servir d’ascenseurs à la sortie des cornues on employait des descendeurs, le rendement augmenterait. Après avoir été privés de leurs huiles de densité minima et purgés des eaux ammoniacales qu’ils contiennent, ils ont donné 23 pour 100 de noir léger, d’une nuance magnifique ; leur brûlage a eu lieu dans un four à noir, à Yanves, où il s’est accompli sans feu alimentaire, ne laissant qu’un résidu insignifiant.
- Ces goudrons et les huiles créosotées qu’ils contiennent sont, dit-on, le meilleur spécifique connu pour l’injection et la conservation des bois ; une traverse de chemin de fer, absorbant 15 kilog. de goudron de tourbe, aurait une longue durée et le doute n’est pas permis. Si on le traitait comme les goudrons de houille, on trouverait qu’il est infiniment plus riche que ceux-ci, puisqu’il ne laisse qu’une minime proportion de brai sec. On en a retiré, le prenant brut, une huile de graissage, privée de toute odeur. Elle est incongelable, inoxydante, ce qui lui assure son emploi en industrie; la proportion obtenue est d’environ 30 pour 100. Gomme sa valeur commerciale ne saurait être moindre que 80 francs les 100 kilog., on saisit le côté avantageux de cette exploitation ; les résidus conservent leurs propriétés diverses.
- La tourbo carburée à l’aide de son propre goudron rend, par tonne, 400 mètres cubes de gaz d’éclairage. Celte saturation doit être de 12 à 15 pour 100. Sous une pression de 0,15 millièmes, avec le bec réglementaire, le photomètre accuse un pouvoir éclairant de 8 bougies au gaz extrait de la houille, tandis que celui extrait de la tourbe carburée n’est jamais au-dessous de 10, et qu’il atteint, suivant épuration, 13 et 14.
- Le gaz de tourbe est appliqué par la métallurgie pour la cémentation et l’aciérage du fer, et son emploi, reconnu avantageux, est appelé à prendre un essor considérable.
- Le goudron de tourbe serait l’objet d’un long thème ; en dissolution dans l’eau, en fumigations, c’est un désinfectant de premier ordre, pour casernes, hôpitaux, égouts, etc. Dissous à 2 pour 100 il est le destructeur du phylloxéra ; les lessives, les fumigations auraient vite raison des infiniment petits; la santé publique, surtout dans les grands centres, n’y perdrait rien. La tourbe sèche, pulvérisée et mélangée dans la proportion
- p.343 - vue 347/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- JUIN 1881.
- 3M
- de 50 pour 100 avec les vidanges, forme un engrais puissant et dont la manipulation, quand l’absorption est complète, a beaucoup perdu de son côté répugnant, puisque l’odeur disparaît.
- Si on absorbait également les eaux des égouts avec la même matière, le problème n’étant qu’une question de quantité, l’assainissement des grandes villes aurait fait un pas immense et l’avenir de la tourbe, produit qui a trop peu attiré l’attention jusqu’ici, apparaîtrait dans son côté pratiquement utile. Nous espérons qu’il n’attendra pas pour se révéler que la houille et les pétroles nous manquent ; leur épuisement est forcé, ces corps ne se formant plus, tandis qu’en certains endroits, la tourbe s’accumule sous nos yeux et qu’une main intelligente peut aider à sa formation.
- Nous serions heureux si les capitaux se portaient à sa rencontre, et nous sommes convaincu qu’ils y trouveraient un emploi rémunérateur et assuré.
- Nous vous remercions, Messieurs, de vouloir bien nous aider et de nous encourager par votre bienveillant accueil dans l’accomplissement de cette tâche, dont la portée est grande, puisqu’elle vise les combustibles, l’éclairage, la désinfection, les engrais, la conservation des bois et les métaux usuels.
- M. le Président remercie M. Colart de cet intéressant exposé, et charge le comité des arts chimiques d’en faire l’examen.
- PARIS, — IMPRIMERIE DE Mme Ve EOUCHARD-HUZARD, RUE DE l/ÉPERON, 5. — 1881. Jules TREMBLAY, gendre et successeur.
- p.344 - vue 348/684
-
-
-
- <i Enc<>/(ra</ei)ien,' '7/W>y_I '',V,V.
- /‘!. f:u>
- Vx<r. :'i.
- .. • \-)i< anunif r/ ;h't traïiù «v
- !'!: i,r c :i !•; s,
- pl.130 - vue 349/684
-
-
-
- 8©e année.
- Troisième série, tome VIII.
- Juillet 1881.
- BULLETIN
- DE
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- COMITÉ DES ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Ed. Collignon, au nom du comité des arts mécaniques, sur un ouvrage de M. Alfred Picard, ingénieur en chef des ponts et chaussées, intitulé : Alimentation du canal de la Marne au Rhin et du canal de l’Est.
- Messieurs, la Société d’encouragement a reçu de M. Alfred Picard, ingénieur en chef des ponts et chaussées, directeur du cabinet et du personnel au Ministère des travaux publics, un grand ouvrage sur Y Alimentation du canal de la Marne au Rhin et du canal de l’Est. Je viens, au nom du comité des arts mécaniques, vous rendre compte de l’examen que nous avons été appelés à faire de cette importante monographie, dont le sujet intéresse au plus haut degré l’art de l’ingénieur.
- Le canal de l’Est, entrepris après la guerre de 1870 sous la direction de M. Frécot, inspecteur général des ponts et chaussées, pour ouvrir une voie navigable directe de la Saône à la Meuse parallèlement à la nouvelle frontière, emprunte, sur 20 kilomètres environ, un tronçon du canal de la Marne au Rhin. Un coup d’œil sur le tracé des deux voies navigables, en plan et en profil, rendra plus facile l’intelligence des dispositions que nous aurons à signaler plus loin.
- Le canal de la Marne au Rhin se détache à Vitry-le-François, à la cote 9L, du canal latéral à la Marne, remonte la vallée de l’Ornain, et perce en souterrain, à la cote 278, le faîte qui sépare le bassin de la Seine de celui de la Meuse : ce point constitue le bief de partage de Mauvages. A partir de là, le canal redescend par la vallée de la Méhoîle, traverse la Meuse à Troussey, et
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Juillet 1881. 44
- p.345 - vue 350/684
-
-
-
- 346
- ARTS MÉCANIQUES. --- JUILLET 1881.
- se maintient a la cote 246 dans un long bief intermédiaire, qu’on désigne sous le nom de bief dePagny; un souterrain, celui de Foug, l’amène sans changement d’altitude dans la vallée de l’Ingressin, petit affluent de la Moselle ; il continue à s’abaisser le long de la Moselle jusqu’à Frouard, puis se développe dans la vallée de la Meurlhe, ou il atteint un minimum de hauteur dans le bief de Nancy, à la cote I97m,50. A partir de ce point bas, il remonte la vallée de la Meurthe et celle de son affluent le Sanon, et atteint un second maximum d’altitude, 266m,77, dans le bief de partage des Vosges, qui lui fait franchir à la même cote la Sarre et le faite montagneux qui la sépare du bassin du Rhin. Au delà il descend la vallée de la Zorn, et vient aboutir au Rhin près de Strasbourg, à la cote 136 environ.
- La nouvelle frontière coupe ce tracé près du village de Xures, dans la vallée du Sanon. La vallée de la Sarre et la traversée des Vosges n’appartiennent plus au territoire français.
- Le canal de l’Est, dans la région ou il se rapproche du canal de la Marne au Rhin, comprend deux branches principales, celle de la Moselle, et celle de la Meuse. Du bassin de la Saône il sort en remontant la vallée du Coney, traverse à la cote 361 le faîte qui sépare la Saône de la Moselle, et redescend dans la vallée de cette dernière rivière, à laquelle il communique par l’embranchement d’Épinal. Le canal de l’Est suit la Moselle jusqu’à Toul, en perdant toujours de la hauteur. Une branche secondaire s’en détache et va rejoindre le canal de la Marne au Rhin près de Nancy. De Toul sur la Moselle à Troussey sur la Meuse, les deux canaux sont confondus, et le bief de Pagny est, sur une moitié de sa longueur, commun aux deux voies navigables. Plus loin, le canal de l’Est se sépare du canal de la Marne au Rhin, et forme la branche de la Meuse, qui, sur une longueur de 5 à 6 kilomètres, va rejoindre, près d’Euville, cette rivière canalisée.
- L’alimentation primitive du canal de la Marne au Rhin comprenait des prises d’eau dans l’Ornain, à Saint-Joire ; dans la Meuse, à Sorcy ; dans la Moselle, à Toul ; dans la Meurthe, à Dombasle ; dans les réservoirs de Réchi-court et de Gondrexange, alimentés en partie par les eaux de la Sarre ; enfin, dans la Zorn, à Hoffmühl, sur le versant alsacien. Mais, d’une part, le développement de la navigation a conduit à relever le plan d’eau du canal, et à porter sa profondeur normale de lm,60 à 2 mètres. D’autre part, le traité de Francfort, en déplaçant la frontière, a fait passer sur le territoire allemand les réservoirs de Réchicourt et de Gondrexange, qui constituaient les principales ressources pour l’alimentation du versant de la Meurthe. Il importait d’af-
- p.346 - vue 351/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES.
- JUILLET 1881.
- 347
- franchir la navigation de la partie du canal, restée française, de toute dépendance à l’égard d’une administration étrangère. Enfin, il fallait pourvoir à l’alimentation du nouveau canal. Tel est le problème complexe dontM. Picard donne l’historique, et dont la solution fait le plus grand honneur aux ingénieurs qui l’ont conçue et réalisée. Elle se résume comme il suit :
- Des machines hydrauliques, de 850 chevaux de force totale, établies près de Toul, puisent dans la Moselle un volume variable de 650 à 900 litres par seconde, et l’élèvent à une hauteur de 40 mètres environ. Ces eaux sont recueillies dans une rigole qui les amène au bief de Pagny, dans la partie commune aux deux canaux. Le volume ainsi rassemblé alimente à la fois la descente de Foug à Toul, sur le canal de la Marne au Rhin, et la branche de la Meuse sur le canal de l’Est.
- Un réservoir, établi dans la partie haute du bassin de la Meuse, est destiné à compléter l’alimentation du même bief, qui forme point de partage pour le canal nouvellement ouvert.
- Pour atteindre le bief de partage de Mauvages, qui est à 32 mètres au-dessus du bief de Pagny, des machines à vapeur de 250 chevaux, établies à Yacon, élèvent au niveau supérieur, non seulement les eaux des sources de Yacon, mais encore l’excès des eaux alimentaires jetées dans le bief de Pagny, qui ne sont pas employées pour le service des branches descendantes vers la Meuse et vers la Moselle. Parvenues au bief de partage, ces eaux profitent à l’alimentation des deux versants du canal de la Marne au Rhin, qui s’en détachent, l’un vers l’Ornain et la Seine, l’autre, vers la Meuse et la Moselle.
- Sur le versant occidental du bief de partage des Vosges, un réservoir spécial, construit à Paroy, doit assurer en tout temps l’alimentation du canal de la Marne au Rhin, entre la nouvelle frontière et Dombasle, et la rendre indépendante du système d’alimentation par la Sarre, dont les Allemands sont devenus les possesseurs.
- De cet ensemble de travaux, il ne reste plus à exécuter que le réservoir de la Meuse et l’une des usines de la Moselle. Plusieurs rigoles complètent, d’ailleurs, ce système d’alimentation. En somme, on pourra, dans un avenir tout prochain, jeter dans les canaux 65,000 mètres cubes d’eau au point de partage de la Meuse, soit 8 millions de mètres cubes par an, et on peut dès aujourd’hui amener 5,800 mètres cubes dans le canal de la Marne au Rhin, à la descente des Vosges vers la Meurthe, c’est-à-dire 2,100,000 mètres cubes par an. On voit par cette description que les ingénieurs des canaux de l’Est ont mis à profit toutes les ressources dont on peut disposer pour assurer
- p.347 - vue 352/684
-
-
-
- 348
- ARTS MÉCANIQUES. — JUILLET 1881.
- l'alimentation des voies navigables : ici, ce sont des barrages qui créent dans la partie des vallées une réserve qu’on amène au bief à desservir par une rigole à pente douce ; là, des machines puisent des eaux à un niveau inférieur et les refoulent à un niveau plus élevé. Même variété dans le choix des moteurs : sur un point, des récepteurs hydrauliques utilisent une chute d’eau pour faire agir les pompes ; sur un autre, ou la puissance hydraulique fait défaut, on a recours à une machine à vapeur. L’ensemble de ces travaux offre un vif intérêt par la variété qu’il présente, et le soin apporté dans la réalisation de toutes les parties d’un programme aussi complexe en recommande particulièrement l’étude à l’attention des ingénieurs et des mécaniciens. Une revue rapide du beau travail de M. Picard nous permettra de relever quelques détails dans cet ensemble si étendu.
- Des trois machines élévatoires qu’on doit établir à Toul pour utiliser les chutes crées dans la Moselle canalisée, deux sont achevées ; ce sont celles de Valcourt et de Pierre-la-Treiche. La première élève à 40 mètres de hauteur un volume d’eau qui varie de 160 à 260 litres par seconde; la deuxième refoule à pareille hauteur un volume de 200 à 250 litres. La troisième usine, encore à l’état de projet, doit élever un pareil volume à la hauteur de 39m,57. Le travail moteur total dont on disposera dans ce groupe de récepteurs variera, une fois les travaux achevés, de 600 à 860 chevaux, suivant l’état de la rivière.
- M. Picard donne, dans les plus grands détails, les conditions du concours ouvert entre les constructeurs pour la création de ces machines, et il en fait connaître les résultats, qu’il commente par une savante analyse. Onze concurrents s’étaient présentés : MM. Callon et Feray l’ont emporté sur leurs rivaux. Comme disposition générale, leur projet comporte pour chaque usine deux turbines du type Fontaine, modifié par Girard et Callon ; chacune de ces turbines met en mouvement, au moyen d’une connexion directe, trois pompes horizontales du système Girard, à piston plongeur et à double effet. L’eau est refoulée par les six pistons dans un même réservoir central, qui renferme un matelas d’air, et d’oii part la conduite ascensionnelle. La disposition que les constructeurs ont adoptée pour placer les diverses parties de chaque usine est des plus satisfaisantes, au point de vue de la facilité des transmissions, comme au point de vue de l’élégance de l’aspect extérieur. Les personnes qui ont visité en 1878 la galerie des machines de l’Exposition universelle ont pu s’en faire une idée, en examinant le fragment d’usine exposé par MM. Callon et Feray.
- p.348 - vue 353/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES. --- JUILLET 1881. 349
- Pour tout ce qui a rapport aux détails de la construction, pompes, transmissions de mouvement, réservoirs d’air, conduite ascensionnelle, installation des bâtiments et des ateliers, rigoles d amenée des eaux, travaux d’art divers, nous ne pouvons que renvoyer à l’ouvrage de M. Picard, où l’on trouvera tous les renseignements qu’on peut souhaiter sur ces sujets, ainsi que sur l’exécution des travaux et le partage en lots d’entreprise. Arrêtons-nous seulement au chapitre intitulé : Amélioration de la traversée du sow-terrain de Foug, où nous trouverons un bel exemple des ressources qu’un ingénieur habile peut parfois mettre à profit pour perfectionner la voie confiée à son administration et à ses soins. Le souterrain de Foug a été ouvert en petite section dans le massif qui sépare les bassins de la Meuse et de la Moselle. Il a 860 mètres de longueur, et il est précédé, du côté de la Meuse, par une tranchée de 720 mètres, ouverte aussi à voie unique. Ce passage étroit, où la circulation ne peut se faire que dans un sens à la fois, a une longueur totale de 1,580 mètres; des garages pouvant contenir quatre bateaux chacun sont établis à ses deux extrémités. Tel est l’état primitif de cette partie du canal de la Marne au Rhin.
- Un calcul très simple, dû à M. Picard, permet d’évaluer la capacité de transport que présente un tel passage étranglé, où le mouvement de la batellerie ne peut se faire que par rames, c’est-à-dire par convois de bateaux parcourant la section à voie unique dans un sens, puis en sens opposé. La formule obtenue contient, comme éléments, le nombre de bateaux que peut contenir en même temps la gare d’évitement, la durée du parcours de la section à voie unique, la durée de la période du passage de l’étranglement dans chaque sens, c’est-à-dire le temps qui s’écoule entre le départ d’un convoi allant vers le Rhin, par exemple, et le départ du convoi suivant, allant du Rhin vers la Marne ; elle contient enfin le nombre de bateaux qui constituent chaque convoi. L’inconnue à déterminer est le nombre maximum de bateaux auxquels on puisse faire franchir en un jour le tronçon étranglé. Si l’on introduit dans la formule les données spéciales au souterrain de Foug, on arrive à reconnaître une circulation possible de 40 bateaux, ou de 6,000 tonnes par jour, circulation qu’il convient de réduire à 4,000 tonnes, pour tenir compte de l’activité moyenne de la batellerie, et non d’un maximum qui se réalise seulement à titre exceptionnel; à 300 jours de navigation par an, cela donne, pour la capacité de transport du passage étranglé de Foug, le nombre de 1,200,000 tonnes, tandis que la capacité du canal de la Marne au Rhin s’élève en section courante à 2,880,000 tonnes. En un mot, l’étran-
- p.349 - vue 354/684
-
-
-
- 350
- ARTS MÉCANIQUES. — JUILLET 1881.
- glement du Foug réduit la capacité du canal aux deux cinquièmes de sa valeur.
- Cette situation a été notablement améliorée, d’abord par l’accroissement de surface des gares d’évitement aux extrémités de la voie étroite, ainsi que par la diminution de longueur de la partie étranglée, puis par la réduction du temps nécessaire pour franchir la section à voie unique ; cette réduction est obtenue en accélérant le mouvement des bateaux qui ont à la parcourir.
- L’élargissement de la tranchée de Lay-Saint-Remi a réduit de 1,580 à 1,130 mètres la longueur de l’étranglement. Pour la seconde condition, on y a satisfait en créant dans cette région du canal des courants alternatifs, de manière à seconder toujours le mouvement delà rame qui s’y engage. Il suffit pour cela d’alimenter exclusivement le bief par la prise d’eau de Yacon, lorsqu’il est parcouru par des convois allant vers le Rhin, et exclusivement par les prises d’eau de la Moselle, lorsque les convois vont vers la Marne. Les usines d’alimentation fonctionnent, à la vérité, d’une manière continue ; mais on a ménagé aux deux extrémités de l’étranglement des bassins spéciaux où l’eau s’accumule, et le simple jeu des ventelles suffit pour déterminer les courants voulus, sous des charges d’eau qui ne dépassent pas 25 centimètres. La vitesse des courants ainsi produits dans les deux sens s’élève environ à 300 mètres par heure. Ces diverses améliorations ont porté la capacité de transport, pour la partie étranglée, des 2/5 aux 5/6 de la capacité courante ; en d’autres termes, elles l’ont plus que doublée.
- M. Picard a publié dans son ouvrage le compte rendu de ses expériences sur le rendement des machines et sur la mesure des débits réalisés. Pour déterminer la vitesse des filets liquides, il s’est servi du moulinet de Woltmann, après avoir essayé sans succès le tube de Pitot, perfectionné par Darcy. Le moulinet lui a donné de bons résultats, moyennant un tarage préalable. Le tube de Darcy n’a pas fourni des données bien précises, ce qu’on peut expliquer par la faible valeur des vitesses à observer. Il résulte de la formule qu’on applique à l’instrument de Darcy, que l’erreur commise sur l’évaluation de la hauteur constatée dans les tubes entraîne, pour la vitesse qui s’en déduit, une erreur inversement proportionnelle à la racine carrée de cette hauteur même, de sorte que le procédé manque absolument de précision lorsqu’il s’agit de petites vitesses. L’instrument n’en est pas moins très précieux pour une foule d’usages hydrauliques, et il a, en principe, cette supériorité sur le moulinet de YYoltmann, qu’il donne la vitesse sans exiger la mesure d’une durée.
- p.350 - vue 355/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES. --- JUILLET 1881.
- 351
- Comme résultat général, on peut admettre pour les usines des rendements de 0,62 à 0,66, mesurés en eau montée, et ces chiffres correspondent, non pas à l’état initial, mais, au contraire, à un service prolongé de la conduite ascensionnelle. Ils sont très satisfaisants par eux-mêmes, et ils sont supérieurs à ceux que les constructeurs avaient garantis. Le prix de revient de l’eau montée, rapporté à un volume de 1,000 mètres cubes élevé à la hauteur d’un mètre, serait de 4 centimes pour les usines de Toul, si elles fonctionnaient d’une manière continue. Mais la discontinuité du travail des machines, qui ne sont appelées à agir que 100 jours par an en moyenne, élève ce prix à 11 centimes, ce qu’on doit regarder comme très économique.
- Nous ne nous arrêterons pas à un projet complémentaire d’alimentation qui comprend la construction du réservoir d’Àouze et l’établissement de machines élévatoires à Pagny-sur-Meuse, et nous irons tout droit à l’usine de Yacon, qui a pour objet, avons-nous dit, d’amener au bief de Mauvages des eaux empruntées, les unes au bief de Pagny, les autres aux sources de Yacon, tributaires de la Meuse par son affluent la Méholle, englobées primitivement dans l’alimentation du canal de la Marne au Rhin. Le problème à résoudre consistait à élever en vingt-quatre heures 40,000 mètres cubes d’eau à la hauteur de 37 mètres, ce qui représente un travail utile de 250 chevaux-vapeur. Comme pour les usines hydrauliques de Toul, M. Picard fait l’historique complet du concours, qui a réuni 17 constructeurs et fourni 40 projets entre lesquels il a fallu choisir. Les résultats du concours sont réunis en tableaux, et sont suivis d’une analyse très détaillée de l’examen fait par le jury chargé de classer les concurrents et de faire choix du type définitif à adopter. Le prix a été donné à la maison Cad et Cie. Le projet de cette maison, légèrement modifié en exécution, comprend deux machines horizontales, alimentées par cinq générateurs à bouilleurs et réchauffeurs de 90 mètres carrés de surface de chauffe. Elles mettent en mouvement des pompes du système Girard, comportant chacune deux corps posés bout à bout, et parcourus simultanément par un même piston plongeur. Les machines sont horizontales, placées en prolongement des pompes et en connexion directe avec elles; elles sont munies d’une distribution dérivée du système Ingliss, avec valves et soupapes assurant la distribution et la détente dans un seul cylindre ; les orifices ménagés dans ce cylindre permettent l’évacuation, à chaque coup de piston, de l’eau condensée ou entraînée avec la vapeur. Des tableaux font connaître les dimensions des pompes, des organes de la machine et des générateurs, et complètent ainsi les indications fournies
- p.351 - vue 356/684
-
-
-
- 352
- ARTS MÉCANIQUES. — JUILLET 1881.
- par les dessins de l’atlas. La consommation moyenne de combustible, garantie par MM. Cail, est de 950 grammes de charbon (briquettes d’Ànzin) par heure et par cheval.
- À l’usine de Vacon est annexé un atelier de réparation que M. Picard décrit dans tous ses détails, non seulement au point de vue de la construction des bâtiments, mais encore au point de vue de la disposition et de l’installation des machines et des outils qui le composent. Il décrit aussi la rigole qui amène les eaux de Yacon au bief de Mauvages, et qui présente sur plusieurs points des siphons ou conduites forcées, pour franchir les dépressions du sol.
- Aux essais on a constaté pour les pompes de Yacon un rendement mécanique de 0,825 ; le rendement évalué en volume d’eau montée a montré la perfection du jeu des clapets. Il reste encore à publier le compte rendu des expériences qui feront connaître la consommation rapportée au poids de l’eau montée.
- Le prix de i ,000 mètres cubes d’eau refoulés à 1 mètre de hauteur ressort, pour l’usine de Yacon, à 0 fr. 20 pour un travail de 330 jours par an, et à 0 fr. 27 si le travail est réduit à 100 jours par an, comme on l’a supposé pour les usines de la Moselle.
- Un chapitre très intéressant de l’ouvrage de M. Picard est celui où l’auteur expose les formules adoptées pour régler la marche des machines, et les règles suivies pour informer en temps utile le mécanicien du travail qu’il doit chaque jour leur faire exécuter, en vue d’assurer convenablement l’alimentation du bief de partage.
- La dernière partie du travail de M. Picard a pour objet le réservoir de Paroy qui, établi sur le versant de la Meurthe, dans le terrain des marnes irisées, renferme un volume de 1 710 000 mètres cubes d’eau à la cote 231”,55, soit à Am,10 au-dessus du plan d’eau dans le bief le plus voisin du canal ramené à 2 mètres de profondeur uniforme. Une digue en terre de 420 mètres de longueur ferme le réservoir à l’aval ; elle est tenue à 0”,70 au-dessus du plan d’eau. Son épaisseur, croissante du sommet à la base, atteint 20 mètres au point le plus bas de la dépression du sol. Un déversoir en maçonnerie impose à la retenue un niveau au-dessus duquel elle ne peut s’élever. Une bonde de fond, située à 60 centimètres au-dessous du fond de la retenue, et à 5",80 au-dessous du plan d’eau, permet de vider le réservoir en tout ou en partie, et constitue le principal ouvrage de la prise d’eau. Les eaux qui s’en échappent sont à volonté dirigées vers le canal ou
- p.352 - vue 357/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES. ---- JUILLET 1881.
- 353
- perdues par un canal de fuite. Un chapitre spécial expose les règles suivies pour la comptabilité du réservoir; il fait connaître le tableau graphique qui permet à l’ingénieur de suivre les variations du régime de la retenue dans ses relations avec la quantité d’eau réclamée par l’alimentation du canal. Divers instruments, pluviomètres, thermomètres, anémomètres, bassins d’évaporation, complètent l’outillage du bassin de Paroy, et en font une véritable station météorologique. -
- M. Picard, dans un appendice à son ouvrage, a donné les résultats principaux des nombreuses expériences hydrauliques entreprises à l’occasion des travaux exécutés, et dans lesquelles il s’est proposé de contrôler les coefficients adoptés généralement depuis les belles recherches de Darcy et de M. Bazin sur le mouvement des eaux courantes. Les études hydrauliques de M. Picard ont porté sur des rigoles à ciel ouvert avec parois en maçonnerie, puis avec parois enterre, dépouillées d’herbes, puis couvertes de végétation; enfin, sur les siphons en fonte d’un mètre de diamètre, appartenant à la rigole de Pierre-la-Treiche à Foug. Les canaux maçonnés présentaient un fond courbe de maçonnerie lisse prolongé par des talus revêtus de maçonnerie rugueuse. La concordance des résultats constatés avec ceux que fournissent les formules
- de M. Bazin peut être regardée comme parfaite. Le rapport
- U
- y/ïtt
- de la vi-
- tesse moyenne à la racine du produit du rayon moyen par la pente s’est toujours trouvé, d’après les expériences, compris entre les deux valeurs que lui assignent les formules de M. Bazin, et qui correspondraient, l’une aux parois du ciment, l’autre aux parois de maçonnerie brute ; la constitution mixte de la section justifiait complètement cette valeur moyenne, telle qu’elle ressort du tableau comparatif suivant :
- Coefficients donnés par M. Bazin :
- Parois lisses, 79.1 72.4 76.0
- Parois rugueuses, 51.7 35.7 43.0
- Valeurs observées pour —r== 63.0 1 s/UI 66.5 70.7
- M. Bazin a donné aussi les valeurs du coefficient = ^/WT Pour ^es Pa"
- rois en terre, et M. Picard a fait quelques expériences sur l’écoulement dans des canaux dont les talus étaient tantôt en terre nue, tantôt en terre couverte d’herbes. L’accord des formules et des observations s’est sensiblement vérifié Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Juillet 1881. 45
- p.353 - vue 358/684
-
-
-
- 354
- ARTS MÉCANIQUES. — JUILLET 1881.
- pour les parois en terre sans végétation. Le cofficient constaté a été, en effet, de 27,5, contre 29,7 que lui assignait la formule. Mais la divergence entre la formule et l’observation s’accuse de plus en plus, à mesure qu’une végétation plus riche vient modifier l’état de la surface frottante. On constate alors 25,6 contre 29,0, puis 27,2 contre 32,5. Il est possible, croyons-nous, de justifier ces différences, en remarquant qu’en réalité les variations du coefficient A sont destinées à tenir compte des variations du périmètre mouillé, dont la valeur exacte devrait entrer dans la détermination du rayon moyen R, et sur lequel la végétation, en multipliant l’étendue des surfaces de contact, doit agir d’une manière extrêmement sensible. Les valeurs de À sont profondément modifiées par l’état particulier de la surface frottante, évaluée grossièrement d’après sa forme géométrique apparente ; et il est tout naturel qu’une surface recouverte d’herbes, pouvant présenter des états très divers suivant l’abondance de la végétation, échappe de cette manière à toute évaluation numérique propre à figurer dans une formule.
- Les expériences sur l’écoulement dans les siphons en fonte de 1 mètre de diamètre intérieur ont montré une fois de plus que les tables de Darcy assignent un débit un peu trop faible aux tuyaux de gros diamètre. Ces tables donnent seulement, comme on sait, le résultat d’une induction de Darcy, et non le résultat constaté d’après des observations directes. Mais l’écart est dans le bon sens, et il présente plutôt des avantages que des inconvénients, en laissant une certaine marge pour parer aux réductions graduelles auxquelles le débit des conduites est exposé, à mesure qu’elles font un service plus prolongé. Les expériences de M. Picard ont fait reconnaître aussi l’influence très sensible du degré de pureté de l’eau sur le débit des conduites.
- L’analyse trop sommaire que nous venons de présenter d’un ouvrage aussi volumineux, rempli de faits et de données pratiques, vous permettra de vous faire une idée, Messieurs, de l’intérêt des travaux de M. Picard et de la richesse de documents qu’ils offrent au mécanicien et à l’ingénieur. Nous ne pouvons que vous y renvoyer, en vous proposant d’adresser à l’auteur nos remerciements et nos félicitations, et de voter l’insertion au Bulletin du présent Rapport.
- Signé : Ed. Collignon, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 8 avril 1881.
- p.354 - vue 359/684
-
-
-
- CONSTRUCTIONS.
- JUILLET 1881.
- 355
- CONSTRUCTIONS.
- Rapport fait par M. Runel, au nom du comité des constructions et des beaux-
- arts, sur les modèles pour faciliter l’étude de la coupe des pierres, de
- M. Monduit, architecte, avenue de Clichy, 11, à Paris.
- Messieurs, M. Monduit, architecte, à Paris, a présenté à la Société une collection de trente modèles en plâtre pour l’étude pratique de la coupe des pierres.
- Votre comité des constructions et des beaux-arts, à qui l’examen de ces modèles a été renvoyé, m’a chargé de vous en rendre compte.
- L’élude de la coupe des pierres n’est pas sans présenter quelques difficultés pour l’élève qui, sur une épure de géométrie descriptive, doit comprendre et se représenter dans l’espace l’assemblage des différentes pièces, claveaux ou voussoirs, composant un appareil. Rien des commençants ont abandonné cette branche si intéressante de l’art de construire, faute d’avoir sous les yeux la représentation exacte et en nature du dessin graphique.
- M. Monduit a pensé que la tâche du professeur serait bien simplifiée et que l’étude de la coupe des pierres serait rendue plus attrayante, si l’élève pouvait voir et manier le modèle de l’épure qu’il étudie, et assembler lui-même les différents claveaux qui constituent un arc plein, cintre ou arrière-voussure.
- Pour faciliter cette élude, M. Monduit a exécuté en plâtre stéariné, par un procédé de surmoulage dont il revendique l’invention, une collection de trente modèles représentant les épures les plus intéressantes de la coupe des pierres.
- A chacun des modèles de cette collection correspond une planche gravée donnant l’épure théorique de l’appareil, en sorte que l’élève peut suivre sur le modèle en plâtre le tracé graphique, se rendre un compte exact des claveaux, des voussoirs, des sommiers et s’exercer à tailler lui-même et à assembler un appareil complet de coupe des pierres.
- Au moyen de ces modèles, M. Monduit vulgarise et met à la portée de toutes les intelligences l’art si peu répandu de tailler les pierres et de leur donner la forme la plus convenable pour leur emploi dans les constructions. Toutes les écoles de dessin, les écoles professionnelles devraient avoir cette collection; je suis persuadé que la vue seule de ces modèles développerait,
- i
- p.355 - vue 360/684
-
-
-
- 356
- ARTS CHIMIQUES* — JUILLET 1881.
- parmi les jeunes gens, le goût de l’étude de la coupe des pierres, et contribuerait à former de bons ouvriers et d’habiles appareilleurs. Tous ces appareils, exécutés avec le plus grand soin, sont très bien étudiés; les exemples sont bien choisis.
- Votre comité des constructions et des beaux-arts vous propose de remercier M. Monduit de son intéressante communication et d’insérer le présent Rapport au Bulletin de la Société.
- Signé : Bunel, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 10 juin 1881.
- ARTS .CHIMIQUES.
- sur l’hydrocellulose, par m. aimé girard (1). •
- J’ai établi, il y a quelques années, que les matières cellulosiques, quelle qu’en soit la forme, lorqu’on les soumet à l’action des acides dans des conditions déterminées, passent, avant de se saccharifier, par un état d’hydratation intermédiaire.
- On voit alors ces matières cellulosiques perdre leur cohésion naturelle et devenir d’une friabilité absolue; au nouveau produit formé dans ces conditions j’ai donné le nom à’hydrocellulose.
- Cette hydrocellulose, en dehors de quelques propriétés spécifiques, possède d’ailleurs toutes les propriétés de la cellulose normale, et comme celle-ci, notamment, elle est susceptible de se nitrer et de se transformer en pyroxyles, dans lesquels subsiste la propriété d’être friables, qui caractérise l’hydrocellulose elle-même.
- Ces pyroxyles friables sont de deux natures suivant leur mode de préparation : obtenus avec des acides froids et concentrés ils sont explosifs ; avec des acides chauds et étendus, ils se montrent solubles dans l’éther alcoolisé et propres, par conséquent, à la production des collodions photographiques.
- A l’époque où j’ai fait connaître ces diverses propriétés, j’avais prié M. Davanne de bien vouloir expérimenter des collodions ainsi préparés; il en avait obtenu des résultats satisfaisants, résultats qu’il a du reste communiqués d’une manière sommaire à la Société au commencement de l’année 1880, si je ne me trompe.
- Depuis lors, quelques personnes, M. Chardon notamment, ont repris l’étude de ces collodions et leur ont reconnu, paraît-il, au point de vue de la transparence des clichés, des qualités particulières. Ces résultats ont appelé l’attention sur l’emploi des
- (1) Communication faite à la Société de photographie.
- p.356 - vue 361/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES. — JUILLET 1881.
- 357
- pyroxyles friables en photographie, et, dans ces derniers temps, plusieurs amateurs, quelques fabricants de produits chimiques m’ont prié de préciser les conditions dans lesquelles il convient de se placer pour obtenir avec certitude de l’hydrocellulose de bonne qualité et pour la transformer ensuite en pyroxyle.
- C’est ce que je viens faire aujourd’hui.
- Les procédés à l’aide desquels l’hydrocellulose peut être obtenue sont pour ainsi dire infinis. Toutes les fois qu’une matière cellulosique, le coton cardé, par exemple, c’est-à-dire la matière à laquelle le photographe a toujours recours, est exposée à l’action des acides en quantité modérée, on voit cette matière, en des temps variables suivant la température et la concentration de l’acide, se transformer en hydrocellulose friable.
- Parmi ces procédés, il convient de faire un choix suivant le but proposé, et celui qui me paraît le mieux répondre aux habitudes des photographes et aux moyens dont iis disposent est celui qui consiste à imprégner le coton d’acide, à l’essorer et à le chauffer enfin. Le principe de ce procédé a déjà été publié par moi; mais si l’on veut tirer des résultats certains de ce procédé, il convient de recourir à quelques tours de main que je n’ai pas encore eu l’occasion de faire connaître et dont je suis heureux d’offrir la primeur à la Société.
- L’acide, dans le cas qui nous occupe, sera exclusivement ou l’acide sulfurique ou l’acide nitrique ; l’acide chlorhydrique devra être écarté, dans la crainte d’une formation ultérieure de chlorure d’argent.
- On emploiera cet acide à l’état de solution faible, de solution à 3 pour 100 ; dans un litre d’eau, on dissoudra 30 grammes d’acide sulfurique à 66 degrés ou d’acide nitrique à 40 degrés ; puis, dans le liquide ainsi acidulé, on immergera le coton pendant un quart d’heure, je suppose, jusqu’à ce que son imbibition soit complète. Retiré du bain, le coton sera alors -égoutté d’abord, puis, placé dans un linge et là fortement serré. Dans ces conditions, il retiendra environ 35 à 40 pour 100 d’eau acide, et la matière cellulosique se trouvera, par conséquent, en présence d’une quantité d’acide réel qui représentera environ 1 pour 1Q0 de son poids.
- Une fois bien essoré, le coton sera divisé à la main et abandonné en touffes au contact de l’air, à la température ambiante, jusqu’à ce qu’il se montre sec au toucher, jusqu’à ce que, en un mot, il soit revenu à l’état de siccité normale.
- C’est en cet état qu’il convient de le chauffer ; mais, au lieu de l’introduire simplement dans une étuve, ainsi que je le faisais au début, j’ai trouvé depuis avantage à le chauffer, logé dans un vase clos, dans un flacon bouché.
- Lorsque, en effet, on se contente de chauffer le coton acidulé en vase ouvert, on le voit souvent se dessécher trop rapidement et ne subir, par suite, qu’une transformation incomplète et inégale; si, au contraire, le coton acidulé est logé dans un flacon bouché, on est sûr de voir, sous l’influence de la vapeur d’eau dont l’atmosphère reste chargée, la transformation se compléter rapidement.
- p.357 - vue 362/684
-
-
-
- 358
- ARTS PHYSIQUES.
- JUILLET 1881.
- Le temps nécessaire à cette transformation varie avec la température à laquelle la matière est exposée; même à la température ordinaire on peut la réaliser aisément, mais quinze jours ou trois semaines sont alors nécessaires; si le flacon est chauffé à 35-40 degrés, huit ou dix heures suffisent; si enfin la température est élevée à 70 degrés, en trois heures la transformation est complète, et, comme il est rare qu’on ne soit pas pressé, c’est cette dernière manière de faire que je conseille particulièrement.
- L’appareil de chauffage peut d’ailleurs être quelconque : étuve,bain-marie, etc., peu importe, tous conviennent également.
- La transformation achevée, on retirera du flacon une matière toujours blanche, qui ne se sera colorée en aucun point, qui aura conservé l’apparence du coton générateur, mais qui, sous le plus léger froissement, se réduira en une fine poussière d’hydrocellulose.
- C’est ce produit qui constitue la matière première de la préparation des pyroxyles friables; pour la nitrer, il faudra la prendre telle qu’on la sortira du flacon, sans a broyer, et l’immerger doucement, en évitant de la trop diviser, dans le mélange d’acides azotique et sulfurique qui doivent la transformer.
- Le procédé consistant à broyer cette hydrocellulose, pour la nitrer ensuite à l’état pulvérulent, peut être employé, il est vrai ; mais, à mon avis, il présente des inconvénients, et c’est sur l’hydrocellulose encore en touffes qu’il convient d’opérer.
- Des mélanges acides que le photographe doit employer, je n’ai rien à dire ; aux dosages habituels, en effet, il n’y a aucune modification à apporter, L’hydrocellulose, en se nitrant, se modifie exactement de la même façon que la cellulose elle-même.
- Au sortir du mélange nitrant, le pyroxyle sera d’abord lavé à l’eau, comme de coutume, puis (de là résultent pour sa purification des facilités particulières) pulvérisé sous l’eau, bien entendu, au mortier de biscuit. Séchée enfin à la température ambiante et à l’air libre, la poudre ainsi obtenue sera prête à se dissoudre dans l’éther alcoolisé.
- Tels sont, à mon avis, la marche la plus convenable, le procédé le plus sûr, auxquels le photographe doit recourir pour préparer régulièrement, industriellement, si je puis m’exprimer ainsi, l’hydrocellulose et le pyroxyle photographique friable.
- ARTS PHYSIQUES.
- DE LA PRODUCTION DU SON PAR l’ÉNERGIE RADIANTE; PAR M. A. GRAHAM BELL (1).
- Au mois d’août dernier, dans un Mémoire lu à l’Association américaine pour
- (1) Mémoire lu à l’Académie nationale des arts et des sciences, le 21 avril 1881.
- p.358 - vue 363/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES.
- JUILLET 1881.
- 359
- j’avancement des sciences, j’ai décrit certaines expériences que j’ai faites avec M. Sumner Tainter, et qui nous ont conduits à construire un photophone, appareil pour la production du son par la lumière (2); aujourd’hui je me propose d’indiquer les progrès que nous avons faits dans la connaissance des phénomènes photophoniques depuis la publication de notre premier travail.
- Dans le Mémoire lu à Boston, nous avons annoncé que des disques minces d’un très grand nombre de substances émettent des sons lorsqu’on les soumet à l’action d’un rayon de lumière solaire à intermittences rapides. Le grand nombre des substances soumises à l’expérience m’a fait penser que le pouvoir d’émettre des sons dans de telles conditions devait être une propriété générale de la matière.
- Jusqu’alors nous n’avions pu réussir à obtenir des sons perceptibles en opérant sur des masses de substances qui devenaient sonores quand nous les employions à l’état de diaphragmes minces; mais nous nous étions expliqué cet échec en admettant que le mouvement moléculaire déterminé par la lumière était surtout une action exercée à la surface, et que dans les conditions de nos expériences les vibrations devaient traverser la masse entière pour venir agir sur l’oreille. Nous avons donc supposé que, si nous pouvions amener jusqu’à l’oreille de l’air qui fût directement en contact avec la surface éclairée, nous obtiendrions des sons plus énergiques, qui prouveraient que les masses un peu considérables sont aussi sonores que les diaphragmes minces. Les premières expériences faites pour vérifier cette hypothèse semblèrent nous donner raison. En concentrant un rayon de lumière solaire à l’une des extrémités d’un tube ouvert et en mettant l’oreille à l’autre extrémité , nous avons pu, lors de l’interruption du rayon lumineux, percevoir un son musical, dont la hauteur dépendait de la fréquence des intermittences et dont la force variait avec la nature de la substance du tube.
- Forcé de partir pour l’Europe, je dus alors interrompre ces expériences. A Paris, j’eus l’idée de les reprendre sous une forme nouvelle, qui devait me permettre d’étudier les sons produits par les masses matérielles, et aussi de vérifier le principe général de la sonorité de la matière soumisô à ïaction d’un rayon de lumière intermittent. Pour y arriver, il fallait que la substance mise en expérience fût placée dans l’intérieur d’un vase transparent, en verre par exemple, perméable à la lumière, mais arrêtant sensiblement le son. Ainsi la lumière pourrait pénétrer dans le vase, tandis que le son produit par les vibrations de la substance ne pourrait s’en échapper. Pour le percevoir, on mettrait l’oreille en communication avec l’iutérieur du vase au moyen d’un tube acoustique.
- (2) Voir les Proceedings of american Association for the advancement of Science, 27 août 1880; Y American Journal of Science, vol. XX, p. 305 ; le Journal of the American electrical Society, vol III, p. 3; le Journal of the Society of ielegraph Engineers and Electricians, vol. IX, p. 404; les Annales de Physique et de Chimie, vol. XXI. _
- p.359 - vue 364/684
-
-
-
- 360
- ARTS PHYSIQUES.
- JUILLET 1881.
- Je fis à Paris quelques expériences préliminaires , et j’obtins des résultats si encourageants, que je les communiquai à l’Académie des sciences par une Note que M. Antoine Breguet voulut bien se charger de présenter en mon nom, le 11 octobre 1880 (1). Bientôt après j’écrivis à M. Tainter pour lui demander de poursuivre ces recherches en Amérique, parce que les circonstances ne me permettaient pas de le faire moi-même en Europe. Comme ces expériences semblent avoir servi de point de départ à toute une série de recherches indépendantes d’une très grande importance, qui ont été faites simultanément en Amérique par M. Tainter, et en Europe par M. Mercadier (2), M. Tyndall (3), M. W.-E. Rôntgen (k) et M. W.-H. Preece (5), je me permets de citer le passage de ma lettre à M. Tainter relatif aux expériences en question :
- « Hôtel Métropolitain, rue Cambon, Paris, 2 novembre 1880.
- « Mon cher monsieur Tainter,
- « .... J’ai songé à une méthode pour obtenir des sons par l’action d’un rayon de lumière intermittent sur les substances auxquelles il est impossible de donner la forme de diaphragmes minces ou de tubes; celte méthode est tout particulièrement propre à vérifier la généralité du phénomène que nous avons découvert, car elle peut s’appliquer aux solides, aux liquides et aux gaz.
- « Mettez dans une éprouvette de verre la substance que vous voulez soumettre à l’expérience, et adaptez à l’ouverture de cette éprouvette un tube de caoutchouc qui portera le son jusqu’à l’oreille; concentrez alors le rayon intermittent sur la substance placée dans l’éprouvette. J’ai appliqué cette méthode à un grand nombre de corps, et toujours avec succès, bien qu’il soit très difficile d’avoir un rayon de Soleil ici, et que, même lorsque le Soleil se montre, l’intensité de sa lumière ne puisse se comparer à celle que nous avons à Washington. Des cristaux de bichromate de potasse et de sulfate de cuivre et la fumée de tabac m’ont donné de très beaux effets. Un cigare entier, mis dans l’éprouvette, a produit un son très marqué. L’eau pure ne m’a pas donné de résultat ; mais, en la mélangeant d’un peu d’encre, j’ai obtenu un son faible. Je vous conseille de répéter ces expériences et de les étendre encore..., »
- Lors démon retour à Washington, le 7 janvier, M. Tainter me communiqua le résultat des expériences qu’il avait faîtes dans mon laboratoire pendant que j’étais en Europe. Il avait d’abord étudié les propriétés d’un grand nombre de corps enfermés
- (1) Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. XCI, p. 595.
- (2) Notes sur la radiophonie (Comptes rendus de l’Académie des sciences, 6 et. 13 déc. 1880 ; 21 et 28 févr. 1881). Voir aussi le Journal de Physique, t. X, p. 53.
- (3) Action d’un rayon intermittent de chaleur rayonnante sur les gaz. (Proc. Royal Society, 13 janv. 1881, t. XXI, p. 307.)
- (4) Sur les sons que détermine l’éclairage intermittent d’un gaz (voir les Annalen der Phys, und Chemie, janv. 1881, n° 1, p. 155).
- (5) De la conversion de la force de rayonnement en vibrations sonores (Proc. Royal Society, 10 mars 1881, t. XXXI, p. 506).
- p.360 - vue 365/684
-
-
-
- 361
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- dans des éprouvettes, au seul point de vue de l’intensité des sons. Il arriva ainsi à constater que la ouate, la laine, la soie et les substances fibreuses en général donnent des sons bien plus intenses que les corps durs et rigides, comme les cristaux ou les diaphragmes tels que ceux que nous avions pris d’abord.
- Pour mieux étudier les effets obtenus, M. Tainter disposa les corps sur lesquels il voulait opérer dans une cavité de forme conique, pratiquée dans une masse de cuivre et fermée par une glace plane. Un tube de cuivre, aboutissant à cette cavité, la faisait communiquer avec le tube acoustique. En opérant sur de la laine ou quelque autre matière fibreuse, il obtenait, avec cette dispostion, des sons bien plus intenses qu’avec une éprouvette. La fig. 1 représente ce récipient de cuivre.
- M. Tainter compara ensuite des fibres de laine et de soie de différentes couleurs et
- ne tarda pas à reconnaître que les nuances les plus foncées donnent les résultats les plus marqués. La laine noire surtout lui donna ur son très intense.
- Comme la ouate blanche s’était montrée égale, sinon supérieure, à toutes les autres matières fibreuses blanches qu’il avait essayées jusque-là, il songea naturellement à la comparer à la ouate de couleur ; mais, n’en ayant pas sous la main, il eut recours au noir de fumée pour teindre la ouate blanche. Le son se trouva tellement renforce, que M. Tainter voulut opérer sur le noir de fumée seul. Il mit donc dans une éprouvette une petite cuillerée de noir de fumée, qu’il soumit à l’action d’un rayon solaiie intermittent; il obtint ainsi un son bien plus intense qu’aucun de ceux qu’il avai; obtenus jusqu’alors. Il enfuma une glace et l’exposa au rayon intermittent, de manière que la face noircie fût tournée vers le Soleil : le son produit fut assez intense pour être entendu, lorsqu’on prêtait l’oreille, de toutes les parties du laboratoire. Si l’aube face était tournée vers le Soleil, le son devenait notablement plus faible. M. Tainter répéta toutes ces expériences devant moi dès que je fus de retour à Washington, afin de m’en faire vérifier les résultats.
- En enfumant l’intérieur de la cavité conique que représente la fig. 1 et en l’exposant au rayon intermittent, avec son couvercle de verre remis en place, nous obtînmes des effets tout à fait surprenants. Le son élait si intense, qu’il faisait réellement mal à l’oreille quand on appuyait celle-ci contre l’extrémité du cornet acoustique. Mais les sons devenaient sensiblement plus fous lorsque nous mettions une toile métallique enfumée dans l’intérieur du récipient, comme le représente la fig. i.
- Nous lançâmes le rayon intermittent dans un résonnateur que nous avions exposé à la fumée d’une lampe, et alors nous pûmes observer de curieuses alternances de son et de silence. Nous faisions d’abord tourner 'e disque interrupteur avec une Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Juillet 1881, 46
- p.361 - vue 366/684
-
-
-
- 362 ! ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- très grande vitesse, puis nous le laissions peu à peu revenir au repos. On entendait d’abord un son musical très faible, dont la hauteur diminuait peu à peu à mesure que les interruptions se ralentissaient. Quant à l’intensité du son produit, elle varia d’une manière très remarquable. A chaque instant il se produisait des renforcements secondaires, qui devinrent de plus en plus marqués à mesure que nous approchions de la hauteur normale du résonnateur. Lorsque, enfin, la fréquence des interruptions se trouva égale à celle des vibrations de la note fondamentale du résonnateur, le son devint si intense, que plusieurs centaines de personnes auraient pu l’entendre à la fois.
- Ces effets du noir de fumée m’ont semblés d’autant plus extraordinaires, que je me souviens parfaitement d’avoir fait pendant l’été de 1880, sur des diaphragmes enfumés, des expériences qui n’avaient donné aucun accroissement d’intensité de ce genre. Ainsi l’examen des carnets de nos expériences photophoniques antérieures nous a fait trouver au tome VII, page 57, la note qui suit :
- Expérience V. — Diaphragme de mica recouvert de noir de fumée du côté exposé à la lumière.
- Résultats. — Son distinct, peu différent de celui que donne le diaphragme sans noir de fumée. — A. G. B., 18 juillet 1880.
- J’ai vérifié cette expérience; mais je trouve le son un peu plus fort avec le noir de fumée que sans,—S. T., 18 juillet 1880.
- En répétant cette ancienne expérience, nous sommes arrivés à un résultat identique à celui que nous venons d’indiquer; la couche de noir de fumée mise sur le mica ne nous a donné qu’un accroissement d’intensité douteux, ou en tout cas très faible. Dans cette expérience, nous avons constaté l’effet produit, tantôt en mettant le diaphragme de mica contre l’oreille, tantôt à l’aide d’un cornet acoustique dont une extrémité est fermée par le diaphragme. Le son s’entendait mieux à l’air libre, en mettant l’oreille aussi près de la surface noircie qu’il était possible de le faire sans intercepter le rayon lumineux.
- A l’époque où jùivais lu mon Mémoire à l’Association américaine, il m’avait été impossible de savoir si les corps rendus sonores par l’action directe du rayon solaire intermittent pouvaient reproduire les sons de la parole articulée sous l’action du rayon ondulatoire parti de notre transmetteur photophonique. On comprendra sans peine la difficulté qui m’avait arrêté, si l’on considère que les sons émis par les diaphragmes minces et les tubes étaient si faibles, que les corps sous cette forme ne pouvaient donner de sons perceptibles à une grande distance du transmetteur; d’un autre côté, à une faible distance, on ne pouvait non plus juger des effets produits par le transmetteur articulé, parce que la voix s’entendait directement à travers l’air. Mais les sons très intenses que donne le noir de fumée nous ont permis de démontrer que ce corps peut, dans le photophone articulant, être substitué au récepteur électrique dont nous nous étions d’abord servis.
- p.362 - vue 367/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881. 363
- La figure 2 représente l’expérience relative à ce point. Le diaphragme du transmetteur A et le récepteur B ont tous deux 0m,05 de diamètre; la distance de l’un à l’autre est de 40 mètres, c’est-à-dire de huit cents fois le diamètre du diamètre trans-
- ' VvY
- Fig. 2.
- metteur. Il nous a été impossible d’opérer à de plus grandes distances sans hélios-tat, à cause de la difficulté de maintenir la lumière dirigée d’une manière constante vers le récepteur. Des mots et des phrases prononcés dans le transmetteur à voix basse ont été reproduits d’une manière intelligible par le récepteur de noir de fumée.
- La figure 3 représente un moyen d’interrompre un rayon solaire pour obtenir
- Fig. 3.
- \
- p.363 - vue 368/684
-
-
-
- 364
- ARTS PHYSIQUES. --- JUILLET 1881.
- des effets à distance sans le secours d’une lentille. Nous prenons pour cela deux disques perforés de la même façon, et nous faisons tourner rapidement l’un des deux, tandis que l’autre reste stationnaire. Ce genre d’interrupteur est aussi très commode pour opérer avec la lumière artificielle. Le récepteur que représente cette figure se compose d’un réflecteur parabolique, au foyer duquel se trouve un vase de verre A contenant du noir de fumée ou quelque autre substance sensible et en communication avec un cornet acoustique. Le rayon de lumière est interrompu en traversant les deux disques perforés représentés en B, et quand on met cet instrument en action, le récepteur sensible A fournit des signaux musicaux comme les points et les traits de l’alphabet Morse, grâce à de légers mouvements que le miroir G fait sur son axe D.
- On peut aussi remplacer le réflecteur parabolique par un réflecteur conique, comme celui qu’a proposé M. Sylvanus Thompson (1), et alors un vase de verre cylindrique vaudrait mieux que le ballon A représenté par la figure.
- Quant aux corps sensibles qu’il convient d’employer, nos expériences font voir que pour les solides l’état physique et la couleur sont deux conditions qui ont une influence marquée sur l’intensité des sons obtenus. Le maximum d’intensité s’obtient avec les corps de consistance lâche, poreuse et spongieuse, et avec ceux qui ont les couleurs les plus foncées ou les plus absorbantes.
- Les corps qui ont donné les meilleurs résultats jusqu’ici sont la ouate, la laine, les matières fibreuses en général, le liège, l’éponge, le platine et les autres métaux à l’état spongieux, et le noir de fumée.
- Yoici comment on peut essayer d’expliquer l’intensité des sons que donnent ces substances : prenons, par exemple, le noir de fumée, corps qui s’échauffe sous l’action de tous les rayons, quel qu’en soit le degré de réfrangibilité. Je considère une masse de cette substance comme une sorte d’éponge dont les pores sont remplis d’air au lieu d’être pleins d’eau. Lorsqu’un rayon solaire tombe sur cette masse, les molécules de noir de fumée s’échauffent, et par conséquent se dilatent, ce qui fait contracter les pores compris entre elles. Cela chasse nécessairement au dehors une certaine quantité d’air, tout comme en pressant une éponge mouillée nous en faisons jaillir l’eau. La force avec laquelle a lieu cette expulsion de l’air doit être notablement accrue par la dilatation de l’air lui-même, par suite de son contact avec les molécules échauffées du noir de fumée. Dès que la lumière cesse d’arriver, l’effet contraire se produit : les molécules de noir de fumée se refroidissent et se contractent, laissant ainsi de plus grands espaces entre eux, et l’air qui remplit ces espaces se refroidit aussi. Un vide partiel se produit, dans lequel l’air extérieur se précipite, comme l’eau se précipite dans une éponge que l’on cesse de comprimer avec la main. '
- Ainsi se produit dans l’atmosphère une onde de compression toutes les fois qu’un
- (1) PMI. Magavril 1881, vol. XI, p. 286.
- p.364 - vue 369/684
-
-
-
- 365
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- rayon solaire vient tomber sur le noir de fumée, et une onde de raréfaction toutes les fois que la lumière est interceptée. Cela nous 'permet de comprendre comment il se fait qu’un corps tel que le noir de fumée puisse déterminer dans l’air ambiant des vibrations sonores intenses, quoique en meme temps il ne communique qu’une très faible vibration à la masse solide ou au diaphragme sur lequel il repose.
- M. Preece a, de son côté, reconnu le même fait en Angleterre, et il s’est demandé si, dans les expériences faites sur des diaphragmes minces, le son perçu était dû à la vibration du disque, ou, selon l’idée de M. le professeur Hughes, à la dilatation et à la contraction de l’air contenu dans la cavité derrière le diaphragme. Dans un Mémoire lu à la Société royale le 10 mars, M. Preece décrit plusieurs expériences qui lui sem-
- blent prouver que les effets observés sont dus uniquement aux vibrations de l’air enfermé, tandis que les disques ne vibrent pas du tout.
- Yoici les raisons qui me portent à ne pas adopter cette manière de voir :
- 1° Lorsque l’on concentre un rayon solaire intermittent sur une feuille de caoutchouc durci ou de quelque autre substance, on entend un son musical non seulement en appliquant l’oreille derrière le point sur lequel tombe le rayon, mais encore en la mettant contre une partie quelconque de cette feuille, même à 0m,20 ou 0m,30 du point sur lequel tombe la lumière.
- p.365 - vue 370/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881
- 366
- 2° Si l’on fait tomber le rayon intermittent sur le diaphragme d’un transmetteur de Blake, on entend un son musical intense partir d’un téléphone en communication électrique avec le bouton de carbone A (fig. k). On obtient encore de bons résultats lorsque le bouton de carbone A et la pile B font partie du circuit principal d’une bobine d’induction, tandis que le téléphone C fait partie du circuit induit.
- Pour ces expériences, il faut enlever la caisse de bois et l’embouchure dn transmetteur, afin qu’il ne reste de cavités pleines d’air d’aucun côté du diaphragme.
- Il est donc évident qu’avec les disques minces une vibration du diaphragme est réellement déterminée par l'action du rayon intermittent, indépendamment de la dilatation et de la contraction de l’air enfermé dans la cavité située en arrière du diaphragme.
- Lord Rayleigh a démontré par le calcul qu’une vibration assez étendue pour produire un son appréciable doit nécessairement résulter de l’action intermittente d’un rayon accompagné de chaleur, et il termine ainsi : « Nous sommes, je crois, en droit de conclure que rien ne s’oppose jusqu’ici à ce que nous admettions que les sons en question sont dus à la flexion des plaques inégalement échauffées. » (Nature, t. XXIII, p. 2lk.) Cependant M. Preece prétend prouver que les sons produits ne peuvent s’expliquer par cette hypothèse ; mais l’expérience qu’il invoque n’est pas concluante. D’après M. Preece, si l’explication de lord Rayleigh était juste, la dilatation et la contraction d’une bande mince d’une substance soumise à l’action d’un rayon intermittent pourrait ouvrir ou fermer un circuit voltaïque, de manière à déterminer la production d’un son par un téléphone compris dans ce circuit. Mais cette épreuve n’a rien de concluant, car lord Rayleigh a démontré [Proc, of Roy. Soc., 1877) qu’un son appréciable peut être produit par une vibration dôme amplitude inférieure à un dix-millionième de centimètre, et assurément une telle vibration n’aurait pas suffi pour mettre en mouvement un interrupteur tel que celui employé par M. Preece. Les résultats négatifs qu’il a obtenus ne peuvent donc pas être regardés comme probants.
- Voici, au contraire, quelques expériences de M. Tainter, qui semblent bien plus
- favorables à la théorie de lord Rayleigh qu’à celle de M. Preece :
- 1° Une petite bande A, semblable à celle dont M. Preece s’est servi pour ses expériences, fixée solidement au centre d’un diaphragme de fer est ensuite tendue perpendiculairement au plan du diaphragme. Lorsqu’on lance le rayon intermittent sur la ban -de A, on peut entendre un son musical distinct en appliquant l’oreille au tube acoustique C. '
- Cela semble indiquer un mouvement rapide de dilatation et de contraction de la substance soumise à l’expérience. , ' : . . . ; ’ l
- p.366 - vue 371/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881. 367
- Mais une vibration du diaphragme B se serait également produite si la petite bande A avait pris un mouvement d’oscillation, dû soit au choc direct du rayon, soit à la brusque dilatation de l’air en contact avec la bande.
- 2° Pour voir si les choses s’étaient passées ainsi, une petite bande additionnelle D fut
- attachée par son point central seulement à la bande A, et fut alors soumise à l’action du rayon intermittent (fig. 6). Si la vibration du diaphragme B c était due à une force venant donner un choc à la bande A, alors l’addition de la bande D ne pouvait en rien changer le résultat obtenu. Si, au contraire, cette vibration était due à la dilatation et à la contraction de la bande A dans le sens de sa longueur, le son devait cesser, ou tout au moins diminuer. Le rayon lumineux qui tombait sur D fut alors rendu intermittent par la rotation rapide d’un disque perforé que l’opérateur laissa revenir peu à peu au repos.
- Aucun son ne put être perçu, sauf au moment où la rotation n’ayant plus qu’une certaine vitesse, un faible son musical se fit entendre.
- Ce résultat confirme le premier.
- La perception d’un son, à un certain moment de l’expérience, semble indiquer que la petite bande D possédait une vitesse normale de vibration propre.
- Lorsque la fréquence des intermittences lumineuses était d’accord avec cette vitesse, la bande D se mettait probablement à vibrer à la manière d’un diapason, et, dans ce cas, une oscillation devait se transmettre par son point d’appui central à la bande A.
- Cela prouve indirectement la valeur de cette expérience.
- La liste des corps solides sur lesquels j’ai fait des expériences est trop longue pour que je la donne ici; il me suffira de dire que je n’ai pas encore trouvé un seul corps solide qui n’ait donné de son lorsque l’expérience était faite dans des conditions convenables (1).
- Expériences sur les liquides. — Les sons produits par les liquides sont bien plus difficiles à constater que ceux que rendent les solides. Le pouvoir absorbant considérable de la plupart des liquides nous porterait à nous attendre à des vibrations intenses
- (1) Dans mon Mémoire de Boston, j’ai cité le carbone et les plaques de verre très minces comme n’émettant aucun son, et, dans la Note présentée à l’Académie, j’y ai joint le chlorate de potasse en poudre (Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. XCI, p. 595J. Toutes ces substances ont depuis donné des sons dans des expériences mieux conduites..
- p.367 - vue 372/684
-
-
-
- 368
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- lorsque le rayon intermittent vient les frapper; mais le nombre des liquides sonores que nous avons pu trouver jusqu’ici est fort restreint, et les sons qu’ils donnent sont si faibles que, pour les entendre, il a fallu réunir la plus grande attention et les conditions expérimentales les plus favorables. Voici comment je procède : je remplis une très longue éprouvette du liquide que je veux étudier, et j’en coiffe l’orifice avec un tube de caoutchouc flexible, qui descend assez bas pour empêcher la lumière d’arriver à la couche de vapeur qui se trouve au-dessus du liquide. Je me prémunis également contre toute réflexion par le fond de l’éprouvette. Je concentre ensuite un rayon solaire intermittent sur le milieu de la colonne liquide, en me servant pour cela d’une lentille de grand diamètre.
- Résultats.
- Eau pure.................................... Pas de son perceptible.
- Eau teintée d’encre....................... Son faible.
- Mercure. . ................................. Pas de son perceptible.
- Éther sulfurique*........................... Son faible, mais distinct,
- Ammoniaque............................................ »
- Ammonio-sulfate de cuivre............................... »
- Encre ordinaire......................................... »
- Indigo dissous dans l’acide sulfurique...... »
- Chlorure de cuivre*.................................... »
- Les liquides marqués d’un astérisque ont donné les sons les plus intenses.
- Les vibrations sonores s’affaiblissent toujours beaucoup en passant des liquides aux gaz, et il sera peut-être possible de trouver un mode d’expérimentation qui donne de meilleurs résultats en transmettant les vibrations du liquide à l’oreille par l’intermédiaire d’une verge solide.
- Expériences sur les gaz. — Le 29 novembre 1880, j’eus le plaisir de montrer à M. le professeur Tyndall, dans le laboratoire de l’Institution royale, les expériences indiquées dans la lettre à M. Tainter, dont j’ai cité plus haut un passage, et M. Tyndall fut d’avis que les sons étaient dus à de brusques changements de température dans le corps soumis à l’action du rayon solaire. Comme je n’avais encore fait aucune expérience sur les propriétés sonores des différents gaz, il me donna l’idée de remplir une éprouvette de vapeur d’éther sulfurique, corps qui absorbe bien la chaleur, et une autre de vapeur de bisulfure de carbone, qui l’absorbe médiocrement, et me prédit en même temps que, s’il se produisait un son, il serait plus énergique avec la première substance qu’avec la seconde. Je fis aussitôt l’expérience, et le résultat vînt confirmer sa prédiction
- Depuis la publication des Mémoires de MM Rontgen (1) et Tyndall (2), nous avons
- (1) Ann. der Phys, und Chem., n° 1, p. 155; 1855.
- (2) Proc. Roy. Soc., vol. XXXI, p. 307.
- p.368 - vue 373/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES.
- JUILLET 1881
- 369
- répété 'ces expériences, et nous les avons étendues à beaucoup d’autres corps gazeux : dans tous les cas, les résultats obtenus ont été semblables à ceux qu’indiquent les Mémoires en question.
- Les vapeurs des substances suivantes ont donné des sons intenses sous l’action du rayon intermittent : vapeur d’eau, gaz d’éclairage, éther sulfurique, alcool, ammoniaque, amylène, bromure d’éthyle, diéthylamène, mercure, iode, peroxyde d’azote. Ce sont ces deux derniers corps qui ont donné les sons les plus intenses.
- J’ai donc montré qu’on obtient des sons par.l’action directe d’un rayon solaire intermittent sur des corps à tous les états physiques, solides, liquides et gaz, de sorte que la sonorité dans ces conditions semble être une propriété générale de la matière.
- Des corps qui peuvent remplacer le sélénium dans les récepteurs électriques. — À l’époque où j’ai communiqué mon Mémoire à l’Association américaine, les effets les plus intenses s’obtenaient avec du sélénium formant un élément construit dans de certaines conditions et mis en communication électrique avec un téléphone. Lorsqu’on faisait tomber sur le sélénium un rayon solaire intermittent, le téléphone rendait un son musical d’une grande intensité.
- Mais le sélénium était très irrégulier dans son action. Il était fort rare que deu, morceaux de sélénium, même pris au même bâton de cette substance, donnassent les mêmes résultats dans des conditions de préparation identiques. Lors de mon séjour en Europe, l’automne dernier, M. le Dr Chichester Bell, de YUniversity College de Londres, me suggéra l’idée que cette irrégularité dans les résultats était peut-être due à des impuretés chimiques dans le sélénium. Depuis lors, M. le Dr Bell a visité mon laboratoire à Washington et a analysé les divers échantillons de sélénium que j’ai réunis, et qui viennent de différents pays. Comme je sais qu’il compte publier bientôt les résultats de cette analyse, je me contenterai de dire que dans ce sélénium il a trouvé du soufre, du fer, du plomb et de l’arsenic, avec des traces de matières organiques; que l’analyse quantitative a prouvé que le soufre entre pour î/110 dans la masse totale ; enfin que, débarrassé de ses impuretés, le sélénium semble plus constant dans son action et plus sensible à la lumière.
- M. le professeur W,-G. Adams (1) a fait voir que pour le tellure, comme pour le sélénium, la résistance électrique est modifiée par l’action de la lumière ; nous avons donc cherché à employer cette substance au lieu du sélénium. Pour cela nous avons, au commencement de 1880, construit l’élément que représente la fig. 7, mais sans réussir à obtenir, avec un galvanomètre réflecteur, aucun signe de sensibilité. Depuis, cependant, nous avons constaté que, si l’on met cette spirale de tellure en communication avec une pile et un téléphone, et qu’on la soumette à l’action d’un rayon
- (1) Proc. Roy. Soc., vol. XXIV, p. 163.
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Juillet 1881.
- 47
- p.369 - vue 374/684
-
-
-
- 370
- • ARTS PHYSIQUES.
- JUILLET 1881
- Fig. 7.
- solaire intermittent, le téléphone donne un son musical bien net. L’intensité du son augmente si l’on introduit l’élément de tellure et la pile dans le circuit inducteur d’une bobine, et le téléphone dans le circuit du courant induit.
- L’énorme résistance du sélénium et la faible résistance du tellure nous ont fait . - penser qu’un mélange de ces deux corps présenterait
- peut-être des propriétés électriques particulières. Nous avons donc mélangé du sélénium et du tellure en diverses proportions, et, quoique nous ne soyons pas en droit d’affirmer rien de positif sur les résultats donnés, je puis dire tout au moins que ces mélanges sont sensibles à l’action de la lumière.
- Avant mon retour à Washington, au mois de janvier dernier, M. Tainter avait eu l’idée que le grand trouble moléculaire produit dans le noir de fumée par l’action d’un rayon solaire intermittent devait déterminer un trouble égal dans un courant électrique qui le traverserait, de sorte que le noir de fumée pourrait peut-être remplacer le sélénium dans un récepteur électrique. Cette conjecture s’est vérifiée, et l’importance de cette découverte est énorme, surtout si l’on considère le prix élevé de substances aussi rares que le sont le sélénium et le tellure.
- Nous avons représenté dans la fîg. 8 la forme d’élément de noir de fumée qui nous a semblé la meilleure. On dépose une couche d’argent sur une lame de verre, et on trace sur cette couche mince une ligne en zigzags, qui partage la surface métallique en deux parties séparées, présentant la forme de deux peignes dont les dents seraient entrelacées.
- Chacune de ces parties est munie d’une armature qui permet de la rattacher à volonté à un circuit voltaïque. On étend alors sur toute la surface une bonne couche de noir de fumée, qui remplit les interstices entre les dents des deux peignes d’argent. Lorsque cet élément de noir de fumée est mis en communication avec un téléphone et une pile, et qu’on le soumet à l’action d’un rayon solaire intermittent, le téléphone rend un son musical intense. Ce résultat semble dû plutôt à l’état physique qu’à la nature de la substance conductrice dont on se sert, car les métaux, à l’état spongieux, donnent des effets semblables. Ainsi, lorsqu'un courant
- Fig. 8.
- électrique traverse de l’éponge de platine exposée à un rayon solaire intermittent, un téléphone placé dans le même circuit donne un son musical distinct. Dans tous ces cas, en ajoutant au circuit une bobine d’induction, on accroît l'intensité du son ; de
- p.370 - vue 375/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES. ------ JUILLET 1881. 371
- plus, les éléments sensibles peuvent servir à reproduire la parole articulée aussi bien qu’à donner des notes musicales.
- Le noir de fumée donne encore des sons intenses lorsqu’il est soumis à l’action d’un courant électrique intermittent ; il peut servir de récepteur téléphonique pour la reproduction de la parole par l’électricité.
- La fîg. 9 représente une disposition commode de l’élément de noir de fumée.
- Lorsqu’on fait passer un courant intermittent à travers le noir de fumée A, ou que l’on concentre sur cet élément un rayon solaire intermittent à travers la plaque de verre B, on peut entendre un son intense en appliquant l’oreille contre le tube acoustique C. Si l’on fait agir simultanément la lumière et le courant électrique, on entend deux notes musicales, qui produisent des battements lorsqu’elles ont à peu près la même hauteur. On pourrait sans doute, avec une disposition convenable, produire une interférence de sons complète.
- De la mesure des effets sonores produits par différentes substances. — Nous avons observé que les substan-pig. 9. ces différentes donnent des sons d’intensités très diffé-
- rentes, quoique les conditions expérimentales soient sensiblement les mêmes, et il nous a semblé qu’il y aurait avantage à mesurer les sons produits. Pour y arriver, nous avons construit plusieurs appareils destinés à l’étude des effets sonores; mais, comme nos recherches ne sont pas encore complètes, je me bornerai à décrire ici quelques-uns des appareils que nous avons imaginés.
- Lorsqu’un rayon de lumière est concentré par une lentille, il est toujours possible de calculer l’affaiblissement qu’il subit à partir du foyer lorsque la distance s’accroît. Par conséquent, si nous pouvons trouver à quelles distances du foyer deux corps différents donnent des sons également intenses, nous pourrons également calculer leurs pouvoirs sonores relatifs.
- Pendant mon séjour en Europe, M. Tainter a fait des expériences préliminaires pour trouver à quelle distance du point focal d’une lentille le son produit par une substance cesse d’être entendu. Quelques-uns des résultats auxquels il est arrivé peuvent donner une idée des différences énormes qui existent à cet égard entre les différents corps.
- p.371 - vue 376/684
-
-
-
- sn
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- Distance du point focal d’une lentille à laquelle les sons émis par différents corps cessent d’être entendus.
- m.
- Diaphragme de zinc (poli)............................ • • 1>51
- » d’ébonite.................................... f >90
- » de feuille d’étain.............................. 2,00
- » de téléphone (fer vernissé)......................2,15
- » de zinc....................................... 2,15
- Soie blanche (enfermée dans le récipient de la fig. 1)..... . 3,10
- Laine blanche » .......... 4,01
- Laine jaune » .......... 4,06
- Soie jaune » ....... 4,13
- Ouate blanche » . ........ 4,38
- Soie verte » ....... 4,52
- Laine bleue » ....... 4,69
- Soie pourpre » .......... 4 >82
- Soie brune » ... .... 5,02
- Soie noire » 5,21
- Soie rouge » 5,24
- Laine noire » 6,50
- Noir de fumée. Dans le récipient, la limite de perceptibilité n’a pu être déterminée faute d’espace. Le son est tout à fait perceptible à la distance de.................... 10,00
- Convaincu, d’après ces expériences, que ces recherches devaient donner des résultats précieux, M. Tainter a imaginé un appareil pour étudier les intensités relatives des sons. Yoici en quoi il consiste :
- 1. Un rayon lumineux est reçu par deux lentilles pareilles (A et B, fig. 10) qui concentrent la lumière de chaque côté du disque interrupteur C. Les deux corps dont on veut comparer les pouvoirs sonores sont mis dans les récipients D et E, lesquels sont disposés de manière à exposer à l’action du rayon des surfaces égales ; ces récipients communiquent par des tubes flexibles F et G, de même longueur, avec le tube acoustique commun H. Les récipients D et E sont posés sur de petits chariots que l’on peut faire glisser le long des règles graduées I et K. Les rayons lumineux qui traversent le disque interrupteur C sont arrêtés tour à tour par les oscillations d’un pendule L. De cette façon, le corps en D et le corps en E donnent alternativement un son musical. On maintient un des récipients au même point sur sa règle, tandis qu’on rapproche ou qu’on éloigne l’autre du foyer de son rayon, jusqu’à ce que l’oreille juge que les sons donnés par les deux corps ont la même intensité. On note alors les positions respectives des deux récipients.
- 2. Une autre méthode est fondée sur la production d’une interférence des sons; la fig. 11 représente l’appareil dont nous nous sommes servis dans ce cas. L’interrup-
- p.372 - vue 377/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- 373
- teur est un diapason A qui vibre d’une manière continue sous l’influence d’un électro-aimant B.
- On concentre entre les deux branches du diapason A un rayon de lumière puissant,
- Fig. 10.
- dont le passage est plus ou moins arrêté par la vibration de deux écrans opaques C et D, adaptés aux branches du diapason.
- Gomme les vibrations de A donnent elles-mêmes un son, on a soin de mettre le
- Fig. il.
- diapason assez loin pour que l’opérateur ne puisse l’en te n ,re; un système de lentilles est disposé de manière à amener le rayon lumineux à la lentille réceptrice E avec aussi peu de perte que possible. Les deux récipients F et G sont adaptés à des coulisses H et I, dont le mouvement se fait de part et d’autre de Faxe du rayon, et les récipients
- p.373 - vue 378/684
-
-
-
- 374 ARTS PHYSIQUES. ------ JUILLET 1881.
- sont munis de tubes flexibles de longueurs inégales K et L, lesquels aboutissent au tube acoustique commun M.
- La longueur du tube K est telle, que les vibrations sonores parties des récipients F et G arrivent au tube acoustique M dans les phases opposées de leur mouvement. Dans ces conditions, il se produit un silence lorsque les vibrations dans les récipients F et G ont des intensités égales. Avec des intensités inégales, il reste un son affaibli. Lors de l’expérience, le récipient G reste immobile, et l’on fait glisser le récipient F en l’éloignant ou en le rapprochant du foyer du rayon jusqu’à ce qu’on obtienne le silence complet. On note alors les positions relatives des deux récipients.
- 3. Une autre méthode consiste à comparer l’intensité d’une note produite par l’action de la lumière avec l’intensité d’une note de même hauteur produite par l’action de l’électricité. Un rhéostat mis dans le circuit nous permet de mesurer la résistance nécessaire pour rendre l’intensité du son électrique égale à celle de l’autre son.
- k. Si l’on fait vibrer le diapason A de la fig, 11 en faisant passer un courant ondulatoire, au lieu d’un courant intermittent, par l’électro-aimant B, il est probable qu’un son musical produit électriquement dans le récepteur F par l’action du même courant pourrait annuler l’effet produit dans le récepteur G par l’action du rayon lumineux ondulatoire, et, dans ce cas, on devrait pouvoir établir un équilibre acoustique entre les effets de la lumière et ceux de l’électricité, en introduisant dans le circuit électrique une résistance suffisante.
- Nature des rayons qui déterminent des sons dans les différents corps. — Dans le Mémoire que j’ai lu à l’Association américaine, en août dernier, et dans celui-ci, j’ai donné au mot lumière son sens ordinaire plutôt que le sens scientifique, et je n’ai pas cherché jusqu’ici à distinguer les effets produits par les différents éléments de la lumière ordinaire : rayons thermiques, lumineux et actiniques. Mais l’adoption du mot photophone par M. Tainter et par moi a pu faire croire que nous attribuions les phénomènes acoustiques découverts par nous uniquement à l’action des rayons lumineux. Le sens que nous avons toujours attaché aux mois photophone et lumière ressort clairement du passage suivant de mon Mémoire de Boston :
- Bien que ces effets soient produits, comme nous venons de le faire voir, par des formes invisibles de la force de rayonnement, nous avons donné le nom de photophone à l’appareil qui produit et reproduit ainsi le son, parce qu’un rayon de lumière ordinaire contient lès rayons qui agissent dans ce cas. (T. XXI, p. 425 des Annales de chimie et de physique.)
- “Pour éviter à l’avenir tout malentendu sur ce point, nous sommes convenus d’adopter le mot radiophone, que M. Mercadier a proposé, comme terme général appliqué à tout appareil servant à la production du son par une forme quelconque de l’énergie radiante, et de restreindre les mots thermophone, photophone et actino-phone aux appareils pour la production du son par les rayons thermiques, lumineux et actiniques.
- p.374 - vue 379/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- 375
- Dans ses recherches sur la radiophonie, M. Mercadier a fait passer à travers un prisme un rayon intermittent fourni par une lampe électrique et a ensuite étudié les sons produits par les différentes parties du spectre [Comptes rendus de l’Académie des sciences, 6 décembre 1880). ' *
- Nous avons répété cette expérience en prenant le Soleil comme source lumineuse, et nous sommes arrivés à des résultats un peu différents de ceux qu’indique M. Mercadier.
- 1. Nous avons fait passer à travers une lentille achromatique B un rayon solaire réfléchi par un héliostat A, de manière à former une image du Soleil sur la fente G (fig. 1*2):
- Le rayon a ensuite traversé une seconde lentille achromatique D puis un prisme
- Fig. 12.
- de bisulfure de carbone E, donnant un spectre intense, qui, concentré sur un écran, s’est trouvé assez pur pour^ laisser voir les principales raies d’absorption du spectre solaire.
- Nous avons alors imprimé au disque interrupteur F une vitesse donnant de cinq à six cents intermittences lumineuses par seconde, et nous avons exploré le spectre avec le récipient G, disposé de manière à limiter par une fente la partie du noir de fumée exposée à l’action de la lumière.
- Dans ces conditions, toutes les parties du spectre visible, sauf la moitié extrême du violet et Fultra-rouge, nous ont donné des sons. Le passage graduel du récipient G du violet à l’ultra-rouge a déterminé un accroissement continu de l’intensité du son, dont le maximum est situé fort loin dans l’ultra-rouge. Au delà de ce point le son diminue d’abord, puis cesse si brusquement, qu’un très faible mouvement de G avait fait toute la différence entre le maximum d’intensité et le silence complet.
- 2. Nous enlevons alors la toile métallique couverte de noir de fumée, et nous remplissons le récipient G de laine rouge. L’exploration du spectre donne, cette fois, des résultats bien différents des premiers. Le maximum d’intensité du son se produit dans le vert, à l’endroit où la laine rouge semble noire. Des deux côtés de ce point le son s’éteint peu à peu; il s’annule d’un côté au milieu de l’indigo et de l’autre un peu en dehors de la limite du rouge.
- 3. La substitution de la soie verte à la laine rouge porte les limites de la percepti-
- p.375 - vue 380/684
-
-
-
- 376
- ARTS PHYSIQUES.
- JUILLET 1881.
- bilité du son, d’une part au milieu du bleu, et de l’autre à un point situé au commencement de l’ultra-rouge. Le maximum d’intensité est dans le rouge.
- h. Nous mettons dans le récipient G des copeaux d’ébonite. Les limites de la perceptibilité semblent être d’une part à la jonction du vert et du bleu, et de l’autre au bord extérieur du rouge. Le maximum se trouve dans le jaune. M. Tainter croit entendre le son jusqua une faible distance dans l’ultra-rouge, et, pour son oreille, le maximum d’intensité se trouve vers la jonction du rouge et de l’orangé.
- 5. Nous substituons au récipient G une éprouvette pleine de vapeur d’éther sulfurique, que nous portons lentement le long du spectre en partant du violet, et nous arrivons jusque dans l’ultra-rouge sans percevoir de son; puis, assez loin dans cette région, une note musicale distincte se fait brusquement entendre, pour disparaître d’une manière aussi brusque un peu plus loin.
- 6. L’exploration dn spectre avec une éprouvette pleine de vapeur d’iode nous
- donne, pour limites de perceptibilité, d’une part le milieu du rouge, et de l’autre la jonction du bleu et de l’indigo. Maximum dans le vert. *
- 7. Nous remplaçons l’éprouvette de vapeur d’iode par une autre, pleine de peroxyde d’azote. Toutes les parties du spectre visible nous fournissent des sons distincts; dans l’ultra-rouge, le silence est complet.
- Le maximum d’intensité me semble être dans le bleu. Toutes les parties du violet donnent, des sons bien marqués, et il me semble même que la perceptibilité existe encore un peu dans l’ultra-violet; mais je n’ose l’affirmer d’une manière positive. L’examen du spectre d’absorption du peroxyde d’azote nous permet de constater que le maximum d’intensité se trouve dans la partie du spectre qui présente le plus grand nombre de raies d’absorption.
- 8. Nous explorons le spectre avec un élément de sélénium, et nous observons les sons au moyen d’un téléphone qui fait partie du même circuit voltaïque que le sélénium. Le maximum d’intensité se produit dans le rouge. Les effets perceptibles s’étendent jusqu’à une faible distance dans l’ultra-rouge d’une part, et de l’autre, jusqu’au milieu du violet.
- Bien que ces expériences ne puissent être considérées que comme le prélude d’autres plus délicates, elles nous donnent, ce me semble, le droit de dire que la nature des rayons qui déterminent des sons par leur action sur les différents corps dépend de la nature de ces corps, et que les sons sont toujours dus aux rayons du spectre que chaque corps absorbe.
- Nos expériences sur les limites de perceptibilité des sons que donnent les différents corps soumis à l’action du spectre nous ont conduits à construire un nouvel instrument d’analyse spectrale, qui a été présenté, il y a quelques jours, à la Société de physique de Washington (1). On enlève l’oculaire d’un spectroscope, et l’on met
- (IJ Proc, of Phil. Soc. of Washington, 16 avril 1881.
- p.376 - vue 381/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881, 3 7 7
- des substances sensibles au foyer de l’instrument, derrière un diaphragme opaque dans lequel est pratiquée une fente. Ces substances sont mises en communication avec l’oreille au moyen d’un tube acoustique, de sorte que l’instrument se trouve transformé en un véritable spectrophone, comme celui que représente la fig. 13.
- Fig. 13.
- Couvrons de noir de fumée l’intérieur de notre récipient spectrophonique, et remplissons-en la cavité de peroxyde d’azote. Nous avons là une combinaison qui nous donne des sons très satisfaisants dans toutes les parties du spectre, visibles et invisibles, sauf l’ultra-violet. Faisons alors passer un rayon de lumière à intermittences rapides à travers une substance dont nous voulons étudier le spectre d’absorption, et l’exploration de ce spectre nous fera observer des bandes de son et d’autres bandes de silence, ces dernières correspondant aux bandes d’absorption. Sans doute, l’oreille ne peut un seul instant lutter avec l’œil pour l’examen de la partie visible du spectre; mais, dans la partie invisible au delà du rouge, où l’œil est inutile, l’oreille devient un auxiliaire précieux. Pour l’étude de cette région du spectre on peut ne mettre dans le récipient spectrophonique que du noir de fumée. Les sons que donne cette substance dans l’ultra-rouge sont même si distincts, que notre instrument peut ici remplacer sans inconvénient la pile thermo-électrique. Voici quelques-unes des expériences qu’il nous a permis de faire :
- 1. Le rayon intermittent traverse une dissolution saturée d’alun. Les limites de la perceptibilité dans l’ultra-rouge sont un peu réduites par l’absorption d’une bande étroite des rayons les moins réfrangibles. Les sons de la partie visible du spectre ne» paraissent pas modifiés.
- 2. Nous interposons sur le trajet du rayon une feuille d’ébonite mince. Cela
- nous donne des sons bien moins marqués dans toutes les parties de l’ultra-rouge, tandis qu’il n’y a plus de son dans la partie visible du spectre, sauf la moitié extrême du rouge. •
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Juillet 1881. 48
- p.377 - vue 382/684
-
-
-
- 378
- ARTS PHYSIQUES.
- JUILLET 1881.
- Ceci explique le fait cité dans mon Mémoire à l’Association américaine, de la persistance des sons donnés par le sélénium après que le rayon lujnineux a traversé à la fois une feuille d’ébonite et une dissolution d’alun.
- 3. Nous essayons une dissolution d’ammoniosulfate de cuivre. Lorsqu’elle est placée sur le trajet du rayon, le spectre disparaît, sauf l’extrémité bleue et violette, de sorte qu’à l’œil il semble réduit à une large bande de lumière bleu violet. Mais, à l’oreille, il se manifeste sous la forme de deux bandes sonores séparées par une large région de silence. Les rayons invisibles transmis forment une bande étroite, juste en dehors du rouge.
- 133 56 27 27 46 48 4r7 109
- Ultra-rouge. Rouge. Orangé. Jaune. Vert. Bleu. Indigo. Violet. Ultra-violet.
- • Ne ir de fumée 1
- — | I aine r ouge. î |
- : Soie verte 1
- | Co jeaux T éU ou ite.
- P] Vapeur à’éther sulfurique.
- 1 A ap enr d'iodf
- : 3eroxy( Le d'a zote. :
- 1 Sé iénrui 1.
- AU s orpti >n p ai l'alun.
- AU sorption par 1 ' ét>onite ."J ..-.J-V'soi'j: .par I amxnor io-sulf. de cuivre.
- Fig. 14. . ,
- Diagramme des expériences speclroplioniques. (Le point où le son est maximum est indiqué par un pointillé.)
- La fig. là donne le tableau des résultats obtenus.
- . « J’en ai dit assez, je crois, pour convaincre mes auditeurs de la valeur de celle nouvelle méthode d’examen ; mais nous sommes loin de considérer les résultats aux quels nous sommes arrivés comme complets. Sans doute le spectrophone sera toujours un simple auxiliaire du spectroscope, mais il pourra rendre bien des services pour l’étude des spectres d’absorption dans l’nltra-rouge.
- [Annales de physique et de chimie.)
- ARTS PHYSIQUES.
- LE GAZ ET L’ÉLECTRICITÉ CONSIDÉRÉS COMME AGENTS CALORIFIQUES, PAR M. LE DOCTEUR C. WILLIAM SIEMENS, DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE LONDRES (1).
- J’ai déjà eu l’honneur de vous entretenir, il-y a quelque temps, de la chaleur et
- (1) Conférence faite à la Société des conférences scientifiques de Glascow.*
- p.378 - vue 383/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- 379
- d’autres forces naturelles 5 je vous ai montré alors que les différentes formes d’énergie que la nature nous fournit pour nos usages avaient leur origine, à la seule exception de la marée, dans la radiation solaire ; que les forces du vent et de l’eau, de la chaleur et de l’électricité devaient être attribuées à cette source, et que la houille ne formait qu’une exception apparente et non réelle à la règle — car elle est le magasin d’une fraction de l’énergie solaire des premiers âges géologiques.
- Aujourd’hui, je me bornerai à une seule branche du sujet général, c’est-à-dire, à la production de l’énergie calorifique. J’essaierai de prouver que pour tous les cas ordinaires de chauffage et de fusion on doit préférer le combustible gazeux, mais que, pour atteindre à des degrés extrêmes de chaleur, l’arc électrique possède des avantages qui ne sauraient être égalés par aucune autre source connue de chaleur.
- La matière charbonneuse, telle que la houille et le bois, reste pratiquement inerte en présence de l’oxygène aux températures ordinaires; mais, si l’on chauffe le bois à 295 degrés centigrades, ou la houille à 326 degrés, suivant les expériences de M. Mar-bach, une combinaison a lieu, entre le combustible et l’oxygène de l’atmosphère, qui donne naissance au phénomène de la combustion. Il n’est pas nécessaire d’élever toute la masse des matériaux combustibles à cette température pour continuer l’action; l’acte même delà combustion, dès qu’il est commencé, produit un grand développement de chaleur, plus que suffisant pour préparer l’entrée en combinaison de la matière charbonneuse et de l’air additionnel; ainsi, il ne faut qu’une allumette pour mettre le feu à des copeaux, et ceux-ci, à leur tour, incendieront un édifice.
- Le premier effet de la combustion est donc de chauffer le combustible et l’air nécessaires pour maintenir la combustion à la température de l’ignition; mais lorsqu’il s’agit du combustible appelé houille, il est indispensable de ne pas s’en tenir au simple chauffage et de faire une autre opération préparatoire afin de soutenirla combustion. Voici, d’après l’ouvrage du docteur Percy sur les Combustibles, l’analyse d’une houille provenant du district de Newcastle :
- Carbone.. . . ............. 81,41
- Hydrogène............... . 5,83
- Oxygène..................... 7,90
- Azote........................ 2,05
- Soufre.. ............. 0,74
- Cendres..................... 2,07
- qui montre à première vue que près de 16 pour 100 du poids total consistent en gaz permanents, tels que hydrogène, oxygène et azote. Ces corps sont en partie retenus dans le sein de la houille, en partie aussi combinés avec le carbone et peuvent former des composés volatils, tels que les hydrocarbures et l’ammoniaque ; de sorte que lorsque la houille est soumise à la chaleur dans une cornue fermée, il y a jusqu’à 35 pour 100 de ces composés qui sortent de la cornue sous forme gazeuse ou à l’état
- p.379 - vue 384/684
-
-
-
- 380
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- de vapeur d’eau. Une partie se condense de nouveau sous forme de goudron et de liqueur ammoniacale, et une autre passe dans les réservoirs comme gaz d’éclairage — composé essentiellement de gaz des marais (C H4), de gaz oléfiant (C2H4) et d’acétylène (C2 H2) — dont la valeur éclairante dépend du percentage des deux derniers constituants riches en carbone. Le résultat de la distillation d’une tonne de houille (1 015k,649) serait le suivant, suivant les renseignements qui m’ont été gracieusement fournis par M. A. Upward (1).
- quintaux anglais.
- Coke..................................... 13,60
- Goudron.................................... 1,20
- Liqueur ammoniacale. ......... 1,4.5
- Gaz. . . ................................... 3,15
- Acide carbonique............................ 0,18
- Soufre enlevé par l’épuration............... 0,30
- Perte................................ 0,12
- La perte de chaleur éprouvée dans un feu ordinaire de houille est si considérable, par suite du travail interne de volatilisation, qu’il est difficile d’appliquer ce feu à la production de degrés intenses de chaleur, et qu’on a reconnu la nécessité d’enlever d’abord à la houille ses constituants volatils (de la convertir en coke) pour la rendre propre aux hauts-fourneaux, à la fusion de l’acier, et à plusieurs autres usages qui exigent une chaleur claire et intense. Dans le four ordinaire à coke, tous les constituants volatils sont perdus, et chaque quantité de 100 livres anglaises (la livre anglaise vaut 0k,4534) de houille ne fournit que 66 livres de coke, y compris les éléments terreux qu’on peut porter, en moyenne, à 6 livres, laissant une balance de 60 livres de charbon solide. En brûlant ces 60 livres de charbon pur, on produit 220 livres d’acide carbonique anhydre (CO2), et cette combinaison fournit (suivant les déterminations soigneusement faites par Fabre et Silbermann, Dulong et Andrews), 60 X 14,500 = 870,000 unités de chaleur (de livres d’eau élevées de 1 degré).
- Les 34 pour 100 de matière volatile expulsés donnent, lorsqu’on recueille les vapeurs condensables d’eau, d’ammoniaque et de goudron, environ 16 pour 100 de gaz combustible pur équivalent à environ 10 mille pieds cubes par tonne de houille qui produisent, en brûlant, 16 X 22.000 = 352,000 unités de chaleur. L’échappement de ces gaz d’un four à coke constitue une perte très sérieuse, qui pourrait être épargnée, au moins en partie, si l’on effectuait la décarburation dans des cornues. La chaleur totale qu’on peut retirer de 100 livres de houille est, dans ce cas, 870,000 -}- 352,000 = 1,222,000 ou 12,220 unités par livre de houille. Toutefois, il faut déduire de ce chiffre la chaleur qu’exige la volatilisation de 34 livres de matière volatile
- (1) 11 est donné, en quintaux anglais, la valeur du quintal (hundred weightj étant de 50k,7824J.
- p.380 - vue 385/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES. —- JUILLET 1881. - 381
- pour chaque 100 livres de houille employée et aussi celle qu’absorbe le coke pour être porté au rouge, c’est-à-dire à la température de 377,80 degrés centigrades. Considérant la multiplicité des gaz et des vapeurs qui sont produits, il serait fastidieux de vous donner les détails de ce calcul, dont le résultat approximatif serait de 60,000 unités de chaleur, ou de 600 unités par livre de houille traitée.
- Nous arrivons ainsi à 12,200 — 600 = 11,600 unités de chaleur comme étant le résultat maximum à obtenir d’une livre de houille de première qualité. Mais, considérant que la houille ordinairement employée dans l’industrie contient plus de cendres et d’eau que nous ne l’avons supposé dans nos déterminations, il faut faire une réduction de 10 pour 100, et prendre assez exactement la valeur de 10,500 unités par livre comme représentant le pouvoir calorifique d’une houille ordinaire.
- Si l’on veut réaliser dans la pratique actuelle l’utilisation de ce bénéfice calculé, on reconnaîtra que le champ qui s’ouvre pour le progrès est certainement très vaste. Ainsi, actuellement, on obtient pratiquement, dans la meilleure machine à vapeur, un cheval-vapeur effectif avec une dépense de 2 livres de houille par heure (les meilleurs résultats constatés sont de 1,5 livre de houille). Une force de cheval représente
- 1 980 000
- 33,000 X 60 = 1,980,000 livres-pieds par heure, ce qui fait ——~— = 990,000 livres-pieds par livre de combustible. Le docteur Joule nous a démontré que 772 livres-pieds représentent une unité de chaleur, et une livre de houille produit donc 990 000
- --jj'-ÿ—= 1 282 unités de chaleur, au lieu de 10 500, ou seulement la huitième partie du résultat le plus haut possible.
- Lorsqu’on fait la fusion de l’acier en pots, suivant l’ancienne méthode, encore largement pratiquée à Scheffield, on brûle 2 1/2 tonnes de coke Durham de la meilleure qualité, par tonne d’acier fondu produite. La chaleur latente et la chaleur sensible qui sont réellement absorbées dans l’opération pour une livre d’acier n’excèdent pas 1 800 unités, alors que 2 1/2 livres de coke sont capables de produire 13,050 X 2.5 = 32,625 unités ou 18 fois plus que la quantité actuellement utilisée.
- Dans l’économie domestique, la dépense en pure perte du combustible est excessivement grande, et il n’est pas facile de donner des chiffres précis qui représentent cette perte, à cause des usages multiples du combustible, comprenant la cuisson des aliments, le chauffage et la ventilation des appartements. Si l’on pouvait négliger la ventilation, les poêles fermés, comme ceux qu’on emploie en Russie, fourniraient incontestablement le moyen le plus économique de chauffer nos appartements; mais la santé et le confort sont, avant tout, d’une plus grande importance que l’économie, et le meilleur moyen de les assurer, c’est l’emploi d’une cheminée ouverte. Cette installation ne donne pas seulement une circulation active d’air à travers la pièce, condition nécessaire pour notre bien-être, mais elle communique aussi de la chaleur par la radiation des matières incandescentes, au lieu de la fournir par la conductibilité des sur-
- p.381 - vue 386/684
-
-
-
- 382
- ARTS PHYSIQUES.
- JUILLET 1881.
- faces du poêle. Dans le premier cas, les murs et les meubles de la pièce absorbent les rayons lumineux de chaleur elles cèdent ensuite à l’air transparent, tandis que, dans le second, l’air étant le premier et principal récipient de la chaleur du poêle, les murs de la pièce restent comparativement froids et humides, donnent naissance à une atmosphère lourde désagréable et à une pourriture sèche ou moisie. Les adversaires du foyer ouvert disent qu’il ne chauffe que d’un côté, mais cette chaleur rayonnante d’un seul côté produit sur les habitants d’une contrée un peu humide comme la nôtre, et véritablement malsaine, une sensation particulièrement agréable; ce qui prouve, je crois, sa salubre influence. Le foyer à chaleur rayonnante imite, en effet, le soleil dans son action sur l’homme et la matière, et, avant de le proscrire à cause de sa dépense et de la fumée, il vaut mieux, je pense, faire les plus grands efforts pour le guérir de ses imperfections reconnues.
- Si le coke incandescent est la source principale de la chaleur rayonnante, pourquoi donc, peut-on se demander, ne pas recourir au coke pour notre chauffage domestique? Les raisons sont de deux sortes : le coke est difficile à allumer, et, lorsqu’il a pris, il ne donne pas de gaieté, parce qu’il brûle sans flamme vive.
- La vraie solution consisterait, je vous soumets mon idée, à combiner le combustible gazeux avec le combustible solide, en séparant d’abord ces deux constituants lorsqu’ils se trouvent intimement unis. Je vais jusqu’à dire que la houille crue ne devrait être employée comme combustible pour aucun usage, et que le premier pas à faire vers la production judicieuse et économique de la chaleur est l’emploi de la cornue à gaz ou appareil producteur du gaz, dans laquelle la houille est convertie soit entièrement en gaz, soit en gaz et coke, comme dans le cas de nos usines ordinaires à gaz.
- Lorsque Londres a été envahi, au commencement de l’hiver, par un brouillard des plus épais, plusieurs esprits cherchèrent à découvrir un remède à un tel état de choses. Pour moi, le remède se trouvait dans une disposition qui a obtenu la plus grande faveur et un grand succès pratique ; et je n’hésite pas à vous en recommander l’adoption. Son application générale aurait pour résultat, en ce qui concerne nos maisons d’habitation, de rendre l’atmosphère de la ville aussi claire que celle de la campagne environnante. Si l’on peut démontrer que cette disposition peut être appliquée facilement et à bon marché, qu’elle débarrassera nos domestiques de la besogne fastidieuse et journalière d’arranger le feu et de nettoyer les grilles, et qu’on peut ainsi obtenir un chauffage satisfaisant et gai à meilleur marché qu’en employant de la houille, vous admettrez, je l’espère, que ma proposition est bien digne d’être essayée.
- Yue extérieurement, ma grille à feu, — pour laquelle je n’ai pris aucun brevet et qui peut être, par conséquent, exécutée librement par tous les fabricants d’appareils de ce genre — ressemble beaucoup à la grille à charbon de terre ordinaire ; celle-ci peut être véritablement convertie en grille fumivore avec une dépense insigni-
- p.382 - vue 387/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES.
- JUILLET 1881.
- 383
- fiante. Les caractères principaux de cette grille sont que le combustible charbonneux solide, tel que coke ou anthracite, est employé en même temps que le gaz nécessaire pour porter ce combustible au point d’incandescence, que la combustion se fait entièrement sur le devant de la grille, d’où la radiation se transmet dans l’appartement, et que toute la chaleur portée au fond de la grille est ramenée et utilisée pour chauffer l’air entrant qui entretient la combustion sur le devant de la grille. On réalise ainsi une vive clarté et une économie considérable.
- Dans la disposition propre à donner ce résultat, la sole ou plaque du foyer est rivée à une forte plaque en cuivre qui forme le fond de la grille, et dépasse, en haut et en bas, de 12,70 centimètres le point de jonction. La sole s’interrompt brusquement à environ 2,5 centimètres du barreau de fond de la grille pour ménager un espace de 1 1/2 centimètre au tuyau de gaz, percé de trous d’environ 4 millimètres, disposés à une distance de 3,8 centimètres les uns des autres sur le côté intérieur de la surface de ce tuyau. Celui-ci repose sur une plaque inférieure, qui descend en se recourbant en arrière de façon à former un conduit vertical et horizontal de 2,5 centimètres de largeur entre les deux plaques. Une trappe, maintenue par un ressort, est disposée pour le déchargement des cendres qui tombent dans ce canal. La partie verticale de ce canal est occupée par une petite bande de cuivre en feuille, d’environ 10 centimètres, plissée comme une collerette de femme, et rivée à la pièce de cuivre du fond. Le cuivre étant un excellent conducteur de la chaleur, et cette pièce (elle n’a pas moins de 4 millimètres d’épaisseur) présentant une surface conductrice d’une section considérable, porte la chaleur du fond de la grille à la pièce plissée dans le canal vertical. Un courant d’air est produit par cette, chaleur qui, en longeant le canal horizontal, vient frapper sur la ligne des flammes du gaz et en augmenter considérablement l’éclat. La chaleur fournie à l’air par ce simple arrangement est si grande, qu’un morceau de plomb, du poids d’une demi-livre environ, qu’on avait introduit par la trappe de la cheminée dans ce canal, fondit en cinq minutes — démontrant que la température excédait 326 degrés centigrades. En ramenant la chaleur du fond de la cheminée, on a, de plus, l’avantage de retarder la combustion du coke et de la concentrer sur le devant de la grille.
- J’ai appliqué cette disposition à une cheminée de mon bureau, dans une pièce regardant le Nord, et d’une capacité de 153 mètres cubes. J’avais toujours eu beaucoup de difficulté, pendant la saison froide, à maintenir une température de 15 degrés centigrades dans cette pièce avec un feu de houille ; mais il m’a été facile de le faire, depuis que j’ai transformé ma grille en celle à coke-gaz que je viens de décrire.
- Afin de vérifier la question d’économie, j’ai fait passer le gaz brûlé dans la grille à travers un compteur sec à gaz, qui m’a été fourni par la compagnie Woolwieh, Pluns-tead, etc. ; et j’ai également pesé le coke employé, avec le plus grand soin.
- Le résultat d’une campagne est, pour une journée de neuf heures, une consommation de 62 pieds cubes de gaz et de 22 livres de coke (le coke qui reste dans la grille
- p.383 - vue 388/684
-
-
-
- 384 ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- étant passé dans chaque cas au débit du jour suivant). Mettant le gaz au prix moyen de Londres qui est de 4 fr. 35 les 1000 pieds cubes, et le coke à celui de 22 fr. 50 la tonne, le compte, pour neuf heures, s’établit de la manière suivante :
- • fr'
- 162 pieds cubes de gaz à 4 fr. 35 les 1 000 pieds cubes........................ 0,260
- 22 livres de coke à 22 fr. 50 la tonne......................................... 0,212
- Total............................... 0,472
- Ce qui fait une dépense de 0 fr. 0525 par heure. Dans l’ancienne condition, celle de la grille à houille, la consommation dépassait généralement deux grands seaux et demi de charbon de terre par jour, pesant 19 livres chacun, soit en tout 47 livres de houille, qui, à 28 fr. 75 la tonne, fait une dépense de 6 fr. 95 pour neuf heures ou 0 fr. 0633 par heure. Ce résultat montre que le feu au coke-gaz, tel que nous l’avons décrit, produit non seulement plus de chaleur, mais qu’il est aussi moins coûteux que le précédent. A ces avantages il faut ajouter celui de ne pas avoir à préparer le feu, de le tenir allumé sans recourir au tisonnier, de n’avoir pas de fumée, et de supprimer à volonté le gaz ou de le mettre en jeu, ce qui, dans la plupart des cas, procure une économie considérable.
- Une deuxième disposition plus économique sous le rapport des premiers frais consiste en deux parties qu’on ajoute simplement h la grille existante, savoir : \,° Le tuyau à gaz avec une seule rangée de trous, d’environ 3,6 centimètres de diamètre, percé à des intervalles de 3,8 centimètres le long du côté supérieur inclinant en dedans; et 2°, en dessous, une plaque angulaire de fonte de fer avec côtes en saillie montant d’avant en arrière, et présentant une surface considérable; elle est destinée à remplacer la surface de chauffe fournie par la plaque de cuivre et le fond plissé, dans mon premier dispositif. En employant du fer au lieu de cuivre, il est nécessaire, toutefois, d’augmenter l’épaisseur de ces plaques et des cannelures en raison de la conductivité des deux métaux, ou, pour ce qui est de la plaque de fond, de porter son épaisseur de 6 millimètres à 1,55 centimètre. Une plaque inclinée, assujettie au barreau inférieur de la grille, conduit l’air entrant sur les surfaces de chauffe et fournit, en même temps, un appui pour la plaque angulaire et à côtes, qui est simplement insérée en position fixe entre la plaque angulaire et le dos delà grille. Le bord antérieur de la plaque horizontale est muni d’ouvertures festonnées formant un grillage serré, à travers lequel la petite quantité de cendres que produira la combustion du coke ou de l’anthracite sur le devant de la grille se déchargera d’elle-même par la pente qui descend vers le fond du foyer, où l’on peut placer pour la recevoir un cendrier ouvert. Lorsqu’on adapte cet arrangement aux grilles existantes, on peut conserver le grillage ordinaire pour supporter la plaque angulaire qui a, dans ce cas, ses côtes coupées court au niveau de la grille horizontale.
- On a construit aujourd’hui, ou modifié suivant mon plan, un nombre considérable de
- p.384 - vue 389/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES, — JUILLET 1881. 385
- grilles ; elles ont donné une grande satisfaction à ceux qui en ont fait usage, tant sous le rapport de la commodité que sous celui de l’économie, qui sont les conditions essentiellement nécessaires. Mais, me dira-t-on peut-être, êtes-vous sûr que la grille au coke et au gaz, que vous préconisez, débarrasse des brouillards et de la fumée? Je répondrai, pour ce qui regarde la suppression de la fumée, je l’affirme, parce que les produits de la combustion qui se dégagent dans la cheminée sont parfaitement transparents. Cependant, M. Aitken a récemment démontré.dans un intéressant Mémoire qu’il a lu à la Royal Society d’Edimbourg que, même avec une combustion parfaite, il s’élève dans l’atmosphère une poussière microscopique, dont chaque particule forme une molécule de brouillard.
- Nous avons la preuve, en vérité, que l’univers entier est rempli dépoussiéré, et c’est là, suivant le professeur Tyndall, une circonstance heureuse, car, sans poussière, nous aurions un ciel qui ne serait pas bleu, mais d’un noir de poix; et, suivant M. Aitken, notre terre serait privée de pluie, et nous vivrions dans un perpétuel bain de vapeur. Les feux à gaz contribuent, paraît-il, à cette poussière invisible, et nous continuerons sans doute d’avoir des brouillards, mais ceux-ci seront des brouillards blancs, qui ne nous incommoderont pas et ne nous noirciront plus.
- Admettons que la fumée est supprimée : — Blais, me direz-vous, le plan que vous proposez peut-il être appliqué sur une assez grande échelle pour modifier notre atmosphère, avec la canalisation actuelle et les autres dispositions des usines à gaz? Si l’on n’avait à compter que sur le gaz pour la production de la chaleur nécessaire, comme c’est le cas avec les grilles ordinaires à gaz et à amiante, il serait facile de prouver que la canalisation actuelle serait bien loin de pouvoir satisfaire à la demande; car chaque grille consommerait de 50 à 100 pieds cubes par heure, ce qui représente, pour chaque habitation, une consommation dépassant plusieurs fois celle des éclairages au gaz. Or, mes expériences montrent qu’une dépense moyenne de 6 à 8 pieds cubes de gaz par heure suffit pour alimenter une grille à coke-gaz, établie comme je l’ai proposé. Cette consommation est à peu près celle d’un fort brûleur Argand et se trouve, par conséquent, comprise dans les limites des fournitures ordinaires. Mais, indépendamment de la question pratique d’approvisionnement, celle d’économie nous engage fortement à compter sur le charbon solide, surtout pour la production de la chaleur rayonnante, à cause de la raison suivante : 1000 pieds cubes de gaz ordinaire d’éclairage pèsent 34 livres et la chaleur qu’ils développent pendant leur combustion s’élève à 34X22,000=748,000 unités de chaleur.
- Une livre anglaise (0k,4534) de coke solide développe, dis-je, en brûlant 13,400 unités de chaleur (admettant 8 pour 100 de mélange incombustible), et il faut
- — 56 livres ou juste la moitié d’un quintal anglais (cwt = 112 livres anglaises
- ou 50k,78) de ce coke pour produire le même effet calorique que 1 000 pieds cubes de gaz. Blais 1000 pieds cubes de gaz coûtent en moyenne 4 fr. 35, et la moitié d’un quin-
- Tome VII!. — 80e année. 3e série. — Juillet 1881. JO
- p.385 - vue 390/684
-
-
-
- 386
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- tal de coke (25\39) ne se paye que 0,60 (à raison de 25 fr. la tonne), ou seulement la septième partie environ du prix du gaz.
