Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale
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- BULLETIN
- I)E LA
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- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE,
- Publié avec P approbation de S. Exc. le Ministre de F Intérieur.
- NEUVIÈME ANNÉE,
- PARIS,
- CHEZ MADAME HUZARD , RUE DE L’ÉPERON, N», j.
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- NEUVIÈME ANNÉE. (N°. LXVII. ) JANVIER l8lO.
- BULLETIN
- DE LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Note sur l’emploi des tibia de bœuf dans le scellement des paremens en pierres de taille } par M. Yésian , capitaine au Corps impérial du génie; communiquée à la Société d’Encouragement par M. de Récicourt.
- On sait depuis long-temps que l’emploi du fer dans le scellement des agrafes qui lient les pierres de taille en parement a le grave inconvénient, sur-tout à la mer, de faire éclater ces pierres au bout d’un très-court espace de temps. Cet effet résulte de l’augmentation de volume qu’acquiert le fer en s’oxidant.
- Les constructeurs ont cherché des moyens d’unir les pierres entre elles sans agrafes ; plusieurs ont assemblé les pierres à tenons ronds ou carrés et mortaises; d’autres ont isolé ces tenons, et les ont faits à double queue d’aronde, etc. L’expérience a démontré que la mortaise pratiquée dans la pierre l’affaiblissait trop , et que le tenon n’avait jamais assez de solidité pour résister aux efforts qui peuvent être faits contre le parement d’un mur, tels que ceux du choc des lames d’eau dans les constructions hydrauliques.
- lia donc fallu en revenir au système des agrafes avec scellement; mais quelle matière employer pour ces agrafes ? Les métaux qui ont assez de force sont presque tous susceptibles de s’oxider; le bois peut s’altérer de beaucoup de manières : on pourrait, il est vrai, le durcir par le procédé de M. Migneron ; mais, pour qu’une agrafe puisse résister à toute espèce d’effort , il fayt qu’elle soit plus solide que les pierres mêmes qu’elle a pour objet d’unir. .
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- On a donc pensé avec raison que les os, qui résistent à de grands efforts dans l’emploi de la force des animaux, dont ils sont la charpente, réunie raient, pour agrafes, la solidité à l’inaltérabilité. Le tibia de bœuf a la longueur et la grosseur convenables, et forme les deux extrémités de queue d’aronde qu’exige l’assemblage.
- Après avoir, pour sceller ces agrafes, posé deux pierres de taille, on pratique sur leur lit supérieur et leur jonction une mortaise à double queue d’aronde perpendiculaire au joint (voyez Planche 65). On y incruste le tibia , puis on y coule , soit du soufre, soit un mélange de résine et de cendrée. Celui-ci s’emploie le plus ordinairement dans les travaux à la mer.
- L’expérience a confirmé les résultats présumés par l’analogie dans plusieurs ouvrages exécutés ainsi depuis un grand nombre d’années à Saint-Martin , en l’île de Ré, ainsi qu’à La Rochelle. La solidité qu’ils conservent encore prouve que l’emploi des agrafes en tibia de bœuf réunit à la force une inaltérabilité à l’épreuve du temps.
- À Saint-Martin, en l’île de Ré, l’éperon a été exécuté avec agrafes en tibia scellé en soufre.
- À La Rochelle, plusieurs ouvrages à la mer ont été construits de même; savoir, il y a environ vingt-huit ans, le batardeau entre la porte Dauphine et la porte Neuve; il y a vingt et un ans, l’éperon de la porte des Moulins; il y a près de quinze ans, une partie du revêtement de la eunette du fossé de l’ouvrage à cornes. .
- Tous ces ouvrages sont encore intacts, et les paremens sont dans le meilleur état possible. On a voulu cependant s’assurer si cette solidité était véritablement due aux tibia ; et dans plusieurs démolitions qu’on a été obligé de faire, on a trouvé que les tibia qui avaient été posés dans un bain de soufre, ainsi que leur scellement, n’avaient éprouvé aucune altération (i). ' ' ' •
- Note sur le scellement de la pierre avec les os ; par M. Molard.
- L’idée de faire servir au scellement des pierres les parties solides des os des animaux me paraît fort ancienne. On en trouve la preuve
- (i) Nous avons appris que M. Vignon, architecte, chargé de la construction du Temple de la Victoire, se proposait d’employer en agrafes liant des pierres de cette construction, dubois durci et préparé par le procédé de M.' Migneron; mais peut-être les tibia de bœuf, d’après les résultats d’une assez longue expérience, seraient-ils préférables. j
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- dans la corniche de l’encadrement d’un bas-relief placé contre le trumeau des fenêtres du vestibule de l’ancien réfectoire du prieuré de Saint-Martin, faisant partie des bâtimens affectés au Conservatoire des Arts et Métiers. . ' ;• --- > ? ; -
- La partie la plus saillante de cette corniche est composée d’une pierre rapportée, que l’on avait fixée avec un mortier et des os de mouton. -
- J’ai l’honneur de mettre sous les yeux des membres de la Société un fragment de cette corniche, où le joint des pierres qui la composent est mastiqué et scellé avec deux os, et offre la plus grande solidité. Il est à remarquer que cette partie de la maçonnerie était placée dans un rez-de-chaussée, près d’un lavoir, qui y entretenait beaucoup d’humidité.
- Note sur des Semelles de crin imperméables.
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- On emploie depuis long-temps en Angleterre des semelles composées de couches minces de carton et de peau, et garnies de crin feutré. Ces semelles, très-légères, se mettent dans les chaussures et garantissent le pied de l’humidité. M. Burette, rue de l’Echelle, n°. 9, à Paris, a introduit en France cet objet utile de fabrication, et il est parvenu à imiter avec succès les semelles anglaises, et même à les perfectionner. Il en a présenté à la Société d’Eneouràgement de plusieurs espèces, en peau, en drap, en velours, en peluche de soie, en peau d’agneau, etc., qui réunissent l’utilité à l’élégance, et ont, suivant l’auteur, la propriété de ne point se déformer et de concentrer l’humidité entre leur tissu et la semelle du soulier, sans que le pied puisse en être atteint. Elles offrent une chaussure extrêmement commode et élastique dans la marche, qui tient constamment le pied chaud et sec, et ont l’avantage de ne point sortir du soulier, inconvénient qu’on 11’a pu éviter jusqu’à présent dans toutes celles que l’on a fabriquées.
- Voici les prix auxquels M. Burette vend les différentes semelles de crin qu’il fabrique.
- Semelles en peaux jaunes et peaux blanches : pour homme, la paire 1 franc; pour femme, 75 centimes, pour enfans, 5o centimes. — Les mêmes en peau d’agneau sans être bordées : pour homme, la paire, 1 franc 25 centimes ; pour femme, 90 centimes ; pour enfant, 65 centimes. — Les mêmes , en drap, en peau d’agneau, et en peau blanche bordées : pour homme, 1 franc 90 centimes; pour femme, 1 franc 60 centimes; pour enfant, 1 franc 25 centimes. ,— Les mêmes en velours de couleur et bordées : pour homme, la paire, 2 francs 5o centimes; pour femme,
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- i franc go centimes; pour enfant, i franc 25 centimes. ‘— Les mêmes en peluche bordées : pour homme, la paire, 2 francs 85 centimes; pour femme, 2 francs 20 centimes; pour enfant, 1 franc 60 centimes. — En peluche tigrée et velours blanc : pour homme, la paire, 5 francs 45 centimes; pour femme, 2 francs 85 centimes ; et pour enfant, 2 francs 20 centimes. Vrr ui: a-.- ’i; .
- Rapport fait par M. Bardel sur un Traité sur la fabrication des Tissus de coton, présenté à l? approbation de la Société d*Encouragement 5 par M. Corry. v ^
- M. Thomas Corrj, Irlandais, domicilié en France, est dans l’intention de publier par la voie de l’impression un Traité sur la fabrication des ouvrages en coton. ;
- Il se propose d’indiquer dans cet ouvrage,
- ‘ i°. Les moyens de connaître, par un calcul dont il donne la formule, la quantité de coton qui doit être employée pour la chaîne d’une étoffe, quels que soient sa longueur, sa largeur et le nombre de ses fils;
- 20. La quantité de coton qui aura dû être employée par l’ouvrier tisseur , pour la trame de cette même étoffe ;
- 3°. Les numéros des cotons pour chaîne et pour trame , et le nombre des fils de la chaîne dont il est convenable de composer une étoffe pour obtenir une bonne fabrication. Ces renseignemens sont applicables aux mousselines, basins, piqués, percales, calicots, nankins, velours de coton , etc.
- Il décrit ensuite différens moyens et procédés relatifs à la fabrication des tissus de coton et à la bonne administration des manufactures de ce genre. '
- Enfin, il demande que la Société veuille bien approuver son zèle et permettre que son ouvrage lui soit dédié.
- - Observations. ;
- Il 11’y pas long-temps que la filature et le tissage du coton se sont introduits parmi nous ; il n’est donc pas étonnant que nous n’ayons pas encore d’ouvrage sur cette matière que l’on puisse citer.
- Mais, ce qui est extrêmement remarquable, c’est que les Anglais, qui s’occupent depuis plus de cinquante ans de ce genre d’industrie, 11e soient pas là-dessus plus avancés que nous. On pourrait croire que ce silence de leur part serait de la discrétion; mais cela n’est pas présumable- II.
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- paraît au contraire, d’après les questions que nous avons souvent faites à plusieurs manufacturiers anglais, que si les procédés de la filature et du tissage n’ont pas été décrits jusqu’à présent en Angleterre, c’est que la plupart des fabricans et des ouvriers de ce pays n’ont pas les talens nécessaires pour rédiger avec méthode une bonne instruction sur la profession qu’ils exercent, et que ceux qui seraient en état de le faire dédaignent de s’en occuper.
- M. Corrj fait ici une exception à la règle générale. Né en Irlande , au milieu des fabriques ; domicilié et marié depuis plusieurs années en France, sa patrie adoptive, il avait des connaissances acquises en industrie manufacturière qu’il est venu fortifier parmi nous, et il paraît en état de remplir la tâche qu’il s’est imposée. .
- Il s’est attaché, dans l’ouvrage qu’il vous soumet, à donner aux fabri-cans les moyens de prévenir les vols fréquens de matières premières, objet de la plus grande importance, et qui jusqu’ici a été le véritable fléau des manufactures.
- Il a rédigé à cet effet des tables ou calculs tout faits, qui font connaître à l’instant ce qu’une étoffe a dû employer de trame, et c’est précisément sur cet emploi que s’exercent ordinairement les infidélités des ouvriers. On sait qu’à cet égard ils sont très-adroits, et qu’ils savent habilement surcharger leurs ouvrages de colle ou d’humidité, supercherie que la méthode ordinaire de la vérification des poids ne peut faire reconnaître.
- La longueur du fil de coton contenue dans un kilogramme étant déterminée par le numéro, qui sert aussi à indiquer la grosseur, c’est sur cette base que M. Corrj appuie son système de mesurage. Ainsi, ayant trouvé , au moyen d’une loupe de tisserand en usage dans les fabriques, la quantité de fils de trame employée dans un pouce de l’étoffe fabriquée, il multiplie ce nombre par la longueur de la pièce ; ce qui lui donne la quantité des fils de trame qu’elle contient. Il multiplie encore cette quantité de fils par la largeur de l’étoffe, et il trouve, aussi exactement que cela est possible, leur longueur totale. Dès-lors , comparant cette longueur de fil à celle qui a été confiée à l’ouvrier, en l’évaluant sur celle qu’indique le numéro du coton, il est facile de se rendre compte delà matière qu’il a réellement employée.
- On pourrait objecter contre cette méthode, ~
- i°- Qu’elle pourrait être minutieuse par les calculs qu’elle exige;
- 2 . Qu’elle pourrait manquer de précision, parce que la trame ne se présente pas sous sa véritable longueur dans une étoffé, à cause du
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- retrait ou refoulement qu’elle éprouve dans sa largeur à la fabrication.
- La première de ces objections disparaît devant les tableaux ou calculs tout faits que présente l’auteur. Ils sont suffisamment étendus pour satisfaire aux besoins de la fabrication ordinaire, et au moyen de la formule qu’il indique, on peut les étendre à volonté. - ;
- La seconde objection est également repoussée par la recommandation qu’il fait de ne mesurer la largeur de l’étoffe que sur l’espace que la chaîne aura occupé sur le peigne: ainsi, sa méthode est autant approximative et même aussi rigoureuse qu’elle peut l’être. Elle est préférable, suivant nous, à toutes celles employées jusqu’ici, et notamment à celle nouvellement adoptée à Saint-Quentin et dans d’autres villes de fabrique, qui consiste à ne reconnaître le poids des matières confiées à l’ouvrier qu’après que les étoffes qu’il rend ont subi l’opération du grillage. - -
- Nous avons dû cependant faire observer à M. Corry que ses tables ou comptes faits étant basés sur les anciennes mesures, il conviendrait qu’elles le fussent d’après celles métriques. Il en a senti la nécessité, et il doit les rendre applicables au système décimal.
- Il y a de bonnes choses dans les détails de fabrication que donne M. Cony ; il indique la situation d’un atelier, la forme du métier, l’encollage des pièces , le rapport qui doit exister entre la grosseur du fil d’une chaîne et celle de sa trame, etc. Tous ces détails sont connus dans plusieurs de nos fabriques; mais ils ne sont pas généralement répandus, et leur publication ne peut être que très-utile.
- Cet ouvrage, ainsi que l’annonce M. Corry, ne contient pas tout ce qu’il est nécessaire de savoir sur le système industriel des cotons. Un bon traité sur cette matière , pour être complet, devrait commencer par la construction des machines à filer ; offrir des détails sur les différentes qualités des cotons en laine, sur les mélanges dont elles sont susceptibles; donner des détails très-étendus sur l’art de la filature; ajouter à la description des procédés de fabrication ceux des différentes manières d’apprêter chaque espèce de tissu; indiquer les teintures solides qui leur sont applicables ; enfin, donner des dessins exacts des machines nécessaires à chaque opération. . ; <
- Cette énumération, que nous avons faite à M. Corry, ne paraît pas l’effrayer; il se flatte de pouvoir en remplir les conditions; mais il préfère traiter d’abord chacune de ces méthodes séparément, parce que, dit-il avec raison, les procédés du fileur peuvent ne pas offrir un intérêt assez direct au tisseur pour que l’un se procure ce qui n’est essentiellement utile qu’à l’autre; il complétera ainsi, à mesure et par parties séparées,
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- un corps d’ouvrage extrêmement important si, comme il l’assure, il est en état de remplir cette tâche.
- - Il entrera même dans son plan, sur la demande que nous lui en avons faite, de faire connaître la fabrication des toiles d’Irlande, espèce de toile d’une très-belle apparence, dont la qualité et la durée ont de grands avantages sur toutes celles que nous employons.
- D’après ces observations, nous pensons qu’il ne peut résulter qu’un grand bien du travail de M. Corrj, qu’on ne saurait trop louer et exciter son zèle , et qu’il convient d’accepter l’offre qu’il fait à la Société de lui dédier son ouvrage. Signé Bardel, Rapporteur.
- ARTS CHIMIQUES. s
- Extrait d’un Rapport fait par M. Darcet? au nom du Comité des Arts chimiques, sur des échantillons de couleurs bleues et vertes , présentés à la Société par M. Delforge Ste-vens ? de Gand. ;
- M. Delforge Stevens, de Gand, a adressé à la Société des échantillons de couleurs bleues et vertes qui ont été examinés par le Comité des Arts chimiques, v ^ •
- Il a reconnu, au premier aspect, que les bleues , marquées nos. i , 2 et 3, ne sont autre chose que des bleus de Prusse dont la nuance est éclaircie par une forte dose d’alumine. Cette couleur est connue dans le commerce sous le nom de bleu minéral ; on la fabrique dans toutes nos manufactures de bleu de Prusse, et l’échantillon de M. Stevens ,Employé comparativement avec ceux préparés à Paris, n’a offert aucune supériorité.
- La couleur verte de ce fabricant a paru plus intéressante à examiner, parce qu’on ne connaît point encore de produit pareil dans nos fabriques.
- L’eau distillée versée sur cette couleur s’est chargée d’une belle teinte bleue qui a été décolorée par l’acide muriatique oxigéné, par l’acide nitrique et par les alcalis caustiques concentrés.
- Elle contenait de l’acide sulfurique, mais saturé par un alcali. Les alcalis carbonatés n’ont rien changé à sa teinte ; mais ils ont précipité un peu de chaux et d’alumine.
- Le résidu, dont on avait extrait la plus grande partie de la teinture bleue, s’est trouvé d’un jaune verdâtre ; on en a pris une portion , sur laquelle on a y ersé un peu d’acide nitrique concentré. Il s’est produit une forte effervescence , la matière jaune a été dissoute, et la liqueur a pris une teinte rouge Neuvième année. Janvier 1810. ~ B
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- foncée. Une autre portion du résidu, exposée sou§ le moufle, a été aussitôt décolorée et a présenté un résidu terreux blanc, qui était un mélange d’alumine et de chaux, dont on a cru inutile de déterminer les proportions.
- Cette couleur n’est donc autre chose qu’une laque jaune rendue verte par une forte dissolution d’indigo dans l’acide sulfurique.
- Les laques jaunes, qu’on appelle dans le commerce stils de grain, se font en fixant la matière colorante delà gaude ou de toute autre substance teignant en jaune, sur une base terreuse qui est quelquefois de l’alumine pure, mais le plus souvent un mélange de traie et d’alumine. Une des qualités essentielles de ces laques est que le mélange terreux qui en fait la base soit de la plus grande finesse, afin que le papier ne soit pas rude au toucher. ^ >
- Le Comité n’a pas cru devoir essayer cette couleur sous le rapport de la solidité ; mais il est fondé à croire qu’elle ne résisterait pas long-temps à l’action de la lumière, car l’acide muriatique oxigéné la décolore promptement. Au surplus, on emploie tous les jours dans les fabriques de papiers peints des couleurs très-fugaces, et la plupart des consommateurs ne trouvent pas que ce soit un inconvénient qu’elles ne durent pas long-temps.
- Le Comité des Arts chimiques, après avoir résumé toutes ces observations, a proposé à la Société d’accorder à M. Delforges Stevens un témoignage d’approbation, pour avoir, le premier, mis dans le commerce une couleur qu’on ne prépare point encore dans nos manufactures de papiers peints, en l’engageant à donner à son procédé la perfection dont il est susceptible.
- Cette proposition a été adoptée.. - -
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- ARTS ÉCONOMIQUES.
- ( Procédé pour éteindre les cocons des vers à soie.
- Le procédé que nous allons décrire a été adressé à la Société par M. Rattiert dont nous avons déjà fait connaître des observations intéressantes sur les récoltes de soie blanche. Quoique très-simple, nous n’en garantissons cependant pas l’efficacité : c’est à ceux qui s’occupent de l’éducation des vers à soie d’en faire l’essai, et de le propager s’il mérite la préférence sur les procédés connus.
- Vers midi, ou au plus tard à trois heures, le ciel étant sans nuages, on pose par terre un thermomètre de Réaumur appuyé contre le mur d’un bâtiment ou à une muraille fort élevée*
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- Le mercure s’étant élevé à 38 ou 4° degrés, on étend des draps au bas du même mur, soit sur la terre, soit sur un terrain sablé et pavé.
- Quelques minutes après, on place sur ces draps deux ou trois couches de cocons garnis de leurs bourres. Bientôt on entendra les chrysalides s’agiter comme lorsqu’on met les cocons au four.
- Lorsque le bruit aura entièrement cessé, ce qui arrivera suivant le degré plus ou moins grand de chaleur, au bout d’une demi-heure, de trois quarts d’heure, ou tout au plus d’une heure, on rassemble les cocons en tas au mifieu du drap sur lequel ils étaient étendus. Cette opéra-tion se fait facilement et sans toucher aux cocons, en prenant le drap par les quatre coins. Ensuite deux personnes l’enlèvent et le transportent dans un appartement.
- On enveloppe de suite les cocons avec ou sans le drap dans une couverture de laine, qui aura été préalablement exposée pendant quelques minutes au soleil.
- Deux heures après , on retire les cocons, et on les étend sur des clayons ou mannes, qu’on pose sur des étagères dans un appartement frais, mais qui ne soit pas humide ; ils s’y conservent pendant tout le temps qui est ordinairement nécessaire pour terminer l’étirage de la soie.
- On aura soin de placer sur des étagères séparées les clayons ou mannes qui contiendront tous les cocons retirés de chaque drap.
- S’il arrivait, ce qui est très-rare à l’époque où l’on retire les cocons des bruyères, qu’il s’écoulât quinze jours sans qu’on eût un ciel serein, et conséquemment sans que le mercure dans le thermomètre de Réaumur, exposé au soleil au bas d’une muraille, s’élevât de 38à4o degrés, on pourrait exposer les cocons au soleil avec les précautions que l’on vient d’indiquer, quand même la température ne serait que de 56 à 38 degrés ; mais dans ce cas, pour plus de sûreté, il convient de répéter l’opération le lendemain ou quelques jours après.
- Enfin si, pendant les quinze ou dix-huit jours dans l’intervalle desquels il est indispensable d’éteindre les cocons , on était privé d’une chaleur suffisante pour faire monter le mercure de 36 à 38 degrés dans le thermomètre exposé au bas d’un mur , on aurait la ressource de les éteindre comme on le fait actuellement, en les mettant au four, ou en les exposant à la vapeur de l’eau bouillante, comme cela se pratique en quelques endroits.
- L’extinction des cocons doubles est plus difficile, parce que la chaleur y pénètre plus lentement ; on les laissera exposés au soleil pendant une heure et demie ou deux heures.
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- L'on a vu quelquefois des papillons sortir des cocons éteints au four. Lorsque cela arrive, on ne se décourage pas, et on met une seconde fois les cocons au four.
- De même, si quelques jours après l’extinction des cocons exposés au soleil on voit paraître des papillons sur les mannes d’une étagère, on fera bien d’exposer de nouveau au soleil et avec les mêmes précautions la totalité des cocons retirés d’un même drap et posés sur cette étagère.
- On croit toutefois pouvoir, d’après l’expérience, faire espérer que cela^ n’arrivera pas lorsque la température se sera soutenue à 38 ou 4o degrés pendant le temps de la première extinction.
- La soie provenue de 200 kilogrammes de cocons éteints par ce procédé à Chouzy-sous-Blois, en 1808, a obtenu, dans la même année, le premier prix au concours proposé par la Société d’Agriculture du département d’Indre-et-Loire.
- Notice sur F emploi des tuyaux en terre cuite pour la construction des cheminées.
- L’idée de remplacer les lourds tuyaux carrés en maçonnerie, qui occupent un grand espace dans les appartemens, par des tuyaux plus petits en terre cuite, présente plusieurs avantages importans. Quoiqu’elle n’ait pas le mérite de la nouveauté , elle est propre à remplir dans quelques circonstances une partie des vœux manifestés par M. Guyton dans son Mémoire sur les vices de construction des cheminées, inséré an ïï0. XLII du Bulletin, sixième année. Ce savant y a développé d’une manière lumineuse les défauts actuels des cheminées en plâtre; savoir , un manque de solidité, qui à la longue les rend fort dispendieuses, 11e pouvant durer plus de vingt-cinq ans; un défaut, de sûreté par les crevasses nombreuses auxquelles elles sont sujettes, et les dangers du feu auxquels elles exposent en passant derrière des lambris et dans des greniers ordinairement remplis de matières très-combustibles ; une grande disposition à fumer, à raison de leurs dimensions trop considérables pour la quantité de matière fuligineuse qu’elles doivent conduire; enfin un danger imminent pour les passans pendant les ouragans, par la chute de leurs têtes fort élevées au-dessus des toits, et des mitres qui les couronnent.
- C’est pour remédier à ces nombreux inconvéniens que M. Brullêe, ingénieur - architecte, imagina d’appliquer des tuyaux en terre cuite à une cheminée, dont il présenta les dessins à la Société, au mois de mars 1809. Avant lui M. Ollivier avait employé le même moyen pour
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- ses calorifères, et l’on connaît des cheminées de M. Desarnod qui se terminent par un gros tuyau montant. D’ailleurs, depuis long-temps on fait usage de poêles dont le tuyau inférieur passe dans les appartemens supérieurs pour les échauffer. Nous citerons à cet égard le poêle ventilateur que M. Curaudau a appliqué avec succès au chauffage des ateliers de la manufacture de porcelaine de M. Nast, et dont nous avons donné la description dans le Bulletin.
- Dans la cheminée de M. Brullêe, une colonne creuse, en terre cuite, semblable à celles que l’on met sur les poêles, est placée sur le milieu de la tablette ou sur chacun des côtés, et il se proposait de la prolonger dans tous les étages supérieurs, et de remplacer ainsi les larges tuyaux en maçonnerie en usage à Paris; de manière qu’en supposant qu’il y eût une cheminée au rez-de-chaussée, une au premier étage et une au second, il y aurait au rez-de-chaussée au moins un tuyau composé de tronçons de colonne isolés du mur; au premier étage, il y aurait deux tuyaux, et au second étage il y en aurait trois. Cette construction permettrait, suivant l’auteur, de supprimer les cheminées dans les étages supérieurs, de remplacer les gros mursr par des cloisons couvertes de plâtre , de 8 pouces d’épaisseur, ou des murs bâtis en pierres ou en briques de io pouces, et de gagner ainsi 2 pieds d’emplacement dans la longueur des appartemens. Elle aurait en outre l’avantage de garantir des incendies qu’occasionnent les cheminées ordinaires, d’assurer aux propriétaires une économie assez considérable sur les dépenses de construction; de supprimer les têtes de cheminées, les mitres et les murs de dossiers qui excèdent les combles des bâtimens, et dont la chute, occasionnée par les grands vents, expose les passans à de fréquens accidens.
- Il est hors de doute que des tuyaux de cheminée en terre cuite , fabriqués avec soin, n’auraient pas les défauts des tuyaux actuels. En employant quelques précautions pour les faire traverser les planchers, ils offriront le moyen de placer des cheminées presque par-tout dans les maisons déjà construites. En isolant les tuyaux des murs , ils laisseront dégager plus de calorique que les tuyaux ordinaires ; en les engageant dans les murs et les revêtissant de plâtre, ils seront plus solides et occuperont moins d’espace. Enfin, ils participeront à plusieurs des avantages que l’on a généralement reconnus aux tuyaux de petites dimension construits en briques, en usage à Lyon et dans plusieurs villes de 1 Empire. Ils pourront de même être ramonés avec une corde et un fagot de ramée.
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- ÉCONOMIE RURALE. ^
- Extrait d’un Rapport fait à la Société d’Agriculture, sciences et arts de Rennes 9 le 15 novembre 1809, sur les ruches pyramidales de 3f. Ducouëdic.
- M. Ducouëdic avait réservé quatre ruches pour être dépouillées en présence des commissaires de la Société de Rennes. Chacune de ces ruches était composée de trois paniers, dont le supérieur avait reçu un essaim en 1807, devenu la souche de la peuplade; le second panier avait été, suivant sa méthode, placé en mai ou juin 1808, après qu’il en eut ob^énu un essaim. Il avait également placé le troisième en juin 1809, en-corë'après un essaim. Sa ruche ainsi composée est ce qu’il nomme ruche pyramidale.
- Son but, comme il l’a publié, est d’obtenir un essaim chaque année, ej en outre, à l’expiration de la troisième année, de chacune de celles qui la suivent, un panier plein de cire et de miel, sans mouches ni couvain; de n’être obligé, pour parvenir à ce résultat, de détruire, fumer ni châtrer ses abeilles, qui, réfugiées dans le second panier, où elles ont établi leur couvain, conservent encore, dans les deux paniers qui leur restent, une provision abondante pour l’hiver, et tout l’espoir de la génération prochaine.
- Il faut se rappeler qpe l’établissement de la ruche pyramidale exige trois années, et que ce n’est qu’à la fin de la troisième année qu’on récolte le premier panier. On ne saurait trop insister, disent les commissaires, sur ces époques, parce que des cultivateurs avides de jouir ont cru pouvoir toujours établir leur ruche pyramidale dès la seconde année, et que la récolte n’ayant pas eu lieu, ils ont rejeté inconsidérément une méthode dont nous allons exposer le succès.
- L’opération du dépouillement de ces quatre ruches commença vers cinq heures du soir par un temps doux, au moment où les abeilles rentrées se tiennent en groupe au sein de leur demeure. On déluta successivement le panier supérieur de chacune de ces ruches : deux paniers se trouvèrent parfaitement pleins de cire et de miel et sans abeilles ; on les enleva aussitôt. Le troisième se trouva également plein; mais un certain nombre d’abeilles y étaient restées : on descendit le panier sur un petit chevalet, et on le posa au niveau du tablier, vis-à-vis l’entrée de la ruche. Eu très-peu de temps, ces abeilles passèrent sous les deux
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- paniers en place pour se grouper dans celui du couvain, et on fut à portée de disposer encore de ce troisième panier supérieur.
- Le panier supérieur de la quatrième ruche se trouva plein, mais les abeilles y étaient toutes groupées. Dès-lors, M. Ducouëdic prévit que ce panier était le lieu principal de l’établissement, que là était déposé le couvain, et que la peuplade n’avait pas fait d’aussi heureux progrès que celles des trois ruches précédentes. On voulut toutefois s’assurer si les abeilles se porteraient dans les paniers inférieurs : on renversa le panier, on établit les deux autres dessus, et l’on prit soin d’envelopper le tout avec un drap. On les laissa passer ainsi la nuit et la journée du lendemain, et le soir, vers la même heure, on voulut connaître le résultat. Les abeilles n’avaient point abandonné le panier; on examina alors les deux paniers inférieurs; il ne se trouva rien dans celui qui avait été placé au mois de juin , et le second n’avait environ que la moitié de sa capacité remplie : il était sans abeilles. On aurait pu s’emparer de ce panier, dont plusieurs rayons étaient pleins de miel et la cire d’un beau jaune ; on aurait pu forcer les abeilles à quitter leur panier supérieur, sans risque de perdre la peuplade ; mais M. Ducouëdic préféra laisser sa ruche entière et retarder d’une année sa récolte, assuré alors qu’elle serait complète.
- Les commissaires ont examiné, après cette récolte des trois paniers supérieurs, les paniers du milieu; ils contenaient l’essaim, le couvain et les provisions d’hiver. Les paniers sur le tablier étaient vides encore, mais toujours nécessaires pour recevoir l’essaim du printemps, que ne pourrait contenir le panier du milieu devenu supérieur , et déjà lui-même rempli.
- Nous ne saurions attribuer, observent les commissaires, la faiblesse de la quatrième ruche à d’autres causes qu’à la température toujours humide du dernier été, qui n’a pas permis aux abeilles de faire leurs excursions, et de recueillir les richesses que la campagne leur présentait. Il en est résulté que la très-grande majorité des essaims de l’année a déjà péri, et que l’hiver probablement décimera Je reste : par la même raison , les paniers deM. Ducouëdic, passés au mois de juin dernier, n’ont pu se remplir, la peuplade n’ayaut ajouté que très-peu aux travaux du printemps dans la saison la plus favorable sur notre territoire,, celle où il est couvert de sarrasin.
- Les commissaires ajoutent que la méthode de M. Ducouëdic a un avantage inappréciable, sur-tout pour les habitans du département d’Ile-et-Vilaine, ©ù le cultivateur repousse en général tout ce qui semble compliqué ; cet avantage est d’être extrêmement simple et de pouvoir être pratiquée par-**
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- tout. Elle leur parait en avoir un second, celui de ne perdre jamais aucune partie delà peuplade, puisqu’on n’enlève le panier supérieur que lorsqu’il est abandonné, et que la famille, devenue très-riche, a fixé son établissement et son espoir dans le panier du milieu. M. Lombard, à la vérité, enlève aussi ses couvercles sans nuire à la peuplade ; mais il finit par la déloger de force de la ruche principale, et s’il lui laisse, dans la provision d’un couvercle, des subsistances suffisantes, il détruit au moins tout le couvain qui se trouve dans la ruche. : >
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- Rapport fait par M. Lombard , au nom du Comité d* Agriculture , sur les ruches pyramidales de M. Ducouëdic et sur leur dépouille faite en présence de deux membres de la Société d’Agriculture 9 sciences et arts de Rennes. _
- Vous avez renvoyé à votre Comité d’Agriculture un rapport imprimé à Rennes, qui vous a été adressé par M. Ducouëdic , sur ses ruches pyramidales, et sur la dépouille qui en a été faite en présence de deux membres de la Société d’Agriculture, sciences et arts de Rennes.
- Les ruches pyramidales de M. Ducouëdic sont des ruches à hausses, connues depuis environ soixante ans. Jusqu’ici on n’avait employé que des hausses de 81 à 108 millimètres (3 à 4 -pouces ) d’élévation sur environ 33 centimètres (1 pied) de diamètre, que l’on posait les unes sous les autres; mais les hausses deM. Ducouëdic ont 45 centimètres (16 pouces ) de diamètre sur autant d’élévation, et dans un écrit particulier qu’il a adressé àM. François de Neufchâteau, l’un des membres de votre Comité, il annonce avoir des ruches dont les hausses ont 48 à 54 centimètres ( 18 à 20 pouces) de diamètre et autant d’élévation, et l’année prochaine il se propose d’en avoir de 24 à 3o. ^
- Votre Camîti pense que ce n’est pas ici le lieu de faire des observations sur la grandeur de ces hausses, sur la difficulté de les garantir contre les vents, ni sur les défauts de cette espèce de ruches, qui ne les ont fait adopter que passagèrement par quelques propriétaires. , i
- U y a si peu de personnes, très-instruites d’ailleurs, qui s’occupent des abeilles , que votre Comité n’entend pas faire une critique directe contre MM. les commissaires de la Société de Rennes : c’est uniquement le bien de la chose qu’il a eu en vue, en s’expliquant par mon organe. - ; ;;
- Les quatre ruches qui font l’objet du rapport fait à la Société de Rennes étaient composées, chacune, de trois hausses, de [Ç> centimètres
- (16 pouces). . - -• • ;
- Les
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- Les vaisseaux supérieurs avaient reçu, chacun, un essaim d’abeilles en 1807. On avait ajouté une hausse sous chaque vaisseau en 1808, et une troisième hausse sous les deux précédentes en 1809.
- M. Ducouëdic avait publié qu’avec sa ruche 011 récolterait annuellement un essaim, et au moins deux paniers pleins de cire et de miel; mais MM. les commissaires avertissent qu’il faut attendre trois ans pour faire la première récolte, et se plaignent de l’impatience da nombre de cultivateurs qui avaient abandonné la ruche proposée. Il n’est cependant pas étonnant que des cultivateurs auxquels on avait promis un produit abondant, y aient renoncé, après avoir attendu deux années sans avoir pu faire la moindre récolte.
- « L’opération du dépouillement des quatre ruches, disent MM. les com-» missaires, commença vers les cinq heures du soir, par un temps doux, » les abeilles étant réunies au sein de leur établissement. »
- M. Ducouëdic nous a appris que l’opération avait eu lieu les 7,8 et 9 novembre dernier.
- Votre Comité observera ;
- i°. Qu’à cinq heures du soir, en novembre, le soleil est couché; 2°. que les abeilles étaient réunies dans leur ruche; mais il est à remarquer que le temps, qui pouvait être doux pour les spectateurs, était assurément froid pour les abeilles, puisqu’elles étaient réunies dans leur ruche, et que, troubler cette réunion à l’entrée de la nuit, c’est forcer les abeilles à s’isoler et les exposer à périr saisies par le froid et l’humidité de la nuit. On doit toujours agir avec les abeilles depuis dix heures du matin jusqu’à une heure, par un soleil brillant, afin de donner à celles qui sont égarées, éloignées par l’agitation dans laquelle on les a mises, et à celles que l’on peut emporter avec la dépouille, le temps et la chaleur nécessaires pour revenir dans la ruche ; de cette manière , on n’en perd pas une seule : ce procédé est connu.
- Les quatre hausses inférieures s’étant trouvées vides, leur inutilité est prouvée; ce qui réduit la composition des quatre ruches à deux hausses pour chacune.
- Trois hausses supérieures pleines furent enlevées, et la dépouille de la quatrième remise à l’année prochaine ; ce qui fera quatre ans.
- Votre Comité croit que, pour juger de la récolte des trois hausses enlevées , il fallait en constater le poids. La présence des abeilles dans l’une des trois fait présumer qu’il y avait encore une portion de couvain; c’est ce qu’il fallait vérifier.
- Il fallait aussi déterminer, par le poids ou autrement, ce que contenaient
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- les hausses intermédiaires, pour s’assurer si les provisions qui s*y trouvaient pouvaient suffire à la subsistance des abeilles pendant la mauvaise saison, parce que communément les hausses inférieures , quoique pleines d’édifices en cire, sont légères en miel; que les abeilles placent toujours _leurs provisions dans les parties les plus élevées de leur demeure, et que ce n’est que lorsque ces parties sont complètement pleines quelles placent des provisions dans les édifices inférieurs. . : \ ?
- Les quatre hausses inférieures vides ont été laissées, parce que M. Ducouëdic les a crues nécessaires pour recevoir les essaims du printemps.
- Nous observerons à cet égard qu’un essaim qui sort ne descend pas paisiblement dans un local vide qu’on lui a laissé ; sa sortie est excitée par un tumulte complet, qu’un obstacle ne suffit pas pour apaiser : c’est ce qui est cause que des abeilles logées dans des cheminées, dans des galetas , dans le tronc des arbres, donnent des essaims : c’est encore ce qui est cause que nos ruches, s’étant pour ainsi dire vidées par un premier et par un second essaim, en donnent quelquefois un troisième et même un quatrième. Il faudrait d’ailleurs supposer la présence paisible de deux reines en même temps dans une ruche, ce qui est absolument contre l’ordre qui régit ces insectes. ;v , ^
- M. Ducouëdic attribue à la saison le peu de travail qui s’est trouvé dans la quatrième ruche et la mort de la très-grande majorité des essaims de Vannée. Messieurs les commissaires ajoutent que probablement Vhiver décimera le reste. . ,
- Cette mortalité est d’autant plus étonnante, qu’elle n’a lieu ainsi nulle part ailleurs. Ne résulte-t-elle pas de la grandeur excessive des ruches de M. Ducouëdic? Il fallait en rechercher les causes en examinant des essaims qui ont péri.
- MM. les commissaires de la Société de Rennes ont été induits en erreur en m’attribuant des procédés désastreux pour les abeilles, le contraire étant prouvé par ce qui est consigné dans les trois éditions de mon Manuel sur les Abeilles, dont la première édition est de 1802, et dans d’autres écrits imprimés qu’il deviendrait fastidieux de rappeler ici.
- Yotre Comité, en terminant, ne peut s’empêcher de faire remarquer rempressement que M. Ducouëdic met à, communiquer au public ce qu’il croit pouvoir lui être utile, et il pense qu’avec son ardeur pour le bien il cherchera les moyens d’écarter promptement de sa ruche les inconvéniens qui s’y trouvent.
- Nous vous proposons de faire insérer au Bulletin l’extrait du Rap-
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- port de MM. les commissaires de la Société d’Agriculture, sciences et arts de Rennes , ainsi que les présentes observations.
- Signé Lombard , Rapporteur.
- Jdoptè en séance, le 6 décembre 1809.
- AGRICULTURE.
- Extrait d’un Mémoire de JM. Gaujac, cultivateur-propriétaire, à Dagny’j près Coulommiers (Seine-et-Marne ) 9 sur la culture en grand du colza (1).
- L’auteur de ce mémoire, déjà honorablement distingué par la Société d’Encouragement au concours de 1808, pour la culture en grand des prairies artificielles, s’est encore présenté à celui de l’année dernière, relatif à la culture des plantes oléagineuses, avec de nouveaux droits aux récompenses que la Société se plaît à accorder à ceux qui se livrent à des travaux utiles, et dont les efforts tendent à accroître la prospérité de l’agriculture. Ce digne cultivateur, non content d’avoir donné l’exemple de l’introduction des prairies artificielles dans son département, a voulu enrichir nos fabriques et nos ateliers du produit d’une graine oléifère, qu’on cultive presque exclusivement dans le nord de la France, et sous ce rapport il a rendu un véritable service à l’industrie.
- Toutes les plantes, et particulièrement celles qui fournissent de l’huile, exigent de bonnes terres bien préparées, parce que ces végétaux, devant constamment produire de la graine, restent long-temps en terre pour atteindre une maturité parfaite; si le sol n’était pas fertile et bien entretenu par plusieurs façons, la graine serait chétive et le produit médiocre.
- Le colza ( brassica arvensis), que M. Gaujac cultive de préférence, croît très-abondamment dans la ci-devant Flandre, où son huile forme une branche de commerce importante. A Lille et aux environs, on en connaît deux espèces , le froid et le chaud ; ce dernier est plus généralement cultivé que l’autre, parce qu’il est meilleur, qu’il végète aisément par-tout et qu’il n’exige pas un terrain bien préparé.
- Il serait à désirer que la culture de ce chou ne restât pas reléguée dans le nord de l’Empire, parce qu’il réussit dans toutes les bonnes terres, qu’il sert aux alternemens, et qu’il remplit avec beaucoup d’avantages une partie
- (1) Ce mémoire a remporté le prix que la Société avait proposé pour la culture en grand d’une plante oléagineuse. ... . _ * * ‘
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- des jachères. Le froment qui succède au colza donné une récolté plus abondante que lorsqu’il succède à toute autre culture : c’est une vérité prouvée par tous les cultivateurs Flamands. Comme eux, nous obtiendrions dans le centre de la France les mêmes succès, si nos terrés étaient bien préparées, profondément labourées, ameublies par un fréquent hersage, et sur-tout amendées suffisamment avec les engrais convenables. 11 faut aussi sarcler souvent, biner et chausserqdusieurs fois les pieds du colza, afin de favoriser sa végétation et de lui faire produire une quantité de bonnes graines, but unique de cette culture. '
- Pourquoi n’a-t-on pas tenté la culture en grand des plantes oléifères dans les provinces du centre et du midi de la France, qui abondent, il est vrai, en noyers et en oliviers, mais dont la récolte est toujours incertaine? Celle des plantes oléagineuses est plus assurée, en prenant dans les pays chauds la précaution de ne les semer qu’au nord et sur des places que l’on pourrait arroser à volonté pendant les grandes chaleurs de l’été. L’huile qu’on en retirerait serait beaucoup moins chère que celle d’olive dans les années les plus abondantes, et servirait à plusieurs usages auxquels on n’emploie que cette dernière.
- . L’huile de colza, combinée avec la potasse, forme après l’ébullition un savon mou, de couleur verte, fréquemment employé pour le blanchiment des toiles de Flandre et de Hollande. Il est d’une consommation immense et ne vaut que 5o à 60 centimes les 5 hectogrammes , tandis que la même quantité de savon de Marseille coûterait aux Flamands i franc 3o centimes , à raison des frais de transport. Ce savon mou blanchit très-bien la toile et le linge, en lui communiquant, à la vérité, Une odeur désagréable , mais qui disparaît lorsque la toile a été rincée à grande eau. Outre Futilité dont elle est pour nos fabriques de draperies communes, pour l’éclairage, pour les tanneries, etc. ; l’huile de colza, recuite et tirée à froid, sert encore a l’assaisonnement des vivres de la classe indigente et à une foule d’autres usages.
- Il serait donc de la plus haute importance que chaque agriculteur se livrât à la culture des plantes oléacées , et y consacrât une portion de terre proportionnée au débit qu’il pourrait espérer dans son département.
- Rarement un fabricant est cultivateur; les fabriques qui se trouvent éloignées des contrées où l’on cultive en grand les plantes oléagineuses sont obligées de demander leurs huiles long-temps à l’avance, de les payer fort cher à raison de l’éloignement, et de courir les chances du coulage et de tous les accidens de route, malheureusement trop fréquens. »
- Un fabricant employant les huiles de graines pour sa manipulation
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- journalière économiserait beaucoup s’il avait à sa portée un cultivateur capable d’aller au-devant de ses besoins, et de lui offrir, au prix des fabriques éloignées, toutes les huiles qu’il peut consommer dans le courant de l’année. Celui-ci trouvera toujours à donner la préférence à son voisin, à qualité d’huile égale ; il économisera ses frais de voiture ; il évitera les accidens du transport, le coulage; et les barils employés à contenir l’huile pourront servir pendant plusieurs années, ce qui est impraticable quand on tire les huiles de 80 et de ioo lieues de distance. A ces considérations il s’enjoint encore beaucoup d’autres non moins importantes.
