Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale
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- BULLETIN
- DE LA
- s. t‘. I. N.
- Bibliothèque
- >•__________ _
- SOCIETE
- POUR
- L’INDUSTRIE NATIONALE
- PUBLIÉ
- SOUS LA DIRECTION DES SECRÉTAIRES DE LA SOCIÉTÉ
- MM. E. PELIGOT ET ED. COLLIGNON.
- QUATRIÈME SÉRIE. — TOME IL — 1887.
- Pour faire partie de la Société, il faut être présenté par un membre et être nommé par le Conseil d’administration.
- (Extrait du Règlement.)
- MD 0 CCI
- PARIS,
- SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ, RUE DE RENNES, 44.
- 1887
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- SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ.
- Communications, dépôts, renseignements, abonnements au Bulletin tous les jours, de une à quatre heures.
- RÉDACTION DU BULLETIN.
- Renseignements, tous les jours, de une à quatre heures.
- PARIS. — IMPR. DE M® V* TREMBLAY.
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- §6« année.
- Quatrième série, tome II.
- Janvier 1989.
- BULLETIN
- DE
- ü SOCIETE 0 ENCOMMEHENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- CONSEIL D'ADMINISTRATION.
- LISTE DES MEMBRES TITULAIRES ET DES MEMBRES HONORAIRES ARRÊTÉE, DANS LA SÉANCE DES ÉLECTIONS DU M DÉCEMBRE 1886,
- pour l’année 1887
- Bureau.
- Année de l’entrée au Conseil.
- Président.
- 1840. — Becquerel (E.) (C. ijfe), membre de l’Institut, professeur-administrateur au Muséum d’histoire naturelle et professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue Cuvier, 57.
- Vice-présidents.
- 4856. Mangon (Hervé) (C. ^), membre de l’Institut, rue Saint-Dominique, 3.
- 4869. — Haton de la Goupillière (^), membre de l’Institut, inspecteur général des mines, avenue du Trocadéro, 9.
- 4864. -- Lavollée (Ch.) (^), chaussée de la Muette, 4.
- 4868. Debray (O. ^), membre de l’Institut, professeur de chimie à la Faculté des sciences et à l’École normale supérieure, rue Yauquelin, 16.
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- A
- CONSEIL DADMINISTRATION. -- JANVIER 1887.
- Année de l'entrée au Conseil..
- 1886. —
- 1876. —
- 1868. —
- 1873. — 1864. —
- 1849. — 1864. —
- 1868. — 1871. —
- 1873. — 1876. — 1879. —
- 1884. — 1884. —
- 1867. —
- 1867. —
- 1869. —
- 1872. — 1876. — 1850. —
- Secrétaires.
- Peligot (E.) (G. O. ^), membre de l’Institut, directeur des essais de la direction générale des monnaies, quai Conti, 11.
- Collignon (Ed.) (-$£), ingénieur en chef, inspecteur de l’École des ponts et chaussées, rue des Saints-Pères, 28.
- Trésorier.
- Goupil de Préfeln (^£), rue des Mathurins, 30.
- Censeurs.
- Mengin-Lecreulx (G. O. général de division, rue de Vaugirard, 58.
- Legrand (Al.), vice-secrétaire de la Société des amis des sciences, avenue des Champs-Élysées, 37.
- Coniniissioit des fonds.
- Le baron E. de Ladoucette, ancien député (O. %*), rue Saint-Lazare, 58.
- Legrand (Al.), vice-secrétaire de la Société des amis des sciences, avenue des Champs-Élysées, 37.
- Goupil de Préfeln (->$£), rue des Mathurins, 30.
- Le marquis de Turenne (^), ancien élève de l’École polytechnique, rue de Berri-du-Rouîe, 26.
- Mengin-Lecreulx (G. O. ^), général de division, rue de Vaugirard, 58.
- Bischoffsheim (j$£), ingénieur civil, rue Taitbout, 3.
- Fourcade (O. ^), ancien manufacturier, ancien membre de la Chambre de commerce de Paris, rue d’Amsterdam, 67.
- Lutscher, ancien banquier, place Malesherbes, 22.
- Bokdet, inspecteur des finances, ancien élève de l’École polytechnique, boulevard Saint-Germain, 181.
- Comité des arts mécaniques.
- Lecoeuvre (P.) (^f), ingénieur, ancien professeur à l’École centrale des arts et manufactures, boulevard Voltaire, 62.
- De FrÉxUinville (O. directeur des constructions navales en retraite, quai du Louvre, 22.
- Haton de la Goupillière(j^), membre de l’Institut, inspecteur général des mines, avenue du Trocadéro, 9.
- Pihet (A.-E.) (^), ingénieur-mécanicien, rue Neuve-Popincourt, 8.
- Pierre (A.-C.-P.) (C. ^), colonel d’artillerie en retraite, rue de Varennes, 14.
- Collignon (Ed.) (Jjfc), ingénieur en chef, inspecteur de l’École des ponts et chaussées, rue des Saints-Pères, 28.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — JANVIER 1887.
- 5
- Année de l'entrée au Conseil.
- 1877. —
- 1877. —
- 1878. —
- 1879. — 1881. — 1884. —
- 1884. —
- 1885. —
- 1886. — 1886. —
- 1836. — 1862. — 1868. — 1872. — 1876. — 1876. — 1876. — 1880. — 1880. —
- 1883. —
- 1884. —
- Goulier (G.-M.) (G. -!&), colonel du génie en retraite, rue d’Estrées, 6.
- Boutillier ingénieur en chef, professeur à l’École des ponts et chaussées et à l’École centrale des arts et manufactures, rue de Madrid, 24.
- De Comrerousse (Ch.) ($fc), ingénieur, professeur au Conservatoire des arts et métiers et à l’École centrale des arts et manufactures, rue Blanche, 45.
- Redier (O. Jjg), horloger-mécanicien, cour des Petites-Écuries, 8.
- Simon (E.), ingénieur, boulevard Arago, 78.
- Lévy (Maurice) (O. $!), membre de l’Institut, professeur au Collège de France et à l’École centrale, boulevard Saint-Germain, 258.
- Brull, ingénieur, ancien élève de l’École polytechnique, président de la Société des ingénieurs civils, boulevard Malesherbes, 217.
- Tresca (Alfred), chargé de cours à l’École centrale des arts et manufactures, professeur à l’Institut agronomique, rue de Valenciennes, 6.
- Farcot (Joseph) (O. ^), constructeur-mécanicien, avenue de Saint-Ouen (Seine).
- Hirsch (%), ingénieur en chef des ponts et chaussées, professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue Castiglione, 1.
- Comité des arts chimiques.
- Peligot (E.) (G. O. J^f), membre de l’Institut, directeur des essais de la direction générale des Monnaies, quai Conti, 1 1.
- De Luynes (Victor) (O. $0, professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue de Vaugirard, 61.
- Debray (O. ^), membre de l’Institut, professeur de chimie à la Faculté des sciences et à l’École normale supérieure, rue Vauquelin, 16.
- Troost (O. $t), membre de l’Institut, professeur à la Faculté des sciences, rue Bonaparte, 84,
- Schutzenberger (P.) (O. *%), professeur au Collège de France, membre de l’Académie de médecine, rue Claude-Bernard, 53.
- Girard (Aimé) (O. $0, professeur au Conservatoire des arts et métiers et à l’Institut agronomique, rue du Bellay, 7.
- Bérard (P.) (4fc), secrétaire du Comité consultatif des arts et manufactures, rue Casimir-Delavigne, 2.
- Vincent (C.) ($t), ingénieur, professeur à l’École centrale des arts et manufactures, boulevard Saint-Germain, 28.
- Jungfleisch (Ifc), professeur à l'École de pharmacie, membre de l’Académie de médecine, rue des Écoles, 38.
- Carnot (Adolphe) [%), ingénieur en chef des mines, inspecteur à l’École supérieure des mines, boulevard Saint-Michel, 60.
- Cailletet (^), membre de l’Institut, boulevard Saint-Michel, 75.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. ---- JANVIER 1887.
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1885. — 1885. — 1885. —
- 4840. —
- 4864. —
- 4 862. — 4866. — 4 866. — 4876.
- 4876. —
- 4876. —
- 4876. —
- 4 880. — 4883. -4883. -
- 4883. -1885. -
- Le Chatelier (Henri) (^), ingénieur des mines, professeur à l’École supérieure des mines, rue Notre-Dame-des-Champs, 73.
- Biyer (Hector) (•$£), administrateur de la Compagnie de Saint-Gobain, rue Meissonnier, 8.
- Poirrier (j$£), manufacturier, vice-président de la Chambre de commerce, rue Lafayette, 405.
- Comité des arts économiques.
- Becquerel (E.) (C. 4$fc), membre de l’Institut, professeur-administrateur au Muséum d’histoire naturelle et professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue Cuvier, 57.
- Le Roux (F.-P.) (^), examinateur d’entrée à l’École polytechnique, professeur à l’École de pharmacie, boulevard Montparnasse, 120.
- Peligot (Henri) (^), ingénieur, rue Saint-Lazare, 43.
- Bouilhet (Henri) (O. -^), ingénieur-manufacturier, rue de Bondy, 56.
- Wolff (Aug.) (-^f), manufacturier, rue Rochechouart, 22.
- Paris (F.-E.) (G. C. %£), vice-amiral, membre de l’Institut et du bureau des longitudes, au Louvre (musée de la marine) et rue Jacob, 22.
- Rousselle (H.) (O.J$£), inspecteur général des ponts et chaussées en retraite, rue do Bellechasse, 72.
- Fernet (E.) (O. >fe), inspecteur général de l’Instruction publique, rue Claude-Bernard, 79.
- Sebert (H.) (O. Jj£), colonel d’artillerie de marine, directeur du laboratoire central, inspecteur des fabrications de l’artillerie (ministère de la marine), rue de la Cerisaie, 43.
- Ser(L.) (%), ingénieur, professeur à l’École centrale des arts et manufactures, rue Soufflot, 24.
- Bardy (^), directeur du laboratoire central des contributions indirectes, rue du Général-Foy, 26.
- Mascart (O. %), membre de l’Institut, professeur au Collège de France, directeur du bureau central météorologique, rue de Grenelle-Saint-Germain, 60.
- Laussedat (C. ^), colonel du génie, directeur du Conservatoire des arts et métiers, rue Saint-Martin, 292.
- Prunier (L.), professeur à l’Ecole supérieure de pharmacie, boulevard de Port-Royal, 111.
- Becquerel (Henri) (^), ingénieur des ponts et chaussées, professeur suppléant au Conservatoire des arts et métiers, rue Cuvier, 57.
- 4886. —
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. --- JANVIER 1887.
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- Année de Teutrée au Conseil*
- 1851. —
- 1856. — 1864. —
- 1864. — 1866. —
- 1866. —
- 1869. —
- 1876. — 1879. —
- 1879. —
- 1880. — 1881. —
- 1882. —
- 1882. —
- 1884. —
- 1885. —
- 1876. — 1876. — 1876. — 1876. — 1876. —
- Comité d’agri culture.
- Dailly (Ad.) (O. J^), membre de la Société nationale d’agriculture de France, rue Pigalle, 69.
- Mangon (Hervé) (G. $f), membre de l’Institut, rue Saint-Dominique, 3.
- Boitel (A.) (G. 4j£), inspecteur général de l’enseignement agricole, rue du Bac, 32.
- Chatin (O. ^f), membre de l’Institut, rue de Rennes, 149.
- Tisserand (Eug.) (G. %), conseiller d’Ëtat, directeur au Ministère de l’agriculture, rue du Cirque, 17.
- Heuzé (G.) (O. inspecteur général honoraire de l’agriculture, rue Ber-thier, 27, à Versailles (Seine-et-Oise).
- Hardy (A.) (O. $£), directeur de l’École nationale d’horticulture, rue du Potager, 4, à Versailles (Seine-et-Oise).
- Pasteur (L.) (G. C. -îjè), membre de l’Institut, rue d’Ulm, 45.
- Risler(0. ^), directeur de l’Institut agronomique, rue de Rome, 35.
- Schloesing (O. •*$£), membre de l’Institut, directeur de l’École d’application des manufactures de l’État, quai d’Orsay, 67.
- Ronna (G. ^t), ingénieur civil, membre du Conseil supérieur de l’agriculture, rue de Grammont, 23, et Schartzenberg plalz, 3, à Vienne (Autriche).
- Lavalard (Ed.) (O. membre du Conseil supérieur de l’agriculture, maître de conférences à l'Institut national agronomique, rue Prony, 91
- Muntz (Achille) (->$£), professeur à l’Institut national agronomique, rue de Condé, 14.
- Prillieux (E.) (!&), inspecteur général de l’enseignement agricole, professeur à l’Institut national agronomique, rue Cambacérès, 14.
- Muret (!$£), membre de la Société nationale d’agriculture de France, place du Théâtre-Français, 4.
- Thénard (Arnould) chimiste-agriculteur, place Saint-Sulpice, 6.
- Comité des constructions et des beaux-arts appliqués à l’industrie.
- Bunel (H.), ingénieur-architecte de la préfecture de police, rue du Rocher, 67.
- Davanne(^), président du comité d’administration de la Société française de photographie, rue Neuve-des-Petits-Champs, 82.
- Dieterle (J.) (O. administrateur honoraire de la manufacture nationale de Beauvais, rue Pierre-Charron, 62.
- Dufresne de Saint-Léon (comte) (O. ^), inspecteur général de l’Université, rue Pierre-Charron, 61.
- Guillaume (Eug.) (C. membre de l’Institut, boulevard Saint-Germain, 238.
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- Année de l'entrée au Conseil.
- 1876. — 1876. —
- 1876. —
- 1876. —
- 1879. — 1879. —
- 1884. —
- 1885. — 1885. — 1885. —
- 1856. — 1858. —
- 1864. — 1866. —
- 1866. — 1869. — 1869. —
- 1873. — 1877. —
- 1873. —
- 1846. —
- 1855. —
- 1844. —
- 1856. —
- 1880. —
- CONSEIL DADMINISTRATION. --- JANVIER 1887.
- Popelin (Claudius) (-$£), artiste peintre, rue de Téhéran, 7.
- De Salverte (Georges) (•>$£), maître des requêtes au Conseil d’État, avenue Marceau, 54.
- Dumas (Ernest J.-B.) (J^), essayeur du bureau de la garantie de Paris, rue Guénégaud, 4.
- Huet (E.) (O. ^), inspecteur général des ponts et chaussées, sous-directeur des travaux de Paris, boulevard d’Enfer, 12.
- Voisin-Bey (O. <%), inspecteur général des ponts et chaussées, rue Scribe, 3.
- Rossigneux (Ch.) architecte, quai d’Anjou, 23.
- Schlemmer (O. ^), inspecteur général des ponts et chaussées en retraite, boulevard Saint-Germain, 70.
- Armand-Dumarescq (O. ^.), artiste peintre, rue d’Offemont, 3.
- Romilly (Félix de) (-*$£), rue Bergère, 22.
- Appert (Léon) (O. ^), ingénieur-manufacturier, rue Boursault, 1.
- Comité de commerce.
- Block (Maurice) (^), membre de l’Institut, rue de l’Assomption, 63, à Auteuil.
- Rondot (Natalis) (O. -$£), délégué de la Chambre de commerce de Lyon, château de Chamblon, près d’Yverdon (Suisse).
- Lavollée (Ch.) (ïfe), chaussée de la Muette, 4.
- Legentil (A.-L.) [%), membre du Comité consultatif des arts et manufactures, rue Paradis-Poissonnière, 51.
- Say (Léon), sénateur, membre de l’Institut, rue Fresnel, 21.
- Christofle (Paul) (O. $<), manufacturier, rue de Bondy, 56.
- Roy (Gustave) (C. ^), ancien président de la Chambre de commerce de Paris, membre du Comité consultatif des arts et manufactures, avenue Hoche, 1 bis.
- Magnier (E.) (j^i), négociant, rue de l’Arcade, 6.
- Daguin (J.-B.-E.) (O. J$£), ancien président du tribunal de commerce de la Seine, rue Castellane, 4.
- MEMBRES HONORAIRES.
- Chabannes Curton-la-Palice (vice-amiral, vicomte de) (G. O. vice-président, rue de Bellechasse, 22.
- Féray (E.) (C. J^), sénateur, manufacturier, à Essonnes (Seine-et-Oise).
- Phillips (E.) (O. ifc), membre de l’Institut, inspecteur général des mines, rue de Marignan, 27.
- Cahours (C. J$£), membre de l’Institut, quai Conti, 11.
- Trélat (Émile) (O. %), architecte, professeur au Conservatoire des arts et métiers, boulevard Montparnasse, 136.
- Geoffroy (F.), avenue des Champs-Élysées, 32.
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- DISCOURS DU PRÉSIDENT. JANV1EH 1887 . 9
- SÉANCE GÉNÉRALE DU 24 DECEMBRE 1886
- PRÉSIDENCE DE M. BECQUEREL
- PRÉSIDENT, MEMBRE DE L’INSTITUT.
- La Société d encouragement pour l’industrie nationale a procédé, le M décembre 1886, en séance générale, à la distribution des récompenses instituées par elle (prix et médailles).
- Le fauteuil de la présidence était occupé par M. Ed. Becquerel, président, membre de l’Académie des sciences.
- A ses côtés siégeaient : MM. Haton delaGoupillière etLavollée, vice-présidents ; M. Legrand, censeur, président de la Commission des fonds, et MM. Rossigneux et Bordet, membres du Conseil.
- M. le Président, dans une allocution, énumère les pertes cruelles faites par la Société dans le courant de l’année 1886.
- Cette lecture est suivie d’un Rapport de M. Bordet pour la Commission des fonds, et d’un Rapport de M. Legrand pour les censeurs.
- Les récompenses sont ensuite distribuées.
- La Société étant réunie en assemblée générale pour procéder une seconde fois aux élections du Bureau de 1887 et ratifier les élections faites depuis la précédente assemblée générale, la séance est terminée par le dépouillement du scrutin et la proclamation du résultat des élections (1).
- ALLOCUTION DE M. BECQUEREL, PRESIDENT.
- Au moment ou nous allons résumer notre travail annuel et distribuer nos récompenses, permettez-moi de jeter un regard en arrière et d’adresser un dernier souvenir à ceux de nos collègues qui, Pan passé, à pareille époque, étaient encore parmi nous.
- Vous vous rappelez tous M. Félix Le Blanc, professeur de chimie à l’École centrale des arts et manufactures, chargé par la Ville de Paris de l’important service de la vérification du gaz, et que vous aviez appelé l’année dernière à
- (1) Voir ce résultat au procès-verbal de la séance. Décembre 1886, p. 659. Tome II. — 86® année. 4e série. — Janvier 1887.
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- DISCOURS DU PRÉSIDENT. — JANVIER 1887.
- la vice-présidence du Conseil. Pendant près de quarante ans, il a appartenu au Conseil comme membre du comité des arts chimiques, et a suivi nos séances avec un zèle que l’état de sa santé n’a pu ralentir ; il siégeait ici encore à la dernière séance annuelle.
- M. de Laboulaye, secrétaire, n’avait pu prendre place au Bureau à cette séance, étant éloigné de nous par la maladie qui l’emporta quelque temps après. Ancien élève de l’Ecole polytechnique et ancien officier d’artillerie, M. de Laboulaye, à une très grande érudition dans le domaine de la mécanique et de la technologie, joignait un goût prononcé pour les sciences économiques. Il avait une connaisssance approfondie de la typographie, et son autorité était très grande dans les questions qui s’y rattachaient; sa collaboration au Bulletin fut des plus actives. Nommé en 1850 membre du comité des arts mécaniques, il avait succédé à Combes comme secrétaire du Conseil, et, depuis cette époque, il avait rempli avec assiduité ces importantes fonctions.
- Les comités des arts économiques, celui des constructions et des beaux-arts, ainsi que la Commission des fonds, ont été, comme les comités de mécanique et de chimie, douloureusement frappés.
- M. Jules Jamin, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, professeur de physique à la Faculté des sciences et à l’École polytechnique, appartenait au comité des arts économiques depuis 1861. Savant des plus éminents, il joignait à une grande facilité d’exposition un style clair et précis. Sa haute compétence dans les questions qui touchent à l’électricité, au magnétisme et à l’optique, et qu’il devait à ses importants travaux dans ces différentes branches de la physique, nous rendaient sa collaboration très précieuse.
- M. Bouis, membre de l’Académie de médecine, professeur à l’École de pharmacie et attaché au service des essais de la monnaie, était membre du comité des arts chimiques depuis dix-sepl ans. Comme Le Blanc, élève de notre illustre et regretté président Dumas, il s’était fait connaître par de savantes recherches de chimie organique, telles que celles sur les corps gras et sur les eaux minérales, recherches qui dénotaient un grand talent d’expérimentateur. Il s’est éteint subitement il y a quelques mois à peine.
- M. Brune avait son nom inscrit en tête du comité des constructions et des beaux-arts depuis l’origine de la formation de ce comité en 1876 ; ancien élève de l’École polytechnique, puis élève à l’École des beaux-arts, et Grand prix de Rome pour l’architecture, il avait été nommé professeur de construc-
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- DISCOURS DU PRÉSIDENT. — JANVIER 1887.
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- tions à l’École des beaux-arts, où son enseignement avait été vivement apprécié. Auteur d’importantes constructions qu’il avait dirigées lui même, il a laissé inachevé l’Hôtel du nouveau ministère du commerce, qui est une œuvre très digne d’attirer l’attention.
- La Commission des fonds a perdu, dans ces derniers temps, M. Thirion, ingénieur en chef des ponts et chaussées en retraite, qui avait pris une part active à la construction de diverses parties du réseau de nos chemins de fer, telles que la ligne de Metz à Forbach, celle de Lyon à Genève, de Lyon à Avignon, et la continuation d’une partie du réseau du Grand Central. Il avait été, en dernier lieu, directeur de la mine de la Grand’Combe. M. Thirion n’appartenait à la Société que depuis 1880, et le Conseil n’a pu profiter que pendant peu de temps des connaissances administratives approfondies de cet éminent ingénieur.
- En dehors de nos dévoués collaborateurs membres du Conseil, la Société a à déplorer la perte de plusieurs de ses sociétaires (1), parmi lesquels je dois citer M. Jules Duboscq, l’habile constructeur d’instruments d’optique, dont les savants ont pu apprécier le zèle avec lequel il mettait à la disposition des travailleurs les ressources qu’il avait puisées dans une longue et patiente pratique.
- Après vous avoir parlé des pertes douloureuses que nous avons faites, j’arrive aux récompenses qui vont être distribuées dans cette séance. En outre des prix et des médailles qu’il donne tous les ans et successivement, chacun des comités propose un candidat pour une Grande médaille, qui est décernée à une haute notabilité scientifique ou industrielle dans la direction des travaux que ce comité représente. Aujourd’hui cette distinction d’un ordre élevé est attribuée, sur la proposition du comité des constructions et des beaux-arts, à M. Barbedienne, pour les soins et les développements qu’il a donnés à l’industrie des bronzes d’art. Vous allez entendre dans quelques instants le Rapport où se trouvent énumérés les motifs de cette décision.
- Le Conseil décerne également cette année sa plus haute récompense, le prix qu’elle doit à la libéralité de M. le marquis d’Argenteuil. Ce prix, fondé en 1836, et de la valeur de 12.000 francs, doit être attribué tous les six ans, suivant la volonté du testateur, à l’auteur de la découverte la plus utile au
- (1) MM. Marché, Maurice Jourdain, Perin, Duboscq, Ladrey, Poure, de Lafollye, Rennes Desnoyers, Flandin, Regray et Jules Olivier.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. — JANVIER 1887.
- n
- perfectionnement de l’industrie française. Le Conseil a pensé que cet intervalle de six ans était trop long, en présence de l’activité industrielle de notre pays et des mérites nombreux qu’il avait à récompenser ; aussi a-t-il fondé, en 1873, un prix de même valeur, sous le nom de Grand prix de la Société, qui est distribué également tous les six ans, mais en alternant avec le prix d’Argenteuil, de façon à pouvoir, tous les trois ans, honorer un savant ou un industriel qui aura fait faire à l’industrie un progrès considérable.
- Depuis un demi-siècle, le Conseil a inscrit parmi les lauréats les noms de Chevreul et de Pasteur, dont les découvertes ont illustré notre siècle; ceux de Yicat, de Sorel, de Poitevin, dont les travaux sur les chaux hydrauliques, la préservation du fer et la photographie ont transformé plusieurs branches de l’industrie ; ceux de Heilmann, de Champonnois et de Faucon, dont les procédés relatifs au peignage mécanique, à la distillation de la betterave et à la submersion des vignes phylloxérées, ont reçu d'immenses développements.
- Aujourd’hui, M. Lenoir verra son nom inscrit sur cette liste, en récompense d’une vie de travail et pour un ensemble de découvertes dont plusieurs ont marqué un très grand progrès dans l’industrie ; liste glorieuse qui montre quels sont les mérites que la Société a récompensés, depuis les plus hautes découvertes scientiques jusqu’aux inventions plus modestes mais non moins utiles au développement industriel de notre pays.
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ.
- RAPPORT DE M. BORDET, MEMBRE DE LA COMMISSION DES FONDS, SUR LES
- comptes de l’exercice 1885.
- Messieurs, j'ai l’honneur, au nom de la Commission des fonds et conformément aux statuts, de vous présenter le résumé des comptes de l’année 1885.
- Notre comptabilité se compose, comme vous le savez, de trois parties, que nous examinerons successivement.
- Ar‘ PARTIE.
- F0ND3 GÉNÉRAUX
- Les recettes de l’année ont été les suivantes .
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ.
- JANVIER 1887.
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- 1» Excédent de recettes reporté de 1884......................
- 2» Cotisations arriérées.........................................
- 30 — de l’année 1885.........................................
- 4» Location des salles de l’hôtel à diverses Sociétés savantes. . .
- 5° Vente d’exemplaires du Bulletin...............................
- 6° Intérêts des sommes déposées au Crédit foncier................
- 7° Arrérages de rentes...........................................
- 8» Divers........................................................
- Soit un total de...................
- pour les recettes que l’on peut appeler ordinaires.
- Pour avoir l'ensemble des sommes encaissées par notre trésorier, à titre de fonds généraux, il convient d’ajouter à cela le produit de l’aliénation d’un titre de 4 500 francs de rente, qu’il a fallu réaliser pour subvenir aux frais des constructions et aménagements effectués dans l’hôtel de la Société. Ce produit a été de.............................................................
- Ce qui porte le total des recettes réelles de l’année à........
- Les dépenses se décomposent comme il suit :
- 1° Bulletin,tiré à 1200 exemplaires; frais de rédaction, d’impression et d’expédition...........................................
- 2° Impressions diverses, procès-verbaux, circulaires............
- 3° Bibliothèque, mise en ordre, reliures et acquisitions........
- 4* Agence et économat; traitements des agents et employés et frais
- divers....................................................
- 5° Jetons de présence de l’année................................
- 6° Hôtel de la Société, réparations, acquisition et entretien de mobilier, impôts, assurances, éclairage et chauffage.............
- 7° Récompenses et encouragements, prix, médailles...............
- 8° Expériences par les comités, frais divers....................
- 9* Subventions à des écoles ou à diverses œuvres de patronage. .
- 10° Pensions....................................................
- 11° Grand prix de la Société, annuité prélevée sur les fonds généraux.............................................................
- 12° Fondation Jollivet : 2# versement au compte de la réserve de 100 000 francs qui doit être constituée, et complément de l’annuité représentant les intérêts de cette réserve................
- 13° Divers; souscription à la statue de Nicolas Leblanc; addition au legs Bapst, etc..............................................
- Total...........................
- Enfin, à litre extraordinaire et comme contre-partie de la recette exceptionnelle mentionnée plus haut, travaux de con-
- 10 079,75 359,20 25 75! » 4 530 > 209,42 48,94 63 655,25 100 »
- 104 734,56
- 120 559,70 223 294,26
- 20 609,45
- 2 687,45
- 3 504,45
- 15 294,94
- 6 474,30
- 7 775,09
- 4 498 »
- 38,45 140 » 3 083,20
- 1 800 »
- 16 487,30
- 1 555,80 83 948,43
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- 14 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. — JANVIER 1887.
- slruclion effectués dans l’hôtel de la Société, divers acomptes
- payés aux entrepreneurs....................................... 59 950 »
- Ce qui porte le total des dépenses à.................. 143 898,43
- El fait ressortir un excédent de recette de........... 81 395,83
- Total égal à celui des recettes.......... 225 294,26
- La somme importante de 81 395 fr. 83, qui apparaît ainsi comme disponible à la fin de l’année 1885, trouvera son emploi au cours de l’exercice suivant pour le paiement des soldes restant dus aux entrepreneurs des travaux de l’hôtel. Nous pouvons ajouter qu’elle sera suffisante pour cet objet, et qu’ainsi la transformation complète qu’a subie notre immeuble aura été réalisée au moyen des excédents de recettes des années 1884 et 1885 et de l’aliénation d’une rente de 4 500 francs.
- Nous espérons que l’augmentation du produit des locations viendra dans l’avenir compenser, au moins en partie, le sacrifice que nous avons fait en diminuant les capitaux productifs de la Société.
- PARTIE.
- FONDS D’ACCROISSEMENT.
- Fondation destinée à perpétuer l’œuvre commencée par le comte et la comtesse
- Jollivet.
- La décision que vous avez prise, dans votre assemblée générale du 22 décembre 1882, reçoit son exécution dans les conditions expliquées par les précédents Rapports.
- Le prélèvement effectué cette année sur les fonds généraux s’élève à la somme de 16 487 fr. 30.
- Le capital mis en réserve est maintenant de 39 812 fr. 95, produisant 1500 de rente. Lorsque cette réserve aura atteint la somme d’environ 100 000 francs, suffisante pour produire un revenu annuel de 3 750 francs, le fonctionnement de la fondation sera assuré, et tout prélèvement cessera sur les fonds généraux.
- Au 31 décembre, les revenus capitalisés sont représentés par un titre de 540 francs de rente, et la somme disponible est de 2629 fr. 45.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIETE. ---- JANVIER 1887.
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- 3e PARTIE.
- FONDATIONS ET DONS SPÉCIAUX.
- Nous avons à vous parler ici de dix-sept fondations ayant des destinations spéciales, et que la Société gère suivant les intentions des donateurs :
- 1° Prix fondé par M. le marquis d’Argenteuil.
- Le donateur a désiré qu’un prix de 12 000 francs fût décerné, tous les six ans, à l’auteur de la découverte la plus importante pour le développement de l’industrie nationale, et, dans ce but, il a légué à la Société un titre de rente de 1647 francs.
- Au 31 décembre dernier, la somme disponible était de 23 303 fr. 89.
- Cette haute récompense va être décernée dans la séance d’aujourd’hui.
- 2° Legs de M. Bapst.
- La première partie de cette fondation est destinée à donner des secours aux inventeurs malheureux. Elle possède une rente de 1565 fr. 20. Les secours accordés cette année ont été si nombreux, que ce revenu s’est trouvé insuffisant; on a dû y ajouter une somme de 384 fr. 80, prélevée sur les fonds généraux de la Société.
- La seconde partie, qui doit servir à faciliter des découvertes, possède 2 727 fr. 80 de rente. On a distribué des secours s’élevant à 900 francs, et le reliquat disponible est de 3 971 fr. 60.
- 3° Fondation de MM. Paul Christofle et Bouilhet pour la délivrance de premières annuités de brevets.
- Grâce aux libéralités successives de M. Christofle père et de ses enfants, cette fondation possède un titre de rente de 1 000 francs. Elle a servi, cette année, au paiement de deux annuités de brevets, s’élevant ensemble à 205 fr. 25, et le solde disponible est de 1199 fr. 30.
- 4° Fondation de Mme la princesse Galitzin.
- Par le versement d’une somme de 2 000 francs, la donatrice a voulu permettre la création d’un prix a décerner par le comité des arts économiques.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. — JANVIER 1887.
- Jusqu’ici, les intérêts ont été capitalisés. Au 31 décembre, la fondation possédait douze obligations de chemins de fer produisant un revenu de 174 fr. 60, et une somme disponible de 24 fr. 86.
- 5° Fondation Carré.
- Instituée pour le même objet que la précédente, par le versement d'une somme de 1 000 francs, cette fondation possédait, au 31 décembre, cinq obligations de chemins de fer, soit un revenu de 72 fr. 75 ; mais, pour le paiement de la dernière obligation acquise, elle avait dû faire aux fonds généraux un emprunt de 6 fr. 42.
- 6° Fondation Fauler (Industrie des cuirs).
- Destinée à récompenser, au moyen de secours, les services rendus par des ouvriers ou contremaîtres de l’industrie des cuirs, elle possédait, au 31 décembre, trente-cinq obligations de chemins de fer, avec un revenu annuel de 509 fr. 15, et une somme disponible de 103 fr. 50
- 7° Fondation Legrand (Industrie de la savonnerie).
- Destinée à donner des secours aux ouvriers ou contremaîtres malheureux de l’industrie de la savonnerie ayant rendu des services appréciés. Ses ressources se composent de cinquante et une obligations de chemins de fer, rapportant 742 fr. 10, et d’une somme disponible de 107 fr. 91.
- Ces deux dernières fondations possèdent des ressources importantes, il est désirable que les infortunes qu’elles sont destinées à secourir ne restent pas inconnues de la Société.
- 8° Fondation Ghristofle et Bouilhet (En faveur des artistes industriels
- malheureux).
- La pension de 300 francs allouée à la veuve de M. Riester, artiste graveur, a été payée comme les années précédentes. Le revenu de la fondation est de 388 francs en obligations de chemins de fer, et le reliquat disponible est de 215 fr. 66.
- 9° Fondation de Milly (Industrie de la stéarine).
- Destinée à secourir des ouvriers et contremaîtres malheureux ou blessés dans l’exercice de leurs fonctions.
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- ÇTAT FINANCIER DE LA SOCIETE.
- Elle possédait, au 31 décembre, trente-deux obligations de chemins de fer, rapportant 465 fr. 60, et une somme en caisse de 192 fr. 02.
- Ici encore l’importance du revenu permettrait d’accueillir favorablement les demandes de secours qui seraient adressées à la Société.
- 10° Fondation de Baccarat (Industrie de la cristallerie).
- Destinée à secourir les ouvriers et contremaîtres malheureux de la cristallerie.
- Son revenu est de 101 fr. 85 ; mais, pour le paiement de la dernière des obligations qui servent à le constituer, elle a dû emprunter 2 fr. 07 aux fonds généraux de la Société.
- 11° Fondation Ménier (Industrie des arts chimiques).
- Elle possédait au 31 décembre neuf obligations de chemins de fer, produisant un revenu de 150 fr. 35, et le solde en caisse était de 29 fr. 39.
- 12° Grand prix de la Société d’encouragement.
- Cette fondation est destinée à fournir le prix de 12 000 francs que la Société décerne tous les six ans à l’auteur d’une découverte ou d’une application importante pour l’industrie nationale. Ce prix doit alterner avec celui du marquis d’Argenteuil ; il sera décerné en 1889.
- Une somme de 1 800 francs est prélevée chaque année sur les fonds généraux de la Société et mise en réserve, de façon à fournir le montant du prix, avec l’aide des intérêts régulièrement capitalisés. Au 31 décembre, la réserve ainsi constituée s’élevait a 17 368 fr. 10.
- 13° Fondation Gustave Roy (Industrie cotonnière).
- Elle doit servir à décerner, tous les six ans, un prix de 4 000 francs à l’auteur d’un progrès important ou d’une découverte utile dans l’industrie cotonnière.
- Les ressources consistent, au 31 décembre 1885, en quarante-trois obligations de chemins de fer, rapportant 625 fr. 65, et une somme disponible de 10 829 fr. 95 placée à la Caisse des dépôts et consignations.
- Une somme de 2 000 francs, sur les 4 000 qui forment la valeur du prix, ayant été donnée à titre d’encouragement en 1883, le prix à décerner en 1889 pourra être de 6 000 francs.
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Janvier 1887.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. ---- JANVIER 1887.
- 14° Fondation Elphège Baude (Industrie du matériel des constructions).
- Ayant pour but de récompenser, par un prix de 500 francs, décerné tous les cinq ans, les progrès réalisés dans le matériel des constructions du génie civil.
- Une médaille d’or, de la valeur du prix, a été décernée l’année dernière à M. Eiffel.
- On a, pour cela, emprunté momentanément 201 fr. 07 aux fonds généraux de la Société ; mais le fonctionnement régulier de la fondation est assuré par ses seules ressources, car, grâce aux placements qui ont été faits, elle possède un revenu de 174 fr. 60 en obligations de chemins de fer.
- 15° Fondation Fourcade (Industrie des produits chimiques).
- Instituée par les exposants de la classe des produits chimiques en 1878 à l’effet de récompenser chaque année, par un prix de 800 francs, un ouvrier choisi de préférence parmi ceux des donateurs, comptant le plus grand nombre d’années consécutives de bons services dans le même établissement et jugé le plus digne par la Commission de la Société d’encouragement.
- Ce prix a été décerné l’année dernière à M. Merckel.
- Les ressources de la fondation consistent en un titre de rente de 759 fr. et une somme en caisse de 815 fr. 05.
- 16° Fondation de M. le général comte d’Aboville.
- Destinée à rendre témoignage à trois manufacturiers différents qui, pendant une période de temps déterminée auront employé à leur service des ouvriers estropiés, amputés ou aveugles, et les auront ainsi soustraits à la mendicité.
- Le capital de 10 000 francs versé par les héritiers du comte d’Aboville a été divisé en trois parties, qui, augmentées des intérêts capitalisés, fournissent le montant de trois prix.
- L’un, d’une valeur de 3 900 francs, a été décerné l’année dernière à la Société des ateliers d’aveugles; les deux autres seront distribués en 1887 et 1889. La fondation possède encore dix-huit obligations de chemins de fer, rapportant 261 fr. 90, et une somme de 912 fr. 25 déposée à la Caisse des dépôts et consignations.
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- État financier de la société, 17° Legs Giffard.
- JANVIER 1887.
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- Dans nos précédents Rapports, nous vous avions déjà annoncé qu’une somme de 50 000 francs avait été léguée à la Société par Henri Giffard. C’est seulement au cours de l’année 1885 que, toutes les formalités étant remplies, l’encaissement a pu avoir lieu ; un titre de rente de 1 949 francs a été acheté. Pour satisfaire exactement aux vœux exprimés dans le testament, ce titre a été inscrit au nom d’une fondation spéciale qui servira à distribuer des prix et des secours, suivant un programme que le conseil d’administration aura à élaborer. Au 31 décembre, la somme en caisse disponible est de 496 fr. 45.
- Tous les comptes que nous venons de passer en revue sont tenus avec le plus grand ordre et appuyés de pièces justificatives complètes; nous vous proposons donc de leur donner votre approbation, et en même temps d’exprimer à M. le Trésorier les remercîments de la Société pour le zèle et l’exactitude qu’il apporte dans l’accomplissement de sa lourde tâche.
- En terminant, nous sommes heureux de vous annoncer que, pendant l’année courante, la Société a reçu quatre nouvelles fondations. Les ressources dont elle dispose pour remplir la mission qu’elle s’est donnée vont donc prendre encore une extension considérable.
- Amenés à constater ce nouveau progrès au moment où, pour la première fois, nous venons d’inscrire dans nos comptes le don d’Henri Giffard et dans cette séance où, au nom du marquis d’Argenteuil, la Société va décerner une de ses plus belles récompenses, ne devons-nous pas exprimer hautement nos sentiments d’admiration et de reconnaissance pour les pensées généreuses qui ont inspiré tous les donateurs dont nous exécutons ici les volontés.
- C’est en recherchant partout les efforts faits au profit de l’industrie nationale et en se montrant toujours la zélée dispensatrice de récompenses méritées que la Société perpétue leur œuvre et honore le mieux leur mémoire.
- Signé : Lucien Bordet, rapporteur.
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- RAPPORT DES CENSEURS.
- JANVIER 1887,
- RAPPORT DES CENSEURS SUR i/EXAMEN DES COMPTES DE L ANNEE 1885.
- Messieurs, j’ai l’honneur de vous présenter, au nom des Censeurs, le Rapport annuel des comptes de l’année écoulée, ainsi qu’il est déterminé par nos Statuts.
- La lecture qui vient de vous en être faite indique que les recettes de l’exercice de 1885 se sont élevées au chiffre de 104 734 fr. 56, auquel il convient d’ajouter 120 559 fr. 70 comme produit de l’aliénation d’un titre de 4 500 francs de rente 3 pour 100, en vertu d’une délibération du Conseil, pour subvenir aux dépenses de constructions et réparations exécutées dans l’hôtel de la Société. Cet ensemble de recettes présente donc un total de 225 294 fr. 26. Par contre, les dépenses ont atteint le chiffre de 83 948 fr. 43, auquel il faut ajouter 59950 francs d’acomptes payés aux entrepreneurs sur les travaux exécutés, ce qui porte ainsi la dépense totale à 143 898fr.43. Il ressort en conséquence de la balance un excédent de 81395 fr. 43, destiné à satisfaire chaque semaine au paiement des travaux, à mesure de leur avancement, et qui, aujourd’hui, se trouve en partie épuisé.
- Le crédit voté par le Conseil a été fixé à 143 000 francs; or, il n’a été vendu de rentes que pour une somme de 120 559 fr. 70, et le surplus se trouvera prélevé sur les excédents de recettes des années 1886 et 1887, avec la certitude de ne pas dépasser le chiffre alloué. Nous aurons, en conséquence, réalisé la transformation complète de l’hôtel de la Société au moyen de la seule aliénation de 4500 francs de rentes, et il y a tout lieu de supposer que l’augmentation du produit des locations viendra facilement compenser ce sacrifice, dont l’obligation nous était du reste imposée par la nécessité de tirer partie du terrain vacant que nous possédions sur la rue Saint-Benoît.
- Tous ces comptes sont parfaitement réguliers et conformes aux pièces justificatives annexées, et nous n’avons qu’à vous en proposer l’approbation.
- Vous avez pu remarquer que c’est au cours du présent exercice que la Société d’encouragement a été mise en possession du legs fait par notre regretté collègue Henri Giffard, et que, conformément au désir du donateur, il a été converti en rente 3 pour 100, dont les arrérages seront employés à fournir des récompenses déterminées par le Conseil sur les Rapports des comités.
- On peut, de ce qui précède, considérer l’état financier delà Société comme très satisfaisant: sa situation présente est parfaite, son avenir est entièrement assuré par la continuation du capital d’accroissement institué par le comte
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- GRAND PRIX DU MARQUIS DARGENTEUJL. --- JANVIER 1887. %Y
- et la comtesse de Jollivet, et, de plus, d’autres libéral tés viennent de lui être faites, qui sont destinées à lui donner les moyens d’étendre plus grandement son action en faveur du développement de l’industrie française.
- Elle est donc certainement appelée à exercer un rôle prépondérant dans le mouvement industriel, mais il est nécessaire qu’elle agisse de manière à le remplir en tous points.
- Il lui faut, en conséquence, une initiative capable de la placer au premier plan dans toutes les questions qui intéressent le progrès de notre commerce et de notre industrie, et une direction ferme et résolue qui fasse converger tous les efforts vers ce but.
- A cet effet, les rouages de notre administration auront besoin de subir quelques modifications, et la Commission que vous avez instituée pour élaborer un Règlement intérieur pourra probablement introduire des améliorations efficaces, qui donneront aux divers services dont elle est composée plus d’ensemble, en les soumettant à une autorité directe et mieux définie.
- Je termine ici, messieurs, cet exposé, en vous proposant, premièrement, de voter à notre Trésorier le témoignage de la reconnaissance de la Société, et ensuite de donner votre entière approbation aux comptes de l’exercice de 1885, tels qu’ils viennent d’être présentés par le Rapporteur de la Commission des fonds.
- Signé : Legrand, censeur.
- Approuvé en séance, le 24 décembre 1886.
- GRAND PRIX DU MARQUIS D’ARGENTEUIL
- Rapport fait par M. Éd. Collignon sur l ensemble des travaux de
- M. É. Lenoir.
- Le nom de M. Lenoir est depuis longtemps connu dans la mécanique industrielle, mais peu de personnes se font une idée exacte de l’importance et de l’étendue de son œuvre. Nous la passerons sommairement en revue dans ce Rapport.
- Les travaux de M. Lenoir peuvent être partagés en trois classes : les uns se rapportent à des recherches chimiques ; d’autres a l’emploi de l’électricité ; d’autres encore, et ce sont les plus importants, à la mécanique proprement dite et à la création de nouveaux appareils.
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- GRAND PRIX DU MARQUIS D’ARGENTEUIL. ----- JANVIER 1887.
- Nous nous contenterons de citer, parmi les travaux chimiques de M. Le-noir, sa fabrication de l'émail blanc, qui remonte à 1847, et forme ses débuts dans la carrière d’inventeur; ses procédés de galvanoplastie en ronde bosse, qui datent de 1851 ; ses recherches sur le tannage des cuirs par l’ozone (1880); sa méthode d’étamage des glaces, qui lui a valu en 1878 le prix Montyon de l’Académie des sciences.
- Ses travaux sur l’électricité comprennent un frein électrique pour chemins de fer, imaginé en 1855; un système complet de signaux pour voies ferrées, un moteur électrique, qui date de 1856; enfin, en 1865, un télégraphe autographique, dit électrographe, destiné à transmettre l’écriture à distance. Sauf pour cette dernière invention, pour laquelle M. Lenoir avait été précédé par MM. Bain et Caselli, il parait être venu trop tôt pour le succès de ses inventions électriques, et semble avoir joué le rôle ingrat de précurseur. Il a produit ses appareils à une époque où l’électricité était encore peu connue, et où l’on osait à peine la faire entrer dans le domaine de la pratique. Beaucoup des idées de M. Lenoir, autrefois qualifiées d’utopies, ont été reprises plus tard et transformées par divers inventeurs, et ont maintenant cours sous d’autres noms.
- La partie mécanique de l’œuvre de M. Lenoir est celle dans laquelle il a obtenu les plus grands succès, et qui ale plus contribué à rendre son nom célèbre. Nous y relevons un compteur d’eau (1857), un pétrin mécanique, un propulseur pour la navigation, un régulateur de vitesse, qu’il a présenté récemment à la Société d’encouragement, et qu’il destine à régler la marche des machines dynamo-électriques ; enfin et surtout, ses moteurs de petit atelier, universellement connus sous le nom de moteurs Lenoir, dont le premier type a paru en 1859, et qui ont reçu de nouveaux perfectionnements en 1881. Le moteur Lenoir est, comme on sait, un diminutif de la machine à vapeur, disposée de telle sorte qu’elle puisse fonctionner sans chaudière, à l’aide du gaz d’éclairage: le type de ces moteurs constitue un perfectionnement important des anciens modèles dus à Lebon, et forme comme le point de départ d’où dérivent de nouveaux types plus ou moins transformés, qui lui disputent aujourd’hui la clientèle de la petite industrie.
- M. Lenoir a très heureusement complété, en dernier lieu, la série de ses moteurs, en créant une machine à carbure d’hydrogène ; dans ce nouveau type, l’alimentation n’emprunte plus rien à une canalisation de gaz d’éclairage ; la machine fabrique elle-même et sur place le gaz dont elle a besoin.
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- GRANDE MEDAILLE DES BEAUX-ARTS.
- JANVIER 1887.
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- Aussi convient-elle spécialement aux usages agricoles et à toutes les localités éloignées des villes et des centres industriels.
- Tel est, en quelques mots, le résumé de la laborieuse carrière de M. Le-noir, qui ne comprend pas moins de quarante années d'études, de recherches et de découvertes. La Société d’encouragement a pensé, Messieurs, que cet ensemble de travaux méritait une récompense exceptionnelle, et elle accorde à M. É. Lenoir le grand prix du marquis d’Argenteuil pour l’ensemble de ses travaux.
- Signé : Éd. Collignon, rapporteur.
- GRANDE MEDAILLE DES BEAUX-ARTS
- Rapport fait par M. Rossigneux sur les titres de M. Barredienne , fabricant de bronzes, à Paris, à la Grande médaille dite de Jean Goujon.
- Messieurs, c’est à votre comité des constructions et des beaux-arts qu’est échue, cette année, la délicate mission de décerner la Grande médaille d’or, dite de « Jean Goujon», à l’un des représentants les plus dignes et les plus méritants des beaux-arts appliqués à l’industrie.
- Après avoir passé en revue toutes les industries auxquelles l’art se mêle d’une manière plus intime à la main-d’œuvre de l’ouvrier, le comité s’est arrêté à récompenser cette industrie des bronzes, qui se prête si bien aux manifestations de l’art dans ce qu’il a de plus utile et de plus élevé.
- En effet, dès l’antiquité la plus reculée, l’emploi du bronze dans la reproduction des statues et des objets d’art a été l’une des manifestations les plus certaines de la civilisation des peuples; et, selon que cette civilisation s’est faite plus grande ou s’est amoindrie, le bronze lui-même a revêtu des formes plus parfaites ou plus grossières.
- L’antique Phénicie, l’Égypte, ce berceau de tous les arts; la Grèce, Rome, ont laissé des chefs-d’œuvre en bronze qui n’ont pas été surpassés par les chefs-d’œuvre eux-mêmes de la Renaisssance italienne et française, dont la dernière éclosion s’est produite dans les œuvres pompeuses du règne de Louis XIV, pour venir s’abaisser et s’éteindre dans la tourmente révolutionnaire de 1793 et refleurir dans les années plus calmes dont le romantisme a été la plus haute expression.
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- GRANDE MÉDAILLE DES BEAUX-ARTS. ----- JANVIER 1887.
- Voici les motifs qui ont dicté les résolutions prises par votre comité :
- Deux grandes individualités furent d’abord opposées l’une à l’autre : M. Barbedienne, qui, fidèle interprète des traditions du passé, empruntait ses procédés de fabrication à ceux de l’antiquité et de la Renaissance, et MM. Christofle et Bouilhet, qui ne demandaient les leurs qu’aux nouvelles découvertes de la science moderne. Mais l’hésitation ne pouvait être de longue durée : MM. Christofle, en effet, sont membres très actifs de notre Société; leur nom même est inscrit sur les parois de cette enceinte à titre de bienfaiteurs, et nos statuts s’opposent à ce qu’ils puissent prétendre aux récompenses décernées par elle. M. Barbedienne est donc resté le seul candidat que le comité ait trouvé digne de cette haute récompense.
- Permettez-moi, messieurs, de vous présenter M. Barbedienne et de vous dire quels sont les titres qui le désignent à vos suffrages éclairés.
- Comme tous les hommes de bonne volonté et de courage, M. Barbedienne est fils de ses œuvres. Il est né, en 1810, dans un petit village de Normandie, Saint-Martin-de-Frainay. Ses parents, modestes agriculteurs, cultivaient le champ paternel, qui suffisait amplement à leurs besoins. Mais un jour la terre se fit avare, les mauvaises années se succédèrent, apportant la gêne, puis la pauvreté dans l’humble demeure ; si bien qu’en 1822, un moment arriva où l’enfant lui-même devint à charge à sa famille. Le père le prit alors par la main, l’amena à pied à Paris pour en faire un ouvrier à la ville, en le mettant en apprentissage chez un sellier.
- Le moment de la séparation venu, le père prit l’enfant dans ses bras, lui annonça qu’il ne devait plus désormais compter que sur lui-même pour faire face aux plus dures nécessités de la vie, et lui glissa entre les mains sa dernière épargne : 6 francs, péniblement amassés en pièces de 6 liards, cette monnaie d’appoint dont la valeur douteuse la faisait le plus souvent refuser par ceux auxquels elle était offerte en paiement.
- La présence de l’enfant chez le sellier fut de courte durée ; six semaines au plus ; son patron, plus assidu au cabaret qu’à l’atelier, était réduit à la misère et se trouva ainsi bientôt dans la nécessité de se séparer de son apprenti, qui trouva un refuge chez un papetier de la rue de l’Arbre-Sec, qui joignait à ce commerce celui des papiers peints. L’apprentissage consenti, et loyalement exécuté de part et d’autre, fut de quatre années.
- A partir de cette époque, le jeune homme, devenu maître de lui-même, fut successivement commis dans différents magasins de papiers peints, où, dans tous, il se fit remarquer par son assiduité au travail, sa bonne vo-
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- GRANDE MÉDAILLE DES BEAUX-ARTS. — JANVIER 1887.
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- lonté et sa grand intelligence; si bien, qu’un de ses patrons, qui l’avait pris en affection, l’engagea à s’établir pour son propre compte, en lui fournissant les fonds nécessaires à cette entreprise. Il va sans dire que cette offre généreuse fut acceptée avec reconnaissance et qu’il justifia la confiance de son commanditaire en organisant, selon ses vues, sur des bases nouvelles, une maison de vente pour le papier peint, qui acquit en peu de temps une telle notoriété, qu’il se trouva, pour ainsi dire, placé, de prime-saut, au premier rang de cette industrie.
- Il n’avait donc qu’à se laisser aller dans la voie qui lui était ouverte pour atteindre à la fortune, qui lui souriait; mais nous étions alors en 1833, à cette époque mémorable de notre histoire qui a enfanté tant de génies dans les sciences, les lettres, les arts et l’industrie, où tous les esprits, toutes les intelligences, se tournaient vers ces siècles radieux du passé ; où les plus grands artistes nés sur la terre de France rivalisaient de talent avec ceux même de la glorieuse Italie.
- Avec ses tendances à voir l’art s’appliquer aux choses et aux objets les plus usuels de la vie, le jeune Barbedienne — il n’avait alors que vingt-trois ans — ne pouvait se soustraire aux visions du culte nouveau, le « romantisme», et il ne rêvait rien moins que de relever l’industrie du bronze de l’abaissement dans lequel elle était tombée. Admirateur passionné des chefs-d’œuvre de la sculpture de l’antiquité et de la Renaissance, il se proposait de refaire le goût public en réduisant ces chefs-d’œuvre à de moindres proportions, sans rien détruire de la perfection de leurs formes, pour les mettre au niveau de nos fortunes bourgeoises et, par suite , leur donner accès dans nos étroites demeures.
- Il en était là de son rêve, ne sachant trop comment le réaliser, quand, en 1839, le hasard le mit en rapport avec un simple ouvrier [mécanicien qui, sans éducation première et sans instruction mathématique, mais doué du génie de l’invention, était parvenu à construire de toutes pièces un merveilleux instrument de précision, à l’aide duquel la main la moins exercée pouvait réduire mathématiquement les objets en bas-reliefs ou en ronde-bosse, tels que statues, bustes, vases, ornements, etc. Ce fut un trait de lumière pour Barbedienne, qui accepta, sans hésitation et sans compter, une association avec l’inventeur, Achille Collas, pour l’exploitation de son brevet.
- C est ainsi que fut fondée la maison Barbedienne, dont le renom s’étend aujourd’hui dans le monde entier.
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- Toutefois, malgré la faveur qui avait accueilli ces réductions à leur première apparition, ce ne fut qu’après de longues et pénibles épreuves que le succès vint récompenser le hardi novateur de sa hasardeuse entreprise. — Avec la fougue, les illusions généreuses et l’inexpérience de la jeunesse, Barbedienne s’était jeté à corps perdu dans cette industrie nouvelle sans un capital suffisant pour résister à la crise financière qui, à cette époque, paralysa les affaires industrielles, et le mit plusieurs fois, lui-même, à deux doigts de sa perte; mais, avec la patiente énergie qui le distingue, il ne désespéra pas du salut. Bien lui en prit, car, après de laborieux efforts, il put enfin éteindre ses dettes, satisfaire aux plus dures exigences de ses créanciers et reprendre sa liberté d’action.
- C’est donc au milieu de difficultés sans cesse renaissantes, qui auraient découragé de moins convaincus, que M. Barbedienne parvint à créer des ateliers modèles munis d’un outillage perfectionné, et à grouper autour de lui une élite d’artistes et d’ouvriers qui, sous une discipline exacte et, cependant sans entraves pour la liberté de chacun, concourut à l’harmonie de l’ensemble. — Il lui fallut, en quelque sorte, ressusciter les coutumes de ces jurandes et de ces maîtrises emportées, comme tant d’autres utiles institutions de l’ancienne France, par la Révolution, et égaler, si faire se pouvait, les épaves des chefs-d’œuvre d’art et d’industrie échappées à son aveugle fureur. Tout ce que je puis vous dire, c’est qu’il a réussi. Je ne suis pas un économiste, je n’ai pas le don de la science sociale, et, cependant, il me semble qu’il y a là, pour ceux qui cherchent la solution de cet aride problème, qu’avaient cependant si bien résolu nos pères « des rapport à établir entre patrons et ouvriers », un enseignement qui pourrait aider à trouver la formule qui jusqu’alors n’a pas été résolue, pour le plus grand dommage des deux parties et de la société elle-même. — Comme un chef d’orchestre habile, il a su diriger ses exécutants, s’en faire obéir, et, ce qui vaut mieux encore, s’en faire aimer; tant et si bien, que l’œuvre sortie de ses ateliers semble avoir été créée par les seules mains de celui qui en a conçu l’ensemble.
- Aussi, les ouvriers habiles formés à son école se font-ils, d’année en année, plus nombreux. Le chiffre atteint est, aujourd’hui, bien près de six cents. — Recherchés par les émules et les concurrents du maître, ils contribuent au relèvement de cette belle industrie des bronzes en la sauvant du discrédit dans lequel elle était tombée.
- Après avoir remis en lumière les chefs-d’œuvre de l’antiquité et de la
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- Renaissance avec une perfection d’exécution qui ne saurait être surpassée, Barbedienne se mit à créer des modèles d’art industriel, dans lesquels il prouve, ainsi que ledit Goethe, « qu’il n’est aucun métier que l’ouvrier ne puisse élever jusqu’à l’art par l’application qu’il y porte. » Comme les gens de génie qui sentent toujours le besoin de s’appuyer sur la tradition, il n’a pas manqué d’aller puiser ses inspirations aux sources pures auxquelles se sont désaltérés les maîtres du passé. Et, cependant, il est si bien resté lui-même, que les objets sortis de ses mains attestent une fois de plus que le style c’est l’homme, et que le style peut se passer de marque et de signature.
- Le temps, du reste, était favorable à ces éclosions. Les Expositions universelles conviaient tous les peuples à venir se mesurer dans ces luttes pacifiques où la victoire ne coûte ni sang ni larmes. Barbedienne fut un des premiers à répondre à l’appel, et dans tous les concours il montra une telle supériorité sur ses concurrents, que dans tous il occupa la première place et remporta les plus hautes récompenses, qui furent consacrées à l’Exposition de Vienne par la croix de commandeur dans l’ordre de la Légion d’honneur. Il avait été même désigné pour celle de grand-officier à la dernière Exposition de Paris en 1878; mais, mû par un sentiment de modestie et de justice qu’on ne saurait trop louer, il obtint du ministre de reporter cette insigne faveur sur un sculpteur ornemaniste du plus grand talent, Constant Sévin, son collaborateur le plus fidèle, celui qui depuis trente ans est l’interprète heureux de ses pensées ; et c’est ainsi que, de simple chevalier, il en fit un officier de la Légion d’honneur.
- M. Barbedienne, du reste, est coutumier du fait; déjà un ciseleur d’un rare mérite, Attarge, mort depuis en plein épanouissement de talent, avait été, sur sa demande, fait chevalier de la Légion d’honneur, et vous pourrez voir figurer, sur les listes des récompenses accordées dans les Expositions universelles de 1851 à 1878, les noms de plus de soixante de ses coopérateurs.
- Enfin, messieurs, il me reste à vous entretenir d’un dernier trait de la vie de M. Barbedienne que je me reprocherais de passer sous silence, tant il fait honneur à son patriotisme éclairé et à son dévouement pour la république des arts.
- Arrivé au plus haut sommet que puisse atteindre un homme qui a su se frayer la route à lui-même, il voulut mettre en lumière et faire profiter de sa position acquise les oeuvres des plus éminents sculpteurs français de notre
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- époque, en vulgarisant leurs œuvres à l’aide des moyens de réduction si parfaits dont il dispose, tout en leur créant, en quelque sorte, des rentes dont la mise de fonds serait leur propre talent. Il offrit donc à ces maîtres de l’art moderne, tout en leur laissant la nue-propriété de leurs œuvres, d’exécuter à ses frais, risques et périls, les réductions et modèles des œuvres, dont le choix lui serait laissé et de leur payer une prime sur le produit net de la vente. Cette offre, qui non seulement aidait à la réputation des artistes, mais encore qui les rémunérait largement des efforts qu’ils avaient faits, pour créer des œuvres dignes de renommée, fut acceptée avec le plus vif empressement; et c’est ainsi que M. Barbedienne put verser entre leurs mains, dans une période de vingt-cinq années, la somme précise de 1490 339 francs. Ce chiffre a bien son éloquence. Je dois ajouter, pour rester dans la limite exacte de l’entreprise, que, dans la distribution des dividendes, M. Barbedienne ne s’est pas réservé la meilleure part.
- Les services rendus avec un si entier dévouement aux arts et à l’industrie ont attiré sur lui l’estime publique et celle, peut-être plus difficile à obtenir, de ses confrères et de ses concurrents ; et, pour preuve, voici ce que disait de lui, dans son rapport à l’Exposition universelle de 1878 sur les métaux ouvrés, la voix autorisée d’un maître orfèvre bien connu, celle de M. Falize fils ;
- « Barbedienne est aujourd’hui une des gloires françaises ; il occupe au « sommet de cet art industriel, dont on a fait un mot nouveau sinon une « chose nouvelle, une place universellement enviée. Il n’est dans aucune « profession, dans aucun pays, un homme qui, par les mêmes chemins, « ait acquis une telle renommée; il jouit de son vivant de cette gloire pure « qu’ont eue seulement après leur mort quelques privilégiés parmi les « maîtres de l’outil. »
- Messieurs, la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, voulant mettre en lumière cette vie toute de labeur, de probité et de talent, décerne à M. Barbedienne la plus haute récompense dont elle puisse disposer, qu’elle n’attribue que tous les cinq ans au seul mérite, à quelque nationalité qu’il appartienne : « la Grande médaille d’or de Jean Goujon. » Elle entend ainsi récompenser le passé si laborieux de M. Barbedienne, les services rendus à son industrie, affirmer son présent, et peut-être aussi encourager son avenir ; car, bien que l’aisance, sinon la fortune, soit venue le trouver, que soixante années passsées sur le champ de bataille des bons combats lui ait donné le droit à un repos si bien gagné, M. Barbedienne se
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- refuse à se retirer de la lutte au moment où la crise qui sévit si durement sur nos arts et sur nos industries les met en péril; il veut rester à la tête des siens et prendre une part active à l’Exposition internationale de 1889. Et ici messieurs, je vous demanderai la permission de commettre une indiscrétion en vous annonçant que M. Barbedienne se propose d’y exposer une œuvre pour l’accomplissement de laquelle il n’a reculé devant aucun sacrifice, la dépense en étant représentée par dix années de travail, et qu’il a confiée aux mains les plus habiles d’artistes et d’ouvriers dont l’éloge n’est plus à faire. Souhaitons donc, et pour lui et pour nous, que cette œuvre, dont un fragment a déjà figuré du reste à l’Exposition universelle de 1878, affirme une fois de plus, aux yeux de l’étranger, la supériorité de ces arts et de ces industries qui ont fait et qui font encore la suprématie et la gloire de notre patrie bien-aimée, de notre chère France !
- Signé : Ch. Rossigneux, rapporteur.
- PRIX FOURCADE
- Pour les ouvriers des fabriques de produits chimiques.
- Rapport fait par M. Fourcade sur le prix fondé par les exposants DE LA CLASSE 47 A l’ËXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- (Prix die 800 francs.)
- La Compagnie des produits chimiques de Saint-Gobain a proposé un de ses ouvriers, M. François Hennequin, pour concourir au prix de 800 francs que la Société d’encouragement délivre, chaque année, à l’ouvrier qui lui est signalé comme ayant passé le plus d’années consécutives chez le même patron.
- Jusqu’à épuisement, la préférence doit être accordée aux ouvriers appartenant aux établissements qui ont figuré à l’Exposition universelle de 1878.
- La manufacture de Saint-Gobain se trouve dans ce cas.
- M. Hennequin est entré à la soudière de Saint-Gobain en 1830. Il n’en est jamais sorti et il y est encore. Il a donc cinquante-six années consécutives de service dans la même maison.
- Parmi les propositions qui ont été faites, aucune n’atteignant ce nombre
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- de cinquante-six années, j’ai l’honneur de proposer d’attribuer le prix de 1886 au susdit Hennequin.
- C’est une mission bien douce pour notre Société que celle de pouvoir encourager de la sorte, dans la classe ouvrière, chaque année, la probité, la constance et l’attachement à ceux qui font travailler.
- Le certificat adressé par la Compagnie de Saint-Gobain, à l’appui de sa demande, étant légalisé par le maire de Chauny, est en règle, et il n’y a pas lieu, conséquemment, de demander d’autres pièces; la Société d’encouragement aura seulement à adresser à la susdite Compagnie une copie du présent Rapport, qui a été adopté.
- Signé : A. Fourcade, rapporteur.
- PRIX DES ARTS MECANIQUES
- Rapport fait par M. A. Tresca sur le concours des petits moteurs.
- (Prix de 3 OOO francs.)
- Messieurs, la Société d’encouragement a récompensé, à différentes reprises, les efforts faits par différents inventeurs pour résoudre le problème si intéressant de la division du travail mécanique et de la création de moteurs, de construction simple, d’une conduite facile, pouvant se placer dans l’atelier même, quelle que soit sa position dans un immeuble occupé par de nombreux locataires.
- M. Coque, en 1869, pour son moteur fonctionnant à l’aide de l’eau sous pression ;
- M. Fontaine, en 1872, pour son moteur à vapeur, dit moteur domestique ;
- M. Rishop, en 1879, pour son moteur à gaz, de construction économique, n’exigeant pas d’eau pour son constant refroidissement, ont été récompensés par la Société, en prélevant sur le prix institué une certaine somme pour constituer des prix d’encouragement.
- Le concours a donc été ouvertfà nouveau, et le programme qui a été préparé par les soins du comité des arts mécaniques appelait l’attention des inventeurs sur les formes nouvelles que pourrait prendre la question de la transmission et de la division du travail à distance.
- Plusieurs concurrents se sont présentés dans le cours de l’année 1885, et
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- votre comité a eu à examiner ces différentes inventions ou perfectionnements, pour soumettre ensuite au Conseil le résultat de ses études.
- Parmi les solutions présentées, quelques-unes n’ont pu être expérimentées en temps convenable, et il est utile de faire une réserve à leur égard.
- D’autres n’ont pas paru dignes d’être examinées longuement, et il n’est resté, en définitive, que deux inventions dignes d’être signalées : le nouveau moteur à essence de pétrole, de M. Lenoir, permettant d’utiliser les moteurs è gaz dans des localités où le gaz d’éclairage fait défaut, et la transmission de travail à distance, présentée par la Société anonyme de distribution de force motrice à domicile, dont le siège social est à Paris, rue Beaubourg, 41.
- La Société d’encouragement vient de récompenser M. Lenoir, pour l’ensemble de ses travaux, en lui décernant le Grand prix d’Argenteuil, et, en procédant ainsi par éliminations successives, il ne reste plus qu’à indiquer les raisons pour lesquelles le Conseil a décidé d’accorder à la Société anonyme de distribution de force à domicile la valeur du prix à décerner.
- Cette Société a eu l’idée de s’installer dans une des parties les plus populeuses d’un des quartiers industriels de Paris, la rue Beaubourg, et de fournir aux petits fabricants environnants les quelques kilogrammètres dont ils peuvent avoir besoin pour faire fonctionner les machines-outils nécessaires pour la fabrication des articles de bimbeloterie, tabletterie, etc., qui se fabriquent en grand nombre dans ces ateliers, souvent installés dans une seule chambre dépendant de l’habitation de l’ouvrier lui-même.
- Pour éviter que la présence du moteur dans des ateliers de dimensions aussi restreintes fût une cause de gêne pour l’ouvrier ou ses aides, pour éviter toutes chances d’incendie, pour rendre, en un mot, la solution plus acceptable dans ces conditions, M. Petit, l’inventeur de ce mode de transmission de travail, aidé de M. Boudenoot, en ce qui concerne la création de leur usine importante, a eu l’idée de disposer en un point de ce quartier un moteur de grande puissance, 75 chevaux-vapeur au début, muni de sa chaudière, cet ensemble mettant en mouvement une pompe à air de grandes dimensions, disposée à l’arrière du cylindre à vapeur, et destinée à aspirer de 1 air d’une conduite souterraine pour le refouler dans l’atmosphère.
- Sur cette conduite principale disposée, pour la plus grande partie, dans les égouts, se trouvent branchés un certain nombre de tuyaux de faible diamètre contournant les passages et cours des différents immeubles à desservir, et venant se terminer par des colonnes montantes, analogues en tous points
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- à celles d’une canalisation de gaz d’éclairage installée dans les maisons de location de Paris.
- Le vide créé ainsi dans la conduite principale et ses annexes sert à mettre en mouvement de petits moteurs installés dans chaque atelier, et dans lesquels l’air extérieur s’engouffre pour, après avoir agi par sa pression sur le piston du moteur, se rendre dans la conduite principale et être aspiré et expulsé par la pompe à air actionnée par le moteur de l’usine centrale. Quel que soit le nombre des branchements ouverts, c’est-à-dire le nombre des petits moteurs à mettre en mouvement, le vide se maintient dans la conduite, à la condition de proportionner le débit de la pompe à air au volume de l’air extérieur entrant dans la conduite générale par les différents branchements.
- Pour arriver à ce résultat, il suffit que l’indicateur du vide placé près du moteur principal soit muni d’appareils avertisseurs disposés de manière à prévenir le mécanicien de l’excès de pression ou de l’excès de vide existant à chaque instant dans la conduite par rapport au degré normal de vide qu’il s’agit de maintenir.
- En activant la marche de la machine à vapeur lorsque le nombre des petits moteurs en fonction augmente, ou en ralentissant cette marche dans le cas contraire, le mécanicien peut facilement maintenir, d’une manière exacte, la pression motrice de l’air agissant sur chacun des petits moteurs, pression qui est évidemment la différence entre la pression atmosphérique et le vide partiel maintenu dans la conduite.
- Il nous a été donné de voir ainsi la machine motrice marcher très lentement à certaines heures de la journée, pour, quelques heures après, marcher avec une vitesse double lorsque le travail venait à augmenter.
- Cette solution permet donc à chaque industriel abonné de pouvoir, en ouvrant un simple robinet, faire fonctionner les machines spéciales à sa fabrication, arrêter toute consommation en tournant en sens inverse le même robinet, répéter aussi souvent qu’il le veut ces deux opérations.
- Chaque moteur est muni d’un compteur spécial, dont la description sera donnée dans un Rapport général fait sur cette installation, et qui permet de ne compter à l’abonné que le volume d’air raréfié qui a servi pour la marche de son moteur, aussi facilement que s’il s’agissait de sa consommation de gaz d’éclairage.
- A côté de ces avantages réside un inconvénient qu’il est nécessaire de signaler maintenant.
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- Par suite de ces deux transformations : travail du moteur à vapeur destiné à maintenir un certain vide dans la conduite, à aspirer par conséquent de Pair pour le refouler à l’extérieur; production de travail mécanique à l’aide de cet air raréfié, le rendement en travail mécanique du système, pris dans son ensemble, ne peut pas être très considérable. Mais si l’on remarque qu’il est impossible, dans l’état actuel de nos connaissances, de produire une petite quantité de travail dans des conditions économiques comparables à celles d’une grande production, nous pouvons mettre l’emploi de Pair raréfié sur un pied d’égalité presque complet avec les autres systèmes adoptés ou proposés.
- L’emploi du système de transmission par air raréfié présente donc des avantages spéciaux qui ont fait que son adoption dans le quartier cité plus haut s’est répandue très rapidement.
- L’installation de l’usine de la rue Beaubourg a commencé à fonctionner en janvier 1885, et, à la date du 1er mai 1886, la puissance du moteur était entièrement utilisée en mettant en mouvement 70 petits moteurs, d’une puissance variable entre 6 et LO kilogrammètres, installés dans un même nombre d’ateliers distincts répartis sur une longueur de 1 L90 mètres, tant dans la rue Beaubourg que dans les rues avoisinantes.
- Deux nouveaux moteurs, de même puissance, sont actuellement en montage et installés déjà en partie à côté du premier, et fonctionneront utilement à partir du 1er janvier prochain. De sorte que l’installation complète de cette usine se composera :
- De 3 moteurs de 75 chevaux, soit en total 2^5 chevaux-vapeur;
- De 2 chaudières de dimensions suffisantes pour les alimenter ;
- D’une canalisation d’une longueur totale de plus de 1 kilomètres,
- Et d’environ 200 petits moteurs installés aux différents étages d’un même immeuble ou isolés dans les différentes maisons du quartier.
- Nous croyons qu’une semblable tentative, dont nous venons d’avoir l’honneur d’exposer les résultats, mérite d’être encouragée, et, en conséquence, la Société d’encouragement pour l’industrie nationale décerne le prix des petits moteurs à la Société anonyme de distribution de force motrice à domicile.
- Deux médailles de bronze sont, de plus, remises :
- L’une, à M. Petit, l'inventeur du système ;
- L autre, à M. Boudenoot, l’ingénieur qui a étudié et fait installer les moteurs de l’usine principale.
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- Il est nécessaire d’ajouter, en terminant ce Rapport, que, par suite du nombre des solutions industrielles dont ce problème est susceptible, la Société d’encouragement a maintenu dans le programme de ses prix la question des petits moteurs, et que le prix de 2 000 francs pourra être décerné, s’il y a lieu, l’année prochaine, pour récompenser de nouveaux efforts faits par d’autres inventeurs dans la même direction.
- Signé : Alf. Tresca, rapporteur.
- PRIX DES ARTS CHIMIQUES
- Rapport fait par M. de Lijynes sur le Concours pour l’utilisation de la
- NAPHTALINE A LA FABRICATION DES MATIERES COLORANTES.
- (Prix de 3 OOO francs.)
- La Société d’encouragement a décidé qu’un prix de 3 000 francs serait décerné à l’auteur d’un travail sur l’utilisation de la naphtaline et sa transformation en matières colorantes.
- Un seul Mémoire a été présenté par M. Roussin ; il renferme le résumé des travaux de ce chimiste sur les produits de la naphtaline et les matières colorantes qu’il en a dérivées.
- Les premières recherches de M. Roussin remontent au commencement de l’année 1861; elles comprennent la description de procédés qui ont permis les premiers d’obtenir industriellement la nitronaphtaline et la naphtyla-mine.
- Quelques semaines plus tard, après des études sur les produits colorés que donne la nitronaphtaline soumise à l’action des réducteurs alcalins, tels que les sulfures, les protosels d’étain dissous dans la potasse caustique, le cyanure de potassium, etc., M. Roussin fut conduit à examiner l’action des agents réducteurs acides sur la binitronaphtaline. Il obtint alors une matière colorante nouvelle dont les propriétés se rapprochaient tellement de celles de l’alizarine de la garance, qu’il fut permis au premier abord d’espérer qu’il avait réalisé la reproduction de cette précieuse matière colorante.
- Il convient de s’arrêter un instant sur le remarquable travail de M. Roussin.
- On connaît le rôle considérable que joue la garance dans la teinture et
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- l’impression des fibres et des tissus. La place exceptionnelle quelle occupe dans l’industrie des couleurs tient à l’éclat, à la solidité et à la variété des nuances qu’elle fournit. Elle donne en effet, avec les différents mordants, le noir et le violet, le rouge et le rose, ainsique les nuances intermédiaires.
- La racine de la garance renferme plusieurs principes colorants. Deux d'entre eux, l’alizarine et la purpurine, avaient été surtout signalés par les chimistes; le plus important, l’alizarine, a été découvert en 1826 par Robi-quet et Colin.
- Des tentatives nombreuses ont été faites pour arriver à la synthèse de l’alizarine; mais comme cette dernière, soumise à l’action des agents oxydants, donnait de l’acide oxalique et de l’acide phtalique, que l’on obtient également par l’oxydation de la naphtaline, on était convaincu que la naphtaline devait servir de point de départ pour arriver à l’alizarine; et c’est dans ce sens que tous les efforts furent dirigés pendant longtemps.
- En suivant cet ordre d’idées, M. Roussin soumit la binilronaphtaline à un mode de réduction très original, l’action de l’acide sulfurique et du zinc à 200 degrés, et il obtint une matière colorante soluble dans l’acide sulfurique concentré, volatile sans décomposition, cristallisant par sublimation en belles aiguilles rouges, et dont la vapeur donnait dans le spectre des bandes d’absorption analogues à celles qu’on obtient avec la vapeur d’alizarine. Cette matière présentait donc, à première vue, la plupart des caractères de cette substance ; mais l’épreuve en teinture démontra qu’elle était différente de l’alizarine. M. Roussin considéra ce corps, appelé depuis naphtazarine, comme un dérivé voisin de l’alizarine et de la purpurine. En effet, M. Lieberman démontra plus tard que la naphtazarine est une bioxynaphto-quinone rattachée à la naphtaline par les mêmes relations que celles qui unissent l’alizarine à l’anthracène. M. Roussin a donc bien découvert une alizarine, mais c’était celle de la naphtaline, et il est juste que son nom soit cité dans l’histoire des travaux qui ont précédé la mémorable découverte de l’alizarine artificielle.
- La naphtazarine n’a pas reçu d’application ; mais ces premiers essais sur la naphtaline avaient mis à la disposition de M. Roussin une partie des matériaux qui lui ont permis d’accomplir, en 1875, ses plus importantes découvertes.
- 11 s agit d une nouvelle série de matières colorantes obtenues au moyen des dérivés sulfo-conjugués des corps azoïques seuls ou combinés avec les amines et les phénols.
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- M. Roussin a d’abord décrit un nouveau procédé rapide et industriel de préparation de l’acide naphtionique, en prenant comme point de départ la naphtylamine et l’acide sulfurique ordinaire. Il transforma ce corps en acide diazonaphtionique, et, en soumettant ce dernier à l’ébullition dans l’eau, il obtint une matière rouge cristallisée, teignant la laine et la soie, qui n’est qu’une variété de la roccelline et qui résulte de la combinaison de l’acide diazonaphtionique avec le sulfonapthol mis en liberté par suite de l’élévation de température.
- Quelques jours après, il préparait une autre matière, connue sous le nom de rouge amélie, par l’action de l’acide diazonaphtionique sur le naphtionate de soude.
- En faisant agir successivement l’acide diazonaphtionique sur la naphtylamine et sur les différents phénols connus, il découvrit autant de matières colorantes nouvelles correspondantes.
- Enfin, plus tard, il combinait l’acide diazosulfanilique aux naphtols * et p, et il obtenait les corps connus sous les noms d’orangés 1 et 2.
- Il serait trop long de donner la liste des couleurs nombreuses qui prirent naissance entre les mains de M. Roussin. Il suffit de dire qu’elles résultent toutes de l’action des dérivés azoïques de l’acide naphtionique et de l’acide sulfanilique sur les phénols, sur les amines primaires, sur les monamines secondaires, telles que la diphénylamine, sur les alcalamides, sur les diamines aromatiques, la phénylèndiamine et ses isomères.
- Le procédé de préparation est très simple : on verse en agitant vivement une solution de naphtionate ou de sulfanilate alcalin additionné d’azotite de soude dans de l’eau acidulée par l’acide sulfurique ; l’azodérivé ainsi obtenu est mélangé avec une solution froide et étendue du phénol ou de l’amine qu’on veut employer. La matière colorante se précipite immédiatement.
- On peut changer le moment de l’introduction de la molécule sulfurique, c’est-à-dire faire agir l’acide sulfurique sur l’amine ou le phénol, ou sur le produit coloré et insoluble résultant de la combinaison du diazo d’une amine avec un phénol.
- Reaucoup de composés nouveaux ont déjà été obtenus ; il est facile d’en prévoir beaucoup d’autres. La découverte de M. Roussin a donc ouvert la voie à la préparation d’une série de couleurs nouvelles dont il est impossible de fixer le nombre.
- Toutes ces matières sont remarquables par leur éclat, leur solidité, leur solubilité dans l’eau, et le rendement presque théorique de leur fabrication.
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- Plusieurs d’entre elles servent à remplacer des produits naturels, autrefois d’un usage courant, mais qui laissaient à désirer sous le rapport de la solidité • tels sont l’orseille, le curcuma et la cochenille, dont la consommation et la valeur ont considérablement diminué.
- Aussi l’apparition de ces composés a-t-elle causé une vive surprise dans l’industrie, et une véritable révolution dans le commerce et l’emploi des matières colorantes.
- Comme cela arrive toujours lorsqu’un terrain se trouve préparé après une longue période de recherches scientifiques, d’autres savants ont trouvé, vers la même époque à peu près, des produits semblables ; mais c’est à M. Roussin qu’appartient la priorité de leur découverte. Voici, du reste, ce que dit à ce sujet M. Lauth, le rapporteur très autorisé de la classe 47 du jury de l’Exposition de 1878.
- « L’industrie s’est enrichie depuis 1875 d’une série de matières colorantes constituées par les dérivés sulfo-conjugués des corps azoïques, seuls ou combinés avec les phénols. La beauté de ces matières, leur solidité, leur bon marché sont tels, qu’elles ont conquis en peu de temps une importance de premier ordre. C’est par millions de francs que se chiffre aujourd’hui la production de ces couleurs. Le mérite de cette découverte revient à M. Roussin, qui a établi ses droits dans une série de plis cachetés déposés à l’Académie des sciences, du 6 juin 1875 au 22 mars 1876. Comme nous le verrons plus loin, M. Roussin a été suivi de très près par d’autres savants, et cela n’a rien d’étonnant.... »
- En résumé, M. Roussin n’a pas seulement doté l’industrie de produits qui ont déjà reçu les applications les plus importantes, mais il a créé des méthodes nouvelles qui promettent pour l’avenir les plus brillants résultats. Son nom vient donc prendre place, et dans les premiers rangs, parmi les noms des chimistes français qui ont contribué pour une part si éclatante au développement delà fabrication des matières colorantes dérivées du goudron de houille.
- Votre comité est d’avis que M. Roussin a satisfait de la manière la plus complète aux conditions du programme pour l’utilisation et l’application de la naphtaline à la production de matières colorantes, et il a l’honneur de vous proposer de lui décerner le prix de 3 000 francs fondé par la Société d’encouragement.
- Signé : de Luynes, rapporteur.
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- PRIX DAGRICULTURE. — JANVIER 1887.
- PRIX D’AGRICULTURE
- Rapport fait par M. Risler-sw le Concours pour la meilleure étude sur l’agriculture et l’économie rurale d’une province ou d’un département.
- (Prix de S OOO francs)
- Le manuscril intitulé : le Département de l’Eure; — Étude d’agriculture et d'économie rurale, de M. André Bourgne, professeur départemental d’agriculture, à Évreux, est une description très claire et bien écrite de l’état actuel de l’agriculture de ce département. Il est supérieur à tous les autres Mémoires qui ont été présentés. Il laisse cependant à désirer ; il est incomplet sous plusieurs rapports^ : 1° il n’y a aucun chapitre spécial consacré aux engrais, et, en général, les questions de chimie agricole sont négligées; 2° il n’essaie pas de donner un prix de revient des principaux produits, par exemple, du blé. Je sais combien ces prix de revient sont variables d’une ferme à l’autre, et d’une année à l’autre dans la même ferme. Mais il aurait cependant fallu chercher à en apprécier les éléments principaux et montrer comment on peut les modifier.
- M. Félix Nicolle, ancien élève de l’École polytechnique, fermier à Jovil-lers, par Hannelle (Meuse), nous a présenté un manuscrit intitulé : Etude sur l’économie agricole de la Meuse. Ce travail renferme beaucoup de parties très intéressantes, notamment sur l’histoire de l’agriculture meusienne, sur les revenus, malheureusement très faibles, qu’elle donne en ce moment, sur les améliorations à y introduire. La partie chimique est bien traitée. L auteur sait beaucoup et sait bien. Malheureusement, ces riches matériaux sont présentés pêle-mêle ; le manuscrit est souvent illisible ; les pages ne se suivent pas. Il est fort difficile de s’y reconnaître ; mais on pourrait en extraire des passages fort instructifs.
- M. A. du Puymontbrun, professeur départemental du Tarn, nous a présenté un Mémoire manuscrit intitulé : Recherches d’économie rurale. Ce titre semble indiquer que l’auteur n’a pas la prétention d’avoir fait une description complète de l’agriculture du département du Tarn. Le travail est, en
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- PRIX d’agriculture.
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- effet incomplet sous certains rapports, divisé avec trop peu d’ordre, écrit au courant de la plume. Mais ce qu’il renferme est bon. 11 décrit bien la division naturelle du département en trois régions différentes par leur agriculture, comme par leur terrain et leur climat ; il donne des détails très intéressants sur les modes de faire valoir en usage dans le pays : après une tendance très prononcée vers le fermage à prix d’argent, on revient, par suite de la crise agricole, au métayage. Mais sur 36 000 corps d’exploitation, il y en a 22 000 environ entre les mains des pagès, petits propriétaires qui cultivent eux-mêmes 12 à 20 hectares, et souffrent beaucoup moins de la crise que les métayers et surtout que les fermiers. Les chapitres du bétail et des engrais laissent à désirer. Mais les assolements en usage et les cultures spéciales sont bien traités.
- M. Garnier, instituteur à Herbisse (Aube), a présenté un manuscrit intitulé : Esquisse sur l'agriculture et Y économie rurale du département de l'Aube. Ce travail ne renferme que des idées justes et des conseils très pratiques; mais il reste trop dans les généralités ; il est trop court et, de plus, fort mal écrit.
- Cependant, nous croyons devoir encourager tous les instituteurs qui ont des idées justes sur les améliorations à faire dans l’agriculture de leur commune et qui cherchent à les répandre.
- Sur la proposition du comité d’agriculture, le Conseil de la Société d’encouragement a décidé d’accorder :
- Un prix de 1 000 francs à M. Bourgne;
- Une médaille d’argent à M. F. Nicolle ;
- Une médaille de bronze à M. du Puymontbrun, et une autre à M. Garnier.
- Signé : Risler, rapporteur.
- PRIX D’AGRICULTURE
- Rapport fait par M. Boitel sur le concours relatif a une étude sur les
- CULTURES DE L’ALGERIE.
- (Prix de 3 OOO francs.)
- La Société d’encouragement a reçu deux Mémoires pour le prix à distribuer en 1886.
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- prix d’agriculturk.
- JANVIER 1887.
- Les deux concurrents sont : M. Bernard, à Bletterans (Jura), et M. Gail-lardon, à Fonlenay-aux-Roses, Grand’Rue, 140.
- M. Gaillardon nous adresse un manuscrit très volumineux, qu’il a divisé en trois parties. Dans la première partie, il traite des cultures de l’Algérie ; la deuxième, beaucoup plus volumineuse que la première, est intitulée Notes sur les vins d'Algérie publiées dans le Moniteur vinicole en octobre et novembre 1886.
- La troisième partie comprend des lettres sur l'Algérie publiées dans le Moniteur vinicole en août, septembre et octobre 1885.
- La quatrième partie forme le Manuel du vigneron en Algérie et en Tunisie. Ces divers titres démontrent que M. Gaillardon a fait une étude très approfondie et très complète des vignes et des vins de l’Algérie.
- Les observations sur le choix des cépages, le mode de taille à adopter, sur les meilleurs procédés de vinification, sont judicieux et précieux pour les colons qui s’adonnent à ce genre de production. Son Manuel du Vigneron est un excellent guide pour les Européens qui viennent en Algérie et en Tunisie dans le but d’y produire des vins de commerce. De toutes les cultures, c’est celle de la vigne qui, dans ce moment, offre les plus belles chances de bénéfice.
- C’est donc faire une œuvre très utile que d’offrir au public un petit manuel, du prix de 2 fr. 50, où le colon nouvellement débarqué trouve les renseignements dont il a besoin pour développer avec des chances de succès la culture de la vigne.
- Les travaux spéciaux de M. Gaillardon, dont nous apprécions l’utilité et l’importance pour noire colonie algérienne, ne répondent pas au programme édicté parla Société d’encouragement.
- Le prix ne peut être décerné qu’à une monographie embrassant toutes les productions de l’Algérie.
- Or, le vin n’est pas la seule production de la colonie.
- Dans beaucoup d’exploitations, les céréales, les fourrages, les oranges, les citrons, les olives et divers produits animaux représentent une valeur plus considérable que celle du vin. M. Gaillardon pourrait objecter que la première partie de son travail comprend précisément toutes les productions de l’Algérie autres que le vin. Mais cette étude est très incomplète et renferme sur plusieurs cultures des exagérations qui pourraient induire en erreur les nouveaux venus en Algérie.
- La partie commerciale ne laisse rien à désirer ; mais l’agrologie, les pra-
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- PRIX D’AGRICULTURE. --- J AIN VIER 1887.
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- tiques agricoles, les plantes nuisibles, les parasites de la vigne offrent des lacunes considérables qui prouvent que l’auteur de ce Mémoire n’a pas fait de culture en Algérie. Cependant, ses travaux sur la vigne et sur le vin ont une valeur incontestable, et le comité d’agriculture vous propose de les récompenser par une médaille d’or.
- Le travail de M. Bernard est tout différent de celui de M. Gaillardon : c’est l’oeuvre d’un homme qui a séjourné pendant vingt-cinq ans en Algérie, menant la vie du colon aux prises avec toutes les difficultés de l’agriculture militante.
- La première partie de son Mémoire a trait aux divisions actuelles de l’Algérie, à la climatologie, aux voies de communication, à la topographie agricole de chaque arrondissement. Il parle ensuite de l’acclimatement des immigrants, de l’hygiène des colons et du choix de l’habitation. Ces différents chapitres sont empruntés en grande partie à des ouvrages spéciaux mentionnés par l’auteur dans une Note bibliographique.
- Dans la dernière partie de son travail, M. Bernard indique aux colons la valeur des terres, les avantages et les conditions des concessions gratuites, les formalités à remplir pour les obtenir, le capital indispensable pour tenter une entreprise agricole, et le danger des emprunts. Il fait connaître la main-d’œuvre dont on peut disposer et les rapports des indigènes avec les immigrants.
- Ces différents chapitres, fruit d’un jugement sûr et d’un bon esprit d’observation, sont l’œuvre personnelle de l’auteur.
- L’immigrant y trouvera d’excellents renseignements dont il pourra profiter au début de son entreprise.
- Les chapitres suivants concernent les plantations d’eucalyptus, de caroubiers et d’oliviers, les cultures des céréales, du tabac, de la vigne et des prairies. Cn y trouve d’excellentes données pratiques qui résultent de l’expérience de l’auteur et d’une connaissance parfaite des circonstances locales. Mais M. Bernard, ayant quitté l’Algérie depuis quelque temps, n’a pas suivi les progrès réalisés dans ces dernières années ; il n’est plus au courant des transformations actuelles. Son chapitre sur la vigne n’est plus à la hauteur de la viticulture actuelle ; ;il en est de même de ses procédés de vinification. Ses conseils sur les spéculations du bétail sont ceux d’un homme prudent et expérimenté, mais étranger aux nouvelles améliorations dont sont 1 objet les animaux de trait et de rente de l’Algérie.
- Possédant mieux la pratique que la science, il n’a pas profité des appli-
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- 12 MÉDAILLES I)’eNCOURAGEMENT. --- JANVIER 1887.
- cations que l’agriculture peut tirer des progrès de la géologie et de la botanique en Algérie.
- L’étude du sol, son origine minéralogique et géologique, ses qualités chimiques et physiques, sont passées sous silence par l’auteur. Il ne dit rien non plus delà composition des pâturages, des prairies naturelles et de cette végétation spontanée qui, sur les hauts plateaux en été, et dans les chaumes des plaines basses en hiver, sont d’une si grande ressource pour l’alimentation des troupeaux arabes et des troupeaux des colons.
- Il y a également des lacunes en ce qui concerne l’emploi des machines perfectionnées et des engrais complémentaires.
- Toutes ces notions sont utiles au colon désireux de bien façonner son sol, de posséder de bons attelages, et de maintenir ses terres dans un bon état de fertilité et de propreté.
- Je ne veux pas dire que le Mémoire de M. Bernard soit sans mérite; il renferme des données pratiques fort utiles pour ceux qui débutent en Algérie. Néanmoins, il ne répond pas exactement au programme du prix.
- Il ne serait pas juste de ne pas tenir compte à l’auteur de ses efforts, et de ne pas récompenser la partie de son œuvre qui lui est personnelle. Le comité vous propose, en conséquence, de lui accorder une médaille d’or et d’insérer dans le Bulletin de la Société ses observations sur les plantations d’eucalyptus, du caroubier et de l’olivier.
- Signé : A. Boitel, rapporteur.
- MÉDAILLES
- I. LISTE DES MÉDAILLES DÉCERNÉES PAR LA SOCIÉTÉ POUR DES INVENTIONS OU DES PERFECTIONNEMENTS AUX ARTS INDUSTRIELS
- 5 ce o 'g è, NOMS DES LAURÉATS. NOMS DES RAPPORTEURS nommés par les comités. INVENTIONS OU PERFECTIONNEMENTS qui ont motivé la médaille.
- ÆMéitaiite rf’or.
- MM. MM.
- Descidens. Colonel Sebert. Compteurs de tours.
- 2 Hansen. Pasteur. Levure de bière pure.
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- N°‘ d’ordre. NOMS des lauréats. NOMS DES RAPPORTEURS nommés par les comités. INVENTIONS OU PERFECTIONNEMENTS qui ont motivé les médailles.
- Méd flirtes d’or.
- MM. MM.
- 3 Manzi. D A VAN NE. Procédés de photo-typographie.
- 4 Risler (Georges]. Simon. Express-carde.
- 5 Rousset (Maurice). Risler. Forage de puits.
- Médailles de platine.
- MM. MM.
- 1 Aubine. Rousselle. Appareils de déclenchement.
- . 2 Aureggio. Lavalard. Ensemble de ses travaux.
- 3 Duquesne. Simon. Fabrication du tapis parisien.
- 4 Raffard. CoLLIGNON et PlHET. Ensemble de ses travaux.
- Médailles d’argent.
- MM. MM.
- 1 Association de
- Rouen. Lavollée. Association pour préserver des accidents
- de fabriques.
- 2 Chaize frères. Simon. Lisses sans nœuds.
- 3 Delamotte. Lavalard. Étude sur la péripneumonie bovine.
- 4 Magne (Lucien). Appert. Ouvrage sur les peintres-verriers français.
- 5 Pasquier (Lucien). Colonel Pierre. Clapet de retenue.
- 6 Péchard (Etienne). Simon. Machine à coudre.
- 7 Zang. PlHET. Machine à travailler le bois.
- Médailles de bt'onste.
- MM. MM.
- 1 Bara. Bardy. Support d’abat-jour.
- 2 Boutillier. Rousselle. Garde-chute pour trappes d’égout.
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- U
- 1\1ÉD A 11 .LES D ’eNCOU R A GEM EN T.
- JANVIER 1887.
- NÜS d'ordre. NOMS DES LAURÉATS. NOMS DES RAPPORTEURS nommés par les comités. INVENTIONS OU PERFECTIONNEMENTS qui ont motivé les médailles.
- JMéttaiiiea tle, 6roti«p.
- MM. MM.
- 3 Chardonneraux. Lavalard. Système d’étrier.
- 4 Hutinet. Blavier. Fils avertisseurs d’incendie.
- 5 Perenot et Schor. Simon. Machine à coudre.
- 6 Vincent (Ch.-X). Simon. Machine à plier les tissus.
- Le secrétaire du Conseil de la Société,
- E. PELIGOT,
- Membre de l’Institut.
- DISTRIBUTION DES MÉDAILLES
- MÉDAILLES DÉCERNÉES POUR DES INVENTIONS UTILES OU DES PERFECTIONNEMENTS
- DANS LES ARTS INDUSTRIELS.
- (Extraits des Rapports des différents comités.)
- (Voir le tableau I.)
- Médailles d’or.
- 1. Compteurs détours, par M. Deschiens, ingénieur, à Parw.
- M. Deschiens construit, depuis plus de quinze ans, des compteurs de tours d’un système ingénieux, qu’il a su amener à une grande perfection, et qui sont d’un usage très répandu.
- Ces compteurs, qui se font sous des formes multiples, se prêtent aux applications les plus variées; ils sont d’un emploi sur et commode, et peuvent compter avec exactitude les tours ou les mouvements alternatifs des machines les plus rapides, s’élevant jusqu’à 8.000 à 10.000 à la minute.
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- M Deschiens a apporté récemment de nouveaux perfectionnements à ces appareils, et en a créé un grand modèle adopté tout spécialement au service des usines à gaz. Il a établi un appareil à cylindre, mû par un mouvement d’horlogerie, et destiné à enregistrer les variations de vitesse des machines, et a réussi à créer des compteurs commandés électriquement à distance, sans rouages d’horlogerie, et pouvant enregistrer jusqu’à 1.600 tours à la mi-nute.
- M. Deschiens est fils de ses œuvres; il s’est formé par des voyages à l’étranger, et est un des constructeurs d’instruments de précision qui font honneur à notre pays.
- Il a déjà obtenu, en 1875, une médaille de platine pour les appareils électriques qu’il a construits, sur les indications de M. Liais, pour l’Observatoire de Rio-de-Janeiro. La Société lui décerne aujourd’hui une médaille d’or pour ses nombreux et ingénieux modèles de compteurs de tours.
- %. Etudes relatives aux levures alcooliques, par M. Hansen, à Copenhague.
- M. Hansen est, depuis plusieurs années, le chef des travaux du laboratoire que M. Jacobsen,l’un des plus éminents brasseurs de l’Europe, a fondé à Copenhague, à la porte même de son admirable exploitation. C’est grâce aux facilités matérielles que M. Jacobsen procure à tous ses collaborateurs que M. Hansen a pu accomplir les recherches dont nous signalons l’importance, et qui sont un progrès notable pour la brasserie. M. Hansen a appliqué les méthodes sûres, que l’on connaît actuellement, pour distinguer et séparer dans les levures alcooliques les levures dites sauvages des levures hautes et basses, propres aux bonnes bières. M. Hansen a, le premier, bien compris que la levure des bières de consommation devait être pure, non seulement sous le rapport des microbes, ferments et maladies proprement dites, mais qu’elle devait être privée des cellules de levures sauvages.
- Pour montrer tout le prix que la Société d’encouragement attache à ces recherches, elle décerne à M. Hansen une médaille d’or.
- 3. Photogravure typographique, par M. Manzi, à Paris.
- La transformation de l’image photographique en gravure typographique présentait de grandes difficultés, surtout lorsqu’elle s’adressait aux reproductions faites d’après la nature ou d’après les peintures.
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- Mi BAILLES D’ENCOURAGEMENT. — JANVIER 1887.
- Les recherches multipliées faites dans cette voie ont amené des progrès considérables, et en appliquant par diverses méthodes le principe du réseau, conseillé autrefois par Berchtold, on est arrivé à rompre les teintes fondues de l’épreuve photographique, et à produire des gravures en relief présentant les tailles ou les points nécessaires pour l’impression ; de grandes améliorations dans l’ensemble des publications illustrées ont été la conséquence de ces recherches.
- M. Manzi, ingénieur de la maison Boussod et Valadon, a obtenu, en ce genre, des résultats tout à fait remarquables ; les spécimens qu’il a soumis a l’appréciation de la Société d’encouragement peuvent être considérés comme les plus beaux qui aient été réalisés jusqu’à ce jour, et la Société, sur la proposition du comité des constructions et des beaux-arts, décerne à M. Manzi une médaille d’or.
- 4. Express-carde, par M. Georges Risler, filateur et tisseur, à Cernay (Alsace).
- L’un des problèmes les plus délicats de la filature du coton réside dans les traitements préparatoires destinés à épurer les fibres, à restituer aux filaments l’élasticité momentanément annulée par l’emballage. — Depuis plus de trente-cinq ans, M. G. Risler a poursuivi l’étude de la question, et ses recherches persévérantes ont abouti à la construction d’une machine qui, sous le nom d’express-carde, se substitue utilement au batteur-finisseur. Il est superflu de revenir sur les détails d’exécution qui ont été indiqués dans un Rapport antérieur, mais il convient de rappeler que les filateurs de tous'pays apprécient la valeur de l’express-carde, utilisée aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, en Italie, en Espagne, etc., aussi bien qu’en France.
- De pareils résultats, obtenus aux prix d’efforts vaillamment soutenus, ont déterminé le Conseil de la Société d’encouragement à décerner la médaille d’or à M. Georges Risler.
- 5. Puits forés pour la submersion des vignes, par M. Maurice Roussel,
- à Nîmes.
- M. Maurice Rousset, mécanicien à Nîmes, utilisant les eaux que le Rhône laisse filtrer à travers des masses de cailloux et de sable, entre Beaucaire
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- MEDAILLES D ENCOURAGEMENT.
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- Aigues-Mortes et Cette, a foré dans ces régions une vingtaine de puits peu profonds, qui fournissent plus de 100 000 litres à la minute, et qui servent à arroserplus de 400 hectares. M. Maurice Rousset a ainsi rendu de grands services à l’agriculture en découvrant l’existence de cette nappe souterraine et la possibilité de l’utiliser pour la submersion ou l’irrigation des vignes. En conséquence, la Société d’encouragement lui accorde une médaille d'or.
- Médailles de platine.
- 1. Appareils de déclenchement, par M. Aubine.
- M. Aubine a présenté à la Société d’encouragement plusieurs appareils ayant pour but d’augmenter la sécurité de l’exploitation des chemins de fer. Parmi ces appareils, celui qui est désigné sous le nom de disque automatique est particulièrement digne d’être remarqué. Il est combiné de manière qu’un train entrant dans une station manœuvre par lui-même, au moyen de l’action des roues sur une pédale, le disque qui doit le protéger pendant l’arrêt et toutes les mesures de précautions imposées aux agents des gares par les règlements continuant d’être observées. Ainsi, la sonnerie qui annonce la fermeture du disque ne se fait entendre que lorsque la gare a manœuvré le levier qui met le disque à l’arrêt, ce qui donne la certitude que le disque sera fermé dans le cas même où l’appareil automatique n’aurait pas fonctionné. L’engin imaginé par M. Aubine crée donc de nouvelles garanties de sécurité sans en retrancher aucune. De nombreux appareils de se système sont établis sur les principales lignes du réseau de Paris à Lyon et à la Méditerranée. La Société, voulant récompenser les ingénieux et utiles travaux de M. Aubine, lui décerne une médaille de platine.
- Perfectionnements du mobilier des écuries, par M. Aureggio, vétérinaire
- militaire.
- M. Aureggio, vétérinaire militaire, a étudié avec le plus grand soin les perfectionnements qu’on pouvait apporter clans le mobilier des écuries. Il a étudié tous les travaux qui ont paru à l’étranger, et les modifications qu’il a proposées ont paru de telle nature pour le bien-être et l’hygiène des animaux dans les écuries, que le Conseil lui accorde une médaille de platine.
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- MÉDAILLES d’eXCOURAGEMENT. --- JANVIER 1887.
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- 3. Tapis parisien, par M. Duquesne, manufacturier, à Paris.
- M. Duquesne ne s’est pas borné à créer un tapis remarquable par la solidité de la contexture, par la bonne utilisation des matières premières, par la variété des effets décoratifs ; cet inventeur a présenté des moyens d’exécution originaux et pratiques.
- Le Conseil de la Société d’encouragement reconnaît la valeur du procédé de fabrication et les qualités du produit en attribuant à M. Duquesne la médaille de platine.
- 4. Organes de transmission, par M. Raffart, ingénieur, à Paris.
- Les dispositifs imaginés par M. Raffart ont fixé, à plusieurs reprises, l’attention de la Société d’encouragement. Déjà, en 1882, M. Raffart a reçu d’elle une médaille de bronze pour son perfectionnement du frein funiculaire de M. Carpentier. Tout récemment, il a fait connaître, pour les courroies qui mettent en communication deux arbres tournants, un procédé de montage qui, en équilibrant mieux les efforts, réduit à la plus faible limite le frottement de l’arbre doué de la plus grande vitesse angulaire. Ce procédé est aujourd’hui employé couramment dans les petites machines dynamoélectriques. Un autre perfectionnement de détail, dû encore à M. Raffart, consiste à substituer des liens élastiques aux organes rigides pour la transmission du mouvement entre deux arbres montés en prolongement l’un de l’autre. Votre comité des arts mécaniques, messieurs, a pensé que ces améliorations des transmissions connues, venant après beaucoup d’autres dispositions ingénieuses, méritaient une récompense de la Société d’encouragement, et vous a proposé d’accorder à M. Raffart une médaille de platine pour l'ensemble de ses travaux.
- Médailles d’argent.
- 1. Association fondée à Rouen, en 1879, pour prévenir les accidents de fabriques, par M. J. de Coène, Président du Conseil d’administration (M. Poan de Sapincourt, Directeur).
- En même temps qu’il récompense les inventions et les perfectionnements utiles à l’industrie, le Conseil de la Société d’encouragement se préoccupe vivement de tout ce qui intéresse, au profit des ouvriers, la sécurité du travail. 11 a vu avec satisfaction se fonder dans plusieurs villes manufactu-
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- MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT. --- JANVIER 1887.
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- rières à Rouen, à Lille, et récemment à Paris, des Associations qui ont pour objet de prévenir les accidents de fabriques. L’Association de Rouen fonctionne depuis 1880 ; la confiance qu’elle inspire et les résultats qu’elle a obtenus dans la région normande la recommandent à la bienveillance de la Société, qui lui décerne, au nom de la Société, une médaille d’argent.
- 2. Lisses sans noeuds, par MM. Chaize frères, manufacturiers,
- à Saint-Étienne.
- Les lisses sans nœuds constituent un perfectionnement qui intéresse particulièrement le tissage des soieries. La grande faveur avec laquelle ces harnais ont été accueillis par l’industrie stéphanoise, l’ingéniosité des méthodes mises en œuvre, motivent la médaille d’argent décernée à MM. Chaize frères.
- M. Étude sur la péripneumonie bovine, par M. Delamotte, vétérinaire militaire.
- Les maladies contagieuses des animaux portent un grave préjudice à l'agriculture nationale et, par suite, à la fortune publique. Notre Société a pensé qu’elle devait encourager les études qui peuvent prévenir ou faire disparaître ces causes de ruine, et c’est pour ce motif qu’elle a accordé une médaille d’argent à M. Delamotte, vétérinaire militaire, chargé d’une mission dans les Rasses-Pyrénées, pour le travail important qu’il a rédigé sur la péripneumonie contagieuse des bêtes à cornes.
- 4. Ouvrage sur les peintres-verriers français, par M. Lucien Magne, architecte du gouvernement.
- M. Lucien Magne, architecte du gouvernement, a présenté et offert à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale un exemplaire du premier volume d’un ouvrage dont il est l’auteur et qui a pour titre : l’Œuvre des peintres-verriers français.
- Cet ouvrage, dans lequel l’auteur a étudié et voulu reproduire quelques-uns des plus beaux spécimens des œuvres des peintres-verriers du xvi* siècle, qui avaient été placés dans les monuments élevés par les familles de Montmorency et de Condé, traite en même temps, de la façon la plus savante et la plus instructive, de Thistoire et de la fabrication des vitraux colorés en
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- 50 MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. — JANVIER 1887.
- général, cet art éminemment national, né et cultivé en France dès les premiers siècles de l’ère chrétienne.
- La Société d’encouragement, reconnaissant la haute valeur de cet ouvrage et l’intérêt qu’il présente par les services qu’il est appelé à rendre aux artistes, aux peintres-verriers qui devront le consulter, désirant en même temps encourager les études et les recherches que M. Lucien Magne se propose de continuer, a voulu le récompenser en lui accordant une médaille d’argent.
- 5. Clapet de retenue de vapeur, par M. L. Pasquier, ingénieur, à Eurville.
- M. Lucien Pasquier, ingénieur des arts et manufactures, employé aux Forges d’Eurville (Haute-Marne), a inventé un clapet de retenue pour conduite à vapeur, breveté le 21 avril 1885.
- Cette invention répond à un desideratum exprimé par l’administration supérieure des mines à la suite des catastrophes survenues, en 1884, à Marneval et à Eurville.
- Le clapet de retenue de M. L. Pasquier, qui fait, au besoin, fonction de robinet à soupape, a été l’objet d’un Rapport inséré au Bulletin de la Société du mois de juillet dernier.
- Il a donné d’excellents résultats dans les expériences qu’il a subies à Eurville et dans l’usine de M. Broquin, 39, rue du Faubourg-du-Temple, à Paris. Il est déjà employé dans un grand nombre d’usines, et tout fait espérer qu’il serait d’une efficacité complète en cas d’accidents semblables à ceux de Marneval et d’Eurville.
- En conséquence des services que cet appareil est appelé à rendre, le Conseil décerne une médaille d’argent à M. Lucien Pasquier.
- 6. Machine a coudre, par M. Etienne Péchard, mécanicien, à Paris.
- Les perfectionnements apportés par M. Péchard à la machine à coudre (à crochet rotatif) présentent les avantages de faciliter le service, d’économiser le temps de l’ouvrière, de ménager la résistance du fil et de réduire les frais d’entretien. La construction soigneusement étudiée des détails, dont l’ensemble concourt à l’obtention de ces résultats multiples, justifie la médaille d’argent attribuée à l’inventeur.
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- MÉDAILLES DENCOURAGEMENT. ---- JANVIER 1887.
- 7. Machine à mortaiser le bois, par M. Zang
- M Zang, constructeur-mécanicien à Paris, a apporté de notables perfectionnements à la machine à travailler le bois employée pour faire les mortaises.
- Le nouveau type qu’il nous a présenté se fait remarquer par des combinaisons très heureuses.
- Il réunit toutes les conditions qui constituent une excellente machine-outil.
- Devant l’importance de ce travail, votre comité des arts mécaniques vous propose d’accorder à M. Zang une médaille d’argent.
- médailles de bronze.
- 1. Support d'abat-jour, par M. Bara, ingénieur, à Paris.
- M. Bara a imaginé un abat-jour , dit abat-jour à rotation sphérique, qui a été réalisé par M. Desjardin-Lieux. Cet appareil, qui s’adapte au verre de lampe, permet d’éclairer successivement dans tous les sens, sans avoir à toucher à l’appareil éclairant et sans le déplacer; son prix est modique et la construction en est très ingénieuse.
- En conséquence, la Société d’encouragement décerne à M. Bara une médaille de bronze.
- 2. Garde-chute pour trappes d'égout, par M. Boutillier, conducteur des
- ponts et chaussées.
- M. Boutillier, conducteur principal des ponts et chaussées, a imaginé un garde-chute qui se place sur les regards d’égout lorsque ceux-ci doivent être laissés ouverts pour les besoins du service. L’appareil, construit en fer et en acier, est portatif, se replie facilement sur lui-même et ne pèse que 6 kilogrammes. Il est disposé de manière à adhérer aux châssis des regards et à ne pouvoir être déplacé par le public. L’appareil de M. Boutillier augmente donc la sécurité de la circulation dans les grandes villes.
- La Société d’encouragement récompense l’ingénieux travail de cet inventeur en lui décernant une médaille de bronze.
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- 3. Système d’étrier, par M. Ch. Chardonnereaux, à Paris.
- M. Chardonnereaux, en modifiant d’une manière heureuse l’étrier, permettra d’éviter dans l’avenir ces accidents si graves qui peuvent se produire lorsque le cavalier tombe de cheval et que son pied reste fixé dans l’étrier. C’est pourquoi la Société lui a décerné une médaille de bronze.
- 4. Cables électriques avertisseurs <Tincendie, par M. Hutinet, à Paris.
- M. Hutinet est l’inventeur d’un système de câble électrique destiné aux usages domestiques ordinaires, qui sert en même temps d’avertisseurs d’incendie. Il suffit pour cela que les deux fils conducteurs viennent au contact, ce qui peut avoir lieu par l’action d’une flamme ou même d’une température relativement peu élevée.
- La Société d’encouragement décerne à M. Hutinet une médaille de bronze.
- 5. Machine a coudre, par MM. Perenot et Schor, constructeurs,
- à Voujeaucourt.
- MM. Perenot et Schor ont soumis à l’appréciation de la Société d’encouragement une machine à coudre, qui est caractérisée par la simplification des transmissions de mouvement et par la réduction du prix de revient.
- A ce double titre, la médaille de bronze est méritée par MM. Perenot et Schor.
- Machine à mesurer et à enrouler les tissus, par M. Charles-Xavier Vincent,
- ouvrier, à Clichy-la-Garenne.
- M. Vincent a réuni en un seul appareil une machine à métrer et une machine à enrouler les tissus. Ce groupement présentait des difficultés que l’inventeur a heureusement surmontées, et dont l’ingénieuse solution lui vaut la médaille de bronze.
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- II LISTE DES CONTREMAÎTRES ET OUVRIERS AUXQUELS ONT ÉTÉ DÉCERNÉES DES MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT.
- fà Oa P P O *p m o Z NOMS ET PRÉNOMS. ANNÉES de service. ÉTABLISSEMENTS AUXQUELS ILS APPARTIENNENT.
- MM.
- 1 Audoux (Étienne-Édouard) 37 Ouvrier mouleur chez M. Molz, fondeur en cuivre, à Paris.
- 2 Baptiste (Eugène) 42 Contremaître à la Manufacture de glaces de Saint-Gobain.
- 3 Bâte (Guillaume) 32 Garnisseur-sellier aux ateliers de la Compagnie des chemins de fer de Paris-Lyon-Méditerranée, à Paris.
- 4 Benardeau (Auguste) 31 Chef d’équipe à la Compagnie des chemins de fer d’Orléans, à Orléans.
- 5 Bertrand (Claude) 33 Contremaître aux ateliers d’Oullins, Compagnie des chemins de fer de Paris-Lyon-Méditerranée.
- 6 Beuzelin (Honoré-Nicolas) 51 Ouvrier menuisier à l’usine de Gondril-1ers (Orne).
- 7 Boudeville 41 Ouvrier chez MM. Henry Lepaule, constructeur d’horlogerie.
- 8 Boulder 49 Ouvrier à VÉcole des arts et métiers d’Angers , à Angers.
- 9 Bouvier (Alexis) 50 Maître mineur à la Société des mines de la Mayenne (Sarlhe).
- 10 Bullet (M®*) 34 Ouvrière chez M. Guillout, fabricant de biscuits, à Paris.
- 11 Carde (Augustin-Charles) 40 Ajusteur aux ateliers de Nîmes, Compagnie des chemins de fer de Paris-Lyon-Mèditerranêe.
- 12 Claveau (Alexandre-Joseph) 31 Chef monteur au dépôt du Mans, Compagnie des chemins de fer de l’Ouest.
- 13 Cornil (François) 32 Forgeron à Y Atelier du matériel d’artillerie, à Paris.
- 14 Dorlin (Victor) 35 Contremaître aux ateliers des Batignolles, à Paris, Compagnie des chemins de fer de l’Ouest.
- 15 Dupra (Jules) 27 Contremaître à VA lelier de lithographie du Comité d’artillerie, à Paris.
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- MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT. --- JANVIER 1887.
- H CG O CG O q ïb NOMS ET PRÉNOMS. ANNÉES de service. ÉTABLISSEMENTS auxquels ils appartiennent.
- MM.
- 16 Durant (Antony) 28 Contremaitre à la Manufacture de faïences de Montereau.
- 17 Fariney (Élie-Louis) 37 Peintre-vitrier aux ateliers de Troyes, Compagnie des chemins de fer de l’Est.
- 18 Gaspard (Simon) 31 Ajusteur au dépôt de Nancy, Compagnie des chemins de fer de l’Est.
- 19 Gelix (Lucien) 24 Ouvrier mécanicien à la Faïencerie de Gien.
- 20 Germaine (Alfred-Nicolas) 34 Chef monteur au dépôt de Troyes, Compagnie des chemins de fer de l’Est.
- 21 Guillaume (Nicolas) 30 Ouvrier tourneur à Y Atelier de précision du Comité d’artillerie, à Paris.
- 22 Kruch (Martin) 32 Ouvrier chez MM. Henry Lepaute, constructeurs de phares, à Paris.
- 23 Laniesse (Honoré) 51 Ouvrier mécanicien aux Papeteries du Marais.
- 24 Lebon (Charles-Alexandre) 21 Ouvrier en fer au Musée d’artillerie, à Paris.
- 25 Michel (Porcien-François) 57 Ouvrier trefileur à Y Usine de Gondrillers (Orne).
- 26 Peyre (Émile) 28 Ouvrier tourneur chez M. Schabaver, manufacturier, à Castres.
- 27 Poupin (Julien) 32 Ouvrier attaché au dépôt de Rennes, Compagnie des chemins de fer de l’Ouest.
- 28 Prévost (Mme) 34 Ouvrière chez M. Guillout, fabricant de biscuits, à Paris.
- 29 Py (Auguste) 30 Brigadier visiteur aux ateliers de La Vil-lette, Compagnie des chemins de fer de l’Est.
- 30 Robert (Pierre-Paul) 33 Chaudronnier aux ateliers d’Arles, Compagnie des chemins de fer de Paris-Lyon-Méditerranée.
- Le secrétaire du Conseil de la Société,
- E. PELIGOT, Membre de l’Institut.
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- MÉDAILLES
- DÉCERNÉES AUX CONTREMAITRES ET OUVRIERS DES ÉTABLISSEMENTS MANUFACTURIERS
- ET AGRICOLES.
- (Voir le tableau II.)
- Les notes suivantes sont extraites des dossiers concernant les lauréats :
- 1. Audoux (Étienne-Édouard).
- M. Audoux est entré comme ouvrier mouleur, en mai 1849, dans la fonderie de cuivre de M. Molz, à Paris ; il n’a jamais quitté cet atelier, où il travaille depuis trente-sept ans, donnant l’exemple de l’assiduité et d’une conduite parfaite.
- 2. Baptiste (Eugène).
- M. Baptiste, né à Chauny, le 2 avril 1830, appartient à une famille employée depuis plusieurs générations à la Compagnie de Saint-Gobain. Il débuta, en 1845, comme apprenti mécanicien, et se fit remarquer par son intelligence et son esprit inventif. En 1854, il fut désigné pour mettre en marche, comme contremaître, un atelier de doucissage des glaces ; puis, en 1872, il dirigea un atelier plus considérable, se faisant toujours remarquer par son ardeur au travail et son amour du progrès. Il compte ainsi près de quarante-deux ans de service.
- 3. Bâte (Guillaume).
- M. Bâte, âgé de cinquante-sept ans, est garnisseur-sellier aux ateliers de voitures de Paris; il est entré à la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée le 6 décembre 1853; en cette qualité, et s’y est toujours fait remarquer par son exactitude, sa conduite exemplaire, ses aptitudes professionnelles et sa parfaite honorabilité.
- 4. Bernardeau (Auguste).
- M. Bernardeau, âgé de cinquante et un ans, compte trente et un ans d’excellents services comme chef d’équipe à la Compagnie d’Orléans. Il est exact, dévoué et a toujours eu une très bonne conduite.
- 5. Bertrand (Claude).
- M. Bertrand est entré aux ateliers de MM.' Parent, Schacken, Cad et comp., à Per-
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- rache, en 1853, en qualité de forgeron ; puis il passa aux ateliers d’Ouliins, où il fut nommé contremaître en 1801, lorsque la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée reprit ces ateliers. M. Bertrand s’est toujours signalé par son zèle, son activité et son intelligence 5 il est d’une probité parfaite et a rendu de nombrenx services à la Compagnie.
- 6. Beuzelin (Honoré-Nicolas).
- M. Beuzelin, âgé de soixante-dix ans, menuisier, est entré le 1er janvier 1835 à l’usine de Gondrillers (Orne); ainsi, depuis cinquante et un ans dans le même établissement, il donne l’exemple d’une conduite exemplaire et de l’assiduité au travail.
- 7. Boudeville.
- M. Boudeville est depuis le 10 février 1845 ouvrier dans l’atelier d’horlogerie de M. Henry Lepaute. Très laborieux et très soigneux, il s’est toujours acquitté de ses travaux avec zèle et activité. En toutes circonstances, il a donné les preuves du plus grand dévouement.
- 8. Boulder.
- Depuis quarante huit ans, M. Boulder remplit les fonctions de manœuvre à l’atelier d’ajustage de l’École nationale des arts et métiers d’Angers. Il a toujours donné l’exemple de l’exactitude, de la bonne conduite et de l’attachement à l’établissement qui l’occupe.
- 9. Bouvier (Alexis).
- M. Bouvier, né le 17 juin 1827 à Saint-Georges-le-Fléchard, canton de Meslay, (Mayenne), et fils d’un maître mineur delà Société anonyme des mines de la Mayenne et de la Sarthe, est entré au service de cette Société le 10 septembre 1837, et y est resté attaché jusqu’à ce jour. Il a été nommé maître mineur le 16 juin 1855. En 1862, il a dirigé le sauvetage de deux hommes pris dans l’éboulement d’un puits à Argentré. En 1874, il a été blessé dans l’exercice de ses fonctions. Attaché à la mine de l’Huisserie, il a toujours fait preuve d’une expérience, d’un zèle et d’un dévouement à toute épreuve.
- 10. Mme Bullet.
- Mme Bullet est entrée le 1er août 1852 à la manufacture des biscuits de M. Guillout. Elle n’a jamais quitté cet établissement, où elle a toujours fait preuve de zèle et d’assiduité.
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- 11. Carde (Augustin-Charles).
- M Carde, né à Simorre (Gers) le 4 novembre 1823, est entré à la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée, le 2 juin 1846, en qualité d’ouvrier ajusteur aux ateliers du matériel à Nîmes; il est passé outilleur, le lar juin 1863, au dépôt de cette ville, où il est encore. Pendant ces quarante ans de service, il n’a été l’objet d’aucune réprimande ; il s’est toujours montré d’une conduite exemplaire, soumis à ses chefs et exact au travail.
- 12. Claveau (Alexandre-Joseph).
- M. Claveau, né le 2 avril 1832 à Alsilly (Indre-et-Loire), est entré aux ateliers du dépôt du Mans, Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, le 14 décembre 1855. Il a été occupé successivement en qualité d’ouvrier ajusteur, monteur et chef monteur, emploi qu’il occupe actuellement. Il s’est toujours distingué par son habileté, son intelligence et son ardent désir de se perfectionner, et s’est fait constamment estimer par son exactitude, son assiduité au travail, ainsi que par la dignité de sa conduite.
- 13. Cornil (François).
- M. Cornil, né à Besançon le 13 avrit 1834, est entré à l’arsenal de Besançon, en qualité de forgeron, en 1862, après avoir servi sept ans au 7e régiment d’artillerie. En 1870, il a été appelé à l’atelier d’études du matériel au dépôt central de l’artillerie. Il s’est toujours fait remarquer par son exactitude, sa bonne conduite et son habileté professionnelle. Il a pris part aux guerres de Crimée et d’Italie, et a été blessé au siège de Sébastopol; il a reçu les médailles de Crimée et d’Italie.
- 14. Dorlin (Victor).
- M. Dorlin, contremaître de menuiserie aux ateliers des chemins de fer de l’Ouest aux Batignolles, est entré à la Compagnie le 17 mars 1851. Ses capacités professionnelles, sa bonne conduite, son exactitude et sa parfaite honorabilité lui ont constamment valu l’estime de ses chefs.
- 15. Dupra (Jules).
- M. Dupra, né à Paris le 27 avril 1839, est contremaître à l’atelier de lithographie au dépôt central de l’artillerie. Entré à l’atelier le 29 janvier 1859, il n’a jamais donné lieu au moindre reproche; sa conduite est parfaite, et il a toujours montré beaucoup de zèle et d’assiduité pour son travail ; ses services sont très apppréciés.
- 16. Durant (Antony).
- M. Durant, né à Montereau le 23 juillet 1843, est entré à la manufacture de
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- faïences de Montereau le 11 octobre 1858. Il est fils d’un fidèle employé de la maison; c’est grâce à son application au travail et à sa bonne conduite qu’il est devenu contremaître des travaux de décoration.
- 17. Fariney (Élie-Louis).
- M. Fariney, né à Troyes le 28 novembre 1820, est entré aux ateliers de la Compagnie des chemins de fer de l’Est à Troyes, le 21 mai 1849, en qualité de peintre-vitrier, poste qu’il occupe encore. C’est un ouvrier modèle, comme conduite, exactitude et assiduité au travail.
- 18. Gaspard (Simon).
- M. Gaspard, né à Nancy le 21 août 1816, est employé comme ouvrier ajusteur à la Compagnie des chemins de fer de l’Est, dépôt de Nancy, depuis le 3 mars 1855 ; pendant tout ce temps, il s’est distingué par son zèle, son intelligence et son assiduité.
- 19. Gelix (Lucien).
- M. Gelix, contremaître à la faïencerie de Gien, est né en 1831; il est entré à la faïencerie, en 1853, en qualité d’ouvrier mécanicien ; s’étant fait remarquer par son excellente conduite, son intelligence et son attachement à l’usine, il est devenu surveillant de toute la partie mécanique de l’usine, fonction qu’il exerce encore et dont il s’acquitte à la grande satisfaction de ses chefs.
- 20. Germaine (Alfred-Nicolas).
- M. Germaine, âgé de quarante-neuf ans, est entré aux ateliers du dépôt de Troyes, Compagnie des chemins de fer de l’Est, le 19 avril 1858, en qualité d’ajusteur. C’est un ouvrier adroit et habile; il est chef monteur, fonctions dont il s’acquitte à l’extrême satisfaction de ses chefs. Sa conduite a toujours été irréprochable.
- 21. Guillaume (Nicolas).
- M. Guillaume, né le 27 février 1822 à Foameix (Meuse), est depuis trente et un ans employé comme tourneur à l’atelier de précision de l’artillerie à Saint-Thomas-d’Aquin. C’est un ouvrier habile, qui s’est toujours fait remarquer par son excellente conduite.
- 22. K'ruch (Martin).
- M. Kruch n’a jamais quitté la maison Henry-Lepaute, où il est entré en novembre
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- 1854 II est employé comme raboteur à l’atelier des phares, où il s’acquitte de ses fonctions avec dévouement et intelligence ; il est, de plus, chargé de la garde de l’usine, surveillance qu’il exerce avec la plus grande vigilance et la plus grande
- probité.
- 23. Laniesse (Honoré).
- M. Laniesse, né le 19 février 1816, est entré en septembre 1835 à l’atelier de réparations des papeteries du Marais, où il est encore employé comme mécanicien. C’est un ouvrier régulier, honnête et laborieux.
- 24. Lebon (Charles-Alexandre).
- M. Lebon, âgé de quarante-sept [ans, est entré en mars 1866 au Musée d’artillerie. Ouvrier en fer hors ligne, il a fait, depuis dix ans, une vingtaine d’armures ou hauberts des xne-xvie siècles, sans modèles et sur les seuls dessins ou indications des conservateurs du Musée.
- 25. Michel (Porcien-François).
- M. Michel, contremaître de tréfilerie, a été occupé depuis février 1829 jusqu’à ce jour à l’usine de Gondrillers, arrondissement de Mortagne. Il a aujourd’hui soixante-treize ans, et il s’est toujours montré actif, dévoué et intelligent.
- 26. Peyre (Émile).
- M. Peyre, né à Castres le 1er juin 1846, est ouvrier tourneur dans les ateliers de construction de M. Schabaver; habile dans sa profession, il n’a jamais encouru aucun reproche et a montré toujours l’exemple d’une conduite irréprochable.
- 27. Poupin (Julien).
- M. Poupin, âgé de quarante-sept ans, est entré à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest en juin 1854. Il a occupé successivement les emplois d’aide-chaudronnier, de chaudronnier et de mécanicien de machine fixe de l’alimentation. Depuis 1864, il est préposé aux Eaux de la circonscription de tRennes. Il s’est toujours fait remarquer par un zèle et une activité au-dessus de tout éloge et a rendu de réels services.
- 28. Mme Prévost.
- Mme Prévost est entrée à la manufacture de biscuits Guillout le 1er mai 1852, et n’a
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- jamais quitté cette maison. Sa conduite exemplaire et son assiduité au travail qui lui est confié l’ont toujours fait apprécier de ses chefs.
- 29. Py (Auguste).
- M. Py est entré à la Compagnie des chemins de fer de l’Est, le 14 avril 1856, où il est brigadier visiteur. CetTagent s’est] toujours distingué par son excellente conduite, et a montré un zèle et un dévouement au-dessus de tout éloge.
- 30. Robert (Pierre-Paul).
- M. Robert, né le il juin 1842 à Alais (Gard), est entré, le 20 décembre 1852, aux ateliers des chemins de fer de Lyon à la Méditerranée à Arles, en qualité de chaudronnier. Il a toujours rempli son devoir avec zèle et exactitude, et s’est fait remarquer par sa bonne conduite.
- Le Gérant, J.-H. Ginestou.
- PARIS. — IMPRIMERIE JULES TREMBLAY , RUE DE L’ÉPERON, 5, Madame Veuve TREMBLAY, née Bouchard-Huzare, successeur.
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- 86e »ns»ée.
- Quatrième série, tome II,
- Février l»»1?.
- BULLETIN
- DE
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. Rousselle, au nom du comité des arts économiques, sur un garde-chute pour trappes d’égout, inventé par M. Routillier.
- Messieurs, à mesure que, pour les besoins de l’assainissement, le réseau des égouts s’étend dans les grandes villes et que le nombre des regards donnant accès à ces galeries souterraines va en augmentant, l’on reconnaît chaque jour davantage la nécessité de protéger le public contre les chutes auxquelles l’ouverture des trappes peut donner lieu. La Société d’encouragement a été plusieurs fois saisie d’inventions ayant pour but d’éviter les accidents de cette espèce.
- C’est dans le même ordre d’idées que M. Routillier, conducteur principal des ponts et chaussées, attachée au service des eaux de la Ville de Paris, a soumis à notre Société l’examen d’un appareil à l’aide duquel les ateliers d’ouvriers occupés à l’entretien des conduites d’eau peuvent protéger les trappes qu’il est nécessaire de laisser ouvertes pendant l’exécution de leurs travaux.
- Tout le monde a vu, sur les trottoirs de Paris, des entourages en fer composés de quatre potelets à peu près verticaux, reliés entre eux par des barres horizontales et par des croisillons disposés de manière à pouvoir être repliés et à se transporter facilement d’un point à un autre. M. Routillier s’est efforcé d’atteindre le même but et il a cherché à construire un appareil ayant le double avantage d’avoir un poids moindre que celui dont nous venons de parler et d’adhérer, lorsqu’il est mis en place, au châssis du regard de
- lome II. — 86e année. 4e série. — Février 1887. 9
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- ARTS ÉCONOMIQUES. — FEVRIER 1887.
- manière à ne pouvoir être déplacé, ni par inadvertance ni par malveillance.
- - Le garde-chute de M. Boutillier se compose d’une tige centrale, d’une armature conique en acier, s’ouvrant et se fermant comme un parapluie, et d’un filet à mailles solides, recouvrant l’armature sur les deux tiers de sa hauteur. La tige est un fer carré, de lm,05 de longueur, terminé par une poignée en laiton ; elle traverse deux disques également en laiton ; sur le disque supérieur, sont articulées seize lames d’acier dont l’extrémité est un peu recourbée et qui, au moyen d’une petite chape, sont articulées avec un même nombre de barrettes qui aboutissent au disque inférieur.
- Lorsque le garde-chute est ouvert, les extrémités des lames d’acier viennent porter sur la feuillure circulaire du châssis du regard ; en oufre, deux pinces diamétralement opposées s’engagent sous ce châssis ; en sorte que l’appareil ne saurait être renversé par un effort latéral.
- Pour éviter que l’appareil, mis en place, ne se ferme accidentellement, M. Boutillier ajoute au disque supérieur ci-dessusmentionné une douille pendentive terminée par un petit épaulement; une seconde douille, concentrique à la première, se termine par trois tiges rondes, dont l’une a 2 centimètres delongueur de plus que les deux autres ; la douille extérieure est pressée contre le disque par un ressort à boudin; enfin, la poignée, placée comme nous l’avons dit, au sommet de la tige carrée, est munie de deux ergots qui, lorsqu’ils viennent se loger dans des ouvertures ménagées au-dessus des goupilles, abaissent celles-ci et compriment le ressort à boudin, jusqu’à ce que les ergots de la poignée viennent toucher le fond du disque. En tournant alors la poignée, les ergots démasquent les goupilles, qui remontent aussitôt sous l’action du ressort, et qui empêchent le garde-chute de se fermer.
- Pour fermer et enlever l’appareil, on appuie le doigt sur la tige ronde qui, ayant 2 centimètres de plus que les autres, fait saillie au-dessus du disque ; la douille s’abaisse avec les deux autres tiges. L’on peut alors tourner la poignée, dégager les ergots retenus dans le disque supérieur et tirer à soi la poignée. Les deux disques se rapprochent l’un de l’autre, et les lames et barrettes s’appliquent contre le manche comme lorsqu’on ferme un parapluie. L’appareil devient ainsi très facilement portatif.
- Le garde-chute que nous venons de décrire ne pèse que 6 kilogrammes environ; cependant, il est assez robuste pour résister à un long usage. Son emploi
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- arts économiques.
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- sur les ateliers municipaux a été autorisé par une décision de M. le Préfet de la Seine.
- Votre comité des arts économiques a reconnu, messieurs, la grande utilité pratique que peut avoir l’appareil imaginé par M. Boutillier, et elle a donné
- E
- et >e
- A
- D
- Fig. 3.
- Fig. 1.
- Fig. 2.
- Garde-chute pour trappes d’égout.
- toute son approbation aux procédés ingénieux à l’aide desquels cet inventeur a surmonté certaines difficultés que présentait le problème qu’il s’est efforcé de résoudre. Votre Commission a donc l’honneur de vous proposer de
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- U
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- FÉVRIER 1887.
- remercier M. Boutillier de la communication qu’il a faite à la Société d’encouragement, et de décider que le présent Rapport sera inséré dans nos comptes rendus, avec un dessin du garde-chute.
- Signé : Rousselle, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 26 novembre 1886.
- LÉGENDE DES FIGURES REPRÉSENTANT LE GARDE-CHUTE DE M. BOUTILLIER.
- Les figures 1 et 2 représentent l'appareil mis en place sur le regard d'égout, et la figure 3 l’appareil fermé.
- A, tige centrale en acier.
- B, armature conique composée de seize lames garnies d’un filet d’acier.
- E, poignée en laiton portant deux ergots e, e.
- D, D, couronnes en laiton sur lesquelles viennent s’articuler les tiges et barettes.
- La couronne supérieure porte deux échrancrures pour laisser passer les ergots e, e, et deux des goupilles g, g.
- C, barettes, au nombre de seize, reliant le disque inférieur aux seize tiges de l'armature.
- G, G, feuillure du châssis de regard d’égout.
- F, F, pinces s’engageant sous le châssis de regard et s’articulant à la couronne inférieure D.
- H, douille renfermant un ressort à boudin passé sur la tige centrale et pressant sur les petites goupilles g, g, g, visibles sur le disque, fig. 2.
- On ouvre l’appareil en le saisissant d’une main par la couronne et en lui imprimant un léger mouvement de rotation, qui tend à écarter les branches, tandis que l’on appuie de l’autre main sur la poignée.
- On présente alors l’appareil sur le siège de la trappe, en engageant les pinces sur la feuillure, puis on pousse à fond sur la poignée, en la tournant de manière que les ergots, entrant dans les échancrures d’attente de la couronne, dégagent ces ouvertures; les goupilles dont il est question dans le Rapport remontent alors sous l’action du ressort à boudin.
- La fermeture de l’appareil s’opère comme il est dit plus haut.
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- AGRICULTURE. — FÉVRIER 1887.
- AGRICULTURE
- Rapport fait par M. Lavalard, au nom du comité d’agriculture, sur les modifications apportées au mobilier des écuries, par M. Aureggio.
- Les écuries sont en usage depuis bien des siècles, et il y aurait lieu de penser que l’expérience d’un si grand nombre de générations a dû les amener au dernier état de perfection. Malheureusement, nous en sommes encore loin. Nous ne voulons pas parler des écuries de luxe, ni même des écuries établies par les grandes administrations, qui font les frais nécessaires pour y bien installer leurs chevaux. Nous entendons parler seulement des écuries ordinaires, pour lesquelles on n’a tenu aucun compte ni du bien-être, ni de la santé du cheval. On a trouvé un coin dans un bâtiment qui ne semblait pouvoir être utilisé à aucune autre destination ; on s’est contenté de l’approprier le mieux possible.
- Le ministère de la guerre, qui, certainement, aurait dû donner le bon exemple, n’a pas toujours suivi les meilleures règles d’hygiène pour loger sa cavalerie; et, sans vouloir remonter trop haut, nous verrons que ce n’est que dans les premières années du xvin* siècle qu’on commença, en France, à distingner le casernement de la cavalerie de celui de l’infanterie. Jusque là, les rez-de-chaussées des bâtiments affectés à la troupe servirent à loger, indifféremment et suivant les besoins du moment, des hommes ou des chevaux.
- A partir de 1719, on constate des efforts marqués pour mieux approprier, dans les quartiers de cavalerie, les rez-de-chaussées des bâtiments au logement des chevaux. Mais toutes ces améliorations furent de peu d’importance, et il faut arriver jusqu’à 1813 pour constater que le type des écuries militaires constituait, en effet, à cette époque, à ce point de vue spécial, un progrès incontestable. Les écuries continuèrent à être installées dans les rez-de-chaussées des bâtiments occupés par les hommes, mais elles étaient aménagées d’une manière rationnelle eu égard à la salubrité et à l’hygiène. Le type adopté donna de bons résultats ; mais cependant on ne tarda pas à lui reprocher, d’abord, d’exiger pour les quartiers une étendue considérable, et ensuite de condamner pour les étages à une distribution vicieuse.
- Vers 1862, on pensa à remédier au premier inconvénient en accolant deux écuries simples à l’écurie double du type cité plus haut, et en créant des
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- écuries à quatre rangs de chevaux. On réduisait ainsi la superficie bâtie des quartiers ; mais le second inconvénient subsistait tout entier, et était même parfois aggravé. Il ne pouvait en être autrement : les conditions à remplir dans l’organisation du casernement des hommes et de celui des chevaux sont tellement différentes, notamment en ce qui concerne les dimensions relatives des'pièces, qu’il est impossible, dans un même bâtiment, de satisfaire complètement aux unes sans négliger les autres.
- Ces idées prévalurent bientôt, et conduisirent à l’adoption des écuries-gares, dont quelques-unes furent construites avant 1870. Ces écuries sont claires, bien aérées, d’une ventilation et d’une surveillance faciles; le cube d’air est d’environ 50 mètres cubes par cheval.
- L’adoption de ce type consacrait en fait la séparation complète entre les bâtiments des hommes et ceux des chevaux ; mais c’est seulement dans la décision ministérielle du 30 juin 1870, approuvant un avis du comité des fortifications du 18 mai précédent, que le principe de cette séparation est nettement posé, en même temps qu’on définissait un nouveau type d’écurie, dit écurie-dock. Ce nouveau type, recommandé par les avis du comité des fortifications du 14 février 1873 et du 26 juin 1874, est devenu pour ainsi dire réglementaire par suite de l’envoi des avis précités dans toutes les places du territoire, envoi fait le 14 juillet 1874.
- Nous avons donné tous ces détails, que nous devons à l’obligeance du commandant du génie M. Derendinger, pour vous faire comprendre qu’il y a peu d’années que le ministère de la guerre s’est préoccupé du logement de ses chevaux. Mais, si maintenant nous nous préoccupons du mobilier intérieur des écuries, nous verrons qu’il laissait encore plus à désirer que les bâtiments.
- M. Aureggio, vétérinaire en premier au 11e régiment d’artillerie, a le mérite d’avoir cherché à modifier le matériel des écuries en le perfectionnant. Ainsi, il a empêché les accidents d’embarrures qui sont si fréquents, et a facilité les désinfections, qui s’opposent à la transmission des maladies contagieuses, et surtout de la morve, assez fréquente dans les corps de troupe. Il s’est beaucoup inspiré, pour ces modifications à faire au mobilier des écuries, des remarques qu’il avait faites lors de sa mission en Allemagne. Au retour de son voyage, en 1883, il adressa au ministre de la guerre un Rapport sur l’Exposition d’hygiène de Berlin.
- Dans les Notes qu’il a adressées à la Société nationale d’encouragement pour l’industrie nationale, il décrit une nouvelle stalle d’écurie en fer, avec
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- barres de séparation en bois ou en fonte, à échappement simple ou à double échappement, avec contre-poids ou avec ressort. Il décrit les râteliers et les mangeoires, ainsi que les cloisons en tôle ondulée pour isoler la tête des chevaux, les seaux d'écurie en tôle, etc.
- Toutes ces parties en fer, pouvant se démonter facilement, pourront être flambées et désinfectées avec soin. D’où un premier avantage, que nous avons déjà énoncé, pour éviter la propagation des maladies contagieuses.
- Les autres avantages ont été relatés dans un Rapport fait par une Commission, qui avait institué des expériences à l’infirmerie vétérinaire du 48 cuirassiers.
- Elle a adopté les conclusions suivantes :
- 1° Les bat-flancs à colonne avec coulisse à double échappement, ressort et contre-poids, ont des avantages incontestables sur le système de séparation employé actuellement;
- 2° Les coups de pied et les embarrures qui, comme le prouvent les statistiques annuelles, entraînent un grand nombre de pertes et de journées d’indisponibilité, sont très notablement diminués par l’adoption d’un des bat-flancs à double échappement ;
- 3° L’élévation du prix d’installation sera compensée largement par la diminution des réparations et des accidents ;
- 4° Ces bat-flancs sont aussi très faciles à désinfecter, ce qui est à considérer, surtout pour les écuries-infirmeries ;
- 5° Enfin, le nouveau modèle de séparation mérite d’être pris en sérieuse considération et adopté par l’armée.
- Dans ces conditions, messieurs, votre comité d’agriculture ne pouvait qu’approuver ces conclusions, pour tâcher de les faire appliquer dans les écuries des grandes agglomérations de chevaux, et surtout dans les campagnes, où les chevaux sont si mal logés en général.
- En conséquence, le comité d’agriculture propose au Conseil d’adresser à M. Aureggio, vétérinaire en premier au 11e régiment d’artillerie, une lettre de remercîments et l’insertion du Rapport au Bulletin.
- Signé : Lavalard, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 26 novembre 1886.
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- Rapport fait par M. le colonel Goulier, au nom du comité des arts mécaniques, sur le pendule automatique de M. J. Foucault, capitaine au long cours, 130, cours de la République, au Havre.
- On sait comment Foucault, l’ingénieux membre de l’Institut, a rendu sensible aux yeux le mouvement de rotation de la terre, au moyen de la rotation apparente du plan d’oscillation d’un long pendule. On sait aussi que la vitesse de cette rotation est proportionnelle au sinus de la latitude de la station. C’est à la même question que se rattache le pendule automatique de son homonyme M. J. Foucault. Mais le nouvel appareil n’est pas destiné à démontrer la mobilité de notre globe; il a simplement pour objet de montrer aux yeux comment, en faisant tourner un globe, de R°, autour de sou axe polaire, on engendre, pour un plan susceptible de tourner autour de la verticale d’un point quelconque, une rotation, non plus égale à R°, comme celle du globe, mais bien égale au produit de R° par le sinus de la latitude du point considéré.
- Pour cela, M. Foucault figure le globe terrestre par une couronne en bois, qui représente un méridien, et qui porte d’ailleurs une seconde couronne représenant l’équateur. La première est fixée sur un segment sphérique, aussi en bois, qui figure les régions voisines du pôle antarctique.
- Dans la couronne méridienne est pratiquée une fente longitudinale, traversée par une douille liée à un curseur, qui permet de fixer la douille à la latitude d’un lieu quelconque et de telle sorte qu’un axe qui la traverse soit toujours dirigé selon la verticale de ce lieu. Alors un petit disque fixé sur la douille immobile, perpendiculairement à son axe, figure l’horizon du lieu.
- Sur l’extrémité extérieure de cet axe, extrémité qui déborde le disque, est fixé un cadre dans lequel est figuré, dans ses deux positions extrêmes, un pendule formé d’une boule suspendue à un fil. Cela représente le plan d’oscillation d’un pendule véritable, plan auquel on va imprimer, pendant la rotation du globe autour de son axe polaire, une rotation diminuée dans le rapport du sinus de la latitude au rayon.
- Pour cela, à l’extrémité intérieure de l’axe qui représente la verticale du heu, est fixée une molette dont la tranche est dans un plan perpendiculaire
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- à cet axe et passe d’ailleurs par le centre du globe. Pendant la rotation de celui-ci autour de son axe polaire, la molette roule sur un petit plateau perpendiculaire à ce dernier axe, pressée qu’elle est contre ce plateau immobile par le poids du globe, convenablement diminué par l’action d’un ressort à boudin antagoniste.
- Il résulte de ces dispositions que le rayon de la circonférence décrite sur le plateau par son point de contact avec la molette est toujours, au rayon de celle-ci (la figure le montre), dans le rapportdu sinus de la latitude à l’unité. Et comme les arcs décrits par ce point de contact, tant sur le plateau que sur la tranche de la molette, sont égaux entre eux, les rotations des deux circonférences sont en raison inverse de leurs rayons ou en raison directe de l’unité, pour la rotation du globe, au sinus de la latitude pour la rotation de l’axe qui représente la verticale, et, par suite, pour la rotation de cet axe et du plan d’oscillation du pendule qu’il porte à son extrémité extérieure.
- Cette description, et mieux encore la figure, fait concevoir que, si l’on fixe, à des latitudes diverses, le curseur qui porte l’axe figurant la verticale, ainsi que ses accessoires, la vitesse de rotation autour de cet axe changera en restant proportionnelle au sinus de latitude, et que, si le curseur passe d’une latitude boréale à une latitude australe, le sens de la rotation sera inverse.
- Ce sont ces propriétés qui ont engagé M. J. Foucault à donner à son appareil le nom de pendule automatique, désignation peu correcte; car, si l’instrument renferme une figure de pendule, pour autant on ne peut pas l’appeler un pendule, et il ne démontre pas non plus la loi naturelle de la rotation apparente du plan d’un pendule oscillant sous l’action de la pesanteur.
- On peut trouver à bon droit qu’une lourde machine, ayant une hauteur de 60 centimètres, est bien encombrante pour remplir seulement le rôle de figure explicative d’une loi qu’on démontre facilement par la composition des rotations. Il serait donc désirable que M. J. Foucault appliquât son esprit ingénieux à la réalisation d’un dispositif simple, pouvant être fixé sur un globe terrestre ordinaire, soit en un seul point, soit en quatre points ayant pour latitudes 0°, — 30°, -h 30° et -f- 53°, latitudes dont les sinus sont 03b 0,5, —f- 0,5 et —h 0,8.
- Malgré ces légères critiques, le comité des arts mécaniques a vu avec intérêt 1 emploi fait par M. Foucault, pour résoudre le problème de cinématique qu’il s’était posé, de la molette roulante que l’on applique à des usages si variés, dans les dynamomètres, les planimètres, les tours, etc. Aussi a-t-il
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- l'honneur de vous prier, messieurs, de remercier M. J. Foucault de sa communication, et d’ordonner l’insertion au Bulletin de la Société du présent Rapport, acccompagné d’une figure explicative.
- Signé : colonel Goulier, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 12 novembre 1886.
- LÉGENDE DE LA FIGURE EXPLICATIVE DU PENDULE AUTOMATIQUE DE M. J. FOUCAULT.
- Le globe terrestre est représenté par le segment sphérique S, auquel est fixé un méridien en bois M, portant un équateur, aussi en bois, non figuré ici.
- M, méridien ayant une fente longitudinale dans laquelle se déplace le curseur C.
- On peut fixer ce curseur à une distance plus ou moins grande du pôle arctique P; Z O représente alors la verticale du lieu, en même temps que P A représente l’axe polaire.
- A, axe métallique fixe autour duquel on peut faire tourner le globe.
- D, disque métallique plan fixé à cet axe.
- «, axe métallique tournant dans une douille qui fait corps avec le curseur G.
- Q, cadre fixé sur le bout supérieur de l’arbre a, et représentant le plan d’oscillation d’un pendule.
- H, H', disque gradué fixé sur le curseur C, et représentant l’horizon du lieu. On y lit l’angle décrit par le plan d’oscillation de pendule.
- R, molette fixée à la partie inférieure de l’axe a, et qui, en roulant sur le disque D, fait tourner cet axe a et le cadre Q.
- r, ressort à boudin dont l’action équilibre en partie le poids du globe, de telle sorte que la pression de la molette R sur le disque D ait une valeur convenable.
- Pendant la rotation du globe autour de l’axe A, les arcs de cercle décrits par le point de contact T, tant sur le disque D que sur la molette R, ont des longueurs égales ; leurs amplitudes en degrés sont donc en raison inverse de leurs rayons O T et
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- T D • d’où l’on conclut que le rapport des rotations angulaires autour des axes « et A est égal à rapport égal d’ailleurs au sinus de l’angle T OD, qui mesure la latitude L du lieu. Ceci suppose, bien entendu, que le point de rencontre des axes géométriques de A et a est dans le plan du cercle décrit par le point de contact T autour
- de l’axe a.
- NECROLOGIE.
- DISCOURS PRONONCÉ PAR M. MASCART AUX OBSEQUES DE M. BLAVIER,
- MEMBRE DU CONSEIL.
- Messieurs, la place que tenait un homme s’apprécie surtout par le vide que laisse sa mort. Les regrets unanimes de tous ceux qui ont approché M. Blavier et la douleur de ses amis témoignent aujourd’hui qu’un homme de bien a disparu ; mais un retour rapide sur sa carrière montre en même temps qu’il avait fait une œuvre utile et que son nom ne disparaîtra pas entier.
- Les fonctions administratives, si laborieuses et souvent si fécondes, exigent quelque abnégation parce que les bienfaits qu’elles produisent restent souvent anonymes ou ne remontent pas à leurs véritables auteurs; il faut donc un mérite particulier pour que l’initiative du fonctionnaire apparaisse, surtout, comme dans le cas actuel, quand le travail s’abrite derrière une modestie exceptionnelle.
- Il restera cependant une trace ineffaçable du passage de M. Blavier dans une administration oh son rôle vient d’être apprécié avec tant d’autorité. On a dit, il y a quelques années, avec un fond réel de vérité, que l’enseignement de l’électricité restait au-dessous de sa tâche, et que l’on devait chercher la science dans les ateliers industriels plutôt que dans les écoles. Nous pouvons ajouter qu’à cette époque, déjà éloignée, M. Blavier était un des rares savants qui fussent au courant des travaux des maîtres ; tous ses efforts tendaient à la propager en connaissance, convaincu, comme il le disait lui-même, qu’on ne peut travailler utilemenfau progrès d’une grande application scientifique, telle que la télégraphie, que si l’on met à profit toutes les ressources de la science, et que c’est là qu’on doit chercher le véritable guide pour la solution des problèmes les plus importants de la pratique.
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- Ce rôle de vulgarisateur dans le sens le plus élevé, M. Blavier l’a soutenu pendant plus de trente ans, comme collaborateur et directeur des Annales de télégraphie, avec un zèle infatigable et sans se laisser rebuter par l’indifférence d’un public insuffisamment éclairé ou par les difficultés administratives.
- Par ses ouvrages et ses Traités spéciaux, surtout parles nombreux Mémoires qu’il publia dans les Annales, M. Blavier s’était attaché à développer les théories relatives à la propagation de l’électricité, à exposer les méthodes d’observation et de mesure. Il ne voyait là que des services à rendre. S’il a été conduit plusieurs fois, comme en passant, à des recherches personnelles, il n’était pas homme aies faire valoir ou à en tirer d’autre avantage que la satisfaction d’un problème résolu.
- C’est ainsi qu’il s’est montré analyste habile dans les questions de théorie, et expérimentateur ingénieux dans certaines méthodes d’observation. Je ne citerai que son dernier Mémoire, tout à fait magistral, sur les relations qui existent entre le magnétisme terrestre et les courants telluriques. Un juge autorisé considérait ces expériences comme la digne continuation des travaux de Gauss et comme donnant la solution d’un problème que l’illustre physicien avait laissé inachevé. Vous apprécierez toute l’importance de cette opinion si j’ajoute qu’elle émane de sir William Thomson.
- L’exemple de M. Blavier a été fécond; il était tout désigné pour diriger l’École de télégraphie dès sa fondation, et il a eu la satisfaction de former une pléiade d’ingénieurs distingués, dont une administration plus clairvoyante s’est aujourd’hui entourée.
- M. Blavier exerçait une influence particulière par l’étendue de ses connaissances et la sûreté de son jugement, mais surtout par son caractère intègre, loyal, bienveillant et modeste à l’excès. Quoique de relations très affectueuses, il imposait néanmoins une sorte de respect, non seulement à ses collègues de Tadministration et des différentes Sociétés auxquelles il a appartenu, mais même à ses supérieurs. Quant à ses élèves et à ses subordonnés de tout ordre, ils avaient pour lui un véritable culte et le pleurent comme un père.
- Les Sociétés scientifiques se faisaient honneur d’appeler M. Blavier, et sa compétence fut maintes fois mise à contribution. Il fut un des premiers pré-sidents de la Société de physique, prit une part active aux travaux du Congrès des électriciens, du jury de l’Exposition, des Commissions internatio-
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- nalesrelatives à l’établissement des unités électriques; il était membre du Conseil de la Société d’encouragement, vice-président de la Société des électriciens, et venait d’être nommé président d’une Commission pour l’Exposition de 1889.
- J’apporte ici l’expression de mes profonds regrets au collaborateur aimé de tant de travaux communs. J’ai l’honneur de représenter aussi le Conseil de la Société d’encouragement, le Conseil du Bureau central météorologique, le Comité technique de l’Exposition de 1889, pour traduire le deuil général que sa mort a laissé dans le cœur de tous ses collègues.
- A cette famille si cruellement éprouvée, qui pleure toutes les larmes de la piété filiale, à ce père vénérable qui voit disparaître avant le temps et contre les lois de la nature ceux qui l’ont comblé de joies, nous ne pouvons que témoigner notre respectueuse sympathie. Il leur reste, du moins, l’exemple d’une noble existence et une mémoire dont ils ont droit d’être fiers.
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- PHOTOGRAMMÉTRIE, PAR LE DOCTEUR PIETSCH.
- La photogrammétrie est une méthode basée sur l'emploi de la photographie qui sert à déterminer les objets d’une certaine étendue, principalement les constructions et les terrains. Un objet est susceptible d’être déterminé, c’est-à-dire que sa situation et ses dimensions peuvent être connues lorsqu’il est représenté au moyen de projections géométriques; ainsi, le but de la photogrammétrie est de trouver les projections géométriques d’un objet d’après des photographies de cet objet. Toutes les constructions photogrammétriques reposent sur l’hypothèse que les photographies dont on s’est servi sont des perspectives exactes, et cette hypothèse peut être considérée comme réelle lorsque pour obtenir les dessins on s’est servi d’objectifs bien contrôlés.
- Si l’on regarde les photographies comme des perspectives, la photogrammétrie se réduit à trouver simplement les projections géométriques d’après les perspectives données d’un objet. Les principes théoriques fondamentaux de cette construction sont très anciens; Lambert les a exposés clairement dans son traité de Perspective libre, en 1759. L’idée de l’application pratique de ces principes n’est également pas nouvelle. Le premier qui ait énoncé ces idées et qui les ait mises en pratique est le savant français Beautemps-Beaupré ; il s’en servit dans un voyage de recherches qu’il fit en 1791-1793, en faisant des croquis et levant les plans topographiques des côtes qu il visita. C’est de cette manière que Beautemps-Beaupré obtint la carte d’une partie
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- de la terre de Yan Diernen et de l’île Santa-Cruz. Il ne négligea pas non plus, toutes les fois qu’il en eut l’occasion, d'appeler l’attention sur sa méthode et de la recommander; il le fit dans l’exposé des travaux relatifs à la reconnaissance des côtes occidentales de France (Paris, 1829), puis, en 1835, dans une instruction préparée pour le voyage autour du monde de la frégate Bonite, et enfin, en 1846, dans le Rapport du voyage exécuté, en 1839-1842, en Abyssinie par MM. Galinier et Ferret.
- C’est ce Rapport qui appela l’attention du colonel Laussedat sur cette méthode ; cet officier reconnut promptement que le point délicat résidait dans la difficulté d’obtenir des perspectives suffisammont exactes, et il chercha les moyen de lever cette difficulté. Ses efforts dans ce sens aboutirent, dès 1851, à un résultat pratique. M. Laussedat recommanda l’emploi de la chambre claire, quelque peu modifiée, pour l’exécution des levers de perspective, et, pendant un voyage de trois mois qu’il fit cette même année, il fit usage de la chambre claire ; à son retour à Paris, il put établir plusieurs plans topographiques au moyen des croquis qu’il avait rapportés. Régnault, à qui il présenta quelques-uns des plans obtenus par cette méthode, lui conseilla de se servir de la chambre noire au lieu de la chambre claire, et d’employer la photographie pour les plans de terrains. De nouveaux essais furent aussitôt entrepris par M. Laussedat, mais ils ne donnèrent des résultats satisfaisants qu’en 1858 Il lui fallut six années de longs efforts pour réussir à surmonter les difficultés qui s’opposaient à l’emploi de la photographie dans les voyages, et pour munir l’appareil photographique des perfectionnements nécessaires pour en faire un instrument de mesure. Avec un appareil convenablement disposé, M. Laussedat fit, en 1858 et 1859, de nouveaux essais, qui furent si heureux, qu’il se décida à présenter sa méthode, avec les résultats qu’elle lui avait donnés, à l’Académie des sciences, qui en reconnut pleinement le mérite.
- Des expériences importantes furent faites alors pour le compte du ministère de la guerre français, sous la direction de M. Laussedat, dans les environs de Versailles. Ces expériences donnèrent également de bons résultats. De 1863 à 1870, M. Javary fit d’autres essais pour le même ministère, soit dans les environs de Paris, soit dans le Dauphiné et les Vosges. Quelques-uns de ses travaux sont exposés au Conservatoire des arts et métiers à Paris.
- M. Laussedat ne fut cependant pas le seul à travailler en France au perfectionnement et à l’application de la méthode de Beautemps-Beaupré. Une brochure, parue à Paris en 1866 et due à la plume d’un officier français nommé Jouart, rend compte d’un grand nombre d’essais de construction d’appareils qui devaient servir à la photo-grammétrie.
- Dans les publications allemandes, on trouve en 1865 seulement, la première notice traitant de la photogrammétrie. Dans le numéro de juin de la Revue de photographiele conseiller Meydenbauer publia un article sur l’emploi de la photographie dans la mesure des bâtiments, et lui donna le nom de photogrammétrie.
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- Les numéros suivants de la Correspondance 'photographique de la même année contiennent la traduction d’un travail de Pujo et Fourcade, paru en 1865 dans le 'ournal les Mondes, dans lequel ces deux savants désignaient la méthode photo-métrique sous le nom de Goniométrie photographique, et affirmaient qu’ils se servaient de cette méthode depuis plus de trois ans. Leur mérite consiste à s’être servi les premiers, pour leurs observations, d’une chambre noire bien appropriée.
- Dans le n° 24 des Photographischen Mittheilungen (mars 1860), M. Vogel explique l’usage de l’appareil Johnson pour la mesure des terrains, et développe les moyens de construction des angles horizontaux et verticaux.
- Depuis le moment où M. Meydenbauer commença à s’occuper de l’application de la photographie à la mesure des objets, il chercha à s’assurer l’appui des hommes de science, et c’est pour lui un grand mérite d’y avoir réussi; mais M. Meydenbauer n’a fait faire à la photogrammétrie aucun progrès sous le rapport des principes et des applications. M. Jordan, au contraire, fit adopter les principes de cette méthode en provoquant une discussion scientifique, et l’on doit à M. Hauck une solution générale du problème de la photogrammétrie. M. Hauck fait dériver la solution du problème photogrammétrique d’un problème plus général, qui consiste à déduire une troisième projection centrale de deux autres projections données.
- Les principes de la photogrammétrie ont été étudiés dès 1869, à l’Académie royale de construction, au point de vue théorique, ainsi qu’au point de vue pratique, dans les leçons sur la géométrie descriptive, la géodésie et la topographie. Dernièrement, l’auteur à entrepris, pour la première fois, de traiter la méthode dans des leçons spéciales en s’occupant de ses applications techniques, et il eut la satisfaction de voir ses observations théoriques aboutir à des résultats pratiques très satisfaisants. Deux appareils construits pour obtenir les photographies avec une chambre spéciale ont déjà été employés par des expérimentateurs : Hun, l’été dernier, dans différentes ascensions en ballon libre, l’autre en photographiant de grandes constructions. Cet instrument est utilisé actuellement par une expédition faite en Asie pour le compte de l’Académie des sciences.
- Avant d’entrer dans la discussion de la méthode photogrammétrique de lever des plans, il reste encore à indiquer certaines expériences importantes. Le premier essai sur une grande échelle, fait en France pour le compte du ministère de la guerre, est celui qui a été tenté par M. Laussedat en 1861. Il obtint un plan partiel de Paris; puis, plus tard, le plan de Grenoble et de ses environs fut entrepris. La superficie du terrain à relever était de 223 600 mètres carrés; les travaux sur le terrain durèrent soixante heures, et le tracé du plan demanda deux mois.
- En Allemagne, le premier essai en grand, pour le compte des ministères prussiens de la guerre et du commerce, fut fait en 1867. Cet essai s’étendit à la préparation des plans de terrain et de construction. Le terrain choisi fut la petite ville de Fribourg, sur 1 Unstrect, et ses environs ; la construction à lever, l’église de Fribourg. La super-
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- fîcie du terrain était de 223 600 mètres carrés; les travaux sur le terrain durèrent quatre jours, et la confection du plan trois semaines. La confection d’un plan de perspective, d’une vue de face et d’une vue de côté de l’église exigèrent huit jours.
- Un problème difficile à résoudre était réservé à la photogrammétrie pendant la guerre franco-allemande. Bientôt après la déclaration de guerre, la formation d’un détachement de photographie de campagne fut formé, et on lui demanda aussitôt, devant Strasbourg, de fixer certaines distances inconnues à l’assiégeant.
- Le ministre de la guerre allemand avait cherché à s’assurer le concours de M. Meydenbauer, lequel, ayant accepté, fournit les dessins du nouvel appareil photogrammétrique que l’on devait construire; mais, ne pouvant continuer, il proposa le DrStolze pour le remplacer. Celui-ci n’ayant pu accepter, M. Schwier,avec deux aides, ainsi que M. Doergens, professeur de géodésie, furent chargés de ce service. Pendant les pourparlers, le temps s’était écoulé, et le détachement n’arriva devant Stras • bourg que quelques jours avant la capitulation, et ne put être utilisé pour le siège. Après la capitulation, le détachement continua ses études et put remettre un plan du front d’attaque au 2 500 millième. Il se produisit quelques inexactitudes dans ce tra vail, de sorte qu’il fut nécessaire de se servir du théodolite et de la chaîne d’arpenteur pour le terminer. Ce moyen eût d’ailleurs été nécessaire, parce que, du point où était placé l’appareil photographique, certaines lignes du terrain étaient cachées. Les erreurs que produisit la construction photogrammétrique doivent être attribuées à l’insuffisance de l’appareil, car les travaux furent parfaitement dirigés. M. Schwier a exposé les défauts de cet appareil dans la Revue photographique de 1871.
- En 1873, M. Jordan, membre de l’expédition Rohlf dans les déserts de Lybie, fit usage de la photogrammétrie pour lever le plan de l’oasis de Gassr Dachel.
- En 1874, M. Stolze employa un appareil Meydenbauer pour lever le plan des ruines de Persepolis et de la mosquée de Djûmat, à Chiraz.
- Dans le courant de celte année, M. Meydenbauer a également exécuté un grand nombre de travaux, tant pour son compte que pour celui du gouvernement.
- Après cet exposé des progrès de la photogrammétrie, il reste à décrire sommairement la méthode de lever de plans au moyen de la photogrammétrie. Los explications se borneront d’abord au lever de plans contenant des objets verticaux.
- Il vient d’être dit que, dans tous les dessins photogrammétriques, les photographies sont considérées comme des perspectives, et qu’en conséquence le problème à résoudre consiste à redresser la perspective. Il est utile de définir les principes fondamentaux qui sont la base de la théorie de la perspective, et. qui, dans les traités, sont donnés sous des noms différents.
- La perspective d’un objet est, comme on le sait, l’intersection par le plan de la figure ou tableau T (fig. 1) du faisceau de rayons émanant du point de vue o et aboutissant à tous les points de l’objet. Le rayon perpendiculaire au plan du tableau s’appelle le rayon principal, et son intersection a avec ce plan ou sa trace sur ce plan
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- Fig. 1,
- est le point principal on point central. La distance oa, qui est la distance du point de vue porte aussi le nom de rayon principal, comme étant la plus courte distance du point de vue au tableau. Le plan horizontal H qui passe par le point de vue est 1 e, plan de l'horizon', son intersection h avec le plan du tableau est Xhorizon. La
- perpendiculaire à l’horizon en a dans le plan du tableau est la verticale principale. Le plan G parallèle au plan de l’horizon choisi pour plan de base est le plan gèométral, et son intersection t avec le plan vertical du tableau est la ligne de terre.
- La perspective p d’un point p est l’intersection du rayon visuel avec le tableau. La perspective d’une droite L est une autre droite L' ; cette ligne est déterminée par deux points de la perspective de la première droite L. Pour cette détermination, on choisit de préférence la trace l de cette ligne L sur le tableau, qui est à elle-même sa propre perspective, et la trace / du rayon parallèle à la ligne L, qui est la perspective du point situé à l’infini sur L et que l’on nomme point de fuite. Toutes les droites parallèles ont le même point de fuite. Ainsi, la perspective d’une droite est déterminée par sa trace et son point de fuite, et, ces deux points étant donnés, on peut rétablir dans l’espace la droite à laquelle ils appartiennent, c’est-à-dire que la position de cette droite est connue dans l’espace.
- Un plan P est déterminé en perspective d’une manière semblable, c’est-à-dire par sa trace sur le tableau et sa ligne de fuite qui contient la perspective de tous ses points à l’infini. La trace du plan et sa ligne de fuite sont parallèles. Le plan P se trouve déterminé dans l’espace quand ses deux lignes P/ et Pf sont données ; le plan P passe par la ligne Pj, et est parallèle au plan qui passse par P f et le point o.
- Toutes les droites qui se trouvent dans le plan P ont leur trace sur la trace P/, et leur point de fuite sur la ligne de fuite Vf. La trace du plan géométral est la ligne de terre t, et sa ligne de fuite est l’horizon A. Toutes les droites qui se trouvent dans le plan géométral ont ainsi leur trace sur la ligne de terre et leur point de fuite à l’horizon. Dans les tracés de perspective, on a l’habitude de prendre le plan du tableau pour le plan du dessin ; l’horizon est alors une ligne horizontale h (fig. 2), sur laquelle se trouve le point central a, et la verticale principale passe par ce point; la ligne de terre t est parallèle à h. Pour représenter le point de vue sur l’épure, ainsi que sa distance au plan du tableau, il faut supposer le plan horizontal qui passe par ce point rabattu, avec tout ce qu’il renferme, sur le plan du tableau en prenant l’horizon A pour axe de rotation; par suite, la distance du point de vue se trouve reportée en vraie Tome II. _ 86e année. 4e série. — Février 1887. 11
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- grandeur en ao', et il faut distinguer le point o de l’espace du point or qui n’en est que le rabattement.
- ' Soient maintenant deux droites parallèles, par exemple, la trace Pi et la ligne de fuite Pf d’un plan donné P. Soit de plus L' la perspective d’une droite L située dans le plan P. La ligne L se trouve déterminée, car les points d’intersection de L' avecPz et Vf donnent la trace /, et le point de fuite / la droite L; donc, d’après ce qui précède, la position delà droite L est connue dans l’espace.
- Si, au lieu de la droite L, on prend un point p[ fig. 1) situé dans le plan P, et donné par sa perspective pce point pourra être considéré comme l’intersection de deux droites Li et L2 du plan P, et les perspectives de ces droites passeront en p'. Ces deux droites seront connues de position dans l’espace, et par suite le point p le sera également. Enfin, si une figure située dans le plan P est donnée en perspective, on pourra aussi la reconstituer dans l’espace, puisque chaque point peut être déterminé comme on vient de le dire.
- Une semblable restitution dans l’espace de figures données en perspective n’est.
- généralement pas ce que l’on désire ; il faut obtenir ordinairement un dessin faisant connaître la véritable forme de la figure ; on y parviendra en considérant le plan de la figure comme rabattu sur le tableau, en tournant autour de sa trace. Pour cela, il suffira de montrer comment une droite L donnée en perspective se reproduit dans la figure rabattue, puisque la construction d’un point, puis celui d’un objet peut s’en déduire. Il ne faut pas seulement se représenter le plan P rabattu autour de sa trace, mais il faut en même temps supposer que le plan parallèle passant par le point de vue se rabatte autour de la ligne de fuite P f (fig. 2) et dans le même sens. Il en résulte que le point de vue décrit un cercle autour du point a', pied de la perpendiculaire abaissée dans l’espace de o sur P f, et le rayon de ce cercle est a' o. Le point a est aussi le pied de la perpendiculaire abaissée de a sur P y, et le rayon cherché est l’hypothénuse d’un triangle rectangle «, a't o, qui, dans la figure, est rabattue en a, a or Après le rabattement, le point de vue se trouve donc reporté en o'! sur le prolongement de a a' et a o" = a' o,.
- Dans le rabattement du plan P, la trace / de la ligne L reste au même point. La direction de la droite L dans l’espace est donnée par o f (fig. 1) ; par suite, après le
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- rabattement, la direction de cette droite se confondra avec celle de à f (fig. 2) dans le plan parallèle o'Vf rabattu, c’est-à-dire avec o" f. Ainsi, pour obtenir L en rabattement^), on n'a qu’à tracer une parallèle à o' / passant par L
- Si la figure à décrire se trouve en particulier dans le plan géométral, Pl devient la ligue de terre i; la ligne de fuite P f devient l’horizon h, et o" tombe en o’. On obtient le rabattement d’une droite en menant par sa trace l une parallèle à la ligne joignant son point de fuite /au point o'. Pour obtenir la perspective d’un point/? situé dans le plan géométral, on le considérera comme l’intersection de deux lignes L, et La, dont on construira les rabattements. Les angles que forment ces lignes avec la ligne de terre sont égaux à ceux que forment leurs rabattements avec la même ligne.
- On déterminera ensuite tous les points d’une figure au moyen de rabattements en faisant des coupes successives et en déterminant les angles que font les rayons qui aboutissent à chaque point de la figure. Lambert évite cette construction dans son traité de Perspective libre, section 8, où il s’occupe du problème inverse de la perspective ; on trouve, page 203 :
- « Si l’on prend sur la ligne de base deux points fixes dont la distance servira de base, on pourra déterminer chaque point en projection horizontale en faisant usage de l’inverse du cinquième problème (§ 38), comme si l’on opérait sur le terrain d’après les règles de la géométrie. »
- Le problème dont il s’agit, qui consiste à déterminer une figure donnée en perspective et située dans le plan géométral, est d’une grande importance pour la photo-grammétrie et particulièrement pour la photogrammétrie architecturale. Car on sait que, la plupart du temps, il est facile de trouver, au moyen de la perspective, d’un monument ou de sa photographie, son plan en perspective, c’est-à-dire la perspective de son plan géométrique. Mais ce plan de perspective se trouve dans un plan horizontal, et si celui-ci est connu, on peut en déduire le plan géométrique du monument ou sa projection orthogonale. Si l’une des dimensions de la figure n’est pas connue en vraie grandeur, comme cela se présente ordinairement, il faut se contenter de l’évaluer, et l’on obtient alors une figure semblable à la figure cherchée; autrement, on peut construire de suite le plan à l’échelle voulue. Une fois ce plan obtenu, on en déduit sans difficulté une élévation du monument. A cet effet, Lambert, dans sa Perspective libre, section 8, page 184, donne une règle très simple :
- « Toutes les verticales comptées depuis le plan de base jusqu’à l’horizon, étant égales, sont comparables en perspective. »
- Cette règle permet, dans la pratique, de déduire toutes les hauteurs de l’une d’entre elles, et cette hauteur peut être obtenue par la photographie en reproduisant en même temps sur l’épreuve une ligne mesurée ; on peut ainsi trouver la hauteur d’un monument sans se servir de sa projection horizontale. Ce problème est un cas particulier du problème plus général suivant : Construire, dans un plan donné, une figure donnée en perspective.
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- On peut aussi, dans ces problèmes, faire usage des treillis. Le cas où l’on doit rétablir une figure dont on ne possède qu’une photographie est relativement rare, et ne se présente jamais dans les levers de terrains; deux photographies, prises de points différents, suffisent toujours pour déterminer toutes les parties visibles dans les deux images.
- Il reste encore à indiquer, en peu de mots, comment peuvent se construire le plan et les hauteurs des points isolés d’un terrain dont on a pris la photographie des extrémités I et II d’une ligne de base exactement mesurée (fig. 3).
- Dans le cas le plus simple qui puisse se présenter, la photographie, prise à l’extrémité I, donne l’image du point II de la ligne de base, et de même la photographie,
- I
- Fig. 3.
- Fig. 5.
- prise au point II, donne l’image du point I ; de plus, l’horizon, le point central et la distance entre les deux points I et II des stations sont connus.
- La figure k représente la photographie obtenue du point I; la figure 5 représente celle qui est obtenue du point IL
- h et hi sont les horizons ; a et «2, les points centraux; A,, O, et ai o' , les distances desdits points; II, est l’image du point II sur la première photographie; 12,l’image du point I sur la seconde ; pv dans la première photographie, et p7, qv dans la seconde, sont les images de deux points du terrain p et q.
- Le plan du terrain est une projection horizontale ; la construction de ce plan a lieu photogrammétriquement en déterminant chaque point du terrain par l’angle horizontal que le rayon visuel forme aux deux extrémités de la ligne de base avec cette ligne de base. La photographie donne très facilement ces angles.
- Si l’on abaisse des perpendiculaires sur l’horizon ht dans la première photographie des points II, et pv et si l’on imagine que leurs pieds 2, etp\ sont liés au point de
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- vue 0i on obtient les projections de la ligne de base et du rayon I p sur le pian au pointI, et l’angle horizontal 2ioip'if est l’angle du rayon visuel Ip avec la base.
- Si l’on relie 2, avec o,, l’angle 2lo'ipr , — a.i représente cet angle, rabattu sur le plan et en vraie grandeur.
- De la même manière, on obtiendra l’angle horizontal du rayon visuel IIp avec la ligne de base de la seconde photographie, \o2p\ — <t2.
- Si, passant à la figure 3, on trace la ligne des deux stations I et II à l’échelle choisie pour l’exécution du plan, et qu’on reporte aux deux points I et II les deux angles u et «2 trouvés, l’intersection p0 des côtés libres (les autres côtés étant placés sur la ligne de base ou des stations) sera la représentation du point p dans le plan. De a sorte, chaque point de la photographie se déterminera en faisant un simple transfert d’angles.
- Cette opération ne laisse pas, toutefois, que d’être assez complexe. On l’évite en procédant comme il suit. Les photographies sont placées sur la feuille de dessin de façon à ce que les centres visuels o\ et0'2, rabattus, coïncident avec les points des stations I et II de la ligne de base, et que les droites o\ 2, et o'2 J2 coïncident avec la ligne elle-même ; alors o't p\ coïncident avec Ip et o'2, pr2 avec IIpa. Pour obtenir la position des horizons, h et h2, des photographies sur le dessin, on construit aux stations I et II les rayons visuels I ax et II a2 à l’aide des angles «p, et <?2 déterminés, dans les deux photographies (fig. k et fig. 5) et forinés avec la ligne de base. En reportant les longueurs o\ ax et o\ a2 sur le côté libre de l’angle, on obtient les centres visuels ax et as; les perpendiculaires élevées en ces deux points sur les longueurs ainsi obtenues sont les horizons respectifs : ht et h2. Les points d’intersection de ces horizons avec la ligne de base en 2j et 12, et les points d’intersection avec les lignes I p0 et Ilj0o fourniront les points p\ et p\. La figure représente une opération tout à fait semblable faite sur le point q, c’est-à-dire sur les points ql et q2 des deux photographies. On obtient sur la feuille le point q0 en abaissant des points qx et q2 des perpendiculaires sur h\ h2, et en réunissant les stations I et II avec ces points. L’intersection des deux lignes prolongées I qx et II q2 donne le point q0. En opérant comme il vient d’être dit, on n’a plus à se préoccuper du transfert des angles sur le papier, et on trace facilement tous les points du terrain de la même façon.
- Si l’on ne veut, ou si l’on ne peut pas placer les photographies sur le plan du dessin, on devra tracer les horizons hx et h2 et reporter les points qx et q% sur le dessin, à l’aide des photographies elles-mêmes.
- Il est nécessaire encore, pour une détermination convenable du terrain, outre la construction du plan, de fixer la hauteur des points du terrain relativement à l’un des points servant de station.
- Si l’on désigne par p' la projection du point px de la première photographie sur l’horizon, p’p sera la hauteur demandée par rapport au point de station I. On a
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- d’où :
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- La projection horizontale I pr du rayon visuel I p est formée, dans le plan et à l’échelle, par la ligne \p0 \ \p\%\p\p\ se déduisent de la photographie, et la hauteur cherchée s’obtient, on le voit, par le calcul ou la construction d’une quatrième proportionnelle à trois quantités connues. Si on se sert de \p' à l’échelle, pour la détermination de la hauteur, et si on place, dans la proportion voulue, à la place de I pr la longueur Ip0 figurée dans le plan, il est clair que la hauteur sera également fournie à l’échelle du dessin.
- Ainsi donc, on voit qu’à Laide de deux photographies d’un terrain, delà façon indiquée, tous les autres points représentés simultanément dans les deux peuvent se traduire en plan horizontal, et le plan vertical ou hauteur, par cela même, sera à l’échelle pour ces dits points.
- La construction précédente n’est indiquée que dans l’hypothèse de deux points extrêmes réunis par une ligne de base représentée dans les deux photographies; si cette condition n’est pas remplie, il faut indispensablement, pour l’orientation de la photographie, mesurer l’angle des rayons visuels d’un point quelconque du terrain vers chaque point terminal de la base.
- Pour terminer, il ne sera pas inutile de donner une description succincte d’un appareil photogrammétrique, destiné seulement à la reproduction d’une surface verticale.
- Une chambre photographique ordinaire, semblable à celles qui sont en usage pour le portrait et le paysage, consiste essentiellement en une caisse dont les côtés sont formés par un soufflet analogue à ceux des accordéons ; sur l’une des faces terminales de la caisse, se trouve monté l’objectif, à l’aide d’un pas de vis ; l’autre face, qui est celle qu’on peut déplacer par avancement ou recul, grâce au soufflet, est garnie d’une glace dépolie, appelée glace de visée. Elle se laisse substituer aisément, et sans modifier la position de l’appareil, par le cadre fermé contenant la plaque négative, ou glace sensibilisée. Les dispositions sont prises de manière à ce que la position de la plaque sensibilisée soit mathématiquement la même que celle de la glace dépolie. L’objectif reflète les détails qui se trouvent dans son champ lorsque la distance est plus grande que le double de la longueur du foyer, ce qui est le cas dans les levers de plans photogrammétriques ; on obtient une petite image renversée qui, dans le cas présent des opérations photogrammétriques, peut être considérée comme plane. Pour l’obtention de l’image photographique, il faut faire coïncider le plan avec la plaque sensibilisée, et, à cet effet, il convient, avant d’installer le cadre qui la contient et
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- pour chaque image qu’on veut obtenir, d’expérimenter la position rigoureuse du plan vertical dans lequel, en faisant avancer graduellement la glace dépolie vers l’objectif, on reconnaîtra une image au maximum de netteté. Il y a alors coïncidence exacte entre la surface de l’image et celle de la glace dépolie. On remplace ensuite celte dernière par le cadre contenant le négatif sensibilisé, et on peut, en faisant glisser la planchette et découvrant l’objectif, commencer la pose. L’avance et le recul de la glace dépolie sont indispensables lorsqu’avec la même chambre on veut prendre des vues à diverses distances, et aussi dans le cas où l’on se sert de divers objectifs à longueurs différentes de foyers pour une même chambre. Pour les travaux photogrammétriques, on ne peut conseiller d’user d’une chambre à soufflet telle que celle qui est décrite plus haut, parce qu’elle n’offre pas assez de stabilité. Ce défaut est connu depuis longtemps, et l’on n’emploie plus guère, pour le genre d’opération dont il s’agit, que des chambres métalliques. Les premières descriptions de ces appareils se trouvent dans les écrits cités de Jouart, et M. Bertsch s’en est d’abord servi. Avec une chambre de cette espèce, on ne peut pas nettement se rapprocher d’une certaine limite, qui dépend de l’objectif employé. La chambre fixe, outre l’avantage de la stabilité, présente cette autre facilité de pouvoir donner une distance constante, fait qui a été parfaitement mis en lumière par M. Bertsch. Les appareils pour voyage sont généralement fixés directement sur un pied, et la mise en place de l’image sur le plan vertical s’exécute généralement à peu près, en disposant convenablement le pied. Pour les opérations photogrammétriques, ceci est loin de suffire ; il faut, comme pour les instruments geodésiques, avoir un trépied, afin d’arriver à une stabilité bien plus rigoureuse et à une verticalité très nette de l’image ; pour cela, il faut user d’une chambre garnie d’une plaque dépolie montée sur un axe parallèle, de manière à ce qu’on puisse le faire mouvoir à l’aide d’une douille placée dans le centre du trépied et l’incliner à volonté. Lorsque l’on est arrivé, comme on le pratique d’ordinaire, à placer l’axe vertical, on est assuré que le plan de l’image est vertical à son tour.
- Les constructions indiquées, pour la photogrammétrie, supposent que l’horizon, le point central et le rayon principal, pour chaque photographie, sont exactement connus. Il faut indiquer maintenant comment on arrive aux déterminations de ces trois quantités.
- Pour obtenir l’horizon de chaque photographie, sans construction, on dispose sur la chambre des marques mobiles et des repères, de la forme suivante ces
- marques ou signes, qui pendant la pose sont fortement assujetties aux bords de la plaque, se laissent apercevoir très nettement sur l’image ; par la réunion des extrémités des angles saillants, on détermine l’horizon. La vérification et l’ajustage de ces marques pour l’horizon peuvent se faire de plusieurs manières. Il suffira de décrire la méthode indiquée par M. Doergens dans le n° 313 des Photograpkischen mittheilungen. On exécute avec un niveau d’eau une lecture sur une mire verticale; on place ensuite l’appareil photographique dans la ligne de visée du niveau, de telle
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- sorte qu’on puisse faire à travers l’objectif une seconde lecture sur la même mire ; puis, on fait manœuvrer l’appareil photographique verticalement, jusqu’à ce que les deux lignes observées coïncident. Lorsque ceci a lieu, les centres optiques des objectifs, tant de la lunette de niveau que de l’appareil photographique sont à la même hauteur. La surface décrite par une rotation de la lunette du niveau autour de l’axe vertical de l’instrument est conséquemment la surface ou champ de l’horizon de l’appareil photographique, et l’on n’a alors qu’à disposer les marques, ou signaux, ci-dessus indiquées de façon à ce qu’ils se trouvent dans la ligne de visée delà lunette de nivellement.
- Enfin, voici encore un procédé qui permet de déterminer le rayon principal et le point central, l’horizon étant supposé connu.
- Supposons qu’on ait (fig. 6) disposé aux trois points p, q, r des signaux, tels que,
- o
- Fig. 7.
- Fig. G.
- par exemple, des tiges verticales ou piquets, et qu’on fasse une station pour l’appareil photographique en un quatrième point o dont il s’agit de déterminer la distance (fig. 7). Les images des trois points/», q, r permettent, ainsi qu’il a été dit, de déterminer le rayon central et le point principal à l’aide des angles «. et p, qu’on mesure à l’aide d’un théodolite, et fixent exactement les directions des lignes p q et q r par rapport au point o, choisi comme centre de la station.
- Or, si l’on considère que, dans la figure 7, le point principal a et le rayon principal a o’, qu’il s’agit de déterminer, sont obtenus par les projections/)', <7'et r' sur l’horizon des points /, q, et r de la première photographie, et par les directions des lignes o 'p', o' q' et o'r tracées à l’aide des angles * et p, mesurés au moyen du théodolite, on reconnaîtra aisément qu’il suffit d’abaisser des perpendiculaires des points p, q, et r sur l’horizon, et de faire passer par les points p' et q' un cercle capable de l’angle u, et par les points r et q' un cercle capable de l’angle /S. On obtient ainsi le point d’intersection o'. De ce centre, on abaissera une perpendiculaire sur l’horizon; le pied a de la perpendiculaire sera le point principal demandé, et la longueur o a de la perpendiculaire sera le rayon central demandé.
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- Les données diverses nécessaires à la construction photogrammétrique sont ainsi parfaitement connues et déterminées.
- ( Verhandlungen des Vereins zur Befôrderung des Gewcrbfleisses, mars 1886.)
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- SBR QUELQUES APPAREILS POUR L’UTILISATION DES REBUTS ET DU POUSSIER DE CHARBON,
- PAR W.-C. MAC MILLAN.
- L’importance des sources de charbon est cause du gaspillage du combustible, soit dans le chauffage, par suite d’appareils de combustion imparfaits, soit à la mine, soit aux usines, où il se produit beaucoup de poussier que l’on n’utilise pas. Il faut se rappeler que ce poussier a une puissance calorifique presque aussi grande que le combustible d’où il vient; cependant il lui est inférieur, car il est généralement mélangé, dans certaines proportions, avec du minerai et de la poussière, ce qui diminue sa valeur. C’est de ce poussier et des moyens employés jusqu’à présent pour son utilisation dont il va être question, ainsi que des inventions les plus récentes.
- Production du poussier combustible. — Poussier de charbon, — Le charbon est particulièrement sujet à se déliter; son extrême facilité à se casser donne naissance à beaucoup de menu charbon et de poussier toutes les fois qu’on le transporte. Lorsqu’il existe dans le charbon des pyrites en quantité un peu considérable, cette désagrégation augmente considérablement par la combinaison chimique qui se produit naturellement sous l’influence de la température. La première action de l’air humide sur les pyrites (bisulfure de fer) est la formation du composé oxydé appelé sulfate de fer, qui occupe un espace près de six fois et demie aussi grand que les pyrites primitives ; de cette façon, une force brisante agit sur le charbon qui l’entoure et le réduit rapidement en petits fragments. Mais c’est par l’action mécanique plutôt que par l’action chimique que le charbon éprouve le plus de détérioration. L’extraction du charbon en premier lieu, la mise en tas et le transport dans les wago» nets qui l’amènent au bord de la mine, puis le procédé du criblage par lequel le poussier, déjà formé, est séparé du combustible de plus grandes dimensions, tendent à briser les plus gros morceaux et à produire ainsi du menu au puits lui-même. Ensuite, le chargement des vaisseaux ou des wagons de chemins de fer, la vibration constante et l’agitation des voitures dans le transport, et, enfin, le jet du charbon dans le magasin du marchand ou la cave du consommateur produit inévitablement une nouvelle quantité de poussier. Le déchet qui se produit dans l’extraction du charbon dépend de sa qualité ainsi que de la méthode employée.
- Tome II. — 86e année. 4" série. — Février 1887.
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- Le charbon du district de Newcastle donne environ 30 pour 100 de poussier , le charbon de foyer, 35 à 45 pour 100, et les charbons à gaz ou de cuisine, 50 à 60 pour 100. Dans le district de Durham, environ 18 pour 100 sont du menu ; dans le Derbyshire, environ 15 pour 100 sont du menu très fin, dont il reste 5 pour 100 dans le puits ; dans le district de Barnsley, le charbon dur donne environ 5 pour 100 de fin; le charbon tendre, environ 12 pour 100.
- Il arrive souvent que, par suite de l’absence de demandes dans le district, ou à cause du bas prix sur le marché, on laisse dans le puits une grande quantité du menu. Tout ce menu est, naturellement, complètement perdu; mais, à moins que la demande de ce produit n’augmente considérablement, et que le prix ne s’élève en proportion, tout ce combustible reste inutilisé, à cause des frais de manutention.
- Dans quelques charbonnages, le charbon que l’on envoie à la mer est, en partie, vendu dans l’état dans lequel il est extrait : c’est du charbon non criblé; mais, en général, on le soumet à un système de criblage pour séparer le poussier. Souvent on le crible de nouveau, pour obtenir des dimensions intermédiaires, auxquelles on donne des noms particuliers. Le criblage s’opère en passant le charbon sur des barres de fer parallèles placées à 1 centimètre de distance, puis tout ce qui a passé à travers ces barres est ensuite passé sur des mailles plus fines.
- Voici le prix de quelques-unes de ces qualités, aux charbonnages de Durham, pour le charbon chargé sur wagons, au puits :
- fr, c. fr. c.
- Gros..............50 pour 100 par tonne........ 8 25 à 12 50
- Morceaux moyens. .. 20 — — 5 50 7 75
- Morceaux fins.....12 — — 5 » 6 25
- Poussier............18 — — 1 25 1 75
- Poussier de coke. — Il en est de même pour le coke produit par la fabrication du gaz d’éclairage que pour le charbon. Son caractère de friabilité fait qu’il se pulvérise facilement, de sorte qu’il se forme une grande quantité de poussier de coke dans les nombreuses usines à gaz d’Angleterre.
- La production moyenne du poussier, dans beaucoup d’usines de la capitale, s’élève à environ 50 litres par 1 000 mètres cubes de gaz, ou pour 400 kilogrammes de charbon carbonisé. Prenant cette indication comme exacte, et admettant que 1 mètre cube pèse 475 kilogrammes, on obtient les chiffres suivants pour la production du poussier par les usines de la capitale, en 1885 :
- (Les quantités de gaz fabriquées, sur lesquelles les calculs suivants sont basés, sont empruntés aux rapports annuels des diverses Compagnies.)
- 1 hectolitre pèse de 52 à 56 kilogrammes, suivant la quantité d’humidité absorbée.
- Le prix du poussier, à Londres, est d’environ 6 fr. 25 par tonne livrée, ou d’environ 3 fr. 75 aux usines ; dans la province, on ^obtient souvent à 2 fr. 50. La puis-
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- ARTS ÉC0N0M1QUËS. --- FEVRIER 1887.
- 87
- sance d’évaporation d’un échantillon contenant 4,35 pour 100 de cendre a été déterminée par M. Paterson de Warrington, qui l’a évaluée à 11,30; c’est-à-dire que 1 kilogramme de coke soumis à une combustion complète convertira 5 kilogrammes d’eau en vapeur à la température de 100°.
- Puisque le poussier et les combustibles de rebut sont, dans la pratique, des produits non utilisés, il est difficile de trouver une estimation exacte de la valeur des moyens employés pour leur utilisation ; ainsi, en premier lieu, l’approvisionnement est nécessairement limité ; puis, avec l’augmentation de la demande, le prix marchand s'élèvera en proportion, et le consommateur retirera moins de bénéfice de l’emploi de ses méthodes perfectionrïées. En outre, tous les avantages résultant de l’emploi des améliorations ne pourront être obtenus que dans le voisinage immédiat des mines ou des usines produisant le poussier, car les frais de transport dépasseront souvent le coût primitif du meilleur charbon, et ces frais étant les mêmes pour le combustible de qualité inférieure, l’économie, relativement au prix final, sera dimi minuée de beaucoup.
- Utilisation des combustibles de rebut. — Coke. — Si le poussier provient d’un charbon dont la poussière ait la propriété de se lier et de s’agglomérer lorsqu’elle est chauffée fortement en vase clos, à l’abri de l’air, il peut être employé avantageusement à la fabrication du coke. Avant de le traiter de cette manière, cependant, il est d'usage de laver le poussier, c’est-à-dire de l’agiter doucement dans un courant d’eau; de cette manière, les impuretés minérales, ainsi que les pyrites, sont écartées, leur poids spécifique les entraînant au fond de l’eau, tandis que la matière combustible, plus légère, est emportée par le courant et déposée dans des récipients convenables; de sorte que le coke qui en provient renferme une proportion plus faible de cendre et, ce qui a plus d’importance, contient beaucoup moins de soufre que celui qui est fait avec du charbon non lavé.
- La perte totale occasionnée par le lavage, qui consiste en matières terreuse et minérale avec un peu de charbon, s’élève fréquemment à 15 ou 20 pour 100 du combustible primitif. Ainsi s’explique le prix plus élevé que l’on paie pour le résidu de charbon aggloméré. On a fait de temps en temps des essais pour utiliser le menu des charbons qui ne s’agglomèrent pas pour produire du coke de four, en le mélangeant, avant la carbonisation, avec une matière liante, telle que le goudron, ou avec la poussière de charbons bitumineux ; mais ces essais n’ont eu que peu de succès.
- Combustible aggloméré. — Il existe une autre méthode pour convertir le charbon fin en un produit marchand, c’est de le comprimer seul, ou mélangé avec une substance liante, sous forme de briquettes. Ces briquettes se font surtout pour l’exportation et sont peu employées en Angleterre. Ce système, cependant, ne peut réussir au point de vue financier qu’autant qu’il y ait une différence suffisante entre le prix du poussier et celui du meilleur charbon pour couvrir le prix total de fabrication, avec le bénéfice nécessaire; au moment où cette limite est atteinte, la fabrication des
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- briquettes cesse d’être rémunératrice. Ce combustible paraît avoir trouvé plus de faveur chez les ingénieurs du continent européen et d’Amérique qu'en Angleterre. Beaucoup de charbonnages, en France, en Belgique et en Allemagne, se sont outillés pour la fabrication des briquettes, et tirent maintenant bon parti de leurs rebuts.
- Dès 1670, le poussier de coke paraît avoir été mélangé avec de la terre humide, et mis en morceaux, qui, après avoir été bien séchés, étaient ensuite employés comme combustible. En 1799, Jean-Frédéric Chabannes breveta un système d’agglomération des poussiers, et, depuis, beaucoup d’inventeurs l’ont suivi. Il y a nécessairement une grande ressemblance entre les divers procédés, les principales différences consistant dans la nature et surtout dans la proportion de l’agent d’agglomération employé et dans les détails du traitement mécanique. Quoique le système primitif de l’argile, d’après ce que l’on dit, se pratique encore dans quelques localités pour l’utilisation du menu dans les foyers domestiques, à cause de la quantité de cendre introduite artificiellement, il ne peut être employé autrement lorsqu’on peut obtenir un combustible de meilleure qualité. Dans les procédés plus récents, le menu, lavé dans quelques cas, pour éliminer les pyrites et les plus grosses impuretés minérales, est mélangé avec un liquide agglutinant, tel que le goudron ou l’amidon, et pressé en blocs ou briquettes, qui sont séchés à une température de 150 degrés, et finalement mis à l’épreuve de l’eau, s’il est nécessaire, par une immersion momentanée dans un liquide goudronneux. Le charbon est encore intimement, mélangé à l’état sec, avec la quantité nécessaire de brai; le mélange est ensuite chauffé au point de ramollissement de ce dernier, soit par de la vapeur surchauffée, soit par un chauffage direct. La masse pâteuse peut alors facilement être comprimée dans les moules au moyen d’une forte pression. L’emploi de la vapeur est discutable, d’autant plus que les blocs, une fois faits, conservent une certaine quantité d’humidité ; en outre, on dit qu’ils sont plus facilement sujets à se briser lorsqu’ils sont préparés de cette manière. Un des procédés les plus récents est celui de Yeadon. Le charbon en poudre et le goudron sont tenus constamment en mouvement par les lames tournantes d’un malaxeur, à travers lesquelles on souffle de l’air jusqu’à ce que le mélange soit suffisamment ouvrable pour être comprimé en briquettes à une pression de 1 000 kilogrammes par centimètre carré. L’air peut, dans quelques cas, être élevé à la température nécessaire au moyen de la chaleur perdue des fours à gaz.
- Jusqu’ici, les procédés d’utilisation du poussier que j’ai essayé de décrire ont été basés sur la régénération de la matière sous une forme solide et sous des dimensions convenables pour être employées dans des fours ou foyers ordinaires. Mais, dans ces dernières années, on a imaginé un grand nombre de procédés pour utiliser le poussier sans traitement préalable, ou du moins sans aucun essai d’agglomération. Il faut remarquer, en passant, qu’une quantité considérable de charbon en poussière est employée dans les mélanges chimiques, comme, par exemple, dans la fabrication du
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- carbonate de soude, où il est employé pour réduire à l'état de sulfite le sulfate de soude formé antérieurement, le sulfite de soude réagissant alors avec le carbonate de calcium ajouté à la charge pour former du carbonate de soude et du sulfite de calcium. Le poussier d’anthracite trouve son emploi en métallurgie, comme dans la fonte de l’étain et l’affinage du cuivre. Les fabricants de briques utilisent aussi beaucoup de poussier de coke et de charbon.
- Fours pour brûler spécialement le poussier. — Dans ces fours, les procédés pour traiter le poussier sont comparables à ceux qui sont généralement employés pour le combustible gazeux, et souvent pour le combustible liquide. Le charbon, réduit en très petits fragments de mêmes dimensions, est injecté avec une proportion d’air convenable dans le foyer chauffé d’un four à réverbère, où sa combustion s’effectue : tel est le four imaginé par M. Crampton.
- Four Crampton. — Le charbon est écrasé dans un moulin ordinaire, ou par d’autres moyens, jusqu’à ce qu’il puisse passer dans un tamis de 40 mailles au centimètre ; il est poussé automatiquement dans un courant d’air produit par un ventilateur, et, de là, transporté vers l’injecteur. L’injecteur consiste en une série de tuyaux courbes, ou en un tube annulaire placé sur le devant du four, à travers lesquels le mélange combustible passe sur le fond ou sur les côtés d’une chambre à combustion primitivement chauffée. Après s’être parfaitement mélangé, le combustible chauffé, déjà presque brûlé, est détourné avec un faible excédent d’air à travers une étroite ouverture dans la chambre du four à puddler ou dans les tubes de la chaudière. Dans un type nouveau de four à puddler tournant, la chambre de combustion a été entièrement supprimée. L’appareil destiné à contrôler la quantité de combustible employée et à assurer la parfaite régularité de l’écoulement est une trémie, dans laquelle le poussier est agité continuellement par une paire de lames tournantes ; il est ainsi poussé doucement, par une ouverture latérale, vers une paire de rouleaux, dont la révolution très lente laisse passer une quantité déterminée de poussier. La distance entre les rouleaux pouvant être bien fixée, ia quantité de poussier consommée dans un temps donné peut être réglée avec précision.
- Four Whelpley et Storer. — Ce four a beaucoup de rapports avec le four Crampton. La réduction du combustible, des dimensions d’un gros gravier à la finesse de la farine, s’effectue par une combinaison de deux grands ventilateurs dont la rotation a lieu avec rapidité sur le même arbre et dans la même chambre, mais qui sont séparés l’un de l’autre par un diaphragme annulaire. Chaque moitié de la chambre est fermée par une cloison ; la première moitié est munie d’un tuyau d’apport tan-gentiel ; le charbon est chargé dans l’autre moitié, et là, la pulvérisation s’effectue par la rotation des lames du ventilateur et l’écrasement mutuel des parcelles de charbon ; la fine poussière est ensuite tirée par l’ouverture dans le diaphragme, puis déchargée par le second ventilateur directement dans le four.
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- Four Stephenson. — Une chaudière a été disposée par M. Stephenson, en 1877, pour brûler le charbon, grossièrement réduit en poussière par injection au travers d'une buse, avec le volume d'air suffisant, dans une longue cornue en argile réfractaire percée d'un grand nombre de trous de 1 centimètre, et placée dans la position occupée ordinairement par la grille. Pour commencer la combustion, la buse était d'abord chauffée au rouge au moyen d’un feu ordinaire.
- Adaptation des chaudières de fours ordinaires pour la combustion des combustibles menus. — Les fours approvisionnés d'après la manière ordinaire ne peuvent pas être bien entretenus avec du poussier ou du très petit combustible ; la charge tend à fermer le passage de l'air et produit de grandes irrégularités dans le tirage si les barreaux sont rapprochés ; si ces barreaux sont placés à la distance ordinaire, le combustible passe au travers et tombe dans le cendrier sans être brûlé.
- Approvisionneurs mécaniques. — Ces difficultés sont en partie surmontées par l'approvisionnement régulier et systématique. Ainsi, un grand nombre de procédés d'approvisionnement automatique ont été proposés à différentes époques; mais il suffira d’en mentionner un, qui a été beaucoup employé et qui est destiné à brûler du charbon menu. Dans l’approvisionneur Jakes, les barreaux du four ordinaire à chaudière sont remplacés par des barreaux courts, réunis ensemble de façon à former une série de chaînes parallèles sans fin, qui passent autour de deux poulies fixées à un appareil mobile en fer, de manière qu'une poulie est sur le devant et à l'extérieur du four, et que l'autre se trouve au-dessous de l’autel. Tout l’appareil roule sur rails, de sorte qu’il peut être facilement déplacé lorsqu’il a besoin d’être réparé. Afin de présenter une surface de grille à niveau dans le four, les chaînes des barreaux qui courent ainsi parallèlement à l’axe longitudinal du four sont supportées dans toute leur moitié supérieure, sur laquelle se trouve le combustible, par une série de rouleaux, dont la partie basse, naturellement, n’a pas besoin d’être soutenue ; sur le devant du four est la trémie à charbon, munie d’un registre à glissière qui sert à régler l’approvisionnement de combustible ; par la révolution des poulies, les chaînes des barreaux se meuvent lentement de bas en haut et de dehors en dedans, puis de haut en bas en sens inverse. Il est évident qu'un écoulement régulier du combustible de la trémie se produit très lentement dans le four par les barreaux mobiles, la vitesse d’écoulement étant déterminée parle mouvement donné aux barreaux, et la quantité ou l’épaisseur du combustible dépendant de la position du registre. Si le four a déjà été chauffé, des gaz se produiront dès l’entrée du nouveau combustible, et la fumée qui en résultera, mêlée avec une quantité d’air suffisante et passant sur une certaine étendue de combustible brûlant, se consumera, la charge étant brûlée graduellement à mesure qu’elle avance dans le four jusqu’à ce que, finalement, la partie qui a atteint la seconde poulie soit complètement oxydée et qu’il ne reste que de la cendre ou des scories, qui sont enlevées à mesure que les parties de la
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- chaîne se refroidissent, en passant autour et au-dessous des poulies lorsqu’elles retournent sur le devant du four.
- Grille Marsilly à échelons. — M. Commines de Marsilly a trouvé une grille qui, dans quelques-unes de ses modifications, a été très employée en Allemagne pour brûler le charbon gazeux et les résidus dans des chaudières chauffées extérieurement. A la place des barreaux ordinaires, il fixe un certain nombre de plaques de fer arrangées de manière à former une série d’échelons, qui descendent depuis la porte de charge jusqu’à un gril court formé de 5 ou 6 barres du type ordinaire, placé immédiatement devant l’autel. On alimente le four en poussant le combustible de chaque échelon sur celui qui se trouve au-dessous et en chargeant le charbon nouveau sur l’échelon du haut ; l’air nécessaire à la combustion entre par les intervalles verticaux qui se trouvent entre les plaques et entre les barreaux du gril au-dessous.
- Four Perret pour le poussier. — Le four Perret, breveté le 30 août 1881, mérite tout spécialement l’attention.
- Les principales particularités de ce four sont : un tirage forcé et des barreaux profonds, refroidis au moyen d’eau et placés à peu de distance l’un de l’autre. Les détails suivants sont ceux d’un four en usage aux usines de MM. Bryan Donkin et comp., à Bermondsey. La chaudière a 2m,10 de diamètre sur 6m,60 de longueur, deux cheminées de 90 centimètres de diamètre avec des tuyaux de circulation. La surface de chauffe est de 19k mètres carrés. Les barreaux de grille diffèrent sensiblement de ceux employés ordinairement ; dans chaque four, ils sont arrangés en deux longueurs, et chaque rangée a 24 barres; les barres ont 60 centimètres de longueur sur environ 2 centimètres de largeur et 17 centimètres de profondeur à l’extrémité en arrière, pour augmenter jusqu’à 22 centimètres en avant, les espaces entre elles étant d’environ 3 millimètres, et la surface totale de la grille, dans chaque four, de 2m,20. Le cendrier est fermé par une porte à travers laquelle passe le tuyau pour distribuer l’air qui arrive du souffleur. Dans le cendrier est un réservoir en fonte, placé de manière que la partie la plus basse du tranchant de chaque barre soit immergée dans le liquide à une profondeur d’environ 5 centimètres ; comme, de cette façon, l’eau est placée dans le voisinage du four et, de plus, est chauffée par conduction à travers les barreaux, une évaporation quelque peu rapide doit naturellement se produire (environ 28 litres par heure dans chaque réservoir) ; et il est nécessaire d’introduire constamment de l’eau fraîche pour maintenir le niveau nécessaire dans les réservoirs. Ceci a lieu en mettant les réservoirs en rapport avec un réservoir extérieur dont le niveau d’ea'u est identique avec celui des autres réservoirs, et le niveau est maintenu constant au moyen d’un flotteur ordinaire. On obtient ici le tirage au moyen d’un ventilateur Lloyd, de 50 centimètres, ayant de 1 500 à 2 000 révolutions par minute. Mais il existe une autre méthode pour produire le courant d’air nécessaire dans le cas d’arrêt du ventilateur ou de tout autre accident, au moyen d’un injecteur de vapeur Korting à pression de vapeur élevée fournie
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- directement par la chaudière. La pression de l’air est, en moyonne, de 1 à 2 centimètres d’eau ; mais, dans la pratique, on préfère la pression de 1 centimètre ; l’air, par ce système, est introduit sous pression dans un espace placé au-dessous du réservoir, et, après avoir passé latéralement, il monte, entre les barreaux de grille, jusqu’au combustible. Les autres parties de la chaudière n’ont rien de particulier.
- Les barreaux de grille sont ordinairemént faits en forme de ta, la rainure centrale a pour but de compenser la dilatation inégale produite par le refroidissement par l’eau et, par suite, d’éviter la rupture. Leur forme peut être variée. M. Perret, par exemple, propose une plaque perforée faite de feuilles minces fendues à la partie inférieur, les feuilles plongeant comme auparavant au-dessous de la surface de l’eau ; mais l’appareil actuel est beaucoup plus simple et serait sans doute aussi pratique. Ce système de refroidissement par l’eau maintient les barres à une basse température, ce qui les fait durer beaucoup plus longtemps ; elles conservent mieux leur forme, gardant ainsi entre elles des distances constantes, et, de plus, les scories formées par la fusion des cendres de charbon n’y adhèrent pas facilement. La première trace d’usure des barres ne se trouve pas à leur partie supérieure, comme à l’ordinaire, mais au niveau de l’eau, l’action combinée de l’air et de l’humidité sur le métal chauffé permettant à l’oxydation de se produire plus rapidement à cet endroit qu’à tout autre.
- MM. Donkin emploient maintenant ce système depuis plus d’un an, et se servent ordinairement pour le chauffage de fraisil d’usines à gaz, combustible qui donne généralement beaucoup d’ennui, mais qui brûle parfaitement bien dans les fours Perret. On pourrait certainement employer des charbons bitumineux ou anthraciteux passés au crible, mais il n’y a pas de dépôt important de ces matières dans le voisinage de Londres, tandis que l’on y trouve toujours du poussier de coke. Le choix du combustible dépend de la localité dans laquelle sont situées les usines ; dans les régions à charbon, le poussier de charbon serait plus avantageux.
- Il peut être intéressant de comparer les résultats de quelques-uns des essais faits par MM. Donkin (essais qui ont duré chacun onze heures) sur diverses classes de combustibles en question.
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- Essais comparatifs du poussier de charbon et de fraisil brûlés dans le four Perret.
- CLASSES de COMBUSTIBLES. COMBUSTIBLE consommé. EAU évaporée LITRES d’eau évaporée par kilogramme de combustible. DÉPENSE par 1 000 litres évaporés.
- 1. Fraisil lilog. 1 100 litres. 6 470 5,1 fr. c» 1 20
- 2. Poids égal de fraisil et de poussier de charbon I 360 7 880 5,8 1 55
- 3. Poussier de charbon. 910 6 930 7,6 1 65
- 4. Poussier de charbon du pays de Galles .. 1 010 7 100 6,4 1 80
- Il résulte de ce tableau que, quoique le poussier de charbon donne une évaporation supérieure de 50 pour 100 à celle du fraisil, à cause du prix inférieur de ce dernier (6 fr. 25 la tonne livrée à l’usine), le fraisil devient finalement plus économique.
- Le bénéfice obtenu par l’emploi du combustible le moins coûteux est encore plus clairement démontré par une comparaison entre son usage dans le four Perret et celui du gros combustible brûlé sur une grille ordinaire appliquée au même bouilleur. Pendant les premiers trois mois de l’adoption du nouveau système par MM. Donkin, on a consommé 884 700 kilogrammes de fraisil, ayant occasionné une dépense de 550 francs pour évaporer 418 000 litres d’eau, tandis que la même chaudière, dans l’ancien système, avait nécessité, pendant une période semblable de l’année précédente, 60 000 kilogrammes de gros coke, ayant coûté 1 225 francs, pour évaporer 715 000 litres d’eau; d’où une économie nette, en trois mois, de 675 francs ou 55 pour 100.
- Voici un tableau indiquante résultat de quatre mois de travail avec le four Perret :
- 1885. LITRES d’eau évaporée. KILOGRAMMES de fraisil consommés. KILOGRAMMES d’eau évaporée par kilogramme de combustible. DÉPENSE totale de combustible. DÉPENSE par 1 000 litres évaporés.
- Juillet 121 090 26 770 4,52 fr. c. 180 » fr. c. 1 35
- Août . . . 121 720 27 110 4,49 166 » 1 30
- Septembre 108 885- 25 480 4,41 165 90 1 35
- Novembre 174 000 38 864 4,47 247 » 1 32
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- Le four se chauffe très bien et très également avec le fraisil. On pourrait raisonnablement s’attendre à ce que, en alimentant un feu avec un combustible fin, sous l’action d’un courant d’air forcé, une grande quantité de poussier fût entraînée et déposée dans les carnaux de la chaudière; c’est même ce qui se produit jusqu’à un certain point. Une accumulation un peu plus rapide que d’ordinaire a lieu, mais cette accumulation n’est pas très grande, et un nettoyage à deux ou trois mois d’intervalle est parfaitement suffisant. Le ramonage petit être employé dans le four à étages multiples, que nous décrirons plus loin. Une très petite quantité de cendre tombe aussi entre les barres et reste dans le bac plein d’eau, d’où on la retire périodiquement.
- Four Ferando, pour chaudières de la marine. — M. Ferando, de Gênes, a appliqué le tirage forcé aux chaudières de la marine, et, comme M. Perret, il emploie des cendriers clos, qui communiquent avec un réservoir continuellement chargé d’air provenant d’un ventilateur. Le ventilateur est actionné par une petite machine, qui prend sa force motrice sur la chaudière principale, la pression employée étant ordinairement environ 2 centimètres d’eau. Ayant observé que, avec les barres longitudinales ordinaires, le tirage n’avait pas lieu également par les ouvertures étroites, il place ces barres transversalement. Elles ont kO centimètres de long sur i centimètre de large à la partie supérieure, et à un 1/2 centimètre à la partie inférieure ; elles sont placées à 1 millimètre et demi de distance entre elles au sommet. Au lieu de plonger les barres dans un réservoir d’eau, comme dans le four décrit plus haut, M. Ferando injecte de l’eau sur le plancher du cendrier, et compte sûr l’action refroidissante de la vapeur aqueuse qui en résulte pour empêcher la trop grande chaleur. Si, malgré cela, et avant qu’une couche protectrice de scories se soit formée, les barres tendaient à se surchauffer, on dirige, de la chaudière, une petite quantité de vapeur dans le cendrier pendant un instant. Ce système a été appliqué à plusieurs vaisseaux italiens l’année dernière ; MM. Scott Brothers, de Newcastle, l’ont adapté récemment aux chaudières de leur bateau Odiel, et l’adaptent en ce moment à d’autres bateaux. Us brûlent un combustible qui contient 7 pour 100 de cendre et coûte 3fr. 50 la tonne, rendue à bord (contre 9 francs la tonne, prix de l’ancien combustible), et il paraît que, pendant le dernier voyage fait par YOdiel, le menu a donné les mêmes résultats que le gros charbon. Un voyage d’essai de YOdiel a donné une vitesse de 9 nœuds et demi sur une mer orageuse, les machines faisant de 67 à 68 révolutions avec une pression de plus de 3k,5. La combustion a été complète ; il s’est formé une couche de scories d’un peu moins de 1 centimètre sur les barreaux, et la quantité de charbon qui a passé à travers ces barreaux dans le cen. drier pendant un voyage de onze jours a été très faible.
- Foyer à eau de Green pour chaudières. — D’après la construction de ce foyer, que l’on emploie maintenant pour le gros charbon dans les chaudières chauffées extérieurement, et qui est spécialement adapté pour la combustion de l’anthracite et des combustibles à forte proportion de carbone, il est possible qu’il puisse
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- être disposé pour brûler des menus. Les barreaux de grille sont complètement supprimés et sont remplacés par un réservoir d’eau plat construit en tôle de chaudière ; la plaque du haut est percée d’une quantité suffisante de petits trous, et correspondent à un nombre égal d’ouvertures d’un diamètre un peu plus grand dans la plaque inférieure. Des tubes coniques, fortement vissés dans les plaques, qui sont ainsi solidement entretoisées, réunissent les trous correspondants et permettent le passage de l’air entre le four et le cendrier. Un courant d’eau est maintenu dans la caisse autour des tubes coniques au moyen de tuyaux qui amènent l’eau par la partie inférieure du cendrier et la ramènent ensuite à la chaudière. De cette manière, cette espèce de grille n’est pas chauffée à une température à laquelle le fer serait détérioré, mais, au contraire, sa chaleur se communique immédiatement à l’eau de la caisse, qui, de cette façon, devient une partie de la chaudière même. L’air passant par les tubes permet aux cendres de tomber dans le cendrier : cela pourrait devenir une source d’inconvénients, si l’on employait du combustible menu ; cependant, en multipliant les ouvertures et en faisant usage d’un tirage forcé, il serait possible de brûler du combustible pulvérulent.
- Four Perret à étages multiples. — Les fours suivants ont été imaginés par M. Perret pour brûler spécialement des combustibles de beaucoup inférieurs aux poussiers de charbon.
- On se rappelle que M. Perret a inventé un brûleur de pyrites, que l’on emploie dans la fabrication du vitriol; le minerai que l’on grille est étendu sur une série de larges plateaux superposés, sur lesquels l’air passe alternativement jusqu’à ce que l’oxygène libre soit transformé entièrement en acide sulfureux, la calcination, une fois commencée, s’effectuant par la chaleur de combustion des pyrites, qui s’oxydent. Trouvant ce système pratique, M. Perret a, depuis, appliqué le même principe à l’utilisation des combustibles les plus défectueux lorsque de hautes températures ne sont pas nécessaires, comme dans les fours de boulangers, dans les blanchisseries, ou dans le chauffage de grands édifices. Dans une chambre rectangulaire en briques réfractaires, se trouvent quatre plateaux en argile réfractaire, cintrés transversalement et occupant toute la longueur du four, à l’exception de passages étroits laissés alternativement devant et derrière. Ces dalles reposent sur des supports placés contre les murs latéraux, et peuvent, par conséquent, se déplacer facilement lorsqu’il y a lieu de les réparer. Au-dessous du plateau inférieur, se trouve une petite grille ou foyer, dont on ne se sert que pour allumer le four. Dans le mur de face, se trouvent trois portes donnant accès respectivement à la grille et aux étages. Lorsqu’on se sert des fours, un feu de bois et de coke est maintenu dans la grille jusqu’à ce que tout l’intérieur soit porté au rouge sombre ; alors on introduit la charge de poussier, de préférence par une trémie placée dans la partie supérieure, et on la pousse d’étage en étage jusqu’à ce qu’elle soit finalement étendue également sur les surfaces des divers plateaux. On introduit une certaine quantité d’air; toute la charge s’échauffe rapidement,
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- et il s’ensuit une combustion lente. On peut alors éteindre le feu de coke ; puis l’air, passant par les divers étages, tantôt par l’avant et tantôt par l’arrière, maintient la combustion, et, avec un peu de soin, on conserve aux produits de cette combustion une température parfaitement uniforme, et finalement les produits s’échappent par des carnaux spéciaux. Le four doit être alimenté toutes les vingt-quatre heures; lorsqu’on ne l’alimente pas au bout de vingt-quatre heures, la température s’abaisse rapidement, et il s’écoule quelque temps avant que les conditions normales soient rétablies. On commence l’alimentation par le bas ; à l’aide d’un long râteau introduit par la porte du bas, on retire la cendre du cendrier et on amène à sa place le contenu de l’étage inférieur, puis le combustible qui se trouve sur chacun des autres plateaux est amené sur le plateau au-dessous; le plateau supérieur est ainsi nettoyé pour recevoir une nouvelle charge par la trémie. Comme le fraisil, par son exposition à l’air, est souvent très humide, il convient, autant que possible, de le laisser sécher sur la partie supérieure du four avant de s’en servir; il faut donc deux jours pour qu’il passe par les quatre étages du four et soit finalement enlevé à l’état de cendre, ne contenant qu’une faible proportion de matière combustible.
- Les dimensions intérieures de ce four sont : 2m,50 de profondeur sur 1 mètre de largeur et 1 mètre de hauteur, chacun des quatre étages ayant une surface de 6 mètres carrés environ. A chaque charge, on ajoute environ 100 kilogrammes de fraisil; ce qui donne une consommation journalière de 200 kilogrammes, dont 25 pour 100 sont ensuite retirés comme cendre.
- Ces foyers, dans les usines, sont utilisés pour le chauffage de certains fours ; mais, dans les habitations, ils peuvent servir de calorifères en chauffant l’air froid qui circule dans des appareils en fonte.
- Dans ces fours, il ne faut jamais laisser monter la température au point où des scories pourraient se former (car celles-ci endommageraient les briques et empêcheraient le nettoyage) ; un combustible fortement chargé de cendre ou de poussier peut être avantageusement employé. On peut donc faire usage des combustibles les plus pauvres; on peut même se servir dè résidus qui seraient accumulés depuis des années.
- Four prismatique Perret. — Le four prismatique est destiné à brûler les mêmes catégories de combustible et, en un mot, à faire le même travail que le four précédent , mais avec une réduction dans les dépenses manuelles d’alimentation. Comme le précédent, ce four consiste en une chambre rectangulaire en briques, avec une grille provisoire au-dessous ; mais, au lieu des quatre étages, il y a quatre rangées de blocs prismatiques, à section semi-octogonale, légèrement cintrés longitudinalement et appuyées par leurs bases sur ses murs. Ces prismes sont rangés de telle façon que les intervalles de ceux d’une rangée sont immédiatement au-dessus des prismes de la rangée suivante. Au-dessous de chaque prisme, se trouve une ouverture dans le mur qui donne passage à l’air, les communications alternant comme dans le four à étages multiples.
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- Dans ce four, le combustible est introduit par le haut, et, passant en bas entre les prismes, il remplit toute la chambre, à l’exception d’un espace libre qui se forme naturellement au-dessous de chaque prisme. On allume alors du feu dans la grille; les produits chauffés de la combustion, mélangés avec l’air, passent à travers les espaces libres au-dessous de la plus basse rangée de prismes ; montant de là par les passages dans le mur du fond, ils émergent dans les espaces qui se trouvent sous la dernière rangée de prismes ; puis, passant dans une direction contraire, ils montent de nouveau à la rangée suivante par les canaux du mur opposé, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’enfm ils atteignent le sommet de la chambre. Le poussier qui entoure immédiatement les intervalles de la rangée la plus basse devient graduellement incandescent; puis c’est le tour du combustible de la seconde, et enfin de la troisième rangée. A ce point, on peut éteindre le foyer d’allumage, et la combustion continue lentement et régulièrement, n’ayant besoin d’être surveillée que toutes les douze heures. On a trouvé que la combustion maxima était de 3 kilogrammes de combustible par heure et par mètre carré de surface des prismes de la rangée supérieure. Le combustible employé peut être le plus mauvais possible. Il est intéressant de remarquer en passant que, de même que le grillage des pyrites a conduit à l’adoption du four à étages multiples pour brûler des combustibles inférieurs, de même on a proposé d’employer le four prismatique à la fabrication du vitriol, et les essais faits dans ce sens ont donné des résultats satisfaisants.
- Charbon de gaz. — En terminant, il convient de dire quelques mots d’un combustible exceptionnel. Le charbon de gaz ou charbon de cornue est un sous-produit de la fabrication du gaz; c’est la matière carbonée qui, pendant la distillation, se dépose graduellement à l’intérieur des cornues. Il n’y a, naturellement, qu’une quantité limitée de cette matière, qu’actuellement on brise pour la brûler sous les cornues, ou que l’on vend pour la convertir en charbons pour la lumière électrique. C’est cependant un charbon remarquablement pur, dont voici l’analyse :
- Charbon........................... 99,38 pour 100.
- Cendre............................. 0,21 —
- Soufre............................. 0,14 —
- Eau................................ 0,27 —
- 100,00
- La moyenne de plusieurs déterminations au calorimètre de Thompson a donné une puissance d’évaporation de 12 lit. 570 d’eau par kilogramme de charbon. La proportion élevée de carbone indique une valeur correspondante comme combustible, et la proportion d’eau extrêmement minime montre qu’il est capable de produire des températures élevées, tandis que l’absence presque complète de soufre lui donne une grande valeur pour des travaux spéciaux ; car il n’émet, pratiquement, aucun de ces gaz sulfureux qui sont une source fréquente d’ennuis lorsqu’on se sert de coke. Dans
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- quelques usines on l’emploie maintenant pour fondre le bronze. Il est extrêmement dense et dur, et, comme son point d’ignition est élevé, il a besoin d’un fort tirage d’air et doit être d’abord allumé avec un combustible moins réfractaire ; mais lorsque la combustion a commencé, il continue à brûler d’une manière régulière.
- {Journal of the Society of Arts.)
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- NOTE SUR LA DYNAMITE-GOMME, PAR M. MAILLARD, INGÉNIEUR AUX MINES DE LENS.
- Il y a vingt ans seulement, la dynamite était, aux yeux de tous, un explosif redoutable, difficile à fabriquer, impossible à transporter, enfin d’un emploi si dangereux, qu’on ne s’en servait que dans des cas très rares, et encore avec un ensemble de précautions vraiment extraordinaires.
- Le génie militaire était presque seul à en faire usage, parfois même en grande quantité ; mais ce n’était que dans des circonstances tout à fait spéciales, pour détruire les fortifications ou les travaux d’art des voies de transport à l’approche de l’ennemi.
- Depuis lors, un changement complet s’est opéré à son égard, grâce aux progrès de la science et surtout à la nécessité de fournir à l’art des mines des agents plus énergiques pour venir aider et multiplier le travail de l’ouvrier ; la dynamite est devenue d’un emploi courant, et l’on a reconnu que ce corps si redouté, que l’on ne pouvait manier sans courir des dangers très sérieux, est, en fait, terrible dans ses effets lorsqu’il éclate, mais bien moins explosif et bien moins dangereux à manipuler que la poudre comprimée, dont le mineur s’était servi partout et de tout temps.
- Je ne parlerai pas des nombreuses expériences qui ont été faites sur la dynamite et sur son emploi depuis qu’elle est tombée dans le domaine public ; les résultats en sont connus de tous, et la question est, ce me semble, complètement épuisée.
- Que l’on me permette, cependant, d’attirer l’attention sur ce fait, que tous les essais et toutes les études concernant la dynamite et son usage dans l’art des mines n’ont, jusqu’ici, porté presque exclusivement que sur un seul point :
- Son emploi dans les galeries de recherche au rocher ou bowette.
- Les avantages qu’elle fournit dans ce genre de travail, tant au point de vue de l’économie que de la rapidité, sont actuellement reconnus par tout le monde, et l’on peut affirmer que, dans tous les cas analogues, elle se trouve presque exclusivement employée.
- Il devenait donc tout naturel de se demander si son emploi dans les veines pour faire les coupures, ou dans les murs pour enlever les bancs de terrain nécessaires
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- pour effectuer l’ouverture des voies, ne présenterait pas les mêmes avantages et ne serait pas plus économique que celui de la poudre comprimée, seule en usage jusqu’ici dans ce genre de travaux, sauf de rares exceptions encore toutes récentes.
- C’est dans ce but que fut entreprise une série d’expériences, dont je vais communiquer les conclusions ; mais auparavant il est utile, je crois, de bien préciser les circonstances dans lesquelles elles furent faites, la valeur des résultats dépendant essentiellement des précautions et des soins apportés dans les essais.
- Les expériences portèrent d’abord sur la comparaison entre la poudre comprimée et la dynamite n° 1, la plus communément employée. Le point délicat était d’obtenir des conditions bien identiques, la moindre différence dans les terrains et le mode d’emploi pouvant amener des résultats tout à fait contradictoires.
- En veine, on choisit les parties les plus régulières, c’est-à-dire d’inclinaison ou d’épaisseur, de dureté, ainsi que de clivage constant. Les mines étaient toujours placées au même endroit, de même longueur, faites par les mêmes ouvriers, le hâvage conduit à la même profondeur, le boisage identique, enfin le front de taille disposé suivant la même direction pour rendre semblable l’influence du clivage.
- Pour les murs, on choisit aussi les parties les plus régulières, afin d’avoir la même épaisseur et la même largeur de bancs à enlever ; on s’attacha surtout à opérer dans des terrains compacts, privés de toute cassure dont la présence aurait pu faciliter plus ou moins le travail, et, par suite, conduire à des erreurs.
- Les mines étaient alternativement chargées à la poudre comprimée et à la dynamite n° 1 ; les cartouches étaient pesées à l’avance, et leur poids inscrit respectivement sur chacune d’elles afin de pouvoir établir facilement au fond l’importance de la charge employée. Le travail était fait par un surveillant, toujours le même, afin que les conditions du tir fussent autant que possible identiques ; en outre, pour le même motif on employait, pour le bourrage, des boudins d’argile de 30 millimètres de diamètre et de longueur variable, préparés et séchés au jour, précaution qui n’est pas à négliger, comme nous le verrons plus tard.
- Telles sont les conditions dans lesquelles furent faites les expériences. Le tableau suivant montre les résultats obtenus dans deux séries d’essais tentés dans les veines Dusouich et Théodore.
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- Comparaison entre la poudre comprimée et la dynamite
- o
- O
- H ÉCONOMIE w ÉCONOMIE
- O PP PRIX. FUSÉE. TOTAL. par rapport à la O PP PRIX. FUSÉE. TOTAL. par rapport à la
- K poudre tn poudre
- O comprimée. o comprimée.
- Essais dan les veines.
- VEINE THÉODORE. — TAILLE MONTANTE N° 2. VEINE DUSOUICH. — TAILLE CHASSANTE N° 2.
- gr. fl*, c. fr. c. fr. c. pour 100. Poudre comprimée. sr- fr, c. fr. c. fr. c. pour 100,
- Poudre comprimée 160 0,45 » 0,45 )) 500 0,85 » 0,85 ))
- Dynamite n“ 1 68 0.37 0,05 0,42 7 Dynamite n° 1 125 0,69 0,05 0,74 13
- Dynamite-gomme.. 40 0,26 0,05 0,31 27 Dynamite-gomme.. 90 0,59 0,05 0,64 25
- Essais dans les murs.
- THÉODORE. — TAILLE N* 2. CLÉMENCE. — TAILLE N° 121.
- Poudre comprimée. 600 1,68 a 1.68 » Poudre comprimée. 600 1,68 » 1,68 »
- Dynamite n° 1 265 1,47 0,05 1,52 9 Dynamite n° 1 285 1,56 0,05 1,61 5
- Dynamite-gomme.. 180 1,17 0,05 1,22 28 Dynamite-gomme.. 186 1,21 0,05 1,26 25
- CLÉMENCE. — TAILLE N° 161. CLÉMENCE. — TAILLE N° 119-
- Poudre comprimée. 650 1,82 )) 1,82 )) Poudre comprimée. 500 1,40 » 1,40 »
- Dynamite n° 1 285 1,56 0,05 1,61 11 Dynamite n° 1 195 1,07 0,05 1,12 8
- Dynamite-gomme.. 200 1,30 0,05 1,35 26 Dynamite-gomme.. 150 0,90 0,05 0,95 26
- NELLA. — TAILLE N° 497. NELLA. — TAILLE N° 498.
- Poudre comprimée. 650 1,82 )) 1,82 )> Poudre comprimée. 400 1,12 )) 1,12 ))
- Dynamite n° 1 280 1,54 1,37 0,05 1,59 12 Dynamite n° 1 180 0,99 0,05 1,04 7
- Dynamite -gomme.. 210 0,05 1,42 22 Dynamite-gomme.. 120 0,78 0,05 0,83 25
- Nota. - - Prix : Poudre comprimée, 2 fr. 80. — Dynamite n° 1, 5 fr. 50. — Dynamite-gomme, 6 fr. 50.
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- Dans la première veine, de lm,70 d’épaisseur, on opérait sur une taille chassante de 16 mètres de hauteur ; la mine était toujours placée à la coupure du haut ; on faisait auparavant la coupure du bas et l’abatage du charbon sur les 11 premiers mètres de l’havée.
- Les 5 mètres restants étaient havés, et la mine devait les abattre en faisant en même temps la coupure de la mézière.
- Dans la seconde veine, de 1 mètre d’épaisseur, on opérait sur une taille montante de 16 mètres de largeur. La mine était toujours disposée à la coupure de droite et devait abattre, comme dans le cas précédent, un bloc de charbon de 6 mètres, préalablement havé et en outre dégagé sur la gauche.
- Les résultats obtenus furent, comme on le voit sur le tableau, à peu près négatifs. Les chiffres qui y sont consignés indiquent bien qu’il y aurait une légère économie à se servir de la dynamite n° 1 au lieu de poudre comprimée ; mais elle est si faible (8 pour 100), que la moindre inexpérience ou la moindre faute faite par l’ouvrier rendrait, au contraire, son emploi très onéreux.
- Il en fut de même pour les murs, et les expériences, dont les résultats se trouvent dans le précédent tableau, conduisirent aux mêmes conclusions.
- Ce fait s’étant déjà fait pressentir dans les premiers essais, il nous vint à l’idée d’expérimenter en même temps s’il en serait de même avec un explosif où la nitroglycérine fût plus concentrée, c’est-à-dire avec la dynamite-gomme.
- Cette dynamite est obtenue, comme on sait, en gélatinant la nitro-glycérine par l’adjonction d’un fulmi-coton spécial ; de là le nom qui lui est quelquefois donné de gélatine explosive. Ce procédé permet d’obtenir une dynamite contenant 95 pour 100 de nitro-glycérine (fulmi-coton compris), tandis que la dynamite n° 1 n’en contient au plus que 75 pour 100.
- Or, la dynamite-gomme coûtant 6 fr. 50 le kilogramme et la dynamite n° 1 5 fr. 50, on trouve, si l’on compare le prix à la teneur en nitro-glycérine, qui seule constitue la force de la dynamite, que 1 kilogramme de nitro-glycérine dans la dynamite n° 1 vaut 7 fr. 35, tandis que dans la dynamite-gomme il ne coûte que 6 fr. 85, soit une différence en faveur de celle-ci de 50 centimes ou de 7 pour 100.
- Ce chiffre, déjà important,s’élève beaucoup si l’on tient compte de la quantité d’unités de force contenue dans un même volume, quantité qui constitue la valeur d’un explosif et à laquelle celle-ci est proportionnelle.
- Cette valeur comparative des deux dynamites fut déterminée par le calcul, et l’on trouva que le prix de l’unité de force pour la dynamite n° 1 était de 5 cent. 37, et pour la dynamite-gomme de k cent. 27, soit une économie en faveur de celle-ci de 21 pour 100.
- (Nota. — Ces calculs ont été faits par M. Barbe, ingénieur de la Société générale pour la dynamite, qui a bien voulu m’en communiquer le résultat.)
- Ce résultat, purement théorique, fut largement confirmé, d’abord par une série d’ex-
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- périences faites dans des blocs en plomb par M. Trauzl, directeur central des fabriques de dynamite Nobel.
- Plus tard, des essais plus étendus et plus pratiques tentés dans l’une des galeries du Saint-Gothard amenèrent à la même conclusion.
- On peut, d’ailleurs, trouver dans une petite brochure : les Explosifs modernes au Saint-Gothard, publiée par la Société générale pour la dynamite, les détails de ces expériences, dont les résultats furent les suivants :
- M. Trauzl trouva que, pour produire les mêmes effets, il fallait employer 80 pour 100 en moins de dynamite-gomme, et au Saint-Gothard on atteignit même 40 pour 100.
- En prenant simplement une moyenne de 35 pour 100, l’économie de la dynamite-gomme sur la dynamite n° 1, au point de vue du prix, était de 24 pour 100, chiffre peu différent de celui de 21 pour 100 trouvé par le calcul.
- On continua donc les expériences commencées en opérant dans les mêmes tailles, et successivement avec la poudre comprimée, la dynamite n° 1 et la dynamite-gomme.
- Les résultats obtenus et consignés dans le tableau montrent bien que la dynamite-gomme peut être employée avantageusement en veine et dans les murs, tandis que la dynamite n° 1 serait, au contraire, presque aussi onéreuse que la poudre comprimée.
- L’économie qui résulte de l’emploi de la dynamite-gomme sur la poudre compri* mée peut s’élever, avec des ouvriers bien exercés, jusqu’à 25 pour 100, chiffre très voisin de ceux obtenus, soit par le calcul, soit par les expériences de M. Trauzl ou du Saint-Gothard. Si l’on ajoute à cela que la dynamite-gomme n’exsude jamais, que ses fumées, lorsqu’elle détone complètement, sont moins dangereuses à respirer que celles de la dynamite n° 1; enfin, qu’elle résiste au choc bien mieux que la dynamite n° 1, et qu’elle présente, par suite, dans les transports et la manipulation, une sécurité beaucoup plus grande, on est amené à reconnaître qu’elle possède sur la dynamite n° 1 une supériorité réelle, et que son emploi doit être généralisé le plus possible.
- En présence de ces résultats , on ne pourra plus hésiter à proscrire complètement l’emploi de la poudre comprimée toutes les fois que les circonstances ou la sécurité des ouvriers l’exigeront, et à la remplacer par celui de la dynamite-gomme. On pourra être certain, quoiqu’il s’agisse d’un produit aussi cher, que son emploi, quelle que soit l’inexpérience de l’ouvrier, ne deviendra pas onéreux, la marge dans l’économie qu’elle peut fournir étant encore assez grande.
- Mais, si l’on veut pousser plus loin le parti que l’on peut en tirer, il sera nécessaire d’exiger de la part des ouvriers, dans son emploi, une série de précautions indispensables pour faire donner à la dynamite-gomme tout l’effet qu’elle peut produire.
- Ce sont ces précautions que je me propose de décrire brièvement en terminant.
- Elles peuvent se grouper en trois séries, concernant, les unes, les capsules et
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- l’amorçage; les autres, le dépôt de la charge dans la mine; les troisièmes, enfin, relatives au bourrage.
- Une des propriétés de la dynamite-gomme est de résister au choc beaucoup mieux que tout autre explosif à base de nitro-glycérine.
- Les essais au mouton ont démontré que la dynamite n° 1, éclatant sous un choc représenté par 1, il fallait un choc équivalant à 3,5 pour déterminer l’explosion de la dynamite-gomme.
- Aussi est-il nécessaire, pour en obtenir tous les effets, d’employer les capsules les plus fortes. Généralement, on se sert de capsules dites quintuples ; des sextuples ne seraient pas à dédaigner.
- C’est pour le même motif qu’on fait souvent usage, pour amorcer, d’une petite cartouche de dynamite n° 1, dont l’explosion est bien plus facile à obtenir.
- Cependant, en employant des capsules suffisamment fortes et en mettant quelques soins dans le travail, on peut amorcer avec la dynamite - gomme sans crainte de ratés.
- D’un autre côté, tout ce qui tendra à diminuer la force de la capsule, et notamment l’humidité, devra être écarté avec le plus grand soin.
- Ne jamais souffler dans la capsule pour enlever la sciure avant de s’en servir, afin d’empêcher le contact de l’humidité de l’haleine.
- Ne jamais les laisser séjourner longtemps au fond dans des boîtes, comme cela se fait généralement. L’ouvrier doit les conserver dans sa poche, renfermées dans un porte-monnaie ou dans une petite boîte en zinc ou en cuivre, cylindrique par exemple.
- Cette boîte doit être remplie de coton, pour éviter les accidents graves que produirait l’explosion des capsules, amenée par le choc de celles-ci sur un peu de fulminate qui pourrait en être sorti.
- Mais il ne suffit pas d’user de capsules fortes et en bon état, il faut, en outre, que leur amorçage soit parfaitement exécuté.
- En effet, la fusée agit, par rapport à la capsule, comme un bourrage par rapport à une mine. Si le bourrage est mal fait, une partie des gaz s’échappe, la détonation est moins forte, et l’effet sur la dynamite bien moins considérable ; aussi faut-il chercher à remplir tous les vides de la capsule ; de là, l’emploi d’une mèche, la plus grosse possible, et la nécessité de pousser celle-ci complètement à fond dans la capsule.
- La liaison de la capsule et de la fusée doit être faite avec le plus grand soin. Il faut obtenir d’abord une fermeture complète pour empêcher la sortie des gaz, qui diminuerait la force de l’explosion ; en outre, une solidité suffisante pour que, en bourrant, la capsule ne puisse se détacher de la mèche, ce qui produirait un raté, le feu ne pouvant plus se propager jusqu’au fulminate.
- Il est donc essentiel de sertir la capsule le plus fortement possible, sans cependant la couper, et d’attacher la ficelle qui doit la relier à la cartouche, non pas sur cette
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- capsule, mais à 1 centimètre au moins au-dessus de son bord supérieur sur la fusée. Il est indispensable, pour bien faire ce travail, de faire usage de la pince spéciale à sertir.
- Pour l’amorçage, il faut s’attacher à obtenir un contact intime entre la capsule et la dynamite, tout en le rendant suffisamment solide pour qu’il ne puisse pas être détruit pendant le bourrage. On peut, selon l’usage communément répandu, introduire la capsule, convenablement préparée, dans la cartouche, fermer celle-ci, rabattre le papier autour de la fusée et le fixer par une ligature. La solidité de la liaison repose, dans ce cas, sur la résistance du papier, qui est assez faible ; aussi est-il prudent de passer en outre le fil en croix autour de la cartouche. On obtient ainsi une attache très solide, qu’aucun bourrage, quelque fort qu’il soit, ne peut rompre.
- La charge, pour produire son maximum d’effet, doit être répartie sur le plus petit volume possible. Il faut donc qu’elle soit placée au fond du trou de mine et suffisamment serrée pour supprimer toute espèce de vides, la présence de ceux-ci donnant lieu à l’existence d’un matelas d’air dont l’élasticité viendrait diminuer les effets de l’explosif.
- Enfin, le bourrage, contrairement à l’opinion généralement admise, doit être très solide ; plus il est résistant, plus grand est l’effet utile de l’explosif. De là, la nécessité des précautions prises dans l’amorçage pour permettre de faire un bourrage aussi fort que possible, sans craindre de causer quelque perturbation dans la disposition de l’amorce et d’amener ainsi un raté.
- La substance employée pour le bourrage doit donc agir non seulement par son poids, mais surtout par son adhérence sur les parois du trou de mine. L’argile humide sera dès lors complètement exclue.
- Le mieux est de faire usage, comme on l’a vu plus haut, de boudins en argile, préparés et séchés au jour. Ces boudins sont quelquefois un peu friables, mais on parvient à augmenter leur consistance en mêlant à l’argile un peu de dièves.
- En observant avec soin ces précautions, qui sont d’ailleurs faciles à suivre, on obtiendra certainement tout l’effet utile de la dynamite-gomme. On y trouvera en outre un autre avantage : c’est de rendre les fumées bien moins dangereuses pour les ouvriers.
- En effet, lorsque la détonation de la dynamite est incomplète, les gaz brûlent imparfaitement et se dégagent sous forme de composés nitreux, dont l’influence délétère, très pernicieuse pour l’organisme, amène souvent des vomissements assez sérieux, quelquefois même des évanouissements dont les conséquences peuvent devenir très graves.
- Ces précautions nous ont été recommandées dans l’origine par M. Stretto, ingénieur de la Société pour la fabrication de la dynamite ; leur utilité nous fut démontrée plus tard, pendant les nombreuses expériences que nous avons faites sur la dynamite-gomme. Elles paraîtront sans doute un peu minutieuses et peut-être difficiles à
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- obtenir des ouvriers ; mais je ne saurais trop inviter les exploitants à les suivre. La dynamite, en effet, peut flamber par un défaut, soit de bourrage, soit même d’amorçage ; la flamme de la fusée suffît seule pour la faire brûler; j’en ai fait l’expérience maintes fois ; et alors, par suite d’un défaut de soins, la dynamite pourrait amener ces accidents si graves que l’on cherche à éviter dans les mines grisouteuses, en substituant son emploi à celui de la poudre comprimée.
- AGRICULTURE.
- LES FROMAGERIES DANS LES ALPES ITALIENNES, PAR LE PROFESSEUR G. CANTONI.
- On trouve, dans une publication du ministère de l’agriculture, de l’industrie et du commerce du royaume d’Italie, des renseignements intéressants sur les fromageries italiennes situées dans les Alpes, et qu’on pourra comparer avec celles de Suisse, dont M. L. Grandeau a fait, dans le Temps du 5 octobre dernier, une description très remarquable.
- Le gouvernement italien, ayant obtenu d'excellents résultats, en encourageant, à l'aide de prix et médailles données en concours, les laiteries organisées en plaine pour la vente du lait et la fabrication du beurre et des fromages, — d’après les renseignements fournis par diverses municipalités, dans le ressort desquelles se trouve concentrée l’industrie alpestre du lait et de ses produits, — a décidé d’appliquer le même système à cette industrie. Un membre du Conseil d’agriculture, M. le professeur Cantoni, a présenté le résultat des diverses enquêtes faites, sur l’ordre du ministère, et qui ont été appliquées aux comices agricoles d’Aoste, Saluces, Suse, Cunéo, Bergame, Vérone, Agordo, ainsi qu’aux syndicats de Dongo (près de Côme), de Breno (près de Brescia), aux municipalités de Lozzo di Cadore et aux laiteries coopératives ou sociales de Fortis et d’Illegio.
- Les renseignements généraux qui suivent sont extraits des réponses faites à un questionnaire officiel de dix demandes. Les six premières étaient relatives a la constitution des laiteries en sociétés ; aux us et coutumes en vigueur pour les fermages des pâturages; au nombre de bêtes laitières et non laitières, de provenance locale ou éloignée ; aux contrats de location ; à l’organisation des laiteries, comme administration et direction; aux dispositions usuelles, comme locaux d’exploitation, étables, fromageries, fournitures d’herbages, fumiers, nature et règlement des dommages aux bois et forêts avoisinants, etc. Les trois demandes suivantes concernaient la fabrication du beurre et du fromage; la répartition des produits entre les intéressés; l’expédition aux marchés locaux ou étrangers ; les perfectionnements apportés comme matériel et outillage ; les dépôts et magasins consacrés aux produits manufacturés du
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- lait. La dernière demande du questionnaire exigeait des renseignements sur les perfectionnements qu’il y aurait lieu d’introduire, au point de vue de l’amélioration des pâturages, du bétail et des rendements en produits lactés, avec indication de la part que l’État pourrait prendre, en dehors de l’initiative privée, à l’amélioration de cette industrie. La zone dont il s’agit s’étend du Mont-Cenis à l’Isonzo ; les versants alpestres, sur lesquels se ramifie la fabrication en question, reçoivent le nom spécifique à’Alp.. Exemple : l’Alp de Spluga, l’Alp Vieille, la Grande Alp, dans la vallée d’Aoste, etc.