- Si l’on fournissait le gaz de chauffage à meilleur marché, il serait avantageux, dans un grand nombre de cas, de remplacer le coke ou l’anthracite par de la matière combustible, telle que de l’amiante en boules. La consommation du gaz augmenterait alors d’une façon très considérable, mais le principe économique que j’ai posé (celui de chauffer l’air de combustion par retour du fond de la grille) se trouverait encore appliqué et produirait de meilleurs résultats que ceux qu’on a obtenus jusqu’à ce jour avec les grilles usitées à l’amiante. Pour démontrer l’efficacité de ce système de chauffage alimenté au moyen de ce qu’on appelle la chaleur perdue, je vous parlerai d’une autre application du même principe que j’ai faite très récemment à la combustion du gaz pour l'éclairage.
- Les ingénieurs paraissent être restés jusqu’à ce jour convaincus que l’affluence de l’air froid était favorable à la production d’une flamme brillante. C’est là une erreur (1) que l’on a aussi admise généralement par rapport à la combustion du combustible solide dans les fourneaux, jusqu’au jour où elle a été détruite par Stirling, par Neilson, et par l’introduction des fourneaux à régénérateurs. Le brûleur Duplex doit son éclat à l’effet calorifique d’un des brûleurs sur l’autre ; et mon frère, M. Frédéric Siemens, a tout récemment construit un brûleur dans lequel la flamme du gaz a son action renversée, afin de chauffer dans sa descente le courant ascendant de l’air qui entretient la flamme. En appliquant le principe de direction que j’ai déjà décrit, j’obtiens le courant d’air chaud de la manière la plus simple, sans mettre obstacle à l’action libre de la flamme. Dans la disposition que j’ai imaginée, un brûleur Argand ordinaire reçoit sa provision de gaz d’un large tuyau vertical en cuivre. Celui-ci vient déboucher dans un espace annulaire en cuivre fortement conducteur, qui se prolonge au-dessus à travers le brûleur et porte à son sommet une boule de porcelaine ou de toute autre matière réfractaire. Ce tube est recouvert d’une couche de platine ou de nickel pour prévenir son oxydation lorsqu’il est chauffé (presqu’au rouge) par la chaleur de la flamme. Le tube est armé de plaques radiales de cuivre, offrant une surface considérable d’ouvertures agglomérées, et il s’appuie extérieurement contre une armure d’amiante ou de toute autre matière non conductrice.
- La chaleur perdue de la flamme, c’est-à-dire cette portion de chaleur produite dans la combustion qui n’est pas utilisée en rayons lumineux, sert à chauffer la boule réfractaire et la cheminée conductrice. La chaleur est ainsi transportée par conductibilité au tube en cuivre droit, avec lames rayonnées, entre les surfaces étendues desquelles des
- (1) La Société d’encouragement avait déjà, en 1836, décerné un prix de 2 000 fr. à M. Chaus-senot pour avoir augmenté d’im tiers la lumière produite par un bec de gaz, pour une même consommation, en chauffant l’air d’alimentation au moyen d’une double enveloppe de verre.
- p.386 - vue 391/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- 387
- courants d’air peuvent remonter vers le bec d’Argand. L’air se trouve ainsi échauffé jusqu’à 371 et 426,6° centigrades, avant de rencontrer le gaz, et la température dernière de la flamme est accrue d’au moins autant de degrés, ce qui permet à une plus grande quantité de chaleur développée dans la combustion d’atteindre le point de radiation lumineuse. Mais en obtenant ainsi une température plus élevée, on n’augmente pas seulement la lumière, on en améliore encore la qualité. Gela peut paraître surprenant, mais c’est un fait très facile à vérifier exactement, qu’on obtient par ce système, en brûlant une quantité donnée de gaz, une lumière plus forte d’au moins 40 pour 100, en même temps qu’on diminue dans la même proportion les influences délétères qui sont la suite de l’éclairage au gaz. De cette manière, le gaz pourra mieux garder sa position devant son rival plus brillant, la lumière électrique, excepté pourtant dans de grandes applications, telles que l’éclairage de vastes salles, des places, des ports, des stations de chemins de fer, des magasins, etc., où l’électricité offre d’incontestables avantages. Si l’on ajoute à tous ces emplois perfectionnés du gaz celui qu’on en fait de plus en plus pour le chauffage, je ne puis que regretter vivement de ne pas être actionnaire d’une des compagnies qui le fabriquent. Si l’usage du gaz pour le chauffage est appelé à s’étendre beaucoup, ce produit devra nécessairement baisser beaucoup de prix, et, considérant que le gaz pour chauffage n’a pas besoin d’être excessivement purifié, ou d’avoir un pouvoir éclairant supérieur, le jour viendra, je crois, où il y aura deux services de gaz, l’un pour l’éclairage et l’autre pour le chauffage.
- Dans plusieurs villes il existe déjà deux systèmes de canalisation du gaz, et l’on n’aura qu’à approprier l’un pour l’éclairage et l’autre pour le chauffage. On pourrait se servir des cornues ordinaires pour la production des deux sortes de gaz, car on sait que la houille, même commune, fournit des gaz de grand pouvoir éclairant pendant une certaine partie du temps occupé à sa complète distillation. Les gaz sortant de la cornue à son premier chargement sont en partie des gaz emprisonnés, tels que grisou ou gaz des marais qui n’ont qu’un faible pouvoir éclairant, et on les ferait passer dans les tuyaux du gaz destiné au chauffage. Au bout d’une demi-heure, ces gaz enfermés, ainsi que les vapeurs aqueuses et autres ont abandonné la houille, elle se trouve alors dans la meilleure condition pour dégager le gaz oléfiant et autres gaz riches en carbone qui jouissent, par conséquent, d’un grand pouvoir éclairant. La période pendant laquelle sont émis ces gaz d’éclairage s’étend probablement au delà de deux heures, et l’on peut ensuite remettre les cornues en communication avec les tuyaux à gaz de chauffage, jusqu’à la fin de l’opération. Le résultat de ce modus operandi serait de fournir, à Londres, par exemple, du gaz de houille de Newcastle dont le pouvoir éclairant serait de plus de 20 bougies, au lieu de l’être de 16 comme aujourd’hui, ce qui diminuerait grandement les mauvaises conditions de l’éclairage actuel, et donnerait un volume égal de gaz excellent pour le chauffage, consistant pour la majeure partie en gaz de marais, qui, quoique bien inférieur au gaz oléfiant pour l’éclairage, conviendrait
- p.387 - vue 392/684
-
-
-
- 388
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- bien mieux au chauffage parce qu’il produit moins de suie dans sa combustion.
- Le coût total de production ne serait pas accru par cette séparation des gaz, et le prix pourrait être établi avec avantage tant pour le fournisseur que pour le consommateur, de sorte que ce dernier, en payant pour son gaz d’éclairage un prix plus fort en proportion de l’augmentation du pouvoir- éclairant, pourrait avoir du gaz de chauffage à un tarif considérablement réduit. En effet, le prix du gaz de chauffage pourrait être diminué dans une bien plus forte proportion que ne serait augmenté celui d’éclairage; parce que le premier n’exigerait plus la même épuration pour être débarrassé du soufre, laquelle rend le second comparativement très cher. L’énorme accroissement de consommation permettrait de réduire considérablement les prix des services des compagnies sans nuire au chiffre respectable de leurs revenus.
- Pour de grandes applications du gaz de chauffage au travail des fourneaux et des bouilleurs, on peut trouver des moyens de production plus simples que celui des cornues. J’ai construit, il y a plusieurs années, un producteur de gaz se rattachant à mon four régénérateur, qu’il est inutile de décrire aujourd’hui en détail. Dans cet appareil toute la matière charbonneuse de la houille est convertie en gaz combnstible, le charbon solide dégageant une certaine quantité d’oxyde de carbone ; le mélange résultant de gaz combustible contient une très grande proportion, en moyenne 61,5 pour 100 d’azote, qui augmente le volume de ce gaz sans contribuer en aucune façon à son pouvoir calorifique.
- J’ai mis tous mes efforts, pendant quelque temps, à construire un producteur de gaz qui, sans perdre la simplicité du premier, fût capable de fournir du gaz de chauffage ayant un pouvoir calorifique supérieur. Cet appareil consiste en une chambre cylindrique en fer forgé, tronquée à la partie inférieure et revêtue d’une maçonnerie en briques. On introduit par une trémie la houille à convertir en gaz,, elles escarbilles et les cendres tombent par un orifice disposé au fond. Au lieu d’avoir une grille pour introduire l’air atmosphérique, un courant d’air chaud est amené dans l’intérieur, soit à travers la trémie, soit par l’orifice du fond, pour aboutir au centre de la masse du combustible, ce qui a pour effet de produire en ce point une chaleur très intense. Le combustible, après être descendu à travers la trémie, arrive graduellement à cette région de chaleur intense, et, sous cette influence, il se dissocie en ses constituants gazeux. Au point de chaleur maximum, le coke est consumé, produisant de l’acide carbonique anhydre, et celui-ci prend, dans son passage à travers l’épaisseur considérable de combustible qui entoure cette partie, un second équivalent de carbone au moyen duquel il passe à l’état d’oxyde de carbone. Là aussi les constituants terreux sont en grande partie séparés en produits fondus et demi-fondus, ils descendent et atteignent graduellement l’orifice du fond, d’où on les retire de temps en temps. L’air pénètre jusqu’à un certain point par l’orifice du fond et effectue la consommation complète de la matière charbonneuse qui aurait pu s’échapper de la zone de chaleur maximum; on introduit aussi de l’eau dans l’appareil, elle s’évapore par la chaleur
- p.388 - vue 393/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES,
- JUILLET 1881.
- 389
- des briques brûlantes, passe ensuite au-dessus à travers la masse incandescente, et se convertit par décomposition en oxyde de carbone et en gaz hydrogène. Les orifices de sortie pour les gaz sont placés tout autour, près de la circonférence de la chambre; et ces gaz se réunissent au-dessus dans un espace annulaire d’où ils se rendent par des conduits aux fours ou à toute autre destination. Les avantages qui se rattachent à ce modus operandi consistent dans l’intensité de la chaleur produite au centre même de la masse, d’où, il résulte que le combustible tout entier est converti en gaz combustibles avec production minimum d’azote.
- Les hydrocarbures formés dans la partie supérieure de l’appareil sont forcés de descendre et de traverser la trémie par laquelle passele combustible, et, par suite, le goudron et autres vapeurs qu’ils contiennent sont décomposés et fournissent des gaz combustibles permanents.
- L’orifice situé au fond de la chambre peut être agrandi et disposé de telle sorte qu’on puisse en retirer du coke et non pas seulement des cendres ; on peut donc établir ainsi un four à coke continu, ou, en d’autres termes, un appareil par lequel on utilise à la fois et complètement les constituants solides et gazeux de la houille. La chaleur intense au centre même delà grande masse combustible a pour résultat de donner une distillation très rapide et de permettre à un seul producteur de gaz de fournir le travail de deux ou trois autres appareils du type employé jusqu’à présent.
- Cette action plus concentrée facilitera l’introduction du combustible gazeux dans tous les ateliers et usines où le manque d’espace et des considérations d’économie avaient milité contre le système, et fait donner la préférence aux fourneaux à houille ordinaire. On a déjà prouvé qu’on peut faire marcher économiquement sur terre les bouilleurs à vapeur au moyen du combustible gazeux, et je ne vois pas pourquoi l’on n’appliquerait pas le même moyen aux chaudières marines. Depuis les quinze dernières années, on apporte des perfectionnements vraiment extraordinaires aux machines marines, et la consommation de la houille qui, au commencement de cette période, n’était pas moins de 3l,627 par cheval, a été réduite par de grandes modifications dans les cylindres compound à 0\806 ou même moins par cheval effectif. La manière de chauffer les chaudières marines est restée, nonobstant, la même qu’elle était aux jours de Watt et de Fulton. Toute personne qui traverse l’Atlantique peut voir un nombre considérable d’hommes incessamment occupés, dans le trou fermé du chauffeur, à ouvrir les portes des fourneaux et à lancer du charbon dans l’intérieur des foyers. Chaque charge donne naissance à d’énormes nuages de fumée noire qui sortent de la cheminée, au grand ennui des passagers stationnant sur le pont, qui en sont fort incommodés. Mais, au lieu d’agir ainsi, on pourrait décharger mécaniquement le combustible dans un ou plusieurs producteurs de gaz ; et le combustible gazeux résultant maintiendrait les bouilleurs à une chaleur très uniforme sans nécessiter le travail presque surhumain des chauffeurs. Ilne s’échapperait delà cheminée ni fumée ni poussière, et l’on réaliserait une grande économie de combustible.
- p.389 - vue 394/684
-
-
-
- 390
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- Ce changement de système serait spécialement apprécié par les nombreux touristes qui visitent les Western Highlands. Je puis dire qu’en une occasion, parlant d’après ma propre expérience, le plaisir d’une excursion sur le magnifique lac Lomond fut sérieusement troublé par suite delà fumigation que j’eus à subir avec mes compagnons de voyage. La substitution du gaz au charbon dans l’emploi du combustible serait probablement le prélude d’un autre changement, encore bien plus important, c’est-à-dire de la suppression de la chaudière à vapeur. Nous avons déjà des machines à gaz qui travaillent à meilleur marché que de petites machines à vapeur, même avec le gaz comparativement cher qui leur est fourni par les usines de nos villes, et il suffirait pour développer ce résultat d’étendre le mode d’opérer dont il vient d’être parlé. Mais l’étude des conditions de réalisation d’un tel plan nous entraînerait dans de nombreuses et importantes considérations, et nous nous contenterons de la considérer comme un de ces sujets dont l’accomplissement doit être laissé à l’énergie et à la puissance inventive de la nouvelle génération d’ingénieurs.
- Avant d’abandonner cette branche de mon sujet, je veux appeler votre attention sur une idée que je caresse et que je vous ai communiquée il y a quelques années. Cette idée consiste à placer les producteurs de gaz dans le fond même des houillères, de sorte, qu’au lieu d’avoir à faire monter le charbon par une force mécanique, les gaz combustibles s’élevant de la profondeur de la mine à la surface acquerraient, en vertu de leur faible poids spécifique, une pression progressive telle, qu’on pourrait les conduire par des tubes à des distances de plusieurs kilomètres, ce qui épargnerait les dépenses de montage et de transport du combustible solide. Glascow avec ses houillères adjacentes me paraît être une localité particulièrement favorable pour faire un essai pratique de ce projet, et l’esprit entreprenant de ses habitants me fait espérer son accomplissement. Ainsi approvisionnée de combustible gazeux, la ville ne jouirait pas seulement d’une atmosphère claire et pure, mais ses rues seraient aussi débarrassées de la partie la plus encombrante du trafic journalier.
- J’arrive maintenant à la dernière partie de ma conférence : aux moyens d’obtenir de la chaleur à des degrés très élevés pour effectuer soit la fusion, soit la décomposition chimique. Bien qu’on produise par la combustion du combustible solide ou gazeux des températures assez élevées pour les besoins ordinaires, il est cependant une limite de chaleur que ne saurait dépasser tout fourneau basé sur la combustion. MM. Bunsen et Sainte-Claire-Deville ont démontré qu’à certaines températures l’affinité chimique entre l’oxygène d'une part et l’hydrogène de l’autre cesse absolument, et que si les produits de la combustion CO2 et H20 étaient exposés à un pareil degré de température ils se résoudraient en leurs éléments constituants. Ce point de dissociation, comme on l’appelle, est influencé par la pression, et l’on a trouvé qu’il arrivait pour CO2, sous pression atmosphérique, à 2 600 degrés centigrades. Mais longtemps avant de parvenir à ce point extrême, la combustion est grandement retardée, et la limite est atteinte lorsque ces pertes de chaleur causées par radiation du fourneau ont
- p.390 - vue 395/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- 391
- contrebalancé les gains de chaleur que donne la combustion. Il faut recourir à l’électricité pour obtenir cette température supérieure à celle de la dissociation, et nous avons la preuve qu’on a essayé, il y a longtemps, d’appliquer l’arc électrique dans ce but. En 1807, sir Humphrey Davy, réussit à décomposer la potasse au moyen d’un courant électrique fourni par une pile Wollaston de 400 éléments, et, en 1810, il émerveilla les membres de la Royal Institution en produisant par la même action un arc électrique éclatant, entre deux pointes de charbon. Les courants magnéto-électriques et dynamo-électriques permettent de produire l’arc électrique bien plus facilement et plus économiquement qu’avec la pile gigantesque de sir Humphrey Davy, et MM. Huggins, Lockyer, Livenig et autres physiciens ont profité de la méthode comparativement nouvelle pour faire progresser les recherches astronomiques et chimiques à l’aide de l’analyse spectrale.
- J’ai maintenant pour but de vous montrer que le pouvoir calorifique de l’arc électrique n’est pas restreint seulement à un espace très limité, mais qu’il peut produire des effets assez grands pour qu’on l’applique utilement dans les arts à la fusion du platine, de l’iridium, de l’acier ou du fer, ou bien à l’accomplissement de réactions et de décompositions qui nécessiteraient un degré intense de chaleur, et cela en supprimant tous les inconvénients qui sont inséparables de l’emploi d’un fourneau activé par la combustion de matières charbonneuses. L’appareil que j’emploie pour effectuer l’électro-fusionde matières telles que le fer ou le platine consiste en un creuset ordinaire en plombagine ou autre substance très réfractaire, que je place dans une gaine ou enveloppe métallique laissant entre elle et le creuset un espace intermédiaire que je remplis de charbon en poudre ou de tout autre corps mauvais conducteur de la chaleur. Un trou est percé à travers le fond du creuset pour laisser passer un fil de fer, ou de platine, ou un crayon de charbon dense comme on en emploie dans l’éclairage électrique. Le couvercle du creuset est aussi percé pour recevoir l'électrode négative, formée de préférence d’un cylindre de charbon comprimé de dimensions comparativement grandes. A l’une des extrémités d’une verge tenue par son centre est suspendue l’électrode négative, au moyen d’un lien de cuivre ou de tout autre bon conducteur de l’électricité, et à l’autre extrémité est attaché un cylindre creux de fer doux, qui a la liberté de se mouvoir verticalement dans l’intérieur d’un solénoïde en fil de cuivre, offrant une résistance d’environ 50 unités ou ohms. Au moyen d’un poids coulant, on peut faire varier la prépondérance de la verge dans la direction du solénoïde de manière à balancer la force magnétique qui entraîne le cylindre creux en fer dans la spirale en cuivre. L’une des extrémités du fil enroulé du solénoïde est mise en rapport avec le pôle positif de l’arc électrique, et l’autre communique avec son pôle négatif; la spirale étant douée d’une forte résistance, la force attractive sur le cylindre en fer est proportionnelle à la force électro-motrice agissant entre les deux électrodes, ou, en d’autres termes, à la résistance électrique de l’arc lui-même.
- p.391 - vue 396/684
-
-
-
- 392
- ARTS PHYSIQUES.
- JUILLET 1881.
- La résistance de Tare a été déterminée et fixée à volonté dans les limites de la source qui produit la force, par le poids coulant sur la verge. Si la résistance de l’arc venait à croître pour une cause quelconque, le courant qui passe à travers le solenoide gagnerait en énergie, et la force magnétique, l’emportant sur le poids modérateur, ferait descendre l’électrode négative plus au fond dans le creuset. D’un autre côté, si la résistance de l’arc tombait au-dessous de la limite voulue, le poids entraînerait le cylindre en fer plus bas dans l’intérieur de la spirale et la longueur de l’arc augmenterait jusqu’à ce que la balance entre les forces en jeu eût été établie. Des expériences avec un solénoide à longs enroulements ont montré que la force attractive exercée sur le cylindre en fer n’est sujette qu’à une légère variation d’une portée de plusieurs pouces, circonstance qui donne, dans ces conditions limitées d’écart, une action presque uniforme de l’arc électrique.
- Cette disposition automatique de l’arc est d’une grande importance pour obtenir des résultats avantageux dans le procédé de fusion par l’électricité; sans elle, la résistance de l’arc diminuerait rapidement avec l’accroissement de température de l’atmosphère chauffée dans l’intérieur du creuset, et la chaleur se développerait dans la machine dynamo-électrique aux dépens du fourneau électrique. D’un autre côté, si l’action n’avait pas lieu automatiquement de celte manière, un abaissement brusque ou un changement dans la résistance électrique de la matière soumise à la fusion occasionnerait un accroissement soudain dans la résistance de l’arc, avec conséquence probable de son extinction.
- Un autre élément fort important de succès dans la fusion électrique consiste à faire de la matière à fondre le pôle positif de Tare électrique. On sait très bien que c’est au pôle positif que se développe surtout la chaleur, et que la fusion de la matière qui constitue le pôle positif a lieu même avant que le creuset lui-même soit chauffé au même degré. Ce principe d’action n’est évidemment applicable qu’à la fusion des métaux et d’autres conducteurs électriques, tels que les oxydes métalliques, qui constituent les matières sur lesquelles on opère généralement dans les opérations métallurgiques. Lorsqu’on opère sur des matières terreuses non conductrices, ou sur des courants de gaz, il devient nécessaire de se munir d’un pôle positif indestructible, et d’employer, pour cela, soit du platine fondu, soit de l’iridium, ou bien un creuset en plombagine. Dans la mise en œuvre du fourneau électrique, il faut d’abord un certain temps pour élever la température du creuset à un degré considérable, mais bientôt on est tout surpris de voir avec quelle rapidité se fait l’accumulation de la chaleur. En employant une paire de machines dynamiques capables de produire 70 webers de courant avec une dépense de 7 chevaux, et qui, appliquées à l’éclairage, produisent une lumière de 12 000 bougies, on voit qu’un creuset d’environ 8 pouces de profondeur, immergé dans une matière non conductrice, a sa température élevée à la chaleur blanche en quinze minutes. On y fond k livres d’acier dans quinze autres minutes, et les fusions
- p.392 - vue 397/684
-
-
-
- ARTS PHYSIQUES. — JUILLET 1881.
- 393
- successives s’y effectuent dans des intervalles de temps qui vont un peu en diminuant. On peut pratiquer l’opération sur une plus grande échelle en augmentant la puissance électro-dynamique et la grandeur des creusets.
- . La réaction, purement chimique, qu’on se propose d’effectuer dans le creuset, pourrait être contrariée par le détachement de particules du charbon dense qu’on emploie pour le pôle négatif, quoique leur combustion au milieu d’une atmosphère neutre soit excessivement lente. Pour obvier à cet inconvénient, j’ai ajouté aux lampes électriques un pôle d’eau, c’est-à-dire un tube en cuivre, dans lequel circule un courant d’eau, de façon que l’arc ne reçoive aucune substance. Mon dispositif consiste en un fort cylindre en cuivre, fermé à l’extrémité inférieure, et muni d’un tube intérieur qui plonge presque jusqu’au fond pour le passage d’un courant d’eau ; celle-ci arrive et est introduite au moyen d’un tuyau flexible en caoutchouc. Ce tuyau se composant d’une matière non conductrice, et étant de petit diamètre, la fuite du courant du pôle dans le réservoir est si faible qu’on peut la négliger. D’autre part, l’emploi du pôle d’eau occasionne une petite perte de chaleur par conductivité, mais elle diminue avec la chaleur croissante du four, d’autant que l’arc devient plus long et que le pôle rentre de plus en plus dans le couvercle du creuset.
- Dans les expériences que je mettrai sous vos yeux, je vais, au moyen d’un commutateur, détourner vers le four électrique le courant qui a été appliqué à la lampe électrique, placée au centre de la salle Après avoir activé ce four pendant cinq minutes pour chauffer le creuset, je le chargerai de 8 livres de morceaux d’acier, que je tacherai de fondre et de verser ensuite dans une lingotière. En faisant subir à ce four électrique quelques modifications, on peut l’utiliser pour une infinité d’opérations qui demandent une chaleur intense avec absence de perturbation dans les actions chimiques. Si l’on perce une couronne de trous dans les parois de la chambre, et si on y introduit les extrémités de fils métalliques, on se procure un moyen de chauffer très rapidement tous ces bouts de fil, sans les brûler, afin de les souder ensemble. Le four électrique rendra aussi des services, je crois, dans les mains du chimiste pour effectuer ces réactions à haute température entre les corps gazeux qui exigent l’emploi de températures dépassant de beaucoup les limites atteintes d’ordinaire, et permettra à l’expérimentateur d’élargir le champ de ses opérations dans un but scientifique ou pratique.
- Je me suis efforcé de faire entrer dans le cadre étroit d’une seule lecture toute une matière qui demanderait des études soutenues pendant des semaines et des mois ; vous me pardonnerez, donc, si je n’ai pu vous donner qu’une esquisse grossière de tout ce qu’on peut accomplir par l’emploi judicieux du combustible gazeux et du courant électrique, considérés cemme agents calorifiques. Le seul but que je me suis proposé, en préparant cette conférence, a été de faire la guerre à la fumée des cheminées, qui loin d’être, dans aucun cas, une nécessité inexpugnable, ne peut être regardée que comme un restant d’un ancien état industriel et social; les progrès Tome VIII. — 80e année, 3e série. — Juillet 188i. 50
- p.393 - vue 398/684
-
-
-
- 394
- ÉLECTRICITÉ. — JUILLET 1881.
- réalisant à notre satisfaction certaines fins nous ont fait négliger les conditions sanitaires et économiques les plus indispensables. L’exposition qui a été récemment faite, dans celte ville de Glascow, des applications du gaz et de l’électricité au chauffage et à l’éclairage, prouve tout l’intérêt que vous portez aux questions dont je viens de m’occuper. Je pense donc que vous ne regretterez pas d’avoir, encore aujourd’hui, prêté votre attention aux divers points de vue d’un sujet auquel je consacre depuis longtemps toute ma persévérance et toute l’indépendance de mon esprit.
- ELECTRICITE.
- l’éclairage électrique, système brush.
- Ce système, très répandu en Amérique et qui vient de recevoir un certain nombre d’applications en Angleterre pendant ces derniers mois, comprend :
- 1° Une machine dynamo-électrique à courants continus et à haute tension ;
- 2° Des lampes différentielles qui assurent le fonctionnement de chaque appareil indépendamment des autres, et qui permettent, avec la machine du type normal, de disposer seize lampes sur un seul circuit, et, avec le plus grand modèle construit jusqu’à ce jour, de disposer jusqu’à quarante foyers sur un circuit unique.
- Nous allons examiner rapidement les dispositions particulières et intéressantes du système, grâce auxquelles ce résultat est obtenu, en résumant les articles qui ont été publiés sur ce sujet. i
- La machine.
- La machine Brush se compose de trois parties essentielles, qu’on retrouve dans toutes les machines dynamo-électriques :
- 1° Un anneau induit ;
- 2° Les électro-aimants inducteurs, disposés par paire sur chaque face de l’anneau;
- 3° Un commutateur de disposition spéciale.
- L’anneau, dans la machine à 16 foyers qu’on peut considérer comme le type normal, a 50 centimètres de diamètre. Il se compose d’une couronne en fonte de section rectangulaire dont les faces sont alternativement pleines et excavées pour loger les bobines, au nombre de huit. Il n’y a donc pas continuité dans l’enroulement du fil, comme dans l’anneau de Gramme, et, à ce point de vue, l’anneau Brush se rapproche beaucoup de celui de M. de Méritens. Les parties épaisses sont creusées d’une série de cannelures concentriques profondes, qui réduisent la masse de l’anneau, diminuent son poids et favorisent le refroidissement. Ces cannelures localisent aussi et isolent les courants locaux engendrés par induction dans la fonte. C’est dans le même but
- p.394 - vue 399/684
-
-
-
- ELECTRICITE
- 395
- . -- JUILLET 1881.
- diviser l’anneau. La figure 2 représente l’anneau en perspective et montre très nettement les parties alternativement planes et excavées.
- La figure 3 montre, sous forme de diagramme, l’anneau enroulé. En donnant une
- p.395 - vue 400/684
-
-
-
- 396
- ÉLECTRICITÉ, — JUILLET 1881.
- forme en coin aux parties pleines de l’anneau, on a pu réserver des places rectangulaires dans les parties excavées, ce qui rend très facile l’enroulement du fil dont toutes les spires sont alors parfaitement parallèles. Toutes les bobines sont, comme dans la machine Gramme, roulées dans le même sens. En considérant les bobines diamétralement opposées, on voit qu’elles sont groupées par paires, au nombre de quatre/Les deux bobines de chaque groupe sont reliées entre elles par les extrémités intérieures de chaque fil. Les extrémités extérieures traversent l’arbre de la machine, qui est creusé à cet effet, arrivent au commutateur et lui sont fixées de la manière que nous allons indiquer.
- Le commutateur fixé sur l’arbre de la machine se compose d’une série d’anneaux de cuivre ou de cylindres plats isolés les uns des autres,
- Fig. 2. — Anneau de la machine Brush.
- Fig. 3. — Enroulement de l'anneau de la machine Brush.
- en nombre égal au nombre de paires de bobines de l’armature, quatre dans la machine que nous décrivons. Chaque cylindre se décompose en deux segments A et B (fig. k) isolés de tous les autres, d’un côté par un espace libre de 3 millimètres, et de l’autre par une pièce de cuivre C séparée des segments A et B par des espaces libres plus petits. S est la matière isolante.
- La figure 5 montre le mode de jonction des bobines et du commutateur.
- Le bout intérieur A, de la bobine 1 est attaché au bout intérieur A5 de la bobine 5,
- p.396 - vue 401/684
-
-
-
- ÉLECTRICITÉ. — JUILLET 1881.
- 397
- A2 est lié à A6, A3 est lié à A7, et A4 à A8. Les bouts extérieurs des machines 1 et 5, 2 et 6, 3 et 7, k et 8, sont reliés respectivement aux segments A et B des quatre anneaux de cuivre isolés du commutateur.
- Les pièces isolées G servent à retirer du circuit une paire donnée de bobines lorsque l’un des balais passe sur cette partie isolée. A cet instant, la paire de bobines ainsi isolée, n’étant le siège d’aucun courant, n’est pas elle-même traversée par le courant produit par les trois autres paires de bobines.
- Le segment isolé C a un développement d’environ 1/8 de circonférence et, comme il passe une fois par tour devant les balais, au nombre de deux, il en résulte que, pour un tour complet de la machine, chaque paire de bobines se trouve en circuit ouvert pendant deux huitièmes, ou un quart de tour. Mais, par suite du calage des balais et du commutateur, l’isolement de chaque paire de bobines se produit à l’instant même où elles traversent la région neutre du champ magnétique, c’est-à-dire à l’instant où
- Fig. 4. — Coupe transversale d’un des segments Fig. 5. — Liaison des bobines, du commutateur.
- elles ne sont le siège d’aucun courant. Grâce à l’ingénieuse disposition imaginée par M. Brush, les bobines inactives et momentanément inutiles ne sont jamais dans le circuit ; il en résulte que le courant produit par les autres ne les traverse pas à ce moment, et qu’elles n’introduisent pas dans la machine une résistance intérieure plus nuisible qu’utile.
- Voyons maintenant comment sont excités les inducteurs de la machine :
- Ces inducteurs se composent de deux gros électro-aimants plats, à pôles épanouis, dont les bobines sont reliées toutes les quatre en tension.
- L’épanouissement des pôles est tel, que trois bobines de l’anneau peuvent se trouver à la fois devant chaque pôle ; il y a donc toujours une paire de bobines en dehors de leur influence directe. Cette paire est celle qui traverse à ce moment la région neutre du champ magnétique.
- Le mode d’excitation employé par M. Brush est tout particulier. Chaque paire de bobines fournit un courant que les commutateurs envoient alternativement à travers les électro-aimants de l’inducteur et à travers le circuit extérieur, de telle sorte que
- p.397 - vue 402/684
-
-
-
- 398 NOTICES INDUSTRIELLES, — JUILLET 1881.
- chaque bobine, pendant un tour complet, alimente alternativement les inducteurs et les lampes.
- La figure 6 montre comment se produit cet effet. MM, M'M' sont les inducteurs dont les pôles similaires sont en regard les uns des autres sur les faces opposées des bobines de l’anneau AA'. Dans la position indiquée par la figure, il se produit dans la paire de bobines AA' un courant induit qui, par des fils traversant l’arbre S, arrive au. commutateur C1 C2, où il est recueilli par les balais B1, B2 et envoyé par eux dans les
- bobines des inducteurs disposés en tension. En même temps, les autres parties du commutateur, qui correspondent avec les autres bobines actives de l’armature, com-, muniquent avec les balais B3 et B4 qui envoient le courant dans le circuit extérieur où sont placées les lampes.
- Les balais sont constitués par des bandes de cuivre plates et souples de 5 centimètres de longueur, divisées en huit languettes pour qu’elles puissent bien s’appliquer sur le commutateur. Chaque balai est assez large pour frotter à la fois sur deux bagues correspondant à deux paires d’anneaux de l’armature. Il en résulte que, bien que pour chaque paire de bobines prise isolément le courant soit interrompu deux fois par tour, le courant principal n’est jamais interrompu.
- On peut faire varier le calage des balais pour faire coïncider les points où l’on recueille le courant avec ceux qui correspondent au calage du commutateur lui-même sur l’axe de la machine.
- Lorsque la position des balais est bien déterminée, on les arrête à l’aide de vis de serrage. La machine du type de 32 lumières est identique, en principe, à celle du type de 16. Elle n’en diffère que par ses dimensions et le nombre des bobines qui est de 12, dans ce type, plus puissant.
- [UElectricien, Revue générale d’électricité.)
- Fig. 6. — Diagramme de la machine.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- ’lraitciuenl «les ordures et immondices provenant du balayage des rues des villes. — La mise en dépôt des ordures et immondices provenant du
- p.398 - vue 403/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- JUILLET 1881.
- 399
- balayage des rues des villes présente souvent de grandes difficultés. Indépendamment de l’espace qui est nécessaire pour cet objet, le séjournement des matières et leur fermentation peuvent avoir les influences les plus fâcheuses sur l’hygiène publique, et les municipalités se trouvent souvent condamnées à de lourdes dépenses pour faire transporter au loin toutes les matières qui trouvent leur emploi ultérieur dans l’agriculture.
- Nous croyons intéressant de signaler aux lecteurs des Annales un nouveau mode de traitement des ordures, qui est appliqué à Leeds (Angleterre), et qui consiste dans l’emploi d’un destructeur, inventé par un nommé Fryer. Il y a environ deux ans, on avait construit, à petite échelle, un de ces destructeurs pour l’expérimenter. Les résultats qu’il a donnés ont été tellement satisfaisants, qu’on en a établi depuis plusieurs autres dans la banlieue de Leeds. Le destructeur se compose de six cellules ou compartiments en briques ordinaires, garnis d’une chemise en briques réfractaires. Il occupe un espace d’environ 6m,70 de longueur sur 7m,30 de largeur; il a 3m,65 de haut. Chacune des cellules peut détruire 7 tonnes de détritus en vingt-quatre heures ; elle a une sole en pente avec grille et foyer couvert d’une voûte de foyer à reverbère, garnie de briques réfractaires; elle présente une ouverture pour l’introduction des matières, une autre pour l’évacuation des gaz de la combustion dans les carneaux, un.cendrier et une porte pour l’enlèvement des scories et des cendres. Toutes les deux heures environ, on enlève les scories et le mâche-fer par les portes des fourneaux, et on introduit dans la cellule, et par le haut, une nouvelle charge de matières. On arrive ainsi à ce résultat, que tout est brûlé ou réduit à l’état de scories ou de cendres. Dans quelques cellules, on a ménagé une ouverture spéciale pour l’introduction des articles de literie, des viandes gâtées ou de mauvaise qualité, etc. On assure que la crémation de ces substances ne donne lieu à aucune gêne pour les voisins. On n’a pas besoin de combustible pour alimenter le destructeur; bien plus, la chaleur dégagée par la combustion des matières est employée à produire de la vapeur qui met en mouvement deux moulins. Ces derniers servent à réduire les scories en poudre ; en mélangeant cette poudre à de la chaux, on fabrique un mortier à prise rapide qui se vend à raison de 6 fr. 25 la tonne. Le premier destructeur, construit avec des dimensions très réduites, a brûlé 30 041 tonnes d’immondices en deux ans. Un des appareils nouvellement établis carbonise d’une manière spéciale les balayures des rues pavées, des marchés, etc. ; il les convertit en un charbon très employé comme engrais et comme désinfectant, et qui se vend 37 fr. 50 la tonne. Un établissement complet, comprenant un destructeur à six compartiments, un carboriisateur à huit cellules, une chaudière, une machine à vapeur, deux moulins à mortier, les bâtiments, la cheminée, etc., coûte environ 110 000 francs. Il ne faut que six hommes pour satisfaire à tous les besoins du service.
- On assure que non seulement les résultats sont satisfaisants, mais même qu’ils se traduisent par des bénéfices sérieux. _
- (.Extrait des Annales des ponts et chaussées.)
- p.399 - vue 404/684
-
-
-
- 400
- NOTICES INDUSTRIELLES. — JUILLET 1881.
- Action destructive des graisses animales et végétales pures sur les machines et les chaudières à vapeur, par ]?I. Ii. Jlfarquardt. —
- Depuis qu’on emploie les huiles minérales à point d’ébullition élevé pour combattre le frottement, leur préparation a été perfectionnée au point que bientôt les graisses animales et végétales seront entièrement supplantées.
- Les huiles minérales sont des hydrocarbures constitués par le résidu de la distillation du pétrole, dont on a séparé, à l’aide d’une température assez élevée, les parties volatiles. Les graisses animales ou végétales, liquides ou solides, contiennent de l’oxygène, outre le carbone et l’hydrogène, et sont des combinaisons de glycérine avec un acide gras.
- Au point de vue de l’action lubrifiante, les huiles minérales produisent le même effet que que les huiles végétales pures et fraîchement employées. La viscosité des huiles minérales, en rapport avec l’élévation de leur densité, varie suivant les usages auxquels on les destine, de façon que les machines lourdes, dans lesquelles le frottement est plus grand, exigent des huiles plus lourdes. Mais, tandis que l’huile minérale, à point d’ébullition élevé et exempte de résine, conserve son pouvoir lubrifiant à une température quelconque, la meilleure huile végétale ou animale perd peu à peu ses propriétés utiles, parce qu’elle se combine avec l’oxygène de l’air, se résinifie, s’épaissit ou se sèche, ce qui nécessite de temps à autre un nettoyage complet des surfaces frottantes.
- Les huiles minérales ne s’oxydent pas, de sorte qu’elles ne se résinifient ni ne se dessèchent. Nous ne parlons ici que des produits lourds purs, car les huiles minérales trop légères ne peuvent être employées pour le graissage, pas plus que celles auxquelles on a ajouté de la résine afin de les rendre plus épaisses ; la résine détermine l’absorption de l’oxygène, la dessiccation et la formation d’acides.
- Les huiles végétales et animales se congèlent aisément, tandis que les huiles minérales sont encore liquides à 15 degrés sous zéro et s’épaississent seulement d’une manière très légère dans les temps les plus froids.
- Mais l’argument le plus sérieux qui tend à proscrire les huiles grasses, c’est l’action destructive qu’elles exercent sur les organes en fer de la machine. Cette action provient de plusieurs causes. En présence de l’eau ou de la vapeur d’eau à haute tempé-rature et de la pression existante, les combinaisons de la glycérine avec les acides gras se décomposent ; cette séparation commence d’une manière lente à la température ordinaire par le contact des huiles avec l’humidité de l’air. Les acides libres exercent une action corrosive sur le métal, en formant un savon métallique; les organes en fer deviennent poreux et leurs dimensions se réduisent.
- Les pièces en contact avec la vapeur se recouvrent d’une couche d’oxyde de fer, parce que ce métal à haute température décompose l’eau ; cette couche protège le métal sous-jacent de toute action ultérieure de cette nature et augmente sa durée en e maintenant intact. Mais lorsque cet oxyde de fer se trouve en présence des acides gras, il se combine avec eux et le métal, mis à nu, est soumis de nouveau à l’action
- p.400 - vue 405/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES. — JUILLET 1881. 40i
- oxydante de la vapeur ; la combinaison a même lieu quand les matières grasses ne sont pas décomposées, et il se sépare alors de la glycérine.
- Au savon métallique insoluble vient s'ajouter du savon calcaire également insoluble, qui se produit par la combinaison des acides gras libres ou unis à la glycérine avec la chaux contenue dans l’eau d’alimentation des chaudières. Ces savons passent, en partie, entre les soupapes et le cylindre, qu’ils usent, tandis qu’une autre partie se dépose sur les parois de la chaudière et empêche l’eau de s’échauffer.
- Dans les mêmes conditions, les huiles minérales ne s’altèrent pas. Les huiles minérales lourdes ne subissent aucune perte par volatilisation, car elles ne commencent à émettre de vapeurs qu’entre 215 et 300 degrés, et cette température n’est jamais atteinte dans les machines. La température d’inflammabilité est encore beaucoup plus élevée. Enfin, les huiles minérales possèdent l'avantage de dissoudre les matières grasses résinifiées et de maintenir toujours les surfaces frottantes à nu.
- Il n’est question ici que des huiles lourdes, obtenues sous une pression élevée de vapeur, et l’auteur vise spécialement le produit connu sous le nom de valvoline, qui ne bout pas encore à 360 degrés et dont il existe plusieurs variétés :
- Température
- j ! : ’ à laquelle commence Température
- Densité à 150. l’évaporation lente* d’inflammation.
- Valvoline pour cylindres. . . . . 0,893 288 360
- — extra pour machines. . 0,880 223 270
- — pour arbres............... 0,871 218 263
- [Extrait du Zeitschrift des Yerbandes der Dampfkessel-Ueberwachimgs- Vereinc.)
- Télégraphie. — Le nombre total des télégrammes de Paris pour Paris s’est élevé, en 1880, à 969.177, qui ont produit une recette totale de 579.857 fr. 47. Dans ces chiffres, Les télégrammes spéciaux pneumatiques créés en 1870 entrent dans les proportions suivantes : il y a 334.445 cartes-télégrammes qui ont produit 120.483 fr. 30, et 123.800 télégrammes fermés qui ont produit 68.914 fr. 25. On voit par là combien la télégraphie pneumatique est entrée dans les habitudes parisiennes.
- On a constaté à différentes reprises qu’un abaissement des tarifs télégraphiques avait pour effet certain d’augmenter immédiatement la circulation des télégrammes, et par suite les recettes. Cette loi s’est vérifiée une fois de plus pour la télégraphie pneumatique. Le Ier juin 1880, les cartes-télégrammes, qui étaient à 50 centimes, ont été mises à 30 ; et les télégrammes, qui étaient à 75 centimes, ont été mis à 50. Aussitôt une hausse considérable s’est produite dans la circulation. Du 13 juin au 31 décembre 1879, il y avait eu avec l’ancien tarif 100.335 cartes-télégrammes produisant 50.163 fr. 50, et 26.657 télégrammes fermés produisant 20.014 fr. 35. Du 1er juin au 31 décembre 1880, avec le nouveau tarif, il y a eu 234.007 cartes-télégrammes produisant 70.668 fr. 30, et 95.713 télégrammes fermés produisant 47.856 fr. 50;
- Tome VIII. — 80e année, 3e série. — Juillet 1881. 51
- p.401 - vue 406/684
-
-
-
- A0%
- PROCÈS-VERBAtX. •
- JUILLET 1881.
- soit une augmentation de 134,12 0/0 dans le nombre des cartes-télégrammes et 259,05 0/0 dans celui des télégrammes fermés.
- Pendant les mêmes périodes, le nombre total des télégrammes de Paris pour Paris, qui n’avait été que de 398.853 en 1879, s’est élevé à 602.843 en 1880. En 1877, il n’avait été que de 213.519, c’est-à-dire qu’en quatre ans il a presque triplé. On voit que notre temps mérite de plus en plus le titre qu’on lui a décerné de Siècle de l’électricité.
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 10 juin 1881.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Correspondance. — M. Sourbé (T.), rue Duperré, 2, à Paris, présente une balance densivolumétrique, dans laquelle les poids sont remplacés par des liquides, faisant équilibre à des liquides similaires. (Arts mécaniques.)
- M. Dupuis (Ch.), rue Saint-Denis, 279, à Paris, présente un levier hydraulique d’un système nouveau. (Arts mécaniques.)
- La Société d’études industrielles et commerciales, avenue de l’Opéra, 18, demande à la Société de faire visiter l’exposition d’objets d’art, obtenus par les procédés Placet, qui a lieu dans les salles de cette Société. (Beaux-arts et architecture.)
- M. Bonnotte (T.), rue de Ménilmontant, 86, présente divers objets en fonte soudée. (Arts chimiques.)
- M. Lattuada (Jean), rue Condorcet, 6, demande l’examen d’un Calendrier perpétuel, électrique, automatique. (Arts économiques.)
- M. Johann (Albert), fabricant d’horlogerie, à Aarau (Suisse), envoie un système hydro-pneumatique pour transmettre l’heure d’un régulateur à des horloges secondaires. (Arts économiques.)
- M. Peneau (E.), pharmacien à Bourges et membre de la Société, demande s’il est est possible à la Société d’aider un employé du télégraphe, qui a des expériences à exécuter pour un perfectionnement considérable dans l’expédition des dépêches, soit en lui faisant prêter, pour peu de temps, deux appareils Morse, soit en le mettant en relation avec un constructeur qui puisse lui donner les moyens d’avoir ces appareils à sa disposition. (Arts économiques.)
- M. Mangon (H.), directeur du Conservatoire des arts-et-métiers, présente une demande de médaille de contre-maître pour un ouvrier peintre décorateur de la fabrique de faïence de M. Montagnon, à Nevers. (Commission spéciale.)
- p.402 - vue 407/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX. --- JUILLET 1881.
- 403
- M. le colonel de Bange, directeur de l’atelier de précision du Dépôt central de l’artillerie, présente deux demandes du même genre pour deux ouvriers de ce Dépôt central. (Commission spéciale.)
- Le Ministre de Vagriculture et du commerce envoie deux exemplaires de trois numéros du catalogue des brevets d’invention pris en 1880. (Dépôt à la bibliothèque.)
- M .Jarre (J.), directeur de la Compagnie des usines d’Ornans (Doubs), écrit pour remercier de l’élection qui l’a nommé membre correspondant français du Conseil pour les arts mécaniques.
- Le Secrétaire du Muséum australien d’industrie, de technologie et d’hygiène, de Sydney (Nouvelle-Galle du Sud), annonce la formation et l’ouverture de ce Muséum. (Bibliothèque.)
- M. Chatel (Victor), à Valcongrain, près de Caen (Calvados), envoie le questionnaire d’une enquête sur l’utilité ou la nuisance des oiseaux sédentaires ou migrateurs et des oiseaux de passage. (Agriculture.)
- M. Gavand (Eug.), ingénieur civil, envoie une brochure sur la Crau, son origine, son état actuel, son avenir. (Dépôt à la bibliothèque.)
- M. Barbe (Eug.), ingénieur civil, invite les membres de la Société à visiter une vinaigrerie qui emploie 130 cuves tournantes du système Michaëlis qu’il a importé en France. (Comité des arts chimiques.)
- M. Guillout, fabricant de biscuits, membre de la Société, rue Rambuteau, 11G, propose un des ouvriers de sa fabrique pour une des médailles de la Société. (Com mission spéciale.)
- M. Grandeau (L.), membre du Conseil supérieur du commerce, de l’agriculture et de l’industrie, à Nancy, écrit pour remercier le Conseil de la Société de sa nomination comme membre correspondant français pour le comité d’agriculture.
- M. Musin (A.), directeur de la condition publique de Roubaix, soumet à l’examen de la Société une brochure sur l’unification du numérotage des fils. (Arts mécaniques.)
- M. Jourdain (Maurice), directeur de l’Association parisienne des propriétaires d’appareils à vapeur, envoie à la Société un exemplaire du compte rendu des séances du quatrième Congrès des ingénieurs de cette association. (Dépôt à la bibliothèque.)
- Observations de M. le Président. — M. le Président signale, parmi les pièces de la correspondance, certains journaux belges ou français renfermant des articles au sujet de Force et Lumière par l’électricité, dans lesquels on fait intervenir la Société d’encouragement d’une manière illégitime, puisqu’elle n’a pas émis son jugement sur les procédés soumis à son examen.
- M. Faure avait été autorisé à lui présenter, dans la séance du 22 avril, les résultats de ses études sur les piles secondaires inventées par un éminent physicien, M. Gaston Planté et, tandis que la Société accueillait, avec un vif intérêt, une des plus intéressantes acquisitions de l’électricité, son bureau apprenait, non sans surprise, qu’un
- p.403 - vue 408/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX. — JUILLET 1881.
- AOA
- spéculateur se proposait d’exposer à son tour, devant elle, les profits promis à cette nouvelle application de la science. La parole ne lui fut point donnée.
- Le Conseil de la Société apprécie les inventions et les perfectionnements. 11 leur accorde avec empressement ses encouragements, avec bonheur ses éloges. Mais il ne se fait jamais juge des *011311068 de bénéfices que leur exploitation comporte. C’est donc par un véritable abus qu’on place sous son autorité et sous celle de son Président des espérances financières résultant de conceptions et de calculs dont ils se refusent absolument à prendre connaissance, tout en demeurant profondément sympathiques à la découverte scientifique de M. G. Planté et désireux d’en voir prospérer le développement pratique.
- Communications. — Lampe de sûreté Birkel. — M. Tresca présente à la Société, au nom de M. Birkel, ingénieur des mines de Bechelbronn (Alsace), une lampe de sûreté perfectionnée. •
- Cette lampe est munie d’une double enveloppe ou chemise en tôle qui entoure le cylindre en toile métallique. La chemise extérieure peut glisser sur la chemise intérieure, de manière que les ouvertures dont elle est percée, en se déplaçant relativement aux ouvertures semblables de la chemise intérieure, puissent produire une obturation plus ou moins complète de ces ouvertures et régler ou même intercepter tout à fait l’accès de l’air.
- Cette disposition a l’avantage :
- 1° De permettre d’éteindre instantanément la lampe lorsque le grisou s’y est enflammé de manière à offrir du danger; 2° de permettre le réglage de l’accès de l’air de manière que la lampe s’éteigne spontanément.
- Le pouvoir éclairant n’est pas sensiblement diminué par ces dispositions.
- M. le Président renvoie l’examen de cette communication au comité des arts chimiques.
- Verrou à levier articulé et gâche mobile. — M. Bunel présente à la Société, au nom de M. Bricard, successeur de M. Sterlin, rue de Richelieu, 39. un verrou à levier articulé pour remplacer le verrou à ressort ordinaire ou le verrou à coquille, qui sont employés pour fermer le vantail dormant d’une porte à deux vantaux. (Renvoyé au comité des constructions et des beaux-arts.)
- Patinage des roues des locomotives. — M. Baude, vice-président, signale à l’attention de la Société les expériences de M. de Laboriette, qui montrent que les roues des locomotives des trains de grande vitesse ne patinent pas dans les pentes comme on le croyait.
- Messieurs, il y a environ deux ans, des essayeurs de machines locomotives en marche, avant leur introduction dans le service régulier des chemins de fer, avaient signalé une anomalie qui devait avoir les plus graves conséquences pour l’usure des bandages des roues de ces machines. ' - -
- En effet, dans leurs essais, ils avaient trouvé que, dans les trains à grande vitesse, la développante des tours de roues de la machine était plus grande que la voie n’était
- p.404 - vue 409/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- JUILLET 1881.
- 405
- longue. Le coefficient du patinage, d’après ces mêmes [observateurs, pouvait aller à 20 ou 26 pour 100, particulièrement dans les pentes, et il était, pour ainsi dire, fonction de la vitesse de translation.
- Ces assertions, que l’on ne songeait pas d’abord à contester, avaient ému fortement les ingénieurs du matériel qui en avaient eu connaissance.
- Il devait y avoir, là, une force perdue et une fatale usure des bandages des locomotives.
- Il serait inutile, vous le comprendrez, de rechercher les explications qu’on s’était ingénié à donner pour faire admettre cette anomalie mécanique, et les modifications que des esprits craintifs cherchaient à apporter dans la construction des machines.
- Hâtons-nous de dire que de nouvelles expériences, très bien faites, ont démontré que cette anomalie n’existe pas.
- Elles sont dues à M. de Laboriette, sous-ingénieur au matériel du chemin de fer du Nord, qui avait installé, entre la machine et un wagon d’opération, des appareils électriques au moyen desquels on relevait, avec une parfaite exactitude, le nombre de tours de roues de la machine par rapport à la distance réelle. Ces expériences sont décrites dans la Revue des chemins de fer, année 1880, Dunod, éditeur.
- Comme les premières expériences précitées avaient eu un certain retentissement dans la presse scientifique, il est bon de faire connaître que les craintes qu’elles avaient éveillées n’existent pas. Il y a donc une corrélation complète entre la roue de la locomotive qui roule et le chemin qu’elle parcourt, et le patinage des machines reste ce qu’il a toujours été, c’est-à-dire qu’il n’est produit que par des causes accidentelles. ,
- Rapports des comités. — Correspondants français.— M. Peligot (Henri) demande, au nom du comité des arts économiques, que le Conseil déclare une vacance parmi les correspondants français de ce comité, par suite de la mort de M. Bellieni, de Nancy.
- Cette vacance est déclarée par le Conseil.
- Modèle de coupe de pierres. — M. Bunel fait au Conseil, au nom du comité des constructions et beaux-arts, un Rapport sur les modèles de M. Monduit, architecte, pour faciliter l’étude de la coupe des pierres.
- Le comité propose de remercier M. Monduit de son intéressante communication et d’insérer le présent Rapport au Bulletin de la Société.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Taky graphe, réduction de dessms. —M. Ed. Collignon présente au Conseil, au nom du comité des arts mécaniques, un Rapport sur le takygraphe de M. Méresse.
- Le comité des arts mécaniques propose de remercier M. Méresse de son intéressante communication, et de voter l’insertion au Bulletin du présent Rapport, avec un dessin de l’appareil et une légende explicative.
- Ces conclusions sont adoptées par le Conseil.
- p.405 - vue 410/684
-
-
-
- 406
- PR OCES-V R B BAUX.
- JUILLET 1881.
- Séance du 24 juin 1881.
- Présidence de M. le vicomte de Chabannes, vice-président. *
- Correspondance. — M. Gras, ancien pharmacien en chef des hospices civils de Toulon, rue Nationale, 55, à Toulon. Nouveau papier parchemin pour la fabrication des gargousses, boyaux-amorces et papier pour la pyrotechnie. (Arts économiques.)
- M. Pinta (X.), au Château de la Brayelle, près Arras, rappelle la communication qu’il a adressée à la Société, le 8 avril dernier, sur une nouvelle culture de blé. Il annonce que les rendements sont bien supérieurs à ceux que, par retenue, il s’était borné à annoncer, et il sollicite un examen approfondi de la Société. (Agriculture.)
- M. Lepage (Th.), manufacturier, à Bernot (Aisne), appelle de nouveau l’attention de la Société sur le duvet du peuplier, qui, par une culture appropriée, pourrait fournir une fibre textile indigène. Il croit qu’il serait utile pour cela d’attirer sur ce sujet l’attention des agriculteurs et même de fonder un prix qui stimulât leurs recherches. (Agriculture.)
- M. Blochx (J.) fils, à V ie ux-Dieu-Lez-An vers (Belgique), a envoyé le 14 janvier 1881, une série de vingt-sept couleurs préparées à l’huile et au succin ; mais il avait remis à une époque ultérieure les développements que comporte cette communication.
- Il envoie aujourd’hui : 1° un échantillon de succin dissous ; 2° une brochure à l’usage des artistes peintres, avec conseils pratiques sur l’emploi de l’ambre dissous et des couleurs préparées au moyen de ce produit. (Arts chimiques et beaux-arts.)
- MM. Mignon et Rouart, mécaniciens, boulevard Voltaire, 137, demandent à être admis au concours ouvert pour 1883, pour la conservation à l’état frais, pendant un mois, des denrées alimentaires. —^ Il sera répondu que le concours est ouvert jusqu’au 31 décembre 1882, limite du dépôt des pièces.
- M. Henriveau (J.), chimiste, sous-directeur de la manufacture de glaces de Saint-Gobain, demande des renseignements sur une partie de la communication que M. Cola?H a faite à la Société d’encouragement sur l’industrie de la tourbe en Picardie. (Arts chimiques.)
- M. Henry-Lepaute, horloger-mécanicien, rue de Lafayette, 6, propose un de ses ouvriers pour une médaille de contre-maître. (Commission spéciale.)
- M. Chamerot (Georges), typographe, rue des Saints-Pères, 19, propose un des ouvriers de son imprimerie pour une médaille analogue. (Commission spéciale.)
- M. Ravenac (H.), passage de l’Union, 7, au Gros-Caillou, Paris, présente à la Société un appareil qu’il nomme compas-enteur, pour obvier au manque de longueur des échelles de toute sorte, (Arts mécaniques.)
- M. Legris, rue de La Tour, 108, à Passy-Paris, soumet à l’examen de la Société un modèle de grille pour augmenter le calorique produit par les foyers, au moyen de la décomposition de la vapeur d’eau par le fer, le charbon ou le coke. (Arts chimiques.)
- M. Cacheux (E.), quai Saint-Michel, 24, à Paris, adresse à la Société une série de
- p.406 - vue 411/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- JUILLET 188t.
- 407
- documents par lesquels il établit sa demande pour concourir à la grande médaille des arts économiques :
- 1° Plans d'exécution des habitations ouvrières construites par lui à Paris ;
- 2° Moyens pratiques de détruire la misère ;
- 3° Une collection d’articles de journaux et de brochures concernant les habitations ouvrières ;
- 4° Des statuts pour une Société projetée des habitations ouvrières;
- 5° Un Mémoire concernant ses travaux. (Renvoyé au comité des beaux-arts et au comité"de commerce.)
- M. Perrolaz, mécanicien, boulevard des Vallées, 17, à Thonon (Haute-Savoie), envoie à la Société une description et un croquis d’un instrument qu’il nomme Lon-gigraphepour l’application duquel il demande l’aide de la Société. (Arts mécaniques.)
- M. Faure (G.-A.), réclame contre l’assimilation qu’on a faite dans les diverses parties des comptes rendus des séances de la Société, entre son accumulateur d’électricité qui a été présenté, en son nom, par M. Reynier, dans la séance du 22 avril, et la pile secondaire de M. Planté (Gaston), dont son invention, qui est originale, ne serait regardée que comme une sorte de corollaire. Il invoque pour cela l’esprit d’équité et la haute bienveillance bien connue de la Société. (Arts économiques.) ,
- Le secrétaire du comité central des congrès et conférence de VExposition universelle de 1878 envoie cinq volumes récemment publiés de la collection des Comptes rendus sténographiques des congrès de cette exposition. (Bibliothèque )
- Canal direct du Nord à Paris. Deux Notes imprimées relatives au projet de M. Flamant pour l’ouverture de ce canal. (Bibliothèque.)
- M. Cotard (Ch.). Etude sur la question des voies navigables. Brochure in*8. (Bibliothèque.)
- M. Barrault (Emile). Tableau synoptique relatif aux brevets d’invention, présenté à la Commission permanente de la propriété industrielle. Petit in-folio broch. (Bibliothèque.)
- Élection d’un membre correspondant français pour le comité des arts économiques. — L’ordre du jour appelle la nomination d’un correspondant français pour le comité des arts économiques.
- Le candidat proposé par le comité, et dont les titres ont été examinés par le Conseil en comité secret, est M. Gilbert, fabricant‘de crayons, à Givet (Ardennes).
- Un scrutin est ouvert, et le vote, dépouillé par M. le Président assisté des membres du bureau, donne l’unanimité des suffrages à M. Gilbert.
- En conséquence, M. le Président proclame M. Gilbert membre correspondant français de la Société pour le comité de physique et des arts économiques.
- Rapports des comités. — Verrou de porte d’appartement. — M. Bitnel fait, au nom du comité des constructions et des beaux-arts, un Rapport sur le verrou à levier articulé et à gâche mobile présenté par MM. Bricarclfrères, successeurs de M. Sterlin, 39, rue Richelieu.
- p.407 - vue 412/684
-
-
-
- 408
- PROCÈS-VERBAUX. — JUILLET 1881.
- Le comité des constructions et des beaux-arts propose de remercier MM. Bricard de leur intéressante communication et d’insérer le présent Rapport au Bulletin de la Société avec dessin de l’appareil.
- Ces conclusions sont adoptées par le Conseil.
- Chariot monte-charge. — M. Pihet lit, au nom du comité des arts mécaniques, un Rapport sur un monte-charge, présenté à la Société par M. Poirot (Paul), dessinateur-mécanicien, boulevard Richard-Lenoir, 92, à Paris.
- Le comité propose de remercier M. Poirot de sa communication et d’ordonner l’insertion au Bulletin du présent Rapport avec les plans de l’appareil. . , .
- Ces conclusions sont adoptées par le Conseil.
- Machine àgerber. — M. Pihet lit ensuite, au nom du même comité des arts mécaniques, un Rapport sur une machine analogue servant à élever des fardeaux, de MM. Poirot (Paul) et Chertemps, constructeurs, à Paris, passage Saint-Sébastien.
- Le comité propose de remercier MM. Poirot et Chertemps de leur communication et de faire insérer le Rapport au Bulletin, avec la description et le dessin de l’appareil.
- Ces conclusions sont adoptées par le Conseil. v,,,t.
- Compteur totalisateur électrique. — M. Sebert lit, au nom du comité des arts économiques, un Rapport sur un compteur totalisateur , électrique, construit par M. Dumoulin-Fr ornent, rue Notre-Dame-des-Champs, 85, à Paris.
- Le comité propose de remercier M. Dumoulin-Froment de son intéressante communication et d’insérer le Rapport au Bulletin avec les plans nécessaires pour faire comprendre le fonctionnement de l’appareil.
- Ces conclusions sont adoptées par le Conseil. ;
- Communications. — Tentures artistiques. M. Letorey (A.), architecte décorateur, place des Vosges, 2, à Paris, et à Sucy-en-Brie (Seine-et-Oise), expose, devant la Société, son système de décoration par des tapisseries peintes sur étoffe. . ;r
- M. le Président remercie M. Letorey de cette intéressante communication et de la belle exposition de tapisserie qu’il a faite dans les salles de la Société ; et il lui demande de déposer sur le bureau le texte de cette communication, pour que l’examen en soit fait par le comité des beaux-arts de la Société. (Cette communication paraîtra dans un prochain Bulletin.)
- Nomination de membres de la société. — Sont nommés membres de la Société :
- M. Routier (E,), fabricant de tapis, à Smyrne ; M. Wuleman, chimiste, à Paris. .
- ERRATUM.
- Dans le numéro de mai 1881, page 282, ligne 15 : au lieu de cendres, lisez azote et hydrocarbures.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE Mme V« BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L'ÉPERON, 5. — 1881.
- Jules TREMBLAY, gendre et successeur.
- p.408 - vue 413/684
-
-
-
- §9e année.
- Troisième série, tome VIII.
- Août 1881.
- BULLETIN ,
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait far M. Redier, au nom du comité des arts mécaniques, sur un
- APPAREIL DE PHARE POUR FEU DE DIRECTION, MUNI d’eCRANS PIVOTANTS, Système
- von Otter, combiné et exécuté par MM. Henry-Lepaute fils, constructeurs
- d’horlogerie et de phares, 6, rue Lafayette, à Paris.
- Messieurs, le développement incessant des relations commerciales de toutes les parties du monde, et l’emploi presque exclusif de la vapeur, ont entraîné un si grand accroissement du nombre et de la rapidité de marche des navires que les dangers de la navigation se sont accrus dans une redoutable proportion.
- Aussi, ingénieurs, marins, constructeurs, sont-ils tous préoccupés de trouver des moyens d’éviter les abordages à la mer, de nettement signaler aux navigateurs les écueils qui les menacent, et de leur faciliter la reconnaissance des côtes et l’entrée des ports.
- Parmi les difficultés d’éclairage des côtes, il en est une qui depuis longtemps fait l’objet de sérieuses recherches. Il s’agit de signaler aux marins une direction déterminée, un chenal très étroit, et de caractériser d’une façon nette les deux côtés de l’angle dans lequel il faut se maintenir pour éviter les écueils qui bordent la route de chaque côté.
- Depuis 1864, les ingénieurs français ont fait de nombreux essais pour arriver à résoudre ce problème. On sait, du reste, que c’est la France qui a été la première à organiser, d’une façon méthodique, l’éclairage des côtes. Ce sont les découvertes d’Augustin Fresnel qui ont doté les phares des appa-
- Tome VIII. — 80e année, 3e série. ~ Août 1881. 52
- p.409 - vue 414/684
-
-
-
- 410
- ARTS MÉCANIQUES. — AOUT 1881.
- relis lenticulaires et catadioptriques. Malgré les revendications de nos voisins d’outre-Manche, les phares lenticulaires ont été créés et exécutés en France, dès 1821, tels qu oncles construit aujourd’hui, et les Anglais ne datent leurs travaux du même ordre que de 1849.
- Nos ingénieurs ont été secondés de la façon la plus intelligente et la plus dévouée par les constructeurs français, et notamment par M. Henry-Le-paute père.
- En 1864, MM. Henry-Lepaute fils firent, sous la direction de M. Léonce Reynaud, de nombreuses et fort intéressantes expériences d’occultation, au moyen d’écrans opaques mobiles.
- Les meilleurs résultats furent obtenus par l’emploi d’écrans verticaux placés de chaque côté de l’angle à éclairer.
- Ces écrans tournaient comme une porte autour d’un axe vertical passant par un de leurs côtés. Des appareils de ce système ont été appliqués, en 1865, au phare de troisième ordre de la Pointe-de-Grave, et, en 1870, en Norvège, à deux phares de quatrième ordre. Enfin, un spécimen figurait, en 1867, à l’Exposition du Champ-de-Mars, avec d’autres ouvrages de MM. ïïenry-Lepaute.
- Un second système, presque exclusivement appliqué en France, consiste en écrans verticaux de faible largeur, tournant rapidement autour d’un feu fixe auquel ils donnent l’apparence d’un feu clignotant. MM. Henry-Lepaute ont exécuté un grand nombre d’appareils de cette nature.
- En 1876, M. le baron von Otter, directeur du pilotage et des phares de Suède, proposa à l’Exposition internationale d’hygiène et de sauvetage, à Bruxelles, une application, plus générale encore, d’écrans mobiles aux phares à feu fixe. M. von Otter présenta alors un spécimen dans lequel on pouvait caractériser le feu au moyen d’une série d’écrans ou de persiennes pivotant autour d’axes verticaux.
- Ces écrans étaient mus simultanément à des intervalles déterminés, mais variables pour chaque phare. Les feuilles ouvertes de ces persiennes rayonnaient exactement au centre du bec.
- En adoptant pour rythme la notation employée dans le système du télégraphe Morse, on pourrait, en quelque sorte, faire écrire, aux yeux du navigateur, le nom de chaque phare, et empêcher ainsi de le confondre, soit avec les feux de la côte, soit avec les feux voisins.
- Ce système fut expérimenté avec succès à Bruxelles en 1878, et les résultats furent satisfaisants, malgré quelques difficultés pratiques.
- p.410 - vue 415/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES. — AOUT 1881.
- 411
- M. le baron von Otter fit aussi appliquer ses écrans pivotants à des feux de direction et, en imprimant à chaque système un rythme différent, il permit de caractériser d’une façon très nette les limites entre lesquelles le navigateur doit se maintenir. C’est une solution excellente du problème dont nous parlions plus haut. Un certain nombre d’appareils à feu fixe en Suède, en Norvège, en Russie, etc... sont déjà pourvus de ces écrans.
- L’appareil présenté à la Société, dans la séance du il février 1881, par MM. Henry-Lepaute fils, leur a été commandé par le gouvernement suédois; c’est un appareil destiné à faire des expériences, et c’est ce qui explique la complexité du problème posé à ces constructeurs.
- La solution trouvée par eux est élégante, précise, et présente un intérêt véritable au point de vue des difficultés mécaniques qu’il a fallu surmonter.
- Il s’agissait d’éclairer un aàgle de 30° par un panneau lenticulaire de feu fixe (quatrième ordre) et de placer de chaque côte de cet angle, dans un espace de 10°, des écrans ou persiennes verticales pivotants, chacun des deux systèmes animé de mouvements alternatifs de rythme différent.
- L’un des côtés doit produire ce que l’on appelle des éclats simples, c’est-à-dire des éclats de 1" de durée et des éclipses de 4". L’autre côté doit produire des éclats doubles, soit des séries de 2 éclats de 1”, séparés par une éclipse de 1", et chaque série séparée à son tour de la suivante par une éclipse de 4".
- Ces deux systèmes ou groupes d’écrans sont mis en mouvement par un moteur unique dont la position est invariable. De plus, ils doivent avoir la faculté de se rapprocher ou de s’éloigner l’un et l’autre concentriquement à l’appareil et suivant des directions rayonnant au foyer de l’optique.
- De cette façon on peut faire varier l’angle du feu fixe limité par les écrans mobiles, et étudier l’influence que peut avoir la variation de la distance à laquelle ils sont placés à partir de la flamme.
- Chacun des systèmes est composé de quatre persiennes de 0ra,036 de largeur et de la hauteur totale de l’optique de l’appareil. Leurs pivots tournent sur des pièces coulissant dans des rainures dirigées suivant des rayons passant par le foyer lumineux. Ces pièces peuvent à leur tour se déplacer entre des rails concentriques à l’appareil. •
- Des divisions sont graduées en millimètres sur les coulisses et en degrés sur les rails, de façon à permettre de régler exactement l’angle occulté, ainsi que la distance des écrans au centre de l’appareil d’éclairage.
- Dans chaque groupe d’écrans, les axes portent à leur partie inférieure des pignons mis en mouvement simultanément par des crémaillères guidées et
- p.411 - vue 416/684
-
-
-
- m
- ARTS MÉCANIQUES. — AOUT 1881.
- articulées du côté de l’optique. Ces crémaillères sont actionnées elles-mêmes par le moteur dont il est parlé plus haut. Deux roues à cammes déterminent, par l’action d’un levier, le déplacement nécessaire des crémaillères,
- Ce levier de commande, agissant sur une coulisse circulaire et concentrique, demeure ainsi à la même place, quelles que soient les données sur lesquelles on dispose l’ensemble.
- L’action des cammes est tendue par des ressorts à boudin qui ramènent les crémaillères déplacées.
- Les deux roues à cammes, convenablement divisées, sont calées sur le même arbre de la machine, de façon à faire mouvoir simultanément, mais avec un rythme différent, chacun des deux systèmes d’écrans.
- Ainsi, dans cet ensemble destiné à faire des études sur les meilleures conditions à remplir pour faciliter la reconnaissance du point éclairé, toutes les données peuvent être modifiées : angle éclairé, angles supplémentaires éclipsés, rythme des occultations.
- Les détails de construction ont été très bien étudiés et assurent complètement les moyens de régler la position des écrans de façon à ce que, lorsqu’ils sont ouverts, ils se trouvent exactement dirigés suivant des rayons passant par le foyer lumineux.
- L’appareil complet se compose, outre le panneau de feu fixe, d’une lentille à éléments verticaux de 30 degrés d’amplitude, que l’on peut faire glisser dans une coulisse circulaire pour l’amener devant le feu fixe, ou la mettre de côté pour produire un éclat puissant.
- A côté du panneau de feu fixe existe un panneau annulaire de feu tournant du même ordre, de 30 degrés d’amplitude.
- L’éclairage est obtenu par une lampe à huile minérale avec bec à 2 mèches et à réservoir inférieur, dont l’intensité est de 7 becs Carcel. L’intensité du feu fixe est de 60 becs ; celle du feu tournant, de 220 becs, et celle de l’éclat produit par la lentille, de 350 becs.
- La machine destinée à donner le mouvement aux écrans est une machine de rotation pour phare tournant du quatrième ordre, avec volant modérateur à ailes fixes.
- L’exécution des différentes parties de cet intéressant appareil est extrêmement soignée, ainsi que toutes les œuvres qui sortent des ateliers de la maison Henry-Lepaute.
- Votre comité des arts mécaniques vous propose, messieurs, de remercier MM. Henry-Lepaute fils de leur intéressante communication, et de décider
- p.412 - vue 417/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES.
- AOUT 1881.
- 413
- l’insertion au Bulletin du présent Rapport, avec dessins et légendes à l’appui.
- Signé : Redier, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 13 mai 1881.
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA PLANCHE 131 REPRÉSENTANT UN APPAREIL DE PHARE POUR FEU
- DE DIRECTION, MUNI D’ÉCRANS PIVOTANTS, DU SYSTÈME VON OTTER, CONSTRUIT POUR LE
- GOUVERNEMENT SUÉDOIS PAR MM. HENRY-LEPAUTE FILS.
- . Fig. 1 et 2. Dispositions générales de l’appareil en coupe verticale et en plan.
- Fig. 3, 4, 5, 6. Détails relatifs aux systèmes d’écrans pivotants, au mode de mise en mouvement et aux moyens de varier, soit leurs distances au foyer lumineux, soit l’angle de feu fixe limité par les écrans.
- Fig. 1. Coupe de l’appareil suivant un plan 1, 2, 3, 4.
- Fig. 2. Plan d'ensemble à la hauteur du foyer lumineux.
- Fig. 3. Coupe suivant la ligne 5, 6, 7, 8.
- Fig. 4. Plan du mécanisme moteur des écrans et du cadre à coulisses.
- Fig. 5. Coupe suivant la ligne 9, 10.
- Fig. 6. Tracé des roues à cammes. £ roue produisant les éclats simples, ô roue produisant les éclats doubles.
- F, panneau d’appareil de phare de 4e ordre à feu fixe éclairant 30°.
- A, panneau d’appareii de phare de 4e ordre à feu tournant de 30° d’amplitude.
- Y, lentille dioptrique à éléments verticaux, embrassant un angle de 30°.
- L, lampe à réservoir inférieur avec bec à deux mèches.
- f, fumivore en cuivre avec registre servant à régler la hauteur de la flamme.
- H, machine de rotation ou mécanisme d’horlogerie, servant à imprimer le mouvement aux deux systèmes d’écrans.
- a, arbre vertical portant les deux roues à cammes { et ô, commandé par la machine de rotation.
- bb, arbres verticaux portant les becs ss, soulevés par les cammes et les bras de commande gg des deux systèmes d’écrans.
- CC, cadres en bronze munis de rainures dans lesquelles glissent les pièces dd, qui portent les extrémités des axes des écrans pivotants.
- DD, coulisses circulaires entre lesquelles peuvent se déplacer les cadres CC pour faire varier l’angle du feu fixe limité par les écrans pivotants.
- pp, écrans ou persiennes pivotants.
- nn, pignons avec plaques de dilatation recevant le bas des écrans et les entraînant dans leurs mouvements alternatifs.
- mm, crémaillères guidées, engrenant avec les pignons nn, portant à une de leurs
- p.413 - vue 418/684
-
-
-
- 41 4l COMITÉ DES BEAUX-ARTS. — AOUT 1881.
- extrémités une chape avec galet roulant dans la rainure r du. cadre de commande 00.
- tt, tiges de guidage du mouvement de chaque système de crémaillères munies de ressorts à boudin de rappel.
- qq, plaques de dilatation maintenues au moyen de vis de pression w sur les tiges des écrans pour en permettre le réglage.
- ii, index fixé sur la pièce d, permettant d’amener chaque écran dans la direction du rayon passant par le foyer.
- k, coulisse réunissant les quatre pièces d servant à les déplacer simultanément et à les maintenir dans la position convenable au moyen des vis de pression u.
- j, index servant à régler l’angle du feu fixe limité par les écrans.
- r, rail circulaire en fonte, sur lequel on peut déplacer la lentille verticale v, pour l’amener devant le feu fixe dans la position figurée en pointillé sur la figure 1.
- T T T, tables et armatures en tonte portant l’appareil d’éclairage, la machine de rotation et les systèmes d’écrans.
- BEAUX-ARTS APPLIQUÉS A L’INDUSTRIE.
- Rapport fait par M. Davanne, au nom du comité des constructions et des beaux-arts sur les procédés de topogravure et de zincographie en usage à l'atelier du dépôt des fortifications, et présentés par M. de la Noê, chef de bataillon du génie, commandant la brigade topographique du génie militaire.
- Messieurs, le développement des méthodes photographiques amène des applications si diverses et si nombreuses, que vous ne devez pas être surpris des communications fréquentes qui vous sont faites sur ce sujet; parleur ensemble, ces méthodes constituent, en effet, un grand moyen général qui vient substituer l’action de la lumière à la main de l’homme pour reproduire et multiplier l’image des choses visibles ; ce moyen se perfectionne sans cesse, les applications en sont pour ainsi dire illimitées.
- Parmi ces applications nous devons compter la reproduction des cartes et plans, et depuis longtemps déjà, en France comme à l’étranger, les grands services militaires et civils ont fondé des ateliers dans lesquels se développe de plus en plus l’usage des procédés photographiques.
- Une des conditions principales du bon fonctionnement et du bon rendement de ces ateliers est l’emploi de méthodes simples, faciles et économiques, ne sacrifiant cependant rien de la précision, de la netteté et de la finesse des traits.
- p.414 - vue 419/684
-
-
-
- COMITÉ DES BEAUX-ARTS. — AOUT 1881.
- 415
- À l’atelier du dépôt des fortifications, qui est installé sans luxe et sans frais dans les parties supérieures des bâtiments des Invalides, M. le commandant du génie de la Noë, qui dirige d’une manière si compétente la brigade topographique du génie militaire, s’est particulièrement inspiré de ces principes ; et, sans négliger l’étude des procédés divers que la photographie peut mettre à son service, il s’est attaché dans l’application à simplifier les opérations, de manière à employer le plus souvent possible un même réactif peu coûteux, le bitume de Judée, à faire les tirages d’épreuves par l’emploi facile de la presse lithographique, et à n’avoir recours aux opérations délicates et onéreuses de la chambre noire, que dans les circonstances ou elles sont indispensables. Pour arriver à ces résultats, il a perfectionné diverses méthodes déjà connues, et il a inventé un mode nouveau d’impression auquel il a donné le nom de topogravure. Dans la séance du 13 mai dernier, M. le colonel Gou-lier a soumis ce procédé à votre appréciation, en vous faisant connaître en même temps les procédés de zincographie usités d’une manière si écono mique pour tous les tirages de l’atelier.
- Le personnel photographique de cet atelier, sous les ordres de M. le capitaine Biny, a suivi l’exemple qui lui avait été donné et, par l’étude de réactions nouvelles, il a obtenu d’une manière complète et pratique l’utile transformation, sur le cliché même, de l’épreuve négative en épreuve positive.
- Il serait dificile pour votre rapporteur d’ajouter de nouvelles explications à celles que M. le colonel Goulier vous a si clairement présentées, et nous avons pensé que, tout en les rappelant, il serait intéressant de reprendre dans cette Note l’ensemble des travaux photographiques exécutés dans batelier du dépôt des fortifications.
- Les reproductions demandées à cet atelier sont toujours celles de dessins au trait, tels que les plans au 10,000e que fait exécuter le génie militaire, les plans de places fortes, d’attaque, de défense, les feuilles de l’atlas des bâtiments militaires, qui lui sont envoyées de tous les points de la France, la réunion de documents intéressant le génie militaire, etc. Toutes ces choses exigent une exécution rapide et facile ; les tirages doivent être à volonté restreints ou nombreux sans cesser d’être économiques ; quelquefois il est nécessaire de faire des modifications d’échelle ; seules, les méthodes photographiques pouvaient répondre à ces exigences.
- Si les pièces à reproduire résultent de travaux faits par la brigade topographique ou rédigés au dépôt des fortifications, les dessins sont exécutés immédiatement, à l’échelle voulue, sur papier calque ou sur papier pelure,
- p.415 - vue 420/684
-
-
-
- COMITÉ DES BEAUX-ARTS. — AOUT 1881.
- 416
- pour pouvoir donner une épreuve photographique par transparence.
- Pour les travaux qui sont transmis du dehors, on demande, autant que possible, qu’ils soient exécutés dans ces mêmes conditions, et on ne saurait trop recommander qu’il en soit ainsi dans tous les services où la photographie peut être utilisée, dût-on pour cela modifier quelque peu les habitudes anciennes; il est nécessaire que ces dessins soient faits avec des traits suffisamment opaques pour ne pas être traversés par la lumière.
- S’il s’agit de documents anciens ou nouveaux, exécutés sur papier épais non transparent, ou s’il faut, quels que soient les originaux, en modifier l’échelle, on a alors recours à la copie par la chambre noire et par l’objectif pour obtenir l’épreuve que ne peut fournir directement le dessin original.
- Il faut pour ce travail des instruments de grande puissance, qui permettent d’obtenir des épreuves ayant près d’un mètre de côté; les objectifs nécessaires pour couvrir avec netteté et sans déformation une semblable surface sont d’une fabrication difficile et d’un prix très élevé, et c’est avec regret pour notre industrie nationale que nous avons constaté, dans divers ateliers publics ou privés, qu’ils étaient presque toujours de provenance étrangère. La consommation de produits chimiques pour ces grands formats est considérable ; il faut, en outre, des opérateurs très habiles. L’atelier des Invalides possède d’excellents opérateurs et de très bons instruments ; mais au point de vue économique, M. le commandant de la Noë fait œuvre de sage administration en s’efforçant, par les perfectionnements divers qu’il apporte dans l’ensemble du travail, de restreindre au strict nécessaire les opérations de la chambre noire.
- Quel que soit le moyen qui ait donné le type à reproduire, il en faut obtenir un certain nombre de copies ; ce nombre peut varier de quelques unités à plusieurs milliers d’exemplaires ; suivant l’importance du travail on peut employer des procédés différents d’impression photographique, et ceux-ci demandent tantôt une épreuve positive, tantôt une épreuve négative ; il est donc nécessaire de pouvoir passer facilement et économiquement de l’une à l’autre.
- Si on a dû faire usage de la chambre noire, le résultat est une épreuve négative, immédiatement utilisable pour ceux des procédés qui l’exigent; mais si, au contraire, il faut une épreuve positive, celle-ci est obtenue le plus souvent par contact direct du négatif avec une nouvelle surface sensible préparée, tantôt au collodion sec, ce qui rentre dans les manipulations photographiques coûteuses, tantôt au bitume de Judée, et c’est cette dernière méthode qui est préférée par M. de la Noë et employée de la manière suivante :
- p.416 - vue 421/684
-
-
-
- COMITÉ DES BEAUX-ARTS. — AOUT 1881. 417
- Une glace bien nettoyée est couverte avec une solution de bitume de Judée, faite de 12 parties de bitume pour 100 parties de benzine : on y ajoute 3 parties de lourd goudron de houille; cette addition rend le bitume moins sec et moins susceptible de s’écailler à la retouche, si celle-ci est nécessaire, soit pour les traits, soit pour les écritures. Il faut ensuite prendre la précaution de bien laisser sécher cette couche par simple évaporation et sans faire intervenir la chaleur.
- L’exposition pour une glace au bitume est beaucoup plus longue que celle nécessaire pour une glace au collodion sec : elle peut durer plusieurs heures, mais cela n’a aucune importance, car on peut ainsi en mener plusieurs de front, et, d’ailleurs, l’employé ne reste pas inoccupé pendant ce temps; après l’exposition, le développement se fait dans un bain d’essence de térébenthine, moins coûteux que les réactifs ordinaires de la photographie, parce qu’il peut servir jusqu’à saturation ou épuisement.
- L’obtention de ces épreuves par superposition présente quelquefois des difficultés : les deux plans qui se touchent ne sont pas toujours tellement rigoureux que le contact soit parfait, et alors les traits n’ont pas partout la netteté désirable.
- Le personnel habile des ateliers de M. de la Noë, sous la direction de M.le capitaine Biny, utilisant des données déjà connues mais encore incertaines dans leurs résultats, et les perfectionnant, a donné une méthode sûre et pratique de transformer sur la même glace et sur la même couche sensible l’épreuve négative en épreuve positive; dans ce cas, il n’y a plus incertitude sur la rigueur des contacts, puisque les épreuves successives font partie d’une même couche sensible.
- Sans entrer complètement dans les détails de cette opération, nous dirons seulement qu’aussitôt l’épreuve faite à la chambre noire, développée et bien lavée, on l’expose en pleine lumière. Le négatif n’est qu’à la surface de la préparation, les épaisseurs sous-jacentes sont restées sensibles, et l’action lumineuse se produit en traversant l’image qui les couvre et qui est en contact immédiat avec elles. Après quelques minutes d’insolation, le cliché rapporté dans le labaratoire est plongé dans une solution d’eau 500cc, acide nitrique pur 30QCC, bichromate de potasse à saturation dans l’eau 200cc; l’image disparaît presque entièrement, car l’argent réduit qui la formait est attaqué par l’acide nitrique; une partie passe à l’état de chromate d’argent, que l’on enlève par une solution formée de volumes égaux d’alcool, d’acide nitrique et de solution saturée de bichromate de potasse, le tout étendu de quinze fois
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Août 1881. 53
- p.417 - vue 422/684
-
-
-
- 418 COMITÉ DES BEAUX-ARTS. — AOUT 1881.
- environ son volume d’eau. La surface sensible est alors pure de toute image apparente, la négative a été dissoute, la positive formée parla lumière est encore à l’état latent; mais après lavage, on couvre cette surface avec la quantité nécessaire d’une solution d’acide pyrogallique et d’acide citrique 12 gr. de chaque pour un litre d’eau; on ajoute à cette quantité un peu d’une solution faible de nitrate d’argent, et l’image latente se développe en une épreuve positive, que l’on utilisera pour les opérations qui la demandent.
- Ainsi, soit par la chambre noire, s’il est impossible de faire autrement, soit par l’exposition sur glace au collodion sec et plus souvent sur glace préparée au bitume de Judée, soit directement par le dessin original, on peut obtenir à volonté les épreuves à l’état positif ou à l’état négatif, et il ne s’agit plus que d’en tirer les exemplaires.
- N’en faut-il que quelques-uns et ne veut-on pas recourir à la presse lithographique, on les obtient tantôt avec le papier au ferro-prussiate de M. Marion, tantôt avec les préparations au bichromate de potasse de M- Artigues ou autres; ces méthodes servent surtout pour imprimer les divers documents destinés à la rédaction du dessin définitif.
- Lorsque, au contraire, il faut des épreuves en nombre considérable, on a immédiatement recours aux procédés de zincographie photographique. Dans l’atelier du dépôt des fortifications, tous les travaux d’impression sont faits sur zinc; on emploie à cet effet des feuilles de 3/10 de millimètre d’épaisseur, dites zinc n° 5 h satiner, telles qu’on les trouve dans le commerce courant. Ces feuilles remplacent les pierres lithographiques avec une grande économie d’argent, de place et de poids : l’avantage est tel, qu’il n’entre plus une seule pierre lithographique dans cet atelier.
- Mais le procédé de mise sur zinc varie suivant l’importance du sujet et du tirage à exécuter : pour les choses courantes, on emploie la méthode déjà connue; pour les travaux plus sérieux, on la remplace par le procédé spécial que M. delà Noë a inventé, auquel il a donné le nom de topogravure, et qui permet d’obtenir à la fois une finesse beaucoup plus grande et un tirage en quelque sorte indéfini.
- Par ces impressions directes sur le zinc, on évite les reports si fréquemment employés dans l’industrie; ces reports fournissent, il est vrai, des tirages commodes, mais le plus souvent ils sont faits au papier et ils donnent des déformations inacceptables lorsqu’il s’agit de reproductions dont l’exactitude rigoureuse est une des premières conditions; en outre, on obtient ainsi la plus grande facilité pour faire les tirages en plusieurs couleurs, le même
- p.418 - vue 423/684
-
-
-
- COMITÉ DES BEAUX-ARTS. — AOUT 1881,
- 419
- cliché peut, en effet' fournir toute une série de planches rigoureusement identiques, sur lesquelles on fait les réserves nécessaires et qui donnent un repérage exact.
- Le procédé généralement employé est d’une grande simplicité : sur la feuille de zinc bien nettoyée, passée au charbon, on étend à la main une couche mince et bien égale d’une dissolution de bitume de Judée dans la benzine, qui est faite à la dose de i grammes de bitume pour 100cc de benzine ; après parfaite dessiccation on superpose le négatif de l’image à reproduire, on expose à la lumière un temps variable suivant son intensité, et après cette insolation on développe l’image dans l’essence de térébenthine ; sous les traits blancs du négatif, le bitume est devenu insoluble, les fonds protégés par les noirs sont, au contraire, restés solubles, et après un lavage à grande eau, sous une pomme d’arrosoir, la plaque de zinc porte un dessin dont les traits sont formés par le bitume de Judée; toute la surface de zinc est immédiatement couverte, d’une manière rapide, avec une eau acidulée par l’acide nitrique (lcc d’acide pour 100ce d’eau) ; on rince aussitôt à l’eau, on éponge, et la surface ainsi préparée peut conserver indéfiniment ses propriétés. Lorsqu’on veut tirer les épreuves, on mouille de nouveau la surface, on l’encre avec soin, on essaie les premiers tirages, et lorsque l’encre prend convenablement partout, on gomme et on procède au tirage définitif, qui peut fournir un assez grand nombre d’épreuves ; si les fonds sont voilés, on les ramène à la pureté nécessaire en les frottant doucement avec un tampon de flanelle imbibée d’un mélange d’eau et de potée d’émeri très fine.
- Ce procédé de tirage immédiat sur le dessin au bitume est employé dans tous les ateliers français et étrangers ou l’on s’occupe de la reproduction des cartes et plans, mais il ne donnait pas encore toute satisfaction à M. delà Noë : quelquefois, après un certain nombre d’épreuves, les traits qui sont forcément en léger relief s’écrasent et s’élargissent et, même au début, ils n’ont jamais toute la finesse désirable ; ce fut alors que M. de la Noë eutl’heu-reuse idée de son procédé de topogravure, objet principal de la présente communication, et dont les explications qui précèdent feront mieux comprendre la mise en œuvre et l’importance.
- Le procédé de topogravure, qui a reçu ce nom parce qu’il est plus spécialement destiné aux cartes topographiques, est, en quelque sorte, l’inverse du précédent au point de vue photographique; au lieu d’un négatif, il demande l’emploi d’un positif, ce qui permet d’utiliser immédiatement sans transformation tous les dessins de traits, rédigés sur papier transparent, pour enfaire
- p.419 - vue 424/684
-
-
-
- COMITÉ DES BEAUX-ARTS. — AOUT 1881.
- m
- l’impression sur zinc. C’est une grande simplification et une économie de temps et d’argent.
- L’épreuve obtenue sur zinc, au lieu de donner une image dont les traits sont en bitume sur fond de métal, donne, au contraire, des traits métalliques sur fond de bitume ; le mode d’opérer est le suivant :
- La feuille mince de zinc bien décapée, polie au charbon, puis à la brosse, avec un mélange d’eau et de potée d’émeri ou de blanc d’Espagne lévigé, est couverte d’une couche égale de bitume de Judée au moyen d’une dissolution faite dans la benzine (4 parties de bitume pour 100 parties de benzine). Après parfaite dessiccation, on y superpose le dessin directement en contact et face contre face, puis on expose à la lumière ; celle-ci traverse facilement les fonds blancs et rend le bitume insoluble, et lorsqu’on lave la plaque à l’es-*sence, les parties recouvertes par les traits se dissolvent seules et le dessin apparaît en lignes métalliques sur le fond jaune du bitume ; la planche, bien lavée à l’eau est alors plongée pendant un temps court (de 30 à 45 secondes environ) dans une solution faible d’acide nitrique contenant 3 parties d’acide pour 100 parties d’eau ; aussitôt retirée, cette planche est lavée, nettoyée à la brosse et à l’essence de manière à enlever toute trace de bitume et à mettre partout le métal à nu.
- On a ainsi une véritable gravure en creux, mais si légère, qu’on ne pourrait l’encrer que très difficilement par la méthode de l’impression en taille-douce ; d’ailleurs, le zinc n’offrirait pas la résistance nécessaire pour cette impression; en outre, ce mode de tirage serait trop long et trop coûteux pour l’application spéciale qui nous occupe ; il faut donc revenir au tirage lithographique, ce que l’on ne peut faire dans les conditions où se trouve cette planche, car si les creux ne sont pas assez profonds pour l’encrage en taille-douce, ils le sont trop pour l’encrage lithographique : le rouleau passe sur ces traits gravés sans y rien laisser.
- Cette difficulté a été tournée par M. de la Noë delà manière la plus simple et la plus heureuse; c’est le point le plus important de son procédé de topogravure.
- Pour obtenir l’impression lithographique, il faut garnir les creux de la gravure, les remonter presque au niveau de la surface générale en les remplissant d’une substance qui ait de l’affinité pour l’encre lithographique. L’inventeur obtient facilement ce résultat en couvrant de nouveau la feuille de zinc avec une solution de quatre parties de bitume de Judée dans 100 parties de benzine. Ce vernis peu épais remplit les creux des traits, mais il
- p.420 - vue 425/684
-
-
-
- COMITÉ DES BEAUX-ARTS. — AOUT 1881.
- m
- couvre également toute la surface ; il faut maintenant dégager cette surface en mettant le métal à nu et en laissant le bitume dans les tailles.
- Cette seconde opération peut se faire de deux manières : lorsque le vernis est sec, on expose le tout en pleine lumière, le bitume passe à l’état insoluble; mais par le polissage au charbon, on enlève tout ce qui est à la surface du métal en laissant la gravure complètement bouchée; ou bien, ce qui est préférable, on passe sur le zinc un rouleau dur chargé d’encre grasse, on encre en plein en faisant table noire ; seuls les traits qui sont légèrement surbaissés ne prennent pas l’encre et ils apparaissent en teinte d’or sur fond noir. Après une exposition prolongée à la lumière, on lave à l’essence qui nettoie toute cette surface noire ; un léger polissage à la potée d’émeri la rend tout à fait pure et assure aux traits toute leur netteté. Après avoir mouillé à l’éponge on encre, le dessin en bitume se charge d’encre lithographique avec facilité, et quand les premiers essais ont fait reconnaître que l’image est complète, on gomme, on laisse sécher, puis on procède au tirage définitif, que l’on peut pousser à tel nombre d’exemplaires que l’on désire, sans crainte d’usure ni d’écrasement. Le dessin, en effet, au lieu d’être comme un léger relief à la surface, est, au contraire, encaissé dans les parois métalliques de la gravure ; si quelques retouches sont nécessaires dans les grandes parties noires, elles sont faites très rapidement avec un peu d’encre autographique, soit à la plume, soit au pinceau; si pendant le tirage il se produit quelque altération, si les fonds se graissent, il suffit de nettoyer de nouveau; on peut même recommencer complètement l’opération de l’encrage.
- Ce moyen donne des résultats comparables à la gravure à l’eau forte, mais il est beaucoup plus facile et plus économique; la minceur des feuilles de zinc employées permet, en outre, un contact pins parfait des surfaces lors de *'impression photographique, et les zincs, très faciles à loger, ne se détériorent nullement par le temps s’ils ont été bien préparés et si on les conserve k l’abri de l’humidité.
- L’emploi de ce procédé présente des avantages sérieux, nonseulementpour les services administratifs, mais aussi pour l’industrie privée, qui saura approprier cette méthode à ses divers besoins et pourra l’utiliser avantageusement dans les diverses circonstances où il faut allier la netteté et la durée de la gravure en creux à la facilité et à l’économie des tirages lithographiques.
- M. de la Noë, avec un complet désintéressement, a obtenu de M. le ministre de la guerre l’autorisation de prendre un brevet, non, comme on pourrait le croire, pour se réserver le monopole lucratif de cette méthode, qui consiste à faire une gravure et à en remplir les creux par une substance qui la
- p.421 - vue 426/684
-
-
-
- itt ARTS ÉCONOMIQUES. —- AOUT 1881.
- rend encrable par les procédés lithographiques, mais pour en faire aussitôt l’abandon public, en établissant ainsi nettement ses droits de priorité et en arrêtant les imitateurs, si souvent empressés à s’approprier la découverte d’autrui aux dépens de l’intérêt général.
- Le comité des constructions et des beaux-arts, appréciant tout l’intérêt d’une méthode qui rend plus facile, plus parfaite et plus économique, la reproduction des cartes et plans, vous propose de remercier M. de la Noë de son intéressante communication et d’insérer le présent Rapport au Bulletin en y joignant un spécimen de son procédé de topogravure.
- Signé : Davanne, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 8 juillet 1881.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- SUR LA CONSERVATION DES BOIS PAR LE SULFATE DE CUIVRE, PAR M. DE LAFOLLVE, MEMBRE CORRESPONDANT DE LA SOCIÉTÉ.
- Je ne connais pas d’ouvrage spécial traitant de la conservation des bois par le-sul-fate de cuivre. Les Annales télégraphiques contiennent plusieurs articles sur ce sujet; on peut consulter aussi les brevets de M. le Dr Boucherie.
- Lorsqu’à la saison de la sève ascendante, on place une branche de bois tendre, en ne lui conservant qu’un bouquet terminal, dans un liquide n’attaquant pas le bois, comme on met une fleur dans un vase, le liquide remplace bientôt la sève qui s’évapore et s’élève jusqu’au sommet. Si le liquide est antiseptique, le bois sera à l’abri de la corruption. Tel est le principe sur lequel M. le Dr Boucherie à fondé son brevet.
- La manipulation, dans ces conditions, d’arbres plus ou moins volumineux, ne serait pas possible ; aussi, dans la pratique, opère-t-on autrement. Immédiatement après avoir abattu l’arbre et l’avoir dépouillé de ses rameaux, on établit sur la section inférieure une chambre qu’on met en communication avec un réservoir placé à une petite hauteur et contenant une solution de sulfate de cuivre faite à raison de 1 de sel pour 100 d’eau. La sève chassée par la pression du liquide antiseptique ne tarde pas à s’écouler parle bout libre de l’arbre et, après un temps qui varie avec l’essence du bois et son âge, elle est complètement remplacée par le liquide conservateur.
- Je n’ai eu, pour mon compte, à préparer par le procédé Boucherie que des bois résineux qui résistent plus que les bois tendres ordinaires à la pénétration. Néanmoins l’injection finit par se produire si on a le soin de renouveler la surface de la chambre, en enlevant une tranche de bois sur la section d’entrée du liquide.
- p.422 - vue 427/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- AOUT 1881.
- m
- Lors de la première application, en 1846, aux poteaux télégraphiques du procédé Boucherie, je me bornais à les dresser, le gros bout en haut, et à armer celui-ci d’un réservoir en cuivre ou en plomb. Ce réservoir avait la forme d’un tronc de cône ouvert à ses extrémités, luté sur le gros bout de l’arbre avec de l’argile, et était constamment rempli au fur et a mesure que le liquide pénétrait dans le bois. A cette époque, les poteaux employés étaient de petite dimension, les bons bois n’avaient ordinairement qu’une vingtaine d’années et leur préparation se faisait en deux ou trois jours, avec travail de nuit^
- Mais quand il a fallu préparer des bois de 8 à 10 mètres de longueur et de 20 à 24 centimètres de diamètre vers le pied, sous l’écorce, on a dû procéder différemment : on a disposé les arbres à côté les uns des autres, à peu près horizontalement, en installant le gros bout sur le bord d’une rigole inclinée destinée à recueillir le liquide qui viendrait à s’échapper. La chambre dont chaque culasse d’arbre est armée est formée par une planche épaisse, solidement barrée, appelée plateforme et fixée sur l’arbre au moyen de deux crochets munis d’écrous. On interpose entre la plateforme et la section de l’arbre un bovdin en caoutchouc qui en suit le contour, et en serrant les écrous, on obtient une chambre suffisamment étanche. Le liquide y pénètre par une tubulure en bois ou robignole, qui communique par un tube en caoutchouc de petit diamètre et d’épaisseur suffisante pour résister à une pression d’une atmosphère, avec un long tuyau horizontal en cuivre, qui communique lui-même avec une cuve d’une grande capacité, élevée à une hauteur qui varie avec la résistance du bois à la pénétration. On admet que cette hauteur ne doit pas dépasser 8 mètres, bien que l’expérience n’ait que fort imparfaitement permis de constater qu’une hauteur plus grande serait contraire à l’opération. Le tuyau horizontal est garni de tubulures en cuivre en nombre convenable pour assurer l’alimentation du chantier. Quand on opère sur des bois de 30 à 40 ans, la pénétration est plus lente ; huit ou dix jours sont nécessaires; de sorte qu’un chantier organisé pour préparer 30 arbres par jour doit pouvoir contenir 300 arbres en préparation.
- Le liquide se prépare dans des cuves placées sur le sol, au pied de l’échafaudage qui porte la cuve d’alimentation. On laisse se déposer les impuretés et le carbonate de chaux qu’on trouve ordinairement dans l’eau et que le sulfate de cuivre précipite en grumeaux. Quand la solution est limpide, on la décante dans d’autres cuves enfouies dans le sol, d’où on l’élève par une pompe foulante en cuivre dans la cuve d’alimentation. Si cette dernière est assez grande, on simplifie beaucoup le service de nuit. Néanmoins, une surveillance régulière est nécessaire, non seulement pour rattacher les tubes de distribution ou réparer les fuites, mais aussi pour entretenir l’alimentation dont l’arrêt nuirait beaucoup au succès de l’opération.
- Lorsque la pénétration d’un arbre s’achève, il sort par le petit bout, avec la sève chassée, une notable quantité de liquide à un titre réduit, et quand il s’agit d’arbres résineux, une petite quantité de résine et de substances organiques. Il aurait été dési-
- p.423 - vue 428/684
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES. — AOUT 1881.
- AU
- rable de recueillir et d’épurer le sulfate de cuivre qui se perd ainsi, s’il avait été possible de le faire simplement et à peu de frais. J’ai essayé de traiter ce résidu par la chaux qui précipitait le cuivre à l’état d’oxyde, puis après avoir décanté le liquide surnageant, on reprenait le dépôt par l’acide sulfurique et, en décantant de nouveau, on recueillait une nouvelle solution sulfatée et on se débarrassait de la chaux transformée en sulfate; mais l’opération réussissait difficilement. A moins de faire un dosage variable à chaque instant, d’une manipulation délicate et qu’il était impossible d’obtenir d’un personnel peu exercé, on ne pouvait mesurer que par tâtonnements la quantité d’acide nécessaire pour transformer l’oxyde de cuivre en sulfate. La présence de la chaux complique d’ailleurs la combinaison. Il aurait fallu employer un alcali soluble dans l’eau ; mais la manipulation aurait été plus délicate encore, vu le bas titre du liquide recueilli ; de sorte que le prix des engins nécessaires, des réactifs employés et de la main-d’œuvre ne compensait pas la perte du sulfate cuprique.
- Il était intéressant de savoir comment le sulfate de cuivre injecté dans le bois se conserve. Pour m’en rendre compte, j’ai fait, en 1865, des analyses comparatives de bois fraîchement préparés, en cours de service et en décomposition à divers degrés. Les bois fraîchement préparés contiennent, à l’état libre, une grande quantité de sulfate injecté. Mis en service, surtout plantés debout dans le sol, ils perdent peu à peu ce sulfate, sans s’altérer cependant, et on rencontre souvent des poteaux ayant un long usage, qui ne présentent plus de trace de sulfate libre et qui sont en excellent état. Cette considération pouvait faire supposer que ce n’est pas seulement le sulfate libre qui est l’agent conservateur, mais qu’au contraire l’action antiseptique s’accomplit plus particulièrement par une certaine quantité de sulfate cuprique qui s’est combiné avec les éléments du bois et s’est fixé dans son tissu. C’est, en effet, ce qui a lieu : ainsi, lorsqu’on réduit en poudre, un morceau de bois injecté et qu’on lave la sciure obtenue, on la débarrasse facilement d’une manière complète du sulfate de cuivre qu’elle contient, puis si on l’incinère ensuite, qu’on traite la cendre par un acide, qu’on recueille le liquide et l’eau de lavage de cette cendre, on trouve dans l’ensemble de ces liquides une nouvelle quantité de cuivre; c’est donc bien le cuivre fixé dans le bois qui est le principal agent conservateur. De plus, cette quantité de cuivre est très sensiblement en proportion définie avec celle du bois expérimenté. Un arbre injecté contient donc un sel de cuivre fixe.
- Quand, au contraire, on recherche le cuivre dans le bois en décomposition, non seulement on n’en trouve plus de libre, mais encore la dose de celui fixé va en diminuant au fur et à mesure que la décomposition s’avance.
- Je n’ai pas eu l’occasion de faire d’expériences sur le vernis du Japon, puisque ce sont les bois résineux qui ont spécialement fait l’objet de mes recherches; mais je ne doute pas que s’il est assez tendre pour être pénétré, il ne se conserve de la même manière que les bois télégraphiques.
- J’ajoute, au sujet de ces derniers, que les arbres jeunes se pénètrent et se conser-
- p.424 - vue 429/684
-
-
-
- PHYSIQUE. --- AOUT 1881,
- vent mieux que ceux plus âgés. Je puis citer, à l’appui de ce que j’avance, une collection de poteaux télégraphiques de petite dimension qui, pénétrés vers 1850, sont encore en service, tandis que les gros arbres ne durent guère plus d’une douzaine d’années, ce qui est déjà un résultat très heureux, puisque les mêmes bois ne résistent pas deux ans, dans les mêmes conditions d’emploi, lorsqu’ils ne sont pas injectés.
- L’injection des bois tendres, pendant la saison de la sève montante et immédiatement après l’abattage, est donc un moyen certain de conservation.
- On pénètre cependant les bois secs en vase clos, en faisant le vide autant que possible dans le récipient qui les contient et en introduisant ensuite la solution sulfatée. Le liquide pénètre assez bien ainsi dans les pores du bois. Comme la quantité de sulfate injecté est d’autant plus abondante que la sève s’était desséchée, la conservation se maintient tant que le sulfate n’est pas enlevé par la pluie ; mais il serait nécessaire de savoir si une partie du liquide antiseptique a été décomposée et si du cuivre s’est fixé dans le bois, véritable cause, à mon avis, de la conservation.
- PHYSIQUE
- l’action DE LA LUMIÈRE SOLAIRE SUR LE VERRE, PAR THOMAS GAFFIELD, DE BOSTON,
- Massachussets (1).
- Lorsque Dieu fit la lumière, il créa l’une des forces les plus puissantes et l’un des éléments les plus subtils de la nature.
- Je vais avoir le plaisir de vous montrer comment le soleil , source et fontaine immense de lumière, peut, en prodiguant de merveilleuses couleurs aux oiseaux, aux insectes et aux fleurs, donner aussi, dans une certaine mesure, des teintes délicates aux objets qui ornent nos tables, aux verres de nos habitations et aux vitraux ornementés des cathédrales du monde.
- J’ai pour but de vous démontrer comment l’action de la lumière solaire change la couleur du verre, et de vous donner un compte rendu succinct de mes humbles expériences, que j’ai commencées en 1863 et que j’ai continuées jusqu’à ce jour.
- Les écrits anciens ne font pas mention de ce sujet, car les vitres étaient peu employées à cette époque, et l’on ne se servait probablement que peu, ou pas du tout, de verre ayant une composition ou une couleur capable de subir quelque changement très sensible de teinte. Ce n’est qu’après le commencement du siècle actuel qu’on observa le phénomène en Europe, sur des plaques de verre dont les unes, légèrement
- (1) Communication faite à la section chimique de l’Associalion américaine pour l'avancement des sciences, à l’assemblée de Boston, le 27 août 1880.
- Tome YITI.— 80e année, 3e série, — Août 1881.
- 54
- p.425 - vue 430/684
-
-
-
- m
- PHYSIQUES. --- AOUT 1881.
- colorées, étaient passées au pourpre, et d’autres, à la teinte jaunâtre. En 1823, et l’année suivante, Faraday, Bontemps et Fresnel firent quelques expériences peu prolongées, qui constataient que l’exposition à la lumière solaire effectuait ce changement de couleur.
- D’autres expériences faites par Melloni et Hunt, montrèrent le rôle que jouent les verres de différentes couleurs dans la transmission de la lumière et de la chaleur, mais je n’en connais aucune jusqu’en 1863, à l’exception de celles que j’ai citées, qui relate l’effet produit sur le verre lui-même. Les observations faites sur ce sujet par Pelouze (qui fut pendant plusieurs années le chimiste de la manufacture française des glaces de Saint-Gobain) sont publiées dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences du 1 h- janvier 1867.
- Sans avoir aucune prétention au savoir des écoles et à l’érudition scientifique, je crois que mes expériences, suggérées par ma longue pratique de manufacturier et de verrier, sont originales, sous les rapports de la méthode et de l'étendue, car elles comprennent le domaine entier de la fabrication du verre, et s’appliquent aussi bien aux verres colorés qu’aux verres non colorés.
- J’entends par verre non coloré un verre semblable à celui qui garnit nos fenêtres, et qui montre peu ou point de coloration lorsqu’on le regarde à travers sa surface ; mais qui, lorsqu’on l’observe dans l’épaisseur de ses bords, fait voir une grande variété de teintes, passant du blanc, presque incolore, au jaune, au bleu et au vert. Les verres réellement colorés — fabriqués ainsi avec intention au moyen d’un oxyde métallique ou de toute autre substance colorante — sont les seuls qu’on puisse regarder à travers la surface, parce que leur opacité, excepté dans les échantillons le plus faiblement colorés, ne permet à l’œil de pénétrer dans l’épaisseur de la tranche que jusqu’à quelques millimètres de profondeur.
- J’ai pris pour champ principal de mes expériences la toiture à châssis vitrés de ma maison à Boston : le soleil y darde en plein ses rayons pendant la majeure partie de chaque jour, et l’on ne la recouvre qu’au moment des fortes tourmentes de neige. Du reste, la disposition la plus parfaite est celle qui consiste en une toiture plate, ou plateforme, exposée à un ciel libre et sur laquelle les rayons solaires peuvent agir de toute leur force à chaque instant du jour.
- Je me trouvais, sous ce rapport, dans des conditions suffisamment favorables pour obtenir de très intéressants résultats. Le changement de couleur, dans quelques spécimens, se développe lentement, tandis qu’il commence, dans d’autres, après quelques heures d’exposition en un jour d'été. Dans certains verres sensibles, j’ai constaté un changement appréciable après une seule heure d’exposition à la lumière solaire sur le sommet d’un poteau, dans un jardin de campagne, par une chaude et claire journée du mois d’août.
- Les plaques de verre exposées étaient différentes, elles variaient entre k pouces sur 2 (mes dimensions ordinaires) et k sur 18, et leur épaisseur allait de 1/6 de pouce
- p.426 - vue 431/684
-
-
-
- PHYSIQUE.
- m
- — AOUT 1881.
- à 1 pouce. J’ai dans mon cabinet plus de mille spécimens qui montrenl l’effet qu’a produit l’exposition à la lumière depuis une seule heure jusqu’à treize années.