- Depuis que M. Gaujac a supprimé les jachères dans son domaine, il a dû chercher à rendre productifs quarante hectares de terre que cette méthode lui offre, tous les ans, à cultiver de plus, et il a cru devoir les employer en prairies artificielles, en maïs, en légumes, en racines et en plantes textiles et oléagineuses. Pour la culture de ces dernières plantes, il a constamment suivi la méthode des Flamands, et s’il n’a pas toujours obtenu des récoltes abondantes, il faut en attribuer la cause aux intempéries. *
- Culture du Colza.
- Le colza ne doit jamais être semé trop tôt, parce qu’il est à craindre qu’au repiquage les tiges ne montent en fleur, et ne pouvant acquérir dans l’arrière-saison la force nécessaire pour produire leurs graines, elles périssent aux premières gelées; mais s’il est repiqué au commencement d’octobre, il ne refleurit qu’au mois de mai suivant, lorsqu’une température plus douce lui donne la force nécessaire pour produire sa graine. r
- On peut semer le colza de deux manières, en pépinière et à demeure. Lorsqu’on veut le faire succéder au froment récolté la meme année, il faut le semer nécessairement en pépinière au commencement d’août. Ce semis ne pourrait pas se faire en place, parce qu’il faut au moins deux mois pour labourer la terre, la nettoyer par de fréquens coups de herse, et l’amender avec des fumiers courts et consommés. Deux forts labours, le dernier couvrant l’engrais, sont indispensables pour opérer une bonne préparation. Au commencement d’octobre, ou quelques jours après, on enlève de la pépinière le plant qu’on y a semé, et qu’on aura préservé des pucerons par des paillassons et de fréquens bassinages. Il ne faut enlever de la pépinière que la quantité qu’on pourra placer dans une matinée ou dans une soirée , et préserver le plant de la sécheresse en le tenant toujours enveloppé d’un linge mouillé. Il doit être mis en terre au moyen d’une cheville sur des raies tracées au cordeau, enterré jusqu au
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- collet en appuyant la terre sur les racines, à la distance de 4o à 4^ centimètres, pour la facilité de façons ultérieures. Cette manière est un peu longue et occupe assez de bras , mais elle est assurée. Le plantage à la charrue est plus prompt et plus économique; une femme ou un enfant place dans la raie les pieds du colza, toujours à la distance ci-dessus, et la charrue les recouvre en traçant le sillon voisin. Si les sillons sont étroits, il faut placer le plant de trois en trois raies, de manière qu’il se trouve toujours espacé de 4° à 4a centimètres, et ne planter que par un temps couvert et pluvieux, pour assurer la reprise du plant. Avant la gelée, il convient de donner un premier binage avec la houe et le cultivateur, pour détruire les plantes parasites, chausser en même temps les colzas jusqu’au collet, et remplacer les plants faibles ou ceux qui n’auraient pas repris. C’est pourquoi il faut toujours laisser en pépinière une partie du plant semé et éclairci, afin que ceux-ci se trouvent de la même force que les plants qui auront bien réussi au premier repiquage. Si les plants qu’on aura laissés en pépinière sont suffisamment espacés, ils donneront autant et plus de graines que ceux que l’on aura repiqués, comme il est aisé de le prévoir. ^ ,
- Le semis à demeure offre une chance plus avantageuse, en ce que le plant restant toujours à la même place où il a commencé sa première végétation, celle-ci n’est interrompue ni par la déplantation, ni par la replantation , et sa maturité est plus prompte. Mais l’ordre et le cours des moissons ne présentent pas toujours des places assez tôt prêtes pour semer le colza à la volée ou en rayons, et il vaut mieux le semer plus tard et donner les façons nécessaires, que de s’exposer à hasarder de la graine et des travaux coûteux pour ne retirer qu’un produit extrêmement chétif. Ainsi le cultivateur prudent qui voudra se livrer à la culture du colza devra prendre ses mesures d’avance pour ne pas perdre ses soins et son argent. On aurait tort si, immédiatement après la dépouille du froment, on se contentait de ne donner qu’un simple labour et d’y semer la graine de colza, parce que la terre ne serait ni assez émiettée, ni assez profondément labourée, ni améndée, et que les graines des plantes parasites dont les champs des céréales abondent, venant à germer avec celles du colza, ces dernières se trouveraient bientôt dévorées par les premières, à moins qu’on n’employât beaucoup de bras à les sarcler; ce qui serait très-dispendieux et exposerait à un travail mal fait. Ce n’est que par la replantation qu’on peut cultiver le colza dans un champ qui a produit du blé la même année, parce qu’il faut au moins deux mois pour donner à la terre les façons préparatoires. On ne doit pas
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- épargner l’engrais, et quoique le froment auquel le colza doit succéder ait été raisonnablement fumé, il convient d’en répandre au moins dix bonnes voitures par chaque 4Q ares. La deuxième façon n’aura lieu qu’au printemps; si l’hiver a été doux on pourra donner, à la fin de février, un binage assez profond et rassembler la terre jusqu’au collet des plantes. A mesure que le temps devient plus doux, on voit le colza développer une croissance, qui augmente d’une manière d’autant plus sensible que le mois d’avril est pluvieux. Avant de donner la façon, à la fin dé février, on peut éclater les feuilles du colza, en réservant celles du coeur pour la nourriture des hommes et celle des bestiaux*
- Si dans l’intervalle de cette seconde façon, à la fin d’avril, il a poussé de nouvelles plantes parasites, il Convient de les détruire par un nouveau et dernier sarclage, en buttant toujours les plants jusqu’au collet.
- {La suite au numéro prochain.)
- CORRESPONDANCE.
- S. Ëx. le Ministre de l’Intérieur, comte de l’Empire, a adressé à la Société d’Encouragement la circulaire suivante, que nous nous empressons de publier comme un témoignage honorable de la protection que le Gouvernement ne cesse d’accorder à cette Société.
- Paris, le 21 décembre 1809.
- Le Ministre de VIntérieur > comte de VEmpire, à Messieurs les Membres du Conseil dadministration de la Société d’Encouragement.
- Messieurs, vous trouverez ci-joint un exemplaire de la circulaire que j’ai Cru devoir adresser à MM. les Préfets des départemens de l’Empire, en leur envoyant les programmes des prix proposés par la Société d’Encoura-gement.
- Je ne leur laisse pas ignorer que l’objet de ces programmes est du plus grand intérêt pour notre industrie, et je leur recommande de leur donner la plus grande publicité. Je suis charmé d’avoir trouvé l’occasion de faire quelque chose qui soit agréable à la Société, et je la prie de croire que je m’empresserai, dans toutes les circonstances, de seconder les vues de bien public qui l’animent.
- ; . Signé MQjïTAWVEr» .
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- Circulaire adressée par S. Ex. le Ministre de V Intérieur, comte de VEmpire, aux Préfets des dèpartemens, en leur envoyant plusieurs exemplaires des programmes des prix proposés par la Société
- d’Encouragement.
- Paris, le 24 novembre 1809,
- Monsieur, la Société d’Encouragement rend à notre industrie des services d’une haute importance : les concours qu’elle ouvre chaque année nous ont procuré différentes fabrications et machines d’une grande utilité; mais èlle proposerait vainement des prix, si elle 11e rédigeait en même temps des programmes propres à faciliter les recherches de ceux qui s’occupent des moyens de remplir ses vues. Il importe donc que ces programmes reçoivent la plus grande publicité. Je vous en adresse plusieurs exemplaires, en vous invitant à en transmettre aux Sous-Préfets, aux Chambres de commerce, aux Chambres consultatives de manufactures, aux Sociétés savantes et aux Maires des principales villes du département dont l’administration vous est confiée. Vous ne leur laisserez pas ignorer que l’objet de ces programmes est du plus grand intérêt pour notre industrie, et que j’attends de leur amour pour le bien public qu’ils ne négligeront rien pour engager les manufacturiers et les artistes à s’occuper de la solution des problèmes qui sont proposés.
- Veuillez, Monsieur le Préfet, m’accuser la réception de ma lettre et des exemplaires qui l’accompagnent, et recevoir l’assurance de ma parfaite considération. -
- Signé Mosïtalivet,
- î •'
- A Paris, de l’Imprimerie de Madame HUZARD , rue de l’Éperon, n®. 7.
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- NEUVIÈME ANNÉE. (N“. LXVIII. ) FEVRIER l8lO.
- DE LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ' ! CONSEIL D’ADMINISTRATION; : f ' '
- Séance générale du 14 février 1810. -
- Cette séance, consacrée à la présentation aux membres de la Société duré* sultat des travaux du Conseil d’administration pendant l’année 1809 , avait attiré un concours nombreux d’artistes, de fabricans et de savans distingués. Ee Musée industriel offrait à leurs regards une collection d’échantillons et de modèles aussi utile qu’intéressante. Entre autres objets exposés dans cette séance et que les Comités ont été chargés d’examiner f nous avons remarqué des médailles, des cornues et autres ouvrages en platine exécutés avec une grande perfection par MM. Janety père et fils , rué du Colombier, n°. 21 ; des nankins fabriqués par M. Dujet, de Paris; des pièces de bois rendues inaltérables par le procédé de M .Migneron^ ingénieur, rueThévenot, n°. 17, à Paris. ' ‘ ' V ^
- Plusieurs membres de la Société ont fait honimage du fruit de leurs travaux, constamment dirigés vers un but utile. M. Magnien, dont les ouvrages sur les douanes sont justement appréciés, a déposé sur le bureati six exemplaires de son Dictionnaire des productions de la nature et des arts; M. Girod-Chantràns, son Essai sur la géographie physique, le climat et Vhistoire naturelle du département du Doubs ; M. Flandre d’Es-pinay, un Mémoire accompagné de gravures concernant sa ferme expérimentale, et les recherches qu’il a faites'pour remplacer la laine de Cachemire par le poil provenant du croisement des boucs" de Syrie avec des chèvres indigènes; mémoire dans lequel il démontre la nécessité d’établir des haras d’expérience pour améliorer la race de nos chevaux ; M. Des-croisilles aîné, de Rouen, une Notice sur les alcalis du commerce et sur Tü-sage de son alcalimètre ; M. Douglas, une Brochure contenant l’explication des machines qu’il confectionne pour la fabrication des - draps et autres Neuvième année. Février 1810. ' D
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- ->Tp: P r'.- ( 26 ) . f
- étoffes de laine. Ces machines, au nombre dé douze , sont introduites aujourd’hui dans trente-quatre départemens de l’Empire. L’assortiment complet de celles propres à filer et à carder en une seule fois 20 kilogrammes *de laine par jour, pour draps de troupe, coûte 4?5oo francs; ce prix est de 6,000 lorsqu’elles produisent 3o kilogrammes de la même laine ; il est de 8,5oo francs pour les machines susceptibles de carder et filer en deux fois 25 kilogrammes de laine par jour, pour draps fins et de'seconde qualité. Dans ces prix sont compris les plaques de cardes et les autres accessoires.
- La séance s’est ouverte à huit heures du soir, sous la présidence de M. le comte Chaptal y trésorier du Sénat.
- M. Claude - Jnthelme Costaz, chef du bureau des arts et manufactures du Ministère de l’intérieur et l’un des secrétaires , a pris la parole pour rendre compte des travaux du Conseil d’administration pendant l’année 1809. ‘ 's-;î
- Compte tendu des travaux du Conseil d?Administration,
- s / i J ‘ pendant Tannée 1809.
- , Messieurs „ chaque année, vous vous réunissez dans cette enceinte .pdtfr entendre "la lecture du compte des travaux de votre Conseil d’administration. Ce compte, il nous est bien agréable de vous le rendre, puisque nous 11’avons à vous entretenir que des succès dus à la sagesse de vos vues, à la constance de vos efforts pour toutoe qui peut ajouter à la splendeur de notre industrie. Vous n’auriez ^Messieurs, qu’une idée incomplète de ce que nous avons fait cette année, si nous nous bornions à vous présenter une simple nomenclature des découvertes et des perfectionnemens dans les arts que nous avons provoqués, et à vous désigner les artistes, les manufacturiers et leô agriculteurs qui ont trouvé auprès de nous des encouragemens ou des instructions. 11 nous a paru que, pour éclairer votre opinion , il était nécessaire d’entrer dans des détails. Nous commencerons par vous parler des travaux de votre Conseil d’administration et de ceux faits particulièrement parles membres qui le composent. Nous mettrons ensuite sous vos yeux une analyse delà partie la plus intéressante delà correspondance qui a eu lieu entre, nous, les manufacturiers , les artistes, les agriculteurs et les Sociétés savantes* Les objets offerts au Conseil d’administration, ou soumis à son examen, le Bulletin et les souscripteurs, feront la matière de chapitres particuliers. i)it ... „r :„j: ......., • . ....
- Drauaux du ^C&iwezl dadrmnistrcttion et en particulier des membres de ce
- noJsoii*'* y, > ï iiuinolrKn r)%tsû’j<>ùi Conseil, ; a*v, v*.
- *,J&\^&ûftèhv-}MôWeceù, l’On 4de fios vice-présidons, nous a fourni une
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- foule de notes précieuses. [Nous lui devons des détails sur le bateau-plongeur de M. Fulton, sur la pouzzolane artificielle de M. Delahaye-Duménil y sur la prompte oxidalion du plomb dans Veau distillée, sur la composition et l’emploi de l'alliage métallique ÇQnnu sous le nom die similor et tombac. Il ne s’est point borné à çes communications, il a bien voulu encore nous donner connaissance de plusieurs rapports qu’il a faits à la Classe des Sciences physiques et mathématiques de l’Institut, notamment de ceux sur un appareil propre à br ûler la fumée dans les machines à vapeur, et sur le badigeomconservateur, de feu M. Bachelier.
- Nous avons à regretter que le mauvais état dè la santé de M. François de JSeufchâteau ne lui ait pas permis d’assister plus souvent à nos séances ; sa * présence aurait ajouté à l’intérêt qu’elles inspirent. Il a cherché à nous dédommager de son éloignement forcé en correspondant avec nous; il nous a procuré, avec l’indication de plusieurs sujets de prix et des détails sur les procédés employés dans la gravure en relief, la connaissance d’une nouvelle branche d’industrie consistant à faire servir les os de baleine à la fabrication de différens ouvrages pour lesquels on fait ordinairement usage de l’écaille ou de la corne. Nous lui réitérons ici nos remercîmens du don qu’il a bien voulu nous faire de la collection de ses oeuvres.
- La culture de la soie provenant des cocons blancs de la Chine avait été tentée il y a environ 3o ans, et l’on y avait renoncé sans réfléchir aux avantages qu’elle peut procurer à nos fabriques de gaze, de blonde et de tulle. M. Bardel nous a entretenus de l’importance de cette culture. Quelques particuliers ont conservé sans altération de la graine du ver qui produit la soie blanche, et nous avons l’espoir qu’elle se multipliera de manière à suffire aux demandes qui pourront en être faites. Nous ajouterons que le Gouvernement a promis une prime à ceux qui s’occuperaient de cette branche importante de l’économie rurale. M. Bardel nous a encore fait part de ses recherches sur différens arts qui n’ont pas atteint le degré de perfection dont il sont susceptibles , notamment sur le plaqué d’argent. Son zèle et celui de M. fifolard nous ont été fort utiles. Les noms de l’un et de l’autre s’attachent à une grande partie de nos travaux, et nous croyons devoir les signaler ici, afin de leur prouver notre reconnaissance pour les services qu’ils ne cessent de nous rendre. Indépendamment d’un grand nombre de rapports faits par M. Molard sur des objets particuliers, il nous a lu un Mémoire intéressant sur les moulins à planche de la Hollande. Nous lui devons aussi la description d’un instrument ingénieux exécuté par M. Domenico G riva, de Verceil, à l’effet d* abréger la taille des plumes,
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- et des données tant sur la composition que sur la qualité des diffèrent mastics connus jusqu’à ce jour.
- h M. de Rédcourt a profité de son séjour à File d’Aix, où il dirigeait les travaux des fortifications, pour nous envoyer un Mémoire que nous avons dû accueillir avec intérêt, quoique la matière dont il traite soit entièrement du nombre de celles dont nous nous occupons. Dans ce Mémoire, il se propose d’abord de prouver les dangers qu’il y aurait à détruire les res-sifs qui protègent File d’Aix. 11 indique ensuite les moyens les plus convenables à employer, afin d’extraire les blocs de pierre destinés aux travaux du fort Bayard, et de faire concourir cette extraction à la défense de l’île, à l’avantage de sa navigation et à l’amélioration de son agriculture. 11 nous, a encore fait parvenir l’une des fusées incendiaires lancées , l’année dernière,* contre ceux de nos vaisseaux qui se trouvaient en rade à l’île d’Aix. Cette fusée est du poids de 9 kilogrammes ; elle a été examinée par le Comité des arts chimiques, ainsi qu’une autre fusée envoyée par M. le général de Grave, commandant de l’île d’Oléron. Nous ne mettrons point sous vos yeux le résultat de cet examen. La plupart des journalistes ont inséré dans, leurs feuilles le rapport de M. Gay-Lussae sur le premier projectile, et il serait fastidieux d’entrer dans de nouveaux détails à ce sujet.
- M. Cadet - Gassicourt a profité d’un voyage qu’il a fait en Allemagne pour recueillir des renseignemens précieux sur la situation de Findustrie de ce pays. Il nous a lu des notes renfermant une description exacte des procédés employés dans la fabrication du blanc de Crems. M. Silvestre nous a aussi donné connaissance des renseignemens qui lui ont été adressés sur cette fabrication par une personne qui les a pris sur les lieux mêmes.
- , M.. Gay-Lussac nous a entretenus d’un nouveau procédé pour purifier
- et blanchir le sel marin : ce procédé, qui est d’une exécution simple, ne peut qu’être très-utile dans l’économie domestique.
- Jusqu’à présent on n’a pas été d’accord sur la question de savoir si, en cou vrant les bêtes à laine selon la méthode indiquée par M. Roard, on obtient de plus beaux et de meilleurs lainages. MM. Ternaux frères se sont occupés des moyens de fixer les idées sur ce point. D’après leurs observations, la laine couverte donne moins de déchet que celle qui ne l’est pas ; elle a plus de nerf après le dégraissage; elle soutient mieux le travail du peigne et se tisse avec plus de facilité ; mais ce qui lui assure la supériorité, c’est son extrême blancheur, qui la rend susceptible de recevoir toutes les couleurs, et d’être employée en blanc sans le secours ihi soufre, matière qui durcit beaucoup la laine. ..
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- La Société n’atteindrait pas entièrement le but de son institution, si elle se bornait à proposer la solution de problèmes : il nous a paru qu’il était convenable qu’elle consacrât quelques fonds à faire des expériences. C’est par elles qu’il a été mis fin, en 1806, aux discussions existantes sur les moyens de purifier les aluns de fabrique. Ce qui est arrivé en 1809, au sujet de la méthode employée par M. Roard pour décreuser la soie, prouve la sagesse du parti que nous avons adopté. Les avantages de cette méthode avaient été contestés, aujourd’hui, tout doute cesse. D’après des expériences faites à la Manufacture des Gobelins, on peut obtenir, pour les soies destinées à etre teintes, un bon décreusage en une seule opération d’une heure, au lieu de trois opérations de quatre ou cinq heures qu’exige l’ancien procédé. La matière conserve toute sa force; elle est moins blanche, à la vérité, mais ce n’est pas un inconvénient pour les soies qui doivent être teintes, sur-tout dans les couleurs foncées.
- C’est principalement dans l’examen des objets envoyés au concours que nous avons porté l’attention la plus sévère. Plusieurs des rapports faits sur les prix sont le résultat d’un travail immense, et l’on peut, à certains égards, les considérer comme des ouvrages de technologie. De ce nombre sont ceux de M. Prony sur les petites machines à feu; de M. Gillet-. Laumont sur les aciers; de M. François de Neuf château sur l’agriculture ; de M. Mérimée sur le blanc de plomb. On pourrait ranger dans la même classe les programmes des prix dont vous avez ordonné la publication.
- Vous parler, Messieurs, des prix que vous avez décernés en 1809, c’est vous rappeler un concours qui fera époque dans l’histoire des arts. La France manquait de fabriques de fer-blanc et de blanc de plomb, dans lesquelles on fit usage des procédés nécessaires pour obtenir de bons produits. A l’appel fait par vos programmes, il s’en est élevé, comme par enchantement, plusieurs sur différens points de l’Empire. INos usines ont acquis dans la petite machine à feu un nouveau moyen de force du plus grand intérêt. L’agriculture a reçu de vous des encourage-mens: vous fournissez à plusieurs élèves les sommes dont ils ont besoin pour suivre le cours professé à Alfort parM. Yvart, et se former dans fart vétérinaire. Tant de choses utiles feront toujours distinguer la Société, et, nous ne craignons pas de le dire, quelle que soit sa destinée, il restera toujours le souvenir de ses constans efforts pour tout ce qui peut ajouter à la prospérité de l’Empire.
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- Correspondance. ,
- La correspondance du Conseil d’AdministratiOn a pris, cette année, de l’accroissement et un nouveau degré d’intérêt. Plusieurs préfets ont bien voulu nous associer à l’honorable mission de seconder leurs vues de bien public. Nous sommes redevables à celui du Haut-Rhin d’un Mémoire qu’il a fait imprimer sur les avantages résultant de l’emploi de la scie au lieu de la hache pour débiter le bois de chauffage. Il nous a encore envoyé une instruction publiée par la Société d’Agriculture de Colmar, sur la manière de conduire les abeilles, et qui est destinée à encourager dans le département du Haut-Rhin la multiplication des ruches et à répandre des idées saines sur cette branche de l’économie rurale.
- D’après une lettre de M. le préfet de Seine - et - Marne, le réuma~ mètre de M. Regnier laisse quelque chose à désirer pour servir à estimer la force et la vitesse du courant des rivières , au moment de leur débordement ; cette connaissance serait fort utile à l’Administration , puisqu’en prévoyant l’augmentation ou la diminution des crues d’eau, elle pourrait ordonner les mesures nécessaires dans l’un et l’autre cas. Les observations de M. le préfet de Seine-et-Marne ont été communiquées à M. Regnier, qui s’empressera sans doute d’en profiter pour rectifier son instrument. Qu’il nous soit permis de vous entretenir un instant de cet artiste, l’un des membres les plus zélés de la Société. Il a porté ses recherches sur plusieurs objets d’une utilité générale. Il a donné de nouveaux soins à la construction des serrures et des cadenas de sûreté de son invention, et aujourd’hui le débit en est très-considérable; il en vend jusque chez l’étranger. Il nous a fait plusieurs communications importantes. Nous devons mentionner ici d’une manière particulière son Mémoire relatif aux expériences qui ont eu lieu au dépôt central d’artillerie , sur la force des poudres fulminantes comparée à celle des poudres de guerre, Mémoire plein d’intérêt, qu’il ne peut qu’être utile de consulter dans beaucoup de circonstances. ^
- M. Carnbon, armateur à Bordeaux, et l’un de nos correspondans, nous a fait connaître les services qu’il a rendus à l’agriculture du département de la Gironde. Ce propriétaire estimable a consacré une métairie presque entière à des essais de plantation , essais dont peu de particuliers se sont occupés. Cent quatre-vingt-cinq mille pieds d’arbres exotiques au indigènes, dont r46?ooo acacias-robiniers, ont été plantés par lui dans l’espace de quatre mois sur un sol composé d’un sable aride et ferrugineux, et sur lequel il avait été impossible de faire croître le pin maritime.
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- Cette belle tentative a été couronnée du succès. Les plantations, sur-tout celles d'acacia, ont fort bien réussi. M. Cambon a été imité par ses voisins, et l’on a l’espérance de voir bientôt couvert d’une riche végétati on un canton qui était totalement dépourvu de bois.
- La Société d’Agriculture de Clèves nous a témoigné le désir de connaître l’opinion de votre Comité d’Agriculture sur le programme des prix qu’elle a proposés pour la fertilisation des bruyères de son arrondissement. Cette demande a été l’objet d’un rapport que nous a fait M. Chassiron, et dans lequel il a tracé la marche la plus convenable à suivre par les concurrens pour résoudre le problème. Ses observations ne peuvent que les éclairer, puisque elles sont le résultat des réflexions d’un homme qui s’est beaucoup occupé d’agriculture. Le même membre nous a donné connaissance d’un rapport qu’il a fait à la Société d’Agriculture de Paris sur le dessèchement du marais de Boëre, situé dans le département de la Charente-Inférieure. Ce dessèchement, deux fois entrepris et deux fois manqué, présentait des difficultés qui passaient pour insurmontables, et il a fallu, pour les vaincre, employer des moyens dont on n’avait pas d’exemple. On a triomphé de tous les obstacles; et aujourd’hui l’on recueille sur un terrain condamné à la stérilité de l’avoine, des légumes et du chanvre ; deux mille têtes de gros bétail y trouvent une abondante pâture, et des bois ont été plantés sur les digues. Sur la proposition de M, Chassiron, il a été accordé par la Société d’Agriculture de Paris une médaille d’or aux particuliers qui ont desséché le marais de Boëre. Cet encouragement ne peut que stimuler le zèle des cultivateurs des départemens de l’ouest, en leur indiquant ce qu’ils ont à faire pour parvenir au dessèchement des marais qui peuvent se trouver sur leurs propriétés.
- M. Nèhel-Crépus, propriétaire d’une belle tannerie à Maîmédy, nous a adressé des vues sur la possibilité de procurer aux tanneries du département de l’Ourthe le tan nécessaire à leurs travaux. Il désirerait que Ton plantât en bois les Bruyères du département. Quoique son projet présente de grandes difficultés dans l’exécution, et que l’administration publique doive seule en connaître, nous ne pouvons que lui savoir gré de nous en avoir donné communication. Il a été examiné par votre Comité d’Agriculture, et il a donné lieu à M. Baudrillart de faire un rapport rempli d’excellentes observations.
- MM. dHombres-Firmas, d’AJais,et Radier, de Blois, ont entretenu avec nous une correspondance intéressante sur les moyens de faire périr la chrysalide dams le cocon sans endommager la soie. Le premier nous a
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- envoyé la description d’un appareil qu’il a imaginé pour appliquer à cette opération la vapeur de l’eau bouillante. Cet appareil, s’il produit réellement les effets qu’annonce M. dHombres+Firmas, serait d’une grande utilité; nous regrettons que des fabricaiis jaloux de perfectionner leur art ne l’aient pas essayé en grand : on aurait eu de cette manière la certitude des avantages ou des inconvéniens qu’il présente. Indépendamment de cet appareil, nous devons à M. dHombres-Firmas un Mémoire sur Fapplication des tubes à vapeur au chauffage des ateliers dans lesquels on élève les vers à soie, et une note sur les filatures de cocons qu’on échauffe par cette méthode.
- Le moyeu dont nous a entretenus M. Rattier pour faire périr la chry~ solide est simple, et son emploi n’exige aucune dépense. Mais avant d’en recommander l’usage, il convient d’attendre qu’on ait la certitude de ses effets. Nous croyons devoir observer que M. Rattier est du petit nombre des cultivateurs auxquels la France doit de posséder encore l’espèce précieuse des versa soie blanche de la Chine. Il recueille aujourd’hui le fruit de sa prévoyance ; les cocons qu’il récolte sont d’une beauté remarquable.
- M. JDucouëdic s’occupe avec constance de l’éducation des abeilles, et des moyens de les conserver ; il nous a donné connaissance du résultat de ses expériences à ce sujet. M. Bonneau nous a pareillement instruits des essais qui ont eu lieu dans ses fermes expérimentales. Ce particulier mérite des éloges pour s’être livré à la culture des prairies artificielles ; l’exemple qu’il a donné a contribué à améliorer l’agriculture du département de l’Indre.
- Nous avons reçu de M. Duhamel, maire de Coutances, sur la plantation du robinier pseudo-acacia pour les promenades publiques, des réflexions qui lui ont été suggérées par l’expérience, et qui méritent une attention particulière;
- De M. de Mauroy, capitaine du génie à Ostende, un grand nombre de dessins et de Mémoires relatifs soit à des constructions , soit à des machines de son invention;
- De M. Lavocat, capitaine du génie à Savone, le sommaire de ses inventions et découvertes, dont il a désiré faire hommage à la Société lorsqu’il a été reçu au nombre de ses membres; >
- De M. Hennet, commissaire impérial pour la formation du cadastre, des observations sur les perfectionnemens que réclame l’exécution des cartes et des globes célestes où les constellations sont représentées sous des
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- figures d’hommes et d’animaux, symboles qui pouvaient plaire aux anciens, mais que réprouve l’astronomie moderne.
- MM. Ladouepe-Dufougerais et Curaudau nous ont fait part de leurs succès, l’un dans la fabrication du flint glass, et l’autre dans la construction d’un poêle ventilateur destiné à échauffer de vastes ateliers.
- Parmi les mémoires lus dans nos assemblées particulières, nous avons distingué ceux qui nous ont été présentés par MM. Bruun-Neergaard, Vauvillers et Vesian, capitaine au corps du Génie. Celui de M. Bruun-Neergaard est relatif aux propriétés de l’ivoire et aux moyens d’en conserver la couleur blanche et de la lui rendre lorsqu’il a jauni. M. Vauvillers s’est proposé de démontrer les avantages des sonnettes à déclic pour le battage des pieux, et d’indiquer les changemens à faire aux machines de ce genre, pour en rendre la construction moins coûteuse. Le mémoire de M* Vesian est relatif au scellement des pierres au moyen des tibia de bœuf.
- Le nombre des Sociétés savantes qui entretiennent des relations avec nous s’est beaucoup accru cette année; elles ne se sont point bornées à nous envoyer les programmes dçs prix qu’elles ont proposés ; il en est plusieurs qui, pour se lier d’une manière plus intime à nos travaux, se sont mises au nombre de nos souscripteurs.
- Objets offerts à la Société, ou soumis à son examen.
- A mesure que les relations de la Société s’étendent, et que ses concours procurent à la France de nouvelles machines ou de nouvelles fabrications, elle s’enrichit elle-même de nouveaux objets. Déjà sa collection s’était tellement accrue, que nous manquions d’un emplacement suffisant pour la mettre en ordre. La nécessité de parer à cet inconvénient nous a déterminés à ordonner différentes dispositions. Nous n’entrerons pas dans le détail de toutes les acquisitions qu’a faites, cette année, votre Musée industriel : nous mentionnerons seulement lés principales.
- Nous devons à l’attachement de M. Montgolfier pour la Société un modèle de son bélier hydraulique. Atteint depuis long-temps d’une maladie grave, il lui a été impossible de suivre nos séances ; il a témoigné à plusieurs d’entre nous ses regrets d’être hors d’état de partager nos travaux. Espérons qu’il sera bientôt rendu à la santé, et qu’il pourra encore contribuer aux progrès des arts qu’il a cultivés avec tant de gloire.
- M. Jullien nous a fait don de l’un de ses appareils pour transvaser les vins et les fluides éthérés, et de trois modèles de machines à tourber,
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- de son invention. Nous possédons aussi le modèle d’une cheminée écono-mique, inventée par M. Chenevix, et à laquelle M. Mellaz ajouté quelques perfectionnemens. La simplicité et l’agrément de la forme de cette cheminée l’ont déjà fait adopter par nn grand nombre de particuliers.
- Nous ne vous parlerons point ici des nombreux échantillons d’étoffes de toute espèce, d’ouvrages de fer, d’acier, etc., qui nous ont été adressés\ il faudrait entrer dans des détails que ne comportent point les bornes d’une notice. Leur envoi prouve le désir des artistes et des manufacturiers de faire connaître à la Société îe produit de leurs inventions et de mériter ses suffrages. -
- Parmi les objets soumis à notre examen pendant l’année 1809 , il en est un grand nombre qui doivent exercer une influence heureuse sur l’industrie et le commerce. Telle est la machine inventée par M. Rousseau, à l’effet de dévider les fils de trame pour le tissage , machine qui fait, dans huit minutes, l’ouvrage que douze dévideuses feraient à peine dans le même espace de temps. Nous n’avons point trouvé moins intéressante celle de M. Caillou pour travailler le fer dans toutes ses dimensions, le dresser, y pratiquer des moulures et le polir aussi bien qu’on pourrait le faire avec la lime. Elle a valu à son auteur un encouragement de 600 francs, que nous lui avons accordé comme un témoignage particulier de notre satisfaction. La filature par mécanique du chanvre et du lin de M. Delafontaine fils promet à la France un établissement utile. Les produits de cette filature se vendent dans les marchés de Laval, et font partie de ceux qui servent à fabriquer les toiles qui portent le nom de cette ville.
- Nos fabriques ne* nous fournissaient point les couteaux à revers employés par les corroyeurs pour apprêter leurs peaux : un ouvrier de l’arsenal de Douai vient de nous affranchir du tribut que nous payions à l’industrie étrangère pour cet objet. M. Masdet, sous - préfet de cette ville, nous a envoyé l’un des couteaux fabriqués par cet ouvrier, et il soutient la comparaison avec ceux du même genre les plus estimés dans le commerce.
- M. Lucas, garde des galeries du Muséum d’histoire naturelle, continue- dé s’occuper dii perfectionnement de l’art de Yarquebusene. Il nous a soumis des amalgames de fer et d’acier imitant le damas, dont il a dirigé la composition , et qui rivalisent avec ceux que fabriquent les ouvriers les plus habiles. Nous avons encore reçu de lui des dessins d’orne mens qu’il a composés pour les pièces de garniture des armes à feu. Comme le suffrage de la Société est la seule récompense qu’il ambitionne ,
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- nous nous sommes empressés de donner à son zèle et à ses talens les éloges qu’ils méritent.
- M. Poterat poursuit ses recherches sur l'impression des cartes de géographie par des procédés typographiques. Afin de lui fournir les moyens de suivre son travail sans interruption , nous lui avons accordé un encouragement. II est aussi inventeur d’un procédé qui, suivant M. de Paroy, l’im des membres du Conseil d’administration., doit beaucoup diminuer les dépenses qu’entraîne la fonte des caractères d impression. Les détails de ce moyen ne nous sont pas connus. L’auteur n’a voulu les confier qu’à M. de Paroy, qui nous en a parlé comme d’une découverte d’un grand intérêt# ISTous avons appelé .l’attention du Gouvernement sur les procédés employés par M. Appert, propriétaire à Massy, près Paris, pour la conservation des substances animales et végétales. Grâce à la sollicitude de S. Ex. Je Ministre de l’intérieur pour tout ce qui peut être utile à l’humanité., res procédés ne seront plus un secret ; sa générosité, éveillée par l’opinion des hommes les plus éclairés , en a fait l’acquisition. Ils seront incessamment rendus publics par la voie de l’impression, et nous savons qu’on s’occupe dans ce moment de la rédaction d’un mémoire qui en contiendra le détail.
- M. Desarnod a rendu un nouveau service à l’économie domestique en ajoutant divers perfectionnemens à ses calorifères. Il vient d’en construire deux nouveaux, dont l’un se chauffe avec du charbon de terre, et l’autre •avec du bois : ils présentent les avantages quon peut espérer des appareils de cette nature.
- M. Gardet a inventé une espèce de mitre, disposée de manière que, quelle que soit la direction du vent, elle laisse toujours à la fumée deux issues libres. Cet appareil, peu coûteux, consiste dans des feuilles de tôle qui se coupent diagonalement, et qu’on recouvre d’un chapiteau. Il est solide, puisqu’il plonge dans l’intérieur de la cheminée, et il est en même temps très-çommode, en ce qu’on peut le placer et l’enlever avec facilité. L’auteur assure l’avoir essayé en grand dans l’une de nos villes maritimes. Comme il ne nous a pas été possible de faire sur cet appareil des expériences de quelque durée, nous ne saurions avoir sur son mérite des idées assez fixes pour en recommander l’-usage. N,ous avons conseillé àM. Gardet de le soumettre pendant une année entière a une épreuve qui aurait lieu à Paris. Si cette épreuve réussit, comme nous aimons à l’espérer, aucun appareil du même genre ne saurait être préféré à celui dont nous avons I honneur de vous entretenir.
- Depuis plusieurs années, on s’occupe avec activité des moyens d’éco-
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- nomiser le combustible et de perfectionner l’éclairage, Les tentatives faites à cet égard n’ont pas eu des résultats également satisfaisans. Si l’art de l’éclairage a été porté à-peu-près à sa perfection, il n’en est pas de meme des moyens employés pour économiser le combustible. Ces moyens laissent beaucoup à désirer. Toutes les classes de la société ont accueilli avec empressement les lampes à courant d’air qui ajoutent de l’éclat aux salons des riches et donnent un air de magnificence à la demeure du plus pauvre artisan; mais l’emploi de/ies lampes était borné à l’intérieur des maisons, et M. Bordier-Marcet nous paraît être le premier qui ait essayé de l’appliquer à l’éclairage des villes. A-peu-près dans le même temps qu’il mettait en expérience à Paris ses réverbères à réflecteurs paraboliques, M. Vivien, de Bordeaux, en essayait d’autres du même genre, dans lesquels il n’employait point de cheminées de verre. Cefr ^teux artistes se sont adressés à votre Conseil d’administration pour le prier d’examiner comparativement leurs appareils. Le Comité des arts économiques a fait à ce sujet une longue suite d’expériences dont il serait inutile de mettre le détail sous vos yeux; nous vous dirons seulement que plusieurs communes se sont procuré des réverbères de M. Bordiez Marcet, et qu’il est à désirer que les systèmes d’éclairage des deux con-currens se propagent, puisqu’ils donnent l’un et l’antre une plus grande quantité de lumière.
- M. Lange a mis sous nos yeux la nouvelle lampe pour laquelle il vient de prendre un brevet d’invention. Cette lampe ayant obtenu les suffrages de l’Institut, nous avons dû nous borner à remercier l’auteur de la commu-nication qu’il a bien voulu nous faire du fruit de ses recherches.
- On peut mettre au nombre des découvertes dont les arts économiques ont profité le procédé de M. Bonmatin pour purifier le suif. M. Vauque-lin a examiné ce procédé, et il nous en a parlé dans des termes qui ne laissent aucun doute sur ses avantages. Les arU économiques se sont enrichis de nouvelles poteries rouges de la manufacture de MM. Utzschneider et F'abri, de Sarguemines, poteries qui réunissent à l’avantage de la modicité du prix les qualités de la porcelaine, et que la beauté seule de leur couverte doit faire rechercher des consommateurs. Nous citerons aussi les impressions sur faïence de MM. Stone, Coquerel et Legros-d’Anisy, et celles sous couverte que M. Fuibusque fait exécuter dans la manufacture qu’il possède à Sèvres.
- M. Dessaux-Lebreton, cultivateur à Saint-Omer, nous a présenté un binot à trois socs, qui a obtenu l’approbation de la Société d’agriculturer arts et commerce de Boulogne-sur-Mer. Pour que nos idées pussent être
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- fixées sur ce binot, il aurait été nécessaire de le soumettre à des expériences. Nous nous proposons de les faire incessamment, et elles feront la matière d’un article du compte que nous aurons l’honneur de vous rendre l’année prochaine. , .
- M. Flandre d’Espinay nous a envoyé des échantillons de lainage et poils, qu’il assure provenir de chèvres et de porcs croisés par ses soins avec des animaux étrangers de la meme espèce : ces échantillons sont d’une belle qualité, et annoncent une amélioration remarquable. Comme nous n’avons pas une certitude absolue des résultats dont parle M. FlandrecREs-pinay, nous ne saurions émettre une opinion sur les expériences auxquelles il s’est livré; un examen particulier peut seul faire juger s’il a atteint le but qu’il s’est proposé.
- Dans la nomenclature des objets sur lesquels nos regards se sont arretés , nous ne devons pas oublier :
- Le système de navigation plongeante de M. Castêra, de La Rochelle;
- Le plan en relief du canal des Deux-Mers, sur lequel il nous a été fait, par M. Gïllet-Laumont, un rapport plein d’intérêt;
- Les briques à enclaves de M. Le Gressier, dont il paraît qu’on pourrait tirer un parti avantageux pour les constructions ;
- Le projet de déversoir conçu par M. Guizot, projet modifié par M. de Ré-cicourt, et qu’il peut être utile aux propriétaires de vastes étangs de faire exécuter; ;
- La pince à coulant de M. Clément Lossen pour ramener à* la surface des eaux les effets submergés,
- Les couleurs vertes de la fabrique de M. Delforge-Slevens r de Gand, couleurs qui sont un produit nouveau ;
- Les impressions déplantés exécutées avec les plantes elles-mêmes, dont MM. Bonnet père et fils nous ont présenté des épreuves d’une vérité frappante;
- Un métal de couleur d’or, que l’inventeur se proposait d’employer à faire des couverts, mais que nous avons jugé être plus propre à la fabrication des ouvrages de bijouterie et de quincaillerie; .
- Les gravures sur verre de M. Landelle, peintre ;
- Enfin, les schals de cachemire reteints par M. Chappé, sans changer la couleur des palmes et des bordures.
- Bulletin , Souscriptions.
- Le Bulletin continue à être rédigé d’après les mêmes principes et avec le meme soin ; les articles qu’on y insère sont préalablement soumis
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- 4 l’examen d’un Comité particulier., de soute que ceux qui Je ireçoivent ont la certitude qu’on ne néglige Tien pour leur procurer un journal mutile. Nous avons toujours pensé qu’on ne saurait trop en soigner îa rédaction ; c’est par ce journal que la Société fait pénétrer dans les ateliers éloignés de la capitale les méthodes de fabrication les plus nouvelles et les plus avantageuses, et il importe qu’il me renferme rien qui lui fasse perdre la confiance qu’il doit inspirer. Nous ne vous parlerons point de la partie typographique ; vous avez été à portée de juger qu’elle est satisfaisante.
- Le nombre des souscripteurs n’a point diminué. Parmi ceux qui, dans le courant de 1809, ont bien voulu s’associer à nos vues de bien public, se trouvent des personnes du plus haut rang. LL. MM. la reine de Naples et le roi de Westphaiie ont daigné nous permettre de les porter sur la liste des membres deda Société. Nous nous honorons aussi de posséder S. A. S. le prince archi-trésorier de l’Empire, S. Ex. le Ministre de la police générale, MM. les sénateurs Sérnon ville, Volney, Fos&ombroni et MM. les conseillers d’État Réal, Neri-Corsini et GiuntL Quand les souverains et les hommes distingués par leurs lumières et les dignités éminentes dont ils sont revêtus encouragent et secondent notre zèle, nous devons tout nous promettre de nos travaux. L’industrie ne peut que fleurir dans un pays où elle est l’objet d’un intérêt particulier. Vous connaissez ce qu’a déjà fait S. M. l’Empereur pour l’honorer. Sa main, qui a cueilli tant de lauriers, et tient d’une main si glorieuse les rênes de l’Empire ,, n’a pas dédaigné de couronner les artistes et les manufacturiers qu’a distingués le Jury national lors des différentes expositions; il vient de donner à l’industrie une nouvelle preuve de sa sollicitude pour tout ce qui peut ajouter à sa splendeur. Il a décrété, en créant les prix décennaux, que deux de ces prix seraient décernés, l’un au fondateur de la manufacture la plus importante, et l’autre à l’inventeur de la machine la plus utile.
- De® détails dans lesquels nons venons d’entrer, vous conclurez sans doute, Messieurs, que la Société d’Encouragement est un centre auquel viennent aboutir toutes les découvertes nouvelles , tous les procédés nouveaux de fabrication; la généralité des artistes s’empressent de lui communiquer le résultat de leurs recherches; accueillis avec intérêt, ils trouvent en nous des hommes qui se plaisent à les faire connaître du public quand ils ont agrandi le domaine de l’industrie , ou à leur donner des instructions s’ils en ont besoin. Nous ne terminerons point notre rapport sans vous entretenir de ce qu’a fait S. Ex. le Ministre de rinrêrieair pour contribuer au succès de nos vues. Vous rappeler qu’avant son avènement au Ministère
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- il était déjà membre de la Société, c’est vous dire qu’il prend le plus vif intérêt à nos travaux, tl nous â déjà donné des preuves de son désir de nous être utile, en adressant à MM. les préfets de l’Empire vos derniers programmes. Il a accompagné cet envoi d’une lettre dans laquelle il leur rerecommande d’engager, par tous les moyens qui sont en leur pouvoir, les manufacturiers et les artistes à s’occuper de la solution des problèmes que vous avez proposés. La Société sera sensible, comme elle le doit, à cet empressement de seconder son zèle, et elle prouvera à ce ministre éclairé et ami des arts, en provoquant de nouvelles découvertes et des perfectionnement aux procédés déjà en usage, quelle est digne de sa bienveillance et son estime.