- L’industrie laitière est généralement conduite par des entrepreneurs, qui reçoivent le nom de mandriani, chez lesquels l’esprit de lucre domine largement et les pousse à des économies qui, fréquemment, tournent en pertes et à leur détriment : ainsi souvent, ils possèdent, — soit en propriété personnelle, soit à cheptel, — beaucoup plus de vaches que les pâturages loués par eux n’en comportent, pour une production normale de lait ; et souvent encore, ils associent à leurs troupeaux des chevaux, des porcs, des chèvres, des moutons, etc.
- Les conditions de location ou baux des pâturages varient beaucoup ; les pâturages communaux sont affermés à un prix inférieur à celui des particuliers, dont les terrains sont meilleurs et mieux cultivés. Le mandriano ou entrepreneur donne, en général, la moitié ouïe tiers du produit du lait, en nature (beurre et fromage) ou en argent ; il reçoit en déduction les sommes qui lui sont allouées, pour chaque tête de vache à lait, prise à cheptel (dans la vallée d’Aoste, 25 à 30 francs par tête). Le calcul du produit se fait ordinairement, en prenant pour base la quantité de lait mesurée dans une des deux traites de la journée, après un séjour de quelques jours dans les pâturages. Le bétail non laitier paie une taxe conventionnelle pour sa nourriture.
- Pour faire paîlre les troupeaux dans la montagne, on s’élève d’abord aux plus hautes altitudes, pour en redescendre, en cas d’orages, de tempêtes ou de tourmentes, et lorsque la mauvaise saison ou le manque d’herbages obligent à revenir aux pâturages inférieurs, vers la plaine. Quand on a l’espoir d’une nouvelle poussée d’herbes, on commence quelquefois par le bas de la montagne, pour en profiter au retour. La nourriture d’hiver se donne au bétail dans les chalets ; elle consiste en foin, acheté par les mandriani; c’est à cette époque que se confectionnent les fromages dits de stracchino, dont le nom vient sans doute de ce que le lait servant à leur fabrication procède de vaches vieilles, fatiguées [stracché). Le prix du foin vient généralement en déduction du fumier laissé par le loueur, lequel, souvent, est même tenu de fournir à l’entrepreneur, en proportion du foin acheté, des locaux, du combustible et quelque peu de maïs. Tous comptes faits, il semble que le loueur a plus d’avantage à fournir le foin à l’entrepreneur ou fermier qu’à le vendre au marché.
- L’ascension des bestiaux vers les hauteurs se fait vers la fin d’avril ou vers les premiers jours de mai. Les hangars ou chalets, qui servent de refuge la nuit aux vaches, sont en général de chétives constructions, et les fromageries, servant en même temps
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- de huttes et de couvert aux divers ouvriers qui y sont employés, sont des construc-tionsencore plus délabrées et plus primitives, s’il est possible; elles consistent en quelques murs de pierres sèches, sans mortier ni argile, recouverts de toits à jour, laissant pénétrer la neige, la pluie, le vent, la poussière; à tel point que les fromages et le beurre, fabriqués à l’abri insuffisant de ces couvertures imparfaites, sont imprégnées fréquemment de sable et de débris. La propreté dans la manutention laisse beaucoup à désirer ; l’outillage, les abreuvoirs, les étables, sont loin d’être tenus comme dans les établissements similaires de la Suisse. Les avalanches et effondrements de terrains sont assez rares; les dommages causés aux propriétés forestières voisines par le bétail ne laissent pas que d’être souvent considérables. Les man-driani ou entrepreneurs deviennent soigneux, lorsqu’ils prennent à bail pour plusieurs années consécutives un même groupe de pâturages ; ils se complaisent alors à entretenir les chalets et se préoccupent de recueillir en tas les pierres qui sont disséminées à profusion sur les coteaux et les versants des vallées ; ces pierres y occupent une fraction importante de la surface qu’elles stérilisent, en même temps qu’elles occasionnent des accidents fréquents au bétail.
- Les produits manufacturés du lait se répartissent, suivant les localités, en proportion inégale de beurres et fromages, suivant les qualités du lait obtenu. Les prix sont assez élevés : le beurre varie de 1 fr. 80 à 3 francs le kilogramme ; le fromage, de 80 centimes à 1 fr. 50 ; la moyenne est plus rapprochée du second de ces chiffres. La consommation est presque toujours locale ; à l’exception de quelques laiteries alpestres de la Vénétie et du Piémont, il en est fort peu qui expédient leurs produits hors de la région voisine ou à l’étranger, c’est-à-dire en France et en Allemagne. L’outillage, excepté dans quelques laiteries de construction récente, principalement en Vénétie, est tout ce qu’il y a de plus primitif et est encore le même que celui des siècles passés. Gomme les produits de la fromagerie sont distribués en nature aux cointéressés d’une même laiterie, les dépôts et les magasins de réserve n’existent guère. Ce n’est que dans les vacheries d’au moins 200 têtes qu’on trouve (à Rovato, dans les vallées de Brescia et de Bergame) des installations spéciales pour la maturation et la conservation des fromages.
- L’intervention gouvernementale serait, dit M. Cantoni, excellente, si elle arrivait à récompenser et encourager les efforts faits dans le sens de perfectionnements d’outillage et d’aménagements plus convenables des chalets, delà distribution des eaux, etc., et surtout à créer une école d’apprentissage de fromagers ou fruitiers, c’est-à-dire de directeurs de la fabrication, exclusivement livrée sur tous les points, à de fort rares exceptions près, à des praticiens empiriques et routiniers, ne possédant aucune notion chimique ni théorique. Cette école devrait former un personnel féminin, qui, tout aussi intelligent pour ce genre d’industrie que le personnel masculin, coûterait moins cher et serait certainement plus soigneux et plus propre dans les manipulations du lait.
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- Le gouvernement italien a déjà fait quelques tentatives dans cette voie. Dans la fromagerie de Lodi, on a institué des cours annuels théoriques et pratiques ; à Reggio, dans l’Émilie, à l’École de zootechnie et de fromagerie, on a institué des prix, pour les laiteries les plus perfectionnées et les mieux conduites. En 1885, on a installé 8 observatoires de fromageries. Dans la laiterie de Serto Cremonense et dans celle de Villa di Villa, on donne l’enseignement pratique à 11 hommes, et, dans celle de Tola-mona (Fondrio), à 2 femmes. Aujourd’hui, la laiterie de Lodi, citée plus haut, donne l’enseignement théorique et pratique à 25 élèves. Cependant, ces efforts semblent insuffisants et bien inférieurs à ceux de l’étranger. En Danemark, par exemple, dans la petite région du Sleswig-Holstein, on compte 1 250 écrémeuses ou barattes de Burmeister et Waig, sans compter celles d’autres systèmes. Si l’on arrive à en compter une douzaine, dans toute FItalie, en dehors des cinq qui fonctionnent à Co-dogno, dans l’établissement Zazzera, c’est tout au plus.
- Le Rapport de M. Cantoni insiste en outre sur l’urgence qu’il y aurait à confier la conservation et la garde des bois et forêts avoisinant les pâturages à l’administration forestière, qui aurait en même temps la surveillance des cours d’eaux et des petits torrents, dont le régime irrégulier et capricieux est la source de bien des dégâts et de beaucoup de pertes d’argent. Enfin, il préconise la création d’inspecteurs des pâturages, à l’imitation de l’organisation française.
- Dans de nombreuses notes annexées, l’auteur fournit d’intéressants détails, entre autres, un tableau officiel des importations et exportations italiennes en beurres et fromages, dont sont extraits les chiffres suivants; ils sont relatifs aux trois dernières années écoulées et correspondent à des quintaux métriques.
- ANNÉES BEURRES FROMAGES
- frais salés frais salés IMPORTATIONS EXPORTATIONS
- IMPORT ATIONS EXPORT ATIONS
- 1883 2 727 18 21 799 5 553 89 787 38 387
- 1884 2 636 12 17 111 18 029 87 205 38 046
- 1885 2 685 23 16 358 15 787 105 694 35 040
- Environ 60 000 quintaux annuels de fromages importés semblent indiquer un manque de production — correspondant à 1 million d’hectolitres de lait, ou 40 000 têtes de bétail laitier ou 30 000 hectares de pâturages, que l’Italie devrait chercher à créer.
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- Dans une autre annexe, l’auteur donne divers détails sur l’organisation des laiteries du val d’Aoste, où des laiteries sociales fonctionnent à côté d’établissements particuliers. Les principales sont : celles de Courmageur (Pro-de-Bar, Alp Vieille, Ma-latta, Nouva,Secheron, de Lassale Ghours) ; de Yalgrésonge (Grande Alp, Alp Vieille, Lardesa), Arviev (Orfeuille et Borcigne) ; Cogne et Aymaville (Nofhenon, Granson, Bardeney, Mone, Grand-Lauzon, Vermiaux, le Poupet, Arpisson, etc.).
- Nous terminons en indiquant la composition ordinaire du personnel, considéré comme indispensable pour l’exploitation d’une laiterie alpestre, qu’elle soit conduite par le propriétaire lui-même des pâturages ou par un mandriano locataire. Le chef est le fruitier ou fromager ; il dirige les manipulations, distribue la nourriture aux divers employés, fait la cuisson du lait, détermine les proportions de sel, surveille les fromages portés au magasin, etc. Ses aides, nommés seudzer (en patois du pays), sont spécialement chargés de préparer le bois nécessaire pour la cuisson du lait et des aliments ; d’ouvrir et de fermer les vannes ou écluses des ruisseaux, de manière à amener la plus grande quantité possible d’eau, pour l’arrosage des pâturages et le transport par ces rigoles du fumier, lequel arrive à des piscines, où on le repêche pour le répartir, toujours en se servant de l’eau comme véhicule, sur les divers points de la surface. Ils ont en outre à leur charge le nettoyage des étables, le transport, des châ-lets supérieurs au magasin du bas, des fromages fabriqués dans la journée j la surveillance de leur salaison, les visites pour les retourner; il leur faut, en un mot, obéir à toutes les injonctions du fromager. A côté d’eux fonctionnent les pâtres ou bergers, au nombre de trois ou quatre : ce sont les hommes de confiance du mandriano. Ils ont à prendre toutes les précautions pour qu’il n’arrive aucun accident au troupeau, ni aucun dommage au propriétaire et aux voisins. Un bon berger doit constamment avoir l’œil ouvert sur ses bêtes, en connaître le nombre, les mœurs, les habitudes; veiller à ce que toutes mangent bien;les conduire aux abreuvoirs. Lorsqu’il s’aperçoit d’une indisposition, il doit en avertir le propriétaire; il surveille spécialement les femelles prêtes à mettre bas, et tient compte du nom du propriétaire auquel correspond la progéniture ; enfin, il tient la main à ce qu’il ne soit pas empiété sur les espaces désignés pour chaque jour au troupeau comme nourriture, et, à cet effet, il tient le troupeau toujours, autant que possible, réuni en groupe.
- Tout le personnel concourt aux traites du lait, excepté le fromager, qui reçoit les seaux pleins et les verse, en tenant compte du produit, dans la chaudière.
- Le Rapport se termine par un décret royal, qui organise un Concours entre les diverses exploitations alpestres de l’Italie : 17 prix, d’une valeur totale de 22 000 francs, sont affectés comme récompenses à cette industrie et répartis en 8 groupes. Au 1er groupe, 3 prix sont accordés à la construction des chalets ou hangars de refuge pour les bestiaux, aux installations des fromageries, magasins et dépôts. Au 2e groupe, 2 prix sont décernés aux perfectionnements apportés dans la culture des prés et dans l’approvisionnement des eaux ; h prix sont accordés au 3e groupe, qui comprend les
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- constructions des hangars pour fromages, des fosses à fumier, des abreuvoirs, des canaux d’irrigation. Dans le 4e groupe, 2 prix sont destinés au meilleur moyen d’utiliser le lait et de le transporter. Le 5e groupe renferme 2 prix, pour récompenser le meilleur outillage et la laiterie tenue dans les meilleures conditions de propreté. Le 6e groupe comprend 1 prix pour la vacherie qui, dans l’espace de 5 ans, aura substitué aux chèvres, moutons, etc., des têtes laitières. Le 7e groupe a 2 prix à donner aux mandriani qui auront le mieux gouverné le bétail confié à leurs soins à cheptel, surtout le bétail de provenance éloignée, et à ceux qui auront enlevé le plus de pierres roulées de la surface des pâturages. Enfin, le 8e groupe comprend 1 prix à décerner à l’acte ou contrat de fermage le mieux rédigé, aussi bien au point de vue des intérêts du fermier que de ceux du loueur. Le concours, pour les prix des 3 premiers groupes, sera clos en 1890; celui des 5 groupes suivants, en 1889.
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- EXPLOITATION ET UTILISATION DE l’àLFA.
- Alfa est le nom arabe, passé dans le langage vulgaire, d’une graminée, le stipa tenacissima (L.) ou machrochloa tenacissima (Kunth). La plante qui correspond à ce nom croît surtout en Algérie et en Espagne, mais encore au Maroc, en Tunisie, en Tripolitaine, en Portugal et en Grèce. Elle se présente sous forme d’une touffe de feuilles aiguillées, longues et étroites, ressemblant beaucoup aux tiges du jonc. Cependant cette ressemblance n’est qu’apparente, car la tige de l’alfa n’est pas ronde et fermée; elle possède une petite commissure qui part de sa base et se prolonge jusqu’à son extrémité; en écartant les bords de cette fente, on s’aperçoit que les deux moitiés de la feuille se sont repliées sur elles-mêmes, et que les deux bords sont étroitement appliqués l’un sur l’autre.
- L’alfa se plaît particulièrement au soleil et dans les endroits qui manquent d’eau, se développant vraisemblablement aux dépens de l’atmosphère, abstraction faite des éléments minéraux qu’elle doit puiser dans le sol. Lorsqu’elle est en pleine maturité, elle est surmontée d’un épi court et pointu.
- En Algérie, l’alfa vient en profusion dans toute la colonie, dans le Sahara comme dans le Tell, mais principalement dans la région dite des Hauts-Plateaux. Au sud de la province d’Oran particulièrement, elle couvre dans ces contrées d’immenses espaces, résistant à la chaleur comme à la sécheresse, croissant seule sur un sol aride, ombrageant la terre et le roc de ses épaisses touffes, hautes de 70 centimètres environ, pendant que la végétation tout entière s’affaisse sous l’ardeur d’un soleil d’été. Lorsque le vent souffle sur ces régions, les plants d’alfa s’agitent, se courbent, se redressent, tourbillonnent en tous sens, et produisant aux yeux du spectateur, étonné,
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- l'effet d’une mer agitée; en temps ordinaire, tout est immobile et d’un calme uniforme. Les colons ont désigné ces espaces sous le nom caractéristique de mer d’alfa.
- Exploitation de Valfa. — On ne cultive pas l’alfa. Cette graminée croît spontanément dans les régions des Hauts-Plateaux et n’est jamais replantée lorsqu’elle a été arrachée du sol. Il faut donc nécessairement, pour perpétuer la plante, en retirer les feuilles sans en enlever la racine.
- Les ouvriers préposés à l’arrachage des feuilles (alfatiers) exécutent sur celles-ci un effort de traction de bas en haut, et, de cette façon, les détachent du collet qui les relient à la souche. Ces feuilles sont engainées à la base de la plante ; l’opération consiste donc, en quelque sorte, à les déboîter. Comme elles blesseraient les mains des travailleurs, les alfatiers se munissent, soit d’un petit bâtonnnet en bois dur autour duquel ils enroulent une certaine quantité de feuilles libres, qu'ils arrachent ensuite avec violence de la touffe, soit de gants en cuir souple qui leur permettent de saisir directement les feuilles de la main droite et de les enlever des gaines des tiges-mères par une petite secousse. Certains indigènes, fort irrespectueux pour cette graminée, se contentent de la couper.
- Entre le glanage au bâtonnet et le glanage à la main, c’est le dernier qu’il faut choisir. D’un côté, un ouvrier habile peut obtenir de 30 à 35 kilogrammes de feuilles à l'hectare ; mais il détruit beaucoup, et il est toujours nécessaire, au triage, de rejeter plus d’un tiers de sa récolte ; d’un autre côté, le même ouvrier, dans un même temps, ne récolte que 18 à 20 kilogrammes de feuilles; mais celles-ci sont presque toutes marchandes et bien choisies.
- Dans tous les cas, en ne glanant que les feuilles, non seulement on conserve l’alfa pour une récolte subséquente, mais encore on ne s'embarrasse pas de déchets sans valeur. Dans une touffe, en effet, les feuilles seules sont utilisables ; le reste, c’est-à-dire la racine et l’épi, ne peut servir que comme fourrage ; les chevaux mangent la racine, les chameaux quelquefois la feuille, les moutons l’épi ; encore ces derniers recherchent-ils de préférence les petites herbes qui poussent sous la protection de cette plante rustique, ce qui a fait dire que, si elle venait à disparaître, les steppes de l’Algérie ne sauraient être habités par les Arabes pasteurs et se dénuderaient complètement comme le grand désert auquel elles servent de préface.
- Un grand nombre de ceux qui vont arracher l’alfa s’en interdisent l’exploitation pendant l’hiver et avant la complète maturité des tiges. Lorsqu'en effet la plante n’est pas mûre, la tige ne casse pas au collet et la racine sort de terre ; en outre, la croissance s’effectue justement pendant l’hiver, alors que le terrain est mouillé et qu’il n’est pas possible de tirer sur l’alfa sans l’enlever complètement du sol. Ils ne procèdent donc à l’arrachage que de juin à novembre. Mais dans certaines exploitations particulières, on ne prend pas autant de précautions ; on arrache tout, on dévaste les plantations, et l’on se prive ainsi d'une richesse incontestable, alors qu’il serait si
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- facile de l'entretenir sans plus de peine. Une bonne réglementation officielle pourrait seule mettre fin à ce vandalisme d’un nouveau genre.
- A côté de l’alfa croissent encore en Algérie un certain nombre de graminées fibreuses, telles que le sparte, le diss, le drinn et la fétuque géante.
- Le sparte [Ligœurn spartum, L.) est souvent confondu avec l’alfa, dont il rappelle le port et qui est utilisé de la même façon. Ces feuilles sont cependant plus coriaces, elles se brisent plus facilement, elles croissent plus souvent dans les sols moins arides et ne redoutent pas une certaine humidité. Les Arabes l’appellent sennera, senang, seunang, d’où les colons ont fait sénoc. Récolté seul (de juillet à octobre), il se vend aux papeteries 5 francs la charge de feuilles vertes de 80 kilogrammes. C’est surtout à l’époque de la floraison que sa différence avec l’alfa est bien accentuée. Le chaume qui surmonte l’alfa se termine par une inflorescence à panicule cylindrique ayant l’apparence d’un épi; celui qui s’élève du centre des feuilles du sparte est déterminé par une spathe jaunâtre en forme de capuchon qui sert d’abri à ses deux fleurs. A ce moment, on voit très distinctement dans la plaine les épis jaunâtres de l’alfa, tandis que le sparte balance au vent ses petits capuchons blancs.
- Le diss (Ampelo desmos tenax) est une autre graminée que les Kabyles récoltent parfois sous le nom d’adless, et qu’ils emploient pour la corderie et la sparterie communes. Cette plante est formée de touffes volumineuses et élevées de feuilles plates, d’un vert foncé, de 1 mètre à lm,40 de hauteur, lisses d’un côté, rugueuses de l’autre, d’où s’élancent des chaumes de 2 à 3 mètres terminés par une panicule très rameuse. Elle croît surtout dans le département de Constantine et dans certaines forêts. On a mis, il y a quelques années, en amodiation les terrains à diss de l’Algérie, comme on l’a fait des terrains à alfa.
- Le drinn (.Aristida pungens) est une graminée dont les touffes sont formées de tiges noueuses à plusieurs gaines. C’est l’alfa du Sahara; sa feuille est étroite, jaunâtre, et son extrémité pointue comme une aiguille. La gaine de sa fleur [loul) sert de nourriture aux Chambâa. On emploie quelquefois ses feuilles dans les corderies et papeteries de la colonie, qui l'achètent aux Arabes de 3 fr. 50 à k francs la charge de feuilles vertes de 80 kilogrammes. Le glanage se fait de mai à novembre.
- Enfin la fétuque géante {festuca patula) croît surtout dans le département de Constantine, où elle se détache, sous forme de touffes énormes, sur des terrains complètement dépourvus d’eau ; ses feuilles lancéolés, sillonnées de nervures saillantes, hérissées de soies âpres et bordées de dentelures aiguës et rigides, atteignent de 2 mètres à 2m,50 de hauteur, et sont surmontées, lorsqu’elles sont en maturité, de robustes tiges dont le sommet, à 2 ou 3 mètres du sol, se couvre d’élégantes panicules assez semblables à celles de certains sorghos. Elles donnent un rendement en filaments textiles de 80 pour 100, dont les Arabes tirent parti pour faire des cordes.
- Utilisation de l’alfa. — Mais de toutes ces plantes textiles, c'est surtout l’alfa qui est utilisé. Ses principaux usages sont la sparterie, la corderie et la papeterie.
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- En Algérie, lorsque la plante est récoltée et grossièrement triée, les alfatiers en font de petits paquets ou bottes, qu’ils expédient sur de fortes charrettes traînées par six mulets, soit à Taaro, soit à Aïn-el-Hadjar, soit à Bel-Abès, où elle est empilée par ballots de 70 à 100 kilogrammes, et de là expédiée à Oran.
- Arrivée à l’usine, ou commence par en faire un nouveau triage. Ce sont les femmes que l’on charge de cette opération. Celles-ci en distinguent alors plusieurs qualités : les plus belles feuilles sont mises à part sous le nom d’« alfa de sparterie » ; on classe ensuite celles qui suivent en trois genres, désignés sous les numéros 1, 2, 3, destinés à la corderie ou à la papeterie; les rebus, appelés « alfa noirs », ne servent qu’à la papeterie.
- L’alfa qui doit être exporté est presque toujours destiné à la fabrication du papier. Il est séché huit ou dix jours avant d’être emballé, et perd par la dessiccation environ 40 pour 100 de son poids. Lorsqu’il est bien sec, on en fait des balles comprimées à la presse, de 160 à 170 kilogrammes ; ces balles, enrobées d’une toile solide et cerclées d’une bande de tôle pour les belles qualités, peuvent être transportées aisément et sont d’un facile arrimage.
- Les alfas destinés à la fabrication des cordes ne doivent être ni trop jeunes ni trop vieux ; trop jeunes, ils sont courts et contiennent peu de filaments ; trop vieux, ils sont durs et cassants ; il faut donc n’utiliser que les feuilles dont la fibre est suffisamment formée. Celles-ci sont alors battues à l’aide de fortes machines, dans lesquelles des pilons écrasent la plante, préalablement humectée. Le battage, dont le résultat est de désagréger quelque peu la matière végétale en mettant à nu la fibre proprement dite, est suivi d’un piquage au peigne sur des appareils spéciaux. Les feuilles d’alfa ainsi désagrégées ont tout à fait l’apparence d’un chanvre grossier, court et un peu sale, mais elles sont très tenaces et parfaitement propres à la fabrication des cordes, tapis d’entrée et d’escalier, tissus, nattes, etc.; elles sont alors livrées aux cordiers et fabricants de sparterie, qui les soumettent aux diverses manipulations en usage dans leurs industries.
- L’alfa en Espagne. — C’est l’exploitation de l’alfa en Espagne qui a été l’origine de l’exploitation de cette plante textile en Algérie.
- Dans les premiers temps, on n’accordait dans la Péninsule aucune valeur à cette plante, qui était extirpée comme une mauvaise herbe ; les propriétaires des terrains où elle croissait la brûlaient et en arrachaient les racines pour la détruire complètement. Ce fut seulement lorsque les Anglais, vers 1862, vinrent acheter ces touffes dont personne ne voulait, que les Espagnols s’aperçurent qu’ils pourraient utiliser l’alfa. Ils apprirent à arracher les feuilles sans retirer la plante de terre ; puis ils fabriquèrent divers objets pour leur consommation domestique.
- Tout d’abord, ils firent des semelles d’espadrilles; encore aujourd’hui, un grand nombre de villages n’utilisent pas l’alfa d’une autre façon, et dans certaines communes de la côte, notamment à Betera, Naguero, Yillavieja, Santa-Pola et Millares,
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- les trois quarts des habitants en fabriquent journellement une centaine de paires, habituellement vendues 6 cuartos la paire. Puis on en fit des vases dits de Sparte, des cabas (soit pour porter à la main, soit pour bêtes de somme), des balais, des claies, des nasses, des filets ; mais ce ne fut que plus tard qu’on songea à en confectionner des cordes et des nattes. Dans un certain nombre de boutiques des villages de l’Espagne, on vend tout ensemble ces divers objets, dont les uns proviennent de véritables fabriques et d’autres sont issus de l’industrie domestique ; la population pauvre, notamment d’une partie de la Manche, de Valence, de Murcie et même de l’Andalousie, se livre au travail de l’alfa ; le voyageur qui parcourt ces provinces peut voir souvent ces industriels, sur le seuil de leur porte, un paquet d’alfa sous le bras, se livrer au tressage des feuilles.
- En Espagne, actuellement, les cordes en alfa, qui pourrissent difficilement au contact de l’eau, servent, à l’exclusion de toutes autres, dans les norias et les puits pour l’extraction des eaux; on les utilise aussi dans les constructions pour élever des poids et opérer des tirages de grande résistance ; elles sont encore employées par les laboureurs, les muletiers, les maçons, les bergers, etc. Pour les fabriquer, on fait macérer la plante dans les mares et les lagunes, puis on la broie, soit au moyen de maillets à la main, soit avec une machine, et on finit par la peigner. Il y a des communes, comme Azaran, où l’on ne prépare que l’alfa écrasé; d’autres où on l’envoie en cet état pour le peigner et en faire un produit manufacturé.
- L’industrie de la natte est concentrée, en quelque sorte, à Crevillent, Santa-Pola et Torrevieja. Toute la population de ces villes est occupée dans les fabriques de nattes : femmes, enfants, grands et petits. Dans un grand nombre d’usines, les femmes ne font que tresser l’alfa, et les hommes ne sont occupés qu’à la couture des tresses. En un jour, une femme fait au moins 50 vares de tresses, beaucoup en font 75 et 100, gagnant à la journée de 9 à 18 cuartos; le natier coud dans une journée les 12 bandes nécessaires à la largeur d’une pièce, ce qui lui vaut 8 réaux. Le valeur d’un rouleau de nattes de tresses de 50 vares de long varie entre 100 et 180 réaux, suivant qu’elle est blanche ou de couleur. Cette industrie a été apportée à Crevillent par un Marseillais, Manuel Martinez, qui longtemps travailla seul avec ses frères dans un souterrain, et vendit ses nattes à très bons prix à Madrid ; à sa mort, ses frères propagèrent l’industrie dans le pays, et celle-ci s’y trouve maintenant généralisée au point que les nattes d’alfa remplacent les tapis dans presque toutes les habitations de la classe moyenne.
- On extrait environ en alfa 150 000 tonnes anglaises des côtes d’Espagne ; on en exporte en moyenne 60 000 kilogrammes pour la fabrication du papier. Le principal port de destination est Newcastle-on-Tyne, dont les docks en renferment constamment plus de 20 000 tonnes et où se trouvent un certain nombre de maisons espagnoles qui se livrent exclusivement au commerce de cet article; les autres ports d’importation sont Cardiff, Liverpool, Glascow, Édimbourg, Aberdeen et Londres ; les
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- ports d’embarquement en Espagne sont : Alicante, Alméria, Carthagène, Malaga, Garrucha, Motril et Aguilas.
- L’alfa d’Espagne est le plus fin de tous. On nous dit qu’en Angleterre on le fait entrer parfois dans certains genres de tissus grossiers.
- Valfa en Algérie. — Les Anglais ne s’adressèrent à l’Algérie que lorsque l’alfa qu’ils prenaient à l’Espagne atteignit, dans ce pays, un prix exagéré. La récolte de la péninsule fut, en effet, dès 1868, entièrement accaparée par de puissantes maisons anglaises, qui ne la proposèrent plus qu’à un coût inabordable. Il fallut, pour le moment, s’en contenter. Mais, l’année suivante, des achats furent effectués au Maroc, qui en expédia environ 2 000 tonneaux en Angleterre; et comme, dans ce pays à demi-civilisé, le transport et l’exploitation de l’alfa présentaient de grandes difficultés, des agents furent dirigés vers l’Algérie pour y acheter tout ce qu’ils pourraient trouver de disponible. Dès ce moment, l’exportation de la colonie prit des proportion inaccoutumées.
- Le premier envoi de l’Algérie en Angleterre datait cependant de 1862, mais il n’avait été fait qu’à titre d’essai : le Moniteur de l’Algérie nous apprend, en effet, qu’un navire anglais, Hyppocamp, partit à cette époque d’Oran à Newcastle avec un chargement d’alfa. Dans les années suivantes, il fut envoyé à Mers-el-Kébir (avant-port d’Oran et d’Arzew) les quantités suivantes :
- quint, met.
- 1863 ........................... 10 500
- 1864 .......................... 19 000
- 1865 ........................... 28 000
- 1866 ........................... 42 000
- 1868 ........................... 27 000
- 1869 ........................... 90 000
- 1870 .......................... 370 000
- On voit donc qu’à partir de 1869 l’exportation devint subitement considérable. Ce fut nécessairement au détriment de l’exploitation. Seuls, les indigènes se livrèrent tout d’abord à l’arrachage de l’alfa, dénudant le plus souvent les terrains où poussait cette graminée et la transportant à la mer sur de lourds chariots; à la fin de 1871, ils avaient défoncé, miné, réduit à néant toutes les routes fréquentées de la province d’Oran.
- Tant que l’arrachage fut entre les mains des indigènes, les Anglais ne traitèrent qu’avec des commissionnaires, la plupart juifs, qui servaient d’intermédiaires entre eux et les alfatiers. Aujourd’hui que le gouvernement a accordé, pour trois, six et neuf années, une légère partie des terres domaniales sur lesquelles croît l’alfa (à raison de 30 centimes l’hectare dans la province d’Oran et de 20 dans celle de Constantine), l’étranger préfère traiter avec les concessionnaires, qui exploitent dans de meilleures conditions. Le bon marché seul les fait revenir aux indigènes.
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- lit)
- On estime à plus de cinq millions d'hectares la superficie des Hauts-Plateaux couverte d’alfa.
- La « plaine d’alfa » ne touche pas au Tell : elle en est séparée par la zone des terres de labour des tribus demi-sahariennes, dont la largeur va grandissant de l’ouest à l’est et ne dépasse pas une'moyerme de 80 kilomètres. Pour bien en faire saisir la délimitation dans ces régions, il nous suffira de dire qu’on la trouve à 16 kilomètres de Sebdou, 16 de Daya, 36 de Saida, 40 de Fremdab, 48 de Tiaret, 60 de Teniet-el Haad et 60 de Boghar. Elle s’étend d’ailleurs, comme nous l’avons dit, dans les trois départements d’Alger, d’Oran et Constantine, mais le département de Gonstantine n’en renferme que de 150 000 à 200 000 hectares.
- Vers le 15 juin, l’alfa est en graine. Cette graine a l’apparence de celle de l’avoine sauvage, quoique beaucoup plus petite et plus légère (350 pèsent, en moyenne, 1 gramme) ; les vents du sud, qui soufflent en ce moment, la détachent de ses glumes, la transportent au loin et la recouvrent de sable : elle donne bientôt naissance à de nouvelles touffes.
- A l’exploitation, le rendement d’un hectare peut être évalué de 1 000 à 1 500 kilogrammes de feuilles vertes, suivant l’espacement des plants.
- Pour exploiter leurs terrains à alfa, les concessionnaires (particuliers ou Compagnies) ne trouvèrent tout d’abord que des ouvriers indigènes; puis, au premier appel, les ouvriers espagnols arrivèrent en grand nombre. Ces derniers sont aujourd’hui les meilleurs ; ils se donnent le nom de sparteros.
- Le travail auquel ils se livrent est des plus pénibles: ils se trouvent toute la journée au milieu de solitudes sans eau, et arrachant la plante sous un soleil de feu ; mais rien ne les rebute, car ils obtiennent un salaire élevé (6 à 8 francs par jour). Ils ne reviennent de leurs chantiers à la commune la plus proche que le dimanche. Au milieu des champs d’alfa, ils construisent un gourbi à l’aide de quelques perches et d’alfa, et se réunissent en grand nombre autour de chaque chantier. Tout propriétaire d’un gourbi débite couramment de l’épicerie, de la farine et du pain, et il arrive souvent que l’Arabe qui vient y vendre une charge d’alfa se paie en nature et rapporte en échange une partie de ces produits, qu’il achète moins cher qu’aux juifs algériens. La toilette de l’alfatier espagnol est des plus simples : sa tête est enveloppée d’un mouchoir rouge, un large sombrero en feutre noir ou un chapeau forme toque, suivant sa province d’origine, lui sert de coiffure; un gillet de flanelle, une ceinture noire enroulée autour du corps, des espadrilles avec des guêtres complètent son costume. Il porte toujours avec lui un fusil à deux coups, qui lui sert de défense et qui en même temps lui fournit du gibier.
- Quant aux indigènes qui exploitent pour leur compte personnel les terrains qui leur appartiennent, ils vont chercher l’alfa, soit individuellement, soit par tribus.
- Dans le premier cas, les Arabes font faire le travail de l’arrachage par leurs femmes; lorsque celles-ci ont récolté une charge de feuilles, elles l’amènent aux alfatiers sur
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- des mulets, et on la leur paie à raison de 3 fr. 90 les 100 kilogrammes. Mais souvent une famille arabe ne se dérange que lorsqu’elle a besoin d’argent. Le chef attend alors qu’on lui signale un acheteur, et, une fois certain du placement, il rassemble le personnel de sa tente, femmes, enfants, etc., et lui ordonne de se mettre immédiatement à l’œuvre. Ceux-ci se précipitent sur les champs d’alfa, ils arrachent tout, prennent pêle-mêle ce qui vient, les feuilles mortes, les racines, la terre qui y adhère ; puis, le lendemain, ils apportent à l’acheteur ce qui a été glané. L’acheteur, peu scrupuleux, a souvent une bascule qui ne fonctionne que sur trois couteaux et pèse à 25 pour 100 de diminution; l’Arabe, encore moins honnête, a soin de mettre des pierres dans tout ce qu’il apporte. On pèse et on paie. Lorsque l’Arabe s’est éloigné, l’acheteur fait sécher les plantes, en fait sur place un triage grossier, puis il dirige le tout sur les magasins de la côte, qui le font emballer et expédier. Le rendement, dans ces conditions, ne s’élève pas a plus de 25 pour 100, 30 pour 100 quelquefois ; en outre, on a détruit la plante et ruiné le sol que l’on a dépouillé sans lui faire aucune restitution.
- Dans le second cas, les tribus ne se livrent en bloc à l’exploitation de l’alfa que lorsqu’elles ont fini leurs travaux. Alors, le prix de la plante s’élève en proportion de la concurrence des acheteurs entre eux ; plusieurs chantiers s’établissent dans les plaines d’alfa aussitôt que l’exploitation en est commencée par les tribus, et les directeurs surenchérissent les uns sur les autres dans le but d’accaparer la récolte. Cette situation a pour résultat d’exhausser considérablement le prix de la matière première et d’entraîner les tribus voisines à abandonner leurs travaux agricoles, qui leur rapportent moins, pour aller arracher l’alfa. On sait, entre autres, que bien des fois il a fallu contraindre les Khamnès à moissonner les champs de blé des Fellahs, envers lequels ils s’étaient engagés, alors que les tribus préféraient, travail pour travail, celui de l’alfa, qui leur paraissait moins pénible et plus rémunérateur.
- Nous avons expliqué plus haut comment on préparait l’alfa en Algérie pour la fabrication des cordes; mais on en fait aussi, là comme en Europe, de la sparterie et du papier. Les principaux ouvrages de sparterie faits en Algérie sont des nattes pour les mosquées, des paniers doubles (chouari) pour les transports à dos d’àne ou de mulet, des vases garnis intérieurement de goudron et destinés à recevoir des liquides, des plats, cuillers, tasses à café, corbeilles de tous genres, etc. Les principales papeteries sont établies à Saint-Denis-du-Sig.
- En dehors de l’Algérie, les Anglais commencent à aller chercher l’alfa en Tunisie, mais ils se sont longtemps adressés à la Tripolitaine. Dans cette contrée, l’exportation a toujours été en augmentant jusqu’en 1883, époque à laquelle elle s’est élevée k 5 297 500 francs ; mais, en 1884, ce chiffre est descendu subitement à 3 876000 francs. Cette diminution est due à la concurrence tunisienne en même temps qu’à la mauvaise qualité et à la rareté de l’alfa récolté. Dans les premières années de l’exploitation, l’alfa se cueillait pour ainsi dire aux portes de Tripoli et ne coûtait presque rien ; il en Tome II. 86® année. 4e série. — Février 1887. 16
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- aurait été longtemps ainsi, si les Arabes n’avaient pas arraché les souches en récoltant les feuilles. Lorsqu’ils n’eurent plus à récolter que de mauvais rejetons sans valeur marchande, il fallut aller chercher l’alfa beaucoup plus loin, d’où une perte de temps et un surcroît de transport qui augmentèrent le prix de la récolte. Aussi lorsque les Anglais furent à même d’aquérir sur d’autres marchés des alfas de qualité supérieure et à des prix inférieurs à ceux de la Tripolitaine, ils ont dû délaisser leurs anciens fournisseurs pour s’adresser aux producteurs qui leur permettaient de réaliser sur leurs achats des bénéfices plus considérables.
- En France, l’alfa exporté d’Algérie ne sert que très peu à la fabrication du papier; nous ne connaissons qu’une usine à Dieppe qui Inutilisé dans ce but. On en fait surtout delà sparterie, principalement aux environs de Marseille, et notamment à Mazargues. Dans cette localité, l’alfa est immergé dans l’eau pendant une certaine- durée, puis tressé à la main par les femmes et les jeunes filles du village. Les tresses ainsi confectionnées sont assez larges; on les coud ensemble au moyen de ficelle d’alfa ; on en fait des paniers à deux anses dits couffins, des poches pour les bêtes de somme, des nattes pour le sol des appartements, des paillassons, etc. Dans le pays, les jadiniers s’en servent comme de liens, et les paysans les utilisent pour mettre en faix les sarments qu’ils apportent au marché.
- En Angleterre, au contraire, presque tout l’alfa exporté d’Algérie est utilisé pour la fabrication du papier. Il suffit, pour en faire de la pâte à papier, de le hacher, puis de le traiter pendant six ou huit heures par une dissolution de soude caustique. La partie ligneuse qui reste est lavée et blanchie par les décolorants ordinaires ; mêlée ensuite à une petite quantité de pâte de chiffon, elle produit un papier excellent. La Compagnie Lloyd’s weekly newspaper est celle à qui revient d’avoir introduit l’alfa d’une façon presque exclusive dans certaines papeteries anglaises; aujourd’hui, les trois quarts des journaux d’Ecosse sont imprimés sur papier d’alfa.
- L’exportation d’Algérie est considérable. Jusqu’en 1875, elle a exporté près de 300 tonnes de cette précieuse graminée, représentant une valeur marchande de plus de 35 millions. Depuis 1875 jusqu’à aujourd’hui, la quantité totale exportée atteint près de 828 millions de kilogrammes, ainsi que le prouve le tableau suivant, et va toujours augmentant d’année en année :
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- Exportation de l’alfa d'Algérie des différents ports de la côte.
- années. ALGER. BONE. ORAN. PHILIPPEVILLE. TOTAL.
- 1875 265 696 500 804 56 976 943 20 154 57 763 597
- 1876 563 360 » 57 953 735 242 690 58 759 785
- 1877 1 563 040 779 600 66 159 504 254 847 68 756 991
- 1878 1 204 844 408 485 58 929 246 207 081 60 749 656
- 1879 1 998 830 4 000 60 232 328 350 825 62 585 983
- 1880 3 036 151 741 005 75 929 931 1 189 085 80 896 132
- 1881 4 376 115 465 030 68 570 203 4 149 402 77 560 750
- 1882 6 995 191 1 072 003 73 040 949 4 591 508 85 699 741
- 1883 6 136 883 1 191 200 66 949 766 8 141 922 82 419 771
- 1884 3 321 458 390 200 82 022 978 10 475 367 96 210 003
- 1885 2 249 407 657 850 88 264 832 5 373 121 96 545 210
- Totaux... 31 710 975 6 210 117 755 030 415 34 996 052 827 947 619
- Dans ces dernières années, la majeure partie des produits exportés a été livrée à l’Angleterre et à l’Espagne ; la France ne tient qu’une faible part dans cette exploitation. Cependant, la fabrication du papier d’alfa pourrait, ce nous semble, facilement se développer dans notre pays, car le traitement de cette graminée est intimement lié à la fabrication de la soude et des chlorures décolorants, et il semblerait naturel que cette industrie vînt se fixer sur les bords de la Méditerranée, à proximité des puissantes fabriques de produits chimiques de Marseille. Mais, pour réussir complètement, les fabriques de pâte d’alfa devraient être des annexes de celles des produits chimiques, etnon pas des usines spéciales. De cette manière, l’économie porterait sur les facteurs les plus importants : la soude et le chlorure. Il y aurait avantage encore à se placer au bord de la mer, afin d’éviter la coloration que les produits de débouillissage de l’alfa donnent aux cours d’eau dans lesquels on les rejette. Il semble, d’ailleurs, qu’on aurait tort de transformer ce textile en pâte dans les ports mêmes de l’Algérie,‘pour l’expédier sous cette forme en France et en Angleterre; car il faut tenir compte du peu d’avancement de l’industrie proprement dite dans la colonie, et aussi de ce fait que la pâte d’alfa, retenant de 20 à 25 pour 100 d’eau, pourrait s’échauffer ou s’avarier pendant le trajet. Il n’est pas douteux, à notre avis, que la consommation déjà considérable de cette graminée ne doive prendre encore à bref délai des proportions plus grandes.
- [Génie civil.)
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- CHIMIE INDUSTRIELLE. — FEVRIER 1887.
- CHIMIE INDUSTRIELLE.
- EXTRACTION DU SUCRE DES MÉLASSES (PROCÉDÉ LEFRANC), PAR M. LÉONCE LISTRE.
- Le Génie civil publiait dernièrement (1) une étude sur la sucraterie. Cette industrie, qui va commencer seulement à se développer en France, a donné lieu depuis longtemps à de nombreuses recherches, et c’est principalement en Allemagne qu’on a appliqué divers procédés d’extraction du sucre des mélasses.
- On peut classer tous ces procédés en deux catégories : les uns doivent être appliqués dans des établissements spéciaux, tels que les procédés à la baryte, à la strontiane, etc.; les autres peuvent être annexés à la sucrerie, sans de très grands frais. L’avenir est, croyons-nous, à ces derniers, qui permettent aux fabricants de sucre d’extraire de la betterave tout le sucre qu’elle contient, sans avoir recours à des industries parasites.
- Le procédé de M. Lefranc repose sur deux réactions chimiques, d’après lesquelles on doit pouvoir théoriquement extraire de la mélasse tout le sucre qu’elle contient, en le combinant à la chaux.
- Première opération. — La mélasse est d’abord diluée avec une certaine quantité d’eau, puis saturée à froid par de la chaux vive réduite en poudre. Une certaine quantité de cette chaux est dissoute, et une autre partie reste en suspension dans la mélasse diluée. On sépare cette chaux en excès par une filtration, et il reste un liquide sucré saturé de chaux.
- L’analyse démontre que dans ce liquide il s’est formé un sucrate bibasique de chaux, C12 H11 0“2 Cao, qui est soluble. Si on élève la température de ce liquide, il commence bientôt à se troubler, et, quand on atteint l’ébullition, la précipitation est complète; il s’est formé du sucrate tribasique de chaux insoluble à cette température.
- La formule de cette réaction est la suivante :
- 3 (G12 H11 0“ 2 Cao) = (G12 H“ O11 3 Cao) + G12 H11 O11.
- Le précipité que l’on obtient ainsi doit être séparé de ses eaux-mères. Pour cela, on le fait passer dans des filtres-presses, au moyen de monte-jus ou de pompes. On obtient ainsi des tourteaux de sucrate, dans lesquels on retrouve les deux tiers du sucre contenu dans la mélasse.
- Les eaux-mères qui s’écoulent des filtres-presses contiennent donc encore un tiers du sucre primitif; il faut extraire complètement ce sucre, et, dans ce but, on a recours à une seconde réaction.
- Deuxième opération. — Les eaux-mères, après refroidissement, sont saturées de
- (i) Voir le Génie civil, tome VIII, n° 24, p. 379.
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- chaux j il se forme un sucrate bibasique comme précédemment. On ajoute dans le liquide une quantité de chlorure de calcium correspondant à un équivalent de chaux nécessaire pour former un sucrate tribasique. On décompose le chlorure de calcium par la soude caustique, et la chaux, à l’état naissant, se combine avec le sucrate bibasique pour former le sucrate tribasique insoluble.
- On peut exprimer cette réaction par la formule suivante :
- G12 H11 O11 2 Cao + Ca Cl 4. Nao = C12 Hu O11 3 Cao + Na Cl.
- Le précipité qui s’est formé aussitôt après l’addition de la soude est encore recueilli dans des filtres-presses, et les eaux-mères de ce nouveau précipité sont rejetées. Ces secondes eaux-mères contiennent très peu de sucre, et la perte qui en résnlte est très faible ; c'est d’ailleurs la seule perte que l’on ait à subir.
- Les sucrâtes obtenus sont tous deux tribasiques, mais ils contiennent des impuretés dont il faut les débarrasser. Dans ce but, ils sont réduits en pâte dans un malaxeur et délayés avec de l’eau à 70 ou 80 degrés environ. Après ce malaxage, on fait passer de nouveau aux filtres-presses, et on obtient ainsi un sucrate qui sert, après avoir été réduit en lait, à défalquer le jus de la betterave.
- Les eaux de lavage qui proviennent de ce dernier passage aux filtres-presses ont une pureté égale à celle de la mélasse, et par conséquent peuvent servir à diluer la mélasse qu’on doit mettre en œuvre. En utilisant ainsi ces eaux, on récupère sans frais le sucre qu’elles contiennent.
- On n’a donc, comme frais, pour extraire le sucre de la mélasse par ce procédé, que ceux nécessaires à la formation du sucrate.
- On isole ainsi, des sels et des matières organiques contenus dans la mélasse, 95 pour 100 de sucre primitif.
- Voici une moyenne d’analyses de ce sucrate :
- Eau............................................... 75,10
- Sucre............................................. 15,50
- Chaux.............................................. 8,00
- Divers............................................. 2,40
- 100,00
- Pureté............................................ 91,70
- En carbonatant ce sucrate, on a obtenu une très belle masse cuite dont la pureté réelle était de 92. Le turbinage de cette masse cuite a donné du sucre blanc identique à celui qu’on extrait directement de la betterave, comme blancheur et comme cristallisation.
- Ce procédé va donc permettre aux fabricants de sucre de faire un pas de plus dans la voie du progrès, car l’installation en est très simple et les résultats excellents.
- (Génie civil.)
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
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- FÉVRIER 1887.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Sur un nouvel alliage d’aluminium, par Iff. Bourbouze. — Les applications de l’aluminium se sont développées depuis la découverte de H. Sainte-Claire Deville; mais ce métal en aurait eu de plus nombreuses encore, si l’on avait su le souder comme on soude les autres métaux ou leurs alliages. Au mois de juin 1884, j’ai fait connaître à l’Académie un procédé permettant d’effectuer une soudure solide de l’aluminium, qui est entré dans la fabrication des instruments d’optique. Toutefois, la difficulté du travail de l'aluminium obligeait encore à employer le laiton pour les garnitures intérieures destinées à recevoir les bagues des rentrants. Toutes les difficultés disparaissent, si l’on remplace l’aluminium par un alliage d’aluminium et d’étain, et, en particulier, par celui qui résulte de la fusion de 10 parties d’étain et de 100 d’aluminium. Cet alliage, plus blanc que l’aluminium, a une densité de 2,85, peu supérieure à celle du métal pur; il peut donc, aussi bien que l’aluminium, servir à la construction de tous les instruments qui exigent une grande légèreté. Son inaltérabilité à la plupart des agents est supérieure à celle de l’aluminium, comme aussi la facilité de son travail ; enfin, il est possible de le souder aussi facilement que le laiton, sans aucune préparation spéciale.
- On voit donc que l’alliage nouveau, par l’ensemble de ses propriétés, est destiné à élargir singulièrement le cercle d’applications de l’aluminium.
- (Comptes rendus de l’Académie des sciences.)
- Un nouveau téléphone. — Beaucoup de gens qui n’ont besoin de leur téléphone que deux ou trois fois par jour trouvent illogique de payer le même abonnement que ceux qui s’en servent trente ou quarante fois par jour.
- Pour donner satisfaction à cette catégorie de personnes, on vient d’inventer une nouvelle disposition très ingénieuse, qui a été imaginée par MM. Rose et Rein.
- Chaque fois qu’un abonné se sert de son téléphone, il dépose de suite 5 cents (25 centimes) dans une sorte de tirelire placée au-dessus du transmetteur.
- Quand on désire établir la communication, on glisse une pièce de 5 cents en nickel dans la partie supérieure de la boîte, et on enlève le téléphone de son crochet.
- Par ce fait seul, l’appel est envoyé automatiquement au bureau central ; de sorte qu’on n’a pas besoin de sonner.
- A la fin de la conversation, on n’a qu’à replacer le téléphone pour faire tomber la
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- pièce de 5 cents dans une autre boîte inférieure, et en même temps la ligne est interrompue automatiquement.
- Jusqu’au moment où le téléphone est remis en place, la pièce de monnaie est suspendue et, dans une certaine mesure, sous le contrôle de l’opérateur, au bureau central ; c’est-à-dire que si le numéro demandé est déjà occupé, l’employé peut faire glisser la pièce sur le plateau incliné à gauche du bouton d’appel, en appuyant en même temps sur celui-ci. De cette façon, l’abonné ne paie qu’en raison du service qui lui est rendu.
- Dès que l’employé dit à l’abonné qu’il ne peut pas lui donner la communication qu’il désire, ce dernier appuie sur son bouton d’appel, et sa pièce de monnaie lui est restituée.
- Ce nouveau service, basé sur un principe d’équité indiscutable, se recommande à tout le monde et provoque un enthousiasme très naturel.
- Des précautions sont prises pour empêcher toute malhonnêteté de la part de ceux qui se servent du téléphone.
- La fente est exactement assez large pour donner passage à une pièce de 5 cents en nickel ; la pièce de 2 cents, en cuivre, est trop large ; les pièces de 1 et de 3 cents sont trop petites et trop légères ; elles passeraient dans la deuxième boîte, sans établir de communication.
- Plus de deux cents de ces appareils automatiques fonctionnent actuellement à Saint-Louis, à la satisfaction de tout le monde.
- (La Lumière électrique.)
- Note sur les conditions d’emploi de l’acier dans les ponts métalliques à poutres droites, en France. — Jusqu’à présent, le fer a été employé, en France, dans les ponts métalliques à poutres droites dans des conditions uniformes et réglementaires de travail.
- On admettait une limite supérieure de 6 kilogrammes par millimètre carré pour le travail dans la résistance, soit à l’extension, soit à la compression.
- On imposait, de plus, une limite d’élasticité de 15 kilogrammes par millimètre carré, et de 35 kilogrammes pour la résistance à la rupture.
- La question de l’emploi de l’acier dans des conditions analogues de limite de travail et d’élasticité devait forcément se poser aussi.
- L’emploi dans les constructions civiles, notamment dans les ponts, d’un métal plus résistant, conservant néanmoins la qualité indispensable de l’homogénéité, est évidemment d’un grand intérêt au point de vue de l’art de l’ingénieur. Cette question est résolue à l’étranger, où l’acier rend de très grands services pour les ponts de très grandes portées. Elle doit l’être en France.
- Le problème est, d’ailleurs, déjà considéré comme résolu par l’artillerie et la marine françaises. L’homogénéité de l’acier fondu ne fait plus de doute, et la limite d’élasti-
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- PROCÈS-VERBAUX. — FEVRIER 1887.
- cité qu’on lui demande est de 22 kilogrammes par millimètre carré de section transversale.
- Il n’y avait aucune raison pour ne pas étendre aux ponts métalliques l'emploi d’un métal homogène très doux, élastique, défini par les conditions suivantes :
- Limite d’élasticité, 24 kilogrammes par millimètre carré;
- Résistance à la rupture, 44 kilogrammes;
- Allongement minimum avant rupture, 24 pour 100;
- L’acier doit être fondu, et le travail à chaud, après le laminage, c’est-à-dire après les épreuves faites sur les pièces, est exclu en principe.
- L'emploi de l’acier dans ces conditions a été proposé dans un projet de pont métallique à poutres droites présenté au Conseil des ponts et chaussées.
- Le projet comprenait deux ponts, l’un de 57 mètres de portée effective, l'autre de 13 mètres d'ouverture, prévus sur la ligne de Tours à Sargé (M. Prompt, ingénieur en chef; M. Mazoyer, ingénieur ordinaire).
- Une décision ministérielle du 3 octobre 1885, rendue sur l’avis conforme du Conseil des ponts et chaussées, vient d’approuver ce projet et d'en autoriser l’adjudication ; elle donne ainsi une consécration officielle à l’emploi, dans les travaux publics, de l’acier fondu, comme métal résistant aussi bien à l’extension qu’à la compression.
- Un pont en arc de cercle, où les arcs de cercle seuls sont en acier, et où, par suite, l’acier ne travaille qu’à la compression, a été déjà approuvé, et il est en cours d’exécution.
- (Annales des ponts et chaussées.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 1A janvier 1887.
- Présidence de M. Becquerel, Président.
- M. Genard, rue du Chaudron, 9. — Projet d’éclairage électrique de la Ville de Paris. Création de chutes-tuyaux par le cours de la Seine. (Arts économiques.)
- M. Amédée Marteau. — Brochure intitulée : l’Industrie houillère en France : Capital, Travail. (Commerce.)
- M. Auguste Érard, contremaître à la papeterie d’Honfleur, Calvados. — Humec-teuse universelle perfectionnée destinée à humecter le papier sans fia et les étoffes pour les fabriques d’apprêts. (Arts mécaniques.)
- M. Lachaud, peintre, passage Corbeau, 3. — Appareils puiseurs. — Demande d’une annuité de brevet. (Arts mécaniques.)
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- PROCÈS-VERBAUX. FÉVRIER 1887.
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- M. Ott, publiciste, boulevard Sébastopol, 29. — Dessin et modèle d’une scie articulée. (Arts mécaniques.)
- M. Aubert, constructeur-mécanicien, rue Claude-Vallefaux, 4. — Moissonneuse. (Agriculture.)
- MM. Francq et Mesnard, avenue du Coq, 3. — Robinets et soupapes de retenue de vapeur. (Arts mécaniques.)
- M. Léon Labeyrie, garde-mine principal, rue d’Allemagne, 120. — Obturateur sphérique automatique de conduite de vapeur. (Arts mécaniques.)
- M. Simonot, rue Patay, 97. — Cuve ou compresseur d’air pour l’élévation des liquides de consommation. (Arts mécaniques.)
- M. le Préfet de la Seine adresse une Notice sur les bibliothèques d’art industriel récemment créées par la Ville de Paris. (Commission du Bulletin.)
- M. de Bange adresse une rectification faite par M. le Ministre de la guerre, qui constate que les accidents survenus dans les manœuvres du 15e corps d’armée sont indépendants du matériel employé.
- M. Latif, mécanicien, rue du Nord, 3, àlvry, Seine. — Machine à incendie, projecteur-élévateur des eaux et liquides. (Arts mécaniques.)
- M. Albert Bivaud, à Mulhouse. —Lettre relative à ses présentations antérieures concernant le traitement des vignes malades. (Agriculture.)
- M. Dietz-Monnin, ^sénateur, président de la Chambre de commerce de Paris, adresse l’extrait du procès-verbal de la séance du Conseil d’administration de la Société d’encouragement pour le commerce français d’exportation, en date du 24 novembre 1886, ainsi que le Rapport présenté à l’Assemblée générale du 3 décembre 1886. (Commission du Bulletin.)
- M. Decombe, vice-président de la Commission de l’Exposition de Rennes, annonce qu’une Exposition régionale des beaux-arts et des arts industriels s’ouvrira, à Rennes, à l’occasion du Concours régional agricole de 1887, le 5 mai prochain, et sera close le 20 juin suivant.
- Le Comité de direction du journal « VIndustria », à Milan, demande l’échange de sa publication contre le Bulletin de la Société. (Commission du Bulletin.)
- La Société des agriculteurs de France, avenue de l’Opéra, 21, annonce qu’une réunion spéciale du Conseil, à laquelle seront invités les représentants des Sociétés et des Comices, sera tenue le lundi 7 février, à rHôtel-Continental, à neuf heures très précises du matin.
- La Société nationale d'horticulture de France annonce qu’elle tiendra un Congrès au mois de mai, en même temps que son Exposition générale, dont la date sera ultérieurement indiquée.
- M. le Secrétaire fait part du décès de M. Philippe-Émile Leroy, directeur de la manufacture de produits chimiques de la Compagnie de Saint-Gobain, à Chauny, et membre de la Société.
- Tome II.
- 86e année. 4e série. — Février 1887.
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- PROCÈS-VERBAUX
- FÉVRIER 1887.
- M. Édouard Simon présente, au nom de M. Henry Couriot, une brochure intitulée : la Législation des mines, examen du projet du gouvernement tendant à la révision des lois sur les mines. (Commerce.)
- M. Simon fait hommage à la Société d’une brochure qu’il vient de publier sous le titre de : le Travail coopératif aux Etats-Unis.
- M. Bunel, membre du Conseil, fait hommage à la Société de la deuxième édition de son Traité des établissements insalubres, incommodes ou dangereux.
- M. le Président remercie MM. Simon et Bunel du don de ces ouvrages, qui seront déposés à la bibliothèque.
- M. Frédéric Weil. — Brochure intitulée : Nouveau procédé du dosage volumétrique du zinc en poudre gris dé ardoise de la Vieille-Montagne. (Arts chimiques.)
- M. Hugo Lechnert, à Berlin. — Brochure sur le houblon, sa culture, son emploi, etc. (Agriculture.)
- M. Gaëtano Cantoni, professeur à l’Institut Lombard. — Brochure sur les résultats obtenus par l’École supérieure d’agriculture de Milan pour combattre le peronospora de la vigne*
- La Vigne, traité pratique et rationnel, par M. V.-S. Adam.
- Annuaire statistique de la province de Buenos-Ayres, publié sous la direction du Dr Émile-R. Coni, 5e année, 1885.
- Ces ouvrages seront déposés à la bibliothèque.
- Nomination de membres de la Société. — Sont nommés membres de la Société :
- M. Petit, ingénieur-mécanicien, à Paris, présenté par MM. Simon et Tresca;
- M. Boudenoot, ingénieur civil, à Paris, présenté par MM. Brüllet Tresca;
- M. Gaston Pouleuc, fabricant de produits chimiques, à Paris, présenté par M. L. Appert;
- M. Henry Pereire, ingénieur des arts et manufactures, à Paris, présenté par MM. Ed. Becquerel et Legrand;
- M. le Président fait part au Conseil de la demande qui lui a été faite par MM. Lenoirt Boudenoot, Henry Pereire, d’être autorisés à verser la somme de 500 francs pour remplacer leur cotisation annuelle.
- Cette autorisation est accordée par le Conseil.
- Rapports des comités. — Déclaration de vacance. — M. Legrand, au nom de la Commission des fonds, demande au Conseil de déclarer une vacance dans cette Commission, par suite du décès de M. Thirion,
- Cette vacance est déclarée par le Conseil.
- Statistique graphique. — M. Lavollée fait, au nom du comité de commerce, un Rapport sur Y Album de statistique graphique de 1885, publié par le Ministère des travaux publics.
- Le comité de commerce s’associe pleinement à l’avis favorable exprimé par M. le colonel Goulier lors de la présentation du septième volume de Y Album graphique. Il
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- PROCÈS-VERBAUX. ---- FEVRIER 1887. 127
- demande que la Note lue dans la séance du 26 novembre dernier soit insérée dans le Bulletin de la Société, ainsi que le présent Rapport.
- Ces conclusions sont adoptées.
- A la suite de ce Rapport, M. Lavolle'e rend compte de l’examen qui a été fait par le comité de commerce d’un Mémoire sur les Habitations ouvrières, par M. E. Cheys-son, ingénieur en chef des ponts et chaussées ; ce Mémoire a été présenté au Conseil par M. le colonel Goulier dans la séance du 26 novembre 1886. — Le comité a très favorablement apprécié ce travail, qui renferme une étude complète de la question. S’il n’a pas jugé devoir en faire l’objet d’un Rapport écrit, c’est que déjà, en 1882, il a présenté au Conseil un Rapport développé sur les logements d’ouvriers à la suite des communications de M. Violette sur les cités ouvrières de Lille, et de M. Émile Cacheux sur les maisons ouvrières de Paris. L’étude de la question se présentera lorsque l’établissement projeté du chemin de fer métropolitain aura facilité les communications entre l’intérieur de Paris et les quartiers extrêmes.
- A la suite de cet exposé, le Conseil décide que le Mémoire de M. Cheysson sur les Habitations ouvrières sera renvoyé à la Commission du Bulletin, qui indiquera les extraits à faire dans cette publication ; le comité de commerce en a signalé le mérite et l’utilité.
- Communications. — Obturateur de vapeur. — M. Haton de la Goupillière, vice-président, présente à la Société, avec les explications à l’appui, le clapet obturateur automatique de vapeur, appelé clapet-pendule, de la part de l’auteur, M. Paul Carette, ingénieur, à Hamégicourt (Aisne).
- Hélice propulsive. — M. Haton de la Goupillière présente également une brochure dont il fait l’analyse, et qui est relative à l’hélice propulsive à oscillations de M. Yagn, à Saint-Pétersbourg.
- M. le Président remercie M. Haton de la Goupillière de ses communications, qui sont renvoyées au comité des arts mécaniques.
- Procédés cryptographiques. — M .de Luynes, membre du Conseil, présente, de la part deM. Schlumberger, chimiste, rue Rausset, 1, une méthode, dite cryptographique, qui a pour objet d’empêcher, non seulement la falsification des papiers fiduciaires, mais aussi d’en constater sur-le-champ l’authenticité en utilisant les réactions de certains sels. M. de Luynes dépose en même temps sur le bureau six échantillons différents de papiers cryptographiques de diverses nuances.
- Emploi du mica. — M .de Luynes présente également, de la part de M. Schlum-berger, une Note sur un emploi nouveau des déchets de mica appliqués à la fabrication des papiers peints. C’est à M. Danois que l’on doit les premières et sérieuses applications de ces produits à la fabrication du papier peint. De nombreux échantillons de ces papiers sont déposés sur le bureau ; ils présentent l’aspect du satin de soie, et imitent les tentures de soie damassées, que les tapissiers ont toujours tant de peine à faire rassortir avec les papiers peints.
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- M. le Président remercie M. de Luynes de ses communications ; il renvoie la première au comité des arts chimiques, et la seconde au comité des beaux-arts.
- Régulateur de vitesse. — M. Lenoir fait la communication suivante :
- L’appareil que j’ai l’honneur de présenter à la Société d’encouragement se place entre le moteur et l’outil, et a pour but de corriger les irrégularités du moteur.
- Prenons comme exemple un moteur à gaz Lenoir et à compression marchant à la vitesse de 180 tours à la minute, ou 3 tours par seconde, et une machine Gramme tournant à la vitesse de 1200 tours et produisant 40 volts et 22 à 23 ampères, ce qui suffit à l’alimentation d’une quinzaine de lampes à incandescence.
- Dans une marche idéale, la lumière sera parfaitement fixe, et on pourrait représenter le travail accompli par une ligne droite horizontale.
- Mais le moteur ne donne qu’un seul coup utile pour 2 tours de volant.
- Il en résulte fatalement des oscillations dans la vitesse, dont on pourrait représenter l’influence par la courbe ondulée A.
- Les variations du régime normal sont, en outre, accompagnées de variations plus intenses encore, tenant au réglage du moteur.
- En effet, le moteur, dont la force doit être, pour un bon travail, légèrement supérieure à la résistance à vaincre, verra bientôt sa vitesse s’accroître et monter, par exemple, jusqu’à 182 tours par minute ; à ce moment, l’action du régulateur fera manquer l’introduction du gaz dans le cylindre; il n’y entrera que de l’air, et, par suite, il n’y aura pas de déflagration, et la vitesse du moteur se ralentira jusqu’à 177 tours, par exemple.
- La régulateur cessant alors son effet, le moteur reprendra ses allumages, et, sollicité par un coup de piston de 1 300 à 1400 kilogrammes, reviendra peu à peu à sa vitesse normale, puis la dépassera, et les phénomènes se reproduiront ainsi que nous bavons indiqué.
- Ces variations dans la vitesse du moteur, soit 4 à 5 tours par minute, seront plus accentuées sur la dynamo, qui est animée d’une vitesse bien plus considérable ; elles pourront atteindre 30 à 32 tours.
- C’est pour remédier à l’influence de ces variations de vitesse et assurer la production d’une lumière très uniforme que je propose l’appareil suivant :
- Il se compose d’un arbre intermédiaire horizontal muni d’un volant et d’une poulie fixe actionnant la machine électrique, et d’une seconde poulie qui, grâce à un encliquetage, peut être rendue fixe ou folle.
- Elle est fixe quand la vitesse augmente.
- Elle est folle quand la vitesse diminue.
- Dans ce dernier cas, c’est la force accumulée dans le volant qui fait seule tourner l’arbre intermédiaire et la dynamo. Si elle est convenablement réglée, le mouvement pourra se continuer sans ralentissement sensible pendant deux ou trois secondes, quand il n’en faudra qu’une ou deux au moteur pour reprendre sa vitesse normale.
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- Il la retrouvera d’autant plus vite que son travail résistant est supprimé momentanément.
- Dans ce cas, l’effet produit peut être représenté par la courbe B.
- Cet appareil est d’autant plus utile que le moteur a un travail plus irrégulier, comme est le moteur à gaz à compression, qui ne travaille qu’un coup sur deux du piston.
- Avec la disposition de mon premier moteur, qui est à double effet et qui donne deux coups de piston par tour du volant, on arriverait, en le complétant par mon nouvel appareil régulateur, à une fixité propre absolue.
- L’emploi de moteurs à deux cylindres produit ainsi une amélioration dans la régularité de la lumière.
- Évidemment, l’emploi de l’appareil que je viens de vous décrire pourrait être avantageux, non seulement pour la production de la lumière électrique, mais aussi dans tous les cas où l’outil a besoin d’un parfait réglage.
- Si les membres de la Société d’encouragement désirent voir cet appareil mis en service, ils pourront en étudier le fonctionnement dans les ateliers de MM. Rouart frères et comp., où il est installé.
- M. le Président remercie M. Lenoir de sa communication, qui est renvoyée au comité des arts mécaniques.
- Appareil de distillation et de rectification. — M. Louis Béchaux, rue de Beaune, 5, à Paris, fait une communication sur son nouveau système d’appareil de distillation et de rectification continues par le bain-marie.
- Cet appareil opère la distillation ou la rectification en deux minutes, d’une manière méthodique et rationnelle, par le simple écoulement du liquide à distiller ou à rectifier en mince couche dans des tuyaux plats rectangulaires à section rectangulaire, avec dispositions intérieures spéciales, lesquels sont disposés dans un réservoir bain-marie communiquant la chaleur modérée que l’on désire pour la distillation.
- Cet appareil, fonctionnant sans chaudière de distillation et sans colonne à plateaux, supprime la longue ébullition du liquide à distiller dans la chaudière, ainsi que le barbotage des vapeurs de l’alcool, qui se dégagent dans les liquides infects qui garnissent les plateaux d’une colonne de distillation et qui proviennent de la rétrogradation des huiles essentielles et des essences lourdes.
- L’appareil Béchaux donne des produits très fins, de même force alcoolique et de même goût pendant tout le temps du travail; il permet de traiter avec le même appareil de petites ou de grandes quantités, et d’arrêter ou de recommencer le travail à volonté; il fonctionne sans aucune pression, et supprime ainsi les dangers d’explosion des chaudières,
- Un petit appareil d’un prix très modéré donne d’aussi bons résultats qu’un grand, et remplacera avec avantage le matériel compliqué et très coûteux que les petits agriculteurs ne pouvaient pas se procurer.
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- M. le Président remercie M. Béchaux de son intéressante communication, qui est renvoyée au comité des arts économiques.
- Armure pour métiers. — M. Rocques, ingénieur, présente une armure pour métiers à tisser, dite armure double tour pour lisières centrales système Gaillard et Remy. Cette armure a pour but de confectionner des lisières centrales indécousables. Elle permet, par conséquent, de templer plusieurs pièces sur un même métier, tout en obtenant, après coupage, des pièces distinctes ayant à leurs deux bords une lisière ne pouvant se découdre. M. Rocques décrit l’appareil qui sert à obtenir ce résultat, et en explique le fonctionnement.
- M. le Président remercie M. Rocques de sa communication, qui est renvoyée au comité des arts mécaniques.
- Panorama-bijou. — M. Philippe Benoist, artiste peintre, impasse Lebel, k, à Vin-cennes, présente un instrument qui a pour but de faire voir, dans une proportion restreinte, en regardant extérieurement avec les deux yeux, un panorama dessiné dans les conditions voulues et tournant autour de son centre. Il a pour objet de produire, par une marche lente, l’impression ressentie par un spectateur placé au centre d’une immense rotonde et tournant sur lui-même pour découvrir tous les points d’un horizon entier reproduits dans un tableau circulaire. M. Benoist donne la description de son appareil, qu’il fait circuler dans l’assemblée.
- M. le Président remercie M. Benoist de sa communication, qui est renvoyée au comité des arts économiques.
- Séance du 28 janvier 1887.
- Présidence de M. Becquerel, Président.
- M. Vincent, à Clichy-la-Garenne , lauréat de la Société, pour une machine à mesurer les tissus, demande la faveur d’une deuxième annuité de brevet. (Arts mécaniques.)
- M. Delaurier, membre de la Société. — Note sur l’éclairage électrique des bords des fleuves et des rivières, à propos de la lettre de M. Paul Bert à M. Marcel Deprez. (Arts économiques.)
- M. Letorey demande l’échange d’un nouveau journal qu’il publie, la Voie nouvelle, contre le Bulletin de la Société, (Bulletin.)
- M. le Secrétaire fait part de la mort de deux membres de la Société : M. Remercier , imprimeur lithographe, ancien président de la Chambre des imprimeurs lithographes, et M. Gast, manufacturier à Isenheim (Haute-Alsace).
- M. le Préfet de la Seine adresse le programme des conférences faites à la Bibliothèque Forney, sur des sujets variés, à partir du 20 janvier.
- MM. Richard frères, constructeurs, impasse Ferrand, 8, Paris-Belleville. —Pyromètre destiné à prendre les températures jusqu’à 2 500 degrés. (Arts économiques.)
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- M. Muller, chef du Bureau des études à la Société de constructions des Batignolles, 69, boulevard Pereire, appelle l'attention du Conseil sur la première application de son système de manivelle hydraulique, qui a fait l’objet d'un Rapport à la date de juin 1885. (Arts mécaniques.)
- M. Natalis Rondot, membre du Conseil, fait hommage à la Société du tome II de son remarquable ouvrage sur les soies. Il offre également une brochure intitulée : Essai sur les propriétés physiques de la soie.
- M. Max de Nansouty fait hommage à la Société du premier volume de sa publication intitulée : l'Année industrielle 1887.
- M. W. Partker Snow, second à bord du Prince-Albert, envoyé à la recherche de sir John Franklin en 1850, adresse une brochure qui contient un résumé de ses expéditions arctiques depuis 1845.
- Siidamerikanischer-Beobachter. — Les champs incultes de l’Amérique comme une solution de la question sociale.
- Ces ouvrages seront déposés à la bibliothèque.
- Nécrologie. — M. le Président annonce la perte douloureuse que vient de faire la Société dans la personne de M. Blavier, inspecteur général des télégraphes, directeur de l’École de télégraphie, membre du Conseil d’administration de la Société. Il exprime tous les regrets du Conseil pour la mort de ce membre éminent, dont l’expérience et l’activité étaient si précieuses pour le comité des arts économiques. Il prie M. Mascart de remettre, pour être inséré au Bulletin, le discours qu’il a prononcé sur la tombe de M. Blavier, et dans lequel il a retracé les nombreux travaux scientifiques de ce regretté collègue.
- Nomination d’un membre du Conseil. — M. le Président ouvre le scrutin pour la nomination d’un membre de la Commission des fonds.
- Le candidat proposé, M. Henry Pereire, ingénieur des arts et manufactures, ayant obtenu l’unanimité des suffrages, est proclamé membre de la Commission des fonds.
- Nomination de membres correspondants étrangers. — M. le Président ouvre successivement le scrutin pour la nomination de deux membres correspondants étrangers.
- M. Jacobsen père, brasseur à Copenhague, est présenté par le Conseil, sur la proposition du comité d’agriculture.
- M. le général Menabrea, ambassadeur d’Italie, est présenté par le Conseil, sur la proposition du comité des constructions et des beaux-arts.
- Ces candidats, ayant obtenu l’unaoimité des suffrages, sont nommés correspondants étrangers, le premier dans le comité d’agriculture, et le second dans le comité des constructions et des beaux-arts.
- Communications. — Procédé de quadrature. — M. Collignon, membre du Conseil, fait une communication sur un procédé graphique de quadrature, et montre
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- l’application qu’on en peut faire à l’évaluation des aires fermées, à la mesure des surfaces, des profils en travers, au tracé de lignes de compensation, à la quadrature des courbes, à la recherche de la vie moyenne, etc.
- M. le Président remercie M. Collignon de son intéressante communication, qui est renvoyée à la Commission du Bulletin.
- Repérage automatique.—M. Vieillemard fils, imprimeur, boulevard de Port-Royal, 97, fait une communication sur un système de repérage automatique. — Dans l’impression polychrome, on superpose ou juxtapose plusieurs couleurs sur la même feuille, comme on le faisait avec les presses à bras. Chacune de ces couleurs s’imprime séparément et successivement. Il est indispensable, pour obtenir de bons résultats, que la feuille de papier occupe, chaque fois qu’elle passe sous la presse, exactement la même position qu’à son passage précédent; de là l’obligation de repérer la feuille d’une façon absolument précise.
- Le procédé de repérage à la main, tel qu’on l’a pratiqué jusqu’à ce jour, dépend uniquement de l’attention de l’ouvrier pointeur, de son coup d’œil et de son habileté à faire coïncider les repères avec les aiguilles ; la presse mécanique n’est pour rien dans cette exactitude. Ce travail, fait ordinairement par des enfants, est très fatigant, monotone, malsain et souvent dangereux.
- M. Vieillemard a imaginé un système de repérage automatique, dont il donne la description, qui rend nulle la part de l’ouvrier, son rôle se réduisant à pousser la feuille de papier contre des butoirs ou taquets, sans qu’il ait à se préoccuper de rien. C’est la presse seule qui, à l’aide des pointes qu’elle actionne, rectifie la position de la feuille et la met en place dans la position rigoureusement exacte qu’elle doit occuper.
- M. le Président remercie M. Vieillemard de son intéressante communication, qui est renvoyée au comité des constructions et des beaux-arts.
- Le Gérant, J.-H. Ginestou.
- Paris. — Imprimerie de Jules Tremblay, rue de l’Éperon, 5 ; M“e Ve TREMBLAY, née Bouchard-Huzard, successeur.
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- 86e année.
- Quatrième série, tome II.
- mars fl887.
- BULLETIN
- DE
- D’EMIÜIiEIIIENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. le colonel Sebert, au nom du comité des arts économiques, sur les compteurs de tours fabriqués par M. Deschiens.
- M. Deschiens, constructeur d’instruments de précision, 123, boulevard Saint-Michel, a présenté à la Société d’encouragement, dans sa séance du 11 juin 1886, une collection nombreuse de compteurs de tours, dont l’examen a été renvoyé au comité des arts économiques.
- M. Deschiens est bien connu de la Société, qui lui a décerné déjà en 1875, sur le Rapport du comte du Moncel, une médaille de platine pour les appareils électriques qu’il a construits, sur les indications de M. Liais, pour l’Observatoire de Rio-de-Janeiro.
- Parmi les objets dont il s’est fait une spécialité, et qui lui ont valu une légitime réputation, se trouvent des compteurs de tours auxquels il a donné des dispositions nouvelles et avantageuses. La vente de ces compteurs a pris surtout un grand essort depuis l’extension qu’a reçue l’emploi des machines dynamo-électriques à marche rapide, et ils doivent leur vogue aussi bien à la commodité de leur emploi qu’à la perfection de leur construction.
- Les compteurs Deschiens, qui peuvent être réduits à un très faible volume, s’adaptent avec facilité aux dispositions les plus variées, et peuvent compter directement, sans échauffement et sans usure appréciable, les révolutions d’axes qui font jusqu a 8000 et 10000 tours par minute. Une force très faible suffit pour les mettre en mouvement, et ils comptent les tours avec régularité, sans erreurs et sans à-coups.
- Ces compteurs présentent, comme d’ordinaire, une série de fenêtres dans
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- lesquelles apparaissent successivement les chiffres qui forment les nombres mesurant les tours faits par l’arbre moteur de l’appareil.
- Dans le fonctionnement des compteurs ordinaires, dont les chiffres sont portés par des cadrans, la principale difficulté de fonctionnement se présente lorsque l’appareil doit enregistrer les reports ou retenues qui viennent modifier les chiffres des unités d’ordre supérieur. Il faut, en effet, pour faire mouvoir les cadrans successifs, des efforts qui croissent rapidement avec le nombre de ces cadrans, et l’on sait que cette difficulté, qui rendait impossible, dans certains cas, la marche de la machine arithmétique de Pascal, n’a été vaincue, dans les machines à calculer du Dr Roth ou de Thomas, de Colmar, que par l’emploi de dispositifs qui décomposent les mouvements de façon à rendre successives les inscriptions des reports, lors même que ces reports viennent accidentellement à se produire, à la fois, sur plusieurs rangs d’unités.
- Dans les numéroteurs, dans lesquels les cadrans qui portent les chiffres sont remplacés par des tambours enfilés parallèlement sur un même axe de rotation, la solution du problème est plus facile, puisqu’il s’agit simplement de rendre solidaires, au moment voulu, les tambours, qui précédemment pouvaient tourner indépendamment l’un de l’autre.
- Mais le système habituellement en usage dans ces derniers appareils ne se prêterait pas à la marche sûre et rapide qui est exigée des compteurs. On sait, en effet, qu’il comporte l’emploi de goupilles qui, logées d’ordinaire dans l’épaisseur de chaque tambour, dans une position correspondant au passage du chiffre zéro, viennent faire saillie au dehors et pénètrent alors dans une encoche du tambour suivant, quand elles sont poussées par une pièce agissant lors du passage du chiffre zéro du tambour précédent. Cette disposition ne peut bien fonctionner qu’avec une vitesse modérée, et n’oppose, d’ailleurs, qu’une résistance insuffisante aux efforts accidentels qui peuvent faire déranger les tambours indépendamment les uns des autres.
- Aussi, tout en adoptant, pour ses compteurs, l’emploi de tambours parallèles enfilés sur un même axe et portant les chiffres inscrits sur leur circonférence, M. Deschiens a dû avoir recours à un système nouveau pour assurer l’entraînement successif de ces tambours.
- Ce résultat est obtenu de la façon suivante (fig. 1 et pl. 14, fig. 4, 5, fi et 7) :
- Les bords juxtaposés de ces tambours, qui sont montés de façon à pouvoir tourner librement sur leur axe commun, sont échancrés de façon à pré-
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- senler chacun, du côté droit, c’est-à-dire du côté des unités inférieures, dix
- entailles placées en regard des chiffres et ménageant entre elles autant de dents d’engrenage, et, de l’autre côté, une seule entaille placée pour tous dans une position identique par rapport au chiffre zéro.
- Un petit arbre parallèle à l’axe de ces tambours porte de petits pignons dentés qui doivent, quand il y a lieu, Fig i. — Compteur de tours. entraîner les tambours.
- Ces pignons sont placés respectivement à hauteur des plans de séparation des tambours successifs, de façon à se trouver chacun à cheval sur deux lam-bours. Us sont pourvus de dents ayant alternativement une épaisseur égale à l’épaisseur même des pignons ou une épaisseur réduite de moitié. Les demi-dents sont placées du côté des bords des tambours, qui sont taillés de façon à former une denture complète. Les bords qui ne présentent qu’une seule entaille sur la circonférence sont, par suite, placés, au contraire, du côté des pignons où les dents présentent, de deux en deux, un excès d’épaisseur. Les pignons sont, d’ailleurs, libres de tourner sur l’axe qui les supporte, et leurs dimensions sont calculées, en tenant compte de la position relative des axes, de telle sorte que deux longues dents consécutives se trouvent presque en même temps tangentes k la circonférence des tambours quand elles ne sont pas engagées dans l’encoche des dixièmes.
- Le premier tambour (pi. 14, fig. 7), qui porte les chiffres des unités, est enfin relié à l’arbre moteur par l’intermédiaire d’une étoile à neuf branches dont les dents s’engagent entre celles de ce tambour, et qui reçoit à chaque tour de l’arbre moteur, par l’intermédiaire d’un excentrique, un mouvement oscillatoire d’une amplitude égale à une division du tambour.
- Il résulte de ces dispositions que le premier tambour avance, par saccades régulières et douces, d’une division à chaque tour de l’arbre moteur.
- D’autre part, les petits pignons, montés fous sur leur axe commun, ne peuvent tourner, ni dans un sens, ni dans l’autre, tant que l’encoche placée dans la position convenable par rapport au zéro ne vient pas se présenter devant celle de leurs grandes dents qui, à ce moment, se présente pour engrener avec le tambour de droite.
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- Mais lorsque cette dent rencontre T encoche, c’est-à-dire lorsque le tambour, en tournant, a dépassé le chiffre zéro, et par suite doit provoquer la marche du tambour suivant, la grande dent, engrenant à la fois dans l’encoche du premier tambour et dans la dent du second tambour, qui se trouve alors en regard de cette encoche, établit à ce moment une liaison entre ces deux tambours.
- Ceux-ci, rendus temporairement solidaires, tournent alors ensemble jusqu’à ce que la grande dent du pignon se dégage de l’encoche commune.
- La grande dent suivante vient alors rencontrer la circonférence du premier tambour et arrêter le mouvement ; mais la petite dent intermédiaire, qui reste en prise avec la denture du second tambour, immobilise complètement ce dernier, qui ne peut ni continuer à avancer ni reculer, et reste ainsi forcément immobile jusqu’à ce qu’une nouvelle encoche, se présentant sur le premier tambour, vienne provoquer un nouveau report d’une unité d’ordre supérieur.
- On voit que, par ce système, on assure ce double résultat : que les pignons servent d’arrêts pour éviter tout lancé ou tout dérangement des tambours en dehors des instants précis oii il y a un report à faire, et que l’entraînement du tambour pour les reports se fait sans chocs et sans nécessiter un effort appréciable, puisqu’il s’agit seulement de bien tourner à la fois deux tambours rendus solidaires, mais ne rencontrant, d’autre part, aucune résistance extérieure.
- Il en résulte aussi que si le nombre marqué est tel que l’addition d’une seule unité doive provoquer la marche de plusieurs tambours, c’est-à-dire si le nombre se termine par une série de 9, le mouvement des tambours qui doivent se déplacer se produit simultanément et sans exiger un effort sensiblement plus considérable, car à ce moment ces tambours se trouvent simplement tous rendus solidaires par les petits pignons qui les clavètent ensemble momentanément, et tournent alors comme s’ils ne formaient qu’un seul tambour et en n’ayant à entraîner avec eux que les masses additionnelles légères formées par les pignons qui sont fixes sur l’arbre qui les porte.
- Il résulte encore de cette disposition que l’on peut obtenir facilement la remise à zéro des tambours, car ces tambours et les pignons étant montés fixes sur leurs arbres respectifs, il suffit d’enlever une clavette qui les maintient rapprochés et engrenés pour que l’on puisse, à la main, faire tourner isolément chaque tambour et chaque pignon, et les amener individuel-
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- lement dans telle position que l’on veut, avant de les faire engrener de nouveau et de les fixer en remettant la clavette.
- La première idée de cette ingénieuse disposition est due à un étranger, M. Taylor, et M. Deschiens se plaît à le reconnaître ; mais la part d’invention que le constructeur a dû apporter au système pour le simplifier et le rendre absolument sûr et pratique est considérable, car il lui avait fallu travailler pendant plus de cinq ans pour amener à la forme définitive le premier modèle de compteur de poche que le comte du Moncel avait, sans le décrire, présenté en 1875 à notre Société comme une nouveauté.
- Depuis lors, M. Deschiens n’a cessé d’apporter à ces compteurs des perfectionnements successifs, qui portent surtout sur les dispositions adoptées pour en faciliter l’emploi et en multiplier les applications.
- Nous examinerons successivement les principaux types qu’il a établis.
- Grands compteurs fixes. — Les premiers compteurs qu’il a construits (fig. â) étaient des compteurs rotatifs, à enveloppe rectangulaire, disposés pour être
- Fig. 2. — Compteur fixe rotatif.
- placés à poste fixe, en reliant par courroie ou par bielle leur arbre moteur à l’axe dont on voulait compter les tours.
- Ces compteurs, qui avaient l’avantage d’être peu volumineux, furent rapidement remarqués pour la sûreté et la facilité de leur marche.
- Ils ont été mis en service dans un grand nombre d’usines, et ont été adoptés notamment par la marine de l’État, qui les emploie dans les arsenaux et à bord des navires. Ils sont aussi adoptés par la Compagnie parisienne du gaz et grand nombre d’autres établissements.
- ;j Le nombre de ces compteurs fabriqués à ce jour s’élève à 6141 ; ce nombre
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- s’applique à des compteurs de 4, 5, 6 et 7 chiffres. En 1885, seulement, leur vente s’est élevée à 580.
- Tous ces appareils peuvent être pourvus du dispositif pour la remise à zéro; ils sont munis de fermetures de sûreté qui les mettent à l’abri des fraudes. M. Deschiens n’a cessé, jusqu’à ce jour, d’y apporter des perfectionnements, et, il y a quelques jours à peine, il vient, pour répondre à des demandes qui lui ont été faites, de créer un type pourvu d’organes automatiques pour la remise à zéro, et qui, au moyen d’organes additionnels des plus simples, peuf provoquer la mise en marche d’une sonnerie d’avertissement lorsque le nombre de tours faits par le compteur atteint un nombre donné (pl. 14, fig. 4, 5, 6, 7).
- Compteurs vélocimètres. — En présence du succès de ces appareils, M. Deschiens a été conduit à établir un modèle portatif qui peut être tenu à la main et indiquer, à un moment donné, la vitesse d’une machine quelconque.
- Il a ainsi réalisé un type de compteur (fig. 3) auquel il a donné le nom de compteur vélocimètre, et qui affecte la forme extérieure d’un chronomètre dont le corps cylindrique serait traversé par un petit arbre horizontal débordant légèrement des deux côtés.
- Sur les extrémités de cet arbre, qui est l’arbre moteur de l’appareil, on peut engager de petits appendices qui permettent de l’adapter aux différents dispositifs de machines donton peut avoir à étudier la marche. Une manivelle D peut servir à l’entraîner à la main.
- Si l’arbre dont on veut mesurer les révolutions présente une de ses extrémités libres, on emploie, soit un pointeau triangulaire en acier trempé B, que l’on appuie sur sa tranche, soit une sorte de champignon creux strié A, dont on coiffe l’extrémité de l’arbre quand ce dernier est de petite dimension.
- Si cet arbre est animé d’un mouvement rapide et présente une excentricité sensible, comme cela arrive souvent pour les machines des filatures, on évite les secousses, qui pourraient être dangereuses pour le compteur, en fai-
- Fig. 3. — Compteur vélocimètre.
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- sant usage d’un bout de tube flexible en caoutchouc, que l’on engage, d’une part, sur l’arbre de compteur, et, de l’autre, sur celui dont on veut étudier le mouvement.
- Enfin, si l’axe ne se présente pas par bout, et si l’on ne veut pas recourir à l’installation d’une commande par bielle ou poulie, on peut encore utiliser un dispositif très simple, dont M. Deschiens livre aussi les éléments avec ses compteurs vélocimètres, et qui consiste dans l’emploi de deux petits
- Fig. 4. — Compteur véloeimètre à contact tangentiel.
- tambours égaux qui se montent sur les extrémités de l’arbre moteur du compteur (fig. 4), et qui permettent d’opérer en présentant cet axe parallèlement, en un point quelconque de l’arbre à étudier, de façon à faire ap puyer simultanément les deux petits tambours sur la surface cylindrique de cet arbre.
- L’axe moteur du compteur est alors entraîné, par l’adhérence des tambours, dans un mouvement de rotation qui se trouve dans un rapport déterminé avec le mouvement de l’arbre étudié, et ce rapport se calcule aisément en fonction des diamètres de cet arbre et des poulies.
- Compteur accouplé à un compte-secondes. — L’emploi des compteurs vélocimètres exige l’adjonction d’un compte-secondes, permettant de noter exactement le temps qui s’écoule pendant la durée d’enregistrement. M. Deschiens livrait d’abord avec ses compteurs des compte-secondes distincts, avec seconde indépendante et remise à zéro; mais quand on se sert de ces compte-secondes ordinaires, il y a une difficulté assez grande à opérer seul avec les deux instruments, surtout quand la vitesse de rotation à mesurer est très grande.
- Pour faire disparaître cette difficulté, M. Deschiens à créé un modèle, d’une
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- disposition très heureuse, qui comporte un compteur de tours accouplé à un compte-secondes (fig. 5), de façon à rendre l’entraînement solidaire.
- Dans cet appareil, le compte-secondes se met en marche aussitôt que l’on exerce une légère pression longitudinale par bout sur l’axe moteur du
- Fig. 5. — Compteur accouplé à un compte-secondes.
- compteur de tours. L’arrêt se produit aussitôt que cette pression cesse ; mais le simple mouvement de rotation de l’axe du compteur de tours ne produit aucune action sur le compte-secondes.
- Ce dernier est toujours, d’ailleurs, à seconde indépendante, avec mouvement de remise à zéro.
- En outre, l’axe moteur qui traverse les deux instruments est disposé de telle sorte que l’on peut agir par pression, à volonté, sur un bout ou sur l’autre, ce qui permet de choisir le bout qui convient pour que le compteur de tours tourne dans le sens convenable, quelque soit le sens de la marche de la machine.
- On conçoit combien cette disposition est commode pour mesurer, à un moment quelconque, la vitesse de rotation d’une machine quand on opère avec le compteur muni du pointeau triangulaire. En appuyant, en effet, ce pointeau par bout sur l’arbre de la machine à étudier, le compteur de tours et le compte-secondes se mettent tous les deux à marcher en même temps, et ils s’arrêtent aussi simultanément quand on cesse d’appuyer. On enregistre donc à la fois le nombre de tours et la durée de l’expérience. Pour faciliter la tenue à la main de l’appareil dans ces opérations, le bout de l’arbre moteur opposé à celui qui a été muni du pointeau reçoit un bouton monté à vis qui protège cet arbre, et permet de tenir le compteur commodément à la main, en l’engageant entre deux doigts.
- Cet appareil, malgré son prix plus élevé et sa date de construction plus
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- récente, est déjà très connu, et est surtout employé pour l’étude des machines dynamo-électriques.
- M. Deschiens a vendu dO compteurs de ce modèle pendant l’année 1885. Compteurs alternatifs. — Les appareils dont il vient d’être parlé sont tous
- des compteurs rotatifs, et l’on avait souvent demandé à M. Deschiens d’adapter ses compteurs à la mesure des mouvements alternatifs, pour permettre,
- par exemple, de mesurer les oscillations d’un piston (fig. 6), compter les mouvements successifs d’ouverture ou de fermeture de portes, ou enregistrer les opérations de personnes chargées de pointer l’entrée ou le passage de piétons ou de voitures, et agissant à chaque fois en pressant sur un bouton (fig. 7 et 8) ou tirant sur un cordon (fig. 9).
- La difficulté consistait à réaliser un organe susceptible de transformer en mouvement de rotation Fig. 7. — compteur poui jeux. ]e mouvement alternatif qui lui se-
- rait imprimé, tout en se prêtant aux variations de force ou d’amplitude de ce mouvement, sans jamais transmettre au compteur des réactions trop
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- vives lorsque la poussée viendrait à dépasser les limites nécessaires pour le fonctionnement.
- M. Deschiens a réalisé très simplement ce programme (pl. 13, fig. 9) par l’emploi d’un petit tambour cylindrique monté sur l’axe moteur du compteur de tours, et qui porte sur sa circonférence une rainure à développement hélicoïdal affectant la forme de deux demi-tours d’hélice tracés en sens inverse, et réunis par leurs extrémités, de façon à former un circuit continu. Ces rainures sont, en outre, prolongées en leur point de rencontre par deux portions rectilignes dirigées suivant les génératrices du cylindre.
- Un bouton porté sur une tige, qui peut coulisser parallèlement à l’axe du compteur, se meut dans cette double rainure (fig. 8). Dans les compteurs les plus simples, cette tige est rappelée dans un sens par un ressort, et elle fonctionne soit en poussant, soit en tirant. Il suffit que l’amplitude de son mou-
- Fig. 8. — Compteur à piston. . 1
- vement soit supérieure au demi-pas de l’hélice que décrit la rainure pour que l’axe du compteur marche d’un tour à chaque mouvement d’oscillation double de la tige ; il fait, en effet, un demi-tour pendant le mouvement en avant de la tige, et complète le second demi-tour dans le mouvement en arrière produit par le rappel du ressort.
- M. Deschiens a disposé les compteurs de ce genre dans des écrins dont le dessus est percé d’une ouverture permettant d’apercevoir les chiffres du cadran et qui laissent, d’autre part, passer l’extrémité de la tige de commande. Il en résulte que l’on peut faire fonctionner l’appareil sans le sortir de son écrin et le faire marcher, par exemple, en le tenant dans la poche.
- M. Deschiens en a disposé d’autres, destinés à être placés à poste fixe (fig. 9), qui fonctionnent par le tirage d’un cordon et sont munis d’une sonnerie tintant à chaque coup.
- Ces derniers appareils, élégants et peu volumineux, peuvent être employés, par exemple, pour compter les voyageurs entrant dans les voitures publiques, pour marquer les coups dans les salles de jeu, etc.
- M. Deschiens a aussi établi un modèle de compteur alternatif dont la tige peut être tournée à volonté de 180 degrés, et être commandée, dans un sens
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- ou dans l’aulre, de façon à présenter les chiffres dans le sens que l’on désire, quelle que soit la position de la machine étudiée.
- Il a appliqué également ses compteurs à des usages variés et les a disposés,
- Fig. 9. — Compteur à sonnerie.
- Fig. 10. — Compteur appliqué à un verrou.
- par exemple, pour enregistrer le nombre des ouvertures d’un verrou ou d une serrure (fig. 10).
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- Cran;* pTureurs^^nées,1
- «^nouveaux types d'appareils sur lesquels il appelle plus par-
- '‘tdl”^s“ grand codeur, de ^ eyMnque à chiffres de 45 millimètres de hauteur, dispose pour permettre
- distance le nombre' d®.^^Tdèmande de la Compagnie parisienne du gaz. nour 'enregistrer le nombre de tours faits par les grands compteurs à gaz de
- Fie-, 11. — Grand compteur cylindrique.
- ses usines principales, et il fait partie d'un système
- effectuant la totalisation des nombres de tours faits par les diff P
- leurs et transmettant à distance les nombres ainsi totalisés.
- LaSociété peut se rappeler que ce problème lui a étéut Ram M. Dumoulin-Froment en a présenté une solution qui a fait 1 objet d un Rap
- nort lu dans la séance du Ü'2 avril 1881.
- P La solution imaginée par M. Deschiens est différente et "f1 ^
- cation d'un appareil qu'il désigne sous le nom de collecteur, et qu il a réa ÏÏ suÎ les indications de M. Gautard, ingénieur-électricien, attache aux usines du Creusot, pour enregistrer à distance, en les tota îsan , es m i
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- vements successifs d’ouverture et de fermeture des portes de chargement, et les coulées des hauts-fourneaux de l’usine.
- Il serait trop long de décrire ici ce dispositif, qui pourra faire l’objet d’une communication ultérieure de M. Deschiens, et je me contenterai de signaler ici l’ingénieuse disposition (fig. 11, et pl. 14, fig. 1, 2 et 3) qui a permis de renfermer, à l’intérieur même des tambours, tous les rouages et les pignons de commande, de sorte que ces tambours, complètement juxtaposés, forment un cylindre d’apparence continue, et surprennent l’observateur par leurs mouvements successifs, dont il ne peut saisir le mode de production.
- Ce résultat est obtenu en constituant ces tambours par de simples couronnes tournant sur des galets portés par des croisillons, montés eux-mêmes sur un axe creux qui enveloppe l’axe moteur.
- Les dentures des tambours, établies sur le même principe que celles des petits compteurs, sont pratiquées à l’intérieur de ces couronnes ; les pignons d’entraînement sont montés sur un axe qui passe entre les branches des croisillons.
- Les tambours sont, d’ailleurs, formés chacun de deux tubes emboîtés, qui peuvent se déplacer l’un sur l’autre pour la remise à zéro ; ce déplacement est réglé par un ressort qui pénètre dans des encoches correspondant aux divisions.
- Par cette disposition, M. Deschiens est parvenu à donner au compteur des dimensions excessivement restreintes, eu égard à la grandeur des chiffres, et les mouvements s’exécutent avec une facilité qui étonne.
- Appareil enregistreur des variations de vitesse. — Le second des nouveaux appareils présentés par M. Deschiens (fig. 12) est un compteur cylindrique complété par un cylindre chronographique recouvert d’une feuille de papier et entraîné par un mouvement d’horlogerie, devant lequel se meut, d’un mouvement alternatif mais continu, un style entraîné avec une vitesse proportionnelle à celle de la machine.
- Le chronographe et le compteur sont tous deux enfermés dans une cage vitrée qui permet de faire les lectures, et dont la fermeture à secret défie les tentatives de fraude.
- Il résulte de la disposition adoptée, que le style trace, sur la surface du cylindre commandé par le mouvement d’horlogerie, des traits alternativement dirigés de gauche à droite et de droite à gauche, et dont l’inclinaison, par rapport aux génératrices, mesure la vitesse de la machine. Les interruptions de ces traits marquent les arrêts de cette machine; les changements
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- d’inclinaison en marquent les changements d’allure, elles heures auxquelles se sont produits ces arrêts ou ces changements sont données par la position
- Fig, 12. — Aj pareil compteur et enregistreur des variations de vitesse.
- des traces correspondantes par rapport à la circonférence du cylindre.
- Il ressort de là que l’appareil peut être employé pour enregistrer toutes,les particularités de la marche d’une machine, sans que le conducteur de celte machine puisse en altérer les indications.
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- Ce résultat est obtenu de la façon la plus simple et à l’aide d’organes dont le fonctionnement ne présente aucune cause de dérangement.
- M. Deschiens a employé, pour produire le mouvement alternatif du chariot, un organe déjà utilisé dans l’outillage des filatures, et qui n’est autre qu’une vis à deux filets croisés, dirigés en sens inverse et également inclinés. Ces filets sont interrompus dans les parties où ils se rencontrent mutuellement, et la vis ne présente ainsi qu’une série de saillies interrompues deux fois à chaque tour ; mais ces saillies, par suite de l’inclinaison des filets, sont cependant assez longues pour toujours guider l’écrou conducteur du chariot. Le système est, en outre, disposé de telle sorte qu’en arrivant à chaque bout de la vis, ce chariot change automatiquement de guide, de façon à repartir vers la gauche aussitôt qu’il est parvenu au bout de sa course dans son mouvement vers la droite, et réciproquement.
- Le mouvement d’horlogerie est habituellement disposé pour faire faire au cylindre enregistreur un tour entier en 14 heures, ce qui correspond à la durée ordinaire des journées de travail, y compris les heures de repos.
- On peut, bien entendu, changer facilement cette durée s’il en est besoin. La feuille de papier porte un quadrillage correspondant, et on la remplace tous les jours.
- On conserve ainsi les traces des enregistrements, avec indication des heures où ils se sont produits.
- Dans les appareils présentés par M. Deschiens, les traces sur les feuilles de papier sont imprimées à volonté, soit à l’encre, soit au crayon de cuivre ou d’argent, sur papier couché au blanc de zinc.
- Lorsque la durée de révolution est réglée pour 14 heures, les traits du papier correspondent habituellement aux quarts d’heure. Le cylindre ayant 70 millimètres de rayon, ils sont écartés de 7 millimètres. La course du style est d’ailleurs de 10 centimètres, de sorte qu’une vitesse linéaire du chariot de 40 centimètres à l’heure, qui est celle que sa course doit parcourir en un quart d'heure, est représentée par une inclinaison de 7/10. On peut d’ailleurs, évidemment, établir entre la vitesse de rotation de la machine et cette vitesse linéaire du compteur telle relation que Ton désire. Il ne s’agit que de faire varier le rapport des engrenages qui relient le mouvement de la vis d’entraînement au mouvement de rotation de l’axe du compteur de tours, lequel, à son tour, peut être relié par une relation simple à ce mouvement de rotation de la machine dont il s’agit d’enregistrer la marche. Le plus sou-
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- vent, les vitesses sont les mêmes, et 1000 tours de la machine font alors parcourir au chariot sa course entière de 10 centimètres.
- Cet appareil donne une marche très régulière et est d’un emploi très commode.
- Compteurs électriques. — Les derniers appareils sur lesquels M. Deschiens appelle l’examen de la Société sont enfin des compteurs de tours électriques, c'est-à-dire des compteurs dont les mouvements sont commandés par des émissions de courants.
- Malgré la difficulté du problème, M. Deschiens a réussi à construire des appareils qui, sans mouvement d’horlogerie, comptent sûrement les mouvements des palettes d’électro-aimants, obéissant elles-mêmes à l’action d’un courant électrique périodiquement interrompu.
- Ces appareils peuvent, par suite, compter, à distance, le nombre de tours d’une machine, si l’on adapte sur cette machine un organe produisant à chaque tour l’interruption d’un courant électrique convenable.
- M. Deschiens a étudié le dispositif à adopter pour produire cet effet dans les meilleures conditions, et il l’a disposé de telle sorte que l’on puisse, suivant la vitesse de rotation de la machine, en régler les dimensions dans des limites convenables pour tenir compte des retards d’aimantation, et pour éviter les effets perturbateurs du magnétisme rémanent.
- Il a établi deux types de compteurs : les uns (pl. 13, fig. 8), ne fonctionnant que par l’action des courants directs, peuvent être employés pour les machines qui ne font pas plus de 600 tours par minute; les autres (pl. 13, fig. 7), fonctionnant sous l’action des courants directs et des courants inverses, peuvent être employés avec des machines faisant jusqu’à 1 500 tours par minute.
- Les compteurs de tours employés dans ces appareils ne sont autres que les compteurs alternatifs ordinaires de M. Deschiens, dont la marche est commandée directement par le mouvement alternatif des palettes d’électroaimants.
- Ces compteurs peuvent être placés dans les bureaux des chefs d’usine ou des ingénieurs, loin des machines dont on veut observer l’allure à distance.
- Il suffit de déplacer une manette pour fermer ou ouvrir le circuit qui les anime, et les mettre en marche ou les arrêter à volonté.
- Le mouvement est donné par une pile à courant constant.
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- M. Deschiens a prévu le cas où la machine viendrait à s’arrêter accidentellement dans une position telle que le contact électrique fût établi en permanence.
- Pour éviter l’usure de la pile qui en résulterait, il a intercalé sur le circuit un interrupteur qui rompt automatiquement ce circuit quand le mouvement de la machine s’arrête, et qui le rétablit aussitôt qu’elle se met en marche (pl. 13, fig. 1 et 4).
- Ces appareils, parfaitement étudiés et construits, dont la marche est parfaitement régulière, paraissent appelés à rendre d’utiles services dans des cas nombreux qui se présentent facilement à l’esprit, et M. Deschiens, en les réalisant, a répondu à un besoin bien des fois signalé.
- Tous les appareils qu’il présente à la Société se font remarquer par l’ingé-~ ’ ' mplicité de leurs dispositions et par une perfection de construction surent la marche facile et régulière.
- riteiü d m peler l’attention parleur caractère commun d’utilité pratique, sont tous de nature h rendre de réels services à l’industrie.
- Aussi voiiu comité vous propose de remercier M. Deschiens de cette intéressante communication, et d’ordonner l’insertion au Bulletin du présent Rapport, avec les figures nécessaires pour faire comprendre les dispositions principales de ces ingénieux appareils.
- Signé : Colonel Sebert, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 26 novembre 1886.
- LÉGENDE EXPLICATIVE DES PLANCHES 13 ET 14, REPRÉSENTANT LES COMPTEURS
- DE M. DESCHIENS.
- Planche 13. — Les figures i, 2 et 3 représentent un appareil transmettant électriquement à distance le nombre de tours d’un arbre. Le compteur associé à cet appareil (fig. 7) est un compteur électrique fonctionnant par interversion de courant.
- A, arbre dont on compte le nombre de tours (fig. 1 et 3).
- B, tambour réglant les émissions et les interruptions de courant avec les lames cr c2, c , c"; il est mis en rapport avec l’arbre A par les engrenages a et b.
- d, lames isolantes en caoutchouc durci.
- C, arbre vertical recevant un mouvement de rotation au moyen des engrenages hélicoïdaux e, /.
- D, D, boules métalliques s’écartant de l’axe sous l’action de la force centrifuge.
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- En s’écartant, elles relèvent le collier E, et celui-ci, par l’intermédiaire de la lame de ressort g, produit un contact électrique en h.
- Cette partie de l’appareil a pour but d’interrompre le courant lorsque l’arbre A ne tourne pas, et d’éviter ainsi une usure inutile de la pile, le contact en h n’ayant plus lieu.
- P, boîte contenant une pile à courant constant. On doit, de préférence, faire usage d’une pile à sulfate de cuivre quand l’appareil doit fonctionner longtemps de suite.
- Le courant partant de la pile suit le chemin indiqué par les flèches, passe par le contact h, arrive à la lame c4, puis à la lame c , d’où il est lancé dans l’électro-aimant du compteur (fîg. 7), revient à la lame c", passe en c2, d’où il retourne à la pile. Quand le tambour B a fait une demi-révolution, le courant de la pile arrivant toujours par la lame cl et y retournant par c2, passe par les lames c" et c' et se trouve lanc é dans l’électro-aimant en sens contraire que précédemment.
- Les figures 4, 5, 6 représentent aussi un appareil transmettant électriquemen' distance le nombre de tours d’un arbre; il diffère du précédent en ce qu’il t fixer directement sur un arbre quelconque. Il est représenté associé à un c, qui, figuré plus en grand (fîg. 8), est un compteur électrique fonctionnai rant direct.
- A est l’arbre dont il s’agit de compter le nombre de tours.
- B, collier fixé sur l’arbre A et portant une roue d’engrenage hélicoïda1
- met le mouvement à l’arbre C chargé d’établir un contact électrique ;
- plus haut. (Les lettres sont les mêmes pour cette partie de l’appareil.) e
- aussi une came a qui soulève un galet b pendant un demi-tour de 1 r ci
- (fîg. 6) produit le contact c, qui permet au courant de passer de er
- P, boîte contenant une pile à courant constant.
- S, support des diverses pièces fonctionnant près de l’arbre A.
- d, lames isolantes.
- Le courant sortant de la pile (fig. 5), ainsi que l’indiquent les flèches, passe en cv c, c2, h, arrive à l’électro-aimant du compteur et revient à la pile.
- Les organes représentés par les figures 1, 2, 3 ou par les figures 4, 5, 6 sont maintenant renfermés dans la boîte même de l’appareil enregistreur (fig. 12 du texte), et se trouvent ainsi à l’abri de la poussière et de tout accident ou tentative malveillante. Trois de ces enregistreurs avec compteur électrique fonctionnent au laboratoire de la marine, à la gare du Nord (atelier des machines dynamos) et au ministère des postes et télégraphes.
- Figure 7, compteur électrique fonctionnant par interversion de courant.
- A, aimant permanent en contact avec les armatures des deux bobines de l’électro-aimant B.
- C, levier oscillant, dans un plan perpendiculaire à la figure, entre les deux armatures D des bobines, et actionnant une roue à rochet R, identique à celui qui est vu
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- de face dans le compteur (fig. 8). Cette roue entraîne l’arbre E qui donne le mouvement aux pièces spéciales du compteur rotatif.
- Figure 8, compteur électrique fonctionnant par courant direct.
- B, B, électro-aimants présentant en D, D des pôles de même nom.
- C, levier oscillant, tantôt attiré par les pôles D, et tantôt ramené par le ressort antagoniste A.
- R, extrémité du levier actionnant la roue à rochet calée sur l’arbre E du compteur rotatif.
- Figure 9, petit compteur de poche à mouvement alternatif. D’après la disposition de la figure, l’appareil fonctionne en appuyant sur le bouton A. Sa tige porte une pièce a engagée dans la rainure hélicoïdale du cylindre B, lequel, par le mouvement de va-et-vient de a, tourne toujours dans le même sens, en ne donnant aux pièces du compter^ qu’un seul mouvement d’avancement.
- La lige portant le bouton A est ramenée à chaque fois dans sa position primitive pat le ressort r.
- L’axe b du cylindre B porte en e une roue qui actionne les pièces du compteur, lequel est un compteur rotatif du type déjà décrit.
- Lorsqu’on veut faire fonctionner le compteur par l’autre extrémité A', de la tige A, on fixe le bouton A en A\ et l’on fait faire un demi-tour à la plaque C fermant le fond de la boîte : la vis d entraîne le ressorte dans une position diamétralement opposée, et la tige ressort du côté A', comme elle sortait précédemment du côté A. L’appareil fonctionne alors en appuyant sur le bouton A'.
- Planche 14. — Les figures 1, 2, 3 se rapportent au grand compteur cylindrique.
- L’appareil se compose d’une série d’anneaux, tels que celui qui est représenté (fig. 2 et 3) ; le mécanisme est logé presque en entier dans ces anneaux.
- A, axe de l’appareil portant le pignon de commande a, lequel engrène avec la roue b placée sur l’axe secondaire.
- B (fig. 1 et 2). Sur cet axe sont fixés une série de pignons c engrenant avec la denture intérieure d des anneaux. Ces anneaux, centrés sur l’axe A, sont maintenus chacun par trois galets g, <?, g, roulant dans une rainure r. Un manchon e fou sur l’arbre A porte les bras auxquels sont fixés ces galets.
- Les pignons c, sauf le premier, ont la particularité, déjà signalée, de présenter, de deux en deux, des dents moins épaisses, de telle sorte que le deuxième, le troisième pignon, etc., n’engrène généralement qu’avec le deuxième et le troisième anneau, tandis que ces pignons ne sont entraînés par le premier et le deuxième anneau qu’à chaque révolution, quand une échancrure intérieure de ces anneaux, faisant une unique denture, vient à rencontrer une dent large des pignons. Dans toute autre position, les pignons cne peuvent tourner, étant retenus par deux de leurs larges dents qui viennent s’appuyer dans le cercle intérieur f de l’anneau voisin.
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- Le premier pignon c est solidaire de la roue b ; tous les autres sont fous sur l’arbre commun B.
- Le cylindre C qui forme enveloppe est muni d’une ouverture longitudinale qui permet de voir un chiffre de chaque anneau. Chaque anneau peut être amené à présenter un chiffre quelconque, ce qui est utile pour ramener le compteur à zéro. Pour cela, la couronne ou la partie intérieure de chaque anneau glisse à frottement sur l’anneau proprement dit, et est maintenue dans chacune des positions qu’elle peut prendre au moyen d’un encliquetage intérieur, qui n’est pas visible sur le dessin. Une clé à deux branches se fixe dans les trous t, £, t (fig. 3) et permet d'entraîner la couronne; l'effort nécessaire est calculé de telle sorte que ces couronnes ne puissent être déplacées par le mouvement du compteur lui-même, quelle que soit la vitesse à laquelle il fonctionne.
- Les figures 4, 3, 6 et 7 représentent le compteur rotatif pouvant transmettre é; > • triquement le nombre de tours à un appareil enregistreur. Le principe de - -s tionnement est le même que celui de l’appareil précédent, il ne diffère ^ .
- sentés dans les figures 1 et 2 du texte que par les organes qui per* •? s
- à zéro presque automatique et par l’avertisseur électrique.
- A, arbre principal portant un pignon B fixé sur un exc
- B, pignon excentré sur l’arbre A; il porte une d^ . mince que
- les autres et engagée dans une échancrure. Par ce mo) ! . ^ ne peut tourner,
- mais il prend un mouvement d’oscillation verticale qu »r ica dents voisines de b à entraîner l’anneau C quand elles entrent dans les éehai ares c.
- C, premier anneau recevant son mouvement d’entraînement du pignon oscillant B. A chaque tour de l’arbre A, l’anneau G avance d’un dixième de tour. Cet anneau porte une autre échancrure ou dent d qui permet aux pignons e d’avancer d’une dent.
- D, D, anneaux semblables à C, mais ne portant pas la denture c, c; ils portent une denture /, f, f, engrenant avec toutes les dents des pignons e, e, e.
- E, E, arbre des pignons e, e, e. Ceux-ci sont fous sur leur axe.
- La figure 4 représente une coupe verticale du compteur; elle ne montre que l’arbre E, E, avec les pignons e, e, e, e. L’appareil est supposé retourné par rapport à la figure 6.
- Dans la position représentée par la figure 6, les pignons e sont immobiles, ainsi que les anneaux D, D...; deux larges dents des pignons sont appuyées sur la partie cylindrique des anneaux, tandis que la dent mince intermédiaire est prise dans la denture de l’anneau suivant.
- Pour ramener le compteur à zéro, l’arbre des pignons E, E se déplace autour de l’axe F, F, comme l’indique la figure 5 ; les anneaux deviennent alors indépendants et tournent à volonté, les pignons e, e, e,e, figure 4, fous sur leur axe, sont pourvus d’une goupille que l’on ramène sur des buttoirs fixés sur une même règle horizontale; puis on compose le nombre sur lequel l’appel par la sonnerie devra se produire,
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- et l’on ramène l’axe E, E portant les pignons dans sa position primitive, tel que le représente la figure 7.
- Chacune des roues portant les chiffres est pourvue sur sa circonférence d’une petite cheville en ivoire t (figures 5 et 7). La position de cette cheville est déterminée de façon à venir presser le ressort du contact ry lorsque le zéro apparaît en dessus du compteur, de sorte que l’appel électrique ne peut se produire qu’à la condition que toutes les roues présentent leur zéro aux fenêtres.
- COMITE DE COMMERCE
- Rapport fait par M. C. Lavollée, au nom du comité de commerce, sur f Album DE STATISTIQUE GRAPHIQUE DE 1885, publié par k MINISTERE DES TRAVAUX pim'es.
- Messieurs, dans sa séance du 26 novembre dernier, le Conseil a renvoyé à l’examen du comité de commerce Y Album de statistique graphique de 1885, publié pur le Ministère des travaux publics.
- Celte publication nous a été présentée par notre collègue M. le colonel Goulier, qui en a signalé le mérite et l’utilité.
- Dans un Rapport approuvé par le Conseil le 22 février 1882, le comité de commerce, chargé d’examiner les premiers volumes de Y Album graphique, a favorablement apprécié les services que peut rendre aux études financières, administratives et économiques le procédé nouveau qui, remplaçant les chiffres par les figures, anime, en quelque sorte, les opérations de la statistique et permet de saisir d’un seul coup d’œil les résultats et les comparaisons. Ce procédé est aujourd’hui appliqué dans les principaux pays, concurremment avec les publications statistiques qui se multiplient partout au profit de l’élaboration des lois. Ce n’est que justice de reporter à notre Ministère des travaux publics le mérite de l’initiative pour la rédaction des albums graphiques et de reconnaître l’habileté avec laquelle le directeur du service, M. Cheysson, s’acquitte de cet important et difficile travail. La statistique illustrée n’est pas moins exacte que la statistique chiffrée, et elle présente l’avantage de rendre plus accessibles et de vulgariser les calculs les plus compliqués.
- Indépendamment des planches de fondation qui s’appliquent chaque année aux mouvements des transports par les chemins de fer ou par les voies navigables, Y Album graphique contient des planches qui s’appliquent à des ordres de faits choisis parmi ceux qui offrent un intérêt actuel. C’est ainsi
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- AGRICULTURE.
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- que Y Album de 1885 nous offre des planches fort intéressantes sur l’exploitation des tramways et sur la circulation parisienne.
- Les planches nouvelles, comme les planches de fondation, se rapportent à peu près exclusivement aux services qui dépendent du Finistère des travaux publics. Il doit en être ainsi, puisque Y Album est publié par ce Ministère. En constatant le succès légitime obtenu par cet Album, nous devons supposer que la Commission supérieure de statistique voudra bien conseiller l’organisation de publications analogues pour les services qui appartiennent à d’autres départements ministériels. Les intérêts financiers, commerciaux et militaires, les progrès de l’enseignement national peuvent être également mis en relief et éclairés par la statistique graphique, dont les traits et les dessins se prêtent aux combinaisons les plus variées comme aux plus larges comm sons. De là naîtrait en même temps la nécessité d’adopter dans chaq pour les services similaires, et dans les différents pays, au point de vu. ; 'a statistique internationale, des procédés semblables d’informations et de 5 culs. On voit, par Y Album de 1885, que, pour la statistique de nos chemins de fer, certains détails très importants n’ont pu être retracés que par approximation, les documents fournis par les Compagnies n’ayant pas été formés d’éléments identiques ni avec une précision suffisante. Le système graphique amènera certainement pour l’ensemble de la statistique, tant en France qu’à l’étranger, une exactitude plus rigoureuse et l’uniformité qui est nécessaire.
- Le comité de commerce s’associe pleinement à l’avis favorable exprimé par M. le colonel Goulier lors de la présentation du septième volume de VAlbum graphique. La Note lue dans la séance du 26 novembre dernier par notre honorable collègue sera insérée dans le Bulletin de la Société, ainsi que le présent Rapport, si le Conseil veut bien l’approuver.
- Signé : C. Lavollée, rapporteur.
- COMITÉ D’AGRICULTURE
- Rapport fait par M. E. Riseer, au nom du comité d'agriculture, sur les puits forés pour la submersion des vignes dans les départements de l'Hérault, du Gard et des Bouches-du-Rhône, par M. Maurice Rousset, mécanicien, à Nîmes.
- Autrefois, on disait que la vigne « aime les collines » et les terrains secs. Mais, depuis que le phylloxéra a ravagé le midi de la France, on est en train de transformer la vigne en plante aquatique; il faut absolument de l’eau
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- pour faire du vin. Pour conserver les anciens cépages français, on submerge les vignobles en hiver, ou bien, comme le font quelques propriétaires, on les arrose souvent pendant la période de végétation. Mais pour cela, il faut, non seulement que ces vignobles soient situés près d’un cours d’eau, mais que ce cours d’eau ne soit pas à sec dans les moments où l’on voudrait y puiser au moyen de machines élévatrices. Quant à faire des dérivations qui amèneraient l’eau par la seule pente d’un canal à ciel ouvert, on en est empêché par des droits d’usage et des lois faites à l’époque où l’on ne pouvait pas encore remplacer les chemins qui montent par des chemins de fer, ni les forces hydrauliques par des machines à vapeur.
- Mais, en attendant que ces lois soient modifiées et que la question depuis si longtemps à l’étude des canaux du Rhône soit résolue, il paraît que le f ti°nté par les incertitudes de nos législateurs, écoule su-
- 1 : : une certaine quantité d’eau à travers des masses de cailloux
- e dîluviens ou ailuviens qui couvrent le sud des départements du Gard*. Hérault entre Beaucaire, Aigues-Mortes et Cette. Il s’agissait de découvrir (/ s dérivations naturelles et de les utiliser pour la conservation ou S recons itution des vignobles.
- C est ce e ’afait M. Maurice Rousset, mécanicien à Nîmes. Il a foré, soit aux envin. as de Beaucaire, soit au nord d’Àigues-Mortes, une vingtaine de puits dont ! • profondeur varie de 10 à 21 mètres, et le diamètre de 32 centimètres 2 mètres. Ils fournissent plus de 100 000 litres d’eau à la minute, qui servent à arroser près de -400 hectares. Les eaux ne sont pas jaillissantes; ell es n’arrivent qu’à environ 1 mètre delà surface du sol; de plus, M. Rousset a observe qu'à chaque crue ou décroissance du Rhône correspondent des élévations ou des abaissements de niveau dans les puits. La nappe d’eau ne .rempli* que h moitié des conditions exigées pour les puits artésiens; elle circule à la surface d’une couche d’argile à travers les sables et les galets qui la recouvrent ; mais la couche imperméable supérieure qui serait nécessaire pour avoir des eaux jaillissantes fait défaut.
- M. Rousset n’en a pas moins rendu de grands services à l’agriculture en découvrant l’existence de cette nappe souterraine et la possibilité de l’utiliser pour la submersion ou l’irrigation des vignes. J’ai l’honneur de proposer à la Société de remercier M. Rousset de son intéressante communication, et d’insérer le présent Rapport dans le Bulletin.
- Signé : Risler, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 26 novembre 1886.
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- COMMUNICATION FAITE PAR M. ED. COLLIGNON SUR UN PROCÉDÉ DE QUADRATURE.
- La méthode graphique de quadrature que nous allons exposer se trouve développée dans une Note insérée aux Annales des ponts et chaussées, cahier de janvier 1887, n° 2. Nous nous bornerons ici à la résumer à l’aide de quelques exemples, et à faire voir quelques-unes des applications dont elle nous paraît susceptible.
- Soit proposé de trouver la surface totale d’une série de trapèzes juxtaposés, I, II, III, IV, V (fig. 1), formés par des ordonnées verticales abou*; à une même base horizontale. On prendra les milieux 1, 2, 3, 4 K
- Fig. 1.
- supérieurs; on joindra les points 1 et 2 par une droite -, < itre en a l’ordonnée commune aux deux surfaces qu’on ajoute; y , « amant
- bout pour bout la droite 1/2, on amènera le point * en _ -*uj..2), dont l’ordonnée, multipliée par la somme des bases I et h-f-uer,* un produit équivalent à la somme des deux premiers trapèzes.
- On joindra ensuite le point (1, 2) au point 3; la droite de jonction coupe en p l’ordonnée commune à la surface III et à l’ensemble des surfaces I et II; retournant bout pour bout la droite (Ï72jü, on amène le point p en (1, 2, 3) : l’ordonnée du point (1, 2,3) est la hauteur d’un rectangle qui,
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- avec une base égale à la somme des bases I, II, III, aurait pour aire la somme des trois surfaces.
- La loi est manifeste; appliquée de proche en proche, elle conduit au point (1, 2, 3, 4, 5), situé à l’aplomb du milieu de la base totale: l’ordonnée de ce point est la hauteur d’un rectangle qui aurait cette base et qui serait équivalent à l’aire totale cherchée.
- La construction opérée est celle que l’on ferait pour trouver le centre de gravité des droites horizontales menées par les milieux 1, 2, 3. .. des côtés supérieurs, entre les ordonnées verticales qui terminent les côtés.
- Chaque point, 1, (1, 2), (1, 2, 3). . . successivement obtenu, est sur la verticale du milieu de la base totale correspondante.
- Appliquée à une aire polygonale fermée, ABCDEFG (fig. 2), la construction conduit à rapporter les sommets à la plus grande diagonale, À E,
- c
- Fig. 2.
- et à opérer successivement sur les deux parties de la figure séparées par cette diagonale. On arrive à trouver deux points (1, 2, 3, 4) et (1', Ü', 3'), situés tous deux sur la perpendiculaire au milieu de A F, et dont la distance, multipliée par A F, sera l’aire cherchée.
- On peut, à l’aide d’un changement de base, éviter cette dernière multiplication. Il suffit, pour cela, de réduire le rectangle final que l’on obtient à une base égale à l’unité de longueur, ou à 10 unités, ou à 100 unités, etc., sans changement de sa surface. Soit A D la base, et A B la hauteur d’un rectangle à transformer en un rectangle équivalent, ayant pour base une longueur arbitraire AM (fig. 3). On regardera le segment DM comme un rectangle de hauteur nulle, qui s’ajoute ou se retranche du rectangle donné, sans changer sa surface, mais en ramenant sa base à la dimension voulue.
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- Joignant le point 1, milieu de BC, au point 2, milieu de DM, on aura une droite T,!*, qui coupe en *le côte CD commun aux deux surfaces; et si
- l’on prend T~{\7~2) = 2â, on aura dans l’ordonnée K (Ï72) du point ainsi construit la hauteur cherchée
- B_____________j \i_________j ç du rectangle équivalent, qui a pour
- base A M. Celte hauteur est aussi égale à C*.
- Les surfaces partielles peuvent être, dans certains cas, considérées comme négatives. On en a un exemple dans l’évaluation de la surface d’un profil en travers À C M B D, rapportée à la largeur AB de la plate-forme (fig, 4). Les triangles A CE, B D F doivent alors être pris négativement; on suivra, du reste, complètement la règle, et l’on obtiendra en définitive le point (1,2, 3, 4) situé sur la verticale du milieu O de la base AB, et tel que le produit ÂB x Ôfï, 2, 3, 4) soit égal à l’aire demandée.
- La méthode se prête encore au tracé d’une droite de compensation, MN
- r 1
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- i Lk
- M
- il)
- VoC
- Fig. 3.
- Fig.4 .
- (fig. 5), à substituer entre les ordonnées extrêmes à un contour polygonal ABC, sous la condition de rendre égales les parties ajoutées et les parties retranchées, les remblais et les déblais. Il suffira de déterminer le point G, ou (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8), pour l’ensemble du contour polygonal, et toute droite passant par ce point satisfera à la condition. Si l’on veut serrer de plus près le contour, on pourra déterminer le point G' relatif à la première partie du contour limité au point D, à l’aplomb du point G et du milieu I de la
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- base a b. Toute droite passant par G' étant droite de compensation pour cette moitié de la figure, il suffit de mener la droite G G' pour avoir une droite
- Fig. 5.
- MN, qui est à la fois droite de compensation pour l’intervalle a b tout entier et pour chacune de ses moitiés.
- La quadrature des courbes s’opère avec une grande facilité par la même méthode, qui se prête notamment à l'application de la règle de Simpson. Par
- Fig. 6.
- tageons la base A B (fig. 6) de l’aire à évaluer en un nombre pair de parties égales, en 8 parties, par exemple. Joignons de deux en deux les points de la courbe qui correspondent aux ordonnées de rang pair, 0, 2, 4, 6, 8; les cordes ainsi tracées déterminent des flèches sur les ordonnées impaires 1, 3, 5, 7 ; prenons des points a, 6, c, d au tiers supérieur de chaque flèche, ou plutôt au tiers le plus voisin de la courbe; puis menons la droite aTè, qui coupe en [a b) l’ordonnée 2 ; menons de même la droite (a à) c, qui coupe en
- & s*
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- A
- D
- Fig. 7.
- abc l’ordonnée 3; menons enfin la droite Jâbcjd, qui coupe en (abcd) l’ordonnée 4. Le produit AB x h [abcd) sera Faire cherchée, au degré d’approximation que permet la formule de Thomas Simpson.
- jg Nous terminerons en donnant]quelques exemples particuliers, qui serviront de vérification à notre méthode.
- Aire du parallélogramme. — Le parallélogramme ABCD (fig. 7) se décompose en trois parties, savoir : le triangle À B 6, le rectangle B b c C, et le triangle négatif DCc. La construction conduit à un point (1,2, 3) situé sur le côté BC, à l’aplomb du milieu I de AD, et la surface cherchée a pour mesure le produit de la base AD par la hauteur i(i. % 3).
- Somme algébrique de carrés consécutifs.— Construisons en AB b a, BCcb\ CD de', trois carrés consécutifs (fig. 8), ayant pour bases respectives 3 unités, 4 unités, 5 unités; et prenons négativement le plus grand carré. La somme algébrique des trois surfaces sera égale à zéro, puisque les nombres 3, 4 et 5 définissent les côtés d’un triangle rectangle. La construction doit donc conduire à une ordonnée nulle. Le point (1, 2, 3), obtenu en menant la droite (1, 2) 3, et en prenant le segment (T, 2) (1,2, 5) = 3^, sera situé sur la droite A D.
- Aire de Vhyperbole équilatère. — On demande l’aire de l’hyperbole x g = 1 (fig. 9), comprise entre l’abscisse OA = l et l’abscisse OB = 2. Cette aire est le logarithme népérien de 2.
- S - ,î c
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- Fig. 8.
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- Partageons l’intervalle AB en 4 parties égales. Menons les cordes A'm, mB'; on prendra en a et b les points situés au tiers des flèches déterminées par les cordes sur les ordonnées impaires 1 et 3, et au tiers le plus voisin de la
- courbe; on joindra ab ; la droite a b coupe l’ordonnée 2 en (a b) et le produit b) x AB, égal numériquement à¥("ajj puisque A Best l’unité, sera approximativement la surface cherchée. On trouve 0,70 ; le logarithme népérien de2 est0,69315. L’erreur absolue est moindre que 0,007. L’erreur relative atteint un centième à peine. On aurait obtenu un résultat plus exact en opérant à plus grande échelle et en partageant la base A B en un plus grand nombre de parties égales.
- Recherche de totaux et de moyennes. — Si l’on représente les nombres à ajouter par des rectangles jointifs de même base, la construction appliquée à la somme de ces rectangles fait connaître la moyenne d’abord, et ensuite le total, produit de cette moyenne par la somme des bases, c’est-à-dire par le nombre des parties ajoutées. La méthode se simplifie et est
- Fig. 10.
- affranchie du retournement des droites de jonction, si l’on a soin de mener d’avance les ordonnées médianes des rectangles donnés.
- Dans l’exemple donné (fig, 10), on a ajouté les nombres : 21, 36,
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- 41 1/2, 38, 48, 45, 28 1/2,36 1/2, 50,42 1/2, 17 1/2,38 1/2. La somme fait 443 unités. Or, la moyenne est, en réalité, égale à 36,91 ; la figure permet de reconnaître, malgré la petitesse de l'échelle, qu’elle est, entre 36,5 et 37, plus près de 37 que de 36,5.
- On pourrait multiplier indéfiniment ces exemples (1). Ceux que nous venons de citer nous semblent suffire pour montrer que la méthode exposée est simple et rapide, et que, malgré les moyens élémentaires dont elle fait usage, elle comporte toute l’exactitude qu’on peut attendre des méthodes graphiques en général.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- NOTE SUR L’EMPLOI DU CHLORURE DE SODIUM POUR LE DÉGLAÇAGE DES VOIES PUBLIQUES EN TEMPS DE GELÉE, PAR M. P. D’USSEL, INGÉNIEUR DES PONTS ET CHAUSSÉES (2).
- Le mois de décembre 1879 a été une époque particulièrement difficile à traverser pour les services chargés de maintenir la circulation dans les rues de Paris. Il y est tombé, dans les premiers jours de décembre, de 25 à 35 centimètres de neige ; et le dégel, au lieu d’arriver dans la huitaine, comme d’ordinaire, s’est fait attendre un mois.
- Le mieux est, certes, quand la neige tombe, de l’enlever au plus vite, au moyen de racloirs, de balayeuses ou de chasse-neige, et de ne pas en laisser trace, s’il est possible, sur le sol. Mais, à Paris, le nettoiement de toutes les rues ne peut être instantané. La neige, à peine tombée, est aussitôt foulée par des centaines de voitures. Or, la neige foulée et gelée devient inattaquable à tout autre outil que la pioche, et ce procédé est aussi lent que dispendieux.
- La gelée et la circulation agissant immédiatement après la chute de la neige ont fait que les rues de Paris ont été presque toutes recouvertes, en décembre dernier, d'une couche de glace dont l’épaisseur variait suivant la quantité enlevée au premier moment. Certaines rues, même importantes, avaient conservé un manteau de 15 à 20 centimètres d’épaisseur. Dans ces dernières, le piétinement des chevaux déterminait la formation d’ondulations ayant plusieurs centimètres de flèche. Il ne suffisait
- (1) A la séance du 28 janvier, on a présenté à la Société d’encouragement l’application delà méthode à la courbe de mortalité et à la recherche de la courbe de la vie moyenne.
- (2) M. Lavalard, membre du Conseil, a fait, le 24 février 1886, une communication sur l’emploi du chlorure de sodium pour opérer rapidement la fonte de la neige. (Voir aux procès-verbaux.) Les deux Noies suivantes complètent ce qui a été dit à ce sujet.
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- pas d’eerêter les bosses, en enlevant seulement la glace ainsi déblayée : les ondulations se reformaient tant qu'il restait de la glace. Il fallait, avec la pioche, aller tout à fait au vif. Unie ou ondulée, la surface était fort glissante. La circulation ne pouvait être maintenue qu’au prix de sablages réitérés. Le sable, un instant efficace, ne tardait pas à pénétrer dans la croûte, et il fallait bientôt recommencer. En divers points, les accès des carrières de sable étaient difficiles, les transports se faisaient mal et le sable manquait. Ainsi en était-il dans l’étendue de notre service, composé des XVIIe et XVIIIe arrondissements.
- Nous avons, dans ces circonstances, appliqué en grand un procédé connu et employé parfois dans les villes maritimes : la salaison des chaussées. Nous avons traité au sel 175000 mètres carrés de voie ; la dépense a été de 25 000 kilogrammes de cette substance. Le résultat a été excellent.
- Le chlorure de sodium, le sel ordinaire, mêlé à la glace, la fond très vite en produisant un mélange réfrigérant, visqueux et ingelable tant que la température ambiante ne s’abaisse pas au-dessous de celle du mélange. 1 partie de sel et 2 parties de neige donnent un mélange dont la température est — 21 degrés. C’est le minimum que l’on puisse obtenir. Cette température est également celle de congélation d’une solution saturée de sel marin. En vertu de ces données, si l’on répand du sel sur la croûte glacée des chaussées, on produit un dégel artificiel, la glace se change en boue noirâtre, demi-liquide, ingelable, qui s’étend sur la surface des voies, où il n’est plus désormais besoin de répandre du sable.
- La boue réfrigérante est d’autant plus épaisse que la croûte réduite était primitivement plus forte. Quand cette boue est en trop grande quantité, elle devient, comme toutes les boues, tirante pour les roues, quoique assez commode aux chevaux; il faut alors, dans les chaussées dont le traitement est soigné, l’enlever soit au racloir, soit à la balayeuse armée de brins métallique, quelques heures après sa production. S’il y a peu de boue, il vaut mieux la laisser quatre ou cinq jours en place ; elle gêne peu, ne gèle pas, et sert de garantie contre la gelée.
- Le répandage du sel est une opération très facile. On le fait à la pelle. Une brouette chargée de sel chemine devant un ouvrier qui répand le sel comme le sable. Il n’est pas indispensable que le répandage soit régulier, parce que les pieds des chevaux et les jantes des roues transportent d’un point à un autre la matière saline. Mais il est très nécessaire, pour une action rapide, que la voie soit fréquentée, parce que ces agents de compression font pénétrer le sel dans la croûte de glace, triturent la masse dès qu’elle se ramollit, multiplient les contacts et amènent la fusion complète. La circulation, qui est un obstacle au déblaiement de la neige par les moyens mécaniques, devient un puissant auxiliaire à sa réduction par ce moyen chimique. Deux heures après le répandage, dans les voies à grande circulation, la couche de glace est habituellement transformée en boue. '
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- La quantité de sel à répandre dépend de l’épaisseur de la couche à réduire et du degré de fluidité que l’on veut donner à la boue, fluidité dont dépendent son enlèvement, son action sur le roulage et sa résistance à la congélation ultérieure.
- Une couche de neige, ramenée par la circulation et la gelée à former une couche de k à 5 centimètres de glace, est bien réduite par un répandage de sel à la dose de 200 grammes par mètre carré. Les couches de glace de 15 à 20 centimètres d’épaisseur doivent être attaquées en deux fois : un premier répandage fait immédiatement cesser le glissement, disparaître les ondulations, transforme la partie supérieure en boue réfrigérante et ramollit la partie inférieure. On enlève le dessus et l’on attaque le dessous par un second répandage. Dans les voies où avait été exécuté un piquage à vif par la pioche, pour dissoudre les petites crêtes de glace restées encore adhérentes à la surface et la garantir contre la gelée pendant plusieurs jours, il nous a suffi de saler à raison de 100 grammes par mètre carré.
- L’expérience des quantités à répandre s’acquiert aisément. Les agents chargés de l’emploi du sel deviennent très vite partisans d’une méthode aussi expéditive et qui coûte si peu de travail. Ils arrivent à connaître, au vu d’une chaussée, ce qu’il faut y mettre de sel.
- Les Compagnies de tramways ont aussi, à côté de nous, beaucoup employé de sel. Répandu à faible dose dans le creux des rails, ce sel étend son action sur la zone avoisinant le rail, y maintient une boue liquide aisément expulsée du rail par le boudin des roues dirigeantes. Sans cet ingrédient, les Compagnies de tramways auraient été obligées, en décembre dernier, de suspendre leur service ; elles lui doivent de l’avoir continué. L’emploi du sel est aujourd’hui passé dans leurs habitudes ; et elles viennent, comme la Ville de Paris, d’obtenir du gouvernement franchise des droits fiscaux qui grèvent cette matière.
- Il y a certainement, par les très basses températures, une limite inférieure à l’action du sel. La température minima du mélange réfrigérant est — 21 degrés, comme il a été dit ci-dessus, pour une proportion de sel très supérieure à celle que nous introduisons dans la croûte de glace. Nous avons toujours répandu le sel de jour, et le sel a constamment agi. Le jour, il y a répit dans le rigueur du froid, puis la circulation aide. Pendant la nuit, au contraire, la diminution de circulation rend, quelle que soit la température, l’action fort lente. Vers les températures de — 10 à 12 degrés, nous avons remarqué que la boue réfrigérante, quand elle avait été laissée sur le sol, devenait moins liquide, plus compacte, pour reprendre, avec une élévation de quelques degrés, sa fluidité constitutionnelle. Par les très grands froids, il conviendrait sans doute d’augmenter la quantité de sel.
- Le commerce offre des sels de diverses qualités. Il y a les sels purs ; d’abord, le sel de cuisine raffiné, légèrement hydraté; puis, le sel dit égrugé, anhydre ; les sels dénaturés par le simple mélange de 10 pour 100 d’absinthe, de peroxyde de fer ou
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- de tourteau : ce sont les sels de l’agriculture ; enfin, les sels dits de coussin, qui ont servi aux salaisons de poissons, et ceux qui ont été employés dans les tanneries à la préparation ou à la conservation des peaux.
- Nous n’avons employé, pendant la crise de décembre, que du sel raffiné, parce que c’est le seul que Paris renferme en grande quantité, et qu’il consomme pour ses besoins, alors que les chemins de fer ne pouvaient nous livrer à temps les autres. A titre d’essai, et sur de petites quantités, nous les avons presque tous expérimentés. Tous les sels agissent 5 il faut faire une réserve surtout au sujet des sels de salaison ou de tannerie; ils agissent moins vite, car ils sont souvent restés gras à la suite de leur premier emploi, et la pellicule grasse isole le grain. Il faudrait même rejeter ceux de cette espèce qui seraient par trop gras. En tout cas, ces sels ont un inconvénient : ils sentent mauvais et infectent les lieux de dépôt. Le sel dit égrugé nous paraît très bon.
- Le sel raffiné, le seul qui fût à notre portée et que l’administration des finances n’avait pas encore consenti à dégrever en notre faveur, vaut 22 francs les 100 kilogrammes à Paris, bien que, profitant de la situation, certains fournisseurs nous l’aient fait payer 24 francs. Sur ces 22 francs, il y a 10 francs de droits pour l’État et 6 francs d’octroi pour la Ville, en tout 16 francs de dépense pour le fisc et 6 francs pour la matière. Le sel égrugé ne coûterait que 3 francs les 100 kilogrammes, droits déduits.
- Même avec ce prix de 22 francs, la dépense de la salaison n’est pas plus élevée que celle de multiples sablages ; si nous admettons que 200 grammes par mètre carré réduisent une couche de 3 à 4 centimètres environ d’épaisseur, le sel revient à 0f,044 par mètre carré, et, pour ce prix, la croûte est fondue et la surface garantie contre la gelée pendant quatre ou cinq jours. Il faudrait, à Paris, pendant le même temps, sur des voies déjà assez bien nettoyées, répandre, en plusieurs fois, pour assurer une bonne viabilité, une épaisseur de 1 centimètre de sable, qui, à 4 fr. 50 le mètre cube, coûterait 0f,045, c’est-à-dire le même prix comme matière ; mais la main-d’œuvre de répandage de sel, estimée 0f,001 par mètre carré, est huit fois moindre que celle des sablages multiples nécessaires pour répandre pendant quatre ou cinq jours, les 0m3,01 de sable par mètre carré; cette main-d’œuvre revient à 0f,008 environ. Dans ces conditions, la salaison, matière et main-d’œuvre, revient à 0f,044 -f0f,001 =0f,045, le sablage à 0f,45 -f- 0f,008 = 0f,053 par mètre carré. Il y a donc économie en faveur de l’emploi du sel, économie de 0f,008 par mètre carré. Si l’on fait entrer en ligne de compte le raclage de la boue réfrigérante et le brossage soigné de la chaussée, mains-d’œuvre dont la dépense s’élève à 0f,006 par mètre carré, et qui 11e sont pas généralement nécessaires partout, l’économie, bien que très diminuée, est encore en faveur du sel. Enfin, si l’on suppose le dégrèvement des droits et la réduction du prix du sel de 22 francs les 100 kilogrammes à 3 francs, c’est-à-dire, par mètre carré, de 0f,044 à 0f,006, on voit que la salaison coûterait Or,007, les sablages coûtant 0f,053, c’est-à-dire huit fois plus cher.
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- Le chlorure de calcium, sel non sujet aux droits, et produisant avec la neige» comme le chlorure de sodium, un mélange réfrigérant, ne saurait être employé dans les rues. Ce sel, tel que les fabriques le livrent actuellement au commerce, conserve une réaction acide, et la boue résultante tache les vêtements.
- En résumé, le chlorure de sodium est une substance capable de rendre, en temps de gelée, les plus grands services. Son emploi n’est pas seulement un procédé de laboratoire, il est susceptible d’applications pratiques et de généralisation. Dans les grandes villes, sur les voies très fréquentées, en forte rampe, aux abords des ports, des gares, des ponts, partout où une circulation importante doit être maintenue en temps de gelée, le sel peut être fort utile. C’est [un agent d’une action rapide, énergique et persistante.
- Notre but, en publiant la présente Note, n’est pas de faire connaître un procédé dont beaucoup d’ingénieurs ont entendu parler, car il n’est pas nouveau. Il n’est pas non plus de formuler des règles précises pour son emploi, car nous ne donnons ci-dessus que des indications générales. Il est surtout d’engager tous ceux qui, par la nature de leurs fonctions, ont charge d’assurer, pendant l’hiver, sur de grandes voies, des circulations très importantes, à essayer d’une substance dont nous ne soupçonnions pas nous-même au début l’efficacité. L’expérience personnelle peut seule convaincre, et l’essai peut être fait à bien peu de frais.
- Nous ne doutons pas que l’État n’accorde aux municipalités, et aux divers services des travaux publics qui le demanderaient, un dégrèvement de droits qu’il n’a pas cru devoir refuser à la Ville de Paris et aux Compagnies de tramways. Rendu ainsi économique, l’emploi du chlorure de sodium pourrait se généraliser en temps de gelée persistante, et rendre dans certains cas de véritables services.
- NOTE SUR l’emploi DU SEL POUR LE DÉBLAIEMENT DE LA NEIGE, PAR M. BARABANT, INGÉNIEUR EN CHEF DES PONTS ET CHAUSSÉES.
- I.
- M. l’ingénieur en chef d’Ussel a fait connaître, dans les Annales des ponts et chaussées de décembre 1880 (Note précédente), les premiers essàis tentés par lui pour « le déglaçage des voies publiques en temps de gelée » à l’aide du chlorure de sodium.
- Il s’était attaché surtout à obtenir la fusion de la petite couche de glace compacte, due à la compression de la neige par les voitures, glace qui adhère fortement au sol et résiste au balayage et au grattage ordinaires.
- Il estimait de 50 à 75 grammes environ, par mètre carré et par centimètre d’épaisseur de neige durcie, la quantité de sel nécessaire pour obtenir la fusion dans ces conditions difficiles, et, quoiqu’à cette époque le sel employé au déglaçage coûtât au
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- moins 220 francs la tonne, M. d’Ussel montrait qu’il y avait encore avantage à s’en servir au lieu des moyens ordinaires.
- Depuis 1880, la question a fait des progrès; l’usage du sel est entré sur une grande échelle dans les habitudes du service de Paris, et, par exemple, pour l’hiver 1885-1886, la Ville a consommé ou au moins approvisionné plus de 4000 tonnes de sel en vue des neiges et glaces ; les dépenses parfois exorbitantes que la neige imposait naguère aux finances municipales se sont trouvées fortement atténuées, et diminueront sans doute encore, grâce à cette innovation ; et, en outre, le public a fait indirectement de grosses économies par la réduction et même la suppression des crises que la neige produisait autrefois sur tous les moyens de transport pour les personnes et les choses.
- II.
- On sait depuis longtemps que le sel mélangé à la neige produit un liquide dont la température peut descendre jusqu’à 15 degrés au-dessous de zéro sans qu’il se congèle. De là l’idée de faire fondre la neige à l’aide du sel et de substituer le balayage facile d’une matière liquide au grattage difficile, lent et onéreux d’une matière adhérente au sol et susceptible de se convertir en glace par l’effet de la compression due au roulage.
- Mais ce procédé ne pouvait réellement entrer dans la pratique que moyennant le dégrèvement des droits d’octroi et de consommation qui pèsent sur le sel..
- A Paris, le sel dit : égrugé, c’est-à-dire le sel gemme brut, réduit en petits grains, renfermant environ 95 pour 100 de chlorure de sodium, et provenant des salines de l’Est, revient à environ 31 francs la tonne en sacs. A Varangéville-Saint-Nicolas, près Nancy, le prix sur wagon est de 19 fr. 70; le transport de Varangéville à Paris-La-Vil-lette est de 11 fr. 70; or, la tonne de sel devait autrefois payer 60 francs à l’octroi et 97 aux contributions indirectes, soit en tout 157 francs de droits pour une matière valant 31 fr. 40, rendue en gare à Paris.
- Armée des expériences de 1880 et des années suivantes, invoquant l’énormité des dépenses stériles faites en 1879-1880 et 1880-1881 pour le déblaiement de la neige (près de 5 millions), la Ville de Paris finit par obtenir du ministre des finances le dégrèvement de ces droits pour le sel égrugé, qui n’est pas propre aux usages culinaires, qui, d’ailleurs, est emmagasiné dans des dépôts surveillés par les agents des contributions indirectes, et qui est exclusivement employé au déblaiement des neiges et glaces.
- Les grandes administrations des omnibus, des tramways, des chemins de fer, peuvent obtenir la même faveur que la Ville de Paris.
- Certaines autres villes ont imité la capitale. A Nancy, Reims, Longuyon, Lunéville, Vitry-sur-Seine, Sèvres, Saint-Ouen, on a fait des essais analogues. Mais les conditions du dégrèvement n’ont point été partout les mêmes, suivant les interpré-
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- tâtions des services des contributions indirectes. Dans certains départements, on a exigé la dénaturation du sel par l’addition de 1 pour 100 de poudre de savon, ce qui augmente de 10 francs le prix de la tonne. Ce surcroît de précautions nous paraît inutile, et nous pensons que l’administration des finances ne tardera pas à admettre partout le dégrèvement pur et simple pour le sel égrugé qui sera réellement destiné au déblaiement de la neige, soit pour les villes, soit pour les grandes administrations, et sauf contrôle.
- Le sel égrugé doit être concassé en grains un peu gros de 2 à 3 millimètres, de telle sorte que la proportion de grains fins passant au tamis n° 25 ne soit pas supérieure à 30 ou 40 pour 100. Le sel doit être approvisionné dans des locaux couverts et secs ; il se conserve ainsi, d’une année à l’autre, sans déchet.
- III.
- A Paris, les préparatifs du service des neiges sont organisés d’avance dans leurs moindres détails comme une véritable bataille. Tous les agents et tous les ouvriers savent au juste ce qu’ils doivent faire, connaissent les lieux de rendez-vous, les dépôts d’outils et de sels, les points à déblayer tout d’abord, etc., lorsque la neige apparaîtra, à quelque heure du jour ou de la nuit que ce soit.
- Il importe, en effet, que la neige soit attaquée aussitôt que possible, et avant d’avoir été comprimée par la circulation des voitures, dont l’action la transforme partiellement en glace. — Cette condition (surtout quand on n’a pas le sel à sa disposition) est capitale, car la lutte devient inégale s’il faut enlever de la glace et non plus de la neige.
- On se rappelle qu’en 1879-1880 la circulation fut gravement compromise, les gares d’approvisionnement de Paris presque bloquées, les combustibles considérablement renchéris, les transports fortement entravés, et, par exemple, la Compagnie des omnibus presque ruinée par la neige.
- Aujourd’hui, cette calamité paraît conjurée par l’usage du sel. En effet, à Paris du moins, il est rare que les chutes de neige se produisent à des températures très basses ; elles apparaissent généralement à la fin de la nuit, quand le baromètre descend sous l’influence des vents du sud ou du sud-ouest, le thermomètre n’étant pas de beaucoup au-dessous de zéro.
- La coïncidence de la neige et d’une température de — 15 degrés est donc invraisemblable, à Paris du moins.
- Il faut se mettre à répandre le sel dès que la neige commence à tomber un peu sérieusement. Le mélange du sel et de la neige devient plus intime sous l’action de la circulation; il prend d’abord la consistance d’un sorbet peu engageant, mais n’adhérant plus au sol; puis, il se liquéfie. — Au bout de quatre à cinq heures, on peut :
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- 1° Balayer les chaussées à la machine et remettre le pavé à nu ;
- 2° Passer le rabot de caoutchouc sur les trottoirs ;
- 3» Couler à l’égout le mélange liquéfié en l’additionnant d’eau, ce qui supprime des transports extrêmement onéreux.
- Ce mélange réfrigérant ne cause aucun dommage aux revêtements pavés, asphaltés ou bitumés, ni au pavage en bois. Mais l’emploi du sel doit être interdit sur les empierrements, qu’il désagrège en les mettant artificiellement sous l’influence de dégels successifs.
- Il y a d’ailleurs là une raison de plus pour supprimer dans les grandes villes de nos climats les chaussées macadamisées, qui présentent, en outre, le double et grave inconvénient d’être très boueuses en temps de pluie ou de dégel et d’envoyer beaucoup de sable dans les égouts (1).
- Dans les villes de l’Europe septentrionale, en Russie par exemple, on prend son parti de la neige et on vit avec elle une portion de l’année ; comme la température y est très basse, la neige reste pulvérulente et d’aspect assez propre ; on circule en traîneau sur cette neige, et c’est même un mode de locomotion assez agréable. Cependant, quand la température se rapproche de zéro (et nous avons vu cet effet à Moscou), la neige se prend en masses vallonnées et se couvre de ces vagues que nous avons connues à Paris en 1879-1880, et qui rendent la circulation horriblement pénible.
- Il est probable que l’action du sel serait assez restreinte sous ces climats extrêmes où la limite de — 15 degrés serait souvent atteinte.
- Mais, partout ailleurs, nous considérons l’emploi du sel comme devant être désormais le mode de traitement de la neige.
- On a objecté que le mélange réfrigérant est désagréable aux piétons, destructif de la chaussure et nuisible aux pieds des chevaux. Ainsi à Brême, par exemple, pour atténuer ces inconvénients, l’emploi du sel n’est permis que pendant la nuit.
- Pour les pieds des chevaux, il suffit d’en graisser l’intérieur pour éviter qu’ils se crevassent sous l’action du froid assez intense. Mais, pour les gens comme pour les animaux, la durée de ce froid est en réalité des plus courtes ; en effet, dès que le mélange de neige et de sel est devenu liquide, on peut et on doit le balayer.
- En résumé, l’inconvénient en question est des plus minimes en regard des avantages et des économies résultant de cette innovation.
- (1) Cette question des égouts et de l’assainissement des maisons dans les villes est encore à l’état d’enfance presque partout. Mais la solution de ce problème capital pour l’hygiène des agglomérations urbaines va s’imposer à bref délai; et il ne faudra pas perdre de vue que la suppression du macadam dans les villes devra précéder ou accompagner toute tentative sérieuse dans ce sens.
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- IY.
- Le sel doit être répandu, soit à la pelle, soit à l’aide de machines, dans la proportion de 20 grammes environ par mètre superficiel et par centimètre d’épaisseur de neige tombée. Cette proportion devra être augmentée un peu si la température est basse. En outre, il est évident que deux chutes de neige, donnant chacune 0m,05 d’épaisseur, demanderont un peu plus de sel et de dépenses qu’une chute unique de 0m,10 d’épaisseur.
- Autrefois, en 1879-1880 par exemple, chaque centimètre d’épaisseur de neige tombant à Paris exigeait une dépense de plus de. , . . 60 000 francs.
- Aujourd’hui, ce chiffre est réduit à environ. . ................. 20 000 —
- La diminution, grâce au sel, est donc des deux tiers. —En outre, le sel permet de supprimer une bonne partie des sablages, qui, au dégel, produisent tant de boue et envoient tant de sable dans les égouts. Enfin, et surtout si l’on tient compte de l’énorme circulation de Paris, et de ce fait que désormais, en temps de neige, presque toutes les entraves disparaissent, presque tous les transports se font à pleine charge, presque tous les services d’omnibus et de tramways conservent leurs itinéraires réguliers, on reconnaîtra que si pour une chute de neige de 0m,10, par
- exemple, la Ville n’a plus que................................. 200000 francs
- à dépenser, au lieu de......................................... 600 000 —
- c’est par millions peut-être qu’il faut chiffrer les économies indirectes acquises au public.
- Beaucoup d’inventeurs ont proposé des moyens de déblayer la neige, soit mécaniquement, soit chimiquement.
- Certains progrès avaient été réalisés au moyen de machines diverses, et M. le conducteur principal Pelletier s’était distingué par l’ingéniosité et l’énergie de ses moyens d’attaque contre la neige, à l’époque où le grand remède du sel n’était encore applicable que dans les laboratoires. Mais aucune des machines imaginées ne donne autant d’économie que le sel.
- Quant à l’emploi de la chaleur produisant, par exemple, de la vapeur d’eau, on peut dire à l’avance qu’il restera inférieur au procédé du sel.
- En effet, d’une part, la neige fondue en un point sous l’action de la chaleur donnera un liquide qui se transformera en glace à quelques mètres plus loin ; de sorte que le remède sera pire que le mal.
- Si la fusion a lieu dans l’égout ou près de la bouche d’égout, la dépense sera encore très considérable dans le deuxième cas, puisqu’il faudra gratter la neige et la transporter à pied d’œuvre. Dans le premier cas, au contraire, on risquera d’encombrer l’égout et de le rendre inaccessible.
- Mais négligeons même ces inconvénients, et admettons que kilogramme de houille
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- puisse donnner 7 500 calories; que la chaleur latente de fusion de la glace à zéro sous la pression atmosphérique soit de 79ca\40; que la chaleur spécifique de la neige soit 0,50; qu’enfin il s’agisse de liquéfier de la neige à la température de — 5 degrés.
- calories»
- 1 kilogramme de neige absorbera pour passer de — 5° à 0°.........5 X
- t kilogramme de neige demandera pour passer de l’état solide à l’état liquide. 79,4
- Total.................................. 81,9
- Soit 82 calories.
- 7 500c*lorie5
- 1 kilogramme de houille fondrait donc ------------= 91 kilogrammes de neige, en
- OÀ
- admettant qu’il n’y eût aucune déperdition de chaleur ni aucune perte dans la transformation de l’eau en vapeur ou dans l’action de la vapeur sur la neige.
- Mais il faut diminuer ce chiffre de 60 pour 100 pour tenir compte de l’effet utile dans la fabrication de la vapeur, et encore d’au moins 20 pour 100 pour avoir égard aux pertes inévitables dans l’action de la vapeur sur la neige, soit d’au moins 80 pour 100.
- En résumé, dans les meilleures conditions, 1 kilogramme de houille (coûtant à Paris 0f,35) fondra 91k X 20 pour 100 = 18k,2 de neige, soit une dépense d’environ 0f,002 par kilogramme de neige.
- Or, la densité moyenne de la neige n’est guère que de 0,120; 1 kilogramme de neige formera donc une couche de 1 centimètre d’épaisseur sur 0m2,03. La dépense,
- 0f 002
- par centimètre d’épaisseur de neige et par mètre carré, sera donc de = 0f,0024,
- OjOD
- non compris les frais de location de machines, d’apport de la neige à pied d’œuvre, etc,
- Au contraire, pour fondre cette même quantité à l’aide du sel et obtenir un liquide qui ne se congèlera pas de nouveau, il faut, en moyenne, 20 grammes de sel, 31f
- coûtant ------ X 0k,020 = 0,00062, non compris les frais de répandage du sel, etc.
- Tout compte fait, la vapeur d’eau employée à fondre la neige coûterait considérablement plus cher que le sel, en admettant que le procédé pratique pour l’utilisation' de la vapeur fût trouvé. Le sel a, en outre, l’avantage d’un emploi extrêmement simple.
- Nous indiquerons, pour terminer, quelques chiffres tirés des Rapports de MM. Allard et André, ingénieurs en chef du service municipal de Paris, chiffres relatifs à quatre périodes de neige, survenues en janvier et décembre 1885 et en janvier 1886, qui ont donné les résultats suivants :
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- ARTS ECONOMIQUES.
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- •P
- 03
- <
- P U
- 03 w
- P 03
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- < •m
- 03 S
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- P
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- H P
- H ai
- Q
- O
- P
- DATES
- 12-14 janv. 85. 8-10 dée. 85. 8-13 janv. 86. 22-24 janv. 86.
- . hd PH rQ
- P S
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- ai +* ai
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- a, «
- 'P m
- QUANTITE de sel employée
- par
- mètre
- carré
- pour
- toute
- l’épais-
- seur
- par
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- DÉPENSES
- par
- mètre
- carré
- pour
- toute
- l’épais-
- seur
- par mètre carré et par centimètre d’épaisseur
- Ire division (arrondissements n°s 1 à 10)
- kil. jr. 8r- fr. f .
- 0,09 * -H°à—1° 5,2t 160 17,8 0,035 0,0038
- 0,13 8 +1 à —1 17,03 125 9,5 0,031 0,0024
- 0,055 3 +1 à—l 6,49 128 23,3 0,018 0,0033
- 0,09 4 -1 à—1 6,46 91 10,1 0,033 0,0037
- * Épaisseur tombée en 5 fois.
- 8 Id. en 2 —
- s Id. en 4 —
- * Id. en 3 -
- 2e division (arrondissements nos 11 à 20)
- l‘a période. . . 0,10 0° à —3° » 160 16,0 0,033 0,0023 La dépense par kilogramme
- 2* id. . . . 0,11 0 à—3 13,13 174 15,8 0,031 0,0028 de neige tombée est assez va-
- 3' id. ... 0,05 +0 7à -4 5,18 166 32,6 0,024 0,0048 riable. Au contraire, il n’y a
- 4' id. . . . 0,09 —1 à—3 6,10 145 15,6 0,022 0,0023 pas beaucoup d’écarts pour les
- dépenses par centimètre d’é-
- paisseur.
- Moyennes... 17,6 0,0033
- francs*
- En 1879-80, pour une épaisseur totale de 50 centimètres de neige, la dépense
- totale avait été de....................................................... 3 035 000
- Soit par centimètre carré d’épaisseur....................................... 60 500
- En janvier 1885, ce dernier chiffre était tombé à........................... 24 200
- En décembre 1885, il n’est que de........................................... 18 500
- On peut admettre une moyenne de............................................. 20 000
- inférieure de 66 pour 100 environ à celle du grand hiver 1879-1880. La dépense, par mètre carré et par centimètre d’épaisseur de neige, s’est réduite, grâce au sel, de 0f,0085 à 0f,0033, tous frais de personnel et de matériel compris.
- Y.
- En résumé, l’emploi du sel est entré à Paris dans la pratique du service municipal, auquel il procure des économies très considérables.
- Le sel rend à la circulation publique des services inappréciables en réduisant à une durée de quelques heures la gêne, le trouble et les inconvénients de toutes sortes dus à la neige.
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- MÉTALLURGIE.
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- Il y a lieu de penser que l’usage du sel ne se bornera pas au déblaiement des yoies urbaines, mais s’étendra à toutes les chaussées pavées, aux tramways, aux cours des gares et des grands établissements industriels. Peut-être même conviendrait-il, au moins dans nos climats, de chercher à combattre l’accumulation de la neige dans certaines tranchées de chemins de fer par le répandage du sel en assez grande quantité, à la condition d’agiter à l’aide du balai les couches successivement salées, de manière à reproduire, autant que possible, l’utile trituration due sur les chaussées ordinaires au passage des voitures.
- Sur les routes pavées dont la circulation est importante, nous pensons qu’une petite quantité de sel (10 grammes, par exemple, par mètre carré et par centimètre d’épaisseur de neige) faciliterait énormément la circulation.
- Cette faible proportion ne permettrait pas de déblayer complètement la neige et de mettre le pavé entièrement à nu, comme on le fait à Paris avec 20 grammes de sel aidés de beaucoup de main-d’œuvre-, mais le sel, simplement répandu sur une largeur de 2 à 3 mètres, formerait une piste sur laquelle la neige n’adhérerait pas au sol et sur laquelle la circulation cesserait d’être presque impossible.
- Si l’on tient compte, d’une part, de la faiblesse d’une telle dépense, et, d’autre part, des économies directes ou indirectes que le public en retirerait, on reconnaîtra sans doute que ce serait là une excellente opération, et nous pensons qu’il y aura lieu d’en faire la tentative en grand dès les plus prochaines chutes de neige.
- MÉTALLURGIE.
- RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES SUR LA PRODUCTION MÉTALLURGIQUE, PAR M. L. BELL.
- Sir J. Lowthian Bell, ancien président de Ylron and Steel Instituiez de Londres, a publié récemment un ouvrage fort intéressant sur les Principes de la fabrication du fer et de l’acier.
- Ce traité comprend deux parties bien distinctes : 1° une partie technique, dans laquelle l’auteur a étudié les derniers perfectionnements apportés dans l’industrie de la fonte du fer et de l’acier ; 2° une statistique de la production du fer dans les différents pays, suivie de notes sur les conditions économiques de la fabrication.
- M. A. Hallopeau, membre de la Société, vient de traduire cet ouvrage, avec l'autorisation spéciale de l’auteur; nous donnons ci-après l’extrait de l’un des chapitres les plus importants parmi ceux relatifs à la production métallurgique et à l’établissement du prix de la main-d’œuvre.
- Les variations considérables qui se sont produites dans les prix de revient, pendant
- Tome 11. — 86e année. 4* série. — Mars 1887. “23
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- ces dernières années, donnent un réel intérêt à la publication des résultats statistiques fournis par M. Bell.
- Les progrès dans la production économique du fer et de l'acier se sont traduits nettement, en Angleterre, par l’accroissement de sa fabrication annuelle. En 1740, la production de la fonte, dans le Royaume-Uni, était de moins de 20 000 tonnes; en 1880, elle était de 7 millions et^demi de tonnes. C’est grâce aux moyens d’action, qui allèrent toujours en se perfectionnant, que l’on put atteindre cette production. Le charbon de bois fut successivement remplacé par la houille; ce changement fut opéré avec succès par Abraham Darby; James Watt inventa la machine à vapeur; Cort
- découvrit le puddlage, Neilson introduisit l’emploi de l’air chaud dans le haut-four-
- neau, et Bessemer son procédé spécial pour la fabrication de l’acier.
- On verra néanmoins, d’après le tableau suivant, que la part afférente à la production de l’Angleterre a notablement baissé depuis quelques années. Les nombres inscrits représentent des milliers de tonnes.
- 1871 1872 1873 1874 1875 1876 1877 1878 1879 1880 1881 1882
- Angleterre... 6 627 6 741 6 566 S 991 6 365 6 555 6 608 6 300 6 009 7 720 8 377 8 493
- Autres pays.. 5 399 7 165 7 604 7 060 6 776 6 374 6 822 7 255 7 759 9 764 10 589 11 582
- Ainsi, en 1871, l’Angleterre produisait environ 1228 000 tonnes de plus que l’ensemble du reste du monde, et, à la fin de 1882, elle ne produisait plus que 3 089 000 tonnes de moins que cet ensemble.
- La production du fer s’est accrue, pendant les dix années 1870-1880, comme l’indique le tableau suivant, les nombres inscrits exprimant des milliers de tonnes :
- ANGLETERRE. ÉTATS-UNIS, . PRUSSE. FRANCE. TOTAL.
- — — — — —
- Production 1880 7 721 4 295 1 950 1 733 15 699
- — 1871 6 627 1 911 1 297 859 10 694
- Accroissement 1 094 2 384 653 874 5 005
- Moyenne de l’accroissement en centièmes. . . 16 1/2 124 3/4 50 1/3 102
- Moyenne générale : 46 3/4.
- On voit donc que la production des États-Unis, qui de 26 pour 100 a passé à 52 pour 100 de celle de l’Angleterre, s’est accrue dans des proportions inconnues jusqu’alors.
- Évidemment, l’acceptation en Angleterre du libre échange et les tarifs élevés qui frappent ses produits en Amérique peuvent expliquer les faits; mais il ne faut pas
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- croire que, si les droits d’entrée fixés par l’étranger venaient à être supprimés, la fabrication de ce pays aurait à fournir le reste du monde. Les Black-Band d’Écosse, alors que la métallurgie du fer n’avait pas atteint le quart du développement actuel, permettaient de défier toute concurrence; par suite de leur faible prix d’extraction. Depuis lors, on a exploité) les terrains du Lias et les riches dépôts d’Hematite du Lan-cashire et du Cumberland. Cependant les duchés de North-York, de Lincolns et de Northampton ont de sérieux rivaux dans l’Alsace et le Luxembourg, les minerais de la côte occidentale de l’Angleterre sont rarement aussi favorisés, au point de vue de l’extraction, que ceux de Bilbao, du Lac supérieur, de la Pensylvanie et d’autres États de l’Amérique du Nord.
- Quant à la production de la houille, l’Angleterre n’a rien à redouter, et sa production , pendant un certain nombre d’années, égalait celle du reste du monde. L'Amérique du Nord lui enlève une grande partie de son ancienne supériorité, depuis que l’on sait que l’étendue des régions houillères, dans ce pays, est égale à vingt-quatre fois celle des régions houillères d’Écosse et d’Angleterre réunies.
- L’Allemagne n’a pas à craindre non plus le manque de combustible. La superficie de ses bassins houillers est environ le huitième de celle du Royaume-Uni d’Angleterre, soit plus de 2 600 kilomètres carrés.
- En 1882, la production du charbon se chiffrait ainsi :
- Grande-Bretagne
- États-Unis......
- Allemagne. . . .
- France..........
- Belgique........
- tonne».
- 156 999 000 72 000 000 53 000 000 20 803 000 17 485 000
- Les importations et les exportations sont les suivantes en 1882 :
- IMPORTATION. EXPORTATION.
- tonnes. tonnes*
- Royaume-Uni.............. » 20 958 000
- États-Unis............... » 650 000
- Allemagne................ 7 631 000 2 090 000
- France................... 10 293 000 587 000
- Belgique................. 1 058 000 5 853 000
- Si l’on considère, au point de vue statistique, la question des minerais, on remarque aisément qu’en Angleterre les seuls dépôts d’oxyde de fer convenables à la fabrication de l’acier, tel que ce métal est obtenu par le procédé Bessemer, se rencontrent dans le Cumberland et le Lancashire. Bientôt les demandes dépassèrent les ressources naturelles, bien que les deux comtés pussent fournir, par an, 3 millions de tonnes de
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- METALLURGIE.
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- minerai. Il en est donc résulté, pour l’Angleterre, de nombreuses importations, d’Espagne tout particulièrement, depuis que de Bilbao la tonne de minerài est livrée, dans le pays de Galles et le nord de l’Angleterre, au prix de 6 fr. 75 à 8 francs.
- Pendant l’année 1881, les gisements de Bilbao ont fourni, à eux seuls, près de 2 750 000 tonnes.
- Il est curieux d’avoir sous les yeux, pour les six principales nations industrielles, les chiffres ralatifs aux importations et aux exportations de minerai (en milliers de tonnes) :
- IMPORTATION. EXPORTATION.
- / 1870 400 ))
- Angleterre J 1880 3 060 95
- ( 1881 2 803 68
- 300 84
- Allemagne J 1880 607 1 263
- 615 1 443
- ' j 1870 568 179
- Belgique ! 1880 921 317
- ( 1881 1 169 366
- j 1870 17 ))
- États-Unis < 1880 493 »
- ( 1881 782 h
- t 1870 489 115
- France j 1880 1 168 114
- ( 1881. ..... î 287 88
- » 40
- Italie J 1880 T) 297
- ( 1881 » 330
- Les importations doivent surtout être attribuées, pour plusieurs pays, à la néces-
- site de trouver du fer exempt de phosphore pour la fabrication de l’acier par les pro-
- cédés Bessemer et Siemens-Martin.
- L’importance croissante du procédé Bessemer est mise en lumière par les résultats
- suivants (en milliers de tonnes) qu’il a donnés de 1870 à 1881 :
- ANGLETERRE. ÉTATS-UNIS. ALLEMAGNE. FRANCE. BELGIQUE TOTAL.
- 1870 215 40 125 83 6 469
- 1880 1 014 1 074 686 384 95 3 283
- 1881 1 673 1 696 993 454 170 4 986
- Les productions de la fonte, en Angleterre, ont été les suivantes, en plusieurs
- années prises au hasard :
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- 177
- tonnes*
- En 4830....................... 678 417
- 1860. ........................... 3 826 752
- 1870............................. 5 963 515
- 1880............................. 7 749,233
- 1882............................ 8 493 287
- D’après M. Edward Williams, la fabrication du fer, qui depuis 1874-1875 a subi un violent contre-coup, par suite de l’emploi de l’acier pour les rails, peut se répartir ainsi pour l’Angleterre, les chiffres exprimant des milliers de tonnes :
- RAILS FERS PLATS FERS D’ANGLES FERS CARRÉS
- TOTAL. pour 100. pour 100. pour 100. pour 100.
- 1872. , . . . 702 49 29 10 12
- 1873 707 53 27 7 13
- 1874. .... 671 ' 45 31 9 15
- . 1875 646 44 31 7 18
- 1876 484 26 41 12 21
- 1877 455 9 54 17 20
- 1878 485 5 55 21 19
- 1879 333 2 60 17 21
- 1880 584 5 63 18 14
- 1881 667 3 67 18 12
- 1882 726 1 68 21 10
- De 1870 à 1880, la production du fer, en France (en milliers de tonnes), a été telle
- que le montre le tableau suivant, qui tient également compte des importations :
- 1870. 1871. 1872= 1873. 1874. 1875. 1876. 1877. 1878. 1879. 1880.
- Production nationale. 923 859 1 217 i 366 1 423 1 416 1 453 1 522 1 508 1 314 1 733
- Importation 83 77 122 125 122 202 184 212 166 153 167
- 1 006 936 1 339 1 491 1 545 1 618 1 637 1 734 7t 674 1 467 1 900
- A déduire, l’exporta-
- tlon. . 16 14 36 , 46 51 48 52 49 50 50 55
- Les quatre-vingt-dix centièmes au moins du fer employé par la France est de fabrication française. En ce qui concerne le minerai, de 1878 à 1879, la quantité extraite en France également a varié de 2 099 000 à 3 790 000 tonnes, soit une moyenne de 2 770 000 tonnes.
- En 1869, la France importait 592 000 tonnes de minerai.
- La Russie ne produit que peu de fer ; des droits très élevés entravent les importations.
- Il peut être curieux de connaître la quantité de fer de toute nature employée par tête d’habitant, en 1881, par les sept principaux pays industriels :
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- KILOGRAMMES
- POPULATION. CONSOMMÉS PAR TÊTE.
- États-Unis d’Amérique 50 152 866 122,7
- France 37 672 048 67,5
- Royaume-Uni . . . 35 968 000 130,5
- Allemagne 45 194 177 60,5
- Belgique 5 519 844 107,7
- Russie 88 000 000 11,1
- Autriche 37 741 434 17,0
- Suède et Norwège 6 391 098 35,0
- Pouilles MO millions d'habitants qui peuplent l’Europe et les possessions anglaises, à l’exception des Indes, la consommation est les quinze vingtièmes de la consommation totale du monde entier; par tête, elle atteint 48k,6, tandis que, pour les 1 014 millions qui habitent le reste du monde, elle n’est, par tête, que de 0k,89.
- Main-d'œuvre anglaise comparée à celle du continent.
- Quand il s’agit de la fonte, les frais qu’entraîne la main-d’œuvre pour l’exploitation des mines, le transport des matières premières au haut-fourneau et le travail proprement dit représentent environ les 80 pour 100 de la totalité des frais. Dans les cas du fer et de l’acier, cette proportion s’accroît jusqu’à 90 pour 100.
- Il est bien évident que les salaires sont en rapport direct avec le prix des objets de consommation courante, tels que le pain, la viande et les légumes. C’est ainsi qu’ils ont été croissant, car on peut voir, d’après les statistiques, que, en 1866-1867, le prix de la viande était augmenté de 75 pour 100 en Europe, relativement à celui de 1847.
- D’après le rapport d’une commission instituée en 1879 en Allemagne, les dépenses hebdomadaires totales pour les ouvriers employés dans les hauts-fourneaux étaient les suivantes :
- 1er cas : celui d’un homme chargeant le minerai du haut-fourneau, avec une femme et six enfants, dont deux de douze ans :
- 25, 50 et 150 francs.
- 2e cas : celui d’un homme faisant les mélanges de chaux et de minerai, avec une femme et deux enfants :
- 476 fr. 85.
- 3e cas : celui d’un homme avec une femme et quatre enfants, dont deux de dix-huit ans :
- 27 fr. 85.
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- En Belgique, d’après Yomi, pour une famille de deux adultes et de quatre enfants, la dépense, par semaine, serait de 18 fr. 95.
- En Angleterre, pour quatre familles d’ouvriers, composées du mari, de la femme et de quatre enfants, on a constaté, par semaine, les chiffres de :
- fr» c.
- 22,50
- 24,75
- 28,25
- 25,90
- On peut voir que la différence est insignifiante entre les dépenses pour les ouvriers anglais et les ouvriers allemands.
- Il y a quinze ans environ, on trouvait, en France, des ouvriers agricoles payés de 2 fr. 50 à 2 fr. 95 par jour, sans nourriture, ou 2 francs avec nourriture donnée par le fermier. Ces mêmes ouvriers reçoivent maintenant de 2 fr. 80 à 3 fr. 10 par jour, soit une augmentation de 11 pour 100 environ. Pour l’Alsace-Lorraine, en 1879, les ouvriers de ferme gagnaient de 2 fr. 70 à 3 fr. 20 par jour, tandis qu’ils ne touchaient, en 1858, d’après le docteur Yomi, que 2 fr. 50.
- Cependant, il y a certaines parties de l’Allemagne où les salaires sont excessivement bas : 1 fr. 55 à 1 fr. 85 par jour. En moyenne, la journée de travail est de treize heures sur le continent, y compris la durée des repas.
- Étant donnés les renseignements puisés auprès d’un fabricant du nord de l’Angleterre, les salaires ont augmenté de 30 à 50 pour 100 de 1850 à 1881, la durée du travail effectif étant réduite de soixante à cinquante-quatre heures par semaine.
- D’après les études personnelles de l’auteur, les salaires sont, en Angleterre, plus élevés que sur le continent de 22 à 25 pour 100 ; dès lors, ce qui se paie en schel-lings chez nous se paie en francs chez les Français.
- Voici un tableau des salaires pour les ouvriers employés dans l’industrie :
- Allemagne, 1870. AJUSTEURS et MÉCANICIENS. fr. c. 9 FORGERONS. fr. e. 2 70 FRAPPEURS. fr. c. 1 85 MENUISIERS et CHARPENTIERS. fr. c. 3 10 MAÇONS. fr. c. 3 10
- — 1878. . 9 » 9 9 3 75 à 4 35
- — 1879. » 4 05 3 10 » 9
- — — . . 3 75 à 4 35 4 15 3 10 » 3 95
- France, 1878. . . 4 45 9 B 4 90 4 45
- Belgique, 1878. . . » 3 95 à 4 90 3 95 3 95 à 4 90 3 95
- Si l’on compare ces chiffres à ceux qui proviennent des statistiques anglaises, on trouve, pour 1878 et 1879, que les salaires moyens sur le continent sont :
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- Pour les ajusteurs et mécaniciens.. .
- Pour les forgerons................
- Pour les menuisiers...............
- Pour les maçons.................. .
- de 4 45 au lieu de 5 60 en Angleterre.
- de 4 30 — 5 90 —
- de 4 65 — 5 75 —
- de 4 20 — 5 70 —
- Mais, en Allemagne et en France, le travail étant de dix heures par jour, et en Belgique de dix heures et demie, au lieu de neuf heures comme en Angleterre, on peut dire que, dans le Royaume-Uni, le salaire moyen des ouvriers de l’industrie est de 30 pour 100 supérieur à celui du continent.
- La construction des navires en tôle offre également quelques éléments intéressants de comparaison.
- Le tonnage livré en 1883 par les chantiers d’Angleterre et d’Écosse représentait une somme de salaires de 3 750 000 francs ; les principaux ouvriers touchaient, par jour de travail, depuis 10 fr. 90 jusqu’à 16 francs et ces salaires représentent exactement le double de ceux du continent, sans tenir compte de ce que le travail n’est que de cinquante-quatre heures par semaine en Angleterre au lieu de soixante à soixante-deux heures sur le continent.
- Dans la branche de l’industrie chimique, le prix des salaires s’est élevé de 37 1/2 pour 100 dans l’espace de vingt-cinq ans.
- Il convient d’examiner plus spécialement ce qui a trait à l’industrie métallurgique, en prenant successivement les matières premières employées.
- Charbon. — Dans le nord de l’Angleterre, on a extrait plus de 30 millions de tonnes en 1873 ; on pourrait pousser ce chiffre à 34 millions s’il y avait un débouché suffisant.
- De 1872 à 1882, on a obtenu, dans les mines de charbon du South Durham, les chiffres suivants, exprimés en tonnes, en moyenne, par homme :
- 1873. 1874. 1875. 1876. 1877. 1878. 1879. 1880. 1881. 1882.
- 335 330 389 341 351 356 350 401 398 396
- En 1850, les ouvriers d’une exploitation particulière travaillaient huit heures à la surface et six heures dans le fond, recevant pour salaire 4 fr. 80, étant logés et chauffés en plus. En 1881, pour la même exploitation, le travail à la surface n’était plus que de cinq heures et demie et que de quatre heures trois quarts pour le fond ; mais le salaire, en dehors du logement et du chauffage accordés comme précédemment, montait à 5 fr. 55. Les hommes travaillaient donc un grand quart en moins et recevaient 15 pour 100 en plus de salaire.
- Le nombre des charbonnages s’est accru notablement en Angleterre depuis 1872 ; c’est ainsi qu’on en a eu successivement : 357 en 1872, 382 en 1873, 387 en 1874, 427 en 1875.
- Il n’y a pas de pays dans le monde, à l’exception de la Grande-Bretagne, qui, en
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- raison de sa surface et de sa population, produise'.autant de charbon que la Belgique. De la production totale, qui atteint, en Belgique, 14 1/4 à 15 3/4 millions de tonnes par an, 10 1/2 à 11 1/2 millions proviennent des mines de la province de Hainaut. M. Lajuesse donne, pour le Hainaut, les chiffres suivants :
- 1870. 1871. 1872. 1873. 1874. 1875. 1876. 1877. 1878. 1879.
- Production en tonnes.. 149 144 157 146 133 136 133 137 150 155
- fr. c. fr. e. fr, c. fr. c. fr. c. fr. c. fr. c. fr. c. fr. c. fr. c.
- Salaire par semaine.. . 18,55 16,10 20,00 26,75 22,70 22,40 19,65 15,80 15,85 15,35
- Prix du charbon. . . . 10,90 11,35 13,45 21,65 16,50 15,60 13,65 12,05 10,05 9,40
- Le salaire moyen des hommes employés dans les charbonnages de Belgique était de 4 fr. 10 par jour en 1870 et 1871, et de 3 fr. 90 en 1872 et 1873, ce qui fait une augmentation de 36 pour 100, étant données les productions relatives à ces années.
- La plus grande quantité de charbon tirée par ouvrier et par an, dans les installations françaises, a été de 179 tonnes en 1872.
- Ce chiffre de 179 tonnes est loin de valoir celui de 350 tonnes, qui représente par homme, pour la région South-Durham, la moyenne de la production annuelle. De 1844 à 1876, la production individuelle s’est accrue de 70 pour 100, et, pendant le même temps, les salaires augmentaient de 140 pour 100.
- Aux charbonnages de Montrambert et de la Béraudière, dans la Loire, 2 348 ouvriers touchaient, en moyenne, 2 fr. 95 en 1860 ; leur paye s’était élevée de 41 pour 100 ; en 1877, elle était de 4 fr. 65. Il faut, sans doute, attribuera l’âge des ouvriers l’infériorité des salaires en France. On emploie de jeunes enfants, comme l’indique le tableau qui suit (mines de la Béraudière) :
- AGE des hommes et des garçons SOUS TERRE A LA SURFACE TOTAL
- salaires moyens par jour nombre pour 100 salaires moyens par jour nombre pour 100 salaires moyens par jour nombre pour 100
- 12 à 15 ans 15 à 20 — 20 à 25 — 25 à 42 — 42 à 55 — Au-dessus de 55 ans. . Femmes fr. c. 2.32 3,20 4,80 5.32 6 » 5,02 » 22 206 312 1 194 124 24 » 1,10 10,94 16,57 63,44 6,58 1,37 » fr. c. 1,82 2,65 - 3,27 3,47 3,25 3,05 1,92 12 40 32 166 52 30 134 2,57 8,60 6,86 35,62 11,16 6,43 28,75 fr. c. 2,07 2.92 4,03 4,40 4,62 4,03 1.92 34 246 344 1 360 176 54 134 1,45 10,48 14,65 57,92 7,49 2,30 5,71
- Dans toute la région houillère de Durham, en 1879, on employait 53 152 hommes et garçons : 40 664 sous terre et 12 488 à la surface.
- Tome II, — 86* année, 4* série. — Mars 1887.
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- m
- MÉTALLURGIE.
- MARS 1887.
- Les ouvriers occupés au-dessous du sol se répartissaient en 35109 de plus de 18 ans. 4 579 entre 16 et 18 ans, 3976 au-dessous de 16 ans.
- Pour les ouvriers de surface, on avait les chiffres de 10763 au-dessus de 18 ans, 538 entre 16 et 18, 1187 au-dessous de 16.
- Voici quelques renseignements intéressants sur la production totale de charbon pendant les années 1872-1875 :
- NORTHUM BERLAND
- FRANGE BELGIQUE et
- DURHAM
- tonnes. tonne». tonues.
- 1872 Année de salaires croissants. . . . 15.802.514 15.658.948 30.395.000
- 1873 — des salaires les plus élevés. 17.485.786 15.778.401 29.640.000
- 1874 — de salaires élevés 16.949.032 14.669.629 30.543.800
- 1875 — de salaires décroissants. . . 17.164.794 15.011.331 32.097.323
- En 1875, le poids total de charbon fourni par l’empire d’Allemagne se décompose comme il suit :
- TONNES
- TONNES. HOMMES. PAR HOMME.
- Silésie 10 444 364 43 506 240
- Westphalie 10 749 025 54 024 199
- Région du Rhin 11 645 014 57 258 203
- Saxe 3 061 275 17 272 177
- États divers 1 391 025 10 602 131
- 37 290 703 182 665 204
- Pour terminer les renseignements statistiques relatifs aux charbonnages, nous
- nons les gages moyens par semaine des ouvriers de divers pays.
- ANGLETERRE
- (DURHAM). ALLEMAGNE. BELGIQUE. FRANCE.
- fr. c. fr. e. fr. c. fr. c.
- 1871 22,95 21,05 16,10 17,80
- 1873 45,90 25,45 26,75 19,05
- 1875 37,15 20,80 22,37 19,05
- 1877 33,75 19,05 15,80 19,05
- Moyenne 34,95 21,60 20,25 18,75
- Tonnes extraites par homme. 351 204 147 164
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- MÉTALLURGIE.
- MARS 1887.
- 183
- Minerai de fer.
- Le mineur de Cleveland est à peu près 8 heures sous terre ; son travail dure 7 heures. Ses salaires varient avec le prix du minerai, de sorte qu’il lui reste —huile et poudre payées — des salaires variables dans d’assez grandes limites.
- En voici un exemple :
- Prix de la fonte ordinaire et salaires du mineur.
- Prix de la fonte. . Salaires 1873 1874 1875 1876 1877 1878 1879 1880 1881 1882
- 103,9 7,0 74.6 6,7 3/4 54,0 5,7 1/2 49,0 5,4 43,1 1/2 4,10 1/2 37,7 4,5 43,0 3,11 50,6 1,5 3/4 39,1 4,6 43,4 5,0
- Près d’Irun, en Espagne, en 1872, les ouvriers des mines de fer gagnaient 2 fr. 43 par jour ; près de Malaga, la paye n’était que de 1 fr. 55.
- Dans le Luxembourg, la couche épaisse de minerai de fer oolithique est exploitée moitié à ciel ouvert, moitié en galeries. Il y a quelques années, les mineurs de l’exploitation à ciel onvert gagnaient 3 fr. 25 par jour ; ils travaillaient toute la journée pendant l’hiver, et de 5 heures du matin à 7 heures du soir en été, avec intervalles de repos.
- Les ouvriers des galeries restaient 12 heures dans la mine, travaillaient 10 heures et demie, pour lesquelles — frais d’éclairage et de poudre payés — ils gagnaient de 3 fr. 95 à 4 fr. 35. Ils avaient, par semaine, 6 jours réguliers de travail.
- A peu près à la même époque, dans des mines françaises de production semblable à celles du Luxembourg, les salaires étaient de 4 fr. 25 par journée de 10 heures de travail. Les mineurs de Cleveland recevaient 6 fr. 75 pour un travail de 7 heures.
- Les conditions des mines françaises et luxembourgeoises ne sont pas comparables à celles des mines du Cleveland, quoique dans ces divers pays le minerai se trouve en filons de 8 à 10 pieds d’épaisseur. Tandis que le mineur du Cleveland envoie généralement à la surface tout ce qu’il extrait, et se trouve payé proportionnellement à cette quantité, l’ouvrier français et luxembourgeois doit rejeter une quantité considérable de matières stériles.
- Suivant le Rapport de la British Iron Trad-Association pour 1882, la production de minerai de fer se décompose ainsi pour l’Allemagne et le Luxembourg :
- MOYENNE ANNUELLE DE L’EXTRACTION
- TONNES. PAR OUVRIER.
- 1872 ................................ 5 895 149 1/2
- 1873 ................................. 6 177 156
- 1874 ................................. 5 137 161 1/2
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- 184
- MARS 1887.
- métallurgie. —
- MOYENNE ANNUELLE
- de l’extraction
- TONNES. PAR OUVRIER.
- 1875 ................................ 4 730 168
- 1876 ................................ 4 711 179 1/2
- 1877 ................................ 4 980 194 1/2
- 1878 ............................... 6 462 196 1/2
- 1879 .............................. 5 859 194
- 1880 ................................ 7 238 202
- 1881 ................................ 7 573 205
- Ces chiffres semblent montrer que les mineurs ont acquis un certain degré d’habileté en un nombre d’années relativement peu considérable.
- En 1873, pour les mines du Cleveland, les salaires ont été de 6 fr. 25 environ, et la production moyenne a été de 5,75 tonnes par jour.
- Hauts-fourneaux.
- Il y a quarante ans, on eût considéré comme une belle production 80 ou 100 tonnes p'ar semaine pour un haut-fourneau traitant du minerai du Cleveland. A cette époque, en général, les souffleries étaient défectueuses; on ne chauffait l’air qu’à moins de 300 degrés centigrades, et les fourneaux n’avaient pas une capacité de plus de 100 à 150 mètres cubes. Actuellement, le volume des hauts-fourneaux est bien plus considérable; on peut chauffer l’air jusqu’à 550 degrés, voire même jusqu’à 750 degrés centigrades. Dès lors, une production de 450 tonnes par semaine n’a rien d’extraordinaire; on atteint de 500 à 550 tonnes à Middlesborough.
- En 1844, les conducteurs de hauts-fourneaux gagnaient de 4 fr. 45 à 5 francs par jour, et leurs aides gagnaient 3fr. 75.
- Dix ans après, la découverte des gisements de Whitby, près Middlesborough, avait fait des bords de la Tees un centre important de production métallurgique. Les demandes furent nombreuses, et le prix de la main-d’œuvre fut accru de telle sorte, qne les conducteurs de hauts-fourneaux gagnèrent 8 fr. 75, et leurs aides 4 fr. 35 par jour.
- En 1864 et 1865, on vint à augmenter notablement la capacité des hauts-fourneaux; tous les ouvriers reçurent alors de très forts gages; c'est ainsi que, par jour, en 1871, les conducteurs de hauts-fourneaux gagnaient de 8 francs à 8 fr. 60 ; leurs aides, de 5 fr. 30 à 5 fr. 60.
- En 1872 et 1873, par suite du développement des productions métallurgiques, l’ouvrier gagnait trois fois plus qu’en 1850 ; maintenant qu’une certaine crise sévit, son gain n’est plus que deux fois celui de 1850.
- Sur le continent, le travail diffère de celui du Cleveland. Les salaires des conducteurs de hauts-fourneaux y varient de 3 fr. 75 à 4 fr. 65 par jour.
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- MÉTALLURGIE ----- MARS 1887. 185
- Les ouvriers anglais — étant donnée la nature du charbon et du minerai traité — produisent deux fois autant de fer que les ouvriers français.
- Malgré le bon marché de la main-d’œuvre sur le continent relativement à celle d’Angleterre, il faut avouer que les maîtres de forges étrangers tâchent de la réduire encore par l’emploi de procédés perfectionnés.
- MM. de Wendel, de Hayange (Alsace), ont introduit dans leur fabrication certains perfectionnements, que l’on trouve dans les forges de Middlesborough ; il est vrai de dire que, jusqu’alors, les salaires n’avaient pas subi le moindre chargement.
- D’autre part, dans la Prusse rhénane, les hauts-fourneaux occupaient 151 hommes en 1875, recevant ensemble 185 700 francs, soit 1 230 francs par an et par tête, ou 23 fr. 75 environ par semaine.
- En 1878, les mêmes hauts-fourneaux occupaient 117 hommes, payés 139 525 fr., soit 1192 francs par an et par tête, ou 22 fr. 80 environ par semaine. Cette même année, la production des fourneaux était accrue de 30 pour 100.
- Voici quelques chiffres relatifs à la production en Allemagne et dans le Luxembourg :
- 1872 1873 1874 1875 1876 1877 1878 1879 1880 1881
- Moyenne de tonnes par ouvrier. 76 79 1/2 78 89 99 1/2 106 132 1/2 128 129 136
- Soit une augmentation de 79 pour 100, en comprenant 1872 avec 1881.
- Fer malléable.
- En 1840, dans le Staffordshire et le Tyne, on payait 11 fr. 85 par tonne pour puddler la fonte. En 1842, on ne payait plus que 9 fr. 05 ; on a même descendu jusqu’à 8 fr. 10. Une tonne un quart de fer puddlé représentait une bonne journée de travail.
- Il n’est pas facile de comparer le travail d’un puddleur anglais avec celui d’un puddleur étranger. Bien souvent, sur le continent, c’est l’habitude d’avoir trois hommes par four, ou deux hommes et un aide robuste. D’ailleurs, la qualité du fer joue un grand rôle; c’est ainsi qu’à l’étranger, la proportion du silicium est à peine le quart de celui du Cleveland.
- En 1867, dans le sud de la France, 36 1/2 à 40 gueusets représentaient la production moyenne, par 12 heures, d’un four à puddler. Les frais de main-d’œuvre variaient de 7 fr. 25 à 9 francs.
- En 1867, sur le Rhin, pour une journée ordinaire de 12 heures, représentée par une extraction de 32 1/2 à 36 gueusets, les ouvriers gagnaient de 6 fr. 85 à 7 fr. 15.
- D’une manière générale, il faut dire que le travail de puddlage, dans le nord de
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- l'Angleterre, coûte 50 pour 100 de plus qu’en France et qu’en Allemagne. La fonte destinée aux usages de forge est classée en cinq catégories en Belgique, savoir :
- POUR 100 DE CARBONE. POUR 100 DE PHOSPHORE.
- 1. Très commune, avec 2,00 2,25
- 2. Ordinaire 2,50 1,75
- 3. Pour fer fort 3,00 1,25
- 4. Pour fer exlra-fort 3,50 0,75
- 5. Pour fer aciéreux 4,00 0,25
- Dans une usine visitée par l’auteur, le travail de puddlage était effectué dans un four double . Les ouvriers pouvaient accéder des deux côtés; mais on n’usait d’aucun appareil mécanique, et l’on n’employait pas de fonte commune.
- Les n06 2 et 3 permettaient un traitement de 8 charges environ, soit une quantité de 72 gueusets. On ne traitait que 54 gueusets des fontes n°* 4 et 5.
- On payait pour les nos 2, 3, 4, en 1878, 5 fr. 20, 5 fr. 60 et 6 fr. 15 par tonne de 1 000 kilogrammes.
- Suit une comparaison établie entre le travail dans une forge d’Allemagne (qui produisait, en 1879, environ 300 tonnes de fer puddlé par semaine, sur lesquelles 200 étaient transformées en tôles au laminoir), et le travail dans une usine d’Angleterre, produisant également 300 tonnes de fer puddlé transformées totalement en tôles.
- ALLEMAGNE ANGLETERRE
- fr. c. fr. c.
- Chef puddleur 7,05 7,60
- Second puddleur 6,60 4,35
- Troisième puddleur, , 5,00 »
- Aide-puddleur 2,00 ))
- Gingleur 6,40 18,85
- Faiseur de bardeaux 6,55 28,40
- Chauffeurs 8,20 20,10
- Laminoirs (moyenne de 5 hommes). . . 5,60 51,35
- Découpage (moyenne de 8 hommes). . . . 6,55 43,40
- Moyenne 6,50 24,85
- Les différences énormes qui existent entre les chiffres des deux colonnes nous amènent à supposer que le prix de la main-d’œuvre doit être nécessairement plus élevée dans le laminage allemand que dans le laminage anglais. C’est plus ou moins exact ; car, bien que dans les deux cas les salaires des puddleurs ne diflérent point notablement, le prix actuel du puddlage est de 66 pour 100 plus fort en Angleterre qu’en
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- Allemagne. Cela provient en partie des natures de [fonte employée, et spécialement de l’emploi d’appareils mécaniques en Allemagne, permettant de traiter à la fois dans un four 70 gueusets de fonte au lieu de 30.
- Étant donnés les chiffres du tableau précédent, l’auteur calcule que pour 1 000 francs de salaire dans le cas du puddlage allemand, on paie, pour le même genre et la même somme de travail en Angleterre, les sommes inscrites ci-dessous :
- ALLEMAGNE. ANGLETERRE.
- fr. c. fr* c*
- Transport des matières 44,20 24,50
- Mécaniciens et chauffeurs. . . 33,00 83,00
- Puddleurs 632,50 1 085,00
- Faiseurs de bardeaux 45,00 111,00
- Lamineurs, etc 226,40 121,00
- Divers 18,90 2,550
- 1 000,00 1 450,00
- Acier Bessemer.
- La fabrication de l’acier Bessemer est, relativement parlant, une découverte si
- récente, que chaque jour elle subit des modifications notables. Ces dernières ont
- évidemment pour effet d’influer sur le prix de revient de la tonne d’acier.
- Bien que les salaires individuels des ouvriers soient plus élevés en Angleterre que
- sur le continent, les très grandes différences que nous avons signalées précédemment pour certaines productions ne sont point fréquentes dans le cas de l’acier Bessemer.
- Prenons pour exemples certains chiffres de 1879-1880 :
- ANGLETERRE. ALLEMAGNE.
- Équipe du convertisseur fr. c. fr. c. fr. C. fr. c.
- 7,25 3,40 à 4,50
- Travail des lingots 5,70 à 6,35 3,20 à 3,95
- Manutention des poches 5,10 à 5,80 3,80 à 4,00
- Chauffeurs du laminotr à rail... . 7,70 à 8,10 5,20
- Lamineurs 11,25 à 13,50 7,05 à 10,70
- Dégrossisseurs 9,25 à 9,45 4,75 à 9,55
- Redresseurs à froid 6,70 5,00
- D’une manière approximative, on peut dire qu’il existe une différence de 40 pour 100 comme économie en faveur de la main-d’œuvre allemande.
- Pour compléter ces renseignements, nous donnons, en grand détail, les salaires payés dans deux fabrications de rails d’acier.
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- MÉTALLURGIE
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- L’une, de fabrication anglaise, produit à peu près le double de travail de l’autre, qui est une fabrication allemande.
- Le poids des rails par charge est le même dans chaque cas :
- GAGES MOYENS. ANGLETERRE. ALLEMAGNE.
- 1° Convertisseurs
- Hommes au chargement fcupola-men). . . .
- — aux convertisseurs...............
- — aux lingots......................
- Aux machines.............................
- Réparations..............................
- Travaux divers...........................
- Moyenne au convertisseur. . . .
- 2° Laminoir à rail
- Hommes et enfants aux fours..............
- Chef lamineur. . ........................
- Chargement des fours, transport et laminage.
- Scieurs de rails à chaud.................
- Redresseurs à froid......................
- Aux machines.............................
- Réparations..............................
- Divers...................................
- Moyenne au laminoir.........
- d’œuvre se répartissent ainsi :
- Au convertisseur
- Travail exécuté par homme, l’Angleterre donnant l’unité..
- Prix des lingots......................................
- Salaires journaliers moyens...........................
- Au laminoir à rail
- Travail effectué par homme............................
- Prix des rails........................................
- Salaires journaliers moyens...........................
- Pour montrer combien les salaires des ouvriers allemands sont rendus solidaires des variations commerciales, voici, pour un laminoir à rail allemand, à partir de 1873, et en francs, les sommes touchées chaque jour :
- f r, c. fr. c.
- 7,75 3,30
- 8,80 3,65
- 7,10 3,50
- 6,95 2,70
- 6,05 2,65
- 5,65 2,55
- 7,75 3,30
- 6,05 3,95
- 28,95 10,70
- 9,50 4,45
- 8,35 3,10
- 4,80 4,55
- 6,85 3,50
- 7,65 3,30
- 4,00 3,35
- 6,55 4,05
- iomme et le prix de main-
- ANGLETERRE. ALLEMAGNE.
- 100,00 81,17
- 100,00 63,24
- 100,00 43,24
- 100,00 100,00
- 100,00 86,11
- 100,00 61,18
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- CHIMIE INDUSTRIELLE.
- MARS 1887.
- 189
- 1873 1874 1875 1876 1877 1878 1879 1880
- fr. c. fr. c. fr* c. fr. c. fr. c. fr. e. fr. c. fr. c.
- Premier lamineur. . . 13.35 13,50 7,10 8,05 7,10 7,05 5,80 6,15
- Second lamineur. . . . 12,05 13,50 6,80 8,00 7,05 6,40 5,55 5,45
- Premier chauffeur. . . 7,85 8,30 6,90 5,40 6,60 6,40 5,35 4,30
- Second chauffeur. . . . 7,35 7,85 5,45 5,25 4,90 5,30 4,30 4,25
- Homme de la scie. . . 6,60 7,50 4,15 3,85 4,10 3,85 3,60 3,80
- Dresseur de rails. . . . 5,95 6,00 4,35 3,90 3,35 3,15 3,65 3,55
- Équipe total du mill. . 7,35 6,45 6,25 4,40 3,40 5,15 4,40 4,50
- Dans le pays de Galles, les salaires moyens des ouvriers les plus rétribués travaillant aux convertisseurs Bessemer varient de 37 fr. 50 à 52 fr. 50. En Allemagne, on tombe jusqu’à la moitié de ces chiffres ; les ouvriers les plus payés touchent 25 francs, et les autres 22 fr. 50 en moyenne.
- Cependant, si l’on compare dans les deux cas les frais de main-d’œuvre, on remarque que le nombre des ouvriers est bien plus grand à l’étranger qu’en Angleterre, voire même presque double, et que, dès lors, pour le production dans le pays de Galles, on ne paie que 22 pour 100 de plus qu’en Angleterre par tonne de produit.
- CHIMIE INDUSTRIELLE.
- FABRICATION NOUVELLE DES MÉTAUX ALCALINS, PAR M. H.-X. CASTNER (1).
- La méthode en usage jusqu’à ce jour, pour la fabrication du sodium, consiste dans la calcination, à forte température, d’un mélange intime de 9 parties de carbonate de soude, h parties de charbon et 1 partie de chaux dans des vases en fer forgé, de forme cylindrique, placés horizontalement dans le fourneau, et munis d’un tube étroit, conduisant les vapeurs métalliques et les gaz produits pendant la réduction dans un condenseur voisin, où les vapeurs sont amenées et le sodium recueilli. Ce qui est dit du sodium s’applique également au potassium, le procédé étant pratiquement le même pour les deux métaux alcalins.
- Les appareils sont en fer forgé ; eux seuls peuvent résister à la chaleur intense nécessaire ; et, pour cette raison, leurs dimensions principales ne peuvent pas dépasser, comme longueur, lm,50, et, comme diamètre, 15 centimètres. Le mélange de carbonate, de charbon et de chaux doit être finement pulvérisé et calciné préalablement, de manière à obtenir une masse compacte avant de la charger dans les cylindres : la chaux y est ajoutée dans le but surtout de rendre la matière plus réfractaire, sans quoi la charge entrerait en fusion à la haute température produite,
- (1) Extrait du Journal of Franklin lnstüute. Tome II. — 86e année. 4e série. — Mars 1887.
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- CHIMIE INDUSTRIELLE. — MARS 1887.
- et se séparerait en alcali fusible et charbon infusible. Le charbon doit, en outre, se trouver dans les proportions indiquées, de k à 9, par rapport au carbonate de soude, parce qu’on a constaté pratiquement que ce n'est que de la sorte qu’on assure à chaque particule sodique la présence immédiate d’un excès de carbone.
- Quoiqu’il soit bien avéré que le sodium se trouve réduit à un degré de chaleur très voisin de celui qu’il faut pour réduire l’oxyde de zinc, il n’en est pas moins pratiquement indispensable de pousser la température dans le voisinage du point de fusion du fer forgé pour obtenir par la même méthode la réduction de la soude avec un rendement d’à peine le tiers du métal contenu dans la charge. Tout procédé ayant pour objet d’améliorer les conditions de production du sodium métallique, comme prix de revient, devra donc être dirigé dans une des voies suivantes, savoir :
- 1° Simplification des détails et agencements plus faciles en ce qui concerne les appareils ;
- 2° Économie de charbon ou de combustible par une réduction à une température moins élevée, ce qui aura pour effet de préserver les cylindres en fer, dont la consommation représente la moitié des frais de fabrication du sodium dans l’ancienne méthode ;
- 3° Augmentation du rendement en sodium métallique au-dessus de 33 pour 100, qui est aujourd’hui considéré comme un bon et satisfaisant résultat manufacturier.
- Le nouveau procédé consiste à réduire soit l’hydrate, soit le carbonate de l’alcali, lorsqu’il est fondu, à une température modérée, en faisant réagir un carbure métallique ou son équivalent, ce qui a pour effet d’éviter un excès de carbone et rend inutile l’emploi de la chaux. La subtance réductive employée, grâce à sa composition et à son poids spécifique, demeure au-dessous de la surface du bain alcalin, et se Irouve par suite en contact constant et direct avec l’alcali fondu. Le composé équivalent est formé de charbon et de métal, de telle sorte que le métal ne puisse être isolé, hormis par les acides ou par une chaleur intense. Ce composé est élaboré en transformant en coke un mélange intime de goudron et de fer, ce dernier réduit à un grand état de division, à l’aide de l’acide carbonique ou de l’hydrogène. Par expérience, on obtient, par un mélange donné de ces deux éléments, après calcination, un coke métallique pesant, et étant composé à peu près de 70 pour 100 de fer et 30 pour 100 de charbon, représenté par la formule Fe G2. Ce composé obtenu est pulvérisé et remplace très bien un véritable carbure de fer. Au lieu de carbonate, la soude caustique, plus facilement fusible, est préférable, et la quantité du composé carburé ajoutée est déterminée de façon à ce qu’il n'y ait pas d’excédent de carbone dans le mélange ; on y arrive à l’aide de la formule théorique suivante, qui rend compte de la réaction chimique d’une façon satisfaisante :
- 3 (NaO, HO) + 2 FeC2 = 3 Na + 2 Fe + 2 CO H- 2C02 + 3 H; ce qui revient à dire que, pour chaque kilogramme de soude caustique pure, il faut
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- CHIMIE INDUSTRIELLE. ---- MARS 1887. 191
- 22 kilogrammes de carbure de fer artificiel, contenant environ 15 kilogrammes de charbon. L’opération s’exécute dans de grands creusets en fonte, dans un fourneau dont voici la disposition générale : L’espace où doit se produire la température de réduction est divisé en autant de chambres ou compartiments qu’il y a de creusets à charger, et leurs dimensions varient évidemment avec la grandeur des creusets et la production totale qu’on veut obtenir. A la base de chaque chambre est ménagée une ouverture, à travers laquelle le creuset est amené dans une position convenable à l’aide d’appareils mécaniques élévatoires spéciaux. Le couvercle est à demeure fixe, et c’est de ce couvercle que part le tube qui amène les vapeurs au condenseur hors du fourneau. Au moment de la charge, le creuset, garni de son mélange, est amené à l’aide d’un ascenseur à sa position définitive dans l’intérieur de la chambre ; cet ascenseur est situé immédiatement au-dessous de l’ouverture ci-dessus indiquée. Les bords du couvercle sont convexes, tandis que ceux du ereuset sont concaves, de sorte que lorsque l’ascenseur établit le contact, celui-ci donne lieu à une fermeture hermétique, qui empêche toute sortie de gaz ou de vapeur, en dehors du tube de communication avec le condenseur fixé au couvercle. Le combustible employé est le gaz d’éclairage combiné avec de l’air chaud ; ils sont admis tous deux dans la chambre aussitôt la charge faite, et la distillation commence aussitôt que la température atteint 1000 degrés centigrades. Le sodium est réduit dans le creuset, traverse le tube du couvercle et vient se déposer dans le condenseur. L’opération terminée, le creuset est descendu de son siège, remplacé par un creuset fraîchement chargé, puis refroidi, vidé, nettoyé et chargé à nouveau. Les dispositions sont prises pour que le couvercle, s’il a besoin d’être changé, puisse, en marche et dans le cours même de la manipulation, être remplacé; de sorte que l’opération est continue.
- En évitant le mélange des matières, qu’il fallait faire autrefois très soigneusement, leur calcination préalable, en supprimant les dispositions minutieuses et délicates de la méthode ancienne, la méthode nouvelle se présente avec plusieurs avantages. On opère à une température relativement plus basse, parce que la réaction du charbon du carbure artificiel sur l’oxygène de la soude caustique fondue, en le faisant disparaître au fur et à mesure, est facile, grâce à l’intimité du contact. En outre, en réduisant le métal d’une masse en fusion, dans laquelle l’agent réducteur reste en suspension, le travail peut s’exécuter dans des creusets de grand diamètre, la réduction commençant aux parois, où la chaleur est le plus intense, et la masse de la charge s’écoulant du centre vers ces points, pour prendre la place de la matière réduite. Ceci diffère essentiellement de la manipulation de l’ancien procédé, où la chaleur nécessaire, malgré le diamètre restreint des cylindres, arrivait avec difficulté à la masse centrale, ce qui exigeait des vases en fer forgé, qui résistaient mal et fort peu de temps aux effets destructeurs d’une chaleur intense.
- Enfin, le rendement, par l’élimination de la chaux et de l’excès de carbone, s’élève de 53 pour 100 à 90 pour 100. La chaux, que dans l’ancienne méthode il faut
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
- MARS 1887.
- ajouter pour rendre la masse réfractaire, requiert une certaine quantité de soude pour constituer le corps connu sous le nom de chaux sodée, et ce dernier exige, pour la réduction de la soude à l’état de sodium, une température considérable. En pratique, il fallait, ainsi qu’il a été dit, pour chaque 9 kilogrammes de carbonate de soude, 4 kilogrammes de charbon, c’est-à-dire le double de la quantité théorique nécessaire pour réduire la soude contenue, en admettant que le gaz résultant de la réduction soit de l’oxyde de carbone exclusivement. Lorsqu’on ne trouve qu’un rendement de 33 pour 100 de sodium métallique, la proportion entre le sodium produit et le charbon employé s’élève dans le rapport de 1 à 6. L’effet d’un excès de carbone dans le mélange, qui, ainsi qu’il a été dit, est réellement indispensable, est de produire un volume considérable d’oxyde de carbone, qui simultanément, avec l’excès de charbon, donne lieu à la formation de divers composés dont le métal se sépare avec difficulté. Dans la réaction de la soude caustique et du carbure métallique ou son équivalent, en n’usant que la quantité suffisante de charbon nécessaire à la réaction indiquée, les gaz produits sont de l’hydrogène, de l’oxyde de carbone, de l’acide carbonique, dont le mélange n’a que très peu d’action chimique sur les vapeurs du sodium métallique. Après l’opération, les creusets retiennent une faible quantité de carbonate de soude et tout le fer du carbone artificiel, dans un état de division extrême, avec un peu de charbon en proportion minime. En reprenant par l’eau chaude les résidus du contenu des creusets, on régénère du carbonate de soude par l’évaporation de la liqueur, et le fer, divisé, filtré, séché, mélangé à du goudron et calciné de nouveau, rentre dans la fabrication comme carbure artificiel de fer.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Exportation des viandes de la République Argentine. — Les viandes exportées jusqu’à ce jour sont principalement des viandes de mouton, conservées dans la glace : l’exportation des viandes de bœuf a un essor moindre, mais commence à se dessiner. Il y a des précautions à prendre pour amener le bétail des pâturages lointains avant de le livrer aux abattoirs, afin d’éviter les viandes fatiguées. On préconise l’emploi de la glace plutôt que la conservation de la viande par la cuisson, ou la conservation des animaux vivants sur pied. Sur les bords du fleuve la Plata, cette industrie des viandes conservées par les moyens frigorifiques a pris une extension que quelques chiffres cités mettront en évidence.
- On admet une reproduction annuelle au taux moyen de 25 pour 100 de la production existante, mortalité comprise.
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- NOTICES INDUSTRIELLES. --- MARS 1887.
- 193
- Le stock vivant et disponible pour l’exportation se compose, par an, d’après les calculs statistiques présentés, du nombre de têtes suivant :
- RACES OU ESPÈCES
- BOVINE. OVINE.
- millions. millions.
- République Argentine, Uruguay ou Rio-de-la-Plata. . . 6 000 24 000
- États-Unis et Canada 9 375 9 750
- Autres pays américains 4 ‘250 1 250
- Australie, Nouvelle-Zélande et Cap 2 500 20 750
- Europe et Algérie 23 375 49 250
- En admettant le poids moyen de 150 à 300 kilogrammes par tête de l’espèce bovine,
- 20 à 35 kilogrammes pour l’espèce ovine, et divers coefficients de correction pour com-
- penser les difficultés d’élevage, etc., la quantité consommée serait, pour ces pays
- producteurs :
- ESPÈCES
- BOVINE. OVINE.
- millions. millions.
- Rio-de-la-Plata (République Argentine et Uruguay). . 750 264
- États-Unis et Canada 1 300 112
- Autres pays de l’Amérique 530 13,5
- Australie, Nouvelle-Zélande et Cap . 350 250
- Europe et Algérie 5 000 615
- et les excédents ou manquants correspondants seraient les quantités suivantes, par
- tête d’habitant :
- EXCÉDENT. DÉFICIT.
- kil. kil.
- Rio-de-la-Plata 156 »
- États-Unis et Canada » 7
- Australie, Nouvelle-Zélande 65 »
- Europe et Algérie » 1
- On en conclut que les deux pays, le Rio-de-la-Plata et l’Australie, sont les pays qui alimentent de viandes exportées les marchés européens pour une quantité qui pourrait s’élever à 9k0 000 tonnes en sus de l’exportation actuelle, paralysée par diverses circonstances.
- Le Rio-de-la-Plata fournirait facilement 700 000 tonnes annuelles, dans des conditions d’élevage et de transport meilleures que celles d’Australie : les problèmes de transport sont à résoudre. [Annales de la Société rurale Argentine.)
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- NOTICES INDUSTRIELLES. --- MARS 1887.
- Causes de la destruction des pierres de construction. — Le professeur Thomas Egleston, de New-York, a entrepris un ensemble de recherches pour déterminer les causes de la destruction des pierres par délitage à l’air, et pour tâcher d'y remédier; il a donné connaissance de ses résultats à Y American Society of civil Engineers.
- D’après ses observations, le granité subit des dégradations presque imperceptibles dans certaines conditions de l’atmosphère ; mais, lorsque ces conditions sont mauvaises, les phénomènes sont tout autres, témoin l’obélisque égyptien érigé dans le Central park de New-York. En climat sec, ce monument a vécu 2 000 ans intact, et, arrivé dans cet état à New-York en 1880, il manifeste déjà depuis cinq ans des signes de profondes atteintes.
- Les grès employés à la construction doivent être distingués en diverses catégories, suivant qu’ils contiennent dans la base qui sert de ciment aux parties sableuses des matières organiques, du fer, de la chaux ou de la silice.
- Les premiers tombent rapidement en état de dégradation ; les seconds n’offrent pas grande garantie ; les troisièmes, surtout dans les grandes villes, sont facilement attaqués par les éléments atmosphériques ; les derniers seuls, à liaison siliceuse, semblent pouvoir être considérés comme pouvant résister suffisamment longtemps aux injures du temps.
- Parmi les calcaires, les carbonates de chaux purs et les dolomies sont peu attaqués par les éléments atmosphériques ; pour ceux dans lesquels ces deux matières se présentent en proportions d’ailleurs variables, on note que les parties calcaires sont enlevées d’entre les parties dolomitiques d’autant plus rapidement que celles-ci dominent moins dans la constitution de la pierre. On reconnaît aussi que l’usure est plus grande dans les parties de la construction voisines de la surface du sol, et qu’elle va en décroissant avec la hauteur de l’édifice. On explique ce phénomène par la présence dans l’air des grandes villes d’une assez notable quantité d’acide carbonique et d’acide sulfureux, dont l’action délétère s’exerce surtout dans les parties de la pierre qui se trouvent traversées par l’eau provenant, soit du sol humide, soit d’une imparfaite distribution des canaux et conduites qui doivent recevoir les eaux pluviales. Vers le haut, les masses d’air pur brassent d’avantage les éléments acides dont il s’agit, et neutralisent plus efficacement leur action corrosive, au point de les annuler à une distance donnée du sol : cette action, dans les constructions des grandes villes, s’exerce par l’attaque et le lavage lent mais persistant des parties calcaires du ciment naturel, qui sont dissoutes par les eaux chargées d’acide carbonique, dont l’effet est assez énergique.
- Une des causes les plus efficaces de l’usure des pierres employées dans les constructions des villes populeuses, et qui n’a pas été signalée, consiste dans l’action polissante du vent chargé des poussières des rues et frottant contre les surfaces : cette usure, d’après M. Egleston, est plus considérable qu’on ne le pense généralement. Il
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- mit en expérience un grand nombre de pierres, de dureté différente et de surfaces variables, et les soumit à une soufflerie d’air chargé de sable ; pas une seule de ces pierres, pas même un diamant, n’ont résisté à l’usure, dans un temps relativement court.
- Les recherches faites sur les poussières des grandes voies urbaines ont démontré qu’elles se composent de divers éléments, spécialement de sable quartzeux anguleux, d’une forte proportion de fer métallique et diverses autres matières, qui, quoique moins dures, sont cependant assez résistantes pour polir et user les pierres par leur contact. Dans plusieurs cimetières urbains, on a constaté le fait de la disparition, au bout d’un long laps de temps, des inscriptions sur les pierres funéraires primitivement assez profondes et devenues presque illisibles dans les parties qui se trouvent précisément orientées du côté des principaux vents régnants.
- Enfin, M. Egleston croit pouvoir affirmer que jadis on prenait de bien plus grands soins dans le choix des pierres, qu’on tenait un compte sérieux de la nature du ciment naturel des pierres servant de tombeaux, tandis que nos architectes et constructeurs de mausolées actuels y regardent moins, et surtout négligent de donner à leurs oeuvres les formes voulues pour que les eaux de pluie ne séjournent pas longtemps à leur surface, en facilitant de la sorte leur désagrégation.
- {American Society of civil Engineers).
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 11 février 1887.
- Présidence de M. Becquerel, Président.
- M. Hélouis, ingénieur-chimiste, à Colombes, Seine. — Système de pulvérisation des poussiers de houille pour le chauffage des machines, fours, etc. La déclaration de cette invention avait été faite dans un pli cacheté, déposé à la Société le 24-juillet 1886, accepté le 22 octobre de la même année, et ouvert, sur la demande de M. Hélouis, dans la séance de ce jour. Le système est aujourd’hui breveté et fonctionne à l’usine de M. Desmazures, à Maisons-Laffitte, Seine-et-Oise. (Arts mécaniques.)
- M. Borromée, employé des tabacs, à Paris, — Bougeoir gradué. Demande d’une annuité de brevet. (Arts économiques.)
- M. Alphonse Loyer, faubourg Montmartre, h. — Serrure-chaîne de sûreté. (Arts mécaniques.)
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- PROCÈS-VERBAUX.
- MARS 1887.
- M. Stéphane Mercier, rue de Beauvais, 67. — Système pour la direction des aérostats. (Arts économiques.)
- M. Lencauchez, ingénieur, boulevard Magenta, 156. — Mémoire sur le recuit et l’affinage du fer, de l’acier et de la fonte dans un milieu réducteur. (Arts chimiques.)
- M. Jeannin, chef d’institution, à Bois-Colombes, Seine, demande une récompense pour le Dr Sauria, à Saint-Lothain, Jura, qui a, d’après M. Jeannin, inventé les allumettes chimiques. (Arts chimiques.)
- M. Camuset, agriculteur, à Messia-lès-Chilly, Jura. — Traitement des matières excrémentielles par la séparation des liquides et des solides à leur origine et par la désinfection instantanée des solides au moyen d’une poudre blanchissante. (Arts économiques.)
- M. Delaurier, rue Daguerre, 77. — Mémoire sur l’utilisation de la force des vagues et des courants de la mer. (Arts mécaniques.)
- Le Syndicat central des agriculteurs de France,rue duFaubourg-Saint-Honoré, 19. — Circulaire contenant la nomenclature et le prix courant des graines et matières premières qu’il est en mesure de livrer. (Agriculture.)
- M. Audoynaud, professeur de chimie à l’École nationale d’agriculture de Montpellier. — Étude sur les huiles comestibles. (Agriculture.)
- M. Liébert, représenté par M. Vercot, rue de la Chaîne, 11, à Rouen. — Machine à faire des brosses. Demande d’une annuité de brevet. (Arts mécaniques.)
- M. Alexandre Leseur, rue de Paris, 48, aux Lilas. — Nouveau système de force .motrice. (Arts mécaniques.)
- M. Hallet, boulevard de Clichy, 128 bis, adresse, de la part de M. Borodine, ingénieur russe, un ouvrage intitulé : Becherches expérimentales sur remploi des enveloppes de vapeur et du fonctionnement Compound dans les locomotives. Ces expériences sont relatives au système de M. Mallet, récompensé par la Société en 1885, et confirment les prévisions favorables émises à cette époque par le rapporteur Henri Tresca. (Arts mécaniques.)
- Le journal VEngrais, publié à Lille, demande l’échange de sa publication contre le Bulletin de la Société. (Commission du Bulletin.)
- M. Brüll fait hommage à la Société de deux brochures qu’il vient de publier : 1° Discours prononcé à la Société des ingénieurs civils, séance du 7 janvier 1887 ; 2° Mémoire sur les pompes centrifuges Farcot de l’usine élévatoire de Khatatbah.
- M. le Président remercie M. Brüll du don de ces ouvrages, qui seront déposés à la bibliothèque.
- M. Albert Cahen adresse le Rapport qu’il a fait au Congrès international de l’enseignement technique et commercial tenu à Bordeaux en septembre 1886. (Commerce.)
- M. le Secrétaire annonce la mort de M. Félix-Marc-Antoine Jouguet, directeur des forges et fonderies de Bessèges, membre de la Société.
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- M. le Président fai! part de la perte douloureuse que la Société vient de faire, en la personne de M. Auguste Wolff, directeur de la maison Pleyel, membre du comité des arts économiques depuis l’année 1866. Il exprime les regrets de la Société pomr la mort de cet éminent collègue, etprieM. Le Roux, qui connaît plus particulièrement ses travaux, de vouloir bien les résumer dans une Notice qui sera insérée au Bulletin*
- Nomination de membres de la Société. —Sont nommés membres de la Société :
- M. Paul Rousseau, fabricant de produits chimiques, à Paris, présenté par M. E. Dumas; — M. R&ussin, chimiste, à Paris, présenté par M. de Luynes.
- Déclaration de vacance. — M. Lavallée demande au Conseil de déclarer une vacance dans le comité de commerce pour remplacer M. l'amiral de Chabannes, nommé membre honoraire.
- M. Rérard demande également, au nom du comité des arts chimiques, une déclaration de vacance pour remplacer un des membres décédés du comité.
- Ces conclusions sont adoptées par le Conseil.
- Rapport. — Clapets de retenu de vapeur. — M. Hirsch lit, au nom du comité des arts mécaniques, un Rapport sur les clapets de retenue pour vapeur, qui ont été présentés en assez grand nombre à la Société. Il fait l’exposé des principes généraux et des conditions essentielles auxquels doivent satisfaire les appareils de cette nature, et ajoute que, suivant les usages de la Société, un Rapport spécial sera présenté sur chaque appareil particulier; ces Rapports pourront, dès lors, être très sommaires.
- M. le Rapporteur établit comme il suit le programme des conditions auxquelles doivent satisfaire ces appareils :
- 1° Le clapet doit se fermer sûrement et promptement, s’il se produit une dépression notable dans la partie de la conduite qu’il doit protéger;
- 2° Il ne doit pas se fermer sous l’action des dépressions modérées qui se produiront en service normal ;
- 3° Il ne doit pas occasionner l’étranglement donnant lieu à des pertes de charge sensibles en service ordinaire ;
- 4° Une fois installé, il doit être soustrait à l’action des chauffeurs, qui pourraient être tentés de paralyser son fonctionnement;
- 5° Il doit se rouvrir de lui-même dès que la cause produisant la dépression qui le tient fermé a disparu ;
- 6° Sa construction doit être simple, robuste, ne comporter aucune pièce susceptible de coincer, de gripper ou de se dérégler. Le fonctionnement ne doit pas être entravé par les dépôts, le tartre, l’oxydation ou les graisses ; l’installation doit être telle, qu’elle permette de vérifier à volonté le jeu régulier de l’appareil ; la fermeture n’a pas besoin d’être étanche ;
- 7° Enfin, l’appareil doit répondre aux exigences générales d’une bonne construction mécanique, comme prix d’achat, encombrement, durée, entretien, etc.
- La Société continentale d'exploitation des locomotives sans foyer a présenté deux Tome II. — 86® année. 4e série. — Mars 1887. 26
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- clapets de retenue pour vapeur; le comité pense qu’il y a lieu de faire figurer dans le Bulletin les dessins de ces appareils et de remercier MM. Francq et Mesnard de leur intéressante communication.
- Ces conclusions sont adoptées.
- . Communication. — M. Be'rard, membre du Conseil, présente, au nom de M. Paul Audouin, ingénieur, une Note sur l’application de la lumière artificielle fournie par les huiles végétales de schiste, de pétrole, etc., et en particulier par le gaz d’éclairage ordinaire (ou même carburé), etc., à la production de clichés photographiques, reproduction de dessins, gravures, manuscrits, objets artistiques, pièces anatomiques, ento-mologiques, etc., etc. Il présente en même temps un album composé de trente-quatre épreuves obtenues à la lumière du gaz avec des glaces (gélatino-bromure) de divers fabricants. Il décrit le dispositif imaginé par M. Audouin^ qui permet d’utiliser l’objectif et la monture de l’appareil portatif ordinaire, et qui peut être établi par le premier menuisier venu. Grâce à l’emploi de ce dispositif, le temps de pose est relativement court, tout en variant, bien entendu, suivant le genre de reproduction. Il est d’ordinaire de une à deux minutes, et de huit à dix au maximum avec les plus petits diaphragmes.
- Les becs sont des becs à gaz ordinaires (becs de verre à trente trous) ; ils sont munis d’un régulateur qui maintient pratiquement la consommation constante, quelles que soient les variations de pression du gaz en ville. Ces becs sont munis de réflecteurs de forme appropriée, de préférence parabolique, et dont les dimensions ont été adoptées à la suite d’essais comparatifs.
- M. le Président remercie MM. Bérard et Audouin de leur intéressante communication, qui est renvoyée au comité des beaux-arts.
- Séance du 15 février 1887.
- Présidence de M. Becquerel, Président.
- M. le Président annonce la perte douloureuse que la Société vient de faire en la personne de M. Adolphe Bailly, membre et doyen du comité d’agriculture. — Il exprime tous les regrets qu’éprouve la Société en perdant un collaborateur aussi dévoué et aussi compétent dans les questions commerciales et agricoles, et prie M. Boi-tel de résumer les travaux de M. Bailly dans une Notice qui serait insérée au Bulletin de la Société.
- M. Simonot, envoie un complément à la communication qu’il a faite d’un compresseur d’air pour l’élévation de liquides de consommation. (Arts économiques.)
- M. Bucretet, constructeur, rue Claude-Bernard, 75. — Papier applicable à la télégraphie. Papier recouvert de blanc de baryte, sur lequel le plus léger trait laisse une trace ineffaçable. (Arts économiques.)
- M. le Ministre de l’instruction publique et des beaux-arts envoie une circulaire
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- pour provoquer les recherches sur l’état descriptif d’une généralité ou d’une région de la France en 1789. (Commerce.)
- M. l’amiral Pâris, membre de l’Institut, conservateur du musée de marine au Louvre et membre du Conseil de la Société, fait hommage des tomes II et III de son magnifique ouvrage intitulé : Souvenirs de marine conservés.
- M. le Président remercie M. l’amiral Pâris du don important qu’il fait à la Société. (Bibliothèque.)
- M. Baudry, éditeur, rue des Saints-Pères, 15, envoie, de la part de M. Joseph Depierre, chimiste, le Traité élémentaire des apprêts des tissus de coton teints et imprimés, qui a été couronné par la Société industrielle de Mulhouse. (Arts mécaniques.)
- M. Stéphane Mercier. — Complément de documents relatifs à son système de ballon. (Arts économiques.)
- M. Antoine Lamy, menuisier, à Troyes. — Système de languettes longitudinales et transversales en métal, ou nouveau tissage appliqué aux matériaux lourds. (Constructions.)
- M. de Mauclerc, faubourg Saint-Denis, 105. — Nouveau modèle d’extincteur instantané d’incendie, à base d’acide carbonique. (Arts économiques.)
- M. Alexandre Lesueur. — Complément de documents relatifs aux applications de son système de force motrice continue. (Arts mécaniques.)
- Nomination de membres de la Société. — Sont nommés membres de la Société :
- M. Guignet, chargé du cours de M. Chevreul au Muséum, présenté par M. Ed. Becquerel ; — M. Eugène Plon, imprimeur-éditeur, à Paris, présenté par M, Rossi* gneux.
- Nomination d’un membre du Conseil. — M. le Président ouvre le scrutin pour la nomination d’un membre du comité de commerce.
- M. Cheysson, ingénieur en chef des ponts et chaussées, ayant obtenu la majorité des suffrages, est proclamé membre du comité de commerce.
- Rapports. — Casier numérateur. — M. le colonel Sebert fait, au nom du comité des arts économiques, un Rapport sur un casier numérateur à l’usage des écoles, inventé par M. Hamille, ancien instituteur libre à Bou-Kanifîs (Algérie), demeurant actuellement à Paris, avenue de La Motte-Piquet, 58.
- La Société d’encouragement pour l’industrie nationale remplira la mission qu’elle s’est donnée en prêtant son appui à la vulgarisation de cet utile appareil, et le comité des arts économiques propose, en conséquence, au Conseil, de vouloir bien autoriser l’insertion du présent Rapport au Bulletin, avec un extrait sommaire de la Notice explicative et les dessins nécessaires pour faire bien comprendre la disposition et le fonctionnement de l’appareil.
- Ces conclusions sont adoptées.
- École professionnelle de chapellerie. — M. G. Roy fait, au nom du comité de
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- commerce, un Rapport sur une école professionnelle de chapellerie existant à Yïllenoy , près de Meaux, et dirigée par M. L. Coumes, qui en supporte les frais, moins une modique subvention fournie par l’administration de l’Assistance publique. Cette école comprend vingt élèves ; les apprentis sont âgés de 13 à 18 ans.
- Le comité de commerce propose de remercier M. Coumes de son intésessante communication, et d’insérer le présent Rapport au Bulletin de la Société.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Communications. — Imitation d’ébène. — M. Rossigneux, membre du Conseil, présente, au nom de M. Baillif, sculpteur-ornemaniste, plusieurs objets d’ameublement obtenus par un procédé à l’aide duquel on peut donner au bois d’une essence quelconque l’apparence de l’ébène.
- La matière employée tient tout à la fois de la laque et du stuc ; elle est susceptible de recevoir un poli dont la finesse justifie le nom éC imitation d’ébène sous lequel M. Baillif désigne son invention. On emploie cette matière, soit comme placage sur des pièces de bois destinées à l’ébénisterie, soit comme pièces moulées. Elle a l’avantage de garantir le bois contre les effets de l’air et contre ceux plus destructeurs encore de l’humidité.
- Le bon marché de ce produit est tel, qu’il permet d’établir des lambris et des meubles d’art à des prix bien inférieurs à ceux des produits similaires exécutés en bois naturel et décoré.
- M. le Président remercie MM. Rossigneux et Baillif de leur intéressante communication, qui est renvoyée au comité des beaux-arts.
- Géométrie statistique. — M. Cheysson fait une communication sur la statistique géométrique, ou sur l’application de la statistique et de la géométrie à la solution des problèmes commerciaux.
- M. le Président remercie M. Cheysson de son intéressante communication, qui est renvoyée à la Commission du Bulletin.
- Le Gérant, J.-H. Ginestou.
- Paris. — Imprimerie de Jules Tremblay, rue de l’Éperon, 5 Mme V" TREMBLAT, née Bouchard-Huzard, successeur.
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- 86e ANNÉE.
- Quatrième Série, Tome II.
- AVRIL 1887.
- BULLETIN
- DE
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ARTS ÉCONOMIQUES
- Rapport fait par M. le colonel Sebert, au nom du Comité des arts économiques, sur un casier numérateur à l’usage des écoles, inventé par
- M. Hamille.
- M. Hamille, ancien instituteur libre à Boukanefis (Algérie), demeurant actuellement à Paris, avenue de Lamothe-Piquet, n° 50, a présenté à la Société d’Encouragement un appareil dont il est l’inventeur et qui est destiné à faciliter l’enseignement de la numération et du calcul dans les écoles.
- Cet appareil dit casier numérateur est dérivé des bouliers qui sont en usage dans beaucoup d’écoles.
- On sait que ces derniers appareils se composent essentiellement de boules pouvant s’enfiler, par séries de 10, sur des tringles qui représentent les différents rangs d’unités.
- En plaçant, sur chaque tringle, un nombre convenable de boules, on peut figurer un nombre quelconque, de façon à montrer aux yeux la composition de chaque rang d’unités.
- On peut, en modifiant convenablement le nombre des boules enfilées sur chaque tringle, effectuer un certain nombre d’exercices destinés à apprendre aux enfants la numération et les éléments du calcul.
- Mais ces appareils présentent le grave défaut de ne pas établir une relation immédiate entre les nombres dont ils indiquent la décomposition en unités de divers ordres et les caractères chiffrés à l’aide desquels on les représente habituellement.
- 11 en résulte que les enfants ne peuvent établir cette relation que par un effort d’abstraction dont bien peu d’entre eux sont capables.
- Tome II. — 86e année. 4° série. — Avril 1887.
- 1
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- ARTS ÉCONOMIQUES.
- AVRIL 1887.
- Cet effort est surtout difficile à obtenir avec les bouliers ordinaires dont les tringles sont disposées par rangées horizontales, étagées verticalement, les unes au-dessus des autres, tandis que les chiffres qui représentent les différentes unités, dans les nombres écrits en chiffres, sont placés horizontalement, les uns à côté des autres, sur une ligne horizontale.
- Pour se représenter les nombres inscrits, il faut en outre que les enfants suppriment du tableau, par la pensée, les boules qui ont été mises à part, en les poussant à Tune des extrémités des tringles qui les supportent, pour ne considérer que celles qui correspondent aux nombres des unités à représenter.
- On a, il est vrai, cherche à améliorer la construction des bouliers, en plaçant les tringles verticalement et faisant usage de dispositions qui permettent aux boules de rester suspendues aux points où elles ont été amenées à la main.
- On en a môme établi dans lesquels on peut faire disparaître aux yeux les boules qui ne doivent pas figurer dans les files d’unités que l’on considère.
- Enfin, on a construit aussi des bouliers perfectionnés, complétés par des tableaux arithmétiques et dans lesquels des étiquettes convenables permettent de montrer aux enfants, écrits en chiffres ordinaires, les nombres qui correspondent aux différentes dispositions données aux boules.
- Mais ces résultats ne sont obtenus qu’au prix de complications assez grandes qui élèvent souvent beaucoup le prix des appareils. Ces complications en rendent le maniement compliqué et leur font perdre le degré de simplicité qui est un des éléments de succès pour des appareils destinés aux enfants.
- Les inconvénients que ces appareils présentent, dans ces conditions, sont tels que de bons esprits en sont arrivés à proposer la suppression complète de tous les appareils intuitifs de ce genre pour l’enseignement dans les écoles.
- Le casier numérateur de M. Hamille est, au contraire, d’une grande simplicité et jouit de l’avantage de toujours montrer, écrits en chiffres ordinaires, les nombres sur lesquels on opère (fig. i).
- Pour obtenir ce résultat, l’inventeur n’a eu qu’à remplacer les boules enfilées sur les tringles verticales par des cubes pouvant tourner isolément sur ces tringles et présenter ainsi aux élèves successivement deux de leurs faces.
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- ARTS ÉCONOMIQUES. ----- AVRIL 1887. 203
- L’une de ces faces est peinte en rouge ; l’autre est peinte en blanc et porte en noir un numéro d’ordre.
- En appuyant, dans le sens convenable, sur chaque cube, on le fait tourner de 90 degrés, soit à gauche, soit à droite, et l’on fait apparaître, suivant le cas, soit sa face rouge, soit sa face blanche et le nombre que porte cette dernière.
- Un arrêt porté par chaque cube limite ce mouvement, en venant buter contre une des tringles en bois qui séparent, les cubes en rangées horizontales.
- L’appareil comprend 100 cubes disposés en 10 rangées de 10 cubes chacune et entourés d’un cadre qui supporte le tout.
- En le retournant, on peut utiliser les deux autres faces des cubes qui forment un second tableau dont les nombres peuvent également paraître et disparaître à volonté.
- M. Hamille a utilisé l’une des faces pour recevoir la table de multiplication de Pythagore ; les cubes portent alors les produits, les uns par les autres, des nombres de 1 à 10 et les
- deux côtés du cadre, supé- Fi^ L - Casier numérateur de M Hamille. - Table mobile de
- 7 JU multiplication et de division.
- rieur et gauche, portent les
- numéros de 1 à 10 marqués en regard des cases correspondantes.
- L’autre côté de l’appareil constitue le tableau de numération qui est la partie caractéristique de l’invention de M. Hamille (fig. 2).
- Pour ce tableau, les deux côtés du cadre supérieur et gauche sont numérotés de 0 à 9 et les faces blanches des cubes portent les numéros de 0 à 99, disposés par rangées horizontales en allant de gauche à droite, la première rangée allant de 0 à 9, la seconde de 10 à 19 et
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- A LITS ÉCONOMIQUES.
- AVRIL 1887.
- ainsi de suite jusqu’à la dixième qui renferme les numéros de 90 à 99.
- Par cette disposition, chaque cube du tableau porte le nombre dont le chiffre des dizaines est le meme que le chiffre inscrit horizontalement en regard sur le côté gauche du cadre et dont le chiffre des unités est inscrit dans la même colonne verticale sur le bord supérieur du cadre.
- Par suite, si l’on suppose d’abord tous les cubes tournés de façon qu’ils
- montrent leurs faces rouges, c’est-à-dire de façon que le tableau soit effacé, il suffira, pour faire apparaître un nombre donné, compris entre 0 et 100, de pousser vers la droite le cube placé à la rencontre des lignes horizontale et verticale qui correspondent respectivement au chiffre de ses dizaines et à celui de ses imités.
- Il devient alors facile de faire faire aux élèves une série d’exercices numériques dont les résultats restent groupés sous leurs yeux ou disparaissent à volonté suivant qu’on pousse les cubes dans un sens ou dans l’autre.
- On fera, par exemple, apparaître , en les appelant l’un après l’autre, la série successive des nombres, ou seulement les nombres pairs en comptant de 2 en ïabie daddition 2 à partir de 0 ; les nombres
- impairs en comptant de même à partir de 1 ; les multiples de 3, de 4, de 5, en comptant de 3 en 3, de 4 en 4 ou de 5 en 5.
- A chaque exercice, on fera remarquer aux élèves le groupement dans la table des nombres ainsi écrits, groupement qui prête à de nombreuses et utiles remarques.
- Le même côté du tableau peut servir à montrer le mécanisme de
- Fie
- 2. — Casier numérateur de M. Hamille.
- et de soustraction.
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- l’addition et de la soustraction de nombres composés de deux chiffres.
- On obtient des résultats qui éveillent Incuriosité des enfants, en formant des tables d’addition que l’on obtient en tournant successivement les cubes de 2 en 2, de 3 en 3, de 4 en 4, etc., à partir d’un des cubes quelconque du tableau. La répartition en lignes obliques régulières des nombres ainsi obtenus conduit à des remarques intéressantes qui font saisir aux enfants le mécanisme de l’addition et de la soustraction.
- Ils arrivent aisément, en effet, à apercevoir quelle facilité donne la table pour ajouter un nombre à un autre en comptant à partir de ce dernier les dizaines du premier nombre par rangées horizontales et les unités par colonnes verticales. Ils voient clairement que la soustraction s’effectue en marchant en sens inverse.
- On peut les amener ainsi à répéter, en se jouant, des exercices nombreux et les conduire déjà aux principes de la multiplication en formant, par addition, les tables des multiples des 50 premiers nombres.
- On peut même, plus tard, avec le même tableau, leur faire faire des exercices sur la divisibilité des nombres, sur la formation des nombres premiers, etc.
- Le même tableau peut aussi être employé, avec l’addition d’un tableau transpositeur, pour des exercices de numération décimale, comportant l’écriture et la lecture de nombres entiers et décimaux, ainsi que pour l’enseignement du système métrique et même des éléments de géométrie.
- La table de Pythagore, portée par l’autre face du casier, permet d’enseigner la multiplication, avec cette particularité que l’on peut ne faire apparaître que les deux facteurs et leur produit, de façon à maintenir sur eux seuls l’attention des enfants.
- On peut exciter l’émulation et la curiosité de ceux-ci en leur faisant désigner, avant de tourner les cubes, les produits que l’on doit trouver inscrits sur ces derniers.
- On leur fait faire, de même, les divisions de nombres de deux chiffres par des nombres d’un seul chiffre et on leur fait remarquer la façon d’effectuer la preuve de ces opérations.
- En faisant apparaître, soit par rangées horizontales, soit par rangées verticales, les multiples successifs de nombres placés sur une même file, on provoque des remarques faciles relativement à la relation commune qui lie ces nombres et l’on donne ainsi aux enfants les premières notions sur les fractions ordinaires et les proportions. On peut même leur faire résoudre
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- ainsi quelques problèmes simples comportant l’emploi de la règle de trois.
- Le tableau se prête aussi au calcul des produits de facteurs de deux chiffres en employant des signes conventionels pour distinguer les nombres auxquels on doit ajouter sur la gauche un ou deux zéros.
- Le groupement, dans le tableau, des produits partiels donne également lieu à des remarques utiles concernant le mode de formation des carrés.
- On voit, par ces explications, que le casier numérateur Hamille se prête, avec la plus grande facilité, aussi bien à renseignement le plus élémentaire des premières notions de numération, qu’à renseignement déjà plus élevé des opérations et des calculs usuels.
- Sa forme lui permet même de se prêter à l’enseignement du système métrique et des premiers éléments de géométrie.
- Il constitue, par suite, pour l’instituteur un appareil des plus commodes.
- Il a surtout l’avantage de captiver l’attention des enfants et de la concentrer sur les résultats qu’il importe de lui graver dans l’esprit. Cet avantage est dû à la propriété qu’il possède de faire apparaître ou disparaître, à volonté, les nombres que l’on considère ou les facteurs des opérations, de façon aies isoler du reste des tableaux, tout en leur conservant leurs positions respectives dans le groupement général et cette propriété comporte les conséquences les plus heureuses au point de vue de l’enseignement intuitif.
- C’est par une longue pratique que M. Hamille a été conduit à la création de cet appareil et surtout à la conception de sa table de numération qui en constitue la partie la plus originale.
- Privé presque complètement de la vue depuis l’age de quinze ans, il a consacré à aider sa mère, institutrice en Algérie, les faibles moyens que lui lais-saitl’état de sa santé, et c’est en s’ingéniant à suppléer à l’imperfection de ses moyens d’action qu’il a trouvé successivement les meilleures dispositions à adopter pour captiver l’attention des enfants et provoquer leurs réflexions.
- Tous les instituteurs qui ont eu l’occasion de se servir de cet appareil en ont fait l’éloge; il a été l’objet de rapports favorables de conférences pédagogiques tenues en Algérie et a été médaillé aux expositions scolaires d’Alger, d’Oran et de Sidi-bel-Abbés.
- M. Hamille a vu le Conseil général d’Oran le subventionner pour la prise de son brevet et il est venu en France, avec un secours de ce Conseil, pour faire connaître son invention.
- Son appareil, remarqué à l’Exposition des sciences et des arts industriels du Palais de l’Industrie en 1886, a été jugé favorablement par les inspec-
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- leurs primaires des écoles de la ville de Paris auxquels il a été soumis; il a été admis au musée pédagogique du ministère de l’Instruction publique et la Ville de Paris doit en faire l’essai en grand dans ses écoles.
- Malheureusement les faibles ressources dont disposait M. Hamille ne lui ont pas permis encore de faire construire le nombre de ces appareils qui seraient nécessaires pour que l’emploi pût s’en généraliser.
- La Société d’encouragement pour l’Industrie nationale remplira la mission qu’elle s’est donnée en prêtant son appui à la vulgarisation de cet utile appareil et votre Comité des arts économiques vous propose, en conséquence, de vouloir bien autoriser l’insertion du présent Rapport au Bulletin avec un extrait sommaire de la notice explicative et les dessins nécessaires pour faire bien comprendre la disposition et le fonctionnement de l’appareil.
- Signé : Colonel Sebert, rapporteur.
- Approuvé en séance le 25 février 1887.