- J’ai ainsi exposé et essayé quelques quatre-vingts sortes de verres incolores provenant de manufactures américaines, anglaises, françaises, allemandes et belges, y compris des plaques brutes et dépolies; du verre à vitre, couronne et feuille; des optiques flintglass et crownglass; de la verroterie et du verre en masse brute. J’ai également exposé des verres dépolis et opales, et quelques soixante-dix sortes de feuilles de verre coloré et de vitraux de cathédrale qui montraient non seulement les couleurs principales du spectre — rouge, oranger, jaune, vert, bleu et violet—mais encore une variété de teintes intermédiaires, telles que le brun, l’olive, l’améthyste, la couleur de chair, etc.
- Je ne puis revenir ici sur tous les détails que j’ai recueillis en constatant les résultsts intéressants de ces expériences, mais vous les trouverez consignés, jusqu’à l’année 1867, dans le Sillimanns’ Journal de cette date. Je préfère laisser parler mes exemples, ils vous raconteront leur histoire sans aucune ombre d’exagération.
- Diverses sont les teintes des spécimens incolores originaux, et diverses également sont celles qui sont produites par l’exposition à la lumière solaire.
- La nomenclature dressée par des observateurs différents pourrait aussi varier. Je ne puis récapituler la liste inscrite sur mon journal, et ne donnerai, à titre de classification générale des résultats produits, que les changements de couleur suivants :
- 1° du blanc au jaunâtre ;
- 2° du verdâtre au vert-jaunâtre;
- 3° des teintes jaune-brun et verdâtre à diverses teintes de pourpre ;
- 4° du blanc-verdâtre au bleuâtre ;
- 5° du bleuâtre et d’autres teintes à des teintes plus foncées des mêmes couleurs.
- Chaque spécimen de verre incolore qui a été exposé pendant dix ans a changé de couleur ou de teinte, excepté un flintglass blanc, que l’on emploie pour la verroterie fine et les verres d’optique. A l’exception de deux spécimens de crownglass, qui ne contenaient pas d’oxyde de plomb et qui prirent une nuance jaunâtre, les verres d’optique exposés ne changèrent que très peu de teinte, même après plus de dix ans d’exposition, et la modification n’était pas assez grande pour qu’elle pût être aperçue par des observateurs ordinaires; elle n’était pas non plus assez sérieuse pour altérer leur -valeur au point de vue pratique et, par conséquent, interrompre leur usage. '
- Dans des cas où les lentilles paraissent montrer une altération, on peut attribuer le changement au baume du Canada, qui sert à cimenter entre eux les verres crown et flint des lentilles. Bontemps pense que ce caractère presque unique du fin flintglass montre que la présence de l’oxyde de plomb, qui entre largement dans sa composition, exerce une influence protectrice contre l’action colorante des rayons du soleil. J’ai prouvé, par expérience exacte, qu’un verre non recuit peut aussi bien changer qu’un verre recuit, lorsqu’il est exposé à la lumière solaire.
- p.427 - vue 432/684
-
-
-
- 428
- PHYSIQUE.
- AOUT 1881.
- La lumière diffuse colore aussi le verre, mais elle agit d’une façon bien moins effective, correspondant au pouvoir diminué dont jouit cette lumière, comparé à celui que possèdent les rayons directs du soleil. On remarque quelquefois divers degrés de coloration dans les carreaux de vitre de la même croisée, et même dans un seul carreau de vitre ; ils correspondent aux différents degrés de sensibilité qu’offrent les verres à l’action colorante de la lumière, ou à leurs différences d’exposition aux rayons directs du soleil.
- Il vient un temps où cette action colorante de la lumière solaire cesse; j’ai démontré ce fait en constatant qu’un verre, retiré d’une habitation où il avait été exposé pendant trente-quatre ans, ne montrait plus aucun changement lorsqu’on le soumettait pour la seconde fois à une exposition prolongée. Cette action varie suivant les verres : la coloration jaune se développe surtout dans la première année, elle augmente ensuite lentement, et cesse presque entièrement, dans certains cas, après dix ans. D’un autre côté, la teinte pourpre se développe moins rapidement, et l’intensité de couleur continue de croître au delà de cette période. S’il m’était donné de vivre assez pour poursuivre mes expériences pendant une autre décade, je pourrais me prononcer d’une manière plus définitive sur ce point.
- C’est un fait curieux qu’on puisse soumettre ces différents verres, à l'exception de quelques échantillons colorés avant leur exposition à la lumière, à une grande chaleur dans le four du peintre verrier sans leur faire subir aucun changement, et qu’on puisse rétablir leur couleur originelle, après leur exposition à la lumière solaire, en les faisant passer simplement au feu dans le four. Une seconde exposition à la lumière reproduira les couleurs pourpre, jaune et autres qui existaient auparavant, et ce procédé de coloration par la lumière et de décoloration par la chaleur peut être continué indéfiniment. Je suis redevable de cette observation à Pelouze, qui la signale dans son Essai, publié en 1867, et j’ai confirmé son exactitude depuis cette date par un grand nombre d’expériences. Le professeur Percy a fait aussi la même remarque à l’éditeur du London Photographie News. À peu près à cette époque, il avait constaté ce fait intéressant dans le laboratoire qu’il occupait au Muséum de géologie pratique, à Londres.
- Les exemples les plus frappants de changements dans les verres incolores, tels que ceux que signala Faraday, en 1823, dans de semblables verres à vitre, à Londres, peuvent être observés dans des carreaux de vitre à teinte pourpre de quelques maisons de Beacon Street, à Boston, qui ont été construites il y a quarante ou soixante ans. Quelques propriétaires et locataires actuels de ces immembles crurent formellement, à cette époque, qu’on avait donné à ces vitres la couleur qu’elles ont aujourd’hui, avec l'intention de décorer agréablement leurs demeures, et ils montrèrent la plus grande incrédulité lorsque j’affirmai qu’elles avaient été peintes par le pinceau magique du soleil. Ils ont été généralement convaincus ensuite par le témoignage des expériences qui parlent par elles-mêmes.
- p.428 - vue 433/684
-
-
-
- PHYSIQUE.
- AOUT 1881.
- m
- A propos des expériences avec les verres colorés, je dirai que certains d’entre eux — appelés verres en pot, parce qu’ils sont colorés en pot — sont colorés dans la masse, tandis qne les échantillons de verres développés par l’action du feu [flashed) n’ont des couleurs qu’à la surface.
- Dans des expériences poursuivies pendant dix ans avec les couleurs principales du spectre, je n’ai pu constater de changement dans aucun des échantillons de verres en pot, excepté un léger foncement du violet.
- J’ai observé une modification dans la masse incolore de quelques pièces développées ou peintes : il s’était produit une couleur jaunâtre ou pourprée lorsque le côté incolore était par-dessus, et aussi lorsque la surface colorée recevait, la première, les rayons solaires et les transmettait, plus ou moins, à la masse incolore au-dessous. La coloration par la lumière de ces échantillons développés n’est pas assez tranchée pour qu’on puisse la relater dans une observation qui porte seulement sur la surface.
- En 1870, je commençai à expérimenter avec les verres en pot, non pas les couleurs primaires, mais les couleurs intermédiaires qui se rapprochent le plus de celles que produit l’exposition à la lumière solaire dans les verres incolores.
- Je fus surpris d’observer dans plusieurs spécimens éteintes brunâtre, ambre-pourpre et couleur de chair ainsi exposés, un changement de couleur ou de teinte après un temps très court; en été, très peu de jours suffisent pour montrer le commencement de l’action solaire. J’ai continué ces expériences avec les verres colorés jusqu’à présent, et j’ai trouvé, en général, les résultats suivants :
- Les couleurs principales, à l’exception du violet qui est rendu un peu plus sombre par l’exposition, ne sont nullement altérées, mais les changements suivants sont remarquables :
- 1° Les teintes brunâtres deviennent couleur chair ;
- 2° La couleur chair passe aux teintes pourpre ou violet;
- 3° L’ambre, l’olive et le pourpre prennent des teintes plus foncées des mêmes couleurs.
- Le résultat de ces expériences m’a conduit à croire que je trouverais la clef pour résoudre des questions intéressantes touchant la supériorité admise des vieux vitraux de cathédrale et j’ai fait un voyage en Europe, en 1872, pour visiter ces intéressants édifices, et me procurer, s’il était possible, quelques-uns de ces anciens verres. Si l’on enlève le mastic qui protège les bords des carreaux teintés en pourpre de Bacon Street, on peut observer la couleur primitive du verre. J’espérais réussir de même avec les fragments des vieilles cathédrales, mais les bandes de plomb qui couvrent les bords des verres dans les verrières sont si étroites, n’étant généralement que d’un huitième ou seizième de pouce, que ces verres ne m’offraient aucune chance de faire une observation semblable. J’obtins des échantillons de Strasbourg et d’ailleurs, et je leur appliquai le système d’essai par la chaleur en en divisant quelques-uns en morceaux, et en les exposant au feu d’un four de peintre-verrier. Il se produisit, comme je m’y
- p.429 - vue 434/684
-
-
-
- 430
- PHYSIQUE.
- AOUT 1881.
- attendais, quelques effets ordinaires, tels que le foncement des teintes rouge et jaune par la seconde mise au feu, mais la chaleur n’amena dans les couleurs des verres en pot aucun changement qui indiquât que le soleil en eût effectué le moindre auparavant, excepté dans quelques échantillons pourpre et couleur de chair. Le corps des verres développés par l’action du feu {flashed) et émaillés, à l’exception d’un léger affaiblissement de la teinte, n’était pas modifié; il avait généralement une couleur si foncée à l’origine, qu’il semblait impossible qu’il pût être changé par la lumière ou parla chaleur. Dans quelque proportion que les verres en pot à couleurs pourpre et chair, et autres teintes facilement altérables, aient été employés dans les vieux vitraux, comme la même cause doit produire le même effet, on peut affirmer qu’ils ont été modifiés dans la couleur et la teinte par leur exposition à la lumière pendant des siècles, et que nous ne les voyons plus aujourd’hui comme ils étaient lorsqu’ils sont sortis des ateliers des artistes et des fabriques de verre du moyen âge. Nous devons d’autant reporter quelques-uns des éloges que l’on donne aux anciens artistes verriers au pinceau du soleil qui a exécuté un admirable et silencieux travail. Mais il ne faut pas trop appuyer sur ce point, car l’examen que j’ai fait dans plusieurs cathédrales d’Angleterre et du continent m’a convaincu que ces teintes, particulièrement sensibles, de couleur chair et pourpre clair, se trouvent en proportion très petite dans la plupart des vitraux de ces édifices; que leur emploi est surtout limité aux figures et aux membres des madones et des saints, et qu’elles ont été, pour la plupart, produites dans des verres émaillés ou recuits plutôt que dans des verres en pot.
- Par une digression momentanée, on pourrait dire que la cause véritable de la supériorité que montrent ces vitraux de vieilles cathédrales se trouve, en disant la vérité sous une apparence paradoxale, dans l’infériorité du verre; que leur richesse ressort de la pauvreté des constituants de la matière, et que, s’ils sont réellement parfaits, ils le doivent à l’épaisseur inégale et aux défauts de leur surface et de leur corps, tout couverts qu’ils sont par la poussière accumulée des siècles et sculptés par la dent corrosive du temps. Gomme les facettes d’un diamant ou d’un rubis, chaque petite ondulation et chaque raie ou ampoule deviennent, par interférence, des points à réfraction et réflexion où la lumière se joue, et, par suite, une nouvelle source de cet éclat comparable à celui des pierres précieuses, de cette harmonie et de cette beauté qui distinguent les verres peints des anciens temps.
- Les verriers du Berkshire et d’Angleterre visent à reproduire, dans une certaine mesure, la perfection de ce verre ancien, en copiant les imperfections propres aux vitraux des antiques cathédrales, qu’imitent si largement de nos jours les artistes et les architectes.
- Et maintenant, quelle est donc la merveilleuse alchimie du soleil, et par quelles méthodes opère-t-il? Ce sont là des questions sur lesquelles varient les opinions des verriers et des hommes de science, et qui ne peuvent être décidées que par un examen .soigneux et par la comparaison des observations et des théories qu'ont émises les
- p.430 - vue 435/684
-
-
-
- PHYSIQUE.
- AOUT 1881,
- 431
- praticiens et les savants. Certains attribuent l’une ou l’autre de ces colorations à la présence de l’oxyde de fer, quelques-uns à l’arsenic, et d’autres au carbone ou aux sulfates qui entrent dans la composition du verre.
- Le plus grand nombre pense que l’oxyde de manganèse, qu’on emploie comme décolorant, serait, tout étrange que cela paraisse, le grand coloriste qui agit dans tous ces changements. Cette matière, évidemment, joue un rôle très important dans plusieurs verres colorés et non colorés, et surtout dans ceux qui prennent, après exposition à la lumière, une teinte pourpre ou couleur chair. Mais, dans quelques expériences faites avec du verre reconnu pour ne pas contenir de manganèse, on a observé des changements marqués de couleur, du verdâtre au jaune. Peut-être la question ne sera-t-elle véritablement résolue que lorsque quelque verrier ou quelque amateur scientifique, et chercheur de la vérité, aura fait fabriquer, avec un grand soin et spécialement dans ce but, une série de verres colorés qui seront exposés pendant des mois et des années à l’influence de la lumière solaire. Connaissant la constitution exacte de chaque spécimen, on posera ainsi une base solide pour appuyer les recherches scientifiques relatives au sujet. Cela n’a jamais été fait, et en l’absence de pareilles expériences, on ne peut que proposer des théories sur les résultats observés.
- Mais puisque je peux me dispenser de théoriser, je vais aider autrui à m’imiter en constatant le rôle intéressant que jouent les oxydes métalliques dans la coloration du verre, et celui que joue l’oxvde de manganèse dans sa décoloration. Dans presque tous les articles de gobeletterie et dans les verres à vitre, on emploie nécessairement des substances qui ne sont ni matériellement ni chimiquement pures.
- Le sable, le carbonate ou le sulfate de soude, la chaux et autres constituants, contiennent, tous ou en partie, de légères impuretés et presque toujours de l’oxyde de fer.
- Le protoxyde de ce métal donne au verre une teinte bleuâtre ou vert-bleuâtre, le peroxyde lui communique une teinte jaunâtre, et un mélange des deux substances, que l’on retrouve généralement ainsi dans le verre, produit les couleurs verdâtres que l’on remarque presque universellement dans le verre du commerce. Pour corriger, jusqu’à un certain point,cette coloration produite par le fer, on met dans le bain, ou mélange vitreux, une petite proportion d’oxyde de manganèse qu’on appelle savon du verrier. La teinte naturelle que donne le manganèse, lorsqu’il est fortement oxydé, est celle du pourpre ou du violet, et l’on ne peut produire sans lui ces couleurs. A mesure qu’il perd son oxygène, il perd aussi son pouvoir colorant, et lorsqu’il arrive à l’état de protoxyde, il devient presque incolore.
- Or, dans la réaction qui a lieu dans le pot de fusion, le manganèse cède une partie de son oxygène et de son pouvoir colorant au fer, qui est converti en peroxyde et donne une couleur jaunâtre au verre.
- Cette couleur jaune est complémentaire à tout ce qui reste de pouvoir colorant pourpre dans le manganèse, et se trouve, par conséquent, neutralisée; le verre sort du pot avec une couleur claire. Lorsque la lumière solaire vient à frapper ce verre, la ba-
- p.431 - vue 436/684
-
-
-
- 432
- PHYSIQUE.
- AOUT 1881.
- lance rigoureuse entre l’oxygène du fer et le manganèse est troublée; il s’ensuit, même dans un corps aussi solide que le verre, une lutte intéressante pour la possession de l’oxygène convoité, et l’élément victorieux se fait connaître et annonce sa victoire en déployant ses couleurs spéciales. Chaque changement de couleur ou de teinte implique l’étonnante condition, invisible à l’œil humain, d’un mouvement moléculaire ou inter-moléculaire des atomes de ce corps solide, qui est probablement accompagné de deux circonstances : un échange ou distribution nouvelle de l’oxygène dans les constituants du verre, et le développement, par suite de cette nouvelle répartition, du pouvoir spécial à l’oxyde métallique qui a la plus grande affinité pour l’oxygène ou qui se trouve en plus grande proportion que les autres constituants.
- C’est ainsi que, dans certains échantillons, c’est le jaune du fer qui prédomine, et que, dans quelques-uns, c’est le pourpre du manganèse ; dans d’autres, le jaune paraît d’abord, et puis s’y développent pleinement le pourpre-jaunâtre et le pourpre.
- Ces idées, qui peuvent aider à expliquer la coloration par la lumière solaire des verres dits incolores, peuvent s’appliquer également aux verres colorés, d’autant plus que tous les spécimens sensibles contiennent nne certaine proportion de fer ou de manganèse, et même des deux substances.
- Si l’on a ignoré généralement ce pouvoir colorant des rayons du soleil, c’est parce qu’il n’est pas facilement visible aux observateurs ordinaires, excepté dans les verres à vitre teintés en pourpre de Beacon Street, pour lesquels même il faut recourir comme fond à un rideau légèrement coloré.
- La découverte de ces défectuosités dans le verre est aussi désagréable aux consommateurs qu’aux fabricants. Lorsque nos amis de Beacon Street furent dans l’impossibilité de se procurer des verres semblables pour remplacer ceux qui étaient brisés, ils durent employer des verres incolores, qui donnèrent à leurs croisées l’aspect intéressant des panneaux en mosaïque que nous voyons aujourd’hui. Lorsque les verriers connurent l’origine de ces défauts par les observations et les expériences scientifiques dont les résultats furent publiés partout, ils remédièrent en partie au mal en employant des matières plus pures, en réduisant la proportion du manganèse dans leur bain, ou même en supprimant complètement son emploi, car ils préféraient avoir du verre avec sa couleur naturelle et plus permanente, dût-il même être un peu verdâtre ou bleuâtre, que de produire, en médicamentant le mélange — pour adopter l’expression consacrée par les verriers pour l’emploi du manganèse — un verre légèrement coloré aujourd’hui et qui serait demain facilement altéré par la lumière du soleil.
- Ce perfectionnement est spécialement important pour les photographes, dont les opérations demandent des expositions courtes avec toute la lumière possible; il leur permettra d’éviter l’emploi dans leurs châssis vitrés de ce verre qui perdrait, après quelques mois ou quelques années d’usage, une grande partie de son pouvoir à transmettre l’action chimique de la lumière solaire, en prenant une teinte jaune ou pourpre, et en devenant aussi inactif qu’un verre à surface dépolie ou émaillée.
- p.432 - vue 437/684
-
-
-
- PHYSIQUE. — AOUT 1881.
- ASS
- J’ai fait quelques expériences photographiques pour montrer cet effet de dégradation, en exposant du papier sensible sous des verres non altérés, et sous d’autres de même nature qui avaient été modifiés par une exposition à la lumière solaire, et j’ai observé les divers changements qui s’étaient produits sous le rapport de la transparence. Il ne faut pas confondre cette action de la lumière solaire avec ce qu’on appelle la rouille ou la souillure qui est occasionnée, dans certains verres, par l’excès d’alcalis qui entre dans leur composition, et qui se manifeste, lorsqu’on les expose à l’air, de deux manières : premièrement, par une désagrégation et dévitrification superficielles qui donnent tous les effets du dépolissage; et, secondement, par une efflorescence et par la formation, apparente à la surface, d’une couche infinitésimale d’oxyde, sur laquelle les rayons de soleil produisent, en se jouant, toutes les couleurs de Carmen-ciel, comme fait la lumière sur les sillons infiniment nombreux d’une magnifique perle. C’est là une simple action de surface, tandis que celle de la lumière solaire pénètre le corps entier du verre partout où frappent directement ses rayons.
- Je pourrais vous entretenir de plusieurs points qui se rattachent à mon sujet, mais le temps ne me le permet pas, et je me hâte de vous montrer le résultat de mes expériences. Je prie mes auditeurs, qui sont plus versés que moi dans les études scientifiques, de me prêter leurs lumières pour démontrer les causes et les opérations exactes de ce remarquable pouvoir qu’ont les rayons solaires de peindre les produits des arts, comme ils le font si magnifiquement pour les œuvres de la nature, sur les montagnes, dans les champs et dans les forêts.
- L’auteur met sous les yeux de l’auditoire un grand nombre de spécimens de verres colorés pour montrer les changements de teinte que produit l’exposition à la lumière solaire.
- On trouve une démonstration matérielle de ce sujet dans les verres à vitre teintés en pourpre de quelques maisons de Beacon Street, dont les spécimens font voir la couleur originelle du verre et les changements que lui ont fait subir des expositions à la lumière variant d’un jour à cinquante années. Ces exemples montrent aussi comment on peut tirer un parti intéressant de cette action en imprimant, sur les verres colorés et non colorés, des formes de feuilles et de fougères, ainsi que des inscriptions et des devises. C’est là une espèce de travail photographique qui se fait sur verre sensible, au lieu de se faire sur papier sensible, le soleil lui-même se montrant un peintre par excellence et un agent parfait de développement, ou, pour mieux dire, en vérité le seul vrai photographe en couleurs.
- SS
- Tome VIII."— 80e année. 3a série. — Août 1881.
- p.433 - vue 438/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS.
- AOUT 1881.
- A3Â
- BEAUX-ARTS.
- SUR DES TENTURES ARTISTIQUES, PAR M. LETOREY, (A.), ARCHITECTE DÉCORATEUR, PLACE DES VOSGES, 2, A PARIS, ET A SUCY-EN-BRIE (SEINE-ET-OISE) (1).
- Messieurs, on m’a fait l’honneur de m’inviter à présenter, devant cette honorable assemblée, les résultats obtenus à l’aide de la méthode nouvelle de décoration sur étoffe, à laquelle j’ai voué mon temps et mes efforts depuis plusieurs années. Reconnaissant de cet honneur, que j’apprécie très vivement, je vous exposerai aussi brièvement que je le pourrai, pour ne pas abuser de votre attention, les caractères principaux de cette méthode, tant dans ses résultats, dont quelques spécimens, émanant d’artistes en renom, sont ici soumis à votre examen, que dans les moyens employés pour obtenir ces résultats.
- Voyons d’abord quels étaient, dans le passé, les moyens principaux d’obtenir les mêmes effets décoratifs, avec même garantie de solidité et à l’aide de tissus offrant, en outre, la souplesse convenable pour être employés dans les usages d’ameublement, de décoration, de vêtement, de fantaisie de toutes sortes :
- Les moyens les plus parfaits étaient l’art du tapissier, haute ou basse lisse, et l’art du brodeur ; puis vint le tissage à l’aide des métiers, dus au génie de Jacquard, et enfin, les ressources offertes parles différents modes, si perfectionnés aujourd’hui, d’impression sur étoffes.
- Dans tous ces moyens, quelque parfaits qu’ils soient, il est à remarquer qu’il n’y a toujours que des procédés de reproduction ; aucun de création directe par l’artiste, qui a toujours plané au-dessus de toutes ces exécutions par la conception première de la forme ou de la couleur ; conception plus ou moins fidèlement interprétée ensuite, à l’aide des ressources que je viens d’énumérer.
- Il était nécessaire, en vue des démonstrations qui vont suivre, que j’établisse avec vous ce point important, qui peut se résumer ainsi : — A quelque époque que ce soit et si habiles qu’aient été les interprètes matériels, nous voyons toujours une œuvre intellectuelle précédant cette exécution. Cette œuvre c’est celle du peintre, ou, au moins, celle du dessinateur; œuvre de beaucoup la plus importante et sans laquelle, sans contredit, l’exécution matérielle n’aurait pu avoir lieu.
- Et pourtant, le temps considérable que demandait la production matérielle de ces œuvres, avant d’être livrées à leur destination, n’était pas employé par l’auteur intellectuel, si je puis m’exprimer ainsi.
- Ce temps de long et patient labeur, qui élève d’une façon considérable le prix de
- (1) Communication faite dans la séance du 24 juin 1881.
- p.434 - vue 439/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS.
- AOUT 1881.
- 435
- ces tentures de grand luxe, était nécessité par le tissage, à l’aide de laine ou de soie teinte à l’avance, pour reproduire le modèle, qu’il soit d’un maître ou d’un élève, qu’il soit beau ou laid.
- Dans la méthode que j’ai l'honneur de soumettre ici à votre appréciation, les opérations sont absolument renversées.
- Le tisserand opère, d’abord, avec la régularité que lui permet son outillage si perfectionné aujourd’hui, puis, avec des matières premières parfaitement choisies et convenablement préparées ; et c’est sur ce tissu parfait que s’exercera le talent du peintre, qu’il soit le créateur direct ou bien le copiste, le reproducteur, l’interprète.
- Le prix du tissage sera, il est vrai, uniforme dans ce cas comme dans l’autre ; mais ce qui variera, ce sera la valeur de l’œuvre intellectuelle qui, seule alors, influera sur le prix coûtant, et, par suite, sur le prix de vente. ,
- C’est là un des traits les plus caractéristiques de la nouvelle méthode dont je vais analyser ici les principaux moyens d’action, et qui met dans la main de l’artiste les moyens d’exécution matérielle à l’aide des ressources les plus perfectionnées de l’industrie, groupées et reliées par nous de la façon suivante :
- Tissage et apprêt des tissus. — Nous opérons le tissage à l’aide des métiers connus jusqu’à ce jour pour la fabrication des tapisseries des Gobelins, d’Aubusson, de Beauvais, et des autres tissus, tels que reps, velours de laine ou de soie, lampas, etc. — Nous adaptons à ces métiers la mécanique Jacquard lorsque nous voulons obtenir des effets avec des matières différentes, suivant des contours déterminés à l’avance.
- Les matières que nous employons le plus spécialement, pour nos tissus, sont les soies grèges, organsins, etc., et même les soies sauvages dites de Surrah; les laines mérinos, anglaises, les poils de chèvres, mohairs, etc., parfaitement dégraissés et aussi blancs que possible sans être soufrés; le coton, le lin, le jute et toute autre matière textile convenable.
- Les tissus de laine tombant du métier doivent être grillés ou tondus avec soin, puis dégorgés et lavés à fond, pour leur enlever toute trace de matière grasse. On doit également les soumettre à un épluchage ou épincetage pour les débarrasser des pailles ou chardons qui en altéreraient l’uniformité.
- Les couleurs. — Les couleurs employées par nous sont celles que la pratique a reconnues comme les plus solides et comme résistant le mieux à l’action du temps, de l’air ou du soleil, ainsi qu’au lavage et au nettoyage par les moyens employés pour les étoffes de laine et de soie, etc., sans aucune préoccupation d’économie dans le prix coûtant des matières premières.
- Comme l’opération de coloration doit se faire pour ainsi dire du coup, les couleurs dont nous composons la palette que nous mettons à la disposition de l’artiste portent chacune leur mordant particulier, dont les principaux sont : l’acide oxalique, l’acide tartrique, l’acide chlorydrique, l’acide acétique, l’acide sulfurique, l’acide nitrique, l’acide muriatique ; les sulfates de cuivre, de fer, d’alumine, de soude ; les
- p.435 - vue 440/684
-
-
-
- m
- BEAUX-ARTS.
- AOUT 1880.
- alcools de vin et de bois ; et les sels d’étain additionnés d’épaississants que nous obtenons à l’aide des gommes, des gélatines et de la glycérine.
- Ces couleurs cuites et rendues absolument liquides, bien tamisées avec les plus fins tamis de soie, sont mises par nous sur la palette dans des bouteilles selon l’ordre suivant, que les artistes peuvent intervertir à leur gré :
- N° 1. Jaune correspondant au chrome clair. — N° 2. Jaune correspondant au chrome foncé. — N° 3. Brun clair. — N° 4. Brun foncé. — N° 5. Gris. —- N° 6. Pourpre. —N° 7. Rouge n° 1 — cramoisi. —N°8. Rouge n° 2 —ponceau, que nous mettons en petites fioles, avec recommandation d’employer cette couleur, autant que possible, en dehors de tout mélange. —N° 9. Rose-cochenille ammoniacale. —N° 10. Bleu de Prusse. —N° 11. Bleu d’outremer, en petites fioles ; même recommandation que pour le n° 8. — N° 12. Yiolet; même recommandation. — N° 13. Yert brillant ; même recommandation. — N° 14. Noir intense. —N° 15. Gomme incolore, destinée à étendre les couleurs précédentes. — N° 16. Liqueur décolorante, destinée à remédier aux taches ou erreurs commises par le peintre avant l’opération du vaporisage.
- Après le vaporisage, nous remédions à ces accidents par la substitution ou la superposition de fils de laine ou de soie à l’endroit à réparer ou à modifier.
- 4° Montage. Description des châssis. — Les tissus doivent être convenablement tendus sur des châssis dont la disposition n’est pas indifférente.
- Selon les cas, c’est-à-dire selon la dimension, la nature de l’étoffe ou le sujet qu'il s’agit de reproduire ou de créer, nous employons :
- 1° Des châssis de bois armés de platines en fer aux extrémités, sur les deux faces des planches enfermant les côtés. Ces platines, percées de trous carrés qui se correspondent à travers le bois, sont destinées à retenir les boulons Japy à collets carrés et à écrous à oreilles qui doivent, en traversant les deux parties, se croisant à angle droit, maintenir l’écartement entre les côtés opposés.
- L’étoffe est reliée à ces barres de bois au moyen de rubans ou tirants cloués sur le bois et cousus au panneau à tendre.
- Nous employons en outre :
- 2° Des châssis construits comme les châssis dits à clefs, sur lesquels on tend les toiles à peindre employées pour les tableaux, avec des modifications spéciales qui sont d’abord des chanlattes appliquées sur la face des côtés des châssis. Ces chan-lattes ont pour raison d’êloigner le tissu des barres transversales pendant l’opération de la peinture, qui sera décrite plus loin.
- Yoici enfin une autre disposition qui nous a donné d’excellents résultats :
- Nous clouons solidement aux bords extérieurs de la face externe des bandes de sangle de chanvre, ou autre textile de solidité éprouvée, et auxquelles nous avons préalablement adapté des boutons à œillets, système dont l’utilité sera démontrée par la suite.
- p.436 - vue 441/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS.
- AOUT 1881.
- 437
- Aux quatre côtés des tissus à tendre nous adaptons des boutons à œillets à distance combinée, lorsque le tissu a été préalablement étendu et appointé bien carrément sur les châssis, de façon que les fils de chaîne soient bien parallèles à deux des côtés quand la trame est elle-même parallèle aux deux autres; au moyen de fil-fouet, de septain de ficelle ou de corde de grosseur proportionnée, nous joignons ces crochets, laçant les tissus aux châssis, et de manière à tendre suffisamment sans déformer et en ayant grand soin de respecter le droit-fil.
- Mise au 'point. — Les artistes ayant étudié leur œuvre en petit, ou les modèles que nous devons reproduire étant d’une dimension inférieure à celle que nous voulons donner à la tapisserie qui doit résulter de nos opérations, nous employons, pour faire le tracé à la grandeur voulue, différents moyens selon les circonstances :
- 1° Le procédé bien connu des artistes sous le nom de mise au carreau; 2° le pantographe ou parallélogramme articulé ; 3° l’agrandissement à l’aide du microscope solaire ou électrique, combiné par nous selon nos besoins, c’est-à-dire en donnant à l’objectif la disposition et la dimension nécessaires pour recevoir l’image, de façon à la transmettre agrandie dans la proportion désirable sur l’écran ou le papier destiné à le recevoir et sur lequel, soit directement, soit en transparence, nous la traçons au crayon, à la plume, au pinceau, ou par tout autre procédé.
- Piquage et ponçage. — Les dessins étant mis au point par l’un des moyens décrits ci-dessus, nous les piquons au moyen d’aiguilles fines, soit à la main, soit au moyen d’une machine spéciale.
- Ces opérations du piquage sont faites par nous sur trois épaisseurs de papier bulle léger superposées. . .
- Pour tracer les dessins sur le tissu qui doit recevoir la décoration, nous employons, suivant les cas, du blanc de céruse en poudre, additionné d’arkanson, de sanda-raque ou d’un corps résineux quelconque.
- Nous nous servons en d'autres cas, et spécialement sur l’étoffe blanche ou de couleur claire, de bitume, ou encore de noir d’ivoire ou de fumée broyé en poudre impalpable avec un corps résineux.
- Pour tracer sur certaines étoffes délicates, notamment sur les tissus de soie, nous broyons très finement du fusain et l’étendons sans aucune addition, l’aide de l’instrument appelé poncette, petit rouleau de drap ou de feutre, fortement serré et offrant en bout des surfaces parfaitement dressées, ou encore une mousseline enfermant cette poudre.
- Lorsque nous le jugeons nécessaire, nous appliquons un fer chaud sur les dessins après le ponçage, afin de faire adhérer plus complètement les principes résineux et de retenir les molécules de poudre colorante.
- Le sucre peut, en certains cas, remplacer la résine ou la gomme.
- Brosses et outillage. — Le choix et la forme des brosses ne sont pas indifférents.
- Les brosses que nous employons sont faites de soies choisies ou de martres montées
- p.437 - vue 442/684
-
-
-
- 4=38
- BFAUX-ARTS.
- AOUT 1881.
- très courtes, de façon à offrir une certaine raideur qui est nécessaire pour faire prendre plus complètement la couleur par le tissu sur lequel on doit peindre. «
- Cette disposition est surtout nécessaire sur la laine.
- En outre des brosses analogues à celles employées pour la peinture à l’huile, modifiées ainsi que nous venons de l’expliquer, il est nécessaire d’avoir également à notre disposition des grattoirs de métal, d’ivoire ou de bois, dont l’usage sera indiqué plus loin.
- Il faut également des éponges et brosses analogues à celles à habits et à chaussures pour enlever les particules des matières employées au ponçage, aussitôt qu’elles sont devenues inutiles pour le travail des peintres. Ces particules pourraient être nuisibles dans le cours des différentes opérations qui nous restent à décrire.
- Les différents objets qui complètent notre outillage sont particulièrement la palette en faïence, posée sur une tablette de bois, munie de compartiments destinés à recevoir les bouteilles et leurs bouchons, ainsi que les godets qui doivent être en verre ; cette matière, comme celle employée pour la palette, est indispensable à cause des mordants ou acides qui entrent dans la composition des couleurs. ,
- La plaque de faïence peut même être à rebords comme les cuvettes de photographie.
- Méthode spéciale de peinture. — Quoique le peintre puisse modifier à ses risques et périls la façon de procéder, nous devons indiquer la méthode qui résulte pour nous d’études et d’expériences sérieuses.
- Lorsque le tissu a été tendu, que le dessin a été poncé, comme nous l’avons indiqué, il faut passer au crayon (Conté) finement taillé, les contours principaux, puis brosser pour enlever les parcelles volantes des matières employées au ponçage.
- Ces précautions prises, peindre comme on ferait à l’aquarelle, en réservant jusqu’au dernier moment les parties claires ou les lumières ; — avoir soin de laisser sécher le premier ton posé avant d’en juxtaposer un autre lorsqu’on voudra avoir des tons bien tranchés ; — agir, au contraire, pendant que le ton est mouillé pour les tons que l’on voudra fondre ou modeler ensemble ; étendre les couleurs seulement avec fa préparation gommeuse, dont la composition sera décrite, lorsque l’on voudra obtenir des traits fins et nets.
- Pour les grandes parties unies, passer en deux fois le ton étendu de gomme par moitié. .........
- Glacer en dernier lieu les parties claires ; enlever certains effets lumineux brusques avec le grattoir, soit au moment où la couleur mêlée de gomme commence à prendre, ou encore dans les parties fortement gommées, lorsqu’elles sont complètement sèches, pour obtenir de grandes intensités ; les tons seront doublés, en les passant également à l’envers du tissu.
- Pour obtenir des clairs transparents et bien francs, passer le ton très léger des deux côtés.
- p.438 - vue 443/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS.
- AOUT 1881.
- 439
- Cuisson et fixage. — Cette partie extrêmement importante de notre procédé nécessite beaucoup de régularité dans la façon de procéder. •
- Appareils. — Elle s’opère au moyen d’un générateur de vapeur, dont le système est indifférent à la réussite de l’opération ; il suffit que ce générateur puisse supporter une pression de six atmosphères et soit en proportion avec la cuve ou la chambre à vapeur qui est l’organe important de l’opération.
- La cuve est un récipient en bois ou en construction de maçonnerie revêtu ou non intérieurement de bois, de sapin autant que possible, les influences du tannin du chêne, par exemple, étant à redouter.
- Cette cuve ou chambre à vapeur est mise en communication avec le générateur par un tube en cuivre muni d’un robinet d’arrêt, vanne ou registre.
- La vapeur amenée par ce conduit circule dans un serpentin, dont la forme et le parcours varient avec la forme et l’importance de la chambre à vapeur elle-même. Ce serpentin disposé dans la partie inférieure est, au gré de l’opérateur, immergé lorsqu’il est besoin d’arriver à une grande production de vapeur à la tension minima.
- Le générateur étant à quatre atmosphères, la vapeur augmente son volume en traversant cette eau, dont elle vaporise à son tour une grande partie ; c’est grâce à cette combinaison qu’il est possible de conserver, pendant le temps nécessaire à l’opération, la quantité voulue de vapeur à 100 degrés.
- Si la cuve est ronde, elle doit être munie dans la partie supérieure d’un appareil de suspension formé de circonférences concentriques en cuivre étamé, reliées au centre commun par des rayons de même métal ; le tout est muni de picots ou crochets également en cuivre étamé; et, pour éviter l’action qui pourrait se produire par l’oxydation des parties métalliques sous l’influence de la vapeur et des dégorgements acidulés se produisant inévitablement pendant la fluidification des matières colorantes sous l’action de la vapeur, cet appareil tout entier est enveloppé dans tous ses détails de bandelettes de lisières de drap qui, étant changées assez fréquemment, obvient aux inconvénients précités.
- Cet appareil de suspension est lui-même accroché à un jeu de poulies (moufle), de façon à pouvoir être soulevé à une hauteur suffisante hors de la cuve pour que les pièces de tissus soient enlevées avec les précautions que réclament l’état de moiteur dans lequel elles se trouvent à leur sortie de la cuve.
- Opération. — Le tissu qui a été peint, ainsi qu’il a été décrit, est exposé dans un lieu frais, même un peu humide, dans une cave dont le sol, recouvert de sable, est arrosé d’eau préalablement.
- Le temps de séjour doit varier selon le degré de sécheresse des peintures ou selon le temps qu’a duré le travail du peintre, les couleurs ayant besoin de reprendre une certaine moiteur pour favoriser l’opération du fixage.
- Lorsque le tissu est jugé bon à fixer, il est accroché à l’appareil que nous avons décrit, en formant une spirale parallèlement à une pièce de toile ou doublure, qui
- p.439 - vue 444/684
-
-
-
- m
- BEAUX-ARTS. — AOUT 1881.
- a pour objet d’éviter que les couleurs, se liquéfiant pendant l’opération, ne déposent à l’envers du tissu opposé et, en traversant, n’apportent une perturbation dans l’harmonie des tons voulus par l’artiste.
- Cette suspension par accrochage ayant eu lieu avec tous les soins et toutes les précautions désirables, l’ensemble de l’appareil est descendu au moyen de la moufle dans l’intérieur de la cuve, jusqu’à ce que l’on puisse fermer l’orifice supérieur avec des couvertures en plusieurs épaisseurs, pour former obstacle à la sortie de la vapeur. Elles doivent séjourner dans la cuve pendant un temps qui pourra varier selon la quantité de pièces à fixer, selon l’épaisseur des tissus employés et aussi selon la nature des matières textiles qui composent ces tissus.
- Le but que nous nous proposons dans cette opération est de liquéfier à nouveau, aussi complètement que possible, les matières colorantes qui ont été artistement déposées sur la surface des fibres composant le tissu, et d’arriver à leur absorption par les fibres à travers les pores dilatés par l’élévation de la température.
- Ce résultat physique obtenu, il suffit de laisser sécher et refroidir, et les pores se refermant par la contraction causée par l’abaissement de température, les couleurs sont emprisonnées dans les fibres et les lavages les plus énergiques ne les en feront plus sortir.
- Lavage, essorage et séchage. — La pièce reconnue suffisamment froide et sèche doit, en outre, passer un certain temps, qui varie de deux à vingt-quatre heures selon la dimension et l’épaisseur du tissu, en contact avec l’air. On la soumet ensuite à un lavage énergique qui a pour but d'enlever à l’étoffe les parties superflues de couleurs et les corps plastiques, gomme, etc., qui n’ont pas été absorbés par les pores des fibres textiles.
- Ce lavage a pour effet de rendre à l’étoffe la souplesse qu’elle aurait eue si elle avait été tissée avec des fils teints préalablement en écheveau.
- Ce lavage peut s’opérer à la rivière naturelle ou bien dans une suite de bassins disposés à des niveaux différents.
- Nous employons également pour les petites pièces de l’eau à pression d’une ou plusieurs atmosphères, qui arrive sur le tissu suspendu sur un moulinet au-dessus d’une cuve de forme oblongue par un tube de métal percé de petits trous, de façon à lancer cette eau sur un espace égal à celui qu’occupe le moulinet. Celui-ci est mis en mouvementé l’aide d’une manivelle, de façon que la pièce, dans son mouvement de rotation, présente successivement toutes ses parties à l’action de l’eau et la rince ensuite en l’agitant dans la cuve inférieure.
- La pièce ainsi lavée est battue à l’aide d’un battoir à bras, puis elle est déposée dans une essoreuse à action centrifuge de dimensions convenables.
- Cette essorage est important : laisser sécher naturellement l’étoffe retirée complètement mouillée de la cuve serait s’exposer à des coulages ou à des mélanges de tons voisins les uns des autres.
- p.440 - vue 445/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS. --- AOUT 1881.
- 441
- Après l’essorage il faut faire sécher aussi promptement que possible, soit à l’air, soit dans une chambre chaude.
- Retouche. Rehaussage et achèvement par l’artiste. — Les pièces parfaitement sèches sont soumises à l’examen de l’artiste, et si celui-ci le juge convenable, elles sont retendues sur châssis et réencollées, de façon à lui permettre les retouches.
- Dans certains cas même, le travail se fait, avec intention, en plusieurs opérations.
- Après chaque retouche de l’artiste, il est nécessaire de faire subir à nouveau les différentes opérations précédemment décrites.
- Certaines manufactures anciennes employaient le mélange de laine et de soie et de fils métalliques, soit au moment du tissage, soit après, sous forme de rehauts.
- Nous procédons généralement par les rehauts ; nous disons généralement, mais pas exclusivement, puisque nous avons déjà indiqué l’emploi que nous faisions du métier Jacquart et des autres moyens de tissage qui permettent d’obtenir en tissant ces mélanges suivant des données arrêtées à l’avance.
- Pour les rehauts, nous employons le travail de l’aiguille à la main ou celui des machines à coudre ou à broder.
- Ces rehauts sont faits par nous immédiatement dans la couleur nécessaire indiquée par des tons posés à l’aide de couleurs pâteuses obtenues par le mélange de couleurs en poudre, broyées avec de la gomme, de l’alcool et du fiel de bœuf, ou de gouache blanche coloriée avec nos couleurs.
- Ces couleurs, après le travail d’aiguille, sont brossées soigneusement et enlevées.
- Nous employons également un autre moyen qui consiste à passer simplement des fds blancs de laine ou de soie aux endroits indiqués ; dans ce cas, la pièce est représentée à l’artiste après ces adjonctions, et il teint lui-même à l’aide de nos couleurs primitives les parties rehaussées, lorsqu’il le juge convenable,
- Pour les velours, nous nous servons de fers chauffés à l’aide desquels nous obtenons des lumières, des brillants et des chatoiements dans les parties désignées par l’artiste: ce dernier peut, du reste, appliquer lui-même ce moyen pour conserver plus exactement le sentiment artistique de son œuvre.
- Apprêt des livraisons. — La dernière opération est l’apprêt, dit apprêt de livraison.
- Cet apprêt a pour but de donner à nos tapisseries l’aspect définitif qui leur permet de supporter à tous points de vue la comparaison avec les produits des manufactures les plus réputées.
- Cet apprêt consiste dans un tendage régulier qui remet à leur place toutes les lignes tracées par le dessinateur ou le peintre, qui efface tous les faux plis provenant des opérations de lavage, essorage, etc., puis dans un encollage composé d’amidon, fécule et gomme adragante en proportions égales, additionné d’une dose légère d’alcool pour éviter la décomposition.
- Cet encollage léger, que l’intelligence du praticien peut seule doser par rapport à la
- Tome VIII. — 80® année. 3° série. — Août 1881. 56
- p.441 - vue 446/684
-
-
-
- m
- BEAUX-ARTS.
- AOUT 1881.
- nature du tissu, s’applique à l’envers des pièces qui ont été retendues sur le châssis.
- On fait alors sécher, aussi promptement que possible, dans une chambre chaude ou au grand air. L’action du fer ou du cylindrage produirait un luisant désagréable qui enlèverait beaucoup de l’effet cherché décorativement dans les tapisseries.
- Pour les velours, le passage à l’envers sur un cylindre ou un fer chaud, pendant que la pièce est encore humide du lavage ou qu’elle a été à nouveau mouillée exprès, est la dernière opération à leur faire subir.
- Si vous admettez que par les moyens que je viens de décrire nous arrivons à une solidité aussi assurée que celle qui est reconnue pour la tapisserie classique, vous penserez qu’il y a là une branche nouvelle de l’art de la peinture ayant des applications diverses, pour la décoration des habitations, leur ameublement, pour le vêtement, soit sacerdotal, soit de fantaisie, réglementé par les lois de la mode, et qu’il y a, par conséquent, là, un large débouché, absolument nouveau, offert au talent* des maîtres et des élèves, en même temps qu’un élément commercial des plus intéressants, offert à nos négociants exportateurs.
- Les arts industriels français n’ont-ils pas toujours joui d’une grande réputation et d’un écoulement facile?
- Jusqu’à présent on a accordé à notre pays une réputation de bon goût, le plus souvent méritée, et une supériorité dans ses produits d’art qui les font rechercher sur tout le globe : les statistiques prouvent que le succès universel de l’art appliqué à l’industrie est une des principales sources de la richesse de la France. C’est donc à conserver ce goût, à l’accroître et à l’ennoblir que nous devons nous attacher. Puisons dans le passé les bons exemples, inspirons-nous du caractère des compositions et des arrangements les plus propres à la tapisserie, tâchons de rendre les sujets traités avec le style, la clarté, la magnificence qu’on trouve dans les vieux modèles quand on veut bien les étudier.
- En effet, ce qu’il faut surtout demander aux œuvres anciennes, ce n’est évidemment pas leur vétusté, c’est la pensée qui a présidé à leur production et c’est, à mon avis, honorer les auteurs des œuvres originales, que d’appliquer nos ressources et nos connaissances modernes à la reproduction, non pas matérielle, mais intellectuelle de ces œuvres. Les modèles les plus reculés sont d’excellentes études pour les élèves ; mais si la copie devenait le but unique, à quoi serviraient les progrès considérables accomplis par les artistes des temps modernes?
- Aujourd’hui, les différences dans les usages, dans les mœurs, celles de climat même ont modifié les applications de l’art. Les moyens mis à notre disposition sont aussi singulièrement perfectionnés ; des éléments nombreux et très précieux nous ont été offerts par la science et l’industrie, qui n’ont pas cessé de marcher dans la voie du progrès.
- Étudions donc sérieusement la nature avec le secours de ces puissants moyens
- p.442 - vue 447/684
-
-
-
- PROGRAMME DES PRIX.
- AOUT 1881.
- HS
- de succès; sachons y découvrir les beautés nouvelles, et rendons-les accessibles à tous par les procédés que les savants et les industriels offrent à profusion aux artistes de tout genre.
- La création qui nous occupe se fonde sur les importantes manifestations de l’intelligence et du travail humains.
- La science n’apporte-t-elle pas à cette œuvre le fruit de ses recherches et de ses expériences, en mettant dans nos mains cette palette si riche, si brillante et si durable ?
- Ne sommes-nous pas tributaires de l’industrie qui nous fournit, après les matières premières choisies et préparées par elle, les tissus qui recevront les manifestations si variées des ressources immenses contenues dans les cerveaux créateurs et dans l’habilité des exécutants? Aussi, guidé, encouragé, aidé, comme je ne puis manquer de hêtre avec les collaborateurs et les concours qui me sont déjà acquis et dont le nombre s’accroît chaque jour, j’ai le ferme espoir que cette création aura sa place dans l’histoire artistique et industrielle de notre siècle, déjà si riche en découvertes et inventions remarquables. Ce qui ne manquera pas non plus, ce sera l’éclat nouveau jeté sur la valeur des artistes français, dont le talent et la verve seront certainement stimulés par ce moyen de production et par la facilité de l’écoulement des œuvres produites.
- PROGRAMME DES PRIX
- PROPOSÉS PAR LA SOCIETE D’ENCOURAGEMENT POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE,
- A DÉCERNER EN L’ANNÉE 1882.
- GRANDES MÉDAILLES.
- La Société décerne chaque année, sur la proposition de l’un des six comités du Conseil, une médaille en or portant l’effigie de l’un des plus grands hommes qui ont illustré les arts ou les sciences, aux auteurs, français ou étrangers, des travaux qui ont exercé la plus grande influence sur les progrès de l’industrie française, pendant le cours des six années précédentes.
- La médaille à décerner en 1882, est celle des arts économiques, à l’effigie d’Ampère.
- Dans les années précédentes, les grandes médailles ont été décernées, savoir : en 1868, pour le commerce, à M. F. de Lesseps ; — en 1870, pour la chimie, à
- p.443 - vue 448/684
-
-
-
- PROGRAMME DES PRIX. — AOUT 1881.
- AU
- M. H. Sainte-Claire Deville; — en 1872, pour l’agriculture, à M. Boussingault;
- — en 1873, pour la physique et les arts économiques, à sir Charles Wheatstone ;
- — en 1875, pour le commerce, h M. Jacques Siegfried ; — en 1876, pour les arts mécaniques, à M. H. Giffard; —en 1877, pour les arts chimiques, à M. Walter Weldon; — en 1880, pour l’architecture et les beaux-arts, à M. Ch. Garnier, architecte.
- PRIX FOURCADE POUR LES OUVRIERS DES FABRIQUES DE PRODUITS CHIMIQUES.
- Les exposants de la classe 47, à l’Exposition universelle de 1878, ont fondé auprès de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale un prix provenant du produit net en argent d’un capital de 19 OU fr. 85 c., qui sera remis chaque année, en séance publique de cette Société, au simple ouvrier des exposants de la classe 47, ayant le plus grand nombre d’années consécutives de service dans la même maison.
- Ce prix sera décerné, pour la première fois, en 1882.
- PRIX SPÉCIAUX MIS AU CONCOURS
- ARTS MÉCANIQUES.
- 1° Prix de 1 000 francs pour un petit moteur destiné à un atelier
- de famille.
- On a souvent signalé l’intérêt qu’il y aurait, pour le petit fabricant en chambre, à se procurer commodément et à bon marché, toutes les fois qu’il en aurait besoin, la petite quantité de travail pour laquelle il a ordinairement recours à l’assistance momentanée. d’un tourneur de roue.
- Un prix est proposé, dans ce but, pour un moteur à arbre rotatif, pouvant mettre à peu de frais, à la disposition de l’ouvrier en chambre, un travail de 6 à 20 kilogram-mètres par seconde. Les dispositions proposées devront permettre de faire varier entre ces limites la puissance disponible, sans présenter de trop grands écarts dans le rendement ; et, s’il est possible, elles devront se prêter aux vitesses les plus convenables, suivant la nature de l’opération à effectuer.
- p.444 - vue 449/684
-
-
-
- PROGRAMME DES PRIX.
- AOUT 1881.
- 445
- La solution de cette question aurait pour conséquence de favoriser le travail en famille dans les villes, et de maintenir les enfants sous les yeux de leurs parents, la fille sous la surveillance de sa mère.
- La Société a décerné ce prix à deux machines de ce genre. La première était un moteur hydraulique utilisant l’eau des conduites d’une ville. La deuxième était un moteur à gaz. Elle désirerait voir varier la forme et le mode d’action des moteurs qui peuvent recevoir des applications du même genre, et elle a maintenu ce prix au concours pour 1882.
- 2° Prix de 1 OOO à 5 000 francs pour des instruments de topographie
- automatiques.
- L’exécution d’un plan topographique, nivelé ou non, comprend des opérations d’ensemble et des opérations de détail.
- Les premières exigent de l’opérateur, outre une certaine habitude manuelle, l’intelligence du but à atteindre, et surtout celle des causes d’erreurs et de fautes contre lesquelles il doit se tenir en garde. Aucune de ces opérations fondamentales ne doit être acceptée sans vérification.
- Les opérations de détail, au contraire, ne sont pas vérifiées; mais pour être admissibles, elles doivent être rendues assez simples pour n’être exposées qu’à des erreurs restreintes ou à des fautes extrêmement rares, même quand elles sont confiées à des opérateurs peu instruits.
- Or, on peut les simplifier encore et les garantir d’une manière presque absolue contre les fautes, en remplaçant les mesurages et les constructions graphiques qu’elles comportent actuellement par des procédés automatiques donnant immédiatement, sur le papier, les positions relatives des points du terrain vers lesquels on dirige une lunette, ainsi que cela se pratique avec Yhomolographe deMM.Peaucellier et Wagner, officiers du génie (Voir n° 23 du Mémorial de l’officier du génie).
- Cet ingénieux appareil permet de faire à la fois le canevas et le détail, la plani-métrie et le nivellement; aussi est-il trop compliqué pour devenir usuel en dehors du service pour lequel il a été créé, celui de la brigade topographique du génie militaire.
- La Société d’encouragement voudrait voir fabriquer des instruments topographiques plus simples, assez solides pour être mis entre les mains d’employés peu instruits, et applicables, séparément, soit à l’exécution de plans parcellaires, soit au tracé, sur les plans, des sections horizontales du terrain, soit même au tracé direct et au nivellement automatique des plans à petite échelle.
- Le desideratum, pour la dernière application, serait une sorte de brouette portant des planchettes sur lesquelles des crayons traceraient d’une part le plan, d’autre part le profil du chemin parcouru par la roue ; mais il est probable que cette solution
- p.445 - vue 450/684
-
-
-
- m
- PROGRAMME DES PRIX
- AOUT 1881.
- manquerait de la précision nécessaire pour des plans à grande échelle, et que pour ceux-ci, il serait préférable de se contenter de pointer sur une feuille de papier les positions relatives des points sur lesquels, par exemple, lin aide porterait une stadia, dont l’image devrait s’accorder entre deux fils stadimétriques de la lunette de l’appareil.
- Des prix, pour ces instruments automatiques, seront décernés en 1882. Selon l’importance des solutions présentées, leur valeur pourra aller de 1 000 à 3 000 francs.
- 3° Prix de 1000 francs pour la meilleure étude sur les manufactures pour la fabrication de Vhorlogerie, telles qu’elles ont été organisées en Amérique.
- La fabrication des montres s’est toujours effectuée dans un système quia trouvé en Suisse sa plus complète réalisation : à savoir, une division très grande du travail, telle que les diverses pièces sont terminées par des ouvriers différents.
- 11 semblait que ce système, dans lequel on parle de blancs obtenus à bon marché et avec une grande perfection dans les usines dont celle de M. Japy est le type, combinés avec l’habileté d’ouvriers spéciaux pour les diverses branches du travail, avait amené à la plus grande économie de frais qu’il fût possible d’obtenir. C’est cependant dans ces conditions que l’on a vu arriver d’Amérique, où la main-d’œuvre est si chère et où manquait une population nombreuse d’habiles ouvriers, des montres établies à un bas prix inconnu jusqu’alors.!
- C’est dans de grandes manufactures, ayant dépensé des sommes considérables pour établir et modifier leur outillage, qu’est née cette fabrication, dévolue jusque-là aux petits ateliers.
- On demande une étude détaillée de cette nouvelle industrie, tant par la description que par les dessins de l’outillage nouveau servant à cette fabrication,, et par l’analyse des modifications apportées à certaines pièces ou groupements de pièces du mécanisme des montres; en un mot, l’indication de tout ce qui différencie cette nouvelle manière de produire, et qui peut expliquer le bon marché et la qualité des montres américaines, comme la rapidité de la production, qui est la cause principale du bas prix des produits fabriqués.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1882.
- ARTS CHIMIQUES.
- i0 Prix de 2 000 frastes pour Vapplication industrielle de Veau oxygénée.
- Les chimistes, dans les recherches de chimie organique, mettent en œuvre une
- p.446 - vue 451/684
-
-
-
- PROGRAMME DES PRIX. — AOUT 1881.
- 447
- série nombreuses d’actions oxydantes. La grande variété de substances sur lesquelles ils ont à agir, l’intensité plus ou moins grande des réactions qu’ils veulent produire, les ont successivement amenés à utiliser les agents d’oxydation les plus divers, et à profiter de tout ce que la science met, dans ce sens, à leur disposition. Tel de ces agents qui, pour un corps donné, se montre inactif ou insuffisant présente, au con-traire, avec un autre corps, trop d’énergie, et produit june décomposition complète. Le chimiste qui entend, par un choix judicieux, proportionner l’action oxydante au phénomène qu’il provoque, et qui veut atteindre le but sans le dépasser, a besoin d’avoir à sa disposition un arsenal de réactions diverses du même genre.
- L’industrie a peu à peu emprunté aux procédés des laboratoires quelques-uns de ces agents variés; il importe de voir se multiplier leur introduction dans la pratique des arts.
- Elle n’utilisa pendant longtemps que l’action de l’oxygène de l’air, agissant directement, ou bien dissous dans la rosée, comme on le fait encore dans le blanchiment des toiles. Cette méthode d’oxydation lente, la première que l’homme ait connue, met sans doute à profit cette modification de l’oxygène, l’ozone, qui paraît exister fréquemment dans l’atmosphère. Elle fut remplacée, au siècle dernier, par l’action du chlore libre, puis par celle des combinaisons décolorantes de ce corps, chlorure de chaux, etc., qui, avec le concours des acides et selon le degré de leur dilution, peuvent fournir ou du chlore ou de l’acide hypochloreux libre.
- Quoique dans le plus grand nombre des cas ces corps agissent par une action oxydante simple, on conçoit que dans d’autres ils peuvent exercer une action complexe, en agissant à la fois comme oxydants et comme chlorurants, et produire ainsi des phénomènes très divers.
- Les chromâtes dont l’industrie fait depuis longtemps usage, et les permanganates dont elle commence à se servir, ne présentent pas cet inconvénient, mais ils laissent, dans les liquides au sein desquels ils exercent leur action, des produits de décomposition qui restreignent leur emploi.
- 11 est un agent d’oxydation, des plus énergiques, dont la décomposition, facile à provoquer, ne donne que de l’oxygène et de l’eau : c’est l’eau oxygénée que Thénard découvrit en 1818, et qui est une des plus belles découvertes du savant illustre dont le nom est cher à la Société. Quelques travaux de chimie organique ont utilisé, dans ces derniers temps, ses propriétés remarquables ; mais elles n’ont pas encore trouvé place dans l’industrie ; c’est une lacune qu’il importe de combler.
- On sait combien la préparation de l’eau oxygénée est laborieuse quand on veut l’obtenir à la fois pure et concentrée, mais l’industrie n’a rien à tirer d’un pareil produit. Au contraire, quand on se contente d’obtenir l’eau oxygénée mêlée à des matières étrangères inertes et étendue d’eau, état qui suffirait certainement à beaucoup de réactions, sa préparation est facile.
- La faible valeur du carbonate de baryte que nous envoie principalement l’Angle-
- p.447 - vue 452/684
-
-
-
- m
- PROGRAMME DES PRIX.
- AOUT 1881.
- terre, ainsi que le prix peu élevé de l’acide nitrique permettraient de préparer, avec économie, la baryte caustique, base de la production de l’eau oxygénée. Son prix baisserait encore si l’opération, exécutée dans une fabrique d’acide sulfurique, permettait d’utiliser les vapeurs nitreuses provenant de la décomposition du nitrate de baryte. Cette baryte caustique, pour se transformer en bioxyde de barium, n’a pas besoin, d’ailleurs, d’oxygène pur ; l’air atmosphérique suffit. Le bioxyde obtenu, si on le traité par l’acide chlorhydrique étendu, on obtient une eau oxygénée à l’emploi de laquelle la présence du chlorure de barium ne nuit guère. Dans les cas spéciaux où la présence de ce corps pourrait gêner, on substituerait à l’acide chlorhydrique l’acide fluorhydrique que les enlevages sur verre ont introduit dans l’industrie depuis quelques années.
- Mais il est un mode de préparation qui semble plus particulièrement applicable à l’industrie, c’est celui qui repose sur la décomposition du bioxyde de barium par l’acide carbonique. M. Dumas, qui l’a signalé, fait remarquer qu’il permet de régénérer le carbonate de baryte et de reconstituer le bioxyde de barium; qu’il fournit de l’eau oxygénée étendue d’eau, mais pure; enfin, que la préparation peut se faire dans des vases clos par des procédés réglés et une marche courante.
- L’industrie pourra utiliser, sans doute, l’action oxydante de l’eau oxygénée. La préparation en grand de ce corps extraordinaire rendrait plus fréquent son emploi dansles recherches de chimie, et la science pure tirerait parti, à son tour, de l’emprunt que l’industrie lui aurait fait.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1882,
- 2° Prix de 1 OOO francs pour un nouvel emploi industriel d’une substance minérale quelconque abondante et à bas prix.
- La craie, la chaux, le plâtre, l’argile, la silice, le sulfate de soude, le sulfate de baryte, le granit et les roches granitoïdes altérées, les argiles, le fluorure de calcium, le phosphate de chaux, le sel marin, le sulfate de fer, les minerais de fer, etc., sont autant de substances dont tout emploi nouveau crée une richesse, suscite un commerce, développe des trafics de transport et fournit à la population de nouvelles sources de bien-être.
- Trouver de nouveaux emplois à l’une quelconque des substances de cet ordre constitue donc une amélioration industrielle intéressante que la Société veut provoquer, et qu’elle désire trouver l’occasion d’encourager ou de récompenser.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1882, à la plus importante des applications de cette nature que la Société aura été appelée à constater.
- p.448 - vue 453/684
-
-
-
- PROGRAMME DES PRIX.
- AOUT 1881.
- m
- 3° Prix de 1 000 francs pour Vutilisation des résidus de fabrique.
- Il fut un temps où les chimistes rejetaient, comme inutile et sans objet, le résidu, le caput mortuum, de leurs opérations. En tenir compte fut une révélation qui, de proche en proche, conduisit de Glauber à Lavoisier, c’est-à-dire de la manipulation indécise à la théorie la plus sûre.
- Beaucoup d’industries en sont encore à cette période où les résidus de leurs travaux demeurent sans emploi et deviennent, par leur importance, l’occasion de troubles pour l’hygiène publique, ou de lourdes dépenses et de grandes gênes.
- Les laitiers des hauts fourneaux, les charrées des fabriques de soude, les sels de manganèse des fabriques de chlorure de chaux, les eaux mères des marais salants, etc., constituent des masses dont l’exploitation sollicite vivement l’attention de l’industrie.
- Tout emploi utile de ces matériaux dégrèverait d’une charge les industries qui les produisent, et réduirait d’autant le prix de revient de leurs produits, au profit du consommateur.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1882.
- 4° Prix de 1 000 francs pour de nouvelles applications des corps simples
- non métalliques.
- Le silicium, le bore, le brome, l’iode, le sélénium même, le phosphore sont des corps, rares autrefois et peu connus, aujourd’hui faciles à obtenir et bien étudiés.
- Trouver à ces substances, qui sont douées d’aptitudes si diverses et si variées, des applications nouvelles, est un objet à la fois digne d’attention et de nature à répondre aux efforts tentés dans ce but.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1882.
- 5° Prix de 4000 francs pour la découverte de procédés capables de fournir, par des transformations chimiques quelconques, des espèces organiques utiles, telles que la quinine, le sucre de canne, etc.
- La chimie organique est en possession de ^doctrines et de méthodes pratiques au moyen desquelles on peut prévoir et réaliser la production, par voie de transformation, d’un grand nombre de substances. L’urée, l’huile d’amandes amères, l’huile volatile de reine des près, l’alcool, l’acide des fourmis, les essences à odeur de fruit, etc., ont été reproduits au moyen de procédés certains, en partant de substances qui semblaient très éloignées de la composition de ces corps, et quelquefois avec autant d’économie que de facilité.
- Il n’y a pas de limites à ces sortes de créations, ou plutôt de ces nouveaux arrange-
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Août 1880. 57
- p.449 - vue 454/684
-
-
-
- 450
- PROGRAMME DES PRIX. — AOUT 1881.
- ments. Aux yeux de la théorie, il n’y a pas de différence entre la production de l’urée et celle de l’indigo ou de la quinine, entre celle de l’acide formique ou de l’alcool et celle du sucre de canne.
- Aux yeux de la pratique, il n’en est pas de même et, tandis que les alcaloïdes artificiels connus demeurent presque tous d’un faible intérêt à ses yeux, la découverte de la quinine artificielle aurait un retentissement immense et rajeunirait la gloire de Pelletier et de Caventon.
- La Société d’encouragement, convaincue que les progrès de la chimie organique permettent d’aborder ces sortes de problèmes, ne craint pas d’engager les chimistes à s’en occuper; s’ils n’atteignent pas le but, ils seront du moins récompensés de leurs efforts par des résultats scientifiques nouveaux.
- Elle fait remarquer, d’ailleurs, qu’il ne s’agit point de la découverte de procédés exploitables au point de vue commercial, mais de la découverte pure et absolue d’un moyen quelconque pour la formation artificielle d’une substance éminemment utile de l’ordre de celles qui sont citées plus haut.
- Le prix sera décerné, dès qu’il y aura lieu. Le concours restera ouvert jusqu’à 188à inclusivement.
- 6° Prix de 1 500 francs et de 1 000 francs relatifs à l'emploi de l'acide borique et du borax dans les arts céramiques.
- L’introduction de l’acide borique et des borates dans les glaçures des faïences fines doit compter au nombre des améliorations les plus importantes dont la fabrication des poteries ait été l’objet; uue fusion brillante, une grande dureté, un accord parfait avec le biscuit amené, par une température élevée, à l’état dense et sonore, telles sont les qualités précieuses que ces éléments nouveaux ont ajoutées, depuis le commencement de ce siècle, aux glaçures des faïences fines qui sont si supérieures aux anciennes terres de pipe.
- Les arts céramiques fournissent le débouché le plus important pour l’acide borique de Toscane et pour celui qu’on retire, aujourd’hui, du borate de soude du Pérou et de la Californie. Mais le marché de ces produits tend à se centraliser et à se fixer en Angleterre, et, en présence du développement toujours croissant que les arts céramiques prennent dans le Staffordshire, l’Écosse et le reste du Royaume-Uni, les manufactures françaises se préoccupent, à juste titre, des moyens de s’assurer, à un prix convenable, des quantités suffisantes de cette matière, qui leur est aujourd’hui indispensable.
- Elles ont aussi, à ce même point de vue, un intérêt très grand à provoquer la découverte des moyens par lesquels on pourrait remplacer l’acide borique et le borax dans les glaçures des faïences fines, sans nuire aux qualités des produits. Le problème n’est pas insoluble.
- p.450 - vue 455/684
-
-
-
- PROGRAMME DES PRIX. — AOUT 1881.
- m
- Les phosphates, certains silicates peu plombeux, cuisant à des températures élevées, les composées résultant des mélanges de spath fluor, de quartz et d’argile, kaolin ou sulfate de chaux qu’a indiqués M. Berthier, quelques micas et les lépidolithes que M. Régnault a analysés, formeraient probablement des glaçures convenables d’une dureté suffisante et d’un usage dépourvu de danger.
- Toute autre voie tendant à régler le prix du borax, toute découverte créant sur le sol français une exploitation régulière d’acide borique qui satisferait aux exigences des arts céramiques seraient accueillies.
- On sait, par exemple, que Beudant a constaté, dans les eaux des lacs de Hongrie, des quantités notables d’acide borique que l’évaporation dépose sous forme de borax natif.
- On sait aussi qu’en 1838 MM. Bonis et Filhol ont signalé, dans les eaux des Pyrénées et du Midi, la présence de ce même acide; il est possible que de nouvelles recherches en fassent découvrir des sources exploitables.
- Dans l’Amérique du Sud, les terrains d’Iquique, dépendants de la République de l’Équateur, contiennent de vastes amas de borate de chaux, qui sont devenus l’objet d’un grand commerce depuis l’Exposition universelle de 1851.
- Dans les États-Unis, en Californie, les borates de soude et de chaux donnent lieu à une exploitation considérable que M. Emile Durand & décrite devant la Société d’encouragement en avril 1877, en signalant l’abondance de ces produits et l’importance qui en résulte pour toutes les industries de l’Europe.
- Si les arts céramiques peuvent, dans certaines conditions nouvelles, se passer d’acide borique, quelques industries importantes pour le commerce de la France ne sauraient le remplacer : la peinture sur porcelaine, la peinture sur émail, la décoration du cristal, la fabrication des verres d’optique, etc.
- Comment mettre en doute les avantages que l’art du verrier en général pourrait retirer de l’emploi de l’acide borique, si sa valeur commerciale permettait de le substituer, en partie, à l’acide silicique?
- La Société met, en conséquence, au concours, la solution des questions suivantes :
- 1° Prix de 1 500 francs, pour une composition qui puisse être substituée à l’acide borique ou au borax dans les glaçures des poteries, sans altérer la valeur actuelle des faïences et sans augmenter leur prix j
- 2° Un prix de 1 000 francs sera décerné à l’auteur de la découverte de gisements exploitables d’acide borique dans la France ou dans ses possessions.
- Ces prix seront décernés, s’il y a lieu, en 1882.
- 7° Prix de 2 OOO francs et de 1 000 francs pour la fabrication industrielle, en France, de l'acide sulfurique fumant dit de Nordhausen.
- La fabrication de l’acide sulfurique de Nordhausen a été jusqu’ici le monopole de
- p.451 - vue 456/684
-
-
-
- 152
- PROGRAMME DES PRIX.
- AOUT 1881.
- quelques fabriques de l'Allemagne. La consommation était d’ailleurs limitée à l’emploi qu’on en faisait pour dissoudre l’indigo. Aujourd’hui que l’acide fumant est, pour ainsi dire, indispensable à la production de corps importants tels que l’alizarine artificielle, il serait utile que nos industriels, au lieu de faire venir de loin et à grands frais un produit dont l’usage s’étend déjà beaucoup et s’étendra certainement encore plus dans l’avenir, pussent l’acquérir des fabriques nationales d’où ils tirent leurs autres produits.
- La Société d’encouragement a décidé qu’un prix de 2 000 francs serait décerné au fabricant qui produirait le premier, en France, l’acide fumant par un procédé plus économique que ceux qui ont été appliqués jusqu’ici.
- Elle accordera une prime de 1 000 francs à l’industriel qui aura mis en œuvre l’une des méthodes déjà connues, en établissant, en France une fabrication régulière et suffisamment importante.
- Ces prix seront décernés, s’il y a lieu, en 1882.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- 1° Prix de 1 OOO francs pour une application industrielle de l'endosmose
- des liquides.
- Il y a quarante ans, un illustre académicien français, DuTrochet, découvrit la mystérieuse propriété des membranes végétales et animales à laquelle il donna le nom d ’ endosmose.
- Le fait général dont la science lui est redevable peut s’énoncer ainsi : lorsque deux liquides de composition différentes, c’est-à-dire formés par le mélange de substances différentes, sont séparés par une membrane, certaines de ces substances peuvent passer d’un compartiment à l’autre, à l’exclusion des autres. La membrane exerce une véritable action élective.
- Un chimiste anglais, Graham, a grandi le cercle de ces phénomènes; nous savons aujourd’hui que les membranes n’agissent que par leur qualité de corps poreux, et non comme corps organisés; des cloisons de plâtres, de porcelaine dégourdie, de graphite donnent lieu aux mêmes phénomènes que les membranes végétales ou animales. Il y a là une force mécanique moléculaire qui peut vaincre non seulement l’affinité d’un corps pour son dissolvant, mais même des affinités chimiques faibles.
- L’industrie doit, sans doute, tirer un jour le plus grand parti de ces actions physiques d’une nouvelle espèce, pour cencentrer des principes disséminés dans de grandes masses de produits naturels ou artificiels, pour en éliminer de nuisibles, pour déplacer les sucs contenus dans des cellules végétales. L’endosme suffira, dans certains cas, pour provoquer des doubles décompositions qui exigeraient, sans son concours, tantôt
- p.452 - vue 457/684
-
-
-
- PROGRAMME DES PRIX. — AOUT 188t.
- 453
- des températures trop élevées ou trop basses, tantôt l’influence d’agents trop dispen-dieux, ou capables d’altérer les produits utiles.
- Déjà, un de nos plus éminents industriels, M. Dubrunfaut, a montré, dans le traitement des mélasses, combien il était facile de donner à l’endosmose une forme industrielle et pratique. Depuis longtemps, on sait que l’alcool se concentre dans les réservoirs membraneux qui le renferment. Certains procédés de tannage ont mis l’endosmose à profit. Il y a donc là une voie à tenter pour un grand nombre d’industries.
- Désirant encourager les recherches faites dans cette direction, la Société décernera un prix de 1000 francs pour la meilleure application industrielle de l’endosmose des liquides.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1882.
- 2° Prix de i 000 francs pour l’application industrielle de l’endosmose des gaz.
- Graham a montré que les membranes ou les corps poreux, mis en présence des gaz, produisaient sur ceux-ci des phénomènes analogues à ceux que Du Trochet a découverts pour les liquides. Les cloisons poreuses ont la faculté de diffuser avec une rapidité très inégale les différents gaz, soit dans le vide, soit dans une atmosphère gazeuse.
- En particulier, la Société verrait avec satisfaction résoudre le problème posé par l’emploi du gaz d’éclairage dans les appartements. Veut-on se préserver des dangers d’explosion, il faut ouvrir des ventilateurs à la partie supérieure des pièces ainsi éclairées. Mais, si ces pièces sont chauffées par des poêles ou des cheminées, l’appel qui se fait par ces ventilateurs en rend l’habitation très incommode et jette quelque doute sur l’efficacité de la ventilation. Il s’agirait de trouver une étoffe ou un diaphragme capable d’arrêter l’air et de livrer issue au gaz de l’éclairage. Les ventilateurs qui en seraient munis garderaient ainsi leurs bons effets et perdraient leurs inconvénients.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1882.
- AGRICULTURE.
- 7° Prix relatifs à la découverte des ennemis naturels du phylloxéra de la vigne.
- Jusqiffà présent, les moyens à employer pour défendre la vigne des attaques du phylloxéra vastatrix ont consisté en insecticides lents, tels que l’eau, ou rapides, tels que le sulfure de carbone et les sulfocarbonates. Une nouvelle voie semble s’ouvrir à ce sujet.
- p.453 - vue 458/684
-
-
-
- iU
- PROGRAMME DES PRIX. — AOUT 1881.
- La prodigieuse fécondité du phylloxéra a limité le succès obtenu par ces insecticides. Un seul insecte, apparaissant au mois d’avril, est le point de départ de générations qui se multiplient suivant une progression géométrique rapide, de sorte qu’au bout de cinq mois, durée de l’existence annuelle du phylloxéra en Bourgogne et en Suisse, le nombre des produits d’une seule mère atteint plusieurs millions. Dans le midi de la France, où la durée de cette existence annuelle est de sept mois, Feffet des derniers termes de cette progression accroît tellement le nombre des insectes à la fin de la saison qu’il atteint plusieurs milliards d’individus. Leur petitesse et leur dissémination dans le sol fait qu’il en échappe toujours et qu’à la saison nouvelle on voit reparaître le fléau.
- Tous les efforts tentés dans cette lutte n’ont abouti qu’à trois procédés d’une efficacité temporaire; les procédés culturaux n’ont rien produit d’utile. Ces moyens d’action efficaces sont : 1° l’inondation prolongée de la vigne quand elle est placée de manière à ce qu’on puisse pratiquer cette submersion; 2° l’emploi du sulfure de carbone an injections dans le sol, faites avec la prudence nécessaire pour ne pas nuire à la vigne ; 3° l'emploi des sulfocarbonates.
- I! est démontré qu’une vigne noyée pendant quarante à cinquante jours sous une couche d’eau permanente est débarrassée de ses phylloxéras souterrains d’une manière satisfaisante ; mais, si les insectes qu’elle portait ont disparu, rien n’empêche que ceux qui s’étaient établis sur ses ceps, ceux des vignes voisines et les générations provenant des phylloxéras ailés, ne l’envahissent immédiatement. Si on ne renouvelait pas tous les ans l’inondation protectrice, on serait assuré de voir la vigne périr bientôt par l’invasion de ces nouveaux phylloxéras.
- Des injections de sulfure de carbone dans le sol, entre les lignes des pieds de vigne, produisent un effet analogue. Les phylloxéras souterrains sont détruits par les exhalaisons toxiques , mais de nouveaux insectes épargnés sur les ceps ou apportés des ceps voisins recommencent la lutte contre le vigneron, qui, parvenu à soustraire à leur action la récolte de l’année, voit reparaître le mal l’année suivante.
- Les sulfocarbonates en arrosage atteignent plus sûrement les insectes placés sur les ceps et ceux qui sont placés sur les racines superficielles, mais ils ménagent quelquefois les phylloxéras des racines profondes.
- Le concours des deux procédés semble nécessaire.
- Si ces procédés de destruction font périr les phylloxéras qu’ils atteignent, leur emploi et la dépense qu’ils causent, soit en main-d’œuvre, soit en matières à employer, étant à recommencer tous les ans, ils grèvent les frais de culture d’une charge lourde que les crus de quelque valeur pourraient seuls supporter si les déficits annuels des récoltes ne rehaussaient le prix des vins communs.
- MM. Maxime Cornu et Ch. Brongniart ont observé, aux environs de Gisors, une épidémie frappant une mouche, le Syrphus mellinus, tuée par un champignon du genre Entomophthora cœrulea, qui, en automne, fait périr la mouche commune.
- p.454 - vue 459/684
-
-
-
- PROGRAMME DES PRIX.
- AOUT 1881.
- 455
- On comprend qu’un champignon, dont les spores innombrables n’ont peut-être pas plus d’un millionième de millimètre et se trouvent répandues dans toute l’atmosphère d’une contrée, ait atteint et frappé de mort tous les individus de la région sur des lieues d’étendue. Aucun d’eux ne devait, en effet, échapper à cette inoculation spontanée; l’air qui frottait son corps lui offrait par centaines les spores qui lui inoculaient le champignon meurtrier.
- Chaque animal paraît avoir un ennemi microscopique de cette nature. En Amérique, on cherche à employer de tels auxiliaires pour se débarrasser du doryphora ; ce n’est pas nous, qui sommes frappés d’un fléau aussi dangereux que le phylloxéra de la vigne, qui pouvons négliger d’entrer dans cette voie. Nous avons essayé les procédés culturaux les plus perfectionnés, ils n’ont pas réussi. Les moyens chimiques auxquels on a eu recours n’ont donné qu’un succès limité, exigeant une lutte incessante et des dépenses annuelles sérieuses. Peut-être le moment est-il venu de demander aux naturalistes la recherche attentive d’un moyen qui fasse intervenir une puissance naturelle dans la lutte du vigneron et qui lui vienne en aide. Il faudrait trouver un moyen capable d’agir sur le phylloxéra, comme le corpuscule agit sur le ver à soie, comme l’oïdium agit sur la vigne, laquelle aurait succombé à ses atteintes dans nos cultures, si on n’avait pas trouvé un moyen facile de le combattre. Il s’agit de trouver une maladie mortelle pour le phylloxéra ; l’étude de ses maladies, qui est tout entière à faire, fournirait des ressources nouvelles.
- Jusqu’ici on ne nous a fait connaître que des phylloxéras bien portants. Qu’on nous montre des phylloxéras malades ! Qu’on recherche à quelles causes ignorées sont dues ces disparitions subites des phylloxéras d’un point attaqué, qu’on a si souvent remarquées ; jusqu’ici on n’a jamais étudié l’action des muscardines ou des champignons analogues, celle des vibrions ou des bactéridies sur le phylloxéra. Le moment n’est-il pas venu de s’en occuper?
- D’autres questions se présentent quand on approfondit l’histoire du phylloxéra. Que deviennent, dans les vignes du Midi méditerranéen, les œufs d’hiver qu’on n’y retrouve pas, tandis que dans le Bordelais, du côté de Libourne, on les observe avec facilité?
- Quelle différence y a-t-il entre les œufs d’hiver provenant d’un accouplement d’hiver et les œufs pondus par des femelles fécondées par parthénogénèse. Faut-il, comme le pense M. Lichtenstein, considérer les premiers comme des graines fécondées, les seconds comme des bourgeons ? Les produits provenant d’nn œuf d’hiver fécondé ont-ils un terme dans leur reproduction et cette force parthénogénifique dont ils sont animés doit-elle s’éteindre spontanément ou bien sont-ils capables de bourgeonner sans limites?
- Enfin, la mécanique a-t-elle dit son dernier mot à l’égard des moyens de fournir aux vignes l’eau nécessaire à leur inondation ou celle qu’exige l’emploi des sulfocar-bonates dissous?
- p.455 - vue 460/684
-
-
-
- 456
- PROGRAMME DES PRIX. — AOUT 1881.
- Autant de questions à résoudre.
- La Société d’encouragemont propose, en conséquence, trois prix de 3,000 francs chacun, qui seront décernés en 1882 :
- 1° En faveur de celui qui aura fait connaître un ou plusieurs ennemis du phylloxéra, appartenant au règne animal ou au règne végétal, et susceptible, comme lui, d’une reproduction à l’infini;
- 2° En faveur de celui qui aura éclairé, par une étude attentive, la nature de l’œuf d’hiver et celle de l’œuf non fécondé et qui aura montré, par des expériences authentiques, s’il est vrai que les colonies provenant d’un œuf fécondé disparaissent spontanément et à quelle cause il convient d’attribuer cette disparition ;
- 3° En faveur de celui qui aura mis à la disposition de la viticulture les pompes et les moyens de transport de l’eau les plus efficaces, les plus maniables et les plus économiques dans leur établissement et dans leur emploi.
- CONDITIONS GÉNÉRALES A REMPLIR PAR LES CONCURRENTS.
- 1. Les mémoires descriptifs, modèles, renseignements, échantillons et autres pièces, destinés à faire connaître les titres des concurrents, devront être déposés au secrétariat de la Société avant le 1er janvier de l’année désignée par le programme pour la délivrance des prix : ce terme est de rigueur.
- 2. Les concurrents qui auront traité plusieurs des questions mises au concours seront tenus de consacrer à chacune d’elles un mémoire séparé, appuyé de pièces distinctes, qui puisse être transmis, pour examen, à des commissaires différents.
- 3. Les concurrents qui ne voudraient pas mettre leur invention dans le domaine public devront prendre un brevet d’invention avant de se présenter au concours.
- h. Néanmoins, les auteurs qui désireraient garder le secret de leurs procédés et se décideraient à en présenter publiquement les résultats sans prendre de brevet d’invention, seront admis au concours, à la condition de déposer, dans un paquet cacheté, une description détaillée de ces procédés, dont l’exactitude sera vérifiée et certifiée par un membre du comité compétent.
- 5. Les mémoires descriptifs, les pièces écrites et les dessins déposés ne seront pas rendus aux concurrents qui n’auraient pas obtenu de prix; mais la Société leur en laissera prendre des copies et autorisera, s’il y a lieu, la reprise des modèles et des échantillons.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L EPERON, 5;
- Jules TREMBLAY, gendre et successeur.
- p.456 - vue 461/684
-
-
-
- h't/Ut'tm <h‘ lit AocuUe </‘htu•4>ura4jt,meni 'Trtnnemr .r<v-«> •• . I '/ !? J
- r\
- F i t>-. ï
- I !
- Jlfj
- II
- l>r-p. }L Jbr.e,,,-. f'.irw
- M ’ ! * \ i i !: i i. !!• ri.',.’-: \ ^ i'!\oT.wis v\n \i \i. n !: mî'i u;f\i ri: i i i. >.
- LrhLuir (/>'/ . L. {‘htuunonl ri .*v -
- pl.131 - vue 462/684
-
-
-
- pl.132 - vue 463/684
-
-
-
- 80e année.
- Troisième série, tome VIII. Septembre 1881.
- BULLETIN
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- INSTRUMENTS DE PRÉCISION.
- Rapport fait par M. Sebert, au nom du comité des arts économiques, sur un
- COMPTEUR TOTALISATEUR ÉLECTRIQUE, COUStmit par M. DUMOULIN -FROMENT,
- rue Notre-Dame-des-Champs, 85, à Paris.
- M. Dumoulin-Froment a présenté à la Société un compteur totalisateur qu’il a construit pour la Compagnie parisienne du gaz, et qui a fonctionné devant le Conseil dans la séance du avril dernier.
- Cet appareil permet, d’une façon générale, d’enregistrer à chaque instant le total des nombres de tours exécutés, depuis une origine commune, par un certain nombre de compteurs indépendants.
- Dans le cas particulier qui a provoqué l’étude et la construction de cet appareil, il s’agissait d’enregistrer, d’une façon continue, le total des nombres de tours exécutés par dix compteurs placés à l’usine à gaz de la Villette et servant chacun à mesurer le nombre de mètres ou plutôt de dizaines de mètres cubes de gaz sortis d’autant de gazomètres pour se rendre dans la canalisation. Cet enregistrement doit se continuer sans interruption pendant tout le cours d’une année, de sorte que le compteur totalisateur doit faire connaître, à chaque instant, le nombre de mètres cubes de gaz livrés à la consommation depuis le 1er janvier de l’année courante.
- Ce nombre peut ainsi s’élever en total, pour l’année entière, à 146 millions de mètres cubes, car chacun des compteurs peut être traversé, journellement, par FO 000 mètres cubes de gaz.
- Chaque compteur devait posséder un appareil numéroteur susceptible
- Tome VIII. — 80e année, 3J série. — Septembre 1880. 58
- p.457 - vue 464/684
-
-
-
- 458
- INSTRUMENTS DE PRÉCISION. —- SEPTEMBRE 1881.
- d’enregistrer le nombre de tours qu’il a exécutés depuis le commencement de l’année, et il s’agissait de réaliser un système susceptible de fournir, à chaque instant, le total des indications données par tous les numéroteurs.
- La disposition des locaux et la nécessité d’obtenir l’inscription du total cherché, dans une situation ou elle fût facilement visible de l’extérieur même du bâtiment renfermant les compteurs, ne permettaient pas de recourir à un système de transmission mécanique, et imposaient l’emploi d’organes électriques.
- Les numéroteurs particuliers des compteurs pouvaient être aisément réalisés en adoptant une disposition employée, pour la première fois, par Froment, il y a une quarantaine d’années, pour l’enregistrement du nombre de tours effectués par ses machines à diviser.
- Dans cette disposition, le nombre des tours de l’arbre du compteur n’est pas inscrit, comme dans les compteurs ordinaires, sur une série de cadrans successifs dont chacun note des unités différentes, que l’œil a peine à réunir pour former le nombre enregistré; les chiffres successifs qui constituent ce nombre sont portés sur la surface convexe d’autant de tambours montés sur un même axe et ils viennent se présenter, dans leur ordre naturel, devant une fenêtre allongée, de sorte que le nombre enregistré se lit, à chaque instant, sans difficulté et sous la forme habituelle.
- Le premier tambour placé vers la droite, et qui donne les dizaines de mètres cubes, porte dix crans, auxquels correspondent dix chiffres ; il est commandé par l’arbre dont on veut compter les tours et il tourne d’un cran pour chaque tour de ce dernier. Par une disposition qu’il est inutile d’indi quer ici, il entraîne le tambour suivant qui compte les chiffres des centaines et il le fait avancer d’un cran lorsque lui-même fait-un tour entier ou s’est avancé de dix crans. Ce second tambour fait avancer de même le troisième d’un cran par tour, et ainsi de suite.
- En employant un numéroteur de ce genre, dont le premier tambour serait mis électriquement en mouvement par une émission de courant due à un contact électrique produit, à la fin de chaque tour, par chaque compteur, on pouvait espérer arriver à totaliser les indications fournies par les dix compteurs.
- M. Dumoulin-Froment a réussi à établir un appareil qui fonctionne de cette façon, en employant un poids moteur pour mettre les rouages en mouvement et ne demandant à l’électricité que de provoquer, à chaque contact, le déclanchement du rouage moteur, suivi immédiatement d’un nouvel en-
- p.458 - vue 465/684
-
-
-
- INSTRUMENTS DE PRECISION» — SEPTEMBRE 1881. 459
- clanchement, de façon à ne laisser passer qu’un cran à chaque fois.
- Ce totalisateur constitue la première partie de l’appareil. Le courant fourni par deux éléments de pile Leclanché et lancé dans un circuit unique qui peut être, indifféremment, complété par le contact établi dans l’un ou l’autre des compteurs, suffit pour provoquer le fonctionnement de l’appareil.
- Mais ici se présente une difficulté. La rotation du premier tambour ou tambour des dizaines, lorsqu’il avance d’un cran à la suite du contact produit par un compteur quelconque, exige un certain temps, et si, pendant ce temps, un second contact vient à se produire du fait d’un second compteur, il est évident qu’il ne pourra provoquer une nouvelle mise en marche du tambour, puisque, à ce moment, l’électro-aimant moteur sera encore en action. La machine manquera donc l’inscription d’une unité, et l’on conçoit même qu’elle pourra en sauter plusieurs, d’un seul coup, si plusieurs compteurs achèvent accidentellement un tour entier au même instant.
- M. Dumoulin a réussi à éviter cet inconvénient par l’emploi d’un organe spécial qui constitue la seconde partie de l’appareil et forme un distributeur chargé, en quelque sorte, de recueillir les émissions de courant destinées à faire marcher le totalisateur et de les distribuer, à intervalles convenables, pour donner à celui-ci le temps d’effectuer successivement les mouvements correspondants à chacune d’elles.
- C’est cet organe qui constitue la partie réellement nouvelle et originale de l’appareil.
- Le principe de son fonctionnement est le suivant :
- Des électro-aimants, placés sur un seul rang horizontal, sont mis isolément en communication avec les dix compteurs, de façon que chacun d’eux attire une armature au moment où se produit le contact électrique qui marque la fin de chaque tour du compteur correspondant.
- Lorsque cette attraction s’est produite dans l’un d’eux, l’armature, qui n’est rappelée que par un ressort antagoniste très faible, reste provisoirement au contact du noyau, par l’effet du magnétisme rémanent qu’on a cherché, ici, à rendre aussi grand que possible, contrairement à la préoccupation habituelle dans les constructions de ce genre.
- Mais au-dessous des électro-aimants tourne un arbre horizontal qui est animé d’un mouvement de rotation régulier et qui porte dix cammes correspondant aux dix électro-aimants, et placées dans des plans diamétraux faisant entre eux des angles égaux. Ces cammes sont disposées de façon à venir rencontrer les extrémités des armatures correspondantes, lorsque celles-ci
- p.459 - vue 466/684
-
-
-
- 460 INSTRUMENTS DE PRECISION. — SEPTEMBRE 188t.
- sont attirées au contact de leur noyau, et à en provoquer alors le déclanchement, en venant en aide au ressort antagoniste.
- Dans ce mouvement de déclanchement, chaque armature vient établir un contact électrique momentané qui provoque une émission de courant dans le totalisateur et le fait, par suite, avancer d’un cran et marquer une unité.
- Si l’on suppose les dix armatures attirées simultanément et retenues par les dix électro-aimants, l’arbre en tournant viendra les arracher une à une à leur contact, à intervalles d’un dixième de tour, et provoquera ainsi, dans le totalisateur, l’arrivée de dix émissions de courants successifs tendant à déterminer le passage de dix crans.
- La vitesse de rotation de l’arbre est réglée de façon à permettre aux dix mouvements de se produire l’un après l’autre.
- Elle est, d’autre part, assez grande pour que l’arbre fasse un tour entier en un temps toujours moindre que la durée de rotation des compteurs; on n’a donc pas à craindre qu’une armature reste fixée à son contact pendant un tour entier du compteur correspondant, ce qui aurait encore pour effet de faire manquer l’inscription d’une unité.
- Une autre cause d’erreur pouvait provenir de la durée du contact qui se produit, dans chaque compteur, au moment ou un tour est terminé, et qui détermine une émission de courant chargée de faire fonctionner l’armature correspondante du distributeur.
- Si cette durée était assez longue pour qu’un second compteur pût venir établir un contact pendant qu’un autre est encore en prise, il arriverait que ce second contact ne déterminerait pas l’envoi d’un nouveau courant, et que, par suite, un seul tour serait compté au lieu de deux.
- On évite cet inconvénient en disposant sur chaque compteur élémentaire un organe mécanique qui provoque un mouvement accéléré de la première roue au moment où cette roue produit le contact qui détermine l’émission de courant. Un ressort qui se bande progressivement pendant la rotation de la roue à laquelle on laisse un certain jeu sur son axe, ressort qui, en se détendant, produit, au moment voulu, un lancé du rouage, constitue l’une des dispositions employées pour produire l’effet cherché.
- On a obtenu, par cette réunion d’organes ingénieux, une élégante solution d’un problème qui présentait, comme on voit, d’assez grandes difficultés.
- L’appareil construit a pu être mis en service et a fonctionné, à l’usine de la Villette, d’une façon assez satisfaisante pour que la Compagnie du gaz en ait commandé un second pour l’une de ses autres usines secondaires.
- p.460 - vue 467/684
-
-
-
- INSTRUMENTS DE PRECISION. — SEPTEMBRE 1881. 461
- C’est ce dernier appareil qui a été placé sous les yeux de la Société ; il présentait les mêmes dispositions que le premier, avec cette seule différence, qu’il n’était établi que pour quatre compteurs au lieu de dix.
- Pour permettre de le faire fonctionner dans la salle de nos séances, on avait remplacé par des touches susceptibles d’être manœuvrées à la main les contacts qui, à l’usine, sont établis par la rotation des compteurs.
- 11 était ainsi facile de constater que l’on peut toucher, dans un ordre quelconque, soit successivement, soit simultanément, toutes ces louches, et que toujours le totalisateur inscrit, en prenant son temps et en espaçant régulièrement ses mouvements, tous les contacts opérés.
- Les seuls contacts qui ne sont pas enregistrés sont ceux qui sont produits successivement, sur un même bouton, dans un intervalle de temps moindre que la rotation du distributeur; mais on sait que cet effet ne peut pas se produire dans la pratique, puisque cet arbre tourne plus vite que les compteurs et ne peut recevoir, de chacun de ceux-ci, qu’un seul signal, au plus, par tour.
- En résumé, l’appareil dont il s’agit présente des combinaisons mécaniques ingénieuses et constitue une heureuse solution d’un intéressant problème ; il peut trouver, dans l’industrie, un assez grand nombre d’applications utiles et mérite, par suite, qu’on en fasse connaître la disposition. Votre comité vous propose donc de remercier M. Dumoulin-Froment de cette intéressante communication et d’ordonner l’insertion du présent Rapport au Bulletin, avec les plans nécessaires pour faire comprendre le fonctionnement de l’appareil.
- Signé : Sebert, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 14 juin 1881.
- LÉGENDE EXPLICATIVE DE LA PLANCHE 133 REPRÉSENTANT UN COMPTEUR-TOTALISATEUR ÉLECTRIQUE DE M. DUMOULIN-FROMENT.
- I
- Compteur.
- Fig. 1. Vue extérieure du compteur numérateur.
- Fig. 2. Vue en coupe partielle des tambours portant les chiffres et du. mécanisme des compteurs numéroteurs adaptés aux compteurs à gaz.
- Fig. 3. Détails en élévation et en coupe d’un des tambours.
- p.461 - vue 468/684
-
-
-
- 462 INSTRUMENTS DE PRECISION- — SEPTEMRRE 1881.
- Fig. 4. Détails en profil-coupe d’un des disques.
- Fig. 5. Organe du compteur donnant un contact électrique à chaque tour du premier tambour.
- A A, axe fixe.
- B B, tambours portant les chiffres, ils sont mobiles autour de l’axe.
- C G, Disques échancrés, fixés sur l’axe A et par conséquent immobiles.
- D D, galets portés par les petits bras de levier mobiles autour des points a solidaires des disques C.
- E, ressort armé d’un doigt b d’entraînement et fixé par son talon en c sur la face intérieure de chaque tambour. Quand le tambour tourne, le doigt b glisse sur la tranche tout autour du disque fixe C et vient par conséquent, à chaque tour entier, passer sur l’échancrure d.
- e e, chevilles au nombre de dix fixées sur la face antérieure des tambours B.
- Le premier tambour n’en porte pas, il est entraîné directement par la roue d’angle F en relation avec l’arbre du volant du compteur à gaz.
- Lorsque le doigt b passe sur l’échancrure d, il s’abaisse suffisamment pour que son extrémité vienne repousser la cheville e qui se trouve en présence et qui appartient au tambour qui suit celui que l’on considère. Cette cheville et, par suite, le tambour B sont entraînés pendant un dixième de tour, c’est-à-dire jusqu’à ce que le doigt b ait franchi toute l’échancrure.
- Le tambour fait donc un dixième de tour et présente le chiffre suivant en face de la fenêtre de lecture. Le galet D assure la position régulière du tambour dans les encoches d’une roue à étoile à dix crans /, fixée sur la face antérieure du tambour.
- Distributeur.
- Fig. 6. Yue d’ensemble du distributeur du poids moteur et des dix électro-aimants.
- 1° Fil commun partant de la pile et allant à tous les compteurs.
- 2° Fil commun partant de la pile et aboutissant à tous les électro-aimants du distributeur.
- 3° Fil reliant respectivement chaque compteur à son électro-aimant correspondant.
- Fig. 7. Détail d’un électro-aimant, des cammes correspondant aux électro.
- Fig. 8. Détail, sur une plus grande échelle, de l’arbre armé des dix cammes. (Ce détail aurait dû être placé horizontalement, ainsi que l’indiquent les figures 3 et 6.)
- Totalisateur.
- Fig. 9. Yue d’ensemble du totalisateur.
- Fig. 10. Détails en vue extérieure et profil-coupe d’un des tambours portant les chiffres du totalisateur.
- p.462 - vue 469/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES. ----- SEPTEMBRE 1881. 463
- Fig. 11. Détails du mécanisme de l’échappement.
- A, axe fixe.
- B B, tambours mobiles portant les chiffres.
- G C, disques fixes sur l’arbre.
- D, levier articulé au point g et solidaire du disque fixe G. Ce levier est écarté petit à petit du centre A par le moyen de l’excentrique h et vient en prise à un moment donné (une fois par tour de tambour), avec la cheville e qui se trouve démasquée par l’échancrure lorsque l’excentrique vient à bout de course, le levier est ramené vivement par le ressort à boudin i et le cliquet /entraîne la cheville e, et, par suite, le tambour correspondant, jusqu’à ce que cette cheville soit masquée par la partie circulaire du disque G.
- Un galet m, portant sur deux chevilles e consécutives, assure la position du tambour.
- Le premier tambour est entraîné directement par l’axe du rouage à échappement.
- Les autres tambours sont mus comme il est dit précédemment.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. le colonel Pierre, au nom du comité des arts mécaniques, sur un appareil pour le raccommodage, sur place, des brancards de voiture cassés, par M. Poirot (Paul), boulevard Richard-Lenoir, 92.
- On sait ayec quelle facilité les brancards des voitures se brisent par suite de la chute du cheval, et l’embarras qui en résulte pour le cocher qui doit, avant de se remettre en route, consolider le brancard cassé par une réparation provisoire. Il se sert ordinairement pour cela d’un morceau de bois qu’il applique le long des tronçons rapprochés, et d’une corde au moyen de laquelle il brèle ensemble ces trois objets. Ce mode primitif et grossier, dont la solidité dépend de l’adresse et de la force du cocher ainsi que de l’emplacement et de la forme de la cassure, exige un temps assez long, occasionne souvent des blessures au cheval, et ne permet presque jamais de continuer la marche à l’allure voulue.
- M. Poirot (Paul), dessinateur-mécanicien, boulevard Richard-Lenoir, 92, est l’inventeur d’un appareil qui paraît remplacer avec succès le mode qu’on vient de décrire.
- Il se compose de deux presses à vis, proportionnées à la grosseur du brancard, réunies par une tige mobile, aux extrémités de laquelle sont fixées une courroie et sa boucle.
- p.463 - vue 470/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES. — SEPTEMBRE 1881.
- Pour opérer le raccommodage d’un brancard cassé, on fixe d’abord fortement l’une des presses sur la partie postérieure du brancard ; on en rapproche les deux parties sur la fracture, et, en ayant soin d’éloigner le plus possible la seconde presse de la première, on la fixe sur la partie anlérieure du brancard; on rabat la tige extérieurement; enfin, on enroule la courroie autour de la tige et du brancard en la serrant fortement, et on la boucle. Le brancard ainsi réparé présente une solidité suffisante pour permettre de repartir aux allures vives, puisque le tirage se fait sur la tige invariablement liée par les presses aux deux parties du brancard. L’appareil peut se poser en un endroit quelconque du brancard, aussi bien sur les parties droites que sur les parties cintrées.
- M. Poirot a pris un brevet d’invention en décembre 1879. Depuis cette époque, il a placé une certaine quantité de ses appareils, qui ont donné de bons résultats.
- Cette invention est appelée à rendre des services importants et surtout très fréquents dans toutes les circonstances où l’on se sert de voitures à brancards, dans les villes, dans les campagnes, dans les parcs des armées. Fabriqué en grand nombre, cet appareil serait d’un prix peu élevé.
- Pour toutes ces considérations, votre comité des arts mécaniques pense qu’il est bon d’en faire connaître l’existence et Futilité. A cet effet, il vous pro pose de remercier M. Poirot de la communication qu’il a faite à ce sujet à la Société, et d’insérer dans le Bulletin de la Société le présent Rapport accompagné d’un dessin à l’appui.
- Signé : Le colonel Pierre, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 22 juillet 1881.
- p.464 - vue 471/684
-
-
-
- ÉLECTRICITÉ.
- SEPTEMBRE 1881.
- 465
- CONGRÈS INTERNATIONAL DES ÉLECTRICIENS.
- DISCOERS DE M. J.-B. DUMAS, DE l’aCADEMTE FRANÇAISE, SECRETAIRE PERPETUEL DE
- L’ACADÉMIE DES SCIENCES, DANS LA SÉANCE PLÉNIÈRE DU CONGRES INTERNATIONAL
- DES ÉLECTRICIENS, TENUE LE 5 OCTOBRE 1881.
- Messieurs, une force qui circule aujourd’hui dans toutes les parties du globe, dont les organes, transportant la pensée ou la parole à travers les airs, sous la terre, au fond des mers, bravent toutes les distances et tous les obstacles, devait donner naissance à une vaste industrie.
- L’intensité de cette force, sa puissance de jet, la résistance que les agents de transmission opposent à son passage, autant de conditions qu’il était indispensable de définir et de préciser, pour rendre comparables les divers appareils en usage aujourd’hui.
- Cependant, les mesures employées clans les divers pays pour désigner cette intensité, cette puissance de jet, cette résistance, ne se ressemblaient pas. Sous le même nom, on désignait autant de valeurs différentes qu’il y avait autrefois de pieds, de livres, de quintaux, de boisseaux, avant l’établissement du système métrique. En passant d’un pays à l’autre, il fallait changer de dictionnaire, et, pour mettre d’accord les appareils de deux contrées entrant en communication télégraphique, il fallait se livrer à de longs et inutiles calculs.
- Non seulement chaque nation, mais chaque électricien semblait se plaire à imaginer de nouvelles unités de mesure pour les effets de l’électricité. Le désordre allait croissant, lorsque l’heureuse initiative de l’Association britannique pour l’avancement des sciences s’est appliquée à le faire cesser. Il appartenait, en effet, à cette réunion de tous les hommes éminents de l’Angleterre de prendre en main les intérêts de l’immense réseau de télégraphie sous-marine, dont on doit la création à sa puissante industrie, et de faire servir les vues purement scientifiques de Gauss et de Weber aux besoins de la pratique.
- Prenant pour base les découvertes des grands géomètres et des illustres physiciens, l’honneur de notre siècle, dont les noms survivront aux noms plus retentissants, célèbres par la politique ou les armes, l’Association britannique parvint, après de longs travaux, à instituer un système de mesures électriques étroitement coordonnées.
- Tome VIII. — 80e année. 3° série. — Septembre 1881.
- 59
- p.465 - vue 472/684
-
-
-
- 466
- ÉLECTRICITÉ.
- SEPTEMBRE 1881.
- Qu’il fût question de force mécanique, de pouvoir magnétique, de courants électriques, d’électricité statique, de développement de chaleur ou de décompositions chimiques, toutes ces manifestations de la puissance électrique pouvaient être rapportées désormais à une mesure commune, dérivant de trois unités absolues, et pouvaient être formulées en termes clairs et précis, ne laissant prise à aucun malentendu.
- En présence d’un tel monument scientifique, digne de tous les respects et de tous les hommages, la tâche du congrès était tracée. Il n’a pas hésité, un seul instant, à adopter les principes posés par l’Association britannique. De leur côté,les représentants illustres que l’Angleterre avait délégués au congrès n’ont pas hésité non plus à accepter les changements de détail que l’état de la science indiquait, et à souscrire à toute modification de nature à rendre plus facile l’adoption universelle du système.
- La décision que le congrès à prise à ce sujet n’est pourtant pas le résultat de concessions réciproques motivées par l’esprit de conciliation seul. Elle a été préparée par une discussion, à laquelle aucune lumière n’a manqué.
- Les savants les plus autorisés, dont la parole est écoutée avec respect dans le monde entier, ces savants, dont le nom est sur vos lèvres, y ont pris tous une part animée et convaincue. Si l’esprit de concorde et le sentiment de la plus délicate courtoisie n’ont jamais cessé de régner dans ces profonds débats, croyez bien, cependant, que la science dans son expression la plus absolue, et la pratique dans son sens le plus élevé, se sont trouvées en présence, défendant, avec une égale vigueur et pied à pied, leurs territoires respectifs.
- L’accord s’est fait, et, par une décision unanime, vous avez rattaché d’une part les mesures électriques absolues au système métrique, en adoptant pour base le centimètre, la masse du gramme et la seconde ; de l’autre, vous avez institué des unités usuelles plus voisines des grandeurs qu’on est accoutumé à considérer dans la pratique, et vous les avez rattachées par des liens étroits aux unités absolues. Le système est complet.
- L’Association britannique avait eu l’heureuse idée de désigner ces diverses unités par les noms des savants auxquels nous devons les principales découvertes qui ont' donné naissance à l’électricité moderne ; vous l’avez suivie dans cette voie, et désormais, les noms de Coulomb, de Yolta, d’Ampère, de Ohm et de Faraday demeureront étroitement liés aux applications journalières des doctrines dont ils furent les heureux créateurs.
- L’industrie, en apprenant à répéter chaque jour ces noms dignes de la
- p.466 - vue 473/684
-
-
-
- ÉLECTRICITÉ. — SEPTEMBRE 1881. 467
- vénération des siècles, rendra témoignage de la reconnaissance due par l’humanité tout entière à ces grands esprits, dont les bienfaits se répandent sur les plus ignorants et les plus humbles, et dont le génie et les efforts ne peuvent être appréciés que par l’élite des générations qui se succèdent. N’est-il pas juste que ceux qui reçoivent en quelques heures, des pays les plus lointains, des nouvelles d’un être aimé, sachent que Yolta, Ampère et Faraday ne sont pas étrangers à cet outillage merveilleux, dont la puissance fait battre les cœurs à l’unisson aux deux extrémités de la terre? Coulomb, Yolta, Ampère, Ohm, Faraday, ont appliqué leurs forces, sacrifié leur bien-être et voué leur vie entière à ces travaux dont nous recueillons les fruits, et si leur existence modeste et désintéressée n’a réclamé, pour de si grands bienfaits, d’autre profit qu’un peu de gloire, soyons assez justes pour en faire mesure large à leur souvenir.
- Les représentants de la France, dans cette assemblée, ne sauraient oublier avec quelle unanimité et quel empressement leurs collègues de tous les pays se sont réunis pour demander que les unités électriques nouvelles fussent rattachées aux unités anciennes du système métrique. Cette décision du congrès forme le complément de l’œuvre accomplie, il y a bientôt un siècle, par la Convention nationale. L’adoption universelle des mesures électriques contribuera, sans doute, à décider les nations qui hésitent encore à introduire dans leur législation l’usage du système métrique. Ce sera un grand bienfait. Ce n’est pas aux savants ou aux industriels seuls que son usage est nécessaire : c’est à la population la plus humble qu’il offre des conditions claires pour toutes les transactions et rapides pour tous les calculs.
- En présence du merveilleux spectacle que l’initiative hardie de M. le ministre des postes et des télégraphes a réuni sous nos yeux, a-t-on besoin d’insister pour justifier l’importance que le congrès a mise au choix des unités électriques et à leur universelle adoption, par une convention internationale ? Comment se reconnaître au milieu de ces appareils si puissants, si délicats, si divers, où se déploient toutes les ressources delà force mécanique, toutes les splendeurs de l’éclairage, toutes les magies des actions chimiques et tous les mystères de l’acoustique, si on ne peut comparer entre elles toutes ces manifestations d’une même force et en rapporter tous les phénomènes aux mêmes étalons ?
- Le congrès dote la science et l’industrie de ces mesures communes de toutes les grandeurs dont l’influence apparaît dans les actions électriques les plus diverses. Il ouvre à l’espèce humaine une ère nouvelle de progrès et de
- p.467 - vue 474/684
-
-
-
- ÉLECTRICITÉ.
- SEPTEMBRE 1881.
- 468
- fécondité, dont le concours empressé de toutes les nations à l’exposition a révélé l’importance, par l’infinie variété des moyens matériels mis au service de l’électricité, par la profondeur des débats que les savants les plus illustres sont venus enrichir libéralement des résultats les plus précieux de leurs travaux.
- La mythologie grecque, personnifiant avec bonheur les forces de la nature, avait rangé les vents, les flots et le feu sous les ordres de divinités secondaires ; elle avait fait du dieu de la poésie et des arts le représentant céleste de la lumière ; par une admirable prescience, elle avait réservé la foudre à Jupiter.
- La science et l’industrie se sont emparées depuis longtemps des forces que l’air et les eaux mettent à la disposition de l’homme. La vapeur, animée par le feu, lui permet de franchir tous les obstacles et de dominer les mers. La lumière n’a plus de secrets pour la science, et les arts multiplient chaque jour ses plus surprenantes applications. Restait un dernier effort à accomplir: il fallait saisir entre les mains du maître des dieux la foudre elle-même et la plier aux besoins de l’humanité ; c’est cet effort que le dix-neuvième siècle vient d’accomplir, et dont vous constatez le succès dans ce brillant congrès.
- Cet effort restera comme une date mémorable dans l’histoire ; au milieu du mouvement, de la politique et des agitations de l’esprit humain, il deviendra l’expression caractéristique de notre époque. Le dix-neuvième siècle sera le siècle de l’électricité !