- Rapport sur les recettes et les dépenses de la Société pendant Vannée 1B0y y par M. Boulard.
- Messieurs, votre Commission des fonds m’a chargé de vous présenter l’état de la situation de vos finances. C’est un devoir qu’elle remplit avec joie i elle regarde comme un jour heureux pour elle celui où elle peut vous prouver combien elle est jalouse de répondre à votre honorable confiance. Elle a vérifié et arrêté le compte de M. votre trésorier.
- Les recettes sont divisées en cinq chapitres; savoir, i°. Numéraire et billets de la caisse de service . . . . 92,636 fr. i5 c.
- 20. Intérêts des billets renouvelés et pris à la caisse . . 3,320
- 3°. Produit des souscriptions payées sur les années 1807, 1808* iSoQxt 181 a. . . - .> . . . . . . . . .. . . . .* 26,054 62
- 4°. Produit de lài vente de votre Bulletin. . . .. . . 1 ? 1 -y r 3©
- 5°. Avance de fonds faite à M. Bonnemain, et rentrée à la caisse. . . . . . . . . . . « . . . . ..... .... . 4°°
- Totaï. de la recette;............. 123,582 fr. 7 c.
- Les dépenses sont divisées en sept chapitres ; savoir, i°. Loyer, frais de bureau, impression de circulaires et de programmes , appointemens de l’agent et fournitures diverses........................................ 7,827 fr. 52 c.
- 2°. Dépenses diverses pour le Bulletin-, impression abonnement aux journaux7 gravure de planches, dessins, etc. ............................................. ir,i35 96
- 3°. Dépenses du Comité des arts mécaniques. .... 1r,335 28
- 4% Celles du Comité des arts chimiques. ....... 3,636 99
- 33,935 fr. 72 c.
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- C :
- . .. ? r Report. . ... .... 33,955 fr. 72 c.
- 5°. Celles du Comité des arts économiques. .... 4^0
- 6°. Celles du Comité d’agriculture. . . ... . . . . . 3,309 il\
- 7°. Placement de fonds. * . . . • • • • • ......... • . 40»ooo
- Total de la dépense. . .. . . . . . 77,694 fr. 86 e.
- Dans cette somme sont compris les 16,000 francs de prix que vous avez décernés l’année dernière.
- La recette, comme vous venez de le voir, est de. . . ia3,58a fr. 7 c.
- La dépense est de. . . . . . V. . • • • • • • • • • «• • 77,694 86
- Le reliquat monte donc à........... 45,887 fr. 21 c.
- A quoi ajoutant le placement de fonds fait en 1809, en billets de service, qui est de 40,000 francs, ci . . . . 40,000
- Votre actif se trouve monter à...... 85,887 fr. 21 c.
- Vous voyez, Messieurs, que vos finances sont toujours dans un état prospère, quoique votre reliquat soit un peu inférieur à celui de l’année précédente ; mais cette infériorité est un véritable avantage , puisqu’elle provient de ce que vous avez eu le bonheur de distribuer l’année dernière pour 16,000 francs de prix. Le compte que nous vous rendons dans ce moment vous prouve que votre Commission des fonds, et M. Laroche , votre trésorier , n’ont rien négligé pour mettre plus de régularité dans la rentrée des souscriptions et pour apporter la plus grande économie dans les dépenses.
- Votre Commission et votre trésorier redoubleront encore de zèle pour mériter toujours votre confiance. Les travaux multipliés des autres Commissions 11e cesseront d’exciter son émulation; enfin elle se trouvera heureuse quand par ses efforts elle vous aura mis à même d’augmenter encore les fonds que vous consacrez si utilement à l’encouragement des arts et de l’industrie nationale. \
- Rapport fait par M. le comte Garan Coulon, l’un des censeurs^ sur la vérification des comptes de M. le trésorier.
- Messieurs, les censeurs que vous avez nommés pour cette année ne peuvent que joindre leur suffrage à celui de votre Commission des fonds. Ils ont trouvé dans la gestion du trésorier de la Société et dans le compte qu’il a présenté l’ordre, l’exactitude et l’économie dont les années précédentes vous avaient déjà offert la garantie. Votre Commission surveille toutes les dépenses que les divers Comités de cette assemblée arrêtent pour
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- les travaux de vos Comités, la Commission des fonds ne doit pas néanmoins être entièrement étrangère à la gloire de leurs opérations, puisque c’est le bon ordre de vos finances qui vous met à même d’encourager si puissamment l’industrie nationale, en distribuant des prix nombreux et considérables. Par la même raison, cette assemblée générale, moins brillante que celle qui l’a précédée, et que ne le sera sans doute celle qui suivra, n’est pourtant pas moins précieuse dans ses résultats. Comme la saison dans laquelle elle se tient, elle prépare, dans une sorte de silence, par l’économie et l’examen de vos ressources, la production des fruits que doit recueillir la Société dans l’assemblée du mois de juillet, consacrée à la distribution des prix.
- La séance a été terminée par le renouvellement du bureau et du Conseil d’Àdminisîration. Presque tous les membres sortans ont été réélus. Yoici la liste de ceux qui composent actuellement le Conseil cTAdministration.
- Liste des Membres et Adjoints composant le Conseil d*Administration de la Société dyEncouragement, à Vépoque du 14 février 1810.
- BUREAU. Président.
- MMi .
- Le baron Degérando , membre de l’Ins-tilut, maître des requêtes, secrétaire général du Ministère de l’intérieur.
- Secrétaire.
- MM.
- Chaptal, comte de l’Empire, membre de l’Institut, trésorier du Sénat, rue Saint-Dominique, n°. 70.
- Vice-secrétaires.
- Guyton-Morveau, membre de l’Insti-titut, officier de la Légion-d’Honneur, administrateur des Monnaies, rue de Lille, n°. 5o.
- Vice -présidens.
- Cl. Antheime Costaz , chef du Bureau des arts et manufactures au Ministère de l’intérieur.
- de Montmorency (Mathieu), rue Saint-Dominique , n°. 33.
- Dupont ( de Nemours ), membre de l’Institut, rue du Faubourg-Poissonnière,
- Trésorier.
- n°. 5o.
- Neuvième année. Février 1810.
- Laroche, ancien notaire, rue Neuve-des-Petits-Cliamps, n°. 19.
- F
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- Censeurs.
- MM.
- Neri-Corsint , conseiller d’état, place Vendôme, n°. 23.
- Sivakd, administrateur général des Monnaies.
- COMMISSION" DES FONDSt
- Boulard père, ancien notaire , rue des Petits-Augustins, n°. 21.
- Brillat-Savarin , membre de la Cour de cassation, rue des Filles-Saint-Thomas, n°. 23.
- Chaslon , administrateur des Douanes , rue Caumartin , n°. 12.
- Davillier, banquier, boulevart Montmartre, n°. i5.
- Fournel, jurisconsulte, me du Jardinet , n°. 1.
- Le comte Garan-Coulon , sénateur, au palais du Sénat.
- Petit, membre du Corps législatif, rue Baillet, n°. 4*
- Rouillé de l’Etang, membre du Conseil général du département delà Seine, place de la Concorde, n°. 6.
- Le comte Saint-Martin-Lamotte , sénateur, rue des Saussaies , n°. 8.
- COMITÉ DES ARTS MÉCANIQUES.
- Ampère , inspecteur général de l’Université impériale, cour du Commerce, n°. 19.
- Bardel, commissaire impérial pour la vérification des marchandises prohibées , rue Thévenot, n°. 9.
- Bréguet, horloger, quai de l’Horloge, n°. 79.
- Gengembre , inspecteur général des Monnaies.
- Molard , administrateur du Conservatoire des arts et métiers.
- Perbier , membre de l’Institut , rue du Montblanc, n°, 5. ~
- MM.
- Prony, membre de l’Institut, directeur de l’Ecole impériale des ponts et chaussées.
- de Rècicourt, colonel du génie, rue Saint-Dominique , n°. 65.
- TERNAuxaîné, manufacturier, place des Victoires , ri°. 3.
- Adjoints.
- Decrétqt, manufacturier, place des Victoires , n°. 12.
- Gaultier , professeur de géométrie descriptive au Conservatoire des arts et. métiers.
- Hachette , professeur à l’École polytechnique , rue de Crébillon , n°. 3.
- Montgoltier fils , membre du Bureau consultatif des arts.
- Rousseau , négociant , ex* législateur, rue Montmartre, n°. i74-
- COMITÉ DES ARTS CHIMIQUES.
- Anfrye , inspecteur des essais à la Monnaie.
- Le comte Berthollet, sénateur, membre de l’Institut, rue d’Enfer, n°. 37.
- Cadet (C-L. ),'membre de la Légion-d’Honneur, pharmacien de S. M. l’empereur, rue Saint-Honoré , n°. 108.
- Collet-Descostils, ingénieur des Mines, rue de Lille , n°. 87.
- Darcet, vérificateur des essais à la Monnaie.
- Guyton-Morveau , membre de l’Institut , administrateur des Monnaies.
- Mérimée , peintre , rue des Postes , n°. 12.
- Perrier (Scipion ), banquier, rueNeuve-de-Luxembourg , n°. 27.
- Roard , directeur des teintures à la manufacture impériale des Gobelins.
- Vauquelin, membre de l’Institut, rua de Seine , au Jardin des Plantes.
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- Adjoints.
- MM.
- Boullay, pharmacien, rue des Fossés-Montmartre, n°. 17.
- Taillepied de Bondy , boulevart des Italiens, n°. 18. V
- Thénard , membre de l’Institut, professeur de chimie au collège de France.
- COMITÉ DES ARTS ÉCONOMIQUES.
- Bouriat , pharmacien, rue du Bac, n°. 56.
- Corréa de Serra , membre de la Société d’agriculture de la Seine.
- Le baron Costaz, intendant des bâtimens de la Couronne.
- De Grave (le général ), place Vendôme,
- n°. 16.
- Delessert (Benjamin), banquier, rue Coq-IIéron, n°. 3.
- Gay-Lussac , membre de l’Institut et du Bureau consultatif des arts.
- Gillet-Laumont , membre du Conseil des Mines, rue de l’Université, n°. 61.
- Parmentier, membre de l’Institut, rue des Amandiers-Popincourt.
- Le comte Pastoret , sénateur , place de la Concorde, n°. 6.
- Pictet , inspecteur général de l’Université impériale , boulevart de la Madeleine , n°. 19.
- Adjoints. x
- Bru un - Neergaard , quai Voltaire,
- O
- Il . I7.
- Collier (James), mécanicien, rue des Enfans-Rouges, n°. 2.
- Delunel, rue du Faubourg-Montmartre, n°. 14.
- Devejzeaux de Rancongne, propriétaire, rue du Faubourg-Poissonnière, n°. 52.
- Donnant, rue Traversière-Saint-Ho-noré, n°. 33.
- Sureau , pharmacien, rue Favart, n°» 8.
- COMITÉ D’AGRICULTURE. MM.
- Baddrillart , premier commis à l’Administration des Forêts, rue Saint-Maur, n°. 1 22, faubourg du Temple.
- Chassiron , maître des Comptes, rue du Cherche-Midi , n°. i4*
- Le comtei François de Neuechateau , sénateur, membre de l’Institut, rue du Faubourg-Poissonnière, n°. 96.
- Huzârd , membre de l’Institut, rue de l’Eperon, n°. 7.
- De Lasteyrie , membre de la Société d’agriculture de la Seine, rue de la Chaise, n°. 20.
- Lombard, membre delà Société d’agriculture de la Seine, rue des Grands-Augustins, n°. 7.
- Silvestre , membre de l’Institut, chef du Bureau d’agriculture au Ministère de l’intérieur, rue de Seine, hôtel de Larochefoucauld.
- Tessier , membre de l’Institut, rue de Condé , n°. 4*
- Tollard aîné, pépiniériste, place des Trois-Maries, n°. 4*
- Adjoints.
- Bosc, membre de l’Institut, rue des Maçons-Sorbonne, n°. i5.
- Challan , membre du Corps législatif, rue des Champs-Elysées , n°. 8.
- Moreau de Saint - Méry , conseiller d’état, rue Jacob, n°. i4-
- Swédiaur, médecin , rue Jacob, n°. 11.
- Vilmorin aîné , pépiniériste, quai de la Mégisserie, n°. 3o.
- COMITÉ DE COMMERCE.
- Arnould aîné, maître des Comptes, rue de la place Vendôme, n°. 24*
- Audijîert aîné , membre du Conseil général de commerce, rue de Lille,
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- MM.
- Le Comte Cambiaso, sénateur, rue Saint-Dominique, hôtel Caraman.
- Coquebeb.t-Montbb.et , maître des requêtes, rue Saint-Dominique, n°. j\.
- Doumerc, banquier, rue du Houssaye , n°. 2.
- Dupont (de Nemours), membre de l’Institut, rue du Faubourg-Poissonnière , nQ. 5o.
- Le comte Journu-Auber , sénateur, rue de l’Université, n°. 96.
- Magnien , administrateur des douanes, rue Montmartre , hôtel d’Uzès.
- Vital Roux , membre de la Chambre de commerce de Paris , rue Helvétius , n°. 16.
- Adjoint.
- Ferrée, maître des comptes,, Yieille-rue-du-Temple, n°. 5i.
- COMMISSION DU BULLETIN. Cette Commission, chargée de diriger
- le travail du Bulletin, est composée des
- réviseurs suivans :
- MM.
- Molard , pour les Arts mécaniques.
- Guyton-Morveau , pour les Arts chimiques.
- Bouriat, pour les Arts économiques.
- De Lastkyrie , pour l’Agriculture.
- Magnien , pour le Commerce.
- Petit, pour les Fonds.
- Coquebert-Montbret , pour les extraits des Procès-Verbaux et de la Correspondance.
- Mérimée, pour les Gravures.
- Rédacteur du Bulletin de la Société.
- D a clin , rue Céruti, n°. 3$.
- Agent général de la Société.
- Guillard-Senainville , rue du Bac , n°. 42.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Extrait d’un Rapport fait à l’Institut par MM. de Prony 7 Charles, Montgolfier et Carnot, sur une nouvelle machine hydraulique 7 inventée par M. Cagniard-Latour.
- On sait que tout corps plongé dans un fluide perd une partie de son poids égale à celle du fluide qu’il déplace : c’est sur ce principe qu’est établie la nouvelle machine proposée par M. Cagniard.
- Le moteur, dans cette machine, n’est point la vapeur de l’eau bouillante, comme dans les machines à vapeur ordinaires, mais un volume d’air qui, porté froid au fond d’une cuve remplie d’eau chaude, s’y dilate , et qui, par l’effort qu’il fait alors pour se reporter à sa surface, agit à la ma-
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- nière des poids, mais de bas en haut, conformément au principe énoncé ci-dessus.
- Ce moteur une fois trouvé, on peut l’employer de bien des manières différentes. Yoici celle de M. Cagniard:
- Sa machine est, à proprement parler, composée de deux autres, qui ont des fonctions tout-à-fait distinctes. La première est destinée à amener au fond de la cuve d’eau chaude le volume d’air froid dont il a besoin; la seconde a pour objet d’appliquer à l’effet qu’on veut produire l’effort que cet air, une fois dilaté par la chaleur, fait pour se reporter à la surface supérieure du fluide.
- Pour remplir le premier objet, qui est d’amener l’air au fond de la cuve, M. Cagniard emploie une vis d’Archimède. Si une pareille vis fait monter un fluide en la faisant tourner dans tel ou tel sens, il est évident qu’elle devra le faire descendre si on la tourne en sens contraire : si donc elle est plongée dans l’eau de manière que la seule partie supérieure de son filet spiral reste dans l’air, elle devra, lorsqu’on la tournera en sens contraire, faire descendre au fond de cette masse d’eau l’air qu’elle saisit à sa partie supérieure, à chaque tour de sa rotation. C’est ce qui a lieu en effet dans la machine de M. Cagniard ; l’air dont il a besoin est d’abord porté au fond du réservoir d’eau froide, où est plongée la vis ; de là il est conduit par un tuyau au fond de la cuve d’eau chaude. La chaleur de cette eau le dilate aussitôt, et crée ainsi la nouvelle force qui doit servir de moteur : ainsi se trouve rempli le premier objet du mécanisme proposé.
- Le second objet est d’appliquer ce nouveau moteur à l’effet qu’on veut produire: pour cela , l’auteur emploie une roue à augets, entièrement plongée dans la cuve d’eau chaude; l’air, dilaté et rassemblé au fond de cette cuve, trouve une issue qui lui est ménagée pour le diriger sous ceux des augets dont l’ouverture est tournée en bas: alors sa force ascensionnelle chasse l’eau de ces augets, et le côté de la roue où ils se trouvent devenant plus léger que l’autre côté où les augets restent pleins, la roue tourne continuellement comme les roues à pois ordinaires.
- Cette roue, une fois en mouvement,peut transmettre à d’autres mobiles quelconques, soit par engrenage, soit par d’autres moyens, l’action du moteur. Dans la machine exécutée par M. Cagniard, l’effet produit consiste à élever, au moyen d’une corde attachée à l’axe de la roue, un poids de quinze livres, avec la vitesse uniforme verticale d’un pouce par seconde; tandis que la forme mouvante appliquée à la vis est seulement de trais
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- livres avec la même vitesse ; l’effet de la chaleur est donc de quintupler l’effet naturel de la force mouvante.
- On conçoit que l’effet de la force mouvante étant quintuplé, on peut prélever sur cet effet même de quoi suppléer à cette force mouvante, et qu’il restera encore une force disponible quadruple de cette même force mouvante : c’est ce qui a lieu en effet dans la machine de M. Cagniard. Il établit par un joint brisé la communication entre l’axe de la roue et celui de la vis; celle-ci tourne alors comme si elle était mue par un agent extérieur, et consomme par ce mouvement un cinquième^ de Faction du moteur : le reste sert à élever un poids de douze livres avec la vitesse constante d’un pouce par seconde; c’est-à-dire que la machine se remonte continuellement d’elle-même, et que de plus il reste une force disponible quadruple de celle que devrait employer un agent extérieur qui aurait à entretenir par lui-même le mouvement de cette machine.
- Il résulte de cet expo é que, dans la machine de M. Cagniard, la chaleur quintuple au moins le volume de l’air qui lui est confié, puisqu’il est évident que l’effet produit doit être proportionnel au volume de cet air dilaté, au moins à cause des frottemens qu’il faut vaincre; mais ces frottemens sont peu de chose, parce que la vis et la roue étant l’une et l’autre plongées dans l’eau, perdent une partie considérable de leur poids, et pressent conséquemment peu sur leurs tourillons. D’ailleurs les mouve-mens sont toujours lents et non alternatifs, et il ne se fait aucun choc : ainsi cette machine est exempte des résistances qui absorbent ordinairement une grande partie de la force mouvante dans les machines, et en accélèrent la destruction. -
- La machine inventée par M. Cagniard peut devenir fort utile dans un grand nombre de circonstances. Comme elle produit son effet dans une masse d’eau échauffée seulement à 75 degrés, et même moins, elle donne lieu de profiter des eaux chaudes que , dans plusieurs manufactures ou établissemens on rejette souvent comme inutiles. Par exemple, dans les salines, l’ébullition des eaux salées pourrait servir, au moyen de la machine de M. Cagniard, à faire mouvoir les pompes destinées au service des chaudières. Dans les forges, la chaleur seule du haut-fourneau pourrait faire mouvoir les soufflets; dans les pompes à feu ordinaires, qui, comme celle de Chaillot, fournit une grande quantité d’eau très-chaude, on pourrait en tirer une action équivalente à celle de beaucoup d’hommes ou de chevaux. Enfin , dans les bains, les distilleries , les fours
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- à porcelaine, les fours à chaux, les verreries, les fonderies et tous établissemens où il y a production d’eau chaude ou de chaleur , on peut tirer parti de la machine de M. Cagniard. Cette machine, qui est peu sujette aux frottemens et aux réparations , a de plus l’avantage d’être facile à conduire, et lorsqu’on suspend son action pour quelque temps sans éteindre le feu , la chaleur n’est point perdue, parce que l’eau n’étant pas bouillante, le calorique s’y accumule, et fournit ensuite une action plus considérable.
- La vis d’Archimède employée dans cette machine y produit l’effet d’un véritable soufflet, qui pourrait s’employer comme tel dans les forges ; on peut même le considérer peut-être comme le meilleur de ceux qui sont connus, tant par sa simplicité, sa solidité et son effet constant, que par l’économie des forces qu’on trouverait dans son usage, comparativement aux autres machines destinées au même objet; car la vis devient très-légère et très-mobile par son immersion dans l’eau, en sorte que le frottement des pivots est presque nul.
- M. Cagniard a aussi appliqué à une masse de mercure le jeu de cette vis. Comme il faut pour son mécanisme deux fluides d’inégales densités, il a , en conservant la construction expliquée ci-dessus , simplement substitué le mercure à l’eau et l’eau à l’air. Il en résulte une machine hydraulique fort simple, qui, sans soupape , sans étranglement, sans l’action du feu , et étant mise en mouvement par un agent extérieur, comme un homme ou un courant, donne un écoulement continu d’eau à une hauteur quatorze fois plus grande que la colonne de mercure où la vis est plongée ; il augmente même cette hauteur à volonté sans changer celle du mercure, en combinant l’action respective des trois fluides, le mercure, l’eau et l’air. Pour cela, au lieu d’élever une colonne qui soit seulement d’eau, il en forme une plus légère par un mélange d’eau et d’air : ce mélange s’opère de lui-même dans la proportion que l’on veut obtenir, par la seule disposition de la partie inférieure du tuyau qui contient cette colonne, en laissant cette ouverture en partie dans l’eau et en partie dans l’air, suivant que l’on veut avoir plus de l’un de ces fluides que de l’autre, et par conséquent faire parvenir le mélange à une hauteur plus ou moins grande. On conçoit cependant que l’effet de la force mouvante ne change pas pour cela, mais que, lorsqu’on veut élever l’eau à une grande hauteur, la machine en donne dans la même proportion une moindre quantité. Cet effet est analogue à celui de la pompe de Séville.
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- La machine de M. Cagniard a paru aux Commissaires de l’Institut renfermer plusieurs idées nouvelles et ingénieuses, et son application dirigée par une bonne théorie et par la connaissance approfondie des véritables lois de la physique. Ils ont pensé qu’elle pouvait être utile, dans nombre de circonstances, à la pratique des arts, et qu’elle méritait l’approbation de la Classe des sciences physiques et mathématiques.
- A P-ri s, de l’Imprimerie de Madame IiUZARD, rue de l’Éperon, n°. 7,
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- NEUVIÈME ANNÉE. (N°. LXIX. ) MARS l8lO.
- BULLETIN
- DE LA ^
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. ^
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Benjamin-Delessert sur une nouvelle Platine de fusil exécutée par M. Prélat j armurier9 à Paris.
- M. Prélat, armurier fort habile et intelligent, demeurant rue Pa-gevin , n°. 7, a exécuté une nouvelle platine de fusil d’après un modèle qui a été apporté il y a quelque temps d’Angleterre.
- Dans cette platine, qui a un mécanisme entièrement différent de celle en usage actuellement, la pierre à feu est supprimée ainsi que le bassinet, et par un mouvement très-facile et prompt, le fusil est immédiatement amorcé. t Voici les principaux avantages de cette invention :
- i°. L’humidité et même la pluie ne peuvent jamais empêcher le coup de partir; il partirait même si le fusil était plongé dans l’eau; ' >
- 20. L’arme est beaucoup plus promptement amorcée;
- 3°. La poudre d’amorce étant d’une composition particulière, elle s’enflamme plus rapidement, et le coup part plus vite que par raneienne méthode; - . - - •
- - 4°. Enfin, l’inflammation de la poudre ayant lieu dans l’intérieur du fusil et nullement à l’extérieur, la personne qui tire n est point exposée à recevoir le feu et la fumée de l’amorce dans la figure, ce qui souvent l’empêche de tirer juste et de voir l’effet de son coup. * ; " *
- Je vais donner une description succincte de cette nouvelle platine, y" Le chien ordinaire est remplacé par une espèce de chien pareil à celui du fusil à vent a, jfig. 1 fpl. 66 , qui part comme de coutume au moyen d une détente...-.) * ! •. *»:•! t I ' ' s~-J
- Neuvième année. Mars 1810. U
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- N ^
- f —— X 56 ) \ • ; ; ‘
- La place du bassinet est occupée par un tambour ou pièce d’acier b, mobile sur un tourillon e, fixé au côté de la platine ; lorsqu’il est disposé pour tirer, son sommet est incliné de manière que le chien en partant frappe exactement dessus. On a pratiqué dans ce tambour et en dessous du tourillon un canal d’une ligne et demie de diamètre, qui aboutit au centre du tambour ; ce canal sert de réservoir pour la poudre d’amorce T qui est d’une composition particulière: il en contient assez pour vingt-cinq amorces. - i
- Du côté opposé à ce réservoir, le tambour est percé d’un autre canal, dans lequel glisse une broche d’acier c, n’ayant qu’une ligne de jeu de haut en bas et débordant un peu le sommet du tambour : c’est sur cette broche que frappe le chien. Le tourillon sur lequel tourne le tambour est percé d’un très-petit trou où tombe l’amorce, et qui communique à la lumière; l’extrémité inférieure de la broche frappe sur l’amorce, et c’est la percussion et la compression de l’air entre la broche et l’amorce qui y mettent le feu. '
- Actuellement que nous avons décrit les principales pièces de cette platiné, nous allons en indiquer l’usage.
- On commence par charger le fusil avec de la poudre ordinaire, ensuite pour amorcer on fait faire un demi-tour au tambour. Le réservoir d’amorce étant alors au-dessus de la lumière, elle se remplit de quelques grains de poudre fulminante ; on retourne le tambour, et le réservoir se trouvant par cette manœuvre placé au - dessous du tourillon , la petite broche d’acier qui traverse le tambour est dirigée immédiatement au-dessus de la lumière; on arme le fusil, on lâche la détente, le chien frappe avec force sur la broche d’acier placée sur la poudre, et le coup part. • 1 / • - '
- La poudre d’amorce est composée de muriate de potasse oxigéné, de soufre et de charbon ; il faut observer que c’est la compression de l’air, ainsique la percussion, qui lui fait prendre feu. .
- Je supprime beaucoup de petits détails et de perfectionnemens imaginés par M. Prélat pour rendre l’usage de cette platine plus commode; l’expérience de plusieurs chasseurs qui se servent de ces fusils prouve que sa construction actuelle est assejs parfaite pour qu’il ne puisse arriver aucun accident. ... / ^ .
- M. Prélat a obtenu du Gouvernement un brevet d’importation, et if a déjà un grand nombre de ces fusils de commandés. Cet habile ouvrier est connu pour faire des armes parfaites ; il y a long-temps qu’il a adapté à ses canons le procédé de Manton pour entailler la culasse, et
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- (Si)
- conduire le feu de l’amorce au milieu de la charge, ce qui contribue à une rapide explosion. Ce procédé est décrit dans le N°. 92 des Annales des Arts et Manufactures.
- Ces nouvelles platines pourront servir à toute espèce d’armes à feu; je crois qu’elles pourront être particulièrement utiles aux canons placés dans des casemates, et sur-tout aux canons de vaisseaux^ Les amorces dont on se sert ordinairement ne tardent pas à remplir les batteries et les entreponts de fumée et de feu, d’où résultent souvent des accidens graves; cela gêne d’ailleurs le service, en empêchant qu’on ne puisse voir ce qui s’y passe, et on ne peut, dans ce cas, pointer juste. Au moyen des nouvelles platines, on supprimera toutes les mèches, il n’y aura plus de fumée dans les batteries, et le service se fera avec plus de précision, d’exactitude et de célérité. On emploie déjà à bord de quelques navires, et particulièrement des corsaires , des platines adaptées aux canons, dont l’u* sage est général sur les navires anglais; mais ces nouvelles platines seront bien plus avantageuses.
- Explication des figures de la Planche 66.
- Fig. 1. Platine vue à l’extérieur.
- a, chien.
- b b, tambour mobile sur le tourillon e.
- c, broche de fer sur laquelle frappe le chien.
- d, vis percée dans laquelle glisse la broche.
- q, ressort qui sert à tenir le tambour en place.
- Fig. 2. Coupe du tambour.
- c, broche; d, vis; f f, deux vis qui, en tournant, poussent un peu de pommade contre le tourillon rf afin de faciliter le mouvement du tambour.
- o, réservoir d’amorce fermé en m par un bouchon de liège m. ,A
- 11> pivot et vis servant à fermer la petite ouverture par laquelle on remplit le réservoir,
- n n, deux rainures pour empêcher la communication de la poudre entre la lumière et le réservoir d’amorce.
- Fig. 3. Détails de la broche.
- d, vis; c, broche; /?, ressort à boudin entourant la broche et qui sert à la faire remonter.
- Fig. 4. Tourillon vu séparément.
- 8-> vis dans laquelle est percée la lumière; i, issue de la lumière sur laquelle frappe la broche; e, partie du tourillon sur laquelle tourne le tambour.
- G 2
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- Rapport fait par M. Bardel, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur des Bas de fd fabriqués par M. Detrey.
- Vous m’avez chargé d’examiner des bas de fil de la fabrique de M. Detrey, de Besançon. Ce fabricant, connu avantageusement pour la bonne fabrication des bas, qui a été mentionné honorablement à toutes les expositions, et qui a reçu une médaille d’argent à celle de l’an IX, a sans doute été stimulé à perfectionner les produits de sa fabrique par cette courte phrase du rapport du Jury de 1806, article Bonneterie, page 76, ainsi conçue : « La bonneterie de fil se soutient sans faire de progrès remarquables. »
- Telle est, Messieurs, l’influence des institutions qui éclairent et protègent l’industrie, qu’une simple remarque, un seul mot, comme celui du rapport du Jury qui vous est cité, devient pour le manufacturier zélé et intelligent une tâche qu’il s’impose l’obligation de remplir.
- Les bas de fil que ce fabricant vous présente réunissent la finesse, la solidité et la perfection. Il n’est pas à notre connaissance qu’on ait rien fait jusqu’ici d’aussi beau en ce genre. L’égalité du fil, son brillant et sa parfaite filature y sont sur-tout remarquables. Ces bas sont à trois fils.
- Le prix n’en est point trop élevé; il est de 15 francs la paire. Si l’on considère qu’il se fabrique en France des bas de coton ouvragés qui se vendent jusqu’à 48 francs la paire et au-dessus, qui ne peuvent avoir la solidité de ceux en fil dont il s’agit, on restera convaincu que M. Detrey a rempli le double objet d’offrir aux consommateurs un article précieux, et d’avoir su l’exécuter avec assez d’économie pour le répandre dans le commerce à un prix modéré.
- A cet égard, M. Detrey mérite les éloges les plus distingués de la part de la Société, et nous pensons que le Conseil doit lui adresser, par l’organe de son président, le témoignage de son entière satisfaction.
- Signé Bardel, rapporteur.
- Adopté en séance, le 28 mars 1810.
- Nota. Le dépôt des bas de fil de M. Detrey, de Besançon, est chez M. Boiteuxy fabricant de bonneterie, rue du Brave, au bas de la rue de Tournon, à Paris,
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- Rapport fait par M. Ampère,, au nom d’une Commission spéciale , sur un ouvrage intituLé : Manuel métrique, ou Recueil de Tables pour la réduction des mesures de*toute espèce, et particulièrement de celles en usage dans le département de l’Indre 5 par M. For est.
- Cet ouvrage se compose d’une instruction abrégée sur les nouveaux poids et mesures, et de tables pour leur évaluation en mesures anciennes et la réduction de celles-ci en nouvelles mesures. L’instruction, quoique très-courte, suffit pour donner une idée juste de Frisage des tables qu’elle est destinée à expliquer aux lecteurs les moins instruits. Les tables sont disposées d’une manière commode, et ne peuvent qu’être très-utiles tant qu’on ne sera pas familiarisé entièrement avec les nouvelles mesures; car il est évident que le but de ces sortes d’ouvrages doit être d’avancer l’époque où ils deviendront absolument inutiles dans les relations habituelles des marchands et des consommateurs. Ce changement dans des habitudes contractées dès l’enfance ne peut être que l’ouvrage du temps. On doit donc savoir gré à M. Forest de s’être occupé d’un travail utile, qui ne présente à la vérité aucune difficulté réelle, mais qui n’en est pas moins long, et qui exige des recherches minutieuses et multipliées pour connaître exactement les anciennes mesures , sujettes avarier d’un lieu à un autre, et dont chaque détermination ne serait souvent que dans une très-petite partie du département. L’ouvrage de M. Forest fait voir qu’à cet égard il en était du département de l’Indre comme de la plupart de ceux où l’éloignement de la capitale et le défaut de types communs avait donné presque à chaque village des mesures réellement différentes sous des noips semblables. Cette circonstance donne plus de mérite au travail de M. Forest; il a surmonté heureusement l’espèce de difficulté qui résultait de cette confusion. L’avis de la Commission est que la Société doit agréer l’hommage de son ouvrage, et remercier l’auteur de la communication qu’il lui en a faite.
- Adopté en séance, le 14 mars 1810.
- Signé Ampère , rapporteur»
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- ARTS CHIMIQUES. ,
- Rapport fait par M. Darcet, au nom du Comité des Arts chimiques, sur divers objets en platinefabriqués par M, Janety père y rue du Colombier> n°. 21, à Paris.
- Messieurs, M. Janety, a qui nous devons le meilleur procédé connu jusqu’à présent pour travailler le platine en grand et le rendre malléable, a présenté à la Société, lors de sa dernière séance publique, différens objets fabriqués avec ce métal qui ont paru mériter toute votre attention; vous avez chargé votre Comité des arts chimiques d’examiner ces objets, et c’est en son nom que je viens vous en rendre compte.
- M. Janety vous a présenté, i°. dix médailles de platine de même diamètre, mais de types différens; ;
- a°. Un vase en forme de seau, de 189 millimètres (7 pouces) de diamètre sur i35 millimètres (5 pouces) de profondeur, et qui s’est laissé planer et emboutir au point de ne peser que 160 grammes ou environ 18 onces;
- 3°. Une cornue tubulée pouvant contenir un litre et ne pesant que 860 grammes; '
- 4°. Un petit nécessaire de minéralogie, contenant un métalomètre composé de huit petites barres de différens métaux, passés tous à la même filière, ayant le même poids, et pouvant donner, par leur inégale longueur et sans le secours de la balance hydrostatique, une idée assez juste de la différence de pesanteur spécifique qui existe entre chacun d’eux. ~
- î; Vous savez, Messieurs, avec quelle persévérance et avec quelle ferme volonté d’arriver au but M. Janety père a lutté, depuis plus de trente-trois ans, contre les obstacles qui s’opposaient à la réduction du platine brut en platine malléable. Ce n’est que par de longs travaux et par la perte de sa santé, de sa fortune, de son état, qu’il est parvenu à les vaincre, et les heureux résultats qu’il vous a présentés sont sans doute le fruit du plus grand et du plus volontaire sacrifice qui se soit fait à .l’avancement, d’un art.
- Yous trouverez une preuve du haut point de perfection où est porté aujourd’hui l’art de rendre le platine malléable, en examinant le vase et la cornue tubulée qui ont été mis sous vos yeux ; la matière ne paraît plus présenter d’obstacle à l’exécution, et l’orfèvrerie pourrait lui donner ses formes sveltes et élégantes.
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- Je ne parlerai du nécessaire de minéralogie fabriqué par M. Janety que par rapport au métalomètre qu’il contient. Cet instrument remplit bien le but de l’auteur; il est propre à donner une idée suffisante de la différence de pesanteur spécifique qui existé entre les métaux, et cette différence ainsi rendue palpable pourra être conçue dans un âgé où, sans ce secours, on ne tenterait même pas de la donner. : ; ;
- On pourrait croire qu’avec tant d’industrie et qu’après être ainsi arrivé à son but, M. Janety y trouve enfin la récompense due à ses travaux ; mais l’emploi des vases de platine est jusqu’ici restreint aux usages des laboratoires, et les chimistes sont d’autant plus éloignés d’offrir à M. Janety un dédommagement des peines et des pertes qu’il a éprouvées, que le platine étant presque inaltérable, les instrumens qui en sont faits ne se renouvellent que rarement.
- M. Janety se trouve donc presque sans emploi ; son but, en vOus présentant les dix médailles de platine qui ont été déposées sur le bureau , a été de prouver à la Société que le platine pouvait être employé avec avantage à la fabrication des médailles, et que ce métal, purifié comme on peut le faire aujourd’hui, est susceptible de se frapper au balancier presque aussi facilement que l’or, et de prendre les dernières finesses de la gravure sans que la pression nécessaire puisse détruire les coins (i).
- On sait que les médailles d’or passent rarement au siècle suivant ; l’intérêt particulier les dénature isolément, les révolutions des Empires détruisent celles qui ont été déposées dans les collections nationales , et l’expérience nous prouve que, de ces médailles, les seules qui arrivent à la postérité
- (x) La pesanteur spécifique du platine frappé en virole au balancier ne s’est pas trouvée aussi considérable que je le croyais : deux médailles de platine prises dans les dix dont il est ici question, pesées à la balance hydrostatique (l’eau étant prise pour i), à la température de 12° centigrades, le baromètre étant à om,756, m’ont donné l’une 20,4^7, l’autre 20,758 pour l’expression de leur pesanteur spécifique : l’on sait que celle du platine fonda est beaucoup plus grande.
- Il suit de là que les molécules du platine préparé par tout autre procédé que celui de la fonte, restant écartées les unes des antres, conservent une grande élasticité ; et c’est sans doute à cet état où se trouve le platine préparé au moyen de l’arsenic, qu’il faut attribuer la difficulté que l’on éprouve pour faire remonter la matière du flaon dans les creux de la gravure , ce qui nécessite un grand nombre de recuits successifs et de coups de balancier. Il est à présumer que l’on obtiendrait quelques résultats intéressant en répétant sur des flaons de platine les expériences qui ont été faites par M. Berthollet pour déterminer la chaleur produite par le choc et la compression , et qui ont été publiées dans les Mémoires de fa Société d'Arcueilf tome II.
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- sont celles qui ont été perdues ou enfouies par une cause quelconque, et qu’un grand nombre de celles-ci, fondues au moment même où le hasard les fait retrouver, sont perdues pour les arts et pour l’histoire : les médailles d’argent subissent à-peu-près le même sort. , ?
- Il n’en serait pas de même des médailles frappées en platine. L’indes-tructibilité de ce métal, la difficulté de le travailler, son bas prix, si on le compare à celui de l’or, joint à son peu d’usage, sont autant de raisons pour garantir la conservation de ces médailles et la durée éternelle des grandes collections. Dans un incendie, les médailles d’or et d’argent fondent, tout le travail de l’art est perdu , tandis que celles de platine se retrouveraient intactes parmi les débris et souvent au milieu des subs-é tances métalliques fondues, qui n’auraient pas éprouvé une assez forte chaleur pour s’allier avec elles. ...»
- Aujourd’hui l’orfèvre des petites villes, à qui presque toujours se portent les médailles anciennes trouvées dans la terre, les paie à raison de leur poids et selon leur titre approximatif ; sans égard pour leur antiquité, il les met au creuset, et le lingot qui en provient est mis en œuvre dans ses ateliers. - - 'r * ' *v *
- Si le platine était employé pour la fabrication des médailles, il ariverait au contraire que l’orfèvre auquel, dans quelques siècles, on en présenterait, et qui les reconnaît à leur grande pesanteur, n’aurait aucun motif pour les détruire ; il faudrait d’ailleurs avoir les connaissances nécessaires , employer un temps assez long, faire des frais considérables, et il n’obtiendrait encore qu’un lingot absolument impropre aux usages ordinaires auxquels s’emploient l’or et l’argent. ; f
- - L’orfèvre n’ayant donc aucun intérêt à détruire les médailles de platine, les portera aux curieux du temps ou à l’antiquaire, qui les lui paiera toujours au-dessus de leur valeur intrinsèque ; le but sera rempli, les médailles seront conservées, et aveç elles le souvenir des événemens qu’elles doivent transmettre à la postérité. - .
- Il est encore une autre considération qui devrait décider à employer le platine de préférence à l’or pour la fabrication des médailles; la valeur de ce métal n’est qu’environ le quart de celle de l’or (i), et dans ce moment où la quantité d’or qui se trouve en circulation n’augmente pas
- (1) Le platine qui vient d’être trouvé en Espagne et à Saint-Domingue devenant tous ies jours moins rare dans le commerce, doit nécessairement y diminuer de valeur, et l’on j>eut, d’après cela , penser que d’ici à quelques apnées son prix sera à celui de l’or dans un rapport moindre que celui de 1 à 4* •«* -to- ... - -
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- en proportion de celle de l’argent, il serait peut-être important de saisir tous les moyens de ne pas perdre, en l’enfouissant soit en terre, soit dans nos médaillers , une portion de ce précieux métal.
- Si ces différens avantages déterminaient le Gouvernement à adopter la fabrication des médailles de platine, l’art y gagnerait sûrement, et M. Ja~ nety, plus à portée de mettre ses procédés à exécution, se .verrait bientôt dans une position plus heureuse, et recueillerait ainsi le fruit de ses longs travaux.
- D’après ces considérations, le Comité des arts chimiques demande que le Conseil d’administration veuille bien témoigner sa satisfaction à M. Jane tj en faisant insérer le présent rapport dans son Bulletin, et en en adressant une copie à S. Ex. le Ministre de l’intérieur.
- Adopté en séance, le 28 février 1810.
- Signé Darcet , rapporteur.
- B apport fait par M\ Mérimée ? au nom du Comité des Arts chimiques, sur une nouvelle poterie fabriquéepar MMFabry et Utzschneider, à Sarguemines.
- A l’exposition des produits de l’industrie nationale, en l’an IX, MM. Fabry et U tzschneider, de Sarguemines, obtinrent une médaille d’or pour leur faïence blanche , qui réunissait les qualités les plus désirables dans une poterie usuelle. .
- Excités par cet encouragement, ils entreprirent d’imiter les porcelaines colorées de Wedgwood , et de faire en ce genre des vases capables de soutenir l’action du feu mieux qu’aucune terre commune. Dans eetteintention, ils vous présentèrent divers essais, qui, pour la! couleur et la dureté, ressemblaient aux boucaros de la Chine,
- D’après le compte avantageux qui vous fut rendu par MM. Guyton, Conté et Eosc, vous engageâtes MM. FabiyeX. Utzschneider à traiter en grand ce nouveau genre de fabrication. Vos conseils furent bientôt suivis, et cette poterie carmélite fixa l’attention du Jury à l’exposition de 1806, où elle parut avec des échantillons de pâtes diversement colorées, imitant le jaspe, le porphyre, le basalte et le granit, recevant, comme ces marbres durs, un poli très-vif, faisant feu avec le briquet, etc. . ;
- . Le Jury examina particulièrement la poterie et la soumit à diverses-épreuves, desquelles il résulta qu’elle était légère comme la faïence blanche, susceptible comme elle dé prendre toutes les formes; qu’elle supportait Neuvième année. Mars 1810. “ ' H
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- bien l’action du feu, que sa couverte était inattaquable par les acides ; ce qui la rendait parfaitement salubre.
- En conséquence , il récompensa ce perfectionnement utile par une médaille d’argent de première classe, et il déclara même qu’il aurait voté pour une médaille d’or si l’expérience eût confirmé l’opinion où il était que cette nouvelle poterie aurait autant de succès que les terres colorées de Wedgwood.
- En recevant cette distinction, d’autant plus honorable qu’elle ne fut partagée par aucune manufacture du même genre, ces fabricans industrieux contractèrent l’obligation de justifier l’opinion du Jury. Ils ont en partie rempli leur engagement; car déjà l’on ne trouve plus à Paris un seul magasin de poterie dans lequel on n’aperçoive quelques-uns de ces vases, que leur couleur fait aussitôt remarquer (i). >
- L’accueil que le public fait aux nouveaux produits de leur manufacture ne satisfait pas entièrement MM. Utzschneider et Fabry; ils désirent obtenir une seconde fois votre approbation, et vous prouver que, dans leur fabrication en grand, ils ont surpassé les essais qu’ils vous présentèrent il y a six ans.