- DESCRIPTION DU CASIER NUMÉRATEUR DE M. HAMILLE ET EXERCICES DE CALCUL
- Le casier numérateur présente la forme d’un tableau constitué par un cadre en bois noir dans lequel sont placés cent cubes pouvant pivoter chacun autour d’un axe vertical et qui sont disposés par rangées horizontales de dix.
- Chaque cube, en pivotant sur son axe, peut présenter, à volonté, une face peinte en blanc et portant un numéro et une face peinte en rouge que l’on fait apparaître quand on veut effacer. Il suffit d’appuyer légèrement avec les doigts sur un cube, de gauche à droite, pour lui faire présenter sa face numérotée; en agissant en sens inverse, on fait apparaître la face rouge. En retournant le casier, on peut utiliser les deux autres faces des cubes qui forment un second tableau dont les nombres peuvent également apparaître ou disparaître à volonté.
- Au-dessus du casier numérateur se trouve un tableau noir pouvant recevoir soit des inscriptions à la craie, soit des tableaux explicatifs pour les leçons.
- Un bac à craie se trouve placé à la partie inférieure.
- Le casier peut être suspendu au mur par des anneaux à des pitons ou être placé sur un pied, monté sur roulettes.
- Composition du tableau de numération. — Dans le premier tableau (fig. 2), deux des côtés du cadre sont numérotés de 0 à 9, en regard des cases qui renferment les cubes, savoir : le côté supérieur, de gauche à droite, et le côté gauche, de haut en bas. Le côté droit est numéroté de 10 à 100.
- Les faces blanches des cubes, qui forment la table des numérations, sont numérotées de 0 à 99, en suivant de gauche à droite par rangées horizontales; la
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- première rangée porte les chiffres de 0 à 9, la seconde ceux de 10 à 19, et ainsi de suite jusqu’à la dernière qui renferme les numéros de 90 à 99.
- Cette table sert à des exercices numériques variés, sur la formation des nombres, et aux opérations d’addition et de soustraction; elle constitue la partie caractéristique de la méthode de M. Hamille.
- Composition du tableau de multiplication. — Dans le second tableau (tig. 1), deux des côtés du cadre sont numérotés de 1 à 10, savoir : le côté supérieur de gauche à droite, le côté gauche de haut en bas.
- Les faces blanches des cubes de ce tableau sont numérotées de façon à former la table de Pythagore, c’est-à-dire qu’elles portent les produits successifs, les uns par les autres, des nombres, de 1 à 10, qui correspondent à chacun d’eux dans les rangées verticales et horizontales.
- Cette table sert à l’étude des opérations de multiplication, et de division et des opérations qui en dérivent.
- Exercices sur le tableau de numération. — Tables d’additions. — Former des tables d’addition par deux, en tournant les cubes de 2 en 2, par rangées horizontales, en partant de 0 et de 1.
- Former des tables d’addition par 3, en tournant les cubes, de 3 en 3, par rangées horizontales, en partant de 0, J et 2. (Tableau 1.)
- Former des tables d’addition par 4, en tournant les cubes, de 4 en 4, par rangées horizontales, en partant de 0, 1, 2 et 3. (Tableau 2.)
- Former des tables d’addition par 5 en tournant les cubes, de 3 en 5, par rangées horizontales, en partant de 0, 1, 2, 3 et 4.
- Former, de même, des tables d’addition par 6, 7, 8, 9, en partant de chacun des nombres précédents.
- Remarques sur ces tables.
- Les tables d’additions par 2 et par 4 donnent verticalement les tables par 10 et par 20 et obliquement les tables par 8 et 12 ou par 18 et 20.
- Les tables d’additions par 3 donnent obliquement les tables par 9 et par 12.
- Tables de soustractions.— Former les mômes tables par soustractions, en opérant de la même façon, mais en sens inverse, à partir des nombres de la dernière rangée horizontale.
- Additions et soustractions. — Faire, à l’aide de la table, des additions de nombres de deux chiffres, en comptant les dizaines des nombres à ajouter par colonnes verticales en descendant et les imités par rangées horizontales vers la droite.
- Remarques à faire quand le nombre des unités à ajouter fait ainsi dépasser les rangées horizontales.
- Manière d’opérer par le complément à 10.
- Faire des soustractions de nombres de deux chiffres en comptant les dizaines des nombres à soustraire par colonnes verticales en montant et les unités par ran-
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- gées horizontales vers la gauche.
- Remarques à faire quand le nombre des unités à soustraire fait ainsi dépasser la rangée horizontale. Ma-nière d’opérer pour le complément à 10.
- Preuve de l’addition par la soustraction.
- Multiples et sous-multiples. Divisibilité des nombres. — Former, par addition, les tables des multiples de 2, 3, 4 et 5, en tournant les cubes de 2 en 2, de 3 en 3, de 4 en 4, et de 5 en 5, à partir de ces mêmes nombres. Former, de même, les multiples de 6, 7, 8, 9 et 10.
- Remarques sur ces tables.
- Multiples et sous-multiples. Les tables de multiples de 4 renferment les multiples de 2.
- Les tables des multiples de 6 renferment les multiples de 2 et 3, les tables des multiples de 8 renferment les multiples de 2 et 4 ; les tables des multiples de 9 renferment les multiples de 3.
- TABLEAU 1
- Table d’addition. — Exemple d’addition par 3.
- 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
- 0 0 4 8 10
- 1 12 16 20
- 2 20 24 28 30
- 3 32 36 40
- 4 40 44 48 50
- 5 52 56 60
- 6 60 64 68 70
- 7 72 76 80
- 8 80 84 88 90
- 9 92 96 100
- TABLEAU 2
- Table d’addition. — Exemple d’addition par 4.
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Avril 1887.
- 2
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- TABLEAU 3
- Table de multiplication. — Multiples de 3, 6 et 9.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
- 1 G 9 —
- 2
- 3
- 4
- 5
- 6 fi 36 o 4
- 7
- 8
- 9 9 34 81
- 10
- T A B L E A U 4 Table de multiplication. —
- Produit des nombres 6 et 9 et formation de leurs carrés.
- Divisibilité des nombres.
- Manière d’obtenir les nombres premiers de 1 à 100.
- Multiplication par addition . Division par soustraction. — Trouver, par addition, le produit d’un nombre quelconque de 2 chiffres par 2, 3, 4, etc., en tournant le cube auquel on arrive après avoir compté une fois, deux fois ou trois fois, par rangées horizontales, à partir de ce nombre.
- Trouver de même, par soustraction, le quotient d’un nombre quelconque de deux chiffres par 2,3, 4, etc., en tournant les cubes que l’on rencontre en comptant par 2, par 3 ou par 4, vers la gauche, à partir de ce nombre et comptant finalement le nombre de cubes qui ont été ainsi tournés.
- Exercices sur le tableau de multiplication. — Multiplication. — Former les produits successifs de 10 premiers nombres par eux-mêmes en tournant successivement les cubes par rangées horizontales.
- Former les memes produits en tournant successivement les cubes par colonnes verticales.
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- Remarques sur ces résultats, position sur le tableau des mêmes produits obtenus par les deux méthodes. Preuve de la multiplication en changeant l’ordre des facteurs.
- Division. — Formation des quotients des nombres inscrits sur les cubes, par les nombres inscrits sur les côtés du cadre.
- Remarques sur la position de ces nombres dans la table. Preuve de la multiplication par la division.
- Nombres multiples. — Former les multiples successifs des nombres inscrits sur la ligne 2, en tournant les cubes des lignes 2, 4, 6, 8 et 10.
- Former les multiples successifs des nombres inscrits sur la ligne 3, en tournant les cubes des lignes 6 et 9. (Tableau 3.)
- Former les multiples des nombres inscrits sur la ligne 4, en tournant les cubes de la ligne 8. Former les multiples des nombres inscrits sur la ligne 5, en tournant les cubes de la ligne 10.
- Remarques sur ces résultats.
- Carrés et racines carrées. — Formation des carrés des dix premiers nombres
- Remarques sur la position de ces carrés sur la diagonale de la table. Racines carrées.
- Produits des nombres 6 et 9 et formation de leurs carrés. (Tableau 4.)
- Fractions et proportions. — Les rapports entre les nombres successifs ainsi obtenus, inscrits dans les mêmes rangées horizontales, sont les mêmes que ceux entre les nombres qui marquent le rang de ces rangées.
- Fractions équivalentes, nombres proportionnels, proportions, règles de trois.
- Exemples d’application et de problèmes.
- Faire les mêmes calculs en opérant par colonnes verticales.
- Remarques analogues.
- Produits de nombres de deux chiffres. — Formation du produit d’un nombre de deux chiffres par un nombre d’un seul chiffre en utilisant des cavaliers pour marquer les cubes dont les nombres doivent être complétés par un ou deux zéros.
- Exemples de calcul.
- Formation du produit d’un nombre de deux chiffres par un nombre de deux chiffres.
- Exemples de calcul.
- Formation des carrés des nombres de deux chiffres.
- Exemples de calcul.
- Remarques sur la formation des carrés, doubles produits du chiffre des dizaines par le chiffre des unités.
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- Rapport fait par M. L. Prunier, au nom du Comité des arts économiques, SUr les BOURRELETS MÉTALLIQUES de M. CaMBON.
- Messieurs,
- Votre Comité des arts économiques a examiné le système de bourrelets métalliques qui vous a été présenté par M. Cambon, constructeur à Paris.
- Dans ce système, on substitue au bourrelet ordinaire un tube de caoutchouc maintenu en place par une gaine métallique de zinc.
- L’application du caoutchouc au calfeutrage des portes ou fenêtres dans les appartements n’est pas chose absolument nouvelle ; c’est plutôt dans le mode de fixation que réside
- I—|---— la nouveauté, et telle est sans
- doute la raison pour laquelle l’inventeur de ces bourrelets les désigne sous le nom de bourrelets métalliques.
- Le tube de caoutchouc est
- 13 A &
- iO
- Fi»-. 2.
- contenu dans une sorte de gouttière en zinc disposée de façon a laisser libre la partie du cylindre de caoutchouc qui doit s’appliquer sur la fente qu’il s’agit de boucher.
- D’autre part, cette gaine ou gouttière de zinc est munie d’un prolongement plat, ou patte, que l’on peut visser (ou plus simplement clouer) exactement à l’endroit qui convient pour obtenir la fermeture. Les figures ci-contre feront immédiatement saisir le dispositif employé.
- La figure 1 montre le bourrelet fixé à une porte A.
- Le fourreau en métal (ou gaine) a est fixé sur la porte par une patte b clouée ou vissée, et le tube de caoutchouc c vient s’appliquer, au moment de la fermeture, sur le bâti dormant B.
- La figure 2 nous montre le cas d’une fenêtre, le bourrelet étant disposé de manière à empêcher l’eau de pénétrer dans la pièce, même quand la pluie fouette les vitres sous l’action des coups de vent.
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- Les mêmes lettres servent dans les deux figures à désigner la gaine, la patte et le cylindre de caoutchouc.
- Il va sans dire que l’application du système peut se modifier suivant les besoins.
- En somme, ces bourrelets constituent ment efficace : ils fonctionnent dès à présent dans plusieurs établissements publics ou particuliers.
- Ajoutons en terminant qu’ils peuvent se couper d’onglet, et s’assembler dans les coins à la manière des moulures (fîg. 3) ; que leur structure et la régularité de leur profil leur permettent de recevoir les couleurs ou peintures les plus diverses, et même, dans certains cas, de contribuer à l’ornementation ; enfin, que leur durée est bien supérieure à celle des bourrelets ordinaires sur lesquels ils réalisent un véritable progrès.
- C’est pourquoi votre Comité des arts économiques vous propose de remercier M. Cambon de son intéressante communication et de voter l’insertion au Bulletin du présent Rapport, accompagné des figures nécessaires pour l’intelligence du texte.
- Signé : L. Prunier, rapporteur.
- Approuvé en séance le 10 décembre 1886.
- un mode d’obturation évidem-
- Fig. 3.
- COMMERCE
- Rapport fait par M. G. Roy, au nom du Comité du commerce, sur /'Ecole
- PROFESSIONNELLE DE CHAPELLERIE fondée par M. CoUMES.
- Une école professionnelle de chapellerie existe à Villenoy près de Meaux. M. Coumes, qui la dirige, en supporte les frais, moins une modique subvention fournie par l’administration de l’Assistance publique.
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- BIOGRAPHIE.
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- Cette école comprend 20 élèves. Les apprentis sont Agés de 13 à 18 ans.
- La création d’une école professionnelle, nous dit M. Coumes, était d’autant plus désirable que le règlement du syndicat général des ouvriers chapeliers n’encourage pas l’apprentissage. En effet, d’après ce règlement, chaque patron n’aurait pas le droit de recevoir plus d’un apprenti par année ; l’élève est tenu de payer son apprentissage et en outre de rétribuer l’ouvrier chargé de lui enseigner son métier dans l’espace d’une année. Dans ces conditions, le besoin d’une école professionnelle pour les ouvriers chapeliers se faisait sentir; il serait à souhaiterqu il en soit fondé d’autres sur le même modèle. Autant sont inutiles ces écoles professionnelles où l’on prétend apprendre aux jeunes gens tous les métiers, et dont les élèves sortent croyant tout savoir et n’étant bons à rien, autant nous devons encourager ces écoles professionnelles spéciales formant dans un but déterminé des ouvriers habiles dans le métier qu’ils ont choisi. Votre Comité du commerce vous propose de remercier M L. Coumes de sa communication et exprime le désir que le rapport soit inséré au Bulletin.
- Signé : G. Roy, rapporteur.
- Approuvé en séance le 25 février 1887.
- BIOGRAPHIE
- NOTICE sur m. thirion, membre du conseil, par m. g. schlemmer,
- MEMRRE DU CONSEIL.
- Dans la séance du 12 novembre 1886, en annonçant au Conseilla perte qu’il venait de faire en la personne de M. Thirion, M. le Président a prescrit d’insérer au procès-verbal le témoignage des regrets inspirés par la mort de cet éminent et sympathique collègue, et m’a demandé de rédiger une notice sur la carrière si longue et si belle de M. Thirion.
- L’honneur de cette tache aurait pu revenir, assurément, à chacun des amis que M. Thirion comptait au sein de notre Société; si j’ai accepté cette mission avec empressement, c’est qu’il a été pour moi un chef et un maître vénéré, dans l’une des périodes les plus importantes de ma carrière d’ingénieur,— c’est qu’il m’a honoré d’une amitié qui était comme la suite et l’accroissement de celle qui existait, depuis longtemps, entre nos deux familles en Lorraine.
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- BIOGRAPHIE.
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- M. Thirion n’a fait partie que depuis le 23 janvier 1880 du Conseil de la Société d’Encouragement, où il était membre de la Commission des fonds.
- Les travaux de cette Commission n’ont à se révéler qu’assez rarement par des Rapports, et diffèrent, à cet égard, des travaux des autres comités; mais la gestion financière de la Société donne naissance à des délibérations relatives aux questions parfois les plus délicates; dans toutes ces affaires, M. Thirion, — très assidu aux séances, très versé dans la pratique de l’administration financière, très bienveillant pour les personnes, — apportait à ses collègues un concours des plus précieux. L’avis de M. Thirion, donné avec la douceur qui distinguait cet esprit d’élite, était toujours écouté avec autant de plaisir que de profit. Sa voix était celle de la bonté, de V'expérience et du bon sens. C’est en ces termes que la Commission des fonds caractérise la part que prenait à ses travaux le collègue qui laisse dans son sein un souvenir durable, et je ne suis, en ce moment, que l’écho des regrets exprimés par elle.
- Ce que j’ai à dire maintenant de la carrière de M. Thirion montrera, je crois, toute la justesse de cette appréciation à la fois si concise et si compréhensive. Le souvenir de cette carrière, — bien qu’il ne se rattache pas, par des Rapports insérés dans notre Bulletin, aux travaux mêmes du Conseil, — appartient néanmoins très légitimement, d’après nos traditions, aux Annales de la Société ; en effet, dans les plus grandes industries de la France : dans la création et l’exploitation des chemins de fer, — dans les recherches et la mise en valeur des richesses minières de notre pays, — et, plus récemment (quelques années seulement avant sa mort), dans la création d’une oeuvre agricole et industrielle au Sahara de la province de Constantine, — M. Thirion a joué un rôle si considérable qu’en retraçant ici cette grande et utile carrière, je ne fais que rappeler ses titres, depuis longtemps acquis, à l’accueil chaleureux d’une Société dont le but est d’encourager l’industrie nationale.
- M. Thirion (Marc-Auguste) est né à Nancy, le 30 novembre 1804; dès l’âge de trois ans, — par suite de la mort de son père, — son éducation fut dirigée par sa mère, femme de la plus haute distinction, appartenant à la famille De Gauthier qui avait été attachée aux ducs de Lorraine et anoblie par eux. Il a fait ses études au collège de Nancy, avec un tel succès qu’à 16 ans il a été reçu le douzième à l’École Polytechnique, où il aurait été en mesure
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- de se présenter, sans présomption, même avant l’âge légal. Tous ceux qui ont connu M. Thirion dans l’intimité ne sauraient oublier, à côté de ses connaissances scientifiques, ni la richesse et l’étendue de sa mémoire pour les œuvres poétiques et philosophiques des littératures anciennes et contemporaines, ni son amour des beaux-arts, et son goût cultivé pour la peinture en particulier.
- Admis à l’École des Ponts et Chaussées, le 20 novembre 1823, M. Thirion débuta au service de l’État, en 1826, dans l’arrondissement de Nogent-sur-Seine.
- Appelé, en 1837, à la résidence de Nancy, il entre, par son mariage, dans la famille Jacquiné dont le nom est particulièrement aimé et honoré en Lorraine et dans le monde des ingénieurs.
- N’ayant pas pour mission d’écrire ici une notice biographique, je ne signalerai, dans les vingt premières années de sa carrière qui appartiennent à l’administration des Travaux publics, que ce qui me paraît de nature à intéresser notre Société, et je ne citerai , en conséquence, que deux mémoires publiés dans les Annales des Ponts et Chaussées : en 1837, il donne une solution élégante et raisonnée à une question, alors neuve et jusque là abandonnée à l’empirisme, à la question de savoir quel doit être l’espacement des puits de service dans les percements souterrains ; — chargé des fonctions d’ingénieur en chef, dès l’âge de 34 ans, dans le service de la navigation de la Meuse, il fait connaître, en 1841, les résultats obtenus parla construction des chenaux artificiels dans le lit de cette rivière.
- Ligne de Nancy-Sarrebrück. — Le 1er juin 1846, il est autorisé par le Ministre des Travaux publics à passer au service de l’industrie privée, pour exécuter, dans le réseau delà Compagnie concessionnaire du chemin de fer de Paris à Strasbourg, la ligne de Frouard à Metz et à la frontière de Prusse dans la direction de Sarre-brück.
- Cette ligne de 122 kilomètres, bien que franchissant plusieurs faîtes entre Metz et la frontière prussienne, est établie, sur toute sa longueur, à ciel ouvert, avec des déclivités maxiina de 5 millimètres, et des courbes d’au moins 800 mètres de rayon; elle a donné lieu, entre Frouard et Metz, à la construction de deux très beaux ponts en fonte sur la Moselle, l’un de 120 mètres d’ouverture, en face de Frouard, et l’autre de 132 mètres, en aval d’Ars-sur-Moselle.
- Le chemin a été étudié à titre définitif et construit du 1er mai 1846 à la fin de l’année 1831, c’est-à-dire en cinq ans et demi. Si l’on veut bien se repré-
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- BIOGRAPHIE.
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- senter qu’à cette époque l’on avait à inventer les procédés de la construction, et à former le personnel dont on dispose aujourd’hui surabondamment, et si l’on tient compte du retard considérable occasionné par la-crise politique de 1848, on rend justice à l’activité et à l’intelligence qu’il a fallu déployer pour obtenir un pareil résultat. . •
- M. Thirion avait choisi pour collaborateurs dans ces travaux MM. Sauvage, ingénieur des Mines, Frécot et Michel, ingénieurs des Ponts et Chaussées, et De Nordling, ingénieur civil, ancien élève externe de l’École Polytechnique et de l’Ecole des Ponts et Chaussées. Si je rappelle, en passant, les noms de ces ingénieurs, arrivés tous les quatre à des situations élevées, c’est qu’ils me fournissent la première occasion de signaler une faculté qui chez M. Thirion était vraiment caractéristique : c’était de savoir choisir avec une sagacité et une sûreté supérieures les hommes dont il s’entourait ; à cette faculté, qui se révèle sans cesse lorsqu’on parcourt, à travers sa carrière si remplie, la nombreuse liste de ses collaborateurs, il en joignait une autre non moins précieuse et encore plus personnelle, c’était de savoir se les attacher profondément et se conserver leur dévouement le plus entier.
- L’année 1852, où s’ouvre à l’exploitation la ligne de Nancy à Metz et à Sarre-brtick, est, comme on sait, une date remarquable dans l’histoire des chemins de fer français : c’est, en effet, le commencement de la formation de nos grands réseaux actuels. A la fusion des Compagnies de Paris à Orléans, du Centre, d’Orléans à Bordeaux, et de Tours à Nantes, en mars 1852, — succède, en vertu de la loi du 8 juillet suivant, la fusion des Compagnies dont l’âme était M. Paulin Talabot : celles de Lyon à Avignon, d’Avignon à Marseille, d’Alais à Beaucaire et à la Grand’-Combe, de Montpellier à Cette et de Montpellier à Nîmes.
- Ligne de Lyon-Avignon. — Pour la construction de la ligne importante de .230 kilomètres, comprise entre Lyon et Avignon, et laissée trop longtemps en lacune, par suite des vives compétitions que sa concession avait soulevées, M. Talabot confie l’exécution des travaux à l’habile ingénieur en chef lorrain ; celui-ci les termine en 1855, avec une rapidité et une perfection encore supérieures à celles de ses précédents ouvrages. La section d’Avignon à Valence, qui avait été achevée en 1854, a facilité, pour sa part, les transports de troupes et de matériel envoyés en Crimée; la section de Valence à Lyon, de 105 kilomètres, a été livrée à la circulation le 16 avril 1855, plusieurs mois avant la fin de la guerre, et a pu être utilisée lors du retour des vainqueurs de Sébastopol. Dans cette œuvre considérable, M. Thirion était secondé, avec le dévouement qu’il savait si merveilleusement inspirer, par deux ingénieurs-constructeurs de premier ordre : Molard, qui est devenu Directeur de la Construction du Réseau Sud de la Compagnie des chemins de fer de P.-L.-M. et qui a succombé prématurément,— et Du Doux, qui est mort Directeur général des Chemins de fer de la Haute-Italie.
- Tome II. — 86e année. 4° série. — Avril 1887.
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- I)1(M; IIAPIIIE.
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- En 185o, après la mise en exploitation complète de la ligne d’Avignon à Lyon, commence, pour M. Thirion, la période de sa carrière où les Directions de diverses Compagnies de chemins de fer offrent successivement, et parfois meme simultanément, un champ bien plus étendu à ses brillantes facultés naturelles, fortifiées encore par l'expérience acquise.
- Ligne de Lyon-Genève. — La Compagnie du chemin de fer de Lyon à Genève (constituée en 1853) fut la première à appeler M. Thirion pour diriger son entreprise, et cela dans une circonstance où elle traversait une épreuve assez grave ; elle venait de perdre, le 23 septembre 1855, son premier Directeur, Camille Jordan, enlevé, au retour d’une tournée fatigante, par une mort inattendue. Elle avait d ailleurs à surmonter des difficultés sérieuses d’ordre technique et financier.
- Par suite de ses dissentiments politiques du moment avec la nation voisine, la France s’était trouvée obligée d’imposer à ce chemin de ferla sujétion de se maintenir exclusivement sur la rive droite du Rhône, quelles que fussent les difficultés résultant de la topographie et de la nature des terrains le long du fleuve, en amont de Culoz. Ces difficultés ont été des plus grandes qu’on puisse rencontrer, et elles ont nécessité des ouvrages d’art exceptionnels et des travaux de consolidation préventive des plus dispendieux. Quelque intéressant qu’en serait l’exposé — et je pourrais le faire pertinemment—je ne veux pas m’y arrêter, pour ne pas faire à ce qui intéresse spécialement les constructeurs une part qui semblerait ici trop grande.
- Quant aux difficultés d’ordre financier, elles dataient, pour la plus grande partie, de l’origine même de la Compagnie; sa constitution reposait sur la base d’évaluations d’avant-projets étudiés hâtivement, n’atteignant guère que la moitié du coût réel de la ligne, et acceptées, néanmoins, dans leur condition d’infériorité par suite de la compétition qui avait existé entre deux sociétés rivales. — En outre, les traités passés pour l’exécution des travaux, par sections de ligne, avaient été conclus, presque tous, sous l’influence de l'engouement qui a régné si malencontreusement, après 1852, en faveur des marchés à forfait unique ou global ; on avait trop perdu de vue l'insignifiance des garanties pécuniaires de la plupart des entrepreneurs vis-à-vis de l’énormité des aléas des travaux pris ainsi à forfait.
- Dès son entrée en fonctions, — tout en ramenant sur les chantiers l’activité à laquelle il importait de ne pas laisser porter un coup trop sensible après la mort deM. Jordan, — M. Thirion sut, avec la promptitude et la sûreté caractéristiques de son jugement, saisir le point capital des difficultés de la situation ; il y apporta, sans délai, la solution efficace, grâce à la confiance que son expérience des affaires inspirait à tous les intéressés, et grâce aussi aux formes séduisantes de sa vive et pénétrante raison.
- La position de la ligne de Genève relativement aux lignes du réseau de Lyon
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- à la Méditerranée, position qui fait de la première comme le prolongement des autres, et l’intérêt commun du trafic qui de Marseille se dirige vers la Suisse, étaient incontestablement de nature à provoquer des essais de fusion entre les deux Compagnies. Ces tentatives avaient échoué jusqu’alors, faute de s’entendre* sur la valeur respective de ces deux chemins. Les efforts de M. Thirion, secondés par les bons rapports existant entre divers membres des Conseils des deux Compagnies où son mérite personnel était également apprécié, réussirent à faire conclure, dès le 19 décembre 1855 (c’est-à-dire six semaines après son entrée à la Compagnie de Genève), un traité dont la formule a fait époque dans l’histoire des chemins de fer et qui, depuis, a servi de type dans des circonstances analogues. Résumée en quelques mots, cette formule stipulait : qu’au moment de la réunion des deux Compagnies en une seule, les actions seraient partagées dans la proportion du produit net des deux lignes ; qu’on attendrait toutefois, pour opérer ce calcul, que le réseau de Genève soit arrivé à sa seconde année d’exploitation complète ; et qu’afîn de compenser l’inégalité résultant de la différence d’ancienneté des deux exploitations, le produit brut de la ligne de Genève, pendant l’année prise pour type, serait majoré ou augmenté de 36 p. 100, et les frais d’exploitation admis au taux, fixé d’avance, de 40 p. 100 des Recettes (1).
- Le traité de fusion, une fois homologué par les gouvernements, en Suisse comme en France, a puissamment contribué à donner au crédit de la Compagnie de Lyon à Genève cette solide assiette qui lui a permis d’arriver dans des conditions satisfaisantes au terme de son œuvre, après avoir traversé avec constance et fermeté les obstacles de tout ordre que M. Thirion prévoyait au moment où il avait été appelé à la diriger.
- Ligne de Lausanne-Fribourg-Berne. — Au service de la Compagnie du chemin de fer de Lausanne vers Berne par Fribourg, M. Thirion eut à vaincre, surtout au point de vue financier et administratif, des difficultés encore plus considérables. Cette Société, constituée par des intéressés nationaux avec le concours de plusieurs Administrateurs du chemin de fer de Lyon à Genève, avait confié la direction de ses affaires à M. Thirion, au mois d’octobre 1856, avec l’autorisation de la Compagnie de Genève qu’il continuait à diriger.
- La sûreté et l’économie avec lesquelles se sont faites les études et l’exécution de ce chemin de fer, qui a exigé d’importants ouvrages d’art, font incontestablement le plus grand honneur au Directeur et aux Ingénieurs appelés et guidés
- (1) Par suite de circonstances que je n’ai pas à rappeler ici, la liquidation de la fusion des deux compagnies ne s’est effectuée qu’en 1864, et, si elle ne s’est pas réalisée par une application littérale de ce premier projet, l’esprit en a cependant été maintenu par M. François Bar-tholony, Président de la Compagnie de Lyon à Genève, ainsi que par M. Thirion, demeuré Direcrteur-Conseil de la compagnie jusqu’à l’époque de la fusion effective.
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- par lui. Cetto collaboration se caractérise ici, comme partout, par l'affection profonde, le dévouement et le respect qu’inspirait le chef.
- Les embarras financiers et l’opposition ardente que l’entreprise rencontrait de la part de l’un des partis politiques du canton de Fribourg et surtout de la part des cantons voisins, ont failli à plusieurs reprises faire sombrer l’affaire. Pour encourager et soutenir ses collaborateurs dans leur lutte incessante contre la mauvaise fortune, le Directeur a eu à faire preuve d’une fermeté de caractère qui fut au moins aussi remarquable que la vivacité et la sûreté de son intelligence : grâce à cette énergique persévérance dans la préparation et dans la défense de la combinaison financière qu’il parvînt à faire abouti!", il a assuré l’achèvement de l’entreprise.
- Réseau central d'Orléans. — Rien ne donne mieux l’idée de la réputation et de l’autorito dont jouissait M. Thirion à cette époque, que l’appel qui lui est adressé on avril 1857 par la Compagnie d’Orléans, et les circonstances qui ont accompagné cet appel. A ce moment, le Grand Central venait d’ètre partagé entre la Compagnie de Lyon et la Compagnie d’Orléans; celle-ci avait dû, avec les lignes provenant de ce lourd héritage dont elle recevait la plus grande part, constituer son Réseau Central comprenant ainsi 1 600 kilomètres environ de chemins de fer, et la Régie dite d’Aubin, c’est-à-dire des houillères, des mines et des usines à fer.
- M. Fr. Bartholony, dont le nom et le souvenir respectés appartiennent à l’histoire de la création des chemins de fer, était alors Président à la fois de la Compagnie d'Orléans et de celle de Genève ; il eut à résoudre, presque contre lui-même, la question de savoir s'il contribuerait à enlever à la Compagnie de Genève son Directeur au profit du Réseau Central de la Compagnie d’Orléans ; la solution satisfaisante qui intervint est si honorable pour M. Thirion, qu’elle doit être mentionnée ici : le Conseil de la Compagnie de Genève consentit à son départ, mais à la condition qu’il conserverait une part active dans la direction des travaux jusqu’à l’époque de l’ouverture complète de la ligne, et qu’à partir de cette date ses conseils demeureraient encore conservés à la Compagnie de Genève, jusqu’au moment de sa fusion avec la Méditerranée.
- M. Thirion est resté pendant douze ans Directeur du Réseau Central de la Compagnie d’Orléans, et pendant cette Direction, — la plus longue de celles qu’il a exercées, — les lignes principales, créées sous son autorité, sont celles de :
- Limoges-Périgueux-Agen ;
- Périgueux-Brives-Capdenac-Toulouse ;
- Lexos-Montauban ;
- Capdenac-Rodez ;
- Libos-Cahors ;
- Arvant-Aurillac-Figeac ;
- Moulins-Montluçon ;
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- Bourges-Montluçon-Limoges ;
- Limoges-Poitiers ;
- Commentry-Gannat ;
- Ces lignes comptent parmi les plus difficiles qu’on ait construites en France ou à l’étranger, tant au point de vue des études qu’au point de vue de l’exécution des travaux, et voici en quels termes l’œuvre du Directeur se trouve appréciée, dans une délibération du Conseil de la Compagnie d’Orléans :
- « Le Conseil sait que les projets et l’exécution font le plus grand honneur à M. Thirion ; il connaît aussi l’esprit d’ordre et d’économie qui a réduit les dépenses définitives à des chiffres très inférieurs à ceux des estimations... »
- Pour donner une juste idée de la valeur d’un pareil éloge, je devrais rappeler, ici, à la fois la sollicitude dont les tracés ont été constamment l’objet de la part de M. Thirion, et la prodigieuse accumulation d’ouvrages d’art exceptionnels qu’il a fallu établir sur l’ensemble des lignes précitées; mais les raisons, qui m’ont empêché précédemment de mentionner les viaducs et tunnels si importants dos lignes de Genève et de Fribourg, me déterminent aussi à renoncer à une énumération, même écourtée, des chefs-d’œuvre de construction de toute nature nécessités par l’exécution du réseau central de la France.
- Ce n’est pas, d’ailleurs, dans les détails, dans telle ou telle œuvre d’art, qu’il faut chercher la supériorité de M. Thirion; elle éclate, au contraire, dans l’ensemble de la direction des services qui lui sont confiés ; tous les ingénieurs, si nombreux, qui ont travaillé sous ses ordres reconnaissent unanimement, avec moi, qu’il était essentiellement Directeur, — Directeur vigilant, très complètement informé toujours et en tout.
- Sans s’immiscer dans les détails, dont la masse l’aurait accablé à coup sûr, — car il était, de par sa constitution même, obligé de ménager ses forces intellectuelles, — il avait, grâce à sa mémoire et à sa vivacité d’intelligence, une aptitude administrative poussée jusqu’à un degré merveilleux : c’était de savoir être constamment au courant de toutes les questions et de tous les projets importants, c’était de savoir bien observer ses collaborateurs et de n’intervenir, à côté de leur initiative, que quand il la croyait sur le point de faire fausse route. Ses conseils et ses ordres, — car il savait au besoin imposer sa volonté, — arrivaient toujours à point, plutôt en avance, de sorte qu’il n’avait presque jamais à critiquer après coup.
- Mais ce n’était pas seulement le chef que ses collaborateurs voyaient et admiraient en lui, c’était aussi l’ami sûr et de bon conseil; il en est plus d’un parmi eux qui conserve le souvenir de l’avis intelligent et toujours spirituellement formulé qu’on trouvait auprès de lui, aux jours où les difficultés et les soucis des affaires accablaient les meilleurs courages, — plus d’un qui se rappelle être sorti
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- de chez lui rasséréné, éclairé et réconforté. L’un des traits caractéristiques de M. Thirion, c’était, en effet, la bonté ornée de la plus parfaite aménité qui pour tous, sans distinction de rang, avait un cachet inoubliable : le plus modeste de ses collaborateurs, en venant le consulter sur une question personnelle, était certain d’être accueilli avec une absolue bienveillance et de voir étudier ses difficultés d’intérêt privé avec la sollicitude la plus consciencieuse.
- Régie d’Aubin. — Dans le lourd héritage du Grand Central, à côté des lignes de chemin de fer attribuées à la Compagnie d’Orléans, figurent aussi, comme il a été dit, les établissements d’Aubin, comprenant :
- Plusieurs concessions houillères dans le bassin d’Aubin et dans celui des environs de Rodez ;
- Quatre usines à fer,
- Et des concessions de minerais de fer, de cuivre et de plomb argentifère.
- L’acquisition de ces établissements, qui avait été plutôt subie qu’acceptée et dont la gestion était en effet de nature à embarrasser la Compagnie d’Orléans, a donné entre les mains de M. Thirion des résultats tout autres que ceux qu’on redoutait; non seulement cette régie n’est plus une charge pour la Compagnie, mais celle-ci, au contraire, y trouve un appoint précieux pour les approvisionnements de la traction et de la voie, et — pour ce dernier service — un moyen de modération dans les prix du marché des rails.
- Dans l’énergie et la sagesse qu’il a fallu déployer pour arriver à un pareil résultat à travers les embarras du point de départ, M. Thirion a eu le bonheur et le mérite de se faire seconder par l’uii des plus éminents ingénieurs du Corps des Mines, Jules Gallon, dont la collaboration respectueuse et dévouée a été, en matière de mines et d’usines, tout à fait analogue à celles que M. Thirion avait su se créer dans les affaires de chemins de fer. En prononçant le nom de Jules Callon devant le Conseil de la Société d’Encouragement, je n’ai pas besoin, je pense, de rappeler qu’il lui a appartenu depuis 1851 jusqu’à sa mort, en 1875, et que ce nom est inscrit à bien des pages du plus haut intérêt, dans notre Bulletin.
- C’est à cette période de l’administration de la Régie d’Aubin que se rattache la publication d’un mémoire très court, mais très remarquable à bien des titres : Observations sur le projet de loi des chemins de fer départementaux, par MM. Thirion, Directeur du Réseau Central de la Compagnie d’Orléans, et Rertera, Ingénieur en chef des Mines (1865, Dunod, éditeur).
- M. Rertera s’était trouvé appelé en 1864 auprès de M. Thirion pour suppléer temporairement Callon retenu à Paris par son cours à l’Ecole des Mines; il eut ainsi l’occasion de visiter le petit chemin de fer à voie étroite qui met en communication les minières de Mondalazac avec la station de Salles-les-Sources de la ligne de Rodez. M. Thirion qui se préoccupait, depuis plusieurs années déjà, de
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- la question des chemins de fer à bon marché, accueillit avec empressement la proposition de M. Bertera tendant à substituer, sur ce chemin, la traction par locomotive à la traction par chevaux. Ces nouvelles conditions d’exploitation ayant abouti à un véritable succès, M. ïhirion — désireux d’en généraliser l’emploi au profit des localités qui ne peuvent fournir qu’un faible trafic — fit parvenir au Ministre des Travaux publics, par l’intermédiaire du Conseil de la Compagnie d’Orléans, une Note sur les résultats avantageux de l’exploitation de ce premier des chemins de fer à voie étroite (1). L’envoi de cette Note a coïncidé avec la discussion du projet de loi relatif aux chemins de fer d’intérêt local, et a été communiqué à M. le comte Dubois, rapporteur de la loi au Conseil d’Etat, et à M. le comte Le Hon, membre du Corps Législatif, qui en a donné un extrait à la suite de son Rapport.
- Lorsqu’on relit aujourd’hui ces considérations si judicieuses, si concluantes et presque prophétiques, de M. Thirion, lorsqu’on constate qu’il a fallu attendre jusqu’en 1874 et 1876 pour voir réaliser sur une échelle sérieuse les premières applications de sa féconde idée de 1864, on ne peut s’empêcher de regretter la lacune de la loi de 1865, qui n’a pas tenu compte de ces Observations, comme elle aurait pu et dû le faire, et l’on déplore que l’on n’ait pas prévenu ainsi les applications abusives de cette loi qui, par suite de cette lacune, ont entraîné, pour la richesse du pays, des pertes se chiffrant par centaines de millions, et dépassant probablement un milliard.
- En 1869, les motifs, qui douze ans auparavant avaient conduit la Compagnie d’Orléans à constituer son Réseau central, n’existent plus ; les lignes de chemins de fer rentrent dans le service général de la Compagnie, et Callon prend la Direction de la Régie d’Aubin.
- Après avoir accompli la tâche difficile qu’il avait acceptée, M. Thirion se retire de la Direction des réseaux de chemins de fer, sans cesser, pour cela, de rendre encore de très grands services à l’industrie nationale. Une autre branche de la grande industrie, qui lui est depuis longtemps familière — celle des mines de houille dont il est fondateur ou administrateur, —fournit un autre champ à son activité et à ses capacités hors ligne.
- Mines de Sarre-et-Moselle. — On sait qu’à la suite de nos revers de 1815, la frontière occidentale de la Prusse a été tracée de manière à éloigner la France des affleurements des couches de houille fortement inclinées vers notre territoire, et à empêcher ainsi notre pays d’y créer une exploitation productive. Toutefois, dès 1817, une société française se constitua et fit des recherches — couronnées de succès — pour atteindre le prolongement des couches houillères de Sarrebriick
- (1) lm,10 entre les bords intérieurs des rails.
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- sous le grès des Vosges, au voisinage de Forbach. La concession de Schœnecken, du 20 septembre 1820, qui en fut le résultat et (fui appartient aujourd’hui à MM. de Wendel, est très prospère, mais se trouve malheureusement, depuis 1870, sur le sol prussien.
- Dès la construction du chemin de fer de Nancy vers Sarrebrück, M. Thirion, soucieux des sources de trafic de cette ligne, constitua sous sa présidence une Société qui, utilisant les études de MM. Dufrénoy, Elie de Beaumont et Jacquot, entreprit des recherches aux environs de Saint-Avold, malgré les grandes épaisseurs de grès des Vosges et de nouveau grès rouge à traverser pour atteindre le terrain houiller. Une concession, en date du 17 juin 1857, fut accordée ; le puits d’exploitation présenta les plus grandes difficultés de fonçage qu’on ait jamais rencontrées. Cependant d’autres recherches furent ensuite tentées et d’autres concessions furent instituées ; mais les travaux exigeaient des capitaux si considérables que la plupart des concessions restèrent inactives. Après la guerre de 1870, M. Thirion, dans le but de réunir les différents efforts, a provoqué la constitution de la Société de Sarre-et-Moselle avec le concours de la Société générale, en fusionnant les diverses concessions houillères de la région, à l’exception de Schœckenen. M. Thirion est resté jusqu’à sa mort Tun des membres les plus dévoués et les plus actifs du Conseil d’administration de cette difficile et patriotique affaire.
- Mmes de Maries. — La part qu’a prise M. Thirion au développement du riche bassin houiller du Pas-de-Calais s’est trouvée mieux récompensée. Vers 1852, un groupe d’ingénieurs, après avoir eu le mérite de découvrir sous un épais manteau de terrain crétacé dans les environs de Lillers (arrondissement de Béthune), la houille des mines de Maries qui fournissent une si bonne qualité de combustible, obtint une concession; une société financière leur procura les fonds nécessaires à la mise en exploitation, en se réservant 60 p. 100 dans les bénéfices à calculer d’une façon spécifiée au contrat, et en attribuant 30 p. 100 aux fondateurs. Ceux-ci constituèrent la Société dite du 30 p. 100 des Mines de Maries, Société dont la présidence fut dévolue à M. Thirion qui a conservé ces fonctions jusqu’à sa mort. Pendant cette période de plus de trente ans, où surgirent des dissentiments — à peu près inévitables entre deux sociétés dont l’une avait un droit de contrôle sur l’autre, — l’autorité dont jouissait M. Thirion, son caractère conciliant, ses rares capacités administratives et industrielles ont toujours réussi à aplanir les difficultés, et son influence s’est fait sentir constamment de la manière la plus heureuse.
- Mines de la Grand’Combe. — En 1869, M. Thirion est entré comme administrateur au Conseil des mines de la Grand’Combe que, depuis 1870, il a présidé
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- jusqu’à samort. Il se retrouve là avec son ancien collaborateur de la Régie d’Aubin, Jules Gallon, qui à des titres divers a été attaché pendant vingt-neuf ans (1846-1875) à cette entreprise minière, Tune des plus grandes de la France, et qui en a été l’âme, selon l’expression même de M. Thirion.
- Les grandes lignes d’administration et d’exploitation qui font la prospérité de la Grand’Combe ont été tracées, dès l’origine, par des hommes d’une capacité supérieure — Paulin et Léon Talabot, Poisat, Beau — et principalement par Jules Callon, dont l’œuvre se trouve magistralement exposée, dans la notice biographique consacrée à sa mémoire par M. Jacqmin, Directeur de [la Compagnie de l’Est.
- En présence de traditions qui ont fait de la Grand’Combe un modèle d’organisation, au point de vue du personnel comme à celui des travaux, M. Thirion, excellent juge en ces matières, a su donner encore un remarquable éclat à son rôle de continuateur d’une œuvre bien entreprise — en améliorant le sort des ouvriers, — en développant la production, — et en contribuant à la découverte d’une importante réserve de richesses minières pour l’avenir. Sous son impulsion, en effet, la production, qui était de 480000 tonnes en 1869, est arrivée presque au chiffre de 800000 tonnes en ces dernières années : c’est à lui qu’est dû l’essai — le premier peut être — d’une participation des ouvriers dans les bénéfices, par un prélèvement annuel et proportionnel qui, versé dans une caisse fondée en 1870, permet aujourd’hui de donner aux mineurs des retraites plus élevées que dans aucune autre exploitation.
- Quant à la découverte, toute récente, des ressources d’avenir de la Grand’Combe, elle est si intéressante au point de vue scientifique et fait si grandement honneur à la mémoire de M. Thirion, que je n’hésite pas à y arrêter un instant l’attention du Conseil (1).
- Le terrain houillerdela Grand’Combe comprend deux massifs distincts, isolés l’un de l’autre par une grande faille ; — au sud : le système de la montagne Sainte-Barbe ; — au nord : deux groupes de couches séparés par une épaisseur stérile de 820 mètres, le système de Champclauson en haut, le système de Trescol à la base.
- Quelle est exactement la position du système de la montagne Sainte-Barbe relativement aux deux autres? M. Callon avait assimilé d’abord le système de la montagne Sainte-Barbe à celui de Champclauson ; mais en 1877 M. l’ingénieur des mines Grand Eury avait élevé des doutes sur cette assimilation.
- M. Thirion, préoccupé de la solution de ce problème, donna dès 1879 des instructions pour faire recueillir dans chaque couche le plus d’empreintes végétales possible, et il les fit envoyer à l’Ecole des Mines. De l’étude de ces empreintes et
- (1) Je renvoie, pouf les détails, au Bulletin de la Société géologique de France, IIIe série* tomes XIII et XIV (articles ou notes de M. René Zeiller, ingénieur en chef des Mines).
- Tome IL — 86e année. 4e série. — Avril 1887, 4
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- de la collection formée à la Grand’Combe est résultée pour M. Zeiller, dont la compétence en ces matières est bien connue, la présomption que le système de Sainte-Barbe est le plus ancien de tous. On y trouve bon nombre d’espèces végétales anciennes qui manquent à Trescol et à Champclauson, et l’on n’y trouve pas les espèces relativement plus jeunes qui abondent dans ces derniers systèmes, surtout dans celui de Champclauson.
- Pouvait-on avoir foi dans ces indications? Une telle répartition des espèces ne pouvait-elle pas être due aux hasards des trouvailles et à l'insuffisance des recherches? Dans l’examen de ees ob jections, en mai 1881, non seulement M. Thirion se refusa à admettre que le groupement constaté (d’un côté les espèces anciennes sans espèces récentes, de l'autre les espèces récentes sans espèces anciennes) pût être l’effet d'un hasard, mais il lit partager sa ^conviction au Conseil d’administration, qui décida l’exécution d’un sondage pour rechercher, au-dessous des couches de Trescol, celles de la montagne Sainte-Barbe.
- Le sondage, commencé le 26 juillet 1881, fut d’abord arrêté, le 22 avril 1882, à la profondeur de 400 mètres sans avoir rencontré le charbon ; mais à cette époque M. Grand Eurv avait entrepris, pour l’ensemble des Compagnies houillères du Gard, une étude générale des terrains houillers du département; il ne tarda pas à reconnaître que les couches de Sainte-Barbe étaient, en effet, plus anciennes que celles de Trescol, et en ayant retrouvé les représentants à Bessèges et à Gagnières il put montrer que l’épaisseur stérile à traverser devait être d’au moins 600 mètres, et que l’insuccès du sondage provenait ainsi d'un arrêt prématuré. On reprit alors le sondage, le Lr mars 1884, et un an après on trouvait à la profondeur de 736 mètres une couche de charbon de 5’", 37 de puissance, suivie, à 42 mètres plus bas, d'une autre couche de 10"',5 de puissance environ, dont 9 mètres de charbon pur.
- Ces résultats remarquables ont décidé la Compagnie, au mois de juillet 1885, à prescrire le fonçage de deux puits d'exploitation de ces couches, qui constituent pour l'avenir une importante réserve, susceptible d'augmenter encore par les couches (pii pein ent se trouver plus bas.
- Le nom de Sphenophyllum Thinoni, donné à Tune des espèces nouvelles recueillies à la Grand’Combe, conserve le souvenir de la part si active que M. Thirion a prise à la solution de cette importante question minière.
- Entreprise agricole de Bcilria. — Pendant les dernières années de sa vie, M. Thirion s'attache avec prédilection à une œuvre très intéressante et très française, à une entreprise de création agricole et de colonisation dans le Sud algérien.
- En 1880, M. Rolland, ingénieur des Mines, auquel il avait voué la plus vive affection, comme au lils d'un de ses meilleurs amis, et qui venait d'explorer le Sahara, lui proposa d’entreprendre des plantations de palmiers-dattiers dans
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- l’Oued-Rir’ ; ce territoire, qui se trouve dans le Sahara de la province de Constan-tine, au sud de Biskra, est une des régions de l’Afrique les-plus richement dotées en eaux artésiennes.
- Acheter des terrains incultes, mais bien situés à l’égard des eaux souterraines, — y exécuter des recherches d’eaux jaillissantes, — y mettre en valeur, avec l’aide de l’irrigation, un sol jusqu’alors absolument improductif, — y entreprendre la culture rémunératrice des palmiers-dattiers, — y propager la plantation de cet arbre, sur une grande échelle, — et, plus tard, exploiter les oasis françaises, ainsi créées de toutes pièces en plein désert : tel était le programme qui fut soumis par le jeune ingénieur à son vieil ami.
- Esprit demeuré jeune et plein d’initiative, intelligence d’élite toujours ouverte aux idées généreuses, M.Thirion fut séduit par ce projet de conquête sur le Sahara. Il reconnut que l’opération, si nouvelle qu’elle fût, était pratique et pleine de promesses pour les capitaux qui ne craindraient pas de s’engager dans ces parages lointains.
- Sans hésitation, M. Thirion apporta à l’œuvre naissante l’appui de son nom et de son crédit, le large concours de ses capitaux, et les conseils dévoués de sa grande expérience. Il devint alors président de la Société agricole et industrielle de Batna qui, en cinq ans, a créé trois oasis nouvelles et construit trois villages, foré sept puits artésiens jaillissants et planté cinquante mille palmiers-dattiers : c’est l’œuvre de création agricole la plus importante qui ait été accomplie jusqu’à ce jour, dans le Sud algérien, par l’initiative privée.
- L’un des puits de la Société, celui qui arrose la propriété nouvelle d’Ayata, porte le nom d’Aïn-Thirion (fontaine Thirion) et perpétue la mémoire de l’homme éminent qui, vers la fin d’une carrière si bien remplie, était devenu un pionnier de la civilisation française en Afrique.
- Me voici arrivé, Messieurs, au terme de ma tache : ce n’est pas, en effet, une véritable biographie de M. Thirion que j’avais pour mission d’écrire, et j’aurais été inexcusable d’oublier que, pendant toute sa vie, il a mis un soin particulier à fuir le retentissement de la publicité et du journalisme abusif de notre époque. J’avais seulement à rédiger, pour le Bulletin de notre Société, une notice sur le rôle qu’il a joué et sur les hautes fonctions qu’il a été appelé à remplir dans les plus grandes industries de notre pays.
- Bien que M. Thirion n’ait appartenu à notre Conseil que depuis six ans, sa longue et belle carrière est cependant de celles qui intéressent essentiellement la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, et c’est bien à ce titre qu’il convient d’en conserver le souvenir dans nos Annales.
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- Les traits caractéristiques de la nature intellectuelle et morale du collègue éminent et aimé, que nous avons perdu le 29 octobre dernier, ont été résumés par notre Commission des fonds, d’une manière vraiment aussi heureuse que concise, dans ces paroles : « Sa voix était celle de la bonté, de l’expérience et du bon sens. » Je m’estimerai heureux si j’ai réussi à montrer, par l’exposé de sa magnifique carrière, que sa bonté, des plus solides au fond, se traduisait par les formes les plus séduisantes d’un esprit fin et richement orné, — que son expérience était celle d’une intelligence exceptionnellement pénétrante et cultivée, aux prises avec les affaires industrielles les plus considérables de notre temps, — et que son bon sens s’élevait presque au niveau du génie, tant le jugement de M. Thirion était à la fois sûr et prompt.
- EXTRAIT d’u.NE NOTE STR LES MESURES PYROMÉTRIQUES A HAUTES TEMPÉRATURES PAR MM. CH. LAT’TH ET VOGT.
- Chacun sait que les qualités des produits céramiques dépendent en grande partie de la température à laquelle ils ont été soumis et des conditions générales de leur cuisson; il est donc du plus haut intérêt de pouvoir diriger cette dernière opération, c’est-à-dire de pouvoir suivre exactement la marche des fours dans lesquels elle est'réalisée.
- Sans entrer dans de grands détails sur la construction des fours, rappelons-d’une manière générale les principes suivants : il faut, pour qu’un four soit régu lier, que les points de chauffe (les foyers, les alandiers), de môme que les orifices de départ des produits de la combustion, soient distribués symétriquement par rapport à l’espace à échauffer; il faut que les foyers soient aussi nombreux que possible (l’idéal serait de faire entrer la flamme sur toute la périphérie de l’espace à chauffer), de manière à amener à la même température le plus grand nombre de points du four ; il faut que les produits de la combustion soient intimement mélangés pendant leur séjour dans l’espace à chauffer et qu’ils y abandonnent le plus de calories possible pour utiliser au mieux le combustible qui est la grosso dépense dans les arts céramiques; il faut enfin que la flamme communique sa température aussi uniformément que possible aux produits à cuire depuis l’entrée jusqu’à la sortie du four.
- Un des modes de construction qui remplit le mieux ce programme complexe est celui du four dit à flamme renversée.
- Dans ce four, les produits de la combustion partant des foyers s’élèvent d’abord
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- vers la voûte supérieure en raison de leur faible densité ; mais d’autre part ils sont appelés vers la sole du four où se trouvent les cheminées d’appel ; ce double mouvement ascendant et descendant produit un mélange favorable des gaz combustibles et comburants ; il prolonge, en outre, le passage de la flamme sur les produits à échauffer et en réalise ainsi une meilleure utilisation. Le feu doit être conduit de telle façon que la combustion se fasse dans le laboratoire du four et ne soit terminée qu’à sa sortie.
- Le chauffeur le plus habile et le plus expérimenté ne peut être certain, lorsqu’il a plusieurs alandiers à diriger, d’y obtenir partout la même température, les causes qui peuvent modifier l’allure de chacun de ces foyers étant multiples : les différences, impossibles à éviter dans chaque chargement de combustible, et dues soit à la nature même du combustible, soit au tempérament des ouvriers, la variété qui existe fréquemment dans la nature des enfournements, etc.
- Il faut donc avoir à sa disposition un moyen pratique de vérifier si tous les alandiers sont bien d’accord, s’ils marchent régulièrement. C’est cette question si importante dans les arts céramiques que nous examinons dans cette note et pour la solution de laquelle nous proposons plus loin une méthode dont une expérience de plusieurs années nous permet d’affirmer les bons résultats spécialement pour les cuissons délicates comme celles de la porcelaine.
- Les procédés qui ont eu quelque application industrielle sont basés sur la dilatation des solides ou des gaz, sur la contraction des argiles, sur les variations dans la résistance à la transmission de l’électricité, sur la dissociation, sur l’élévation de température qu’éprouve un liquide circulant d’une façon constante dans un appareil placé dans le four, sur le point de fusion d’alliages ou de matières vitrifiables, borosilicates ou silicates.
- L’emploi des appareils basés sur la dilatation des solides présente l’inconvénient suivant : les solides soumis à de hautes températures éprouvent peu à peu des transformations dans leur texture qui modifient leur mode de dilatation et faussent les indications de l’appareil ; ces pyromètres sont donc rapidement mis hors d’usage.
- Si l’on cherche à utiliser la dilatation des gaz pour la mesure de très hautes températures, on ne trouve plus de matière convenable pour emprisonner, sans déperdition ou changement de volume, le gaz dont on doit mesurer le volume ou la pression ; le platine devient poreux ; la porcelaine se ramollit si elle est soumise plusieurs fois à des températures élevées quoique insuffisantes pour la déformer, elle change d’état, la couverte s’altère et elle devient perméable aux gaz (néanmoins un thermomètre à gaz construit dans le genre de celui qu’a proposé M. Berthelot peut, avec de légères modifications, être employé avec avantage pour les températures ne dépassant pas un millier de degrés).
- Les mesures de températures basées sur la contraction des corps argileux
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- AI1TS ECONOMIQUES.
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- (pyromètre Wedgwood), sont entachées d'erreur parce que, outre la difficulté de se procurer des argiles toujours identiques, on a constaté que cette contraction peut se produire par une température relativement basse mais prolongée, d’une façon aussi marquée que par une température élevée mais de courte durée.
- Les pyromètres basés sur la variation de la conductibilité électrique due au changement de température, comme celui de Siemens ou d’autres savants, ont été l’objet à Sèvres de nombreuses expériences; nous avons constaté que la conductibilité du platine soumis à de grandes variations de températures change en meme temps que la structure moléculaire du métal et les données qu’on obtient ne sont plus comparables au bout d’un certain temps.
- Les pyromètres basés sur la dissociation du carbonate de (diaux (Lamy) sont rapidement mis hors d’usage, tout l’acide carbonique dégagé n’étant plus réabsorbé par.la chaux qui s'altère (sans doute en se silicatisant); du reste, ici aussi, comme pour le thermomètre à air, on est arreté par l’impossibilité d’avoir un récipient étanche et non déformable.
- Nous arrivons maintenant au pyromètre à circulation d’eau qui a été décrit par l’un de nous, il y a quelques années, et sur lequel il nous paraît utile d’entrer dans plus de détails; ce pyromètre est un bon instrument, les causes de perturbations y sont peu nombreuses; il faut, bien entendu, le remettre à chaque observation dans des conditions identiques de surface et jauger exactement l’eau débitée par minute; il est nécessaire aussi de tenir nette la surface soumise à l’action de la chaleur, la couche de suie qui se dépose sur l’appareil, lorsque la flamme est réductrice, en modifiant les indications.
- C’est un appareil d’un bon emploi. Jusqu’à présent, les indications du pyro-mètre à eau n’ont été qu’empiriques ; nous avons entrepris quelques essais pour établir approximativement leur relation avec l’échelle thermométrique, et nous avons pris pour base l’observation du point de fusion de divers métaux. Ces expériences ont été suivies par M. Auscher, chef de la fabrication à Sèvres. L’appareil était disposé dans les conditions suivantes : l’explorateur ou surface soumis à l’action de la chaleur avait :
- Longueur..................................................0m040
- Diamètre.................................................. 0 009
- Épaisseur de la feuille de laiton......................... 0 0001
- La hauteur du réservoir d’eau au-dessus du mesureur de l’écoulement de l’eau à la sortie était im200, et la quantité d'eau débitée par minute était de 2 lit. 500.
- L’appareil ainsi monté était introduit dans un de nos fours à porcelaine par une ouverture pratiquée dans la porte du four, et dans une ouverture voisine on plaçait à une meme profondeur une tringle de fer, entourée d’un tube en terre
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- réfractaire portant à son extrémité un creuset en terre contenant le métal dont le point de fusion devait servir à indiquer la température.
- Il a été fort difficile de relever des observations exactes pendant le chauffage ou période d’ascension de la température ; et il a été impossible de faire une observation au-dessus du point de fusion de l’or.
- Aussi, abandonnant ce mode d’observation pendant l’ascension de la température, avons-nous eu recours à des observations analogues pendant le refroidissement du four; pendant cette période on retirait le creuset de 10 en 10 minutes et on constatait le point où le métal ne fondait plus.
- A la suite des premières observations, nous avons comparé les indications du pyromètre à eau avec les points de fusion de divers alliages d’or et de platine, aux fours de pâte dure de Sèvres.
- En résumant les chiffres obtenus et en calculant la valeur absolue du degré pyrométrique entre la température ambiante, soit 15°, et la température de la fusion du métal en observation, on constate, ainsi que le prouve le tableau suivant, que la valeur absolue du degré pyrométrique va en décroissant au fur et à mesure que la température s’élève :
- t 0
- Point Degré 0
- de pyrométrique Valeur absolue
- Étain fusion. observé. du degré pyrométrique.
- 230° 0°5 430°
- Plomb 334 0°8 400
- Zinc . 423 2°0 204
- Argent . 954 6°4 147
- Or . 1075 7°07 149
- Cuisson de la porcelaine nouvelle. . . . 1350 13°80 96°5
- — — dure .... . 1500 18°40 80°5
- On comprend, en présence de ces faits, qu’il serait erroné de dresser, comme quelques constructeurs l’ont fait, une échelle proportionnelle, pour évaluer la valeur des degrés du pyromètre à eau.
- Un procédé pyrométrique beaucoup plus simple et peut-être plus fidèle que tous ceux que nous venons de décrire, consiste à disposer dans les divers endroits du four à étudier des substances susceptibles de fondre, et à observer le moment où elles entrent en fusion; si l’on connaît le point de fusion de ces substances, on sera renseigné exactement sur la température atteinte à cet instant ; si on ne le connaît pas, on utilisera ces montres fusibles, non plus pour constater la température absolue atteinte, mais pour servir de régulateur de cuisson, et ultérieurement d’indicateur pour l’arrêt du four lorsqu’on aura par expérience établi que cet arrêt doit coïncider avec la fusion de telle ou telle substance; bien entendu, ce procédé ne peut fournir d’indications que sur la marche ascendante ou sur le stationnement de la température ; si elle décroît, les montres fusibles n’indiquent plus rien.
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- Les substances auxquelles nous avons eu recours (lès le principe comme montres fusibles, sont des alliages métalliques d’argent et d’or pour les températures entre 960° et 1 075°, et d’or et de platine pour les températures au-dessus de 1075°.
- Voici du reste le tableau de ces alliages et leur point de fusion établi d’après les dernières recherches de divers physiciens sur ce sujet :
- Argent. Or. Point de fusion. Argent. Or. l’oint de fusion
- 400 0 954° 40 60 1 020°
- 80 20 975 20 80 1047
- G0 40 995 0 100 1075
- Or. Platine. Point (le fusion. Or. Platine. Pnint de fusion.
- 95 5 1 100° 45 55 1 420°
- 90 10 1 130 40 60 1 460
- 85 15 1 160 35 65 1495
- 80 20 1 190 30 70 1 535
- 75 25 1 220 25 75 1570
- 70 30 1 255 20 80 1610
- 65 35 1285 15 85 1 650
- 60 40 1320 10 90 1690
- 55 45 1350 5 95 1730
- 50 50 1 386 0 100 1775
- Les alliages d’argent et d’or donnent des résultats exacts et constants; il en est de même pour ceux d’or et de platine, quand le mélange ne contient pas plus de 10 à 15 p. 100 de platine, c’est-à-dire lorsqu’on ne dépasse pas 1160° environ.
- Mais lorsque l’alliage renferme plus de lo p. 100 de platine, les indications deviennent douteuses, parce qu’il se fait une séparation par liquation; une première partie riche en or fond d’abord en laissant une partie plus riche en platine qui ne se ramollit que plus tard à une température supérieure.
- A cet inconvénient il faut en ajouter un autre : les montres formées avec les métaux précieux sont coûteuses et assez difficiles à préparer ; le moyen pratique de les observer n’est pas non plus très simple.
- Nous avons donc cherché à les remplacer par d’autres substances, ne présentant pas les inconvénients que nous venons de signaler et à en combiner l’emploi de manière que les observations puissent être faites facilement et sans gêner les chauffeurs.
- Dès que le four est éclairé, les observations peuvent commencer; l’élévation progressive de la température détermine le ramollissement, puis la fusion complète, c’est-à-dire la disparition successive de chacune de ces montres, et comme elles ont des formes géométriques nettement différentes les unes des autres, il est impossible de les confondre.
- Les-disparitions successives de ces montres fusibles indique si la même température est atteinte au même moment dans les points où elles sont disposées.
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- Notre première montre à laquelle nous donnons la forme d’un rectangle est composée de :
- Fritte n° 1. Pegmatite..
- — Sable.. . .
- — Craie.. . .
- —• Borax fondu
- 100
- SI
- 14 20
- 15
- Fig. I. — Groupe de six montres fusibles
- GD a
- Fig. 2. — Plan, coupe et élévation d’un étui de montres fusibles. — a, montres ordinaires. — b, montres fusibles.
- La deuxième montre (losange) est composée de :
- Fritte n° 1.............................................................................. 15
- Fritte n° 2.............................................................................. 85
- 100
- Fritte n° 2. Pegmatite............................................... 70
- — Craie.............,................................................... 80
- 100
- La troisième montre (triangle isocèle) est composée de :
- Fritte n° 2........................................................................... 80
- Argile de kaolin argileux, silicate d’alumine hydraté Al2 O3, 2 Si O2, 2 H2 O. . . . 20
- 100
- Tome II. — 86° année. 4e série. — Avril 1887.
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- La quatrième* montre (cercle) est composée de :
- Fritte n° 2........................................................................... 60
- Argile de kaolin argileux............................................................. 40
- 100
- On peut naturellement augmenter à l’infini le nombre ou la composition de ces montres; chaque fabricant se laissera guider, pour cela, par les besoins de son industrie spéciale. Pour ce qui concerne la cuisson de la porcelaine, nous estimons que ces quatre montres sont suffisantes ; nous avons adopté les mélanges qui correspondent aux points délicats de nos fabrications, en évitant de multiplier les observations, mais en rapprochant nos montres selon nos besoins : ainsi la montre n° 2 et la montre n° 3 sont très voisines l’une de l’autre, parce que la température qu’elles indiquent est un moment critique qu’il faut pouvoir surveiller de près. Après cinq années d’expérience, nous pouvons dire que la méthode que nous indiquons est éminemment pratique.
- Notre but étant limité, provisoirement, aux recherches relatives à la fabrication des porcelaines, nous n’avons pas poussé nos expériences très loin dans cette voie ; il nous a paru intéressant néanmoins de comparer les points d’affaissement de nos montres avec les degrés indiqués par le pyromètre à circulation d’eau et les degrés centigrades correspondants.
- Voici les chiffres trouvés par M. Auscher :
- Montres. l’oint do fusion observé en degrés pyrométriques. Moyenne.
- N° 1. 62o° 4°7o
- N° 2. 1 150 9°10
- N° 3. 1200 10°20
- N° 4. 1320 13°80
- Cos degrés pyrométriques correspondent, sur la courbe qui a été dressée d’après les indications des points de fusion des métaux, aux températures indiquées.
- Nous ne donnons ces chiffres, bien entendu, que comme des approximations, et nous répétons en terminant que nous n’avons eu, dans toutes ces recherches, d’autre but que de trouver un moyen pratique de suivre et de régulariser nos cuissons.
- Récemment, M. Seger, chimiste à la Manufacture royale de Charlottenbourg, a publié dans un journal allemand le résultat de travaux analogues, mais tandis que nous employons nos montres fusibles pour diriger nos cuissons, il destine plus particulièrement les siennes à fixer l’arrêt de ses fours.
- Jusqu’à 1145°, il emploie les alliages métalliques dont nous avons parlé plus haut; pour pouvoir estimer les températures supérieures à 1145°, il a été amené à composer des mélanges, analogues aux couvertes de porcelaine, composés de feldspath, de craie, de quartz et de kaolin pur, corps bien définis que la nature fournit abondamment.
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- Le feldspath mis en usage est le feldspath orthose.
- L’avenir montrera quel sort est réservé à l’innovation que nous proposons; si cette méthode se généralise, il sera utile de poser des principes plus absolus, de créer peut-être des étalons auxquels les industriels puissent avoir recours. Nous sommes tout disposés à entrer dans cette voie et dès maintenant nous nous mettons à la disposition des céramistes pour vérifier les points de fusion des montres qui seront préparées dans l’industrie privée et leur concordance avec les nôtres.
- ARTS ÉCONOMIQUES
- SUR LE GROSSISSEMENT D’UNE LUNETTE, PAR M. FÉLIX TEYNARD.
- Lorsqu’on veut mesurer le grossissement d’une lunette par le procédé préco nisé par Arago, il faut pouvoir disposer d’un prisme de Rochon et de mires spéciales; il y a donc souvent avantage à employer le moyen indiqué par Pouillet, puisqu’il suffit de se procurer une mise de nivellement et deux petits miroirs mobiles qu’il est très facile d’ajuster à l’oculaire de la lunette; au lieu d’être métalliques, ces deux petits miroirs peuvent n’être que des fragments de glace étamée et le trou de l’un d’eux est remplacé par un grattage enlevant le tain sur la partie centrale de l’un des miroirs.
- Surtout pour les longues lunettes, le procédé de Pouillet n’a pas toute l’exactitude indiquée par l’auteur; de plus, beaucoup de vues éprouvent une difficulté insurmontable pour distinguer à l’œil nu les divisions d’une mire placé à 30 ou 60 mètres. Tout en conservant la disposition indiquée par Pouillet, il semble qu’on peut apporter quelques modifications dans son emploi ; on obtient alors une plus grande exactitude dans les résultats et on a surtout beaucoup plus de facilité dans la lecture directe de la mire puisqu’on peut la placer à une petite distance de la lunette.
- Grossissement dune lunette. — Lorsqu’on mesure le grossissement d’une lunette au moyen d’une mire et de deux miroirs inclinés à 43°, la mire doit être assez rapprochée pour qu’on puisse en distinguer les divisions à l’œil nu. Les grossissements d’une lunette étant proportionnels aux distances focales correspondantes de l’objectif, on trouve donc ainsi un grossissement plus considérable que le grossissement usuel de la lunette que l’on n’emploie guère que pour examiner dos objets éloignés. Du grossissement d’un objet rapproché, déduisons le grossissement d’un objet très éloigné.
- Soit y, le grossissement d’un objet rapproché,
- .z1, le grossissement d’un objet très éloigné,
- la distance focale de l’objectif correspondant au grossissement y,
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- /, la distance focale principale de l’objectif correspondant par conséquent au grossissement x.
- «p, la distance focale de l’oculaire.
- Le grossissement d’une lunette n’étant que le rapport entre la distance focale de l’objectif et celle de l’oculaire qui est la même dans les deux cas, nous avons :
- d’où, éliminant <p,
- (U
- Quelquefois l’image réelle que l’objectif donne d’un objet très éloigné se trouve placée dans l’intérieur môme du gros tube de la lunette et, dans ce cas, on ne peut mesurer facilement la distance focale principale de l’objectif. Donnons toujours à/et à è les memes valeurs que précédemment et, pour le grossissement y, appelons rfla distance de la mire à l’objectif; d’après la formule dos len-
- d f
- tilles, ces trois quantités sont liées par l’équation ^ = -~^qui permet d’éliminer /
- dans la valeur précédente de x. Cette autre forme de la valeur de x est :
- , . y d
- (¥)
- d + &
- Les longueurs de/ et sont difficiles à mesurer exactement parce qu’on ne sait pas au juste à partir de quel point de l’objectif ces longueurs doivent être comptées et aussi parce que, meme en les recevant sur une glace dépolie, il y a une certaine indécision sur les points où sont placées les images réelles données par l’objectif. Il peut donc y avoir avantage à obtenir une valeur de x indépendante de /et de <>. On y arrive en employant deux grossissements différents de la lunette et les distances correspondantes de la mire à l’objectif; ces deux distances, étant toujours assez grandes, ne demandent pas à être mesurées avec une grande précision.
- Soit comme ci-dessus,/, d, b, les longueurs correspondant au grossissement y ;
- /', d', les longueurs similaires correspondant au grossissement y';
- Les grossissements étant proportionnels aux distances focales de l’objectif, on a :
- Y _ A
- y'~?r
- d’où
- è’=
- Nous avons trouvé précédemment le grossissement pour l’infini :
- — d+$
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- nous avons de même :
- d
- X —
- d’où
- d
- d H- S d
- Dans cette dernière équation, remplaçons par sa valeur, résolvons par rapport à ^ et portons-en la valeur dans l’équation a; = , nous aurons en sim-
- plifiant une troisième forme de la valeur du grossissement d’un objet très éloigné,
- jl'(d— d')
- (3)
- x =
- y d—y d
- Jusqu’ici nous avons fait abstraction de la longueur de la lunette ; pour avoir des formules pratiques, il faut modifier les quantités y et y' représentant les grossissements.
- Soient G et G' les grossissements mesurés directement au moyen de la mire et de ses deux miroirs à 45°: les distances de la mire à l’objectif sont respectivement d et d j tandis que celles de la mire à l’œil sont d et d, augmentées de la longueur correspondante de la lunette. Appelons L et L' les distances de la mire à l’œil et remarquons en passant qu’on a : L = d H- ^ 4- x, L' — d -t- + x ; x
- étant une quantité invariable égale à la longueur de l’oculaire augmentée de sa distance constante à l’image réelle donnée par l’objectif.
- Lorsque nous avons dit dans les formules que les grossissements sont proportionnels aux distances focales de l’objectif, nous n’avons pas dit du tout que l’œil et l’objectif seraient placés à des distances différentes de la mire ; les quantités observées G et G' doivent donc être ramenées à ce qu’elles seraient si l’œil lui-même était placé à la distance d ou d'de la mire.
- La grandeur apparente d’un objet est inversement proportionnelle à la distance de l’œil à cet objet; par suite, les grossissements, c’est-à-dire les nombres des divisions de la mire se superposant sur la division grossie, sont directement proportionnels aux distances de la mire aux points d’observation. Nous avons donc : Y, étant le grossissement théorique, l’œil étant censé à l’objectif,
- G, le grossissement correspondant estimé au moyen des miroirs à 45°, d, la distance de la mire à l’objectif,
- L, la distance de la mire à l’œil de l’observateur,
- Gd ' , G ’d
- y : G : : d : L, d où y — -j— et de même y = -y— >
- en représentant par y\ G', d, L'les valeurs similaires à y, G, d, L.
- Transportant les valeurs de y et de y' dans les formules précédentes (1), (2), (3)
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- et remplaçant dans la première à par sa valeur en fonction de d et de /, nous arrivons aux formules délinitives :
- <4)
- (,d —
- L
- (S)
- Grf2
- L [d + 8) ’
- (6)
- GG (d — d'') x=z G'L — GL'
- qui, sous trois formes différèntes, donnent la valeur du grossissement de la lunette pour un.objet très éloigné.
- Pour une même lunette, on doit arriver à la même valeur de x, quel que soit le grossissement plus ou moins considérable mesuré et servant de point de départ au calcul; dans les limites des erreurs d’observation, c’est ce qui arrive lorsqu’on emploie les formules (4), (5), (6); c’est ce qui n’a pas lieu quand on emploie les formules (1), (2), (3), dans lesquelles on a négligé la longueur de la lunette.
- Pour avoir une valeur de G' en fonction de G, égalant les deux valeurs de x des formules (o) et (6), nous avons :
- Gd2 _GG ’{d—d!) A, y GdU d
- L(flf-i-S) G'L — GL/ ’ dou iy— L X dd + d'8 — d8'
- D’autre part nous avons, d’après la formule des lentilles,
- 8 =
- df
- d~f
- et
- $' =
- d'î .
- <t-r
- l’équation résultant de l’élimination de / peut se mettre sous la forme :
- d S'
- dd'+dS — d8~ d’8;
- dans la valeur précédente de Gf, remplaçons le second facteur par la valeur trouvée, nous arrivons à la formule symétrique beaucoup plus simple :
- m
- G'=G
- d8' L' d'&L
- Lorsqu’on connaît le grossissement d’une lunette pour un objet placé à une distance connue, cette formule permet de calculer le grossissement d’un objet placé à une distance quelconque. Dans la formule (7), on connaît G, L et aussi d et ù, ce qui permet de calculer/; prenant arbitrairement d', la connaissance de f met à même de calculer S' ; L' est facile à déterminer, puisque nous avons dit qu’on a : L = d -t- B -h 7, L' = d' + H- a ; 1 étant une longueur constante (*).
- Le grossissement d’une lunette peut varier dans des limites assez étendues,
- La formule G'= G
- d o' L' d'oL
- donnant la valeur d’un grossissement quelconque en fonction
- d’un grossissement connu, doit pouvoir donner le grossissement d’un objet infiniment éloigné; mais, comme dans ce cas, L'et d'deviennent infiniment grands, il faut d’abord s’en débarrasser.
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- suivant la distance de l’objectif à l’objet. Ainsi, pour une lunette dont l’objectif a un diamètre utile de 3 pouces et une distance focale principale de lm, 15,1e grossissement a été mesuré de 83 pour une mire placée à 5 mètres de l’objectif, tandis qu’il n’est que de 47 pour un objet fort éloigné. Le grossissement serait de 61 1/2 pour un objet placé à 10 mètres de l’objectif, de 49 1/2 pour un objet placé à 50 mètres, de 48 1/4 pour un objet à 100 mètres.
- Ces chiffres font voir que Pouillet approche beaucoup de'la vérité lorsqu’il
- Écrivons la formule sous la forme G'
- x j-7; remplaçons L' par sa valeur, effectuons
- la division par d', il vient : G' = G 44 f 1 + ^-4Z
- oL \ d
- Si nous supposons maintenant très éloigné l’objet dont nous considérons l’image dans la lunette, d'devient égal à l’infini, le facteur entre parenthèses devient égal à l’unité et, comme nous savons que 8' devient alors égal à f, nous avons :
- G
- Il convient de remarquer que cette formule n’est qu’une autre forme de la formule (4), _ G[d—f) nous avons trouvée précédemment, puisque, de l’équation des foyers con-
- jugués, on tire :
- df
- d — f.
- Nous savons que le grossissement de la lunette augmente à mesure qu’on se rapproche de l’objet observé; les formules trouvées en rendent facilement compte.
- Prenons par exemple la formule (4) qui, résolue par rapport à G, donne : G = x , ^ , les
- Qj —— J
- notations étant les mêmes que précédemment. Remplaçons L par sa valeur et substituons à d sa valeur tirée de l’équation des foyers conjugués, nous aurons en simplifiant :
- G^.g+P-m.
- r
- formule qui, sous une autre forme, donne le grossissement d’un objet rapproché en fonction du grossissement d’un objet fort éloigné.
- x, f, X, étant des constantes, la valeur de G augmente en même temps que 8; comme une augmentation dans la distance focale 8 entraîne une diminution dans sa conjuguée d, on voit que G, le grossissement de la lunette, augmente lorsqu’on diminue la distance entre l’objet et l’objectif de la lunette.
- La plus petite valeur de G a lieu lorsque 8 est le plus petit possible, c’est-à-dire lorsqu’on a à~f et par suite G — x ; avec l’augmentation de 8, G croît rapidement puisque la quantité (8 — f)\ est toujours positive et que par conséquent le multiplicateur de la constante x est toujours plus grand que le carré de 8; cette augmentation rapide tient en grande partie à la longueur de la lunette qui a une action d’autant plus considérable que l’obiet est plus rapproché de l’objectif.
- Si on faisait abstraction de la longueur de la lunette, le grossissement augmenterait beaucoup moins rapidement et serait exactement proportionnel à 8, la distance focale correspondant à l’objet observé.
- L’évaluation du grossissement d’une lunette ne comporte pas une grande précision et on peut dire que, dans la pratique, ce dernier est constant lorsque l’objet considéré est au moins à 200 ou même 100 distances focales principales de l’objectif.
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- mesure le grossissement d’une lunette pour un objet éloigné au moyen d’une seule observation d’une mire placée à 50 ou 60 mètres; mais ce moyen ne peut être employé que par des vues spéciales et la plupart ne peuvent distinguer nettement à l’œil nu les divisions d’une mire placée à 50 mètres. C’est ce qui nous a conduit aux considérations précédentes (voir la Physique de Pouillet, 7e édition, 2e vol., page 262).
- Pour mesurer le grossissement d’une lunette, la formule portant le n° 6 est celle qu’il faut employer de préférence parce que les distances d,d,h,hr sont grandes et d’une mesure facile ; mais, au lieu de faire seulement deux observations, il est préférable d’en faire trois qui donnent les valeurs numériq ues de G, d, L; G' d', L' ; G",d", L", d’où :
- __GG'(d—d) _ GG"(d—d") __ G'G"(à'—d")m
- X~~ G'L — GL' ’ GL— GL" ’ G"L' — G'L" ’
- ces trois valeurs de x, qui théoriquement devraient être égales, sont dans la pratique un peu différente à cause des erreurs inévitables dans les observations ; mais on peut être sûr de l’exactitude du résultat lorsque les trois valeurs numériques de x sont comparables entre elles.
- Les grossissements G, G', G", doivent être différents entre eux autant que possible ; pour une lunette comparable à celle dont nous avons parlé, on est dans d’assez bonnes conditions en plaçant successivement la mire à 5 mètres, 7m, 50 et 15 mètres de l’objectif.
- Lorsqu’on veut faire une observation en rapprochant beaucoup la mire de l’objectif, il arrive généralement que le tube de l’oculaire ne permet pas un tirage suffisant pour la mise au point; il est facile d’y suppléer en plaçant la lunette sur une grande table et en disposant au moyen de cales le tube-oculaire de manière à faire coïncider son axe avec celui de la lunette ; on peut avoir ainsi un tirage quelconque.
- Distance focale de Foculaire. — L’oculaire astronomique, tout comme l’oculaire terrestre, n’est qu’un véritable microscope qu’on peut étudier à part comme les microscopes composés ; mais il est préférable de déterminer les propriétés des différents organes d’un instrument en n’employant que l’instrument lui-même ; cherchons donc à évaluer, sans secours étranger, la distance focale principale de l’oculaire de la lunette.
- f
- Au commencement de cette note, nous trouvons la formule x = — qui, ré-
- solue par rapport à <p, donne :
- /
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- Il faut remarquer que ce n’est pas exactement la distance focale principale de l’oculaire, mais, comme on le sait, une quantité qui en diffère très peu. <p représente réellement la distance de l’oculaire théorique (lentille unique et sans épaisseur) au point où se trouve l’ohjet à grossir, c’est-à-dire l’image réelle fournie par l’objectif; <p est donc la distance focale intéressante à connaître puisque le grossissement par l’oculaire est inversement proportionnel à o.
- La valeur numérique de <p est facile à calculer puisque nous connaissons x, le grossissement de la lunette pour un objet très éloigné, et /, la distance focale principale de l’objectif.
- Pour déterminer de la manière aussi exacte que possible /, la distance focale principale de l’objectif, on ajuste ce dernier à une chambre noire de photographe ayant un long tirage, en plaçant du côté de la glace dépolie la face de l’objectif qui regarde l’oculaire ; on s'arrange alors de manière à recevoir sur la glace dépolie une imago avant exactement la même grandeur qu’une gravure placée de l’autre côté et dont les dimensions doivent être restreintes à cause de Y aberration de forme de l’objectif; l’image reçue est donc alors placée à une distance 2/de l’objectif. On indique par un trait la position du cadre de la glace dépolie (*).
- Enlevant la gravure, on met au point un objet très éloigné; l’image de cet objet est alors placée au foyer principal, à une distance / de l’objectif ; un trait indique la nouvelle position du châssis de la glace dépolie.
- Il est bien évident que la distance entre les deux traits est égale à /, la distance focale principale de l’objectif. Cette distance reportée du trait le plus rapproché de l’objectif dans la direction de l’objectif lui-même indiquerait le point à partir duquel on doit mesurer les distances focales /ou dont nous nous occupons ; mais cela est inutile puisque, dans les formules, il suffit de connaître la valeur numérique de /.
- On voit que ce procédé donne avec une grande exactitude la distance focale principale de l’objectif puisqu’il ne peut y avoir d’indécision que sur le point précis où l’image est reçue avec la plus grande netteté sur la glace dépolie.
- Comme vérification de la valeur numérique de <p, on peut la calculer au moyen
- de la formule y = - placée également au commencement de cette note; seulement,
- (*) D’après les formules qui régissent les lentilles, la distance de la gravure à son image de mêmes dimensions est Lf, ou quatre distances focales principales de l’objectif; à causs de l’épaisseur des lentilles, il n’en est pas exactement ainsi.
- Dans une intéressante petite brochure, Secrétan a démontré que, pour une lentille dont on ne néglige pas l’épaisseur, on peut employer rigoureusement les formules des lentilles infiniment minces, à la condition de compter toutes les distances focales à partir de deux points portant le nom de centres conjugués. Dans la pratique, la distance de la gravure à son image do même grandeur est donc un peu plus grande que L f.
- Pour un objectif double de photographie, les centres conjugués se croisent et la distance entre la gravure et son image de mêmes dimensions est un peu plus petite que L f.
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Avril 1887.
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- n t
- NOTICES INDl'STmKLLKS.
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- afin de ne pas faire abstraction de la longueur de la lunette, nous savons qu’on doit
- (\d . . . .
- remplacer y par -y- ; faisant celte subslitution et résolvant par rapport à 9, j! vu.1 ni :
- ék
- ? — W7l '
- E11 évaluant le grossissement (1 an moyen des deux miroirs à 45°, nous avons
- clf
- mesuré L et df; connaissant /, nous avons£ au moven delà formule 7 -nous
- d — / ’
- avons donc tous les éléments numériques pour calculer à nouveau la valeur de <p. Pour la lunette dont nous avons parlé, la formule 9 — ^ nous a donné
- SL.
- 9 — 0 , 0245; calculant cette valeur au moyen de la formule 9 = , la mise
- étant placée à 5 mètres de l’objectif, nous avons obtenu pour 911110 valeur différant seulement de 1 dixième de millimètre; 9 est donc obtenu avec une approximation suffisante.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PFRLICATIONS FRANÇAISES ET ÉCRAN O ÈRE S.
- La pile Roberts au peroxyde de plomb, par J. Wetzler. — Dans une de nos dernières correspondances, nous avons décrit une nouvelle forme de pile sèche, inventée dernièrement par M. P. L. Roberts, de New-York, en vous promettant des détails sur une nouvelle pile à liquide, que l'inventeur expérimentait alors.
- Il pourra paraître étonnant que cette nouvelle pile, quoiqu’elle n’ait qu’un liquide, 11e travaille pas en circuit ouvert, et qu’elle soit en môme temps constante, en circuit fermé, aucune polarisation n’ayant lieu; cette pile peut donc être laissée en acti vité des jours entiers, ou jusqu’à ce que tout le matériel soit usé.
- La principale particularité de cette pile est le peroxyde de plomb, employé comme dépolarisant.
- O11 sait que celui-ci est un des plus puissants dépolarisants, et il agit de cette manière dans les accumulateurs par exemple.
- Mais aucune application pratique 11’en avait été faite dans les éléments primaires, surtout parce qu’il se trouve à l’état de poudre, ce qui rend difficile son application dans ce cas; et en outre, à cause de son prix élevé qui l'empêchait de lutter contre le peroxyde de manganèse, qui, quoique moins efficace, est aussi meilleur marché.
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- M. Roberts a eu le bonheur de découvrir un moyen d’obtenir le peroxyde de plomb assez bon marché, et sons une forme consistante, en sorte qu’il l’emporte maintenant sur le peroxyde de manganèse.
- Cette forme de peroxyde peut être constituée non seulement avec le plomb, mais encore avec l’argent, le mercure, ou un métal facilement oxydable.
- On l’obtient en ajoutant du minium à du permanganate de potasse en poudre, et en les mélangeant. On ajoute alors un acide qui décompose ce dernier, par exemple de l’acide sulfurique ou mieux chlorhydrique.
- Celui-ci s’unit avec l'alcali et met en liberté l’acide permanganique, l’oxydant le plus énergique dont la chimie fasse usage.
- Sous son action, le minium Pô2 O3 se transforme en peroxyde Pô O3. La masse entière est alors sous une forme semi-liquide, on l’introduit dans un moule contenant une électrode de charbon; la masse se prend en quelques secondes.
- On ouvre le moule, et lorsque la masse est sèche, elle est poreuse comme le charbon et conductrice. Cette masse est aussi dure que le charbon, et adhère fortement à son noyau.
- Cette électrode peut alors être employée à la place du charbon dans une pile à acide, sans autre liquide que l’acide sulfurique concentré, et la pile fournira un courant constant.
- L’acide, par exemple, attaquant le zinc, et dégageant de l’hydrogène, on a alors les réactions suivantes :
- Zn + H*SO* = ZnSO4 + H2 et
- H2 + PbO2 = PbO + H20
- L’hydrogène réduit le peroxyde en oxyde et forme de l’eau.
- Ainsi aucune polarisation n’a lieu tant qu’il reste du peroxyde de plomb.
- Mais c’est avec une solution de sel marin additionnée d’une faible quantité de bichromate de soude que l’on obtient le meilleur résultat.
- Dans ce cas, il n’y a plus aucune action locale, la pile est à peu près constante, avec une force électromotrice d’environ 2 volts.
- Un élément de dimensions ordinaires fournit de 3 à 4 ampères. Le bichromate de soude est ajouté dans le but d’empêcher que la faible quantité de chlorure de plomb qui se forme, ne se dissolve et ne forme des dépôts de plomb sur le zinc.
- Si une petite quantité de ce sel est ajoutée au mélange de minium, il donne le même résultat lorsque le peroxyde est formé.
- En ajoutant de l’acide chromique au minium, on forme également du peroxyde, mais le résultat est moins bon qu’avec l’acide permanganique.
- Cette électrode suffit pour produire la dépolarisation d’une quantité d’hydrogène correspondant à la combustion de 2 onces de zinc (566 gr.); l’élément
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- N < >T1 < ; E S INDU STJtl E LUES.
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- fournit environ 46 ampères heures, avec une F. E. M. moyenne de 1,8 voll.
- Nouvelle méthode de fabrication des filaments de charbon. — On connaît le procédé de Wollaston pour obtenir des fils tins en platine en prenant le fil avant rétirage à l’intérieur d’un (il plus gros ou d’un tube en argent que l'on dissout après l’étirage dans l’acide nitrique.
- C’est en se rapportant à ce procédé queM. Roberts Dick, de Glasgow, a inventé et patenté, dans les Etats-Unis, un procédé analogue pour obtenir des filaments de ebarbons tins et denses, pour les lampes à incandescence. M. Dick a essayé un ceudainnondrre de matières premières, par exemple la soie, le coton, le papier, etc., mais il a Irouvé que la matière qui se prête le mieux est la fibre de Kitool (1).
- Il ramène ces libres à une dimension uniforme en les faisant passer à travers une litière en acier, très étroite et à bords tranchants.
- Les fibres ainsi préparées sont alors prises dans un tube fin en cuivre, la libre étant plus longue que le tube.
- Ces tubes sont alors étirés, ce qui réduit leur diamètre et comprime la fibre à la densité voulue.
- Les tubes comprimés avec les libres sont ensuite coupés à la longueur voulue et on les courbe pour leur donner approximativement la forme que doivent prendre les filaments dans la lampe.
- Dans cet. état, les filaments sont carbonisés à l’intérieur des tubes, et sous pression, en cbaulbint ceux-ci au rouge dans un fourneau en graphite, à la manière1 ordinaire.
- Après cette carbonisation des lilamenls, les tubes de cuivre ou de tout autre mêlai sont enlevés ou d(bruits sur la plus grande partie de la longueur, ou en entier par l’action de l’acide azotique ou par l’électrolyse.
- Une partie de la couverture métallique peut être conservée aux extrémités des lilaments, de manière à servir pour relier les filaments aux fils conducteurs de la lampe.
- L’emploi de ces tubes métalliques permet de comprimer le filament et de maintenir cette pression et de conserver la forme pendant la carbonisation. Les avantages qui résultent, d’après M. Dick, de cette compression du carbone durant sa carbonisation sont en premier lieu de rendre le Idament plus résistant au point de vue des efforts mécaniques; elle permet donc de faire rendre à la lampe une grande intensité1 lumineuse par unité de travail électrique dépensée.
- Ces lilaments permettent donc une grande économie dans l’éclairage à l’incandescence.
- (La Lumière électrique.')
- (I) Il nous a été impossible (le traduire ce mot anglais. (N. I). E. H.)
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- De l’usage des acides pour l’impression sur les étoffes bleues. — Pour
- obtenir des dessins blancs sur des fonds bleu indigo, on se sert d’acide cliromique. On imprime sur l’étoffe du chromate de potasse qui se transforme en acide cliromique sous l’influence des acides et qui ronge alors le bleu indigo. Les bains acides se composent d’acide sulfurique ou d’acide oxalique. Dans l’expérience actuelle, il s’agit d’étudier le mode d’action de ces deux acides.
- La pièce passe dans une machine à trois compartiments dans lesquels elle est foulée trois fois. Le premier compartiment en plomb, d’une contenance de 300 litres environ, est muni de trois rouleaux servant de guides et d’un serpentin destiné à chauffer le bain ; dans le second, séparé en deux par une cloison, l’étoffe est lavée à contre-courant et dans le troisième au moyen de pommes d’arrosoir. Le compartiment en plomb est rempli d’acide sulfurique et d’acide oxalique auxquels on ajoute un mélange d’eau et d’acide sulfurique, et est chauffé à une température variant entre 50° et 70°.
- Désignons par a l’échantillon prélevé dans le premier compartiment après une demi-heure de chauffe et avant le commencement de l’opération. Comme on chargeait chaque jour la cuve à nouveau, il restait de la veille une quantité d’acide d’environ 300 litres sur laquelle on préleva l’échantillon b, et que l’on ajouta continuellement au bain neuf pendant l’opération. En deux heures et demie on employa 150 litres, puis on prit l’échantillon c, et au bout de deux heures et demie on préleva l’échantillon d quand on eut employé les 150 litres restants.
- En même temps que les échantillons c et d, on prit dans la deuxième cuve les échantillons /i et /2 de l’eau de lavage.
- A ce moment on mélangea 150 litres d’acide neuf de la même composition que a et l’on recueillit l’échantillon e pour l’acide et fz pour l’eau de lavage.
- On dosa dans tous ces échantillons l’acide sulfurique, l’acide oxalique et les matières organiques.
- ÉCHANTILLONS. H2 SoL C*0*H* + 2 Ho. ACIDES DES EAUX DE LAVAGE.
- a 9,08 0/0 7,77 0/0
- b 10,23 — 5,60 — A = 0,4 0/0
- C 7,05 — 9,53 — II O 05 1
- d 7,00 — 7,77 — A = 0,76 —
- e 11,33 — 5,71 —
- Le résultat est donné par les échantillons b et e; en les comparant avec a, on voit qu’il y a une forte diminution en acide oxalique et une augmentation en acide sulfurique. Dans la série a, b, c on remarque ce fait important que la teneur en acide sulfurique tombe de 9 p. 100 à 7 p. 100, malgré l’addition d’une quantité
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- d’acide à 10 p. 100, tandis que la proportion est inverse pour l’acide oxalique: en effet, dans l’échantillon c, la teneur en acide monte de 7,7 p. 100 à 9,5 p. 100, malgré l’addition d’une quantité d’acide à 5,5 p. 100 seulement.
- A partir de e l’acide sulfurique augmente jusqu’à 11,33 et l’acide oxalique diminue jusqu’à 5,71, c’est-à-dire presque jusqu’à la teneur en acides de b. Ces rapports entre <?, b et c ne sont vrais que si la totalité de l’acide oxalique a été dissoute après avoir été chauffée pendant une demi-heure à 80°. C’est à peu près ce qui a lieu pour le titrage de l’acide oxalique au moyen du permanganate de potasse.
- Les premières gouttes de ce dernier réactif ne disparaissent que très lentement ; mais dès que la réaction est en train, on peut verser une grande quantité de permanganate qui disparait aussitôt. La teneur en matière organique augmente régulièrement de a jusqu’à e.
- Les eaux de lavage, colorées en jaune clair, indiquaient une absence complète d’acide oxalique, qui est précipité par la chaux, en présence de l’eau, et qui
- décompose le chromate de potasse provenant du fixage.
- Il est clair que la proportion qui existe entre les deux corps dans le bain acide ne peut être que nuisible, car ce qui diminue dans le mélange c’est l’acide cher, l’acide oxalique, tandis que le bain n’augmente pas d’action par l’addition de H2SOl.
- (.Dinrjlers polytechnisches Journal. )
- Moteur à nitroglycérine. — Le
- moteur de MM. Wolf et Pietzcker est mis en mouvement par l'explosion de petites quantités de nitroglycérine enflammées par l’étincelle électrique dans 'intérieur d’un cylindre.
- Dans cette machine, le piston A (fig. 1) est fixe tandis que le corps de pompe C est soulevé par les gaz et agit sur la manivelle E au moyen de la bielle D.
- Le piston A est fixé au sol par plusieurs colonnes a ; dans l’intérieur et au milieu de ce piston se trouve un disque tournant F qui est mis en mouvement au moyen d’un système d’engrenages, et qui communique successivement par le godet b avec les tubes c/,
- Fig. 1. — Moteur à nitroglycérine
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- e, /; ces trois tubes amènent séparément dans le godet de l’acide sulfurique, de l’acide azotique et de la glycérine contenus dans trois récipients K; la nitroglycérine formée dans le godet y est enflammée par une étincelle électrique qui jaillit entre les fils o et p dès que l’ouverture de b est fermée. Les gaz- développés soulèvent la cloche C ; au moment où la cloche redescend, les gaz s’échappent par le robinet M qui est alternativement ouvert et fermé par les deux arrêts 0 et P ; l’arrêt 0 ouvre le robinet tandis que le second P le ferme quand la cloche est arrivée au bas de sa course. Quand on arrête la machine, il faut éviter l’accumulation du liquide dans le godet b et c’est pour cela que l’on a installé dans le récipient K un petit piston i qui sert à faire remonter les liquides qui remplissent les tubes d, e, / et qui vide ainsi le godet b. On peut donc arrêter la machine de deux manières : soit en faisant fonctionner le piston i, soit en interrompant le courant électrique.
- (.Dingler's polytechnisches Journal.)
- Volt-mètre et ampère-mètre d’Edelmann. — Ces instruments sont destinés à indiquer immédiatement la puissance du courant et la tension électrique dans une installation d’éclairage électrique par exemple. Il suffit pour cela de les introduire dans le circuit. Ces deux appareils, qui ne diffèrent bien entendu que par l’enroulement du fil, sont construits de la façon suivante : Une plaque d’acajou rectangulaire fixée au mur de manière à être horizontale supporte une boîte qui contient la bobine ; les bornes / et e servent à introduire l’appareil dans le circuit. La vitre qui ferme la boîte recouvre un secteur gradué T, l’aiguille z et le mécanisme très simple qui se trouve dans l’intérieur de la bobine. Il se compose de trois minces plaques de tôle m, n et p et de la bobine R (p, m, n et R sont placés perpendiculairement au plan du dessin).
- Le courant qui parcourt le circuit R aimante ces trois plaques de tôle; or m et jo sont fixes; n seul est mobile autour d’une charnière.
- n porte en outre un contrepoids g dont on peut déplacer le centre de gravité
- Fig. 2. — Volt-mètre et ampère-mètre d’Edelmann.
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- N ( >T IOKS 1N J J U ST HIELIÆS.
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- au moyen des deux vis r et s. La position de n et par suite les indications de l'aiguille résulteront donc de Faction simultanée du contrepoids et des actions magnétiques, attractives entre n et p. répulsives entre m et n.
- Tant que les actions magnétiques provenant du courant sont faibles et que, par conséquent, les deux lames m et n sont à une faible distance l’une de l'autre, la force répulsive seule en tre en ligne de compte et leur aimantation croît proportionnellement à la puissance du courant. Bientôt l’aimantation des lames atteint son maximum (ici cela a lieu à 3 ampères) et c'est alors la force attractive provenant de R et de p qui vient agir sur n.
- La couverture p sert en outre à garantir n des actions magnétiques extérieures, par exemple celle de fils passant dans les environs. Quand on a construit pour un ampère-mètre la courbe représentant le rapport entre la puissance du courant et la déperdition, cette courbe sert de base pour les mesures dans les limites quelle comprend.
- (Dinglers polytechnisches Journal.)
- Un nouveau métal. — E. Linnemann d’Arendahl a séparé un nouveau imitai auquel il a donné le nom d'Austrium (Ans).
- Pour séparer ce corps des autres métaux, on mélange les chlorures avec un excès de soude caustique, on filtre, on précipite sous l'influence d’une douce chaleur par le sulfure de sodium ; on sépare ensuite les métaux sulfurés qui restent sur le filtre ; la solutionne contient plus que Faustrium. On abandonne alors le liquide à l’air jusqu’à transformation en carbonate, une partie de Faustrium se précipite avec un peu de soufre. Pour obtenir le reste du métal, on sature le liquide par l’acide acétique, on évapore à siccilé, on reprend par l’eau, et l’on précipite par l’acide sulfhydrique.
- Il est très difficile de séparer Faustrium du zinc; quand on introduit une de ses combinaisons dans la flamme d’un brûleur Bunsen, on n’obtient pas de spectre, mais une dissolution de son chlorure donne par l’étincelle électrique un superbe spectre linéaire. On a pour l’amplitude des deux raies violettes ), 4 lbo et 4 030.
- (Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Nouvelle presse hydraulique pour le forgeage des métaux. — U Engineering publie le dessin et la description d’un outil eu construction à Sh ef fiel d. C’est une presse hydraulique d une puissance de 4 000 tonnes, destinée au forgeage des grosses pièces d’acier, telles que canons, arbres, etc.
- Les usines anglaises n’ont pas monté des pilons monstres, comme on en rencontre dans quelques usines du continent. C’est ainsi que Woohvich ne possède qu’un pilon de 40 tonnes, alors qu’on en rencontre un de 100 tonnes au Creusot,
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- do 80 tonnes à Saint-Chamond, de 60 tonnes chez Krupp, qui en a, dit-on, un de 150 tonnes en construction, et qu’on en monte un de 100 tonnes à Terni.
- Les Anglais paraissent vouloir donner la préférence, pour le forgeage des grosses pièces, à la presse hydraulique ; Tusine Cammel est la troisième qui adopte ce système.
- La nouvelle presse construite par M. Cammel se compose de deux pistons hydrauliques verticaux de 0m,90 de diamètre, 2m,10 de course, poussant des pannes guidées entre les montants du bâti et laissant entre elles une ouverture maxima de 2m,80.
- Des pistons plus faibles servent à relever la panne et le piston supérieurs.
- Le bâti se compose de deux entablements en acier moulé distants de 6m,50 et reliés par quatre colonnes en acier forgé de 0m,50 de diamètre.
- L’eau est refoulée dans les cylindres hydrauliques par trois pompes à simple effet qui peuvent porter la pression à 300 atmosphères ; les dimensions sont telles que les pannes peuvent se rapprocher sous cette pression de 0m,025 par seconde, et leur écartement s’opère seize fois plus vite.
- Le rapprochement à vide est également beaucoup plus rapide.
- La presse et les fours qui en dépendent sont desservis par deux treuils aériens dont la force de levage atteint 110 et 150 tonnes.
- (Bulletin du Comité des forges de France.)
- Fabrication de la céruse à, l’aide de l’acétate de magnésie. — D’après M. Kübel, une dissolution suffisamment concentrée d’acétate de magnésie transforme rapidement l’oxyde de plomb en hydrate soluble à réaction alcaline. La précipitation du plomb à l’état de carbonate se fait à l’aide de l’acide carbonique d’une façon assez complète pour que l’acétate de magnésie dépouillé puisse servir à une nouvelle opération analogue. Les conditions de cette céruse sont, dit-on, tout à fait comparables à la céruse de Clichy; comme elle, elle se broie facilement, ne possède point la structure cristalline et couvre convenablement. Les proportions, d’acétate de magnésie et de litharge sont respectivement 1 et 1 1/2 ; l’acétate est fabriqué à l’aide d’acide acétique à 7° Baumé qu’on fait réagir sur du carbonate de magnésie; la liqueur doit contenir de 10 à 20 p. 100 d’acétate cristallisé.
- (Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Découverte d’une nouvelle source de gaz dans l’Amérique du Nord. —
- On connaissait d’assez longue date l’existence de sources de gaz à Pittsbourg, en Pensylvanie ; mais ce n’est que depuis un petit nombre d’années qu’on les a exploitées industriellement sur une grande échelle. On vient de découvrir de nou-Tome II. — 86e année. 4e série. — Avril 1887. 7
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- PROCES-VERBAUX.
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- voiles sources dans le Michigan, près de la ville Port-IIuron, au bord du lac Huron : en perforant un puits pour rechercher de l’huile, à 160 mètres de profondeur, la sonde donna passage à un puissant jet de gaz, à la pression de 12 atmosphères; deux autres puits ont fourni des quantités analogues. Un réseau de tuyaux collecteurs a été immédiatement installé et est en ce moment en voie d’achèvement.
- (Scientifc American.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION
- PROCÈS VERBAUX
- Séance du 11 mars 1887
- Présidence de M. Becquerel, Président.
- M. Hervier, ingénieur civil des mines, rue de Bagnolet, 37. — Sphéromètre, instrument servant à mesurer directement le diamètre des corps sphériques, cylindriques, etc. (Arts mécaniques.)
- M. Ewiconi, fermier, au Merdes-Combes, près Bône, Algérie. — Projet d’une ferme modèle d’agriculture. (Agriculture.)
- M. Georges Séguin, propriétaire à Saint-Robert, canton d’Ayen, Corrèze. — Note sur le reboisement des montagnes. (Agriculture.)
- M. Schaeffer, rue Rivay, 28, à Levallois-Perret, Seine. — Machine à faire les cigarettes. (Arts mécaniques.)
- M. Delaurier, rue Daguerre, 77. — Mémoires, notes, dessins et modèles : 1° de son moulin voilier; 2° de son appareil pour l’utilisation de la force des vagues et des courants de la mer; 3° d’un appareil nommé chaudière théorique, chaudière tubulaire verticale, avec des formes qui excluraient les hautes pressions. (Arts mécaniques.)
- M. Emile Jolibois, secrétaire de la Société des sciences et belles-lettres du Tarn, transmet un journal intitulé : Codex tinctorial, publié par M. Achille Gillet, ancien teinturier à Metz et à Nancy, et demande à la Société de venir en aide à cette publication. (Commission des fonds.)
- M. Philippar, directeur de l’École d’agriculture de Grignon, membre correspondant de la Société, pose sa candidature pour le remplacement de M. Bailly. (Agriculture.)
- M. Lassus, fabricant de travaux d’art en fer forgé, rue de Picardie, Tl. — Système de commande pouvant s’appliquer à tous mouvements rotatifs. (Arts mécaniques.)
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- PROCÈS-VERBAUX.
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- M. J. Maxwell-Lyte, à Londres. — Ciment plastique pouvant recevoir des colorations. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Gaiyon, ingénieur-agronome, rue de Malte, 68. — Pressoir continu. (Arts mécaniques.)
- M. Fumerand, constructeur mécanicien, rue Vernier, 1, Paris-Ternes. — Bouilleur instantané pour le chauffage de l’eau par le gaz. (Arts économiques.)
- Rapport annuel de la Smithsonian Institution pour l’année 1884.
- Grand Annuaire de VAlgérie et de la Tunisie. Avenue Trudaine, 17.
- Circulaire du ministre de l’instruction publique et des beaux-arts, qui fixe au 31 mai 1887 la réunion à la Sorbonne du Congrès des Sociétés savantes. — Programme des questions qui seront examinées dans ce Congrès.
- Programme des questions proposées au Congrès d’horticulture qui doit se réunir en mai 1887.
- Décret royal du 2 décembre 1886, qui annonce l’ouverture à Milan, le 1er mai 1887, d’un Concours international de séchoirs pour céréales, et spécialement pour le maïs.
- M. Louis Figuier fait hommage de Y Année scientifique et industrielle, 30e année, 1887.
- La France et le Canada. — Rapport du Syndicat maritime et fluvial de France, par M. Agostini, délégué du Syndicat du Canada.
- M. Emile Schwœrer, à Colmar, Haute-Alsace, fait hommage à la Société d’une Note sur les relations réciproques des grands agents de la nature, d’après les travaux récents de MM. Hirn et Clausius.
- Société des ingénieurs civils, décembre 1886. — Mémoire de M. de Nordling sur le Prix de revient des transports par chemin de fer, et la question des voies navigables en France, en Priasse et en Autriche.
- M. Ch. Joly, ancien vice-président de la Société nationale d’horticulture de France, adresse une Note sur YEcole d'arboriculture et de viticulture de Gei-senheim.
- M. le Dr Bourguet annonce qu’à l’occasion des fêtes solennelles qui consacreront le 4e anniversaire séculaire de la réunion de la Provence à la France, la ville d’Aix a décidé qu’une part serait faite à la science, et il envoie le programme des concours.
- Genesis of the Eléments, par William Crookes. — Lecture faite à la Royal Institution en février 1887.
- Nomination d’un membre de la Société. — Est nommé membre de la Société, M. Louis Dulac, ingénieur civil à Paris, présenté par M. Brüll.
- Nécrologie. — M. Schlemmer, membre du Conseil, lit une notice sur la carrière de M. Thirion, membre du Conseil d’administration de la Société, officier de la Légion d’honneur, ancien ingénieur en chef des ponts et chaussées, ancien
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- directeur des chemins de fer de Lyon à Genève et de Lausanne à Berne par Fribourg, ancien directeur du réseau central de la Compagnie des chemins de fer d’Orléans, ancien président du Conseil d’administration des mines de la Grand’Combe, des mines de Maries (Pas-de-Calais) et des concessions houillères de Sarre et Moselle, ancien président de la Société agricole et industrielle do Batna.
- M. le Président remercie M. Schlemmer de la Notice dans laquelle il a retracé les importants travaux de M. Thirion. Cette note sera insérée au Bulletin de la Société.
- Rapports. — Déclaration de vacance. — M. Henri Peligot demande au Conseil, au nom du Comité des arts économiques, de déclarer une vacance dans ce comité pour nommer un membre en remplacement de M. Blavier.
- Cette vacance est déclarée.
- Boue métallique. — M. le colonel Pierre fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport sur une roue métallique de M. Winzenriecl, mécanicien, rue de Suez, 6, à Paris.
- M. le Rapporteur décrit les dispositions adoptées par l’inventeur pour l’agencement de sa roue; la situation modeste de M. Winzenried ne lui a pas permis de faire connaître son invention au public. Il s’adresse pour cela à la Société d’encouragement, lui demandant de vouloir bien lui venir en aide en lui accordant la publicité de son Bulletin.
- Le Comité des arts mécaniques, auquel cette demande a été renvoyée, estimant que la roue de M. Winzenried possède des qualités qui peuvent la rendre utile, est d’avis que le Conseil d’administration ordonne l’insertion au Bulletin du présent Rapport, accompagné d’un dessin de la roue et d’une légende explicative.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Clapet de retenue pour vapeur. — M. Hirsch fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un Rapport sur un clapet de retenue pour vapeur de M. Laheyrie, garde-mines principal, rue d’Allemagne, 120, à Paris.
- Cet appareil est simple et pratique ; il paraît répondre à la plupart des conditions requises ; il a été soumis par l’inventeur à quelques expériences qui ont donné de bons résultats. Le Comité des arts mécaniques propose de remercier M. Laheyrie de son intéressante communication et d’insérer le Rapport dans le Bulletin avec figures dans le texte et légende explicative du système.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Communication. — Bitumes de Valona. — M. Hé louis, ingénieur-chimiste, à Colombes (Seine), fait une communication sur les bitumes de Valona, petite ville située à 2 kilomètres du golfe d’Otrante, presque en face de Brindisi. A 22 kilomètres de la ville, vers l’orient, se trouve le village de Selitniza qu’avoisinent des mines de bitume naturel. Ce vaste gisement peut être évalué à une superficie
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- d’environ 500 hectares ; il est situé sur la rive gauche de la Voyoussa, rivière qui prend sa source dans les montagnes du Sinde et vient se jeter dans l’Adriatique. Le bitume s’y rencontre sous plusieurs états et se trouve réparti de différentes manières dans les couches du terrain.
- Le bitume pur est exploité depuis quelques années par les habitants des villages voisins, mais d’une façon toute primitive et tout à fait superficielle, car les fouilles dépassent rarement 4 mètres de profondeur. Le soufre s’y trouve combiné avec différentes substances. Le pays renferme aussi de nombreuses sources de bitume liquide, très abondantes. Tout récemment, on a, paraît-il, découvert des sources de pétrole et d’ozokerite. M. Hélouis passe en revue les produits principaux de ces mines et donne leurs analyses. Il énumère ensuite quelques applications de ces bitumes et en montre des échantillons. On fait avec ce bitume une matière analogue à l’asphalte, en le mélangeant avec du calcaire. Il sert à produire un vernis doué d’une très belle couleur de jais. Il peut résister à.une température très haute sans s’altérer, ce qui le rend très utile pour les machines à vapeur. Il est très ductile, peut être mis sur des fils et servir aussi en passementerie, comme imitation du jais. Il résiste à la torsion et ne s’écaille pas par l’effet d’un travail mécanique.
- La concession de ces mines a été accordée a la Banque ottomane, et bien que les recherches qu’on a pu faire jusqu’ici ne soient en réalité que des reconnaissances, on peut dès aujourd’hui espérer qu’une exploitation bien ordonnée des bitumes de Yalona pourra donner de bons résultats.
- M. le Président remercie M. Hélouis de son intéressante communication, qui est renvoyée au Comité des arts chimiques.
- Séance du 25 mars 1887
- Présidence de M. Ed. Becquerel, Président.
- M. Ch. de Comberousse, membre du Conseil, fait hommage de deux exemplaires du Bulletin, n° 42, de la Chambre syndicale des mécaniciens, chaudronniers, fondeurs, publié sous la direction d’une Commission spéciale, qui contient le discours qu’il a prononcé le 16 janvier, à l’inauguration de la statue de Denis Papin, dans la cour d’honneur du Conservatoire des Arts-et-Métiers.
- M. le Président remercie M. de Comberousse et renvoie la brochure à la Commission du Bulletin.
- M. Boitel, membre du Conseil, fait hommage du volume qu’il vient de publier sous le titre de Herbages et prairies naturelles. Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque de l’enseignement agricole, publiée sous la direction de M. A. Müntz, professeur à l’Institut national agronomique.
- M. le Président remercie M. Boitel du don de cet ouvrage.
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- M. le colonel Laussedat, membre du Conseil, directeur du Conservatoire des Arts-et-Métiers, fait hommage de la conférence qu’il a faite à Bordeaux, le 30 septembre 1886, au congrès international de renseignement technique, etc., sur le Conservatoire des Arts-et-Métiers depuis sa fondation.
- M. le Président remercie M. Laussedat et renvoie sa brochure à la Commission du Bulletin.
- M. Richard, rue Cail, 15, lauréat de la Société, demande une annuité de brevet pour les perfectionnements qu’il a apportésàTindustrie des tissus. (Arts mécaniques.)
- M. Levallois, directeur de la station agronomique de Nice, envoie un extrait des comptes rendus de l’Académie des sciences, 7 février 1887, sur les caractères des huiles d’olive, et déclare se porter candidat pour le prix offert par la Société pour reconnaître la falsification des huiles. (Agriculture.)
- M. Bataille, employé aux travaux du lycée national de Nîmes. — Appareil pour les dessinateurs. (Constructions et beaux-arts.)
- M. Coret, ancien mécanicien de la marine, à Pierrelatte (Drôme). —Appareil hydraulique pour démontrer le mouvement de rotation de la terre. (Arts mécaniques.)
- M. Pile, boulevard Barbes, 11.— Clapet automatique pour vapeur. (Arts mécaniques.)
- MM. Delahaye et Tissot, rue du Sentier. — Couvertures dites hygiéniques du système breveté de M. Th. Grisou, se composant de végétaux agglomérés sous forme de papier, interposés dans deux enveloppes extérieures en tissu. (Arts économiques.)
- M. le Ministre du commerce adresse à la Société deux exemplaires des tomes XXXY1 à XLI de la collection des brevets d’invention pris sous le régime de la loi de 1844.
- M. le Directeur de la Revue générale des machines-outils des appareils de levage et de pesage propose l’échange de sa publication contre le Bulletin de la Société.
- M. Buisine, préparateur en chef des travaux de chimie à la Faculté des sciences de Lille, fait hommage de la thèse qu’il a présentée à la Faculté des sciences de Paris pour obtenir le grade de docteur ès sciences physiques. Cette thèse traite de la composition chimique du suint du mouton.
- La Société industrielle du Nord de la France adresse le programme des prix mis au concours pour Tannée 1887.
- Le président de la Société royale des Nouvelles-Galles du Sud fait hommage du volume XIX de cette Société.
- Nomination de membres de la Société. — Sont nommés membres de la Société :
- M. Raynaud, inspecteur général des lignes télégraphiques, à Paris, présenté par MM- Ed. Becguerel et Mascart ;
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- M. Alfred Bailly, membre du conseil général de la Haute-Marne, présenté par M. Lavollée.
- Rapports. —Fours de verrerie. — M. Biveriaii, au nom du Comité des arts chimiques, un rapport sur les fours de verrerie à bassin, à fusion et à travail continus, chauffés au gaz, avec accumulateur de chaleur, de M. A. Chameau, ingénieur-constructeur, à Argenteuil (Seine-et-Oise). M. Chameau emploie des gazogènes analogues à ceux de Siemens. Ses innovations portent surtout sur les récupérateurs et les dispositions du four proprement dit.
- Le four Chameau peut rendre de réels services dans la fabrication des bouteilles et son installation peu coûteuse paraît favorable à une exploitation économique où l’on chercherait à réaliser un bas prix de revient avec une production très limitée.
- Le Comité des arts chimiques propose de remercier M. Chameau de son intéressante communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin avec les dessins du four et une légende explicative.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Procédé cryptographique. — M. E.-P. Bérard fait, au nom du Comité des arts chimiques, un rapport sur les procédés cryptographiques de M. Schlumberger ayant pour objet de signaler la falsification des valeurs fiduciaires sur papier et de constater l’identité de ces mêmes valeurs en utilisant certaines réactions chimiques.
- Les procédés imaginés par M. Schlumberger et auxquels il a donné le nom de procédés cryptographiques n’ont pas encore reçu le sanction de l’expérience et, pour ce motif, le Comité des arts chimiques estime qu’il y a lieu de les apprécier avec réserve. Cependant il lui semble qu’on peut trouver dans ces essais des faits dignes d’appeler l’attention des gens d’affaires et des grandes administrations. Il propose, en conséquence, de remercier M. Schlumberger de son intéressante communication et de voter l’insertion du présent rapport au Bulletin de la Société.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Communications. —Balance de précision. —M. Bérard, membre du Conseil, présente au nom de M. Paul Bousseau, fabricant de produits chimiques, rue Souf-fïot, il, une balance de précision à très court fléau et à pesées rapides, possédant une disposition nouvelle, dont MM. Gouche et Maurice de Thierry sont les auteurs et dont le brevet est la propriété de M. Bousseau.
- M. Bérard donne la description de la disposition nouvelle qui permet de faire les pesées les plus précises presque instantanément. Cette balance peut lutter avantageusement avec les balances allemandes qui entrent dans nos laboratoires, comme une application nouvelle du fléau court, connu depuis 30 ans. Le système peut s’appliquer à toutes les balances.
- M. le Président remercie MM. Bérard et Bousseau de leur intéressante communication qui est renvoyée au Comité des arts économiques.
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- PROCES-VERBAUX.
- AVRIL 1887.
- Autographomètre. — M. Floran de Villepigurg ingénieur, fait une communication sur un système d’appareil dit Autographomètre, permettant de relever automatiquement la topographie et le nivellement d’un lieu. A cet effet, il suffit de traîner dans une direction indiquée une petite voiture dont les roues servent de moteur à un petit dispositif, pour obtenir deux dessins à une échelle variable représentant, l’un, le relevé des angles et des éléments de chemin, l’autre les accidents de terrain. Une sonnerie électrique ou tout autre signal avertit le conducteur du véhicule que le papier est entièrement dessiné et qu’il y a lieu de placer de nouvelles feuilles.
- L’auteur donne la description de sa machine qui a été soumise à une expérience publique faite récemment à Courbevoie en présence de quelques ingénieurs et d’autorités civiles et militaires. Les résultats fournis ont paru satisfaisants et font penser que cet appareil est appelé à rendre de réels services dans plusieurs cas spéciaux.
- M. le Président remercie M. Floran de Villepigue de sa communication qui est renvoyée au Comité des arts mécaniques.
- Machine à écrire. — M. Hallett présente à la Société les perfectionnements apportés à la machine à écrire Remington, sur laquelle M. le colonel Pierre a déjà fait un rapport en 1877, au nom du Comité des arts mécaniques. Elle a reçu, depuis cette époque, des perfectionnements qui permettent d’écrire en majuscules et en minuscules, et de faire, au moyen du papier chimique (carbonisé), une dizaine d’impressions à la fois; une personne exercée peut obtenir 50 à 70 mots à la minute. Son usage s’est beaucoup répandu et elle est appelée à rendre de grands services dans les maisons où les écritures ont une certaine importance, et surtout dans les grandes administrations.
- M. le Président remercie M. Hallett de sa communication qui est renvoyée au Comité des arts mécaniques.
- Le Gérant : J.-H. Ginestou.
- Paris. — Typ. G. Chamerot, 10, rue des Saints-Pères. - 20881.
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- 86e ANNÉE.
- Quatrième Série, Tome II.
- MAI 1887.
- BULLETIN
- DU
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ARTS MÉCANIQUES
- Rapport fait par M. Hirsch, au nom du Comité des arts mécaniques, sur les CLAPETS DE RETENUE POUR VAPEUR.
- Messieurs,
- La Société d’Encouragement a reçu, depuis quelque temps, communication d’un assez grand nombre de documents relatifs à des clapets ou soupapes de retenue pour vapeur. Ces appareils divers ont, au foiid, le même objet, et leur construction repose sur certains principes qui leur sont communs à tous.
- Votre Comité des arts mécaniques a pensé qu’il était opportun, pour éviter les redites, de résumer dans un rapport d’ensemble l’exposé de ces principes généraux et des conditions essentielles auxquelles doivent satisfaire les appareils de cette nature. Suivant les usages de la Société, un rapport spécial sera présenté sur chaque appareil particulier, et ces rapports pourront dès lors être très sommaires.
- Le Bulletin de la Société d’Encouragement a publié récemment deux études sur les clapets de retenue pour vapeur, savoir :
- Une étude sur un clapet construit et expérimenté chez M. Artige, constructeur à Paris, mai 1885, p. 250 (1);
- Un rapport de notre collègue M. le colonel Pierre, sur un clapet de retenue breveté au nom de M. Pasquier, juillet 1885, p. 333 (2).
- Antérieurement, et sur la demande de l’Administration, la maison-
- (1) Le même clapet a été décrit dans la Revue industrielle, numéro du 5 février 1885, et dans le Portefeuille économique des machines, mars 1885.
- (2) Brevet du 21 avril 1885.
- Tome IL — 86e année. 4e série. *- Mai 1887. 8
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- ARTS MÉCANIQUES.
- MAI 1887.
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- Belleville avait appliqué aux chaudières qui desservent les magasins du Printemps, à Paris, un système de clapets de retenue de son invention (1) ; de son côté, la maison Farcot avait projeté un système de même nature (2).
- A la suite de la terrible explosion de Marnaval, qui eut lieu le 31 mars 1883, et qui lit 91 victimes, l’Administration, par une circulaire du 13 février 1884 recommanda aux industriels l’usage des clapets automatiques de retenue pour vapeur. Ces recommandations pressantes restèrent presque sans elfet. Par malheur, l’événement se chargea de démontrer combien elles étaient sages : quelques mois après, le 10 novembre 1884, un générateur éclata à Eurvillc, il y eut 55 victimes; la gravité de cet accident doit être attribuée en grande partie à l’absence de clapets de retenue pour vapeur.
- En présence de l’indifférence avec laquelle ses recommandations avaient été accueillies, l’Administration se décida à agir par contrainte ; le 29 juin 1886 parut un décret, qui rendit obligatoire l’installation des clapets de retenue pour vapeur, dans le cas de chaudières de grand volume, branchées sur une conduite générale de vapeur.
- Depuis la promulgation de ce décret, un grand nombre d’inventeurs se sont attachés à chercher des solutions du problème posé; de sorte que l’industrie se trouve aujourd’hui en possession de quelques centaines de clapets de retenue de formes et de dispositions variées (3).
- Lorsque plusieurs chaudières sont branchées sur une même conduite de vapeur, l’ensemble de la conduite, des branchements et des générateurs forme un vaste récipient clos, rempli de vapeur et d’eau chaude. Si une rupture vient à se produire en un point quelconque, l’orifice ainsi ouvert sur la paroi va donner passage à des torrents de vapeur, rendant irrespirable l’atmosphère des ateliers. On peut se faire une idée de la quantité de vapeur qui peut se déverser dans ces conditions, si l’on remarque que 1 mètre cube d’eau chaude, dans une chaudière timbrée à5kilog., donne
- (•1) Revue industrtelle, 17 décembre 1885, p. 500; Association Parisienne des propriétaires d’appareils à vapeur, exercice 1884, p. 64.— Les premiers clapets de retenue fabriqués par la maison Belleville ont été livrés en décembre 1881, à la compagnie des Tramways de Lille (locomotives sans foyers), pour être installés sur un groupe de générateurs timbrés à 20 kil. — L’installation du 'Printemps date de septembre 1883.
- (2) Association Parisienne de propriétaires d’appareils à vapeur, exercice 1884, p. 62; le brevet est du 15 novembre 1884.
- (3) Voir les diverses publications industrielles : Portefeuille economique des machines, Génie vieil, Revue industrielle, Comptes rendus de la Société de /’Industrie minérale, etc.
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- à l’air libre un volume d’environ 170 mètres cubes de vapeur, une batterie de 6 chaudières de 10 mètres cubes chacune donnerait donc, en quelques instants, un volume de plus de 10000 mètres cubes de vapeur.
- On ne peut guère compter, en pareille occurrence, sur la fermeture à la la main des valves de prise de vapeur ; les clapets de retenue automatiques sont seuls efficaces.
- Ils ont pour objet de localiser les accidents de cette nature; sous l’action des courants violents résultant d’une rupture, ils se ferment instantanément, et cantonnent la vapeur dans les parties du récipient général non entamées par l’explosion.
- Ils peuvent être installés, soit sur les branchements particuliers des générateurs, soit sur la conduite générale. Examinons successivement ces deux dispositifs, en commençant par l’installation sur branchement.
- Dans un branchement, la vapeur, en service normal, se meut toujours dans le même sens, dans le sens allant du générateur à la conduite générale; il y a courant d’amont à l’aval, pour emprunter le langage des bateliers.
- Un clapet interposé sur le branchement peut être disposé de manière à se fermer, soit vers l’amont, soit vers l’aval; de là deux types :
- lor type (fig. 1). — Clapet se fermant par l’effet d’une dépression produite en aval, du côté de la conduite générale. En cas de rupture en un point quelconque de la conduite, tous les clapets se ferment et l’accident est immédiatement localisé; si c’est une chaudière qui vient à se rompre, la conduite se vide par l’ouverture, les clapets des autres générateurs se ferment et l’écoulement de la vapeur est arrêté. Les clapets de ce type, se fermant dans le sens normal du courant de vapeur, doivent être soutenus contre l’action de ce courant par un poids ou un ressort.
- 2° type (fig. 2). — Clapet se fermant par l’effet d’une dépression produite à l’amont, du côté de la chaudière. Si une chaudière se déchire, le clapet
- Fig. 1.
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- correspondant se ferme, mais à la condition que ce clapet ne soit pas dérangé par le fait de Vexplosion; le clapet est inefficace dans le cas d’accident à la conduite générale.
- Ainsi les clapets de ce deuxième type, pour avoir un effet véritablement utile, doivent être disposés de telle sorte qu’en cas d’explosion, ils ne puissent être dérangés, et, de plus, la conduite générale doit être mise à l’abri de toute espèce d’accident. Cette solution est donc moins satisfaisante que la première. Mais d’un autre côté, le clapet, en service normal, est tenu
- éloigné de son siège par le ant de vapeur; il ne porte donc ni contre-s, ni ressort antago-î; sa construction est simple ; il est facile de ionner par une vis, de 1ère à réunir en un seul
- organe le clapet de retenue et la prise de vapeur (fig. 2 bis) ; avec cette disposition, l’appareil, étant manœuvré fréquemment, risque moins d’être paralysé par l’oxydation.
- Fi:
- Nous rangerons dans une troisième catégorie les clapets de retenue installés sur la conduite générale.
- 3e type (fig. 3). — Clapets divisant la conduite générale en tronçons; chacun de ces tronçons reçoit les branchements d’un groupe restreint de générateurs; si une rupture se produit, soit dans un tronçon, soit dans les générateurs qui y aboutissent, les deux clapets limitant le tronçon se ferment, et les chaudières du groupe ainsi isolé restent seules intéressées dans l’accident. Avec ce dispositif, chaque clapet, étant interposé entre deux tronçons de conduite générale, doit pouvoir obturer l’un ou l’autre de ces tronçons; iJ doit donc être à deux sièges et se fermer dans les deux sens.
- Quel que soit le type dont il s’agisse, il semble qu’aujourd’hui l’on puisse
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- formuler comme il suit le programme des conditions auxquelles doivent satisfaire ces sortes d’appareils :
- 1° Le clapet doit se former sûrement et promptement, s’il se produit une dépression notable dans la partie de la conduite qu’il doit protéger ;
- 2° Il ne doit pas se fermer sous l’action des dépressions modérées qui se produisent en service normal;
- 3° Il ne doit pas occasionner d’étranglement, donnant lieu à des pertes de charge sensibles en service ordinaire ;
- 4° Une fois installé, il doit être soustrait à l’action des chauffeurs, qui pourraient être tentés de paralyser son fonctionnement.
- 5° 11 doit se rouvrir de lui-même dès que la cause produisant la dépression qui le tient fermé a disparu ;
- 6° La construction doit être simple, robuste, ne comporter aucune pièce susceptible de coincer, de
- Fig. 3.
- gripper, ou de se dérégler; le fonctionnement ne doit pas être entravé par les dépôts, le tartre, l’oxydation ou les graisses; l’installation doit être telle, qu’elle permette de vérifier à volonté le jeu régulier de l’appareil (1); la fermeture n’a pas besoin d’être étanche;
- 7° Enfin, l’appareil doit répondre aux exigences générales d’une bonne construction mécanique, comme prix d’achat, encombrement, durée, entretien, etc.
- Les clapets du deuxième type semblent devoir plus facilement répondre à la plupart de ces conditions; si l’on fait abstraction des questions de principe, sur lesquels ils présentent une infériorité marquée, ils sont d’une construction plus courante, d’un fonctionnement plus certain.
- Ceux du premier type n’offrent pas les mêmes avantages pratiques ; la pre-
- (1) On peut, par exemple, établir, en des points convenables, des robinets ou valves ouvrant directement sur l’air extérieur.
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- mière des conditions ci-dessus exige un réglage soigné de la levée du clapet et des efforts (poids ou ressorts) qui s’opposent à la fermeture ; dans certaines applications (teintureries, etc.), les dépressions en service normal peuvent être très fortes, et se rapprocher de celles résultant d’accidents, et alors la deuxième condition devient difficile à remplir.
- Les clapets du troisième type (à deux sièges) peuvent aussi être disposés sur un branchement; dans certains cas, cette disposition peut devenir nécessaire; si, par exemple, les chaudières groupées sont en très grand nombre, et que, par suite, le collecteur de vapeur soit de très gros diamètre par rapport aux branchements, la rupture d’une chaudière peut ne déterminer, dans la conduite générale de vapeur, que de faibles dépressions, insuffisantes pour provoquer la fermeture des clapets. En pareil cas, des clapets à deux sièges, installés sur chaque branchement à son point d’insertion sur la conduite générale, garantiront d’une manière efficace la sécurité. Cette solution est à recommander dans ce cas particulier.
- Parmi les appareils proposés par divers auteurs, il y en a peu qui répondent d’une manière bien complète à toutes ces différentes condifions; le plus souvent aussi des expériences exactes et décisives font encore défaut. Nous espérons que l’insertion dans notre Bulletin du programme ci-dessus pourra aider les industriels à se rendre compte de la valeur des clapets de retenue qu’on leur propose, au point de vue des applications spéciales qu’ils ont en vue.
- On trouvera reproduit ci-après le texte du décret du 29 juin 1886.
- Signé : Hirsch, rapporteur.
- Approuvé en séance le 11 février 1887.
- DÉCRET DU 29 JUIN 1886 RELATIF AUX APPAREILS A VAPEUR AUTRES QUE CEUX PLACÉS A RORD DES RATIMENTS.
- Le Président de la République française,
- Sur le rapport du Ministre des Travaux publics,
- Vu la loi du 21 juillet 1856;
- Vu le décret du 30 avril 1880 relatif aux chaudières à vapeur autres que celles qui sont placées sur des bateaux ;
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- Vu l’avis de la Commission centrale des machines à vapeur, en date du 4 février 1886;
- Le Conseil d’Etat entendu,
- Décrète :
- Art. 1er. — Lorsque plusieurs générateurs de vapeur, placés à demeure, sont groupés sur une conduite générale de vapeur, en nombre tel que le produit, formé comme il est dit à l’article 14 du décret du 30 avril 1880, en prenant comme base du calcul le timbre réglementaire le plus élevé, dépasse le nombre 1800, lesdits générateurs sont répartis par séries, correspondant chacune à un produit au plus égal à ce nombre : chaque série est munie d’un clapet automatique d’arrêt, disposé de façon à éviter, en cas d’explosion, le déversement delà vapeur des séries restées intactes.
- Art. 2. — Lorsqu’un générateur de première catégorie est chauffé par les flammes perdues d’un ou plusieurs fours métallurgiques, tout le courant des gaz chauds doit, en arrivant au contact des tôles, être dirigé tangentiellement aux parois de la chaudière.
- A cet effet, si les rampants destinés à amener les flammes ne sont pas construits de façon à assurer ce résultat, les tôles exposées aux coups de feu sont protégées, en face des débouchés des rampants dans les carneaux, par des murettes en matériaux réfractaires, distantes des tôles d’au moins 50 millimètres, et suffisamment étendues dans tous les sens pour que les courants de gaz chauds prennent des directions sensiblement tangentielles aux surfaces des tôles voisines, avant de les toucher.
- Art. 3. — Les dispositions de l’article 35 du décret du 30 avril 1880 sont applicables aux prescriptions du présent règlement.
- Art. 4. — Un délai de six mois est accordé aux propriétaires des chaudières existant antérieurement à la promulgation du présent règlement, pour se conformer aux prescriptions ci-dessus.
- / Art. 5. — Le Ministre des Travaux publics est chargé de l’exécution du présent décret, qui sera inséré au Bulletin des lois.
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- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Hirsch, au nom du Comité des arts mécaniques, sur deux clapets de retenue pour vapeur, inventés par MM. Franco et Mesnard.
- La Société continentale d’exploitation des locomotives sans foyer nous présente deux clapets de retenue pour vapeur (1).
- 1° Un clapet du deuxième type(fîg. 1) faisant valve de prise de vapeur; la
- Fig. 1. Fig. 2.
- construction se comprend à l’aspect de la figure; elle est simple et satisfaisante.
- 2° Un clapet avec prise du premier type (fig. 2) également de bonne construction ;
- Votre Comité de mécanique pense qu’il y a lieu de faire figurer dans notre Bulletin les dessins de ces appareils, et de remercier MM. Francq et Mesnard de leur intéressante communication.
- Signé : Hirsch, rapporteur.
- Approuvé en séance le 11 février 1887.
- (I) Voir ci-dessus p. 2o8.
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- LÉGENDE DES FIGURES REPRÉSENTANT LES CLAPETS DE RETENUE DE VAPEUR
- DE MM. FRANCQ ET MESNARD
- Fig. 1. — Clapet, de retenue de deuxième type, faisant valve de prise
- de vapeur.
- A, attache sur la chaudière ;
- B, branchement sur la conduite générale ;
- C, clapet en bronze;
- DD, tige filetée pour l’ouverture ou la fermeture;
- E, volant de manœuvre, agissant sur le clapet C;
- F, écrou roulant;
- aa, ressort spiral, très léger, ayant pour effet de tenir le clapet soulevé, pour qu’il ne batte pas sur son siège ; ce ressort est en fil de laiton ;
- b, doigt, s’engageant dans un guidage latéral, pour empêcher la tige de tourner.
- Fig. 2. — Clapet de retenue du premier type, avec prise de vapeur.
- A, attache sur la chaudière ;
- B, branchement sur la conduite générale ;
- C, valve de prise de vapeur, manœuvrée par la tige filetée DD et le volant E;
- F, clapet de retenue, soutenu contre le courant de vapeur par ïe ressort à boudin GG;
- aa, petits trous permettant au clapet de se rouvrir de lui-même, une fois la prise de vapeur fermée.
- ABTS MÉCANIQUES
- Bapport fait par M. Hirsch, au nom du Comité aes arts mécaniques, sur le
- CLAPET DE RETENUE POUR VAPEUR SYSTÈME LABEYRIE.
- Messieurs y
- M. L. Labeyrie, garde-mines principal, présente un clapet de retenue pour vapeur, qu’il désigne sous le nom de clapet de retenue sphérique. Cet appareil est construit par la maison G. Dupuch. Ce clapet se rapporte au troisième type précédemment défini (1), c’est-à-dire qu’il est à deux sièges.
- (1) Voir ci-dessus, p. 260.
- Tome II. — 86e année. 4e série. —
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- L’organe mobile (fig. 1) est un boulet A en bronze creux; il est enfermé librement dans une boîte sphérique, intercalée, au moyen de deux brides verticales, BB, CC, sur la conduite à protéger. Cette boîte porte deux sièges EE, FF se faisant vis-à-vis*; le boulet peut venir s’appliquer sur F un des deux sièges, et fermer ainsi l’un ou l’autre des deux bouts de conduite aboutissant à la boîte. A l’état normal, le boulet repose sur le fond de la boîte, et n’oppose qu’un minime obstacle au passage de la vapeur.
- Mais si, par suite d’une rupture, un courant violent vient à s’établir
- dans la conduite, le boulet, entraîné par ce courant, vient s’appliquer sur un des sièges, et l’écoulement est interrompu.
- Deux petits canaux aci admettent en dessous du boulet la vapeur et l’eau de condensation ; celle-ci est évacuée par un bouchon à vis b, que l’on peut remplacer par un purgeur.
- Le dessus de la boîte est fermé par un couvercle G.
- Fig. 1. — Clapet Labeyrie.
- Pour approprier l’appareil aux conditions dans lesquelles il doit être placé, on dispose de trois moyens de réglage :
- Le diamètre du boulet ;
- Son poids, c’est-à-dire l’épaisseur de la paroi;
- La profondeur de la boîte dans laquelle il repose.
- Le réglage, une fois établi, ne peut plus être modifié ; pour paralyser le jeu de l’appareil, il faudrait le démonter et retirer le boulet; mais cette fraude peut facilement être évitée : il suffît de sceller le couvercle de la boîte; du reste, les moyens de vérifications, dont toute installation de clapets de retenue doit être pourvue, la dénonceraient immédiatement.
- Cet appareil est simple, pratique; il paraît répondre à la plupart des conditions requises; il a été soumis parM. Labeyrie à quelques expériences, qui ont donné de bons résultats. Votre Comité de mécanique vous propose de remercier M. Labeyrie de son intéressante communication, et d’insérer le présent rapport, avec figure dans le texte, dans votre Bulletin.
- Signé : J. Hirsch, rapporteur.
- Approuvé en séance le 11 mars 1887.
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- ARTS CHIMIQUES
- Rapport fait par M. E. P. Rérard_, au nom du Comité des arts chimiques, sur les procédés cryptographiques ae M. Schlumberger.
- M. Schlumberger, chimiste à Paris, a présenté à la Société d’Encoura-gement pour l’industrie nationale une série de moyens ayant pour objet de signaler la falsification des valeurs fiduciaires sur papier et de constater l’identité de ces mêmes valeurs en utilisant certaines réactions chimiques.
- Les procédés imaginés par M. Schlumberger sont particulièrement applicables aux actions et obligations de Sociétés industrielles et financières ainsi qu’aux chèques et lettres de change. Pour les premières valeurs, il s’agissait de donner des garanties d’identité et d’empêcher les fraudes ; pour la seconde espèce de valeurs, il fallait surtout s’attacher à combattre les tentatives d’escroquerie.
- Jusqu’à présent, les imprimeurs d’actions ou d’obligations, pour assurer l’identité des titres, ont fait appel à la fois et à la perfection des procédés typographiques employés, et à l’inaltérabilité des encres noires ou colorées servant à l’impression. C’est ainsi que l’on a vu les grandes maisons, telles que celles de M. Chaix et de M. Dupont, rivaliser d’habileté pour fournir à l’exécution des titres des planches couvertes de filigranes, de guillochés, de décors, d’une extrême finesse, et de caractères typographiques d’une grande netteté. L’impression, exécutée avec le plus grand soin, était faite avec des encres grasses rares, au charbon et, pour les couleurs, avec les matières minérales les plus stables. L’inscription du numéro était portée à la fois et sur le recto et, en sens inverse, sur le verso. On espérait ainsi décourager les fraudeurs en les mettant en présence de la nécessité de contrefaire une planche remplie de détails difficiles à reproduire. Quant aux altérations partielles des titres authentiques, on pensait qu’elles ne pouvaient être produites que par des grattages, ou autres opérations mécaniques qui entament le papier lui-même et laissent des traces.
- Il paraît que ces moyens préventifs sont insuffisants pour arrêter les fraudeurs et que des titres faux ou altérés par des moyens chimiques sont souvent présentés aux comptables des administrations publiques ou privées. M. Schlumberger s’est attaché à opposer aux faussaires des difficultés nouvelles et, tout en conservant la perfection du travail typographique, il emploie, contrairement à ce qui s’est fait jusqu’à ce jour, des encres colo-
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- AUÏS CHIMIQUES.
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- râbles, c’est-à-dire susceptibles de donner des réactions colorées par l’emploi de certains réactifs chimiques.
- Pour rendre facile la reconnaissance de l’identité des titres, M. Schlumberger introduit ces sortes d’encres dans certaines parties convenues de la vignette imprimée sur l’action ou l’obligation : Sur l’un des titres qui ont été soumis à votre examen, l’une des fleurs de la vignette est imprimée avec une encre contenant de la phtaléine du phénol. Le comptable qui reçoit un semblable titre et qui veut s’assurer de son identité n’a qu’à toucher la fleur avec une baguette mouillée d’ammoniaque, pour voir apparaître une coloration rouge. Dès que ce signalement est obtenu, le comptable, en laissant évaporer spontanément l’ammoniaque, rend à la fleur son premier aspect. L’opération peut être recommencée indéfiniment.
- D’autres moyens sont employés par M. Schlumbcrger pour déjouer les falsifications des titres authentiques. Sans entrer ici dans le détail des procédés mis en œuvre par les faussaires, nous pouvons dire que les agents chimiques dont ils usent ordinairement sont les réactifs décolorants à base de chlore ou de brome, les acides et les alcalis. Dans les encres qui servent à imprimer sur les titres, les guillocliés et même les numéros eux-mêmes, M. Schlumberger emploie des substances qui se colorent sous l’action des agents précités : par exemple du sulfate de manganèse qui donne un suroxyde de manganèse noir sous l’action du chlore, ou de l’ali-zarine artificielle qui devient rouge sous l’action des alcalis. Ces dernières réactions colorées sont persistantes, si bien que la tentative de fraude laisse sur le titre une marque indélébile.
- M. Schlumberger nous a aussi présenté des chèques dans lesquels des précautions préventives ont été prises pour les lignés, c’est-à-dire les parties où se trouvent imprimés les lignés parallèles très rapprochés sur lesquelles on écrit à la plume la valeur de l’effet; ces lignés sont imprimés avec des encres contenant des matières colorables, sensibles au chlore, aux alcalis ou aux acides : dans certains cas, des réserves ont été ménagées sur certains points déterminés et font apparaître inopinément, lorsque le faussaire tâtonne ses moyens, des inscriptions en blanc sur fond brun qu’on n’eût jamais soupçonnées au premier aspect.
- Nous donnons, à la suite de ce rapport, la description détaillée des divers spécimens de titres et effets présentés par M. Schlumberger. Nous signalerons encore, sur cette liste, des timbres-poste, du type bleu, à quinze centimes. Le faussaire qui chercherait à enlever les maculatures que les agents
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- ARTS CHIMIQUES.
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- des postes ont apposées pour oblitérer le timbre ferait apparaître une coloration noire dans laquelle toute l’impression officielle serait noyée.
- Les procédés imaginés par M. Schlumbcrger et auxquels il a donné le nom de procédés cryptographiques n’ont pas encore reçu la sanction de l’expérience, et pour ce motif votre Comité des arts chimiques estime qu’il y a lieu de les apprécier avec réserve : cependant il lui semble qu’on peut trouver dans ces essais des faits dignes d’appeler l’attention des gens d’alfaires et des grandes administrations financières. Votre Comité vous propose en conséquence de remercier M. Schlumberger de son intéressante communication et de voter l’impression du présent rapport au Bulletin de la Société.
- Signé : E.-P. Bérard, rapporteur.
- Approuvé en séance le 25 mars 1887.
- INDICATIONS DES MOYENS CRYPTOGRAPHUJUES EMPLOYÉS PAR M. SCHLUMBERGER
- I. Titres d’actions ou d’obligations.
- Spécimen n° 1. — L’encre bleue est formée de bleu au cobalt mêlée d’un se de manganèse.
- Un fraudeur qui emploierait du chlore pour altérer le titre ferait apparaître une coloration brune persistante.
- En certains points de la vignette, les encres noires contiennent une phtaléine.
- En touchant en ces points la vignette avec de l’ammoniaque, on fait apparaître une coloration rose qui permet de constater l’identité du titre et qui disparaît ensuite par l’évaporation de f alcali.
- Spécimen n° 2. — Le fond guilloclié de cette action contient un sel de manganèse avec des réserves en forme de numéros renversés.
- Un fraudeur qui emploierait du chlore verrait apparaître ces numéros en blanc sur un fond guilloché brun.
- L’encre bleue de ce titre est, pour les tons foncés et pâle, un bleu de Prusse insensible aux réactifs. Le ton bleu moyen contient de la phtaléine.
- Pour reconnaître l’identité du titre, on touche avec de l’ammoniaque les parties en ton bleu moyen et on obtient une coloration rose fugace.
- Les numéros imprimés sont faits avec une encre grasse au noir de fumée mêlée d’alizarine.
- Un fraudeur qui voudrait effacer les numéros avec un alcali verrait apparaître une coloration rouge.
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- NÉCROLOGIE.
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- Spécimen n° 3. — Action dont le fond est guilloché au sel de manganèse. [Voir plus haut l’action du chlore.)
- L’encre rouge qui a servi à l’impression est à l’alizarine pour les fonds et au rouge benzyle pour les dessins.
- Si l’on traite par un acide, le rouge benzyle devient noir et l’alizarine jaunit. On ne peut ramener les couleurs à leur état primitif au moyen de l’ammoniaque. Sous l’action des alcalis, l’alizarine tourne au violet.
- II. Chèques.
- Spécimen n° 7. — Guilloché au sel de manganèse. Le texte, les dessins et le ligné sont au rouge benzyle.
- Ce chèque noircit au chlore et aux acides.
- Spécimen n° 8. — Guilloché au sel de manganèse avec réserves en forme d’inscriptions comminatoires. La ruche intercalée dans la vignette est imprimée avec de la phtaléine.
- Cette ruche devient rose sous l’action de l’ammoniaque.
- Spécimen n° 6. — Le fond du chèque est bleu pâle au prussiate d’étain. Le texte, les vignettes et le ligné sont imprimés au violet d’aniline mêlé de sulfate de fer ammoniacal et de prussiate de potasse.
- Le faussaire qui traiterait le chèque par les acides verrait apparaître une coloration bleue indélébile.
- Spécimen n° 11. — Le texte, les vignettes et le ligné sont imprimés avec une laque au noir de campêche mêlée de sel de manganèse.
- Les acides rougissent l’impression, le chlore décolore le campêche et fait apparaître une coloration brune.
- Timbres-poste.
- Timbres dont le papier est imprégné d’acide pyrogallique et dont la vignette est au bleu de Prusse.
- Les alcalis, employés pour effacer les maculatures, feraient apparaître une coloration brune.
- NÉCROLOGIE
- DISCOURS PRONONCÉS AUX OBSÈQUES DE M. ADOLPHE DAILLY
- DISCOURS DE M. E. LECOÏITEUX Président de la Société nationale d’Agriculture de France.
- Messieurs,
- Sur la liste déjà longue des membres titulaires de la Société nationale d’agriculture de France se trouvent inscrits, depuis 1820, trois Dailly de père en fils ;
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- et le Dailly, Gaspard-Adolphe, que nous allons confier à cette tombe appartenait à notre Société depuis trente-sept ans.
- Ce que fut notre regretté confrère, on peut le demander aux coopérateurs et aux témoins de ses œuvres de bien public. La réponse sera unanime, unanime comme l’expression de regrets qui s’est manifestée à la fatale nouvelle de sa mort. Les nombreuses populations ouvrières dont il a été le bienfaiteur diront : Gaspard-Adolphe Dailly a aimé, soutenu, encouragé, bien conseillé les ouvriers. Les savants se rappelleront qu’il fut ingénieur civil sorti des premières promotions de l’École centrale des Arts et Manufactures : ils se souviendront du membre assidu au Conseil de perfectionnement de cette école méritante à tant de titres par les services rendus ; le Conseil de perfectionnement du Conservatoire national des Arts et Métiers n’oubliera pas non plus cet homme toujours prêt à prendre sa part dans le mouvement en avant de toutes nos industries. Et enfin, Messieurs, pour ne citer que les grandes situations qu’il a longtemps et si bien occupées, le Crédit foncier de France, quand il remontera aux premières pages de son histoire, trouvera deux noms inséparables, le nom de Wolowski à côté du nom de Dailly.
- Gaspard-Adolphe Dailly a servi l’agriculture de deux manières et comme il importe qu’elle soit servie pour que, dans toutes les situations sociales, elle soit aimée et tenue en honneur. Il a été un de ses plus sympathiques représentants dans le monde savant et le monde de la haute finance, témoignant ainsi que l’agriculture ne peut grandir désormais que par le double concours de la science et du capital. Mais, et c’est là ce qui lui assigne une place inoubliable dans le monde des praticiens, Dailly avait trop bien hérité des sentiments agricoles de ses ascendants pour ne pas faire, lui aussi, ses preuves sur le terrain. Il restera, dans nos souvenirs, le cultivateur d’une ferme devenue classique, la ferme de Trappes, dans la plaine de Versailles. Il restera, dans ce même ordre d’idées, le cultivateur du domaine d’Étuf, dans la Haute-Marne.
- Si j’étais ailleurs que sur les bords d’une tombe, j’aimerais, Messieurs, à retracer, par ses aspects les plus attractifs, la vie rurale comme la pratiquait Dailly sur ces deux terres de Trappes et d’Etuf, terres bien différentes où notre confrère nous a laissé d’instructifs exemples de bonne administration.
- A Trappes, nous le verrions aux prises avec toutes les difficultés de la culture intensive, mais aussi sachant profiter de toutes les ressources d’un pays où, depuis longtemps, des débouchés lucratifs ont stimulé les entreprises agricoles. Ce sera une belle date, pour nos grandes expositions universelles, que la date du concours de Trappes, en 1856, où, pour la première fois sur le terrain, manœuvrèrent, à travers une magnifique récolte de blé, les machines à moissonner venues d’Amérique et d’Angleterre pour lutter avec celles de nos meilleurs constructeurs. Ce concours a été, Messieurs, le point de départ de la multiplication d’un nouveau matériel de récoltes sur notre territoire. Le nombre des agriculteurs étrangers a
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- été considérable qui ne se doutaient pas que, vue de près, la ferme de Trappes présentât un si bel ensemble de récoltes de haut rendement, en môme temps qu’une comptabilité répandant une aussi vive lumière sur les résultats financiers de l’entreprise.
- A Etuf, sur une terre de Champagne, dans la belle vallée de l’Aube, notre confrère, si bien initié qu’il fût aux énergiques moyens de l’agriculture à grandes récoltes, savait cependant trop bien compter pour croire à la raison d’être d’un type agricole universel. C’était, à Etuf, un autre sol, un autre milieu économique, et cette dissemblance de situation, Dailly la reconnut au premier coup d’œil. Il sut faire à la charrue sa part, mais rien que,sa part afin qu’elle ne remuât que la surface qu’elle pouvait étreindre, eu égard aux engrais disponibles. Il concentra donc ses forces sur ses meilleures terres labourables. La vallée fut attribuée aux prairies arrosées. Les coteaux calcaires les plus secs furent occupés par le pin sylvestre. Et ce fut ainsi que, par cette inégalité dans la distribution de ses forces et de ses capitaux sur des terres d’inégale faculté productive, Dailly fit de son domaine d’Etuf une de ces bonnes fermes de démonstration, comme il en faudrait beaucoup en France pour tirer meilleur parti des capitaux engagés dans les divers systèmes de culture. Pour notre confrère, Etuf fut quelque chose de plus ; ce fut le doux foyer des souvenirs et des espérances de famille, le foyer des calmes et pures jouissances sur lesquelles planaient les sympathiques figures de Frochot et d’Antoine Passy, nos anciens et éminents confrères aussi.
- Dailly a donc prêché d’exemple dans sa longue et laborieuse carrière d’homme utile. Il a été, à la fois, et le praticien sachant pénétrer dans le détail des choses de la vie rurale, et l’agriculteur aux larges conceptions embrassant l’ensemble des plus grandes exploitations. On l’a vu à l’œuvre dans l’enquête agricole de 1866 où, président de circonscription, il a su rester ce que nous l’avons toujours connu, l’homme n’ayant d’autre parti pris que celui qui s’attache à découvrir d’abord la vérité, puis à la faire triompher.
- En 1881, les suffrages de notre Société l’appelèrent à nous présider. Il succédait alors à notre Président M. Chevreul, qui, par une exception motivée sur des services exceptionnels, redevient notre vice-président, de deux ans en deux ans, pour remonter, l’année suivante, à la Présidence. Tous nous savons quelle estime particulière notre vénéré Centenaire professait pour son Président de 1881. Tous nous savons comment Dailly, à quelque situation élevée qu’il fût appelé, savait, une fois sa mission remplie, rentrer dans le rang sans cesser jamais d’être le serviteur dévoué de l’agriculture. Le dévouement était, pour lui, vertu habituelle de famille. Il l’avait appris à bonne école, et, ce qu’il a reçu, il est de ceux qui ont su le remettre en glorieux héritage à leurs successeurs. Il n’y a pas que sa famille intime qui le pleure. Il y en a d’autres qu’il a su se créer par la confraternité des sentiments, des études, des travaux, et parmi ces
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- NLÉGHOLOGIE.
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- familles-là, Messieurs, la Société nationale d’agriculture de France est une de celles qu il aima le plus et dont il fut le plus aimé. Adieu, cher et estimé confrère. Tu fus toujours au champ du travail et des bonnes actions pendant ta vie ! Sois désormais au champ du repos où te laissent nos regrets, mais d’où ceux-là qui savent lire sur des tombes comme la tienne ne s’éloignent qu’avec des sentiments donnant force et courage pour accomplir les devoirs de la vie !
- DISCOURS DE M. Bl.QUET
- PRONONCÉ AU NOM DE LA SOCIÉTÉ AMICALE DES ANCIENS ÉLÈVES DE l’ÉCOLE CENTRALE
- Messieurs,
- Devant la mort d’un ami, le silence et les larmes sont plus éloquents que tous les discours ; — aussi, serai-je très bref, — mais l’Association amicale des anciens élèves de l’Ecole centrale, au nom de laquelle je prends la parole, ne peut laisser fermer cette tombe sans adresser un suprême adieu à son ancien et vénéré Président, M. Dailly.
- Appelé à ces fonctions en 1869, M. Dailly avait compris qu’elles ne sont pas seulement de celles qui honorent, mais qu’elles créent un lien indissoluble entre l’Association et son élu : aussi, en quittant la présidence, nous avait-il conservé toute son affection ; il nous avait laissé, de son cœur, la part qu’il avait pu ravir à sa famille.
- Je me rappellerai toujours avec quelle aménité, quelle bienveillance il me disait il y a quelques jours à peine :
- « Mon âge, mes goûts, mes occupations me tiennent éloigné de toutes vos réunions; mais croyez bien que, par la pensée, je suis toujours avec mes camarades. »
- Et comme pour affirmer immédiatement cette déclaration si amicale, si fraternelle, il me remettait pour l’Association un témoignage de généreuse sympathie.
- Voilà, Messieurs, tout ce que j’avais à dire, car pour honorer la mémoire de Dailly, il suffit de le citer simplement comme exemple ; et d’ailleurs il est de ceux dont on n’oublie jamais le souvenir!
- Et maintenant, mon cher Dailly, adieu !
- Au nom de tous nos camarades, adieu !
- Puissiez-vous recevoir la récompense d’une vie toute de travail, de dévouement et de loyauté !
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- NÉCROLOGIE.
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- DISCOURS DE M. BESNARD, PRÉSIDENT DU COMICE AGRICOLE DE SEINE-ET-OISE.
- Messieurs,
- Au nom du comice agricole de Seine-et-Oise, dont M. Adolphe Dailly était un des plus anciens membres, je viens rendre un suprême hommage à sa mémoire.
- Des voix plus autorisées que la mienne et que vous venez d’entendre, vous ont retracé les principaux traits de sa carrière longue et bien remplie : permettez-moi d’ajouter quelques paroles d’éloge pour l’agronome éminent dont les travaux ont éclairé, depuis un demi-siècle, la marche de l'agriculture française dans la voie du progrès.
- Homme de science, M. Dailly possédait également toutes les connaissances que réclame l’administration d’une vaste entreprise agricole, et ses grandes fermes de Trappes et de Bois-d’Arcy, qu’il exploitait par régisseur, ont été le théâtre de toutes les expériences et de toutes les recherches sérieuses que comportait l’économie rurale moderne.
- Les agriculteurs de Seine-et-Oise, que j’ai l’honneur de représenter ici, pleins de confiance dans son savoir et dans la sûreté de son jugement, ont suivi avec ardeur les exemples qu’il mettait sous leurs yeux, et il n’y a nulle exagération à dire que ce riche département doit à M. Dailly et à son père une grande part de sa prospérité.
- Une comptabilité admirablement comprise dans tous ses développements avait été jadis organisée par leurs soins ; elle est incontestablement aujourd’hui l’un des documents les plus précieux que l’on puisse consulter pour porter la lumière au milieu des affirmations contradictoires qui se produisent, dans les débats provoqués par les pouvoirs publics, sur les souffrances de l’agriculture ; de meme que l’œuvre agricole de M. Dailly et de ses nombreux imitateurs est la réponse sans appel au reproche injuste adressé, chaque jour, aux agriculteurs, de s’attarder aux errements du passé.
- Ce n’est pas seulement un témoignage de profonde reconnaissance que je viens, au nom de mes collègues, déposer sur cette tombe, mais aussi l’expression de la grande douleur éprouvée par les hommes qui ont connu M. Dailly : son aménité, sa bienveillance, sa courtoisie, lui avaient gagné tous les cœurs, et c’est l'âme remplie de tristesse que j’adresse un dernier adieu à cet homme aimable et bon, dont nous conserverons pieusement le souvenir.
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- ARTS MÉCANIQUES. --- MAI 1887.
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- ARTS MÉCANIQUES
- CONFÉRENCE FAITE PAR M. LE COLONEL LAUSSEDAT, DIRECTEUR DU CONSERVATOIRE NATIONAL
- DES ARTS ET MÉTIERS, LE 20 SEPTEMRRE 1886, AU CONGRÈS DE L’ENSEIGNEMENT
- TECHNIQUE COMMERCIAL ET INDUSTRIEL A RORDEAUX.
- Mesdames, Messieurs,
- Je ne sais pas si je dois remercier le Bureau de la Société Philomathique de m’avoir exposé à vous faire une conférence sur un sujet qui m’est naturellement très familier, mais qui est si vaste que je crains bien de n’avoir pas su, même en y réfléchissant depuis deux ou trois jours, faire un choix discret et substantiel tout à la fois.
- Si je ne réussis pas à vous intéresser, il y aura assurément de ma faute, mais je vous prie de vous en prendre aussi un peu à ceux de nos collègues qui ont eu trop de confiance dans mes forces.
- Cela dit, j’aborde, sans autre préambule, l’histoire et la description de l’un des plus beaux et des plus utiles établissements qu’il y ait en France, et je ne crains pas d’ajouter en Europe.
- Hier, un de nos collègues rappelait l’incontestable influence exercée chez nous par les Encyclopédistes pendant la seconde moitié du xvine siècle. Le Conservatoire des Arts et Métiers est, à coup sûr, l’un des exemples, peut-être l’exemple le plus frappant de cette influence; c’est, pour ainsi dire, l’Encyclopédie elle-même en action.
- On a fait remonter, toutefois, à Descartes l’idée de cours publics pour les ouvriers, rendus tout à fait profitables par l’emploi de modèles et d’instruments de toute sorte. Si cela est vrai, les leçons de choses, Y enseignement par les yeux, comme on dit aujourd’hui, avaient été devinés par ce philosophe, l’un des plus grands génies de tous les temps et de tous les pays.
- Quoi qu’il en soit, la réalisation de cette idée, si conforme, je le répète, aux vues des Encyclopédistes, appartient à l’illustre mécanicien Vaucanson et date de 1775. En mourant, Vaucauson légua sa collection de machines au roi Louis XYI, qui l’accepta.
- Cette collection était installée alors à l’hôtel de Mortagne, dans la rue de Cha-ronne, au faubourg Saint-Antoine, où Vaucanson avait inventé et construit le métier à tisser la soie, qui, par la suite, inspira Jacquart et contribua tant à la merveilleuse prospérité de l’industrie lyonnaise. Ce métier et le premier modèle de Jacquart sont placés en face l’un de l’autre au Conservatoire, et, dans une vitrine voisine, j’ai fait exposer un délicieux petit tableau en velours chiné, représentant une jeune femme et des amours, l’un en cage, et l’autre prêt à s’envoler
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- ARTS MÉCANIQUES.
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- dont la composition, attribuée à Régnault l’ancien, rappelle certaines fresques de Pompéi. Cette marchande d’amours, comme on l’a désignée, a été tissée chez Yaucanson, rue de Gharonne, n° 47, ainsi que l’indique une inscription que j’ai fait religieusement reparaître sur la bordure ; c’est, d’ailleurs, un principe que je cherche à appliquer partout où il se peut, que de placer les objets fabriqués à côté des machines ou des outils qui servent à les obtenir.
- Après la Révolution, des commissions des monuments nationaux, puis une commission dite des arts furent créées pour recueillir et réunir, dans un meme local, les instruments, les machines et un assez grand nombre d’objets d’art proprement dit, qui, par leur nature, intéressaient encore les arts mécaniques, par exemple les belles pièces d’horlogerie. Ces objets, venant s'ajouter à la collection de Vau-canson, composaient déjà un ensemble important dont le nombre total s’élevait à plus d’un millier.
- C’est alors que la Convention, sur un rapport de Grégoire, décréta la création du Conservatoire des Arts et Métiers.
- La date et le texte de ce décret nous intéressent trop pour que je ne les rappelle pas ici.
- Le décret est en date du 19 vendémiaire an III (10 octobre 1794).
- Il est ainsi conçu :
- « Article premier. — Il sera formé à Paris, sous le nom de Conservatoire des Ars et Métiers, et sous l’inspection de la Commission d’agriculture et des arts, un dépôt public de machines, modèles, outils, dessins, descriptions et livres de tous les genres d’arts et métiers ; l’original des instruments et machines inventés et perfectionnés sera déposé au Conservatoire.
- « Art. 2. — On y expliquera la construction et l’emploi des outils et machines utiles aux arts et aux métiers. »
- Je ne crois pas avoir besoin de faire remarquer combien ce décret, d’une rédaction si sobre, mais si précise, que nous pourrions et devrions prendre pour modèle, renfermait de vues utiles, prévoyait les conséquences que devait avoir la création de ce dépôt de machines, modèles, outils, dessins, descriptions et livres de tous les genres d’arts et métiers. Les difficultés du temps retardèrent, pendant quelques années, la réalisation de cette grande conception, et ce ne fut que le 12 germinal an AMI (2 avril 1799) que les administrateurs ou, comme on les appe lait alors, les membres du Conservatoire nommés depuis l’an III prirent posses sion de ce qui restait de l’ancien prieuré de Saint-Martin-des-Champs.
- Je ne dois pas omettre d’ajouter que c’est encore sur le rapport de Grégoire que fut fait le très heureux choix de ce monument, situé au centre de la population la plus industrieuse de Paris.
- Je viens de dire que le choix de ce monument était des plus heureux, à cause de l’emplacement qu’il occupait ; mais, avant d’aller plus loin, je suis bien obligé
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- d’entrer dans quelques détails sur le monument lui-même, dont l’état laissait fort à désirer, on va le voir.
- L’ancien Prieuré, antérieurement Abbaye de Saint-Martiu-des-Champs, occupait autrefois une étendue de quatorze arpents, ce qui fait environ six hectares. Je n’ai pas à m’occuper des autres immeubles qui, sous le nom de censive, appartenaient à cette riche communauté. Il me suffira de dire qu’en 1790, d’après la déclaration du prieur lui-même, qui se nommait Dom Etienne Pagès, les revenus s’élevaient à 179 714 livres, — et il ne restait plus à la même date que dix-neuf moines, dix-neuf participants. C’est qu’indépendamment des donations faites à différentes dates à la communauté, les Bénédictins, tout comme les autres religieux, après avoir été des savants et des artistes en même temps que des croyants, s’étaient de plus en plus relâchés et avaient fini par devenir de véritables spéculateurs. Il est curieux et triste à la fois de constater que leur éducation artistique, en particulier, avait disparu en même temps que leur foi s’affaiblissait.
- Au xie et au xne siècle, en effet, le prieuré renfermait d’admirables édifices, et son enceinte elle-même était d’une architecture militaire remarquable, — témoin la tour du Vert-Bois récemment restaurée. A partir du xvie siècle et jusqu’au xvme, ces merveilles se dégradent; quelques-unes même disparaissent pour faire place à des bâtisses informes, si l’on excepte le nouveau couvent, construit de 1720 à 1742, dont je parlerai tout à l’heure pour dire que, si son architecture n’était pas sans élégance, en revanche sa construction était des plus défectueuses et nous préparait de graves ennuis.
- Je ne pourrais ni ne voudrais vous faire une histoire des Bénédictins de Saint-Martin-des-Champs ; cependant, il est indispensable que je vous dise en quoi consistait l’immeuble dont ils furent dépossédés en 1790, et je ne crois pas, — après les quelques explications dans lesquelles je vais entrer, en m’aidant des historiens du siècle dernier et, en particulier, de Piganiol de la Force, — que personne ici se sente disposé à regretter la désaffectation de cet immeuble.
- A une époque déjà reculée, les Bénédictins, qui voulaient bien s’enterrer entre eux, ne daignaient pas enterrer les frères lais, leurs domestiques, et ils en chargeaient d’humbles prêtres séculiers. Une chapelle particulière avait dès lors été construite dans un coin de l’enceinte, à l’angle de la rue Saint-Martin et de l’ancienne rue Aumaire.
- La population étant venue à s’accroître dans le voisinage, les prêtres séculiers, aidés des marguilliers de la fabrique, réclamèrent l’agrandissement de cette chapelle et l’obtinrent du roi. Telle est l’origine de l’église Saint-Nicolas-des-Champs.
- Je n’examine pas la question de savoir qui avait tort ou raison, mais c’est ainsi que le premier coup de pioche des démolisseurs fut porté à l’enceinte du prieuré, qui se trouva éventrée sur une longueur d’environ quarante toises.
- Une fois cette œuvre de destruction commencée, elle ne s’arrêta plus, et les
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- moines, voyant le parti qu’ils pouvaient tirer d’une propriété si bien placée, se mirent à bâtir, d’abord tout le long de la rue Saint-Martin, depuis l’église Saint-Nicolas-des-Champs jusqu’à la rue du Vert-Bois, des maisons de rapport, des boutiques surtout.
- Ce côté exploité, ils se retournèrent d’équerre et ouvrirent la rue Royale, aujourd’hui rue Réaumur, et une multitude d’autres petites rues transversales, le tout terminé par un marché.
- En exécutant ce plan d’une espèce de cité créée dans leur ancien enclos, les religieux dégénérés du xvnf siècle poussèrent le vandalisme jusqu’à accoler des maisons à la magnifique église dont l’édification avait fait tant d’honneur à leurs devanciers. Je reviendrai tout à l’heure sur ce monument et sur l’état dans lequel il se trouve.
- Il me reste à dire comment l’enclos des moines, déjà réduit de plus d’un tiers lors de sa remise aux administrateurs du Conservatoire en 1799, fut encore rogné en 1811, comme vous pourrez le voir en comparant les plans que je me suis fait envoyer de Paris.
- Le petit marché établi par les moines ne suffisant plus à la population qui s’était accumulée dans ce quartier, la ville de Paris demanda et obtint qu’une rue, la rue Vaucanson actuelle, fût ouverte à travers le jardin du Conservatoire, dans le prolongement de la rue Transnonain, laquelle devait môme être continuée jusqu’au boulevard.
- Telle est l’origine de ce Carré Saint-Martin, qui a été effectivement occupé par un marché, pendant plus de soixante ans, et qui est aujourd’hui affecté à l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures.
- Le premier Empire ne fit rien ou presque rien pour le Conservatoire, ou plutôt il lui causa un très grand préjudice en le privant, pour l’avenir, d’un terrain précieux. Pour peu, il l’aurait tout à fait supprimé, et l’on obtint à grand’peine que l’empereur rendît un décret, daté de Dresde et du 14 mars 1813, décidant que le Conservatoire resterait,provisoirement, là où il était établi.
- Dans quel état les membres du Conservatoire trouvèrent-ils les bâtiments qu’on leur livrait et qui étaient destinés à recevoir les collections et la bibliothèque, car, conformément au décret de la Convention, on avait déjà recueilli un assez grand nombre d’ouvrages sur les sciences et les arts industriels?
- Dans les abbayes, ou dans les prieurés comme celui de Saint-Martin-des-Champs, il y avait deux groupes principaux de constructions : le couvent proprement dit, où étaient les cellules des moines et les appartements du prieur et des autres dignitaires, et le cloître où les religieux se réunissaient pour leurs exercices.
- A Saint-Martin-des-Champs, le cloître, qui avait été lui-même un édifice architectural remarquable, mais altéré et transformé avec le temps, était flanqué d’une église moitié romane (l’abside), moitié ogivale (la nef), admirable d’un bout
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- à l’autre malgré ces deux styles mêlés, et, du côté opposé, d’un réfectoire qui était un chef-d’œuvre de l’architecte de la Sainte-Chapelle, de Pierre de Montereau.
- Ces deux monuments, ces deux merveilles de l’art français, étaient tellement délabrés qu’on n’avait pu songer à les employer que comme des magasins. Je dois dire, à la décharge des moines, que, pendant quelques années après 1789, il y avait eu là une manufacture d’armes ; mais il est avéré, il est évident, d’après ce que nous savons du peu de souci des religieux pour leurs monuments, que c’était de leurs propres mains qu’ils avaient gâté les deux bijoux qui leur avaient été légués.
- L’ancien couvent n’étant peut-être pas dans un meilleur état, les moines en avaient fait construire un nouveau, comme je l’ai dit, au commencement du xviii6 siècle, et ils avaient même cherché à lui donner un aspect agréable, surtout du côté du jardin. Mais l’architecte et les entrepreneurs les avaient trompés sur la qualité des matériaux, etPiganiol de la Force raconte qu’à l’époque où il écrivait, vers 1750 ou 1755, le prieur était en procès avec l’architecte. L’un des entrepreneurs, celui de la charpente, avait même été pris de remords, et, avant de mourir, avait fait remettre au prieur une somme de quarante mille livres, à laquelle il estimait le dommage qu’il pouvait avoir causé.
- Je suis entré dans ces détails, qui semblent m’éloigner de mon sujet, parce que je crois devoir saisir toutes les occasions de faire connaître les difficultés qu’ont rencontrées mes prédécesseurs et celles qu’il me reste à surmonter.
- J’arrive, et je le ferai très succinctement, à l’exposé des phases principales du développement de l’établissement.
- Les premiers membres du Conservatoire furent : J.-B. Le Roy, Conté et Mo-lard, avec le titre de démonstrateurs, et Beuvelot, avec celui de dessinateur ; je pourrais citer encore Grégoire et Montgolfier, qui remplacèrent Conté et Le Roy. Ce furent ces hommes distingués qui commencèrent l’installation des modèles dans les bâtiments du couvent, et l’on connaît la légende des tirants de fer posés à chaud par Molard, pour redresser les murs de la grande galerie qui menaçaient et qui menacent encore de s’écrouler.
- Molard, qui fut plus tard l’administrateur en titre, a eu un autre mérite plus sérieux. Il obtint d’instituer ce que l’on a appelé la petite Ecole, destinée à former des sous-officiers pour les armes savantes et pour l’industrie, sous-sofficiers dont un assez grand nombre parvinrent aux plus hautes positions sociales. Dans l’industrie, on cite, par exemple, Emile Dollfus, Seillière et Schneider. Cette école a été fermée en 1874, comme faisant double emploi avec les cours de dessin créés par la Ville de Paris dans ses divers arrondissements.
- Il y avait, à cette époque, dans notre pays, un grand nombre d’hommes éminents, de puissants inventeurs qui n’étaient pas tous soutenus et encouragés comme ils l’eussent mérité, car si l’on en récompensait quelques-uns, comme Oberkampf et Jacquart, on repoussait l’étranger Fulton et on laissait se ruiner et
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- mourir de désespoir Nicolas Leblanc, le marquis de Jouffroy et le non moins illustre Philippe de Girard ; on fondait des prix pour ceux qui perfectionneraient la pile de Yolta, mais notre industrie était délaissée et compromise par la longue durée de la guerre; il y avait, alors aussi, une décadence profonde dans les industries de goût et jusque dans les beaux-arts. Or, pendant ce temps, l’Angleterre, notre plus dangereux adversaire, réalisait d’admirables progrès dans les arts mécaniques. Après la chute de l’Empire, sous la Restauration, deux hommes de grand mérite, dont l’un surtout était un grand cœur, le duc de la Rochefoucauld-Liancourt et Charles Dupin, se rendirent en Angleterre séparément, et revinrent tous les deux convaincus que nous avions de grands efforts à faire pour atteindre le niveau auquel étaient parvenus nos voisins.
- Je n’ai pas besoin de rappeler que le duc de la Rochefoucauld est le patron vénéré de nos écoles d’Arts et Métiers, et, je le répète, c’était pins qu’un libéral, plus que ce qu’on appelle un philanthrope, c’était un homme d’un grand cœur. Il était à la fois le créateur de ces écoles et l’inspecteur général du Conservatoire, dont il plaidait les intérêts en toutes circonstances.
- Charles Dupin allait, de son côté, donner une nouvelle vie au Conservatoire, en compléter réellement l’institution, en provoquant la création de Cours supérieurs de sciences appliquées à, l’industrie.
- C’est en 1819 que furent créés ces cours, au nombre de trois, aussitôt imités dans quelques-unes de nos grandes villes, parmi lesquelles il faudrait citer en première ligne notre chère et malheureuse ville de Metz.
- Je viens de dire qu’il y avait, dans l’origine, trois cours qui étaient donnés le dimanche dans la journée et tous les soirs des autres jours de la semaine. Yoici leurs titres et les noms des professeurs :
- Ch. Dupin : Géométrie et mécanique ;
- Clément Désormes : Chimie industrielle ;
- J.-B. Say : Economie industrielle.
- Je ne saurais manquer de faire remarquer que ces trois chaires comprenaient déjà les sciences exactes et expérimentales et une science naissante alors, la première des sciences sociales.
- Cela ne suffisait pas cependant, et, en 1829, l’illustre Pouillet créait la chaire de Physique appliquée aux arts, et était nommé d’abord sous-directeur, puis administrateur du Conservatoire.
- L’entrée de M. Pouillet au Conservatoire, et son administration, qui a duré dix-neuf ans, une année de plus que le règne de Louis-Philippe, doivent être signalées à la reconnaissance publique. Personne, jusqu’à lui, ne s’était autant préoccupé de l’insuffisance des locaux, de la nécessité d’améliorer ceux qui existaient et d’en créer d’autres.
- Je n’hésite pas à dire que si quelqu’un doit être considéré comme le second
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- fondateur du Conservatoire, — Grégoire étant le premier, — c’est cet homme de bien, aussi savant que modeste, administrateur éclairé et prévoyant.
- Tous les plans que nous continuons à étudier l’ont été par lui avant nous, et tout ce qui a été réalisé avait été projeté, sous spn habile direction, par le très habile architecte M. Léon Vaudoyer.
- Je ne doute pas que si un accident politique, que ma génération se rappelle bien et dont tout le monde a entendu parler, n’avait pas éloigné Pouillet du gouvernail, je ne serais pas obligé aujourd’hui d’entreprendre une campagne pour faire dégager et renaître l’un des plus adiiiirables monuments de Paris, l’édifice roman le plus intéressant que nous possédions, et à côté duquel les étrangers et les Parisiens eux-mêmes passent sans le voir. Il en avait fait entreprendre la restauration; comme il avait fait remettre l’ancien réfectoire en état de devenir une admirable bibliothèque.
- C’est vers 1819 que le premier amphithéâtre, celui qu’on appelle l’ancien ou le moyen, fut construit sur l’un des côtés du cloître ; il pouvait contenir quatre cents auditeurs. En 1847 était ouvert le grand amphithéâtre, qui contient souvent plus de six cents auditeurs. Un troisième amphithéâtre, le petit ou le nouveau, construit sur la rue Saint-Martin, peut recevoir deux cents personnes.
- Il y a aujourd’hui au Conservatoire quinze chaires de sciences appliquées aux arts :
- Géométrie, — Géométrie descriptive, — Mécanique, — Constructions civiles, — Physique appliquée, — Chimie générale, — Chimie industrielle, — Chimie appliquée à la teinture, à la céramique et à la verrerie, — Chimie agricole, — Agriculture,— Génie rural, — Filature et tissage, — Economie politique, — Economie industrielle,— Droit commercial.
- L’histoire de la création successive de ces chaires, occupées, pour la plupart, par des maîtres de la science, serait trop longue. Je me bornerai à dire qu’elles ont été établies au fur et à mesure que des besoins étaient, signalés, notamment par la Chambre de commerce de Paris, à la demande de laquelle ont été institués les cours de teinture, de filature et de tissage.
- Aujourd’hui, ce nombre est encore insuffisant, et le Conseil de perfectionnement réclame depuis longtemps déjà un cours de métallurgie, dans un quartier où l’on travaille si habilement tous les métaux, et en particulier les métaux précieux. D’autres cours s'imposeront, sans aucun doute, pour tenir le public au courant des progrès des grandes industries de création récente et vulgariser les notions d’hygiène et d’esthétique industrielles.
- Les cours existants constituent déjà un enseignement général assez complet, qui a fait donner au Conservatoire le nom de Sorbonne de l’Industrie, ils se font tous les soirs de semaine, pendant l’hiver, sont très fréquentés, très populaires, et je tiens à dire que rien ne pourrait les remplacer. On nous reproche quelquefois
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- de voir dans nos amphithéâtres des personnes qui n’ont pas bonne tenue, et ou a proposé, à différentes reprises, des inscriptions, des moyens d’élimination. J’avoue que, pour ma part, et tout en essayant de prendre des mesures efficaces pour que certains auditeurs, ou prétendus tels, ne gênent pas leurs voisins, je trouve qu’il vaut mieux subir quelques légers inconvénients que d’éliminer qui que ce soit. <( Cours publics et gratuits », tel est notre titre, et j’y tiens, je devrais dire nous y tenons, car tous mes collègues pensent, à ce sujet, comme moi.
- Et quand on a professé là pendant des années, et senti combien les auditeurs pris en masse sont disposés à s’instruire et reconnaissants de ce qu’on prend la peine de leur enseigner, on aime ce public composite, on devine qu’il se fait là un grand travail d’assimilation, et des efforts louables de la part d’hommes qui ont peiné tout le jour et qui viennent chercher les moyens d’élever leur intelligence et d’acquérir l'instruction dont ils connaissent tout le prix.
- J’ai traité notre public de composite ; c’est très intentionnellement, car ce qui fait l’originalité de nos cours, c’est qu’ils sont suivis aussi bien par des personnes déjà très instruites, par des savants, —j en ai vu de très assidus, — par des manufacturiers, par des patrons de toutes les professions, que par des ouvriers, des apprentis, et, souvent, par des dames et des jeunes filles.
- Il y a plus ; entre les professeurs et certains auditeurs, il s'établit des relations dont les résultats sont utiles aux uns et aux autres. Les auditeurs viennent demander des explications aux professeurs, et, souvent aussi, leur offrent leur concours pour des démonstrations pratiques.
- D’autres, après avoir profité de notre enseignement, apportent à la Direction des dons intéressants et quelquefois de grande importance. Quand nous voulons les remercier, ils nous répondent que c’est à nous qu’ils doivent d’être arrivés à résoudre les difficultés qu’ils rencontraient dans les essais qu’ils voulaient faire. Cela est beaucoup plus fréquent qu'on ne le croit, et m’amène à vous parler du musée du Conservatoire.
- J’ai tout à l’heure rappelé l’origine de ce Musée, et pour donner une idée de l’extension qu’il a prise en moins d’un siècle, il me suffira de dire qu’il renferme actuellement plus de douze mille objets, estimés en bloc à trois millions de francs environ, mais dont la valeur réelle est de beaucoup plus considérable.
- Le crédit annuel affecté aux achats de modèles n’était que de quinze mille francs lorsque j’ai été appelé à la Direction. Depuis lors, à la suite des pressantes démarches et sur le rapport favorable de M. le député Félix Faure, ce crédit a reçu une augmentation de cinquante mille francs, qui nous donne, dans une bien plus large mesure que par le passé, la facilité détenir les collections au courant des progrès de la grande industrie et de faire acquisition des appareils réclamés par les professeurs dans l’intérêt de leur enseignement.
- D’un autre côté, le nombre des objets qui nous sont olferfs n’a cessé de sac-
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- croître depuis quelques années, si bien que leur estimation s'est, exceptionnellement il est vrai, élevée en 1885 à plus de cent mille francs.
- Les galeries sont ouvertes au public trois fois par semaine : le dimanche, le mardi et le jeudi, de dix heures du matin à quatre heures du, soir.
- Le nombre des visiteurs qui les parcourent est très considérable, et peut être, le dimanche, évalué à près de trois mille. J’ajoute que les étrangers ou les personnes de passage à Paris, ainsi que les artistes, les ingénieurs et les élèves des écoles qui ont un intérêt quelconque à voir ou à étudier les collections, y sont, même les jours réservés, admis sur leur demande entre midi et trois heures.
- Sans vouloir entrer ici dans un examen détaillé de nos galeries, je ne puis me dispenser de dire que l’on y remarque des objets historiques de la plus haute importance, tels que la voiture à vapeur de Cugnot, les métiers de Vaucanson et de Jacquart, le célèbre chronomètre de Pierre Le Roy, le premier instrument enregistreur de d’Ons en"Bray. Je tiens, d’autre part, à rappeler que la collection léguée par Vaucanson, après s’être fort heureusement accrue des appareils d’étude de Lavoisier, du cabinet d’horlogerie de Ferdinand Berthoud, du cabinet de physique de Charles, dont une grande partie provenait du cabinet de l’abbé Nollet, s’est, à une époque plus récente, enrichie des piles et des instruments électriques de MM. A. et E. Becquerel, des appareils et des épreuves de Daguerre, des essais d’Alph. Poitevin sur les impressions photographiques, du cabinet de Bréguet, des photophones originaux de M. A. Graham Bell, d’une quantité innombrable, enfin, de dons faits par des savants, des artistes, des inventeurs et des industriels.
- Beaucoup de personnes croient que le Conservatoire est un Musée des antiques. C’est une grave erreur, car si nous tenons à conserver les œuvres des savants et des inventeurs de génie, nous nous efforçons aussi de mettre sous les yeux du public les modèles destinés à le tenir au courant de tous les progrès industriels.
- Le général Morin et M. H. Tresca, qui professèrent successivement la mécanique, s’étaient, au lendemain de l’Exposition universelle de Londres en 1851, occupés de créer une salle des machines en mouvement, une sorte de Laboratoire de mécanique industrielle; mais le local qu’ils avaient été obligés d’adopter, l’ancienne église du prieuré, convenait peu à cette destination. Nous poursuivons actuellement l’étude d’une installation qui serait faite dans des conditions plus favorables, et qui se prêterait à la fois aux recherches scientifiques du professeur de mécanique et au développement du service des essais de résistance des matériaux et des expériences dynamométriques confié, sous l’autorité du directeur, à l’ingénieur du Conservatoire.
- Il va sans dire qu’il existe aussi dans l’établissement des Laboratoires de chimie et de physique, avec des élèves en aussi grand nombre que le comportent les locaux mis à la disposition des professeurs.
- Je ne saurais terminer cette partie de ma conférence sans faire allusion aux
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- travaux délicats poursuivie depuis près de dix-sept ans au Conservatoire par la Section française de la Commission internationale du mètre, ainsi qu’aux opérations de contrôle et de poinçonnage des étalons de poids et de mesures et de vérification des nécessaires destinés aux divers bureaux des départements. Ces dernières opérations sont confiées au conservateur-adjoint des collections, qui doit souvent aussi procéder à des vérifications autorisées par le Ministre du Commerce sur la demande d’administrations françaises ou étrangères.
- Trois services, en outre, dont l’un est en cours d’organisation, méritent une mention spéciale : je veux parler de la bibliothèque, du portefeuille industriel et du laboratoire d’électricité.
- La Bibliothèque, créée, nous l’avons vu, par décret de la Convention, est installée dans l’ancien réfectoire dont je vous ai dit l’habile restauration. Constituée à l’origine de livres choisis dans les bibliothèques de plusieurs académies et d’un certain nombre de couvents devenus propriétés nationales, elle contient une riche collection, sans cesse tenue à jour, d’ouvrages principalement consacrés aux sciences, aux arts, à l’agriculture et à l’industrie, et renferme environ trente mille volumes et dix-sept cents cartes, qui représentent une valeur de plus de cent quatre-vingt mille francs. Indépendamment des livres de fonds, le public peut y consulter les principales revues scientifiques et industrielles.
- À l’exception de quinze jours en septembre, elle est ouverte le dimanche de dix heures du matin à trois heures de l’après-midi, et, les jours de semaine, sauf le lundi, de dix heures à trois et de sept heures et demie à dix heures du soir. Le nombre des lecteurs, qui s'élève à plus de vingt-cinq mille par année, se répartit à peu près également entre les séances de jour et les séances du soir.
- Il n’existe malheureusement pas de catalogue imprimé de la bibliothèque, mais tous les ouvrages qu’elle possède sont inscrits sur un répertoire alphabétique de noms d’auteurs et sur une série de catalogues méthodiques dont la révision a été faite avec le plus grand soin par le bibliothécaire actuel.
- Le Portefeuille industriel contient une précieuse collection de dessins dont l’évaluation approximative est de deux cent trente mille francs, mais qu’il serait impossible de reconstituer à aucun prix si un incendie venait à la détruire. On y compte, en effet, près de deux mille sept cents dessins anciens dont le premier noyau remonte à Vaucanson, et plus de six mille cent dessins exécutés depuis 1830 jusqu’à l’époque actuelle et représentant les progrès successifs de l’outillage des principales industries.
- C’est également au portefeuille que se trouvent réunis, conformément aux dispositions de l’arreté du 17 vendémiaire an VII, de la loi du 5 juillet 1844 et du décret du 26 juillet 1858, plus de cent mille dossiers contenant les originaux des descriptions et dessins des brevets d’invention délivrés en France et dont la durée légale est expirée, ainsi que les duplicata, au nombre de près de soixante-cinq
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- mille, des marques de fabrique déposées sous le régime de la loi du 23 juin 1857.
- A cette collection de documents officiels vient se joindre une bibliothèque d’environ trois mille deux cents volumes de publications relatives au service de la propriété industrielle, et dont la valeur d’ensemble dépasse la somme de cent quinze mille francs.
- Le public est admis à consulter tous ces documents, et à prendre, sans frais, des calques ou des copies que je certifie conformes lorsqu’il s’agit de brevets ou de marques et que les intéressés en expriment le désir. Le nombre des pièces ainsi légalisées depuis 1884 s’est élevé à près de cinq cent cinquante pour les brevets et les certificats d’addition et à plus de mille pour les marques de fabrique.
- Le portefeuille industriel est ouvert au public tous les jours à l’exception du lundi, de dix heures du matin à trois heures du soir. Le nombre des personnes qui le fréquentent est d’environ trente par séance. Je n’ai pas besoin d’insister sur l’importance de ce service, qui -—j’en appelle à ceux d’entre vous, Messieurs, qui ont à y puiser des renseignements — est fait avec une ponctualité et un zèle de tous points dignes d’éloges.
- Le Laboratoire d'électricité est de création toute récente. Nous mettons actuellement la dernière main à son organisation, pour laquelle nous avons, du reste, trouvé le plus obligeant concours auprès des constructeurs. Indépendamment des facilités que nous donnera son installation pour l’éclairage de la bibliothèque et des amphithéâtres, ce laboratoire est appelé à rendre de véritables services aux industriels et aux inventeurs qui désireront faire constater, d’une manière officielle, le rendement de leurs machines productrices de courants, l’exactitude de leurs instruments de mesures électriques, et le pouvoir éclairant de leurs régulateurs et de leurs lampes.
- On peut résumer en quelques mots la situation du Conservatoire : c’est un établissement très riche, très populaire, très utile, auquel il ne manque que quelques chaires nouvelles et un peu plus de place pour s’approcher de la perfection.
- Il y a parmi vous, Messieurs, des membres du Parlement, du Conseil municipal de Paris, de la Commission des monuments historiques. Qu’ils veuillent bien me permettre de leur rappeler mes instances auprès des pouvoirs publics ; — de solliciter leur appui pour obtenir, par tous les moyens dont ils disposent, la construction des nouvelles galeries qui nous sont indispensables et l’isolement de l’ancienne église du prieuré de Saint-Martin-des-Champs destinée à devenir une magnifique salle d’expositions temporaires; —de nous aider, enfin, à présenter, lors de l’Exposition universelle de 1889, un Conservatoire national des Arts et Métiers agrandi, complété, et tout à fait digne de notre pays.
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- EXTRAIT D’UNE ÉTUDE SUR L’AGRICULTURE DE u’ALGÉRIE,
- PAR M. A. BERNARD, A BLÏTTERANS, JURA.
- La Société d’encouragement, dans sa séance générale du 24 décembre 1886, a décerné, pour cette étude, une médaille d’or à M. A. Bernard.
- Plantation des arbres. — La saison la plus favorable pour faire les plantations est l’automne et le printemps. Les arbres à feuilles persistantes notamment se comportent beaucoup mieux lorsqu’ils sont plantés alors que la sève n’est pas arrêtée.
- Lorsque les arbres doivent être placés assez près les uns des autres pour former des haies, des abris contre les vents, on les plante dans des fossés de 0m,70de largeur minima sur autant de profondeur. Les lignes sont distantes de lm,50 à 2 mètres les unes des autres et on a soin de disposer en quinconce l’ensemble de la plantation.
- Quant aux arbres qui prennent un grand développement et qui se plantent isolément, on les place à 5 mètres de distance en tous sens. Les trous doivent avoir lm,50 de côté sur 1 mètre de profondeur.
- Les arbres fruitiers se plantent, comme en France, à des distances variables, suivant qu’il s’agit d’arbres à basse ou à haute tige. Mais il y a lieu de remarquer qu’en Algérie, les arbres de cette catégorie se divisent en deux classes bien distinctes : les arbres qui peuvent se passer d’irrigation pendant l’été tels que les amandiers, abricotiers, figuiers, grenadiers, et ceux qui ne sauraient être privés d’eau tels que les poiriers, pommiers, pruniers, cognassiers, orangers, citronniers. Si l’on ne dispose pas d’eau pour l’irrigation, on devra se contenter de planter les arbres que nous avons énumérés ci-dessus et pourvu qu’on ait procédé avec soin à la plantation, ces arbres prospéreront sans qu’on ait presque à s’en occuper. On ne devra pas perdre de vue toutefois que les plantations d’arbres doivent être garanties, autant que faire se pourra, par un rideau de cyprès contre les vents dominants.
- Les arbres destinés à une plantation doivent être arrachés de la pépinière avec soin, de façon à ne pas blesser les racines ; ils doivent rester le moins possible exposés à l’air ; il sera bon d’empaqueter les racines dans de la mousse humide et de la paille. Si les arbres ont subi un long voyage, si les racines ont été légèrement altérées par la sécheresse, il sera bon de les mettre tremper dans l’eau pendant quelques heures avant de procéder à la plantation.
- Pour planter l’arbre, on le place verticalement dans le trou qu’il doit occuper ; on dispose les racines horizontalement dans la position qu’elles paraissent avoir occupée précédemment, et on remplit les intervalles avec la terre que l’on a soin d’ameublir complètement de façon qu’elle ne laisse aucun interstice entre elle et les racines.
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- L’arbre sera peu enfoncé en terre si la terre est forte et humide ; il le sera davantage si elle est sèche et légère : en général, la naissance des racines doit être à 5 centimètres environ en terre.
- La plantation faite, on arrose fortement de façon à tasser la terre ; on recouvre ensuite le trou avec des herbes ou de la paille de façon à conserver la fraîcheur autour du pied de l’arbre. On procède à de fréquents binages pour empêcher la terré de durcir.
- Eucalyptus. — L’eucalyptus globulus est un arbre originaire de l’Australie dont l’introduction en Algérie remonte à une trentaine d’années. Sa croissance est extrêmement rapide, surtout pendant les premières années de la plantation ; il donne un bois qui peut être utilisé pour une foule d’emplois ; enfin sesfeuilles qui contiennent une huile balsamique dont l’odeur est analogue à celle de l’essence de térébenthine exercent une action très bienfaisante, au point de vue sanitaire, sur les lieux plantés en eucalyptus. Il ne faut donc pas s’étonner qu’un arbre qui réunit tant de qualités diverses ait été et soit encore préconisé par une foule de personnes. Mais lorsque nous aurons énuméré toutes les conditions que doit réunir pour prospérer une plantation d’eucalyptus, on conviendra avec nous, nous n’en doutons pas, que la culture de cet arbre exotique doit être restreinte dans d’étroites limites.
- L’eucalyptus ne vient bien que dans les terres argilo-siliceuses ; il ne croît ni dans les terrains salés ni dans les terres calcaires ; il lui faut un sol divisé et perméable, de là, nécessité d’un défoncement préalable du terrain à planter en eucalyptus ; l’irrigation ne lui est pas indispensable, mais un terrain frais lui est nécessaire; enfin, il lui faut une terre riche et fertile : placé dans ces conditions, l’eucalyptus croît avec une étonnante rapidité : à l’âge de quatre ans, il atteint de
- 10 à 12 mètres de hauteur et 40 à 50 centimètres de circonférence à 1 mètre du sol. Mais au bout de quinze à vingt ans, à moins de circonstances exceptionnelles, il a atteint son maximum de développement. On dirait qu’il a épuisé la terre qui le porte et il n’est pas rare de le voir dépérir.
- Le colon dont la ferme sera dépourvue de bois et d’ombrage, pourra se servir de l’eucalyptus pour s’en procurer, pourvu, bien entendu, que le sol se prête à la culture de cet arbre.
- Dans ce cas, il ne devra pas hésiter à entourer les bâtiments d’exploitation de la ferme d’une forêt d’eucalyptus.
- S’il ne peut procéder au défoncement total, comme pour la culture de la vigne,
- 11 établira des fossés séparés les uns des autres par une bande de terre de 1 mètre, Ces fossés auront 60 centimètres de largeur. Chaque ligne d’eucalyptus sera ainsi distante de lm,60 environ; on plante, dans la ligne, chaque arbre à une distance égale : l’eucalyptus se plante à l’état herbacé, alors qu’il n’a encore que quelques feuilles ; on a soin de le placer profondément et on lie remplit le fossé qu’au fur et à mesure de son développement de manière à le butter fortement. L’eucalyptus
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- risque fort, sans cette précaution, d’être renversé par le vent : c’est pour ce motif qu’il ne faut pas davantage planter l’eucalyptus en lignes isolées. Il faut qu’il soit planté en massifs afin que tous les arbres se prêtent un mutuel appui.
- Au bout de trois ou quatre ans, on procède à une éclaircie qui enlève un arbre sur deux et porte à 3 mètres la distance qui existera désormais entre chaque arbre. Cette opération, qui peut être renouvelée un certain nombre de fois suivant la venue et la force des sujets, donnera un produit qui n’est pas à dédaigner, mais l’avantage principal d’une plantation de ce genre sera, comme nous l’avons indiqué, de donner rapidement de l’ombrage aux fermes qui en manquent. On pourra constituer de la même façon des prés-bois précieux pour l’élevage du bétail, ainsi que nous l’avons vu par l’exemple donné par M. Arlès-Dufour dans le domaine des Sources.
- Partout ailleurs qu’il s’agisse de border un chemin d’accès, de créer une avenue dont l’ombrage peut se faire attendre, nous conseillerons au colon de ne pas négliger pour des nouveautés exotiques fertiles en déceptions les arbres qu’il a sous la main pour ainsi dire, ceux dont nous avons éprouvé la valeur, qui, venant sans culture en Algérie, paraissent faits pour le climat, et au premier rang desquels nous plaçons sans hésitation possible le caroubier.
- Caroubier. — Le caroubier est un arbre à feuilles persistantes, qui atteint de grandes dimensions et que l’on a pu appeler, sans exagération, le roi des végétaux algériens. Il croît, de préférence, dans la région de l’olivier, et produit une gousse ou silique qui contient une pulpe sucrée qui est très recherchée par les chevaux, les mulets, etc. En Kabylie, les caroubes sont même utilisées pour l’alimentation humaine.
- Le caroubier est à la fois un arbre d’utilité et d’agrément; il réussit très bien dans les terrains secs et maigres ; son bois est dur et propre à tous les usages ; ses branches inclinées vers la terre forment un dôme de verdure qui couvre parfois de son ombre tutélaire un large rayon. Pour toutes ces raisons, on ne peut qu’en conseiller la plantation de préférence à tous les arbres exotiques, quels qu’ils soient, qu’un engouement passager nous porte à adopter alors que nous avons sous la main des essences forestières qui n’ont rien à envier aux végétaux tant vantés de l’Amérique ou de l’Australie.
- Comme tous les arbres à feuilles persistantes, le caroubier doit être planté à l’automne ou au commencement du printemps (mars-avril), alors que la sève est en mouvement. En hiver, la reprise est douteuse ; en été, elle ne peut être assurée qu'au moven d'arrosages fréquents continués jusqu’à la saison des pluies.
- Olivier. — Ainsi que nous l’avons vu plus haut, la région de l’olivier occupe la moitié du Tell environ : elle s’étend du rivage de la mer jusqu’à une altitude de 1200 mètres environ. Dans cet immense territoire, dont la superficie est de 7 à 8 millions d’hectares, l’olivier se rencontre partout, soit cultivé dans les montagnes kabyles, soit à l’état sauvage dans les broussailles qui couvrent les terres incultes.
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- Il atteint parfois des dimensions énormes et son bois, très dur, peut être employé à tous les usages.
- Mais l’olivier ne prospère pas également dans toute la région qui lui est propre : sur le littoral, au-dessous de 200 mètres d’altitude, il souffre de la, chaleur trop prolongée ; il est atteint de maladies qui nuisent à son développement ; il fructifie peu et ses fruits sont attaqués par un ver qui les fait tomber avant maturité. Au-dessus de 900 mètres d’altitude, l’olivier ne donne guère de meilleurs résultats : la neige, qui persiste parfois assez longtemps dans cette zone, lui est très nuisible.
- Ce n’est donc qu’entre 200 et 900 mètres d’altitude que l’olivier peut être cultivé en vue de son rendement en huile. Partout ailleurs le colon devra avoir soin de le conserver, si aucune raison ne le contraint à détruire un arbre, mais il ne devra en attendre aucun produit sérieux.
- Le premier soin à prendre à l’égard des sujets que l’on veut mettre en valeur est de les greffer. La greffe qui convient le mieux à l’olivier est la greffe en écusson pour les sujets jeunes qui présentent une écorce lisse, mince et tendre, et la greffe en couronne pour les sujets âgés.
- La greffe en écusson à œil dormant se pratique vers la fin d’août ou dans la première quinzaine de septembre.
- La greffe en couronne se pratique au printemps, aussitôt que le sujet est suffisamment en sève pour que son écorce puisse se détacher facilement de l’aubier.
- On se sert pour greffes de branches de deux ou trois ans, l’expérience ayant démontré que des rameaux plus jeunes se desséchaient presque toujours avant la reprise. Les branches servant de greffes doivent être coupées un mois à l’avance. Pendant cet intervalle, on les fiche en terre jusqu’au tiers de leur longueur au pied d’une haie ou d’un mur à l’exposition du nord.'
- • Les arbres greffés doivent être ébourgeonnés avec beaucoup de soin.
- Lorsque les oliviers sauvages que l’on se proposera de mettre en valeur seront des arbres faits et présentant de fortes ramifications, on devra se garder de supprimer la tête pour greffer sur le tronc, car aucune espèce de greffe ne saurait reprendre sur des bois trop vieux.
- Dans ce cas, la seule chose à faire est de greffer sur les branches non pas sur toutes indistinctement, mais sur celles qui, par leur disposition, promettent de former, au moyen des greffes qui s'y développeront, une tête autant que possible régulière et évidée à l’intérieur de manière à donner accès à l’air et à la lumière, ce qui est l’une des conditions essentielles d’une abondante fructification. Le choix des branches qui devront être greffées, devra donc être fait avec soin ; toutes celles qui ne seront pas destinées à la greffe devront être supprimées avant l’opération.
- L’olivier commence à produire au bout de douze ans à partir de sa plantation. A vingt ans, il rapporte de 80 à 100 kilogrammes d’olives. Cette plantation n’empêche pas de cultiver le sol qui est fertilisé par les travaux d’entretien des arbres.
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- EXTRAIT DU RAPPORT FAIT AU NOM DE LA COMMISSION DU BUDGET (1), CHARGÉE D'EXAMINER LE PROJET DE LOI PORTANT FIXATION DU BUDGET GÉNÉRAL DE L EXERCICE 1887
- (MINISTÈRE DU COMMERCE ET DE l’iNTÉRIEUr), PAR M. DE HÉRÉDIA, DÉPUTÉ (2).
- Propriété industrielle.
- Propositions du Gouvernement, 36 000 francs.
- Propositions de la commission, 36 000 francs.
- Il est procédé à la publication des volumes du recueil des. Brevets d’invention, par les soins du comité des publications.
- Ce comité a été institué parmi arrêté ministériel du 3 août 1872, afin de donner une activité plus grande à la publication, qui se trouvait en retard de dix années, et d’assurer en même temps un contrôle sérieux des travaux, qui étaient alors confiés à un seul ingénieur.
- Le comité se compose de cinq personnes. Quatre membres sont chargés d'examiner et de préparer les brevets qui doivent être publiés soit in extenso, soit par extrait, soit par titre.
- Le cinquième membre est un ingénieur chargé de surveiller les travaux d’impression, de corriger les épreuves du texte et des planches.
- Il est responsable de ce travail, pour lequel il s'adjoint les auxiliaires dont il a besoin et dont les honoraires sont à sa charge. Il s’est adjoint, actuellement, deux ingénieurs diplômés de l’Ecole centrale.
- Le comité a un double rôle.
- 1° Il prépare la publication du recueil des Brevets d’invention, ainsi qu’il vient d’être dit.
- Les brevets sont répartis dans 83 classes par nature d'industrie. Chacun des quatre membres du comité examine et prépare les brevets et les certificats d’addition compris dans les classes qui lui ont été attribuées. Il fait connaître au comité qui se réunit le mercredi de chaque semaine, les fascicules qu’il a préparés pour la publication, et soumet à son approbation les résultats de son examen.
- Lors de la création du comité, en 1872, il fut décidé que les brevets délivrés chaque année seraient répartis en 4 tomes.
- (1) Cette commission est composée de MM. Maurice Rouvier, président; de Hérédia, Constans, vice-présidents ; Prevet, Burdeau, Laguerre, Gerville-Réache, secrétaires ; Ernest Lefèvre (Seine), Déandreis, Thomson, Étienne, Camille Dreyfus, Gomot, Salis, Henry Maret, Yves Guyot, Blandin, Ménard-Dorian, Bizarelli, Casimir Périer (Aube), Thiers, Antonin Proust, Laisant, Saint-Prix, de Lanessan, Andrieux, Simyan, Jules Roche (Savoie), Clemenceau, Le Guay, Wilson, Yiette, Saint-Leroy.
- (2) Séance de la Chambre des députés du 15 juillet 1886.
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- Depuis lors, par suite du nombre toujours croissant des brevets et de leur importance plus grande, ces tomes ont dû être divisés en plusieurs volumes ; la publication annuelle comprend actuellement les brevets d’une année et demie répartis en six tomes, subdivisés en 12 volumes.
- 2° Le comité est, en outre, chargé de répartir, chaque mercredi, les brevets dé-livréspendant la semaine précédente, dans les quatre-vingt-trois classes d’industrie.
- C’est là un travail très important pour le classement méthodique des brevets.
- Pour se faire une idée exacte de l’importance du service des brevets d’invention, il convient d’ajouter aux 36 000 francs inscrits dans ce chapitre, les 4 390 francs, portés plus loin pour la part contributive de la France, dans l’entretien du bureau international de Berne, et les 190 000 francs inscrits au chapitre IV pour l’impression des brevets et du Bulletin officiel de la propriété industrielle. Le total des dépenses à sa charge s’élève ainsi à 230 000 francs; mais ce sont là des dépenses essentiellement productives, puisque la taxe des brevets doit, d’après les prévisions, nous donner, en 1887, une recette de 2 144 620 francs.
- Ilya donclieu d’examiner de très près le fonctionnement de ce service. De nombreuses réclamations ont été plus d’une fois adressées au ministre. On s’est plaint des retards apportés dans la publication et la délivrance des brevets d’invention.
- La loi de 1844 porte, en effet, qu’après le payement de la deuxième annuité, les descriptions et dessins seront publiés soit textuellement, soit par extraits. Or les brevets les plus récemment publiés remontent à 1879. D’autre part, les brevets qui, autrefois et jusqu’en 1883, étaient délivrés dans le délai d’un mois et demi à trois mois, ne sont plus délivrés, depuis la publication du nouveau Bulletin officiel de la propriété industrielle, qu’après quatre mois et demi environ.
- Le second grief porte sur l’absence d’un catalogue pour les registres des marques de fabrique, au Conservatoire des Arts et Métiers.
- Il existe, au portefeuille industriel du Conservatoire, une collection de plus de 43 000 marques de fabrique, contenues dans 120 registres, mis à la disposition du public. Mais il n’existe ni table, ni répertoire, ni catalogue pour toutes ces marques. Cette collection si précieuse ne peut donc rendre tous les services qu’on serait en droit d’en attendre.
- On réclame également la communication publique des brevets. L’interdiction de prendre aucune note ni aucun croquis, sur les descriptions et dessins de brevets qui sont communiqués au ministère, a soulevé les protestations de diverses chambres de commerce.
- Le syndicat des ingénieurs et conseils en matière de propriété industrielle insiste surtout sur une réforme très séduisante et très rationnelle, mais absolument impraticable, dans l’état de nos finances ; il demande la centralisation au Conservatoire des Arts et Métiers ou au ministère même, de tous les services qui concernent la propriété industrielle.
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- Le malheureux inventeur, livré à lui-meme, est actuellement oblige, lorsqu’il veut se mettre sous la protection de la loi, de s’adresser à cinq ou six administrations différentes, dispersées aux quatre coins de Paris : au ministère du commerce, pour opérer des recherches parmi les brevets mis en vigueur; à la Recette centrale des finances, pour verser la taxe ; à l’Hôtel de Ville, pour effectuer son dépôt; à l’Imprimerie nationale, pour consulter les publications officielles; aux greffes des tribunaux, s’il veut connaître les décisions judiciaires intervenues sur tel ou tel brevet antérieur.
- Il faut bien reconnaître que la plupart de ces plaintes sont fondées.
- L’administration regrette elle-même, dans une note qui nous a été communiquée, l’absence d’un dépôt central de tous les dessins et modèles de fabriques.
- Lorsque les ministères de l’agriculture et du commerce étaient réunis, on avait fait comprendre, dans les plans de construction de la rue de Varennes, des installations convenables pour le service de la propriété industrielle.
- Confinée aujourd’hui dans des locaux insuffisants, l’administration du commerce ne saurait créer ce dépôt central.
- Quant au Conservatoire, il semblerait, en effet, tout indiqué, si des espaces suffisants pouvaient y être ménagés.
- Mais nous avons déjà eu l’occasion, en examinant les crédits dont il dispose, d’indiquer l’insuffisance de ses installations actuelles.
- L’administration reconnaît elle-même que des retards trop prolongés se produisent dans la délivrance des brevets, mais elle les attribue à l’insuffisance du personnel, qu’on a réduit alors que le nombre des brevets s’est accru.
- Quant à l’interdiction de prendre aucune note ni aucun croquis, elle vient d’être rapportée par le nouveau ministre. Seul, le calque des dessins reste défendu. Sur ce point, satisfaction très complète est donnée aux réclamants.
- Si nous insistons sur tous ces points, c’est que les plus sérieux intérêts de notre industrie et que le prestige de notre génie national sont intimement liés au progrès de plus en plus nécessaire de nos inventions françaises.
- Aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne, des sacrifices considérables ont été consentis en ces derniers temps. La France, qui, en 1862, occupait le premier rang et délivrait S8o9 brevets, n’en a délivré, en 1881 que 6 720. Les États-Unis, au contraire, qui, en 1860, n’en délivraient que l 819, en ont délivré, en 1884,22928.
- L’Angleterre a vu s’élever en deux années, de 1882 à 1884, le nombre de ses brevets de 6 241 à 17 110.
- Enfin l’Allemagne, dans cette même dernière année 1884, a reçu 8 607 demandes de brevets.
- Il y a là une situation qui doit nous préoccuper et il importe plus que jamais que le gouvernement mette à l’étude certaines réformes et la suppression de certaines formalités devenues à coup sûr inutiles.
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- Part contributive de la France dans l’entretien du bureau international de Berne.
- Propositions du Gouvernement, 4 390 francs.
- Propositions de la commission, 4 390 francs.
- Le bureau international de Berne a été institué par la convention du 20 mars 1833, pour la protection de la propriété industrielle.
- Il représente les gouvernements de la Belgique, du Brésil, de l’Espagne, de la France, du Guatemala, de l’Italie, des Pays-Bas, du Portugal, du Salvador, de la Serbie, de la Suisse, de la Grande-Bretagne, de l’Équateur et de Tunis. Il a pour mission de centraliser tous les renseignements relatifs à la protection de la propriété industrielle, de publier dans une feuille périodique en langue française des statistiques et des documents intéressant l’Union.
- Ce bureau, dont les frais sont supportés par les administrations de tous les Etats contractants, est placé sous la haute autorité de l’administration supérieure de la Confédération suisse, et il fonctionne sous sa surveillance. Le crédit demandé par M.le ministre du commerce pour 1887 correspond exactement au chiffre de la dépense de 1885.
- Le principe qui domine la convention de 1883 est le respect des législations locales. Les étrangers, dans chacun des Etats associés, ont droit à la même protection que les nationaux. Us peuvent user du même recours légal contre toute atteinte portée à leurs droits, sous réserve des formalités imposées aux nationaux par la législation intérieure de chaque nation.
- La convention a incontestablement réalisé un sérieux progrès, dont bénéficient nos transactions internationales.
- Il n’en est pas moins vrai que certaines de ces dispositions ont soulevé en France d’ardentes réclamations.
- Nous sommes heureux de constater qu’elles ont pu être modifiées à notre avantage, cette année même, par la conférence qui s’est ouverte à Borne, en avril dernier, entre les délégués de tous les États signataires.
- Nos délégués avaient reçu pour principale instruction d’obtenir des modifications aux articles 5 et 10 qui avaient soulevé chez nous les réclamations que nous venons d’indiquer.
- L’article 5 est ainsi conçu :
- « L’introduction par le breveté dans le pays où le brevet a été délivré, d’objets fabriqués dans l’un ou l’autre des États de l’Union, n’entraînera pas la déchéance.
- « Toutefois, le breveté restera soumis à l’obligation d’exploiter son brevet, conformément aux lois du pays où il introduit les objets brevetés. »
- Par cet article, la France avait fait abandon, en faveur des pays de l’Union, de la clause contenue dans l’article 32 de notre loi du 5 juillet 1844, aux termes
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- duquel est déchu de ses droits le breveté qui introduit en France des objets fabriqués en pays étranger, et semblables à ceux qui sont garantis par son brevet.
- D’après la convention, l’introduction dans le pays du brevet d’objets fabriqués dans un des pays de l’Union, cessait d’être une cause de déchéance. Il est vrai que le breveté restait soumis à l’obligation d’exploiter son brevet, conformément aux lois du pays où il introduit les objets brevetés. — Mais dans les travaux préparatoires de la convention de 1883, il avait été expliqué que le mot « exploiter » signifiait simplement « vendre », de telle sorte que l’individu breveté en France pouvait se dispenser d’y fabriquer.
- Plusieurs chambres de commerce ont fait remarquer, non sans raison, que cette disposition enlevait au travail national la fabrication des objets brevetés que la loi de 1844 lui avait assurée.
- On ne pouvait cependant songer à faire supprimer entièrement cette disposition, alors que les autres Etats, dont la législation ne contient pas de clause de déchéance pour de pareilles introductions, avaient fait de l’acceptation de la France la condition de leur entrée dans l’Union.
- Il fallait donc s’efforcer d’obtenir, de la conférence de Rome, une interprétation du 2e paragraphe de l’article 5 telle qu’il fût bien entendu que l’obligation imposée au breveté d’exploiter son brevet, pourrait signifier obligation de fabriquer. Malgré de très vives résistances, les délégués français ont obtenu cette interprétation ; ils ont réussi à faire voter un article additionnel, aux termes duquel « chaque pays aura à déterminer le sens dans lequel il y a lieu d’interpréter chez lui le terme « exploiter ».
- La France a reconquis ainsi sa liberté d’action. Les pouvoirs publics sont armés de la faculté de décider que la fabrication des objets brevetés en France devra s’y effectuer dans une proportion qui concilie les in térêts du breveté et ceux de l’industrie nationale.
- L’article 10 est ainsi conçu :
- « Les dispositions de l’article précédent (la saisie) seront applicables à tout produit portant faussement, comme indication de provenance, le nom d’une localité déterminée, lorsque cette indication sera jointe à un nom commercial fictif, ou emprunté dans une intention frauduleuse. »
- Cet article a été l’objet de critiques très vives et malheureusement justifiées. Il fallait, pour qu’il pût être interdit d’apposer sur un produit le nom d’une localité qui ne serait pas sa provenance, que ce nom de la localité fût accompagné d’un nom commercial fictif ou emprunté frauduleusement. Grâce à cette restriction, le nom de nos localités industrielles, notamment celui de Paris, pouvait être, et était employé pour marquer des produits fabriqués à l’étranger et introduits ensuite en France. Avec le concours des délégués anglais, les délégués français ont pu faire adopter l’article additionnel suivant à l’article 10 :
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- « Tout produit portant illicitement une indication mensongère de provenance, pourra être saisi à l’importation dans tous les Etats contractants.
- « La saisie pourra également être effectuée dans le pays où l’indication mensongère aura été apposée, ainsi que dans le pays où le produit aura été introduit.
- « La saisie aura lieu à la requête soit du ministère public, soit d’une partie intéressée, individu ou société, conformément à la législation intérieure de chaque État.
- « Les tribunaux de chaque pays auront à décider quelles sont les appellations qui, à raison de leur caractère générique, échappent aux présentes dispositions. Les autorités ne sont pas tenues d’effectuer la saisie en cas de transit. »
- Par suite de ces nouvelles dispositions, les noms de nos localités industrielles ont reconquis les garanties qu’ils n’auraient jamais dû perdre.
- Ainsi amendée dans ses parties défectueuses, la convention de 1883 ne saurait plus soulever d’objections sérieuses. Le succès a été complet. Nous sommes heureux de pouvoir en faire remonter l’honneur à M. Nicolas, directeur du commerce intérieur, qui a été notre habile négociateur à Rome.
- Les marques de fabrique et les noms commerciaux qui ont tant d’importance au point de vue français, sont désormais garantis à nos industriels dans les conditions les plus heureuses.
- Cet exposé nous a paru présenter un sérieux intérêt, au moment où le Sénat est saisi de certaines questions de propriété industrielle par un rapport de M. Dietz-Monnin, qui touche à ces problèmes si délicats.
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- SUR LES VINS ET EAUX-DE-VIE DE FRAMBOISES ET DE FRAISES, PAR M. ALPH. ROMMIER.
- Depuis longtemps on retire des eaux-de-vie des vins obtenus par la fermentation de presque tous les fruits. Elles sont désignées, dans le Manuel Roret, sous le nom de marasquin. Il est reconnu que la fabrication en est souvent défectueuse, certains fruits ne fermentant que lentement et parfois d’une manière incomplète. C’est ainsi que la framboise, suivant l’observation de M.Le Del (1), possède sur sa pellicule un ferment particulier, auquel ce savant a donné la nom de levure Wurtzii, et qui n’est pas apte à transformer en alcool la totalité du sucre. Le vin qui en résulte ne renferme, en effet, que de 2 à 2,5 p. 100 d’alcool, au lieu de 5 p. 100 environ qu’il devrait donner dans une fermentation régulière.
- Vins et eaux-de-vie de framboises. — Il était intéressant de rechercher si le
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- manque d’activité de la levure de la framboise provenait de son peu d’énergie naturelle ou si son action était paralysée par les principes essentiels contenus dans le fruit. Mais, au lieu de cultiver cette levure dans du jus de raisin, comme l’a fait M. Le Bel, afin de vérifier comment elle s’y comportait, on a simplement ajouté à la framboise écrasée une levure d’une grande énergie, qui jouit de la propriété de communiquer aux liquides fermentés une odeur vineuse, la levure de vin ellipsoïdale ; et alors il est arrivé ce fait, que la fermentation, au lieu de se présenter d’une manière languissante et de s’arrêter après la production d’une faible quantité d’alcool, a transformé non seulement tout le sucre contenu dans le fruit, mais encore deux à trois fois autant qu’il en renferme ordinairement.
- Entre autres expériences, le 10 juillet 1883, on a mis à fermenter, dans un grand flacon muni d’un tube abducteur plongeant dans l’eau :
- 16 kilogrammes de framboises qu’on a privées de leurs pédoncules;
- 200 centigrammes d’un jus de raisin contenant de la levure de vin ellipsoïdale bien active ;
- 2 kilogrammes de sucre ajoutés successivement.
- Cette fermentation, qui a été bientôt très vive, a duré dix-liuit jours, par une température presque constamment voisine de 30°. Le jus alcoolique qui en a été tiré, passé rapidement au travers d’une chausse et mis à déposer dans un grand flacon, s’est éclairci en l’espace de quelques jours. Il était alors entièrement fermenté et ne contenait plus une trace de sucre reconnaissable au saccharimètre. Il dosait 18,5pour 100 d’alcool à la température de 17°; 18,1 pour 100 à l’ébullioscope Malligand. Mis en bouteilles, il a donné un dépôt abondant, adhérent au verre, et s’est conservé depuis plus de trois années avec son parfum framboise, qui a acquis avec le temps une grande finesse. Mais ce vin a le défaut d’être acide : la framboise contient en effet une quantité importante d’acide citrique qui n’est pas éliminé par la fermentation à l’état de sel acide, comme l’acide tartrique du raisin, et dont la majeure partie reste alors dans le vin.
- L’eau-de-vie de framboise, obtenue par la distillation du vin ou du marc étendu d’eau, est fortement aromatisée, bien qu’elle ait été diluée par l’alcool résultant de la fermentation du sucre ajouté pendant la fermentation du vin. Elle possède, pendant un certain temps, une odeur framboisée, puis devient comme légèrement enfumée, se modifie ensuite sensiblement et finit par acquérir un parfum d’une grande distinction; il rappelle en effet actuellement, à la fois, la framboise, le noyau et le genièvre, sans qu’on puisse en distinguer bien exactement la nature.
- Vins et eaux-de-vie de fraises. — Les grosses et belles fraises qu’on cultive aux environs de Paris, et qui sont des hybrides de variétés américaines, possèdent une levure plus complète que celle de la framboise et qui est capable de transformer tout leur sucre en alcool. Mais, pour obtenir une fermentation bien active avec ces fruits, surtout si on les additionne de sucre, il est utile de leur ajouter aussi de la levure ellipsoïdale. Le vin de fraise, moins acide que celui de la framboise, est plus agréable à boire et se conserve bien, lorsqu’on le fabrique de manière qu’il atteigne environ 16 p. 100 d’alcool. L’eau-de-vie qui en provient parla
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- distillation en possède le parfum : il s’exalte avec le temps, mais sans se modifier sensiblement. Celle qui est fabriquée avec la fraise anglaise, quoique faite avec le double du sucre contenu dans le fruit, est encore tellement aromatisée qu’elle est à peine buvable. Cependant, quand on en met une petite quantité dans un verre d’eau, ou mieux dans une tasse de tlié, son parfum de fraise ananas s’y développe dans toute sa pureté ; ce qui indique qu’on aurait pu lui faire subir une dilution alcoolique plus grande en faisant fermenter le fruit avec une quantité de sucre plus considérable.
- Il a été reconnu dans ces derniers temps que la levure Wurtzii, ainsi que d’autres comme la levure apiculatus, qui l’accompagnent assez fréquemment, ne jouissent pas de propriétés inversives. Il en résulte que ces levures incomplètes n’ont d’action que sur le sucre interverti et ne peuvent pas transformer le sucre de canne qui existe aussi simultanément dans beaucoup de fruits acides, tels que les pommes, les poires, les cerises, les prunes, les pêches, dont les jus restent si longtemps sucrés; mais, en ajoutant de la levure ellipsoïdale à ces fruits écrasés, comme je l’ai fait pour la framboise et pour la fraise, on obtient facilement des rendements alcooliques plus élevés par la transformation de la totalité de leurs principes sucrés et des produits de meilleure qualité par la régularisation de leur fermentation.
- (Comptes rendus de l'Académie des Sciences).
- CHIMIE INDUSTRIELLE.
- SUR LE SUCRAGE DES MOUTS ET LA FABRICATION DES VINS DE SUCRE PAR MM. D. KLEIN ET E. FRÉCHOU.
- Par suite de la pénurie croissante des récoltes que donne la vigne, on a été conduit à ajouter de la saccharose aux cuves de vendange, soit pour augmenter la quantité du vin, soit pour suppléer au déficit des matières fermentescibles que fournit le raisin.
- Dès l’apparition du Peronospora de la vigne en Europe, quelques viticulteurs, prévoyant déjà les effets désastreux que produirait ce nouveau fléau, songèrent au sucrage des moûts. Mais cette méthode, proposée par Chaptal au commencement du siècle, ne semble pas avoir été suffisamment étudiée : de nombreuses déceptions la firent bientôt abandonner.
- Lorsqu’on ajoute à du moût trop pauvre les quantités de saccharose qu’indique la théorie pour arriver à produire le degré alcoolique nécessaire à la conservation du vin, on observe les faits suivants :
- 1° Une fermentation brusque et tumultueuse, dont la durée varie de quatre à six jours,avec tendance manifeste à l’acescence et.àtoutes les fermentations secondaires;
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- 2° Une production d’alcool de beaucoup inférieure aux prévisions.
- Le vin ainsi produit, quelle que soit d’ailleurs sa richesse alcoolique, est toujours d’une conservation difficile.
- A quelle cause attribuer la nature de ces résultats? Est-ce aux défectuosités de la méthode employée, ou bien à l’impossibilité matérielle d’obtenir les fermentations saines qui résultent d’un moût suffisamment mûri? Cette question, d’une importance capitale pour la viticulture, est devenue le sujet de nos recherches. Nous croyons pouvoir affirmer qu’elle est avantageusement résolue, ainsi qu’on en pourra juger par les essais auxquels nous nous sommes livrés et les résultats qui en ont été la conséquence.
- Pour le premier de ces essais, nous ayons introduit, dans deux flacons A et B, oOO grammes d’eau contenant une même quantité de sucre, un même poids de levure, d’acide fartri-que et des éléments nécessaires à la fermentation; nous avions eu le soin d’intervertir préalablement le sucre introduit dans le flacon A. Après quinze jours de fermentation, nous avons constaté les faits suivants : le liquide du flacon A était limpide et d’une légère odeur aromatique, le degré alcoolique s’élevait à 5°,30 ; le flacon B, au contraire, offrait une forte odeur de vinaigre et de fermentation lactique; la quantité d’alcool était de 3°,20.
- Dans deux flacons C et D, nous avons introduit, le 3 septembre, en nous conformant le plus possible à la pratique suivie par nos viticulteurs, 500 grammes de moût de Noah (vigne américaine), additionné d’une même quantité de sucre; le sucre du flacon C avait subi l’inversion. Ces liquides examinés le 20 septembre ont fourni les résultats ci-après :
- Flacon C = liquide clair, d’une odeur franche de vin, degré alcoolique 8°,30; flacon I) = liquide trouble, odeur acétique, degré alcoolique o°.
- Une expérience faite avec du moût de Côte-Rouge adonné des résultats absolument identiques.
- Ces faits démontrent que les insuccès tenaient à la méthode suivie, et qu’il est relativement facile d’obtenir, avec une quantité d'alcool voisine de la théorie, des fermentations droites qui permettront à l’avenir de transformer des moûts de mauvaise constitution en vins de bonne qualité, très aptes à la conservation.
- Le mode opératoire appliqué à l’inversion du sucre ne souffre aucune difficulté pratique. On dissout, comme il est d’usage, dans l’eau bouillante, le sucre destiné à l’amélioration du moût, en prenant la précaution d’additionner cette eau d’une certaine quantité d’acide tartrique ou sulfurique. Une ébullition de quelques instants suffit pour transformer le sucre en glycose.
- Nous avons recherché, avec le plus grand soin, quelles sont les quantités d’acide nécessaires à cette transformation. Pour l’acide sulfurique, nous avons vérifié les faits suivants, déjà connus avant nos recherches : une dose de y— suffit pour intervertir presque complètement une solution à parties égales de saccharose et d’eau, après quarante-cinq minutes d’ébullition; l’inversion est complète dans le même laps de temps et dans les mêmes conditions, si l’on emploie une proportion de Il est très aisé de se débarrasser de l’acide sulfurique, en ajoutant à la solution bouillante intervertie une faible proportion de carbonate de chaux, Hûm à Hune La proportion de sulfate de chaux ainsi introduite dans le vin est in-
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- signifiante. En effet, on ajoute un maximum de 20kg de sucre pour 2hUt de moût, ce qui correspond à 60gr d’acide sulfurique monohydraté et à 81sr,60 de sulfate de chaux, c’est-à-dire 0gr,40 par litre, dose parfaitement admissible.
- On peut encore, surtout pour les vins de sucre, employer l’acide tartrique comme agent d’interversion, à la dose de de la proportion de sucre ; l’acide tartrique intervertit presque complètement, en une heure d’ébullition, une solution de saccharose et d’eau à parties égales : pour 20kg de sucre et 2hUt de moût, on introduit donc 200g1' d’acide tartrique, soit lgr par litre, ce qui n’augmente que très faiblement l’acidité du vin et favorise sa conservation.
- Nous rappellerons que, d’après les travaux de M. Berthelot, il est reconnu que la saccharose ne subit la fermentation alcoolique en présence du Saccharomyces cerevisiæ qu après avoir subi l’inversion sous l’influence de certains éléments de la levure et que le sucre interverti fermente directement. Il ne s’agit, dans cette Note, que d’appliquer ces notions à la pratique vinicole.
- (Comptes rendus de l!Académie des Sciences).
- Cette note est le contenu d’un pli cacheté, déposé par les auteurs le 5 octobre 1885, et ouvert, sur leur demande, dans la séance de ce jour (21 février 1887).
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- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES
- Le Concours de la Société industrielle du Nord de la France.
- — La Société industrielle du Nord de la France vient de publier le programme des questions proposées pour le concours de 1887.
- Les questions proposées sont au nombre de 118, dont :
- 27 par le Comité du génie civil, des arts mécaniques et de la construction.
- 21 par le Comité de la filature, du tissage.
- 46 par le Comité des arts chimiques et agronom iques.
- 24 par le Comité du commerce, de la banque et de l’utilité publique.
- En outre de ces sujets d’étude, la Société décernera divers prix ou médailles spécifiés, à savoir :
- Deux prix de 1000 francs aux auteurs dont les travaux auront contribué à développer ou à perfectionner d’une façon réelle les industries de la région.
- Un prix de 1000 francs, offert par M. Edouard Agache, sera décerné à l’auteur du meilleur projet d’installation d’un rouissage industriel.
- Cinq médailles de 500 francs (fondation Kuhlmann), pour les progrès les plus signalés dans la région, sur les industries chimiques et agronomiques.
- Un prix de 500 francs à l’auteur de tout travail de chimie pure ou appliquée
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- dont les conséquences, au point de vue pratique, seront jugées d’une importance suffisante.
- Une somme de 500 francs est mise par M. Danel à la disposition du Conseil d’administration pour être donnée par lui à l’œuvre qu’il en reconnaîtra digne.
- Un prix de 500 francs offert par M. Roussel auquel la Société joindra une médaille sera décerné à l’auteur du meilleur mémoire sur la détermination de la nature chimique des différents noirs d’aniline.
- Une somme de 600 francs offerte par les Membres du Conseil d’administration sera affectée à des prix pour les concours en anglais et en allemand. Ces prix seront décernés aux élèves et employés de la région qui auront fait preuve de connaissances pratiques dans l’une ou l’autre de ces deux langues.
- Des certificats aux personnes qui suivent les cours de filature et de tissage fondés par la Ville.
- Des médailles à deux employés comptables pouvant justifier de longs services chez un des membres de la Société industrielle habitant la région du Nord.
- La Société se réserve également de récompenser tout progrès industriel réalisé dans la région du Nord et non compris dans son programme. La distribution solennelle des prix et récompenses aura lieu en janvier 1888. On peut se procurer le programme détaillé, au secrétariat de la Société, rue des Jardins, 29.
- Acier chromé, par le D" Percy. — M. le Dr Percy, bien connu par ses œuvres dans le monde métallurgique, a porté à la connaissance des membres de Ylron and Steel institute, dont il est un des présidents, les progrès récents de la fabrication de l’acier chromé. Une note de M. Brustlein a donné lieu à la communication suivante du président :
- M. Berthier, l’illustre auteur du Traité de la voie sèche, avait déjà indiqué les qualités de dureté et de beau damassé communiquées à l’acier fondu dans un creuset en présence d’une poudre composée de chrome et de fer et indiquait les applications futures que l’industrie pourrait quelque jour tirer de ces propriétés. (.Annales desmines1 série lr0, vol. Yï, page 583.) Plus tard, M. Rolland, ingénieur des mines de France, publia dans les mêmes Annales une intéressante notice sur l’acier chromé, à la suite d’études faites aux Etats-Unis à l’usine de Brooklyn (Chrome-steelcompany), à Scheffieldf Angleterre) etàUnieux(Loire) où M. Brustlein a fabriqué précisément l’acier chromé d’une manière courante. [Annales des mines, 7 e série, tome XIII, page 152.) On fabriquait à Brooklyn, en 1876, trois espèces d’acier chromé. La première qualité était la plus dure et était employée spécialement pour les outils devant s'appliquer aux plus dures matières. M. Rolland cite M. J. Baur comme autorité pour affirmer que l’acier chromé ne souffre aucun dommage d’une exposition prolongée à de hautes températurec. D’après la compagnie de Brooklyn, l’acier chromé, froid, surpasse en ténacité toute autre espèce d’acier
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- et, après la trempe, il perce tout autre objet d’acier sans être entamé par aucun autre, à la condition bien entendu que les proportions de carbone soient identiques. La présence du chrome a également été constatée par l’ingénieur susnommé, M. Rolland, dans la fameuse plaque de blindage russe ; mais il penche à croire que les proportions de chrome étaient insuffisantes pour communiquer des qualités spéciales de dureté au métal qui la composait. Partout où la qualité est une propriété importante requise, le chrome, en proportions convenables, donne des degrés divers de dureté au fer et son application à plusieurs usages peut devenir d’une importance de premier ordre. Le Dr Percy présente à l’assemblée un soc de charrue venu des Etats-Unis qui n’est comparable, d’après l’avis de M. Greig qui en a fait présent au musée futur de l’Institut, à aucun acier anglais : on y constate trois couches distinctes métalliques. La cassure de la couche supérieure est quelque peu inégale, d’un grain fin, d’un gris clair et très semblable à l’acier. La cassure de la seconde couche moyenne, plus mince que les deux autres, à l’aspect cristallin, fibreux et présente de petites surfaces cristallines brillantes : on note de plus une direction lamelleuse d’un parallélisme distinct à celui que possèdent les surfaces inférieure et supérieure. On conclurait volontiers à la fabrication d’une couverture de chaque côté du soc d’acier fondu englobant une feuille de fer malléable, ayant l’analogie la plus grande avec une plaque blindée de construction moderne, avec toutefois cette différence que la plaque n’est recouverte d’acier que d’un seul côté. Le président regrette de ne pouvoir fournir l’analyse des deux sortes de métaux qui composent le soc de la charrue en question, mais engage les métallurgistes à faire des essais dans la voie du fer chromé. (Iron.)
- Expériences de plaques de blindage h l’arsenal de la Spezzia. — D’importantes et récentes expériences de plaques blindées viennent d’être faites à l’arsenal de la Spezzia. Une grande plaque d’acier, de l’usine de Gruson à Bucker (Allemagne), d’une épaisseur maxima de lm,75, a été fixée à une roche près de la baie de Gastogna, point le plus proche de l’endroit où elle sera employée pour une tourelle de défense, l’une des deux que le gouvernement italien projette de créer, pour la protection du port de la Spezzia. La plaque pèse 100 tonnes et constitue une des 17 plaques qui doivent servir de blindage à une des deux tourelles susdites. Le poids total de la tourelle, avec l’armature servant de parapet, sera de 2500 tonnes. Chacune d’elles recevra deux canons, lançant des projectiles de 0m,40 de diamètre, et on calcule qu’elles seront ainsi à l’épreuve de tous ceux que l’on fabrique actuellement et qui pourraient être lancés contre elles, surtout de ceux que l’armée italienne construit exclusivement à l’heure présente, mais que d’autres nations probablement construiront à leur tour. Pour l’expérience en question, unepièce d’artillerie italienne de 0m,43, appartenant au cuirassé le Lepanlo, aété placé sur un ponton spécial, distant de 130 mètres du but. Les projectiles em-
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- ployés dans l’expérience ont été ceux d’acier de Krupp du poids de 1 000 kilogrammes chaque, avec une charge de 381 kilogrammes de poudre prismatique allemande, dite de coco et qui donne au projectile une inertie de 15 000 tonnes-mètres, La plus grande inertie obtenue jusqu’ici à la Spezzia, dans les expériences précédentes, a été de 13 500 tonnes-mètres; elle avait été constatée sur des plaques d’acier et d’alliages de facture anglaise et française. On se rappelle qu’aucune d’elles n’a résisté même à un premier et unique projectile, qui les a brisées après les avoir traversées. L’opinion générale de ceux qui assistaient aux expériences de la Spezzia, était que la plaque deGruson subirait le même sort que les précédentes, parce qu’aucune résistance ne paraissait devoir triompher de ce choc énorme.
- Le résultat a démenti cette croyance. Le premier projectile n’occasionna qu’une pénétration de quelques centimètres et quelques fissures peu importantes. Le second et le troisième n’eurent pas plus d’effet et la plaque paraît pouvoir résister encore à plusieurs autres coups, sans éprouver des dommages sérieux. Les officiers présents ont considéré quelle avait résisté avantageusement au maximum des épreuves exigées par le cahier de charges. Il semble résulter de ces expériences que des tourelles, armées de plaques aussi massives et protégées par des pièces d’artillerie aussi puissantes que celles qu’on va leur fournir, pourront supporter toutes les attaques, en même temps qu’elles pourront désarmer tous les navires qui se trouveront dans leur rayon d’action. (Iron.)
- Nouveau chalumeau à la benzine, sans lampe, de M. Jacob. — Le nouveau chalumeau de M. Jacob de Moscou ( Technick, 1886, n° 113) consiste en deux tubes en cuivre, a et b (voir figure ci-contre), qui débouchent^ dans le réservoir c. Au milieu de ce réservoir se trouve une plaque en métal D, disposée de telle sorte qu’elle n’en touche point les parois, et qu’il règne un espace vide annulaire entre les deux. Les extrémités des tubes A et B viennent affleurer très près de 1a. plaque D, sur laquelle, du côté du tube A, se trouve une mèche M, roulée en plusieurs circonvolutions. L’extrémité f du tube B se termine en plusieurs trous qu’enveloppe un manchon G.
- On verse par l’extrémité supérieure du tube A une quantité de benzine suffisante pour remplir la partie inférieure du réservoir C. Quelle que soit la position du chalumeau, la benzine, une fois l’excédent écoulé par la base du tube B,
- Chalumeau de M. Jacob. 1 1 .
- su y en a, ne peut plus s échapper au dehors. Si on insinue de l’air par l’orifice A, la benzine absorbée par la mèche [M se vaporise et le mélange gazeux peut être enflammé au bec F. Une flamme continue très énergique s’y développe, à une température telle qu’un fil de cuivre de 2 millimètres de
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- diamètre y fond immédiatement. Il n’est nul besoin, dans ce cas, d’une lampe auxiliaire, ce qui permet de travailler aA^ec la plus grande commodité.
- Un appareil de ce genre d’une grandeur moyenne produit une flamme qui dure trois heures. Le chalumeau s’adapte aussi bien aux petites expériences des laboratoires de chimie qu’à celles plus grandes des usines ou ateliers, Il peut être utilisé également comme soufllerie, sans fourneau, pour la fonte au creuset de petites quantités de métal.
- (Dingler’spolytechnisches Journal.)
- Poivres du commerce. —D’après les expériences de Rôttger,la détermination de la quantité d’extrait contenu dans les poivres n’est pas une mesure suffisamment certaine de la bonté et de la pureté des poivres du commerce. Le poivre noir contient de 12,6 à 14,7 p. 100 d’eau; le poivre blanc de 12,9 à 14,5 p. 100. Le rendement en cendres est au maximum de 6 p. 100 pour le poivre noir et de 3 p. 100 pour le poivre blanc, et la quantité de potasse contenue dans ces cendres est respectivement de 27,4 à 34,7 et 5 à 7, c’est-à-dire le cinquième seulement environ pour le poivre blanc; la proportion d’acide phosphorique est inverse, elle n’est que du 11p. 100 dans le poivre noir, tandis qu’elle s’élève à 30 p. 100 dans le poivre blanc.
- {Dingler’s'polytechnisches Journal.)
- Fabrication de la magnésie. — 1° La transformation du chlorure de magnésium en magnésie s’effectue aujourd’hui par calcination dans le district de Stass-forth, à l’usine appelée Salzbergwerk Neustassfurth, sise à Loderburg, dans un fourneau affectant la double forme d’un four à reverbère et d’un four à manche combinés, de manière que la sole inclinée du premier communique par un canal en pente au gueulard du second. Le chlorure de magnésium est séché et calciné sur la sole du réverbère ; lorsqu’il atteint la consistance pâteuse, il est transformé, par l’action de la vapeur surchauffée en oxychlorure de magnésium; il abandonne totalement son chlore à l’état d’acide chlorhydrique en \npeur, lorsqu’il est soumis à la haute température du four à manche. Le succès ordinaire de l’opération dépend de l’intermittence des températures nécessaires à l’expulsion totale du chlore, à chaque chargement et déchargement : dans l’appareil en question, la température reste constamment normale : la charge sur la sole du reverbère se fait par portions déterminées, à l’aide de trémies, et le déchargement à la base du four à manche, où la magnésie calcinée est reçue dans des étouffoirs de construction spéciale, qui empêchent la carbonatation : à l’air, l’opération est continue. Le creuset du four à manche, soumis à une température très élevée, exige des matériaux réfractaires et de composition chimique basique pour sa construction.
- 2° En préparant, d’après Yon Maltzan, une dissolution de phosphate de chaux
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- dans l’acide sulfureux, et y introduisant une proportion de sulfate de magnésie proportionnelle à la quantité de chaux précipitée, on obtient après filtration une liqueur qu’on traite par une quantité suffisante de carbonate d’hydroxyde ou d’oxyde de magnésium, pour précipiter complètement l’acide phosphorique à l’état de phosphate de magnésie. La liqueur qui reste consiste en sulfite de magnésie. Onia transforme, àl’aide d’insuftlation d’air ou de tout autre oxydant, assez aisément, en sulfate de magnésie. Ce sel, ainsi reproduit, fournit le réactif d’une seconde opération, dont les résultats sont d’une part le phosphate de magnésie, de l’autre du sulfate de chaux (1).
- {JOing 1er s polytechnisches Journal.)
- Le canonenfils d’acier. — Un nouveau canon de 9,2 pouces (23,36 centimètres), en fils d’acier, a été expérimenté par la commission royale, aux tirs et polygones de l’arsenal de Woolwich, à titre d’essai. Le département de la guerre, après succès, a donné l’ordre de construire plusieurs de ces canons. La pression d’épreuve prescrite par le gouvernement est de 65 tonnes par pouce carré (65 kg. 975 par 6,4-4 centimètres carrés ou 10 kg. 24 par centimètre carré). Le nouvel engin pèse 25 tonnes et a 33 pieds de long (10m, 03).
- Le fil d’acier est roulé autour du tube intérieur, depuis la culasse jusqu’aux tourillons, et constitue 78 couches. Chaque fil a 2400 yards (2193 mètres) de longueur; il est plat; et il est enroulé, àl’aide d’une machine spéciale, avec une force de compression correspondante à 40 tonnes par pouce carré (40 600 kg. par 6, 44 centimètres carrés ou 630 kg. par cent.). Les bouts sont soudés par un pressage et un rivetage qui s’étend sur 15 pouces (0m,38).
- Après l’enroulement de ce fil, une couverture en acier est soigneusement appliquée pour recevoir le tout.
- (.Iron.)
- Éclairage de la statue de la Liberté à New-York. — La belle statue de Bartholdi placée à l’île de Bedloe, dans la baie de New-York, est éclairée pendant la nuit de la façon suivante : la torche que la statue tient dans sa main droite contient huit lampes électriques d’un pouvoir éclairant de 6 000 bougies dont la lumière est dirigée vers le ciel de façon à former un nuage d’une grande clarté lumineuse. Huit autres lampes de 6 000 bougies sont disposées de façon à éclairer la statue elle-même, de manière que l’image se détache en relief sur l’horizon très nettement. {Iron.)
- (I) On peut représenter la réaction par les formules suivantes :
- a [PhO3, Ca O + SO2 + MgO, SO3 + MgO, CO2] = [MgO, PhO3 + SO2, MgO + SO3, CaO + CO2. |
- h [MgO, SO2 + 0 = MgO, S O3.]
- {Note clu traducteur.)
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- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION
- PROCÈS VERBAUX
- Séance du 22 avril 1887.
- Présidence de M. Ed. Becquerel, Président.
- M. le DT Fontaine-Atgicr, rue Béranger, 17, à Fontainebleau, demande que la Société vérifie les constantes d’un couple voltaïque de son invention : — il envoie également une brochure sur le mobilier scolaire, et en particulier, sur une table-chaise hygiénique à trois inclinaisons, mise en rapport avec l’hygiène de l’œil myope. (Arts économiques.)
- M. Millot, membre de la Société, à Gray, présente un mémoire de M. Minary, ingénieur à Besançon, sur un moyen d’atténuer la violence et la fréquence des orages dangereux. (Arts économiques.)
- M. P. Guillaumin, constructeur, à Yoiron, Isère. — Notice sur la construction d’un pont à bascule se vérifiant lui-même. (Arts mécaniques.)
- M. H. Bassin, rue Alfred-Stevens, 6. —Bougie-chronomètre donnant l’heure de la bourse. (Arts économiques.)
- La Société d’expériences aéronautiques de Paris, boulevard de Clichv, 69, annonce qu’elle a découvert un vernis applicable à toutes les industries, remplaçant le goudron ainsi que les vernis les plus délicats. (Arts chimiques.)
- M. Molas, rue de la Tour-Passy, 106. — Appareil automatique pour préserver les mineurs de toute explosion de grisou. (Arts mécaniques.)