- CONGRÈS INTERNATIONAL DES ÉLECTRICIENS.
- RAPPORT SUR LES TRAVAUX PRATIQUES DU CONGRÈS INTERNATIONAL DES ÉLECTRICIENS, LU PAR M. MASCART, A LA SÉANCE DE CLOTURE DU 5 OCTOBRE 1881.
- Messieurs, M. le Ministre m’a donné la mission périlleuse de résumer devant vous les travaux pratiques accomplis par le congrès, en indiquant brièvement la portée des questions qui ont été examinées et les motifs des résolutions auxquelles vous vous êtes arrêtés. Pour remplir dignement cette tâche, je m’efforcerai de m'inspirer de votre propre pensée et de me faire l’écho fidèle de vos délibérations.
- Dans le domaine de la science pure, nous devons signaler les discussions qui se sont élevées sur le magnétisme terrestre et l’électricité atmosphérique.
- On sait depuis longtemps qu’il existe un lien étroit entre les perturbations magnétiques, les aurores polaires et les courants qui se manifestent à la surface de la terre.
- p.468 - vue 475/684
-
-
-
- ÉLECTRICITÉ.
- SEPTEMBRE 1881.
- 469
- Les lignes télégraphiques forment aujourd'hui un réseau qui enveloppe le monde entier, jusqu’aux contrées où la civilisation n’a pas encore pénétré, et constituent ainsi un immense observatoire magnétique. Vous avez pensé que la science devait demander le concours des administrations d’Etat et des grandes compagnies qui exploitent les lignes télégraphiques, afin d’utiliser ce réseau pour l’étude du magnétisme terrestre. La question présente même un caractère d’urgence, si l’on veut venir en aide aux expéditions organisées par la commission polaire internationale pour entreprendre pendant une année, à partir de l’automne prochain, une série d’observations simultanées sur le magnétisme terrestre, avec des stations distribuées dans les deux hémisphères et aussi près des pôles que le permettront les rigueurs du climat.
- Tels sont les motifs des vœux suivants adoptés par le congrès :
- « 1° Que des mesures soient prises par les différentes administrations télégraphiques,
- « afin d’organiser une étude systématique des courants terrestres, sous le patronage « d’un comité international;
- « 2° S’il n’est pas possible d’obtenir à bref délai une pareille organisation générale,
- « il est à désirer qu’au moins des observations soient faites aux jours termes spécifiés « par la commission polaire internationale, à l’époque de ses expéditions. »
- L’électricité atmosphérique a donné lieu à un débat dans lequel nous avons eu la fortune d’entendre les vues ingénieuses ou profondes émises par des esprits éminents, parmi lesquels il me suffira de citer les noms de Sir W. Thomson et de M. Helmholtz. Le congrès en a gardé l’impression que les phénomènes d’électricité atmosphérique, si peu étudiés jusqu’à présent, constituent l’un des problèmes les plus élevés de la science, qu’ils jouent sans doute un grand rôle dans la nature et méritent d’attirer l’attention de tous les observateurs. Les principes ont été bien établis, la signification physique des effets que l’on peut observer, nettement définie; mais, pour apporter un progrès marqué dans nos connaissances sur cette question difficile, il est nécessaire que l’on dispose d’observations nombreuses, faites simultanément dans un grand nombre de stations et avec des méthodes comparables entre elles. Vous avez donc pensé, sur la proposition de M. Rowland, qu’il était utile d’établir une entente commune sur le « choix des méthodes et des instruments qui répondront le mieux aux indications de la théorie, afin de généraliser cette étude à la surface du globe ».
- Les questions relatives à l’électrophysiologie comprenaient, en particulier, l’examen des méthodes employées jusqu’à présent dans les laboratoires de recherches et dans les appareils médicaux, la discussion des méthodes nouvelles qui pourraient être proposées et le moyen d’en rapporter les effets à des mesures absolues. Une commission spéciale, composée des savants les plus autorisés, a consacré plusieurs séances à ces travaux, et vous avez entendu le savantRapport qui vous a été présenté par M. Du Rois Reymond; mais la nature du sujet ne comportait pas de résolutions sur lesquelles le congrès fut appelé à émettre un avis.
- Nous quittons maintenant la science pure pour entrer dans les applications, autant
- p.469 - vue 476/684
-
-
-
- 470
- ÉLECTRICITÉ. — SEPTEMBRE 1881.
- qu’il est permis d’établir aujourd'hui une pareille distinction en présence des résultats et des découvertes dont l’industrie nous a donné le spectacle.
- Le problème de la protection des édifices contre les effets de la foudre, résolu déjà dans ses traits principaux par le génie de Franklin, a été l’objet d’une discussion mémorable. Le congrès a entendu, avec le plus vif intérêt, les explications deM. Melsens sur les paratonnerres à conducteurs multiples, les renseignements fournis sur les instructions de l’Académie des sciences de Paris et de l’Académie de Berlin, les idées émises par plusieurs de nos collègues et les résultats des travaux de la commission anglaise des paratonnerres. Vous avez pensé qu’il n’était pas possible actuellement d’émettre un avis motivé sur les différents systèmes en présence, mais que le congrès devait user de son influence pour obtenir a qu’une entente s’établisse entre les divers Etats en vue de réunir les éléments d’une statistique relative à l’efficacité des divers systèmes de paratonnerres en usage ». Une pareille enquête, étendue à tous les pays, sera un document précieux pour fixer à l’avenir l’opinion des savants.
- La question n’a pas tardé à prendre un caractère plus général. Les effets de l’électricité terrestre se manifestent sur les lignes télégraphiques avec une intensité particulière et dans des circonstances plus variées, et l’on a dû prendre de nombreuses précautions pour préserver les appareils de réception, les bureaux et les fonctionnaires chargés du service des dépêches. Jusque-là les paratonnerres télégraphiques n’avaient guère préoccupé que les administrations.
- Mais l’électricité ne se borne plus à transmettre la pensée humaine d'un bout à l’autre de l’univers. Grâce à la merveilleuse invention dont Graham-Bell a eu la gloire, et qui constitue l’une des plus grandes découvertes de ce siècle si fécond, l’électricité porte aujourd’hui directement d’homme à homme, et sans aucune traduction intermédiaire, les modulations de la musique et la parole articulée.
- Si l’on n’a pas trouvé encore, et s’il y a peu d’espoir de trouver le secret de prolonger la vie humaine, on en multiplie l’activité et les jouissances intellectuelles dans des proportions inespérées. Les résultats obtenus déjà dans les communications téléphoniques nous permettent d’affirmer qu’on a ainsi créé subitement une nouvelle nécessité sociale. Mais, pour répandre ce bienfait, il devient nécessaire de multiplier aussi les fils télégraphiques, d’en couvrir les grandes villes, de les introduire dans l’intérieur des habitations. L’opinion publique a pu s’émouvoir de cette innovation et. craindre que l’on ne frayât ainsi un chemin facile aux ravages de la foudre.
- A la suite d’une discussion approfondie, le congrès a pensé qu’on ne devait pas s’inquiéter outre mesure de ces dangers, si des précautions convenables étaient prises dans l’établissement des fils ; toutefois, il ne pouvait affirmer que la protection fût absolue, et il a exprimé le vœu que l’enquête relative aux paratonnerres fût étendue aux accidents observés sur les fils télégraphiques et les fils téléphoniques.
- M. Van Bysselberghe a installé, dans le palais de l’exposition, un appareil qui enregistre à Paris les observations météorologiques faites à Bruxelles, démontrant par
- p.470 - vue 477/684
-
-
-
- ÉLECTRICITÉ.
- SEPTEMBRE 1881.
- 471
- expérience la possibilité de mettre à exécution un projet qu’il a présenté au congrès. On pourrait ainsi obtenir simultanément, dans les principaux instituts météorologiques d’Europe, un enregistrement ininterrompu des phénomènes observés dans un certain nombre de stations ; on aurait constamment sous les yeux l’état général de l’atmosphère à la surface de l’Europe, et tous les éléments nécessaires pour renseigner les populations, à la première alerte, sur l’arrivée probable des tempêtes.
- Vous avez jugé que ce projet est réalisable et qu’il rendrait des services certains; mais, avant de le recommander aux gouvernements, il a paru nécessaire de le soumettre à une étude approfondie, pour déterminer quelle serait la dépense totale d’installation et d’entretien des appareils et des fils de transmission, ainsi que la part qui incomberait à chacune des nations d’Europe, si on devait y consacrer un réseau spécial de fils internationaux.
- Au point de vue de la télégraphie pratique, plusieurs questions d’intérêt commun ont été soulevées dans les séances de section et dans le congrès.
- Lorsqu’une ligne en service n’emprunte qu’un seul territoire ou appartient à une seule compagnie, l’administration compétente a toutes facilités d’en étudier et d’en contrôler le bon état; mais, lorsque la ligne emprunte des fils appartenant à plusieurs réseaux différents, il est souvent difficile, en raison des nécessités de l’exploitation, de trouver le moment opportun pour ces épreuves. Afin de remplir cette lacune regrettable, le congrès a approuvé le vœu présenté par la seconde section, qu’ a une entente soit établie entre les administrations télégraphiques des divers pays, à l’effet d’instituer des expériences périodiques de mesure sur les fils internationaux ».
- La deuxième section a encore présenté au congrès les vœux suivants, qu’il suffira d’énoncer pour en faire comprendre l’intérêt pratique.
- « Dans les marchés et les publications, on ne désignera désormais les fils que par leur diamètre exprimé en millimètres, à l’exclusion de toute autre indication de jauge. »
- « La même règle sera appliquée aux dimensions des diélectriques. »
- La construction des câbles souterrains et des câbles sous-marins exige des quantités énormes de gutta-percha, et l’industrie se demande avec inquiétude si les arbres dont on extrait ce produit précieux ne menacent pas de nous faire défaut. La seconde section a appelé sur ce point l’attention des gouvernements, en insistant sur la nécessité de régler l’exploitation de la gutta-percha, de prendre des mesures pour en assurer la conservation et d’essayer dans d’autres pays l’acclimatation des arbres qui la produisent.
- Une question de la plus haute importance pour les grandes lignes de communications télégraphiques sous-marines a été soulevée devant le congrès, celle des droits respectifs des compagnies qui ont des câbles juxtaposés ou croisés, et des règles à établir quand l’un de ces câbles doit être relevé pour des réparations. On a fait remarquer aussi qu’il n’existe pas, jusqu’à présent, de garanties suffisantes pour la propriété
- p.471 - vue 478/684
-
-
-
- 472 ÉLECTRICITÉ. — SEPTEMBRE 1881.
- des câbles. Des lignes établies à grands frais, qui mettent en relation les deux mondes et représentent de grands intérêts industriels, n’ont pas une sécurité en relation avec leur importance sociale, et l’on peut craindre qu’elles ne soient souvent compromises sans recours par la malveillance ou la brutalité.
- Il y a là des questions de droit international et de droit privé qui échappent à la compétence du congrès, mais vous avez cru devoir appeler sur ce point l’attention des législateurs, et vous avez émis le vœu que « les gouvernements des différents pays s’occupent de la grave question de propriété et d’usage des câbles sous-marins ».
- Le congrès s’est préoccupé aussi des signaux distinctifs et des règles de navigation à établir pour les navires employés à la pose ou au relèvement des câbles, et avait émis un vœu à ce sujet; mais M. le ministre vous a informés que cette question se trouve déjà résolue par une convention à laquelle ont adhéré la plupart des nations.
- La lumière électrique a tenu dans le congrès la place importante qu’elle avait conquise dans le palais de l’exposition.
- Il y a quelques années seulement, la lumière électrique était réservée aux séances exceptionnelles d’expériences scientifiques et à la production des grands effets de décoration théâtrale ; elle n’a pas tardé à prendre possession des phares, où sa puissance d’éclairement a augmenté la sécurité des navigateurs sur nos côtes; elle est mise à contribution depuis quelques années pour l’éclairage des grands espaces, des ateliers, des magasins, des rues; enfin, elle pénètre aujourd’hui dans les habitation particulières, se perfectionne, se subdivise sous les formes les plus variées et s’impose à l’attention publique.
- Dans la discussion qui s’est élevée sur ce sujet et à laquelle ont pris part un grand nombre de savants, on a examiné la nature, la qualité et les caractères nouveaux de cette lumière. Sur la question de savoir comment on pourrait évaluer son pouvoir éclairant, le congrès s’est arrêté à cette conclusion, que les étalons en usage, les bougies et la lampe Carcel étaient devenus insuffisants. Il est nécessaire de trouver pour l’avenir un étalon de lumière qui possède d’autres qualités et un plus grand éclat, et vous avez entendu avec le plus vif intérêt les idées nouvelles qui se sont fait jour à ce sujet.
- En attendant les progrès que l’avenir ne tardera pas à nous apporter, vous avez été d’avis : « 1° de recommander l’emploi de la lampe Carcel dans les comparaisons photométriques que doit faire le jury avec les divers appareils de lumière électrique exposés ; 2° de présenter le vœu que le gouvernement français veuille bien prendre l’initiative d’une commission internationale qui sera chargée de déterminer l’étalon définitif de lumière et d’indiquer les dispositions à observer dans les expériences de comparaison. »
- Enfin, on demande aujourd’hui à l’électricité, non seulement de transmettre la pensée, la parole et la lumière, mais aussi de porter le travail mécanique. Elle est largement mise à profit dans les compagnies de chemins de fer, pour les signaux destinés
- p.472 - vue 479/684
-
-
-
- ÉLECTRICITÉ.
- SEPTEMBRE 1881.
- 473
- à protéger la marche des trains ; dans l’industrie, pour la mise en action des organes délicats et même des machines qui exigent un travail important. L’exposition nous a montré l’électricité employée à faire mouvoir des ventilateurs, des pompes, des voitures, des charrues, et l’on voit arriver le moment où elle portera la force motrice dans tous les ateliers des grandes villes. L’industrie des métaux y a recours pour les métaux galvaniques, l’affinage, l’extraction des métaux précieux, et nous avons assisté à une expérience curieuse de M. Siemens, où le courant électrique apporte à l’intérieur d’un foyer la chaleur nécessaire pour produire les températures les plus élevées et obtenir de véritables opérations métallurgiques. Toutes ces applications soulèvent une foule de problèmes sur la distribution, la répartition et le réglage des courants électriques, ainsi que le transport du travail mécanique ; le congrès a entendu à ce sujet des communications du plus haut intérêt, et il a appelé l’attention du jury sur l’utilit de faire des expériences de comparaison avec les appareils dynamo-électriques que renferme l’exposition.
- Le congrès international, avec l’aide de l’exposition dont il pouvait profiter comme d’un immense laboratoire, a donné une grande publicité aux découvertes des savants et une impulsion réelle au génie des inventeurs. En dehors de son rôle dans les questions de science technique, ce congrès a donc fait une œuvre utile au progrès général et marquera une date importante dans l’histoire de l’électricité.
- Toutefois, les travaux que je viens dépasser en revue rapidement, et dont je n’ai pu vous donner qu’une idée incomplète, sont la moindre partie de la mission que vous vous étiez imposée. Je me hâte de laisser la parole à notre illustre maître, M. Dumas, président de la première section, qui a bien voulu prendre le soin de vous exposer, dans la langue élevée dont il a le secret, les travaux du congrès relatifs à la question des mesures électriques.
- CONGRES INTERNATIONAL DES ÉLECTRICIENS.
- MESURES ÉLECTRIQUES.
- M. Dumas communique à l’Académie des sciences la décision adoptée à l’unanimité par le congrès des électriciens sur les propositions qui lui ont été présentées par sa première section.
- « On sait que l’Association britannique pour l’avancement des sciences a nommé, il y a quelques années, une commission chargée d’étudier cette question et de fixer les étalons de mesures pour les phénomènes électriques. Cette commission s’est arrêtée au choix d’un système d’unités basé sur la détermination des forces physiques en unités absolues rapportées au système métrique. Les uniformités fondamentales sont le centimètre, la masse du gramme et la seconde de temps moyen, et le système ainsi constitué est désigné par le symbole G. G. S. Pour les mesures pratiques, il a paru
- Tome VIII. — 80e année. 3' série. — Septembre 1881. 60
- p.473 - vue 480/684
-
-
-
- ÉLECTRICITÉ. — SEPTEMBRE 1881.
- m
- nécessaire de choisir des unités qui ne donnent pas des nombres trop grands ou trop petits pour les quantités dont on fait usage habituellement et utile de désigner ces unités par des noms spéciaux qui rendent le langage plus facile. A l’exemple de ce qui avait été fait déjà dans les réunions de l’Association britannique, le congrès a décidé que les cinq unités les plus importantes : courant, force électromotrice, résistance, capacité électrique et quantité d’électricité, seraient désignées par les mots ampère, volt, ohm. farad et coulomb.
- « I/unité la plus importante au point de vue pratique, et dont toutes les autres peuvent se déduire facilement par des expériences simples, est celle de la résistance, En Allemagne, on adopte généralement comme étalon l’unité dite de Siemens, définie, comme l’avait autrefois proposé Pouillet, par la résistance d’une colonne de mercure de lmmq de section et de lm de longueur. Cette résistance équivaut environ aux 95/100 de l’ohm, qui a été adopté par l’Association britannique.
- « Dans la discussion qui a eu lieu sur ce point, on a admis sans conteste que l’étalon de résistance doit être représenté par une colonne de mercure, les métaux solides pouvant présenter dans leurs propriétés électriques des variations qui dépendent du temps et des opérations mécaniques ou physiques auxquelles ils ont été soumis, variations qui ne sont pas encore suffisamment connues. Une colonne de mercure, au contraire, aura toujours, à la même température, une résistance définie. D’autre part, il a paru très important que l’unité de résistance fût établie sur une base purement scientifique et rapportée aux unités absolues.
- « Après une discussion approfondie, le congrès a décidé de conserver la définition de l’Association britannique et d’employer le mercure comme étalon; mais il a jugé qu’il était nécessaire de faire de nouvelles recherches pour déterminer la longueur de la colonne de mercure à zéro, qui devra être acceptée dans la pratique comme représentant avec une approximation suffisante la résistance d’un ohm.
- Ces travaux ne peuvent être accomplis que par une commission internationale de savants. Le congrès a prié M. le ministre des postes et des télégraphes de prendre des mesures pour que cette commission soit convoquée dans le plus bref délai. Le résultat en est impatiemment attendu par la science et l’industrie.
- a Les résolutions adoptées par le congrès sont les suivantes :
- « 1° On adoptera pour les mesures électriques les unités fondamentales : centimètre, masse du gramme, seconde, et ce système est désigné, pour abréger, par les lettres C. G, S.
- « 2° Les unités pratiques, Y ohm et le volt, conserveront leurs définitions actuelles : l’ohm est une résistance égale à 109 unités absolues (C. G. S.) ; le volt est une force électromotrice égale à 108 unités absolues (C. G. S.).
- « 3° L’unité pratique de résistance [ohm] sera représentée par une colonne de mercure de lmmq de section à la température de 0° C. Une commission internationale sera chargée de déterminer, par de nouvelles expériences, pour la pratique, la
- p.474 - vue 481/684
-
-
-
- ÉLECTRICITÉ.
- SEPTEMBRE 1881.
- 475
- longueur de la colonne de mercure de lmmq de section à la température de 0« C., qui représentera la valeur de l’ohm.
- « 4° On appelle ampère le courant produit par la force électromotrice d’un volt dans un circuit dont la résistance est d’un ohm.
- « 5. On appelle coulomb la quantité d’électricité définie par la condition que, dans le courant d’un ampère, la section du conducteur soit traversée par un coulomb par seconde.
- « 6° On appelle farad la capacité définie par la condition qu’un coulomb dans un condensateur dont la capacité est d’un farad établisse entre les armatures une différence de potentiel d’un volt. »
- ÉLECTRICITÉ.
- SUR UNE MODIFICATION DE LA LAMPE ÉLECTRIQUE, PAR M. JAMIN.
- « Aussitôt qu’il eut découvert l’arc électrique, Davy le plaça dans le vide et reconnut : 1° que sa longueur est augmentée ; 2° que les charbons ne s’usent plus. Depuis cette époque, diverses personnes ont essayé d’enfermer leurs appareils dans l’air confiné, mais jamais, à ma connaissance, dans des vases hermétiquement clos, ni au milieu de gaz sans action sur les charbons rougis. Cela tenait sans doute auxdif-ficultés de l’expérience, à cause de la dimension des régulateurs. La lampe que j’ai fait connaître à l’Académie, pouvant être réduite à de très petits volumes, peut être placée soit dans le vide, soit dans des gaz inertes, au milieu de globes entièrement fermés. Voici le résultat des expériences que j’ai exécutées sur ce point :
- « Parmi les gaz qui n’ont pas d’action sur les charbons, on peut citer l’azote, l’acétylène, l’oxyde de carbone, le gaz des marais et probablement le sulfure de carbone. La plupart des autres sont décomposés. Ainsi, la vapeur d’eau donne de l’oxyde de carbone et de l’acétylène, l’acide carbonique double son volume et se change en oxyde de carbone, les carbures d’hydrogène, et en particulier la vapeur de pétrole, se décarburent, donnent naissance à des filaments de coke qui réunissent les pointes des charbons et font d’un appareil à arc un brûleur par incandescence.
- « L’air offre un intérêt particulier. On voit tout d’abord le vase se remplir de vapeurs rutilantes parla combinaison, sous l’influence électrique, de l’oxygène et de l’azote. Mais ce composé se détruit bientôt et le gaz redevient incolore ; il est évident que l’acide hypoazotique, après avoir pris naissance sous l’influence électrique, est à son tour décomposé pour fournir de l’oxygène au charbon. Finalement, il ne reste que de l’azote et de l’oxyde de carbone.
- « Pendant ce temps, l’arc électrique subit des modifications correspondantes. Tant qu’il y a des vapeurs rutilantes, il varie à] la fois dans son intensité et dans sa cou-
- p.475 - vue 482/684
-
-
-
- 4:76
- ÉLECTRICITÉ. — SEPTEMBRE 1881.
- leur ; on le voit monter et descendre le long des pointes. A mesure que le gaz se décolore, la flamme se fixe et change de teinte. Enfin, quand tontes les transformations chimiques sont accomplies, elle est réduite à un arc très net, bien étalé, d’un bleu verdâtre sans mélange d’autres couleurs. Mais ce qu’il faut surtout remarquer, c’est qu’elle prend une fixité absolue, sans aucune défaillance dans son intensité, ni variation dans sa couleur ou sa position. Jamais, dans aucun cas, je n’ai remarqué une aussi complète fixité qni entraîne nécessairement la même invariabilité, dans l’éclat des pointes ; je crois que cette circonstance est de la plus haute importance, en ce qu’elle nous affranchit des irrégularités qu’on rencontre dans tous les charbons.
- « Ce spectre est sillonné par une incroyable quantité de raies très fines et presque régulières qui en constituent le tissu très serré. En outre, il offre en ses diverses parties un éclat très inégal. On y remarque quatre grands maxima qui naissent brusquement du côté le moins réfrangible par une ligne très brillante, laquelle se répète ensuite à des distances égales en s’affaiblissant. Ces maxima sont dans le jaune vert, le vert, le bleu et le violet; ils restent seuls visibles quand la lumière diminue; on reconnaît alors le spectre de la flamme bleue de l’alcool ou du gaz, celui des gaz carburés traversés par l’étincelle de Ruhmkorff et enfin celui de la récente comète que M. Thol-lon venait justement d’étudier avec le même instrument : c’est le spectre électrique de la vapeur de charbon rendue incandescente sans brûler.
- « Les choses se passent autrement dans l’air : le charbon brûle, l’arc est rouge et l’on voit se succéder à intervalles irréguliers le spectre précédent, et un autre qui est dû à la combustion et qui est tout à fait différent; il présente un splendide assemblage de raies éclatantes dues à la combustion des métaux que contient le charbon. Il est évident que dans un gaz inerte nous avons affaire à un phénomène simple, purement électrique, que l’arc est un courant, que nous pouvons le diriger et le maintenir invariablement aux pointes par des actions électromagnétiques ; c’est pour cela que la lumière prend une si remarquable fixité. Dans l’air libre, au contraire, le phénomène est complexe. Il y a encore le courant que nous pouvons fixer, mais il y a aussi la combustion des charbons sur laquelle nous ne pouvons rien, qui varie d’un moment à l’autre par le défaut d’homogénéité des charbons et qui occasionne les oscillations qu’on reproche avec raison à la lumière électrique.
- « Si l’on opère dans l’air confiné, on commence par observer le spectre de combustion; aussitôt que les transformations chimiques commencent, le spectre électrique apparaît; on ne les voit pas tous deux en même temps : ils se succèdent et se remplacent alternativement; peu à peu les durées du premier diminuent : elles s’allongent pour le second, qui finit par persister.
- « Il est bien remarquable que dans les deux cas l’arc soit caractérisé par des spectres si dissemblables et que les oscillations de la lumière ne soient que l’indice du passage d’un spectre à l’autre.
- « Ce qui doit nous intéresser encore davantage, c’est que les charbons cessant de
- p.476 - vue 483/684
-
-
-
- CHIMIE INDUSTRIELLE.
- SEPTEMBRE 1881.
- m
- brûler cessent aussi de s’user. Quand on opère dans l’air avec un courant moyen, on dépense environ 0m, 16 de bougie par heure, et, comme il y a cinq bougies de 0m, 32 par lampe, c’est une durée de dix heures, soit une nuit. Dans l’appareil fermé, à mesure que le gaz se transforme, l’usure décroît rapidement et se réduit jusqu’à 0m,002 environ par heure. Chaque bougie dure cent soixante heures, chaque lampe huit cents heures ou quatre-vingts nuits de dix heures. On peut dire que la lampe électrique devient perpétuelle, qu’il suffira de remplacer les charbons quand il faudra la nettoyer, que la dépense des charbons est presque annulée, que leur qualité devient indifférente, que les soins journaliers sont supprimés et que la lumière acquiert une fixité jusqu’à présent inconnue ; il faut ajouter que par ses qualités antérieures la lampe s’allume spontanément aussitôt que le courant est fermé.
- « Dans la pratique il faut réduire autant qu’on le peut les dimensions du globe de verre qui contient le brûleur, empêcher avec le plus grand soin l’air extérieur d’entrer pendant les refroidissements, tout en permettant au gaz intérieur de s’échapper pendant la fonction, ce à quoi on parvient au moyen d’une soupape. Quant aux dispositions de ces globes, on peut les varier à l’infini ; celles que nous avons adoptées sont très simples. Tout est soutenu par un plateau métallique ; un anneau fixé sur son contour avec des vis maintient un anneau de caoutchouc qui se replie sur la cloche et la soutient par la pression, s’élargit et laisse échapper l’air; pendant le refroidissement, il serre la cloche et la ferme. »
- {Comptes rendus de l’Académie des sciences.)
- CHIMIE INDUSTRIELLE.
- INDUSTRIE DE LA MAGNÉSIE. — NOTE DE M. TH. SCHLOESING.
- « Je me propose de faire connaître des moyens nouveaux d’extraire la magnésie des eaux amères des marais salants, et même de l’eau de mer; mais, avant de traiter ce sujet, qu’il me soit permis de présenter les considérations qui m’ont conduit à m’en occuper.
- « Personne n’ignore que deux systèmes se disputent les déjections des habitants des villes : l’un veut la projection directe des matières à l’égout, au moment de leur émission ; les eaux d’égout ainsi enrichies doivent ensuite être utilisées par l’agriculture, ou tout au moins être épurées sur des espaces restreints par filtration àtraversle sol ; l’autre conseille de recueillir les déjections, de les transporter et de les traiter dans des usines en vue d’en extraire les principes fertilisants. Le premier est généralement usité en Angleterre ; il tend à passer en Allemagne et compte de zélés partisans en France ; il offre l’avantage de délivrer immédiatement une ville de ses résidus les plus repoussants, avantage prépondérant pour une population soucieuse avant tout de son bien-être présent. Mais si l’on cherche un exemple d’utilisation réelle des
- p.477 - vue 484/684
-
-
-
- 478
- CHIMIE INDUSTRIELLE.
- SEPTEMBRE 1881.
- eaux d’égout d’une grande ville, on ne le trouve point, et l’on est obligé de convenir que la projection à l’égout est le plus souvent la projection dans les nappes d’eaux souterraines ou dans les rivières et finalement à la mer d’une masse énorme de principes fertilisants ravis à la terre végétale. Le second système, au contraire, obéit à la loi de la restitution; il condense les principes fertilisants des vidanges dans des engrais qui retournent aux champs; mais il a contre lui l’imperfection de ses moyens d’exécution, fosses fixes ou mobiles, transports bruyants, émanations offensantes dans la ville et au dehors. On lui fait de plus un reproche très grave ; l’extraction de l’ammoniaque étant fondée sur l’emploi d’une quantité de vapeur considérable et proportionnelle au cube de liquide traité, les frais d’exploitation s’élèvent en raison de la dissolution des vidanges; le traitement industriel devient donc Y ennemi de l’eau et se trouve dès lors en opposition avec les recommandations expresses de l’hygiène.
- « Les plus hautes autorités de la science, MM. Chevreul, Dumas, Boussingault, Liebig, ont proclamé la nécessité de rendre au sol les éléments nutritifs des récoltes exportés de la ferme pour aller se concentrer dans les villes ou les usines, et quiconque s’est occupé des conditions de la fertilité des terres a retenu les termes énergiques par lesquels M. Dumas les a résumées : « Toute agriculture qui ne reconstitue « pas le sol est dévastatrice, toute population urbaine qui perd ses immondices pré-« pare son suicide. » Il est donc évident que toute discussion entre les deux systèmes serait superflue, et que la supériorité serait définitivement acquise au second, si l’on parvenait à remplir les deux conditions suivantes : recueillir et transporter les vidanges en évitant tout contact avec l’air et le sol, sans émanation nuisible ou incommode; leur appliquer un procédé d’extraction des principes fertilisants, exempt d’un surcroît de frais occasionné par l’état de dissolution des matières (1). La première condition concerne les ingénieurs : elle est à l’étude et, si je ne me trompe, bien près d’être réalisée; la seconde est du ressort de la chimie; j’ai voulu apporter ma contribution à une œuvre qui intéresse au plus haut point le maintien de la fertilité de notre sol, en entreprenant les recherches dont je vais maintenant présenter le résumé.
- , « Des trois principes essentiels contenus dans les vidanges, la potasse, l’acide phos-phorique etl’azote combiné, le premier ne peut être recueilli dans l’état présent de la science ; le deuxième se trouve presque en entier avec les matières solides ; la majeure partie du troisième est à l’état d’ammoniaque, dont l’extraction est l’opération essentielle des usines traitant les vidanges, et la seule que je veuille considérer pour le moment. Abandonnant le procédé de la distillation, l’ennemi de l’eau, je suis revenu à une réaction bien connue, souvent tentée, la précipitation de l’ammoniaque à l’état
- fl) Je tiens à faire observer que le traitement à part des vidanges laisse enlière la nécessité d’épurer les eaux d’égout et de les utiliser par l’irrigation, opération dont je demeure un très ferme partisan.
- p.478 - vue 485/684
-
-
-
- CHIMIE INDUSTRIELLE. — SEPTEMBRE 1881.
- 479
- de phosphate ammoniaco-magnésien; seulement, au lieu de mettre en présence, dans la vidange, un sel de magnésie et un phosphate soluble, d’un prix toujours trop élevé, j’ai eu recours directement à l’acide phosphorique et à la magnésie, tous deux libres ou combinés d’avance.
- « Le prix de revient de l’acide sulfurique est aujourd’hui tellement réduit, qu’il est possible de fabriquer sans trop de frais l’acide phosphorique libre au moyen des phosphates minéraux. Cet acide possède dans le phosphate ammoniaco-magnésien une valeur égale à celle qu’on lui donne dans les superphosphates : les frais de sa fabrication sont donc largement couverts par la plus-value qu’il acquiert en passant d’un phosphate minéral dans une combinaison dont tous les éléments, ammoniaque, acide phosphorique et magnésie sont assimilables. Mon principal effort devait donc porter sur les moyens d’obtenir la magnésie en abondance et à bas prix.
- « Tous les chimistes savent qu’un lait de chaux étendu précipite intégralement la magnésie de ses dissolutions salines, mais le précipité, très volumineux, gélatineux même, ne peut être séparé et lavé industriellement par une turbine ou un filtre-presse. Ils savent encore qu’on augmeute la compacité d’un précipité de ce genre, en le produisant dans des liqueurs concentrées; toutefois, mise à nu dans ces nouvelles conditions, la magnésie résiste encore aux appareils de filtration.
- « Cependant une foule de substances, le carbonate de magnésie entre autres, que nos moyens ordinaires de préparation nous fournissent sous la forme de précipités volumineux, se trouvent dans la nature à l’état compact, amorphes ou cristallines, et ont pourtant été extraites de dissolutions. A l’exemple des minéralogistes, qui ont reproduit artificiellement tant d’espèces naturelles, je pouvais espérer de trouver les moyens d’obtenir la magnésie, sinon compacte, au moins non gélatineuse et sous une forme permettant la filtration et le lavage : ces moyens existent, en effet, et sont bien simples.
- « Quand on imbibe d’une dissolution de chlorure magnésien de la chaux éteinte en poudre et sèche, la magnésie mise en liberté faisant fonction de ciment, on peut façonner la matière en petits fragments poreux possédant quelque consistance. Si l’on suspend un de ces fragments dans une dissolution de chlorure magnésien, on constate au bout de quelques jours que la chaux y a été remplacée intégralement par de la magnésie hydratée. L’interprétation du fait est bien simple : le fragment a été le siège d’une double diffusion ; le chlorure de magnésium s’est diffusé du dehors au dedans, mais il s’est changé dans le fragment en chlorure de calcium, qui s’est diffusé à son tour du dedans au dehors. Ces deux diffusions sont simultanées et prennent fin quand toute la chaux est remplacée par la magnésie. Voilà donc un moyen de contracter et de réduire à un faible volume un précipité qui aurait occupé le volume entier de la dissolution, si tout d’abord on y avait délayé le fragmentée chaux.
- « Ces mêmes phénomènes se produisent pour un grand nombre de fragments, comme pour un seul, quand ils sont entassés dans un vase approprié, où l’on fait
- p.479 - vue 486/684
-
-
-
- 480
- CHIMIE INDUSTRIELLE. --- SEPTEMBRE 1881.
- circuler lentement, de haut en bas, une dissolution magnésienne. Après cinq ou six jours, la transformation est complète : on peut même remplacer la dissolution par de l’eau pure et laver complètement la magnésie; le brassage en fait une bouillie blanche qui, séchée à l’air libre, donne une masse agrégée, mais très friable sous les doigts ; c’est de l’hydrate de magnésie MgO,HO pouvant demeurer longtemps au contact de l’air sans se carbonater notablement, et dont la pureté dépend de celle de la chaux employée.
- « Ces premiers résultats étaient encourageants : toutefois je ne pouvais perdre de vue une circonstance qui en diminuait la valeur, la dissémination des marais salants sur une longue étendue du littoral. Je ne pouvais songer au transport des eaux mères dans quelques établissements centraux; la nouvelle industrie devra être disséminée à son tour comme les salins et être confiée aux mains des sauniers : une extrême simplicité de son matériel et du travail sera donc pour elle une condition vitale. Or, la chaux éteinte ne peut guère se passer d’un blutage; c’est un premier inconvénient; puis la mise en fragments, si facile au laboratoire, me semble une opération délicate et peu pratique en grand ; si les fragments sont trop compacts, la transformation se fait mal ; s’ils sont trop poreux, ils s’éboulent et arrêtent la circulation des dissolutions.
- « Je suis sorti de ces difficultés, en trouvant le moyen d’employer la pâte de chaux préparée simplement selon les errements des maçons; j’en fabrique des vermicelles, en la foulant à travers une plaque de métal percée de petits trous, ce qui élimine les pierres, graviers et incuits. Si mes vermicelles tombaient sur le sol ou dans l’eau, ils auraient promptement reconstitué de la pâte, mais je les reçois dans la dissolution de chlorure magnésien ; à l’instant où ils touchent cette dissolution, ils s’habillent d’une mince couche de magnésie, sorte de carapace qui les consolide si bien qu’ils peuvent dès lors être entassés sur lm,50 de haut sans s’affaisser sous leur poids et en laissant entre eux tout l’espace nécessaire à la circulation des liquides. Au reste, ces vermicelles se conduisent absolument comme les fragments de chaux éteinte : ils engraissent beaucoup durant leur transformation, mais cet embonpoint n’est point suffisant pour obstruer les passages réservés aux liquides.
- « La réussite certaine de l’opération dépend de quelques conditions que je dois mentionner. La pâte ne doit être ni trop serrée ni trop molle : trop serrée, elle fournit une magnésie trop compacte, qui arrête les diffusions avant qu’elles aient pénétré jusqu’à l’axe des vermicelles; trop molle, elle donne une magnésie dépourvue de cohésion, et tout s’affaisse avant la fin de la transformation. La meilleure pâte est celle qui renferme de 34 à 36 pour 100 de chaux anhydre. La dissolution magnésienne à son tour ne doit être ni trop étendue ni trop concentrée, parce que la cohésion de la magnésie est en rapport direct avec la concentration ; la magnésie est donc trop serrée ou trop lâche, s’il y a excès en plus ou en moins dans le titre de la liqueur. L’expérience m’a montré que le titre doit être compris entre 25 et 40 grammes de magnésie anhydre pour 1 [litre de liqueur; d’où l’on voit que les
- p.480 - vue 487/684
-
-
-
- CHIMIE INDUSTRIELLE. — SEPTEMBRE 1881. 481
- eaux mères des salins devront plutôt être étendues que concentrées. Les lois de la diffusion posées par Graham sont ici en défaut; l’accélération des phénomènes, due à une augmentation de titre, est balancée parla résistance qu’oppose un dépôt plus consistant de magnésie; j’ai trouvé que la durée d’une opération est à peu près indépendante du degré de concentration des liquides, entre les limites indiquées : elle est de six jours, auxquels il en faut ajouter un consacré au lavage.
- « La présence du sel marin, toujours abondant dans les eaux mères, est indifférente; c’est un spectateur désintéressé de phénomènes qui ne le concernent pas.
- Les eaux mères contiennent des sulfates solubles qu’il est essentiel de décomposer au préalable, sous peine de ne recueillir qu’un mélange de plâtre et de magnésie. Pour éliminer les sulfates, il suffit de mêler aux eaux neuves un volume calculé d’eaux traitées, riches en chlorure de calcium ; au bout de quelques heures de repos, le dépôt de sulfate de chaux est achevé ; il occupe environ la douzième partie du volume du mélange : on peut donc le rejeter, sans souci de la quantité d’eau mère interposée et perdue avec lui.
- « J’ai à peine besoin de dire que des opérations fondées sur des diffusions doivent être soumises, en industrie, à un régime méthodique comme celles qui ont pour objet des déplacements de corps solubles. Des tonneaux en bois seraient suffisants dans le cas présent, mais j’espère simplifier encore le matériel, en faisant usage de longues rigoles creusées en terre, ayant î mètre de profondeur sur 1 à 2 mètres de largeur, dans lesquelles les dissolutions circuleraient horizontalement à travers les masses de vermicelles formées sur place par criblage de la pâte calcique.
- « L’eau de mer est une dissolution de chlorure et de sulfate magnésiens beaucoup trop étendue pour servir à l’exploitation du procédé que je viens d’esquisser 5 je montrerai néanmoins, dans le cours de cette communication, qu’on en peut faire la source directe et illimitée de la magnésie nécessaire pour l’extraction de l’ammoniaque.
- « Les eaux mères des marais salants sont une source de magnésie limitée et en possession exclusive des propriétaires des salines ; il m'a paru désirable de pouvoir extraire cette substance des eaux de la mer, qui en sont un réservoir inépuisable.
- « La magnésie peut être précipitée de l’eau de mer par la chaux, comme de toute autre dissolution plus concentrée. Après précipitation et repos d’un jour, 1 mètre cube d’eau marine donne un précipité de magnésie gélatineuse occupant un volume d’environ 80 litres. Le traitement d’un cube d’eau considérable dont la magnésie se déposerait dans de vastes bassins serait une opération industrielle parfaitement réalisable, dont l’achat de la chaux serait la plus forte dépense. Après décantation des eaux limpides, on se trouverait en présence d’une boue blanche contenant, pour 40 litres, 1 kilogramme de magnésie que des appareils de filtration ne pourraient séparer; comment donc en tirer parti ? Toute difficulté devait être levée si j’arrivais à convertir la magnésie de cette boue en un composé insoluble, pulvérulent et filtrable,
- Tome VIII. — 80e année, 3® série. — Septembre 1881. 61
- p.481 - vue 488/684
-
-
-
- 482
- CHIMIE INDUSTRIELLE. — SEPTEMBRE 1881.
- et d’ailleurs directement applicable à la précipitation de l’ammoniaque des vidanges. Le phosphate de magnésie tribasique réalise très heureusement ces diverses conditions.
- « Si je mêle à ma boue magnésienne une quantité calculée d’acide phosphorique en dissolution étendue, j’obtiens aussitôt un précipité de phosphate tribasique qui se tasse par le repos, se laisse filtrer sur toile ou dans le filtre-presse et précipite, en quelques minutes, l’ammoniaque à l’état de phosphate ammoniaco-magnésien. Cette dernière propriété résulte de l’état de combinaison dans lequel se trouve toujours l’ammoniaque des vidanges ; elle y est combinée à divers acides, fixes ou volatils qui, en présence du phosphate tribasique, lui emprunte l’un de ses trois équivalents de magnésie pour lui céder en retour leur ammoniaque, d’où, résulte un précipité de phosphate ammoniaco-magnésien.
- « Ainsi, pour préparer un produit capable de précipiter rapidement et à froid l’ammoniaque des vidanges et de fournir un puissant engrais, il faut simplement :
- « Puiser de l’eau de mer, la traiter par la chaux, laisser reposer vingt-quatre heures, décanter les eaux claires qui retourneront à la mer, mélanger la boue déposée avec une dissolution d’acide phosphorique, laisser déposer de nouveau pour recueillir le précipité.
- « Un établissement placé sur notre littoral Ouest ou Nord serait obligé de passer le précipité au filtre-presse; mais, dans notre Midi, il suffira de le jeter sur la terre nue et de laisser agir le soleil.
- « Cette nouvelle branche de l’industrie de la magnésie exigera que l’extraction de l’acide phosphorique des phosphates minéraux soit pratiquée dans l’établissement même où l’eau de mer sera traitée. Je ne vois pas d’inconvénient à exempter ainsi les usines qui traitent les vidanges du soin de préparer l’acide phosphorique : j’y trouve, au contraire, un très grand avantage, celui de permettre l’exploitation des déjections humaines dans les villes de médiocre importance, où le procédé par distillation ne peut guère s’établir, grevé qu’il est par l’installation d’appareils d’autant plus coûteux qu’ils produisent moins.
- « Le phosphate tribasique de magnésie préparé par l’eau de mer n’est pas pur. La boue magnésienne contient les 8/100 des sels calcaires solubles par lesquels on a remplacé ceux de magnésie dans l’eau de mer; une partie de ces sels calcaires forme du phosphate de chaux tribasique ; en outre, l’acide phosphorique employé contient de l’alumine et de l’oxyde de fer ; le produit obtenu est donc un mélange de phosphate de magnésie, de chaux, d’alumine et de fer; mais le premier en constitue au moins les 4/5, et l’on conviendra que l’usage auquel il est destiné l’exempte de la condition de pureté imposée à d’autres produits.
- « Parmi les conceptions industrielles qui s’ajoutent chaque jour aux listes de brevets," il en est qui exigent un long apprentissage avant de passer dans la pratique, soit qu’elles mettent en œuvre des appareils nouveaux, soit que les opérations rencontrent des difficultés imprévues quand elles s’étendent à de grandes masses. Telle était la
- p.482 - vue 489/684
-
-
-
- MÉCANIQUE,
- SEPTEMBRE 1881.
- 483
- conception de la fabrication de la soude à l’ammoniaque, quand un membre éminent de l’Académie, M. E. Rolland, et moi, en avons réalisé la première application en France. D’autres, au contraire, échappant aux périlleuses questions des appareils, des vases et des masses, sont à coup sûr applicables en grand, quand les projets d’installation ont été étudiés dans toutes leurs parties ; tel est le cas de la fabrication du phosphate de magnésie par l’eau de mer. Je puis donc, sans trop de témérité, envisager un instant sa destinée probable. Il me semble qu’elle est appelée à transformer l’industrie des superphosphates ; je veux dire que le traitement des phosphates naturels par l’acide sulfurique, au lieu de s’arrêter à mi-chemin pour livrer des produits de valeur variable et quelque peu incertaine, devra pousser jusqu’au bout la réaction de l’acide sulfurique et faire de l’acide phosphorique libre, qui sera ensuite combiné à la magnésie, puis à l’ammoniaque, pour arriver à un produit à peu près constant par sa composition et sa valeur commerciale ; il est possible encore que la nouvelle industrie, évidemment mieux placée sur notre littoral méditerranéen que sur d’autres rivages baignés par les mers septentrionales, affranchisse notre agriculture du tribut qu’elle paye aujourd’hui à l’Angleterre en lui achetant la majeure partie des superphosphates qu’elle consomme.
- « En résumé, les eaux mères des marais salants et toute dissolution de sels magnésiens qui n’est pas trop étendue se prêtent à la fabrication de l’hydrate’de magnésie, que l’on peut faire servir ensuite, soit à précipiter l’ammoniaque de ses dissolutions, soit à tout autre usage, tel, par exemple, que la confection des briques réclamées par la métallurgie. L’eau de mer, de son côté, peut servir à la production économique de phosphate de magnésie tribasique, immédiatement applicable à la précipitation de l’ammoniaque à froid. »
- (Comptes rendus de /’Académie des sciences.)
- ACCIDENTS DE MACHINES.
- NOTICE SUR L’ASSOCIATION DE MULHOUSE POUR PRÉVENIR LES ACCIDENTS DE MACHINES, RÉDIGÉE PAR UN MEMBRE DE L’ASSOCIATION D’APRÈS LES RAPPORTS DE M. THÉODORE SCHLUMBERGER ET LES BULLETINS DE L’ASSOCIATION.
- En 1867, M. Engel-Dollfus, vivement ému par les accidents nombreux dont étaient victimes les enfants des manufactures, fondait /’association de Mulhouse pour prévenir les accidents de machines, faisait pour cet objet appel à toutes les bonnes volontés et, après avoir obtenu le concours d’un grand nombre d’industriels, plaçait son entreprise sous le patronage de la Société industrielle, qui, pénétrée de l’utilité de l’œuvre, chargeait son comité d’utilité publique d’en préparer les statuts, et son comité de mécanique de lui accorder, à titre de Conseil, un concours précieux et per-manant qu’elle n’a cessé d’utiliser.
- p.483 - vue 490/684
-
-
-
- 484
- MÉCANIQUE.
- SEPTEMBRE 1881.
- Pour connaître cette association, apprécier ses visées, juger de sa marche et de ses développements, nous avons les rapports si lumineux de son président, M. Engel-Dollfus, qui, depuis, n’a cessé delà diriger avec ardeur et conviction.
- Chaque année, depuis sa création, cette oeuvre a été présentée sous l’un de ses aspects multiples.
- A plusieurs reprises, c'est le côté philanthropique et charitable qui est décrit en termes émouvants et persuasifs, montrant d’une part de nombreuses victimes, et promettant d'autre part des mesures tutélaires propres à diminuer sinon à supprimer les causes du mal.
- Une autre fois, c’est le caractère spontané, tout de sollicitude et de bienveillance pour l’ouvrier, qui est mis en relief, en opposition avec les mesures ordonnées ailleurs par la loi.
- Plus tard, c’est une attaque vigoureuse contre l’indifférence et la routine, une réponse victorieuse aux objections tirées des abus possibles auxquels l’institution peut donner lieu.
- Ou bien ce sont des considérations élevées, définissant, en matière d’accidents, la responsabilité selon la loi et la responsabilité selon la conscience.
- Ou bien encore, c’est la statistique avec ses données, qui est offerte aux réflexions des sociétaires et qui leur enseigne le devoir en montrant ce que l’on peut obtenir par un ensemble d’efforts persévérants.
- Mais il serait difficile d’énumérer tous les aperçus que contiennent ces pages éloquentes, inspirées par l’amour du bien.
- Les meilleures pensées, quand du projet il faut passer à l’exécution, sont sujettes à bien des écueils, et c’est ici que l’on doit admirer le bon sens qui a su éviter ces dangers.
- Dans ce qui a été fait, on chercherait en vain les exagérations d’une bienfaisance s’exerçant à l’aventure ou les illusions de l'enthousiasme qui compte sur la reconnaissance.
- Avant de donner un conseil ou de recommander un appareil, l’association s’est assurée du mérite de ce qu’elle avance.
- Aussi l’expérience a sanctionné ses espérances et fait voir que dans une tentative sans analogue jusqu’ici, elle a su trouver du premier coup la méthode la plus appropriée à son objet.
- Voici en quelques mots le plan suivi :
- 1° Etudes successives de toutes les machines employées dans les industries du rayon de Mulhouse, au point de vue des dangers qu’elles présentent.
- Recherches de moyens simples, pratiques et peu coûteux propres à rendre inoffensifs les organes dangereux.
- 2° Statistique des accidents, examen des circonstances dans lesquelles ils se produisent, mise à profit des observations recueillies, en vue d’éviter le retour des mêmes malheurs.
- p.484 - vue 491/684
-
-
-
- MÉCANIQUE. — SEPTEMBRE 1881.
- 485
- 3° Publicité : propager les préservatifs, multiplier l’emploi des appareils reconnus efficaces.
- Emulation parmi les chercheurs : récompenses offertes aux plus méritants.
- Inspections assurant aux sociétaires tout le bénéfice des recherches communes.
- Tels sont les principaux points du programme que formulait le fondateur ; voyons comment il a été suivi.
- Dès le début, l’inspecteur de l’association a soumis à ses investigations les machines multiples utilisées dans les industries du rayon de Mulhouse.
- Parmi les principales communications faites aux sociétaires on trouve :
- Des règlements concernant les ouvriers employés aux batteurs, aux cardes, aux bancs à broches, aux métiers à filer et aux machines à imprimer.
- Ces règlements, élaborés par le comité de mécanique de la Société industrielle et par l’inspecteur de l’association, sont distribués aux sociétaires sous forme d’affiches à poser dans les ateliers et sous forme de brochures pour les ouvriers.
- Des règlements pourl’usage des sonnettes indiquant l’arrêt et la mise en marche des moteurs et pour le nettoyage des transmissions.
- Dispositions pour prévenir les accidents qui peuvent arriver aux calandres et aux machines à imprimer (MM. F. G. Heller, inspecteur, et A, Nardin, de Loerrach).
- Dispositions préventives pour batteurs (MM. Auguste Dollfus, à Mulhouse, et A. Heller, àMùnster).
- Dispositions préventives pour transmissions (MM. P. Baudouin, à Mulhouse, et Ph. J. Biedermann, à Logelbach).
- Accidents aux cardes et moyens de les prévenir (MM. P. Baudouin, à Mulhouse, N. Schlumberger et comp., à Guebwiller, et F. G. Heller, inspecteur).
- Perche à crochet pour le montage des courroies.
- Note sur les meules à aiguiser.
- Nettoyeur automatique pour porte-cylindres et chariots de métiers à filer (MM. Jean Michel, rattacheur à Mulhouse, Bebstock, à Mulhouse, A. Storck, à Guebwiller, F. G. Heller, inspecteur).
- Manchons sans clavettes (MM. F. Reuleaux, à Berlin, A. Chevance, à Saint-Charles (Oise).
- Études sur les monte-charges (MM. A. Kœchlin et comp., h Mulhouse, Dollfus, Mieg et comp., h Mulhouse).
- Monte-courroie deM. P. Baudoin, à Mulhouse.
- Garde-navette pour métiers à tisser (MM. A. Kœchlin et comp., à Mulhouse, Michel Klinger, à Mulhouse, et S ins, à Mulhouse).
- Appareil pour caler les volants pendant l’arrêt des grandes machines à vapeur (MM. Dollfus, Mieget comp., à Mulhouse).
- Grille défendant l’accès du mouvement aux bancs à broches (MM. Dollfus, Mieg et comp., à Mulhouse). '
- p.485 - vue 492/684
-
-
-
- 486
- MÉCANIQUE.
- SEPTEMBRE 18S1.
- Appareils préventifs pour scies circulaires (MM, Dollfus, Mieg et comp., à Mulhouse, Fromm, à Mulhouse, et F, G. Eeller, inspecteur).
- Étude sur le maniement des courroies.
- Porte-courroies de M. Ph. J. Biedermann, àLogelbach.
- Monte-câbles de M. A. Trincano, à Logelbach, etc., etc.
- La liste des travaux de l’association présente une grande étendue et il faut y ajouter bon nombre de renseignements fournis par divers collaborateurs et que l’association s’est empressée de publier dans ses comptes rendus.
- D’autre part, l’inspecteur consacre beaucoup de temps à des visites d’inspection et aux enquêtes concernant les accidents; il fait verbalement ses observations, qui sont confirmées ensuite par un rapport écrit dont copie reste déposée au bureau de l’inspection.
- Sans autre moyen de persuasion qu’un appel au bon vouloir, l’inspecteur est obligé de répéter souvent les mêmes avis, d’insister sur les mêmes points et cela sans devenir importun. Néanmoins, les résultats obtenus sont très importants (1).
- En vue d’étendre son influence, de stimuler le zèle des inventeurs, de reconnaître les efforts de ses adhérents, l’association a institué divers prix destinés à encourager les chercheurs, les industriels et les directeurs qui ont répandu dans leurs ateliers l’emploi de mesures préventives (2).
- L’association a particulièrement fait valoir la nécessité de ne pas prendre de bre-vets pour les procédés de défense et de protection, et elle a obtenu de la plupart des inventeurs qui sont venus à elle, qu’ils fissent l’abandon complet de leurs droits ; il en est résulté en effet une adoption très rapide des moyens préventifs.
- Par suite de sa nature, l’association a besoin d’une publicité étendue, de travaux collectifs, de propagande énergique : ce sont des conditions vitales pour elle, et son président, M. Engel-Dollfus, l’a si bien compris, qu’avec sa libéralité accoutumée, il vient de faire construire, à ses frais, six bâtis modèles, qui contiennent, ingénieusement groupés, les principaux appareils recommandés par l’association (3).
- (1) Presque tous les batteurs des sociétaires sont munis des appareils préventifs patronés par l’association :
- 82 bancs à broches (environ) sont munis de grilles défendant l’accès aux mouvements.
- 785 métiers à filer comprenant 510260 broches sont nettoyés par des nettoyeurs automatiques. 980 poulies sont munies de monte-courroies et de porte-courroies.
- 2 430 métiers à tisser sont garnis de garde-navettes.
- 42 machines à imprimer sont munies d’appareils de sûreté.
- Sans compter une foule d’autres installations préventives qu’il serait impossible d’énumérer et concernant des scies circulaires, meules, monte-charges, cardes, essoreuses, calandres, etc., etc.
- (2) Trente-quatre médailles en or, argent ou bronze ont été décernées jusqu’à ce jour.
- (3) Un de ces bâtis a été exposé par M. Engel-Dollfus à l’Exposition universelle de Paris de 1878, classe 54, n« 191.
- p.486 - vue 493/684
-
-
-
- MÉCANIQUE.
- SEPTEMBRE 1881.
- 487
- Les cinq premiers bâtis ont été donnés à Xa Société industrielle de Verviers, àlaSo* ciétéindustrielle de Rouen, au Musée industriel de Zurich-Winterthur, au Conservatoire des arts et métiers de Paris et à l’Ecole polytechnique de Paris.
- Le sixième, après avoir figuré aux expositions de Carlsruhe, Stuttgart, Kaiserslau-tern, Dusseldorff, Cassel, Breslau, Halle (Allemagne), Vienne (Autriche) etc., est destiné à l’Ecole centrale des arts et manufactures de Paris.
- Tout récemment, l’association à commencé la publication d’une série de manuels (1).
- 1° Plus d’accidenls aux transmissions. ] Guide des directeurs et contre-maîtres, indi-
- 2° » batteurs. f quant les mesures et précautions les plus
- 3° » cardes. > propres à faire éviter les accidents pen-
- 4° 9 machines préparatoires. 1 dant le travail. — Résumé des observa-
- 5° » métiers à filer. J tions faites de 1867 à 1880.
- Nous avons sous les yeux le premier de ces manuels qui est, à notre connaissance, le premier de ce genre qui voie le jour, et nous le recommandons vivement à MM. les industriels qui ont à cœur de protéger leurs ouvriers pendant le travail.
- Les dépenses directes de l’association, depuis son origine, se sont élevées à environ 110000 francs ; mais il y a lieu d’y ajouter une somme approximative de 300 000 francs pour celles qu’ont faites généreusement de leurs deniers les sociétaires, en installations, moyens de sûreté, visant tous le même but de sécurité de l’ouvrier dans l’atelier (2).
- L’influence de l’association de Mulhouse sur la question des accidents de machines a été fort grande et elle a été due surtout à la manière active et persévérante avec laquelle elle s’est appliquée à rechercher les moyens de prévenir Xqs accidents.
- Il existait peu de chose en cette matière avant 1867; peu d’années après, le branle
- (1) En vente chez le concierge de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, 44, rue de Rennes, à Paris.
- (2) L’association de Mulhouse pour prévenir les accidents de machines comprend aujourd’hui :
- 42 sociétaires, occupant 18 673 ouvriers et possédant :
- 891 840 broches de filature.
- 6 536 métiers à tisser mécaniques.
- 87 machines à imprimer.
- 3 ateliers de construction.
- 1 papeterie.
- 1 fabrique de papiers peints.
- Les cotisations sont de fr. 6,00 par mille broches et par an. \
- 0,20 par métier à tisser et par an. > avec 10 pour 100 de rabais. 20,00 par machine à imprimer. )
- Pour les ateliers de construction et les industries diverses il est fait des abonnements.
- p.487 - vue 494/684
-
-
-
- 488
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- SEPTEMBRE 1881.
- est donné; l’opinion, mieux éclairée, s’émeut, et les législations de l’Allemagne, de la Suisse, de la France sont imprégnées du sujet; des inspections sont, créées partout et elles mentionnent avec éloges les efforts de l’association mulhousienne, quand elles ne lui empruntent pas directement le fruit de travaux tout désintéressés (1).
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Note g tir le bois de Onébraclio ou Gnebraeko, par NI. Tliannenr, ingénieur des ponts et chaussées. — Monsieur l’ingénieur en chef de Lagrené a appelé l’attention sur certains bois de l’Amérique du Nord, employés dans les constructions [Annales des Ponts et Chaussées, février 1879).
- Monsieur l’ingénieur en chef Voisin Bey a également donné des renseignements sur un bois de l’Amérique du Sud : le green-heart (même cahier).
- L’Amérique du Sud produit beaucoup d’autres bois remarquables au point de vue de l’art de l’ingénieur, notamment :
- Le yandubay, excessivement dur, qui passe pour être imputrescible et avec lequel on fait des clôtures dont la durée est indéfinie.
- Lecouroupay, très dur aussi, très riche en matière tannante, ayant d'ailleurs quelque analogie avec le Québracho (prononcez kébratchau), le plus intéressant de tous, peut-être, et le plus employé par les constructeurs.
- Le Québracho est très abondant au Brésil et à la Plata.
- Le tronc est relativement court, plus court que celui du chêne.
- Son diamètre varie dans les mêmes limites que celui du chêne.
- En Amérique, on s’en sert pour faire des traverses de chemin de fer, des poteaux télégraphiques équarris à vives arêtes, des pieux, des estacades, etc... C’est avec lui qu’on a construit une grande partie des ouvrages en charpente des ports de Buenos-Ayres et de Montevideo.
- Sa dureté est considérable, surtout quand il est abattu depuis quelque temps; la hache rebondit alors sur lui, sans l’entamer sensiblement.
- Il est beaucoup plus lourd que l’eau. Son poids spécifique peut atteindre, pour certains morceaux, 1,333, soit un tiers en plus.
- (1) Avis important. — Pour recevoir, franco par la poste, les manuels dont la publication est annoncée dans cette note, adresser les demandes, avec 55 centimes en timbres-poste, au concierge de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, rue de Rennes, 44. — Le prix de ces manuels, au Bureau, est de 50 centimes chaque.
- p.488 - vue 495/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES. -
- SEPTEMBRE 1881.
- 489
- Sa couleur est rougeâtre comme celle de l’acajou. Au bout d’un certain temps elle devient noirâtre.
- On le débite à la scie mécanique. Il est, en raison de sa dureté, difficile à travailler, et c'est à grand’peine et avec des outils excellents qu’on y taille les assemblages ordinaires.
- Sa résistance à l’écrasement est bien supérieure à celle du chêne et à celle du green-heart.
- Il est peu fibreux, peu élastique. C’est un bois compact, surtout apte à travailler à la compression.
- Sa propriété caractéristique, celle qui l’a fait introduire en France et employer dans l’industrie, est de contenir une forte quantité de matière tannante, 20 pour 100, dit-on (?), tandis que l’écorce du chêne n’en contiendrait guère que 5 pour 100 (?).
- Aussi, dans l’Amérique du Sud, ne se sert-on, pour le tannage des peaux, que de la sciure de Québracho.
- Employé pur, il donne un cuir quelque peu cassant et de moindre qualité que le cuir tanné d’après le procédé français.
- La transformation s’opère d’ailleurs beaucoup plus rapidement.
- Un mélange composé d’un tiers de Québracho réduit en poudre et de deux tiers de tan paraît donner de bons résultats.
- Il n’y a qu’une usine en France, celle de M. Clavé, à Coulommiers, où l’on réduise en poudre le Québracho au moyen d’un engin mécanique très puissant, qui le divise en copeaux, et d’un broyeur Carr, qui reprend les copeaux et les réduit en poudre.
- C’est chez M. Clavé qu’on peut voir journellement des trains entiers chargés de Québracho, et c’est à son obligeance que nous devons la plus grande partie des renseignements qui précèdent.
- Déchargé au Havre ou à Bordeaux, en billes de toutes dimensions, il coûte 90 francs la tonne, soit 120 francs le mètre cube.
- En pieux équarris, sans aubier, il coûterait environ 130 francs le mètre cube.
- On se demande si, en raison de sa grande dureté, et aussi en raison de la grande quantité de matière antiseptique qu’il contient, le Québracho ne résisterait pas énergiquement aux attaques des tarets et des limnories, et, par conséquent, s’il ne serait pas d’un excellent usage à la mer, pour pieux de fondation tout au moins, estacades, buses, etc....
- Il serait intéressant de faire des expériences à ce sujet sur les parties du littoral où dominent ces xylophages, et de comparer les résultats avec ceux que donnerait le chêne, créosoté ou non.
- Les ingénieurs américains sont peut-être fixés sur ce point, bien important.
- Il paraît d’ailleurs certain que des traverses de chemin de fer en Québracho dureraient beaucoup plus longtemps que des traverses en chêne et qu’il y aurait avantage
- Tome VIII. — 80e année, 3e série. ~~ Septembre 1881. 62
- p.489 - vue 496/684
-
-
-
- 490
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- SEPTEMBRE 1881.
- à substituer les premières aux secondes, si toutefois l’augmentation de poids et la difficulté du travail ne font pas obstacle.
- Les ingénieurs américains savent certainement à quoi s’en tenir sur ce dernier point.
- Monsieur l’ingénieur en chef Durand-Claye a bien voulu se charger d’examiner, au point de vue de la résistance notamment, quelques échantillons de Québraeho, assez mal choisis d’ailleurs, et certainement au-dessous de la moyenne, comme qualité, que nous avions envoyés au laboratoire de l’Ecole des ponts et chaussées. -
- \oici textuellement le résultat des observations et expériences qu’il a faites sur notre demande.
- Caractères généraux. — Ce bois paraît extrêmement dur et d’une densité considérable.
- Il possède une grande quantité de nœuds, et les échantillons envoyés ne présentaient une texture fibreuse rectiligne que sur de faibles longueurs.
- Les essais de résistance auxquels il a été procédé n’ont, par suite de cette circonstance, qu’une valeur relative, les pièces sur lesquelles on a opéré présentant une partie de leurs fibres coupées obliquement.
- Ce bois était fissuré en divers points par des fentes assez larges, remplies d’une sorte de gomme résine de couleur acajou foncé.
- Poids spécifique. — La densité moyenne des 12 blocs qui ont été découpés dans les échantillons pour les essais de résistance est 1,230. Elle a varié de 1,203 à 1,238.
- Résistance à l'écrasement dans le sens des fibres. — On a soumis à l’écrasement, entre les plateaux d’une presse hydraulique, huit cubes découpés dans le gros bloc de 0m,10 de côté. On a continué d’augmenter la pression jusqu’à ce que le bois fût désagrégé et que la colonne manométrique cessât de monter.
- Six des cubes ont été écrasés debout, la pression s’exerçant dans le sens des fibres. Ils se sont rompus sous les charges suivantes par centimètre carré :
- N° l N® 2 N® 3 N° 4 N° 5 N® 6 moyenne
- 737 k. 705 k. 768 k. 750 k. 706 k. 729 k. 731k.
- La rupture s’est produite, en général, par la séparation brusque du bloc en plusieurs fragments.
- Résistance à Vécrasement, perpendiculairement au sens des fibres. — Les deux autres blocs ont été essayés à plat, la pression s’exerçant perpendiculairement au sens des fibres. L’un deux a cédé sous une charge de 810 kilogrammes par centimètre carré, des fragments s’étant séparés brusquement de la masse. L’autre a résisté à 1,729 kilogrammes de charge par centimètre carré.
- Résistance à la rupture par flexion.— On a ensuite posé, sur deux appuis distants de 0m,40, quatre tringles ayant les dimensions suivantes :
- p.490 - vue 497/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- SEPTEMBRE 1881.
- m
- LARGEUR. ÉPAISSEUR
- cm. cm.
- N° 1 5,41 1,51
- N° 2 4,62 1,50
- N° 3 2,51 1,46
- IV 4 2,51 1,48
- On a mesuré leur flexion sous des charges croissantes. On a observé que cette flexion ne variait pas exactement dans la même proportion que les charges, et qu’elle augmentait un peu plus vite.
- Si l’on calcule le coefficient d’élasticité E par la formule ordinaire
- E
- PL3
- ibh*f
- où P représente la charge, L la' distance des appuis 0”,40, b la largeur et h l’épaisseur de la tringle, f la flèche prise par la tringle, on a trouvé que E variait :
- ni. kü.
- Pour la tringle N° 1 de 738 à 1 010 par centimètre carré,
- — N° 2 de 703 à 754 —
- — N° 3 de 1 066 à 1219 —
- — N° 4 de 747 à 959 —
- La rupture de ces tringles a eu lieu brusquement et sans qu’elles eussent paru dépasser la limite d’élasticité, la flèche n’ayant pas pris un accroissement anormal préalablement à la rupture, comme cela se passe dans les bois fibreux et élastiques.
- La rupture a eu lieu sous les charges ci-après :
- NM N° 2 N° 3 N° 4
- 125 k. 80 k. 75 k. 70 k.
- Si l’on admet qu’à ce moment-là le bois obéissait encore aux lois de l’élasticité, sa résistance par centimètre carré, dans les parties les plus tendues, calculée par la formule ordinaire :
- 3PJL n ~~ 2bh*
- était :
- NM N° 2 N° 3 N* 4
- 608 k. 462 k. 841k. 754 k.
- Mais ces résultats, obtenus sur de petites pièces, dont les fibres étaient obliques à leur longueur, ne peuvent donner une idée précise de ce qui se passerait dans des pièces de charpente.
- Résistance à la rupture par arrachement. — Il en est de même d’un dernier essai
- p.491 - vue 498/684
-
-
-
- m
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- SEPTEMBRE 1881.
- qui a été tenté pour connaître la résistance du bois à la rupture par arrachement.
- Deux pièces en double T, découpées dans une des tringles, ont été soumises à la traction et se sont rompues sous des charges de 4k,28 et de 5k,92 par millimètre carré. Mais la traction ne s’exerçait pas dans le sens des fibres, et la rupture a eu lieu par un simple décollage de deux fragments continus.
- Composition des cendres provenant de la combustion. —- A titre de renseignement, on ajoutera qu’on a fait brûler une certaine quantité de bois, et qu’on en a obtenu 106 pour 100 de cendres parfaitement blanches, dont la composition a été trouvée la
- suivante :
- Résidu insoluble dans les acides...................... 1,50
- Peroxyde de fer et alumine......................... traces.
- Chaux................................................ 8*2,50
- Magnésie....................................... . 5,40
- Acide phosphorique.................................... 0,60
- Alcalis............................................... 0,25
- Perte au feu et produits non dosés. .................. 9,75
- 100,00
- (.Annales des ponts et chaussées.)
- lia préparation et la vente du hareng en Allemagne. — Nous empruntons à Y Impartial, de Boulogne-sur-Mer, les renseignements qui suivent et dont l’importance n’échappera pas à nos lecteurs :
- « Voici une circulaire très intéressante pour nos pécheurs et armateurs. Elle nous arrive directement d’Allemagne; et pour n’en pas altérer le caractère, nous lui laissons son originalité, qui, d’ailleurs, n’ôte rien à la valeur des recommandations qu’elle renferme ni au mérite des sages observations qui y sont consignées.
- « Elle est relative à la bonne préparation du hareng de la pêche d’été qui se fait au Dogger-Bank; elle indique les principales conditions qu’ont à remplir ceux qui veulent écouler leurs salaisons sur les marchés allemands ou ceux des pays voisins.
- « Nous la recommandons tout particulièrement à l’attention des armateurs et patrons qui n’ont sans doute pas oublié les fâcheux résultats de nos dernières campagnes. On a, il est vrai, rapporté de la mer beaucoup de poisson; mais comment la plupart des tonnes étaient-elles préparées? A quel prix a-t-on vendu?...
- « Presque tous nos pêcheurs avaient préféré le braillage au caquage. Ils ignoraient peut-être que le hareng du Dogger-Bank, hareng très gras, mais d’un goût excellent, doit être bien saigné et bien travaillé, sinon il ne se conserve pas. Il faut donc le ca-quer, le vider avec soin et le plus tôt possible, à la façon hollandaise, puis le saler avec du sel blanc et fin de Portugal, le paquer et le repaquer, à la mer, si c’est possible, dans de bonnes tonnes, d’un bois dur, non scié et imperméable. La saumure, sans addition d’eau de mer, doit avoir 25 degrés.
- « Après cette préparation, le hareng du Dogger-Bank pourra être expédié sans
- p.492 - vue 499/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- SEPTEMBRE 1881.
- 493
- crainte sur n’importe quel marché étranger ; il pourra y être offert à tout consommateur : il se vendra facilement, à un prix très rémunérateur, et ne tardera pas à être le plus recherché.
- « Yoici la circulaire à laquelle nous faisons allusion plus haut : »
- De la préparation et du paquage du hareng français relativement à son introduction sur le marché allemand.
- A l’approche de la saison où les bateaux français qui s’occupent de la pêche du hareng au large de l’Écosse sont armés, je me permets de vous donner par la présente quelques informations touchant la préparation, le paquage du hareng et la confection des tonnes, qui vous parviendront peut-être à propos et qui, si vous les suivez, sans doute contribueront essentiellement à introduire le hareng français sur notre marché et k lui ouvrir pour l’avenir un débit avantageux. On peut se dispenser d’entrer dans une discussion sur la valeur de notre marché ; on sait qu’il est le plus important du monde pour cet article, grâce à son réseau de communications, grâce surtout à sa situation favorable au milieu d’un pays qui fait une grande consommation de harengs, et se trouve être, par suite, le plus convenable pour l’introduction d’une nouvelle espèce. En ce qui me concerne, je crois que je serai à même de procurer au hareng français un débouché également considérable, non seulement en Allemagne, mais dans l’Autriche et la Pologne, de la même manière que j’ai réussi à y introduire, la saison passée, le hareng hollandais, qui était presque hors de cours depuis plusieurs années.
- La condition principale pour mettre le hareng français dans le cas de faire une concurrence active à d’autres espèces courantes sur notre place, spécialement au hareng de la côte orientale de l’Ecosse, est qu’il soit caqué, salé et empaqueté dans les tonnes, à bord des bateaux, dès qu’il a été péché, ainsi que le font les pêcheurs hollandais ou écossais, qui mettent leur pêche à terre chaque jour, pour l’y faire préparer et empaqueter.
- Sans doute le mode hollandais mérite la préférence, parce que le poisson qui est caqué et salé sur-le-champ a plus de chance de se conserver que celui qui a été exposé à l’air de douze à vingbquatre heures avant la préparation. Si cependant la largeur et les arrangements des bateaux français créaient des difficultés à la préparation à bord, la méthode écossaise pourrait être également employée, et j’ai appris que plusieurs armateurs de Boulogne ont l’intention de faire pratiquer la pêche de cette manière pendant la campagne prochaine au large d’Aberdeen.
- Un autre condition, pour que le hareng français puisse concourir avec les autres espèces, est le plus soigneux assortissement possible, selon la largeur et selon que le poisson est plein (laité ou œuvé) ou vide. Les saleurs écossais font trois classes à ce égard : 1° Les grands harengs pleins (en anglais Fulls), environ 700 à 750 pièces à la tonne; 2° les petits harengs pleins (en anglais Matties), environ 1100 à 1 200 pièces
- p.493 - vue 500/684
-
-
-
- AU
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- SEPTEMBRE 1881.
- à la tonne ; si le nombre est plus grand, 1 300 à 1 450 pièces à la tonne ; cette espèce est moins recherchée ; 3° les grands harengs vides (en anglais Spents), 900 à 950 pièces à la tonne. Outre cela, il y a encore une autre espèce moins courante (en anglais Mixed'), qui comprend les trois espèces nommées ci-dessus, mélangées à volonté. Enfin on empaquète séparément les harengs endommagés au caquage (en anglais Torn Bel-lies). Si la saleur le désire et si le hareng correspond aux préceptes en vigueur relativement à la salaison, assortiment, paquage et largeur des tonnes, ces espèces, à l’exception des Torn Bellies, reçoivent l’estampille Crown (couronne) par un employé du Fishery Boardof Scotland, contre un impôt de 4 pence (40 centimes) la tonne, et alors elles reviennent dans le commerce sous les noms de Crown fulls, Crown mat-ties, Crown spents et Crown mixed. Par suite de nombreux cas qui se sont produits pendant la saison dernière avec la grande pêche, où l’estampille sur les tonnes n’a pas donné de garantie pour la bonne qualité du contenu, on se demande aujourd’hui s’il ne serait pas convenable de l’abolir ou de la garder.
- S’il est traité de la sorte, le hareng français pourra obtenir l’estampille du Fishery Board probablement aussi bien que le hareng écossais, mais ne l’eût-il pas, toute bonne préparation, assortiment et paquage soigneux lui assureront une situation égale à celle de celui-ci, et le saleur sera récompensé de ses frais par la bonne renommée dont jouiront ses produits, et les prix très rémunérateurs qu’ils obtiendront. Quelques sortes écossaises se payent à cet égard généralement de 4 à 5 francs plus cher que toutes les autres, et se sont acquis en outre une clientèle régulière. C’est ainsi qu’elles ont toujours la chance de trouver des preneurs, même dans une défavorable situation de marché.
- La confection et l’extérieur des tonnes sont deux points d’une grande importance, et je ne puis que recommander de suivre entièrement en cela le modèle écossais. Pour la confection des tonnes, on prend un bois dur et le moins poreux possible, à l’exception du bois de sapin et de châtaignier. La tonne écossaise, préparée généralement dans le bois de hêtre et d’alisier, mesure, depuis les bords des neilles, une hauteur de 78 centimètres, un circuit au milieu de lm,66 centimètres, en haut et en bas de lm,44 centimètres, entre les neilles un diamètre de 44 centimètres; elle a des neilles hautes de 3 centimètres 1/2, des douves épaisses de 1 centimètre 3/4, et un contenu d’environ 117 litres. La tonne est cerclée de 3 cercles en haut, de 3 collets, et en bas entièrement (9 à 10 cercles). Le poids d’une tonne de harengs écossais est d’environ 165 kilog. brut; la tonne elle-même pèse environ 25 kilog., et le contenu net, y compris le sel et la saumure, est d’environ 140 kilog. Les poissons sont empaquetés régulièrement en couches, et à savoir, non plats, mais au dos. Le hareng doit être salé de façon qu’il se conserve au moins une année. Le saleur peut mettre son estampille sur chaque tonne, et, en outre, pour indiquer l’espèce, comme en Écosse, il peut ajouter sur le fond des tonnes un F pour les grands harengs pleins (Fulls), un M pour les petits harengs pleins (Matties), un S pour les harengs vides (Spents), un P pour
- p.494 - vue 501/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- SEPTEMBRE 1881.
- 495
- les harengs mélangés Mixed ou Promiscuous}, et un T B pour les harengs endommagés (Torn Rellies), en couleur noire.
- Le chemin le plus direct de chargement sur notre place est celui par vapeur ou voilier des stations de pêche sur la côte orientale de l’Ecosse, principalement Wick, Fraserburgh, Peterhead, Aberdeen, ou par vapeur de Leith, Hull, Londres ou Rotterdam. Pour cette partie de la pêche qui n’est pas mise à terre sur une côte étrangère, mais au port d’armement, je recommanderai le chargement par vapeur, voie de Londres, Hull, Anvers ou Rotterdam, si l’on ne peut pas compléter une cargaison par voilier direct. Les frets reviennent généralement par voilier direct, d’un port de l’Écosse septentrionale jusqu’à notre port, de 2 1/2 à 3 1/2 fr. ; par vapeur, de 3 à k 1/2 fr. ; par vapeur de Leith, à environ 3 fr. ; de Hull, à environ 31/2 fr. ; de Londres, de 3 à 3 1/2 fr. ; de Rotterdam, selon la saison, de 2 1/2 à 1/2 fr. ; le fret par vapeur d’un port de la côte nord-ouest de la France, voie de Londres ou de Hull, jusqu’à Stettin, à environ 6 francs la tonne. [Revue maritime et coloniale.)
- §ar les Imites neutres raffinées, par M. A. Tliiollier. — On s’est préoccupé de livrer à l’industrie des corps gras foncièrement neutres, ne formant pas de cambouis et procurant la plus grande économie, tant dans la consommation du corps gras, que dans l’usure du matériel.
- La qualité d’une huile influe tellement sur la consommation et sur la détérioration des machines, que l’on a observé quelquefois des différences de 25 à 30 pour 100 dans la consommation, suivant les huiles employées.
- Le pouvoir lubrifiant d’une huile est basé sur trois propriétés bien distinctes : deux propriétés physiques : 1° la ténacité, c’est-à-dire la résistance qu’oppose la cohésion des molécules de cette huile à une force disjonctive ; 2° la fluidité, c’est-à-dire la propriété plus ou moins grande qu’a un liquide de s’étendre sur une plus grande surface, sans cependant perdre sa cohésion ; et une propriété chimique, celle de n’êtreni oxydable ni oxydant.
- Les deux premières propriétés, sans être totalement liées, ont cependant entre elles un rapport tel qu’il est difficile de ne pas les confondre :
- Si on laisse tomber sur une plaque d’acier poli une goutte de mercure, on la verra se diviser en une multitude de petites gouttes qui se répandent sur la plaque ; c’est le contraire de la ténacité.
- En laissant tomber sur une glace un peu grasse une goutte d’eau, on s’aperçoit que cette eau court sur la glace sans s'y étendre ; c’est le contraire de la fluidité.
- La troisième propriété que doit avoir une huile à graisser est essentiellement chimique ; c’est de n’être ni oxydable ni oxydante.
- — Oxydable, elle s’épaissit sous l’action combinée de l’air et de la chaleur, se rési-nifie, en un mot, perd les propriétés physiques dont elle jouissait auparavant ;
- p.495 - vue 502/684
-
-
-
- 196
- NOTICES INDE STRIELL KS.
- SEPTEMBRE 1881.
- — Oxydante, elle cède son oxygène au métal des coussinets et forme cette crasse noirâtre si redoutée des mécaniciens : le cambouis.
- Qu’est-ce que le cambouis? Supposons une portée neuve, c’est-à-dire un arbre de fer maintenu par deux coussinets en bronze; introduisons par la lumière placée au-dessus du coussinet de l’huile oxydante, c’est-à-dire de l’huile acide (qui n’est, en résumé qu’un mélange déhuile neutre et à’acide gras libre), que se passera t-il? L’huile, si elle a une fluidité convenable, s’étendra assez rapidement sur toute la surface du coussinet, mais, bientôt, sous l’influence de la chaleur développée par le frottement, elle attaquera simultanément et le fer de l’arbre et le bronze des coussinets, de sorte que l’huile, de pure qu’elle était auparavant, contiendra bientôt des sels de cuivre et de fer. Le cuivre de ces coussinets étant allié à de l’étain, le bronze sera bientôt piqué d'une infinité de petits trous et sera transformé en une véritable lime. L’étain métallique inattaqué, mélangé avec des sels de cuivre et de fer, fera l’office de ces poudres d’émeri très fines que l’on emploie mélangées avec de l’huile pour polir les métaux les plus durs ; c’est ainsi que le produit destiné au graissage et au bon fonctionnement des machines est une cause directe, par suite des acides libres qu’il renferme, d’une détérioration du matériel et d’une perte de force.
- A cela quelques praticiens répondent qu’il y a un moyen d’empêcher, en grande partie, cette usure ; c’est de remplacer l’huile ainsi surchargée de sels par de l’huile nouvelle grâce à un graissage abondant. Il est aisé de comprendre qu’on ne fait que tourner la difficulté et que, pour éviter un inconvénient, on retombe dans un autre tout aussi grave : l’augmentation anormale de la consommation de l’huile.
- En résumé-, il est assez facile de se procurer des huiles possédant les propriétés physiques nécessaires à la bonne lubrification, mais ce que l’on n’avait jamais obtenu industriellement, avant l’introduction dans l’industrie des huiles neutres raffinées par M. Ch. Mélizan, c’était des huiles véritablement inoxydables et inoxydantes ; car toutes les huiles végétales renferment des mucilages qui les résinifient et des acides gras qui attaquent les métaux. La proportion de ces acides gras varie entre 6 et 20 pour 100 pour les huiles de fabrication récente.
- Les huiles minérales ne renferment, il est vrai, ni mucilages, ni acides libres; malheureusement, si elles possèdent les qualités chimiques des bons lubrifiants, elles n’ont aucune de leurs qualités physiques, car sous l’action de l’eau hygrométrique de l’air, elles perdent toute leur ténacité et acquièrent sous l’influence du frottement une fluidité telle qu’il est impossible de les employer sans grippement si l’on n’en use des quantités considérables.
- D’ailleurs, M. Ortolan, dans un Rapport fait au ministère de la marine par ordre du ministre, a reconnu que si les huiles minérales peuvent, dans certains graissages à basse température, rendre quelques services, elles sont tout à fait insuffisantes pour les mouvements rapides ou ceux dans lesquels la température est susceptible de s’élever.
- p.496 - vue 503/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES. --- SEPTEMBRE 1881.
- m
- M. Ortolan cite le fait d’un arbre échauffé quoique graissé abondamment avec de l’huile minérale, qui reprit sa température normale dès qu’ou substitua à celte huile de l’huile végétale neutre.
- Qu’est-ce que l’on entend par huile neutre?
- On a, pendant très longtemps, appelé neutres les huiles qui n’avaient pas été épurées au moyen d’un acide ; de sorte que ces huiles soi-disant neutres conservent tout leur mucilage et tous leurs acides gras libres.
- Au contraire il faut entendre par huiles neutres celles qui sont dépouillées de tout leur mucilage et des acides gras libres. C’est ce qu’en chimie on appelle glgcérides, c’est-à-dire une combinaison d’acide gras neutralisé par de la glycérine.
- Les acides gras libres que contiennent les huiles végétales sont formés par suite de la fermentation de la glycérine sous l’influence des mucilages qui remplissent le rôle de ferments.
- Il y a plusieurs moyens de s’assurer qu’une huile est réellement neutre : un des meilleurs consiste à verser dans un tube quelques grammes de l’huile à essayer, et pardessus égale quantité d’une lessive obtenue en faisant dissoudre 200 grammes environ de cristaux de soude dans un litre d’eau.
- Si l’huile expérimentée ne contient pas d'acides gras libres, elle sera traversée par la lessive sans se troubler et l’on pourra impunément renverser deux ou trois fois le tube sur lui-même sans que l’huile se mélange au réactif; si, au contraire, elle n’est pas neutre (dans toute l’acception du mot), elle deviendra laiteuse dès que l’on versera la lessive et se saponifiera si l’on retourne le tube.
- Un autre procédé consiste à étendre quelques gouttes des huiles à essayer sur une plaque de cuivre rouge bien décapée; l’huile neutre restera telle quelle pendant longtemps, tandis que leshuilesnon neutres deviendront d’autant plus vertes qu’elles contiendront plus d’acide.
- Certaines personnes font l’objection que l’on parvient bien à débarrasser les huiles des acides gras libres, mais qu’elles deviennent bientôt encore acides sous l’effet de l’air (l’oxygène).
- A cela on peut répondre que les expériences ont démontré qu’unehuile neutrepou-vait être conservée pendant longtemps dans des caisses, au contact de l’air, sans prendre de l’acidité. M. Ortolan, dans le Rapport dont nous avons parlé plus haut, constate qu’après 12 mois de séjour dans des caisses ouvertes, des huiles neutres n’accusaient que 0,2 pour 100 d’acide, et encore attribue-t-il ce chiffre à l’impureté des réactifs.
- Une expérience d’ailleurs bien facile à faire fera comprendre combien les huiles neutres ne doivent pas fermenter.
- Si l’on chauffe de l’huile de colza, par exemple, de 250 à 300 degrés dans un tube en verre au-dessus d’une lampe à alcool, on verra cette huile devenir verte, puis laisser déposer une quantité de points noirs qui représentent le mucilage brûlé; or, si l’on répète cette même opération avec la même huile neutralisée, on ne constatera pas de
- Tome VIII — 80e année. 3' série. — Septembre 1881. 63
- p.497 - vue 504/684
-
-
-
- m
- NOTICES INDUSTRIELLES. — SEPTEMBRE 1881.
- coloration de l’huile, au contraire elle blanchira. Cela prouve abondamment que les huiles neutres ne contiennent pas de mucilages et dès lors ne peuvent pasfermenter.
- Il convient d’ajouter que les huiles neutres, sans être beaucoup plus chères que les huiles à graisser ordinaires, procurent une économie considérable dans la consommation ; il suffit pour cela de diminuer le nombre des fils des mèches des godets graisseurs, afin de ne pas faire écouler l’huile trop vite, car, dans ce cas, l’absence de cambouis facilite beaucoup l’écoulement.
- Une recommandation très sérieuse doit être faite : c’est de ne pas employer l’huile neutre, sans avoir auparavant débarrassé les godets ou portées, ayant servi à d’autres huiles, de l’ancien cambouis, car l’huile neutre a plus que n’importe quelle huile le pouvoir de dissoudre le cambouis.
- Il suffira, du reste, de citer les conclusions du Rapport adressé au ministre de la marine par M. Ortolan, pour être complètement édifié sur la supériorité des huiles neutres :
- « Des faits que je viens d’exposer, on peut conclure que les huiles neutres raffinées présentent sur les huiles de même type non neutralisées les avantages suivants :
- « Pour le graissage à froid pendant la marche des appareils : diminution du frottement et de l’usure des parties frottantes, conséquence de l’élimination complète des acides gras libres, qui non seulement sont impropres au graissage, mais qui attaquent les surfaces métalliques de friction.
- « Pour le graissage des parties soumises à de hautes températures et à l’action de la vapeur : diminution notable de la quantité de corps gras à employer pour produire un bon effet, conséquence, comme dans le cas précédent, de l’absence des acides qui finissent par former un cambouis sec et adhèrent avec les poussières métalliques détachées des pièces en contact par un mauvais frottement; plus longue résistance au dédoublement sous l’action de la température élevée et du battage par le mouvement de va-et-vient des pistons.
- « Pour la préservation des surfaces métalliques exposées à l’air et à l’humidité : sécurité mieux établie et bons résultats de plus longue durée parce qu’il n’y a pas sensiblement une nouvelle formation d’acides libres dans la couche d’huile ou de graisse avant un temps très long qui dépasse de beaucoup les exigences industrielles. »
- La raffinerie générale de corps gras industriels de M. Charles Mélizan livre des huilesf « garanties neutres » qui, sous divers types ou numéros, représentent les différentes qualités convenant aux divers types de machines, depuis le mouvement d’horlogerie jusqu’aux plus fortes machines de nos forges et de nos navires à vapeur.
- Dans ces types, la fluidité varie suivant l’application de l’huile, et le consommateur est certain de se procurer par leur usage :
- 1° Économie sur les quantités d’huiles consommées ;
- 2° Économie dans le nettoyage ei surtout dans l’usure du matériel;
- 3° Utilisation de la force motrice, bien plus grande, et comme conséquence : économie dans la consommation du charbon.
- p.498 - vue 505/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- SEPTEMBRE 1881.
- 499
- M. Mélizan prépare aussi des graisses et des suifs neutres qui réunissent toutes les qualités des huiles neutres raffinées.
- [Société de l’industrie minérale.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 8 juillet 1881.
- Présidence de M. Le Blanc, membre du Conseil.
- Correspondance. — M. Queruel (Aug.), ingénieur, boulevard Voltaire, 275, à Paris, envoie à la Société, en autographie, une première édition de sa méthode pour le calcul des diagrammes des pressions accusées par l’appareil de Watt pendant le fonctionnement des machines à vapeur. (Arts mécaniques.)
- M. Garnache (Clovis), mécanicien de précision, boulevard de Vaugirard, 157, demande le concours de la Société pour trouver un associé pour la fabrication d’un outil nouveau, solide, pratique et d’une utilité incontestable. (Arts mécaniques.)
- M. Roger (Henri), mécanicien en machines typographiques, envoie le croquis d’une machine en blanc, à temps d’arrêt et à pointure, sans cordons bonne touche, qu’il construit, pouvant fonctionner à pédale, à bras ou à la vapeur. (Arts mécaniques.)
- M. Engel-Dollfus, président de l’association pour prévenir les accidents de fabrique, à Mulhouse, pensant que les travaux de cette Société, née française (en 1867), doivent intéresser la Société d’encouragement pour l’indnstrie nationale, envoie la collection complète des Bulletins de cette association.
- M. le Président remercie, au nom du Conseil, M. Engel-Dollfus de cet envoi, qui sera déposé à la bibliothèque après avoir été soumis à l’examen du comité des arts mécaniques.
- M. Christie (H), rue Mouffetard, 92, à Paris, présente à la Société un mécanisme d’attelage permettant l’assemblage des wagons pour la formation des trains, et toutes les manœuvres à opérer dans les gares, sans exposer la vie des agents employés à ce service. (Arts mécaniques.)
- M. Coussinet (Jules), employé au bureau de l’architecte de la Maison centrale de force de Melun, demande le concours de la Société pour faire breveter un moyen pour opérer le sauvetage des personnes en cas d’incendie. (Arts économiques.)
- M. Hubert, rue Montorgueil, 68, à Paris, écrit pour signaler à la Société les avantages qu’on peut retirer du jus de tabac pour la guérison de la morsure des serpents venimeux. (Arts économiques.)
- M. Gilbert (Jules)’, fabricant de crayons, à Givet, et membre correspondant du Conseil de la Société, envoie à la Société des échantillons de ses nouveaux crayons à
- p.499 - vue 506/684
-
-
-
- 500
- PROCÈS-VERBAUX.
- SEPTEMBRE 1881.
- mine de graphite et de couleur qui, comme qualité et comme fabrication, peuvent être mis en parallèle avec les meilleurs produits de ce genre.
- M. le Président remercie M. Gilbert de cet envoi, qui sera examiné par le comité de l’architecture et des beaux-arts.
- MM. les Secrétaires signalent dans la partie imprimée de la correspondance les articles suivants, qui seront déposés à la bibliothèque :
- M. Cotard (Charles). De Vamenagement des eaux, extrait de la nouvelle revue. Brochure in-8.
- M. Joly (Y.-Cli.). Notes sur deux Sociétés d’horticulture aux Etats-Unis d’Amérique. Brochure in-8.
- Rapport de l’ingénieur en chef de la Compagnie d’assurances des chaudières et machines à vapeur, établie en 1859, à Manchester, Ring Street, 67, mois de juin 1881. Brochure in-8 (en anglais).
- La collection des Comptes rendus de l’association de Mulhouse pour prévenir les accidents de machines (de 1867 à 1880), 7 vol. in-8, br.
- Décortication de la ramie. — M. Favier, ancien officier du génie, avait l’intention de présenter au Conseil l’exposé des expériences qu’il a faites récemment devant une commission mixte des comités des arts mécaniques et de l’agriculture, mais il n’a pu venir au siège de la Société y faire cette communication.
- M. Ronna, membre du comité de l’agriculture, y a suppléé en envoyant un fascicule de fibres de ramie décortiquée et une Note sur l’importance que prend le commerce de cette fibre textile dans la Hollande et ses possessions orientales et dans l’Angleterre.
- Il est donné lecture de cette Note ainsi qu’il suit :
- Notice sur la ramie
- L’exploitation industrielle de la ramie offre un intérêt de premier ordre pour la Hollande, surtout au point de vue de ses possessions océaniennes.
- Sur les vastes étendues de terres de l’île de Java, concédées gratuitement par le gouvernement colonial pendant une période de quatre-vingt-dix-neuf années, avec exemption de tout impôt pendant les cinq premières années, moyennant qu’elles soient livrées à la culture, la ramie (rameh en hollandais) vient admirablement et donne jusqu’à cinq récoltes annuelles.
- Par le fait, elle offrirait une des ressources les plus immédiates pour la mise en valeur de ces terres, avec des résultats comparables à ceux que donne le maïs pour les défricheurs des États-Unis, si, réduite à un état qui permît le transport de grandes masses sous le moindre volume possible, la ramie brute, grevée de peu de frais de manipulation, pouvait être consommée sur une grande échelle en Europe pour les besoins de l’industrie textile.
- p.500 - vue 507/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- SEPTEMBRE 1881.
- 500
- Depuis quelques années déjà, de nombreux essais ont été tentés, à Java même, pour la décortication de la ramie.
- L’échantillon ci-joint de filasse provient des derniers essais. C’est tout ce que l’on peut attendre actuellement, paraît-il, du travail colonial, comme préparation sur place de la fibre, relativement à un transport rémunérateur en Europe.
- C’est à l’aide de cette filasse que la maison Neumann, de Saint-Nicolas, près d’Anvers,a tissé les deux échantillons, également ci-joints, d’étoffes, dont l’une entièrement en fil de ramie et l’autre avec 50 pour 100 de ces fils.
- On sait, d’ailleurs, que le gouvernement britannique, se préoccupant de l’extraction de la fibre soyeuse de la plante, a offert un prix de 500 livres sterling pour le meilleur procédé d’extraction directe de cette précieuse fibre, susceptible de remplacer en partie le coton.
- De toutes manières, la question qui intéresse si vivement la Hollande et la Grande-Bretagne nous touche non moins vivement pour l’Algérie. Malgré l’exiguïté des échantillons soumis, la Société d’encouragement, à l’occasion de l’étude des procédés de décortication de M. Favier, jugera, sans doute, utile de provoquer une enquête sur la culture et les essais déjà réalisés par les Hollandais.
- Après cette lecture, divers membres présentent des observations sur l’importance que les industries qui emploient la ramie ont prise depuis quelque temps.
- M. deLuynes rappelle que, outre les fabriques anglaises qui emploient cette fibre, il y en a maintenant d’autres, dans le Midi, qui fournissent des produits très remarquables. Si la préparation et l’emploi de le ramie s’étendent, comme tout l’indique, l’industrie y trouvera une fibre tenace, à brins allongés, qui peut être produite à très bas prix. A présent elle est, il est vrai, à un prix plus élevé que celle du coton, mais on peut prévoir entre elles une concurrence sérieuse, maintenant que la culture et la préparation de la ramie sont en progrès rapide.
- La ramie, il faut bien le remarquer, a des propriétés spéciales qui font prévoir des emplois nouveaux. Ainsi, la filature ordinaire appliquée à cette fibre ne donne pas des tissus très remarquables, parce que la torsion du fil empêche qu’on ne tire de l’éclat nacré qu’elle possède les effets satinés que la fibre non tordue peut fournir, et le Conseil se rappellera sans doute les riches effets produits par la ramie, employée en passementerie, glands, torsades, cordons, lorsque M. Ramon de la Sagra montra à la Société, en 1867, les résultats d’une fabrication de ce genre qui existait à cette époque dans les environs de Nice.
- M. de Luynes pense que ces progrès ne peuvent pas s’arrêter, et il augure avantageusement, pour l’avenir de cette industrie, des recherches nouvelles, analogues à celléS de M. Favier, qui se font en divers lieux.
- Communications.—Allumage électrique des becs de gaz. —M. le colonel Sebert présente, au nom de M. Gaiffe, constructeur d’instruments de physique, rue Saint-
- p.501 - vue 508/684
-
-
-
- 50 %
- PROCÈS-VERBAUX. — SEPTEMBRE 1881.
- André-des-Arts, 40, à Paris, un appareil pour allumer les becs de gaz par une incandescence électrique.
- A la suite des désastreux incendies qui ont lieu depuis quelque temps, et notamment de celui qui a détruit les magasins du Printemps, la Société des magasins du Louvre a cherché à diminuer les chances d’incendie qui pouvaient provenir de l’allumage des becs de gaz, et elle s’est adressée, pour résoudre cette difficulté, à M. Gaiffe, bien connu par le succès qu’il a obtenu dans l’éclairage rapide des becs de la salle des députés, à Versailles.
- M. Gaiffe a atteint le but proposé, d’une manière bien simple, en faisant allumer les becs des magasins du Louvre par une petite spirale en platine portée au bout d’une tige à main dans une position très protégée, et qui est rendue instantanément incandescente par un courant électrique provenant d’une petite pile contenue dans un sac portatif que l’allumeur transporte en faisant sa ronde. Le bec ouvert projette le gaz sur la petite spirale de platine, qu’un courant, lancé par la pression d’un bouton de la tige, a rendu incandescente. L’allumage a lieu ainsi sans le transport de la lampe h alcool, qu’on employait jusqu’ici et qui ne pouvait qu’être très dangereuse.
- M. le Président remercie M. Gaiffe et M. Sebert de cette intéressante communication, qui sera examinée par le comité des arts économiques.
- Élection d’un membre du comité des arts mécaniques. — L’ordre du jour appelle l’élection d’un membre du Conseil pour le comité des arts mécaniques, conformément à la vacance déclarée par le Conseil.
- Le candidat présenté par le comité, et dont les titres ont été examinés en comité secret par le Conseil, est M. Simon (Édouard).
- Un scrutin est ouvert par M. le Président pour cette élection, et au dépouillement qui en est fait par M. le Président assisté de MM. les Secrétaires, le candidat présenté a obtenu l’unanimité des suffrages.
- En conséquence, M. le Président proclame M. Simon (Édouard), membre du comitéèdes arts mécaniques.
- Cette élection sera soumise à la ratification de la Société en assemblée générale, conformément à l’article 25 des statuts de la Société.
- Rapports des comités. — M. Lavanne fait, au nom du comité des constructions et des beaux-arts, un Rapport sur les procédés de topogravure et de zincograpbie en usage à l’atelier du dépôt des fortifications, et présentés par M. de la Noë, chef de bataillon du génie, commandant la brigade topographique du génie militaire.
- Le comité, appréciant tout l’intérêt d’une méthode qui rend plus facile, plus parfaite et (plus économique la reproduction des cartes et plans, propose de remercier M de la Noë de son intéressante communication et d’insérer le présent Rapport au Bulletin, en y joignant, si la chose estpossible, un ou plusieurs spécimens de son procédé de topogravure.
- p.502 - vue 509/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX. — SEPTEMBRE 1881.
- 503
- Ces conclusions sont adoptées.
- Nomination d’un membre de la Société. — M. Gallois, fabricant de sucre, à Fran-cières, est nommé membre de la Société.
- Séance du 22juillet 1881.
- Présidence de M. le comte du Moncel, membre du Conseil.
- Correspondance.—M. Bonnefin (F.-A). Nouveau filtre capillaire. (Arts chimiques.)
- M. Simon (Édouard), ingénieur, rue Meslay, 32, remercie le Conseil de sa nomination au comité des arts mécaniques.
- La Sociétéphilomathique de Bordeaux fait connaître qu’elle ouvrira, le 1er juin 1882, sa douzième exposition générale des produits de l'agriculture, de l’industrie, des arts industriels et de l’art ancien. Elle fait, avec confiance, appel à tous les industriels et leur promet, pour 1882, une hospitalité digne de la capitale du sud-ouest de la France et de l’industrie française. En ce qui concerne les vins, cette exposition sera universelle. (Bulletin.)
- M. Monnié, rue du Roi-de-Sicile, 41, à Paris, qui a présenté à la Société un système de brosses pour parquets, demandel’appui et la recommandation delà Société. (Comité des constructions et des beaux-arts.)
- M. Anthoine (Marcien), rue Cardinet, 93, à Paris, présente à la Société un système nouveau de régulateur d’horlogerie dans lequel l’échappement et le balancier-pendule sontsupprimés, d’où résultent une grande économie et une marche régulière et silencieuse. (Arts mécaniques.)
- M. Grivellé, rue Rochechouart, 17, à Paris, demande l’aide de la Société pour exploiter un procédé extincteur d’incendie, breveté. (Arts mécaniques.)
- M. Maldiné (Henri), fabricant d’appareils syphoïdes pour eaux gazeuses, rue Saint-Anasthase, 9, à Paris, présente à la Société trois nouveaux perfectionnements qu’il a inventés pour ces appareils, (Arts économiques.)
- M. Lagier (P.), rue Aumaire, 21, à Paris, présente à la Société un plan de Paris disposé de manière à être kilométrique en tous sens et à avoir tous les avantages des plans à ruban. (Arts économiques.)
- M. Noël (G.), rue des Aecacias, 13, aux Ternes (Paris). — Machine pour fabriquer delà brique. (Arts mécaniques.)
- M. Luuyt, ingénieur en chef des mines, membre de la Société, rue de la Chaussée-d’Antin, 2, à Paris, envoie pour la bibliothèque de la Société un exemplaire d’un Rapport sur l’explosion d’une chaudière à vapeur dans une forge à Walsall (Angleterre). (Bibliothèque.)
- L’Institution Smithsooniène envoie le Rapport annuel (pour 1879) du bureau des régents de cette Institution. Un vol. grand-8. (Dépôt à la bibliothèque.)
- M. le Ministre de l’agriculture et du commerce envoie pour la bibliothèque de la
- p.503 - vue 510/684
-
-
-
- 504
- PROCÈS-VERBAUX. --- SEPTEMBRE 1881.
- Société le n°k des Annales de VInstitut national agronomique(3S année, 1878-1879). Uu vol. grand in-8 de 300 pages. (Dépôt à la bibliothèque.)
- Rapports des comités. — Raccommodage des brancards de voitures. —M. le colonel Pierre lit. au nom du comité des arts mécaniques, un Rapport sur un appareil inventé parM. Poirot (Paul), pour le raccommodage, sur place, des brancards de voiture cassés.
- Le comité pense qu’il est bon d’en faire connaître l’existence et l’utilité. A cet effet, il vous propose de remercier M. Poirot de la communication qu’il a faite à ce sujet à la Société, et d’insérer dans le Bulletin de la Société le présent Rapport accompagné d’un dessin à l’appui.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Horloges pneumatiques. —M. Peligot (Henri), lit au Conseil, au nom du comité des arts économiques, un Rapport sur les horloges pneumatiques de MM. Popp et Comp.
- Le comité propose de remercier MM. Popp et Comp. de leur communication et d’insérer le Rapport au Bulletin avec dessins et légendes descriptives nécessaires.
- Photogravure, athmographie et aciérage des planches gravées. — M. Davanne fait, au nom du comité des constructions et des beaux-arts, un Rapport sur les procédés d’aciérage des planches gravées, de photogravure et d’impressions par vapeur, présentés par M. Garnier (A ), rue Morère, 15 bis, à Paris (Montrouge).
- Le comité, appréciant tout l’intérêt des travaux et inventions de M. Garnier et les recommandant à la bienveillante attention de la Société, vous propose de le remercier de sa présentation, et d’insérer le présent Rapport au Bulletin, en y joignant un ou plusieurs spécimens de son procédé de photogravure.
- Les conclusions de ce Rapport sont adoptées.
- Vacances de la Société. — Avant de lever la séance, M. le Président annonce que les vacances de la Société sont ouvertes à partir d’aujourd’hui. La reprise des réunions de la Société aura lieu le 28 octobre prochain. Elle sera annoncée par une convocation spéciale, adressée à tous les membres, avec l’envoi de l’ordre du jour de cette séance.
- Le Gérant, R. A. Castagnol.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE BOUCHARD-HUZARD , RUE DE LÉPERON, 5;
- Jules TREMBLAY, gendre et successeur.
- p.504 - vue 511/684
-
-
-
- pl.133 - vue 512/684
-
-
-
- 8Qe année.
- Octobre 1881.
- Troisième série, tome VIII.
- BULLETIN
- DE
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- AGRICULTURE.
- Rapport fait par M. Chatin, au nom du comité de l’agriculture, sur un nouveau
- procédé de culture du chêne-liège pratiqué par M. Capgrand-Mothes.
- Messieurs, la Société d’encouragement a reçu de M. Capgrand-Mothes, propriétaire de bois de chêne-liège dans le Lot-et-Garonne, communication d’un nouveau procédé de culture du chêne-liège, lequel permet de récolter une écorce de première qualité, sans ces croûtes et crevasses qui entraînent une perte notable du produit, et d’avancer d’un an la récolte sur tous les arbres déjà démasclés.
- 3e viens, au nom du comité d’agriculture, vous rendre compte, sommairement, de cette communication, dont l’importance paraît être grande pour les pays qui produisent le liège, et, en particulier, pour la France méridionale et l’Algérie.
- M. Capgrand-Mothes indique les nombreuses conditions défavorables auxquelles est exposé le chêne-liège, traité par la pratique ordinaire pour sa production subéreuse; et, considérant ces conditions une à une, il arrive à montrer que ces pratiques réduisent la production de 50 à 60 pour 100, en imposant aux propriétaires les désavantages et gros frais suivants :
- 1° Un revenu très tardif;
- %° La mort de bon nombre de pieds par suite d’insolations consécutives au démasclage ou à la tire ;
- 3° Le transport des écorces de la forêt à l’usine où devra s’effectuer la séparation des portions extérieures avariées ;
- Tome VIII. — 80e année. 3' série. — Octobre 1881.
- 64
- p.505 - vue 513/684
-
-
-
- 506
- AGRICULTURE.
- OCTOBRE 1881.
- 1° Une attente de six mois pour permettre aux écorces de sécher avant de les soumettre aux premières manipulations ;
- 5° Les opérations du bouillantage et du raclage préalables à l’enlèvement des croûtes qui se produisent toujours dans le mode actuel d’exploitation.
- Le simple énoncé de ces causes de pertes suffit pour indiquer que le problème à résoudre était des plus intéressants, tant au point de vue agricole qu’au point de vue industriel.
- C’est, d’ailleurs, dans la physiologie végétale que M. Capgrand-Mothes puise les principes de sa méthode. Après avoir défini le rôle des parties de l’écorce dont l’arbre reste recouvert quand on a opéré le démasclage, et reconnu ce fait, que la croûte et les crevasses ont pour commune origine le dessèchement superficiel de l’enveloppe cellulaire après le démasclage ou la tire, il a été conduit à les éviter en rétablissant les conditions primitives sous lesquelles l’arbre forme son liège. M. Capgrand-Mothes arrive à ce résulat en donnant à l’arbre dénudé par l’écorçage un revêtement protecteur contre l’action des agents extérieurs qui, sans lui, déterminerait la production de croûtes et crevasses. Une série d’expériences a fixé la nature, la durée et les soins pratiques que réclame le revêtement.
- Le Conseil n’a pas oublié que M. Capgrand-Mothes a mis sous ses yeux des lièges, complètement privés de toute croûte, obtenus par son procédé de revêtement.
- Votre comité, considérant les grands avantages que ne peut manquer d’avoir le nouveau procédé de production du liège pour nos départements du Midi et nos possessions d’Afrique, vous propose de remercier l’auteur de sa communication et d’insérer au Bulletin de vos séances son Mémoire avec le présent Rapport.
- Signé : Chatin, rapportent'.
- Approuvé en séance, le 13 mai 1881.
- NOUVELLE CULTURE DU CHÊNE-LIÈGE, PROCÉDÉ CAPGRAND-MOTHES, BREVETÉ POUR LA FRANCE, L’ITALIE, L’ESPAGNE ET LE PORTUGAL (1).
- Encollage, calfeutrage ou revêtement de la face externe du lard ou mère, au moment du démasclage ou de la tire. —Des divers arbres cultivés dans un but indus -
- (1) Communication faite dans la séance du 25 février 1881.
- p.506 - vue 514/684
-
-
-
- AGRICULTURE.
- OCTOBRE 1881.
- 507
- triel, un des plus utiles, bien certainement, est le chêne-liège, dont le bois sert au chauffage et au bâtiment ; le fruit, aux engrais domestiques, et l’écorce, à l’industrie.
- Le chêne-liège, au point de vue de la production de son écorce, connue sous le nom de liège, a été, jusqu’à présent, laissé sous le coup de conditions défavorables se traduisant, au moment de la récolte, en non-valeurs très préjudiciables, en mécomptes désastreux et en diverses manipulations onéreuses qui pèsent sur le commerce de ce produit, éloignent les propriétaires de cette culture et menacent cette production, devenue véritablement indispensable depuis que le liège a reçu de si nombreuses applications chez tous les peuples civilisés.
- Je vais faire connaître, avec le plus de concision possible pour ménager les instants précieux du Conseil, ces conditions défavorables :
- 1° Varbre est lent à donner une écorce utilisable.
- Le chêne-liège ne subit qu’à vingt ou vingt-cinq ans le démasclage (l’enlèvement de l’écorce mâle), qui doit le préparer à produire une écorce utilisable. La récolte obtenue huit ou dix ans après cette première opération n’a pas encore une valeur marchande. Ce n’est que dix ans après, à la troisième tire, lorsque l’arbre a environ quarante ans, que l’écorce est propre à toute fabrication, si elle n’a pas été sillonnée à l’intérieur par le ver et si les fourmis n’y ont pas établi leurs ruineuses galeries.
- 2° Le démasclage laisse l’arbre exposé à une insolation qui est souvent mortelle.
- Comme pour le tan, la récolte de l’écorce du chêne-liège, ne peut avoir lieu que quand une sève abondante circule dans l’arbre et imprègne le liber. L’époque se prolonge de juin à fin août, et il n’est pas indifférent de faire cette récolte tôt ou tard.