- Le Comité des arts chimiques, que vous avez chargé d’examiner de nouveau cette poterie, n’a pu que répéter les expériences qui avaient déjà été faites à cette occasion. Ainsi nous avons fait bouillir de l’eau dans des vases de différentes formes, en les exposant subitement au feu le plus vif. Lorsque l’eau a été bouillante, nous l’avons versée dans d’autres vases froids, et ceux que nous avons retirés du feu ont été aussitôt remplis d’eau froide. Dans ces deux expériences, nous n’avons entendu aucun craquemeB*.
- Ayant ensuite examiné à la loupe l’état de la couverte, qui devait être gercée comme celle de toutes les poteries qui vont au feu, nous avons trouvé que le réseau formé par les gerçures était égal, fin, et ne présentait aucunes lignes suivies plus distinctes que les autres, ce qui eût indiqué un commencement de fêlure s’étendant de la couverte dans l’intérieur.
- Une capsule remplie d’eau et de muriate de soude a été placée sur un feu très-ardent, et n’a été retirée que lorsque l’eau était presque entièrement évaporée. Nous l’avons ensuite cassée pour voir jusqu’à quel point les gerçures avaient pénétré dans l’intérieur de la pâte, et nous avons vu avec étonnement que la pâte n’était endommagée qu’à la surface.
- (j) Le dépôt général des poteries carmélites de la fabrique de Sarguemines est rue Hel-yétiqs, n°. 77, près celle Neuve-Saint-Augustin. " .
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- Cette épreuve est très-forte; il est probable qu’en la répétant plusieurs fois de suite on eût bientôt détruit le vase ; mais dans les opérations habituelles de nos ménages il ne se fait rien de semblable, v Ce qu’on appelle un roux ne produit pas une action aussi forte, et nous étions sûrs d’avance que les casseroles de Sarguemines supporteraient bien cette épreuve: mais, pour la rendre plus décisive, nous l’avons portée à l’extrême, en faisant subir au beurre un degré de chaleur auquel on ne le laisse jamais arriver. Le vase que nous avons employé n’a pas reçu d’altération sensible.
- Dans la préparation de nos aümens, il s’en faut de beaucoup que la poterie dont on fait usage soit exposée, même accidentellement, à une action pareille à celle que nous avons voulu produire dans nos épreuves. On ne verse jamais de l’eau glacée sur un vase de terre sortant du feu ; mais on n’a pas non plus la précaution d’attendre qu’il soit suffisamment refroidi, et il résulte de la dilatation et du resserrement subit auquel il est journellement exposé, qu’il se détruit plus ou moins promptement.
- On sent bien qu’il est impossible que la terre soit dilatable comme le métal ; c’est pourquoi le choix de la forme est de la plus grande importance dans la fabrication des poteries qui doivent supporter l’action du feu ; nous y avons eu égard dans nos expériences, et nous n’eussions pas obtenu les mêmes résultats si nous n’avions pas choisi les vases dont les parois minces étaient d’une égale épaisseur, et dont la forme, produite par des révolutions de courbes, n’offrait aucun angle ni aucune partie saillante. Ainsi, tandis qu’une capsule, une casserole, une bouilloire soutiendront parfaitement l’action du feu, on peut faire éclater une tasse à café ou une soucoupe, à cause du bord qui se trouve ajouté à la partie inférieure.
- M. Utzschneider connaît trop bien les principes de son art pour ignorer l’influence de la forme sur la poterie, et s’il a négligé de rendre quelques» uns de ses vases susceptibles d’être placés sur des charbons ardens, c’est qu’il a voulu offrir au public une plus grande variété; c’est que plusieurs des consommateurs peuvent être attirés par la couleur plutôt que par les propriétés de la terre; c’est enfin que toutes les pièces d’un assortiment de faïence ne sont pas également destinées à aller au feu.
- Dans la fabrication de la poterie usuelle, nous avions été devancés par nos voisins, qui remplissaient tous les magasins de l’Europe de leur faïence blanche, tandis que nous ne pensions qu’à perfectionner la porcelaine. Cet état de choses était trop nuisible aux intérêts de notre commerce pour quil subsistât long-temps. Bientôt l’industrie de nos manufacturiers prit
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- une meilleure direction, et depuis quelques années nous n’avons plus à envier dans ce genre les succès des fabricans étrangers. -
- Au nombre de ceux à qui on doit cet avantage, vous mettrez sans doute en première ligne M. Utzschneider. La découverte de ces pâtes colorées avec lesquelles il imite les marbres les plus précieux n’a pas encore reçu l’application dont elle paraît susceptible; mais quand elle n’aurait pas tout, le résultat qu’on a droit d’en attendre, elle attestera toujours le génie de l’inventeur, et prouvera qu’il connaît mieux que personne les ressources de, son art (i). - ;
- Votre Comité vous propose donc, Messieurs, de donner à MM. Fabry et Utzschneider un témoignage distingué de l’intérêt que vous prenez à leurs succès, en insérant le présent rapport dans votre Bulletin. ?
- Signé Mérimée, rapporteur.
- Adopté en séance, le 4 mars 1810.
- ARTS ÉCONOMIQUES»
- Rapport fait par M. Gaultier, au nom dyune Commission spéciale, sur les calorifères de M. Desarnod.
- Nous avons examiné un nouveau calorifère exécuté par M. Desarnod.
- Toutes les pièces de cet appareil sont en fonte; le foyer est une espèce de cloche, à laquelle est adaptée une porte pleine qui ne s’ouvre que pour introduire le combustible; dessous est un grand cendrier séparé du foyer par une grille. L’air qui alimente le feu entre dans le cendrier par une porte à coulisse, traverse la grille et le combustible embrasé, sort du foyer par un tuyau vertical, entre dans un premier tambour, descend par six tubes jusqu’à un canal trois quarts circulaire , horizontal et à la hauteur de la grille, remonte par sept autres tubes jusqu’à un deuxième tambour supérieur au premier, d’où il s’échappe par un tuyau unique pour sortir de la pièce.
- Cet appareil est destiné à porter de Taif* chaud dans les étages supérieurs; il doit être placé dans un caveau; mais celui que nous avons examiné était monté dans une grande pièce, ce qui a obligé M. Desarnod
- (i) On voit, à l’entrée de la galerie du Musée Napoléon, deux candélabres de 6 pieds de proportion, exécutés à la manufacture de Sarguemines. 11 est impossible d’imiter plus parfaitement le basalte ou le jaspe brun. . ..
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- de l’habiller d’une double enveloppe en tôle ayant la forme d’une ruche ouverte par le bas. Une première couche d’air s’échauffe entre l’appareil et la première enveloppe, une seconde couche entre les deux enveloppes; l’air des deux couches se réunit en un tuyau unique, et est porté dans les-étages supérieurs. i -
- Nous avons fait sur cet appareil trois expériences de huit heures chacune.
- Les deux premières ont été faites sur l’appareil sans enveloppe, dans une pièce de rez-de-chaussée contenant 216 mètres cubes d’air et 228 mètres carrés de surface (murs, plancher, plafond); elle a trois croisées et deux portes ; elle est immédiatement placée sous une terrasse et en partie lambrissée. Les degrés de température ' appartiennent au thermomètre centigrade. •* " : .1
- Première expérience du i3 février, par un temps couvert, la température moyenne extérieure étant de 8°. Nous avons pris la pièce à 7080; on a brûlé 3o kilogrammes de charbon de terre, et nous avons eu pour maximum 45°, et pour température moyenne 37°8o, dont 3i produits par l’appareil.
- Deuxième expérience du 17 février, par un temps couvert, la température extérieure étant de 5°. Nous avons pris la pièce à 6°8o ; on a brûlé 16 kilogrammes de charbon de terre, et nous avons eu pour maximum 35° et pour température moyenne 28°, dont 2i°20 produits par l’appareil.
- Troisième expérience du 20 février, l’appareil, étant muni de ses deux enveloppes, portait l’air chaud au second étage pour y chauffer quatre pièces, dont 011 peut voir la disposition chez M. Desarnod, rue de la Madeleine, n°. 16. Les cinq pièces, y compris celle où était monté l’appareil, produisent 600 mètres cubes d’air, et 555 mètres carrés de surface : il y a quatorze croisées.
- Le temps était beau, la température extérieure de 5° au-dessous de o. Nous avons pris les cinq pièces à 6°25 ; on a brûlé 25 kilogrammes de charbon de terre, et l’on a obtenu pour température moyenne 20° dans la pièce du rez-de-chaussée, 25° dans la première pièce du second étage, 2o°iodans la seconde, i5°75dans la troisième, i50rjo dans la quatrième*
- Dans ces trois expériences, nous n’avons ressenti aucune odeur de la fonte ni du charbon de terre.
- La manière d’élever la température des grands appartemens à l’aide de l’air chaud met à l’abri de l’incendie ; elle est agréable et économique : on peut , par des dispositions convenables , porter très-promptement le
- calorique dans la pièce où l’on en a le plus besoin. La chaleur se répand
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- uniformément. Il ne peut jamais y avoir de courant d’air froid : l’air est continuellement renouvelé, ce qui rend les appartemens très*sains. Elle' convient particulièrement aux hôpitaux, aux bibliothèques, aux manufactures, aux magasins, etc. ;i ; , .
- L’emploi du charbon de terre présente une économie de plus de moitié sur le prix : c’est particulièrement dans les appareils à vaisseaux clos qu’il faut en recommander l’usage; mais pour qu’il y réussisse bien, il faut que l’air arrive par-dessous : c’est ce qu’a très-bien conçu M. Desarnod dans l’appareil que nous venons de citer. La combustion se fait bien, et le combustible le moins pur ne répandrait aucune odeur dans la pièce. Il a ajouté un cendrier au poêle qui, en 1808, chauffa votre salle d’assemblée, afin de le rendre propre à la combustion du charbon de terré. ;! •: -r i. .• - ."--y- r
- Nous pensons que la Société doit donner à M. Desarnod un témoignage particulier de sa satisfaction pour les appareils ingénieux qu’il lui a présen* tés, en faisant insérer le présent rapport dans son Bulletin,
- Gaultier, rapporteur.
- Adopté en séance, le 14 mars 1810, : .
- - • . _ \ •
- B es cm re 1 b un g neuer holzersparenden œfen und Feuer-heerde, etc. ; c’est-à-dire Description de nouveaux Poêles et Foyers économiques à ï*usage des établissemens civils et militaires. Vienne, 18095 un vol. in-folio avec planches, 1
- _ - ^Extrait.
- La consommation du combustible n’est pas toujours en raison directe des besoins de la population ; elle augmente à mesure qu’un Etat acquiert plus de prépondérance, soit par ses relations commerciales, soit par son industrie, 1 " ''A> -
- • Un système d’aménagement vicieux, des coupes mal réglées, portent un préjudice notable aux forêts, et les réduisent souvent à un tel état de dénuement, qu’elles ne peuvent plus fournir toute la quantité de bois nécessaire à la consommation. Alors les approvisionnemens ne suffisant plus aux besoins, il s’ensuit que le combustible devient plus rare et que son prix plus élevé engage les propriétaires à faire des exploitations nuisibles aux forêts ; ce qui contribue à son renchérissement. Dans ce cas, la classe aisée peut seule s’approvisionner de bois, tandis que le peuple est forcé de se priver de ce premier besoin de la vie. < •
- Quand même on introduirait dans les forêts*un système d’aménagement1
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- plus propre à leur conservation, on n’en retirerait, du moins pour le moment, aucun avantage direct; car supposons que les exploitations soient au-dessous des besoins, il faudra nécessairement chercher des moyens de fournir à la consommation toute la quantité de combustible qu’elle demande, c’est-à-dire produire un égal degré de chaleur en employant moins de bois qu’auparavant, ou, en d’autres termes, parvenir à une plus grande économie dans la consommation.
- Depuis dix ans, on s’occupe de cet objet important, et si les nombreux appareils qu’on a imaginés dans cette vue n’ont pas rempli l’attente générale , il faut l’attribuer au défaut d’instructions claires et précises sur cette matière, et sur-tout d’expériences faites en grand et fréquemment répétées. ' '
- Le poêles et foyers économiques proposés jusqu’à ce jour n’étant destinés qu’à satisfaire le désir des particuliers ou les besoins de la classe indigente, n’ont pu produire une diminution sensible dans la consommation du bois et offrir quelque avantage à nos forêts. Les fabriques, les ateliers, les hôpitaux, les casernes et d’autres établissemens publics, où la consommation est vraiment effrayante, restent opiniâtrement attachés à l’ancienne méthode de chauffage, aussi dispendieuse que mal entendue. .
- Les appareils économiques décrits dans l’ouvrage dont nous offrons l’analyse sont destinés à remplir cet objet important, et nous ne pouvons trop les recommander à l’attention de nos lecteurs.
- S. A. I. l’archiduc Charles d’Autriche, constamment animé du désir du bien public, nomma, en 1807, une Commission militaire, qui fut chargée de s’occuper des recherches propres à introduire dans les casernes une plus grande économie dans la consommation du combustible. C’est le résultat des expériences faites par cette Commission qui est consigné dans cet ouvrage, et nous pensons que ses travaux méritent une entière confiance, d’autant plus qu’ils intéressent également la classe indigente, les particuliers et les fabricans. Les appareils proposés seront très-utiles dans les fermes, les usines, les ateliers, etc. Déjà les teinturiers, les blanchisseurs et d’autres artisans ont imité avec succès les fourneaux construits dans les buanderies des casernes et des hôpitaux de Vienne. La Commission n’a voulu,d’ailleurs les recommander qu’après s’être assurée de leurs avantages par une longue expérience et par des essais faits en grand.
- En admettant que ces appareils ne fussent applicables qu’aux seuls etablissemens militaires, leur utilité ne saurait êtrp méconnue dans un
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- grand Empire qui entretient constamment une armée nombreuse : c’est donc un double bienfait pour l’Etat, en ce qu’ils tendent à la conservation des forêts et à la diminution du prix du bois.
- Les travaux de la Commission ne pouvant être appréciés et jugés que par ceux qui connaissent les principes qu’elle a suivis et la marche qu’elle s’est tracée dans ses opérations, nous allons entrer dans quelques détails à cet égard.
- Le thermolampe, cette brillante invention qui promettait de si grands avantages et qui avait fixé l’attention générale, fut d’abord essayé pendant un hiver dans les casernes; mais on fut bientôt forcé de l’abandonner, parce qu’il s’élevait des plaintes sur la difficulté de son service. On fit alors d’autres expériences sur des foyers économiques alimentés avec de la houille; mais elles n’eurent aucun succès. Ces motifs déterminèrent l’archiduc Charles à nommer une Commission composée d’hommes distingués parleurs talens et leurs lumières, qui fut chargée d’examiner les foyers et poêles connus jusqu’à ce jour, de les essayer comparativement, et d’indiquer ceux de ces appareils qui seraient susceptibles d’être employés utilement dans les casernes, les hôpitaux et autres éta-blissemens publics. ;
- Celte Commission reconnut d’abord qu’il était essentiel d’établir des principes invariables qui pussent la diriger dans ses recherches et servir de base à ses travaux, ~ : ... ;
- i°. Quoique le but principal de ses recherches fût l’économie du combustible, on reconnut que cette considération devait être subordonnée à celle bien plus importante de la santé des hommes.
- 2°. Ce principe une fois admis/il convenait de déterminer d’après quel système les nouveaux foyers et poêles économiques devaient être construits, afin de produire une économie réelle dans la consommation du bois.- :: ï’j-:.
- 3°. Leur construction devait être simple et susceptible de pouvoir être imitée dans toutes les provinces des Etats autrichiens.
- - 4p. Pour concourir autant que possible à la conservation des forêts en substituant la houille au bois, ils devaient être disposés de manière à pou-i voir consommer au besoin ces deux espèces de combustible. > .
- ; 5°. Étant particulièrement destinés aux établissemens militaires , il fallait chercher- des moyens -de diminuer les dépenses de ces établissemens. . : >
- 6°.ï On ne devait pas perdre de vue qu’en voulant diminuer la consommation du combustible, il fallait rendre ces appareils également propres ait
- chauffage
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- chauffage, et à la coction des alimens, toutefois en ayant soin de ne pas laisser pénétrer dans les appartemens les vapeurs de ces alimens.
- 7°. Enfin il fallait introduire dans les établissemens publics une méthode de coction des alimens la plus appropriée au but qu’on se proposait.
- Après avoir établi ces principes, la Commission s’occupa de l’examen attentif et impartial des projets qui lui avaient été soumis; elle communiqua à ses membres les ouvrages nouvellement publiés sur les appareils de chauffage et les cuisines économiques, et consulta ceux qui s’étaient distingués avantageusement par des inventions ou des perfectionnemens de ce genre. '
- Elle fit des expériences exactes sur ceux de ces appareils qui lui avaient été proposés; mais aucun ne remplissant ses intentions, et ne pouvant être employé dans les casernes, à l’exception de quelques poêles et foyers, et entre autres ceux de M. Rumford, elle en fit construire de nouveaux d’après les principes qu’elle avait adoptés; une longue expérience en a suffisamment constaté les avantages.
- La tâche honorable que cette Commission s’était imposée, et l’approbation du prince éclairé qui l’avait instituée, furent pour elle un motif d’apporter dans ses recherches cette sévérité et cette persévérance, garants assurés du succès. Ce ne fut qu’après onze mois d’expériences suivies avec un zèle digne des plus grands éloges qu’elle crut devoir présenter à l’archiduc Charles un rapport détaillé, accompagné de dessins des appareils qu’elle proposait pour les établissemens militaires. Elle demanda en même temps à être mise en possession d’un bâtiment pour y répéter ses expériences en grand.
- En conséquence, il lui fut indiqué une caserne, dans laquelle on établit les poêles, foyers, cuisines et fourneaux nécessaires, dont les effets furent observés avec la plus scrupuleuse exactitude pendant une année entière; des thermomètres disposés dans l’intérieur et à l’extérieur des appartemens marquaient la température de l’atmosphère et celle qu’on avait obtenue. On examina la qualité des alimens employés dans les cuisines et le temps nécessaire pour les cuire. ,On fit aussi des expériences comparatives sur le chauffage avec le bois et la houille, et on reconnut que la qualité du bois, son séjour plus ou moins prolongé dans l’eau , son degré de dessiccation et son exposition à l’air, étaient autant de circonstances qui apportaient des différences remarquables dans la masse de calorique dégagée. Cependant, pour établir une règle fixe à cet égard et approcher le plus possible de la vérité, on prit des moyennes proportionnelles des quantités consommées et du degré de chaleur obtenu.
- Neuvième année. Mars i8ro. I
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- * La Commission fit également établir des poêles dans les salles des hô-J pitaux militaires, et en observa les effets avec la plus grande attention. I - Les buanderies et les bains des hôpitaux furent aussi disposés pour recevoir les nouveaux foyers.
- Toutes ces expériences donnèrent pour résultat une économie très-considérable de combustible. Pour en offrir un exemple, nous dirons que, dans les buanderies, on épargna pendant les six mois d’hiver 7 cordes de bois; les bains produisirent en trois mois une économie de 7 cordes de bois. .. > .
- Afin de propager autant que possible ces nouveaux appareils de chauffage, chaque province des États autrichiens envoya à Vienne un ingénieur et un habile poêlier pour prendre connaissance des moyens proposés par la Commission. Déjà les nouveaux appareils ont été introduits en Moravie et donnent les résultats les plus satisfaisans.
- C’est dans l’ouvrage même qu’il faut lire tous les détails de leur construction et de l’économie qu’on en retire. Pour mettre le lecteur en état d’apprécier ces avantages, nous nous contenterons d’observer que les appareils, placés dans une caserne capable de loger 14 compagnies d’infanterie ( i4oo hommes), ont donné , dans l’espace de 74 jours, une économie de 3851 florins (8664 francs 76 centimes). Ainsi, s’ils eussent été employés pendant 6 mois ou 18j jours, on aurait diminué la dépense de 9419 florins (19192 francs 75 centimes), déduction faite des frais d’entretien, somme qui surpasse de beaucoup celle nécessaire pour la' construction des appareils.
- L’ouvrage est divisé en quatre chapitres. Le premier traite des fourneaux propres au chauffage et à la préparation des alimens; le deuxième, des foyers économiques propres à être employés en été ; le troisième, des buanderies établies sur les nouveaux principes; le quatrième, des moyens de chauffer avec économie l’eau des bains.
- Les planches au nombre de vingt-deux, gravées avec le plus grand soin, représentent les détails des appareils proposés et donnent les dimensions exactes de toutes les pièces qui les composent. Elles facilitent l’intelligence du texte , au point que nous sommes persuadés que, d’après la simple inspection des figures, il serait possible de construire quelques-uns de ces appareils. Des tables particulières indiquent le prix de chaque objet et les frais de démolition , de construction, d’entretien, etc.
- Espérons que les travaux de la Commission de Vienne, dirigés avec autant de zèle que de talent, ne seront pas perdus pour la France, et que l’exempie utile donné par le Gouvernement autrichien sera suivi dans?
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- /un Empire dont les ressources sont immenses, et dont Tindustrie,' par* venue à un haut degré de splendeur, prend chaque jour Un nouvel ac*» croissement. # ' ' ' ' ' 5
- - 1 ' ' i;v' Dacluï. - , *
- Rapport fait par M. Vauquelin , au nom du Comité des arts chimiques 3 sur les chandelles de M, Hamel.
- La Société m’a déjà chargé de lui rendre compte des chandelles fabriquées par M. Bonmatin, et ces chandelles réunissant toutes les qualités que l’on peut désirer, je ne peux mieux faire que de comparer celles que fait M. Hamel, quelle m’a également chargé d’examiner, à celles de M, Bonmatin.
- Ces chandelles sont égales en blancheur, en sécheresse et en odeur ; celles de cinq à la livre de M. Hamely allumées et placées dans un lieu où Pair était assez tranquille et mouchées à propos , ont duré u heures 35 minutes ; celles de M. Bonmatin, également de cinq à la livre, n’ont duré que ï i heures. • • ; ' : . :. .
- Une chandelle de six à la livre de M. Hamel, laissée en place dans un endroit dont l’air était en repos, et mouchée soigneusement avec des ciseaux, a duré n heures. . _
- Les mèches de ces chandelles étant fines et fabriquées avec du coton de bonne qualité, elles ne coulent point et ne répandent ni fumée ni odeur. L’intensité de leur lumière m’a paru à-peu-près la même pour les unes et pour les autres ; mais elle n’est pas aussi forte que celle des chandelles ordinaires, . ,
- Les chandelles de M. Hamel, avec toutes les qualités de celles dé M. Bonmatin , réunissent l’avantage de ne coûter que i franc la livre ; tandis que M. Bonmatin vend les siennes î franc io centimes. Il j aura, sous ce rapport, un bénéfice de io pour xoo pour le consommateur dans l’usage des chandelles de M. Hamel - ,
- Ce dernier fabricant m’a aussi présenté différentes espèces de suifs dont la blancheur, la sécheresse, la demi - transparence et la bonne odeur, annoncent qu’il possède parfaitement l’art de fondre et de purifier ces matières, r
- Les expériences auxquelles je les ai soumis m’ont prouvé en effet qu’ils ne contiennent pas un atome de matières étrangères ; fondus , ces suifs sont clairs, transparens et ne laissent rien déposer, .
- Daprès ce qui vient d’être exposé, je pense que la Société peut donner
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- aux suifs et aux chandelles de M. Hamel la même approbation qu’elle a donnée aux chandelles dé M. Bonmatin, puisque avec les mêmes qualités elles valent io centimes de moins par livre.
- Adopté en séance, le 28 mars 1810.
- Signé Vauquelix, rapporteur.
- ÉCONOMIE RURALE.
- Instruction sur le moyen de se procurer des Essaims artificiels sans avoir recours aux procédés indiqués par M. Scliirach 9 ni aux ruches qui se partaient verticalement en deux parties , imaginées par MM. Huber? Gelieu et autres ; par .MLombard.
- La ponte des reines abeilles serait continuelle si elle 11’était suspendue par les froids. Pendant neuf mois de l’année, cette ponte est modérée;pen-dant les trois autres, elles est prodigieuse.
- Dans ces douze mois, il y en a un, c’est-à-dire trente jours , pour la grande ponte d’œufs d’où doivent sortir des mâles, et d’œufs d’où doivent sortir des abeilles communes. Les dix derniers jours, la ponte est mêlée d’œufs de l’une et l’autre sorte, ainsi que d’œufs de la seconde sorte déposés dans des cellules royales, pour y recevoir, lorsqu’ils seront éclos, par une nourriture particulière, le développement nécessaire à la formation des jeunes reines. La ponte d’œufs d’où doivent sortir des abeilles communes continue ensuite sans mélange. La reine mère, devenue légère après sa grande ponte de mâles, peut partir avec le premier essaim, et onze mois après, cette reine fait sa grande ponte d’œufs de mâles, etc. Tel est l’ordre naturel, qui est invariable.
- Dans notre climat de Paris , cette grande ponte d’œufs, d’où doivent sortir des mâles, finit en mai et juin, mois marqués pour la sortie de nos essaims; dans d’autres climats, cette ponte finit un peu plus tôt ou un peu plus tard.
- , La nature ayant prescrit un ordre pour la ponte des reines abeilles, si nous faisons des essaims à contre-temps, suivant les procédés indiqués par M. Schirach, ou avec les ruches imaginées par MM. Huber, Gelieu et autres, qui nous en donnent la facilité, nous dérangeons eette ponte ; l’époque de la sortie des essaims naturels, étant retardée ou avancée, ne peut avoir lieu, la saison s’y opposant; nous désorganisons et nous perdons nos* ruches. ;
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- « Dans la suite de nos expériences, dit M. Huber, qui ont dérangé plus ou moins Vordre des choses, il est arrivé très-souvent que les reines qui ne parvenaient qu’à onze mois commençaient en octobre leur ponte de mâles , et les ouvrières construisaient des cellules royales sans quil en pût résulter des essaims, à cause de la saison ( i ). »
- M. Bosc, membre de l’Institut, en faisant des expériences, a éprouvé la même chose, et a reconnu que des ruches ainsi désorganisées étaient bientôt perdues.
- J’ai cru ce préambule nécessaire, afin qu’on ne confonde point les procédés de M. Schirach avec ceux que je vais indiquer, et pour qu’on ne se serve pas légèrement des ruches imaginées par MM. Huber, Gelieu et autres, parce que leur usage dans des mains inhabiles est dangereux pour les abeilles. .
- Ayant conçu le projet de faire des essaims artificiels sans altérer l’ordre naturel, mes premières idées, consignées dans la Bibliothèque des propriétaires ruraux (septembre 1807), ont été tellement saisies, qu’en 1808 un propriétaire du département d’Ille - et - Vilaine a fait soixante-quatre essaims (2) ; qu’en 1809, il en a été fait dans le même département et dans ceux de la Haute-Marne, de la Côte-d’Or, de l’Aisne, de l’Oise, de Seine-et-Oise, de la Seine, etc., etc., et ce qui a rempli les vœux des personnes qui ont fait ces essaims, c’est que de plusieurs des mêmes ruches d’où elles les avaient extraits , il en est encore sorti des essaims naturels (3).
- Je sais qu’au printemps ( 1810) on se propose de faire des essaims de .toutes parts ; mais plusieurs personnes me demandent des éclaircissemens, et toutes s’y prenant trop tard, j’ai cru devoir rédiger l’instruction suivante, afin de prévenir les habitudes, qui, devenant routinières, retardent toujours les succès.
- Dans tous les climats, on peut se procurer des essaims, quelle que soit la forme des ruches, huit à dix jours après y avoir aperçu les faux-bourdons ou mâles.
- Je répète que la ponte des dix derniers jours du douzième mois est en-
- (1) Poyez la dixième lettre de M. Huber à M. Bonnet.
- (2) Binet, professeur de mathématiques à Rennes, et aujourd’hui attaché en la même qualité à l’Ecole polytechnique de Paris.
- O) Ce que j’ai appris de MM. Degland, médecin, professeur de botanique et directeur du Jardin des plantes à Rennes; Pirloy, maite à Lanty, département de la Haute-Marne; Bignon , directeur de la poste à Gonesse ; Binet, menuisier à Yerdilly, près Château-Thierry; Audierp menuisier à Coy, près Luzarches; Lasserayf au Jardin des plantes, etc»
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- tremêlée d’œufs de mâles et d’œufs d’où il doit sortir de jeunes rèines, et j’ajoute que les premiers faux-bourdons ne paraissant au plus tôt que le vingt-septième jour, à compter du moment de la ponte des œufs de leur sorte ("i), il faut en conclure que trois ou quatre jours après leur apparition à l’entrée d’une ruche, la ponte des œufs d’où doivent sortir des mâles est terminée, et que dans l’état naturel cette ruche mère pourrait donner un essaim : c’est cet essaim, dont la sortie est souvent contrariée par la saison, que l’on pourrait extraire des mères ruches dans notre climat de Paris dès les premiers jours de mai; si je prolonge cet enlèvement de quelques jours, c’est afin que la reine mère fasse une ponte un peu copieuse d’abeilles communes, pour remplacer en partie la population qui va en être enlevée avec elle, et pour fournir à la population des essaims suivans. Ces essaims , faits de bonne heure , auront l’avantage d’avoir toute la belle saison pour faire d’abondantes récoltes, et pour les ruches mères celui de la sortie assurée de plusieurs essaims naturels, conservés par Venlèvement de la reine, comme je le dirai dans un instant ; je ne doute même pas que ces essaims artificiels ne donnent eux-mêmes quelques essaims naturels. . . î , -
- Je dis donc qu’on peut obtenir artificiellement des essaims des ruches de toutes les formes pleines et bien peuplées, huit à dix jours après qu’elles auront montré des faux-bourdons. Le moment sera depuis neuf à dix heures du matin jusqu a une heure après-midi, par un temps calme et par un soleil brillant. , ‘ -
- Le point pour constituer l’essaim, c’est de faire passer une partie des abeilles d’une ruche pleine, avec leur reine, dans une ruche vide; le mojert, c’est de la fumée pour certaines ruches et du bruit pour les autres. * Pour extraire les essaims des ruches qui se composent de plusieurs pièces de.même diamètre , se posant les unes sur les autres, je suppose la ruche dont je me sers , et qui est figurée dans mon Manuel; je me place derrière celle d’où je veux extraire un essaim ; je détache et enlève le couvercle qui ferme le haut, je le pose à l’instant sur une ruche vide, je place cette ruche vide sur celle d’où je veux avoir l’essaim ; je prends les deux ruches réunies et les pose sur un support à claire-voie; j’enfume les abeilles par-dessous. Les abeilles, fuyant la fumée , montent dans la ruche vide, et lorsque j’y entends un grand bruissement, ce qui annonce communément que la reine y est montée, je sépare les deux ruches; je pose la nouvelle à quelques pas de moi sur une table légère; je place un couvercle sur la
- (1) Voyez la dixième lettre de M, Huber à M. Bonnet.
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- mère ruchè; je la remets à sa place, et l’opération est terminée : c’est l’affaire de six à huit minutes. Si la reine n’était pas encore passée dans la nouvelle ruche lorsqu’on l’a séparée de l’ancienne, les abeilles retourneraient la joindre; l’essaim serait manqué, on recommencerait le lendemain (i).
- À l’égard des ruches d’une seule pièce, on renverse sens dessus dessous la ruche d’où l’on veut extraire l’essaim; on l’assujettit entre les bâtons d’une chaise couchée ou entre deux échellons d’une échelle, de manière que l’ouverture de la ruche soit en haut ; on abouche sur cette ouverture une ruche vide ; on ferme la jonction des deux ruches avec un linge plié en bande; on frappe doucement d’abord, et en remontant sur la ruche inférieure ; on augmente le bruit par degrés, et bientôt on entend bruire dans la ruche vide, et lorsque le bruissement est considérable, on sépare les deux ruches ; on les place comme il est dit plus haut, et l’essaim est fait : c’est l’affaire de quelques minutes de plus que par la fumée.
- Trois questions m’ont été faites :
- La première, Doit-on éloigner les essaims artificiels des mères ruches d’où on les extrait ? #
- La seconde, Doit-on tenir ces essaims enfermés dans leur ruche pendant un temps quelconque P .
- La troisième, Doit-on enfermer momentanément dans leurs ruches les abeilles restées dans les ruches mères, après que les essaims en ont été extraits?
- Je réponds à la première question , que l’éloignement des essaims de leur ruche mère est inutile, parce qu’une fois sortis de cette ruche ils n’y retournent plus, quoique placés à côté d’elle.
- Aux deuxième et troisième, je réponds que la clôture est pareillement inutile, et qu’elle serait même dangereuse pour les abeilles s’il faisait chaud, parce que cette clôture v donnant lieu à de l’agitation, causerait une chaleur excessive qui ferait périr beaucoup d’abeilles par la suffocation (2).
- (1) Un amateur m’a écrit que le bruissement que j’indiquais pour présumer le passage de la reine était vague $ qu’il serait à désirer qn’on pût avoir la certitude de ce passage. Je conviens que le bruit n’est qu’une présomption , mais qui se trouve réalisée pour les trois quarts au moins des ruches où il se fait entendre, et que pour l’autre quart on peut recommencer.
- (2) Un amateur faisant des expériences avait enfermé un fort essaim. Le silence ayant succédé à beaucoup d’agitation, il ouvrit sa ruche et y trouva plus de dix mille abeilles mortes. Un autre m’a écrit : cc Je me suis mal trouvé-d’avoir fermé une ruche d’après les
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- J’ai dit que Vextraction du premier essaim des vieilles ruches avec la reine mère assurait la sortie des autres essaims naturels des mêmes ruches. ' •
- U n’est pas douteux que le plus ou moins long séjour des reines dans les ruches, après que leur ponte de jeunes reines est terminée, n’influe annuellement sur les essaims de chaque ruche. , ;
- Lorsque les reines ont fini leur ponte de mouches de leur sorte, elles deviennent marâtres; leur aversion s’étend jusque sur les jeunes reines leurs enfans, en voulant les détruire dans leur alvéole dès qu’elles approchent de leur développement. Les abeilles ouvrières ne s’y opposent pas, laissant les reines fécondes libres dans toutes leurs actions. Si elles les détruisent toutes ou en partie, il n’y a point ou il y a peu d’essaims : c’est ce qui est cause que nous voyons annuellement des ruches regorger d’abeilles et ne point donner d’essaims; mais la nature semble avoir cherché à diminuer les accidens en multipliant tellement les points d’aversion, qu’il devient souvent impossible aux reines mères de faire tout le mal qu’elles désirent. Au lieu de la naissance de trois ou quatre jeunes reines, annuellement suffisantes pour les essaims de chaque ruche, on voit quinze à vingt alvéoles au moins de jeunes reines dispersées dans les ruches mères, de manière que la reine peut bien en détruire une partie; mais entourée de tant d’objets qui lui font horreur, voulant les exterminer tous à-îa-fois, elle court de l’un à l’autre; ses actions ne répondant point à son impatience, elle excite une agitation qui cause une chaleur subite dans la ruche, telle que pour s’en délivrer, ainsique les abeilles agitées, elles se précipitent dehors pour aller s’établir dans un lieu plus tranquille : c’est ce qui cause la sortie du premier essaim de chaque ruche.
- La nature, comme on le voit, a placé le remède à côté du mal; mais il est évident que le remède sera complet si on enlève , comme je le propose, les reines mères avant quelles aient eu le temps d’opérer des destructions.
- Il ne faut pas dire que la reine mère enlevée, la jeune reine qui lui succédera pourra opérer la même destruction ; elle y est bien portée, ayant les mêmes inclinations que sa mère; mais, vierge encore, les abeilles, n’ayant point d’attachement pour elle, s’y opposent de toutes leurs forces réunies; elles s’y opposent avec une telle persévérance, qu’elles font une garde autour des alvéoles des autres jeunes reines, qu’elles les y tiennent
- conseils de M. Huberj en l’ouvrant le lendemain, il en sortit à l’instant une foule qui périt au bas de la ruche ; les abeilles restantes en jetèrent dehors une grande quantité pendant vingt-quatre heures. »
- - p ............. ...... * ' - - • - - • ;
- enfermees,
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- enfermées., qu’elles les y nourrissent, qu’elles les défendent de l’approche de la jeune reine libre (j), qui, sans cesse tourmentée par le désir d’attaquer les autres reines dans leurs alvéoles, sans cesse repoussée, s’agite, traverse en courant les divers groupes que forment les abeilles , leur communique son agitation et part à son tour avec un nombre d’abeilles; ce qui forme le second essaim. Les abeilles ouvrières donnent la liberté à une des jeunes reines, qui devient celle de la ruche et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’alvéoles contenant de jeunes reines, ou assez d’ouvrières pour en faire la garde; la jeune reine, libre alors, détruit sans obstacle les autres jeunes reines, sort pour aller au mâle et commencer la ponte quarante-six heures après. D’où il faut encore une fois conclure que les reines mères enlevées, comme je le propose, la sortie des essaims naturels sera assurée.
- Mes premières idées, publiées en 1807, ayant produit de l’effet, j’ai cru devoir leur donner aujourd’hui plus de développement; mais comme elles peuvent beaucoup influer sur la multiplication des abeilles en France, j’en ai conféré avec des amateurs qui connaissent ces insectes, et nous nous sommes tous trouvés d'accord. J’ai fait plus : mes idées, comme on a pu l’apercevoir, étant le résultat de plusieurs observations de M.Huber, observations que beaucoup de personnes révoquent en doute, parce que M. Hu~ berest aveugle (2) ; j’en ai conféré aussi avec M. Bosc, membre de l’Institut et notre collègue, qui, en faisant une multitude d’expériences sur les abeilles avec de bons yeux, a vérifié celles de M. Huber, et en a reconnu l’exactitude. M. Bosc a complètement conçu mes idées, et m’a permis de le citer comme les approuvant.
- Rapport fait par M. Cliassîron, au nom du Comité d’agriculture> sur une brochure publiée par M. Dessaux Lebreton.
- Messieurs, vous avez renvoyé à votre Comité d’agriculture l’examen d’un mémoire de M. Dessaux Lebreton, cultivateur à Saint-Omer, relatif aux plantations et à la dégradation des bois.
- Vous avez chargé ce Comité d’examiner si l’ouvrage de M. Lebreton renfermait des questions assez importantes pour devenir le sujet d’un rapport. Vous ne voulez offrir à l’opinion publique que des objets dignes de l’occuper, et ce n’est pas une tâche légère que celle de démêler , parmi les nora-
- (1) Voyez la neuvième lettre de M. Huber à. M. Bonnet.
- (4) M. Huber voyait par les yeux de M. Benmens, son lecteur et son secrétaire, aujourd’hui juge de paix à Houlan, près de Lausanne.
- Neuvième année. Mars 1810. &
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- ( -A )
- bréux travaux qui vous sont offerts, Ceux qui ne sont que le fruït d’une imagination exaltée, même pour l’amour du bien, de ceux qui peuvent faire faire quelques pas aux arts utiles, ou répandre dans la Société des connaissances ou des procédés avantageux. . ' i j .«•> • -; ?
- . Tel nous a paru l’ouvrage de M. Lebreton. Il cherche à détruire une* erreur dangereuse, ce qui souvent est plus utile que des découvertes nouvelles. Qui pourrait croire en effet que, dans le dix-neuvième siècle, des experts, des hommes dépositaires de la confiance d’un tribunal, aient pu affirmer qu’on pouvait impunément mutiler des arbres futaies , couper les plus fortes branches, détruire même leur tête et leur couronne, sans' nuire à ces mêmes arbres,* pourvu que l’amputation soit faite selon les règles de Vart? - . *
- « J’aimerais autant, dit l’auteur du mémoire, le rapport d’experts qui déclareraient qu’un habile chirurgien n’a fait aucun tort à l’individu en amputant un membre, d’ailleurs sain et utile, parce que l’opération aurait été faite dans toutes les règles de l’art. » ••
- L’auteur prouve très-bien que cette comparaison, qui paraît d’abord exagérée, ne l’est que par l’importance des sujets auxquels on l’applique; que les arbres vivent autant ‘par leurs branches et leurs feuilles que par leurs racines; que l’amputation des grosses branches détruit entièrement l’organisation végétale et la marche de la sève ; que celle-ci s’extravase, s’altère, se corrompt même sous le bourrelet, quand il peut se former, et finit par former des chancres qui détruisent les plus beaux arbres futaies, si rares, si précieux aujourd’hui; enfin, l’auteur ne craint point d’affirmer qu’on nuirait souvent moins à un grand arbre en coupant sous terre de grosses racines qu’en amputant à sa cime de fortes branches. 11 accumule les faits, il cite les expériences nombreuses de nos plus célèbres physiologistes, depuis Dùhamel jusqu’aux Thouin , aux Bosc, aux de Candolle : aussi l’ouvrage de M. Lebreton est un excellent traité de physique végétale, et c’est bien plus l’intérêt de la science, celui de la société tout entière, que son intérêt personnel que défend avec beaucoup de talent l’auteür du mémoire, qui, sous ce rapport, nous a paru vraiment digne d’éloges. Il nous ramène sans cesse, par une sage discussion, à l’examen d’une question plus importante aujourd’hui que jamais, puisque le Gouvernement nous prépare un code rural, qui sera l’un de ses plus grands bienfaits.
- L’intérêt de l’Etat, celui de la prospérité rurale et de l’agriculture permettent-ils que les arbitres, les experts, qui doivent prononcer sur les délits ruraux les plus importans, sur le cours, sur l’usage des eaux,
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- sur l’assolement des terres, sur l’exploitation des bois, sur les abus de tout genre que peuvent commettre des usufruitiers; que ces hommes, dis-je, qui doivent avoir une si grande influence sur le sort des campagnes, puisque leurs exemples, leurs décisions forment une autorité à laquelle tout doit céder, soient pris indifféremment dans toutes les classes des cultivateurs, d’ailleurs très - estimables pour leur moralité? Ou con-^ viendrait-il que, pour l’agriculture, comme pour tous les autres arts, tous les métiers, les experts, les arbitres, les jurés ne fussent choisis que parmi les hommes éclairés, désignés, nommés par les autorités compétentes? En d’autres termes, Messieurs, l’agriculture est-elle un art, un métier, qu’il faut apprendre, étudier, savoir, ou une simple habitude, une routine aveugle que chacun peut suivre et pratiquer? Cette question, Messieurs, n’en est pas sûrement une pour vous; elle est bien résolue par les faits, par les progrès mêmes de l’agriculture dans toutes les parties de la France où elle a été dirigée par des hommes habiles qui ont appliqué à l’art agricole les découvertes, les expériences qu’ont faites dans le siècle dernier la chimie, la botanique, la physique végétale ; mais si ces progrès ne sont pas plus rapides, plus universels, n’en doutez pas, Messieurs, c’est aux préjugés, c’est à l’ignorance des hommes qui remplissent dans certaines contrées les fonctions d’arbitres qu’il faut l’attribuer. Que peut faire l’homme le plus instruit, le cultivateur le plus habile, lorsque des experts, des arbitres décident qu’on peut impunément, à tout âge, à toute saison, amputer les plus fortes branches des futaies, enlever même la couronne des arbres? Quand d’autres déclarent qu’on peut, sans nuire aux prairies, y laisser vaguer les bestiaux en tout temps, en toute saison, même quand ils défoncent le sol à 3 et 4 décimètres de profondeur ? Que tous les bois sont défensables et peuvent être soumis au parcours à cinq ans dans des localités où ils ne le sont réellement qu’après huit et dix années? Quand d’autres décident (et cela existe dans des contrées entières) qu’après la récolte, les bestiaux ne font aucun mal dans les vignobles? Que faire alors, si ce n’est de céder à la routine et d’exploiter comme Von peut, plutôt que de perdre son temps et sa fortune à faire des tentatives inutiles ? Jamais on ne rompra de pareilles habitudes; jamais l’agriculture ne fera des progrès réels dans certaines contrées, que lorsque les connaissances agricoles seront devenues générales et populaires , et elles ne le deviendront que quand les experts, les arbitres seront eux-mêmes des hommes instruits, qui répandront les vrais principes au lieu de maintenir les erreurs et de repousser les connaissànces utiles. -
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- C’est aux Comices agricoles, établis il y a vingt ans, que l’agriculture doit l’état prospère dont elle jouit dans les environs de Paris.
- L’auteur du mémoire dont nous rendons compte à la Société, démontre ces vérités par des faits si positifs, si importans, que nous avons cru devoir les consigner dans ce rapport. Nous pensons que M. Lebreton a rendu un service réel en donnant de la publicité à son ouvrage, et la Société jugera si, dans les circonstances présentes, il ne serait pas convenable d’adresser le mémoire et le rapport du Comité d’agriculture à S. Ex. le Ministre de l’intérieur.