- M. Marchand, rue Descartes, 44.'— Perfectionnements apportés à un brûloir de café qui a été récompensé en 1870 par la Société. (Arts économiques.)
- M. Séguin, à Saint-Robert, envoie une nouvelle rédaction de son travail sur les avantages de l’agriculture présenté à la dernière séance. (Agriculture.)
- M. P. Regnard, ingénieur, membre de la Société, rue Bayen, 59, envoie une note de M. Alfred Duboul, de Marseille, sur les conditions de fabrication, de résistance d’allongement et d’élasticité des cordages et câbles, en chanvre, en aloès et en fils métalliques. (Arts mécaniques.)
- Le secrétaire de l’exposition d’hygiène de l’enfance annonce que cette Exposition s’ouvrirg le 15 juin, au pavillon de la Ville de Paris, sous la présidence d’honneur de MM. Lockroy et Mesureur, et la présidence effective du DT Chassaing. Les personnes qui désirent participer à cette exposition et prendre connaissance de ses statuts, sont priées de s’adresser sans retard à M. Engammare, secrétaire de l’Exposition, 27, rue Condorcet.
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- PROCÈS-VERBAUX.
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- M. le Ministre de l’instruction publique et des beaux-arts annonce que le mardi 31 mai prochain, à midi et demi, aura lieu, à la Sorbonne, l’ouverture du congrès des Sociétés savantes dont les travaux se poursuivront durant les journées des mercredi 1er, jeudi 2 et vendredi 3 juin.
- M. Bérard, membre du Conseil, fait hommage de sa notice biographique sur Félix Le Blanc.
- M. Alfred Bailly fait hommage de la brochure contenant les discours prononcés aux obsèques de Gaspard-Adolphe Bailly.
- Bulletin de la Société d’encouragement pour le commerce français d’exportation. N° 1. Séance du 26 janvier.
- Des épongés : classification, préparation, commerce, par A.-J.-M. Rennes.
- La Revue du Portugal et de ses colonies. Directeur Carlos Lisbon, à Lisbonne. {Bulletin.)
- MM. Morot frères et Chuit, libraires-éditeurs, rue de l’Ancienne-Comédie, 18, font hommage à la Société de deux ouvrages qu’ils viennent de publier :
- 1° Conférences sur quelques-uns des progrès récents de la physique, par M. Tait, professeur à l’Université d’Edimbourg, traduit de l’anglais par M. Krouchkoll.
- 2° Voyages, aventures et combats, par M. Louis Garneray, peintre de marine, avec illustrations d’Alfred Paris.
- Nomination de membres delà Société. —Sont nommés membres de la Société :
- M. H. Bonnami, ingénieur-directeur de l’usine de chaux hydraulique Vvc J. Brangel. à Pont-de-Pany (Côte-d’Or), présenté par M. Secretan.
- M. Roques, compositeur de musique, à Paris, présenté par M. Secretan.
- Nomination de membres de Conseil. —Le Président ouvre un scrutin pour les nominations à faire de membres dans les comités des arts chimiques, des arts économiques et des constructions et beaux-arts.
- Le dépouillement successif des scrutins donne les résultats suivants :
- Arts chimiques. M. Roussin.
- Arts économiques. M. Carpentier.
- Constructions et beaux-arts. M. Plon.
- Ces nominations, pour être définitives, devront être soumises à la ratification de l’assemblée générale de la Société.
- Rapports. — M. Le Roux demande, au nom du Comité des arts économiques, une déclaration de vacance dans ce Comité.
- Cette proposition est adoptée.
- Clapet de retenue. — M. Hirsch fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport sur un clapet de retenue pour vapeur, dit clapet-pendule, de M. Paul Curette, ingénieur civil des mines, à Hamégicourt, par Moy-de-1’Aisne. Il décrit cet appareil, qui a déjà reçu d’assez nombreuses applications.
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- PROCÈS-VERBAUX.
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- Le Comité propose de remercier M. Carette de son intéressante communication, et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin de la Société, avec figures sur bois.
- Ces propositions sont adoptées.
- Apprêts des tissus. — M. Edouard Simon fait, au nom du même Comité, un rapport sur le traité élémentaire des apprêts des tissus de coton, blancs, teints et imprimés, par M. Joseph Depierre. Il donne le compte-rendu détaillé des diverses parties de cet ouvrage, qui contient, outre la description des procédés en usage, un grand nombre de clichés représentant les machines employées dans les diverses opérations.
- Le Comité des arts mécaniques propose de remercier M. Depierre pour son intéressant envoi, et de voter l’insertion au Bulletin du présent rapport.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Alliage d’aluminium. — M. Le Chatelier fait, au nom du Comité des arts chimiques, un rapport sur un nouvel alliage d’aluminium, présenté par M. Bour-bouze. Cet alliage, composé d’étain et d’aluminium, possède, à peu de chose près, les mêmes qualités de légèreté que le métal pur, et présente, sur ce dernier, le grand avantage de se laisser souder facilement. Il sert à souder l’aluminium lorsqu’il contient 45 p. 100 d’étain. M. Bourbouze a composé un autre alliage d’aluminium, renfermant seulement 10 p. 100 d’étain, qui possède encore la propriété de se souder à l’étain, tout en conservant les qualités utiles du métal pur. Cet alliage peut donc remplacer l’aluminium dans ses applications.
- Le Comité des arts chimiques propose de remercier M. Bourbouze de sa communication, et défaire insérer le présent rapport dans le Bidletin de la Société.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Communications. — Plume inscrivante. — M. Mascart, membre du Conseil, présente, au nom de M. Auguste Fenon, horloger de l’Observatoire de Paris, avenue de Châtillon, 36, une plume inscrivante, solution du problème depuis longtemps cherché d’avoir un petit organe qui trace, sans s’user, un trait net sur le papier. — L’appareil consiste en un siphon en acier trempé, dont une extrémité plonge dans un réservoir d’encre et dont l’autre est munie d’une plume. Avec celle-ci, onpeut tracer des courbes d’une finesse extrême et durables. L’appareil a fonctionné neuf mois, sans exiger le renouvellement ni de l’encre ni de la plume.
- M. le Président remercie M. Mascart et M. Fenonâe cette intéressante communication, qui est renvoyée au Comité des arts économiques.
- Verrespolychromes.—M.Jungfleisch présente quelques spécimens de verres polychromes, obtenusparM. Cros, et reproduisant certaines pièces d’origine antique.
- Parmi les objets anciens, en verre de plusieurs couleurs, qui figurent dans les musées d’Europe, les uns ont été fabriqués par des méthodes usitées encore actuellement dans l’industrie : tels sont les verres filigranés ou les applications
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- PROCÈS-VERBAUX.
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- d’émaux; tels sont encore les verres doublés, c’est-à-dire formés de couches superposées, de couleurs différentes, que l’on a taillés ou gravés à la pointe. Il en est d’autres, au contraire, avec lesquels les productions des verriers modernes ne présentent aucune analogie : les motifs qui les composent ont été manifestement modelés avec des masses plastiques, de nuances variées, puis l’erisemble a été vitrifié par la cuisson, sans que la forme ou la couleur des diverses parties se soient altérées, sans que les verres fondus simultanément se soient mélangés. L’aspect très spécial de différentes pièces de ce genre, recueillies à Pompéi ou en Égypte, et conservées au Louvre, par exemple, ne permet pas de les confondre, comme on l’a fait quelquefois, avec d’autres, obtenues en verre doublé, par des moyens analogues à ceux de la gravure en camées.
- Ce sont ces objets, modelés et vitrifiés, d’un travail moins précieux mais non moins artistique, que M. Cros s’est appliqué à reproduire ; c’est surtout la technique des artistes qui les ont obtenus qu’il est parvenu à restituer.
- Les pièces vitrifiées, soumises à l’examen de la Société, ont été faites par lui avec les moyens très limités que comporte un atelier de sculpteur. Elles permettent de prévoir que l’industrie pourra, à l’aide des procédés dont il/. Cros poursuit l’étude, obtenir des effets décoratifs présentement inusités, mais familiers aux verriers de l’antiquité.
- M. le Président remercie M. Jungfleisch de son intéressante communication, qui est renvoyée au Comité des arts chimiques et à celui des beaux-arts.
- Le Gérant : J.-H. Ginestou.
- Paris. — Typ. G. Chamerot, 19, rue des Saints-Pères. — 2111P.
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- 86* ANNÉE.
- Quatrième Série, Tome II.
- JUIN 1887
- BULLETIN
- DE
- POUR L'INDUSTRIE NATIONALE
- ARTS MÉCANIQUES
- Rapport fait par M. le colonel Pierre, au nom du Comité des arts mécaniques, sur la roue métallique de M. Winzenried.
- M. Winzenried, mécanicien, 6, rue de Suez, à Paris, présente à la Société d’Encouragement un nouveau système, de roue entièrement métallique, applicable aux voitures deluxe, de place et de commerce.
- Ce système a été breveté aux noms de MM. Winzenried et Maréchal; mais ce dernier s’étant retiré de l’association, le brevet est maintenant la propriété exclusive de M. Winzenried.
- Dans l’exposé des motifs qui ont conduit à la création de cette roue, M. Winzenried fait ressortir les inconvénients des roues en bois pourvues d’une boîte et d’un cercle métalliques, dont on fait usage depuis si longtemps, et ont rendu et rendent encore des services incontestables. Il fait remarquer notamment leur usure rapide, leur pesanteur, et le peu de durée de leurs parties en bois. Par contre, suivant lui, sa roue sera solide, légère, et d’une durée illimitée.
- Depuis un demi-siècle, bien des modèles de roues entièrement métalliques ont été inventés; plusieurs ont été expérimentés, soit par des particuliers, soit par des administrations, et notamment par le service de l’artillerie; mais jusqu’à présent la roue bois et fer a continué à être presque exclusivement employée pour toutes les voitures, excepté pour celles qui roulent sur des rails, ou pour quelques cas tout spéciaux.
- Cependant les inconvénients de la roue bois et fer sont bien réels ; on sait, par exemple, combien peu de temps roulent sans réparations les roues neuves des omnibus; d’autre part, l’expérience acquise par le service de Tome II. — 86e année. 4e série. — Juin 1887. ÉJ
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- l’artillerie a prouvé que si l’on veut, au bout d’un an seulement, employer des roues mises en magasin, à l’état neuf ou en très bon état, il faut les retoucher presque toutes pour resserrer leurs assemblages disloqués en partie par l’inévitable dessiccation des parties en bois. Mais les voitures de la guerre, et particulièrement celles de l’artillerie, doivent pouvoir manœuvrer facilement en dehors des routes, sur des terrains mous. C’est cette nécessité
- Fig. 1. — Roue métallique système Winzenried.
- qui y rend impossible l’usage des roues métalliques proposées jusqu’à présent, et dans lesquelles la couronne manquant à la fois de largeur et d’épaisseur creuse des ornières profondes dont il est souvent impossible de sortir.
- Mais pour rouler sur le pavé, sur l’asphalte, sur des routes d’une dureté convenable, une bonne roue métallique a des chances de succès. A ce point de vue, celle de M. Winzenried paraît offrir certains avantages capables d’attirer l’attention.
- Dans cette roue, le tour de jantes est remplacé par une couronne en fer laminé, sans soudure, percée de mortaises pour l’assemblage des rais ; elle est
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- entourée d’un cercle en fer, également laminé sans soudure, appliqué à chaud, et fixé en outre par des boulons.
- Les rais en fer creux étiré sans soudure sont assemblés dans la couronne par le bout extérieur; ils sont inclinés alternativement en avant et en arrière du plan de la roue; ceux de derrière sont fixés dans le corps du moyeu qui est un cylindre en fer faisant fonctions de boîte à graisse ; ceux de devant sont implantés dans une bague qui embrasse le devant du moyeu, et est pressée par un écrou de réglage dont la position assurée par un contre-écrou a pour effet d’arc-bouter les rais contre la couronne.
- Les rais sont fixés dans leurs mortaises au moyen de tétons qui, ayant pour grosseur le diamètre intérieur des rais, empêchent ceux-ci d’être aplatis ou matés par les chocs que la roue reçoit continuellement.
- Les réparations dont le besoin se fera sentir s’exécuteront sans difficulté. Le bandage usé sera remplacé par les mêmes procédés que dans les roues bois et fer. Si un ou plusieurs rais sont faussés ou cassés par des chocs ou autrement, il suffira de desserrer l’écrou de réglage, de ramener la bague en avant de façon à permettre d’enlever les rais hors de sërvice et de les remplacer par d’autres.
- On voit que les dispositions adaptées pour l’agencement de la roue de M. Winzenried sont ingénieuses, et qu’elles paraissent pouvoir donner de bons résultats. Malheureusement la situation modeste de l’inventeur ne lui a pas permis de faire connaître son invention au public. Il s’adresse pour cela à la Société d’Encouragement, lui demandant de vouloir bien lui venir en aide en lui accordant la publicité de son Bulletin.
- Le Comité des arts mécaniques, auquel l’examen de cette demande a été renvoyé, estimant que la roue de M. Winzenried possède des qualités qui peuvent la rendre utile, est d’avis que le Conseil d’administration ordonne l’impression, dans le Bulletin de la Société, du présent rapport accompagné d’un dessin de la roue et d’une légende explicative.
- Signé : A. Pierre, rapporteur.
- Approuvé en séance le 11 mars 1887.
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- LÉGENDE DES FIGURES REPRÉSENTANT LA ROUE MÉTALLIQUE SYSTÈME WINZENRIED.
- A, jante en fer laminé sans soudure dans lequel sont pratiquées des mortaises pour l’assemblage des rais.
- B, bandage en fer laminé sans soudure posé à chaud et maintenu par des boulons b.
- C, C, rais en fer creux étiré sans soudure, maintenus dans la jante et le moyeu au moyen des tétons a.
- D, moyeu en fer évidé en c pour former boîte à graisse ; d, rondelle maintenant l’obturateur een cuivre ou en feutre. Les rais d’arrière viennent se fixer*sur cette partie du moyeu.
- E, essieu à l’extrémité duquel sont fixés un écrou f et un contre-écrou g qui le maintiennent dans le moyeu et règlent sa position ; h, chapeau vissé sur le moyeu protégeant l’extrémité de l’essieu.
- F, bague en fer sur laquelle sont fixés les rais d’avant ; i, bague en fer formant écrou et assujettissant la bague F ; j, contre-écrou qui permet de régler et de maintenir l’écrou i et la bague F dans leur position.
- ARTS CHIMIQUES
- Rapport fait par M. Biver, au nom du Comité des arts chimiques, sur un
- SYSTÈME DE FOURS DE VERRERIES, A BASSIN, A FUSION ET A TRAVAIL CONTINU, avec récupérateurs de chaleur, présenté par M. Charneau,
- ingénieur-constructeur, à Argenteuil ('Seine-et-Oise).
- L’industrie du verre a été profondément modifiée par les procédés de chauffage de Siemens, qui figurèrent pour la première fois à l’Exposition universelle de Londres en 1862.
- De temps immémorial, le verre se faisait dans des creusets de terre réfractaire, placés dans des fours qu’on chauffait directement avec du bois ou de la houille.
- Les nouveaux procédés avec le chauffage au gaz et les fours à bassins suppriment les creusets et fabriquent le verre sur la sole convenablement disposée d’un four à reverbère.
- Les appareils Siemens sont bien connus. Ils comportent trois parties distinctes : les gazogènes, les régénérateurs de chaleur, et le four proprement dit qui reçoit les matières à soumettre au feu. Leur emploi donne une grande économie de combustible et permet un travail plus régulier
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- que les anciens fours. Mais l’installation en est coûteuse; ils prennent beaucoup de place, et l’agencement des régénérateurs et de la circulation des gaz est assez compliqué.
- Après Siemens, divers ingénieurs, notamment M. Ponsard et M. Radot, ont construit des récupérateurs de chaleur plus simples que les régénérateurs Siemens et fonctionnant d’une manière satisfaisante.
- MM. Videau, Radot et Lencauchez ont aussi construit divers fours à gaz, plus simples que ceux de Siemens.
- La planche 15, représentant le four de verrerie de M. Chameau, qui devait accompagner le Bulletin de juin, a été placée par erreur dans le Bulletin de mai.
- t à l’une de leurs lières qui forment cueille par petites matières, la vitri-it le libre trajet de cueillage. L’expé-dans des fours très cemment construit êtres de largeur et verre fondu, îteuil, a fait, le ne communication es, avec chauffage
- x de Siemens. Ses ispositions du four
- isions, et par con-a pour but de les ais, par la concur-ours à creusets par
- des tours a nassins.
- D’après M. Chameau, le prix d’un four à bassin de son système (pl. 15), pouvant donner journellement 4800 kilogrammes de verre marchand (6000 bouteilles de 800 grammes) et consommant 4500 kilogrammes de houille, ne dépasserait pas 14 à 15 000 francs,
- M. Chameau accole les gazogènes à ses fours et place ses récupérateurs au-dessous des bassins dont ils sont séparés par des canaux dans lesquels circule de l’air froid.
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- que les anciens fours. Mais l’installation en est coûteuse; ils prennent beaucoup de place, et l’agencement des régénérateurs et de la circulation des gaz est assez compliqué.
- Après Siemens, divers ingénieurs, notamment M. Ponsard et M. Radot, ont construit des récupérateurs de chaleur plus simples que les régénérateurs Siemens et fonctionnant d’une manière satisfaisante.
- MM. Videau, Radot et Lencauchez ont aussi construit divers fours à gaz, plus simples que ceux de Siemens.
- Les fours à gaz, à bassin et à travail continu reçoivent à l’une de leurs extrémités la composition, ou mélange des matières premières qui forment le verre, tandis qu’à l’autre extrémité l’ouvrier verrier cueille par petites quantités le verre fondu qu’il doit façonner. La fusion des matières, la vitrification et l’affinage doivent s’opérer complètement pendant le libre trajet de la masse, des ouvreaux d’enfournement aux ouvreaux de cueillage. L’expérience a démontré que les meilleurs résultats s’obtiennent dans des fours très longs, et contenant une grande provision de verre. On a récemment construit des fours qui ont plus de 20 mètres de longueur sur 7 mètres de largeur et qui peuvent contenir jusque 250 tonnes de matières et de verre fondu.
- M. A. Chameau, ingénieur-constructeur à Argenteuil, a fait, le 10 décembre dernier, à la Société d’Encouragement une communication verbale sur son système de fours à bassins pour verreries, avec chauffage au gaz et récupérateurs de chaleur.
- M. Chameau emploie des gazogènes analogues à ceux de Siemens. Ses innovations portent surtout sur les récupérateurs et les dispositions du four proprement dit.
- En simplifiant ses appareils et réduisant leurs dimensions, et par conséquent la dépense que nécessite leur construction, il a pour but de les mettre à la portée des petites verreries, obligées désormais, par la concurrence, sous peine de ruine, de remplacer leurs anciens fours à creusets par des fours à bassins.
- D’après M. Chameau, le prix d’un four à bassin de son système (pi. 15), pouvant donner journellement 4800 kilogrammes de verre marchand (6000 bouteilles de 800 grammes) et consommant 4500 kilogrammes de houille, ne dépasserait pas 14 à 15000 francs.
- M. Chameau accole les gazogènes à ses fours et place ses récupérateurs au-dessous des bassins dont ils sont séparés par des canaux dans lesquels circule de l’air froid.
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- Le système de récupérateurs qu’il a imaginé est d’une grande simplicité. Les produits de la combustion, et l’air à chauffer y circulent séparément dans deux séries de canaux horizontaux, se croisant à angle droit, et formés par des rangées de briques réfractaires posées de champ, séparées par des assises horizontales de carreaux ou tablettes en terre réfractaire. Les joints sont recouverts et bien étanches, et toute la construction peut se faire avec des matériaux ordinaires.
- Le four Chameau peut rendre de réels services dans la fabrication des bouteilles, et son installation, peu coûteuse, paraît favorable à une exploi-
- Fig. 1. — Coupes du récupérateur du four Chameau et carreau à recouvrement.
- tation économique où l’on chercherait à réaliser un bas prix de revient avec une production très limitée.
- Votre Comité des arts chimiques vous propose de remercier M. Char-neau de son intéressante communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin avec les dessins du four et une légende explicative.
- Signé : H. Biver, rapporteur.
- Approuvé en séance le 25 mars 1887.
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- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA PLANCHE 15 REPRÉSENTANT LE FOUR DE VERRERIE AVEC LE RÉCUPÉRATEUR SYSTÈME CIIARNEAU.
- Les figures 1, 2 et 3 représentent le four de verrerie. Les mêmes lettres désignent les mêmes objets dans ces figures.
- A, gazogène accolé au four et semblable aux gazogènes Siemens (fig. 2).
- B B, brûleurs. Les gaz sortant du gazogène A passent par les conduits K et débouchent dans le four en B où ils se trouvent mélangés à l’air.
- G C, ouvreaux de travail du four.
- DD, rondelles de cueillage.
- E E, portes d’enfournement.
- N, bassin.
- Q, récupérateur ou accumulateur de chaleur. L’air froid entre en 0, traverse le récupérateur comme l’indiquent les flèches (fig. 2), aboutit à la chambre H après s etre échauffé et passe dans les carneaux L pour se mélanger au gaz en B.
- G G, sortie des flammes du four. Les gaz brûlés repassent en descendant dans le récupérateur dans le sens indiqué par les flèches (fig. 1) en se divisant en filets horizontaux dans des canaux perpendiculaires a ceux de l’air qui s’échauffe. Les fumées se réunissent en S (fig. 1), carneau qui conduit à la cheminée comme l’indique la flèche / (fig. 3).
- F, cheminée de courant d’air pour refroidir les parois du four.
- R, registre de réglage de l’entrée des gaz dans le four.
- M, registre du gazogène. -
- P P, trous de piquage du gazogène.
- T T, trémies de chargement.
- U, fosse de nettoyage du récupérateur.
- La figure 1 (fig. sur bois ci-contre) représente la coupe en plan d’un récupérateur à une échelle différente de celle du four de verrerie. Elle fait voir la marche des gaz brûlés et de l’air; celui-ci s’échauffe en passant dans lesconduitsB, et les fumées passent dans les conduits perpendiculaires A qui sont superposés aux premiers.
- Les récupérateurs sont fermés d’un côté par des briques G que l’on retire pour permettre le nettoyage des conduits de fumée.
- Ges conduits sont faits de briques posées de champ qui forment cloisons de carreaux à recouvrement, comme rindiquent les figures sur bois 1, 2 et 3. Ces carreaux^ représentés au-dessus de la coupe en travers, sont de 230 sur 230 millimètres et leur épaisseur, de 50 à 20 millimètres, varie suivant la température du four.
- Ces récupérateurs peuvent être appliqués à des calorifères ou à tout autre usage.
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- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Édouard Simon, au nom du Comité des arts mécaniques,
- sur le TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE DES APPRÊTS DES TISSUS DE COTON, BLANCS,
- TEINTS ET IMPRIMÉS, par M. JOSEPH DÉPIERRE (1).
- Messieurs,
- Dans son Traité du travail des laines cardées (t. II, p. 247), Michel Alcan écrivait ce qui suit : « Apprêter une étoffe quelconque, c’est « développer et mettre en évidence de la façon la plus avantageuse les « caractères de la substance ou des substances qui la composent, pour « donner au tissu l’apparence la plus favorable et les qualités les mieux « appropriées à l’usage auquel on le destine... »
- M. Dépierre adopte cette définition pour rappeler tout d’abord que l’apprêt est destiné à faire valoir la qualité réelle de la marchandise et ne doit pas constituer une falsification de l’étoffe, ni en déguiser la nature. Certains articles anglais contiennent, en effet, jusqu’à 100 pour 100 de matières étrangères à la fibre (p. 4) ; si ces surcharges se reconnaissent en raison de la poussière qui se dégage, lorsqu’on déchire l’étoffe, les apprêts allemands, également chargés, mais additionnés de beaucoup de matière grasse, ne donnent que peu ou pas de poussière par la déchirure (p. 380). M. Dépierre blâme justement des procédés, auxquels l’industrie française n’a jamais sacrifié la bonne renommée de ses produits.
- Après l’énumération des diverses sortes d’apprêts applicables à tous genres de tissus, pour ne retenir (en dehors des méthodes de blanchiment, de teinture et d’impression) que les opérations spéciales aux cotonnades, l’auteur divise son ouvrage en deux parties. Dans la première sont étudiées les substances nécessàires à la préparation des apprêts, puis sont passés rapidement en revue, avec de nombreux clichés à l’appui des explications, les types des principales machines. La seconde partie traite du chlorage et du bleutage, des procédés basés sur l’emploi des appareils et des ingrédients étudiés dans les chapitres antérieurs, des accidents, qui résultent de l’altération des substances déposées sur les fibres du coton.
- Au point de vue de l’ordre méthodique, il serait peut-être utile de
- (I) J. Baudrv, éditeur, la, rue des Saints-Pères, à Paris.
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- modifier quelque peu la division qui vient d’être indiquée, de reporter notamment, après l’examen de l’outillage, l’analyse des éléments, dont les mélanges ou les combinaisons sont formulés à la tin du volume. Le chapitre relatif aux altérations, —l’auteur lui-même en a fait la remarque, — devrait clore le traité, au lieu de s’intercaler entre deux séries de recettes. Des difficultés typographiques et l’adjonction au texte d’un grand nombre d’échantillons auraient, paraît-il, motivé cette inversion. Il sera sans doute possible de surmonter l’obstacle, lors d’une nouvelle édition.
- Dans le premier chapitre consacré aux appareils, M. Dépierre décrit les chaudières à cuire l’apprêt, à simple, à double, à triple fond, les récipients destinés à la cuisson sous pression, les tamis automatiques. Viennent ensuite les machines à déposer l’apprêt sur les tissus, soit par placage ou foulardage, soit par impression. Avant de signaler les caractères essentiels des deux classes d’engins, auxquelles correspond cette subdivision, M. Dépierre représente, par des diagrammes, les différents modes de transport de l’étoffe entre rouleaux, selon que l’apprêt doit être appliqué sur l’une ou sur l’autre face du tissu, ou bien sur les deux, selon que le séchage s’effectue, ou non, au contact d’un certain nombre de tambours chauffés. Chacun des diagrammes vise, au moins, une machine et il n’est guère de page qui ne possède un cliché : Foulard simple, machines à trois rouleaux avec et sans moteur spécial, machine à apprêter à la racle, foulard à racle avec séchoir à six tambours, machine à plaquer avec séchoir à onze tambours et moteur à vapeur, etc.
- Pour tous les clichés, l’auteur s’est contenté de bois fournis par les méca niciens, qui ne se soucient généralement pas de faire figurer les détails de construction les plus intéressants. Néanmoins les lecteurs trouvent dans ces dessins, des indications utiles.
- M. Dépierre ne passe pas à l’étude des machines exclusivement utilisées pour le séchage, sans expliquer les motifs qui font abandonner les anciens étendages. Comme dans le chapitre précédent, les clichés abondent et témoignent de l’ingéniosité des constructeurs, qui cherchent et qui trouvent les moyens de multiplier les surfaces de chauffe, en économisant la place el en se pliant à toutes les exigences d’une clientèle, soumise elle-même aux caprices de la mode. Des tableaux résument, pour une machine déterminée et suivant le genre d’empesage, les rendements en tissu séché. Il serait désirable que ces données pussent être complétées par les chiffres de la dépense en vapeur. - -
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- M. Dépierre insiste sur l’importance d’une ventilation bien réglée pour évacuer la vapeur d’eau, que produit nécessairement le séchage, et décrit plusieurs systèmes d’aérage.
- Les machines à ramer se distinguent en rames fixes et en rames à circulation continue dites rames continues, puis en rames à dérailler et sans déraillage. Le déraillage des tissus (dans lesquels la chaîne et la trame peuvent glisser l’une sur l’autre) consiste à « imprimer un « mouvement d’oscillation à la trame, la chaîne restant constamment « tendue et parallèle à elle-même ou à l’axe longitudinal de la rame. Les « fils ainsi mis en mouvement les uns par rapport aux autres viennent « petit à petit, après un certain nombre d’oscillations, retrouver la place « primitive » (p. 141) que les opérations du blanchiment, de la teinture ou de l’apprêt leur avaient fait perdre. D’autres fois, le déraillage est seulement destiné à briser l’apprêt, c’est-à-dire à assouplir l’étoffe empesée.
- Des figures géométriques complètent heureusement les développements de ce double programme et montrent le parti qu’il est possible de tirer des machines ci-après : rame horizontale à aiguilles et à mouvement simple, rame fixe à pinces, également horizontale et complétée par un déraillagc, rame continue ou à chaîne sans fin garnie d’aiguilles, rames à aiguilles à un et à deux retours, avec chauffage à air chaud et ventilateur, rame circulaire à aiguilles (déjà figurée p. 120), rame circulaire continue à pinces, rame à pinces avec foulard d’apprêt et tambours sécheurs, rame continue à pinces et à déraillage.
- Les pinces et les aiguilles, dont sont armés les appareils, ont été l’objet de perfectionnements, applicables à des cas plus ou moins particuliers. M. Dépierre n’a point négligé ces détails importants; un chapitre est consacré à l’examen des systèmes essayés ou sanctionnés par la pratique.
- Ainsi que les rames, les èlargisseurs, qui tantôt s’adaptent à des tambours sécheurs, tantôt constituent des machines distinctes, ont pour objet de rendre à l’étoffe une partie de la largeur perdue au cours des apprêts ; ils s’emploient, de préférence, après séchage pour effacer les plissements, nous allions dire les rides presque imperceptibles, que produisent les contractions de la trame, et aussi pour romvre l’apprêt. Quatorze clichés font connaître autant d’élargisseurs et de dérouleuses.
- L’humectage, qui précède (comme dans le repassage du linge) le calandrage ou cylindrage, le gaufrage et, en général, toutes les opérations susceptibles de lustrer ou de moirer l’étoffe, doit être d’une régularité absolue ; il
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- faut aussi que l’humecteuse fournisse, à volonté, des quantités variables de liquide et se prête à une grande production. La complexité du problème a provoqué des solutions multiples et, là encore, de nombreux dispositifs se présentent au choix du praticien, les uns, basés sur l’usage d’une brosse cylindrique, animée d’une grande vitesse de rotation et alimentée par un réservoir à niveau constant, d’autres, établis sur le principe de l’injecteur Giffard et projetant sur l’étoffe, desjets|d’air et d’eau, de vapeur humide, etc. Certains établissements procèdent à l’humectage dans la machine à oxyder, plusieurs ateliers se servent de la machine à imprimer, en remplaçant la couleur par l’eau pure.
- M. Dépierre résume, en quelques pages, les précautions à prendre afin d’assurer le fonctionnement normal des calandres et machines analogues, les combinaisons propres à diversifier les effets de lustrage, par un renversement de marche ou par la répétition des passages de l’étoffe sur le même outil. Des diagrammes précèdent la nomenclature des appareils. A la suite des calandres proprement dites sont classés les principaux types de maillo-cheuses ou beetles.
- Quant aux mangles, sorte de calandres, qui soumettent les plis superposés du tissu à une friction de roulement alternativement de sens contraire, M. Dépierre semble admettre que l’appareil primitif est la mangle allemande. Or, si nous avons bien vu, l’appareil figuré sous cette dénomination n’est autre que la calandre royale dite anglaise, décrite et dessinée par Roland de la Platière à l’article soierie du Dictionnaire des manufactures et arts (année 1786).
- Le chapitre des machines à garnir ou à tirer à poil est moins riche en documents et nous nous permettons de rappeler à M. Dépierre les laineuses construites dans les Ardennes, très employées depuis quelques années pour le garnissage des cotonnades épaisses.
- Les machines à doubler, à rouler, à plier, les presses hydrauliques, actionnées à la main ou par commande automatique, avec plaques mobiles indépendantes, ou avec plaques chauffées entre bâtis par des tuyaux de vapeur articulés, les menus appareils pour pointer et pour timbrer les pièces, pour couper les échantillons, terminent la première partie du recueil.
- L’étude critique des derniers chapitres nous entraînerait hors du domaine du Comité des arts mécaniques et nous obligerai à empiéter sur le terrain qui appartient à notre éminent collègue, M. de Luynes. Nous n’insisterons donc pas sur les particularités du chlorage et du bleutage, signalées par l’au-
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- teur, sur les difficultés de l’apprêt en blanc pour obtenir un reflet légèrement bleuté à l’aide d’une couleur qui n’est pas toujours le bleu pur, qui varie depuis les tons roses jusqu’au violet foncé. « Le blanc — M. Dépierre le rappelle (p. 317) — est, au point de vue physique, la plus complexe de toutes les couleurs composées; or, celles-ci sont elles-mêmes des mélanges, en proportions variées, des couleurs complémentaires... Ainsi, les tissus jaunâtres demandent un bleu légèrement violacé, les tissus rosés, un bleu verdâtre; un tissu dont le blanc sera jaune verdâtre comme, par exemple, le blanc des bistres rongés, deviendra d’un beau blanc, par un bleutage avec du violet... »
- A ce sujet et sans méconnaître tous les services rendus par la découverte de Guimet, il n’est peut-être pas superflu de signaler encore avec M. Dépierre combien il serait utile de posséder « un beau bleu, résistant aux acides, aux alcalis, à la lumière, et d’un prix modique ». Depuis nombre d’années, la Société industrielle de Mulhouse a mis la question au concours sans avoir pu décerner la récompense promise.
- La plupart des procédés indiqués à la fin de l’ouvrage ont été expérimentés industriellement par M. Dépierre; les résultats ne sauraient donc être douteux et les praticiens trouveront là des recettes nombreuses pour les apprêts blancs, les apprêts des unis et des tissus imprimés.
- On sait déjà que l’avant-dernier chapitre étudie le trêsalage, c’est-à-dire les moisissures, survenant fréquemment après l’emmagasinage des pièces complètement finies. Ce chapitre, publié partiellement, en 1884, dans le Bulletin de la Société industrielle de Rouen (voir note, page 327), constitue, à lui seul, un petit traité sur les causes des altérations, qui se manifestent par des piqûres ou de larges taches, sur les moyens préventifs et sur les remèdes possibles.
- Les expériences de MM. Pasteur, Miquel, Raulin, Henslow, Pouillet, les ouvrages de Davis et de Thomson, les Leçons sur les matières 'premières du Dr Pennetier, les Microbes du D1' Troussaert, etc., ont contribué à la rédaction de cette étude et ont permis de placer sous les yeux du lecteur la représentation saisissante de ces êtres microscopiques, répandus dans toutes les substances organisées et toujours prêts à pulluler dès que les conditions ambiantes leur deviennent favorables.
- En terminant ce compte rendu, dont la longueur a pour excuse l’importance du sujet, il nous reste à exprimer un regret. L’exécution matérielle du livre laisse à désirer et présente d’assez nombreuses incorrections; la cause
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- en est sans doute à la nationalité du prote et des ouvriers typographes, car le texte français a été imprimé à Prague.
- Cette réserve faite, le Comité des arts mécaniques vous propose, Messieurs, de remercier M. Dépierre pour son intéressant envoi et de voter l’insertion au Bulletin du présent rapport.
- Signé : Edouard Simon, rapporteur.
- Approuvé en séance le 22 avril 1887.
- BIOGRAPHIE
- NOTICE SUR FÉLIX LE BLANC, PAR E.-P. BÉRARD, MEMBRE DU CONSEIL.
- Félix LeBlanc naquit à Florence, département de l’Arno, le 1S novembre 1813. Son père, administrateur en mission à l’étranger, remplissait les fonctions de gouverneur de la province de Piombino, rattachée à l’empire français. C’était le moment où Napoléon essuyait ses premiers revers. Les populations que ses armées victorieuses avait poussées de force sous la domination française s’efforçaient de secouer le joug. Sous les fenêtres du gouverneur impérial se formaient des rassemblements tumultueux ; les meneurs du mouvement désignaient avec des gestes menaçants M. Le Blanc père ainsi que sa jeune femme, sur le point de devenir mère, à la vindicte populaire en criant : « Mort aux Français ! » Mmo Le Blanc était particulièrement impressionnée de ces scènes révolutionnaires : il semble que ses tendres sollicitudes pour l’enfant qu’elle allait mettre au monde aient plus tard laissé leurs traces, soit sur la physionomie de Le Blanc, tout empreinte de mélancolie, de gravité et de douceur, soit dans son être moral qui se distinguait par la sensibilité, la réserve et la discrétion.
- La famille Le Blanc parvint, sans accidents, à traverser les événements tragiques qui signalèrent, en Italie, la chute du gouvernement impérial, et M. Le Blanc père, qui avait perdu ses fonctions, fixa sa résidence à Florence. C’est dans cette ville, unique entre toutes, et où sont accumulés tant de chefs-d’œuvre de l’esprit humain, c’est au milieu d’une société d’élite qui se pressait autour de M. et Mme Le Blanc, c’est auprès de deux sœurs remplies de toutes les grâces de l’esprit et du cœur que se fit l’éducation de notre collègue. Il apprit, dans la famille, de maîtres choisis par un père éclairé et ami des arts, le latin, le grec, qu’il parlait encore couramment
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- sur la fin de sa vie; l’italien, qui fut presque sa langue maternelle; l’allemand, qu’il mit plus tard au service de son érudition ; et l’anglais, qu’il lisait suffisamment.
- M. Le Blanc père, qui tenait à honneur de conserver à son fils la nationalité et les habitudes françaises, vint se fixer à Paris en 1830, fit entrer le jeune Le Blanc au collège Bourbon, lui fit prendre ses grades universitaires et, en 1833, le présenta au concours de l’École des Mines. Le Blanc y fut admis, et il sortit de cette école le 1er août 1837 avec le diplôme d’ingénieur civil. Déjà, et pendant les études qu’il poursuivait dans ce grand établissement scientifique, nous voyons se dessiner les aptitudes qui honoreront un jour sa carrière : il demande à faire le voyage d’études qi uclôt les épreuves conduisant au grade d’ingénieur à Monte-Cerboli, dans le site volcanique de la Toscane, où se dégagent les jets de vapeur chargés d’acide borique, dont il fera connaître la composition chimique.
- Peu de temps après sa sortie de l’école, il fut présenté par le chirurgien Breschet, son parent, à J.-B. Dumas, et il eut le bonheur d’entrer, en 1839, dans le laboratoire que ce maître illustre venait d’installer à ses frais au numéro 14 de la rue Cuvier, sur un terrain où s’éleva plus tard la patriarcale maison de la famille Brongniart.
- Le Blanc a décrit lui-même, dans le Bulletin de la Société chimique, cette célèbre école, où, sous la direction de J.-B. Dumas, se sont élaborés tant de beaux travaux et où se sont formés tant d’hommes qui ont honoré la science. Notre collègue y trouva des collaborateurs tels que Piria, Stass, Wurtz, Bouïs, Melsens et Malagutti ; des conseillers tels que MM. Boussingault, Peligot etCahours ; des modèles tels que de Humboldt, Faraday, OErsted, de la Bive, Marignac et Bunsen, venus de tous les points de l’Europe et attirés par le prestige du chef de l’école française. C’est aussi dans ce laboratoire que Le Blanc trouva l’inspiration de son premier travail.
- MM. Dumas et Boussingault venaient de terminer leurs études expérimentales sur la composition de l’air atmosphérique ; ils avaient prouvé que l’air normal contient au plus six dix-millièmes d’acide carbonique. La méthode d’analyse qu’ils avaient inventée pour ces recherches permettait de découvrir dans la composition de l’air des différences que les méthodes auparavant connues ne permettaient pas d’apprécier. Ils confièrent à Le Blanc le soin de constater ces différences lorsque l’air est confiné dans un espace habité, et par suite vicié par la respiration ou la combustion des lampes.
- Le jeune savant mit tout son zèle à poursuivre dans cette direction le
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- travail de ses maîtres, et dans son beau mémoire sur Y air confiné, lu à l’Académie des Sciences le 6 juin 1842, nous voyons apparaître les qualités qui le distingueront plus tard : un soin attentif des détails, une honnêteté rigoureuse dans l’énoncé des résultats obtenus, une justice impartiale à l’égard de ses devanciers et une modestie qui inspire de suite la confiance.
- Le Blanc étudie les altérations de l’air telles qu’elles se produisent dans toutes les circonstances de la vie privée ou publique. Dans une chambre à coucher bien ventilée par une cheminée, l’air, bien qu’il avait servi pendant la nuit à la respiration de deux personnes, garde à peu près la composition normale. Dans la salle de l’Opéra-Comique, aérée par de bons ventilateurs, l’air, après la représentation, ne contient que le double de l’acide carbonique contenu dans l’air extérieur; mais à la Chambre des députés, sous l’influence d’une ventilation mal comprise, et dont Le Blanc détermine attentivement les vices, il trouve huit fois plus d’acide carbonique que dans l’air pur.
- Lorsque la ventilation fait défaut, l’atmosphère confinée est absolument viciée : la salle du Calvaire à l’hospice de la Salpêtrière, l’amphithéâtre de la Sorbonne, après une leçon de J.-B. Dumas, où 900 auditeurs se pressent dans un espace de 1000 mètres cubes ont une atmosphère chargée de 10 millièmes de gaz irrespirable, soit 17 fois plus que le chiffre normal.
- Partant de ces données, Le Blanc recherche quelle est la quantité d’air que la ventilation doit fournir à un homme, dormant dans une chambre, pour suffire largement à sa respiration, et il confirme les vues de Peclet en établissant que cette quantité doit être de 6 à 10 mètres cubes par heure. Dans une pièce non ventilée, la dose de 5 millièmes d’acide carbonique ne peut être franchie sans gêne pour la respiration.
- Il s’agissait maintenant de rechercher quelles étaient les conditions des atmosphères mortelles. Le Blanc en détermine la composition. Un animal peut supporter la dose de 100 millièmes d’acide carbonique; mais il tombe comme foudroyé quand à ce gaz viennent s’ajouter 5 millièmes d’oxyde de carbone : Le Blanc découvre ainsi les propriétés délétères de ce gaz produit de la combustion incomplète de charbon. Le travail est résumé dans cette loi remarquable : une atmosphère par Y air confiné est irrespirable pour l’homme quand elle a la composition de l’air qu’il rejette de ses poumons, soit une teneur de 40 à 30 millièmes d’acide carbonique.
- L’air qui circule dans les galeries de mines que Le Blanc a analysé quatre ans plus tard contient quelquefois de 30 à 40 millièmes d’acide carbonique avec perte d’une quantité correspondante d’oxygène. Les lampes s’éteignent
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- dans un semblable milieu et les ouvriers respirent péniblement. Au delà de cette limite, la vie cesse. Dans une entaille ascendante, percée au fond d’une galerie de la mine de Poullaouen, la proportion d’oxygène s’était abaissée à la moitié de la proportion normale. En vidant dans cette entaille un flacon rempli de mercure pour faire sa prise d’échantillon, Le Blanc s’était évanoui, frappé d’asphyxie. Un maître mineur, moins avancé dans l’entaille, mais déjà pris de malaise, parvint à grand’peine à ramener dans un air meilleur le jeune savant. Celui-ci n’avait pas lâché son flacon, et il put, en analysant les gaz qu’il y avait recueillis, déterminer la cause du mal dont il avait failli être victime.
- Les aptitudes spéciales pour l’analyse des gaz constituent un des traits dominants de la carrière de Le Blanc. En 1858, il entreprenait, avec la collaboration de Ch. Sainte-Claire Deville, l’examen des gaz qui se dégagent des volcans. Les deux auteurs imaginaient d’abord des moyens ingénieux pour puiser des gaz dans les jets des fumerolles, pour les envaisseler et les conserver. Ils appliquaient à leur étude les moyens rapides proposés par Doyère. En analysant les fumerolles du Vésuve, des champs phlégréens, des îles Lipari, on est amené à reconnaître que les anciens volcans sont de véritables cheminées d’appel dans lesquelles l’air est entraîné et brûle, sans cesser d’être en excès, les gaz combustibles : à mesure que l’on s’éloigne de ces vieux centres d’activité, on trouve dans les fumerolles une plus grande abondance de gaz combustibles, avec une diminution correspondante dans la quantité d’oxygène.
- Les recherches théoriques dont nous venons de rendre compte étaient, de leur nature même, susceptibles d’être mises en application. Cette satisfaction ne manqua pas à Le Blanc, et ses travaux sur l’air confiné étaient à peine publiés qu’une administration éclairée s’empressa d’en tirer parti. En 1842, M. de Rambuteau, préfet de la Seine, sollicitait le concours de Le Blanc pour assurer une bonne aération à la prison de Mazas, qui devait remplacer la prison tristement célèbre de la Force ; un an plus tard le ministre de la guerre, maréchal Soult, le chargeait de déterminer quel devait être dans les casernes le volume d’air distribué à chaque homme. Pour adoucir les misères du prisonnier, pour assurer le bien-être du soldat français, Le Blanc déploie toute son activité. Il passe les nuits pour apprécier sur place les causes accidentelles de rentrée de l’air dans les pièces closes, afin d’en tenir compte dans la mesure du courant d’air à établir et aussi pour déterminer, aux diverses heures, les progrès de l’altération de l’air. De 1842 jusqu’en 1861,
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- il fait prévaloir ses idées dans les commissions nommées pour régler la ventilation de la Chambre des députés, des théâtres de la place du Châtelet, des hospices Beaujon, Necker, Lariboisière et Saint-Antoine.
- Les conseils que Le Blanc recevait dans le laboratoire de la rue Cuvier devaient naturellement porter son esprit vers les travaux de chimie organique. Dans ses recherches sur les produits dérivés de h éther acétique par l’action du chlore, Le Blanc appuie par des faits nouveaux la théorie des substitutions que son maître venait de découvrir, et qui produisait dans l’histoire de la science une révolution analogue à celle qu’y avait produite, près d’un siècle auparavant, la théorie de Lavoisier.
- J.-B. Dumas, dans des expériences mémorables, était parvenu à remplacer dans l’acide acétique trois atomes d’hydrogène par trois atomes de chlore; son élève Malagutti avait, après lui, substitué dans l’éther acétique deux atomes de chlore à deux atomes d’hydrogène : Le Blanc montre que les substitutions peuvent s’exercer sur un plus grand nombre d’atomes du corps primitif, et, successivement, dans l’éther acétique il remplace trois, quatre et jusqu’à huit atomes d’hydrogène par un égal nombre d’atomes de chlore, pour former un composé qui ne contient plus que du carbone, du chlore et de l’oxygène. Ce même composé, il le produit aussi avec des caractères identiques, en prenant non plus un éther dérivant de l’acide acétique, mais aussi avec un éther dérivant de l’acide chloracétique que Dumas venait de découvrir. Rien ne lui échappe dans ce remarquable travail : ni l’intérêt que présentent ses recherches au point de vue de l’établissement des formules rationnelles des éthers et de leurs rapports avec les types chimiques ; ni les arguments que l’on peut en tirer pour soutenir avec Dumas, que, malgré la substitution, le type de l’éther acétique est toujours conservé; ni même les voies que ses recherches peuvent ouvrir pour la découverte des lois, encore peu connues, de l’isomérie.
- Le plus important des titres de Le Blanc à la reconnaissance des chimistes réside dans la part qu’il a prise à la découverte des produits de déshydratation des sels ammoniacaux. Dans la séance du 27 septembre 1847, J.-B. Dumas annonçait à l’Académie que, grâce à la collaboration de Le Blanc et de Malagutti, il avait pu terminer l’étude de ces produits et obtenir des corps nouveaux, les nitnles dérivés soit des sels ammoniacaux, soit des amides par perte de quatre ou de deux équivalents d’eau. Pour les sels dont l’acidt appartient à la série grasse, le premier nitrile, celui duformiate d’ammoniaque, n’est autre que l’acide cyanhydrique; viennent ensuite des nitrites qui Tome II. — 80° année. 4e série. — Juin 1887. 17
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- réunissent les éléments de cet acide et des homologues du gaz oléfiant. 11 est peu de recherches qui aient été aussi fécondes et qui aient mis en lumière plus d’idées fondamentales sur la constitution des corps organiques.
- L’érudition de Le Liane le rendit digne de prendre part à l’enseignement de la science. Presque en même temps, il était nommé répétiteur à l’Ecole polytechnique et à l’Ecole centrale des arts et manufactures : ce dernier établissement s’est particulièrement attaché Le Blanc, qui, en retour, lui a consacré plus de quarante années de dévouement continu. Chef des laboratoires chargé de cours, enfin professeur titulaire dans la chaire illustrée à l’origine par M. Peligot, Le Blanc a montré à des générations d’élèves les principes de l’analyse chimique, qu’il possédait pleinement. A ces situations officielles, l’estime de J.-B. Dumas ajoutait, en 1863, celle de vérificateur du gaz de la ville de Paris, position à laquelle Le Blanc a su donner une grande importance, et dont il convient de montrer le caractère et l’utilité.
- Avant 1861, des contestations incessantes s’élevaient entre la compagnie concessionnaire de la fabrication du gaz à Paris et les consommateurs, au sujet de la qualité du gaz livré. Au moment où le traité de 1861 allait être signé entre la ville et la Compagnie Parisienne, J.-B. Dumas, représentant la ville, comme président de son conseil municipal, et Régnault, représentant la compagnie, convinrent qu’il y avait lieu « d’instituer une sorte de tribunal chargé de constater légalement la pureté et le pouvoir éclairant du gaz distribué aux consommateurs, de même que l’Etat fait vérifier le titre de la monnaie par les essayeurs avant d’en permettre la circulation ».
- Une méthode expérimentale fut créée pour la détermination du pouvoir éclairant du gaz et pour l’essai de sa pureté : onze bureaux d’essai furent répartis sur la surface de la ville et munis des appareils nécessaires pour ces déterminations. Il fut convenu que le gaz aurait un pouvoir éclairant tel que 25 litres de ce fluide donneraient une lumière égale à celle de 10 grammes d’huile brûlant dans une lampe Carcel. 11 s’agissait de nommer le chef du tribunal chargé de veiller à l’exécution fidèle de cette condition. Le Blanc présenta ses titres, et J.-B. Dumas fit porter sur lui le choix de la ville. Personne n’en était plus digne. Pendant près de vingt ans, il a rempli ces fonctions avec une science spéciale profonde, avec une honnêteté vigoureuse et un esprit de bonne organisation qui a trouvé des imitateurs dans plusieurs des capitales de l’Europe. Appelé à juger sur les différents systèmes d’éclairage proposés à la ville de Paris, Le Blanc a eu le mérite de soutenir des opinions appuyées sur les bonnes méthodes scientifiques, et d’écarter de ses
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- biographie.
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- questions les idées empiriques qui ont été la eause de tant de déceptions dans le passé.
- Depuis le siège de Paris, en 1870, époque de douleur en même temps que de dévouement patriotique, la santé de Le Blanc déclinaitvisiblement, et elle ne lui permettait plus de se livrer aux travaux continus de laboratoire. Mais son esprit vigoureux ne pouvait se résoudre à l’inaction; Le Blanc produisait encore des rapports destinés au conseil de la Société d’Encouragement pour l’industrie nationale, dont il était membre depuis 1847, et aussi d’intéressantes biographies des savants que la mort enlevait autour de lui. La perte de J.-B. Dumas, son maître, son collaborateur et son ami, fut pour Le Blanc un coup douloureux et qui sembla, aux yeux de son entourage, porter atteinte aux principes mêmes de sa vie.Presque paralysé, ne se soutenant debout que grâce à l’énergie de son âme, il ne manquait pourtant ni à ses devoirs professionnels, ni à ceux qu’il s’était créés auprès des grandes amitiés qui ont été l’honneur de sa vie et qu’il cultivait avec une grande délicatesse de sentiments, unie à la plus exquise politesse.
- Au mois de janvier 1886, la Société d’Encouragement le choisit pour être l’un de ses vice-présidents, et il put, en dirigeant l’une des séances de son conseil, prendre place dans le fauteuil où J.-B. Dumas, son maître vénéré, avait siégé pendant de si longues années. Ce fut la dernière joie de Le Blanc : il mourut le 8 mars de cette même année, dans les bras delà seule survivante de ses sœurs, femme éminente et dévouée, à laquelle il avait consacré tous ses soins et qu’il entourait d’égards et de tendresse.
- La vie de Le Blanc est de celles qui peuvent se résumer en quelques mots: elle a été remplie par le devoir et par le travail consciencieux et modeste. On peut la citer comme un exemple devant les gens de bien.
- TITRES ET TRAVAUX SCIENTIFIQUES
- DE FÉLIX LE BLANC
- Ingénieur civil des mines (1833-1837).
- Licencié ès sciences physiques (29 août 1843).
- Répétiteur de chimie à l’École polytechnique (20 janvier 1846).
- Suppléant de M. Fremy pour le cours de chimie de la même école (1849, 1862, 1871).
- Répétiteur de chimie à l’École centrale (1842) ; chef du laboratoire d’analyse
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- BIOGRAPHIE.
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- (1854); chargé lu cours sur l’analyse des gaz (1865); nommé professeur de chimie analytique, le 27 octobre 1873.
- Chevalier de la Légion d’honneur (14 août 1861).
- Vérificateur du pouvoir éclairant du gaz près la Ville de Paris (20 janvier 1863). Membre de la Société chimique (14 décembre 1858) ; élu secrétaire en 1859, 1864 et 1866 ; élu vice-président en 1862 et 1868 ; élu membre du conseil, 1870-1873. Membre du conseil de la Société d’Encouragement pour l'industrie nationale (20 août 1847) ; vice-président de cette Société en 1886.
- Membre du jury des récompenses aux expositions universelles de 1855, 1867 et 1878.
- Membres des sociétés savantes suivantes : Société internationale des Electriciens, Société météorologique de France, Société géologique de France, Société philomathique de Paris, Association des conférences scientifiques de Naples, Société française et physique, Société des Ingénieurs civils, Association scientifique de France.
- T) 'avaux originaux.
- \ . Recherches sur Plié mâtine (bois de campêclie) citées dans le Traité de chimie de J.-B. Dumas, t. VIII, page 108.
- 2. Recherches sur la composition de l’air confiné [C. R. Acad, des Sciences,
- 6 juin 1842 ; Annales de chim. et de phys., 3e série, t. V, p. 223).
- 3. Recherches sur les produits dérivés de l’éther acétique par l’action du chlore
- [C.R. Acad, des Sciences, 20 novembre 1843; Annales de chim. et de phys., 3R série, t. X, p. 197).
- 4. Note sur l’éther perchloracétique [C. R. Acad, des Sciences, t. XXI, p. 925).
- 5. Rapport d’une commission chargée d’examiner les conditions de la salubrité
- des cellules des prisonniers à Mazas (Moniteur universel, 5 et 13 décembre 1844).
- 6. Observations sur le jaugeage des courants d’air dans les canaux de diverses
- sections (C. R. de T Acad, des Sciences, t. XXXII, p. 807).
- 7. Rapport adressé à M. le Ministre de la guerre par une commission chargée
- d’étudier les questions relatives à l’assainissement des casernes [Annales de chim. et de phys., 3e série, t. XXVII, p. 373 ; 1849).
- 8. Recherches sur la composition de l’air dans quelques mines [C. R. Acad, des
- Sciences, t. XXI, p. 164 ; Annales de chim.. et phys., 3e série, t. V, p. 488 ; 1845).
- 9. Sur quelques faits relatifs aux propriétés de l’oxyde de carbone [C. R. Acad.
- des Sciences, t. XXX, p. 483).
- 10. Analyse de l’air des magnaneries du département du Gard (en collaboration avec J.-B. Dumas ÇJbid., t. XLV, p. 281).
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- 11. Sur la dissolution de l’oxygène dans la litharge en fusion (C. R. Acad, des
- Sciences, t. XXI, p. 293 ; Annales de chim. et de phys., 3e série, t. XYI, p. 480).
- 12. Notes sur l’essence d’absinthe (C. R. Acad, des Sciences, t. XXI, p. 379; An-
- nales de chimie et de phys., 3e série, t. XYI, p. 333; 1846).
- 13. Recherches sur la composition du verre et sur la production des silicates
- artificiels [Bulletin de la Société philomathique, 20 décembre 1845).
- 14. Recherches sur la déshydratation des sels ammoniacaux et des amides par
- l’acide phospliorique anhydre (en collaboration avec J.-B. Dumas et Mala-gutti [C. R. Acad, des Sciences, t. XXV, p. 442, 473, 656, 734, 781 ; 1847).
- 15. Sur la composition des betteraves saines et malades [Bidletin de la Soc.
- d'agric. de Valenciennes; 1852).
- 16. Note sur la présence de la caséine dans le sang des nourrices (en collabora-
- tion avecNatalis Guillot)(C. R. Acad, des Sciences, t. XXXI, p. 520; 1850).
- 17. Recherches sur la présence de la caséine dans le sang de l’homme et des
- animaux, et sur la présence du sucre dans le sang des vaches laitières (même collaboration; Ibid., t. XXXI, p. 585).
- 18. Sur la décomposition électro-chimique de l’eau [Ibid., t. XXXVIII, p. 444).
- 19. Recherches sur la composition chimique des gaz rejetés par les volcans de
- l’Italie méridionale [C. R. Acad, des Sciences, 13 avril et 21 septembre 1857 ; Annales de chim. et de phys., 3e série, t. LU, p. 5. En collaboration avec Ch. Sainte-Claire Deville).
- 20. Sur les émanations gazeuses qui accompagnent l’acide borique dans les sof-
- fioni [C. R. Acad, des sciences, t. XLY, p. 750. Même collaboration).
- 21. Mémoire sur le même sujet [Ibid., t. XLVII, p. 313. Même collabora-
- tion).
- 22. Sur les émanations à gaz combustible de l’éruption du Vésuve en 1861
- [Ibid., t. LXXIII, p. 904. En collaboration avec MM. Ch. Sainte-Claire Deville et Fouqué).
- 23. Action de quelques gaz sur le chlorure cuivreux [Répertoire de chimie pure,
- t. I, p. 413; 1859).
- 24. Observations sur la pile à deux liquides [Annales de chim. et de phys., 4e série,
- t. XXY, p. 323.
- 25. Note sur le même sujet [Ibid., t. XXYI, p. 384).
- 26. Notice biographique surM. P.-A. Favre [Bidletin de la Soc. chim., t. XXXIII,
- p. 392).
- 27. Traduction du discours de M. Cannizarro sur J.-B. Dumas [Ibid., t. XLII,
- p. 130; 1884).
- 28. Le Laboratoire de J.-B. Dumas [Ibid., t. XLII,p. 549).
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- BIOGRAPHIE.
- JUIN 1887.
- 29. Expériences faites à l’Exposition d’éiect ricité sur la lumière électrique, en
- collaboration avec MM. Allard, Joubert, Potier et Tresea {Annales de chim. et dephys., 5° série, t. XXXI, p. 5).
- 30. Articles du Dictionnaire de chimie, publié sous la direction de Wurtz : Air
- ATMOSPHÉRIQUE, Al R CONFINÉ, ANALYSE DES GAZ, ANALYSE ORGANIQUE, AciDE BUTYRIQUE j ÉMAUX, Gaz DE u’ÉCLAIRAGE.
- Notices et rapports.
- 31. Sur le bateau plongeur de M. Payenne (Bulletin de la Société d’Encourage-
- ment pour l’industrie nationale ; 1851).
- 32. Sur le procédé de réparation du tain des glaces de M. Thomas [Ibid.; 1852).
- 33. Sur la pêche et le commerce du corail et des éponges [Ibid.; 1853).
- 34. Sur le four de boulangerie de M. Carville [Ibid.; 1854).
- 35. Rapport sur le prix relatif aux mortiers à employer à la mer [Ibid.; 1857).
- 36. Rapport sur les appareils photométriques construits par M. Deleuil [Ibid.;
- 1872).
- 37 . Rapport au conseil municipal sur l’éclairage oxyhydrique [Ibid. ; 1872).
- 38. Sur l’appareil de condensation des goudrons de MM. Pelouze et Audouin
- [Ibid.; 1865).
- 39. Notice biographique sur M. E. Kopp [Ibicl.; 1876).
- 40. Sur un tube spectro-électrique de MM. Delachanal et Mermet [Ibid.; 1876).
- 41. Sur la méthode d’essai du pouvoir éclairant du gaz à Paris [Ibid.; 1876).
- 42. Sur le Guide pour l’analyse des sucres1 ouvrage de MM. Laugier et Commer-
- son [Ibid.; 1879).
- 43. Sur l’appareil de M. Orsat pour l’analyse industrielle des gaz ( Ibid.; 1879).
- 44. Sur l’appareil de M. Coquillon pour la détermination rapide du grisou [Ibid.;
- 1880).
- 45. Sur les travaux de M. G. Vincent relatifs à ^utilisation des vinasses de bette-
- rave [Ibid.; 1880).
- 46. Observations sur les becs de gaz intensifs, à l’occasion d’une communication
- de M. E.-P. Bérard [Ibid.; 1880).
- 47. Notice biographique sur François de la Moricière [Ibul.; 1880).
- 48. Notice biographique sur M. Salvetat [Ibid.; 1883).
- 49. Discours prononcé aux funérailles de M. Grüner [Ibid, ; 1883).
- 50. Notice biographique sur M. Gloez [Ibid. ; 1883).
- 51. Rapport sur les becs intensifs de M. Siemens [Ibid.; 1883).
- 52 . Sur les becs intensifs de la Compagnie parisienne [Ibid.; 1883).
- 53. Observations sur les étalons photométriques [Ibid. ; 1883).
- 54. Notice biographique sur M. Jacquelain [Ibid.; 1885).
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- 5o. Déposition devant la commission de la Chambre des Communes (Sulphur Compounds in Gaz. Session; 1877, Journal of gaz Lighting, London).
- 56. Rapports du jury international de l’Exposition de 1878 (en collaboration avec MM. Limouzin et Schmitz. Paris). (Imprimerie nationale; 1883.)
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- EXTRAIT D’UNE ÉTUDE SUR l’éCONOMIE AGRICOLE DE LA MEUSE, PAR M. F. NICOLLE
- La Société d’Eucouragement, dans sa séance générale du 24 décembre 1886, a décerné, pour cette étude, une médaille d’argent à M. Félix Nicolle, ancien élève de l’Ecole polytechnique, fermier à Jovilliers (Meuse).
- PREMIÈRE PARTIE. — Du sol, du morcellement, du climat et de la culture ancienne de la Meuse. — Lorsqu’un voyageur venant de Champagne entre dans la Meuse par la route de Sainte-Menehould à Verdun, qui dirigée de l’est à l’ouest coupe le département en deux parties à peu près égales, il s’élève d’abord lentement jusqu’à un plateau haut de 280 mètres au-dessus du niveau de la mer, interrompu brusquement par une falaise à peu près nord-sud qui forme le bord occidental de la vallée de l’Aire et occupe ainsi les deux tiers de la longueur du département. Traversant ensuite Clermont-en-Argonne et le défilé fameux des Islettes, il s’élève insensiblement jusqu’à une hauteur de 300 mètres, parcourt les plateaux calcaires très érodés qui ont succédé aux marnes et aux sables verts à partir des Islettes et rencontre une nouvelle falaise qui borde à l’occident la vallée de la Meuse au-dessus de laquelle elle s’élève de plus de doO mètres, régnant ainsi du nord au sud sur toute la longueur du département. Bientôt notre voyageur traverse Verdun et recommence à monter sur une longueur de 8 kilomètres s’élevant de 180 mètres au-dessus du niveau de la vallée de la Meuse : il arrive ainsi à une troisième falaise plus abrupte que les deux autres qui domine de 200 mètres les plaines de la Woëvre. Celles-ci s’étendent à une vingtaine de lieues bien au delà des limites du département de la Meuse jusqu’aux collines de la rive gauche de la Moselle.
- L’ensemble de ces trois plateaux interrompus par deux vallées et la falaise de la Woëvre constitue la plus grande partie du département de la Meuse. Un sixième comprend les vallées de la Saulx et de l’Ornain, rivières qui se dirigent à peu près du sud-est au nord-ouest pour tomber dans la Marne.
- La plus grande partie, les trois quarts du département, la bande centrale nord-sud sont constitués par des plateaux de calcaires jurassiques entrecoupés de ravins, de vallons et de petites vallées transversales, généralement très courtes, mais aussi très nombreuses, de telle sorte que, malgré les chemins nombreux dont le pays est
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- sillonné aujourd’hui, la communication par voiture entre deux villages de deux vallées différentes est difficile. Le sol sur les plateaux est formé par places presque exclusivement de pierrailles, les petits accidents qui s’y rencontrent ont presque tous reçu la terre meuble formée d’argile à l’est et d’un mélange moins tenace vers l’ouest. Mais, en général, le sol à la profondeur de O111,15 est formé d’un mélange de pierres et de terre supporté par un sous-sol calcaire de pierre entièrement perméable de sorte que les eaux du haut s’échappent,àlabase des collines qui bordent les ravins, en sources qui alimentent presque exclusivement les rivières.
- Les versants des collines tantôt en pente douce, tantôt abruptes sont formés par les roches de l’intérieur du plateau ou bien des parties les plus grossières enlevées de la portion supérieure, les parties fines ont été entraînées par les eaux dans les vallées et leur ont constitué un sol excellent avec un sous-sol perméable, au lieu que les versants, souvent inculturables à cause de la rapidité des pentes, ne peuvent être utilisés que par des plantations de vignes ou de bois.
- La bande orientale beaucoup moins large est entièrement formée par la plaine qui s’étend aux pieds de la troisième falaise. La Woëvre est une plaine peu accidentée, souvent marécageuse, dont le sol est formé de terres très fortes et le sous-sol à peu près imperméable.
- La bande occidentale, plus petite que l’orientale, est formée de terres analogues, plateaux peu élevés et plaines ; mais le sol sableux y est plus facile à travailler et c’est l’imperméabilité du sous-sol qui y maintient une humidité surabondante.
- Chapitre Ier : — Assolement et cultures accessoires. — I. Région des plateaux calcaires. — L’assolement s’est transformé tout en conservant la forme générale de l’assolement triennal, l’étendue de la jachère diminue dans tous les territoires où le sol ne contient pas une trop grande quantité de pierres, elle est réservée pour les mauvaises terres et les sols sans profondeur qui ne se rencontrent que sur les crêtes des plateaux calcaires. Tout indique qu’elle ne disparaîtra jamais complètement ; l’éloigneinent d’une grande partie des terres, la difficulté des chemins très montagneux qui y accèdent, qui y rend très coûteux le transport des fumiers, la perméabilité trop grande de certains sols, l’avantage évident de réserver la plus grande partie des fumiers pour les meilleures terres qui sont toujours les plus voisines des villages, enfin l’impossibilité avec l’assolement actuel d’entretenir assez de bétail que du reste on 11e pourrait pas loger, tout concourt à empêcher la suppression complète de la jachère.
- Les autres terres de la saison des jachères sont couvertes de trèfles, betteraves et pommes de terre. Les trèfles sont semés dans les avoines et souvent fumés en couverture pendant l’hiver qui précède la récolte, puis plâtrés. Comme il y a déjà plus d’un siècle que le trèfle est cultivé en Lorraine et qu’il a dû être tout
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- d’abord cultive sans fumier, il est à supposer que c’est depuis la diminution de l’importance des récoltes de trèfle que les cultivateurs ont commencé d’y conduire des fumiers, et cette pratique s’explique si l’on considère que les terres des plateaux calcaires sont pauvres en potasse dont le trèfle est très avide et que la fumure lui en apporte une quantité assez importante qui, absorbée immédiatement par la plante, n’a pas le temps d’être entraînée dans le sous-sol.
- Les pommes de terre sont toujours plantées toutes les deux raies sur un seul labour dans les champs des manœuvres et la moitié seulement sont fumées l’hiver, faute d’une quantité suffisante de fumier pour fumer le reste. Cette méthode de plantation sur un seul labour est très défectueux, mais les manœuvres préfèrent avec raison économiser leur argent plutôt que leurs bras et une économie de deux ou trois labours et d’autant de hersages, soit une centaine de francs par hectare, n’est pas sans importance. Ces façons sont remplacées par une seule, l’amottage, après la plantation ; cette opération consiste à reprendre au croc toute la terre retournée par le labour.
- Les mottes sont divisées et ameublies, le chiendent est retiré et sèche sur la terre. Après cette opération, les fumiers sont conduits dans les terres qui n’ont pu en recevoir. Et cette fumure en couverture profite à la pomme de terre qui ne fait pas une grande consommation d’azote, mais est très avide de potasse.
- Les laboureurs, avant de planter les pommes de terre, donnent au sol les façons nécessaires pour l’ameublir et le nettoyer. Cette opération exige suivant les cas deux ou trois labours et même quatre suivis de hersages énergiques. Les pommes de terre sont plantées à trois raies pour pouvoir être binées à la houe à cheval et buttées. La distance entre les pieds est de 65 centimètres ; les lignes sont à la même distance de telle sorte qu’il y a par mètre carré de 2 pieds à 2 pieds et demi. C’est beaucoup moins que dans le Nord, mais généralement suffisant pour la fertilité des terres. Le sol est hersé énergiquement un peu avant la levée des pommes de terre biné et butté à la houe à cheval et sarclé à la main sur les lignes. Les manœuvres sarclent et buttent et arrachent à la main, les laboureurs arrachent le plus souvent à la charrue. Les rendements moyens atteignent à peine 10 000 kilogrammes à l’hectare.
- Les manœuvres ne sèment pas beaucoup de betteraves, ils emploient leurs pommes de terre à la nourriture de leurs bestiaux. Ce sont les laboureurs qui plantent presque toutes les betteraves dans les villages, et cela se comprend: la betterave exige des terres plus propres et mieux ameublies que la pomme de terre, une plus grande quantité de fumier; et les façons préliminaires ne peuvent plus être remplacées par l’amottage. L’économie de 100 francs devient donc impossible. Les cultivateurs, au contraire, ont intérêt à planter la betterave qui n’exige pas beaucoup plus de main-d’œuvre que la pomme de terre et qui rapporte beaucoup plus, son rendement moyen étant dans la Meuse de 25 000 kilogrammes Tome II. — 86e année. 4e série. — Juin 1887. 18
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- à l’hectare et sa valeur nutritive plus grande que la moitié de celle de la pomme de terre. Voici, au reste, comment les cultivateurs procèdent. Les terres destinées à porter des betteraves sont déchaumées aussitôt après la moisson et au plus tard en novembre. Elles sont hersées au mois de février, fumées lorsque les chemins sont secs ou lorsqu’il gèle. En février, elles reçoivent un labour, en mars et en; avril un ou deux autres labours suivis de hersages. Vers le 15 mai, un dernier labou r suivi de hersage destiné à ameublir complètement le sol, précède la plantation pour laquelle le champ est disposé en billons formés de deux petites raies. La betterave est plantée sur ces billons dans des trous faits à la main à la distance de 60 centimètres où l’on laisse tomber deux ou trois graines, de sorte que lorsqu’il ne manque pas de plantes il y a deux betteraves et demie par mètre carré.
- Les attelages avec les façons des betteraves et des pommes de terre et les buttages sont assez occupés pour que la jachère ne puisse guère être labourée avant le courant du mois de mai. L’usage est de laisser le premier labour entier jusqu’à ce que les alternatives de pluie et de sécheresse en aient suffisamment ameubli la surface pour que les herses puissent y faire un bon travail. Le fumier est conduit et enterré après la fenaison, et le labour est hersé; la terre est laissée en cet état jusqu’à la semaille des blés qui a lieu dans la deuxième moitié de septembre. Le blé est semé sans raie à raison de 2 hectolitres à 2 hectolitres et demi à l’hectare. La plus grande partie des terres pierreuses est ensemencée au blé de Pont-à-Mous-son qui convient très bien dans les terres pauvres où la terre n’est pas à craindre, blé du reste à paille très longue relativement à l’épi et qui à cause de cela convient bien sur les plateaux où la paille est naturellement courte. Mais, dans les terres plus riches qui ont porté des pommes de terre ou des betteraves, on pourrait sans inconvénient substituer au blé de Pont-à-Mousson des variétés plus productives et semer sur planche, et c’est un progrès qui commence à être réalisé dans l’arrondissement de Bar-le-Duc, grâce aux efforts de la Société d’agriculture et de son président, M. Millon, directeur de la ferme-école des Merchines. Si ce progrès était réalisé, il n’est pas douteux que l’on arriverait facilement au rendement de 18 hectolitres à l’hectare au lieu de celui de 14, qui n’est même pas atteint aujourd’hui. Le blé de Pont-à-Mousson demande à être semé dru parce qu’il ne talle presque pas ; avec des variétés plus vigoureuses, on pourrait ne semer que l’hectolitre et demi à l’hectare: on gagnerait ainsi en tout 5 hectolitres de rendement net à l’hectare, ce qui n’est pas à dédaigner aujourd’hui ; car il est certain d’autre part que ces essais de nouvelles semences ont donné pleine satisfaction à ceux qui les ont tentés.
- L’avoine est la plupart du temps semée sans raie et avec un seul labour ; on sème généralement une avoine grise rustique et tardive qui ne s’égrène pas quand elle est mûre. La semaille ne commence guère avant le 15 mars, ce qui est un tort ; le procédé de semaille ne permet pas de labourer pendant l’hiver ; et il paraît, au
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- dire des cultivateurs du pays, que l’avoine vient moins bien sur un vieux labour; la sécheresse lui nuit davantage;et les plantes annuelles, surtout le séné, que l’on appelle sanve en Brie, lui font le plus grand tort. Quand la terre est labourée après la semaille , l’avoine plus profondément enracinéesoufïre moins de la sécheresse, et la terre moins meuble ne laisse pas pousser autant de séné. Dans les terres moins légères, c’est-à-dire moins pierreuses, les vallées et le bas des pentes, il serait sans doute plus avantageux de labourer l’hiver et de semer sur le labour une avoine plus productive que la grise, l’avoine noire par exemple. Cependant les cultivateurs du pays préfèrent donner à ces terres deux labours, l’un avant l’hiver, l’autre après. Ils y sèment de l’avoine noire qui rapporte 30 hectolitres au lieu de 20, de sorte que le rendement de l’avoine ne dépasse pas en moyenne 23 hectolitres à l’hectare.
- Mais les bonnes terres sont plus souvent ensemencées en orge sur trois labours, ainsi que celles destinées à porter de la luzerne, comme on ne sème guère l’orge que dans des terres riches et bien préparées. On en obtient généralement 20 à 30 hectolitres à l’hectare, et l’on peut estimer qu’en moyenne un cinquième de la sole d’avoine est ensemencé en orge.
- Du reste, les cultivateurs ont pris au jourd’hui le parti de laisser en jachère nue le moins de terre possible. La proportion varie de 1/4 de la saison des jachères à un peu plus de moitié pour les moins favorisés de sorte que la distribution des terres en culture est la suivante :
- Communes les plus favorisées.
- Luzerne...........................
- Blé .
- Avoine
- Orge.
- Seigle
- Betteraves . . . . Pommes de terre .
- Trèfle.............
- Jachère. ..........
- 1
- 8
- 7
- 24
- _5
- 24
- _3
- 48
- 3_
- 48
- j_
- 18
- 48
- J_
- 12
- Communes les moins favorisées.
- Luzerne et sainfoin . . . . Blé................................
- Avoine, Orge.
- Betteraves...............
- Pommes de terre..........
- Jachère..................
- 2
- 7
- 2
- 7
- 1
- 7
- 2
- 7
- 8_
- 35
- JL
- 35
- J_
- 21
- _2
- 2Ï
- 1
- La surface totale des terres occupées par les luzernes, les trèfles et les racines est peu différente dans les territoires riches et dans ceux qui le sont moins, et il semble ainsi qu’à ne considérer que la production des fumiers qui dépend de la production fourragère, l’étendue de la jachère pourrait être réduite dans les
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- communes les moins favorisées. Mais il faut remarquer que le rendement des fourrages est fort différent. Dans les années sèches, les territoires trop perméables ne produisent presque point de betteraves. Le trèfle n’y réussit presque plus, au lieu qu’il donne ailleurs en deux coupes de 3 à 5 000 kilos de fourrage ; aussi la culture en est complètement abandonnée, on le remplace par la luzerne et le sainfoin surtout qui y donnent des produits variant de 2 000 à 4 000 et même o 000 kilos à l’hectare, suivant la richesse du sol ; mais, dans les territoires les plus fertiles, ces plantes ne produisent pas en général moins de 4 000 kilos à l’hectare. Il en résulte que les quantités de fumiers produites sont très inégales. Dans les territoires les plus riches, les bons cultivateurs entretiennent quelquefois deux têtes de gros bétail par 3 hectares de terre; dans les autres communes, les plus habiles dépassent rarement une tête de gros bétail par 2 hectares. Un manœuvre qui a 3 journaux enraie, c’est-à-dire 3 hectares,entretiendrait ainsi deux vaches etavecles 20 000 kilos de fumiers quelles lui produiraient, il fume un demi-journal de betteraves à raison de 5 000 kilos, soit 30 000 kilos à l’hectare, 2 journaux de pommes de terre à raison de 13 000 kilos, soit 20 000 kilos à l’hectare ; il fait mener les 2 000 kilos qui restent sur les 10 ares qui doivent porter de l’orge avec de la luzerne. Avec de pareilles fumures, un petit propriétaire soigneux pourra récolter à l’hectare 35 000 kilos de betteraves, 12 à 15 000 kilos de pommes de terre, 18 hectolitres de blé et 30 hectolitres d’avoine. Mais il faudra qu’il ait grand soin de ses fumiers, qu’il ne les laisse pas laver par les eaux pluviales, comme c’est le cas à peu près général dans la Meuse, et il lui est impossible, avec la distribution actuelle des terres, d’augmenter ses rendements.
- Le résultat atteint n’est au reste pas à dédaigner, puisque le petit propriétaire, que nous considérons, récolte un quart de blé et d’avoine de plus qu’autrefois et qu’il a en plus de quoi nourrir deux vaches et deux cochons. Mais un résultat tout aussi important au point de vue économique et social est obtenu : par le perfectionnement de sa culture, ce manœuvre, s’il a du reste quelques vignes, n’a presque plus le temps de travailler pour les laboureurs.
- En effet, aussitôt que le beau temps est revenu après la fonte des neiges, lorsque la terre peut se travailler la vigne après avoir été taillée court, est bêchée au croc ; et comme elle n’est jamais plantée enligne, cette opération si nécessaire ne peut pas se faire à la charrue dont les manœuvres au reste ne veulent pas parce qu’il faudrait payer. Aussitôt après, le provignage commence et occupe une partie du mois de mars ; il est temps alors de ficher les échalas, car la végétation de la vigne reprend dans le courant d’avril. Depuis le 15 avril jusqu’au 15 mai, les gelées sont à craindre pour le précieux arbuste et les vignerons qui en souffrent presque tous les ans n’ont pris cependant aucune précaution pour s’en préserver. Les nuages artificiels sont à peu près inconnus, quelques-uns ont couvert leurs vignes en 1885 d’une légère couche de paille, et pourtant, avec la taille courte qui est uni-
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- versellement adoptée dans le pays, il serait nécessaire de se défendre contre les givres. Avec tous ces travaux, un manœuvre qui aurait un demi-hectare de vignes serait occupé depuis le commencement de février jusqu’au commencement d’avril; il est temps alors de planter les pommes de terre et aussitôt une deuxième façon est donnée à la vigne, puis les pommes de terre sont bêchées au croc avant d’être levées. Il y en a qui commencent cette opération aussitôt après la plantation, d’autres préfèrent attendre que les alternatives de soleil et de pluie l’aient rendue plus facile. Avec la plantation des betteraves en mai et la première façon qu’il est nécessaire de leur donner au commencement de juin, l’emmagasinage delà provision de bois pour l’hiver, un manœuvré qui plante deux journaux de pommes de terre trouve largement à occuper son temps jusqu’au commencement de juin, c’est-à-dire jusqu’à la fenaison.
- Cette opération est faite avec le plus grand soin, non seulement l’herbe est coupée tout près du sol, mais on l’étend avec soin aussitôt qu’elle est fauchée et on la retourne une fois avant de la mettre en petits tas, le jour même du fauchage ou le lendemain. Lorsque le temps est variable,les tas sont quelquefois étendus deux ou trois fois avant d’être rentrés, mais avec ce système on rentre du foin parfaitement sain et d’une belle couleur verte. La fenaison de la luzerne est faite avec un peu moins de soin, ün la retourne une fois ou deux avant de la mettre en tas un jour ou deux après le fauchage. Et les tas sont étendus grossièrement quatre ou cinq heures avant F enlèvement'de la récolte. De pareils soins ne permettent pas d’aller vite en besogne. Notre manœuvre, s’il est seul, pourra faucher et soigner 20 ares, la fenaison d’un demi-hectare de luzerne et d’autant de prairie naturelle avec l’emmagasinage du foin luidemandera une huitaine de jours, c’est-à-dire du 15 au 25 juin, et à la suite le démassage des betteraves, le deuxième sarclage des betteraves, des pommes de terre, de la vigne, l’enlèvement des rameaux gourmands et l’effeuillage pour donner de l’air aux raisins occuperont à peu près jusqu’à la moisson qui commence en général du 25 au 31 juillet.
- La moisson se fait toujours à la faulx, sauf chez les cultivateurs qui ont des machines, et on peut louer sans réserve la méthode qui est employée. Dans la moisson des blés, le faucheur jette la graine contre la partie qui n’est pas encore fauchée ; une femme le suit, prend une poignée de blé et en fait un lien sans faire de nœud pour ne pas casser ni égréner les épis ; elle ramasse ensuite une brassée qu’elle dépose sur le lien, et lie immédiatement cette petite gerbe qui ne pèse généralement pas, après dessiccation, plus de 5 kilos. Dix gerbes sont réunies en une moyette, construite de la manière suivante : une gerbe verticale au centre sert d’appui aux épis de huit autres gerbes légèrement inclinées l’ensemble est coiffé par une gerbe renversée. La moyette bien faite met le grain à l’abri des intempéries, et présente l’avantage de pouvoir être rentrée sans autre façon, au lieu que la moyette de javelles généralement usitée en Normandie demande à être mise en
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- gerbes avant d’être rentrée. Les avoines et les orges sont aussi fauchées contre et laissées en javelles, l’avoine pendant une huitaine de jours et l’orge pendant deux jours seulement. Mais lorsque le temps est variable, surtout si la paille est haute, l’habitude commence à s’introduire de mettre aussi ces denrées en moyettes.
- Les récoltes quelles qu’elles soient sont toujours engrangées. On ne connaît pas dans la Meuse d’autres meules que celles de paille.
- Avec un peu moins de 2 hectares de céréales à récolter et à rentrer, notre manœuvre sera occupé une dizaine de jours. La fenaison des regains, l’arrachage des pommes de terre précoces, le soin des vignes, l’occuperont ensuite jusqu’au milieu de septembre, époque où commence la récolte des pommes de terre. Depuis le 15 septembre jusqu’à la fin d’octobre, voilà pour notre homme l’époque la plus occupée de l’année : l’arrachage des pommes de terre, la vendange et la fabrication du vin, la récolte des betteraves, le battage de la semence de blé ne lui laissent point de répit.
- Les travaux d’hiver commencent avec les mois de novembre. Ce sont les battages qui ne se font à la machine que pour les manœuvres qui ont l’hiver des travaux plus lucratifs, le soutirage du vin, la préparation des échalas, la réparation des outils. Les belles journées se passent à la vigne et au bois. Ainsi, maître de lui-même puisqu’il ne travaille pas pour d’autres, le manœuvre lorrain peut jouir de cette liberté qu’il adore, sans doute parce qu’elle est l’ennemie de l’obéissance.
- C’est dans l’arrondissement de Bar et dans celui de Commercy que la culture des manœuvres est le plus développée. Là des vignes, des carrières, des mines et des fourneaux, et lorsque tout cela manque, l’exploitation des bois fournissent du travail aux nombreux manœuvres de chaque commune. Aussi est-ce dans ces deux arrondissements que la culture est le mieux entendue. La jachère y est réduite à la faible étendue que j’ai indiquée plus haut. Mais à mesure que l’on s’avance vers le nord, la vigne disparaît. Entre Commercy et Verdun, dans la vallée de la Meuse, il n’y en a presque plus.
- D'autre part le sol est si perméable que tous les principes nécessaires à la végétation de la luzerne, la potasse surtout, y sont rapidement enlevés. Le sainfoin réussit généralement mieux, mais il ne donne qu’une seule coupe. La culture y est beaucoup moins avancée que dans le midi de la bande calcaire, parce que la plus grande partie de la jachère reste improductive : un quart seulement est emblavé. Grâce à la jachère, les produits en blé eten avoine restent sensiblement les mêmes, soit 12 à 13 hectolitres à l’hectare pour le blé, et il n’y a pas apparence qu’une amélioration culturale notable puisse se produire, on ne pourrait y arriver en effet que par la suppression de la jachère : or la difficulté de la main-d’œuvre et l’impossibilité de charrier économiquement les fumiers par des chemins très raides opposent à cette amélioration un obstacle presque invincible,excepté dans la vallée de la Meuse où toutes les terres sont emblavées depuis longtemps déjà, dans le centre et le nord
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- du département où le nombre des manœuvres est beaucoup moins considérable qu’au midi. Là les vallons qui amènent les eaux dans les vallées transversales sont d’abord des ravins dont le thalweg a une pente très considérable ; il faudrait un plan d’ensemble soigneusement exécuté pour employer à l’arrosement les sources qui naissent sur tout le pourtour de la vallée, la plupart du temps à mi-côte. Aussi les prairies sont-elles très exiguës dans les pays de plateaux et rien nç nuit autant à leur développement que le morcellement du sol et le manque d’entente entre les propriétaires. Avec ce système de culture, les ressources pour la nourriture du bétail sont beaucoup moins considérables. Aussi le nombre de têtes entretenues diminue-t-il, il est rare qu’il dépasse une tête pour 3 hectares de terres.
- II. Régions de l’Ouest et Woëvre. — Ces deux régions,qui sont si semblables par l’humidité du sol, le peu de pente du terrain, bien que le côté ouest en ait généralement beaucoup plus que la Woëvre, diffèrent cependant considérablement parla ténacité, la compacité du sol. La région de l’Ouest, avec un sol généralement léger, offre à la culture de grandes facilités dont elle a profité largement. C’est la région la mieux cultivée et la plus productive de la Meuse. Aussi est-ce là où il s’est établi le plus d’usines agricoles qui ont contribué à en augmenter la prospérité. Cette région, qui ne comprend guère que 5 ou 6 cantons du département, alimente une fabrique de sucre, plusieurs féculeries et un plus grand nombre de fromageries. Des cultivateurs intelligents exploitent les grandes fermes disséminées dans la contrée et y ont importé les bonnes méthodes de culture que les petits laboureurs se sont ensuite appropriées. C’est une ressource qui a manqué à la région des plateaux calcaires où les grandes fermes sont beaucoup plus rares et du reste peu recherchées par les cultivateurs qui disposent d’un capital d’exploitation convenable.
- Il n’y a pas encore bien longtemps, moins de 30 ans je crois, cette partie de la Meuse n’était pas très bien cultivée. C’est le propriétaire et directeur de la ferme-école des Merchines, M. Millon, qui a donné l’impulsion. Les cultivateurs l’ont suivi sans imiter toutes ses innovations ; mais l’extension des récoltes sarclées, pommes de terre et betteraves, et la culture du trèfle ont permis d’y réduire la jachère. Le bétail s’est augmenté et les terres améliorées par des fumures abondantes et nettoyées par une culture soignée sont devenues beaucoup plus productives. Les progrès y ont été plus considérables que dans la région des plateaux ; ce qui se comprend si l’on songe que le sol y est moins accidenté et plus facile à travailler, c’est ainsi que deux chevaux suffisent pour leslab< urs ordinaires, au lieu qu’ailleurs le premier labour en exige généralement quatre. Les charrois de fumier y sont singulièrement plus économiques. La culture est du reste la même que dans la bande centrale ; elle est faite à la fois par les laboureurs et les manœuvres propriétaires; les rendements, si l’on tient compte des grandes fermes qui sont assez nombreuses dans la région, approchent de 16 hectolitres de blé à l’hectare. En
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- revanche, la terre est pins difficile à entretenir en bon état de culture. Les plantes adventices qui y poussent sont le chiendent et la traînasse, et ce n’est pas avec trois labours que l’on peut compter nettoyer le sol pour le préparer à recevoir le blé. Il en faut au moins quatre ou cinq suivis de hersages énergiques et meme davantage lorsque la jachère précédente a porté un trèfle mal réussi.
- La plupart des cultivateurs ne commencent à labourer la jachère qu’au commencement de mai et le premier hersage est donné après une pluie, lorsque la motte désagrégée par la sécheresse se brise facilement autant sous l’influence de l’humidité que sous l’action des instruments. Aussitôt après la terre reçoit un deuxième labour. Le troisième labour est donné après la fenaison et le quatrième au moment de la semaille.
- La préparation des betteraves est aussi beaucoup plus délicate. Le déchaumage doit être fait aussitôt après la moisson et aussi léger que possible. Un labour d’un pouce est fort suffisant. La difficulté est de maintenir une profondeurconstante dans un sol de consistance souvent fort variable dans la même pièce de terre. Le déchaumage est hersé après l’hiver, et la terre est aussitôt labourée plus profondément. Lorsque le temps le permet, cette opération est même faite en automne. En avril, le sol reçoit encore une ou deux façons suivies de hersages et autant en mai avant la plantation des betteraves. Quant au trèfle, il est toujours semé dans l’avoine et occupe généralement le quart de la jachère. Cela n’empêche pas la culture de la luzerne qui occupe une étendue aussi considérable que dans la région des plateaux, soit 1/8 de la surface totale, et donne des produits plus considérables, bien qu elle ne puisse y durer aussi longtemps.
- Les terres de la NVoëvre présentent une grande uniformité. Elles forment au pied des côtes une vaste plaine marécageuse qui s'étend jusqu’à Metz, bornée de tous côtés par des collines qui la dominent de 150 à 200 mètres et qui ne présentent au nord-est qu’une seule coupure par laquelle s’écoule la rivière d’Ornes alimentée par les eaux des pentes environnant la plaine. Avec une pareille situation, un soi formé en grande partie d’argile, la Woëvrc diffère entièrement de la zone des plateaux calcaires. Les pentes qui l’entourent de tous côtés sont couvertes de vignes ; mais ces vignes qui produisent les vins les plus renommés de la Meuse appartiennent pour la plus grande partie à des bourgeois vignerons qui les font cultiver aujourd’hui par des hommes recrutés un peu partout et dirigés par un maître vigneron.
- Au bas des côtes, les propriétaires de vallons ont retenu les eaux dans les étangs artificiels au moyen de digues qui arrêtent l’écoulement de l’eau. Ces étangs sont exploités méthodiquement tous les trois ans. On les vide pour avoir le poisson et l’étang est ensuite peuplé d’un nombre d’alevins proportionnel à son étendue. L’alevin de carpe est en général préféré, mais le peuplement est complété à l’aide d'alevins de perches et de brochets qui, sans gêner le développement des carpes
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- lorsqu’ils ne sont pas trop nombreux, suffisent cependant pour les empêcher de se multiplier, ce qui nuirait évidemment au produit de l’étang, car on aurait au bout de trois ans des poissons trop petits et invendables.
- Avec une terre aussi forte et aussi humide, la culture est fort difficile : elle n’exige jamais moins de quatre chevaux pour les labours ; souvent, dans les saisons pluvieuses, il faut en mettre jusqu’à huit. Il est vrai que les chevaux de la Woëvre sont généralement petits et chétifs et qu’on a l’habitude de les atteler deux de front, attelage très commode pour les labours en terre moyenne, parce que le conducteur peut facilement les mener à sa guise à l’aide du fouet et des rênes, mais aussi très défectueux en terre forte, car le sol foulé par les chevaux devient beaucoup plus tenace et beaucoup moins facile à travailler. Il serait certainement plus convenable d’employer de forts chevaux, de les atteler à la française l’un devant l’autre, et de les faire marcher dans la voie. Avec cette modification et des instruments convenables, on pourrait diminuer d’un tiers la force de traction nécessaire. Lorsque le sol n’est pas assez égoutté, la Woëvre est incultivable. On ne l’ameublit que l’été, par les alternatives de sécheresse et de pluie. La motte retournée par le labour se désagrège et les herses en fer peuvent la travailler utilement. Il en résulte que les cultivateurs sont obligés de laisser en jachère nue la plus grande partie de leurs terres pour les préparer à porter du blé faute de connaître les moyens et d’avoir les instruments nécessaires pour ameublir un sol fraîchement labouré. Cette circonstance les empêche de planter une quantité raisonnable de betteraves, car avec la méthode usitée dans la Meuse où les betteraves sont plantées sur le labour, il est presque impossible de trouver assez de moments propices avant la plantation des betteraves pour ameublir suffisamment le sol de la Woëvre. La pomme de terre réussit mieux parce qu’elle n’exige pas une terre meuble. Quant au trèfle, il ne végète plus que très médiocrement, ce qui se comprend du reste. Les cultivateurs de la Woëvre ont abusé de cette précieuse plante, sans doute parce qu’elle convenait parfaitement à leur sol et à leur culture. Ils semaient le trèfle dans l’avoine et la levée était à peu près certaine avec l’humidité du sol et l’ameublement de sa surface qui se produit toujours pendant le courant de la campagne. La plante trouvait dans la terre les éléments dont elle a besoin et poussait vigoureusement l’année suivante : les cultivateurs de la Woëvre couvrirent ainsi de trèfle une grande partie de leur jachère, observant du reste qu’après cette plante les blés venaient plus vigoureux qu’après une jachère légèrement fumée. Mais le trèfle ne réussit plus dans un sol pauvre en potasse assimilable et cet appauvrissement arriva très rapidement, car le système de culture de la Woëvre n’en permet pas le renouvellement. Les cultivateurs de ce pays disent qu’il leur est impossible de mener leur fumier pendant l’hiver, à moins qu’il ne gèle, et du reste ils n’en ont point besoin puisqu’ils ne font point de betteraves. Le fumier reste ainsi dans la cour, exposé aux pluies de l’hiver qui en enlèvent les principes les plus solubles et notam-Tome II. — 86e année. 4e série. — Juin 1887. 19
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- ment la potasse. L’été, le soleil active la fermentation et les pluies viennent ensuite le lessiver encore une fois. Or les fermiers de la Woëvre qui forment la classe la plus nombreuse des cultivateurs d’un pays où le moindre laboureur ne peut posséder moins de six chevaux s'il ne veut pas s’exposera être souvent arrêté dans sa culture, les fermiers de la Woëvre n’ont avec leurs chevaux que très peu de bétail ; ils ne sauraient employer la grande quantité de pailles qu’ils récoltent qu’en la faisant pourrir dans leur cour, à moins qu’ils ne la vendent; ils n’ont plus de moutons. Dès lors leurs fumiers frais sont très pailleux, c’est-à-dire très riches en potasse et relativement pauvres en azote, et l’on comprend qu’en ne menant sur leurs terres que des fumiers consommés, ils laissent perdre la plus grande partie de cette potasse, ruinant ainsi de leurs propres mains l’avenir de leur culture. Tous les cultivateurs praticiens savent qu’une terre, même copieusement fumée, s’épuise de potasse par la production du trèIle, c’est-à-dire que la quantité de cet élément qui devient annuellement soluble ne suffit pas avec la potasse des fumiers à alimenter les récoltes; l’épuisement est bien plus rapide si les fumiers sont mal soignés, et les fumures insuffisantes, et c’est sans doute à cette cause qu’il faut attribuer l’insuccès actuel de la culture du trèfle en Woëvre.
- La luzerne aussi est une plante à potasse, mais c’est en plus une plante qui demande une terre profondément saine; il est facile de prévoir qu’elle ne réussit pas en Woëvre et on ne la cultive en effet que sur les versants des faibles accidents du pays, aux points où la pente est suffisante pour l'écoulement des eaux et où le sol mélangé do pierres se rapproche plus ou moins de celui des plateaux calcaires. Ajoutons que les cultivateurs de la Woëvre n’ont rien fait pour se débarrasser de l’excès d’humidité qui empêche la culture. Ils se contentent de bidonner leurs champs; mais il serait peut-être préférable de le cultiver en petites planches de 4 à o mètres de largeur comme en Brie et d’ouvrir dans le sens de la pente des voies d’écoulement débouchant dans des fossés plus profonds et soigneusement entretenus.
- Il n’v a de prairies que là où la pente est suffisante pour qu’elles ne deviennent pas marécageuses. Partout ailleurs on n’en conserve point. lien résulte qu’au j our-d’hui les ressources fourragères de la Woëvre sont très exiguës, puisque la jachère est improductive, que la luzerne ne réussit pas, et que les prairies ne sont que des marécages situés autour des étangs dont j’ai parlé plus haut et sur lesquels les habitants ont seulement un droit de pâture. I n fermier de 40 hectares de terre plantera aujourd’hui moins d’un hectare de betteraves et un peu plus d’un hectare de pommes de terre; il sèmera encore un hectare de trèfle, et si quelques-unes de ses terres lui conviennent, il entretiendra encore un hectare de luzerne et avec ces ressources fourragères, il nourrira pauvrement quatre vaches en plus des douze chevaux et poulains, et quelquefois plus, qui lui sont nécessaires dans sa culture. Il ne connaît pas les vesces et les bisailles qui sont employées si utilement en
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- vert dans d’autres parties de la Meuse,surtout dans la partie occidentale ; des pommes de terre sont employées à la nourriture de quelques truies, car la production du porc était autrefois l’une des principales branches de bénéfice des cultivateurs de ce pays. L’élevage du porc continue encore, mais le bénéfice a disparu grâce au bas prix des porcelets.
- La campagne agricole, qui commence dans la région occidentale de la Meuse aussitôt après la moisson par le déchaumage d’un quart de la saison des jachères, ne commence guère dans la Woëvre qu’après la semaille des blés, c’est-à-dire le plus souvent après l’hiver. Peu de terres sont labourées l’hiver pour être ensemencées en avoine. Aussi les cultivateurs se plaignent de ne pouvoir herser leurs semailles etde n’obtenirque des avoines médiocres. Il en serait autrement si les terres étaient labourées avant l’hiver et convenablement assainies. Si les labours, dans ce cas, étaient un peu plus difficiles, ils occuperaient les chevaux, auxquels il serait nécessaire de donner autre chose que de la paille. Mais en revanche les hersages seraient singulièrement plus faciles, et la récolte en serait augmentée. Or il n’y a point de doute que notre cultivateur de 40 hectares en employant toutes les journées favorables aux labours depuis la moisson jusqu’au commencement de mars ne trouve le moyen de labourer une fois presque toutes ses éteules de blé et d’avoine. Il est vrai que l’on a l’habitude de donner le demi-labour pour les blés pendant le mois de septembre, de sorte que les semailles sont faites à la herse en octobre, mais ce dernier labour, par un temps favorable, c’est-à-dire sec, n’exige jamais plus de quatre chevaux. Il est certain que ce temps favorable se rencontrera toujours pendant les mois d’août et de septembre et ce dernier labour, sur 13 hectares, sera exécuté par deux charrues en une quinzaine de jours. Les temps pluvieux seront au contraire très favorables pour les labours des éteules, et dans le mois qui sépare la moisson des semailles et pendant la moisson même on en labourera avec une charrue et six chevaux près de 10 hectares ; or il n’y a pas d’hiver où un cultivateur industrieux, même en supposant qu’il n’attelle qu’une seule charrue, ne puisse labourer 10 hectares de terres même dans la Woëvre. Il est positif que ce serait là un perfectionnement important à introduire, il changerait la face des affaires de la culture dans la Woëvre en permettant de doubler et de tripler la surface ensemencée en betteraves, plante nécessaire surtout dans ce pays où les pailles ne peuvent être consommées avec profit sans l’aide des racines. Quoi qu’il en soit, la jachère n’est cultivée en réalité qu’après l’hiver.En avril, les terres reçoivent le premier labour ; il est très utile de herser deux fois la terre par un temps favorable, c’est-à-dire après la pluie, avant de recommencer le labour à la fin de mai. Après un double hersage, le labour est recommencé en juillet, puis après la moisson. Dans un pays où il n’y a presque point de fenaison, peu de betteraves à cultiver, la population a pris des habitudes de mollesse. Elle ne travaille guère avec suite qu’en moisson, parce qu’elle est payée en filé et gagne ainsi son pain
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- pour lapins grande partie de l’année. Il semble que les fermiers eux-mêmes aient cédé à ce défaut : ils ont pu élre travailleurs et industrieux autrefois, mais il semble (juils aient oublié rune de ces vertus agricoles, peut-être les deux.
- La Woëvre, q ui passait autrefois pour être le grenier de la Meuse,en est au jourd’hui le pays le plus pauvre. Les laboureurs s’y appauvrissent, et les ouvriers agricoles n’y ont jamais eu rien à perdre. La terre qui yrapportait, année moyenne, à l’époque où le trèfle y prospérait, 18 hectolitres de blé à l’hectare, n’en rapporte plus aujourd’hui que à 15, comme les terres sèches des plateaux. Mais là, au moins, la jachère est occupée et un fermier de 40 hectares de terres, tout en plantant 2 hectares de betteraves et autant de pommes de terre, pourrait cultiver avec quatre chevaux.
- CHAPITRE V. — Économie nu détail. — Voici une partie du capital agricole d’une bien autre importance que le matériel. Avec un bon bétail, l’agriculture vit, malgré la crise; je ne dis pas qu’elle gagne4 de l’argent, mais la culture sans bétail, même avec des prix rémunérateurs, s'endette et périclite.C’est un poète païen qui le constate : 11 est doux, lorsqu’on est sur le rivage, d’être témoin des angoisses d’un équipage4 ballotté par la tempête.
- Dulce mari magne) tarbantibus requora ventis ...............Alienum spcctare laboreum.
- Cette pensée peu chrétienne, mais si habituelle à l’homme, peut être celle de l’agriculteur qui entretient un nombreux bétail. C’est donc au bétail plus qu à la culture même que l’on peut juger de la situation agricole et économique d’une région.
- Les cultivateurs et manœuvres de la Meuse ne s'y trompent pas ; rien de plus ordinaire que de leur entendre dire : Aujourd’hui il n’y a plus que les nourris qui sauvent. Mais les faits ne s’accordent pas souvent avec les désirs: soit que les ressources matérielles manquent, soit que la persévérance et la science fassent défaut, il y a encore beaucoup de progrès à réaliser dans la Meuse, tant sous le rapport de la quantité que de la qualité du bétail.
- L’on tient dans la Meuse des chevaux, des bêtes à cornes, des moutons, des chèvres et des porcs. Il n’y a presque point d’ânes et les autres espèces de bestiaux ont une importance trèsinégale. C’est ainsi que la chèvre est là, comme partout ailleurs, la vache du pauvre ; aussi aucun effort n’est fait pour l’améliorer. C’est l’espèce bovine qui a le plus d’importance, et c’est elle qui a aujourd’hui dans la Meuse le plus d’avenir. Le mouton est délaissé. Le cheval est entretenu pour le travail, et il ne semble pas jusqu’ici que sa tenue ait enrichi les cultivateurs, car la Woëvre, qui est la partie de la Meuse qui en ait fait naître le plus, est aujourd'hui la plus pauvre. Quant au cochon, bien que ce soit l’animal qui ait
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- le plus diminué de valeur, il continue d’être élevé comme auparavant, mais avec quelques perfectionnements. Je n’examinerai ici que les quatre espèces principales.
- Economie du cheval. — La plus grande partie des cultivateurs de la Meuse font naître le cheval pour leur usage personnel. Ils s’en servent jusqu’à cinq ou six ans et le vendent ensuite. C’est dans la partie occidentale que cette spéculation est la moins fréquente. Dans la Woëvre, il n’y a pas un cultivateur qui n’élève ses chevaux, sans doute parce qu’il leur en faut beaucoup pour leur culture, et que ce serait une charge considérable de les acheter. Cela ne veut pas dire le moins du monde que cet élevage soit convenable ou même bien entendu. La Woëvre n’élève guère que des petits chevaux sans vigueur et sujets, à cause de l’humidité du climat et de l’irrégularité du régime, à bien des incommodités et notamment à la fluxion périodique. Les chevaux de la Woëvre ne mangent de l’avoine que l’été, on ne leur donne que très peu de fourrages ; leur nourriture principale consiste l’hiver en menus de blé que l’on appelle balais dans la Meuse ; ce sont les épis de blés battus détachés de la paille, les pailles cassées, les herbes qui ne tombenA pas avec la grande paille et que l’on ne fait pas entrer dans les bottes. Avec un pareil régime, on ne peut avoir ni grands ni forts chevaux. Si on l’améliorait en donnant un peu d’avoine l’hiver, du trèfle et de la luzerne en tout temps, on verrait le cheval grandir et sa vigueur augmenter. C’est un point sur lequel tous les éleveurs sensés sont d’accord.
- Il est vrai que les cultivateurs du pays et beaucoup d’autres affirment que les petits chevaux conviennent mieux en Woëvre que les gros, parce qu’ils enfoncent moins dans les terres, et qu’ils tassent moins le sol. Avec des chevaux plus forts, les attelages pourraient être réduits et le tassement serait, en définitive, moindre. Du reste, les cultivateurs de la Woëvre n’ont considéré tout d’abord que les formes du cheval qui a paru convenable au trait léger et même à la remonte de la cavalerie, et on a essayé de l’améliorer à l’aide du cheval demi-sang. L’État a mis à la disposition des cultivateurs des étalons demi-sang pour la monte, les sociétés d’agriculture en ont acheté, et aujourd’hui il n’y a pas de point plus controversé dans leurs réunions que cette question étalonnière ; mais un fait certain se dégage de toutes les discussions, c’est que le cheval demi-sang a donné beaucoup de mécomptes même en Woëvre, là où le régime n’a pas été convenablement amélioré. Les cultivateurs se plaignent avec raison des étalons demi-sang ; ils leur reprochent de donner des produits dont l’Etat ne veut pas pour son service, et dont le commerce veut encore moins. Or ce n’est pas une chose de peu d’importance que l’élevage du cheval en Woëvre puisqu’un cultivateur de 40 hectares de terre est obligé d’entretenir quatre juments poulinières et qu’il vend annuellement deux ou trois chevaux nés chez lui au prix moyen de 6 ou 700 francs aux époques de bonne demande. Personne ne soutiendra que ce soit là un prix
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- rémunérateur pour l'éleveur, car si on tient compte qu'il fait naître quatre poulains pour avoir trois chevaux à vendre et que ses quatre juments ne font pas plus de travail que trois chevaux bien que consommant autant, on voit que le produit net qu'il tire d'un clieval est inférieur à 450 francs et qu’il est obligé de le nourrir deux ans et demi sans en tirer aucun parti.
- Dans la région des plateaux, les chevaux sont quelquefois ventrus parce qu’ils mangent beaucoup de fourrages; mais ils sont généralement larges et bien musclés, bien qu’un peu longs pour leur taille qui ne dépasse guère l’“,55 ; ils ont une autre vigueur que les chevaux de la Woëvre et se vendent aussi beaucoup mieux. Jusqu’ici on n’a guère employé pour améliorer la race que des étalons demi-sang. Or, s’il y avait apparence que le demi-sang réussirait avec les chevaux non pas tins mais grêles de la Woëvre, il (hait certain qu’il ne convenait pas de l’allier avec les formes un peu massives de la région des plateaux ; aussi l’échec a été complet ou à peu près; le demi-sang n’a donné de bons produits, je veux dire de produits utilisables par la remonte, qu’avec quelques juments de choix. Aussi les sociétés d’agriculture de la Meuse l’ont abandonné pour le remplacer en général par le cheval boulonnais. Il est vrai que quelques vétérinaires ont protesté; mais la plupart des cultivateurs reconnaissent aujourd’hui que, dans l’état actuel de l’élevage meusien, il est plus avantageux et plus convenable de produire le cheval de trait.
- C’est en général la moyenne culture qui s’occupe de l’élevage du cheval dans la région des plateaux meusiens, c’est dire que le choix des juments laisse souvent à désirer ; mais on peut admettre qu’en compensation la nourriture est en général abondante et de bonne qualité : les chevaux mangent de l’avoine toute l’année ; les éleveurs en donnent aux poulains de 2 à 6 litres et commencent à les faire travailler à l’âge d’un an et demi; les chevaux adultes en mangent, suivant les saisons, de 6 à 12 litres ; le fourrage est souvent donné cà discrétion, ce qui est un tort ; la nuit, les chevaux mangent de la paille. La carotte, qui est pour le cheval une nourriture supérieure, n’est pas encore entrée dans la ration d’hiver d’une manière régulière. Je ne crois pas que les cultivateurs qui s’occupent de l’élevage du cheval en fassent une spéculation, ils ont sans doute pour but d’entretenir leurs attelages sans être obligés de débourser, comme le font les cultivateurs qui n’élèvent pas. Un cultivateur qui a trois chevaux a presque toujours une jument sur les trois, ce qui lui permet de vendre deux chevaux adultes en trois ans ; c’est un produit annuel de 500 à 600 francs. Mais avec ces trois chevaux il ne cultive que 20 à 25 hectares réunis et il dépense 900 doubles décalitres d’avoine. Or avec deux chevaux adultes mangeant 700 doubles d’avoine il ferait autant de besogne et économiserait 300 francs d’avoine et autant de fourrages. L’élevage du cheval ne serait donc vraiment avantageux que si les produits pouvaient être vendus au prix de 1 000 francs au moins ; d’autre part, il est assez important pour que l’Etat doive
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- le favoriser de toutes les manières, et les cultivateurs se plaignent, avec raison peut-être, qu’il ne l’ait pas fait jusqu’ici.
- Economie du gros bétail. — La Woëvre ne tient pas de gros bétail ou plutôt elle ne fait pas une spéculation de cette branche aujourd’hui si importante de la production agricole. Elle n’a rien de ce qu’il faut pour cela, ni débouchés pour le lait, ni des provisions abondantes pour la nourriture d’hiver, ni un bon choix de reproducteurs. L’élevage y est abandonné au hasard, pourvu que la production satisfasse à peu près aux besoins du ménage. Les animaux pâturent l’été dans les prairies au bord des étangs. Ils reçoivent avec cela un peu de paille. L’hiver ils reçoivent un peu de betteraves avec de la menue paille et de la paille à discrétion.
- C’est dans la portion occidentale que l’économie du gros bétail est le mieux entendue, non pas au point de vue de l’élevage, mais au point de vue de l’importance, de la production du lait et de la viande et sans doute aussi des bénéfices. Pour la ville de Bar, les fromageries y assurent un écoulement avantageux du lait, surtout pendant l’hiver, et tous les grands cultivateurs se livrent à cette production : ils achètent pendant l’été au mois de juin et juillet des vaches prêtes à mettre bas ; le veau tète pendant le mois d’août et est livré à la boucherie au commencement de septembre, puis le lait est livré à la fromagerie jusqu’au commencement de mai et la vache est ensuite engraissée pour être livrée à la boucherie en juin ou juillet.
- Avec un bon choix de vaches jeunes et un bon régime, les cultivateurs laitiers peuvent vendre en moyenne leurs veaux 80 francs et obtenir, pendant huit mois, de leurs vaches, une moyenne de 8 litres de lait. C’est donc un produit de 320 francs et la vache est livrée à la boucherie au prix à peu près qu’elle a coûté. Cette spéculation exige de la part des cultivateurs la connaissance parfaite du bétail et des aptitudes commerciales sérieuses ; mais elle exige aussi pour la nourriture des vaches laitières des dépenses considérables et une régularité absolue. La moyenne culture s’occupe tantôt de l’élevage et tantôt de la production du lait suivie de l’engraissement ; il n’y a que les plus audacieux ou les plus habiles parmi les manœuvres qui engraissent. Une pareille consommation de vaches dans une région ne peut être alimentée, au moins pour la plus grande partie, que par le commerce. Les bêtes importées proviennent ou du centre de la Meuse ou de la Haute-Marne ou des Vosges et de la Comté et même de l’Alsace, et ce sont des marchands juifs qui vont les acheter la plupart du temps.
- Rien de plus variable que le régime des vaches chez les cultivateurs laitiers. Ceux qui sont à portée des brasseries donnent des drèches, les autres donnent de l’avoine ou de l’orge concassé, beaucoup donnent des tourteaux. Quoi qu’il en soit de ces pratiques, les cultivateurs sont d’accord que l’on ne peut obtenir d’une vache une forte production de lait sans lui donner une nourriture plus substantielle que les fourrages récoltés sur la ferme ; car, à l’exception des cultivateurs
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- placés dans le voisinage de la sucrerie de Semaise qui emploient les pulpes de betteraves, tous les autres donnent à leurs vaches des betteraves à discrétion et 4 à 5 kilos de fourrage par jour depuis le commencement d’octobre jusqu’au moment où les vaches sont livrées à la boucherie. Avec 40 kilos de betteraves mélangées de menue paille et 1 kilo de grain concassé en plus du fourrage, la bête profite tout en donnant du lait, et lorsqu’elle n’a plus que 4 ou 5 litres de lait, il ne lui faut pas plus d’un mois pour être grasse.
- Le mélange de betteraves et de .menue paillé n’est pas en général préparé plus de deux jours à l’avance, car une fermentation trop grande nuit à la production du lait. Il est donné aux vaches en deux fois et le foin est donné après l’un des repas; de la paille entière après l’autre. Quelques cultivateurs font la préparation dans des fosses maçonnées; la betterave et la menue paille sont fortement pressées ; par ce moyen, le contact étant mieux établi, la fermentation est plus régulière et le mélange est beaucoup plus digestible. Il n’y a guère que les manœuvres qui fassent cuire la betterave. Une vache consomme ainsi en 250 jours 10000 kilos de betteraves et 1000 kilos de fourrage et 250 kilos de grain. En estimant la betterave à 16 francs et le fourrage à 35 francs, cela fait 160 + 70 + 45 = 275.
- Pendant lesmoisde juillet, août et septembre, la vache, nourrie exclusivement au vert à raison de 35 à 40 kilos par jour, coûte Ofr. 70 c., soit 70 francs par 100 jours : c’est donc un total de 340 francs que coûte une vache à lait pour un produit à peu près égal. Mais il faudrait ajouter encore 50 francs pour la dépense du mar-quaire. Les cultivateurs qui vendent leurs betteraves se procurent des pulpes à la sucrerie à un prix relativement faible, lorsque les transports ne l’augmentent pas trop, et ils peuvent dès lors faire quelques économies sur la ration ; mais, en définitive, je ne pense pas que la tenue dé la vache à lait dans ces conditions puisse donner un bénéfice sensible, mais elle permet de consommer à la ferme des denrées difficiles à vendre et dont la production donne toujours au cultivateur jm bénéfice raisonnable. L’été la moyenne culture et les manœuvres, tout en nourrissant leurs vaches au vert, les maintiennent en général à l’étable ; mais, dans ces dernières années, les cultivateurs de lapartieouest ontreinarqué que leurs terres conviennent parfaitement à la création d’herbages, parce qu’avec un sol léger elles possèdent en général un sous-sol peu perméable : de là, transformation par les grands cultivateurs d’une partie importante de leurs terres arables en herbages. Au printemps, des vaches sans lait que l’on appelle limières ou des bœufs sont achetés et mis au pré, pour être vendus gras dans le courant de juillet, époque où les vaches pleines destinées à la production du lait viennent les remplacer jusqu’à la fin de septembre.
- Ainsi que je l’ai dit, l’élevage n’est guère pratiqué que dans la région des plateaux, et là encore beaucoup de cultivateurs de tout ordre préfèrent engraisser ou faire du laitàla manière de la région ouest ; cependant plus des trois quartsdes cultiva-
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- teurs élèvent ; mais il est juste de constater que l’opinion la plus accréditée chez les cultivateurs riches et instruits est que la production du lait su ivie de l’engraissement des vaches est la spéculation la plus avantageu se que l’on puisse faire sur le gros bétail. Ce n’est pas le lieu ici de discuter cette opinion qui me paraît erronée lorsque l’élevage est bien mené; mais il est certain que l’élevage meusien, bien qu’il ait fait de grands progrès depuis.une vingtaine d’années, y a donné lieu.
- Autrefois, en effet, avec des bêtes souvent mal faites, mal nourries dès leur jeunesse, couvertes par des taureaux pris au hasard au lieu d’être choisis avec discernement, on n’obtenait guère que des produits médiocres, peu précoces, que l’on sevrait au bout de quatre ou cinq semaines et auxquels manquaient les soins de nourriture et d’entretien si nécessaires au jeune bétail. Avec de pareils procédés, les veaux maigrissaient sans grossir et arrivaient, à l’âge d’un an, à n’avoir que la peau sur les os. Ce n’est guère qu’à l’âge de dix-huit mois qu’ils commençaient à vaincre cette faiblesse due à un régime de misère; à deux ans et demi, ils dépinçaient, c’est-à-dire que leurs premières dents de lait tombaient avant que les génisses aient ressenti les premières chaleurs, de sorte que celles-ci n’avaient leurs premiers veaux qu’à trois ans, et cen’est qu’à quatre ansqu’elles commençaient à avoir une valeur sérieuse. Mais lorsque les produits du bétail commencèrent à se bien vendre, les manœuvres et les cultivateurs prirent plus de soins de leurs élèves ; au lieu de mener leurs vaches au taureau banal (il n’y en avait alors qu’un par village), lorsqu’il était mal fait, ils les menèrent dans les communes voisines et dans les fermes ; en même temps les sociétés d’agriculture s’occupèrent de l’amélioration et y contribuèrent puissamment par l’introduction de taureaux d’élite. •
- Dans le midi de la Meuse, les sociétés de Bar et de Commercy importèrent des reproducteurs de la petite race de Schwytz dont le poids dépasse rarement 700 livres de viande lorsque l’animal atteint tout son développement. C’étaient les plus convenables pour les plateaux meusiens où ils n’ont à couvrir que des petites bêtes de 400 à 500 livres de viande au plus lorsqu’elles sont grasses. Les bêtes suisses nourries dans des pâturages demontagnes l’été, l’hiver à l’établi avec des foins de première qualité, ont ainsi une forte constitution, et le régime qu’elles ont suivi se rapproche, au moins, quant à la richesse des aliments de celui qu’elles suivent dans la Meuse, condition si essentielle pour l’acclimatation des animaux. Aussi la race suisse créée par une sélection intelligente, rendue précoce par les soins continuels dont elle est l’objet dans son pays d’origine, adonné toute satisfaction aux éleveurs meusiens ; il n’y a guère que dans la Woëvre qu’elle aurait pu donner des déceptions. C’est sans doute parce qu’on se lasse de tout, même de ce qui est bien que la Société d’agriculture de Bar a pris le parti d’importer des taureaux Durham à l’imitation de la Société d’agriculture de Verdun qui depuis quelques années déjà a abandonné la race de Schwytz. Je doute, quant à moi, que la race Durham ne donne pas de déceptions. Les sacrifices que le cultivateur meusien fait Tome II. — 86e année. 4° série. — Juin 1887. 20
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- aujourd’hui pour son bétail me paraissent insuffisants pour la réussite de la race Durham, qui passe pour être médiocre laitière, et qui n’est très précoce qu’à la condition d’être soumise dès le bas âge à un régime d’entraînement spécial.
- La Société d’agriculture de Montmédy a pris riiabitude d’importer la race hollandaise, et, il y a une dizaine d’années, la race hollandaise a fait fureur dans la Meuse, sans doute parce qu’elle est très laitière.
- Les marchands juifs ont entretenu avec soin cette spéculation très productive pour eux ; mais les cultivateurs se sont vite lassés de perdre la moitié de leurs bêtes. La race hollandaise n’est pas facile en effet à acclimater dans la Meuse ; habituée à un régime très différent, très goulue parce qu’elle ne se nourrit dans son pays d’origine que de fourrages médiocres quoique très abondants, née sous un climat humide, vivant toute l’année dans des plaines basses, elle contracte dans la Meuse, avec les fourrages très riches dont elle mange la même quantité que chez elle, des maladies d’intestin qui sont le plus souvent mortelles. Elle conviendrait en Woëvre, peut-être aussi dans l’ouest de la Meuse ; elle doit être exclue de la région des plateaux.
- Quoi qu’il en soit, les efforts des sociétés d’agriculture ont été très fructueux, puisqu’ils ont enrichi presque tous les villages de taureaux d’élite, que l’élevage meusien mieux entendu suffirait seul aujourd’hui à remplacer. Il n’y a plus guère en effet que les pauvres ou les gens sans intelligence qui suivent l’ancienne méthode d’élever. Les manœuvres et les cultivateurs entendus ne gardent point de vaches de plus de 12 ans, ce qui est encore trop vieux, ils les remplacent par les génisses les plus fortes nées de bonnes vaches et bien faites, qu’ils laissent téter pendant six semaines. A ce moment l’animal est sevré petit à petit de lait : pour cela on l’habitue d’abord à boire du lait pur au seau ; le lait est ensuite mélangé d’eau; aubout de trois ou quatre jours, on ajoute un peu de farine jusqu’à la suppression complète du lait. En même temps on lui donne un peu de foin fin et de betteraves mélangées de son, les manœuvres les remplacent même souvent par des pommes de terre cuites, et l’été par le régime du vert qui est certainement le plus convenable pour tous les animaux, mais qui est absolument indispensable pour les jeunes. Le vert en effet, le plus jeune surtout, est une nourriture presque aussi digestible que le lait, presque aussi riche en azote, bien que plus riche en sucre, et moins riche en graisse, en définitive une nourriture très analogue au lait. Aussi la plus grande partie des cultivateurs savent bien que les veaux de février-mars-avril fournissent les meilleurs élèves, parce qu’ils ne sont sevrés de lait que pour être mis au vert. Avec ce régime et les buvées quotidiennes de farine ou de pouture un peu tièdes, que les femmes appellent brouées, car ce sont elles la plupart du temps qui soignent le bétail et surtout les veaux chez les manœuvres et les petits cultivateurs, les veaux ne souffrent presque pas du sevrage; s’ils ne sont plus léchés parleur mère, les caresses de leur maîtresse leur
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- paraissent peut-être une compensation suffisante. L’hiver arrive et le régime des brouées est continué jusqu’au printemps suivant, le veau ne dépérit presque pas, et les génisses sont assez fortes pour demander le taureau avant l’âge de dix-huit mois. Il est certain que cette pratique est suivie avec plus ou moins de soin, plus ou moins d’épargne, plus ou moins d’entente, et que les résultats de l’élevage sont encore fort différents suivant les régions, suivant les villages et, dans le même village, d’une exploitation à l’autre. Mais il serait injuste de ne pas voir l’amélioration qui s’est produite dans le bétail depuis une vingtaine d’années. La précocité a fait assez de progrès pour que les génisses aient leur premier veau à vingt-sept mois en moyenne, au lieu de trente-six à quarante mois ; les formes se sont améliorées, la poitrine a pris de la largeur, le garrot n’est plus aussi sorti, le tissu musculaire s’est développé, la fesse est bien descendue, les reins se sont élargis, et si la vache meusienne n’est pas encore une bête de boucherie parfaite, elle a fait de grands progrès. La production du lait a presque doublé, et il n’est pas téméraire aujourd’hui de comparer les résultats de l’élevage avec ceux de la production du lait suivie de l’engraissement.
- L’amélioration du bétail continue encore et il me semble même que la méthode d’élevage est encore susceptible de perfectionnements importants. Il est incontestable qu’il n’y a pas de meilleure nourriture pour les élèves que le lait, et le cultivateur gagne certainement de laisser boire les veaux jusqu’à trois et quatre mois. C’est en laissant boire leurs veaux jusqu’à un an que les Anglais et les Suisses ont créé leurs races d’élite, et il n’est pas douteux que la même méthode appliquée chez nous avec une sélection intelligente aidée de croisements convenables donnerait les mêmes résultats. Il est positif en effet que les veaux qui tètent leur mère sont sujets à moins d’incommodités que les autres, qu’ils dépérissent moins avec 4 ou 5 litres de lait par jour que les veaux sevrés, que leur précocité augmente à ce point que les génisses demandent le taureau avant l’âge de 15 mois. D’autre part, si la dépense est un peu plus grande, le jeune bétail n’exige plus ni autant d’attention ni autant de soins, et, c’est une compensation suffisante. Il y a à ma connaissance, dans l’arrondissement de Bar, deux grandes fermes où ce système est pratiqué à la satisfaction des maîtres.
- Le régime des bêtes adultes n’a pas une importance aussi grande pour l’avenir que les bons soins donnés aux élèves, et du reste il a été bouleversé depuis l’introduction de la betterave. Cette plante permet en effet de régulariser la ration d’hiver des bêtes à cornes. Les cultivateurs qui élèvent ne rationnent pas généralement leurs bêtes de la même manière : les vaches pleines sont en effet loin d’avoir les mêmes besoins que les bêtes qui ont du lait; aussi les premières engraissent avec 3 ou 4 kilos de foin et 25 kilos de betteraves et on leur donne généralement un peu moins de betteraves et un peu plus de foin, nourriture beaucoup plus riche qui leur refait le sang au lieu que la betterave augmente la
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- sécrétion du lait aux dépens de la richesse du sang. Les vaches à lait reçoivent au contraire de 25 à 35 kilos de betteraves et de 2 à 5 kilos de fourrage. La betterave est coupée un jour à l’avance et mélangée à une fois et demi son volume de menue paille.
- La quantité de lait aussitôt après le vêlage varie généralement de 10 à 12 litres ; les bonnes laitières vont à 15 et quelques vaches de choix vont à 20. Mais la ration que nous avons indiquée est insuffisante pour maintenir cette production même de 12 litres de lait, et pour empêcher la vache de maigrir il faudrait lui donner un peu de nourriture plus riche. Or il n’y a pas un bon laboureur sur 20 qui le fasse ; les manœuvres ont au contraire le plus grand soin de leurs vaches après le vêlage. Il n’y a pour ainsi dire point de maison où il n’y ait une chaudière destinée à faire cuire les aliments aux porcs et aux vaches à lait frais. Pour ces’vaches, un mélange cuit à parties égales de pommes de terres et betteraves, avec 1/10e en volume de son ou un peu moins de pouture, est jeté sur un volume plus considérable de menue paille. La vache en reçoit tout ce qu elle peut manger avec 4 à 5 kilos de fourrage et autant de paille d’avoine. D’autres fois la vache reçoit une ration de betteraves de 25 kilos, et on lui donne en plus par jour deux seaux de pommes de terres cuites, délayées dans l’eau avec un litre de pouture. Il serait difficile de citer toutes les recettes qui sont presque aussi nombreuses que les maisons, souvent la vache reçoit de 2 à4 litres d’avoine. L’été, les manœuvres nourrissent leurs vaches avec des fourrages secs au moins pour moitié ; la ration est complétée avec du vert. La plupart sont persuadés que c’est là une ration à la fois plus économique et plus productive que le vert donné seul, surtout celui qui est jeune, et, bien que l’économie de la nourriture verte, surtout de la plus tendre, soit absolument prouvée, il est à peu près impossible de leur faire entendre raison sur ce point. C’est sans doute plutôt pour épargner le fourrage que pour toute autre raison que les laboureurs donnent au contraire du vert à partir du mois de juin. Après l’enlèvement des récoltes, dans beaucoup de villages, je veux dire au moins dans moitié, les vaches sont conduites aux champs par le pâtre. Je ne crois pas que le peu de nourriture qu’ils y prennent leur profite sensiblenent, il vaudrait mieux, ce me semble, abandonner cette ancienne coutume.Tant d’autres meilleures ont péri; cependant ce n’est pas le pâturage en lui-même qui est mauvais, c’est le pâturage des éteules parce que les bêtes n’y peuvent pas vivre ; mais là où les propriétaires s’entendent pour faire pâturer les prés avant ou après les regains,les troisièmes coupes de luzerne et les jeunes trèfles, le pâturage est avantageux et doit être maintenu. Cette variété de régime et de soins fait naître nécessairement de grandes différences dans les produits : les bonnes vaches bien soignées qui ont 14 litres de lait diminuent à 10 au bout du troisième mois. A ce moment elles sont couvertes par le taureau, et leur lait diminue progressivement jusqu’à ce qu’elles soient taries un mois ou un mois et demi avant de faire veau. Leur produit
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- annuel se compose de 1 veau valant à 5 semaines 70 à 80 francs et 6 litres de lait par jour, répartis sur toute l’année, soit 2 200 litres par an : c’est un produit en argent de 344 francs l’an, qui coûte beaucoup moins cher à obtenir que le même produit chez les cultivateurs laitiers qui engraissent leurs vaches chaque année, car on l’obtient avec une ration de betteraves de 33 kilos, fourrages 3 kilos,grain 500 grammes, ce qui coûte 0 fr. 85 par jour, pendant 100 jours 85 francs, pendant 100 autres jours on peut supprimer le grain et dépenser 77 francs. Enfin, pendant le reste du temps, la vache nourrie au vert coûte 0 fr. 65 par jour. C’est un total de 270 francs sans les soins. Mais il n’y a guère que 1 p. 100 des vaches meusiennes qui donnent un pareil produit. Il faut en général qu’une vache soit bien nourrie l’hiver avec de la betterave et du fourrage seulement, et l’été au vert à discrétion pour donner un veau de 70 à 80 francs et une moyenne de 5 litres de lait par jour, soit 1 830litres, c’est-à-dire un produit annuel de 300 francs. Beaucoup de manœuvres arrivent cependant à cette moyenne, grâce aux soins spéciaux qu’ils donnent à leurs vaches après le vêlage. Mais, malgré les 1 000 taureaux presque tous scliwytzque les quatre sociétés d’agriculture de la Meuse ont importés depuis 20 ans, les laboureurs sont loin d’arriver à ce chiffre. Je ne crois pas que leurs vaches donnent par an,en plus du veau, plus de 12 à 1300 litres de lait, c’est un produit de 60 + 150 = 210 francs. Voilà un produit bien inférieur à celui du laitier engraisseur. Mais la vache ne consomme en 200 jours que 5 000 kilos de betteraves et 600 kilos de fourrage, soit 122 francs de dépense qu’il convient d’augmenter de 0 fr. 50 pour le vert consommé pendant les 165 jours qui restent. La dépense totale est donc en définitive à peu près égale au produit : il faut qu’une vache soit médiocre pour donner de la perte à son propriétaire, à moins qu’elle ne soit trop médiocrement nourrie.
- Quant aux élèves, les génisses ayant un veau à 27 mois environ valent à ce moment, lorsqu’elles sont réussies, de 325 à 375 francs, année moyenne. L’année suivante elles valent de 350 à 400 francs, et je ne doute pas qu’avec des soins convenables on ne puisse encore augmenter cette valeur en déduisant 30 francs valeur du veau à sa naissance : il reste 320 francs, soit un accroissement moyen de 12 francs par mois, c’est-à-dire 150 francs par an. Je ne crois pas que la dépense annuelle soit supérieure à cette somme. Mais, dans l’élevage ancien, la génisse ayant son premier veau à 3 ans ne valait pas à ce moment plus de 300 francs. Le croît annuel était donc de 90 francs seulement, c’est-à-dire inférieurs à la dépense. Aussi, il n’y a presque plus de cultivateurs dans la Meuse qui ne regarde comme une bonne spéculation l’amélioration de son bétail, bien que beaucoup hésitent à faire dans ce but les sacrifices nécessaires et n’entourent pas les élèves des soins indispensables.
- Le fumier n’est pas considéré dans la Meuse comme un produit accessoire du bétail; il est soigné avec sollicitude, la plupart du temps il est soustrait à l’action
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- de la pluie et n'en reçoit que la quantité qui tombe à sa surface. Des corps pendants qui régnent le long des maisons contre lesquelles s'élève le tas de fumiers le protègent contre les inondations. Il est disposé par lits souvent à la porte môme des étables et les bestiaux le tassent en le piétinant.
- Ses faces bien dressées sont protégées contre les attaques de la volaille par des abattis d’épines. Mais tout cela n’empêche pas la déperdition du purin. Le fumier n’est en effet charrié que tous les trois ou quatre mois : en octobre pour semer les blés, l’hiver à l’époque des gelées, au printemps avant la plantation des betteraves, et enfin l’été après la fenaison . Les pluies en enlèvent l’hiver les parties solubles. L’été, le soleil le dessèche et il n’y a dans les villages que quelques cultivateurs que remédient à cette situation par un arrosement convenable. C’est la disposition des villages, la distance trop grande de beaucoup de terres qui a créé cet état, de choses, nuisible souvent à la santé du bétail; car les conditions d’établissement des étables ne sont la plupart du temps rien moins qu’hygiéniques. Le fumier placé à la porte s’élève rapidement au-dessus du seuil, les cultivateurs laissent une pente pour y accéder. Mais les émanations du tas s’élèvent en face de Tunique ouverture qui amène l’air dans l'étable ; au lieu d’un air pur et fréquemment renouvelé, les animaux ne respirent souvent qu’un air vicié. Les étables sans air sont aussi le plus fréquemment sans lumière, on est quelquefois obligé de laisser la porte ouverte pour que l’étranger ou le marchand puisse non pas voir,mais seulement distinguer les animaux. Ajoutez l’exiguïté des locaux qui n’ont pas été disposés pour une culture perfectionnée, c'est-à-dire entretenant beaucoup de bétail. Ces inconvénients sont moindres chez le manœuvre qui n’entretient que deux ou trois animaux que chez le cultivateur à qui il en faudrait souvent une quinzaine. Le premier peut disposer une étable dans un coin de sa grange, le cultivateur se sert de son ancienne écurie, les bêtes à cornes sont avec les chevaux, le bétail y est trop serré et faute d’un local suffisant le laboureur entretient souvent moins de bétail dans des conditions moins bonnes qu’il ne serait nécessaire.
- Economie des bêtes ovines. — Le nombre des vaches a augmenté dans la Meuse considérablement depuis vingt-cinq ans. On ne serait peut-être pas loin de la vérité en estimant qu’il a doublé, mais on est certainement au-dessous de la vérité en estimant l’augmentation à moitié du nombre de têtes ancien. Cela tient à ce que les conditions économiques ont été éminemment favorables au gros bétail, puisque dans ce quart de siècle le prix de la viande a augmenté de plus de moitié et que le prix du lait a haussé de 0 fr. 07 le litre à 0 fr. 12 le litre.
- Dans la même période le nombre des moutons a diminué dans une proportion importante et c'est aux traités de commerce de 1860 qu’il faut en attribuer la cause. Jusque-là, en effet, le mouton en Lorraine, comme presque partout en France, mais plus qu’en beaucoup d'autres lieux, n’était tenu que pour la laine qui se vend alors lavée 2 fr. 50 la livre. Les moutons n’étaient vendus qu’à quatre ou
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- cinq ans, les brebis allaient jusqu’à huit et neuf ans. Tout l’ensemble de ce bétail n’était pas de formes distinguées, c’étaient des bêtes à laine et non pas des bêtes à viande, bétail décharné et brut à croître, à ce point qu’un agneau d’un an ne pesait guère à ce moment que 20 kilos et les mauvais pesaient souvent beaucoup moins. Ce n’est qu’à l’âge de 2 ans que les animaux commencent à prendre un peu de vigueur et de viande. Dans ces conditions, une brebis rapportait annuellement 7 à 9 francs de laine et un agneau valait 5 à 7 francs à l’âge d’un mois et demi ou deux mois. Un mouton de 4 ans se vendait une trentaine de francs et rapportait en moyenne pendant les quatre années de sa vie 9 francs de laine; le produit annuel moyen du mouton aussi bien que de la brebis était à peu près de 14 francs et ce produit était obtenu sans grands frais, puisque le mouton sortait la plus grande partie de l’année. Les agneaux venaient au printemps ; brebis et moutons ne mangeaient l’hiver que de la paille et un peu de foin, un peu de grain était donné aux brebis au moment de l’agnelage, et le pâtre commun était logé aux frais de la commune et recevait à peu près 1 fr. 50 par an et par mouton, y compris les fournitures en nature. A ces conditions, si la tenue des bêtes à laine était peu productive, elle était assez lucrative parce qu’elle ne coûtait presque rien.
- L’accroissement du prix de la viande fut la principale cause de la diminution de la jachère, et la diminution de la jachère fut encore une cause de la disparition du mouton. Non seulement le produit du mouton baissa par suite du traité de commerce, mais son entretien devint plus coûteux par la diminution de la jachère; et, si le mouton était aujourd’hui tenu de la même manière qu’en 1860, il ne rapporterait plus annuellement que 9 francs de viande et 3 francs de laine, soit 12 francs au lieu de 14 ; mais il n’y a rien d’exagéré à affirmer que la dépense nécessaire pour son entretien aurait triplé.
- Il y avait deux remèdes à cette situation : ou améliorer le mouton, en faire une bête à viande et presque sans laine, ou le remplacer par des animaux plus avantageux, des bœufs et des vaches. La plus grande partie des habitants de la Meuse choisirent ce dernier parti. Il n’y a rien d’exagéré à affirmer que le nombre des moutons a diminué dans la Meuse de plus de moitié depuis 1860. Avant cette époque, il n’y avait pas de commune qui n’eût son troupeau de moutons. Aujourd’hui il y a dans la Woëvre plus des deux tiers des communes qui n’en ont plus. Dans le midi et l’ouest du département, beaucoup de troupeaux communaux ont été vendus de la même manière ; à ma connaissance, dans le canton d’Ancerville, il y a six communes qui n’en ont plus, sans qu’il y ait comme dans la Woëvre une cause locale qui favorise la disparition du mouton, car le sol y est parfaitement sain, et le mouton n’est pas exposé comme dans la Woëvre à gagner la pourriture dans les années pluvieuses. Dans les communes des plateaux calcaires du centre de la Meuse, les troupeaux communaux ont partiellement disparu, et là où ils subsistent encore ils ont subi une réduction considérable. Telle commune qui
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- possédait 600 moutons n’en a plus aujourd’hui que moitié, et quoique le salaire du berger ait été augmenté, il ne suffit plus aujourd’hui à son existence. Aussi les bergers communaux se lassent-ils d’une situation sans avenir, qui ne convient bien qu’à un homme marié, sans lui donner les ressources nécessaires pour nourrir sa famille. Cette pénurie de bons bergers devient ainsi l’une des causes de disparition des petits troupeaux communaux, il faut qu’un troupeau soit nombreux pour pouvoir continuer d’exister.
- Les mêmes causes sont loin d’avoir exercé la même influence néfaste sur les troupeaux particuliers, elles n’ont pas sans doute contribué directement à leur extension, mais en faisant disparaître ou diminuer les troupeaux communaux, elles ont procuré aux autres une pâture plus abondante et plus facile, ce que doit rechercher avant tout le cultivateur qui veut entretenir un nombreux troupeau. Toujours est-il que le nombre et l’importance des troupeaux particuliers ont augmenté depuis une dizaine d’années et augmentent tous les jours ; mais ils sont loin de compenser encore les pertes subies depuis vingt-cinq ans par les troupeaux communaux. C’est que les particuliers sont à même d’échapper au désastre causé par les traités de commerce ; il n’y en a plus qui tiennent le mouton pour la laine ; tous, sans exception, s’efforcent, par des moyens différents et avec des succès très divers, de produire le plus vite possible le plus de viande possible. C’est à leur initiative qu’est due l’amélioration aujourd’hui bien évidente des bêtes ovines meu-siennes ; ils ont commencé par introduire dans la Meuse des béliers de races perfectionnées, des south-down d’abord. Quelques-uns bien rares ont essayé du dishley, et depuis deux ans déjà la Société d’agriculture de Bar a importé des métis mérinos, alors qu’autrefois elle s’inquiétait peu du mouton. Comme sang améliorant, c’est le south-down qui a dominé de beaucoup, et c’est aussi le plus convenable : par la taille le south-down se rapproche des bêtes meusiennes, il est même souvent plus petit, mais c’est une bête à courtes pattes, à poitrine large et profonde, toujours en chair, habituée à pâturer, et pas trop exigeante sur le régime, bien quelle soit très précoce, puisqu’elle a son développement complet avant l’âge de deux ans et que les agneaux de cette race bien soignés peuvent peser, à un an, jusqu’à 100 livres.
- Le south-down est une bête de boucherie par excellence avec son dos large et plat comme une table, ses masses charnues bien développées, ses fesses bien descendues ; il n’a pas de peine à rendre gras de 53 à 55 p. 100 de viande. Les croisements south-down de la Meuse sont loin de rendre autant, mais ils arrivent aujourd’hui facilement à 50 p. 100 et les bouchers achètent volontiers cette viande 0 fr.05 de plus par livre que le mouton ordinaire. Les cultivateurs ne trouvent aux béliers south-down qu’un seul défaut, celui de ne pas grandir la race du pays ; mais il est probable que cela tient un peu à la nature des fourrages et surtout du pâturage qui est dans les plateaux calcaires de très bonne qualité, mais peu abondant.
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- Le métis mérinos n’a pas encore fait ses preuves dans la Meuse, mais il paraît qu’on en est très satisfait en Champagne. C’est une bête à laine très abondante et de première qualité, ce qui ne le recommande pas beaucoup, mais c’est aussi une bête de grande taille et à viande, ce qui le recommande davantage. Je doute néanmoins qu’il convienne bien dans la région des plateaux meusiens. C’est une bête trop grande qui dépense beaucoup et à laquelle il convient d’épargner plus qu’à toute autre le fléau de la gale à cause de la valeur plus grande de sa laine. Or cette maladie, à cause sans doute du peu de soin des bergers, est enzootique dans la Meuse, c’est-à-dire qu’elle se développe naturellement dans toutes les étables pendant l’hiver si elle n’est pas arrêtée à temps. Le south-down, au contraire, est répandu dans tout le département, aussi bien dans les communes que chez les particuliers. Le métis n’occupera jamais, il faut l’espérer, que la partie ouest de la Meuse : c’est celle qui lui convient le mieux.
- Le dishley 11e convient pas non plus aux territoires accidentés; il ne convient pas non plus dans un territoire morcelé, car il n’aime ni à se fatiguer ni à être fatigué parles chiens; on pourrait l’importer avec succès dans les grandes fermes de l’ouest, sans doute aussi en Woëvre à condition d’éviter la pourriture, ce qui ne semble pas du tout impossible avec un bon régime et des conditions hygiéniques convenables.
- Il n’est certainement pas facile de fixer aujourd’hui le produit du mouton tant dans les troupeaux communaux que chez les particuliers; car la nourriture, les ressources, les habitudes et la composition relative des troupeaux diffèrent considérablement. Il y a des propriétaires qui remplacent pour engraisser continuellement ; mais cette spéculation est beaucoup plus rare que pour le gros bétail et n’est certainement pas plus productive. La plupart des propriétaires élèvent : ceux qui ont déjà des bêtes améliorées et qui les soignent bien font couvrir leurs brebis à 18 ou 20 mois et les conservent jusqu’à 4 ou 5 ans; les mâles sont généralement vendus à 18 mois; quelquefois même les agneaux mâles sont engraissés et vendus à 6 mois, et ce n’est pas la spéculation la moins avantageuse.
- Un troupeau de 32 bêtes se compose ainsi de 4 mères de 4 à 5 ans, 4 de 3 ans, 4 de 2 ans, 10 antenais et antenaises et 10 agneaux ; chaque année 4 vieilles mères et 6 antenais sont vendus au prix de 40 francs pièce en moyenne, soit un produit de 400 francs. Les 22 bêtes adultes et les 10 agneaux rapportent en plus 100 francs de laine, c’est un total de 500 francs de produit pour 22 bêtes adultes, soit 23 francs par tête. Mais il faut quelque sacrifice pour arriver à ce résultat : à partir de la moisson jusqu’à la fin d’octobre, le troupeau vit de la pâture et d’un peu de paille; en novembre, il faut donner du foin aux antenais ; en décembre, il faut en donner à toutes les bêtes et lorsqu’il y a de la neige il faut entamer la provision de betteraves ; des agneaux viennent généralement en février, mars et le propriétaire est obligé de prolonger la consommation de betteraves jusqu’à fin mars pour les Tome II. — 86e année. 4e série. — Juin 1887. 21
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- mères, celle de foin jusqu’à fin avril, tout en nourrissant les agneaux soigneusement à l’étable jusqu’à la moisson. La nourriture d’une brebis coûte aussi durant b mois une livre de foin par jour, et durant trois mois 1 kilo de betteraves, soit pour les 22 bêtes adultes 2 500 kilos de fourrage et 3 000 kilos de betteraves. Les agneaux mangent jusqu’à la moisson 3 à 400 kilos de fourrage. Enfin les 10 bêtes engraissés chaque année mangent 3 quintaux d’avoine. La dépense totale est donc à peu près de
- 2500 kilos de fourrage..........................................175 fr. 00
- 3 000 — — betteraves........................................ 48 00
- 39 — — avoine........................................... 62 40
- Total........... 349 fr. 40
- Le berger reçoit 64 francs. C’est un total de 350 francs de dépenses qu’il faut augmenter sensiblement lorsque les propriétaires ne laissent pas de jachère.
- Les cultivateurs qui ne veulent pas faire autant de sacrifices ont un bénéfice moindre, parce que leurs agneaux réussissent moins bien; ils n’ont que 8 agneaux par an au lieu de 10 avec le même nombre de mères. Ils sont obligés de garder leurs bêtes un peu plus vieilles pour avoir 10 agneaux. Les agneaux mâles ne sont gras qu’à 2 ans et demi, ils ne vendent leurs bêtes que 35 francs en moyenne et le produit n’est ainsi que de 450 francs et la dépense n’est en définitive presque pas diminuée parce qu’il y a 10 bêtes adultes de plus à nourrir.
- Les fermiers qui ont des troupeaux particuliers ont soin de faire venir tous leurs agneaux ensemble, au lieu que, dans les troupeaux communaux, le bélier qui appartient au berger couvre les brebis au fur et à mesure qu’elles viennent en chaleur; mais on diffère beaucoup d’avis sur le meilleur moment de faire venir les agneaux; les uns, sans doute les plus nombreux, les font venir en février, quelques-uns au mois d’aout, d’autres en novembre et décembre; tous apportent de bonnes raisons pour défendre leur opinion. Ceux qui font venir les agneaux en février disent que les agneaux sont assez forts pour sortir en mai et même plus tôt, mais il faut reconnaître que ce n’est pas généralement le moment où le troupeau coûte témoins, ce n’est pas non plus le moment où le pâturage est le plus abondant.
- Ceux qui font venir les agneaux en juillet et août disent avec raison que c’est le moment où les brebis sont le plus vigoureuses, et où leur nourriture coûte le moins ; ils ajoutent que les agneaux peuvent sortir dès le mois de septembre, mais ils ne disent pas que les jeunes animaux ne sont pas encore très forts à l’entrée de l’hiver et qu’ils en souffrent, et ils avouent du reste qu’il faut bien nourrir les mères pour quelles viennent en chaleur en février, époque où il est nécessaire de les faire couvrir.
- Il est positif que les agneaux de novembre et décembre sont les plus beaux à leur naissance, et c'est un fait constaté depuis longtemps par les éleveurs, que les
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- brebis couvertes à leurs premières chaleurs qui arrivent en juin donnent tou jours les meilleurs produits. Il est du reste constaté que les dernières chaleurs, celles d’octobre et novembre, donnent toujours des produits inférieurs. Les agneaux de novembre et décembre bien soignés en hiver sont vigoureux au printemps et, pendant les mois d’été, ils prennent assez de taille et de force pour ne rien avoir à craindre l’hiver suivant. Ils deviennent aussi moins facilement tournis et profitent de toute la pâture de la bonne saison ; mais l’entretien des mères pendant l’hiver est un peu plus coûteux.
- En définitive, les trois systèmes peuvent sedéfendre, et l’éleveur doit se décider d’après les ressources en pâture qu’il aura à un moment donné. Celui qui, à partir du réveil de la végétation, veut nourrir largement son troupeau au pâturage, est obligé de créer des prairies qui entretiennent largement le troupeau depuis le commencement de mars jusqu’à la moisson; à ce moment, le pâturage des éteules concurremment avec les pâtures suffit largement jusqu’à la fin de novembre; pendant l’hiver le troupeau vit encore en grande partie lorsqu’il n’y a pas de neige sur toutes les prairies de la ferme. Avec ce système, il est évidemment très avantageux de faire naître les agneaux au commencement de l’hiver afin qu’ils puissent sortir le plus tôt possible au printemps. Le cultivateur qui suit l’ancien assolement triennal est obligé au contraire de nourrir ses bêtes à l’étable jusqu’à ce que les minettes soient bonnes à pâturer; pour lui, il est plus avantageux de faire venir ses agneaux en février et mars, il n’est pas obligé à tant de dépenses pour entretenir les mères. Enfin celui qui ne fait pas de minettes, qui est obligé d’envoyer son troupeau vivre au loin au printemps, a plus d’avantage de faire venir les agneaux au mois de juillet et août. Il est positif que ces divers motifs ont contribué pour leur part aux choix divers des cultivateurs.
- Quoi qu’il en soit de ces diverses méthodes, il est certain que la plupart des troupeaux particuliers donnent des produits plus considérables relativement au nombre de bêtes que les troupeaux communaux. Une grande partie des agneaux mâles est engraissée. Le troupeau ne se compose ainsi que de brebis mères, d’antenaises et d’agneaux.
- Un troupeau de 225 mères donnera actuellement 410 agneaux mâles et 90 agnelles et même souvent un peu plus. La composition du troupeau sera donc :
- Agneaux . . . Antenaises . . , Brebis de 2 ans
- — de 3 —
- — de 4 —
- 200
- 00
- 80
- 73
- 70
- Chaque année les plus mauvaises antenaises brebis de deux ans, trois ans, et de quatre ans ainsi que toutes les brebis de quatre à cinq ans seront vendues après avoir été engraissées. Le produit sera donc :
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- MO agneaux gras. . . à 35 francs......................... 3850 francs.
- 00 mères de tout âge à 45 —........................... 4050
- Laine...................................................... 1500 —
- Total............ 9400 francs.
- Soit une moyenne de 30 francs par tête pour les 315 bêtes adultes du troupeau.
- Les dépenses pour l’obtenir sont très variables dépendant de la méthode suivie.
- A^ ec 18 hectares de bons pâturages, une réserve de 20 000 kilos de fourrage et de 10 000 kilos de betteraves et 80 quintaux de triures de blé, on peut entretenir facilement un troupeau de 315, à moins que l’hiver ne soit très rigoureux. En estimant le pâturage à 250 francs l’hectare, c’est une dépense totale de 1 400-h 160 + 4 500, soit 6 160 francs sans le berger.
- Le prix de 35 francs représente en moyenne pour les agneaux gras un poids de 35 kilos vivants. Celui de 45 francs pour les mères représente 48 kilos. Ce sont des poids qui sont fréquemment dépassés dans les exploitations où le bétail est bien soigné. Dans les fermes où l’on tient à économiser le grain, les moutons sont vendus de deux à trois ans après la tonte, ils sont engraissés à peu de frais. Quant aux mères, elles sont vendues au mois de septembre avant la monte, à l’époque où elles sont grasses. C’est toujours le moment où le mouton est le moins cher, ce qui montre suffisamment que beaucoup de cultivateurs suivent cette méthode.
- Grâce à ces perfectionnements, le nombre des bêtes ovines ne diminue plus dans la Meuse. Les troupeaux communaux eux-mêmes continueront d’exister, et il est même probable qu’ils augmenteront de nombre, car le mouvement paraît être déjà commencé; si ce fait se produit, c’est surtout aux baux à cheptel qu’il sera dû. Rien de plus ordinaire que le bail à cheptel ; il n’est pas téméraire d’affirmer que la moitié de la population des troupeaux communaux, dans les cantons d’Ancerville, de Mou tiers, de Ligny et peut-être de Bar, est tenue à bail.
- Le bail à cheptel est toujours fait pour trois ans au bout desquels le preneur et le bailleur se partagent le fonds et le croît. La laine est partagée chaque année et la laine d’agneau appartient au preneur. Les conditions particulières dépendent de l’intelligence du bailleur. Ceux qui entendent leurs intérêts se réservent le droit de remplacer les vieilles mères durant le bail. Ces sortes de traités sont commodes pour les cultivateurs qui peuvent ainsi se créer un troupeau sans avoir d’avance; mais ils sont généralement très avantageux pour le bailleur. Aussi beaucoup de bouchers et même des cultivateurs pratiquent-ils cette spéculation. Et si elle ne leur donne pas toujours les résultats auxquels ils devraient s’attendre, c’est qu’ils ne s’occupent pas assez du remplacement et des reproducteurs ou qu’ils donnent leur cheptel à des cultivateurs peu soigneux.
- Economie de la race porcine. — On mange beaucoup de porc en Lorraine. Sa
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- chair était, il n’y a pas encore bien longtemps, la seule viande consommée par les gens de la campagne: aujourd’hui les viandes de bœuf, le veau et le mouton sont entrés dans l’usage ordinaire, sans que la consommation du porc ait pour cela cessé d’augmenter, à ce point que la production en est à peine aujourd’hui suffisante pour les besoins locaux, malgré l’appoint important fourni par les nombreuses fromageries du pays.
- Il est certain que les conditions de l’élevage et de l’engraissement du porc se sont sensiblement modifiées depuis cinq ou six ans, et même depuis moins longtemps ; et les économistes sont d’avis que ces changements seront permanents, c’est-à-dire que l’on ne reverra plus pour le porc les prix de I fr. 60 le kilo de viande que l’on voyait assez souvent autrefois. Malgré l’interdiction des lards d’Amérique, le porc, au lieu de hausser, n’a pas cessé de diminuer. Sans doute les denrées qui servent à sa nourriture ont un peu diminué de valeur ; mais il faut bien reconnaître que les méthodes d’élevage et d’engraissement se sont sensiblement perfectionnées.
- Aussi, malgré les bas prix qu’ils déplorent comme tous les autres, les manœuvres et les cultivateurs de la Meuse n’ont pas renoncé à l’élevage du porc. C’étaient autrefois la région de l’ouest et la Woëvre qui en faisaient naître le plus, et c’était une habitude de les envoyer pâturer avec les moutons. On peut contester le bien fondé de cette méthode qui n’est plus suivie aujourd’hui. L’élevage du porc n’est plus aujourd’hui localisé. Il y a dans tous les villages des cultivateurs qui font naître. Partout aussi les manœuvres engraissent un, deux ou trois porcs. Ceux qui se plaignent le plus de la baisse du porc sont les éleveurs qui ne vendent plus leurs produits que les 2/3 de ce qu’ils les vendaient autrefois sans qu’il leur soit possible de tirer de leurs truies sensiblement plus de produit. C’est sans doute pour cette raison qu’ils ont pris l’habitude de vendre les jeunes porcelets à l’âge d’un mois, au lieu que lorsque les porcs se vendent bien, ils les gardent volontiers un mois de plus.
- Il n’y a guère que les petits cultivateurs qui élèvent des porcs dans la Meuse, à l’exception de la région de la Woëvre, et ce sont toujours les femmes qui s’occupent de ces animaux ; les mères sont toujours bien nourries de pommes de terre cuites, mélangées de son, de pouture ou de grains cuits ; le jour où elles sont couvertes est soigneusement noté et lorsque leur terme est proche, la surveillance des ménagères est de tous les instants pour que la truie n’écrase pas ou ne dévore les porcelets à mesure qu’ils naissent; elles se lèvent la nuit pour éviter cet accident. Lorsque la truie connaît ses petits, il n’y a plus de danger à redouter ; on les laisse pendant quelques jours avec la mère, puis on a soin qu’une ouverture soit ménagée dans le mur pour que les porcelets viennent boire du lait dans une stalle voisine ; à un mois, les porcs sont assez forts pour manger un mélange de pouture cuite avec du lait, et au bout de quelques jours de ce régime, ils sont
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- définitivement sevrés et nourris au lait caillé et à la pouture jusqu’à la fin du deuxième mois. C’est généralement alors que les porcs sont vendus. Les prix varient suivant les temps et la qualité de la marchandise, de 15 à 30 francs et même jusqu’à 35 francs, lorsque l’acheteur passe par les mains des marchands, ce qui est le plus ordinaire.
- Les truies ont deux portées par an et la plupart des éleveurs s’efforcent d’en avoir une en février parce que c’est en mars et avril que les porcs se vendent le plus cher. Les manœuvres, qui achètent des porcs, ont en effet l’intention, ou bien de les nourrir pauvrement au vert avec un peu de son jusqu’à la récolte des pommes de terre, de les faire grandir comme ils disent, c’est-à-dire peut-être de les laisser maigrir pour les engraisser ensuite d’octobre à décembre et les tuer en hiver pour les besoins du ménage, ou bien de les nourrir fortement pour qu’ils soient gras avant la fin de septembre, époque où les bouchers de Lorraine commencent à tuer des porcs, et où ces animaux sont toujours recherchés et chers.
- Ceux qui achètent les porcelets d’arrière-saison les paient régulièrement dix francs de moins par tête qu’à la bonne saison ; ils n’ont pas, il est vrai, la ressource de la nourriture verte, mais les pommes de terre cuites la remplacent avantageusement ; cependant les cultivateurs qui vendent leur lait aux fromageries ne peuvent pas aussi facilement qu’en mai réserver le lait caillé nécessaire à leur nourriture, parce qu’à ce moment le lait est beaucoup plus recherché des fromagers. Quant au reste, il n’est pas rare que les porcs gras soient vendus en avril plus cher que les premiers; les plus bas prix sont toujours de novembre à janvier. Ainsi les engraisseurs avisés qui veulent spéculer sur le porc, prennent soin seulement d’acheter les porcelets le moins cher possible, ils achètent en toute saison et nourrissent les animaux aussi abondamment qu’ils le peuvent, l’été au lait caillé avec de la pouture et au vert. Un porc de 4 mois vit largement avec deux litres de lait caillé et un demi-kilo de pouture et 3 à 4 kilos de vert, et à partir du cinquième mois on peut l’engraisser en quarante jours en maintenant la ration de lait caillé avec 2 kilos 1/2 de pouture et 4 kilos de pommes de terre. L’on fait ainsi en cent quarante jours un porc pesant 250 livres vivant et valant, au prix de 45 francs les 100 livres, 110 francs. La dépense est
- Achat du porc....................................................22 francs.
- 280 litres de lait caillé à 0,05 14 —
- 240 kilos de pouture.............................................43 —
- 500 — de vert............................................... 10 —
- 160 kilos de pommes de terre cuites............................. 7 —
- Total.............96 francs.
- qui laisse, déduction faite des soins, un bénéfice raisonnable. Il arrive souvent que les engraisseurs nourrissent les porcs beaucoup plus longtemps de manière qu’ils pèsent vivants jusqu’à 350 livres et plus; mais bien que ce rendement en viande
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- soit ici relativement beaucoup plus considérable que chez les petits porcs, les boucliers ne les achètent pas plus cher parce qu’ils ont trop de lard qui se vend beaucoup moins cher que la viande maigre.
- Les nourrisseurs qui veulent faire des économies sur la ration conservent leurs porcs un an pour les faire peser autant que le porc de six mois bien nourri. L’engraissement avec les pommes de terre et 1 kilo de pouture exige trois mois et la consommation est pendant ce temps ’
- Pommes de terre \ .000 kilos cuites . . ... ... . . . . 45 fr. 00
- Pouture. .... 90 — — . ................ 16 50
- Prix du porc ...... .... . ................ 22 00
- Cela fait 83 fr. 50. Il reste 27 francs, pour payer la nourriture du porc pendant neuf mois. Non seulement ce système ne donne pas de bénéfice, mais il donnera presque certainement de la perte ; il est vrai qu’il faut faire entrer en ligne de compte les eaux grasses, mais c’est une ressource qui compte seulement lorsqu’il n’y a qu’un porc.
- Les fromageries ont du petit-lait et d’autres ressources encore. Un porc peut consommer par jour jusqu’à 15 litres de petit-lait, et une fromagerie qui traite 3 à 4 000 litres de lait peut entretenir 200 porcs. Les fromagers sont obligés d’acheter les autres denrées nécessaires à la nourriture de leurs porcs ; mais ils se gardent bien d’acheter des pommes de terre ; même au cours actuel de 3 francs les 100 kilos, ils trouvent que ce n’est pas une nourriture économique. Ils préfèrent le maïs à 13 francs les 100 kilos, le riz à 25 ou 28 francs et surtout l’orge qui vaut de 16 à 18 francs et qu’ils donnent concassée ou réduite en pouture, et plus rarement cuite parce que la cuisson est rarement suffisante pour que les aliments soient complètement digérés.
- Les fromagers s’inquiètent des formes des porcelets qu’ils achètent ; ils savent bien que les formes sont intimement liées avec la précocité et qu’il n’y a d’autres manières de la reconnaître quel’examen desformes. Les manœuvres et les cultivateurs qui s’en inquiétaient beaucoup moins ont appris à en connaître l’importance. Les marchands importateurs de porcelets dans la Meuse sont obligés aujourd’hui d’amener des sujets bien conformés et de bonne race sous peine de ne pas vendre leur marchandise, et les éleveurs ont souvent choisi leurs reproducteurs dans ces sujets importés plutôt que de les prendre dans leurs porcheries mêmes. Par ce moyen, l’élevage du porc dans la Meuse est en voie d’amélioration et bien que la valeur des porcelets varie considérablement d’une porcherie à l’autre, il n’y en a plus guère qui, bien soignés pendant six mois au plus, ne deviennent des porcs de près de 200 livres de viande.
- Cette amélioration est des plus heureuses ; car le porc exerce une influence plus considérable qu’on ne croit sur les profits que donne la tenue du gros bétail.
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- J’ai dit, en effet, que le nombre des tètes de gros bétail avait considérablement augmenté dans la Meuse depuis l’établissement des fromageries ; la concurrence, qu’elles se sont faite tout d’abord pour se procurer une clientèle convenable de cultivateurs laitiers, a fait hausser le prix du lait; et la hausse s'est fait sentir ensuite dans les cantons dépourvus de fromageries, parce que ces cantons ont été obligés de fournir seuls à la consommation locale. La hausse moyenne a été de 0 fr. 05 par litre ; mais les fromageries, ayant cessé de se faire concurrence, s’entendent au contraire pour maintenir le lait au plus bas prix possible, et du reste elles ne le prennent plus à partir du mois de mai, ou ne le prennent qu’à un prix infime. Le cultivateur laitier serait donc absolument à leur merci, s’il n’avait le moyen d’utiliser son lait pendant les quatre ou cinq mois d’été; l’élevage et l’engraissement des porcs lui permettront d’utiliser les résidus de la fabrication du beurre et ce n’est pas leur attribuer une valeur trop élevée que de les estimer à 0 fr. 05 par litre. Les cultivateurs de la Meuse paraissent l’avoir compris, et la baisse du porc ne paraît pas heureusement les avoir découragés.
- Basse-cour. — L’élevage des volailles n’est pas aussi varié dans la Meuse que dans beaucoup d’autres points de France. Le dindon y est très rare. La poule, le canard et l’oie y occupent la basse-cour, et l’oie en est comme partout ailleurs le seigneur ; c’est sans doute pour cela que les habitants de la Meuse l’envoient dans les éteules, après la moisson; ils lui demandent au reste surtout son duvet. Les canards sont nourris de son. de pouture mélangés, de pommes de terre cuites, ils sont généralement très bien soignés, et bien des ménagères les vendent à deux ou trois mois ; la plupart du temps cependant on ne les vend que l’hiver. C’est la poule qui forme le gros de la basse-cour, et la race perfectionnée de Houdan n’est pas inconnue dans la Meuse, bien qu’elle y réussisse assez médiocrement. Au reste, la situation particulière des villages et des habitations meu-siennes, les cours communes, le manque de place souvent, la jalousie du voisinage, l’inintelligence des volailles qui ne savent pas reconnaître le bien de leur maître de celui du voisin, tout conspire à en limiter le nombre et à s’opposer au perfectionnement de l’espèce. L’on n’exporte guère ni les œufs ni les animaux; et la seule nourriture qu’ils reçoivent est l’avoine ou l’orge. Dans quelques fermes où l’on est plus au courant des besoins de la volaille, on lui donne des pommes de terre et du grain cuits, ou l’été une pâte faite de pouture et de lait caillé, et cette nourriture qui est parfaitement convenable aux poussins entretient l’embonpoint des adultes et augmente le produit en œufs. L’hiver, depuis le milieu d’octobre jusqu’en janvier, les poules insuffisamment nourries ou refroidies ne pondent point, et les œufs arrivent pendant cette période au prix de 1 fr. 25 la douzaine : c’est un prix supérieur à celui de Paris. En revanche, aussitôt que la ponte commence, le prix des œufs diminue pour arriver en mars à Ofr. 75, et en avril àO fr. 60 et quelquefois moins; l'on n’a pas du reste dans la Meuse l’habitude de vendre au
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- marché le produit de la basse-cour. Les coquetiers parcourent les villages, et p aient un prix en rapport avec les offres qui leur sont faites et le bénéfice probable qu’ils retireront de leur marchandise. C’est là encore une conséquence du morcellement et de la petite propriété, et l’on ne peut pas dire qu’elle soit heureuse ; les manœuvres et les cultivateurs de la Meuse auraient besoin de former des syndicats pour la vente des produits de leur basse-cour ; comme pour beaucoup d’autre chose, ils ne songent pas à ce progrès. Les œufs qui sont très communs jusqu’au milieu de mai commencent à devenir plus rares à ce moment, parce que les ménagères commencent à les réserver pour la fenaison ; ainsi le veulent les seigneurs faucheurs et journaliers, et la mode veut aussi qu’on leur obéisse. Les historiens romains nous racontent qu’il y avait une époque dans l’année où les esclaves étaient les maîtres, c’était le moment des saturnales. Les journaliers de la Meuse auraient aussi leurs saturnales pendant la fenaison si.... on ne se privait pas le plus possible de leurs services.
- L’engraissement des poulets et le chaponnement sont à peu près inconnus dans la Meuse ; mais il y a des ménagères qui commencent à prendre l’habitude’ de vendre leurs poulets de bonne heure de mai en juillet parce qu’ils sont beaucoup plus recherchés à ce moment et beaucoup plus chers. Des poulets de deux à trois mois pesant 2 livres vivants sont souvent vendus de 2 fr. 25 à 2 fr. 50, plus tard au mois d’octobre ils n’ont plus de valeur. Lès poulets de 3 livres ne se vendent guère alors que 2 fr. 50. Au printemps, on tire un parti presque aussi bon de la vieille volaille que de la jeune de l’année précédente, une bonne vieille poule se vend facilement 3 fr. 50. Mais la clientèle unique des cultivateurs est la consommation locale qui ne trouve même pas à s’alimenter complètement dans le pays, ce qui prouve assez clairement qu’il y aurait quelque chose à faire dans la Meuse du côté de l’élevage et de l’engraissement de la volaille.
- Chapitre III. — Amélioration dans la partie occidentale. — I. Culture. — Il y a peut-être quelque présomption à parler d’amélioration dans une contrée, où la ferme-école des Merchines, savamment dirigée par M. Millon, expose à nos yeux des récoltes merveilleuses à la place des marécages et des broussailles que l’incurie des anciens fermiers avait laissés s’y établir.
- L’influence de M. Millon se fait sentir autour de lui, et les cantons au nord de Bar-le-Duc sont les mieux cultivés de la Meuse. Ce n’est pas à dire que cet illustre agriculteur ait trouvé en tout des imitateurs : pas un cultivateur n’était disposé à imiter les sacrifices qu’il a été obligé de faire, pas un n’avait les ressources suffisantes pour les supporter. Aujourd’hui que le succès a couronné ses efforts après quelques essais infructueux, M. Millon a adopté un système de culture impraticable pour la plupart de ses voisins. Sa spécialité est la production des semences : blés, avoines, orges et betteraves à sucre; la ferme des Merchines Tome II. — 86e année. 4<* série. — Juin 1887. 22
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- est aujourd’hui l’un des établissements les plus renommés de France pour cette branche si importante, et elle a rendu un service signalé à la culture de la Meuse en introduisant dans le pays des variétés de choix qui s’y propagent de plus en plus. Mais, s’il est vrai que la production des semences exige pour être rémunératrice des prix de vente très élevés, que M. Millon obtient, puisque les semences de blé trouvent facilement acheteur au prix de 33 francs le quintal, il est certain aussi quelle exige une culture soignée, une surveillance sévère, un triage coûteux des variétés, des gerbes, des épis et des grains, c’est-à-dire en définitive des capitaux considérables et des aptitudes spéciales ; et d’autre part, si on remarque que les besoins de semence sont très limités, et que la plupart des cultivateurs n’emploient encore, bien à tort sans doute que des semences ordinaires, c’est-à-dire médiocres, on conviendra facilement que c’est presque assez d’un établissement comme la ferme des Merchines par département; en fait, la plus grande partie de sa production est écoulée en dehors du département.
- C’est encore M. Millon qui a le premier recommandé dans la Meuse l’emploi des engrais artificiels, et notamment des engrais azotés, surtout du nitrate de soude qui a pris depuis deux ans une extension importante ; or il est positif qu’une importation d’engrais, surtout d’engrais azotés qui sont les plus chers, ne peut avoir qu’un caractère transitoire, et une exploitation ordinaire qui en ferait une consommation habituelle ne serait certainement pas dans de bonnes conditions, parce qu’avec un assolement convenable la fertilité de la terre sera entretenue et augmentée sans qu’il soit besoin d’importation d’engrais azotés. Il en est autrement des engrais minéraux ; ceux-ci peuvent être absolument nécessaires dans les terres qui manquent de certains éléments, et ce serait au contraire une faute de ne pas importer, dans ce cas, la quantité qui est annuellement enlevée par les récoltes vendues. Mais il est certain que dans la partie occidentale de la Meuse le sol est convenablement pourvu deséléments essentiels, ce qui fait que M. Millon préconise seulement l’emploi des engrais azotés qui sont de beaucoup les plus actifs.
- La ferme des Merchines entretient plus de 130 vaches à lait qui ne sortent de ses étables que pour être livrées à la boucherie ; à cause des nombreuses fromageries de la région, c’est une spéculation convenable et suffisamment lucrative; mais il ne semble pas que l’élevage d’une bonne race de bétail doive être moins lucratif ou moins convenable ; en somme, l’établissement des Merchines a contribué à l’amélioration culturale dans la Meuse plutôt par l’essor qu’il a donné et l’émulation qu’il a produite que par les imitations qu’il a fait naître ; et si les cultures de la luzerne, du trèfle et de la betterave fourragère se sont considérablement développées dans la partie occidentale de la Meuse, l’assolement est resté le même. Il est vrai que le morcellement du sol oppose à cette sorte de progrès un obstacle presque insurmontable; mais dans les circonstances économiques actuelles le
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- perfectionnement s’impose parce qu’il faut absolument succomber si l’on ne parvient à augmenter les produits tout en diminuant les dépenses.
- L’augmentation des cultures fourragères et de l’étendue consacrée à la betterave donne pourtant à la bande occidentale une physionomie spéciale. C’est ainsi que la surface ensemencée en betteraves est souvent de 5 à 6 p. 100 de l’étendue totale; la luzerne couvre 12 à 15 p. 100 et le trèfle 8 à 12 p. 100 ; c’est un total de 25 à 30 p. 100 au moins dans la surface consacrée à la production des plantes fourragères. Dans la région des plateaux, les cultivateurs n’entretiennent guère en fourrage que 20 p. 100 au plus de la surface exploitée. C’est là une amélioration autrement importante que l’importation annuelle de quelques centaines de kilos d’engrais azoté, ou de nitrate de soude qui ne laissent plus de traces dans la terre après la récolte de céréales qu’ils ont servi à produire.
- C’est aussi dans cette région que l’on a commencé de créer des prairies closes, destinées au pâturage des bestiaux. Il y a deux raisons importantes d’étendre cette nouvelle méthode d’exploitation du sol; la première c’est que les terres de cette région sont un peu trop humides pour la production de la luzerne qui sans durer plus de quatre ans y réussit bien, il est vrai, mais à la condition que la terre ait reçu plus de façons qu’ailleurs : la deuxième, c’est que la luzerne ne convient pas pour le pâturage et qu’au contraire la prairie convient merveilleusement à cette spéculation. Or le sol de la partie occidentale de la Meuse est très favorable à la création des prairies parce qu’il est sain et que la presque imperméabilité du sous-sol dans un grand nombre de points y maintient toujours pendant l’été une humidité convenable. Avec cette double qualité, le cultivateur est assuré que l’herbe ne manquera presque jamais dans sa prairie et que le pâturage ne lui fera point de tort ; d’un autre côté, l’ensemencement d’une prairie ne coûte pas sensiblement plus cher que celui d’une luzernière; mais la réussite est assurée, même lorsque la terre n’est point parfaitement propre; la levée est presque toujours régulière et le produit de la première année généralement plus considérable; enfin, il semble que la surface entretenue en luzerne ne puisse jamais être aussi grande dans une exploitation donnée que celle consacrée aux prairies, de sorte qu’en définitive la prairie permet d’y augmenter la production des fourrages. On objectera que la luzerne améliore le sol plus que la prairie; c’est une assertion que l’on peut considérer comme prouvée ; supposons donc que la fertilité apportée à la terre par une luzerne réussie soit double de celle apportée par une prairie alternativement fauchée et pâturée ; l’amélioration sur l’ensemble du domaine sera la même, que l’on établisse des luzernes ou des prairies, pourvu que l’on défriche chaque année deux fois plus de prairies que de luzerne.
- La création des prairies doij donc être dans la région occidentale la base de l’amélioration culturale, et il est important d’étudier avec quelques détails les conditions d’établissement et d’entretien d’une bonne prairie.
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- Trois questions préliminaires se présentent tout d’abord dont la solution exercera la plus grande influence sur le mode d’établissement et d’entretien de la prairie.
- Faut-il établir des prairies à faucher, ou des pâturages ou des prairies destinées à être alternativement fauchées et pâturées? Faut-il établir des prairies temporaires ou des prairies permanentes? Combien de temps faut-il laisser les prairies sans les cultiver?
- La prairie à faucher produit 7 à 8000 kilos de fourrage qui contiennent en moyenne :
- Azote.............................................................120 kilos.
- Potasse.......................................................... 130 —
- Acide phosphorique................................................ 30 —
- Lorsque la prairie est bien établie, elle ne doit pas puiser dans le sol plus du tiers de l’azote qu’elle consomme; mais les éléments minéraux sont fournis entièrement par le sol, car les racines de l’herbe ne s’enfoncent pas dans le sous-sol. Il est donc certain que l’on ne peut maintenir la production d’une prairie fauchée sans rendre annuellement au sol les éléments que le fourrage lui enlève. Cette restitution peut se faire soit à l’aide du fumier, qui est un engrais médiocre pour les prairies parce qu’on ne peut l’employer qu’en couverture, soit à l’aide d’engrais chimiques. Dans ce dernier cas, la production fourragère se trouve grevée de :
- 73 francs pour 30 kilos d’azote.
- 63 — — 130 — de potasse.
- 43 — — 30 — d’acide phosphorique à l’état de superphosphate.
- C’est un total de 185 francs qu’il sera possible de réduire à 100 francs en ne remplaçant que la moitié de la potasse, ce qui est très suffisant, et en employant le phosphate fossile qui conviendra ici mieux que le superphosphate. Sans doute il sera même possible de supprimer le phosphate, le sol de la Meuse étant généralement très bien pourvu d’acide phosphorique. Avec cette dépense supplémentaire, le produit net de la prairie fauchée deviendra notablement inférieur à celui de la luzerne et il est clair par conséquent qu’il n’y a pas d’intérêt, pas plus dans la Meuse qu’ailleurs, d’établir des prairies non arrosées uniquement pour les faucher.
- Le cultivateur qui prend le parti d’établir des prairies pour les livrer de suite au pâturage est obligé de les ensemencer avec des graines spéciales qui sont plus coûteuses et demandent à être semées dru ; il doit choisir des espèces repoussant sous la dent des bêtes, ou des espèces rampantes, ou à basse tige, et ce sont les moins productives ; sans compter que l’on admet généralement aujourd’hui que le pâturage donne un rendement total en herbe inférieur à celui que l’on aurait
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- obtenu si l’on avait fauché la prairie. Enfin la prairie est piétinée dès la première année avant d’avoir pris son tassement normal, et cette circonstance nuit dans une mesure importante à son rendement ultérieur.
- Pour toutes ces raisons, il me semble convenable de destiner les prairies à être fauchées les deux ou trois premières années, et pâturées ensuite. Les avantages de ce système sont les suivants : on obtient de la prairie une grande quantité de fourrage pendant les deux premières années qui sont toujours les meilleures. Ce fourrage est obtenu sans dépense d’engrais, le fumier enterré avant l’établissement de la prairie suffisant largement pendant cette période aux besoins du sol ; le pâturage qui suit entretient à peu près la terre dans son état de fertilité, même lorsque les animaux n’y passent que huit heures par jour.
- II. La prairie doit être temporaire ; quelle que soit sa destination, elle devient, en effet, rapidement acide, à moins qu’elle ne soit établie sur un sol contenant un grand excès de calcaire ; mais ces sols sont généralement trop secs pour convenir à la culture herbagère. Il existe pourtant dans les environs de Bar un domaine sur territoire calcaire contenant beaucoup de pierrailles que son propriétaire, M. Raulin, a entièrement transformé en herbages permanents où il engraisse des bœufs destinés à sa boucherie. On peut sans doute contester la convenance de ce système d’exploitation, et, d’autre part, l’acidité des vieilles prairies est un fait bien établi qui tient à ce que les racines des plantes se nourrissant seulement dans la couche superficielle absorbent une grande partie de la potasse et de la chaux qu’elle contient, et que la fenaison, le pâturage et la végétation elle-même laissent dans cette même couche des détritus organiques qui ne peuvent être brûlés complètement parce que le sol tassé n’est plus suffisamment aéré. Il est donc avantageux généralement de défricher la prairie après un certain nombre d’années pour la régénérer.
- Cette pratique, depuis longtemps usitée en Angleterre, commence à pénétrer dans la Suisse, qui est par excellence le pays des prairies.
- III. Quant à la durée des prairies, elle dépend avant tout de la manière dont elle est semée, entretenue et exploitée. Une prairie fauchée qui ne reçoit pas d’engrais s’use très vite et devient plus vite acide que tout autre, surtout lorsque l’herbe est fauchée trop mûre. Il n’y a aucun intérêt à la conserver plus de trois ans si l’on veut en obtenir un produit raisonnable. Celle dont la fertilité est entretenue par un rapport d’engrais peut être conservée cinq ou six ans et peut-être plus longtemps, sans qu’il y ait un avantage sensible à le faire. Enfin, celle qui est pâturée après avoir été fauchée deux ans peut facilement durer six ans en tout et plus ; cependant les Anglais, qui sont nos modèles et nos maîtres en ce genre, ne conservent leurs prairies que quatre ans, ils les fauchent un an ou deux. Sans doute ils reconnaissent qu’il n’y a point d’intérêt à les conserver pendant un plus long temps. Mais si l’on considère que la France jouit d’un climat plus sain et plus sec,
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- que l’Angleterre et qu’il s’agit ici de terres moyennes, on peut admettre pour les prairies une durée de cinq ans ; mais il est certain que si on les gardait plus longtemps, le tassement de la terre et l’état chimique du sol nuiraient considérablement à la végétation des plantes, et le produit finirait par devenir trop minime.
- La prairie devant être tout d’abord fauchée sera avantageusement composée de trèfle rouge pour la plus grande partie. Le trèfle réussit très bien dans la partie occidentale de la Meuse, et ce serait une faute de renoncer à cette plante améliorante par excellence qui dorme au fourrage une valeur considérable. On sèmera aussi un peu de trèfle hybride et de trèfle blanc, car cette plante qui est l’une des plus convenables pour l’établissement des pâturages ne convient pas du tout aux prairies fauchées, et comme elle est très précoce elle mûrit toujours assez de graines pour se développer ensuite: c’est sans doute pour cette raison qu’elle croît spontanément sur la plus grande partie des sols.
- Sur un sol moyen, ayant généralement une pente suffisante, pour l’écoulement de l’excès d’eau qu’il reçoit, les graminées précoces, ray-grass d’Italie, dactyle pelotonné, fromental, tiinotby, houlque laineuse et ray-grass anglais, conviendront mieux que les graminées tardives ; ce sont du reste ceux qui se développent le plus rapidement, et bien que le ray-grass anglais et la houlque laineuse conviennent mieux que les autres au pâturage, elles auront le temps de se développer concurremment avec les agrostis qui croissent naturellement sur les terres non chaulées de cette partie de la Meuse, et les plantes à haute tige leur céderont la place pendant les trois années de pâture.
- Avec deux cinquièmes de ce qu’il faut de graines pour semer une prairie uniquement composée de graminées, et deux tiers de ce qu’il faut de semence pour semer une prairie uniquement composée de légumineuses non compris l kilo de trèfle blanc, on peut établir une excellente prairie avec une dépense de :
- 9 fr. 00 pour 7 kilos de trèfle rouge.
- 2 50 — 1 — — — hybride.
- 6 50 — 10 — — ray-grass mélangés.
- 2 50 — 3 — — houlque.
- 9 00 — 6 — — dactyle et fromental.
- 1 50 — 1 — — timothy.
- 2 50 — 1 — — trèfle blanc.
- C’est-à-dire de moins de 35 francs par hectare; l’ensemencement d’une luzerne coûterait autant, surtout si on mélangea la graine une dizaine de kilos de graines de prairie à haute tige empêchant la végétation des graminées acides qui diminuent la durée de la luzerne et font tant de tort au fourrage.
- Les herbagers de la Meuse dépensent beaucoup plus pour la création de leurs prairies, parce qu’ils n’y font pas entrer de trèfle rouge, dont la graine est relativement peu coûteuse et la végétation très rapide. Comme ils ne créent guère que des
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- pâtures, ils craignent que le trèfle rouge n’occasionne la météorisation ; mais le même accident est à redouter avec le trèfle blanc et il est en définitive très rare dans les deux cas, lorsque les bêtes restent continuellement au pré. Quoi qu’il en soit, en semant 8 à 10 kilos de trèfle blanc et 25 à 30 kilos de graminées, ils dépensent de 60 à 70 francs, pour ensemencer un hectare de prairie, et M. Millon, qui a reconnu que la première année d’une pâture est toujours la plus productive, a pris le parti de défricher ses pâtures après une seule campagne ; avec cette méthode, on dépense autant pour établir un hectare de pâture que pour obtenir une récolte de céréales et il n’y aurait plus grand avantage à en prôner l’établissement.
- Au contraire, avec un hectare de prairie établie dans les conditions que j’ai décrites, on obtiendra facilement en deux ans 15 000 kilos de fourrage et la prairie livrée ensuite au pâturage entretiendra deux vaches et un veau par hectare sans compter le pâturage d’hiver qui sera utilement employé à la nourriture du troupeau de moutons. On augmentera le produit au moyen de quelques façons d’entretien peu coûteuses et de quelques engrais que l’on distribuera en tenant compte de la végétation de la prairie.
- Si au bout de la deuxième année le trèfle a disparu de la prairie, il sera bon d’y semer en hiver 100 kilos de chlorure de potassium avec 1 000 kilos de phosphate fossile ou même de chaux si la prairie était devenue trop acide. Cet épandage sera suivi d’un hersage énergique. Avec cette dépense de 50 à 60 francs, l’avenir de la prairie sera assuré pour les trois ans de pâture qui restent.
- Si le morcellement et le manque d’entente entre les cultivateurs rendent le pâturage impossible, il ne sera pas avantageux de maintenir la prairie plus de trois ans et l’emploi du mélange que je viens d’indiquer comme engrais sera alors nécessaire.
- La prairie défrichée donnera une récolte abondante d’avoine, au moins 40 hectolitres à l’hectare, et, à la suite, après fumure très abondante, une récolte de betteraves d’au moins 40000 kilos à l’hectare qui sera suivie d’emblée. Lorsque la prairie n’aura duré que trois ans, on pourra la rétablir alors en semant au printemps dans le blé ; mais lorsque la prairie aura duré cinq ans, on pourra demander à la terre une récolte de céréales de plus. Il est probable que les ressources de l’exploitation permettront avant cette deuxième récolte de charrier 20000 kilos de fumier à l’hectare, et il sera convenable de répandre un peu de chaux pour hâter la nitrification du fumier qui se fait beaucoup plus lentement sur une terre non cultivée. On augmenterait encore le stock d’engrais destiné à l’alimentation de la prairie en semant du trèfle dans le blé qui précède et l’enfouissant en vert en avril avec un peu de chaux en couverture, la prairie serait ensuite semée dans l’orge.
- Avec un assolement ainsi établi, on obtiendra certainement, en grande culture,
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- un bénéfice supérieur à celui que l’on obtient avec l’assolement de trois ans, et un tiers de l’étendue du domaine consacré àla culture des betteraves et des fourrages ; le produit sera certainement supérieur et la dépense moindre ; mais la différence, grâce à l’état actuel de la culture dans l’ouest de la Meuse, sera beaucoup moindre qu’en Woëvre. En petite culture, le bénéfice sera relativement plus considérable, à cause delà moindre étendue consacrée aujourd’hui à la production des fourrages ; mais ce bénéfice dépendra avant tout du choix des spéculations animales.
- LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ if ENCOURAGEMENT FAISANT PARTIE DES COMITÉS
- d’admission de i/exposition universelle de 1889.
- Classe III. — Guillaume (Claude-Jean-Baptiste-Eugène), sculpteur statuaire, membre de l’Institut, inspecteur général de l’enseignement du dessin, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe IV. — Garnier (Jean-Louis-Charles), architecte, membre de l’Institut, membre du conseil supérieur des beaux-arts, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe V. — Trélat (Emile), architecte, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, directeur de l’école spéciale d’architecture, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe VII. —Jacquemart (Paul), ingénieur civil, inspecteur général des écoles d’arts et métiers et de renseignement technique.
- Siegfried (Jacques), membre de la commission permanente du conseil supérieur de l’enseignement technique.
- Classe VIII.—'Becquerel (Henri), ingénieur des ponts et chaussées.
- Cauvet, directeur de l’Ecole centrale des arts et manufactures.
- Classe IX. — Chaix (A.), imprimeur-éditeur, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris en 1878.
- Delalain (Paul), libraire-éditeur d’ouvrages classiques, président du cercle de la librairie, membre des comités d’installation à l’Exposition de Paris 1878, et du jury des récompenses à l’exposition d’Anvers 1885.
- Gauthier-Villars, libraire-éditeur d’ouvrages scientifiques, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Jousset (Gabriel), imprimeur typographe, président de la chambre syndicale des imprimeurs.
- Plon (Eugène), libraire-éditeur d’ouvrages de littérature, de droit, de voyages et de livres de luxe, ancien président du cercle de la librairie.
- Classe X. — Dumoni>, directeur des papeteries du Marais et de Sainte-Marie,
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- membre de la commission permanente des valeurs en douanes, membre des comités d’installation à l’exposition de Paris 1878.
- Classe XI. — Gillot (Charles), graveur héliographe.
- Rossigneux (Charles), architecte décorateur, membre des comités d’admission de Paris 1878.
- Classe XII. — Davanne (A.), président du comité de la société française de photographie, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Poulenc, fabricant de produits chimiques, membre des comités d’admission et d’installation à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe XIII. — Cavaillé-Coll, facteur de grandes orgues, président de la chambre syndicale des instruments de musique, membre des comités d’admission et d’installation à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe XXV. — Becquerel (Edmond), membre de l’Institut, professeur au Muséum d’histoire naturelle, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Ducretet (Ed.), constructeur d’instruments de précision.
- Dumoulin-Froment (P.), constructeur d’instruments de précision, membre des comités d’admission et d’installation à l’Exposition de Paris 1878.
- Laussédat (le colonel), directeur du Conservatoire national des Arts et Métiers, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris et du jury des récompenses à l’Exposition d’Anvers 1885.
- Mascart, membre de l’Institut, directeur du bureau central météorologique de France, professeur au Collège de France,membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe XVII. — Lemoine (II.), fabricant de meubles, sièges, tapisseries, président de la chambre syndicale de rameublement, membre de la chambre de commerce, membre des comités d’admission et d’installation, et membre du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe XIX. — Appert (Léon), verrier, fabricant de verres pour optique et verres de couleur.
- Clémandot (Louis),ingénieur civil, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Luynes (Victor de), professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, membre de la commission permanente des valeurs en douane, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878, et membre du jury des récompenses à l’Exposition d’Amsterdam 1883.
- Maes (G.), manufacturier, président de la chambre syndicale des fabricants de cristaux et verreries, membre de la chambre de commerce, membre de la commission permanente des valeurs en douane, membre des comités d’admis-Tome II. — 86e année. 4e série. — Juin 1887. 23
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- sion et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe XX. — Boulenger (II.), fabricant de faïence, membre des comités d'installation à l’Exposition de Paris 1878.
- Dubreuil (Alfred), président de la chambre de commerce de Limoges.
- Gastellier, député de Seine-et-Marne, président de l’Union céramique et chau-fournière de France.
- Guilbert-Martin, mosaïste.
- Classe XXII. — Leroy (Isidore) père, fabricant de papiers peints, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe XXIV. — Ghristofle, fabricant d’orfèvrerie, d’argenture et de galvanoplastie.
- Froment-Meurice, orfèvre, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe XXV. — Barbedienne, fabricant de bronzes et objets d’art, prési lent honoraire de la chambre syndicale des fabricants de bronze, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe XXVI. —‘Collin, ancien fabricant d’horlogerie, membre des comités d’admission et d’installation à l’Exposition de Paris 1878.
- Garnier (Paul), fabricant d’horlogerie, vice-président de la chambre syndicale d’horlogerie, membre des comités d’admission et d’installation à l’Exposition de Paris 1878.
- Henry-Lepaute (Paul), fabricant d’horlogerie.
- Classe XXVII. — Geneste (Eugène), ingénieur civil, constructeur d’appareils de chauffage, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris 1878 et du jury des récompenses aux expositions d’Amsterdam 1883 et d’Anvers 1885.
- Lacarrière, fabricant de bronzes et d’appareils d’éclairage.
- Ser (L.), ingénieur civil, professeur à l’Ecole centrale des arts et manufactures.
- Classe XXVIII. —Raynaud (A.), fabricant de parfumerie.
- Classe XXXI. — Magnier, négociant, membre de la chambre de commerce, membre de la commission permanente des valeurs en douanes, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe XXXII. —Levallois (delà maison Levallois et Debon), fabricant de lainages et nouveautés, président de la chambre syndicale des tissus et nouveautés, membre des comités d’admission et d’installation à l’Exposition de Paris 1878.
- Hache (Ad.), fabricant de porcelaines.
- Lauth (Ch.), chimiste, directeur de la manufacture nationale de Sèvres, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris 1878 et membre du jury des récompenses à l’Exposition d’Anvers 1885.
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- Lœbnitz, fabricant de faïences. , ; .
- Redon (M.), fabricant de porcelaines.
- Bayle, fabricant de verres de lampes.
- Luchaire, constructeur d’appareils d’éclairage, président honoraire de la chambre syndicale des fabricants de lampes, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878. ;
- Classe XXXIII. —- Rondot (Natalis), membre de la commission permanente des valeurs en douanes, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Sévène, président de la chambre de commerce de Lyon, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris 1878, et du jury des récompenses à l’exposition d’Anvers 1885. ;
- Classe XXXV. — Bacot (Raymond) (de la maison Bapterosses), fabricant de boutons et perles, ancien ingénieur des constructions navales, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe XXXVI. — M. Dumaresq (Armand), artiste peintre,membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878. : ; q
- Classe XLI. —-Fuchs (E.), ingénieur en chef au corps des mines, professeur à l’Ecole nationale supérieure des mines. ; j
- Eschger père, négociant en métaux.
- Hallopeau (A.), ingénieur civil, professeur à l’Ecole centrale des manufactures, chef du service central du matériel et du contrôle à la compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée.
- Classe XLIII. — Clermont (Herman de), négociant en fourrures et poils de chapellerie, membre de la commission permanente des valeurs en douanes.
- Classe XLV. — Armet de Lisle, de la Société du traitement des quinquinas, membre des comités d’admission et d’installation à l’Exposition de Paris 1878. .
- Debray, membre de l’Institut.
- Troost, membre de l’Institut, professeur à la Faculté des sciences, membre du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Vée (A.), droguiste, membre du jury des récompenses à l’Exposition d’Anvers 1885.
- Péligot (E.), membre de l’Institut, professeur au Conservatoire des Arts et Métiers, directeur des essais de la monnaie, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Poirrier (A.), industriel, membre de la commission de permanence des valeurs en douane, président de la chambre de commerce, membre des comités d’admission et d’installation à l’Exposition de Paris 1878.. ' ; ;
- Persoz (J.), directeur de la condition des soies et laines à la chambre de com-
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- merce de Paris, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Schutzenberger, professeur au Collège de France, membre du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe XLVII. — Carnot, ingénieur en chef au corps des mines, inspecteur à l’Ecole nationale supérieure des mines, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878, et du jury des récompenses à l’Exposition d’Anvers 1885.
- Létrange (L.), négociant en métaux, président de la chambre syndicale des métaux.
- Luuyt, inspecteur général des mines, directeur de l’Ecole nationale supérieure des mines, membre du conseil général des mines, membre du comité d’exploitation technique des chemins de fer, membre de la commission centrale des machines à vapeur.
- Jordan, ingénieur civil, professeur à l’Ecole centrale des arts et manufactures, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Schneider (Henri), ingénieur civil, maire du Greusot, directeur de la Société des houillères, forges, aciéries et ateliers de construction du Creusot.
- Secrétan (E.), administrateur-directeur de la Société industrielle et commerciale des métaux.
- Classe XLIX. — Chabrier (Ernest), ingénieur civil, membre des comités d’admission et d’installation et du jury à l’Exposition de Paris 1878.
- Comberousse (Ch. de), ingénieur civil, professeur à l’Ecole centrale des arts et manufactures et au Conservatoire national des arts et métiers, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878 et du jury des récompenses à l’exposition d’Anvers 1885.
- Debize, ingénieur en chef du service central des constructions à la manufacture nationale des tabacs.
- Decauville (Paul), ingénieur.
- Demontzey, inspecteur général des forêts.
- Durand-Claye, ingénieur en chef des ponts et chaussées, membre et rapporteur du jury de l’Exposition de Paris 1878.
- Hervé-Mangon, membre de l’Institut, ancien ministre de l’agriculture, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 187 8.
- Risler, directeur de l’Institut national agronomique, membre du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Tresca (Alfred), professeur à l’Ecole centrale des arts et manufactures et à l’Institut national agronomique, membre du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
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- Classe L. — Champonnois, membre de la Société nationale d’agriculture.
- Egrot, chaudronnier constructeur, membre des comités d’installation à l’Exposition de Paris 1878.
- Girard (Aimé), professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, membre de la commission permanente des valeurs en douane, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Joülie, pharmacien en chef de la Maison municipale de santé.
- Rouart (Henry), ingénieur civil, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe LI. — Bardy, directeur du laboratoire des contributions indirectes.
- Berendorf (E.), constructeur de machines et appareils pour tanneries, membre des comités d’installation à l’Exposition de Paris 1878.
- Camus (Em.), ingénieur en chef des ponts et chaussées, directeur de la Compagnie parisienne de chauffage et d’éclairage par le gaz, membre des comités d’admission pour l’Exposition de Paris 1878.
- Ellisen (Albert), ingénieur civil, administrateur de la Compagnie générale du gaz pour la France et l’étranger.
- Jungfleisch (Emile), professeur à l’Ecole supérieure de pharmacie, membre de l’Académie de médecine, membre du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Le Chatelier, ingénieur au corps des mines, adjoint au directeur du laboratoire de l’Ecole nationale supérieure des mines.
- Morane jeune, ingénieur-mécanicien, ancien maire du XIIIe arrondissement, membre des comités d’admission et d’installation à l’Exposition de Paris 1878.
- Perret (Michel), administrateur de la Société anonyme des manufactures de glaces et produits chimiques de Saint-Gobain, Ghauny et Cirey.
- Petit (Charles), administrateur de la stéarinerie française (bougie du Phénix), ancien juge au tribunal de commerce.
- Vincent (Camille), ingénieur civil, professeur à l’Ecole centrale des arts et manufactures.
- Classe LII. — Bourdon (Edouard), ingénieur civil, constructeur mécanicien, membre du jury des récompenses aux expositions d’Amsterdam 1883 et d’Anvers 1885.
- Bussières (Alfred), chef de bataillon du génie, attaché à la section technique du génie, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris 1878.
- Farcot (Joseph), constructeur de machines à vapeur, membre de la commission centrale des machines à vapeur, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris 1878.
- Féray (Léon), ingénieur civil, constructeur de moteurs hydrauliques, membre
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- du conseil de perfectionnement de l’École centrale des arts et manufactures.
- Hirsch (J.), ingénieur en chef des ponts et chaussées, professeur au Conservatoire national d’Arts et Métiers et à l’École nationale des ponts et chaussées, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Liébaut (Arthur), de la Société centrale de construction de machines, ingénieur civil, président de la chambre syndicale des mécaniciens, chaudronniers et fondeurs de Paris, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Richard (Gustave), ingénieur civil, directeur de la Société des constructions mécaniques spéciales.
- Tissandier (Gaston), aéronaute et publiciste.
- Classe LUI. — Pihet (Auguste), président honoraire de la chambre syndicale des mécaniciens, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe LIV- —Bessonneau, fabricant de cordes et cordages.
- Cartier (de la maison Cartier-Bresson), ingénieur civil.
- Imbs (Joseph), ingénieur civil, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers.
- Kœchlin (Nicolas), administrateur de la Société alsacienne de constructions mécaniques.
- Simon (E.), ingénieur expert, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe LVII. — Armengaud jeune, ingénieur-conseil pour les brevets d’invention, membre du conseil municipal de Paris, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878, et du jury des récompenses à l’exposition d’Anvers 1883.
- Classe LVIII. — Decaux, ingénieur civil, directeur des teintures aux manufactures nationales des Gobelins et de Beauvais, membre du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Outhenin-Chalandre (Armand), fabricant de papiers à Besançon, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe LIX. —Dumas (Ernest), essayeur à la monnaie.
- Périssé (Sylvain), ingénieur civil, expert, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878 et du jury des récompenses aux expositions d’Amsterdam 1883, et d’Anvers 1883.
- Régnard (Paul), ingénieur civil.
- Classe LXI. — Brame, inspecteur général des ponts et chaussées, président du comité de l’exploitation technique des chemins de fer.
- Heurteau, ingénieur en chef au corps des mines, directeur de la compagnie
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- du chemin de fer d’Orléans, membre du comité d’exploitation technique des chemins de fer. i
- Jacqmin, inspecteur général honoraire des ponts et chaussées, directeur de la compagnie des chemins de fer de l’Est, membre du comité de l’exploitation technique des chemins de fer, membre de la commission centrale des machines à vapeur, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris 1878.
- Salomon (Louis), ingénieur civil, ingénieur en chef du matériel et de la traction à la compagnie des chemins de fer de l’Est.
- Classe LXII. — M. Brüll, président de la Société des ingénieurs civils.
- Boilhet (H.), ingénieur, membre de la commission permanente des valeurs en douane, membre des comités d’admission et d’installation à l’Exposition de Paris 1878.
- Carpentier, ancien ingénieur des manufactures de l’État, constructeur électricien.
- Le Roux (F.-P.), professeur à l’École supérieure de pharmacie.
- Ménier (Henri), industriel.
- Mors (L.), constructeur de sonneries et appareils électriques.
- Sciama (Gaston), ingénieur civil, directeur de la maison Bréguet, vice-président de la chambre syndicale des industries électriques.
- Classe LXIII. — Boutillier, ingénieur en chef des ponts et chaussées, professeur à l’Ecole centrale des arts et manufactures, et à l’École nationale des ponts et chaussées, membre du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Coignet (Edmond), ingénieur civil, expert près le conseil de préfecture de la Seine.
- Eiffel (Gustave), ingénieur-constructeur.
- Hersent, ingénieur civil.
- Henry-Lepaute (Léon), ingénieur civil, constructeur de phares et de fanaux lenticulaires, membre des comités d’admission et d’installation a l’Exposition de Paris 1878. ;
- Mulot (Albert), ingénieur civil, entrepreneur de travaux publics, président du syndicat professionnel des carriers français, membre du jury des récompenses à l’exposition d’Anvers 1885.
- Ouachée (Ch.-Em.), entrepreneur de travaux publics, juge au tribunal de commerce, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris 1878, et du jury des récompenses à l’exposition d’Anvers 1885.
- Classe LXIV. — Cheysson (E.), ingénieur en chef des ponts et chaussées, professeur à l’École supérieure des mines et à l’École des sciences politiques, membre du conseil supérieur de statistique.
- Herscher (Charles), ingénieur, constructeur d’appareils sanitaires, vice-
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- président de la Société de médecine publique et d’hygiène professionnelle.
- Pasteur (Louis), membre de l’Académie des sciences, de l’Académie française et de l’Académie de médecine, professeur à l’Ecole normale supérieure.
- Classe LXVI. — Bange (le colonel de), directeur de la Société des anciens établissements Cail.
- Classe LXVII. — Boitel, inspecteur général de renseignement agricole, membre des comités d’admission à l’Exposition de Paris 1878.
- Groult (Camille), manufacturier, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- IIeuzé, inspecteur général honoraire de l’agriculture, professeur à l’Institut national agronomique, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Vilmorin, négociant grainier, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Guillout, fabricant de biscuits, membre des comités d’admission et d’installation et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Sigaut ûls, fabricant de pain d’épices.
- Classe LXXI. — Lapparent (de), inspecteur général de l'agriculture.
- Classe LXXII. — Dijreau, directeur du Journal des fabricants de sucre.
- Ménier (Gaston), fabricant de chocolat, président de la chanbre syndicale des chocolatiers et confiseurs.
- Classe LXXIV. — Lavalard (Edmond), membre de la Société nationale d’horticulture, administrateur de la cavalerie et des fourrages à la Compagnie générale des Omnibus, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Vassilière, inspecteur général de l’agriculture.
- Classe LXXV. — Lalande, député de la Gironde.
- Roy (Gustave), ancien président de la chambre de commerce, propriétaire-viticulteur.
- Classe LXXVI. — Menault (Ernest), inspecteur de l’agriculture.
- Classe LXXVIII. — Hardy (Auguste-François), directeur de l’École d’horti-Gulture de Versailles, membre de la société nationale d’agriculture, vice-président de la Société nationale d’horticulture, membre du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe LXXXIV. — Grandeau, directeur de la station agronomique de l’Est, membre du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Muntz (Achille), chef des travaux chimiques à l’Institut agronomique, membre du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Schlœsing, membre de Plnstitut, membre du conseil supérieur de l’agriculture, professeur à l’Institut national agronomique, directeur de l’École d’applica-
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- tion des tabacs, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Classe LXXXV. — Grosjean, inspecteur de renseignement agricole.
- Philippar, directeur de l’école d’agriculture de Grignon.
- Prillieux (Edouard), membre de la Société nationale d’agriculture, inspecteur général de l’enseignement agricole, professeur à l’Ecole centrale des arts et manufactures, membre des comités d’admission et du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- Risler, membre de la Société nationale d’agriculture, directeur de l’Institut agronomique, membre du conseil supérieur de l’agriculture, membre du jury des récompenses à l’Exposition de Paris 1878.
- M. T isserand, conseiller d’Etat, inspecteur général et directeur de l’agriculture au ministère de l’agriculture.
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION
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- Séance du 13 mai 1887.
- Présidence de M. Ed. Becquerel, Président.
- M. Delaurier, rue Daguerre, 77. — Note critiquant l’emploi des accumulateurs pour régulariser la lumière électrique servant à l’éclairage des fêtes, à l’Hôtel de Ville de Paris. (Arts économiques.)
- M. A. Fisch, chimiste, rue Hallé, 4. — Mémoire sur la photozincographie et la photographie aux sels de manganèse. (Beaux-arts.)
- M. Sartirana, rue du Four, 15. — Mémoire descriptif d’un procédé et d’un appareil pour la production mécanique au burin de la gravure de taille de relief et de taille-douce sur métal. (Beaux-arts.)
- M. Auguste Lenormand, rue de Provence, 67. — Produit nommé lithophage, désincrustant, anti-incrustant, antigalvanique, pour enlever ou prévenir les incrustations dans les chaudières à vapeur quelconques. (Arts mécaniques.)
- M. Célestin Polère, contremaître à la filature de Pantouquet, par Cuxac-Gabardès, Aude. — Système qui permet de supprimer les métiers à filer dans les filatures. (Arts mécaniques.)
- M. Archereau, place des Pyrénées, 3. — Auteur de nombreuses applications de l’électricité à l’industrie et notamment à l’éclairage électrique, demande l’aide de la Société. (Arts économiques.)
- M. G. de Montrichard, inspecteur des forêts à Montmédy, Meuse. — Mémoire sur des pompes à piston captant. (Arts mécaniques.)
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Juin 1887.
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- AI. Grieumard, impasse Haxo, 30. — Note sur un système pour éviter les explosions du grisou. (Arts mécaniques.)
- M. Hippolyte Le play. — Mémoire sur la production du salpêtre indigène. (Arts chimiques.)
- AI. Henri Bonnami, ingénieur à Pont-de-Pany, Côte-d'Or, adresse deux brochures : 1° Données positives sur les produits hydrauliques dans l’hypothèse des expansifs; 2° Manuel de l’opérateur au tachéomètre. (Arts mécaniques.)
- Les articles suivants dans la correspondance imprimée sont signalés.
- Une nouvelle force. — Première et deuxième communications par M. J. Thore.
- Traité pratique de vélocipédie, par M. Amédée Maquaire.
- Annales télégraphiques. Janvier, février 1887. — Notice sur la carrière administrative et les travaux scientifiques de M. Edouard Blâmer, par M. J. Raynaud.
- La Mobilisation et les houillères, par Henri Couriot, professeur à l’Ecole des hautes éludes commerciales.
- Documents relatifs au grand concours international des sciences et de Tindustrie, de Bruxelles, en 1888.
- Mémoires de la Société nationale d'agriculture de France. — Mémoire sur T agriculture des environs de, Paris, en 1786, par Olivier, membre de la Société royale d’agriculture de Paris.
- Nomination du membres de la Société. — Sont nommés membres de la Société :
- M. le Directeur du Bulletin des fabricants de papier, à Paris, présenté par M. Alauzet.
- M. Philibert Pellin, ingénieur des arts et manufactures, à Paris, présenté par MM. Mctscart et De Luynes.
- M. Dubouf ingénieur manufacturier, à Marseille, présenté par M. P. Regnard.
- Nomination d’un membre du Conseil. — Le Président ouvre un scrutin pour la nomination d'un membre du Comité des arts économiques.
- Le dépouillement donne l’unanimité des voix à Al. J. Raynaud, ingénieur des télégraphes.
- Cette nomination, pour être définitive, devra être soumise à la ratification de la Société réunie en assemblée générale.
- Rapports. — Al. de Luynes, au nom du Comité des arts chimiques, demande au Conseil la déclaration d’une vacance dans ce Comité.
- Cette proposition est adoptée.
- Machine à écrire pour les aveugles. — AI. le colonel Sebert fait, au nom du Comité des arts économiques, un rapport sur une machine inventée par M. Afauler, ouvrier serrurier, rue Barbette, 28, pour faciliter l’écriture aux aveugles.
- Al. le Rapporteur décrit cette machine, qui remplit, d’une manière simple et ingénieuse, les conditions indispensables des appareils de ce genre, qui sont de produire en relief, sur le papier, les caractères de l’alphabet ordinaire ou ceux
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- des alphabets usités par les aveugles. Cette machine pourrait même être disposée de façon à permettre des impressions en relief sur plaque métallique; au moyen de celle-ci on aurait un cliché stéréotype, avec lequel on obtiendrait des reproductions nombreuses de la page écrite.
- Le Comité des arts économiques propose de féliciter M. Mouler de son heureuse invention, et d’ordonner l’insertion du présent rapport au Bulletin, avec les dessins nécessaires pour faire comprendre la disposition de l’appareil.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Clapet de retenue. — M. Hirsch fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport sur un clapet de retenue pour vapeur, inventé parM. L. Pile, fabricant de garnitures métalliques pour machines à vapeur, boulevard Barbés, 11.
- Ce clapet, désigné par l’auteur sous le nom d'obturateur pneumatique, est du 2e type, c’est-à-dire qu’il se ferme dans le sens du courant de vapeur. Mais il diffère des systèmes de clapets précédemment décrits à la Société, par des dispositions nouvelles et intéressantes. M. le Rapporteur donne une description de l’appareil.
- Le Comité propose de remercier M. Pile de son intéressante communication, et d’insérer le présent rapport au Bulletin, avec une figure dans le texte.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Extincteur d’incendie. — M. le colonel Sebert fait, au nom du Comité des arts économiques, un rapport sur un extincteur d’incendie, présenté par M. de Mau-clerc, Faubourg-Saint-Denis, 105.
- Cet appareil est une application du système, bien connu, qui utilise la compression de l’acide carbonique pour obtenir la projection violente d’un jet d’eau chargé de ce gaz, et a l’avantage d’être toujours prêt à fonctionner. »
- Ces appareils sont en service dans beaucoup d’usines et d’administrations et les circonstances dans lesquelles ils ont été avantageusement employés sont déjà fort nombreuses.
- Le Comité propose de remercier M. de Mauclerc de son intéressante communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin avec les dessins sur bois nécessaires pour faire comprendre le mode de construction de l’appareil.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Communications.y— Papiers peints. — M. de Luynes appelle l’attention du Conseil sur les obstacles que rencontrent les fabricants français de papiers peints qui envoient leurs produits en Suède. Les papiers peints qui arrivent à Stockholm ne peuvent être vendus que s’ils ne renferment pas d’arsenic, et la moindre trace de de ce corps qui peut y être constatée avec l’appareil Marsh suffit pour que les papiers soient refusés et renvoyés à leurs expéditeurs. C’est ce qui vient d’arriver pour des papiers que M. de Luynes présente à la Société et qui sortent des fabriques de MM. Isidore Leroy. Ces papiers ont donné à l’analyse des traces d’arsenic métallique, comme cela avait été constaté au laboratoire de Stockholm. Toutes
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- les couleurs ayant servi à l’impression du motif ont été essayées, et une seule, une sorte d’ocre jaune, contenait des traces d’arsenic. Une aussi faible quantité de ce corps ne peut produire aucun accident. Il y a évidemment dans le règlement suédois une confusion fort regrettable avec les papiers préparés autrefois au moyen de verts arsenicaux, et dont l’usage pouvait, pour diverses causes, présenter quelque danger. Mais les papiers dont il s’agit ne sont pas dans ce cas, ils ne renferment que des traces d’arsenic comme on en trouve dans un très grand nombre de produits, et les mesures rigoureuses prises à Stockholm équivaudraient pour eux à une véritable prohibition. M. de Luynes pense que les Comités de chimie et de commerce pourraient être appelés à donner leur avis sur cette question, et à indiquer les moyens de venir en aide dans cette circonstance à l’une des industries les plus importantes de Paris.
- M. le Président remercie M. de Luynes de son intéressante communication, qui est renvoyée au Comité des arts chimiques et à celui du commerce.
- Vernis. — M. Jovis, directeur de l’Union aéronautique de France, fait la communication suivante :
- La question des vernis et des matières servant à l’imperméabilisation des cordages, vêtements, toiles, bâches, tentes, a toujours fortement intéressé le commerce français ; malheureusement, notre industrie jusqu’à ce jour n’a eu à sa disposition que des vernis fort lourds, cassants et d’une imperméabilité relative. En effet, les goudrons, les huiles grasses, les huiles de lin et les vernis à base de résine ont non seulement le désavantage d’être lourds, mais encore ils ont celui de désagréger d’une manière fort sensible les matières premières. Il a fallu s’adresser à l’industrie étrangère, en Autriche, en Angleterre, en Amérique, pour avoir des vernis supérieurs au vernis français. Ces vernis sont coûteux et laissent encore beaucoup à désirer. Nous sommes heureux de pouvoir annoncer que ce problème, qui intéresse au plus haut point notre commerce à cause de ses multiples applications, vient enfin d’être résolu après plusieurs années d’expériences concluantes par M. P. Jovis, directeur de l’Union aéronautique de France.
- Ce vernis, d’une très grande souplesse, ne contient aucune base oléagineuse, ne surcharge les matières premières que d’un poids presque négligeable, les rend d’une imperméabilité absolue (puisque une simple étoffe de calicot enduite de ce vernis contient pendant plusieurs jours de l’hydrogène), et non seulement ne désagrège pas les matières enduites, mais encore, par l’usage, augmente leur force dynamométrique, ce qui est d’une très grande importance pour les cordages de marine, les toiles, les vêtements, tentes, bâches, etc. Outre ces applications, ce vernis est appelé à remplacer tous les vernis fins, s’appliquant aux peintures artistiques, boiseries, panneaux de luxe et de voitures. Il peut être exposé à toutes les températures, sans craindre aucune altération, et enfin les sous-produits de ce vernis peuvent servir à l’imperméabilisation des mu-
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- railles, des planches grossières, des traverses de chemins de fer et de tous les objets appelés à séjourner à l’humidité ou en terre.
- Des expériences sont faites journellement au siège social de l’Union aéronautique de France, 69, boulevard de Glichy, à Paris.
- M. le Président remercie M. Jovis de sa communication, qui est renvoyée au Comité des arts chimiques.
- Séance du 27 mai 1887..
- Présidence de M. Ed. Becquerel, Président.
- M. Sculier, chauffeur-mécanicien, rue Boucry, 29, à La Chapelle. — Porte-outil pour faire des moulures en bois. (Arts mécaniques.)
- M. Henri Berg eau, horloger, rue Ganterie, 46, à Bouen. — Perfectionnements apportés au moteur électrique. (Arts économiques.)
- M. Auguste Coret, à Pierrelatte, Drôme. — Projet d’un dispositif électrique pour empêcher les abordages de navires. (Arts économiques.)
- M. Émile Debuchy, rue de Rennes, 152. — Note sur le chauffage au goudron dans les fours à gaz. (Arts chimiques.)
- M. Eiffel, ingénieur-constructeur, adresse à la Société quatre photographies représentant les travaux de fondation de la tour de l’Exposition universelle.
- M. Louis Meunier, horloger, rue de Jussieu, 17. — Système de compteurs pour voitures. (Arts mécaniques.)
- M. Maumené, docteur ès sciences, membre de la Société, pose sa candidature pour une des places vacantes dans le Conseil de la Société au Comité des arts chimiques. (Arts chimiques.)
- M. Lavalard, membre du Conseil, fait hommage d’une brochure contenant los rapports sur les opérations du service de la cavalerie et du fourrage pendant l’exercice 1886, qu’il a présentés au Conseil d’administration de la Compagnie générale des omnibus de Paris.
- Les ouvrages et les articles suivants dans la correspondance imprimée sont signalés :
- Compte rendu général du 6 avril 1887 de VAssociation des industriels de France pour préserver les ouvriers des accidents du travail.
- VAnno rurale 1886, par le professeur G. Cantom, à Milan.
- Le Travail manuel, traité conforme aux programmes officiels, par M. Victor Brudenne, professeur à l’école primaire supérieure de La Capelle, Aisne.
- Club de Engenharia. Revue mensuelle, lre année. Rio-de-Janeiro.
- Bulletin de T Association des élèves de M. Frémy, janvier 1887.
- Analyse pratique du gaz d'éclairage,... par M. Chevalet.
- Alliage résistant aux acides, de M. Betz, de Bockenheim.
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- Rapports. — Panorama-bijou. — M. Davanne fait, au nom du Comité des constructions et des beaux-arts, un rapport sur l’instrument d’optique dit panorama-bijou, présenté par M. Philippe Benoist, impasse Lebel, 4, à Vincennes.
- Cet appareil se présente sous la forme réduite et modeste d’un jouet qui pourrait être agrandi et dont le principe serait parfaitement le point de départ d’applications plus sérieuses. 11 a pour but de permettre de voir dans une proportion restreinte, en regardant extérieurement avec les deux yeux, un panorama exécuté dans les conditions voulues et tournant autour de son centre.
- II a pour objet de produire par une marche lente l’impression ressentie par un spectateur placé au centre d’une immense rotonde et tournant sur lui-même pour découvrir tous les points d’un horizon entier reproduits sur le tableau.
- Après avoir décrit l’appareil, le rapporteur émet l’opinion que cet instrument est surtout destiné à montrer les panoramas photographiques dans leur véritable forme. Les procédés photographiques se prêtent avec une grande facilité aux impressions renversées nécessaires pour cet instrument; ils reproduisent avec exactitude les grandes scènes delà nature où le détail mobile disparait. L’inventeur trouvera, sans peine, quelques modifications pour faire un changement rapide des épreuves, et le panorama-bijou pourra prendre place, à côté du stéréoscope, sur la table du salon où l’on aime à retrouver la vérité des souvenirs de voyage.
- Le Comité propose de remercier M. Philippe Benoist de sa communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin en y joignant le dessin de l’appareil et la légende explicative.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Communications. — Conservation du beurre. — M. Pierre Gros fils, de Ver-viers, fait une communication sur son procédé pour la conservation du beurre. Après avoir énuméré les causes qui ont amené, depuis quelques années, l’avilissement du prix des produits de la laiterie et particulièrement du beurre, il signale les conséquences si funestes de la surproduction de ce produit et de sa falsification par la margarine. Il a cherché un moyen de conserver pendant une longue période le beurre sans altération, de manière à pouvoir le transporter dans des contrées dont le climat ne permet pas sa production économique. Ce procédé est trouvé et a été déjà soumis à une expérience pratique de plus de six mois. M. Gros/ils décrit les diverses phases de ses recherches : il a d’abord employé un gramme d’acide salicylique pour un kilogramme de beurre, mais après quelques semaines le produit était altéré. Il pensa que la cessation de l’effet antiseptique de l’acide était due à sa cristallisation dans les substances non liquides qui en sont imprégnées. Après de nombreux essais, il découvrit à l’acide lactique la propriété d’empêcher cette cristallisation; cet acide est effectivement un dissol vant assez énergique de l’acide salicylique, il a l'avantage d’être hygrométrique, de ne point sécher dans les milieux qui en sont imprégnés, de produire
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- également un effet antiseptique assez sensible, et enfin d’être absolument inoffensif au point de vue de l’alimentation humaine.
- Empêcher la cristallisation de l’acide salicylique, c’était maintenir d’une façon indéfinie le pouvoir antiseptique de ce produit.
- Le premier effet de sa découverte fut de permettre à M. Grosfils de diminuer insensiblement la proportion d’acide salicylique utilisé pour la conservation du beurre. Au lieu de mélanger un gramme d’acide par kilogramme, il tritura le beurre dans un liquide contenant 5 pour 1 000 d’acide salicylique en présence de 3 p. 100 d’acide lactique. Il descendit successivement à des doses moindres d’acide salicylique et s’arrêta enfin à la proportion de 1 gramme d’acide sur 5 000 parties de liquide.
- La dernière composition consiste donc en 98 parties d’eau, 2 parties d’acide lactique et d’acide salicylique.
- Cette composition permet de conserver indéfiniment du beurre de bonne qualité, même à des températures élevées en été et dans les pays chauds. Si le beurre a déjà subi un commencement d’altération, des doses un peu supérieures mais ne dépassant point dans la liqueur peuvent être nécessaires.
- D’après les calculs établis par l’inventeur, le beurre, en supposant qu’il retienne bp. 100 de son poids du liquide, conserverait une partie d’acide salicylique sur 100000 parties.
- Mais l’auteur signale le point important suivant : l’acide lactique contenu dans la liqueur antiseptique à la dose plus considérable de 2 p. 100 communique au beurre une saveur un peu acidulé qui, sans être désagréable, doit disparaître, pour que le produit soit vendable.
- Un simple lavage suffira, qu’il soit fait à l’eau, ou, préférablement, au lait écrémé additionné d’une pincée de bicarbonate de soude pour empêcher toute coagulation du caséum. Ce lavage enlève non seulement l’acide lactique et son goût, mais encore l’acide salicylique en solution, au point qu’il n’en reste plus que des traces à peine appréciables pour la réaction pourtant énergique du chlorure de fer sur ce produit.
- Le procédé est des plus économiques, car la liqueur peut servir indéfiniment, elle reste inaltérable; il suffit de remplacer après chaque opération la quantité retenue par le beurre manipulé. La préparation d’un kilogramme de beurre par ce procédé peut tout au plus donner lieu à une dépense de 1 à 2 centimes.
- L’inventeur a cherché une méthode pour la recherche quantitative de l’acide salicylique dans ses solutions, plus pratique et plus rapide que le procédé colori-métrique employé jusqu’à ce jour. Il a imaginé d’utiliser le pouvoir décolorant du protochlorure d’étain sur le mélange des solutions d’acide salicylique et de fer.
- M. Grosfils termine sa communication en faisant connaître les statuts et les règlements du syndicat formé par les cultivateurs dans le district agricole de Yer-
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- vicrs, pour restreindre et empêcher la fraude pratiquée par le mélange de la margarine au beurre, fraude si préjudiciable à l’agriculture. Ce syndicat comprend actuellement trois cents membres pour la protection du commerce du beurre pur. Les précautions prises sont suffisantes pour donner des résultats avantageux. Les analyses sont peu nombreuses, mais elles ont pour effet de donner confiance a*u consommateur et de maintenir les cultivateurs syndiqués sous une surveillance incessante qui leur est salutaire et profitable.
- M. le Président remercie M. Gros/ils de son intéressante communication, qui est renvoyée au Comité d’agriculture et à celui des arts chimiques.
- Séchoir pour buanderie. —M. Ferdinand Jean présente un séchoir tournant, de son invention, construit par M. Frédéric Tulpin, ingénieur-constructeur à Boulogne-sur-Seine. Ce séchoir, construit entièrement en tôles boulonnées peut être transporté et remonté facilement : c’est le système qui exige le moins d’emplacement (2m,10 sur 2 mètres de hauteur); aussi offre-t-il de grands avantages pour les lavoirs, buanderies, bateaux-lavoirs, etc., où l’on dispose de très peu de surface. Le séchage du linge s’y effectue d’une manière continue, sans qu’on laisse échapper au dehors pendant la manœuvre la chaleur intérieure, ce qui constitue une économie notable tant sous le rapport de la faible dépense de combustible que sous celui de la main-d’œuvre.
- Le chauffage du séchoir tournant s’obtient soit par la vapeur d’eau avec des tuyaux à ailettes, soit par le gaz, soit, d’une façon très économique, par le coke à l’aide d’une cloche en fonte placée en contre-bas de l’appareil. Avec ce système, le déchargement et le chargement du linge s’effectuent à l’air libre et de plain-pied, de sorte que l’ouvrier n’a à souffrir ni de la buée, ni de la chaleur du séchoir.
- Le prix du séchoir tournant varie de 1 200 à 1 500 francs selon le diamètre de l’appareil et le nombre des compartiments.
- Un séchoir de 2m,10 de diamètre est installé dans une buanderie, quai de Yalmy, 133, où l’on peut se rendre compte de son fonctionnement et de ses avantages.
- M. le Président remercie M. Ferdinand Jean de sa communication, qui est renvoyée au Comité des arts économiques.
- Le Gérant : J.-H. Ginestou.
- Paris. — Typ. G. Chamerot, 19, rue des Saints-Pères. — 21376.
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- 86! ANNÉE.
- Quatrième Série, Tome II.
- JUILLET 1887.
- BULLETIN
- DE
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- COMMERCE
- Rapport fait par M. G. Roy, au nam clu Comité du commerce, au sujet du
- PROJET DE LOI SUR LES MINES.
- Le projet de loi sur les mines actuellement soumis aux pouvoirs publics a donné lieu à de nombreuses études; dix-sept brochures qui traitent cette question ont été envoyées à la Société d’Encouragement pour l'industrie nationale; les unes ont pour auteurs des ingénieurs distingués ou des publicistes de talent, les autres présentent les observations des concessionnaires et des exploitants des mines. Vous avez remis ces divers ouvrages à votre Comité du commerce, en lui demandant de vous en rendre compte.
- Tout ce qui touche à l’industrie des mines a, dans notre pays, une grande importance. La production minérale de la France est de 25 000 000 de tonnes environ, sur lesquelles les combustibles minéraux comptent pour 20 millions de tonnes ; la valeur de ces produits sur les lieux d’extraction est d’environ 285 000000 de francs; cette valeur est portée au double par les transports auxquels donne lieu cette industrie.
- 119 000 ouvriers, hommes, femmes et enfants sont employés dans nos mines, d’immenses capitaux y sont engagés : tout ce qui peut avoir une influence sur la prospérité de cette grande branche de l’activité nationale ne saurait laisser indifférente la Société d’Encouragement.
- Votre Comité du commerce a donc pris connaissance des divers ouvrages qui vous ont été soumis. De leur lecture il ressort que les critiques auxquelles a donné lieu le projet de loi portant sur deux points principaux :
- 1° L’institution de délégués mineurs;
- 2° Le retrait de la concession dans des cas qui ne sont pas nettement-déterminés.
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Juillet 1887. 25
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- COMMERCE.
- JUILLET 1887.
- L’institution (le délégués mineurs excite de vives appréhensions parmi les exploitants; ils voient dans l’innovation projetée non une garantie pour la sécurité des ouvriers mineurs, mais une machine de guerre mise au service des mineurs qui, élus par les ouvriers, sans responsabilité aucune, apporteraient dans l’exploitation de la mine le désordre et l’anarchie.
- Les partisans de l’institution des délégués mineurs signalent les dangers des exploitations souterraines et disent que de tous les métiers celui de mineur étant le plus dangereux, et qu’il n’est que juste de donner à l’ouvrier mineur le droit de se protéger lui-mème.
- Il est inexact de dire que l’exploitation des mines offre plus de dangers que celle de toutes les autres industries ; si l’on prend les données de la statistique, on voit que, dans l’année 1879, l’exploitation des chemins de 1er a eu pour son personnel un homme tué sur 364 ; la mortalité résultant d’accidents est bien plus forte dans la marine marchande; si nous nous reportons au tableau présenté en 1878 par M. Neison à l’Institut des actuairs de Londres, on remarque que la mortalité dans les mines ne dépasse pas celle de l’ensemble des autres corps d’état. Voici, d’après ce tableau, la mortalité dans quelques professions :
- Décos sur 1000 vivants.
- Cultivateurs........................................................... J ,2
- Cordonniers et tisserands...............................................1,5
- Épiciers................................................................ 1,6
- Serruriers charpentiers................................................. 1,7
- Mineurs................................................................'2,
- Boulangers......................'......................................2,1
- Bouchers...............................................................2,8
- Débitants de spiritueux...............................................2,8
- Quoi qu’il en soit, les accidents qui arrivent dans l’exploitation des mines sont profondément regrettables, et si l’institution de délégués mineurs pouvait les prévenir, il y aurait lieu de lui être favorable. Mais nous ne voyons pas quelles garanties donneraient aux ouvriers des délégués mineurs qui, sans études préalables, auraient pour mission d’éviter des catastrophes que les ingénieurs ont si souvent prévenues; le suffrage des ouvriers, leurs collègues, leur donnera-t-il cette compétence, qui ne s’acquiert que par la science unie à l’expérience? De plus, une grande responsabilité leur incomberait; c’est ce qu’ont compris les ouvriers anglais, ils ne veulent pas assumer cette responsabilité, et les visites des délégués autorisés par la loi du 10 août 1872 n’ont lieu que par exception
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- et dans quelques mines seulement; du reste, la loi anglaise n’est nullement comparable à celle que l’on se propose de faire.
- L’ouvrier mineur français est-il donc, par la législation actuelle, laissé sans protection? La surveillance et la police des mines est confiée aux ingénieurs des Mines. Ces fonctionnaires de l’État, choisis parmi les plus savants et les plus habiles, ont mission, en vertu des articles 47 et suivants delà loi de 4810, de prévenir les accidents et d’y remédier, de se rendre compte si l’exploitation est conduite de manière à compromettre la sécurité des ouvriers, etc.
- Sous leurs ordres sont les maîtres mineurs surveillant chaque station, les porions et les chefs de postes; ces fonctionnaires sortant des Écoles des maîtres mineurs d’Alais ou de Douai, ou recrutés parmi les ouvriers qui se font remarquer par leur intelligence, ont les mêmes intérêts que les ouvriers dont ils partagent les dangers, puisque avec eux ils habitent la mine.
- L’article 6 de la loi en préparation définissant les attributions des délégués mineurs dit qu’ils procéderont concurremment avec les agents de l’État au contrôle et à la vérification des travaux intérieurs des mines, à la constatation des accidents. Des conflits peuvent naître de cette adjonction, et qui décidera entre le délégué soutenu par ceux qui l’auront nommé, et l’ingénieur agent de l’État?
- Quelle sera la position de ce dernier? Ces questions demandent* à être étudiées avec soin. En France, plus que partout ailleurs, on a souci de la vie de l’ouvrier et les accidents mortels ont été heureusement moins nombreux que partout ailleurs ; d’un récent travail de M. Vuillemin il résulte que, prenant une statistique de 10 ans sur 1 000 ouvriers employés dans les mines dans les principaux pays houillers du continent européen,
- Tués.
- La Saxe a eu........................................................ 3,39
- La Prusse.............................................................2,90
- La Belgique...........................................................2,38
- L’Angleterre..........................................................2,18
- L’Autriche........................................................... . 3,11
- La France. ...........................................................2,09
- De ce fait il résulte que nulle part l’exploitation n’est mieux conduite que dans notre pays, et sous ce point les délégués mineurs n’auront rien à apprendre à nos ingénieurs.
- La question de sécurité semble devoir être écartée. Il est permis de dire
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- que, pour un certain nombre de ceux qui l’invoquent, elle n’est qu’un prétexte, et il serait à craindre que dans bien des cas elle n’ouvrît l’accès de la mine à de beaux parleurs dont la principale occupation serait de fomenter, d’organiser des grèves. Tout au moins serait-il prudent, et même nécessaire, d’exclure de la candidature aux fonctions de délégués les ouvriers qui auraient quitté la mine par suite de renvoi. L’élection de tels délégués constituerait une protestation inacceptable contre l’autorité légitime du patron et elle introduirait dans le travail de la mine un élément de désorganisation tout à la fois matérielle et morale.
- Un second point soulève aussi de graves observations, à savoir : le retrait de la concession dans des cas qui ne sont pas déterminés d’une manière précise.
- Les articles 6, 9 et 10 de la loi du 27 avril 1838 indiquent les circonstances dans lesquelles la concession d’une mine pourra être retirée; la jurisprudence établie sur cette loi n’admet le retrait d’autorisation que lorsque l’exploitation a été complètement abandonnée et lorsqu’après enquête, il est prouvé qu’il est dans l’intention du concessionnaire de ne pas remplir ses engagements. La mine est bien la propriété de l’exploitant, il ne peut en être exproprié que dans les cas prévus par les lois qui régissent la propriété : c’est ce qui ressort de l’article 7 de la loi de 1810. En résumé, la déchéance n’a été prononcée que six fois depuis l’année 1838 et dans le cas de cessation volontaire du travail.
- Le projet de loi n’offre pas aux exploitants les mêmes garanties : l’article 103 dit que la déchéance pourra être prononcée en cas de suspension de l’exploitation ou de diminution de son activité, sans cause légitime de nature à inquiéter les besoins des consommateurs et quand cette suspension ou réduction de l’exploitation aura donné naissance à un danger public.
- Cette suspension de l’exploitation dont le propriétaire de la mine n’est pas maître, peut lui être imposée de plusieurs manières, soit par la perte que lui infligent momentanément les prix de vente, soit par une grève prolongée des ouvriers auxquels on tente de persuader que la mine appartiendra aux mineurs et qui refuseront le travail pour faire prononcer la déchéance de l’autorisation.
- Les propriétaires et exploitants réclament le maintien de la législation de 1838 sous laquelle cette industrie a traversé de bons et de mauvais jours.
- Une chose se dégage de l’étude des documents que nous venons de
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- résumer, c’est que l’industrie minière est inquiète; or, comme toutes les industries, et peut-être plus que d’autres, elle a besoin de sécurité pour s’établir et pour durer.
- Il lui faut, pour ses recherches d’abord, ensuite et surtout pour son exploitation, l’appui de nombreux capitaux. On ne se rend pas assez compte de ce fait que le capital est comme la force motrice de cette grande industrie.
- Si par des mesures législatives on entrave, on inquiète l’exploitation des mines, l’argent s’en retirera : on parle de la sécurité des ouvriers, on oublie le rôle que le capital joue dans cette sécurité même. Sans argent, l’exploitation est impossible et les travaux nécessaires pour la santé, la vie du personnel de la mine ne sauraient être entrepris, toute amélioration est suspendue, tout progrès arrêté. A moins que l’Etat n’exploite lui-même les mines au profit de quelques-uns avec les capitaux de tous, à moins que le contribuable ne soit appelé à fournir aux besoins de cette industrie et de toutes les autres, ces entreprises ne peuvent marcher sans le secours du capital; on ne l’obtient qu’en lui donnant confiance. Toute mesure qui pourrait affaiblir et décourager l’industrie nationale ne saurait avoir l’approbation de notre Société créée dans le, but de la soutenir et de l’encourager.
- L’abondance des documents transmis par ordre du conseil au Comité du commerce nous ont permis d’étendre notre étude à d’autres questions très importantes qui intéressent la législation des mines.
- Nous avons cru devoir pour le moment borner nos observations aux deux questions dont l’examen précède et qui tiennent une très large place dans les écrits communiqués. En réponse aux auteurs de la communication et comme marque de la sollicitude avec laquelle ont été accueillis et étudiés les documents adressés au conseil^ le Comité du commerce propose l’insertion du présent rapport au Bulletin de la Société.
- Signé : G. Roy, rapporteur.
- Approuvé en séance le 22 juillet 1887.
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- ARTS MÉCANIQUES. — JUILLET 1887.
- ARTS MÉCANIQUES
- Rapport fait par M. Hirsch, au nom du Comité des arts mécaniques, sur un
- CLAPET DE RETENUE POUR VAPEUR, dit CLAPET-PENDULE, présenté par
- M. Paul Carette.
- Le clapet de retenue pour vapeur, présenté par M. Paul Carette, est du troisième type (1), c’est-à-dire à deux sièges; les ligures 1 et 2 ci-après en représentent une coupe longitudinale et une coupe transversale.
- La partie mobile se compose de deux soupapes A et B, fixées sur un
- P
- Fig. 1. — Clapet Carette. Coupe en long. Fig. 2. — Coupe en travers.
- même axe, aa, et pouvant venir obturer l’un ou l’autre des deux sièges fixes CC, DD, qui servent en même temps à guider l’axe mobile aa. L’ensemble est contenu dans une boîte en fonte, facile à démonter, et munie de deux brides EEEE, qui servent à raccorder l’appareil sur la conduite de vapeur. Un axe mobile bb traverse la paroi à joint étanche ; sur cet axe sont montés deux leviers : l’un intérieur se termine par une fourchette FF, logée dans une rainure séparant les deux clapets; l’autre, extérieure, GG, peut être muni d’un contrepoids; les mouvements du double clapet sont donc solidaires de ceux du contrepoids, lequel, à l’état de repos, maintient les deux clapets à distances égales de leurs sièges respectifs. Le levier et son contrepoids permettent de régler l’appareil, d’en vérifier la marche et d’en contrôler le fonctionnement.
- Ce clapet de retenue peut se placer horizontalement, comme dans la
- (I) Voir ci-dessus, p. 260.
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- figure; on peut aussi, en modifiant le calage du levier GG, le placer verticalement ou dans une position inclinée.
- Il a déjà reçu d’assez nombreuses applications.
- Nous proposons de remercier M. Paul Carette de son intéressante communication, et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin de la Société, avec figure sur bois.
- Signé : J. Hirsch, rapporteur.
- Approuvé en séance le 22 avril 1887.
- ARTS MÉCANIQUES
- Rapport fait par M*. Hirsch, au nom du Comité des arts mécaniques, sur un clapet de retenue pour vapeur inventé par M. Pile.
- M. Pile présente à la Société un clapet de retenue pour vapeur, qu’il désigne sous le nom A obturateur pneumatique.
- Fig. 3. — Clapet Pile.
- Ce clapet est du lor type (1), c’est-à-dire qu’il se ferme dans le sens du courant de vapeur. Mais il diffère des systèmes de clapets précédemment décrits dans ce recueil par des dispositions nouvelles et intéressantes.
- (I) Voir ci-dessus, p. 259.
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- ARTS MÉCANIQUES. ---- JUILLET 1887.
- L’appareil se place sur le branchement qui relie chaque générateur ou groupe de régénérateurs à la conduite générale.
- Il se compose d’une paire de pistons équilibrés AA, BB, fixés sur une même tige, et mobiles dans un cylindre CD, du même diamètre que le branchement EF. Le piston B B porte un fourreau GG ; si le système mobile vient à se déplacer vers la droite, ce fourreau va former obturatenr en se plaçant en travers du branchement EF.
- Pour que ce déplacement se produise, il suffît que la pression en D devienne plus petite qu’en G. Or ces espaces sont réunies avec le branchement EF par les deux canaux obliques A et B, qui communiquent, l’un à l’amont, l’autre à l’aval du système mobile. Tout mouvement un peu rapide de la vapeur de E vers F aura donc pour effet de déterminer une augmentation de pression en C et une dépression en D, et, par suite, le déplacement des pistons et l’obturation de la conduite.
- Pour assurer le fonctionnement d’une manière plus certaine, on réunit l’appareil, au moyen de l’ajustage c, à un tuyau DD, sur lequel sont branchés de la même manière tous les obturateurs pneumatiques de la batterie de chaudière. La rupture de ce tuyau ou l’un de ses branchements détermine la fermeture immédiate de tous les obturateurs ; enfin un robinet d’échappement, branché sur le tuyau DD, constitue un moyen de contrôle, qui permet de s’assurer en tout temps du bon fonctionnement des appareils.
- Un robinet G est monté sur l’ajustage c.
- La tige H du piston BB se prolonge au dehors de la boîte, et indique les mouvements du système ; le joint sur le fond du cylindre C se fait par une portée conique.
- Votre Comité de mécanique vous propose de remercier M. Pile de son intéressante communication, et d’insérer le présent rapport dans votre Bulletin, avec une figure dans le texte.
- Signé : Hirsch, rapporteur.
- Approuvé en séance le 13 mai 1887.
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- ARTS ÉCONOMIQUES. --- JUILLET 1887.
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- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. le colonel Sebert, au nom du Comité des arts économiques, sur une machine pour faciliter l'écriture aux aveugles, inventée par
- M. MALLER.
- M. Manier, ouvrier serrurier, demeurant à Paris, rue de Richelieu, n° 26, a présenté à la Société d’Encouragement un appareil dont il est l’inventeur et qui est destiné à faciliter l’écriture aux aveugles. '
- De nombreux efforts ont été faits pour permettre aux aveuglesdecommu-niquer par l’écriture, soit entre eux, soit avec les voyants. r
- On fait usage, à cet effet, dans les différents pays, d’alphabets fort divers dont les caractères présentent des formes simples susceptibles d’être aisément tracés par les aveugles en écrivant ou d’être facilement perçus par le contact du doigt dans la lecture.
- Ces caractères doivent d’ailleurs être produits en relief sur le papier et il • existe un très grand nombre d’appareils destinés soit à guider la main des opérateurs quand ils écrivent, soit à rendre plus facile le gaufrage du papier destiné à produire le relief.
- La diversité même de ces alphabets est une des difficultés les plus grandes qui s’opposent à leur adoption, puisqu’il peut arriver que des aveugles, même lorsqu’ils parlent la même langue, ne puissent correspondre entre eux parce qu’ils n’emploient pas les mêmes caractères pour écrire cette langue.
- C’est surtout à l’étranger que cette diversité est à signaler et en Angleterre notamment, il existe au moins trois alphabets différents qui sont simultanément en usage.
- En France, on fait principalement usage d’un alphabet spécial qui s’est rapidement répandu grâce à sa simplicité et à la facilité avec laquelle les caractères qui le composent peuvent être formés par les aveugles.
- Cette écriture a été imaginée, il y après de 50 ans, par un professeur aveugle de l’Institut de Paris nommé Louis Braille.
- Bien qu’elle ait été appelée par son inventeur anaglyptographie, elle est plus fréquemment désignée sous le nom d’écriture de Braille ou meme simplement sous le nom de Braille.
- Dans ce genre d’écriture, les signes de l’alphabet sont formés à l’aide de points, au nombre de 6 au plus, qui sont disposés comme les points des dés à jouer.
- Tome IL — 86e année. 4e série. — Juillet 1887.
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- Ils sont obtenus, en partant du signe générateur composé de 6 points et supprimant successivement un ou plusieurs des points de ce signe, en conservant aux autres leurs positions respectives, contrairement à ce qui a lieu pour les signes des dés.
- Il est facile de se rendre compte que l’on peut former ainsi un nombre de signes différents beaucoup plus considérable que celui des lettres de l’alphabet et Braille en a profité pour créer des signes destinés à représenter non seulement les lettres et les chiffres, mais encore les signes de ponctuation et même les signes sténographiques et les notes de musique.
- Ces signes ont cet avantage de pouvoir être facilement tracés par un aveugle à l’aide d’un style et en se guidant au moyen d’une règle en métal percée de petites fenêtres rectangulaires dont chacune correspond à la position d’une lettre.
- Cette règle se déplace parallèlement au-dessus d’un petit cadre dans lequel on fixe la feuille de papier qui doit recevoir l’écriture et elle se fixe dans ses positions successives, à l’aide de petites chevilles qui s’engagent dans des trous percés dans les bords de ce cadre.
- Une feuille de drap,placée sous la feuille de papier, facilite le gaufrage de de cette feuille sous l’action de la pointe mousse du style avec lequel opère l’aveugle et ce style est amené successivement dans les angles ou au milieu des bords de chaque fenêtre suivant les lettres à écrire.
- On obtient ainsi, à l’envers du papier, une écriture bien alignée et régulièrement espacée formée par des points saillants très perceptibles sons les doigts et dont les caractères sont facilement discernables.
- L’appareil dont il s’agit, que l’on désigne sous le nom de planche, est simple et peu coûteux et son emploi est à la portée de tous.
- Mais le système a l’inconvénient de se lire à l’envers, ce qui oblige en réalité les aveugles à apprendre un alphabet spécial pour l’écriture et un alphabet différent pour la lecture.
- Cette écriture ne peut d’ailleurs être lue par les voyants sans une éducation spéciale, et c’est là un inconvénient très sérieux.
- Aussi a-t-on cherché, surtout dans ces dernières années, à réaliser des machines qui permettraient aux aveugles de produire sur le papier des lettres en relief présentant les formes des caractères de l’écriture usuelle.
- Il serait trop long de décrire tous les modèles d’appareils et de machines qui ont été proposés dans ce but.
- Ceux que cette question intéresse trouveront la plupart de ces machines
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- réunies dans un petit musée, placé sous le patronage de Valentin Haüy et qui vient d’être récemment ouvert par l’initiative généreuse de deux aveugles, M. Guilbeau, professeur à l’Institut national des Jeunes Aveugles, et M.dela Sizeranne, directeur des deux journaux le Valentin Haüy et le Louis Braille, journaux qui s’adressent aux aveugles et sont imprimés l’un en caractères ordinaires, l’autre en caractères Braille.
- Ce musée privé, dont M. Guilbeau fait les honneurs aux visiteurs avec une complaisance extrême, renferme aussi une collection d’objets qui peuvent être utiles aux aveugles, des spécimens des ouvrages qui ont été créés pour leur enseignement et des échantillons des différents objets dont la fabrication peut leur être confiée. Une visite à ce musée ne peut donc être trop conseillée à tous ceux qui ont, dans leur famille ou parmi leurs connaissances, un aveugle dont ils désirent adoucir le malheureux sort(î).
- Parmi les appareils pour faciliter l’écriture des aveugles qui figurent dans ce musée, on remarque quelques machines à clavier présentant une certaine analogie avec la machine à écrire Remington dont l’usage s’est répandu dans ces dernières années, surtout en Amérique.
- Il semble, en effet, à première vue, que ces machines peuvent donner la solution cherchée.
- Mais, en y réfléchissant, on reconnaît que leur complication est trop grande pour que l’on puisse espérer les mettre pratiquement entre les mains des aveugles; d’ailleurs leur prix forcément élevé resterait toujours un obstacle insurmontable à leur généralisation pour l’emploi dont il s’agit.
- Il faut, du reste, que les aveugles puissent vérifier, à chaque instant, que la machine n’a pas cessé de bien fonctionner et s’assurer par eux-mêmes qu’ils n’ont pas fait de fautes en écrivant; il est à désirer enfin qu’ils puissent rectifier les fautes qu’ils auraient commises.