- Dans tous les cas, l’arbre est placé par le démasclage dans des conditions qui sont les plus défavorables possibles : exposé à l’ardeur du soleil au moment même où il a besoin de toutes ses ressources pour reconstituer son écorce protectrice, il trouve bien souvent la mort dans ce travail de réorganisation. On peut porter à 2 pour 100 les arbres victimes de l’insolation.
- 3° Cette écorce est toujours couverte d’une couche rugueuse, comme boisée, que l’on nomme croûte, dont il faut la débarrasser.
- La qualité, même supérieure, de l’écorce ne la met pas à l’abri d’être recouverte d’une croûte rugueuse et épaisse, représentant une année de végétation, dont il faut la débarrasser.
- Pour cela, les écorces sont portées à l’usine où, quelques mois après la récolte (six mois environ), elles subissent deux opérations : elles sont bouillies ou grillées, puis râclées. — Traitées à l’eau bouillante, les écorces doivent avoir perdu l’eau de l’opération avant d’être livrées au commerce. La diminution en poids des écorces, après le râclage, est de 18 pour 100 pour le liège premier choix et de 12 à 15 pour 100 pour les autres qualités. Le râclage, même effectué avec le plus grand soin, n’empêche pas le liège de rester chargé d’une couche encore encroûtée, poreuse, représentant un déchet de 10 à 15 pour 100 de la valeur du produit.
- p.507 - vue 515/684
-
-
-
- 508
- AGRICULTURE.
- OCTOBRE 1881.
- h° Elle présente également des crevasses qui pénètrent plus ou moins profondément dans la masse et en modifient les premières assises.
- La croûte et les crevasses ont une commune origine. En effet, après la tire, le tronc dépouillé reste encore revêtu d’une enveloppe que l’on désigne vulgairement sous le nom de lard ou mère, formée de la réunion de l’enveloppe cellulaire et du liber, et spécialement chargée de reconstituer l’écorce. La croûte et les crevasses sont dues à un dessèchement superficiel qu’éprouve l’enveloppe cellulaire arrêtée dans sa marche de subérisation par le démasclage ou la tire, et subitement exposée aux influences atmosphériques de l’été.
- 5° Au début de la reconstitution de Vécorce, le périderme est en butte, par son exposition à l’air libre, aux piqûres de larves et d’insectes qui compromettent considérablement la qualité marchande du produit.
- Si l’on examine avec attention une écorce provenant d’un démasclage, on remarquera que la masse subérisée présente peu ou point de traces de piqûres d’insectes. Les couches sont serrées, denses, l’écorce est excavée irrégulièrement dans le sens de la hauteur et la croûte ne s’y montre pas, même à l’état rudimentaire. C’est que l’épaississement de cette écorce a eu lieu, durant les vingt ou vingt-cinq ans de la période de sa formation, sous la protection de la cuticule, dont la résistance a été suffisante pour déjouer les attaques des insectes ; le lard, en effet, n’a jamais été exposé à l’air. Mais au moment du démasclage, comme l’arbre subit cette opération dans le courant de l’été, il arrive que le lard, alors tendre, humide, succulent et prêt à reconstituer la future écorce, est sollicité, dès qu’il est exposé à l’air libre, par des milliers de parasites qui l’assaillent sans cesse soit pour s’y abreuver, soit pour en faire le réceptable de leur ponte ; ils le criblent ainsi de petites blessures qui se répercutent d'année en année dans la masse subéreuse pour former ces piqûres innombrables si défavorables à la qualité du liège (1). Parmi les parasites, il faut également
- (1) Aucun auteur, de ceux qui se sont occupés de l’étude du chêne-liège, n’a expliqué, que je sache, le développement de ces piqûres : ils se sont tous contentés de constater leur présence sans en spécifier le caractère et l’évolution. Un examen attentif, minutieux, renouvelé à diverses reprises durant le cours de la végétation et de la transformation subéreuse et repris sur les mêmes sujets après les améliorations apportées par le procédé du revêtement, me permet d’émettre une opinion digne d’être controversée ou confirmée par les investigations des hommes spéciaux.
- Les petites blessures, signalées ci-dessus, faites sur le lard, au moment du démasclage, produisent, à l’exemple de la piqûre du cynips sur le bourgeon du chêne, une modification du tissu cellulaire qui gagne en profondeur au fur et à mesure que la masse parenchymateuse s’agrège à la couche précédemment formée. — Dans l’hiver, la subérisation n’atteignant pas les tissus dénaturés, ceux-ci se dessèchent et se convertissent en une poudre rougeâtre qui devient le stroma modificateur de la nouvelle formation parenchymateuse accolée à la dernière assise subérisée.
- L’empreinte de ce stroma est d’autant plus apparente à la surface du lard que l’écorçage aura été retardé ; en effet, au moment de l’écorçage, on remarquera à la face interne du liège une infi-
- p.508 - vue 516/684
-
-
-
- AGRICULTURE. — OCTOBRE 1881.
- 509
- citer, comme un des plus nuisibles, le ver (larve du corœbus bifasciatus) qui suit toutes les phases de la végétation annuelle en laissant dans l’écorce ces traînées excrémenteuses, sous forme de veines, dont la présence impose la perte d’un an de revenu ; il importe de ne pas laisser l’arbre dans de telles conditions.
- Ainsi, par suite du mode de culture actuellement suivi, le propriétaire subit les désavantages et les gros frais suivants :
- 1° Un revenu excessivement tardif ;
- 2° La mortalité provenant des insolations ;
- 3° Le transport des écorces de l’intérieur de la forêt à l’usine ;
- k° Six mois d’attente pour permettre à ces écorces de sécher avant de les soumettre aux premières manipulations ;
- 5° Les opérations du bouillantage et du râclage ;
- 6° La réduction résultant de l’enlèvement de la croûte, soit 18 pour 100 de déficit ;
- 7° Le déchet qui reste attaché au liège, après les opérations ci-dessus indiquées, soit 12 pour 100 ;
- 8° La perte des premières couches dénaturées par les crevasses, soit un an de revenu et, quand les crevasses sont profondes, plusieurs années;
- 9° Les dégâts des insectes.
- NOUVELLE CULTURE DU CHÊNE-LIÈGE.
- Tous ces points relevés et le rôle de l’enveloppe cellulaire et du liber bien défini, on est conduit à conclure que l’origine unique de mécomptes si préjudiciables est dans l’abandon de l’arbre à lui-même quand on l’a dépouillé de son écorce, et que le seul moyen de les conjurer est de rétablir les conditions primitives dans lesquelles il vivait.
- L e procédé de revêtement se présente tout naturellement à l’esprit; mais, comment doit-il être fait? Est-ce un encollage, un calfeutrage, ou l’application d’une matière fixe, isolante (revêtement), à l’abri de laquelle l’arbre pourra continuer son œuvre de reconstitution ?
- Toutes ces données ont dû subir, pendant deux ans, l’épreuve de l’expérience, et les bons résultats n’ont été véritablement constatés que dans le revêtement. Ces premiers succès obtenus, il fallait déterminer la durée de ce revêtement : devait-il durer un an, deux ans ou plus ?
- A priori, il semblait qu’une période longue apporterait avec elle les plus grandes
- nité de taches blanchâtres d’un aspect cryptogamique dont la surface du lard reste parfois mouchetée : en grattant ces taches on retrouve au-dessous la poudre rougeâtre, citée plus haut, remplissant les petits cananicules du liège.
- p.509 - vue 517/684
-
-
-
- 510
- AGRICULTURE.
- OCTOBRE 1881.
- chances de réussite, puisque, dans ce laps de temps, l’écorce aurait atteint une épaisseur plus considérable et, par conséquent, serait devenue capable de résister plus énergiquement aux diverses influences qu’elle devait subir.
- La pratique n’a pas été d’accord avec ces prévisions, et les expériences faites sur ce point ont révélé un fait physiologique d’une immense importance, et tout à fait capital, dans la culture du chêne-liège, à savoir, que les arbres maintenus consécutivement recouverts pendant quinze mois, c’est-à-dire pendant l’été du démasclage, l’hiver d’après et jusqu’à l’automne suivant, ont fourni, il est vrai, une écorce suffisamment unie et dépourvue de croûte, mais le produit était resté cassant, d’une homogénéité contestable et d’une élasticité douteuse. Les arbres, au contraire, laissés revêtus jusqu’à l’entrée de l’automne seulement, qui n’ont eu par conséquent que les trois mois d’été de revêtement, ont donné les résultats les plus inattendus.
- Dès le printemps, ces arbres étaient déjà recouverts d’une couche protectrice complètement subérisée, unie, homogène, élastique, de la teinte rosée du plus beau liège et totalement dépourvue de croûte et de crevasses : en effet, les rigueurs de l’hiver pendant l’arrêt de la végétation avaient agi sur l’enveloppe cellulaire pour transformer le parenchyme, consolider son tissu et déterminer son entière subérisa-tion. Cette première assise de l’écorce, à l’imitation du jeune bois dans l’hiver, avait mûri, s’était aoûtée. Une partie du même arbre maintenue couverte, pour une expérience comparative, jusqu’à la fin du deuxième automne, ne présentait pas ce phénomène ; ici l’état parenchymateux de l’enveloppe cellulaire s’était prolongé et le tissu, consolidé à la longue, ne s’était qu’imparfaitement subérisé.
- L'aoûtement de Vécorce est caractéristique ; des observations multiples, faites depuis, m’ont permis de trouver sa confirmation dans nos bois : on a fréquemment l’occasion de voir des fragments d’écorce où la croûte est remplacée par un tissu uni, élastique, complètement privé de crevasses et d’une subérisation parfaite. Cette particularité se réalise quand l’ouvrier, au moment de la tire, n’a pas la précaution d’enlever le feuillet subéreux, incidemment formé, dont l’enveloppe cellulaire se trouve partiellement recouverte ; mais on la détermine, quand, au moment de la circulation de la sève, au mois de juin, on soulève légèrement l’écorce d’un chêne-liège et que l’on pratique une incision au liber : on provoque, entre l’enveloppe cellulaire et la vieille écorce, un épanchement séveux qui s’étale sur l’enveloppe cellulaire — en raison directe de l’abondance de la sève — pour constituer un feuillet subéreux, indépendant de l’écorce, s’enlevant facilement durant le cours de la sève, mais que Y aoûtement, si on le laisse en place, réunit à l’enveloppe cellulaire.
- Ce feuillet, bien que très mince, offre un abri protecteur aux tissus sous-jacents qui se transforment, se modifient sous son couvert, et finissent par faire corps avec lui, pour produire, par le groupement successif des couches annuelles subérisées, une écorce sans croûte et sans crevasses.
- Puisque le revêtement de l’arbre, au moment du démasclage ou de la tire, est le
- p.510 - vue 518/684
-
-
-
- AGRICULTURE.
- OCTORRE 1881.
- 511
- seul moyen efficace pour protéger l’enveloppe cellulaire et maintenir l’arbre dans les bonnes conditions de production, il ne reste plus qu’à décrire le procédé.
- Pratique du revêtement. — L’opération du revêtement est des plus simples et des moins dispendieuses ; elle présente deux cas :
- Ou les arbres sur lesquels on opère subissent le démasclage, c’est-à-dire la première tire, ou ils ont été déjà écoreés.
- Dans le premier cas il est avantageux d’enlever l’écorce en une seule pièce, au moyen d’une incision pratiquée de haut en bas et en suivant le mode de faire ordinaire.
- Dès que l’écorce est détachée et dégagée de l’arbre, on fend le lard ou mère dans Je sens déjà signalé — de haut en bas — par deux lignes opposées, nécessaires pour amoindrir les courbes du cylindre de l’arbre et préparer des surfaces planes, et sans aucun retard, on remet l’écorce en place en faisant aboutir les côtés sur une bande de carton cellulosique, destinée à couvrir les parties où l’écorce ne peut se rejoindre. Gette écorce est ensuite assujettie à l’aide de trois légers fils de fer, en haut, au centre et au bas.
- Pour les arbres qui rentrent dans le second cas, l’écorce est enlevée en deux parties, remise en place et fixée, comme dans le premier cas, sur des bandes de carton.
- Les incisions longitudinales qu’il est nécessaire de pratiquer sur le liber varient. en nombre d’après le diamètre de l’arbre ; elles seront de trois ou quatre, suivant la vigueur du sujet et son volume : il ne faut pas perdre de vue, en effet, que ces incisions ont pour but de conjurer les déchirures nombreuses de l’enveloppe cellulaire, unique source des crevasses, en assumant la tension qui s’exerce sur le lard, soit par le fait de son propre accroissement, soit par celui du grossissement de l’arbre.
- Je ferai remarquer, à l’occasion de ces incisions, que la partie de l’écorce qui en est la plus voisine est sensiblement plus épaisse que sur tous les autres points; — ce qui tendrait à prouver que la cicatricule linéaire qui ferme les cellules refoule la sève et provoque un accroissement proportionnel dont on pourrait tirer un bon parti pour obtenir une augmentation d’épaisseur suivant les besoins.
- L’opération de l’écorçage impose certaines conditions que la pratique enseigne et dont il faut tenir bon compte.
- Le choix de l’époque pour opérer le démasclage ou la tire est très important et mérite une décision réfléchie. Pour faire une bonne tire, il faut nécessairement que les cellules du liber proprement dit et de l’enveloppe cellulaire — du lard en un mot —soient complètement gorgées de sève, de telle sorte que celle-ci, venant humidifier la dernière assise de l’écorce aoûtée dans l’hiver, facilite la séparation de l’écorce. Sans cette condition, le liber et l’enveloppe cellulaire, étroitement confondus, font corps
- p.511 - vue 519/684
-
-
-
- 512
- AGRICULTURE.
- OCTOBRE 1881.
- avec l’écorce et le moindre effort exercé sur elle détermine l’enlèvement du liber, ce qui blesse grièvement l’arbre.
- L’époque la plus favorable pour les régions du Sud et du Sud-Ouest est le mois de juillet. Le feuillage du chêne est alors entièrement renouvelé et une sève abondante circule sous tout l’épiderme.
- Une seconde question, non moins intéressante dans la tire, est de déterminer la dimension de Vécorce à enlever.
- Ici, le propriétaire ne doit pas se laisser guider par le désir de récolter beaucoup : le résultat d’une tire influe considérablement sur la tire suivante, et le fait de démascler trop tôt et entièrement la tige élevée d’un arbre compromet le rendement et la qualité d’une récolte subséquente. Les écorces, dans ce cas, manquent d’épaisseur, parce qu’on n’a pas eu la clairvoyance de proportionner la demande aux ressources propres de l’arbre. Si à la tire de première reproduction on demande beaucoup, il est prudent de diminuer ces exigences aux récoltes d’après. .
- Tenons pour certain que l’exploitation industrielle du chêne-liège en vue de son écorce est un acheminement plus ou moins rapide, selon qu’on est exigeant ou réservé à son égard, vers l’appauvrissement ou la décrépitude de l’arbre. Le revenu qu’il nous donne est un empiètement sur l’ensemble de ses éléments constitutifs. L’expérience m’a prouvé que la ramure doit être le critérium de la proportionnalité : plus l’arbre est touffu, plus on peut exiger de lui ; sauf à diminuer plus tard, quand l’arbre a atteint un fort diamètre :
- L’importance de cette question exige des développements précis; aussi j’ajouterai quelques autres renseignements et je terminerai par un exemple.
- Quand on examine sur un chêne-liège une écorce de dix ou onze ans, on remarque que les trois ou quatre couches se rapprochant de la croûte sont beaucoup plus épaisses que les suivantes et que la progression qui les caractérise diminue tellement, au fur et à mesure qu’on arrive à la dernière formation, que cette dernière assise, représentant une année de végétation, est presque nulle. — Et cependant, dès que ce chêne-liège est débarrassé de cette écorce, une formation abondante se rétablit et la progression mentionnée ci-dessus devient de nouveau appréciable.
- Il semblerait donc résulter de ces deux faits que la pression que l’écorce exerce sur le liber est nuisible à la circulation de la sève et au développement de l’enveloppe cellulaire dont la subérisation annuelle constitue l’écorce, et que le dommage est proportionnel à la pression. — Cette constatation explique également le bien fondé de ce fait de bonne gestion : qu’il est absolument avantageux de diviser en deux ou trois tires la tige élevée des arbres destinés à la production du liège. — Les écorces résultant de cette répartition atteignent plus rapidement leur épaisseur marchande, et la circulation facile de la sève entretient mieux le feuillage dont l’utilité ne peut être mise en doute.
- p.512 - vue 520/684
-
-
-
- AGRICULTURE. — OCTOBRE 1881.
- 513
- Prenons pour exemple une tige de quatre mètres, écorcée en 1871 et arrivant à sa tire régulière en 1881.
- Pour obtenir un bon résultat sur une surface aussi considérable, il faudrait opérer l’écorçage dans les conditions suivantes : un tiers -— en commençant par le bas — en 1881 ; un tiers en 1883 ; un tiers en 1885 ; de telle sorte qu’en 1891, quand on aurait à renouveler la tire du premier tiers, le tiers de 1883 aurait huit ans, celu de 1885, six ans. Il est visible que, entre ces divers tiers, il existe une solidarité favorable à la libre circulation de la sève et à sa répartition.
- Les deux questions que je viens de traiter ont, avec l’emploi du procédé du revêtement, une connexité sur laquelle il est essentiel de s’arrêter.
- La pratique ayant démontré que Yaoûtement de l’écorce — en un mot sa subéri-sation — avait lieu dès le commencement de l’hiver, il est indispensable que l’arbre soit présenté à cette transformation dans les meilleures conditions possibles ; or, la première et la meilleure est que l’enveloppe cellulaire, à la fin de la saison, soit suffisamment épaisse pour fournir, après l’aoûtement, une couche appréciable de liège. Cet avantage ne se décèle que si on a tenu compte de la proportionnalité conseillée plus haut. En effet, la sève, se portant de préférence sur les parties où toute pression a disparu, inonde bientôt la tige écorcée et prépare une enveloppe cellulaire dont le parenchyme se transforme sous le couvert du revêtement. Quand la sève, peu abondante, se répartit sur une grande surface, il est manifeste que le résultat est inverse. Cette observation trouve couramment sa preuve dans toutes les exploitations de chênes-liège, et c’est même à cette particularité qu’est due la quantité de liège mince.
- Dans les détails qui précèdent, j’ai fait pressentir la durée du revêtement.
- Que la tige soit protégée par son écorce remise en place ou bien par une enveloppe faite avec le carton cellulosique dont j’ai déjà parlé, l’abri doit être enlevé à l’automne.
- Le revêtement ne dure donc que trois mois au plus, trois mois pendant lesquels les écorces remises en place auront séché bien plus convenablement que si elles avaient été empilées sous des hangars, et au bout desquels elles pourront subir les manipulations du bouillantage et du râclage, opérations que l’on n’effectue d’ordinaire que dans le sixième mois.
- Ce premier avantage me conduit à donner le tableau du revenu par hectare d’une forêt de chênes-liège, avec la culture actuelle, et celui obtenu avec le procédé du revêtement.
- Je me servirai, dans cet exposé, des données de l’administration des eaux-et-forêts et de celles que la pratique m’a permis de relever.
- Le peuplement, par hectare, est au minimum de 120 arbres.
- Et on compte par arbre 10 kilog. d’écorces, soit 1,200 kilog., mais comme cette production ne s’acquiert que dans une période moyenne de 10 ans, les 1,200 kilog. se réduisent à 120 kilog. par an.
- Tome VIII. — 80e année, 3e série, — Octobre 1881.
- 65
- p.513 - vue 521/684
-
-
-
- AGRICULTURE.
- OCTOBRE 1881.
- Ces 120 kilog. d’écorces se répartissent ainsi :
- kil. kil. fr. kil. fr.
- 2/8 lre qualité. . . 30 à déduire 18 pour 100 de croûte, net 24 600 à 120 les 100. 29,20 3/8 2® qualité ... 45 — 12 — 39 600 à 60 — 23,76
- 1/8 mince........ 15 — 15 — 13 200 à 40 — 5,28
- 2/8 débris. . ... 30 prix 10 O/Ode la somme totale des 3 qualités ci-dessus. 5,82
- 64,06
- fr.
- (Écorçage......... 1,20 j
- Bouillantage.............. 0,35 > 3,45
- Bâclage.................. 1,90 J
- A déduire. . . ... 3,45
- Reste net. . ... . . . 60,61
- Soit 50 centimes par arbre et par an.
- Les hommes spéciaux qui s’occupent de la fabrication des produits en liège prétendent que, tout compte fait, 50 kilog. d’écorces se réduisent à 20 kilog. environ de produit ouvré.
- On voit par là les déchets considérables supportés par cette matière première.
- Il est intéressant de donner, en comparaison du tableau ci-dessus, les avantages réalisés au moyen du procédé du revêtement.
- Pour rendre le rapprochement plus saisissable, je conserve les mêmes données et la même répartition.
- 2/8 lre qualité. . kil. fr. kil. . 30 sans croûte, et sans crevasses. Valeur minimum 120 les 100 fr. 36,00
- 3/8 2e qualité. . . 45 — — - 120 — 54,00
- 1/8 mince. . . . . 15 — — 56 — 8,40
- 2/8 débris. . . . . 30 — valant 20 pour 100 de la somme des 3 qualités. . . . 19,68
- 118,08
- Pas de bouillantage, pas de raclage.
- Écorçage et fil de fer à déduire........... . . . ................................... 2,40
- A ajouter comme bonification 1/10 de la somme ci-contre.............................. 115,68
- Soit 11 fr. 56, puisque la récolte est faite une année plus tôt, à 9 ans au lieu de 10. . 11,56
- Total. . . ............ 127,24
- Ce qui donne annuellement par arbre 1 fr. 06 au lieu de 50 centimes (1).
- Ces avantages, portant spécialement sur les écorces brutes, sont tangibles et saisis-
- (1) Ces tableaux du revenu ont été faits sur un peuplement minimum de 120 arbres à l’hectare; quand ce peuplement sera supérieur, les résultats seront proportionnellement les mêmes.
- p.514 - vue 522/684
-
-
-
- CONFÉRENCE MONÉTAIRE. — OCTOBRE 1881J 515
- sables par des chiffres ; mais il en existe d’autres, non moins précieux, qu’on ne peut pas chiffrer et qui doivent cependant entrer en ligne de compte : ce sont, d’un côté,5 Y absence de déchets considérables résultant des crevasses qui réduisent, comme je l’ai déjà dit d’après l’autorité des fabricants, le poids de 50 kilog. d’écorces à 20 kilog.; d’un autre côté, le bénéfice incalculable de faire passer les arbres, dès le démasclage, dans la catégorie de ceux qui donnent des écorces de première qualité, condition qui ne se réalise dans la culture actuelle qu’à la troisième tire, c’est-à-dire après trente ans d’attente.
- En résumé : Le procédé de revêtement de la face externe du lard ou mère, au moment du démasclage ou de la tire, introduit dans la culture un 'principe salutaire contre les insolations ;
- Il fait toujours récolter une écorce de première qualité, sans croûte, sans crevasses et sans piqûres ;
- Il avance d’un an, sur tous les arbres déjà démasclés, la récolte de semblables écorces ;
- Il met les jeunes arbres à même de fournir, dès le démasclage, des écorces d’une qualité égale aux écorces des vieux arbres ;
- Et il supprime les transports onéreux, pertes de temps, manipulations et déchets, auxquels donnent lieu la croûte et les crevasses.
- M. Capgrand-Mothes fait passer sous les yeux du Conseil, en accompagnant d’explications appropriées, les spécimens réunis pour appuyer chacune de ces assertions.
- Les personnes des différents pays producteurs, qui s’intéressent à la culture du chêne-liège, pourront suivre les applications faites, dans le courant de l’été, à Palafru-gell, par le gouvernement espagnol; à Azambuja, par le gouvernement portugais, et dans le Var, service de M. Vincent, inspecteur des eaux et forêts, par le gouvernement français; toutefois, le domaine de Saint-Pau, par Sos, Lot-et-Garonne, leur présentera, seul, les phases diverses par lesquelles les recherches ont dû passer pour arriver au dernier terme du perfectionnement, comme aussi la large application du procédé.
- CONFÉRENCE MONÉTAIRE INTERNATIONALE.
- SÉANCE DU 4 JUILLET 1881.
- DISCOURS DE M. J. B. DUMAS, DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE, SECRETAIRE PERPÉTUEL
- DE LACADÉMIE DES SCIENCES.
- Messieurs, dans le questionnaire que vous avez arrêté il y a quelque temps, se trouvent deux articles au sujet desquels je demande la permission
- p.515 - vue 523/684
-
-
-
- 510 CONFÉRENCE MONETAIRE, — OCTOBRE 1881.
- d’exposer sommairement à la Conférence les pensées que j’aurais pu produire au cours de la discussion générale, si je n’avais été momentanément éloigné de nos dernières séances.
- « Est-il probable ou non, dit-on d’abord, que si un grand groupe d’États accordait la frappe libre ou illimitée des deux métaux avec faculté libératoire on obtiendrait une stabilité, sinon absolue, du moins très forte de la valeur relative de ces métaux ? »
- Et on ajoute : « En adoptant le bimétallisme, quelle devra être la proportion entre le poids de l’or et celui de l’argent contenus dans les unités monétaires? » '
- Il y a plus d’un demi-siècle, Messieurs, que j’ai été dans le cas de commencer les études ou les travaux relatifs à la question que vous agitez aujourd’hui.
- A l’époque à laquelle mes souvenirs me reportent, je constatais en France un phénomène jusque-là resté inaperçu. En consultant les souvenirs de ma jeunesse, je suis même frappé de ce fait, qu’on en était arrivé, sous le régime du bimétallisme, à un état de quiétude si complet, relativement aux questions monétaires, qu’on peut dire qu’alors, du moins dans notre pays, nul ne s’en occupait. On laissait aller les événements et personne n’avait l’air de comprendre qu’il y eût là des questions de nature à amener des désordres, ou du moins des difficultés, soit pour l’État, soit pour les particuliers.
- A cette époque, cependant, je constatais que sur la production totale de 200 millions de francs en argent, du monde entier, la France en retenait chaque année 100 millions en moyenne, s’ajoutant à son stock monétaire. Cetle circonstance, je le répète, était resté inaperçue. Le ministère appelé à examiner la question comprit qu’il y avait là quelque sérieux problème. Une Commission composée de personnes compétentes, en très petit nombre, fut nommée. Cette Commission partit de ce point, que la France avait adopté l’argent comme étalon principal et que le franc d’argent était la base de son système monétaire. Si l’argent entrait en France en quantité plus considérable qu’il ne paraissait nécessaire pour sa propre circulation et qu’il prît la place d’une quantité d’or équivalente exportée au dehors ; si la masse d’or existant en France, diminuant dans des proportions rapides, on avait à craindre de le voir disparaître, il fallait songer à lui enlever sa valeur libératoire ; à le réduire du moins à une valeur qui ne permît plus son exportation, en diminuant le poids de la pièce de 20 francs. La Commission dont j’étais l’or-
- p.516 - vue 524/684
-
-
-
- CONFÉRENCE MONÉTAIRE. — OCTOBRE 1881. 517
- gane concluait en disant qu’au lieu de frapper 155 pièces de 20 francs par kilogramme d’or, on devrait en frapper 158. C’était le monométallisme argent proposé ; c’était l’or perdant sinon complètement, du moins dans une proportion considérable, sa valeur libératoire. Parmi les douze membres de la Commission, il s’en trouva cependant, et ce n’étaient pas les moins autorisés, que l’idée de supprimer l’un des deux métaux monétaires ou même d’en atténuer la fonction ne trouva pas sympathiques.
- Ces conférences, tenues secrètes, ont amené, quelques années après, M. Michel Chevalier, qui ne faisait cependant pas partie de la Commission, à proposer d’une manière tout à fait absolue le monométallisme argent et la réduction de l’or à l’état de monnaie d’appoint. Tout le monde sait que M. Michel Chevalier, changeant d’opinion, proposait au contraire, plus tard, de donner à l’or la valeur monométallique et de réduire l’argent à une situation inférieure relativement à l’or.
- Ai-je besoin d’ajouter qu’en présence des phénomènes naturels ou économiques qui ont fait varier si souvent, depuis cinquante ans, la situation respective des deux métaux en circulation, les opinions que j’avais entendu soutenir dans ma jeunesse par les hommes les plus éclairés sur ces questions se sont présentées à mon esprit avec une force nouvelle ? Après avoir été tenté de considérer la monnaie d’argent comme étant la monnaie type de notre pays, et la monnaie d’or comme devant lui être subordonnée, j’ai compris que les éminents financiers qui avaient bien voulu me prendre pour confident de leur opinion à ce sujet avaient raison, et que le bimétallisme était la condition nécessaire de la situation de la France, ou mieux, de tous les pays.
- En étudiant la question avec attention, on reconnaît en effet, et vous l’avez souvent entendu proclamer depuis que cette Conférence est ouverte, que depuis le commencement de la civilisation, depuis ces époques reculées auxquelles l’histoire ou les monuments nous permettent de remonter, nous voyons l’or et l’argent figurer ensemble, comme monnaies donnant la représentation de toutes les valeurs dans les transactions commerciales.
- On peut donc considérer comme une nécessité — je pourrais dire naturelle — l’emploi simultané de l’or et de l’argent dans tous les temps et dans tous les pays. Contester pour l’avenir cette nécessité constatée dans le passé, c’est s’exposer à des inconvénients tellement graves qu’aujourd’hui, malgré le désarroi passager dans lequel on est tombé à cet égard, personne, ici,
- p.517 - vue 525/684
-
-
-
- 518 CONFÉRENCE MONETAIRE. — OCTOBRE 1881.
- n’ose aborder franchement la question et déclarer qu’il faut renonce*^, d-une manière définitive, à l’emploi simultané des deux métaux.
- Parmi les considérations qui me paraissent dominer la question, il en est une que je vous demande la permission de signaler d’une manière plus particulière. Si l’on examine quelle était la situation relative des deux métaux avant la découverte de l’Amérique, on reconnaît que la valeur de poids égaux de chacun d’eux ne variait pas en quelque sorte. C’est entre 1 et 10 ou 13 que se fixe à peu près la valeur relative de l’or et de l’argent dans la circulation monétaire des divers pays en ces temps reculés.
- Que ce rapport ne fût pas absolument fixe, cela n’a rien d’extraordinaire ; qu’il ait varié d’un pays à l’autre, à une époque où la circulation des personnes, des marchandises ou des métaux n’était ni sûre, ni facile, que ce rapport, dis-je, ait oscillé entre 1 à 10 ou 13 environ, cela n’a rien d’éton-nant.
- Il faut en conclure que c’était un rapport fixe, loin de le regarder comme variable. Si l’on veut se rendre compte de la permanence ou du moins des variations étroites du rapport de la valeur de ces deux métaux, on reconnaîtra que cela tient à ce qu’il était établi, non sur de petits nombres représentant de faibles populations, mais sur de grands nombres représentant la population tout entière des parties civilisées du globe à cette époque.
- C’est seulement en appliquant la théorie des grands nombres à des rapports qui, de leur nature, semblent devoir être incessamment variables, qu’on peut se représenter comment il se fait que depuis l’époque d’Alexandre le Grand, par exemple, jusqu’à la découverte de l’Amérique, le rapport de 1 à 10 ou 13, pour la valeur de l’argent, soit celui qu’on rencontre presque toujours dans les documents ou dans les faits historiques.
- Que ce rapport ait été transformé à l’époque de la découverte de l’Amérique, cela n’a rien d’extraordinaire. L’argent est arrivé en Europe tout à coup en très grande quantité relativement à l’or. Une fois la découverte de l’Amérique non seulement opérée, mais ses conséquences développées, le rapport de l’or à l’argent a changé en Europe par cette invasion du métal blanc. Cela est d’autant moins extraordinaire, qu’à l’époque dont il s’agit la masse des métaux en circulation était singulièrement amoindrie. Des circonstances historiques, sur lesquelles il serait inutile de nous arrêter, avaient amené un appauvrissement monétaire tellement considérable, que le flot métallique provenant de l’Amérique est tombé sur un stock assez faible pour
- p.518 - vue 526/684
-
-
-
- CONFÉRENCE MONÉTAIRE. — OCTORRE 1881. 519
- que spn invasion ait amené un prompt changement dans l’ancien rapport historique de l’or à l’argent.
- Mais une fois ce grand changement réalisé, est-ce que le phénomène qui s’était produit avant la découverte de l’Amérique ne s’est pas montré de nouveau? Avons-nous vu, tant qu’on n’y a pas apporté le trouble par des mesures artificielles, tant qu’on n’est pas intervenu par de brusques décisions dans les opérations lentes du commerce, avons-nous vu, dis-je, le rapport entre l’or et l’argent varier d’une manière disproportionnée depuis la découverte de l’Amérique? Non.
- Vous le trouvez s’élevant d’abord de 1 à IA, et même de 1 à 16; mais bientôt ce rapport va se fixer. Et quand je dis, d’ailleurs, delàlA, delà 16, cela veut-il dire que ce rapport ait été de 1 à IA dans un temps et dans un lieu, de 1 à 16 dans un autre temps et dans un autre lieu, d’une manière nécessaire ? Non ; presque toujours la hausse ou la baisse tenaient à des circonstances spéciales, momentanées, que le temps faisait disparaître, ces exceptions locales venant se fondre dans la masse du rapport général que le monde civilisé avait accepté. En effet, le rapport de 1 à 15 1/2, que nous avons conservé sans trouble, pendant les cinquante premières années de ce siècle, se rapproche du rapport adopté sous le règne de Louis XIV et que nous retrouvons sous Louis XYI ; il représente encore un rapport accepté par le consentement presque unanime des nations, depuis que la France en a fait la base de son système monétaire.
- Cela veut-il dire que ce soit un rapport naturel et nécessaire? Non, mais cela veut dire que ce rapport étant admis par un certain nombre d’États, les grands nombres qui interviennent par son application à une population étendue font que les petites variations momentanées ou locales s’évanouissent, subordonnées et maitrisées par la masse des métaux en circulation parmi les peuples qui ont accepté un rapport commun.
- J’insiste sur cette considération, car elle sert de base à la discussion spéciale dans laquelle j’ai le désir de me renfermer.
- Il est bien clair que si l’on disait aujourd’hui : il y a une nation qui a la prétention, — dans l'état actuel de la civilisation de l’Europe et du reste du monde, avec les facilités de communication qui existent entre tous les pays, et l’énorme développement des relations commerciales de peuple à peuple, — il y a, dis-je, une nation qui a la prétention de fixer à elle seule ce rapport, ce serait insensé. Toute nation qui le tenterait serait bientôt punie de sa présomption. De récents exemples ont jeté sur ce point la plus vive lu-
- p.519 - vue 527/684
-
-
-
- 520 CONFÉRENCE MONETAIRE, — OCTORRE 1881.
- mière. Un rapport de ce genre ne peut être pris d’une manière efficace, déterminé d’une manière durable, que lorsque de grandes nations, représentant des populations très nombreuses, se soumettent uniformément à ce régime. Celui-ci durera alors pendant un temps plus ou moins long, mais il durera au moins pendant un nombre suffisant d’années, peut-être même de siècles, pour être considéré comme doué d’une permanence pratique.
- Si on voulait se représenter, en effet, à quelles conséquences on arrive quand, au lieu de choisir de grands nombres pour base, on opère sur un petit nombre— comme on l’a fait quelquefois dans des opérations de cette nature — on pourrait dire :
- Il y a, dans la population du globe, trois espèces de pays : ceux qui produisent l’or ou l’argent; ceux dans lesquels cet or et cet argent se répandent pour servir aux opérations du commerce et aux besoins de la vie ; ceux, enfin, dans lesquels ces métaux vont se perdre et disparaître. Il y a donc des pays de production, de jouissance, d’absorption.
- Les pays de production sont bien connus.
- Le pays de jouissance, c’est essentiellement l’Europe.
- Le pays d’absorption pour l’or, c’est l’Europe elle-même. Quand on considère la marche de la production de l’or, on trouve qu’elle a eu pour point de départ telle ou telle partie du globe ; que l’or s’est répandu de là sur le reste des pays civilisés ; et quand on cherche par quel phénomène, de quelle manière il a disparu, on ne trouve rien. Cet or a disparu de lui-même, il s’est consommé sur place, et nous ne connaissons pas de pays spécial d’absorption pour l’or.
- L’argent n’est pas dans le même cas. Dès la découverte de l’Amérique, ou plutôt, dès que l’Amérique a produit la grande quantité d’argent dont elle a, pendant quelque temps, inondé l’Europe, —je ne parle pas des temps modernes, — n’a-t-on pas reconnu que, sur les 200 millions d’argent fournis par ses mines, 100 millions venaient en France et s’y arrêtaient, tandis que les 100 autres, servant à solder la balance du commerce de l’Europe avec l’extrême Orient, allaient s’engloutir et disparaître en Chine ou dans l’Inde? Le flot du Mexique ou du Pérou, qui amenait l’argent en Europe, lui en laissait une partie et allait perdre le reste dans l’extrême Orient par un courant régulier. Il n’y avait pas en Europe une faculté d’absorption suffisante pour le métal blanc, tandis qu’elle existait pour le métal jaune.
- L’or qui venait en Europe y restait; l’argent y laissait la moitié de sa masse, tandis que l’autre moitié allait disparaître dans l’extrême Orient.
- p.520 - vue 528/684
-
-
-
- CONFÉRENCE MONÉTAIRE.
- OCTOBRE 1881.
- 521
- Eh bien, qu’est-il arrivé dans ces derniers temps? Lorsqu’on a reconnu que les sources d’argent devenaient plus abondantes, s’est-on préoccupé de déterminer une absorption plus abondante aussi de ce métal arrivant en excès? Non, on a même fait le contraire. Au lieu d’étaler le métal blanc sur une surface plus étendue ] on a. rétréci de plus en plus le champ sur lequel il pouvait se répandre; et comment s’étonner qu’après avoir limité l’emploi de l’argent à mesure que son abondance augmentait, il ait perdu, au moins à l’état de lingot, une partie considérable de la valeur qu’il avait autrefois ? Cela devait arriver naturellement. Personne n’a le droit de se montrer surpris des conséquences produites par la nécessité où l’on s’est trouvé de fermer les ateliers monétaires à la frappe de l’argent et de diminuer ainsi, de moitié, le placement de l’argent provenant des pays de production.
- Permettez-moi une comparaison : on a un réservoir de 1 000 mètres cubes ; il est plein d’eau. S’il reçoit tout à coup 1 000 nouveaux mètres cubes d’eau, il y a déluge, cela est évident. Mais si, au lieu de 1 000 mètres cubes, le réservoir en avait eu 10 000, le niveau aurait été un peu dépassé, il y aurait eu une petite inondation momentanée; mais l’on se serait tiré d’affaire. Que le réservoir ait 1 million de mètres, les 1 000 mètres ajoutées se perdront dans la masse et disparaîtront sans trouble apparent.
- Tel est absolument le cas dans lequel se trouve la production de l’argent et, en général, celle des métaux précieux relativement aux nations qui les reçoivent. Si ces nations sont nombreuses, si leur population est considérable, l’argent ou l’or qui viennent chaque année s’ajouter au stock existant disparaissent dans la masse. Si, au contraire, chaque année, les nations et les populations, qui acceptent ces métaux, se réduisent en nombre, si la masse d’argent ou d’or produit continue d’ailleurs à être la même, la valeur de l’or et de l’argent subira un abaissement qui pourra, sans doute, disparaître plus tard, les conditions venant à se modifier.
- Les pays civilisés représentent deux grands lacs dans lesquels viennent se perdre pendant quelque temps les masses d’or ou d’argent que les mines peuvent produire; dans le lac d’or, les arrivages en excès sont dissipés d’eux-mêmes en plus ou moins de temps, et pour les besoins de la circulation on n’a pas à se préoccuper de la disparition de l’or. Quant à l’argent, qui arrive en quantité plus considérable aujourd’hui, si on ne veut pas que son lac déborde, il faut, bien loin de diminuer le monnayage de l’argent, bien loin de diminuer le nombre des nations qui acceptent l’argent comme métal monétaire libératoire, il faut augmenter le nombre de ces nations, multi-
- Tome VIII. — 80e année, 3e série. — Octobre 1880. 66
- p.521 - vue 529/684
-
-
-
- 522 CONFÉRENCE MONETAIRE. — OCTOBRE 1881.
- plier les consommateurs, et faire ainsi une place plus large au métal qui arrive en plus grande quantité.
- Ces considérations conduisent à conserver un rapport, je ne dirai pas naturel, mais un rapport déterminé par des circonstances très légitimes, le rapport de 1 à 15 1/2 entre For et l’argent.
- Pourquoi ce rapport-là plutôt qu’un autre ?
- Nous sommes placés en présence de trois hypothèses : 1° monométallisme or : l’argent devenu marchandise, il n’y a plus de rapport fixe entre les deux métaux; 2° bimétallisme, avec un rapport nouveau à déterminer entre l’or et l’argent; 3° bimétallisme, avec le rapport de 1 à 15,5.
- Laissons de côté le monométallisme.
- Si nous adoptons le bimétallisme, nous pouvons considérer l’or et l’argent comme ayant un rapport à déterminer ou comme ayant un rapport existant déjà.
- Un rapport à déterminer, oii le prendrez-vous? Est-ce dans la situation actuelle de la valeur relative des lingots d’or et des lingots d’argent? Mais cette valeur relative est momentanée, artificielle, fictive; elle dépend uniquement de ce que la consommation de l’argent a diminué par un coup d’État. Ce rapport changerait si la consommation monétaire de l’argent était rétablie. Je ne dis pas qu’il redeviendrait immédiatement de 1 à 15 1/2, mais il ne resterait certes pas au point où il est aujourd’hui, et s’en rapprocherait bientôt.
- Prendrez-vous un autre rapport que celui de 1 à 15 1/2? Combien il sera difficile de rencontrer un rapport qui satisfasse mieux aux traditions historiques, aux conditions du présent, à celles de l’avenir? Avec le rapport de 1 à 15 1/2, les traditions historiques sont respectées; les difficultés du présent, rectifiées, et les conditions de l’avenir, garanties.
- Quant aux difficultés du présent, qui sont transitoires, elles disparaîtraient avec les circonstances qui les ont fait naître. Il est certain qu’on n’éprouverait aucun embarras à rétablir ce rapport, qui, choisi par la France et admis par l’Union latine, a été accepté dans beaucoup de pays pendant très longtemps. Au point de vue du fait accompli, il possède une existence presque séculaire, établie d’une façon régulière, et remonte beaucoup plus haut. Il s’applique à une masse métallique énorme, dont il faudrait opérer la refonte si on l’abandonnait. Tous ces motifs m’autorisent à penser que les petites difficultés qu’on rencontrerait par l’adoption du rapport de 1 à 15 1/2, comme base des conventions nouvelles, seraient des difficultés momentanées, dis-
- p.522 - vue 530/684
-
-
-
- CONFÉRENCE MONETAIRE. — OCTOBRE 1881.
- m
- paraissant avec l’évolution des faits. Il donnerait satisfaction, à la fois, aux intérêts généraux du monde et aux intérêts particuliers des nations engagées dans la question.
- Dans les considérations que je viens d’avoir l’honneur de vous présenter, j’envisageais, tout à l’heure, les pays civilisés comme offrant deux grands lacs dans lesquels venaient s’épancher l’or et l’argent extraits des mines, et je remarquais que les arrivages changeant de rapport, les niveaux de ces lacs pouvaient s’éloigner l’un de l’autre. Un canal de communication entre eux était nécessaire pour maintenir l’équilibre. Le rapport légal de 1 à 15.5 a rempli cet office, et il eut continué à le remplir, si tous les peuples l’avaient adopté. Les deux métaux arrivant en égale abondance, le niveau des deux lacs remonte également. Une diminution proportionnelle du produit de leurs mines amène un abaissement identique des deux réservoirs. Que l’un des deux vienne à manquer et l’autre à prévaloir, le canal de communication ouvrant une issue au métal excédant, le niveau est maintenu sans trouble.
- Il y a un point que j’ai laissé de côté : celui qui consiste à savoir si la valeur des deux métaux monétaires, qui ne présente pas de rapport fixe naturel, aurait ou non un rapport fixe à l’égard de la main-d’œuvre ou des marchandises que ces métaux sont appelés à représenter ou à payer.
- Eh bien, il est parfaitement clair, je crois, pour tout le monde, que le rapport de la valeur de l’or et de l’argent n’est pas fixe relativement à la main-d’œuvre ou aux marchandises, pas plus que celui de ces deux métaux entre eux. Il n’y a pas de loi naturelle qui indique qu’il y aura un rapport constant entre le poids du blé, par exemple, et le poids de l’or ou de l’argent qui le représente sur le marché. Ces quantités varient avec le temps. Il n’y a pas de loi naturelle qui dise que le rapport entre le poids de l’or et de l’argent qu’on extrait du sein de la terre et qu’on verse dans la circulation sera toujours de 1 à 15 1/2. Il n’y a pas de loi naturelle pour cela ; mais il y a une loi naturelle qui dit que, quand on opère sur de très grands nombres, la lenteur avec laquelle le métal, préexistant en masse considérable, est affecté par de faibles apports, permet que le changement de valeur s’opère par degrés insensibles, pendant une génération et même au delà. Que le rapport entre l’or et l’argent soit variable, tantôt dans un sens tantôt dans l’autre, cela est certain. Que si on prenait la production de ces métaux, chaque année, pour en faire la règle des opérations du commerce dans tous les pays, on serait soumis à des variations brusques, cela ne l’est pas moins. Tandis que ce rapport, considéré une fois que les deux métaux se sont con-
- p.523 - vue 531/684
-
-
-
- 524l
- CONFÉRENCE MONETAIRE.
- OCTOBRE 1881.
- fondus avec le stock existant dans la circulation générale, le petit nombre se noyant dans le grand, si ce rapport varie, c’est par quantités insensibles chaque année.
- Si l’on envisage l’ensemble d’une population, les mâles et les femelles naissent en quantités à peu près égales; pourtant à telle époque, dans tel village, il ne sera né que des filles pendant plusieurs années. Ce phénomène ne s’est jamais réalisé quand on considère un département tout entier, à plus forte raison quand on opère sur l’ensemble d’une nation. Eh bien, de même, le rapport entre la production de l’or et de l’argent, localisé sur de petites quantités, sur de petites proportions, peut présenter des résultats variables, tandis que la production annuelle noyée dans l’ensemble du stock de toutes les nations réunies, la petite différence observée dans le rapport des produits d’une année disparaît, ou du moins, ne représente dans le rapport général que des atténuations insensibles pour les particuliers et même pour les États.
- C’est donc, je le répète, à raison de la grande masse des consommateurs qu’il faut considérer comme ayant une valeur pour ainsi dire constante le rapport naturellement variable de la production entre l’or et l’argent. Dire que ce rapport doit être invariable, cela n’est pas possible. Dire que ce rapport variant, il faut chaque année ou de temps en temps changer le rapport légal admis entre eux, ce serait un grand danger. Mais on peut dire, ce qui paraît vrai d’après l’histoire du passé, que, quoique ce rapport soit variable chaque année, quoique ce rapport présente des différences de nature à inquiéter pour un moment l’opinion, cependant, quand on considère que la masse d’argent ou d’or qui tombe, chaque année, dans la circulation générale est faible relativement à celle qui la reçoit, il en résulte que le rapport des deux masses ne se modifie qu’avec lenteur et qu’il reste permanent pour la pratique, seule question dont il y ait à se préoccuper.
- Il est d’autant plus raisonnable d’envisager les faits de cette manière, qu’en définitive, il y a dans la population des pays aujourd’hui civilisés ou accessibles aux opérations du commerce, à peu près 100 millions d’habitants pour lesquels l’or semble nécessaire ou constitue l’objet d’une préférence, tandis qu’il y en a peut-être 900 millions qui préfèrent l’argent. On est donc en présence d’un milliard d’habitants du globe dont les 9/10 trouvent que l’argent est un métal parfaitement à leur convenance, et 1/10, qui préfère l’or. Le placement simultané des deux métaux est donc possible et nécessaire ; ils sont indispensables, l’un et l’autre, aux opérations commer-
- p.524 - vue 532/684
-
-
-
- CONFÉRENCE MONETAIRE. — OCTOBRE 1881. 525
- ciales ; et quelqu’un qui soutiendrait qu’on peut se passer de l’argent, alors que les 9/10 de la population de la terre le préfèrent, commettrait une erreur non seulement économique mais ethnologique, à laquelle je ne saurais m’associer.
- Il est vrai que j’ai entendu dire, non seulement ici, mais dans beaucoup d’autres occasions, que l’or est le métal des pays privilégiés, des pays dont la civilisation est supérieure ; que l’argent est le métal des pays moins avancés, des pays barbares, des pays dont la civilisation est inférieure. Le métal jaune est noble; le métal blanc, roturier.
- J’avoue que je n’ai jamais été frappé de ce raisonnement, que je ne l’ai jamais trouvé applicable aux faits monétaires. Il m’a toujours semblé que parmi les races humaines, il en était qui préféraient l’or comme parure ou monnaie; d’autres, l’argent. Pourquoi? Peu importe. Dans tous les pays, il y a, sous ce rapport, des civilisés et des barbares. Quand je considère la France, par exemple, il y a sans doute à Paris, à Lyon et dans les grandes villes, une partie de la population civilisée qui aime à manier l’or, qui de temps en temps, ayant à payer 100 000 francs ou 1 million, répugne à les transporter en pièces de 5 francs. C’est possible ; mais nous avons en France des pays qu’on appelle l’Auvergne, la Bretagne, les Cévennes, la Lozère, dans lesquels il y a de vrais barbares, sous ce rapport, pour lesquels les espèces d’or semblent d’un maniement difficile, et pour lesquels les pièces de 5 francs d’argent, au contraire, sont des espèces dont elles aiment le poids et le volume. On n’a pas tous les jours à payer des traites de 100 000 francs ou de 1 million, mais on a tous les jours à payer son boucher, son boulanger, son bottier; on a tous les jours à manier des espèces d’une monnaie inférieure à l’or, si on veut l’appeler inférieure ; mais, n’est-ce pas tout simplement une monnaie qui remplit sa tâche, qui joue son rôle et qui, à cet égard, n’est pas inférieure à l’autre?
- Il est donc très naturel, ce me semble, de convenir qu’il y a place dans tous les pays pour les trois espèces de monnaie : d’or, d’argent, de bronze. Elles satisfont chacune des besoins différents ; elles sont chacune appropriées à leur niveau, et vouloir que, parce que l’or convient à la partie d’une nation, délicate, civilisée si vous voulez, du moins recherchée dans ses habitudes et ayant des goûts dispendieux, il faut priver la partie moyenne, la partie inférieure de la population des moyens d’échange, à l’intérieur ou à l’étranger, qui lui sont propres, c’est raisonner d’une manière qui n’est pas correcte. Dire qu’il y a des nations complètement composées de gens appar-
- p.525 - vue 533/684
-
-
-
- 526
- CONFÉRENCE MONETAIRE.
- OCTOBRE 1881.
- tenant à la partie élevée de la civilisation et d’autres entièrement composées de barbares, ce n’est pas non plus la vérité. Il y a des parties civilisées et des parties que vous appelez barbares, dans toutes les nations; il y a partout des régions avancées, partout des régions retardées, et je ne crois pas qu’il y ait quoi que ce soit de désobligeant pour la France ou pour l’Angleterre, par exemple, à dire que la Bretagne, l’Auvergne ou le Cantal ne sont pas aussi civilisés que Paris, et que l’Irlande ou les montagnes de l’Ecosse n’ont pas les mêmes habitants que les parties les plus riches de l’Angleterre. Chaque pays, sous le rapport des habitudes monétaires, a donc sa barbarie, si vous appelez cela barbarie, ou sa civilisation; disons simplement que chaque contrée a besoin d’espèces propres de monnaies.
- J’ai été consulté, à une époque ou les questions de cet ordre ne préoccupaient pas beaucoup mon pays, mais où les ayant étudiées, j’avais, de temps en temps, l’occasion de donner mon opinion sur des matières jusqu’alors obscures, j’ai été consulté, dis-je, sur ce point. Combien faut-il d’espèces divisionnaires d’argent en France par habitant? Combien faut-il d’espèces de bronze? Eh bien, me reportant aux pensées que je viens d’énoncer et en tenant compte de tous les documents, j’étais arrivé à conclure qu’il fallait, en France, par habitant, pour 2 francs de monnaie de bronze et pour 6 francs de monnaie divisionnaire d’argent.
- Ayant émis cette opinion, le Ministre des finances voulut bien la prendre en considération ; elle a servi de base à la législation du pays, et j’ai la satisfaction de voir, après d’assez longues années, que les 6 francs de monnaie divisionnaire d’argent n’ont été ni trop ni trop peu, que les 2 francs de monnaie de bronze n’ont été également ni en excès ni en défaut. La circulation s’est trouvée satisfaite, dans l’Union latine, au moyen de ces deux émissions, sans embarras, sans difficulté.
- A la même époque, on m’avait demandé quel était le chiffre de la circulation nécessaire pour l’or et l’argent, c’est-à-dire pour la monnaie douée d’un caractère international, les pièces de bronze et les pièces divisionnaires d’argent constituant une monnaie intérieure.
- J’avais estimé, en moyenne, à 100 francs par tête, la quantité de monnaie d’or ou d’argent nécessaire aux besoins de tout genre de notre pays; la proportion de l’or à l’argent restant subordonnée aux chances de leur monnayage libre et pouvant être augmentée ou diminuée sans inconvénients dans certaines limites, leur équivalence libératoire étant admise.
- Depuis lors on m’a souvent demandé si la formule que j’avais proposée à
- p.526 - vue 534/684
-
-
-
- CONFÉRENCE MONÉTAIRE. — OCTOBRE 188k 527
- cette époque continuait à être vérifiée par les faits : je suis obligé de dire que rien jusqu’ici n’est venu troubler le rapport que j’avais cru pouvoir établir en estimant à 4 milliards les quantités d’or et d’argent qui existaient alors dans la circulation en France, pour une population de 40 millions à peu près, l’Algérie comprise.
- Je crois qu’aujourd’hui cette formule est restée encore pratique et vraie. Si elle est pratique et vraie, et si on l’appliquait à l’Europe, à l’Asie, à l’Amérique, etc., c’est-à-dire à des populations considérables; si on pouvait l’appliquera tous les pays propres à intervenir dans une transaction de la nature de celle qui nous occupe, le placement des métaux précieux, or et argent, serait pour longtemps assuré.
- Quant à moi, je suis parfaitement certain que le jour où tous les pays, obligés jusqu’à présent à conserverie cours forcé des billets, reviendront à la circulation monétaire, on arrivera facilement à des emplois d’or et d’argent d’une importance analogue, même en admettant que la France ait perdu le goût particulier qu’on lui prêle pour les accumulations métalliques—goût qui se manifeste, il est vrai, de diverses façons — et qu’elle ait renoncé à maintenir à 100 francs la quantité de son numéraire par habitant.
- Diminuez, réduisez à 60 francs, si vous voulez, le chiffre moyen que les diverses parties du monde pourront exiger pour leur population, il y aura place pour les quantités d’argent et d’or qui se présenteront, en supposant même que les mines conservent l’importance de production dont elles nous ont favorisés dans ces dernières années.
- Mais ici se place une dernière observation à ce sujet : êtes-vous sûrs de conserver pour la production de l’or et de l’argent les conditions réalisées dans ces derniers temps ? Sans s’égarer dans des systèmes scientifiques, on peut dire que pour l’or la production est tellement intermittente, que personne ne peut savoir ce qu’il en sera dans dix ans. Les placers d’or sont toujours presque épuisés dans un temps court, même après avoir donné de grandes quantités d’or. Depuis l’origine de la civilisation, les pays à or ont enrichi leurs premiers possesseurs, puis cessé d’en produire, précisément parce que c’étaient des placers dans lesquels l’or était concentré par des phénomènes de transport et non des mines à filons réguliers, dans leur gisement normal. L’exploitation de l’or se manifeste dans un pays, en disparaît, passe dans un autre, pour disparaître encore, et ainsi de suite. J’ai vu dans ma jeunesse, dans le midi de la France, des orpailleurs qui depuis le temps des Phéniciens continuaient à extraire des paillettes d’or des rivières. Au-
- p.527 - vue 535/684
-
-
-
- 528
- CONFÉRENCE MONETAIRE. — OCTOBRE 1881.
- jourd’hui, dans les mêmes localités, on trouve des ouvriers qui, gagnant à faire toute autre chose deux fois plus que ne leur rapportait leur antique profession, ont abandonné cette industrie. Cet exemple n’a pas grande valeur relativement à la production de l’or dans les autres parties du monde, mais elle donne cependant une image juste de ce qui s’y est passé; quand l’or donne naissance à une exploitation, au bout de quelque temps la main-d’œuvre s’élève, le placer s’épuise, et les exploitants cherchent fortune ailleurs.
- Il n’en est pas de même pour l’argent ; en général, ce métal s’extrait par les procédés réguliers de l’exploitation des mines ; ce sont des filons, ici de grande importance par l’épaisseur, ailleurs par la richesse, mais offrant, le plus souvent, des conditions d’exploitation qui peuvent être régularisées et prolongées.
- Quand il s’agit de choisir un étalon à valeur fixe, ne vaut-il pas mieux adopter l’argent et le préférer à l’or? L’argent n’est-il pas un métal d’une valeur plus stable, qui pendant des siècles pourra conserver des rapports certains entre la production et la consommation? Avec l’or, on a un métal sujet à des fluctuations continuelles, exposé à des combinaisons commerciales imprévues, qui font disparaître l’or d’un pays ou qui l’y accumulent par des procédés dont les gouvernements et les particuliers surtout ne sont pas toujours en état de se rendre compte.
- La conclusion que je suis amené à tirer de ces observations, c’est qu’il y a très peu de raisons pour abandonner le principe du bimétallisme et le rapport de 1 à 15,5; qu’il y en a, au contraire, beaucoup pour conserver les deux métaux à la fois dans la circulation avec leur valeur libératoire, et qu’il y en a de très sérieuses pour maintenir le rapport de 1 à 15,5, accepté déjà dans une grande partie du monde.
- Maintenant, quelles conséquences actuelles tirer de ces principes généraux, en les supposant admis? Assurément ce n’est pas à mon âge, dans la situation que j’occupe, éloigné des affaires publiques, qu’il me serait permis de donner un conseil pratique. Les difficultés sont telles, qu’elles exigeront de la part des États intéressés des méditations profondes ; ce n’est pas en un jour que la question pourra être résolue.
- J’ai vu depuis cinquante ans les hommes les plus considérables varier sur les questions monétaires, et je reste persuadé que les résoudre, c’est une opinion difficile à formuler pour les meilleurs esprits, une opinion qui rencontre d’ailleurs, quand elle est émise par le plus compétent d’entre eux,
- p.528 - vue 536/684
-
-
-
- 529
- CONFÉRENCE MONÉTAIRE. — OCTOBRE 1881.
- beaucoup de contradicteurs. Il faut donc, dans une certaine limite, faire la part du temps pour amener la conversion des intéressés.
- Mais ne peut-on pas adopter des mesures d’une efficacité immédiate? Si l’or est un métal nécessaire, dit-on, pour les réserves des grandes banques, pour les transactions élevées du commerce et pour les habitudes de la vie élégante, l’argent n’est pas moins indispensable pour les habitudes ordinaires de la vie, les besoins domestiques des familles, le travail habituel des ateliers de l’agriculture et de l’industrie. Si l’or est monnayé comme métal nécessaire aux grandes transactions, pourquoi faire en même temps en or des pièces de 10 francs ou analogues, et des pièces de 5 francs ou analogues, réservées aux petites? C’est une erreur. Il faut laisser ces pièces de 10 et 5 francs à leur véritable destination, c’est-à-dire à la fabrication de l’argent; elles appartiennent à une catégorie moyenne de consommateurs, dont elles appellent le concours et dont elles satisfont les besoins.
- Que nous ayons commis la faute, — et c’est une faute, — d’avoir fabriqué de l’argent billonné, c’est-à-dire de l’argent à un titre inférieur à celui des pièces de 5 francs, pour les monnaies divisionnaires, c’est encore une erreur. Le service que rend la petite monnaie divisionnaire d’argent la rapproche, quand elle est d’une valeur un peu forte, de la pièce de 5 francs. Quand elle est d’une valeur inférieure, elle se rapproche du bronze. Il ne faut pas qu’elle fasse concurrence au bronze en étant bidonnée ; il ne faut pas qu’elle s’éloigne du titre normal de l’argent, quand elle a une valeur analogue à celle de la pièce de 2 francs. Il y aurait donc nécessité de faire disparaître les pièces de 5 et 10 francs en or et de les remplacer par des pièces d’argent, de faire disparaître la monnaie divisionnaire d’argent au titre inférieur, et de la remplacer par de l’argent à 900 millièmes. Si ces deux opérations étaient effectuées, elles contribueraient à rendre à l’argent la faveur qu’il semble avoir perdue; l’assentiment des populations montrerait qu’on est dans le bon chemin.
- Ajoutez à ces mesures transitoires, mais pourtant d’un effet permanent, une mesure qui se recommande également à l’attention : il s’agit des frais de fabrication de l’or et de l’argent. Sans doute, quand on considère le prix du service rendu au porteur de lingot, ils doivent être proportionnels au travail qu’ils ont exigé. Il n’y a donc rien de plus légitime que ce qu’on a fait jusqu’ici ; mais voyez combien cependant le procédé est défavorable à l’argent : pour transformer l’argent en pièces de 5 francs, et l’or en pièces de 20 francs, la dépense est comme 1 à 3 à la défaveur de l’argent et même
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Octobre 1881. 67
- p.529 - vue 537/684
-
-
-
- 530 CONFÉRENCE MONETAIRE. — OCTOBRE 1881.
- au delà ! On paye 7 fr. 50 cent, par kilogramme d’or et 23 fr. 50 cent, pour les pièces d’argent équivalentes à 1 kilogramme d’or. Dans ces derniers temps, tout a donc contribué à mettre l’argent en défaveur, et plus d’un de ces détails pourrait être redressé par de simples mesures d’intérieur, dans chaque État. Si ces mesures intérieures étaient prises, elles montreraient à l’opinion qu’on se prépare à une solution définitive, et elles l’amèneraient peut-être à se manifester en sa faveur.
- Encore un mot. Il y a quatre situations intéressées dans la question qui nous occupe : celle de l’État, des banques d’Élat, du commerce libre, des consommateurs. J’ai vu un temps où l’État fermait les yeux sur ces mouvements monétaires, où les banques d’État ne s’en occupaient pas, où les consommateurs, à plus forte raison, se regardaient comme étrangers à toutes ces opérations. Qui s’en occupait alors? C’était le commerce libre, c’était le banquier prenant de l’argent dans un pays et le transportant là où il y trou -vait bénéfice, et plus tard prenant l’or, à son tour, pour le transporter là où il y trouvait profit. Le principe de ces opérations passait inaperçu pour trois des intéressés : l’État, les banques d’État, les consommateurs, et n’appelait l’attention que d’une seule catégorie de personnes, celle des banquiers, accoutumés à faire le commerce de l’or et de l’argent sur une grande échelle. Ce temps n’est plus; l’État a reconnu qu’il y avait danger à laisser marcher de tels événements sans s’en occuper; les banques d’État ont compris que la Banque d’Angleterre offrait un exemple que les autres pays feraient bien d’imiter; enfin l’éducation générale est telle que le consommateur lui-même trouve des interprètes éclairés de ses intérêts. Aujourd’hui, quand on émettra un avis appuyé sur des documents certains, on trouvera, pour l'apprécier, l’État, qui sait que cela le regarde ; les banques d’État, qui savent qu’elles y sont intéressées; les consommateurs, qui, l’œil ouvert, commencent à comprendre qu’il ne leur est pas indifférent de voir le prix de leurs marchandises varier sans cause apparente, de voir l’argent à 200 francs le kilogramme au moment où ils l’achètent pour payer la matière première et de n’en trouver que 160 francs quand ils l’ont reçu en payement de leurs produits.
- L’État, le commerce libre, le producteur, le consommateur se sont aperçus qu’il y a là des questions dans lesquelles leurs intérêts sont engagés de la manière la plus étroite. Le moment est donc venu de tenter de demander une solution, non au commerce libre, — le commerce libre réclamera toujours sa liberté et voudra pouvoir porter ses lingots soit d’un côté soit de
- p.530 - vue 538/684
-
-
-
- CONFÉRENCE MONETAIRE. —- OCTOBRE 1881. 00 I
- * t - i Ai i *' "
- l’autre ; ce sont ses affaires et nous ne pouvons pas exiger qu’il envisage ses affaires autrement ; — non aux consommateurs, c’est-à-dire à des personnes que de tels intérêts ne touchent pas d’assez près, — mais aux banques d’État. Avec l’esprit large et éclairé que leurs administrateurs apportent dans les questions qui leur sont confiées, ces banques, s’associant aux efforts des divers États dont elles dépendent, donneront le principe d’une solution. L’État seul, je le crains, n’en déplaise aux convictions de mon honorable collègue M. Cernuschi, n’est pas assez souple pour conduire seul de telles opérations. Mais quand il s’appuiera sur les banques nationales, liées à l’État par des contrats et par des intérêts communs, —quand l’État et ces grandes banques se seront mis d’accord pour donner un principe fixe au monnayage et pour en modérer, cependant, l’application par une pratique intelligente, on maîtrisera le commerce libre et on donnera satisfaction aux consommateurs dont les intérêts doivent être garantis.
- Je me résume : il y a dans tous les pays des sommités et des plaines. Pour les sommités, je ne m’en inquiète pas; elles réclament l’or, laissons-leur la satisfaction de manier l’or à pleines mains, si elles le veulent ou le peuvent; elles sauront toujours se donner cette satisfaction. Ce qui me touche et m’intéresse, ce sont les plaines; elles sont étendues et couvertes d’une population abondante, d’une population qui travaille, qui vit de peu, qui sait être pauvre, qui sait être économe, et qui a besoin d’une monnaie à sa taille et à sa disposition. C’est pour elles que je réclame le maintien de cette monnaie d’argent libératoire au dedans, internationale au dehors, que je considère non seulement comme la monnaie de la classe moyenne dans les habitudes journalières, mais comme celle de l’ouvrier, celle du laboureur, c’est-à-dire, de la partie la plus intéressante, la plus nombreuse et la plus digne d’intérêt de la nation. C’est pour elle, je le répète, que je redoute de voir l’argent disparaître, de le voir perdre sa valeur libératoire, passer à l’état déprécié dans l’opinion, parce qu’en ce sens tout sera souffrance pour elle, sans être jouissance pour la partie élevée de la population, dont on a parlé trop souvent comme représentant la civilisation, les lumières, la richesse, la puissance. Non, la richesse d’un pays, son importance, sa puissance, ne sont pas toujours en haut; elles résident aussi en bas, dans cette population qui travaille, qui produit et qui épargne, pour laquelle l’or est si souvent une chimère, et l’argent, le pain quotidien et la sécurité du lendemain.
- p.531 - vue 539/684
-
-
-
- 532
- CONFÉRENCE MONÉTAIRE. — OCTOBRE 1881.
- CONFÉRENCE MONÉTAIRE INTERNATIONALE.
- SÉANCE DU 8 JUILLET 1881.
- M. le Président communique à la Conférence les déclarations suivantes faites par les Délégués de France et des États-Unis, au nom de leurs gouvernements respectifs.
- I. — Les grandes fluctuations et la diminution de la valeur de l’argent, relativement à l’or, qui se sont manifestées il y a plusieurs années et qui existent encore, ont été et sont très nuisibles au commerce et à la prospérité générale.
- En rétablissant un rapport fixe entre la valeur de l’or et celle de l’argent, on rendrait au commerce du monde entier un service de la plus haute importance.
- IL — Une convention adoptée par un groupe important d’États qui s’engageraient à ouvrir leurs hôtels de monnaie à la frappe libre et sans limite des deux métaux, avec un rapport de poids fixe entre l’or et l’argent contenus dans l’unité monétaire de l’un et de l’autre métal et avec pleine force libératoire, aurait pour conséquence de rendre stable la valeur relative des deux métaux dans la circulation générale, à la satisfaction des intérêts et des besoins du monde entier.
- III. — Toute proportion actuellement ou récemment en vigueur dans une grande nation commerciale pourrait se maintenir si elle était adoptée par ce groupe d’États.
- Mais l’adoption de la proportion de 15 1/2 à 1 permettrait d’atteindre le but en causant moins de troubles et de difficultés dans l’ensemble des différents systèmes monétaires existants.
- IV. — Sans rechercher l’effet que pourrait produire un accord entre un nombre restreint d’États, une convention intervenant entre l’Allemagne, l’Angleterre, les États-Unis et la France, avec le concours d’autres Etats d’Europe et d’Amérique, aurait pour effet de maintenir dans le monde commercial tout entier le rapport adopté dans cette convention.
- M. le Président fait connaître que depuis la dernière séance un assez grand nombre de Délégués des États invités ont exprimé, dans des entretiens parti-
- p.532 - vue 540/684
-
-
-
- CONFÉRENCE MONETAIRE. — OCTOBRE 1881. 533
- culiers, le désir de voir la Conférence suspendre ses travaux et s’ajourner. M. le Président croit devoir faire part de ce vœu à la Conférence, en la priant de l’examiner et de le discuter. Dans le cas où elle l’accueillerait, les Délégués de la France et des États-Unis auraient l’honneur de soumettre à leurs collègues un projet de résolution motivé suspendant, pour un temps qui resterait à déterminer, les séances de la Conférence.
- La séance est suspendue pendant vingt minutes.
- A la reprise, M. le Président donne lecture du projet de résolution suivant :
- La Conférence,
- « Considérant que dans le cours de ses deux sessions elle a entendu les discours, déclarations et observations des délégués des États ci-dessous énumérés :
- « Allemagne, — Autriche-Hongrie, — Belgique, — Danemarck, — Espagne,— États-Unis, — France, — Grande-Bretagne, — Indes britanniques, — Canada, — Grèce, — Italie, — Pays-Bas, — Portugal, — Russie, — Suède, — Norvège, — Suisse ;
- « Considérant que les déclarations faites par plusieurs des Délégués l’ont été au nom de leurs gouvernements ;
- « Que ces déclarations admettent toutes l’utilité de prendre de concert diverses mesures, sous réserve de l’entière liberté d’action des différents gouvernements ;
- « Qu’il est permis de croire qu’une entente pourrait s’établir entre les États qui ont pris part à la Conférence ;
- « Mais qu’il convient de suspendre les réunions des Délégués;
- Qu’en effet la situation monétaire peut, pour quelques États, motiver l’intervention des pouvoirs publics, et qu’il y a lieu de faire place, quant à présent, à des négociations diplomatiques,
- S’ajourne jusqu’au mercredi 12 avril 1882.
- La parole est ensuite donnée à M. Denormandie, Délégué de la France, qui prononce le discours suivant :
- p.533 - vue 541/684
-
-
-
- 534
- CONFÉRENCE MONETAIRE. — OCTOBRE 1881.
- DISCOURS DE M. DENORMANDIE, SENATEUR, GOUVERNEUR DE LA BANQUE
- DE FRANCE.
- Messieurs, vous avez été saisis d’une proposition tendant à l’ajournement de la Conférence. Les deux gouvernements des États-Unis et de la France s’associent à cette proposition, et ils ont, en conséquence, rédigé une formule dont il vient de vous être donné lecture par M. le Président, et qui a pour objet de consacrer le fait de l’ajournement.
- La proposition qui vous est ainsi faite doit être l’objet de quelques explications, d’abord par déférence pour vous tous, et aussi par convenance particulière envers celui de nos honorables collègues qui s’est fait tout à l’heure l’interprète d’une opinion divergente, et à qui nous avons le devoir de faire une réponse. C’est sous l’empire de ce double sentiment que je viens, au nom des Délégués des deux gouvernements des États-Unis et de la France, vous demander de vouloir bien m’entendre quelques instants; je serai aussi bref que possible.
- Nous ne pouvons pas nous dissimuler que les observations qui vous ont été présentées tout à l’heure ne tendent à rien moins qu’à établir, au moins implicitement, qu’il n aurait été fait ici qu’une œuvre incomplète, inutile et vaine.
- Or, c’est là une pensée dont il est pénible d’entendre l’expression, et, quel que soit le parti que vous preniez quand même vous ne devriez pas voter l’ajournement, il ne serait pas possible, je crois, de nous séparer sans constater qu’il y a eu là une erreur d’appréciation de la part de notre honorable collègue; que la Conférence à marché constamment vers un but réel, un but utile, et qu’elle l’a, dans la mesure du possible, certainement atteint. Â chaque jour suffit sa peine. Il y a des problèmes qu’il est impossible de résoudre à bref délai.
- La première question qui s’est présentée, messieurs, fut très certainement celle de savoir si vous aviez qualité et compétence pour vous réunir, pour étudier en commun un problème d’intérêt général, pour le résoudre, et pour faire exécuter votre décision. Cette question, je sais bien qu’elle n’a pas été expressément soulevée, je sais bien que c’est seulement après quelques jours de séances que, dans l’un de ses remarquables discours, notre éminent et très sympathique collègue, M. Pirmez, y a fait allusion. Mais ce que je puis supposer, c’est qu’en effet, à l’origine, quelques-uns d’entre vous ont dû se la poser. Eh bien, messieurs, elle a été résolue, elle ne l’a pas été ici;
- p.534 - vue 542/684
-
-
-
- CONFÉRENCE MONETAIRE. — OCTORRE 1881. 535
- elle ne l’a pas été par un vote; mais elle l’avait été virtuellement, le jour où les gouvernements auxquels la France et les États-Unis se sont adressés ont décidé de répondre à cet appel, de vous déléguer et de vous envoyer; et cela n’a pas été seulement, permettez-moi de le dire, par un sentiment de courtoisie et de déférence de gouvernements les uns à l’égard des autres, mais, évidemment, avec l’idée sérieusement conçue de faire quelque chose. Ne forcez pas ma pensée, messieurs, ne forcez pas non plus ma parole; je sais à merveille que quelques-uns d’entre vous sont venus avec des instructions limitatives, qu’ils ont formulé des réserves dont on leur a donné acte. Je sais très bien qu’il existe, dans tel pays, des traditions anciennes, fort respectables, ou que, dans tel autre, s’est opérée une réforme monétaire qui peut ne pas laisser une liberté absolue. Mais, à côté de ces grandes questions de principes, réservées par les instructions que vous avez reçues, réservées par votre attitude dans cette réunion, il est certain que les gouvernements qui vous ont envoyés ont pensé qu’ils le faisaient utilement : sinon avec un but immédiatement possible à atteindre, au moins avec un but probable, et pour une oeuvre qui, un jour ou l’autre, pouvait aboutir. Par conséquent, vous aviez qualité et compétence pour venir ici et pour coopérer à l’œuvre commune.
- C’est un point très important que celui-là, et, au moment où je fais ce retour vers le passé, j’attache, quant à moi, un intérêt considérable à le constater, pour donner une valeur, si cela était nécessaire, à l’œuvre, quelle qu’elle soit, — et nous allons l’examiner dans un moment — que vous avez déjà faite jusqu’à ce jour; j’y attache un intérêt considérable pour l’œuvre que vous ferez peut-être, et il faut l’espérer, le jour où vous vous réunirez de nouveau.
- L’examen que je viens de faire a eu particulièrement pour objet de dégager ce que j’appellerai le premier résultat utile de l’initiative prise par nos gouvernements ; c’est-à-dire la réponse favorable faite à la convocation, — la question de légalité et d’utilité examinée et implicitement résolue par tous les gouvernements, — votre arrivée ici, la constitution de ce grand conseil, de ces grandes assises, —• l’élaboration commune de toutes les questions, — le tout impliquant, au premier chef, le sentiment d’une œuvre légale utile et pouvant devenir efficace.
- Ceci dit, messieurs, je veux rappeler un autre résultat des travaux de la Conférence, c’est que, soit dans les déclarations, soit dans les discours, tous
- p.535 - vue 543/684
-
-
-
- 536 CONFÉRENCE MONETAIRE. — OCTOBRE 1881.
- vous avez reconnu que nous étions en présence d’une situation regrettable, qu’il y avait des souffrances, que la position monétaire.du monde était une chose très fâcheuse, que le métal argent était en discrédit, qu’il avait cessé d’être une valeur de circulation et de libération internationales, et que quel que fût le sentiment de chacun sur la question de principe, il y avait quelque chose à faire.
- Cela est également très important, messieurs; et quand la Conférence n’aurait eu d’autre résultat, ce serait déjà considérable.
- Je dis que tout le monde a fait cette déclaration, mais elle a plus ou moins d’intérêt. En effet, on savait bien qu’un certain nombre de gouvernements, parmi ceux qui sont ici représentés, étaient bimétallistes ; on connaissait les doctrines en ce sens d’un certain nombre de nos collègues; aussi je ne relèverai rien de ce qui les concerne.
- Mais ce qui est intéressant et utile, c’est de constater avec quelle loyauté, avec quelle franchise, ceux d’entre vous qui sont monométallistes — et je respecte profondément leur opinion, comme c’est toujours un devoir envers des contradicteurs — ont reconnu qu’il y avait quelque chose à faire. Si je ne craignais pas d’abuser de vos moments, je mettrais sous vos yeux les expressions diverses de sentiments et d’opinions qui ont la plus grande valeur, surtout quand on les rapproche du nom de ceux qui les ont formulées.
- Le 5 mai, l’honorable premier Délégué de l’empire d’Allemagne faisait cette déclaration :
- « Tout en considérant ainsi le système monétaire de l’Allemagne comme « solidement établi, nous ne méconnaissons nullement la portée de la baisse du « métal argent, survenue depuis.
- « Nous reconnaissons sans réserve qu'une réhabilitation de l'argent est à désirer, « et qu’on pourrait y arriver par le rétablissement du libre monnayage de « l’argent dans un certain nombre des Etats les plus populeux, représentés « à cette Conférence, qui, à cette fin, prendraient pour base un rapport fixe « entre la valeur de l’or et celle de l’argent. »
- L’honorable baron de Thielmann réservait son système et la réforme monétaire de son pays, il était dans son droit; mais en même temps, avec une bonne volonté dont nous lui sommes reconnaissant, et avec une grande loyauté, il admettait qu’il y a quelque chose à faire.
- M. le Délégué des Indes britanniques, dans la même séance, disait:
- p.536 - vue 544/684
-
-
-
- CONFÉRENCE MONETAIRE. — OCTOBRE 1881. 537
- « Quoique le secrétaire d’Etat, ainsi que le conseil des Indes britanniques, « ne croient pas pouvoir nourrir l’espoir d’une réforme radicale dans les cir-« constances présentes du système monétaire des Indes, ils sont prêts à « prendre en considération les mesures dont on pourrait suggérer l’intro-« duction aux Indes, afin de rétablir la valeur de l’argent. »
- M. le représentant de l’Àutriche-Hongrie a fait cette déclaration :
- « Notre sympathie est acquise à toute mesure qui serait adoptée dans le but « d’améliorer, ou bien de rétablir, autant que possible, la position du métal « blanc.
- « Aussi aimons-nous à espérer que la Conférence ne se séparera pas défini-« tivement avant d’avoir adopté quelque remède pour obvier aux inconvénients de « la situation monétaire actuelle qui, selon notre avis3 est grave sous plus d’un « point de vue. »
- Et M. le représentant de la Suisse :
- « Le Conseil fédéral a envoyé des Délégués à la Conférence, seulement « parce qu’il considère cette Conférence comme n’ayant qu’un caractère prépa-« ratoire, et comme ayant pour seule tâche de rechercher les bases sur lesquelles « un projet de traité acceptable pourrait être édifié. »
- Nous avons cherché ces bases, nous les avons réunies, et nous avons ainsi répondu à la pensée spéciale de l’un de nos honorables collègues. Un accord peut être utilement cherché entre les différents gouvernements, et c’est pour cela que, dans le texte du projet de résolution dont M. le Président vient de vous donner connaissaance, il est fait allusion à des communications que les gouvernements peuvent maintenant échanger de façon utile, par la voie diplomatique, en présence de tous les éléments d’information et de tous les documents que l’on doit aux travaux de la Conférence.
- L’honorable Délégué de la Norvège, assurément, n’est pas suspect : c’est un des représentants les plus autorisés et les plus dangereux du système que nous combattons : dangereux par son expérience et par sa science, dangereux par l’autorité de son caractère. — Eh bien, messieurs, ce collègue nous a dit : « En résumé, il y a incontestablement un grand intérêt, non pas « à réhabiliter l’argent, ce qui me semble impossible, mais, du moins, à en « enrayer la baisse. Mais le véritable moyen d’y réussir n’est pas d’élever arbi-« trairementla valeur de ce métal en Europe et en Amérique, c’est d’enen-
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Octobre 1881. 68
- p.537 - vue 545/684
-
-
-
- 538 CONFÉRENCE MONÉTAIRE. — OCTOBRE 1881.
- « courager l’usage dans les pays d’Orient qui le préfèrent encore, dans ce vaste « empire chinois à peine entr’ouvert à l’Europe, dans cet immense continent « africain aujourd’hui attaqué de toutes parts, où le commerce ne se fait « encore que sous la forme primitive du troc, mais où il serait sans doute « facile d’introduire l’usage de la monnaie d’argent; — pour que le métal se « relève de son discrédit actuel. ».........
- Je ne fais pas toute la citation, la Conférence se rappelle parfaitement les paroles de M. le Délégué de Norvège ; il ajoutait : « La production de l’or est « encore d’un demi-milliard de francs par an. » Sans doute, messieurs, ces déclarations de notre honorable collègue ne renferment pas quelque chose d’aussi explicite que les autres citations que j’ai déjà faites à la Conférence; mais, cependant, il reconnaît, d’une manière générale, qu’il y a quelque chose à faire ; que le métal argent est dans une situation exigeant un remède ; et je nesuis pas fâché de saisir au passage cet aveu : « La production de l’or « est encore d’un demi-milliard par an », ce qui implique bien que, dans la pensée de M. Broch lui-même, la production de l’or a sensiblement diminué depuis un certain nombre d’années,
- M. Pirmez, au nom de la Belgique, a pris la parole le 7 mai et a fait le premier de ses discours, car nous avons eu le plaisir, toujours très grand, de l’entendre plusieurs fois.
- « Il importe, disait-il, d’établir que la situation actuelle, qui, sans doute, « n’est pas parfaite, ne renferme ni les vices qu’on signalait, ni les dangers
- « dont on menaçait l’Europe. . . . . . .
- «............................................................................
- « Il est certain que, sur le payement des tributs que le gouvernement in-« dien reçoit des princes indigènes, et qui sont fixés à un chiffre déterminé « de roupies, l’Angleterre subit une certaine perte, puisqu’elle reçoit une « somme invariable dont la valeur réelle a diminué par suite de l’abaissement
- « du taux de l’argent.........................................
- «............................................................................
- « Il y a peu de chose à dire des États placés sous le régime du papier-« monnaie. Il est évident que, pour ces puissances, la question financière « domine la question monétaire ; il est certain également qu’à ne considérer « que le point de vue financier, ils pourraient trouver avantage à adopter
- p.538 - vue 546/684
-
-
-
- CONFÉRENCE MONÉTAIRE. — OCTOBRE 1881.
- 539
- « l'étalon d'argentj puisqu'il leur fournirait un moyen très légitime de s’acquitter « de leurs dettes aux moindres frais possibles. »
- M. le Représentant de la Russie, le 16 mai, nous disait :
- « Nier la pénurie d'or c'est presque nier l'évidence, et cette pénurie augmen-« tera probablement, car, au point de vue monétaire, l'éventualité de la reprise « des payements en espèces, par l'Italie, par l'Autriche-Hongrie et par la Russie, « menace l’Europe d'un grand danger.
- « On ne saurait le prévenir qu'en revenant, au moins en partie, à l’emploi de « l’argent dont on avait voulu trop brusquement se passer, et qui s'en est vengé. »
- M. le Délégué de la Confédération helvétique :
- « Reste le second point dont je me suis proposé de dire quelques mots : savoir le « stock d’argent monnayé existant dans l’Union latine; je conviens que ceci est « plus sérieux (remarquez, messieurs, que ce sont tous nos contradicteurs qui « parlent ainsi), et qu'il y a là des inconvénients pour le présent et des éléments
- « de danger pour l’avenir....Je crois qu’il convient de chercher un remède à cet
- « état de choses. »
- « Le 17 mai, l’honorable M. Fremantle, Délégué de l’Angleterre, déclare que son gouvernement ne manquera pas de prendre en très sérieuse considération les vœux émis par la Conférence.
- « Il serait très heureux de pouvoir, sans modifier la situation dans laquelle « il s’est placé, et sans renoncer au système de l’étalon d’or, trouver un moyen « d'apporter son concours à l’œuvre entreprise par la Conférence, c’est-à-dire au « relèvement de la valeur de l’argent. ». ..................................
- M. le Délégué de l’Allemagne déclare, le A juillet :
- « Je ne conteste pas que le rétablissement de la frappe libre de l’or et de l’ar-« gent, d'après une proportion fixe, dans un certain groupe d’États, ne relève le « prix de l'argent jusqu'au taux qui correspondra à cette proportion, et que ses « oscillations ultérieures ne seront qu’insignifiantes. »
- Dans cette séance du A juillet, nous avons eu la bonne fortune d’entendre mon illustre voisin, M. Dumas. Après son discours, M. Broch a pris la parole et a dit :
- « M. Dumas pense qu’on devrait cesser de frapper des pièces de 10 francs, « de 5 francs, de 10 marcs, de 10 shillings en or pour augmenter d’autant
- p.539 - vue 547/684
-
-
-
- 540 CONFÉRENCE MONETAIRE. — OCTORRE 1881.
- « l’emploi de l’argent. C’est encore là un point sur lequel les monomètallistes « sont d’accord avec lui, de même qu’ils sont unanimes pour conserver l’usage des « trois métaux. »
- Si je pouvais continuer ainsi mes lectures, nous finirions peut-être par être tous d’accord sur tous les points.
- L’Angleterre (c’est sa dernière déclaration) s’exprimait ainsi, il y a deux jours, par l’organe de son honorable Délégué :
- « En tenant bien compte de ces considérations, la Bank Court (direction « de la Banque) est convaincue que l’émission de ses billets contre de l’ar-« genl, dans les limites de la lettre delà loi, n’entraînerait pas le risque d’en-« freindre le principe de cette loi, qui impose à la Banque l’obligation posi-« tive de recevoir de l’or en échange de billets, et de rembourser les billets « en or sur demande.
- « La Bank Court ne voit pas pourquoi l’on ne donnerait pas à la Conférence « monétaire réunie à Paris, si Leurs Seigneuries le jugent désirable, l’assu-« rance que la Banque d’Angleterre, conformément à la loi de 18-44:, sera tou-« jours ouverte pour les achats d’argent sous les conditions susmentionnées. »
- Tels sont, messieurs, les extraits que je vous voulais mettre sous vos yeux, pour bien fixer dans votre mémoire le concours unanime qui a été donné à cette thèse : qu’il existe dans le monde une situation monétaire mauvaise, à laquelle il est nécessaire de porter remède.
- Il est satisfaisant de pouvoir dire que, sur ce terrain, tous, aussi bien mo-nométallistes que bimétallistes, nous avons été unanimes à constater l’existence du mal. C’était précisément le second point, c’est-à-dire le second résultat utile produit par la Conférence et que je voulais dégager.
- Certes, on est toujours divisé sur la question de principe, sur la question du fond.
- Mais, grâce à la loyauté et à la bonne volonté de tous, on a été unanime à reconnaître l’état de malaise et l’état de souffrance. Or, je ne répéterai jamais assez que c’est là un fait considérable ; car, moralement, il vous oblige tous à trouver un remède à une situation que vous reconnaissez mauvaise.
- Eli bien, messieurs, ce remède, vous l’avez cherché par un travail incessant, et ce travail est représenté par une énorme quantité de documents, de matériaux, par de nombreuses idées qui ont été émises, par des controverses
- p.540 - vue 548/684
-
-
-
- CONFÉRENCE MONÉTAIRE. — OCTOBRE 1881.
- 541
- brillantes, et cet ensemble constitue précisément, outre ce que je viens de dire, un résultat des plus importants.
- Vous avez tous apporté ici, avec un zèle extrême, des documents qui forment des archives merveilleuses pour la question ; la question est complexe et difficile, elle se subdivise ; vous avez traité théoriquement et en principe la thèse du monométallisme opposée à celle du bimétallisme, puis toutes les questions qui dérivent de celle-là : l’argent devenant valeur internationale avec force libératoire, la question du rapport fixe entre les deux métaux, la proportion de ce rapport, etc., etc. Tout cela constitue des questions de la plus haute importance, et vous avez si sérieusement étudié ces problèmes difficiles, que vous avez maintenant, dans les procès-verbaux de vos séances, tous les éléments d’une résolution.
- Cette résolution pouvait-elle arriver de suite ? Mais, messieurs, c’eût été miraculeux: c’était impossible; et, comme vous avez toujours été animés d’un excellent esprit, comme vous avez tous compris que la solution du problème était impossible à obtenir immédiatement, par un entraînement naturel de votre esprit et de vos bonnes dispositions, vous avez, sans vous départir de vos principes, que nous respectons absolument, cherché tous les moyens qui pouvaient permettre d’ajourner la question du fond.
- Une solution radicale peut se faire attendre, Le temps peut y aider beaucoup ; les faits, toujours plus éloquents que les discours, peuvent un jour imposer telle ou telle solution.
- Et en attendant, les divers moyens que quelques-uns de vous ont imaginés peuvent être examinés, peut-être même combinés ; ils peuvent servir de base à une convention à l’aide de laquelle on pourrait parer, dans une certaine mesure, aux difficultés de la situation, ne fût-ce que pour un temps limité, à titre d’expérience et pour traverser une phase intérimaire. Donc, tous ceux qui s’occuperont désormais de la question monétaire trouveront dans vos procès-verbaux de véritables trésors.
- Il m’a semblé que, puisque vous aviez été saisis par un de nos honorables collègues d’une proposition de dissolution, il m’a semblé, dis-je, qu’il était utile de remettre ainsi sous vos yeux une sorte de résumé qui rappelle les travaux faits, les résultats obtenus, le chemin parcouru.
- Et maintenant que nous venons de faire ensemble ce retour sur nous-mêmes, ne sommes-nous pas plus forts pour dire à notre collègue : non !
- p.541 - vue 549/684
-
-
-
- 542 CONFÉRENCE MONÉTAIRE. — OCTOBRE 1881.
- Est-ce que vous pourriez envisager sérieusement la question de votre dissolution ?
- J’avoue que, quant à moi, je trouverais cela profondément regrettable. S’il en devait être ainsi, ce n’était pas la peine de faire tout le travail que vous vous êtes imposé ; il était inutile d’accomplir cette œuvre considérable, pour la jeter au panier. — Vous ne seriez ni sérieux, ni courageux si, après quelques semaines de travail, vous disiez : « [/affaire est trop difficile, il faut y renoncer et se séparer.
- Je suis convaincu qu’il se trouvera ici une majorité, et une majorité considérable pour dire : non ! non ! C’est impossible ; il y a même pour nous tous, messieurs, une responsabilité morale ; nous avons charge d’âmes à l’égard des intérêts supérieurs et généraux qui nous ont été confiés 1 Nous n’avons pas le droit de renoncer à notre tâche !
- J’ajoute, en terminant, que ce ne serait pas digne de la cause qui nous a rassemblés, ni des vues que nous avons apportées dans l’examen de cette question.
- Je ne puis, en effet, oublier, et je ne l’oublierai jamais, que l’on n’a vu percer dans nos débats aucun intérêt personnel, j’entends par là aucun sentiment particulier à tel ou tel pays. Oui, vous avez toujours oublié vos frontières; vous n’avez jamais été ici un seul instant les délégués de telle ou telle nation — vous avez été les vrais citoyens du monde entier, vous vous êtes toujours inspirés de l’intérêt général et supérieur de l’humanité, intérêt qui est ici la grande loi.
- Pour persister, messieurs, dans votre œuvre, il faut faire deux choses : d’abord, donner la parole à la diplomatie, parce qu’au point d’élaboration où nous sommes parvenus il peut être nécessaire que les gouvernements échangent leurs vues; et, en second lieu, nous ajourner, dès à présent, au mois d’avril prochain, afin de donner, à cette époque, le cas échéant, une solution au grand problème dont il s’agit, car lorsqu’on cherche, messieurs, une solution difficile, même très difficile, avec la hauteur de vues que vous avez apportée dans vos travaux, on la trouve.
- En conséquence, nous vous demandons de voter la résolution dont M. le Président vous a donné connaissance.
- Lord Reay, Délégué des Indes britanniques, prend ensuite la parole et s’exprime en ces termes :
- p.542 - vue 550/684
-
-
-
- 543
- CONFÉRENCE MONÉTAIRE. — OCTOBRE 1881.
- « Monsieur le Président, messieurs, mon honorable collègue et moi, nous avons l’honneur d’accepter la proposition d’ajournement qui nous est adressée par les Puissances qui nous ont invités. Le recueillement sera favorable à une étude approfondie de l’aspect nouveau de la situation.
- « Il n’y a guère possibilité de nier qu’elle a été sensiblement modifiée par les déclarations importantes et les discussions intéressantes auxquelles nous avons assisté. Avant la Conférence, il était difficile de se rendre un compte exact des dispositions des Gouvernements que nous avons eu l’honneur de représenter. Il n’en est plus ainsi maintenant. Des gages précieux ont été donnés, il est vrai, ne reposant pas sur des bases identiques, mais témoignant d’une conviction assez générale, que la question monétaire relève du domaine international et ne saurait être envisagée comme d’intérêt simplement national. En cette matière, il s’agit de chercher un concert international. Les efforts diplomatiques que nous invoquons pourront accélérer la solution qu’il aurait été présomptueux de vouloir précipiter. Les déclarations qui ont été faites au sein de la Conférence sont autant de preuves du bon vouloir des Gouvernements pour arriver à un modus vivendi international, sans nourrir l’espoir de faire prévaloir un système universel.
- « Il est permis de nous attendre à ce que les Gouvernements de Sa Majesté Impériale et Royale Apostolique et de Sa Majesté l’Empereur de Russie offriront à la Conférence leur puissant concours pour la réhabilitation de l’argent.
- « Le gouvernement de Sa Majesté l’Impératrice des Indes attache le plus haut prix aux décisions que pourraient prendre, en cette matière, ces deux Gouvernements, autant dans leur propre intérêt que dans celui du monde entier. %
- « Les Délégués des Indes britanniques ne voteront donc pas seulement l’ajournement par des motifs de convenance diplomatique, mais en vue de la possibilité que, dans les délibérations futures de la Conférence, les deux gouvernements susdits ouvrent, par leur bienveillant appui, des perspectives nouvelles et sérieuses d’établir un accord international.
- « Les déclarations, remarquables à tous égards, des Délégués d’Italie et des Pays-Bas sont, à elles seules, du reste, suffisantes pour motiver une période d’échange d’opinions de Gouvernement à Gouvernement.
- « La motion d’ajournement proposée par nos honorables collègues des États-Unis et de France a cet avantage, qu’elle ne cause aucun préjudice à l’action diplomatique qui reste reste entière et dont l’initiative sera prise par les Gouvernements des deux Républiques.
- « Les Délégués des Indes britanniques se flattent qu’à la réunion prochaine
- p.543 - vue 551/684
-
-
-
- CONFÉRENCE MONETAIRE. — OCTOBRE 1881.
- 5 U
- de la Conférence, les hommes d’État et les savants éminents qui composent les Délégations des États-Unis et de la France pourront se mettre d’accord pour offrir à la Conférence un programme donnant à ses travaux une direction pratique. Il serait désirable que ce programme se renfermât soigneusement dans les limites imposées par l’action des Gouvernements et ne recherchât pas les moyens d’adopter une théorie absolue que les Gouvernements n’auraient pas sanctionnée préalablement. Les théoriciens qui voteront la motion d’ajournement reconnaîtront de fait qu’il ne s’agit pas de l’application d’une thèse économique, mais de la découverte d’un rapprochement nécessaire afin d’échapper aux risques d’une crise déplorable.
- « La science déclarera que la diplomatie n’est pas une gêne pour elle, mais une précieuse alliée ; et, de son côté,’ la diplomatie saura gré à la science de lui avoir frayé de nouvelles voies. Notre oeuvre, messieurs, est trop compliquée, embrasse trop d’intérêts divers pour songer à résoudre du coup le problème qui nous est soumis, comme vient de l’observer M, Denormandie dans son éloquent discours. Notre devise ne saurait être : Audaces fortuna juvat! Jusqu’ici les réformes monétaires n’ont pas eu le succès complet auquel s’attendaient ceux qui les ont inaugurées. Soyons donc prudents. Il est évident qu’il y a bien des obstacles à vaincre avant d’aboutir. Les délégués des Indes britanniques ne se sont jamais fait d’illusions à cet égard, et, par l’ajournement de la Conférence, ils n’en perdent pas. »
- M. le comte de Kuefstein, Premier Délégué de l’Autriche-Hongrie, « déclare s’associer également à la motion d’ajournement. Il la votera d’autant plus volontiers que déjà, dans la séance finale de la première session de la Conférence, il avait exprimé la crainte qu’à la date du 30 juin, le gouvernement Impérial et Royal ne se trouverait pas encore en mesure de répondre à la question que LordReay avait posée au sujet de l’entrée de l’Autriche-Hongrie dans une union bimétallique. D’ici au 12 avril prochain, le délai se trouve mieux en rapport avec l’importance de la suggestion qui vient d’être répétée par le très honorable Délégué des Indes et avec la situation actuelle de l’Autriche-Hongrie. Le Gouvernement Impérial et Royal profitera consciencieusement de ce temps pour étudier avec soin, et faire étudier dans les deux parties de l’empire, la question qui lui est soumise et qui implique celle de l’avenir monétaire de la monarchie. »
- La motion d’ajournement est lue de nouveau par M. le Président, mise aux voix et adoptée à l’unanimité des membres votants.
- p.544 - vue 552/684
-
-
-
- CHAUFFAGE.
- OCTOBRE 1881.
- 545
- JL
- CHAUFFAGE.
- MÉMOIRE SUR LA FABRICATION d’üN COMBUSTIBLE ÉCONOMIQUE PRÉSENTÉ A LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT PAR M. V. A. JACQUELAIN.
- S’il n’était question que d’une vue de l’esprit purement spéculative, n’ayant été soumise à aucune vérification expérimentale, nous l’aurions volontiers, avec raison, abandonnée dans les cartons du ministère de l’Agriculture et du Commerce, pour grossir le nombre des brevets déchus, par impossibilité ou défaut d’exécution.
- Mais il n’en est pas ainsi ; le travail que je publie est relatif à une industrie dont tous les détails pratiques, étudiés avec lenteur, prudence et d’une façon graduelle, nous ont conduits, M. Sudre, mon ami, ancien ingénieur civil de l’École centrale, et moi, à une installation successive de 1, 2, 3 et 4 cornues à carbonisation, lesquelles ont produit un total de 45 000 kilog. d’un nouveau combustible économique, parfaitement réussi.
- Je vais essayer de tracer brièvement l’historique, puis la fabrication, et je ferai connaître ensuite les analyses, les opérations scientifiques qui m’ont servi à discuter les résultats industriels et qui n’ont pas été livrés à la publicité. Disons, de suite, pour attribuer à chacun son mérite, que le travail chimique était entièrement terminé par moi, lorsque M. Sudre voulut bien accepter la mission d’ingénieur, afin de commencer et de suivre les études préliminaires indispensables à la fondation de cette industrie.
- C’est à l’usine de bougies stéariques de MM. Jaillou, Monie et comp., à la Villette, à Paris, que les expériences ont été faites à la grande satisfaction de tous les intéressés. Mais peu de temps après la production des 45 000 kilog. de charbon, prêts à être livrés à la consommation, le bailleur de fonds a subitement quitté Paris; force a été d’accepter la résiliation du contrat, et celte industrie, si intéressante, cessa d’exister, bien qu’à son début elle fît pressentir, pour un avenir prochain, une prospérité basée sur des calculs établis d’après des expériences positives.
- C’est à la nécessité où j’étais, dans les premières années de ma vie de famille, de faire usage, par économie, de tourbe carbonisée, au lieu de charbon de bois, que je dois la résolution prise, en 1852, de m'occuper de la préparation d’un combustible artificiel.
- Deux phénomènes, singuliers en apparence, se présentent à l’observateur qui emploie, pour la première fois, la tourbe carbonisée.
- Tout d’abord, dans les premiers instants de la combustion, il se dégage une quantité notable d’acide sulfhydrique, plus rarement, de l’acide sulfureux ; ensuite, depuis l’embrasement, jusqu’à la combustion complète, on reconnaît que la cendre, quoique
- Tome VIH. — 80e année, 3e série. — Octobre 1881. 69
- p.545 - vue 553/684
-
-
-
- CHAUFFAGE, — OCTOBRE 188t.
- 546
- friable, conserve entièrement la forme des fragments du combustible avant son inflammation.
- Théoriquement, il était rationnel d’admettre que bien avant la température du rouge très sombre, les carbures d’hydrogène et la vapeur d’eau réagissaient sur du sulfate de chaux de manière à produire à la fois de l’oxyde de carbone et de l’acide sul-fhydrique, lequel, à son tour, par une combustion plus complète, se transforme en eau et acide sulfureux. Quant à cette légère agrégation des cendres, elle pouvait être due à la présence d’une certaine quantité d’argile associée à de la chaux, en proportion suffisante pour prévenir la fusion des cendres. Ces interprétations se trouvent fortement accréditées par l’analyse des cendres de quatre échantillons de tourbes commerciales, l’une d’origine inconnue, les autres de provenances connues.
- TOURBE TOURBE TOURBE TOURBE
- de de de de
- provenance inconnue. Ham. rOarcq, Pont-St-Maxence •
- Carbonate de chaux. . 12,380 Acide sulfur.. . 0,12 0,120 0,097
- Oxyde de fer 2,225 Silice 0,27 0,175 0,050
- Acide sulfurique. . . . 2,113 Charbon 0,03 0,010 0,005
- Chaux 1,478 Chaux 0,28 0,370 0,420
- Eau 0,667 Magnésie. . . . 0,01 0,020 0,030
- Silice. 0,445 Oxyde de fer . . 0,22 0,150 0,140
- Alumine 0,445 Acid, carbonique 0,07 0,155 0,258
- Magnésie 0,222 1,00 1,000 1,000
- Carbonate de potasse.. 0,111
- 20,086
- Traces de chlorure,
- Matières combustibles. 79,914
- J’ai dû aussi procéder à l’incinération de onze combustibles livrés au commerce en 1852 et j’ai pu constater, par des essais comparatifs, que les combustibles laissant après leur combustion de 18 à 25 de cendres pour 100, possédaient un pouvoir calorifique supérieur à celui des autres combustibles plus riches en carbone, puisqu’ils contenaient beaucoup moins de cendres.
- Voici le tableau de la détermination des cendres :
- 100 charbon de bois de l’Yonne laissent............ 3 pour 100 de cendres.
- — Lemire 4,2 —
- braise de boulanger ...... 4,4 —
- tourbe compacte Lacase 6,5 —
- tourbe comprimée Lacase 6,8 —
- tourbe compacte de Ham 12,0 —
- charbon solaire 13.5
- p.546 - vue 554/684
-
-
-
- CHAUFFAGE.
- — OCTOBRE 1881. 547
- 100 charbon Popelin laissent............. 17,8 —
- — tourbe carbonisée de Pont-Saint-Maxence. ..... 20,0 —
- — tourbe carbonisée de Ménecy............. ; . 22,0 —
- — tourbe carbonisée Lacase..... 25,0 —
- . — tourbe carbonisée de Ham. . ..................... 27,0 —
- — charbon Jacquelain.......... 16,5 17, 20, 22, 23.
- Ces notions préliminaires étant acquises, le problème, pour moi, se posait en ces termes :
- Préparer par voie de mélanges un combustible imitant et même surpassant par son mode de combustion la tourbe carbonisée, mais ne dégageant aucun gaz odorant ou infect pendant les premiers instants de sa combustion.
- Evidemment, il a fallu, pour atteindre à ce résultat, faire un grand nombre de mélanges et de carbonisations dont le récit serait fastidieux, sans utilité ; aussi me contenterai-je de rapporter ici la composition des mélanges carbonisés qui ont le mieux réussi à différents points de vue, et que j’ai adoptés définitivement pour la fabrication.
- Combustible pour le chauffage dans les fourneaux potagers.
- Houille grasse pulvérisée lavée..............
- Coke — ..............
- Argile pulvérisée............................
- Carbonate de chaux pulvérisé, c’est-à-dire
- terre calcaire.............................
- Eau..........................................
- N° 1. N» 2. 68 68
- 34 6
- 9
- 35
- 34 4
- 11
- 35
- Combustible pour le chauffage d’appartements.
- Houille grasse pulvérisée lavée.
- Coke pulvérisé..................
- Argile pulvérisée. .......
- Carbonate de chaux. ......
- Eau........................... . .
- N» 3. 68
- 34 3
- 12
- 35
- N® 4. 68
- 34 2 13
- 35
- Combustible pour le chauffage industriel, à des températures élevées.
- N° 5. N® 6.
- Houille grasse pulvérisée lavée................... 68 68
- Coke pulvérisé.................................... 34 34
- Argile. . ........................................ 15 10
- Eau............................................... 35 35
- Je passe maintenant à la détermination de la puissance calorifique de certains
- p.547 - vue 555/684
-
-
-
- 548
- CHAUFFAGE.
- OCTOBRE 1881.
- numéros du combustible économique, comparés d’abord entre eux et ensuite à d’autres combustibles analogues, acceptés par la consommation.
- Afin de donnerà ce travail toute l’exactitude industrielle désirable, j’ai fait construire trois petits fourneaux d’évaporation à l’air libre, composés chacun d’une cuvette conique en terre cuite, d’une grille en fonte, d’une enveloppe protectrice en laiton, de forme cylindrique, à fond plat et plongeant à la même hauteur dans son fourneau. La chemise de chaque fourneau présente les mêmes ouvertures, en même nombre et semblablement disposées pour l’entrée de l’air et la sortie des gaz de la combustion.
- Toutes les pièces sont rigoureusement de même poids, de même dimension, ainsi que les vases d’évaporation ; enfin, les cônes en tôle servant à commencer l’embrasement à l’aide d’un même poids de copeaux, présentent aussi les mêmes dimensions.
- Tableau modèle de toutes les données d’expériences qui nous ont servi à estimer la puissance calorifique de cinq numéros du combustible économique, fournissant après combustion des proportions de cendres un peu différentes :
- Charbon économique laissant..................... 16,5 cendres 17 20 22 23 p. 100 de combustible
- Ébullition en............ 22’ 23’ 22’ 24’ 28’
- Durée d’ébullition....... 1 h. 57’ 1 h. 4’ 1 h. 11’ 1 h. 7’
- Durée d’expérience. ... 2 h. 2 h. 10’ 2 h. 10’ 2 h. 2 h.
- Charbon pesé................ 350 gr. 350 gr. 350 gr. 350 gr. 400 gr.
- Charbon restant.............. 26 34 11 48 35
- Charbon brûlé............... 324 316 339 302 365
- Eau pesée................ 1900 1 900 1 900 1 900 1900
- Eau vaporisée............ 1 633 1 543 1 544 1 331 1432
- Donc 100 kil. de charbon
- brut évaporent........... 507 k. 488 k*. 458 k. 440 k. 392 k. d’eau
- Et 100 kil. de ce même charbon, correction faite
- des cendres, évaporent. 607 k. 587 k. 569 k. 565 k. 509 k. d’eau.
- On voit par ce tableau que la gradation légèrement croissante de cendres dans ces combustibles correspond, d’une part, à de légers retards dans l’ébullition de l’eau, et, d’autre part, à des quantités décroissantes d’eau vaporisée par ces divers numéros du combustible économique. Il suit de là que la méthode d’expérimentation est d’une approximation très suffisante pour discuter des résultats industriels.
- p.548 - vue 556/684
-
-
-
- CHAUFFAGE. — OCTOBRE 1881. 549
- CHARBON CHARBON CHARBON
- Yonne Poisat Jacquelain
- 3 cendres p, 100* 3,4 cendres. 23. cendres.
- — — —
- Ébullition en 17’ 19’ 21’
- Durée d’ébullition 65’ 34’ 68’
- Durée d’expérience 2 h. 29’ 2 h. 29’ 2 h. 29’
- Charbon pesé. ....... 300 gr. 300 gr. 400 gr.
- Charbon restant. ...... 12 128 30
- Charbon brûlé 288 172 370
- Eau pesée . 2 000 2 000 2 000
- Eau vaporisée 1 331 1 077 1 775
- 100 kil. charbon brut vaporisent 483 k.p. 20 fr. 626 k. p. 18 fr. 480 k. p. 12 fr
- 100 kil. charbon pur de cendres vaporisent. . . . 498 k. 661 k. 623 k.
- Ces tableaux suffisent pour faire connaître l’esprit de la méthode d’expérimentation; il me reste maintenant, pour abréger, à donner, sous une forme plus simple, la puissance d’évaporation de tous les combustibles que j’ai voulu comparer au charbon artificiel qui fait l’objet de ce Mémoire.
- lre Série d’èxpériences.
- kil. kil.
- 100 charbon Yonne à. . . 3 p. 100 de cendres vaporisent 395 d’eau pour 20 francs
- 100 — Popeîin. . . 17,5 — 287 — 16 —
- 100 — Jacquelain. . 23 — 335 — 12 —
- 100 — Yonne à. . . 3 p. 100 — 347 — 20 —
- 100 — Popelin. . . 17,5 — 296,6 — 16 —
- 100 — Jacquelain.. 23 — 336,8 — 12 —
- kil. 100 tourbe carbonisée de Ham à. . . . . . . 2e Série. 27 de cendres vaporisent kit. 273,25 d’eau pour 12 francs
- 100 charbon Jacquelain. 23 — 332 — 12 —
- 100 tourbe carbonisée d’Essonnes 22 269,7 12 —
- 100 tourbe carbonisée de Saint-Maxence. . . 20 310 12 —
- 100 tourbe carbonisée de Lacase . 6,8 _ 240 MM 12 -
- p.549 - vue 557/684
-
-
-
- 550
- CHAUFFAGE.
- OCTOBRE 1881.
- 3e Série.
- kil. ' kil.
- 100 charbon Jacquelain à. 29 p. 100 de cendres vaporisent 383 d’eau pour 12 francs
- *00 — 24,2 — 356,6 — 12
- 100 — 22 —• 420 — ' 12
- 100 — 21,6 — 412,7 — 12
- 100 — 15,4 — 402 — 12
- Les observations déduites de ces trois séries d’expriences se résument ainsi qu’il suit:
- La lre série montre que, pour un même prix de charbon artificiel, le charbon économique vaporise une plus grande quantité d’eau que les charbons Yonne et Popelin.