- Adopté en séance, le i\ mars 1810.
- Signé Chassiron , rapporteur.
- AGRICULTURE.
- Extrait d*un Mémoire de M. Gaujac y sur la culture en grand
- du colza. {Fin) (i).
- Maturité de la graine de colza.
- , C’est du 20 au 3o juin, et quelquefois jusqu’au i5 juillet,, suivant les saisons, que la graine de colza acquiert sa parfaite maturité dans le climat de Paris. Elle est indiquée par la couleur jaunâtre que prennent les tiges et les branches; il faut se hâter alors de la couper avec la faucille. Si on différait, on courrait le risque de perdre beaucoup de graine par l’ouverture des cosses ; il vaut mieux les récolter deux jours plus tôt que deux jours plus tard. Il faut laisser sécher au soleil pendant trois ou quatre jours les tiges abattues; si le temps est couvert ou pluvieux, il faut se hâter de les rentrer dans la grange, dans les greniers, ou sous des hangars à courant d’air, pour les faire battre lorsqu’elles ne conservent plus la moindre humidité. Dans la ci-devant Flandre, on est dans l’usage de mettre en meule toutes ces tiges en faisceaux, pour ne les faire battre que lorsqu’on en ale temps, mais toujours assez tôt pour débarrasser le champ et le façonner pour le remettre en blé. Lorsque le temps continue d’ètre beau , l’auteur évite la façon d’une meule, en faisant battre le colza entre deux grands charriers, sur une aire pratiquée dans le champ meme, avec les précautions de retourner une ou deux fois les faisceaux. Ensuite il fait secouer les paquets pour faire tomber toutes les graines dans le charrier, et il en forme des bottes qui servent à chauffer le four ou le breuvage des bestiaux. Un ouvrier, muni d’un râteau à dents de
- (i) Yoyez Bulletin> N°. LX.YI1. Janvier 18x0.
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- bois, suit celui qui secoue les tiges, et enlève avec son instrument une grande partie de la courte paille et des cosses alors vides.
- Lorsqu’il y a une grande quantité de graines dans le charrier, M. Gaujac les fait enlever pour les vanner. Au lieu de van, il se sert d’un moulin à vent portatif ou roulant, surmonté d’une trémie, au-dessous de laquelle est placé un tamis de fil de laiton à travers lequel la graine passe. Les quatre ailes du moulin, formées chacune d’une seule planche et disposées en face de la trémie, sont mues par un homme, qui les fait tourner à l’aide d’une manivelle; elles chassent dehors les pailles, les graines vides ou infertiles et les corps légers, de manière que la graine pure et bien nette rentre dans la caisse du fond. Tous ces travaux s’exécutent dans le champ même, et la graine est aussitôt portée dans les greniers, où il faut l’étaler à l’épaisseur d’un tiers de mètre et la remuer pendant quelques jours, pour la mettre ensuite dans des sacs, la tenir dans un endroit sec, et la porter au moulin quand on en a le temps. Toutes les saisons sont propres à la fabrication de l’huile, hors le temps des grandes gelées: l’auteur fait toujours ia sienne en automne.
- Les moulins qu’on emploie en Flandre, pour l’extraction de l’huile de colza, sont des moulins à vent. Celui dont se sert M. Gaujac est un moulin à eau ; mais on y fabrique l’huile comme en Flandre. Les uns et les autres sont susceptibles de quelques perfectionnemens.
- Quarante ares de bonnes terres plantées en colza rendent, année commune, 960 kilogrammes de graines, plus ou moins suivant les saisons.
- Si cette graine est bien pleine et bien mûre, elle doit donner 38o kilogrammes d’huile, et environ 5ao kilogrammes de tourteaux. Sur cette quantité de graines, il faut toujours compter 5o à 60 kilogrammes de déchet par l’imbibition des sacs ou par la négligence des ouvriers. Les tourteaux sont infiniment précieux pour le cultivateur; il s’en sert avec un grand avantage pour la nourriture et l’engrais des bestiaux; et après les avoir réduits en poudre, il les répand sur ses terres et leur procure ainsi un bon engrais. M. Gaujac n’en a pas encore fait l’essai ; mais il a nourri, pendant l’hiver dernier, quatorze porcs d’un an avec 60 kilogrammes de pommes de terre, 10 kilogrammes de son et 5 kilogrammes de tourteaux, cuits ensemble pendant deux heures, et distribués en deux repas par jour. 11 faut 10 kilogrammes de ce mélange par jour pour engraisser un fort cochon en quatre ou cinq semaines (1). •
- (1) Cette dépense ne s’élève pas à 2 francs par jour : ainsi, avec moins de 3oo francs, on peut nourrir pendant cinq mois quatorze pores. Dans la belle saison, on leur donne du trelie , des choux et beaucoup d’autres herbes.
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- Produit de quarante ares de bonnes terres plantées en colza..
- Nous avons observé qu’on en retirait 960 kilogrammes de graines, qui rendent 382 kilogrammes d’huile évaluée à r franc le kilogramme. 682 fr. 5ao kilogrammes de tourteaux à 25 centimes le kilogramme. . . 13o
- Total, . * , .
- Frais à déduire. , jr \ . . ;
- Location de 4o ares de terre, . v . V v 20 fr. ^
- Imposition. . . V . . . ; . ... ; * 5
- Vingt voitures de fumier à 3 francs. . 60 Labours, façons et journées d’hommes’ ’ pour planter, récolter, battre, vanner, etc. ......................... 70
- Port au moulin, et report à la ferme. 5 Payé au meunier pour façon de l’huile. 3o /
- Produit ttet. .
- . , 512 fr.
- - 19°
- 322 fr.
- Ce rapport équivaut à plus de 2 hectares de terres semées en blé.
- En comparant le produit de ces 4o ares de terre avec celui de 4o ares de blé , qui ne rendent pas toujours 5o francs nets au bas prix où est celle denrée depuis quelques années, on verra que l’avantage est en faveur de la culture du colza.
- Cette évaluation est portée au plus bas, puisque Fhuile de colza se vend 100 francs la tonne pesant 90 kilogrammes. Quant aux tourteaux, l’auteur n’en vend jamais; mais, par les avantages qu’il en retire, il pense que ce n’est pas les évaluer trop haut en les portant à 25 centimes le kilogramme. Toutes les huiles qu’il a fait fabriquer ont été tirées à froid, le meunier n’étant pas dans l’usage de faire chauffer les graines mouillées, ni à la première pression ni aux subséquentes.
- Il faut encore ajouter que le froment qui succède au colza produit une récolte extraordinaire sans fumure , et que cet assolement économise au cultivateur une somme déplus de i5o francs par hectare. La culture du colza devient pour le cultivateur un dédommagement de la perte qu’il éprouve sur le blé. *
- On sème le colza à la fin de juillet, à la volée, dans une terre bien préparée d’avance et amendée avec des engrais consommés; mais par la difficulté d’avoir des lignes droites et également espacées pour les façons subséquentes, M. Gaujac préfère le semer en rayons tracés par la charrue
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- et distans l’un de loutre de 5 décimètres. Quelque clair que Ton sème , la graine lève toujours trop épais. Il faut, quinze jours après sa sortie, l’éclaircir ; à deux ! décimètres de distance ; etapres lé même laps de temps , si tous; les plants qui sont en terre sont bien vénans, il faut les. éclaircir de nouveau, de manière que chaque pied de colza se trouve espacé de 5 décimètres en tous sens, et on repiquera du plant dans les places où il en manquerait. Peu de jours après, si la terre ne se trouvé pas trop mouillée, il faut biner et chausser le plant, et enfin suivre les mêmes façons que pour le colza repiqué. : .-r: :
- La graine de celui qui est semé en place étant toujours plus tôt muré que celle du colza repiqué; on a le temps de les récolter l’une après l’autre sans aucun dommage. L’auteur recommande particulièrement à tous ceux qui se livrent à cette culture d’être fort attentifs à la maturité delà graine, d’en écarter les oiseaux quinze jours avant, et de prévenir l’ouverture des cosses, s’ils ne veulent pas perdre beaucoup de graine.
- Il serait à désirer que les autorités administratives des lieux où il y a des moulins à huile surveillassent la fabrication de ce liquide. Il s’y commet depuis long-temps de nombreux abus, tant pour la qualité que pour la quantité. La plupart des huiles de graines pourraient devenir comestibles, si elles étaient faites avec soin et propreté , à la manière hollandaise , sans acquérir une rancidité désagréable.
- Obligé de se servir d’un moulin banal, l’auteur doute que les huiles qu’il a obtenues puissent servir à d’autres usages qu’à l’éclairage ou à être employées dans différens arts. Il assure que s’il en avait un débit suffisant, il ferait construire un moulin à la hollandaise, et qu’il traiterait ses huiles avec tout le soin et l’attention qu’y apportent les industrieux Bataves. Il pense que, si l’on veut obtenir de l’huile de graine passable, on ne peut mieux faire que de suivre les instructions données par feu l’abbé Rozier dans son Cours d‘Agriculture, article Huile; mais en se servant de moulins banaux, il faudrait faire ce qu’il fit en dernier lieu, et il est douteux que beaucoup de cultivateurs voulussent en faire la dépense.
- L’huile de colza, qui arrive de Flandre à Paris, est toujours sur sa lie; si elle était bien tirée à clair lorsqu’on l’expédie, elle ne laisserait aucun dépôt, même au bout d’un an. A cette époque, il se forme autour des pièces de petits grumeaux, comme du suif, qui se fondent par la chaleur; mais dès qu’ils sont refroidis ils se coagulent. L’huile brute de colza bien fabriquée ne donne pas plus de 2 kilogrammes par 100 de lie. Celle qui n est pas épurée brûle mal et produit line fumée épaisse ; mais lorsqu’elle
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- est bien clarifiée, elle brûle très-bien sans fumée, et il ne lui reste qu’une très-faible odeur. . ,
- Ce mémoire, très-bien rédigé, et contenant des vues utiles sur l’importance de la culture du colza, ne peut que contribuer à confirmer une vérité aujourd’hui bien démontrée, c’est qu’après les prairies artificielles, une des parties les plus essentielles de l’agriculture, est la culture des plantes oléagineuses, qui présente des avantages certains et dédommage amplement le cultivateur de ses avances et de ses soins.
- Nous donnerons, dans un prochain numéro, l’extrait d’un mémoire non moins intéressant sur la culture comparée des plantes oléifères; il est du même auteur, et a été jugé digne du prix que la Société avait proposé pour cet objet.
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- A Paris, de l’imprimerie de Madame HUZARD, rue de l’Éperon , N*. 7.
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- NEUVIÈME ANNÉE. (N°. LXX.) AVRIL l8lO.
- BULLETIN
- DE LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Moïard, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur une nouvelle Serrure de sûreté, inventée par M. Nantes, serrurier, à Paris.
- M. Nantes, serrurier, rue des Fourreurs, n°. 6, à Paris, a présenté à la Société d’Encouragement une nouvelle serrure de sûreté, dont l’examen a été confié au Comité des arts mécaniques : nous avons à vous rendre compte du résultat de cet examen.
- Il est à la connaissance des membres du Comité que la serrure dont il s’agit a été exposée pendant dix-huit mois à la porte de l’auteur, avec un écriteau portant la promesse d’une somme de 1,200 francs à celui qui parviendrait à l’ouvrir. Ce fait a été certifié par M. Masson, magistrat de sûreté de la Division des marchés, dont nous avons eu entre les mains l’attestation. On ne peut douter qu’un grand nombre de personnes , sur-tout parmi les gens de l’art, ne se soient présentées pour répondre à cette espèce de défi, et il est également hors de doute que le problème n’a pas été résolu.
- Le moyen de sûreté qui distingue la serrure de M. Nantes consiste en ce qu’elle s’ouvre avec deux clefs, dont l’une, plus petite, sert à dégager le pêne d’un crochet particulier qui le fixe, et l’autre à le conduire (le pêne) à la manière ordinaire. Elle diffère des serrures à doubles clefs de M. Georget, en ce que la disposition de ces dernières amène un cache-entrée, au lieu que dans les serrures de M. Nantes l’entrée n’est |>oint masquée, et cependant nous sommes portés à croire qu’on ne parviendrait à l’ouvrir avec un crochet qu autant qu’on pourrait le conformer sur le modèle de la petite Neuvième année. Avril 1810. L
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- clef ; ce qui nous paraît au moins fort difficile, M. Nantes a d’autant mieux rempli son objet dans l’exécution de cette serrure, que la combinaison qui en fait le mérite n’en augmente pas sensiblement le prix ; et comme on ne saurait trop encourager les perfectiomnemens de ce genre, puisqu’ils tendent à assurer le repos des citoyens et à garantir leurs propriétés, nous proposons à la Société de faire mention dans son Bulletin de celui qu’on doit à M. Nantes , et d écrire à cet artiste une lettre de satisfaction.
- Signé Molard , rapporteur'.
- Adopté en séance, le 2S avril 1810.
- Notice sur les moyens de remédier à Vinfiltration des eaux dans les murs de revêtement des canaux.
- M. le général de Grave a communiqué à la Société, de la part de M. de Brion, l’un des propriétaires du canal de Briare, les détails suivans d’un événement qui menaçait d’entraîner la destruction de deux écluses de ce canal, et de suspendre la navigation à une époque où un grand nombre de barques destinées à ^approvisionnement de Paris étaient arrêtées dans le bief en amont desdites écluses. \ *
- Le canal de Briare , l’un des plus importans de la France, et qui joint la Loire à la Seine, fut commencé en i638 et achevé en 1642, aux frais d’une société de propriétaires. Un grand nombre d’écluses en facilitent la navigation; celles de Rogny, qui font l’objet de cette notice, sont les plus intéressantes. Elles ont a.3 mètres (71 pieds) de chute; les revêtemens du sas et des piliers, construits en petites pierres, de 6 pouces d’épaisseur, à-peu-près semblables à celles dont les Romains se servaient sous le Bas-Empire, ayant eu le temps nécessaire pour sécher, avant que l’on fût obligé de laisser entrer l’eau dans le sas, acquirent une très-grande solidité; cependant plusieurs des revêtemens, soit des bajoyers, soit des piliers, ont été refaits; d’autres sont encore existans.
- Au mois de mars 180g, les propriétaires du canal de Briare ordonnèrent la reconstruction des piliers en aval de la sixième écluse de Rogny, ce qui fut exécuté pendant le chômage de la navigation, dans les mois d’août et de septembre, époque à laquelle la Loire n’est pas navigable.
- Les pierres des revêtemens furent choisies avec beaucoup de soin ; elles avaient i3 à 14 pouces d’épaisseur , et au moins 4 pieds de queue; elles furent taillées à recouvrement, ainsi qu’on l’a toujours pratiqué de-
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- puis dix ans. Il est probable et même certain que les pluies abondantes qui tombèrent pendant le temps de la construction empêchèrent le ciment de se durcir, et occasionnèrent l’accident dont nous allons rendre compte. Nous observerons que le pilier de droite A^ PL 67, Jig. ire., est le seul qui ait souffert; il est exposé à la violence des vents d’ouest, côté d’où venait la pluie.
- M. de Brion, s’étant rendu le 18 octobre à Briare, reçut, le 22 du même mois, jour de l’ouverture de la navigation, l’avis qu’au moment où on avait laissé entrer l’eau dans la sixième écluse de Rogny, les cinq assises inférieures b b, fîg. ire. , du pilier de droite A, étaient sorties ensemble en faisant une saillie de 3 pouces , et qu’une des pierres de la cinquième assise £ avait été emportée par la force de l’eau jusque dans le septième sas avec un bruit effrayant, M. de Brion présuma que le ciment n’ayant pas eu le temps de se durcir, l’eau s’était introduite derrière le revêtement par l’angle de l’encastrement, et avait agi avec la force du levier.
- Cependant il fallait prendre un parti prompt et décisif ; cent quatre-vingts bateaux réclamaient le passage; la navigation pouvait être interrompue pendant tout l’hiver, et les propriétaires éprouver un tort considérable. L’auteur ayant réfléchi que le soufre n’était pas soluble dans l’eau, qu’il acquérait facilement l’état de fluidité par la chaleur, que son refroidissement était prompt, qu’il se moulait parfaitement et qu’il ne prenait point de retrait, résolut de l’employer.
- Aussitôt il rassemble les ouvriers nécessaires et se rend à Rogny. Son premier soin fut de faire démonter les portes du bas de l’écluse, et de faire tingler soigneusement celles du haut de la première écluse en amont, afin de maintenir l’eau dans le bief supérieur, ne pas en être incommodé pendant la réparation, et faire en sorte que les bateaux pussent rester à .flot. Les portes ayant été démontées et transportées à quatre mètres de l’angle de l’encastrement, M. de Brion descendit dans l’écluse, où il observa que le ciment, entre l’ancien corps de maçonnerie et le revêtement, avait été dissous et chassé hors du sas, et que les joints, dans i’angle de l’encastrement depuis la seconde assise supérieure, avaient été entièrement détruits. 11 s’aperçut aussi d’un défaut d’épaisseur dans l’une des assises, défaut dont on n’avait pas pu s’apercevoir, le cbar-rîonnet de la porte le masquant. Il fit démolir cinq des pierres de l’encastrement pour connaître le vide qui existait derrière le revêtement du pilier, qu’il trouva de 5 mètres de longueur sur 4 mètres 5 décimètres de hauteur. Il reconnut alors que la force de l’eau avait été la cause du mal, et
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- ayant visité la totalité du bajoyer attenant l’encastrement, il trouva les joints des pierres du revêtement de la partie du bajoyer qui n’avait pas été reconstruite, absolument dégradés. Il jugea d’après cela que l’infiltration avait commencé par cette partie de l’ancienne construction, qu’elle s’était prolongée derrière l’encastrement , et enfin derrière le pilier. Il vérifia ensuite l’aplomb de la partie supérieure du pilier, et il s’assura qu’aucun, tassement n’avait eu lieu. Il ne s’agissait donc plus, d’après le système qu’il avait adopté, que de repousser les cinq assises inférieures à la place qu’elles occupaient auparavant, et d’empêcher l’introduction de l’eau entre le revêtement et le corps de maçonnerie du pilier, tant par les joints de l’encastrement que par ceux de la partie ancienne du bajoyer. En conséquence , il fit échafauder, et il essaya de repousser les pierres des assises inférieures. Il se servit pour cet objet de leviers de 5 mètres de long sur 2 décimètres et demi d’équarrissage, qui furent appuyés d’un bout sur chacune des pierres qui avaient fait saillie, de l’autre contre le pilier opposé ; on frappa sur cette partie des leviers avec des masses de fer, et on parvint à remettre quatre des pierres à leur place. Le lendemain, les cinq assises étaient rétablies, et la totalité du pilier se trouva parfaitement d’aplomb. Les pierres du revêtement étant toutes taillées à recouvrement, il fut impossible de les reculer. Pour obvier à cet inconvénient, on fit couler du plomb dans les joints, et pour donner plus de solidité à l’ouvrage, afin que le revêtement ne formât qu’un seul corps, on fit encastrer dans les pierres plusieurs bandes de fer d, J, d,fig. 2, posées sur champ , scellées en plomb et garnies de crampons de distance en distance, comme on le voit dans la figure.
- Cependant, pour ne pas laisser de vide entre l’ancien massif de maçonnerie et le revêtement, M. de Brion fit faire un coulis composé d’un tiers de chaux vive et de deux tiers de plâtre, qui se durcit promptement et remplit tous les interstices. Les joints des pierres dans l’encastrement étant extrêmement serrés, il fit poser une bande fer e dans cette partie, à 15 millimètres du sommet de l’angle, en sorte qu’il put faire couler du soufre entre cette bande de fer et l’angle de l’encastrement. De cette manière, tous les joints verticaux furent remplis; mais comme les joints horizontaux présentaient la même difficulté pour être coulés en soufre, il fit poser à l5 millimètres en avant de la bande de fer une lame de plomb m de 4 décimètres de largeur sur 7 mètres et demi de hauteur, bien cramponnée de distance en distance, et il fit couler en soufre tout le vide qui se trouvait entre la bande de fer et la nappe de plomb. Il s’assura alors qu’il 11e pouvait point passer d’eau par l’angle de l’encastrement. .
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- Pendant que Fauteur était occupé de ces travaux, M. Baillet, ingénieur en chef du département du Loiret, vint visiter Fouvrage à Rogny. Il parut approuver ce qui avait été fait jusqu’alors, et engagea M. de Brion à continuer de suivre le plan qu’il s’était tracé. Ce dernier fit alors couler du soufre dans tous les joints, tant du pilier que de la partie ancienne du bajoyer dont il avait reconnu le défaut. L’ouvrage fut achevé en vingt et un jours, et la dépense n’a été que de 5,020 francs.
- M. de Pronj, directeur de l’Ecole impériale des ponts et chaussées, qui accompagna Fauteur à Rogny, fut témoin des succès qu’il avait obtenus. Aussitôt que tous les joints furent coulés en soufre, on fit entrer l’eau dans l’écluse; elle la retint parfaitement, et le soir même les bateaux descendirent la montagne de Rogny, et depuis la réparation de l’écluse il en est passé plus de deux mille. Les gelées n’ont pas occasionné la moindre dégradation.
- M. de Brion , qui dirige avec autant de zèle que de talent tout ce qui concerne l’administration du canal de Briare, pense que le mélange de trois parties de soufre et d’une partie de cire jaune formeraient un très-bon mastic, qui, en conservant toutes les propriétés du soufre pur, ne serait point susceptible de s’écailler ni de prendre du retrait.
- Explication des figures de la Planche 67.
- Fig. 1, Plan et élévation de l’écluse de Rogny avant la réparation.
- A, pilier de droite; Z?, bajoyer; C C, partie de l’ancienne construction ; h b, les cinq assises de pierres ayant fait une saillie de 5 pouces; c, vide formé par l’enlèvement d’une des pierres par la force de l’eau.
- Fig. 2. Plan et élévation de l’écluse de Rogny après la réparation.
- A, pilier de droite; B, bajoyer; C C, partie de l’ancienne construction ; A), angle de l’encastrement.
- d d d, bandes de fer scellées à crampons sur le revêtement; e e, autres bandes de fer scellées également dans l’angle de l’encastrement.
- m, lame de plomb entre laquelle on a coulé le soufre.
- Rapport fait par JM. Bardel^ au nom du Comité des Arts mécaniques ? sur Les tricots à toison de JM. Boiteux.
- Vous avez déjà eu occasion de reconnaître les avantages du tricot à toison fabriqué parM. Boiteux, en accordant pour cet objet à ce fabricant une médaille d’encouragement. Depuis, il a perfectionné son travail,ainsi que vous pouvez en juger par l’échantillon qui est sous vos yeux. Cet article de bonneterie, garni d’un côté en laine fine en forme de toison ,
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- se confectionne en bas, chaussons, gilets, etc. Il est d’une grande utilité pour garantir du froid dans les voyages d’hiver ; il offre du soulagement aux personnes attaquées de rhumatismes qui en font usage. Il s’est établi dans nos fabriques d’après des échantillons venus de l’étranger. H. Boiteux est le premier fabricant qui ait tenté de l’imiter; il est aussi celui qui ale mieux réussi à le bien fabriquer, ainsi que nous nous en sommes assurés en comparant les produits de sa manufacture à ceux de ses concurrens.
- M. Boiteux justifie l’honorable distinction qu’ilaobtenue de la Société, et il continue d’être recommandable par sa bonne fabrication. Nous proposons au Conseil d’administration de le rappeler à l’attention des consommateurs, par l’insertion au Bulletin d’une mention honorable. *
- Adopté en séance^ le 28 mars 1810,
- Signé Bardel, rapporteur.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Note sur un Irrorateur ou nouvelle manière de parfumer les appartemensy par M. Brillât de Savarin.
- Les parfums dont les Orientaux font un si fréquent usage ne sont guère regardés en France que comme une superfluité.
- Cependant, indépendamment de l’agrément qu’ils procurent, il est bien des occasions où ils sont d’une utilité réelle.
- On ne connaît que deux manières d’employer les parfums : la première, en les réduisant en fumée au moyen du feu; la seconde, en répandant au dehors une liqueur dans laquelle ils sont dissous.
- L’une et l’autre ne sont pas sans inconvéniens.
- La méthode par fumigation charge l’air non-seulement de la vapeur qui s’exhale du corps brûlé, mais encore de quelques portions d’acide carbonique, de sorte que cette double addition rend l’air moins respirable et affecte désagréablement les organes des personnes délicates ou sujettes aux maux de tête.
- La méthode par aspersion agit lentement, salit les appartemens, et ne convient ni aux lieux dont les parquets sont précieux, ni à ceux où se trouvent des dames parées
- Je fais usage d’une troisième méthode, que j’appelle par irroration, en ce qu’elle consiste dans la production d’une rosée odorante dont on parfume l’air à volonté.
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- je produis cet effet au moyen d’une petite fontaine de compression que j’ai fait construire exprès, et dont l’ajutage est percé d’un trou excessiveinent petit.
- Le récipient est de la capacité d’un quart de litre; Je le remplis à moitié d’une liqueur légèrement parfumée; après quoi, au moyen d’une pompe foulante à soupape, j’y introduis une grande quantité d’air et je ferme le robinet. Je l’ouvre quand Je veux opérer, et le liquide s’échappe avec violence sous la forme d’une véritable rosée, qui ne mouille point sensiblement, et qui, en lavant l’air et le parfumant, le rend très-doux et très-agréable à respirer. '
- Cette machine , que je n’offre point comme désinfectante (effet qui ne se produit que par l’appareil de M. Guyton-Morveau), à cependant son utilité, i°. toutes les fois qu’il s’agit de corriger une mauvaise odeur; 20. dans les appartemens qui servent à-la-fois de salle à manger et de salon de compagnie; 3°. pour parfumer agréablement la chambre et le lit d’un malade; 4°. pour rafraîchir les appartemens en été, en se servant d’eau glacée; à quoi, il faut ajouter quelle remplace parfaitement les seringues d’injection pour les plaies et sur-tout pour les maux d’yeux.
- La machine que je mets sous les yeux de la Société, et dont je vais faire l’essai, a été exécutée avec beaucoup de soin par M. üumotiez, constructeur d’instrumens de physique, rue du Jardinet, n°. 2.
- Rapport fait par M. Gillet-Laumont , au nom du Comité des
- Arts économiques } sur les Constructions en hois inaltérable exécutées par M. Migneron.
- Depuis long-temps on s’est occupé des moyens de prolonger la durée des bois ; mais les résultats nécessaires pour constater cette durée sont si longs à obtenir, que la plupart sont restés jusqu’ici ignorés, et nous nous félicitons d’en avoir aujourd’hui à présenter à la Société qui offrent tous les caractères de l’authenticité. Nous les devons à M. Migneron, qui a soumis à la Société, lors de sa dernière séance générale, quelques échantillons de bois inaltérables, plusieurs projets de constructions et un mémoire contenant l’exposé des résultats auxquels il annonce être parvenu pour durcir, cintrer et prolonger la durée des bois. Cet artiste a mis au nombre des constructions qu’il a faites, il y a environ vingt-neuf ans, deux ponts encore existansà Bellevue et une terrasse à Paris; il a prié la Société de vouloir bien les faire examiner avant qu’ils soient démontés pour etre réparés.
- Nous allons passer en revue ces divers objets ; mais nous nous arrêterons
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- principalement aux deux ponts et à la terrasse, comme pouvant donner une idée de la bonté et de la durée des bois préparés.
- Les échantillons de bois remis par M. Migneron consistent, i°. en une queue d’aronde en bois préparé, refendue en trois pour en faire voir l’intérieur, et pareille à celles qui viennent d’étre posées dans les fondations du Temple de la Gloire, pour réunir les pierres les unes aux autres; 2°. en une branche d’arbrà altérée par vétusté, refendue en plusieurs parties, dont une portion a tété préparée, tandis que l’autre a été laissée dans l’état où elle était. Le bois de la queue d’aronde nous a paru avoir acquis de la dureté jusque dans son intérieur, et sur-tout celui de la branche d’arbre altérée, qui est devenu susceptible de recevoir la sculpture; mais ces bois, étant préparés depuis peu, ne nous paraissent avoir été présentés par l’auteur que pour donner une idée de la préparation qu’il peut leur donner.
- Les projets, dessins et détails de construction qu’il a soumis à la Société , consistent en plusieurs projets d’orangerie et de greniers d’abondance offrant de grands développemens ; mais principalement en un pont en bois cintré, d’une seule arche de 65 mètres d’ouverture, qu’il a fait graver et qu’il devait établir à Paris, en remplacement de l’ancien Pont-Rouge , pour joindre l’île de la Cité à celle Saint-Louis, et un autre projet de pont de deux arches, de chacune de 5s mètres484 millimètres d’ouverture, qu’il espère construire à Wehrden, sur la Sarre, près Sarrebruck, et pour lequel , sur le rapport du Conseil des ponts et chaussées, il a obtenu l’autorisation par décret impérial de l’an XII. Les circonstances de la guerre ayant jusqu’ici retardé l’exécution de ce pont, extrêmement avantageux pour les salines de l’Est , et pour la communication importante de Strasbourg à Liège parla grande route, déjà fort avancée, il est à désirer que ce pont utile soit incessamment établi (t). -
- Ces divers dessins et projets nous ont paru conçus avec intelligence et tracé avec goût; mais la partie la plus importante du mémoire de H. Migneron est celle qui traite de l’emploi des bois verts et de la durée de ceux préparés par ses procédés. L’auteur y a donné à cet égard la copie d’une notice insérée , par l’ordre de S. Ex.' le Ministre de l’intérieur, dans le Moniteur du 18 janvier 1808, dont nous allons présenter* l’extrait; il est dit : « Que l’on a vu chez M. Migneron, en 1778, » des pièces de bois nouvellement coupées dans la forêt, qui, soumises
- (1) M. Migneron y avait joint aussi la description d’un pont en bois cintré , mais non préparé , qu’il vient d’établir à Saint-Leu, dans les jardins de S. M. le roi de Hollande.
- » a
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- » à ses procédés , ont été rendues propres à être aussitôt employées sans » craindre aucun des inconvéniens attachés à l’emploi des bois verts ; que' » ces procédés furent soumis alors au jugement des Académies des Sciences » et d’Architecture de Paris, de Bordeaux, de Toulouse, de plusieurs So-» ciétés savantes, et examinés par Buffon, Duhamel-Dumonceau, Franklin,
- » Perronet, et qu’ils obtinrent leur approbation.
- » Qu’en 1806 , S. Ex. le Ministre de l’intérieur ayant eu connais-» sance qu’il existait encore dans le parc de Bellevue deux ponts cons-» truits par M. Migneron, et une terrasse rue d’Anjou, faubourg Saint-» Honoré, à Paris, Son Excellence chargea le Conseil des Bâtimens civils » de les examiner, et que ce Conseil lui remit un rapport approuvé par » lui(i), et rédigé par MM. Rondelet et Petit - Radel, portant que ces » deux ponts, construits en 1782 (2), sont, chacun, composés de trois » fermes en chêne cintré, et qu’ils existaient, lors de la visite des commis-». saires , sans aucune marque d’altération, qu’ils n’étaient aucunement en-» tamés ni altérés de pourriture dans les joints des assemblages, quoiqu’ils » fussent alors exposés, depuis près de vingt-cinq ans, dans un bosquet » extrêmement humide. ,
- » Le même rapport porte que les commissaires avaient aussi visité la » terrasse avec aire de plâtre et dalles, établie en 178.2, rue d’Anjou, » pour remplacer une terrasse qui n’avait duré que neuf ans, et ils avaient » trouvé toutes les solives saines dans leurs portées, ainsi que les chevêtres » touchant les murs. » • . . r .- , ^ , , ,
- Pour remplir les vues de la Société qui nous avait chargés de faire un examen exact de ces divers objets , nous nous sommes transportés MM. Mongolfier fils, Baudrillart et moi, le 22 mars dernier, à Bellevue, chez M. Testu, qui avait bien voulu nous faciliter les moyens de remplir notre mission. Nous avons trouvé les deux ponts placés dans le parc, où ils sont destinés à faire passer dans une petite île formée au milieu d’un bois futaie par une rivière factice, dont une partie est asséchée, mais domt l’autre contient encore de l’eau stagnante.
- La rivière a 6 mètres (18 pieds) de largeur, les ponts ont été construits sur une longueur de 7 mètres 146 millimètres (2^2 pieds); mais ils ne sont aujourd’hui apparens au - dessus du sol que sur uoe largeur dé 6 mètres, égale à celle de la rivière; leur cintrage était tel que la
- (O Le 17 novembre 1806. Signé Peyre, président $ Mermet, secrétaire.
- <2) M. Migneron annonce que ces ponts ont été construits dans ses ateliers en 1780, et mis en place en 1781; ce qui leur donnerait aujourd’hui plus de 29 ans d’existence. Ils ont ete poses en son absence, ce qu’aujourd’hui il regrette beaucoup, - ,
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- courbe avait sur cette longueur 162 millimètres (6 pouces) de flèche»
- Ces ponts, qui étaient garnis de rampes latérales, sont chacun composés de trois fermes (1) ou arceaux en bois cintré, qui supportent le plancher ; ces fermes, les seuls objets qui aient été préparés, sont de petite'dimension, d’environ 108 millimètres de largeur sur 162 millimètres de hauteur (environ 4 pouces sur 6), et formées chacune de trois pièces de bois, posées à plat les unes* au-dessus des autres ; chaque pièce est composée de deux morceaux inégaux, réunis à trait de Jupiter.
- Un des bouts de chaque pont porte dans l’ile sur une maçonnerie qui lui sert d’appui, et l’autre sur des pierres aujourd’hui recouvertes de terre, ainsi que les bouts des fermes et une partie du plancher du pont.
- Le premier pont en venant du château est celui dont la charpente est la plus faible,, les trois fermes réunies ne présentant sur leur coupe que 72 à 76 pouces carrés ( environ la moitié d’un pied carré ), et cependant nous avons trouvé ce pont encore solide; la flèche, de 162 millimètres (6 pouces) de hauteur de courbure qu’elle avait il y a environ vingt-neuf ans, s’est réduite à 108 millimètres (4 pouces); mais le plancher, composé de pièces de bois de 54 millimètres d’épaisseur, est en très-mauvais état, plusieurs planches sont pourries, percées, et les autres altérées principalement au-dessus des deux fermes latérales; les pièces même supérieures de ces fermes sont échauffées et détériorées dans plusieurs des parties qui touchaient ces planches. Les bouts des fermes appuyés du coté de l’ile sur une maçonnerie solide sont bons; mais ceux du côté opposé, étant recouverts sur environ 1 mètre de longueur par de la terre, sont altérés et détériorés en grande partie ; une des rampes est entièrement tombée de vétusté, l’autre tient encore par quelques parties.
- A l’égard du second pont, quoiqu’il n’y existe plus de rampes, que la majeure partie des planches qui en forment le plancher soit pourrie, et que le pont ait perdu sa forme bombée pour prendre celle d’une cn allongée qui serait couchée, les fermes à la vérité un peu plus fortes que celles du premier pont (2), sont en meilleur état ; cependant quelques-unes des pièces supérieures qui les composent sont aussi un peu altérées dans des parties où elles étaient en contact avec des planches pourries ; de même que dans le premier pont les fermes appuyées contre la maçonnerie solide de l’ile sont bonnes ; mais celles de la partie opposée,
- (1) Ces fermes ou arcs en bois cintré sont les seules pièces qui soutiennent les ponts ; deux sont placées sous les deux côtés du plancher, l’autre est au milieu.
- (2) Etant réunies, elles présentent, dans leur coiipe=j environ 80 pouces carrés.
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- couvertes de terre sur une longueur de i mètre 299 millimètres, sont fort détériorées.
- Il résulte de l’examen sévère que nous avons fait de ces deux ponts posés, il y a environ vingt-neuf ans, dans un lieu extrêmement humide, qui ont été peints à l’huile, mais non recouverts d’aucune préparation particulière, et où les rampes sont presque en totalité tombées en pourriture pendant ce laps de temps , que le plancher, dont on dit qu’une portion a été renouvelée, est en partie , pourri et extrêmement dégradé ; que quelques portions des pièces supérieures des fermes, qui sont les seuls objets qui aient été préparés par M. Migneron, sont altérées sous les parties pourries du plancher; que les bouts de ces fermes, recouverts de terre depuis tant de temps, sont presque en totalité décomposés, et que, ^malgré cela, ces ponts, auxquels nous n’avons point aperçu de trous de vers, résistent encore fort bien sous la charge du plancher et des hommes. Enfin, nous avons reconnu qu’environ les trois quarts des pièces qui composent ces fermes sont en état de servir encore, et qu’elles ont dans plusieurs parties une dureté qui surpasse ou au moins égaie celle du cœur de chêne. La forme d’une cc renversée qu’a prise un de ces ponts dont la culée a cédé, est une preuve que ces bois ont conservé leur élasticité, puisqu’ils ont ployé sans se rompre.
- M. Migneron, jaloux de profiter de la rude épreuve qu’ont déjà subie ces bois, a proposé au propriétaire, qui l’a accepté, de recintrer la partie des fermes déformées, et de reconstruire toutes les pièces adjacentes en les préparant suivant ses procédés et à ses frais. Il doit nous remettre alors une pièce détachée des fermes actuelles, que nous soumettrons à l’examen de la Société, et avec laquelle on pourra faire les expériences comparatives qu’elle jugera convenables. Nous lui proposerons même de faire poinçonner toutes les pièces des fermes, avant qu’elles soient déplacées, avec une marque particulière que M. Molard fournira, et de consigner dans un procès-verbal, déposé dans les archives de la Société, la désignation des parties de ces fermes qui y auront été employées pour la seconde fois, afin que l’on puisse, par la suite, lier l’expérience de*vingt-neuf ans que nous venons d’acquérir, avec un autre espace de temps, et établir ainsi une longue suite d’observations sur les mêmes pièces de bois, toujours si difficile à obtenir et dont les arts pourront un jour profiter.
- Nous avons aussi visité la terrasse rue d’Anjou, faubourg Saint-Honoré, n°- B, construite à la même époque que les ponts. Elle a 6 mètres 172 millimètres de largeur sur une longueur de 24 mètres 363 millimètres. Elle est formée de trente-huit solives de 135 à 162 millimètres de largeur
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- sur 217 millimètres de hauteur, lesquelles sont recouvertes d’une aire de plâtre et de dalles en pierres de liais, de 54 millimètres d’épaisseur. Nous avons trouvé les dalles parfaitement jointes par un ciment solide. Etant ensuite passés au-dessous , nous avons trouvé les solives non piquées de vers et dans le meilleur état de conservation possible. Le portier qui nous conduisait, et qui nous a dit être dans la maison depuis dix-huit ans, nous a assuré qu’on n’avait fait aucun changement aux solives depuis qu’il y était, que l’on avait seulement posé deux forts linteaux au-dessus de deux fenêtres, à raison des murs latéraux qui avaient fléchi et s’étaient lézardés. Du reste cette terrasse nous a paru dans toutes ses parties en aussi bon état que si elle venait d’être construite. ” ; >
- Pour compléter les renseignemens que la Société nous avait chargés de rassembler, nous avons questionné M. Migneron sur ses procédés, et sur la dépense que pourrait occasionner cette amélioration des bois. Cet artiste nous a répondu qu’il les faisait bouillir dans de grandes chaudières avec des ingrédiens ; que l’ébullition les ramollissant lui donnait les moyens de les cintrer facilement, et qu’ils n’étaient plus susceptibles d’éprouver en retrait et en renflement que le cinquième de ceux auxquels sont sujets les bois ordinaires (1); qu’il pourrait ainsi préparer et améliorer diverses sortes de bois, pourvu qu’ils ne fussent pas trop résineux. A l’égard du prix, il nous a dit qu’il avait une chaudière en bois, que nous avons vue au Temple delà Gloire, qui avait intérieurement 4 mètres 385 millimètres sur 1 mètre de hauteur et de largeur, et où le fourneau, chauffé au bois, était placé au milieu delà chaudière; mais qu’ayant à préparer des hois pour plusieurs grands édifices, il se disposait à construire une nouvelle chaudière dont les dimensions lui permettraient de préparer à-la-, fois cent solives, et qu’il comptait la chauffer avec delà houille ou de la tourbe. Il ajouta qu’alors le prix de la solive (trois pieds cubes anciens) serait de 3 francs 58 centimes, soit pour les bois de menuiserie et de charronnage, soit pour les bois de charpente, jusqu’à la grosseur de 8 pouces carrés, les pièces plus fortes demandant beaucoup plus de temps d’ébullition (2). ;
- (1) Les tourneurs , qui emploient journellement du bois de cerisier nouvellement
- coupé, l’empêchent de travailler et le colorent en le faisant tremper dans de Peau avec de la chaux vive; depuis quelque temps, ils se servent de sciure de bois d’âcajou pour augmenter la beauté de la couleur. r . ' . f - **- •* • ; • •* - • ~
- (2) On peut, dès ce moment, faire préparer toute espèce de bois qui n’excéderaiï pas i3 pieds et demi de longueur, dans la chaudière du Temple de la Gloire, en s’adressant à M. Migneron, rue Thévenot, n°. 17.
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- Il résulte du rapport du Conseil des bâtimens civils, et de l’examen rigoureux que nous avons fait des mêmes objets , trois hivers après , que les résultats obtenus par M. Migneron, aux deux ponts et à la terrasse, après vingt-neuf ans d’expérience , sont assez favorables pour mériter l’attention particulière de la Société, relativement i°. à la prolongation de la durée des bois et à la grande économie qui en résulterait; 2°. aux améliorations nouvelles auxquelles la publication de ces résultats pourrait donner lieu. Nous pensons enfin qu’il serait très-utile que les architectes et les propriétaires fissent usage de ce procédé, et nous avons l’honneur de proposer à la Société de mentionner honorablement dans son procès-verbal les communications qui lui ont été faites à cet égard par M. Migneron.
- Signé Gillet-Laumont , rapporteur.
- Ces conclusions ont été adoptées dans la séance du n avril 1810, et il a été arrêté que le rapport serait imprimé dans le Bulletin de la Société*
- ÉCONOMIE RURALE.
- Rapport fait par M. Challan, au nom du Comité d’Agriculture , sur les Élèves entretenus aux frais de la Société à VEcole impériale d’Alfort.
- Messieurs, vous avez renvoyé à votre Comité d’agriculture la proposition faite le 11 de ce mois par M.Huzard, de procéderai! remplacement des élèves entretenus à l’École d’Alfort aux frais de la Société, pour y suivre le cours d’économie rurale.
- Avant que de vous déterminer sur cette proposition vous avez désiré connaître,
- i°. Les résultats qu’ont produits l’arrêté de la Société, qui fonde des places gratuites à l’École d’Agrieulture d’Alfort,
- 20. L’état des élèves qu’elle entretient en ce moment, de ceux qui ont achevé leur cours, et de ceux dont l’instruction n’est pas encore complète.
- Vous avez aussi demandé, Messieurs, que l’on vous désignât les dépar-temens dans lesquels il conviendrait de choisir des sujets, et les moyens les plus propres à accélérer leur nomination.
- Vous avez enfin demandé s’il ne serait pas possible d’adopter un mode régulier d’exécution, qui fît connaître les progrès des élèves, et empêchât que le temps de la pension, d’abord limité à une année, ne se proroge au-delà du terme fixé. . ? ^ ^
- Votre Comité a successivement porté son attention sur chacun de ces
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- points, et m’a chargé de vous instruire des motifs de sa détermination.
- Pour le faire avec ordre et mettre le Conseil à portée de juger, je suis forcé de lui rappeler son arrêté primitif, et de parcourir les rapports qui lui ont été faits depuis.
- Le premier arrêté remonte au 12 novembre 1806, époque à laquelle le Ministre de l’Intérieur créa une chaire d’économie rurale, théorique et pratique , à l’École impériale d’Alfort.
- L’intention du Conseil est clairement exprimée dans cet arrêté :
- « La Société d’Encouragement, y est-il dit , appréciant ce bienfait du » Gouvernement, a senti que cet établissement si désiré pouvait enfin » répandre la véritable instruction agraire dans les départemens où cette jj instruction est la moins connue , et fournir aux propriétaires des régis-» seui's capables de diriger leurs domaines d’une manière digne de servir » d’exemple. »
- Ainsi, il n’y a point d’équivoque, le Conseil a reconnu l’importance de l’institution et fixé le but qu’il se proposait d’atteindre.