- Les machines à clavier qui ont été essayées pour les aveugles ne satisfaisaient pas à ces conditions.
- Celles qui s’en approchent le plus sont la machine à disque de M. Recordon, de Genève, qui a été présentée à la Société d’Encouragement en 1878 et celle de M. Bovyns, de Lille, qui en est un perfectionnement.
- En partant d’une disposition qui n’est pas sans analogie avec celle de ces dernières et qui rappelle également, en certains points, les premières dispositions adoptées pour la machine Remington, M. Mauler a réalisé une
- (1) Le musée installé dans une maison particulière, rue Rousselet, n° %2, est ouvert le mardi de 2 heures à 4 heures,
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- machine beaucoup plus simple et plus pratique qui paraît devoir donner la solution cherchée.
- La machine, qu’il a placée sous les yeux de la Société et qu’il a construite de ses mains, se compose essentiellement d’un plateau circulaire horizontal A, mobile autour d’un axe vertical et sur le pourtour duquel sont gravés les caractères à reproduire, lesquels, au nombre de 40, comprennent les lettres
- Fig. 1. — Machine à écrire pour les aveugles.
- de l’alphabet avec et sans accents, les signes de ponctuation et les chiffres.
- Un levier B, oscillant verticalement et placé au-dessus de ce plateau devant l’opérateur, entraîne dans son mouvement d’oscillation un cadre G muni de la feuille de papier que doit recevoir l’écriture.
- Ce levier porte au bout d’une pièce D un petit tampon en caoutchouc qui vient, quand on abaisse le levier, presser cette feuille de papier contre la lettre à reproduire, de façon à déterminer l’impression de cette lettre par gaufrage du papier.
- Les lettres, qui doivent être en forme de caractères romains filiformes,
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- de façon à être facilement perçues sous les doigts par les aveugles, étant réparties sur la circonférence du plateau, l’opérateur n’a qu’à amener devant lui celle qu’il veut imprimer et à faire ensuite mouvoir le levier, de haut en bas, en pressant ainsi le tampon sur le papier.
- Des encoches ménagées sur le pourtour E du plateau et dans lesquelles s’engage un cliquet à ressort, assurent la position du plateau pour l’impression de chaque lettre.
- Le mouvement d’oscillation du levier, nécessaire pour l’impression, fait automatiquement déplacer, d’une quantité égale à l’intervalle des lettres, le cadre qui porte le papier, en espaçant ainsi également les signes reproduits.
- On obtient les intervalles entre les mots en faisant mouvoir le levier sans produire l’appui final.
- Lorsque le tampon arrive à l’extrémité d’une ligne, ce dont l’opérateur est averti en cessant d’entendre le bruit du cliquet G qui fonctionne à chaque déplacement, il soulève d’une main ce cliquet et ramène le cadre à l’extrémité de la ligne, en même temps qu’il déplace le papier de l’intervalle d’une ligne.
- Pour faciliter l’emploi de la machine aux aveugles qui ne connaîtraient pas les caractères romains, M. Mauler a placé, sur le pourtour du disque, les caractères du type Braille en regard des caractères du type romain, de façon à en former une secondé rangée circulaire.
- Le tampon en caoutchouc peut d’ailleurs se déplacer sur le levier qui le porte de façon à être amené à volonté au-dessus de l’un ou l’autre des deux rangées.
- Il en résulte que l’on peut, à volonté, avec le même appareil, imprimer en caractères romains ou en caractères Braille.
- Par suite, un aveugle peut, en lisant les caractères Braille auxquels il est habitué, composer néanmoins sa lettre en caractères romains, et inversement un voyant, se servant de la machine, peut composer une lettre en caractère Braille sans connaître ces caractères.
- On conçoit que la machine pourrait recevoir, de la même façon, la série des caractères composant tout autre alphabet à l’usage des aveugles ou encore les signes de musique, ainsi que M. Mauler l’a prévu dans un certificat d’addition à son brevet.
- La machine présente l’avantage de faire venir les lettres directement en relief sans les renverser, comme cela a lieu pour l’écriture Braille avec le style ordinairement employé.
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- Elle permet à l’aveugle de relire immédiatement ce qu’il vient d’écrire, en promenant les doigts sur le papier môme qui vient de recevoir l’impression et qui est encore monté sur la machine.
- Elle donne meme le moyen de rectifier immédiatement les fautes commises, car en amenant les lettres fautives au-dessus d’une case vide réservée sur le plateau, l’opérateur peut, par la pression du tampon sur la partie plane ainsi formée, faire disparaître successivement le relief de ces lettres. Il produit ensuite, à la place, un nouveau relief en amenant, vers les mômes points du papier, les cases correspondant aux lettres voulues.
- Par une modification que M. Manier a également indiquée dans le certificat d’addition à son brevet, la machine pourrait être disposée de façon à produire des impressions en relief sur plaque métallique et à donner ainsi un cliché stéréotype qui permettrait d’obtenir des reproductions nombreuses de la page écrite.
- L’appareil est de construction simple et robuste. Sa disposition et son maniement peuvent être saisis, avec une grande facilité, par les aveugles et les expériences qui en ont été faites ont montré que ces derniers apprennent rapidement à s’en servir.
- Aussi cet appareil a été accueilli avec empressement par les personnes qui s’occupent des moyens d’améliorer le sort des aveugles, et il est à espérer que son emploi se répandra rapidement si, comme le dit l’inventeur, il peut arriver à la produire à bas prix.
- La Société d’Encouragemcnt pourra contribuer à assurer ce résultat désirable en donnant à l’inventeur, qui est dénué de ressources, l’appui de son patronage. Dans cet espoir, votre Comité vous propose de féliciter M. Mauler de son heureuse invention, et d’ordonner l’insertion du présent rapport au Bulletin avec les dessins nécessaires pour faire comprendre la disposition et le fonctionnement de l’appareil.
- Signé : colonel Sebert, rapporteur.
- Approuvé en séance le 13 mai 1887.
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA FIGURE REPRÉSENTANT LA MACHINE A ÉCRIRE POUR LES AVEUGLES DE M. MAULER.
- A, plateau métallique horizontal tournant sur pivot autour de son axe II; ce plateau contient sur son pourtour et sur deux cercles concentriques, les carac-
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- tères et les signes en relief de l’alphabet ordinaire et de l’alphabet des aveugles.
- B, levier manœuvre à la main oscillant autour de Taxe horizontal FF, et entraînant le cadre C qui porte le papier ainsi que le tampon imprimeur D.
- C, cadre portant deux rouleaux I et J permettant de tendre la feuille de papier sur laquelle doivent être tracés les caractères qui s’impriment en relief. Des crans, placés sur les têtes des molettes au moyen desquelles on manœuvre les rouleaux, font connaître la quantité dont il faut les tourner pour passer d’une ligne à Fautre.
- D, tige portant un tampon de caoutchouc et servant à produire par pression un gaufrage sur le papier au moyen des caractères en relief du plateau. Cette tige est maintenue sur le levier B au moyen d’une vis, de telle sorte que le tampon peut, par un déplacement en avant ou en arrière, presser ainsi sur les caractères ordinaires ou sur ceux des aveugles.
- E, encoches pratiquées sur le pourtour du plateau A en face chaque caractère ; un cliquet à ressort, non visible sur la figure s’engage dans un cran de manière à maintenir le plateau quand une lettre déterminée est amenée sous le tampon.
- Un ressort R maintient levé le levier B. En abaissant le levier, le ressort R cède et une tige méplate /z, fixée à l’axe H et traversant la douille L dans laquelle passe l’axe FF, s’engage dans un des crans ou gorges f de cet axe pour empêcher tout mouvement latéral pendant l’impression d’un caractère.
- L’axe FF porte un cercle K dont la hauteur est variable. Quand le levier B se relève, le cercle K agit comme une canne, tend à pousser latéralement l’axe FF et comprime le ressort S; le verrou G, qui est engagé dans un des crans /de l’axe, vient à céder et cet axe FF se déplace d’un cran entraînant le cadre et le papier d’une quantité égale à l’espacement de deux caractères.
- Quand un mot est terminé et que l’on veut laisser un blanc sur le papier, il n’y a qu’à baisser le levier B sans appuyer le tampon sur le plateau, le verrou G cède encore sous l’action de la came K et du ressort S et l’axe FF se déplace d’un cran. Lorsque la ligne est terminée, il suffit de lever le verrou G maintenu par un petit ressort, ainsi que cela est visible sur la coupe jointe à la figure, et l’on repousse l’axe FF à fond de gauche à droite ; puis on tourne d’un cran les rouleaux I et J.
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- BIOGRAPHIE.
- JUILLET 1887.
- BIOGRAPHIE
- NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX DE LOUIS-FRANÇOIS-CLÉMENT BRÉGUET, MEMBRE DE
- l’académie DES SCIENCES ET DU CONSEIL DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT, PAR
- M. DE JONQUIÈRES, MEMBRE DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Il est des familles où la science, l’art, le talent haussé parfois à la hauteur du génie, se transmettent de génération en génération, et dont la célébrité, sans cesse alimentée aux sources du travail et de l’honneur qui l’ont créée, survit sans déclin, comme sans défaillances, à celle des ancêtres.
- Les Bréguet appartiennent à ces familles-là.
- Le premier, Abraham Bréguet, l’aïeul de celui dont je vais retracer la vie et ]es travaux, était un modeste apprenti horloger à Neuchâtel, en Suisse, lorsqu’à l'âge de quinze ans il devint chef de famille. Peu d’années après, il avait, à force de volonté et de talent, refait son éducation négligée, créé une maison en France (où il était rentré en 1762), et établi sa supériorité dans Fart de construire les chronomètres de haute précision.
- Le problème de la détermination des longitudes préoccupait alors, à juste titre, les nations maritimes. On avait d’abord compté sur la Lune. Mais les mouvements compliqués de ce capricieux satellite n’avaient encore révélé aux astronomes et aux géomètres que ses plus faciles secrets ; les coordonnées lunaires ne pouvaient être prédites à l’avance avec une suffisante exactitude, et les observations de distance que les navigateurs avaient néanmoins coutume de faire, faute de mieux, ne pouvaient, le plus souvent, leur donner que des résultats trop éloignés de la vérité. C’est donc vers le transport exact du temps que, en attendant de nouveaux progrès de la Mécanique céleste et des Tables astronomiques, se tournaient, avec un espoir moins lointain, les encouragements des gouvernements et les efforts des artistes. En France, Leroy et Berthould étaient entrés avec éclat dans la lice, lorsque Bréguet, leur disciple ou leur élève et bientôt leur émule, y parut à son tour. Il ne tarda pas à s’y faire une telle place, il y décida si franchement la suprématie de la Chronométrie française, que, pendant les deux années qu’il dut s’expatrier au delà de la Manche pour fuir les dangers que les événements politiques lui faisaient courir sur le sol français, l’un des maîtres de l’horlogerie anglaise fit loyalement et ouvertement appel à son concours et lui demanda de lui révéler ses secrets.
- A son retour de Paris, il s’établit dans une ancienne maison du quai de l’Horloge, datant de l’époque des Valois, qui est restée depuis lors le siège de la famille. Il y termina sa vie, en 1823, à l’âge de soixante-seize ans, membre de l’Académie des Sciences et du Bureau des Longitudes.
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- Après lui, son fils Antoine, aussi bien doué, mais apparemment moins persévérant dans la conduite des affaires, ne dirigea que pendant dix années l’établissement renommé et prospère dont il héritait. Un beau jour, il le quitta, disant adieu au monde, sinon à la science. Du moins, il ne l’avait pas laissé déchoir, et la réputation n’en était pas amoindrie, lorsque son fils Louis, qui, sous ses ordres, y dirigeait l’atelier d’horlogerie, fut appelé subitement à l’honneur et à la charge de le conduire.
- S’il faut de rudes épreuves pour bien tremper les caractères, Louis Bréguet n’eut, sous ce rapport, rien à désirer pour se trouver d’emblée à la hauteur de sa tâche. Son père, imbu de certains systèmes philosophiques alors en vogue, ne lui avait ménagé aucune des austérités d’une éducation à la Spartiate, comptant sans doute lui en inoculer l’indomptable énergie; sous ce rapport, il n’avait pas fait un faux calcul. Lorsque était arrivé pour son fils l’âge des études sérieuses, il s’était personnellement occupé de son éducation avec une ponctualité et une rigueur qui, cinq ans après, avaient porté leurs fruits. Louis achevait alors sa vingtième année. Un travail opiniâtre, commençant à 4 heures du matin pour ne finir qu’à 11 heures du soir, sous l’œil jamais distrait de son père, une étude approfondie de son art, la pratique personnelle de tous les détails, soit à Versailles, soit à Genève, n’avaient pas seulement façonné en lui un horloger de premier ordre. Ses vues s’étaient portées au delà de la profession; l’horizon de ses idées s’était agrandi, et, dès son arrivée au pouvoir, il conçut et réalisa, dans ses ateliers, le projet systématique d’adjoindre à la fabrication des chronomètres de précision la construction d’autres instruments appliqués aux sciences physiques, qui prenaient alors un si puissant essor. Son grand-père Abraham lui avait ouvert cette perspective, en créant, de toutes pièces, le thermomètre métallique, qui porte son nom et est resté l’un des plus sensibles et des plus délicats instruments de la thermométrie. Louis le perfectionna en y adaptant, en 1840 (1), Y aiguille à ;pointage, inventée par son grand-père pour les compteurs astronomiques, qu’il avait déjà perfectionnée lui-même pour cette première application, et dont il lit usage plus tard pour déterminer, de concert avec M. Wertheim, la vitesse du son dans le fer et pour réaliser beaucoup d’autres effets mécaniques (2).
- Ce succès lui valut, en 1843, l’honneur d’être nommé membre du Bureau des longitudes et membre correspondant de l’Université de Kasan. C’était un beau stimulant pour en obtenir de nouveaux.
- Son premier travail dans le domaine de la théorie pure eut pour objet Y induction électrique; il le ht en collaboration avec M. Masson, professeur au lycée Saint-Louis. Leur but était d’accumuler, sans déperdition, l’électricité
- (1) Comptes rendus, t. XI, p. 24; 6 juillet 1840.
- (2) Ibid., t. XIII, p. 426.
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Juillet 1887.
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- statique ou de tension, née de la réaction du courant voltaïque; les deux expérimentateurs l’atteignirent. Ils obtinrent de la sorte tous les phénomènes lumineux qui, jusque-là, avaient été le partage exclusif de la machine à plateau de verre, et fixèrent, dans ce travail trop oublié, les bases de la machine d’induction, qui allait prendre une place importante parmi les instruments de physique, par les mains habiles et sous le nom de Ruhmkorlî (1).
- Louis Bréguet se trouvait dès lors lancé dans les applications de l’électricité dynamique, science née avec le xixe siècle, et qui, nourrie par le génie d’Ampère, grandissait en faisant des pas de géant. Il y appliqua toute sa fertilité ingénieuse des combinaisons mécaniques, et devint, dans notre pays, autant par la variété des instruments sortis de ses mains que par l’initiation généreuse et désintéressée que les ingénieurs et les praticiens trouvaient dans ses ateliers, l’un des principaux promoteurs de ce merveilleux agent.
- En 1845, sur la demande du colonel Constantinoff, de l’artillerie russe (2), il imagina et construisit, d’après un principe appartenant soit à cet officier, soit à Whcatstone, le premier appareil destiné à mesurer la vitesse d’un projectile en différents points de sa trajectoire. Les beaux instruments réalisés récemment, dans un ordre analogue de recherches, par MM. Marcel Deprez, notre confrère, et Sébert, ne doivent pas faire oublier la première solution originale d’un problème important et très difficile.
- Cette incursion dans le champ des choses militaires n’est pas la seule que Bréguet ait tentée avec ce succès. Je dirai tout de suite, sans m’astreindre cette fois à l’ordre chronologique, que, vingt-cinq ans plus tard, il imagina, pour le service du génie, un exploseur destiné à enflammer à distance les amorces, dites d induction ou de tension, qui avait sur quelques autres, dérivés du même principe, le sérieux avantage d’être plus léger et pfris portatif. Sous un petit volume, sa puissance est telle, qu’il a pu enflammer des amorces à la distance de Paris à Bordeaux, qui est de 585 kilomètres!
- Ce petit appareil a rendu de nombreux services dans la guerre de 1870, et son rôle n’est pas fini. Nous en faisions parfois usage à l’Ecole des torpilles de Boyardville, bien que l’électricité de haute tension, qui exige un isolement parfait des conducteurs, n’ait pu être généralement adoptée dans le service de la marine, où leur immersion dans la mer est le plus souvent une condition nécessaire.
- Il nous était connu, comme il l’est aussi ailleurs, sous le nom de coup de poing de Bréguet : dénomination expressive et juste, puisque rétincellc s’y produit par la séparation brusque et comme par l’arrachement des deux surfaces métalliques primitivement en contact, d’où résultent, comme dans le marteau
- (1) Annales de Chimie et de Vhysique, t. IV, p. 129, et Comiites rendus, t. XXXII, p. 293.
- (2) Comptes rendus, t. XX.
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- d’eau des hydrauliciens, une soudaine accumulation de force vive du courant électrique et ce qu’on nomme l’extra-courant de rupture.
- Je reviens aux années voisines de 1845. Une grande question s’agitait alors entre les physiciens : lequel des deux systèmes, de l'émission ou des ondidations fallait-il, après un long débat demeuré sans jugement et sans arrêt, mais non sans plaidoiries violentes, admettre définitivement dans la Science?
- Arago, dans un de ses éclairs d’intuition et de génie, avait projeté des expériences qui devaient la trancher sans réplique, si l’on parvenait à déterminer directement les vitesses comparatives des rayons lumineux dans l’air et dans les liquides ; elles exigeaient avant tout des miroirs tournant sur eux-mêmes avec une extrême vitesse. L’idée du miroir tournant avait été déjà réalisée par Wheat-stone ; mais il fallait, dans le cas présent, pouvoir apprécier numériquement les vitesses, ce qui semblait imposer l’emploi des engrenages. La solution mécanique de ce problèmé très difficile fut confiée àBréguet, qui le résolut en exécutant avec une extrême précision le système de denture dit de White, et finalement les appareils désirés.
- Dans un de ces appareils, on voit trois miroirs combinés faire chacun, sous l’action d’une force médiocre, plus de deux mille tours dans une seconde de temps. En ôtant les miroirs, Bréguetput obtenir pour l’un des axes la vitesse incroyable de neuf mille tours par seconde et, chose non moins incroyable, en contrôler le nombre : merveilleux assujettissement du vertige lui-même à la discipline.
- C’est avec un instrument semblable, combiné selon les indications de notre confrère M. Fizeau, que ces collaborateurs réalisèrent victorieusement l’expérience demandée par Arago ; il en fut rendu compte à l’Académie des Sciences, le 7 juin 1850 (1). Peu de jours auparavant, Foucault, avec la collaboration de Froment, l’avait exécutée de son côté, indépendamment, par une ingénieuse disposition de la turbine à air ou à vapeur. „
- Cette double épreuve fut décisive pour la Science, et si le débat ne cessa point entièrement entre les belligérants, du moins il n’eut plus de raison d’être pour les neutres impartiaux.
- L’historique de cette question, qu’après des maîtres de la Science tels que ceux de nos Secrétaires perpétuels, à qui nous devons les Eloge s historiques de Foucault (2) et d’Arago (3), je me garderais d’oser vous raconter de nouveau, est des plus curieux (j’emploie le mot le plus doux que je trouve) par l’étonnante persistance des opinions adverses, je devrais dire par la ténacité des partis pris ; et si Poinsot, dans une circonstance analogue, put croire à une Astronomie pas-
- (1) Comptes rendus, t. XXX, pp. o62 et 771.
- (2) Par J. Bertrand, 6 février 1882.
- (3) Par Jamin, 14 septembre 1884.
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- donnée, je lie serai pas téméraire en soupçonnant dans celle-ci une Physique intransigeante. « Arago, dit M. Bertrand dans l’un des Eloges que je viens de citer, sourit à la belle expérience, heureux d’évoquer par ses justes louanges le souvenir des jours glorieux où, vainqueur de Laplace, de Poisson et de Biot, il entraînait l’Académie, qui en remercie sa mémoire, à saluer la première le génie naissant de Fresnel. » Sur la bouche d’Arago, ce sourire était comme Y amen qui termine Y Office des morts.
- Quel triomphe pour les expérimentateurs, que d’avoir apaisé d'un seul coup ce grand litige, élevé, ily avait deux siècles, entre Newton, d’une part, Descartes, Ilooke et Huygens, de l’autre, et si souvent agité depuis !
- Il restait encore à déterminer avec précision un autre élément, très important aussi, la vitesse de propagation des ondes lumineuses. C’est encore au génie de M. Fizeau que la Science doit la première détermination de cette vitesse, rigoureusement obtenue par des moyens purement terrestres. Plusieurs années après, la question fut reprise, et des résultats presque identiques entre eux furent donnés, d’un côté par Foucault et Froment, de l’autre par notre confrère M. Cornu, à qui Bréguet prêta le concours dévoué et efficace de son talent. C’est de ses ateliers que sortit l’appareil délicat qui permettait d’apprécier des 240I 20(T(J- de seconde de temps. L’expérience, réalisée par Foucault, de son côté avec des résultats presque identiques (1 ), réussit au delà de tout ce qu’il était permis d’espérer. Ces déterminations numériques, franchissant le domaine de la Physique, allèrent porter leur enseignement dans l'Astronomie, en y confirmant les prévisions de Le Verrier, fondées sur de profonds calculs, que le chiffre admis jusque-là pour la valeur de la parallaxe solaire devait être accru d’environ de seconde d’arc. Ils rapprochaient tout d’un coup le Soleil de la Terre de près de cinq millions de kilomètres !
- Lorsque la Télégraphie électrique, théoriquement créée par Ampère et pratiquement réalisée par Wheatstone, fit son entrée dans le monde, Bréguet se jeta avec ardeur dans les applications de cette étonnante découverte.
- Désigné, en 1845, pour faire partie de la Commission qui présidait à l’établissement de notre premier télégraphe électrique, entre Paris et Rouen, il en devint, à plusieurs égards, le membre le plus important. Il y appliqua le principe découvert en 1838 par Steinheil, d’après lequel on peut supprimer le deuxième fil de communication et laisser la terre effectuer elle-même le retour du courant électrique; principe fécond, qui ménage la force motrice ainsi que la quotité du matériel de conduction, et permet de réaliser des économies considérables (2).
- Le Traité publié par Bréguet, à cette occasion, sur la Télégraphie et les ser-
- (1) Foucault trouva pour la vitesse de la lumière 298000klu par seconde; M. Cornu, 300400km.
- (2) Comptes rendus, t. XXXIV, p. 291.
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- vices rendus par lui dans la Commission de Rouen lui valurent, en 1845, la croix de la Légion d’honneur.
- C’est à lui que sont dus, comme conception et exécution, le télégraphe à lettres, le télégraphe 4 cadran et le télégraphe mobile (1), dontle second,particulièrement, adopté par les compagnies de chemins de fer pour le service de la voie, offre une si grande simplicité de manipulation et une telle sûreté de fonctionnement, que l’initiation professionnelle y est à peu près superflue.
- Le contact de Bréguetavec le service des voies ferrées lui fournit l’occasion de résoudre de nombreux problèmes intéressant la sécurité dans les mouvements des trains et dans la préservation des appareils de signaux. Je citerai, comme l’un des plus importants perfectionnemennts qu’il y ait réalisés, l’invention du parafondre, destiné à préserver les électro-aimants des télégraphes contre les ravages du tonnerre, dans les temps d’orage, et les employés contre ses dangers (2).
- Une autre application de l’électricité, due aussi à Wheatstone, pour la transmission et la distribution de l’heure à distance, devint pour Bréguet un nouveau sujet de méditations et de succès éclatants. Après avoir installé un premier système à Lyon, en 1856, pour faire marcher 72 cadrans par un courant, inversé à chaque minute, qu’envoyait une horloge centrale, il le perfectionna (1857) en ne donnant au courant que le soin, moins précaire, de remettre périodiquement de véritables horloges à l’heure, une fois par jour : à midi ou à minuit (3). Ce n’était plus, à proprement parler, la transmission de l’heure : c’en était la régularisation.
- Enfin, en 1876, il se trouva, dans la même voie, aux prises avec le problème bien autrement ardu, posé par Le Verrier, de faire reproduire, à la seconde près, l’heure de la pendule-type de l’Observatoire national, par seize horloges, appelées centres horaires, réparties dans les divers quartiers de la capitale. Une synchronisation si absolue présentait de grandes difficultés, dans les conditions de certitude constante qu’exigeait son fonctionnement régulier et normal. L’idée fondamentale d’une solution pratique avait été donnée par Foucault et appliquée ingénieusement par M. Vérité, de Beauvais. Notre confrère M. Wolf l’avait réalisée, de son côté, dans l’intérieur de l’Observatoire national. Bréguet, en l’exécutant à son tour, sur une bien plus large échelle, pour la ville de Paris, y acquit un titre de plus à la reconnaissance des savants, des horlogers et du public.
- C’est aussi de ses ateliers, où il était secondé par des coadjuteurs habiles, formés sous sa direction vigilante, que sont sortis, à diverses époques :
- (1) Comptes rendus, t. XXXIV, p. 649.
- (2) Ibid., p. 980.
- (3) Ibid., t. XLV, séance du 23 novembre 1857.
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- Le sphygmographe, avec cylindre enregistreur, de notre confrère M. Marey, dont l’imperturbable diagnostic poursuit les secrets de la fièvre jusque dans les moindres variations de ses pul sations ;
- Le régulateur, continu et isochrone, de notre regretté confrère M. Yvon Vil-larceau, qui, appliqué aux équatoriaux, arrête le Soleil ou les étoiles pour l’observateur ;
- L’oscillomètre de M. Bertin, dont la mer, dans ses plus grands caprices, ne déconcerte pas les indications ;
- Le séismographe de notre confrère M. Bouquet de la Gryc, sentinelle toujours éveillée, dont les mouvements les plus imprévus et les plus cachés de l’écorce terrestre ne surprennent jamais le vigilant contrôle ;
- Le chronographe du capitaine de vaisseau Fleuriais, qui en a fait, en se servant aussi de beaux instruments dus au talent de Bruner, l’usage que chacun sait, à Pékin et ailleurs, pour ses observations astronomiques, aussi diverses qu’importantes.
- J’en passe, ne pouvant les citer tous.
- Tous ces travaux et services rendus à la Science marquaient la place de Louis Bréguet dans l’Académie des Sciences. Arago, lors de la mort de Gambey, le pressa d’y présenter sa candidature pour y reprendre la place que son grand-père avait occupée. M. Combes, son concurrent, l’emporta de deux voix sur lui (26 voix contre 24 voix). Une occasion d’entrer dans la Section des Membres libres se présenta en 1873 ; Bréguet songea à s’y porter candidat, mais, quand il sut que M. de Lesseps le désirait, il s’effaça aussitôt, ne voulant point paraître élever une digue devant celui qui n’avait jamais été arrêté par aucune, et pour qui il professait une sincère admiration. Il fut élu, dans cette Section, l’année suivante 1874.
- Quatre ans après, en 1878, le Gouvernement lui accorda la croix d’officier de la Légion d’honneur.
- Inflexible dans ses convictions sur le terrain de la politique, mais antipathique aux préoccupations troublantes qu’elle fait naître, Bréguet concentrait ses affections et son activité dans le cercle de la famille et l’administration des affaires. Son autorité y était douce ; son gouvernement, ferme, humain pour les ouvriers soucieux de leurs intérêts. Homme de bon conseil, conciliant, serviable et même bienfaiteur incorrigible, il était, pour les autres, prodigue de son temps, de son industrie et de sabourse. Simple d’allures, toujours souriant et de bonne humeur, il savait obliger avec une rondeur et une bonhomie qui doublaient le prix du service rendu et lui créaient des amis.
- Toujours prêt à donner sa collaboration dévouée et désintéressée aux savants qui la réclamaient, il a laissé un souvenir reconnaissant chez scs confrères, et ce n’est point ici que je risque de rencontrer un contradicteur.
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- Bien qu’il eût atteint un âge assez avancé, la mort l’a frappé de la façon la moins prévue par sa famille et par ses amis. Trois jours auparavant, il prenait part, avec sa régularité habituelle, à l’un de nos banquets annuels. Mais, sous cette apparence de vigueur et d’entrain, qu’il devait à sa robuste constitution, se cachait, pour les autres sinon pour lui-même, l’effort qu’il s’imposait pour dominer l’incurable douleur qui, chaque jour, tarissait en lui les sources de la vie. Frappé dans ses plus chères affections par la perte d’une fille, enlevée dans la force de l’âge, bientôt par celle de son neveu, M. Niaudet-Bréguet, savant aussi aimable que distingué, il lui restait un fils, ancien élève de l’Ecole Polytechnique, déjà connu par d’honorables travaux scientifiques, sur qui reposaient ses plus glorieuses et légitimes espérances. Ce successeur de ce nom, conservateur désigné de la gloire de la maison, lui fut, à son tour, enlevé à la fleur de l’âge, mais déjà dans la maturité du talent; il n’avait que 30 ans! Cette catastrophe porta au cœur du père, trois fois cruellement éprouvé, un coup irréparable, et lui seul, sans doute, dut ne pas s’étonner de la rapidité foudroyante avec laquelle s’approchait celui qui allait le frapper lui-même.
- C’est le 27 octobre 1883 que, soudainement, sans le plus léger avertissement, au milieu d’une de ses lectures quotidiennes, il s’est éteint, laissant au monde savant des regrets persistants, et à sa veuve, comme à sa fille aînée (Mme Ludovic Halévy), une douleur sur laquelle la discrétion et le respect me défendent d’insister !
- Tel fut, Messieurs, Thomme de bien, le travailleur infatigable, le savant modeste, héritier d’une grande tradition, mais fils de ses œuvres, dont je me suis fait, comme ayant eu l’honneur de lui succéder parmi vous, le pieux devoir de vous retracer la carrière. Il y a six mois, sous la coupole de l’Institut, dans une solennité dont il m’est deux fois agréable de rappeler le souvenir, l’un de nos éminents confrères définissait la « vraie démocratie : celle qui permet à chaque indi-« vidu de donner sonmaximum d’efforts dans le monde (1) » : Louis Bréguet était de cette démocratie-là, et il a usé noblement de la permission.
- [Comptes rendus de l’Académie des Sciences.)
- (I) Réponse de M. Pasteur au discours de réception de M. Bertrand à l’Académie française (10 décembre 1885).
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- ARTS ECONOMIQUES.
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- ARTS ÉCONOMIQUES
- BRÛLEUR A INCANDESCENCE DE WELSBACH.
- La production de la lumière, par l’incandescence de matières réfractaires, a élé l’objet des recherches de beaucoup d’inventeurs : quelques-uns ont même obtenu quelque succès auprès du public. Les inventions de Clamond, de Popp, de Lewis, et plus récemment celles de Lowe et de Auer de Welsbach, sont celles dont on a le plus parlé, et qui ont trouvé des applications plus ou moins importantes. La dernière a été expérimentée, pendant long temps, sur une large échelle à Vienne, mais elle n’a été portée à la connaissance du public que peut-être un peu tardivement. Avant Auer de Welsbach, un savant viennois avait découvert le moyen d’utiliser un des corps les plus réfractaires que l’on connaisse, la zirconc, et le plus résistant des oxydes des métaux dont on fasse usage. Ensuite vient l’invention de Clamond qui consiste dans l’emploi de la magnésie en filaments, plaques ou crayons, portés à une température très élevée, au moyen d’un bec Bunsen modifié. D’autre part, Popp, Lewis et Lowe ont fait usage de cages en platine, mais chacune de ces inventions ne différait par le système de brûleur à gaz et à air comprimé, ce qui compliquait beaucoup le procédé et en limitait les applications. Ces dispositions sont inutiles avec le gaz à l’eau, et il y a lieu de croire que dans beaucoup d’usines d’Allemagne, où l’on produit ce gaz, le système Clamond donnerait des résultats satisfaisants. Les crayons de magnésie doivent cependant être renouvelés fréquemment, et, malgré leur prix insignifiant, leur peu de durée est un grave inconvénient. Il en est de même pour les cages en platine ; de plus, la présence du carbone à cette température élevée donne une mauvaise lumière, et le prix du métal est élevé.
- Le système du professeur Auer est très ingénieux. Il extrait le zirconium d’un minerai quelconque de zircone, et le fait entrer dans une dissolution contenant du lanthane et un ou plusieurs autres métaux réfractaires. C’est la base de la matière qui produit la lumière par incandescence. Ce liquide sert ensuite à imprégner des corbeilles faites de filaments très lins, lesquelles, une fois sèches, sont portées au rouge dans un bec Bunsen. Le filament brûle, l’eau s’évapore et il ne reste qu’une matière fine, d’une ténuité extrême et très délicate, contractée et conservant la forme primitive. La corbeille est maintenue par un fil de platine, avant d’être imprégnée de la solution, et ce fil sert ensuite de support pour fixer la corbeille dans la lampe. Le brûleur est du type Bunsen modifié, comme on le sait depuis longtemps, de manière qu’il puisse être renversé sans que la flamme puisse redescendre; la chaleur ainsi obtenue, sans augmentation de pression, est suffisante pour porter le squelette de zircone au blanc incandescent, et
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- ARTS ÉCONOMIQUES. --- JUILLET 1887.
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- la quantité de lumière produite par la consommation d’une même quantité de gaz est, de cette manière, bien plus considérable que lorsque ce gaz brûle dans le bec le plus économique. Cent litres de gaz, brûlant à l’heure, donnent environ trente bougies ou quatre carcels, ce qui dépasse beaucoup la proportion ordinaire. Il n’y a pas de flamme et la lumière est absolument fixe.
- Il a été fait une installation de becs Welsbach à la galerie de peinture de Mal-borough, 53, Pall Mail, S. W., à Londres; elle excite l’admiration de tous ceux qui la voient, tant à cause de la fixité absolue de la lumière que de sa beauté, qui la place entre celle des lampes électriques à incandescence et celle des lampes à arc. Tous les tons de vert et de bleu conservent leur valeur, et rien ne montre mieux la grande différence qu’il y a entre le système Welsbach et tous ceux qui sont en usage dans le pays. Cinquante-six becs sont disposés au centre de la galerie et donnent un éclairage parfait, ne laissant aucun dépôt de fumée, et donnant beaucoup moins de chaleur qu’un éclairage ordinaire, moins d’un tiers environ.
- Les becs de la galerie de Malborough sont de fabrication autrichienne ; mais on commence à construire, en Angleterre, des becs de ce système. Ceux dont il vient d’être question sont formés d’un bec Bunsen à couronne, percé d’un grand nombre de trous, en forme de pomme d’arrosoir. Cette disposition donne une flamme courte et très chaude, exempte de sifflement. La corbeille placée dans la flamme est faite de filaments tissés en forme de tube, et est supportée par un anneau de fil de platine. Le tube est replié intérieurement en forme d’ourlet, le fil de platine passe dans la partie repliée et fait saillie de deux côtés, et permet ainsi de suspendre la corbeille dans la flamme. Dans un autre système de fabrication, inventé par M. A. Paget, de Longhborough, chaque portion du tube est formée séparément d’un tissu réuni à la partie supérieure ; ici passe le fil de platine, tenu par une anse qui permet de suspendre l’ensemble dans la flamme. Cette disposition lui donne l’apparence d’une corbeille, et permet les dispositions les plus convenables pour répartir une température égale dans tous les sens.
- Comme la corbeille, après l’incinération, est extrêmement fragile, il est nécessaire de la protéger, autant que possible, contre les dangers du transport et des manutentions. A cet effet, les corbeilles sont suspendues à une galerie fixée à la base delacheminéedu brûleur, ce qui forme un ensemble quipeutêtre transporté sans crainte; le verre préserve d’ailleurs la corbeille de tout accident.
- D’après une expérience faite récemment, 100 litres de gaz, à la pression de 22 à 25 c. m. d’eau, ont donné 32 candies, soit 4 carcels ; c’est un très beau résultat, et si l’on ne devait tenir compte que de l’économie provenant de la consommation du gaz, le système Welsbach se substituerait aux autres; mais il faut considérer la durée des corbeilles. En voyant la délicatesse de cette pièce, qui exige de grands soins, il est probable que beaucoup doivent périr par accident avant usure complète. Dans le laboratoire d’expériences, on a trouvé que la Tome II. — 86e année. 4e série. — Juillet 1887. 28
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- METALLURGIE.
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- durée d’une corbeille pouvait être de mille heures, quoique avec une faible diminution de lumière vers la fin ; mais on pense que cette durée peut atteindre deux mille heures, sans détérioration sensible. Il est évident que si l’on pouvait approcher, en moyenne, de eette limite, le prix du renouvellement des corbeilles serait insignifiant; mais il n’en est pas ainsi dans la pratique, à cause des accidents journaliers auxquels elles sont exposées, et leur valeur doit entrer largement en ligne de compte dans le prix de revient. D’autre part, l’économie de gaz, qui peut être estimée au bas mot à 50 p. 100, compense la dépense des corbeilles, et permet de nombreuses applications, sans compter que la lumière absolument fixe, la réduction dans la consommation du gaz, qui empêche l’atmosphère d’être viciée, sont des avantages très appréciables du système. Pour ces raisons, il y a lieu de penser que le système Welsbach est susceptible de recevoir de nombreuses et utiles applications, aussi bien pour l’éclairage public que pour l’éclairage privé.
- {Engineering.)
- MÉTALLURGIE
- TRAITEMENT DE l’0R ET l’ARGENT AUX HÔTELS MONÉTAIRES DES ÉTATS-UNIS
- PAR M. EGLESTON.
- Les hôtels monétaires des Etats-Unis sont au nombre de cinq : Philadelphie (Pensylvanie); Nouvelle-Orléans (Louisiane); Denver (Colorado); Carson-City (Nevada) et San-Francisco (Californie).
- Les bureaux d’essai sont à New-York, Charlotte, Saint-Louis, Helena, et Boisc-City (Idako) : tous ne fonctionnent pas d’une manière continue.
- L’hôtel monétaire de Philadelphie, jusqu’à la publication de l’acte législatif du 12 février 1873, sous le nom de Coincige Âct, était considéré comme la Monnaie des États-Unis, sous la direction générale du Director of peint, qui avait sous son autorité immédiate les succursales de la Nouvelle-Orléans, de Charlotte et Dahlo-nega, érigées en 1835, de San-Francisco, en 185-4, et de Carson-City, en 1870.
- La même loi de 1873 a établi un bureau central des Monnaies auprès du Trésor, ce qui a classé le directeur de la Monnaie de Philadelphie dans la même catégorie que ses autres collègues et unifié tout le service monétaire de la Confédération américaine du Nord. C’est de cette création que date également celle de la statistique de la production des métaux précieux, exécutée avec un soin et une méthode remarquables. Cette transformation a pris malheureusement par ce remaniement un caractère politique : à chaque changement de l’administration générale, il se produit des mutations dans le haut personnel et le rôle de tous ces établissements est tombé à celui de simples ateliers du gouvernement limités dans leurs attributions budgétaires strictes, sans initiative.
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- L’hôtel de Carson-City, qui avait été établi surtout en vue de la production des fameuses mines voisines d’argent et d’or de Coinstock, a vu peu à peu diminuer son importance, en faveur de l’hôtel de San-Francisco.
- Le monnayage total des Etats-Unis, en 1885, s’est élevé aux chiffres suivants. Or: 24861 123 dollars (ce qui correspond à 128780617 francs; le dollar d’or de lgr,672 est estimé à 5f,18), représentant 1748158 pièces.
- Argent : 28 848 958 dollars (149 437 607 francs; le dollar d’argent est de 26gl’,729), représentant 31699096 pièces.
- Il y a à ajouter à cette somme le monnayage de l’argent divisionnaire, qui s’est élevé à 527 558 dollars, constituant 24610760 pièces. Le total or et argent monnayé s’est donc élevé à 54 237 639 dollars (280 958970 francs).
- Nous ne donnerons pas le détail de cette fabrication ; nous indiquerons seulement que la nature des pièces livrées a été la suivante :
- Monnaies d’or : Double-aigles, aigles, 3 dollars, quarts d’aigle et dollars d’or.
- Monnaies d’argent : Standard-dollars, demi-dollars, quart de dollars et dimes (le dime vaut 10 cents) (1).
- La Monnaie de Philadelphie a fabriqué toutes les pièces d’argent, sauf 8 000 environ. Elle a en outre monnayé 7 033 820 pièces de nickel de cinq cents, 4 820 de trois cents et 17572120 pièces en bronze de cents.
- Voici plus bas le tableau de la production d’or et d’argent des Etats-Unis en 1885, en dollars, d’après la statistique du directeur général des Monnaies.
- L’inquartation (2) et le départ (séparation de l’or et de l’argent) se font indistinctement dans les hôtels de Monnaies et dans les Bureaux d’essai, aux Etats-Unis : les produits de l’affinage sont rendus aux propriétaires en lingots ou en espèces. Les lingots sont marqués comme valeur d’un poinçon de l’hôtel monétaire ou du Bureau d’essai : à cet état, ils sont souvent admis, comme l’équivalent du numéraire, dans les transactions de grande importance; la plupart sont toutefois écoulés dans l’industrie comme matière première.
- Les procédés d’affinage en cours dans les hôtels monétaires sont les deux bien
- (1) Le poids légal français des diverses monnaies des États-Unis, à 900 millièmes de fin, est le suivant :
- VALEUR. POIDS. VALEUR. POIDS.
- Double-aigle . . 20 dollars 308'r436 Argent : Trade dollar. . » 278r215
- Aigle . 10 — 16 718 Standard dollar. 100 cents. 26 729
- 1 /2 aigle . . . . 5 — 8 359 1/2 dollar . . . 50 — 12 500
- 3 dollars . . . . 3 - 5 015 1/4 — 25 — 6 250
- 1/4 aigle . . . . 2 dollars 1 /2 4 179 20 cents. . . . 20 — 5 000
- 1 dollar . . . . 1 — 1 672 Dime 10 — 2 500
- (2) L’opération qui consiste à ajouter à l’alliage auro-argentifère une certaine quantité d’argent, de telle sorte que l’or soit à l’argent dans le rapport de 1 à 3, porte, comme on sait, le nom d’inquartation (quartering). C’est dans ces proportions que le départ des deux métaux précieux par facide nitrique s’effectue nettement.
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- connus, à l’acide nitrique et à l’acide sulfurique. Pendant un certain temps, le procédé mixte aux deux acides, et le procédé de Gutzkow ont fonctionné, surtout à San-Francisco. A l’heure présente, le procédé ancien à l’acide nitrique est exclusivement employé à l’hôtel de Philadelphie; le procédé à l’acide sulfurique (qui n’est autre que le procédé français de M. Poisat) est généralement en usage
- ÉTATS OU TERRITOIRES. OR. ARGENT. TOTAL.
- dollars. dollars. dollars.
- Alaska 200 000 )) 200 000
- Arizona 930 000 4 300 000 5 430 000
- Californie 13 600 000 3 000 000 16 600 000
- Colorado 4 230 000 16 000 000 20 250 000
- Dakota 3 300 000 150 000 3 430 000
- Géorgie 137 000 )) 137 000
- Idaho 1 250 000 2 720 000 3 970 000
- Montana 2 170 000 7 000 000 9 170 000
- Nevada . . . . 3 500 000 5 600 000 9 100 000
- Nouveau-Mexique 4 . 300 000 3 000 000 3 300 000
- Caroline du Nord 157 000 3 500 160 500
- Orégon 660 000 20 000 680 000
- Caroline du Sud 57 000 500 57 500
- Utah 120 000 6 800 000 6 920 000
- • Virginie 2 000 î) 2 000
- Washington 85 000 1 000 89 000
- Wioming 6 000 » 6 000
- Alabama, Tenessee, etc 76 000 5 000 81 000
- 30 800 000 48 800 000 79 600 000
- dans tous les autres hôtels. Le procédé Gutzkow a finalement été abandonné, même à la Monnaie de San-Francisco, où il était fort en vogue, ainsi que la plupart des établissements privés d’affinage. C’était à l’époque de la production extraordinaire des mines de Conestock qui ne pouvait être absorbée assez rapidement par les deux hôtels de San-Francisco et Carson-City, de sorte qu’il fallut confier à des ateliers privés les excédents (1).
- (!) On trouve une description du procédé dans Y Engineering de 1880, p. 356, et dans le premier tome de la Métallurgie de l’or et de l’argent du Dr Percy (p. 479 et suivantes). Ce qui caractérise le procédé Gutzkow, c’est qu’il s’appliquait spécialement aux lingots de Coinstock où les proportions d’or et d’argent étaient voisines, tandis que, dans la plupart des lingots du commerce, on traite des lingots d’or peu argentifères ou des lingots d’argent peu aurifères. Les lingots n’étaient pas grenailiés et soumis directement à l’attaque de l’acide sulfurique; cette attaque pour 400 kilos ne durait pas plus de 4 heures. On faisait cristalliser le sulfate d’argent par le froid artificiel, au besoin; l’argent sulfaté était alors traité par une dissolution chaude de sulfate de fer fournissant l’argent métallique.
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- Le procédé mixte aux deux acides (nitrique et sulfurique) a été récemment introduit à New-York par M. Mason, essayeur en chef.
- En résumé, les vapeurs rutilantes d’acide nitrique et les fumées acides d’acide sulfurique donnent lieu à des inconvénients difficilement surmontables, qu’on a combattus par des installations de cheminées élevées et des ateliers situés dans les étages supérieurs.
- Voici le tableau des matières (bullion) reçues et des métaux correspondants produits, dans les ateliers monétaires et bureaux d’essai, durant l’année 1885.
- HOTELS MONÉTAIRES ou BUREAUX D’ESSAI. ONCES (1) ALLIAGES. OR FIN {Standard). VALEUR. ARGENT FIN (Standard). VALEUR. VALEUR TOTALE.
- bullion. onces. dollars. onces. dollars. dollars.
- Philadelphie 288 747 153 390 2 853 766 453 919 528 196 3 381 962
- San-Francisco 3 311 227 430 590 8 010 976 3 298 523 3 838 279 11 849 255
- Saxton City 885 224 67189 1 250 027 869 702 1 012 016 2 262 043
- Nouvelle-Orléans. . . . 2 354 576 10 716 1 583 1 842 19 544 231
- New-York 5 844 575 731 708 13 613 172 5 931 059 5 931 059 12 558
- Total 10 332 127 1 383 453 25 738 657 11 311 392 11311 392 37 050 049
- (1) L’once troy vaut 31 sr, 103.
- Ce qui correspond à : 191 919 253 francs.
- Les divers articles de M. Egleston, analysés ici, présentent une série de renseignements sur les fourneaux et l’outillage de fonderie de l’atelier monétaire de Philadelphie ; comme ils n’offrent point de caractères bien distincts de ceux en usage en France, il n’y a pas lieu d’insister sur leur construction ; il suffit d’indiquer seulement que les fours à creusets sont protégés par une garniture en fer, et qu’ils sont chauffés au charbon de bois, pour les petites fontes, et à l’anthracite de Lehigh, pour les fontes importantes.
- L’auteur donne des détails sur les manipulations du registre de tirage des cheminées, et des précautions qu’on prend pour éviter la volatilisation des métaux précieux en fusion, tant au moment du brassage dans les creusets que du moulage des lingots dans les lingotières ou moules. Il indique les flux en usage : ce sont les mêmes que ceux qu’on emploie dans les ateliers français. Ce qu’il y a de particulier est l’emploi, à l’hôtel de Philadelphie, du sublimé corrosif, quand il s’agit d’éliminer de grandes quantités d’antimoine et de plomb, ainsi que du phosphore, dans les proportions de 1/4 p. 100, et pour éliminer un excès de cuivre dans les lingots d’or. Quant à l’introduction, dans le creuset de cendres ou d’os de coupelle, de litharge, etc., pour absorber, dans l’argent en fusion, des traces de plomb, cuivre, étain, zinc, antimoine, cette pratique est fort
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- courante dans les ateliers français, et nullement de création américaine.
- Dans la description que fait M. Egleston de l’opération aux acides nitrique et sulfurique, il faut signaler deux procédés nouveaux : celui qui consiste à faire intervenir les deux acides, l’un après l’autre, pour le départ, connu sous le nom de procédé Mason, et celui qui est relatif au traitement des résidus ferreux de l’atelier, connu sous le nom de procédé Booth.
- Le procédé Mason est en usage depuis 1868 à New-York. Voici, en quelques mots, comment l’opération est conduite. On grenaille le lingot auro-argentifère, et on l’attaque par l’acide nitrique, sur un filtre, au-dessus d’un bac. Le nitrate d’argent en dissolution, ainsi que les eaux de lavage de For resté sur le filtre, est chauffé à la vapeur, puis traité par une dissolution concentrée de sel marin. Le précipité de chlorure d’argent est lavé, traité par le zinc métallique en grenaille. L’argent est repris par l’acide étendu, pour dissoudre l’excès de zinc, moulé sous la presse hydraulique (pression de 40 tonnes), en gâteaux ou briquettes, et fondu au creuset, comme à l’ordinaire.
- Quant à For, resté sur le filtre, on l’attaque à deux reprises par l’acide sulfurique ; après un lavage soigné, il est fondu au creuset, sans passer par la presse hydraulique.
- Il paraît que, grâce à cette méthode, les limites de fin sont fortement relevées. Ainsi, on atteint entre 0,8995 et 0,9005 de fin pour For, et entre 0,8985 et 0,9015 de fin pour l’argent.
- Le procédé autrefois appliqué, à Philadelphie, aux résidus ferreux, contenant de For et de l’argent, et provenant des diverses pièces de fonte et de fer, constituant les parois, les portes, les barreaux de grille, les cendriers des fourneaux, imprégnés de métal précieux, consistait jadis en un martelage suivant une oxydation préalable du fer. On avait l’habitude de profiter de la mise hors feu des fourneaux pour réparation au mois de juillet, époque de l’inventaire, pour réunir toutes les matières ferreuses des ateliers et en retirer For et d’argent. Par des oxydations réitérées et des martelages énergiques, exécutés par une douzaine d’hommes, travaillant péniblement pendant trois ou quatre jours, on récoltait l’argent, et For à l’état de battitures plus ou moins riches.
- Dans le but de supprimer cette opération, le fondeur etraffineur en chef del’Hôtel des monnaies de Philadelphie, M. Booth, essaya de convertir tout le fer auro-argentifère en sulfure de fer, par une attaque par le soufre. Le sulfure était repris ensuite par l’acide sulfurique dilué, et les métaux riches soumis à la fonte et au départ.
- On dut bientôt renoncer à ce moyen, à cause des frais, et on lui substitua la méthode suivante, plus économique et plus expéditive.
- Aussitôt qu’on a réuni 20 à 25 kilogrammes de résidus ferreux riches, on en détermine le titre en or et argent, à l’aide d’un essai préalable; puis on ajoute une proportion d’argent métallique, rognures de flans, etc., suffisante pour Fin-
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- quartation, réglée à 2 1/2 d’argent pour 1 d’or. Le tout est chargé dans un creuset de graphite,, et porté progressivement au blanc. Pour éviter une fusion difficile, provenant des oxydes de fer réfractaires, on ajoute, à titre de flux spécial, de la fonte grise grenaillée, mêlée d’une assez forte proportion de charbon en poudre, proportionnelle à la quantité de fer oxydé; on additionne de borax, de sel marin, et d’un peu de soude caustique. Lorsqu’on a amené graduellement le creuset au blanc, on soutient cette température quelque temps, pour être sûr d’avoir l’or et l’argent bien liquides, et on abandonne le creuset toute la nuit. Le four qu’on laisse refroidir ainsi est ordinairement un four qui doit subir une réparation quelconque. Le creuset brisé fournit trois couches très distinctes : à la base, un culot de métal précieux, argent et or, fort net, se séparant de lafontedefer par une surface très lisse; la scorie, qui forme la partie supérieure, est vitreuse ou pierreuse, suivant la quantité de silice que contient la charge. Le culot métallique est propre à l’opération du départ, puisqu’on a préparé l’inquartation.
- Par une série d’essais, on a reconnu que la zone intermédiaire de fonte est absolument exempte de métal fin, si la fonte employée a été grise et non blanche : la séparation est alors complète, par liquation, si l’on a soin de laisser la masse en fusion tranquille un temps suffisant; le temps total de l’opération varie de 12 à 15 heures. La séparation se fait d’autant plus nettement, d’après les expériences réitérées, exécutées à l’hôtel monétaire de Philadelphie, que la quantité d’argent de la masse est plus abondante, de sorte que souvent on fait des additions supplémentaires d’argent durant la fonte, tout en demeurant toutefois dans les proportions de l’inquartation pour le départ, à l’acide nitrique ou sulfurique.
- La perte en métal fin esta peu près nulle; car, dans diverses opérations, où le poids du culot est en apparence inférieur au rendement qu’on doit obtenir, on complète le poids total, si l’on réunit soigneusement les grains disséminés dans la masse de fonte supérieure. Cette perte, presque nulle, est due, sans aucun doute, à la couche de fonte qui empêche la volatilisation : on a reconnu partout, en effet, que la volatilisation des métaux précieux est d’autant plus intense que la surface du bain d’argent ou d’or se trouve plus exposée aux effets violents du tirage de la cheminée, lorsqu’il est à découvert, et que les métaux étrangers alliés sont plus volatils : il y a alors entraînement mécanique de vapeurs d’or et d’argent, partiellement condensées sur les parois des cheminées.
- Les modifications pour le traitement des matières ferreuses que l’on vient de signaler ont donné lieu à la suppression du martelage bruyant qui durait trois semaines à la fin de la campagne et ont permis de faire entrer dans la marche générale et courante des ateliers le traitement de ces résidus, chaque fois qu’il y a un stock de 20 à 25 kilogrammes.
- M. Egleston termine son travail par une série de renseignements détaillés sur les résultats des hôtels et bureaux.
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- Il donne d’abord un tableau delà balance faite entre les pertes de la fabrication, qui se sont produites dans les divers ateliers, et les compensations, bonis alloués et profits divers. Les pertes de fabrication sont plus considérables qu’on est porté aie supposer. Le métal est fondu jusqu’à trois fois avantde se trouver converti en monnaie, et chaque fonte est accompagnée forcément d’une volatilisation de métaux fins.
- La pertelégale allouée est de 1,5 d’argent et 1 d’or par 1 000 de matière : cette allocation est rarement atteinte, en ce qui concerne les opérations de fonte. On retrouve en effet une partie des métaux à l’état de fumées, cadmies, granules dans les briques, les parois, les creusets, et de balayures dans les environs des foyers et près des lingotières : toutes précautions sont prisespour empêcher les déperditions.
- Pour la fabrication monétaire, la perte légale ou tolérance (toleracion) est de 1/10 p. 100 (0,001) pour l’or et de 1 p. lOOpour l’argent : ces limites ne sontjamais atteintes, et ce résultat ne laisse pas que d’être digne de remarque, quand on ré-tléchitquelesmétauxfins ont à subirau moins deux fontes et le travail des acides. Voici le tableau de la balance des pertes dont il est question :
- PERTES EN OR ET ARGENT, PENDANT LE TRAITEMENT AUX HÔTELS DE PHILADELPHIE, SAN-FRANCISCO, CAR SON, NOUVELLE-ORLÉANS ET AU BUREAU d’eSSAI DE NEW-YORK ET LEUR COMPENSATION.
- Pertes :
- DISPOSITION DOLLARS
- 1) Par fusion et raffinage de l’or.............................. 323,74
- 2) Par monnayage de l’or........................................ 15 38,19
- 3) Par fusion et raffinage de l’argent.......................... 7 506,18
- 4) Par monnayage de l’argent.................................... 6 256,46
- o) Perte sur la vente des balayures............................. 1 8423,68
- Total........... 34048,25
- Ces pertes sont compensées par :
- DOLLARS
- 1) L’allocation légale sur le monnayage............................ 1291,97
- 2) — sur le raffinage et le départ......................... 12 63,21
- 3) Alliage d’argent et d’or comme boni de fabrication............. 13295,57
- 4) Bénéfice sur l’argent....................................... 18197,50
- Total........... 34085,25
- Il n’est pas rare, dit M. Egleston, que le commerce présente à la Monnaie des matières impures donnant lieu à de l’or ou de l’argent cassant. Le plomb, l’étain, le zinc et autres impuretés se trouvent assez fréquemment dans les vieux bijoux et pièces d’orfèvrerie présentées à la refonte. Le fer, l’antimoine, l’arsenic surtout sont les substances les plus nuisibles à la ductilité des deux métaux précieux. Pour quelques grammes d’impuretés, il faut souvent refondre la masse totale, pour la purifier et la rendre monnayable (1).
- (1) Il convient de rappeler ici les grandes difficultés qu’offre l’affinage des lingots d’or, contenant de l’iridium, de l’osmium, du platine, du bismuth, etc. Les deux premiers métaux, surtout, donnent des lingots très cassants.
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- m
- EXPOSITION UNIVERSELLE. --- JUILLET 1887.
- Les propriétaires de lingots payent les frais d’affinage et de départ. Le chiffre des sommes versées dans les hôtels monétaires et les bureaux d’essai en 1885 est mentionné dans un tableau dans lequel en regard se trouvent les dépenses occasionnées. Le bénéfice ou excédent des deux comptes estversé à la Trésorerie. Il a atteint (pour les 7 dernières années du 1er juillet 1878 au 30 juillet 1885)lasomme de 170817 dollars; pour l’année 1885, il a été, à lui tout seul, de 207 074 dollars.
- Un devis détaillé des dépenses de l’hôtel monétaire de San-Francisco, pour l’année 1885, avec indication de la production monétaire correspondante, complète le travail de M. Egleston, ainsi qu’un tableau général des frais et produits des quatre hôtels monétaires et des six bureaux d’essai pendant ladite année. Donc le total des produits a été de : 5147218 dollars, et le total des frais : 1 585 256 dollars, ce qui constitue une balance de bénéfices de 3 561961 dollars (18450 957 francs) pour le Trésor.
- M. Egleston donne la liste des divers employés constituant le personnel de direction et des ouvriers des ateliers sus-mentionnés des Etats-Unis. Le haut personnel s’élève à 98 employés supérieurs ; le service général comporte 198 personnes; le service des essais, 36 ; celui des fonderies et affinages, 133; celui du monnayage, 311, et enfin celui des graveurs, 8. En tout : 784 individus.
- Un tableau indicatif des poids, degrés de fin, diamètre et épaisseur des pièces monnayées pendant l’année 1885 complète cette notice, qui se termine par l’estimation des quantités de matières précieuses, or et argent, transformées par l’industrie en bijoux et autres objets.
- Le chiffre de cette consommation, dont l’auteur fournit le détail, s’élève, pour ladite année, à 4 936 281 dollars (25 509 935 francs) d’or et 5 595 158 dollars (28 982 918 francs) d’argent, d’après le rapport, du directeur de la Monnaie des Etats-Unis. (Engineering.) (C. R.)
- EXPOSITION UNIVERSELLE
- SUITE DE LA LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT FAISANT PARTIE DES COMITÉS D’ADMISSION DE l’eXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- *
- Classe VII. — Cahen (Albert), vice-président de la Société des anciens élèves des Ecoles nationales d’Arts-et-Métiers.
- Classe LVI. — Légat (D.), ingénieur constructeur-mécanicien.
- Tome II. — 86° année. 4° série. — Juillet 1887.
- 29
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- PROGRAMME DES PRIX.
- JUILLET 1887.
- PROGRAMME DES PRIX
- PROPOSÉS PAR LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR l’iNDUSTRIE NATIONALE A DÉCERNER
- dans les années 1888, 1889, 1890, 1891 et 1892 GRANDES MÉDAILLES.
- La Société décerne, chaque année, sur la proposition de l’un des six comités du Conseil, une médaille en or portant l’effigie de l’un des plus grands hommes qui ont illustré les arts ou les sciences, aux auteurs, français ou étrangers, des travaux qui ont exercé la plus grande influence sur les progrès de Y industrie française, pendant le cours des six années précédentes.
- Ces grandes médailles seront distribuées dans l’ordre suivant :
- 1887. Agriculture................. à l’effigie de Thénard.
- 1888. Arts économiques..................... — d’Ampère.
- 1889. Commerce............................. — de Chaptal.
- 1890. Arts mécaniques...................... — de Prony.
- 1891. Arts chimiques....................... — de Lavoisier.
- 1892. Architecture et beaux-arts........... — de Jean Goujon.
- Dans les années précédentes, ces médailles ont été décernées, savoir : en 1868, pour le commerce, à M. F. de Lesseps; — en 1870, pour la chimie, à M. H. Sainte-Claire Deville; — en 1872, pour l’agriculture, à M. Boussingault; — en 1873, pour la physique et les arts économiques, à sir Charles Wheatstone; — en 1875, pour le commerce, à M. Jacques Siegfried; — en 1876, pour les arts mécaniques, àM. H. Giffard; — en 1877, pour les arts chimiques, à M. Walter Weldon; — en 1880, pour l’architecture et les beaux-arts, à M. Ch. Garnier, architecte; — en 1882, pour les arts économiques, à M. Gaston Planté; — en 1883, pour le commerce, à la Chambre de commerce de Paris; — en 1884, pour les arts mécaniques, à M. Joseph Farcot; — en 1885, pour les arts chimiques, à M. Michel Perret; — en 1886, pour les beaux-arts, à M. Barbedienne.
- GRAND PRIX DU MARQUIS D’ARGENTEUIL.
- Le marquis d’Argenteuil a légué à la Société d’encouragement une somme de 40 000 francs pour la fondation d’un prix qui doit être décerné, tous les six ans, à l’auteur de la découverte la plus utile au perfectionnement de Yindustrie française, principalement pour les objets dans lesquels la Finance n’aurait point encore atteint la supériorité sur l’industrie étrangère, soit quant à la qualité, soit equant aux prix des objets fabriqués.
- Le prix de 12 000 francs, ainsi fondé, a été décerné, en 1846, à M. Vicat, pour ses travaux sur les chaux hydrauliques; — en 1852, à M. Chevreul, pour ses tra-
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- PROGRAMME DES PRIX. -- JUILLET 1887.
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- vaux sur les corps gras;— en 1858, à M. Heilmann, pour sa peigneuse mécanique; — en 1864, à M. Sorel, pour la galvanisation du fer; — en 1870, à M. Champonnois, pour l’organisation des distilleries agricoles; — en 1880, à M. Poitevin, pour ses découvertes en photographie; — en 1886, à M. Lenoir, pour son moteur à gaz et l’ensemble de ses inventions,
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1892.
- GRAND PRIX DE LA SOCIÉTÉ.
- La Société d’encouragement décerne, tous les six ans, un grand prix de 12 000 francs à Vauteur de la découverte la plus utile à l'industrie française. Ce prix alterne avec celui qui a été fondé par le marquis d’Argenteuil.
- Il a été décerné, en 1873, à M. Pasteur, pour ses travaux sur l’éducation des vers à soie, sur la conservation des vins et sur la fabrication de la bière et du vinaigre; — en 1883, à M. Faucon, pour le traitement par submersion des vignes.
- Il sera décerné de nouveau, s’il y a lieu, en 1889.
- PRIX GUSTAVE ROY, POUR L’INDUSTRIE COTONNIÈRE.
- Les exposants de la classe 27, à l’Exposition universelle de 1867, ont donné à la Société d’encouragement une somme de 13 169 fr. 85 c. pour la fondation d’un prix qui sera délivré, tous les six ans, à celui qui aura contribué le plus efficacement au développement ou aux progrès de l’industrie cotonnière en France. Une somme de 2 000 francs, sur les 4 000 francs qui forment la valeur du prix ayant été donnée, à titre d’encouragement, en 1883, le prix à décerner en 1889 sera de 6 000 francs.
- PRIX ELPHÈGE BAUDE, POUR LE MATÉRIEL DU GÉNIE CIVIL ET DE L’ARCHITECTURE.
- Les exposants de la classe 65, à la même Exposition universelle, ont donné à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale une somme de 2 315 fr. 75 c. pour fonder un prix qui sera décerné, tous les cinq ans, à l’auteur des perfectionnements les plus importants au matériel et aux procédés du génie civil des travaux publics et de l’architecture.
- Ce prix consiste en une médaille d’or de 500 francs; il sera décerné, s’il y a lieu, en 1890.
- PRIX FOURCADE, POUR LES OUVRIERS DES FABRIQUES DE PRODUITS CHIMIQUES
- Les exposants de la classe 47, à l’Exposition universelle de 1878, ont fondé auprès de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale un prix prove-
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- nant du produit net en argent d’un capital de 19 011 fr. 85 c., qui sera remis chaque année, en séance publique de cette Société, au simple ouvrier des exposants de la classe 47 ayant le plus grand nombre d’années consécutives de service dans la même maison.
- Ce prix est décerné tous les ans; il est de 800 francs.
- PRIX D’ABOVILLE, POUR LES MANUFACTURIERS QUI EMPLOIENT DES OUVRIERS INFIRMES.
- Le général d’Aboville a laissé à la Société une somme de 10 000 francs, qui a été divisée en trois prix à distribuer, avec intérêts échus, à tel manufacturier qui aura employé à son service, pendant une période déterminée, des ouvriers estropiés, amputés ou aveugles et qui, par ce moyen, les aura souslraits à la mendicité; le premier a été décerné en 1885 à la Société d'ateliers d'aveugles ; les deux autres seront décernés, s’il y a Heu, en 1887 et 1889.
- PRIX BIENNAL MEYNOT AÎNÉ, PÈRE ET FILS, DE DONZÈRE (DROME), DE LA VALEUR DE 1200 FRANCS PROVENANT DU DON DE M. MEYNOT AÎNÉ, PÈRE ET FILS.
- Ce prix sera attribué tous les deux ans à celui qui aura inventé ou perfectionné un instrument ou une machine propre à la moyenne ou à la petite culture.
- L’invention ou le perfectionnement devra avoir pour résultat de réaliser une amélioration notable et avantageuse, soit dans la préparation des terres, soit dans le traitement des plantes et des animaux, soit encore dans les manipulations des produits de l’exploitation.
- Ge prix pourra être encore attribué à celui qui aura introduit un procédé perfectionné de culture ou un végétal, ou un animal nouveau propre à accroître les profits de la petite ou de la moyenne culture.
- Il sera décerné, pour la première fois en 1889, aux concurrents résidant dans la région du Sud-Est, comprenant les départements de la Drôme, de l’Ardèche, de l’Isère, du Rhône et des Hautes-Alpes.
- Il sera attribué en 1891 et 1893 aux concurrents des autres départements de France, en 1895 aux concurrents de la région du Sud-Est et ainsi de suite de façon à revenir tous les six ans dans cette dite région du Sud-Est.
- Au cas où aucun concurrent ne serait jugé digne de la récompense aux époques fixées, le concours sera remis d’année en année jusqu’à ce qu’un mérite suffisant se soit produit.
- En cas de non-attribution, le montant du prix fera retour au capital pour accroître la valeur du prix à distribuer ultérieurement.
- Les concurrents devront se faire inscrire avant le 1er janvier de l’année du concours.
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- Le prix tel qu’il est formulé ne sera pas disputé par de nombreux concurrents; le champ des inventions d’outils et machines pour la petite et la moyenne culture est en effet limité et il est à craindre que souvent le prix ne puisse être décerné. En conséquence, la Société a admis une variante.
- Le prix tel qu’il a été défini sera décerné tous les six ans. Il sera mis au concours dans toute la France.
- Pendant la période de six ans, il y aura deux prix biennaux qui seront décernés :
- Au cultivateur, viticulteur ou maraîcher qui, cultivant son bien ou le bien d’autrui en qualité de colon à mi-fruits ou à prix d’argent, avec les bras de sa famille, soit seul, soit avec un ouvrier au plus, donnera le meilleur exemple par sa conduite, son assiduité au travail, par l’ordre dans son ménage et qui, par l’application des meilleures méthodes de culture, et de l’outillage le plus perfectionné, aura réalisé les meilleurs résultats dans sa petite exploitation.
- Ce prix sera décerné alternativement et successivement dans chacun des départements de la région du Sud-Est; d’abord dans la Drôme, puis dans l’Isère, etc., etc.
- Ce prix aura une certaine importance, il constituera une petite fortune pour celui qui l’obtiendra, et ferabénir le bienfaiteur par les familles laborieuses du pays.
- La Société joindra à la récompense pécuniaire une médaille d’argent qui en perpétuera le souvenir dans les familles.
- Pour atteindre le but et empêcher le prix d’aller à de gros cultivateurs, il faudra tenir la main à ce que les concurrents soient ceux qui cultiveront leur bien avec leurs bras, avec ou sans l’aide d’un ouvrier au plus (homme ou femme).
- SUCCESSION DES PRIX.
- 1er prix en 1889 pour l’invention.
- — 1891 prix de petite culture dans la Drôme.
- — 1893 — — dans l’Isère.
- — 1895 pour l’invention.
- — 1897 prix de petite culture dans l’Ardèche.
- — 1899 prix — — dans le Rhône.
- — 1901 pour l’invention.
- — 1907 pour l’invention. Etc.
- PRIX MELSENS.
- Mme veuve Melsens, voulant perpétuer la mémoire de M. Melsens, son mari, a donné à la Société une somme de 5 000 francs, pour fonder un prix destiné à récompenser l’auteur d’une application de la physique ou de la chimie à l’électricité, à la balistique ou à l’hygiène.
- Ce prix sera décerné tous les trois ans, à partir de 1889; sa valeur sera de 500 francs.
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- PRIX SPÉCIAUX PROPOSÉS ET MIS AU CONCOURS
- POUR ÊTRE DÉCERNÉS DANS LES ANNÉES 1888, 1889 ET 1890
- ARTS MÉCANIQUES.
- 1° Prix de 2 000 francs pour un petit moteur destiné à un atelier de famille, fonctionnant isolément ou rattaché à une usine centrale.
- On a souvent signalé l’intérêt qu’il y aurait, pour le petit fabricant en chambre, à se procurer commodément et à bon marché, toutes les fois qu’il en aurait besoin, la petite quantité de travail pour laquelle il a ordinairement recours à l’assistance momentanée d'un tourneur de roue.
- Un prix est proposé, dans ce but, pour un moteur à arbre rotatif, pouvant mettre à peu de frais, à la disposition de l’ouvrier en chambre, un travail de 6 à 20 kilogramm êtres par seconde. Les dispositions proposées devront permettre de faire varier, entre ces limites, la puissance disponible, sans présenter de trop grands écarts dans le rendement ; et, s’il est possible, elles devront se prêter aux vitesses les plus convenables, suivant la nature de l’opération à effectuer.
- La solution de cette question aurait pour conséquence de favoriser le travail en famille dans les villes, et de maintenir les enfants sous les yeux de leurs parents, la fille sous la surveillance de la mère.
- La Société a décerné quatre fois ce prix. La première fois à un moteur hydraulique utilisant l’eau des conduites d'une ville. La deuxième à un moteur à vapeur, la troisième à un moteur à gaz et la quatrième à un système de transmission de force à domicile. Elle désirerait voir varier la forme et le mode d’action des moteurs qui peuvent recevoir des applications du même genre, et elle a maintenu ce prix au concours pour 1888.
- 2° Prix de 2 000 francs pour les progrès à réaliser dans la filature mécanique
- du lin et du chanvre.
- La filature mécanique du lin, dont la prospérité a été surtout la conséquence de la crise cotonnière, laisse encore à désirer. Elle n’atteint pas la limite de finesse obtenue par la main; ses métiers sont plus volumineux, plus lourds, plus chers que ceux des autres filatures. L’intervention de l’eau chaude est indispensable, si ce n’est pour les gros fils, et la force motrice dépensée est bien plus grande, à numéro égal, pour le lin que pour les autres substances textiles.
- Ces faits constituent des inconvénients graves ; ils compliquent les opérations, limitent l’échelle des produits, entraînent à des dépenses considérables, rendent le travail insalubre et expliquent la lenteur du développement normal de l’indus-
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- trie du chanvre et du lin, qui intéresse particulièrement les pays agricoles. La Société pense que la plupart de ces obstacles tiennent à l’insuffisance de l’assou-plissage et de la désagrégation mécanique et physique des filasses du chanvre et du lin, et que, mieux divisées, celles-ci pourraient se filer à une plus grande finesse, ou bien à finesse égale, avec une dépense moindre et une production supérieure. De légères modifications aux machines en usage suffiraient en ce cas pour procurer les résultats désirés. La division de la matière première devrait néanmoins se borner à une désagrégation physique de la masse des fibres, sans atteindre les inconvénients connus de fa cotonisation chimique.
- Certains systèmes de rouissage se rapprochent du but par l’état dans lequel ils mettent la substance filamenteuse. S’ils ne sont pas encore répandus dans la pratique, c’est que les filateurs répugnent à tout essai qui les obligerait à modifier des machines coûteuses, dont le fonctionnement normal est nécessaire à l’établissement.
- La Société d’encouragement propose un prix de 2 000 francs en faveur de l’industriel qui, le premier, produira, mécaniquement et d’une façon courante, des fils de lin d’une finesse dépassant 100 000 mètres au kilogramme ou des fils de chanvre de 15 000 mètres au kilogramme. La production de ces fils dans tous les numéros sera obtenue avec une économie de 15 pour 100 au moins sur la force motrice, et avec une diminution telle dans la température de l’eau, si l’action de la chaleur restait nécessaire, qu’il n’en résulte pas de buée sensible.
- Pour avoir droit au prix proposé, il faudra avoir livré à la consommation au moins pour vingt mille francs de fils de lin ou de chanvre dans les conditions ci-dessus énoncées.
- Dans le cas où le progrès serait atteint par suite de l’emploi de filasses rouies par l’un des procédés existants, la Société se réserve d’accorder à son auteur une récompense spéciale sous forme de médaille ou de prix.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 3° Prix de 3 OOO francs pour le moyen de transporter à grande distance les
- forces mécaniques naturelles que leur position actuelle ne permet pas d’utiliser
- immédiatement.
- Les cours d’eau offrent une force motrice considérable, qu’il est souvent facile de recueillir dans les montagnes où des chutes naturelles permettent d’éviter des constructions dispendieuses. Mais souvent les alentours de ces chutes ne se prêtent pas à l’établissement d’usines ou à l’installation de leurs populations ouvrières. Il en résulte que beaucoup d’entre elles ne sont pas actuellement utilisables.
- Déjà M. Somellier, pour la percée du Mont-Cenis, M. Hirn, par son câble télodynamique, M. Armstrong, par son accumulateur, ont donné des moyens d’utiliser quelques-unes des chutes, en permettant de transporter leur force motrice à une certaine distance du récepteur ; mais cette distance est encore bien
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- restreinte, et l’on conçoit qu’en poursuivant des idées analogues il soit possible d’aller beaucoup plus loin.
- D’autre part, quand on voit, comme cela a été fait récemment, les forces mécaniques produire de la chaleur, de la lumière, de l’électricité, on conçoit que la force d’une chute d’eau puisse être transformée en effets physiques, qui l’emmagasineraient, pour ainsi dire, et permettraient de la transporter indirectement là où l’on pourrait le mieux l’utiliser.
- Sans doute, dans les transformations successives par lesquelles on la ferait passer, il pourrait y avoir une importante diminution de la force initiale. Mais comme celle-ci, dans certains cas, est presque gratuite,, on doit espérer qu’il serait possible d’obtenir le résultat final dans des conditions d’économie suffisantes pour satisfaire à certains besoins.
- La Société d’encouragement voudrait voir les inventeurs tourner leurs investigations vers la réalisation économique de ce transport, direct ou indirect, de la force motrice à de grandes distances. Selon l’importance des applications économiques qui lui seraient soumises, elle accorderait à ces solutions des prix de 1 000 à 3 000 francs.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888, à la plus importante des applications de cette nature que la Société aura été appelée à constater.
- 4° Prix de 2 OOO francs pour l'application à la mouture des grains de procédés donnant des résultats meilleurs que le système habituel.
- Depuis quelques années, on applique, à l'étranger, des procédés de mouture qui donnent des résultats supérieurs à ceux que fournissent communément les meules.
- Les farines produites par ces systèmes sont de bonne qualité; elles sont susceptibles d’une longue conservation, ce qui permet de les exporter facilement, et l’utilisation du grain est satisfaisante.
- La minoterie française est une industrie considérable, qui travaille non seulement pour l’alimentation nationale, mais aussi pour l’exportation. Déjà elle entre dans la voie nouvelle ouverte au progrès.
- La Société d’Encouragement pense qu’il est d’un grand intérêt pour la prospérité de la meunerie en France, soit d’appliquer promptement les procédés perfectionnés connus actuellement ou d’autres meilleurs, soit d’améliorer l’ancien système, de façon à obtenir des résultats plus avantageux.
- En conséquence, la Société met au concours un prix de 2 000 francs, qui sera décerné à l’industriel qui aura fait, en France, à la minoterie, l’application la plus considérable et la mieux entendue, soit de nouveaux procédés, soit de perfectionnements aux procédés actuels, et qui sera parvenu par là à produire des farines dans les conditions les plus avantageuses.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 5° Prix de 2 OOO francs pour un moteur à huile lourde.
- Les bas prix auxquels peuvent être obtenus actuellement divers combustibles
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- liquides, tels que les huiles lourdes, les résidus de pétrole et les goudrons, doivent engager les industriels à rechercher l’emploi avantageux de ces combustibles riches pour l’obtention directe de la force motrice à bas prix.
- La Société d’Encouragement propose un prix de 2 000 francs, en vue d’exciter les recherches dans ce sens.
- Pour avoir droit au prix proposé, il faudra présenter, en service pratique et constant, un ou plusieurs moteurs fonctionnant par l’emploi direct, non de l'essence minérale, mais bien de l’huile de pétrole lampante ou, mieux encore, d’huiles lourdes ou de goudron, résidus de la distillation du pétrole, des schistes ou des charbons minéraux.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 6° Prix de 5 000 francs pour une machine motrice de 25 à 100 chevaux,
- dépensant au maximum, en travail courant, 6 kilogrammes de vapeur par
- heure et par cheval indiqué.
- L’importance toujours croissante de la machine à vapeur dans tous les travaux de l’industrie a amené, avec la généralisation de son emploi, des perfectionnements qui ont réduit successivement le chiffre de la consommation de vapeur par cheval.
- La Société d’Encouragement pour l’industrie nationale, quiafavorisé ce mouvement par le concours qu’elle a ouvert en 1848, n’a pas cessé, depuis lors, de suivre avec la plus vive sollicitude les améliorations que l’on a obtenues : elle serait heureuse d’avoir à constater de nouveau un progrès marqué.
- C’est dans ce but qu’elle a institué le prix proposé. Dans le cas où plusieurs concurrents atteindraient le même résultat, la préférence sera accordée à celui qui présentera la machine la plus légère et la moins chère. Les expériences devront durer assez longtemps pour que les faits constatés acquièrent une certitude suffisante, et ne pourront être faites que sur des machines ayant déjà fonctionné industriellement pendant une durée d’au moins six mois.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 7° Prix de 3 OOO francs pour le meilleur dispositif d'accumulateurs
- hydrauliques.
- L’une des créations qui ont le plus contribué, dans ces derniers temps, à augmenter la puissance des effets mécaniques qu’il nous est donné d’atteindre, et en même temps à en varier les résultats, est celle des accumulateurs hydrauliques, destinés à soumettre l’eau à de hau tes tensions et à produire sur place ou à distribuer à distance, sous cette forme, l’énergie et les plus grandes puissances. Le dernier mot n’a sans doute pas encore été dit dans cette voie, et la Société d’Encouragement serait heureuse de contribuer par un de ces prix à provoquer, dans cet ordre de questions, quelque perfectionnement important.
- Un prix de 3 000 francs récompensera donc le dispositif d’accumulateurs qui sera jugé le meilleur dans son ensemble, ou qui présentera le perfectionnement Tome II. — 86e année. 4e série. — Juillet 1887. 30
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- qui sera jugé avoir le plus de valeur parmi ceux qui auront été brevetés ou dûment constatés depuis le l01' janvier 1880. On appelle notamment l’attention sur la question des accumulateurs à pouvoir multiple, qui évitent une dépense constante d’énergie motrice pour la production de résultats dont la variabilité expose sans cela à des pertes sérieuses. Le prix pourra également être attribué à une application directe de ces appareils présentant elle-même le caractère de perfectionnement qui vient d’être défini. On n’admettra du reste à ce concours que des appareils fonctionnant industriellement et qu’il soit possible de voir à l’œuvre, mais non des projets sur le papier.
- Le prix de 3 000 francs sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 8° Prix de 3000 francs pour l’exécution rapide et économique des soridages profonds.
- Les sondages rendent de grands services pour les recherches géologiques, pour l’exploration des gisements souterrains, pour l’obtention de l’eau, pour l’exploitation de certains produits solides, liquides ou gazeux.
- Augmenter la rapidité des sondages à grande profondeur, en rendre moins aléatoires l’exécution et la conservation, en diminuer la dépense, serait bien certainement accroître le nombre des cas où le sondeur peut intervenir utilement.
- La Société d’Encouragement voudrait voir s’accuser davantage ces améliorations dans l’art du sondage en France, et, dans ce but, elle propose un prix de 3 000 francs.
- Pour avoir droit au prix proposé^ le sondeur, Français ou étranger, devra ax'oir foré, en France ou dans une colonie française, au moins un sondage de 200 mètres de profondeur au minimum. Ce travail devra avoir été exécuté économiquement et en peu de temps. Les difficultés spéciales contre lesquelles on aura eu à lutter dans chaque cas entreront naturellement en ligne de compte dans l’appréciation de ces résultats.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 9° Prix de 2 000 francs pour un clapet de retenue pour vapeur.
- La Société d’Encouragement s’est déjà préoccupée plus d’une fois des clapets de retenue pour vapeur.
- Ces sortes d’appareils ont été rendus obligatoires par le décret du 29 juin 1886 dans le cas de chaudières de grand volume, groupées en batterie sur un collecteur de vapeur.
- Nous rappelons ci-après les conditions principales auxquelles doit satisfaire un clapet de retenue pour vapeur :
- 1° Le clapet doit se fermer sûrement et promptement, s’il se produit une dépression notable dans la partie de la conduite qu’il doit protéger ;
- 2° Il ne doit pas se fermer sous l’action des dépressions modérées qui se produisent en service normal;
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- 3° Il ne doit pas occasionner d’étranglement donnant lieu à des pertes de charge nuisibles en service ordinaire ;
- 4° Une fois installé, il doit être soustrait à l’action des chauffeurs, qui pourraient être tentés de paralyser son action ;
- 5° Il doit se rouvrir de lui-même dès que la cause produisant la dépression qui le tient fermé a disparu ;
- 6° La construction doit être simple, robuste, ne comporter aucune pièce susceptible de coincer, de gripper ou de se dérégler; le fonctionnement ne doit pas être entravé par les dépôts de tartre, l’oxydation ou les graisses; l’installation doit être telle, qu’elle permette de vérifier à volonté le jeu régulier de l’appareil; la fermeture n’a pas besoin d’être étanche ;
- 7° Enfin l’appareil doit répondre aux exigences générales d’une bonne construction mécanique, comme prix d’achat, encombrement, durée, entretien, etc.
- La Société accordera un prix de 2 000 francs à l’auteur d’un clapet de retenue remplissant d’une manière convenable les conditions ci-dessus.
- Pour être admis au concours, il sera nécessaire que l’appareil présenté ait été construit et mis en service depuis trois mois au moins.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 10° Prix de 3 OOO francs pour un procédé de rouissage industriel du lin
- et du chanvre.
- De nombreux procédés ont été proposés et essayés sans succès durable pour substituer des moyens manufacturiers aux diverses méthodes de rouissage rural (rouissage sur le pré, à l’eau courante, à l’eau stagnante). Sans oublier les expériences de Parent-Duchatelet, tendant à démontrer l’innocuité des eaux de rouissage, sans discuter les travaux d’autres hygiénistes sur le même sujet, il est incontestable que la pratique actuelle présente des inconvénients multiples.
- Non seulement l’émission dans les cours d’eau des liquides provenant des routoirs occasionne la destruction du poisson, mais, au point de vue même de la préparation des fibres, le rouissage, tel qu’il s’exécute généralement, se trouve soumis aux influences atmosphériques, et la qualité de la filasse est souvent altérée par une brusque variation de température.
- D’autre part, les objections faites aux rouissages manufacturiers tiennent : 1° à la difficulté de transporter, dans une usine plus ou moins éloignée des champs de culture, des poids considérables de tiges réparties sur les grands espaces; 2° au prix de revient élevé des traitements.
- A une époque où le personnel des campagnes se familiarise avec l’usage des engins mécaniques et des produits chimiques, où le coût de la main-d’œuvre augmente constamment, l’étude du problème mérite d’être reprise. En conséquence, la Société d’Encouragement propose un prix de 3000 francs en faveur du procédé qui, tout en faisant du rouissage une opération manufacturière, permettra de traiter les tiges à proximité du lieu de la récolte. Le rendement en filasse, l’épuration et les qualités de la fibre, l’économie de la main-d’œuvre devront
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- compenser tout au moins le supplément de dépenses occasionné par l’adoption des moyens nouveaux.
- Le prix ne pourra être décerné avant la justification d’une exploitation industrielle de deux campagnes, au minimum, et de l’utilisation, par la filature française, des produits rouis durant cette période.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1889.
- 11° Prix de 3000 francs pour une monographie de la pulvérisation
- des liquides.
- La division des liquides à l’état de particules extrêmement fines, ou poussière, s’obtient par des procédés variés. Il a été combiné pour la réaliser un grand nombre d’appareils dont la construction repose sur divers principes.
- Une des grandes applications de la pulvérisation des liquides est l’emploi du pétrole au chauffage des générateurs à vapeur, des chaudières de locomotive et de bateau, surtout en Russie. Parmi d’autres usages, on peut citer : le refroidissement de l’air dans les cylindres des compresseurs, l’entretien de la fraîcheur de l’atmosphère dans les habitations, l’administration de certains médicaments, l’emploi des parfums, l’humectation des tissus et des papiers, la production de certaines réactions chimiques.
- Mais l’emploi des liquides à l’état de poussière paraît appelé à rendre à l’industrie de plus nombreux services.
- La Société ne connaît pas d’ouvrage traitant d’une façon complète de la pulvérisation des liquides. Afin d’encourager les chercheurs à combler cette lacune, la Société met au concours un prix de 3 000 francs qui sera décerné en 1889 à la meilleure monographie de la pulvérisation des liquides. Les manuscrits, écrits en français, devront être déposés au siège delà Société avant le 31 décembre 1888.
- Les auteurs devront analyser le phénomène de la pulvérisation; discuter l’influence sur le résultat des diverses conditions qui le font varier; décrire, avec dessins à l’appui, les appareils existants ainsi que ceux qu’ils auraient- pu combiner eux-mêmes; faire connaître le rendement avec divers liquides des appareils décrits en établissant la variation de ce rendement suivant les pressions, les températures, l’état de ténuité recherché et la nature des liquides pulvérisés.
- Il sera naturellement tenu grand compte des travaux personnels des auteurs en matière d'expérimentation ou d’invention, surtout si ces travaux sont de nature à faciliter de nouvelles applications industrielles de la pulvérisation.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1889.
- 12° Prix de 3000 francs pour un système dé accrochage des wagons ne présentant aucun danger.
- Le mode d’attelage des voitures à wagons de chemin de fer, actuellement en usage, présente, au point de vue de la sécurité du personnel, le grave inconvénient d’obliger l’accrocheur à s’introduire dans le vide des tampons pour attacher la barre d’attelage, serrer les tendeurs et accoupler les chaînes de sûreté.
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- C’est la cause de nombreux accidents.
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale accorde le prix de 3 000 francs à l’auteur d’un procédé pratique qui permettrait de faire..toutes les opérations d’accrochage de deux wagons, de l’extérieur, sans que l’accrocheur soit obligé de s’introduire entre les tampons.
- Il s’agit non pas de substituer un nouveau mode d’attelage à celui que la pratique a consacré, mais de trouver un moyen de le faire fonctionner de l’extérieur.
- Il y a d’ailleurs une double condition à remplir: la première, c’est que l’adaptation du mécanisme au système actuel d’attelage, ou la transformation de celui-ci, puisse se faire simplement, à peu de frais, de manière à utiliser les appareils existants et à passer sans grosses dépenses du mode actuel au mode perfectionné. La seconde, non moins importante, c’est que les dispositions projetées ne comportent que des organes ou mécanismes simples, robustes, peu compliqués, peu sujets aux dérangements, et en état de fonctionner d’une manière sûre aux mains d’un simple manœuvre.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1889.
- ARTS CHIMIQUES.
- 1° Prix de 2000 francs pour la préparation économique de rozone
- et pour ses applications.
- SchOnbein a constaté l’existence d’une modification de l’oxygène à laquelle il a donné le nom d’ozone.
- Cette modification prend naissance, quand on électrise l’oxygène ou l’air; quand on dégage par certains procédés spéciaux l’oxygène des corps qui en contiennent; quand le phosphore, les essences et certains corps combustibles s’oxydent à froid ; enfin quand l’air est agité parles orages ou modifié par l’action de végétaux vivants.
- L’ozone possède, comme corps oxydant, une activité comparable à celle du chlore. Il oxyde l’argent à froid; il détruit instantanément une foule de substances organiques ; il décolore les matières colorantes ; il brûle les miasmes, etc. Il aurait tous les avantages du chlore sans en avoir peut-être les inconvénients.
- Si l’industrie avait à sa disposition un procédé qui lui permît de produire l’ozone avec économie et de le conserver ou de l’utiliser facilement, elle pourrait en tirer un parti avantageux; car, après avoir agi sur les matières organiques, par exemple, l’ozone ne laisse que des substances inertes, l’eau et l’acide carbonique. Le chlore donne, comme on sait, de l’acide chlorhydrique, dont il faut se débarrasser; de plus, il se substitue à l’hydrogène dans une foule de cas et crée ainsi des complications dont il faut tenir compte et que l’ozone ne fait jamais naître.
- La Société est disposée, en conséquence, à favoriser tout effort tendant à produire l’ozone avec économie et facilité, et donnant les moyens de récolte et de
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- conservation necessaire pour que ce corps remarquable puisse être mis régulièrement à la disposition de l’industrie.
- Le prix est proposé pour une solution complète du problème, mais la Société se réserve d’encourager toutes les tentatives sérieuses, soit de préparation, soit d’application.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 2° Prix de 1 000 francs pour Futilisation des résidus de fabrique.
- Il fut un temps où les chimistes rejetaient, comme inutile et sans objet, le résidu, le caput mortuum, de leurs opérations. En tenir compte fut une révélation qui, de proche en proche, conduisit de dauber à Lavoisier, c’est-à-dire de la manipulation indécise à la théorie la plus sûre.
- Beaucoup d’industries en sont encore à cette période où les résidus de leurs travaux demeurent sans emploi et deviennent, par leur importance, l’occasion de troubles pour l’hygiène publique, ou de lourdes dépenses et de grandes gênes.
- Les laitiers des hauts fourneaux, les charrées des fabriques de soude, les sels de manganèse des fabriques de chlorure de chaux, les eaux-mères des marais salants, etc., constituent des masses dont l’exploitation sollicite vivement l’attention de l’industrie.
- Tout emploi utile de ces matériaux dégrèverait d’une charge les industries qui les produisent, et réduirait d’autant le prix de revient de leurs produits, au profit du consommateur.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 3° Prix de 1 000 francs pour de nouvelles applications des corps simples
- non métalliques.
- Le silicium, le bore, le brome, l’iode, le sélénium même, etc., sont des corps, rares autrefois et peu connus, aujourd’hui faciles à obtenir et bien étudiés.
- Trouver à ces substances, qui sont douées d’aptitudes si diverses et si variées, des applications nouvelles, est un objet à la fois digne d’attention et de nature à répondre aux efforts tentés dans ce but.
- Le prix sera décerné en 1888.
- 4° Prix de 1 000 francs pour la découverte d’un nouvel alliage
- utile aux arts.
- La plupart des alliages employés dans l’industrie sont connus depuis longtemps. Cependant de nouveaux métaux ont été découverts, et l’un d’eux, l’aluminium, a fourni un bronze doué de qualités extraordinaires dont les arts et les beaux-arts tireront un parti considérable, lorsque son prix de revient le rendra accessible aux emplois communs de la vie.
- Le bronze d’aluminium, éminemment malléable et ductile, partage avec le fer et l’acier la propriété de se laisser forger à chaud et de pouvoir être soudé. Fusible à une température élevée, il se prête à tous les travaux de moulage. Il
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- résiste mieux à l’air et aux agents d’oxydation que les bronzes ou laitons anciennement connus.
- Pourquoi les métaux nouvellement connus ne seraient-ils pas susceptibles de fournir aussi des alliages doués de qualités spéciales dignes de l’attention de l’industrie? Ce sont des études à entreprendre et des essais à tenter : la Société, en les provoquant, tiendra compte, du reste, de tout travail exact, faisant connaître les propriétés des alliages anciens ou nouveaux, lors même que leurs auteurs n’auraient pas trouvé l’occasion de faire sortir de leurs recherches de nouvelles applications industrielles.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 5° Prix de 4000 francs pour la découverte de procédés capables de fournir, par des transformations chimiques quelconques, des espèces organiques utiles, telles que la quinine, le sucre de canne, etc.
- La chimie organique est en possession de doctrines et de méthodes pratiques au moyen desquelles on peut prévoir et réaliser la production, par voie de transformation, d’un grand nombre de substances. L’urée, l’huile d’amandes amères, l’huile volatile de reine-des-prés, l’alcool, l’acide des fourmis, les essences à odeur de fruit, etc., ont été reproduits au moyen de procédés certains, en partant de substances qui semblaient très éloignées de la composition de ces corps, et quelquefois avec autant d’économie que de facilité.
- Il n’y a pas de limites à ces sortes de créations, ou plutôt de ces nouveaux arrangements. Aux yeux de la théorie, il n’y a pas de différence entre la production de l’urée et celle de l’indigo ou de la quinine, entre celle de l’acide formique ou de l’alcool et celle du sucre de canne.
- Aux yeux de la pratique, il n’en est pas de même, et, tandis que les alcaloïdes artificiels connus demeurent presque tous d’un faible intérêt à ses yeux, la découverte de la quinine artificielle aurait un retentissement immense et rajeunirait la gloire de Pelletier et de Caventou.
- La Société d’Encouragement, convaincue que les progrès de la chimie organique permettent d’aborder ces sortes de problèmes, ne craint pas d’engager les chimistes à s’en occuper; s’ils n’atteignent pas le but, ils seront du moins récompensés de leurs efforts par des résultats scientifiques nouveaux.
- Elle fait remarquer, d'ailleurs, qu’il ne s’agit point de la découverte de procédés exploitables au point de vue commercial, mais de la découverte pure et absolue d’un moyen quelconque pour la formation artificielle d’une substance éminemment utile de l’ordre de celles qui sont citées plus haut.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 6° Prix de 3000 francs pour la fabrication courante d’un acier ou fer fondu doué de propriétés spéciales utiles, par l’incorporation d’un corps étranger.
- On sait par les recherches de Faraday que plusieurs métaux, le platine, le
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- palladium, le chrome, etc., modifient les propriétés de l’acier, d’une façon notable, dans le cas où ces métaux ne sont alliés au fer qu’en minime proportion.
- Plus récemment, il a été constaté que les aciers sont rendus d’autant plus durs qu’ils renferment plus de tungstène. Leur ténacité statique s’accroît aussi; mais le métal devient plus aigre; il s’allonge moins. Les effets utiles ou nuisibles du manganèse sur l’acier ont été signalés également dans ces derniers temps. Mais il y a loin encore de ces indications plus ou moins vagues à une fabrication régulière et courante.
- Cependant aujourd’hui que, grâce aux procédés Bessemer et Martin Siemens, l’emploi de l’acier et des fers fondus s’est considérablement élargi, l’attention se reporte de nouveau sur les travaux de Faraday. Il importe de connaître l’influence spéciale des métaux étrangers sur les propriétés du fer et de l’acier.
- La Société d’Encouragement, désirant favoriser ces études, décernera un prix de 3 000 francs à celui qui fabriquera, sur une large échelle, et qui aura fait accepter par les arts ou les ateliers de construction un fer fondu doué de propriétés spéciales par l’incorporation d’un corps étranger.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 7° Prix de 2 000 francs pour la découverte et la mise en œuvre dé un procédé
- pour l’utilisation du tanin contenu dans des écorces ou autres matières premières
- non encore employées dans la tannerie.
- L’industrie de la tannerie semble limitée, dans son développement, par la difficulté qu’on a à se procurer du tanin à un prix convenable. La principale source de cette substance est l’écorce de chêne, et pour en augmenter la quantité, on a été amené à exploiter le chêne à courte période. Il serait désirable, au contraire, qu’on pût conserver à cet arbre une longévité qui développerait dans son bois des qualités précieuses et très recherchées, qu’on ne retrouve dans aucune autre essence indigène. L’écorce du châtaignier et le sumac, ainsi que d’autres arbustes, ont aussi servi à donner du tanin, mais ces substances ne sont pas en grande abondance et n'ont jusqu’à présent fourni que des quantités utiles très restreintes.
- Le tanin abonde cependant dans un grand nombre de substances végétales, surtout dans les écorces de beaucoup d’arbres; mais ses propriétés et son action y sont neutralisées par la présence d’autres principes, résineux ou extractifs, qui se sont opposés, jusqu’à présent, à ce que ces écorces puissent être utiles dans la tannerie. L’écorce des arbres résineux, par exemple, est très abondante et sans usage, et elle contient des quantités importantes de tanin; ces arbres sont, après le chêne, les plus communs dans les forêts françaises, et il est regrettable de voir détruire chaque année, sans profit, une grande quantité d’écorces qui contiennent des matières précieuses.
- La Société désire provoquer la recherche de procédés, chimiques ou autres, par lesquels on puisse écarter ces principes étrangers, mettre en évidence et à l’état actif le tanin renfermé dans ces écorces ou autres substances végétales. Elle constatera l’emploi industriel qui en aura été fait dans la tannerie, et décer-
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- liera un prix de 2 000 francs à l’auteur du procédé le plus avantageux et le plus employé.
- Ce prix sera délivré en 1888.
- 8° Prix de 2000 francs pour la substitution à l’acide sulfurique dans la
- teinture, et notamment dans la teinture des soies, d’un autre composé donnant
- aux fibres Vapprêt voulu, mais n exerçant pas sur elles la même action destructive. '•
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 9° Prix de 1 OOO francs pour un nouvel emploi industriel d'une substance minérale quelconque abondante et à bas prix.
- La craie, la chaux, le plâtre, l’argile, la silice, le sulfate de soude, le sulfate de baryte, le granit et les roches granitoïdes altérées, les argiles, le fluorure de calcium, le phosphate de chaux, le sel marin, le sulfate de fer, les minerais de fer, etc., sont autant de substances dont tout emploi nouveau crée une richesse, suscite un commerce, développe des trafics de transport et fournit à la population de nouvelles sources de bien-être.
- Trouver de nouveaux emplois à l’une quelconque des substances de cet ordre, constitue donc une amélioration industrielle intéressante que la Société veut provoquer, et qu’elle désire trouver l’occasion d’encourager ou de récompenser.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888, à la plus importante des applications de cette nature que la Société aura été appelée à constater.
- 10° Prix de 1 OOO francs pour des perfectionnements apportés en France à la production et à l’exploitation des cendres de varechs.
- La récolte et l’incinération des plantes marines, ainsi que la séparation des différentes matières qui composent leurs cendres, sont l’objet d’une industrie des plus dignes d’intérêt. Les cendres de varechs sont, en effet, préparées par quantités considérables sur la côte de Bretagne, qui, avec le littoral de l’Ecosse, fournit à peu près la totalité des végétaux marins utilisés en Europe. La récolte de ces végétaux est, pour les populations bretonnes, la source de revenus importants.
- Cette industrie s’est établie en France dès la fin du xvne siècle. Elle a d’abord fourni au commerce un mélange de sels alcalins employé par les verriers. Plus tard, elle a isolé le chlorure et le sulfate de potassium. Enfin l’extraction de l’iode a déterminé sa prospérité et son développement.
- La découverte des gisements de sels potassiques de Stassfurt est venue, vers 1862, porter un coup sensible aux lessiveurs de cendres, en avilissant le prix de leurs principaux produits. Plus récemment, l’extraction de l’iode des eaux-mères du nitrate de soude du Pérou a diminué beaucoup la valeur de ce métalloïde, qui entre pour une part importante dans les revenus de l’exploitation des varechs : cette dernière se trouve donc atteinte de plusieurs côtés. Menacée de disparaître Tome II. — 86e année. 4e série. — Juillet 1887. 31
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- et d’entraîner dans sa ruine les populations intéressantes qu’elle fait vivre, elle doit suivre l’exemple de beaucoup d’autres industries chimiques et se modifier profondément.
- Elle peut retrouver son ancienne prospérité, d’une part en augmentant la richesse de sa matière première, d’autre part en perfectionnant les procédés de traitement des cendres.
- Déjà 1 es fabricants ont indiqué les bases de cette rénovation de leur industrie, Depuis quelques années, ils ont donné plus d’attention aux conditions dans lesquelles sont préparées les cendres de varechs. Comparant entre eux, au point de vue de leurs richesses en iode et en sels de potasse, les divers goémons qui croissent sur la côte française, ils ont distingué les bonnes espèces des mauvaises. Ils ont aussi cherché à reconnaître l’influence du mode de récolte ainsi que celle des saisons.
- Ils se sont occupés également de l’incinération. Cette opération entraîne, dans les conditions réalisées aujourd’hui, une déperdition d’iode ou une consommation de combustible trop considérables.
- Enfin la séparation des sels qui constituent les cendres se fait actuellement par des moyens peu différents de ceux en usage il y a fort longtemps. Il est permis de penser que cette partie du traitement doit pouvoir profiter des connaissances acquises dans la statistique des solutions salines. Certaines fabrications voisines fournissent sur ce point des indications précieuses.
- La Société d’Encouragement, désirant favoriser les recherches susceptibles de rendre à nouveau cette industrie florissante, décernera un prix de 1 000 francs à celui qui aura mis en pratique, dans une fabrication réellement industrielle et d’une importance notable, des procédés de production ou de traitement des cendres de varechs réalisant un progrès sensible sur ceux qui ont été employés jusqu’à ce jour.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 11° Prix de 2000 francs et de 1000 francs pour la fabrication
- industrielle, en France, de l’acide sulfurique fumant et de V acide sulfurique
- anhydre.
- La fabrication de l’acide sulfurique de Nordhausen a été jusqu’ici le monopole de quelques fabriques do l’Allemagne. La consommation était d’ailleurs limitée à l’emploi qu’on en faisait pour dissoudre l’indigo. Aujourd’hui que l’acide fumant est, pour ainsi dire, indispensable à la production de corps importants tels que l’alizarine artificielle, il serait utile que nos industriels, au lieu de faire venir de loin et à grands frais un produit dont l’usage s’étend déjà beaucoup et s’étendra certainement encore plus dans l’avenir, pussent le tirer des fabriques nationales d’où ils tirent leurs autres produits.
- La Société d’Encouragement a décidé qu’un prix de 2 000 francs serait décerné au fabricant qui produirait le premier, en France, l’acide fumant ou l’acide
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- anhydre, par un procédé plus économque que ceux qui ont été appliqués jusqu’ici.
- Elle accordera une prime de 1 000 francs à l’industriel qui aura mis en œuvre l’une des méthodes déjà connues, en établissant, en France, une fabrication régulière et suffisamment importante.
- Ces prix seront décernés, s’il y a lieu, en 1888.
- 12° Prix de 4000 francs pour me application utile des métaux peu employés jusqu’ici dans l’industrie.
- Depuis quelques années, les métaux soupçonnés par les anciens chimistes ont été mis à nu, d’autres métaux curieux ont été découverts, d’autres enfin, réputés rares, sont devenus communs par suite de la découverte de nouveaux gisements ou de perfectionnements dans leur métallurgie. Le calcium, le magnésium, le baryum, le strontium sont très répandus à la surface de la terre; le thallium et les nouveaux métaux alcaliis sont rares, mais doués de caractères spécifiques qui les recommandent à l’attention des expérimentateurs.
- Il est impossible que le génie de l’homme laisse sans emploi des métaux aussi communs que le calcium, aussi étranges que le thallium, aussi rapprochés des métaux nobles par leur densité, leur üclat ou leur inaltérabilité, que le palladium, le nickel, le cobalt, le chrome, etc
- Le magnésium promet de fournir la source lumineuse la plus économique et la plus puissante. Les métaux nouveaux ont presque tous quelque propriété de nature à être également mise à profit.
- La Société voudrait susciter des travaux dans cette direction. Elle récompensera donc tout effort utile tenté en vue de préparer et d’utiliser les nouveaux métaux, laissant les expérimentateurs libres de choisir leur voie.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 13° Prix de 2 000 francs pour la proluction industrielle du chlore au moyen des résidus de la fabrication d;t la soude par /’ammoniaque.
- La fabrication de la soude subit, en ce moment, une grave transformation. Au procédé de Le Blanc tend à se substituer, de tous côtés, le procédé de fabrication qui repose sur la décomposition à froid du chlorure de sodium parle bicarbonate d’ammoniaque.
- L’exploitation de ce procédé, tenté déjà à plusieurs reprises, et notamment en 1835, par MM. Schlœsing et Rolland, a, cepuis quelques années, pris rang définitivement parmi les grandes industries chimiques, et, dès à présent, elle livre au commerce des quantités de sel de soude dont le prix de revient est, dans une large mesure, inférieur au prix de reviert de la soude fabriquée par le procédé Le Blanc.
- Cependant, le développement de cette nouvelle industrie se trouve forcément limité par la nécessité, pour la fabrication des produits chimiques, de fournir aux
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- arts non seulement le sodium, mais encore le chlore que le sel contient. En effet, tandis que dans le procédé Le Blanc, le manufacturier, par la production du sulfate de soude et de l’acide chlorhydrique, utilise ces deux éléments, on voit, dans les procédés à l’ammoniaque, tout le chlore évacué à l’état de résidus et généralement sous la forme de chlorure de calcium. D’où résulte, d’une façon nécessaire et dans une mesure fixée par les besoins du blanchiment, de la papeterie, etc., la conservation actuelle du procédé ancien en face du procédé nouveau.
- Il en serait autrement si, résolvant un problème jusqu’ici considéré comme insoluble, la fabrication des produits chimiques parvenait à retirer des résidus laissés par la fabrication de la soude à l’ammoniaque, le chlore que ceux-ci emportent à l’état inutile. Complétés par cette découverte, les procédés à l’ammoniaque exerceraient une influence de premier ordre sur la valeur des produits chimiques de grosse fabrication, qui., pour nombre d’industries, sont de véritables matières premières, en même temps que la salubrité publique trouverait tout avantage à la suppression de résidus que jusqu’ici les manufacturiers sont obligés d’évacuer dans les cours d’eau.
- La Société d’Encouragement, préoccupée des conséquences importantes qu’entraînerait l’utilisation de ces résidus, propose un prix de 2 000 francs pour celui qui parviendra à en retirer, industriellement, le chlore qu’ils contiennent.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 14° Prix de 3 OOO francs pour la fabrication de verres destinés aux opérations
- chimiques.
- On sait le rôle important que joue le verre dans la construction des instruments de toutes sortes employés par les chimistes et les industriels dans leurs laboratoires. Le verre destiné à ces usages doit présenter des qualités spéciales que n’offrent pas, en général, les verres préparés pour la gobeletterie. Leur composition doit être telle que, tout en se prêtant aux divers travaux et opérations de laboratoire, ils présentent des conditions de fusibilité et d’inaltérabilité en rapport avec les usages auxquels ils sont destinés. Ils doivent être travaillés dans des conditions d’épaisseur, de forme et de légèreté spéciales. Il est malheureusement certain que les verriers et constructeurs français ne se sont pas encore préoccupés sérieusement de cette question, qui est résolue dans plusieurs pays étrangers.
- La Société propose un prix de 3 000 francs pour celui qui aura constitué une fabrication de verrerie de laboratoire satisfaisant aux conditions qui viennent d’être énoncés.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 15° Prix de 3000 francs pour la fabrication de grès cérames.
- Les poteries que Brongniart a désignées sous le nom de grès cérames présentent des propriétés précieuses, qui permettent de les employer à un grand nombre d’usages. Elles sont solides, dures, imperméables ; elles peuvent être fabriquées sous de grandes dimensions, et elles se prêtent, dans l’industrie et
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- dans les constructions, aux applications les plus variées et les plus utiles. La fabrication des grès cérames a été portée à un haut degré de perfection à l’étranger. Il serait désirable que les grès français pussent être obtenus dans des conditions de qualités et de prix qui leur permissent de lutter contre la concurrence étrangère.
- La Société propose un prix de 3 000 francs, qui sera décerné au fabricant qui aurait satisfait à ces conditions.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 16° Prix de 2 000 francs pour la fixation de l'azote de l’air, sous forme d'acide nitrique, d'ammoniaque ou.de cyanogène.
- L’azote de l’air intervient-il d’une manière directe dans les phénomènes de la nitrification, dans la formation de l’ammoniaque atmosphérique et dans la production des matières organiques azotées d’origine végétale? Ce sont des questions qu’il appartient à la théorie de résoudre.
- Mais l’azote de l’air existe en quantités immenses autour de la terre, et il est à la disposition de l’homme. Il reste seulement à le fixer sous l’une des trois formes qui permettent à l’agriculture et à l’industre d’en tirer parti: acide nitrique, ammoniaque, cyanogène. Il importe peu laquelle des trois combinaisons serait réalisée directement, puisque les procédés connus de la chimie permettent de passer avec facilité de l’un quelconque de ces composés aux autres.
- Cette fixation peut, d’ailleurs, être faite de plusieurs manières. Ainsi on sait, par des expériences déjà fort anciennes de Curandau, qu’un mélange de potasse et de charbon, calciné fortement au contact de l’air, peut absorber de l’azote en donnant naissance à du cyanure de potassium. M. Desfosses a confirmé et étendu cette observation de Curandau, Journal de pharmacie, 1828, et a fait pressentir qu’elle pourrait recevoir une application dans l’industrie. Plus tard, en effet, la formation du cyanure de potassium au moyen de l’azote de l’air a été proposée et même effectuée très en grand à Newcastle, comme base d’un procédé pour la fabrication du prussiate de potasse ferrugineux. Il paraît que les pertes résultant de la volatilité du cyanure de potassium, à la haute température nécessaire pour sa production, ont fait renoncer à l’emploi de ce procédé, mais d’autres cyanures moins volatils pourraient être mis à profit et servir de base à la préparation subséquente du bleu de Prusse et des cyanures industriels.
- D’autres procédés pourraient être employés pour obtenir des nitrates ou des sels ammoniacaux.
- On sait, d’autre part, avec quelle facilité ces divers produits peuvent, dans des conditions favorables, faciles à réaliser, transformer leur azote en carbonate d’ammoniaque.
- Or, le carbonate d’ammoniaque constitue la combinaison dans laquelle l’azote se trouve le plus communément dans les engrais résultant des matières animales en décomposition, c’est celle sous laquelle il paraît le plus propre à fertiliser le sol auquel on le mélange.
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- Le problème qu’il s’agit de résoudre, et dont on possède aujourd’hui une solution scientifique, serait d’obtenir, industriellement, le cyanure de potassium ou tout autre composé azoté dans des conditions économiques acceptables, même pour la fabrication des engrais factices, en empruntant l’azote à l’air atmosphérique, à l’exclusion de toute matière animale.
- C’est à ce point de vue que la Société d’Encouragement propose un prix de 2 000 francs pour la fabrication économique, au moyen de l’azote de l’air, soit des nitrates et des sels ammoniacaux, soit du cyanure de potassium ou des cyanures analogues.
- Ce prix sera décerné en 1888.
- 17° Prix de 3000 francs pour la production artificielle du graphite propre
- à la fabrication des crayons.
- Le graphite propre à la fabrication des crayons, sans préparation préalable, est devenu fort rare. Les anciennes mines connues sont à peu près épuisées, et la découverte, en Sibérie, d’un gisement nouveau, d’une grande richesse, a été un véritable événement. Toutefois, si riche que puisse être cette mine, elle ne saurait suffire indéfiniment à la consommation. Ses produits se vendent, d’ailleurs, à un prix fort élevé, qui ne peut que s’accroître, à mesure que l’enseignement du dessin prendra plus d’extension et produira ainsi une augmentation rapide dans l’emploi des crayons.
- Ne serait-il pas possible d’obtenir artificiellement le graphite en masses assez considérables pour répondre aux besoins de l’industrie? Ne pourrait-on pas, de la sorte, la soustraire à l’obligation d’avoir recours aux procédés de lavage et d’agglomération qu’elle emploie, et dont les produits laissent beaucoup à désirer ?
- Le gisement bien connu du graphite dans les roches cristallines, et spécialement dans les calcaires cristallins, permet d’entrevoir la solution du problème.
- On sait, d’ailleurs, que le graphite constitue l’état le plus stable du charbon ; qu’il prend naissance dans diverses circonstances ; qu’en particulier il se forme lorsqu’on chauffe le diamant au foyer de la pile, comme l’a vu M. Jacquelain, et qu’il se sépare abondamment de la fonte grise au moment de sa solidification.
- Il s’agit donc, en réalité, d’étudier, de préciser et de régler les conditions de la production d’un corps dont la formation artificielle est déjà constatée, et de découvrir un procédé pratique qui permette de l’utiliser en grand.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en \ 888.
- 18° Prix de 3 000 francs pour la préparation artificielle du diamant noir
- compact.
- La chimie a prouvé que le carbone ou charbon, le graphite ou plombagine et le diamant constituent des substances identiques. La conversion du diamant en plombagine s’effectue très facilement ; l’inverse, c’est-à-dire la conversion du charbon et de la plombagine en diamant, est certainement possible.
- Mais, si le charbon pouvait être changé en un corps dur, identique au dia-
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- mant, il ne s’ensuivrait pas que ce diamant fût cristallisé et comparable aux diamants des joailliers.
- L’industrie resterait indifférente, du reste, à la découverte d’un moyen propre à réaliser la cristallisation du charbon ; elle ne le serait pas à la découverte d’un moyen d’obtenir le charbon en masses dures et amorphes, comparables au diamant noir ; car elle y trouverait le meilleur agent pour attaquer et pour polir les corps les plus durs.
- Les détails connus sur le gisement du diamant, et surtout du diamant carbonique, sont encore extrêmement incomplets. L’un et l’autre se trouvent, et souvent ensemble, dans des sables d’alluvion provenant de la désagrégation de roches plus ou moins anciennes, qui sont elles-mêmes des terrains de transport. Nous ne possédons aucune notion certaine sur la gangue primitive du diamant, et nous ne connaissons aucune différence de gisement qui permette d’entrevoir une différence correspondante dans le mode de formation de la variété cristalline et de la variété compacte.
- Nous savons seulement qu’il existe des variétés d’anthracite d’une dureté singulière.
- On pourrait, de là, être conduit à penser que les causes qui ont donné naissance à l’anthracite commun, étant modifiées, auraient pu lui assigner une dureté qui le rapprocherait plus ou moins du diamant carbonique.
- La Société d’Eneouragement attache une si grande importance à la fabrication du diamant noir, qu’elle se réserve de récompenser libéralement celui qui, par une étude plus approfondie du gisement des diamants noirs ou cristallisés, aurait fourni un point de départ plus sûr aux recherches expérimentales relatives à la production artificielle de cette substance précieuse.
- Tout procédé qui permettrait de réaliser cette production serait considéré, d’ailleurs, à quelque prix qu’elle fût effectuée, comme un progrès considérable, promettant pour l’avenir, aux ateliers, un moyen d’action d’une grande puissance pour le travail du fer, de la fonte, de l’acier et des pierres et serait couronné en conséquence.
- Le prix sera décerné en 1888.
- 19° Prix de 1500 francs 'pour celui qui aura réalisé en France les plus grands progrès dans le soufflage du verre, principalement en ce qui concerne les appareils destinés aux usages scientifiques et industriels.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 20° Prix de 3 000 francs pour une étude expérimentale des propriétés physiques ou mécaniques dé un ou plusieurs métaux ou alliages, choisis parmi ceux
- qui sont d’un usage courant.
- La plupart des procédés industriels reposent sur l’utilisation de certaines propriétés des corps (coefficient de dilatation, ténacité, malléabilité, fusibilité, etc.) dont le rôle est généralement connu d’une façon purement qualitative. Il serait
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- très important do posséder des mesures précises de ces diverses grandeurs, qui permettent d’apprécier exactement leur influence individuelle. Pour ne citer qu’un exemple, on sait que dans le moulage de la fonte une des plus grandes difficultés que l’on rencontre provient du retrait du métal; or aujourd’hui l’on ne possède aucune donnée précise sur la loi de dilatation de la fonte et môme les expériences capitales de Gore sur les changements brusques de volume des fers durs au rouge n’ont pas été reprises et sont complètement tombées dans l’oubli.
- La Société espère que la création d’un prix de 3 000 francs encouragera les recherches dans cette voie. Elle se réserve de partager le prix ou de n’en accorder qu’une partie suivant la valeur des travaux qui lui seront soumis.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 21° Prix de 3 000 francs pour une étude scientifique d’un procédé industriel dont la théorie est encore imparfaitement connue.
- Un grand nombre d’industries se développent d’une façon purement empirique ; les procédés permettant d’obtenir un résultat donné sont connus souvent bien longtemps avant qu’on ne soupçonne la nature ou l’enchaînement des phénomènes mis en jeu. Leur connaissance exacte présenterait pourtant un grand intérêt au point de vue industriel en réduisant le nombre des tâtonnements nécessaires pour arriver à réaliser de nouveaux perfectionnements.
- Le Conseil propose un prix de 3 000 francs pour le meilleur travail qui lui sera soumis; elle se réserve de partager le prix ou même d’en différer l’attribution. Les mémoires les plus intéressants pourront être publiés en entier, ou par extrait dans les bulletins de la Société.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 22° Prix de 4 OOO francs pour une publication utile à U industrie chimique ou métallurgique (traités, mémoires).
- Les progrès rapides de l’industrie font que les traités technologiques cessent, peu de temps après leur publication, d’être au courant des plus récents perfectionnements. La publication de semblables traités (ouvrages originaux ou traductions d’ouvrages étrangers) présente un grand intérêt pour les industriels qui ne peuvent se tenir au courant des progrès réalisés que par la lecture de mémoires dispersés de tous côtés et difficiles à se procurer.
- A côté des traités purement descriptifs où l’énumération des recettes et procédés particuliers à chaque industriel tient une place prépondérante, il est une catégorie d’ouvrages plus utiles encore au progrès de l’industrie et dont la publication ne saurait être trop encouragée. Ce sont les traités théoriques qui, laissant de côté les détails particuliers, dimensions de fours, etc., s’attachent à donner la théorie scientifique des divers procédés industriels, c’est-à-dire montrent comment ces procédés s’appuient sur quelques faits plus simples et plus généraux, réactions chimiques, propriétés physiques dont les expériences de laboratoire ont permis l’étude précise. — La publication d’un traité de chimie métal-
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- lurgique résumant les travaux parus sur ce sujet dans ces vingt dernières années rendrait les plus grands services à l’industrie française.
- Le Comité propose pour de semblables publications un prix de 4 000 francs qu’elle se réserve de diviser.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 23° Prix de 2 OOO francs à décerner au fabricant d’acide sulfurique qui, le
- premier, en employant les pyrites dans sa fabrication, ne livrera au commerce
- que de l’acide sulfurique entièrement exempt d’arsenic.
- On sait que la substitution des pyrites au soufre, dans la fabrication de l’ac-ide sulfurique, a eu pour résultat d’introduire dans cet acide et, par suite, dans les nombreux produits qui en dérivent, de notables quantités d’arsenic. Ce corps s’y rencontre à l’état d’acide arsénieux ou d’acide arsénique.
- Les propriétés vénéneuses de l’arsenic sont trop connues pour qu’il soit nécessaire d’insister sur les dangers que présente, pour la santé publique, l’emploi de l’acide sulfurique arsenifère, intervenant comme matière première dans la préparation de divers produits alimentaires.
- Quoique divers moyens, d’une efficacité certaine, aient été proposés pour dépouiller l’acide sulfurique de l’arsenic quTl renferme, comme ces procédés ne s’exécutent pas sans quelque dépense, les fabricants ne les ont pas adoptés. Il y a lieu d’espérer qu’on arrivera à trouver un procédé de cette nature, qui puisse être employé sans qu’il en résulte une augmentation sensible dans le prix de revient pour l’acide sulfurique.
- La Société d’Encouragement, vivement préoccupée de la présence de l’arsenic dans une matière première d’une aussi grande importance, propose un prix de la valeur de 2 000 francs pour le fabricant qui, le premier, travaillant avec les pyrites, ne livrera au commerce que de l’acide sulfurique entièrement exempt d’ai’senic.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1889.
- ARTS ÉCONOMIQUES
- 1° Prix de 2 000 francs pour la construction d’un appareil indiquant les
- hautes températures.
- Dans nombre d’applications industrielles, la métallurgie, la céramique, etc., il est de la plus haute importance de connaître avec une certaine approximation la température du milieu où s’opère le traitement de la matière ; le succès de l’opération, la qualité des produits, dépendent en grande partie des indications plus ou moins précises qu’on peut avoir à cet égard et qui permettent de régler, suivant les besoins, la conduite du feu.
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Juillet 1887.
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- Les divers appareils essayés jusqu’à présent ne donnent, en général, que des indications peu sûres. La plupart s’altèrent rapidement par l’usage, ou exigent une manipulation difficile à exécuter en pratique.
- Un instrument simple donnant, avec une précision suffisante, l’indication de températures élevées, rendrait les plus grands services.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 2° Prix de 1000 francs ptour une application nouvelle de l'analyse spectrale
- dans l'industrie.
- Depuis les brillantes découvertes de MM. Kirchoff et Bunsen, l’emploi de l’analyse spectrale a rendu des services considérables à la science. Plusieurs métaux nouveaux ont été trouvés ; l’usag’e du spectroscope en astronomie a révélé les particularités les plus caractéristiques de la constitution physique des astres et de leur composition chimique. Une méthode d’investigation aussi puissante et aussi sûre rendra certainement, quelque jour, des services signalés à l’industrie. Déjà elle a été appliquée à l’étude de la flamme du foyer dans l’acier Bessemer. D’autres applications ne tarderont pas à en être faites, et la Société désire les encourager. Mais, comme l’emploi de l’analyse spectrale peut se produire sous plusieurs formes très différentes, le prix sera décerné à l’application qui paraîtra la plus digne de cette récompense, soit par l’importance des résultats obtenus, soit par la nouveauté des moyens employés.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 3° Prix de 2 000 francs poicr la dessiccation rapide des bois pour l’ébénislerie, par un procédé économique et industriel naltérant pas leurs qualités physiques.
- L’emploi des bois dans les travaux de charpente, de menuiserie et d’ébénis-terie ne peut se faire avec sécurité qu’après une dessiccation préalable, qui mette les constructions et les objets fabriqués à l’abri des déformations et des dislocations produites par le travail des matériaux employés. Le moyen de dessiccation le plus sûr consiste dans une exposition préalable, à l’air libre, des bois mis en chantier, après qu’ils ont été débités en madriers, en plateaux ou en planches : l’action alternative de l’eau et de l’air amène l’élimination progressive des matières hygrométriques renfermées dans le bois. Il peut alors subir une division en fragments plus petits qui sont placés sous des hangars, puis dans des séchoirs pourvus d’appareils de chauffage et d’aérage convenables, où il est amené à un degré de dessiccation qui offre toutes les garanties désirables. Malheureusement cette méthode, simple et sûre, exige un temps très long, des approvisionnements considérables qu’il faut renouveler en temps utile et, par suite, l’avance d’un capital important qui est immobilisé.
- Un procédé qui assurerait la dessiccation des bois sans altérer leurs qualités, en leur donnant les propriétés précieuses des bois anciens, rendrait certainemen t un service signalé aux diverses industries qui emploient cette matière première,
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- principalement à l’ébénisterie, qui est une des branches importantes du commerce parisien. C’est ce genre de recherches que la Société désire encourager. Les expériences devront être faites sur une quantité de bois suffisante pour garantir le succès de l’application en grand; elles devront porter sur les principales essences employées dans l’industrie.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 4° Prix de 1 OOO francs pour la construction d’appareils propres à fournir,
- rapidement et économiquement, de hautes températures à l’usage des petits ateliers industriels.
- L’invention des fours du système Siemens, les recherches de M. Paul Audouin et de M. Henri Sainte-Claire Deville, sur le chauffage à l’aide des huiles minérales, ont démontré la possibilité de produire facilement, pour la grande industrie, les températures les plus élevées. Il serait désirable que l’application des mêmes principes, sur une petite échelle, mît à la disposition des ateliers industriels des appareils propres à réaliser, soit des essais indispensables pour certaines recherches, soit la cuisson ou la fusion des pièces artistiques ou autres, de dimension restreinte.
- Sans demander la découverte d’un principe nouveau ni l’emploi exclusif d’un combustible déterminé, la Société admet que le but qu’elle indique puisse être atteint par une application nouvelle, sous une forme simple, commode et économique, des moyens actuellement acquis à la science. Elle tiendra compte, d’une manière spéciale, du bas prix des appareils, de la simplicité de leur installation et de la facilité avec laquelle iis se prêteront à des usages variés.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1889.
- 5° Prix de 2 000 francs pour une application industrielle de l’endosmose
- des liquides et des gaz.
- Il y a quarante ans, un illustre académicien français, Du Trochet, découvrit la mystérieuse propriété des membranes végétales et animales, à laquelle il donna le nom d’endosmose.
- Le fait général dont la science lui est redevable peut s’énoncer ainsi : Lorsque deux liquides de composition différente, c’est-à-dire formés par le mélange de substances différentes, sont séparés par une membrane, certaines de ces substances peuvent passer d’un compartiment à l’autre à l’exclusion des autres. La membrane exerce une véritable action élective.
- Un chimiste anglais, Graham, a grandi le cercle de ces phénomènes; nous savons aujourd’hui que les membranes n’agissent que par leur qualité de corps poreux, et non comme corps organisés; des cloisons de plâtre, de porcelaine dégourdie, de graphite, donnent lieu aux mêmes phénomènes que les membranes végétales ou animales. Il y a là une force mécanique moléculaire qui peut vaincre non seulement l’affinité d’un corps pour son dissolvant, mais même des affinités chimiques faibles.
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- L’industrie doit, sans doute, tirer un jour le plus grand parti de ces actions physiques d’une nouvelle espèce, pour concentrer des principes disséminés dans do grandes masses de produits naturels ou artificiels, pour en éliminer de nuisibles, pour déplacer les sucs contenus dans des cellules végétales. L’endosmose suffira, dans certains cas, pour provoquer des doubles décompositions qui exigeraient, sans son concours, tantôt des températures trop élevées ou trop basses, tantôt l’influence d’agents trop dispendieux, ou capables d’altérer les produits utiles.
- Déjà, un de nos plus éminents industriels, M. Dubrunfant, a montré, dans le traitement des mélasses, combien il était facile de donner à l’endosmose une forme industrielle et pratique. Depuis longtemps, on sait que l’alcool se concentre dans les réservoirs membraneux qui le renferment. Certains procédés de tannage ont mis l’endosmose à profit. Il y a donc là une voie à tenter pour un grand nombre d’industries.
- Graham a montré que les membranes ou les corps poreux, mis en présence des gaz, produisaient sur ceux-ci des phénomènes analogues à ceux que Du Tro-chet a découverts pour les liquides. Les cloisons poreuses ont la faculté de diffuser avec une rapidité très inégale les différents gaz, soit dans le vide, soit dans une atmosphère gazeuse.
- En particulier, la Société verrait avec satisfaction résoudre le problème posé par l’emploi du gaz d’éclairage dans les appartements. Veut-on se préserver des dangers d’explosion, il faut ouvrir les ventilateurs à la partie supérieure des pièces ainsi éclairées. Mais, si ces pièces sont chauffées par des poêles ou cheminées, l’appel qui se fait par ces ventilateurs en rend l’habitation très incommode et jette quelque doute sur l’efficacité de la ventilation. Il s’agirait de trouver une étoffe ou un diaphragme capable d’arrêter l’air et de livrer issue aux gaz de l’éclairage. Les ventilateurs qui en seraient munis garderaient ainsi leurs bons effets et perdraient leurs inconvénients.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1889.
- 6° Prix de 2 OOO francs pour un appareil permettant de transmettre à grande distance la pression d’un gaz ou d’une vapeur.
- On se préoccupe depuis longtemps, en météorologie, de transmettre à grande distance les indications fournies par des instruments installés dans une station où il n’est pas possible d’entretenir en tout temps un personnel d’observateurs.
- Tel serait le cas d’un sommet de montagne inhabitable pendant l’hiver, ou d’un îlot isolé, ou même d’une bouée flottante en pleine mer.
- Dans ces termes généraux, la question serait sans doute trop étendue et la commission voudrait surtout appeler l’attention des constructeurs sur la pression barométrique, qui présente le plus grand intérêt.
- La transmission de la pression devrait être faite avec sécurité, c’est-à-dire sans que les appareils puissent se dérégler, et avec une exactitude d’environ un cinquième de millimètre.
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- La solution d’un tel problème ne manquerait pas de recevoir d’autres applications importantes.
- Ce prix sera donné, s’il y a lieu, en 1889.
- 7° Prix de 1 OOO francs pour la conservation des récoltes végétales telles que pommes de terre, oignons, etc.
- Chaque année, vers le mois de mars, au retour du printemps, quelles que soient les précautions prises par les agriculteurs ou les marchands, les pommes de terre provenant de la récolte de septembre entrent en germination, et il est prouvé que, de cette façon, la consommation perd annuellement 20 pour 100 au moins de la fécule renfermée dans les tubercules.
- Les pommes de terre germées ne peuvent, en effet, être utilisées, même pour l’alimentation des animaux, à cause de la présence de la solanine, qui est un poison.
- On a cherché à empêcher cette germination, mais on n’est parvenu jusqu’ici qu’à la retarder, et très faiblement, en employant i’aération des tas de pommes de terre. Toutes les autres recherches faites dans ce but sont restées infructueuses.
- La Société désirerait qu’on trouvât un procédé simple et peu coûteux qui permettrait de suspendre, jusqu’à l’époque de la récolte suivante, la germination des pommes de terre destinées à l’alimentation, sans que les propriétés nutritives et le goût naturel des tubercules fussent altérés.
- Il serait à désirer que la période germinative ne fût que suspendue, et que les tubercules ainsi traités pussent être employés indistinctement et avec le même succès, soit à l’alimentation, soit aux semailles.
- Userait aussi désirable que le procédé pût s’appliquer à la conservation d’autres produits alimentaires, comme les oignons, carottes, navets, etc.
- Le prix pour la solution de ce problème serait de 1000 francs, et serait décerné, s’il y a lieu, en 1889.
- 8° Prix de 3 OOO francs pour la présentation d’une matière pouvant remplacer la gutta-percha dans ses différents usages.
- On sait que la gutta-percha, dont l’introduction en Europe remonte seulement à l’année 1847, provient du suc laiteux d’arbres d’espèces diverses qu’on trouve au sud de la presqu’île de Malaca, ainsi que dans les îles de Sumatra et de Bornéo. Ces arbres ne peuvent croître que dans les climats chauds et humides; aussi paraît-il difficile de les acclimater dans d’autres pays, sauf peut-être dans les parties basses de la Gochinchine situées au nord-est de Saïgon.
- La gutta-percha, qui devient plastique à une température modérée, se conserve à peu près indéfiniment dans l’eau, n’est pas attaquée par les acides et est un bon isolant pour l’électricité, est d’un usage qui s’est rapidement répandu dans l’industrie, où elle sert non seulement à la construction des câbles télégraphiques sous-marins et souterrains, mais encore à une foule d’emplois les plus divers.
- L’exploitation des arbres qui produisent cette gomme a pris des proportions si
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- considérables et se fait dans des conditions si désastreuses, qu’on peut craindre qu’ils ne viennent à manquer dans un avenir assez prochain.
- Il résulte, en effet, d’un Mémoire publié récemment par M. le D1 Burck, directeur-adjoint du Jardin botanique de Batavia, que, pour récolter la gutta-percha, les indigènes abattent les arbres qui la produisent, puis se bornent à faire des entailles dans l’écorce pour recueillir le suc laiteux qui s’y porte. Ils abandonnent ensuite ces arbres, qui pourraient ordinairement fournir une seconde récolte au moins égale à la première.
- La quantité de gutta-percha qui est expédiée annuellement en Europe, de Bornéo seulement, est d’environ 1312 500 kilogrammes; elle représente une valeur de 2 200 000 francs et est fournie par 5 250 000 arbres qui sont abattus chaque année. Ces arbres, qui sont à peine âgés de vingt-six ans, sont loin d’être adultes, et l’on ne trouve plus actuellement de graines qui puissent servir à la création de nouveaux plants. On comprend combien il importe de prendre des mesures pour sauvegarder l’avenir; aussi, dans son Mémoire, M. le Dr Burck demande-t-il que la culture des arbres à gutta-percha soit réglée, dans les îles de la Sonde, par le gouvernement néerlandais, et que l’exploitation en ait lieu, sans abatage, au moyen de saignées convenablement espacées.
- Quant au caoutchouc, qui a été importé en Europe il y a plus de cent ans avec la gutta-percha, il s’altère rapidement à l’air et ne devient pas plastique sous l’influence d’une élévation de la température; mais ses propriétés se modifient lorsqu’il est mélangé au soufre (caoutchouc vulcanisé), et, sous cette forme, il a reçu de nombreuses applications industrielles, sans toutefois pouvoir remplacer la gutta-percha d’une façon générale. Le soufre attaque vivement les métaux, et en particulier le cuivre; aussi, lorsqu’on emploie le caoutchouc vulcanisé pour l’isolement des conducteurs, a-t-on soin d’étamer les fils de cuivre et d’appliquer sur le métal une première couche de caoutchouc pur.
- Il est probable qu’on trouvera d’autres arbres qui pourront fournir des gommes jouissant de propriétés analogues à celles de la gutta-percha et du caoutchouc. On en a déjà obtenu du bedata, qui croit dans les Guyanes et dont il paraît facile de développer la culture. M. Ilœckel, dans une note publiée dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences (11 mai 1885), cite un arbre, connu sous le nom de karit, qu’on trouve en grande abondance dans les forêts africaines situées sur les parcours du Niger et du Nil, dont on peut tirer un suc laiteux présentant, après sa solidification, les apparences de la gutta-percha; mais aucune expérience décisive n’a encore été faite sur ce produit.
- Quoi qu’il en soit, on a été naturellement conduit à rechercher s’il ne serait pas possible de remplacer dans l’industrie la gutta-percha et le caoutchouc par d’autres substances d’un prix moins élevé.
- C’est ainsi que MM. Clark et Muirhead, d’une part, MM. Field et Taling, de l’autre, ont présenté, sous le nom de Nigrite, une composition de caoutchouc et du résidu noir fourni par la distillation de la paraffine; M. Day, de New-York, sous le nom de kérite, un mélange d’huile, de caoutchouc, de cire et de silice,
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- qui a été essayé pour l’isolement des conducteurs télégraphiques souterrains, et paraît donner de bons résultats.
- A l’exposition d’électricité de 1881, M. Mourlot a exposé, sous le nom de gutta-percha française, un produit de la distillation de l’écorce du bouleau qui semble jouir des propriétés de la gutta-percha ordinaire.
- MM. Berthoud et Borel fabriquent, à Cortaillod (Suisse), des câbles entourés de plomb, dont le conducteur est enveloppé de plusieurs couches de coton écru préalablement plongé dans un bain de paraffine à 180 degrés, etc.
- L’expérience n’a pas encore prononcé sur la valeur réelle de ces diverses compositions, sur lesquelles il n’a pas été fait d’essais comparatifs, et qui, d’ailleurs, sont de date trop récente pour qu’on puisse avoir une idée exacte de la persistance de leurs propriétés.
- La Société d’Encouragement croit donc devoir mettre la question au concours et proposer un prix de 3 000 francs pour l’inventeur qui présentera la meilleure matière capable de remplacer la gutta-percha dans ses diverses applications. Elle tiendra compte du prix de revient, de la facilité de fabrication et de la diversité des usages des substances qui lui seront présentées.
- Les concurrents devront fournir, avec l’indication exacte de leurs procédés de fabrication, des échantillons de leurs produits, qui permettront d’en apprécier la valeur, en même temps que des détails complets, sur les applications qui en auront été faites.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1889.
- 9° Prix de 3 OOO francs pour un appareil qui permette de déterminer la puissance calorifique des combustibles.
- La combustion de la houille est le moyen généralement employé dans l’industrie pour produire la chaleur nécessaire à la génération de la vapeur aux opérations métallurgiques, etc., et la valeur est essentiellement liée à la quantité de chaleur qu’elle peut dégager; il serait d’une grande importance de pouvoir déterminer facilement la puissance calorifique d’une houille que l’on a l’intention d’employer.
- Les essais aux calorimètres de MM. Favre et Silbermann, de M. Berthelot, exigent des manipulations et des analyses délicates qui ne peuvent être confiées qu’à des mains habiles et exercées ; les expériences sous les chaudières à vapeur demandent une installation spéciale et coûteuse et présentent des difficultés sérieuses pour se mettre à l’abri des causes d’erreurs. Un appareil simple, pratique, donnant assez rapidement et avec une appréciation suffisante pour l’industrie la puissance calorifique d’une houille rendrait les plus grands services.
- Il serait à désirer qu’avec quelques modifications au besoin, il pût servir à déterminer celle d’un combustible industriel quelconque.
- La Société d’Encouragement propose, pour un appareil remplissant les conditions énoncées, un prix de 3 000 francs.
- Ce prix sera donné, s’il y a lieu, en 1890.
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- AGRICULTURE
- 1° Prix de 2000 francs pour la meilleure Étude sur Vagriculture et l’économie rurale d’une province ou dé un département.
- L’agriculture et l’économie rurale des diverses parties de la France présentent des différences dignes de remarque, provenant de causes locales encore peu connues. Il serait très utile de pouvoir comparer entre elles les méthodes ou systèmes qui y sont mis en pratique. Une série de monographies faisant connaître ce qui se passe dans chaque région agricole permettrait de faire ces rapprochements et contribuerait ainsi puissamment aux progrès de l’agriculture.
- Quelques études de ce genre qui avaient été tentées ont engagé la Société d’Encouragement pour l’industrie nationale à proposer un prix pour ce genre de recherches, et elle a pu décerner déjà des prix et des mentions honorables aux auteurs de remarquables monographies de ce genre. Ce succès l’a décidée à maintenir la question au concours. Elle propose donc de nouveau un prix de 2 000 francs pour la meilleure description de l’agriculture et de l’économie rurale d’une région agricole. L’étendue de cette région pourra embrasser une province entière ou se borner à un département; mais les investigations dont cette contrée sera l’objet devront être précises et détaillées, et faire connaître, aussi complètement que possible, les pratiques agricoles et surtout les méthodes d’économie rurale qui y sont employées.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 2° Prix de 1500 francs pour l’emploi des eaux de l’Isère en irrigations.
- Les qualités des eaux de la rivière l’Isère pour les irrigations ont été l’objet de nombreuses discussions. Tantôt on affirme qu’elles sont éminemment fertilisantes, tantôt, au contraire, qu’elles sont plus nuisibles qu’utiles aux terres qu’elles arrosent.
- L’observation attentive des faits culturaux et l’analyse des eaux et des terres arrosées permettront de déterminer la véritable valeur des eaux de la rivière l’Isère pour l’agriculture, les circonstances où leur emploi est avantageux et celles où il pourrait devenir nuisible.
- Cette étude intéresse l’avenir des irrigations dans plusieurs départements, et la Société, en les mettant au concours, espère rendre un service sérieux à l’industrie rurale.
- Les concurrents devront faire connaître et résumer les principaux travaux déjà publiés sur la question; ils étudieront ensuite, avec détails et d’une manière comparative, un certain nombre d’arrosages effectués avec les eaux de la rivière de l’Isère ou d’autres rivières de la contrée. Us feront connaître la nature des terres où les irrigations ont donné de bons résultats, et celle des terrains, s’il y en a, où les arrosages n’ont pas été couronnés de succès. La nature des troubles
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- charriés par l’Isère et les effets produits par leur dépôt sur diverses espèces de sols ou de cultures seront l’objet d’un examen attentif.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 3° Prix de 3000 francs 'pour la meilleure Etude sur la constitution physique et la composition chimique comparées des terrains d'une des régions naturelles (pu agricoles) de la France, par exemple, de la Brie, de la Beauce, du pays de Caux, etc., etc.
- Les cartes géologiques de détail que publie l’administration des mines indiquent non seulement les divers étages géologiques qui ont formé les terrains superficiels, mais les dépôts de limon quaternaire qui les recouvrent en certains points, sur une épaisseur plus ou moins grande, les dépôts meubles qui, provenant des précédents, sont venus s’accumuler sur les pentes ou former des allu-vions au fond des vallées.
- Ce sont de véritables cartes agronomiques qu’on pourrait rendre encore plus utiles aux agriculteurs en étudiant chacun de ces étages, d’un côté, par l’analyse dans le laboratoire, et, de l’autre, par des essais méthodiques d’engrais chimiques (engrais analyseurs, analyse du sol par les plantes) dans les champs.
- Un petit nombre d’analyses faites sur des échantillons assez bien choisis, d’après les indications des cartes, pour représenter le type de chacun de ces terrains, pourrait ainsi servir pour tous les champs désignés sur ces cartes par la même teinte.
- Il faudrait employer pour ces analyses des méthodes qui permettent de donner aux agriculteurs des conseils pratiques sur l’emploi de l’acide phosphorique, de la potasse, etc., pour telle culture ou telle autre (par exemple, les méthodes indiquées par M. P. de Gasparin dans son Traité de la détermination des terres arables dans le laboratoire).
- Dans les cas où il serait d’usage dans le pays d’employer de la marne ou de la chaux, il faudrait étudier aussi la composition chimique de ces amendements, leur action sur le sol, etc.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 4° Prix de 2000 francs pour la meilleure Étude sur les cultures et le climat de l'Algérie et sur les conditions qu’offre ce pays pour la colonisation, de façon à fournir des re?iseignements utiles aux agriculteurs qui iraient s’y établir en vue d'une entreprise agricole.
- L’Algérie présente, sur un grand nombre de points, d’excellentes conditions d’exploitation. Mais avant d’y tenter une entreprise agricole, il est indispensable d’avoir une idée exacte du climat, de la répartition des pluies dans les différents mois de l’année et aux diverses altitudes de la colonie.
- Les eaux superficielles et souterraines exercent, sous le- climat brûlant de Tome II. — 86e année. 4e série. — Juillet 1887. 33
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- l’Afrique, une influence considérable sur les succès des cultures. Il faut, par conséquent, étudier avec attention les ressources qu’offrent sous ce rapport les trois provinces de l’Algérie, si on veut se mettre en mesure de combattre, avec succès, les effets parfois désastreux des longues sécheresses.
- Les émigrants ont besoin de savoir à quelles spéculations ils devront se livrer de préférence, suivant qu’ils occuperont les riches alluvions des plaines basses et des vallées, les collines du Sahel, ou la région des hauts plateaux.
- Il est surtout nécessaire de les initier aux pratiques des cultures les plus usuelles du Tell, telles que la vigne, les céréales, les fourrages, l’oranger, le citronnier, etc. Il faut leur indiquer les méthodes les plus économiques de défrichement, les meilleurs modèles de constructions rurales à adopter, eu égard au climat, aux matériaux dont on dispose et à la nécessité de mettre les fermes à l’abri des attaques et des entreprises des maraudeurs. Les nouveaux arrivants ont besoin d’être guidés dans le choix des machines et des instruments, et dans celui des bêtes de travail et de vente. Les races indigènes ne répondent pas toujours aux besoins des cultures modernes.
- Il y a lieu de rechercher comment il faut procéder pour obtenir des animaux plus forts et plus aptes au travail et des races de moutons et de bêtes à cornes meilleures et plus avantageuses que les races indigènes. Doit-on importer les races pures de l’Europe? Quelles sont celles qui réussissent le mieux? Faut-il seulement se contenter de croiser ces dernières avec les races indigènes? Le mode d’élevage et d’alimentation à l’étable et au pâturage peut donner lieu à des observations fort intéressantes pour des colons qui viennent de contrées complètement différentes de l’Algérie. Ces derniers ont besoin d’être guidés dans l’emploi des eaux d’arrosage, dans tous les détails des façons aratoires, notamment dans les travaux de la vigne, qui est, pour le moment, l’une des cultures les plus avantageuses de l’Algérie. Pour que les vins d’Algérie acquièrent les qualités qu’on recherche dans le commerce, il est utile qu’on sache bien les fabriquer et bien les soigner dans les caves. La Société d’Encouragement offre un prix de 2 000 francs à l’auteur qui, après avoir étudié sur place les cultures de l’Algérie, réunira dans un Mémoire les renseignements les plus utiles aux colons, en prenant pour base le cadre qui vient d’être tracé.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- b° Prix de 2000 francs pour le reboisement et lé gazonnement des terres
- incultes des montagnes.
- On sait que les moyens les plus efficaces pour prévenir les inondations des vallées consistent à reboiseries surfaces en pente des montagnes et à développer les pâturages sur les plateaux dont le sol montre de l’aptitude pour la production herbagère. Indiquer les procédés de reboisement à appliquer dans les montagnes, les essences à préférer suivant le sol et l’altitude ; dire comment on doit opérer le gazonnement des surfaces propres à la production de l’herbe, énumérer
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- la nature et la proportion des espèces à adopter : telles sont les questions à résoudre quand il s’agit de s’opposer au ravinement des terrains accidentés des montagnes.
- Les surfaces boisées ou gazonnées font pénétrer les eaux pluviales petit à petit dans le sol et le sous-sol et produisent des sources précieuses pour l’arrosage des terrains inférieurs. Si ces eaux sont reçues au contraire sur des surfaces rocheuses et dénudées, elles se précipitent immédiatement dans les vallées, ravinant les terrains en pente et inondant les vallées où elles causent des dégâts considérables sur les récoltes en terre. Les cours d’eau qui prennent leur source dans les montagnes conserveraient plus d’eau en été au profit des irrigations si les pentes et les plateaux qui font partie de leurs bassins étaient partout boisés et gazonnés. La Société donnera un prix de 2 000 francs au propriétaire qui aura regarni de bois ou de pâturages des surfaces importantes en montagne.
- Le prix pourra être attribué à l’auteur du mémoire qui aura décrit les meilleurs procédés de reboisement et de gazonnement appliqués à l’une des régions de la France ou de l’Algérie.
- Ce prix sera donné, s’il y a lieu, en 1888.
- 6° Prix de 3 OOO francs pour le meilleur instrument permettant de mesurer facilement le travail des machines agricoles.
- L’emploi des machines en agriculture s'impose de plus en plus devant l’élévation du taux des. salaires et l’abaissement des prix de vente produit par le grand développement donné aux voies de communication.
- Il y a un intérêt considérable à pouvoir se rendre compte avec sûreté de la valeur relative des différents types d’instruments qui peuvent être employés avantageusement pour la culture et en particulier de la quantité de travail mécanique qu’un instrument donné exige pour son fonctionnement.
- L’amélioration du matériel agricole doit être la conséquence de l’établissement d’expériences exactes et complètes dans lesquelles aucune quantité ne doit être laissée à l'estimation de l’expérimentateur. Pour cela, il est indispensable d’avoir des appareils de mesure évaluant et enregistrant d’une façon continue toutes les données nécessaires.
- En ce qui touche en particulier les instruments de culture, il ne suffit pas d’en déterminer la traction moyenne, il convient de considérer aussi le travail pratique exécuté.
- Le prix proposé par la Société pourra être attribué à l’inventeur d’un appareil spécial pouvant servir à mesurer et à enregistrer d’une façon continue le travail pratique exécuté par les divers instruments de culture : charrues, scarificateurs, herses, rouleaux, semoirs, faucheuses, moissonneuses, etc.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
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- PROGRAMME DES PRIX.
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- 7° Prix de 2000 francs pour les meilleures expériences pour Talimentation du bétail.
- Certains déchets d’industrie ont une valeur alimentaire qui n’est pas suffisamment appréciée ; des expériences précises, suivies pendant un certain temps et contenant des renseignements les plus complets, tant sur la composition de l’aliment que sur son prix et sur les résultats obtenus, soit pour la production du lait, de la viande ou du travail, soit pour l’élevage, rentreraient dans le programme de ce concours. La meilleure utilisation des produits ensilés, l’étude de leur valeur nutritive et de leur influence sur le rendement des produits de la ferme, répondraient également aux vues de la Société, ainsi que la préparation des aliments, la substitution d’un fourrage à un autre, qui réaliseraient une économie ou un progrès réel dans l’alimentation des bêtes bovines ou ovines.
- En résumé, toute expérience bien faite, poursuivie dans une exploitation agricole pendant un temps assez long et conduisant à des résultats avantageux pour la pratique agricole de n’importe quelle région de la France, sera admise à ce concours, mais à la condition qu’elle soit accompagnée d’observations précises et de chiffres dont le contrôle soit possible et qu’elle conduise à une innovation heureuse, à un perfectionnement dans l’emploi des aliments usuels, ou qu’elle constitue une étude approfondie des résultats comparatifs obtenus avec les principales substances alimentaires.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 8° Prix de 1 500 francs pour les meilleures variétés d'orges.
- Il est ouvert, par la Société nationale d’Encouragement à l’Industrie nationale, un concours pour la culture des variétés d’orges d’hiver et de printemps, en vue de la brasserie.
- Les conditions du concours sont les suivantes :
- 1° Nul ne peut être admis au concours si la culture pour chaque variété n’est pas de deux hectares au moins.
- 2° Le poids à l’hectolitre devra être de 68 kilos au minimum.
- Les caractères qui serviront à l’appréciation du jury sont ceux d’une bonne orge de brasserie, savoir :
- 1° Couleur jaune clair de paille, ou serin ou blanc jaunâtre, uniformément répartie sur tout le grain.
- 2° Cassure blanche, farineuse et de bon goût.
- 3° Odeur franche.
- 4° Bonne conformation des grains (forme bombée, courte, ronde, grains bien nourris et finement ridés).
- 5° Propreté et homogénéité des grains.
- 6° Grande faculté et énergie germinatives (92 à 95 p. 100 de grains germés dans un délai de 3 jours).
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- PROGRAMME DES PRIX.
- JUILLET 1887.
- 457
- La pureté, la faculté germinative et la composition chimique seront examinées au laboratoire de l’Institut national agronomique.
- Les échantillons exposés devront être de 20 litres ; ils seront envoyés en sac scellé et seront accompagnés d’une gerbe.
- La Société aura le droit de disposer de ces échantillons.
- La Société se réserve le droit de faire inspecter, par des délégués, les champs ensemencés et d’assister à la récolte.
- Les concurrents dans leur déclaration devront faire connaître :
- 1° Leur nom et domicile.
- 2° L’étendue de leur culture.
- 3° L’étendue consacrée à la culture de l’orge.
- 4° La variété d’orge cultivée.
- 5° L’origine ou la provenance des semences d’orge qu’ils emploient.
- 6° La nature du sol et du sous-sol, où se fait leur culture d’orge.
- 7° Les façons données au sol et l’assolement suivi :
- 8° Les fumures — fumiers — engrais complémentaires ou chimiques, — quantité, — époque des applications. . -
- 9° Epoque des semailles, — mode de semailles (en lignes ou à la volée), — quantité de semences employée à l’hectare.
- 10° Sarclage, binage.
- 11° Date de la floraison,
- 12° Date de la moisson.
- 13° Conditions climatériques dans lesquelles elle s’est faite (beau temps, temps froid, pluvieux, etc., et température).
- 14° Etat de maturité du grain au moment de la moisson.
- 15° Mode et durée de la dessiccation des gerbes.
- 16° Mode et époque du battage.
- 17° Mode de conservation des grains.
- 18° Rendement total en grains.
- Rendement en paille.
- 19° Rendement par hectare en grain.
- Rendement par hectare en paille.
- 20° Poids de l’hectolitre du grain au moment du battage et au moment de la vente.
- 21° Quantité d’orge vendue en 1885 et en 1886.
- Prix obtenu par hectolitre.
- Prix obtenu par quintal.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 9° Prix de 1500 francs pour les meilleurs moyens de combattre la maladie de la pomme de terre.
- La maladie de la pomme de terre qui a causé à l’agriculture, depuis sa brusque apparition en Europe, il y a près d’un demi-siècle, de si grands désastres,
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- PROGRAMME DES PRIX.
- JUILLET 1887.
- est due à un champignon parasite, le Peronospora infestans, voisin de celui que cause le mildiou des vignes, le Peronospora viticola. Les corps reproducteurs que le parasite produit à la surface des feuilles de la pomme de terre ont le même mode de germination que ceux du Peronospora de la vigne. Pour le mildiou de la vigne, on a trouvé dans l’emploi des sels de cuivre un moyen efficace d’entraver la propagation du mal ; les mêmes remèdes seront-ils efficaces pour arrêter le développement de la maladie de la pomme de terre?
- Le Peronospora infestans attaque également une autre plante de la même famille que la pomme de terre, la tomate qui est l’objet, dans le Midi surtout, d’une culture fort importante. Des essais couronnés de succès ont montré que des traitements pareils à ceux dont on s’est servi pour arrêter la propagation du mildiou agissent aussi efficacement pour préserver la tomate de l’invasion du Peronospora infestans. Il s’agit de constater par des expériences d’une précision rigoureuse s’il en est de même pour la pomme de terre et si le traitement des feuilles préserve les tubercules de l’invasion de la maladie. Tel est l’objet du prix proposé par la Société.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 10° Prix de 1OOO francs pour la meilleure organisation des champs
- de démonstration.
- Par suite de la grande variété des climats, sols et cultures de la France, les champs de démonstration, ne donnant souvent de résultats véritablement applicables que pour la localité même où ils sont placés, ne peuvent rendre de réels services aux cultivateurs que dans un cercle restreint.
- Ce prix a donc pour but d’encourager l’organisation d’un grand nombre de ces champs d’expérience dans les conditions les plus favorables pour la vulgarisation rapide des progrès agricoles.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- 11° Prix de 2000 francs pour la création d'une fruitière en pays de
- montagne.
- L’organisation des fruitières dans les pâturages de nos pays montagneux est une source de richesses considérables pour ces contrées. L’expérience démontre que la production et le prix du lait augmentent rapidement sous l’influence de ce mode d’exploitation des pâturages. L’aisance et le progrès remplacent bientôt la misère et la routine partout où des associations locales se forment pour la fabrication et la vente des produits de la laiterie. Les Alpes, les Pyrénées offrent dès à présent des exemples nombreux et intéressants de ces entreprises si utiles aux plus petits cultivateurs et au développement démocratique de l’agriculture, dans des contrées pauvres aujourd’hui, mais appelées, avec le temps, à une prospérité relative digne, au plus haut point, de fixer l’attention du pays.
- La Société d’Encouragement offre un prix de 2 000 francs à la fruitière, en pays de montagne, de création récente, dont le fonctionnement sera jugé le
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- JUILLET 1887.
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- plus parfait et le plus capable d’exercer une haute influence sur l’économie pastorale de la région.
- La Société d’Encouragement verrait avec plaisir parmi les concurrents des établissements créés sous l’inspiration de l’administration des forêts, dans des contrées reboisées, gazonnées ou améliorées par des arrosages.
- Un mémoire explicatif fera connaître l’organisation de l’association fruitière, son mode de fonctionnement, la nature et la quantité annuelle de ses produits, son état financier et les avantages résultant de sa création.
- Le prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888 à l’association qui en sera jugée digne.
- CONSTRUCTIONS ET BEAUX-ARTS.
- Prix de 2 000 francs pour la découverte d’un ciment de ton coloré imitant la pierre, le marbre ou la terre cuite, pouvant se travailler comme le plâtre, sans cuisson, ayant la solidité nécessaire pour résister, soit au dedans, soit au dehors des habitations, comme le ferait la terre cuite, mais ne présentant ni les dangers de la cuisson, ni ses infidélités ou ses retraits. Ce ciment devrait se prêter à un moulage, à un estampage et surtout à des retouches comme le plâtre.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1888.
- COMMERCE
- Prix de 2000 francs pour une étude économigue d’un centre industriel
- en France.
- I. — Acclimatation de l’industrie dans la contrée. — Ses transformations successives. — Ses progrès. — Ses crises. — Situation actuelle.
- II. — Organisation des ateliers. — Recrutement du personnel. — Situation et habitudes générales de la famille ouvrière. — Institutions de prévoyance. — Salaires. — Grèves. — Chômages. — Rapports entre le capital et le travail.
- III. — Organisation commerciale. — Comptoirs. — Dépôts. — Approvisionnements des matières premières. — Yente des produits fixés. — Transports. — Action de la concurrence. — Législation douanière. — Débouchés.
- Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1889.
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- PROGRAMME DES PRIX.
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- CONDITIONS GÉNÉRALES
- A REMPLIR PAR LES CONCURRENTS
- 1° Les modèles, mémoires, descriptions, renseignements, échantillons et pièces destinées à constater les droits des concurrents, seront adressés franco de port au Secrétariat de la Société d’Encouragement pour Vindustrie nationale, rue de Rennes, 44. Ils devront être remis avant le 1er janvier de l’année de la distribution des prix : ce terme est de rigueur.
- 2° Les procédés ou machines seront examinés par des commissaires que la Société désignera.
- 3° Les membres du Conseil d’administration sont exclus des concours;
- 4° Les autres membres de la Société sont admis à concourir; les étrangers le sont également.
- 5° Les concurrents sont avertis que la communication qu’ils font à la Société cle leurs procédés ne peut leur tenir lieu d’un brevet d’invention, et que, s’ils veulent prendre le brevet, il faut qu’ils le fassent avant de se présenter au concours.
- 6° Les brevets d’invention n’étant délivrés que sur la description détaillée des procédés, et chacun, d’après la loi du 5 juillet 1844, pouvant en prendre connaissance, la Société se réserve expressément la faculté de publier, en totalité ou en partie, les découvertes qui auront obtenu les prix et médailles, mais les concurrents ne pourront user de cette faculté sous quelque prétexte que ce soit.
- 7° Les auteurs jugés dignes d’une récompense, qui ne se seraient pas pourvus d’un brevet d’invention et qui désireraient garder le secret de leurs procédés, seront tenus d’en déposer sous cachet la description, dont l'exactitude sera attestée par un membre du comité compétent. La durée du dépôt ne pourra excéder quinze ans, à l’expiration desquels la description sera publiée.
- 8° La Société conservera les mémoires descriptifs et les dessins qui n’auront point été couronnés ; mais elle permettra aux auteurs d’en prendre copie et elle leur rendra les modèles.
- 9° Les concurrents qui auraient traité plusieurs des questions mises au concours sont invités à envoyer des mémoires séparés sur chacune d’elles.
- 10° Les médailles ou les sommes seront remises à ceux qui auront obtenu les prix ou à leurs fondés de pouvoir.
- MÉDAILLES
- A DÉCERNER AUX CONTREMAÎTRES ET AUX OUVRIERS DES ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS
- ET DES EXPLOITATIONS AGRICOLES.
- La Société d’Encouragement, dans le but d’exciter les contremaîtres et les ouvriers à se distinguer dans leur profession et à encourager ceux qui se font
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- PROGRAMME DES PRIX.
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- remarquer par leur bonne conduite et les services qu'ils rendent aux chefs qui les emploient, a pensé que le moyen le plus propre à amener ce résultat était d’accorder des récompenses à ceux qu’une longue expérience aurait fait reconnaître comme ayant servi avec zèle, activité et intelligence; en conséquence, elle a pris l’arrêté suivant :
- 1° Il sera décerné, chaque année, dans la séance générale, des médailles de bronze aux contremaîtres et ouvriers des grands établissements industriels et des exploitations agricoles de France ;
- 2° Chaque médaille, à laquelle seront joints des livres pour une valeur de 50 francs, portera gravés le nom du contremaître ou de l’ouvrier, et la désignation soit de l’atelier, soit de l’exploitation agricole à laquelle il est attaché.
- 3° Les contremaîtres et ouvriers qui voudront obtenir ces médailles devront se munir de certificats dûment légalisés, attestant leur moralité et les services qu’ils ont rendus, depuis cinq ans au moins, à l’établissement auquel ils sont attachés. Ces certificats devront être appuyés tant par le chef de la maison, par le maire et les autorités locales, que par les ingénieurs civils ou militaires, en activité ou en retraite, et par les membres de la Société d’Encouragement qui résident sur les lieux.
- 4° Le contremaître ou l’ouvrier ne pourra être ni le parent, ni l’allié, ni l’associé, par acte, des propriétaires de l’établissement. Il devra savoir lire et écrire et s’être distingué par son assiduité à ses travaux, son intelligence et les services qu’il aura rendus à l’atelier ou à l’exploitation agricole; à mérite égal, la préférence sera accordée à celui qui saura dessiner et qui aura fait faire des progrès à la profession qu’il exerce. Enfin, les certificats, en attestant que ces conditions sont remplies, donneront sur le candidat tous les détails propres à faire apprécier ses qualités.
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Juillet 1887.
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- TABLEAU PAR ANNÉE
- DES
- PRIX ET GRANDES MÉDAILLES A DÉCERNER
- PAR LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- COMITÉS. W « Q C5 O c/} O CS 'H S S SUJETS DES PRIX. VALEUR DES PRIX. TOTAUX PAR ANNÉE.
- francs. francs.
- En 1887.
- Grande médaille.
- 1 Agriculture, à l’effigie de Thénard
- Grands prix.
- 2 Prix d’Aboville 3 900
- 3 Prix Fourcade 800
- En 1888.
- 1 Arts physiques, à l’effigie d’Ampère
- Grand prix.
- 1 Prix Fourcade 800
- CONCOURS OUVERTS.
- 1 Petit moteur destiné à un atelier de famille 2 000
- Arts mécaniques. . . . 2 Progrès dans la tilature mécanique du lin et du
- chanvre 2 000
- A reporter 9 500
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- PROGRAMME DES PRIX. -- JUILLET 1887.
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- ANNÉES il de la 1 DISTRIBUTION DES PRIX Al ÉPOQUE LIMITE du dépôt DES MÉMOIRES. W q tf o "p & O Ph S a £ DÉSIGNATION DES SUJETS DE PRIX. VALEUR DES PRIS. TOTAUX PARTIELS.
- francs. francs.
- Report 33 200
- 13 Prix du marquis d’Argenteuil 12 000
- 1892 14 Prix Fourcade 800
- Prix spéciaux mis au concours par la Société.
- ARTS MÉCANIQUES.
- 1 1 Petit moteur destiné à un atelier de famille fonction-
- nant isolément ou rattaché à une usine centrale. 2 000
- 2 Progrès à réaliser dans la filature mécanique du lin
- et du chanvre 2 000
- 3 Moyen de transporter à grande distance les forces
- mécaniques naturelles que leur position actuelle
- ne permet pas d’utiliser immédiatement 3 000
- 4 Pour l’application à la mouture des grains de pro-
- cédés donnant des résultats meilleurs que le sys-
- terne habituel 2 000
- 1888 31 décembre 1887. 5 Pour un moteur à huile lourde 2 000
- 6 Pour une machine motrice de 25 à 100 chevaux, dé-
- pensant au maximum, en travail courant, 6 kilo-
- grammes de vapeur par heure et par cheval
- indiqué 5 000
- 7 Pour le meilleur dispositif d’accumulateurs hydrau-
- liques 3 000
- I 8 Pour l’exécution rapide et économique des sondages
- [ i profonds 3 000
- ! 9 Pour un clapet de retenue pour vapeur 2 000
- /10 Pour un procédé de rouissage industriel du lin et du
- chanvre . . ; 3 000
- 1889 31 décembre 1888. 11 Pour une monographie de la pulvérisation des li-
- quides 3 000
- 12 Pour un système d’accrochage des wagons ne pré-
- sentant aucun danger 3 000 45 800
- A reporter 79 000
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-
-
-
- de la
- m
- PROGRAMME DES PRIX.
- JUILLET 1887.
- EPOQUE LIMITE du dépôt
- DKS MEMOIRES.
- DÉSIGNATION DES SUJETS DE PRIX.
- Report,
- 79 000
- °2
- 3
- 4
- 5
- 1888
- 31 décembre 1887 J ^
- 9
- 10
- Tl
- 12
- 13
- ARTS CHIMIQUES.
- Préparation économique de l’ozone et ses applications.
- Pour l’utilisation des résidus de fabriques............
- Pour de nouvelles applications des corps simples non
- métalliques.........................................
- Pour la découverte d'un nouvel alliage utile aux arts. Pour la découverte de procédés capables de fournir, par des transformations chimiques quelconques, des espèces organiques utiles, telles que la quinine, le sucre de canne, etc...........................
- Pour la fabrication courante d’un acier ou fer fondu doué de propriétés spéciales utiles par l’incorporation d’un corps étranger...............................
- Pour la découverte et la mise en œuvre d’un procédé pour l’utilisation du tanin contenu dans les écorces ou autres matières premières non encore employées dans la tannerie..............................
- Pour la substitution à l’acicle sulfurique dans la teinture, et notamment dans celle des soies, d'un autre composé donnant aux fibres l’apprêt voulu, mais n’exerçant pas sur elles la même action destructive. Pour un nouvel emploi industriel d’une substance minérale quelconque abondante et à bas prix. . . Pour des perfectionnements apportés en France à la production et à l’exploitation des cendres de
- varechs.............................................
- Pour la fabrication industrielle, en France, de l’acide sulfurique fumant, et de l’acide sulfurique anhydre. Pour une application utile des métaux peu employés
- jusqu’ici dans l’industrie..........................
- Pour la production industrielle du chlore au moyen des résidus de la fabrication de la soude par l’ammoniaque..............................................
- 2 000 1 000
- I 000 1 000
- 4 000
- 3 000
- 2 000
- 2 000 1 000
- 1 000
- 3 000
- 4 000
- 2 000
- 27 000
- A reporter
- 106 000
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-
-
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- PROGRAMME DES PRIX.
- JUILLET 1887.
- 465
- ANNÉES 1 de la 1 DISTRIBUTION DES PRIX. ÉPOQUE LIMITE du dépôt DES MÉMOIRES. W S jd m O S £ DÉSIGNATION DES SUJETS DE PRIX. VALEUR DES PRIX. TOTAUX PARTIELS.
- francs. francs.
- Report 106 000
- 14 Pour la fabrication des verres destinés aux opéra-
- tions chimiques 3 000
- 15 Pour la fabrication de grès cérames 3 000
- 16 Pour la fixation de l’azote de l’air sous forme d’acide
- nitrique, d’ammoniaque ou de cyanogène 2 000
- 17 Pour la production artificielle du graphite propre à
- la fabrication des crayons 3 000
- 18 Pour la préparation artificielle du diamant noir
- compact 3 000
- 1888 31 décembre 1887. < 19 Pour celui qui aura réalisé en France les plus grands
- progrès dans le soufflage du verre 1 500
- 20 Pour l’étude scientifique d’un procédé industriel
- dont la théorie est encore imparfaitement connue. 3 000
- 21 Pour une étude expérimentale des propriétés physi-
- ques ou mécaniques d’un ou plusieurs métaux ou
- alliages choisis parmi ceux qui sont d’un usage
- 1 courant 3 000
- 22 Pour une publication utile à l’industrie chimique ou
- 1 métallurgique (traités, mémoires) 4 000
- 1889 31 décembre 1888. 23 A décerner au fabricant d’acide sulfurique qui, le
- premier, en employant les pyrites dans sa fabrica-
- tion, ne livrera au commerce que de l’acide sulfu-
- rique entièrement exempt d’arsenic 2 000 27 500
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- 1 Pour la construction d’un appareil indiquant les
- hautes températures 2 000
- \ 2 Application nouvelle de l’analyse spectrale dans l’in-
- 1888 31 décembre 1887. dustrie 1 000
- / 3 Pour la dessiccation rapide des bois pour l’ébénis-
- terie par un procédé économique et industriel n’al-
- térant pas leurs qualités physiques 2 000 5 000
- A reporter 138 500
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-
-
-
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- PROGRAMME DES PRIX.
- JUILLET 1887.
- û 5 e- p ÉPOQUE LIMITE W Q PS O b 2 Oh m J H «
- £ ® 2 du dépôt DÉSIGNATION DES SUJETS DE PRIX. â Q b
- ^ Î3 a CS H CO Q DES MÉMOIRES. numéro: VALEUR TOTAUX
- francs. francs.
- Report 138 500
- 1 Pour la construction d’appareils propres à fournir,
- rapidement et économiquement, de hautes températures à l’usage des petits ateliers industriels. . . 1 000
- 5 Pour une application industrielle de l’endosmose des
- liquides et des gaz 2 000
- 1889 31 décembre 1888. 6 Pour la conservation des récoltes végétales, telles que pommes de terre, oignons, etc 1 000
- 7 8 Pour la présentation d’une matière pouvant remplacer la gutta-percba dans ses différents usages. Pour un appareil permettant de transmettre à 3 000
- grande distance la pression d’un gaz ou d’une va peur 2 000
- 1890 31 décembre 1889. 9 Pour un appareil qui permette de déterminer la
- puissance calorifique des combustibles 3 000 12 000
- AGRICULTURE.
- 1 Pour la meilleure étude sur l’agriculture et l’éco-
- nomie rurale d’une province ou d’un département 2 000
- 2 Pour la meilleure étude sur la constitution physique
- et la composition chimique comparées des terrains d’une des régions naturelles (ou agricoles)
- 1888 31 décembre 1887. de la France, par exemple, de la Brie, de la Beauce, du pays de Gaux, etc., etc 3 000
- 3 Pour l’emploi des eaux de l’Isère en irrigations. . . 1 500
- 4 Pour la meilleure étude sur les cultures et le climat
- de l’Algérie et sur les conditions qu’offre ce pays pour la colonisation, de façon à fournir des renseignements utiles aux agriculteurs qui iraient s’y établir en vue d’une entreprise agricole 2 000 8 500
- A reporter 159 000
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- PROGRAMME DES PRIX. -- JUILLET 1887.
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- ANNÉES 1 de la 1 DISTRIBUTION DES PRIX. ÉPOQUE LIMITE du dépôt DES MÉMOIRES. W P* O tf O 'q gq O A vM S P 2 DÉSIGNATION DES SUJETS DE PRIX. TOTAUX PARTIELS. VALEUR DES PRIX.
- francs. francs.
- Report 159 000
- 5 Pour le reboisement et le gazonnement des terres
- incultes et dés montagnes 2 000
- 6 Pour le meilleur instrument permettant de mesurer
- 1 facilement le travail des machines agricoles. . . . 3 000
- 1 7 Pour les meilleures expériences pour l’alimentation .
- ! du bétail . ... 2 000
- 1888 31 décembre 1887. 8 Pour les meilleures variétés d’orges 1 500
- 1 9 Pour les meilleurs moyens de combattre la maladie
- de la pomme de terre I 500
- 10 Pour la meilleure organisation de champs de démon-
- stration 1000
- 11 Pour la création d’une fruitière en pays de montagne. 2 00Q 13 000
- CONSTRUCTIONS ET BEAUX-ARTS.
- 1888 31 décembre 1887. 1 Pour la découverte d’un ciment de ton coloré imitant
- la pierre, le marbre ou la terre cuite, pouvant se
- travailler comme le plâtre, sans cuisson, ayant la
- solidité nécessaire pour résister, soit au dedans,
- soit au dehors des habitations, comme le ferait
- la terre cuite, mais ne présentant ni les dangers
- • de la cuisson, ni ses infidélités ou ses retraits. Ce
- ciment devrait se prêter à un moulage, à un es-
- tampage et surtout à des retouches, comme le
- plâtre 2 000
- COMMERCE.
- 1889 31 décembre 1888. 1 Pour une étude économique d’un centre industriel
- en France 2 000 4 000 ‘
- Total général 176000
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-
- TABLEAU
- DES
- PRIX ET MÉDAILLES PROPOSÉS
- PAR LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ANN*ÉES de la DISTRIBUTION DES PRIX. ÉPOQUE LIMITE du dépôt DES MÉMOIRES. w P P O O ce s DÉSIGNATION DES SUJETS DE PRIX. VALEUR DES PRIX. TOTAUX PARTIELS. ..
- francs. francs.
- Grandes médailles.
- 1887 1 Agriculture à l’effigie de Thénard. . . —
- 1888 2 Arts physiques — Ampère. . . —
- 1889 3 Commerce — Chaptal. . . —
- 1890 4 Arts mécaniques — Prony. . . . —
- 1891 5 Arts chimiques — Lavoisier . . —
- 1892 6 Architecture et beaux-arts — Jean Goujon. —
- Grands prix.
- 1887 1 Prix Fourcade 800
- 2 Prix d'Aboville 3 900
- 1888 3 Prix Fourcade 800
- 4 Prix de la Société 12 000
- 0 Prix Gustave Roy (industrie cotonnière) 6 000
- A SQQ 6 Prix Melsens 500
- \ 7 Prix Meynot aîné, père et fils 1 200
- 1 8 Prix Fourcade 800
- [ 9 Prix d’Aboville 3 900
- 1890' 9 Prix Elphège Baude (matériel du génie civil) .... 500
- I 10 Prix Fourcade 800
- 1 11 Prix Meynot aîné, père et fils 1 200
- 1891j 12 Prix Fourcade 800
- 33 200
- A reporter 33 200
- p.468 - vue 470/799
-
-
-
- PROGRAMME DES PRIX.
- JUILLET 1887.
- 469
- COMITÉS. NUMÉROS D’ORDRE. SUJETS DE PRIX. VALEUR DES PRIX. TOTAUX PAR ANNÉE.
- , francs. francs.
- Report 9 500
- 3 Transport à grande distance des forces mécaniques. 3 000
- 4 Application, à la mouture des grains, de procédés
- donnant des résultats meilleurs que le système
- habituel 2000
- 5 Pour un moteur à huile lourde 2 000
- 6 Pour une machine motrice de 25 à 100 chevaux, dé-
- Arts mécaniques. . . . pensant 6 kilogrammes de vapeur par heure et par
- cheval 5 000
- 7 Pour le meilleur dispositif d’accumulateurs hydrau-
- liques 3 000
- 8 Pour exécution rapide et économique des sondages
- profonds 3 000
- 1 9 Pour un clapet de retenue pour vapeur 2 000
- 1 1 Pour la préparation économique de l’ozone et pour
- ses applications 2 000
- 2 Pour l’utilisation des résidus de fabrique 1 000
- 3 Pour de nouvelles applications des corps simples non
- métalliques 1000
- l 4 Pour la découverte d’un nouvel alliage utile aux arts. 1 000
- 1 3 Pour la découverte de procédés capables de fournir,
- par des transformations chimiques quelconques,
- Arts chimiques des espèces organiques utiles, telles que la quinine,
- le sucre de canne, etc 4 000
- 6 Pour la fabrication courante d’un acier ou fer fondu
- doué de propriétés spéciales utiles, par l’incorpo-
- ration d’un corps étranger 3 000
- 7 Pour la découverte et la mise en œuvre d’un procédé
- pour l’utilisation du tanin contenu dans les écorces
- ou autres matières premières non employées dans
- la tannerie 2 000 34 000
- A reporter 43 500
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Juillet 1886. 35
- p.469 - vue 471/799
-
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- 470
- PROGRAMME DES PRIX. -- JUILLET 1887.
- COMITÉS. PÜ O P=! JD 'J7 O CS 3 s SUJETS DE PRIX. VALEUR DES PRIX. sa £ £ «i « < ft. w D <5 H O H
- francs. francs.
- Report 43 500
- 8 Pour la substitution à l’acide sulfurique dans la tein-
- ture ou notamment dans celle des soies, d’un autre
- composé donnant aux fibres l’apprêt voulu, mais
- n’exerçant pas sur elles la même action destructive. 2 000
- 9 Pour un nouvel emploi industriel d’une substance
- minérale quelconque abondante et à bas prix. . . 1 000
- 10 Pour des perfectionnements apportés en France à la
- production et à l’exploitation des cendres de varech. 1000
- 11 Prix de 2000 francs et de 1000 francs pour la fabrica-
- tion industrielle en France de l’acide sulfurique fu-
- mant et de l’acide sulfurique anhydre 3 000
- 12 Pour une application utile des métaux peu employés
- jusqu’ici dans l’industrie 4 000
- 13 Pour la production industrielle du chlore au moyen
- des résidus de la fabrication de la soude par l’am-
- Arts chimiques moniaque 2 000
- 14 Pour la fabrication de verres destinés aux opérations
- chimiques 3 000
- 13 Pour la fabrication de grès cérames 3 000
- 16 Pour la fixation de l’azote de l’air, sous forme d’acide
- nitrique, d’ammoniaque ou de cyanogène 2 000
- 17 Pour la production artificielle du graphite propre à la
- fabrication des crayons 3 000
- 18 Pour la préparation artificielle du diamant noir compact, 3 000
- 19 Pour celui qui aura réalisé en France les plus grands
- progrès dans le soufflage du verre, principalement
- en ce qui concerne les appareils destinés aux usages
- scientifiques et industriels 1 500
- 20 Pour une étude expérimentale des propriétés physiques
- ou mécaniques d’un ou plusieurs métaux ou alliages
- choisis parmi ceux qui sont d’un usage courant. . 3 000 31 500
- A reporter 75 000
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-
-
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- PROGRAMME DES PRIX.
- JUILLET 1887.
- 471
- COMITÉS. NUMÉROS D’ORDRK. SUJETS DES PRIX. VALEUR DES PRIX. TOTAUX PAR ANNÉE.
- francs. francs.
- Report 75 000
- 21 Pour l’étude scientifique d’un procédé industriel donl
- ... la théorie est encore imparfaitement connue . . . 3 000
- Arts chimiques \22 Pour une publication utile à l’industrie chimique ou
- f métallurgique (traités, mémoires) . . 4 000
- i 1 Pour la construction d’un appareil indiquant les hautes
- températures 2 000
- i 2 Pour une application nouvelle de l’analyse spectrale
- Arts économiques . . . dans l’industrie 1 000
- 1 3 Pour la dessiccation rapide des bois pour l’ébénisterie
- par un procédé économique et industriel n’altérant
- pas leurs qualités physiques 2 000
- 1 Pour la meilleure étude sur l’agriculture et l’économie
- rurale d’une province ou d’un département .... 2 000
- ! 2 Pour l’emploi des eaux de l’Isère en irrigations . . . 1 500
- : | 3 Pourlameilleure étude sur la constitution physique etla
- composition chimique comparées des terrains d’une
- des régions naturelles (ou agricoles) de laFrance, par
- exemple, de la Brie, de la Beauce, du pays de Gaux. 3 000
- 4 Pour la meilleure étude sur les cultures et le climat
- de l’Algérie et sur les conditions qu’offre ce pays
- pour la colonisation, de façon à fournir des rensei-
- Agriculture gnements utiles aux agriculteurs qui iraient s’y éta-
- blir en vue d’une entreprise agricole 2 000
- 5 Pour le reboisement et le gazonnement des terres in-
- cultes des montagnes 2 000
- 1 6 Pour le meilleur instrument permettant de mesurer
- facilement le travail des machines agricoles. . . . 3 000
- 7 Pour les meilleures expériences pour l’alimentation
- du bétail 2 000
- 8 Pour les meilleures variétés d’orges 1 500
- 9 Pour les meilleurs moyens de combattre la maladie
- de la pomme de terre 1 500 30 500
- A reporter 105 500
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- 472
- PROGRAMME DES PRIX.
- JUILLET 1887.
- 5 £ o 2 cn H Z Z «!
- COMITÉS. SUJETS DES PRIX. VALEUR DI Ph
- ps 3 X TOTAUX
- francs. francs.
- Report 105 500
- 10 Pour la meilleure organisation des champs de démon-
- Agriculture 11 stration Pour la création d’une fruitière en pays de mon- 1000
- tagne 2 000
- Constructions et beaux- 1 Pour la découverte et l’emploi de ciments colorés
- arts plastiques ou de ciments faits avec des débris de pierre, durcissant à l’air, pour le modelage. . . . 2 000 5 000
- 1889.
- Grande médaille.
- Commerce. — A l’effigie de Chaptal
- Grands prix.
- 1 Prix de la Société 12 000
- 2 Prix Gustave Roy (industrie cotonnière) 6 000
- 3 Prix d’Aboville 3 900
- 4 Prix Fourcade 800
- 5 Prix Melsens (arts économiques) 500
- 6 Prix Meynot aîné, père et fils (agriculture) 1 200 24 400
- CONCOURS OUVERTS.
- 10 Procédé de rouissage mécanique du lin et du chanvre. 3 000
- Arts mécaniques. . . . 11 Monographie de la pulvérisation des liquides .... 3 000
- 112 Système d’accrochage des wagons ne présentant aucun
- danger 3 000
- Arts chimiques .... 23 A décerner au fabricant d’acide sulfurique qui,le pre-
- mier, en employant les pyrites dans sa fabrication, ne livrera au commerce que de l’acide sulfurique exempt d’arsenic 2 000
- Arts économiques . . . 4 Pour la construction d’appareils propres à fournir
- rapidement et économiquement de hautes températures à l’usage des petits ateliers industriels. . . 1 000 12 000
- A reporter 146 900
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- PROGRAMME DES PRIX.
- JUILLET 1887.
- 473
- H X
- P Ph £
- COMITÉS. JD cO SUJETS DES PRIX. C/7 P P ed < P
- O cd cd p X
- s P
- 2 > O H
- francs. francs.
- Report 146 900
- 5 Application industrielle de l’endosmose des liquides
- et du gaz 2 000
- 1 6 Pour la conservation des récoltes végétales telles que
- Arts économiques . . . 7 pommes de terre, oignons, etc Pour une matière pouvant remplacer la gutta-percha 1 000
- dans ses différents usages 3 000
- 8 Pour un appareil permettant de transmettre à grande
- Commerce . ... . . distance la pression d’un gaz ou d’une vapeur. . . 2 000
- 1 Pour une étude économique d’un centre industriel de
- la France 2 000 10 000
- En 1890.
- Grande médaille.
- Arts mécaniques, à l’effigie de Prony
- Grands prix.
- Prix Elphège Baude 500
- Prix Fourcade 800
- CONCOURS OUVERTS. 1 300
- Total général 158 200
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- 474
- PROCÈS-VERBAUX.
- JUILLET 1887.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES
- Fabrication de la soude à, l’aide du sulfate de soude par l’acide carbonique et l’oxyde de carbone. — La réaction, qui sert de base à ce procédé décrit par MM. Kayser Young et Williams de Buffalo, est représentée par la formule suivante :
- Na2, SO4 + CO2 + CO = Na2 CO3 + SO2 + CO2;
- la température à laquelle il faut faire arriver le mélange des deux gaz sur le sulfate de soude est celle du rouge cerise faible; il se produit un dégagement d’acide sulfureux et du carbonate de soude. L’acide sulfureux est utilisé ultérieurement pour transformer le sel marin, matière première en sulfate, par l’injection d’oxygène de l’air et de vapeur d’eau, comme dans le procédé Hargreave. L’opération, qui se fait dans les cornues, est continuée, sans décharge du sulfate, et terminée par l’admission du mélange d’acide carbonique et d’oxyde de carbone, qui est incorporé à la masse, à l’aide d’un aspirateur. Le mélange des deux gaz, fait équivalent pour équivalent, avec plutôt un léger excès d’acide carbonique , est produit par un four spécial, qui produit, à la partie inférieure de la grille, l’oxyde de carbone et, à sa partie supérieure, l’acide carbonique, grâce à une disposition particulière de l’appareil, qui n’est pas signalée dans la description du procédé.
- (.Dinglerspolytechnisches Journal.')
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION
- PROCÈS-VERBAUX
- Séance du 10 juin 1887.
- Présidence de M. Becquerel, Président.
- M. B. Donkin, de Shortland, Kent, Angleterre, écrit une lettre dans laquelle il demande où en est l’emploi des enveloppes à circulation en France. (Arts mécaniques.)
- M. Bataille, rue Bourdaloue, 14, à Nîmes. — Spirographe, instrument qui permet de faire des calculs divers, des représentations graphiques et des dessins de volutes, etc. (Arts mécaniques.)
- M. Bené Dautrey, rue Sainte-Eugénie, 2. — Carte mobile de France, démon-
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-
- PROCÈS-VERBAUX.
- JUILLET 1887.
- 475
- table par départements, destinée à l’instruction des enfants. (Arts économiques.)
- MM. Gosselin père et fils, constructeurs-mécaniciens à Sedan. — Dessin et description d’une machine à lainer, à travailleurs roulants à énergie variable. (Arts mécaniques.)
- M. Boudenoot, ingénieur civil, remercie la Société de sa nomination comme membre à vie, et lui fait hommage de trois brochures qu’il a publiées : 1° sur le Métropolitain de Paris; 2° sur la distribution de la force motrice à domicile au moyen de l’air raréfié; 3° analyse de l’ouvrage de MM. Lavoinne et Pontzen sur les chemins de fer en Amérique.
- M. Emile Devienne, à Haveluy, Nord. — Lampe de sûreté pour les mines. (Arts chimiques.)
- M. Astier-Rétif, à Bourgueil, Indre-et-Loire. — Appareil de sauvetage pour les incendies. (Arts économiques.)
- M. Pascal Salabert, à la Barlaque, par Laguiole, Aveyron. — Nouvel instrument de labour. (Agriculture.)
- M. P. Germain, avenue des Batignolles, 24, à Saint-Ouen. —Dépôt sous pli cacheté du dessin d’un timbre à roulement prolongé. (Accepté.)
- Exposé sur la matière explosive de sûreté dite Eellhoffite, par Wohanka et Cie, à Vienne, Autriche. (Arts chimiques.)
- M. Colladon, correspondant de la Société, fait hommage des brochures suivantes qu’il vient de publier :
- 1° Sur les origines du flux électrique des nuages orageux.
- 2° Sur les tourbillons ascendants dans l’air et dans les liquides. — Réponse aux observations de M. Faye.
- 3° Sur les dégâts causés par un coup de foudre d’une intensité exceptionnelle.
- MM. les Secrétaires signalent les articles suivants :
- Bulletin de la Société internationale des électriciens, échangé avec celui de la Société d’Encouragement.
- Smithsonian Institution, Washington. 4th Animal Report.
- Bureau of technology.
- Les Voies de communication en Norvège, par MM. Albert Petsche et André Delebecque, ingénieurs des ponts et chaussées.
- M. le Président fait part d’une lettre que lui adresse M. de Fréminville par laquelle il le prie d’accepter sa démission de membre du Comité des arts mécaniques, sa santé ne lui permettant plus de prendre part aux travaux du conseil d’administration de la Société.
- M. le Président exprime le regret que M. de Fréminville soit forcé par l’état de sa santé de se retirer; il propose de le nommer membre honoraire du Comité des arts mécaniques.
- Cette proposition est adoptée.
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- 476
- PROCES-VERBAUX.
- JUILLET 1887.
- Communications. — Fils métalliques d'ornements. — M. de Luijnes, membre du Conseil, présente, au nom de M. Hélouis, une collection de fils de cuivre colorés par la superposition de couches minces d’oxyde. En opérant sur du cuivre pur ou sur du cuivre recouvert d’autres métaux, M. Hélouis est parvenu à modifier les colorations et à obtenir les nuances les plus variées. Ces produits, que M. Hélouis peut fabriquer en masses considérables, sont surtout remarquables par la très grande régularité des tons obtenus. En associant plusieurs fils par voie de torsion, il produit des effets très brillants qui peuvent être utilisés de la manière la plus heureuse dans la décoration des articles mode.
- M. Héloiàs expose aussi des fils doubles de platine et de cuivre qui peuvent, après la dissolution du cuivre par l’acide azotique, donner des fils de platine de ~ et de y— de millimètre de diamètre qui présentent à leur surface une régularité parfaite.
- M. le Président remercie MM. de Lutjnes et Hélouis de leur communication qui est renvoyée au Comité des arts chimiques.
- Eclairage électrique. — M. Cance fait une communication sur la lampe à arc voltaïque de son système. La fixité de la lumière est une des qualités spéciales du régulateur Cance.
- Le rapprochement des charbons dans la lampe Cance s’obtient sans mouvement d’horlogerie.
- L’organe principal du mécanisme est une vis centrale, placée verticalement, sur laquelle peut courir un écrou appelé « écrou moteur » et qui supporte lui-même le charbon supérieur. Cet écrou par son propre poids tend à descendre, et, comme il ne peut tourner, étant relié à deux tringles qui supportent le charbon supérieur, il fait tourner la vis. Au sommet de la vis et engagé dans ses filets est placé un second écrou appelé « écrou allumeur » ; au-dessous de celui-ci un plateau de friction vient reposer sur les noyaux de deux solénoïdes qui, par l’action magnétique provenant du courant, élèvent ou abaissent ce plateau qui devient alors un frein déterminant l’allumage et le réglage de la lampe; une fois l’allumage établi, le frein seul rentre en fonction et vient se modifier dans son énergie suivant les variations de la puissance magnétique provenant des résistances variables, opposées au passage du courant entre les deux charbons, lorsque l’arc est formé et que l’avancement progressif des charbons a lieu; c’est ce qui donne comme résultat la fixité si remarquée dans les lampes Cance.
- Dans la lampe Cance, les deux charbons se déplacent l’un vers l’autre, le point lumineux reste fixe; ce qui est obtenu par un double palan mis en jeu par l’écrou moteur qui, en descendant, fait remonter le charbon inférieur.
- Le réglage suivant, les intensités que reçoit la lampe se fait facilement une fois pour toutes au moyen de deux boutons de serrage tendant plus ou moins ses ressorts antagonistes à la puissance magnétique des noyaux des solénoïdes.
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- PROCÈS-VERBAUX.
- JUILLET 1887.
- 477
- La lampe Cance peut être alimentée soit par des piles primaires, accumulateur et tous systèmes de machines dynamo-électriques. La régularité de sa marche permet d’installer, sur la source électrique dont elle reçoit son courant, des lampes à incandescence de tous systèmes.
- Constantes de la lampe.
- Intensité du courant....................................... 7 à 8 ampères.
- Pouvoir éclairant (sous globe diffusant)....................40 à 45 carcels.
- Durée des charbons.......................................... 8 à 9 heures.
- Force électro-motrice.......................................45 à 50 volts.
- Force absorbée.............................................. 1 h. cheval.
- Dépense horaire des charbons............................. 9àl0 centimes.
- Le type de lampe éclairant la salle de la Société d’Encouragement est construit pour fonctionner avec des courants de 6 à 10 ampères; la force électromotrice reste la même dans tous les cas et son montage se fait en dérivation.
- M. le Président remercie M. Cance de sa communication, qui est renvoyée au Comité des arts économiques.
- Accumulateurs électriques. — M. B. de Montaud, ingénieur civil, route de Flandres, 75, Aubervilliers, présente une batterie de 40 accumulateurs de son système, spécialement construite en vue des applications industrielles telles que transport de force, fusion et soudure des métaux.
- Cette batterie mesure 400 mètres carrés de surface utile, elle peut emmagasiner 40 chevaux-heure électriques, et débiter jusqu’à 800 ampères sans un affaiblissement du potentiel (1,85 volt par accumulateur).
- Dans les expériences faites devant la Société d’Encouragement par la Compagnie du Travail électrique des Métaux, elle a pu passer brusquement de 0 à 600 ampères, avec un débit moyen de 250 ampères sans que les lampes à incandescence placées dans le même circuit aient éprouvé la moindre variation.
- Un ampère-mètre enregistreur inséré dans le circuit des lampes a continué à tracer une courbe sans aucune sinuosité. M. de Montaud décrit son accumulateur, qui, dit-il, est formé en surface dans le genre Planté. La formation s’effectue en 15 minutes dans un bain basique contenant en dissolution des sels de plomb, à chaud (130 degrés centigrades) et au moyen d’un courant d’environ 600 ampères.
- L’assemblage excessivement robuste permet de sortir l’accumulateur de sa caisse pour le vérifier, et c’est au moyen d’un peigne en bois que l’écartement symétrique des plaques est obtenu.
- L'avantage de l’appareil consiste dans :
- 1° Sa grande rapidité de charge (2 heures environ).
- 2° Son faible poids eu égard au débit.
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Juillet 1887. 3t>
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- 478
- PROCÈS-VERBAUX.
- JUILLET 1887.
- 3° Son débit beaucoup plus grand que celui de n’importe quel système, à cause de la surface.
- 4° Enfin le poids capital, c’est la durée; cet appareil ne se vend que garanti de un à cinq ans (suivant son prix), contre tout accident provenant d’une charge ou d’une décharge anormales, et contre toute usure.
- M. le Président remercie M. de Montaud de sa communication, qui est renvoyée au Comité des arts économiques.
- Méiographe. — M. Carpentier, membre du Conseil, présente des appareils qu’il a imaginés et réalisés pour résoudre le problème de la fixation des improvisations musicales.
- Ces appareils s’appliquent aux instruments à clavier. L’un d’eux, le mélo-graphe, est destiné à conserver les tracés de tous les mouvements imprimés aux diverses touches d’un clavier pendant l’exécution d’un morceau. Il constitue un appareil complètement indépendante mis en relation avec le clavier par un faisceau de fils métalliques, dont chacun correspond à une touche et à travers lesquels l’électricité sert d’agent de transmission.
- M. Carpentier décrit les parties dont se compose le méiographe et qui sont au nombre de trois : le transmetteur, placé sous les touches du clavier, est une règle en bois portant une série de lames flexibles dont chacune prend place sous une touche; le moteur, destiné à opérer l’entraînement continu et régulier de la bande sur laquelle se fait l’inscription ; et enfin le récepteur, comprenant l’ensemble des organes d’inscription.
- M. Carpentier a combiné un deuxième appareil, le mélotrope, destiné à rejouer les morceaux inscrits au méiographe, non seulement sur le clavier où ils avaient été joués une première fois, mais sur tout autre clavier.
- Les bandes mélographiques, pour être rendues lisibles par des organes mécaniques, doivent subir une perforation; les traits doivent être transformés par un outil spécial, simple et rapide.
- L’appareil placé au-dessus du clavier est muni d’organes qui descendent sur les touches et les actionnent. Il fonctionne à l’aide d’une manivelle.
- M. le Président remercie M. Carpentier de sa communication, qui est renvoyée à la Commission du Bulletin.
- Soudure électrique. — M. Sarcia, ingénieur, fait une communication, au nom de la Société pour le Travail électrique des Métaux.
- En 1881, M. de Benardoz, ingénieur russe, qui à cette époque habitait la France, avait déjà songé à utiliser la chaleur considérable, qui se développe dans l’arc voltaïque pour souder autogèncment deux ou plusieurs lames de plomb et même d’autres métaux.
- D’une façon générale, les deux pièces à souder sont reliées au pôle négatif d’une source quelconque d’électricité, dont la force électromotrice est supérieure
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- PROCÈS-VERBAUX. --- JUILLET 1887.
- 479
- à la force électromotrice qui est développée par l’arc voltaïque; pour cela, on a recours à une table en fonte, qui est appelée enclume électrique et sur laquelle on fait reposer les pièces à souder. On peut ainsi les déplacer, les incliner, sans interrompre la communication électrique, ce qui abrège et simplifie beaucoup le travail.
- Le pôle positif de la source d’électricité est relié à un crayon électrique au moyen d’un conducteur souple. Ce crayon peut être manœuvré à la main par l’ouvrier soudeur au moyen d’une poignée isolante.
- Il est clair que l’intensité du courant doit varier avec la nature du travail, que l’on a à effectuer.
- Dans la pratique, il faut toucher le moins possible à l’allure de la dynamogénératrice. Aussi a-t-on recours à un artifice pour faire varier le courant dans le circuit du travail sans toucher à l’allure de cette machine. Celui qui est employé généralement consiste à charger une batterie d’accumulateurs d’une façon permanente avec la dynamo et à prendre ensuite sur cette batterie un nombre variable d’accumulateurs pour constituer le conduit du travail électrique.
- Les procédés de M. de Benardoz permettent non seulement de souder électriquement les métaux, mais aussi de les river et de les couper.
- La plus importante application de ce système est celle qui en est faite par M. Legrand pour la construction des réservoirs et des tonneaux métalliques. Ils procurent aux tonneaux l’avantage d’une étanchéité absolue.
- M. le Président remercie M. Sarcia de son intéressante communication, qui est renvoyée au Comité des arts économiques. Les expériences de soudure électrique sont faites, après la séance, devant l’assemblée.
- Séance du 24 juin 1887.
- Présidence de M. Ed. Becquerel, Président.
- M. Jides Le Blanc, constructeur-mécanicien, rue du Rendez-Vous, 52, proteste contre l’assertion contenue dans une note lue par M. Herscher à la séance du 12 novembre 1886, au sujet de l’invention des étuves de désinfection. M. Le Blanc est prêt à soumettre à la Société les dessins et pièces justificatives attestant que la première étuve à vapeur sous pression a été faite par lui en 1881, c’est-à-dire plusieurs années avant que la maison Geneste-Herscher ait exécuté la sienne. (Arts économiques.)
- M. Delaurier, rue Daguerre, 77. — Renseignements complémentaires sur son procédé de destruction scientifique du grisou. (Arts chimiques.)
- M. Fasquelle aîné, monteur en bronze, avenue de Courbevoie, 51, à Asnières. — Lampe à démontage facultatif qui permet à chacun de nettoyer et faire marcher
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- 480
- PROCÈS-VERBAUX.
- JUILLET 1887.
- sûrement sa lampe modérateur à huile sans recourir au lampiste. (Arts économiques.)
- M. Bloy, rue Vaneau, 70. — Appareil pour fabriquer la glace. (Arts économiques.)
- M. Alphonse Le Maître, serrurier, rue des Panoyaux, 51. — Système pour protéger les navires. (Arts mécaniques.)
- M. Dumathera, à Saint-Pierre-ès-Mathenay, Jura. — Système de boîte de roue pour voiture. (Arts mécaniques.)
- M. Roy, ancien fabricant, rue des Berceaux, 3, à Montmorency, Seine-et-Oise. — Echantillons d’une encre à écrire inaltérable dont il donne la formule. (Arts chimiques.)
- M. Brehon, ingénieur, membre de la Société, présente une note sur la pompe Roux, installée au puits Saint-Pierre des mines du Greusot. (Arts mécaniques.)
- M. Ferrier, place de la Sorbonne, 5. — Nouveau système pour faciliter le démarrage des véhicules, particulièrement des omnibus et tramways. (Arts mécaniques.)
- M. Alfred Piat. — Projet de création d’un port de guerre et de commerce en eau profonde, à Cabourg, Calvados. (Constructions et commerce.)
- Bulletin de F Institut égyptien, année 1886, contenant cartes, plans et figures représentant les divers objets provenant des fouilles d’Egypte.
- The scientiftc Transactions of the Royal Dublin Society, année 1886.
- Smithsonian Institution. Miscellaneous Smithsonian collection. Rapport du bureau ciethnologie.
- M. Collignon, secrétaire, fait hommage à la Société des brochures suivantes qu’il vient de publier :
- Association française pour F avancement des sciences; Congrès de Nancy. Problème de géométrie. Examen de certains cas-limites de la loi de F attraction newton-nienne. Compte-rendu des opérations de F Association française au Congrès de Grenoble (1885), et historique de F Association pendant Vannée 1885-1886.
- Nomination de membres de la Société. — Sont nommés membres de la Société:
- M. de Montaud, ingénieur civil, à Aubervilliers présenté par M. Mascart.
- M. Henry-Nicolas Gosselin, constructeur-mécanicien, à Sedan, présenté par M. Ed. Simon.
- AI. Suilliot, manufacturier, président de la chambre syndicale des produits chimiques, à Paris, présenté par MM. Troost et de Luynes.
- Rapports. — Sphëromètres. — M. le colonel Goulier fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport sur le sphéromètre ou cyclomètre présenté par M. Hervier, ingénieur civil des mines, rue de Bagnolet, 57.
- C’est un simple mètre pliant à cinq branches de buis, portant, sur l’une de ses faces, la division ordinaire en centimètres et, sur la seconde face des branches
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- 3 et 4, une ligne médiane et des divisions progressives sur lesquelles on lit les diamètres des cylindres, après y avoir circonscrit trois ou quatre branches.
- Le sphéromètre, vendu à bon marché, pourra être utile à des amateurs ou même à des ingénieurs qui pourront alors employer pour les mesures de diamètre le mètre dont ils font ordinairement usage pour les mesures linéaires.
- C’est cette considération qui engage le Comité des arts mécaniques à demander de remercier M. Hervier de sa communication et d’ordonner l’insertion dans le Bulletin de la Société du présent rapport, accompagné de figures sur bois montrant les emplois de l’instrument.
- Ces propositions sont adoptées.
- Machine à cigarettes. — M. Brnll fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport sur une machine à main pour la confection des cigarettes, inventée par M. J. Schaeffer, rue Rivay, 28, à Levailois-Perret, près Paris.
- Ce petit appareil est destiné à l’usage du public et non à ces fabrications industrielles qui produisent les cigarettes par millions à l’aide de mécanismes merveilleux.
- Les cigarettes sont bien faites ; on peut leur donner plus ou moins de serrage, sans avoir à craindre d’écraser le tabac, en proportionnant habilement la dose au format. L’appareil est très simple, d’une construction solide et peu sujet aux dérangements.
- Le Comité propose de remercier M. Schaeffer de son intéressante communication, d’approuver le présent rapport et d’en ordonner l’impression dans le Bulletin de la Société, avec insertion dans le texte des croquis nécessaires pour représenter l’appareil et en figurer le fonctionnement.
- Ces propositions sont approuvées.
- Communication. — Métronome. — Le métronome de M. Léon Roques est basé sur l’isochronisme du pendule simple oscillant sous l’action seule de sa pesanteur, laquelle peut être considérée comme invariable.
- M. Saint-Saens, membre de l’Institut, dans une récente communication à l’Académie des Sciences, signalait les imperfections du métronome de Maëlzel, instrument mal réglé, qui égare les musiciens au lieu de les guider. Il réclamait un métronome normal réglé mathématiquement.
- C’est ce métronome que M. Roques a essayé de réaliser.
- Cet instrument se compose d’une réglette de 27 centimètres de hauteur sur 3 de largeur, soutenue par deux tiges assemblées en équerre. Il se fixe sur la boîte qui lui sert d’étui au moyen de deux vis, préparées pour recevoir une boutonnière et une encoche percées dans la tige verticale. Sur la règle inclinée, des divisions sont tracées horizontalement et les chiffres qui les accompagnent indiquent le nombre d’oscillations que le pendule doit faire dans une minute.
- Ce pendule, à suspension bifilaire, supporte une petite masse que le fil tra-
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- verse un peu au-dessus de son centre. Les deux extrémités du fil passant par deux trous percés au-dessus du couteau vont se fixer à un contrepoids qui glisse derrière, le long d’une tige.
- Le maniement de l’instrument est des plus faciles; il suffit de rapprocher le poids qui tend le fil du petit tableau et de le placer devant tel ou tel chiffre, en ayant soin de mettre la ligne tracée au milieu du poids, bien en regard de la division placée au-dessous du nombre que l’on veut obtenir.
- Le contrepoids qui glisse derrière permet de laisser osciller le pendule, sans que la longueur de celui-ci puisse changer pendant les oscillations; l’adhérence du contrepoids sur le plan incliné et celle du fil sur le couteau suffisent pour donner une fixité complète.
- La longueur du pendule peut varier de 0m,064 à 0m,23 et donner 90 mouvements différents, en tenant compte de la colonne du tableau qui indique une, deux ou quatre oscillations pour un temps. Grâce à cette disposition, on peut obtenir depuis 30 battements jusqu’à 236 à la minute, étendue tout à fait suffisante pour réaliser tous les mouvements usités en musique.
- Ce batteur de mesure silencieux, après certains passages pressés ou ralentis, peut donner de nouveau le mouvement initial, sans préoccupation pour l’exécutant. Un simple coup d’œil suffit pour cela. Les oscillations durent, d’une manière très visible, environ 3 minutes, ce qui est bien suffisant. En effet, dans une composition musicale, le même mouvement ne se prolonge guère au delà de 4 à o minutes. Une symphonie dure bien de 20 à 23 minutes, mais elle est composée de 3 ou 6 fragments, tous dans un mouvement différent.
- M. le Président remercie M. Roques de son intéressante communication,.qui est renvoyée au Comité des arts économiques.
- Fers à chenal. — M. Paul Robert fait la critique du ferrage à chaud, ainsi que des fers à cheval employés actuellement, et fait connaître ses nouveaux fers et sa méthode de ferrage à froid. Ces fers se distinguent des autres, en ce que la face inférieure a une rainure profonde, parallèle à chacune des mamelles. Leurs avantages sont les suivants :
- 1° Par suite du procédé spécial de la préparation de la matière première et des soins apportés à la fabrication, ces fers durent beaucoup plus longtemps que les autres.
- 2° Au fond des rainures sont percés les trous des clous; la rainure elle-même est destinée à encastrer complètement la tête des clous. Par suite de cette disposition, ces derniers n’ont aucun frottement sur le sol et le fer reste très longtemps sans avoir besoin d’être raffermi.
- 3° Ils ne se cassent jamais et peuvent s’user jusqu’à une très petite épaisseur.
- 4° Ils ne se fendent pas, les trous étant percés dans de très bonnes conditions.
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- 5° Leur malléabilité est si grande que les fers dont la rive interne est taillée en biseau sont spécialement destinés au ferrage à froid.
- 6° Tous les fers de même modèle et du même numéro sont exactement du même poids, ce qui empêche de ferrer plus lourdement d’un côté que de l’autre.
- 7° Enfin, par suite de leur durée, leur emploi réalise une notable économie à la fin de l’année.
- M. Robert entre ensuite dans des détails sur la fabrication des fers, des clous, des crampons mobiles de son invention, sur la préparation du sabot du cheval et l’opération du ferrage à froid.
- M. le Président remercie M. Robert de son intéressante communication, qui est renvoyée au Comité d’agriculture.
- Sécurité dans les théâtres. — M. Émile Guimet présente une brochure qu’il vient de publier intitulée : Sécurité dans les théâtres, et entre, à ce sujet, dans quelques développements. Les dangers de mort dans les incendies de théâtre sont de trois sortes : l’asphyxie, l’écrasement et les brûlures. Quand on a supprimé les causes d’asphyxie, on a assurément sauvé la presque totalité des victimes : les moyens pour y parvenir sont faciles et peu coûteux, ils sont indiqués dans la brochure. On y trouve aussi les précautions à prendre contre l’écrasement et les brûlures, qui soient moins urgentes et néanmoins d’une solution simple.
- M. le Président remercie M. Guimet de son intéressante présentation, qui est renvoyée au Comité des constructions et beaux-arts.
- Obturateur photographique. — M. Londe, rue du Rocher, 80, présente un obturateur qu’il a imaginé avec son constructeur, M. Dessoudeix, et dans lequel il a cherché à combiner toutes les données de la théorie avec les nécessités de la pratique.
- Depuis l’apparition du gélatino-bromure, la merveilleuse sensibilité des préparations a permis d’entrer dans une voie nouvelle, la reproduction du mouvement quel qu’il soit. Les résultats obtenus dans cet ordre d’idées sont connus de tous. M. Londe fait connaître les qualités que doit posséder un bon obturateur, et décrit celui qu’il a inventé et qui lui paraît remplir les conditions voulues.
- Son instrument a un volume double de celui de l’objectif; il ne pèse que 170 grammes, bien qu’il soit entièrement métallique.
- Il comporte deux manettes, l’une supérieure, qui sert, en la plaçant du côté départ, à armer l’obturateur, et l’autre inférieure, qui se meut sur des encoches numérotées correspondant à des vitesses différentes.
- Un index latéral se meut en face de trois repères portant les mots : pose, point, instantané.
- Met-on cet index en face du mot point, l’appareil s’ouvre, permet la mise au point, les poses de durée quelconque. L’objectif est démasqué entièrement.
- Si, partant de cette position, on met l’index en face du mot instantané, et que
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- l’on agisse sur la poire, l’obturateur fonctionne pour les poses plus ou moins rapides, suivant que l’on a tendu plus ou moins le ressort inférieur par le déplacement de la manette dans l’une ou l’autre encoche.
- Est-on placé en face du mot point, lorsqu'on appuiera sur la poire, l’obturateur s’ouvrira et restera ainsi tant que durera la pression ; on peut donc poser un nombre quelconque de secondes. Le déplacement de la manette inférieure permet d’un seul coup de passer d’une vitesse quelconque à une autre, en plus ou en moins.
- Pour armer l’obturateur, un seul mouvement suffit. Pour faire soit une vue posée, soit un instantané, la chose est ainsi très facile.
- M. Lande fait sur le tableau des projections nombreuses de vues instantanées, qu’il a prises dans un voyage au Canada, et qui sont d’une exécution remarquable.
- M. le Président remercie M. Londe de son intéressante communication, qui est renvoyée au Comité des beaux-arts.
- Le Gérant : J.-H. Ginestou.
- Paris. Typ. G. Chamerot, 19, rue des Saints Pères. — 21455
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- 86° ANNÉE.
- Quatrième Série, Tome II.
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- BULLETIN
- * DE
- LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ARTS CHIMIQUES
- Rapport fait par M. H. Lechatelier., au nom du Comité des arts chimiques, sur un nouvel alliage d’aluminium présenté par M. Bourbouze.
- M. Bourbouze a soumis à l’examen de la Société d’Encouragement un nouvel alliage d’aluminium qui possède à peu de chose près les mêmes qualités de légèreté que le métal pur et présente sur ce dernier le grand avantage de se laisser souder facilement. Depuis la création de l’industrie de l’aluminium par H. Sainte Claire-Deville, de nombreuses tentatives restées infructueuses ont été faites pour arriver à souder ce métal. La découverte d’un procédé permettant d’obtenir ce résultat étendrait certainement les applications encore si restreintes du nouveau métal; cette question prend un intérêt tout nouveau depuis que l’on entrevoit la possibilité d’arriver par l’emploi des méthodes électrolytiques à une fabrication plus économique.
- L’étain qui s’allie facilement à l’aluminium ne peut pas cependant être utilisé directement pour la soudure de ce métal, parce qu’il ne le mouille que très difficilement. Au cours de recherches patiemment poursuivies, M. Bourbouze eut l’occasion de remarquer que l’étain impur, qui a déjà dissous de l’aluminium, mouille avec la plus grande facilité le métal pur et que cet alliage après sa solidification est également mouillé par l’étain pur. Il fut conduit par cette observation au procédé suivant de soudure : l’aluminium chauffé est frotté avec un alliage de ce métal renfermant 45 p. 100 d’étain, puis les surfaces ainsi préparées sont soudées par les procédés ordinaires. Faisant dans la même voie un nouveau pas, il reconnut que l’alliage d’aluminium renfermant seulement 10 p. 100 d’étain possède encore la propriété de se souder à l’étain, tout en conservant les qualités utiles du Tome II. — 86e année. 4e série. — Août 1887. 37
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- ARTS ÉCONOMIQUES.
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- métal pur. Cet alliage peut donc remplacer l’aluminium dans toutes ses applications.
- La densité, la fusibilité du nouvel alliage sont :
- Al Al + 10 0/0
- Densité........................................ 2.5 2.8
- Point de fusion................................ 650 635
- Il se moule avec la plus grande facilité, est susceptible de prendre un beau poli, se conserve sans altération à l’air; il prend par l’écrouissage une certaine élasticité qui facilite son emploi. Mais, pas plus que l’aluminium, il ne possède une dureté, ni une ténacité qui permettent, question de prix de revient mise à part, de l’employer indistinctement aux mêmes usages que les métaux et alliages les plus usuels.
- Votre Comité vous propose de vouloir bien remercier M. Bourbouze de sa communication et de faire insérer dans votre Bulletin le présent rapport.
- Signé : H. Lechatelier, rapporteur.
- Approuvé en séance le 22 avril 1887.
- ARTS ECONOMIQUES
- Rapport fait par M. le colonel Sebert, au nom du Comité des arts économiques, sur un extincteur d’incendie présenté par M. de Mauclerc.
- M. de Mauclerc, demeurant à Paris, 105, rue du Faubourg Saint-Denis, a soumis à l’examen de la Société d’Encouragement un appareil extincteur d’incendie dénommé l’incomparable.
- Cet appareil est une application du système, aujourd’hui bien connu, qui utilise la compression de l’acide carbonique pour obtenir la projection violente d’un jet d’eau chargée de ce gaz.
- De nombreux types d’appareils utilisant ce dispositif ont vu déjà le jour depuis l’époque, relativement récente, où l’attention a été appelée sur les avantages que peut présenter un appareil portatif susceptible de lancer à volonté un jet liquide qui agit sur les foyers en combustion non seulement par l’eau qu’il contient, mais encore par le dégagement abondant de gaz impropres à la combustion du dégagement qui accompagne l’arrivée du liquide.
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- Mais, pour que ces appareils soient d’un emploi réellement pratique, il faut qu’ils soient toujours prêts à entrer rapidement en fonction et, surtout, que leur action ne puisse être accidentellement paralysée par l’absence ou l’oubli d’un accessoire ou par le dérangement d’une pièce essentielle.
- La plupart des appareils proposés donnent prise à des critiques sous ce rapport.
- Dans les premiers systèmes où la pression était développée à l’avance et entretenue en permanence, il était à peu près impossible d’assurer la conservation prolongée de cette pression et les appareils étaient difficiles à maintenir en bon état de service.
- De nombreux inventeurs se sont, par suite, ingéniés à réaliser des appareils contenant, dans des réservoirs séparés, les deux réactifs dont l’action réciproque doit produire le dégagement de l’acide carbonique.
- C’est alors au moment du besoin seulement que l’on produit le mélange de ces réactifs ; mais, pour que le résultat cherché soit obtenu, il faut que l’appareil, rempli d’eau à l’avance, se trouve hermétiquement fermé et que la réaction soit assez rapide pour que la pression puisse se développer en quelques secondes.
- Ces conditions sont assez difficiles à réaliser à l’aide d’organes mécaniques simples qui ne soient pas susceptibles de se déranger et qui n’exigent pas, pour leur mise en marche, l’emploi d’accessoires mobiles, que l’on peut être exposé à ne pas trouver à leur place au moment du besoin.
- Si les deux réactifs destinés à produire l’acide carbonique sont à l’état liquide, comme il convient pour assurer leur prompte réaction, il est difficile de les conserver dans des vases qui puissent en assurer le mélange rapide au moment voulu et qui ne laissent pas, en temps ordinaire, se produire des suintements qui entraîneraient peu à peu le développement de la pression.
- Si pour éviter cet inconvénient on fait usage de réactifs solides devant se dissoudre dans l’eau au moment de l’emploi, on n’obtient plus une mise en marche aussi rapide.
- Dans la plupart des appareils existants, le vase spécial qui contient les deux réactifs se trouve placé à l’intérieur du réservoir qui renferme le liquide à projeter.
- Il n’est pas visible, ce qui ne permet pas de s’assurer si sa fermeture reste en bon état, et il n’est pas abordable de l’extérieur, ce qui exige
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- l’emploi d’organes assez compliqués pour en provoquer soit l’ouverture, soit la rupture, au moment voulu, sans cependant mettre l’intérieur du réservoir en communication avec l’extérieur.
- Dans son appareil extincteur d’incendie, M. de Mauclcrc remplit le réservoir avec de l’eau, tenant déjà en dissolution le bicarbonate de soude qui
- Fig. 1. — Extincteur Mauelerc au repos. Fig. 2. — Extincteur en charge.
- doit fournir l’acide carbonique. Ce dispositif, déjà en usage dans plusieurs appareils, accélère la mise en pression et simplifie le problème en n’exigeant plus que la conservation en vase hermétique d’un seul réactif.
- Il emploie pour ce second réactif une dissolution d’acide tartrique qui est, il est vrai, d’un prix assez élevé, mais qui présente l’avantage de pouvoir être conservée dans des vases métalliques, sans attaquer ces derniers, ni leurs organes de fermeture.
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- Cet acide est placé dans un vase sphérique nickelé qui surmonte le réservoir principal et reste ainsi apparent et facile à visiter.
- Ce vase se monte, à l’aide d’un pas de vis, sur le réservoir et cette opération se fait au moyen de deux poignées qu’il porte à la partie inférieure, de façon à éviter l’emploi de tout instrument accessoire.
- Le réservoir a la forme habituelle d’un cylindre de section elliptique. Il est en tôle solidement rivée et pourvu de bretelles pour être porté à dos.
- La lance se visse sur une tubulure placée à la partie supérieure et munie d’un robinet; un tube intérieur met cette tubulure en communication avec le fond de l’appareil. Cette disposition, qui évite le vidage accidentel du réservoir par un robinet mal fermé, met aussi à l’abri d’un engorgement éventuel.
- En temps ordinaire, le vase qui renferme l’acide tartrique peut rester placé sur le réservoir, soit simplement engagé sur son pas de vis,'l’orifice en bas, soit même retourné l’orifice en haut, de façon à rendre absolument impossible toute fuite qui déterminerait le dégagement lent du gaz du réservoir.
- Au moment où l’on veut se servir de l’appareil, il suffit, en saisissant le vase par les poignées, de le visser à fond sur l’orifice du réservoir, pour obtenir, du même coup, la fermeture hermétique du réservoir, et l’ouverture du vase, ouverture qui se produit à l’intérieur du réservoir, et de façon à assurer le mélange immédiat des deux liquides.
- Ce résultat, si simplement obtenu, est dû à un ingénieux emploi de vis à pas contraire.
- Le vase sphérique qui renferme la dissolution d’acide tartrique est, en effet, fermé à l’aide d’un bouchon à vis, venant presser sur une rondelle de caoutchouc, et qui s’engage sur un taraudage intérieur pratiqué de droite à gauche, c’est-à-dire en sens contraire des filets de vis habituellement employés. Le goulot de ce même vase porte, à l’extérieur, un filet de vis qui s’engage sur l’orifice du réservoir, et ce vase vient ainsi, quand il est vissé à fond, presser sur une rondelle de caoutchouc, qui assure la fermeture de ce réservoir.
- Mais ce filet de vis tourne de gauche à droite, dans le sens ordinaire des vis, de sorte que le vissage du vase, au moment de l’emploi, s’effectue dans le sens habituel.
- Le bouchon à vis à gauche, qui ferme le vase sphérique, porte deux oreilles saillantes qui, lorsqu’on visse ce vase sur le réservoir, viennent
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- buter contre deux saillies ménagées à l’intérieur de ce dernier, mais seulement lorsqu’on a déjà fait deux ou trois tours de vis.
- Si l’on continue alors à visser, ces oreilles produisent le dévissage du bouchon.
- Ce dernier, retenu par un nombre de filets moindre que celui des filets extérieurs du goulot, finit par tomber, par son propre poids, avant que le vase ne soit complètement vissé sur le réservoir; il reste d’ailleurs suspendu à un croisillon intérieur.
- Le mélange des liquides s’opère alors immédiatement, en même temps que le vase, dont on a continué le vissage, assure la fermeture hermétique du réservoir.
- L’appareil entre aussitôt en pression, et l’on peut, au bout de quelques secondes, obtenir un jet violent, qui peut projeter l’eau à plus de 10 mètres de hauteur.
- On voit, par cette description, que le maniement de l’appareil est des plus simples, et qu’il ne présente aucune complication susceptible de nuire à son fonctionnement.
- Il reste constamment prêt à fonctionner, est facile à entretenir et à visiter, et peut être employé par la première personne venue.
- La construction de l’appareil est faite avec soin ; tous les réservoirs sont éprouvés à l’eau, à une pression de 20 atmosphères, bien que la pression développée pour la réaction des charges employées ne dépasse pas 6 atmosphères.
- Il est inutile d’insister sur l’efficacité du jet obtenu pour l’extinction des incendies. Cette action des extincteurs à acide carbonique est aujourd’hui mise en évidence par trop de faits connus, et il suffit d’avoir fait ressortir les avantages de simplicité et les garanties de bon fonctionnement que présente l’extincteur de Mauclerc.
- Ces avantages ont été déjà appréciés, à la suite d’essais comparatifs faits dans un grand nombre de villes, et notamment par les soins des sapeurs-pompiers de la Ville de Paris. Ils ont valu aux appareils de M. de Mauclerc des rapports favorables, et plusieurs médailles ou prix décernés à la suite de concours.
- Ces appareils sont en service dans beaucoup d’usines et de grandes administrations, et les circonstances dans lesquelles ils ont pu être avantageusement employés sont déjà fort nombreuses.
- En conséquence, votre Comité des arts économiques croit pouvoir signa-
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- 1er l’utilité de ces appareils, et il vous propose d’insérer le présent rapport au Bulletin, de la Société avec les dessins sur bois nécessaires pour en faire comprendre le mode de construction.
- Signé : Colonel Sebert, rapporteur.
- Approuvé en séance le 13 mai 1887.
- LÉGENDE DES FIGURES REPRÉSENTANT L’EXTINCTEUR D’iNCENDlE DE M. DE MAUCLERC.
- Fig. 1. — Appareil chargé au repos.
- La partie inférieure de la figure représente l'extérieur de l’appareil qui a la forme d’un cylindre elliptique ; la partie supérieure permet de voir, au moyen de la coupe faite dans la ligure, la position de l’obturateur qui ferme la sphère lorsque l’appareil est chargé et au repos.
- Fig. 2. — Appareil chargé sous pression.
- Coupe de l’appareil montrant la sphère vissée sur le réservoir et dégagée de son obturateur. Dans cette position de la sphère, le liquide qu’elle contient s’écoule dans le réservoir et produit aussitôt le dégagement d’acide carbonique.
- A, réservoir de l’appareil renfermant une dissolution de bicarbonate de soude.
- S, sphère surmontant le réservoir contenant une dissolution d’acide tar-
- trique.
- B, bouchon à vis, ou obturateur, portant une rondelle en caoutchouc. Le filet est en sens contraire des filets ordinaires et le bouchon se dévisse quand on visse la sphère sur le réservoir, l’une des. oreilles C du bouchon venant buter sur la tige T fixée au réservoir.
- D, tube abducteur sur lequel se fixe le tuyau en caoutchouc portant la lance.
- COMMERCE
- Rapport fait par M. G. Roy, au nom du Comité de commerce, sur F ouvrage de M. Léautey intitulé l’Enseignement commercial et les écoles de commerce en France et dans le monde entier.
- M. E. Léautey a présenté à la Société d’Encouragement pour l’industrie nationale son livre sur l’Enseignement commercial dans lequel il rend compte des efforts qui ont été accomplis dans ce sens en France et dans les autres pays.
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- Il y a peu de temps que l’on a reconnu en France la nécessité de cet enseignement : on considérait comme superflues les études spéciales pour les jeunes gens qui se destinent aux affaires, et pendant longtemps la carrière commerciale a été regardée comme le refuge de ceux dont F intelligence ne se prêtait pas à autre chose. De là l’infériorité de notre commerce. On commence à croire de nos jours qu’une préparation est nécessaire; il y a quelques années, la Société d’Encouragement récompensait M. Lefèvre qui, dans son livre traitant de la monnaie, de l’arbitrage et des changes, nous a si bien démontré qu’il y a une science des affaires : on s’est aperçu que quelques années consacrées à ces études ne sont pas perdues et que si la théorie ne remplace pas la pratique, elle la facilite : elle abrège singulièrement l’apprentissage d’un jeune commerçant; on s’est rendu compte que ceux-là seuls réussissent dans les affaires qui se seraient distingués dans d’autres carrières.
- On a créé des écoles commerciales dans les principales villes de France, à Lyon, à Marseille, à Bordeaux. Paris a pris la tète du mouvement; nous y trouvons trois grandes écoles de la Chambre de commerce qui répondent à des besoins différents : l’Ecole commerciale, avenue Trudaine, destinée à former d’excellents employés; l’Ecole supérieure, qui est à la précédente ce que l’enseignement secondaire est à l’enseignement primaire; l’Ecole des hautes études commerciales, qui, ne recevant que des jeunes gens déjà préparés par de fortes études, peut aborder un enseignement un peu plus élevé (\).
- Les programmes de ces écoles sont décrits par M. Léautey; ils se ressemblent tous parce que la base en est la même : la comptabilité, les mathématiques appliquées, la géographie, l’étude des langues ; ils diffèrent par la manière dont ces choses sont enseignées, par le choix des professeurs chargés des cours. L’histoire du commerce, l’économie politique, l’étude des marchandises en sont comme le complément. L’examen des diverses marchandises, l’enseignement des transformations que subit la matière première pour arriver à l’état de produit fini destiné à la vente, c’est la science mise à la portée de nos négociants ; ces cours sont pour les élèves du plus haut intérêt, ils seraient même profitables à ceux qui croient n’en avoir plus besoin; combien d’hommes du monde, réputés instruits,
- (1) La Société d’Encouragement a décerné en 4863 sa grande médaille Chaptal à la Chambre de commerce de Paris, marquant ainsi le haut prix qu’elle attache au développement et aux progrès de l’enseignement commercial à tous ses degrés.
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- ne savent pas comment se fabriquent les choses dont ils se servent chaque jour, le verre dans lequel ils boivent, le vêtement qui les couvre!
- M. Léautey nous montre que s’il est nécessaire de savoir comment se fabriquent les marchandises diverses, il l’est encore plus de savoir les vendre ; il ne suffit pas de produire, il faut vendre, il faut trouver l’écoulement de notre fabrication. Dans ce but, il est important que l’étude des langues se répande parmi nos jeunes gens et qu’ils puissent offrir nos produits à l’étranger, en faire valoir les qualités dans la langue qu’il comprend, il faut qu’ils puissent s’informer, se pénétrer du goût et des habitudes des contrées qu’ils ont parcourues et qu’ils invitent nos industriels à s’y conformer. M. Léautey nous montre cet enseignement donné dans les écoles de commerce, les langues anglaise, allemande, espagnole prenant dans chacune d’elles un grand nombre des heures consacrées aux études; depuis que son livre a paru, la Chambre de commerce a décidé de créer à l’Ecole des hautes études commerciales des cours facultatifs d’arabe et de chinois; il importe en effet, pour répondre au mouvement colonial qui se produit chez nous, de former pour les affaires, de préparer pour l’administration des hommes ayant une première notion des langues orientales.
- Après avoir rendu compte des programmes de nos écoles, M. Léautey les compare avec ceux des grandes écoles d’Anvers, de Vienne, de Venise, et donne des renseignements sur l’organisation de chacune d’elles, sur les ressources dont elles disposent, sur l’appui que leur prêtent les communes et l’Etat; il nous montre l’enseignement commercial élémentaire répandu partout en Allemagne et faisant pour ainsi dire partie de l’instruction primaire. Cette partie du livre de M. Léautey est fort intéressante; ces renseignements, jusqu’ici épars, difficiles à se procurer, sont condensés dans cet ouvrage et facilitent les recherches de ceux qui s’occupent de ces matières.
- Un congrès international a eu lieu à Bordeaux l’an dernier où ont été examinées toutes les questions qui se rapportent à l’enseignement technique et commercial; le livre dont nous nous occupons aujourd’hui venait de paraître, il y a été justement apprécié.
- Votre Comité du commerce a l’honneur de vous proposer de remercier M. Léautey de son intéressante communication, d’envoyer son livre à la bibliothèque de la Société et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé : G. Roy, rapporteur.
- Approuvé en séance le 22 juillet 1887.
- Tome II. — 86e anné*. 4e série. — Août 1887.
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- LA LEVURE DE BIÈRE.
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- LA LE A7 U RE DE BIERE.
- CONFÉRENCE FAITE AU CONGRÈS DES BRASSEURS AUTRICHIENS LE 12 JUIN 1887 A GRAZ, PAR EMIL CHR. HANSEN, Dr PHIL. CHEF DU LABORATOIRE DE PHYSIOLOGIE DE CAIILS-RERG, COPENHAGUE.
- Messieurs, ceux de vous qui ont observé la marche progressive de l’industrie de fermentation dans les derniers temps, n’ignorent pas que j’ai réussi, il y a environ quatre ans, à introduire dans la brasserie des races de levure de culture pure et choisies judicieusement. Mes premiers essais ont été faits dans la célèbre brasserie de Yieux-Carlsberg près Copenhague.
- A l’époque ou j’ai commencé ces investigations, la question de la levure était partout un problème dans les brasseries ; c’était le point le plus faible dans tout le travail. L’échange de la levûre était général entre les brasseurs et fréquemment on mélangeait la levure provenant de brasseries différentes. De cette manière on obtenait quelquefois un bon résultat, quelquefois aussi un mauvais, plus mauvais encore que celui qui avait été la cause du changement de la levure. On travaillait dans tous les cas au hasard ; on ignorait ce qu’on introduisait dans le moût. L’analyse telle qu’on savait la faire à cette époque, se bornait à constater si la levure mère était infectée ou non de bactéries et de moisissures, mais il arrivait très souvent qu’une levure, considérée comme bonne, d’après le résultat de l’analyse, donnait une mauvaise bière et vice versa. Les critériums purement tirés de la pratique ne donnent pas non plus, comme on sait, une certitude plus grande.
- J’arrivai donc naturellement à supposer que le secret devait se trouver dans les cellules mômes de la levure et que ces cellules en apparence semblables et identiques pouvaient néanmoins provenir de races et d’espèces différentes. C’était le point de départ de mon étude des saccharomycètes. Les résultats pratiques étaient d’abord une nouvelle méthode analytique et la certitude que plusieurs des maladies les plus communes et les plus graves de la bière telles que l’altération du goût et le trouble provenaient non des bactéries, mais de certaines espèces de levure. Ce n’est qu’après la constatation de ces observations à la suite d’essais précis faits tant au laboratoire que dans la brasserie, que j’ai reconnu la nécessi té inéluctable de traiter à un nouveau point de vue la question de la levure : la levure de semence ne devrait être composée que de cellules d'une seule espèce, à savoir, de celle qui convient le mieux à la brasserie en cause.
- Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans les détails de mes recherches physiologi-ques-botaniques. Ceux des auditeurs qui s’y intéressent peuvent les étudier le mieux dans mes mémoires publiés dans le compte rendu des travaux du laboratoire de Carlsbcrg (librairie Ilagerup, Copenhague) ainsi que dans les journaux
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- spéciaux et en aperçu dans l’ouvrage de M. Joergeusen : les Micro-organismes dans l'industrie de fermentation (Berlin, 1886, librairie Paul ^Parey). Le but de ma conférence est de vous éclairer sur l’utilisation pratique des études prémentionnées.
- Ainsi que je viens de le dire, c’est en 1883 que j’ai introduit la première fois la levure pure dans la brasserie de Vieux-Carlsberg qui continue, depuis cette époque, à baser toute sa fabrication sur la levure pure, les deux races désignées sous les n09 1 et 2. Des races déterminées de levure de culture pure choisies systématiquement d’après mes méthodes ont été introduites plus tard, non seulement dans toutes les grandes brasseries de Danemarck et de Norvège, mais aussi dans un grand nombre de brasseries à l’étranger et notamment en Bavière. La réforme s’introduit sans cesse grâce au concours de plusieurs de mes collègues zymotech-niques et d’élèves capables. Afin de nous démontrer qu’il ne s’agit pas d’essai en petit, je vous dirai, à titre d’exemple, que la production annuelle de la brasserie de Yieux-Carlsbergest 200 000 hectolitres de bière de garde et d’exportation; la production de Nouveau-Carlsberg est presque la même et celle de la troisième brasserie en importance près Copenhague est de 66 000 hectolitres La plus grande partie de ces bières est fabriquée avec ma levure n° 1, une faible quantité seulement avec la levure n° 2. La première de ces races choisie spécialement pour des conditions telles qu’elles existent en Danemarck fournit donc annuellement pour plusieurs millions de bière et elle a fait ses preuves pendant des années.
- Bien que de nombreux praticiens intelligents et d’éminents techniciens dans les divers pays aient travaillé avec succès dans l’intérêt de cette innovation, il y a eu fréquemment des malentendus, de sorte qu’on y a vu, d’un côté trop, et de l’autre trop peu. C’est là le point essentiel sur lequel porte ma conférence. Je vous exposerai à grands traits les avantages qui résultent réellement de l’emploi de ma levure pure et je vous entretiendrai ensuite des malentendus et des erreurs auxquels mes travaux ont donné lieu.
- Yoici les avantages :
- 1° On se garantit un résultat certain, un travail rationnel, tandis qu’aupa-ravant tout était incertain, tout dépendait du hasard;
- 2° On préserve la bière de maladies qui peuvent être la cause de grandes pertes pécuniaires;
- 3° On obtient une levure qui a comme levure semence une plus grande valeur dans le commerce ;
- 4° On contribue au développement de l’industrie de fermentation, ce qui doit avoir une grande importance pour tout praticien intelligent.
- Arrivons maintenant aux malentendus et aux erreurs :
- 1° Il y a malentendu si on croit que la levure pure peut faire tout. Je dois insister ici sun ce que les conditions requises par rapport à la préparation du malt,
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- du moût, etc., restent les mêmes qu’auparavant. Si on commet une faute sous ce rapport, on n’obtient pas de la bonne bière, même avec la levure pure.
- 2° Une levure de culture pure introduite une fois dans la brasserie ne se conserve pas suffisamment pure à l’infini. Le moût sur le bac refroidissoir ouvert s’infecte de micro-organismes différents notamment dans les mois d’été et d’automne, comme l’illustre M. Pasteur l’a si clairement démontré. Il y a infection également par l’air impur surtout dans les caves de fermentation où il n’y a pas de purification de l’air ni machines à glace. L’infection peut être apportée encore par les ustensiles et les hommes. Bien qu’à conditions égales une levure pure puisse servir plus longtemps qu’une levure impure, il arrive toujours un moment où il est nécessaire de renouveler aussi la levure de culture pure. Ce moment doit être déterminé par l’analyse (1). Les conditions locales et les saisons exercent une grande influence sous ce rapport ; il n’y a pas de règle fixe et je dois rappeler aussi que les différentes races ne possèdent pas la même force de résistance.
- (1) L’analyse est faite, comme connue, d’après la méthode que j’ai élaborée en 1881 et 1883 à l’aide du mode de développement des endospores ; j’ai fait remarquer dans les travaux y relatifs que les saccliaromycètes peuvent avoir une réaction différente, et ce non seulement dans un milieu liquide, mais aussi dans un milieu nourricier solide et qu’en conséquence on obtient de différentes manières des caractères distinctifs pour les différentes espèces et par suite aussi des points de repère pour l’analyse. Mes travaux déjà publiés renferment des communications explicites sur les phénomènes morphologiques et physiologiques afférents aux espèces dans les solutions nourricières; plus tard, j’ai étudié en détail leurs végétations et leurs formes dans divers milieux solides. Je citerai seulement quelques résultats bien concluants.
- Lorsqu’on transporte séparément à l’aide d’une aiguille les six races de saccharomyoètes connues par mes travaux dans de la gélatine nourricière (moût de bière additionné de 5 1/2 p. 100 de gélatine) qui est renfermée dans de petits ballons fennés avec du coton et conservés à la température de 25° c., on constate au bout de H à 14 jours des différences microscopiques entre les végétations qui se divisent en quatre catégories plus ou moins distinctes entre elles. Le Saccharomyces ellipsoideus I se place à part, attendu que la surface de sa végétation se fait remarquer par une structure particulière en réseau, de sorte qu’on peut la distinguer à l’œil nu des cinq autres. Dans des cultures semblables où, au lieu de moût, on a pris de l’eau de levure additionnée de gélatine et l’on a opéré à la température de 15° c., le Saccharomyces Pastorianus II avait, au bout de 16 jours, des végétations à bords unis, tandis que ceux du Saccharomyces Pastorianus III se présentaient avec des cils. L’examen microscopique a fait reconnaître dans ce cas aussi des différences morphologiques entre les deux espèces ; mais cela n’est pas toujours le cas dans les cultures faites dans un milieu solide, car, selon les circonstances, il y a des différences môme plus faibles qu’entre les cultures dans un milieu liquide. 11 va de soi qu’on doit tenir compte des sources d’erreurs qui se produisent dans les recherches de ce genre. Antérieurement j’ai indiqué brièvement les principes et j’y reviendrai. Avant de quitter ce thème, je dois encore faire remarquer que quelques-unes de mes espèces produisent, dans certaines conditions de culture, un mycélium, ce que d’autres ne font pas. Les méthodes de coloration employées dans la bactériologie ont fait reconnaître également des différences de races non absolument spécifiques, mais graduelles. Une importance plus grande pour l’analyse pratique doit être attribuée aux différences observées par moi dans la structure des spores des espèces cultivées de levure de fermentation basse et des levures sauvages. L’expérience a confirmé entre temps que la méthode primitivement indiquée par moi est encore la meilleure.
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- 3° Une seule et même race de levure n’est pas propre pour toutes les brasseries. Ce qu’on appelle levure basse de brasserie ne se compose pas d’une seule et même race, mais bien de plusieurs races et espèces distinctes qui donnent des bières de qualité et de conservation inégales et d'un goût différent, et qui agissent différemment dans la cave de fermentation et dans la cave de garde. Chaque brasserie doit choisir systématiquement la race spéciale qui convient le mieux à sa fabrication et c’est l’un des progrès essentiels réalisés par mes travaux que de pouvoir faire maintenant ce choix judicieux.
- 4° Une levure de culture pure isolée d’une levure de bière ordinaire et impure et très souvent provenant par conséquent d’un mélange de plusieurs espèces ne donne pas exactement le même produit que le mélange de levure même. Il y a notamment dans le goût presque toujours une petite et quelquefois même une assez grande différence. Par l'emploi de cette levure, on obtient un produit meilleur et avant tout plus égal que précédemment; mais dans la pratique on commettrait une faute en introduisant subitement la levure de culture pure dans toute la fabrication à cause du changement du caractère de la bière qui peut parfois mécontenter les clients. On doit donc procéder progressivement.
- lia été dit plus haut que certaines races ou espèces de levures de brasserie sont moins résistantes que d’autres et doivent être renouvelées plus souvent. Les levures nos 1 et 2 de Carlsberg offrent un exemple frappant. Tandis que la levure n° 1 se maintenait suffisamment pure, en règle générale pendant six à huit mois, la levure n° 2 ne résistait dans ces conditions identiques que pendant deux à quatre mois. Il va de soi que le danger d’infection est relativement grand pour les races faibles. Pour cette raison, il y a nécessité de faire entrer dans la cave de fermentation à courts intervalles des quantités de levure de culture pure aussi forte que possible afin de remplacer en peu de temps la levure ancienne plus ou moins infectée. D’après mon ancien procédé, c'est déjà un grand travail de fournir deux fois par mois la levure pure pour un hectolitre de moût. Mais au moment où j’ai pu constater l’insuffisance de ce moyen pour certaines races, j’ai éprouvé le désir d’aller plus loin et je me suis mis en rapport avecM. Külile, directeur de la brasserie à Vieux-Carlsberg. En 1885, nous nous sommes mis ensemble à l’œuvre pour installer
- Les études dont il est question ci-dessus, en tant qu’elles ne sont pas déjà publiées, paraîtront comine suite de mes Recherches sur la physiologie et la morphologie des ferments alcooliques (Compte rendu de notre laboratoire de Carlsberg. Librairie Hagerup, Copenhague). Ces études faites à différents points de vue confirment l’exactitude de la manière de voir sur laquelle se base l’importance pratique de mes travaux, savoir que les saccliaromycètes se divisent réellement en espèces bien distinctes. J’ai publié à diverses occasions des observations traitant de la variabilité de ces organismes, mais j’ai retardé avec intention jusqu’à présent un travail spécial sur cette question compliquée. Les études précitées devront être achevées avant que je puisse procéder avec chance de succès à des recherches expérimentales et systématiques sur les variations, sur leurs conditions et leurs limites.
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- dans la cave de fermentation même un appareil pour la production continue en masse de levure absolument pure. Nous nous proposions de fournir à la brasserie de fortes quantités de levure tous les dix jours.Après quelques mois, le projet a pu être mis à exécution. L’honneur en revient principalement à M. Ivühle.
- L’appareil (fig\ 1) est construit sur les principes du ballon à deux cols
- Fig. 1. — Appareil pour la production continue de la levure de bière pure.
- de M. Pasteur et se compose de trois parties et de la tuyauterie nécessaire : Une pompe à air t et un réservoir à air G.
- Un cylindre à moût A.
- Un cylindre à fermentation B.
- I. La pompe à air t est actionnée par la machine à vapeur et le réservoir C est rempli d’air comprimé à 3-4 atmosphères.
- IL Le cylindre à moût A est stérilisé à l’aide de la vapeur chaude arrivant
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- sous pression des conduites à vapeur de la brasserie, ensuite de quoi il est rempli d’air stérilisé. L’air arrive sous pression du réservoir et il est stérilisé dans un filtre consistant en une capsule remplie de coton d. Le moût bouillant est amené du tuyau de décharge de la chaudière de la brasserie directement dans le cylindre. Le refroidissement s’opère par le ruissellement d’eau froide e; la quantité d’air nécessaire à l’aération passe par le filtre d.
- III. Le cylindre de fermentation B est stérilisé de la même façon que le cylindre à moût. Il a un filtre h de la même construction que celui du cylindre à moût et un indicateur du niveau du liquide x. Sur ce cylindre est monté un tuyau pour le dégagement de l’acide carbonique o, p, un agitateur K pour mélanger la levure avec le moût et un petit tuyau / pour introduire la levure et pour prendre des échantillons. On ne verse qu’une seule fois de la levure et l’appareil fonctionne alors pendant un an ou plus si l’on veut. Relativement aux robinets, il y a lieu de faire remarquer que le robinet de décharge du cylindre de fermentation m est d’une construction particulière de façon que le liquide même en entretient la propreté et qu’il ne peut y avoir d’infection venant du dehors.
- Le moût passe par un tuyau an du cylindre à moût dans le cylindre de fermentation. Aussitôt que son niveau approche du petit tuyau à levure, on ferme le robinet jusqu’à ce que la levure soit introduite, ensuite de quoi on remplit le cylindre à hauteur de la marque placée en haut à l’indicateur du niveau, on procède au mélange et on a alors 220 litres de moût stérilisé mis en fermentation avec de la levure absolument pure.
- On soutire cette bière après environ dix jours et pendant cette opération on laisse passer l’air par le filtre. Aussitôt qu’il se produit un peu de mousse, on arrête ; on ajoute alors du moût, on agite et l’on prend 27 litres de ce mélange de moût et de levure. On ajoute de nouveau du moût, on agite et l’on prend encore 27 litres de ce mélange. La graduation de l’indicateur du niveau indique les quantités. Dans ces 54 litres soutirés, on a de la levure semence pour 8 hectolitres; le restant de levure dans le cylindre suffit pour mettre de nouveau 220 litres en fermentation et on continue ainsi sans interruption.
- Un cylindre de fermentation fournit donc par mois de la levure semence absolument pure pour 24 hectolitres de moût. Si on veut aller plus loin, on peut soutirer la levure quatre fois au lieu de trois, ou placer deux ou plusieurs cylindres. A Vieux-Carlsberg il y en a deux en fonction, l’un pour la levure n° 1 et l’autre pour la levure n° 2.
- Dans la manipulation, il faut veiller principalement à deux choses :
- 1° La vapeur doit être assez chaude et agir un assez long temps pour produire une stérilisation réelle ;
- 2° Pendant le refroidissement et le soutirage, il doit y avoir dans le cylindre toujours une pression d’air stérilisé.
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- Si ces deux conditions sont remplies, il n’y a pas d’infection possible.
- A la fin de l’année 1886, M. G. Jacobsen, à Nouveau-Carlsberg, a également introduit cet appareil dans sa brasserie. Son inspecteur principal, M. Henningsen, a fait quelques modifications et améliorations dans l’installation qui est faite ici dans un local au-dessus du sol. Plus tard, l’appareil a été placé à Tuborg près Copenhague et dans la brasserie Trochgorny, à Moscou. Tous ces appareils ont été fournis par M. Jensen, chaudronnier, Studiestraele, Copenhague. M. le directeur Feltmann, à Rotterdam, a fait faire dans cette ville un appareil essentiellement construit d’après le modèle de celui de Vieux-Carlsberg.
- J’espère que ces explications permettront à mes auditeurs de se faire une idée de l’importance d’une levure pure choisie systématiquement ainsi que de la construction et l’emploi de l’appareil de culture à l’usage de la grande industrie. Plus tard je me propose, dans notre compterendu, de publier une communication plus étendue à ce sujet.