- On remarque, en outre, que le charbon économique à 23 pour 100 de cendres, par conséquent plus pauvre en carbone que le charbon Popelin qui en renferme 17,5, présente néanmoins une puissance de vaporisation qui lui est supérieure.
- La 2e série nous montre clairement que le charbon économique vaporise, toutes circonstances égales d’ailleurs, une plus grande proportion d’eau que les tourbes carbonisées auxquelles on l’a comparé et dont je suis parti pour arriver à imiter ces combustibles.
- On entrevoit aussi que c’est autour des chiffres 22 à 23 de cendres que le combustible Jacquelain nous offre les puissances de vaporisation les plus élevées ; à la condition toutefois que les cendres posséderont une agrégation et une composition déterminées, qu’il est toujours facile de reproduire en se conformant aux compositions données plus haut ainsi qu’au mode de fabrication qui sera décrit plus loin.
- Enfin, on pourrait trouver étrange que 100 kilog. de charbon Jacquelain, à 23 pour 100 de cendres, aient vaporisé dans trois opérations distinctes 338, 336,8 puis 332 kilog. d’eau, nombres assez rapprochés, tandis que, dans une quatrième opération, 100 kilog. de charbon économique à 22 pour 100 de cendres vaporisent 420 kilog. d’eau. Ces différences tiennent à la température de l’air ambiant, à la pression atmosphérique, au courant d’air régnant qui modifient le tirage des fourneaux et font varier la puissance absolue de vaporisation d’une expérience à l’autre, tandis que la valeur calorifique comparative de chaque combustible, n’éprouve aucune altération durant la même expérience, puisque l’influence de ces différentes causes reste la même pour une même opération.
- Je passe à la préparation du combustible économique; elle est fort simple et s’exécute de la même manière pour les six numéros.
- Ainsi les poussiers de houille et de coke sont d’abord bien-pulvérisés, lavés méthodiquement, s’il est nécessaire, par les procédés en usage dans la fabrication du coke pour locomotives, afin d’enlever, par dissolution, la portion de pyrite déjà convertie
- p.550 - vue 558/684
-
-
-
- CHAUFFAGE.
- OCTOBRE 1881.
- 551
- en sulfate de fer ou de cuivre; d’autre part, on mélange intimement l’argile et la terre calcaire préalablement séchées et finement pulvérisées; on les arrose avec la totalité d’eau prescrite : au bout de trois heures d’imbibition, on y ajoute la proportion de combustible préparée, et, dès que le mélange est devenu homogène, on procède au moulage, sous la forme de cubes réguliers ou irréguliers à volonté, pour le chauffage soit industriel, soit des appartements. Le broyage et le moulage se pratiquent manuellement comme dans les briqueteries, ou mieux, à l’aide de machines connues destinées à la fabrication des tuyaux de drainage, toutefois en supprimant l’âme de la filière, afin de produire des cylindres ou des cubes entièrement pleins.
- Quant à la dessication des cylindres, on la commence sur des plateaux à surface cannelée cylindriquement, et on la termine par une exposition à l’air sec au soleil, ou bien à l’aide de la chaleur rayonnante qui s’échappe improductivement des appareils à carboniser le combustible artificiel.
- Ce dernier travail s’exécute dans des cornues en terre réfractaire ou en fonte de fer, dont on élève la température lentement jusqu’au rouge sombre, durant six à sept heures au plus, car l’expérience a démontré que cette précaution bien observée fournissait un combustible d’un embrasement plus prompt, d’une plus grande puissance calorifique ou d’évaporation.
- De plus, on a soin d’utiliser les gaz provenant de cette carbonisation, pour sécher le combustible moulé, ainsi que pour alimenter les foyers à carbonisation, en adoptant les dispositions déjà connues pour ce même usage. (Voir les dessins annexés au Mémoire.)
- Une autre pratique absolument indispensable, dès que la carbonisation est terminée, consiste à éteindre rapidement le combustible par l’injection d’un courant de vapeur d’eau, et, aussitôt après, on fait tomber le combustible dans des étouffoirs d’où on le retire entièrement refroidi pour l’emmagasiner.
- En échange de la chaleur emportée par cette vapeur d’eau, on obtient de l’hydrogène et de l’oxyde de carbone, nouvelle source de chaleur qu’on utilise également pour la dessication des matières moulées, ou pour le chauffage d’un autre chargement de combustible en pleine carbonisation. Cette vapeur d’eau a aussi pour effet très important de désulfurer, en grande partie, le combustible en faisant naître du sesquioxyde de fer et du gaz sulfhydrique qui va se brûler, comme l’hydrogène et l’oxyde de carbone, dans les foyers à carbonisation.
- C’est ici le lieu de faire observer que la consolidation du mélange charbonneux s’opère faiblement, d’abord à froid par l’intermédiaire de l’argile, puis par la dessication, et qu’elle se complète pendant la carbonisation de la houille, laquelle donne naissance à de la matière goudronneuse qui, en se déposant sur toutes les parties du mélange charbonneux, les imprègne de carbone très divisé, à mesure qu’une température plus élevée vient à décomposer ce goudron. Par suite de cette décomposition du goudron en carbone et en gaz, ceux-ci, se frayant un passage à travers le charbon
- p.551 - vue 559/684
-
-
-
- 552 CHAUFFAGE. — OCTOBRE 1881.
- artificiel, y laissent par conséquent des vides nombreux qui permettent à l’air un accès facile, pendant la combustion de ce charbon. ,
- Enfin , le gaz ammoniac, le carbonate, le sulfhydrate, le cyanhydrate d’ammoniaque qui se dégagent avec un peu de goudron, pendant la carbonisation et qui accompagnent en même temps les gaz combustibles, sont dirigés d’abord dans un barillet chargé de lait de chaux concentré, entretenu à la température de l’eau bouillante ; le goudron alors s’unit à une certaine quantité de chaux pour former un composé insoluble et très consistant; de là tout le gaz ammoniac et les gaz combustibles vont se rendre dans une caisse en plomb, munie de diaphragmes alternativement plus courts à droite et à gauche afin d’obtenir un lavage méthodique à travers une solution de sulfate de fer, ou de chlorure de manganèse, ou d’acide sulfurique à 30 degrés ou 40 degrés au pèse-acide Baumé ; il en résulte du sulfate ou du chlorhydrate d’ammoniaque cristallisable, si l’on concentre suffisamment les dissolutions filtrées, tandis que les acides carboniques, sulfhydriques, cyanhydriques, avec les gaz combustibles, sont dirigés dans les foyers à carbonisation.
- Tels sont, je le répète, l’idée principale et le nouveau procédé auxquels m’avaient conduit l’usage de la tourbe et son étude approfondie par de nombreuses analyses, avant d’entreprendre la fabrication d’un combustible artificiel tout à fait distinct de ceux connus alors dans le commerce.
- Je m’exprime ainsi, parce que, en effet, la présence dans ce combustible de la houille grasse pulvérisée, produisant par sa décomposition lente d’abord des carbures d’hydrogène, puis du carbone divisé, dispense, par cela même, de recourir à l’emploi du brai gras, du goudron, de toute matière agglutinative ou résineuse dans le but d’obtenir l’agrégaîion des molécules charbonneuses.
- Il est bien évident aussi que, suivant les localités, suivant le bas prix d’autres combustibles, tels que les lignites, les anthracites, les schistes, après quelques études de dosage, on doit arriver à la composition d’autres mélanges combustibles également profitables à l’induslrie.
- En résumé, on peut, dès maintenant, affirmer que l’emploi simultané de la houille et du coke pulvérulents, l’intervention bien discutée de l’argile et du carbonate de chaux, la bonne direction donnée à la carbonisation, concourent merveilleusement à la production d’un combustible moins poreux que le charbon de bois, moins compact que l’anthracite et le coke, assez dur pour supporter le transport sans se briser ; d’une inflammation prompte, sans exhalation de gaz odorants et d’une combustion régulière, facile à entretenir par de nouvelles charges de combustible ; mais le caractère par excellence de ce combustible est de fournir des cendres conservant, en vertu de leur faible agrégation, la forme initiale du combustible, jusqu’à sa complète destruction, et pouvant s’affaisser et tomber en poussière dans le cendrier sous un frottement léger. ; ,
- Il suit de là qu’elles ne contiennent aucun débris de combustible, ou très peu; que
- p.552 - vue 560/684
-
-
-
- CHAUFFAGE. — OCTOBRE 1881.
- 553
- la chaleur provenant d’une meilleure utilisation du combustible, s’ajoutant à celle fournie par le rayonnement des cendres incandescentes jusqu’à leur désagrégation, entraîne pour ce combustible un pouvoir d’évaporation supérieur à celui de beaucoup d’autres justement estimés.
- Ainsi, bien que la composition de ce combustible comporte, en moyenne, 22 pour 100 de cendres, ce qui le placerait au dernier rang pour la richesse en carbone, c’est encore ce combustible, à prix égal et toutes conditions d’expériences comparatives étant semblables, qui vaporise la plus grande quantité d’eau.
- Rapport de M. Sudre, ingénieur civil de l’Ecole centrale, sur la fabrication d’un combustible économique de M. Jacquelain.
- Dans un premier Rapport du 8 janvier 1853, j’ai rendu compte d’un premier essai de carbonisation du charbon moulé, du système Jacquelain, dans un four coulant, dont la conception m’est commune avec ce dernier, et dont j’ai créé et dirigé les détails d’exécution à l’usine de bougies stéariques de MM. Jaillou, Monier et eomp., à la Yillette.
- Cette première expérience démontra que la disposition du four répondait au but que l’on s’était proposé, tant pour le produit que pour le service.
- Mais n’ayant pu me rendre compte du combustible consumé au foyer, j’ai dû en préparer un second essai et, en conséquence, m’occuper du moulage d’une nouvelle quantité de briquettes.
- Le procédé de moulage que j’avais à ma dispositien laissait beaucoup à désirer pour une fabrication régulière ; cependant j’ai voulu me rendre compte des frais auxquels il entraîne tel qu’il est, sauf à l’améliorer plus tard. De cette manière, j’ai été en mesure d’établir un prix de revient, non seulement de la carbonisation, mais encore de toutes les autres opérations, quoique dans des conditions imparfaites.
- Comme le four est susceptible de produire 1 000 kilog. par jour, ainsi qu’on le verra plus loin, c’est sur cette base que j’ai établi mon prix de revient.
- J’avertis d’avance que le charbon sera toujours évalué sans tenir compte ni de l’utilisation des gaz pendant la carbonisation en les dirigeant dans le foyer, ni des sels ammoniacaux que l’ammoniaque du barillet peut fournir.
- Le prix des matières premières est toujours porté au taux maximum que les oscillations du commerce de la houille et du coke ne sauraient dépasser, soit :
- Pour le poussier de houille............ 20 francs les 1 000 kilog.
- Pour le poussier de coke............... 10 francs les 1000 —
- On a négligé aussi le prix de revient de l’argile et de la terre calcaire, dont la plus-value, par leur présence dans le charbon, se trouve balancée par les déchets de fabrication dont on ne tient nécessairement aucun compte.
- Tome VIII. — 80e année. 3* série. — Octobre 1881.
- 70
- p.553 - vue 561/684
-
-
-
- 554
- CHAUFFAGE.
- OCTOBRE 1881.
- Dans ces conditions, observons d’abord que 100 kilog. de briquettes moulées, avant leur carbonisation, ne donnent qiie 76 kilog. de produit net carbonisé, donc, 1 000 kilog. de ce dernier proviendront de 1 320 kilog. de ce mélange, sur lequel devra porter une fabrication journalière pour la marche du four actuel.
- Le prix d’achat de ces 1 320 kilog. sera donc réparti ainsi qu’il suit :
- in. fi-.
- 880 poussier de houille à 20 francs les 1 000 kil............ 17,60
- 440 — de coke à 10 francs les 1 000 kil................... 4,40
- 1 320 Total du mélange............... 22,00
- Le charroi de ces 1 320 kilog., aller et retour,
- fr.
- Au moulin à broyer, coûte................................. 5,00
- Le broyage de 1 320 kil. à raison de 1 fr. 50 les 100 kil., coûte. . 19,80
- Prix de la matière première rendue à l’usine et prête à être moulée............................................. 46,80
- Frais de moulage ainsi répartis, pour une quantité de charbon moulé ayant donné 400 kilog. de produit carbonisé :
- fr.
- 2 pétrisseurs ensemble à. ... 2 fr. 50 la demi-journée.... 2,50
- 2 mouleurs ensemble à. . . . . 2 fr. 50 — 2,50
- 2 aides mouleurs ensemble à. . 2 fr. — 2,00
- 1 coupeur à. . . . ...........2 fr. — 2,00
- 1 démouleur à............... 1 fr. 25 — 1,25
- 2 aides ensemble à.......... 1 fr. 75 — 1,75
- Soit pour 1 000 kilog. de produit Carbonisé....................
- Pour connaître les frais de carbonisation, j’ai commencé par amener le four à la température, puis j’ai carbonisé, sans discontinuer, durant 109 heures 1/2, pendant lequel temps on a brûlé 875 kilog. de combustible, soit :
- fr.
- 191 kilog. par 24 heures à....................... 25,70
- 191 kilog. de houille . . . . ................... 4,80
- Pendant les 24 heures j’ai noté la décharge de 16 cornues, ce qui fait, en moyenne, 6 heures de carbonisation par cornue ; mais chaque cornue donne 63 kilog. de charbon carbonisé; cela fait donc 1 008 kilog., soit 1 000 par 24 heures pour main-d’œuvre de chauffage et de service du four :
- 12,00
- 27,50
- 2 chauffeurs à 4 fr 2 aides à 2 fr. . .
- 8 francs 4 —
- p.554 - vue 562/684
-
-
-
- CHAUFFAGE.
- OCTOBRE 1881.
- 555
- , Total des frais de carbonisation pour 1 000 kilog. par jour :
- Matières premières rendues à l'usine et broyées.. 46,80
- Moulage..................................... . . . 27,50
- Combustible pour la carbonisation........... 16,80
- Emmagasinage.................................. 2,50
- 93,60
- Considérons, maintenant, les frais généraux pour une fabrication de 2 000 kilog. par jour, ou 600 000 kilog. par an, et admettons :
- francs.
- Pour amortissement du matériel. ................. 5 000
- Pour intérêt de l’argent.................... 2 500
- Pour appointements............................... 8 000
- Pour loyer, assurances, impositions. ......... 2 000
- Pour entretien du matériel . ............ . 4 000
- 21 500
- Les frais généraux s’élèveront donc, pour une année de 300 jours, c’est-à-dire pour 600 000 kilog. à 21 500 fr., et pour 2 000 kilog., à 71 fr. 66; notons aussi qu’une usine de 50 000 fr. peut faire, par jour, 8 000 kilog. de combustible; d’après ces données, on pourra dresser le tableau suivant des prix de revient du combustible, y compris les frais généraux, qui demeurent constants pour une fabrication, depuis 1 000 kilog. jusqu’à 8000 kilog. par jour.
- kilog. fr.
- Pour 1 000 de frais généraux 71,66 + 93,6 de fabrication =:
- — 2 000 — 71,66 + 187,2 —
- — 3 000 — 71,66 + 280,8 —
- — 4 000 — 71,66 -{- 374,4 —
- — 5 000 — 71,66 + 468,0 —
- — 6 000 — 71,66 + 561,6 —
- — 7 000 — 71,66 -1- 655,2 —
- — 8 000 - 71,66 + 748,8 —
- Il ressort de ce tableau que le prix de revient des 1 000 kilog. du combustible s’abaisse à mesure que le chiffre de fabrication s’élève.
- Prix de revient décroissants, déduits de la dernière colonne du tableau précédent et appliqués à 100 kilog, de combustible :
- fr.
- 165.26
- 258.86
- 352.46 416,06 539,66
- 633.26
- 726.86
- 820.46
- p.555 - vue 563/684
-
-
-
- 556
- CHAUFFAGE.
- OCTOBRE 1881.
- fr*
- 16,50 12,90 11,74 11 15
- Ainsi, 100 kil. coûtent successivement : ! *
- J 10,55 10,38 1 10,25
- Tel est le prix de revient que l’on peut garantir pour la marche des appareils. En livrant le charbon économique à 15 francs les 100 kilog., on réaliserait un tiers de bénéfices, condition aussi avantageuse que celle de la plupart des usines actuellement florissant en France.
- Mais il est facile de concevoir que ce prix de revient peut encore être réduit et aussi prochainement qu’on le voudra, soit par des marchés qui assurent les matières premières à un prix bien inférieur à celui que je porte, soit par des améliorations mécaniques actuellement déjà étudiées et arrêtées.
- Ces améliorations mettront alors cette industrie en état de faire une concurrence active aux industries rivales et de prendre parmi elles un rang solidement établi.
- La Villette, le 27 février 1853.
- Signé : J. Sudre, Ingénieur civil.
- LÉGENDE EXPLICATIVE DE LA PLANCHE 134, SUR LA FABRICATION d’üN COMBUSTIBLE ÉCONOMIQUE, PAR M. V. A. JACQUELAIN.
- Fig. 1. Elévation-coupe longitudinale suivant la ligne 1, 2, 3, 4, du plan et de la vue de profil, passant par le foyer du four.
- Fig. 2. Vue longitudinale, partie extérieure et partie coupe suivant la ligne 5, 6, du profil, passant par les cornues.
- Fig. 3. Demi-plan horizontal du four.
- Fig. 4. Coupe transversale du four, suivant la ligne 7, 8, fig, 1 et du plan, passant par les cornues et un des foyers.
- Les mêmes lettres indiquent les mêmes pièces dans toutes les figures se rapportant au four. ........
- Fig. 1.
- AA, foyers.
- a b, portes de foyer.
- c c, plaques de foyer.
- p.556 - vue 564/684
-
-
-
- CHAUFFAGE
- OCTOBRE 1881.
- 557
- dd, sommiers. e e, grilles,
- //, cendriers.
- B B, cheminées sous la voûte.
- C G, voûtes dans lesquelles se réunit l’air brûlé pour se rendre dans les chambres des cornues par les canaux g g g.
- g g g, canaux servant au passage de l’air brûlé dans les chambres des cornues.
- D D, barillet contenant le lait de chaux.
- EE, tuyaux plongeurs conduisant le gaz des cornues dans l’eau du barillet. Quant au goudron que le lait de chaux n’aurait pas rendu solide, on peut le faire écouler par un tube vertical, recourbé en syphon et ajouté à la partie inférieure de la rondelle, en tête ou en queue du barillet, qui l’amène dans un réservoir. h h, orifices des tuyaux des prises de gaz sur les cornues. h' h', tampons fixés aux moyens de vis et traverses.
- F F, tuyaux conduisant les gaz du barillet à la soupape hydraulique.
- GG, soupapes hydrauliques servant à faire opérer ou à intercepter la communication entre le barillet et les boîtes de combustion à l’aide des cloches ii. ii, cloches mobiles à l’aide de la tige passant dans lestuffîng-boxy. -
- HH, tuyaux faisant communiquer la soupape hydraulique à la boîte de combustion.
- II, boîtes de combustion du gaz.
- k k, registres servant à modérer l’entrée d’air dans le compartiment inférieur de la boîte m.
- l, compartiment supérieur de la boîte dans lequel circulent les gaz.
- m, compartiment inférieur de la boîte de combustion dans lequel circule l’air,
- n, passage circulaire du gaz. *
- o, passage circulaire de l’air.
- p, orifice circulaire de sortie contenant le mélange de l’air et du gaz.
- q, soupape hydraulique pour la sortie des gaz. La tige de la cloche passe également par le stuffmg-box.
- r, robinet pour l’introduction de l’eau dans le barillet. ss7 montants pour maintenir l’écartement du four.
- tt, boulons d’assemblage.
- Fig. 2.
- J, plaque tournante.
- K K, chariots portant les étoufîoirs.
- LL, étoufîoirs .
- MM, têtes inférieures des cornues assujetties aux cornues à l’aide de boulons. u w, vis des tampons inférieurs des cornues.
- v v, boîtes destinées à loger les têtes des vis lorsqu’on abat les traverses.
- p.557 - vue 565/684
-
-
-
- 558
- CHAUFFAGE. — OCTOBRE 1881.
- N N, cornues.
- 0 O, têtes supérieures des cornues assujetties comme les têtes inférieures au moyen de vis et traverses. x x, orifices de sortie des gaz des cornues.
- P P, tuyaux de prise des gaz dans les cornues. x x\ tampons des tuyaux P fermant avec bandes à écrous.
- Q Q, becs indiquant la marche de la production du gaz. y y, regards pour apprécier la température des cornues.
- R, sommier dans lequel sont ménagés les trous zz, par lesquels on fait passer un levier pour soutenir les tampons pendant qu’on fait tomber les traverses dont les vis vont se loger dans les vides v v, ménagés à cet effet, s s, montants pour soutenir l’écart du four.
- 11, boulons d’assemblage.
- q, soupape hydraulique pour la sortie des gaz.
- r, robinet pour l’introduction de l’eau dans le barillet.
- D D, barillet.
- F F, tuyaux conduisant les gaz du barillet à la soupape hydraulique G et par suite à la boîte de combustion I en passant par le tuyau H.
- Fig. 3.
- N N, cornues au nombre de huit.
- D, barillet.
- E E, tuyaux plongeurs.
- F F, tuyaux de conduite des gaz.
- G G, soupapes hydrauliques.
- P P, tuyaux de prise de gaz dans les cornues.
- q, soupape hydraulique pour la sortie des gaz.
- r, robinet servant à l’introduction de l’eau dans le barillet.
- Fig. 4.
- A, foyer.
- D, barillet.
- O O, têtes supérieures des cornues.
- P P, tuyaux de prise de gaz dans les cornues.
- Q Q, becs indiquant la marche de la production du gaz.
- E E, tuyaux plongeurs conduisant le gaz des cornues dans l’eau du barillet, terminés par des tampons fixés au moyen de vis. x x, orifice de sortie des gaz.
- NN, cornues.
- Fig. 5.
- Vue de face de la machine à découper les briquettes.
- A, balancier pour donner le coup de découpoir.
- p.558 - vue 566/684
-
-
-
- exposition d électricité.
- OCTOBRE 1881.
- 559
- B, vis.
- C, écrou.
- D, couteau composé d’un certain nombre de lames pénétrant dans les cannelures du moule et séparant les briquettes.
- E, moule garni de pâte à charbon.
- F, plateau porte-moule glissant sur le table pour porter les moules sous le couteau.
- G G, guides entre lesquels glisse le plateau.
- Fig. 6.
- Châssis pour le moulage des briquettes.
- H, moule en terre cuite.
- I, traverse pour la séparation des moules. *
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ.
- EXPOSÉ SOMMAIRE DES TRAVAUX DU JURY, PAR M. MASCART.
- Monsieur le Ministre, avant de donner lecture des récompenses décernées aux principaux exposants, vous avez cru qu’il était nécessaire d’indiquer en quelques traits le caractère général de cette exposition, d’après l’examen attentif qui en a été fait par le jury. Est-il besoin d’ajouter que ce jury, composé des hommes les plus autorisés dans les différents pays, et à qui vous aviez laissé son entière liberté d’appréciation, a accompli sa mission avec un esprit de justice absolu, et qu’il a la conscience de n’avoir laissé dans son œuvre que la part d’imperfection qui tient à la nature même des jugements humains, surtout dans une question aussi neuve et aussi difficile?
- Les récompenses que vous allez décerner s’adressent à la partie matérielle de l’exposition, mais comment oublier, avant d’en faire l’énumération, le spectacle noble et
- émouvant que nous a donné le congrès dans lequel sont venues s’agiter les doctrines, r # les pensees, et s’exprimer les vœux qui se rapportaient à la partie intellectuelle de la
- science?
- Par une nouveauté hardie, dont aucune exposition, jusqu’ici, ne nous avait rendus témoins, vous avez eu le bonheur inespéré de réunir autour de vous les savants les plus éminents de notre temps, ceux dont les découvertes ont étonné le monde, ceux qui ont fait de la science de l’électricité ce qu’elle est aujourd’hui. Ils sont venus à votre appel, pleins d’une loyale confiance; ils ont ouvert devant le public surpris et charmé tous les trésors de leur génie, et nous devons ici exprimer le regret que la plupart d’entre eux n’assistent pas à cette solennité. Après des discussions dont l’histoire de la science gardera le souvenir, faisant le sacrifice de tout préjugé national, de toute idée préconçue et de toute prétention personnelle, ils ont donné, par une entente
- p.559 - vue 567/684
-
-
-
- 560
- EXPOSITION DELECTRICITÉ. — OCTOBRE 188t.
- commune, une forme pratique et universelle à la langue de l’électricité et un système coordonné de mesures pour en déterminer les effets.
- L’exposition actuelle n’a pas de précédent. Elle représente l’ensemhle des applications industrielles d’une science qui est, pour ainsi dire, née avec le siècle. Quelques-unes de ces applications ont paru dans les expositions antérieures, dont elles ne formaient que la moindre partie. Il y a quelques mois seulement, on pouvait encore douter que cette industrie fût capable de fournir les éléments d’une exposition universelle et d’attirer l’attention du public; mais les progrès accomplis de nos jours et presque sous nos yeux ont donné à l’ensemble des objets exposés un éclat incomparable.
- L’exposition présente même ce caractère inaccoutumé, que la science et l’industrie y sont intimement mêlées-, on retrouve dans les applications usuelles les déductions de la science la plus élevée et le génie de l’invention dans ce qu’il a de plus imprévu.
- Aussi le jury s’est-il trouvé souvent dans l’impossibilité de reconnaître par les récompenses ordinaires le mérite des institutions et des savants qui ont exposé des instruments de recherches scientifiques ou les résultats de leurs travaux; c’est ce concours désintéressé qu’il a voulu reconnaître par des diplômes de coopération.
- Dans le développement historique de la science, les premiers instruments sont ceux qui servent à la production de l’électricité statique. Le fait le plus saillant que nous ait montré l’exposition est le grand nombre des appareils multiplicateurs fondés sur les phénomènes d’influence, et dont la machine de Holtz est encore le type le plus répandu. '
- La construction des piles n’a présenté aucun progrès saillant. On lutte toujours, avec plus ou moins de succès, contre les effets de polarisation et les usures inutiles ; mais dans toutes les applications importantes, même en télégraphie, la tendance de l’industrie est de remplacer les piles par des machines d’induction. On doit signaler cependant les accumulateurs d’électricité dont nous avons vu les premiers essais, qui n’ont peut-être pas encore reçu leur dernière forme, et dont le principe trouvera sa place dans l’industrie.
- Les machines magnéto-électriques ont été une des plus grandes curiosités de l’exposition. Toutes les solutions théoriques du problème ont été réalisées, mais le nombre des types auxquels on s’est arrêté est réellement très restreint, et on sait maintenant les adapter d’une manière si parfaite aux différents besoins de l’industrie, qu’on pourrait croire qu’on approche de la perfection et de la forme définitive, s’il n’était prudent de s’exprimer avec réserve dans une science si féconde en surprises.
- La construction des câbles sous-marins s’améliore chaque année. Au point de vue de l’isolement, il y a* une question de durée sur laquelle l’expérience seule peut prononcer ; mais les câbles transatlantiques posés dans ces derniers temps conservent leurs propriétés isolantes avec une perfection qui n’avait pas encore été atteinte.
- Pour les câbles souterrains, on n’est pas encore entièrement sorti de la période
- p.560 - vue 568/684
-
-
-
- EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ. — OCTOBRE 1881. 561
- d’essai ; les conditions d’adjudication sont peut-être un obstacle à la bonne fabrication.
- De nouvelles idées se sont fait jour dans le Congrès et dans l’exposition au sujet de la protection des édifices contre la foudre ; la question reste à l’étude, mais ne tardera* pas à être résolue par les commissions internationales.
- Les appareils de mesure ont subi une transformation complète depuis que la pose et l’exploitation des câbles transatlantiques a demandé à la science la solution des problèmes les plus difficiles. Les phénomènes d’électricité statique sont évalués avec une précision inconnue jusqu’ici. Les rhéostats, les galvanomètres ont pris des dimensions plus restreintes, des formes mieux appropriées aux besoins de la pratique et plus conformes aux indications de la théorie. Ici encore, il ne semble pas qu’il reste aucun progrès important à accomplir.
- La construction des condensateurs et des câbles artificiels avait à vaincre des difficultés toutes spéciales ; ces appareils s’améliorent chaque jour et comportent maintenant une exactitude inattendue.
- Il est impossible de signaler en quelques mots les pas de géant franchis par la télégraphie pour augmenter le travail des lignes. Par les appareils doubles, quadruples, basés sur une analyse délicate des ondes électriques, et par la transmission des vibrations sonores de différentes périodes, on est parvenu à transporter sur un même fil, dans le même sens ou en sens contraire, et simultanément, un nombre de dépêches dont on ne peut prévoir aujourd’hui la limite. D’autre part, le temps employé par un signal pour parcourir les plus longues lignes aériennes est tellement court, qu’il reste un long intervalle perdu entre deux signaux consécutifs d’un même appareil. On peut donc remplir cet intervalle par des signaux de plusieurs autres appareils, et il semble qu’il n’y ait d’autre obstacle à cette multiplication des dépêches, par division du temps, que la durée même de propagation de l’agent qui en est le messager.
- Les effets de condensation n’ont pas encore permis d’appliquer aux câbles toutes ces méthodes si fécondes ; c’est un problème à résoudre.
- L’emploi des relais a, pour ainsi dire, supprimé les grandes lignes et permis l’application à toute distance des appareils les plus délicats.
- Des catastrophes récentes ont appelé l’attention du public sur la sécurité des chemins de fer. Les compagnies ont montré par le grand nombre des systèmes de signaux exposés que c’est là une de leurs principales préoccupations. L’emploi de l’électricité dans les signaux de protection avait été d’abord l’objet de nombreuses préventions ; l’expérience a montré, au contraire, que l’électricité n’est pas un agent capricieux, mais un serviteur fidèle et d’une sécurité absolue quand on sait bien l’utiliser.
- Que dire de la téléphonie, la merveille de notre temps? La surprise causée dans le public et dans le monde savant par la première annonce de cette prodigieuse découverte a été dépassée par l’admiration de tous ceux qui ont pu en être les témoins. Les moyens de transmettre les sons musicaux, le chant et la parole humaine, et d’en mul-
- Tome VIII. — 80° année. 3e série. — Octobre 1881. 71
- p.561 - vue 569/684
-
-
-
- 562
- EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ.
- OCTOBRE 1881.:
- tiplier la puissance sans en altérer le caractère, sont même devenus si nombreux, qu’on peut se demander pourquoi la découverte a été si tardive. C’est comme un nouveau sens donné par le génie de Graham Bell à l’activité humaine, et une véritable révolutiou sociale.
- Dans l’ordre purement scientifique la téléphonie a transformé les méthodes d’ob-seivation; on arrive aujourd’hui à déterminer le poids, la composition chimique et la structure mécanique des corps par le seul concours de l’oreille.
- Nous ne pouvons pas passer sous silence les phénomènes de radiophonie qui sont nés avec le concours de l’électricité et se rattachent aussi à cette science par le nom de l’inventeur; mais la radiophonie n’emprunte pins rien à l’électricité et fait intervenir la lumière seule comme agent de transmission de la parole.
- L’éclairage électrique a été dans l’exposition une véritable révélation. A côté de la lumière à arc de Davy, qui a été transformée, régularisée par les méthodes les plus simples et les mécanismes les plus ingénieux, nous avons vu apparaître sa sœur rivale, la lumière à incandescence, qui ne se propose plus seulement d’illuminer les phares et d’éclairer les grands espaces, mais de s’établir au foyer domestique. Nous ne sommes qu’au début de cette industrie nouvelle, et l’épreuve est déjà complète ; la lumière à incandescence est un hôte acclimaté qui ne nous quittera plus.
- Les machines magnéto-électriques, créées d’abord en vue de la lumière, sont maintenant appelées à un rôle plus étendu. Dans l’industrie des dépôts métalliques, elles ont éliminé les piles encombrantes et coûteuses; dans les arts mécaniques,l’électricité n’avait d’abord servi qu’à régler le départ, l’arrêt et le mouvement des organes de précision ; elle transporte maintenant la force aux machines-outils, et même aux machines plus puissantes qui exigent un travail important, sans autre intermédiaire que des fils métalliques qui suivent les routes les plus capricieuses. On peut réaliser aujourd’hui ce problème singulier de faire passer vingt chevaux-vapeur par le trou d’une serrure.
- Cette question du transport de la force par l’électricité a exercé la sagacité des inventeurs. Nous voyons approcher le moment où l’électricité sera transportée à domicile, mise à la disposition du public par un jeu de robinets, réglée par des soupapes et mesurée par un compteur, plus rigoureusement peut-être qu’on ne le fait aujourd’hui pour l’eau et le gaz d’éclairage.
- L’art médical ne paraît pas encore en mesure de profiter des ressources que lui offrent la science de l’électricité et la richesse de l’instrumentation ; mais la physiologie est dans une voie de progrès manifeste, et elle sent aujourd’hui le besoin d’une exactitude plus grande dans ses méthodes d’observation.
- La galvanoplastie, au moins pour le dépôt des métaux usuels, l’argent, l’or et le cuivre, est arrivée à une perfection qui ne laisse rien à désirer. La fabrication des objets de table, qui fait descendre jusqu’aux plus humbles ménages les jouissances autrefois réservées au luxe, a pris une telle importance, que l’argenture des cuillers et des fourchettes absorbe chaque année 25,000,000 de francs d’argent métallique,
- p.562 - vue 570/684
-
-
-
- EXPOSITION D ELECTRICITE. — OCTOBRE 1881. 563
- c’est-à-dire le quart de la production annuelle de toutes les mines connues il y a quelques années.
- On est maître aujourd’hui de produire des alliages en toutes proportions, et plusieurs métaux, tels que le fer, le nickel, le cobalt et l’étain ont fait leur apparition dans cette industrie si récente. L’électro-chimie devient même un puissant moyen métallurgique pour la purification du cuivre, si importante en télégraphie, et pour l’affinage des métaux précieux. Elle envahit aussi le domaine de la chimie organique pour la rectification des esprits, et elle tend à se substituer au chlore dans le blanchiment des étoffes.
- En horlogerie, on paraît avoir renoncé à utiliser l’électricité comme force motrice, et la tendance des artistes est de s’en servir uniquement comme moyen de réglage et de remise à l’heure, sous la direction d’une horloge centrale.
- Le problème de la subdivision du temps a donné lieu à un grand nombre d’appareils ingénieux. En prenant les diapasons comme compteurs et l’électricité comme signal des phénomènes, on est parvenu à supprimer et à éliminer l’inertie des organes et à évaluer des intervalles de temps tellement courts, que l’imagination peut à peine les concevoir. Il nous suffira de citer les applications à la détermination des longitudes, de la vitesse de la lumière et à l’étude du mouvement des projectiles dans l’âme des armes à feu. L’éleclro-diapason pénètre même dans les ateliers el devient un instrument d’usage industriel. ^
- On a recours à l’électricité pour enregistrer à distance les phénomènes météorologiques, les indications des niveaux d’eau, les observations d’hydrographie.
- Elle est en voie de transformer les instruments de musique ; elle donne aux pianos la durée des sons de l’orgue, et elle enregistre les improvisations musicales.
- On la retrouve encore dans les jouets qui serviront ainsi à l’éducation de l’enfance, et dans des appareils d’une grande utilité sociale, tels que les télégraphes de quartier et les avertisseurs d’incendie.
- D’ailleurs toute énumération serait nécessairement écourtée et incomplète, et nous avons à peine le temps de saisir au passage les différentes applications qui se multiplient sous nos yeux.
- Il serait injuste d’oublier les machines à vapeur et les machines à gaz qui donnaient la vie à l’exposition et à qui l’on demande maintenant des formes nouvelles, mieux appropriées à l’industrie de l’électricité. On recherche dans le cas actuel des machines rapides et à mouvement régulier; nous ne pouvons pas affirmer que le problème soit encore résolu, mais de grands efforts ont été faits dans cette direction.
- Les organisateurs de l’exposition ont eu l’heureuse pensée de réunir les appareils qui ont servi* aux fondateurs de la science, de sorte que l’histoire tout entière s’en déroulait sous les yeux des visiteurs. Nous devons adresser nos plus vifs remerciements aux grandes institutions scientifiques qui ont bien voulu nous confier les précieuses reliques de leurs hommes de génie. La comparaison de ces instruments de travail si mo-
- p.563 - vue 571/684
-
-
-
- 561
- EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ.
- OCTOBRE 1881.
- destes avec les résultats merveilleux de l’industrie qu’ils ont fondée par leurs découvertes a été pour le public, si désireux d’apprendre, une véritable initiation et un salutaire enseignement. On a pu ainsi toucher du doigt ce que devient la pensée d’un grand esprit quand elle est fécondée par le temps et par le travail des hommes intelligents et dévoués qui s’en emparent.
- Quiconque a vu l’exposition, et s’est rendu compte des résultats acquis aujourd’hui dans une science aussi récente, reconnaîtra que c’est un nouveau monde ouvert à l’activité de l’intelligence humaine.
- LISTE DES RÉCOMPENSES.
- GRANDS DIPLOMES D’HONNEUR.
- France. — Ministère des postes et télégraphes.
- Allemagne. — Reichs-Poslamt.
- Angleterre. — Administration des télégraphes de la Grande-Bretagne (Post-Office).
- Autriche. —• Ministère I. R. du commerce (Administration des télégraphes).
- Belgique. — Administration des télégraphes de l’État.
- DIPLOMES D’HONNEUR
- ^ DÉCERNÉS AUX MINISTÈRES, AUX ADMINISTRATIONS, AUX SOCIÉTÉS SAVANTES
- ET AUX COMPAGNIES DE CHEMINS DE FER.
- France. — Ministère de l’agriculture et du commerce (Conservatoire national des arts et métiers). — Ministère de la guerre. — Ministère de la marine et des colonies. — Ministère de l’instruction publique et des beaux-arts (Bureau central météorologique. — Observatoire de Marseille et Observatoire de Paris). — Ministère des travaux publics (Service central des phares). — Ville de Paris (Préfecture de la Seine), — Ville de Paris (Préfecture de Police). — Compagnie des chemins de fer du Nord. — Compagnie des chemins de fer de l’Ouest. — Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée. — École supérieure de télégraphie.
- Allemagne (Empire d’}. — Ministerium der œfîentlichen Arbeilen und Herzogîich Braunsch-weigshes Communion Huttenamt. — Kœnigliche Eisenbahn-Direction (Berlin).
- Amérique du Nord (États-Unis de V). — United States Signal Office. — Bureau des brevets des États-Unis d’Amérique. — Smilhsonian Institution (Washinston).
- Angleterre. — Society of Telegraph Engineers and Electricians.
- Autriche (Empire d’). — Ministère de la guerre. — Administration de la Société autrichienne I. R. P. des chemins de fer de l’État.
- Belgique (Royaume de}. — Observatoire royal de Bruxelles. — Compagnie des télégraphistes de campagne. — Ville de Gand.
- Danemarck [Royaume de). — Direction des télégraphes d’Élat.
- Espagne (Royaume d’). — Direction générale des postes et des télégraphes.
- Italie (Royaume d’}. — Ministère de l’agriculture. — Ministère de l’instruction publique. — Établissement de l’État pour la fabrication des cartes-valeurs. — Institut royal topographique militaire.
- p.564 - vue 572/684
-
-
-
- exposition d électricité. —octobre isst. 565
- Japon (Empire du). — Ministère des travaux publics (Administration des télégraphes).
- Norvège (Royaume de). — Institut topographique de Christiania.
- Pays-Bas (Royaume des). — Administration des télégraphes de l’État.
- Russie (Empire de). — Ministère de la marine. — Département des télégraphes. — État-major (section topographique). — Expédition pour la confection des papiers de l’État. — Société impériale polytechnique russe.
- Suède (Royaume de). — Administration des télégraphes de Suède. — Génie militaire suédois.
- Suisse (Confédération). — Administration des télégraphes suisses. — Bureau international des administrations télégraphiques (Berne).
- DIPLOMES D’HONNEUR
- DÉCERNÉS AUX ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS.
- France. — Breguet. — Christofle et comp. —• Société générale des téléphones.
- Allemagne. — Siemens et Halske.
- Angleterre. —Eastern telegrap C°. — Siemens brothers and C° limited. — Submarine Tele-graph C°. — Telegraph Construction and Maintenance C° limited.
- DIPLOMES D’HONNEUR DÉCERNÉS AUX INVENTEURS.
- Baudot (France). — Bell (Alexander Graham (États-Unis). — Bjerknes (Norvège). — Deprez (Marcel) (France). — Edison (Etats-Unis). — Gramme (France). — Hughes (Angleterre). — Paci-notti (Italie). — Planté (Gaston) (France). — Siemens (D1' Werner) (Allemagne). — Thomson (Sir William) (Angleterre).
- DIPLOMES DE COOPERATION.
- France. — Collège de France (cabinet de physique). — Collège de France (laboratoire d’histoire naturelle des corps organisés. — Conservatoire national des arts et métiers. — Muséum d’histoire naturelle de Paris. — Guébnard (Adrien). — Trêve (commandant).
- Allemagne (Empire d’). — Kœnigliche Eisenbahn-Direction (Elberfeld). — Kœnigliche Eisen-bahn-Direciion (Frankfurt a/ Main). — Kœnigliche Eeisenbahn-Direction (Hannover). — Sénats-Commission für Reichs-und auswartige Angelegenheiten (Bremen). — Universitæt Berlin : Physi-ologisches Institut. — Technische Hochschule (Berlin) : Physikalisches Cabinet : Polytechnikum Dresden : Physikalisches Cabinet. — Universitæt Gœtlingen : Erdmagnetisches Observatorium und Physikalisches Institut. —Polytechnische Schule Carlsruhe : Physikalisches Cabinet. — Uui-versitæt Leipzig : Physikalisch-Chemisches Institut. — Universitæt Maiburg : Mathematisch-Phy-sikalisches Institut. — Kœnigliche Akademie Münster : Physikalisches Cabinet. — Universitæt Rostock : Physiologisches Institut. — Universitæt Würzburg : Physikalisches Institut.—-Dr 0. Frœ-lich, à Berlin. — Dr L. Weber, à Kiel.
- Angleterre. — King’s College (Administration of). —• Royal Institution of Great Britain.
- Autriche (Empire d’). — Administration du chemin de fer de Buschtiekrad à Prague (Bohême). — Kohlfürst et Jetsche. — Mach (professeur, à Prague,— Pfaundler (professeur), à Innsbrück. — Dr J. Puluj, à Vienne. — Von Waltenhofen, professeur, à Prague.
- Belgique (Royaume de). — Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. — Maison des Joséphites, à Mesles-les-Gand. — Musée royal de l’industrie, à Bruxelles.— Société scientifique de Bruxelles. — Université de Louvain. — Université libre de Bruxelles. — Melsens. — Somzée.
- p.565 - vue 573/684
-
-
-
- 566
- EXPOSITION D'ÉLECTRICITÉ. — OCTOBRE 1881.
- Hongrie (Royaume de). — Anlolik.
- Italie (Royaume d’). — Institut royal des sciences et des lettres de Milan. — Musée royal de Florence (cabinet de physique). — Musée royal de Florence (cabinet des anciens instruments d’astronomie et de physique).—Université royale de Gênes (cabinet de physique). — Université royale de Modène (cabinet de physique). — Université royale de Naples (cabinet de physique). — Université de Padoue (Institut de physique). — Université royale de Pavie (cabinet de physique).
- — Université royale de Pise (cabinet de physique). — Université royale de Turin (cabinet de physique). — Lycée Spallanzani (cabinet de physique). — Lycée Volta de Côme (cabinet de physique).
- — Lycée Volta de Vérone (cabinet de physique). — De Rossi.
- Pays-Bas (Royaume des). — Fondation Teyler (cabinet de physique), (à Haarlem). — Bosscha (Johannes), directeur de l’École polytechnique, à Delft.
- Russie (Empire de). — Université impériale de Moscou (laboratoire de physique).
- Suède (Royaume de). — Université de Lund.
- Suisse (Confédération). — Colladon (Daniel).
- MÉDAILLES D'OR.
- France. — Achard. — Ader. — Arlincourt (d’). — Carpentier. — Charrière et comp. — Collin.
- — Compagnie du chemin de fer de l’Est. — Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans. — Compagnie générale d’éclairage électrique. — Deschiens. — Digney. — Dubosq. — Ducretet et comp. — Dumoulin-Froment. — Farcot (Joseph). — Félix (Clément). — Gaiffe. — Garnier (H.).
- — Garnier (P.). — Hardy, Hayet et Lignereux successeurs. — Henry-Lepaute. — Jousselin. — Lartigue. — Lenoir. — Menier. — Mercadier. — Méritens (de). — Meyer. — Mors. — Postel-Vinay. — Rattier et comp. — Redier et G. Tresca. — Régnault. — Saulter, Lemonnier et comp.
- — Sebert (lieutenant-colonel). — Serrin. — Société des usines électro-métallurgiques d’Auteuil.
- — Société générale d’électricité. — Société Gramme. — Société lyonnaise de construction mécanique et de lumière électrique. — Tesse.
- Allemagne (Empire d’). — Felten et Guilleaume Carlswerk. — Geissler. — Hefner von Alteneck.
- — Nord-Deulsche Afünerie. — Otto (pour les moteurs à gaz exposés par la Compagnie française des moteurs à gaz, par MM. Fétu et Deliège et par la Gasmotoren fabrik zu Deutz).
- Angleterre. — Anglo-American Brush Electric Light Corporation limited. — Bright. — British Electric Light Comp.— Croinpton. — Elliot frères. — India Rubber gutta percha and Telegraph Works et comp. Limited. — Latimer Clark, Miurhead and comp. — Swan (J.-W.).
- Autriche (Empire d’). — Gülcher. — Piette et Krizck.— Sehàffler (Otto).
- Belgique (Royaume de). — Carels frères.—Compagnie générale belge de lumière électrique. — De Vos. — Glœsner (Mlle). — Jaspar. — Le Boulengé. — Schubart. — Van Rysselberghe. Danemark. — Jürgensen et Lorenz.
- États-Unis. — Gray (Elisha). — Tainter (Sumner). — United States Electric Lighting Comp. (système Maxim).
- Italie (Royaume d’). — Golfarelli.
- Pays-Bas. — Kaiser.
- Russie (Empire de). — Gravier, Kuksz, Leudlke et Grether. — Sôrensen.
- Suisse (Confédération). — Burgin. — Hipp.
- Espagne. — Orduna (Carlos de).
- Norvège. — Olsen.
- p.566 - vue 574/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES. — OCTOBRE 1881.
- 567
- * NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Sur le chauffage des wagons, voitures, etc., au moyen de l’acétate de soude cristallisé, par II. A. Ancelin. — « L’eau, en raison de sa grande capacité calorifique, était, jusqu’à présent, le plus grand réservoir de chaleur utilisé ; mais, si l’on emploie certains corps fusibles, et notamment l’acétate de soude C4H303Na0-{-6H0, on peut emmagasiner, grâce à la chaleur latente de fusion, une quantité de chaleur beaucoup plus considérable que dans un même volume d’eau, sans augmenter la température du corps employé.
- « L’acétate de soude contient environ quatre fois autant de chaleur utile qu’un même volume d’eau. Il éprouve la fusion aqueuse vers 59° ; la chaleur de fusion nécessaire à ce changement d’état est d’environ 94cal, d’après la formule de Person.
- /= (160 + /) (C — c).
- « t = 59°.
- « C (chaleur spécifique à l’état liquide) = 0,75.
- « c (chaleur spécifique à l’état solide) — 0,32.
- « Une chaufferette de llHt contient environ 15ts d’acétate; en supposant sa température initiale de 80°, température maxima des chaufferettes à eau, lors de leur mise
- dans les wagons, elle dégagera :
- cal.
- Chaleur sensible de 80 à 60 degrés............... 225
- Chaleur latente.................................. 1410
- Chaleur sensible de 60 à 40 degrés............... 96
- Total................... 1 731
- « La même chaufferette remplie d’eau dégagera, de 80° à 40°, 440cal : l’acétate donnera donc environ quatre fois autant de chaleur que l’eau. La pratique confirme largement ces données théoriques.
- « La température extérieure de la chaufferette descend, parallèlement à celle des chaufferettes à eau, jusqu’à 54° environ, température correspondant au point de solidification de 59° à l’intérieur ; elle reste plusieurs heures à peu près stationnaire, puis descend de 2 ou 3° à l’heure, jusqu’à 40°, de telle façon que la durée du chauffage est au moins quatre fois celle du chauffage à l’eau. Les changements de chaufferettes, qui ont lieu sur les chemins de fer toutes les deux heures et demie environ, ne seraient plus nécessaires que toutes les dix heures : donc, économie des trois quarts de la main-d’œuvre et moins de dérangements pour les voyageurs.
- « Avec ce mode de chauffage, il y aura économie notable de combustible ; en effet.
- p.567 - vue 575/684
-
-
-
- 568
- NOTICES INDUSTRIELLES. ---- OCTOBRE 1881.
- la température des chaufferettes retirées des wagons et laissées au dehors atteint rapidement la température ambiante, et leur température moyenne ne doit pas dépasser ni même atteindre 10°; pour les remettre en service, il faut les réchauffer jusqu’à 90° environ et emmagasiner, pour chaque chaufferette de llHt renouvelée quatre fois, 80 X 11 X 4 = 3520cal. Ces chaufferettes ayant au maximum 80° lors de leur mise dans les wagons,, on utilisera 40 X H X ^ — 1760cal , soit 50 pour 100 de la chaleur emmagasinée.
- « Pour une chaufferette contenant 15^ d’acétate, refroidie aussi à 10° et réchauffée
- à 90°, il faudra emmagasiner :
- cal.
- De 10 à 40 degrés......... 30 X 0.32 X 15, soit 144
- De 40 à 60 — 20 X 0,32 X 15. soit 96
- Chaleur de fusion........................... 1 410
- De 60 à 90 degrés......... 30 X 0,75 X 15, soit 337
- Total...................... 1 987
- sur lesquelles ne seront pas utilisées
- cal.
- De 10 à 40 degrés.................................... 144
- De 90 à 80 —....................................... 112
- Total. . ............. 256
- « Le chauffage par l’eau exige donc que l’on emmagasine 3520cal, tandis que le chauffage par l’acétate ne demande que 1987cal. Il y a, de plus, économie par ce fait, que les 1987cal emmagasinées dans l’acétate le sont en une seule fois, tandis que l’accumulation des 3520cal dans l’eau se fait en quatre opérations.
- « Le remplissage des chaufferettes se fait une fois pour toutes, en prenant certaines précautions simples, mais nécessaires, qui ont pour but d’éviter la surfusion : les bouchons doivent être soudés, et les chaufferettes solides et parfaitement étanches, pour éviter toute perte d’acétate et toute rentrée d'eau lors du réchauffage, qui se fait dans l’eau bouillante. L’acétate étant un corps essentiellement stable, sa durée doit être pour ainsi dire indéfinie.
- « Des essais ont été faits en France, aux chemins de fer de l’Ouest et de l’État. L’hiver prochain, le nombre de chaufferettes en réserve sera notablement augmenté. Un traité a aussi été passé avec la Compagnie royale des chemins de fer portugais, et très vraisemblablement le système va être adopté par les chemins de fer de la haute Italie. Des essais ont été faits également au chemin de fer du Nord de l’Espagne, et, en Angleterre, sur la London and North Western railway Company. »
- / (Comptes rendus de l’Académie des sciences,)
- Le Gérant, R. A. Castagnol.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE BOUCHARD-HUZARD, RUE DE LEPERON, 5;
- Jules TREMBLAY, gendre et successeur.
- p.568 - vue 576/684
-
-
-
- pl.134 - vue 577/684
-
-
-
- 80* année.
- novembre 1881,
- Troisième série, tome VIII.
- BULLETIN
- DE
- riNCOOMdmNT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- BEAUX-ARTS.
- Rapport fait par M. Davanne, au nom du comité des constructions et des beaux-arts, sur les procédés d’aciéiiage des planches gravées, de photogravure et d’impressions par vapeur, présentés par M. Garnier (H.), rue Morère, 15 bis, à Paris (Montrouge).
- Messieurs, depuis un certain nombre d’années, nous avons assisté au développement de diverses méthodes qui ont pour but de transformer les images photographiques fugitives et capricieuses en épreuves régulières et durables par suite de leur obtention par impressions mécaniques. Plusieurs fois déjà nous avons entretenu la Société de ces procédés nouveaux qui, sous les noms de photogravure, héliogravure, phototypie, topogravure, etc., désignent l’impression de l’œuvre photographique par les encres grasses.
- Ces résultats, considérables pour l’avenir, sont l’œuvre de chercheurs obstinés dont nous avons vu les débuts il y a bientôt trente ans, et qui ont poursuivi, pendant une existence entière, des travaux dont, plus qu’eux-mêmes, l’industrie aura les profits.
- Parmi ces inventeurs ardents qui, stimulés par le concours ouvert par e duc Albert de Luynes, nous apportèrent, de 1855 à 1860, le fruit de leurs recherches, nous retrouvons M. Garnier; déjà à cette époque, c’était la photogravure, l’épreuve inaltérable qu’il poursuivait, et il faisait connaître deux procédés qui, s’ils ne parurent pas suffisamment pratiques alors, se sont transformés depuis et ont donné naissance, entre les mains de leur auteur, à l'ome VIII. — 80e année, 3e série. — Novembre 1881. 72
- p.569 - vue 578/684
-
-
-
- 5 BEAUX-ARTS. — NOVEMBRE l»8l.
- deux importantes applications : l’aciérage des planches gravées et la gravure par saupoudrage.
- Dans la séance du 25 mars dernier, notre savant collègue M. Bertin présentait devant la Société le résumé des principales inventions de M. Garnier, et ce dernier, suivant les explications qui vous étaient données, exécutait à meiùrê (feflnt vous M série dei opération^ relatives U l’aciérage, à la gravure photographique, à l’impression d’images par l’action des vapeurs; les épreuves faites en séance ont montré la facilité des moyens employés et la rapidité d’exécution.
- L’étude de ces inventions de M. Garnier a été renvoyée à votre comité des constructions et des beaux-arts, qui a prié M. Bertin de vouloir bien se joindre à votre rapporteur pour en faire l’examen. Nous avons suivi de nouveau avec M. Bertin, dans l’atelier de M. Garnier, l’ensemble des opérations dont nous avons aujourd’hui l’honneur de vous rendre compte.
- En 1855, nous trouvons mentionné dans le Bulletin de la Société française de photographie le début des recherches de M. Garnier. L’inventeur met à profit l’affinité des vapeurs d’iode pour les traits d’un dessin ; il applique ce dessin iodé sur une plaque de laiton poli; l’iode qui s’était porté sur les noirs attaque légèrement la plaque de laiton, et si avec un tampon de ouate on passe un peu de mercure sur cette surface, ce métal forme aussitôt un amalgame avec les parties qui ont reçu l’action de l’iode ; on peut alors encrer cette plaque avec le rouleau lithographique ; dans cette opération le mercure joue le même rôle que l’eau : il a mouillé la surface et il repousse l’encre qui se dépose sur le laiton pur et non sur les parties amalgamées ; les traits du dessin se détachent en blanc, on les attaque par le nitrate acide d’argent; puis, suivant que l’on veut faire les tirages en taille-douce, en lithographie ou en typographie, on creuse par l’acide, ou l’on recouvre la planche d’une pellicule de fer ou d’une pellicule d’or par dépôt galvanique, de telle sorte que, par une série de transformations dont la description nous entraînerait trop loin, mais que l’on retrouvera dans la publication susdite, on peut obtenir des épreuves à l’encre grasse par l’un quelconque des moyens indiqués. Une gravure en taille-douce faite par ces procédés et accompagnant un Mémoire de M. Descloizeaux, sur le quartz, fut publiée en octobre 1855, dans les Anna les de chimie et de physique, sous le nom de gravure par la lumière, d’après les procédés de MM. Garnier et Salmon; elle prouve que cette méthode donnait déjà des résultats sérieusement appréciés, bien qu’en-
- p.570 - vue 579/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS. — NOVEMBRE 1881.
- 571
- core insuffisants peut-être pour une pratique industrielle courante. Assez souvent nous avons retrouvé le nom de M. Salmon, docteur à Chartres, associé à celui de M. Garnier; c’est, qu’en effet, dans cette longue période de travaux, M. Salmon fut pour M. Garnier quelquefois un collaborateur intime, toujours un conseil et un ami.
- Dans les recherches que nous venons de mentionner, l’inventeur avait pu constater la facilité du dépôt de fer et son extrême résistance à l’usure, même pour des couches tellement minces qu’elles n’altéraient en rien les accidents les plus délicats de la surface; il comprit immédiatement tout l’intérêt que ces propriétés présentaient pour la protection des planches gravées contre l’usure rapide que produisent les frottements répétés de l’encrage et de l’impression, et il inventa l’aciérage de ces planches.
- Sur ce sujet nous ne pouvons faire mieux que de rappeler ici les explications qui vous ont été données par M. Bertin.
- 1° Aciérage des 'planches gravées. — « Les planches gravées s’usent vite par le tirage ; aussi les premières épreuves, dites avant la lettre, avaient-elles, autrefois, un prix supérieur aux autres ; cette usure rapide faisait le désespoir des anciens graveurs et on ne pouvait leur rendre un plus grand service que de leur donner le moyen de conserver à leur œuvre sa perfection primitive; c’est ce que font maintenant tous les imprimeurs en taille-douce; ils recouvrent la surface de la planche par une couche de fer dur, qui la protège pendant longtemps contre l’action du tampon, de l’essuyage et de la presse, et qui peut être renouvelée facilement et autant de fois qu’il est nécessaire, dès qu’elle présente les premières traces d’usure.
- « Cette opération, qu’on appelle l’aciérage, estdue entièrement pour l’application à M. Garnier ; il importe de le proclamer bien haut, car si quelques gens compétents le savent très bien, beaucoup qui l’utilisent ignorent le nom de l’inventeur ; d’autres même commencent à dire que c’est une invention anglaise, ce qui serait la négation des titres les plus authentiques. Le brevet date du 18 juillet 1857.
- « Par un brevet du 9 décembre 1858, on voit que M. Garnier a également pris part aux recherches faites pour les applications du nickelage.
- « L’opération de l’aciérage est simple ; tout intéressé la fait ou peut la faire. On prépare d’abord une solution aqueuse, contenant un dixième de sel ammoniaque et on fait passer dans le bain le courant d’une pile de Bunsen, composée d’un ou de plusieurs éléments, suivant la dimension delà planche gravée ; au pôle positif, c’est-à-dire au fil qui communique avec le charbon,
- p.571 - vue 580/684
-
-
-
- 572 BEAUX-ARTS. — NOVEMBRE 1KSJ.
- on attache une plaque de fer que l’on plonge dans le bain ; le fil négatif, c’est'à-dire celui qui est attaché au zinc, plonge également dans le bain et commence à le mettre en activité. La planche gravée est ensuite décapée par un lavage à la potasse, bien rincée à l’eau, attachée au pôle négatif, au zinc de la pile, et plongée dans le bain.
- « Sous l’action du courant il se produit un double effet : l’électrode positive en fer est attaquée, il se forme dans le bain un chlorure de fer ammoniacal qui est décomposé à son tour, et le fer se dépose sur l’électrode négative, c’est-à-dire sur la planche gravée. En quelques instants celle-ci change de couleur et passe du rouge au blanc; il faut maintenir l’action pendant une demi-heure environ pour que le dépôt soit suffisant. Le fer peut être déposé aussi bien sur le zinc que sur le cuivre, et il est tellement dur qu’il y a avantage à en recouvrir même les planches d’acier.
- « Après lavage et séchage, la planche est prête pour le tirage ; mais quoique aciérée, quand elle aura tiré des centaines d’exemplaires, elle commencera à s’user et à montrer par places la couleur rouge du cuivre; il suffit de la passer dans un bain d’eau acidulée par l’acide nitrique, marquant 5° B. Le fer disparaît immédiatement et on n’a qu’à la replacer dans le bain excité par la pile peut l’aciérer de nouveau.
- Une planche gravée, ainsi aciérée et bien surveillée, puis réaciérée dès qu’elle en a besoin, peut fournir un tirage indéfini. »
- Vers cette même époque, en 1857, MM. Garnier et Salmon avaient, ainsi que d’autres inventeurs, porté leur attention sur les modifications que la lumière fait subir à certains mélanges de matières organiques et de composés chimiques, tels que les chromâtes solubles, l’acide chromique, les citrate et oxalate de fer, et ils en avaient déduit un procédé original pour faire des épreuves photographiques inaltérables, en exposant à la lumière un papier enduit d’une solution sirupeuse de citrate de fer, puis séché dans l’obscurité. Le papier, placé sur une épreuve positive pendant huit ou dix minutes au soleil ou pendant une demi-heure à trois quarts d’heure à l’ombre, cessait d’être hygroscopique là où la lumière l’avait frappé, et cela en raison de son intensité. Le papier abandonné ensuite à l’air pendant quelques minutes s’emparait de Ehumidité ambiante, en raison inverse de l’impression lumineuse, et il suffisait de passer à la surface, avec un blaireau, un peu de noir de fumée bien sec, pour voir apparaître l’image ; le noir, en effet, ne s’attachant qu’aux parties non solarisées, glissait sur les parties solarisées et formait le dessin. Cette réaction, utilisée pour obtenir par saupoudrage et
- p.572 - vue 581/684
-
-
-
- BMI )£-ARTS.
- NOVEMBRE 1881.
- 573
- directement quelques épreuves, devait subir une complète transformation entre les mains de M. Garnier et l’amener au procédé de gravure si simple, qu’il a exécuté devant vous et qui déjà, en 1867,lors de l’Exposition universelle, lui donnait de remarquables résultats ; la belle planche du château de Maintenon et quelques autres, obtenues avec des clichés d’après nature, lui méritèrent un grand prix parce qu’elles présentaient les résultats d’une méthode nouvelle s’ajoutant aux essais antérieurs et venant affirmer la possibilité de transformer toute épreuve photographique en gravure inaltérable. Vous avez pu suivre les diverses phases de ce procédé de photogravure, qui ont été exécutées devant vous par M. Garnier, et qui vous ont été expliquées comme il suit par M. Bertin :
- IL Photogravure. —« Dans l’exécution, il y a toujours lieu de faire une distinction entre la production des dessins au trait et celle des teintes dégradées.
- « À. Photogravure au trait. — On prépare une planche de cuivre en y déposant soit par coulage, soit au rouleau, une couche très mince d’une dissolution de deux grammes de sucre et d’un gramme de bichromate d’ammoniaque dans quatorze grammes d’eau; cette couche est régularisée et aussitôt séchée à Laide d’une essoreuse qui la fait tourner au-dessus d’une plaque chaude.
- « Sur cette préparationséchée, on pose immédiatement le cliché positf de la gravure à reproduire et on expose le tout soit au soleil pendant une minute, soit à la lumière électrique pendant trois minutes ; la réaction se produit comme pour le citrate de fer, mais beaucoup plus vite ; les parties insolées ne sont plus hygroscopiques, tandis que sous les traits du dessin la substances reste poisseuse, elle retient les poudres quelconques qu’on y promène et montre une image très nette. La couche étant excessivement mince, le peu d’humidité qui s’y porte et la poudre ajoutée suffisent pour en rompre la continuité, surtout si cette poudre a des propriétés très légèrement alcalines; si le reste de la surface offrait une résistance suffisante, on pourrait faire mordre immédiatement la planche ; mais la lumière n’a pas suffi pour amener une complète imperméabilité, il faut y joindre l’action de la chaleur. On place donc la planche à graver sur un grillage à mailles espacées, on promène dessous une large flamme et on la chauffe jusqu’à ce que sur les bords du cuivre, là où le métal est à nu, on voie apparaître les couleurs irrisées; la couche sucrée est devenue alors très compacte dans les parties solarisées, mais sous la poudre elle est brisée, poreuse et perméable aux
- p.573 - vue 582/684
-
-
-
- 574
- BEAUX-ARTS, — NOVEMBRE 1881.
- acides ; on couvre la surface avec le mordant , qui est une solution de perchlorure de fer h 45° B,et, après quelques minutes de contact, la planche est gravée. Il ne reste plus qu’à la débarrasser de la couche bichromatée sucrée qui formait la réserve et qui, durcie par la chaleur, résiste aux lavages ordinaires ; on l’enlève parfaitement en frottant la surface avec une brosse dure et une lessive de potasse et en s’aidant de la chaleur ; la planche est prête pour le tirage. Quelquefois il est nécessaire de procéder à plusieurs morsures successives, de faire intervenir un grain de résine ; on emploie alors les procédés divers de l’art du graveur. »
- B. Photogravure de la teinte. — Si l’on veut reproduire par la gravure l’image d’un objet, un portrait, un paysage, on obtient les dégradations de teintes en répétant trois fois, de la manière suivante, l’opération À ci-dessus décrite.
- La planche de cuivre étant préparée comme précédemment, on la soumet à la lumière sous un cliché photographique positif, et on la laisse exposée longtemps, soit quatre minutes, à la lumière électrique. La couche sucrée durcit sous les blancs, sous les teintes faibles et les demi-teintes; elle ne reste poreuse que sous les noirs; on l’enlève, on la poudre et on la grave ; les noirs viennent seuls.
- Après l’avoir nettoyée, on prépare la planche une seconde fois et on la replace sous le cliché en la repérant exactement, ce qui est facile; puis on l’expose encore à la lumière, mais moins longtemps que la première fois, deux minutes par exemple. Cette fois on a l’image des demi-teintes et des noirs. On enlève la planche, on la poudre, on la grave ; ce qui donne à la fois des noirs plus profonds et des teintes moins accentuées.
- On recommence une troisième fois en laissant la planche moins longtemps exposée à la lumière, une minute seulement. Les blancs durcissent seuls, les teintes légères, les demi-teintes et les noirs restent perméables ; après poudrage et gravure la plaque est complète.
- Lorsqu’il est nécessaire, après chaque opération on ajoute un grain de résine par le mode actuel des graveurs.
- M. Garnier, il est important de le remarquer, affirme que dans l’un et l’autre cas les gravures sont sans retouche, et que c’est un des caractères essentiels de son procédé.
- C. Gravure en relief pour typographie. — S’il s’agit de dessins de traits dont il faut faire la gravure en relief pour l’impression typographique, l’opération est conduite dans sa première phase absolument comme la précédente ; seu-
- p.574 - vue 583/684
-
-
-
- BEAUX-ARTS. — NOVEMBRE 1881.
- 575
- lement, après l’exposition, au lieu de faire paraître l’image avec une poudre légèrement alcaline, on emploie la poudre de bitume de Judée et on chauffe doucement, assez pour que cette poudre prenne une certaine cohésion et adhère au métal, pas assez pour que le sucre bichromaté passe à l’état insoluble. On lave alors la planche à l’eau, et toute la couche sucrée est éliminée, la surface de cuivre est mise à nu, mais le trait reste formé par le bitume de Judée qui fait réserve ; on grave la surface avec le perchlorure de fer qui donne un premier creux en laissant tous les traits en relief, et on continue à creuser le métal en alternant les encrages et les morsures par les procédés connus du gillotage.
- III. Impressions photographiques par vapeur. — Atmographie. — M. Garnier a inventé plus récemment un procédé consistant à décalquer au moyen des vapeurs une image d’un objet sur un autre : de là le nom d’atmographie qu’il propose de lui donner. Les opérations sont les suivantes :
- Lorsque par saupoudrage, comme il a été expliqué ci-dessus, ou par gravure directe, on a obtenu une image en creux, on remplit les traits avec une substance poudreuse et il suffit d’exposer la planche qui porte l’image à une vapeur n’ayant pas d’action sur elle ; la poudre absorbe cette vapeur ; on applique alors ce type sur une surface préparée avec un réactif altérable par cette vapeur et on obtient une impression.
- Ainsi, d’une part, on prend une planche de cuivre gravée en creux, on remplit les creux d’albumine en poudre ; puis on étend sur une planchette de bois quelques gouttes d’acide fluorhydrique et on expose pendant dix ou quinze secondes la gravure poudrée au dégagement de vapeurs en la tenant écartée du bois par un espace de5 millimètres environ; l’acide se condense dans la poudre sans attaquer la surface métallique ; d’autre part, sur une surface quelconque, métal, papier ou verre, on étend une dissolution de sucre et de borax que l’on dessèche aussitôt; on met enfin les deux surfaces en contact intime pendant quelques secondes. Sous l’action des vapeurs acides, il se fait unfïuoborate de soude déliquescent, le sucre devient poisseux, et, en passant une poudre sur cette surface, l’image apparaît immédiatement.
- Lorsqu’on a observé avec quelle merveilleuse délicatesse se produisent les actions lumineuses et les réactions chimiques auxquelles elles donnent lieu, il n’est pas difficile de prévoir, dans cette nouvelle invention de M. Garnier, toute une série d’applications.
- L’image peut être faite avec des poudres de telle coloration que l’on
- p.575 - vue 584/684
-
-
-
- 576
- BEAUX-ARTS.
- NOVEMBRE 1881.
- voudra ; si elle est sur verre, on peut la reporter sur papier ou tout autre support au moyen du collodion ou de la gélatine ; si on emploie les poudres d’émail, on trouve dans ce procédé un moyen nouveau de faire des épreuves vitrifiées ; ce peut être un moyen simple de reproduire des gravures dans certaines circonstances déterminées, et M. Bertin en a signalé pour les cours de science une application fort utile : maintenant, grâce à la photographie, l’illustration des cours et conférences par les projections est passée dans les habitudes du public; les auditeurs ont pris un goût très vif à ce moyen de suivre sur de larges et lumineux tableaux la parole du professeur.
- Avec la réaction indiquée par M. Garnier rien de plus simple que d’obtenir la projection des figures explicatives, si ces figures ont été gravées en creux pour les traités d’enseignement; on remplit les traits de la planche gravée avec la poudre, et par cette méthode d’atmographie le dessin est immédiatement imprimé sur verre et peut être projeté devant un nombreux auditoire.
- Dans l’ensemble de la présentation qui nous a été faite des travaux de M. Garnier nous trouvons donc : d’abord l’aciérage des planches gravées, invention dont les bienfaits se sont étendus sur l’industrie tout entière de l’impression en taille-douce, et qui touche également l’art de la gravure, puisqu’elle donne à l’artiste l’assurance que son oeuvre sera conservée intacte et fournira avec ses plus délicates finesses un nombre d’exemplaires beaucoup plus considérable qu’avant cette invention.
- Nous sommes en face, non pas du développement d’un procédé, mais d’un fait acquis : on n’imprime plus les planches de quelque valeur sans les aciérer.
- Cet aciérage est employé d’une manière générale dans toutes les industries qui, même accessoirement, utilisent la gravure, et cela pour le profit de tous, tandis que l’inventeur, à peine connu, ne peut rien revendiquer de ses brevets depuis longtemps expirés.
- Le génie inventif de M. Garnier a trouvé dans la recherche des procédés de photogravure un sujet de découvertes nouvelles; il ne vous en a présenté qu’un seul, mais nous avons pu suivre autrefois ses essais d’impressions en creux, en relief, en lithographie sur laiton (pardonnez-moi la barbarie de cette qualification, j’aimerais mieux vous dire en planographie sur laiton si le mot était admis). Ces planches d’impression étaient obtenues par l’action des vapeurs d’iode, suivie d’un passage au mercure ; il a donné également un moyen de produire des épreuves par l’action de la lumière sur le soufre non
- p.576 - vue 585/684
-
-
-
- EXPOSITION D ELECTRICITE. — NOVEMBRE 1881. 577
- cristallisé soumis ensuite aux vapeurs mercurielles. Le saupoudrage, qui avait été, en 1855, entre les mains de M. Lafon de Camarsac, un moyen de transformation dune épreuve développée, fut, pour M. Garnier, un moyen de développement d’une image encore invisible, formée par les substances hygroscopiques, et il l’utilisa ensuite pour en faire un procédé de gravure.
- Dix ans plus tard, nous prenions part à ses succès à l’Exposition univer-verselle de 1867, lorsqu’un grand prix lui fut décerné pour ses photogravures obtenues avec des clichés d’après nature; il prouvait déjà que la gravure photographique pouvait réussir les demi-teintes.
- À l’Exposition universelle de 1878, M. Garnier nous apportait quelques résultats de son procédé nouveau d’impression par vapeur ; nous avons vu les applications immédiates qu’on en pouvait tirer pour les projections, pour les émaux, pour la céramique; c’est une idée nouvelle dont nous ne saurions, quant à présent, prévoir tous les féconds résultats.
- Votre comité des constructions et des beaux-arts, appréciant tout l’intérêt des travaux et inventions de M. Garnier et les recommandant à la bienveillante attention de la Société, vous propose de le remercier de sa présentation, et d’insérer le présent Rapport au Bulletin, en y joignant un ou plusieurs spécimens de son procédé de photogravure.
- Signé : Davanne, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 22 juillet 1881.
- EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ.
- CONFÉRENCE SUR LES PROCÉDÉS ÉLF.CTROMÉTALLURGIQUES, PAR M. HENRI BOUILHET.
- Le 25 novembre 1841, il y a quarante ans aujourd’hui, l’illustre président ' de cette assemblée, M. Dumas, dans un Rapport mémorable sur les prix Montyon, annonçait à ses collègues de l’Académie des sciences l’invention des procédés de dorure et d’argenture électrochimiques.
- « Un art nouveau de la plus haute importance, disait-il, car il tend à rendre générales les jouissances du luxe le mieux raisonné, vient, sinon de naître en France, du moins d’y recevoir des développements inattendus.
- (1) Exposition d’électricité, 11 octobre 1881.
- Tome VIII, — 80e année. 3e série. — Novembre 1881.
- 73
- p.577 - vue 586/684
-
-
-
- 578
- EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ. — NOVEMBRE 1881.
- << C’est l’art d’appliquer à volonté les métaux lés plus résistants ou les plus beaux, en couches minces comme celles d’un vernis, ou en couches plus épaisses, sur des objets façonnés avec d’autres métaux moins chers et plus tenaces que ceux-ci...
- « Nous demanderons à l’Académie la permission de l’arrêter quelques moments sur un art qui aura pour effet presque certain de détruire tous les ateliers si dangereux de dorure au mercure, qui transportera jusque dans les plus humbles chaumières l’usage agréable et salubre de l’argenterie, qui permettra d’appliquer le vermeil à une foule d’objets d’un usage commun et par cela même, provoquant une déperdition considérable des métaux précieux, viendra ranimer l’exploitation des mines d’argent, rehausser le prix avili de ce métal, et faire équilibre à l’excès de production qui à son égard se manifeste depuis longtemps d’une manière si frappante. »
- Quelque brillante que fût la perspective que le savant académicien faisait luire aux yeux de ses collègues, quelque doré que fût l’avenir qu’il entrevoyait, il n’y avait certes pas d’exagération, et ce que vous voyez aujourd’hui vous montre qu’il n’avait fait, avec sa prescience des progrès scientifiques et industriels, que soulever un coin du voile qui cachait le spectacle que nous réservaient ces grandes assises de l’électricité.
- Ce fut M. Charles Christofle qui, devenu propriétaire des brevets anglais et français, eut l’honneur de réaliser ces promesses.
- Aujourd’hui qu’il n’est plus là pour voir le résultat de ses efforts, permettez, à moi son neveu, de vous rappeler ce qu’il lui fallut de persévérance et d’énergie pour triompher des obstacles de toute sorte qui entravaient sa route à l’origine, les luttes qu’il eut à soutenir : luttes pour faire adopter par le public la nouvelle industrie qu’il créait ; luttes, quand le succès fut venu, pour faire maintenir et consacrer ses droits.
- L’Exposition internationale d’électricité de 1881 est pour nous une occasion que nous croyons ne pas devoir laisser échapper de remercier les savants qui, l’ayant encouragé à ses débuts, soutenu et défendu dans ses luttes, plus heureux que lui, sont encore là pour assister à l’étonnant développement des industries électrochimiques et constater les services qu’elles ont rendus.
- Pour vous en donner une idée, permettez-moi de mettre sous vos yeux quelques chiffres statistiques qui vous montreront l’importance d’une de ces industries : l’orfèvrerie argentée par les procédés électrochimiques, la plus ancienne aujourd’hui des iiidustries qui doivent à l’électricité leur existence et leur prospérité.
- p.578 - vue 587/684
-
-
-
- EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ. — NOVEMBRE 1881. 579
- Une seule usine à Paris, celle de MM. Ghristofle, dépose annuellement plus de 6 000 kilog. d’argent, et d epuis 18A2, date de sa fondation* elle n’a pas employé moins de 169000 kilog. d’argent déposé sur un nombre incalculable d’objets à l’épaisseur convenable et suffisante pour assurer à chacun d’eux une durée appropriée à l’usage auquel ils sont destinés.
- L’épaisseur moyenne adoptée pour ces dépôts est celle qui correspond à 3 grammes par décimètre carré ou 300 grammes par mètre carré de surface. Vous voyez donc que la surface couverte d’argent par cette seule usine n’est pas moins de 563 000 mètres, plus de 56 hectares !
- Je ne vous donne là que le travail d?une seule usine; des documents certains, que nous avons eu l’occasion de recueillir dans ces derniers temps, nous font fixer à 25 000 kilog. par an la quantité d’argent employé seulement à Paris en dépôts galvaniques.
- Nous n’avons pas de relevés analogues qui nous permettent d’indiquer aussi exactement ce que les autres pays consomment de ce métal précieux ; mais si, nous reportant à leurs forces productives qui sont parfaitement connues, nous les comparons à la nôtre, il n’est pas téméraire de penser qu’em Europe et en Amérique, les pays producteurs transforment en objets argentés et par suite enlèvent à la circulation une quantité d’argent qui peut être évaluée à près de 125 000 kilog. par an, c’est-à-dire 25 millions de francs.
- Vous voyez donc que les prédictions du savant académicien n’étaient pas exagérées, et que la découverte des procédés d’argenture et de dorure galvaniques était de celles qui, modifiant profondément les usages et les mœurs, ont eu leur part d’influence dans l’œuvre de la civilisation moderne.
- Les ateliers de dorure au mercure ont depuis longtemps disparu, et le martyrologe de l’industrie est clos sur ce point. L’usage d’une argenterie agréable et salubre a non seulement pénétré dans la plus humble chaumière, mais elle a fait le tour du monde, et l’énorme déperdition des métaux précieux est entrée pour quelque chose dans l’obstacle apporté à l’avilissement du prix de l’argent, et tend de plus en plus à faire équilibre à l’excès de production.
- Si, au point de vue économique, les procédés galvaniques ont eu une influence considérable, ils n’ont pas été non plus sans agir d’une manière efficace sur le développement artistique de certaines industries.
- Ces procédés ont permis en effet d’exécuter des œuvres considérables q u’on n’aurait pas osé entreprendre s’il avait fallu les exécuter en argent massif; ils ont permis de faire appel aux sculpteurs du plus grand talent, aux ciser
- p.579 - vue 588/684
-
-
-
- 580 EXPOSITION d’ÉLECTRICITE; -— NOVEMBRE 1881.
- leurs les plus habiles, et de créer des œuvres en cuivre et en bronze qui, revêtues du précieux métal, ne le cèdent en rien aux œuvres les plus célèbres des orfèvres d’autrefois.
- Mais ce n’est pas seulement en renouvelant les splendeurs des orfèvreries passées, ce n’est pas seulement en exécutant à moins de frais les œuvres de la statuaire comme la galvanoplastie permet de la faire aujourd’hui, mais c’est aussi en donnant aux artistes des procédés nouveaux d’exécution et de décoration, que les procédés galvaniques ont rendu d’éminents services aux industries artistiques.
- Pour vous en donner une idée et vous permettre d’apprécier leur valeur, je vais vous donner qnelques renseignements techniques sur différents procédés qui, trouvés ou perfectionnés par MM. Christofle, sont depuis longtemps entrés dans la pratique de leur industrie.
- L’or et l’argent déposés par la pile, tout en conservant leur couleur propre, n’ont pas cependant l’aspect que nous sommes habitués à voir dans les objets dont nous nous servons ; ils sont mats ou brillants, suivant la nature des bains où ils ont été produits ; mais ce mat et ce brillant ne pourraient être conservés si l’on n’avait eu le soin de les rendre durables par certaines opérations qu’on appelle la mise en couleur et le brunissage.
- Les procédés qui servent à obtenir ces effets étaient employés avant l’invention des procédés électrochimiques ; aussi n’est-ce pas d’eux que je veux vous parler, mais de ceux dans lesquels F électricité joue un rôle important.
- Tout le monde connaît ces bijoux d’un goût délicat, que les artistes de l’époque de Louis XVI exécutaient en employant des alliages de différentes couleurs : or vert, or rouge, etc. Tout le monde a pu voir, dans ces dér-nières expositions, les bronzes niellés on damasquinés que les Japonais ont su rendre plus attrayants encore en y ajoutant le charme des patines de différentes couleurs et l’imprévu de leur tempérament artiste.
- Eh bien ! ces alliages, ces bronzes, ces ors jaunes, verts et rouges peuvent être obtenus galvaniquement et à moins de frais, il est facile de le comprendre, que s’ils avaient été rapportés à la main par les procédés de l’orfèvre avec l’habileté du ciseleur.
- En mélangeant convenablement des solutions de cuivre et de zinc, de cuivre et d’étain, on dépose les alliages de ces métaux, c’est-à-dire le laiton et le bronze»
- p.580 - vue 589/684
-
-
-
- EXPOSITION D ELECTRICITE. — NOVEMBRE 1881. 581
- ; De même en mélangeant les sol utions de cuivre et d’or, ou bien encore des solutions d’argent nt d’or, on obtient de l’or rouge, de l’or rose, de l’or vert,
- qui mettent à la disposition de l’électrochimiste une véritable palette de décorateur.
- Les dépôts d’or vert dont vous voyez ici un spécimen sont obtenus dans un bain dont la composition n’est pas du tout en rapport avec la proportion des métaux contenus dans l’alliage qu’on dépose. Il serait même téméraire d’assigner une composition fixe avec laquelle on obtiendrait l’or vert avec certitude. Mais on peut formuler quelques préceptes qui peuvent guider dans ce genre de travail.
- Dans un bain d’or jaune fonctionnant bien et contenant 5 à 6 grammes d’or par litre, on fait passer un courant électrique pendant plusieurs heures, en mettant au pôle positif une lame d’argent pur. Lorsque le métal qui se dépose au pôle négatif a pris la couleur verte que l’on veut obtenir, on arrête l’opé-
- p.581 - vue 590/684
-
-
-
- 582 EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ. — NOVEMBRE 1881.
- *
- ration et on remplace l’anode en argent par un anode en or vert; le bain est fait et peut alors continuer à être employé avec succès. C’est dans ces bains que nous avons obtenu les effets que vous voyez ici.
- L’or rouge s’obtient de la même manière, en introduisant dans un bain d’or ordinaire une lame de cuivre qu’on remplace par une lame d’or allié aussitôt que l’effet est obtenu.
- Ceci est la méthode empirique ; mais si l’on vient à rechercher par l’analyse dans quelle proportion on doit employer l’or et l’argent pour faire un bain, on est tout étonné de trouver que l’or et l’argent sont dissous dans la proportion inverse de l’alliage à déposer. Ainsi, l’or vert en lingot est composé de 2/3 d’or et 1/3 d’argent, et le bain électro-chimique qui sert à le déposer contient 1/3 d’or et 2/3 d’argent.
- Les bronzes déposés galvaniquement à la surface des objets à décorer sont obtenus de la même manière ; ils peuvent être patinés de diverses couleurs, et il est un fait curieux et digne de remarque, c’est que ces bronzes, comme le cuivre pur galvanique, sont susceptibles de plus de variétés de coloration que les bronzes fondus, et une fois patinés, leur couleur est durable et ne le cède en rien aux bronzes japonais qui depuis quelques années ont eu tant de succès en Europe.
- Ces colorations, qui sont très solides et très durables, ne sont que le résultat d’un dépôt superficiel. On peut aussi au moyen de l’électricité employer des dépôts plus épais et obtenir de véritables damasquinures ou incrustations de l’or et de l’argent dans le bronze, le fer et l’acier, ou bien l’inscrustation du cuivre et du bronze dans un métal précieux.
- Dans ces sortes de pièces dont vous voyez ici des spécimens, tout le travail est fait galvaniquement.
- Voici l’une des méthodes que nous employons et qui a servi à exécuter plusieurs de ces pièces qui sont sous vos yeux :
- Le dessin, qui sera plus tard en argent ou en or, est fait à la gouache sur la pièce à incruster. La gouache adhère facilement et permet à l’artiste de voir immédiatement l’effet qu’il veut obtenir.
- Cela fait, on épargne, au moyen d’un vernis qui ne doit être attaqué ni dans les acides, ni dans les alcalis, toute la partie de la pièce qui n’est pas couverte de blanc, et l’on porte dans un bain d’acide nitrique très faible, en mettant la pièce au pôle positif de la pile. Le sel de plomb dont est composée la gouache se dissout et le métal s’attaque. Lorsque l’on juge suffi-
- p.582 - vue 591/684
-
-
-
- exposition i> électricité. — novembre issi. 583
- santé la profondeur de l’alvéole ainsi obtenu, on porte immédiatement la pièce, après l’avoir bien rincée, dans un bain d’argent ou d’or galvanique, à très faible densité, marchant à froid.
- Le dépôt du métal précieux se produit et adhère parfaitement dans le creux qui se trouve décapé par l’action de l’eau-forte. Lorsque l’alvéole est plein, on arrête l’opération, on enlève le vernis et on soumet la pièce obtenue à un polissage à la main, qui fait disparaître l’excès du métal jusqu’à l’affleurement des surfaces.
- Lorsque la pièce doit être répélée plusieurs fois, le moyen indiqué sert à
- ' Fig. 2. — Cafetière en damasquiné électrochimique, exécutée par MM. Ghristofle.
- exécuter le modèle, et Ton emploie alors les procédés de reproduction par la galvanosplastie pour obtenir la pièce toute faite, avec ses creux et ses reliefs, et on peut alors la décorer par incrustation.
- p.583 - vue 592/684
-
-
-
- 584
- EXPOSITION O ELECTRICITE. — NOVEMBRE 1881.
- La galvanoplastie est aussi une industrie qui a été largement suivie et pratiquée dans les ateliers de MM, Christofle, et au moyen de laquelle ils ont
- produit des œuvres d’une grande importance.
- Tout le monde sait que les métaux ne peuvent être déposés gal-vaniquement que sur des surfaces conductrices de l’électricité; à l’origine , les moules qui servaient au dépôt galvanique étaient faits en mêlai, et l’on se bornait à la reproduction de la gravure et des médailles ou des bas-reliefs de dépouille facile.
- Ce n’est que lorsque les propriétés de la plombagine ont été connues, que la galva-nosplastie a pu aborder la reproduction des œuvres de la statuaire en employant des moules non conducteurs, c’est-à-dire en plâtre ou en gélatine; mais elle n’a été réellement industrielle quelorsque la gu tta-percha a été introduite en Europe, et qu’il a été possible d’obtenir des moules de toute dimension, solides, parfaits et inaltérables, dans les bains alcalins ou acides.
- Fig. 3. — Porte de la sacristie de Saint-Marc, à Venise. Reproduction galvanique par MM. Christofle.
- p.584 - vue 593/684
-
-
-
- EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ. — NOVEMBRE 1881. 585
- Cependant elle n’était employée encore que pour la reproduction des bas-reliefs, et lorsqu’on voulait faire des objets ronde-bosse, vase, buste ou statue, on était obligé de recourir à des artifices de fabrication pour les produire.
- Il fallait opérer une série d’épreuves en bas-relief que l’on réunissait ensuite par la soudure, de manière à former le vase, le buste ou la statue.
- On avait bien essayé de produire des objets de ronde-bosse directement dans un bain de cuivre, en réunissant les deux moitiés du moule et en mettant à l’intérieur une sorte de silhouette grossière en cuivre découpé qui, servant d’anode, facilitait le dépôt du métal en conduisant l’électricité et en se dissolvant.
- Mais ce procédé portait en lui-même le germe de son insuccès, car au bout de quelques jours, le cuivre se coupait par sa dissolution, interrompait le courant et finissait par arrêter l’opération avant son terme.
- Ces moyens n’eurent donc qu’un succès restreint et furent mis de côté, lorsque M. Lenoir, l’inventeur de la machine à gaz, eut, en 1858, l’heureuse idée de substituer à l’anode soluble un anode insoluble en fil de platine qui, n’étant point attaqué par le transport de l’oxygène et de l’acide sulfurique au pôle positif, maintenait intacte l’énergie du courant galvanique.
- Voici comment il opérait :
- Il construisait, à grand renfort de dextérité et de patience, une carcasse en fil de platine, qui épousait les formes les plus variées de la pièce qu’il voulait reproduire. C’était une sorte de squelette qu’il formait ainsi. Les fils extrêmes étaient réunis ensemble et passaient par un petit tube de verre, de manière à être isolés du moule en gutta. Dans ce procédé il fallait, et il faut encore dans celui que nous allons indiquer, avoir soin de laisser un orifice a la partie supérieure, afin de faire échapper le gaz oxygène qui se dégage autour du fil de platine, et un autre à la partie inférieure, afin de permettre le renouvellement du liquide qui, sans cela, serait bien vite épuisé. Le moule fermé et ainsi disposé était placé au pôle négatif de la pile dans un appareil composé, et les fils de platine mis en rapport avec le pôle positif. ..
- Malgré tout le mérite du perfectionnement, ceux qui essayèrent de le mettre en pratique les premiers ne réussirent pas à tirer tout le parti dont il pouvait être susceptible, et on le comprend aisément quand on songe que, pour faire un buste de cette grandeur, la carcasse de platine absorbe 120 à 140 grammes de métal, et que l’opération dure vingt à vingt-cinq jours,
- Tome VIII. — 80e année. 3e série, — Novembre 1881. 74
- p.585 - vue 594/684
-
-
-
- 586 EXPOSITION d’ÉLECTRICITÉ. —• NOVEMBRE 1881.
- c’est-à-dire que, pour produire un poids de 1 kilog. de cuivre, il faut immobiliser 120 francs à 140 francs pendant près d’un mois.
- Qu'eût-ce été s’il avait fallu faire une statue de grandeur naturelle ?
- La question en était restée là, lorsque ce procédé devint la propriété de MM. Christofïe.
- Pendant quelque temps ils le mirent en pratique, mais avec le regret de ne pouvoir tirer tout le parti dont l’idée de M. Lenoir leur semblait susceptible.
- À cette époque, M. Gaston Planté était attaché à leur usine comme chimiste électricien.
- Des recherches entreprises par lui sur les courants secondaires l’avaient amené à construire une pile, dite de polarisation, dans laquelle le plomb était substitué au platine, et lui avait permis de réaliser des effets secondaires d’une grande intensité. '
- Il nous donna l’idée de substituer le plomb au platine, et grâce à son concours et à celui de notre ingénieur, nous fûmes mis en possession d’un procédé qui permettait à la galvanoplastie de reproduire en ronde-bosse les statues les plus délicates et les plus fouillées.
- Nous avons trouvé dans cette substitution tous les avantages que nous avions avec le platine, sans aucun de ses inconvénients : la modicité du prix, la malléabilité du métal, qui permet de lui faire prendre toutes les formes voulues, et l’inaltérabilité dans les bains.
- On comprend, en effet, combien il est facile de faire avec ce métal les noyaux qui, percés de trous de manière à permettre la circulation du liquide, sont placés dans l’intérieur du moule et maintenus à distances égales et régulières par des supports isolés. Cette méthode donne une très grande régularité dans le dépôt, car chaque point de l’épreuve est toujours à une distance constante du noyau conducteur. Les lames de plomb sont réunies au pôle positif de la même manière que le fil de platine dans le procédé Lenoir. Le plomb se couvre d’une légère couche d’oxyde, devient le siège d’un dégagement de gaz oxygène, et ne s’attaque plus.
- Il est curieux de se rendre compte du travail qui se fait dans l’intérieur du moule ; voici une sphère déposée par ce procédé, qui pèse 1,700grammes; sa capacité est de llil,5 environ ; en supposant que le bain de sulfate de cuivre contienne 60 grammes de cuivre par litre, il a fallu que le liquide se soit renouvelé complètement vingt fois pour fournir la quantité de métal nécessaire au dépôt; c’est grâce au mouvement produit par le dégagement du gaz à la
- p.586 - vue 595/684
-
-
-
- EXPOSITION D ELECTRICITE. — NOVEMBRE 1881.
- 587
- partie supérieure, que ce renouvellement a lieu avec une très grande régularité ; sans lui, il était impossible.
- Fig. 4. — Groupe de la façade du nouvel Opéra.
- Exécuté en galvanoplastie ronde-bosse, avec l’anode insoluble, par MM. Christofle.
- p.587 - vue 596/684
-
-
-
- 588
- EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ. — NOVEMBRE 1881.
- Vous pouvez voir ici dans la nef, à l’exposition de MM. Christofle et dans le vestibule d’entrée, de grandes figures et des statues monumentales, qui montrent toute la perfection du procédé et le parti que les artistes peuvent en tirer pour l’exécution de leurs œuvres.
- Je ne saurais quitter ce sujet, puisque l’occasion s’en présente, sans défendre la galvanoplastie contre un reproche auquel elle n’a pas encore eu le temps de répondre victorieusement :
- Une œuvre galvanoplastique est-elle durable ?
- Née d’hier, elle n’a pas, comme le bronze, vingt siècles derrière elle pour dire que ses œuvres peuvent défier les injures du temps.
- On ne peut donc qu’examiner avec soin le métal produit, étudier son mode de formation et conclure par induction de sa durée.
- Le cuivre galvanoplastique est chimiquement pur. Sa pureté offre plus de sécurité que les alliages, et il suffit de visiter nos musées pour voir que les objets en cuivre rouge sont arrivés à nous dans un état de conservation plus grand que les objets similaires de bronze.
- 11 est d’une grande homogénéité, ainsi que le prouve sa densité élevée ; il n’est pas hors de propos de rappeler que M. Jacobi, le savant académicien de Saint-Pétersbourg, à qui revient l’honneur de la découverte de la galva-nosplastie, a étudié le dépôt galvanoplastique d’une grande figure, de 9 mètres de hauteur, exécutée par MM. Christofle, et a trouvé que sa densité était de 8,86, c’est-à-dire sensiblement égale à celle du cuivre laminé et supérieure à celle du cuivre fondu.
- Il est résistant; les expériences constatées par M. Bareswill et consignées dans un Rapport à la Société d’encouragement, le 16 mai 1866, prouvent que, soumis à la même pression, le cuivre galvanique résistait à 20 atmosphères, tandis que le bronze fondu se rompait sous une pression de 12 atmosphères.
- Donc, pureté, homogénéité, résistance sont, si je ne me trompe, les meilleurs facteurs d’un produit qui peut s’appeler la durée.
- Le dépôt galvanoplastique de cuivre n’est pas le seul qui ait été perfectionné dans l’usine de MM. Christofle.
- L’exposition de cette année nous montre divers essais très intéressants de galvanoplastie de nickel, qni indiquent tout le parti qu’on en peut tirer. Ainsi, l’aciérage des planches gravées peut être remplacé par le nickelage,
- p.588 - vue 597/684
-
-
-
- EXPOSITION D ELECTRICITE.
- NOVEMBRE 1881.
- 589
- non pas le nickelage en surface, qui aurait l’inconvénient, comme l’aciérage,
- d’oblitérer légèrement les tailles de la gravure, mais la reproduction directe en galva-nosplastie de nickel, rendue plus épaisse par le doublage en cuivre galvanique de la planche.
- Les clichés que je vous présente ici sont obtenus par un moulage en gutta, sur lequel on a déposé une couche légère de nickel, épaissie par un dépôt de cuivre, et montés comme le sont les clichés galvanoplastiques en cuivre ordinaires.
- La planche gravée est obtenue en déposant directement sur le relief de la planche mère une couche de nickel qui, n’adhérant pas, peut, après avoir été renforcée par un dépôt suffisant de cuivre, être détachée, et présenter une véritable planche gravée à surface durcie par le dépôt de nickel.
- La galvanoplastie du nickel et le nickelage sont obtenus dans des bains ammoniacaux, sur la composition desquels on a beaucoup discuté.
- A vrai dire, ils sont semblables à ceux qui avaient été brevetés dès 1842 par MM. de Ruolz, et indiqués par M. Becquerel père ; mais lorsque, en 1868, M. Adams prit un brevet en Amérique pour le nickelage, il sembla attribuer la réussite des solutions qu’il brevetait à l’absence complète d’alcalis fixes dans les bains, et, d’après lui, le dépôt de nickel ne pouvait être obtenu si le bain ammoniacal contenait la moindre trace de potasse ou bien de soude.
- C’est là une erreur complète, car nous avons pu obtenir de très bons dépôts dans des bains ammoniacaux contenant des sels de potasse ou de soude ; M. Adams avait passé à côté de la véritable raison, qui est celle-ci :
- Le dépôt de nickel n’est beau et résistant que s’il est déposé dans un bain neutre ou presque neutre.
- Dès que l’ammoniaque est à l’état libre dans un bain ammoniacal, le dépôt devient grisâtre et cassant,
- Si l’on évite son dégagement, le dépôt reste brillant et homogène.
- Fig. 6. — Milon de Crotone. Groupe en bronze galvanique, exécuté par MM. Christofle.
- p.589 - vue 598/684
-
-
-
- 590 EXPOSITION d’ÉLECTRICITÉ. — NOVEMBRE 1881.
- La présence de la soude et de la potasse libres produit le même effet, mais, à l’état de sel neutre, ils sont sans influence sur le dépôt.
- Quoi qu’il en soit, le meilleur bain pour opérer le dépôt de nickel dans des conditions convenables est un bain neutre de sulfate double ammoniacal, et la meilleure méthode pour opérer, c’est de ne travailler pour ainsi dire que le papier de tournesol à la main, afin de s’assurer constamment de la neutralité du bain.
- Si le dépôt du nickel n’a repris faveur qu’en ces dernières années, ce n’est pas parce qu’on a trouvé des solutions meilleures et nouvelles, mais c’est parce que l’industrie a été mise en possession d’une source électrique meilleure, plus constante et infiniment plus économique que celle fournie jusqu’alors par la pile. . '
- Nous voulons parler des machines Gramme, qui ont été la cause d’une véritable révolution industrielle, et qui, dans les usines de dépôts électrochimiques, ont rendu des services inappréciables.
- Nous avons quelque autorité pour en parler, car c’est dans l’usine de MM. Christofle que, pour la première fois, M. Gramme a tenté une application industrielle.
- Bien avant l’invention de M. Gramme, dès 1854, MM. Christofle avaient essayé de substituer aux piles qu’ils employaient les machines magnéto-électriques.
- Ils avaient essayé les machines de la Compagnie de l’Alliance, mais sans succès appréciable. L’inconvénient que présentait le mode de réception de courants alternativement de sens contraire, et leur prix élevé à cette époque (12 000 francs pour une machine produisant un travail queM. Gramme devait effectuer plus tard avec une machine de 2 000 francs), étaient de nature à faire réfléchir.
- Plus tard la machine de Wilde avait été mise en pratique, mais sa construction vicieuse, et son échauffement qui rendait son action intermittente, ne permirent pas à MM. Christofle d’abandonner complètement les piles galvaniques.
- En 1871, mis en rapport avec M. Gramme et séduits par le principe de construction de sa machine à courants continus et de même sens, ils lui posèrent les conditions du problème à résoudre pour l’installation de leur force électrique : *
- p.590 - vue 599/684
-
-
-
- EXPOSITION D ELECTRICITE.
- NOVEMBRE 1881.
- 591
- Construire une machine déposant 600 grammes d’argent à l’heure, sur une surface donnée, dans quatre bains montés en dérivation, et marchant avec une vitesse de 300 tours par minute.
- C’est ici pour nous l’occasion de rendre hommage à l’inventeur.
- Les études étaient tellement avancées, les calculs si sûrs et si précis, qu’au bout de trois mois, il nous apportait une machine construite dans les conditions de résistance indiquée par nous, et, dès les premières expériences, nous
- déposions 600 grammes d’argent à l’heure dans les quatre bains, avec une vitesse de 300 tours à la minute.
- Le service rendu par cette machine à l’industrie électro-chimique a été considérable.
- L’économie apportée à la production des courants galvaniques a été si grande, qu’elle a permis des applications auxquelles le prix élevé de la pile et son entretien coûteux avaient fait renoncer ou n’avaient pas permis de songer.
- Le dépôt galvanique du fer, du nickel, de l’étain, et l’affinage électrométallurgique du cuivre et des métaux précieux en sont la preuve.
- Pour vous montrer l’importance de la révolution industrielle accomplie par la machine Gramme, nous vous apportons des chiffres intéressants, des prix de revient absolument certains, car ils sont basés sur une production considérable et les calculs sont faits sur une moyenne de cinq années de travail manufacturier.
- Avec la pile, le kilogramme d’argent coûtait 3 fr. 87 de frais d’électricité.
- Avec la machine Gramme, en comptant la valeur de la force motrice, l’intérêt du capital et l’amortissement du matériel, le prix de dépôt de l’argent est réduit à 94 centimes le kilogramme.
- Cette économie paraît insignifiante lorsqu’elle s’applique à un métal précieux, comme l’argent ou l’or, dont la valeur intrinsèque est considérable,
- Fig. 6. — Incrustations électrochimiques.
- p.591 - vue 600/684
-
-
-
- 592
- CONGRÈS MÉDICAL.
- NOVEMBRE 1881
- mais elle est importante lorsqu’il s’agit du dépôt électrochimique d’un métal usuel et à bas prix, comme le fer, le cuivre, l’étain ou le nickel.
- Le succès de la machine Gramme a été si considérable, qu’aujourd’hui la Société qui l’exploite n’a pas livré moins de cinq cents machines aux usines électrométallurgiques.
- Si nous avons saisi l’occasion qui nous était offerte de parler ici de la machine Gramme, et à ce point de vue très spécial, c’est qu’au moment où l’Exposition d’électricité nous montre les merveilles qu’elle a enfantées, les progrès dont elle a été le point de départ, et le brillant avenir qui attend les industries électriques qui l’emploient, il nous a semblé qu’il était bon de rappeler la part, quelque modeste qu’elle fût, que MM. Christofle avaient prise à la réalisation industrielle de l’invention de M. Gramme.
- CONGRÈS MÉDICAL.
- DISCOURS PRONONCÉ AU CONGRES MÉDICAL INTERNATIONAL DE LONDRES,
- PAR M. PASTEUR, MEMBRE DE LACADÉM1E DES SCIENCES.
- Je n’avais pas l’intention de prendre la parole dans cet admirable congrès qui réunit les sommités médicales du monde entier, et dont l’éclatant succès fait tant d’honneur à son principal organisateur, M. William Mac Cormac.
- La bienveillance de notre vénéré président, Sir James Paget, en a décidé autrement. Comment résister en effet à la parole sympathique de cet homme si éminent? Sa personne a comme un rayonnement de bonté émanant d’une flamme intérieure qu’il sait traduire, quand il le veut, avec toute la puissance des grands orateurs anglais.
- Je suis venu à Londres pour deux motifs : pour m’instruire, profiter de vos savantes discussions et aussi pour constater la place que tient aujourd’hui en médecine et en chirurgie la théorie des germes. Certes, je retournerai à Paris bien satisfait. Dans ces huit jours, j’ai beaucoup appris; j’emporte l’idée réfléchie que le peuple anglais est un grand peuple et, quant à l’influence de la doctrine nouvelle, ce n’est pas seulement sa marche en avant qui m’a frappé, mais son triomphe. Je méconnaîtrais vos sentiments jusqu’à l’ingratitude, je ferais acte de fausse modestie-, si je ne donnais à l’accueil que j’ai, reçu parmi vous et dans la société anglaise la signification d’un hommage rendu à mes travaux de ces vingt-cinq dernières années sur la nature des
- p.592 - vue 601/684
-
-
-
- CONGRÈS MÉDICAL.
- NOVEMBRE 1881.
- 593
- ferments, sur leur vie et leur nutrition, sur leur préparation à l’état de pureté par ensemencement dans divers milieux, même — ne l’oubliez pas — dans des milieux artificiels et de composition minérale, travaux d’oii sont sortis les principes et les méthodes de la microbie, si vous me permettez cette expression. Par votre accueil chaleureux, vous avez ravivé en moi le vif sentiment de satisfaction que j’ai éprouvé lorsque votre grand chirurgien Lister a déclaré que ma publication de 1857 sur la fermentation lactique avait été pour lui le début de ses réflexions sur sa précieuse méthode chirurgicale ; vous avez ravivé la joie que j’ai éprouvée lorsque notre éminent médecin, le Dr Da-vaine, a déclaré que ses travaux sur le charbon avaient été inspirés par mes études de 1861 sur la fermentation butyrique et le vibrion qui la caractérise.
- Je suis heureux de pouvoir vous remercier en vous faisant connaître un nouveau progrès de la microbie, appliqué à l’art de prévenir les maladies transmissibles, ces maladies qui, pour une grande part, constituent la pathologie dans ses conséquences les plus terribles pour l’homme et les animaux domestiques. Ma communication a pour objet la vaccination dans le choléra des poules et dans le charbon et l’exposé de la méthode qui a permis de l’obtenir, méthode générale dont la fécondité m’inspire une confiance sans limite.
- Avant de traiter la question de la vaccine du charbon, qui est la plus importante, laissez-moi vous rappeler les résultats de mon travail sur le vaccin du choléra des poules. C’est par ce travail que se sont introduits dans la science des principes très nouveaux et très féconds sur les virus ou les contages des maladies transmissibles. Plusieurs fois dans ce que je vais dire, j’emploierai le mot de culture d'un virus, comme je disais autrefois, dans mes études sur les ferments, la culture du ferment lactique, la culture du vibrion butyrique, la culture du mycoderne du vinaigre, etc. Je suppose donc qu’une poule vienne de mourir du choléra des poules et que, trempant l’extrémité d’une baguette de verre très effilée dans le sang de la poule avec les précautions d’usage sur lesquelles je n’ai pas à insister, on touche ensuite, avec cette pointe souillée, du bouillon de poule très limpide, préalablement stérilisé par une température de 115° C. environ, et dans des conditions oii ni l’air extérieur, ni les vases dont on se sert, ne puissent apporter de germes extérieurs, de ces germes qui sont en suspension dans l’air ou à la surface de tous les objets. Les heures suivantes, si le petit vase de culture est mis à une température de 25° à 35°, par exemple, vous le voyez se troubler et se remplir d’un petit microbe en forme de 8 de chiffre, mais si petit que souvent,
- Tome VIII. — 80e aimée. 3* série. — Novembre 1881. 75
- p.593 - vue 602/684
-
-
-
- 594 CONGRÈS MÉDICAL. —- NOVEMBRE 1881.
- à un fort grossissement, il apparaît sous forme de points. Dans ce vase, reprenez une gouttelette aussi petite que vous le voudrez, ce que peut en emporter seulement la pointe d’une baguette de verre, aussi effilée qu’une aiguille, et touchez avec cette pointe une nouvelle quantité de bouillon de poule stérilisé placé dans un second vase, le même phénomène se produira; vous pouvez passer de la même façon à un troisième vase de culture, d’un troisième à un quatrième, et ainsi de suite, à une centième, à une millième culture. Toujours en quelques heures le liquide de culture se troublera et se remplira du même petit organisme. Dans toutes ces cultures, après deux ou trois jours d’exposition à 30°.environ le trouble du liquide disparaît pour faire place à un dépôt au fond du vase; c’est que le développement du petit organisme à cessé ; en d’autres termes, tous les petits points qui troublaient le liquide se sont rassemblés au fond du vase, et les choses resteront dans cet état plus ou moins longtemps, pendant des mois, si on le veut, sans qu’il puisse y avoir une altération, sensible pour l’oeil, du liquide et de son dépôt, parce que, je le répète, nous nous plaçons dans des conditions ou l’air extérieur ne peut apporter de germes d’impureté. Un petit tampon de coton tamise l’air qui entre ou sort du vase par les changements de température extérieure.
- Prenons une de nos cultures successives, la centième ou la millième par exemple, et comparons-la, pour sa virulence, avec le sang même de notre poule morte du choléra. En d’autres termes, inoculons sous la peau de dix poules, par exemple, à chacune séparément, une petite gouttelette de sang infectieux, et à dix autres poules une gouttellette du liquide préalablement agité, afin de mettre le dépôt du fond du vase en suspension ; inoculons, dis-je, une gouttelette de ce liquide à dix autres poules. Chose remarquable, les dix dernières poules mourront aussi vite et avec les mêmes symptômes que les dix premières. Le sang de toutes, après la mort, renfermera notre petit microbe infectieux. Cette égalité, pour ainsi dire, dans la virulence, et de la culture et du sang, tient à une circonstance vraiment futile en apparence. J’ai fait les cent cultures (du moins j’ai supposé implicitement qu’on agissait ainsi), sans laisser d’intervalle considérable entre deux ensemencements ; eh! bien, voilà, si j’ose ainsi parler, la cause de l’égalité dans la virulence. En effet, répétons exactement nos cultures successivement avec cette seule différence qu’on passera d’une culture à celle qui la suit, de la centième à la cent-unième par exemple, après un intervalle de temps de 15 jours, de 1 mois, de % mois, de 3 mois.... de 8 mois.... de 10 mois. Si nous com-
- p.594 - vue 603/684
-
-
-
- CONGRÈS MÉDICAL, - NOVEMBRE 1881.
- 595
- parons cette fois la virulence des cultures successives, tout sera changé; c’est-à-dire qu’il sera facile de reconnaître par des inoculations à des séries de dix poules que la virulence d’une culture diffère de celle du sang et de celle de la culture précédente, quand il y a un assez long intervalle entre la mise en train d’une culture à l’aide du microbe de la culture qui précède. Bien plus, on reconnaît par ce mode d’observation qu’on peut préparer ainsi des cultures de virulences variées. Telle virulence tuera huit poules seulement sur dix, telle autre cinq sur dix, telle autre une sur dix, telle autre même ne tuera plus du tout, quoique le microbe puisse encore être cultivé. Enfin, chose non moins curieuse, si vous prenez chacune de ces cultures de virulence atténuée pour point de départ de cultures successives et sans intervalle sensible dans les mises en train des cultures, toute la série de ces cultures reproduira la virulence atténuée de celle qui a servi de point de départ. De même la virulence nulle reproduit la virulence nulle.