- Mais l’établissement d’une chaire d’agriculture étant une création nouvelle , on a dû s’attendre que ses bons effets ne se feraient pas sentir de suite; que le nombre des élèves ne serait pas toujours complet, qu’il serait souvent réduit par le dégoût et l’ennui des individus : maladie que le vulgaire désigne très-bien par le nom de maladie du pays, dont l’habitant des campagnes est plus souvent affecté que les autres; enfin , que dans une école rurale, comme dans toutes les maisons d’instruction, il se glisserait des sujets médiocres et même des individus incapables.
- Cependant, Messieurs, peut-être était-il impossible de rencontrer moins de ces inconvéniens que dans l’École rurale d’Alfort, et d’en former une avec des élémens plus simples, plus économiques et sur un point plus favorable.
- Placée près d’un grand établissement vétérinaire auquel elle s’identifie par l’analogie des connaissances et de l’enseignement, elle est dirigée par un professeur qui unit les connaissances théoriques à une longue pratique, et qui démontre les unes dans l’École, pour ensuite en faire faire l’application dans son domaine rural.
- Ainsi, Messieurs, ce qui fut long-temps désiré par les amis de l’agriculture, s’est réalisé sans efforts par la sagesse du Gouvernement, qui a su rapprocher les hommes et les choses.
- Votre zèle, Messieurs , à porter l’encouragement dans toutes les parties des sciences, dont aucune ne vous est étrangère, vous a, pour ainsi dire, associés à ses nobles et utiles desseins ; et vous apprendrez avec satisfac-
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- îion que la plupart des élèves entretenus aux frais de la Société se sont rendus dignes des soins qui leur ont été donnés, quoique leur enseignement ait éprouvé des retards parla maladie du professeur, le départ de quelques élèves et l’arrivée tardive de plusieurs autres.
- Toutefois le-Conseil a su faire tourner au profit de l’instruction des jeunes gens ces mêmes contrariétés, en exigeant, par son arrêté de novembre 1807, que ceux qui, à l’École rurale d’Àlfort, étaient aux frais de la Société , se livreraient à l’étude de l’art vétérinaire jusqu’à la reprise des leçons rurales. Par cette mesure, vous avez conservé à l’étude plusieurs exeellens sujets; et en septembre 1808, au lieu davoir à les renouveler en totalité, vous n’eûtes qu’à compléter leur nombre.
- Enfin, en avril 1809, le Conseil, satisfait des élèves, dont le Jury d’examen attestait la capacité et les progrès, continua de les encourager et de les soutenir.
- La défaveur des circonstances dans l’intervalle de 1806 à 1809, et de celte dernière époque jusqu’au moment présent, n’a donc pas empêché qu’il ne se formât des sujets capables de porter ailleurs, selon vos désirs, les bons principes agricoles, et l’exemple d’une pratique régulière exempte de routine.
- Une courte notice des élèves qui, à diverses époques ont suivi, aux frais de la Société, le cours d’agriculture, va vous en convaincre.
- Cette notice d’ailleurs, en répondant à la deuxième question que vous avez adressée à votre Comité, dissipera la crainte des doubles emplois que l’on aurait pu concevoir, si on ne les eût pas distraits des comptes rendus par le Jury, qui ont pour objet de faire connaître les progrès de l'établissement entier.
- Aujourd’hui que l’examen dont s’occupe le Conseil doit le conduire à connaître le bien opéré par son encouragement direct, et à prendre des mesures administratives, je ne dois pas vous entretenir des élèves en général, mais seulement de ceux pour lesquels la Société a fait des fonds.
- Je passe rapidement sur ceux qui ont obtenu les premières nominations; ils ne sont plus à l’Ecole, et en sont sortis de manière à ne pas faire regretter leur départ.
- Mais si un petit nombre de sujets n’ont pas su profiter de l’instruction, d’autres s’en sont rendus dignes; déjà plusieurs exercent avec succès l'art agricole dans leur département, et y jouissent de l’estime des autres cultivateurs , et l’École citera toujours avec orgueil :
- M. Rappolt, du département du Mont-Tonnerre, excellent sujet sous tous les rapports^.lequel, après avoir remporté le deuxième prix, a été
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- nommé répétiteur, puis breveté en 1809, et enfin choisi parle Ministre pour surveiller en chef la bergerie que le Gouvernement a établie clans le département de la Roër.
- A l’égard des autres élèves encore présens à l’École, le Jury en porte aussi un très-bon témoignage, et en a donné le signe honorable.
- . M. Dumoutier, du département de l’Oise, est un très-bon sujet, et probablement se croira assez instruit pour quitter l’École.
- M. Bordier, des Deux-Sèvres, est dans le même cas.
- M. Bouffed, de la Somme, unit au même mérite les mêmes dispositions.
- M. Moine, de la Vienne, est également fort bon. Ces trois derniers élèves ont obtenu leur brevet.
- Les deux derniers, il faut l’avouer, n’offrent pas les mêmes espérances.
- Cependant si l’un est faible, du moins il a du zèle ; et en faveur de son assiduité , le Conseil pourrait lui continuer ses bontés encore quelque temps, afin de donner à ses facultés celui de se développer. Car vous penserez sans doute, Messieurs, que, lorsqu’il s’agit de condamner un individu à la nullité, on ne saurait trop mûrir son jugement.
- La même indulgence n’est peut-être pas applicable au second : le Jury l’a trouvé faible l’année dernière, et il le retrouve tel cette année. Le Comité laisse à la prudence du Conseil si on continuera à lui fournir sa pension.
- De cette notice il résulte, Messieurs, que, parmi les élèves entretenus à Alfort par la Société, trois ont imparfaitement, et pendant très-peu de temps, suivi le cours rural; que toute espérance n’est pas perdue à l’égard des deux derniers , encore qu’ils soient faibles; que quatre sont de très-bons sujets, qui vont reporter dans leurs départemens les connaissances qu’ils ont acquises ; que deux autres déjà donnent l’exemple dans les lieux qui les ont vus naître; qu’un est destiné à se montrer utilement et par rapport à la science rurale, et par rapport à la science vétérinaire.
- Çnfin, que Rappolt a mérité la bienveillancè du Gouvernement, qui lui a confié un établissement important.
- De sorte que huit sujets ont obtenu de grands succès et vous devront leur science et leur état. Un si grand acte de bienfaisance cependant, Messieurs, n’a coûté à la Société en . - ,
- 1807, que................................... 1,70 r fr. 4o cent.
- 1808 ...................................« . 1,709 70
- 1809 ...................................... 2,001 60
- 1810, composant la demi-année qui n’échoira
- qu’au ier. juillet.............................. 1,000 80
- 6,463 fr, 5o cent.
- Vous
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- Vous aviez sans doute prévu, Messieurs, ces heureux résultats, puisque , avant que d’entendre le rapport de votre Comité, vous lui avez ordonné de s’occuper des moyens d’accélérer la nomination des élèves pour le cours prochain, et de voir s’il ne conviendrait pas d’ajouter quelque chose à votre arrêté de 1806, pour concourir plus efficacement aux progrès de l’institution.
- C’est de ces objets qu’il me reste à vous entretenir.
- En commençant, Messieurs, je vous ai rapporté les expressions de cet arrêté; elles manifestent clairement l’intention du Conseil en faveur dé l’instruction rurale; les dispositions qui l’accompagnent ne sont pas moins positives.
- Elles exigent que « les sujets soient choisis dans les départemens qui » sont les moins avancés dans la science rurale; qu’ils soient assez jeunes » pour pouvoir profiter de l’enseignement; qu’ils sachent lire et écrire; » qu’ils aient satisfait aux lois de la conscription ; qu’ils soient fils de fer— a miers ou de propriétaires ; enfin, que déjà ils aient une teinture de la cul-» ture des terres, et qu’ils se consacrent entièrement à cette profession. »
- Votre Comité pense qu’il n’y a rien à retrancher à- ces obligations, et peu de chose à y ajouter; car vous ne partagerez probablement pas , Messieurs, l’opinion de ceux qui voudraient que les candidats ne fus*-sent pris que parmi des individus privés de fortune.
- Sans doute,les bienfaits doivent être distribués à ceux qui ont le plus ^îe besoins; mais dans l’espèce, l’encouragement est autre chose qu’une charitable bienfaisance: or, pour qu’il soit utile, il faut que celui qui en est l’objet soit soumis à des conditions et pourvu d’une instruction préalable; ce qui exige, de la part des candidats, sinon de la richesse , du moins une existence honnête. Si l’on considère ensuite qu’il en faut une plus considérable pour, en sortant de l’école, appliquer les principes qu’on y a reçus, on se déterminera dans le choix à faire, moins par des motifs présens, que par l’espoir du bien qui peut s’opérer à l’avenir; et l’on considérera que l’exemple de celui qui peut agir sur son propre fonds a bien plus de poids que les conseils donnés à autrui.
- Dans l’hypothèse même que les élèves ne seraient destinés qu’à faire des régisseurs, on préférera toujours ceux d’entre eux qui, à connaissances égales, offriront une plus grande garantie.
- Pour n’exclure ni l’homme aisé ni celui qui l’est moins, il semble donc que le Conseil ne doit pas se lier par des conditions qui lui laisseraient des regrets, ou dont il serait obligé de s’écarter. La sagesse de son arrête, dans lequel il convient de se renfermer, et sa prudence, suffisent
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- pour assurer la bonté du choix, soit à l’égard des personnes, soit à l’égard des localités.
- La condition générale de le faire dans les lieux qui ont le plus be-* soin d’instruction , ne doit pas non plus être tellement impérative, qu’on ne puisse prendre les élèves dans d’autres départemens, lorsqu’on aura l’espoir de pouvoir un jour utiliser leurs connaissances en les envoyant dans des pays que leur présence pourra vivifier. C’est cette raison qui souvent dirige le choix de M. le préfet du département de la Seine et de la Société d’Agriculture. Quelquefois, et ils s’en trouvent bien, ils le font parmi les élèves vétérinaires qui ont terminé leurs cours, lorsque le Gouvernement ne se détermine pas lui-même à les conserver; car fréquemment le Ministre laisse à l’École rurale des sujets dont il connaît la capacité, parce qu’étant destinés à exercer l’art vétérinaire dans les campagnes, ils deviennent doublement utiles.
- Ces réflexions sur le choix des candidats conduisent naturellement à rechercher un mode régulier d’inspection après l’admission des élèves, afin de connaître leurs progrès à diverses époques, et empêcher que leur séjour à l’École ne puisse se proroger sans la participation du Conseil ; car vous concevez, Messieurs, qu’il est impossible de fixer d’avance le temps qu’il faut pour former un sujet : il varie selon l’application et le développement des facultés de l’individu.
- Pour concilier les avantages de la science et les intérêts de la Société, il a paru à votre Comité qu’il serait plus convenable de charger des commissaires de prendre, tous les trois mois, et même plus souvent s’il en est besoin, des renseignemens auprès de l’École, afin de s’assurer des progrès des élèves et d’en rendre compte au Conseil.
- Avec cette précaution, on ne sera point exposé à entretenir des individus qui ne répondraient pas aux soins qu’on prend de leur instruction, et l’on pourra prolonger les délais en faveur de ceux qui le mériteraient. De plus, ce tableau servira de contrôle pour le personnel et la comptabilité.
- D’après les diverses considérations que j’ai eu l’honneur de vous développer, votre Comité d’agriculture propose au Conseil d’arrêter:
- iQ. Que la Société d’Encouragement continuera d’entretenir à Alfort, conformément à son arrêté de 1806, six élèves agriculteurs ;
- 20. Qu’il sera ouvert, au secrétariat de la Société, uu registre sur lequel seront inscrits les noms des candidats, celui de leur département, avec la note de leur âge, de leurs qualités morales, et des travaux auxquels ils se sont livrés. Cette note contiendra eu outre le nom du présentateur et de ceux qui peuvent attester la moralité du candidat. ; , ;.,.
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- 5°. Les candidats pourront être inscrits, sur la présentation d’un membre de la Société, d’un préfet, d’un sous-préfet, d’un maire ou de tout autre fonctionnaire investi de la confiance publique.
- 4°. Lorsqu’il y aura une ou plusieurs places vacantes, ce registre sera mis sous les yeux du Conseil, lequel procédera au renouvellement,, après avoir préalablement entendu son Comité d’agriculture.
- 5°. Chaque année, il sera nommé des commissaires à l’effet de prendre des renseignemens auprès de l’Administration de l’École d’Alfort, lesquels commissaires rendront compte, tous les trois mois, et même plus souvent s’il en est besoin, au Conseil, des progrès des élèves, de leur conduite et des espérances qu’ils donnent.
- Signé Challan , rapporteur.
- Jdoptè en séance, le 2 5 avril 1810.
- Mémoire sur les Essaims naturels et artificiels et les diffé*
- rentes méthodes employées jusqu’à ce jour pour les obtenir/ par M. Féburier.
- La nature a tellement multiplié les ennemis des abeilles, qu’il semblerait que cette espèce dût être depuis long-temps anéantie. En effet, les dangers de toute espèce auxquels elles sont exposées sont tels, que ces-insectes précieux vivent rarement plus d’un an. Mais la fécondité de la mère-abeille ou reine, qui, par une admirable prévoyance, est, par sa manière d’être, peu exposée à ces dangers , est si grande, qu’elle suffit non-seulement pour réparer les pertes annuelles, mais qu’elle produit encore un excédant qui est dans certains climats assez considérable pour déterminer, chaque année, la sortie de plusieurs colonies nombreuses.
- Dès que l’homme eut réduit ces insectes à l’état de domesticité, il s’occupa des moyens de tirer parti de ces émigrations pour augmenter ses jouissances, et il parvint à arrêter et à fixer aux environs de son domicile les essaims qui sortent tous les ans des ruches mères. Depuis le règne d’Erichtonius, roi d’Athènes, sous lequel les Athéniens cultivèrent les abeilles sur le mont Hymette, jusqu’à ce jour, on a inventé plusieurs méthodes , tant pour arrêter les essaims partis des ruches que pour prévenir leur sortie.
- Une grande surveillance, du bruit, de l’eau et du sable fin ont été des moyens assez généralement employés pour empêcher les abeilles de s’éloigner, et quand ils l’ont été à propos , ils ont presque toujours réussi. Mais on n’est pas tombé d’accord jusqu’à ce jour sur le mode de faire des
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- essaims artificiels et sur le nombre qu’on pouvait tirer de chaque ruche. La raison en est sensible. On a adopté plusieurs formes de ruches , èt l’opération, facile avec l’une, est impraticable avec l’autre! D’ailleurs l’histoire naturelle de ces insectes n’était pas connue, et cette ignorance mettait un obstacle aux progrès de la culture.
- D’une autre part, les abeilles vivant dans l’état de domesticité, forcées de payer un tribut à leurs maîtres, exigeaient un régime différent de celui nécessaire lorsqu’elles étaient libres et qu’elles ne travaillaient que pour elles. Transportées dans des climats lointainsf où la température varie et où la nourriture est plus ou moins abondante, il devenait encore nécessaire de modifier ce régime, puisque dans tel canton il fallait les préserver de l’humidité, dans d’autres des vents impétueux, plus loin des grands froids, et ailleurs des grandes chaleurs. On pouvait dans quelques lieux leur enlever sans danger une grande quantité de miel; dans d’autres il aurait fallu réduire le produit des trois quarts- Ici, on pouvait chaque année obtenir plusieurs essaims d’une ruche ; là, il eût été nécessaire de se contenter d’un seul, et de ne pas même l’exiger tous les ans. Enfin dans quelques climats il fallait les faire de bonne heure, et dans d’autres retarder l’opération. «
- Toutes ces différences, dépendant de la situation des cantons où on avait fixé les abeilles, ont fait varier les auteurs dans leurs principes de culture, suivant les lieux où ils étaient fixés, et les méthodes pour l’essaimage artificiel se sont multipliées suivant les lieux et la forme des ruches. Elles ont été rarement suivies de grands succès, ce qui a empêché jusqu’à ce jour de donner la préférence aux essaims artificiels sur les essaims naturels.
- Les Grecs, si industrieux, voyant que les abeilles allaient chercher un logement, imaginèrent de leur en disposer d’avance, en plaçant autour du rucher des ruches préparées avec soin, dont l’odeur pouvait les attirer. Ils le font encore dans quelques cantons. J’ignore s’ils pensèrent, comme quelques modernes, à prévenir la sortie des essaims, en plaçant une ruche vide à côté d’une pleine, et en établissant une communication entre eHes : moyen que j’ai vu employer, mais rarement réussir, que j’ai tenté avec aussi peu de succès, qu’on a souvent repris pour sa facilité et ensuite abandonné pour ses inconvéniens.
- Comme les Grecs avaient deux formes de ruches, ils avaient probablement inventé les deux principales méthodes d’essaims artificiels que nous avons retrouvées depuis, savoir : les essaims forcés et ceux par séparation. Les Crétois ou Candiotes suivent encore cette dernière méthode; que
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- M. Huber a employée et perfectionnée pour faire ses nombreuses et utiles découvertes. ' ••
- • Il s’agirait de connaître quel est le mode le plus utile d’essaimage en France, pour la prospérité des abeilles et l’intérêt des cultivateurs. Pour y parvenir, il faut développer les avantages et les inconvéniens des essaims naturels et artificiels, et si ces derniers sont préférables, en comparer les divers modes entre eux pour juger lequel doit être choisi.
- Il semblerait au premier coup-d’œil que les essaims naturels devraient l’emporter sur ceux artificiels. Dans l’état de nature, les essaims partent au moment favorable dans les lieux où les abeilles sont indigènes, et elles se multiplient sans avoir besoin du secours de l’homme. Elles prennent même, en s’expatriant, les provisions nécessaires pour ne pas manquer de vivres dans les premiers jours de leur nouvel établissement.
- Mais dès qu’on considère ces insectes dans l’état de domesticité, transportés dans des climats où une température souvent contraire peut mettre obstacle au vœu de la nature, on sent la nécessité de restreindre la liberté des abeilles, et de les diriger pour leur conservation et le produit qu’on en doit tirer. -
- La température est souvent telle dans certains cantons, que les essaims sont retenus dans les ruches à l’époque où tout était prêt pour le départ. La reine profite de ce retard pour attaquer et détruire les jeunes reines dans leurs alvéoles. Cette destruction met un obstacle insurmontable à la sortie des essaims, quelque nombreuses que soient les abeilles. Si elle n’est pas générale, elle retarde au moins la sortie des essaims. Les essaims artificiels préviennent cet inconvénient, en les faisant avant la destruction des jeunes reines. Ils procurent en outre l’avantage de faire sortir les essaims au moment le plus propre pour leur prospérité : point essentiel, sur-tout dans les cantons médiocres, où quinze à vingt jours de plus ou de moins suffisent souvent pour mettre les essaims en état de passer l’hiver, ou les exposent à périr de faim, si le cultivateur ne leur donne des secours qu’il ne suppose pas toujours nécessaires. -
- Ainsi les essaims artificiels bien faits ont, relativement aux abeilles, quelques avantages sur ceux naturels, dans plusieurs cantons, et il y en a beaucoup de tels en France.
- Les essaims naturels exigent une surveillance très-active pour ne pas les perdre ; et malgré la vigilance des cultivateurs, il est difficile qu’il ne s’en échappe pas un certain nombre, soit parce qu’ils partent au moment où on y compte le moins, soit parce qu’il en sort plusieurs à-la fois et qu on ne peut les suivre tous. Des cultivateurs ont calculé que, dans les
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- grands établissemens, on perdait annuellement un cinquième et quelque* fois un quart des essaims. Il est constant qu’on prévient ces pertes avec les essaims artificiels, et qu’on empêche également la réunion de deux ou trois premiers essaims, qui, partant à-la-fois, s’attachent à la même branche, et se confondent souvent de manière qu’il devient presque impossible de les séparer.
- Les essaims naturels se placent quelquefois dans des lieux où il est difficile de les recueillir; ils exposent souvent les cultivateurs à des eourses fatigantes en s’éloignant à de grandes distances. Il est donc de leur intérêt d’adopter la méthode des essaims artificiels, qui conserve leurs essaims, économise leur temps et leur évite des fatigues.
- Pourquoi donc ce mode d’essaimage n’est-il pas généralisé en France? J’en connais deux motifs : le premier est la perte que les cultivateurs ont fréquemment essuyée pour n’avoir pas su choisir le moment favorable aux essaims artificiels ; le second , le choix d’une méthode qui n’était pas propre à leurs cantons. Je pourrais ajouter que la forme des ruches s’oppose assez généralement au mode le plus facile et le plus sûr.
- Pour lever ces obstacles , il faudrait donner aux cultivateurs les instructions nécessaires pour opérer en temps convenable. Voici celles qui me paraissent les plus utiles.
- Les abeilles n’essaiment que quand la terre est en quelque sorte couverte de nectar et de pollen ou poussière fécondante des fleurs. La ponte de la reine est alors très-considérable; et après avoir fait une grande quantité d’œufs d’ouvrières, elle pond ceux de mâles. Pendant cette dernière ponte , qui dure environ un mois, en y comprenant les dix jours où elle est mêlée d’œufs d’ouvrières , les abeilles construisent les alvéoles royaux. C’est donc dans le temps que la terre est couverte de fleurs qu’on doit s’occuper des essaims artificiels, plus la saison a été favorable à la récolte du nectar et du pollen, plus les abeilles se sont multipliées et plus les essaims sont hâtifs; et si cette première époque des essaims est suivie d’un temps aussi propre à la multiplication des abeilles par une grande abondance de nectar et de miellée, il y a eu lieu à une seconde époque d’essaimage, parce que la reine, après avoir continué quelque temps la ponte des œufs d’abeilles ouvrières, en commence une autre de mâles, qui détermine les ouvrières à construire de nouveaux alvéoles royaux. Ces nouveaux essaims, lorsqu’ils ont eu un automne favorable et que le printemps suivant est beau , peuvent fournir un essaim presque à la même époque que les autres.
- Cette première observation est constatée par l’expérience de tous les
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- temps et dé tous les lieux. Si le printemps est hâtif, les essaims le sont aussi ; c’est tout le contraire si l’hiver se prolonge et retarde la végétation, sur-tout s’il est assez doux pour tenir les abeilles en mouvement et leur faire consommer leur provision de miel.
- Si la fin du printemps n’est pas suivie de chaleurs brûlantes, de vents très-secs ou de pluies continuelles qui brûlent les fleurs, font évaporer le nectar et la miellée et les délayent pour se répandre à terre, la grande abondance produit la seconde époque des essaims; mais quand l’été n’est pas favorable à l’abondance de ces matières, non-seulement il n’y a pas une seconde époque pour les essaims, mais les premiers essaims du printemps suivant sont encore retardés, à moins d’une abondante récolte à l’entrée de cette saison; ce qui démontre que la ponte de la reine est subordonnée à l’abondance de la nourriture et à celle de la température.
- Ces observations, qui sont à la portée de tout le monde, prouvent que l’estimable M. Huber s’est trompé quand il a établi, sur quelques faits purement locaux, que la mère-abeille pondait des œufs d’ouvrières pendant onze mois de suite, à l’exception des momens d’interruption occasionnés par le froid, et que ce n’était qu’après onze mois qu’elle commençait sa grande ponte de mâles, qui durait un mois. ^
- Pour que cette règle fut vraie, il faudrait que cette ponte de mâles commençât par-tout à la même époque. Or elle varie d’une latitude à une autre , dans la même latitude, et jusque dans le même canton d’une année à l’autre, suivant la température plus ou moins favorable et l’abondance plus ou moins grande de nourriture. Souvent des essaims très-tardifs dans une année en donnent un autre hâtif l’année suivante, c’est-à-dire dans l’espace de dix mois à dix mois et demi, et celui-ci peut mettre jusqu’à treize mois et demi d’intervalle entre son entrée dans la ruche et l’essaim qu’il fournit, quoique le temps ait été très-favorable à l’époque indiquée par M. Huber pour l’essaimage, c’est-à-dire dans les quinze premiers jours du treizième mois.
- Pour procéder à un essaim artificiel, il faut que les abeilles soient en grand nombre dans une ruche, il faut qu’elles y surabondent, autrement on épuise la mère ruche. L’essaim est très-faible, et tous deux sont souvent exposés à périr à la fin de l’année. J’observe que ce danger est relatif aux cantons qu’on habite. Dans ceux qu’on peut considérer comme une position excellente pour les abeilles, la nature leur offre tant de res* sources qu’elles périssent rarement par cette cause; mais dans les cantons peu favorisés de la nature le danger est réel, et dans lés deux positions le cultivateur récolte moins de miel de ses ruches.
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- La raison en est simple et facile à saisir. Les abeilles ont à s’occuper, dans la belle saison, de la cueillette du miel et du pollen nécessaires pour îa consommation journalière, et de celle d’une provision pour l’époque où la terre sera dépouillée de sa verdure et de ses fleurs. Si elles sont en grand nombre, elles suffisent à tout; mais si la ruche est très-faible en ouvrières, elles recueillent à peine de quoi nourrir le couvain, et elles ne peuvent ramasser une assez grande quantité de miel pour le partager avec les cultivateurs : ces derniers sont même quelquefois obligés de les nourrir.
- On ne doit faire un essaim artificiel qu’après la ponte des mâles. Si on le faisait avant, les abeilles de la mère ruche trouveraient bien les moyens de se procurer des reines avec des œufs ou des larves de trois jours au plus d’abeilles ouvrières, en augmentant les dimensions de leurs alvéoles et en changeant leur nourriture. Mais ces reines, ne trouvant point de mâles pour les féconder, seraient long-temps sans pondre, ce qui affaiblirait la mère ruche; et si elles n’étaient fécondées que du seizième au vingt-deuxième jour ou plus tard, elles pondraient autant de mâles que d’ouvrières , ou même ne pondraient que des mâles, ce qui occasionnerait la perte de la ruche. L’essaim souffrirait également de cette précipitation, puisque la reine y commencerait sa ponte par des œufs de mâles inutiles, à charge à l’essaim et au moment où il n’y aurait point d’alvéoles pour les recevoir. Si on faisait l’essaim pendant la ponte des mâles, six jours après qu’elle est commencée, la ruche mère serait perdue, parce que les ouvrières n’auraient ni œufs ni larves pour faire une reine.
- Il faut encore, pour faire un essaim artificiel, que la reine ait déposé des œufs dans les alvéoles royaux depuis huit à dix jours, pour que l’intervalle entre la cessation de la ponte de la reine qui quitte la ruche, et le commencement de celle de la jeune reine qui la remplace, soit peu considérable, et n’affaiblisse pas trop la ruche mère ; car il qe suffit pas d’avoir un essaim hâtif et qui puisse prospérer, il faut encore ne pas nuire à la ruche d’où on le tire, et ce n’est qu’à l’automne ou dans l’hiver suivant qu’on peut se féliciter d’avoir réussi.
- Quand le temps est beau et favorable à la sortie des mâles, ils fournissent un indice assez sûr de l’époque où il faut commencer les essaims artificiels. On est certain que, dix jours après leur sortie, il y a beaucoup de couvain d’ouvrières, et que la reine a pondu dans les alvéoles royaux. Mais si la saison s’oppose à la sortie des mâles, qui sont très-frileux et qui craignent le vent, il faut examiner l’intérieur des ruches pour s’assurer
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- surer de leur état, autrement il se pourrait que le moment de la sortie des mâles ne précédât le départ des essaims que de six à huit jours, et qu’on laissât échapper le moment propice pour les essaims artificiels.
- D’après ces données, il ne s’agit plus que de choisir le meilleur mode d’opérer pour les essaims artificiels : il y en a plusieurs.
- Le premier est celui que je nomme essaim forcé. Pour le faire, on met les abeilles en état de bruissement; on enlève la ruche, qu’on emporte à quelque distance, pour n’être pas gêné dans l’opération par les abeilles qui reviennent en grand nombre de la campagne; on détourne la ruche, dont on met l’ouverture en haut; on la recouvre d’une ruche vide ; on les enveloppe aux points de jonction avec une bande large de 3 ou 4 pouces , pour boucher les passages et empêcher les abeilles de sortir. Si on n’en a pas, on se sert d’un torchon ou d’une serviette ; on frappe ensuite la ruche pleine avec des baguettes, en commençant par le bas et en remontant peu-à-peu : de temps en temps on s’arrête et on écoute. Lorsqu’on entend un fort bourdonnement, on détache la bande ou serviette; on lève doucement d’un côté la ruche supérieure, pourvoir par où montent les abeilles et ne pas rompre leur chaîne : alors on la soulève davantage du côté opposé à la chaîne des abeilles, et on s’assure de la quantité d’abeilles montées dans la ruche vide. S’il y en a suffisamment, on l’emporte; dans le cas contraire, on continue de frapper ou on stimule les abeilles avec un peu de fumée, en tenant la ruche supérieure un peu soulevée du côté opposé aux abeilles, sans craindre qu’elles s’échappent.
- Si la ruche pleine est à couvercle ou à hausses, on enlève le couvercle ou une hausse, qu’on remplace par une ruche vide , et après avoir bouché les passages, on fait monter les abeilles avec de la fumée qu’on applique sous la ruche pleine. On fait les essaims forcés depuis neuf ou dix heures du matin jusqu’à une ou deux heures de l’après-midi.On ne peut opérer dans les autres heures de la journée, parce que la totalité ou la presque totalité des abeilles est dans la ruche, et que, pour avoir la reine, il faudrait enlever presque toutes les abeilles. .
- La seconde méthode est Xessaim par séparation. Pour opérer de cette manière, il faut avoir des ruches divisées en deux parties égales sur la largeur, sans divisions intérieures, telles que des cloisons, parce qu’il se pourrait que les provisions fussent d’un côté et le couvain de l’autre. Après avoir frappé légèrement d’un côté pour y attirer la reine, on met les abeilles en état de bruissement. Si on fait l’essaim de grand matin ou le soir, on se contente ensuite d’ouvrir la ruche, d’en écarter les deux parties et d’appliquer à chacune une moitié de ruche vide. On emporte
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- la partie qui contient la reine, et qui est un peu plus chargée d’abeilles, ce q-ui est nécessaire pour établir l’égalité, l’habitude faisant revenir beaucoup d’ouvrières dans la partie de la ruche qu’on ne déplace pas. Si on opère dans le milieu de la journée (on peut le faire du matin au soir), on enfume un peu le côté de la ruche qu’on veut laisser en place, pour obliger une partie des abeilles à fuir du côté qu’on emporte, et qu’il faut renforcer, à raison des abeilles qui sont aux provisions et qui reviendront à la partie de la ruche qu’on ne déplace pas.
- Ces deux: moyens sont les seuls qui puissent être employés utilement en France; les autres n’y sont propres que pour des expériences, quoiqu’ils pussent servir, malgré leur infériorité, dans des climats plus favorisés par la température et l’abondance delà nourriture, si les cultivateurs voulaient multiplier leurs ruches.
- Ces autres méthodes sont, i°. celle de M. Schirach, qui consiste à prendre un morceau de gâteau ou rayon dont les alvéoles soient garnis d’œufs ou de jeunes larves ouvrières, et de le placer dans une ruche vide avec quelques centaines d’abeilles, qu’on enferme après leur avoir donné des vivres. Deux ou trois jours après, on leur rend la liberté; les abeilles s’occupent à faire deux ou trois reines, et on a un petit essaim.
- 2°. Celle de M. Duhoux, qui prend une jeune reine dans une ruche , l’emmielle pour l’empêcher de voler, et la met dans une ruche vide. Il déplace ensuite une ruche à l’heure où beaucoup d’abeilles sont sorties pour butiner; il met à sa place une ruche vide. Les abeilles, au retour de la campagne, ne retrouvant pas leur ruche , finissent par entrer dans celle qu’on lui a substituée, elles adoptent la reine, la nettoient et forment un essaim. Il faut que les ruches ne soient pas très-rapprochées dans le rucher, autrement les abeilles se jettent dans les deux ruches voisines. J’en ai eu trois fois la preuve, comme de plusieurs autres inconvéniens, sans Compter l’embarras de se procurer des reines. "
- Enfin, la troisième méthode est celle de M. Huber, qui s’en servait pour ses expériences, et qui est en usage dans l’île de Candie. Sa ruche est composée de huit à dix cadres de 16lignes de large, placés les uns à côté des autres sur la largeur de la ruche, comme les feuilles d’un livre. Pour faire des essaims, il séparait sa ruche en plusieurs parties, et plaçait Tin ou deux cadres remplis de leurs rayons et couverts d’abeilles dans une ruche vide, dont il tirait le même nombre de cadres. Il faisait de cette manière plusieurs petits essaims avec la même ruche.
- Si on divisait cette ruche seulement en deux parties, on ferait alors dés essaihis par séparation, comme je l’ai indiqué plus haut . . - ,
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- On voit que l’on n’obtient, avec ces trois méthodes, que des essaims faibles et qui ne peuvent servir en France que pour des expériences.
- Il ne reste donc de choix à faire qu’entre les essaims forcés et ceux par séparation. En comparant leurs avantages et leurs inconvéniens, les cultivateurs seront à même de se décider, et cette décision influera nécessairement sur la forme de leurs ruches.
- J’ai dit plus haut que si les mâles ne sortaient pas, il fallait vérifier les ruches pour fixer l’époque de l’essaimage artificiel. Dans les ruches qu’on sépare en deux parties sur la largeur, il suffit de l’ouvrir pour s’assurer s’il faut opérer ou non. On voit les deux principaux rayons pour le couvain, on en écarte promptement et facilement les abeilles, et on juge du moment le plus favorable à l’opération.
- La visite des ruches d’une seule pièce ou en plusieurs parties sur la hauteur ne présente pas les mêmes facilités; on n’y peut voir qu’en plongeant la vue entre les rayons du bas de la ruche en haut, et les abeilles forment, parleur position entre ces mêmes rayons, un obstacle assez difficile à surmonter. Si on détourne la ruche pour la fumer, les abeilles descendront un peu pour éviter la fumée; mais dès qu’on cessera et que la fumée remontera, les abeilles remonteront avec elle.
- S’agit-il d’opérer? Il est aisé déjuger qu’il est bien plus facile de le faire sur une ruche en deux parties, pour la réunir à deux autres moitiés vides, que de chasser les abeilles et de les forcer à quitter leurs petits et leurs provisions pour passer dans une ruche vide. La chose est si claire qu’elle n’a besoin d’autre preuve que de l’explication des deux modes d’opérer.
- 11 faut plus de temps pour forcer un essaim que pour le faire par séparation, et cependant on peut faire ces derniers toute la journée, pendant qu’on n’a que quatre ou cinq heures pour les autres. Il en résulte qu’on fera dans un jour six fois autant d’essaims par séparation que d’essaims forcés. Cet avantage économise le temps, si précieux à cette époque pour les cultivateurs, et donne celui de prévenir les essaims naturels; ce qu’on ne peut pas toujours faire avec les essaims forcés, quand on emploie les ruches d’une pièce qu’il faut frapper pour en faire sortir l’essaim. On ne peut alors terminer l’opération en moins de quinze à vingt minutes. Il devient donc impossible aux cultivateurs de prévenir tous les essaims naturels quand ils ont des ruches par centaines.
- On peut faire les essaims forcés de deux manières, suivant l’espèce de ruche qu’on emploie. Quand on chasse les abeilles en frappant sur la ruche, on peut laisser la reine dans la ruche mère. L’opération est alors
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- manquée, les abeilles retournent à la mère ruche, et il faut recommencer. ; ‘ r ^ =*'
- Lorsqu’on emploie la fumée, on est certain de faire monter la reine clans la ruche vide ; mais si on enlève toutes les abeilles de la ruche mère, on est exposé à la perdre dans les cantons médiocres , parce que lès abeilles qui sont en campagne au moment de l’opération ne sont pas toujours en assez grand nombre pour suffire à tous les travaux relatifs au couvain et aux ap-provisionnemens de l’hiver.
- On ne court aucun de ces inconvéniens avec les essaims par séparation. Il y a à cette époque plusieurs alvéoles royaux de chaque côté delà ruche; si par hasard il n’y en avait que d’u-n seul côté, on en placerait de l’autre, ou on y attirerait la reine, ce qui est facile. On égalise aussi fort aisément les abeilles dans les deux ruches.
- Pour faire un essaim forcé, on est contraint d’enlever la ruche et de la porter à une certaine distance. Pendant l’opération, les abeilles qui reviennent des champs rôdent autour de la place où était la ruche, et pour peu que l’opération soit longue et les autres ruches très - rapprochées elles y entrent et y occasionnent des combats et des massacres. On ne prévient pas toujours ces inconvéniens en mettant une ruche vide à la place de la ruche mère.
- Ce danger ne peut avoir lieu pour les essaims par séparation, parce qu’on opère sans déplacer.
- Lorsqu’on fait un essaim forcé , on prend les abeilles au dépourvu; elles n’emportent pas de provisions avec elles, et si le temps devient contraire après l’opération , elles sont exposées à mourir de faim ou à quitter leurs ruches, si on ne s’empresse pas de les nourrir.
- 11 n’en est pas de même en faisant l’essaim par séparation, parce qu’on n’enlève pas seulement les abeilles, on emporte également la moitié des provisions ainsi que du couvain; le mauvais temps ne peut leur être, dans cette saison, plus nuisible qu’aux ruches auxquelles on n’aurait pas touché. Si elles n’ont que la moitié des provisions de la ruche entière, le couvain et les abeilles sont également réduits de moitié , ce qui établit l’égalité (i)..........
- (i) On a voulu prévenir le danger pour les ruches à deux pièces, en donnant à l’essaim le couvercle ou la hausse pleine de miel , qu’on tire à la ruche mère pour faire l’ojiération. Mais dans les positions médiocres, on ne recueille ordinairement qu’une fois le miel du couvercle ou d’une hausse. Ainsi, pour assurer l’essaim par cette méthode, on y sacrifierait le produit en miel des mères ruches , qui, dans ce cas , ne donneraient pas un second essaim. Mais l’essaim renforcé par cette provision pourrait en donner un, un mois ou un
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- Dans les ruches propres pour les essaims par séparation , on a un moyen facile pour obvier au défaut des jeunes reines, si on avait omis de faire l’essaim avant que l’ancienne reine eût détruit les jeunes. On ouvre une autre ruche, on enlève des alvéoles royaux, s’il y en a plusieurs, en choisissant, s’il est possible, des alvéoles déjà couverts, et on les place dans la ruche dont on veut tirer un essaim.
- On voit, par la comparaison de ces^deux méthodes,
- i°. Qu’il faut choisir la même époque de l’année et partir des mêmes principes pour faire les essaims forcés et ceux par séparation ; mais qu’il est plus facile de vérifier les ruches divisées sur la largeur, que celles d’une pièce ou divisées sur la hauteur, et conséquemment de juger du moment le plus favorable pour opérer ;
- 2°. Que l’opération est plus simple et plus facile pour les essaims par séparation que pour les essaims forcés ;
- 3°. Qu’il faut moins de temps , et qu’on en a davantage pour les essaims par séparation que pour ceux forcés;
- 4°. Que les essaims forcés peuvent être manqués, même en les faisant en temps convenable, ce qui n’arrive jamais à ceux par séparation;
- 5°. Que les essaims forcés peuvent ou mourir de faim ou retourner à la mère ruche, si les jours qui suivent l’opération sont mauvais , et qu’on ne court pas ce danger en faisant des essaims par séparation.
- Je crois pouvoir en conclure qu’on ne court aucun risque en faisant des essaims par séparation , et que les cultivateurs y sont plus ou moins exposés avec les essaims forcés, soit par la température, soit en raison de leur adresse dans l’opération, conséquemment qu’il est plus avantageux d’adopter la première méthode que la seconde.
- Mais les ruches divisées en deux parties sur la largeur sont peu répandues en France, où on a généralement adopté celles d’une seule pièce. Quelle que soit leur supériorité (i) sous plusieurs rapports, indépendamment de ceux relatifs à l’essaimage, il faudra du temps avant qu’on les adopte, à moins que le Gouvernement ne prenne cet objet en considération. On sera donc contraint de faire des essaims forcés jusqu’au moment du changement de la forme des ruches. J’ai prouvé que ce mode, malgré ses inconvéniens, avait quelque supériorité sur les essaims naturels et
- mois et demi après : ces essaims tardifs réussissent très-rarement. S’il n’en donnait pas, il serait possible qu’on pût reprendre le miel qu’on lui aurait fourni.
- (i) J ai démontré cette supériorité dans mon Traité des abeilles, approuvé par l’Institut, et actuellement sous presse chez Madame Huzard.
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- qu’il était autrefois nécessaire. Il est donc utile de le faire connaître aux cultivateurs qui ne peuvent employer la méthode par séparation , et de leur fournir les moyens de le faire sans danger pour l’essaim et la ruche. , : ~
- Quant ail nombre d’essaims qu’on désire obtenir d’une ruche , il dépend des cantons qu’on habite, des dimensions des ruches et quelquefois des besoins des cultivateurs qui désirent augmenter la quantité de leurs ruches ou leur récolte de miel.
- Dans une excellente position , on pourrait, si on voulait multiplier ses ruches, tirer jusqu’à trois essaims, deux dans les bonnes positions et un dans les médiocres. Si on en tirait deux, il faudrait nourrir à l’automne la ruche mère et le second essaim pour les fortifier, à moins d’un temps très-favorable ; car il ne faut pas perdre de vue que plus on tire d’essaims d’une ruche, plus la mère ruche et les essaims, le premier excepté, sont faibles , moins iis ont les moyens de s’approvisionner, et que conséquemment plus on a tiré d’essaims d’une ruche, moins la récolte de miel est considérable> toutes choses égales d’ailleurs : l’une est en raison inverse de l’autre.
- D’une autre part, les grandes ruches essaiment moins que les moyennes, et celles-ci moins que les petites, parce qu’il faut que la population soit proportionnée aux dimensions de la ruche. G’est par cette raison que j’ai recommandé dans mon Traité d’avoir de grandes ruches dans les excellentes positions, de moyennes dans les bonnes, et de petites dans les médiocres. En effet, avec de petites ruches dans les positions excellentes, on aurait une grande quantité d’essaims et peu «le miel ; si au contraire on avait de grandes ruches dans les positions médiocres, on aurait plus de miel, mais rarement ou point d’essaims, et à raison des pertes annuelles les ruches diminueraient plutôt que d’augmenter.
- Lorsqu’on fait des essaims forcés, il est bon qu’il y ait un peu plus de distance entre les ruches que lorsqu’ils partent naturellement; j’en ai donné plus haut la raison. Il est également utile qu’on éloigne un peu les essaims des mères ruches ; car si les deux ruches étaient voisines, un grand nombre d’ouvrières des essaims pourraient, dans les deux premiers jours et par habitude, rentrer dans la mère ruche en revenant des champs. C’est par cette raison que, même lorsqu’on les éloigne, M. Bosc conseille de dom ner de la force à l’essaim, parce que plusieurs ouvrières reviennent à la mère ruche,
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- Extrait d*un Rapport fait à la Société dlEncouragement par M. Bosc, sur un Mémoire de M. Féburier, relatif aux
- essaims naturels et artificiels.
- M. Bosc observe d’abord que presque tous ceux qui s’occupent de l’éducation des abeilles abandonnent au hasard le soin de leur multiplication , c’est-à-dire qu’ils se contentent de recueillir leurs essaims lorsqu’ils sortent naturellement des ruches, vers le milieu du printemps: cette pratique a beaucoup d’inconvéniens. Il faut, toutes les fois que le temps est favorable, veiller huit heures par jour pendant un mois entier, pour être présent à la sortie des essaims, les suivre pour les forcer de s’abattre dans l’enceinte de la propriété ou à peu de distance; ce qui n’empêche pas qu’on ne perde ceux qui s’élèvent et disparaissent dans les airs, ou se fixent dans les bois , où on ne peut les retrouver. Dans les climats à température variable, on éprouve des retards dans la sortie des essaims, et il est des années où l’on n’a que peu ou point d’essaims, par suite des froids prolongés, des pluies continuelles, etc.
- Il est reconnu que quinze jours d’avance obtenus pour un essaim, dans îa saison où les fleurs sont le plus abondantes et le plus pourvues de miel (au mois de mai), lui donnent les moyens de fortifier sa population, et de se procurer une plus grande quantité de provisions pour l’hiver : aussi les essaims hâtifs sont les plus assurés ; ils donnent les meilleurs essaims , soit dans l’année même, soit dans l’année suivante, et offrent la meilleure récolte en cire et en miel. C’est pour cette raison que les observateurs qui s’occupèrent de l’éducation des abeilles proposèrent de faire des essaims artificiels.