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- APPLICATION DES DÉPÔTS ÉLECTROLYTIQUES DU FER A LA FABRICATION DES COINS MONÉTAIRES PAR E. ROMY.
- Le fait de la possibilité de déposer le fer directement par l’électrolytise est connu depuis longtemps. Les résultats les plus anciens apparaissent obtenus par M. Rockbushmann, qui, en 1846, déposa sur du cuivre une couche de fer de 2 millimètres d’épaisseur. A l’Exposition de Paris en 1857, on a remarqué des spécimens de fer électrolytique, remis par M. Feuquières (1). En 1858, M. Garnier prit un bre\ret pour protéger les surfaces des plaques de cuivre gravées destinées à l’imprimerie; c’est, peut-être, la même année que M. Klein, de l’imprimerie impériale de Saint-Pétersbourg, commença les expériences qui finalement lui ont permis d’exécuter de si beaux et nombreux ouvrages au moyen de l’élcctrolyse.
- Il s’associa par la suite avec Jacobi, dont le nom est si intimement lié aux premiers perfectionnements de l’électro-métallurgie, et une patente au nom de Klein et Jacobi fut prise en iVngleterre en 1869 (2). Dans cette année M. Jacobi visita ce pays et je lui dois une série de détails spéciaux sur la manière d’opérer pour avoir les meilleurs résultats, de sorte que, guidé par lui, j'ai réussi à reproduire un certain nombre de plaques et de médaillons.
- Excepté quelques applications à l’imprimerie, aucun usage pratique n’a été
- (1) L’Art de l’Électro-Métallurgie, pat-G. Gore, 44, D. E. H. S, p. 243.
- (2) Spécification du brevet n'1 2456.
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- fait des dépôts électrolytiques de fer, jusque dans ces dernières années. C’est alors que M. P. Hubert Desvignes, un mécanicien amateur, d’une singulière habileté, me pria de lui fournir des médaillons en une matière première aussi dure que possible dans le but de s’assurer des qualités d’une machine créée par lui pour la réduction des modelages artistiques. Je lui ai indiqué l’emploi de reproductions en fer électrolytique et il réussit à reproduire avec une telle fidélité les réductions en métal et en ivoire, que du coup il établit la supériorité à tous égards des modelages en fer sur ceux de cuivre obtenus ordinairement par l’électrolyse.
- La préparation des coins pour les monnaies qui doivent être frappées à l’occasion du jubilé de S. M. la Reine, offrit une occasion de généraliser l’emploi des dépôts de fer indiqués. Les modèles en plâtre ont été reproduits en creux par un dépôt électrique de cuivre, par la méthode ordinaire : les moules, ainsi préparés, ont reçu le dépôt en fer. Le fer a été reconnu dur et d’excellente qualité, et jusqu’à cette date (1), des effigies et revers pour toutes les espèces de coins de monnaies d’or et d’argent, ainsi que ceux pour des médailles, ont été exécutés par la machine de réduction, sur des modèles en fer électrolytique.
- Comme le dépôt électrolytique du fer sur une aussi grande échelle ne s’est pas généralisé, il sera probablement utile d’ajouter ici quelques détails sur la méthode à suivre.
- Le bain employé est composé de sulfate de protoxyde fer et de magnésie, dans la proportion des équivalents, d’une densité de 1,155. La solution doit être suffisamment neutralisée par l’addition de carbonate de magnésie pour que le papier de tournesol soit à peine rougi et indique de l’acidité faible. Un pôle de fer forgé, de la même grandeur environ que l’objet qui doit recevoir le dépôt, est nécessaire ; la distance la plus convenable entre les pôles est, d’après l’expérience, de 4 centimètres environ.
- Le secret du succès réside vraisemblablement dans l’emploi de courants très faibles. M. W. H. Preece (F. R. S.), électricien de l’administration des postes, m’a facilité, avec beaucoup d’amabilité, les moyens de déterminer les intensités des courants employés, et il sera suffisant d’indiquer que le courant le plus approprié, pour un dépôt du fer sur un médaillon, dont la surface mesurait 560 centimètres carrés, correspondait à 0,089 ampère; ce courant était fourni par deux éléments Smée ayant chacun une plaque d’argent platiné de 50 centimètres carrés et accouplés en tension.
- La seule difficulté du procédé est la longueur de temps nécessaire pour l’exécution. Il faut, pour obtenir l’épaisseur voulue du médaillon, un courant continu pendant trois semaines.
- (!) 5 avril 1887.
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Août 1887. 39
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- Une grande difficulté a été également la séparation du cuivre et du fer dont l’adhérence est souvent cause d’éraillements de l’objet et d'insuccès de l’opération. Pour diminuer cette adhérence, on a imaginé de nickeler légèrement le cuivre, et, après l’avoir terni préalablement, par une exposition suffisante à l’air, on fait déposer une seconde couche de nickel; c’est sur celle-ci qu’on fait alors le dépôt de fer.
- Mais, même avec ces précautions, plusieurs moules sont parfois perdus par une adhérence partielle du cuivre et du fer, même à travers le nickel interposé.
- En ce moment, je fais quelques essais de dépôt de fer dans des moules de cuivre,recouverts d’une faible couche d’iodure d’argent, que l’on sait être bon conducteur. Je suis en même temps occupé à déterminer divers autres points scientifiques très intéressants touchant l’électrolyse du fer.
- (Extrait du 70e rapport annuel du Deputy master of the Mint, 18 mai 1887.)
- COMMERCE
- PRODUCTION DE LA SOIE EN PERSE
- Les districts les plus importants de la Perse, comme production de soie, sont: le Khorassan, dans l’est; les provinces de la côte méridionale de la mer Caspienne et au nord de la chaîne d’Elborz (nommées Gilan-Mazanderan et As-trobad) ; le centre de la Perse, qui forme un district entre Kashan-Yezd et le nord de Fars et Ispahan ; et enfin la région de Azerbayan, dans l’extrême nord-est.
- Dans le district de Gilan et Mazanderan, d’après le rapport du consul général anglais de Téhéran, presque chaque famille élève des vers à soie; la soie produite se vend peu et est presque tout entière manufacturée dans le pays par les femmes de la famille, qui la transforment en chemises, pantalons, mouchoirs, etc. Dans les autres districts, la soie est généralement vendue, à l’exception d’une faible portion qui est consommée pour les usages domestiques.
- La soie écrue de Perse peut se diviser en trois classes: Yabrishum, le guruk et le las. Suivant la finesse, la couleur, la ténacité du brin, etc., on distingue des catégories diverses sous ces trois dénominations. A Gilan et Mazanderan, la récolte se fait vers la fin de mai, et arrive aux marchés en août et septembre ; tandis que dans le Khorassan et les autres districts, la récolte est plus tardive et ne se fait qu'en juin et juillet. La production du Khorassan est annuellement d’environ 7 360 kilog. Les centres du marché de ce district sont Sabzvar et Nishapoure, 36° latit. nord, de 900 à 1200 mètres d’élévation au-dessus du niveau de lamer, sur les
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- confins septentrionaux du désert salé de la Perse centrale. La qualité est généralement bonne et est disposée en écheveaux de 0m,75 de longueur. Une petite portion est envoyée au Yezd et à Kashan; quelques acheteurs russes en exportent une partie par le port d’Astrobad situé sur la mer Caspienne : la plus grande partie toutefois est confectionnée en pièces pour la consommation locale.
- La production était jadis de 18 000 kilog. La production des bords de la mer Caspienne (Gilan, Mazanderan et Astrobad) est considérée comme la meilleure, au point de vue de la qualité : elle est estimée à 7 000 balles de 29ks,50 chaque. Une balle de ce poids à Resht ne pèse plus que 28 kilog., lorsqu’elle arrive à Téhéran ; cette différence résulte de la perte d’humidité, due à la variation des deux climats, l’un très humide et l’autre très sec. La quantité de soie vendue sur le marché, de la provenance de Gilan, était en 1882 de 195 810 kilog. ; elle est enroulée en écheveaux de 0m,50 environ de longueur et se vend à Resht, Lahija et Fumen, principaux marchés au prix de 12 à 14 tomans par shaman de 5kg,890, le toman valant environ 10 francs. La soie de Gilan est quelquefois mêlée à la soie de Shirwan, du Caucase et envoyée à Téhéran. La soie qui est manufacturée sur place en franges, passementeries, cordons, et autres articles du même genre, en lacets, reçoit le nom de soie d'alogbondi. La soie pour coudre, teinte en diverses nuances, coûte, à Resht, de 16 à 18 kérans les 453 grammes, le kéran équivalant à Ofr. 10. La meilleure soie de 14 tomans ou 140 francs par 13 livres ou 5kg,89 est seule employée à cet usage ; on peut compter que les frais de peignage, teinture et filage entrent dans le prix pour 50 p. 100 : la quantité de soie ainsi convertie en fil pour la couture est de 9160 kilogrammes.
- La plus fine soie de Gilan est produite dans les environs de Lahijan, dans certains villages, de la propriété de Mirza Mohammed Ali-Khan.
- La production de la province voisine du Mazanderan s’élève à environ 15 850 kilogrammes par an; l’espèce n’en est que de qualité moyenne, et coûte rarement au delà de 10 tomans pour 18 livres ou un peu moins de 17 francs par kilogramme. On la vend en écheveaux de 30 à 35 kilogrammes chaque. Le centre de la vente se trouve pour cette sorte à Barfurush.
- La production en soie des districts du centre de la Perse s’élève à environ 5 890 kilogrammes par an ; c’ est la soie la plus inférieure, qui ne s’exporte pas au dehors et se manufacture entièrement dans le pays. La culture du mûrier, en grandes plantations, est la base de la production ; de sorte que l’eau étant assez rare, il n’est pas probable que la production puisse être augmentée, tant que cet élément essentiel ne variera point. La hauteur maxima à laquelle on estime en Perse qu’on puisse s’élever pour l’éducation des vers à soie correspond à environ 1975 mètres au-dessus du niveau de la mer.
- En résumé, d’après les documents statistiques les plus dignes de foi, la pro-
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- AGRICULTURE.
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- duction totale de la soie écrue, se présentant sur les marchés, est en moyenne de 275425 kilogrammes d’une valeur d’environ 4 millions de francs ; la quantité exportée de 1881 à 1882 est estimée à 183 465 kilogrammes.
- (.Journal of Society of arts.)
- AGRICULTURE
- EXTRAIT D’UNE ÉTUDE D* AGRICULTURE ET d’ÉCONOMIE RURALE SUR LE DÉPARTEMENT DE l’eURE, PAR M. ANDRÉ ROURGNE.
- La Société d’Encouragcment, dans sa séance générale du 24 décembre 1886, a décerné pour cette étude un prix de 1000 francs à M. André Rourgne, professeur départemental d’agriculture à Evreux.
- I. Les céréales. — Le froment. —- La production du froment joue un rôle considérable dans la culture du département de l’Eure.
- M. A. Passy, dans les notes agricoles qui précèdent son Etude géologique, rappelle par les chiffres suivants l’étendue occupée par cette graminée.
- En 1800...................................... 95 21 o hectares.
- En 1804................................... . 125 497 »
- En 1852 (enquête décennale).................. 1 17 387 »
- Cette dernière étendue est aussi celle que donne l’enquête agricole de 1866; elle a été également citée par M. l’inspecteur général Heuzé dans les Primes d’honneur.
- Si nous prenons maintenant les surfaces énoncées par le Bulletin du ministère de ïagriculture d’après les rapports des préfets, pour les années 1880 à 1885, nous aurons une étendue moyenne de 104 973 hectares; mais si nous tenons compte du chiffre réellement trop bas de 1883, les ensemencements ayant été rendus des plus difficiles ou même impossibles dans quelques cas par un automne très pluvieux, nous aurons comme moyenne étendue, pour les quatre autres années, 106 990 hectares.
- Le froment occupe environ Jes 30 centièmes des terres labourées. Cette forte proportion s’explique facilement si on pense que l’assolement biennal et l’assolement triennal sont les seuls en usage.
- La culture du froment n’a pas vu croître son importance depuis le commencement du siècle, contrairement à ce qu’on observe dans d’autres régions (la Mayenne, la Haute-Vienne) ; la raison en est bien simple : là-bas, les chemins de fer ont permis d introduire la chaux pour amender le sol; ici les marnages étaient pratiqués dès le xie siècle ; aussi les progrès de la culture ont-ils plutôt porté sur l’augmentation des rendements que sur l’étenclue cultivée.
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- Dans tous les cantons où la jachère nue subsiste encore, le blé est semé sur la fumure; partout où la jachère a fait place à des cultures sarclées, colza, betteraves, racines diverses, le froment vient après ces productions; mais souvent, même dans ce cas, la petite culture n’a pas renoncé à fournir de l’engrais à la céréale et elle lui consacre une demi-fumure. La grande culture soutient la fertilité du sol par des engrais artificiels.
- Les froments sont généralement semés sur le labour et enfouis à la herse. Quelques fermiers sèment encore sans raies ; dans le Lieuvain, les blés sont cultivés en billons; dans plusieurs cantons, le labour est fait en planches bombées (Bourgtheroulde, Amfreille), mais partout ailleurs, il est exécuté en planches plates.
- Le semis est toujours fait à la main par la petite culture ; les grandes fermes emploient les semoirs en lignes (Smyth, Liot) ou le semoir mécanique à la volée de Ben Reid.
- A la volée, on emploie environ 2 hectol. 25 de semence à l’hectare. Le chaulage et le sulfatage sont usités dans un grand nombre d’exploitations : quelques cultivateurs négligent encore de prendre ce soin et leurs récoltes s’en ressentent.
- Les blés Goldendrop; de Saumur, Victoria, Hallet, Chiddam, rouge d’Ecosse, rouge de Bordeaux, de Brunswig, Spalding, et autres variétés recommandées, sont semés par la grande culture qui a fait aussi quelques essais du blé Scherif-square-headed. Les petits fermiers cultivent encore trop souvent le blé Chicot, de Caen; quelques-uns ont adopté les blés Bleu de Noé et de Saint-Laud.
- Les blés de printemps ne sont produits dans l’Eure que sur des surfaces très restreintes. Dans les années où, comme en 1883, un automne pluvieux entraîne l’exécution des semis des variétés d’automne, les cultivateurs les remplacent dans la sole par de l’orge ou de l’avoine au printemps.
- Les soins d'entretien donnés à la récolte sont trop souvent nuis dans le département, sauf l’échardonnage qu’on exécute assez ponctuellement. La petite culture a trop souvent des récoltes envahies par la nielle et le coquelicot; sur le plateau qu’on traverse en allant de Verneuil à Conches et dans quelques parties du Lieuvain, les blés sont généralement infestés par l’avoine à chapelet connue ici sous le nom de gernotte.
- Les hersages et les roulages sont toujours exécutés dans les grandes fermes.
- La récolte est faite à la faucille, à la sape ou à la faulx ; c’est cette dernière qui est employée presque partout où la moissonneuse n’a pas encore été adoptée. Toutes les grandes exploitations sont munies de cet utile instrument; mais les cultivateurs n’ont pas renoncé pour cela à la main des moissonneurs ; ils leur réservent tout au moins les pièces difficiles afin de maintenir auprès d’eux les ouvriers.
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- L’usage de la moyette est très généralement répandu, sauf dans le Lieu-vain où la plupart des fermiers sont encore dans l’habitude de faire du chaume.
- La grande culture exécute quelquefois ses battages aussitôt après la moisson. Le travail est fait par la machine de la ferme.
- La moyenne culture fait battre par des entrepreneurs soit après la moisson, soit pendant l’hiver.
- Il n’y a plus que la toute petite culture qui égraine sa récolte au fléau.
- Les grains sont consommés sur place ou livrés. Ceux destinés à la nourriture du personnel sont moulus par un meunier du voisinage ; les autres sont portés à la halle.
- La paille est le plus généralement employée sur la ferme ; quelques baux donnent le droit d’en vendre une partie dans les contrées voisines des villes. Le plateau de Saint-André en livre une certaine quantité pour les fabriques de papier de la vallée d’Eure.
- Dans le Lieuvain, les pailles de blé servent aussi à couvrir les bâtiments ; l’emploi du chaume fait place de plus en plus à l’emploi de la glane (paille de toute sa longueur, triée avec soin). La glane bien préparée se vend jusqu’à 9 et 10 francs les 100 kilogrammes.
- D’après les notes données par M. A. Passy, le rendement du froment était en moyenne, pour les huit années comprises de 1812 à 1820, de 16 hectolitres à l’hectare. — Si nous prenons les rendements énoncés par le Bulletin du ministère de l'agriculture pour les quatre années dont nous avons parlé, nous aurons un produit moyen annuel de vingt hectolitres par hectare (ce chiffre est un peu supérieur à celui que nous donnerait une moyenne décennale : 19 hectolitres environ).
- D’où :
- Production moyenne annuelle: 106 990 x 20 = 2 139 800 hectolitres.
- Mais nous ne quitterons pas cette évaluation du produit moyen sans faire remarquer que les diverses contrées naturelles sont loin d’y contribuer pour des parts égales; le pays d’Ouche a une récolte moyenne avec 14 hectolitres; la plaine de Saint-André, le Lieuvain et le plateau de Madrie arrivent à 18 hectolitres ; le Neubourg atteint 22 hectolitres; et le Yexin va jusqu’à 2o, peut-être même au delà.
- Le nombre des gerbes pourrait nous servir à évaluer le rendement de la paille. Les cultivateurs comptent généralement qu’il faut battre vingt-cinq gerbes pour avoir un hectolitre de grain; ce calcul nous donne cinq cents bottes de paille
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- pesant 6 kilogrammes environ par hectare, soit 3 000 kilogrammes de paille, D’où :
- Production moyenne annuelle : 106 990 x 30 quint. =3 209 700 quintaux.
- La récolte du froment, estimée en argent, d’après la valeur moyenne du grain en 1 884 (valeur donnée par le Bulletin) et de celle de la paille, serait donc d’une valeur brute totale de :
- Grain : 2 139 800 hcelol. x 17 fr. 38= 37189 724 francs.
- Paille: 3 209 700 quint, x 4 fr. 00 = 12838800 »
- Total : 60 088 524 francs.
- Le seigle. — La culture du seigle n’est plus généralement pratiquée qu’en
- vue de l’emploi spécial que l’on fait de sa paille. Dans aucune région du dépar-
- tement, il n’occupe de surfaces importantes, mais on le trouve partout.
- Yoici, d’après M. A. Passv et d’après l’enquête agricole, les étendues qu’on lui consacrait :
- En 1800...................................................... 15 220 hectares.
- En 1804..................................................... 14 330 »
- En 1852...................................................... 11 674 »
- En 1862...................................................... 10 042 »
- D’après les données du Bulletin de 1880 à 1883, l’étendue moyenne occupée par cette céréale chaque année est de 9 770 hectares.
- Le seigle occupe la même place que le froment dans l’assolement : on lui donne une fumure ou au moins une demi-fumure, afin de favoriser le développement des tiges; on sème dru pour leur donner de la finesse.
- La culture du seigle, telle qu’elle est faite ici, ne présente pas de remarques intéressantes à faire quant aux procédés suivis. La récolte se fait à la faulx, on bat au fléau ou à la truie.
- Le grain de seigle rentre dans la préparation du pain dans les fermes, non pas par raison d’économie, mais plutôt parce que le pain ainsi préparé conserve plus longtemps sa fraîcheur.
- Dans nombre d’exploitations, ce grain est entièrement utilisé pour l’alimentation des porcs.
- Le rendement moyen du seigle pendant les cinq dernières années est, d’après le Bulletin, de 20 hectolitres à l’hectare, ce qui correspond à une production totale moyenne annuelle de 201 262 hectolitres.
- La paille, qui peut être évaluée au rendement moyen de 4 000 kil. à l’hectare, ne fournit guère que de 28 à 30 quintaux de gerbée après le peignage; la gerbée se vend de 3 fr. 50 c. à 4 francs les 20 kilogrammes.
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- La récolte brute du seigle, estimée d’après le prix moyen du grain en 1884 {Bulletin) d’après la valeur de la gerbée et en comptant en plus les déchets de paille à raison de 2 fr. 50 le quintal, vaudrait donc année moyenne :
- Grain : 201 262 hectol. x 11 fr. 25 = 2 264197 fr. 50
- 3 75 2ÔÎT
- X 10 x 2 fr. 50
- Gerbée : 9 770 hect. x 30 'i x Paille : 9 770
- 5 495 625 244 250
- Total: 8 004 052 fr. 50
- Le méteil. — Le méteil et le champart ne sont plus guère produits que sur les terres que fait valoir la petite propriété ; le grain récolté est consommé par ceux qui le produisent et ce n’est qu’exceptionnellement qu’on en trouve sur les marchés.
- Le mot champart est un terme local dont on se sert pour désigner un mélange des deux grains dans lequel la proportion pour le froment est d’environ les deux tiers.
- D’après M. A. Passy, la culture du méteil s’étendait sur 28 900 hectares en 1800 et sur 12 007 hectares en 1862.
- L’étendue moyenne prise par cette culture a été pour les cinq dernières années de 3 940 hectares pour chacune d’elles [Bulletin).
- Cette production a donc perdu de son importance depuis le commencement du siècle ; en effet, la surface se trouve réduite des six septièmes.
- Le méteil et le champart viennent toujours sur la fumure; les procédés pratiques locaux n’offrent rien de particulier à signaler.
- Ces grains n’étant demandés qu’aux petites terres, nous ne nous étonnerons pas d’observer un rendement à l’hectare moindre que pour le seigle ; dans la production de celui-ci, en effet, figurent des terres fertiles, auxquelles on demande bien plus la paille que le grain; celui-ci, produit secondaire, n’en est pas moins très abondant dans ces terres productives.
- Le rendement moyen à l’hectare serait, d’après les récoltes des cinq dernières années, de 18h ,95, — d’où une production totale moyenne annuelle de :
- 3940hect. x 18 hectol. 95 = 74663 hectolitres.
- Le rendement moyen en paille peut être porté à 28 quintaux par hectare, soit au total :
- 3940hect. x 28 quint. = H0320 quintaux.
- La valeur brute de la récolte moyenne annuelle du méteil serait aux prix de 1884 :
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- Grain: 74 763 hectol. x 15 fr. 50 == 1157 276 fr. 50
- Paille : 110320 quint, x 3 fr. 50 = 386 120 fr. 00
- Total : 1 543 396 fr. 50
- L’avoine. — La culture de l’avoine a vu son importance s’accroître depuis le commencement du siècle, ainsi qu’en témoignent les chiffres suivants :
- En 1800, cette plante occupait.........• • • 41 340 hectares (Passy).
- 1804 .................................... 29 666 » (Enquête).
- 1852 .................................... 66 995 » »
- 1862 .................................... 71 150 » (Passy).
- L’étendue moyenne occupée chaque année de 1880 à 1884 serait, d’après le Bulletin du ministère de Vagriculture, de 69 770 hectares.
- Le plateau de Saint-André, une partie de celui du Neubourg, le pays d’Ouche, le plateau de Madrie et tout l’arrondissement des Andelys, sont les régions productrices de l’avoine dans le département de l’Eure; non seulement la culture y produit pour ses besoins, mais de plus elle exporte des quantités considérables de grains vers Paris, Rouen et le Havre.
- Les autres contrées naturelles ne produisent que bien juste pour la consommation des chevaux, et comme on y pratique l’assolement biennal, on est forcé de mettre l’avoine à la place de la jachère ou sur les défrichements de fourrages artificiels.
- Dans les premières contrées, l’avoine occupe régulièrement un tiers des terres labourées, elle vient après le froment fumé, ou en troisième sole si la jachère a fait place à des racines.
- Dans nombre de pays, l’avoine ne recevant aucune fumure directe, sa récolte est aux yeux des cultivateurs un bénéfice net; c’est l’interprétation qui a cours dans la plaine de Saint-André; d’après cela, les cultivateurs porteraient donc la valeur entière des engrais au débit du compte de culture du froment.
- Les avoines sont semées au printemps sur deux labours généralement; on répand la graine au semoir ou à la volée; dans ce dernier cas, on l’enfouit par un hersage. On emploie environ 2 hectolitres et demi de semence par hectare.
- Les variétés employées sont surtout l’avoine grise de Meudon et l’avoine noire de Beauce ; — la production de l’avoine d’hiver tend à se propager dans le Yexin.
- Les roulages et les hersages au printemps sont assez soigneusement exécutés ainsi que l’échardonnage; malheureusement, dans quelques régions, la récolte est presque toujours envahie par les sanves (Sinapis arvensis). — Entre Verneuil etConehes, sur tout le plateau, comme celle du froment, la culture de l’avoine a comme ennemie l’avoine à chapelet.
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Août 1887.
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- La moisson se fait à la faulx ou à la moissonneuse; on pratique le javelage; le battage se fait partout à la machine, excepté dans les petites exploitations.
- Le grain d’avoine est consommé par les animaux de la ferme ou vendu.
- La paille sert à faire les litières ; une certaine partie est réservée pour affourer les vaches.
- Le rendement annuel par hectare a été pour la période 1880 à 1884 de 24 hectol. 35 [Bulletin).
- Comme pour le froment, les diverses contrées ne participent pas pour une part égale à l’établissement du rendement moyen: l’Ouche récolte de 14 à 18 hectolitres, la plaine de Saint-André de 18 à 24, et le Vexin de 25 à 40.
- L’étendue moyenne cultivée ayant été de 69 770 hectares par an (un sixième des terres labourées), on trouve comme quantité totale produite chaque année 1 691 922 hectolitres.
- Le rendement en paille peut être porté à 35 quintaux par hectare, soit une production totale moyenne de :
- 69 770 hectol. x 35 quint. — 2 442 000 quintaux.
- La valeur moyenne de la récolte d’avoine peut être estimée comme il suit :
- Grain : 1 691 922 hectol. x 9 fr. 00 = 15 227 298 francs.
- Paille : 2 442 000 quint, x 3 fr. 25 = 7 936 500 »
- Total : 23 163 798 francs.
- L’orge. — La production de cette céréale ne se rencontre guère que dans la région où l’assolement triennal est pratiqué; bien que l’orge du printemps puisse comme l’avoine occuper la troisième sole, les fermiers préfèrent de beaucoup cultiver l’avoine dont la réussite est en quelque sorte plus assurée, et dont la vente est plus facile grâce aux courants commerciaux établis.
- L’orge est faite sur beaucoup d’exploitations pour la paille employée à affourer les moutons ; quelques fermiers préfèrent semer leurs fourrages artificiels dans l’orge plutôt que dans l’avoine.
- Voici les surfaces qui ont été consacrées à cette culture à différentes époques :
- En 1800.............................. 7 050 hectares d’après M. A. Passy.
- 1804............................. 3 245 » » l’Enquête agricole.
- 1852........... ................. 6 788 » » » »
- 1862 9272 » M. A. Passy.
- La surface moyenne occupée par cette plante, pendant les années 1880 à 1884, est, d’après le Bulletin, de 6 940 hectares chaque année.
- Cette production n’a donc ni gagné ni perdu de son importance.
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- Les procédés suivis dans le département pour la culture de l’orge n’appellent aucune remarque particulière ; la seule variété employée est l’orge de printemps à deux rangs.
- On récolte à la faulx ou à la moissonneuse.
- Le grain est généralement consommé moulu par les animaux de la ferme.
- Le rendement moyen de l’orge serait, d’après les évaluations consignées dans le Bulletin pour les années 1880 à 1884, de 18 hectol. 90 par hectare, d’où un produit total annuel de :
- 6940 hect. x 18 hectol. 90 = 131 166 hectolitres.
- En évaluant le produit en paille à 24 quintaux par hectare, on obtient un produit total de :
- 6940 hectol. x 24 quint. = 166 560 quintaux.
- La valeur brute totale de la récolte moyenne annuelle serait donc, en prenant le prix moyen du grain en 1884, de :
- Grain : 131 166 hectol. X 12 fr. 00 = 1 573 992 francs.
- Paille : 166 560 quint, x 3 fr. 50 = 582 960 »
- Total : 2156 952 francs.
- Le sarrasin. — Cette plante n’a jamais été cultivée sur de grandes surfaces dans le département de l’Eure, puisque M. A. Passy n’estime l’étendue qu’elle occupait qu’à 86 hectares pour 1862, tandis que l’enquête agricole n’aurait indiqué que 79 hectares pour 1852.
- L’étendue moyenne consacrée à cette plante, dans la période 1880 à 1884, serait, d’après le Bulletin, d’environ 120 hectares.
- Le rendement moyen en grains est, d’après la même source, de 17 hectolitres à l’hectare; soit une production annuelle de 2 040 hectolitres.
- En négligeant la valeur très faible de la paille et en prenant le prix du grain égal à 10 francs l’hectolitre, on trouve pour la valeur de la récolte un total de 20 400 francs.
- La production du sarrasin n’est faite qu’en vue de pourvoir à l’alimentation de la volaille; la culture n’occupe sur chaque ferme qu’une étendue restreinte.
- C’est surtout dans le pays d’Ouche que l’on cultive cette plante.
- Si nous rapprochons les unes des autres les diverses étendues occupées chaque année par les différentes céréales, nous arrivons à un ensemble de
- 197 530 hectares.
- Froment................................... 106 990 hectares.
- Seigle........................................ 9 770 »
- Méteil....................................... 3 940 »
- Avoine........................................ 69 770 »
- Orge......................................... 6 940 »
- Sarrasin............................. . • . 120 »
- Total : 197 530 hectares.
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- C’est-à-dire que les céréales occupent en réalité les six dixièmes du territoire labouré.
- La production des céréales a donc perdu de son importance puisqu’elle a occupé jusqu’à 225 000 hectares; l’étendue moyenne que nous avons déterminée pour cinq années laisse, même en la relevant un peu, une différence au moins d’environ 20 000 hectares.
- La valeur moyenne d’une récolte aux prix de la dernière année serait :
- Étendues moyennes x rendements moyens x prix moyens = 84 977 123 francs.
- Un des points les plus intéressants à étudier lorsqu’on s’occupe de la production des grains dans une monographie du genre de celle-ci,, c’est la marche qu’ont suivie les rendements.
- Nous avons vu que M. A. Passy estimait à 16 hectolitres à l’hectare le rendement du froment pendant la période 1812-1820 ; nous avons retrouvé ce rendement égal à 20 hectolitres pour les quatre dernières années. La culture de cette plante a fait plus de progrès que celle des autres céréales; cependant celles-ci ont été aussi l’objet d’améliorations sérieuses, ainsi que le montre les nombres suivants :
- Rendements moyens en :
- 1852 1862 1880-84
- hectolitres hectolitres hectolitres
- Froment.................................... 15,45 18,16 20,00
- Seigle..................................... 14,25 14,25 20,60
- Méteil................................... 13,81 18,95
- Avoine..................................... 21,86 25,58 24,25
- Orge....................................... 16,54 17,42 18,90
- (Enquête) (M. Passy) (Bulletin)
- L’augmentation des rendements est due au meilleur choix des variétés cultivées, surtout en ce qui concerne le froment, à l’emploi des engrais chimiques et au développement qu’ont pris dans certaines contrées les spéculations animales.
- II. Les farineux. — A côté des céréales et des pommes de terre, l’homme cultive aussi d’autres plantes alimentaires, appartenant à la famille des Légumineuses ; tels sont : les haricots, les pois, les fèves et les lentilles.
- La culture de ces plantes faite le plus souvent sur les petites exploitations occupait, d’après la statistique de 1852, 18 044 hectares, et la valeur de la récolte était estimée par M. A. Passy à 3 442914 francs.
- La statistique de 1861, citée par M. Heuzé, ne porte l’étendue occupée par ces plantes qu’à 4561 hectares ainsi répartis :
- Haricots....................................................... 2 952 hectares.
- Pois..............................................................1971 »
- Fèves............................................................. 439 »
- Lentilles.......................................................... 99 »
- Total : 4 561 hectares.
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- L’enquête agricole de 1866 accorde à ces plantes 8 306 hectares.
- Yu le développement pris par la culture de ces légumes, surtout pour la production en gousses vertes, dans la vallée de la Seine, — depuis l’époque à laquelle se rapporte la dernière citation, nous pensons pouvoir fixer l’importance actuelle de ces diverses productions à 10 000 hectares. La valeur de la récolte annuelle ne peut être fixée à moins de 3 millions de francs.
- Les haricots et les lentilles sont cultivés pour leurs grains que l’on récolte secs, dans les communes limitrophes d’Eure-et-Loir (cantons de Saint-André, de Nonancourt et de Verneuil); leurs produits trouvent un débouché sur les marchés de Dreux et de Chartres.
- Les haricots et surtout les pois à récolter en gousses vertes sont cultivés dans le Yexin-Bossu et surtout dans la vallée de la Seine. Des courtiers les achètent pour les expédier à Paris et à Rouen.
- Les fèves n’occupent que de très petites surfaces; leur culture semble même à la veille de disparaître.
- Ces diverses plantes alimentaires occupent toujours une partie de la première sole ; elles sont épuisantes et nécessitent une bonne application de fumier bien fait; les sarclages et les binages qu’on leur donne sont une bonne préparation pour le sol qui, après la récolte, recevra la semence du blé.
- III. Pommes de terre et racines. — D’après M. A. Passy, la culture de la pomme de terre n’occupait pendant les quinze premières années du siècle qu’une étendue d’environ 1 300 hectares dans le département de l’Eure, mais la disette de 1816 ayant fait apprécier cette plante, sa culture s’est propagée et a occupé les surfaces suivantes :
- En 1834.............................................. 3 850 hectares.
- 1852.............................................. 3 800 »
- 1866.............................................. 6 345 »
- Enfin l’étendue moyenne occupée chaque année pendant la période 1880-1884 est près de 4 550 hectares [Bulletin).
- Dans le volume des Primes d’honneur de 1865, M. Heuzé porte l’étendue cultivée en pommes de terre à 22 007 hectares pour 1861 ; ce chiffre, emprunté à la statistique, renferme évidemment une erreur; —les terres du département, pour la plupart assez compactes, se prêtent peu à de grosses récoltes de tubercules, et la production, qui n’a jamais beaucoup dépassé la consommation locale, n’a pas dû atteindre une semblable importance.
- Le commerce des pommes de terre pour l’extérieur serait nul sans la culture de la vallée de la Seine qui vend pour Rouen sur les marchés de Yernon, de Gail-lon et des Andelys.
- Nous ne connaissons aucune féculerie dans le département, et rien jusqu’ici
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- ne nous autorise à croire que l’industrie de la fécule a été à un moment donné un stimulant pour cette production.
- La pomme de terre se cultive dans toutes les exploitations agricoles de l’Eure ; les produits sont consommés par l’homme et par les animaux de la porcherie.
- C’est surtout la pomme de terre chardon et la saucisse rouge que l’on multiplie; le magnum bonum a été essayé.
- Pour l’exportation, on produit la pomme de terre de Hollande et la saucisse rouge.
- Les plantations exécutées à la lin d’avril ou au commencement de mai ouvrent l’assolement : on les fait sur une fumure, quelquefois on répand un peu de guano, mais l’usage de cette matière fertilisante très recommandée autrefois pour culture se perd beaucoup.
- Les champs de pommes de terre, généralement disposés à plat, sont hersés au moment de la levée, puis sarclés une ou deux fois ; quelques producteurs pratiquent le buttage.
- L’arrachage se fait lorsque les fanes sont sèches.
- En calculant la moyenne du produit annuel à l’hectare, d’après les données du Bulletin du ministère de l’agriculture pour la période 1880-1884, on trouve un rendement de 95 hectolitres, soit comme récolte totale pour le département :
- 4 550 hectares x 95 hectol. =432 250 hectolitres, qui, à raison de 4 fr. 60, prix moyen de 1884, représentent une valeur de 1 988 350 francs.
- La betterave fourragère. — La betterave fourragère proprement dite est cultivée à peu près partout; cependant on ne la rencontre que dans les grandes exploitations du Yexin,parce qu’on y dispose des pulpes de sucrerie et de distillerie.)
- Dans l’Ouche, le Lieuvain et le Roumois, elle n’occupe sur chaque ferme qu’une très petite surface, parfois deux ou trois ares seulement; quelques fermiers n’en produisent même pas du tout, commettant ainsi une faute sérieuse, car alors l’alimentation d’hiver ne se compose que de foin et de paille, aliments par trop primitifs pour obtenir de bons résultats dans l’élevage des bêtes à cornes.
- D’après M. A. Passy, la betterave fourragère n’occupait que 75 hectares au commencement du siècle ; cinquante ans plus tard, elle est cultivée sur 500 hectares environ.
- Actuellement elle occupe, dans la première sole, 2 475 hectares chaque année (moyenne de la période 1880-1884. Bulletin).
- Cette culture est donc en progrès sensible, cependant elle peut s’accroître encore beaucoup.
- Les variétés les plus répandues sont la disette et ses sous-variétés, et la gaune ovoïde des Barres.
- Les fermes de grande étendue sèment au semoir en lignes ; dans les petites
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- exploitations, on dépose la graine à la main dans les sillons du rayonneur, ou on repique les plants élevés en pépinière.
- Les semis au repiquage sont faits sur une terre bien préparée et toujours copieusement fumée.
- Pendant le cours de la végétation, on donne deux ou trois binages. Lorsque la graine a été semée sur place, le démariage se fait à la première façon.
- L’arrachage s’opère à l’automne à l’aide d’une fourche, mais auparavant, dans la petite culture, les plantes ont déjà subi deux ou trois effeuillaisons partielles ; les cultivateurs font consommer les feuilles par leurs bestiaux sans se rendre compte du tort qu’ils font au rendement en racines.
- La betterave fourragère donne en moyenne 32 000 kilogrammes à l’hectare [Bulletin) ; la récolte totale est donc de :
- 2 475 hectares x 32 000 kil. = 79 200 000 kil.
- et elle vaut, à raison de 18 francs la tonne : 1425600 francs.
- La carotte fourragère. — Dans toutes les grandes exploitations, on réserve sur la première sole une surface plus ou moins étendue à la production de la carotte fourragère destinée aux chevaux de la ferme.
- Dans le Roumois, dans le Lieuvain, on cultive plus sérieusement cette racine pour les bêtes à cornes et pour les chevaux; mais, dans tous les cas, la carotte n’occupe jamais qu’une étendue en rapport avec les besoins de la ferme.
- Il n’y a aucune remarque bien intéressante à faire touchant les soins culturaux réclamés par cette racine, si ce n’est que les éclaircies ou démariages pourraient être mieux exécutées»
- Les carottes fourragères placées sur la fumure reçoivent deux ou trois sarclages ; l’arrachage se fait à la fourche; les racines sont souvent laissées quelque temps en tas ou meules circulaires, à l’abri de leurs fanes, avant d’être rentrées dans les bâtiments.
- Cette culture occupe, dans le département, 1800 hectares environ; le rendement moyen est de 25000 kilos; si on compte la valeur de ces racines à raison de 20 francs la tonne, on obtient comme valeur de la récolte annuelle une somme de 900 000 francs.
- Autres racines. — En dehors des betteraves et des carottes fourragères, l’agriculture du département ne produit guère que des navets et quelques petits champs de rutabagas.
- La production des navets a quelque importance dans les contrées où le sol est assez léger : le Yexin-Bossu, et les vallées de la Seine et de l’Eure.
- On ne les cultive que dans les petites exploitations, et sur les chaumes après une récolte de grains.
- Le navet plat à collet vert ou violacé est le seul répandu ; la racine reste tou-
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- jours de petite taille, ainsi qu’on doit s’y attendre pour une récolte dérobée obtenue sur des sols de fertilité moyenne.
- Le produit arraché dans les derniers jours de l’automne est consommé à l’étable par les vaches laitières; il peut être de 8 000 kilos environ à l’hectare.
- Si cette production occupe chaque année 400 hectares, et si on porte la valeur de ces racines à 13 francs la tonne, on trouve que la récolte annuelle vaut 41 600 francs.
- IV. Les plantes industrielles. — La betterave. — Cette racine est cultivée ici pour l’industrie agricole depuis 1859.
- Le département de l’Eure compte actuellement six distilleries et quatre sucreries, fonctionnant régulièrement chaque année. Ces établissements ont traité dans la campagne 4880-1881 :
- Les distilleries : 7 384 000 kilos de racines,
- Les sucreries : 90 000 000 » »
- A quoi nous devons ajouter ce qui est expédié pour la sucrerie des Mureaux (Seine-et-Oise), un poids d’environ 12 500 tonnes, ce qui donne pour la production totale de la betterave à sucre 110 000 000 de kilogrammes.
- Si nous portons, avec le Bulletin, le rendement moyen à 32 tonnes par hectare, nous concluons, avec cette source d’informations, que l’étendue annuellement consacrée à cette culture est de 3 500 hectares.
- Prenons comme valeur moyenne 18 francs la tonne; et nous aurons pour la valeur totale de la récolte : 1 980 000 francs.
- La betterave sucrière est cultivée dans l’Eure comme elle l’a été partout en France jusqu’à ces dernières années; les observations récentes relatives à l’assolement ou à l’enfouissement automnal des fumures n’ont pas encore été mises en pratique.
- Le sol défoncé est fumé au fumier de ferme, auquel on ajoute des engrais chimiques, puis il reçoit la graine généralement fournie par le fabricant de sucre.
- Les variétés les plus usitées sont les numéros deux et trois de nos producteurs du nord; Desprez, Simon-Legrand, etc. ; les distilleries font aussi l’ancien type Silésie à collet rose ou à collet vert.
- Partout les semis sont faits au semoir en lignes. — La plupart des cultivateurs ont supprimé un binage et font ainsi démarier dès la première opération. Les trois façons d’entretien sont partout exécutées à la tâche, par des Flamands dans le Vexin, par des Bretons sur les fermes qui fournissent la sucrerie de INassandres. Les bineurs sont chargés de l’arrachage.
- La betterave à sucre n’a pas eu jusqu’ici à redouter dans l’Eure des ennemis spéciaux (Nématodes), les vers blancs seuls commettent quelques dégâts; les influences atmosphériques et les procédés culturaux seuls ont impressionné la
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- culture sous le rapport des rendements ; mais on passe en ce moment une période transitoire peu rassurante pour la production ; les causes en sont multiples : c’est d’abord la situation générale du marché des sucres et des alcools ; c’est ensuite le changement de législation qui n’a pas encore donné tous les avantages qu’on en retirera dans l’avenir, mais qui se produit actuellement par des exigences dont l’effet est de restreindre momentanément la culture; c’est enfin les modifications apportées dans la fabrication et qui ont eu pour effet de subs tituer la pulpe do diffusion à la pulpe de prise. La première a causé quelques mécontentements chez les cultivateurs, surtout chez les engraisseurs, à ce point même qu’un gérant de sucrerie pensait être dans l’obligation, pour se défaire des pulpes cette année, de les expédier à des nourrisseurs des environs de Paris.
- La pulpe de diffusion est souvent reprise par les fournisseurs de betteraves à l’usine, au prix de 5 francs la tonne.
- Le colza. — Cette plante oléagineuse a été pendant quelques années une source de richesse pour les cultivateurs du département de l’Eure comme elle l’était aussi pour ceux de la plaine de Caen.
- La concurrence des huiles minérales qui a avili les prix de vente, et la réus site moins satisfaisante des récoltes, due à l’invasion du puceron et à l’épuisement du sol, ont enlevé beaucoup d’importance à cette production. Dans le Vexin, elle ne se rencontre plus que rarement, la betterave sucrière a pris sa place. Le colza a pourtant occupé une surface considérable dans cette contrée ; sa culture s’étendait sur 2 249 hectares d’après un rapport fait par M. L. Passy au concours tenu aux Andelys par la Société libre d’agriculture de l’Eure.
- Voici du reste pour le département les surfaces qui ont été occupées à différentes époques par cette plante :
- En 1800 .................................................. 520 hectares.
- 1851 ................................................. 6 045 »
- 1862 ................................................. 15154 »
- 1865 .......................................... 3 967 »
- Et enfin, pendant la période 1880-1884, le colza a couvert une étendue moyenne de 6 425 hectares [Bulletin).
- Cette crucifère est surtout cultivée dans la plaine du Neubourg et dans le Roumois, là où se pratique l’assolement biennal.
- On repique le colza derrière le blé après avoir soigneusement préparé et fertilisé le terrain; le parcage est souvent le mode de fertilisation employé.
- Les cultivateurs regardent les pépinières comme très impuissantes ; les travaux de M. Is. Pierre confirment cette opinion.
- Le colza se prête à l’appropriation du sol par les sarclages et les buttages qu’il réclame ; ces façons d’entretien sont bien exécutées dans le plus grand Tome II. — 86e année. 4e série. — Août 1887. 41
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- nombre des fermes; mais,, malheureusement, sur d’autres, il existe au-dessous du colza un véritable tapis de plantes nuisibles.
- La récolte est coupée à la faucille et battue sur-le-champ ; les insectes y causent parfois des dégâts considérables ; cependant cette année (1885) la plante a végété et produit dans les conditions les plus satisfaisantes.
- Les graines sont vendues aux fabricants d’huile; il est regrettable que les cultivateurs ne se préoccupent jamais de reprendre les tourteaux, de sorte que l’épuisement du sol est rapide, car à égalité de rendement en poids le colza est plus épuisant que le froment.
- Les pailles sont le plus souvent brûlées sur place ; quelques producteurs les utilisent pour en faire des litières, mais leur valeur peut cire ici négligée.
- La récolte moyenne annuelle du colza peut être évaluée ainsi :
- 6 424 hectares x 12 quintaux (Rendement moyen) = 83 525 quintaux.
- 83 525 quint. x 26 francs = 2 471 650 francs .
- Le lin. — Cultivé autrefois dans le Lieuvain, le Roumois et le Yexin, le lin ne se trouve plus maintenant que dans la première de ces régions, et encore y est-il cantonné entre Thiberville, Bernay, Saint-Georges-du-Vièvre et Cor-meilles ; rien de plus surprenant et de plus agréable à la vue que ces champs couverts de fleurs bleues au mois de juillet, dans les belles plaines de Giverville.
- Les lins de Russie ont fait aux nôtres une concurrence terrible. Il y a quelques années encore, les acheteurs venaient retenir la récolte sur pied; actuellement les fermiers ont souvent de la peine à vendre les filasses, quelle que soit la qualité de la récolte.
- C’est le lin de printemps que l’on produit dans les terres franches du Lieu-vain après les avoir soigneusement nettoyées et fertilisées.
- On sème assez dru, mais de façon cependant à obtenir graine et filasse; la graine de lin est vendue aux huileries des vallées voisines.
- Pendant sa végétation, le lin ne réclame qu’un binage. Le cultivateur arrache la plante lorsque la graine commence à prendre sa couleur brune, quelquefois il est chargé du rouissage, mais plus généralement ce sont les filatures qui le font faire à leur gré.
- Les surfaces occupées par cette plante textile ont varié comme suit :
- En 1800 .................................................... 4 625 hectares.
- 1852 ................................................... 1 007 »
- 1862 .................................................... 3 314 »
- 1865 .................................................... 1 185 »
- Etendue moyenne de 1880 à 1884 : 1 450 «
- Le produit moyen des quatre dernières années est donné par le Bulletin comme étant de 5 quintaux de filasse et d’un même poids de graine à l’hectare; nous trouvons ainsi pour la valeur totale de la récolte :
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- Filasse : 1 450 hectol. x 5 quint. X 120 fr. == 870 000 francs.
- Graine : 1 450 » x 5 » x 22 fr. = 152 500 »
- Total: ‘1029500 francs.
- Le chanvre. — La production de cette plante textile, queM. A. Passy regardait comme assez importante en 1868, a complètement disparu du département de l’Eure.
- La gande et le chardon à foulon. — La culture de ces deux plantes est centralisée dans les cantons de Louviers et de Pont-de-1’Arche où elle est pratiquée dans les sols de graviers des vallées de l’Eure et de la Seine; en dehors de cette région, on ne rencontre que quelques petits champs situés vers Garel ou le Plessis-Grohan sur la route de Danville à Evreux.
- Les chardons sont semés en pépinière, puis repiqués à la charrue comme le colza, mais plus tardivement, c’est-à-dire à l’automne (fin octobre).
- La gaude se sème généralement surplace. Ces deux récoltes ne demandent comme soins d’entretien que des sarclages.
- Lorsque la gaude est défleurie, elle est arrachée, réunie par poignées et livrée lorsqu’elle a été javelée. — Le chardon à foulon est récolté en plusieurs fois, à mesure que les capitules arrivent à maturité.
- Ces deux productions ne se rencontrent jamais que sur des fermes de peu d’étendue.
- D’après les indications que nous avons pu recueillir, ces cultures couvriraient environ 400 hectares.
- En prenant comme rendement moyen : 400 poignées de gaude et 3S balles de capitules de chardon; supposant d’autre part que ces récoltes occupent des surfaces égales ; et calculant aux prix de vente pratiqués l’an dernier, nous établissons ainsi la valeur de la récolte :
- Gaudes : 200 hect. x 400 poignées x 0 fr. 50 = 40 000 francs.
- Chardon : 200 hect. x 35 balles x 120.fr. = 700 000 »
- Total : 740 000 francs.
- La valeur totale des récoltes de plantes industrielles se chiffre donc ainsi :
- Betteraves sucrières............................... 1 980 000 francs.
- Colza.............................................. 2171 650 »
- Lin................................................ 1 029 500 »
- Gaude et chardon............................... 740000 »
- Total: 5921 150 francs.
- V. Prairies artificielles et fourrages verts annuels. — Les prairies artificielles jouent un grand rôle dans la culture du département de l’Eure.
- Bien que les prairies naturelles et les herbages occupent, comme nous le verrons plus loin, une proportion assez grande de l’étendue totale, leurs produits se trouvent consommés sur place ou aux abords des vallées; il est de toute néces-
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- sité que les cultivateurs des plateaux produisent les fourrages artificiels pour pourvoir à l’alimentation de leurs animaux.
- M. A. Passy rappelle qu’en 1800, les prairies artificielles ne couvraient que 960 hectares; avec la statistique de 1862, il en dénonce 63 535 hectares, soit environ la dix-septième partie du sol labouré.
- L’Annuaire statistique de la France porte la superficie des prairies artificielles à 58 500 hectares pour 1873.
- A côté de ces données, celles énoncées par le Bulletin du ministère de l’agri-cidture pour 1884 semblent bien faibles; il porte la surface occupée par la luzerne, le sainfoin et le trèfle à 42 690 hectares seulement, et n’accorde que 1 700 hectares à la culture des fourrages divers. — Ces chiffres sont certainement inférieurs à la réalité : il n’est pas croyable que les prairies artificielles aient perdu 15 000 hectares dans une période de douze années, et toutes les indications que l’on peut recueillir auprès de la culture portent à admettre que ces productions couvrent environ 50 000 hectares d’une part et 7 000 de l’autre.
- D’un autre côté, si les mots : fourrages divers, désignent les minettes, les trèfles incarnats, les choux fourragers, etc., on ne peut admettre non plus que ces productions ne couvrent que 1 700 hectares; nous croyons être bien plus près de la vérité en disant que ces plantes sont cultivées annuellement sur 7 000 hectares ; ce chiffre, additionné de l’étendue des racines fourragères, se rapproche alors de celui donné par Y Annuaire statistique sous la dénomination de fourrages annuels.
- L’enquête agricole de 1866 estime qu’à cette époque, le quart environ du sol cultivé était en prairies artificielles!
- M. A. Passy, beaucoup plus exact, porte, comme nous l’avons mentionné ci-dessus, la proportion des terres qu’elles occupent à un septième ; nous regardons cette fraction comme encore exacte à l’heure actuelle, les nombres tirés du Bulletin porteraient à peine cette proportion à un huitième.
- La luzerne. — La luzerne est cultivée sur tous les plateaux du département, à l’exception du pays d’Ouche et du Lieuvain; dans la première région, le grison s’oppose à la pénétration de la racine; dans le Lieuvain, c’est l’humidité du sol et du sous-sol qui s’oppose à la végétation de cette légumineuse.
- Les luzernières sont créées dans des céréales de printemps; la graine du fourrage est répandue à la volée ; dans une ou deux exploitations seulement, elle est semée à l’aide du semoir en lignes. Les luzernières sont ensemencées après avoir appliqué un marnage au terrain.
- La production se maintenait autrefois pendant huit, dix ou douze années ; actuellement elle ne dépasse pas six ou sept ans. Les fermiers de la plaine de Saint-André, entre autres, se plaignent beaucoup du peu de durée des fourrages. Ne peut-on expliquer ce manque de résistance par le retour trop fréquent de la
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- luzerne sur une même pièce de terre, surtout lorsqu’on sait que, grâce à la vente des pailles et des fourrages, les fumiers sont peu abondants et que par conséquent le sol est pauvre en humus ; puis, il faut le reconnaître, les soins d’entretien sont très souvent négligés (les hersages au printemps, l’application des composts et l’épandage de plâtre ou d’engrais alcalins ne peuvent être que recommandés).
- Les luzernes donnent 47 quintaux de fourrage sec à l’hectare (Bulletin); la première coupe donne environ 32 quintaux et la seconde 15 : ajoutons qu’on a presque toujours une troisième pousse haute de 12 à 15 centimètres que l’on fait consommer en vert soit sur place, soit à l’étable.
- D’après le Bulletin, la luzerne occupait 16 075 hectares en 1884 ; la production totale en fourrages secs est donc de 75 552 500 kilogrammes.
- Les luzernes défrichées sont généralement suivies d’une avoine.
- Le sainfoin. — Le sainfoin se rencontre dans les mêmes contrées naturelles que la luzerne, mais on lui consacre les terres de qualité inférieure ou les sols calcaires.
- On sème cette légumineuse dans les céréales de printemps, on le mélange souvent d’une petite quantité de luzerne.
- Sur les sols calcaires des environs de Gisors, il est cultivé dans plusieurs champs en mélange avec de la pimprenelle.
- Les sainfoins ou bourgognes durent de deux à cinq ans.
- Ils donnent une coupe de foin, et un regain fauchable, car partout où la fertilité du sol est suffisante, les cultivateurs sèment la variété à deux coupes.
- Le produit en foin sec est porté par le Bulletin à 42 quintaux par hectare ; ce rendement, multiplié par l’étendue qu’occupe le sainfoin, donne comme récolte totale annuelle 340 800 quintaux.
- Le trèfle. — Cultivé un peu partout, le trèfle a surtout de l’importance dans l’Ouche et le Lieuvain, là où il est la seule production fourragère artificielle ; dans la seconde de ces deux contrées, il est cultivé en billons.
- Le trèfle n’occupe régulièrement le sol qu’une année (seconde année de sa végétation), et, même dans un certain nombre de fermes du Lieuvain, il est défriché après la première coupe ; au contraire, sur d’autres exploitations dans la même contrée, on récolte ses produits pendant deux années consécutives, mais cette pratique a le grand défaut de donner le temps aux herbes nuisibles à racines vivaces, de prendre possession du sol. Dans la majorité des cas, les cultivateurs ne font réussir le trèfle que tous les huit ans sur le sol. Le défrichement du fourrage est suivi d’une avoine, ou, dans le Lieuvain, d’un froment.
- D’après le Bulletin, le trèfle donne 55 quintaux de foin à l’hectare et occupe une étendue de 19515 hectares : la production totale du fourrage a donc été, en 1884, de 1 073 325 quintaux.
- Comme remarques générales relatives à la culture de ces trois plantes fourragères, nous n’aurons à ajouter que quelques mots.
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- Le fauchage et le fanage sont exécutés à la main dans la plupart des cas ; les faucheuses se répandent cependant de plus en plus.
- Les foins sont rentrés, toujours après le bottelage.
- Quelques essais d’ensilage pour les regains ont donné de bons résultats.
- La luzerne, le sainfoin et le trèfle auraient fourni 2169 500 quintaux de fourrages secs en 1884. Au prix moyen que leur assigne le Bulletin, 6 fr. 18 par quintal, la récolte annuelle vaut : 13 408 437 francs.
- Fourrages verts annuels. — La minette est cultivée dans presque toutes les fermes à moutons du Yexin, du plateau de Saint-André et de la plaine du Neu-bourg. Elle occupe certainement, à elle seule, les 1 700 hectares que la statistique donne aux fourrages divers.
- Le produit est consommé sur place par les troupeaux.
- Le trèfle incarnat. — Sa culture est moins répandue ; on l’observe cependant dans un grand nombre de fermes exploitant les vaches laitières, puis aux environs des villes où l’on achète le fourrage vert en bottes pour le faire consommer aux chevaux afin de les rafraîchir au printemps.
- Les vesces. — On les trouve cultivées un peu partout, mais toujours sur de petites étendues.
- Les pois fourragers. — Cultivés pour l’alimentation des troupeaux en hiver. On les cultive surtout dans le pays de Lyons.
- Le maïs. — Quelques-unes des grandes fermes du Yexin en sèment une pièce chaque année.
- Le seigle, le moha de Hongrie. — Nous en avons trouvé quelques petits champs dans le Yexin-Bossu.
- Les choux fourragers. — Sont cultivés dans un très grand nombre de fermes où on utilise leurs feuilles en hiver pour la nourriture des vaches laitières.
- Ces diverses productions fourragères rendent de très grands services à tous ceux qui spéculent sur la production du lait.
- Elles sont généralement placées sur la première sole, après la fumure, et précèdent la récolte du blé.
- En estimant le rendement moyen pour ces différents fourrages verts à 15 000 kilogrammes à l’hectare et en les portant au prix de 2 francs le quintal, on calcule que la production totale annuelle a une valeur de : 2 100 000 francs.
- Nous pouvons résumer ici l’importance de la production fourragère (nous faisons rentrer dans le total la moitié des produits de la culture des pommes de terre, comme représentant la part consommée par les animaux de la porcherie).
- Prairies artificielles............ 42 690 hectares 13 408 437 francs.
- Fourrages verts annuels........... 7 000 » 2100 000 »
- Racines fourragères. ............ 0 930 » 3 361 375 »
- Production culturale fourragère... 56 640 » 18 869812 francs.
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- VI. Les prairies naturelles. — Les herbages et les cours plantées. — Les herbes naturelles occupent le fond de presque toutes les vallées dans le département de l’Eure.
- L’Andelle, l’Epte, l’Eure, l’Aure, l’Iton, la Risle, la Charentonne et la Calonne roulent leurs eaux à travers des prairies et des herbages. Et cependant, grâce aux courbes sinueuses des vallées, aux coteaux qui les encadrent, aux haies vives qui s’y trouvent, aux chaumières et aux abris qu’on y rencontre, la prairie n’est pas monotone malgré sa fraîcheur permanente.
- Les vergers et les cours plantées, avec leur tapis de verdure, ne restent pas en arrière au point de vue pittoresque; c’est leur présence qui donne au Lieuvain et au Roumois tout leur charme.
- Les prairies naturelles.—Presque partout les prairies naturelles sont irriguées.
- Qui n’a entendu parler des prairies baignantes de la Normandie? L’arrosage se pratique de plusieurs manières : infiltration, submersion, déversement, ainsi que nous le verrons plus loin.
- Les fonds sont généralement sains ; on trouve cependant quelques prairies où croissent les joncs : la vallée de l’Epte gagnerait à être assainie ; des travaux importants et bien réussis ont transformé les marais situés dans la vallée de la Risle, entre Pont-Audemer et la Seine, en excellentes prairies.
- Dans les parties hautes de quelques vallées, celle de la Risle par exemple entre Rugles et Lyre, on redoute les débordements qui se produisent presque chaque année, couchent les herbes, et les recouvrent parfois d’une couche de limon qui rend la consommation difficile.
- Les graminées spontanées qui composent les prairies sont généralement bonnes, donnant un foin abondant mais un peu grossier. Les fourrages de la vallée de la Risle contiennent une certaine quantité d’avoine à chapelet; les grains transportés par les foins dans les fermes auraient contribué à l’envahissement des terres arables par cette plante nuisible et difficile à détruire; c’est du moins la plainte qu’ont formulée très nettement devant nous les cultivateurs des environs de Rrionne.
- En dehors des travaux d’arrosage, les prairies n’appellent guère l’attention des cultivateurs que pour la récolte des foins. — Il n’y en a que fort peu d’entre eux qui se préoccupent de leur fournir des matières fertilisantes, l’eau seule entretient la richesse du fonds. Dans quelques exploitations, on fait cependant usage des composts, mais partout les gazons et les terres provenant du curage des rigoles servent à combler les trous qui auraient pu se produire.
- Les prairies donnent une coupe et deux regains ; le premier regain est toujours fauchable, le second est souvent consommé sur place, si le sol est assez résistant pour ne pas se défoncer sous le piétinement des animaux, ou sinon, on le fauche pour le faire consommer en vert à l’étable.
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- Certains propriétaires tentent le fanage de cette dernière pousse, mais à la fin d’octobre, la brièveté des jours, le temps couvert ou pluvieux, rendent le succès très problématique et l’opération est toujours difficile et coûteuse ; on dit ici que quand ces herbes fauchées subissent l’effet d’une gelée, le fanage subséquent devient bien plus facile; ce qui n’empêche pas que tous les ans, à cette époque de l’année (15 novembre), nous voyons renoncer à ce travail dans bien des prés et charrier au fumier des herbes totalement avariées.
- L’ensilage, appliqué à ces regains d’automne, pourrait rendre de précieux services.
- Grâce à la présence des canaux et des rigoles d’arrosage, on n’emploie pour la fauchaison et le fanage aucun des instruments dont on se sert pour la récolte de fourrages artificiels (la faucheuse et le râteau; la faneuse a été jusqu’ici peu employée).
- Les foins sont, dans nombre de cas, vendus par les propriétaires; une faible étendue seulement de prairies fauchées se trouve annexée aux fermes du voisinage des vallées. Les aubergistes, les usiniers, les maîtres de poste sont les acheteurs de ce produit.
- Le Bulletin du ministère de tagriculture porte à 23 200 hectares l’étendue des prairies fauchées dans le département, et leur assigne un rendement moyen de 55 quintaux à l’hectare ; le prix du foin aurait été, d’après cette source de renseignements, de 6 fr. 18 le quintal en 1884.
- Ce rendement se décompose, d’après nous, en 39 quintaux pour la première coupe et 16 pour la seconde; de plus, il ne faut pas perdre de vue la troisième coupe qui fournit un appoint pour l’alimentation des animaux, mais que nous n’estimerons ici que d’une façon approximative.
- La valeur totale de la récolte annuelle des foins atteindrait la somme de :
- 23 200 hectares x 6o quint, x 6 fr. 18 = 7 885 680 francs.
- Valeur de la troisième pousse. . . . = 614328 »
- Total : 8 500 000 francs.
- Les herbages de vallées. — Les herbages qui se trouvent dans les différentes vallées du département sont pâturés par des animaux d’embouche, provenant soit des cantons d’élevage que l’on trouve dans l’Eure, soit des foires de l’Orne, delà Sarthe, de la Mayenne et d’Ille-et-Vilaine.
- Les animaux y sont laissés en toute liberté, mais on exerce sur eux et sur les clôtures une surveillance quotidienne.
- Rien ne plaît autant que la vue de ces herbages égayés par la présence des animaux paisibles ruminant paresseusement dans l’herbe.
- Suivant la qualité du fond, on engraisse de une tète et demie à deux têtes et demie par hectare, et selon sa puissance, on charge l’herbage plus tôt ou plus tard au printemps.
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- Souvent l’exploitation se fait par achats successifs; les bœufs trembleurs partent quand ceux du printemps sont déjà arrivés, puis ceux-ci font place à leur tour à des animaux dont on termine l’engraissement et qui a lieu vers le 15 septembre.
- L’entretien des bœufs trembleurs ne peut se faire que sur des sols résistant au piétinement même pendant la saison pluvieuse ; il améliore l’herbage, car de nombreux débris du foin qu’on distribue en hiver, restent sur le terrain, et aussi parce que les animaux y déposent leurs excréments pendant toute l’année.
- On sait à quoi se résume le métier d’engràisseur ; on sait de quelle habileté ils font preuve dans les ventes, les achats et les appréciations dont les animaux sont l’objet. M. Baudrillart s’est plu à dépeindre ce type d’exploitant avec toute l’expression de vérité et de finesse qui caractérise ses travaux {Populations agricoles : Normandie).
- Ces herbages d’embouche, dans lesquels nous comprenons bien entendu ceux qui ont été conquis sur les vases de la Seine depuis l’endiguement, devant le Marais-Vernier ; ces herbages ne nécessitent pas de grands frais d’entretien: maintien des clôtures en bon état, épandage des bouses, fauchage des relais.
- Les herbages de plateaux. — Les herbages créés sur les plateaux par les propriétaires ou les fermiers ne doivent être confondus ni avec les prés d’embouche dont nous venons de parler, ni avec les prés-vergers que nous étudierons tout à l’heure et dont ils diffèrent par l’absence des plantations.
- Depuis quelques années effectivement, il y a une tendance très marquée à créer des gazons plantés ou non ; nous avons rencontré cette création de pâtures sur tous les points du département, mais tout particulièrement dans le Lieuvain. La difficulté de la main-d’œuvre, le cours peu satisfaisant des produits végétaux, en sont les principaux motifs.
- Les herbes sont semées dans une céréale de printemps, sur des terrains fumés, marnés, exempts de mauvaises herbes et soigneusement aplanis. Des clôtures formées de buissons, de fossés, de ronces artificielles ou de lisses, maintiennent les animaux sur place. — Les frais de création varient de 300 à 450 francs par hectare.
- Les herbages ainsi créés sont pâturés par des animaux d’élevage ou des vaches laitières. Sur les plateaux, la fertilité n’est généralement pas suffisante pour permettre l’engraissement.
- Les soins d’entretien sont les mêmes que pour les herbages de vallées, mais on active la pousse de l’herbe par des arrosements de purin, l’application de fumiers ou de composts, et aussi dans quelques cas en enfermant la nuit les animaux dans un pai’c ordinaire, parce que l’on change de place tous les jours. (M. Boulanger, à Lyons-la-Forêt.)
- Si nous cherchons quelle est l’étendue qu’occupent les herbages, nous aurons Tome 11. — 86e année. 4e série. — Août 1887. 42
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- à déduire les 23 200 hectares de prairies fauchées des 40 000 hectares d’herbes naturelles dont nous avons admis l’existence à l’époque actuelle (36 095 h. en 1879, d’après l’administration des finances) : nous avons ainsi une étendue de 16 800 hectares.
- Si nous cherchons à évaluer le produit que donnent les herbages, nous pouvons admettre qu’il est égal à la moitié de celui de la prairie (deux tiers pour les prés d’embouche, un tiers, quelquefois un demi pour les prés secs) : l’hectare de prairies donnant 55 quintaux de foin au prix de 6 fr. 18, soit 390 francs, la même étendue d’herbage donnerait environ 200 francs, chiffre qui se confirme si on admet qu’un hectare engraisse ou entretient deux animaux sur lesquels l’herbage trouve un écart moyen de 100 francs par tête.
- Le revenu total donné par les surfaces ainsi utilisées serait donc de :
- 16 800 francs = 3 360 000 hectares x 200 francs.
- Les prés-vergers et les cours-masures. — Nous avons à tenir compte en outre de la valeur de l’herbe que les animaux paissent sous les pommiers dans les cours-masures et dans les prés-vergers.
- Nous avons admis, en étudiant l’étendue et la répartition du territoire, que la dénomination de terrains de qualité supérieure était applicable aux prés-vergers, aux jardins et aux pépinières et que cette surface pouvait être portée actuellement à 40 000 hectares, à cause de l’extension donnée depuis 1879 aux planta-tations de pommiers. Cette interprétation confirmée par des renseignements sérieux se trouve l’être aussi par les Notes agricoles de M. A. Passy; cet auteur, avec la statistique de 1852 et l’enquête de 1866, porte à 35 930 hectares les cultures arborescentes autres que bois et forêts ; mais passant aux détails, il évalue la valeur des fruits des pommiers occupant cette surface ; il évalue aussi la valeur de la pâture qu’y trouvent les animaux et en fixe la valeur pour 1868 à un million de francs environ.
- Défalquant des 40 000 hectares que nous accordons maintenant à ces productions : vergers, jardins et pépinières la surface occupée par ces deux dernières catégories de culture, il nous resterait environ 34 000 hectares pour les prés-vergers.
- Nous ne pensons pas pouvoir porter à moins de 3 500 000 francs la valeur de ce pâturage.
- Les soins d’entretien réclamés par les prés-vergers en dehors de ceux à accorder aux arbres sont les mêmes que pour les herbages.
- La fertilisation se trouve assurée par le dépôt des excréments des animaux qui pâturent. Bêtes à cornes, toujours; chevaux et porcs, quelquefois; plus rarement, les moutons.
- Rien n’est comparable à la masure normande : là, l’habitation du fermier et
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- les divers bâtiments d’exploitation disséminés dans l’enclos gazonné; là, l’ombrage des pommiers chargés de fleurs roses ou blanches, ou de fruits diversement colorés; la verdure de l’herbe que paissent les vaches; les porcs courant en liberté ; la volaille picorant et caquetant dans tout ce milieu où la vie, la bonne harmonie et l’aisance se rencontrent à chaque pas. Quelle que soit la saison, douce ou rude, que ce soient les chaudes après-midi de l’été ou les âpres journées de l’hiver, les masures diffèrent toujours de la plaine par un aspect plus souriant, elles sont l’ornement du Lieuvain, du Roumois et du pays de Lyons où on les rencontre le plus souvent.
- En résumé, si nous rappelons l’importance qu’a eue depuis le commencement du siècle la production des herbes naturelles, nous constatons qu’elle a toujours été en se développant, — mais les auteurs qui se sont occupés du département de l’Eure n’ont donné jusqu’ici que des chiffres dont le rapprochement montrera plutôt la tendance de la production à s’accroître qu’ils n’exprimeront des faits réellement comparables.
- 1851.................. 30 96i liect. Prés et herbages. Cadastre 1851.
- 1832..................23 534 » » » M. Heuzé.
- 1862.................. 26 312 » » » »
- 1879.................. 36 095 » » » Cadastre 1879.
- 1800. .................. 17933 » Prairies » M. Passy.
- 1862.................. 21 915 » >> » » » et Enquête.
- 1884.................. 23 200 » » » Bulletin.
- 1862.................. 35 930 » Herbages plantes. M. Passy et Enquête.
- Comme on le voit par les nombres inscrits dans ce tableau, il y a une tendance très nette chez les propriétaires du département à accroître sans cesse les surfaces enherbées, ce qui se fait comme nous l’avons déjà dit de tous côtés et et surtout dans ces dernières années. Les derniers chiffres officiels remontant à 1879, nous pouvons affirmer qu’à l’heure actuelle l’augmentation que nous leur avons fait subir (40000 hectares de prairies et herbages ; 34 000 hectares de prés-vergers) n’a rien d’exagéré.
- Le produit brut total annuel donné par les herbes naturelles s’inscrirait alors ainsi :
- Prairies fauchées........................................ 8 500 000 francs.
- Herbages................................................. 3 360 000 »
- Prés-vergers (l’herbe seulement). . .................... 3 500 000 »
- Total: 15 360 000 francs.
- VII. Le pommier à, cidre. — En 1868, M. A. Passy, dans les Notes agricoles qui accompagnent son étude géologique, estime la production moyenne annuelle à 453000 hectolitres de cidre ou de poiré, valant, avec l’eau-de-vie de cidre, 3 196 797 francs.
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- Depuis cette époque les plantations ont été fortement étendues et la valeur du produit s’est augmentée.
- Dans son ouvrage sur la culture du 'pommier et la fabrication du cidre, M. Nanot donne le tableau de la production générale du cidre en France ; d’après lui, le département de l’Eure viendrait au huitième rang avec 636 305 hectolitres de produit moyen annuel pour les dix années 1872-1881 ; en comptant le cidre à raison de 10 francs l’hectolitre, la récolte se trouverait valoir 6 365 050 francs, à quoi il faut ajouter la valeur de 3 000 litres d’eau-de-vie de cidre à raison de 2 francs le litre, soit au total : 6 371 050 francs.
- D’après un relevé fourni par l’administration des contributions indirectes, le département de l’Eure comptait, il y a quelques années, 2 588 000 pommiers répartis très inégalement entre les diverses circonscriptions administratives des recettes particulières.
- Les circonscriptions dans lesquelles les plantations sont les plus étendues sont celles de Broglie, Thiberville, Saint-Georges-du-Vièvre, Rugles, Saint-Germain-Village, Cormeilles, c’est-à-dire que les arbres sont surtout nombreux à l’ouest du département.
- En effet, si nous classons les contrées naturelles dans l’ordre décroissant de l’importance des plantations, nous les écrirons comme suit : Lieuvain, Roumois, Ouche, pays de Lyons, plaine du Neubourg (surtout l’arrondissement de Lou-viers), plateau de Madrie, plaine de Saint-André, Vexin Normand, Vexin Bossu et vallée de la Seine.
- La qualité des produits pourrait s’écrire dans le même ordre. Les meilleurs cidres que nous ayons goûtés venaient de Beaumesnil, deMontreuil-l’Argillé, puis des cantons de Beuzeville, de Cormeilles, de Routot, de Thiberville et de Bernay.
- Depuis quelques années, la consommation du cidre tend à se répandre très rapidement en France et à l’étranger; l’exportation du fruit ou de la boisson se développe très vite ; le département de TEure, étant situé dans d’excellentes conditions pour y prendre part, doit penser à augmenter ses plantations et à mieux soigner celles qui existent déjà.
- Propriétaires et fermiers sont intéressés à s’entendre à ce sujet; les fermes plantées se louent toujours mieux que les autres, mais il ne suffit pas de maintenir ce qui existe dans le présent, il faut songer à l’avenir et chercher le terrain de conciliation entre les deux parties pour que l’une exécute ce que demandera l’autre à cet égard.
- Le sol, l’exposition, la variété du fruit, les soins de la récolte et de la fabrication, font la qualité des cidres.
- Le produit des plateaux élevés, à sol silico-argilo-caillouteux, est toujours le meilleur; celui des vallées et celui des terres calcaires sont toujours inférieurs, étant revêtus d’un goût de terrain désagréable.
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- Les variétés les plus répandues dans l’Eure sont : le bédon, le morin-ônfroy, le railée, le binet rouge et le binet gris, la peau-de-vache, le charpentier, le montant-rouge, le muscadet, le galopin, le blanc-mollet, quelques fréquins, le doux-évêque, le cul-noué, le châtaignier, le pressagny, l’ameret, la bonne-sorte, la sonnette, la bouteille, la rouge-bruyère et quelques autres.
- Quelques cultivateurs sont partisans des plantations d’arbres francs de pied ; s’il est vrai que ces arbres soient plus vigoureux, plus rustiques, et peut-être un peu plus productifs, il est vrai aussi que la qualité du fruit est souvent bien inférieure : nous en avons fait l’expérience bien des fois par la dégustation, les cidres provenant de ces plantations sont toujours revêtus d’une saveur amère désagréable.
- Maintenant que des études sérieuses ont été faites et que l’on peut savoir mathématiquement en quelque sorte ce que l’on obtiendra d’un fruit, il faut penser que la culture, mettant en pratique les avis qu’on lui donne, propagera parle greffe les 25 ou 30 espèces les plus recommandables pour abandonner tout le reste. — Pour nous, les planteurs doivent tout greffer, greffer avec des scions d’espèce certaine; c’est le seul moyen d’obtenir à coup sûr un produit apprécié ; et ils doivent laisser aux amateurs et aux pépiniéristes la recherche d’espèces nouvelles pour ne les accepter que quand elles auront fait leurs preuves.
- Il faut prévoir en elïet la nécessité de remplacer les variétés qui s’affaiblissent; qui ne sait ici que la peau-de-vache et le charpentier sont à la veille de disparaître? — La voie des recherches de nouvelles variétés se trouve avoir été tracée parles travaux de MM. de Boutteville et Hauchecorne auxquels nous associerons M. Legrand, pépiniériste à Yvetot.
- Les plantations sont faites quelquefois en pleins champs, le sol restant cultivé à la charrue; — en bordures, surtout le long des routes ; mais surtout dans les herbages et les cours, autour ou à peu de distance des habitations.
- En supposant que les plantations soient toutes faites en carré et que la distance moyenne entre les arbres soit de 14 mètres, on calcule qu’elles occuperaient dans l’Eure plus de 50 000 hectares.
- 2 587 000 arbres : 50 pieds à l’hectare = 50176 hectares.
- Comme nous avons admis la présence de 34 000 hectares de prés-vergers seulement, la différence représente l’étendue des vergers agristes et le sol occupé par les plantations en bordures.
- Les soins d’entretien que nécessitent les pommiers sont trop souvent négligés. — C’est du côté de Cormeilles qu’on soigne le mieux les arbres : formation de la tête, raclage de la tige, enlèvement du gui, élagage bien compris, serfouissage répété tous les deux ans, etc., etc., tous ces travaux sont exécutés en temps convenable. Dans quelques plantations, nous avons même vu fournir des engrais aux pommiers, en déposant sur l’herbe au printemps, à l’époque des pluies, un
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- cercle de fumier épandu sur toute la surface qu’occupent les racines, ou en circonférence aux endroits où doivent se trouver les radicelles ; les pluies entraînent dans le sol les éléments solubles fertilisants qui seront alors puisés au profit de la végétation.
- Dans un grand nombre de fermes, on se sert encore du tour à piler et du pressoir à mouton pour broyer les pommes et en extraire le jus. Dans les petites exploitations, on se sert de broyeurs à noix et de pressoirs portatifs.
- Il y aurait beaucoup à dire au point de vue des améliorations à apporter à la fabrication du cidre, au choix des eaux, à la conservation de la boisson ; mais ce sont là des conseils pratiques qui n’entrent pas dans le cadre de ce travail.
- On prépare dans l’Eure, avec les pommes, les liquides suivants :
- 1° Cidre pur;
- 2° Petit cidre — boisson faite avec l’eau de lavage du marc dont on a extrait le cidre pur ;
- 3° Cidre mousseux ;
- 4° Cidre gracieux préparés avec le cidre pur mélangé au jus provenant d’un lavage du marc (c’est-à-dire au petit cidre).
- Cidre de ménage ;
- 6° Boisson que l’on prépare de la même façon, mais en épuisant les marcs deux ou trois fois avec de l’eau.
- Les marcs épuisés sont trop souvent jetés. Dans quelques communes voisines de Pont-Audemer, on les emploie avec de la marne et du terreau à la préparation des composts qui conviennent parfaitement aux prés-vergers.
- Dans plusieurs fermes, nous avons vu mouler les marcs que l’on fait ensuite sécher; ces sortes de mottes servent au chauffage.
- Nous ne connaissons ici aucun cultivateur utilisant ses marcs de pommes pour l’alimentation des bêtes à cornes ou des porcs comme nous l’avons vu faire dans la Mayenne.
- Les eaux-de-vie de cidre, mal préparées généralement, sont revêtues d’une saveur empyreumatique, qui se perd avec l’âge il est vrai, mais qui les empêche de se répandre. Elles sont toujours consommées par les producteurs.
- On fait peu de poiré dans le département; la récolte des poires est généralement brassée en mélange avec celle des pommes.
- Les plantations de poiriers se restreignent chaque année. La route de Gonches à Breteuil, bordée d’une double rangée de ces arbres, est bien belle en mai, lorsqu’ils sont en pleine floraison.
- VIII. La vigne. — La culture de la vigne a perdu toute l’importance qu’elle avait au moyen âge.
- M. L. Delisle cite des textes anciens qui mentionnent cette culture dans des termes tels qu’on ne saurait mettre en doute le rôle considérable qu’elle jouait
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- à cette époque 'dans notre région ; les vignes à vins s’étendaient même jusqu’à la vallée de la Dives dans le Calvados ! Il faut remarquer, il est vrai, que le cidre d’alors était fabriqué avec les pommes sauvages des forêts, et pour cette raison n’était qu’une pauvre liqueur; la cervoise ou bière d’avoine formait, avec le vin, la boisson courante.
- Laissant de côté le rôle qu’a pu jouer le développement des voies de communication, nous croyons cependant permis de discuter les deux hypothèses suivantes : ou les anciens possédaient des variétés spéciales perdues aujourd’hui, et qui mûrissaient leurs fruits avec une somme de chaleur égale à celle de nos jours ; — ou le climat s’est altéré, car, dans l’ouest du département, les treilles plantées de variétés hâtives, bien exposées et abritées, ne mûrissent même pas toujours leurs grappes.
- De nos jours, la vigne n’occupe plus que des situations choisies, sur des coteaux bien exposés ou dans des terres granuleuses s’échauffant facilement (vallées de l’Eure et de la Seine).
- Eu J800, la vigne occupait........................ 1 973 hectares.
- 1829........................................... 1 679 »
- 1852........................................... 1 136 »
- 1862........................................... 556 «
- 1884 (Bulletin)................................ 319 »
- Les nombres ci dessus montrent nettement que les plants arrachés ne sont pas renouvelés.
- Lescépages cultivés sontle gamais et le mewmer,commeauxenvironsde Paris.
- Tous les travaux d’entretien sont exécutés à la main. On donne un bon labour en déchaussant, puis un second labour en rechaussant au printemps, enfin un sarclage.
- Dans quelques communes, on pratique le couchage périodique pour rajeunir les ceps; cette opération est faite tous les trois ans dans les vignes de Vernon. Ces rajeunissements se font tous les trois ans aux environs do Vernon, en disposant les pieds en lignes ; dans quelques plantations de coteaux, les ceps sont disposés en foule.
- Toutes les vignes sont échalassées; on fume tous les six ans.
- La taille est faite à deux yeux.
- Les gelées blanches sont à redouter ; pour les prévenir, quelques vignerons disposent au-dessus des ceps une poignée de paille en éventail, ou une planchette inclinée fixée sur un bâton de 40 centimètres de longueur, de façon à abriter les bourgeons contre le soleil levant.
- Jusqu’ici on ne semble redouter ni le phylloxéra, ni le mildevv, ni Toïdium. Ce dernier, qui attaque fréquemment les vignes de treilles, semble épargner les autres.
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- Le rendement moyen annuel est de 31 hectol. 80 par hectare (moyenne des dix dernières années, Bulletin). Le prix de vente est de 45 francs l’hectolitre; dans certaines années, la pièce de 240 litres atteint même le prix de 140 francs, soit 60 francs l’hectolitre (Ménilles).
- La récolte moyenne annuelle vaut donc : 319 hectares + 31 hectol. 80 -j-50 francs = 507 210 francs.
- Les vins de l’Eure sont très recherchés par la consommation locale; ils ont généralement une belle couleur, mais ils sont d’une verdeur qui fatigue les estomacs non habitués à les consommer. On les baptise ordinairement du nom de Piccolo.
- Ces vins doivent être bus dans les deux ans de leur préparation : iis ne supportent pas les voyages, et ne contiennent que de 6 à 8 p. 100 d’alcool.
- Lorsqu’on arrache une vigne, on sème derrière elle une céréale de printemps avec des graines de luzerne; la prairie artificielle créée dans ces conditions dure 12 ou 15 ans, quelquefois davantage.
- IX. Production des fruits de table. — Toutes les exploitations agricoles sont pourvues d’arbres donnant des fruits de dessert.
- Ces arbres, surtout les poiriers, se trouvent dans le jardin potager où ils sont disposés en espaliers le long des murs ou en plein vent dans les carreaux (pyramides, gobelets et quenouilles). On rencontre aussi quelques-uns de ces arbres plantés parmi les pommiers à cidre dans les masures.
- La production dans chaque ferme a pour objet de pourvoir à la consommation du fermier et de son personnel; l'excédent produit, vendu sur les marchés cantonaux, suffit presque toujours pour les besoins des habitants des villes. — La quantité vendue ne comprend généralement que des pommes et des poires.
- Les fruits produits dans les jardins des fermes sont : les cerises, les groseilles, les prunes, les abricots et les pêches dans quelques cas, et surtout : les pommes des différentes variétés de reinette; les poires dont les espèces préférées sont : la Louise-Bonne, le Bon-Chrétien, William, la Duchesse, les Beurrés, la Crassane, la Passe-Crassane, etc., etc.
- Ces productions privées, bien qu’elles ne produisent pas à la vue de grandes quantités de fruits à la fois, sont certainement des plus importantes puisqu’elles suffisent à toute la population du département.
- Nous ne porterons pas à moins de 1 500 000 francs la valeur de ces fruits.
- La production pour l’exportation compte dans l’Eure deux centres distincts :
- 1° Le cerisier, l’abricotier, le prunier, le pommier et le poirier sont cultivés dans toute la vallée de la Seine, principalement dans les cantons de Gaillon et des Andelys, et dans la vallée de l’Eure aux environs de Louviers. La petite commune d’Aubevoye, près de Gaillon, est peut-être celle ou la production fruitière a pris le plus d’importance ; les Andelys ont acquis aussi une juste réputa-
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- tion pour la culture du poirier (surtout le Bon-Chrétien) et du pommier (Reinettes diverses).
- Pour se faire une idée du rôle de la production dans cette région, il faut voir l’animation qui règne à la gare de Gaillon dans le temps des expéditions ; des wagons entiers remplis de paniers ronds ou carrés partent tous les jours chargés de la précieuse denrée pour Paris, Rouen et le Havre. C’est ce dernier port qui fait les envois pour l’Angleterre.
- Les récoltes sont quelquefois achetées sur les arbres par les courtiers.
- Les arbres fruitiers n’occupent généralement pas seuls le terrain; le sol porte de petites récoltes légumières ou semi-légumières qui sont travaillées à la main sous l’ombrage des pruniers ou des cerisiers demi-tige. On rencontre dans les environs des Andelys des contre-espaliers de poiriers sur fils de fer.
- Dans ce premier centre dé production, la valeur annuelle des fruits expédiés n’est pas inférieure à 2 500 000 francs.
- 2° Les flancs de la vallée de la Morelle, les haies vives qui séparent les héritages dans les environs de Beuzeville, les courtils du marais Vernier comptent de nombreux cerisiers.
- Un commerce considérable de cerises se fait pour l’exportation en Angleterre par le port d’Honfleur ; les communes de l’Eure, voisines de cette ville, en fournissent la plus grande part. Plus tard, dans la saison, elles expédient des pêches, des pommes et des poires en très grande quantité.
- Lesrenseignements que nous avons pris nous permettent de fixer àl 500 000fr. la valeur des fruits produits annuellement dans cette partie du département.
- L’Enquête agricole de 1866 estimait à 1000 hectares environ la surface consacrée aux cultures fruitières dans l’Eure.
- Le produit annuel de ces cultures atteindrait donc, d’après les chiffres que nous venons de donner, une valeur totale de 5 500 000 francs.
- A titre de renseignement intéressant, nous signalerons :
- 1° La culture des fruits forcés, faite par M. Gentès à la Guéroulde, près de Breteuil ;
- 2° Au Vaudreuil, près Louviers, la culture de la vigne en treilles, culture pratiquée de telle façon que toutes les variétés, même celles du Midi, y mûrissent des raisins magnifiques, en plein air et dans un milieu climatérique défavorable.
- M. Marc applique un mode de taille tout spécial dont il est l’inventeur, et qui, étant très rationnel, lui permet d’obtenir ces beaux résultats.
- X. Productions légumières. — Bien qu’il soit difficile de mesurer l’importance de cette production légumière, nous devons étudier dans quelles conditions elle est faite dans le département de l’Eure.
- I. — Tous les cultivateurs produisent dans un jardin attenant aux bâtiments Tome II. — 86e année. 4e série. — Août 1887. 43
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- de la forme les légumes nécessaires à la consommation du personnel de l’exploitation.
- Suivant l’importance de la culture, la surface jardinée varie de 1 à 2 ares jusqu’à près d’un hectare; on y trouve des choux, des poireaux, des salades, des artichauts, etc., etc. On y rencontre encore les variétés hâtives des pommes de terre ou les espèces de pois ou de haricots qui nécessitent l’emploi des rames.
- Dans certaines exploitations, l’exiguïté du jardin clos ne permettant pas d’y recueillir la provision entière de légumes, on trouve une culture complémentaire sur les terres de labour les plus rapprochées, mais on n’y cultive que les plantes annuelles un peu rustiques, laissant celles qui occupent le sol trois ou quatre ans (l’artichaut, par exemple) et celles qui sont délicates, confinées au jardin.
- Cette branche de la production légumière fournit certainement la plus grande partie des légumes consommés dans le département, bien qu’au premier abord elle ait des chances de passer inaperçue ; on n’en saisit l’importance qu’en songeant à la multiplicité des cas dans lesquels on l’observe.
- II. — Aux environs des villes et des chefs-lieux de canton, on trouve la culture maraîchère proprement dite, occupant des surfaces proportionnées au chiffre de la population, et créant tous les produits légumiers employés dans l’alimentation.
- Ces plantes potagères viennent naturellement ou par la culture forcée, mais, même dans ce dernier cas, on doit constater que tous les produits maraîchers sont tardifs dans le département.
- III. — L’asperge occupe une surface assez étendue dans le canton de Pont-de-TArche, où elle se plaît dans les graviers et les sables d’alluvions de la vallée de 1a. Seine.
- Les communes de Léry et de Criquebeuf ainsi que plusieurs autres se livrent avec avantage à la production des gros légumes tels que carottes et navets, pour les porter au marché de Rouen.
- La commune d’Aulnay, voisine d’Evreux, se fait aussi remarquer par l’importance donnée à la culture des choux.
- IV. — Les courtils du marais Vernier sont établis sur un sol tourbeux, humide, de coloration brune. A la condition de disposer le sol en dos d’âne ou bil-lons, cette nature de terre ainsi assainie se prête bien à la production légumière; on y obtient surtout des choux qui grossissent beaucoup et très vite, mais qui ont peu de saveur. On en vend chaque semaine sur le marché de Pont-Audemer do grandes quantités pour Ilonfleur et le Havre.
- Nous admettons l’exactitude du nombre d’hectares consacrés à la culture maraîchère et potagère, tel que le donne Y Annuaire statistique pour 1873 :
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- 5138 hectares. La répartition de cette surface totale pourrait être expliquée ainsi :
- 800 hectares de cultures dirigées par les horticulteurs.
- 600 hectares de cultures légumières faites dans la vallée de la Seine.
- 100 hectares de courtils au marais Verner.
- 3 638 hectares de jardins dépendant des exploitations agricoles.
- o 138 hectares.
- Pour toutes ces productions, on ne peut fixer le produit brut à moins de 400 francs par hectare; la valeur de la récolte annuelle serait donc de près de 2100 000 francs, et encore ce chiffre est-il fondé sur une base des plus modérées.
- XI. Les bois et les forêts. — L’étendue boisée comprise dans le département de l’Eure était, d’après les anciennes matrices cadastrales, de 108 815 hectares. Le travail exécuté par l’administration des Contributions directes en 1879 n’en mentionne plus que 100 523 hectares (soit un sixième environ de la superficie totale).
- La culture des bois a donc perdu plus de 8 000 hectares en un demi-siècle. Dans un rapport adressé à la Société d’agriculture (section des Andelys), M. L. Passy porte à 3 500 hectares l’étendue des bois défrichés dans ce seul arrondissement, de 1819 à 1866.
- Les bois forment dans le département 14 forêts principales : celles de Lyons, de Long-Boël, des Andelys, de Pont-de-TArche, de Louviers, de Vernon, de Pacy, d’Ivry-la-Bataille, d’Evreux, de Conches, de Breteuil, de Beaumont, de Montfort et du Neubourg.
- La culture forestière de l’État occupait, d’après le rapport annuel adressé par le conservateur des forêts au préfet de l’Eure à la fin de 1884, 12 665 hectares répartis en quatre groupes principaux :
- Forêt de Lyons............................................. 6 025 hectares.
- Forêt de Bord (Pont-de-FArche)............................... 3 478 »
- Forêt de Louviers.............................................I 151 »
- Forêt de Montfort............................................ 1 984 »
- Le revénu brut de l’année 1884 avait été de 472 198 fr. 42 c., soit 37 fr. 30 c. par hectare.
- Une partie de l’étendue des forêts domaniales est exploitée en futaie; la forêt de Lyons donne de beaux bois d’industrie. Dans d’autres cas, l’exploitation se fait en taillis composé (Louviers).
- Les futaies de l’État sont aménagées à l’âge de 80 ou de 100 ans; les taillis, à des âges variables de 20 à 30 ans, selon la vigueur de la pousse, la nature du peuplement et la fertilité du sol.
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- AGRICULTURE.
- AOUT 1887.
- Commune de Danger.................................... 45 h. 75
- Hospice de Gisors.................................... 94 h. »
- Total : 139 h. 75
- Les bois communaux ou des établissements publics, soumis au régime forestier en 1884, ont une étendue de 139 hectares 35, savoir :
- Les surfaces exploitées dans l’année ont donné en produits principaux et en produits divers un revenu de 3 638 fr. 80, soit en moyenne 26 francs à l’hectare.
- L’exploitation a lieu à 23 ans dans un cas et à 19 dans l’autre.
- Les bois des particuliers ou non régis par l’administration forestière couvrent ensemble 87 718 hectares 22.
- Ces bois sont communément exploités en taillis simples ou composés.
- Sur les bons fonds, où l’essence chêne prospère et où on détache les écorces, le produit peut être assez élevé ainsi qu’en témoignent les résultats d’une coupe de 20 hectares faite dans un taillis âgé de 20 ans, coupe que nous avons suivie et qui a donné les produits suivants (environs de Pacy) :
- Écorce........................................ 222 bottes par hectare.
- Fagots........................................\ 115 » »
- Charbonnette.................................. 50 stères. »
- Dois à brûler................................. 13 » »
- Bouleau....................................... 10 » »
- Au prix de vente de ces différents produits, le revenu brut moyen s’est trouvé être de 53 francs par hectare.
- Cet exemple n’est pas, bien entendu, applicable à l’ensemble des bois des particuliers, ainsi que nous allons le voir de suite.
- Un certain nombre de fermes sont pourvues d’une petite étendue boisée que le cultivateur exploite une fois pendant la durée du bail, c’est-à-dire que les bois sont soumis à une révolution de 9, 12 ou 15 ans; le fermier n’en retire que du bois de chauffage; il est quelquefois astreint à laisser et à plus forte raison à respecter des baliveaux et des réserves.
- Les bouquets de bois attachés aux fermes sont le plus ordinairement composés d’essences de qualité inférieure; on y rencontre bien quelques cépées de chêne ou de châtaignier, mais l’orme, le bouleau, le frêne, le peuplier grisaille, le noisetier, le cornouiller, les épines, etc., sont dominants.
- C’est dans les pays découverts que les boqueteaux se rencontrent ; le Lieu-vain et le Roumois n’en présentent presque pas, car les haies vives fournissent au fermier son chauffage.
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- AGRICULTURE.
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- Les taillis attachés à l’exploitation agricole donnent un produit brut annuel qui ne peut être porté à plus de 35 francs par hectare.
- Les bois appartenant aux particuliers comprennent aussi les plantations de pins qui ont été faites sur quelques versants et en particulier sur les coteaux de la vallée de la Risle.
- Ces plantations sont éclaircies à plusieurs reprises, donnant ainsi du bois de chauffage comme premier produit. Les pins bien venus, au contraire, sont abattus à l’âge de 35 ans environ et donnent des poteaux télégraphiques. Pour assurer leur conservation, ils sont injectés avec une dissolution de sulfate de cuivre (chantiers de Brionne).
- Enfin, comme appartenant aux particuliers, nous devons encore signaler les plantations de peupliers et d'aulnes qui ont été faites — en plein — dans quelques endroits humides des vallées de l’Epte, de l’Eure et de l’Iton.
- Le département de l’Eure est largement pourvu de bois, mais à part les expéditions faites par les gares de Fidelaire et de Lyre, à part les produits des forêts de Pont-de-l’Arche et de Lyons, tout semble utilisé sur place.
- Les deux grandes forêts que nous venons de nommer sont les plus belles et les plus agréables à parcourir. Dans la première, on trouve quelques endroits offrant des points de vue de toute beauté.
- Les plantations de pins des environs de Brionne, visitées par une belle matinée, alors que les rayons du soleil levant pénètrent sous leur sombre feuillage, laissent aussi de délicieux souvenirs.
- M. A. Passy portait le produit annuel des bois et forêts à 7 000 000 de francs ; les produits divers que nous avons énumérés nous donnent une somme bien inférieure; la diminution du prix du bois de chauffage et celle qu’on observe aussi sur la valeur des bois d’œuvre (les charpentes en fer prenant de plus en plüs la place du bois), ont agi dans le sens de la diminution du produit total annuel beaucoup plus que la restriction de surface dont la culture forestière a été l’objet.
- Voici d’une façon approximative le revenu actuel des bois et forêts.
- Domaines de l’État........................................... 472 189 fr. 42
- Domaines soumis au régime forestier.......................... 3 638 fr. 80
- Bois et forêts des particuliers..............................3 308 728 fr. 80
- Valeur des produits d’élagage de haies....................... 500 000 fr. »
- Total : 4484 357 fr. 02
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
- AOUT 1887.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Acier à l’aluminium, par le Dr Percy. — L'aluminium, combiné au fer, est considéré, d’après les expériences de M. Ch. Wittenstrdm, de Stockholm, comme abaissant notablement le point de fusion du fer malléable et de l’acier, et comme augmentant la liquidité du métal fondu, de telle sorte que les gaz, qui pourraient être retenus dans la masse, peuvent s'échapper facilement au dehors. Le procédé consistant à faire le mélange d’aluminium au fer est connu sous le nom de procédé Mitis, dont la première description a été donnée à l’assemblée de Pittsbourg de l’Institut américain des ingénieurs des mines, par M. Peter Otsberg, de la fonderie mitis de Stockholm (1886, février). Les proportions les plus faillies exercent, paraît-il, une action très variable sur les qualités du fer d’aluminium : l’auteur n’indique point de chiffres, de sorte que sous ce point de vue les idées ne sont point fixées. Le président de l’Institut, Dr Percy, pense qu’à la suite des récentes modifications apportées, dans des établissements de New-York, à la fabrication de l'aluminium,—sans passer, comme autrefois, par le sodium métallique et le chlorure d’aluminium, — mais en traitant directement à l’aide de puissants courants dynamo-électriques l’oxyde de l’aluminium ou l’aluminium en présence du charbon et d’un réductif métallique, le prix de l’aluminium, — surtout dans de faibles proportions — ne serait point un obstacle à son emploi pour la fabrication de l’acier, et engage fortement les industriels à entrer dans la voie des études que les travaux signalés ouvrent. Il indique qu’il est assez rare que les analyses des fers rendent compte de la présence des faibles proportions de métaux étrangers, et qu’il serait probablement utile de rechercher la présence de certains d'entre eux, et de comparer les qualités de fer qui résultent de certaines proportions. Ainsi, d’après lui, le cobalt, le nickel, et l’arsenic existent indubitablement dans certaines classes de fers, et, sous le rapport de faction de ces métaux alliés, toute une série d’études à faire semblerait convenable et opportune, afin de fixer la fabrication de certaines qualités.
- (Iron.)
- Production du fer aux États-Unis, par le Dr Percy. — Le développement, considérable de l’industrie du fer aux États-Unis a été indiqué dans la réunion de YIron and Steel Institute par le président D’ Percy. Voici un extrait des chiffres les plus importants :
- La fonte fabriquée, en 1879, était de 374-100 tonnes de 1000 kilog. ; en 1882, elle est de 4623000 tonnes; accroissement, 70 p.100. Depuis cette époque,la production s’est maintenue; elle est de 4329000 tonnes en 1883, mais la capacité
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- productrice est en progrès considérable. La fabrication de l’acier de Bessemer était, en 1879, de 928000 tonnes; elle est de 1701 000 tonnes en 1885; accroissement, 83 p. 100. D’après le calcul et le recensement de la capacité productive totale actuelle des Etats-Unis, en tenant compte de huit nouvelles usines en construction sur les principes de Clapp-Griffith pouvant disposer prochainement de treize convertisseurs Bessemer, ainsi que de dix-huit fourneaux d’acier (open hearth furnaces), il serait possible de produire annuellement un million de tonnes d’acier ; cette production pourrait même être atteinte assez facilement.
- (.Tron.)
- Note sur les gaz d’usines nuisibles au point de vue de la respiration. —
- M. Hirt a donné pour l’acide sulfureux mélangé à l’air des proportions de 1 à 3 p. 100 comme quantités permettant la respiration sans causer d’inconvénient. M. Ogata conteste ces chiffres et prétend <jne la respiration devient pénible au bout de quelques heures, aussitôt que la proportion de ce gaz s’élève à 0,04 p. 100, c’est-à-dire 4 dix-millièmes. Son expérience personnelle lui a démontré que 0,05 p. 100 suffisaient pour l’empêcher de respirer conveblenament ; les souris meurent au bout de trois heures dans une atmosphère contenant 0,06 p. 100 d’acide sulfureux : ce gaz doit être classé parmi les toxiques du sang les plus énergiques. Les ateliers de blanchissage, de bleu d’outremer, de sulfurage des houblons, de production d’acide sulfurique, les usines de grillage de minerai sont les établissements où cette intoxication est le plus à craindre.
- M. Lehmann conteste également les chiffres donnés par M. Hirt pour les proportions d’acide chlorhydrique et de chlore mélangées à l’air atmosphérique qui rendent l’air irrespirable ; dès que l’acide chlorhydrique gazeux atteint 0,01 p. 100, 1 dix-millième, les étourdissements se présentent aussitôt, et les animaux meurent en très peu d’heures dans un milieu d’air chargé de 0,1 à 0,15 p. 100 de ce gaz.
- Les émanations de l’ammoniaque qui se produisent dans les fabriques de glace, dans les usines à gaz, dans les fabriques d’ammoniaque et d’engrais, dans les ateliers de glaces argentées, etc., deviennent difficiles à supporter, lorsque l’air contient 0,05 p. 100 de ce gaz, et produisent des étourdissements. Les animaux périssent en moins d’une heure et demie dans une atmosphère chargée de 0,6 p. 100 d’ammoniaque : quelques animaux cependant peuvent supporter une plus grande proportion. Le carbonate d’ammoniaque agit comme l’ammoniaque libre. Des individus arrivent, par l’habitude de vivre dans des milieux ammoniacaux, àsupporter des proportions qui varient de 0,03 à 0,05 p. 100; il serait imprudent de passer au-dessus de ces chiffres ; les étourdissements et les inflammations se présentent alors rapidement chez les ouvriers vivant dans ces conditions.
- (Dingler’s Polytechnisches Journal.)
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- PROCÈS-VERBAUX.
- AOUT 1887.
- Titrage du phénol dans l’acide carbolique brut. — D’après J. Toth (Zeitschrift fur analytische Chernie, 1886, p. 160), on ne peut arriver à séparer complètement les éléments du goudron en lavant et en filtrant l’acide carbolique brut. D’après sa méthode, on mélange dans un verre à expérience 20'° de l’acide carbolique, à analyser, avec 20oc d’une lessive de potasse concentrée; on agite fortement et on laisse reposer. Au bout d’une demi-heure on a joute 250cc d’eau ; les éléments du goudron s’amassent alors à la surface de l’eau et l’on peut les éliminer en filtrant le liquide. Cela fait, on lave le résidu avec de l’eau tiède jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de réaction alcaline. On acidulé le filtrage joint aux eaux de lavage avec de l’acide chlorhydrique jusqu’à ce que l’on ait une faible réaction acide, puis on étend le tout d’eau de manière à avoir 3 litres de liquide. On prend 50cc de cette solution que l’on mélange à 150cc d’une solution de 6gr,96 de bromure de sodium dans 1 litre d’eau, puis on ajoute occ d’acide chlorhydrique concentré. On laisse reposer 20 minutes, après quoi on ajoute 10cc d’iodure de potassium (125gr d’iodure dans 1 litre), on laisse reposer 5 minutes au plus, on mêle alors une solution d’empois d’amidon et l’on procède au titrage avec le sulfite de soude.
- (.Dinglcrs polytechnischcs Journal.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION
- PROCÈS VERBAUX
- Séance du % juillet 1887.
- Présidence de M. Ed. Becquerel, Président.
- M. le chef du cabinet du Préfet de la Seine accuse réception des Bulletins de la Société qui ont été remis pour les bibliothèques municipales. Il envoie de la part de la Préfecture pour la bibliothèque de la Société de nombreux documents relatifs aux monuments de Paris, aux travaux exécutés pour les eaux et les égouts, etc., formant quinze volumes.
- Ces ouvrages seront déposés à la bibliothèque.
- M. le colonel Grillon, directeur de la section technique du Génie, envoie les deux premiers numéros de la Bevue de Génie militaire en échange du Bulletin de la Société.
- M. J.-B.Lehmann, de Berne. —Procédé pour la conservation des substances alimentaires et autres, au moyen du gaz acide carbonique. (Arts économiques.)
- M. Péret, rue des Boulets, 90. — Appareil diviseur servant à séparer l’eau et la vapeur pendant l’opération de la vidange des chaudières à vapeur. (Arts mécaniques.)
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- PROCÈS-VERBAUX. ---- AOUT 1887.
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- M. Delaurier. — Moteur horizontal à voile dit moulin voilier. (Arts mécaniques.)
- M. Devienne, à Haveluy, par Denain, Nord. — Perfectionnements apportés aux lampes de mineur. (Arts chimiques.)
- M. Eugène Léautey, chef de bureau au Comptoir d’escompte. — Envoi de l’ouvrage qu’il vient de publier sous le titre de : l’Enseignement commercial et les Ecoles de commerce en France et dans le monde entier. (Commerce.)
- M. Bauer, de Munich. — Note sur divers moyens de détruire le phylloxéra. (Agriculture.)
- M. le Dv Edelmann, privat-docent à l’École supérieure technique de Munich. — Procédé pour faire connaître la température à distance. (Arts économiques.)
- La Société des sciences et arts agricoles et horticoles du Havre envoie le programme de l’Exposition qui aura lieu au Havre, concordant avec le Congrès de l’Association pomoiogique de l’Ouest, du 1er au 8 octobre 1887. (Bulletin.)
- Congrès de la Société de l’industrie minérale de Saint-Étienne dans l’est de la France et en Belgique. Programme général des visites.
- Ouvrages signalés dans la Correspondance imprimée.
- La sténo-télégraphie, système nouveau de télégraphie, système Cassagnes, par M. L.-H. Despreissis, ingénieur-électricien.
- Commission géologique et d’histoire naturelle du Canada. — Rapport annuel. Avec planches et de cartes géographiques. Ottawa, 1885.
- Notice sur les catalogues de bibliothèques publiques, par F. Nizet, Bruxelles.
- La Déforme de la législation des mines : coup d’œil sur les projets et les critiques, parE. Gruner, ingénieur civil des mines, ancien élève de l’École polytechnique, Lille, 1887.
- Annales de l’Observatoire de Nice, publiées sous les auspices du Bureau des longitudes, par M. Perrotin, directeur. (Fondation, R. Bischsffoheim.) Tome IL
- Nomination d’un membre du conseil. — M. le Président ouvre le scrutin pour la nomination d’un membre du Comité des arts chimiques.
- M. Amédée Vée, fabricant de produits pharmaceutiques, obtient l’unanimité des voix.
- Cette nomination, pour être définitive, devra être soumise à la ratification de la Société réunie en assemblée générale.
- Rapports. — M. Hâton de la Goupillière fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport pour demander une déclaration de vacance dans le Comité par suite de la démission dg M. de Fréminville, nommé membre honoraire.
- Cette vacance est déclarée.
- Serrure-chaîne. — M. Pihet fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport sur la serrure-chaîne de Alphonse Loyer, faubourg Montmartre, 4.
- L’auteur met à profit la chaîne de sûreté qu’on emploie ordinairement pour
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Août 1887. 44
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- maintenir entre-bâillée la porte d’un appartement, lorsqu’on redoute l’entrée trop facile d’un visiteur dangereux, ou que l’on ajoute une sécurité de plus en s’enfermant chez soi.
- Le Comité propose de remercier M. Loyer de sa communication et d’autoriser l’insertion du présent rapport dans le Bulletin, avec la description et le dessin nécessaires pour l'intelligence du mécanisme.
- Ces propositions sont adoptées.
- Frictomèlre. — M. Tresca fait, au nom du même comité, un rapport sur le fric-tomètro de MM. Emile Petit et Henri Fayol, appareil destiné aux essais relatifs au frottement.
- Le problème que les auteurs ont cherché à résoudre est le suivant : ils ont voulu se placer pour l’essai des matières lubrifiantes dans des conditions aussi identiques que possible à celles de la pratique.
- M. le Rapporteur décrit l’appareil dont le fonctionnement, vérifié dans l’usine de M. O. Allaire, fabricant d’huiles et graisses industrielles à Levallois-Perret, a paru satisfaisant.
- Cet appareil permet d'étudier soit la nature et le mode d’emploi des matières lubrifiantes, soit les formes ou dimensions des tourillons et coussinets, soit encore les meilleures conditions de vitesse ou de charge, en un mot, de fixer, par expérience directe, la valeur la meilleure d’une quelconque de ces quantités prise pour variable.
- Différentes applications indiquent que cet appareil, désigné sous le nom de frictomètre1 a déjà pris place dans l’industrie et est susceptible d’y rendre de réels services.
- Le Comité propose de remercier MM. Emile Petit et Henri Fayol de leur intéressante communication, et d’insérer le présent rapport au Bulletin, avec une planche représentant l’appareil complet et les dessins sur bois nécessaires pour faire comprendre le principe de l’appareil enregistreur des efforts dont l’application a été heureusement faite à cet instrument.
- Ces propositions sont adoptées.
- Communications. — Traverses de chemin de fer. — M. Tresca présente, de la part de M. Post, ingénieur de la voie des chemins de fer de l’Etat néerlandais, différents documents relatifs aux essais comparatifs faits depuis 1865 sur l’emploi de traverses de différents systèmes pour l’établissement des voies de chemin de fer.
- Les essais ont porté sur l’emploi de 10 types de traverses métalliques déposées sur 21 lignes distinctes.
- Ces essais ont été aussi complétés par d’autres ayant pour but la détermination de l’influence de la rigidité de là voie sur les frais d’entretien.
- Pour juger de l’importance de la fabrication de ces voies à traverses métal-
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- liques, M. Tresca cite quelques chiffres relevés dans les documents présentés.
- Des spécimens des différents types et traverses expérimentés se trouvent en ce moment à l’exposition de Vincennes, ainsi que différents documents relatifs au matériel des voies.
- M. le Président remercie MM. Tresca et Post de leur communication, qui est renvoyée au Comité des constructions.
- Papiers et glaces photographiques. — M. Tondeur présente une émulsion au gélatinochlorure chimiquement pure et dans un état moléculaire particulier, elle est étendue sur verre ou sur papier, livrée au commerce sous la dénomination de glaces ou papiers rapides au chlorure d’argent. L’auteur appelle ce produit rapide pour le distinguer des différentes préparations connues jusqu’à présent sous le nom de chlorure d’argent et avec lesquelles il n’a aucune ressemblance.
- Des glaces préparées avec ce produit donnent par développement et sans virage les plus beaux tons connus en photographie. Il suffit d’exposer sous un cliché pendant quelques secondes à la lumière diffuse ou quelques minutes à celle d’une lampe, l’image exisle à l’état latent.
- Pour la faire paraître, on plonge la gla'ce dans un des révélateurs ordinairement employés pour développer le gélatinobromure; avec cette différence que le bain doit être additionné d’une forte proportion de bromure de potassium et d’une quantité d’eau plus ou moins grande suivant le ton que l’on désire: le révélateur concentré donne des tons noirs, celui étendu d’eau, des tons rouges ou sépia. Le même bain peut servir un grand nombre de fois.
- Lorsque tous les détails de l’image sont venus, celle-ci est rincée et fixée dans un bain d’hyposulfite de soude à 15 p. 100 d’eau.
- Quoique le chlorure soit moins rapide que le gélatinobromure, il peut, dans certains cas, être employé à la chambre noire, par exemple, pour obtenir d’un grand cliché une épreuve positive pour projection. En employant les procédés ordinaires, il faut faire : 1° un positif au collodion ou au gélatinobromure; 2° un négatif, et enfin faire tirer par un spécialiste un positif sur albumine. Avec le procédé de l’auteur, on obtient le positif en une seule opération.
- M. Tondeur montre à l’assemblée des épreuves sur verre, de colorations différentes ayant des tons inconnus jusqu’ici en photographie. Ces épreuves ont demandé une exposition variant entre deux à dix secondes, le révélateur employé a été l’oxalate de fer. Chaque opération n’a pas demandé plus de deux minutes et il serait facile d’abréger ce temps en développant plusieurs épreuves à la fois.
- M. Tondeur présente enfin des épreuves sur papier au gélatinochlorure rapide que l’on obtient comme celles sur glace. Elles demandent une exposition un peu plus longue que celles sur papier au bromure, mais elles lui sont supérieures par la finesse, les détails, la variété et la richesse des tons.
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- M. le Président remercie M. Tondeur de sa communication, qui est renvoyée au Comité des beaux-arts.
- Propulseur. — M. Hérard présente un propulseur de son invention, destiné à remplacer l’hélice pour la navigation aérienne. Il peut être actionné soit par la vapeur, soit par l’électricité ou la force humaine. M. Hérard donne la description de son appareil et le fait fonctionner devant l’assemblée.
- M. le Président remercie M. Hérard de sa communication, qui est renvoyée au Comité des arts mécaniques.
- Impression simultanée. — M. Elle Reuille présente un mode d’impression qui diffère complètement de ce qui a été fait jusqu’à ce jour. Le système consiste à profiter de la capillarité ou déplacement de niveau pour amener les couleurs sur l’objet que l’on veut imprimer. Des tubes réunis forment une planche et chaque tube plonge dans une couleur demandée par l’image à reproduire; soit paT déplacement de niveau, soit par aspiration, refoulement ou capillarité, les couleurs contenues dans les récipients montent dans les tubes et viennent se déposer suivant leur combinaison préparée, sur l’objet que l’on veut imprimer.
- M. le Président remercie M. Reuille de sa communication, qui est renvoyée au Comité des arts chimiques.
- Séance du 22 juillet 1887.
- Présidence de M. Hâton de la Goupillière, Vice-Président.
- M. Auguste Coret, à Pierrelatte, Drôme, envoie deux mémoires accompagnés de trois dessins, au sujet d’un appareil qu’il appelle Régulateur du débit de Veau dans une conduite. (Arts mécaniques.)
- M. de Solminihac, place de Valois, 5. — Note sur la forge centrifuge appliquée au tannage et sur ses avantages. (Arts chimiques.)
- M. J.-R. Magncird, rue d’Avignon, 4, à Vienne, Isère. — Projet de machine rotative à pression constante. (Arts mécaniques.)
- M. Joly, ancien président de la Société d’agriculture de France. — Note sur les importations et les exportations de produits horticoles de 1884 à 1886. (Agriculture.)
- M. Amédée Marteau, consul de France. — Brochure intitulée : les Assurances ouvrières en Allemagne. (Commerce.)
- Nomination d’un membre de la Société. — M. le comte Georges de Vanssay, présenté par d/. Ed. Simon, est nommé membre de la Société.
- Nomination d’un membre du Conseil.— M. le Président ouvre un scrutin pour la nomination d’un membre du Comité des arts mécaniques.
- M. Gauthier-Villars, imprimeur-libraire, ayant réuni l’unanimité des suffrages, est nommé membre du Comité des arts mécaniques.
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- Cette nomination, pour être définitive, devra être ratifiée par la Société réunie en assemblée générale.
- Rapports. — Législation des mines. — M. G. Roy fait, au nom du Comité du commerce, un rapport sur un certain nombre de brochures qui traitent de la question des mines, à propos du projet de loi actuellement soumis aux pouvoirs publics.
- Il ressort que les critiques auxquelles a donné lieu le projet de loi portent sur deux points principaux : 1° l’institution des délégués mineurs ; 2° le retrait de la concession dans des cas qui ne sont pas nettement déterminés. M. le rapporteur examine ces deux points, et démontre que les mesures proposées inquiètent l’industrie minière, et que leur adoption serait contraire à son développement.
- En réponse aux auteurs des communications et comme marque de la sollicitude avec laquelle ont été accueillis et étudiés les documents adressés au Conseil, le Comité de commerce propose l’insertion du présent Rapport au Bulletin de la Société.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Enseignement commercial. — M. G. Roy fait, au nom du Comité du commerce, un rapport sur l’ouvrage : /'Enseigement commercial et les Ecoles de commerce en France et dans le monde entier, par M. Eugène Léautey, chef de bureau au Comptoir d’escompte.
- M. le Rapporteur fait l’analyse de cet important ouvrage, dans lequel se trouvent condensés des renseignements fort intéressants, jusqu’ici épars, difficiles à se procurer.
- Le Comité du commerce propose de remercier M. Léautey de son intéressante communication, d’envoyer son livre à la bibliothèque de la Société et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Plume inscrivante. — M. Mascart fait, au nom du Comité des arts économiques, un rapport sur une plume inscrivante de M. Auguste Fenon, horloger de l’Observatoire, avenue de Châtillon, 36.
- Lorsqu’on veut enregistrer un phénomène naturel ou conserver les traces de signaux dans des expériences prolongées, on recherche surtout un traceur qui soit toujours prêt à fonctionner, qui soit facile à mettre en état sans exiger une surveillance continue. Les plumes imaginées par M. Fenon remplissent parfaitement ces conditions, elles ont été utilisées en particulier par M. Wolff à l’Observatoire de Paris pour les enregistreurs du baromètre, de la température et du vent et ont donné les meilleurs résultats.
- Le Comité propose de remercier M. Fenon de sa communication et d’ordonner l’insertion du présent rapport au Bidletin avec quelques figures pour donner une idée des différentes formes auxquelles se prêtent ces nouvelles plumes.
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- Ces conclusions sont adoptées.
- Photogravure. — MM. Plon et Davanne font, au nom du Comité des constructions et des beaux-arts, un rapport sur le procédé de photogravure de M. Sarti-rana, rue du Four, 15. Ce procédé permet de traduire la photographie par des entailles plus ou moins larges, plus ou moins profondes, faites par un burin dans une planche de métal. L’effet diffère très notablement de celui que donnent les morsures chimiques, et rappelle celui de quelques estampes déjà anciennes, gravées au burin par Claude Mellon.
- Le principe de l’invention repose sur l’emploi d’une machine à graver les lignes parallèles.
- Le Comité propose de remercier M. Sartirana de son intéressante communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin avec les dessins de la machine à graver.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Conservation des substances alimentaires. — M. Bardy fait, au nom du Comité des arts économiques, un rapport sur un appareil pour la conservation des substances alimentaires, imaginé par M. Schribaux, directeur de la station d’essais de semences à l’Institut national agronomique. M. Schribaux, s’inspirant des expériences classiques de M. Pasteur, que rappelle M. Bardy, a construit une marmite formée de deux parties : la marmite proprement dite et le couvercle. L’espace libre, laissé entre les deux surfaces de fermeture, est excessivement mince, extrêmement étroit, et retient, d’une manière complète, les germes atmosphériques.
- Dans ces vases, on peut conserver, sans la moindre altération, pendant un temps plus que suffisant pour les usages domestiques, tous les aliments ou les liquides susceptibles d’être bouillis, lait, bouillon, ragoûts, etc.
- Le Comité estime que cette invention est recommandable à tous égards, et propose de remercier M. Schribaux de son intéressante communication, et de voter l’insertion du présent rapport au Bulletin.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Communications. — Production de Voxygène. — M. Pellin, successeur de M. Jules Duboscq, constructeur d’instruments d’optique et de précision, présente un nouveau dispositif pour produire l’oxygène dans les laboratoires. Il décrit les appareils employés, et les critique, les uns pour la difficulté du montage, les autres pour le nettoyage, tous au point de vue de la sécurité, car ces appareils, n’ayant pas de système de sûreté, sont fatalement exposés à éclater si la pression augmente rapidement.
- Son appareil se compose d’une marmite en fer, à la partie supérieure de laquelle est vissée et rivée une collerette en fonte, portant deux rainures en creux, remplies de sable fin ou de cendres lavées ; le bouchon sur lequel est fixé
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- Je tube de dégagement du gaz porte également deux rainures en relief : les deux parties s’emboîtent, et sont réunies par trois pinces à vis.
- L’oxygène, préparé dans les conditions normales, se dégage sous une pression de 3 à 5 centimètres d’eau; il suffit donc d’avoir un point qui résiste à une pression six ou huit fois supérieure, pour éviter toute perte dans la préparation, et qui laisse passer sûrement le gaz si la pression augmente ; les joints faits comme l’indique M. Pellin sont plus que suffisants : en effet, le joint fait au sable tient à une pression de 27 centimètres d’eau, celui qui est fait avec les cendres lavées tient avec 35 à 40 centimètres d’eau. Le rendement de cette cornue est le même que celui des modèles ordinaires.
- Dans le cas où la matière se boursoufle, surtout dans la seconde partie de la décomposition, où le chlorate, transformé en perchlorate, se décompose, un dispositif particulier empêche la matière de s’engager dans le tube abducteur.
- Si enfin la pression augmente subitement, l’expérience montre que le sable est projeté sur tout le pourtour de la collerette, et laisse une surface libre au dégagement du gaz, surface suffisante pour éviter toute chance d’explosion.
- En résumé : facilités pour la fabrication du gaz et sécurité absolue.
- Eclairage nricrographique. — M. Pellin présente un modèle de lanterne pour éclairage micrographique, adopté à l’Institut Pasteur, et construit par lui suivant les conseils de M. le Dr Roux.
- U se compose d’un chalumeau vertical formé de deux tubes concentriques ; la flamme oxhydrique frappe en l’entourant une petite sphère de magnésie de 5 millimètres de diamètre, supportée par un fil de platine.
- Ce chalumeau est placé au centre d’une lanterne portant un condenseur spécial; un miroir concentre la lumière émise par la partie postérieure de la sphère; le tout est monté sur une colonne avec pied ayant deux mouvements de déplacement, l’un vertical, l’autre horizontal, pour permettre le centrage du point lumineux sur la platine du microscope horizontal photographique de M. le Dr Roux.
- La lumière ainsi obtenue est très vive, très constante et très photogénique. La dépense en oxygène est faible, 25 à 30 litres à l’heure sous une pression de 10 centimètres d’eau. Une sphère en magnésie, bien préparée et chauffée avec précaution au moment de l’allumage, peut durer 60 à 70 heures de travail.
- M. Pellin, montre aussi que cette lanterne, avec un condenseur particulier, peut être employée avec avantage pour la laryngoscopie.
- M. le Président remercie M. Pellin de ses communications, qui sont renvoyées la première au Comité des arts chimiques et la seconde au Comité des arts économiques.
- Graphanorane. — M. le Dl Mouilleras, de Nantes, présente un appareil appelé graphanorane, qui permet d’écrire dans l’obscurité la plus complète.
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- Il se compose de deux pièces principales : l’une sert à donner à chaque ligne un espacement régulier, l’autre à diriger la main qui écrit.
- La première est un châssis mobile dont la forme représente un parallélogramme ; sur son côté gauche on a pratiqué des entailles de centimètre en centimètre.
- La seconde est un chariot ayant à son centre une gouttière servant de régulateur. Un petit ressort placé à son extrémité gauche tombe de lui-même dans les entailles du châssis et y reste fixé jusqu’à ce qu’on imprime de haut en bas une pression sur le milieu du régulateur pour l’en faire sortir. Un petit bruit sec avertit que le déclanchement s’est opéré et que l’on peut recommencer une autre ligne.
- Arrivé au bas de sa course, le chariot a besoin d’être remonté. Sous le ressort que l’on connaît, on a mis un verrou qui le relève assez haut pour lui permettre de passer librement au-dessus de chaque entaille et de regagner ainsi sa première place.
- M. le Président remercie M. Moullieras de sa communication, qui est renvoyée au Comité des arts économiques.
- Le Gérant : J.-H. Ginestou.
- ERRATA
- BULLETIN DE JUILLET 1 887.
- Page 396, deuxième ligne, au lieu de régénérateurs, lisez générateurs. Page 403, onzième ligne en remontant, au lieu de canne, lisez came.
- Paris. — Typ. G. Chamerot, 19, rue des Saints-Pères. — 21565.
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- 86e ANNÉE.
- Quatrième Série, Tome II.
- SEPTEMBRE 1887.
- BULLETIN
- DE
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ARTS MÉCANIQUES
- Rapport fait par M. A. Tresca, au nom du Comité des arts mécaniques, sur le Frictomëtre de MM. Émile Petit et Henri Fayol.
- MM. Émile Petit et Henri Fayol ont présenté à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale un appareil, désigné par eux sous le nom de Frictomètre, destiné aux essais relatifs au frottement.
- Avant de décrire l’appareil même ayant le but qui vient d’être indiqué, nous entrerons dans quelques détails sur l'appareil enregistreur des efforts adapté à cet instrument, ce mode d’évaluation des efforts étant susceptible d’un grand nombre d’autres applications.
- On sait que si l’on cherche à enfoncer dans un liquide un corps solide de faible densité, par exemple un cylindre métallique creux et fermé, flottant à la surface du liquide, on est obligé de vaincre une certaine résistance due à la poussée verticale que le liquide exerce sur le corps.
- Si le vase contenant ce liquide a une section horizontale très considérable par rapport à la section droite du corps plongé, le niveau de ce liquide restera sensiblement le même et l’on pourrait facilement évaluer l’effort qu’il aurait fallu exercer pour enfoncer le corps solide d’une certaine hauteur h en mesurant avec soin cette hauteur.
- Les aréomètres d’un usage courant sont basés sur ce principe.
- Si la section des vases n’est pas beaucoup plus considérable que celle du corps plongé, en même temps que celui-ci s’enfoncera, le liquide s’élèvera au-dessus du niveau primitif, et il est facile de se rendre
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Septembre 1887. 45
- Fig. 1.—Flotteur dufric-tomètre de MM. Petit et Fayol.
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- ARTS MÉCANIQUES.
- SEPTEMBRE 1887.
- compte des conditions d’équilibre du corps ainsi plongé dans ses différentes positions. Soit :
- S la section du vase rempli de liquide, cette section étant supposée constante.
- 5 la section droite du corps.
- h la hauteur de laquelle on l’enfonce dans le liquide.
- K la hauteur dont le niveau du liquide s’élève.
- 77 la densité du liquide.
- L’égalité du volume donne :
- qJi
- (S — s) h' — sh d’où k = ô------------
- la distance qui existe entre le fond du corps plongé et la surface du niveau du liquide après l’enfoncement de ce corps sera :
- h + //= h + ^—=( 1 + ^-)h
- et la poussée résultant de l’action du liquide sur le corps plongé sera :
- j» = s(A + À> = i^l-|-gJL_^7U
- qui peut se mettre encore sous la forme :
- Cette expression permet donc de se rendre compte de la valeur dep, connaissant les deux sections, la hauteur h, et la valeur de 77.
- Si donc on munit la tige de ce flotteur d’un index venant reporter sur un cylindre à axe vertical, animé d’un mouvement continu de rotation, la position d’un des points de la tige, on pourra, par la lecture des indications d’un tracé continu, obtenir la succession des valeurs des pressions p exercées dans le phénomène que l’on s’était proposé d’étudier.
- Cet instrument de mesure des efforts exercés peut être complété, à volonté, par une disposition qui permet de faire varier l’échelle des déplacements correspondant à des efforts donnés.
- On peut, à cet effet, faire varier, soit la section S du vase contenant le liquide, soit la nature du liquide, soit encore la section du corps plongé.
- De ces trois procédés, le premier est de beaucoup le plus pratique, en disposant l’appareil de la manière suivante :
- Au lieu de modifier la section S du vase contenant le liquide, en le
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- ARTS MÉCANIQUES. ---- SEPTEMBRE 1887. 551
- remplaçant par un autre, on peut lui adjoindre un ou plusieurs récipients supplémentaires communiquant avec le premier à l’aide de tuyaux munis de robinets. Le niveau du liquide dans ces récipients sera le même que dans le premier vase et l’on pourra ainsi augmenter la section S dans la proportion que l’on voudra.
- Un simple jeu de robinets replacera l’appareil dans les conditions primitives.
- Ainsi disposé, cet instrument d’observation permet donc facilement d’évaluer soit le poids de différents corps, si on veut établir sur ce principe une sorte de balance, soit des efforts d’intensités constantes ou variables comme dans les différents genres de dynamomètres.
- Nous allons maintenant décrire le frictomètre auquel cet appareil de mesure des efforts a été appliqué.
- Le problème que MM. Petit et Fayol ont cherché à résoudre est le suivant. Ils ont voulu se placer pour l’essai des matières lubrifiantes dans des conditions aussi identiques que possible à celles de la pratique.
- Un arbre de rotation de faible longueur est disposé horizontalement et est prolongé par un tourillon dont le diamètre peut varier. Ce tourillon est entouré par un coussinet en une seule pièce, maintenu dans un Fig. 2. — Flotteur du tricto-
- . mètre de MM: Petit et Fayol.
- cadre remplaçant le chapeau du palier ordinaire.
- Ce coussinet est chargé de poids variables et l’on obtient une pression variable entre le coussinet ainsi chargé elle tourillon de l’arbre.
- Il a suffi d’adapter au frictomètre l’appareil de mesure des efforts précédemment décrit pour pouvoir évaluer soit à chaque instant, soit d’une manière continue, au moyen d’un enregistreur, un nombre proportionnel à l’effort tangentiel au tourillon d’une valeur égale à / P, f étant le coefficient de frottement à déterminer, P la pression.
- Un thermomètre disposé dans un logement préparé dans le coussinet permet d’observer l’élévation de la température.
- Le mouvement de rotation est transmis par courroie, et, à cet effet, l’arbre porte un ensemble de poulies fixe et folle, avec fourchette de débrayage.
- La pression est donnée par un grand levier prenant son point d’appui sur le bâti général de l’appareil. Ce point d’appui, muni d’un couteau en acier, est distant de la verticale passant par le centre de l’arbre de 50 milli-
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- mètres seulement, le point d’application de la charge est distant de 1 mètre de ce même point d’appui.
- Si l’on dispose sur ce levier un couteau situé dans le plan vertical passant par l’axe de l’arbre, ce couteau pourra transmettre une pression égale
- 1000
- 50
- = 20 fois la charge disposée à l’extrémité du levier.
- Cette pression est transmise au coussinet par un balancier de faible longueur au milieu duquel agit le couteau attaché au grand levier. Deux bielles articulées, aux deux extrémités du balancier, viennent s’attacher en deux points du cadre entourant le coussinet.
- Cette disposition permet la libre oscillation du coussinet entourant le tourillon, la pression étant transmise intégralement à cet axe quelle que soit la position du coussinet qui l’entoure.
- A la chape de ce coussinet se trouve fixé un levier équilibré ayant 0m,700 de longueur et à l’extrémité du levier on vient disposer l’appareil employé pour l’enregistrement des efforts dont la description est donnée plus haut.
- Suivant l’état et la nature des matières lubrifiantes employées, suivant la charge portée par le coussinet, l’effort tangentiel f P aura une valeur plus ou moins considérable, et il en résultera un déplacement du levier fixé au flotteur qui s’enfoncera plus ou moins suivant l’intensité de l’effort exercé.
- La lecture de ces déplacements pourra donc servir à déterminer à chaque instant un nombre proportionnel au produit /P et par suite à déterminer la valeur du coefficient de frottement.
- Sans qu’il soit nécessaire d’insister davantage sur la construction de l’appareil présenté, nous pouvons dire qu’il n’est qu’une des formes sous lesquelles on pourrait appliquer les principes mis en œuvre à l’étude du frottement dans les arbres horizontaux ou verticaux avec tourillons ou coussinets tournants.
- Il nous a été donné de vérifier les conditions du fonctionnement d’un appareil de ce genre installé dans l’usine de M. Affaire, fabricant d’huiles et graisses industrielles à Levallois-Perret, et nous avons pu nous assurer qu’il fonctionnait d’une manière très satisfaisante.
- Cet appareil permet en effet d’étudier soit la nature et le mode d’emploi des matières lubrifiantes, soit les formes ou dimensions des tourillons et coussinets, soit encore les meilleures conditions de vitesse ou de charge,
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- en un mot de fixer, par expérience directe, la valeur la meilleure d’une quelconque de ces quantités prise pour variable.
- Un certain nombre de ces appareils sont maintenant en service : l’un d’eux est installé chez M- Decauville à Petit-Bourg, un autre fonctionne d’une manière courante aux usines de Commentry.
- Ces différentes applications indiquent que cet appareil, désigné sous le nom de frictomètre, a déjà pris place dans l’industrie et est susceptible d’y rendre de réels services.
- Nous vous proposons donc de remercier MM. Émile Petit et Henri Fayol de leur intéressante communication, et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin, avec une planche représentant l’appareil complet, et deux dessins sur bois nécessaires pour faire comprendre le principe de l’appareil enregistreur des efforts dont l’application a été heureusement faite à cet instrument.
- Signé : A. Tresca, rapporteur.
- Approuvé en séance le % juillet 1887.
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA PLANCHE 16 REPRÉSENTANT LE FRICTOMÈTRE DE MM. E. PETIT ET H. FAYOL.
- Fig. 1 et 2. — Élévation de l’appareil.
- Fig. 3. — Plan.
- Fig. 4. — Détaii du coussinet et du mode d’application de la charge.
- Fig. 8. — Tourillon de formes diverses pouvant se monter sur l’appareil.
- A, arbre de rotation constitué par le tourillon en expérience.
- PP', poulies fixe et folle montées sur cet arbre.
- S, colonne venant se fixer sur le sol et servant de support à tout l’appareil.
- B, pièce horizontale fixée à la colonne S et venant se fixer au mur M. s s' s", palier de l’arbre A.
- G, pièce de fonte fixée à B et servant de point d’articulation d’un levier L.
- L, levier articulé en l et portant à son extrémité un plateau X que l’on peut charger de poids d’intensité variable.
- 1', couteau attaché au levier L et venant s’appuyer sur une pièce D.
- D, balancier recevant la pression du levier L par l’intermédiaire du couteau L et transmettant cette pression par l’intermédiaire de bielles E au coussinet K.
- e e, couteaux fixés à un levier L', ces couteaux étant entourés par les chapes des bielles E, E.
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- ARTS MÉCANIQUES.
- SEPTEMBRE 1887.
- L', levier fixé au coussinet entourant l’arbre A.
- G, contrepoids équilibrant le levier L'.
- N, bâche cylindrique remplie d’eau dans laquelle se meut le flotteur E.
- Cette bâche est réunie à la pièce B par un prolongement G de la pièce C. f, tige du flotteur F venant s’attacher à l’extrémité du levier L'.
- R, R' R ", rouleaux servant au déroulement et à l’emmagasinement du papier recevant la trace des déplacements d’un point de la tige f.
- T, transmission prise sur l’arbre A et transmettant un mouvement très lent à l’ensemble des rouleaux R, R' R".
- Y, robinet servant à élever la bâche N du flotteur F.
- ARTS MÉCANIQUES
- Rapport fait par M. le colonel Goulier, au nom du Comité des arts mécaniques, sur le sphéromètre ou cyclomètre présenté par M. Hervier, ingénieur civil des mines, 57, rue de Bagnolet, Paris.
- L’instrument qui nous a été présenté sous le nom de sphéromètre, n’a pas la destination de l’instrument du même nom dont on trouve la description dans tous les cours de physique. 11 ne vise pas non plus, comme ce dernier, à une grande précision. C’est un simple mètre pliant à 5 branches de huis, portant, sur l’une de ses faces, la division ordinaire en centimètres, et, sur la seconde face des branches 3 et 4, une ligne médiane et des divisions progressives sur lesquelles on lit les diamètres des cylindres, après y avoir circonscrit 3 ou 4 branches, comme nous allons le dire.
- Pour des diamètres moindres que 105 millimètres, on dispose les 3 branches tangentiellement au cylindre dont on cherche le diamètre, de telle sorte qu’elles forment une sorte de triangle isocèle (fîg. 1) dont la 3e branche divisée constitue la base ; l’angle intérieur a de la garniture en laiton de la première branche correspondant d’ailleurs à la ligne médiane de cette 3e. Puis c’est en regard de cet angle a qu’on lit le diamètre sur l'échelle de la même branche.
- Pour des diamètres compris entre 105 et 180 millimètres, on entoure le cylindre avec 4 branches (fîg 2) que l’on dispose de telle sorte que les 3 premières le touchent, et que le bout de la première soit appliquée contre la rive de la 4° ; ce qui établit la perpendicularité de ces deux branches. Le diamètre cherché se lit alors, sur l’échelle de la 4e branche, en regard de
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- l’angle intérieur b de la première. On remarquera sans doute que la surface de contact du bout libre avec la 4° branche est bien courte pour déterminer avec quelque précision la perpendicularité des lames 1 et 4. Mais une erreur de 2 à 3 degrés sur cette perpendicularité ne cause pas d’erreur nota-ble sur le résultat cherché.
- Après avoir cherché, par des calculs algébriques assez compliqués quoique incomplets, à déterminer les écartements des traits des deux échelles, l’auteur en est venu à tracer quelques-uns de ces traits expéri-
- Fig. 1.
- Fig. 2.
- Sphéromètre de M. Hervier.
- mentalement, à l’aide de calibres formés de disques ayant des diamètres connus. Les divisions en parties égales qu’il a interpolées, entre les points principaux ainsi marqués, satisfont l’œil, excepté pour les diamètres de 90 à 105 millimètres. .Mais c’est un défaut auquel on remédiera facilement.
- Cet instrument exige l’emploi de deux mains. A cause de cela, son usage est, à la fois, moins commode et moins prompt que celui de la mesure à coulisse, employée par les mécaniciens et les tourneurs sous la dénomination très impropre de mesure ou pied logarithmique, et qui, dans leurs mains, est moins souvent un instrument de mesure qu’un calibre permettant d’exécuter des diamètres donnés. Le cyclomètre ne se prête pas à cet usage ; mais, vendu à bon marché, il pourra être utile à des amateurs, ou même à des ingénieurs, qui pourront alors employer, pour des mesures de dia-
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- mètres (1), le mètre dont ils font habituellement usage pour les mesures linéaires. C’est cette considération qui engage le Comité des arts mécaniques à vous prier, Messieurs, de remercier M. Hervier de sa communication et d’ordonner l’insertion, dans le Bulletin de la société, du présent rapport accompagné de figures sur bois, au 5°, montrant les deux emplois de l’instrument.
- Signé: C. M. Goulier, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 24 juin 1887.
- ARTS MÉCANIQUES
- Rapport fait par M. Rrüll, au nom du Comité des arts mécaniques, sur la MACHINE A CIGARETTES de M. J. SCHAEFFER.
- M. J. Schaeffer, 28, rue Rivay, à Levallois, près Paris, présente une machine à main qu’il a inventée pour la confection des cigarettes.
- Ce petit appareil est destiné à l’usage du public et non pas à ces fabrications industrielles ou gouvernementales qui produisent les cigarettes par millions à l’aide de mécanismes merveilleux, véritables triomphes de la mécanique moderne.
- Le problème plus modeste que M. Schaeffer s’est posé a reçu déjà de nombreuses solutions. Depuis l’outil de poche jusqu’à des machines à engrenages fort compliquées, on a imaginé des centaines de dispositifs variés.
- Celui qui vous est soumis aujourd’hui paraît présenter cependant un arrangement nouveau qui se distingue par sa simplicité et son efficacité.
- Une bande de moleskine D, ayant pour largeur la longueur de la cigarette, est disposée au-dessus d’un bloc rectangulaire en fonte assez pesant A. Cette bande est coincée à un bout dans une creusure pratiquée près d’une extrémité du socle G, tandis qu’à l’autre bout elle est appliquée sur celui-ci, à son extrémité opposée, par une réglette en fer sur laquelle pressent deux vis à tête moletée F F. Grâce à ce réglage, la bande peut recevoir, entre ses deux attaches, un excédent de longueur variable suivant le calibre que l’on désire donner à la cigarette.
- (I) Nous avons vu, il y a longtemps, des rubans de fil ayant des divisions égales, de 3mm,14 chacune. Après avoir entouré un cylindre avec ce ruban, on lisait, sur la division, non pas le développement de la circonférence, mais bien le nombre de millimètres, compris dans son diamètre. Peut-être des mesures de ce genre sont-elles encore dans le commerce sous forme de rubans, soit de fil, soit d’acier!
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- La face supérieure du bloc de fonte présente transversalement un canal demi-circulaire E.
- Un chariot B, qui coulisse dans deux rainures pratiquées sur les faces latérales du bloc, porte, monté sur pointes, un rouleau transversal de la grosseur d’un crayon, qui se déplace sous la bande flexible en rasant à une très petite distance le plan supérieur du socle en fonte.
- Le chariot étant amené à bout de course, du côté des vis de pression, au delà du canal demi-cylindrique, on tend la bande sur la table de fonte à partir de l’autre extrémité, en l’imprimant dans lacreusure de ce canal, et, dans la rigole de toile ainsi formée, on dispose la dose de tabac. L’excédent de longueur de la bande reste flottant entre la rigole et la réglette à vis (fîg. 2).
- Fig. 1. — Moule à cigarette de M. Schœfïer.
- Pendant que du bout des doigts de la main gauche on appuie légèrement sur le tabac, on fait, avec la droite, glisser le chariot qui franchit aussitôt la rigole. Le rouleau tire la partie disponible de la toile, l’applique sur le boudin de tabac, et, relevant en même temps la toile de la rigole, forme du tout un tube de toile qui entoure le boudin (fig. 3).
- Le chariot poursuivant son mou vement, le rouleau, en tournant, enroule la toile en avant et la déroule en arrière, de sorte que le cylindre de tabac, enveloppé de toile, roule sous une douce pression sur la partie de la bande qui recouvre le socle de l’appareil (fig. 4).
- Sur cette partie de la moleskine, on a placé préalablement la feuille de papier ou de tabac qui doit servir d’enveloppe à la cigarette; le dessus de la feuille est gommé et mouillé sur le bord avant.
- Tandis que le chariot avance par-dessus le papier, celui-ci s’introduit entre la toile et le tabac, s’enroule autour de celui-ci et se colle.
- Le chariot arrive ainsi au bout de la toile, la cigarette finie restant Tome IL — 86e année. 4° série. — Septembre -1887. 46
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- ARTS MÉCANIQUES.
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- contenue dans le tube de toile. Dès que le chariot dépasse ce point, le tube de toile s’ouvre et laisse tomber la cigarette sur un petit plan incliné disposé au bout du socle en fonte (fîg. 5).
- L’opération prend bien moins de temps qu’il ne nous en a fallu pour la décrire ; elle est en fait très rapide et l’inventeur assure qu’une personne exercée pourrait faire plus de deux cents cigarettes à l’heure.
- Fig. 5.
- Fonctionnement du moule à cigarettes.
- Les cigarettes sont bien faites et ont bon aspect; on peut, sans avoir à craindre d’écraser le tabac, leur donner plus ou moins de serrage, en proportionnant habilement la dose au format. On peut régler à volonté la longueur et le diamètre des cigarettes. L’appareil est très simple, d’une construction solide et peu sujet aux dérangements.
- Nous avons l’honneur de vous proposer, Messieurs, de remercier M. Schaeffer de son intéressante communication, d’approuver le présent rapport et d’en ordonner l’impression dans le Bulletin de la Société, avec insertion dans le texte des croquis nécessaires pour représenter l’appareil et en figurer le fonctionnement.
- Signé : A. Brüll, rapporteur.
- Approuvé en séance le 24 juin 1887.
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- BEAUX-ARTS
- Rapport fait par M. Davanne au nom du comité des constructions et des
- beaux-arts sur l’instrument d’optique dit panorama-bijou présenté par
- M. Philippe Benoist, impasse Lebel, 4, à Vincennes.
- Messieurs, M. Benoist (Philippe) vous a présenté, dans la séance du 14 janvier 1887, sous le nom de panorama-bijou, un instrument d’optique qui pourra prendre place à côté des stéréoscopes, monocles et autres appareils destinés à montrer et à agrandir des vues plus ou moins étendues.
- M. Benoist n’est pas un inconnu pour la Société d’Encouragement; il lui a déjà présenté diverses inventions suivies de rapports favorables. La première comprenait des appareils stéréoscopiques donnant les effets combinés du relief et du mouvement ; elle fut soumise à votre approbation par le comte du Moncel, rapporteur au nom du Comité des arts économiques dans la séance d’avril 1861 (1). La seconde présentation était une table de Pytha-gore latente examinée par M. Benoist, rapporteur (2) au nom du Comité des arts mécaniques, et, dans sa séance générale de l’année 1862, M. Benoist (Philippe) recevait de la Société d’Encouragement une médaille de bronze.
- Son nouvel appareil optique se présente sous la forme réduite et modeste d’un jouet qui pourrait être agrandi et dont le principe serait facilement le point de départ d’applications plus sérieuses.
- Artiste peintre et lithographe, élève de Daguerre dont il suivit les inventions de panoramas et de dioramas, M. Philippe Benoist a cherché à obtenir sous un petit format un effet se rapprochant de celui que donnent les panoramas montés à grands frais.
- L’instrument a pour but de permettre de voir dans une proportion restreinte, en regardant extérieurement avec les deux yeux, un panorama exécuté dans les conditions voulues et tournant autour de son centre.
- Il a pour objet de produire par une marche lente l’impression ressentie par un spectateur placé au centre d’une immense rotonde et tournant sur lui-même pour découvrir tous les points d’un horizon entier reproduits sur le tableau.
- Il se compose d’un dessin panoramique auquel on donne la forme circu-
- (1) Bulletin de la Société d’Encouragement. Année 186t, p. 198.
- (2) Ibid., p. 258.
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- BEAUX-ARTS.
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- laire et qui est supporté par un disque de verre transparent. Celui-ci, tout en laissant arriver la lumière, lui communique la rotation qu’il reçoit par l’intermédiaire d'une tige sur laquelle il est monté et que fait tourner un mouvement d’horlogerie dont le mécanisme se remonte extérieurement au moyen d’une clef.
- Sur une des faces de la boîte cylindrique qui contient l’ensemble de l’appareil, est une lentille placée dans l’axe, de diamètre assez grand pour que les deux yeux voient dans le prolongement de cet axe l’image fictive
- fgrzr
- Fig. 1. — Panorama-bijou de M. Benoist.
- résultant de la réflexion de l’image réelle sur un miroir incliné à 45° ; l’autre face de la boîte est fermée par une glace dépolie à travers laquelle passe la lumière diffuse nécessaire pour éclairer l’image; cette boîte s’ouvre facilement pour les changements d’épreuves, elle est munie d’un manche qui permet de tenir l’instrument à la main et de le présenter dans la direction de la plus vive lumière dont on dispose.
- L’image formant panorama doit être exécutée à l’envers, puisqu’elle est vue par réflexion sur une glace qui, la renversant de nouveau, la remet dans son véritable sens.
- M. Benoist a dessiné, lithographié, puis reproduit par la photographie une image spéciale comprenant tout le panorama pris sur le milieu du pont des Arts.
- Nous pensons que cet instrument est surtout destiné à montrer les pano-
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- BEAUX-ARTS.
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- ramas photographiques sous leur véritable forme. Ceux-ci, en effet, presque toujours collés sur de longs bristols, déroutent le spectateur qui voit séparés aux extrémités droite et gauche avec le maximum d’écartement les points qui, au contraire, se touchent dans la nature et qui viennent se réunir lorsqu’on donne à la vue la forme cylindrique, justement celle demandée par le panorama-bijou. En outre, les procédés photographiques se prêtent avec une grande facilité aux impressions renversées nécessaires pour cet instrument : ils reproduisent avec exactitude les grandes scènes de la nature où le détail mobile disparaît et ne nous montre plus un marcheur entraîné à reculons; l’inventeur trouvera sans peine quelques modifications pour faire un changement rapide des épreuves, et le panorama-bijou pourra prendre place à côté du stéréoscope sur la table du salon où l’on aime à retrouver la vérité des souvenirs de voyage.
- Votre Comité des constructions et beaux-arts vous propose de remercier M. Philippe Benoist de son intéressante présentation et d’insérer le présent rapport au Bulletin en y joignant le dessin de l’appareil et la légende explicative.
- Signé : D a vanne, rapporteur.
- Approuvé en séance le 27 mai 1887.
- LÉGENDE DE LA FIGURE REPRÉSENTANT LL PANORAMA-RIJOU DE M. BENOIST.
- Les figures ci-contre représentent la vue d’ensemble de l’appareil et une coupe suivant Taxe et agrandie du même appareil.
- Les mêmes lettres représentent les mêmes objets.
- A, boîte cylindrique en métal renfermant les diverses pièces et le mécanisme de l’appareil.
- B, mouvement d’horlogerie mettant en mouvement la vue panoramique.
- C, axe de rotation du cylindre autour duqupl est fixée la vue panoramique.
- D, vue panoramique.
- E, glace inclinée réfléchissant successivement les diverses parties de la vue.
- F, lentille servant d’oculaire et recevant les rayons réfléchis sur la glace E.
- H, axe du barillet du mouvement d’horlogerie.
- O, passage de la clé servant à remonter le mouvement.
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- ARTS ÉCONOMIQUES. --- SEPTEMBRE 1887.
- ARTS ÉCONOMIQUES
- LA TREMPE DE L’ACIER, PAR M. CH. DRISSE.
- Depuis long temps le phénomène auquel donne lieu le refroidissement brusque de l’acier porté au rouge et plongé dans un bain à une température notablement inférieure, est connu et utilisé.
- Actuellement toutes les usines qui livrent à l’industrie des produits finis en acier trempé, possèdent, sinon des règles générales, du moins des recettes très variées d’ailleurs, permettant d’obtenir des effets déterminés en vue des efforts mécaniques auxquels doivent être soumises ces espèces. Mais ces règles qui s’occupent exclusivement des températures de la pièce à tremper et du bain ainsi que de la composition de ce dernier, ne font rien présumer de la nature même du phénomène. Celle-ci est restée inconnue jusqu’à ces dernières années ; aussi nous a-t-il paru intéressant de grouper les renseignements fournis à ce sujet par différents expérimentateurs, afin de mettre en lumière les résullats définitivement acquis et d’indiquer par cela même sur quels points restés encore obscurs devront se porter plus spécialement les études postérieures.
- La trempe résulte d’une transformation chimique du carbone de fer contenu dans l’acier, transformation réversible et qui peut être empêchée par un refroidissement brusque.
- Cette transformation, qui s’opère lorsqu’on échauffe ou refroidit progressivement l’acier, se manifeste par des phénomènes variés qu’ont mis en évidence des expériences déjà anciennes.
- Dès 1845, M. Ed. Becquerel (1) montrait que le magnétisme spécifique diffère dans le fer doux, la fonte et l’acier à la température ordinaire, variant avec la température dans ces trois variétés, augmentant avec elle, et tendant vers une même limite au rouge sombre pour disparaître complètement dans les trois, au rouge cerise. Il concluait de là à la probabilité d’une transformation moléculaire du fer à cette température indépendante des éléments étrangers.
- En 1869, M. Gore (2) indiquait qu’un fil d’acier porté au rouge, puis abandonné au refroidissement, subissait vers la température du rouge sombre une élongation momentanée qu'il constatait en suivant le mouvement d’une aiguille reliée au fil.
- En 1874, M. Barrett (3), reprenant cette expérience et opérant avec plus de précision en armant l’aiguille d’un miroir, constata l’existence du phénomène
- (1) C. R., 1845. T. XX, p. 1708.
- (2) Proceding of the Royal Society, 28 janvier 1869.
- (3) Philosophical Magazine, 4e série, t. XLVI.
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- signalé parM. Gore et celle du phénomène inverse pendant réchauffement du fil d’acier, c’est-à-dire un retrait momentané. Opérant ensuite dans l’obscurité, il constata une incandescence subite au rouge sombre dans le premier cas, une extinction dans le second.
- Il mit de plus en évidence le dégagement de chaleur qui accompagne la transformation pendant le refroidissement en entourant le fil d’un tube en verre rempli d’air et communiquant avec un manomètre. Il nota ainsi au rouge sombre un arrêt brusque suivi d’une remontée dans la diminution de la force élastique de cet air.
- Ces différentes observations furent perdues de vue pendant longtemps et c’est tout récemment que M. Osmond entreprit une détermination exacte de la température de cette transformation en même temps que la mesure des quantités de chaleur absorbées ou dégagées.
- Il étudiait le refroidissement et le réchauffage de petits lingots de fer fondu et d’acier dans une atmosphère d’azote, et enregistrait les irrégularités qui se produisaient dans la marche du thermomètre.
- Les principaux résultats obtenus furent les suivants :
- I. Fer fondu 0,16 p. 100 de carbone. — Ralentissement pendant le réchauffage à 723°. — Ralentissement pendant le refroidissement à 749°.
- II. Acier à 0,57 de carbone. — Pendant le refroidissement il se produit :
- 1er ralentissement à 736°; — 2e ralentissement suivi d’une remontée à 670°.
- La valeur de la remontée était de 5°.
- Le même acier trempé à une température supérieure à 736° présente les caractères de l’acier trempé ordinaire; trempé entre 736° et 675°, il donne un acier doux présentant comme grain le même aspect que l’acier trempé ordinaire, et les mêmes caractères que celui-ci dans l’attaque des surfaces polies par l’acide azotique.
- III. Acier à 1,20 de carbone. — Les deux ralentissements signalés dans l’acier précédent se confondent entre 723° et 743° pendant le réchauffage et vers 649° pendant le refroidissement.
- Ces essais, bien que la méthode employée, à cause de la trop grande rapidité des variations thermométriques, ne puisse donner à l’égard des mesures une certitude complète, indiquent néanmoins l’influence de la quantité plus ou moins grande de carbone sur la température de la transformation d’où résulterait la trempe après refroidissement brusque. Cette transformation étant celle qui dans les expériences précédentes s’opère à la température la plus basse, la première se rapporte au contraire à un phénomène plus spécial au fer proprement dit.
- Quant aux mesures des quantités de chaleur, M. Osmond (1) en avait tenté
- - (I) Théorie cellulaire des propriétés de l'acier. Ann. des Mines, 8e série, t. VIII.
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- 564 ARTS ÉCONOMIQUES. ----
- la réalisation quelques années auparavant en étudiant la dissolution du fer et de l’acier dans le chlorure double de cuivre et d’ammonium.
- Les quantités de chaleur absorbées par la trempe rapportées à l’atome de fer
- (Fe = 56sr) furent les suivantes:
- 1° Acier fondu extra-doux............................. » calories.
- 2° — de dureté moyenne..............................i 966 —
- 3° pour outillage.......................... 2 868 —
- 4° Fonte blanche de Suède............................. 3 903 —
- Ce qui rapporté à l’atome de carbone donne :
- 2°....................:.................78cal,015
- 3°......................................52 ,627
- 4°...................................... 20 ,788
- Il est à remarquer que pour l’acier de dureté moyenne la quantité de chaleur
- dégagée est presque égale à celle de la transformation de l’atome de carbone en acide carbonique.
- Ces résultats montrent nettement que la trempe s’accuse par une augmentation de chaleur qui croît dans le même sens que la proportion de carbone.
- Enfin M. Évrard(l), suivant les indications fournies dès 1868 par une note communiquée à la Société impériale russe par M. Tschernoff sur le travail de l’acier, fit entreprendre une série d’essais commencée aux aciéries de Firminy et qu’il continua aux usines de
- Fig. 1. — Courbe de refroidissement d’un barreau d’acier. Saint-JaCqueS, à MoiltluÇOn.
- Dans cette note, il était dit que pour chaque nature d’acier il existe un point de l’échelle thermométrique appelé par le savant russe le point b; tel que quand on chauffe de l’acier au-dessus de ce point, la texture devient amorphe, et, que si alors on fixe par un procédé quelconque le grain obtenu, on possède un métal d’autant plus homogène et à grain d’autant plus fin que cette fixation aura été faite à une température plus voisine du point b.
- Los essais qui avaient pour but la détermination exacte du point b furent faits
- (I) Génie civil, 23 avril 1887.
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- à l’aide d’une machine dont le principe était le même que celui des expériences de Barrett. Une pointe traçante enregistrait sur une planchette mobile les dilatations et les retraits subis par un barreau d’acier ; les températures étaient fournies par la comparaison de la courbe obtenue avec celle donnée par un autre barreau de dilatation connue et qui se trouvait placé dans les mêmes conditions que le premier.
- Dans réchauffement du barreau, le point b se trouvait marqué par un point anguleux de la courbe des allongements par mètre déduite de celle enregistrée par la machine.
- Les courbes obtenues directement pendant le refroidissement présentent toutes plus ou moins marquée une allure caractéristique indiquée par le schéma ci-contre (fig. 1.).
- D’autre part, les essais à la traction montrent qu’une fois le point b du schéma dépassé la trempe n’a pas d’effet bien sensible.
- De plus, le dosage du carbone par la méthode Eggerts comparé à celui par combustion donne les résultats suivants sur un acier à 0,48 p. 100 de carbone.
- Méthode Eggerts. Par combustion.
- A.................................................. 0,32 »
- B.................................................. 0,31 0,48
- D. ............................................... 0,43 0,o0
- E.................................................. 0,43 »
- Il s’est donc produit entre les points B et D une modification dans l’état du carbone ; modification correspondant d’après l’allure de la courbe à un dégagement de chaleur.
- Le premier palier correspondrait, d’après M. Evrard, à une modification moléculaire du fer et le second à un changement d’état du carbure de fer renfermé dans l’acier.
- Ces essais, dont nous venons de résumer lesprincipaux résultats, doivent être continués et portés sur la recherche de l’influence des corps étrangers et la détermination précise des températures correspondant aux points singuliers de la courbe enregistrée directement.
- Toutes ces expériences mettent nettement en évidence l’existence d’une transformation de l’acier à la température du rouge sombre, mais elles ne fournissent aucun renseignement sur la nature chimique du phénomène.
- La théorie encore généralement adoptée aujourd’hui, et qui date des expériences de Caron et d’Ackermann sur la trempe des aciers de cémentation, admet que le carbone libre dans l’acier recuit se combine au feu par la trempe. Le durcissement qui en résulte serait dû à la formation d’un carbure de fer jouissant de propriétés de celle du fer tenant seulement en dissolution du carbone.
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Septembre 1887.
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- Entièrement opposées sont au contraire les conclusions auxquelles arrive M. Osmond (1) dans son travail sur la structure cellulaire de l’acier.
- Il montre tout d’abord que la texture de l’acier recuit et fondu se réduit en dernière analyse à des cellules simples formées d’un noyau de fer doux et d’une enveloppe de carbure de fer. Ces cellules se groupent elles-mêmes suivant des enchevêtrements dendritiques d’orientations diverses qui réunis forment des amas de cellules simples ou cellules composées sur les surfaces de contact desquelles manque complètement l’enveloppe de carbure; ces cellules composées constituent le grain de l’acier visible à l’œil nu.
- Il étudie ensuite soit par la méthode de Weyl, soit par l’attaque des surfaces polies par l’acide azotique, soit enfin par la méthode colorimétrique d’Eggerts, les modifications que le martelage, l’écrouissage, la trempe, font subir à cette texture constante dans l’acier recuit.
- La trempe présente en particulier ce phénomène qu’elle diminue dans la méthode Eggerts la teneur en carbone indiquée ; le carbone étant attaqué après trempe par l’acide azotique et se dégageant à l’état d’oxyde de carbone et de carbures d’hydrogène. Les premières méthodes indiquent d’autre part une répartition uniforme du carbone dans le noyau et l’enveloppe après trempe de l’acier.
- M. Osmond en conclut que dans les fers carburés le carbone généralement dit combiné forme deux variétés distinctes :
- 1° Le carbone réellement combiné au fer ou carbone de recuit, dominant dans l’acier recuit où il constitue le ciment ou enveloppe des cellules simples.
- 2° Le carbone de trempe non combiné au fer, dominant dans les parties périphériques des aciers trempés et disséminé dans les noyaux cellulaires.
- Par suite, tout acier fondu, écroui, trempé ou recuit pourrait être considéré comme un mélange de deux variétés de fer ; le fer a dans lequel le carbone serait à l’état de carbure, à texture cellulaire ; le fer (3 dans lequel le carbone serait libre à l’état de dissolution et uniformément réparti. Quand le fer a passe à l’état de fer (3, il absorbe de la chaleur ; sa malléabilité diminue sa densité également ainsi que ses constantes thermo-électriques et sa conductibilité électrique ; ses réactions chimiques deviennent plus énergiques.
- Le fer <x passerait à l’état de fer ^ :
- 1° Par naartelage ou pression produisant une déformation permanente à une température inférieure au rouge sombre ;
- 2° Par refroidissement rapide, mais seulement en présence du carbone.
- La transformation inverse s’effectuerait dans tous les cas par le recuit.
- En résumé, le carbone de recuit combiné au fer se dissocierait aux tempéra-ratures élevées et la trempe agirait comme le tube chaud et froid de Deville, et
- (I) Ann. des Mines, 8° série, t. VIII.
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- assurerait à la température ordinaire la stabilité de l’état d’équilibre auquel on parvient en portant l’acier au rouge sombre.
- Il faut remarquer que si les conclusions de M. Osmond sont complètement opposées à celles de ses prédécesseurs, le désaccord ne porte pas sur les résultats d’expérience, mais seulement sur leur interprétation.— M. Osmond appelle carbone dissous ou libre le carbone de trempe que l’on appelait avant lui carbone combiné. En fait, il n’y a aucune démarcation précise entre la combinaison et la dissolution. La distinction de ces deux ordres de phénomènes est, dans l’état actuel, une simple question de sentiment, d’appréciation personnelle. Peut-être serait-il plus prudent de considérer comme combiné tout le carbone non graphitoïde des fers aciers et fonte, qui possède des propriétés entièrement différentes de celles du carbone libre, et d’admettre que ce carbone peut exister sous différents états de combinaison âans rien préjuger sur la nature de ces combinaisons.
- Il y a dans les expériences thermométriques de M. Osmond, rapportées plus haut, un fait intéressant et dont on n’a pas jusqu’à présent assez fait ressortir l’importance; c’est le retard qui se produit à la transformation, soit pendant le réchauffage, soit pendant le refroidissement.
- Ce retard se trouve marqué par l’étendue de l’intervalle thermométrique pendant lequel la vitesse avec laquelle varie la température diminue.
- Il semble qu’il y ait là un phénomène analogue à celui qui se présente dans la transformation dimorphique du soufre. Le carbure de fer présenterait comme celui-ci un point précis de transition, c’est-à-dire une température déterminée au-dessus et au-dessous de laquelle un seul état moléculaire serait stable ; les états opposés pouvant subsister en présence l’un de l’autre pour cette tempéra-ture seule. D’autre part, la vitesse avec laquelle s’effectuerait cette transformation devant naturellement s’annuler pour la température du point de transition, il en résulterait la nécessité d’écarts thermométriques assez considérables pour pouvoir achever la transformation dans un temps relativement très court, et par suite, incertitude assez grande sur la fixation du point de transition.
- Aussi a-t-il fallu une méthode spéciale fondée sur les changements de volume qui accompagnent la transformation du soufre rhombique en soufre hémorhom-bique pour permettre à M. Reicher (1) de vérifier exactement l’existence du point de transition et d’en fixer la température avec précision. C’est par l’emploi de procédés semblables que l’on pourra vérifier ce même fait dans le cas qui nous occupe ici.
- Enfin, pour terminer l’énumération des divers phénomènes qui se rattachent à la trempe de l’acier, il nous reste à parler d’un mode particulier de trempe qui
- (I) De temperatuur der allotropischeverandering van de zwabel enhaar af hankelijkheid van den druk. L. Th. Reicher.
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- a pris ces derniers temps un certain développement; c’est la trempe par compression imaginée par M. Clemandot (1) et appliquée par lui à la fabrication des aimants.
- La méthode employée consiste à échauffer le métal de manière à lui faire acquérir une ductilité suffisante, puis à le soumettre pendant le refroidissement à une pression très énergique.
- Le métal refroidi et comprimé présente une très grande finesse de grain, une dureté et une résistance à la rupture plus grande que celui refroidi naturellement, du moins pour certaines qualités d’aciers fortement carburés. Il se rapproche un peu, sous ces divers rapports, de l’acier trempé par immersion dans l’eau, sans cependant lui être identique. Gomme lui, il est susceptible d’une aimantation permanente; mais, fait très remarquable, l’acier comprimé ne perd pas, paraît-il, cette faculté lorsqu’on le porte au rouge, de même que le recuit ne détruit pas la finesse de grain qui le distingue de lracier non trempé.
- La nature chimique de ces phénomènes n’a pas été complètement étudiée. Il semblerait peut-être que la compression vient ajouter son effet au refroidissement par conductibilité pour assurer à la température ordinaire l’état d’équilibre obtenu en portant l’acier au rouge.
- Cette transformation moléculaire, attribuable au carbone, n’est pas la seule qui se produise dans les aciers ; elle est accompagnée d’une transformation analogue propre au fer doux qui se manifeste également au refroidissement et à réchauffement par un léger ralentissement dans la marche des températures.
- Ce changement d’état moléculaire du fer pur fut constaté dès 1843 par M. Ed. Becquerel (2), qui découvrait que le fer doux perdait sa faculté magnétique à partir de la température du rouge blanc. Il fut mis en évidence ensuite par d’q^itres expériences dont les plus précises et les plus importantes au point de vue des phénomènes calorifiques qui l’accompagnent sont celles deM. Rouchon (3).
- Celui-ci, étudiant à de hautes températures les chaleurs spécifiques de différents corps, s’attacha spécialement au fer comme métal présentant des particularités déjà signalées et tout à fait propres à démontrer l’exactitude des méthodes employées par lui.
- Il constata tout d’abord qu’entre 0° et 660° la quantité de chaleur q* nécessaire pour porter 1 gramme de fer pur de 0° à t° varie suivant une loi parabolique, qu’entre 660° et 726° l’accroissement de qj devient beaucoup plus rapide pour reprendre ensuite une marche linéaire de 723° à 1000°.
- Le fer éprouve dans le voisinage de 700° une modification caractérisée, comme le sont en général les changements d’état moléculaire, par une absorption de
- (1) Génie civil, 26 juillet 1884.
- (2) C. R. T. 20. p. 1708.
- (3) Annales de Physique et de Chimie, mai 1887.
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- chaleur extraordinairement rapide dans un intervalle de température peu considérable.
- Poussant plus loin les investigations, M. Rouchon découvrit un deuxième changement d’état entre 1000° et 1050% caractérisé celui-ci par un accroissement de q0t de beaucoup inférieur à celui qu’indiquerait la loi linéaire. De sorte que le fer entre 700° et 1000° est dans un état particulier compris entre deux autres et tel que pour passer soit à celui qui précède, soit à l’état suivant, il verrait sa chaleur spécifique diminuer.
- Ces changements ne sont d’ailleurs pas spéciaux au fer; le nickel et le cobalt en présentent d’analogues, vers 900° pour le cobalt, vers 500° pour le nickel.
- Quoi qu’il en soit, plusieurs points restent encor obscurs dans l’ensemble des faits relatifs aux transformations des fers purs ou carburés ; leur étude serait doublement intéressante au point de vue théorique et pratique.
- La transformation moléculaire observée par Barrett se fait-elle à une température parfaitement définie ou bien n’est-elle que progressive?
- Les expériences actuelles sont insuffisantes à ce sujet.
- Quels liens existe-t-il entre la recalescence et le changement d’état du fer pur? Ce dernier serait-il la cause de celle-là?
- Quant à l’importance industrielle des recherches qui élucideront toutes ces questions, elle ne peut être mise en doute, tant il s’y rattache de faits pratiques.
- Les changements du volume et les dégagements de chaleur énormes qui accompagnent ces transformations jouent un rôle évident dans le moulage et le démoulage de l’acier fondu et de la fonte, la trempe de ces métaux, etc. C’est là qu’il faut chercher la cause des déformations et des ruptures que l’on observe trop souvent dans ces opérations. La connaissance exacte des lois de la dilatation de ces métaux à l’état de pureté plus ou moins grande serait très utile aux industriels.
- La Société d’Encouragement, désirant provoquer des recherches plus complètes encore dans cette direction, a proposé un 'prix de 3 000 francs pour une étude expérimentale des propriétés physiques ou mécaniques d’un ou plusieurs métaux ou alliages choisis parmi ceux qui sont d’un usage courant.
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- AGRICULTURE
- EXTRAIT D’UNE ÉTUDE D’AGRICULTURE ET D’ÉCONOMIE RURALE SUR LE DÉPARTEMENT DE L’EURE PAR M. ANDRÉ BOURGNE (suite) (1). — LES SPÉCULATIONS ANIMALES ET LES CONDITIONS ÉCONOMIQUES.
- I. L’espèce chevaline. — Si nous nous reportons aux différents travaux agricoles publiés sur le département de l’Eure, nous pourrons suivre à différentes époques les variations qui se sont manifestées dans la production chevaline.
- En 1800 le département possédait...........................29181 têtes.
- 1804 » » '.29 533 »
- 1852 » ». 54 283 »
- 1866 » » .57 585 »
- 1881 » » 58 000 »
- d’après Y Annuaire statistique de la France.
- Le nombre des chevaux a donc doublé dans le département depuis le commencement du siècle.
- L’Eure est un pays de production et d’élevage.
- La production se fait partout dans l’arrondissement de Pont-Audemer (principalement dans le canton de Beuzeville) et dans le Yexin Normand et le pays de Lyons.
- La production du cheval de remonte ayant causé de graves désagréments aux cultivateurs par suite des exigences des commissions d’achat, les propriétaires de juments se tournent de plus en plus vers la production du cheval de trait dont la vente est plus assurée et plus avantageuse.
- Quelques prix élevés payés par les Américains pendant ces dernières années ont encore encouragé davantage la culture à ne s’occuper que du gros cheval ; les populations, par l’entremise du conseil général, ont demandé et obtenu que des étalons de trait soient placés dans toutes les stations de monte. Les éleveurs regrettent cependant que les étalons accordés ne soient pas plus semblables au type que l’on aurait intérêt à produire ici ; ces reproducteurs sont souvent des croisés Norfolk ou des boulonnais, tandis que l’on désirerait les voir posséder toutes les qualités du percheron authentique.
- L’administration des Haras a dans l’Eure six stations de monte dans lesquelles on trouvait en 1885 :
- (1) Voir le Bulletin d’août 1887, p. 504.
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- AGRICULTURE.
- SEPTEMBRE 1887.
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- • Pur sang. Demi-sang. Trait.
- Pont-Audemer......................... 1 3 1
- Cormeilles.............................................. 2 2
- Beuzeville. ............................... . 2 i
- Étrépagny.............................................. 4 1
- Évreux. 2 1
- Menneval, ................................. 1 2 1
- 1 ’ 15 7
- L’industrie privée ne met jamais à la disposition des propriétaires de juments que des étalons de grosse race.
- Il y a quelques années encore, les cultivateurs du Vexin pouvaient faire saillir leurs juments au haras de Dangu par des pur-sang' ou des demi-sang.
- Les juments poulinières des environs de Beuzeville sont percheronnes, normandes ou métisses; quelques-unes sont massives relativement à leur taille; d’autres sont au contraire enlevées ; la plupart manquent de distinction ayant le ventre relativement développé, ce qui tient à une nourriture peu substantielle et volumineuse. La robe gris pommelé est la plus répandue; on trouve cependant quelques juments sans robe baie.
- Souvent les poulinières du Lieuvain ne reçoivent d’avoine que pendant la saison des travaux; en dehors de là, leur existence pendant la belle saison se passe dans les herbages.
- Dans le Yexin, on trouve des poulinières bien choisies; les traces de croisement sont moins sensibles. Leur alimentation ne laisse rien à désirer.
- Les poulains sont vendus à six mois; dans le Lieuvain, les poulains sont élevés et remplacent les mères vendues à cinq ou six ans.
- Les poulains de six mois sont livrés à des prix variant de 120 à 300 francs ; ils sont achetés dans les foires du pays par les cultivateurs de la plaine de Saint-André et de celle du Neubourg. Les fermiers les dressent au travail et les gardent jusqu’à cinq ans.
- L’élevage du cheval demande de grands soins et fait courir de grands risques, mais lorsqu’il est bien entendu, il donne de beaux bénéfices; la nourriture est payée par le travail et le fumier que produit l’animal, et le cultivateur a comme profit l’écart qui existe entre le prix d’achat (120 à 300 francs) et le prix de vente à cinq ans (700 à 1200 francs).
- Les éleveurs se défont de leurs chevaux dans les foires du département. Ces réunions commerciales sont souvent très importantes ; telles sont : la foire fleurie de Bernay ; la Saint-Nicolas à Evreux, etc., etc.
- La production et l’élevage du cheval sont bien entendus sur quelques fermes, mais dans la généralité des cas, il y aurait de sérieux progrès à y apporter : le choix des reproducteurs d’un type unique et apprécié (le percheron), une meilleure alimentation des poulinières et des jeunes, un travail moins hâtif et plus
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- AGRICULTURE. --- SEPTEMBRE 1887.
- modéré afin d’éviter l’apparition des tares, enfin l’application de l’hygiène en tout, rendraient les spéculations plus lucratives.
- Des courses de chevaux ont lieu chaque année à Evreux, à Bernay et au Neubourg.
- Des concours annuels de pouliches ont lieu à Evreux, à Bernay, à Pont-Audemer et à Etrépagny.
- Au Bec, dans l’ancienne abbaye, un établissement important de remonte militaire a été installé.
- L’âne et le mulet. — On comptait, en 1800, 6 807 ânes et mulets dans le département :
- Anes. Mulets. Ensemble.
- 1804 5 000 1 500 6 500
- 1836 5 961
- 1852 7 452 387 7 839
- 1866 9 084 149 9 233
- 1880 . . 8 900 150 9 050
- Les mulets étaient assez nombreux dans le département de l’Eure au commencement du siècle ; leur nombre a sans cesse été en décroissant.
- L’âne est le moteur de la petite culture; celle-ci se rencontrant fréquemment, il n’est pas étonnant de le trouver ici en nombre relativement élevé.
- II. L’espèce bovine. — Les animaux de l’espèce bovine tiennent une place considérable parmi les producteurs agricoles de l’Eure.
- Nous extrayons les renseignements suivants de notes que nous avons réunies spécialement à ce sujet.
- Voici le nombre des animaux que comptait l’espèce bovine dans le département de l’Eure à différentes époques.
- En 1800 .................................. 59 869 têtes d’après M. Passy.
- 1836 ................................. 103 745 » » »
- 1852 ................................. 147 547 » » »
- M. Heuzé, dans les Primes d’honneur, donne des chiffres beaucoup plus faibles, ce qui nous fait penser que les jeunes n’y ont pas été compris :
- En 1800.......................................................... 38 197 têtes.
- 1852 .......................................................... 93 458 »
- 1866 ......................................................... 110 415 »
- L’Annuaire statistique de la France porte le nombre des bêtes bovines à 110 150 pour 1881 et en donne la répartition suivante :
- Bœufs et taureaux............................................... 1850
- Vaches.......................................................... 91 300
- Élèves.......................................................... 17 000
- Total : 110150 têtes.
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- Les bêtes bovines qui sont exploitées par les cultivateurs du département appartiennent en presque totalité à la race normande.
- C’est dans le département de Lyons-la-Forêt, dans le Yexin, et dans les environs de Cormeilles, qu’on apporte le plus de soins à la reproduction et où les animaux présentent la meilleure conformation. Dans presque toutes les autres régions de l’Eure, on trouve des bestiaux communs, maigres, à poitrine serrée; mais néanmoins les vaches sont assez bonnes laitières.
- Les croisements Durham ne sont pas du goût des cultivateurs et ils ont raison de maintenir à l’état de pureté la race cotentine si bien douée de l’aptitude laitière, mais ils devront s'attacher à développer la précocité des animaux, à propager la bonne conformation, tout en maintenant et en développant encore si c’est possible les facultés laitières. L’institution du Herd-Book viendra confirmer les mérites de la race.
- Si on tenait à signaler tous les représentants des espèces bovines étrangères à la région, et que l’on y rencontre, il faudrait citer quelques étables peuplées de vaches hollandaises, — les bœufs charolais des grandes fermes du Yexin, — enfin les animaux durham-manceaux ou bretons que l’on engraisse en été dans les prés d’embouche.
- Grâce à la situation géographique, climatérique et économique du département, toutes les spéculations auxquelles se prête l’espèce bovine s’y rencontrent, savoir :
- 1° La production du lait pour la vente ;
- 2° La production des beurres et des fromages ;
- 3° L’engraissement des veaux;
- 4° L’élevage;
- 5° Le commerce des vaches amouillantes et
- 6° L’engraissement des animaux adultes.
- I.—La vente du lait pour la consommation locale se rencontre aux environs de toutes les villes et de tous les villages. La spéculation est de tous points semblable à celle qu’exercent les nourrisseurs des environs de Paris, mais l’exploi-tant-laitier est en même temps cultivateur et sa ferme est parfois d’une étendue considérable.
- Ces étables laitières peuvent se recruter par l’élevage des génisses ou par l’achat de bêtes amouillantes. Les deux cas s’observent aux environs d’Evreux, mais on remarque que lorsque l’étable se renouvelle par des achats, la provenance des animaux a une grande influence sur la manière dont ils se comportent. Les vaches provenant du département de la Manche deviennent, peu après leur importation, d’une maigreur excessive tout en fournissant un lait très abondant ; c’est le changement de milieu qui est la cause de cet amaigrissement; de l’herbe, la vache passe à l’étable et ce n’est pas sans une souffrance qu’accentue le change-Tome II. — 86e année. 4e série. — Septembre 1887. 48
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- ment de climat. Les bêtes provenant de pays moins favorisés, de l’Ouche par exemple, ne souffrent aucunement, mais il faut noter que leur aptitude laitière est toujours moins développée.
- Dans ces étables, les vaches sont gardées trois, quatre ou cinq ans suivant leur qualité, puis engraissées sur place dans les fermes importantes qui achètent aussi les vaches réformées par la petite culture voisine pour les soumettre à l'engraissement.
- Les producteurs de lait vendent les veaux à l’âge de huit jours; les mères, du vêlage à l’égouttement, donnent en moyenne 9 litres de lait par jour, et au total dans l’année 2 700; certaines vaches bonnes laitières arrivent à donner 3400 litres par an.
- Le lait est vendu en ville (Evreux) au prix de 20 ou 25 centimes le litre, mais le fermier supporte les frais de transport à domicile ; pour éviter d’entrer dans les détails, quelques cultivateurs vendent la traite à la ferme, à raison de 15 centimes le litre, à des commerçants qui le débitent en ville.
- La production du lait pour l’exportation est faite dans des conditions culturales identiques.
- Le commerce en gros du lait pour le transport à Paris est d’une grande importance dans le département. La laiterie Arnoult, par exemple, ramasse journellement en hiver 50 000 litres de lait ; — par suite de ses marchés, elle en reçoit 75000 litres par chaque journée d’été, mais alors une partie reste dans les dépôts les plus éloignés de Paris, où elle est utilisée à la préparation du beurre et du fromage et à l’engraissement des porcs.
- La question économique (ce mot est pris ici dans le sens des déboursés) est là toute prédominante; les frais de transport limilentla région d’approvisionnement. Les lieux d’expédition les plus éloignés de Paris sont, sur les différentes lignes de chemins de fer :
- Étrépagny. ................................... à 85 kilomètres.
- Gaillon ..................................... à 94 »
- Évreux . ..................................... à 108 »
- Et Nonancourt...................................... à 97 »
- Les dépôts de Bueil, de Yernon et d’Etrépagny sont les plus importants.
- Le ramassage se fait dans les campagnes deux fois par jour dans un rayon de 10 à 12 kilomètres aux alentours du lieu d’expédition; quelques tournées sont plus longues cependant, mais alors la laiterie organise un relai.
- Les prix d’achat présentent généralement 2 centimes d’écart entre les prix d’été et ceux d’hiver. Selon les régions, on trouve 0 fr. 10, 0 fr. 12, — 0 fr. 11, Ofr. 13', — 0 fr. 12, 0 fr. 14.
- Les quantités livrées par les fermiers sont inscrites journellement; la paye se fait tous les mois.
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- L’achat du lait en vite de /’exportation verse environ 2 500 000 francs chaque année dans les mains de la culture.
- Autrefois en été, lorsque les expéditions étaient ralenties ou entièrement suspendues, on transformait le lait en fromage à la pie, ou en fromage de Brie, mais la faiblesse des prix de vente à la halle, de juillet en septembre, a fait renoncer à cette fabrication. Actuellement, tout le lait excédant est passé aux écrémeuses centrifuges et l’on prépare du beurre que l’on vend en gros à la halle à la criée de Paris, de 3 francs à 4 fr. 50 le kilogramme. — Tout le lait écrémé sert à l’engraissement des porcs; certains dépôts de laiterie comptent dans les porcheries qui leur sont annexées jusqu’à 200 de ces animaux.
- Les écrémeuses dont on se sert dans ces établissements sont du système de Laval ou de Lefeldt.
- La production du lait peut se prêter encore à une autre spéculation qui consiste dans l’envoi direct au consommateur résidant à Paris. Ce commerce spécial nécessite un matériel approprié, mais le fermier qui trouve un semblable débouché est largement dédommagé de ses soins par le prix élevé qui lui est accordé. Nous connaissons un exemple de cette spéculation dans le Vexin, dans lequel le fermier livre son lait à la gare voisine au prix de 0 fr. 30 c. le litre. Pour que ce commerce puisse s’exercer, il faut naturellement que le produit soit de première qualité, et que le vendeur ainsi que son commissionnaire à Paris agissent avec toute la loyauté désirable.
- II.—Dans certains cantons, celui de Pacy-sur-Eure entre autres, la xœnte du lait et l’engraissement du veau ont lieu dans des fermes voisines. — Questions d’aptitudes ou de goût chez les exploitants, car si ces deux spéculations existent en même temps sur le même point, c’est qu’elles sont à peu près également lucratives. Un cultivateur nous disait même avoir renoncé à l'engraissement du veau le jour où il avait obtenu que le prix du litre de lait serait augmenté d’un centime.
- Un veau, acheté selon sa force à huit ou dix jours de 35 à 50 francs, peut, s’il réussit bien, peser 350 à trois mois (175 kilos).
- Pendant l’engraissement, la consommation moyenne journalière se trouve être d’environ 14 litres de lait. Dans certains endroits, on donne en outre, dans les derniers temps, quelques œufs chaque jour à midi. ,
- Les veaux que l’on achète sont tenus en suspicion pendant quelques jours, car les vendeurs avant de les mener au marché leur font souvent absorber de l’eau qui les gonfle et leur donne meilleur aspect; puis le Tait qui les nourrit ensuite étant plus ou moins vieux, on serait exposé à leur donner la diarrhée si on agissait sans précautions.
- Les mâles engraissent moins rapidement que les femelles, car ils se tourmentent. Tous sont portés au marché au moment où l’anémie est presque complète.
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- Des cultivateurs croient avoir remarqué que les veaux sont plutôt anémiques sur les terrains calcaires, et en conséquence ils disposent une bonne couche de marne sur le sol de la loge où sera renfermé l’animal. ^
- Une bonne vache laitière peut engraisser trois veaux dans une lactation.
- L’engraissement du veau est surtout pratiqué dans les cantons de Gisors, Yernon, Pacy, Saint-André, Nonancourt, Yerneuil et Danville. Dans d’autres cantons où on la rencontre aussi, cette spéculation n’a qu’une médiocre importance.
- Les marchés de Yerneuil et de Gisors sont les mieux approvisionnés; on y trouve chaque semaine de 100 à 120 veaux gras.
- Le Bulletin du ministère de Vagriculture, dans ses tableaux de statistique, donne le (chiffre de 25 000 comme représentant le nombre moyen des veaux gras envoyés chaque année à la Yillette par le département de l’Eure. Mais si nous tenons compte de ce qui est nécessaire pour la consommation locale et de ce qui est vendu pour les villes d’Elbeuf, de Rouen et de Trouville, on ne peut porter à moins de 40 000 le nombre des veaux engraissés chaque année dans le département.
- III. — L’industrie beurrière est connue et pratiquée partout dans le département; elle a pour objet de satisfaire la consommation locale, et de plus, elle produit pour l’exportation.
- Les petits beurres vendus sur les marchés aux habitants des villes et des bourgs sont presque toujours dépourvus de finesse.
- L’alimentation défectueuse des vaches laitières ; — le peu de propreté apporté à la traite ; — l’installation défectueuse des laiteries qui servent en même temps de magasins pour toutes espèces de choses; — l’habitude que l’on a d’écrémer tardivement des laits déjà piqués ou de provoquer l’ascension de la crème par le chauffage ; — un matériel insuffisant et tenu souvent sans propreté ; — le délaitage fait avec des eaux impures ; — toutes ces imperfections se trouvent parfois réunies et expliquent la médiocrité du prix auquel le beurre est vendu (1 franc à 1 fr. 70 le demi-kilo).
- Nous avons cependant rencontré des cultivateurs chez lesquels toutes les mesures sont prises pour assurer la qualité du produit; détailler ces mesures nous semble superflu, il suffit de prendre le contre-pied de ce que nous venons de dire. La région dans laquelle on obtient les meilleurs beurres de ferme est le pays de Lyons.
- La consommation locale achète dans les villes la presque totalité de ce qui est mis en vente, mais sur plusieurs marchés des chefs-lieux de canton, les courtiers achètent de grandes provisions qu’ils travaillent et salent pour l’exportation. C’est ce que l’on observe en particulier sur les marchés hebdomadaires de Routot et de Cormeilles ; dans cette dernière localité, la quantité de beurre
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- vendu chaque semaine dans la belle saison varie de § à 8 000 kilogrammes.
- La grande industrie beurrière a débuté en France par l’installation qu’a faite M. Baquet à Vesly, près de Gisors, en 1881.
- Tous les procédés de la fabrication danoise ont été adoptés; les écrémeuses centrifuges de Laval, la baratte suédoise, le malaxeur et la délaiteuse ont remplacé tous les instruments anciens et ont permis, grâce à la rapidité du travail, d’obtenir des produits très satisfaisants, se vendant à des cours élevés.
- Le lait travaillé à Vesly est ramassé dans la campagne par des débardeurs, comme le font faire les laitiers en gros ; il est payé à raison de 0 fr. 10 c., 0 fr. 12 c. le litre, suivant la saison.
- Le beurre obtenu chaque jour est expédié pour la vente à Paris ; le résidu des i 000 litres de lait écrémé journellement est consommé à la porcherie ou utilisé pour la fabrication des fromages maigres.
- Deux autres beurreries ont été installées dans le département de l’Eure, mais dans un milieu économique bien différent, car elles sont placées dans des pays d’élevage : l’une à Thevray (pays d’Ouche) et l’autre à la Gaulafrière (Lieu-vain). Le cultivateur porte le lait de sa ferme à la beurrerie, puis il reprend le lait écrémé et s’en sert pour l’élevage des jeunes.
- Chacun de ces établissements est installé de manière à pouvoir traiter journellement 3 000 litres de lait.
- IV.—Les fromageries sont nombreuses dans le département de l’Eure. Celles de la Bonneville, de Caïr, de Quittabœuf, d’Ecardinville, du Tronquay, etc., etc., sont importantes ; on y traite des quantités de lait variant de 8 000 à 2 500 litres.
- Le lait est ramassé dans la campagne par des débardeurs, et payé à un prix variable de 9 à 14 centimes le litre, suivant la contrée et la saison dans lesquelles on opère ; c’est en un mot la fabrication industrielle.
- Les produits, fromages gras ou maigres (dans ce dernier cas, il va sans dire que l’on prépare aussi du beurre), sont expédiés pour la vente à la criée à la halle de Paris, ou livrés à des détaillants pour la consommation locale.
- Les fromages préparés dans le département de l’Eure sont livrés frais ou affinés; on fabrique ici plusieurs catégories de produits : Brie, Camembert, Bon-don, Pont-l’Évêque, Livarot, Mont-Dor, etc., etc.
- En dehors des procédés de fabrication que nous ne croyons pas devoir détailler ici, nous ne connaissons aucune remarque intéressante à consigner ici. Chacune de ces fromageries a comme annexe une porcherie dans laquelle on trouve un nombre d’animaux proportionné à la quantité de résidus dont on dispose. Plusieurs de ces établissements sont contigus à des moulins à farine appartenant au même propriétaire, ce qui place celui-ci dans de bonnes conditions pour se livrer à l’engraissement des porcs (Saint-Aquilin-de-Pacy).
- Dans plusieurs fromageries, le petit lait provenant de^Tégouttement des
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- fromages est reçu dans des bacs dans lesquels on le laisse séjourner environ 12 heures; on recueille alors la petite quantité de crème qui est montée à la surface, et on en prépare un beurre de seconde qualité, il est vrai, mais qui vient augmenter les bénéfices de l’industriel (la Bonneville, Saint-Pierre-des-Cor-meilles).
- A côté de la grande fabrication, on rencontre dans les fermes, soit la transformation complète de la traite en fromages, pour la vente, soit plus simplement la préparation de la quantité nécessaire à la nourriture du personnel. Nous négligerons de parler de ce second cas, mais en revanche, nous ferons remarquer que le premier mode de faire trouve dans l’Eure des applications multiples, qui, lorsqu’elles sont bien comprises, permettent au cultivateur de tirer de son lait un prix élevé ; nous avons trouvé un de ces petits fromagers qui par la transformation de son lait voyait la valeur de ce produit portée à 17 centimes le litre.
- V. — La production et l’élevage s’observent dans tous les cantons du département.
- Dans les régions laitières, l’élevage n’a pour but que le remplacement des vaches de l’étable à mesure qu’on les réforme; tous les veaux mâles et les petites génisses en excédant sont engraissés sur place et vendus à huit jours.
- Dans les cantons herbagers du Lieuvain, on élève tous les animaux naissant sur l’exploitation. Là, les femelles sont gardées jusqu’à trois ou cinq ans pour être, dans tous les cas, vendues amouillantes ; les mâles, castrés dans leur première année, sont vendus à l’âge de trois ans pour les herbagers qui les conduisent dans les vallées d’embouche.
- Sur les exploitations des régions intermédiaires (cantons de Neubourg et de Routot, par exemple), tous les jeunes mâles sont engraissés pour la boucherie locale, mais toutes les femelles sont élevées.
- Suivant le milieu que l’on considère, les procédés usités et les résultats sont bien différents les uns des autres.
- A l’ouest du département, les jeunes, vivant en liberté au milieu des herbages, font en général de bons animaux, mais desquels on pourrait obtenir de meilleurs résultats si on se préoccupait davantage de leur fournir en hiver une alimentation appropriée à leur état de croissance.
- Dans tous les cantons où la culture arable occupe la presque totalité de la surface, les jeunes sont élevés à l’étable, ne sortant que quelques heures chaque jour pour être conduits au pâturage sur les prairies artificielles; ce sont de mauvaises conditions pour obtenir de bons résultats dans l’élevage; le manque d’exercice, une hygiène mal assurée, une alimentation souvent parcimonieuse, voilà les causes principales pour lesquelles les populations bovines de ces contrées sont de médiocre qualité. Il y a pourtant des exceptions à faire relativement à l’élevage opéré dans les centres culturaux ; plusieurs étables du Vexin sont
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- garnies d’animaux irréprochablement conformés, ayant gardé au plus haut point la faculté laitière, bien qu’ils aient été produits et élevés loin des herbages ; mais il faut noter qu’un choix sévère de reproducteurs, une bonne hygiène et une nourriture abondante et substantielle ont seuls permis d’obtenir de bons résultats. (Etable de M. Doré à Gamaches.)
- YI.—Le commerce des vaches amouillantes n’est de quelque importance que dans les cantons de la partie occidentale du département, on les trouve toujours en grand nombre sur les marchés, à Pont-Audemer, à Cormeilles, à Beuzeville, et dans les foires locales; des courtiers les achètent pour les envoyer dans différentes régions et particulièrement aux environs de Paris.
- VII. —L’engraissement des bêtes bovines adultes se fait selon deux modes bien différents, à l’herbage ou à l’étable.
- En étudiant les prés d’embouche dans le département de l’Eure, nous avons fait comprendre à quelle spéculation ils se prêtaient et il ne nous reste à observer qu’une chose, c’est qu’on n’y engraisse jamais que de jeunes bœufs. Nous rappelons que l’herbager trouve sur chacun d’eux un bénéfice moyen de 120 francs.
- L’engraissement à l’étable se fait en hiver sur les grandes exploitations disposant d’une grande provision de racines ou de pulpes provenant d’une sucrerie ou d’une distillerie. Il porte sur des vaches laitières réformées achetées dans la contrée même, ou sur des bœufs de travail ou d’élevage, venant de la Sarthe, de l’Orne ou de la Mayenne.
- Comme exemple de cette spéculation, un des plus intéressants à signaler, c’est celui qu’on observe au Plessis-Sainte-Opportune, chez M. Hermier. Ce fermier nourrit chaque hiver 200 bêtes à cornes qui sont revendues avec un écart moyen de 130 francs sur le prix d’achat. A cette première spéculation succède l’engraissement d’environ 90 têtes fait chaque été au pâturage ou au piquet au trèfle violet. L’exploitation prépare ainsi 300 bêtes à cornes tous les ans pour la boucherie, bien qu’elle ne compte que 150 hectares de terres ; il va sans dire que le fermier fait des achats importants de tourteaux et de farineux.
- L’exemple ci-dessus de la spéculation de la préparation des animaux pour la boucherie est peut-être le plus remarquable du département.
- D’après le Bulletin du ministère de Vagriculture, le département de l’Eure n’enverrait que 2 000 bêtes grasses chaque année au marché de la Yillette.
- Il semble, en effet, que Je département s’occupant de la production du lait, de l’engraissement des veaux, de l’élevage, ne puisse encore sur une grande échelle se livrer à l’engraissement ; néanmoins nous sommes portés à croire que le nombre donné ci-dessus est au-dessous de la réalité, bien que d’autre part nous tenions compte de ce qui est livré à la consommation locale et de ce qui peut être expédié pour les villes de Rouen, d’Elbeuf et du Havre.
- - Nous ne quitterons pas les détails relatifs à l’espèce bovine sans attirer
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- l’attention sur l’importance des transactions auxquelles elle donne lieu dans le département, transactions qui se montent à environ 17 millions de francs par an en tant que fournitures à la consommation locale et expéditions au dehors. Le détail ci-après dans lequel ne figurent pas, d’après nos observations, les échanges de bestiaux entre voisins en sera la preuve :
- Commerce du lait, environ.............................. 3 millions.
- Commerce des veaux gras (40 000 x 175)................ 7 »
- Commerce du beurre.......-............................ 2 1/2 »
- Commerce des fromages................................. 1 »
- Commerce des vaches amouillantes...................... 11/2.»
- Commerce des bêtes grasses......................... 2 »
- Total.................................... 17 millions.
- III. L’espèce ovine. — L’exploitation des animaux de l’espèce ovine s’est promptement développée dans l’Eure pendant la première moitié du siècle, puis elle a subi une diminution notable depuis 1852, c’est-à-dire depuis l’époque où la culture ayant progressé dans certaines régions, la surface consacrée au pâturage des moutons s’est trouvée restreinte.
- Les chiffres suivants indiquent les changements survenus :
- 1800........................... 205 111 Les jeunes n’ont sans doute pas
- 1804............................. 200 000 été compris dans ces nombres.
- 1836............................. 511 390
- 1852............................. 620 689
- 1866............................. 479 157 %
- 1881............................. 479 000
- L’exploitation du mouton n’a pas la même importance dans les différentes parties du département. — C’est dans la plaine de Saint-André, dans le Vexin et dans, les environs d’Évreux que l’on trouve les troupes les plus nombreuses : 300 à 1 200 têtes. — Dans le Lieuvain, le Roumois et l’Ouche, les troupeaux ne sont formés que de 60 à 160 têtes : quelquefois la bergerie en compte moins encore, mais alors elle ne forme pas une spéculation principale et les animaux sont laissés en liberté dans les prés-vergers.
- L’Eure pratique l’élevage et l’engraissement.
- Les bons troupeaux d’élevage (mérinos, métis-mérinos, dishley-mérinos) se trouvent à Gauville, à Villez-Champ-Daminel, sur le plateau de Saint-André ; à Tourny, à Gamaches, à Guiseniers dans le Yexin.
- Les moutons du Roumois et du Lieuvain appartiennent à la race cauchoise pure ou croisée de Dishley, de Southdown ou de Hampshiredown (ce dernier croisement a été fait chez M. Davey à Honguemare).
- Dans les bergeries élevant des mérinos et des métis-mérinos, les béliers employés à la monte sont des élèves du cultivateur; sur quelques fermes, on
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- emploie des béliers provenant de la bergerie de Chapely, près Laigle; on les loue de 100 à 130 francs pour la saison.
- L’agnelage se fait partout de décembre à février. ' - ’
- Dans les petites bergeries, le fermier élève tous les animaux et vend aux bouchers tous les moutons gras et les brebis réformées.
- Les grands troupeaux sont souvent conduits différemment ; le fermier vend ses élèves mâles et ses réformes à des cultivateurs qui les engraissent.
- Dans la majorité des cas, les brebis sont réformées après avoir donné trois agneaux.
- Les troupeaux d’élevage pâturent les minettes au printemps; ils reçoivent aussi du trèfle incarnat et de l’avoine qu’on leur donne aux champs dans des râteliers; plus tard, on les conduit sur les fourrages à défricher et sur les chaumes.
- En hiver, les animaux reçoivent à la bergerie des pois secs, des fourrages et des pailles, quelquefois des racines ou des pulpes; mais ces dernières sont plus généralement réservées ainsi que les farineux et les tourteaux pour les animaux d’engraissement.
- L’engraissement se pratique de deux façons :
- Dans certaines bergeries importantes, cette spéculation a lieu en hiver et les animaux reçoivent, comme nous venons de le dire, des pulpes et des tourteaux; c’est ainsi que M. Toutain à Doudeauville prépare chaque année pour la boucherie de 12 à 1 400 têtes. —Les grands engraisseurs reçoivent les troupeaux par l’intermédiaire des courtiers qui vont les acheter dans l’Oise, dans la Beauce et dans le pays de Gaux. Ils revendent bien quelques petits lots dans le pays même, mais ils se défont surtout des animaux par grandes bandes sur le marché de Rouen, plus rarement sur celui de Paris.
- Les fermes d’étendue moyenne font de l’engraissement d’une façon extensive sur les chaumes, mais avec un complément de nourriture à la bergerie, ainsi qu’on le voit faire aux environs d’Evreux (fermes de Melville, de Gambolle, etc.).
- Dans ce second cas, les fermiers vont souvent acheter lenrs troupeaux dans la plaine de Chartres; ils tondent les animaux au printemps et les revendent par petits lots à mesure qu’ils sont bons, pour la consommation locale. . ,
- Le Bulletin du ministère de Vagriculture nous indique que le département de l’Eure n’envoie que de 6 à 8 000 moutons gras chaque année au marché de la Villetle.
- En dehors du croît et de l’engraissement, les troupeaux donnent aussi de la laine et du fumier.
- La laine, qui payait autrefois, dit-on, le fermage, n’est plus qu’un produit secondaire; cette année, même les bonnes laines en suint de la tonte de mai 1885 n’ont obtenu que 0 fr. 70 à 0 fr. 75 la livre; les laines communes ont été livrées Tome IL — 86e année. 4e série. — Septembre 1887. 49
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- ponr 0 fr. 58 et 0 fr. 60. — Le poids de la toison est de 4 kilogrammes environ avec les moutons métis-mérinos; la qualité est généralement bonne. Les laines de quelques troupeaux d’élevage sont excellentes (troupeaux de MM. Doré, Hil-lard, Legendre, etc.).
- En supposant que 300 000 têtes seulement soient tondues chaque année (il faut, en effet, déduire les agneaux et les moutons venant de l’intérieur et qui sont engraissés pendant l’hiver), le département trouverait dans la production de la laine un revenu brut (au cours de cette année) de 1 680 000 francs.
- Nous ne pouvons admettre l’estimation faite par Y Annuaire statistique de la France au sujet de la production de la laine ; cet annuaire semble indiquer que la tonte de 1881 a donné 3 200 000 kilos de laine (plus de 6 kilos par tête) qui, au prix de 4 francs le kilo, donnent une somme brute de 7 019 000 francs!
- Les troupeaux fournissent aussi des fumiers estimés, et de plus, on leur demande de fertiliser directement le sol au moyen du parcage.
- La production du mouton est rarement contrariée ici par les affections contagieuses; le charbon ne se présente que par cas isolés; le piétin fait des apparitions fréquentes, mais on ne lui laisse pas le temps d’envahir tout le troupeau.
- L’obstacle le plus sérieux que rencontre l’exploitation des animaux de la bergerie, c’est la difficulté pour les fermiers de se procurer des bergers dignes de ce nom.
- ' La production des chèvres s’est développée dans l’Eure, ainsi que le montrent les nombres suivants :
- 292 têtes.
- 808 » .
- 1 352 »
- 2 000 «
- Tous ces animaux appartiennent à des familles d’ouvriers agricoles pour lesquelles la chèvre remplace la vache.
- Le lait est toujours consommé par les enfants de la maison; les chevreaux sont vendus à la boucherie, et on ne garde d’élèves que pour remplacer les réformes.
- IV. L’espèce porcine. — Dans le département de l’Eure, l’importance des animaux de l’espèce porcine a peu varié :
- 1800 ................................ 36 646 têtes.
- 1836 ................ ....... ...... 49191 »
- 1852 ........................... 43 764 »
- 1866 ................................ 46188 »
- 1881 ................................ . 46500 »
- Le département ne produit pas beaucoup au delà de ce qui est nécessaire à la consommation de ses habitants. On ne trouve du courant commercial vers
- 1800.
- 1836.
- 1852.
- 1880.
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- l’extérieur qu’aux marchés de Routot et de Brionne (pour Elbeuf et Rouen) et à Yernon les jours de foires; de plus, quelques envois sont faits au loin par les porcheries annexées aux dépôts de laiterie et aux fromageries. - >
- : AlaYillette, c’est par quelques centaines seulement chaque année que se chiffrent les envois du département. ' : 7 : : , : : ! )
- On exploite surtout la race normande ou augeronne. , ' : *
- Dans un certain nombre de porcheries, on fait saillir les truies par des verrats Berkshire ou Yorkshire, mais les produits avancés en croisement ou tachés de noir sont peu recherchés par la petite culture; elle leur préfère les animaux normands purs, qui, quoique plus lents à se développer, atteignent un poids considérable et donnent une chair plus savoureuse que celle des porcs anglais.
- La production des gorets se fait dans tous les cantons du département, mais seulement en vue de pourvoir aux remplacements à faire dans les porcheries des
- fermes/'.... ' ' " - — "• ' ;-;è
- ? Les foires du Neubourg attiraient autrefois pour les jeunes animaux des acheteurs venant de loin; aujourd’hui le commerce d’exportation des jeunes est sans importance. r r
- L’engraissement, lui aussi, se fait partout; partout il suffit aux besoins de là culture et de la charcuterie locale. . ; , ; . ;
- Dans les fermes, soit que l’on ait une truie portière ou que l’on nourrisse un ou deux porcs à l’engrais, l’alimentation est composée de pommes de terre cuites, d’eaux grasses, de son et de farine d’orge. ;
- Dans les grandes porcheries, les animaux reçoivent du petit-lait ou du lait seulement écrémé, avec des sons et des farines d’orge et de maïs ; ces porcs, bien nourris et souvent issus de croisement, se développent en quatre ou cinq mois gagnant près d’un kilogramme par jour. ' /
- V. La basse-cour et le rucher. — Dans la Notice des primes d’honneur, M. Heuzé signale, dans le département, la présence de :
- . , . 821 730 poules et coqs.
- ' ’ 1 33 990 dindons.
- .23 460 oies. . . . ‘ ' -
- ; : , ; ; 47 360 canards. , ' , • • •
- . 113 310 pigeons. • .
- Les diverses espèces de volailles sont répandues partout, mais la poule est la reine des basses-cours.
- La poule a une importance commerciale considérable dans le département. Les races que l’on exploite sont : la poule commune des fermes, celle de Houdan et enfin celle de Crèvecœur. /
- L’élevage se fait sur toutes les fermes sans exception, mais jusqu’ici on n’â presque pas employé les appareils à éclosion. , : \
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- Dans la plupart des cas, les poulets ou les poules sont vendus seulement eu chair; quelques fermières se livrent cependant à un engraissement complet.
- Le commerce des œufs donne une réelle importance à certains marchés ; dans la bonne saison, il s’en vend de 6 à 8 000 douzaines chaque semaine à Routot; à Cormeilles, il arrive que dans les plus forts marchés les courtiers en achètent jusqu’à 14 000 douzaines. Dans cette dernière ville, les achats sont faits pour l’exportation en Angleterre.
- Le commerce delà volaille se fait sur tous les marchés; des acheteurs en gros en expédient de grandes quantités pour Paris, le Havre et Rouen.
- Les dindons, dans certaines fermes, sont l’objet d’une production annuelle importante.
- Soit qu’on fasse couver les œufs, soit qu’on achète des jeunes, on compose des troupes de 80 à 150 têtes que l’on envoie au pâturage sur les chaumes de blé sous la conduite d’une femme ou d’un gamin; on vend ces oiseaux aux approches de Noël pour la consommation locale ou pour l’importation vers Paris, Rouen ou l’Angleterre.
- L’élevage du dindon se fait plus particulièrement dans l’Ouche et dans la plaine de Saint-André.
- Les oies et les canards donnent lieu aussi à quelques transactions pour la consommation locale.
- On élève également quelques pintades dans le département.
- La production des pigeons se fait dans les vieux colombiers que l’on rencontre encore dans un grand nombre de fermes ; plusieurs de ces anciens bâtiments pourraient en tenir jusqu’à 500 couples.
- La colombine ou pigeonnée est très appréciée des cultivateurs ; quelques-uns l’emploient en mélange avec des engrais commerciaux (M. Lamiot, à Cambolle).
- On élève des lapins sur toutes les exploitations rurales pour les besoins du personnel et pour la vente sur les marchés où des courtiers les achètent pour les expédier dans les villes.
- D’après M. Heuzé, il y avait il y a quelques années 30 447 ruches dans le département.
- L’Annuaire statistique de la France en mentionne 23 500 en 1881 ; ces ruches auraient donné dans cette même année 141 000 kilogrammes de miel et 47 000 kilos de cire.
- Les ruchers sont nombreux dans les environs de Dauville. Aux concours du comice de cette localité, nous avons pu voir de beaux produits exposés : miels, cires, hydromels, étaient bien réussis.
- Si nous ne donnons pas dès à présent une appréciation du revenu annuel que donnent les animaux des diverses espèces qu’exploite l’agriculture, nous allons du moins faire de suite l’estimation du bétail :
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- Valeur. ...... Revenu brut.
- 15 639 396 francs. 26 028 028 flancs,
- 16 645 250 » 17145 732 »
- 13249574 » 8454523 •»
- 2057157 >j 1 356115 »
- 14 924 » 39 618 »
- 47 606 301 francs. 53 024 016 francs.
- Déjà en 1868, dans son Etude géologique de l’Eure, M. Passy avait donné les renseignements suivants : *
- M. Passy ne donne aucune explication sur les bases de ses calculs; il est évident que le revenu brut comprend le travail des chevaux, le lait des vaches, etc. Nous établissons comme il suit la valeur totale des animaux qu’on exploite
- actuellement dans l’Eure.
- 57 000 chevaux à 400 francs. . . . . . ... . . . . . 22 800000 francs.
- 9 000 ânes et mulets à 150 francs.. . . ., . . I 350 000 »
- 1 900 bœufs ou taureaux à 450 francs........... 855 000 «
- 90800 vaches à 350 francs. ......... . . '. . . 31 810000 »
- •17 000 élèves à 150 francs. . . . . .... . . . . . . 2050000 »
- 479000 moutons à 30 francs.................. 14370000 »
- 46 500 porcs à 60 francs. ...................... 2790000 »
- Volailles.................................. 1 500000 »
- Total : 77 525 000 francs.
- Chevaux. . . . . Anes et mulets. . Espèce bovine . . Espèce ovine. . . Espèce porcine. . Espèce caprine. .
- Ensemble
- VI. Étendue de la propriété et de la culture- — L’étendue de la propriété et l’étendue de la culture sont deux choses bien distinctes : la grande propriété peut exister indifféremment avec la grande ou la petite culture ; réciproquement, la grande culture peut très bien exister dans un pays de petite propriété. Nous trouvons dans le Vexin plusieurs exemples de ce dernier fait; des fermiers cultivant 100 hectares de terre ont souvent à faire à dix ou quinze propriétaires.
- On comptait, en 1879, 199 338 cotes foncières réparties entre la grande, la moyenne et la petite propriété. — L’Annuaire statistique distingue ces trois catégories de propriété d’après les bases suivantes : petite, 0 à 6 hectares ; moyenne, 6 à 50 hectares; grande, 50 hectares et plus.
- 0 à 10 ares . . . . 27 315 cotes
- 10 à 20 » ...... 23 819 »
- 20 à 50 » ; 39 526 »
- 50 à 100 » ........... 30919 »
- 1 à 6 hectares 55 550 ))
- 6 à 10 )) ......... 7 360 »
- 10 à 50 )) . 8 041 »
- 50 à o O )) 833 ))
- 100 à O O G'J » ......... 394 ))
- O O CM et pins » ......... 172 ' »
- 193 990 cotes
- Petite propriété : 178 084 hectares.
- Moyenne propriété : 213 708 hectares.
- Grande propriété : 176 004 hectares.
- 567 796 hectares.
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- Les cotes foncières correspondent à un impôt de 6 051131 francs, ainsi réparti :
- Propriété bâtie. . 7 Propriété non bâtie.
- Principal. ............. . . ........... 655 544 francs. 2.682 714 francs.
- Centimes départementaux. . ........ 360544 » 1 499779 »
- Centimes communaux. . . . . . . . ... . . 190063 » 676487 »
- 1206151 francs. 4858 980 francs.
- L’impôt fonciermoyen de la propriété non bâtie est enprincipal de 6,11 p. 100 du revenu net imposable, bien plus élevé par conséquent que le taux moyen pour l’ensemble du territoire français. L’Eure serait donc intéressé à voir exécuter la péréquation de l’impôt; il en tirerait un dégrèvement annuel de 711 000 francs (M. Raoul Duval).
- A notre avis, la distinction d’étendues à faire entre la grande, la moyenne et la petite propriété serait un peu différente de celle donnée par Y Annuaire statistique.
- D’accord avecM. Heuzé, nous pensons que dans l’Eure la grande propriété est celle qui possède plus de 100 hectares; la moyenne compterait de 40 à 150 hectares; enfin la petite ne serait constituée que par des étendues de moins de 40 hectares.
- La petite propriété est très nombreuse dans les vallées ; elle y existe avec la petite culture, et le détenteur du sol en dirige lui-même l’exploitation.
- Il y a dans le département de l’Eure un fort petit nombre de grands propriétaires faisant valoir directement leurs terres arables ; mais lorsque les grands domaines sont formés d’étendues boisées, ils ne sont jamais affermés.
- Le morcellement du sol est parfois exagéré.
- Dans les pays de petite propriété et de petite culture, ses inconvénients se font moins vivement sentir que sur les plateaux. Là, la grande culture devient à peu près impossible si, par la location à divers propriétaires, elle n’arrive pas à reconstituer de grandes pièces. Les fermes étendues, d’un seul tenant, sont très rares.
- Dans la plaine du Neubourg, on trouve des parcelles de terrain dont la superficie n’est que de 12 perches (88 mètres carrés).
- Le morcellement du sol a été justement attaqué, car il n’offre que des inconvénients. Ici, dans certaines contrées, les cultivateurs s’en plaignent vivement, et cependant ils ne semblent pas encore apprécier les avantages de la reconstitution en grandes pièces, parle moyen des échanges, car aucun essai sérieux n’a encore été tenté.
- On ne saurait accuser les lois de partage édictées en 1789 d’avoir poussé au fractionnement du sol, du moins en Normandie; il y existait bien antérieurement, ainsi que le prouve l’acte relatif au fief de Rossel, cité par M. L. Delisle
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- dans son Étude sur la Normandie au moyen âge; ce fief, qui comprenait 76 acres, comptait 110 parcelles réparties entre 39 individus. L’étendue moyenne des parcelles n’était donc que d’environ 55 ares ; la propriété moyenne d’un individu n’était que de 1 hectare 55. ; : >
- < La grande culture se rencontre dans le Vexin et dans la région comprise sur le plateau du Neubourg entre Évreux, le Neubourg et Beaumont. g
- Dans le Yexin, nous connaissons deux fermes qui ont environ 400 hectares d’étendue chacune : celle de M. Doré à Gamaches, etcelle de M. Fleury àGuiseniers.
- La moyenne culture exploite de 30 à 80 hectares de terre et occupe le plateau de Saint-André, le Lieuvain, le Roumois, l’Ouche et le plateau de Aladrie. Les exploitants de cette catégorie sont presque toujours les plus éloignés du progrès.
- La petite culture, plus industrieuse, se trouve partout, mais surtout dans lesi vallées qu’elle occupe presque seule. 4 (
- Nous disposons de renseignements relatifs à la petite culture dans plusieurs communes situées dans des vallées ; nous citerons seulement ce qui est relatif à Ezy. : • ;
- Sur 20 exploitations agricoles, Ezy en compte 18 de moins de 20 hectares :
- 8 exploitations de 1 à S hectares
- 3 » » 5 à i 0 » _ - - ’ ' L
- 7 » » 10 à 20 » ' ; : '
- Une des deux autres cultures compte moins de 50 hectares, enfin la dernière n’arrive pas à 100. " ;J'"
- A Ezy, sur les 20 chefs d’exploitation, il y a 16 propriétaires-cultivateurs, 1 2 propriétaires-fermiers et 2 fermiers.
- La moyenne et la grande culture, au contraire, sont presque toujours pratiquées par des locataires du sol.
- D’après M. Heuzé, il y avait en 1862 (les chiffres suivants ont sans doute été empruntés à la statistique) :
- !r , , : 1 868 grandes exploitations
- 2 363 moyennes » ’ .
- 22 587 petites » -
- Sur cés dernières, on comptait 13 440 exploitations de moins de 20 hectares.
- AL Heuzé affecte plus de 40 hectares à la grande culture, de 20 à 40 à la moyenne culture et moins de 20 à la petite. Mais, même dans ces conditions , d’étendues, le nombre des grandes et moyennes exploitations, indiqué ci-dessus, n’est certainement pas exact pour l’époque actuelle; le département renferme sans aucun doute plus de 4 231 exploitations au-dessus de 40 hectares.
- VII. Le bail à, ferme. — On ne peut se rendre complètement compte des conditions culturales d’un pays sans connaître les règles établies lorsque le pfo-
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- priétaire du sol en confie l’exploitation à un mandataire. L’étude du bail à ferme trouve donc naturellement sa place dans notre travail.
- Nous n’avons pas à discuter le principe même du bail, ni à énumérer les clauses nombreuses qu’on peut y inscrire ; cependant nous citerons quelques conventions particulières empruntées à des baux que nous avons sous les yeux, afin de mieux faire comprendre quelles sont les idées qui président parfois à la conclusion des contrats. * , ,
- , La durée du bail est très variable dans les différents cantons du département; malheureusement les baux longs sont les plus rares.
- . L’usage des baux de courte durée a été établi par les propriétaires qui ne voulaient pas engager l’avenir et renoncer ainsi à une augmentation possible de fermage; ces idées ont prévalu pendant les trente dernières années; elles ont exercé une influence des plus regrettables sur l’état de la culture, car les fermiers ne se voyant établis que pour peu de temps se sont contentés d’exploiter les terres sans les améliorer. ,
- Depuis trois ou quatre ans les rôles sont changés et il arrive souvent que ce sont les fermiers qui ne veulent plus souscrire des baux de longue durée.
- Dans les contrées où l’assolement biennal est pratiqué, le bail n’engage les parties contractantes que pour 4, 8 ou 12 années. Dans les' exploitations soumises à l’assolement triennal, les baux sont de 3, 6 ou 9 ans.
- Dans les cantons de Saint-André, de Pacy ou de Gaillon, les locations de fermes sont faites pour une durée de 12, 15 ou 18 ans. Dans le Yexin, on trouve quelques exemples de locations des terres s’étendant à une trentaine d’années.
- Le contrat stipule généralement que le loyer sera payé en or, argent ou papiers ayant cours.
- Les redevances en nature deviennent de plus en plus rares ; le paiement en grains ne se rencontre plus ; mais le fermier s’oblige parfois à faire quelques charrois pour le propriétaire.
- Nous ne connaissons aucun exemple de bail à loyer progressif ; ce genre de convention n’est pas nouveau, car M. L. Delisle en signale un exemple au moyen âge.
- Presque toujours le contrat interdit formellement au fermier le dessolement, le dessaisonnement et les surcharges ; cette clause a entraîné les progrès de l’agriculture; la production est restée stationnaire dans les plaines à céréales et à jachère nue.
- L’esprit du propriétaire a toujours été de mettre le fermier dans l’impossibilité de nuire à la fertilité du sol ; les oppositions absolues qu’on formulait dans le bail à tout changement à introduire dans Ja culture, disparaissent maintenant dans la réalité des faits, bien qu’on les maintienne souvent encore dans le contrat écrit; c’est ainsi que toutes les surcharges fourragères (à faire consommer par les
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- animaux de l’exploitation) sont permises dans la sole de guéret dans presque tous les cas. Quelques baux seulement limitent d’une façon précise, au quart ou à la moitié de la première sole, la surface à maintenir en jachère nue.
- Les sociétés locales d’agriculture et les agronomes d’initiative ont émis, dans les Lisages ruraux qu’ils ont recueillis et publiés, le désir de voir s’implanter de nouveaux usages relatifs aux droits du fermier entrant; celui-ci pourrait alors semer ses fourrages dans les mars de son prédécesseur ou racheter moyennant indemnité les prairies artificielles en bon état.
- Quelques baux fort bien faits prévoient tous les cas qui peuvent se présenter au moment de la sortie du fermier, établissant les règles à suivre et le mode de procéder aux expertises qui auraient lieu si le fermier entrant désire racheter les prairies artificielles, les constructions provisoires existant, etc., etc.
- Si des clauses semblables étaient insérées dans la plupart des contrats, les changements de fermiers perdraient une partie des graves inconvénients qu’ils présentent toujours.
- Dans l’Eure, les baux sont toujours muets au sujet des améliorations à exécuter; malheureusement il n’est pas sans exemples de rencontrer des propriétaires se refusant à seconder le fermier dans les travaux à entreprendre.
- ' Nous avons été témoin du refus fait par un propriétaire de concourir à l’établissement d’une fosse à purin; sur notre conseil, le fermier avait proposé : ou 1° de payer l’intérêt de la somme déboursée par le propriétaire; ou 2° de faire la construction lui-même à la condition que le bailleur la lui rachèterait à sa sortie ; le fermier n’a pu obtenir ce qu’il demandait. — Pareil fait accuse la plus grande ignorance ou une bien regrettable insouciance chez le propriétaire.
- Voici quelques clauses relevées un peu au hasard dans différents contrats ; elles aideront à faire apprécier à sa valeur exacte l’esprit qui préside à la confection d’un bail :
- 1" Bail. — Manière de rendre les tenues : Le preneur s’oblige à cultiver les terres qui lui sont affermées, en bon père de famille, et comme les voisins bons ménagers, et à rendre environ un tiers desdites terres à mettre en blé lors de sa sortie (canton de Gaillon).
- 2° Bail. — Mode de culture et de reprise des terres : Le fermier devra labourer, fumer et cultiver les terres louées comme font les meilleurs cultivateurs du pays, sans pouvoir changer l’assolement pour quelque cause que ce soit. Il devra rendre les terres à la fin de son bail en même quantité de soles et de saisons qu’il prend lors de son entrée et ainsi que le constate l’état des lieux.
- Il devra laisser à sa sortie la même quantité de luzerne, et du même âge que celle existant lors de son entrée, ettoutes les paillesprovenant de la dernière récolte.
- Fertilisation : Il devra convertir en engrais les pailles et mangers récoltés sur la ferme, le tout devant être employé à l’amélioration des terres.
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- Coupes de bois : Il se conformera à l’usage établi pour les tontes et coupes de bois sans avoir droit aux troncs des gros arbres.
- Arbres fruitiers : Il devra faire éplucher les arbres fruitiers et profitera des bois en provenant; mais les arbres morts appartiendront au bailleur.
- Il lui est expressément défendu de faire de la luzerne dans les terres plantées.
- Terres annexées : Si le preneur loue des terres dépaillées pendant le présent bail, les paillers en provenant seront acquis à la ferme sans pouvoir en distraire aucun (canton de Rugles).
- 3e Bail. — Semis de fourrages : Le preneur pourra, pendant le cours de son bail, semer dans les blés des petites graines, et dans la dernière année de sa jouissance, le bailleur aura la même faculté ou tout autre preneur.
- Paiements : Ces paiements seront faits en espèces métalliques d’or ou d’argent, au cours de ce jour, sans papiers, billets ou effets publics, alors même qu’ils seraient établis par les lois et ordonnances en représentation du numéraire, sous peine de résiliation du présent bail si bon semble au bailleur. (Cette clause, copiée dans un bail passé en 1879, ne se rencontre plus que très rarement; nous la trouvons aussi dans un bail de 1870, mais à ce moment elle s’explique par les inquiétudes de la situation, tandis que, dans le cas présent, elle ne peut avoir été dictée que par un esprit défiant.)
- Le paiement se fait en un seul terme, à Noël (canton de Louviers).
- 4 e Bail. — Culture : Le preneur sera libre quant au mode de culture à suivre : il pourra surcharger et même dessaisonner, pourvu qu’en finissant, l’assolement actuel soit rétabli dans la dernière période triennale.
- Arbres : Le bailleur permet les prairies artificielles telles que luzerne ou bourgogne sur les pièces plantées d’arbres sans prescrire d’espace quelconque à laisser libre aux pieds des arbres. (Cette clause est contraire à une de celles que nous avons citées ci-dessus ; dans un dernier bail, nous en exposerons une qui prescrira à cet égard des obligations mixtes entre la tolérance et la défense absolue de faire de la luzerne dans les terres plantées.)
- Paiement : Il sera fait en deux termes égaux à Noël et à la Saint-Jean (canton de Damville).
- 5e Bail. — Culture : Les preneurs auront le droit de surcharger et dessaisonner les terres louées en fumant convenablement pendant les douze premières années du bail (durée : 13 ans), à la condition de laisser au propriétaire ou au fermier qui leur succédera 9 hectares de terre (sur 84 d’étendue totale) ensemencés en luzernes jeunes et en plein rapport et de rétablir le surplus des terres louées en trois soles et saisons, lors de la levée du guéret préparatoire à la première des trois dernières récoltes, de manière que ces trois dernières récoltes se fassent conformément à l’assolement triennal. Les preneurs pourront faire des
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- betteraves sur la sole de guéret pendant les trois dernières années, à la condition que ces betteraves soient consommées sur la ferme.
- Pailles : Les preneurs pourront vendre 2 000 bottes de paille chacune des neuf premières années, et 1 000 bottes chacune des trois années suivantes; mais à la condition expresse qu’ils achèteront des engrais pour fumer d’une manière convenable 3 hectares 75 chaque année pendant la première période et 1 hectare 85 pendant chacune des trois années delà seconde période. Pendant les trois dernières années du bail, les pailles seront consommées ou laissées sur la ferme.
- Surcharges : Si, au lieu de semer en blé ou en mars (céréales de mars) les terres qui y sont destinées, les preneurs y semaient ou y plantaient du colza, ils seraient tenus de les fumer comme s’ils y faisaient du blé; le colza ne pourra être ramené sur la même terre que tous les cinq ans ; il est interdit d’en faire sur les terres qui ont été récoltées en céréales de mars.
- Les terres de la sole de guéret ne pourront, dans le cours des trois dernières années, être ensemencées qu’en minette, trèfle rouge ou betteraves, mais à la condition de rigueur, et sous peine de dommages-intérêts : 1° de les fumer; 2° d’en faire consommer les récoltes sur la ferme sans leur demander de graines.
- Arbres : Les preneurs ne pourront faire ni luzerne ni sainfoin qu’à 2m,66 au moins du pied des arbres; l’intervalle devra être tenu en état de culture.
- Les arbres seront convenablement soignés par les preneurs; en cas d’accidents, d’écorchures faites en labourant ou hersant, le bailleur pourra les faire remplacer à leurs frais.
- Les preneurs ont droit aux bois d’épluchage, mais le tronc appartient au bailleur; celui-ci se réserve de faire abattre ou planter à sa guise; tous les travaux seront exécutés par les preneurs.
- Réparations : Toutes les réparations locatives sont à la charge des preneurs qui fournissent à leurs frais toutes les pailles, le chaume et la bruyère nécessaires pour l’entretien des couvertures des bâtiments et des murs.
- L’entretien des terrages et des maçonneries des murs sera aux frais des preneurs; pour les parties à faire à neuf, ils devront approcher les matériaux; ils fourniront à leurs frais la boisson nécessaire aux ouvriers employés aux réparations et aux constructions nouvelles que le bailleur se réserve de faire.
- Le bailleur fera les grosses réparations à sa charge, sans que les preneurs puissent demander une indemnité.
- Garanties : Les preneurs seront tenus de faire assurer à leurs frais pendant toute la durée du bail, à la compagnie... (désignée par le bailleur) les objets mobiliers, chevaux, bestiaux, instruments aratoires, récoltes garnissant la ferme contre les risques de l’incendie; et à la compagnie... (désignée par le bailleur) les récoltes des champs contre la grêle; ils supporteront aussi les primes de cotisations de l’assurance des bâtiments de la ferme contre l’incendie, assurance
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- contractée au nom du propriétaire à la compagnie... Ils justifieront chaque année au bailleur de l’acquit exact desdites primes et cotisations par la présentation des quittances.
- Et dans le cas de sinistre du mobilier ou des récoltes, les preneurs cèdent, délèguent et transportent par le présent bail, au bailleur, qui accepte sous toutes réserves, le montant de l’indemnité qui leur serait allouée alors par les compagnies d’assurances; au moyen de quoi le bailleur pourra toucher et recevoir directement sur ses simples quittances sur le montant desdites indemnités, le montant des sommes à lui dues alors pour raisons de fermages du présent bail.
- Dans le cas de sinistre des bâtiments, le bailleur ne sera nullement tenu de les reconstruire, mais il devra alors donner aux preneurs une indemnité annuelle pendant la fin du bail, à raison de 5 p. 100 de l’indemnité à lui remise par la compagnie d’assurances. (Nous nous dispensons de commenter cette clause de garantie toute à l’avantage du bailleur.)
- Paiement : Il sera fait en or, argent ou billets de la Banque de F rance ; les termes égaux de paiements sont la Saint-Martin, Noël et Pâques (canton d’Evreux).
- Nous pourrions multiplier ces citations, mais comme cela n’offrirait pas grand intérêt, nous préférons transcrire sous forme de tableau les traits généraux du fermage dans les différents cantons, en indiquant le prix du loyer moyen, la durée du bail, l’étendue moyenne des fermes et les principales spéculations.
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- CANTONS. LOYERS MOYENS. DURÉE DES BAUX. ÉTENDUE des FERMES. DURÉE de l’assolement EXPLOITANTS LES PLUS NOMBREUX. PRODUCTIONS PRINCIPALES.
- francs. ans. hectares. ans.
- Lyons-la-Forêt 70 12 60 3 Fermiers. Herbages, bêtes à cornes, beurre, céréales, pommes.
- Fleury-sur-Andelle. . .. 60 9 50 3 Fermiers. Herbages dans la vallée. Grande culture sur le plateau.
- Ecos (plateau) 100 15.18 100 à 200 3 Fermiers. Sucre, alcool, lait, engraissement, troupeaux, grains.
- — (versant) 60 9 25 3 Fermiers et propriétaires. Lait, élevage, grains.
- Les Andelys (plateau) . . . 110 15.18 100 à 300 3 Fermiers. Sucre, alcool, grains, troupeaux, lait.
- — (vallée Seine).. 120 3.6.9 20 à 40 3 Propriétaires. Fruits, grains, élevage.
- Gisors 70 9.12 25 à 40 3 Fermiers et propriétaires. Lait, veaux gras, grains.
- Bernay 100 8.12 50 2 Fermiers. Herbages, bétes à cornes, pommes, colza, grains.
- Thiberville 100 8.12 25 à 30 2 Fermiers. — — — — et lin.
- Brionne. ......... 80 4.8.12 — 3.6.9 35 à 50 2 Fermiers. Bêtes à cornes, veaux gras, grains, pommes.
- Broglie . 40 3.6.9 45 2 et 3 Fermiers. Bêtes à cornes, veaux gras, beurre, grains, pommes.
- Beaumont 100 8.12 — 6.9 40 à 80 2 et 3 Fermiers. Grains, bétes à cornes.
- Beaumesnil. ....... 35 3.6.9 40 3 Propriétaires. Elevage de toutes les espèces, grains, volailles.
- Routot . . 90 4.8.12 20 2 Fermiers. Bêtes à cornes, veaux gras, beurre, œufs, cheval et
- pommes.
- Quillebeuf 80 4.8.12 — 3.6.9 50 2 et 3 Fermiers et propriétaires. Bêtes à cornes, veaux gras, beurre, œufs, cheval et
- pommes.
- Beuzeville 125 4.8.12 30 2 Fermiers et propriétaires. Elevage de toutes les espèces, pommes, fruits.
- Bourgtheroulde 80 8.12 40 2 Fermiers. Bêtes à cornes, cheval, grains, colza, pommes.
- Saint-Georges 60 4.8.12 — 3.6.9 30 2 et 3 Fermiers et propriétaires. Bêtes à cornes, cheval, pommiers, grains.
- Pont-Audemer 80 4.8.12 30 2 Fermiers et propriétaires. Herbages, pommiers, bêtes à cornes.
- Montfort 90 4.8.12 40 2 Fermiers. Pommiers, élevage, grains.
- Cormeilles 130 4.8.12 25 2 Fermiers et propriétaires. Herbages, pommiers, bêtes à cornes, œufs, beurre.
- Gaillon (plateau) ... 40 9.12.15.18 30 3 Fermiers. Grains, lait, veaux gras.
- — (vallée) 15 3 Propriétaires. Légumes, grains et fruits.
- Amfreville 100 8.12 60 2 Fermiers et propriétaires. Cheval, moutons, blé, colza, pommes.
- Etrépagny ........ 110 15.18 100 à 300 3 Fermiers. Sucre, alcool, lait, engraissement, élevage, grains.
- Le Neubourg 100 8.12.18 20 à 120 2 Fermiers et propriétaires. Blé, colza, cheval, mouton.
- Louviers 70 3.6.9 30 3 Propriétaires et fermiers. Fruits, grains, chardon, gaude, élevage.
- Pont-de-1’Arche (vallée). . 100 6.9 15 3 Propriétaires et fermiers. Légumes, asperges, grains, pommes, osier.
- — (plateau) . 60 6.9 50 3 Fermiers. Blé, élevage, pommes.
- Vernon (vallée) 10 à 12 3 Propriétaires. Légumes, fruits, vins, lait, élevage, grains.
- — (plateau) 60 9.12.15 30 3 Fermiers. Lait, veaux gras, blé, élevage.
- Verneuil 60 9.12.15 15 puis 80 3 Fermiers et propriétaires. Cheval, veaux gras, fourrages, grains.
- Rugles 40 3.6.9 30 3 Fermiers. Élevage de toutes les espèces, grains.
- Saint-André (plateau). . . 45 12.15.18 70 3 Fermiers. Blé, cheval, lait, veaux gras, moutons, fourrages.
- — (vallée).. . . 15 3 Propriétaires. Lait, élevage, vins, blé.
- Breteuil 60 12 40 3 Fermiers et propriétaires. Grains, élevage de toutes les espèces.
- Nonancourt 50 9.12.15 70 3 Fermiers. Veaux gras, cheval, grains, fourrages.
- Pacy-sur-Eure 45 18 ' 40 3 Fermiers. Lait, veaux gras, bêtes à cornes, blé, vins.
- Évreux 80 9.12 100 3 Fermiers et propriétaires. Blé, lait, fourrages, cheval.
- Dam ville 50 12 60 3 Fermiers et propriétaires. Blé, élevage de toutes les espèces, ruches.
- Conches . 80 3.6.9 60 3 Fermiers. Blé, élevage de toutes les espèces.
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- La Notice agricole donnée par M. Heuzé dans les Primes d'honneur mentionne, avec la statistique, la présence de quelques centaines de métayers. C’est une erreur; il n’y a dans l’Eure aucun exemple de métayage basé sur Le partage des produits. Il y avait autrefois des hotagers dans les cantons de Bieteuil, de Dam ville, de Verneuil et de Rugles; mais les renseignements que nous avons pris auprès des juges de paix et de quelques notaires nous ont permis de constater que ce mode de locature a absolument disparu. Les Usages locaux le définissent encore dans la dernière édition, mais sans utilité.
- VIII. Valeur foncière. Valeur locative. —Bâtiments d'exploitauon.—La valeur du sol varie comme toutes les autres; le rapprochement des chiffres de différentes époques le prouvera.
- Nous pouvons donner une idée de l’importance de cette forme de capital en empruntant aux auteurs qui se sont occupés du département les renseignements qu’ils ont fournis et qui seront complétés ou plutôt contrôlés par le travail de l’administration des Finances, travail exécuté en 1879. Cette dernière source d’informations peut être consultée en toute confiance puisque les données qu’elle fournit reposent sur des bases certaines, c’est à-dire sur des actes authentiques.
- MM. Passy et Heuzé donnent sur la valeur du sol les chiffres suivanls :
- Classes. M. Passy. M. Heuzé.
- 1 lre 2 819 francs. 3 106 francs.
- Terres de labour.....................j 2e 2157 » 2 526 »
- ( 3e 1 534 » 1861 »
- j lro 4 054 » 4 326 »
- Prés...................................J 2e 3 081 » 3 361 »
- f 3e 2128 » 2 410 »
- ( lre 2 803 » 3181 »
- Vignes.................................J 2e 2123 » 2 598 »
- ( 3e 1 556 » 1 683 »
- l lre 1 999 » futaies 2 000 » et ru-dessous.
- Bois.................................! 2e 1731 » taillis 1731 » »
- ( 3e 1305 » taillis 1 305 » »
- Les évaluations consignées dans le travail de 1879 sont données comparativement avec celles de 1851 ; les nombres fournis par l’administration sont présentés sous les dénominations des diverses catégories de culture :
- 1851 1879
- Terres de qualité supérieure 4 871 fr. 89
- Terres labourables . . . 2 524 » 2 605 45
- Prés et herbages . . . 3 946 )) 3916 81
- Vignes . . . 3 307 )> 4 313 31
- Bois . . . . 1117 » 1 143 75
- Landes . . 415 » 416 05
- Cultures diverses . . . 1 249 » 1 000 00
- Moyenne générale. . . . , . . 2 434 francs. 2 534 fr. 00
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- Cette moyenne générale classe le département de l’Eure au treizième rang.
- Nous devons faire remarquer que, depuis 1879, les terres de culture ont perdu de leur valeur foncière et locative; la baisse n’est pas enrayée à l’heure actuelle et il n’est pas rare de voir des propriétaires obligés à consentir des diminutions de 10, 20, 25 et 30 p. 100, quelquefois un peu plus, sur les loyers de leurs fermes. La plaine de Saint-André, et les environs de Bourneville et du Routot seraient particulièrement atteints; c’est, du moins, ce qui résulte des indications que nous avons recueillies sur place.
- Les ventes de terrain sont devenues très difficiles ; un cultivateur d’Amfre-ville-la-Campagne nous disait avoir acheté au printemps dernier un lot de terrain qu’il n’avait pu obtenir il y a dix ans pour une somme d’argent plus forte d’un tiers ; à cette époque, les enchérisseurs étaient nombreux ; cette année, la vente des mômes biens n’avait attiré dans l’étude du notaire que deux acquéreurs.
- A l’heure actuelle, les cultivateurs qui ont des économies à placer font des dépôts dans les Caisses d’épargne ou achètent des valeurs, plutôt que de chercher à agrandir leur patrimoine comme ils le faisaient autrefois.
- La valeur locative du sol a été donnée par différents auteurs :
- Pour 1868, M. A. Passy indique des prix de loyer applicables à des corps de fermes dans plusieurs localités :
- A Drucourt (terres franches du Lieuvain) Au Thil ( ici. Yexin..
- Au Neubourg ( id. )......
- A Routot ( id. )..........
- A Saint-André.......................
- A la Barre..........................
- A Beaumesnil (sol à grison). .......
- A Rugles ( id. ).......
- 120 francs l’hectare. 100 »> »
- 100 » »
- 80 » » '
- 70 » »
- 60 » »
- 40 » »
- 20 » »
- M. Heuzé a cité des prix applicables à des catégories de sols :
- l,e classe. 2e classe. 3e classe.
- Terres labourables.......................... 90 francs. 70 francs. 50 francs.
- Herbages et prairies...................... . 135 » .105 » 75 »
- Vignes. .................................... 80 » 65 » 50 »
- L’Enquête agricole de 1866 avait assigné les valeurs locatives suivantes aux terres labourables réparties en cinq classes :
- lre classe...........................................100 francs.
- 2e classe........................................... 90 »
- 3e classe............................................ 75 »
- 4e classe......................................... 60 »
- 5e classe. ....*•................................... 50 »
- Dans le tableau que nous avons joint à l’étude du bail à ferme, nous avons
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- cité pour les différents cantons le prix moyen actuellement applicable aux terres en corps de fermes ; ce prix varie avec la composition du sol, la nature des cultures, la présence des herbages et l’existence des plantations.
- Les bâtiments ruraux ont été dépeints par M. Heuzé, qui s’est exprimé en ces termes :
- « Les bâtiments composant les fermes, ouïes écuries, étables, granges, etc., sont séparés les uns des autres, et situés dans un verger enclos par un mur de bauge (torchis) recouvert de chaume ou de bruyère, ou par une forte haie vive dominée par des ormes, des chênes, des frênes ou des érables. Ces bâtiments sont en colombage et, couverts de chaume ou de tuiles, ont souvent un aspect misérable ou très pittoresque.
- « Le clos dans lequel sont situés les bâtiments ruraux et la maison d’habitation est désigné sous le nom de cour ou de masure. Il est planté de pommiers assez symétriquement espacés, et sous lesquels croît une herbe abondante et nutritive.
- « Ces vergers spéciaux sont isolés dans les arrondissements de Bernay et de Pont-Audemer ; dans ceux des Andelys, de Louviers et d’Evreux, ils sont réunis en formant des villages ou des hameaux.
- « Les haies vives dominent souvent des fossés; elles sont formées par l’épine blanche, l’érable, le chèvrefeuille, la troène et quelquefois par le buis.
- « Les maisons d’habitation n^ont qu’un rez-de-chausée, mais elles sont tenues très proprement. Elles sont en briques, en torchis ou en colombage; la plupart d’entre elles sont à demi cachées sous les arbres dans les vergers et décorées extérieurement par des vignes ou des arbustes grimpants. Elles sont presque toujours exposées au midi.
- « En général, les étables ne sontpasassez spacieuses et les bergeries sont trop chaudes pendant l’été ; les unes et les autres ont très peu d’ouvertures et souvent elles sont basses parce qu’elles sont dominées par un grenier à foin. La grange est le bâtiment le plus vaste.
- « Le plus ordinairement, le torchis et le colombage des maisons, des écuries, des granges et des murs de clôture reposent sur un massif de maçonnerie ou de silex excédant la surface du sol de 50 à 65 centimètres. »
- Cette peinture est très exacte. Les bâtiments sont édifiés avec économie ; cependant il y a tendance à remplacer dans les constructions nouvelles le pisé par la brique et le chaume par la tuile ou l’ardoise.
- Certaines grandes fermes, que l’on pourrait supposer bien installées, n’ont au contraire que des bâtiments qui parfois frisent la ruine; nous pourrions en citer plusieurs dans le Yexin ou dans la plaine du Neubourg, ce qui n’empêche pas les cultivateurs qui les font valoir de se trouver souvent à la tête du progrès.
- A côté de ces vieilles constructions, on peut au contraire citer des bâtiments
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- nouveaux et construits de telle façon que la facilité du service ou de la surveillance ne laisse rien à désirer ; tels sont : les bâtiments de la ferme de M. Ridel, à Requiécourt, ceux de la ferme de M. Doré, à Gamaches, et spécialement sa bergerie; ceux des exploitations de Lisors et d’Amfreville-sur-Iton, édifiés par-M. Pouyer; enfin, les constructions nouvelles et somptueuses du domaine'de Fumechon pour lesquelles l’architecte a plutôt cherché un ensemble satisfaisant à la vue qu’une bonne appropriation.
- L’entretien des bâtiments et des couvertures est ordinairement à la charge du fermier ; si les toitures sont en chaume, le bail fixe le plus souvent la quantité de chaume ou de glane qui sera employée annuellement à leur entretien.
- Dans presque toutes les exploitations agricoles, tout ce qui peut assurer l’hygiène des écuries ou des étables reste à faire.
- Nous avons déjà fait observer que les fumières avec fosse à purin ne se rencontrent qu’exceptionnellement dans les moyennes et les petites exploitations.
- La commission de l’Enquête agricole de 1866 estimait que les bâtiments d’une exploitation représentaient un capital de 400 francs par hectare pour les constructions modernes et que cette valeur n’était que de 266 francs (1/3 en moins) pour ceux couverts en chaume. Ces chiffres considérés comme une moyenne
- peuvent être inexacts.
- IX. Évaluation des produits. — Il est intéressant, lorsqu’on étudie une région agricole, de chercher à se rendre compte de la valeur des produits obtenus et du revenu qu’on en tire.
- La statistique de 1832, citée par l’Enquête agricole de 1866, estimait comme
- suit la production agricole de l’Eure :
- Céréales.
- Cultures diverses.
- Froment (grains) francs. 31 002 690
- Méteil — ....... 3 546 564
- Seigle • — 1 670116
- Orge — 1 004 932
- Avoine — ....... 9 494 345
- Sarrasin — . 16166
- Pommes de terre 1 903 586
- Betteraves . 446 707
- Racines et légumes divers . . . 1161 243
- Légumes secs . 3 442 914
- Graines oléagineuses.... . . 1 732224
- Chanvre 155 860
- Lin 682 812
- Jardins potagers et maraîchers. Cultures diverses . 2 552 020
- 57 211
- Prairies artificielles 2 530 456
- Vergers 776 114
- Vignes 424 346
- Autres arbres, pommiers. . . .. 3196197
- Autres cultures 57 211
- e série. — Septembre 1887.
- 46 734 813
- 20 208 701
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- Prairies
- Animaux domestiques.
- Prairies naturelles. . . , . . . . 989 935
- Pâturages . . . . 810347
- Espèce chevaline. . . . . . . . 14 644 068
- — bovine . . . . 15 032 541
- — ovine . . . . 10 796 986
- — caprine . . . . 77 903
- — porcine . . . . .
- Miels et cires . . . . 14226
- Volailles , . . . 886 233
- Œufs, plumes, etc. . . . . . . 1 588 273
- 1 800 282
- 44 916 806
- Total........... U 3 660 602
- Nous serions désireux de pouvoir tracer pour l’époque actuelle un tableau comparable à celui qui précède. Mais comme nous ne disposons pas encore de renseignements suffisamment complets pour évaluer le revenu annuel que donnent les spéculations animales, craignant d’autre part que les calculs que nou§ pourrions faire ne soient trop différents de ceux que nous donnera la statistique de 1882 dont nous attendons la publication, nous nous contentons pour ces motifs de rappeler ici le produit brut annuel que donnent les récoltes, remettant à plus tard de compléter ces renseignements.
- Céréales.
- Plantes alimentaires. .
- Cultures fourragères . .
- Plantes industrielles. .
- Prairies. .......
- Cultures arborescentes.
- Cultures légumineuses. Bois.................
- francs.
- Froment
- 1 Seigle . . 8 004 072
- ) Méteil.. . . 1 543 396
- l Avoine . . 23 163 788
- | Orge . . 2 156 952
- Sarrasin . . 20400
- Farineux . . 3 000 000
- Pommes de terre 1/2. . . . . . 994175
- Pommes de terre 1/2. . . .