- Comment donc se traduisent sur les poules les effets de ces virulences atténuées? Ils se traduisent par un désordre local, par une altération morbide plus ou moins profonde du muscle, si c’est dans un muscle qu’on a inoculé le virus, muscle rempli du microbe, qu’on reconnaît aisément parce que les microbes atténués ont à très peu près le volume, la forme, l’aspect du microbe le plus virulent. Mais pourquoi la mort n’arrive-t-elle pas à la suite du désordre local ? Pour le moment, répondons par le fait. Le fait, le voici : le désordre local s’arrête de lui-même, plus ou moins promptement ; le microbe se résorbe sur place, se digère, si l’on peut ainsi dire ; et, peu à peu, le muscle se refait. Alors toute maladie a disparu. Quand on inocule le microbe à virulence nulle, il n’y a pas même de désordre local ; la natura medicatrix l’emporte tout de suite, et certes on voit bien ici l’influence de cette résistance de la vie, puisque ce microbe à virulence nulle se multiplie, au contraire, dans le vase de culture. Allons plus loin : nous touchons à la vaccine. Lorsque les poules ont été suffisamment rendues malades par ces virus atténués que la résistance vitale a arrêtés dans leur développement, si vous venez à leur inoculer les virus virulents, de deux choses l’une, ou elles n’éprouvent aucun effet, ou elles en éprouvent un passager. Bref, elles ne meurent plus par le virus mortel ; et, pour un temps assez long, qui, chez certaines d’entre elles, peut dépasser une année, le choléra des poules ne peut plus les atteindre, surtout par les occasions de contage qu’elles trouvent dans les basses-cours.
- Mais, à ce point vif de notre manipulation, c’est-à-dire dans cet intervalle
- p.595 - vue 604/684
-
-
-
- 596 CONGRÈS MÉDICAL. — NOVEMBRE 1881.
- de temps placé volontairement entre deux cultures et qui fait l’atténuation et les vaccins, que se passe-t-il donc? Je vais vous montrer que, dans cet intervalle l’agent qui intervient, c’est l’oxygène de l’air. Rien de plus facile que de le prouver. Pratiquons, en effet, la culture dans un tube contenant très peu d’air (car notre microbe est aérobie), puis fermons ce tube à la lampe d’émailleur. Le microbe en se développant prendra promptement tout l’oxygène du tube et du liquide; alors le microbe se trouvera tout à fait à l’abri du contact de l’oxygène. Dans ce cas, on ne constate pas que le microbe s’atténue sensiblement, même après un très long intervalle de temps.
- Voilà donc que l’oxygène de l’air se présente à nous comme un modificateur possible de la virulence du microbe du choléra des poules, c’est-à-dire comme un modificateur de la facilité plus ou moins grande de son développement dans le corps des animaux. Ne se pourrait-il pas que nous fussions ici en présence d’une loi générale applicable à tous les virus ? Quel bienfait pourrait en résulter !
- Nous pourrions espérer de découvrir ainsi les vaccins de toutes les maladies virulentes. Quoi de plus naturel que de commencer notre étude par la recherche du vaccin du charbon, de ce que vous appelez en Angleterre la « splenic fever, » en Russie, la « peste de Sibérie, » en Allemagne, le « milz-brand». Dans cette nouvelle étude, j’ai eu pour collaborateurs deux jeunes savants dévoués : MM. Chamberlain} et Roux.
- Dès l’abord, nous allions nous heurter à une difficulté. Parmi les organismes inférieurs, tous ne se résolvent pas dans ces corpuscules germes que j’ai signalés le premier autrefois comme une des formes de leur génération possible. C’était dans le groupe des vibrions dont on est disposé à faire aujourd’hui un genre de « bacillus ». Il faut lire à ce sujet mon ouvrage sur la maladie des vers à soie, publié en 1870,
- C’est ce même mode de génération par corpuscules brillants ou sporules (petites graines), que le Dr Koch a retrouvé dans le parasite charbonneux. Beaucoup de microbes infectieux ne se résolvent pas dans leurs cultures en de pareils corpuscules germes. Telle est également la levûre de bière que nous ne voyons se développer à l’ordinaire, dans toutes les brasseries, par exemple, que par une sorte de scissiparité. Une cellule en fait deux ou plusieurs qui se mettent en chapelets ; les cellules se détachent et le travail recommence. Dans ces cellules, on ne voit pas apparaître d’ordinaire de véritables germes. Ainsi se comporte le microbe du choléra des poules et beaucoup d’autres microbes. Cela est si vrai, que les cultures de ce microbe,
- p.596 - vue 605/684
-
-
-
- CONGRÈS MÉDICAL. ---- NOVEMBRE 1881.
- 597
- quoiqu’elles puissent durer pendant de longs mois sans perdre leur faculté de cultivation nouvelle, finissent toujours par périr comme périt également à la longue la levûre de bière qui a épuisé tous ses aliments.
- Le microbe charbonneux, dans ses cultures artificielles, se comporte tout autrement. Dans le sang de ces animaux, comme dans les cultures, il est en filaments translucides plus ou moins segmentés. Ce sang ou ces cultures exposés au libre contact de l’air, au lieu de continuer suivant ce premier mode de génération, laissent voir déjà, après vingt-quatre ou quarante-huit heures, des corpuscules germes distribués en séries plus ou moins régulières dans la longueur des filaments. Tout autour de ces corpuscules, la matière se résorbe comme je l’ai figuré autrefois dans une des planches de mon Ouvrage sur la maladie des vers à soie. Peu à peu, toute liaison entre eux disparaît, et leur ensemble ne forme bientôt plus qu’une poussière de germes. Or, si vous faites germer ces corpuscules, la nouvelle culture reproduit la virulence propre à la forme filamenteuse qui a fourni ces corpuscules, et ce dernier résultat s’observe même après une très longue durée de l’exposition de ces germes au contact de l’air. Récemment, nous en avons trouvé dans les fosses oh l’on avait enfoui des animaux charbonneux depuis douze années déjà, et leur culture était aussi virulente que celle du sang d’un animal qui vient de mourir. Combien je regrette ici d’être obligé d’abréger. Que j’aurais eu de plaisir à vous démontrer que les germes charbonneux de la terre des fosses sont ramenés à la surface du sol par les vers de terre, et que dans ce fait si curieux se trouve toute l’étiologie de la maladie, parce que, en broutant l’herbe, les animaux avalent les germes en même temps que la terre qui souille toujours le pied des plantes.
- La formation des germes dans les cultures et la résistance de ces germes, voilà la grande difficulté qui se présentait pour tenter l’application de notre méthode d’atténuation par l’oxygène de l’air aux microbes charbonneux. La virulence, se fixant très vite, souvent déjà après vingt-quatre heures dans un germe charbonneux qui échappe à l’action de l’air, il était impossible de songer à découvrir le vaccin du charbon dans les conditions qui avaient donné ceux du choléra des poules. Pour autant, fallait-il se décourager? Non, sans doute. Et, en effet, si vous voulez y prendre garde, entre le mode de génération du microbe charbonneux par scission et celui du choléra des poules, il n’y a pas au fond de différence ; de telle sorte qu’on pouvait espérer tourner la difficulté qui nous arrête, en s’efforçant d’empêcher le microbe charbonneux de produire des corpuscules germes, et de
- p.597 - vue 606/684
-
-
-
- 598
- CONGRES MEDICAL. — NOVEMBRE 1881.
- le maintenir dans ces conditions, au contact de l’oxygène, pendant des jours, des semaines et des mois. L’expérience, heureusement, a réussi. Dans le bouillon neutre de poule, le microbe charbonneux ne se cultive plus à 45° ; sa culture y est facile, au contraire, vers 42-43 degrés, mais, dans ces conditions, le microbe ne donne pas de spores. En conséquence, on peut maintenir au contact de l’air pur, entre 42 et 43 degrés, une culture mycélienne de bactéridies entièrement privée de germes. Alors apparaissent les très remarquables résultats suivants : en un mois, en six semaines, la culture meurt, c’est-à-dire que, si on l’ensemence dans du bouillon récent, la stérilité de celui-ci est complète. Les jours précédents, la vie existe dans le vase exposé à l’air et à la chaleur. Vient-on à étudier la virulence de la culture après deux jours, quatre jours, six jours, huit jours, etc., on constate que, longtemps déjà avant la mort de la culture, le microbe a perdu toute virulence, quoiqu’il soit encore cultivable. Avant cette époque, on constate que la culture représente une série de virulences atténuées ; tout est pareil à ce qui se passe pour le microbe du choléra des poules. En outre, chacun de ces états de virulence atténuée peut être reproduit par la culture. Enfin, comme le charbon ne récidive pas, chacun de nos microbes charbonneux atténués constitue pour le microbe supérieur un vaccin, c’est-à-dire un virus propre à donner une maladie plus bénigne. Voilà trouvée une méthode de préparation de vaccin du charbon. Vous allez voir tout à l’heure l’importance pratique de ce résultat ; mais en ce moment, ce qui nous intéresse particulièrement, c’est de bien remarquer que nous avons ici la preuve que nous sommes en possession d’une méthode générale de préparation des virus-vaccins reposant sur l’action de l’oxygène de l’air, c’est-à-dire d’une force cosmique qui est partout répandue à la surface du globe.
- Je regrette de n’avoir pas le temps de vous montrer que tous ces virus atténués, même les plus faibles, peuvent très facilement, par un artifice physiologique, recouvrer leur virulence maximum primitive, ce qui, mieux compris, rendra compte un jour des exacerbations comme des chutes des grandes épidémies et de l’apparition de celles qu’on croit à tort spontanées.
- La méthode que je viens de vous exposer pour obtenir des vaccins du charbon était à peine connue, qu’elle passait dans la grande pratique pour prévenir l’affection charbonneuse. La France perd chaque année pour une valeur de plus de 20 millions d’animaux frappés du charbon, plus de 30 millions, m’a dit une des personnes autorisées de notre Ministère de l’agriculture ; mais des statistiques exactes font encore défaut. On me demanda de
- p.598 - vue 607/684
-
-
-
- CONGRÈS MEDICAL, — NOVEMBRE 1881, 599
- mettre à l’épreuve les résultats qui précèdent par une grande expérience publique, à Pouilly-le-Fort, près de Melun.
- Je la résume en quelques mots : 50 moutons furent mis à ma disposition, nous en vaccinâmes 25 ; les 25 autres ne subirent aucun traitement. Quinze jours après environ, les 50 moutons furent inoculés par le microbe charbonneux le plus virulent. Les 25 vaccinés résistèrent; les 25 non vaccinés moururent tous charbonneux, en cinquante heures. Depuis lors, dans mon laboratoire, on ne peut plus suffire à préparer assez de vaccin pour les demandes des fermiers. En quinze jours, nous avons vacciné dans les départements voisins de Paris près de 20,000 moutons et un grand nombre de bœufs, de vaches et de chevaux. Cette expérience a été renouvelée le mois dernier à la ferme de Lambert, près de Chartres : elle mérite une mention particulière. .L’inoculation très virulente pratiquée à Pouilly-le-Fort pour éprouver l’immunité vaccinale avait été faite à l’aide de germes charbonneux déposés au fond d’une culture conservée dans mon laboratoire depuis plus de quatre années (elle était du 21 mars 1877). Certes, sa virulence n’était pas douteuse puisque, en cinquante heures, elle avait tué 25 moutons sur 25. Néanmoins, une Commission de médecins, chirurgiens et vétérinaires de Chartres, cédant à ce préjugé que des virus, pris dans un sang infectieux, doivent avoir une virulence capable de défier l’action de ce que j’appelle les cultures de virus, voulut inoculer des moutons non vaccinés par comparaison avec des moutons vaccinés, en se servant du sang d’un animal mort charbonneux. Le résultat fut celui de Pouilly-le-Fort : résistance absolue des vaccinés, mort des non vaccinés.
- Si le temps ne me pressait pas, je vous ferais connaître d’autres virus atténués par la même méthode que je viens de vous exposer. Les expériences en seront communiquées plus tard au public.
- Permettez-moi cependant de ne pas terminer sans vous témoigner la grande joie que j’éprouve de penser que c’est comme Membre d’un Congrès médical international siégeant en Angleterre que je viens de vous faire connaître en dernier lieu la vaccination d’une maladie plus terrible peut-être pour les animaux domestiques que la variole pour l’homme. J’ai donné à l’expression de vaccination une extension que la science, je l’espère, consacrera comme un hommage au mérite et aux immenses services rendus par un des plus grands hommes de l’Angleterre, votre Jenner. Quel bonheur pour moi de glorifier ce nom immortel, sur le sol même de la noble et hospitalière cité de Londres i
- p.599 - vue 608/684
-
-
-
- 600
- AGRICULTURE.
- NOVEMBRE 1881.
- AGRICULTURE.
- SUR LA VACCINATION CHARBONNEUSE, PAR M. PASTEUR.
- (Compte rendu sommaire des expériences faites à Pouilly-ie-Fort, près Melun.)
- « Dans une lecture que j’ai faite à l’Académie, le 28 février dernier, qui avait pour objet la découverte d’une méthode de préparation des virus atténués du charbon, je m’exprimais ainsi, en mon nom et au nom de mes jeunes collaborateurs :
- « Chacun de nos microbes charbonneux alténués constitue pour le microbe supérieur un vaccin, c’esl-à-dire un virus propre à donner une maladie plus bénigne. Quoi de plus facile, dès lors, que de trouver dans ces virus successifs des virus propres à donner la fièvre charbonneuse aux moutons, aux vaches, aux chevaux, sans les faire périr et pouvant les préserver ultérieurement de la maladie mortelle? Nous avons pratiqué cette opération avec un grand succès sur les moutons. Dès qu’arrivera l'époque du parcage des troupeaux dans la Beauce, nous en tenterons l’application sur une grande échelle. »
- « L’affection charbonneuse fait perdre chaque année tant de millions à la France, il serait si désirable de pouvoir en préserver les espèces ovine, bovine, chevaline, que l’occasion d’une application de la méthode de vaccination dont je parle s’est offerte à nous presque immédiatement, sans que nous ayons eu à attendre l’époque du parcage des moutons.
- « Dès le mois d’avril dernier, la Société d’agriculture de Melun, par l’organe de son président, M. le baron de la Rochette, me proposa de se rendre compte par une expérience décisive des résultats que je venais d’annoncer à l’Académie. Je m’empressai d’accepter, et le 28 avril il fut convenu et affirmé ce qui suit :
- « 1° La Société d’agriculture de Melun met à la disposition de M. Pasteur soixante moutons.
- « 2° Dix de ces moutons ne subiront aucun traitement.
- « 3° Vingt-cinq de ces moutons subiront deux inoculations vaccinales, à douze ou quinze jours d’intervalle, par deux virus charbonneux inégalement atténués.
- « k° Ces vingt-cinq moutons seront, en même temps que les vingt-cinq restants, inoculés par le charbon très virulent., après un nouvel intervalle de douze ou quinze jours.
- « Les vingt-cinq moutons non vaccinés périront tous; les vingt-cinq vaccinés résisteront, et on les comparera ultérieurement avec les dix moutons réservés ci-dessus, afin de montrer que les vaccinations n’empêchent pas les moutons de revenir à un état normal.
- « 5° Après l’inoculation générale du virus très virulent aux deux lots de vingt-cinq moutons vaccinés et non vaccinés, les cinquante moutons resteront réunis dans la même étable ; on distinguera une des séries de l’autre en faisant, avec un emporte-pièce, un trou à l’oreille des vingt-cinq moutons vaccinés.
- p.600 - vue 609/684
-
-
-
- AGRICULTURE.
- NOVEMBRE 1881.
- 60 J
- « 6° Tous les moutons qui mourront charbonneux seront enfouis un à un dans des fosses distinctes, voisines les unes des autres, situées dans un enclos palissadé.
- « 7° Au mois de mai 1882, on fera parquer dans l’enclos dont il vient d’être question vingt-cinq moutons neufs, n’ayant jamais servi à des expériences, afin de prouver que les moutons neufs se contagionneront spontanément par les germes charbonneux qui auront été ramenés à la surface du sol par les vers de terre.
- « 8° Vingt-cinq autres moutons neufs seront parqués tout à côté de l’enclos précédent, à quelques mètres de distance, là où l’on n’aura jamais enfoui d’animaux charbonneux, afin de montrer qu’aucun d’entre eux ne mourra du charbon.
- Addition à la convention-programme précédente.
- \
- « M. le président de la Société d’agriculture de Melun ayant exprimé le désir que ces expériences pussent être étendues à des vaches, j’ai répondu que nous étions prêts à le faire, en avertissant toutefois la Société que, jusqu’à présent, les épreuves de vaccination sur les vaches n’étaient pas aussi avancées que celles sur les moutons, qu’en conséquence il pourrait arriver que les résultats ne fussent pas aussi manifestement probants que sur les moutons. Dans tous les cas, j’exprimais ma reconnaissance à la Société de Melun de vouloir bien mettre dix vaches à notre disposition, que six seraient vaccinées et quatre non vaccinées, qu’après la vaccination les dix vaches recevraient en même temps que les cinquante moutons l’inoculation du virus très virulent. J’affirmais, d’autre part, que les six vaches vaccinées ne seraient pas malades, tandis que les quatre non vaccinées périraient en totalité ou en partie, ou du moins seraient toutes très malades.
- « Ce programme, j’en conviens, avait des hardiesses de prophétie qu’un éclatant succès pouvait seul faire excuser. Plusieurs personnes eurent l’obligeance de m’en faire la remarque, non sans y mêler quelque reproche d’imprudence scientifique. Toutefois, l’Académie doit comprendre que nous n’avions pas libellé un tel programme sans avoir de solides appuis dans des expériences préalables, bien qu’aucune de ces dernières n’eût l’ampleur de celle qui se préparait. Le hasard, d’ailleurs, favorise les esprits préparés, et c’est dans ce sens, je crois, qu’il faut entendre la parole inspirée du poète : audaces fortuna juvat.
- « Les expériences ont commencé le 5 mai, dans la commune de Pouilly-le-Fort, près Melun, dans une ferme appartenant à M. Rossignol.
- « Sur le désir de la Société d’agriculture, qui avait pris l’initiative des essais, on convint de remplacer deux moutons par deux chèvres, et, comme aucune condition quelconque d’âge ou de race n’avait été fixée par nous, les cinquante-huit moutons étaient d’âge, de race et de sexe différents. Sur les dix animaux de l’espèce bovine, il y avait huit vaches, un bœuf et un taureau.
- « Le 5 mai 1881, on inocula, au moyen d’une seringue de Pravaz, vingt-quatre
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Novembre 1881. 76
- p.601 - vue 610/684
-
-
-
- 602
- AGRICULTURE.
- NOVEMBRE 188t.
- moutons, une chèvre et six vaches, chaque animal par cinq gouttes d’une culture d’un virus charbonneux atténué. Le 17 mai, on réinocula ces vingt-quatre moutons, la chèvre et les six vaches par un second virus charbonneux également atténué, mais plus virulent que le précédent.
- « Le 31 mai, on procéda à l’inoculation très virulente qui devait faire juger de l’efficacité des inoculations préventives des 5 et 17 mai. A cet effet, on inocula d’une part les trente et un animaux précédents, vaccinés, et d’autre part vingt-quatre moutons, une chèvre et quatre vaches. Aucun de ces derniers animaux n’avait subi de traitement préalable.
- « Le virus très virulent qui servit le 31 mai était régénéré des corpuscules-germes du parasite charbonneux conservé dans mon laboratoire depuis le 21 mars 1877.
- « Afin de rendre les expériences plus comparatives, on inocula alternativement un animal vacciné et un animal non vacciné. L’opération faite, rendez-vous fut pris, par toutes les personnes présentes, pour le jeudi 2 juin, par conséquent après quarante-huit heures seulement depuis le moment de l’inoculation virulente générale.
- « A l’arrivée des visiteurs, le 2 juin, les résultats émerveillèrent l’assistance. Les vingt-quatre moutons et la chèvre qui avaient reçu les virus atténués, ainsi que les six vaches, avaient toutes les apparences de la santé; au contraire, vingt et un moutons et la chèvre, qui n’avaient pas été vaccinés, étaient déjà morts charbonneux ; deux autres des moutons non vaccinés moururent sous les yeux des spectateurs, et le dernier de la série s’éteignit à la fin du jour.
- « Les vaches non vaccinées n’étaient pas mortes. Nous avons déjà prouvé antérieurement que les vaches étaient moins sujettes que les moutons à mourir du charbon ; mais toutes avaient des œdèmes volumineux autour du point d’inoculation, derrière l’épatLle. Certains de ces œdèmes ont pris, les jours suivants, de telles dimensions, qu’ils contenaient plusieurs litres de liquide, déformaient l’animal : l’un d’eux même touchait presque à terre. La température de ces vaches s’éleva de 3 degrés. Les vaches vaccinées n’éprouvèrent ni élévation de température, ni tumeur, pas la moindre inappétence, ce qui rend le succès des épreuves tout aussi complet pour les vaches que pour les moutons.
- « Le vendredi 3 juin, une des brebis vaccinées mourut. L’autopsie en fut faite le jour même par M. Rossignol et par M. Garrouste, vétérinaire militaire. La brebis fut trouvée pleine, à terme, et l’agneau mort dans la matrice depuis douze à quinze jours. L’opinion des vétérinaires qui ont fait l’autopsie est que la mort de cette brebis devait être attribuée à la mort du fœtus.
- « Les expériences, dont je viens de présenter un compte rendu sommaire, ont excité la plus vive curiosité dans le département de Seine-et-Marne et dans les départements voisins. Elles ont eu pour témoins plusieurs centaines de personnes, parmi lesquelles je citerai le président de la Société d’agriculture de Melun, M. de la Rochette; M. Tisserand, directeur de l’Agriculture; le préfet de Seine-et-Marne,
- p.602 - vue 611/684
-
-
-
- AGRICULTURE.
- NOVEMRRE 1881.
- 603
- M. Patinot; un des sénateurs du département, M. Fouché de Careil, président du Conseil général ; M. Bouley, membre de l’Académie des sciences; le maire de Melun, M. Marc de Haut, président, et M. Decauville, vice-président du Comice de Seine-et-Marne; plusieurs conseillers généraux; tous les grands cultivateurs de la contrée ; M. Gassend, directeur de la Station agronomique de Seine-et-Marne; M. le DrRémilly, président, et M. Pigeon, vice-président de la Société d’agriculture de Seine-et-Oise; M. de Blowitz, correspondant du Times; les chirurgiens et vétérinaires militaires en garnison à Melun ; enfin, un grand nombre de vétérinaires civils, parmi lesquels je nommerai, outre M. Rossignol, de Melun, MM. Garnier et Percheron, de Paris; Nocart, d’Alfort; Verrier, de Provins; Biot et Grand, de la Société médicale de l’Yonne; Thierry, de Tonnerre; Butel, de Meaux; Borgnon, de Couilly; Caffin, de Pontoise; Bouchet, de Milly ; Pion, de Grignon; Mollereau, de Gharenton; Cagnat, de Saint-Denis, etc.
- « Je ne cacherai pas que j’éprouve ici une vive satisfaction à donner les noms des vétérinaires que le désir de connaître la vérité appela à Pouilly-le Fort, dans la ferme de leur confrère M. Rossignol. Le plus grand nombre d’entre eux, sinon tous, avaient accueilli avec incrédulité l’annonce des résultats de notre programme. Dans leurs conversations, dans leurs journaux, il se montraient fort éloignés d’accepter comme vraie la préparation artificielle des virus-vaccins du choléra des poules et de l’affection charbonneuse. Ce sont aujourd’hui les plus fervents apôtres de la nouvelle doctrine. La confiance de l’un d’eux, le plus sceptique au début, allait jusqu’à vouloir se faire vacciner. C’est d’un bon augure. Iis deviendront les propagateurs de la vaccination charbonneuse. Notre concours leur est acquis. Il importe essentiellement que les cultures vaccinales soient, pour un temps du moins, préparées et contrôlées dans mon laboratoire. Une mauvaise application de la méthode pourrait compromettre l’avenir d’une pratique qui est appelée à rendre de grands services à l’agriculture.
- « En résumé, nous possédons maintenant des virus-vaccins du charbon, capables de préserver de la maladie mortelle, sans jamais être eux-mêmes mortels; vaccins vivants, cultivables à volonté, transportables partout sans altération, préparés enfin par une méthode qu’on peut croire susceptible de généralisation, car, une première fois, elle a servi à trouver le vaccin du choléra des poules. Par le caractère des conditions que j’énumère ici, et à n’envisager les choses que du point de vue scientifique, la découverte des vaccins charbonneux constitue un progrès sensible sur le vaccin jennérien, puisque ce dernier n’a jamais été obtenu expérimentalement. »
- p.603 - vue 612/684
-
-
-
- 604
- ARTS CHIMIQUES. — NOVEMBRE 1881
- ARTS CHIMIQUES.
- SUR LA FABRICATION DU SULFATE D’ALUMINE DU COMMERCE ET SUR LES MOYENS DE S’ASSURER DE SA PURETÉ, PAR M. DEBRAY, MEMBRE DU CONSEIL DE LA SOCIÉTÉ (1).
- Depuis longtemps déjà l’industrie tend à substituer à l’alun de potasse ou d’ammoniaque le sulfate d’alumine, plus riche en alumine. L’alun de potasse, en effet, ne contient pas plus de 11 pour 100 d’alumine ; le sulfate d’alumine peut en contenir facilement 15 pour 100 quand il n’est pas trop hydraté ou chargé d’acide en excès. On comprend facilement l’utilité de cette substitution ; dans la plupart des cas, les aluns, comme le sulfate d’alumine, n’agissent que par l’alumine qu’ils renferment. De plus, les aluns contiennent du sulfate de potasse ou d’ammoniaque dont la valeur vénale, assez considérable, se trouve perdue dans ces corps.
- Mais la fabrication du sulfate d’alumine pur, c’est-à-dire exempt de fer, n’est pas facile, au moins d’une manière économique, tandis qu’il est très facile de transformer un sulfate d’alumine, même très riche en fer, en alun d’une grande pureté, comme cela a lieu pour l’alun de Picardie, qui provient du traitement des schistes alumineux.
- Il faudrait faire agir l’acide sulfurique sur des argiles exemptes de fer, qui sont rares et coûteuses. Aussi, dans ces vingt dernières années, on s’est occupé de préparer de l’alumine pure hydratée à bas prix, et en saturant cette alumine par une quantité convenable d’acide sulfurique exempt de fer, on obtient une matière liquide à chaud, qui se prend en une masse sèche et facilement transportable de sulfate d’alumine à 15 pour 100 d’alumine.
- Dans l’Allemagne du Nord, cette alumine est un produit secondaire du traitement de la cryolithe parla chaux éteinte. Cette cryolithe, véritable minerai d’aluminium, est un fluorure double d’aluminium et de sodium qu’on n’a trouvé jusqu’ici qu’au Groenland, et en quantités assez restreintes. Ce fluorure, absolument insoluble dans l’eau, est cependant très facilement décomposé par un lait de chaux qui le transforme en aluminate de soude soluble et en fluorure de calcium insoluble, que l’on sépare par décantation.
- (1) Communication faite dans la séance du 28 octobre 1881.
- p.604 - vue 613/684
-
-
-
- ARTS CHIMIQUES. — NOVEMBRE issi 605
- La liqueur, traversée par un courant d’acide carbonique, donne un précipité d’alumine hydratée, facilement soluble dans les acides forts, et une dissolution de carbonate de soude. Ce dernier corps est le produit principal de la réaction.
- En France, Deville et Lechatelier ont montré que l’on pouvait fabriquer de l’aluminate de soude, en calcinant la bauxite avec du carbonate de soude aussi caustique que possible. Cette bauxite, qui est un mélange d’alumine et de sesquioxyde de fer, se transforme en aluminate soluble et la totalité du fer reste à l’état insoluble. On retire l’alumine de la dissolution par l’acide carbonique. Nous ne faisons que rappeler ici des opérations connues des chimistes et décrites en détail dans les principaux traités de chimie industrielle.
- L’usine de Salyndres a fabriqué de grandes quantités d’alumine par ce procédé qui a, toutefois, l’inconvénient d’exiger une bauxite exempte de silice, parce qu’il se produit, dans le cas ou elle en contient, un silico-alumi-nate de soude donnant une perte en soude très notable qui vient s’ajouter à celle que le lavage imparfait de l’alumine donne dans tous les cas
- Mais les produits obtenus par cette voie sont relativement chers, et il y aurait un grand avantage à purifier le sulfate d’alumine ferrugineux fourni par l’attaque des argiles communes par l’acide sulfurique, si cette purification était d’une application facile et peu coûteuse. Malheureusement, jusqu’ici, le seul procédé industriel consiste à précipiter le sesquioxyde de fer contenu dans les solutions de sulfate d’alun par le cyanure jaune ; il se forme un précipité de bleu de Prusse, qui se rassemble mal et qui retient beaucoup de sulfate d’alumine. En Angleterre, ou l’acide sulfurique et le charbon sont à bon marché, ce procédé de purification est employé sur une grande échelle, malgré les complications qu’il entraîne. Il cause malheureusement des dépenses plus considérables en France.
- Persoz avait bien proposé autrefois de précipiter le sesquioxyde de fer par de l’alumine en gelée en excès ; on avait l’avantage de saturer l’excès d’acide souvent nuisible ; il se formait même un sulfate basique retenant très peu de fer. C’est une réaction analogue à celle qui se passe pour l’alun de Rome qui est exempt de fer, parce qu’il s’est produit en présence d’un excès d’alumine. Mais il ne semble pas que ce mode de purification, qui d’ailleurs n’est pas absolu pour le sulfate d’alumine, se soit généralisé.
- On a livré au commerce, dans ces derniers temps, un sulfate d’alumine neutre qui ne donne pas le précipité bien caractéristique des sels de sesqui-
- p.605 - vue 614/684
-
-
-
- 606 NOTICES INDUSTRIELLES. — NOVEMBRE 1881.
- oxyde de fer, par le cyanure jaune de potassium ; mais ce produit est cependant loin d’être exempt de fer. Il est obtenu en faisant bouillir les dissolutions de sulfate d’alumine ferrugineuse avec du zinc, qui sature l’acide en donnant du sulfate de zinc, réduit par son hydrogène le sesquioxyde de fer et le ramène à l’état de protoxyde. C’est en réalité un mélange des sulfates d’alumine, de zinc et de protoxyde de fer, qui ne donne naturellement pas de précipité de bleu de Prusse avec le réactif ordinaire des aluns, le cyanure jaune, mais qui fournit ce précipité bleu avec le cyanure rouge que l’on n’emploie pas ordinairement pour cette recherche, parce que les produits alumineux contiennent d’habitude le fer à l’état de sesquioxyde.
- Un de ces produits, contenant 22 pour 100 d’alumine, A pour 100 de zinc et 1 pour 100 de fer à l’état de sulfate, avait toutes les apparences du sulfate d’alumine le plus pur ; de plus il avait conduit à des résultats très variables quand on avait voulu déterminer sa teneur en alumine.
- On aura une idée de la perturbation que le zinc peut apportera ce dosage, quand on saura que l’alumine précipitée par l’ammoniaque en présence du sulfate de zinc contenu dans un tel produit peut retenir jusqu’à 25 pour 100 de son poids d’oxyde de zinc, quoique cet oxyde seul soit facilement soluble dans un excès d’ammoniaque, de sorte qu’un sulfate paraissant contenir 15 pour 100 d’alumine n’en contenait en réalité que 12,
- Il est utile d’appeler l’attention des chimistes industriels sur cette circonstance qui peut les induire en erreur sur la valeur et la qualité de certains sulfates d’alumine. Ils n’éprouveront d’ailleurs aucune difficulté à séparer l’alumine du zinc et du fer en suivant les méthodes analytiques imaginées pour de tels mélanges, et qui sont décrites dans tous les ouvrages spéciaux.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Effets de la température sur la résistance du fer et de l’acier. —
- M. Forquenot, membre de la Commission centrale des machines à vapeur, a extrait de Y Engineering des renseignements importants sur la résistance du fer et de l’acier à des températures élevées.
- Le fer fibreux, le fer à grain fin et l’acier Bessemer ont été soumis à des essais de traction à des températures progressives de 0 à 1 000 degrés.
- Les trois métaux ont une allure à peu près semblable ; on ne discutera pas leur différence, désirant seulement faire ressortir les grandes variations.
- p.606 - vue 615/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES. — NOVEMBRE 1881. 607
- Jusqu’à 100 degrés, la résistance des trois métaux ne diminue pas, et même jusqu’à 200 degrés chez le fer à grain et l’acier, celle du fer fibreux décroissant alors de 5 pour 100. Mais à 300 degrés les résistances sont de 90 pour 100 ; à 500 degrés, 40 pour 100; à 700 degrés, 20 pour 100.
- On avait la notion de la diminution de résistance, mais elle n’était pas exactement mesurée; ces nombres font voir avec quelle facilité les fers surchauffés peuvent céder à des pressions ordinaires.
- La note ci-dessous est la reproduction de l’article de Y Engineering.
- « En 1877-1878, M. Kollmann a fait aux usines d’Oberhausen une série d’expériences sur la résistance à la traction du fer et de l’acier à différentes températures et sur leurs résistances à la compression. Les résultats de ces expériences ont été publiés dans les Verhandlungen des Vereins zur Beforderung des Gewerbfleisses. L’Engineering espère qu’à la prochaine occasion il pourra donner à ses lecteurs des détails complets sur ces expériences et la manière dont elles ont été conduites ; quant à présent il ne mentionne que quelques détails saillants. Ces essais ont été faits sur du fer fibreux, sur du fer présentant une cassure à grain fin et sur de l’acier Bessemer. Chacun de ces métaux a été essayé à des températures variant de 20 à 1080 degrés centigrades (68 à 1976 degrés Fahrenheit), et pour rendre possibles des comparaisons, les résultats des essais ont été réduits au tant pour cent de la force de chaque métal à la température de congélation de l’eau ; la résistance à cette température était représentée par 100.
- « Le tableau suivant donne un sommaire de ces résultats.
- TEMPÉRATURE FER FER ACIER
- CENTIGRADE. FAHREINHEIT. FIBREUX. A GRAIN FIN. BESSEMER.
- degrés. degrés. 100 100
- 0 32 100
- 100 212 100 100 100
- 200 392 95 100 100
- 300 572 90 97 94
- 500 932 38 44 34
- 700 1 292 16 23 18
- 900 1 652 6 12 9
- 1 000 1 832 4 7 7
- « On verra d’après ces résultats, qu’en général, aux températures correspondant aux pressions de vapeur les plus élevées, la résistance de l’acier Bessemer et du fer à grain fin n’est pas altérée, tandis que celle du fer fibreux souffre, mais très faiblement. Au-dessus de 205 degrés centigrades (400 degrés Fahr. environ), l’acier Bessemer paraît perdre de la résistance moins rapidement qne le fer fibreux, et le fer à grain fin
- p.607 - vue 616/684
-
-
-
- 608
- PROCÈS-VERBAUX.
- NOVEMBRE 1881.
- moins que l’acier, bien qu’à la température de 500 degrés centigrades la perte de résistance soit plus grande pour le Bessemer que pour les deux autres métaux. Cependant ce résultat exceptionnel paraît provenir d’une erreur expérimentale. Une remarque plus importante résultant de ces expériences est qu’entre 315 degrés et 538 degrés centigrades (600 degrés et 1 000 degrés Fahr.) une perte de force plus rapide et plus considérable se produit dans tous les métaux essayés, fait qui indique fortement le danger de surchauffer les tôles de chaudières. U Engineering reviendra sur ce sujet quand il connaîtra le détail des expériences de M. Kollmann. »
- [Extrait par M. Forquenot, ingénieur en chef du matériel et de la traction de la Compagnie d’Orléans, de /'Engineering du 30 juillet 1880.
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMTNISTRATION-
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 28 octobre 1881.
- Présidence de M. Debray, membre du comité des arts chimiques.
- Nécrologie. — En ouvrant la séance, M. le Président annonce à la Société la perte regrettable qu’elle a éprouvée par la mort récente de M. Dubrunfaut, savant bien connu par les découvertes importantes qu’il a faites, principalement en ce qui concerne le perfectionnement de l’industrie sucrière.
- M. Dubrunfaut était un des plus anciens membres perpétuels donateurs de la Société, dont il suivait les travaux avec un intérêt soutenu. Il était membre de plusieurs Sociétés savantes en France et à l’étranger. Tous ceux qui l’ont connu déploreront le fâcheux accident (une asphyxie par une fuite de gaz) qui a causé sa mort, à quatre-vingt-quatre ans. — Une notice sur M. Dubrunfaut sera publiée dans le Bulletin.
- Correspondance. — M. Van Heyden (Frédéric-Henri), sollicite le concours de la Société pour l’aider à tirer parti d’un moyen simple, très puissant et très rapide pour arrêter les trains de chemins de fer. (Arts mécaniques.)
- M. Grivellé, rue Rochechouart, 17, présente une demande du même genre pour un moyen d’éteindre les incendies. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Boca (Paul), rue du Mail, 13, présente à la Société un obturateur pour photographie, qui permet d’apprécier le temps de pose avec exactitude, depuis un cinquantième de seconde jusqu’à six secondes. (Beaux-arts.)
- M. Lefevre-Bergeot, à Villers-Marmery, près de Reims. Nouveau système pour cheminées d’appartement. (Comité des constructions.)
- M. Tabouret (Adolphe), rue des Pyrénées, 49. Appareil pour éviter les accidents produits par les scies circulaires. (Arts mécaniques.)
- p.608 - vue 617/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX. — NOVEMBRE 1881.
- 609
- M. Kevin (J.), ingénieur civil, à Estreaupont (Aisne), présente à la Société le projet d’une machine routière porte-rails. (Arts mécaniques.)
- M. Armengaud aîné, ingénieur, rue Saint-Sébastien, 45, fait hommage à la Société du Manuel d’éclairage électrique et du Traité sur les machines à travailler les bois, qu’il vient de publier.
- Des remerciements seront adressés à l’auteur de cet envoi; le premier ouvrage est renvoyé à l’examen du comité des arts économiques, et le deuxième à celui du comité des arts mécaniques.
- M. Rixens (J..M.), à Béziers, garde-mine, attaché au contrôle de l’exploitation du chemin du fer du Midi, envoie un Mémoire sur la sécurité en chemin de fer, et sur un apoareil-signal pour éviter les collisions des trains. (Arts mécaniques.)
- M. le Directeur de VEcole des ponts et chaussées envoie nn exemplaire de la livraison 17 du tome II du Portefeuille des élèves de l’École des ponts-et-chaussées. (Bibliothèque.)
- M. Courtois (A.-H.), ingénieur, rue Balagny, 61, soumet à l’examen de la Société un ouvrage intitulé : Études sur les machines centrifuges, pompes et ventilateurs. (Arts mécaniques.)
- M. Lyon (André), teinturier-apprêteur, à Neuilly, a envoyé à la Société les dessins des appareils nouveaux qu’il a inventés pour l’apprêtage des étoffes. (Renvoyé aux comité des arts mécaniques et des arts chimiques.)
- M .Missonier (P.M.),à Moscou, envoie le croquis d’un appareil ayant pour but de faire marcher un aérostat au moyen d’une pompe à eau pour incendies. (Arts mécaniques.)
- M. Brulé (Ernest), mécanicien, rue du Faubourg-de-Hem, à Amiens, présente la photographie d’une varlopeuse qu’il construit et qu’il recommande aux industriels pour sa très grande solidité. (Arts mécaniques.)
- M. Voirin (L.), constructeur-mécanicien, rue Mayet, 17, à Paris, adresse un numéro du journal la Typologie-Tucker dans lequel se trouve un article contenant des observations sur la loi actuelle des brevets et sur ce que devrait être une loi nouvelle sur cette matière. (Arts mécaniques.)
- M. Delessert (Edouard), administrateur de la Compagnie de l’Ouest, rueRaynouard, 15, à Paris, envoie un dossier de pièces relatives à un mode de suspension, inté. rieure pour les véhicules soit de terre, soit de chemins de fer. (Arts mécaniques.)
- M. Eissenemann (R.), Alexander strasse, 22, à Berlin. Appareil électrique pour la purification des flegmes d’eau-de-vie par l’emploi de l’air ozonisé. (Arts chimiques.)
- M. Robert, inventeur d’un biberon perfectionné, place Daumesnil, à Paris, donne connaissance à la Société d’une observation qu’il a faite au sujet de la rotation sur lui-même d’un ballon captif pendant un calme de vent absolu. Il attribue ce mouvement à l’action du soleil et de la lumière. (Arts économiques.)
- M. Pechard (E.), ouvrier mécanicien, rue de la Douane, 20, présente une pince-contrôle perfectionnée. (Arts mécaniques.)
- Tome VIII. — 80* année. 3* série. — Novembre 1881.
- 77
- p.609 - vue 618/684
-
-
-
- 610
- PROCÈS-VERBAUX.
- NOVEMBRE 1881.
- M. Bonnefin, à Londres, Leader-Hall, 147, envoie quelques renseignements sur les progrès qu’il a faits dans la construction de ses filtres. (Arts chimiques.)
- M. Gravier (A.), rue Lesrno, à Varsovie. Distribution de l’électricité à domicile. (Arts économiques.)
- M. Porter-Michaels (J.), dentiste, avenue de l’Opéra, 44. Modification des bésicles assurant leur fixité. (Arts économiques.)
- M. Moride (Ed.), rue Brongniart, 2, près la Bourse. Nouvelle substance alimentaire composée de viande crue et de féculents. (Arts économiques.)
- M. le Président de l’Académie royale de Cadix envoie à la Société le compte rendu de la session extraordinaire de cette Académie, tenue le 28 mars 1881, en l’honneur de Laideron de la Barca. (Dépôt à la bibliothèque.)
- M. Widemann (C.), chimiste, rue Poissonnière, 46, signale divers phénomènes qui n’avaient pas encore été observés dans la cristallisation du borate de soude, lequel pourrait servir à produire simplement une élévation de température spontanée. (Arts chimiques.)
- | M. Routier (Etienne), négociant et fabricant de tapis turcs, à Smyrne, remercie de sa nomination au titre de membre de la Société et envoie le projet d’une Société qui fonderait, à Paris, une grande maison pour la vente des tapis d’Orient. (Commerce.)
- M. Caron, marchand de couleurs et vernis, rue du Cherche-Midi, 58, présente à la Société de nouveau enduits hydrofuges. (Comité des constructions et beaux-arts.)
- M. Gaudry, faubourg du Temple. 25, demande une annuité de brevet pour un perfectionnement dans la fabrication des fromages. (Agriculture.)
- M. Pinta, agriculteur, près d’Arras, demande un examen des communications qu’il a déjà faites pour la culture du blé et le traitement des bêtes employées dans l’agriculture. (Comité de l’agriculture.)
- M. le Ministre de l’agriculture et du commerce, demande à la Société d’encouragement de donner la plus grande publicité possible au compte rendu des expériences faites dans quelques fermes sur les belles découvertes de M. Pasteur, pour préserver les animanx domestiques des attaques du charbon. (Bulletin et agriculture.)
- Le même Ministre envoie à la Société les numéros 1, 2 et 3, lre et 2me parties du Catalogue des brevets en 1881 et du tome XCVIII de la collection des brevets. (Dépôt à la bibliothèque.)
- M. Lutz-Knetchlé, à Trogan, canton d’Appenzell (Suisse). Décoration, avec une couleur durable et fixe, des vitres, vitraux, murs couverts de glaces. (Constructions et beaux-arts.)— Cette communication est rappelée par une lettre de M. Jacob Hungler, chef de bureau à la Compagnie d’assurances Lancashire et Manchester, 8, rue Baudin, square Montholon.
- WM. De la Tour du Breuil, à Heugnes, par Pellevoisin (Indre). Procédé pour la séparation du soufre de sa gangue. (Arts chimiques.)
- p.610 - vue 619/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- NOVEMBRE 1881.
- 611
- M. Chamissy (Francisque), rue d’Armaillé, 13, aux Ternes, envoie des spécimens de fleurs naturelles préparées de manière à ne jamais se faner. (Arts économiques.)
- M. Dominé (Eugène), me du Palais-de-Justice, 50, à Melun, demande le concours de la Société pour faire breveter une invention du genre du téléphone. (Arts économiques.)
- M. Barluet etcomp., de la faïencerie de Creil et Montereau, proposent divers candidats pour des médailles de contre-maîtres. (Commission spéciale.)
- M. Naville (E.-A.), directeur commercial de la Société des matières colorantes, rue Fénelon, 7, à Paris, propose la création d’une Société pour établir dans divers centres de Paris des cours de langues étrangères. (Commerce.)
- Il n’est pas de petits moyens. Un anonyme demande la publication d’un moyen pour combattre le phylloxéra. « Semer des plants de fraisiers en travers de la vigne phylloxérée ; les cultiver tout simplement comme on ferait s’ils étaient plantés en terre ordinaire. »
- « On peut ajouter, dit-il, que l'expérience a réussi cinq années de suite chez un petit viticulteur de la Bourgogne, décédé aujourd’hui, et qu’il ne s’est jamais préoccupé de publier ce moyen qu’il employait. » (Agriculture.)
- M. Bazin (Alfred), à Auchy-au-Bois (Pas-de-Calais). Nouvelle note sur la destruction des germes charbonneux des animaux féroces et du phylloxéra, suivie d’autres idées d’intérêt général.
- M. Besnard-Talhandier (Henri), rue de la Béotie, 7, à Paris. Papier à filtrer im~ perçable. (Arts chimiques.)
- MM. les Secrétaires signalent dans les pièces imprimées de la correspondance, qui seront déposées à la bibliothèque, les ouvrages suivants :
- Transactions philosophiques de la Société royale de Londres, pour 1880, parties 2 et 3, celles de 1881, partie 1 ; la liste des associés de la Société et les procès-verbaux, numéros 206 à 213.
- M. Sandford Fleming, délégué du Canada et des Étas-Unis. 'Mémoire sur l’adoption d’un méridien international pour la supputation du temps (brochure).
- M. Poillon (L.), ingénieur constructeur, boulevard Montparnasse, 158. Mémoire sur la mensuration hydraulique des forces (brochure).
- M. Poillon (L.). Essai sur les inventions en mécanique et sur leur exploitation commerciale (brochure).
- M. Cotard (Charles). L’aménagement des eaux (brochure).
- Compagnie d’assurances pour les chaudières des moteurs à vapeur, à Manchester, King Street, 67, et à Londres, Conan Street, 139. Rapport des ingénieurs en chef, en juin 1881.
- Société royale de la Nouvelle-Galle du Sud. Liste des échanges et présentations faites en 1881.
- Regray, ingénieur en chef de la traction au chemin de fer de l'Est. Note sur une
- p.611 - vue 620/684
-
-
-
- m
- PROCÈS-VERBAUX. — NOVEMBRE 1881.
- première série d’expériences entreprises à l’aide d'un wagon dynamométrique de la Compagnie de l’Est (brochure in-4).
- M. Favier (A.), ancien élève de l’École polytechnique. Les orties textiles (ramie, orties delà Chine, etc.), in-12.
- M. Demeule (G.), ingénieur, à Elbeuf. La mécanique générale et l’instruction technique à l’Exposition de 1878.
- Memorial of Joseph Henry published by order of congress Washington, 1880, in-8 cartonné.
- Annual Report, 1879, of the Smithsonian institution, in-8, cartonné.
- Reports of the united States Commissioners to the Paris universal exposition, Washington. Volumes cartonnés.
- International exposition american in 1876. Reports and Rewards. 7 vol. in 8, cartonnés.
- M. Avérous (Ch.), directeur du Journal des transports, tarifs de chemins de fer en France et à l’étranger. Broch. in-8.
- Goppelsroeder (Frédéric). Courte explication sur les premiers résultats des études sur la formation des matières colorantes par voie électro-chimique. Mulhouse, broch. grand in-8.
- M. Joly (J. V.). Note sur l’horticulture en Algérie. Brochure in-8.
- Le meme. Note sur deux Sociétés d’horticulture des États-Unis. Broch. in-8.
- M. Henrivaux (J.). Conférence à la Société de géographie du nord de la France, contenant une étude sur Saint-Gobain.
- Cercle agricole, boulevard Saint-Germain, 284. Annuaire pour 1881.
- M. Vilmorin (M.)* Rapport du jury de l’Exposition de 1878 sur les produits agricoles non alimentaires. Paris, 1881, broch.
- Congrès international des sciences ethnographiques en 1878. Compte rendu sténo-graphique. Paris, 1881, un fort vol. in-8 br.
- M. Michel Perret, de Tullins. Vinification, sucrage des vendanges. Grenoble, 1881, brochure in-8 [Bulletin).
- Rapports des comités. — M. Collignon fait, au nom du comité des arts mécaniques, un Rapport pour faire déclarer une vacance parmi les correspondants étrangers du comité des arts mécaniques.
- Cette vacance est déclarée par le Conseil.
- L’élection aura lieu dans la séance publique du 11 novembre.
- Unification du numérotage des fils. — M. Simon fait, au nom du même comité, un Rapport sur la nouvelle étude sur cette matière. Cette étude a étéprésentée à la Société par M. Musin (Alfred), directeur de la Condition publique à Roubaix.
- Le Comité propose de remercier M. Musin de la communication qu’il a donnée à la Société de cet intéressant travail et d’insérer dans le Bulletin le présent Rapport.
- Ces conclusions sont adoptées.
- p.612 - vue 621/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- NOVEMBRE 1881.
- 613
- Robinets des conduites de gaz. — M. Collignon fait, au nom du même comité, un Rapport sur un appareil, destiné à remplacer les robinets dans les conduites de gaz, qui a été soumis à l’examen de la Société par M. Jarre (G.), ingénieur civil, directeur des clouteries d’Ornans (Doubs).
- Le Comité propose de remercier M. Jarre de sa communication et de voter l’insertion du présent Rapport au Bulletin de la Société, avec les dessins de l’appareil et les légendes explicatives.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Communications. — Sulfate d’alumine du commerce. — M. Debray présente à la Société quelques réflexions sur la fabrication du sulfate d’alumine et sur les moyens de s’assurer de sa pureté (1).
- Séance du 11 novembre 1881.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Nécrologie. — En ouvrant la séance M. le Président annonce à la Société la perte regrettable qu’elle vient de faire par la mort de M. Isidore Pierre, correspondant du Conseil pour l’agriculture, correspondant de l’Académie des sciences, doyen de la faculté des sciences de Caen.
- M. Isidore Pierre avait pris pour objet principal de ses études les recherches sur l’agriculture et les produits qu’elle fournit à l’industrie dans la Normandie ; tous les travaux qu’il a faits sur ce sujet sont des modèles d’exactitude, de soin et de perspicacité. Dans les dernières années de sa vie, il s’est surtout occupé des alcools et, à ce sujet, il a fait des observations d’une grande importance, montrant que ces boissons contiennent le plus ordinairement des substances étrangères nuisibles à la santé, comme certains éthers, des aldéhydes qui sont de véritables poisons, etc. Il a publié plusieurs ouvrages importants dont quelques-uns ont été couronnés par des sociétés savantes et lui ont fait donner le titre de correspondant de l’Institut.
- Il importe aussi de signaler l’exemple remarquable que M. Isidore Pierre a laissé à ceux qui se vouent au progrès de l’agriculture d’une région. Il passait ses vacances à faire des conférences agricoles dans les départements circonvoisins, véritables voyages agricoles scientifiques, qui répandaient gratuitement dans les populations des campagnes les saines doctrines de la science ; on n’a pas besoin d’ajouter que les longs services qu’il a ainsi rendus dans la Normandie ont laissé dans les populations reconnaissantes un souvenir qui ne s’effacera jamais.
- Correspondance. — M. Paris (E.), fabricant d’émaux au Bourget, près Paris, demande que la Société veuille bien examiner :
- 1° Son isolateur métallique avec scellement vitreux ;
- (1) Celle Note sera publiée dans le Bulletin.
- p.613 - vue 622/684
-
-
-
- 614
- PROCES-VERBAUX. — NOVEMBBE 1881.
- 2° Son tube en fer enduit de verre isolant, pour télégraphe souterrain ;
- 3° Son globe d’éclairage à angles rentrants pour la diffusion de la lumière ;
- b° Sa lanterne sphérique. (Arts économiques.)
- M. Paris annonce qu’il a terminé une mosaïque décorative très importante sur la façade du Panorama français, rue Saint-Honoré, 251 ; il demande que la Société veuille bien la faire examiner. (Beaux-Arts.)
- M. Ckiandi'bey (A.), ingénieur à Marseille, envoie à la Société des notes sur l’utilisa tion des résidus de distilleries d’alcool, perdus dans les eaux de fabrication. (Arts chimiques.)
- M. Létrange envoie à la Société un exemplaire de la communication qu’il a faite, le 19 octobre, à la réunion internationale des électriciens, au palais de l’Industrie, au sujet de l’application de l’électricité à la métallurgie. (Arts économiques.)
- M. Delaurier envoie une notice analytique de ses inventions, présentées à l’exposition de l’électricité en 1881, et une note sur une machine magnéto-tellurique qu’il a inventée. (Arts économiques.)
- M. de Luynes présente à la Société, au nom de M. Cacault, photographe, boulevard Montmartre, 10, diverses pièces de céramique portant des dessins et illustrations obtenus photographiquement, et formant ainsi une décoration artistique sur émail, très remarquable. Il signale, principalement, la profondeur à laquelle la couleur a pénétré dans l’émail, et des pièces, très bien réussies, où le dessin est reproduit en platine. (Comité des beaux-arts.)
- M. de Luynes présente encore, au nom de M. Epplé, un filtre à air pour empêcher l’altération de la bière.
- L’air, sortant d’une soufflerie, est tamisé dans ce filtre cylindrique au travers d’une épaisseur de 15 centimètres environ de coton cardé ou d’amiante, et est ainsi dépouillé non seulement des poussières inertes qui pourraient souiller le liquide avec lequel il doit être en contact, mais encore de tous les germes de fermentation ou de ' moisissure qui pourraient les altérer.
- L’expérience a prouvé, d’après l’auteur de cette communication, que la bière, refoulée dans les tuyaux de la brasserie par l’air ainsi purifié, conserve son parfum et toutes ses qualités beaucoup mieux que si on n’avait employé que de l’air ordinaire. (Arts chimiques.)
- Élection d’un membre correspondant étranger pour le comité des arts mécaniques. — L’ordre du jour appelle la nomination d’un correspondant étranger pour le comité des arts mécaniques.
- Le candidat proposé par le comité, et dont les titres ont été examinés par le Conseil en comité secret, est M. Llaurado, ingénieur en chef des forêts en Espagne, à l’Escurial.
- Le scrutin est ouvert, et le vote dépouillé par M. le Président, assisté des membres du bureau, donne l’unanimité des suffrages à M. Llaurado.
- p.614 - vue 623/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- NOVEMBRE 1881.
- 615
- En conséquence, M. le Président proclame M. Llaurado, membre correspondant étranger de la Société pour le comité des arts mécaniques.
- Communication. — Obturateur chronométrique pour photographie. — M. Sebert présente à la Société, de la part de M. Boca (Paul), 13, rue du Mail, à Paris, un appareil de photographie qu’il a nommé obturateur chronométrique, et qui règle le temps de pose par fraction de un cinquantième de seconde. M. le Président remercie M. Sebert et M. Boca (Paul) de cette intéressante communication et en renvoie l’examen au comité des beaux-arts.
- Séance du 25 novembre 1881.
- Présidence de M. Rousselle, membre du comité des arts mécaniques.
- Correspondance. — M. Lasègue de Laft, à Saint-Omer, expose à la Société qu’il est le fils du fondateur du commerce de lingerie et de bonneterie à Saint-Omer, et il demande un secours à la Société. (Arts mécaniques.)
- M. Jus, ingénieur, directeur des sondages dans le département de Constantine, présente à la Société un travail d’ensemble très étendu sur les sondages qui ont été faits, sous sa direction, dans les environs de Batna et du Sahara algérien. (Agriculture.)
- M. Bonnefoy (J.-J., ajusteur à la Compagnie des hauts fourneaux de la marine, à Rive-de-Gier, soumet à l’examen de la Société une baratte de nouvelle invention, (Agriculture.)
- M. Malen, cité Yéron, 9, boulevard de Clichj, à Paris. Instrument pour mesurer les distances inaccessibles*. (Arts mécaniques.)
- M. Lavigne, à Salignac (Dordogne). Système de roue produisant l’effet de doubler la force. (Arts mécaniques.)
- M. Cherat (Auguste). Deux brochures sur l’exploitation du public par les grandes Compagnies de chemins de fer.
- M. Levassor (J.), boulevard Voltaire, 239. Nouveau système de moteur. (Arts mécaniques.)
- M. Basin (Alfred), à Auchy-aux-Bois (Pas-de-Calais). Nouveau système pour empêcher les collisions des trains de chemins de fer. (Arts mécaniques.)
- M. Lanant (A ), rue d’Alsace, 17, à Lyon, demande le concours de la Société pour exécuter une machine motrice à air dilaté par la combustion du pétrole. (Arts mécaniques.)
- M. Hétet, professeur de chimie à Brest, présente à la Société des observations relativement à un article publié dans \q Bulletin de septembre 1881 de la Société, et qui a pour titre : Huiles neutres raffinées, par M. Thiollier. (Renvoyé au comité des arts chimiques.)
- La Société a reçu pour sa bibliothèque, de divers membres du Conseil, les brochures suivantes :
- p.615 - vue 624/684
-
-
-
- 616 PROCES-VERBAUX. — NOVEMBRE 188t.
- M. Edouard Simon. Situation générale des industries textiles. Paris, 1881, br. in-8. Capiomont et Renaud, éditeurs.
- M. J.-A. Barrai, secrétaire perpétuel delà Société nationale d’agriculture^ Conférence sur les applications de Vélectricité à l’agriculture. Paris, 1881, br. in-8, Masson, éditeur. ^ ’ V :
- Rapports des comités. — M. Boitel fait, au nom du comité de l’agriculture, un Rapport pour demander au Conseil de pourvoir à une vacance parmi les correspondants français de ce comité. -
- Celte vacance est déclarée par le Conseil.
- Communications. — Mouture du blé dur. — M. Best-Penot, ancien meunier à Ulai, près Nemours, membre perpétuel donateur de la Société d’encouragement, présente à la Société la suite de ses études sur la mouture par décortication, et sur l’utilisation, dans la boulangerie, du maïs et du sarrasin.
- Ses recherches récentes ont porté sur la mouture du blé dur, récolte importante de l’Algérie., .
- Après avoir, par de premières opérations, enlevé l’écorce et la matière grasse du grain du maïs, il le mélange par parties égales avec du blé, et la mouture qu’il en fait ensuite enlève le son et produit de ce mélange une semoule qui est d’excellente qualité. En transformant cette semoule en farine, on a un produit qui peut être employé à tous les usages de la boulangerie fine.
- M. Best-Penot rappelle qu’il y a trente et un ans qu’il s’occupe des moyens de faire entrer le maïs et le sarrasin dans la boulangerie. ‘
- Il présente aujourd’hui ce qu’il regarde comme le complément de son travail, en montrant, parles produits qu’il dépose sur le bureau, que ses procédés de mouture perfectionnés ne sont pas uniquement utiles pour tirer partie des céréales inférieures, mais qu’ils peuvent servir aussi à améliorer la qualité des farines et semoules qu’on extrait des blés durs ordinaires. (Comité d’agriculture.) *
- Désinfection des alcools mauvais goût. — M. Naudin (Laurent), chimiste, à Montreuil-sous-Rois (Seine), rue Croix-Doucette, 56, présente à la Société les procédés qu’il emploie pour débarrasser les alcools bruts ou flegmes de- mauvais goûts qui les rendent infects et même nuisibles à la santé. -
- M. le Président remercie M. Naudin de son intéressante communication et en renvoie l’examen aux comités des arts économiques et des arts chimiques.
- Nomination d’un membre. — Est nommé membre de la Société M. de la Tour du Breuil, ingénieur, à Heugnes, par Pellevoisin (Indre).
- Le Gérant, R. A. Castagnol.
- TARIS. — IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE BOUCHARD-HUZARD, RUE DE L'ÉPERON. 5;
- Jules TREMBLAY, gendre et successeur.
- p.616 - vue 625/684
-
-
-
- ' aiaMteiWBEl
- itn-icU’ <
- l : Tr,n,,„-mr JVnr / , 1 " /O
- n. /; ;;>
- pl.135 - vue 626/684
-
-
-
- l'xillelui Je
- ht .)'<>eu:/e J eticouj'ai/e/iieni : Tmi.nème S,j . !
- fjirf/rnu/if t‘( (lP Paris.
- _____*•______*_*.
- pl.136 - vue 627/684
-
-
-
- 80* an nie.
- Troisième série, tome VIII.
- Décembre 1881.
- BULLETIN
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Pihet, au nom du comité des arts mécaniques, sur un monte-charge, présenté à la Société par M. Poirot (Paul), dessinateur-mécanicien, boulevard Richard-Lenoir, 92, à Paris.
- Messieurs, M. Paul Poirot a inventé, fait construire et mis en service un appareil qu’il nomme chariot-monte-charge, destiné principalement au chargement et au déchargement des colis sur les camions. Il s’applique également partout où l’élévation ne dépasse pas environ lm,2Q0.
- Lorsque cette opération se fait dans les ateliers, dans les gares, sur les quais, partout où il y a des grues ou des appareils élévatoires, cet engin n’a pas d’emploi ; mais dans tous les autres cas, il devient d’une utilité incontestable, dès que le poids des colis dépasse la puissance des bras de l’homme.
- Tous les jours, on voit charger et décharger des camions à l’aide du plan incliné ; cette méthode est certainement très commode et très pratique, mais elle est souvent pénible. L’appareil de M. Poirot vient remplir la lacune existant entre les grands appareils d’élévation, en usage jusqu a présent, et les plans inclinés.
- A côté de la facilité qu’il offre pour l’élévation de la charge, il a 1 avantage de pouvoir la transporter.
- Il se compose principalement d’un châssis, très peu élevé au-dessus du sol, porté sur quatre petites roues, dont deux font partie d une manière d a-vant-train.
- Sur ce châssis s’articulent les quatre bras d’un parallélogramme, réunis Tome VIII. — 80e année, 8e série. — Décembre 1881. ^
- p.617 - vue 628/684
-
-
-
- 618
- ARTS MÉCANIQUES. — DÉCEMBRE 1881.
- deux à deux et portant une plate-forme sur laquelle se pose le fardeau à manœuvrer. Un treuil spécial, fixé au châssis, agit sur une corde qui soulève ou abaisse, suivant le besoin, le parallélogramme.
- On conçoit facilement que la plate-forme peut ainsi s’abaisser de façon qu’il n’y ait que 20 à 25 centimètres d’élévation à parcourir pour y placer la charge.
- Quelques tours de manivelle l’élèvent à la hauteur voulue : dans cette position les branches du parallélogramme sont presque verticales. On approche le chariot, avec sa charge à hauteur, contre le camion, et il n’y a qu’un transbordement facile à opérer, puisqu’il ne reste plus qu’à rouler la charge.
- L’inventeur a étudié quatre types de son appareil, correspondant aux charges de 250 kilog., 500 kilog., 1,000 kilog. et 2,000 kilog.
- Dans une des précédentes séances, il a mis sous vos yeux un petit modèle de ce chariot monte-charge ; aujourd’hui, il vous en remet les plans, avec la légende explicative.
- Votre comité des arts mécaniques ne doute pas que ce nouvel appareil de chargement, bien conçu et bien exécuté comme il l’est, ne prenne sa place dans l’industrie; il a l’honneur de vous proposer de remercier M. Poirot de sa communication et de vouloir bien ordonner l’Insertion dans notre Bulletin du présent Rapport et des plans de l’appareil.
- Signé : Pihet, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 2â juin 1881.
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DU CHARIOT MONTE-CHARGE DE M. POIROT (PAUL), REPRÉSENTÉ
- PLANCHE 137, B.
- Fig. 2 et 4. Vues en perspective.
- a, châssis du chariot.
- b, roues d’arrière.
- c, roues d’équilibre.
- d, avant-train et ses roues.
- e, levier de direction de l’avant-train. Ce levier sert de flèche de traction pour conduire l’appareil d’un point à un autre et de levier de direction pour le virage, et, en s’abaissant, à faire basculer le chariot pour pointer l’arrière de l’appareil.
- p.618 - vue 629/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES. — DÉCEMBRE 1881.
- 619
- /, plateau recevant la charge.
- g, parallélogramme guidant le plateau pendant la montée et la descente.
- A, volets formant avec le plateau / et le châssis a les quatre éléments du parallélogramme.
- i, treuil moteur à une ou plusieurs vitesses, avec ou sans frein, servant à soulever le plateau et sa charge.
- y, manivelle de commande.
- kt corde de soulèvement transmettant au plateau l’action du treuil au système élévateur.
- Cette action s’exerce par le tirage des tambours enrouleurs sur les deux extrémités de cette corde, qui viennent s’y rattacher.
- Les joues de ces tambours sont assez rapprochées pour forcer les spires de la corde à se superposer de la plus petite à la plus grande, établissant ainsi l’équilibre entre la puissance et la résistance.
- Il y a des tambours p aux deux extrémités de l’arbre, en dehors des flasques du treuil. La corde partant de ces tambours passe sur les poulies de renvoi sous les pièces à gorge du système élévatoire, et enveloppe le plateau à l’arrière en jouant librement dans une gorge réservée dans toute la longueur de la traverse.
- l, volet de sûreté empêchant la retombée du plateau dans le cas où la corde se briserait (appareil de 1 000 à 15 000 kilog.).
- m, crémaillère de sûreté, sur les dents de laquelle repose le volet pendant la montée.
- n, chaîne de sûreté remplaçant le volet dans les appareils de 250 à 1 000 kilog. (cette chaîne de sûreté devrait être lâche et non tendue).—Elle sert à retenir suspendu le plateau à la montée comme à la descente, dans le cas où la corde de soulèvement k viendrait à se rompre.
- o, charge à transporter et à soulever, représentée ici par une caisse.
- L’égalité de tirage s’établit elle-même sur les deux retours de la corde, avant le sou* lèvement par l’action double et simultanée des tambours enrouleurs, agissant sur les deux extrémités. Le parallélogramme de soulèvement se trouve ainsi assuré, à tous les points d’élévation, par l’équilibre des tirages latéraux et par le développement régulier du système élévateur sur le chariot.
- Nota. — Suivant les applications, ces appareils peuvent être munis d’un frein monté sur le treuil, pour faciliter, en l’activant, la descente du système élévateur par le déchargement.
- p.619 - vue 630/684
-
-
-
- 620
- ARTS MÉCANIQUES. — DECEMBRE 1881.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Pihet, au nom du comité des arts mécaniques, sur une machine a gerber, par MM. Paul Poirot et Chertemps.
- Messieurs, M. Paul Poirot, dessinateur-mécanicien, et en collaboration, M. Chertemps, constructeur à Paris, passage Saint-Sébastien, ont inventé et construit une grue à élever les fardeaux, spécialement appliquée à la manœuvre des tonneaux. Ce genre d’appareil porte le nom de machine à gerber.
- On en rencontre de diverses formes et sur divers principes remplissant toujours la condition suivante : avoir un volume et un poids très réduits.
- La machine dont votre rapporteur a l’honneur de vous entretenir, et dont vous avez vu précédemment un petit modèle, remplit parfaitement ces conditions, en y ajoutant des détails fort importants qui en rendent le maniement simple et efficace.
- La machine se compose d’un chariot-base à quatre roues, dont deux font partie d’un avant-train ; sur le milieu de cette base s’élève une petite colonne conique autour de laquelle tourne la flèche de la grue et son mécanisme.
- La flèche de cette grue s’incline pour venir prendre et élever ensuite les futailles. Un secteur denté, engrenant avec une vis sans fin sur laquelle agit une manivelle, détermine l’abaissement ou le relèvement de la flèche.
- Cet abaissement permet de faire passer la petite grue par les portes les plus basses.
- Un contre-poids fixé au secteur denté fait équilibre à la flèche et en partie à la charge, de manière à diminuer le plus possible l’effort.
- La simplicité de ce mécanisme, supprimant la chaîne et le cliquet d’arrêt, met l’opérateur constamment à l’abri des accidents : dès qu’il lâche la manivelle, la charge reste suspendue.
- Votre comité des arts mécaniques vous prie de vouloir bien approuver les termes de son Rapport et de le faire insérer au Bulletin, avec la description et le dessin de l’appareil, en remerciant MM. Poirot et Chertemps de leur communication.
- Approuvé en séance, le %\ juin 1881.
- Signé : Pihet, rapporteur.
- p.620 - vue 631/684
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES. — DÉCEMBRE 1881.
- 621
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA GRUE LOCOMOBILE DITE GERBEUSE, PAR MM. PAUL POIROT ET CHERTEMPS, REPRÉSENTÉE PLANCHE 137, A.
- Cette grue, spécialement destinée au gerbage des tonneaux dans les docks, les caves et les magasins, se compose de trois parties :
- 1* Le chariot de translation, monté sur son fût.
- 2° La colonne mobile supportant la volée.
- 3° La volée, montée sur son secteur.
- Fig. 1. Vue en coupe verticale suivant la ligne 5-6 du plan.
- Fig. 2. Vue en coupe horizontale suivant la ligne 1, 2, 3 et k de l’élévation.
- A, chariot de translation en fonte.
- a, fût assemblé et boulonné sur le chariot; il porte une crapaudine a avec grain d’acier.
- ô, avant-train et ses roues.
- cc, col de cygne, supportant l’avant-train, fondu avec le chariot.
- d, vis, écrou et manivelle, montés sur le col de cygne, servant à soulever et à abaisser le chariot sur l’avant-train, pour isoler les pieds b' pendant la translation de la grue.
- Ces pieds b' assurent la stabilité de la grue pendant le travail.
- e, té de virage de l’avant-train, servant d’essieu à ses roues, sur lequel est montée la chape de virage e'.
- /, levier de direction de l’avant-train, servant de flèche de traction dans les grandes manœuvres de translation de la grue, emprisonné dans une chape fondue avec le col de cygne c, au moyen d’une clavette.
- g, barre carrée mobile, munie de vis calantes, pouvant se pousser à droite ou à gauche du chariot, sous lequel elle glisse, pour augmenter la portée de la grue sur le sol suivant le côté du travail.
- Les jantes des roues d’arrière sont percées de trous pour recevoir un levier servant à reculer ou avancer la grue, dans les petites manœuvres de translation pendant le travail.
- B, colonne conique mobile supportant la volée C et pivotant sur le fût a, au moyen de la crapaudine a’.
- h, vis sans fin d’un grand diamètre, à un seul filet, placée dans une boîte à couvercle et montée sur l’arbre de la vis, actionnant le secteur pour l’abaissement et le relèvement de la volée.
- «, roue hélicoïdale montée sur l’arbre de la vis sans fin et son pignon j, commandant celte roue, monté sur l’arbre de la manivelle de commande k servant au soulè vement des lourds fardeaux et la manœuvre des petites charges.
- /, roue de vitesse, commandant le pignon droit monté sur l’arbre du pignon héli-
- p.621 - vue 632/684
-
-
-
- CONSTRUCTIONS.
- DECEMBRE 1881.
- coïdal permettant d’en varier la vitesse.
- rr, contre-poids mobile tournant avec la colonne en opposition constante avec la charge.
- C, volée en fer de la grue, emmanchée dans la gaîne du secteur.
- D, secteur denté engrenant avec la vis sans fin h et ne formant qu’un avec la volée. Ce secteur, par sa partie postérieure renflée en n, forme contre-poids avec le fer de la volée.
- E, axe d’articulation de la volée et de son secteur, mariant les deux et servant à les assembler dans les douilles des bras formant chape de la colonne.
- C’est cet axe qui sert de pivot au mouvement d’abaissement et de relèvement de la volée.
- p, pièces rivées sur les deux faces de la tête de la grue pour en augmenter l’épaisseur et recevoir l’axe d’articulation de la chape avec son crochet, simple ou double, suivant le travail, dans laquelle il tourne librement.
- CONSTRUCTIONS.
- Rapport fait par M. Runel, au nom du comité des constructions et des beaux-arts, sur le verrou a levier articulé et gâche mobile, présentés par MM. Bri-card frères, successeurs de M. Sterlin, 39, rue de Richelieu.
- Messieurs, je viens vous rendre compte, au nom du comité des constructions et des beaux-arts, de l’examen qu’il a fait d’un verrou à levier, présenté par MM. Bricard frères, successeurs de la maison Sterlin.
- Jusqu’à présent on s’est servi, pour fermer le vantail dormant d’une porte à deux vantaux, soit du verrou à ressort ordinaire, soit du verrou à coquille entaillé dans la feuillure. Le premier est apparent et fait saillie sur le vantail de porte, le second est d’une manœuvre difficile et est bientôt hors de service ; tous deux, d’ailleurs, se manœuvrent en poussant, et, au moyen d’une pince, on peut très facilement faire glisser la tige et pénétrer dans un appartement sans ouvrir ni forcer la serrure; ni l’un ni l’autre ne constituent une fermeture de sûreté.
- Le verrou présenté par MM. Bricard est un verrou à coquille entaillée ; mais la manœuvre, au lieu de se faire en poussant, se fait par un bras de levier articulé A qui décrit un demi-cercle complet en dehors de la feuillure, et qui, agissant sur la tige E F, la fait monter ou descendre, en sorte que le verrou ne peut s’ouvrir ou se fermer que lorsque le premier vantail de la
- p.622 - vue 633/684
-
-
-
- ARTS MECANIQUES.
- DECEMBRE 1881.
- m
- porte est
- ouvert. Les deux vantaux fermés, il est impossible d’ouvrir le verrou, puisque le bras de levier, par le moindre mouvement de la tige, tourne autour de son axe de rotation B C et, par suite, fait saillie dans la feuillure de la porte. C’est donc en même temps un verrou de sûreté. A ce même verrou MM. Bricard adaptent une gâche mobile G, qui, au moyen d’une vis de rappel H, peut se relever ou s’abaisser suivant l’épaisseur des tapis posés dans l’appartement. Le tapis enlevé, il suffit de quelques tours de vis pour baisser la gâche au niveau du parquet. Ce verrou et cette gâche d’invention récente, sont très intelli-jg gemment compris et d’une manœuvre très il facile ; aussi votre comité des constructions
- _ 111 et des beaux-arts vous propose-t-il de re-
- mercier MM. Bricard de leur intéressante communication et d’insérer le présent Rapport au Bulletin de la Société.
- Verrou à coquiile ordinaire.
- Signé : Blnel, Rapporteur.
- Approuvé en séance, le Vi juin 1881.
- COMITÉ DES ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Simon, au nom du comité des arts mécaniques, sur la nouvelle étude sur l'unification du numérotage des fils, par M. Musin (Alfred), directeur de la Condition publique à Roubaix.
- Messieurs, le développement des relations internationales impose l’unification des règles commerciales. En ce qui concerne les fils, le système décimal des poids et mesures métriques constitue la base de numérotage la plus rationnelle. Cependant, la solution admise en principe se heurte au mauvais vouloir de quelques-uns, à l’indifférence de beaucoup d’autres. Les hommes désintéressés qui veulent, à force de persévérance, faire triompher
- p.623 - vue 634/684
-
-
-
- m
- ARTS MÉCANIQUES. — DÉCEMBRE 1881.
- une réforme profitable à tous, méritent des encouragements, et, dans cet ordre d’idées, on doit applaudir aux efforts de M. Musin (Alfred).
- L’auteur de l’œuvre qui vous a été présentée reprend la question à l’origine, en montre le côté moralisateur en même temps que l’utilité pratique, examine les divers modes d’échevettage et de titrage usités dans les différents pays, et résume les travaux des Congrès successivement tenus à Vienne, à Bruxelles, à Turin, à Paris, pour modifier uniformément les usages commerciaux relatifs aux filés.
- Dans ce compte rendu, M. Musin étudie et justifie avec une grande compétence les résolutions prises, les précautions recommandées pour le dévidage et le conditionnement ; il insiste, non sans raison, sur la nécessité de la dernière opération, toutes les fois que le numéro du fil doit être obtenu avec exactitude.
- Une digression fort intéressante soulève, à propos du règlement des factures, une question délicate posée comme suit : «Etant donné que le condi-« bonnement fixe invariablement le poids du textile, rechercher les moyens « rationnels pour tenir compte, dans les prix de vente, des différences entre « le numéro moyen effectif du fil et le numéro vendu. »
- M. le directeur de la Condition publique de Roubaix ne s’est pas borné à la récapitulation des travaux accomplis par les quatre Congrès énumérés plus haut et à l’étude des détails d’application, si considérables en pratique ; il a établi, en plus de cinquante pages de tableaux synoptiques soigneusement dressés, la comparaison du numéro kilométrique (ou plutôt kilogrammé-trique) avec les autres numéros usités en France et à l’étranger.
- Cette étude, longue et minutieuse, est doublement utile : elle facilite les conversions décimales et métriques pour tous ceux qui doivent effectuer des ventes ou des achats de fils dans divers centres manufacturiers ; elle démontre, mieux que de longs raisonnements, les inconvénients des numérotages fondés sur des mesures déjà abandonnées ou destinées à disparaître.
- Le comité des arts mécaniques vous propose de remercier M. Musin de la communication qu’il a donnée à la Société de cet intéressant travail, et d’insérer dans votre Bulletin le présent Rapport.
- Signé : Simon (Édouard), rapporteur,
- Approuvé en séance, le tH octobre 1881.
- p.624 - vue 635/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE. — DÉCEMBRE 188J.
- m
- BIOGRAPHIE.
- NOTICE SUR M. DUBRUNFAUT, MEMBRE PERPÉTUEL DONATEUR DE LA SOCIÉTÉ (1).
- M. Dubrunfaut est né à Lille, le 1er septembre 1797. C’est au collège de cette ville qu’il fit ses premières études. Il conserva toujours pour ses premiers maîtres, l’abbé Poirette et le docteur Boulet, la plus vive reconnaissance, comme en témoigne la dédicace de son ouvrage : le Sucre, resté inachevé. « Fidèle au culte des souvenirs, « dit-il, je suis heureux de pouvoir placer en tête de ces travaux de ma vieillesse « les noms de deux hommes de bien, auxquels j’ai dû, dans mon enfance, de bons « exemples, de bons conseils et une sage direction des études qui ont fait le charme « de ma vie. »
- Après avoir terminé de fortes études dans un collège de Paris, il revint à Lille et fut employé pendant quelques mois dans une maison de banque, la maison Charvet. C’est là que, chargé de quelques missions de confiance, il contracta le goût des industries agricoles. Il voyagea en France et dans les pays voisins, et y visita de préférence les distilleries de grains et les fabriques do sucre. Enfin, il revint à Paris vers 1821 ou 1822, la bourse peu garnie, mais avec le désir ardent de l’étude et du savoir. L’attente ne fut pas longue, ce qui montre la rapidité des progrès et la pénétration d’esprit de notre débutant : son Mémoire sur la saccharification des fécules, présenté au concours ouvert par la Société d’agriculture de Paris, pour la culture de la pomme de terre et l’emploi de ses produits, lui valut, dans la séance publique du 6 avril 1823, les éloges de la Commission, composée des sommités de la science, et la médaille d’or à l’effigie d’Olivier de Serres.
- L’année suivante, 1824, il publia son Traité complet de T art de la distillation. Cet ouvrage contenait, dans un ordre méthodique, les instructions techniques et pratiques les plus exactes et les plus nouvelles sur les préparations des boissons alcooliques, avec les raisins, les grains, les pommes de terre, les fécules et avec tous les végétaux sucrés ou farineux. Il eut un tel succès qu’il fut traduit dans toutes les langues et que son prix s’est élevé, dans le commerce, de 10 francs à plus de 100 francs.
- Un an après, paraissait l'Art de fabriquer le sucre de betteraves. Cette publication contribua, plus qu’on ne saurait le croire aujourd’hui, à vulgariser et à propager dans les campagnes la fabrication du sucre. Tous les succès que cette industrie a obtenus depuis y sont en quelque sorte prophétisés, et presque tous les perfectionnements
- (1) Extrait de la Notice publiée par M. Tardieu dans La sucrerie indig'ené et coloniale, t. XVIII, n® 16, sur des notes données par M. Leplay, neveu et collaborateur de M. Dubrunfaut.
- Tome VIII. — 80e année, 3® série. — Juillet 1881.
- 79
- p.625 - vue 636/684
-
-
-
- 626
- BIOGRAPHIE. — DÉCEMBRE 1881.
- réalisés aujourd’hui sont indiqués explicitement ou s’y trouvent en germe. C’est ainsi que dans l’appendice de cet ouvrage intitulé : « Essai d’analyse chimique de la bette rave, propre à éclairer la théorie des opérations qui ont pour objet d’en séparer la matière sucrée», l’auteur a nettement posé le problème que l’on se propose dans l’opération épuralive de la défécation, problème dont il donna plus tard deux élégantes solutions scientifiques et industrielles : la première, par le travail dit par les sucrâtes ; la seconde, par l’osmose.
- De 1825 à 1830, M. Dubrunfaut professa la chimie et la physique à l’École du commerce, aujourd’hui école de l’Etat; en 1827, il créa, rue Pavée n° 1, un enseignement spécial et privé pour la chimie appliquée à l’industrie agricole. Cet enseignement comptajparmi ses auditeurs beaucoup de notabilités industrielles et scientifiques, notamment Sadi Carnot, à qui l’on doit les premières notions sur l’équivalent mécanique de la chaleur.
- En même temps, M. Dubrunfaut collaborait, pour les articles d’agriculture, à Y Encyclopédie moderne ou Dictionnaire abrégé des lettres et des arts, publié parCourtin ; il était rédacteur en chef de la 5e section (bulletin des sciences technologiques) du Bulletin universel des sciences, publié par la Société de propagation des connaissances scientifiques et industrielles, sous la direction du baron de Férussac.
- Il collabora aussi, de 1825 à 1830, pour la section des sciences, à la Revue encyclopédique ou Analyse raisonnée des productions les plus remarquables dans les sciences, les arts industriels, la littérature et les beaux-arts, publiée sous la direction de Marc-Antoine Jullien, de Paris.
- De 1826 à 1829, il publia, avec Christian et Leblanc, XIndustriel, journal principalement destiné à répandre les connaissances utiles à l’industrie générale, ainsi que les découvertes et les perfectionnements dont elle est journellement l’objet.
- De 1829 à 1832, il publia Y Agriculteur manufacturier, journal des sciences mécaniques, physiques et chimiques appliquées à l’agriculture et aux arts qui s’y rattachent; le travail des lins et des chanvres, le raffinage des sucres, etc., etc.
- C’est de cette époque que datent ses premiers écrits d’économie politique appliquée aux sciences et aux arts agricoles et industriels, qui faisaient l’objet principal de ses études et de ses travaux. Esprit chercheur et ayant besoin, dès l’entrée dans la carrière, de se faire sur chaque chose une opinion sûre et solide, il n’avait pas attendu jusque-là pour prendre un parti : dès son premier Mémoire, celui sur la saccharification des fécules, il avait pris pour épigraphe cette pensée empruntée aux Principes de l'Economie politique de l’un de ses maîtres, l’illustre J. B. Say : « L’homme qui se borne à récolter des mains de la nature n’est pas agriculteur ». Cette pensée, en effet,résume bien, en quelques mots, le principe de la consommation surplace, qui a été le thème favori de tous ses travaux, et il l’a reproduite à dessein en tête de ses publications consacrées à l’agriculture et à l’industrie. Ce principe, il l’a nettement défini dans son
- p.626 - vue 637/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE. — DÉCEMBRE 1881.
- 627
- Mémoire sur la saccharification des fécules, et il a énuméré en détail, en attendant qu’il en fasse le sujet de traités techniques, les industries qui, annexées à l’agriculture, peuvent en faciliter l’application, savoir : la distillation, la fabrication du sucre, la féculerie, la brasserie, l’huilerie, etc.
- C’est fidèle à cette devise, que le but constant de tous ses efforts,celui qu’il a poursuivi activement et sans interruption pendant soixante années, celui qui a été couronné de succès si éclatants, a été le progrès de Vagriculture par l’industrie et le progrès de Vindustriepar la science.
- C’est ainsi encore que dans son ouvrage : La vigne remplacée par la betterave, la pomme de terre, etc., il assignait à la vigne, pour la production de l’alcool, une infériorité de même ordre qu’à la canne pour la production du sucre.
- En effet, il cherchait à démontrer, dès 1825, que la production du sucre, faite par l’agriculture à l’aide de la betterave, était liée à une production d’une partie de viande grasse pour quatre parties de sucre, et que les fumiers ainsi produits restituaient au sol, avec les collets et les feuilles, la plus grande partie des produits prélevés par la racine sur l’atmosphère et le sol. 11 résultait de ces principes, que la culture de la betterave à sucre permet, non seulement de supprimer la jachère, mais encore accroît les productions de toute espèce, y compris, et pour une large part, celle des céréales qui entrent dans l’assolement, tandis que la canne « exploite le sol comme une mine, sans lui rien rendre ».
- Ce sont ces mêmes principes qui ont inspiré les nombreux écrits d’économie politique que M. Dubrunfaut a publiés, de 1866 à 1878, dans les journaux spéciaux de la sucrerie, et qu’il a réunis dans les deux volumes ayant pour titre le Sucre, parus le premier en 1873 et le second en 1878.
- Cette pensée du progrès de l’agriculture par l’industrie lui a certainement suggéré aussi l’idée d’étudier et de propager la pratique de ce qu’il a appelé le sucrage des vendanges. Dans un opuscule qui porte ce titre, il a exposé ses vues sur cette méthode industrielle de vinification, considérée comme moyen de régulariser la qualité des vins au niveau des grandes années et d’en augmenter au besoin la quantité dans les années de récoltes mauvaises ou insuffisantes. Avec l’aide du dégrèvement du 1eroctobre 1880, cette pratique paraît aujourd’hui en voie de prendre une extension considérable : c’est un débouché qui commence à s’ouvrir pour la sucrerie, et dont la plus belle part est certainement due au travail persévérant de M. Dubrunfaut.
- La publication La vigne remplacé par la betterave, etc. (1845), fut la base et le point de départ de toutes les distilleries qui ont été créées, soit par des industriels, ou par des agriculteurs, pour la distillation directe des betteraves, avec production de résidus propres à la nourriture du bétail.
- Déjà, de 1831 à 1836, M. Dubrunfaut avait créé l’industrie de l’affinage des alcools de toutes origines, à la distillerie de la Ménagerie, à Versailles, exploitée par M. Ambroise Fessart, l’habile fermier du domaine.
- p.627 - vue 638/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- DÉCEMBRE 1881.
- De 1834 à 1837, il établit à Douai une distillerie de mélasses de betteraves, et y réalisa sur une grande échelle l’affinage des alcools-betterave, qui a fait entrer ces alcools dans la consommation générale, en concurrence avec les produits delà vigne. Ces tra • vaux ont été le point de départ des deux immenses industries qui existent aujourd’hui pour la fabrication des alcools, soit avec les mélasses, soit avec les betteraves.
- De 1837 à 1843, il créa à Valenciennes, en Société avec MM. Hamoir, Semai, Duquesne et Serret, une grande usine pour la fabrication des alcools, des mélasses et des salins de vinasses, conformément aux procédés découverts en 1831 et brevetés en 1837.
- Cette fabrication de salins fut une des belles créations de M. Dubrunfaut. Eu 1831, il avait constaté l’existence de proportions considérables de sels de potasse et de soude dans les mélasses; il avait jugé cette extraction industriellement possible et, dès 1836, cette industrie, annexe obligée de la distillation des mélasses, était créée et la valeur du résidu-mélasse s’élevait de 2 à 3 francs par 100 kilogrammes; c’était à peu près ce qu’il valait autrefois, avant que M. Dubrunfaut appliquât à la distillation de ce produit les perfectionnements qu’il avait réalisés dans la distillerie de fécule de la Ménagerie de Versailles, fondée en 1831. Là, en étudiant la saccharification sulfurique des matières amylacées, il avait reconnu l’influence d’une ébullition suffisamment prolongée sur la transformation saccharine et, par suite, sur la proportion d’alcool qui devait en être le résultat. Tel était l’effet utile de ce travail, que le rendement alcoolique de 100 kilog. de fécule du commerce, qui n’avait pu précédemment franchir le rendement de 15 à 20 litres d’alcool pur, avait pu être élevé, par ces perfectionnements, à 36 litres. Ses vins de sirop de fécule avaient la force et la richesse des vins de raisins; les flegmes produits par une première distillation étaient relativement purs, et les rectifications, fractionnées avec soin, donnaient des alcools d’une finesse telle qu’ils pouvaient être considérés comme de l’alcool chimiquement pur.
- L’industrie des alcools fins était créée et ceux-ci pouvaient être mis au niveau, sinon au-dessus, des produits de la vigne comme pureté ; ils ont permis ainsi leur substitution à ces produits et leur fabrication devint sans limite : la vigne put être remplacée par la betterave pour cette production, comme on l’a vu d’ailleurs de 1852-à 1854, au plus fort des ravages de l’oïdium. Aujourd’hui, sur une production annuelle de 1 450 000 hectolitres, comptée en alcool pur, les mélasses fournissent presque la moitié et les betteraves le cinquième ; le reste provient presque en totalité des substances farineuses (seigle, maïs, fécules, etc) : les produits de la vigne ont disparu ou sont en train de disparaître.
- Tout cela est dû en grande partie aux travaux de M. Dubrunfaut. Nous venons de voir ce qu’il a fait pour l’alcool de fécule et de mélasses ; mais, jusqu’en 1852, on n’avait pu distiller directement le jus de betteraves : ce fut encore M. Dubrunfaut qui résolut le problème. C’est à l’aide de l’acide sulfurique convenablement dosé qu’il a rendu régulières et possibles les fermentations de moûts de betteraves, sans l’aide de ferment de bière ; on savait que ces fermentations ne sont ni possibles, ni utile-
- p.628 - vue 639/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE. — DÉCEMBRE 1881.
- m
- ment praticables sans l’intervention de l’acide sulfurique. M. Dubrunfaut avait bien fait connaître son emploi, dès 182k, dans son Traité de la distillation, mais il n’avait pas indiqué les dosages ; il ne les spécifia que plus tard, dans ses brevets de 1852, à la suite de ses travaux industriels à la distillerie annexe de la sucrerie de MM. Pétiot, Bonardot et comp., située aux Alouettes, près Chalon-sur-Saône. C’est là qu’il réalisa pour la première fois, d’une manière utile et sur une grande échelle, la distillation directe des betteraves.
- A la suite du succès des procédés Dubrunfaut à Chalon, beaucoup de sucreries se transformèrent en distilleries ; des distilleries nouvelles s’élevèrent comme par enchantement. Comme il arrive toujours, la valeur du procédé breveté fut contestée. Il y eut des procès, mais enfin M. Dubrunfaut en sortit triomphant : « Choix de moyens est invention », suivant l’épigraphe, empruntée à Voltaire, qu’il donna à sa Notice historique sur la distillation des betteraves, publiée en 1856. Telle fut aussi l’opinion de ses juges. A partir de cette époque, la fortune, jusque-là peu favorable et même infidèle, commença à sourire au savant industriel ; il avait près de soixante ans l
- De 1837 à 1840, il fonda à Bercy une usine pour la fabrication des alcools de mélasses et des salins de vinasses, et en 1841, au même lieu, il créa la fabrication des acides gras par distillation, à l’aide de la vapeur surchauffée, procédé dont il céda le brevet à MM. Masse, Tribouillet et comp., qui l’ont exploité sur une grande échelle à Neuilly (Seine).
- En 1849, toujours dans son usine de Bercy, il commença ses expériences sur l’application du sucrate de baryte pour l’extraction du sucre des mélasses, et il prit un brevet pour cette application sous son nom et sous celui de M.Leplay, son neveu, qui a été son collaborateur pour la majeure partie des travaux exécutés à Bercy. Il donna, dans cette fabrication, un emploi nouveau aux sulfures de barium et de strontium en remplacement des hydrates. Ces procédés inspirèrent assez de confiance dès le début, pour décider la création de quatre usines destinées à leur application. Ce furent : 1° celle de MM. Lanet et Çharbonneau, à Tournus (Saône-et-Loire); 2° celle de MM. Numa Grar et comp., à Valenciennes; 3° celle de la Villette, avec les raffineurs de Paris, sous la direction de M. Edmond Guillon ; 4° enfin celle de M. Tilloy-Delaune, à Courrières (Pas-de-Calais). La hausse des mélasses, amenée par la hausse des alcools, entraîna la suspension de la plupart de ces travaux en 1852. L’usine de Courrières a seule, par suite de circonstances particulières, continué plus longtemps en opérant par le sulfure de barium, ou la baryte produite par la réduction du carbonate naturel anglais. En définitive, ces procédés, qui constituaient, comme nous le disions plus haut, une solution élégante de l’extraction du sucre des mélasses, ont dû être abandonnés, malgré leur simplicité et malgré la perfection des produits qu’ils procurent. Deux obstacles principaux s’opposaient à leur exploitation : l’un, d’ordre purement fiscal, en était venu à grever les sucres extraits d’un droit trop fort ;
- p.629 - vue 640/684
-
-
-
- 630
- BIOGRAPHIE. — DÉCEMBRE 1881.
- l’autre résultait de l'élévation du prix de la baryte et des frais de sa régénération. Il est très probable que ces procédés seront repris un jour, lorsque les conditions fiscales disparaîtront ou, tout au moins, seront atténuées.
- Nous arrivons à une autre solution du même problème qui, non moins élégante, a eu une destinée beaucoup plus brillante : nous voulons parler de l’osmose, cet enfant chéri, ce Benjamin, si l’on peut dire, des créations sorties dn cerveau de l’illustre chimiste. Suivant la parole d’un des hommes les plus compétents dans la matière, il a fallu tout le savoir et l’habileté de M. Dubrunfaut pour vaincre les difficultés qui s’opposaient à la réalisation pratique de la méthode, et c’est chose vraiment merveilleuse que d’être parvenu à transformer en un procédé manufacturier une expérience délicate qui ne paraissait pas devoir jamais sortir du laboratoire. Comme tout ce qui réussit, le mérite de l’invention lui fut contesté ; on a voulu y voir une application de la dya-ise de Graham; mais la dyalise de Graham n’est, en réalité, qu’un cas exceptionnel de l’analyse osmotique, à laquelle elle paraît empruntée, l’osmose ayant précédé de huit années la dyalise. Bien avant sa mort, 1VL Dubrunfaut eut au moins la consolation de voir l’osmose, d’abord conspuée à l’étranger comme invention et comme procédé, appliquée dans presque toutes les fabriques de l’Allemagne, de l'Autriche, de la Russie, de la Belgique, en un mot dans tous les pays où la perception du droit sur le sucre est basée sur une sorte d’abonnement. En France, où elle fut adoptée d'abord par les fabricants de sucre les plus habiles, le mode d’impôt en gêna l’essor. On estime cependant qu’elle est appliquée dans la moitié environ des fabriques françaises.
- Mais les sucrâtes, mais l’osmose ne peuvent extraire qu’une partie du sucre contenu dans les mélasses. Dans ces derniers temps, M. Dubrunfaut, fort de ses nombreux et beaux travaux sur la constitution des mélasses, qui pendant soixante années ont fait, on peut le dire, l’objet constant de ses études de laboratoire, crut, en utilisant l’osmose et la dépuration calcocarbonique pratiquées dans certaines conditions, avoir trouvé le moyen de fabriquer, suivant ses expressions, du sucre blanc, pur et sans mélasse. Sa nouvelle méthode a été essayée l’année dernière à l’usine de Courcelles (Aisne); il l’a décrite, il en a exposé les principes, il en a donné les résultats dans de nombreux articles publiés dans la Sucrerie indigène et coloniale.
- Les premiers essais du procédé tentés en fabrique ont rencontré quelques difficultés d’exécution ; mais ces difficultés, inhérentes à toute méthode nouvelle, M. Dubrunfaut avait la confiance de les avoir aplanies pendant les six mois d’études et de méditations que lui laissa le chômage ordinaire des fabriques de sucre.
- De concert avec ses études sur cette méthode, M. Dubrunfaut poursuivait celles sur la fabrication économique du maltose, un produit industriel qu’on peut appeler nouveau, quoique sa découverte et sa préparation dans le laboratoire remontent aux premières années de la carrière scientifique de M. Dubrunfaut. Ses emplois, comme succédané du sucre dans un grand nombre d’opérations, pouvaient porter ombrage aux
- p.630 - vue 641/684
-
-
-
- BIOGRAPHIE.
- DÉCEMBRE 1881.
- 631
- fabricants de sucre en empiétant sur leur domaine; dans un numéro du même journal, paru deux jours avant sa mort, il les rassure en leur montrant qu'ils peuvent monopoliser cette fabrication à leur grand profit pendant le chômage annuel et forcé de leur usine, et utiliser ainsi pendant six à huit mois de l’année un matériel inactif.
- On ne peut s’empêcher ici d’accuser la mort d’avoir été vraiment inexorable! et quelle mort? Une petite cheminée à gaz, allumée dans sa chambre à coucher en prévision de la première nuit froide de la saison ; une fuite dans le tuyau en caoutchouc qui relie cette cheminée à la conduite de gaz, et dont la perte de l’odorat chez le malheureux vieillard ne lui permet pas de constater la présence ; une partie du gaz non brûlé qui se répand dans la chambre le surprend pendant son sommeil et cause une asphyxie, un empoisonnement que les soins les plus empressés ne peuvent conjurer et qui amène la mort après vingt-septheures d’agonie, sans apparence d’une lueur dans cette intelligence si vive et si active : «Voilà comment a quitté la vie, dit l’abbé Moigno, son vieil ami, victime inconsciente de la science, du progrès, de ce que j’ai osé appeler la barbarie de la civilisation, un de nos plus célèbres chimistes...». Lui qui tenait ouvert si généreusement depuis vingt-cinq ans un concours pour la découverte d’un moyen préventif efficace contre les terribles accidents causés par le grisou dans les mines, il meurt victime du gaz délétère !
- Tout immense que soit le labeur de M. Dubrunfaut pour ses œuvres industrielles, il n’est pas celui de toute sa vie. Il nous resterait à montrer les travaux du savant, du serviteur de la science pure, et à parler des nombreux Mémoires qu’il adressa à l’Académie des sciences sur les sujets les plus divers et qui furent, pour la plupart, jugés dignes de figurer dans les Comptes rendus. Enumérer les seuls titres de ces Mémoires serait encore fort long ; citons seulement ses nombreux écrits sur les propriétés des sucres et des glucoses, sur la constitution des mélasses. Dans ces derniers Mémoires, il montra le parti avantageux qu’on pouvait tirer, pour la pratique, d’une méthode basée sur les faits qu’il avait observés, et dont il se servit avec avantage pour déterm iner la valeur commerciale des sucres bruts et autres matières saccharifères. Cette méthode, qu’il appela mélassime'trique, fut une innovation radicale dans l’industrie des sucres; elle fut adoptée par les raffmeurs pour l’achat de leur matière première, puis admise, d’une manière générale, dans les transactions commerciales. L’analyse des sucres, que l’on pratique aujourd’hui sur une si grande échelle, a pour base les principes formulés il y a déjà longtemps par M. Dubrunfaut.
- p.631 - vue 642/684
-
-
-
- 632
- FORCE MOTRICE.
- DÉCEMRRE 1881.
- FORCE MOTRICE.
- PRODUCTION ÉCONOMIQUE DU GAZ POUR LES MOTEURS A GAZ, PAR M. J. EMERSON DOWSON (1).
- Dans un grand nombre de pays et pendant plusieurs années, les inventeurs ont cherché des moyens économiques et faciles de décomposer la vapeur par le charbon incandescent, afin de produire du gaz de chauffage à bon marché. Il serait inutile de décrire ici tout ce qui a été fait dans cette direction, mais on peut constater brièvement que les premiers essais consistaient à faire passer de la vapeur d’eau à travers des serpentins en fer chauffés par des foyers extérieurs. Cette méthode n’entraînait pas seulement une grande dépense de combustible, elle occasionnait aussi la destruction rapide des tuyaux, d’autant que l’oxygène de la vapeur d’eau se combinait avec le fer chauffé au rouge. Plus tard, on supprima les foyers extérieurs et l’on fit passer la vapeur à travers une colonne de combustible, rendue préalablement incandescente au moyen d’un jet d’air. Au bout de quelques minutes, la vapeur d’eau était rapidement décomposée, mais c’était aux dépens de beaucoup de chaleur enlevée au foyer, et on se trouvait bientôt obligé d’interrompre l’accès de la vapeur et de revenir au jet d’eau. L’opération était donc, par le fait, intermittente, et la qualité des gaz produits variait considérablement,
- Le Dr Siemens et autres ont produit du gaz pour le travail des fourneaux en faisant passer de l’air seul, ou de l’air mélangé avec une petite quantité de vapeur d’eau à travers une masse de combustible en ignition, et comme le gaz ainsi produit et l’air nécessaire à la combustion sont surchauffés au moyen des produits dégagés, on a obtenu des résultats excellents. Ce gaz, toutefois, contient beaucoup trop d’azote (60 à 70 pour 100) pour qu’il convienne aux moteurs à gaz et autres applications qui n’en emploient que de petites quantités; et, de plus, l’installation des appareils est considérable et coûteuse.
- L’auteur, suivant un peu cette direction, a imaginé un appareil peu volumineux et facile à manœuvrer, qui donne un gaz plus riche et d’une qualité uniforme. Je ne décrirai pas en détail cet appareil qui produit facilement du gaz pour un moteur Otto de la force de 3 1/2 chevaux ; je me contenterai de dire que le générateur consiste en une caisse en fer cylindrique verticale, qui est munie d’une garniture épaisse de terre réfractaire comme un cubilot de fonderie, pour empêcher la perte de chaleur et l’oxydation du métal ; et qu’au fond de ce cylindre se trouve une grille sur laquelle repose le combustible. Sous la grille est disposée une chambre close dans laquelle arrive un jet de vapeur d’eau surchauffé qui entraîne avec lui un courant d’air continu. La pres-
- (1) Communication faite devant l’Association britannique à Yorck.
- p.632 - vue 643/684
-
-
-
- FORCE MOTRICE.
- DÉCEMRRE 1881,
- 633
- sion de la vapeur force le mélange de vapeur et d’air à traverser de bas en haut le foyer, de sorte que la combustion est entretenue en même temps que s’opère la décomposition d’un courant continu de vapeur; de cette manière le travail du générateur est constant et le gaz est produit sans variations dans la qualité. Les réactions bien connues ont lieu : la vapeur d’eau est décomposée et l’oxygène de la vapeur et de l’air se combine avec le charbon du foyer pour former du bioxyde de carbone (CO2) qui passe à l’état deprotoxide (CO) en montant dans la colonne de combustible. De cette façon les gaz résultants forment un mélange d’hydrogène, de protoxyde de carbone et d’azote, avec une petite proportion pour cent de bioxyde de carbone qui se dégage ordinairement sans être réduit. La vapeur d’eau doit avoir une pression de 1 1/2 à 2 atmosphères, et elle est produite et surchauffée dans un tuyau replié en zigzags, qui est alimenté par l’eau de la ville, par celle d’un réservoir supérieur ou par une pompe munie d’un accumulateur ; au lieu d’eau, il est préférable d’emprunter la vapeur à un bouilleur du voisinage et de la faire passer dans le serpentin pour la surchauffer. La quantité d’eau exigée est très petite : elle n’est que de k litres par 28 mètres cubes de gaz, et excepté au début lorsque l’appareil est mis en train, le serpentin est chauffé par un peu de gaz qu’on prend au réservoir, de sorte qu’après que le brûleur a été allumé sous le serpentin, le surchauffeur ne demande plus aucune attention.
- Pour les bouilleurs et les fourneaux on peut employer le gaz tel qu’il sort directement du générateur; mais lorsqu’une pression uniforme est nécessaire, comme dans les moteurs à gaz, les brûleurs, etc., il faut faire passer le gaz dans un réservoir. Celui-ci retarde un peu la production, mais l’injecteur de vapeur a si vite fait d’engendrer du gaz, qu’une cloche est facilement remplie sous une pression de 25 à 37 millimètres d’eau; à cette pression- le générateur fait passer continuellement du gaz dans le réservoir, d’où l’on peut en retirer en même temps pour la consommation.
- La nature du combustible convenable dépend de l’usage qu’on veut faire du gaz. Si on le destine au chauffage des bouilleurs, des fours, etc., on peut se servir de coke ou de toute sorte de houille ; mais pour les machines à gaz, ou pour toute autre application qui demande une grande pureté et l’absence de soufre et d’ammoniaque, il vaut mieux employer de l’anthracite, parce que ce combustible ne donne pas de vapeurs condensables, tout en étant exempt d’impuretés. Les bonnes qualités d’anthracite contiennent plus de 90 pour 100 de carbone, et si peu de soufre que, dans la plupart des cas, la purification du gaz n’est pas nécessaire. Pour les moteurs à gaz, etc. il est cependant préférable de faire passer le gaz à travers de l’oxyde hydraté de fer pour enlever l’hydrogène sulfuré. L’oxyde peut servir indéfiniment, après exposition préalable à l’air chaque fois, et l’épuration se fait ainsi sans odeur et sans dépense appréciables. Le gaz fabriqué par ce procédé et avec le charbon d’anthracite n’a ni goudron ni ammoniaque, et le peu pourcent de bioxyde de carbone qu’il contient n’a aucune action sensible sur son pouvoir calorifique. Ce gaz jouit encore d’un autre
- Tome VIII. — 80e année, 36 série. — Décembre 1881. 80
- p.633 - vue 644/684
-
-
-
- FORCE MOTRICE. — DECEMBRE 1881.
- 634
- avantage, qui est de brûler avec une flamme sans fumée, ce qui évite tout dépôt de suie lors même que l’objet à chauffer est placé dans la flamme ou au-dessus ; c’est 15 un avantage important pour le cylindre et pour les soupapes d’un moteur à gaz.
- Pour produire 1,000 pieds cubes (28mc) de gaz, il faut 5\436 d’anthracite, déduisant 8 à 10 pour 100 pour les impuretés et les pertes. Ainsi, un générateur de grandeur A, qui produit 28 mètres cubes par heure, n’a besoin que de 5k,436 de charbon pendant ce temps, et l’on peut ajouter cette provision chaque heure ou à de plus longs intervalles. L’épuration n’exige ni habileté, ni soins constants, et l’on a coutume, dans la pratique, d’y employer un homme qui fait un autre travail à proximité du générateur, et au salaire ordinaire duquel on ajoute pour cela une petite somme supplémentaire.
- Le coût de fabrication du gaz dépend jusqu’à un certain point de la grandeur du générateur. Le type A mesure 60 centimètres de diamètre et 1,08 mètres de hauteur, c’est le plus petit qui soit construit pour un travail pratique; le type B a 66centimètres de diamètre et 1,15 mètres de hauteur; et le type C a un diamètre de 80 centimètres et une hauteur de 2 mètres. Les tableaux 1, 2 et 3 donnent un relevé exact du coût de la production du gaz dans ces générateurs, basé sur une longue expérience en plusieurs établissements. D’après ces résultats, adoptant pour prix journalier des salaires 1 fr. 25 à 1 fr. 85, le coût total de la production par 28 mètres cubes (compris la dépréciation et le capital avancé) est respectivement de 0 fr. 437, 0 fr. 35 et 0 fr. 29 pour les générateurs A, B, G. Les taux de production dans ces tableaux correspondent à une pression de vapeur de 25 livres, lbs par pouce carré (1 kil. 756 par cent, carré) et à un gazomètre chargé pour donner une pression égale à 2, 5 centimètres d’eau.
- La composition du gaz ainsi produit est approximativement la suivante :
- Hydrogène.....................
- Protoxyde de carbone (C OJ....
- Bioxyde de carbone (CO5)......
- Oxygène.......................
- Azote, etc....................
- 100
- Cela donne environ, en volume, 50 pour 100 de gaz combustibles, et le pouvoir calorifique ou nombre de calories produites par la combustion d’un mètre cube est 1 558 358 ; son intensité calorifique est de 2 268 degrés centigrades. Ces données nous permettent de faire une comparaison avec le gaz ordinaire de houille de composition moyenne, telle qu’elle a été fixée par le Dr Frankland :
- 20 pour 100 en volume. 30 —
- 3 —
- 47 -
- p.634 - vue 645/684
-
-
-
- FORCE MOTRICE,
- DÉCEMBRE 1881.
- 635
- Hydrogène 51.81 pour 100 en volume.
- Gaz des marais (C H4) 35.25 —-
- Gaz oléfiant (C*H4) 3.55 —
- Protoxyde de carbone (CO). . . . 8.95 —
- Bioxyde de carbone (CO2) , . — —
- Azote 0.38 —
- Oxygène. . 0.08 —
- 100.00
- Pour comparer ce gaz avec le gaz de houille ordinaire, on peut dire que les calories produites par la combustion d’un mètre cube de ce dernier sont de 5 590 399, et que son intensité calorifique est de 2 554 degrés centigrades. Ces calculs démontrent que, théoriquement, le pouvoir de gaz de houille est environ 3,5 fois plus grand que celui du gaz Dowson.
- La force explosive comparative des deux gaz, calculée de la manière ordinaire, est comme 3,4 : 1, c’est-à-dire que le gaz de houille a 3,4 fois plus d’énergie que le gaz de l’auteur. MM. Crossley, de Manchester, les fabricants des moteurs à gaz Otto, ont fait avec beaucoup de soin plusieurs essais de ce gaz avec quelques-unes de leurs machines, de la force nominale de 3 1/2 chevaux, et ont pris, dans une expérience, des diagrammes chaque demi-heure pendant trois jours consécutifs. Ces essais pratiques ont démontré qu’il est possible d’introduire dans le cylindre de la machine, sans l’altérer, assez de gaz Downson pour produire la même force qu’avec le gaz ordinaire de houille. On a vu que la force explosive comparative des deux gaz est comme 3,4 : 1 ; mais, comme on le sait, la combustion du protoxyde de carbone s’effectue d’une façon comparativement lente, et c’est pour cette raison et à cause de la présence dans le cylindre de diluants qui affectent bien plus le gaz faible que celui de houille, qu'on a reconnu par l’expérience qu’il vaut mieux remplacer un volume de gaz de houille par cinq volumes de gaz Downson, et qu’on obtient ainsi avec ce dernier le même pouvoir uniforme qu’avec le premier.
- L’emploi du gaz Downson fournit des résultats très importants, car si son prix, donné dans les tableaux comme étant de 0f,437; 0f,35 ; 0f,29 par 1000 pieds cubes (28mc-), est multiplié par 5, on a 2f, 185 ; lf,75; lf,45, ou une moyenne d’environ lf,50 pour l’équivalent de 1000 pieds cubes de gaz de houille, qui coûte 3 fr. 75 à 5 francs; c’est là une économie effective d’environ 50 ou 60 pour 100 dans le prix du travail. Il est une autre considération pratique à faire valoir, c’est que le gaz de houille exige de 101 à 113 kilog. de houille par 1000 pieds cubes, tandis que celui de l’auteur ne demande que 5k,436 de combustible, et qu’en multipliant par 5 pour avoir l’équivalent de 1000 pieds cubes de gaz de houille pour moteur à gaz, on ne consomme que 27k,180 au lieu de 101 à 113 kilog. C’est là seulement de 24 à 27 pour 100 du poids de la houille qu’exige le gaz de houille, et cette économie est surtout appré-
- p.635 - vue 646/684
-
-
-
- 636
- FORCE MOTRICE.