- Parmi les divers modes de faire ces sortes d’essaims, deux seulement paraissent au rapporteur assez certains et assez faciles polir être utilement pratiqués, ce sont ceux appelés essaims forcés et essaims par séparation. Il assure les avoir employés tous deux successivement pendant plusieurs années consécutives.
- Les essaims forcés se font sur toutes sortes de ruches, pourvu que îa base n’en soit pas fermée ou puisse être ouverte à volonté.
- Les essaims par séparation ne peuvent avoir lieu qu’en employant des ruches qui se séparent en deux ou plusieurs parties par une section perpendiculaire à leur base, telles que celles dites à la Gelieu, à la Huber, excelle dont les avantages ont été démontrés dans l’article Abeille, du Nouveau Dictionnaire dé Agriculture, édition de Déterville.
- M. Lombard? dont la ruche, suivant M. Bosc, est la plus parfaite de
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- toutes celles qui se divisent horizontalement, a publié dernièrement une instruction pour faire les essaims forcés (voyez notre numéro de mars), les seuls qu’on puisse obtenir artificiellement avec sa ruche. Cette instruction paraît au rapporteur parfaitement remplir son objet; car il est persuadé qu’il est avantageux de faire des essaims artificiels, quoiqu’il soit préférable de faire ces mêmes essaims par séparation dans des ruches à divisions perpendiculaires.
- M. Féburier, membre de la Société d’Agriculture de Versailles, ayant lu cette instruction, a adressé à la Société un mémoire sur les essaims naturels et artificiels, contenant une comparaison fondée sur l’observation, des avantages et des inconvéniens des essaims naturels, des essaims forcés et des essaims par séparation. Ce mémoire , dans lequel l’auteur ne fait que confirmer la théorie et la pratique que M. Bosc a préconisées comme les meilleures, renfermant des observations utiles, le rapporteur a pensé qu’il méritait l’approbation de la Société, et il a proposé de le faire imprimer dans le Bulletin.
- CORRESPONDANCE.
- Paris ,• le 17 mars 1810.
- Le Ministre de VIntérieur, comte de l’Empire 7 au Conseil d’Administration de la Société d’Encouragement.
- Messieurs, j’ai lu avec intérêt la lettre que vous m’avez écrite le 10 de ce mois, au sujet de M. Janety , et de la perfection à laquelle il a porté l’art de rendre le platine malléable. Je me propose de tirer parti de ses ta-lens lorsque je serai dans le cas de faire frapper des médailles. Je l’ai recommandé d’un autre côté à M. l’Intendant général de la Maison de Sa Majesté, et à M. le Directeur des Musées. Je leur ai transmis à l’un et à l’autre une copie du rapport fait sur ses travaux au Conseil d’administration de la Société d’Encouragement. Je serais charmé que ma lettre les déterminât à occuper cet artiste , qui n’a rien négligé pour se rendre utile.
- Recevez, Messieurs, l’assurance de mes sentimens les plus distingués,
- Signé Moutalivet.
- A Paris, de l’Imprimerie de Madame HUZARD , rue de l’Éperon, n®. 7.
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- NEUVIÈME ANNÉE. (NV LXXI. ) MAI l8lO.
- BULLETIN
- : DE LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- Extrait des séances et de la correspondance du Conseil.
- Bateau plongeur de M. Castera. Nous avons déjà parlé des projets d’embarcations sous-marines dont M. Castera s’occupe depuis l’an IV, et qu’il a communiqués dans le temps au Gouvernement. Il a soumis à la Société un mémoire dans lequel il présente les bases de son projet, et indique les moyens généraux qui lui paraissent propres, à employer pour son exécution. Il pense que, lorsqu’il s’agirait de faire des expériences sur cette partie de l’architecture navale, il serait convenable de construire d’abord des bateaux de sauvetage , de les porter au degré de perfection dont ils sont susceptibles ; ce qui mettrait les marins sur la voie de former ensuite des embarcations plongeantes. Il a conçu l’idée d’un bateau de sauvetage, composé principalement d’une tonne dont les extrémités se terminent en forme de cône, de manière que la coupe du bâtiment sur sa longueur ressemble à un fuseau. Quant au bateau-plongeur que M. Castera propose, il serait pourvu , ainsi que ceux déjà essayés tant en France que dans l’étranger, i°. de réservoirs particuliers que l’on remplit d’eau à volonté, au moyen de pompes, pour faire monter ou descendre l’embarcation ; 2°. de verres et de manches en cuir, qui donnent la facilité au navigateur de voir les objets environnans et de les saisir; 5°. de tuyaux de respiration qui communiquent de l’intérieur du bateau avec 1 atmosphère, et d’un soufflet à double vent destiné à recevoir et à chasser lair; 4°. d’avirons en forme de rames ; 5°. du lest fixé à la quille pour ne point fatiguer le bateau par son poids, et suspendu de manière que le navigateur puisse le détacher en totalité ou en partie en cas de besoin.
- Neuvième année. Mai i8io. P
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- si M. Castera a aussi communiqué à la Société, i°, un mémoire qu’il vient de faire imprimer sous le titre d’Essai sur la navigation sous - marine , dans lequel il présente un système d’embarcations plongeantes appliqué aux opérations du commerce, à la levée des cartes marines et même à la guerre; 2°. une esquisse de bateaü-plongeur armé d’un aviron particulier, et ayant son lest à la surface de Feau , de manière que le navigateur puisse s’en servir pour y monter à volonté, et si lè lest était placé au fond de l’eau, dit l’auteur > on pourrait s’en servir pour y descendre; 5°. un croquis de bateau-plongeur soutenu par un bateau insubmersible, destiné à divers essais sans danger. Le même bateau-plongeur pourrait être soutenu à une certaine profondeur par un cylindre creux qui resterait à la surface; 4°.enfin* le dessin d’un globe, au moyen duquel on pourrait aller chercher de l’air à la surface de l’eau , et venir l’introduire dans le bateau-plongeur sans que l’eau puisse s’y mêler. - « -
- Moyen d’augmenter le produit du bélier hydraulique. M. de Récicourt a lu une note sur la possibilité d’augmenter le produit du bélier hydraulique , en combinant ses effets avec ceux qui ont été observés par Fenturi dans un jet d’eau qui se grossit en traversant une masse du même fluide. 11 a proposé de faire des expériences pour déterminer dans quel rapport ancrait lieu cette augmentation. ’ • ; :
- Machines de guerre. Quoique la Société ne s’occupe pas spécialement des inventions qui ont rapport à l’art de la guerre gnous croyons cependant,devoir parler de deux projets qui lui ont été soumis par M. Lafitte y mais dont nous ne garantissons point le succès. Le premier est relatif à un moyen de lancer des grappins sur les vaisseaux ennemis pour en faciliter l’abordage. Une pièce courte, en forme de caronade, montée sur un affût de marine, sert à lancer le grappin comme un projectile, à une distance proportionnée à la charge de poudre employée. Le manche du grappin remplit l’ame de la pièce sur toute sa longueur, et à sa partie extérieure est attachée une corde de chanvre destinée à se développer lorsque le grappin est lancé par la charge du canon, et comme cette corde ne doit passe développer entièrement, Fauteur pense que l’extrémité qui reste pourrait faciliter le rapprochement du bâtiment qui veut éviter l’abordage. ./
- Le deuxième projet de M. Lafitte a rapport à une bombe en fonte de fer composée de deux chambres à poudre séparées, et devant produire deux explosions distinctes, dont les effets seraient plus désastreux que ceux de la bombe ordinaire. , , .
- Fusées incendiaires. INous avons parlé dans un précédent numéro de
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- îa fusée incendiaire, dite à la Congrève, qui a été envoyée à fa Société par. M. de Réciçourt, alors chargé de visiter les fortifications de l’île d’Aix. C’est la seule dont la charge se soit conservée sans altération , les autres ayant été plus ou moins endommagées par l’humidité. Une commission de savans et d’officiers d’artillerie , nommée par S. M. l’Empereur, a été chargée de faire des expériences à Vincennes et à Charenton sur les effets de ces fusées. On en a construit de semblables au modèle qu’on avait sous les yeux, et déjà on est parvenu à les lancer à 1,000, 1,100 et jusqu’à i,3oo toises, et on espère les porter à 1,800 toises. Elles décrivent dans leur course une parabole très-prolongée, brûlent avec une flamme vive, et sont'eu* tourées d’un épais nuage de fumée qui les dérobe à la vue du spectateur.
- Ces fusées , de près d’un mètre de long sur 3 et 4 pouces de diamètre; ont l’avantage sur les bombes de pouvoir être transportées dans de petites embarcations, d’où on peut les lancer facilement, ne produisant point de recul; elles peuvent atteindre à de grandes distances, et leur effet est tel, qu’en peu d’instans l’objet qu’elles frappent est embrasé. U paraît que jusqu’alors on a éprouvé beaucoup de difficultés à les diriger sur un point déterminé. La commission s’occupe de la solution de ce problème, et dès que ses expériences auront été communiquées à la Société, nous nous empresserons d’en publier le résultat.
- Sur les moyens de brûler la fumée dans les cheminées. A l’occasion du rapport sur les calorifères de M. Desarnod, dont nous avons publié un extrait dans le Bulletin t N°. LXIX, un membre a observé que l’usage du charbon de terre, nouvellement introduit dans quelques grands établisse-mens, rendra toujours leur voisinage très-incommode, tant qu’on n’aura pas avisé au moyen de brûler la fumée qui se dégage de ce combustible; il a proposé de nommer une commission à l’effet de rechercher J es meilleurs appareils qu’on a pu imaginer pour parer à cet inconvénient, et d’exami-mer comment on pourrait les appliquer aux cheminées des appartenons. Cette proposition a été adoptée.
- Moyen de détruire les punaises. M. Des sa ux-L ebrçlhon , administrateur des hospices de Saint-Omer, a transmis à la Société, de la part de ses collègues, un procès-verbal dans lequel sont consignés les résultats de l’essai fait à l’hôpital général de cette ville , du spécifique pour détruire les punaises, composé par M. Faget, demeurant à Paris, rue Croix-des-Petits-Champs, n°. 47. Ces insectes s’étalent multipliés dans l’établissement dont il s’agit au point de troubler le repos des individus qui 1 habitaient. Informé par les journaux de la découverte de M. Faget, l’administration des hospices de Saint-Omer résolut de traiter avec lui. M, Fa-
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- get, mu par les seiitimens les plus généreux, fournit gratuitement la quantité de liqueur dont on avait besoin; elle fut employée dans le mois d’avril 1809, sous la surveillance de l’administration, avec toutes les précautions et tous les soins requis. Le succès répondit à l’attente, car aucun des insectes n’a survécu au contact du spécifique, et leurs œufs ne tardèrent pas à se réduire en poussière. Depuis cette époque, les punaises ont entièrement disparu.
- Le procès-verbal rappelle que la même expérience a été faite, avec un succès égal , à l’Institut impérial des Sourds-Muets, à l’hospice civil de Versailles et à celui d’Armentières.
- M. Faget se propose de soumettre sa découverte à la Société, et de lui présenter des échantillons de la liqueur qu’il compose pour détruire les punaises.
- A cette occasion, un membre a rappelé que M. Bérard, de Montpellier, a employé avec avantage pour cette opération une dissolution de mercure dans l’acide nitrique, étendue d’une grande quantité d’eau, qu’on passait avec un pinceau sur les bois de lit : cette expérience a été faite au Lycée de Montpellier ; l’entière extirpation des insectes en a été la suite.
- Objets présentés au Conseih
- M. Quenedey, dessinateur, a présenté au Conseil des feuilles ressemblant à une corne très-mince, plus transparentes encore, et qu’il nomme papier^ glace. Elles sont faites avec de la colle de poisson coulée sur une glace ou sur une planche de cuivre polie, et propres à différens usages. On peut les employer, mieux que tout papier transparent, pour1 calquer des dessins. Leur transparence, leur surface plane dorment le moyen de former les traits les plus délicats, et de suivre avec précision ce qu’ori aperçoit au travers. Ces feuilles peuvent être fort utiles aux arts. ;
- M. Burette, ébéniste, rue de l’Echelle, n°. 9, a présenté des semelles de crin préparées par un procédé particulier, et qui ont l’avantage de garantir les pieds du froid et de l’humidité ( voyez la note sur ces semelles , Bulletin, N°. LXVII) ;
- M. Janetjr, rue du Colombier, n°. 21, une capsule en platine, de 18 centimètres de diamètre sur i3 centimètres de profondeur, et pesant 7 hectogrammes (voyez le rapport de M. Darcet sur cet objet, Bulletin N°. LXIX) ;
- M. Dutertre, le modèle d’une sphère céleste, dont les moüvemens mécaniques imitent ceux des astres. Le Comité des Arts mécaniques a été chargé d’en rendre compte.
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- M. Hamel, fabricant de chandelles, a soumis au jugement delà Société des suifs qu’il assure être préparés par le même moyen que ceux de M. Bon-matin. Il a fait observer que ces derniers ne jouissent pas seuls de la propriété de dégager des étincelles électriques lorsqu’on passe dessus une lame de couteau, mais que cette propriété leur est commune avec tous les suifs bien purifiés (voyez le rapport de M. Vauquelin, Bulletin LXIX.)
- M. Prélat, arquebusier, a présenté un fusil auquel il a adapté sa platine perfectionnée, dont il a fait voir les effets (voyez le rapport de M. Deles-sert ^ Bulletin N°. LXIX. )
- M. Lepage y arquebusier de S. M. l’Empereur, qui s’est occupé du même objet, a présenté un fusil et des pistolets munis de platines construites sur le principe de celle de M. Prélat, et destinées à fournir plusieurs amorces de poudre de muriate oxigéné ;
- M. Delforge-Stevens, fabricant à Gand, des échantillons de couleurs minérales bleues et vertes très-bien préparées ( voyez le rapport de M. Mérimée > Bulletin N°. LX'VII) ;
- M. Lelouis, de La Rochelle, i°. deux modèles de cuisines économiques pour les armées de terre ; 2®. un modèle de cuisine du même genre pour les vaisseaux ; 3°. deux modèles de brancard pour les blessés; 4°. un modèle en relief d’une construction dont les pierres sont réunies par des tibia de bœuf;
- M. Tissot , horloger à Saintes, département de la Charente - Inférieure , deux modèles de treuils à déclic, à rochets et à leviers mobiles, accompagnés d’un rapport fait par M. Laval, ingénieur de la marine:
- M. Gardet, de nouveaux modèles de ses mitres pour empêcher le refoulement de la fumée dans les cheminées, auxquelles il a ajouté plusieurs perfectionnemens. Il a prié la Société d’ordonner sur ces mitres, des expériences qu’elle ferait suivre par les membres du Comité des arts économiques, et de lui indiquer une cheminée sur laquelle il pourrait faire utilement l’application de son procédé. Celle de M. Arifrye, à l’hôtel des Monnaies , présentant tous les inconvéniens auxquels M. Gardet croit pouvoir remédier, et ayant résisté jusqu’à ce jour à tous les efforts de l’art, a été désignée pour servir aux expériences.
- M. Duhamel, ingénieur en chef des mines, a présenté des tabatières en carton verni provenant des ateliers de MM. Thieric et Dadonville, établis à Ensheim près Sarrebruck, département de la Sarre. Elles se fabriquaient jusqu à présent dans les villages aux environs de Sarguemines ; mais les manufacturiers que nous venons de nommer ayant remarqué que cette
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- fabrication était défectueuse, et qu’il serait possible de l’améliorer, ont réuni à Ensheim, centre de ce genre d’industrie, les ouvriers épars dans les villages circonvoisins, et ils sont parvenus à donner à leurs produits la solidité et le lustre dont ils avaient toujours été privés. Ils ont imaginé des moyens plus prompts et plus économiques qui les ont mis en état de vendre à plus bas prix les tabatières, dont ils firent confectionner 16,000 douzaines en 1809. Il leur a paru possible de fabriquer d’autres objets en carton verni , et ils s’occupent en ce moment de l’exécution de leur projet, quoiqu’ils éprouvent beaucoup de difficultés à réunir, dans des ateliers et sous la surveillance des chefs, des ouvriers opiniâtrement attachés à la routine qu’ils suivent depuis vingt-cinq ou trente ans. Le Conseil a vu avec satisfaction les produits de la fabrique d’Ensheim , qui sont recommandables par la bonté du travail et par la modicité du prix. Il ne peut que for-mer des vœux pour la prospérité de cet établissement,
- M. de Lasteyrie a présenté, au nom d’un artiste étranger , une carte géographique exécutée avec beaucoup de soin par le procédé lithographique que nous avons fait connaître dans un de nos précédons numéros ; mais comme ce genre d’impression est susceptible de beaucoup d’améliorations, nous espérons pouvoir bientôt donner des détails plus étendus sur cette intéressante découverte.
- M. Molard a mis sous les yeux des membres du Conseil un fragment de corniche retiré d’une des salles du Conservatoire, dont la partie la plus saillante est composée d’une pierre rapportée que l’on avait fixée avec un mastic et des os de mouton. Le joint des pierres ainsi mastiqué offre la plus grande solidité. Ces sortes de constructions paraissent avoir été pratiquées anciennement, puisqu’on trouve encore dans les faubourgs de Paris les murs des jardins de plusieurs maraîchers composés d’os et de crânes d’animaux mêlés avec de la terre, et qui se sont très-bien conservés ( voyez la note sur le scellement de la pierre avec les os, Bulletin, N°. LXVII.)
- M. de Paroy a présenté de la part de M. Landelle, peintre, des glaces gravées par un moyen pour lequel cet artiste a pris un brevet d’invention, et qui représentent différens sujets et ornemens dessinés avec goût ;
- M. le général de Grave, une paire de bas de fil fabriqués au métier par M. Detrey, de Besançon , et remarquables par leur finesse (voyez le rapport de M. Bardel, Bulletin N°. LXIX.)
- Le même membre a mis sous les yeux de l’assemblée un petit vase de terre noire, provenant de la fabrique de MM. Merlin et Hall, de Monte-, reau, département de Seine-et-Marne, et que ces fabricans lui ont remis
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- comme îe résultat d’un premier essai. Il a fait remarquer que le grain de cet échantillon semble plus'uni que celui de la terre anglaise de ïFedg-wood, et que la forme eft est choisie avec goût.
- M. Murais, présenté des pipes d’acier, dont la soudure a été faite sans cuivre. Quoique la fabrication des pipes de métal n’offre rien de nouveau ni d’avantageux, le moyen que M. Murat s imaginé pour souder les siennes peut avoir des applications utiles. Cet artiste ayant proposé de communiquer son procédé moyennant une légère indemnité, la Société lui a accordé une somme de 100 francs à titre d’encouragement ( voyez plus bas , page i3o. )
- M. Lange, fabricant de lampes à courant d’air, a présenté une nouvelle lampe de son invention, qu’il nomme mélastatique, et dont il a expliqué le mécanisme; elle est munie d’un réflecteur en porcelaine. Cette lampe ayant été favorablement accueillie par l’Institut, et étant connue par le rapport qui a été fait à ce corps savant i nous nous dispenserons d’en donner la description.
- M. Bordier a présenté , i°. uiie lampe astrale carrée propre à l’éclairage des filatures de coton. Le bec de la lampe astrale ronde étant enfoncé sous le réflecteur et la flamme encore plus élevée que le bec, la lumière était projetée sous la forme d’un cône et ne divergeait pas assez. Cet inconvénient étant sur-tout sensible dans les filatures, M. Bordier a imaginé de faire projeter à sa lampe une lumière pyramidale en lui donnant la forme carrée, afin d’éclairer les plans rectilignes : ce moyen paraît avoir réussi. La forme carrée offre d’ailleurs des avantages pour la fabrication, la vente et l’expédition , et permet de diminuer le prix de celte lampe ;
- a°. Des réflecteurs paraboliques de différentes dimensions, en cuivre doublé d’argent, qui ont été formés mécaniquement et présentent une courbe parfaitement exacte;
- 3°. De petits appareils d’éclairage construits sur le principe de ses réverbères à réflecteurs paraboliques, et qu’il propose pour les illuminations publiques; ils produisent un très-bel effet, sur-tout dans l’éloignement; l'essai qu’il en a fait a été couronné du succès. M; Bordier a déjà varié l’emploi et l’assemblage des petits réflecteurs de ces lampes ; le réflecteur quadruple paraît ingénieux; une petite mèche consommant peu d’huile pro^ jette de quatre côtés une lumière vive et brillante.
- M. ClémentLossen ) serrurier et mécanicien à Paris ^ a soumis à l’examen de la Société un instrument qu’il destine au recouvrement des effets submergés. C’est une espèce de pince à coulant dont on peut multiplier à volonté les branches, qui sont fixées à charnière sur une douille en cuivre
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- traversée par une tige cylindrique en fer, portant à son extrémité supérieure un anneau auquel est attachée une corde ; l’extrémité inférieure de cette tige est garnie d’un coulant composé de deux cercles de fer, entre lesquels sont contenues les branches de l’instrument, dont les extrémités s’éloignent ou se rapprochent suivant la position du coulant. Les branches tendent continuellement à se rapprocher l’une de l’autre au moyen de ressorts placés sous chacune d’elles, près de la charnière ; ces ressorts facilitent l’effet du coulant, qui, sans cette précaution, ne glisserait que difficilement sur les branches qui sont couvertes de petits crans , pour que l’effort des poids enlevés ne le fasse pas remonter.
- Cette machine étant adaptée à l’extrémité d’une perche suffisamment longue pour atteindre l’objet naufragé, on fait remonter, au moyen de la corde, la tige qui porte le coulant ; ce qui fait ouvrir la pince autant que possible. On la pose sur l’objet, on lâche la corde, le coulant descend par son propre poids, et les branches, poussées par les ressorts, le saisissent. Il ne reste plus alors qu’à l’enlever en agissant seulement sur la
- Lorsque la profondeur est trop considérable, on emploie, au heu de perche, une seconde corde, attachée de même à la douille qui porte les charnières.
- L’auteur s’est réservé la faculté de changer à volonté les pointes ou griffes de sa pince par des emboîtures à carrés, pareilles à celles des compas. Cet instrument paraît en général bien exécuté, et l’application du coulant, employé depuis long temps dans plusieurs outils et instrumens, est ingénieuse.
- MM. Fabri et Utzschneider ont présenté divers échantillons de leur poterie carmélite déjà très-répandue dans le commerce, et qui a l’avantage précieux de résister à l’action du feu ( voyez le rapport de M. Mérimée sur ces poteries, Bulletin N°. LXIX) ;
- M. Nantes, serrurier à Paris, rue deà Fourreurs, n°. 6, une serrure de sûreté à deux clefs, exécutée avec soin (voyez le rapport de M. Molard, Bulletin N°. LXX) ; '
- M. Bardel, un échantillon de tricot à toison de M. Boiteux, que cet artiste a perfectionné ; .
- M. Brillat-Savarin, une petite pompe de compression, qu’il nomme irro-rateur, et qui est destinée à parfumer les appartemens (voyez, sur les usages de cet appareil notre précédent Numéro) ;
- M. Dutilleux, le modèle d’un fourneau-cuisine en tôle forte avec bâtis
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- en fer carré; sa partie supérieure est percée de onze ouvertures rondes destinées à recevoir autant de vases de cuisine. Un seul foyer, placé au centre et fermé en avant par une trappe; deux fours, une cheminée en tôle, garnie à sa naissance de deux registres, pour diminuer ou interrompre quand on veut la communication avec le foyer, forment à-peu-près l’ensemble de ce fourneau qui, dans les vues de l’auteur , doit servir a préparer le dîner pour quatre-vingts ou cent personnes. Ce modèle est construit avec soin et intelligence comme ouvrage de serrurerie.
- M. Henry a présenté le modèle d’une machine propre à enfoncer les pieux par l’effet de la poudre. C’est une espèce de sonnette à déclic; le mouton est composé d’un bloc creux comme une pièce d’artillerie, dans lequel on met une charge de poudre. Des hommes l’élèvent à l’aide d’un treuil; un tampon en fer, fixé à la partie supérieure de la machine, remplit le creux du mouton et s’appuie sur la poudre; un arrêt tient le mouton élevé. Lorsqu’on met le feu, l’explosion de la poudre soulève un piston placé dans un petit tube particulier; ce piston dégage l’arrêt; la poudre, trouvant un appui sur le tampon fixe, donne au mouton une vitesse initiale, qui s’accélère par la chute, et le pieu est frappé avec une grande force. Le Comité des arts mécaniques, chargé d’examiner ce modèle, a fait une expérience en petit, qui a assez bien réussi; mais il a observé que son application en grand aurait quelques inconvéniens, parce que les masses et les hauteurs changent, et qu’il existe une limite de vitesse que l’on ne peut outrepasser sans détruire les pieux. Cependant la machine pourrait avoir d’autres applications utiles; dans les fonderies par exemple, où l’on brise les pièces de rebut à l’aide d’un mouton ordinaire, celui deM. Henry serait préférable. Le Comité a proposé en conséquence, pour en conserver l’idée, d’acheter à cet artiste son modèle moyennant la somme de 100 francs. Cette proposition a été adoptée.
- M. de Bonnard, ingénieur des mines, a présenté, au nom de M. Duhamel son collègue, des faulx fabriquées à Sarrebruck, département de la Sarre.
- Madame veuve Henry Mathieu et fils, propriétaires de plusieurs papeteries et d’une cartonnerie située à Dinant, département de Sambre-et-Meuse, ont adressé divers produits de leurs fabriques; savoir, des cartons pour presser les draps et pour la fabrication des cartes à jouer, de cinq qualités différentes, et des échantillons d’autant d’espèces de papiers propres à la confection de ces mêmes cartons. Ils ont donné quelques détails sur cette branche d’industrie et ont sollicité l’approbation de la Société. .
- Ces échantillons ont été renvoyés à l’examen d’une commission spéciale.
- Neuvième année. Mai i8ro. Q
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- Correspondance.
- S. Ex. le Ministre de l’intérieur , en accusant la réception du rapport fait par M. Chassiron, au nom du Comité d’agriculture , sur les questions d’économie rurale traitées par M. Dessaux-Lebrethon, dans son mémoire pour cause de dégradation de plantations (voyez Bulletin N°. LXIX), a informé la Société que la partie du rapport relative aux qualités que l’on devrait exiger des arbitres et experts ruraux sera insérée à la suite des observations des commissions consultatives de l’Empire, sur le projet du Code rural.
- M. Masclet, sous-préfet à Douai, auquel le Conseil avait témoigné Je désir de connaître les procédés de l’artiste qui fabrique dans cette ville des couteaux de corroyeur, a annoncé que cet artiste, nommé Nicolas Hoffy caporal de la 6e. compagnie des ouvriers d’artillerie, est parti pour l’Espagne, qu’il lui a écrit à ce sujet, et qu’il n’en a point reçu de réponse.
- Le sieur Hoff a forgé ses premiers couteaux sous la direction du nommé Hullock, corroyeur anglais, que M. Masclet a tiré du dépôt de prisonniers anglais à Valenciennes, avec plusieurs autres ouvriers tanneurs, corroyeurs et maroquiniers de sa nation, qui ont formé à Douai deux établissemens. Depuis le départ de Hoff, Hullock a fait forger ses couteaux par un taillandier de cette ville, dont il a aussi dirigé le travail, et ces instrumens se sont trouvés aussi bons que ceux de William Cox. M. Masclet a offert d’en envoyer à la Société si elle le désire, et a même fait espérer qu’il pourra obtenir de cet Anglais la communication de ses procédés.
- M. Darcet a communiqué à la Société, dans sa séance du 28 mars dernier, une lettre de M. Lecourt, directeur des fonderies de Toulouse, dans laquelle il annonce qu’il vient de fondre à Vierzon (Cher), chez M. Au-bertot, du minéral de fer en grain, dans une affinerie ordinaire, alimentée par des soufflets à piston, en suivant la méthode dite à la catalane, et qu’il en a obtenu du fer doux.
- Depuis trois ans, il avait monté sur ses fourneaux à réverbère des chaudières à distiller l’eau-de-vie, afin de profiter du calorique perdu, et il assure qu’il y avait même cémenté du fer ; mais que M. Aubertot est parvenu d’une manière ingénieuse à anéantir la gerbe énorme de feu qui sort ordinairement des forges et des affineries, et qui menace d’embraser les bâtimens voisins; qu’il a rassemblé celte chaleur perdue,
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- dans un foyer où il fait passer une quantité considérable de fonte à l’état de fer oxidé.
- Ce maître de forges a annoncé que depuis long-temps il cherchait les moyens d’employer les battitures de fer, ces parties de fer oxidé, qui se détachent en passant le fer sous les laminoirs, et connues dans ses usines sous le nom de hamesac, jusqu’alors regardées comme inutiles; que l’exemple de M. Lecourt pour traiter les minerais de fer en grain à la méthode catalane, lui suggéra l’idée d’y passer les battitures, et qu’après beaucoup de tâtonnemens il est parvenu à en obtenir du fer forgé, capable d’étre versé dans le commerce.
- Cette lettre est accompagnée d’échantillons de fer et d’acier *, que ces artistes ont obtenus par les trois procédés qûe nous venons d’indiquer.
- M. Jullien, auteur d’un instrument propre à extraire la tourbe sous l’eau, dont il a déposé un modèle en octobre 1809 (0 ’ a annoncé que plusieurs personnes l’ayant engagé à faire exécuter cet instrument dans les dimensions convenables, afin de le soumettre à l’expérience dans une tourbière voisine de la capitale, il désirerait que la Société fît les frais de cette construction, qui peuvent se monter à une somme de 72 francs : cette proposition a été adoptée.
- M. Rattier, de Blois, a adressé des observations sur la possibilité et la facilité d’établir, dans les vallées voisines de la Loire et du Cher, des canaux d’irrigation. Il cite à l’appui de ses assertions deux expériences, dont l’une a été continuée pendant dix ans avec succès, et dont l’autre, concertée avec M. le préfet du département de Loir-et-Cher, procure, depuis 8 ans, à la vallée de Chousy - sous - Blois les résultats les plus avantageux.
- Ouvrages offerts à la Société.
- Compte rendu par S. Ex. le Ministre de l’intérieur de la situation de l’Empire français en 1809 : 25 exemplaires.
- Notice historique sur les forêts; par M. Baudrillart : 25 exemplaires.
- Manuel métrique , ou Recueil de tables pour la réduction des mesures
- (1) Voyez notre N°. LXVI du mois de décembre 1809, page 349* Cette machine consiste en une caisse de tôle carrée qu’on enfonce dans la tourbe à l’aide d’un long manche, et d’un tranchant mobile dans une coulisse demi-circulaire , fixée à la partie inférieure , qu on ferme en totalité ou en partie lorsque la caisse est remplie de tourbe. Ce tranchant a 1 avantage de détacher le lopin de tourbe et de le retenir lorsqu’on retire l’instrument.
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- de toute espèce, et particulièrement de celles en usage dans le département de l’Indre; parM. Forest.
- L’Art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales ; par M. Appert, un vol. in-8°.
- Compte rendu des résultats de la ferme expérimentale établie en 1791 au Plessis-Belleville ; par M. Brodelet.
- Programme des prix proposés par la Société du commerce et des arts de Boulogne, pour l’année 1810.
- L’Art de multiplier les grains; par M. le sénateur comte François de Neuf-ckâteau, 2 vol. in-12.
- Cet ouvrage est digne de fixer l’attention des cultivateurs, tant par l’importance du sujet qu’il traite^ que par la clarté avec laquelle les faits y sont présentés. L’auteur y discute avec sa sagacité ordinaire une question qui intéresse essentiellement la prospérité agricole; il cherche à démontrer qu’en cultivant une moindre étendue de terre et en donnant plus de soins à la culture, on obtiendra des récoltes plus abondantes. Il s’appuie à cet égard des autorités les plus respectables, et il a recueilli sur les moyens de multiplier les produits des diverses espèces de blé des notions éparses dans un grand nombre d’auteurs, tant étrangers que régnicoles.
- Programme des prix proposés par l’Académie de Marseille pour l’année 1811.
- Dans sa séance de Pâques 1811, l’Académie de Marseille décernera un prix de la valeur de 600 francs à l’auteur du meilleur mémoire sur les questions suivantes :
- « Quelle est la meilleure méthode à suivre pour la fabrication de la soude factice ?
- » Quels sont les procédés les plus sûrs et les plus économiques pour captiver les gaz pernicieux qui s’exhalent pendant cette fabrication ?
- » Quels seraient les meilleurs moyens de rendre ces gaz utiles aux arts? »
- L’intention de l’Académie étant de mettre de plus en plus ces connaissances à la portée des fabricans, elle exige que les concurrens joignent à leurs mémoires des plans et élévations suffisamment détaillés, avec les calculs nécessaires pour leur intelligence.
- Ce concours sera fermé le ier. mars 181 t.
- Les mémoires doivent porter une devise, et le nom de l’auteur doit être renfermé dans un billet cacheté. Ils seront adressés, francs de port, à M. Casimir Rostan} secrétaire perpétuel de l’Académie de Marseille.
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- Programme des prix proposés par l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen. * ; ;
- L’Académie propose, pour sujet de prix à décerner dans sa séance publique de 1811, la question suivante : - ^ "
- « Étant donnés un volume d’eau et sa chute, déterminer la position et les dimensions de la roue, soit à aubes, soit à augets , qui doit produire le plus grand effet possible. »
- L’Académie désire sur-tout que l’auteur s’occupe de rendre facilement applicables à la pratique les conclusions qu’il pourrait déduire de la théorie et principalement de l’expérience.
- L’auteur aura soin de joindre à son mémoire les plans , coupes et profils nécessaires. '
- Le prix sera une médaille d’or de la valeur de 3oo francs.
- L’auteur mettra en tête de son mémoire une devise, qui sera répétée sur un billet cacheté, dans lequel il fera connaître son nom et sa demeure.
- Les mémoires devront être adressés, francs de port, à M. Vitalis, secrétaire perpétuel de l’Académie pour la classe des sciences, avant le ier. juin 1811 : ce terme est de rigueur. ;
- ARTS MÉCANIQUES.
- Notice sur les filatures de cocons chauffées par la vapeur ; par M. cPIîombres-Firmas.
- M. Gensoul a pris un brevet d’invention pour l’emploi des tubes à vapeur destinés à chauffer l’eau des bassines où l’on file la soie. Les autres exemples que nous avions de cette manière de chauffer les liquides lui donnèrent l’idée de son appareil; mais c’est l’idée la plus heureuse, une îles plus belles applications qu’on puisse faire des tubes à vapeur; elle offre plusieurs avantages particuliers aux filatures, indépendamment d’une grande économie de combustible. On peut très-facilement graduer la température de l’eau, l’augmenter ou la diminuer dans telle ou telle bassine, selon l’espèce de cocons qu’on y file. M. Rallier dit qu’on obtient un blanc plus parfait lorsqu’en tirant la soie des cocons blancs on change l’eau d’heure en heure, et que, pour que cela ne retarde point le travail, on a de l’eau bouillante dans une chaudière de cuivre, afin de remplacer celle qu’on a retirée de la bassine (i). Ici l’eau se
- ^P(i) N . LIX du Bulletin de la Société d’Encouragement pour Vindustrie nationale, huitième année.
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- renouvelle continuellement par la condensation des vapeurs. Les fileuses, qui sont assises près des fourneaux des filatures ordinaires * seront pjus commodément placées\ elles feront plus d’ouvrage, puisqu’elles n’auront plus besoin d’arranger elles-memes leur feu, ou d’attendre que leurs tourneuses le fassent;>tcelles-ri, qui sont en même temps chargées de nouer les brins de soie cassés, auront les mains plus propres. La poussière et la fumée seront éloignées de l’atelier, et MM. les académiciens de Turin affirment fie plus qu’une quantité fie cocons donnée produisait plus de soie, et qu’elle avait plus de force et d’élasticité lorsqu’elle était filée à la vapeur que lorsqu’on chauffait l’eau à la manière ordinaire (i).
- J’accompagnai dernièrement quelques négocians d’Àlais à Sainl-Jean-du-Gard, où M. Molines ;a fait établir une filature à la Gensoul. Je vais décrire cet établissement, rendre compte des expériences que nous fîmes, et tâcher de répondre à quelques objections que j’ai entendu faire contre cet appareil. J’espère que M. Gensoul, dont je n’ai pas l’honneur d’être connu, ne verra, dans les observations que je me permets de faire, que le désir de me rendre utile à mes concitoyens et à lui - même , en contribuant à faire adopter les tubes à vapeur dans ce pays.
- La filature de M. Molines est composée de vingt-six tours (2) placés sur deux rangs, l’un de quatorze, l’autre de douze; la chaudière est au bout de l’allée qu’ils forment, en face de la porte d’entrée et à côté d’un puits. Cette chaudière est formée de fortes douves serrées par des cercles de fer avec des boulons à vis. O11 nous dit qu’elle était doublée de cuivre intérieurement ; elle a environ deux mètres de diamètre et 1,62 mètre de hauteur; le fourneau enfer fondu occupe une partie de sa capacité; la cheminée circule dans l’eau comme un serpentin (5), traverse ensuite une seconde cuve de 0,88 mètre de diamètre sur un mètre de haut, placée au-dessus de la chaudière, et monte perpendiculairement jusqu’au toit.
- (1) Voyez le rapport de MM. Vrovana, B'tdone et Vassali Eandi, page 34 et suiv. des Mémoires de V Académie de Turin.
- (2) Je n’aime pas voir dans le même local un tour dont le bassin est chauffé par un fourneau ordinaire , et je ne conçois pas ce qu’on nous dit que c’était pour filer les cocons doubles ; ce qu’on ne pouvait pas fæiçe à la vapeur.
- (3) M. Genso/ul a ajouté dans la partie inférieure de cette cheminée un tuya;u qui communique au-dessous de la chaudière , et qu’on ferme avec un couvercle. Lorsqu’elle a besoin d’être ramonée , il suffit d’y jeter de l’eau, qui s’échappe par ce tuyau , et s’il arrivait qu’il se fît quelque petite ouverture à cette cheminée, l’eau qui s’y introduirait s’écoulerait, dit-il j par-là, sans danger d’éteindre le feu, et sans qu’il fallût aussitôt arrêt®? la filature.
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- Toute la partie de cette cheminée , qui est environnée d’eau, est en cuivre battu ; le reste est en tôle. G’esti contre la solidité de cette chaudière, ou, pour mieux dire,: dé la- chérm«i*née-4ouna«ntey qu’on forme le plus d’objections; il est clair qu’un dérangem<e®£tî>dans imite partie de T appareil arrêterait toute la filature.: Le mastic déufarinei dé seigle) et; de blancs d’œufs avec lequel M. Gensotil.houchâ les. trous qtéil fit pratiquer exprès à son conducteur lors de ses expérience»Taites à Turin, ne pouvait pas être employé dans la chaudière* : il ÿ ahurie porte pour y descendre ; chaque douve est numérotée*;- et il est* facile de la démonter tout-à-faity mais les ouvriers des petites villes seront-ils en état; de> fairedes réparations nécessaires? Je pense que toutes les parties de l’appareil sont construites avec les précautions!.et.la. solidité’que son emploi-exige. On sait que les chaudières de bois sont employées depuis long-temps en Dânemarck et en Allemagne, et outre qu’elles coûtent moins , elles présentent encore un avantage dans la distillation; le bois étant mauvais conducteur de calorique, il y en a moins d’employé à vaporiser le liquide. On peut au surplus avoir une chaudière en cuivre, que nos chaudronniers pourront faire et réparer, et un fourneau de maçonnerie bien disposé. On évitera par là les accidens qui peuvent survenir aux jointures de la cheminée etdu fourneau, et de celui-ci avec la chaudière.
- L’eau de la cuve supérieure sert à remplacer celle qui s’évapore dans l’autre (la chaudière), qu’on évalue à douze seaux par heure ; on la remplit trois fois par jour aux heures des repas; elle acquiert dans ces intervalles jusqu’à 5o et 60 degrés centigrades de chaleur. La cîef du robinet de communication porte un index, qui marque sur un cadran s’il est plus ou moins ouvert : c’est un excès de précaution.
- A droite est un tube de verre qui communique avec l’intérieur de la chaudière, et fait connaître le niveau* de l’eau; un cadre garni de fil de fer le met à l’abri de tout accident. De l’autre côté, un tube de cuivre communique aussi par le bas avec la chaudière* et forme une espèce de pompe, dont le piston, selon qu’il s’élève plus ou moins , fait juger de la force de la vapeur. M. Gensoul appelle cet appareil un vapomèire ; nous n’en sentons pas bien la nécessité, pour des ouvriers sur-touL
- La soupape de sûreté est à l’extrémité d’un levier du premier genre; on peut la soulever en appuyant sur l’autre extrémité; mais cela est inutile, on doit au contraire chercher à la contenir; je crois qu’il vaudrait mieux
- la placer entre l’extrémité du levier, ou le point d’appui, et un contrepoids.
- Au sortir de la chaudière, les vapeurs sont reçues dans un conducteur
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- coudé en équerre à droite et à gauche pour suivre la direction des tours ; il est entouré de substances peu conductrices du calorique, et renfermé dans une caisse soutepue par des tringles de fer ; il est incliné vers la chaudière, afin que l’eau condensée puisse y retourner. Les tubes qui descendent de ce conducteur sont enveloppés de lisières de draps, et se divisent en deux branches garnies de robinets, dé manière que chaque tube sert pour une paire de bassines. L’extrémité qui plonge au fond de l’eau est terminée par un bout de tube horizontal, percé de petits trous, qui se démonte à baïonnette pour qu’on puisse facilement nettoyer les bassines. Au-dessus de ce tube, on place un petit tamis pour éviter le bouillonnement de l’eau.
- Les bassines sont en fer fondu; elles reposent par leur bord sur des tables percées convenablement. On épargnerait encore la chaleur en les mettant à l’abri de l’air ; il ne faudrait pour cela qu’un double fond, qu’on remplirait de sciure de bois, etc.
- Les bassines ont 2,i5 décimètres de profondeur, et seulement 4,^5 décimètres de diamètre ; cela n’est point assez. Lorsqu’il ne reste plus assez de cocons pour continuer le filage, on est dans l’usage ici de les séparer avec une petite planche faite exprès ( une tauco ), attendant qu’on en prépare d’autres, ce qu’on appelle faire une nouvelle battue; avec ces petites bassines on est obligé de les sortir de l’eau pendant ce temps, et on y trouve plusieurs inconvéniens. On pourrait facilement en construire de plus grandes ; mais je préférerais les faire en cuivre étamé, ou employer des baquets de bois, qui coûteraient moins et retiendraient mieux la chaleur.
- Nous remarquâmes chez M. Molines différentes nuances de blanc dans quelques écheveaux de soie provenus des mêmes cocons, et nous soupçonnâmes qu’un peu de rouille de la bassine mêlée avec l’eau, pouvait les causer. Pour nous en assurer, de retour à Alais, nous laissâmes quelques jours des morceaux de vieux fer dans une cruche remplie d'eau, et nous nous en servîmes lorsqu’elle fut jaunâtre, pour l’ajouter dans une bassine de cuivre où l’on avait commencé à filer avec de l’eau bien propre; mais l’expérience n’a pas confirmé notre soupçon (i).
- Nous avons répété les expériences faites à Turin sur le temps nécessaire
- (1) Les fileuses de M. Molines trouvèrent un jour l’eau de leur bassine si sale qu’elles dirent toutes ne pouvoir plus continuer à filer. On se rappelle que M. Gensoul avait recommandé de vider la chaudière une fois par mois; on le fit donc à huit heures du matin. On y trouva un dépôt d’une odeur fort désagréable ; tout fut réparé , et la filature remise en train à deux heures après midi.
- pour
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- pour échauffer les diverses bassines et le degré de chaleur qu’elles acquièrent dans un temps donné ; nous avons été pleinement satisfaits des résultats. Dans 27 minutes, une bassine d’eau à 22 degrés de température fit monter le thermomètre centigrade à 91 °, tous les robinets étant ouverts.
- M. Molines brûle 293,70 kilogrammes (6 quintaux) de charbon par jour pour ses 26 tours. Un fourneau ordinaire en consomme 39 kilogrammes (80 livres). C’est une grande économie, et l’on pourrait certainement faire moins de feu en mettant moins d’eau dans la chaudière, puisqu’on a par-tout de 87 à 920 de chaleur, tandis que 85° suffisent communément. C’est du moins la température moyenne que j’ai trouvée en plongeant un thermomètre dans plusieurs bassines et dans des filatures différentes. Je crois que la chaudière et le fourneau de M. Molines suffiraient pour un établissement plus considérable, sur-tout en prenant plus de soins pour conserver le calorique.