- Betteraves . . 1 425 600
- Carottes . . 900 000
- Autres racines . . 41 600
- Fourrages verts annuels . . . . 2100 000
- Prairies artificielles . . 13 408 437
- Betteraves 1 980 000
- Colza . . 2171650
- Autres plantes . . 1 769 500
- Prairies naturelles 8 500 000
- Pâtures diverses . . 6 860 000
- Pommiers . . 6 371 050
- Vigne . . 507 210
- Fruits 5 500 000 j
- Pépinières . . 410 000
- Légumes...................... 2 055 200
- Bois et forêts............... 448 557
- 84 977123
- 3 994 175
- 18 869 812
- 5 921 150
- 15 360 000
- 12 788 260
- 2 055 200 448 557
- Landes..............|.............................. Mémoire. | »
- Total........... 148450277
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- Soit environ 150 millions de francs, pour la valeur brute de la production végétale. ; • ' -
- Ce tableau, qui ne renferme que des indications relatives à la production végétale, ne permet pas de juger de l’importance exacte des valeurs créées annuellement par l’industrie agricole. Du reste, l’étude du produit brut, tout intéressante qu’elle puisse être, ne permet pas toujours de conclure au revenu net.
- S’il faut en croire les indications fournies par l’administration des Finances, nous pourrions nous faire une juste idée du revenu net que donne l’exploitation des terres en lui empruntant les chiffres qu’elle a donnés dans son travail de 1879.
- Le revenu net imposable varie comme il suit pour les différentes catégories de terres :
- Par hectare. Pour l’étendue totale.
- Terrains de qualité supérieure . ... . ... 141 fr. 30 5 224 833 francs.
- Terres labourables ... 78 57 30 058012 ))
- Prés et herbages . . . 125 85 4542 583 • »
- Vignes . . . 120 30 42465 )>
- Bois ... 38 18 3 838 002 ))
- Landes ... 13 46 154 020 ))
- Cultures diverses ... 28 50 57 »
- Moyenne et Total ... .77 fr. 22 43 859 972 francs.
- Sous le rapport du revenu net moyen imposable par hectare (77 fr. 22 c.), le département de l’Eure est classé le seizième. Il est moius favorisé sous le rapport' de l’impôt; le chiffre moyen de la contribution foncière par hectare le place au septième rang, car le rapport de la contribution au revenu net est de 6 fr. 11 c. p. 100, tandis qu’il n’est pour l’ensemble de la France que de 4 fr. 49 c. p. 100 ; le département de l’Eure occupe le sixième rang parmi les plus imposés.
- X. Capital d’exploitation. — Lorsqu’on étudie la culture d’une région, il importe de tenir compte des moyens d’action mis en œuvre, du capital d’exploitation dont cette culture est pourvue (par ces mots : capital d’exploitation, nous entendons parler du bétail, des instruments de culture, du mobilier, des provisions et du fonds de roulement). •
- Afin de pouvoir établir des comparaisons, nous avons, dans nos nombreuses visites de fermes dans le département, recueilli des indications exactes et nous pouvons les rapprocher de renseignements pris dans d’autres régions que nous avons pu étudier par nous-même.
- Les comparaisons que nous avons pu faire ainsi, conduisent quelquefois à des résultats surprenants; nous allons en donner la preuve.
- Dans la Mayenne, nous avons trouvé que la culture disposait, dans la grande
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- majorité des cas, d’un capital d’exploitation variant de 700 à 900 francs par hectare; cette somme semble considérable au premier abord; mais l’étonnement cesse lorsqu’on se rappelle l’importance qu’a la production animale dans ce département et l’état avancé de son agriculture.
- Eh bien ! le fermage tel qu’il est pratiqué dans plusieurs contrées naturelles du département de l’Eure est en réalité un mode de culture moins intensif que le métayage de la Mayenne.
- En évaluant aussi exactement que possible la monture de huit fermes situées sur les plateaux de l’arrondissement de Pont-Audemer (Roumois et Lieuvain), fermes dont les spéculations principales sont l’élevage et la production du grain, nous n’arrivons à porter le capital d’exploitation qu’à 500 francs en moyenne par hectare.
- Dans la plupart des fermes du plateau de Saint-André, fermes dont la production principale est le grain, nous ne trouvons plus que 350 francs de capital d’exploitation par hectare. Dans cette seconde région, le bétail est bien moins nombreux et l’outillage est moins perfectionné ; si on y trouve do meilleures charrues que dans le Roumois, on constate par contre que les faucheuses et les moissonneuses y sont moins répandues.
- Nous croyons pouvoir représenter comme il suit les différences de répartitions observées au sujet de ce capital :
- Arr. de Pont-Audemer. PL de Saint-André.
- Bétail par hectare .... 320 francs. 200 francs.
- Matériel )) )) .... 50 30 ))
- Mobilier )) )) .... 40 )) 40 )> j
- Provisions )) )) '... . 50 » 40 ))
- Fonds de roulement )) )) .... 40 )) 40 ))
- Totaux......................................... 500 francs. 350 francs.
- Dans les exploitations soumises à la grande culture ou à des cultures spéciales, telles qu’on en trouve dans le Vexin, on observe que le fermier possède une monture de ferme beaucoup plus complète et par conséquent plus coûteuse, c’est-à-dire représentant de 650 à 700 francs par hectare; lorsque l’industrie agricole a pris pied sur l’exploitation (distilleries), le cultivateur met en action un capital variant de 750 à 1 000 francs par hectare.
- Dans des cas spéciaux : ferme herbagère et fromagère de M. Gibert, à Saint-Sylvestre-de-Gormeilles ; ferme d’engraissement de M. Hermier, au Plessis-Sainte-Opportune, etc., le capital d’exploitation se présente sous des aspects particuliers.
- Dans la première de ces cultures, le bétail à cornes représente les huit dixièmes de la valeur de la monture de ferme.
- Dans la seconde exploitation, la plus forte part du capital mis en jeu est presque sans cesse en circulation; en effet, sur une ferme de 150 hectares,
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- M. Hermier engraisse chaque année 300 bêtes à cornes; le mouvement de fonds nécessité par les transactions faites sur le bétail et sur les produits végétaux récoltés dans la ferme se chiffre souvent par 225 000 francs de recettes ou de dépenses chaque année.
- Si nous avions à indiquer un chiffre moyen représentant le capital d’exploitation communément employé dans les différentes situations agricoles du département de l’Eure, nous ne croirions pas pouvoir le porter à plus de 550 francs par hectare. .
- Le poids moyen des animaux entretenus dans les diverses exploitations de la Mayenne que nous avons visitées, est d’environ 500 kilogrammes à l’hectare.
- Dans l’Eure, cette proportion ne se rencontre que sur des fermes isolées ; dans l’arrondissement de Pont-Audemer, nous n’estimons le poids moyen (pour une ferme moyenne) qu’à 350 kilogrammes par hectare, et nous le ramenons même à 250 pour les fermes à grains de la plaine de Saint-André et des plateaux du Neubourg et de Madrie.
- XI. La population. — Depuis que le département de l’Eure a été formé, la population totale a varié dans les limites suivantes :
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- ANNÉES DE RECENSEMENT. POPULATION. AUGMENTATION. DIMINUTION.
- 1791 . . 405 760 2 964
- 1801 402 796 18 548
- 1806 ... 421 344 5 166
- 1821 416178 5 487
- 1826 421 665 2 573
- 1831 424 248 514
- 1836 424 762 1 018
- 1841 425 780 2 433
- 1846 423 2! 7 7 470
- 1851 415 777 11 112
- 1856 405 665 6 004
- 1861 398 661 3 194
- 1866 394 467 16 593
- 1872 377 874 4 245
- 1876 373 629 9 338
- 1881 364 291
- + 28 140 — 68 519
- La densité de sa population est de 61 habitants par 100 hectares.
- La population du département a été sans cesse en diminuant depuis 1841 ; cette diminution est due surtout à l’excédent annuel des décès sur les naissances. Dans l’ordre de l’intensité de la dépopulation entre les recensements de 1876 et de 1881, l’Eure occupe le cinquième rang.
- Le mal n’a pas porté également sur les villes et sur les campagnes ; de 1876 à 1881, la population rurale a perdu 11 397 habitants, tandis que la population urbaine gagnait 2 059 : différence, 9338 habitants.
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- Mais si on tient compte des naissances et des décès qui se sont produits dans chacune des catégories, on remarque que les villes ont gagné par immigration 4 238 habitants, tandis que les campagnes fournissaient à l’émigration 5 318 habitants ; la différence entre ces deux chiffres donne le total de l’émigration vers l’extérieur du département, soit 990 individus. On émigre donc peu dans l’Eure : 198 personnes seulement chaque année quittent le département.
- Il peut être intéressant de voir quels sont les arrondissements qui ont été le plus frappés par la dépopulation ; les chiffres suivants se rapportent à la période
- 1861-1881.
- Arrondissement d’Évreux............................. 8 308 habitants.
- » » Bernay.. ..........................10172 »
- » » Andelys.................. 3 905 »
- » » Louviers......................*. . . 4 359 »
- » » Pont-Audemer. . ................... 12 626 »
- Ensemble pour le département................ 34 370 habitants.
- Soit une diminution de 8,61 p. 100 en vingt ans.
- La densité de la population n’est pas la même dans les différents arrondissements :
- Habitants.
- Les Andelys .... 57,6 par 100 hectares.
- Évreux .... 52,8 » »
- Bernav .... 61,2 )) » ))
- Pont-Audemer . . . . 76,3 )) )) »
- Louviers .... 81,4 )) )) ))
- Moyenne .... 61,1 )) » ))
- La population totale se répartit en population urbaine et population rurale ; la première compte 70 557 habitants et la seconde 293 734 (1881).
- La densité moyenne de la population urbaine est de 264,7 habitants, par kilomètre carré; pour la population rurale,la densité n’est que de 51,6 habitants, pour la même étendue.
- D’après XAnnuaire statistique de la France, la population du département comprenait en 1881 :
- Agriculture soit 46,6 p, . 100.
- Industrie . . . . 102403 )) » 28,2 »
- Commerce . . . 30 017 » » 8,2 »
- Transport et Marine . . . 6 785 )) » 0,17 »
- Force publique ... 3499 » » 0,09 »
- Professions libérales . . . 13212 » )) 3,6 »
- Personnes vivant de leurs revenus. . . . . . . 28 505 )) » 7,9 ))
- Individus sans profession . . . 7511 » )> 2 »
- Professions inconnues.. . . . 3 032 )) » 0,08 )>
- 364 291 habitants.
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- AGRICULTURE.
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- La population agricole comptait en 1861 140 808 individus (35,3 p. 100 du total) que l’on pouvait classer ainsi :
- Propriétaires ou fermiers cultivateurs.................... 54 960
- Domestiques de fermes..................................... 23 815
- Journaliers des deux sexes................................ 59 624
- Bûcherons ou charbonniers................................. 2 469
- Total......................................... 140 868
- U Annuaire statistique adopte pour 1880 les mêmes classifications, mais elle distingue les maîtres et les domestiques de chaque classe :
- Propriétaires faisant valoir. ...................... 64804 dont 11 209 salariés.
- Fermiers. . ........................................ 44 230 » 9165 »
- Petits propriétaires travaillant pour autrui........ 49 648 » 14 573 »
- Forestiers, bûcherons et charbonniers............... 10 645 » 2 981 »
- 169 327 dont 37 928 salariés.
- JD’après ces chiffres, la partie agricole représente les 46,6 p. 100 de la population totale.
- Le nombre des propriétaires était en 1879, d’après le travail de l’administration des Contributions directes, de 96 332 pour la propriété non bâtie.
- Si nous désirions tracer ici le portrait complet et exact de la population agricole de l’Eure, nous n’aurions qu’à transcrire ici tout entier l’ouvrage si précis de M. Baudrillart; mais nous devons nous renfermer dans un cadre plus restreint. C’est pourquoi nous ne rentrerons ici que dans des détails superficiels.
- Le Normand, — Le Normand campagnard est ici d’une grande stature; il a en général la barbe abondante et blonde; le teint, sous l’influence de l’air un peu âpre, est haut en couleur. On reconnaît toujours en lui l’origine germanique ou norvégienne, mais il diffère de ses congénères d’outre-mer ou d’outre-Rhin par son esprit tout gaulois; l’enveloppe est la même, mais le caractère en a fait un Français.
- Jamais nous n’aurions cru que l’inlluence des origines pût subsister ainsi à travers les siècles, et se révéler d’une façon saisissante si nous n’avions éprouvé un véritable étonnement lorsqu’en arrivant ici dans un jour de marché, après avoir passé six ans au milieu d’une population bien différente, celle du Limousin, nous nous sommes trouvé en contact avec les North-men.
- En Limousin, le type brun du Sarrasin ou de l’Espagnol domine dans la population; le caractère est, comme l’écorce qui l’abrite, bien différent dans les deux types.
- Le caractère. — Le Normand est gai, accueillant, entreprenant même; il aime causer, rire, peut-être même boire; si parfois il se montre rusé ou méfiant, il n’en est pas moins parfait bon enfant lorsqu’on a gagné sa confiance.
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- AGRICULTURE.
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- La question de ses intérêts le touche toujours de près; la crainte, dont l’existence doit remonter aux exactions du temps passé, la crainte, dis-je, d’être soumis à de nouvelles charges lui retire quelque peu de sa franchise. Le langage s’en ressent : lorsqu’on demande à un paysan s’il y a de la pomme cette année, il répond : « De la pomme? il n’y a pas de pomme! Quand je dis : il n’y a pas de pomme, si, il y a de la pomme, mais ce n’est pas de la pomme comme on a vu delà pomme. » (M. Heuzé, les Primes d’honneur.) Cette réponse semble confirmer la chanson : prudemment, le Normand répond, sans dire oui, sans dire non. .
- Le langage. — Le Normand parle très bien le français, mais il le chante ! Il lui fait subir souvent des abréviations qui rendent son langage difficile à comprendre, lorsqu’on n’en possède pas la clef. Les journaux amusants n’ont pas manqué de relever le fait et ont rapporté cette conversation surprise entre voisines normandes : « Qui qu’ala qu’ala crie? Ala qu’ala chu. »
- Vers Pont-Audemer, un cheval n’est plus qu'un wâ. — Il existe encore du reste une sorte de dialecte dans certaines campagnes ; le Dictionnaire du patois normand a recueilli toutes ces expressions.
- Les mœurs. — Le Normand est de mœurs paisibles; la réputation qu’on lui fait d’aimer les procès et de les faire durer a beaucoup perdu de sa valeur; les procès civils sont moins nombreux et moins durables actuellement qu’ils ne l’ont jamais été; l’élévation des frais de justice a peut-être heureusement contribué à apporter cet heureux changement dans le caractère.
- Mais si les affaires civiles ont perdu de leur importance, la criminalité reste bien élevée dans le département de l’Eure. M. Baudrillart porte le nombre des accusés à 43 par 1 000 habitants. Les crimes et délits déférés aux cours d’assises sont surtout des vols qualifiés et des attentats aux mœurs.
- Les habitudes patriarcales, la vie de famille, ont perdu une grande partie de leur charme : un froid et triste calcul d’intérêt porte les ménages à se contenter d’un enfant; les parents veulent laisser de la fortune à leur successeur. Là est en grande partie la raison de la dépopulation; depuis nombre d’années, le nombre des décès dépasse celui des naissances (différence : 1 375 en 1884).
- L’instruction. —La diffusion de l’instruction semble assurée maintenant par la création des écoles primaires.
- D’après le rapport adressé par l’inspecteur d’Académie au préfet, il y avait, à la fin de 1884, dans le département :
- 861 écoles de tout genre recevant 47 127 écoliers ou étudiants.
- 286 cours d’adultes » 2 914 auditeurs.
- En 1881, sur 4 646 personnes mariées dans les mairies, 595 n’ont pu signer leur nom (soit 8,3 époux ou épouses illettrés pour 100).
- Tome II. — 86e année. 4° série. — Septembre 1887.
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- AGRICULTURE.
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- En 1872, d’après la petite géographie départementale de Joanne, il y avait dans la population :
- 125 832 individus ne sachant ni lire ni écrire;
- 34 444 » sachant lire seulement;
- 214 462 » sachant lire et écrire, enfin
- 3 136 » dont on n’avait pu vérifier l’instruction.
- Si les parents sont suffisamment aisés, c’est au collège ou au lycée qu’ils envoient leurs fils; s’ils sont moins favorisés de la fortune, ils en font des instituteurs ou des prêtres; — car il faut dire, c’est une simple constatation, que les cultivateurs détournent très souvent leurs enfants de la profession agricole; — aussi l’instruction professionnelle est-elle peu recherchée : le département de l’Eure n’envoie qu’un très petit nombre de jeunes gens dans les écoles d’agriculture.
- Le conseil général a décidé, dès 1882,1a création d’une chaire départementale d’agriculture. Les conférences cantonales réunissent en moyenne chacune 60 cultivateurs, mais on observe de très grandes différences à l’égard de ce nombre.
- La fondation récente d’une écolepratique d’agriculturepourra rendre de grands services.
- Le recrutement de Varmée. — Bien que les renseignements que l’on puisse tirer des faits officiellement constatés pour le recrutement de l’armée, soient toujours un peu vagues, ils sont une indication utile sur la santé générale et la validité des populations. C’est à ce titre que nous croyons intéressant de mentionner que, sur 1894 conscrits ayant tiré au sort en 1881, 207 ont été déclarés impropres au service (10,9 p. 100).
- Les marchés sont très suivis par les cultivateurs, trop peut-être, car quelques-uns suivent chaque semaine les deux ou trois réunions commerciales des chefs-lieux des cantons voisins et perdent ainsi un temps précieux.
- Il faut le dire, ces jours de non-travail sont toujours des occasions de dépenses au café. — Nous ne disons pas : au cabaret, car le cultivateur ne le fréquente pas; on n’y trouve que les ouvriers ruraux, et surtout ceux de l’industrie. Mais comme au cabaret, au café l’on boit, et grâce à la consolation et à la rincette, on absorbe une grande quantité d’alcool; on le supporte bien, il est vrai,. mais la bourse a gravement à s’en plaindre, la santé du buveur et l’avenir de la race en souffrent. (M.Bâudrillart.)
- L’alcoolisme ne règne pas qu’à la ville; il a aussi pris pied à la campagne, quelquefois dans la ferme même.
- Dans l’Eure, le mal est peu accentué comparativement à ce qu’il est dans l’Orne, s’il faut en croire le travail écrit par M. Desvoisins. Peut-être faut-il accuser dans ee dernier département un climat plus excessif et un sol moins fer-
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- tiie que ceux du département de l’Eure. Cependant ici on trouve 4575 débits de boissons pour 364 000 habitants ! :
- Quoi qu’il en soit, revenons à nos marchés hebdomadaires ; — ilssontpartout et toujours très animés; — le fermier, en blouse bleue et en casquette de soie noire, parle à voixhaute; la fermière, en robe noire et bonnetblanc, court affairée vendre le beurre et les œufs; le marché est réellement gai et on comprend à les voir que tous ces gens ont plaisir à s’y retrouver. Aussi n’est-on pas près de voir perdre l’habitude de vendre les grains à la halle; en n'y apportant chaque semaine que quatre ou cinq sacs, on s’assure l’occasion d’y revenir.
- Le bien-être s’accroît sans cesse; le vêtement, la nourriture, les dépenses de poche, prennent une part de plus en plus grande du revenu ; cependant le goût de l’épargne aussi se développe; l’argent déposé dans les caisses d’épargne à la fin de 1884 (rapport du trésorier-payeur général au préfet) atteignait une somme de 21 255 223 francs, laquelle somme rapportait unintérêtannuel de 819817 francs. -Dans la même année, les achats de rentes sur l’Etat faits par l’entremise de la recette générale se sont élevés à 5 519 312 francs. — Il est tout naturel de croire qu’une forte partie de cette somme a été fournie par l’agriculture, d’autant plus que l’on remarque très bien chez la population agricole du département une tendance prononcée à employer toutes leurs épargnes en achats de valeurs, tandis qu’autrefois toutes les économies étaient placées sous forme de capital foncier.
- Une autre preuve de bien-être ou de la richesse d’une population, c’est la somme des impôts qu’elle acquitte.
- D’après Y Annuaire statistique de la France, le département de l’Eure aurait payé, en 1879, les sommes suivantes :
- Contributions directes et indirectes
- Contributions directes, fonds généraux.............. . 5 625 523 fr. 95
- Taxes assimilées.......................................... 307 464 41
- Enregistrement, Timbre et Domaine.................... 7 284 869 61
- Produits des forêts....................................... 681 417 47
- Contributions indirectes............................. 9 613 044 68
- Postes............................................... 872 619 60
- Télégraphes............................................... 101080 53
- Impôt des valeurs mobilières............................... 21 609 41
- Amendes et condamnations pécuniaires....................... 98 986 20
- Retenues des pensions, produits divers............... 171 536 96
- Produits divers...................................... 539 222 06
- Total.................................. 25 317 374 fr. 88
- Budget sur ressources spéciales...................... 5 213 466 86
- Total général........................ 30 530 841 fr. 74
- Le développement dos octrois est aussi une chose intéressante à étudier.
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
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- 31 communes renfermant ensemble 72 237 habitants sont soumises aux droits d’octroi :
- Le revenu net qu’elles en tirent est de....................... 647 416 francs.
- Et les frais de perception sont de............................ 103 022 »
- Total................................................. 750438 francs.
- S’il faut en croire Y Annuaire statistique de ta France, la consommation moyenne par individu, dans les villes du département soumises à l’octroi, serait :
- Pain............... 238 kilogr. Bière................... 7 litres.
- Vin.................. 62 litres. Vinaigre........... 3,4 litres.
- Cidre.............. 200 litres. Viande. . .........74 kilogr.
- Tout ce qui précède nous amène à étudier quelle est la situation générale des communes du département au point de vue des impositions votées par les assemblées locales.
- Les deux tableaux suivants nous fixeront à ce sujet :
- Communes.................................. 700
- Étendue moyenne........................... 857 hectares.
- Revenus annuels...................... 1 686 850 francs.
- Nombre de communes imposées de — 15e.................174
- » » » » » 15 à 30............ 331
- » » » » » 31 à 50.............170
- » » » » » 51 à 100............ 25
- Nombre moyen de centimes par commune : 25
- (Fin.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES
- Appareil destiné à déterminer immédiatement la teneur du lait en matières grasses. — La partie de l’appareil destinée à la mensuration se compose d’une boîte cylindrique argentée a (fig. 2) dans laquelle entre à frottement doux une capsule en métal argenté b. La partie supérieure de cette capsule finit en cône ; le sommet du cône est percé d’un petit trou qui fait communiquer la capsule avec un tube de verre très étroit c qui est fixé par un couvercle d vissé dans une enveloppe e faisant corps avec la capsule. Cette enveloppe est percée de deux fenêtres longitudinales / par lesquelles on peut lire la graduation marquée sur le tube c. Le couvercle d est percé d’une ouverture g de sorte que la capsule b et le tube c forment un canal ouvert aux deux extrémités. Le disque d’acier h (fig. 1 et 3)
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
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- fixé sur l’arbre i porte circulairement des cavités / pratiquées dans l’épaisseur du disque.
- On verse dans une éprouvette fermée par un bouchon traversé d’un tube parties égales du lait à analyser et d’un mélange de 20 parties d’acide acétique concentré et 1 partie d’acide sulfurique. On secoue l’éprouvette que l’on chauffe au bain-marie pendant 5 à 40 minutes, puis l’on agite fortement; on la débouche et l’on verse le liquide qu’elle contient dans une des boîtes décrites plus haut dans
- Fig. 1.
- f r
- Fig. 2.
- Fig. 3.
- lesquelles on enfonce la capsule aussi loin que possible, de sorte que le liquide remplit complètement l’appareil, le surplus s’échappe par le trou g. On possède ainsi une quantité de liquide exactement connue. On enfonce alors l’appareil dans un logement l pratiqué dans le disque h (fig. 3). On fait subir le même traitement à tous les échantillons que l’on analyse en même temps. Il va sans dire que l’on doit réchauffer les logements et le disque en y versant de l’eau à 50° au moins avant d’y placer les essais ; le disque doit avoir pendant l’opération une température d’au moins 50°.
- On ferme le disque au moyen du couvercle m (fig. 1) pour éviter le refroidissement, et on lui imprime pendant 2 ou 3 minutes un mouvement de rotation d’environ 400 tours par seconde. Ceci fait, on extrait les éprouvettes et on lit de suite l’espace occupé dans le tube de verre par les matières grasses.
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- La graduation est faite de telle sorte que le dixième des divisions indiquées sur le tube représente le tant pour 100 des matières grasses contenues dans le lait. Ainsi 33,5 divisions indiquent que le lait contient 3,3o p. 100 de matières grasses.
- Cet appareil permet de faire 12 analyses en 10 minutes.
- (.Dinglers polytechniches Journal.)
- Préparation de la saccharine. — Pour préparer l’acide benzosulfinique (appelé à tort du nom de saccharine), on fait agir de 1’acidc sulfurique sur du toluol à une température qui ne doit pas dépasser 100 degrés et on transforme les suif acides en sels de soude.
- On môle le sel de soude avec du trichlorure de phosphore, puis on fait passer un courant de chlore en remuant constamment le mélange ; dès que la transformation est opérée, on distille l’oxychlorure de phosphore et l’on refroidit fortement le mélange des chlorures formés. Le sulfochlorure de paratoluol cristallise au sein du mélange et on le sépare ; l’orthochlorure reste liquide. On transforme l’ortliochlo-rure en orthotoluol sulfamide en y faisant passer un courant d’ammoniaque sec ou bien en y mélangeant du carbonate ou du bicarbonate d’ammoniaque : l’ortho-toluol sulfamide étant peu soluble, on le débarrasse du chlorhydrate d’ammoniaque en le lavant à l’eau. Enfin on transforme l’amide en acide benzosulfinique, en l’oxydant au moyen d’une solution très étendue de permanganate de potasse. On élimine l’ammoniaque et le carbonate d’ammoniaque mis en liberté en ajoutant un acide avec beaucoup de précaution. Il se produit en même temps une solution d’orthobenzosulfaminate de potasse que l’on sépare au moyen de bioxyde de manganèse, et en ajoutant un acide on obtient des cristaux d’acide benzosulfinique ou d’acide anhydro-orthobenzosulfaminique.
- D’après une communication de Fahlberg et List, en mélangeant les sulfacides d’ortho et de paratoluol avec un agent d’oxydation on obtient un mélange des acides sulfobenzoïques isomères. De ce mélange d’acides on extrait des sels alcalins, que l’on sèche et que l’on traite par le trichlorure de phosphore et par un courant de chlore. Il se forme des hichlorures d’acide orthosulfobenzoïque, et d’acide parasulfobenzoïque. L’ammoniaque transforme complètement le bichlo-rure d’acide parasulfobenzoïque en diamide correspondant, tandis que le bichlo-rure de l’acide orthosulfobenzoïque se transforme dans les mêmes circonstances en un sel d’ammoniaque de l’acide sulfaminbenzoïque. Le premier est insoluble dans l’eau tandis que le sel d’ammoniaque est facilement soluble ce qui permet de les séparer l’un de l’autre. On décompose la solution du sel ammoniacal de l’acide ortlio, en y ajoutant un acide minéral.
- Quand on oxyde un mélange de sulfacide d’ortho et de paratoluol, il se produit
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- cFégales quantités de sulfacide ortho et parabenzoïque. On sépare les acides produits, on les transforme en leur sel d’ammoniaque que l’on sèche en évaporant à siccité et que l’on fait passer à l’état de bichlorure en les traitant par le chlore en présence de trichlorure de phosphore, d’après la méthode indiquée pour les sul-facides de paratolnol. Quand on a distillé l'oxychlorure de phosphore obtenu dans cette réaction on mêle aux bichlorures une quantité déterminée de carbonate d’ammoniaque. On chauffe le liquide au moyen d’un serpentin, par exemple; l’action de la chaleur décompose d’un côté le carbonate en ammoniac sec et en acide carbonique, et d’un autre côté elle favorise la réaction de l’ammoniaque sur les bichlorures. Pour rendre cette réaction plus régulière, on agite le mélange au moyen d’un agitateur. Il se produit du chlorhydrate d’ammoniaque, une dia-mide d’acide parasulfobenzoïque et un sel ammoniacal d’acide orthosulfaminben-zoïque. La réaction se fait plus régulièrement quand on opère dans une atmosphère d’acide carbonique ; quand elle est terminée, on lave le produit à l’eau ; le sulfamide de l’acide parabenzoïque reste insoluble, tandis que l’on obtient une solution de la combinaison ortho et de chlorure d’ammonium. On sépare l’acide benzosul-finique en ajoutant de l’acide chlorhydrique, et on le recueille sur un filtre.
- On a bien entendu les memes réactions quand on part de l’ethylbenzol ou du propylbenzol ; et les bromures peuvent également se transformer en groupes amides.
- (Dinglers p o hj te c h rds c h es Journal. )
- Extraction de l’étain des résidus de fer-blanc.—La question de recueillir l’étain des nombreux débris de fer-blanc qu’on jette a préoccupé toujours un certain nombre d’industriels. La séparation de l’étain du fer d’une manière simple et économique a fourni matière à des brevets multiples, surtout en Allemagne : ce sont ceux de Kuenzal, Wimmer, Kopp et celui des fabriques associées de Manheim. Il faut ajouter à cette série les procédés de Molin et Dolé, de Sély, etc., qui tous se ressemblent.
- Le procédé des fabriques associées de Manheim repose sur l’attaque des résidus de fer-blanc, à 400°, en vase clos, par le gaz acide chlorhydrique, on recueille le chlorure d’étain qui distille dans un condenseur.
- Nous ferons remarquer que le procédé Sély ne diffère du précédent qu’en ce qu’on agit par le gaz chlore au lieu du gaz chlorhydrique ; que le procédé Molin et Dolé n’en diffère également que parce qu’au lieu de pousser à la distillation du chlorure d’étain on recueille le chlorure formé dans l’eau par simple lavage ; le chlorure d’étain étant combiné avec du chlorure de fer, ce qui est évité dans le procédé de Manheim, il y a une séparation nécessaire à faire de ce métal.
- (Indus tria.)
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- Modifications à la préparation des hydrates de strontiane et de baryte, par M. J. Mactear. — Le mélange des sulfates de baryte ou de célestine avec un peu plus de leur poids de sulfate de soude et d’une matière charbonneuse ou autre réductif est introduit dans un four et chauffé jusqu’à conversion complète des sulfates en sulfures. La masse est alors jetée dans l’eau chaude, et l’hydrate barytique ou strontiané est obtenu par une cristallisation de la solution. Le sulfure de sodium produit reste dans la liqueur mère : par évaporation, le résidu mélangé à du charbon est employé pour de nouvelles opérations de traitement debarytine et célestine.
- Dans la méthode ordinaire, les sulfures de baryte ou de strontiane sont divisés en deux parties : de l’hydrate de baryte ou de strontiane et du sulfure hydraté de baryum ou de strontium; ce dernier reste comme sous-produit. Ce sulfure peut toujours, d’ailleurs, être transformé en hydrate, à l’aide d’une solution de sulfure de sodium, dont l’adjonction favorise la formation de l’hydrate, comme on voit. La présence du sulfate de soude donne lieu à la formation d’un sulfure (de sodium), dont la présence permet à l’hydrate de baryte d’être employé totalement à cet état et de se dégager du soufre.
- M. Trachsel propose de purifier les cristaux de strontiane hydratée en les soumettant dans des moufles à une dessiccation de manière que les huit équivalents d’eau se réduisent à un, ce qui correspond à une teneur de 70p. 100 d’oxyde strontium. On peut dépasser ce point, mais cela n’est point nécessaire; on peut aussi, quelquefois, avec des basses teneurs en fer, s’arrêter à 50 p. 100 d’oxyde de strontium, par la dessiccation. Cette calcination produit l’oxydation de fer; le sulfure de strontium se transforme en thiosulfate de strontium incolore. Par la recristallisation, le carbonate de strontium, produit par l’action de l’acide carbonique de l’air, entraîne avec lui dans les résidus de l’oxyde de fer calciné. Par l’emploi de cette méthode, avec le même matériel, on produit en peu de temps, et avec des pertes moindres, de plus grandes quantités de cristaux très blancs de strontiane hydratée.
- (.Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Le Gérant : J.-H. Ginestou.
- Paris. — Typ. G. Chamerot, 19, rue des Saints-Pères. — 21610.
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- 86e ANNÉE.
- Quatrième Série, Tome II.
- OCTOBRE 1887.
- BULLETIN
- DE
- *
- LA SOCIETE D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- BEAUX-ARTS
- Rapport fait par MM. Davanne et Plon, au nom du Comité des constructions et des beaux-arts, sur le procédé de photogravure mécanique au burin présenté par M. Sartirana, 15, rue du Four, à Paris.
- Messieurs, dans les communications sur divers procédés de photogravure présentés jusqu’ici à la Société d’Encouragement, il a été expliqué que la reproduction gravée d’un dessin, d’une estampe, d’une image était chose relativement facile parce qu’on y trouvait tout formés les traits, le grain ou les points nécessaires pour l’encrage et l’impression d’une gravure en creux ou en relief.
- Mais la photogravure des teintes fondues que présentent les photographies faites d’après la nature ou les peintures est plus difficile ; il faut rompre ces teintes continues, ce qui est obtenu tantôt par l’adjonction d’un grain de résine, tantôt par la réticulation de la couche de gélatine sensible, tantôt par l’interposition d’un fin réseau.
- Toutefois, avec ces méthodes, la planche doit toujours être creusée à l’aide des morsures chimiques et les résultats s’éloignent complètement de la gravure par entailles ou gravure au burin.
- Le procédé qui vous a été présenté par M. Sartirana permet au contraire de traduire la photographie par des entailles plus ou moins larges, plus ou moins profondes, faites par un burin dans une planche de métal.
- L’effet diffère très notablement de celui que donnent les morsures chimiques ; nous ne pouvons pas dire qu’il soit semblable à celui qu’obtient le graveur maniant son burin en toute liberté, suivant son sentiment artistique ; on ne peut espérer de la régularité d’une machine les résultats intéressants que donne une libre interprétation ; cependant les images obtenues par le Tome II. — 86e année. 4e série. — Octobre 1887. 53
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- BEAUX-ARTS.
- OCTOBRE 1887.
- procédé de M. Sartirana rappellent quelques estampes déjà anciennes, gravées au burin par Claude Mellan, que nous avons retrouvées et examinées à
- Fig. 1. — Coupe de la machine à graver.
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- Fig. 2. — Elévation de la machine à graver.
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- Fig. 3. — Plan de la machine à graver.
- la Bibliothèque nationale, grâce à l’obligeance de M. Duplessis, l’érudit conservateur du département des estampes, et nous avons pu voir que cette ressemblance était due à ce que la main d’une part, et la machine de l’autre, ont opéré d’après le même principe; nous citerons, entre autres, une tête
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- de Christ gravée par Mellan en 1649. Dans l’une et l’autre gravure, les traits du burin ne s’entre-croisent jamais, les lignes, souvent équidistantes, sont seulement plus ou moins renflées suivant les ombres et les clairs.
- Mellan fît un tour de force en représentant l’image du Christ par les eontours d’une seule ligne plus ou moins large non interrompue, d’où cette légende : Formatur unicus unâ. La planche de M. Sartirana est gravée par des lignes horizontales, équidistantes, non interrompues dans leur parcours et le modelé est formé par l’incessante variation dans la largeur du trait.
- Le principe de l’invention repose sur l’emploi d’une machine à graver les lignes parallèles (fîg. 1, 2, 3) : soit une table de fonte parfaitement plane sur la surface de laquelle avance parallèlement une forte règle de fer mue d’une manière intermittente par deux vis finement filetées qui sont fixées aux deux extrémités de la table. Ces vis sont accouplées et à chaque mouvement que leur communique une même manette, elles font avancer la règle d’une quantité rigoureusement déterminée qui peut être réduite au dixième de millimètre.
- Le long de cette règle glisse à frottement doux, mais très précis, un chariot auquel est adapté un fléau ou levier porte-burin ; ce levier, assez long, est fixé au chariot par une de ses extrémités, l’autre restant mobile ; il peut se relever d’une petite quantité sans cesser d’être parallèle à la règle. Sur ce fléau sont attachés par des vis deux burins (fîg. 4), à une distance l’un de l’autre calculée par avance ; l’un des burins est tranchant, sa pointe en forme de Y présente un angle plus ou moins aigu, déterminé avec précision suivant la largeur des tailles que l’on veut produire ; l’autre est à pointe tout à fait émoussée, c’est plutôt un butoir, ce qu’en terme de métier on appelle une touche.
- Lorsqu’on fait marcher le chariot le long de la règle, si le butoir rencontre un relief, il remonte, il soulève légèrement le fléau ainsi que le burin coupant, puisque ces trois pièces sont solidaires, et la pointe tranchante, pénétrant ainsi plus ou moins profondément dans la planche de métal fixée . sur la table, fait des entailles dont la largeur dépend de la pénétration de l’outil et surtout de l’angle que présente la pointe coupante.
- Ceci expliqué, il suffît que le butoir rencontre des reliefs et des creux dont l’ensemble représente les noirs et les clairs d’une image, ainsi que cela existe dans les lithophanies, pour que cette image soit gravée sur la planche par des tailles plus ou moins larges.
- Or cette image en relief et en creux peut être obtenue facilement par des
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- procédés photographiques connus, donnés autrefois par Poitevin et basés sur les propriétés de la gélatine bichromatée ; on en trouvera la description dans tous les traités de photographie ; nous n’avons pas à nous y arrêter en détail. Rappelons seulement que la gélatine bichromatée devient insoluble par Faction de la lumière ; donc, si on prépare une feuille avec cette composition, si on l’expose au jour sous un cliché, et si, après l’avoir fixée sur un support convenable, on fait agir l’eau chaude, les parties vivement insolées resteront à l’état de forts reliefs, les demi-teintes seront proportionnellement moins épaisses, les noirs du cliché seront représentés par les plus grands creux.
- Cette image en gélatine sèche et dure étant obtenue, on la fixe sur la table de la machine à graver, et symétriquement on place la planche de
- Fig. 4. — Burins de la machine à graver.
- métal, de manière à faire correspondre à peu près les mêmes parties de chaque planche sous chacun des burins ; puis on met la machine en marche, soit à la main, soit à l’aide d’un moteur, et, lorsque dans sa marche lente, la règle a parcouru la longueur des plaques, et que le burin a tracé sa série d’entailles équidistantes, mais de largeur variable, la planche est gravée; on lui donne un léger poli au charbon et elle est immédiatement prête pour l’impression.
- Suivant que l’image photographique en relief est positive ou négative, la planche obtenue sera gravée pour l’impression typographique ou pour l’impression en taille-douce ; cependant un même relief négatif ou positif peut donner à volonté l’une ou l’autre gravure, il suffit de déplacer le burin tranchant qui, fixé entre la touche et le point de suspension du fléau, traduit les creux par des creux, tandis que si on le reporte sur le prolongement du fléau au delà du point de suspension, à une distance égale à la première, il traduit les reliefs par des creux, et réciproquement, en vertu du mouvement de bascule qui renverse le travail.
- Nous croyons que le procédé de M. Sartirana trouvera son emploi toutes les fois qu’il s’agira de reproduire avec une absolue fidélité et dans le plus bref délai possible un document iconographique, une scène d’actualité saisie sur le vif par la photographie instantanée.
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- M. Sartirana peut, en effet, transformer dans les vingt-quatre heures le cliché photographique en une planche gravée prête à être mise sous presse.
- L’extrême rapidité, la fidélité absolue de la reproduction et un prix de revient qui devra être économique, tels nous paraissent être en résumé les avantages que les journaux d’actualité et les recueils scientifiques peuvent espérer obtenir du procédé de M. Sartirana.
- Ajoutons que les résultats de la photogravure par taille ayant un aspect tout à fait différent de ceux que donnent les morsures chimiques, on pourra obtenir une variété plus grande dans les illustrations faites par les procédés photo-mécaniques.
- En conséquence, votre Comité des constructions et des beaux-arts vous propose de remercier M. Sartirana de son intéressante communication et d’insérer le présent Rapport au Bulletin avec les dessins de sa machine à graver.
- Signé : Davanne et Plon, rapporteurs.
- Approuvé en séance le 22 juillet 1887.
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA MACHINE A GRAVER AU BURIN DE M. SARTIRANA.
- A, table en fonte ou autre matière convenable.
- BC, liteaux évidés dans la partie centrale.
- DD, vis d’entraînement.
- EEEE, colliers ménagés à chaque bout des liteaux.
- FF, galets à crans.
- GG, manettes à rochet et à ressort.
- HH, galets dentés.
- I, règle d’acier servant de glissière.
- JK, écrous en bronze engagés dans les vis et assemblés à la règle à tenon et mortaise.
- LM, boîtes en bronze avec garniture.
- N, platines en acier reliant les boîtes,
- O, fléau,
- P, tourillon fixe à la boîte L.
- Q, guide fixé à la boîte M.
- R, traçoir à pointe émoussée.
- S, burin.
- T, poignée.
- U, barre d’accouplement des manettes.
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- YVYV, buttoirs des manettes.
- XX, renflement en fonte où sont fixés les buttoirs.
- YY, ressorts destinés à empêcher le mouvement rétrograde des galets. Z, chaîne à la Yaucanson.
- a, plaque de métal à graver.
- b, épreuve de gélatine sur son support.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Pihet, au nom du Comité des arts mécaniques, sur la serrure-chaîne de M. Loyer, 42, rue de VEchiquier, à Paris.
- Messieurs,
- M. Loyer vous a présenté une serrure de son invention qui apporte une sécurité nouvelle à la fermeture des habitations.
- L’auteur met à profit la chaîne de sûreté que l’on emploie ordinairement
- pour maintenir entre-bâillée la porte d’un appartement, lorsque l’on redoute l’entrée trop facile d’un visiteur dangereux, ou que l’on ajoute une sécurité de plus en s’enfermant chez soi.
- Dans la combinaison de M. Loyer, cette chaîne fait partie de la serrure :
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- en tournant la clef, la chaîne est tendue ou distendue et on peut ainsi l’utiliser en sortant.
- Elle réunit le chambranle de la porte à la serrure et s’oppose à l’effraction qui consiste à écarter les pênes en les dégageant de la gâche.
- A cet effet, M. Loyer ajoute à la serrure ordinaire un barillet qui reçoit un mouvement de rotation par l’action même de la clef.
- La chaîne est fixée par une de ses extrémités au chambranle de la porte; à l’autre bout, elle est terminée par un crochet que l’on introduit dans une encoche pratiquée à la circonférence du barillet.
- Suivant que l’on ouvre ou ferme, le barillet enroule ou déroule la chaîne et cet enroulement peut être amené jusqu’à la tension.
- De l’intérieur de l’appartement, la manœuvre de la chaîne s’imagine aisément, soit que l’on veuille maintenir la porte entre-bâillée, soit que l’on désire assurer la fermeture complète.
- Du dehors, un entre-bâillement de la grandeur de la main permet de saisir le crochet de la chaîne et de le placer dans l’encoche du barillet, un tour de clef fait le reste.
- Lorsque l’on ouvre la serrure, l’encoche du barillet est amenée à la partie inférieure et le crochet se dégage de son propre poids.
- La combinaison de M. Loyer ne peut pas s’appliquer aux serrures ordinaires, elle ne présente pas de difficultés de construction, et son auteur, qui est en même temps un habile praticien, en a bien groupé les organes et leur a donné toute la simplicité compatible avec ses nouvelles fonctions.
- Votre Comité vous propose de remercier M. Loyer de sa communication et de vouloir bien, après approbation, autoriser l’insertion de ce rapport dans votre Bulletin, en y joignant la description et le dessin nécessaires pour l’intelligence du mécanisme.
- Signé : Pihet, rapporteur.
- Approuvé en séance le 8 juillet 1887.
- LÉGENDES DES FIGURES REPRÉSENTANT LA SERRURE-CHAÎNE DE M. LOYER.
- Fig. 1. Intérieur d’une serrure de sûreté avec chaîne.
- A, Demi-tour.
- B, Pêne.
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- C, Gorge portant en appendice les dents dqui s’engagent dans les crans c ou f du tambour D sur lequel se fait l’enroulement delà chaîne de sûreté.
- D, Tambour pouvant être manœuvré extérieurement, il entraîne au moyen de l’encoche c la chaîne E, au moyen du crochet F.
- E, Chaîne de sûreté fixée en G au montant de la porte.
- H, Levier basculant par l’action de la clef sur le pêne et le demi-tour.
- I, Crémaillère, fixée sur le pêne, engrenant avec le pignon placé sur l’axe du tambour.
- Fig. 2. Disposition spéciale dans le cas d’une serrure à pompe.
- A, Cylindre entraîné par la clé et portant une ou deux parties plates produisant l’oscillation du levier B.
- B, Levier portant à son extrémité les dents qui arrêtent le mouvement du tambour.
- C, Tambour sur lequel s’enroule la chaîne de sûreté comme dans le cas de la serrure précédente.
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- Rapport fait par M. Mascart, au nom du Comité des arts économiques, sur une plume inscrivante présentée par M. Fénon, horloger, avenue de Châtillon, 36, à Paris.
- Il n’est pas nécessaire de rappeler combien la méthode graphique a rendu de services à toutes les branches de la science en permettant de donner une représentation parlante aux yeux des faits que l’on veut étudier. La méthode est surtout précieuse quand on peut confier à un organe mécanique le soin d’obéir lui-même au phénomène et d’en reproduire l’histoire d’une manière automatique. Dans la plupart des cas, le phénomène est représenté par une courbe dont les ordonnées varient comme la grandeur à évaluer et dont les abscisses sont proportionnelles à la quantité prise comme variable indépendante; cette variable est presque toujours le temps.
- Il est clair que l’étude de la courbe ainsi obtenue ne permettra une discussion détaillée sur les conditions de temps et les variations de grandeur que si l’organe inscripteur n’introduit pas d’irrégularité par lui-même et si le tracé est une ligne déliée, d’épaisseur uniforme et sans interruption. Parmi les différents moyens employés, nous citerons la marque d’un crayon ou d’une plume encrée, la traînée que laisse un tube effilé renfermant
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- un liquide coloré, soit par frottement sur une surface, soit par projection comme dans l’appareil cracheur du siphon recorder, le tracé d’une
- Figures représentant les diverses dispositions que l’on peut donner à la plume inscrivante de M. Fénon.
- pointe sur une surface enfumée, les impressions photographiques, etc.
- La photographie et le noir de fumée sont peut-être les procédés qui fournissent les courbes les plus délicates; mais le noir de fumée exige une manipulation spéciale et se prête mal aux enregistrements de longue durée ; Tome II. — 86e année. 4e série. — Octobre 1887. 54
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- la photographie présente les mêmes inconvénients et demande, en outre, une installation plus compliquée.
- Lorsqu’on veut enregistrer un phénomène naturel ou conserver les traces de signaux dans des expériences prolongées, on recherche surtout un traceur qui soit toujours prêt à fonctionner, qui soit facile à mettre en état sans exiger une surveillance continue. Cette question du traceur, qui pourrait d’abord paraître sans importance, présente ainsi un grand intérêt et, en fait, on peut dire que la plupart des enregistreurs pèchent par les imperfections du tracé.
- Les plumes imaginées par M. Fénon se composent d’un tube en acier trempé qui forme siphon; une des branches plonge dans un réservoir à liquide, l’autre branche est située un peu plus bas que le niveau du liquide et se trouve toujours remplie, la surface terminale du liquide étant plus ou moins convexe et suffisant, par un effet de capillarité, à empêcher tout écoulement. Cette dernière branche est coupée en biseau et terminée comme un bec de plume. Ces plumes donnent un tracé délié, de quelques dixièmes de millimètre, sans aucune interruption dans les déplacements les plus rapides qu’on leur imprime et sans empâtement quand elles restent en repos. Elles ont été utilisées en particulier par M. Wolf à l’Observatoire de Paris pour les enregistreurs du baromètre, de la température et du vent, et ont donné les meilleurs résultats. Le réservoir contient assez de liquide pour qu’il soit inutile de le recharger plus d’une fois tous les huit jours et en employant des encres à la glycérine qui ne s’évapore pas, on a pu, avec une même charge de liquide, obtenir un tracé remarquable du baromètre pendant plus de six mois.
- M. Fénon a fait fonctionner devant la Société un beau chronographe construit pour la détermination des longitudes et destiné à l’Observatoire de la Plata. Les plumes y marquent des tracés dont la perfection ne laisse rien à désirer ; elles sont toujours et à toute heure prêtes à fonctionner, quelle qu’ait été l’interruption du service.
- La Société d’Encouragement connaît déjà M. Fénon, à qui elle a décerné, il y a quelques années, une de ses plus hautes récompenses à l’occasion des magnifiques pendules qu’il a fournies à plusieurs observatoires. Les plumes actuelles sont construites avec le soin qu’il apporte à tous les instruments sortis de ses mains.
- Le Comité des arts économiques a l’honneur de proposer au Conseil de remercier M. Fénon de sa communication et d’ordonner l’insertion du pré-
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- sent rapport au Bulletin, avec quelques figures qui suffiront sans explication pour donner une idée des différentes formes auxquelles se prêtent ces nouvelles plumes.
- Signé : Mascart, rapporteur. Approuvé en séance le 22 juillet 1887.
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- Rapport fait par M. Rardy, au nom du Comité des arts économiques, sur un
- APPAREIL DESTINÉ A LA CONSERVATION DES SUBSTANCES ALIMENTAIRES, présenté par M. Schribaux, professeur à l’Institut agronomique.
- La conservation des substances alimentaires est un problème intéressant à bien des titres; il existe des méthodes industrielles offrant des garanties certaines et qui donnent lieu à des fabrications très importantes, mais jusqu’à présent on ne possédait aucun moyen pratique d’empêcher dans les ménages la détérioration rapide des aliments usuels pris sous la forme où nous sommes habitués à les consommer journellement. C’est ce problème que M. Schribaux, directeur de la station d’essais de semences à l’Institut national agronomique, a poursuivi depuis plusieurs années et auquel il vient de donner une solution aussi complète qu’élégante.
- M. Schribaux s’est inspiré des expériences classiques de M. Pasteur que je rappelle en deux mots : Si l’on enferme une substance putrescible, eau de levure, décoction de foin, urine, etc., dans un ballon dont le col étiré est recourbé plusieurs fois demeure ouvert, puis si l’on porte le liquide pendant quelque temps à l’ébullition de façon *à remplir complètement de vapeur d’eau l’atmosphère du ballon, l’air est chassé, en même temps que les germes de ferments que contenait le liquide se trouvent détruits.
- Pendant le refroidissement, la vapeur d’eau se condense et l’air pénètre peu à peu dans le ballon en abandonnant dans les sinuosités du col tous les ferments qu’il tient en suspension en sorte que le liquide se trouvant en contact avec une atmosphère pure peut se conserver intact pendant un temps indéfini.
- Cette expérience curieuse offre la solution absolue du problème cherché, mais il fallait réaliser un dispositif qui se prêtât aux usages domestiques;
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- M. Schribaux imagina d’abord un vase cylindrique en métal qui, au lieu de se terminer par un tube abducteur contourné, a sa partie supérieure formée par un rebord continu assez large à surface ondulée, lequel rebord se trouve recouvert par un couvercle présentant exactement les mêmes ondulations, en sorte que lorsque l’appareil est fermé il existe entre le vase et le couvercle un espace libre de très petite section dans lequel l’air peut circuler. Mais en rencontrant toutes les chicanes du tube sinueux du ballon Pasteur, l’air ne peut rentrer en conséquence dans le vase sans se dépouiller de ses germes et les aliments que l’on y a placés se conservent sans altération.
- Mes premiers essais ont été faits avec un appareil de cette forme, j’ai pu ainsi conserver pendant plus de trois semaines — en été — du bouillon sans qu’au bout de ce temps ce liquide ait perdu aucune de ses propriétés ; il était aussi limpide, aussi savoureux, aussi frais, qu’on me permette l’expression, qu’au début de l’expérience.
- Ce résultat était on ne peut plus satisfaisant, mais tel qu’il était construit, l’appareil était d’un maniement assez difficile;la moindre déformation de la surface ondulée mettait la marmite hors d’usage et d’ailleurs les dimensions exagérées du rebord et sa forte taille constituaient un ustensile peu apte aux usages domestiques.
- M. Schribaux s’est remis au travail et l’appareil qu’il m’a soumis en dernier lieu réalise le véritable vase pratique par excellence.
- La marmite actuelle est formée, comme l’autre, de deux parties : la marmite proprement dite et le couvercle. La marmite affecte la forme d’un cône tronqué posant sur sa large base, elle peut être en cuivre argenté, en fer-blanc, en tôle émaillée, en porcelaine, en grès, etc. ; le couvercle, en métal mince, cuivre, fer-blanc, etc., est également de forme tronconique, et vient s’emboîter sur la marmite qu’il recouvre jusqu’à moitié de sa hauteur environ. L’espace libre laissé entre les deux surfaces de fermeture est excessivement faible, il n’est plus sinueux comme dans l’ancien appareil, ü est entièrement droit et malgré cette forme il retient d’une manière complète les germes atmosphériques. L’appareil ainsi construit possède une grande stabilité, il est facilement nettoyable et les surfaces de fermetures étant rectilignes ne craignent plus d’être facilement déformées ou si elles le sont accidentellement peuvent être redressées avec la plus grande facilité.
- Avec ces vases, on peut conserver sans la moindre altération, pendant un temps plus que suffisant pour les usages domestiques, tous les aliments
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- ou les liquides susceptibles d’être bouillis, lait, bouillon, ragoûts, etc. Il va sans dire que l’ébullition doit se faire dans le vase même sur lequel on a préalablement adapté le couvercle et que l’on doit laisser le vase sur le feu assez longtemps pour qu’un mince filet de vapeur s’échappe autour du couvercle.
- On peut ouvrir ces vases, en retirer une partie du contenu, les refermer et soumettre de nouveau le produit à l’ébullition ; mais il est préférable de faire usage d’appareils d’une dimension telle que l’on puisse utiliser en une fois l’aliment conservé.
- L’appareil que je viens de décrire est une réalisation pratique très intéressante des beaux travaux de M. Pasteur; il est appelé à rendre des services signalés dans l’économie domestique, non seulement dans une foule de cas où il est peu facile de renouveler les provisions du ménage, mais encore dans la pratique journalière, car chacun sait par expérience combien il est difficile, sous certaines conditions atmosphériques, d’empêcher le lait de se cailler ou le bouillon d’aigrir; enfin il est certain que l’industrie des conserves pourra l’utiliser dans certains cas avec avantage. Votre Comité des arts économiques estime que cette invention est recommandable à tous égards et il vous propose de remercier M. Schribaux de son intéressante communication et de voter l’insertion du présent rapport au Bulletin.
- Signé: Bardy, rapporteur.
- Approuvé en séance le 22 juillet 1887.
- L’IRLANDE INDUSTRIELLE
- d’après m. ROBERT DENNIS, TRADUIT PAR M. E. SIMON, MEMBRE DU CONSEIL
- M. Robert Dennis vient de réunir en un volume (1) une série d’articles partiellement publiés dans la Saint-James’s Gazette.
- Le but de l’écrivain anglais est de faire connaître l’Irlande à ses concitoyens, de les intéresser au relèvement de Yîle sœur, d’indiquer aux Irlandais ce qu’ils peuvent pour et par eux-mêmes. M. Dennis laisse de côté toute question politique et se place exclusivement au point de vue économique. L’œuvre est instructive
- (I) Londres, John Murray,^Albemarle Street, 1887.
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- pour le lecteur français; elle ne le renseigne pas seulement sur l’état actuel d’un pays voisin, elle renferme, en grand nombre, ce qu’on est convenu d’appeler aujourd’hui des leçons de choses : les résultats des déboisements inconsidérés, les conséquences de l’ignorance en agriculture comme en industrie, l’influence des moyens de transport et les effets des tarifs sur le développement des industries, le rôle du capital, la nécessité de l’éducation commerciale ressortent à chaque page de cette monographie.
- L’ouvrage de M. Dennis doit encore éveiller notre attention à l’égard d’un pays, dont la pauvreté est surtout accidentelle et dont les ressources naturelles, une fois mises en valeur, pourraient, d’une part, entrer en concurrence avec certains de nos produits et, de l’autre, devenir des objets d’échange.
- Le travail publié dans ce Bulletin est moins une traduction littérale qu’un
- résumé; toutefois nous nous sommes efforcé de demeurer fidèle à la méthode
- et à la pensée de l’auteur. .. . ,
- 1 (Note au traducteur.)
- « La principale cause des calamités de l’Irlande est le manque de travail.
- « L’Irlande inactive meurt de faim et, mourant de faim, elle se révolte. Il faut « choisir entre l’industrie et l’anarchie. » (John Bright.)
- Etat actuel de l’industrie irlandaise. — A l’exception des filatures et des tissages de lin, des distilleries de whisky et des brasseries de porter, les diverses branches de l’agriculture, des mines et de l’industrie manufacturière languissent en Irlande. Cette contrée, capable d’entretenir une population aussi dense que celle de la Belgique, nourrit à peine deux cent quatre-vingts personnes par mille carré. De huit millions, le nombre des habitants est tombé à moins de cinq millions, en quarante ans.
- On a prétendu que l’union de l’Irlande à l’Angleterre avait déterminé la décadence de l’île sœur, on est allé jusqu’à dire que les résultats de l’acte d’union furent aussi désastreux qu’eussent été pour PAngletere les conséquences d’une translation brusque du gouvernement de Londres à Paris. Le fait est que les débuts de la dépression industrielle, au lieu de coïncider avec ce qu’on a appelé la « cause historique », remontent à une époque de vingt ans antérieure? de 1748 à 1779.
- On a dit encore que la persécution fiscale de l’Angleterre avait tué les industries de l’Irlande. « Peut-être en fut-il ainsi, mais c’est aujourd’hui de l’histoire ancienne. Voyons, en hommes pratiques, ce qui est, non ce qui fut ou a pu être (1). » Malgré la diminution des terres de labour et l’extension des pâturages, l’élève du bétail reste stationnaire; la plupart des pêcheries sont délaissées; il en
- (1) P. 4.
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- est de même des mines et des carrières. Le travail des métaux* autrefois prospère, n’existe plus que de nom : la coutellerie, l’armurerie, les fabriques d’aiguilles et d’épingles, d’articles en cuivre et en laiton, la joaillerie, etc., sont mortes ou mourantes. La concurrence anglaise a chassé du marché la coutellerie irlandaise, comme les produits allemands refoulent maintenant les articles britanniques. Puis, par un singulier aveuglement, les artisans indigènes se sont refusé à faire des apprentis. La fabrication des cadrans d’horlogerie, qui jadis occupait, à Dublin, un nombre considérable de mains habiles, a complètement disparu. Le dernier ouvrier, plutôt que de former un apprenti, vint en Angleterre vendre son établi au musée du « College of Science ».
- Sur treize ateliers qui travaillaient le cristal, il en reste un. La fabrique de carrosserie n’est que l’ombre d’elle-même.' Pour la papeterie, paralysée par la suppression des droits à l’entrée des papiers belges et autres, la lutte n’est possible que dans des conditions exceptionnelles d’habileté et de puissance financière.
- Les rives de la Suir, à Waterford, dont les chantiers résonnaient sans cesse du bruit des marteaux, demeurent silencieuses. Il n’existe pas de ville, en Irlande, où des usines abandonnées, dépourvues de toiture, ne témoignent de l’état misérable du pays.
- En même temps que l’élève du bétail reste stationnaire, la vente du beurre rencontre un sérieux obstacle dans la concurrence des produits normands et danois. Il se fait toujours un trafic important du lard irlandais, mais ce commerce ne semble plus suffisamment rémunérateur. Une mévente sérieuse de lait et de lard prendrait, pour l’Irlande, les proportions d’une calamité publique. Or, là aussi, le déclin existe.
- Est-il possible de remonter le courant, d’infuser une vie nouvelle dans les industries nourricières du pays, de combattre l’imprévoyance irlandaise, tel est l’objet des observations ci-après.
- I. Céréales et autres produits alimentaires. — L’Irlande était autrefois un pays de grande culture et la récolte du blé payait la rente du sol. Le libre échange a rendu impossible la lutte avec le producteur américain, qui laboure une terre vierge, libre de toutes charges (I) et qui est favorisé par les bas prix du fret. Le transport d’une tonne de blé ou de maïs coûte 7 shillings 6 deniers (environ 9 fr. 35) de New-York à Liverpool, tandis que de Trew et de Moy à Liverpool également, le fret s’élève à 14 shillings, soit environ 17 fr. 50, ou près du double. Aussi, sur 95 415 quintaux de blés, déchargés sur les quais de Londres, du 25 septembre au 1er octobre 1886, les provenances anglaises proprement dites comptaient pour 4 493 quintaux ; l’Ecosse et l’Irlande ne figuraient à aucun titre.
- (I) Chap. II, p. II.
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- L’Écosse expédie accidentellement un peu d’orge et d’avoine, l’Irlande jamais.
- Pour le blé, il est impossible au fermier irlandais plus encore qu’au fermier anglais de lutter avec des producteurs qui, soit aux Indes, soit sur les bords de la mer Noire, soit en Californie ou dans les vastes plaines de l’Amérique, obtiennent d’abondantes moissons en grattant la surface du sol. Il en est autrement de l’orge et de l’avoine. Ces grains n’épuisent pas la terre au même degré que le blé et conviennent mieux, pour ce motif, à la triste situation de l’agriculture irlandaise. Puis la vente est plus facile. Bien que l’Angleterre importe des quantités considérables d’orges étrangères, le malt anglais n’est point délaissé et c’est dans le même état que s’emploie surtout l’orge d’Irlande. La distillation du whisky et la fabrication du porter absorbent toute la production du pays.
- Si l’Irlande voulait se nourrir avec le rendement des 1 500 000 acres ensemencées, chaque année, en avoine, la santé et la bourse des habitants en ressentiraient d’heureux effets. L’alimentation a pour base à peu près exclusive la pomme de terre, parfois une qualité de pain très inférieure; certains consomment une sorte de farine, dont la blancheur est le principal mérite, car cette farine est chère et peu nutritive. Pomme de terre et pain blanc devraient céder la place à la soupe et au pain d’avoine, qui permettraient de vivre mieux et à meilleur marché.
- Toutes proportions gardées, la pomme de terre constitue un excellent aliment, mais elle ne doit pas être l’unique sauvegarde d’un peuple. Sans posséder les avantages naturels de Jersey, l’Irlande serait à même de cultiver d’autres racines alimentaires et diverses sortes de produits potagers, s’il existait dans le pays un enseignement populaire de la science horticole.
- Les notions d’agriculture sont également limitées. L’Irlandais ignore la méthode des assolements. Lorsque ce n’est pas l’éternelle pomme de terre, c’est l’orge qu’il sème de tout temps; et, si ce n’est pas l’orge, c’est l’avoine exclusivement. Des centaines de tenanciers confient, chaque année, à la terre, la même sorte de grain ou de racine que leurs ancêtres ont semée. Le paysan irlandais jette dans le sol quelques morceaux de pomme de terre, qui, en temps voulu, lui donnent une provision alimentaire. Lorsqu’il a faim, il va dans sa réserve, prend les pommes de terre nécessaires à son repas, les fait cuire et les mange. Il ne sait rien des transactions multiples qui, dans une société civilisée, permettent aux producteurs de subvenir aux besoins d’autrui et de satisfaire à leur propre demande. Pour modifier pareil état de choses et faire saisir à l’Irlandais la différence économique entre les fruits qui peuvent être mangés et ceux qui doivent être vendus, il faudrait évidemment l’aider, dans nombre de cas ; car, autrement, il mourrait de faim en attendant le résultat de la leçon.
- Malgré les facilités de la récolte et de la vente, le fourrage n’est l’objet d’aucun soin. D’énormes quantités de foin se perdent annuellement, soit que l’herbe
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- pourrisse sur place, soit que les meules restent exposées aux inondations. Le marché de Dublin assurerait des prix rémunérateurs aux fourrages de toutes provenances, à la condition de ne pas faire des expéditions en vrac, mais le fermier irlandais n’a pas encore appris à comprimer ses foins pour les transporter par voies ferrées.
- Il y a quelques années, la « Midland Railway Company » fit venir d’Amérique quatre presses perfectionnées et les mit à la disposition du public. Personne ne voulut s’en servir. Autre exemple d’inertie : On offrit à un Irlandais, qui ne trouvait pas 2 livres (50 francs) de la tonne, d’emballer son foin et de l’expédier, à raison de 7 shillings 6 deniers par tonne, à Dublin, où il aurait vendu ce fourrage 4 livres ; il craignit le dérangement et refusa.
- Le fermier irlandais doit donc être instruit et entraîné.
- IL Viande sur pied et viande abattue. — Le commerce des bestiaux constitue la principale source d’exportation de l’Irlande, mais les statistiques exactes font défaut; on admet une sortie annuelle d’un demi-million de bœufs et d’un million et demi de moutons. Quant au nombre de porcs vendus au dehors, aucune donnée sérieuse ne permet de l’évaluer. Toute la viande est exportée sur pied et quiconque a traversé le canal sur un bateau affecté à ce service, sait que les transports s’effectuent dans des conditions vraiment cruelles, sans aucun souci du déchet qui en résulte. Insuffisamment nourris, exposés aux intempéries, les animaux restent souvent de trente à quarante heures en mer. Les bestiaux prennent la fièvre, une partie y succombe, le cuir est déprécié ; c’est une perte sèche de plus d’un million sterling (25 millions de francs) par an, sans profit pour personne.
- Le remède consisterait à exporter la viande abattue et à se servir de compartiments réfrigérants installés à bord des steamers et dans les wagons de chemins de fer, suivant le système en usage pour les consignations de viandes expédiées d’Ecosse à Londres. L’économie des vingt-cinq millions de francs engloutis, chaque année, dans le canal, ne serait pas la seule, car l’exportation de la viande sur pied prive l’Irlande d’industries rémunératrices, en lui interdisant l’utilisation de la dépouille de l’animal (corne, peau, os, suif, etc.).
- On ne manquera pas d’objecter que les steamers actuels n’ont pas été construits en prévision du transport de la viande abattue, que les abattoirs ne sont ni assez nombreux, ni placés aux endroits les plus convenables, que les compagnies de chemins do fer ne possèdent pas de wagons à caisses réfrigérantes. Cependant la compagnie du Midland and Great Western Railway d’Irlande a tenté un essai heureux : elle fit construire, en 1883, à Dromod, comté de Lei-trim, un abattoir, où, l’année suivante, 20000 porcs furent tués pour la vente sur les marchés de Londres et de Manchester. Malgré le succès de cette tentative, la compagnie, qui avait projeté d’autres abattoirs sur le même type, en resta là. Les intermédiaires étaient hostiles : créanciers des éleveurs, actionnaires des Tome II. — 86e année. 4e série. — Octobre 1887. 5o
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- compagnies de steamers, ils redoutaient la perte d’un fructueux monopole; leur opposition triompha du bon vouloir de la compagnie du Midland Railway.
- Si cette opposition n’existaitpas, les autres obstacles seraient bien vite aplanis. Un bœuf, abattu en Irlande, peut être débité, cinquante-six heures après, dans d’excellentes conditions de vente, à Manchester, à Liverpool ou à Londres. Il faut autant de jours pour les importations d’Australie; les viandes d’Amérique et du Canada n’arrivent pas en moins de quinze jours. Est-ce à dire qu’il n’y ait pas à tenir compte de la concurrence étrangère et coloniale? Une maison de Dublin, qui expédiait annuellement à Glascow, pour 40000 livres (un million de francs) de viande abattue, n’a-t-elle pas succombé dans sa lutte contre le commerce américain? Evidemment la viande irlandaise ne peut être produite à aussi bas prix que les viandes de l’Amérique, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, mais il ne faut pas perdre de vue que le transport d’Irlande en Angleterre ne nécessite point la congélation; or la réfrigération seule conserve à la viande des qualités qui lui valent la préférence du consommateur.
- Il est, d’ailleurs, possible de soustraire le commerce local à l’influence des courtiers, en imitant ce qui se fait pour les achats de beurre. Les compagnies de chemins de fer délèguent des agents, qui suivent les foires et les marchés et qui, à la réception des consignations destinées aux marchands de Londres ou autres villes, délivrent à l’envoyeur une sorte de connaissement, donnant droit, chez le banquier, au paiement d’un acompte.
- En résumé, les admirables prairies de l’Irlande, particulièrement favorables à l’élève du bétail, devraient, à la fois, enrichir les herbagers et approvisionner les habitants de Londres, d’excellentes viandes de bœuf et de mouton, au prix de 9 deniers la livre (0 fr. 90 c. les 453 grammes).
- III. Production et commerce du beurre. — L’exportation des beurres d’Irlande est évaluée à 6 millions sterling (150 millions de francs), mais à cet égard, comme pour le reste, les statistiques authentiques manquent absolument. Quoi qu’il en soit, l’industrie locale se trouve largement distancée aujourd’hui par lés produits du Danemark, de la France, de l’Allemagne, de la Belgique et de la Suède. Les causes de décadence sont multiples. Les vaches laitières sont lâchées dans des pâturages en mauvais état, remplis de mousses et de plantes abortives et, tandis que le bétail est ainsi empoisonné pendant l’été, il crève presque de faim durant l’hiver. Le produit moyen d’une vache, qui devrait s’élever, par an, à 200 livres (1) d’excellent beurre, est seulement de 123 livres, de qualité inférieure. La nourriture à l’étable est souvent telle qu'il faut saler le beurre à l’excès pour en masquer le goût. Quand bien même le mauvais goût n’y oblige pas, une addition anormale de sel (parfois jusqu’à
- (1) Livr. angl. = 0k,453.
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- 20 p. 100) constitue une fraude presque générale et donne à la marchandise l’aspect d’une graisse bourbeuse. Si l’on ajoute que, dans la plupart des cas, la chambre à coucher du fermier sert de laiterie et que les beurres, mal emballés, sont expédiés en Angleterre par des navires transportant indistinctement la houille, la paraffine et le guano, la faveur accordée à des beurres soigneusement préparés, envaisselés, soit dans des tonnelets bien propres, comme en Normandie, soit dans des boîtes étamées et soudées, comme en Danemark, paraîtra peu surprenante. La butterine même est préférée à la seconde qualité de beurre irlandais et lorsqu’à la Chambre des Communes, le colonel Saunderson affirmait que ce beurre, vendu à Cork, six deniers (0 fr. 60 c.) la livre, était surtout employé à falsifier la butterin^ la remarque, traitée de plaisanterie, aurait pu être l’expression de la vérité.
- En 1848, le port de Londres recevait 379000 colis de beurre irlandais contre 576888 de beurres étrangers; en 1884, les expéditions d’Irlande étaient tombées à 5168, pendant que les importations des autres provenances s’élevaient à 1 703 772. Les prix moyens des beurres étrangers sur le marché anglais se répartissent comme suit :
- Danois £. 6 10 sh. par quintal. . . . 162 fr. 50 (en chiffres ronds)
- Allemand . . — 6 — • — . . . 150 — —
- Belge — 5 3 — 6 d. — ... 129 so — —
- Français — 5 12 — 6 — — ... 140 60 — , —
- Suédois — 5 14 — 6 — — ... 143 . — —
- Beurre sale irlandais . . . — 4 19 — 3 — — ... 124 —. —
- Beurre frais (en très petite
- quantité) — 5 11 — 6 — — ... 139 40 — —
- Malheureusement le propriétaire du sol, en Irlande, ne peut, ainsi qu’en Angleterre, assister le fermier de son expérience et de ses ressources pécuniaires, le protéger contre ceux qui voudraient le tromper sur la qualité des engrais et des semences, construire des laiteries modèles; le landlord irlandais n’en a ni la volonté ni les moyens. D’autre part, le tenancier a besoin d’aide et l’Irlande ne doit pas rester en arrière de la Russie, de la Finlande, du Danemark, de la Suède, de la Belgique, où la même question s’est imposée aux gouvernements. Grâce à l’importation, à l’acclimatation et au croisement des meilleures races, à la vulgarisation des méthodes perfectionnées, ces divers pays ont heureusement résolu le problème. La Finlande, entre autres, a vu son exportation de beurre doubler et ses prix de vente tripler en dix ans.
- Serait-il impossible de poursuivre une œuvre semblable en Irlande, sans porter atteinte aux doctrines établies en Angleterre sur le rôle de l’Etat? Des fautes politiques doivent-elles priver l’île sœur dos secours dont elle a si grandement besoin?
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- Une ou deux mesures, tout au moins, seraient immédiatement réalisables.
- Il faudrait multiplier les écoles-modèles de laiterie, à l’instar de celle qui existe près de Cork et qui forme, chaque année^ quatre-vingts élèves. Les jeunes filles passent deux mois dans l’établissement, moyennant une rétribution de 3 livres (75 francs) et, à leur sortie, sont recherchées non seulement dans les fermes d’Irlande, mais en Angleterre et en Écosse. Les produits de la vacherie appartenant à l’Ecole suffiront bientôt aux frais d’entretien de l’établissement et un fonds de garantie souscrit sur place comble le déficit provisoire.
- Si l’éducation des filles de ferme se trouvait complétée par l’instruction des fermiers eux-mèmes au point de vue de l’élevage, l’Irlande arriverait bientôt, sans augmenter le nombre des têtes de bétail, sans constructions nouvelles, à doubler l’exportation de ses beurres et à concurrencer les meilleures prove-pances du Danemark.
- L'Etat ferait disparaître une autre cause d’infériorité, s’il usait de son influence en vue de l’amélioration des moyens.de transport. On a vu dans quelles conditions défectueuses les beurres sont chargés à bord des caboteurs, les chemins de fer ne sont pas mieux outillés. Les Compagnies irlandaises devraient être tenues de mettre à la disposition des expéditeurs, des compartiments appropriés, ventilés et, au besoin, rafraîchis artificiellement. Les expéditions d’Irlande en Angleterre coûtent, d’ailleurs, plus cher que de tout autre pays d’Europe. Les falsifications du beurre appellent aussi l’attention du législateur et nécessitent des pénalités sévères.
- IV. Pêcheries. — Deux mille milles (i) de côtes, coupées d’un grand nombre d’excellents ports, des eaux poissonneuses et pourvues des meilleures espèces, une race de hardis marins semblent avoir prédestiné l’Irlande à l’industrie de la pêche. Comme pour indiquer mieux encore cette prédestination, la nature a multiplié ses havres les plus sûrs et les plus profonds sur les rivages du sud-ouest, de l’ouest et du nord, où pullulent la morue, la merluche, le maquereau et le hareng. De magnifiques bancs se rencontrent au delà de l’île d’Aran. Sur la côte de Connemara, le poisson est tellement abondant, mais les débouchés si restreints, que le produit de la pêche est jeté en guise de fumier et par tonnes sur les terres avoisinantes. Autour de l’île de Bofin, la mer est souvent « grosse de poisson ». Dans le comté de Mayo, les baies de Broadhaven et de Blacksod sont abritées de telle sorte que les barques peuvent y pêcher tous les jours de l’année.
- Ces avantages naturels ne servent 'à rien. L’Écosse, avec un développement de côtes qui surpasse seulement de 500 milles l’étendue des rivages irlandais, avec des eaux moins poissonneuses et plus dangereuses, avec des ports moins nombreux, nourrit de la pêche un septième de sa population, l’Irlande,
- (I) Le mille anglais — I 609 inètres.
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- moins que le deux-cent-cinquantième. La raison de cette anomalie est très simple. Les consommateurs ne manquent pas plus que les poissons ni les pêcheurs; les barques, les engins de pêche, les quais de débarquement font défaut, puis aussi les saloirs et surtout les moyens de transport. Chaque famille possède au moins un bateau, certaines en ont trois ou quatre; mais parmi ces bateaux, dits de troisième classe, très peu sont pontés et permettent d’affronter les eaux poissonneuses, à 30 ou 40 milles des côtes. Il faudrait des barques pontées de 30 tonnes, coûtant de 200 à 400 livres chacune. Faute d’outillage, la pêche en eau profonde est abandonnée aux marins anglais, écossais, norvégiens, hollandais qui, chaque année, au nombre de 100 000, exploitent des bancs énormes, s’étendant presque sans interruption depuis la baie de Bantry jusqu’à la pointe Bloody. •
- En Ecosse et sur les côtes anglaises, les femmes confectionnent presque tous les genres de filets, les hommes les terminent et s’occupent ainsi pendant les jours de trop mauvais temps ou lorsque le poisson se fait rare. Les pêcheurs irlandais achètent des filets de qualité inférieure, mal appropriés à leurs besoins. Et qu’on ne se hâte pas d’accuser les Irlandais d’inertie! Pour juger la situation, il convient de ne pas oublier que l’Angleterre eut longtemps recours aux primes. Ces encouragements existaient encore en 1819 et s’appliquaient à la pêche du poisson frais ainsi qu’à la pêche du poisson salé et à la construction des navires. Le système prit fin en même temps que l’institution des commissaires de la pêche; mais, tandis que les marins écossais avaient vécu et prospéré sous le régime des primes pendant une soixantaine d’années, les Irlandais n’en profitèrent que durant trois ans. C’estlà un des griefs les mieux définis de l’Irlande.
- A la pêche du poisson se rattachent la pêche des homards, qui abondent sur les côtes de Connemara, et la culture des huîtres, à laquelle certains endroits du littoral, l’estuaire de Sligo entre autres, paraissent éminemment propices. A ce sujet, M. Robert Dennis assure que les huîtres d’Arcachon sont originaires de l’Irlande. 11 ne serait guère possible de repeupler les eaux irlandaises avec les huîtres françaises du sud-ouest, acclimatées à une température relativement élevée, mais il serait facile de demander des espèces résistantes aux huîtrières de l’Amérique et de la Norvège. L’Etat seul posséderait l’autorité et les moyens nécessaires, non seulement pour fournir le frai convenable, mais pour éviter les conflits entre riverains et empêcher les dragages inconsidérés.
- Indépendamment des millions que l’ostréiculture rapporterait annuellement, la moule, pour être moins aristocratique, voire l’humble vignot, pourraient encore constituer des sources de profits importants (1).
- (1) M. Dennis rapporte que la France doit à un Irlandais du nom de Walton la culture de la moule. Walton avait remarqué que les moules fixées sur les perches de ses filets devenaient plus
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- On a surtout parlé des produits de la mer; le poisson de rivière, le saumon principalement, est l’objet d’un commerce qu’il serait aisé de développer, si les berges des cours d’eau étaient plantées de manière à abriter le poisson et les mouches, dont le saumon se nourrit volontiers. La pollution des fleuves n’existe guère en Irlande et la rivière Avoca est peut-être la seule où le poisson se trouve détruit par des eaux provenant de mines de soufre et de plomb. L’évacuation de ces eaux se traduit, pour la pêche locale, par une perte annuelle de 19 000 livres (475 000 francs) et si, comme les intéressés l’affirment, il suffisait de construire un canal, au prix de 6 ou 7 000 livres (150 à 175 000 francs) pour restituer à la rivière ses qualités primitives, Fessai mériterait certes d’être tenté.
- La question dominante (même en tenant compte de la valeur relative de poissons tels que le saumon), la question d’où dépend le sort des pêcheries en Irlande, se résume dans l’insuffisance et dans la cherté des transports.
- Sans examiner si les sacrifices qu’entraînerait la construction de nouvelles voies ferrées entre les stations de pêche et les marchés de l’intérieur, ou les ports d’exportation, se trouveraient compensés par l’augmentation du trafic, il est certain que les compagnies de chemins de fer existantes ne se préoccupent pas suffisamment de la situation. A part quelques wagons spéciaux attelés à des trains de marchandises ordinaires, ces compagnies n’ont rien fait pour faciliter le transport rapide de la marée.
- A défaut d’embranchements proprement dits, il conviendrait d’établir des tramways sur un certain nombre de points du littoral. Enfin, tout en espérant beaucoup des Compagnies lorsqu’elles agissent dans leur intérêt, il serait nécessaire de recourir à l’intervention de l’État, dans des cas exceptionnels, pour garantir le revenu légal de quelques lignes indispensables et productives. L’Angleterre ne pourrait-elle tenter en Irlande ce qui a été profitable aux Indes? (I)
- Il faut, dans les ports naturels de l’île, des quais de débarquement. La dépense ne serait pas considérable et l’intérêt des sommes engagées serait aisément payé par l’accroissement du produit de la pêche. Il faut trouver de l’argent pour construire des bateaux, autant que possible sur place, et pour fabriquer des engins. Il faut aussi apprendre aux femmes à confectionner les filets, aux hommes à se servir d’engins perfectionnés, à connaître les époques des migrations du poisson. Il devient utile d’étendre le réseau télégraphique afin de renseigner promptement les pêcheurs sur l’état des marchés de Dublin, de Liverpool, de Londres et autres centres de consommation.
- grosses et plus succulentes que celles recueillies dans la vase; il eut l’idée de planter des piquets, reliés par des claies, sur lesquelles les coquillages pussent s’attacher. La méthode s’est propagée et la récolte des moules fait vivre presque exclusivement aujourd’hui les communes de Charron, d’Esnandes et de Marsilly.
- (1) P. 50.
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- Toutes les fois qu'une avance a été consentie pour le développement d’une station de pêche, en Irlande, le résultat a été satisfaisant. Lady Burdett-Coutts prêta à la ville de Baltimore 10 000 livres (250 000 francs), qui furent ponctuellement remboursées, et Baltimore dut à cette intervention de devenir un grand port de pêche. Divers personnages ont prêté à d’autres localités cinquante fois cette somme et tous les emprunts ont été exactement restitués. Dans le comté de Clare, sur 20 000 livres sterling- (500000 francs) avancés par les Commissaires de la pêche (Fishery Commissioners), 30 livres seulement n'ont pas été remboursées à l’échéance.
- Ces quelques prêts ont suffi à assurer dans les comtés sud-ouest de Cork, Kerry et Clare, l’existence de stations importantes.
- Y. Plantes industrielles. — De toutes les plantes industrielles, le lin est la plus importante de l’Irlande. Cependant, loin de se développer parallèlement au tissage de la toile, la culture du lin, qui s’étendait jadis aux comtés de Munster et de Connaught, est aujourd’hui limitée à l’Lister. Peu à peu les lins belges et hollandais, les lins de Russie, d’Allemagne, etc., sont venus prendre la place des produits indigènes et fournir annuellement aux filatures de Belfast et de Derry, aux fabriques de toiles damassées de Lurgan et d’Armagh, aux métiers à bras de Fer-managh et de Tyrone, pour 3 millions de livres sterling (75 millions de francs) de matières premières. L’Irlande, avec un sol et un climat qui lui permettent de produire les plus beaux lins du monde, devrait tripler, en quantité, et quadrupler, en valeur, sa récolte de 15 000 tonnes, par année, estimée seulement 700 000 livres sterling (17 500000 francs). Insuffisamment préparées, les tiges se vendent à raison de 50 livres (1 250 francs) la tonne, pendant que le cours des lins belges atteint à 70 livres (1 750 francs). Dans l’Ulster, la grosse objection au développement de la culture est que la récolte ne se réalise pas immédiatement en argent comptant. Le capital nécessaire se trouverait de façon ou d’autre, si le fermier pouvait apprendre, non pas à cultiver le lin, il s’y entend, mais à préparer convenablement pour la filature, les tiges une fois récoltées. L’établissement d’une ferme modèle créerait des merveilles à cet égard. Peut-être serait-il encore préférable que le cultivateur vendît les tiges vertes ou simplement séchées à des spécialistes qui, à l’imitation du système si heureusement adopté en Belgique et en Hollande, se chargeraient du rouissage et des manipulations complémentaires. Le fermier, dans ce cas, exclusivement adonné au travail de la terre, transporterait les tiges à un routoir central. L’établissement recueillerait la graine (soit une valeur de 8 à 10 livres par acre, actuellement perdue en Irlande) et fournirait au filateur une matière régulièrement préparée, tout en débarrassant le fermier d’une opération délicate.
- Pour faire revivre la culture dans les autres provinces, qui en tiraient profit autrefois et qui fournissaient des lins plus fins que ceux de l’Ulster, pour con-
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- vaincre les fermiers de la possibilité d’une large rémunération, le seul moyen serait que quelqu'un tentât une expérience pratique et démontrât par les résultats la possibilité d’une renaissance. En fait, il devrait être aussi absurde d’importer-du lin en Irlande que de la houille à Newcastle.
- Le chanvre n’est cultivé dans aucune partie de l’ile et pourtant l’humidité du climat faciliterait le développement de la fibre qu’emploient les importantes fabriques irlandaises de cordages et de toiles à voiles. La Russie, l’Allemagne, l’Italie, Manille et la Nouvelle-Zélande constituent les sources d’alimentation de cette industrie.
- Rappelons, à l’occasion des plantes fibreuses, que la paille ne convient pas seulement à la nourriture et à la litière du bétail, que de grandes quantités de paille devraient être avantageusement tressées pour l’emballage des bouteilles.
- Dans le même ordre d’idées, l’industrie de la vannerie trouverait en Irlande des éléments de production favorables. C’est pure négligence de n’avoir pas, depuis longtemps, créé des oseraies, dont le rapport s’élèverait au bout de trois ans, à 2 ou 3 livres sterling par acre, pour atteindre progressivement à 20 livres (500 fr.).
- On sait que les plantations de tabac sont interdites en Irlande. Cette prohibition date de 1832 et fait l’objet de revendications constantes. Les réclamants affirment qu’en 1831' l’Irlande produisait un cinquième du tabac consommé dans le Royaume-Uni. L’assertion paraît exagérée, car la culture du tabac a toujours été précaire sous la latitude des îles Britanniques. Serait-il prudent d’inciter les fermiers à tenter une spéculation de ce genre, quand bien même elle serait permise? Il en est du tabac comme de la betterave et de la fabrication du sucre. De ce que la betterave peut se développer dans des terres marécageuses, que des racines ont fourni un rendement en sucre plus élevé que les mêmes sortes semées sur le continent, certains concluent que la betterave doit être le salut de l’Irlande. Il serait aussi juste de comparer, sous le rapport du produit alcoolique, la pomme de terre d’Irlande avec la pomme de terre d’Allemagne.
- En admettant, d’ailleurs, la supériorité du rendement, la différence suffirait-elle à triompher des désavantages fiscaux qui pèsent, dans le Royaume-Uni, sur l’industrie sucrière? L’essai serait coûteux et bien osé. Si l’on tient à faire de la betterave, que ce soit en vue de l’alimentation du bétail et particulièrement des vaches laitières.
- Il reste à mentionner des produits qui, bien que provenant d’une plante, ne sauraient être considérés comme le résultat d’une culture, nous voulons parler de la soude, de la potasse, du brome, de l’iode et de leurs dérivés, de l’algine (1), extraits plus ou moins directement des cendres du varech.
- (I) L’algine sert à l’apprêt des tissus, s’emploie comme désincrustant des chaudières, comin e enduit calorifuge et même en qualité de comestible.
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- Malheureusement pour les gens du littoral et surtout de la côte ouest, où chaque hiver laisse en dépôt des centaines de mille tonnes d’herbes marines, le Pérou fournit maintenant l’iode en abondance, les mines de sel de l’Autriche et de l’Allemagne contiennent des quantités considérables de brome et de sels de potasse, diverses eaux minérales d’Amérique renferment également de fortes proportions de brome.
- Aussi le prix de la soude est-il tombé à 2 livres (50 francs) la tonne, moins que le coût de la main-d’œuvre pour récolter et incinérer le varech. Le cas n’est cependant pas aussi désespéré qu’il le paraît. Le professeur Galloway estime que la carbonisation du varech sauverait la moitié de l’iode, actuellement perdue par la combustion; il pense qu’au lieu de vendre l’iode et le brome à l’état brut, il serait avantageux de les transformer, sur place, en produits commerciaux de plus grande valeur : bromures et iodures. D’après le même savant, un tiers du varech aisément récolté sur la côte ouest fournirait 500 000 livres (226 500 kil.) d’iode, par année, sans compter le brôme et les sels de potasse. Semblable industrie exigerait évidemment une mise de fonds considérable, mais la France, où sept fabriques des mêmes produits sont en activité, l’Ecosse, où l’utilisation de la soude constitue une spécialité prospère, démontrent la praticabilité de l’entreprise. Une tentative heureuse serait une source de bénéfices pour la classe la plus pauvre de la population irlandaise, mais l’aide ne peut venir que du dehors et de l’initiative privée.
- VI. Mines et carrières. — La houille et le fer abondent en Irlande. Les cartes géologiques indiquent sept districts houillers, qui peuvent être ramenés à six principaux. Le plus important est le « Castlecomer fîeld » dans la province de Leinster. Ce gisement occupe en surface 61 440 acres et s’étend dans les comtés de Carlow et de Kilkenny ainsi que dans le « King’s County». Les couches superficielles sont presque épuisées, mais d’après les évaluations des hommes compétents, les couches inférieures renferment encore 118 millions de tonnes de bonne houille. L’exploitation actuelle fournissant au delà de 80 000 tonnes par année, des travaux d’approfondissement s’imposeront bientôt.
- Le deuxième district, par ordre d’importance, est le « Tyrone field » ou « île de charbon », avec une capacité de 30 millions de tonnes et une extraction annuelle de 10 000. Ce gisement possède deux couches, dont la première affleure le sol, dont la seconde est recouverte par le grès rouge et par d’autres formations relativement récentes. La couche profonde, évaluée au double de la couche supérieure, est à peu près intacte. Une tentative d’exploitation eut lieu aux environs de Dungannon, mais les machines d’épuisement étaient insuffisantes pour extraire l’eau qui provenait d’anciens ouvrages et l’essai fut abandonné.
- Le « Tipperary field » contient 24 millions de tonnes, de même qualité que Tome II. — 86e année. 4e série. — Octobre 1887. 56
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- dans le Leinster. Là encore, il ne faut compter que sur les veines profondes, les couches supérieures ayant été largement exploitées.
- Le district classé quatrième, eu égard à sa puissance (15 millions de tonnes), est le « sud-ouest field », Clare, Limerick, Cork, etc. ; puis vient « Antrim (Ballycastle) field » avec 12 millions de tonnes, enfin le <t Gonnaught field » (Arigna), évalué à 10 millions de tonnes.
- La contenance totale des gisements exploitables s’élève donc à 209 millions de tonnes. Cependant le nombre des mines et des mineurs, l’importance de l’extraction diminuent au furet à mesure de l’épuisement des couches supérieures. Il n’est possible de rendre la vie à l’industrie houillère de l’Irlande qu’à la condition d’approfondir les puits, de creuser des galeries nouvelles, comme on l’a fait en Angleterre et en Ecosse. Là aussi, les premières réserves se trouvaient épuisées et les travaux ont dû être poussés parfois jusqu’à 4 000 pieds de profondeur; ces efforts sont rémunérés par la richesse et l’étendue des gisements nouvellement atteints.
- L’Irlande exportait beaucoup de fer autrefois; l’industrie de la fonte au combustible végétal aurait même été la principale cause du déboisement de l’ile. En tout cas, d’importants amas de scories témoignent de l’existence d’établissements métallurgiques. Le gisement de minerai le plus considérable (232 millions de tonnes) occupe une grande partie du comté d’Antrim (167 milles carrés) et présente une teneur en fer, qui s’élève à 40 p. 100. Mais, comme pour la houille, l’extraction décline de jour en jour; de 231 132 tonnes, en 1880, elle était tombée à 146 452, en 1883, et ne s’est pas arrêtée à ce chiffre. De bons minerais se rencontrent également dans le district Arigna, du Connaught, dans le comté de Cavan, etc.
- Malgré le voisinage de la houille et du minerai, il n’est pas fondu aujourd’hui, en Irlande, une seule tonne de fer. Le minerai brut s’exporte dans le Cumberland, en Ecosse, dans le pays de Galles, à des prix qui paient à peine l’ouvrier mineur. Cette anomalie s’explique par la crise qui sévit sur le commerce de la houille et du fer, par la surproduction, hors de tout rapport avec la demande. D’ailleurs, bien peu de houillères, en Angleterre même, paient au delà des frais généraux, nombre de mines de fer anglaises sont délaissées et de hauts fourneaux éteints. Si les prix se fussent maintenus tels qu’en 1873, le Tyrone aurait concurrencé le Lanarkshire et l’Antrim, le Cleveland. Le temps de l’Irlande viendra néanmoins et dans un délai peu éloigné. Sans partager les appréhensions de Stanley Jevon au sujet d’une disette de charbon en Angleterre, nous devons admettre que l’énorme extraction, dont nous sommes témoins, ne sera pas indéfinie et que le prix de la houille ne s’abaissera pas au-dessous du taux actuel. Les mineurs irlandais rencontreront des couches de charbon à 2 et 3 000 pieds, lorsqu’en Angleterre il faudra descendre à 4 000 pieds; toutes choses
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- égales d’autre part, ce sera pour l’Irlande une occasion de fortune, qu’il convient de préparer dès à présent par des sondages, par la suppression des « royalties » prohibitives, par l’établissement de communications plus faciles entre les gisements de houille de Tyrone et le district à fer d’Antrim.
- Une autre source de richesse presque aussi importante consiste en marbres de toutes sortes, en granits, en pierres à bâtir, silex, chaux, etc., généralement inexploités. Si les transports étaient moins onéreux, l’Irlande pourrait exporter, au lieu d’importer,, des marbres travaillés et prêts à mettre en place. Indépendamment de l’élévation des tarifs de chemins de fer, qui s’oppose à la mise en valeur des carrières de marbre et de granit, à l’installation des briqueteries et des fabriques de poteries, le manque de foi des Irlandais eux-mêmes dans la qualité des produits indigènes contribue à la dépression industrielle. A part de rares exceptions, les architectes du pays exigent de la pierre de Bath ou de Caen, des marbres de Belgique, des ardoises du pays de Galles, des briques de Brid-gewater, et ainsi de suite. Ils n’ignorent pas qu’il leur serait possible de se procurer à meilleur compte et dans des qualités équivalentes la brique de Kingscourt, les ardoises de Killaloe et de Yalentia, ils savent que les marbres de Galway sont supérieurs aux marbres belges, que le calcaire d’Irlande est aussi durable que toute autre pierre à bâtir, mais l’administration des travaux publics, en Irlande, demande, de par ses cahiers des charges, l’ardoise du pays de Galles pour couvrir des constructions élevées à Kilkenny et à Tipperary; les architectes non officiels ne veulent pas être en reste avec leurs confrères de l’administration.
- VII. Bois et tourbe. — A l’origine, l’île était couverte de forêts, mais les habitants ont abattu les arbres sans jamais en replanter ou bien rarement. Le climat s’en ressent et donne lieu à des alternances d’inondations et de sécheresses; le sol et l’air se trouvent trop souvent saturés d’humidité, l’épuration de l’atmosphère se fait mal.
- Si l’on songe que, dès 1652, la destruction graduelle des bois était signalée comme un péril, que, depuis cette époque, le mal s’est constamment aggravé et qu’il subsiste néanmoins une étendue considérable de forêts, on peut imaginer combien l’île était richement dotée à cet égard. Des débris de chênes, mesurant 4 pieds de diamètre, ont été découverts dans des crevasses situées au faîte des montagnes Mourne (comté de Down), aujourd’hui nues et désolées ; des racines et des troncs d’arbres pourris gisent au fond des marais et tendent à démontrer que l’Irlande tout entière constituait une immense forêt.
- A la suite du déboisement, les terrains bas se sont transformés en marais (cinquante années suffisent à produire un pareil résultat) ; les hauteurs, délavées par les eaux, ont laissé à découvert la roche calcaire ou le granit. Bref, le temps est venu pour l’Irlande — comme il viendra pour le Canada et pour les Etats-Unis, si ces pays ne mettent un terme au gaspillage de leurs ressources fores-
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- tières — où il faut rétablir l’équilibre entre la prairie et la forêt, au prix de grands travaux et de grosses dépenses, sous peine de rendre la contrée inhabitable.
- La discussion des méthodes nous entraînerait trop loin. Les restes des forêts préexistantes montrent la prépondérance du chêne sur les autres essences ; le chêne croît lentement, mais il croît en Irlande, c’est le point important. Après le chêne vient le sapin, qui est toujours de vente. Le hêtre a également tenu une large place dans les forêts de l’Irlande. Le choix des espèces ne saurait donc constituer une difficulté.
- Pour mener à bien une œuvre de cette importance, il serait prudent de compter sur une dépense d’environ 20 millions sterling (500 millions de francs), surtout, si, au lieu de semences, il était fait usage de plants. L’Etat seul pourrait reconstituer en domaine forestier le quart du sol irlandais, planter, sur les côtes nord et ouest, une zone protectrice de pins, encourager financièrement les essais de reboisement entrepris avec son approbation et garantis par hypothèque sur les produits futurs. La question mériteraitla création d’une administration spéciale,
- Les arbres forestiers paient une partie des frais du reboisement au cours même de leur croissance, car, en dehors d’une amélioration climatérique immédiate, ils fournissent de nombreux produits accessoires : écorces, mousses, feuilles mortes pour engrais, résine, etc. Les oiseaux, notamment les espèces destructives des larves et des insectes, trouvent un refuge sous le couvert des bois.
- Au bout de dix ans, les peuplements de chênes peuvent être éclaircis et donner dès lors un produit annuel jusqu’à l’époque de l’abatage. En un demi-siècle, ce qui n’est point une période longue dans la vie d’une nation, la dépense primitive serait recouvrée et, sans tenir compte des avantages directs ou indirects du domaine ainsi reconstitué, les cinq sixièmes des 500 millions jugés nécessaires à l’entreprise auraient, pendant ce temps, rémunéré la main-d’œuvre des paysans irlandais.
- Les reboisements s’opposeraient à la formation et au développement des marais tourbeux, dont l’exploitation laisse de très faibles bénéfices. Peu de produits naturels ont été l’objet d’autant d’essais que la tourbe : on l’a séchée et comprimée pour en améliorer les qualités combustibles, on l’a surtout employée comme litière, on a voulu la transformer en pâte à papier, en extraire de l’huile et du gaz. O’Gorman Mahon fit un jour sensation à la Chambre des Communes, en montrant des bougies de paraffine extraite de la tourbe. Seulement chaque bougie coûtait une guinée.
- A part Futilisation de la tourbe à la confection des litières — et l’Allemagne importe à Londres des quantités notables de tourbe préparée en vue de cet usage (l)-r- il faut se contenter de brûler ce combustible pauvre. Les frais de
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- transport, de séchage, de compression limiteront toujours l’usage de la tourbe aux pays qui la possèdent, en attendant que le reboisement ou que l’exploitation bien comprise des gisements houillers fournisse un combustible économique.
- VIII. Industries textiles et commerce du cuir. — L’industrie du lin est l’une des plus importantes de l’Irlande. La crise, qui depuis deux ans environ restreint les bénéfices de la fabrique, sans toutefois que le chiffre des exportations, le nombre des ouvriers ni le taux des salaires aient subi de réduction, se trouve notablement atténuée. Les dividendes de 10 p. 100, antérieurs à cette crise, sont, il est vrai, descendus à 2 et 3 p. 100, mais, au cours de la période la plus critique, les profits n’ont jamais été nuis. Enfin, bien que les produits belges et allemands luttent avec succès contre les toiles d’Irlande sur quelques-uns des principaux marchés, notamment en Amérique, bien que la Belgique soit le seul pays d’Europe admettant en franchise les produits du Royaume-Uni, que les journées de travail soient plus longues et les salaires moins élevés sur le continent, que le marché irlandais reste encore écrasé sous l’afflux des capitaux et sous l’excès de production, qui furent les conséquences de la guerre de sécession aux Etats-Unis; il n’existe pas, dans la Grande-Bretagne, d’industrie plus solidement établie que la fabrique des toiles d’Irlande. L’installation des usines, l’hygiène et le confort des ouvriers, le renom des produits laissent peu à désirer et le mouvement commercial (intérieur et extérieur) s’élève annuellement à 12 millions sterling (300 millions de francs). La seule ombre au tableau est que les cinq sixièmes des sommes payées pour les matières premières tombent dans la poche des cultivateurs étrangers, au lieu de grossir les gains des fermiers d’Ulster et de Connaught.
- L’industrie des lainages a succombé aux injustes édits de Guillaume III. « Ces mesures ont été si souvent condamnées qu’on pourrait presque dire qu’elles sont expiées. Les Anglais, tout autant que les Irlandais, ont déploré cette suppression violente d’une industrie qui, indépendamment du marché intérieur, alimentait un large commerce d’exportation. Mais, fidèle à notre programme de ne point faire intervenir le passé dans l’étude du présent, nous laissons ce côté de la question à ceux qui s’y intéressent davantage (1). » En fait, cette manufacture tend à se relever depuis peu. Des tissages ont été édifiés à Kilmac-thomas, par le marquis de Waterford, à Blarney, par MM. Mahony, à Lier Vale, Clonmel, par M. Leachman, et à Lucan, comté de Dublin, par MM. Hill ; ces établissements sont prospères. L’Irlande se montre donc aussi apte qu’elle le fut jamais, à la fabrication d’excellents lainages. La laine du pays, généralement longue et brillante, convient mieux au peigne qu’à la carde et, pour ce motif, s’emploie surtout à Bradford; les tissages locaux utilisent les fibres relativement
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- courtes que l’Irlande fournit le moins. Il serait aisé de faire plus de laines à carde, si la demande en devenait active. Pour développer l’industrie qui nous occupe, il conviendrait que les Irlandais eux-mêmes se décidassent à adopter, d’une façon générale, les produits indigènes. Lord Waterford expédie en France la majeure partie des tissus fabriqués dans son établissement; les tweeds et autres draperies irlandaises sont fort appréciées dans le Yorkshire, achetées avec empressement par les Irlandais exilés en Amérique, mais, dans la plupart des asiles d’indigents de l’Irlande, les étoffes et couvertures anglaises sont seules admises. Cet exclusivisme fût devenu fatal à l’industrie nouvellement implantée, si, dans quelques villes, à Dublin, notamment, les administrateurs des institutions de bienfaisance n’eussent réagi et décidé de s’adresser aux manufacturiers du pays.
- Il faut aussi que les fabricants se mettent en mesure de fournir à temps les échantillons qui, lors des changements de saison, permettent aux maisons de gros de solliciter les commandes du détail; il est également nécessaire que la marchandise ne conserve pas seulement ses qualités de solidité et de durabilité, mais que les apprêts soient mieux soignés, que les nouveautés témoignent d’une plus grande originalité. Tous ceux qui aiment les produits loyaux tiennent en faible estime les étoffes anglaises et écossaises, où il entre du shoddy (1), mais ils ne peuvent empêcher le consommateur de préférer un mélange de shoddy et de pure laine, d’apparence flatteuse, à une étoffe solide, d’aspect moins agréable.
- La fabrication si renommée et relativement peu importante des 'popelines est concentrée, à Dublin, entre trois maisons, qui occupent quatre cents tisserands. La popeline ne coûte pas beaucoup plus qu’une étoffe de soie ordinaire; elle dure trois fois autant, c’est là son principal défaut pour le marchand, qui ne se soucie guère de la recommander à sa clientèle.
- En réalité, les neuf dixièmes des produits industriels pâtissent de l’aversion des Irlandais pour les marchandises du cru. La bonneterie en fournit encore un exemple, les tricots de Balbriggan exceptés. Le quart d’un million sterling (environ 6 millions de francs) paye, chaque année, les bas achetés en Ecosse et en Allemagne, et que pourraient, au moins, tricoter les gens du pays pour leurs propres besoins, s’ils ne voulaient les acheter à des compatriotes.
- Nous avons vu que l’industrie des cuirs souffre de l’exportation du bétail vivant et l’on objecte que, cependant, à la vente du bétail vivant s’ajoute l’exportation continue des peaux mortes. Le fait est vrai, mais l’Irlande importe du cuir, des chaussures, des articles de sellerie. Elle aurait donc besoin de conserver les dépouilles des animaux morts et la majeure partie des peaux, qui vont en
- (1) Le shodcly est extrait des chiffons de laine et correspond à ce que les effilocheurs désignent, sur le continent, par le mot renaissance. *
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- Angleterre et en Écosse sur le dos du bétail vivant. C’est toujours la même tendance contre laquelle il convient de lutter, la propension de l’Irlandais à laisser échapper la matière première, dès qu’il peut l’échanger contre de l’argent.
- IX. Poteries, verreries, produits chimiques, constructions métalliques. — Les principales couches d’argile, propres à la fabrication de la céramique, se rencontrent à Magheralamfield, Creenagh; à Drumenagh, Corr, etc., le long des bords sud et ouest du lac Neagh; à Goal Island, comté de Tyrone; à Tullow, comté de Carlow. La variété connue sous le nom de « terre à pipe » existe à Ballymacadam, près de Cahir et Clonmel, à Saint-John’s Point, à Roscommon, à Kellymount, etc. A Belleek, comté de Fermanagh, une couche limitée d’argile, de qualité supérieure, alimente l’une des deux manufactures, qui survivent à une industrie, autrefois renommée pour l’excellence de ses produits et l’habileté de ses ouvriers.
- L’histoire de la fabrique de Belleek fera saisir la nature des difficultés auxquelles succombèrent la plupart des autres établissements. Il y a déjà nombre d’années, l’existence de l’argile de Belleek vint à la connaissance d’un M. David Mac Burney ; celui-ci résolut d’exploiter le gisement et s’associa un nommé Armstrong, qui était, à la fois, excellent chimiste et dessinateur habile. Le capital engagé s’éleva à 50 000 livres environ (1 250 000 francs) et la nouvelle fabrique créa des produits comparables aux meilleurs d’Angleterre. Les associés avaient eu le tort de compter sur la consommation locale et il eût été préférable pour eux d’établir leurs ateliers à Belfast ou à Dublin, quand bien même ils eussent été obligés d’y apporter la terre. Petite ville de l’intérieur, Belleek était alors sans communication avec le réseau des voies ferrées. L’argile coûtait peu, mais il fallait faire venir le combustible de loin et à des prix onéreux ; le bon marché de la terre se trouvait donc plus qu’annulé par la cherté de la houille.
- Les produits de Belleek obtinrent cependant un véritable succès artistique et, sous la direction de M. Armstrong, les ouvriers acquirent une habileté exceptionnelle. De jeunes montagnards furent bientôt en état de gagner 4 livres (100 francs) par semaine. Ces salaires mêmes devinrent la cause des premières difficultés. Attirés par l’appât de gains plus élevés encore, les élèves abandonnèrent leur maître et s’expatrièrent en Belgique et aux États-Unis.
- Autre déboire non moins cruel : Tous les pays, à l’exception de l’Irlande, achetaient les produits de Belleek. Un témoin rapporte qu’il vit, un jour, emballer, pour une valeur de 5 à 600 livres sterling, des produits à destination de Milan, de Florence, de Rome, de Paris, de Vienne, de Londres, de New-York et de Philadelphie; pour l’Irlande, le total de l’expédition s’élevait à 5 livres sterling.
- La proportion n’était pas toujours aussi défavorable au marché irlandais; il est constant néanmoins que les trois quarts de la poterie fabriquée à Belleek
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- devaient être exportés, tandis que la consommation locale demandait des marchandises bien inférieures et pour des sommes considérables, à Glascow, dans le Staffordshire et ailleurs.
- M. Armstrong, qui avait survécu à M. Mac Burney, lutta jusqu’à sa mort (1884). Après lui, la fabrique fut fermée, mais pour peu de temps. Une société se constitua sur place, prit l’établissement à bail pour neuf cent quatre-vingt-dix-neuf ans, moyennant une rente nominale de 50 livres (1 250 francs) et paya les constructions, le stock, tout l’actif, en un mot, 4 500 livres (112 500 francs). D’excellents ouvriers étaient restés dans le pays. Un chemin de fer dessert actuellement la manufacture et, bien que l’élévation des tarifs de transport soit toujours une entrave, le faible capital engagé dans la nouvelle entreprise permet une rémunération satisfaisante.
- L’autre fabrique de poteries artistiques, qui existe en Irlande, fut fondée à Dublin, il y a quelques années, par M. F. Vodrey. Cet établissement s’est rapidement accru et exporte surtout ses produits aux Etats-Unis et au Canada. Le fait prouve la possibilité de développer avec succès l’industrie céramique de l’Irlande. D’ailleurs, dans le plus grand nombre des cas, on assiste à l’épanouissement d’une industrie, qui prospère sous la direction d’un homme capable et énergique,, pour disparaître avec lui. Point de transmission d’une génération à l’autre. L’atelier Anderson en fournirait, au besoin, un nouvel exemple. M. Anderson dirigeait, à Dublin, un grand atelier de peinture sur porcelaine. Les produits venant d’Angleterre à l’état de biscuit étaient décorés par M. Anderson et ses élèves, puis réexpédiés au lieu d’origine. A la mort du maître, les élèves se séparèrent et l’entreprise n’eut pas de suite. La raison de ces brusques cessations d’industrie tient évidemment à des défauts de race, à un manque de stabilité et de persévérance, mais ces défauts seraient atténués et corrigés par des institutions permanentes comme les écoles techniques.
- Au siècle dernier, il existait vingt-deux verreries en Irlande, il en restait quinze au commencement du siècle, une seule subsiste aujourd’hui. La fameuse verrerie de Waterford disparut à la suite d’une grève. Cet établissement appartenait à de riches quakers, qui, lorsque les ouvriers cessèrent le travail, se bornèrent à liquider et quittèrent le pays. D’autres ateliers se fermèrent faute de capitaux ou parce qu’en présence de la concurrence étrangère, les fabricants furent frappés de cette espèce de paralysie déjà signalée à l’occasion de diverses industries. Les éléments favorables ne manquent cependant pas. On trouve toujours en abondance à Muckisch, dans le Donegal, du sable de qualité comparable aux variétés de Fontainebleau et de la Belgique; on en trouve également à Ballymanus, dans le comté de Wicklow, et même dans la malheureuse île d’Achill. Près du lac Corrib et dans le comté d’Antrim existe un gisement inépuisable de roches tré-molitiques, convenant à la fabrication du verre à bouteilles. Rappelons que les
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- verreries de Dresde et d’Elbogen produisent annuellement 25 millions de bouteilles avec un granit semblable à la roche qui se voit presque partout dans le nord de l’Irlande et que la substitution de cette pierre au sable dispense de l’emploi du sulfate de soude.
- Sable ou granit serait facilement transporté dans un port du littoral, où la houille arriverait également à bon compte d’Écosse ou d’Angleterre, en attendant que les charbons irlandais fussent extraits d’après des méthodes économiques.
- En ce qui concerne la métallurgie, .il ne saurait être question de vastes usines pour le laminage des rails, la fabrication des fers en barres, la construction des machines. L’Irlande n’est point préparée à ce genre d’entreprises, mais elle peut fabriquer la coutellerie, les ustensiles domestiques, l’horlogerie, etc. Ici, point de modèles à retrouver dans le passé, point de ruines à relever, comme dans le cas de la céramique et de la verrerie, mais ce double fait que le métal brut coûte aussi peu en Irlande qu’en Angleterre et que toute la quincaillerie, tous les outils et instruments viennent de l’extérieur. L’humble et nomade repasseur de couteaux est à peu près le seul représentant de la coutellerie irlandaise. La fabrication des armes a été rudement frappée par le retrait des commandes du gouvernement, il y a quarante ans environ. Plus récemment, la concurrence de Birmingham a tué la fabrique d’armes à bas prix, tandis que l’absence et l’appauvrissement des propriétaires terriens laissaient péricliter la spécialité des armes de luxe.
- Après les tristes tableaux qui précèdent, bien des lecteurs seront sans doute surpris d’apprendre que l’industrie des produits chimiques est considérable en Irlande et porte principalement sur la production du sulfate de soude, des poudres pour le blanchiment et des engrais artificiels. Tout l’acide sulfurique fabriqué sur place sert à la préparation du sulfate de soude et de l’engrais; 99 p. 100 du sel sodique sont destinés à l’exportation et cela s’explique, puisque l’industrie du verre n’existe plus dans le pays ; 60 p. 100 des poudres de blanchiment sont vendus au dehors, mais comme les 40 p. 100 restant ne suffisent pas à la consommation, la différence est demandée au grand établissement de sir Charles Tennant à Saint-Rollox, Glascow. Il serait intéressant de savoir pourquoi certains ateliers de blanchiment d’Angleterre et du continent demandent leurs matières premières à Dublin, tandis que Belfast s’adresse à Glascow.
- L’industrie des engrais témoigne d’une réelle vitalité et la consommation de l’Irlande seule s’élève à 100 000 tonnes par an, dont 60 000 préparées dans l’île. Peut-être conviendrait-il de faire quelques réserves à l’égard des engrais artificiels, qui, d’un usage commode, mais onéreux, incitent à laisser perdre, dans les fermes, les engrais naturels. La conservation d’une tonne de fumier constitue un gain réel ; la substitution à ce fumier, d’un engrais fabriqué avec des phosphates tirés d’Angleterre et du sang provenant du Rio de la Plata, peut se traduire Tome II. — 86e année. 4e série. — Octobre 1887. 57
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- par une perte, tout en tenant compte du bénéfice de main-d’œuvre qui résulte de la fabrication.
- X. Papeteries et moulins. —L’industrie de la papeterie fut très importante en Irlande, les causes de sa disparition n’apparaissent pas d’emblée. On peut dire qu’elle n’a pas, comme l’Angleterre, consacré les capitaux indispensables, déployé l’habileté nécessaire, ce n’est point tout. La concurrence anglaise avait débuté par les papiers à bas prix, fabriqués non pas avec des chiffons, mais avec de la pâte de bois, de l’alfa, du jute et d’autres fibres, qui coûtaient moins cher qu’en Irlande. Au lieu de tenir compte de la situation et de se réserver les belles qualités, pour lesquelles les chiffons du pays leur assuraient des facilités particulières, les fabricants irlandais perdirent courage et fermèrent leurs usines de Dublin, de Cork, etc. Aujourd’hui l’Irlande exporte à peu près tous ses chiffons et importe presque tous les papiers dont elle a besoin.
- Une industrie qui présente avec la papeterie beaucoup d’analogie, la meunerie, prête encore à de tristes remarques. Des moulins à blé existaient autrefois dans toute la contrée; les deux tiers, pour le moins, se sont arrêtés au cours des dix dernières années. Le motif allégué, la concurrence des farines américaines, semble hors de conteste, si l’on envisage également l’influence des importations des Etats-Unis sur la culture du blé et sur la meunerie en Angleterre. La majeure partie des moulins irlandais est entre les mains de Compagnies, dont les ressources ont permis la substitution des cylindres métalliques aux meules en pierre. Les grands moulins des comtés d’Armagh, de Down, de Londonderry, de Tyrone et de Cork possèdent l’outillage perfectionné, qui s’impose aujourd’hui (1). Cette transformation ne suffit pas encore et l’Irlande devrait prendre exemple sur l’Autriche et sur la Hongrie. La plus-value des farines de la monarchie austro-hongroise ne résulte pas d’une qualité de grain exceptionnelle, elle tient surtout à ce que la consommation intérieure se contente des farines communes et laisse les meilleures pour l’exportation. Les meuniers d’Autriche-Hongrie prélèvent, par tonne, 8 ou 10 quintaux de la plus belle farine et vendent le reste à un taux très bas. Evidemment l’Irlande pourrait se contenter aussi des farines de seconde qualité ; cela vaudrait mieux que des pommes de terre et serait plus agréable au goût que la farine d’avoine.
- Lorsque l’Amérique et les autres pays exportent leurs farines en Irlande, les sous-produits de la mouture ne suivent pas le même chemin. La farine, en effet, se loge si bien dans les navires que le coût du fret est inférieur au prix de transport des grains. Par contre, le son est trop élastique, occupe trop de place pour
- (1) On sait que l’un des principaux mérites des cylindres est de ne pas échauffer la farine L’avantage est tel que les boulangers ne veulent plus acheter les produits obtenus à la meule, quand il leur est possible de se procurer des moutures provenant des cylindres; or les farines américaines appartiennent exclusivement aux dernières sortes. (Remarque de l’auteur, p. 126.)
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- payer un prix rémunérateur. Or la meunerie irlandaise livre les issues de blé et d’avoine (destinées à l’alimentation des porcs et du gros bétail) à des prix de famine. La tonne de son, valant il y a trente-cinq ans de 3 à 4 livres sterling, s’élève actuellement à 6, voire à 8 livres sterling, et l’offre ne répond pas à la demande. Le prix du son excède souvent Je prix du blé et les meuniers ne trouvent que dans ces taux exorbitants, si préjudiciables à l’élevage, le moyen de soutenir la lutte contre leurs concurrents.
- Autre conséquence, pire encore, de l’importation des farines exotiques. La production et la consommation des farines d’avoine déclinent en raison de la cherté du son, parce que le son contribue, pour une large part à la nourriture des vaches laitières et que, sans lait, la farine d’avoine n’est guère mangeable. La cherté du son cause donc la cherté du lait, le lait cher réduit la consommation de la farine d’avoine et, conséquemment, les approvisionnements de son : le tout se tient. Mais, dira-t-on, s’il est à souhaiter que les cultivateurs fassent plus d’avoine et les meuniers plus de farine, que les consommateurs préfèrent cette farine à une alimentation exclusive de pommes de terre et que les fermiers donnent plus de son à leur bétail, qui doit commencer? Aux meuniers semble incomber cette tâche. Et ici la question de concurrence motive quelques courtes considérations. La meunerie est tenue d’importer les grains dont elle a besoin; par compensation, le Royaume-Uni, en tant que centre commercial du monde, n’a point de famine à redouter. La Grande-Bretagne peut s’adresser indifféremment à la Russie, aux Etats-Unis, au Canada, aux Indes, à la Hongrie. Au reste, les meilleures farines résultent des mélanges de grains de ces diverses provenances. L’Irlande possède un outillage perfectionné, des ports nombreux, de puissantes forces hydrauliques. Serait-il impossible, comme on l’a proposé, de tirer parti de ces avantages, de rendre la vie à la meunerie irlandaise, en appliquant un faible droit à l’entrée des farines étrangères (1 shilling par sac ou 8 shillings par tonne)? La mesure se traduirait par un demi-farthing (1) d’augmentation sur le prix d’un pain de 4 livres et ne manquerait pas de soulever des clameurs. Cependant une grande partie de l’alimentation, qui pénètre en Irlande sous forme de farine, serait importée à l’état de grains, la mouture de ces grains occuperait nombre de bras, fermiers et laitiers verraient augmenter la demande de leurs produits et nourriraient leurs bestiaux plus facilement. Bref, d’un côté, le pain augmenté d’un liard par huit livres, de l’autre, du travail pour des milliers de personnes, du lait et du beurre en abondance et à bon marché, le développement de la culture et de la consommation de l’avoine, cette consommation réagissant favorablement, à son tour, sur l’élevage et sur la production du lait, un large approvisionnement de farines de blé secondes, pour ceux qui ne se contenteraient pas
- (1) Un demi-liard ou environ un centime.
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- de la farine d’avoine, en dernier lieu, des profits pour les industries accessoires telles que fabriques de sacs et d’emballages, entreprises de transports par terre et par mer.
- Est-il besoin d’ajouter que le relèvement des grandes spécialités, déjà passées en revue, serait également favorable aux divers groupes d’artisans, qui souffrent par contre-coup de l’état précaire de l’agriculture, de l’industrie et du commerce ? Un ou deux exemples feront saisir l’étendue du mal. En 1799, la carrosserie occupait, à Dublin seulement, de 1 700 à 2 000 ouvriers. Vers 1840, à l'origine des chemins de fer, les carrossiers s’employèrent à la fabrication des wagons, qui étaient destinés non seulement à l’Irlande, mais à l’Angleterre et au continent. Cette circonstance fut d’autant plus heureuse qu’à la même époque se produisit une transformation complète de la carrosserie proprement dite, le léger « brougham » remplaçant les anciennes voitures lourdes et coûteuses. Puis survint la période de famine, dont les effets désastreux pèsent toujours sur le commerce de l’Irlande. Cependant, après cette famine, on comptait encore de 7 à 800 ouvriers carrossiers. En 1849, il restait à Dublin vingt-cinq fabricants de voitures; aujourd’hui, dix ateliers occupent deux cents ouvriers environ. La cause principale de la dépression actuelle tient à l’importation. La noblesse et la « gentry » achètent presque toutes leurs voitures en Angleterre ou sur le continent, et l’industrie locale n’est alimentée que par la clientèle des médecins, des avocats et des marchands.
- La situation de la cordonnerie suscite la même observation. Au commencement du siècle, toutes les chaussures portées en Irlande se fabriquaient dans le pays; cette fabrication est limitée aujourd’hui au huitième de la consommation. D’après les cordonniers irlandais, la cause en est surtout à l’imprévoyance et à l’ignorance de leurs compatriotes qui préfèrent un objet de pacotille à bas prix, à un article plus cher, mais solide. Les manufacturiers, soucieux de ne point s’engager dans cette voie de la vente à tout prix et confiants dans le triomphe d’une production loyale, ont droit à nos éloges, mais leur attente peut être longue, le règne du roi Shoddy ne tire pas à sa fin.
- Sans poursuivre l’énumération de faits de même nature, il est aisé de constater l’influence des crises manufacturières et agricoles sur le sort de tous les artisans. L’émigration doit entrer en ligne de compte, mais les grèves, le refus de la part des ouvriers de former des apprentis, ont largement contribué à la ruine des ateliers. Il semble que l’Irlande ait souffert des inconvénients et n’ait profité d’aucun des avantages du « Trade Unionism ». Au lieu d’arriver à régler le marché du travail, les Trade-Unions de l’Irlande ont déterminé les employeurs à fermer leurs ateliers. Ce résultat déplorable montre que les guerres économiques, dans lesquelles les forces de l’offre et de la demande se groupent en deux camps opposés, ne doivent s’engager que sur un terrain suffisamment étendu.
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- Peut-être, à ce propos, convient-il de définir les aptitudes industrielles de l’Irlandais. D’une façon générale, l’artisan possède une dextérité remarquable, il se forme vite et exécute ponctuellement son travail ; il est honnête et laborieux ; il manque de l’initiative, de la prévoyance, de l’intelligence commerciale, nécessaires au succès d’une entreprise personnelle. Excellent ouvrier, il se ruine promptement s’il veut devenir patron. Avec le temps, l’éducation pourra remédier à ce défaut; mais il convient d’en tenir compte quant à présent et de se rappeler que le travail irlandais est une force peu capable de se diriger elle-même. L’artisan irlandais doit être traité comme ayant d’excellents bras et point de' tête. Ses travaux nécessitent l’intervention d’une intelligence directrice, anglaise ou écossaise.
- XI. Industries domestiques. — Pendant six mois de l’année, au moins, les paysans irlandais, hommes et femmes, garçons et filles, demeurent inoccupés. Les pommes de terre ont été récoltées et emmagasinées, la tourbe extraite et séchée; il ne reste plus qu’à s’entasser tous ensemble dans les cabanes qui, durant la mauvaise saison, sont aussi tristes que le wigwam de l’Indien. Sans insister sur les conséquences hygiéniques et morales d’un pareil séjour, les résultats, au point de vue exclusivement économique, sont désastreux, puisque des millions d’êtres humains se condamnent à l’oisiveté pendant la moitié de l’existence. Et pourtant, avec les aptitudes indiquées plus haut, il serait facile de trouver des occupations appropriées au caractère des habitants. Les hommes pourraient sculpter sur bois, fabriquer de la vannerie, des paillassons pour l’emballage des bouteilles; les femmes pourraient aussi tisser des étoffes de laine et de lin, tricoter, confectionner des vêtements, élever volailles et abeilles (1), tresser des chapeaux de paille, faire de la dentelle et de la broderie. Cette énumération, nullement limitative, n’a d’autre but que de signaler la nature des travaux qui, déjà pratiqués sur une échelle réduite, devraient se propager dans tout le pays. Les Irlandais fabriquent quelques paniers grossiers avec des branches de saule et de noisetier, mais les articles en osier viennent surtout du midi de la France. De France également sont importées, chaque année, des enveloppes en paille pour bouteilles et cette importation s’élève à 100 000 livres (2 500 000 francs). La somme, surprenante à première vue, s’explique lorsqu’on voit un seul marchand, parmi les trois cents négociants en vins établis à Dublin, demander deux millions, par année, des mêmes enveloppes. Les moins chers de ces emballages sont vendus 16 shillings du mille; il faut ajouter 5 shillings de fret, soit 21 shillings en totalité. Or l’Irlande commence à fabriquer une qualité supérieure au prix de 10 shillings et le coût du transport depuis le principal centre
- (1) Si l’ouest de l’Irlande est trop humide pour les abeilles, le climat du sud et de l’est convient à la récolte d’excellent miel.
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- de production ne dépasse pas 2 shillings. Cette industrie, encore à ses débuts, est exercée dans vingt-deux localités par des hommes, des femmes et des enfants, sous la direction personnelle de M. Peter O’Callaghan, de Merrion. Le salaire moyen est de 10 shillings par semaine et l’on a calculé que la demande, à Dublin, suffirait à occuper constamment tous les pauvres de la ville. En tout cas, il y a « là deux millions et demi de francs qui, chaque année, sortent du pays pour solder un travail parfaitement approprié à la main-d’œuvre locale.
- Il en est de même du tressage de la paille à chapeaux, qui occupe, en Angleterre, un nombre considérable de jeunes filles. Cette spécialité existait en Irlande, notamment à Stradbally, dans le « Queen’s » Comté et n’est pas encore tout à fait perdue. Un peu d’encouragement lui redonnerait la vie, à la condition d’enseigner le tressage, à l’école, comme la couture. Les grandes personnes ne s’y font pas facilement.
- En ce qui concerne particulièrement le travail des femmes, le tissage et le tricotage, les heureux efforts de Mme Ernest Hart, dans le comté de Donegal et dans d’autres parties de l’Irlande, montrent ce qui est réalisable. Au cours d’un voyage entrepris avec son mari, en 1883, Mme Hart reconnut que la meilleure réforme consisterait à occuper cette population inactive et à faire revivre, à développer, en les perfectionnant, les anciennes industries domestiques du tissage, de la bonneterie, de la couture et de la broderie. Le succès obtenu par Mme Hart se juge d’un coup d’œil, en visitant, à Londres, le dépôt de la Fondation industrielle de Donegàl (1). Depuis le tricot le plus épais jusqu’aux dentelles les plus fines, tous les produits que les doigts peuvent réaliser avec des fils, sont fabriqués par les ouvrières de Mme Hart. Et la méthode adoptée nous touche plus encore que la réussite de l’entreprise ; l’idée première, la base du système est non pas d’attirer les femmes de la campagne dans quelque centre industriel, mais de les mettre à même de vivre là où elles sont. Il fallut enseigner à des paysannes les arts qui leur étaient devenus complètement étrangers et, pour leur faire comprendre la nécessité d’une exécution parfaite, imposer la sanction sévère du non-payement, en cas d’ouvrage défectueux. Les victimes de cette discipline inflexible reconnaissent aujourd’hui la justice d’une mesure qui les a contraintes à ne livrer que des produits excellents, mais la patience et la fermeté nécessaires en pareilles circonstances sont à peine concevables.
- Ayant réussi grâce à la confiance sympathique qu’elle savait inspirer et qui atténuait le rigorisme de la méthode, Mme Hart chercha des débouchés et les trouva dans les grands établissements de Londres. A des débuts modestes succède un mouvement commercial important, car le dernier bilan comporte un chiffre d’affaires de 6 000 livres (150 000 francs).
- (I) Donegal House, 43 Wigmore Street.
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- Déduction faite du prix de la matière première et des frais généraux, le total des bénéfices est une source de bien-être pour la population du comté deDonegal.
- Il nous a paru intéressant de mentionner cet essai qui, sans doute, eût déjà provoqué des imitations, s’il se fût agi d’une entreprise exclusivement mercantile, et qui, inspirée seulement par une pensée philanthropique, aboutit, après moins de trois années d’efforts, avec un capital relativement restreint, à un succès commercial. L'emploi des mêmes moyens conduirait à des résultats identiques dans toutes les parties de l’Irlande.
- Une tentative analogue se poursuit, depuis 1884, sous les auspices de Mme Edward Ponsonby et quelques autres dames, à Garry Hill, sur les terres de lord Bessborough, comté de Carlow. On enseigna aux femmes du village et des environs, puis à des jeunes filles de douze à seize ans, à reproduire en broderie et en guipure, sur des toiles unies ou damassées, d’anciens dessins italiens, grecs et turcs.Le nombre des ouvrières occupées à broder des dessus de table pour le thé, des housses de fauteuils, des bandes pour rideaux, etc., n’est pas encore considérable, mais il augmente rapidement et permet d’espérer que les industries delà broderie et de la dentelle à la main se développeront dans les campagnes de l’Irlande.
- En résumé, il existe là une main-d’œuvre disponible dans des conditions de prix exceptionnelles : il suffit de vouloir l’utiliser en la dirigeant, en lui fournissant les matières premières et en vendant les produits fabriqués.
- XII. Amélioration du sol. — Après de longues discussions sur les moyens d’améliorer le sol de l’Irlande et d’en accroître la productivité, les autorités scientifiques, économiques et politiques ont conclu... à l’obligation de faire quelque chose. Des expériences heureuses ont été tentées, mais n’ont suscité aucune imitation. Sans doute la situation troublée du pays a entravé les entreprises coûteuses et de longue haleine : cette cause, toutefois, est temporaire, il faut l’espérer, et ne doit pas paralyser l’avenir comme le passé. Nous ne reviendrons point sur la nécessité du reboisement (voir chapitre YII) et sur les avantages à en attendre au point de vue climatérique.
- La structure physique de l’Irlande est remarquable par son unité. Une vaste plaine, coupée de lacs et traversée par une large rivière, occupe le centre de l’île ; un cercle de collines et de montagnes peu élevées forme autour de cette plaine une ceinture, élargie au nord et au sud, rétrécie à l’est et à l’ouest : 28 jours sur 45, le vent souffle de l’ouest, chargé des vapeurs de l’Atlantique; il pleut, en moyenne, 280 jours par an. Les nuages, ne se trouvant pas arrêtés par les collines basses de la côte occidentale, gagnent le centre de l’île, de sorte que la différence entre les quantités d’eau tombées annuellement sur les côtes est et ouest est seulement de neuf pouces (1). Le drainage de la plaine centrale de l’Irlande présente
- (I) Le pouce anglais = 0m 0253.
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- d’immenses difficultés. Il n’est pas question ici de recouvrer les terres devenues des tourbières, mais seulement les prairies menacées de la même transformation ou trop imprégnées d’eau pour avoir quelque valeur. Dès 1715, un acte autorisait la création de canaux, dans le double but de drainer le pays et de créer une navigation intérieure. Malheureusement les spécialistes imaginèrent d’établir ces canaux au-dessus du niveau des marais. Peut-être l’erreur a-t-elle paralysé d’autres efforts; en tout cas, aucun plan général de drainage n’a été entrepris depuis cette époque. Quelques petites artères reliées avec le cours du haut Shan-non, deux ou trois autres drainages partiels ne sauraient être invoqués comme un système d’ensemble. Ilne faudrait donc pas dire, comme on l’a prétendu quelquefois, que les tentatives pour drainer le pays sont demeurées uniformément infructueuses.
- La vérité est que les ingénieurs envisagèrent surtout l’amélioration de la navigabilité des canaux et des rivières et que les travaux exécutés sous l’empire de cette préoccupation déterminèrent l’inondation de certains districts, en retenant les eaux au-dessus de leur niveau normal. Dans d’autres parties, la submersion des prairies est due à la nature torrentueuse des rivières, encombrées par les terres que des pluies violentes entraînent des hauteurs. Le seul programme rationnel consiste à diviser la plaine en sections, correspondant aux différents niveaux, puis à placer chacune de ces subdivisions sous l’autorité d’un fonctionnaire ou d’un comité, muni des pouvoirs nécessaires pour poursuivre l’œuvre en tenant compte des droits acquis et non des objections frivoles, pour prélever aussi une taxe foncière servant à amortir les dépenses en trente ou quarante ans. La mission de l’administrateur ou du comité ne se bornerait pas à construire et à conserver les principales artères, elle aurait encore pour objet d’aider les fermiers à relier leurs propres drains au système général. Avec la législation actuelle, toute entreprise de ce genre exige le consentement des deux tiers des propriétaires fonciers ; les derniers devant supporter les frais en cas d’échec, sans que leur revenu augmente en cas de succès, se montrent peu disposés à souscrire de pareils engagements. J1 semblerait pratique de substituer au concours des propriétaires les adhésions des tenanciers, assez directement intéressés à l’amélioration du sol pour accepter la charge d’une redevance spéciale.
- Un drainage effectif de l’Irlande métamorphoserait les deux tiers du pays par une action directe sur les terrains bas et par des effets indirects sur le reste. Les sols tourbeux que l’on ne pourrait espérer recouvrer immédiatement seraient débarrassés d’une assez grande proportion d’eau pour fournir un combustible plus promptement utilisable ; la partie des mêmes sols, qui n’est pas trop tourbeuse, deviendrait apte à recevoir des plants d’osiers et autres arbres, les marais se transformeraient en prairies. Les terres de labour seraient également plus fertiles, les récoltes s’altéreraient moins promptement. Les rivières augmen-
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- teraient de volume sans donner lieu à des inondations et il serait possible d’en accroître la puissance en draguant les fonds. L’hygiène y gagnerait aussi : les plaies jumelles des paysans de la plaine, la fièvre et le rhumatisme, disparaîtraient.
- Dans les estuaires de plusieurs rivières, sur les bords du Shannon, de la Suir, de laNore et du Barrow, autour des lacs Foyle, Swilly, existent de vastes surfaces qui ne sont ni terre ni eau. Le sol est presque constamment recouvert de plusieurs pouces, parfois d’un pied d’eau. Cependant certains points émergent et témoignent d’une fertilité extraordinaire. Dans l’estuaire de Sligo, entre autres, il y aurait à recouvrer 4 000 acres propres à toutes les cultures. L’œuvre devrait se poursuivre graduellement de manière à permettre à la mer de laisser, sur les terrains où elle aurait encore accès, ses dépôts 'fertilisants. Une dépense de 20 livres par acre se traduirait par un revenu annuel de 2 livres. Mentionnons également les 300 000 acres de dunes, qui devraient être arrêtées dans leur marche vers l’intérieur, au moyen de plantations et d’herbages. L’exemple de lord Palmerston atteste la praticabilité de cette défense. En 1854, lord Palmerston créa àMullagmore, dans la baie de Donegal, 420 acres d’herbages qui, en s’opposant à l’envahissement des sables, nourrissent trois cents têtes de bétail.
- XIII. Forces motrices et outillage mécanique. — Par un singulier contraste, l’industrie déclinait en Irlande tandis qu’elle progressait en Angleterre sous l’influence des découvertes des Watt, des Arkwright, des Stephenson. On a cherché à expliquer ce fait en disant que l’Irlande doit importer la majeure partie de la houille dont elle a besoin. La raison est sans valeur. La plupart des houillères anglaises sont situées sur la côte ouest, comme dans le pays de Galles, dans le Lancashire, dans le Cumberland, dans le Lanark, et le prix du fret entre les ports anglais et irlandais est moins élevé que le taux des transports entre le carreau de la mine et beaucoup de districts de la Grande-Bretagne. Le charbon est moins cher à Dublin qu’à Londres, à peu près au même prix à Cork et à Waterford qu’à Bristol.
- Quant aux chutes d’eau, peu de contrées sont aussi heureusement dotées que l’intérieur de l’île. Entre Belleek et Ballyshannon existe une puissance hydraulique, capable de mettre en mouvement tous les métiers de Manchester. Les chutes de Doonass, entreKillaloe et Limerick, représentent 33 950 chevaux; entre Limerick et Lough-Allen, on peut encore compter sur 38 667 chevaux. Il est certes bien des moyens d’utiliser de pareilles richesses. Indépendamment des roues et turbines actionnant directement les machines-outils, les câbles sans fin, les accumulateurs d’air comprimé, voire les appareils électriques, permettent de porter la force à distance. Puis ces réserves naturelles ne conviennent pas seulement aux grandes usines, elles sont également applicables aux travaux des fermes : battage de la paille, barattage du lait, préparation de la nourriture des Tome II. — 86e année. 4e série. — Octobre 1887. 58
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- bestiaux, etc. La Hollande et la Belgique montrent le parti à tirer des forces mécaniques les moins importantes. Comme on vient de le voir, les industries qui exigent à la fois la puissance motrice et l’eau, c’est-à-dire les fabriques de lainages, de produits céramiques, les papeteries, les tanneries, etc., rencontrent, en Irlande, des conditions exceptionnelles.
- Dans les endroits où des roues hydrauliques ne pourraient être établies, il serait souvent possible de construire des moulins à vent. Rarement la grande plaine centrale cesse d’être balayée par un vent assez fort et, si le fonctionnement est moins régulier, le moteur est aussi moins coûteux.
- La substitution du travail automatique au travail manuel ne comporte d’ailleurs pas de solutions absolues. Personne ne prétendra que le tissage mécanique est déplacé à Belfast; rintroduction de métiers automatiques à Donegal ruinerait, au contraire, la population. D’une façon générale, aussi longtemps que la main-d’œuvre suffit à la demande des articles qu’elle sait produire, il est prudent de la laisser seule. Si la demande excède la puissance productrice de la population, l’intervention de la machine se justifie. Lorsque cette main-d’œuvre est tellement abondante et si peu payée qu’elle peut soutenir la concurrence du travail automatique installé dans d’autres localités, il n’y a point de raison pour la troubler. L’ouvrier irlandais, qui travaille soit aux champs, soit dans sa cabane, a peu de besoins et beaucoup de temps ; aussi reçoit-il volontiers un salaire que la plus humble ouvrière d’Angleterre considérerait comme une offre injurieuse. Lorsque les gages s’élèveront assez en Irlande pour que le prix de revient d’un article déterminé soit plus onéreux qu’en Angleterre, il deviendra seulement opportun d’introduire les machines, non pour déprimer les salaires, ni pour réduire le nombre des ouvriers, mais pour accroître la puissance des travailleurs.
- Ces réflexions paraîtront sans doute quelque peu rétrogrades. La notion moderne du progrès industriel est d’édifier de colossales usines à proximité des grandes villes, avec de larges facilités d’accès sur le réseau des chemins de fer; de diviser et de subdiviser les opérations, de spécialiser chaque ouvrier dans sa petite part de travail, de ne rien effectuer à la main de ce que produit la machine, de posséder une forte organisation qui distribue, contrôle et groupe les efforts individuels, d’imprimer, en un mot, à l’ensemble une méthode exclusivement mécanique et mathématique. En Angleterre, le nain, incapable d’atteindre à un pareil développement, est considéré comme inévitablement voué à la ruine et, en réalité, il succombe le plus souvent, laissant le champ libre au géant armé de ses chaudières, de ses moteurs, de ses machines et de son inépuisable capital. Tout autres sont les conditions de l’Irlande. Les grandes villes sont rares, les facilités de transports par voies ferrées n’abondent pas et l’on ne pourrait trouver ni pour or, ni pour argent, des ouvriers de fabrique comparables aux ouvriers anglais.
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- Si, en Angleterre, un homme et son métier produisent, moyennant un shilling par heure, des produits valant une livre sterling, un homme seul, en Irlande, mettra un jour pour le même rendement, mais se contentera également d’un shilling.
- XIV. Les chemins de fer irlandais. —Les voies ferrées de l’Irlande sont uniformément construites à la largeur de 5 pieds 3 pouces, sur une longueur totale de 2 500 milles. Le « Great Northern », avec un parcours de 503 milles, est le chemin le plus étendu; viennent ensuite le « Great Southern and Western » = 478 milles, le « Midland Great Western » = 425 milles, le « Waterford and Limerick » = 269 milles, le « Belfast and Northern Counties » = 130 milles, le «Dublin, Wicklow and Wexford » = 135 milles, etc. La moitié orientale de l’Irlande est bien desservie. Une ligne tirée de Londonderry à Cork limiterait, à l’est, les sept dixièmes des chemins de fer. Au sud-ouest, à partir de Bantry et en gagnant Cork, Dungarvan, Waterford, Wexford, Wicklow, Kingstown, Dublin, Drogheda, Dundalk, Belfast, Coleraine et Londonderry, une ligne presque continue suit la côte exactement comme le railway de Brighton et de la côte Sud (en Angleterre) contourne le Hampshire et le comté de Sussex. Il en est tout autrement dans la partie occidentale. Du centre de l’île, des chemins de fer se dirigent vers Sligo, Ballina, Wesport, Galway, Limerick, Foynes et Tralee, mais aucun, à l’exception de la ligne Galway-Limerick, ne relie ces villes entre elles.
- Bien que les dépenses de construction, d’entretien et d’exploitation soient beaucoup moins élevées qu’en Angleterre, les chemins de fer irlandais ne font pas leurs frais et les prix des transports constituent un obstacle plutôt qu’une aide au développement de l’industrie. Les tarifs ont été calculés d’après le trafic existant à l’époque de la construction et non en prévision du trafic à créer. Aussi la recette moyenne, par mille, n’a-t-elle point varié de 1849 à 1886; le mouvement s’est accru proportionnellement à l’extension du réseau, sans augmentation sensible de rendement par unité de longueur. L’Irlande n’a point bénéficié, comme d’autres pays, de l’introduction des chemins de fer; elle a trouvé là un moyen de transport peut-être plus expéditif, mais non un élément profitable à la mise en valeur de ses ressources. L’importance des charrois sur les routes de terre parallèles aux lignes ferrées est vraiment incroyable et, même pour des distances de 20 à 30 milles, la grande route a la préférence sur le chemin de fer. Partout ailleurs le railway a triomphé du roulier : en Irlande, c’est l’inverse.
- Le contraste est frappant avec les compagnies anglaises, dont les recettes ont plus que quadruplé durant la même période, et avec les compagnies écossaises, dont les revenus ont à peu près triplé. Pour tirer parti des capitaux absorbés par les chemins de fer irlandais, il conviendrait de reviser les conditions d’exploitation dans un esprit libéral, d’augmenter le nombre des trains, d’améliorer le
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- matériel, d’abaisser les tarifs, les tarifs des marchandises plus encore que les prix des places, cependant trop coûteuses (1).
- En dehors de la tarification exagérée des diverses classes de marchandises, les tarifs d'importation applicables aux expéditions d’Angleterre et des divers pays d’Europe pour les villes situées à l’intérieur de l’Irlande sont souvent moins onéreux que les conditions imposées au transport des produits irlandais, adressés aux mêmes destinations et provenant des mêmes ports irlandais que traversent les marchandises étrangères. La conséquence de ces tarifs de pénétration est que nombre de négociants, domiciliés à Dublin, à Belfast et à Cork, sont réellement des marchands de Londres, de Liverpool ou de Glascow. Ils achètent en Angleterre et expédient directement à leurs clients, à meilleur compte que s’ils faisaient leurs acquisitions en Irlande.
- L’administration des voies ferrées gagnerait aussi à être simplifiée etcondensée. Tout le réseau équivaut au développement du London andNorth Western ;\q capital placé dans les chemins de fer irlandais s’élève à 36 millions de livres sterling, le London and North Western a coûté 100 millions de livres. Mais tandis que cette dernière compagnie est administrée par un conseil de trente membres, les com_ pagnies irlandaises ne comptent pas moins de trente-neuf conseils, composés chacun de quatre à quinze membres. Si l’on tient compte de la présence des présidents, directeurs généraux, secrétaires, ingénieurs en chef, etc., on est en droit de s’étonner qufil ne se produise pas plus de confusion. Evidemment il y aurait intérêt à réunir les diverses lignes, sinon sous une direction unique, au moins en un certain nombre de groupes, basés sur l’importance des réseaux partiels et sur la communauté des intérêts.
- Comment, objectera-t-on peut-être à la proposition d’abaisser les tarifs, assurer un dividende aux actionnaires que la réforme projetée priverait momentanément d’un revenu indispensable à leur existence? Il suffirait sans doute que l’État consentît à une garantie de 3 p. 100 du capital, pour obtenir des compagnies un groupement plus rationnel et un ensemble de réformes propres à faciliter l’essor industriel du pays. En supposant un essai de dix années et l’absorption complète de la garantie, ce serait une perte de 900 000 livres, mais la Belgique fournit, à cet égard, des exemples rassurants.
- En 1856, le gouvernement belge se chargea de l’exploitation de diverses lignes ferrées et réduisit, de 25 à 77 p. 100, les tarifs afférents aux marchandises; le trafic doubla en huit ans, les recettes s’accrurent de 50 p. 100 et les bénéfices
- (1) En Angleterre, la différence entre la 3e et la 2e classe de voyageurs est d’environ 23 p. 100; elle s’élève, en Irlande, à 30 p. 100. Entre la 2e et la lre classe, la différence est respectivement,-pour l’Angleterre et pour l’Irlande, 23 p. 100 et 33 p. 100 en chiffres ronds. Aussi 20 p. 100 de la population anglaise voyage-t-elle par chemin de fer tandis que le percentage irlandais ne dépasse pas 3 1/2.
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- quintuplèrent. En 1864, une réforme analogue fut appliquée au transport des personnes ; deux ans après, le nombre des voyageurs augmentait annuellement d’un million et demi.
- XY. Système financier de l'Irlande. — Le capital total de l’Irlande, c’est-à-dire le produit de longs siècles de fatigues et de tribulations, est évalué à 276 millions sterling, soit 63 livres par habitant (homme, femme, enfant). Au lieu de profiter à la population indigène, les cinq-sixièmes de ce capital sont placés hors du pays, prêtés aux gouvernements et aux spéculateurs étrangers, servent à construire des chemins de fer au Nicaragua et ailleurs, partout excepté dans la contrée qui les a fournis.
- Les banques irlandaises détiennent la majeure partie des fonds et n’en disposent pas en faveur de l’industrie locale; aucun Irlandais ne leur inspire confiance, à moins qu’il n’ait la chance de ne pas habiter l’Irlande. Lorsque ces établissements accordent un prêt, c’est sur billets à trois mois, à un taux usuraire et avec des garanties qui paralysent l’emprunteur. Les banquiers refusent à leurs clients irlandais la confiance que ceux-ci leur accordent volontiers, parfois même imprudemment. Là encore, le contraste avec l’Ecosse est si complet qu’il n’aggrave pas seulement les torts des financiers irlandais, mais qu’il suggère le remède. En Ecosse, le caractère, les aptitudes, le savoir, les relations d’un homme sont justement évalués à l’égal d’un capital argent et les banques considèrent comme leur fonction de transformer ce capital en espèces. Telle est, sans entrer dans les détails d’application, la base des crédits de caisse. Sous la garantie de deux amis bien posés, les banques écossaises avancent à un jeune homme l’argent qui lui est nécessaire pour débuter dans la vie ; en prévision d’une bonne affaire, elles lui fournissent le capital dont il a besoin. L’établissement prêteur se contente de 5 p. 100 et n’envie pas à l’emprunteur ses profits, quels qu’ils soient. Aussi tout Ecossais est-il à la piste de placements avantageux et non de spéculations de Bourse, qui ne donneraient lieu à aucun prêt. Un exemple fera mieux saisir le fonctionnement du système. Un jeune homme pouvait acheter au comptant, pour 300 livres, des marchandises qu’il était en mesure de revendre, à trois mois de crédit, moyennant 650 livres. L’affaire ne présentait aucun aléa, mais le garçon ne possédait pas 300 pence (30 francs). Il exposa le cas au directeur de l’une des principales banques d’Ecosse, déposa les pièces relatives à la transaction projetée, donna à l’établissement financier une délégation sur les 650 livres et reçut, en échange, un chèque qui lui permit de traiter l’affaire pour son compte. Trois mois après, il versait 650 livres à la banque, qui portait 350 livres au crédit de son client, sous déduction des intérêts à 5 p. 100. De semblables faits se passent journellement dans les banques écossaises qui, cependant, sont réputées parmi les plus solides du monde.
- La concurrence seule déciderait les banquiers irlandais à l’adoption de pro-
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- cédés raisonnables et il serait utile de fonder en Irlande une banque autorisée à ouvrir des crédits aux personnes capables de mettre ces avances à profit. Si la situation malheureuse du pays empêche les capitalistes d’aller de l’avant, que le gouvernement use tout au moins de son influence pour rétablir la confiance dans l’honnêteté et l’énergie des Irlandais. On a vu que les prêts aux pêcheurs ont fait merveille et ont été exactement remboursés. De semblables miracles résulteraient de prêts à l’agriculture et à l’industrie, sous la double condition de consentir ces prêts à des hommes de valeur et de ne point trop fractionner les sommes. Cent livres dans les mains d’un chef capable profiteront davantage à ceux qu’il emploiera, qu’une livre prêtée à chacun d’eux.
- Les personnes étrangères à l’Irlande ne sauraient [imaginer l’état primitif de ce pays au point de vue financier. Excepté dans les villes, toutes les transactions se réalisent en espèces. Les divers moyens d’exprimer et de transférer une valeur sans avoir recours à l’argent monnayé, billets, traites, chèques, sont inconnus dans beaucoup de localités. Or celui qui vend exclusivement au comptant perd souvent l’occasion de faire fructifier son capital ; un connaissement, par exemple, permet au marchand d’utiliser la valeur d’une cargaison qui est encore en mer. Ces notions élémentaires de commerce ne sont pas comprises en Irlande, mais le seront bientôt lorsque le capital circulera plus librement; avec l’affranchissement du capital se développera une création également ignorée, le Crédit, mauvais maître assurément, mais serviteur bien utile.
- A la même question se lie l’organisation des marchés, dans le sens le plus étendu. L’Irlande possède de nombreux centres de vente, depuis les grandes foires de Limerick et de Ballinasloe jusqu’aux humbles marchés hebdomadaires des villages retirés de l’Ouest. Les acheteurs sont, en général, les agents de maisons anglaises, qui visitent les foires régulièrement et sont, par conséquent, connus des paysans. Ces relations assurent aux agents un monopole difficile à ébranler. L’offre même d’un prix plus élevé ne décide pas toujours le fermier à rompre avec l’homme qui a coutume de lui acheter et qu’il sait être de bonne paie. Puis, qui voudrait vendre à un étranger de passage, au risque de perdre à jamais un client régulier et d’ancienne date? Les intermédiaires habituels pourraient ainsi payer, pour un temps, tous les produits de l’Irlande au taux qu’il leur conviendrait de fixer. U y a lieu de croire que les agents anglais ne font pas souvent usage de cette faculté, qu’ils traitent suivant l’importance des foires ou marchés et d’après les avis reçus de leurs chefs. Toutefois beaucoup de ces mêmes agents tiennent les fermiers d’autre façon, en devenant leurs créanciers. Tl est si simple de demander une avance sur le prix d’une génisse ou d’un champ de lin et, pour l’intermédiaire qui devient le banquier de l’Irlandais, si simple de disposer d’un petit capital, un mois ou deux avant l’échéance de l’achat.
- L’organisation des marchés est donc intimement liée au système financier
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- tout entier et l'insuffisance des banques se manifeste doublement en privant de capitaux les producteurs et en ne leur laissant ni la libre disposition ni la rémunération complète de leurs marchandises.
- Conclusion. — Bien des sujets resteraient à traiter pour compléter le pénible tableau de l’Irlande contemporaine. Cependant, de tout ce qui a été dit dans les chapitres précédents, ressort l’espoir d’un relèvement, à la condition de se mettre résolument à l’œuvre, de développer les ressources naturelles du pays à l’aide d’une main-d’œuvre instruite et de capitaux suffisants, à la condition aussi de recourir franchement à l’intervention de l’Etat, soit pour entreprendre les reboisements, les drainages, les travaux maritimes, soit pour garantir un dividende aux chemins de fer, pour consentir des prêts aux pêcheries, etc., soit enfin pour créer l’enseignement industriel et l’enseignement agricole, pour faire participer l’industrie locale aux fournitures de l’armée et de la marine.
- Le self-help doit seconder le bon vouloir de ceux qui luttent pour la cause irlandaise. Les consommateurs indigènes, de leur côté, doivent aider aux efforts des producteurs en leur donnant la préférence, qu’il s’agisse des biens de la terre ou de la mer, des produits de la ferme, de la mine ou de la manufacture.
- L’Irlande doit se relever. « La tâche est difficile, mais elle est moins difficile que noble et moins noble que juste... (1) »
- CHIMIE
- NOUVELLE MÉTHODE POUR DISTINGUER LES FIBRES ANIMALES DES FIBRES VÉGÉTALES
- Depuis longtemps les chimistes ont cherché un moyen rapide et sûr pour distinguer si une fibre est d’origine animale ou si elle vient d’un végétal. La manière dont'une fibre se carbonise, l’odeur qu’elle répand alors, la cendre qu’elle laisse, la manière dont elle se comporte vis-à-vis d’une solution alcaline concentrée, vis-à-vis de l’acide azotique, de l’oxyde de cuivre ammonical, ou encore dans un mélange d’acide sulfurique et d’acide azotique concentré, tout cela constitue des moyens différents d’investigation.
- Cependant on sait, en chimie, le peu de confiance que l’on peut avoir dans chacun de ces moyens en particulier, et il faut avoir recours à plusieurs de ces réactions simultanément quand on veut pouvoir conclure avec quelque certitude.
- (i) « Industrial Ireland », p. 202.
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- La nouvelle méthode permet d’obtenir le résultat cherché avec certitude et rapidité. Ce moyen d’investigation est basé sur deux nouvelles réactions du sucre. Comme il a été dit dans une autre publication, les différentes espèces de sucre (sucre de canne, sucre de raisin, maltose, sucre de lait et sucre de fruits) présentent une réaction particulière et caractéristique avec le naphtol ou le thymol en présence d’acide sulfurique. Quand on mélange, par exemple, 5CC d’une dissolution de sucre avec 2 gouttes d’une solution alcoolique de naphtol à 20 p. 100 et qu’on ajoute de l’acide sulfurique concentré en excès, on voit se former, quand on agite, une magnifique coloration violette. En étendant d’eau, on obtient un précipité bleu violet. Si l’on remplace le naphtol par le thymol, on obtient une coloration rouge rubis, carmin ou vermillon ; après addition d’eau, le précipité qui se forme est rouge carmin.
- Cette réaction du sucre est des plus sensibles, elle est plus sensible encore que les réactions de Trommer et de Fehling ; sa sensibilité est telle que l’urine humaine, étendue de 100 à 300 fois son volume d’eau, détermine la réaction colorée, malgré la faible quantité de sucre qu’elle contient.
- Les hydrocarbures ainsi que les glucosides déterminent indirectement cette réaction, car ils donnent naissance à des sucres quand on les traite par l’acide sulfurique. Or la cellule végétale se compose en grande partie d’un hydrocarbure, la cellulose, qui résiste à de nombreuses opérations chimiques.
- En présence de l’eau et de l’acide sulfurique, la cellulose se transforme en sucre, et c’est pourquoi les fibres végétales (coton, lin, chanvre, jute, etc.) donnent indirectement la réaction caractéristique du sucre. Les fibres d’origine animale ne contiennent ni sucre ni hydrocarbure et par conséquent elles ne réagiront ni sur le naphtol ni sur le thymol. Cette méthode permet donc de reconnaître par une réaction simple et rapide à quel genre de fibres on a affaire.
- Après de nombreuses expériences, on s’est arrêté au procédé suivant comme donnant les meilleurs résultats : « On met dans une éprouvette 0sr,01 de fibres « bien bouillies avec Ie d’eau, puis on ajoute 2 gouttes d’une solution alcoolique de « naphtol à 15 ou 20 p. 100, enfin on verse une quantité d’acide sulfurique concentré « égale au reste du liquide. Le naphtol -f* ne donne pas cette réaction, bien qu’il « soit isomère du naphtol. Si l’on a affaire à une fibre végétale, le liquide prend, « quand on l’agite, une teinte violet foncé, et la fibre se dissout complètement. Si « la fibre est d’origine animale, le liquide prend une teinte plus ou moins jaune ou « rouge brun. » Quand on emploie du thymol, on obtient une couleur vermillon ou carmin, cette dernière teinte seulement si l’on étend d’eau.
- On a répété ces expériences avec un grand nombre de fibres végétales (coton? lin, chanvre, jute, china-grass, ramie, phormium, aloès, fibre de coco, paille, etc.), et l’on a toujours obtenu le même résultat. Comme le bois et même le bouchon donnent cette réaction, on peut en conclure que n’importe quelle parcelle végétale
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- est caractérisée par la réaction sucrée avec le naphtol et le thymol. Les fibres animales telles que laine, alpaga, poil de chameau, fourrure, etc., ne contiennent aucun élément susceptible de se transformer en sucre sous l’influence de l’acide sulfurique et ne donnent par conséquent aucune réaction. La soie se comporte comme la laine; cependant il est à remarquer que certaines espèces de soie pure, telles que celle qu’on appelle « Wild silk », donnent une réaction faible et passagère lors même qu’on a longuement fait bouillir les fibres.
- La soie contient probablement des traces d’un corps qui se transforme en sucre sous l’influence de l’acide sulfurique ; il ne peut être question de sucre libre, car la soie bouillie et par conséquent purgée de sucre donne la même réaction. Quoi qu’il en soit, la réaction, quand elle se produit, est si faible et si passagère qu’on ne peut hésiter entre la coloration donnée par la soie et celle que donnent les fibres végétales.
- Comme la réaction est extrêmement sensible, il ne faut employer, dans l’analyse des fibres animales, que des parties tout à fait pures en évitant celles qui contiennent des graterons. Ces impuretés qui sont végétales donneraient une réaction fausse.
- Il est nécessaire de faire bouillir préalablement les fibres parce que l’on emploie souvent dans l’apprêt de certains tissus d’origine animale, surtout pour la soie, de la gomme, de la graine de lin ou du sucre, afin de donner du brillant à l’étoffe; l’ébullition et le lavage éliminent ces différents corps.
- La méthode s’applique aussi bien aux fibres teintes qu’aux fibres brutes, car les colorations que les fibres animales et le liquide prennent dans l’essai au naphtol-a diffèrent du violet, et lors même qu’elles se rapprocheraient de cette nuance, la durée et l’intensité de cette coloration sont si faibles qu’il est impossible de confondre avec la couleur que donnent les fibres végétales. Les couleurs dont sont imprégnées les fibres, ne gênent ni ne masquent en rien la réaction ; il est donc indifférent que les fibres soient teintes ou non.
- A part l’essai au naphtol-a, le degré de solubilité des fibres indique si l’on a affaire à un tissu composé uniquement de fibres animales ou végétales, si c’est un mélange des deux, ou s’il n’est composé que de soie. Ainsi :
- 1er Échantillon : l’essai au naphtol-a ne donne que peu ou pas de coloration, ou une coloration faible et passagère.
- 2e Échantillon : l’essai donne une belle coloration.
- 1er Échantillon : le tissu se dissout complètement......
- — — ne se dissout pas................
- — — se dissout en partie.............
- 2e Échantillon : le tissu se dissout complètement.......
- — — se dissout en partie.............
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Octobre 1887.
- Soie.
- Laine animale.
- Laine et soie.
- Fibre végétale pure ou mêlée de soie. Fibre végétale et laine.
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- Si l’on analyse séparément la chaîne et la trame dans un tissu au lieu de se borner à l’analyse d’un morceau d’étoffe, on pourra restreindre et préciser beaucoup les recherches.
- (Dinglers polytechnisches journal.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Production houillère de la Grande-Bretagne. —Les chiffres de l’année 1885 publiés par la statistique officielle dénotent une diminution dans la production de la houille du Royaume-Uni, justifiée outre mesure par la dépression des industries en général, qui en consomment les plus grandes quantités. Sur les chiffres de l’année 1884, la diminution constatée est de 1 406 361 tonnes, le chiffre total de 1885 produit étant de 160 757 779 tonnes; c’est une décroissance de 0,87 p. 100. Quant aux valeurs représentées par les nombres précédents, la diminution correspond à £ 2 306775, et la production à £ 41 139 408 (1 milliard 036 de francs). Le type d’estimation adopté par la statistique dite minerai statistics pour le prix de la tonne donnerait lieu à un autre chiffre que le lecteur modifiera à son gré. Le chiffre, adopté par cette publication pour 1884, a été de 5 sh. 5 pence par tonne (6 fr. 77 pour 1 016 kilogrammes) et celui de 1885 de 5 sh. 2 d. (6 fr. 46 par 1 016 kilogrammes), ce qui suppose une réduction de 3 pences (0 fr. 31) par tonne, et une diminution de 4,6 p. 100 au lieu de 5,3 p. 100 qui résulterait des chiffres ci-dessus fournis.
- Les causes de cette dépression, en chiffres de production et en valeurs, doivent, dit l’auteur de l’article, se rattacher tout d’abord à l’affaissement du marché des fers. La consommation de combustible des hauts fourneaux a été, en 1884, de 16 077 800 tonnes, et seulement de 15 287 527 tonnes en 1885. Les exportations de charbon ont augmenté quelque peu : 22354 474 tonnes en 1884 et 22 710 335 tonnes en 1885 ; mais, en somme, il faut attribuer la diminution définitive qu’on constate à la réduction de la consommation des industries autres que celles du fer et qui a engendré la production moindre d’un grand nombre de houillères du Royaume-Uni.
- Dans un tableau spécifique par comtés, l’auteur donne la production en tonnes, le prix moyen annuel par tonne du charbon sur le carreau des mines, pour les deux années 1884 et 1885, d’une manière détaillée. En se bornant à donner
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- les chiffres totaux, pour l’Angleterre et le pays de Galles d’une part, et pour l’Ecosse et l’Irlande d’autre part, on trouve : '
- ANNÉE 1884. ANNÉE 1885.
- tonnes. tonnes.
- 1. Angleterre et pays de Galles 139 448 660 137 953 797
- 2. Écosse 21 186 688 21 288 586
- 3. Irlande 122 431 109035
- Total général du Royaume-Uni .... 160 757 779 159 351 418
- Prix moyen de la tonne. . . . 5S 5* 5s 2*
- Les consommateurs de l’étranger principaux du Royaume-Uni sont, pour le charbon : la France, l’Allemagne et l’Italie, pour lesquelles les exportations correspondent respectivement à 4 129 346 tonnes, 2 595 256 tonnes, 2 510 003 tonnes en 1885, chiffres inférieurs à ceux de l’année 1884, pour la France seulement.
- Les consommateurs de l’étranger principaux pour le coke sont : l’Espagne et les îles Canaries. La consommation espagnole a été de 217 891 tonnes et la consommation d’exportation totale de 548 375 tonnes. C’est le port de Cardiff qui tient la tête parmi les ports expéditeurs de combustible et de coke ; le tonnage enlevé. par Cardiff représente les 2/3 du total, qui entre houille, coke et combustible breveté (patented fuel, briquettes, coke métallurgique, etc.) représente 23770957 tonnes expédiées par navire au dehors.
- La population minière est estimée à 520 632 individus, ce qui correspond à 332 tonnes par individu. Le nombre de houillères exploitées a été de 3 488, soit 66 de moins qu’en 1884.
- (Iran.)
- La résistance des rails en acier, par M. F. W. Webb. — L’auteur de la communication faite à Ylron and Steel Institute, de Londres, sur la durée comparative des rails en fer et en acier, M. Webb, a eu la bonne fortune de faire les relevés pendant dix-neuf ans, c’est-à-dire depuis 1867 à 1886, pour le compte d’une des plus importantes compagnies de chemin de fer anglais, la « London and North Western line ». - •
- L’auteur présente 4 diagrammes : le 1er concerne la consommation annuelle de charbon brûlé dans les locomotives par an ; c’est certainement la donnée qui doit servir de base pour apprécier, le plus exactement possible, la quantité de travail exécuté sur la ligne ; les 2eet 3e concernent, comme contrôle de renseignement fourni par le diagramme précédent, les distances parcourues par les trains et les
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- locomotives (en milles anglais). En mettant en regard ces diagrammes avec le 4e, qui représente la quantité de rails employée pour remplacement, à chaque réparation, on constate immédiatement que la courbe de charbon suit très approximativement une parallèle à la courbe des distances parcourues par les trains et les locomotives, tandis qu’elle s’écarte constamment de la ligne des consommations des rails, depuis 1877, laquelle va en descendant rapidement vers l’axe. Chaque consommation, par nature de rails, comporte dans le 4e diagramme un tracé spécial et séparé, et un tracé supérieur, réunissant la consommation totale des deux espèces de rails. En 1868 la quantité de rails de fer et d’acier, nécessaire comme réparation, était en chiffres ronds de 16 400 tonnes; elle s’est élevée à son maximum, en 1876, alors que, depuis 12 mois, on avait supprimé complètement l’emploi des rails en fer, et ce maximum a atteint, en 1876, 31 391 tonnes ; le chiffre annuellement requis pour les réparations de voie, à l’état normal, n’est plus que de 11 600 tonnes.
- Pour bien comprendre les conclusions que l’auteur donne pour la ligne en question, il est nécessaire d’indiquer qu’en pratique, l’ensemble des lignes principales de la ligne London and North Western y est réparée actuellement et exclusivement avec des rails d’acier, tandis que, dans le cours des années précédentes, on ne plaçait des rails d’acier que lorsque ceux de fer étaient hors d’usage, à l’exception de quelques embranchements où les rails de fer placés dès l’origine servent encore et n’ont pas encore fini leur période d’usure.
- Ceci dît, il est probable que la période d’un minimum de consommation de rails d’acier se trouve maintenent atteinte, et que, par suite, s’il y a un accroissement de ce chef, il sera certainement dans des proportions bien moins rapides que celles qui ont été atteintes en 1876. C’est cette diminution, relativement grande, de la consommation de rails d’acier pour le compte de la ligne de London and North Western Railway, qui sans doute permet d’expliquer en partie la dépréciation correspondante du marché des rails que l’on constate, et l’auteur à ce sujet entre dans quelques réflexions, qui, par leur caractère local et spécial, n’ont d’intérêt que pour le fabricant anglais. Il termine par*quelques considérations sur les parties et traverses en acier, dont la fabrication, d’après lui, relèvera le marché prochainement.
- (lron.)
- Le Gérant : J.-H. Ginestou.
- Paris. — Typ. G. Chamerot, 19, rue des Saints-Pères. — 2172G.
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- 86e ANNÉE.
- Quatrième Série, Tome II.
- NOVEMBRE 1887.
- BULLETIN
- DR
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- AGRICULTURE
- Rapport fait par M. Lavalard, au nom du Comité dé agriculture, sur les études agricoles de M. Si.mon.\i.\, vétérinaire.
- M. Simonnin, vétérinaire, actuellement juge de paix à Maiche, département du Doubs, a adressé à la Société d’Encouragement pour l’industrie nationale, en 1886, un mémoire sur la question d’agriculture que la Société avait mise au concours : « Etude sur l’agriculture et l’économie rurale d’un département. » Le dossier se compose de :
- 1° Un tableau représentant la carte géographique et agricole du département du Doubs, avec 47 photographies des principales variétés chevalines et bovines peuplant le département ;
- 2° Un mémoire manuscrit ou étude sur l’agriculture, la multiplication et L’amélioration des gros animaux domestiques dans le département;
- 3° Une notice explicative de la carte zootechnique et agricole ;
- 4° Et enfin une brochure publiée en 1871 sur l’agriculture et l’élevage dans le département. Cette brochure est distribuée gratuitement aux cultivateurs de la région.
- Ce dossier, remis à notre collègue M. Risler, a été reconnu ne pouvoir concourir dans les conditions demandées par l’auteur. C’est pourquoi il m’a été confié en 1887, et j’ai l’honneur de venir vous rendre compte de mon examen.
- J’analyserai successivement les brochures, qui composent l’envoi de M. Simonnin.
- Le Traité d’agriculture et de l’élève des principaux animaux domestiques dans le département du Doubs et les départements limitrophes a été imprimé en 1871, et a valu à son auteur une récompense consistant en Tome II. — 86e année. 4e série. — Novembre 1887. 60
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- AGRICULTURE.
- NOVEMBRE 1887.
- line médaille d’argent grand module, et à une inscription spéciale au procès-verbal de la Société départementale d’agriculture du Doubs, dans sa séance du 14 décembre 1869.
- Ce mémoire commence par l’étude de la topographie, du système cultural, de l’influence des sociétés savantes sur le progrès agricole dans le département du Doubs. Il passe ensuite en revue les plantes qui croissent le plus communément dans les prairies naturelles de cette partie de la France.
- Le chapitre II, qui a pour titre Du cheval, donne l’historique et l’origine du cheval de la Franche-Comté, qui,-d’après l’auteur, possédait, comme tant d’autres provinces, une race chevaline parfaitement uniforme et bien caractérisée, appelée race comtoise.
- La statistique des chevaux du département démontre :
- qu’en 1823 ce dernier possédait......... 16 743 tôles.
- 1828 — — ............. 26 090 »
- 1836 — — ............. 19 563 »
- 1852 — — ........ 23 241 »
- 1838 — — ............. 17 906 »
- 1862 — — .............18 501
- 1869 — — 21200 »
- L’auteur donne les caractères des chevaux de la Franche-Comté au siècle dernier.
- Le signalement du cheval comtois donné parles auteurs anciens est celui-ci : taille moyenne, os du bassin saillants, croupe avalée, courte, plate, queue attachée bas, tête forte, oreilles longues, encolure grêle, épaules plaquées, garrot bas, membres forts, jarrets larges un peu coudé, pieds bons, un peu grands, robe généralement rouanne ou baie.
- Tel était le cheval comtois, parfaitement approprié au service du trait lent et dont quelques-uns pouvaient courir et servir aux exigences des messageries et du train des équipages, selon l’attention qu’on avait donnée à l’élève.
- Dans le Jura surtout et le Doubs, où les fourrages sont abondants, il était plus étoffé, et certaines variétés se rapprochaient beaucoup des types flamands et picards.
- Ne serait-ce pas à ces types ou variétés qu’appartenaient les chevaux dit de Châ-tillon (village seigneurial situé près de Saint-Hippolyte), si renommés dans le pays par leur bonté? Cette variété est aujourd’hui perdue. Une autre variété, caractérisée par une croupe double horizontale, carrée, les hanches saillantes, existe encore du coté du Russey en allant sur Morteau.
- Dans le Doubs, sur les montagnes bordant la Suisse, nous possédions une autre race dont quelques sujets se rencontrent encore assez bien conservés aujourd’hui.
- Ces chevaux, désignés sous la dénomination de Délémonts, Yaudets, ont une taille généralement inférieure à la précédente, variant de tm,48 à lm,58, conformation
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- arrondie, agréable à l’œil, croupe double avalée, hanches peu saillantes, queue attachée bas, côtes arrondies, garrot généralement mieux sorti que dans la race comtoise, encolure assez musclée, tête petite et bien portée, oreilles courtes, œil vif, aplomb bon, canon un peu grêle, robe baie ou grise.
- Ces chevaux possèdent beaucoup d’ardeur, et, sans être aussi bien proportionnés pour la course que le normand ou l’anglais, ont néanmoins une vitesse assez grande et conviennent parfaitement pour les voyages en montagne, où il faut de la force en même temps que de la vitesse.
- C’est surtout avec cette dernière race que le cheval de sang a laissé de bons produits ; mais comme elle manque de taille, les descendants pèchent par ce côté.
- Telles sont les deux races qui existaient il y a cinquante ans, en Franche-Comté, ou, pour être plus exact, dans le département du Doubs.
- L’auteur ajoute qu’avant la Révolution, la race comtoise était telle, qu’il vient de la décrire et uniforme dans la Franche-Comté. Elle se conservait ainsi par suite d’un système combiné d’encouragements aux propriétaires d’étalons et de bonnes juments poulinières, mais le libre exercice de toute industrie, accordé depuis, et les réquisitions considérables pendant nos longues guerres avec l’Europe ont fait naître l’idée des croisements qui ont abâtardi et perdu une partie des caractères du cheval comtois.
- Il constate que c’est en 1806 que le gouvernement essaya des améliorations par la création d’un dépôt d’étalons. Mais l’introduction d’étalons de race pur sang, demi-sang et percheronne ne donna pas de bons résultats, et c’est pour cette raison qu’on admit des étalons du pays, qui furent approuvés et autorisés par l’administration. M. Simonnin attribue donc la dégénération des chevaux dans le Doubs au croisement, à l’exportation des bons étalons, aux mauvaises conditions de l’élève du cheval, et à la plus-value de l’espèce bovine.
- Le département du Doubs produisant plus de chevaux qu’il ne lui en faut pour son usage, cette industrie est l’objet d’un commerce assez considérable avec les pays voisins, tels que la Suisse, l’Alsace, la Haute-Saône, le Jura, l’Ain et même le Nord, surtout autrefois, alors que la race comtoise, plus étoffée, acquérait dans ce dernier pays un développement qui la faisait confondre avec la race boulonnaise et picarde.
- Toutes les parties du département ne pratiquent pas l’industrie chevaline de la même manière; aussi le commerce varie-t-il selon que l’on envisage l’une ou l’autre des zones.
- La haute montagne fait naître et élève ; elle produit plus de poulains qu'il ne lui en faut; aussi approvisionne-t-elle, ou du moins fournit-elle, aux foires d’automne, à la moyenne montagne et à la plaine, à l’Alsace et à la Suisse, beaucoup de poulains et pouliches âgés de six à huit mois, qui sont vendus à des prix qui varient de 100 à 300 francs la tête.
- Elle garde encore un assortiment assez important de poulains et de pouliches pour
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- l’élevage; aussi fait-elle un important commerce de jeunes chevaux avec les pays que j’ai signalés. Ils sont vendus de 300 à 800 francs selon l’âge et la qualité.
- La moyenne montagne fait naître et élève aussi, mais le nombre des juments y est plus restreint que dans la première zone ; elle s’approvisionne, dans cette région, de jeunes poulains et de jeunes chevaux pour les élever et les revendre comme chevaux de service quand ils sont arrivés à l’âge de trois, quatre et cinq ans.
- La plaine, par suite de son système cultural, n’est pas dans de très bonnes conditions pour l’élevage du cheval; les pâturages y manquent. Aussi cette production y est-elle restreinte, relativement aux deux autres zones. Elle achète pour ses besoins, et môme pour le commerce, do jeunes chevaux dans les deux autres régions du département, dans le Jura et l’Ain.
- Ici l’auteur cite un tableau des transactions que le département a inspiré avec ses voisins de la Suisse, et il ajoute :
- Cet état que nous devons à l’obligeance de l’administration des douanes est l’expression de l’exacte vérité; il nous fait voir que notre commerce annuel avec l’étranger n’est pas très important et qu’en comparant les résultats en 1868 et 1862, l’influence du traité de commerce en notre faveur ou en notre défaveur est à peu près nulle. En 1867, l’importation aurait dépassé de 144 sujets l’exportation; mais, en prenant la moyenne des trois années, nous voyons que notre exportation excède l’importation annuellement d’environ 220 sujets de tout âge.
- Les transactions entre propriétaires du département sont considérables; à chaque foire il s’opère un échange de chevaux de différents âges et de diverses conformations. Le commerce que nous faisons avec les pays voisins est plus difficile à évaluer d’une manière exacte, car si l’on tient compte des affaires que les comptes rendus des foires donnent, on aurait évidemment des erreurs; nous nous baserons donc sur le nombre des naissances et sur l’état à peu près stationnaire du nombre des chevaux dans le département.
- Nous croyons pouvoir porter à environ 2 000 le nombre des chevaux, juments, poulains et pouliches vendus par le département.
- M. Simonnin, contrairement à ce qui est avancé par plusieurs zootechniciens, considère que l’industrie chevaline peut néanmoins être très lucrative dans sa région, et que par conséquent elle ne doit pas être négligée parles éleveurs; seulement les chevaux de trait sont ceux qui doivent plus spécialement donner des bénéfices aux cultivateurs.
- Abandonnant les méthodes de croisement, il voudrait que ce soit surtout par l’appareillement qu’on améliorât la race comtoise. Le procédé est simple, facile et peu dispendieux, mais bien long à donner des résultats. L’élevage du cheval de trait se trouve généralement bien de ce moyen d’amélioration.
- L’auteur traite ensuite des questions du choix des reproducteurs, de
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- l’âge auquel on doit soumettre les reproducteurs à l’accouplement, enfin des prix et primes à accorder dans les courses et dans les différentes épreuves qu’on fait subir aux chevaux. Mais, pour cette partie, nous analyserons plutôt son mémoire manuscrit qui se trouve être plus en rapport avec la situation actuelle.
- Dans cette partie, M. Simonnin traite à nouveau de la topographie et de la population du Doubs. Il indique les diverses cultures, en faisant connaître le nombre d’hectares ensemencés, d’hectolitres récoltés par hectare. Ces documents ont été puisés dans les statistiques fournies par le Ministère de l’agriculture. Il arrive enfin à parler de l’origine des différentes espèces animales, et reproduit une partie des théories professées dans ces dernières années par M. Sanson, S’occupant plus particulièrement du cheval comtois, il compare : 1° le caractère de la race franc-comtoise au temps de sa prospérité; époque qu’on ne peut fixer, mais antérieure à 1790.
- 2° Le signalement donné par les hippologues modernes des chevaux, des environs de Morteau, Russey et Maiche ;
- 3° Caractère actuel des chevaux du département avec photographies à l’appui.
- Il reprend alors les explications qu’il a données sur l’amélioration du cheval comtois, en divisant les hippologues qui se disputent le terrain, et qui s’efforcent de faire prévaloir leur opinion, en trois camps :
- l°Lesexclusivistes,qui, comme M. Sanson, pensent que la production n est pas à sa place dans le Doubs, et qu’il vaudrait mieux y renoncer pour consacrer les ressources fourragères aux animaux plus capables de 1ns utiliser ;
- 2° Les métisseurs, dans lesquels il comprend l’administration des haras et l’administration départementale.
- A. Les produits photographiés et représentés par les nos 25, 26 et 27 seraient ceux qui auraient été le plus réussis par le croisement des juments du pays avec les étalons de l’administration de l’Etat. L’auteur dit que :
- Sans être ni un chauvin ni un opposant systématique des croisements, il est facile de voir par nos photographies que la jument comtoise diffère tellement du cheval de race, que les sujets qui proviennent de ces alliances sont si décousus qu’ils semblent formés par la réunion de pièces n’ayant entre elles aucune proportion arithmétique ni géométrique, au point qu’ils sont de peu de valeur comme chevaux de selle et comme chevaux de trait léger. Avec la plupart des juments du pays, le cheval de race ne donne que de mauvais résultats; et nous ne pouvons nous empêcher de dire que si c’est par de tels produits qu’on croit améliorer la race comtoise, nous avouons ne rien connaître à la régénération chevaline.
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- B. L’opinion publique étant défavorable au système de l’administration des haras, le Conseil général décida en 1882 d’acheter des étalons de trait. Mais M. Simonnin considère que ce système est le pendant ou le corollaire de celui des haras, et il le repousse.
- 3° Les sélectionnistes. Ici l’auteur se range parmi ces derniers, parce que, pour lui, la sélection est le système rationnel, indiscutable, admis par les sommités scientifiques comme le plus favorable à l’amélioration chevaline en général, et, en particulier, du cheval de trait.
- C’est dans ce but qu’il a fondé la Société zootechnique, dont le siège est à Maiche, et il nous présente les photographies des nos 17, 18, 19 et 20, en tirant cette conclusion que la race comtoise offre des éléments pour sa régénération, et qu’il ne faut pas désespérer de la race du pays, dont les spécimens portent les nos 6, 8, 10, 11, 13, 14, 15, 16 et 22.
- La conclusion de l’auteur se trouve donc tout entière dans le paragraphe qui traite des fonds départementaux.
- Il est bien démontré aujourd’hui que c’est par la sélection des races qu’elles s’améliorent et se perpétuent; que « les règles de la production du cheval de trait, » écrit M. E. Gayot, ex-directeur de l’administration des haras, « se réduisent à celles d’une sélection éclairée, le choix judicieux des reproducteurs dans la race mère et l’abondance des aliments »;etM. André Sanson écrit aussi « que les effets de l’influence de l’administration des haras peut être qualifiée de pernicieuse; que, dans l’état actuel de la science, un tel mode d’intervention, étant en opposition avec les notions les plus élémentaires d’économie nationale, ne s ’améliore point : il se supprime purement et simplement comme il l’a été successivement pour toutes les autres branches de la production au grand bénéfice de la nation. »
- L’administration des haras embrasse et enserre la production chevaline dans son ensemble, soit en distribuant des sommes d’argent, soit en procurant aux éleveurs des étalons qui sont répartis sur divers points du territoire français, soit en leur fournissant des étalons qui leur sont vendus à l’amiable ou aux enchères.
- Le Conseil général du département, de concert avec cette administration, encourage ce dernier système. Il a consacré cette année (1885) 10 000 francs à l’achat d’étalons qui ont été revendus avec prime aux étalonniers, tandis qu’il n’a été alloué que 1 000 francs à la Société zootechnique.
- Il serait bien regrettable pour l’agriculture locale que les efforts des hommes dévoués à l’agriculture de ce pays, contribuant de leurs bourses et de leurs connaissances à l’amélioration chevaline du département par le seul système reconnu efficace par tous les hommes indépendants et pratiques, ne fussent pas secondés par l’administration et le conseil général au même titre que le système des croisements. Aussi nous prenons acte de la promesse faite par M. le sénateur Gaudy, le 7 septembre 1884, à Pontarlier, qui a dit : « Toute tentative d’amélioration de nos races d’animaux doit être encouragée. »
- Si les fonds consacrés aux croisements de la race chevaline comtoise avaient abouti
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- à procurer une ressource minime à la remonte de notre cavalerie, nous serions tout disposé à vanter et à prôner la méthode des haras ; mais tout le monde sait que les croisements n’ont donné aucune ressource à la cavalerie : pourquoi donc vanter de tels systèmes et y consacrer tant d’argent?
- Espèce bovine. — Les animaux de l’espèce bovine qui peuplaient autrefois la Franche-Comté étaient classés en deux types parfaitement distincts, connus sous la dénomination de race tourache et de race fémeline.
- La première se rencontrait depuis l’arrondissement de Gex jusqu’à celui d’Altkirch, en comprenant le Jura, la haute et la moyenne montagne du Doubs. La seconde occupait les plaines de la Haute-Saône et du Doubs.
- M. Simonnin rend compte qu’aujourd’hui les choses ont bien changé, que le bétail du département du Doubs, le seul qu’il étudie, appartient à l’espèce brachycéphale, race jurassienne, variété comtoise. Il tend à se transformer, à s’améliorer d’année en année, et à s’identifier dans tout le département.
- Ce qu’il importe de signaler, c’est que le bétail est plus fort, plus grand en montagne que dans la plaine, où il est sensiblement plus petit. Il va en augmentant de corpulence de la plaine à la moyenne montagne et de celle-ci à la haute montagne.
- Le taureau, quoique plus charnu, la tête et l’encolure plus fortes que chez la vache, en diffère peu dans toutes les variétés du département ; c'est sans doute pour cette raison qu’on désignait le bétail de ce pays sous le nom de race tourache. Aujourd’hui, dans les concours régionaux, il est classé sous le nom de race montbéliardaise. Le bétail de la montagne est-il compris dans cette dénomination ? Toutes choses égales d'ailleurs, le bœuf castré prend plus de développement et une taille plus élevée que le taureau.
- Le bétail de la plaine est représenté par les nos 29, 30, 31 et 32 et on le désigne communément sous le nom de bœuf de l’Ognon ; il serait le produit d’alliances de la race fribourgeoise ou de Seignelegier, avec le fémelin qui peuple la Haute-Saône.
- Le bétail de la zone teinte en jaune paille a moins de corpulence : il est plus petit, les formes moins accentuées qu’en montagne ; la robe varie du pie froment au pie rouge ; rarement, uniformément rouge, froment ou blanche. Ce bétail s’engraisse bien et donne une bonne qualité de viande : aussi est-il très estimé des herbagers du Nord. Le boeuf n° 32 pesait 800 kilos et a rendu 430 kilos de viande, c’est-à-dire 56 p. 100.
- La vache est peut-être un peu moins laitière que celle de la haute montagne.
- La variété de la haute et de la moyenne montagne se rencontre dans les zones teintes en vert clair et rose foncé. Elle ressemble beaucoup à la fribourgeoise et à la bernoise dont elle dérive. On désigne quelquefois ce bétail sous le nom de race de Seignelegier, probablement parce qu’on en importe beaucoup de cette localité de la Suisse et que les animaux des deux pays se ressemblent.
- Cette variété a une forte corpulence et la robe pie blanche et rouge ou froment, et quelquefois noire et blanche. Elle est représentée par les photographies nos33, 34, 35, 36, 37, 38, 39 et 40.
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- Le bétail de ces deux zones travaille assez bien et donne du lait en abondance lorsqu’il est bien nourri. Il s’engraisse aussi très bien et donne une viande de bonne qualité.
- Le spécimen n° 36 pesait 950 kilos sur pied et a rendu 550 kilos de viande : c’est-à-dire 57 p. 100.
- Ce bétail répond parfaitement à sa destination qui est le lait pour la fabrication de fromage dit de Gruyère et par son tempérament rustique, au climat rigoureux de ces régions. Nous ne pensons pas que le pays ait intérêt à introduire d’autre bétail plus délicat sous prétexte de lui donner plus d’aptitude à l’engraissement ou au lait. Le fémelin a été conseillé, mais il ne peut pas plus se conserver en montagne sans dégénérer, que le bétail de la montagne ne peut vivre dans la plaine sans perdre sa forte constitution.
- La Société départementale d’agriculture propose en ce moment la race Schwytz pour améliorer le bétail du département. Ce que nous savons à cet égard, c’est qu’elle a été introduite en Alsace où elle n’a pas réussi. Nous ne pouvons approuver cette tendance invétérée de croire qu’une race conservera chez nous les qualités qui la font rechercher.
- Nous ne dirons rien des fromageries dont M. Simonnin n’a parlé que jusqu’en 1871, et cela est regrettable, car il nous aurait dit les progrès réalisés par cette industrie agricole.
- Il en est de même des espèces ovine, caprine ou porcine.
- Si nous comparons la situation décrite par M. Simonnin dans son mémoire de 1871, avec les chiffres de statistique qu’on trouve dans le bulletin du Ministère de l’agriculture pour l’année 1885, on voit que la situation du département du Doubs ne s’est pas beaucoup modifiée.
- Espèce chevaline. .
- Espèce asine. . . .
- Espèce mulassière .
- Espèce bovine . . .
- Espèce ovine. . . »
- Espèce porcine. . .
- Espèce caprine. . .
- Tous les animaux, excepté les porcs, ont donc diminué dans ce département. Mais ceux surtout qui semblent avoir le moins gagné, ce sont les
- 23 241 existences en 1852
- 18 501 — 1862
- 20404 1885
- 730 — 1828
- 452 1885
- 138 — 1828
- 70 — 1885
- 123 585 — 1852
- 152 772 1862
- 140 870 — 1885
- 77 000 — 1852
- 67000 — 1862
- 45 141 — 1885
- 46 652 — 1862
- 47 352 — 1885
- 10 285 — 1862
- 6 580 — 1885
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- chevaux. 11 est à souhaiter que l’expérience, qui se poursuit en ce moment sur l’amélioration de la race par le croisement ou par la sélection, donne bientôt des résultats qui permettent aux éleveurs de reconnaître la voie qu’ils doivent suivre.
- Le dossier qui a été envoyé par M. Simonnin est très intéressant; il a demandé beaucoup de travail à son auteur. Mais il est regrettable qu’il n’ait pas jugé à propos de fondre à nouveau toutes ces notes en un seul mémoire qui aurait présenté une comparaison très utile aux agriculteurs de la Franche-Comté. Le Comité d’agriculture demande qu’une lettre de remerciements soit adressée à M. Simonnin, en le priant de continuer à communiquer le résultat de ses observations à notre Société, et l’insertion du présent rapport au Bulletin.
- Signé : Lavalard, rapporteur:
- Approuvé en séance le 28 octobre 1887.
- ARTS MÉCANIQUES
- Rapport fait par M. Édouard Simon, au nom du Comité des arts mécaniques, sur
- la MACHINE A LAINER, A CHARDONS MÉTALLIQUES ET A ÉNERGIE VARIABLE, de
- MM. Grosselin père et fils, constructeurs-mécaniciens, à Sedan, Ardennes.
- Messieurs,
- L’apprêt connu sous le nom de lainage consiste à recouvrir les entrelacements réalisés par le tissage, d’une couche duveteuse, empruntée aux fils mêmes et surtout à la trame, qui est toujours moins tordue que la chaîne. Ce garnissage, effectué tantôt à l’envers, tantôt à l’envers et a l’endroit, n’a pas seulement pour but d’améliorer l’aspect du tissu, mais de rendre l’étoffe moins perméable, d’en accroître l’épaisseur sans augmentation de poids.
- Jusqu’au commencement du siècle, le lainage était exclusivement pratiqué à la main, soit à l’aide du chardon naturel, dit chardon à cardes ou chardon de bonnetier, soit à l’aide d’autres plantes épineuses, ou parfois d’une peau de hérisson (1). Avec le développement [industriel se sont multipliées les machines à lainer, constituées habituellement par un ou plusieurs cylindres
- (1) Voir Traité du travail des laines, par M. Alcan, t. I, pp. 14 et suiv. ; t. H, pp. 261 el suiv.
- Tome IL — 86° année. 4e série. - Novembre 1887. Cl
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- horizontaux recouverts de chardons. En tournant au contact de l’étoffe (animée d’un mouvement de translation), ces tambours grattent le tissu, tirent à eux les filaments superficiels et les parallélisent. Sans entrer dans le détail des opérations qui nécessitent l’action progressive de garnitures neuves, puis de garnitures partiellement usées, l’intervention de l’eau pour humecter l’étoffe et faciliter le dégagement des fibres, le séchage, le nettoyage des chardons embourrés, etc., l’indication seule de ces manipulations, les emplacements nécessaires à l’étente et à l’emmagasinage des garnitures de rechange, expliquent comment les inventeurs se sont ingéniés à simplifier le lainage, à substituer notamment au chardon végétal un produit artificiel plus actif, plus résistant, moins coûteux d’entretien.
- Dès 1816, M. Auzoux-Dubois, de bouviers, prenait un brevet pour des chardons métalliques propres à remplacer le chardon végétal dont on se sert ordinairement pour lainer les draps; mais, ainsi que le remarque Michel Alcan dans son Traité du travail des laines, cette tentative et d’aufres ultérieures « demeurèrent sans succès, soit faute de persévérance de la part des inno-« vateurs, soit par suite de certains défauts des organes nouveaux, soit enfin a parce que les articles auxquels cette sorte de chardons convient le mieux, « n’existaient pas encore (1). » Le chardon métallique est une véritable garniture de carde, c’est-à-dire une plaque ou un ruban en cuir, en caoutchouc ou en tissu, dans lequel sont implantés des fils, souvent en laiton, repliés sous forme de crochet.
- Parmi les inventeurs qui ont amélioré la fabrication de ces garnitures et contribué à leur vulgarisation, il est juste de citer M. Nos d’Argence, dont la laineuse-velouteuse fut surtout appréciée vers 1867.
- La mode, en délaissant les lainages à poil debout, restreignit momentanément le rôle du chardon métallique; par contre, le grattage des tissus de coton donna lieu à de nouvelles applications. MM. Grosselin père et fils ont largement contribué au dernier résultat. La machine, que ces constructeurs soumettent aujourd’hui à l’examen de la Société d’Encouragement, convient à la fois au garnissage des tissus de laine cardée et de laine peignée et à l’apprêt des cotonnades de toutes épaisseurs. Précisément, les principales objections à l’usage du chardon artificiel reposaient sur le défaut d’élasticité de ce produit, sur la nécessité d’avoir des rechanges appropriés aux différents genres de tissus, rechanges qui renouvelaient les
- (i) Voir Traité du travail des laines, par M. Alcan, t. TI, p. 28G.
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- inconvénients des garnitures végétales sans en conserver les avantages.
- Depuis 1878, MM. Grosselin se sont consacrés à l’étude de la question et, après des tâtonnements inévitables, des essais nombreux, des perfectionnements successifs, ils ont résolu le problème comme suit : L’organe laineur est toujours un tambour horizontal, dont l’axe tourne à une vitesse de 140 à 150 tours par minute ; sur cet axe sont calés deux croisillons symétriques, qui portent, à la périphérie, un nombre égal de coussinets; chaque paire de coussinets reçoit un petit cylindre en fer creux, recouvert de chardon métallique et dénommé « travailleur ». Grâce à cette disposition, les travailleurs, au nombre de quatorze, participent au mouvement circulaire des croisillons et atteignent successivement la surface à lainer en cinq points déterminés par les rouleaux-guideurs du tissu.
- Si les travailleurs ne tournaient sur eux-mêmes que par l’effet de ces contacts répétés avec l’étoffe, l’action des garnitures demeurerait invariable et se bornerait au roulement du chardon métallique. Mais, aux deux extrémités des travailleurs, sont montées des poulies d’un diamètre supérieur (de 15 p. 100) au diamètre des garnitures. Des courroies sans fin enveloppent ces groupes de poulies situées de chaque côté de la machine et passent sur deux autres poulies portées par un arbre de renvoi. Le dernier peut être immobilisé ou bien tourner soit d’arrière en avant, soit d’avant en arrière, avec des vitesses variables. Dans ce but, l’arbre intermédiaire est muni d’un cône à cinq diamètres, claveté en regard d’un cône semblable, mais inversement placé sur l’arbre moteur.
- Lorsque l’arbre de renvoi est immobilisé, l’axe du tambour n’en tourne pas moins à la vitesse normale (140 à 150 tours); les travailleurs, entraînés dans le mouvement, glissent à l’intérieur des courroies fixes, uniformément tendues sur leurs poulies-galets et, par suite de cette friction, tournent en sens contraire des croisillons et du crochet de la denture. La différence entre la circonférence des galets et la circonférence des garnitures (égale à 15 p. 100) représente alors le rapport entre le chemin rétrograde on négatif parcouru par le chardon et le développement du tambour. En d’autres termes, le tambour fournissant 100 mètres dans l’unité de temps, les travailleurs développent 85 mètres et la différence 100 — 85 = 15 mètres indique le travail effectif des chardons métalliques. C’est ce que MM. Grosselin appellent Y énergie moyenne de la machine.
- Pour atténuer cette énergie, il suffit d’actionner les cônes de la commande intermédiaire au moyen d’une courroie droite, qui accélère la vitesse
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- des travailleurs dans la même direction que ci-dessus et réduit d’autant la différence indiquée. L’action des cardes serait complètement annulée si la vitesse négative des travailleurs devenait égale à la marche inverse du tambour.
- Pour augmenter, au contraire, l’action des organes lainenrs, il faut croiser la courroie des cônes de manière à diminuer la vitesse négative ou rétrograde des travailleurs, ce ralentissement se traduisant par une action plus intense de la garniture sur l’étoffe.
- En pratique, un écart de 2,5 p. 100 entre les développements du tambour et des travailleurs convient au grattage des étoffes légères ; une différence de 25 p. 100 est rarement dépassée pour les étoffes les plus fortes; les cinq diamètres des doubles cônes permettent d’établir, du minimum au maximum, une gradation régulière.
- Ajoutons que l’exécution matérielle de l’appareil, dont on a essayé d’indiquer l’ingénieuse combinaison, est particulièrement étudiée en vue d’assurer la régularité des transmissions de mouvement, d’éviter le glissement des courroies, réchauffement des tourillons.
- Les efforts des constructeurs ont comblé une importante lacune, la preuve en |est dans le nombre des machines vendues en France et à l’étranger. D’après un état fourni par MM. Grosselin, 292 laineuses pour cotonnades et pour draperie fonctionnent actuellement dans les principaux centres industriels d’Europe et aux États-Unis, de nombreuses commandes destinées à l’Angleterre, à l’Allemagne, à l’Autriche et à la Russie sont en cours d’exécution.
- En présence de faits aussi dignes de vos encouragements, le Comité des arts mécaniques vous propose, Messieurs, de remercier MM. Grosselin père et fils de leur très intéressante communication, et de voter l’insertion au Bulletin du présent rapport, avec les dessins nécessaires et une légende explicative.
- Signé : Édouard Simon, rapporteur.
- Approuvé en séance le il novembre 1887.
- LÉGENDE DES PLANCHES 17 ET 18 REPRÉSENTANT LA MACHINE A LAINER, A CHARDONS MÉTALLIQUES, DE MM. GROSSELIN PÈRE ET FILS.
- PL 17,fig. 1, élévation latérale.
- — — 2j coupe en élévation du côté opposé.
- PL 18, fig. 1, vue de face.
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- Nota. Les mêmes lettres désignent les mêmes organes sur les trois figures.
- A, tambour laineur portant les poulies de commande, fixe et folle, 1 et 2.
- t, t, t,... travailleurs (garnis de ruban de carde) au nombre de 14, entraînés dans le mouvement rotatif du tambour k.
- b, b, b, b,... petites poulies fixées aux deux extrémités des travailleurs t, t
- H, II, poulies clavetées aux deux bouts de l’arbre de renvoi, ou contre-arbre 3, et actionnant, par courroies, les petites poulies b, b... de chaque côté de la machine.
- C, G', cônes à cinq diamètres, ajustés en sens inverse sur l’arbre du tambour A et sur l’arbre 3.
- DD, leviers à contrepoids servant à assurer la tension des courroies MM sur les poulies b b,...
- MM, courroies de commande des travailleurs t, t,...
- m, m, galets tendeurs des courroies M,M.
- E, E, E,.... rouleaux d’entraînement du tissu.
- e, e, e,... petits rouleaux déterminant les cinq contacts du tissu avec le chardon métallique.
- F, embarrage du tissu à l’entrée.
- G, rouleau-frein.
- I, cylindre de chauffe (pour les tissus de coton).
- K, cylindre débourreur des travailleurs.
- P, appareil de pliage, à la sortie.
- T, tissu cheminant dans le sens indiqué par les flèches.
- N, X,... bâti en fonte.
- BIOGRAPHIE
- INAUGURATION DE LA STATUE DE NICOLAS LEBLANC
- Le 28 juin 1887, la statue de Nicolas Leblanc a été inaugurée dans la cour d’honneur du Conservatoire des Arts et Métiers. En présence d’une nombreuse assistance, elle a été remise à M. David Dautresme, ministre du commerce et de l’industrie, par le président du comité de patronage, M. Eug. Peligot, membre de l’Académie des Sciences.
- M. E. Peligot prononce le discours suivant :
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- BIOGRAPHIE.
- NOVEMBRE 1887.
- DISCOURS DE M. E. PELIGOT, MEMBRE DE l’aCADÉMIE DES SCIENCES
- Messieurs,
- Un comité se constituait, il y a quelques années, avec la mission d’élever un monument à la mémoire d’un célèbre inventeur, Nicolas Leblanc. Sa statue en bronze, dernière œuvre de ïfiolle, que la mort vient d’enlever à l’estime et à l’affection de tous les artistes, est érigée dans la cour d’honneur du Conservatoire des Arts et Métiers; elle porte sur son piédestal l’inscription suivante :
- NICOLAS LEBLANC
- NÉ EN 1742. ---- MORT EN 1806
- Extrait la soude du sel marin en 1790
- SOUSCRIPTION INTERNATIONALE 1886
- Au nom de ce Comité, j’ai l’honneur d’offrir ce monument à M. le Ministre du Commerce et de l’Industrie et de le remercier, en même temps, de la place qu’il lui a assignée dans notre musée de la science et des arts industriels.
- Un concours heureux de circonstances permettait d’ériger, il y a quelques mois, dans la même localité, la statue de Denis Papin. Celle-ci est due au ciseau de M. Aimé Millet. Cet éminent sculpteur avait mis la maquette de son œuvre, dont le bronze existe à Blois, à la disposition de la Chambre syndicale des mécaniciens, chaudronniers et fondeurs. Grâce à l’initiative de cette association, la statue de Denis Papin fait pendant à la statue que nous inaugurons aujourd’hui.
- Ainsi se trouvent personnifiés les deux plus grands faits industriels de notre époque, la machine à vapeur et l’industrie chimique. Denis Papin, le précurseur de Watt, est le représentant le plus autorisé de la mécanique; Nicolas Leblanc est le fondateur de l’industrie chimique. Les professeurs du Conservatoire sont fiers de l’hommage rendu à ces deux branches des connaissances humaines, la mécanique et la chimie, qui sont ici l’objet principal de leurs études et de leur enseignement.
- Une autre considération justifie la place attribuée à chacun d’eux; l’un et l’autre ont depuis longtemps leur nom écrit dans le martyrologe des inventeurs malheureux.
- La vie et les travaux de Nicolas Leblanc ont été retracés avec une éloquente émotion par son petit-fils, M. Anastasi. Malgré la cécité qui l’a frappé au milieu de la carrière d’artiste qu’il parcourait avec une grande distinction, M. Anastasi a recueilli et mis en lumière tous les documents qui intéressent la mémoire de
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- BIOGRAPHIE. --- NOVEMBRE 1887.
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- son aïeul. C’est à son active propagande, nous devons le proclamer bien haut, qu’appartient la plus grande part du succès de notre entreprise.
- Une autre notice, ayant pour titre : Nicolas Leblanc et la soude artificielle, a été publiée avec une compétence indiscutable par M. le sénateur Scheurer-Kestner; son auteur est à la fois un grand industriel et un chimiste éminent. Membre actif et vice-président de notre Comité de patronage, M. Scheurer-Kestner s’était chargé de reproduire dans cette séance les titres de Nicolas Leblanc à la reconnaissance publique, Une absence momentanée l’oblige, à son grand regret, à décliner cette tâche et c’est à votre grand regret, assurément, que je suis contraint de le remplacer.
- Les circonstances dans lesquelles est née la soude tirée du sel marin se rattachent aux premières années de notre première Révolution. La France, attaquée de toutes parts et mise au banc des nations, est privée des matières nécessaires à sa défense et à son industrie; parmi elles se trouve la soude naturelle qui nous venait d’Espagne, pour une somme d’environ trente millions.
- Les sels de soude sont la base de la fabrication des savons, des glaces, du verre à vitres, etc. La ruine de plusieurs de nos grandes industries est imminente. Mais le patriotisme de nos pères et le génie d’invention propre à notre race écartent cette crise redoutable. Notre sol fournit bientôt les produits dont le blocus prive nos manufactures; le soufre de Sicile est remplacé par le soufre fourni par la distillation de nos pyrites; la production du salpêtre extrait des vieux plâtras est améliorée; la poudre à,canon est fabriquée par un procédé rapide, dit le révolutionnaire; le métal des cloches est affiné; l’alun, qui nous venait de Rome, est remplacé par l’alun provenant de nos schistes bitumineux. Enfin la soude est extraite des eaux de la mer. Quinze ans plus tard, un autre blocus donnait naissance à l’industrie du sucre de betteraves, cette grande conquête de l’agriculture moderne, et, en même temps, cette puissante mamelle de l’impôt.
- De ces créations, la plus importante, la plus vivace est, sans nul doute, la fabrication de la soude artificielle. Dans un rapport mémorable fait en 1883 à l’Académie des sciences dans le but d’ouvrir la souscription pour la statue de Nicolas Leblanc, notre illustre secrétaire perpétuel, M. J.-R. Dumas, s’exprime ainsi :
- « Les deux grandes nouveautés économiques du siècle sont la machine à va-« peur et la soude artificielle. Les deux inventeurs les plus féconds, James Watt « et Nicolas Leblanc... S’il s’agissait d’ouvrir un concours et de reconnaître quel « est celui des deux inventeurs dont l’influence a été la plus considérable dans « l’accroissement du bien-être de l’espèce humaine, on pourrait hésiter : toutes « les améliorations touchant aux arts mécaniques dérivent, il est vrai, de la ma-« chine à vapeur ; mais tous les bienfaits se rattachant aux industries chimiques
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- BIOGRAPHIE.
- NOVEMBRE 1887.
- « ont trouvé leur point de départ dans ]a fabrication de la soude extraite du sel « marin (1). »
- La production de la soude par le procédé de Leblanc était en 1882 de 545550 tonnes, auxquelles il faut ajouter 163255 tonnes fournies par le procédé dit à T ammoniaque ; ces quantités ont notablement augmenté depuis cette époque, surtout pour ce dernier procédé qui, lui-même, doit son existence à la découverte de Leblanc.
- En dehors de cette immense production, qui représente annuellement 700 à 800 millions de kilogrammes de soude, on doit à cetté même découverte la fabrication si considérable de l’acide sulfurique, de l’acide chlorhydrique et du chlorure de chaux. On peut dire que toutes les industries modernes sont tributaires de la soude et des produits accessoires qui dérivent de sa fabrication. Le grand parti que l’agriculture tire de l’emploi des superphosphates n’a sa raison d’être que dans l’abondance et le bon marché de l’acide sulfurique. Un inventeur des plus autorisés, M. Michel Perret, auquel on doit l’emploi des pyrites pour la fabrication de cet acide, estime que sa consommation pour le traitement des phosphates calcaires dépassera bientôt celle des autres produits chimiques : c’est une véritable révolution agricole qu’il faut encore rattacher à la découverte de Nicolas Leblanc.
- L’idée d’extraire la soude de l’eau de mer remonte, d’ailleurs, à une époque déjà bien éloignée de nous. Un prix extraordinaire, dit de Yalcali, fondé parle roi Louis XYI, devait être proclamé à la Saint-Martin de l’année 1783. Le programme de ce prix, assez peu connu, était formulé dans les termes suivants :
- « Le Roi, désirant augmenter dans son royaume la fabrication des sels alcalins et procurer à ses sujets de nouvelles lumières sur une opération si importante pour le commerce, a jugé utile, par une lettre au Ministre des finances, de charger l’Académie des sciences de proposer ce prix et de le juger. »
- « La question posée est la suivante : Trouver le procédé le plus simple et le « plus économique pour décomposer en grand les sels de mer, en extraire l’al-« cali qui lui sert de base, dans son état de pureté, dégagé de toute combinaison « acide ou neutre, sans que la valeur de cet alcali minéral excède le prix de celui « qu’on tire des meilleures soudes étrangères (2). »
- Ce prix était de 2400 livres. Il n’a point été décerné, bien qu’il ait été successivement remis en 1785 et en 1788; l’Académie des sciences était d’ailleurs supprimée en 1793; mais ce programme de prix a donné lieu à de nombreuses et persévérantes recherches, au nombre desquelles étaient très probablement celles qui ont été entreprises par Nicolas Leblanc.
- (1) Rôle historique de la découverte de la soude artificielle extraite du sel marin, par M. Dumas. Comptes rendus de l’Académie des sciences, tome XCV1I, page 209.
- (2) Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la République des lettres depuis 1762, tome XX11I, page 256.
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- Ces recherches étaient conservées secrètes par leurs auteurs; mais en l’an deuxième de la République, à la suite d’un mémoire présenté par Carny, le Comité de Salut public prenait l’arrêté suivant :
- « Considérant que la République doit porter l’énergie de la liberté sur tous les objets qui sont utiles aux arts de première nécessité, s’affranchir de toute dépendance commerciale, et tirer de son sein tous les objets que la nature y dépose, comme pour rendre vains les efforts et la haine des despotes et mettre également en réquisition, pour l’utilité générale, les inventions de l’industrie et les productions du sol;
- « Il arrête, entre autres, que tous les citoyens qui ont commencé des établissements ou qui ont obtenu des brevets d’invention pour retirer la soude du sel marin sont tenus, même dans le cas où ils se proposeraient de donner à ces établissements toute l’extension dont ils sont susceptibles, de faire connaître à la commission, dans deux décades, la situation de ces établissements; la quantité de soude qu’ils mettent dans le commerce; celle qu’ils pourront fournir et l’époque à laquelle ils pourront commencer leurs fournitures. »
- De nombreux inventeurs répondirent à cette invitation. L’examen des douze procédés qu’ils présentèrent fut fait par une commission composée do Lelièvre, Pelletier, Darcet et Alexandre Giroud. Dans un remarquable rapport publié en l’an III, par ordre du Comité, les commissaires décrivent avec détail les divers travaux qui leur avaient été soumis. Ils n’hésitent pas à considérer le procédé Leblanc comme étant celui qui peut être généralement adopté; voici la description qu’ils en donnent : .
- « Ce procédé, dont le citoyen Leblanc est l’auteur, consiste à décomposer le sel marin ou muriate de soude par l’intermède de l’acide sulfurique. Cette première opération donne du sulfate de soude ou sel deGlauber, c’est ensuite ce sel de Glauber qu’il faut décomposer à son tour en chassant l’acide sulfurique, de manière que la base du sel marin ou la soude demeure libre. C’est à quoi l’on est parvenu par le moyen de la craie lavée et du charbon. »
- Il est établi que la découverte de Leblanc remontait déjà à plusieurs années; en effet, en 1790, Leblanc déposait chezM0 Brichard, notaire de Paris, un paquet cacheté contenant la description de son procédé. En 1791, il prenait l’un des premiers brevets d’invention délivrés en vertu d’une loi toute récente. Déjà connu par quelques travaux scientifiques, Leblanc avait eu pour maître Darcet, professeur du Collège de France; il était médecin et maître en chirurgie, et c’est à ce titre qu’il était attaché à la maison du duc d’Orléans.
- Pour mettre sa découverte en exploitation, l’inventeur s’adresse à ce prince qui, après avoir pris l’avis de Darcet, met à sa disposition la somme nécessaire pour établir la première manufacture de soude artificielle. Un acte d’association, en date du 27 janvier 1791, est formé entre Leblanc, Dizé et Schée. Ce dernier Tome II. — 86e année. 4e série. — Novembre 1887. 62
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- représente le duc d’Orléans. Cette fabrique est fondée à Franciade (Saint-Denis) ; elle produit par jour 250 à 300 kilogrammes de soude; ces quantités sont bien minimes quand on les rapproche de celles que produisent aujourd’hui les fabriques de soude les moins importantes; elles indiquent toutefois que le procédé est en pleine activité et qu’il fournit, dès cette époque, des résultats réguliers.
- Mais cette prospérité ne doit pas durer; après la mort du duc d’Orléans, en 1793, l’usine est mise sous séquestre, comme faisant partie des propriétés de ce prince. C’est dans cette même année que le Comité de Salut public engage les citoyens à sacrifier à la patrie en danger les procédés dont ils ont le secret. A cet appel, Schée, l’associé de Leblanc et de Dizé, dans une belle lettre en date du 13 pluviôse an If, s’empresse de renoncer à ses droits sur les produits de l’association. « Je viens de lire, dans la feuille intitulée le Moniteur, en date d’hier, que tous les républicains, possesseurs de quelques secrets ou procédés pour la fabrication de la soude par la décomposition du sel marin, étaient invités à en faire part au Comité de Salut public, section des armées, parce que la patrie pouvait en retirer des avantages précieux pour ses moyens de défense. J’imagine que tu es parfaitement au fait de cette affaire et ton patriotisme t’aura suggéré sur-le-champ, j’en suis sûr, le sacrifice de ton secret, fruit de tes longues et laborieuses recherches.
- « Néanmoins, réfléchissant que ta délicatesse pourrait te présenter quelques scrupules dans l’entreprise de la fabrication de la soude, je m’empresse de t’assurer pour ma part que, de tout mon cœur, je consens et même t’invite, s’il en était besoin, à révéler à la nation tout ce que tu sais sur cet important objet. Je suis persuadé que le citoyen Dizé trouvera dans son civisme tous les motifs nécessaires pour approuver cette démarche ; au reste, tu es à portée d’en conférer avec lui. Mais quant à ce qui regarde mon intérêt, je m’en rapporte entièrement à tout ce que te dicteront ta prudence et ta probité.
- « Je fais des vœux bien sincères pour que ton secret ait la gloire de contribuer d’une manière grande et efficace au salut de la patrie. »
- A dater du rapport de la commission nommée par le Comité de salut public, le procédé deLeblanc, rendu public, donne lieu à la création de nombreuses usines; mais son auteur est ruiné; l’usine de Saint-Denis est abandonnée; son matériel et ses produits sont vendus. C’est en vain que la fabrique lui est restituée en 1801 et que quelques secours, absolument insuffisants, lui sont accordés à diverses époques. Leblanc est aux prises avec la misère ; découragé et impuissant à arracher sa famille à la détresse qui l’accable, il se suicide au commencement de l’année 1806.
- Bien que nous n’ayons à parler ici que de la découverte du procédé de fabrication de la soude extraite du sel marin, nous ne devons pas oublier les autres titres de Leblanc à la reconnaissance publique. On lui doit d’intéressantes études sur le nickel; sur les matières fertilisantes etrutilisation des eaux vannes comme
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- engrais; sur l’industrie de la soude et la purification de son carbonate; sur la cristallotecfinie : tous les chimistes connaissent les cristaux nourris par le procédé Leblanc. Administrateur habile, Leblanc a rempli avec succès diverses missions qui lui ont été confiées. En 1792, il était administrateur du département delà Seine etcommissaire pour l’amélioratiori del’arsenal. En 1794, il devint régisseur des poudres et salpêtres. Ce sont les seules fonctions rétribuées qu’il ait remplies.
- Dans les actes notariés concernant la mise en pratique du procédé de fabrication de la soude factice, le nom de Dizé est associé à celui de Leblanc. A diverses reprises, des revendications ont été faites en faveur de Dizé, ancien pharmacien des hôpitaux. En 1856, à la suite de nouvelles? réclamations faites simultanément par les enfants de Leblanc et par les héritiers de Dizé, un rapport, demandé par le gouvernement, a été fait àTAcadémie des sciences par sa section de chimie (1). Dans ce document officiel, le rapporteur, M. Dumas, à la suite d’une enquête minutieuse, met en évidence les droits de Leblanc à la découverte du procédé industriel de la fabrication de la soude artificielle, sans méconnaître, toutefois, ceux de Dizé en ce qui concerne les indemnités pécuniaires auxquelles l’association pourrait prétendre. Il paraît établi que Dizé apportait à celle-ci un procédé de préparation du blanc de plomb qui consistait à décomposer par l’acide sulfurique l’azotate de ce métal.
- Il me reste à faire connaître les conditions dans lesquelles s’est accomplie l’œuvre de réparation à laquelle le comité de patronage s’est associé. Il y a plus de trente ans, Thénard proposait d’élever par souscription un monument en l’honneur de Nicolas Leblanc. Ce projet était repris, en 1883, par M. J.-B. Dumas, sous les auspices de l’Académie des sciences. M. Dumas informait cette Académie qu’un comité venait de se former dans le but d’élever à Issoudun une statue à l’inventeur de la soude artificielle. La chambre consultative des Arts et Manufactures et le Conseil municipal de cette ville sollicitaient le concours des industriels et des savants de tous les pays pour honorer, par ce suprême hommage, l’un des plus utiles enfants du Berry. La souscription était sous le patronage d’un comité que présidait M. Dumas, et qui comptait dans son sein un grand nombre de membres de F Académie des sciences (2).
- Mais la fatalité, qui avait accablé Nicolas Leblanc pendant sa vie, devait aussi poursuivre sa mémoire. Le comité perdait son illustre président, M. Dumas;
- (1) Rapport relatif à la découverte de la soude artificielle. Comptes rendus de l’Académie des sciences, tome XLII, page 553.
- La section de chimie était alors composée de Thénard, Chevreul, Dumas, Pelouze, Régnault et Ralard.
- (2) MM. Becquerel, Berthelot, Boussingault, Gahours, Chatin, Daubrée, Debray, Faye, de Freycinet, Frémy, Friedel, Hervé Mangon, Jamin, baron Larrey, de Lesseps, Levasseur, Frédéric Passy, Pasteur, Peligot, Rolland, Schlœsing, baron P. Thénard, Wurtz, faisaient partie de ce comité.
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- d’autre part, contrairement au dire de tous les biographes, Nicolas Leblanc n’est pas né à Issoudun. Les patientes recherches de M. Anastasi ont permis de retrouver son acte de naissance qui n’est autre qu’un acte de baptême, attendu qu’à l’époque à laquelle il remonte, les actes de l’état civil n’existaient que dans les paroisses.
- Nicolas Leblanc est né le 6 décembre 1742 à Yvoy-le-Pré, arrondissement de Sancerre, dans la partie du Berry qui appartient au département du Cher. On lui avait attribué, par erreur, un acte de 4753 d’un nommé Jacques-Nicolas Blanc, né à Issoudun, dans le département de l’Indre. Ces deux localités, qui font partie de l’ancienne province du Berry, sont d’ailleurs proches l’une de l’autre.
- Dans ces nouvelles conditions, la tâche du comité de patronage se trouvait modifiée ; mais ses membres ont considéré comme un devoir de continuer l’œuvre entreprise par M. Dumas; des savants illustres et de grands industriels anglais, allemands et belges ont bien voulu s’adjoindre au comité français. Celui-ci m’a honoré des fonctions de président, en souvenir sans doute de mon affection pour mon vénéré maître M. Dumas ; il nommait, en même temps, comme vice-présidents, MM. Scheurer-Kestner et Michel Perret, et comme secrétaire M. Arthur Petit, ancien secrétaire du comité d’Issoudun, sa ville natale. Une commission administrative, composée de MM. Anastasi, Armengaud et Petit, s’occupait avec autant de zèle que de succès de tous les détails concernant la souscription et l’exécution du monument.
- Le comité de patronage avait à déterminer la localité dans laquelle devait être érigée la statue du célèbre inventeur. Il a hésité entre la ville de Bourges, Nicolas Leblanc étant un enfant du Berry; la ville de Saint-Denis dans laquelle avait été établie la première fabrique de soude, et le Conservatoire des Arts et Métiers. Sur ma proposition, il a choisi cet établissement. Il lui a semblé qu’à côté des nombreux spécimens d’invention accumulés dans les galeries du Conservatoire, l’image des hommes utiles ou illustres avait une place tout indiquée. De plus, en 1802, Nicolas Leblanc, dans sa détresse, recevait de Molard, directeur du Conservatoire, un accueil qui lui permettait de continuer les recherches scientifiques qu’il avait entreprises. De plus encore, son fils, artiste distingué, a créé, au Conservatoire, l’enseignement du dessin industrie] dont il a été le plus habile promoteur.
- Grâce au concours des uns et des autres, la souscription a reçu un accueil qui a bientôt permis au comité de patronage d’accomplir l’œuvre qu’il avait entreprise. Le comité a le devoir de remercier tous les souscripteurs, au nombre d’environ cent soixante, en son nom et au nom de M. Anastasi, que l’état de sa santé empêche d’assister à cette cérémonie ; il est particulièrement reconnaissant envers M. Molz, le fondeur de la statue, pour les soins qu’il a apportés à la repro-
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- duction en bronze de l’œuvre remarquable de son ami Hiolle. Il remercie également M. le colonel Laussedat, notre directeur; M. l’ingénieur Masson, M. l’architecte Ancelet, qui ont prêté leur plus actif concours à l’installation du monument.
- Tout en prenant part à notre souscription, plusieurs savants et grands industriels étrangers ont bien voulu faire dans leur pays une active propagande en faveur de notre œuvre. En Angleterre, nous avons eu le concours de sir Roscoe et de M. Walter Weldon, de la Société royale de Londres. M. Weldon, que la mort vient d’enlever à la science et à la grande industrie chimique, est l’auteur d’un procédé de régénération du manganèse qui abaisse d’une manière sensible le prix de revient des produits dérivés du procédé de Leblanc; nous avons eu également l’initiative empressée de M. le colonel Gamble, qui dirige à Sainte-Hélène, dans le Lancashire, une grande fabrique de produits chimiques. M. le colonel Gamble a réuni en Angleterre quarante-deux souscriptions, et nous a envoyé une somme d’environ douze mille francs. On sait qu’avec le sel marin exempt de droits et la houille à bon marché, l’Angleterre est le pays qui a le plus profité du procédé Leblanc.
- En Belgique, nous avons à signaler la part prise par M. Solvay, qui exploite avec grand succès le procédé dit de la soude à l’ammoniaque. La découverte de ce procédé appartient à MM. Schlœsing et Rolland; mais les améliorations dues à M. Solvay ont rendu ce procédé tellement pratique que le prix des sels de soude a considérablement baissé en même temps que leur qualité s’améliorait. Néanmoins, les deux méthodes rivales peuvent, quant à présent, vivre en bonne intelligence ; le vieux procédé Leblanc fournit à meilleur compte la soude caustique, l’acide chlorhydrique, le chlore, le chlorure de chaux, et l’emploi de ces matières premières devient chaque jour plus étendu. Inspiré par un sentiment de reconnaissance de bon goût, M. Solvay occupe la première place parmi nos adhérents les plus généreux.
- En Allemagne, nous pouvions compter sur le concours sympathique du célèbre professeur Hoffmann, qui, en maintes occasions, avait rendu justice à la découverte de Nicolas Leblanc. Ce concours ne nous a pas fait défaut. Au nombre des dix souscripteurs allemands, nous avons à citer M. Hassenclever, l’éminent directeur de la grande fabrique de produits chimiques la Rhenania.
- Plus de la moitié des sommes reçues viennent de l’étranger; elles impriment à notre œuvre un caractère essentiellement international.
- En ce qui concerne la souscription française, nous ne pouvons citer que quelques noms.
- Nous avons reçu l’offrande de nos principales fabriques de soude : la Société de Saint-Gobain; les établissements de Maletra, à Rouen; ceux de Salindres; la Société anonyme des Salins de l’Est.
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- Nous devons mentionner la souscription de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale. On sait que, pour venir en aide à Nicolas Leblanc, cette Société, fondée en 1801, lui allouait dès l’année suivante, à titre de secours, une somme de deux mille francs, fruit de ses premières économies.
- Le Conseil municipal et la Chambre de commerce de Paris, les Chambres de commerce de Lille, de Saint-Quentin, de Rouen, de Marseille, la Chambre consultative des arts et manufactures d’Issoudun ; la Société des ingénieurs civils ; Mme et M1Ie Salomon de Rothschild; MM. Menier frères; M. Michel Perret;M. Pe-chiney, ont également pris une part importante à la souscription (1).
- Le comité de patronage a désormais accompli la mission qu’il s’était donnée : en remettant cette statue au gouvernement, il acquitte une vieille dette de reconnaissance envers un grand citoyen ; il a, de plus,, le droit de considérer ce monument comme un hommage rendu à la science et à l’industrie française.
- Ce discours, rempli d’intérêt, est très favorablement accueilli par l’assistance.
- M. Dautresme, ministre du Commerce et de l’Industrie, a pris ensuite la parole en ces termes :
- DISCOURS DE M. LE MINISTRE DU COMMERCE ET DE l’ïNDUSTRIE.
- Messieurs,
- On a reproché souvent à notre époque d’élever trop de statues ; personne, j’en suis convaincu, n’adressera une pareille critique à celle que nous inaugurons aujourd’hui.
- Dans son éloquent discours, M. Peligot vous a dit quel était l’homme dont elle reproduit l’image, il vous a raconté sa vie laborieuse, ses recherches incessantes et l’admirable découverte qui les couronne et les domine toutes. Je n’ai rien à ajouter à son récit, il est complet.
- Nicolas Leblanc était de la race de ces inventeurs opiniâtres qui sont victimes de leur génie et font la fortune de tout le monde, excepté la leur. Son invention de la soude artificielle a créé d’immenses richesses. Lui seul est demeuré pauvre et, après avoir traversé les plus rudes épreuves, après avoir connu toutes les souffrances qu’il est permis d’éprouver, même celle de la faim, il s’est jeté dans la mort afin d’y trouver le repos que ne lui avait pas donné la vie. Quoi de plus
- (1) Une médaille commémorative, œuvre d’un très habile graveur, M. Dupuis, doit être adressée à chacun des souscripteurs.
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- lamentable et quoi de plus banal? L’histoire de Nicolas Leblanc n’est-elle pas l’histoire de la plupart des inventeurs, celle de Denis Papin, à qui l’an dernier vous rendiez ici même un solennel hommage ?
- Tous ont eu à subir l’ingratitude de leurs contemporains; c’est leur sort commun, et peut-être seraient-ils moins grands s’ils n’avaient pas été méconnus. Heureusement, la postérité se charge de réparer les injustices. Et, pour Nicolas Leblanc, quelle réparation pourrait être plus éclatante que celle à laquelle nous assistons en ce moment? -
- Ses admirateurs ont eu la pensée d’ériger un monument en sa mémoire. Divers emplacements s’offraient à leur choix : les uns proposaient la petite commune où il est né, d’autres la ville de Saint-Denis, où fut établie la manufacture sur laquelle il avait fondé tant d’espérances et qui causa sa ruine. II vous a paru que sa véritable place était dans la cour d’honneur du Conservatoire des Arts et Métiers; vous avez eu raison. A côté de Philippe de Girard, en face de Denis Papin, Nicolas Leblanc se trouve avec ses pairs. Au milieu de vous qui continuez avec tant d’ardeur ses traditions de science et de désintéressement, on peut dire qu’il est en famille.
- Il vous appartenait de prendre l’initiative de cette œuvre de justice ; je vous félicite de l’avoir accomplie. Elle ne constitue pas seulement une réparation légitime, elle prouvera aussi aux hommes que préoccupe l’étude des problèmes scientifiques que, s’ils sont exposés aux plus redoutables épreuves, ils sont assurés d’avoir un jour leur revanche et d’obtenir la gloire.
- À son tour M. Laussedat, directeur du Conservatoire national des Arts et Métiers, s’adresse à M. le Ministre du Commerce et de l’Industrie dans les termes suivants :
- DISCOURS DE M. LE COLONEL LAUSSEDAT.
- Monsieur le Ministre,
- L’un de vos prédécesseurs voulut bien, il y a dix-huit mois, m’autoriser à accepter l’offre qui m’était faite par le comité de souscription de la statue de Nicolas Leblanc d’ériger, au Conservatoire des Arts et Métiers, le monument destiné à perpétuer la mémoire du savant que l’on reconnaît aujourd’hui, un peu tardivement, comme le principal fondateur de la chimie industrielle.
- La place en quelque sorte désignée naturellement était l’un des angles rentrants de la cour d’honneur; toutefois, en l’adoptant, il fallait songer aussitôt à donner la place symétrique à une autre illustration française qui pût représenter
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- les arts mécaniques d’une manière aussi éclatante que Nicolas Leblanc représente les arts chimiques.
- En effet, si la chimie a fait, depuis un siècle, les admirables progrès qui ont contribué au bien-être général, on peut même dire, sans hésiter, au bonheur de l’humanité, la physique et la mécanique n’ont-elles pas réalisé, de leur côté, des merveilles que nos pères eussent à peine osé soupçonner. Seulement, à qui doit-on faire remonter l'initiative de ce mouvement prodigieux qui nous emporte sans que nous puissions, à notre tour, prévoir ce qui est réservé à nos enfants?
- Ce n’est pas à un homme seul, quelle que soit la puissance de son génie, qu’il convient de faire honneur de tout ce que nous voyons, de tout ce dont nous jouissons et qui est le fruit de tant de travaux, d’innombrables découvertes.
- Mais cette réflexion s’applique aussi bien au plus éminent chimiste qu’au physicien le plus sagace ou au mécanicien le plus ingénieux.
- La statue de Nicolas Leblanc mise à l’entrée des galeries du Conservatoire des Arts et Métiers doit donc être considérée comme un symbole proposé et par conséquent accepté par les chimistes.
- Les mécaniciens auxquels je me suis adressé pour obtenir leur concours à l’érection de la seconde statue qui devait décorer la cour de notre musée industriel ont ratifié le choix que je leur ai proposé de faire de la grande figure de Denis Papin ; ils ont considéré que la machine à vapeur était, sans contredit, l’agent le plus précieux, le plus puissant qui ait encore été mis entre les mains de l’homme, et ils ont accueilli avec un véritable enthousiasme le nom de l’immortel précurseur des Watt, des Fulton, des Stephenson, des Sauvage, des Séguin et de toute cette pléiade d’admirables inventeurs qui n’ont cessé de perfectionner son œuvre.
- Des circonstances particulièrement favorables, le patronage et l’intervention directe de la chambre syndicale des mécaniciens-chaudronniers-fondeurs, l’existence de la belle statue de Denis Papin faite pour la ville de Blois par Aimé Millet qui renonçait généreusement à ses droits d’auteur, le bienveillant concours de l’Etat qui ne nous a jamais fait défaut, nous ont permis de mener rapidement à bonne fin la seconde partie du projet d’embellissement de notre cour d’honneur.
- Vous venez, Monsieur le Ministre, consacrer par votre présence la réalisation de l’ensemble de ce projet qui achève do donner à la façade intérieure des galeries du Conservatoire un aspect digne de la réputation artistique de notre pays.
- Ce musée industriel, qui renferme tant de chefs-d’œuvre de l’intelligence humaine, qui résume les plus grandes découvertes de la science et de l’industrie, et que l’on pourrait, sans la moindre exagération, appeler le Panthéon des inventeurs, ne pouvait recevoir à son seuil deux images plus expressives que celles de ces deux grands hommes,de ces deux grands Français, Denis Papin et Nicolas Leblanc.
- Permettez-moi, Monsieur le Ministre, en recevant celle de Nicolas Leblanc des
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- mains de mon cher et illustre collègue M. Peligot, président du comité de souscription, de le remercier et de le prier de remercier les chimistes français et étrangers qui se sont associés à l'œuvre de J.-B. Dumas, devenue la sienne.
- Permettez-moi aussi, Monsieur le Ministre, de vous remercier vous-même de l’éclat que vous avez donné à cette cérémonie en venant la présider.
- Laissez-nous espérer que cette visite ne sera pas la dernière et que vos autres grandes préoccupations ne vous feront pas oublier cet établissement dont vous connaissez la légitime influence et la grande popularité, et que nous pouvons aujourd’hui, plus que jamais, après l’avoir placé sous l’invocation de Papin et de Leblanc, qualifier de sanctuaire de la science industrielle, l’une des premières, sinon la première entre toutes celles qui doivent assurer le règne de la démocratie.
- ARTS MÉCANIQUES
- EXTRAIT n’iINE NOTE SUR LES CONDITIONS DE FABRICATION, DE RÉSISTANCE, D ALLONGEMENT ET D’ÉLASTICITÉ DES CORDAGES ET CABLES EN CHANVRE, EN ALOÈS ET EN FILS
- MÉTALLIQUES, PAR M. ALFRED DUBOUL.
- Les essais qui vont être décrits ont été faits pour établir des données précises sur les cordages et les câbles qui font défaut. L’auteur a coordonné, tant pour la marine que pour l’industrie les renseignements les plus complets sur les qualités de fabrication, les résistances, l’allongement et l’élasticité des cordages et câbles ronds et plats, en chanvre, en aloès et en fils métalliques.
- L’appareil, construit pour ces essais en 1880, se compose d’une presse hydraulique horizontale etdhine romaine à trois fléaux avec un poids curseur sur le dernier.
- La pièce à essayer est attachée par une de ses extrémités à la tige du piston de la presse, et de l’autre au petit bras du levier de la romaine. Le poids mobile indique les efforts de traction de 1 à 60000 kilogrammes; les efforts supérieurs sont indiqués jusqu’à 100 tonnes par un manomètre placé sur le corps de presse, ses indications contrôlent à très peu près celles du levier.
- Amarrages. — Plusieurs modes ont été tentés sans succès véritables. Celui qui a le mieux réussi est le suivant.
- L’amarrage se fait sur des poulies spéciales dont la gorge est munie de deuxbut-toirs. Chaque extrémité du cordage est enroulée sur une poulie et le nœud, cul de porc, porte contre l’un des buttoirs ; l’effort de traction est exercé sur la poulie par l’intermédiaire d’un anneau qui porte contre le deuxième buttoir; les buttoirs sont d’ailleurs disposés de telle façon que la traction a lieu dans l’axe du cordage.
- Enfin les gorges des poulies de différents diamètres suivant les dimensions des cordages sont en Y et formées d’arcs de cercle.
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- Amarrages pour câbles plats. — Comme cela se pratique généralement dans les mines, le câble est pris entre deux plaques de fer serrées par des rivets à chaud traversant les aussières en leur milieu.
- Si, par exemple, le câble est composé de six aussières, le nombre de rivets est de 36.
- Course de la presse. — La course du piston de la presse étant de 80 centimètres ne suffit pas, si l’allongement de la corde avant rupture est trop grand.
- Dans ce cas, le piston étant arrivé à la fin de sa course, on entretoise les tambours d’amarrage par des pièces de bois, on ramène le piston après avoir supprimé un maillon de raccord et on reprend la traction avec une nouvelle course de piston. Ce cas se présente assez rarement.
- Dimensions générales
- Diamètre du piston de la presse........................................... 300 millimètres.
- » de la tige du piston............................................... 110 »
- Surface utile du piston en centimètres carrés............................. 612 centim. car.
- Pression par centimètre carré............................................. 100 kilogrammes
- Effort total de la romaine........................................... 61 200 »
- Course du piston..................................................... 800 millimètres.
- Diamètres des pistons de la pompe....................................23 et 50 »
- Distance entre la presse et la romaine............................... 6 mètres.
- Longueur utile d’essai de câble...................................... 4 »
- Longueur totale de l’appareil........................................ 11 » 700.
- Poids de la romaine............................................. 2331 kilos.
- Poids de la presse et de ses accessoires non compris la pompe........ 5 430 »
- Poids total de l’appareil............................................ 7 761 »
- Les premiers essais ont été faits sur les cordages et câbles en chanvre blancs et goudronnés, les plus répandus dans la marine et l’industrie, et jouissant à juste titre de la confiance des consommateurs.
- Nous inspirant des traditions léguées par notre regretté sieur Benet et notre aïeul B. Duboul, connu par ses travaux sur l’art de la corderie; nous inspirant aussi de notre expérience personnelle, nous avons eu soin de choisir, pour les cordages soumis aux essais, des matières de provenances irréprochables, des chanvres rouis d’une origine connue et d’une qualité dans la bonne moyenne.
- C’est ainsi que les chanvres pour cordages blancs ont été exclusivement tirés de France et de la province de Bologne (Italie), ceux pour cordages goudronnés des provinces du Piémont et de Naples, enfin du district de Riga (Russie).
- Les câbles et cordages soumis aux essais ont été fabriqués en fil de long brin, filés à la ceinture, à raison de 53 à 60 hélices par mètre courant. Ces fils, quoi qu’on en dise, présentent plus de section de matière et de résistance que les fils dus à d’autres procédés : l’expérience elle-même nous l’a démontré. Comme fabrication, ils ont été toronnés aux mêmes tubes de filière et offrent, malgré de
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- légères différences de diamètres, conséquence de la plus ou moins grande élasticité du textile, une section uniforme de matière.
- Ils ont été câblés mécaniquement au tiers, c’est-à-dire qu’un mètre de câble contient un mètre cinquante de fil de caret subissant les raccourcissements suivants :
- Fabrication du toron........................25 centimètres.
- » du câble..............................25 »
- La règle pratique de ce commettage donne les résultats moyens suivants, résumés dans les tableaux nos 1 et 2, pour les cordages et câbles en matières textiles de dimensions les plus usitées. j
- TABLEAU No 1
- Cordages en 4 torons
- CIRCONFÉRENCES DES CORDAGES en millimètres. NOMBRE dans le toron. D’HÉLICES clans la corde. OBSERVATIONS
- 70 23 1 o, 5 Les fils composant les
- 90 18 13 torons ont 55 à 60 hélices
- 110 14 11 1/4 par mètre courant, soit 18
- 125 12 10 à 20 fois le diamètre du fil
- 150 10 8,5 exprimé en millimètres.
- 170 8 1/4 7
- 180 7 1/4 6
- 200 6 0
- 250 5 1/4 4
- 300 4 3/4 3 1/2
- TABLEAU N» 2
- Cordages en 3 torons
- CIRCONFÉRENCES DES CORDAGES en millimètres. NOMBRE dans le toron. D’HÉLICES dans la corde. OBSERVATIONS.
- 60 21 22,5 Les fils composant les
- 75 17 18 torons ont 55 à 60 hélices
- 100 12 12,25 par mètre courant, soit 18
- 140 9 9,5 à 20 fois le diamètre du fil
- 160 8 8,5 exprimé en millimètres.
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- Ces résultats ont fourni des courbes dont la régularité est à apprécier.
- Le tableau ci-après n° 3 qui, avec le tableau n° 4, seront les derniers que nous donnerons pour ne pas allonger notre travail, permettront d’apprécier les résultats d’essais à la traction.
- TABLEAU No 3
- CHANVRE CHANVRE
- RLANC. GOUDRONNÉ.
- 1er 1er
- Circonférence avant rupture en millimètres . . . 110 110 108 108
- Circonférence totale après rupture en millimètres. 98 95 94 95
- Longueur essayée en mètres Longueur soumise à l’allongement en mètres (sous la portion libre de la corde entre les deux 10 10 10 10
- amarrages) 4 4 4 4
- Allongement en mètres 0,69 0,72 0,65 0,67
- Section des quatre torons en millimètres carrés . Section (vide et plein) de la pièce en millimètres 528 528 528 528
- carrés 962 962 955 955
- Résistance en kilogrammes 8080 7550 5300 5730
- Résistance des 4 torons par millimètre carré. . . Résistance (vide et plein) de la pièce par milli- 15,4 14,2 10 10,8
- mètre carré 8,3 7,8 5,5 6,1
- Poids des dix mètres en kilogrammes 7,9 8 8,5 8,9
- Les fils essayés isolément doivent donner 20 à 25 p. 100 de plus de résistance que les cordages.
- La perte se répartit ainsi :
- 5 à 10 p. 100 au toronnage.
- 15 à 20 p. 100 au câblage.
- Les fils s’allongent seulement de 2 à 3 p. 100.
- Ces résultats, sur lesquels nous n’insisterons pas, nous serviront plus bas à établir la supériorité, sous tous les rapports, des câbles et cordages en chanvre blauc et, à cause des cours encore élevés des manilles, le prix de revient avantageux des cordages en chanvre goudronnés.
- Les dimensions, soumises aux essais, ont été choisies parmi les plus courantes. Pour des cordages de gros diamètre et surtout à grelin, les résistances seraient moindres.
- Quelle que soit la perfection de la fabrication, les gros câbles présentent, en effet, plus d’inégalité de tension dans les éléments qui la composent, on peut donc noter que leur résistance, résultant surtout d’une plus longue
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- fatigue au point d’attache, est en moyenne de 10 à 20 p. 100 moindre.
- Nous n’avons pas enregistré les épreuves d’élasticité faites sur les câbles en chanvre; suivant les conditions hygrométriques et l’état du cordage, les résultats varient du simple au double. Nous croyons suffisant d’indiquer que le chanvre blanc présente plus d’élasticité qu’aucun textile connu.
- Les essais sur de nombreux câbles plats goudronnés, et en mêmes matières, nous ont donné une moyenne de résistance de 5 kil. 400 à 5 kil. 900 par millimètre carré. Ils étaient généralement fabriqués en six aussières et la rupture a toujours eu lieu par déchirement au point d’attache.
- Ce chiffre n’a rien d’anormal si on met en parallèle la composition de ces câbles et l’équilibre de tension qui en résulte. Par la disposition des aussières câblées à droite et à gauche, qui entrent dans leur fabrication, il s’ensuit une résistance uniforme qui vient en compensation des dégâts occasionnés parla couture.
- Comme conséquence de leur fabrication spéciale, les câbles plats s’allongent un peu moins que les câbles ronds ; il est rare que cet allongement ait dépassé les limites de b à 6 p. 100.
- Leur élasticité n’est pas aujourd’hui à l’étude; tous les câbles sont soumis à un arrosage régulier qui les maintient à peu près dans les mêmes conditions malgré la température variable de l’atmosphère.
- Quant aux diamètres des tambours et des poulies d’enroulement, il nous suffira de recommander les plus grandes dimensions praticables.
- Les angles de brin doivent être aussi grands que possible.
- Nous ne croyons pas sans intérêt de donner notre avis sur les règles de poids en fonction de la section vide et pleine des câbles en chanvre blancs et goudronnés.
- Nous pensons qu’on peut adopter pour les cordages blancs 90 à 100 grammes par centimètre carré.
- Pour les cordages goudronnés, les poids varient suivant la fabrication et le degré de goudronnage, mais on peut compter environ 100 à 110 grammes par centimètre carré.
- Examinant maintenant la question des câbles en aloès, il nous paraît tout d’abord utile d’appeler l’attention sur le tableau n° 4.
- Comme pour les câbles en chanvre, les manilles et aloès ont été fabriqués avec des filaments connus et estimés, les manilles en bon chanvre de cette provenance (îles Philippines) et les aloès en fibre de Maurice, réputés les meilleurs.
- Ils ont été confectionnés en fil de long brin et aux mêmes tubes de filières.
- En rapprochant les résultats de ces deux tableaux, on remarque, ainsi que nous le disions au début, que les câbles en chanvre blancs arrivent en première ligne pour la charge de rupture, l’allongement et l’élasticité.
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- TABLEAU N° 4
- MAN ILLE ALOÈS
- BLANC, BLANC.
- 1 or 1 or
- Circonférence avant rupture en millimètres. . . 100 100 110 110
- Circonférence après rupture en millimètres . . . 83 86 90 93
- Longueur essayée en mètres 10 10 10 ) 10
- Longueur soumise à l’allongement en mètres
- (soit la portion libre entre les deux amarrages).
- Allongement en mètres 4 4 4 4
- Section des 4 torons en millimètres carrés. . . . 0,59 0,58 0,66 0,68
- Section (vide et plein) de la pièce en millimètres OO CM 528 528 528
- carrés
- Résistance en kilogrammes 104 804 962 962
- Résistance des 4 torons par millimètre carré. . . 5530 6050 4050 4520
- Résistance totale (vide et plein) en kilogrammes 10,4 11,4 7,6 8,5
- par millimètre carré. 6,8 7,5 4,2 4,7
- Poids des dix mètres en kilogrammes 6,8 6,9 6,8 7
- Viennent ensuite les manilles, le chanvre goudronné et finalement l’aloès.
- Ce dernier et le manille ont l’avantage d’être à 20 ou 30 p. 100 plus légers que les cordages en chanvre blancs et goudronnés.
- Cet avantage est appréciable pour les mines, mais discutable pour la marine. Les amarres légères sont évidemment plus faciles à manœuvrer, mais elles flottent et sont plus exposées aux raguages. De plus, ces cordages souffrent plus que les chanvres sur les treuils de petit diamètre.
- Il convient d’ajouter, en leur faveur, qu’ils s’échauffent peu en magasin, c’est à considérer.
- Cette différence de poids ne constituera une économie sérieuse qu’à prix équivalent entre les cordages en manille et ceux en chanvre goudronné. Les valeurs de ces matières, qui tendent de plus en plus à s’unifier, pourraient bien avant peu amener ce résultat.
- Jusqu’à aujourd’hui, en effet, les cordages en manille ont été cotés 15 à 20 p. 100 au-dessus des chanvres goudronnés, avec une valeur finale de 15 francs les 100 kilos, quand le vieux chanvre goudronné est coté 25 francs. C’est dans ces conditions un avantage final d’environ 10 à 15 francs les 100 kilogrammes en faveur des cordages en chanvre.
- La règle de poids à adopter doit être la suivante :
- Cordag ;es et câbles en aloès blancs, 70 « 80 grammes par centimètre carré [vide et plein)\ cordages et câbles en aloès goudronnés [(très variable suivant
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- fabrication et degré de goudronnage), 90 à 100 grammes par centimètre carré ; pour câbles plats, on peut compter jusqu’à 110 grammes à cause de la compression des aussières par la couture.
- Comme complément de ces considérations, nous avons observé dans les manœuvres fonctionnant dans nos usines de Saint-Victor et de Mazargues, une plus grande particularité dans la durée des câbles en chanvre. En outre, étant susceptible de plus d’allongement et d’élasticité, ils résistent davantage au choc, avantage à noter en marine surtout, où les aussières travaillent sous des efforts irréguliers et souvent par mouvements saccadés.
- Une autre cause qui justifie la faveur dont jouissent les cordes en chanvre, est la bonne préparation que ce textile reçoit au rouissage. Au contraire, la fibre est imparfaitement extraite soit du bananier textile, soit de l’aloès dans les pays de production. Là, on coupe simplement la plante dont on extrait les fibres par des procédés divers, après fermentation et dessèchement de la matière gommo-résineuse.Le filament en souffre forcément et, n’étant pas entièrement débarrassé de cette matière, subit à la longue une altération dans sa souplesse et sa ténacité.
- Depuis quelque temps, toutefois, les producteurs mieux avisés donnent plus de soins à la préparation et soignent mieux l’emballage, aussi les qualités sont-elles plus appréciées. Leurs efforts étant ainsi reconnus, il est permis d’en augurer que la plupart des textiles exotiques nous arriveront bientôt dans de bonnes conditions de classement et de qualité.
- Comme conclusion de ce qui précède, nous pensons qu’on peut approximativement compter pour les cordages les moyennes de résistances suivantes à la rupture :
- Cordages et câbles en chanvre blanc. — 7 kil. 500 à 8 kilos par millimètre carré de section (vide et plein).