- DECEMBRE 1881.
- ciable au point de vue du prix du transport, dans plusieurs contrées distantes des houillères.
- Il est encore un autre point d’un grand intérêt à signaler, c’est que les résultats obtenus avec ce gaz et un petit moteur Otto ont montré qu’on obtient la force d’un cheval-vapeur (effectif)., par heure, avec une consommation de gaz provenant de 0k,661 de charbon, en laissant une marge de 10 cent, pour les impuretés et les pertes. Les calculs s’établissent de la manière suivante : — Avec un moteur de la force de 3 1/2 chevaux, la consommation du gaz de houille est de 22 pieds cubes (0mc,615) par force de cheval et par heure ; si l’on multiplie les 22 pieds cubes par 5 pour le gaz Dowson, on a 110 pieds cubes (3m-c,080), et comme 900 pieds cubes (5mc,200) de ce gaz sont produits par 12 lb (5k,436) (part faite du gaz consommé par le surchauf-
- feur), on a (———) = 1.46 (0\661).
- Avec des moteurs d’une plus grande puissance la perte due au frottement est proportionnellement moindre, et la consommation du gaz par force de cheval effectif est moindre également; ainsi, avec un moteur de la force (nominale) de 16 chevaux, qui peut donner jusqu’à 40 chevaux environ, le gaz de houille consommé est de 18 pieds cubes (0mc-,504) (1) par force de cheval effectif, et si l’on multiplie ce nombre par 5 pour le gaz Dowson, on a 90 pieds cubes (2mc-,520), ce qui donne une consommation de charbon qui n’est que de 1,2 lb. (0\543) par cheval effectif et par
- heure (~90Q1") = 1,2 (°k’543)*
- M. F. G. Marshall, dans un Mémoire très étudié qu’il a lu devant Y Institution of Mechanical Engineers, donne la consommation de la houille pour trente-neuf bateaux à vapeur pour longs voyages en mer, avec machines Compound indiquant chacune 1450 chevaux de force, et fixe une moyenne d’une très petite fraction au-dessous de 2 lb. (0\906) par force de cheval effectif et par heure. On est loin d’atteindre ce résultat avec des machines terrestres de grandeur modérée et du type ordinaire, et, dans un concours récent de locomobiles de premier ordre, la consommation de combustible a été de 4 lb. (lk,812) par force de cheval effectif et par heure. Or, ces machines fonctionnent dans les conditions les plus favorables dans un concours pour récompenses, et l’on peut présumer que leur consommation ordinaire de combustible est mieux représentée dans l’usage ordinaire par 6 ou 81b. (2k,718 ou 3\624), surtout après que les bouilleurs ont servi pendant quelques mois. On voit d’après ces faits, qu’en employant le gaz de l’auteur, un petit moteur à gaz peut lutter favorablement, sous le rapport de la consommation du combustible, avec les plus grandes et les meilleures machines à vapeur, et qu’on réalise avec lui une économie
- (1) Ce nombre n’est que moitié de celui admis généralement. (R.)
- p.636 - vue 647/684
-
-
-
- FORCE MOTRICE.
- DÉCEMBRE 1881.
- 637
- très importante comparativement aux machines à vapeur de grandeur moyenne et du type usuel.
- On verra dans le tableau IV une démonstration pratique du coût du travail d’une machine à vapeur ordinaire, fonctionnant au moyen de gaz de houille, comparé avec celui d’un moteur activé par le gaz Dowson (chaque machine indiquant dans chaque cas une force de 30 chevaux effectifs). Cet examen montrera qu’un moteur à gaz mis en œuvre avec le gaz Dowson coûte environ 45 1/2 pour 100 moins qu’avec le gaz de houille à 3fr. 75 les 1 000 pieds cubes (28m,c*) et environ 471/2 pour 100 moins qu’une machine à vapeur des derniers types. Toutefois, le fait le plus frappant est, qu’avec une machine à vapeur, consommant 6 lbs (2k,718) de houiile par force de cheval effectif et par heure, sans rien ajouter pour le combustible employé pour la formation de la vapeur et après travail, il faut 217 tonnes de houille pour fournir une force égale à celle qu’on obtient avec 39 tonnes de charbon converties en gaz par le procédé de l’auteur et employé ensuite dans un moteur à gaz. Cela représente une économie réelle de combustible de 88 pour 100.
- Sans entrer dans d’autres détails relativement aux divers emplois qu’on peut faire du gaz, l’auteur ajoute seulement quelques mots concernant le pouvoir calorifique de cet agent appliqué au chauffage en général. On a vu que pour des raisons particulières il vaut mieux employer cinq volumes de son gaz au lieu d’un volume de gaz de houille ordinaire quand on travaille avec un moteur Otto, mais rexpérienee a prouvé que, dans toutes les applications du gaz au chauffage, 3,5 volumes du gaz Dowson équivalent à 1 volume de gaz de houille. Si donc Ton multiplie le coût de la production, donné dans les tableaux I, II et III par 3,5 on aura lf,529, lf,225, lf,015 ou une moyenne de lf,25 pour le prix total d’un équivalent démontré de 1 000 pieds cubes (28m,c‘) de gaz de houille pour le chauffage. Ce résultat est basé sur le travail pratique de seize générateurs, dont deux ont fonctionné pendant plus de deux ans dans une grande ferme du Montgomeryshire, appartenant à lord Sudeley.
- APPENDICE TABLEAU I.
- GÉNÉRATEUR DE GRANDEUR A (PRODUISANT 1 000 PIEDS CUBES PAR HEURE).
- Anthracite pour faire du gaz à raison de 1 000 pieds cubes (28mc) par heure = 12 Ib (5k,436) X 9 heures de travail = 108 Ib (48' ,924) c’est-à-dire un quintal à 25 francs u.
- la tonne........................................................................................ 1,25
- Gages du surveillant du moteur........................................................... 1,25
- Réparations et dépréciation du générateur, du compteur, etc. (5 pour 100 sur
- 3 125 francs = par jour de travail........................................................ 0,50
- Intérêt du capital sur la même somme......................................................... 0,50
- Total.......................... 3,50
- p.637 - vue 648/684
-
-
-
- FORCE MOTRICE. — DECEMBRE 1881.
- 638
- Gaz produit.................................................. 9 000 pieds cubes
- A retrancher le gaz employé pour produire et surchauffer la vapeur.......................................................... 1 000 *—
- Total net du gaz pour 3 fr. 50................ 8 000 —
- Coût net 0f,437 pour 1000 pieds cubes.
- TABLEAU II.
- GÉNÉRATEUR DE GRANDEUR B (PRODUISANT 1 500 PIEDS CUBES PAR HEURE).
- 1,85
- 1,25
- 0,55
- 0,55
- Gaz produit................................................. 13 500 pieds cubes
- En moins le gaz employé pour produire et surchauffer la vapeur............................................................... 1 200 —
- Total effectif du gaz 4 fr. 20................. 12 300 —
- Coût net 0 fr. 35 pour 1 000 pieds cubes.
- TABLEAU III.
- GÉNÉRATEUR DE GRANDEUR C (PRODUISANT 2 500 PIEDS CUBES PAR HEURE). Anthracite pour faire du gaz à raison de 2 500 pieds cubes par heure = 30 lb
- (13k,590) x 9 heures de travail = 270 lb (122k,310), à 25 francs la tonne................... 2,95
- Gages du surveillant................................................................... 1,85
- Réparations et dépréciation du générateur, du compteur, etc. (5 pour 100 sur
- 4 000 francs) par jour de travail......................................................... 0,65
- Intérêt du capital engagé.............................................................. 0,65
- Total.......................... 6,10
- Anthracite pour faire du gaz a raison de 1500 pieds cubes par heure = 18 lb (8k,154) X 9 heures de travail == 162 lb (73k,386), c’est-à-dire 1 quintal 1/4 à 25 fr. la tonne.
- Gages du surveillant...................................................................
- Réparations et dépréciation du générateur, du compteur, etc. (5 pour 100 sur
- 3 500 francs) par jour de travail.........................................................
- Intérêt sur le capital engagé.......................................................... . .
- Gaz produit..................................................... 22,500 pieds cubes
- Moins le gaz employé pour produire et surchauffer la vapeur. 1,500 —
- Total effectif du gaz pour 6f,10......... 21 000 —
- Coût net 0 fr. 29 pour 1 000 pieds cubes (28mc).
- p.638 - vue 649/684
-
-
-
- FORCE MOTRICE. — DECEMRRE 1881.
- 639
- TABLEAU IV.
- COUT COMPARATIF DU TRAVAIL DES MACHINES D’UNE FORCE DE 30 CHEVAUX POUR 300 JOURS DE FONCTIONNEMENT PENDANT 9 HEURES CHAQUE JOUR.
- [a) Machine à vapeur.
- Le charbon exigé = 6 lb (2*,718) par force de cheval indiquée et par heure, sans compter le charbon brûlé pour la mise en train et après le travail.
- Les frais de fonctionnement sont : charbon — 30 X 6 X 2 700 = 217 tonnes + h.
- 10 tonnes pour la consommation avant et après le travail = 227 tonnes à 18 fr. 75. . 4 250,50 Eau pour la machine à 3 gallons (13 lit. 62) par force de cheval et par heure = 3 X 30 X 2 700 = 243 000 + eau pour le soufflage, etc., soit 250 000 à 0 fr. 60 par
- 1 000 gallons (4 540 litres)....................................................... 150,50
- Huile pour la machine à 0 fr. 312 par jour X 300................................ 93,75
- Gages du chauffeur à 4 fr. 35 par jour X 300.................................... 1 312,50
- Réparations et dépréciation du bouilleur et de la machine (10 pour 100 sur 9 000 fr.). 900,00
- Intérêt du capital engagé (5 pour 100 sur 9 000 francs)...................... 450,00
- Total..............7157,25
- (b) Moteur à gaz actionné par le gaz de houille.
- La consommation de gaz pour ce grand moteur = 18 pieds cubes (O**,504) par cheval indiqué et à l’heure, donc le gaz total demandé pour 30 chevaux effectifs pendant
- 2700 heures = 30 X 18 X 2 700 = 1 458 000 pieds cubes à 3 fr. 75 par 1 000 pieds cr,
- cubes (28“e)........................................................................... 5 467,50
- Huile pour la machine 0 fr. 41 par jour X 300....................................... 125,00
- Gages du surveillant, nettoyage, etc., soit 1 fr. 25 par jour X 300................. 375,00
- Réparations et dépréciation de la machine (5 pour 100 sur 9 250 francs)............. 462,50
- Intérêt du capital engagé (5 pour 100 sur 9 250 francs). ........................... 462,50
- Total............... 6 892,50
- (c) Moteur à gaz actionné par le gaz Dowson.
- Avec un moteur Otto, 5 volumes de gaz Dowson donnent la même force que 1 volume de gaz de houille, donc le gaz Dowson exigé = 30 X 18 X 5 X 2 700 = 7290 000 pieds cubes (204mc,12O).
- Voici le coût du fonctionnement :
- Anthracite pour faire 7 290 000 pieds cubes de gaz, à 12 lb (5l,54) par 1000 pieds
- cubes (0mc,028) y compris 10 pour 100 pour les impuretés et les pertes = 7290 X 12
- = soit 39 tonnes à 25 francs......................................................... 975,00
- Huile pour la machine, O fr. 41 par jour X 300.................................... 125,00
- Salaire du chauffeur à 4 fr. 375 par jour X 300................................... 1 312,50
- Réparations et dépréciation de la machine (5 pour 100 sur 9 250 francs) et du générateur, compteur, etc. (5 pour 100 sur 4 250 francs)................................. 675,00
- Intérêt sur le capital engagé (5 pour 100 sur 13 500 francs)...................... 675,00
- Total............... 3 762,50
- p.639 - vue 650/684
-
-
-
- 640
- NOTICES INDUSTRIELLES. — DÉCEMBRE 1881.
- Économie dans le coût du travail en faveur du gaz Dowson comparé avec la
- vapeur dans la machine consommant 2l,71 par cheval et par heure (1). 471/2 pour 100,
- Économie dans le coût du travail en faveur du gaz Dowson comparé avec le
- gaz de houille à 3 fr. 75 par 1 000 pieds cubes (28»c).............. 451/2 pour 100.
- L’économie en poids de charbon en faveur du gaz Dowson et un moteur à gaz, comparé avec le moteur à vapeur qui demande 6 lb (2l,718) de houille par force de cheval effectif, est comme 217 : 39 tonnes, soit........... 88 pour 100.
- Nota. — Le prix du charbon varie dans différentes localités, mais celui qui est donné ci-dessus servira comme base de comparaison. Les salaires du chauffeur sont exagérés, car, dans le cas du générateur à gaz, il n’a besoin de consacrer que la moitié de son temps à l’entretien de la machine.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Fabrication de la laine minérale. — L’idée d’utiliser le laitier des hauts fourneaux, pour en faire un produit appelé laine minérale, a pris naissance en Allemagne, où elle a été réalisée pour la première fois par Lürmann, dans une fabrique de Osnabrueck. Pendant plusieurs années, ce produit a été fabriqué sur une petite échelle à un haut fourneau peu important de Greenswood, New-Jersey (Etats-Unis), et sa demande étant devenue plus grande, on en a installé une autre manufacture àStan-hope, N. J., où le fourneau livre vingt chariots par jour de laitier aux fabricants de laine minérale. Les procédés de fabrication différent en plusieurs points, aujourd’hui, de ceux qui furent d’abord suivis et qui ont été déjà décrits; et il n’est pas sans intérêt de donner quelques détails sur les améliorations qui sont principalement dues à M. R. D. A. Parrott. La longueur et la finesse de la fibre qu’on obtient en projetant de la vapeur d’eau à travers un courant de laitier fondu dépendent surtout de la composition et de la température de la matière fluide, la scorie tout à fait liquide et brûlante fournissant un percentage considérable d’une fibre très fine, qui est le principal objet à produire. A Stanhope, on fait échapper un jet de vapeur sous une pression de 3 à 6 kilog., d’une ouverture formée en croissant de 3,7 millimètres sur 3,5 millimètres; ce jet vient frapper un courant de laitier fondu, d’un doigt d’épaisseur environ, qui coule des cendres sur une gouttière qui dirige le courant. La vapeur divise le laitier en un nombre infinie de corps pareils à de petites balles qui, en se détachant, arrachent un fil ou une fibre. La conversion est entièrement due à la force mécanique des particules
- (1) Il faut remarquer qu’en admetlant tous les chiffres de l’auleur, l’économie est nulle, pour les machines à vapeur n’exigeant que 1 kilog. par force de cheval et par heure. (R.)
- p.640 - vue 651/684
-
-
-
- NOTICES INDUSTRIELLES. — DECEMBRE 1881.
- 641
- de vapeur, dont le trajet a une vitesse estimée à 610 mètres par seconde. Ces particules frappent contre un mur en briques élevé dans une grande chambre destinée à recueillir la laine. Les petits corps se séparent brusquement de la laine qui ne les enveloppe plus et tombent, tels qu’ils ont été formés, sur le plancher de la chambre. A Stanhope, il y a deux de ces chambres, dans chacune desquelles viennent déboucher quatre jets de vapeur, disposés par couples. Pendant qu’une des chambres est en fonction, on nettoie complètement l’autre, et on la laisse ainsi se refroidir après le travail d’une demi-journée. La laine qui est, dans la chambre, mélangée avec les petits corps solides ou grenailles, est recueillie, portée dehors et criblée au moyen d’une petite machine à vapeur. Elle demande à être fortement agitée pour être débarrassée des corps solides, et l’on ne retire du tout que 6 livres environ par pi;ed cube, qu’un chariot transporte au magasin. 80 pour 100 environ du produit est classé comme qualité ordinaire de laine minérale, et pèse 25 livres par pied cube; l’autre portion ou qualité extra, qui est de 20 pour 100, complètement débarrassée des corps solides, pèse 15 livres par pied cube. Les courants d’air produits dans la chambre par les jets de vapeur entraînent les fibres les plus légères au-dessus du mur en briques dans une arrière-chambre, où elles s’accumulent et constituent la matière du degré le plus fin. Le crible est une simple disposition, consistant en une caisse de 2m.43 de long, sur 91 centimètres de large et 60 centimètres de hauteur, qui est couverte à la partie supérieure d’un tissu métallique à mailles de 6 millimètres. La caisse est suspendue de manière que la surface du crible soit un peu inclinée, et elle reçoit un mouvement de va-et-vient au moyen d’une roue à excentrique. On lance de l’air d’en haut sur le crible au moyen d’un ventilateur pour faire partir la poussière fine. Pour l’instant on n’utilise qu’une partie de la scorie, lorsqu’elle est refroidie, mais on croit que la construction d’un fourneau à reverbère, dans lequel on conserverait la scorie fondue à sa sortie du haut fourneau jusqu’au moment de s’en servir, donnerait plus de régularité à l’opération, car on aurait ainsi une provision de matière qu’on pourrait travailler à volonté, et qui se trouverait toujours être à une température convenable. La fabrication actuelle à Stanhope s’élève à 907 kilog. par jour, et l’on pourrait augmenter la production, si cela était nécessaire, en opérant au fourneau de Greenwood, Orange Co., N. Y.
- On emploie principalement la laine minérale comme matière non conductrice de la chaleur, et les expériences suivantes, faites par M. G. E. Emeryet publiées dans un Mémoire lu devant la Société américaine des ingénieurs mécariiCièns au congrès d’Hartford, doivent être citées pour montrer l’utilité de ce produit.
- L’auteur rappelle les résultats d’un grand nombre d’expériences soigneuses qui ont été faites sur des matières non conductrices, appliquées toutes à là protection dès tuyaux de vapeur. Les expériences ont été faites de manière à reproduire aiitatht que possible la condition des tuyaux de vapeur et de leurs couvefturëà d’un usage pratique. M. Emery a trouvé que le feutre de poil était la meilleure matière non conductrice.
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Décembre 1881.
- 81
- p.641 - vue 652/684
-
-
-
- 642
- PROCÈS-VERBAUX. — DÉCEMBRE 1881.
- Prenant sa valeur pour 100, il estime celle des autres substances expérimentées de la manière suivante :
- Laine minérale, n° 2. . . épaisseur 5 centimètres. 83.02
- Sciure de bois........... — 68.00
- Laine minérale, n° 1. . . — 67.60
- Charbon de bois............ — 63,20
- Sapin coupé en travers. . — 55.30
- Terre glaise............. — 55 00
- Asbeste. . .............. — 36.30
- Chemise d’air. ...... — 13.60
- M. Emery, s’appuyant sur les résultats ci-dessus, appelle l’attention sur le peu d’efficacité de la chemise d’air, résultat tout à fait contraire à l’opinion vulgairement reçue. Il l’attribue au fait d’une circulation qui se produit, c’est-à-dire à ce que l’air se refroidissant sur un côté de l’enveloppe, descend et remonte de l’autre côté ; il est donc nécessaire de supprimer les espaces d’air, et cette suppression explique l’efficacité de ces différentes matières employées. Il ajoute que c’est l’air, probablement, qui est mauvais conducteur, mais qu’il est indispensable de le maintenir immobile au lieu de le laisser circuler. La chemise d’air n’a de valeur que si l’on empêche la circulation.
- {The Engineering ancl mining Journal.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- TROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 9 décembre 1881. [Élections.)
- Présidence de M. le baron Alph. Baude, vice-président.
- Ouverture du scrutin. — M. le Président annonce à l’assemblée que, par convocation spéciale, la Société est réunie en assemblée générale pour procéder à l’élection des membres du bureau du Conseil d’administration pour 1882, et à la ratification de la nomination des membres du Conseil, élus pendant l’année 1881.
- Il invite les membres de la Société à inscrire leur nom sur le registre de présence et à déposer leur vote dans l’urne qui est placée au milieu de la salle. •%
- Correspondance. — M. le Ministre de Vagriculture et du commerce envoie pour la bibliothèque deux exemplaires du tomeXCIXde la collection des brevets d’invention. (Dépôt à la bibliothèque.)
- M. Llaurado adresse à la Société ses remerciements pour sa nomination au titre de membre correspondant étranger du comité des arts mécaniques.
- M. Léautey (Eugène), chef de bureau à la comptabilité du Comptoir d’escompte,
- p.642 - vue 653/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX. — DÉCEMBRE 1881.
- 643
- cité Rougemont, à Paris, soumet à l’examen de la Société un ouvrage, dont il vient de publier la 4e édition, sous le titre de : Questions actuelles de comptabilité et d’enseignement commercial, Guillaumin, éditeur. (Commerce.)
- M. Cacheux (E.), ingénieur, quai Saint-Michel, 25, envoie à la Société d’encouragement le programme du concours que la Société de Passy-Auteuil a ouvert, pour la construction de vingt maisons, impasse Boileau, et dans lesquelles il a introduit des perfectionnements importants, surtout au point de vue de l’évacuation des vidanges. (Comité du commerce.)
- Mme veuve Bareau et M. Mach-Croisé présentent à la Société des modèles de meubles, dont ils désignent la fabrication par le nom de système simili-courbe. (Arts économiques.)
- M. Olivier (S.), rue de Rennes, 90, fait présenter par M. Rombi(G.), agent pour la prise de brevets, les dispositions qu’il a imaginées pour prévenir la collision des trains de chemins de fer. (Arts mécaniques.)
- M. Joly (J.), architecte vérificateur, boulevard Voltaire, 69, présente un système électro-mécanique pour empêcher les collisions des trains de chemins de fer, par des combinaisons analogues au block-système. (Arts mécaniques.)
- M. Mouline (L. E.), à Vals-les-Bains, envoie une Note imprimée, dans laquelle il recommande l’emploi du charbon soufré pour la destruction du phylloxéra (Agriculture.)
- MM. Vilmorin-Andrieux, grainetiers, font hommage à la Société d’un exemplaire du bel ouvrage in-folio illustré, qu’ils ont publié sous le titre : Les meilleurs blés. (Remerciements et dépôt à la bibliothèque.)
- Les neveux de M. Dubrunfaut, MM. Leplay et Couturier, adressent à la Société un exemplaire de ses trois derniers ouvrages, trois vol. in-8°, Gauthier-Villars, éditeur. (Dépôt à la bibliothèque.)
- M. Girard (Aimé), membre du comité des arts chimiques, envoie à la Société une brochure qu’il a publiée sur l’hydrocellulose et ses dérivés. (Dépôt à la bibliothèque.)
- Rapport des comités. — Suspension intérieure des sièges des wagons. — M. Baude fait, au nom du comité des arts mécaniques, un Rapport sur un système de suspension intérieure de wagons, présenté par M. Delessert (Ed.), l’un des administrateurs de la Compagnie des chemins de l’Ouest.
- Ltf comité propose de remercier M. Delessert (Edouard) de son intéressante communication, et de faire insérer le présent Rapport, avec le dessin qui l’accompagne, dans le Bulletin de la Société.
- Ces conclusions sont adoptées par le Conseil.
- Méthode pour le calcul des diagrammes des machines à vapeur. — M. Haton de la Goupillière lit, au nom du comité des arts mécaniques, un Rapport sur un opuscule
- p.643 - vue 654/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX.
- DÉCEMBBÉ 1881.
- 6 H
- de M. Querruel (Auguste), ingénieur, 275, boulevard Voltaire, traitant du calcul des diagrammes des machines à vapeur.
- Le comité propose de remercier l'auteur de son intéressante communication, et de décider Tiusertion du présent Rapport dans le Bulletin de la Société.
- Ces conclusions sont adoptées parle Conseil.
- Communications. — Téléphone. — M. le comte du Moncel fait une communication sur l’histoire de la découverte du téléphone parlant, de M. Graham Bell.
- M. le Président annonce à l’assemblée le résultat négatif du vote pour les élections. Le nombre des votants, constaté par le scrutin, étant inférieur au nombre prescrit par le paragraphe 1er de l’art 37 des statuts de la Société, le scrutin actuel est annulé.
- Une nouvelle assemblée générale aura lieu le 23 décembre courant; le scrutin pour l’élection du bureau du Conseil et pour la ratification des membres élus pendant l’année 1881 sera valable,.quel que soit le nombre des votants, en vertu du 4e paragraphe du même article des statuts.
- Séance générale du 23 décembre 1881.
- Présidence de M. Dumas, président.
- Ouverture du scrutin. — M. le Président rappelle à l'assemblée que la Société a été réunie pour les élections le 9 décembre courant, mais que le scrutin qui a eu lieu dans cette réunion a été annulé parce, qu’il ne présentait pas le nombre de votants exigé par l’article 37 des statuts. Une nouvelle réunion a été nécessaire pour l’élection des membres du bureau en 1882 et elle a lieu aujourd’hui. Conformément au quatrième paragraphe de l’article 37 des statuts, le vote qui résultera de ce deuxième scrutin sera valable et définitif quel que soit le nombre des votants.
- M. le Président invite les membres de la Société à inscrire leurs noms sur le registre de présence et à déposer leur vote dans l’urne
- Correspondance. — M. Cuvillier (A.), mécanicien, rue Bénard, 20, à Montrouge (Paris). Compas d’épaisseur nouveau. (Arts mécaniques.)
- M. Sourdat (L.), mécanicien, présente à la Société un fer à souder, chauffé au gaz par entraînement d’air. (Arts économiques.)
- M. Sender (Joseph), détenu militaire à Clairvaux(Aube). Nouveau système de ventilation. (Arts économiques.)
- M. de Lilliers, rédacteur en chef du Journal des sciences appliquées, rue de Laval, 19, à Paris, demande l’échange de cette publication contre le Bulletin de la Société. (Commission du Bulletin.)
- M. Lemoine (Henri), président fondateur du patronage des enfants de l’ébénisterie, rue des Tournelles, 17, demande à la Société de continuer, en 1882, à son œuvre, l’allocation qu’elle lui a accordée depuis sa fondation en 1866. (Commission des fonds. )
- p.644 - vue 655/684
-
-
-
- PROCÈS-VERBAUX. — DÉCEMBRE 1881.
- 645
- M. Fisch (A.), dessinateur photographe, rue des Dames, 45, aux BatignoIles-Paris, envoie un paquet cacheté contenant une description de deux substances mucilagi-neuses pouvant remplacer dans les arts photographiques la gélatine, l’albumine et autres substances analogues qui y sont employées. (Ce dépôt est accepté.)
- M. l’administrateur des manufactures de produits chimiques du Nord (établissement Kulhmann), à Lille (Nord), propose, pour candidat au prix fondé parla classe 47 de l’Exposition de 1878, l’un de ses ouvriers qui remplit toutes les conditions voulues. (Arts chimiques.)
- M. Hocquart (Eugène), à Gien (Loiret). Cuisson de produits céramiques par un four à feu continu. Brochure. (Arts chimiques).
- M. Lyon (André), à Neuilly. Perfectionnements dans la teinture des soieries. (Arts chimiques).
- MM. les Secrétaires signalent dans la partie imprimée de la correspondance les ouvrages suivants qui seront déposés à la bibliothèque :
- La statistique de la France, année 1878. Un volume grand in-folio, envoyé par M. le Ministre du commerce.
- M. Prévôt, à Bergerac. Fourneau pour cuire chez soi les peintures et dorures sur porcelaines. In-8, brochure.
- Association parisienne des propriétaires de machines à vapeur. 7e Bulletin 1880.
- M. Gruner (L.), membre du comité des arts chimiques de la Société, fait hommage d’un exemplaire d’une brochure extraite des Annales des mines sur la nature de l’acier le plus convenable pour les rails.
- M. le Président ordonne le dépôt de cette brochure à la bibliothèque et adresse à M. Gruner des remerciements pour l’envoi qu’il en a fait à la Société.
- Rapports des comités. — Couleurs vitrifiables. — M. Dumas (Ernest) lit au nom du comité des constructions et des beaux-arts un Rapport sur l’installation de la fabrique de couleurs vitrifiables de M. Lacroix (A.), avenue Parmentier, 186, à Paris, et sur les progrès que ce chimiste a fait faire à cette industrie.
- Le comité des beaux-arts propose :
- 1° De remercier M. Lacroix de sa communication;
- 2° De voter l’insertion du présent Rapport au Bulletin de la Société.
- Ces conclusions sont adoptées par le Conseil.
- Communications. — Télégraphie. — M. Menusier (Ernest) présente deux systèmes télégraphiques qui ont figuré au palais de l’Industrie à l’exposition d’électricité.
- Le premier de ces systèmes consisterait à établir sur mer un réseau télégraphique postal, comme sur terre. Le second aurait pour but de relier par une communication télégraphique permanente les trains de chemins de fer entre eux et avec les gares.
- M. le Président remercie M. Menusier de sa communication, qui sera examinée par le comité des arts mécaniques.
- p.645 - vue 656/684
-
-
-
- 646
- PROCÈS-VERBAUX.
- DÉCEMBRE 1881.
- Cuisson des peintures vitrifiables. — ’M. Prévôt (Antony), à Bergerac, présente à la Société un fourneau en tôle pour opérer chez soi et avec toute espèce de combustible la cuisson des dorures, peintures vitrifiables sur porcelaine, sur faïence et sur verre.
- M. le Président remercie M. Prévôt de sa communication et renvoie son examen au comité des constructions et des beaux-arts.
- Elections. — M. le Président, assisté de MM. les membres du Bureau, procède au dépouillement du scrutin, qui donne pour résultat,à funanimité des suffrages, la com-position du Bureau comme en 1881, et la confirmation des membres élus dans le Conseil pendant l’année 1881.
- En conséquence, M. le Président proclame, ainsi qu’il suit, les noms des membres du Bureau, élus pour 1882.
- Président : M. J. B. Dumas.
- Vice-présidents : MM. le baron Baude, le baron Thénard, Edmond Becquerel, l’amiral de Chabannes.
- Secrétaires : MM. Eug. Peligot, Ch. de Laboulaye.
- Censeurs : MM. le général Mengin-Lecreulx, le comte de Mony-Colchen.
- Trésorier : M. Goupil de Préfeln.
- Il déclare aussi que, par le même vote de l’Assemblée, les élections faites par le Conseil depuis la dernière Assemblée générale sont ratifiées ainsi qu’il suit :
- Pour le comité des arts mécaniques : M. Simon.
- Pour le comité de l’agriculture : M. Lava lard.
- »-QhSH§) ! »"
- p.646 - vue 657/684
-
-
-
- ( 647 )
- LISTE
- DES NOUVEAUX MEMBRES ADMIS EN 1S81
- A FAIRE PARTIE DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.
- MM.
- Bellieni fils, fabricant d’instruments de précision, à Nancy.
- Brochet, pharmacien, à Périgueux.
- Capgrand-Mothes, président de la Chambre syndicale des fabricants de produits pharmaceutiques, à Paris.
- De la Tour du Breuil, ingénieur, à Heugnes.
- Gallois, fabricant de sucre, à Francières.
- MM.
- Jacquemart, inspecteur des écoles industrielles, à Paris.
- Masson (Léon), ingénieur, à Paris.
- Marché, ingénieur civil, à Paris.
- Routier, fabricant de tapis, à Smyrne.
- Taneur, imprimeur en taille-douce, à Paris. Teodoro Mercly de Ylurralde, ingénieur, à Madrid. Wideman, chimiste, à Paris.
- p.647 - vue 658/684
-
-
-
- p.648 - vue 659/684
-
-
-
- pl.137 - vue 660/684
-
-
-
- ( 649 )
- TABLE ALPHABÉTIQUE
- DGS NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS
- DANS LA QUATRE-VINGTIÈME ANNÉE DU BULLETIN.
- ( Troisième série — tome VIII.)
- (La lettre (p) à la suite d’un article indique qu’il ne s’agit que d’une présentation.)
- A.
- Alophe {James). Cellulose sédimentée pour bougies Edison (P), 119.
- Amelte. Projet de canalisation de la Seine (P), 179. Ancelin. Sur le chauffage des wagons, eic., par l’acétate de soude cristallisé, 567.
- Andrès. Produit alimentaire (P), 119.
- Annette. Système de parquets mosaïque (P), 118. Anthoine (Marcien). Régulateur d’horlogerie (P), 503. ‘
- Arents. Sur les gravures photographiques; rapport de M. Davanne, 126.
- Armengaud jeune fils. Sur l’installation et l’exploitation des lignes téléphoniques dans le réseau do Paris (P), 337.
- Armengaud aîné. Manuel d’éclairage électrique. —Traité sur les machines à travailler les bois [Pj,
- 609.
- B.
- Baeyer. Ses procédés pour la préparation artificielle de l’indigoline. Communication deM.Æo-sentiehl, 54.
- Balny. Remède préservatif de la maladie des pommes de terre (P), 232.
- Barbe. Importation en France du procédé de fabrication du vinaigre de M. Michaëlis ; rapport de M. Trost, 97 (dessins sur bois).
- Bareau (veuve) et Mach-Croisé. Modèles de meubles du système dit simili-courbe (P), 643.
- Barrai. Biographie de M. Pierre-Améd-ée Durand, 46.
- — Biographie de M. Darblay aîné, 196.
- — Conférence sur les applications de l’électricité à l’agriculture, 616.
- Barrault {Emile). Tableau synoptique relatif aux brevets d’invention (P), 497.
- Barthez {Jean). Machine pour pelage de l’osier (P), 287.
- Baude (baron). Sur le patinage des roues des locomotives, expériences de M. de Laboriette, 404.
- — Revue générale des chemins de fer, année 1880, 337.
- Bauher. Machine à fraiser (P), 177.
- Bazin (Alfred). Notice sur les moyens d’éviter la rencontre des trains, etc. (P), 232.
- Bertin. Communication sur les trois principales inventions de M. Ch. Garnier (P), 256.
- Betz-Penot. Sur la mouture du blé dur (P), 616. Beuchot. Emploi de la vapeur dans la navigation intérieure (P), 179, 235.
- Birkel. Lampe de sûreté pour les mines (P), 404,
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Décembre 1881.
- 82
- p.649 - vue 661/684
-
-
-
- ( 650 )
- Blockx. Couleurs préposées à l’huile et au succin dissous (P), 119, 406.
- Boca (Paul). Obturateur pour photographie (P), 608.
- Bonnefin. Filtre capillaire (P), 503.
- Bonnefoy (J. J.). Baratte nouvelle (P), 614.
- Bonnotte (T). Objets en fonte soudée, 402.
- Borgna. Régulateur applicable au tirage des appareils de chauffage (P), 177.
- Bouilhet (Henri). Conférence sur les procédés électrométallurgiques (dessins sur bois), 577.
- Bourdon (Ch.). Sur le traitement des vignes phyl-loxérées par insufflation de vapeur de sulfure de carbone, 208.
- Brandin (Arthur). Sur l’agriculture des États-Unis et du Canada, 158, 211.
- Bricard. Verrou à levier articulé pour porte d’appartement; rapport de M. Bunel, 622 (dessin sur bois).
- Brulé (Ernest). Varlopeuse (P), 609.
- Brunei (Désiré). Nouveau moteur fonctionnant par Pair (P), 232.
- Brush. Système de machine pour l’éclairage électrique, 394.
- Bunel. Rapport sur les modèles pour faciliter l’étude de la coupe des pierres, de M. Monduit, 355,
- — Rapport sur un verrou à levier articulé pour porte d’appartement de MM. Bricard (dessin sur bois), 622.
- G.
- Cacault. Application de la photographie à la céra-, inique (P), 614.
- Cacheux. Documents sur la construction des habitations ouvrières (P), 407.
- — Programme de la Société de Passy-Auteuil,
- 643.
- Capgrand-Mothes. Sur un nouveau procédé de culture du chêne-liège, 506; rapport de M. Chatin, 505.
- Cassagnes. Sténographie mécanique de M. Michela (P), 234.
- Chamissy (Francisque). Fleurs naturelles conservées (P), 611.
- Chapman (Henry). Sur les filtres mécaniques du système Farquhar 318 (dessins sur bois).
- Charton. Cuirs gaufrés décoratifs; rapport de M. Dufresne, 194.
- Château (Léon). Documents sur le traité franco-américain (P), 334.
- Chatel (Victor). Enquête sur l’utilité ou la nuisance des oiseaux, 403.
- Chatin. Rapport sur un nouveau procédé de culture du chêne-liège, par M. Capgrand-Mothes, 505.
- Chef d’hôtel père. Turbine automatique (P), 179.
- Chertemps et Poirot. Machine à gerber; rapport de de M. Pihet, 620 fpl. 137, A).
- Christie (H.). Mécanisme pour assembler les wagons de chemin de fer (Pj, 499.
- Ckiandi-Bey (A.). Utilisation des résidus des distilleries d’alcool (P), 614.
- Colart (G. R.). Sur l’industrie de la tourbe, 339.
- Collignon. Rapport sur un ouvrage de M. Alfred Picard, intitulé: Alimentation du canal de la Marne au Rhin et du canal de l’Est, 345.
- Comberousse (de). Discours prononcé lors de l’inauguration de la statue de Denis Papin, 233.
- Coret (A.). Mécanisme pour transformer un mouvement circulaire alternatif en mouvement continu (P), 235.
- — Purgeur automoteur pour machines à vapeur (P), 121.
- — Moyen pour prévenir les explosions des chaudières à vapeur (P), 177.
- Cotard. Étude sur la question des voies navigables (P), 407.
- — De l’aménagement des eaux, 500,
- Courtois (A. H.). Études sur les machines centrifuges (P), 609.
- Cuvillier. — Compas d’épaisseur (P), 644.
- Cuyper (de). Brochures diverses (P), 285.
- D.
- Dalican. Balance aréolhermique (P), 180.
- Darblay aîné. Sa biographie, par M. d. A. Barrai,
- 196.
- Davanne. Rapport sur les gravures photographiques de M. Arents, 126.
- — Rapport sur les procédés de topogravure et de zincographie de M. le commandant de la Noë, 414 (pl. 132).
- p.650 - vue 662/684
-
-
-
- ( 651 )
- — Rapport sur les procédés d’aciérage des planches gravées, de photogravure, etc., de M. H. Garnier, 569 (PI. 135-136), 12.
- Davioud, membre du comité des constructions et beaux-arts. Annonce de sa mort, 285.
- Debray. Sur la fabrication du sulfate d’alumine du commerce, 604.
- Delaurier. Machine magnéto-tellurique (P), 614.
- Delessert {Ed.). Suspension intérieure pour voitures ordinaires ou de chemin de fer (P), 609.
- Demeule (G.). Mécanique générale à l’exposition de 1878, 612.
- Denormandie. Discours prononcé à la Conférence monétaire internationale, 534.
- Deschamps. Meunerie ambulante (P), 118.
- Desgrandchamps. Perfectionnement des machines à fraiser, et amélioration des fraises (P), 177.
- Dowson (J. Emerson). Sur la production économique du gaz pour moteurs à gaz, 632.
- Dubrunfaut, membre perpétuel donateur. Annonce de sa mort, 608.
- — Notice biographique, 625.
- Dufresne. Rapport sur les cuirs gaufrés décoratifs de M. Gharton, 194.
- Dumas (J. B.). Eloge biographique de M. Henri-Victor Régnault, membre de l’Académie des sciences, 291.
- — Observations sur la présentation de la pile secondaire de M. Émile Faure, 403.
- — Discours prononcé au Congrès international des électriciens, 465.
- — Discours prononcé à la Conférence monétaire internationale, 515.
- Du Moncel (comte). Rapport sur le système de remise à l’heure des horloges publiques, de M. Fe-non, 186 (pl. 127).
- — Sur l’histoire de la découverte du téléphone parlant de M. Graham-Bell, 644.
- Dupuis (Ch.). Levier hydraulique, 402.
- Durand-Claye [Alfred). Assainissement de quelques villes allemandes, br. (P), 337.
- Durand [Pierre-Amédée). Sa biographie, par M .J. A. Barrai, 46.
- E.
- Eissenemann [R.). Purification des flegmes d’eau-de-vie par l’électricité (P), 609.
- Epplé. Filtre à air pour la conservation de la bière (P), 614.
- Engel-Doitfus. Bulletin de l’association de Mulhouse pour prévenir les accidenis de machines 499.
- F.
- Farquhar. Système de filtrage industriel, par M. Chapman, 318 (dessins sur bois).
- Faure [Camille). Pile secondaire emmagasinant l’électricité (P), 288, 407.
- Favier (A.). — Décortication de la ramie (P), 333, 500.
- — Les orties textiles (P), 612.
- Fédé [Jean). Nouveau système de manivelle à simple course, avec bielle à deux glissières (P), 232.
- Fisch [A.). Paquet cacheté contenant une description de deux substances mucilagineuses pouvant remplacer la gélatine, etc., dans la photographie, 645,
- Forquenot. Sur les effets de la température sur la résistance du fer et de l’acier, 606.
- Franc. Chemin de fer télégraphe (P), 180.
- G.
- Gabelle. Cuisson de la peinture sur porcelaine à feu nu (P), 284.
- Gaffield [Thomas). Sur l’action de la lumière solaire sur le verre, 425.
- Gagnage. Cellulose sédimentée pour bougies Edison
- (P), H9.
- Gaiffe. Sur l’allumage électrique des becs de gaz (P), 500.
- Gallois [Ch.). Epuisement des pulpes et des écumes de sucreries; rapport de M. Aimé Girard, 181 (dessin sur bois).
- Garnier [Henri). Procédés d’aciérage des planches gravées, de photogravure, etc.; rapport de M. Da-vanne, 569 (pl. 135, 136).
- Gavand [Eugène). Brochure sur la Crau (P), 403.
- p.651 - vue 663/684
-
-
-
- ( 652 )
- Gilbert [Jules). Nouveaux crayons à mine de graphite et de couleur (P), 499.
- Girard [Aimé). Rapport sur les machines à couler les bougies, de M. Paul Morane aîné, 69 (pl. 124, 126).
- — Rapport sur les procédés de M. Gallois, pour l’épuisement des pulpes et des écumes de sucreries, 181 (dessin sur bois).
- — Sur l’hydrocellulose, 356.
- — Notice sur le même snjet, 643.
- Giroud. Album de ses appareils pour l’industrie du gaz (P), 333.
- Gonin. Instrument de géodésie (P), 235.
- Goppelsroeder [Frédéric). Formation des matières colorantes par voie électro-chimique (P), 612.
- Goulier (colonel). Note additionnelle sur l’application du celluloïd aux rapporteurs topographiques, 241.
- Graham Bell. Sur la production du son par l’énergie radiante, 358 (dessins sur bois).
- Gras. Papier parchemin pour la fabrication des gargousses, boyaux-amorces et papier pour la pyrotechnie (P), 406.
- Gravier. Procédés d’induction dynamo ou magnéto-électrique (P), 118.
- — Procédés pour la distribution de l’électricité (P), 121.
- Grisou. Notice sur l’extinction du paupérisme (P), 236.
- Grivellè. Moyen d’éteindre les incendies (P), 608.
- Gruner. Mémoire sur la nature de l’acier le plus convenable pour les rails, 645.
- Guérin. Système de bouchage inversable (P), 235.
- Guignel. Brochure sur la mise en valeur des terrains de la Somme (P), 333.
- Guillemare. Eclairage à la soléine (P), 180.
- H.
- Harbulot et Leneu. Appareil pour faire reconnaître la margarine ou autres’corps gras étrangers incorporés au beurre (P), 121.
- Hélouis (A.). Procédé pour recueillir l’oxygène de l’air au moyen d’un apppareil dialyseur (Pj, 286.
- Hénault. Tarifs pour la confection économique des vêlements (P), 176.
- Henry-Lepaule fils. Appareil de phare; rapport de M. Redier, 410 (pl. 131).
- Hersent. Nouvelles formes de radoub construites dans la darse du Misiessy, au port de Toulon ; rapport de M. Voisin-Bey, 9 (dessins sur bois et pl. 122 et 123).
- Hetet. Observations sur les huiles neutres, 615.
- Hirn. Erochure sur l’explication d’un paradoxe apparent d’hydrodinamique (P), 337.
- Hocquart [Eugène). Cuisson de produits céramiques par un four à feu continu (P), 645.
- Hubert-Gourrier. Traité de la culture de l’olivier et de la fabrication de l’huile d’olive (P), 176.
- Hubert. Emploi du tabac pour la guérison des morsures (P), 499.
- I.
- Isidore Pierre, correspondant de la Société. Sa mort, 613.
- j.
- Jacquelain (F. A.). Mémoire sur la fabrication d’un combustible économique, 545 (pl. 134).
- James (Edouard). Traité pratique etsuccint d’hygiène (P), 133.
- Jamin. Sur une modification de la lampe électrique, 475.
- Jarre. Appareil pour remplacer les robinets de gros diamètre sur les conduites à gaz (P), 177.
- Joannon [François). Destruction du phylloxéra (P), 332.
- Johann [Albert). Système hydro-pneumatique pour transmission de l’heure (P), 402.
- Joly. Brochure sur les étiquettes horticoles (P), 233.
- — Notes sur deux Sociétés d’horticulture aux États-Unis, 500.
- — Note sur l’horticulture en Algérie, 612.
- Joly (J0, Système électro-mécanique pour prévenir la collision des trains de chemins de fer (P), 643.
- Jus. Sur les sondages en Algérie (P), 614.
- Jourdain [Maurice). Compte rendu des séances de
- p.652 - vue 664/684
-
-
-
- ( 653 )
- l’Association parisienne des propriétaires d’appareils à vapeur (P), 403.
- K.
- Kulhman. Annonce de sa mort, 123. — Notice biographique, par M. Girardin, de Rouen, 262.
- Laborietie {de). Sur le patinage des roues des locomotives, 404.
- Laboulaye {de). Rapport sur un moulin-tamiseur de M. Poirier, 35.
- — Rapport sur la fabrication des velours et peluches de M. Lepage, 289 (pl. 130).
- Lacarrière {G. L.). Piocheuse verticale mécanique pour déblais dans les terrains compacts. (P), 232.
- Lacroix {Jacques). Machine pour la filature du lin et du chanvre (P), 284.
- Lagier. Plan de Paris (P), 503.
- Lahure. Impressions en chromo-typographie (P), 235.
- Lainé {Ch.). Bouchon économique (P), 336.
- Lair. Etudes pratiques sur le traitement industriel des matières de vidange (P), 179.
- Lafollye{de). Note sur les procédés à employer pour la reproduction autographique des écritures, 95.
- — Sur la conservation du bois par le sulfate de cuivre, 422.
- La Noë (commandant de). Procédés de lopogravure et de zincographie ; rapport de M. Davanne, 414 (pl. 132).
- Lanant (A.). Machine motrice à pétrole (P), 615.
- Lattuada {Jean). Calendrier perpétuel électrique, automatique (P), 402.
- Lavalard. Sa nomination de membre du comité d’agriculture, 233.
- Lavigne. Système de roue doublant la force (P),
- 615.
- Leauley. Questions actuelles de comptabilité et d’enseignement commercial (P), 643.
- Leblanc {Félix). Sur les essais d’éclairage intensif,
- 124.
- Lebon. Note sur l’emploi de la dynamite (P), 119.
- Lecoustey {Joseph). Scies à rubans (Pj, 287.
- Le Cyre. Télémètres répétiteurs; rapport de M. Se-bert, 133 (pl. 126).
- Lefevre. Opérations commerciales, le change et la banque ; rapport de M. Gustave Roy, 291.
- — Sur l’enseignement commercial en France; rapport de M. Legentil, 242.
- Lefevre-Bergeot. Système pour cheminées d’appartement (P), 608.
- Legentil. Rapport sur une brochure de M. H. Lefevre sur l’enseignement commercial en France, 242.
- Legris. Modèle de grille pour foyers (P), 406.
- Legrisson {A.). Moyens d’empêcher les incendies (P), 287.
- Lemercier. Machine-batteur sans meule pour pulvériser les graines, les produits chimiques et autres matières (P), 121.
- Lepage. Sur les matières textiles indigènes à fibres courtes (P), 179, 406.
- — Fabrication des velours et peluches; rapport de M. de Laboulaye, 289 (pl. 130).
- Lequy. Etudes sur la mécanique et les moissonneuses (P), 119.
- Letorey. Système de décoration par des tapisseries peintes, 434.
- Létrange. Application de l’électricité à la métallurgie (P), 614.
- Leune et Harbulot. Margarimètre (P), 121.
- Levassor {J.). Nouveau système de moteur (P),
- 615.
- Llaurado, ingénieur, à l’Escurial, sa nomination comme correspondant de la Société, 614.
- Luuyl. Rapport sur une explosion de chaudière à vapeur, en Angleterre, 503.
- Lijon {André). Apprêtage des étoffes (P), 609.
- — Perfectionnements dansja teinture des soieries (P), 643.
- M.
- Mach-Croisé et veuve Bareau. Modèles de meubles du système dit simili-courbe (P), 643.
- Mathias {Ferdinand). Machines à percer et à tarauder, 252 (pl. 128 et 129), (dessins sur bois).
- p.653 - vue 665/684
-
-
-
- ( 654 )
- Mangon [Hervé). Sur un nouveau traitement des vignes phylloxérées, par M. Charles Raurdon,
- 208.
- Maistrasse. Moyen pour déceler l’impureté de l’étain des étamages; rapport de M. Vincent, 231.
- Maistre [Jules). Sur l’influence des forêts et des cultures sur le climat et le régime des sources (P), 334.
- Maldinê. Appareils syphoïdes pour eaux gazeuses, (P), 503.
- Malen. Instrument pour mesurer les distances inaccessibles (P), 615.
- Marché. Sur le brûleur intensif à gaz de M. Siemens (P), 124.
- Martin. Horloges pneumatiques (P), 288.
- Marquardt. Action destructive des graisses animales et végétales pures sur les machines et les chaudières à vapeur, 400.
- Mascart. Rapport sur les travaux pratiques du Congrès international des électriciens, 468.
- — Exposé sommaire des travaux du jury à l’Exposition d’électricité, 559.
- Maurice [Gustave). Secrétaire de la rédaction du Bulletin, sa mort, 122; note des secrétaires, 69.
- Menier, membre perpétuel, — fondateur de la Société, sa mort, 233.
- Mengin-Lecreulx (général). Discours prononcé sur la tombe du général Doutrelaine (P), 337.
- Menusier [Ernest). Systèmes télégraphiques sur mer et sur chemins de fer (P), 645.
- Merino et Samper. Procédé pour la transmission du mouvement par des câbles (P), 121.
- Meunier [Paul). Fabrication du carbonate de soude (P), 336.
- Michaëlis. Procédé de fabrication du vinaigre ; rapport de M. Troost, 97 (dessins sur bois).
- Michela. Sténographie mécanique (P), 234.
- Miotat. Ouvrage intitulé : Assainissement des égouts et des habitations (P), 236.
- Molon [de). Sur des gisements de tourbe à paraffine (P), 178.
- Missonier (P. M.). Appareil d’aérostalion (P), 609.
- Monduit. Modèles pour faciliter l’élude de la coupe des pierres; rapport de M. Bunel, 355.
- Monniê. Système de brosses pour parquets (P), 503.
- Morane [Paul) aîné. Machines à couler les bougies; rapportée M. Aimé Girard, 69 (PI, 124, 125).
- Mouline, Emploi du charbon soufré contre le phylloxéra (P), 643.
- Moullon. Allocution sur la nécessité de créer des
- syndicats pour combattre le phylloxéra, 151. Musin (A.). Brochure sur l’unification du numérotage des fils; rapport de M. Édouard Simon, 623.
- N.
- Naudin [Laurent). Procédés pour débarrasser les alcools bruts ou flegmes des mauvais goûts (P),
- 616.
- Navilie [E. A.). Projet de Société pour l’enseignement des langues (PJ, 611.
- Noël (G.). Machine pour fabriquer des briques (P), 503.
- Nourrit [Mme veuve). Produit alimentaire deM. An-clrès (P), 119.
- O.
- Olivier [S.). Disposition pour prévenir la collision des trains de chemins de fer (P), 643.
- Oriolle [P.). Appareil extincteur des incendies (P), 287.
- Otto Lelm. Appareil pour la reproduction aulogra-phique de l’écriture et des dessins; rapportée M. Selert, 81 (dessins sur bois).
- P.
- Paliard. Rapport sur divers appareils de sauvetage en cas d’incendie, 101.
- — Sa nomination, comme membre perpétuel-do-nateur, 118. Notice nécrologique, 150.
- Paris [E.), Isolateur métallique ; — tube pour télégraphe; — globe d’éclairage; — lanterne sphérique ; — mosaïque (P), 614.
- Parod [E.). Système de canalisation de l’éleetricité (P), 235.
- Passy (de). Conférence sur l’emploi des eaux en agriculture par les canaux d’irrigation, 107.
- p.654 - vue 666/684
-
-
-
- ( 655 )
- Pasteur. Discours prononcé au congrès médical de Londres, 592.
- — Sur la vaccination charbonneuse, 690.
- Pechard (E.). Pince-contrôle perfectionnée (P), 609.
- Pelouze (Eugène), membre de la Société, annonce
- de sa mort, 233.
- Perrolaz. Description d’un instrument nommé lon-gigraphe (P), 407.
- Picard (Alfred). Ouvrage intitulé : Alimentation du canal de la Marne au Rhin et du canal de l’Est ; rapport de M. Collignon, 345.
- Pierre (Colonel). Rapport sur un appareil pour le raccommodage des brancards de voitures cassés, par M. Poirot, 463 (dessin sur bois).
- Pichard (Émile). Mémoire sur l’épuration des eaux (P), 233.
- Picq. Appareil pour emmagasiner les forces perdues (P), 177.
- Pihet. Rapport sur un monte-charge de M. Paul Poirot, 617 (pl. 137, B).
- — Rapport sur une machine à gerber de MM Paul Poirot et Chertemps, 620 (pl. 137, A).
- Pinta (J.). Brochures sur une nouvelle culture du blé et sur le labourage par la vapeur (P), 284, 406.
- Plassiard. Mémoire sur les cordes harmoniques (P), 122.
- Poillon. Deux: notices imprimées relatives, l’une à l’utilisation de la chaleur solaire par le système Théophile Foucauld, l’autre à l’emploi de l’air comprimé pour la distribution à domicile du froid et de la force motrice (P), 119.
- — Sur la mensuration hydraulique des forces ; sur les inventions mécaniques et leur exploitation, 611.
- Poirier. Moulin-tamiseur; rapport de M. de Labou-laye, 45.
- Poirot (Paul). Raccommodage de brancards de voitures cassés; rapport de M. le colonel Pierre, 463 (dessin sur bois).
- — Monte-charge ; rapport de M. Pihet, 617 (planche 137, B).
- — et Chertemps. — Machine à gerber ; rapport de M. Pihet, 620 (pl. 137, A).
- Potel. Matière plastique. Capsulage hermétique. Conservation des viandes (P), 120.
- — Système de voie ferrée entièrement métallique (P), 118.
- Popp-Resch. Horloges pneumatiques (P), 288.
- Preece (W. P.). Sur l’économie résultant de l’emploi de la lumière électrique, 277.
- Q
- Quéruel (Aug.). Méthode pour le calcul des diagrammes des pressions pendant le fonctionnement des machines à vapeur (P), 492.
- R.
- Ragosine. Création d’un prix pour l’invention d'une lampe brûlant des huiles lourdes de pétrole,
- 177.
- Ravenac (H.). Appareil appelé compas-enteur pour l’allongement des échelles (P), 406.
- Redier. Rapport sur un appareil de phare, par MM. Henry-Lepaute fils, 409 (pl. 131).
- Régnault (Henri-Victor), membre de l’Académie des sciences, sa biographie, par J. R. Dumas, 294.
- Régnier (Émile). Sur une pile électrique secondaire emmagasinant l’électricité, de M. Camille Faure (P), 288.
- Regray. Sur des expériences faites avec un wagon dynamométrique de la Compagnie de l’Est (P),
- 612.
- Revin (J.). Projet de machine routière porte rails (P;, 609.
- Richard. Baromètre et thermomètre enregistreurs (P), 285.
- Robert. Sur la rotation d’un ballon captif (P), 609.
- Roger. Machine typographique (P), 499.
- Ronna. Notice sur la ramie, 500.
- Rigolier. Système de traverses métalliques pour chemins de fer (P), 177.
- Rivage (Ch.). Appareil d’astronomie (P), 332.
- Rixens (J. M.). Mémoire sur la sécurité des chemins de fer (P), 609.
- Rosenstiehl. Sur les procédés de M. Raeyer pour la préparation artificielle de l’indigotine, 54.
- Rousset (Paul-C.). Sur une nouvelle sonde marine pour les grandes profondeurs, 283.
- Routier. Sur l’industrie et le commerce des tapis turcs, 62, 610.
- Roy (Gustave). Rapport sur le livre de M. H. Le-fevre, intitulé : le Change et la Banque, 291.
- p.655 - vue 667/684
-
-
-
- ( 656 )
- S.
- Samper et Merino. Transmission du mouvement par des câbles (PJ, 121.
- Schlœsing. Industrie de la magnésie, 477.
- Schlumberger. Rapport sur l’association de Mulhouse pour prévenir les accidents de piachines, 483.
- Schutzenberger. Rapport sur le moyen proposé par M. Maistrasse pour déséler l’impureté de l’étain dans les étamages, 232.
- Sebert. Rapport sur un appareil pour la reproduction de l’écriture et des dessins, par M. Otto Lelm, 81 (dessins sur bois).
- — Rapport sur les télémètres répétiteurs deM. le Cyre, 133 (pl. 126).
- — Rapport sur un compteur totalisateur électrique de M. Dumoulin-Froment, 457 (Pl. 133).
- — Sur l’allumage électrique des becs de gaz, par M. Gaiffe (P), 500.
- Seguy. Système de pendules à marche continue, sans besoin de remontage (P), 232.
- Sellier. Moyens de diriger les ballons (P), 284.
- Sender. Système de ventilation (P), 644.
- Siemens (Dr W.). Le gaz et l’électricité considérés comme agents calorifiques, 378.
- Silvesire (baron de). Annonce de sa mort, 285.
- Simon [Édouard). Son entrée au Conseil comme membre du comité des arts mécaniques, 502.
- — Situation générale des industries textiles, 616.
- — Rapport sur la nouvelle étude sur l’unification du numérotage des fils, par M. Alfred Musin, 673.
- Sourbé (T.). Ralance densivolumélrique (P), 402.
- Sourdat. Fer à souder chauffé par le gaz (P), 644.
- Sudre. Rapport sur la fabrication d’un combustible économique, par M. Jacquelain, 553.
- T.
- Tabouret [Ad.). Appareil pour éviter les accidents produits par les scies circulaires (P), 608.
- Tardieu. Notice sur M. Dubrunfaut, 625.
- Thanneur. Sur le bois de Quebracho, 488.
- Théron de Montaugé. Rapport fait en 1880 à la Société d’agriculture de la Haüte-Garonne (P), 284.
- Thiollier (A.). Sur les huiles neutres raffinées, 495,
- Thiers [R.). Revendication de la priorité du système Lacassagne et Thiers pour l’application de l’éclairage électrique, 333.
- Trautwine. Sur la résistance des briques à l’écrasement, 231.
- Troo&t. Rapport sur le procédé de fabrication du vinaigre, de MM. Michaelis et Barbe, 97 (dessins sur bois).
- V.
- Van Heyden. Moyen pour arrêter les trains de chemin de fer (P), 600.
- Vincent. Rapport sur la fabrication des objets en celluloïd, 237.
- Vilmorin. [M.). Rapport sur les produits agricoles à l’exposition de 1878, 612.
- — Andrieux. Ouvrage ayant pour titre : Les meilleurs blés, 643.'
- Vivien (A.). Traité de sucrerie (P), 333.
- Voirin. Observations sur la loi actuelle des brevets (P), 609.
- Voisin-Bey. Rapport sur les nouvelles formes de raboub construites dans la darse du Misiessy, au port de Toulon, 9 (dessins sur bois et pl. 122 et
- 123).
- p.656 - vue 668/684
-
-
-
- ( 657 )
- TABLE
- ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE
- DES MATIÈRES
- CONTENUES DANS LA QUATRE-VINGTIÈME ANNÉE DU BULLETIN.
- (Troisième série — tome VIII.)
- (La lettre (P à la suite d’un article indique qu’il ne s’agit que d’une présentation.)
- A.
- Aciérage. Procédé pour 1’, des planches gravées, par M. H. Garnier, 236 ; rapport de M. Da-vanne, 569 (PI. 135, 136).
- Acier. Effets de la température sur la résistance du fer et de F, par M. Forquenot, 606.
- Accidents de machines. Notice sur l’association de Mulhouse pour prévenir les, 483.
- — Appareil pour éviter les, causés par les scies circulaires, par M. Tabouret (P), 608.
- Acétate de soude cristalisé. Sur le chauffage des wagons, voitures, etc., par F, de M. A. Ancelin, 567.
- Aéorostation. Sur les moyens de diriger les ballons, par M. Sellier (P). 284.
- — Appareil pour faire marcher un aérostat, par M. Missonier (P), 609.
- Agriculture. Conférence sur l’emploi des eaux en, faite à l’Exposition universelle de 1878, par M. de Passy, 107.
- — Sur l’agriculture des États-Unis et du Canada, par M. Arthur Br andin, 158, 211.
- — Sur la culture de l’olivier et la fabrication de
- Tome VIII. — 80e année. 3e série.
- l’huile d’olive, par MM. Hubert-Gourrier et Boursier (P), 176.
- — Sur la culture du chêne-liège, par M. Gap-grand-Mothes, 180; rapport de M. Chatin et mémoire de M. Gapgrand-Mothes, 505.
- — Sur Futilité ou la nuisance des oiseaux en, par M. Victor Ghatel (P), 403.
- — Sur une nouvelle culture du blé, et sur le labourage par la vapeur, par M. X. Pinta (P), 284, 406.
- — Sur la vaccination charbonneuse, par M. Pasteur, 600.
- Air comprimé. Sur l’emploi de F, pour la distribution à domicile du froid et de la force motrice, par M. Poillon (P), 119,
- Alcool. Appareil électrique pour la purification des flegmes d’, par Eissenemann (P), 609.
- — Note sur l’utilisation des résidus des distilleries d’, par M. CMandi-Bey (P), 614.
- — Procédés pour débarrasser F, brut ou flegme des mauvais goûts, par M. Naudin (P), 616.
- Appareils diwers. Appareil pour la fabrication du vinaigre par les procédés de M. Mi-chaëlis, importé en France par M. Barbe; rapport de M. Troost, 97 (dessins sur bois).
- — De sauvetage en cas d’incendie; rapport de M. Paliard, 101.
- Bécembre 1881.
- 83
- p.657 - vue 669/684
-
-
-
- ( 658 )
- — Purgeur-automoteur pour machines à vapeur, par M. Aug. Goret (P), 121.
- — Procédé américain pour transmission du mouvement par des câbles, par MM. Samper et Me-rino (P), 121.
- — Système de régulateur applicable au tirage des, de chauffage, par M. Borgna (P), 177.
- — Sur un appareil pour remplacer les robinets de gros diamètre sur les conduites à gaz, par M. Jarre
- (P), 177.
- — Appareil pour emmagasiner les forces ordinairement perdues, par M. Picq (P), 177.
- — Appareil de phare pour feu de direction, avec systèmes d’écrans pivotants, par MM. Henry-Lepaute fils, 179; rapport de M. Bedier, 407 (pl. 131).
- — Pour couper la trame des velours et peluches, par M. Lepage, 118; rapport de M. de Laboulaye, 289 (pl. 130).
- — Petite grue, dite gerbeuse, applicable à la manœuvre des futailles dans les chais, par MM. Paul Poirot et Chertemps.
- — Sur un, pour faire reconnaître la quantité de margarine ou autres corps gras étrangers incorporés au beurre, par MM. Harbulot elLeune (P),
- 121.
- — Instrument de sténographie mécanique, M. Mi-chela (P), 234.
- — Mécanisme pour transformer un mouvement circulaire alternatif en mouvement continu, par M. Goret (P), 235.
- — Appareil dialyseur pour recueillir l’oxygène de l’air, par M. Helouis, 286.
- — Petit appareil pour le chargement sur des camions des caisses et autres fardeaux, par M. Paul Poirot, 335.
- — Appareil, dit compas-enteur, pour obvierait
- manque de longeur des échelles, par M. Ra-venac (P), 407. I
- — Appareil dit longigraphe, par M.Pem>te(P),406.
- — Pour le raccommodage des brancards de voitures cassés, par M. Poirot ; rapport de M. le colonel Pierre, 463 (dessin sur bois).
- — Siphoïdes pour eaux gazeuses, par M. Henri Maldiné (P) , 503.
- — Obturateur pour photographie, par M. Paul Boca (P). 608.
- — Signal pour éviter les collisions des trains, par M. Rixens (P), 609.
- — Pour l’apprêtage des étoffes, par M. André Lyon (P), 609.
- — Photographie d’une varlopeuse, par M. Ernest Brulé (Pj, 609.
- — Mode de suspension intérieure pour voitures de terre ou de chemins de fer, par M. Delessert (P), 609.
- — Pince-contrôle perfectionnée, par M. Péchard (P), 609.
- — Monte-charge, par M. Paul Poirot; rapport de M. Pihet, 618 (pl. 137, B).
- — Machine à gerber, par MM. Poirot et Chertemps ; rapport de M. Pihet, 620 (pl. 137, A).
- — Verrou à levier articulé et gâche mobile, par MM. Rricard frères; rapport de M. Bunel, 622 (dessin sur bois).
- Aréométrie. Sur une balance aréothermique, par M. Dalican (P), 180.
- Arts décoratifs. Sur des tentures artistiques, par M. Letorey, 434.
- — Décoration des vitres, glaces, etc., parM. ZMz-Knetchlè (P), 610.
- — Mosaïque, par M. Paris (P), 614.
- Autograpliie. Appareil pour la reproduction aulographique de l’écriture et des dessins, de M. OttoLelm; rapport de M. Sebert, 81 (dessins sur bois).
- — Note de M. de Lafollye sur les procédés à employer pour la reproduction par 1’, des écritures, 95.
- S.
- Balance. Système de, densivolumétrique, par M. T. Sourbé (P), 402.
- Balayage. Traitement des ordures et immondices provenant du, des rues des villes, 398.
- Baratte. Nouveau modèle de, par M. Bonnefoy (P), 615.
- Baromètre. Système de, enregistreur, par MM. Richard frères (P), 285.
- Bibliographie. Rassegna del commercio et delle industrie, publication italienne, Turin,
- 119.
- — Description des appareils Henning pour la concentration et renclanchement des leviers et des aiguilles des chemins de fer, à Winterthur (Suisse), 120.
- — Le Monde physique, par Amédêe Guillemin, 120.
- p.658 - vue 670/684
-
-
-
- ( 659 )
- — Rapport de l’Exposition de Dusseldorf, par M. Gautier, secrétaire du comité des forges de France, 120.
- — Observations sur le système particulier des cartes d’égale superficie, par M. Ed. Collignon, 120.
- — Sur les polygones inscriptibles, par M. Ed. Collignon, 120.
- — Rapports du jury international de l’Exposition de 1878, relatifs à l’architecture, aux machines et à la carrosserie, 122.
- — Rapport sur les moyens propres à prévenir les explosions du grisou dans les houillères, par M. Eaton de la Goupülière, 122.
- — Mémoire sur les cordes harmoniques en général et spécialement sur celles des instruments à archet, par M. Plassiard, 122.
- — Étude géologique et agronomique du Cher, par M. Peneau, 177.
- — Nouveau système pour protéger les fruits et hâter leur maturité, par M. de Saint-Prix, 177.
- — Sur les études de géologie agronomique aux Etats-Unis, par M. Delesse, 178.
- — Les vignes du Soudan, par M. Lavallée, 180.
- — Note sur quelques nouveaux becs intensifs, par M. Cornuault, 180.
- — Étude sur l’histoire de la production et du commerce de l’étain, par M. H. Dufrène, 180.
- — Les étiquettes horticoles, par M. Ch. Joly, 233.
- — Arrêté réglementaire sur les compteurs d’eau, 233.
- — Assainissement des égouts et des habitations, par M. Miotat, 236.
- — Filtrage industriel; système Farquhar, 236.
- — Notice sur l’extinction du paupérisme au moyen d’une assurance mutuelle contre la misère, par M. Grisou, 236.
- — Rapport présenté, en 1880, au nom de la commission des prix, à la Société d’agriculture de la Haute-Garonne, par M. Théron de Montaujé, 284.
- — Sur les grandeurs électriques et leurs mesures en unités absolues, par M. Blavier, 284.
- — Enseignement professionnel en Russie, par Ch. de Cuyper, 285.
- — Enseignement technique en Italie, par M. Ch. de Cuyper, 285.
- —- Les Universités royales en Italie, par M. Ch. de Cuyper, 285.
- — Annuaire des musées cantonaux et autres institutions nationales patriotiques privées, par M. Edmond Groult, 285.
- — Assainissement de quelques villes allemandes, notamment de Dantzig, de Berlin et de Breslau, par M. Alfred Durand-Claye, 337.
- — Projet de canalisation de la Seine, par M. Amette fils, 334.
- — Sur la mise en valeur des mauvais terrains de la Somme par la plantation d’arbres résineux, par M. Guignet, 333.
- — Bulletin de la station agronomique de la Somme, par M. Guignet, 333.
- — Annuaire statistique de la France, lre année 1878, 334.
- — Documents sur le traité franco-américain, par M. Léon Ghotteau, 334.
- — De l’influence des forêts et des cultures sur le climat et le régime des sources, par M. Jules Maistre, 334.
- — Catalogue supplémentaire de la bibliothèque de l’École des ponts et chaussées, 334.
- — Sur la pile secondaire de M. Faure, par M. Régnier, 334.
- — Tenth annual report of the railroad et ware-house commission of Illinois, avec supplément, 334.
- — Report upon certain muséum of technology sciences and arts in legislative assembly of New South Wales, 334.
- — Annual report of the département of mines New South Wales, 1878-1879, 334.
- — Journal and procedings of the royal Society of New South Wales, 334.
- — Report of the council of éducation upon the public schools, 4879, 334.
- — Transactions and proceedings of the Édinburg Royal Society, session 1878-1880, 337.
- — Discours prononcé sur la tombe du général Rouir elaine, par M. le général Mengin-Lecreulx,337.
- — Explication d’un paradoxe apparent d’hydrodynamique, par M. Hirn, 337.
- — Revue générale des chemins de fer, année 1880, 337.
- — Compte rendu des séances du quatrième congrès de l’association parisienne des propriétaires d’appareils à vapeur, 403.
- — Comptes rendus sténographiques des congrès et conférences de l’Exposition universelle de 1878, 407.
- — Canal direct du Nord à Paris, par M. Flamant, 407.
- — Étude sur la question des voies navigables, par Ch. Cotard, 407.
- p.659 - vue 671/684
-
-
-
- ( BtiO )
- — De l’aménagement des eaux, par M. Charles Cotard, 500.
- — Tableau synoptique relatif aux brevets d’invention, présenté à la Commission permanente de la propriété industrielle, par M. Émile Bar-rault, 407.
- — Collection complète des bulletins de l’association de Mulhouse pour prévenir les accidents de fabrique, envoi de M. Engel-Dollfus, 190.
- — Notes sur deux Sociétés d’horticulture aux Etats-Unis d’Amérique, par M. Ch. Joly, 500.
- — Rapport de l’ingénieur en chef de la Compagnie d’assurances des chaudières à vapeur, établie à Manchester, 500.
- — Décortication de la ramie, par M. Varier.
- — Traité sur les machines à travailler le bois, par M. Armengaud ainé, 609.
- — Manuel d’éclairage électrique, par M. Armengaud aîné, 609.
- — Études sur les machines centrifuges, etc., par M. Courtois, 609.
- — Observations sur la loi actuelle des brevets, par M. Voirin, 609.
- — Note sur une première série d’expériences avec un wagon dynamomélrique de la Compagnie de l’Est, par M. Begray, 611.
- — La mécanique générale et l’instruction technique à l'Exposition de 1878, par M. Demeule, 612.
- — Rapport du jury de l’Exposition de 1878 sur les produits agricoles, par M. Vilmorin, 612.
- — Situation générale des industries textiles, par M. Edouard Simon, 616.
- — Conférence sur les applications de l’électricité à l’agriculture, par M. Barrai, 616.
- — Ouvrage intitulé : Les meilleurs blés, par M. Vilmorin-Andrieux, 643.
- E§iogra|iliie. Éloge de M. Pierre-Amédée Durand, par M. J. A. Barrai, 46.
- — Éloge historique de Henri-Victor Régnault, membre de l’Académie des sciences, par M. J. B. Dumas, 294.
- — Éloge biographique de M. Darblay aîné, par M. J. A. Barrai, 196.
- — Notice sur M. Dubrunfaut, par M. Tardieu, 625.
- Blé. Sur la culture du, par M. Pinta (P), 610.
- — Sur la mouture du, dur, par M. Betz-Penot (P), 614.
- Bouchage. Bouchon économique pouvant servir plusieurs fois, par M. Ch. Lamé, (P), 336.
- — Sur un système de, inversable, applicable aux
- encriers, flacons et bouteilles, par M. E. Guérin (P), 235.
- — Matière plastique pour le, hermétique, par M. Potel (P), 120.
- Bougies. Machine à couler les, de M. Paul Mo-nmeaîné; rapport de M. Aimé Girard (pl. 124 et 125).
- Bois. Note sur le, de Quebracho, par M. Than-neur, 448.
- Borate de soude. Phénomènes relatifs à la cristallisation du, par M. Wideman (P), 610.
- Briques, Résistance des, à l’écrasement, par M. Traulwine, 231.
- — Machine pour fabriquer les, par M. G. Noël (P), 503.
- c.
- Calendrier. Système de, perpétuel, électrique, automatique, par M. Jean Lattuada (P), 402.
- Canaux. Sur l’alimentation du canal de la Marne au Rhin et du canal de l’Est, par M. Alfred Picard, 121 ; rapport de M. Collignon, 345.
- Celluloïd. Sur la fabrication du, par la Société française fondée pour l’exploitation de ce produit, 124; rapport de M. Vincent, 237.
- — Note additionnelle sur l’application du, aux rapporteurs topographiques, par M. le colonel Goulier, 241.
- Cellulose. Échantillons de, sédimenlée, par M. Gagnage et James Adolphe, pour la fabrication des bougies Edison (P), 119.
- Céramique. Cuisson de produits, par un four continu, par M. Hocquart (P), 645.
- — Fourneau pour cuire les peintures sur porcelaines, par M. Prévôt (P), 645.
- Chaleur. Sur l’utilisation de la, solaire, pour l’élévation des eaux par le système Théophile Foucault, par M. Poillon (P), 119.
- — Le gaz et l’électricité considérés comme agents de, par M. W. Siemens, 378.
- Chaudières. Sur un moyen pour prévenir les explosions de, à vapeur, par M. Goret (P), 177.
- — Action destructive des graisses animales et vé-
- gétales pures sur les machines et, à vapeur, par M. L. Marquardt, 400. <
- p.660 - vue 672/684
-
-
-
- ( 661 )
- Chauffage. Système de régulateur {applicable au tirage des appareils de, par M. Borgna (P),
- 177.
- — Modèle de grille pour foyers, par M. Legris(P], 406.
- — Mémoire de la fabrication d’un combustible économique, par M. F. A. Jacquelain, 545 (pl. 134.)
- — Rapport de M. Sudre sur le combustible de M. Jacquelain, 553.
- — Sur le, des wagons, voitures, au moyen de l’acétate de soude cristallisé, par M. Ancelin, 567.
- •— Nouveau système pour cheminées d’appartement, par M. Lefevre-Bergeot (P), 608.
- Chemins de fer. Système de voie ferrée entièrement métallique, parM. Potel(P), 118.
- — Bac à vapeur pour le transport des trains de, en Amérique, 174.
- — Ruptures des rails d’acier sur les, russes pendant l’année 1879, 175.
- — Système de traverses métalliques pour, par M. Bigolier et comp. (P), 177.
- — Système de chemin de fer dit chemin de fer télégraphe, par M. Trane (P), 179.
- — Moyens d’éviter la rencontre des trains sur les, par M. Alfred Bazin (P), 232.
- — Revue générale des, pour l'année 1880, présentée par M. Baude.
- — Mécanisme d’attelage pour les wagons de, par M. H. Christie (P), 599.
- — Moyens pour arrêter les trains de, par M. Van Heyden (P), 608.
- — Machine routière porte-rails, par M. Revin (P), 609.
- — Mémoire sur la sécurité en, par M. Rixens (P), 609.
- — Mode de suspension intérieure pour les véhicules, soit de terre, soit de, par M. Delessert (P], 609.
- — Moyen pour prévenir les collisions des trains de chemins de fer, par M. Olivier (P), 643.
- — Système électro-mécanique pour empêcher les accidents sur les chemins de fer, par M. J. Joly (P), 643.
- Chêne-liège. Sur un nouveau procédé de culture du, par M. Capgrand-Mothes, 506; rapport de M. Chatin, 505.
- Chromo - typographie . Spécimens d’impression en, par M. A. Lahure (P). 235.
- Collage. Procédé de, des étiquettes sur bois ou métaux, par M. Roseau (P), 235.
- Combustible. Mémoire sur la fabrication d’un,
- économique, par M. F. A. Jacquelain, 545 (Pl 134.
- — Rapport de M. Sudre sur le, économique de M. Jacquelain, 553.
- Commerce. Sur les opérations commerciales, le change et la banque, par M. H. Lefèvre, 119 ; rapport de M .G. Roy, 291.
- — Sur l’enseignement commercial en France, par M. H Lefèvre, 119 ; rapport de M. Legent.il, 242.
- — Projet d’une Société pour la vente des tapis d’O-rient, par M. Routier (P), 610.
- — Projet d'une Société pour établir à Paris des cours de langues étrangères, par M. Navilie (P), 611.
- — Questions actuelles de comptabilité et d’enseignement commercial, par M. Lèautey (P), 642.
- Compteur. Sur un, totalisateur électrique, par M. Dumoulin-Froment; rapport de M. Sebert,
- 457 (Pl. 133).
- Concours. Prix proposé par la Société physicochimique russe pour une lampe brûlant les huiles lourdes de pétrole pour l’éclairage, 68.
- — Prix mis au, pour l’année 1882, par la Société d’encouragement, 443.
- Congrès international d’électricité.
- — Discours de M. J. D. Dumas, 465.
- — Expose des travaux du jury, par M. Mascart, 559.
- — Médical. Discours prononcé au, de Londres, par M. Pasteur, 592.
- — Sur les procédés électrométalliques, par M. Henri Bouilhet, 577 (dessins sur bois).
- Conférence internationale monétaire. Discours de M. J. B. Dumas, 515.
- — Déclarations faites par les délégués de France et des États-Unis à la, 532.
- — Discours de M. Denormandie, 534.
- Conseil d’administration. Liste des membres titulaires et honoraires composant le, pour 1881, 3.
- Constructions. Modèles pour faciliter l’étude de la coupe des pierres, par M. Monduit; rapport de M. Bunel, 355.
- — Appareil dit compas-enleur, pour allonger les échelles, par M. Ravenac (P), 406.
- — Concours ouvert par la Société de Paris-Auteuil pour, de maisons (P), 643.
- Cordes harmoniques. Mémoire sur les, et spécialement sur celles des instruments à archet, par M. J. A. Plassiard (P), 122.
- Corps gras. Appareil pour reconnaître la quan-
- p.661 - vue 673/684
-
-
-
- ( 662 )
- tité de margarine ou autres corps gras incorporés dans le beurre, par MM. Harbulot el Leune (P), 121.
- Crayons à mine de graphite et de couleur, par M. Gilbert (P), 500.
- Couleurs. Série de vingt-sept, préparées à l’huile et au succin dissous, par M. Jacques Blockx, 119; série de, préparées à l’ambre dissous (P), 406.
- Cuirs. Fabrication de, gauffrés décoratifs, par M. Gharton; rapport de M. Dufresne, 194.
- D.
- Décortication. Procédé pour la, delà ramie, par M. F amer (P), 333.
- Déphosgiliorisation. Traitement pour la, des fontes, 326.
- Dessins. Appareil pour la reproduction auto-graphique des, par M. Otto Lelm; rapport de M. Sebert, 81 (dessins sur bois).
- Dynamite gelée. Sur l’emploi de la, par M. Lebon (P), 119.
- E.
- Eaux. Conférence sur l’emploi des, en agriculture, parles canaux d’irrigation, faite à l’Exposition universelle de 1878, par M. de Passy,
- 107.
- — Sur l’utilisation de la chaleur solaire pour l’élévation des, système Foucault, par M. Poillon (P), 119.
- — Mémoire pour l’épuration rationnelle et économique des, destinées aux usages domestiques, par M. Émile Pichard (P), 232.
- — Gazeuses, appareils syphoïdes pour, par M. H. Maldine (P), 503.
- Éclairage. Échantillons de cellulose sédimentée pour la fabrication des bougies Edison, par M. Gagnage et James Alophe (P), 119.
- — Sur 1', intensif au gaz par les becs Siemens, par M. F. Leblanc et Marché (P), 124.
- — Système d’, par la soléine, par M. GuiUemare (P), 180.
- — Économie résultant de l’emploi de la lumière électrique pour 1’, par M. W. P. Preece, 277.
- — Revendication de priorité du système Lacas-sagne et Thiers pour l’application de 1’, électrique, par M. Thiers (P), 333.
- — Système d’, électrique de M. Brush, 394 (dessins sur bois).
- — Sur une modification de la lampe électrique, M. Jamin, 475.
- — Globe d’, par M. Paris (P), 614.
- — Lanterne sphérique, par M. Paris (P), 614.
- Écriture. Appareil pour la reproduction autographique de 1’, par M. Otto Lelm; rapport de M. Sebert (dessins sur bois), 81.
- — Note de M. de Lafollye sur les procédés à employer pour la reproduction de 1’, 95.
- Elections des membres du Bureau pour l’année 1882, 646.
- Electricité. Exposition internationale d’, règlements de cette exposition et formule des demandes d’admission, 118. .
- — Description d'un perfectionnement aux procédés d’induction dynamo ou électro-magnétique (dépôt cacheté), par M. Gravier, 118.
- — Procédé nouveau pour la distribution de 1’, par M. Gravier (P), 121, 610.
- — Système de remise à l’heure électrique de M. Fenon; rapport de M. le comte du Moncel, 186 (P. 127).
- — Mémoire sur un système de canalisation de 1’, par M. Parod (P), 235.
- — Compteur totalisateur électrique, par M. Dumoulin-Froment, 287; rapport de M. Sebert, 457 (Pi. 133).
- — Sur une pile secondaire électrique emmagasinant P, par M. Camille Faure (P.), 288.
- — Mémoire pour revendiquer la priorité du système J. Lacassagne et Thiers, pour l’application de l’éclairage électrique, par M. Thiers (P), 333.
- — Économie résultant de l’emploi de la lumière électrique, par M. W. P. Preece, 277.
- — Le gaz et 1’, considérés comme agents calorifiques, par M. W. Siemens, 378.
- — Système d’éclairage électrique, par M. Brush, 394 (dessins sur bois).
- — Calendrier électrique, automatique, par M. Jean Battuada (P), 402.
- — Observation de M. le Président au sujet des ar-
- p.662 - vue 674/684
-
-
-
- ( 663 )
- licles de journaux relatifs à Force et lumière par Vélectricité, 403.
- — Discours de M. J. B. Dumas, prononcé au Congrès international, 465.
- — Rapport sur les travaux pratiques du Congrès international d\ par M. Mascart, 468.
- — Mesures électriques adoptées par le Congrès d\ 473.
- — Sur une modification de la lampe électrique, par M. Jamin, 475.
- — Allumage des becs de gaz par 1’, par M. Gaiffe (P), 502,
- — Appareil d’, pour la purification des flegmes d’alcool, par M. Eissennemann (P), 609.
- — Application de 1’, à la métallurgie, par M. Lè-trange (P), 614.
- — Machine magnéto-tellurique, par M. Delaurier (P), 614.
- Enduits liydrofuges. Nouveaux, par M. Caron (P), 610.
- Enseignement. Sur 1’, commercial en France, par M. H.Lefevre; rapport de M. Legentil, 242.
- — Questions actuelles de comptabilité et d’, commercial, par M. Léautey (P), 642.
- Explosions. Moyen pour prévenir les, des chaudières à vapeur, par M. Goret (P), 177.
- — Sur les moyens propres à prévenir les, du grisou dans les houillères, par M. Eaton de la Goupillière (P), 122.
- — Rapport sur 1’, d’une chaudière à vapeur, par M. Luuyt, 503.
- Exposition universelle. Conférence sur l’emploi des eaux en agriculture par les canaux d’irrigation, faite à 1’, de 1878, par M. de Passy, 107.
- — Rapport fait, par M. Arthur Brandin, à la Société de Melun, sur l’agriculture à 1’, de 1878. (Extrait relatif à l'agriculture des États-Unis et du Canada), 158, 211.
- Exposition internationale d’électricité. Règlements de cette exposition et formule des demandes d’admission, 118.
- — Exposé sommaire de travaux du jury, par M. Mascart, 557.
- ___Liste de récompenses décernées à 1’, 564.
- — Conférence sur les procédés électro-métallurgiques faits à 1’, par M. Henri Bouilhet, 577.
- Étamage. Moyen proposé pour décéler l’impureté de l’étain dans 1’, par M. Maistrasse; rapport de M. Schutzenberger, 251.
- F.
- Fer. Sur les effets de la température sur le, et l’acier, par M. Forquenot, 606.
- Filature. Machine pour la, du lin et du chanvre, par M. P. Lacroix (P), 284.
- Filtres. Système de, mécaniques du système Farquhar, par M. Henri Chapman, 318 (dessins sur bois).
- — Capillaires, par M. Bonnefin (P), 503, 610.
- — Papier à, imperçable, par M. Bernard-Talhan-dier (P), 611.
- — A air pour conserver la bière, par M. Epplé (P), 614.
- Fleurs naturelles, leur conservation, par M. Cha-missy (P), 611.
- Fils. Sur l’unification du numérotage des, par M. Musin (P), 403 ; rapport M. Simon, 673.
- Fontes de fer. Traitement pour la déphosphorisation et la désulfuration des, 326.
- — Soudure des, par M. T. Bonnotte (P), 402.
- Cr.
- G»*. Sur des becs intensifs à, de M. Siemens, par M. Marché (P), 124.
- — Appareil pour remplacer les robinets de gros diamètre sur les conduites à gaz, par M. Jarre (P), 177.
- — Le, et l’électricité considérés comme agents calorifiques, par M. W. Siemens, 378.
- — Production économique du, pour les moteurs à gaz, par M. J. Emerson Dowson, 632.
- — Allumage des becs de,parl'électrité, par M. Gaiffe, (Pj, 502.
- Graissage. Sur les huiles neutres raffinées pour, par M. Thiollier, 495.
- — Observations sur les huiles neutres raffinées pour, par M. Hétet, 615.
- Graisses. — Action destructive des, animales et végétales pures sur les machines et tes chaudières à vapeur, par M. L. Marquardt, 400.
- Gravure gslietograpl&ique. Sur les procédés de, par M. Arentz; rapport de M. Davanne, 125.
- p.663 - vue 675/684
-
-
-
- (664)
- Grisou. — Sur les moyens propres à prévenir les explosions du, dans les houillères, par M. Ha-ton de la Goupillère (P), 122.
- Grue. Petite, dite gerbeuse, applicable à la manœuvre des futailles dans les chais, par MM. Paul Poirot et Chertemps; rapport de M. Pihel, 620 (pl. 137).
- H.
- Habillement. Tarifs pour la confection économique des vêtements, par M. Hénault (P), 176.
- Hareng. Sur la préparation et la vente du, en Allemagne, 492.
- Hauts Fourneaux. Emploi de la houille crue dans les, 280.
- Horlogerie. Système de remise à l’heure des horloges publiques de M. Fenon ; rapport de M. le comte du Moncel, 186 (pl. 127).
- — Pendule dispensée de remontage, par M. Seguy (P), 232.
- — Système d’horloges pneumatiques, par M.Popp-Resch (P), 288.
- — Système hydro-pneumatique pour transmission de l’heure (P), 402.
- — Régulateur d\ par M. Marion Anlhoine (P), 603.
- Houille. Emploi de la, crue, dans les hauts-fourneaux, 280.
- Huiles. Concours ouvert par la Société physicochimique russe pour une lampe brûlant les, lourdes de pétrole pour éclairage, 68.
- — Sur la culture de l'olivier et la fabrication des, d’olive, par MM. Hubert-Gourrier si Boursier (P), 176.
- — Neutres raffinées, par M. Thiollier, 495.
- --------Observations sur les, par M. Hetet,
- 615.
- Hydraulique. Système de levier, par M. Ch. Dupuis (P), 402.
- Hydrocellulose. Sur la préparation de 1’, par M. Aimé Girard, 356.
- — Notice sur 1’, par M. Aimé Girard, 643.
- Hygiène. Traitement des ordures et immondices
- provenant du balayage des rues des villes, 398.
- I.
- incendie. Appareils de sauvetage en cas d’, rapport de M. Paliard, 101.
- — Sur les moyens d’empêcher les cas d’, par M. Legrisson (P), 287.
- — Appareil nommé extincteur automatique d’, par M. Oriolle (P), 287.
- — Moyen d’éteindre les, par M. Grivellé (P), 608.
- ïndigotine. Sur la préparation artificielle de P,
- d’après les procédés de M. Baeyer, par M. Ro~ sentiehl, 54.
- Imgtressfon. Système d’, des planches gravées par les vapeurs, par M. H. Garnier, 236.
- — Spécimens d’, en chromo-typographie, par M. Lahure (P), 235.
- Instruments de précision. Application du celluloïd aux rapporteurs topographiques, par M. le colonel Goulier, 241.
- — Sur les télémètres répétiteurs de M. Le Cijre; rapport de M. Sebert, 133 (pl. 126).
- — Balance densivolumétrique, par M. T. Sourbé (P). 402.
- — instrument de géodésie, parM. Gonin (P), 235.
- — Pour mesurer les distances inaccessibles, par M. Malm (P), 615.
- — Compas d’épaisseur, par M. Cuvillier (P), 644.
- Ii.
- liai ne minérale, fabrication de la, 640.
- Iiampe. Concours ouvert par la Société physicochimique russe pour une, brûlant les huiles lourdes pour éclairage, 68.
- — Système de, de sûreté, par M. Birkel (P), 404.
- — Sur une modification de la, électrique, par M. Jamin, 000.
- lie vie r. Système de, hydraulique, par M. Ch. Dupuis (P), 402.
- liiège. Sur la culture du chêne, par M. Gapgrand-Mothes, 180; rapport de M. Chalin, suivi du Mémoire de M. Capgrand-Mothes, 505.
- Liste des membres titulaires et des membres honoraires composant le Conseil d’administration pour 1881, 3.
- Locomotives. Machines à percer et à tarauder
- p.664 - vue 676/684
-
-
-
- ( 665 )
- les trous d’entretoises des foyers de locomotives, par M. Ferdinand Mathias, 252 (dessins sur bois et pl. 128-129).
- — Expériences de M. de Laborieltes sur le patinage des roues des, par M. Bande, 404.
- Immière. Action de la, solaire sur le verre, par M. Thomas Gaffield, 425.
- Lise nettes. Modifications aux , par M. Porter-Michaels (P), 610.
- M.
- Machines à vapeur. Sur un purgeur automoteur pour, par M. Auguste Corel (P), 121.
- — Calcul des diagrammes des pressions pendant le fonctionnement des, par M. Quéruél (P), 499.
- Machines diverses. Machines à couler les bougies, de M. Paul Morane aîné; rapport de M. Aimé Girard (pl. 124 et 125).
- — Machine-batteur sans meules pour pulvériser toutes espèces de graines, produits chimiques et autres matières, par M. Lemercier (P), 121.
- — Perfectionnement des, à fraiser, de M. Bauher, et amélioration des fraises, par M. Desgrand-champs (P), 177.
- — Piocheuse verticale mécanique pour déblais de terrains compacts, par M. C. L. Lacarrière (P),
- 232.
- — Machine à percer et à tarauder sur place les trous d’entretoises des foyers de locomotives, par M. Ferdinand Mathias, 252 (pl. 128 et 129, dessins sur bois).
- — Machine dynamo-électrique à courants continus et à haute tension, de M. Brush, 394 (dessin sur
- . bois).
- — Action destructive des graisses animales et végétales pures sur les, à vapeur, par M. L. Mar-quardt, 400.
- —• Accidents de, notice sur l’association de Mulhouse pour prévenir les, 483.
- — Typographique, croquis d’une, en blanc, par M. Henri Roger (P), 499.
- — Pour fabriquer la brique, par M. G. Noël (P), 503.
- — Varlopeuse, par M. Ernest Brulé (P), 609.
- Magnésie. Industrie de la, par M. Schlœsing,
- 447,
- Tome VIII. — 80e année. 3e série. — Décembre li
- Marine. Note sur le Musée de, au Louvre, 266.
- — Sur une nouvelle sonde, pour les grandes profondeurs, par M. Paul Roussel, 283.
- Margarine. Appareil pour faire reconnaître la quantité de, ou autres corps étrangers incorporés au beurre, par MM. Harbulot et Leune (P), 121.
- Matières textiles. Procédé pour la décortication de la ramie, par M. Favier (P), 333.
- — Proposition de M. Lepage relative à la recherche des, indigènes à fibres courtes (P), 179, 406.
- — Notice sur la ramie, par M. Ronna, 500.
- Médailles. Grandes, à décerner par la Société
- d’encouragement en 1882.
- Métallurgie. Traitement pour la déphopho-risalion des fontes, 326.
- — Effets de la température sur le fer et l’acier, par M. Forquenot, 606.
- — Application de l’électricité à la, par M. Lélrange (P), 614.
- Météorologie. Instruments de, baromètre et thermomètre enregistreurs , par MM. Richard frères (P), 285.
- — Observations au sujet de la rotation d’un ballon captif, par M. Robert (P), 609.
- Meubles. Système de, dit simili-courbe par Mme veuve Bareau et M. Mach-Croisé (P), 643.
- Mines. Lampe de sûreté pour les, par M. Birkel (P), 404.
- Monnaies. Discours prononcé par M. J. B. Dumas, à la Conférence internationale monétaire,
- 515.
- — Déclarations faites par les délégués de la France et des États-Unis, à la Conférence internationale monétaire, 532.
- — Discours de M. Denormandie, à la Conférence monétaire, 534.
- Moteurs. Système de roue pourdoubler la force des, par M. Lavigne{P), 615.
- — Nouveau système de, par M. Levassor (P), 614;
- — à air dilaté par la combustion du pétrole, par M. Lassant (P), 615.
- — Production économique du gaz pour les, à gaz, par M. J. Emerson Dowson, 633.
- Moulin-tamiseiir, par M. Poirier; rapport de M. de Laboulaye, 45.
- Mosaïque, parquet, par M. Annette fils (P), 118;
- — par M. Paris, 614.
- Moissonneuses. Série d’études sur la mécanique et les, par M. Lequy (P), 119.
- Mouvement. Mécanisme pour transformer un,
- 81. 84
- p.665 - vue 677/684
-
-
-
- ( 666 ;
- circulaire alternatif en mouvement continu, par M. flore*(P), 235.
- N.
- Navigation. Système de, àvapeur, par M. Constant Seuchot (P), 179, 235.
- Nécrologie. Mort de M. Gustave Maurice, attaché à la rédaction du Bulletin de la Société, 122. Note de MM. les Secrétaires, 59.
- — Mort de M. Charles-Frédéric Kuhlmann, membre correspondant de la Société pour les arts chimiques, 123. — Notice biographique, par M. Girar-din, de Rouen, 262.
- — Mort de M. Menier, membre perpétuel-dona-teur de la Société, 233.
- — Mort de M, Bellieni, membre correspondant de la Société, 333.
- — Mort de M. Eugène Pelouze, membre de la So-ciété, 233.
- — Mort de M. le baron de Silveslre, ancien membre du Conseil d’administration de la Société, 285.
- — Mort de M. Davioud, membre du Conseil d'administration de la Société, 285.
- —- Mort de M. Bubrunfaut, membre perpétuel-do-nateur de la Société, 608. — Notice biographique, 625.
- — Mort de M. Isidore Pierre, correspondant de la Société, 613.
- o.
- Oxygène. Appareil dialyseur pour recueillir I’, de l’air, par M. Hélouis (P). 286.
- P.
- Papier. Sur un, parchemin pour la fabrication des gargousses et pour les usages de la pyrotechnie, par M. Gras (P), 406.
- — A filtrer imperçable, par M. Besnard-Talhandier (P), 611.
- Paraffine. Sur la tourbe à, par M. de Molon (P),
- 178.
- Parcliemin. Papier, pour les usages de la pyrotechnie, par M. Gras (P). 406.
- Parquet, mosaïque, par M. Annette fils (P),
- 118.
- Peluches et velours. Procédé pour couper la trame des peluches et velours; frapport de M. de Laboulaye, 118 (PI. 130).
- Phares. Sur un appareil de, pour feu de direction, avec systèmes d’écrans pivotants, par MM. Henry-Lepaute fils, 179; rapport de M .Radier, 409 (pl. 131).
- Photographie. Procédés de gravure photographique de M. Arents; rapport de M. Ba-vanne, 125.
- — Procédés de topogravure et de zincographie, de M. le commandant de la Noë; rapport de M. Ba-vanne (pl. 132), 414.
- — Sur la préparation de l’hydrocellulose et du pyroxyle photographique friable, par M. Aimé Girard, 357.
- — Obturateur pour, par M. Paul Boca (P), 608.
- — Application de la, à la céramique, par M. Ca-cault (P), 614.
- Photogravure. Procédés de, par M. H. Garnier, 236 ; — rapport de M. Bavanne, 569 (pl. 135-136).
- Photophone. Sur la production du son par l’énergie radiante, par M. Graharn Bell, 358 (dessins sur bois).
- Phylloxéra. Sur la création de syndicats pour combattre le, par M. Moullon, 151.
- — Sur nn nouveau traitement de M. Charles Bourdon pour les vignes attaquées par le, par M.Man-gon, 208.
- — Moyen de détruire le, par François Joannon{P), 332.
- — Emploi du charbon soufré contre le, par NI. Mouline (P), 643.
- Pile. Sur un système de, secondaire emmagasinant l’électricité, par M. Camille Faure (P), 288.
- — Observations de M. le Président au sujet de cette présentation, 403.
- Pommes de terre. Note sur un remède préservatif de la maladie des, par M. Balny (P), 232.
- Porcelaine. Cuisson de la peinture sur, à feu nti, par M. Gabelle (P), 284.
- p.666 - vue 678/684
-
-
-
- ( 667 )
- — Fourneau pour la cuisson des peintures, etc., sur, par M. Prévôt, 646.
- Poteline. Sur une matière plastique, la, pour le capsulage hermétique des bouteilles et flacons, par M. Potel (P), 120.
- Prix. Programme des, proposés par la Société d’encouragement pour l’année 1882, 443.
- — Proposés par la Société industrielle de Rouen à décerner en 1881, 233.
- Procès-verbaux du Conseil d'administration. Séance ordinaire du 14 janvier, 118; — du 28 janvier, 121; — du 11 février, 176; — du 25 février, 179; — du 11 mars, 232; du 25 mars, 235;— du 5 avril, 284; — du 22 avril, 286; — du 13 mai, 332 ; — du 27 mai, 336 ; — du 10 juin, 402 ; — du 24 juin, 406 ; — du 8 juillet, 499 ; — du 22 juillet, 503 ; du 28 octobre, 608; — du 11 novembre, 613; — du 25 novembre, 615 ; — du 9 décembre, 642 ; — du 23 décembre, 644 (élections).
- Produits alimentaire». Nouveau, de M. Andrès, présenté par Mme veuve Nourrit (P), 119.
- — Chimiques. Sur la fabrication du sulfate d’alumine du commerce, par M. Debray, 604.
- — Industrie de la magnésie, par M. Schlœsing,&ÏÏ.
- Propriété industrielle. Conférence internationale pour la protection de la, 270.
- Pulvérisation. Moulin-tamiseur de M. Poirier pour la, des substances employées dans la droguerie, etc.; rapport de M. de Laboulaye, 45.
- — Machine-batteur sans meule pour la, de toutes espèces de graines, de produits chimiques et autres matières, parM. Lemercier[P). 121.
- Q<
- Quebraclio. Notice sur le bois de, par M. Than. neur, 488.
- R.
- Radoub. Nouvelles formes de, construites, par M. Hersent, à la darse du Misiessy, au port de
- Toulon; rapport de M. Voisin-Dey, 9 (dessins sur bois et pl. 122 et 123).
- Rail». Sur les ruptures de, d’acier sur les chemins de fer russes pendant l’année 1879,175.
- — Machine routière porte-, parM. Revin (P), 609.
- — Sur la nature de l'acier le plus convenable pour, par M. Gruner, 654.
- Raanie. Procédé pour la décortication de la, par M. Favier (P), 333.
- — Notice sur la, par M. Ronna, 500.
- Récompense». Liste des, décernées à l’Exposition d’électricité, 564.
- Mé»idu». — Note sur l’utilisation des, des distilleries d’alcool, par M. GUandy-Rey (P), 616.
- S.
- Sauvetage. Appareils de, en cas d’incendie ; rapport de M. Paliard, 101.
- Scie». Amélioration des, à rubans pour le sciage des bois en grume, par M. Joseph Lecousley (P), 287.
- — Appareil pour éviter les accidents produits par les, circulaires, par M. Tabouret (P), 608.
- Soléïne. Système d’éclairage au moyen de la, par M. Guillemare (P), 180.
- Soierie». Perfectionnements dans la teinture des, par M. André Lyon (P), 643.
- Son. Sur la production du, par l’énergie radiante, par M. Graham Dell, 358 (dessins sur bois).
- Sondage». Travail sur les, opérés en Algérie, par M. Jus (P), 615
- Sonde. Sur une nouvelle, marine pour les grandes profondeurs, par M. Paul G. Roussel, 283.
- Soudure. Objet en fonte soudée, par M. Ron-notte (P), 402.
- — Fer à, chauffé au gaz, par M. Sourdat (P), 644.
- Soufre. Procédé pour la séparation du, de s
- gangue, par M. de la Tour du Rreuil (P), 610.
- —. Emploi du charbon uni au, pour combattre le phylloxéra, par M. Mouline (P), 643.
- Statistique. Nombre des télégrammes de Paris pour Paris, en 1880, 401.
- Sténographie. Instrument de, mécanique, par M. Michela (P), 234.
- Stéréotomie. Modèles pour faciliter l’étude de
- p.667 - vue 679/684
-
-
-
- ( 668 )
- la coupe des pierres, par M. Monduit; rapport de M. Bunel, 355.
- Snlfate d’alniiii»e. Sur la fabrication du, du commerce, par M. Debray, 604.
- Substances alimentaires. Sur la conservation à l’état frais des, par MM. Mignon et Rouarl (P), 406.
- — Nouvelles de M. Monde (P), 610. Substances tinctoriales. Sur les procédés
- de M. Baeyer pour la préparation artificielle de l’indigotine, par M. Boseniiehl, 54.
- — Pli cacheté contenant la description de deux, mucilagineuses pour remplacer certains corps employés en photographie, par M. Fisch (P),1645.
- Sucein. Couleurs préparées à l’huile et au, dissous, par M. Jacques Blockx (P), 119. Sucreries. Sur les procédés de M. Gallois, pour l’épuisement des pulpes et des écumes de, rapport de M. Aimé Girard, 181 (dessin sur bois).
- — Traité sur les, par M. A. Vivien (P), 333. Syndicats. Sur la création de, pour combattre
- le phylloxéra, par M. Moullon, 151.
- T.
- Tabac. Son emploi pour la guérison des morsures d’animaux venimeux, par M. Hubert (P),
- 499.
- Takygraplie. Sur un instrument appelé, par M. Méresse; rapport de M. Collignon, 405.
- Tapis turcs. Documents sur l’industrie et le commerce des, présentés à la Société par M. Mour-ceau, au nom de M. E. Routier, 62.
- — Projet de Société pour la vente des, d’Orient, par M. Routier, 610.
- Tarifs pour la confection économique des vêtements, par M. Hénault (P), 176.
- Teinture. Sur les procédés de M. Baeyer pour la préparation artificielle de l’indigotine, par M. Rosenstiehl, 54.
- — Perfectionnements dans la, des soieries, par M. André Lyon (P), 645.
- Télégraphie. Nombre des télégrammes de Paris pour Paris, en 1880, 401.
- — Tube en fer enduit de verre isolant pour, souterraine, par M. Paris (P), 614.
- — Systèmes de, électrique, par M. Ernest Menu-sier (P), 645.
- Télémètres répétiteurs. Sur les, par M. Le Cyre; rapport de M. Sebert, 133 (pl. 126).
- Téléphones. Sur l’installation et l’exploitation des lignes téléphoniques dans le réseau de Paris, par M. Armengaud jeune (P), 337.
- Tentures artistiques, par M. Letorey (P), 408-434.
- Thermomètre. Système de, enregistreur, par MM. Richard frères, 285.
- Tissus. Appareil pour l’apprêtage des, par M. André Lyon (P), 609.
- Topographie. Plan de Paris, par M. Lagier (P), 503.
- Topogravure. Sur les procédés de, de M. le commandant de la Noë ; rapport de M. Davanne, 414 (pl. 132).
- Tourbe. Sur l’exploitation industrielle de la tourbe dans le nord de la France, par M. G. R. Go-lart, 339.
- — Sur la tourbe à paraffine, par M. de Molon (P), 178
- Transports. Bac à vapeur pour les, des trains de chemin de fer en Amérique, 174.
- — Appareil pour le chargement sur des camions, des caisses et autres fardeaux, par M. Paul Poirot ; rapport de M. Pihet, 617 (Pl. 137. A).
- Travaux publies. Nouvelles formes de radoub, construites dans la darse de Misiessy, au port de Toulon, par M. Hersent; rapport de M . Voisin-Bey, 9 (dessins sur bois et pl. 122 et 123).
- — Piocheuse verticale mécanique pour déblais, par M. C. L. Lacarrière (P), 232.
- — Alimentation du canal de la Marne au Rhin et du canal de l’Est, par M. Alfred Picard; rapport de M. Collignon, 345.
- Turbine. Description d’une, automatique, par M. Chefd’hôteWàM M , 179.
- V.
- ïaecinatim. Sur la, charbonneuse, par M. Pas-leur, 593, 600.
- Velours et peluches. Sur la fabrication des, par M. Lepage; rapport de M. de Laboulaye, 289
- (pl. 130).
- Verre. Action de la lumière solaire sur le, par M, Thomas Gaffield.
- p.668 - vue 680/684
-
-
-
- ( 669 )
- Verrou. Système de verrou pour porte à deux vantaux, par M. Bricard; rapport de M. Bunel, 622 (dessin sur bois).
- Viandes. Conservation des viandes par l’emploi de la poteline, par M. Potei (P), 120.
- Vidanges. Sur le traitement industriel des, par M. Lair (P), 179.
- Vinaigre. Sur le procédé de fabrication du, de M. Michaëlis, importé en France par M. Barbe ; rapport de JVl. Troost, 97 (dessins sur bois).
- Voilures. Appareil pour raccommoder les brancards cassés des, par M. Poirol; rapport de M. le colonel Pierre, 463 (dessin sur bois).
- Voitures. Suspension intérieure pour, ordinaires ou de chemins de fer, par M. Delessert (P), 609.
- Z.
- Zieeeogrageliie. Procédés de, de M. le commandant de la Noë; rapport de M. Davanne
- (pl. 132), 414.
- p.669 - vue 681/684
-
-
-
- p.670 - vue 682/684
-
-
-
- ( 671 )
- TABLE DES PLANCHES ET DES DESSINS.
- PLANCHES.
- Pages.
- PI. 122, triple. Nouvelles formes de radoub construites dans la darse de Misiessy, au
- port de Toulon, par M. Hersent...................................... 42
- PI. 123, triple. Id. Id. . . . ...............Ibid.
- PI. 124, double. Machines pour la fabrication des bougies, par M. P. Morane aîné........ 81
- PI. 125, double. Id. Id.......................Ibid.
- PL 126, triple. Télémètres à observations croisées, par M. Le Cyre....................... 149
- PL 127, triple. Système d’unification de l’heure, par M. A. Fenon........................ 193
- PL 128, double. Machines à percer sur place de M. Ferdinand Mathias...................... 257
- PL 129, double. Machine à tarauder de M. Ferdinand Mathias............................... 259
- PL 130, double. Appareil à fabriquer les velours et les peluches, par M. Lepage.......... 291
- PL 131, triple. Appareil de phare à écrans pivotants, par MM. Henry-Lepaute fils. . . . 413
- Pl. 132, simple. Spécimen de topogravure, par M. le commandant de La Noë.................. 421
- PL 133, double. Compteur-totalisateur électrique, par M. Dumoulin-Froment. ....... 463
- PL 134, triple. Appareils pour la fabrication d’un combustible économique, par M. Y. A.
- Jacquelain............................................................. 559
- PL 135, simple. Spécimen de photogravure, système H. Garnier............................. 577
- PL 136, simple. Id. Id................................... Ibid.
- PL 137, double. A. Machine à gerber de MM. P. Poirot et Chertemps. — B. Monte-
- charge de M. Paul Poirot............................................. 622
- DESSINS.
- Sur l’appareil pour la reproduction autographique de l’écriture et des dessins. — 2 figures.............................................................................. 92 et 93
- Sur le procédé de fabrication du vinaigre de MM. Michaëlis et Barbe. — 2 figures........ 101
- Sur les procédés de lavage des pulpes et des écumes des sucreries, par M. Gallois. — 1 figure...................................................................................... 184
- Sur des machines à percer et à tarauder sur place les trous d’entretoise des foyers de locomotives, par M. Ferdinand Mathias. — 7 figures....................... 253, 254, 255 et 257
- Sur les filtres mécaniques du système Farquhar. — 2 figures. . ......................... 320
- p.671 - vue 683/684
-
-
-
- ( m )
- Pages.
- Sur la production du son par l’énergie radiante, par M. Graham Bell. — 14 figures. 361
- 363, 365, 366, 367, 370 et 371
- Sur l’éclairage électrique, système Brush. — 6 figures................. 395, 396, 397 et 378
- Sur uü appareil pour le raccommodage, sur place, des brancards de voitures cassés, par
- M. Paul Poirot. — 1 figure............................................................. 464
- Sur les procédés électro-métallurgiques, par M. Henri Bouilhel.— 6 figures. . 581, 583,
- 584, 587, 589 et 591
- Sur un verrou à levier articulé, par MM. Bricard frères. — 1 figure....................... 623
- ^aris.— Imprimerie de Mme Ve Bouchard-Huzard, rue de l’Éperon, 5; Jules TREMBLAY, gendre et successeur.
- p.672 - vue 684/684
-
-