- Cordages et câbles en chanvre goudronné. — 5 kil. 500 à 6 kilos par millimètre carré de section (vide et plein).
- Cordages et câbles manille blanc. — 7 kilos à 7 kil. 500 par millimètre carré de section (vide et plein).
- , Cordages et câbles en aloès blanc. — 4 kilos à 5 kilos par millimètre carré de section (vide et plein).
- Câbles plats en chanvre ou manille goudronné. — 5 kil. 500 à 6 kilos par millimètre carré de section (vide et plein).
- Notre opinion, basée sur l’expérience de nombreux essais de traction et les résultats observés dans nos usines sur des manœuvres et transmissions, est que les câbles ronds peuvent travailler sans être trop altérés au tiers de leur charge de rupture, les câbles plats au quart.
- Dans la pratique industrielle, ces données sont souvent portées au sixième et au huitième. ^
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- Cordages en sparterie et fibres de coco. — Bien que les cordages en sparterie et fibres de coco soient peu répandus dans la marine et dans l’industrie, il ne nous paraît pas sans intérêt d’en dire quelques mots.
- La sparterie est importée d’Algérie et d’Espagne ; les fibres de coco proviennent des Indes.
- Les cordages fabriqués avec ces filaments fournissent des résistances à la rupture variant entre 1 kil. 500 et 2 kilos par millimètre carré de section (vide et plein).
- Comparés au chanvre goudronné et à force égale, les rapports de poids sont approximativement :
- 1 pour chanvre goudronné.
- 2 1/2 pour cordages en fibres de coco.
- 3 pour cordages en sparterie.
- La valeur de la sparterie étant de 50 p. 100, celle du coco de 66 p. 100 de la valeur du chanvre, il résulte de l’emploi de ces derniers cordages une économie de 33 p. 100 sur la sparterie, 50 p. 100 sur les fibres de coco.
- De plus, après usure, ces matières n’ont aucune valeur et le chanvre se cote 25 francs.
- Cordages en fil de fer. — Les cordages et câbles en fil de fer sont encore les plus généralement employés dans la marine et les mines.
- Ceux en fer galvanisé employés par la marine sont galvanisés en clair et en recuit.
- Nous pensons que ceux de cette dernière catégorie sont préférables, étant donné les fortes dimensions adoptées par la marine, dimensions plus souvent dictées par le coup d’œil que par la résistance à obtenir.
- Dans la pratique, il faudrait en effet adopter : les deux dixièmes du diamètre des câbles en chancre pour les câbles en galvanisé clair, les trois dixièmes pour les câbles en galvanisé recuit.
- Nos essais ont toujours porté sur des câbles et des fils de fer au bois de qualité et de numéros moyens, venant de producteurs connus.
- En galvanisé clair, nous avons obteuu une résistance à la rupture de 40 à 50 kilos par millimètre carré de section métallique, qui est généralement dans ces câbles la moitié de la section totale; un allongement de 7 à 9 p. 100 et une élasticité de 1 à 2 p. 100.
- En galvanisé recuit, la résistance est généralement descendue à 35-40 kilos par millimètre carré, rallongement s’est élevé de 12 à 15 p. 100 et l’élasticité de 3 à 4 p. 100 : c’est pourquoi nous en conseillons l’emploi pour la marine.
- Les cordes, même dormantes, travaillent souvent par choc; un allongement et une élasticité élevés sont donc de bonnes conditions d’emploi.
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- Les fils de fer galvanisés pris isolément présentent une résistance de 10 p. 100 supérieure, un allongement et une élasticité à peu près identiques, quoiqu’un peu plus élevés à l’état de fils qu’à l’état de cordages.
- Ce résultat paraît anormal, mais nous pensons qu’il trouve sa justification dans les âmes généralement en fer des torons et souvent des cordes; conditions défectueuses de fabrication souvent exigées par les consommateurs.
- Les câbles en fer clair employés par l’industrie minière peuvent se diviser en deux catégories :
- Fil clair au bois, première qualité;
- Fil clair au bois, deuxième qualité.
- Les premiers, fabriqués en fils soigneusement choisis et essayés masses par masses, donnent généralement 65 à 70 kilos de résistance par millimètre carré de section métallique, un allongement s’abaissant de 2 à 2 et demi p. 100, et présentent une faible élasticité variant de 1 demi à 1 p. 100.
- Les essais de flexibilité faits sur les fils donnent assez régulièrement de 10 à 12 flexions à 90 degrés dans l’étau à mâchoires arrondies de 5 millimètres de rayon.
- Nous croyons inutile de parler d’essais à la torsion, tant les résultats obtenus présentent d’anomalies. Du reste, dans un câble bien fabriqué, les fils prennent très peu de tord, environ 1 quart p. 100 : il n’y a donc pas à se préoccuper du fait.
- Les seconds nous ont toujours fourni une résistance moyenne de 5o à 60 kilos par millimètre carré et présenté des qualités d’allongement, de flexion et de torsion se rapprochant sensiblement du fer première qualité.
- Les résultats sont toutefois moins suivis, les fils ayant moins d’homogénéité,
- Les résistances au choc varient, pour numéros moyens, de 8 à 12 chocs, supportés avant rupture sur des fils chargés d’un dixième de leur résistance totale.
- Ce choc consiste à laisser tomber sur cette charge un poids de 2 kilos, de lm,50 à 2 mètres de hauteur.
- Il convient de remarquer que la rupture a toujours lieu aux griffes d’amarrage,
- Tels sont les résultats que nous avons obtenus sur les diverses catégories de cordages et câbles en fils de fer employés par la marine et les mines.
- Us s’écartent sensiblement des résultats cités dans bien des formulaires techniques.
- Dans aucun cas, ils ne peuvent être rapprochés de ceux constatés sur les fers en barres ou autres, qui n’ont pas la même homogénéité, les mêmes qualités, et fournissent plus d’allongement et beaucoup moins de résistance à la rupture.
- Nous avons cru bon de les faire connaître, et on peut les prendre pour base de calculs.
- Tome II. — 8üo année. 4e série. — Novembre 1887. 6i
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- Les fils de fer clair pris isolément présentent une résistance de 10 p. 100 environ supérieure à l’état de fils qu’à l’état de câbles. Comme ceux-ci sont généralement peu commis et avec âmes en chanvre, l’allongement et l’élasticité offrent peu de différence, quoique cependant un peu moindre dans les fils que dans les cordages.
- Ce résultat est dû à l’action des âmes en chanvre.
- Comme condition de fabrication, on doit exiger que les câbles en fer soient peu commis et suivant les emplois. En moyenne, ces cordages doivent être câblés de 10 à 12 p. 100 ainsi répartis :
- Raccourcissement des torons, 3 à 4 p. 100.
- Raccourcissement du câble, 7 à 8 p. 100.
- La règle pratique de ce commettage peut être approximativement fixée de la sorte.
- Pour cordes usuelles de six torons de six fils, la circonférence de la corde, divisée par 27, égale le diamètre du fil à employer.
- Par mètre courant, nombre de pas d’hélices du fil dans le toron : 6 à 8 fois le diamètre du fil exprimé en millimètres.
- Par mètre courant, le nombre des pas d'hélice du toron dans la corde doit être sensiblement égal au diamètre du toron en millimètres.
- Ces torsions peuvent être moindres, mais dans aucun cas dépassées.
- Comme nous l’indiquons, du reste, cette règle n’est qu’approximative. Le commettage, en générai déterminé par l’emploi, est laissé à l’initiative du fabricant qui a le devoir de s’assurer des conditions de travail.
- Les âmes des torons et des câbles doivent toujours être de préférence en chanvre.
- Il est aisé de concevoir que la mèche, étant la ligne droite dans le toron et dans la corde, supporte d’abord tout l’effort. Si elle n’est pas susceptible d’allongement, elle se rompt et ne maintient plus à leurs places respectives les torons et les fils ; une déformation et une inégalité de tension s’ensuivent aussitôt. Les mèches en fer clair, qui supportent d’abord tout l’effort et se rompent, doivent être écartées.
- Enfin une considération qu’il convient de noter et qui nous servira plus bas de terme de comparaison, c’est que la plupart des fers commencent à se désorganiser au tiers environ de leur charge de rupture.
- C’est là un point important que nous tenons à signaler.
- Comme règle de poids, nous pensons qu’on doit prendre en moyenne pour les cordages et câbles en fer de 6 torons de 6 fils, âmes en chanvre, qui sont les plus logiques et présentent la plus grande section métallique utile, 7 à 800 grammes par centimètre carré de section [vide etplem).
- Fils d’acier. — Ces fils, tant à cause de la nouveauté de la question que de
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- l’emploi général qu’ils peuvent avoir dans l’avenir, ont été l’objet de notre part d’une étude spéciale et approfondie ; il en résulte les observations suivantes.
- Pour l’emploi maritime et minier on peut diviser les fils en deux catégories :
- 1° Fils d’acier fondu de grande résistance;
- 2° Fils d’acier homogène.
- Il est de la plus haute importance de s’assurer de la bonne fabrication et des provenances de ces fils.
- Les premiers résistent à 120-180 kilos par millimètre carré, les seconds à 90-100 kilos.
- Tous deux possèdent des qualités de flexion et de torsion équivalentes et bien souvent supérieures aux meilleures qualités de fer.
- En fils d’acier fondu de 160 à 180 kilos de résistance par millimètre carré, qui sont les plus avantageux à employer, nous avons eu avant rupture pour des numéros moyens, 12 à 15 flexions à 90 degrés sous 10 millimètres de rayon; pour des numéros fins, 20 à 25 flexions.
- Dans les fils très soignés, les qualités de llexibilité augmentent nécessairement à mesure que la résistance diminue et dans la limite de 10 à 20 p. 100.
- Les essais au choc ont présenté de grands avantages en faveur des fils d’acier; c’est ainsi que chargés du dixième de leur résistance à la rupture, les fils de 180 kilos dont nous parlons ont donné 16 à 20 chocs du poids de 2 kilos, de lm, 50 à 2 mètres de hauteur de chute.
- Les câbles en fils d’acier fondu peuvent être employés avec avantage dans l’industrie pour transmissions télédynamiques et autres, dans les mines pour câbles d’extraction et dans la marine pour certains emplois d’aussières, drosses, manœuvres spéciales et chaînes d’ancres; en un mot, dans des conditions de travail où les chocs ne sont pas trop à redouter.
- On conçoit, en effet, que des accidents de ce genre amèneraient la rupture rapide des câbles métalliques beaucoup moins résistants au choc que les câbles en matière textile.
- Pour chaînes d’ancres, on construit des treuils ou guindeaux avec appareil d’arrêt automatique.
- L’emploi des câbles d’acier se généralise surtout en Angleterre.
- Il est en effet aisé de remarquer que les chaînes, résistant seulement de 35 à 40 kilos par millimètre carré de section des deux branches, sont avantageusement remplacées par les câbles d’acier.
- Le prix de revient de ces derniers est de beaucoup inférieur, étant donné leur résistance ; la sécurité est plus grande, car on ne vérifie généralement pas les soudures de toutes les mailles d’une chaîne, tandis que la vérification des éléments qui composent nn câble métallique est facile. Les fils se trouvant placés à côté l’un de l’autre dans la même section, les défauts locaux, s’il en
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- existait, seraient répartis sur la longueur et auraient peu d’effet sur la résistance du câble entier. Du reste, en essayant les bouts des fils, on a le moyen de s’assurer de leur qualité : s’ils sont bons au bout, ils le sont sur toute la longueur.
- On peut donc toujours se rendre compte des qualités ou défauts d’un câble métallique, tandis que la chaîne reste douteuse.
- Nous avons remarqué, après des expériences nombreuses, que les câbles en fds d’acier fondu, scrupuleusement vérifiés, fournissent un allongement à la rupture de 4 à 6 p. 100 et ont, suivant composition, une limite d’élasticité variant entre 2 et 3 1/2 p. 100. Chose importante à remarquer, ces câbles ne se désorganisent que sous les trois quarts environ de leur charge de rupture.
- Ces fils sont généralement galvanisés en clair, et malgré cela restent suffisamment maniables pour la facilité des épissures, coques, etc. La galvanisation les altère moins que le fer, et il n’est pas d’usage d’en tenir compte.
- Les fils d’acier homogène peuvent être employés avec avantage pour les manœuvres dormantes en marine, et dans les mines pour les câbles de plans inclinés. Moins soignés en fabrication, les résultats qu’ils fournissent sont moins constants sous tous les rapports. Ils présentent néanmoins des avantages sur les fers et doivent leur être préférés.
- Les conditions de fabrication des câbles d'acier doivent être sensiblement les mêmes que celles des câbles en fils de fer. Comme ces derniers, ils doivent être peu commis et composés suivant leurs conditions de travail. Dans certains cas, même pour les câbles destinés à manœuvrer sur des treuils de petit diamètre, le câblage doit être réduit à 6-7 p. 100 tout compris, âme en chanvre dans les torons et dans le câble. Pour les câbles destinés à l’enroulement les fils fins seront surtout employés, ainsi que les âmes en chanvre, dans le toron et dans le câble. Dans certains cas spéciaux, des âmes en fer supérieur recuit pourront remplacer les âmes en chanvre. On utilisera aussi, avec avantage, ce genre de fils pour les coutures de câbles plats : leur limite d’allongement permet de les désigner sans aléa pour ces emplois.
- Dans les câbles d’acier peu commis où la section métallique varie généralement du tiers au quart de la section totale, et où les âmes en chanvre empêchent l’écrasement des fils, ceux-ci conservent à peu près toutes leurs qualités de résistance et de flexion. La perte, si perte il y a, car nous n’en avons pas constaté, se répartissant sur la section totale, n’est pas à considérer.
- La règle de poids à adopter peut être fixée comme pour les fers, de 7 à 800 grammes par centimètre carré, pour câbles usuels de 6 torons de 6 fils, âmes en chanvre. Cependant, pour des pièces à 6 torons de 10 et 12 fils en fils fins, peu commises, avec âme en chanvre au toron et au câble, on ne doit compter que 3 ci 400 grammes par centimètre carré.
- De même que dans la marine le fer a remplacé le chanvre pour les manœu-
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- vres dormantes, nous pensons que l’acier est appelé à remplacer le fer. Son usage s’étendra même, croyons-nous, aux emplois désignés plus haut, surtout quand des procédés de fabrication bien déterminés leur assureront la stabilité et une durée régulière au service. Le prix de revient sera toujours en faveur du fil d’acier, car en adoptant ces câbles on pourra réduire les dimensions en rapport des résistances. En ce qui concerne la marine, le poids du gréement se trouvant moindre, le navire n’en aura que plus de stabilité et la limite de désorganisation du câble se trouvant plus près de la rupture, il résistera davantage aux fatigues de la mer.
- Pour l’industrie et surtout pour les mines, l’emploi de câbles légers permettra de se rapprocher de l’égalité des moments, désidératum si recherché des ingénieurs.
- Tels sont les données générales et les résultats d’expériences que nous avons cru opportun de résumer, nous estimant heureux que notre travail, malgré ses lacunes et ses imperfections, ait son utilité et soit apprécié.
- CHIMIE INDUSTRIELLE
- SUR LES EAUX d’ÉCtOUT, PAR M. MEYMOTT T IDA'.
- M. Meymott Tidy, dans une séance de la Chemical Society de Londres, a fait une communication sur les eaux d’égout en général.
- Il s’y trouve quelques faits nouveaux et il semble résumer assez nettement l’état fort controversé de cette question importante.
- Les eaux d’égout sont les résidus des communautés, qui proviennent des habitations, des rues et des usines ou ateliers. Comme composition, on peut les considérer comme contenant : 1° les excréments liquides et solides de la population, 2° les résidus de lavage des rues, et 3° les résidus liquides de chaque branche d’industrie.
- Elles contiennent en outre une grande quantité d’eau des sous-sols. La composition des excréments d’une population est assez simple et assez constante, d’après les recherches de nombre d’auteurs: Lawes et Way, Wolf et Lehman, etc. Dans une population mêlée, i 000 individus fournissent environ 1188 kilogrammes d’excréments liquides et solides par jour, ou 63kil,45 de résidu sec à l’égout; en d’autres termes, 70gr,85 de matière sèche paUtête et par jour. Ces chiffres concordent suffisamment bien avec les diverses observations recueillies qui se rapportent à des moyennes générales, plus exactes évidemment que des moyennes individuelles.
- Les lavages des rues fournissent des chiffres qui paraissent devoir être plus dignes de confiance, lorsque les expériences sont faites à des époques iden-
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- tiques, de préférence quelque temps après les orages, succédant à des périodes de sécheresse.
- Sur une voie pavée en granit, après une forte averse, la décharge dans les bouches d’égout présente une composition moyenne de 175gr,20 par litre de matière, dont 61gr,67 en solution et 114gr,53 en suspension.
- La circulation et la nature du pavage de la voie influent considérablement sur les quantités fournies aux eaux d’égout. On peut admettre, comme moyenne d’expériences nombreuses, après des averses et des orages, les nombres suivants : 61gr,67 de matières par litre, dont 26gr,33 en solution et 35gr,34 en suspension. C’est en général la voie pavée en granit qui fournit la plus grande quantité de matières aux égouts. Pendant une forte averse, les rues pavées en bois ne fournissent pas au delà de 11 grammes par litre, dont 8gr,80 en solution et 2gr,20 en suspension.
- La quantité de matières fournies par les lavages des rues est bien plus difficile à déterminer que celles fournies à l’état d’excréments par la population ; quant à celles qui proviennent des usines ou fabriques, elle est tout à fait variable.
- Quand on choisit un échantillon d’eau d’égout, il est essentiel de le composer en prenant durant 24 heures des* prises d’essai de demi-heure en demi-heure : encore cet échantillon n’est-il ni exact, ni moyen, ni suffisant; il varie considérablement suivant le point où cette opération s’exécute : à la base d’une bouche d’égout, en un endroit où l’eau est stagnante, à la réunion d’un collecteur, les échantillons seront bien autrement chargés de matières impures que dans d’autres parties courantes des égouts.
- Lorsqu’il y a complication de résidus de fabriques et d’usines, la question de prise d’essai rend plus difficile encore un échantillonnage moyen des eaux d’égout. En prenant en considération de fort nombreuses expériences faites à Londres, correspondantes à des prises d’échantillon faites en dehors des averses et des orages, on trouve que la moyenne des matières était de 20gr,70 par litre, dont 13gr,13 en dissolution et 7gr,57 en suspension. La nuit, on trouve 17gr,17 par litre, dont!4gr,10 en dissolution et 3gr,07 en suspension. On peut prendre comme terme moyen : 19gr,82 par litre, dont 13gr,21 en dissolution et 6gr,61 en suspension; en matières organiques : 3gr,30 en suspension.
- L’analyse des eaux d’égout comporte : 1° l’examen de l’eau; 2° celle du liquide après dépôt de la matière en suspension; 3° celle de cette matière déposée.
- L’analyse démontre que le liquide clarifié de son dépôt contient, outre les matières organiques, des filaments de divers champignons, et les formes les plus infimes de la vie animale (vibrions, etc. ). En exposant ce liquide à l’air, on obtient des formes d’infusoires plus élevés (vorticelles, rotifères, etc.). Lorsqu’il se décompose et fournit de l’hydrogène sulfuré et du gaz des marais, la vie animale a disparu, et lorsqu’on expose de nouveau ce liquide additionné d’eau à l’air, l’odeur
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- fétide s'évanouit et les infusoires d’un ordre plus élevé, vorticelles et rotifères, réapparaissent.
- Ces phénomènes établissent clairement les effets salubres de l'eau de dilution et de l’air dans les égouts.
- En prenant des échantillons, dans une rivière contenant des eaux d’égout, on trouve des différences extrêmement grandes dans la composition de l’eau, suivant l’endroit où se fait la prise. Près des bords, où les sédiments se rassemblent et où des gaz putrides se produisent, il est probable que l’eau ne présente que les formes les plus basses de la vie animale ; si l’on prend de l’eau au milieu du courant, où l’accès de l’air est facile et l’eau abondante, on trouve abondamment les formes plus élevées d’infusoires : on peut souvent décider à priori, par le caractère des infusoires, l’endroit de la rivière où l’échantillon a été puisé. Pour obtenir un bon échantillon moyen des eaux de rivière, il convient encore de faire des prises d’essai à travers la rivière, d’un bord à l’autre, et en plusieurs sections.
- Le dépôt, séparé de la partie liquide, outre une grande quantité de matière noire amorphe, donne : l°des débris de nourriture non digérée, de fibres musculaires, de débris de céréales, de fibres de laine, et de tissus végétaux; 2° des produits de sécrétions, sucs bilieux, mucosités intestinales et cristaux d'acide urique; 3° des détritus des rues, tels que particules de granit, silex, carbonate de chaux, etc. Deux éléments caractérisent d’une façon spéciale les eaux d’égout, et leur présence ou absence permet de décider d’une façon certaine si la matière appartient ou non à des eaux d’égout. On trouve toujours des débris de végétaux, débarrassés de leur membrane enveloppante. Les tissus végétaux qui passent à travers le canal alimentaire, n’éprouvent de la part des fluides digestifs aucune modification, quant à leurs spirules, tandis que la partie membraneuse se dissout.
- Après ces préliminaires, la question qui se pose est celle-ci : Que faire de ces eaux d’égout?
- Sur cette question, on n’est pas d’accord ; cependant on s’entend sur deux points, savoir : 1° que si les eaux d’égout contiennent quelque substance utilisable en agriculture, cette substance s’y trouve à l’état de solution; 2° que les matières des eaux d’égout pouvant donner lieu à des produits délétères sont en suspension.
- Quelle est la valeur des eaux d’égout? Elles contiennent de l’azote, de l’acide pbosphorique et d’autres éléments utiles à la terre. Le calcul de cette valeur est chose qui parait aisée; il suffit de savoir le chiffre des habitants pour en déduire immédiatement le volume des eaux d’égout. Puis, en prenant pour base 6 ou 7 shellings par tête d’habitant, on établit un devis. Quand la population de Londres s’élevait, il y a quelques années seulement, à 3 millions d’âmes, ce calcul portait la valeur des eaux d’égout métropolitaines de 1 à 4 millions de livres sterling.
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- En principe, lorsque les autorités locales d’une ville demandent un avis sur les eaux d’égout, elles font observer qu’il serait déplorable de ne pas rendre à la terre ce que les eaux d’égout lui ont enlevé. Elle pose cette question : Peut-on, à l’aide des eaux d’égout, arriver à payer les contributions? — Sans approfondir ce sujet, il est nécessaire de poser quelques principes : l°la valeur réelle des eaux d’égout n’est point du tout sa valeur théorique; 2° des obstacles bien certains s’opposent à l’utilisation par le sol des eaux vannes brutes.
- Les eaux d’égout sont constamment en travail jour et nuit, par tous les temps, par les froids les plus rigoureux, comme par les plus fortes chaleurs, que la terre soit gelée, elles doivent quand même être absorbées; que le sol en veuille ou non, il faut écouler les eaux, qu’il soit couvert de moissons ou en friche.
- Il y a d’autres difficultés, le cultivateur tient à tirer quelque profit des eaux d’égout; les autorités locales lui tiennent à peu près ce langage : Peu nous importe que vous utilisiez ou non les eaux d’égout! Il faut d’abord qu’aucun dommage ne soit causé pendant l’opération; et ensuite que les eaux débarrassées soient pures pour s’écouler. \
- Ceci explique pourquoi les autorités locales sont obligées d’être elles-mêmes les propriétaires du terrain récepteur.
- Ce n’est pas tout ; le sol doit être suffisamment poreux pour permettre au x eaux d’égout de filtrer au travers, et pas trop poreux pour laisser écouler les eaux sans être purifiées; le terrain doit être assez près de la ville pour que le marché des produits vendables soit assuré, mais cependant assez éloigné pour que l’on ne soit pas infecté de miasmes putrides et les eaux des sous-sols souillées par les écoulements; le terrain doit se trouver à un niveau tel qu’il puisse recevoir par la pente seule les eaux d’égout et qu’il soit en contre-haut pour l’écoulement des eaux filtrées.
- La question du terrain à choisir n'est pas moins difficile. Plus la quantité d’eaux d’égout à traiter est grande, à mesure que la population de la ville s’accroît, plus les terrains avoisinants renchérissent et deviennent rares à trouver.
- Les résultats presque certains seront la transformation du terrain en un marais fétide et le développement de miasmes affectant la santé publique et la mettant en danger.
- En amenant sur le terrain des eaux d’égout, non purifiées, sans qu'il y ait lieu de craindre tous ces inconvénients, il est tout à fait superflu de créer d’énormes et dispendieuses installations pour éliminer des habitations des eaux d’égout inoffensives et pour prévenir des émanations méphitiques. Si l’on accepte comme sain le procédé de large irrigation, il est inutile de se préoccuper de couvrir les égouts et des inondations des eaux vannes.
- D’autre part, que deviennent les puits avoisinant les terrains perméables?
- Le D’ Frankland a constaté à Croydon l’infection d’un puits causée par les
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- irrigations pratiquées à la ferme de Beddington. M. Pettenkofer 11’a-t-il pas établi d’une façon presque évidente que la fluctuation des niveaux d’eaux souterraines est un agent actif de production de fièvres et de choléra ? Je laisse de côté les questions relatives à la détérioration du territoire constamment inondé. Sans doute, on admet que les eaux à leur sortie doivent être parfaitement dépouillées; mais, malgré les inspections et toutes les précautions, il est permis de douter qu’une bonne partie des eaux d’égout prenne un chemin qui ne soit pas celui de l’absorption par le sol.
- Ce sont toutes ces difficultés qui ont évidemment conduit à rechercher d’autres méthodes pour se débarrasser des eaux d’égout. Les matières solides, sont les produits importants qu’il est essentiel de faire disparaître ; il ne faut peut-être pas songer sérieusement à faire argent de ces dépôts. Si donc on veut obtenir la séparation de ces matières solides, on ne peut éviter la filtration, et cette opération sur une large échelle est peu pratique : on en vient alors aux réactifs chimiques.
- D’après cette méthode, il y a cinq points à indiquer comme conditions de réussite :
- 1° Les réactifs chimiques employés, outre qu’ils doivent donner le résultat, doivent être à bon marché; 2° iis doivent agir non seulement comme précipitants, mais encore comme désinfectants; 3° la proportion minimum des réactifs nécessaires pour l’opération doit correspondre à un maximum de purification de l’eau à écouler, et cette proportion doit être nettement fixée par expérience ; 4° la matière précipitée doit se déposer rapidement; 5° enfui, le résidu solide doit être isolé complètement de son eau.
- Il reste à savoir quels sont les réactifs chimiques à employer?
- La question ne peut pas être résolue au laboratoire ; elle doit se résoudre par des expériences faites sur des échantillons types et sur des quantités suffisamment grandes. Sans préconiser aucun système, il est à constater que les résultats obtenus dans une grande cité, autre que Londres, avec la chaux vive ont été bons ; le volume des eaux d’égout correspondait à 136,2 litres par habitant. Le poids de 28gr,63 de chaux par litre, non seulement produisait l’élimination des dernières traces de matière en suspension, mais encore le quart des matières organiques dissoutes; le précipité sur lin,80 de hauteur se ramassait en une minute environ sur une épaisseur de 0m,63.
- Mais il y a de grands inconvénients attachés à l'emploi de la chaux ; quand on emploie la chaux en quantité suffisante, le dépôt prend des proportions volumineuses et sa valeur est nulle. Si, pour éviter cela, on n’en prend qu’une quantité insuffisante, sa présence est plus nuisible qu’utile, car une faible quantité de chaux rend les eaux d’égout très offensives. Lorsqu’on emploie la chaux, l’eau dépouillée devient alcaline et par conséquent sujette à putréfaction et la chaux libre détruit Tome II. — 86° année. 4e série. — Novembre 1887. 65
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- le poisson. Si donc il y a des localités qui peuvent user de la chaux comme réactif, il y en a de nombreuses où elle est tout à fait inapplicable.
- Un second réactif a été proposé : le sel d’alumine. On sait que les composés alumineux fixent l’ammoniaque et l’acide pliosphorique ; en outre, l’alumine se combine avec les matières organiques en dissolution en constituant un mordant. Le volume du précipité est considérable, avec l’alumine, et le dépôt est extrêmement lent.
- On a également expérimenté les sels de fer, qui, indubitablement, sont bons comme purification et précipitation. Le Dr Frankland et le Dr Hoffmann ont dû renoncer à ce procédé pour Londres, à cause d’un grand dépôt noir formé, qui aurait pu faire croire à la population de la métropole, en le voyant accumulé sur les bords de la rivière, que cette dernière était souillée et infectée de mauvaises odeurs. La présence de sulfure de fer dans le résidu donne effectivement une forte teinte noire au dépôt. Comme action, les sels de fer sont d’ailleurs inférieurs aux sels d’alumine.
- On a également indiqué et employé le chlorure de chaux, les sels de magnésie, etc.
- Les principes qu’il faut poser et présenter comme indiscutables aux autorités locales sont maintenant les suivantes : le dépôt, quel que soit le produit chimique employé comme réactif, ne peut pas donner une matière d’engrais d’une valeur comparable à celle du guano du Pérou ; et les eaux sortant de la réaction ne sont jamais assez pures pour être potables.
- Au point de vue de la valeur du dépôt, il convient d’éliminer tout d’abord les procédés qui emploient l’acide pliosphorique pour enrichir en phosphates le dépôt en question. La présence de phosphates dans les eaux sortant de la réaction est un inconvénient assez sérieux, pour que ces sels activent le développement des champignons d’égout.
- Une dose de chaux suffisante pour rendre les eaux alcalines, puis immédiatement après une dose de sel d’alumine, tels paraissent être jusqu’à présent les réactifs les plus convenables.
- Il faut, pour réussir par la voie chimique, remplir encore diverses conditions :
- l°Les eaux d’égout doivent entrer en traitement, lorsqu’elles sont récentes, c’est-à-dire avant qu’il y ait commencement de putréfaction; le plus avantageux serait de les traiter dans les 24 heures de leur production. Il existe divers degrés de putreseibilité dans les matières organiques contenues dans les eaux d’égout; les eaux récentes ont peu d’odeur.
- 2° La proportion de réactifs chimiques à introduire doit être telle que la purification soit complète. Faire des économies de réactifs est une erreur, que commettent très volontiers les autorités locales, fort disposées à dépenser de l’argent en constructions plus ou moins dignes d’admiration, mais très réfractaires à four-
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- nir constamment, chaque jour, les doses chimiques voulues. Le chiffre quotidien à dépenser doit être calculé sur le nombre des têtes d’habitants plutôt que sur un volume d’eaux d’égout, variable en outre comme qualité.
- 3° Une agitation donnant lieu à un mélange très intime des réactifs et des eaux est indispensable ; cette dépense est des plus considérables.
- 4° Les bassins en nombre suffisant et ayant la surface et la profondeur voulue sont nécessaires absolument pour permettre le dépôt complet de se former et ils doivent pouvoir se prêter à une vidange facile dudit dépôt; cette vidange doit être faite avec tout le soin voulu, pour que des résidus d’opérations précédentes ne viennent pas souiller les produits ultérieurs ; raison pour laquelle les bassins doivent être lavés à fond.
- Lorsque toutes ces conditions sont remplies, il se présente deux nouvelles questions à résoudre.
- Les eaux <[ui s’écoulent sont-elles suffisamment purifiées pour ne pas souiller les eaux courantes? Le dépôt solide n’est-il pas une cause inévitable d’infection?
- Quant au premier point, il n’est pas possible d’affirmer que, quel que soit le procédé chimique employé, on puisse éviter totalement des odeurs particulières et spéciales aux eaux d’écoulement. Le meilleur moyen qu’on puisse recommander pour se débanasser des odeurs est sans nul doute de leur faire traverser un terrain poreux ou des filtres convenables.
- En prenant la première voie, on combine les deux systèmes de traitement ; les inconvénients ne sont plus maintenant ceux qui ont été signalés plus haut parce que les eaux sont à peu près désinfectées et parce que la surface nécessaire est dès lors restreinte, Un acre ou un demi-hectare au plus est suffisant pour une population de 10 000 âmes.
- Quant à la nocuité du dépôt solide, il est à peu près certain qu'en le soumettant à une compression pour le débarrasser des eaux retenues on lui ôte cette propriété; mais les eaux de pressage sont nuisibles. M. Hutchison et le Dr Monro ont donné des déta ls sur ce traitement. Il est cependant préférable, au lieu de faire revenir dans les opérations ultérieures ces résidus mêlés à de nouvelles quantités d’eaux d’égout, pour les traiter collectivement, comme on le fait jusqu’à présent, de les faire disparaître en Us traitant par du chlorure de chaux et saturant après par de la chaux.
- L’auteur termine en donnant le conseil, pour juger de l’efficacité pratique d’un procédé, de ne pas se contenter d’une analyse des eaux à l’entrée, mais de la compléter et d3 contrôler les résultats par une série d’analyses des mêmes eaux débarrassées eltraitées, et ce, en prenant des échantillons d’entrée et de sortie de demi-heure en demi-heure.
- Il ajoute que le système d’irrigation, qui donne lieu à une grande propreté et économie, doit en somme être considéré comme dispendieux, puisque sur 1361U,20 d’eau 3ar tête, amenés à grands frais dans les maisons de Londres, 1/19®
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- seulement est consommée en boisson, de sorte que presque tout le reste est absorbé pour drainer les eaux d’égout et les diluer ; cette dépense considérable et quotidienne d’eau pèse assez lourdement sur les contribuables. U espère que la science chimique parviendra à des solutions plus simples de cette question qui mérite tous les efforts des savants. (C. R.)
- ( Journal of the Society of Chemical Industry.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES
- Fabrication du bleu d’outremer avec les kaolins japonais, par M. Ywa-buki, extrait fait par T. Takamatsu, professeur de chimie appliquée à l’université impériale des ingénieurs à, Tokyo (Japon). — Les kaolins ayant servi aux expériences faites sont ceux de Goto et Gairômé, Harima, Yamoto, Tororoïshi, Tonoguchi, Shigarosk et Shiraye, dont les analyses sont données par l’auteur; nous nous contenterons de remarquer que les proportions respectives de silice et d’alumine d’une part, et celles de potasse d’autre part, d’après les nombreuses expériences faites et relatées, varient dans le rapport de 1 d’alumine à 2,20 jusqu’à 7,12 et 7,67 de silice, et celles de potasse dans le rapport de 0,24 à 6,80 p. 100.
- Le seul kaolin qui ait fourni une bonne qualité d’outremer est le dernier nommé, celui de Shiraye, dont la composition chimique est la suivante :
- Silice....................................... 47,74
- Alumine...........................................36,68
- Peroxyde de fer...................................... 0,42
- Chaux................................................ 0,99
- Magnésie.............................................. »
- Potasse.............................................. 0,24
- Soude................................................ 0,21
- Perte par calcination.............................13,64
- Rapport de l’alumine à la silice..........1 : 2,23
- Ce kaolin se trouve à Mino, le long de la rivière Nasubi, et est employé pour la fabrication de la porcelaine aux usines de Seto, dans l’Owari. On reconnaît par l’analyse précédente que ce kaolin contient très peu d’impuretés et présente le rapport de 1 à 2 pour l’alumine et la silice approximativement. Après lessivage, le kaolin a été séché, calciné et pulvérisé à une extrême finesse.
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- Le mélange, pour obtenir l’outremer, a été fait de la façon suivante, d’après la règle de Gentle :
- Kaolin..........
- Carbonate de soude
- Soufre..........
- Charbon de bois. .
- 50 grammes. 50 «
- 30 »
- 6 »
- Total,
- 136 grammes.
- On a calciné le mélange pendant trois heures ; il en est résulté une masse verte homogène et régulièrement frittée. On l’a lavée, broyée et traitée finalement avec le soufre.
- L’outremer obtenu de la sorte présente une couleur bleu foncé avee quelque éclat. Le produit obtenu a été de 42 grammes d’outremer, soit 30 p. 100 du mélange primitif environ.
- L’auteur indique plusieurs expériences faites en vue d’obtenir des nuances diverses, en variant les proportions ; en résumé, il arrive aux conclusions suivantes :
- 1° Le kaolin japonais de Shiraye, dans lequel le rapport de l’alumine à la silice est à peu près comme 1 est à 2, est le meilleur des kaolins expérimentés.
- 2° L’outremer carbonaté, préparé d’après la formule ci-dessus donnée de Gentle, est brillant et d’un bleu foncé.
- 3° L’outremer sulfaté, fait dans les mêmes conditions, n’a plus le même brillant, mais est d’un bleu plus clair.
- Sous le nom d'outremer sulfaté, M. Ywabuki prépare le mélange suivant :
- Kaolin de Shiraye, lavé, etc., et silice ajoutée dans le rapport
- de 1 d’alumine à 3 de silice...........................100 grammes.
- Sulfate de soude.........................................100 »
- Charbon de bois.......................................... 17 »
- 217 grammes.
- L’outremer obtenu est médiocre.
- Mais en faisant un mélange de l’outremer carbonaté et sulfaté de la façon suivante, indirecte, savoir :
- Kaolin de Shiraye .
- Sulfate de soude. .
- Carbonate de soude Charbon de bois. .
- Soufre............
- Total.
- 100 grammes. 41 »
- 41 »
- 17 »
- 13 »
- 212 grammes.
- on obtient une masse homogène, verte, qui, après bleuissage, donné un outremer excellent, mais moins brillant que le premier, que l’auteur appelle outremer
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- carbonaté. Le rendement de ce dernier est de 25 p. 100 de la masse primitive et sa nuance est plus claire.
- [Journal of the Society of Chemical industry.)
- De l’acier pour plaques de blindage et projectiles. — Dans un article de l’Engineering du 31 décembre dernier on trouve le tableau ci-joint des quantités de
- USINES.
- CRKUSOT
- (Schneider et C‘«).
- f Amirauté française. . 1.813 1.793 1.801 1.736
- 1880. | Amirautés étrangères. )) )) )) ))
- ( Total 1.813 1.793 1.801 1.736
- / Amirauté française. . )) )) » ))
- 1881. | Amirautés étrangères. » )) )) »
- ( Total )) » » )>
- / Amirauté française. . o.99i )) )> 1.916
- 1882. < Amirautés étrangères. 4.800 )) )) »
- ( Total 10.794 » )) 1.916
- 1 Amirauté française. . )) » 806 806
- 1883. < Amirautés étrangères. 549 1.166 1.557 »
- ( Total » )) 806 806
- / Amirauté française. . 549 1.166 1.557 ))
- 1884.1 Amirautés étrangères. 1.767 )) » ))
- \ 'total 2.316 1.166 1.557 ))
- /Amirauté française. . 1.251 1.130 510 1.266
- 188o. ) Amirautés étrangères. 4.417 » » »
- ( Total 5.668 1.130 510 1.266
- / Amirauté française. . 746 » » »
- 1886.1 Amirautés étrangères. 2.767 » )>
- ( Total 3.513 » » »
- Jusqu’f }n octobre 1886.
- RÉCAPITULATION :
- Amirauté française 10.353 4.089 4.574 5.724
- Amirautés étrangères. . . . 8.951 » )) ))
- Total 19.304 4.089 4.574 5.724
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- plaques de blindage fabriquées par les usines de France depuis 4880 jusqu'en 1886. L’auteur de l’article en question accompagne ce tableau de réflexions qui mettent en évidence l’infériorité actuelle relative de la fabrication anglaise vis-à-vis de la nôtre, et il déplore la nécessité qui force le gouvernement britannique à recourir à l’étranger pour un produit que le pays pourrait plus facilement fabriquer que tout autre. Il indique également l’approvisionnement de projectiles de provenance française (Cie de Firminy) préférés à ceux de fabrication anglaise à cause de leur qualité.
- {Engineering.)
- Les scories de déphosphoration (Thomas Slag) comme engrais agricole, par M. Watson Smith. — (Extrait de la conférence faite par l’auteur, professeur de technologie chimique à l’université Victoria de Manchester.)
- Les scories phosphorées envoyées d’Angleterre à l’état de chargements pour l’agriculture en Allemagne, en Norvège, en Suède et en Danemark dépasse actuellement 1 200 tonnes par semaine.
- Par la combustion du phosphore dans le fer phosphoré, en présence de la chaux, des quantités considérables de phosphate de chaux se produisent dans les hauts fourneaux, sous forme de scories de nulle valeur jusqu’à présent. Cette scorie, appelée Thomas Slag, contient de 15 à 20 p. 100 d’acide phosphorique, et 46 à 54 p. 100 de chaux ou de magnésie.
- On a tout d’abord essayé sur ces scories le traitement des superphosphates, c’est-à-dire l’attaque par l’acide sulfurique; mais la haute teneur en chaux empêchait la réussite au point de vue financier; pendant ces expériences, le Dr Fleisher, directeur de la station expérimentale de la culture des marais (moorland), introduisait directement dans les terres maigres, marécageuses et humides de son district, près de Brême, des quantités de scories phosphatées, n’ayant subi d’autre préparation que celle d’une simple mouture; les résultats ont été remarquables et confirmés par des centaines d’expériences, lesquels ont démontré que l’action végétative sur ces matières brutes, simplement réduites en poudre, était suffisante pour améliorer avec rapidité des terres stériles; c’est dans les terrains arides, exempts de chaux surtout, que ces résultats ont été surprenants et inattendus, parce que la chaux était apportée par le nouveau engrais minéral.
- L’acide phosphorique, sous forme de scories, est aisément dissous par l’acide humique, en général par tous les acides des sels organiques, ainsi que par l’acide carbonique : les plantes enlevant facilement l’acide phosphorique combiné à la chaux sous forme de scorie, c’est-à-dire de silicate de chaux et de fer des hauts fourneaux, les grandes quantités d’oxyde de fer présentées
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- iront aucune influence sensible ou nuisible sur le développement de la végétation ; cela tient sans doute à l’insolubilité relative de l’oxyde ferreux mis en liberté.
- Après analyse des divers travaux d’expérience du professeur Wagner, de Darmstadt, du professeur Tittbozgen, de Dahme (sur les pommes de terre et les avoines), du Dr Munro et de Wright on, l’auteur formule de la façon suivante les faits acquis à la science agricole :
- Les scories Thomas basiques, réduites à l’état de fine poussière, agissent plus rapidement que des engrais broyés ; elles doivent leur être préférées dans les terrains argileux et sableux, pauvres en chaux, dans les plaines humides de caractère acide, et de consistance marécageuse. Dans un sol très calcaire, en employant une dose triple, on obtient également de meilleurs rendements, mais moins rapidement toutefois.
- L’auteur passe au détail des doses convenables, suivant la nature et la composition chimique du sol, et indique les additions de sels auxiliaires à faire, dans certains cas, sels de potasse ou de soude (nitrates); il considère comme indispensable une mouture suffisamment fine, et indique comme règle que les 90 p. 100 de la masse triturée et broyée doivent traverser un tamis, dont les mailles ont un quart de millimètre de côté.
- ( Journal of the Society of Chemical ïnduslnj. )
- Viandes conservées à la glace. — Les envois nombreux et rémunérateurs faits d’Amérique à la Clyde (Dublin) en viandes gelées artificiellement ont poussé les producteurs de la Nouvelle-Zélande à fabriquer des conserves de mouton préservées à l’aide de la glace et à les expédier en Australie à des distances de plus de 15 000 milles anglais. Les essais pour cette distance ayant réussi, il faut nous attendre sous peu, dit Y Engineering, à un développement de cette nouvelle industrie et à des expéditions considérables de viandes de mouton sur l’ancien continent, car le stock disponible de moutons des antipodes est actuellement de plus de 9 millions et demi de têtes, et la production zélandaise est énergiquement poussée.
- (Engineering.)
- Conductibilité électrique de quelques bois, par M. Addenbrooke. — Des
- essais pratiqués par la « United téléphone company » sur la conductibilité électrique de certaines essences de bois et dirigés par l’auteur ont fourni en résumé les résultats suivants :
- Les morceaux de bois choisis pour l’expérience ont été débités en prismes de 75 millimètres de longueur, 22,5 millimètres de largeur et 9,6 millimètres d’épaisseur, séchés et vissés dans des pinces distantes de 51 millimètres. Les résistances,
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- quand le courant était dans la direction des bois, ont donné les nombres suivants en megohms (1).
- Acajou........
- Pin .......
- Bois de rose . .
- Hêtre.........
- Noisetier et chêne Teck..........
- 40 megohoms 214
- 291 —
- 397 —
- 478 —
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- Lorsque la direcliou du courant était transversale aux fibres du bois, elles devenaient de 30 à 100 p. 100 plus grandes.
- (Dinglers polytechnisches journal.)
- SEANCES 1)U CONSEIL D’ADMINISTRATION
- PROCÈS-VERBAUX
- Séance du 28 octobre 1887.
- Présidence de M. Hatox de la Goupillière, vice-président.
- Le Président du Conseil d’organisation de l’Exposition internationale contre l’incendie des théâtres (Congrès ignifuge) annonce l’ouverture de l’exposition le 23 novembre prochain, au Palais de l’Industrie, et sollicite les adhésions.
- M. Élie Mage, ancien agent temporaire des ponts et chaussées, à Périgueux, Dordogne. — Moteur à air comprimé. (Arts mécaniques.)
- M. le comte de Salis, à Beauvais, envoie le discours qu’il a prononcé sur la tombe de M. Vérité, l’un des horlogers qui ont fait le plus d’honneur à l’industrie française. [Bulletin.) '
- M. Ducoloner, à Rennes. — Système pour la direction des ballons. (Arts mécaniques.)
- M. le Ministre de l’instruction publique, des cultes et des beaux-arts envoie le programme des questions soumises à MM. les délégués des Sociétés savantes, en vue du Congrès de 1888, et demande les éléments d’un programme analogue pour la réunion qui doit avoir lieu en 1889.
- L’Institut Franklin de Philadelphie annonce l’intention de publier une table alphabétique des noms d’auteurs cités et des sujets traités de 1826 à 1880, dans les MO volumes de son journal. Le prix de la souscription est fixé à 3 dollars.
- (I) Mega ou meg 1 000 000 unités; 1 ohm — 100 unités C. 6. S. L’ohm, adopté par l’Association britannique == 0,9985 ohm théorique.
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Novembre 1887.
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- M. le Président du concours international des sciences et de l’industrie, à Bruxelles, annonce que ce concours aura lieu à Bruxelles en 1888.
- La Société Royale de Naples demande l’échange de ses comptes rendus contre le Bulletin de la Société. {Bulletin é)
- M. Outrequin, à Orléans. — Bluteries applicables à la mouture des grains parles cylindres et par les meules. (Arts mécaniques.)
- M. Ratel, horloger, rue Monsieur-le-Prince, 53. — Montre à secondes fixes, à un seul barillet. (Arts mécaniques.)
- M. Marins Au fan, place de la République, 8, à Levallois-Perret. — Plan et mémoire descriptif relatifs à un système de compteur pour liquides. (Arts mécaniques. )
- M. Jules Grollard, rue Lacharrière, 18. — Résultats de quelques expériences faites pour obtenir un terme de comparaison entre une force vive et une force morte. (Arts mécaniques.)
- M. Hamon, menuisier, à l’asile national de Vincennes. — Machine-outil à bois. (Arts mécaniques.)
- M. Breton-Maire, sellier-carrossier, à Seurre, Côte-d’Or. — Frein automatique à patins. (Arts mécaniques.)
- M. Marguet, rue de Verneuil, 27.—Système pour prévenir l’emportement des chevaux. (Agriculture.)
- M. Somzée, à Bruxelles. — Brochure intitulée : les Collisions en mer. (Arts économiques.)
- Mme veuve Gérentes, rue Saint-André-des-Arts, 31. — Système pour fabriquer au carreau et au fuseau ordinaires les articles en laine, mèche, édredon, chenille-mousseline, etc. (Arts mécaniques.)
- M. Paul Verne au, rue Madame, 32. — Procédé pour reproduire sur pierre ou sur zinc les impressions anciennes ou récentes de typographie, de lithographie, etc., à l’encre grasse. (Constructions et Beaux-Arts.)
- M. Maynard, à Vienne (Isère).—Machine rotative à pression constante. (Arts mécaniques.)
- M. Lotineaux, rue Oberkampf, 132 (impasse Ménilmontant, 15). — Lampe de mineur, dite la sécurité des mines. (Arts économiques.)
- MM. Poure, O’Kelly et C'\ à Boulogne-sur-Mer. — Cachet-crampon rendant les enveloppes absolument inviolables. (Arts mécaniques.)
- M. Edouard Potain, boulevard Voltaire, 5.—Poêle à gaz hygiénique sans communication avec l’intérieur de la pièce à chauffer. (Arts économiques.)
- M. Fleury, ingénieur civil, boulevard de Glichy, 22. — Lampe à pétrole ou à essence, insubmersible, incassable, n’offrant aucun danger. (Arts économiques.)
- M.E. Colard, ingénieur-mécanicien, rue Ordener, 52. — Diviseur centésimal du millimètre. (Arts mécaniques.)
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- M. Char lier, mécanicien, à Lys-lès-Launoy (Nord). — Système pour empêcher les collisions en mer. (Arts économiques.)
- M. Bertholon, propriétaire industriel, à Charmes, par Lavoulte (Ardèche).— Système pour produire économiquement la soie ouvrée. (Arts mécaniques.)
- M. Marx, mécanicien, rue de la Roquette, 69. — Chaise roulante pour enfants. (Arts mécaniques.)
- M. Jules Fournier, rue Riquet, 15. — Procédé pour élever les liquides sans recourir à aucune pompe ni à aucun système connu. (Arts mécaniques.)
- M. Dumathera, à Saint-Pierre-ès-Mathenay, par Arbois (Jura). — Système d'attache du rail à la traverse. (Arts mécaniques.)
- M. Gouge, à Vaudancourt près Epernay (Marne). — Inventions diverses. (Arts mécaniques.)
- M. Delaurier, rue Daguerre, 77. — Système général de machines pour utiliser la force des vagues, dit Lammoteur marin. (Arts mécaniques.)
- MM. Verdol et Cie, mécaniciens, passage des Mûriers, 10. —Deux notices avec figures, l’une concernant une mécanique d’armure pour tissage, l’autre un repiquage accéléré, fonctionnant à la vapeur, pour mécaniques-Jacquart du système breveté par les mêmes constructeurs. (Arts mécaniques.)
- M. le général Mengin-Lecreulx écrit à M. le Président pour le prier de vouloir bien accepter sa démission de la fonction de censeur, en raison de son âge et de ses infirmités.
- Le comité d’organisation de l’exposition des objets d'éclairage et de l’industrie du naphte, organisée pour la fin de la présente année 1887, par la Société impériale polytechnigue de Russie, à Saint-Pétersbourg, annonce qu’en vue de faciliter la participation aux exposants russes et étrangers, et surtout aux personnes qui désireraient prendre part au concours institué pour les primes allouées par les ministères de la guerre et des domaines, ainsi que par plusieurs autres établissements, les demandes d’admission seront reçues jusqu’au 27 novembre prochain. Adresse : Saint-Pétersbourg, rue Pantéléimonskaya, n° 2 ; Société impériale polytechnique de Russie ; Comité d’organisation de l’exposition d’éclairage.
- M. Guilbot, rue de la Verrerie, 4. — Procédé de photolithogravure. (Constructions et Beaux-Arts.)
- M. Louis Marx, rue Claude-Bernard, 58.—Brochure intitulée : le Laboratoire du brasseur. (Arts chimiques.)
- M. Émile Serrant, ingénieur-chimiste, rue de Bassano, 12. — Le bispain pour l’alimentation du soldat en campagne et du marin. (Arts chimiques.)
- M. Schacre, architecte, rue Berthollet, 17. — Proposition de mettre au concours le remplacement du blanc de céruse par un composé inoffensif, ne présentant pas les défauts d’application du blanc de zinc. (Arts chimiques.)
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- M. le directeur général de l’exploitation de l’Exposition universelle de 1889 demande si la Société désire faire figurer ses travaux dans la classe YI1I, cadre de l’Enseignement supérieur. [Bureau.)
- M. Sidersky, chimiste, à Villers-Cotterets (Aisne). — Calcimètre pour les essais de calcaires, de noir animal, etc... (Arts chimiques.)
- M. Marins Galfard, sériciculteur, à Oraison (Basses-Alpes). — Petit traité sur le ver à soie du mûrier. (Agriculture.)
- MM. Chevrel, Guétantet Cie, rue Martel, 5 bis. — Corps sulfurés appelés bro-mine horticole et bromine maraîchère, pour combattre les parasites de l’agriculture. (Agriculture.)
- M. Marcel Hédin, agronome, à l’Aune, par Fresnay-sur-Sarthe (Sarthe). — Brochure intitulée : les Champs de démonstration. (Agriculture.)
- MM. Gagnage et Moreau, place d’Epinoy, 1, à Malakoff. — Mémoire sur l’assainissement des centres, égouts, eaux vannes, etc. (Agriculture.)
- M. Garrouste, pharmacien, à Aurillac. — Brochure : l’Ensilage des fourrages verts; —-la Laiterie dans le Cantal. (Agriculture.)
- M. Barbieux-Semaal, rue de Dunkerque, 24. — Brochure intitulée : le Tarif des douanes en France et les tarifs étrangers. (Commerce.)
- M. Bothschild, libraire-éditeur, envoie, au nom de M. Forir, un exemplaire de sa traduction française du Précis de pétrographie de feu M. le professeur de Lasaux. (Arts économiques.)
- Les ouvrages suivants sont signalés :
- Memoranda of the origin, plan and results of the field and otlier experiments conducted on the far m and in the laboratory of Sir John Bennet Lawcs, Bart., at Rothamsted, Herts.
- Les Associations et syndicats miniers en Allemagne et principalement en Westphalie, par E. Gruner, ingénieur civil des mines.
- Discours prononcé par M. Spuller, ministre de l’instruction publique, des cultes et des beaux-arts, au congrès des Sociétés savantes, le samedi 4 juin 1887.
- Bibliographie des sociétés savantes de la France, par Eugène Lefèvre-Pontalis, bibliothécaire du comité,
- De Futilité d’une exposition industrielle permanente à Paris. Mémoire lu à la Sorbonne, au congrès des Sociétés savantes, 1887, par Ferdinand Marmet.
- Conférence sur la machine à vapeur, par S. Périssé, ingénieur des arts et manufactures.
- Conférence sur le bronze, par le même auteur.
- Catalogue raisonné ou guide pour servir à l’achat de bons livres... dressé par C. Constant François, pasteur, et publié sous les auspices de la Société genevoise pour l’encouragement de l’œuvre des bibliothèques populaires. Genève, Bernard et Cie, éditeurs.
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- Instructions sur les précautions ci prendre concernant les transmissions et le maniement des courroies. Brochure publiée par l’Association des industriels de France pour garantir les ouvriers contre les accidents du travail, rue de la Chaussée-d’Antin, 6.
- Rapports des comités. — Études agricoles. — M. Lavalard fait, au nom du Comité d’agriculture, un rapport sur plusieurs mémoires envoyés par M. Simonnin, vétérinaire, actuellement juge de paixàMaiche, département du Doubs. Ce dossier se compose : 1° d’un tableau représentant la carte géographique et agricole du département du Doubs, avec 47 photographies des principales variétés chevalines et bovines peuplant le département; 2° d’un mémoire manuscrit, ou étude sur l’agriculture, la multiplication et l’amélioration des gros animaux domestiques dans le département; 3° d’une notice explicative de la carte zootechnique et agricole;-4° et enfin d’une brochure, publiée en 1871, sur l’agriculture et l’élevage dans le département. Cette brochure est distribuée gratuitement aux cultivateurs de la région.
- Le Comité d’agriculture demande qu’une lettre de remerciements soit adressée à M. Simonnin, et que le présent rapport soit inséré dans le Bulletin delà Société.
- Repérage automatique. — M. Plon fait, au nom du Comité des constructions et beaux-arts, un rapport sur un système de repérage automatique de M. Vieille-mcird fils, imprimeur lithographe, boulevard Port-Royal, 97, à Paris.
- Ce repérage est incontestablement meilleur et plus facile à obtenir qu’avec l’ancien procédé, et l’appareil peut s’adapter indifféremment aux presses typographiques et aux presses lithographiques.
- Cette communication a paru de tous points intéressante au Comité des constructions et beaux-arts, qui propose, en conséquence, de remercier M. Vieille-mard fils, et d’insérer au Bulletin le présent rapport accompagné de quelques figures.
- Communications. — Statistique graphique. — M. Cheysson présente à la Société, au nom du Ministère des travaux publics, l’Album de statistique graphique qui vient de paraître. Cet album annuel, publié depuis 1879, est le huitième delà série. Comme cette publication a été déjà l’objet de rapports détaillés de la part de M. Lavollée et de M. le colonel Goulier, M. Cheysson se bornera à signaler les particularités qui distinguent le nouvel album.
- Pour la première fois, cet album donne, sans lacune, le mouvement des voyageurs sur les diverses lignes de réseau ferré. (Planche n° 4.)
- Sous le n° 5, il renferme une planche intitulée Cartes des voies navigables, qui participe à la fois de la carte géographique et du cartogramme. Elle figure, en effet, outre les tracés des voies navigables, leur nature (canaux ou rivières navigables ou flottables); leurs conditions de navigabilité suivant qu’elles ont ou non un mouillage supérieur à 2 mètres et des écluses d’au moins 38ra,30 de longueur
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- et 5ra,20 de largeur; les longueurs de leurs sections; les cotes des distances de leurs principaux points (ports, confluents...), et les développements des itinéraires qu’on peut combiner en partant de diverses origines : Paris, Bordeaux, Nantes.
- Les 20 dernières planches sont consacrées à la statistique agricole. Au point de vue de l’exécution statistique, elles se distinguent par une méthode nouvelle qu’on peut appeler : Méthode des cartogrammes à teintes dégradées et à écarts proportionnels. Ce système a pour objet de rendre comparables les cartogrammes d’une même série en donnant la même signification à la même teinte sur toutes les cartes, condition importante et méconnue parles systèmes employés jusqu’ici.
- Ces planches qui sont comme « l’illustration » des tableaux et de la notice consacrés par le ministère de l’agriculture à l’enquête décennale agricole, présentent, outre un intérêt de technologie statistique, un véritable intérêt économique, comme suffit à le faire pressentir le simple énoncé de leurs titres : répartition du territoire entre les cultures les plus importantes ; production du froment par hectare, par habitant et par cultivateur; surface consacrée aux céréales, au froment, aux cultures industrielles et fourragères ; nombre des chevaux et poids du bétail (bœufs, moutons et porcs par hectare) ; rapport de la population rurale à la population totale; proportion des diverses catégories de travailleurs agricoles et des divers modes d’exploitation; enfin, nombre des exploitations rurales distinguées d’après leur étendue.
- Il y a là, comme on le voit, une source abondante de renseignements, à laquelle pourront puiser ceux qu’intéressent les questions si importantes et si actuelles de l’économie rurale, du progrès agricole et de la division de la propriété.
- M. le Président remercie M. Cheysson de son intéressante communication et de l’hommage qu’il fait à la Société, au nom du ministère des travaux publics, de VAlbum de statistique graphique qui sera déposé à la bibliothèque.
- Huiles de graissage. — M. Brüll présente, au nom de M. E. Ducretet, rue Claude-Bernard, 75, à Paris, une application aux moteurs à gaz et à pétrole à'appareils filtreurs, permettant d’utiliser la chaleur perdue par ces moteurs, en vue de Y épuration gratuite des huiles en général, et en particulier de celles de rebut provenant de ces moteurs.
- M. Brüll décrit les appareils employés par M. Ducretet, lesquels fonctionnent depuis trois mois et demi dans les ateliers de ce constructeur. Il n’emploie, successivement ainsi épurée gratuitement, que de l’huile de rebut que l’on devait vendre à vil prix. La dépense était autrefois, par jour, pour un moteur de 2 chevaux, d’environ 1 fr. 25 c. à 1 fr. 50 c. ; elle est maintenant de 0 fr. 15 c. à 0 fr. 20 c. M. Ducretet a adopté Xhuile minérale pour graissage ne contenant aucun mélange ; cette huile donne un graissage parfait, régulier, et devient encore meilleure dans son appareil à 100°. Suivant ses observations, ces huiles sont inaltérables, non sicca-
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- tives, uniformes et très économiques ; il conseille de les employer exclusivement, car les autres huiles minérales ou animales sont fréquemment falsifiées par des mélanges qui altèrent leur qualité lubrifiante.
- M. le Président remercie MM. Brüll et Dncretet de leur intéressante communication, qui est renvoyée au Comité des arts chimiques.
- Levures pures de brasserie. — M. Louis Marx, malteur, à Marseille, fait une communication sur ses procédés pour produire des levures pures de brasserie, d’après la méthode de M. Hansen, de Copenhague, inspirée par les remarquables travaux de M. Pasteur sur la bière. Il a étudié quelque temps dans le laboratoire de M. Hansen, et il donne les détails les plus intéressants sur les travaux et les méthodes de ce savant pour produire les levures pures de brasserie. M. Hansen a lui-même communiqué â la Société un important mémoire sur ce sujet, qui a été publié dans le Bulletin du mois d’août 1887. De retour à Marseille, M. Marx voulut faire profiter les brasseurs français des connaissances qu’il avait acquises chez M. Hansen, et installa un laboratoire de physiologie et une petite brasserie d’essai, qui se compose d’un macérateur et d’une cuve à brasser, le tout marchant mécaniquement et chauffé par la vapeur. Le moût houblonné bouillant arrive dans un bac fermé, stérilisé auparavant par la vapeur. Le couvercle est muni intérieurement de serpentins dans lesquels circule de l’eau froide pour le refroidissement. Pendant ce temps, le moût est oxygéné par de l’air pur provenant d’un ventilateur et ayant traversé une boite en fer-blanc, dans laquelle se trouvent des couches de coton, stérilisées à chaque opération dans une étuve à 150°. Le moût est mis en fermentation dans des cuves en bois ou en métal recouvertes, munies intérieurement d’un serpentin à eau froide, avec de la levure provenant d’une culture pure ou d’un appareil continu, assez semblable à celui de MM. Hansen et Kuhle, au moyen duquel on obtient tous les huit ou dix jours une levure absolument pure. (Cet appareil a été décrit dans le Bulletin de la Société, août, p. 494.)
- Après la fermentation, la bière est soutirée et la levure est recueillie dans des ballons stérilisés, recouverts et plongés dans un récipient où coule de l’eau froide. La levure subit là trois lavages à l’eau pure, filtrée à travers le filtre Chamberland et exempte de microbes. La levure épaisse est alors portée dans une boîte en fer-blanc, préalablement stérilisée, et que l’on soude ensuite ; elle est ainsi expédiée gratuitement avec tous les renseignements aux brasseurs. M. Marx n’a eu qu’à se louer de sa tentative, et le succès a dépassé ses espérances et compense en partie ses premiers sacrifices.
- M. le Président remercie M. Marx de son intéressante communication, qui est renvoyée au Comité des arts chimiques.
- Accord des instruments à cordes. — M. Alibert fait une communication sur les chevilles destinées à assurer l’accord des instruments à cordes, tels que
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- violon, alto et violoncelle. Les instruments à cordes, longtemps construits sur les types des Amati et des Stradivarius, ont dû subir des modifications et une tension plus énergique des cordes pour satisfaire aux exigences d’un diapason bien plus élevé. Les chevilles Àlibert répondent à ce besoin. Elles consistent : 1° en une clef sur le cheviller pour enrouler la corde ; 2° en un levier à bascule, qu’un rochet réunit à la clef. Ce levier se place dans la mortaise du cheviller, il tend sans secousses et progressivement la corde, qu’il ne tiraille pas et qu’il ne fatigue pas sur le sillet, où elle ne se coude que très peu, et, par conséquent, n’en altère pas les fibres; 3° en une vis sous le cheviller pour régler l’accord. Cette vis tourne dans un écrou qui, au moyen d’un collet, fait basculer le levier et amène, aussitôt et sans hésitation, l’accord à la justesse la plus rigoureuse. Fixées à demeure, ces chevilles font en quelque sorte corps avec l’instrument, sont inébranlables, et ne peuvent jamais se détourner. Elles amènent graduellement les cordes à l’accord par des mouvements presque insensibles, qu’un peu de pratique rend bientôt familiers. Elles remédient donc instantanément à la double action de l’archet et de la température sur les cordes. En résumé, les chevilles xAhbert font disparaître les inconvénients qui résultent de l’emploi des chevilles de bois. Avec elles, on obtient un accord exact, un accord idéal, suivant l’expression d’un célèbre violoniste.
- Les chevilles Alibert ont reçu l’approbation des artistes les plus renommés et des Conservatoires de Paris, de Berlin, de Bruxelles, de Cologne et de Vienne.
- M. le Président remercie M. Alibert de son intéressante communication, qui est renvoyée au Comité des arts économiques.
- Le gérant : J.-H. Gimîstou.
- Paris. — Tvp. Georges Chainerot, 19, nu» des Saints-Pères. - 2J942.
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- 86e ANNÉE.
- Quatrième Série, Tome II.
- DÉCEMBRE 1887.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ARTS ÉCONOMIQUES
- Rapport fait par M. le colonel Sebert, an nom du Comité des arts économiques, sur de nouveaux procédés d’inflammation des mines, présentés par MM. Scola et Ruggieri, 172, rue Championnet, et réalisés avec le concours de M. E. Ducretet, 75, rue Claude-Bernard, à Paris.
- L’emploi de la poudre pour l’exploitation des mines et des carrières est une cause fréquente d’accidents.
- Sans compter les accidents dus à de réelles imprudences et que des précautions élémentaires devraient permettre d’éviter, tels que ceux provenant de la présence d’un corps enflammé que l’on approche des récipients qui renferment la poudre, ou que l’on introduit dans les endroits où on la manipule, il y a, dans le mode d’emploi même de la poudre, des causes de danger beaucoup plus difficiles à éviter, et qui déjouent souvent toutes les précautions que peut suggérer la prudence.
- C’est surtout avec les anciens procédés de mise de feu, dont l’usage a subsisté dans un grand nombre de mines, que ces dangers sont à redouter. Dans ces procédés, après avoir bourré, au-dessus de la charge de poudre, un tampon de terre ou d’argile, on pratique dans ce tampon un canal, en enlevant une tige métallique ou épinglette que l’on a eu soin, de loger à l’avance dans la bourre, et l’on établit, par ce canal, la communication du feu, soit en y versant de la poudre fine, soit mieux en introduisant à l’entrée un petit tube rempli de poudre et constitué soit en métal, soit en paille ou en roseau, soit même plus simplement en papier.
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Décembre 1887.
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- ARTS ÉCONOMIQUES. --- DÉCEMBRE 1887.
- A ce tube qui est désigné, suivant les pays, sous le nom d’étoupille, de chalumeau, de cannette ou même de cigarette, on met le feu à l’aide d’un dispositif qui bride assez lentement pour permettre à l’opérateur de s’éloigner avant l’explosion.
- On emploie, à cet effet, le plus souvent, un morceau d’amadou ou une mèche soufrée que l’on enflamme au moyen d’une allumette ou d’une mèche garde-feu.
- 11 est inutile de faire ressortir les multiples circonstances qui, dans ces conditions, peuvent provoquer, soit l’allumage intempestif de l’étoupille, soit un reste d’inflammation qui présente, à son tour, des causes spéciales de danger.
- L’invention du système des mèches lentes Bickford, dites mèches de sûreté, invention qui remonte déjà à une cinquantaine d’années, est venue diminuer dans une forte proportion les chances d’accidents, en supprimant l’emploi des étoupilles et écartant presque complètement la possibilité de l’inflammation prématurée de la charge au moment de l’allumage.
- Ces mèches lentes, aujourd’hui bien connues, sont formées, comme on sait, d’une âme de poudre comprimée, contenue dans une enveloppe tressée en chanvre, qui peut d’ailleurs être goudronnée ou même rendue imperméable à l’humidité. Le tout présente l’aspect d’une cordelette de 5 millimètres de diamètre.
- Ces mèches, qui brûlent avec une vitesse de 0ra,70 à 0m,80 à la minute s’introduisent dans le bourrage même, à la place de l’épinglette. On n’a qu’à enflammer directement le bout qui dépasse, et leur combustion lente et régulière donne le moyen de proportionner leur durée au temps nécessaire pour permettre au personnel de se mettre à l’abri.
- Leur allumage se produit d’ailleurs avec grande facilité et par tous les temps si Ton fait usage, à cet effet, de petits allumeurs imaginés par M. Rug-gieri et dont on coiffe leur extrémité.
- Malheureusement, malgré les avantages incontestables de ce système, l’emploi de la mèche Bickford ne s’est répandu que lentement, et même aujourd’hui il existe encore un grand nombre de mines et de carrières où l’on n’en fait pas usage.
- Il faut dire, du reste, que cette mèche doit être fabriquée avec des soins spéciaux et qu’elle peut devenir dangereuse si elle est en mauvais état ou de fabrication défectueuse. Elle exige aussi certaines précautions dans son emploi.
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- Trop d’accidents déjà ont été dus à l’emploi de mèches achetées au rabais; l’usage de mèches défectueuses peut, en effet, entraîner un arrêt dans la transmission du feu et provoquer un raté. Le même arrêt peut être dû à ce que la mèche se trouve coupée par un bourrage mal effectué.
- Dans ce cas, l’emploi de la mèche lente devient, à son tour, dangereux, car il peut arriver que l’enveloppe en chanvre conserve le feu et, en se consumant lentement, ne finisse par provoquer l’explosion de la charge, au moment où l’on ne s’y attend plus et où l’on a pu se décider à débourrer.
- Peut-être faut-il voir dans ces faits, autant que dans l’esprit de routine, la cause de l’emploi encore si répandu des procédés plus primitifs de mise de feu aux mines.
- Indépendamment des dangers dus au mode d’inflammation, des accidents sont encore à craindre dans l’emploi de la poudre au moment du bourrage, car le choc et le frottement peuvent provoquer, dans cette opération, la production d’étincelles qui mettent le feu prématurément à la charge.
- L’emploi des charges comprimées, qui a pris aujourd’hui une certaine extension, fait disparaître en grande partie ce danger pour les mines qui font usage de poudre noire, mais il subsiste, avec plus de gravité encore, quand on fait usage de la dynamite ou des explosifs analogues, dont l’emploi exige l’introduction, dans la charge même, d’une capsule fulminante ou détonateur qui est susceptible de faire explosion facilement par le choc.
- Si l’on considère spécialement l’exploitation de mines de houille, dans des terrains grisouteux, on a à se préoccuper enfin d’un danger de nature différente, qui provient de la possibilité de provoquer l’inflammation du grisou, soit par le fait de l’explosion même de la mine, soit par le fait de l’emploi de la flamme qu’il faut mettre à nu pour déterminer l’allumage de la charge.
- On peut faire disparaître une partie des causes de danger qui viennent d’être signalées en faisant usage d’amorces enflammées par l'électricité, mais jusqu’à ce jour ce mode d’allumage des mines s’est peu répandu.
- Le prix généralement élevé des bonnes amorces électriques, l’imperfection des machines d’inflammation employées, les précautions et les connaissances spéciales qu’exige l’emploi de l’électricité, les difficultés d’installation des conducteurs et des amorces sont, sans doute, les causes principales de ce fait.
- C’est en s’inspirant de ces considérations que MM. Scola et Ruggieri se
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- sont proposé de créer un nouveau mode d’allumage des mines par l’électricité qui fût exempt des inconvénients que l’on reproche encore à l’emploi des amorces électriques et qui fît en même temps disparaître les causes de danger ou les difficultés d’emploi que présentent les autres modes usuels de mise de feu.
- Us ont, à cet effet, imité le système d’étoupilles dont les artilleurs font
- Fig. 1 et 2. — Amorce à projection et détonateur.
- usage pour mettre le feu aux charges des bouches à feu et ils ont réalisé ainsi un perfectionnement du système des cannettes employées par les anciens mineurs. Ils ont pu d’ailleurs appliquer à ces engins la mise de feu électrique grâce au concours éclairé de M. E. Ducretet, qui leur a fourni le moyen de réaliser ce mode de mise de feu dans des conditions économiques et au moyen d’appareils d’un usage pratique.
- Les étoupilles qu’ils emploient et qu’ils désignent sous le nom d’amorces à projection sont formées d’un tube en carton légèrement conique à l’extérieur (fig. 1) que l’on engage, en le fixant par un léger forcement dans l’orifice d’un canal, de 8 millimètres environ de diamètre, réservé dans le bourrage au moyen d’une épinglette.
- Ce tube renferme à l’intérieur une petite amorce électrique et un bout
- Fig. 3. — Trou de mine chargé.
- de mèche fusante ou mèche à étoupille, plié en double en forme de Y et qui est engagé librement dans le tube, en avant de l’amorce.
- Lorsque celle-ci s’enflamme, elle chasse avec force ce bout de mèche auquel elle a mis le feu et qui brûle avec une flamme vive. Ce dernier est
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- projeté, ainsi enflammé, jusqu’au fond du trou de mine où il vient mettre, à son tour, le feu à la charge.
- Ce système, grâce à la force de projection de l’amorce et au volume assez considérable de gaz enflammés, donne une mise de feu à peu près assurée, produite par le bout de mèche à étoupille projeté, à la seule condition que le canal laissé par l’épinglette ne soit pas accidentellement obstrué par quelque obstacle ou étranglement. *
- S’il s’agit d’enflammer une charge de dynamite ou de coton-poudre, amorcée à l’aide d’un détonateur (fîg. 2), il faut, pour plus de sûreté, engager dans ce dernier, en le mettant en place, un bout de mèche à étoupille
- Eig. 4. — Cartouche de dynamite.
- semblable à celui que renferme l’amorce et qui est plus aisément allumé par la projection de ce dernier (fîg. 4).
- Lorsque l’on se sert d’explosifs brisants de cette nature, on peut se dispenser, le plus souvent, de bourrer et l’on se contente de fermer l’orifice du trou de mine avec un tampon d’argile ou un tampon de bois dans lequel on ménage un canal de la grosseur voulue (fig. 3).
- Dans ces conditions, l’emploi des amorces à projection dont il s’agit est spécialement avantageux, car même dans le cas relativement défavorable où l’on fait usage d’un tampon d’argile, dans lequel le canal est plus sujet à obstruction, on peut limiter l’enfoncement de l’épinglette de façon à n’avoir pas à craindre de rencontrer et de faire partir intempestivement la capsule fulminante. D’autre part, la faible longueur du canal que doit pratiquer cette épinglette met plus facilement à l’abri d’une obstruction accidentelle de ce canal, obstruction qui arrêterait au passage le bout de mèche’enflammé projeté par l’explosion de l’amorce.
- Ces remarques ont conduit MM. Scola et Ruggieri à préconiser ce même mode de bourrage pour l’emploi de la poudre ordinaire. Des expériences déjà nombreuses, faites à leur instigation, ont montré que, dans un grand nombre de cas d’exploitation des carrières, et tout au moins quand il s’agit de matériaux relativement peu résistants comme par exemple le plâtre, la pierre à chaux, la houille, etc., le simple tamponnage de l’orifice
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- peut être substitué, sans trop de désavantages, au bourrage complet.
- C’est, par suite, dans ces conditions qu’ils recommandent l’emploi de leurs amorces à projection.
- L’inflammation de ces amorces pourrait évidemment être produite à l’aide d’un bout de mèche Bickford qui ferait corps avec elles et ce système constituerait peut-être une solution qui aurait plus de chances de succès que celle à laquelle ils se sont arrêtés, mais les inventeurs ont cru préférable, comme il a été dit plus haut, de recourir à l’électricité.
- On opère, par suite, en reliant deux fils métalliques qui les prolongent aux bouts dénudés d’un câble isolé à deux conducteurs qui aboutit d’autre part à un appareil électro-magnétique portatif dit coup-de-poing.
- On sait que dans cet appareil, que la maison Bréguet a fait connaître il y a déjà longtemps, un courant d’induction est lancé dans le fil d’une double bobine enroulée autour des pôles d’un aimant en fer à cheval et que l’émission de ce courant est provoquée par l’arrachement brusque de l’armature de l’aimant.
- M. Ducretet, apportant à MM. Scola et Ruggieri le concours de son expérience, a réalisé dans la construction de cet appareil des perfectionnements de détail qui lui ont permis d’en diminuer le poids et le volume. M. Scola a cherché, en outre, à en augmenter la sécurité d’emploi en enveloppant, dans un tube protecteur en verre, la partie de l’appareil où se produit l’étincelle d’extra courant dont on provoque intentionnellement le développement pour augmenter l’intensité du courant lancé.
- On peut espérer ainsi, dans les mines à grisou, éviter la production d’une étincelle dangereuse venant à jaillir dans la partie de la mine où se tiennent les opérateurs.
- Les amorces dont se servent MM. Scola et Ruggieri sont du type des amorces de tension ou amorces à étincelles dans lesquelles les extrémités de deux fils métalliques isolés se trouvent amenées en regard, à faible distance, et sont séparées par l’interposition d’une substance peu conductrice dont l’inflammation peut être provoquée par le passage d’une étincelle électrique.
- Dans les amorces de ce genre, pour assurer une sensibilité uniforme, il faut arriver à donner un écartement rigoureusement constant aux fils conducteurs amenés en regard et à assurer une composition identique au mélange inflammable. On ne parvient à ce résultat qu’à l’aide de soins méticuleux et de tâtonnements qui élèvent beaucoup les frais de fabrication.
- M. Ducretet a pu mettre encore ici à la disposition de MM. Scola et
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- Ruggieri un procédé de vérification qui, en faisant disparaître ces difficultés, leur a permis d’abaisser considérablement le prix de vente des amorces électriques, tout en assurant leur bonne confection.
- Ce procédé consiste à vérifier la résistance électrique de l’amorce à l’aide d’un appareil spécial qui permet de contrôler rapidement l’état de chaque amorce et d’éliminer celles qui ne seraient pas dans les limites convenables.
- Cet appareil, dont M. Ducretet a fait connaître le principe, dans une note communiquée à l’Académie des sciences le 24 mai 1886, se compose d’un circuit électrique comprenant une pile, un téléphone, un interrupteur mû par un rouage d’horlogerie et un double godet rempli de mercure dans lequel on plonge l’extrémité des fils de l’amorce à éprouver (fig. 5).
- L’interrupteur mis en mouvement provoque, dans le circuit, des variations de résistance qui déterminent dans le téléphone une succession de bruits plus ou moins intenses suivant la résistance propre de l’amorce.
- 11 suffit de réunir, par des expériences préalables, un certain nombre d’amorces types, de sensibilité variée, qui produisent dans le téléphone des bruits d’intensité graduée, auxquelles l’oreille s’habitue aisément. On peut ainsi arriver à reconnaître, sans difficulté et avec une précision suffisante dans la pratique, le degré de sensibilité des amorces à éprouver.
- Grâce à ces simplifications de fabrication, MM. Scola et Ruggieri arrivent à livrer à 0 fr. 06 pièce des amorces électriques qui dispensent de l’emploi soit des cannettes ou chalumeaux, soit de la mèche Bickford.
- L’appareil allumeur et les câbles conducteurs ne constituent qu’une dépense une fois faite relativement peu considérable, car les câbles de faible dimension et qui n’ont pas besoin d’un isolement parfait peuvent être livrés à bas prix.
- Il est d’ailleurs facile, avec quelques précautions simples, et notam-
- Fig. 5. — Appareil de M. Ducretet pour vérifier l’état des amorces.
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- ment en les suspendant aux toits des galeries ou en les faisant arriver parle haut des carrières, d’éviter qu’ils ne soient détériorés par les explosions.
- On peut, du reste, avec ce genre d’amorce et l’exploseur électro-magnétique, enflammer à la fois plusieurs amorces et faire partir simultanément plusieurs fourneaux de mine.
- On arrive ainsi à réaliser un système de mise de feu économique et d’un emploi pratique, susceptible de mettre à l’abri d’un certain nombre des causes de danger qui accompagnent habituellement l’emploi du tirage à la poudre.
- Il faudrait toutefois se garder de conclure qu’avec ce système, on puisse faire disparaître toutes chances d’accident. On ne saurait trop répéter que l’emploi des explosifs dans les mines ou dans les carrières est, quoi qu’on fasse, une cause de dangers inévitables; mais ce que l’on peut dire, c’est que, comparés aux autres systèmes de mise de feu, les nouveaux engins de MM. Scola et Ruggieri paraissent devoir réaliser des avantages certains.
- Ils permettent, en effet, d’éviter les dangers du bourrage et ceux qui résultent de l’emploi de corps enflammés pour provoquer l’allumage. En cas de raté surtout, ils évitent les causes de dangers si graves que présente l’emploi des mèches Bickford, car les amorces à projection ne laissent aucun résidu enflammé qui puisse provoquer une explosion tardive, et il est facile, s’il y a eu raté, d’amorcer de nouveau sans refaire le bourrage. Il suffît, en effet, d’enlever le tube de l’ancienne amorce, de passer l’épinglette dans le canal et de mettre en place une nouvelle amorce.
- • Ce nouveau système de mise de feu a d’ailleurs été mis en essai depuis près de deux ans dans un grand nombre d’exploitations en France et en Belgique.
- Les résultats obtenus ont confirmé les espérances des inventeurs et votre Comité des arts économiques pense, par suite, qu’il y a intérêt à faire connaître ces nouveaux appareils.
- Il croit utile aussi de signaler que l’appareil imaginé par M. Ducretet pour constater la bonne fabrication des amorces électriques peut recevoir d’utiles applications, en dehors du cas particulier de la fabrication des amorces spéciales dont il s’agit ici.
- Il vous propose, en conséquence, de remercier MM. Scola et Ruggieri, ainsi que M. Ducretet, de leur intéressante communication et d’ordonner
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- l’insertion du présent rapport au Bulletin, en l’accompagnant des gravures nécessaires pour faire comprendre le mode de construction et l’emploi des nouvelles amorces.
- Signé : Colonel Sebert, rapporteur. Approuve en séance le 14 novembre 1887.
- CONSTRUCTIONS ET BEAUX-ARTS Rapport fait par M. Plon% au nom du Comité des constructions et beaux-
- arts, sur le SYSTÈME DE REPÉRAGE AUTOMATIQUE de M. VlEILLEMARD fils,
- boulevard, cle Port-Royal, 97, à Paris.
- Messieurs, pour vous permettre d’apprécier l’intérêt de l’invention que M. Yieillemard fils, imprimeur lithographe à Paris, a soumise à l’examen de la Société d’Encouragement, je vous rappellerai très brièvement comment on a procédé jusqu’à ce jour dans les imprimeries pour marger et repérer les feuilles en exécutant les tirages.
- Lorsque la presse typographique ou la presse lithographique doit produire une impression monochrome et que, par suite, la feuille n’a besoin de passer qu’une seule fois à la machine, il suffît que cette feuille soit placée avec quelque soin sur la table de marge, entre des butoirs ou taquets disposés d’équerre, pour qu’elle soit prise régulièrement par les pinces qui l’entraînent sur le cylindre, et qu’elle s’imprime avec des marges assez correctes.
- Lorsque l’impression comporte plusieurs couleurs juxtaposées ou superposées et que, par suite, la feuille doit passer sucessivement plusieurs fois sous la presse, il y a lieu alors de se préoccuper d’obtenir un repérage absolument exact. Pour atteindre ce but, le procédé courant consiste à percer le papier de trous d’aiguille.
- Les aiguilles destinées à produire ces trous sont placées, la pointe en l’air, aux extrémités de la forme ou de la pierre à imprimer, et, au moment où la feuille reçoit sa première impression, elle est en même temps perforée.
- Pour le deuxième tirage et les suivants, un second système d’aiguilles est disposé, à la table de marge, perpendiculairement à l’axe du cylindre, et le margeur-pointeur doit, en posant la feuille, faire pénétrer les aiguilles dans les trous qui se sont produits au papier lors du premier tirage. La position de ces aiguilles doit naturellement être calculée avec grand soin pour que la Tome II. — 86° année. 4e série. — Décembre 1887. 68
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- feuille, bientôt saisie par les pinces et entraînée sur le cylindre, arrive finalement à recevoir les nouveaux coups de pression dans une position identique à celle qu’elle avait au premier tirage. 1
- Ce système, avec lequel on a produit tous les beaux travaux exécutés jusqu’à présent, soit en typographie, soit en lithographie, a pourtant ses inconvénients. Le moindre défaut d’attention de la part de l’ouvrier pointeur,
- Fig. 1. — Système de repérage automatique de M. Vieillemard fils.
- l’élargissement des trous d’aiguille par un faux mouvement du doigt, une légère déchirure au papier, suffisent pour faire manquer le repérage. De là une proportion assez notable de feuilles gâtées dans les tirages à plusieurs couleurs.
- C’est pour y remédier que M. Vieillemard fils a remplacé la pointure par le système nouveau de repérage automatique inventé par lui et dont j’ai à vous entretenir.
- M. Vieillemard pratique tout d’abord à l’emporte-pièce, sur l’un des bords du papier à imprimer, deux trous bb (fîg. 1) ronds de 5 à 6 millimètres de diamètre et deux encoches aa en forme de V. Une machine très simple, mise en mouvement par une pédale, perfore ainsi le papier par pincées de plusieurs feuilles à la fois, rapidement et régulièrement. Lorsque la feuille de papier ainsi perforée doit passer à l’impression, l’ouvrier n’a plus qu’à la poser à
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- peu près d’équerre sur sa table à marger, en faisant légèrement buter les deux encoches de son papier contre deux taquets AA pareillement en forme de Y qui viennent à ce moment s’abaisser près du bord de la table et se poser sur le cylindre pendant son arrêt. Un abat-feuille BB vient ensuite appliquer le bord de la feuille contre le cylindre. Enfin, par un mouvement presque simultané avec le précédent, deux petites tiges cylindro-coniques ce s’abaissent à leur tour; pénétrant dans les trous (fig. 2), elles rectifient les déviations que l’action combinée des encoches et des butoirs n’aurait pas suffi à éviter, et achèvent de mettre la feuille à la place absolument exacte qu’elle doit occuper au moment où les pinces vont la saisir et l’entraîner sur le cylindre.
- L’appareil de M. Vieillemard est placé parallèlement à l’axe du cylindre et repose sur les bâtis de la machine ; il peut s’adapter indifféremment aux presses typographiques et aux presses lithographiques.
- Avec le système inventé par M. Vieillemard, le repérage est incontestablement meilleur et plus facile à obtenir qu’avec le système des pointures Çe n’est plus l’adresse de l’ouvrier qui assure plus ou moins régulièrement un bon résultat; la machine elle-même se charge d’atteindre le but, et il suffît d’y employer un enfant.
- Nous pouvons ajouter que le travail par la pointure est plus pénible pour l’ouvrier, à cause de l’attitude qu’il est forcé de prendre sur la machine ; et que, de plus, il a l’inconvénient de fatiguer la vue, comme tout travail qui oblige à fixer longtemps de suite un objet tel que la pointe d’une aiguille,
- L’invention de M. Vieillemard a donc rendu un double service aux industries typographiques et lithographiques. Sa communication nous a paru de tous points intéressante, et votre Comité des constructions et des beaux-arts vous propose, en conséquence, de vouloir bien voter les remercîments de la Société d’Encouragement à M. Vieillemard, ainsi que l’insertion au Bulletin du présent rapport accompagné de quelques figures.
- Signé : Plon, rapporteur.
- Approuvé en séance le 28 octobre 1887.
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- Rapport fait par M. Rossigneux, au nom du Comité des constructions et des beaux-arts, sur u?i emploi nouveau des déchets de mica appliqué a la fabrication des papiers peints, de M. Sciilumïerger, chimiste, 1, rue Bausset, à Paris.
- Messieurs,
- Parmi les industries d’art dont la France tire honneur et profit, se place au premier rang celle des papiers peints, qui, sir tous les marchés de l’Europe et du Nouveau Monde, laissent bien loin dsrrière eux, les produits similaires fabriqués en pays étrangers. Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre, que pour faire face à ce commerce si prospère la production totale annuelle du papier peint est pour le monde entier de 1250 millions de kilogrammes, et que dans ce chiffre la France seule se trouve comprise pour 60 millions de kilogrammes, soit le 20e de la totalité, ce qui représente environ, suivant la remarque qu’en a faite si judicieusement Charles Blanc, de regrettable mémoire, 255 millions de mètres de papier peint, soit une longueur qui ferait six fois le tour de la terre.
- Par suite, tout ce qui peut apporter une amélioration ou un progrès à cette industrie, pour ainsi dire nationale, mérite d’être signalé, encouragé; et c’est à vos suffrages éclairés que je viens, au nom du Comité des constructions et des beaux-arts, appeler votre plus sérieuse attention sur une découverte des plus intéressantes faite par M. Schlumberger : l’emploi des déchets de mica dans les décorations de papiers oeirtts, et dont l’une des principales qualités est de nous affranchir de l’emploi des poudres de bronze, qui, tout enjoignant au désavantage d’être insalubres, de se verdegriser rapidement, favorisent une industrie exclusivement étrangère, pour ne pas dire allemande.
- M. Schlumberger n’est pas du reste un inconnu pour nous : la voix autorisée d’un de nos plus savants collègues, M. de Luynes, vous a déjà signalé, dans un remarquable rapport, les moyens employés par ce chimiste distingué pour modifier l’état et l’aspect physique du mica, de manière à pouvoir le réduire facilement en une poudre onctueuse aj toucher, en une pâte hydratée, susceptible de s’étendre sur les objets auxquels on veut donner un aspect décoratif à reflet métallique ou brillant, qui peut être modifié par
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- voie de vitrification dans les nuances les plus variées, tout en leur conservant cet aspect métallique qui n’est pas un de ses moindres attraits.
- Les applications de ce mica sous forme de pâte ou de poudre sont aujourd’hui entrées dans le domaine de la pratique, grâce au concours intelligent qu’ont bien voulu lui prêter deux industriels des plus honorablement connus, MM. Danois et Latry.
- Il a fallu en effet toute une longue et patiente étude pour rendre facile et usuelle l’application de ce produit sur les surfaces planes du papier. Mélangé à une solution gommeuse pour le faire adhérer, à l’aide d’une brosse ou d’un pinceau, la teinte produite était inégalement marbrée, et ce n’est pas sans peine que l’on est parvenu à obtenir des fonds bien unis nécessaires à la représentation du satin de soie, par l’addition au mica trempé en pâte d’un empois de farine et de chlorure de magnésium.
- C’est à M. Danois, l’un de nos plus habiles fabricants de papiers de tentures riches, que l’on doit les premières et sérieuses applications des couleurs au mica. Grâce à l’emploi de ces couleurs, il est arrivé à imiter avec un si grand art les étoffes de soie damassées, que ces imitations, mises en contact avec les étoffes elles-mêmes dans la décoration des appartements, défient l’œil le plus exercé d’en faire, à première vue, la différence.
- M. Schlumberger avait pris un brevet d’invention dans le but de se garantir la propriété exclusive de sa découverte, et de l’exploiter à son profit; mais vous n’ignorez pas, Messieurs, et vous êtes bien placés pour le savoir, que la plupart du temps bien peu d’inventeurs arrivent à réaliser l’espérance de fortune qu’ils avaient rêvée : aussi a-t-il agi sagement en transportant ses droits à M. Latry bien connu par ses importants travaux sur le blanc de zinc, qui l’avait aidé à résoudre le problème assez difficile de la cuisson à point du mica, et surtout du broyage rationnel de ce produit, qui est d’autant plus rebelle à l’action de la meule que ses particules se présentent forcément sous l’aspect de lamelles extrêmement minces et se clivent pour ainsi dire indéfiniment.
- J’ai l’honneur de soumettre à l’appréciation du Conseil une série de papiers de fantaisie exécutés dans les ateliers de M. Latry, qui imitent avec une perfection rare, dans les nuances les plus délicates et les plus variées, les étoffes de soie moirées et ses similaires: aussi ont-ils, dès leur apparition, été pris en faveur par les fabricants de cartonnages, et d’articles dits de Paris.
- Vous le voyez, Messieurs, les résultats obtenus à ce jour sont tels qu’il y a
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- lieu de penser qu’ils ne feront que grandir, en apportant un élément de plus à l’état déjà si prospère de l’industrie des papiers peints sortis de nos manufactures.
- Il ne me reste plus, Monsieur le Président, qu’à vous prier de remercier M. Sclilumberger de sa très intéressante communication, en faisant insérer le présent rapport au Bulletin de la Société
- Signé : Rossioneux, rapporteur.
- Approuvé en séance le 25 novembre 1887.
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- COMMUNICATION DE M. BRULL, MEMBRE DU CONSEIL, SUR LA CHAUDIÈRE POUR EMBARCATIONS DE M. \T. C ADI AT.
- M. Cadiat, ancien ingénieur de la marine, directeur des établissements Mourraille à Toulon, et membre correspondant de la Société, a étudié et réalisé pour les embarcations un système spécial de chaudières. La compétence de l’auteur dans ces questions de mécanique rend la description de cet appareil particulièrement intéressante pour la Société d’Encouragement à laquelle l’auteur vient soumettre son système.
- M. Cadiat a cherché à créer une chaudière pour embarcations et destinations analogues, tout à la fois légère, peu encombrante, et cependant très puissante, solide, dépourvue de danger, facile à visiter, à entretenir en bon état et à réparer.
- Il a attribué une importance un peu secondaire à l’utilisation du combustible, et ne s’est pas attaché à réduire beaucoup la dépense de charbon par kilogramme de vapeur produite. On n’y arrive, en effet, que par des dispositions et un développement des surfaces de chauffe qui augmentent le poids. Et comme ces petits bateaux n’ont jamais à marcher longtemps de suite à toute vitesse, l’économie de charbon ne parviendrait pas à compenser cette augmentation dans la somme totale des poids moteurs qui les chargent et qu’il faut toujours chercher à réduire le plus possible. C’est le contraire des moyens à employer sur les bateaux plus grands où, en raison de la longueur des sorties, l’importance du chargement de charbon devient prépondérante.
- L’appareil est représenté sur la planche 19.
- L’eau est contenue dans un faisceau tubulaire incliné à 45° environ,
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- placé au-dessus de la grille et compris entre deux plaques à tubes, rondes. Sur la plaque supérieure est boulonné un dôme A contenant le niveau de l’eau et la vapeur. Sous la plaque inférieure est boulonnée une calotte B formant une lame d’eau où aboutissent les tubes.
- Ges tubes, en laiton, sont fortement dudgeonnés. Mais, comme surcroît de sécurité, un certain nombre de tubes tirants en fer sont disséminés dans le faisceau. Ils sont vissés dans les plaques et, en outre, munis d’écrous portant sur elles. Ils sont d’épaisseur et en quantité suffisantes pour résister à l’écartement des plaques, si tous les autres tubes venaient à céder à la fois.
- A la partie supérieure du faisceau il se trouve quelques tubes plus gros que les autres. En raison de leur plus grand volume et de la distance à laquelle ils se trouvent de la grille, ils sont les moins chauffés. Conséquemment, il y a tendance à la formation d’un courant, ascendant dans les tubes inférieurs et descendant dans les tubes supérieurs. Cette tendance est favorisée par la grande inclinaison du faisceau, par sa faible longueur et par les bulles de vapeur qui diminuent la densité du mélange dans les tubes inférieurs; il se forme en définitive une circulation extrêmement rapide. On peut la voir en chauffant une chaudière où la calotte qui termine le dôme est dérivée et enlevée.
- Cette activité de circulation qui entraîne la vapeur dès qu’elle est formée et grâce à laquelle le contact de l’eau avec les parois chaudes est renouvelé sans cesse, permet d’obtenir une puissance de vaporisation considérable par unité de surface de chauffe.
- Cette grande production de vapeur se dégageant à travers une surface de niveau peu étendue, dans un volume peu considérable, occasionne un bouillonnement qui élève l’eau très haut et qui produit des entraînements auxquels il fallait trouver un remède. On a essayé successivement diverses dispositions de crépines. On a mis des prises d’eau en cor de chasse où la vapeur se débarrassait par la force centrifuge de l’eau entraînée. Ces solutions étaient compliquées et n’ont pas donné un résultat très parfait.
- M. Cadiat s’est arrêté finalement à l’emploi de deux écrans E, F, qui l’ont absolument satisfait jusqu’à présent. Celui qui joue le rôle le plus important est l’écran incliné E. Il part de la plaque à tubes supérieure, en divisant en deux parties la surface d’aboutissement des tubes, et il s’élève en pente vers la paroi opposée du dôme, ne laissant contre elle qu’un passage assez étroit. Le mélange d’eau et de vapeur monte sous l’écran, et
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- sort par ce passage avec une très grande vitesse. Dès qu’il en est sorti, au lieu de continuer à monter, il s’épanouit aussitôt et s’étale sur la pente de l’écran, qu’il redescend en abandonnant rapidement toute sa vapeur. En bas il n’arrive plus que de l’eau qui, dans son mouvement de circulation, s’engouffre dans la région supérieure du faisceau. L’écran vertical F joue un rôle moins important; il n’est pas indispensable, c’est une chicane pour arrêter les gouttelettes d’eau qui pourraient être entraînées depuis g jusqu’à la prise de vapeur.
- L’action de l’écran E est à coup sûr très inattendue, et nous croyons pouvoir la signaler comme remarquable et intéressante. La chaudière dont les dimensions et les résultats sont donnés plus loin, est la première qui en ait été munie; elle n’a jamais d’entraînements d’eau, même lorsqu’on lance brusquement la machine. On n’a à se servir des purges qu’au départ, pour se débarrasser de l’eau condensée pendant l’arrêt; mais jamais, en marche, des chocs d’eau ne forcent à les ouvrir. On sait que c’est généralement un des ennuis que donnent les machines d’embarcations.
- Les indicateurs de niveau sont du système usuel : grâce aux précautions particulières avec lesquelles ils ont été disposés, leurs références sont exactes et sûres, et le niveau a une fixité remarquable dans le tube de verre, malgré le grand mouvement qui a lieu dans la chaudière.
- Quelques détails encore compléteront la description de la chaudière proprement dite, c’est-à-dire de la partie contenant l’eau et la vapeur :
- Le régulateur, ou soupape alimentaire, débouche dans le dôme un peu au-dessous du niveau de l’eau, et se prolonge par un bout de tuyau H déversant sur l’écran, dans le sens du mouvement circulatoire qui ne peut qu’être aidé par ce courant d’eau froide.
- Une boîte unique de prise de vapeur D porte rassemblés tous les accessoires nécessaires au service, c’est-à-dire : les soupapes de sûreté, le sifflet, les valves de distribution à la machine, àl’injecteur, au souffleur, et les robinets pour le vide-cale et le ramoneur.
- Un bouchon l est placé au sommet du dôme pour faire le plein. L’œil qui le termine sert aussi à saisir et à enlever le dôme dans les démontages.
- La calotte inférieure est munie d’un robinet d’extraction et de vidange, d’une porte autoclave pour les nettoyages, et d’une boucle J, pour la saisir lorsqu’on a à la démonter.
- Le dôme est habillé de feutre et revêtu par-dessus d’une enveloppe en laiton poli.
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- Les boulons des joints des plaques sont en acier recuit, leurs dimensions sont calculées de telle sorte que, sous l’effort de la pression de la vapeur, ils ne travaillent pas à plus de 3 kil. par millimètre carré, au noyau.
- La chaudière, ainsi constituée, est placée dans une caisse inférieure, contenant le foyer ; elle y est enfoncée de la moitié de sa circonférence inférieure. Quatre goujons L, fixés aux plaques à tubes, s’emmanchent dans des oreilles correspondantes e, des côtés de la caisse, et sont maintenues par des clavettes qui assurent la solidarité de l’ensemble, et donnent toutes facilités pour le démontage. Cette caisse est en tôle et cornières ; elle est garnie de briques réfractaires partout où besoin est. La grille est assez fortement inclinée. La porte s’articule sur un gond horizontal, et s’ouvre rapidement sous l’effort d’un contrepoids, dès qu’on soulève la gâche, comme sur les chaudières de torpilleurs. Il importe, en effet, pour tous les foyers à combustion forcée, que le chargement se fasse sans temps perdu.
- Le cendrier est au-dessous; il est étanche, car en raison de son peu de hauteur il faut y entretenir constamment de l’eau, sans quoi les barreaux de grille brûleraient.
- Cette caisse se prolonge par quatre pieds M, par lesquels on la fixe sur son assise.
- Quatre boucles N, placées sur les côtés, servent à saisir tout l’ensemble de la chaudière pour la déplacer.
- La moitié supérieure du faisceau tubulaire est contenue dans une enveloppe demi-cylindrique que surmonte la cheminée. Cette enveloppe est formée de deux parois, dans l’intervalle desquelles il y a des escarbilles, de la laine siliceuse, ou toute autre matière réfractaire et non conductrice. Elle est liée à la chaudière même par ses rebords circulaires, et par des vis O, engagées dans les plaques à tubes. Sur chaque côté est une porte P, qui peut s’enlever en grand et sert au ramonage.
- Le souffleur s, lorsque le tirage forcé est obtenu par ce moyen, est placé à la base de la cheminée. Celui qui est représenté sur le dessin est alimenté par de la vapeur prise directement dans la chaudière. C’est un tube épais roulé en cercle, dans lequel sont vissées verticalement des cheminées de fusil.
- Si le tirage doit être produit par la vapeur d’échappement de la machine, cette disposition est remplacée par un tuyau se divisant en trois branches terminées par des buses de section appropriée au régime de la machine et à l’intensité du tirage qu’on veut obtenir.
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- On voit que, dans cette chaudière, il n’y a absolument que les tubes qui reçoivent directement le contact des flammes, car les plaques à tubes sont sur les côtés du courant et ne sont léchées par lui que très tangentiellement. Conséquemment les abouts des tubes sont bien protégés, et il n’y a en cause ni surépaisseurs de métal, ni rivures, ni entretoises; ce sont d’excellentes conditions pour la conservation de l’appareil. La direction très inclinée des tubes, la circulation très énergique qui s’y produit, repoussent tout danger de formation de chambres de vapeur, même momentanées, autour desquelles le métal rougirait et brûlerait.
- Les seules avaries possibles ne sont donc que des ruptures de tubes, lesquelles n’auraient pas la gravité d’une explosion ou d’une déchirure de foyer. Les seules réparations qui puissent devenir nécessaires dans la partie vitale, la chaudière proprement dite, sont les remplacements des tubes qui auraient commencé à s’amincir : cela est facile à faire en tous lieux, et par tous les ouvriers.
- De même, la visite détaillée de toutes les parties est très aisée, puisqu’il suffît de défaire les joints des plaques à tubes. Les nettoyages se font par conséquent très complètement.
- L’activité très grande de la circulation a aussi l’avantage de s’opposer à l’adhérence des sédiments contre les parois. Donc pas d’incrustations à craindre. Mais il faut, bien entendu, avoir soin de faire des extractions abondantes chaque fois qu’on cesse le service, pour ne pas laisser ces sédiments s’accumuler à l’état de boues dans le générateur.
- Le ramonage extérieur des tubes doit être pratiqué également assez souvent, comme dans tous les générateurs où l’eau est contenue dans les tubes. Les portes des côtés, la porte du foyer, et même l’ouverture de la cheminée momentanément rabattue, permettent d’attaquer toutes les parties avec le jet de vapeur de la lance de ramonage.
- La visite extérieure du faisceau tubulaire se fait facilement en dégageant la chaudière de sa caisse et en retirant la calotte supérieure.
- On se rend aisément compte de la rapidité de mise en pression que doit offrir cette chaudière où le volume d’eau est très faible.
- Le dessin représente une chaudière de 8 mètres carrés de surface de
- chauffe. Voici ses données principales :
- Timbre.......................................................... 10 kilos.
- Surface de chauffe............................................ 8,41 m2
- Surface de -grille........................................... 0,31 m2
- Rapport de la surface de chauffe à la surface de grille.......27
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- Section de la cheminée à la base................................... 0,0452 m.
- Rapport à la surface de grille.....................................0,146
- Volume d’eau....................................................... 170 litres.
- Volume de vapeur................................................... 223 —
- Diamètre extérieur des tubes courants.............................. 35 millimètres.
- Epaisseur.......................................................... 2 —
- Épaisseur aux deux rangées inférieures............................. 3 . —
- Effort par millimètre carré dû à la pression de la vapeur sur les boulons
- des joints au noyau..............................................2,92ks
- Effort par millimètre carré dû à la pression de la vapeur sur les tubes
- tirants supposés résistant seuls.................................2,4ks
- Poids de la chaudière complète avec sa cheminée................... . . 1 082 kilos.
- Poids de l’eau..................................................... 170 .—
- Poids total........................................................1 252 —
- Nous citerons les résultats donnés par la chaudière qui fait partie d’un appareil moteur installé par MM. Mourraille et Cie sur le canot-yacht le Thierry, de M. Michel Pacha. La machine est du système Compound, à condenseur par surfaces. La circulation de l’eau dans ce condenseur est obtenue par une pompe centrifuge menée par un pignon de friction « à coins » entraîné par l’arbre de couche. La pompe à air et la pompe alimentaire sont conduites directement par les crosses des têtes de tige des pistons des cylindres.
- Le tirage artificiel est obtenu en lançant dans le souffleur de la vapeur prise directement à la chaudière, à la pression de régime. Pour pourvoir à la dépense d’eau résultant de cette vapeur perdue dans l’atmosphère, il y a une bâche pouvant contenir une provision de 300 litres d’eau douce.
- DIMENSIONS DE LA MACHINE.
- Course des pistons............................................... 180 millimètres.
- Diamètre du petit piston.............................................MO —
- Diamètre du grand piston............................................ 250
- Rapport des surfaces des pistons.................................. . 5,17
- Introduction sous le petit piston.................................. 0,608
- Introduction sous le grand piston................................0,745
- Coefficient de détente...........................................8,5 m2
- Surface de condensation.............................................5,65 m2
- Nombre de tours prévu............................................... 380
- Ordonnée moyenne théorique des diagrammes totalisée sur le grand
- piston. ..........................................................4,03 k£
- Ordonnée moyenne pratique des diagrammes prévue..................2,24 ks
- Puissance prévue..................................................... 35 kilos.
- Poids, chaudière complète, sans la bâche ni provision d’eau......812 —
- LES RÉSULTATS OBTENUS SONT :
- Pression à la chaudière.............................................. 10 kilos.
- Vide au condenseur................................................... 68 centimètres.
- Nombre de tours, sans ouvrir en grand le souffleur...............470
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- Charbon consommé par heure............................... 72 kilos
- Charbon consommé, par heure et par mètre carré de grille. 240 —
- En raison de la vitesse de la machine, il n’est pas possible de prendre des courbes d’indicateur. Mais la valve étant ouverte en grand, la pression moyenne, totalisée sur le piston du grand cylindre ne doit pas s’écarter beaucoup du chiffre de 224k, car le vide est très bon, et les orifices des cylindres sont de grande section.
- Dans ces conditions, le calcul donnerait :
- Puissance sur les pistons..........................................
- Consommation théorique de vapeur par heure.........................
- Pour une semblable machine, de petites dimensions, à grande vitesse, sans chemise de vapeur, la consommation pratique de vapeur peut
- être évaluée à environ 17 0/0 de plus que ce chiffre, soit.......
- Quelques essais préliminaires permettent d’estimer la dépense de
- vapeur, pour un tirage à 72 kilos de charbon par heure, à........
- Production totale de vapeur par heure..............................
- Soit par mètre carré de surface tubulaire..........................
- Charbon par cheval et par heure....................................
- Dépense dont il revient :
- A la machine.......................................................
- Au tirage artificiel. ......................................
- Vapeur produite par kilo de charbon................................
- Nombre de chevaux par mètre carré de surface de chauffe............
- Si toute la vapeur produite était dépensée dans les cylindres, la puis-., 41 x 460
- sance serait = ——^...............................................
- Et le nombre de chevaux par mètre carré de chauffe.................
- Poids de la chaudière avec son eau par cheval (à 41 chevaux). . . . Poids de la chaudière avec son eau par cheval (à 48 chevaux). . . . Poids de la machine sans la bâche..................................
- 41 chevaux. 330 kilos.
- 390 kilos.
- 70 kilos. 460 —
- 57,5kg 1,80kg
- 1,o3kg 0,27kg 6,4kg S
- 48 chevaux. 6
- 29,8kg
- 26,0kg
- 19,8kg
- Le combustible qui a servi pendant ces essais était des briquettes de Rochebelle. Elles sont de qualité ordinaire ; les résultats eussent été^encore meilleurs si l’on avait employé les briquettes d’Anzin, qui servent généralement aux expériences de la marine, et qui ont une puissance calorifique bien supérieure. Du reste, la pression a toujours été très facile à tenir; on la règle avec la plus grande précision en agissant sur le volant de la valve qui distribue la valeur au souffleur ; un quart de tour de plus ou en moins se fait sentir presque instantanément. Si l’on n’a pas cherché à dépasser la combustion de 240 kilogrammes par mètre carré de grille, c’est parce que la machine n’était pas prévue pour une puissance plus grande. Quoique faite pour 380 tours, elle en supporte parfaitement 450 et 470. Aller plus loin eût été imprudent.
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- L’absence d’entraînements d’eau et l’utilisation satisfaisante du combustible à cette allure font présumer qu’on pourrait pousser la chaudière beaucoup plus et se trouver encore dans d’excellentes conditions.
- Ce système de chaudière se construit à partir de 2,5 ou 3mètres de surface de chauffe ; il peut trouver son emploi non seulement dans les canots, mais encore partout où l’on a besoin d’un générateur léger, puissant, et se mettant vite en pression.
- On voit, par les efforts par millimètre carré, subis par les boulons des joints et par les tirants, qu’il y aurait peu à faire pour porter le timbre à 12 kilos : seulement une légère augmentation des épaisseurs. Le poids du générateur serait fort peu accru. Mais cette élévation de la pression n’aurait d’intérêt que pour desservir des machines à triple expansion. Elles ne sont pas encore généralisées pour les petites puissances.
- NÉCROLOGIE
- DISCOURS PRONONCÉ PAR M. LE COMTE DE SALIS AUX OBSÈQUES DE M. VÉRITÉ (1).
- Messieurs,
- Une longue et douloureuse maladie, supportée avec la résignation et la foi d’un chrélien convaincu, vient d’enlever à l’estime et à l’affection de ses concitoyens une des plus pures illustrations de notre ville, M. Auguste-Lucien Vérité, horloger-mécanicien et ingénieur civil. La Société académique de l’Oise, à laquelle il réservait la communication de ses découvertes, et la Société des ingénieurs civils, qui l’avait admis avec empressement dans son sein comme représentant d’une des applications les plus ingénieuses de la mécanique, ne peuvent laisser fermer cette tombe, où son corps va rejoindre celui d’êtres chéris et amèrement pleurés, sans rappeler sommairement ce que fut cet homme de bien et de travail.
- M. Vérité a dû uniquement a ses efforts personnels le rang élevé auquel il était parvenu et l’estime des savants les plus illustres, parmi lesquels on nous permettra de citer le baron Séguier, Arago, Le Verrier et l’abbé Moigno. Il n’avait pas suivi les cours de ces grandes écoles instituées successivement depuis la fin du siècle dernier pour faciliter aux débutants leurs premiers pas en leur enseignant rapidement les résultats techniques obtenus par leurs devanciers; il n’eut pas de professeur; tout ce qu’il savait, et son bagage scientifique était considé-
- (1) Discours prononcé à Beauvais le 22 juillet 1887, au nom de la Société académique de l’Oise et de la Société des Ingénieurs civils.
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- râble, il le devait à ses lectures et à ses observations faites avec une rare sagacité, dans les loisirs de son modeste établissement de la rue de la Taillerie, et surtout dans les veilles qu’il consacrait à l’étude de l’art si compliqué de l'horlogerie.
- Déjà son ardeur et le véritable génie de l’invention qui l’animait l’avaient poussé à prendre part aux Expositions nationales de l’industrie, où l’originalité de ses combinaisons mécaniques et une habileté remarquable d’exécution lui avaient fait obtenir des récompenses qui auraient satisfait des praticiens moins tourmentés que lui du désir de faire progresser leur art. Cette période de sa vie a été signalée par l’établissement des deux grandes horloges mécaniques du Palais de Justice et du Grand Séminaire de Beauvais, où d’ingénieuses dispositions de tringles transmettaient l’heure dans toutes les parties de l’édifice.
- M. Vérité, encouragé parle succès, renonça, au grand désespoir d’une clientèle qui l’aimait et plaçait en lui une confiance absolue, à la gestion de sa maison de détail, et se consacra à la création d’un grand atelier d’horlogerie monumentale, ou il put, tout en construisant à l’aide d’un outillage perfectionné les horloges pour les édifices publics et les chemins de fer, se livrer aux recherches que lui fournissent son ardente imagination et son étude constante des forces physiques.
- C’est qu’en effet, l’art de l’horlogerie ne se contentait plus de mesurer le temps à l’aide des seuls moyens mécaniques et des ressources fournies par la cinématique, il commençait à utiliser l’électricité, laissée jusque-là dans les cabinets de physique et abandonnée aux purs théoriciens. M. Vérité fut un des promoteurs de cette révolution et l’un des premiers, sinon le premier, il mit à la disposition du public une horlog.e électrique, qui fut la curiosité de notre première Exposition universelle.
- Ce premier pas le conduisit à l’invention capitale de sa carrière, à celle qui sauvera à jamais son nom de l’oubli. Son esprit net et précis fut frappé des fâcheuses discordances que présentent les horloges publiques d’un même lieu, et il résolut de les faire disparaître en les réglant toutes à l’aide de l’électricité sur un régulateur central d’une marche irréprochable. Cette idée de génie fut adoptée parla Compagnie du chemin de fer du Nord pour sa gare centrale de Paris, où des centaines de cadrans reçoivent l’heure d’une horloge unique; tous ces appareils ont été fabriqués à Beauvais, dans les ateliers Vérité.
- L’inventeur reçut à cette occasion la croix de la Légion d’honneur, méritée certainement par ses travaux antérieurs, mais que sa modestie excessive ne lui avait pas fait rechercher; cette fois l’opinion publique le désigna à l’administration qui put ainsi récompenser le vrai mérite.
- L’extension à toute la ville de Paris du système adopté par la Compagnie du chemin de fer du Nord s’imposait à tout esprit sérieux; des négociations furent entreprises, puis abandonnées pour des raisons que nous n’avons pas à apprécier
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- ici. Il nous sera du moins permis d’exprimer le vœu de voir l’utile invention de Vérité appliquée à notre ville de Beauvais, dont il est la gloire, et à laquelle il aimait à reporter le tribut d’admiration que lui valait son génie.
- Aussi est-ce à notre magnifique Cathédrale qu’il voulut donner la conception la plus complète et la plus étendue de son esprit. D’accord avec une Société d’hommes distingués, tous ses amis, il entreprit la construction d’une horloge monumentale, véritable chef-d’œuvre de son art, donnant toutes les indications chronométriques et astronomiques; plusieurs années furent consacrées à cette exécution splendide qui frappa d’admiration tous les visiteurs de la Cathédrale et laisse loin derrière elle la célèbre horloge de Strasbourg, ainsi que celle de Besançon, que, du reste, Vérité a été chargé de restaurer et qu’il refit à nouveau.
- Ce n’est pas ici le lieu d’examiner et d’exposer en détail tous ces travaux, non plus que les inventions relatives aux signaux de chemins de fer et qui furent les précurseurs du block-System, aujourd’hui universellement employé. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que la vie entière de Vérité a été consacrée non seulement à l’art de l’horlogerie pour lequel il avait une aptitude merveilleuse, mais encore à l’étude des phénomènes naturels qu’il observait sans cesse avec une extrême patience et une finesse toute particulière. Il y a à peine huit jours, cloue sur le lit par les plus cruelles souffrances, il demandait une plume pour s’occuper encore de T unification de l’heure et tracer un croquis.
- Aussi cet homme au sens droit et profond, que sa vie avait mis en contact constant avec la nature, qui en admirait les lois et l’ordre admirable, avait-il conservé toute sa vie la foi chrétienne qu’il tenait d’une famille respectable. Il était religieux sincèrement, sans ostentation; on le découvrait souvent comme caché derrière un pilier de cette cathédrale à laquelle il a su ajouter un chef-d’œuvre. Tout le monde le connaissait pour sa bonté, sa modestie, et sa main gauche n’a jamais connu ce que donnait sa main droite. Frappé dans ses affections les plus chères par la perte d’une compagne fidèle et d’une fille adorée, sa vieillesse honorée était encore consolée par la présence de sa petite-fille et de ses arrière-petits-enfants.
- Aujourd’hui, il ne nous reste plus qu’à nous rappeler les exemples si nombreux donnés dans cette carrière, toute de devoir accompli, de travail acharné et de générosité d’âme, heureux de penser que Dieu a donné à cet homme si bon, au cœur si élevé, la récompense qu’il a promise à ceux qui ont passé leur vie en faisant du bien.
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- ARTS MÉCANIQUES
- RAPPORT FAIT A l’aCADÉMIE DES SCIENCES PAR M. RÉSAL SUR LE PRIX FOURNEYRON (1).
- L’Académie avait proposé pour sujet du prix qu’elle doit décerner cette année la question suivante :
- Etude théorique et 'pratique sur les accumulateurs hydrauliques et leurs
- applications.
- Aucun mémoire ne lui étant parvenu sur cette question, la Commission a cru devoir se livrer à des recherches sur les travaux actuels, théoriques et pratiques, qui, par leur nature, rentrent dans le programme général tracé par le fondateur du prix ; son attention s’est arrêtée sur
- M. Jean-Daniel Colladon.
- M. Colladon est le premier qui ait proposé (1852) l’emploi de l’air comprimé,
- substitué aux câbles pour transmettre la force dans les tunnels, et c’est d’après
- »
- ses idées que bon a établi les compresseurs de Modane et Bardonnèche, régions extrêmes du tunnel du Mont-Cenis.
- En 1871, M. Colladon invente, pour la compression de l’air, une pompe dont le piston et la tige, prolongée au delà du cylindre, sont creux; leur intérieur est constamment refroidi par de l’eau amenée dans un tube concentrique à la tige, et qui ressort par l’espace annulaire.
- Les turbines d’Airolo, de 200 chevaux chacune, faisant 350 révolutions par minute, M. Colladon a fait établir les pompes de son système en raison de 80 tours de manivelle dans le même temps, ce qui lui a permis de n’employer qu’un seul engrenage, comme transmission de la roue tangentielle à chaque arbre moteur. Pour éviter l’emploi des volants, les pompes ont été groupées au nombre de trois, supportées par un même bâti, et actionnées par une manivelle triple. Cinq groupes ont alimenté les cinq compresseurs.
- La même disposition a été adoptée du côté de Goschenen; seulement les arbres à manivelles n’ont fait que 60 tours par minute.
- On a constaté que les pompes à grande vitesse du système Colladon ont donné deux fois plus de puissance en air comprimé que les appareils du Mont-Cenis; d’ailleurs l’emplacement occupé a été réduit de 4/5 à 5/6 et la dépense de 1/3.
- (1) Extrait des comptes rendus des séances de l’Académie des sciences, 21 décembre 188o. Page 1332. Commissaires : MM. Phillips, M. Levy, Haton de la Goupillière, L. Lalanne ; II. llii-sal, rapporteur.
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- DÉCEMBRE 1887.
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- Il résulte de cet exposé que M. Colladon est le véritable créateur des compresseurs (dont, dès l’origine, il avait établi la théorie), et qu’il a apporté au Saint-Gothard des améliorations considérables aux anciens appareils du Mont-Cenis.
- Pour ces motifs, la Commission décerne le prix à M. Jean-Daniel Colladon, et propose d’en porter exceptionnellement la valeur à trois mille francs.
- Les conclusions de ce rapport sont adoptées.
- CHIMIE MÉTALLURGIQUE
- SUR LES ESSAIS POUR CUIVRE EN USAGE EN GRANDE-BRETAGNE,
- DANS LES MARCHÉS DIVERS DE MINERAIS, PAR M. WESTMORELAND.
- La teneur réelle du cuivre dans un lot de minerais au point de vue purement scientifique est chose tout à fait distincte de la teneur marchande et pratique, que fournissent les essayeurs anglais. Au point de vue docimastique, il semble que quelles que soient les conditions dans lesquelles se trouve le marché du cuivre, la quantité effective et réelle de métal contenu dans un lot doive être un chiffre net, sûr, absolument indépendant de l’essayeur assermenté ou du chimiste expert chargé de la déterminer. Ce titre devrait être le point de départ indiscutable et certain de toute estimation de la valeur du lot de minerais, sauf à faire, industriellement et commercialement, tous les rabais et toutes les déductions voulues sur ce type, d’après les conventions stipulées d’avance et variant — cela est hors de doute — d’abord avec les places diverses servant de marché au métal et ensuite avec la facilité plus ou moins grande des transactions réglées par l’offre et la demande. Il n’en est rien, en Angleterre : Swansea, Liverpool (Widness), Newcastle-upon-Tyne, centres principaux du commerce des minerais de cuivre, de provenances les plus diverses (Afrique, Amérique, Australie), présentent aux vendeurs de minerais de cuivre sûrs et convaincus de la teneur de leurs lots ce résultat fâcheux et étrange, savoir : que l’essai anglais qu’on leur fournira, s’il est fait par un essayeur pour le compte des acheteurs, sera certainement inférieur au leur. Des titres inégaux, entre l’essayeur du vendeur et celui de l’acheteur : tel est le résultat inéluctable des analyses anglaises faites par des essayeurs en titre et qui, cependant, prétendent tous à la précision, à l’exactitude et à l’infaillibilité. En allant à un arbitrage toujours nécessaire, puisque les écarts sont presque constamment con sidérables et peuvent représenter quelquefois de fortes sommes ( 1 ), il est à peu près#certain que l’arbitre tombera entre les deux teneurs en litige,
- (1) L’auteur cite de nombreux cas où la perte pour le vendeur dépassait illégalement de 25 à 39 livres sterling par lot.
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- mais toujours plus près de la teneur de l’acheteur; et si un second arbitre intervient, ce qui est rarement consenti de la part de l’acheteur, ce dernier trouvera un nouveau chiffre, également compris entre les deux limites primitives, mais trop souvent encore différent de celui du premier arbitre. Ces variations nullement négligeables sont d’un effet désastreux et Swansea a perdu, beaucoup de sa clientèle qui aujourd’hui se dirige sur Liverpool. A quelles causes attribuer ces différences qui font que nul vendeur de minerais de cuivre sur le marché anglais n’est sûr d’avance de la valeur marchande des lots qu’il y expédie non comme valeur de métal, mais comme contenu en métal, et qu’il doive attendre, pour considérer la réalisation de sa marchandise comme terminée, le résultat des expertises qui fixeront d’une manière définitive la valeur des lots à des taux qu’il ne peut aucunement prévoir.
- Trois causes principales peuvent être assignées à ces variations de teneur d’un même lot suivant les essayeurs.
- En premier lieu, la manière d’exécuter la prise d’essai, à la mode anglaise, peut donner lieu à un mécompte comme teneur. Le primeur d’échantillons de l’acheteur, instinctivement, se porte vers les portions du lot qui, à l’œil, sont les moins riches; c’est la contre-partie du preneur d’essai de la partie vendeuse, qui, à son tour, instinctivement aussi, se porte vers les parties du lot qui apparaissent les pins riches. Le résultat d’un essai fait sur des parties de minerais différentes ne sera probablement pas le même. Prendre les échantillons à l’aide des essayeurs des deux parties, réunir leurs prises et les bien mélanger, puis en sceller immédiatement, avec les cachets des deux experts, six ou sept flacons, l’un pour le vendeur, l’autre pour son essayeur, le troisième pour l’arbitre du vendeur, s’il y a lieu à arbitrage, et trois autres pour l’acheteur, l’essayeur et un second arbitre, s’il y a lieu, semblent les opérations indispensables à exécuter avec le plus grand soin pour éviter les écarts d’essais provenant de cette source; malheureusement il n’est que trop vrai que ce n’est pas toujours avec grande attention que l’on procède à la prise d’essai.
- En second lieu, la détermination de la quantité d’eau hygrométrique contenue dans le lot de minerais est également une cause de discussion entre les parties parce que les règles suivies en cette matière par les essayeurs divers sont loin d’être uniformes.
- Comme les minerais de diverse nature n’abandonnent pas leur eau hygrométrique aux mêmes températures, le degré de dessiccation exigé pour enlever toute l’eau est fort variable ; en outre, cette dessiccation, qui généralement se poursuit jusqu’au moment où deux pesées consécutives de l’essai ne donnent plus de différence de poids, est faite dans des appareils également variables.* Les uns dessèchent sous un bec de gaz, au bain de sable, le bec étant rabattu soit dans une capsule, soit dans un petit vase ad hoc, garni de papier qui ne doit pas brûler;
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- d’autres vont tout droit au moufle d’un four à coupelle, à basse température; d’autres y poussent jusqu’au rouge cerise et même plus haut, etc. Des volatilisations de vapeurs de soufre, d’arsenic, d’antimoine, pour les minerais pyriteux, arsénieux et antimonieux, se produisent certainement dans ces cas et la perte en eau s’augmentera indûment de ces pertes auxiliaires ; d’où exagération dans la réduction du poids du lot de minerais, au détriment du vendeur.
- Ce n’est pas tout. Lorsqu’un échantillon est séché avant le broyage, le chiffre de la perte en eau, supposée parfaitement déterminée, est différent de celui qu’on trouverait après broyage, surtout si ce dernier va jusqu’à la porphyrisation, ou à peu près.
- Pour éliminer les causes d’erreur correspondantes à la détermination de l’eau contenue dans le lot, il semble rationnel d’échantillonner le lot de minerai et de ne l’enfermer dans les flacons d’épreuve que lorsqu’on aurait fait une dessiccation à un degré du thermomètre fixé d’avance, un peu au-dessous de celui qu’on peut raisonnablement admettre comme limite maxima de dessiccation, sans produire de décomposition chimique. Cette dessiccation devrait se faire avant le broyage, et par les deux essayeurs ou échantillonneurs du vendeur et de l’acheteur réunis. Des règles fixes à cet égard et acceptées par le corps entier des essayeurs devraient être posées, cela est désirable au plus haut degré, si l’on veut éviter des discussions pénibles. En troisième lieu, la méthode d’essai de la matière, ' suivant qu’elle procède de la voie sèche, de la voie humide ou de la" voie électrolytique, peut donner effectivement lieu à de nouveaux écarts, même entre les mains les plus expérimentées. C’est surtout sur ce point spécial qu’a porté la discussion des membres de la Société de Chimie de Londres.
- En résumé, rien de plus variable que les résultats fournis par la vieille méthode des essayeurs anglais par le procédé dit de Cornwall (cornis hassay). Un essayeur expérimenté, assermenté, fera trois essais successivement ou même simultanément, dans les mêmes appareils, avec les mêmes flux, les mêmes réactifs, les mêmes doses de réactifs et le même minerai, et n’obtiendra des culots ou boutons de matte et de cuivre de même poids que très rarement ; les résultats seront voisins, mais presque jamais égaux. La volatilisation, la scorification, c’est-à-dire l’introduction dans la scorie d’une partie du métal utile, cuivre, sont des pertes forcées, que l’essayeur, quel que soit l’acquit expérimental qu’il puisse avoir comme praticien, n’évite jamais d’une manière absolue.
- Ce genre d’essai a néanmoins été en vigueur depuis le commencement du siècle, et il n’a pas encore disparu complètement, malgré les imperfections signalées, les améliorations évidentes des procédés par voie humide et malgré les polémiques incessantes et les discussions auxquelles ce mode d’opérer a donné lieu.
- En Cornwall, on prétendait non que l’essai fût exact comme teneur réelle, mais que, reproduisant en petit les phénomènes de la fusion en grand, par la
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- méthode de Swansea ou méthode anglaise, les résultats fournis permettaient de préjuger assez exactement la qualité du cuivre fin et étaient plus rapprochés de la vérité industrielle que ceux trop longs qu’on obtenait par les méthodes de la voie humide. Malgré ces assertions quelque peu exagérées, les différences de titres entre vendeurs et acheteurs, obtenues par des essayeurs d’office, n’en étaient pas moins considérables, ainsi qu’il a été dit plus haut, et toujours dans le sens indiqué, c’est-à-dire au détriment du vendeur. Les syndicats d’acheteurs présentaient à Swansea au tableau général, affiché avant la vente des lots, des analyses des usines, généralement peu éloignées, comme résultats de teneur, les unes des autres, et sur la cote moyenne des lots, enlevés par le plus offrant, on établissait alors le standard ou type régulateur d’un marché à l’autre de la valeur du cuivre par tonne. Aujourd’hui, on a à peu près renoncé, après bien des hésitations, à l’essai par voie sèche cornwallien et au standard; on a adopté l’essai par voie humide au cyanure de potassium et une tarification de la valeur de la tonne de cuivre, par unités contenues dans le lot, suivant analyse. C’était un réel progrès maintes fois réclamé. Encore cette manière d’opérer ne s’est-elle pas tout à fait généralisée et n’est-elle pas tout à fait courante encore à Swansea, principal centre des achats de cuivre (1).
- Dans une note fort intéressante de M. Westmoreland, qui a donné lieu à la discussion générale dont il est question, l’auteur établit que la voie sèche, entre les mains de quatre essayeurs les plus expérimentés, opérant sur cinq mêmes échantillons de minerai, après plusieurs essais simultanés, ont donné les chiffres peu concordants qui suivent :
- A B C D fixé a
- N° 1...................... 32 1/2 33 33 1/4 35 5/8 34 3/4
- N» 2...................... 59 58 3/4 — — 61 1/4
- N° 3 ..................... 76 — 76 7/8 — 74 1/2
- N° 4...................... 10 7/8 113/4 11 1/4 — 12 .
- N° 5...................... 69 1/4 09 1/2 70 1/2 — 69 3/4
- En présence de ces chiffres, il conclut, à cause de leur variabilité pour un même minerai, qu’ils ne peuvent, en. aucune manière, donner d’exactes indications sur les résultats du traitement métallurgique en grand;mais encore de plus ils donnent lieu à un chiffre définitif arbitrairement fixé, sans règle déterminée, sans formule commune : chaque essayeur ayant la sienne, ayant son coefficient de correction personnel.
- La voie humide, donnant des teneurs plus certaines, est évidemment plus rationnelle à tous égards. Lors donc qu’on eut renoncé à peu "près généralement
- (1) Les derniers affichages de tableaux pour vente publique à Swansea ont eu lieu le 27 mai, 14 août et 4 décembre 1883, puis en 1885 le 21 avril. Depuis on n’a plus tenu de « public ticketing »,
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- à l’essai cornwallien, on s’était promis des transactions commerciales plus pacifiques, de meilleures relations entre vendeurs et acheteurs de minerais de cuivre. Ce n’était qu’une illusion. Soit que les essais par voie humide s’exécutent par les essayeurs avec des soins insuffisants, soit que quelques-uns de ces derniers produisent encore des chiffres fournis par la voie sèche, les écarts se trouvent être plus considérables que jamais, et cette situation qui dure déjà depuis fort longtemps, est précisément cause de la discussion fort vive survenue à la Société de chimie, section de Liverpool, à laquelle ont pris part M. Westmoreland, M. John Junes, et un grand nombre de métallurgistes dont quelques-uns sont d’une notoriété scientifique considérable. M. Westmoreland critique vivement, non seulement le procédé par voie sèche, sur les mérites duquel tout le monde est en effet à peu près d’accord aujourd’hui, mais encore le procédé assez couramment adopté par toutes les usines, même pour la vente et l’achat (les lots de minerais, c’est-à dire le procédé au cyanure de potassium. Il établit que les écarts sur un même échantillon de minerai cuivreux sont encore très grands, suivant les essayeurs, et il n’accepte le procédé au cyanure que comme préférable sans doute à la voie sèche, mais applicable et suffisant seulement comme renseignement d’opérations d’usines à cuivre, où la précision la plus absolue n’est pas requise. Lorsqu’on se contente, comme on le fait dans maints établissements et dans maints laboratoires, de dissoudre le minerai dans l’acide nitrique, d’ajouter de l’ammoniaque en excès et de titrer ensuite avec une liqueur normale de cyanure de potassium, on ne peut obtenir que des titres approximatifs, mais, il est vrai, avec une grande rapidité. M. Rawson répond qu’en conduisant l’essai au cyanure avec les précautions voulues et indispensables, on peut avec cette méthode atteindre des résultats constants et d’une précision complète. Voici comment, d’après lui, il faut opérer :
- On dissout dans l’acide nitrique un poids donné de minerai et on évapore à sec avec un peu d’acide sulfurique ; on reprend par l’eau et on sépare par filtration tous les résidus solides (plomb, etc.). On ajoute une solution de sulfure de sodium, en précipitant le cuivre à letat de sulfure, qu’on filtre, sèche, calcine et redissout à nouveau dans l’acide nitrique, dont on chasse l’excès par évaporation. On dissout enfin le nitrate de cuivre ainsi obtenu dans un volume connu d’eau et on ajoute un volume donné d’ammoniaque.
- On fait simultanément une opération tout à fait semblable sur un morceau de cuivre électrolytique pur, d’un poids très approché de celui qu’on a préalablement déterminé à peu près par un premier essai dans le minerai en expertise ; on dissout le nitrate obtenu dans le même volume d’eau que précédemment et on ajoute le même volume d’ammoniaque. On a donc préparé de la sorte deux solutions cuivreuses d’égal contenu, dont le contenu en cuivre de l’une est à trouver et dont celui de l’autre est connu et fort voisin du précédent. Il s’agit maintenant de titrer en même temps les deux liqueurs. Comme la couleur bleue
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- par l’addition du cyanure ne disparaît pas subitement, mais passe par les gradations successives de la nuance rose, il convient de filtrer un volume donné de chaque solution, vers la fin de l’opération, et de l’introduire dans un tube à essai ; en regardant à travers la colonne liquide de haut en bas, on s’assure qu’il ne reste plus de coloration. En faisant de la sorte des essais contrôlés, on arrive à des résultats d’une réelle précision. L’évaporation à l’acide sulfurique élimine, à l’état de sulfate, le plomb qui pourrait se trouver dans le minerai cuivreux; quant au zinc, le Dr Steinbeck a établi, par des expériences répétées et concluantes, qu’il ne gêne en rien le titrage, quelle que soit la quantité de cyanure employée. Pour l’arsenic, il est volatilisé, ainsi que l’antimoine, avant la reprise par l’acide sulfurique, lors de la calcination.
- De cette discussion il semble résulter que, si l’on prend les précautions qui viennent d’être indiquées, on, peut avoir pleine confiance pour les résultats de la méthode au cyanure. Néanmoins M. Rawson a dû avouer qu’il peut encore exister des écarts de 0,15 pour 100 entre deux essais d’un même échantillon, et, pour cette raison, M. Westmoreland conclut qu’il n’y a aucune raison pour hésiter à adopter, pour les achats et ventes de lots de minerais, la méthode à l’iodure, qui ne fournit pas d’écarts de plus de 0,04 pour 100, que les prises d’essai soient de 50, 100 et 150 grains (3er,25, 6gr,50, 9sr,75).
- L’opinion générale des membres qui ont pris part à la discussion, sauf quelques exceptions, a été assez unanime pour considérer le procédé électrolytique comme rapide, commode, puisqu’il peut se faire la nuit quelquefois en 12 heures, sans l’intervention de personne; cependant il est moins correct pour la détermination des teneurs de lots de minerais à acheter ou à vendre, surtout lorsqu’il s’agit de pyrites, mattes et matières peu riches; ces derniers exigent 48 heures et sont généralement cotés trop bas, par comparaison avec les résultats à l’iodure; de plus, il n’est pas rare de précipiter électrolytiquement des métaux étrangers avec le cuivre. La note fort instructive de M. Westmoreland doit être étudiée par tous ceux que cette question intéresse, tant commercialement que techniquement.
- Voici le procédé à l’iodure de potassium de M. Brown qui a été modifié et qui paraît, à l’heure présente, résister le mieux à toutes les objections faites aux autres méthodes d’essai par voie humide (1). Il est décrit dans la Métallurgie du cuivre du Dr Percy, traduite par MM. Ronna et Petitjean, et dans celle de M. Grii-ner, dans Y Encyclopédie chimique de M. Frémy; M. Westmoreland de son côté, par des essais directs nombreux, a indiqué que le procédé à l’iodure de potassium demeure correct, quelle que soit la nature des métaux et métalloïdes présents
- (1) Dans quelques usines, on use de la méthode par voie humide, en précipitant le cuivre à l’état de sulfure et le grillant au moufle, puis on le dose à l’état d’oxyde. Dans d’autres, on précipite le cuiyre par le fer ou le zinc métallique et on le dose également à l’état d’oxyde. On se sert aussi de la colorimétrie (Leplay, etc.).
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- autres que le cuivre : l’argent, le zinc, le cadmium, l’arsenic, le bismuth, le manganèse, le phosphore et le soufre. Le fer et le plomb seuls ont quelquefois une action assez importante; aussi les précautions pour éliminer ces deux métaux, avant de titrer le. cuivre, sont indispensables; ces caractères de la méthode de Brown rendent la méthode très recommandable. 64gr,75 d’hyposulfite de soude cristallisé récemment sont dissous dans l’eau distillée pour constituer la liqueur normale d’hyposulfite, qu’on titre. A cet effet, on dissout dans l’acide nitrique 30 à 35 grammes de cuivre électrolytique pur; on chasse les vapeurs rutilantes, on ajoute de l’eau et une dissolution suffisante de carbonate de soude jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de précipité et qu’il y ait certitude que tout l’acide libre soit neutralisé; enfin on ajoute de l’acide acétique en excès. Puis on prend alors un excès d’une solution d’iodure de potassium et on l’incorpore intimement. La dissolution d’hyposulfite est introduite à son tour à l’aide d’une burette graduée, et, par l’addition d’un peu d’amidon, on reconnaît la fin du titrage par la réaction bleue de l’iode libéré. Le volume d’hyposulfite employé dans l’opération permet de calculer la valeur des 1000 volumes de liqueur normale. Cette liqueur ne varie pas comme la solution de cyanure de potassium, c’est un grand avantage.
- Si maintenant il s’agit d’essayer des pyrites de cuivre, des mattes grillées, etc., on prend 50, 100, 150 grains (3gr,25, 6gr,50, 9gr,75) de la matière qu’on dissout dans les acides en évaporant à siccité de préférence avec un peu d’acide sulfurique en excès ; on reprend par l’eau et on filtre. On sépare le cuivre de la solution ainsi obtenue par l’hyposulfite de soude ; on filtre le précipité, on le calcine, on le redissout dans l’acide nitrique ; on évapore de nouveau à siccité, avec l’acide sulfurique, pour éliminer les dernières traces de plomb ; on reprend par l’eau, on filtre, et l’on ajoute à la liqueur filtrée du carbonate de soude en excès, ainsi que de l’acide acétique. En cet état, la liqueur est titrée comme précédemment par f’iodure de potassium.
- La méthode de Brown s’applique également aux produits riches en cuivre et aux matières pauvres. M. Westmoreland indique plusieurs variantes, sur lesquelles il n’est pas nécessaire de s’arrêter, et termine en indiquant comme desiderata urgents: l°la détermination plus exacte de l’eau hygrométrique des lots de minerais de cuivre par des règles positives ; 2° la suppresion absolue des essais par voie sèche, pour,1a détermination du cuivre dans les ventes; 3° l’usage de la méthode électrolytique dans les cas seulement où l’on aurait besoin de deux méthodes différentes d’analyse pour le contrôle de la teneur en cuivre; 4° la fixation par les usines à cuivre d’un coefficient de réduction du titre pour frais de fonte, à opérer sur le titre réel, déterminé exactement par les essayeurs des vendeurs et acheteurs, dont les analyses seront concordantes, s’ils emploient avec les précautions indiquées la méthode à Vio dure de potassium. Il semble en effet qu’avec'toutes ces conditions, fondées sur l’expérience et la théorie, il devrait être très rare
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- de ne pas obtenir les titres en cuivre môme, quel que soit le chimiste qui opère, pour le vendeur aussi bien que pour l’acheteur, et qu’alors le marché des minerais deviendrait un lieu sûr et calme de transactions.
- (.Journal of the Society of Chemical Induslry.)
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- MODIFICATION DU PROCÉDÉ CASTNER
- POUR LA FARRICATION DU SODIUM MÉTALLIQUE, PAR M. J. MACTEAR (1).
- L’auteur, qui a assisté aux différents essais de M. Castner, pour préparer le sodium et le potassium métalliques, donne des renseignements'généraux sur les procédés actuellement connus, basés, comme l’on sait, sur la calcination au rouge d’un mélange de 30 parties de carbonate de soude, 13 de charbon de bois et 7 de chaux, et de la distillation de cette masse dans un appareil porté à haute température, décrit d’ailleurs dans tous les nouveaux traités de chimie. Le rendement métallique en sodium ne dépasse pas 40 pour 100; les usures de cornue et du matériel en général sont extrêmement considérables et dispendieuses. Les inconvénients de la fabrication sont bien connus : 1° la trituration du mélange doit être excessivement soignée pour obtenir l’intime contact des parties; 2° la chaux est ajoutée pour éviter la fusion et rendre la masse réfractaire autant que possible ; 3° la proportion de charbon est exagérée à dessein, pour que le contact de la soude et du carbone soit assuré ; 4° la calcination de la masse est rendue indispensable, afin d’obtenir des cartouches de moindre volume; 3° la meilleure qualité de fer forgé doit être employée pour la cornue de distillation et les appareils pour résister à la haute température qu’il faut produire; 6° les cylindres qui servent à cet effet doivent avoir un petit diamètre, afin que la masse disposée au centre n’échappe pas à la réaction ; 7° les tuyaux qui raccordent à la sortie les cornues avec les condenseurs exigent une surveillance minutieuse, pour éviter qu’ils ne se bouchent avec l’espèce de suie noire résultant de la réaction de l’oxyde*de carbone sur les vapeurs métalliques dégagées, dont la formation a lieu précisément à la température à laquelle se condensent les vapeurs métalliques. Cette suie est certainement le principal obstacle à une bonne fabrication, en donnant lieu non seulement à une grande perte, mais à des désordres dans la marche. Dans la fabrication du potassium, cette poussière noire, fort explosive, est encore plus abondante que dans celle du sodium, ce qui explique comment la production du potassium métallique coûte environ dix fois plus que celle du sodium.
- D’après le devis de l’auteur, le coût de la fabrication du sodium, d’environ 5 francs, se décompose de la façon suivante :
- (1) Voir le Bulletin de mars 1887, p. iS9.
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- Usure, réparations des cornues, fourneaux, etc . . ............2 fr. 50
- Matières premières.............................................1 25
- Main-d’œuvre.................................................. 0 85
- Combustible....................................................0 40
- 5 »
- Depuis la publication du procédé Castner, dans la séance du 13 octobre 1886, à l’institut Franklin de Philadelphie, l’expérience et la pratique industrielle du procédé sur une large échelle ont amené quelques modifications et perfectionnements notables.
- La variété des matières premières, employées pour la fabrication du sodium et du potassium, ne permet pas de fixer d’une manière aisée les réactions chimiques qui se produisent surtout si l’on tient compte des températures diverses et successives de l’opération.
- On mélange du fer finement divisé et de la résine fondue, et, après concassage, on en fait du coke. Le fer est d’ailleurs obtenu en faisant passer à la chaleur rouge (500°) un courant d’oxyde de carbone et d’hydrogène (le gaz d’éclairage suffit) sur une masse d’oxyde de fer commercial, connue sous le nom de pur pie ore. Ce sont les oxydes de fer qui résultent do la combustion des pyrites, pour la fabrication de l’acide sulfurique, après extraction du cuivre.
- Dans l’opération pour fabriquer le sodium, on ajoute à ce carbure de fer artificiel ou coke ferreux une certaine proportion de soude caustique ; l’opération se fait dans des creusets de fer ou mieux d’acier, qui reçoivent une charge de 7k,50 de soude caustique et la proportion voulue de coke ferreux.
- Les détails du four sont connus ; il suffit d’ajouter qu’en allumant le gaz hydrogène qui se dégage au condenseur, la couleur, la longueur et l’intensité de la flamme servent de guide à l’ouvrier pour la marche de la distillation, dont la température est d’environ 823°. Le gaz, à l’origine de l’opération, est bien de l’hydrogène pur; à la fin, c’est un mélange d’hydrogène et d’oxyde de carbone.
- On attribue l’absence de suie noire, dont il a été question ci-dessus, et qui obstrue le tuyau conduisant au condenseur, à l’excès de coke ferreux, dont l’action est de produire un petit excédent d’oxyde de carbone et un métal très pur. Dans la fabrication du potassium, on diminue au contraire la quantité de coke ferreux, afin d’éviter les mélanges explosifs.
- On trouve comme composition moyenne du résidu de la cornue les corps
- suivants :
- Carbonate de soude..................................... 77
- Oxyde de sodium............................................ 2
- Charbon.................................................... 2
- Fer........................................................ 19
- 100
- Tome 11. — 86e année. 4e série. — Décembre 1887.
- 71
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- Le poids du résidu est de 8 kil. 9, résultat d’une charge de creusets de 7k,50 de soude caustique et 2k,60 de coke ferreux. On s’en sert pour régénérer la soude caustique ou fabriquer du carbonate de soude anhydre (6k,50 équivalent à 4k,70 de soude caustique à 76 pour 100).
- En résumé, les rendements théorique et pratique sont les suivants :
- Sodium. Carbonate do soude, kilogr. kilogr.
- Rendement théorique...................... 1,42 6,60
- » pratique........................... 1,25 6,00
- La durée de la distillation est moyennement de lh,30m. Le fourneau peut recevoir trois creusets à la fois, de sorte que la production quotidienne du traitement de 360 kilogrammes de soude caustique en vingt-quatre heures est de 60 kilogrammes de sodium et 312 kilogrammes de carbonate de soude anhydre. Le fourneau de distillation à gaz, système Wilson, consomme 50 kilogrammes de houille par heure; le fourneau à calcination consomme la moitié.
- Voici le devis d’une fabrication pour vingt-quatre heures, dans les conditions
- indiquées :
- £ s. il.
- 360kg de soude caustique à 11 livres sterling par tonne ... 3 10 10
- 7okg de carbure ou coke ferreux à 0,10 livre le kilogr. ... 0 6 4
- Main-d’œuvre.............................................1 » »
- Combustible............................................... 0 17 »
- Régénération des 312kg de carbonate de soude en soude caustique à 5 livres par tonne d’alcali produit............1 » »
- Total............................................6 14 2
- Valeur de la soude produite à déduire................ 2 6 8
- Prix de 60kg de sodium...........................4 7 6
- soit 8d 1/4 par livre anglaise ou 0 fr. 80, soit environ 1 fr. 60 le kilogramme.
- En ajoutant les frais de creuset, qui peuvent faire un minimum de 190 à 200 opérations, et les dépenses pour usure et réparation, on peut calculer que le prix de 1 shilling par livre de sodium, annoncé par M. Castner, est réel.
- L’auteur termine par quelques réflexions sur la production économique du potassium, qui, actuellement, correspond au prix de 60 shillings la livre ou 150 francs le kilogramme, et descend à des prix analogues à ceux du sodium; la vraie cause de la différence du prix de revient du potassium ne réside plus que dans la différence de la valeur de la matière première : soude et potasse caustiques. Il indique l’influence que la fabrication du sodium métallique à bon marché doit produire sur celle de l’aluminium, qui est basée sur ce réactif, et pense que le prix de revient de l’aluminium, qui aujourd’hui se vend à raison de 125 francs à 150 francs le kilogramme, pourrait aisément descendre à 38 ou 40 francs.
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- Enfin, la production d’alliages de sodium et de potassium devient facile en introduisant de la potasse caustique dans le mélange des creusets pour la fabrication du sodium. L’un de ces alliages est fort curieux ; liquide à 0°, il ressemble au mercure; un autre est d’une densité plus faible que celle de l’huile de naphte, sur laquelle il flotte.
- (Journal of the Society of Chemical industry.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION
- PROCÈS-VERBAUX
- Séance du Tl novembre 1887.
- Présidence de M. E. Becquerel, président.
- M. A. Crespin, avenue Parmentier, 23, envoie à la Société les résultats dés essais de la machine Queruel et demande que celte machine soit admise au concours pour le prix de 5 000 francs à décerner en 1888 à la machine de 25 à 100 chevaux dépensant au plus 6 kilog. de vapeur par cheval et par heure. (Arts mécaniques.)
- M. Comble, architecte, rue Ambroise-Paré, 9. — Ardoise métallique. (Constructions et Beaux-Arts.)
- M. Friller, chef de comptabilité des usines de Tusey (Meuse). — Système pour élever les liquides. (Arts mécaniques.)
- M. le Directeur du Conservatoire des Arts et Métiers adresse à la Société l’affiche des cours publics du Conservatoire pour l’année 1887-1888.
- M. le Ministre du commerce et de l’industrie remercie do l’envoi qui lui a été fait par la Société d’un exemplaire du rapport de M. Gustave Roy sur diverses questions se rattachant à la législation des mines.
- M. Robert, boulevard Voltaire, 86. — Appareils de cuisson culinaire. (Arts économiques.)
- M. Gillet, auteur du codex tinctorial, à Albi, demande L’appui de la Société pour continuer sa publication. (Arts chimiques.)
- M. G. de Koepfjf, fabricant de couronnes, boulevard Poissonnière, 14. — Note sur les tarifs internationaux d’entrée relatifs aux perles servant à la confection des couronnes et fleurs, à l’occasion du traité de commerce en préparation entre la France et l’Italie. (Commerce.)
- M. Delaurier, rue Daguerre, 77. — Mémoire sur la pile universelle apportant de notables perfectionnements aux piles hydroélectriques actuellement en usage. (Arts économiques.)
- M. Kolb, administrateur délégué de la Société anonyme des produits chimiques du Nord (anciens établissements Kulhmann), à Lille. — Mémoire sur un
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- nouveau procédé de fabrication des sels de baryte et de strontiane. (Arts chimiques.)
- M. Sidersky, chimiste, à Vauciennes, par Villers-Cotterets (Aisne). — Le Contrôle chimique du travail des mélasses. (Arts chimiques.)
- M. Moride, chimiste industriel, rue de Lille, 30, présente un Traité pratique de savonnerie, qu’il vient de publier, pour le concours de 1888 relatif à une publication utile à l’industrie chimique. (Arts chimiques.)
- Les articles suivants sont signalés :
- G
- L’Incendie de V Opéra-Comique et ! éclairage de sûreté dans les théâtres, par M. C.-F. Lechien, gazier, à Mons (Belgique).
- Mémoires de la Société d’émulation d’Abbeville, 3e série, 4 e volume, tome XVI de la collection.
- La Concurrence étrangère, industries parisiennes, coloniales, vins et alcools, transports, musées commerciaux, etc... Thèmes de conférences par M. Paul Vibert.
- Annales des Mines, 3e livraison de 1887. Recherches expérimentales sur la constitution des matières hydraidiques, par M. H. Le Chatelier.
- Revue maritime et coloniale, novembre 1887. Article historique de M. Des-clozeaux, ancien magistrat, sur la première tentative d’établissement des Français en Algérie, sous Louis XIV (1664).
- M. le Président annonce la mort de M. Louis-Dominique-Èdouard Geoffroy, ancien directeur de la manufacture de Gien, membre honoraire du Comité des constructions et des beaux-arts de la Société.
- M. le Président donne la parole à M. Bérard, membre du Comité des arts chimiques, qui désire communiquer des renseignements nouveaux sur les procédés cryptographiques de M. Schlumberger. (Voir au Bulletin.)
- Rapports des comités. —Suspension de lampes. — M. Redier fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport sur les suspensions de lampes et appareils à gaz sans contrepoids de M. Jullien, mécanicien, rue Portefoin, 16, à Paris.
- M. le Rapporteur décrit le système de M. Jullien et termine en énumérant ses avantages qui consistent dans la faculté d’allongement de plus d’un mètre pour les lampes ordinaires, dans la diminution du poids de l’ensemble et dans la fixité de la position établie même en retirant la lampe de sa place. Cette dernière condition est très importante et évite ces accidents nombreux qui arrivent lorsqu’on décharge le plateau, sans précaution, du poids d’une lampe vide ou pleine d’huile.
- Le Comité propose de remercier M. Jullien de sa communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin avec description et figure de l’appareil.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Machines à lainer. — M. Edouard Simon fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport sur la machine à lainer, à chardons métalliques et à énergie variable, de MM. Grosselin père et fils, constructeurs-mécaniciens, à Sedan (Ardennes).
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- Après avoir cité les diverses machines à lainer, M. Simon décrit celle de MM. Grosselin père et fils, qui réalise un progrès notable. Les efforts des constructeurs ont comblé une importante lacune.
- Le Comité propose de remercier MM. Grosselin père et fils de leur intéressante communication et d’ordonner l’insertion du présent rapport au Bulletin avec les dessins nécessaires et une légende explicative.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Pompe. — M. Tresca fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport sur la pompe de retour d’eau de M. Georges Mennesson, mécanicien, àTroyes.
- M. le rapporteur décrit la pompe de M. Mennesson et ajoute qu’un grand nombre de ces appareils ont été montés, dans ces dernières années, dans différentes usines de Paris, Troyes, Reims et Lyon, où elles ont donné un excellent fonctionnement.
- Le Comité propose de remercier M. Mennesson de son intéressante communication et d’ordonner l’insertion du présent rapport au Bulletin de la Société avec les dessins sur bois nécessaires.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Inflammation des mines. — M. le colonel Sebert fait, au nom du Comité des arts économiques, un rapport sur de nouveaux procédés d’inflammation des mines présentés par MM. Scola et Buggieri, rue Championnet, 472, et réalisés avec le concours deM. E. Ducretet, rue Claude-Bernard, 75.
- MM. Scola et Buggieri se sont proposé de créer un nouveau mode d’allumage des mines par l’électricité qui fasse disparaître les causes de danger et les difficultés d’emploi que présentaient les autres systèmes en usage. M. le rapporteur décrit les amorces à projection de MM. Scola et Buggieri ainsi que les appareils de ces inventeurs réalisés avec le concours de M. Ducretet.
- Les résultats obtenus ont confirmé les expériences des inventeurs et le Comité des arts économiques pense qu’il y a intérêt à faire connaître ces nouveaux appareils.
- En conséquence, le Comité propose de remercier MM. Scola et Buggieri, ainsi que M. Ducretet, de leur intéressante communication et d’ordonner l’insertion du présent rapport au Bulletin accompagné des gravures nécessaires pour faire comprendre le mode de construction et d’emploi des nouvelles amorces.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Communications. — Chaudière ci vapeur pour embarcation. — M. B mil présente, au nom de M. Victor Cadiat, ingénieur de la marine en retraite, à Toulon, membre correspondant du Comité des arts mécaniques, une chaudière multitubu-laire pour embarcation.
- M. Brüll décrit le système de chaudière créé par M. Cadiat et construit par MM. Mourrai lie et C‘% à Toulon. Ce générateur, qui a reçu d’assez nombreuses
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- PIIOCÈS-YERBAUX.
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- applications, remplit les conditions multiples exigées d’une bonne chaudière d’embarcation. Il est puissant, léger, de construction simple et robuste ; toutes les parties en sont facilement accessibles et démontables.
- M. Brüll propose le renvoi de cette communication de M. Cadiat à la commission du Bulletin, ainsi que celui de la description et des dessins de la chaudière.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Enregistreur des signaux optiques. — M. le colonel Laussedat présente, au nom de M. E. Ducretet, rue Claude-Bernard, 75, à Paris, un enregistreur mécanique et automatique des signaux transmis par les télégraphes et les projecteurs optiques. — Dans les appareils généralement employés, cette transmission ne laisse aucune trace matérielle, automatique, des signaux lancés dans l’espace; un télégramme mal transmis ou mal collationné laisse subsister une ambiguïté sujette à contestations et engage de graves responsabilités.
- Dès 1873, le colonel Laussedat avait signalé l’importance qu’il y aurait à combler cette lacune. Divers essais d’accouplement du Morse ordinaire aux télégraphes optiques furent tentés sans résultats pratiques satisfaisants.
- L’appareil de M. E. Ducretet donne cette solution par des moyens entüre-ment mécaniques et automatiques. Au départ, comme à l’arrivée, les dépêches transmises sont imprimées automatiquement, cela sans préoccupation ni préparation de la part des télégraphistes. Les deux mouvements obligatoires, de mise en marche et d’arrêt, suffisent; tous les organes sont solidaires.
- Les signaux enregistrés sur la bande donnent exactement la reproduction des signaux lumineux qui ont été lancés dans l'espace; on peut aussi s’apercevoir d’une erreur commise et y remédier sans retard.
- Cet appareil est appelé à rendre de grands services dans la télégraphie optique militaire.
- M. le Président remercie MM. Laussedat et E. Ducretet de leur intéressante communication, qui est renvoyée au Comité des arts économiques.
- Brûleurs de gaz. — M. Casalonga présente un nouveau brûleur de gaz imaginé par M. Delmas-Azéma., ingénieur-architecte de la ville de Saint-Quentin.
- Ce bec est fondé sur le principe déjà connu et appliqué de la récupération de la chaleur des gaz de la combustion.
- Dans ce système de bec, l’économie du gaz ne serait pas moindre de 45 p. 100 par rapport aux becs papillons ordinaires.
- Ces intéressants appareils ont été contrôlés par M. Giroud et Cis, qui en ont entrepris la construction et l’exploitation; et c’est M. L. Giroud, membre de la Société d’Encouragement, qui a bien voulu faire l’installation des divers becs qui brûlent dans la salle des séances.
- M. le Président remercie MM. Casalonga, Delmas-Azéma et Giroud de leur intéressante communication, qui est renvoyée au Comité des arts économiques.
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- Séance du 25 novembre 1887.
- Présidence de M. E. Becquerel, président.
- M. M. Pollak, industriel, à Marburg (Styrie). — Système d’attelage automatique des wagons. (Arts mécaniques.)
- M. Dumathera, à Saint-Pierre-et-Matthenay, par Arbois (Jura). — Perfectionnement des essieux de voitures pour tramways. (Arts mécaniques.)
- MM. Lechenet et Dabonville, rue Saussure, 21. — Moteur applicable principalement à la machine à coudre. (Arts mécaniques.)
- M. Napoleni, rue Bastiat, 7. — Machine à décortiquer la ramie. (Arts mécaniques.)
- M. Picard, représenté par M. Hue, rue Drouot. 13. — Appareils économiseurs de gaz. (Arts économiques.)
- La Société nationale dHorticidture de France annonce qu’un Congrès horticole aura lieu à Paris, en 1888, comme les années précédentes, pendant l’exposition annuelle du mois de mai.
- M. Hippolyte Leplay présente une brochure intitulée : Suppression de la mélasse par Vosmose perfectionnée dans la fabrication et la raffinerie des sucres de betteraves. (Agriculture.)
- M. le Président annonce le décès de M. le baron de Ladoucette, ancien député, membre du Conseil d’administration de la Société depuis 1849.
- M. le Président communique une lettre du Président du Comité d’admission de la classe VIIÏ à l’Exposition universelle de 1889, par laquelle il invite la Société à faire sa demande d’admission, si elle désire exposer ses travaux qui rentrent dans le cadre de l’enseignement supérieur.
- M. le Président renvoie l’examen do la question à une commission composée de membres choisis dans les divers comités, qui aura à présenter à ce sujet un rapport au Conseil d’administration.
- Les articles suivants sont signalés :
- Revue générale des Chemins de fei\ septembre 1887. — Comparaison des types de voitures à intercirculation avec les types à compartiments séparés, par M. Gau-dry, directeur aux chemins de fer de l’Etat belge.
- Compte rendu du Congrès international des Chemins de fer à Milan, 17-24 septembre 1887.
- Génie civil, 18 novembre 1887. — Les grands chantiers : le pont du Fortb, en Ecesse, et la tour Eiffel, à Paris, par M. Max de Nansouty.
- Revue des Arts décoratifs. — Société des études sur la Manufacture nationale des Gobelins. — L’École d’apprentissage, par M. Gerspach, administrateur de la manufacture.
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- La Nature. — Le chemin de fer funiculaire de Hongkong'. — Étude sur le matériel des pompiers à Paris, par M. Gaston Tissandier.
- Journal de l’Union des Ingénieurs Allemands, 12 et 19 novembre 1887. — Théorie des turbines, par le professeur Werner.
- L’Industria, 14 novembre 1887. — Articles sur les récents progrès dans l’éclairage des trains sur les chemins de fer. — Installations pour la fabrication du gaz riche aux gares de Milan et de Rome.
- Traité pratique de F alimentation rationnelle des animaux domestiques, par M. P.-N. Ayraud, membre de la Société nationale d’agriculture. (Agriculture.)
- Nomination de membres de la Société. — Sont nommés membres de la Société:
- M. Henri Danzer, ingénieur, à Paris, présenté parM. le colonel Pierre.
- M. Bondonneau, chimiste, à Paris, présenté par M. Aimé Girard.
- Rapports des Comités. —Déchets de mica. — M. Rossiqneux fait, au nom du Comité des constructions et des beaux-arts, un rapport sur un emploi nouveau des déchets de mica appliqués à la fabrication des papiers peints par M. Schlum-herqer, chimiste, rue Bausset, 1.
- Les procédés employés par M. Schlumberqer pour cuire à point et broyer les déchets de mica de manière à rendre facile et usuelle l’application de ce produit sur les surfaces du papier sont décrits.
- Les échantillons de papiers de fantaisie, exécutés dans les ateliers de M. La-try, et qui sont présentés à la Société, imitent avec une perfection rare les étoffes moirées et similaires.
- M. le Rapporteur propose de remercier M. Schlumberqer de son intéressante communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin de la Société.
- Traverses métalliques. — M. Schlemmer fait, au nom du Comité des constructions et des beaux-arts, un rapport sur les documents adressés à la Société par M. J.-W. Posi, ingénieur à la Compagnie des chemins de fer néerlandais, relativement à l’emploi des traverses métalliques.
- M. le Rapporteur fait l’historique de l’application des traverses métalliques aux chemins de fer dès l’année 1864; il décrit les diverses formes appliquées, fait ressortir l’économie du système et termine en disant que les résultats obtenus par la Compagnie des chemins de fer néerlandais dans l’étude méthodique qu’elle a entreprise, sont de nature à satisfaire tous ceux qu'intéresse la question de l’emploi des traverses métalliques : non seulement les administrations de chemins de fer, mais aussi les entreprises de l’industrie métallurgique.
- Le Comité propose : 1° d’adresser à M. J.-W. Post les remerciements de la Société; 2° d’insérer le présent rapport au Bulletin de la Société.
- Montre à secondes. — M. Redier fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport sur une montre à secondes fixes présentée par M. Ratel, horloger, rue Monsieur-le-Prince, 53, à Paris.
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- M. Ratel a imaginé un dispositif qui maintient la constance de la force motrice, soit que l’aiguille soit arretée, soit qu’on la laisse en marche. C’est la première fois qu’on a réalisé cette importante condition avec un seul barillet.
- Le Comité propose de remercier M. Ratel de sa communication et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin de la Société, ainsi que la description avec figures de la montre.
- Essai des betteraves. — M. Müntz fait, au nom du Comité d’agriculture, un rapport sur un appareil à essais rapides des betteraves, présenté par M. Ladu-reau, chimiste, rue Notre-Dame-des-Victoires, 44, à Paris.
- Cet outillage très simple, du prix modique de 50 francs, permet d’effectuer un grand nombre de déterminations dans un temps très court.
- Le Comité propose de remercier M. Ladureau de sa communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Spirographe. — M. le colonel Goulier fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport sur un spirographe présenté par M. Bataille, agent-voyer à Vallerangue (Gard). Cet instrument de dessin est destiné à tracer, d’un mouvement continu, des spirales d’Archimède ayant des pas divers compris entre 3 et 62 millimètres, et des rayons vecteurs allant jusqu’à 2o centimètres. Le Comité a trouvé que l’instrument de M. Bataille avait un cachet d’originalité suffisant pour proposer au Conseil de remercier cet inventeur de sa présentation et d’ordonner l’insertion, dans le Bulletin de la Société, du présent rapport accompagné de dessins sur bois, avec une légende explicative de l’appareil.
- Pont à bascule. — M. le colonel Pierre fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport sur un nouveau système de pont à bascule présenté par M. P. Guillaumin, constructeur à Yoiron (Isère). Ce système a été étudié et établi dans le but de supprimer les difficultés souvent insurmontables qu’on rencontre dans la vérification de la justesse des ponts à bascule de forte portée.
- Après do longs tâtonnements, M. Guillaumin a produit son appareil qui, sans encombrement, d’une manière simple et facile à exécuter, permet, avec les seuls éléments qui le composent, une vérification complète de tous les détails de ses graduations, et cela, dans toute l’étendue de sa portée. M. le Rapporteur décrit cet appareil qui a subi plusieurs épreuves au Conservatoire des Arts et Métiers et devant la Commission de Métrologie usuelle, et dont les résultats ont été très satisfaisants.
- En conséquence, le Comité propose de remercier M. Guillaumin de son intéressante communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin de la Société avec les dessins eL la légende nécessaire.
- Imitation de bois d'ébène. —M. Rossigneux fait, au nom du Comité des constructions et des beaux-arts, un rapport sur un procédé d’imitation de bois d’ébène appliqué à l’ébénisterie, présenté par M. Alphonse Baillif, sculpteur Tome II. — 86e année. 4e série. — Décembre 1887. 72
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- ornemaniste, rue Truffault, 68, à Paris. M. Baillifa, composé une pâte très grasse et coulante qui peut être étendue, en couches plus ou moins épaisses, sur l’objet plat ou en ronde bosse auquel on veut donner l’apparence de l’ébène. Après plusieurs opérations décrites par le rapporteur, on obtient des surfaces du plus beau poli, et d’un noir inaltérable.
- Le Comité propose de remercier M. Baillif de son intéressante communication et d’insérer le rapport au Bulletin de la Société.
- Communications. — La 'pyrogravure. •— M. Manuel Perler fait une communication sur l’application de la brûlure à la décoration du bois, du cuir, du verre, etc., etc.
- La pyrogravure est une nouvelle manière de graver au trait coloré noir, brun rouge, bistre en employant une pointe de métal rougie.
- L’invendeur du cautérisateur Paquelin a donné certainement la meilleure pointe de feu à la chirurgie et le meilleur brûleur à la pyrogravure.
- La poire en caoutchouc, qui sert à envoyer l’air carburé au cautérisateur, a été remplacée, pour la pyrogravure, par une soufflerie d’orgue, un sac à air ou un gazomètre chargé. Le dessinateur, après avoir réglé la pression, n’a plus h penser qu’à son travail, le brûleur restant incandescent pendant une heure et plus, si c’est utile.
- La pyrogravure sur bois n’a pas la sécheresse de trait de la gravure à la pointe ou à la gouge. Elle augmente l’effet décoratif des marqueteries et des objets en bois ou en cuir incrustés de métaux, d’ivoire, de nacre, etc.
- M. le Président remercie M. Manuel Perier de sa communication, qui est renvoyée au Comité des constructions et des beaux-arts.
- Séance du 9 décembre 1887.
- Présidence de M. E. Becquerel, président.
- M. Albert Schopen, rue Mabillon, 8. — Demande l’aide de la Société pour exploiter une invention. (Commission des fonds.)
- M. Pichon, chef de bureau au chemin de fer du Midi, à Talence (Gironde). — Mémoire sur la roue universelle, à palettes mobiles suivant une loi qu’on règle à volonté. (Arts mécaniques.)
- M. Armengciud aîné, rue Saint-Sébastien, 46. — Brochure intitulée : la Convention internationale pour la protection de la propriété industrielle dans ses rapports avec l’industrie française. (Commerce.)
- AI. Delaurier, rue Daguerre, 77. — Recherches sur les causes probables de Pexplosion d’un récipient, laquelle a dû se faire à 10 000 atmosphères, quoique la pression interne ne dût pas théoriquement dépasser soixante. (Arts mécaniques.)
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- M. Honoré, quai des Célestins, 2. — Mémoire intitulé : les Glissoires vitrifiées pour des transports extra-rapides par des glissades-éclair. (Arts mécaniques.)
- M. le Directeur du journal les Syndicats professionnels demande l’échange avec le Bulletin de la Société. (Commission du Bulletin.)
- M. le Dr d’Argelos, à Aix-en-Provence. — Mémoire sur une nouvelle manière de sécréter les peaux pour la fabrication du feutre, en vue d’améliorer l’hygiène professionnelle des chapeliers. (Arts chimiques.)
- M. Emilio Bechi, de Florence. — Mémoire sur un moyen de reconnaître l’huile de coton de l’huile d’olive. (Agriculture.)
- M. Martinot, constructeur-mécanicien, à Sedan (Ardennes). — Laineuse métallique continue avec mouvements alternatifs des rouleaux garnisseurs. (Arts mécaniques.)
- M. Riom, ancien instituteur, rue de la Harpe, 31. — Ciseau mécanique. (Arts mécaniques.)
- M. Boillot, rue Aravin, 54. — Description des appareils destinés à la production des effluves électriques et particulièrement propres à la préparation de l’ozone. Concours 1888. (Arts mécaniques.)
- M. Branche, ouvrier-mécanicien, rue de la Grotte-d’Or, 13, Paris-la-Chapelle. — Nouveau trusquin. (Arts mécaniques.)
- M. A. de la Morvonnais, au Manoir de Bruz (Ille-et-Vilaine). — Mémoire sur l’économie rurale de la Bretagne dans le passé et le présent. Concours 1888. (Agriculture.)
- M. E. Maître, à Auvers-sur-Oise (Seine-et-Oise). — 1° Abri pour préserver les jeunes bourgeons contre les gelées tardives du printemps. 2° Sacs à raisins, fermeture perfectionnée. (Agriculture.)
- M. D. Tommasi. — Mémoire sur un thermo-avertisseur. (Arts mécaniques.)
- M. Cheysson, membre du Conseil, fait hommage à la Société d’une brochure qu’il vient de publier sous le titre de : la Monographie de FAtelier. Communication faite devant l’Institut international de statistique, à Rome, le 10 avril 1887. (Bibliothèque.)
- Les articles suivants sont signalés :
- Revue du Génie militaire. — Projets de nouvelles fortifications, de forts sous terre alimentés d’eau pure, éclairés par l’électricité, etc.
- IJAéronaute. — Mémoire de M. Basté sur le planement des oiseaux et la possibilité d’ascension des voiliers sans battements d’ailes.
- Cosmos. — Les yachts à neige dans les prairies du Nord-Ouest américain.
- Iron. — Dessins et description d’une machine à bascule automobile, de MM. David, Bert et Cie, à Londres.
- Rapports des comités. — Pyrogravure. — M. Rossigneux fait, au nom du Comité des constructions et des beaux-arts, un rapport sur la pyrogravure de
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- M. Manuel Perier, rue du Trou-à-Sable, 1, à Neuilly. Ce procédé n’a rien de mécanique; il s’applique surtout à la décoration du bois et du cuir; il ne vient remplacer aucun procédé usité en décoration, il vient fournir à l’art et à l’industrie un nouveau moyen décoratif.
- Le procédé de M. Manuel Perier consiste à dessiner avec une pointe rougie sur le bois ou le cuir. Il a été reconnu que, pour arriver à ce résultat, le meilleur outil était fourni par le thermocautère Paquelin. Avec la pyrogravure, l’artiste pourra se passer d’interprète lorsqu’il voudra mettre son talent au service de l’ébénisterie, de la menuiserie, de la reliure d’art et du cuir décoratif pour sièges et tentures d’appartement.
- Le Comité propose de remercier M. Manuel Perier de son intéressante communication et d’insérer le rapport au Bulletin de la Société.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Vidange des chaudières. — M. Farcot fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport sur un appareil diviseur qui sépare par projection l’eau de la vapeur pendant l’opération de la vidange des chaudières, de M. Per et, fabricant de quincaillerie, rue des Boulets, 90.
- Cet appareil s’installe très rapidement, fonctionne d’une manière satisfaisante. Il peut rendre de sérieux services pour l’opération de la vidange des chaudières, souvent dangereuse dans des cours d’habitation et d’ateliers ou dans des rues ou ruelles peuplées.
- Le Comité propose de remercier M. Peret de son intéressante communication et de voter l’insertion au Bulletin du rapport avec la figure explicative.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Binard. —M. le colonel Pierre fait, au nom du Comité des arts mécaniques, un rapport sur un binard à engrenages, à bascule et à plateau mobile, présenté par MM. Beaufils frères, constructeurs de voitures, 35, rue Malar, à Paris.
- Ce système de -binard est employé avantageusement par les entrepreneurs ; il a rendu des services signalés dans l’exécution de grands travaux, tant à Paris que dans les départements et à l’étranger.
- En conséquence, le Comité propose de remercier MM. Beaufils frères de leur intéressante communication et d’insérer le rapport au Bulletin avec la légende et les dessins nécessaires pour faire connaître l’appareil.
- Ces conclusions sont adoptées.
- Communications. — Régulateur de gaz d’éclairage. — M. le colonel Sebert, membre du Conseil, présente à la Société un régulateur de pression du gaz d’éclairage inventé pari/. J. Morin, rue de Constantinople, 26.
- Le régulateur de pression comporte, comme la plupart des appareils de ce genre, une cloche flottante sous laquelle débouche la conduite d’arrivée et qui, par un mouvement d’ascension ou de descente, règle le débit du gaz dans la con-
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- chiite de distribution de façon à maintenir la pression constante dans cette conduite quel que soit le nombre de becs allumés.
- Mais cet appareil présente un certain nombre de particularités qui différencient des appareils similaires et en assurent le bon fonctionnement.
- La soupape qui règle l’écoulement du gaz est formée par une fente triangulaire de la paroi intérieure de la cloche motrice, laquelle affecte une forme annulaire. Cette cloche plonge dans une double rigole remplie de mercure, et cette disposition assure une grande régularité dans le débit, qui peut être proportionné exactement à la consommation depuis un seul bec jusqu’au plus grand nombre, compatible avec la grandeur de l’appareil, soit jusqu’à 300 becs dans le modelé présenté à la Société.
- D’autre part, l’emploi du mercure comme joint liquide présente l’avantage d’éviter l’évaporation et l’altération du liquide. L’appareil présente d’ailleurs un excès de force motrice tel que les conditions de résistance et les frottements qui peuvent résulter de l’emploi du mercure sont rendus négligeables.
- Mais la particularité la plus importante de l’appareil réside dans l’emploi d’un dispositif qui permet de créer au-dessus delà cloche motrice une contre-pression et de la mettre en équilibre à la hauteur qui convient au débit à réaliser. Ce dispositif est commandé par une seconde cloche dite régulatrice, qui est en communication avec la conduite de distribution et dont le mouvement agit sur un levier pneumatique en forme de fléau de balance, portant à l’une de ses extrémités de petites cloches formant soupapes. Le soulèvement de ce levier, provoqué par un excès de pression, amène l’introduction du gaz emprunté à la conduite d’arrivée dans l’espace clos qui surmonte laclochemotrice. Celle-citendalors à descendre en diminuante débit.
- L’abaissement du levier met, au contraire, cet espace en communication avec l’atmosphère et provoque le relèvement de la cloche.
- Enfin la position horizontale du levier correspond à la fermeture des deux orifices et au maintien en place de la cloche.
- Ce levier joue ainsi, par rapport à cette cloche, le rôle d’un servo-moteur, qui assure, d’une façon très précise, et après quelques oscillations de courte durée, le rétablissement d’une pression déterminée dans la conduite de distribution, lorsque l’équilibre vient à être troublé par une cause quelconque.
- Plusieurs régulateurs de pression de ce système sont déjà en service et donnent de bons résultats. Il y aurait intérêt, par suite, à renvoyer à l’un de nos comités l’examen de cet appareil, qui est le fruit de longues études d’un savant ingénieur déjà connu par de nombreuses recherches, et qui poursuit avec ardeur ses travaux, malgré une cruelle infirmité.
- M. le Président remercie M. le colonel Sebert de son intéressante présentation, qui est renvoyée au Comité des arts mécaniques.
- Chaudière à vapeur.-— M. Hirsch, membre du Conseil, présente à la Société
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- PROCÈS-VERBAUX.
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- un système de chaudière de MM. Terme et Deharbe> constructeurs, boulevard Voltaire, 84, à Paris.
- Cette chaudière est du type connu sous le nom de générateurs à petits éléments, c’est-à-dire qu’elle est constituée par un grand nombre de tubes renfermant l’eau à vaporiser et recevant, par le dehors, l’action des flammes et des gaz chauds.
- Un élément de cette chaudière se compose de trois tubes inclinés, formant une sorte de pyramide triangulaire à base verticale et à axe horizontal; au sommet de cette pyramide, les trois tubes communiquent entre eux par une boîte commune; du côté de la base, ils sont insérés dans la paroi verticale d’une sorte de boîte, appelée collecteur vertical et qui reçoit ainsi les bases de six ou huit éléments superposés, formant une série. Plusieurs séries juxtaposées constituent la chaudière. Elle est surmontée d’un réservoir de vapeur, à moitié plein d’eau, qui reçoit la vapeur de tontes les séries; dans le bas, un collecteur d’alimentation fournit l’eau aux différentes séries ; ce collecteur est réuni au bas du réservoir de vapeur par une conduite qui établit ainsi une circulation continue dans tout l’ensemble; au point de branchement du collecteur d’alimentation sur cette conduite est établie une bouteille dans laquelle viennent se réunir les dépôts que l’on évacue de temps à autre par un robinet de purge.
- Les assemblages des tubes se font par joints coniques, consolidés par des boulons à ancre; le cône mâle est un peu plus aigu que le cône femelle, de telle sorte que le partage n’ait lieu que par une zone étroite.
- La Compagnie des bateaux-omnibus de Paris a soumis une de ces chaudières à des essais prolongés en service. Les résultats ont été fort satisfaisants, et cinq nouveaux générateurs du même système viennent d’être commandés par la Compagnie.
- M. le Président remercie M. Hirsch de sa communication, qui est renvoyée au Comité des arts mécaniques.
- Outillage des aveugles. — M. Maurice de la Sizeranne, fondateur-directeur des journaux et de la bibliothèque des aveugles, fait une communication sur l’outillage spécial des aveugles.
- M. le Président remercie M. Maurice de la Sizeranne de son intéressante communication, qui est renvoyée à la Commission du Bulletin.
- Elections générales pour 1888. — Le scrutin ayant été ouvert au commencement de la séance pour la nomination des membres du bureau pour 1888 et la ratification des élections des membres du Conseil faites dans le courant de l’année, M. le Président constate que 39 membres seulement ayant déposé leurs votes, le résultat des élections qui, conformément à l’art. 37 des statuts, doit être fourni par 100 membres présents au moins, n’est pas valable. Dans la prochaine séance, il sera procédé de nouveau aux élections générales qui seront valables, quel que soit le nombre des votants.
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- Séance générale du 23 décembre 1887.
- Présidence de M. Becquerel, président.
- Le fauteuil de la présidence est occupé par M. Becquerel, membre de l’Académie des sciences ; à ses côtés siègent : MM. Haton de la Goupillière et Lavollée, vice-présidents ; M. Collignon, secrétaire.
- M. le Président ouvre la séance par la lecture des rapports d’usage.
- Etat financier. —Rapport sur P état financier de la Société pendant Vannée 1886. —M. Bordet lit, au nom de la Commission des fonds, un Rapport sur les comptes de recettes et de dépenses pour l’année 1886, faits par M. le Trésorier.
- M. Bordet demande, en terminant, l’approbation de ces comptes, après avoir adressé à M. le Trésorier l’expression de ses remerciements, en raison des soins qu’il consacre aux intérêts de la Société.
- Rapport des censeurs. — M. Lulscher, membre de la Commission des fonds, lit, au nom des censeurs, un Rapport sur les comptes de l’exercice 1886.
- Comme conclusion et d’accord avec l’honorable Rapporteur de la Commission des fonds, il propose de voter des remerciements au Trésorier et d’approuver les comptes de l’exercice de 1886.
- Ces conclusions sont adoptées par l’assemblée.
- Distribution des prix et médailles. — Grande médaille d’agriculture. —M. Roitel lit le rapport de M. Prillieux sur les titres de M. Gaston Razille à la grande médaille d’agriculture à l’effigie de Thénard.
- Prix Fourcade de 800 francs pour les ouvriers de fabriques de produits chimiques. — M. Lavollée lit pour M. Fourcade un rapport sur le concours pour le prix fondé par les exposants de la classe XLYII à l’Exposition universelle de 1878.
- Ce prix est décerné kM. Charles Rettmann, qui compte cinquante-deux ans de service comme ouvrier à l’usine de Loos (établissements Ivuhlmann).
- Prix de 3 000 francs pour la construction d’un appareil transmettant à distance l'indication de la température. — Sur le rapport de M. Prunier, ce prix n’est pas décerné cette année. Trois encouragements de 1 000 francs chacun sont accordés à MM. Parenthou, Richard frères et Chavannon.
- Pi 'ix de 1 000 francs pour la découverte d’un moyen facile et expéditif de reconnaître les falsifications de l’huile d’olive. — Ce prix, sur le rapport de M. Müntz, est partagé entre MM. Audoynaud et Levallois, qui obtiennent chacunjune somme de 500 francs.
- Une médaille de platine est décernée à M. Emilio Rechi, de Florence.
- Prix de 2 000 francs pour la découverte d’un moyen facile et expéditif de reconnaître les falsifications du beurre. — Sur le rapport de M. Müntz, ce prix n’est pas décerné cette année. Deux encouragements de 500 francs sont accordés à M. le docteur Rabot et à MM. Dubois et Padé.
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- PROCÈS-VERBAUX. --- DÉCEMBRE 1887.
- Prix de 2 000 francs 'pour la meilleure étude sur Vagricidture et Véconomie rurale d'une province ou d’un département. — Ce prix, sur le rapport de M. Risler, est partagé de la manière suivante : M. Dubois, 1 000 francs; M. Collard, 500 francs; M. Levier, 500 francs.
- Distribution des médailles aux auteurs d’inventions ou de perfectionnements des arts industriels, ainsi qu’aux contremaîtres et ouvriers. — M. le Président procède ensuite à la distribution des médailles d’or, de platine, d’argent et de bronze, accompagnées des extraits des divers Rapports qui ont motivé ces récompenses.
- Vient ensuite la distribution des médailles d’encouragement décernées aux contremaîtres et ouvriers.
- Election du Bureau de la Société pour '1888, et ratification des nominations de membres du Conseil. —La Société étant réunie de nouveau en assemblée générale pour procéder à l’élection des membres du Bureau du Conseil d’administration pour l’année 1888, et à la ratification des nominations des membres du Conseil qui ont été élus pendant l’année 1887, M. le Président, assisté de MM. Eaton de la Goupillière et Lavollée, vice-présidents, et de M. Collignon, secrétaire, procède au dépouillement du scrutin et proclame la composition du Bureau pour l’année 1888, ainsi qu’il suit :
- Président : M. Edmond Becquerel.
- Vice-présidents : MM. Hervé Mangon, Debray, Haton de la Goupillière et Lavollée.
- Secrétaires : MM. E. Peligot et Collignon.
- Censeurs : MM. Legrand et Bordet.
- Trésorier : M. Goupil de Préfeln.
- Comité des arts mécaniques : M. Gauthier-Villars.
- Comité des arts chimiques : MM. Roussin et Vée.
- Comité des arts économiques : MM. Carpentier et Raynaud.
- Comité des constructions et des beaux-arts : M. Pl ON.
- Comité du commerce : M. Cheysson.
- Le Gérant ; J.-II. Glnestou.
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- LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES
- ADMIS EN 1887
- A FAIRE PARTIE DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.
- MM.
- Bondonneau, chimiste, à Paris.
- Bonnami(H.), ingénieur-directeur de l’usine de chaux hydraulique Vve J. Brangel, à Pont-de-Pany (Côte-d’Or).
- Boudenoot, ingénieur civil, à Paris.
- Canet, ingénieur, chef du service de l’artillerie des forges et chantiers de la Méditerranée, à Paris.
- Dailly (Alfred), membre du Conseil général de la Haute-Marne, à Paris.
- Danzer (Henri), ingénieur, à Paris.
- Debize, ingénieur en chef à la manufacture des tabacs, à Paris.
- Directeur (le) du Bulletin des fabricants de papiers, à Paris.
- Duboul, ingénieur, à Marseille.
- Dulac (Louis), ingénieur civil, à Paris.
- Grosselin (Henry-Nicolas), constructeur-mécanicien, à Sedan.
- Guignet (Ch.-Er.), chargé du cours de M. Chevreul, au Muséum.
- Guillon (Pierre-Joseph), industriel, à Le-vallois-Perret.
- Jacquot, directeur de la Société anonyme des produits céramiques de Jeanmenil (Vosges).
- MM.
- Montaut (de), ingénieur civil, à Aubervil-liers.
- Pellin (Philibert), ingénieur des arts et manufactures, à Paris.
- Pereire (Henry), ingénieur des arts et manufactures, à Paris.
- Petit, ingénieur-mécanicien, à Paris.
- Plon (Eug.), libraire-éditeur, typographe, à Paris.
- Poulenc (Gaston), fabricant de produits chimiques, à Paris.
- Raynaud, inspecteur des lignes télégraphiques, à Paris.
- Roques (L.), compositeur de musique, à Paris.
- Rousseau (Paul), fabricant de produits chimiques, à Paris.
- Roussin, ancien professeur de chimie à l’École du Val-de-Grâce, à Paris.
- Suilliot, président de la Chambre syndicale des produits chimiques, à Paris.
- Vanssay (comte Georges de), ancien manufacturier, à Versailles.
- Vée (Amédée), fabricant de produits pharmaceutiques, à Paris.
- Wery, architecte, à Paris.
- Tome IL — 86e année. 4e série.
- Décembre 1887.
- 73
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- TABLE ALPHABÉTIQUE
- DES
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS
- DANS LA QUAÏRE-VINGT- SIXIÈME ANNÉE DU BULLETIN [Quatrième série. — Tome. II)
- (La lettre (P) à la suite d’un article indique qu’il ne s’agit que d’une présentation.)
- A -
- Adam (V.-S.). Traité de la vigne (P), 126.
- Addenbroocke. Conductibilité électrique de quelques bois, 712.
- Agostini. La France et le Canada (P), 251.
- Alibert. Accord des instruments à cordes, 719.
- Archereau. Applications électriques (P), 381.
- Argelos (Dr d’). Sur la fabrication des feutres (P), 763.
- Armengaud aîné. Note sur la protection de la propriété industrielle (P), 762.
- Association de Rouen pour préserver des accidents de fabrique. Med. arg. ; rapport de M. Lavollée, 48.
- Astier-Retif. Appareil pour incendies (P), 475.
- Aubert. Moissonneuse (P), 125.
- Aubine. Appareils de déclenchement. Méd. pl. ; rapport de M. Rousselle, 47.
- Audouin (Paul). Note sur l’application delà lumière artificielle à la reproduction des clichés photographiques (P), 198.
- Audoux (Étienne-Édouard). Ouvrier (méd. br.), 55.
- Audoynaud. Étude sur les huiles comestibles (P), 196.
- Aufan (Marins). Compteurpourliquides(P), 714.
- Aureggio. Modifications apportées au mobilier des écuries (méd. pl.), 47 ; rapport de M. Lavalard, 65.
- B
- Raillif (Alphonse). Imitation de bois d’ébène, 200; rapport de M. Rossigneux (extr.), 761.
- Baptiste (Eugène). Contremaître (méd. br.), 55.
- Bara. Support d’abat-jour. Méd. br.; rapport de M. Bardy, 51.
- Barabant. Sur l’emploi du sel pour le déblaiement de la neige, 166.
- Barbedienne. Grande médaille des beaux-arts; rapport de M. Rossigneux, 23.
- Barbieux-Semaal. Le tarif des douanes (P), 716. 4
- Bardy. Rapport sur l’appareil destiné à conserver les substances alimentaires, de M. Schribaux, 623.
- Bassin (II.). Bougie-chronomètre (P), 305.
- Bataille. Instruments divers et spirographe (P), 254, 474; rapport de M. Gou-lter (extr.), 761.
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- 772
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS.
- DÉCEMBRE 1887.
- Bâte (Guillaume). Ouvrier (méd. br.), 55.
- Bauer. Destruction du phylloxéra (P), 54t.
- Beaufils (frères). Binard; rapport de M. Pierre (extr.), 764.
- Béciiaux (Louis). Appareil de distillation et de rectification, 129.
- Beciii (Emilio). Sur l’analyse des huiles (P), 763.
- Becquerel (Président). Allocution prononcée dans la séance du 24 décembre 1886, 9.
- Bell (Lowthian). Renseignements statistiques sur la production métallurgique, 173.
- Benardeau (Auguste). Ouvrier (méd. br.), 55.
- Benardoz (de). (Voy. Sarcia.)
- Benoist (Philippe). Panorama-bijou (P), 130 ; rapport de M. Davanne (b), 559.
- Bérard (E.-P.). Note sur l’application de la lumière artificielle à la reproduction des clichés photographiques, par M. Paul Audouin (P), 198.
- — Rapport sur les procédés cryptographiques deM. Schlumberger, 267.
- — Notice sur Félix Le Blanc, 321.
- Bernard. Sur l’agriculture de l’Algérie,
- 286. Méd. or; rapport de M. Boitel, 39.
- Bertiiolon. Production de la soie ouvrée (P), 715.
- Bertrand (Claude). Contremaître (méd. br.), 55.
- Besnard. Discours prononcé aux obsèques de M. Adolphe Dailly, 274.
- Beuzelin (Honoré-Nicolas). Ouvrier (méd. br.), 56.
- Biver. Rapport sur les fours de verrerie à travail continu de M. Charneau (b. et pi.), 312.
- Blavier. Discours prononcé par M. Mas-cart à ses obsèques, 71.
- Bloy. Appareil pour faire de la glace (P), 480.
- Boillot. Production de l’ozone (P), 763.
- Boitel. Rapport sur le concours relatif à une étude sur les cultures de l’Algérie, 39.
- Bonnami (Henri). Sur les produits hydrauliques; manuel de l’opérateur au tachéomètre (P), 382.
- Bordet. Rapport sur les comptes de l’exercice 1885, 12.
- Borooine. (Yoy. Hallet.)
- Borromée. Bougeoir gradué (P), 195.
- Boudenoot. Le concours des petits moteurs. Méd. br. ; rapport de M. A. Tresca, 30.
- — Brochures diverses (P), 475.
- Boudeville. Ouvrier (méd. br.), 56.
- Boulder. Ouvrier (méd. br.), 56.
- Bourbouze. Nouvel alliage d’aluminium,
- 122; rapport de M. Lechatellier, 485.
- Bourgne (André). Prix d’agriculture; rapport de M. Risler, 38.
- — Extrait d’une étude sur l’agriculture du département de l’Eure, 504, 570.
- Boutillier. Garde-chute pour trappes d’égout (méd. br.), 51 ; rapport de M. Rous-SELLE (b), 61.
- Bouvier (Alexis). Contremaître (méd. br.), 56.
- Branche. Nouveau trusquin (P), 763.
- Bréguet (Louis). Notice sur la vie et les travaux de —, parM. de Jonquières, 404.
- Bréiion. Note sur la pompe Roux (P), 480.
- Breton-Maire. Frein automatique à patin (P), 714.
- Brisse. Trempe de l’acier (b), 562.
- Brüll. Discours prononcé à la Société des ingénieurs civils ; mémoire sur les pompes centrifuges Farcot (P), 196.
- — Rapport sur la machine à cigarettes de M. Schaeffer (b), 556.
- — Communication sur l’appareil filtreur pour l’huile de graissage de M. Ducre-TET, 718.
- — Communication sur la chaudière de M. Cadiat (pi.), 734.
- Buisine. Thèse sur la composition du suint de mouton (P), 254.
- Bullet (Mme). Ouvrière (méd. br.), 56.
- Bunel. Traité des établissements insalubres (P), 126.
- Buquet. Discours prononcé aux obsèques de M. Adolphe Dailly, 273.
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS.
- DÉCEMBRE 1887.
- 773
- C
- Cadiat (Y.). Chaudière pour embarcation; corn, de M. Brüll (pl.), 734.
- Caiïen (Albert). Rapport fait au congrès de l'enseignement technique à Bordeaux en 1886 (P), 196.
- Cambon. Bourrelets métalliques; rapport de M. Prunier (b), 212.
- Gammel. Nouvelle presse hydraulique, 248.
- Gamuset. Trailement des excréments (P), • 196.
- Gance. Lampe électrique, 476.
- Gantoni (Gaetano). Les fromageries dans les Alpes italiennes, 105.
- — Sur la destruction du peronospora de la vigne (P), 126.
- Garde (Auguste-Charles). Ouvrier (méd. br.), 57.
- Carette. Clapet de retenue pour vapeur; rapport de M. Hirsch (b), 394.
- Carpentier. Métrographe, 478.
- Casalonga. Brûleur à gaz de M. Delmas-Azéma, 758.
- Castner (X.). Fabrication nouvelle des métaux alcalins, 189.
- — (Voy. Mactear.)
- Chaize (frères). Lisses sans nœuds; rapport de M. Simon (méd. arg.), 49.
- Chardonneraux. Système d’étrier; rapport de M. Lavalard (méd. br.), 52.
- Ciiarlier. Système pour empêcher les collisions en mer (P), 715.
- Ciiarneau. Fours de verrerie à travail continu ; rapport de M. Biver (b. et pl.), 312.
- Ciievrel, Guétant et Cie. Composés destinés à combattre les parasites de l’agriculture (P), 716.
- Cueysson. Les habitations ouvrières (P), 127.
- — Statistique géométrique (P), 200.
- — Statistique graphique, 717 ; rapport de M. Lavollée, 153.
- — La monographie de l’atelier (P), 763.
- Claveau (Alexandre-Joseph). Ouvrier (méd.
- br.), 57.
- Colard (E.). Diviseur centésimal du millimètre (P), 714.
- Colladon. Brochures diverses (P), 475.
- — Rapport fait à l’Académie des sciences, parM. Résal, sur le prix Fourneyron, 744.
- Collignon (Ed.). Rapport sur l’ensemble des travaux de M. E. Lenoir, grand prix du marquis d’Argenteuil, 21.
- Comble. Ardoise métallique (P), 755.
- — Sur un procédé de quadrature (b), 156.
- Coni (Émile). Annuaire statistique de Bue-
- nos-Ayres (P), 126.
- Coret (Auguste). Appareil démontrant le mouvement de la terre (P), 254.
- — Dispositif électrique pour empêcher les abordages (P), 385.
- — Régulateur de débit d’eau (P), 544.
- Cornil (François). Ouvrier (méd. br.), 57.
- Coumes. École professionnelle de chapellerie; rapport de M. G. Roy, 213.
- Couriot (Henry). La législation des mines (P), 126.
- — La mobilisation etles houillères (P), 382.
- Crespin (A.). Résultats d’essais sur la machine Quéruel (P), 755.
- Cros. Verres polychromes, 307.
- D
- Dabonville. (Voy, Lechenet.)
- Dailly (Adolphe). Discours prononcé à ses obsèques parM. Lecouteux, 270.
- — Discours de M. Buquet, 273.
- — Discours de M. Besnard, 274.
- Dautrey (René). Carte mobile de France
- (P), 474.
- Davanne. Rapport sur le panorama-bijou de M. Ph. Benoist (b), 559.
- — et Plon. Rapport sur le procédé de photogravure mécanique de M. Sarti-rana (b), 613.
- Debuchy (Émile). Note sur le chauffage au goudron (P), 385.
- Deharbe. (Voy. Terme.)
- Delahaye et Tissot. Couvertures hygiéniques (P), 254.
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS.
- DÉCEMBRE 1887.
- Delamotte. Étude sur la péripneumonie bovine. Méd. arg. ; rapport de M. La-valard, 49.
- Delaurier. Note sur l’éclairage électrique des rivières (P), 130.
- — Utilisation de la force des vagues (P), 196.
- — Note : 1° sur un moulin voilier, 2° sur l’utilisation de la force des vagues, 3° sur une chaudière théorique (P), 250.
- — Note critique sur les accumulateurs électriques (P), 381.
- — Destruction du grisou (P), 479.
- — Moulin voilier (P), 541.
- — Lammoteur marin (P), 715.
- — Mémoire sur la pile universelle (P), 755.
- — Recherches sur les causes d’une explosion (P), 762.
- Delmas-Azéma. Brûleur à gaz, 758.
- Dennis (Robert). L’Irlande industrielle, traduction de M. Ed. Simon, 625.
- Dépierre (Joseph). Traité des apprêts de tissus de coton (P), 199; rapport de M. Simon, 316.
- Deschiens. Compteurs de tours (méd. or), 44 ; rapport de M. Sebert (b. et pl.), 133.
- Devienne (Émile). Lampes de mines (P), 475, 541.
- Dick (Robert). Fabrication des filaments decharbon pourlampes électriques, 244.
- Dietz-Monnin. Séance de la Société d'En-couragement pour le commerce français d’exportation du 24 novembre 1886,125.
- DoRLiN(Victor). Contremaître (méd.br.),57.
- Duboul (Alfred). Note sur la fabrication et la résistance des cordages et câbles, 689.
- Ducoloner. Direction des ballons (P), 713.
- Ducretet. Papier applicable à la télégraphie (P)., 198.
- — Appareil filtreur pour l’huile de graissage, 718.
- — Procédés d’inflammation des mines de MM. Scola et Ruggieri ; rapport de M. Sebert (b), 721.
- — Enregistreur des signaux optiques, 758.
- Dumatiiera. Système d’attache du rail à la
- traverse (P), 715.
- Dumatiiera.Boîte de roue de voiture (P),480. — Essieux de voitures (P), 759.
- Dupra (Jules). Contremaître (méd. br.), 57. Duquesne. Fabrication de tapis. Méd. pl. ;
- rapport de M. Simon, 48.
- Durant (Antony). Contremaître (méd. br.), 57.
- E
- Edelmann (Dr). Voltmètre et ampèremètre (b), 247.
- — Température à distance (P), 541.
- Egleston. Causes de destruction des pierres de construction, 194.
- — Traitement de l’or et de l’argent aux hôtels monétaires des États-Unis, 414.
- Erard (Auguste). Humecteuse pour les papiers et les étoffes (P), 124.
- Ewiconi. Projet de ferme modèle (P), 250.
- F
- Farcot (J.). Rapport sur le système de vidange des chaudières de M. Peret (extr.), 764.
- FARiNCY(Élie-Louis). Ouvrier (méd. br.), 58.
- Fasquelle. Lampe démontable (P), 479.
- Fayol. (Voy. Petit.)
- Fénon. Plume inscrivante; rapport de M. Mascart (b), 620.
- Ferrier. Système pour faciliter le démarrage des voitures (P), 480.
- Fisch (A.). Mémoire sur la photozincogra-phie(P), 381.
- Fleury. Lampe à pétrole (P), 714.
- Floran de Villepigue. Autographomètre, 256.
- Fontaine-Atgier. Pile électrique et table-chaise (P), 305.
- Foin R. Précis de photographie de M. Las-saux (P), 716.
- Foucault (J.). Pendule automatique ; rapport de M. Goulier (b), 68.
- Fourcade. Rapport sur le prix Fourcade, 29.
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS.
- DÉCEMBRE 1887.
- 775
- Fournier (Jules). Élévation des liquides sans pompe (P), 715.
- Franco et Mesnard. Clapets de retenue pour vapeur; rapport de M. Hirsch (b), 264.
- Fréciiou. (Voy. Klein.)
- Friller. Système pour élever les liquides (P), 755.
- Fumerand. Bouilleur instantané (P), 251.
- G
- Gagnage et Moreau. Mémoire surl’assainis-sement des centres (P), 716.
- Gaillarbon. Agriculture. Méd. d’or; rapport de M. Boitel, 39.
- Galfard (Marius). Traité de sériciculture (P), 716.
- Garnier. Agriculture. Méd. de br. ; rapport de M. Risler, 38.
- Garrouste. Brochure sur l’agriculture (P), 716.
- Gaspard (Simon). Ouvrier (méd. br.), 58.
- Gayon. Pressoir continu (P), 251.
- Gélix (Lucien). Ouvrier (méd. br.), 58.
- Genard. Projet d’éclairage électrique de Paris (P), 124.
- Gérentes (Vve). Fabrication d’articles en laine (P), 714.
- Germain (P). Timbre à mouvement prolongé (P), 475.
- Germaine (Alfred-Nicolas). Ouvrier (méd. br.), 58.
- Gillet (Achille). (Voy. Jolibois.)
- Giroud (L.). Brûleur de gaz, 758.
- Gouge. Inventions diverses (P), 715.
- Goulier (colonel). Rapport sur le pendule automatique de M. J. Foucault (b), 68.
- — Rapport sur le sphéromètre de M. Her-vier (b), 554.
- — Rapport sur le spirographe de M. Bataille (extr.), 761.
- Grieumard. Moyen d’éviter les explosions de grisou (P), 382.
- Grillon (colonel). Revue du Génie militaire (P), 540.
- Grollard (Jules). Expériences sur les forces (P), 714.
- Giiosfils (Pierre).Conservation du beurre, 386.
- Grosselin (père et fils). Machine à lainer à chardons métalliques (P), 475; rapport de M. Simon (pl.), 673.
- Guilbot. Photolithogravure (P), 715.
- Guillaume (Nicolas). Ouvrier (méd. br.), 58.
- Guillaumin (P.). Pont à bascule vérificateur (P), 305 ; rapport de M. Pierre (extr.), 761.
- Guimet (Émile). Sécurité dans les théâtres, 483.
- H
- IJallet. Recherches sur les enveloppes de vapeur dans les machines Compound, par M. Borodine (P), 196.
- — Perfectionnement à la machine à écrire Remington, 256.
- Hamille. Casier numérateur; rapport de M. Sebert (b), 201, 199.
- Hamon. Machine à bois (P), 714.
- Hansen (Emil Chr.). Levure de bière pure. Méd. or; rapport de M. Pasteur, 45.
- — Conférence faite à Copenhague sur la levure de bière (b), 494.
- Haton de la Goupillière. Hélice propulsive de M. Yagn (P), 127.
- Hédin (Marcel). Les champs de démonstration (P), 716.
- Hélouis. Système de pulvérisation des combustibles pour le chauffage des appareils industriels (P), 195.
- — Bitumes de Valona, 252.
- — Fils métalliques d’ornement, 476.
- Hennequin (François). Prix Fourcade; rapport de M. Fourcade, 29.
- Hérard. Propulseur aérien, 544.
- Hérédia (de). Extrait du rapport sur un projet de loi relatif aux brevets d’invention, 290.
- Hervier. Sphéromètre (P), 250; rapport de M. Goulier (b), 55 4.
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS.
- DÉCEMBRE 1887.
- 776
- Hirsch. Rapport sur les clapets de retenue pour vapeur (b), 257.
- — Rapport sur deux clapets de retenue pour vapeur MM. Franco et Mesnard (b), 264.
- — Rapport sur le clapet de retenue pour vapeur de M. Labeyrie (b), 265.
- — Rapport sur un clapet de retenue de vapeur de M. Carette (b), 394.
- — Rapport sur un clapet de retenue de vapeur de M. Pile (b), 395.
- — Chaudière à vapeur de MM. Terme et Deharbe, 766.
- Honoré. Les glissoires vitrifiées (P), 763. Hugo Lechnert. Culture du houblon (P), 126.
- Hutinet. Avertisseur d’incendie. Méd. br.; rapport de M. Blavier, 52.
- I
- Industria. Journal (P), 125.
- J
- Jacob. Chalumeau à la benzine (b), 302. Jean (Ferdinand). Séchoir de M. Frédéric Tulpin, 388.
- Jeannin. Communication pour M. Sauria, 196.
- Jolibois (Émile). Codex tinctorial de M. Achille Cillet (P), 250.
- Joly. Importations de produits horticoles (P), 544.
- Jonquières (de). Notice sur la vie et les travaux de Louis Bréguet, 404.
- Jovis. Nouveau vernis, 384.
- Jullien. Système de suspension ; rapport de M. Redier (extr.), 756.
- K
- Klein et Fréciiou. Sur le sucrage des moûts et la fabrication des vins de sucre, 297. Koepff (G. de). Note sur les tarifs internationaux d’entrées (P), 755.
- Kolb. Mémoire sur une nouvelle fabrication de la baryte et de la strontiane (P), 755.
- Krucii (Martin). Ouvrier (méd. br.), 58. Kübel. Fabrication de la céruse à l’aide de l’acétate de magnésie, 249.
- L
- Labeyrie. Clapet de retenue pour vapeur;
- rapport de M. Hirsch (b), 265.
- Lachaud. Appareils puiseurs (P), 124. Ladureau. Essais des betteraves; rapport de M. Müntz (extr.), 761.
- Lamy (Antoine). Système de languettes en métal (P), 199.
- Laniesse (Honoré). Ouvrier (méd. br.), 59. Lassus. Commande pour mouvements rotatifs (P), 250.
- Latif. Machine à incendie (P), 125. Laussedat (colonel). Conférence faite au congrès de l’enseignement technique commercial et industriel de Bordeaux, 275.
- — Discours prononcé à l’inauguration de la statue de Nicolas Leblanc, 687.
- — Enregistreur des signaux optiques de M. Ducretet, 758.
- Lautii (Ch.) et Vogt. Sur les mesures pyrométriques à hautes températures (b), 228.'
- Lavalard. Rapport sur les modifications apportées au mobilier des écuries par M. Aureggio, 65.
- — Rapport sur les études agricoles de M. Simonnin, 665.
- Lavollée(C.). Les habitations ouvrières, par M.Cheysson (P), 127.
- — Rapport sur l'album de statistique graphique de 1885 du ministère des travaux publics, 153.
- Léautey (Eugène). L’enseignement commercial et les écoles de commerce en France et dans le monde entier (P), 541 ; rapport de M. Roy, 491.
- Le Blanc (Félix). Notice, parM.BÉRARD, 321.
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS.
- DÉCEMBRE 1887.
- 777
- Le Blanc (Jules). Sur les étuves à désinfection (P), 479.
- Leblanc (Nicolas). Discours prononcés à l’inauguration de sa statue par MM. Pe-ligot, Dautresme et Laussedat, 677.
- Lebon (Charles-Alexandre). Ouvrier (méd. br.), 59.
- Leciiatellier. Rapport sur un nouvel alliage d’aluminium par M. Bourbouze, 485.
- Lechenet et Dabouville. Moteur pour machine à coudre (P), 759.
- Lecouteux (E.).Discours prononcé aux obsèques de M. Adolphe Dailly, 270.
- Legrand. Rapport surl’examen des comptes de l’exercice 1885, 20.
- Lehmann(J.-B.). Conservation de substances alimentaires (P), 540.
- Lemaître (Alphonse). Système pour protéger les navires (P), 480.
- Lencauciiez. Recuit et affinage du fer (P), 196.
- Lenüir (E.). Grand prix du marquis d’Ar-genteuil; rapport de M. Collignon, 21.
- — Régulateur de vitesse, 128.
- Lenormand (Auguste). Lithophage (P), 381.
- Leplay (Ilippolyte). Mémoire sur la production du salpêtre indigène (P), 382.
- — Brochure sur la fabrication du sucre(P), 759.
- Leroy (Isidore). (Voy. de Luynes.)
- Leseur (Alexandre). Système de force motrice (P), 196, 199.
- Letorey. Journal : la Voie publique (P), 130.
- Levallois, Caractère des huiles d’olive (P), 254.
- Liébert. Machine à faire les brosses (P), 196.
- Linnemann (E.). Nouveau métal, 248.
- Listre (Léonce). Extraction du sucre des mélasses, procédé Lefranc, 120.
- Londe. Obturateur photographique, 483.
- Lottneaux. Lampe de mineur (P), 714.
- Loyer. Serrure-chaîne (P), 195; rapport de M. Pihet (b), 618.
- Luynes (de). Rapport sur le concours pour
- l’utilisation de la naphtaline à la fabrication des matières colorantes, 34.
- Luynes (de). Application des déchets de mica aux papiers peints, par M. Sciilum-berger(P), 127.
- — Procédés cryptographiques de M. SCHLUMBERGER (P), 127.
- — Papiers peints de M. Isidore Leroy, 383.
- — Fils métalliques d’ornement de M. Hé-louis, 476.
- M
- Macmillan. Appareils pour l’utilisation des poussiers de charbon, 85.
- Mactear (J.). Préparation des hydrates de strontiane et de baryte, 612.
- — Modifications du procédé Castner pour la fabrication du sodium métallique, 752.
- MAGE(Élie). Moteuràaircomprimé(P),713.
- Magnard (J.-B.). Machine rotative (P), 544.
- Magne (Lucien). Peintres verriers français. Méd. arg. ; rapport de M. Appert, 49.
- Maillard. Sur la dynamite-gomme, 98.
- Maître (E.). Sacs à raisin (P), 763.
- Manzi. Phototypogravure. Méd. or; rapport de M. Davanne, 45.
- Marchand. Perfectionnement à un brûloir à café (P), 305.
- Marguet. Système pour empêcher l’emportement des chevaux (P), 714.
- Marteau (Amédée). L’industrie houillère en France (P), 124.
- — Les assurances ouvrières en Allemagne (P), 544.
- Martinot. Laineuse mécanique (P), 763.
- Marx (Louis). Chaise roulante pour enfants (P), 715.
- — Le laboratoire du brasseur (P), 715.
- — Production des levures pures de brasserie, 719.
- Mascart. Discours prononcé aux obsèques de M. Blavier, 71.
- — Rapport sur la plume inscrivante de M. Fénon (b), 620.
- Tome II. — 86e année. 4e série. — Décembre 1887.
- 74
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- DÉCEMBRE 1887.
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS. -----
- 778
- Mauclerc (de). Extincteur d’incendie; rapport de M. Sebert (b), 486.
- Mauler. Machine à écrire pour les aveugles; rapport de M. Sebert (b), 397.
- Maxwell-Lyte. Gimentplastique coloré (P), 251.
- Maynard. Machine rotative (P), 714.
- Mennesson (Georges). Pompe de retour d’eau; rapport de M. A. Tresca (extr.), 757.
- Mercier (Stéphane). Direction des aérostats (P), 196, 199.
- MESNARD..(Voy. Franco.)
- Meunier (Louis). Compteurs pour voitures (P), 385.
- Meymott Tidy. Sur les eaux d’égout, 701.
- Michel (Porcien-François). Ouvrier (méd. br.), 59.
- Millot. Mémoire de M. Minary sur les orages (P), 305.
- Minary. (Y. Millot.)
- Ministre du commerce et de l’industrie. Discours prononcé à l’inauguration de la statue de Nicolas Leblanc, 686.
- Molas. Appareil pour préserver les mineurs (P), 305.
- Montaud (B. de). Accumulateurs électriques, 477.
- Montriciiard (G. de). Mémoire sur des pompes à piston captant (P), 381.
- Moride. Traité de la savonnerie (P), 756.
- Morin (J.). Régulateur de pression du gaz, 764. 1
- Morvonnais (A. de la). Mémoire sur l’économie rurale (P), 763.
- Moullieras (Dr). Graphanorane, 547.
- Muller. Manivelle hydraulique (P), 131.
- Müntz. Rapport sur les essais de betteraves de M. Ladureau (extr.), 761.
- N
- Nansouty (Max de). L’année industrielle 1887 (P), 131.
- Napoleni. Machine à décortiquer la ramie (P), 759.
- .Nicolle(F.). Agriculture. Méd. d’arg. ; rapport de M. Risler, 38.
- — Extraits d’une étude sur l’agriculture de la Meuse, 331.
- O
- Ott. Scie articulée (P), 125.
- Outrequin. Système de bluterie (P), 714.
- P
- Paris (amiral). Souvenirs de marine conservés (P), 199.
- Parker Snow. Expéditions arctiques (P), 131.
- Pasquier. Clapet de retenue pour vapeur. Méd. arg. ; rapport de M. Pierre, 50.
- Peciiard. Machine à coudre. Méd. arg.; rapport de M. Simon, 50.
- Peligot (Eugène). Discours prononcé à l’inauguration de la statue de Nicolas Leblanc, 677.
- Pellin. Production d’oxygène, 546.
- — Eclairage micrographique, 547.
- Percy (Dr). Acier à l’aluminium, 538.
- — Acier chromé, 300.
- — Production du fer aux Etats-Unis, 538.
- Perenot et Schor. Machine à coudre. Méd.
- br. ; rapport de M. Simon, 52.
- Peret. Système de vidange de chaudières, rapport de M. Farcot (extr.), 764.
- — Système diviseur de l’eau et de la vapeur (P), 540.
- Perier (Manuel). Pyrogravure (P), 762; rapport de M. Rossigneux (extr.), 763.
- Petit. Méd. br. ; rapport de M. A. Tresca sur le concours des petits moteurs, 30.
- Petit et Fayol. Frictomètre; rapport de M. A. Tresca (b. et pl.), 549.
- Peyre (Émile). Ouvrier (méd. br.), 59.
- Piat (Alfred). Création d’un port de guerre à Cabourg (P), 480.
- Picard. A'ppafèil économiseur de gaz (P),
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS.
- DÉCEMBRE 1887.
- 779
- Pjchon. Roue universelle (P), 762.
- Pierre (colonel). Rapport sur la roue métallique de M. Wienzenried, 309.
- — Rapport sur le pont à bascule de M. Guillaumin (extr.), 761.
- — Rapport sur le binard de MM. Beaufils, (extr.), 764.
- Pietsch. Photogrammétrie (b), 73.
- Pietzcker. (Voy. Wolf.)
- Piiiet. Rapport sur la serrure-chaîne de M. Loyer (b), 618.
- Pile. Clapet de retenue pour vapeur; rapport de M. Hirsch (b), 393.
- Plon. Rapport sur le repérage automatique de M. Vieillemard fils (b), 729.
- — (Voy. Davanne.)
- Polère (Gélestin). Système supprimant les métiers à filer (P), 381.
- Pollak. Attelage automatique des wagons (P), 759.
- Post(J.-W-). Traverses métalliques, 542; rapport de M. Schlemmer (b) (extr.), 760.
- Potain (Édouard). Poêle à gaz hygiénique
- (P), 7'U.
- Poupin (Julien). Ouvrier (méd. br.), 59.
- Poure, O’Kelly et Gie. Cachet-crampon (P), 714.
- Préfet de la Seine. Notice sur les bibliothèques d’art industriel de la ville de Paris (P), 125.
- Prévost (Mme). Ouvrière (méd. br.), 59.
- Prunier. Rapport sur les bourrelets métalliques de M. Cambon (b), 212.
- Puymontbrun (du). Agriculture. Méd. br. ; rapport de M. Risler, 38.
- Py (Auguste). Ouvrier (méd. br.), 60.
- R
- Raffard. Travaux divers. Méd. pl. ; rapport de MM. Collignon et Pihet, 48.
- Ratel. Montre à secondes (P), 714; rapport de M. Redier (extr.), 760.
- Redier. Rapport sur le système de suspension de M. Jullien (extr.), 756.
- Redier. Rapport sur la montre à secondes de M. Ratel (extr.), 760.
- Reuille (Élie). Impression simultanée, 544.
- Richard frères. Pyromètre (P), 130.
- Richard. Perfectionnements à l’industrie des tissus (P), 254.
- Riom. Ciseau mécanique (P), 763.
- Risler. Rapport sur le concours pour une étude sur l’économie rurale d’une province ou d’un département, 38.
- Risler (Georges). Express-carde. Méd. or; rapport de M. Simon, 46.
- Rivaud (Albert). Sur le traitement des vignes malades (P), 125.
- RoBERT(Pierre-Paul).Ouvrier(méd.br.),60.
- Robert (Paul).' Fers à cheval, 482.
- Robert. Appareil de cuisson culinaire (P), 755.
- Robert (E.). (Voy. Romy.)
- Roberts. Pile au peroxyde de plomb, 242.
- Rocques. Armure pour métiers, 130.
- Rommier (Alphonse). Sur les vins et eaux-de-vie de framboise et de fraises, 295.
- Romy (E.) (Lisez : E. Robert.) Application des dépôts électrolytiques du fer à la fabrication des coins monétaires, 500.
- Rondot (Natalis). Essai sur les propriétés physiques de la soie (P), 131.
- Roques (Léon). Métronome, 481.
- Rossigneux. Rapport sur les titres de M. Barbedienne à la grande médaille dite de Jean Goujon, 23.
- — Rapport sur l’utilisation des déchets de mica, par M. Schlumberger (extr.), 760.'
- — Rapport sur l’imitation de bois d’ébène de M. Baillif (extr.), 761.
- — Rapport sur la pyrogravure de M. Manuel Périer (extr.), 763.
- Rousseau (Paul). Balance de précision, 255.
- Rousselle. Rapport sur le garde-chute pour trappes d’égout de M. Boutillier (b), 61.
- Rousset (Maurice). Puits artésiens. Méd. or; rapport de M. Risler, 46.
- Roussin. Prix des arts chimiques; rapport de M. de Luynes, 34.
- Roy (Gustave). Rapport sur l’école professionnelle de chapellerie de M. Coumes, 213.
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- 780
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS.
- DÉCEMBRE 1887.
- Roy (Gustave). — Rapport au sujet d’un projet de loi sur les mines, 389.
- — Rapport sur le livre de M. Léautey « l’Enseignement commercial et les écoles de commerce en France et à l’étranger », 491.
- Roy. Encre inaltérable (P), 480.
- Ruggieri. (Voy. Scola.)
- s
- Salabert (Paul). Instrument de labour (P), 475.
- Salis (comte de). Discours prononcé aux obsèques de M. Vérité, 741.
- Sarcia. Soudure électrique de M. Benar-doz, 478.
- Sartirana. Photogravure mécanique (P), 381 ; rapport de MM. Davanne et Plon (b), 613.
- Schacre. Remplacement du blanc de cé-ruse (P), 715.
- Schaeffer. Machine à cigarettes (P), 250; rapport de M. Brüll (b), 556.
- Schlemmer. Notice sur M. Thirion, 214.
- — Rapport sur les traverses métalliques Post (extr.), 760.
- Schlumberger. Application des déchets de mica aux papiers peints (P), 127; rapport de M. Rossigneux (extr.), 760.
- — Procédés cryptographiques (P), 127 ; rapport de M. Bérard, 267.
- Schribaux. Appareil destiné à la conservation des substances alimentaires; rapport de M. Bardy, 623.
- Scola et Ruggieri. Procédés d’inflammation des mines, présentés par M. Ducre-tet; rapport de M. Sebert (b), 721.
- Sculier. Porte-outil pour moulures en bois (P), 385.
- Sebert (colonel). Rapport sur les compteurs de tours de M. Deschiens (b. et pl.), 133.
- — Rapport sur le casier numérateur de M. Hamille (b), 201.
- — Rapport sur une machine pour faciliter
- l’écriture aux aveugles, de M. Mauler (b), 397.
- Sebert (colonel). Rapport sur l’extincteur d’incendie de M. de Mauclerc (b), 486.
- — Rapport sur les procédés d’inflammation des mines, de MM. Scola et Ruggieri, présentés par M.Ducretet (b), 721.
- — Régulateur de pression du gaz de M. J. Morin, 764.
- Séguin (Georges). Note sur le reboisement des campagnes (P), 250, 305.
- Serrant (Émile). Bispain pour l’alimentation (P), 715.
- Sidersky. Calcimètre (P), 716.
- — Contrôledu travail des mélasses (P),756.
- Simon (Édouard). Le travail coopératif aux
- États-Unis (P), 126.
- — Rapport sur le traité des apprêts de tissus de coton de M. J. Dépierre, 316.
- — L’Irlande industrielle, d’après M. R. Dennis, 625.
- — Rapport sur la machine à lainer à chardons métalliques de MM. Grosselin père et fils (pl.), 673.
- Simonnin. Études agricoles ; rapport de M. Lavalard, 665.
- Simonot. Cuve d’air pour l’élévation des liquides de consommation (P), 125, 198.
- Sizeranne (Maurice de la). Outillage des aveugles (P), 766.
- Société anonyme de distribution de force motrice à domicile. Prix des arts mécaniques; rapport de M. A. Tresca, 30.
- — d’expériences aéronautiques. Vernis (P), 305.
- ’ Solminihac (de). La force centrifuge appliquée au tannage (P), 544.
- Somzée. Les collisions en mer (P), 714.
- T
- Takamatsu. (Voy. Ywabuki.)
- Terme et Deiiarbe. Chaudière à vapeur, 766.
- Teynard (Félix). Sur le grossissement des lunettes, 235.
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- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS. ------ DÉCEMBRE 1887.
- 781
- Thirion. Notice sur M. —, par M. Sciilem-mer, 214.
- Thore (J.). Une nouvelle force (P), 382.
- Tommasi (D.). Thermo-avertisseur (P), 763.
- Tondeur. Glaces et papiers photographiques, 543.
- Toth (J.). Titrage du phénol dans l’acide carbolique brut, 540.
- Tresca (A.). Rapport sur le concours des petits moteurs, 30.
- — Traverses métalliques, parM.PosT, 512.
- — Rapport sur le frictomètre de MM. Petit et Fayol (b. et pl.), 549.
- — Rapport sur la pompe de M. G. Mennes-son (ex.tr.), 757.
- Tulpin (Frédéric). (Voy. Jean.)
- u
- Ussel (d’). Sur l’emploi du sel pour le déblaiement de la neige, 162.
- v
- Yerdol et Gie. Mécaniques pour tissages (P), 715.
- Vérité. Discours prononcé à ses obsèques par M. le comte de Salis, 741.
- Verneau (Paul). Procédé pour reproduire sur zinc ou pierre les impressions anciennes (P), 714.
- Vieillemard fils. Repérage automatique (P), 132; rapport de M. Plon (b), 729.
- Vincent (Gh.-X.). Machine à plier les tissus. Méd. br. ; rapport de M. Simon, 52.
- — Machine à mesurer les tissus (P), 130.
- Vogt. (Voy. Lautr.)
- w
- Watson Smitii. Les scories de déphosphoration comme engrais agricole, 711.
- Webb (W.). Résistance des rails en acier, 663.
- Weil (Frédéric). Dosage du zinc en poudre (P), 126.
- Welsbacii. Brûleur à incandescence, 412.
- Westmoreland. Sur les essais pour cuivre, 745.
- Wienzenried. Roue métallique ; rapport de M. Pierre, 309.
- Wolf et Pietzcker. Moteur à nitroglycérine (b), 246.
- Y
- Yagn. Hélice propulsive (P), 127.
- Ywabuki. Fabrication du bleu d’outremer avec les kaolins japonais ; note de M. Ta-KAMATSU, 708.
- Z
- Zang. Machine à bois. Méd. arg. ; rapport de M. Pihet, 51.
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-
- TABLE ALPHABÉTIQUE
- BT
- ANALYTIQUE DES MATIÈRES
- CONTENUES DANS LA QUATRE-VINGT-SIXIÈME ANNÉE DU BULLETIN (Quatrième série. — Tome II)
- (La lettre (P) à la suite d’un article indique qu'il ne s’agit que d’une présentation.)
- A
- Accord des instruments à cordes, par M. Alibert, 719.
- Accumulateurs électriques de M. de
- Montaud, 477.
- Acier à l’aluminium, par le Dr Percy, 538.
- — chromé, parle Dr Percy, 300.
- — Trempe de P—, par M. Brisse (b), 502. Agriculture. Extrait d’une étude sur T—
- de l’Algérie, par M. Bernard, 286; Rapport de M. Boitel, méd. or, 39.
- — Extrait d’une étude sur T — du département de l’Eure, par M. André Bourgne, 504, 570 ; Rapport de M. Risler, prix, 38.
- — Extrait d’une étude sur 1’— de la Meuse, par M. F. Nicolle, 331 ; Rapport de M. Risler, méd. arg., 38.
- — Rapport de M. Lavalard sur les études agricoles de M. Simonnin, 665.
- Alfa. Exploitation et utilisation de 1’—,
- 110.
- Aluminium. Acier à Y—, par le Dr Percy, 538.
- — Nouvel alliage d’—, par M. Bourbouze,
- 122.
- — Rapport de M. Lechatellier sur un nouvel alliage d’—, par M. Bourbouze, 485.
- Ampèremètre et voltmètre d’EDELMANN(b), 247.
- Appareil de distillation et de rectification de M. Béchaux, 129.
- — pour l’utilisation des poussiers de charbon, par M. Macmillan, 85.
- Apprêts des tissus. Rapport de M. Simon sur le Traité des — de coton, par M. G. Dépierre, 316.
- Argent. (Voy. Or.)
- Armure pour métiers de M. Rocques, 130.
- Arts et métiers. Conférence faite par M. Laussedat au congrès de l’enseignement technique commercial et industriel à Bordeaux, 275.
- Austrium. Nouveau métal, parM. E. Lin-nemann, 248.
- Autographomètre de M. Floran de Vil-LEPIGUE, 256.
- Aveugles. Outillage des —, par M. Maurice de la Sizeranne (P), 766.
- B
- Balance de précision de M. Paul Rousseau, par M. Bérard (P), 254.
- Baryte (Voy. Strontiane.)
- Betteraves. Rapport sur les essais de M. Ladureau (extr.), 761.
- Beurre. Sa conservation, par M. Pierre Grosfils, 386.
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- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. ---- DÉCEMBRE 1887.
- Binard. Rapport de M. Pierre sur le — de M. M. Beaufils (extr.), 764.
- Biographie. Notice sur Félix Le Blanc, par M. Bérard, 321.
- — Notice sur la vie et. les travaux de Louis Bréguet, par M. de Jonquières, 404.
- — Discours de M. E. Peligot à l’inauguration de la statue de Nicolas Leblanc, 677.
- — Id. de M. le ministre du commerce et de l’industrie, 686.
- — Id. de M. le colonel Laussedat, 687.
- — Notice sur M. Tiiirion, par M. Sciilem-mer, 214.
- Blindage. Acier pour plaques de — et projectiles, 710.
- — Expériences de plaques de — à la Spez-zia, 301.
- Bois d’ébène. Imitation de —, par M. Baillif, 200.
- Bourrelets métalliques. Rapport de M. Prunier sur les — de M. Cambon (b), 212.
- Brevets d’invention. Extrait d’un rapport sur un projet de loi relatif aux —, par M. de Hérédia, 290.
- Brûleur à incandescence de Welsbacii, 412.
- c
- Canon en fils d’acier, 304.
- Casier numérateur. Rapport de M. Se-bert sur le — de M. Hamille (b), 201.
- Céruse. Fabrication de la — à l’aide d’acétate de magnésie, 249.
- Chalumeau à la benzine, par M. Jacob (b), 302.
- Chapellerie. Rapport de M. G. Roy sur l’école professionnelle de — de M. Coumes, 213.
- Chaudière à vapeur de MM. Terme et Deharbe, 766.
- — Rapport de M. J. Farcot sur le système de vidange de — de M. Peret fextr.), 764.
- — pour embarcations, par)M. Gadiat (pl.), 734.
- Clapets de retenue. Rapport de M. Hirsch sur les — pour vapeur (b), 197.
- — Rapport de M. Hirsch sur les — pour vapeur de MM. Franco et Mesxard (b), 264.
- — Rapport de M. Hirsch sur le — pour vapeur de M. Labeyrie (b), 265.
- — Rapport de M. Hirsch sur le — pour vapeur de M. Carette (b), 394.
- — Rapport de M. Hirsch sur le — pour vapeur de M. Pile (b), 395.
- Coins monétaires. Application des dépôts électrolyliques de fer à la fabrication des — par M. E. Romy (lisez : E. Robert), 500.
- Comptes de l’exereice 1885, rapport de M. Bordkt, 12.
- — Rapport de M. Legrand au nom des censeurs, 20.
- Compteurs de tours. Rapport de M. Se-bert sur les— de M. Deschiens (b. etpl.), 133.
- Concours de la Société industrielle du Nord de la France, 299.
- Conductibilité électrique de quelques bois, par M. Addenbroocke, 712.
- Conseil d’administration. Liste de membres titulaires du — pour 1887, 3.
- Conservation des substances alimentaires. Rapport de M. Bardy sur l’appareil destiné à la — de M. Sciiribaux, 623.
- Cordages et câbles. Extrait d’une notice sur lafabricatiou et la résistance des — par M. Alfred Duboul, 689.
- Cryptographie. Procédé de — de M. Schlumberger (P), 127 ; rapport de M. Bérard, 267.
- Cuivre. Essais pour — par M. Westmo-reland, 745.
- D
- Discours prononcé parM. Becquerel président dans la séance générale du 24 décembre 1886, 9.
- — prononcé par M. Mascart aux obsèques de M. Blavier, 71.
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- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. ---- DÉCEMBRE 1887. 785
- Discours prononcé aux obsèques de M. Adolphe Dailly par M. Lecouteux, 270.
- — prononcé aux obsèques de M. Adolphe Dailly par M. Buquet, 273.
- — prononcé aux obsèques de M. Adolphe Dailly par M. Besnard, 274.
- — de M. E. Peligot à l’inauguration de la statue de Nicolas Leblanc, 677.
- — de M. le Ministre du commerce et de l’industrie, 686.
- — de M. le colonel Laussedat, 687.
- — prononcé par le comte de Salis aux obsèques de M. Vérité, 741.
- Dynamite-gomme, par M. Maillard, 98.
- E
- Eaux d’égout. Notes sur les —, par M. Meymott Tidy, 701.
- Eaux-de-vie et vins de framboises et de fraises, par M. Bommier, 295.
- Ébène. Imitation de bois d’ — par M. Bail-lie, 200 ; rapport de M. Rossigneux (extr.), 761.
- Éclairage de la statue de la Liberté à New-York, 304.
- — micrographique, par M. Pellin, 547.
- Électrolyse. Application des dépôts électrolytiques du fer à la fabrication des coins monétaires, par M. E. Romy (Zises/ E. Robert), 500.
- Engrais. Les scories de déphosphoration comme — agricole, par M. Watson Smitii, 711.
- Enseignement commercial. Rapport de M. Roy sur le livre de M. Léautey, « 1’ — et les écoles commerciales en France et dans le monde entier», 491.
- Exposition universelle. Liste des membres de la Société faisant partie des comités d’admission à 1’ — de 1889, 372, 421.
- Extincteur d’incendie. Rapport de M. Sebert sur F — de M. de Mauclerc (b), 486.
- F
- Fer. Production du — aux États-Unis, par le Dr Percy, 538.
- Fer-blanc. Extraction de l’étain des résidus de —, 611.
- Fers à cheval, parM. Paul Robert, 482.
- Fibres. Méthode pour distinguer les — animales des — végétales, 659.
- Fils métalliques d’ornement de M. Hé-louis, par M. de Luynes, 476.
- Filtre. Appareil pour filtrer les huiles de graissage, par M. Ducretet, 718.
- Fours de verrerie. Rapport de M. Biver . sur les — à travail continu de M. Char-neau (b, et pi.), 312.
- Frictométre. Rapport de M. Tresca sur le — de MM. Petit et Fayol (b. et pl.), 549.
- Fromageries dans les Alpes italiennes, par G. Cantoni, 105.
- G
- Garde-chute pour trappes d’égout. Rapport de M. Rousselle sur le— de M. Boit-TILL1ER (b), 61.
- Gaz. Sur les— d’usine nuisibles au point de vue de la santé, 539.
- — Nouvelle source de — dans l’Amérique du Nord, 249.
- Graphanorane, par le Dr Moulliéras, 547.
- II
- Habitations ouvrières, par M. Cheys-son (P), 127.
- Hélice propulsive, par M. Yagn(P), 127.
- Houille. Production houillère de la Grande-Bretagne, 662.
- I
- Impression. Usage des acides pour V — des étoffes en bleu, 245.
- Tome H. — 86e année. 4e série. — Décembre 1887.
- 75
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- 786
- TABLE ALPHABÉTIQUE UES MATIÈRES.
- DÉCEMBRE 1887.
- Impression simultanée, par M. Éihe Reuille, 544.
- Irlande industrielle, d’après M. R. Dennis, par M. Ed. Simon, 625.
- L
- Lait. Appareil destiné à déterminer la teneur du — en matières grasses (b), 608.
- Lampes électriques. Fabrication des filaments de charbon, par M. Robert Dick, 244.
- — de M. Cance, 476.
- Levure de bière .Conférence faite à Copenhague sur la —, par M. Hansen (b), 494.
- — Production de la —, par M. Louis Marx, 719.
- Liste des membres de la Société faisant •partie des comités d’admission à l’Exposition universelle de 1889, 372, 421.
- Lunettes. Sur le grossissement des lunettes, par M. Félix Teynard, 235.
- M
- Machine. Rapport de M. Brüll sur la — à cigarettes de M. Schaeffer (b), 556.
- — Perfectionnements de la — à écrire Remington, deM. Hallett, 256.
- — Rapport de M. Sebert sur la -—à écrire pour les aveugles, de M. Mauler (b), 397.
- — Rapport de M. Simon sur la — à lainer à chardons métalliques, de MM. Gros-selin père et fils (pl.), 673.
- Magnésie. Fabrication de la —, 303.
- Médailles de différentes classes accordées aux industriels dans la séance générale du 24 décembre 1886, 42.
- — de bronze décernées aux contremaîtres et ouvriers dans la même séance, 53.
- — Grande — des beaux-arts, rapport de M. Rossigneux sur les titres de M. Bar-bedienne à la grande médaille dite de Jean Goujon, 23.
- Mélographe de M. Carpentier, 478.
- Métallurgie. Renseignements statistiques sur la production métallurgique, par M. L. Bell, 173.
- Métaux alcalins. Fabrication nouvelle des —, par M. X. Castner, 189.
- Métronome, par M. Léon Roques, 481.
- Mica. Utilisation des déchets de —, par M. Schlumberger (P), 127; rapport de M. Rossigneux (extr.), 760.
- Mines. Rapport de M. Roy au sujet d’un projet de loi sur les —, 389.
- — Système d’inflammation des — de MM. Scola et Ruggieri; rapport de M. Sebert (b), 721.
- Mobilier des écuries. Rapport de M. La-valard sur les modifications apportées au —, par M. Aureggio, 65.
- Montre à secondes. Rapport de M. Re-dier sur la — de M. Ratel (extr.), 760.
- Moteur à nitroglycérine, par MM. Wolf et Pietzcker (b), 246.
- N
- Nécrologie. Discours prononcé par M. Mascart aux obsèques de M. Blavier, 71.
- — Discours prononcé par M. Lecouteux aux obsèques de M. Adolphe Dailly, 270.
- — Discours prononcé par M. Buquet aux obsèques de M. Adolphe Dailly, 273.
- — Discours prononcé par M. Besnard aux obsèques de M. Adolphe Dailly, 274.
- — Discours de M. Vérité par M. de Salis, 741.
- O
- Obturateur photographique, par
- M. Londe, 483.
- Or. Traitement de F — et de l’argent aux hôtels monétaires des Etats-Unis par M. Egleston, 414.
- Outremer. Fabrication du bleu d’ — avec les kaolins japonais, par M. Ywabuki, 708.
- Oxygène. Sa production, par M. Pellin, 546.
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- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. ---- DÉCEMBRE 1887.
- 787
- P
- Panorama-bijou. Rapport de M. Da-vanne sur le — de M. Philippe Benoist (b), 559.
- Papiers peints. Note de M. de Luynes sur les — de M. Isidore Leroy, 383. Pendule automatique. Rapport de M. GouLiKRsurle — deM. J. Foucault (b), 68.
- Phénol. Titrage du — dans l’acide car-bolique brut, par M. Toth, 540. Photogrammétrie,par le Dr Pietsch (b), 73.
- Photographie. Glaces et papiers pour —, par M. Tondeur, 543.
- Photogravure. Rapport de MM. Davanne et Plon sur le procédé de — mécanique de M. Sartirana (b), 613.
- Pierres. Cause de la destruction des — de construction par M. Egleston, 194. Pile au protoxyde de plomb, par M. Roberts, 242.
- Plume inscrivante. Rapport de M. Mas-cart sur la — de M. Fénon (b), 620. Poivres du commerce, 303.
- Pompe de retour d’eau de M. G. Mennes-son ; rapport de M. Tresca (extr.), 757. Pont à bascule. Rapport de M. Pierre sur le — de M. Guillaumin, (extr.), 761.
- Ponts métalliques. Sur l’emploi de l’acier dans les — en France, 123.
- Presse hydraulique, par M. Cammel, 248. Prix (grand) du marquis d’Argenteuil. Rapport de M. Collignon sur l’ensemble des travaux de M. E. Lenoir, 21.
- — Fourcade. Rapport deM. Fourcade, 29.
- — des arts mécaniques. Rapport de M. A. Tresca sur le concours des petits rno-
- , teurs, 30.
- — des arts chimiques. Rapport de M. de Luynes sur le concours pour l’utilisation de la naphtaline à la fabrication des matières colorantes, 34.
- — d’agriculture. Rapport de M. Risler sur le concours pour une étude sur l’écono- |
- mie rurale d’une province ou d’un département, 38.
- Prix d’agriculture. Rapport de M. Boitel sur le concours relatif à une étude sur les cultures de l’Algérie, 39.
- — Fourneyron. Rapport de M. Résal, 744.
- Procédé Lefranc pour l’extraction du sucre des mélasses, parM. L. Listre,120.
- Procès-verbaux des séances du Conseil d’administration. —Séance du 14 janvier 1887, 124. — Séance du 28 janvier, 130. — Séance du 11 février, 195. — Séance du 25 février, 198. — Séance du 11 mars, 250. — Séance du 25 mars, 253. — Séance du 22 avril, 305. — Séance du 13 mai, 381. — Séance du 27 mai, 385. —Séance du 10 juin, 474. — Séance du 24 juin, 479. — Séance du 8 juillet, 540. — Séance du 22 juillet, 544. — Séance du 28 octobre, 713. — Séance du 11 novembre, 755. — Séance du 25 novembre, 759. — Séance du 9 décembre, 762. —Séance générale du 23 décembre, 767.
- Programme des prix, proposés par la Société d’Encouragement à décerner dans les années 1888 et suivantes, 422.
- Propulseur aérien, parM. Hérard, 544.
- Pyrogravure parM. Manuel Périer, 762 ; rapport de M. Rossigneux (extr.), 763.
- Pyromètres. Sur les mesures pyrométriques à hautes températures, par MM. Lauth et Vogt (b), 228.
- Q
- Quadrature. Sur un procédé de —, par M. Collignon (b), 156.
- R
- Rails. Résistance des — en acier, par M. Webb, 663.
- Régulateur de pression du gaz, par M. J. Morin, 764.
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- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. ---- DÉCEMBRE 1887.
- Régulateur de vitesse, par M. Lenoir, 128.
- Repérage automatique. Rapport de M. Plon sur le — de M. Vieillemard fils (b), 729.
- Roue métallique. Rapport de M. Pierre sur la — de M, AVienzenried, 309.
- s
- Saccharine. Préparation de la —,610.
- Scories de déphosphoration comme engrais agricole, parM. Watson Smith, 711.
- Séance générale du 24 décembre 1886,
- 9.
- Séchoir de M. Frédéric Tulpin, parM. Ferdinand Jean, 388.
- Sel. Sur l’emploi du — pour le déblaiement de la neige, par M. d’UssEL, 162.
- — par M. Barabant, 166.
- Serrure-chaîne. Rapport de M. Piiiet
- sur la — de M. Loyer (b), 618.
- Sodium. Modification du procédé Cast-ner pour la fabrication du — métallique, par M. J. Mactear, 752.
- Soie. Production de la — en Perse, 502.
- Soude. Fabrication de la — à l’aide du sulfate de soude, de l’acide carbonique et de l’oxyde de carbone, 474.
- Soudure électrique de M. Benardoz, par M. Sarcia, 478.
- Sphéromètre. Rapport de M. Goulier sur le — de M. Hervier (b), 554.
- Spirographe. Rapport de M. Goulier sur le — de M. Bataille (extr.), 761.
- Statistique géométrique, par M. Ciieys-son (P), 200.
- — graphique. Rapport de M. Lavollée
- sur l’Album de — de 1885 du Ministère des travaux publics, 153.
- Statistique. Album présenté parM.GiiEYS-son, 717.
- Strontiane. Préparation des hydrates de — et de baryte, par M. J. Mactear, 612.
- Sucrage des moûts et fabrication des vins de sucre, par MM. Klein et Fréchou, 297.
- Sucre. Extraction du sucre des mélasses, procédé Lefranc, parM. L.Listre, 120.
- Suspension de lampes de M. Jullien; rapport de M. Redier (extr.), 756.
- T
- Téléphone. Sur un nouveau —, 122.
- Théâtres. Sécurité dans les —, par M. Émile Guimet, 483.
- Traverses métalliques Post, par M. A. Tresca, 542.
- — Rapport de M. Sciilemmer sur le système de — de M. Post (extr.), 760.
- Trempe de l’acier, par M. BRissE(b), 562.
- y
- Vernis nouveau, parM. Jovis, 384.
- Verres polychromes de M. Gros, par M. JüNGFLEISCH, 307.
- Viandes. Exportation des — de la République argentine, 192.
- — conservées à la glace, 712.
- Vins et eaux-de-vie de framboises et de fraises, par M. Rommier, 295.
- Voltmètre et ampèremètred’EDELMANN(b), 247.
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- TABLE DES PLANCHES ET DES DESSINS
- PLANCHES
- Pages.
- PL 13, triple. Compteurs de M. Desciiiens. . . 152
- PL 14, simple. Compteurs de M. Desciiiens................................... 152
- PL 15, double. Four de verrerie à récupérateur de M. Ciiarneau...............315
- PL 16, double. Frictomètrc de MM. Petit et Fayol.............................554
- Pl. 17, triple. Laineuse Grosselin............................................676
- PL 18, simple. Laineuse Grosselin............................................676
- PL 19, Chaudière Cadiat........................................... 734
- DESSINS
- Garde-chute pour trappes d’égout, par M. Boutiller. — 3 figures............ 63
- Pendule automatique de M. J. Foucault. — 1 figure.......................... 70
- Photogrammétrie, par M. Pietsch. — 7 figures.................................. 77
- Compteurs de tours de M. Deschiens. — 12 figures..............................135
- Procédé de quadrature de M. Gollignon. — 10 figures........................156
- Casier numérateur de M. Hamille, — 2 figures............................... 203
- Bourrelets mécaniques de M. Cambon. — 3 figures............................212
- Montres fusibles de MM. Lautli et Yogt. — 2 figures........................ 233
- Moteur à nitroglycérine de MM. Wolf et Piotzcker. — 1 figure...............246
- Voltmètre et ampèremètre d’Edelmann. — 1 figure............................247
- Clapets de retenue à vapeur. — 3 figures..................................... 259
- Clapets de retenue de vapeur de MM. Francq et Mesnard. — 2 figures............264
- Clapet de retenue de vapeur de M. Labeyrie. — 1 figure........................266
- Chalumeau à la benzine de M. Jacob. — 1 figure................................302
- Roue métallique de M. Wienzenried. — 1 figure................................ 310
- Four à récupérateur de M. Chameau. — 1 figure..............................314
- Clapet de retenue de vapeur de M. Paul Carette. — 2 figures................. 394
- Clapet de retenue de vapeur de M. Pile. — 1 figure............................395
- Machine à écrire pour les aveugles de M. Mauler. — 1 figure................400
- Extincteur d’incendie de M. de Mauclerc. — 2 figures.......................488
- Appareil pour la production de la levure de bière pure, par M. Hansen. — 1 figure. 498
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- TABLE DES PLANCHES ET DES DESSINS.
- DÉCEMBRE 1887.
- Frictomètre de MM. Petit et Fayol. — 2 figures................................549
- Sphéromètre de M. Hervier. — 2 figures........................................555
- Moule à cigarettes de M. Schaeffer. — 5 figures...............................557
- Panorama-bijou de M. Philippe Benoist. — 1 figure. ...........................560
- Trempe de l’acier, par M. Ch. Brisse. — 1 figure.......................• 564
- Appareil pour déterminer la quantité de matières grasses contenues dans le lait.
- — 3 figures................................................................609
- Machine à graver de M. Sartirana. — 4 figures.................................614
- Serrure-chaîne de M. Loyer. — 1 figure........................................618
- Plume inscrivante de M. Fénon. — il figures...................................621
- Amorces pour inflammation des mines de MM. Scola et Ruggieri. — 5 figures. . 724
- Repérage automatique de M. Yieillemard fils. — 2 figures......................730
- Paris. — Tvp. Georges Chamerot 19 rue des Saints-Pères. — 221+7.
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