- M. Guiraudet, qui m’accompagna, avait amené d’Alais une de ses fi-leuses, et porté 47^ cocons pesant 673 grammes (22 onces), qui furent filés à 90°,6 de chaleur. La mêmenà notre retour, fila une quantité semblable des mêmes cocons; seulement la température, qu’il n’est pas’^aussi facile de régler avec les fourneaux ordinaires, ne s’éleva qu’à 85°,25. Voici le résultat de ces deux expériences comparatives.
- Filage à la vapeur, à St.-Jean. Filage ordinaire, à Alais.
- Soie produite, filée à 6 cocons. 76,44 gram. Soie produite, filée à 6 cocons. 76,44 gram.
- — 1 bassinât, pesant.... ., 1,93 — 2 bassinats, pesant . . . .. 3,8
- — 2 mariages , pesant... .. 0,1 — 2 mariages, pesant ... .. 0,1
- — Costes.. . . 25,00 — Costes . . 23,00
- — Avenadure. . . 2 1,00 — Avenadure . . 20,00
- 124,47 gram. i23,34gram.
- Le diamètre des deux soies a été mesuré avec un micromètre donnant les 0,0025 lignes; leur force et leur élasticité, par le poids qu’elles supportaient et leur allongement avant de se rompre. Le résultat moyen d’un grand nombre d’essais ne présente pas de différences assez sensibles pour en tenir compte.
- Les expériences que nous avons faites ne suffiraient sans doute pas, s’il était question de constater pour la première fois les avantages de l’appareil de M. Gensoul; mais nous en étions convaincus d’avance, et nos observations particulières n’ont fait que confirmer la bonne opinion que nous en avaient donnée les rapports de la Chambre de Commerce, de 1 Académie impériale, et de la Société d’agriculture de Turin (r).
- (1) Brochure de 35 pages, chez Domin, Pane et, Compagnie. Turin, ibo8.
- Neuvième année. Mai 1810. R
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- Rapport fait par M. Molard, au nom du Comité des Arts mécaniques , sur des pipes en acier poli, présentées à la Société par "Mv Mlirat, serrurier, rüe Sàint-jMaur, n°. 70.
- Les pipes que M. Murat a offertes à votre examen n’ont rien de re^ marquablej considérées sous le rapport de la forme et du poli ; mais lorsqu’on fait attention que les tuyaux sont composés d’une seule pièce de 5 à 6 décimètres de longueur,, pèreée d’un bout à l’autre d’un trou d’environ 2 millimètres de diamètre et soudée à la forge, on se demande d’abord par quel moyen l’auteur est parvenu à souder ces tubes sans boucher le trou , puisqu’il n’a pas pu faire usage d’une broche , comme cela se pratique pour les canons de fusil.
- M. Murat n’ayant pas fait connaître le procédé qu’il emploie pour souder des tubes en fer dont le diamètre ne permet pas de se servir des broches des canonniers, et considérant que ce procédé pourrait devenir utile dans plusieurs circonstances, nous avons cru devoir inviter cet artiste à le cdtnmuniquer au Comité.
- Ce procédé consiste à rouler d’abord sur un fil de fer plus ou moins gros le tube en fer doux, et à en rapprocher les bords à plats-joints; à donner ensuite la première chaude suante au milieu de la longueur, à rapprocher les bords au marteau, à la manière ordinaire, et à chauffer de nouveau presque au même degré, en ayant soin lorsqu’on retire le tube du feu, de le secouer en l’abaissant, pour en faire sortir les parties oxi-dées, qui se détachent quand on fait éprouver au fer une température très-élevée. O11 répète les chaudes suantes à partir du milieu jusqu’aux extrémités, toujours en rapprochant les bords au marteau et en secouant chaque fois.
- Ainsi, pour souder des tubes en fer de toute dimension sans le concours de la baguette du canonnier, il suffit de les chauffer au degré convenable et de les déboucher à la seconde chauffe en les secouant ; mais comme ce mouvement doit être imprimé avec une certaine force pour produire son effet, il arrive souvent que les tubes se rompent; pour remédier à cet inconvénient et faciliter l’opération, j’ai pensé qu’on pourrait déboucher avec un fil de platine. L’expérience que j’ai fait faire à cet égard, en ma présence, par M. Murat, m’a donné le résultat que je m’en étais promis ; on a même pu déboucher les tubes sans les retirer du feu, et après leur avoir donné la première chàude suante.L. "
- Ce procédé pouvant avoir des applications utiles dans les arts, et donner
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- lieu à des travaux intéressansy le Comité-propose au Conseil d’accorder à M. Murat unesomme de 100 francs à titre d’encouragement, pour la communication qu’il a donnée de son procédé.
- Signé Molard , rapporteur.
- Adopté en séance, le o.5 mai 1810.
- Description d’un Instrument pour dessiner la perspective ;
- par M. de Lasteyrie.
- Il entre dans le plan de la Société d’Encoüragement de répandre par la voie de son Bulletin la connaissance des différentes machines qui peuvent concourir au perfectionnement des arts. Celle que nous présentons ici a été décrite et gravée par un artiste célèbre de Rome, M. J.-B. Cipriani, qui en a fait usage et qui nous en a parlé pendant notre séjour dans cette ville, comme d’une machine supérieure aux autres du même genre. Nous avons cru utile de la faire connaître en France et de traduire la description qu’il en a donnée dans l’ouvrage qu’il publie par cahiers, sous le titre de Miscellanea di utili produzioni in belle arti ed in scienze. Roma, 1808; petit in-fol. Mélangés des productions utiles dans les sciences et les beaux arts. Voici comment il s’exprime r
- « Il me paraît qu’on 11e peut imaginer une machine plus simple et mieux » combinée pour tracer un dessin en perspective. Cette machine a été « construite par les soins de l’ingénieux et habile baron de Rennenkampff, » qui a bien voulu me permettre d’en prendre un dessin et de la publier » dans mes Mélanges. Je la représente en perspective et géométralement, » en y ajoutant la description de chacune de ses parties vues séparé-» ment. »
- La planche 68 représente l’instrument placé sur une table garnie d’un châssis assemblé à angles droits, sur lequel on tend une feuille de papier.
- On peut voir que cet instrument est composé d’une règle horizontale, au bout de laquelle s’élève un cylindre vertical, et qu’il peut glisser horizontalement sur le châssis, en s’appuyant contre un de ses bords.
- Le cylindre et la règle sont entourés d’une virole de cuivre mobile que l’on fait mouvoir simultanément et à volonté, à l’aide d’une corde qui passe sur quatre poulies, et qui est attachée aux deux viroles par leurs extrémités.
- Celle du cylindre porte un point de mire, qui, à l’aide de la corde et du mouvement horizontal qu’on donne à l’instrument, peut être dirigé sur tel point que l’on veut de l'objet à dessiner. L’autre virole , qui suit
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- toujours les mouvemens de la première, porte une pointe qu’on peut enfoncer dans le papier, en appuyant sur un bouton auquel elle est fixée.
- De cette manière, on relève tous les points dont on a besoin pour tracer avec précision les traits de l’objet qu’on veut représenter.
- On ferme l’instrument en desserrant la corde qui est tendue, par le moyen d’une vis de rappel placée sous la poulie antérieure. Le cylindre, qui tient à la règle par une charnière, se couche alors horizontalement.
- Il serait préférable que la pinnule , qui est le point de vue du dessinateur, pût s’éloigner plus ou moins de la table. Il est aisé de remplir cet objet à l’aide d’une tringle à coulisse qu’on fixerait à volonté par une vis de pression ; et pour que ce point de vue s’abaissât ou s’élevât à volonté , on donnerait à la tige plusieurs articulations, comme on le voit fig. 10.
- Cet instrument est utile principalement pour tracer les objets dont le dessin est composé de lignes droites. On conçoit que, pour tracer des courbes compliquées, le nombre de points nécessaire pour déterminer leur forme rendrait l’opération très-longue. .. . ;
- Dans ce cas, il vaut mieux faire usage d’une glace posée verticalement, et enduite d’une légère couche d’eau gommée. On a alors l’avantage de pouvoir vérifier son dessin, et il n’y a d’erreurs que celles occasionnées par la réfraction des rayons lumineux traversant un milieu plus dense que l’air; mais ces erreurs sont insensibles si la glace est mince.
- Explication des figures de la Planche 68.
- Fig. i. Vue perspective de l’instrument posé sur un bloc de bois.
- a, pinnule; h, cylindre sur lequel glisse la virole i; ç, poulie antérieure ; d, virole armée d’un bouton et d’une pointe pour marquer sur le papier, et mobile sur la règle horizontale n ; f, vis de rappel pour tendre et relâcher la corde m; g g, vis de pression pour fixer le support h sur la tablette; /, feuille de papier tendue sur la tablette.
- Fig. 2. Plan de l’appareil. Les mêmes lettres indiquent les memes objets que dans la fig. i ; ee, petites poulies sur lesquelles passe la corde.
- Fig. 3. Elévation géométrale. Les lignes ponctuées indiquent la manière de fermer l’instrument.
- Fig. 4* Cylindre et virole i, percée du point de mire; /£, poulie supérieure sur laquelle passe la corde.
- Fig. 5. Pinnule à laquelle est adaptée une plaque mobile percée de plusieurs trous ; elle est représentée fermée.
- Fig. 6. La même pinnule avec la plaque ouverte*
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- Fig. 7 et 8. Support h vu séparément.
- Fig. g. Coupe de la partie de l’appareil, dans laquelle s’engage la vis de rappel, qui sert à tendre ou à relâcher la corde m.
- Fig. îo. Pinnule armée d’une tringle à coulisse formant plusieurs articulations et qu’on fixe à volonté par une vis de pression.
- AGRICULTURE.
- Extrait d’un Mémoire de M. Gaujjac, propriétaire-cultivateur9 à Dagny, près Coulommiers ( Seine-et-Marne ) ,, sur la culture comparée des plantes oléagineuses (î).
- Nous avons publié dans les Nos. LXVII et LX1X du Bulletin l’extrait d’un mémoire sur la culture en grand du colza , culture si importante pour nos fabriques, qui est pratiquée avec tant de succès dans les dépar-temens du nord de l’Empire, et qu’il serait à désirer qu’on pût introduire dans les autres parties de la France. Le mémoire dont nous offrons aujourd’hui l’extrait est du même auteur; il n’est pas moins intéressant que le premier, et mérite de fixer l’attention des cultivateurs par l’exactitude et le soin des expériences comparatives de culture.
- M. GaujaCj ne voulant pas se borner à la culture du colza, a cherché à s’assurer si, dans !e nombre des plantes oléifères, il ne s’en trouverait pas quelques-unes qui pussent égaler ou surpasser l’huile de colza en qualité et en quantité, ou tout au moins en approcher. Car lorsque, par des accidens qu’on ne peut prévoir, l’huile de colza vient à manquer, un cultivateur sage et prévoyant doit trouver dans le produit d’une autre plante l’équivalent de celles qu’une intempérie lui a fait perdre. Les Flamands ne négligent pas cette précaution, quoique ce ne soit pas à la vérité un grand mérite; car le colza ne peut périr que par une très-forte gelée en hiver (à moins qu’il n’ait ses racines dans l’eau), et alors ils ont la ressource de semer en avril et même en mai la cameline, qui supplée le colza, quoique son huile ne soit ni si abondante ni si bonne. Us ne connaissent ou ne cultivent qu’une plante hivernale, c’est le colza ; les autres espèces qu’on rencontre chez eux sont l’oeillette ou pavot blanc, le lin et la cameline. M. Gaujac ne s’est pas restreint à cette seule culture. On trouve dans son domaine les plantes oléagineuses suivantes :
- (i) Ce mémoire a remporté le prix proposé par la Société pour la culture comparée des plantes oléagineuses.
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- Plantes hivernales.
- Le colza, la julienne, le navet d’hiver, le rutabaga, le chou frangé de Dantzick, le chou navet indigène.
- Plantes oléagineuses que Von sème au printemps et dont on récolte les graines à la fin de Vété ou au commencement de Vautomne.
- La cameline, le pavot blanc, le lin, le chenevis, les soleils, la navette d’été.
- L’extraction de l’huile se fait pour les graines de ces dernières plantes comme pour celles du colza, mais la culture en est différente. On sème le colza à la fin de juillet pour le repiquer en septembre ou octobre, et en récolter la graine mûre neuf mois après; les autres plantes se sèment à la volée au printemps, pour en récolter la graine dans la même année. Tous ces végétaux exigent une bonne terre qui ait au moins 5o à 4o centimètres de fond, et qui ait été labourée deux fois avant l’hiver, bien nettoyée, amendée et labourée de nouveau au printemps, au moment du semis. Voici comment l’auteur cultive chacune des plantes mentionnées ci dessus ï *nous commencerons par les plantes hivernales.
- Julienne (hesperis matronalis ), plante vivace.
- Cette plante se sème en pépinière, au printemps, après les dernières gelées : on la repique quand elle a six feuilles. La terre de cette pépinière doit être composée de moitié de sable gras et moitié de vieilles couches bien mêlés ensemble et passés à la claie. L’exposition du levant est celle qui paraît lui convenir le mieux. Si, après le semis, il survient de la sécheresse, il faudra arroser souvent, mais peu à-la-fois; il suffit d’entretenir dans cette pépinière assez d’humidité pour provoquer la prompte germination des graines; i3 à 14 décagrammes de graines suffisent pour en replanter 4° ares, attendu que les plantes doivent être éloignées entre elles de 4° à 4^ centimètres, et qu’à la seconde année leurs feuilles longues et assez larges occupent beaucoup d’espace ; leurs racines n’en occupent guère moins en terre; elles sont extrêmement touffues et forment un empâtement de chevelus fort considérable.
- C’est par cette raison qu’il faut donner à la julienne une excellente terre qui ait au moins 25 centimètres de bon fond. Indépendamment de cette précaution, l’auteur fait jeter tous les ans sur cette plante, au mois de novembre et après le dernier binage, un centimètre de terreau neuf (il préfère celui qui se trouve sur le sol des bergeries). Cette légère dépense se trouve amplement compensée par le produit qu’on en retire ; car outre une bonne quantité dliuile que la julienne produit, elle donne
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- deux fois par an une herbe abondante qui sert de nourriture aux vaches , étant fauchée et donnée à l’étabie. Cette plante une fois repiquée pourrait se passer d’un binage, parce que ses feuilles s’emparent promptement du terrain et le couvrent de manière à étouffer toutes les plantes étrangères qui pourraient s’y montrer. Cependant un mois après le repiquage et la plante ayant bien repris, un binage ne peut que lui faire le plus grand bien et accélérer sa croissance.
- On peut aussi semer la julienne en août, immédiatement après la récolte des graines ; si on la sème en pépinière, elle est bonne à être repiquée en octobre, et sa culture alors est la même que celle du colza, et donne, comme lui, sa graine mûre neuf ou dix mois après.
- Le produit de la julienne peut être assimilé à celui du colza; ce n’est pas que celui-ci ne donne autant et même plus d’huile que la première; mais la julienne, plante extrêmement vivace, rend, indépendamment de son huile et de ses tourteaux, deux coupes d’herbes fort'abondantes, dont le cultivateur tire un grand parti pour la nourriture de ses bestiaux.
- L’auteur a retiré de quarante ares de terre cultivés en julienne 70 mesures de graines; chaque mesure pesant 11 kilogrammes a donné 2 kilogrammes d’huile et 8 kilogrammes de tourteaux.
- Navette>d’hiver (napus silvestris hiemalis).
- Cette plante est annuelle; elle ne diffère du navet commun que par sa racine , qui est beaucoup plus petite et d’un goût âcre. Sa fleur est jaune et quelquefois blanchâtre ; elle fleurit en avril et mai et produit beaucoup de graines. &
- En général, si l’on veut retirer une grande quantité d’huile des plantes oléagineuses, il faut les semer dans de bonnes terres suffisamment amendées avec des engrais consommés, à la suite de deux labours et de plusieurs coups de herse. La navette d’hiver peut être semée à la fin de septembre sur la dépouille du froment, pourvu qu’après l’enlèvement de la dernière gerbe on donne un labour pour enterrer les chaumes et les graines de toutes les plantes parasites, et que, peu de jours avant de semer, on donne un second et fort labour, qui doit croiser le premier, et enfouir toutes les plantes qui ont germé depuis celui-ci. Si la terre est naturellement bonne et que le froment ait été raisonnablement fumé, on peut se dispenser d’y mettre un nouvel engrais. Cependant, si l’on veut obtenir une abondante moisson de graines, il faudra répandre sur le terrain huit à dix voitures de fumier par 4o ares. Sur cette étendue il faut semer 2 kilogrammes de graines le plus également possible , et les enterrer
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- avec la charrue légère. On détruit par ce moyen une grande quantité de mauvaises herbes, et il n’est pas à craindre qu’il s’en présente d’autres avant le printemps : alors la navette, devenue forte pendant l’automne, ne manque jamais d’étouffer les plantes parasites qui pourraient se montrer en mars et en avril. Quarante ares de terres ensemencées en navette d’hiver rendent quelquefois 70 mesures de bonne graine ; chaque mesure pesant 12 kilogrammes, donne 4 kilogrammes d’huile et 7 kilogrammes et demi de tourteaux, ce qui fait pour les 4<> ares 280 kilogrammes d’huile et 525 kilogrammes de tourteaux.
- Rutabaga, navet de Suède.
- Cette plante diffère peu du chou-navet indigène, qui, comme elle, résiste aux gelées ; son volume est aussi gros, et M. Gaujac en retire le même service pour ses bestiaux ; ils rendent à-peu-près l’un comme l’autre la même quantité d’huile et de tourteaux. Ces navets perdant toujours de leur volume à la replantation, l’auteur a pris le parti de les semer en place par rayons, en les dépressant comme le -colza. Moins on éclate les feuilles du rutabaga et plus sa racine devient forte ; il faut le semer en mars avant l’arrivée du puceron; il pousse sa tige treize à quatorze mois après. Quand on ne veut pas extraire l’huile de la graine, il faut n’en laisser monter que le nombre qui paraît nécessaire pour la reproduction de l’espèce et pour les besoins de deux ans ; il convient d’en avoir toujours une provision d’avance. La graine vieille est la meilleure pour la semence, mais il faut employer la plus récente pour faire de l’huile. Sur une étendue de 40 ares, les rutabagas se trouvant espacés entre eux de 5o centimètres, l’auteur a récolté 65 mesures de graines ; chaque mesure pesant 12 kilogrammes a rendu 4 kilogrammes d’huile et 7 kilogrammes et demi de tourteaux.
- ( La suite au Numéro prochain. )
- A Paris, de l’Imprimerie de Madame HUZARD, rue de l’Éperon, n°. 7.
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- NEUVIÈME ANNÉE. (N°. LXXII.) JUIN l8lO.
- BULLETIN
- DE LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Molard, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur différentes Machines inventées par M. Petit-pierre.
- M. Petitpierre, mécanicien, place Saint-Germain-l’Auxerrois, n° a soumis à l’examen de la Société plusieurs machines de sa composition, parmi lesquelles il a fait remarquer plus particulièrement aux membres de votre Comité des Arts mécaniques :
- i°. Une plate-forme sur laquelle, au moyen de quelques pièces de rechange, on peut diviser les lignes droites et circulaires, fendre les roues et les pignons, tailler les fusées de montre et de pendule, tourner et den-ter les fraises, et tailler les limes à arrondir, à l’usage des horlogers.
- On remarque dans cette machine, i°. que l’arbre de la plate-forme, disposé horizontalement, est percé dans toute sa longueur d’un trou rond, dans lequel on peut centrer les axes des roues et les fendre sans les démonter, avantage que n’ont pas ordinairement les anciennes plates-formes dont l’arbre est vertical ; 20. que l’on fixe la plate-forme au moyen d’un piston à pointe, pressé par un ressort, qu’il suffit de comprimer à l’aide d’uïi levier, pour dégager la plate-forme et changer de division : ce moyen réunit à la solidité nécessaire le mérite de ne point fatiguer les divisions, comme l’alidade dont on se sert ordinairement ; 3°. que l’arbre de la plate-forme s’incline à droite et à gauche lorsqu’il s’agit de tailler des roues menées par le filet d’une vis ; 4°* que l’axe de la fraise étant maintenu entre deux poupées à pointes, au-dessus du tasseau delà plate-forme, Neuvième année. Juin 1810. 1 S
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- à une hauteur qui varie suivant le diamètre des roues et des pignons qu’on veut fendre, on fait aller et venir la plate-forme parallèlement à son arbre, et de la quantité nécessaire pour que la fraise forme les dents. Les fraises sont exécutées de manière qu’elles fendent les dents et les arrondissent en même temps , ainsi qu’on peut s’en convaincre par la roue et le pignon que je mets sous les yeux des membres de l’Assemblée, et que M. Petitpierre a taillés sur sa machine.
- 2°. Une machine à canneler, au moyen de la fraise, des cylindres, des cônes, des colonnes; à diviser et à fendre des pignons, à fileter des vis et des écrous à filets inclinés à droite et à gauche, et plus ou moins fins. On peut aussi se servir de la même machine pour percer des cylindres d’environ un mètre de longueur. Nous avons déposé sur le bureau un cône en cuivre, cannelé sur cette machine. .
- 3°. Une machine à graver la taille-douce en traits parallèles plus ou moins profonds et plus ou moins espacés. Cette machine est principalement composée d’un chariot qui porte la planche en cuivre, et qu’on fait aller et venir comme un chariot de presse d’imprimerie, et d’un support à chariot placé au-dessus de la planche à graver, et dont la vis de rappel conduit un écrou portant une molette d’acier à bord tranchant, qui pénètre dans l’épaisseur de la planche à graver, et forme , en comprimant le métal, un trait plus ou moins profond, suivant qu’on bande plus ou moins le ressort qui presse sur le manche de la molette. Pour espacer les traits ou les tailler, on tourne la vis du support par divisions mesurées sur un cadran.
- L’auteur a gravé à la molette tranchante, sur la machine dont il s’agit, plusieurs traits; et après avoir enlevé les rebarbes, il a fait tirer quelques épreuves, qui ont été déposées sur le bureau.
- Ces différentes machines, considérées sous le rapport de l’exécution , prouvent que leur auteur est doué de beaucoup de dextérité, et qu’on peut lui confier la construction des machines les plus délicates. Considérées sous le rapport de la composition, on pourrait désirer, non pas un meilleur choix de moyens, mais une plus grande solidité dans les parties qui forment la base des machines soumises à notre examen.
- D’après cet exposé, votre Comité pense que les inventions de M. Petitpierre méritent d’être mentionnées dans le Bulletin de la Sociétés
- Signé Molard, rapporteur.
- Adopté en séance, le 20 juin 1810.
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- Rapport fait par M. de Prony? au nom du Comité des Arts mécaniques ? dans la séaJice générale du 13 septembre 1809^ sur le concours relatif à la construction des petites machines à vapeur (1).
- La machine à vapeur, après avoir été, depuis environ un siècle et demi, l’objet d’un grand nombre de recherches et d’essais sur lesquels se fondaient le plus souvent d’importantes spéculations de manufacture et de commerce, semble peu éloignée des limites de la perfection dont elle est susceptible (a).-Les conditions à remplir pour atteindre ces limites ne sont pas seulement d’assurer et de rendre facile le jeu de la machine, de lui donner une construction solide, mais encore d’obtenir son effet utile avec la moindre dépense possible de matière combustible, et d’augmenter ainsi de plus en plus l’avantage qu’elle a toujours eu sur les machines mues par les moteurs animés ; car il est bien reconnu que la force motrice empruntée de la vapeur de l’eau produit un effet donné avec beaucoup plus d’économie que la quantité d'action fournie par les forces animales, même en ayant égard aux capitaux consommés par les frais d’établissement primitifs.
- L’air et l’eau sont aussi des moteurs moins chers que les moteurs animés , mais leur produit est local et limité, dépendant des variations de l’atmosphère et de l’influence des saisons; les crues d’eau, les sécheresses, les gelées , etc., interrompent leur action. La machine à vapeur, exempte de ces inconvéniens, peut être établie par-tout où l’on a le moyen de se procurer des matières combustibles. L’intensité et la durée de son action sont entièrement au pouvoir de l’homme.
- C’est sans doute à des avantages aussi précieux qu’est du l’usage général que les nations distinguées par leur industrie font de la machine à vapeur ; mais il est à remarquer que l’utilité de cette belle invention a semblé jusqu’à présent exclusivement réservée aux grands établissemens, aux cas où l’on a besoin d’une puissance considérable; et on n’avait pas encore, sur la possibilité de son emploi pour suppléer avantageusement
- (1) Nous regrettons de n’avoir pu donner plus tôt cet intéressant rapport, qui est attendu avec impatience par tous les membres de la Société. Différentes circonstances et sur-tout 1 absence de M. le rapporteur nous en ont empêché.
- (2) Voyez la notice historique sur les machines à vapeur, insérée dans le Bulletin de la Société , N°. LXII, août 1809.
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- à un petit nombre de moteurs animés, des données de fait suffisantes pour la solution d’une aussi importante question.
- La Société d’Encouragement, qui marche vers le but de son institution avec un zèle aussi actif que soutenu, n’a pas vu sans peine cette lacune dans les ressources que le génie a créées pour l’industrie, et elle a voulu la remplir. Elle ne s’est point dissimulé que la condition essentielle de l’économie ne pouvait jamais être remplie aussi complètement par de petites que par de grandes machines; les causes de cette disproportion entre les dépenses et les effets utiles, dues aux réductions considérables des dimensions, sont depuis long-temps connues des mécaniciens ; mais la Société a jugé que ce n’était pas moins un sujet très-intéressant de recherches que celui qui a pour objet de savoir si, malgré l’excès de cherté relative des petites machines à vapeur comparées aux grandes, elles pourraient cependant procurer une économie sur d’autres forces motrices qu’elles remplaceraient.
- C’est d’après de pareils motifs que la Société d’Encouragement proposa, en l’année 1807, un prix de 6,000 francs, à accorder en 1809 à celui qui présenterait la meilleure machine à vapeur d’une force équivalente à celle qui est nécessaire pour élever, en douze heures, 1,000,000 de kilogrammes à 1 mètre de hauteur, avec la condition que la dépense totale, en opérant cet effet journalier pendant le temps assigné , n’excéderait pas, à Paris, la somme de 7 francs 5o centimes, les intérêts du capital et les frais d’entretien compris.
- Une autre condition du programme était que les concurrens ne devaient pas se borner à fournir des mémoires et des dessins, et même des modèles en relief, mais qu’ils devaient soumettre au jugement de la Société des machines en état d’agir et de produire l’effet demandé.
- Huit concurrens se sont présentés ; voici leurs noms suivant l’ordre des dates de réception de leurs mémoires :
- i°. 3VI. Raynalt, propriétaire à Estagel, département des Pyrénées-Orientales ;
- 20. MM. Charles Albert et Louis Martin, mécaniciens, demeurant à Paris, cour des Petites-Écuries, faubourg Saint-Denis;
- 3°. M. Lafeuillade, résidant à Paris ;
- 4°. MM. Girard frères, membres de la Société d’Encouragement, résidant à Paris ;
- 5°. M. Galand, géomètre à Cherveux, département des Deux-Sèvres;
- 6°. Un anonyme dont la Société a reçu un mémoire ayant pour épigraphe : Ignis omnipotens ;
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- >7°. M. jeandeau, de Genève, département du Léman;
- 8°. M. Perier Desgarennes, frère de M. Perier, membre de l’Institut de France et de la Société d’Encouragement, résidant à Paris.
- De ces huit concurrens, deux seulement, MM. Girard frères et MM. Charles Albert et Louis Martin ont complètement satisfait aux conditions du programme, quoique le concours n’ait été fermé qu’à une époque postérieure à celle qui avait été déterminée pour sa clôture. Parmi les six autres, cinq ont manqué à la condition essentielle de fournir des machines en état d’agir; le sixième, M. Perier Desgarennes, se proposait d’en soumettre une à l’examen du Comité des Arts mécaniques chargé de faire les expériences; mais le dérangement de sa santé ne le lui a pas permis. Le Comité, dans une séance d’essai préliminaire, a pu simplement prendre connaissance du jeu et de la disposition des parties principales de sa machine.
- Cependant les pièces fournies par les six concurrens dont on vient de parler, quoique exclues du concours par les conditions du programme,n’en ont pas moins été examinées et discutées avec soin, et le Comité a voulu être sûr que les auteurs auxquels il propose d’adjuger le prix avaient sur leurs concurrens non-seulement l’avantage de l’exécution des machines, mais encore celui de la conception, en sorte que, dans l’hypothèse même où toutes les machines projetées auraient été construites, il n’aurait rien à changer à ses propositions.
- U doit ajouter qu’il a eu la satisfaction de trouver en général, dans les mémoires soumis à son examen, la preuve que le goût et la culture des sciences physiques et mathématiques ont fait des progrès parmi ceux qui s’occupent de la mécanique appliquée.
- Nous allons maintenant parler des pièces envoyées au concours. Nous nous bornerons pour six d’entre elles à une simple indication des genres de mécanisme adoptés par les auteurs ; nous entrerons ensuite dans de plus grands détails sur la machine de MM. Girard frères, et sur celle de MM. Charles Albert et Louis Martin.
- M. Rajnalt proposé un mécanisme très différent de ceux qu’on a employés jusqu’à présent, et qu’il a imaginé « pour donner, dans la machine » à vapeur, un jeu continu au piston, la délivrer des saccades causées par le » mouvement alternatif, donner à sa construction le dernier degré de sim-» plicité, et réduire les frottemens et l’inertie des masses à leur dernier » terme. »
- Pour remplir ces conditions importantes, il substitue au cylindre à vapeur, dont l’axe est ordinairement vertical, un canal circulaire et hori-
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- zontal dont la section, par un plan vertical passant parle centre, est un parallélogramme rectangle. Trois des parois de ce canal sont fixes, savoir: les parois plane, supérieure et inférieure, et la paroi cylindrique extérieure. La paroi cylindrique intérieure est mobile autour d’un axe vertical passant par le centre du canal, et à cette dernière paroi est fixé un piston calibré suivant la forme du canal dont il ferme par conséquent la section transversale. Le mouvement continu, et dirigé toujours dans le même sens de ce piston dans le canal, remplace le mouvement alternatif des pistons ordinaires dans les machines à vapeur, et voici comment il a lieu : Le canal est fermé, en une section de son contour, par une soupape tournant autour d’un axe fixe, horizontal, et s’ouvrant dans le sens de la course du piston. La vapeur, introduite entre la soupape , du côté où elle se ferme, et l’arrière du piston , tend à le faire avancer dans la partie du canal contenue entre la face antérieure de ce piston et la soupape, partie dans laquelle la condensation a lieu au moyen d’un trou pratiqué à la paroi mobile, un peu en avant du piston : trou qui communique avec le condenseur. Lorsque le piston, après une révolution entière à partir de la soupape, revient à cette soupape il la soulève ; et pendant l’instant qu’il eiqploie à traverser la section que cette soupape bouche, le jeu de vapeur est interrompu; ce jet recommence aussitôt que la soupape est tombée, et le jeu de la machine se continue.
- Tout l’espace central de la machine est érigé en condenseur, au moyen de deux calottes sphériques fixées aux côtés plans supérieur et inférieur du canal; et on voit ainsi comment ce condenseur est en communication continuelle avec la partie du canal comprise entre la face antérieure du piston et la soupape.
- L’axe métallique autour duquel tournent la paroi intérieure du canal et le piston, porte à sa partie supérieure une manivelle excentrique propre à communiquer un mouvement de va-et-vient, et qui produit l’effet utile de la machine.
- Il serait impossible, sans le secours des figures, d’expliquer clairement la disposition et le jeu des prfKies de la machine, qui ont en général pour objet d’assurer la continuité du mouvement, de le régulariser, etc. ; il faut voir ces détails dans le mémoire et les dessins de M. Raynalt, auquel on ne peut refuser le mérite d’être un homme ingénieux et instruit (i).
- (i) Richard TVilcox a inventé , en Angleterre , des machines à vapeur composées de deux cylindres emboîtés l’un dans l’autre ; celui qui occupe le centre tourne sur son axe, au moyen de la vapeur et d’un jeu combiné des soupapes. Cette machine, pour laquelle
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- M. Lafeuillade n’a pas joint de dessins à son mémoire. Une des particularités principales de sa machine consiste dans l’emploi de deux roues à rochet, au moyen desquelles la tige du piston du cylindre à vapeur communique le mouvement de rotation par un tirage toujours direct et sans volant. Ce mécanisme est semblable à celui qu’on trouve décrit dans la Mécanique de Berthelot, tome I, planches 17 et 22 , et qui est appliqué à des moulins à bras mis en action par un mouvement de va-et-vient.
- M. Galand propose d’échauffer la chaudière de la machine à vapeur par un système de miroirs ardens ; il paraît qu’il a fait à cette machine l’application d’une théorie plus étendue, présentée au concours des prix décennaux. Quelque curieuses que puissent être les recherches de ce genre, il nous semble que les appareils relatifs aux expériences qui les concernent ne doivent encore avoir place que dans les cabinets de physique.
- L’auteur du mémoire qui a pour titre : Ignis omnipotens, propose des moyens dont on ne pourrait donner, sans figures, qu’une description peu intelligible, mais qui nous ont laissé une idée favorable de ses connaissances. Un de ces moyens, fondé sur la théorie de l’instrument nommé en physique manomètre, fournit une petite machine à bascule, dont notre collègue M. Perier a, depuis bien des années, le modèle dans son cabinet. L’auteur termine son mémoire par des réflexions sur l’eau considérée comme force motrice, où il parle de l’effet mécanique qu’on peut obtenir des marées.
- M. Jeandeau, qui n’a présenté qu’un modèle au Comité, transmet de bas en haut l’action de la vapeur à une roue à pots, dont les pots ou godets sont placés en sens contraire de celui où on les met lorsqu’on les adapte à des roues hydrauliques. La roue à pots, ainsi mise en mouvement, peut servir à produire un effet mécanique quelconque. Ce mécanisme a beaucoup d’analogie avec celui d’une machine fort ingénieuse soumise au jugement de la première classe de l’Institut par M. Cagniard-Latour. La classe, sur le rapport de MM. Carnot, Perier et Pronj, a approuvé cette machine, pour laquelle l’auteur a pris un brevet d’invention (1).
- Le caractère distinctif de la machine de M. Perier Desgarennes consiste à séparer les fonctions des pièces qui, dans les anciennes machines, établissent la communication entre la chaudière, le cylindre à vapeur et
- l’auteur a obtenu un brevet d’invention le 21 mai 1806 , est gravée et décrite dans le Repertory of Arts and Manufactures, N°. LIV, novembre 1806.
- (1) Ce rapport à été inséré au Rulletin de la Société , N°. LXVI1I } février 1810.
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- le condenseur. Un des tuyaux verticaux placés en avant du cylindre est exclusivement employé à fournir ce cylindre de vapeur, et l’autre à mettre la vapeur en communication avec le condenseur.
- Nous passons aux pièces de concours des auteurs qui ont entièrement satisfait aux conditions du programme et présenté des machines sur lesquelles on a pu faire des expériences, en commençant par celle de MM. Girard frères.
- Le mémoire qu’ils ont fourni, et qui est accompagné de dessins, contient une description claire et détaillée des additions et des changemens qu’ils proposent de faire aux diverses parties du mécanisme des machines à vapeur, pour le perfectionner. Us considèrent successivement l’appareil de la combustion, celui de l’évaporation, celui qui reçoit et transmet l’action de la vapeur, enfin l’appareil de la condensation.
- Leur construction, quant à l’appareil de combustion, est une application des méthodes théoriques et expérimentales déjà connues, dans laquelle ils ont cherché à remplir, avec toute l’exactitude possible, les conditions d’une combustion parfaite. Us y ont adapté de plus quelques parties d’appareil, au moyen desquelles ils séparent et conservent les principes volatils utiles du combustible, tels que l’acide pyroligneux et le goudron.
- La partie principale de cet appareil est un vaisseau de tôle, dont la forme offre l’assemblage de trois cylindres qui ont le meme axe et des diamètres différens ; l’axe commun est vertical quand le vaisseau est en place. Le cylindre du milieu a le plus grand et le cylindre supérieur le plus petit diamètre. Ce système de cylindres est fermé par un couvercle à sa partie supérieure, et terminé, à sa partie inférieure , par une grille, au-dessus de laquelle la paroi cylindrique est percée de plusieurs trous sur toute sa circonférence.
- On a ainsi une espèce d’athanor qu’on remplit de combustible et qu’on tient bouché pendant que la combustion, établie à la partie inférieure, s’opère ; on renouvelle le combustible par en haut à mesure qu’if se consomme vers la grille. Yoici maintenant un précis du raisonnement qu’ont fait MM. Girard pour trouver ou motiver les dispositions des parties de l’appareil qui leur servent à recueillir les principes volatils utiles du combustible.
- La combustion ne peut s’opérer que dans la région voisine de la grille et des trous percés au-dessus de cette grille, puisque ces diverses ouvertures sont les seuls moyens de circulation laissés à l’air; cependant la portion de combustible superposée à cette région peut éprouver, par son voisinage du foyer, un grand degré de chaleur capable de la mettre en
- incandescence ^
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- incandescence, sans que pour cela sa combustion s’opère, parce qu’elle n’est en contact qu’avec de l’air désoxigéné. Les principes volatils du combustible pourront donc se dégager avant qu’il arrive au foyer, et en pratiquant au-dessus du couvercle un orifice latéral qui offre une ouverture convenablement réglée , ces principes volatils s’échapperont par cette ouverture; il ne s’agira donc que de les recueillir dans un réfrigérant, lequel aura néanmoins une communication inférieure avec le dessus de la grille, pour y ramener et y mettre en combustion les gaz non coërcibles qui auraient pu passer par l’orifice dont on vient de parler. MM. Girard donnent plus d’étendue à ces raisonnemens, dont nous ne présentons ici qu’un extrait fort sommaire.
- Ces concurrens ont aussi fait divers changemens au mécanisme de la machine à vapeur. Un des plus importans consiste à économiser une grande partie de la vapeur, en ne remplissant qu’en partie le cylindre à chaque impulsion, et profitant de la force expansive de la vapeur introduite pour pousser le piston pendant le reste de sa course. Les communications de la vapeur au cylindre étant prises sur les couvercles, comme dans la machine de MM. Albert et Martin, le piston y parcourt également le cylindre en entier. Nous craindrions cependant d’abuser^de la complaisance de nos auditeurs en leur présentant des détails descriptifs qu’on ne peut bien entendre que parle secours des figures, qui seront publiées avec une légende explicative dans le Bulletin de la Société, et peut-être même conviendrait-il d’imprimer le mémoire de MM. Girard, dont la lecture peut intéresser les amateurs de la physique et de la mécanique.
- Voici les dimensions de la machine sur laquelle on a fait les expériences.
- Cette machine est à double effet; elle élève elle-même l’eau de condensation; la condensation s’y fait extérieurement, en sorte que c’est toujours la même eau qui retourne à la chaudière, ce qui évite les dépôts. Le diamètre du piston est de om,i66 (6 pouces 2 lignes); la course du piston de om,38o ( 14 pouces ); la capacité de la chaudière est de 210 litres (6 pieds cubes ) ; la quantité d’eau qu’elle contient est de 160 litres (4 pieds 57 pouces cubes) ; l’espace qu’occupe la vapeur est de 5o litres (1 pied 43 pouces cubes) ; la surface de la chaudière exposée à l’action du feu est de 2m,64; la surface supérieure de l’eau dans la chaudière
- est de om,3072.
- La nature du combustible est le bois, le charbon de terre mélangé avec de la tourbe, parties égales en poids.
- Neuvième année. Juin 1810.
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- Cette machine a été éprouvée les 6 juillet, 19 et 22 août 1809.
- On s’est borné, dans la première expérience, à examiner le jeu du mécanisme sans évaluer ses effets mécaniques, dont l’examen devait être l’objet des expériences suivantes : cet examen n’a pu se faire que pendant très-peu de temps, le tuyau à vapeur s’étant débité à la seconde expérience.
- Dans la troisième expérience, un poids de 90 kilogrammes a été pendant 4o minutes élevé à la hauteur de iy5 millimètres (6 pouces 6 lignes), valeur moyenne, 38 fois par chaque minute. Cet effet équivaut à l’élévation à un mètre de hauteur de 430,920 kilogrammes en 12 heures.
- La dépense du combustible , ramenée également à la durée de 12 heures, est de 24 kilogrammes de houille et de 26,66 kilogrammes de tourbe.
- Dans une dernière expérience, on a chauffé la chaudière pendant près de 2 heures avant que la machine pût se mettre en mouvement ; après ce temps, le mouvement a été pendant environ un quart d’heure trop irrégulier pour qu’on pût mesurer exactement l’effet produit ; enfin, lorsque le mouvement commençait à devenir régulier, la chute d’un poids dont on avait chargé le martinet a occasionné la rupture de quelques pièces du mécanisme, de manière que l’expérience n’a pu être achevée.
- Nous avons été on ne peut pas plus satisfaits de l’exécution de la machine de MM. Albert et Martin , qui semble ne rien laisser à désirer.
- Cette machine est établie dans les proportions convenables pour rem-' placer la force de dix hommes. Les dessins joints à ce rapport ont été tracés sur la machine qui a servi aux expériences que nous avons faites pour nous assurer de la force qu’on peut en obtenir, avec une quantité de combustible et dans un temps déterminés. Les dimensions intérieures du bâtis qui renferme tout le mécanisme n’excèdent que très-peu le diamètre du volant; ce qui rend le placement de la machine plus facile, et l’usage plus commode pour les ouvriers. La bâche est entièrement débarrassée delà pompe à air et du condenseur; ce qui est un très-grand avantage, sur-tout dans les petites machines, où l’eau est promptement échauffée par la présence de ces deux parties essentielles du mécanisme ; l’eau y étant toujours fraîche, l’injection a plus d’effet avec la même dépense, et les joints de la bâche sont plus faciles à réparer, puisqu’ils sont à découvert et apparens. Les coussinets de l’arbre du volant et ceux de l’arbre portant deux bras de levier, qui reçoivent et transmettent le mouvement,: sont tous quatre recouverts et serrés par des écrous dentés en forme de rochels et arcboutés, de manière que le mouvement de la machine ne peut les desserrer. Une seule soupape à tiroir , extrêmement simple et ingénieuse, ouvre et ferme les passages par où la vapeur pénètre de la chaudière dans
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- le cylindre, au-dessus et au-dessous du piston alternativement, et établît en même temps la communication entre le condenseur et les capacités du cylindre remplies de vapeur, en sorte que, par le seul mouvement d’allée et venue de cette soupape , on obtient le vide au-dessus du piston, à l’instant même que la vapeur arrive au-dessous en quantité proportionnée à l’effet qu’on veut produire, et vice versa.
- Nous terminons ici nos remarques sur les perfectionnemens les plus essentiels que les auteurs ont faits à la machine à vapeur. L’explication suivante des figures nous met à portée d’en donner une idée plus précise que nous ne pourrions le faire sans le secours du dessin.
- Explication des Figures des Planches 69 et 70.
- Planche 6g. Ensemble de la machine à vapeur.
- Les mêmes lettres indiquent les mêmes parties de la machiùe dessinée sur une échelle de yq.
- F/g. i. Elévation de la machine complète dans toutes ses parties, et dont on a retranché seulement l’un des côtés du bâtis pour mettre à découvert tout le mécanisme.
- A, A, A , A, bâtis en bois de chêne, assemblé et boulonné, de manière qu’on peut le transporter plus facilement.
- B, bâche d’eau froide.
- G, hache d’eau chaude provenant de la vapeur condensée.
- D, D, tuyau d’injection.
- E, robinet d’injection, dont la clef est surmontée d’une tige F F, terminée à la partie supérieure par un coude de manivelle, auquel est adaptée une tringle de fer, fixée à charnière par l’autre de ses extrémités au bras d’un levier double tournant autour du pivot G; l’un des bras de ce levier est muni d’un manche, au moyen duquel on peut l’incliner à droite ou à gauche à volonté, suivant les divisions d’un quart de cercle établi à cet effet près le pivot G , et par ce moyen déterminer la quantité d’eau nécessaire à l’injection.
- H, manche du levier qui sert à faire aller et venir la soupape à tiroir renfermée dans sa boîte, et qui permet à la vapeur de pénétrer dans le cylindre alternativement au-dessus et au-dessous du piston, et à celle-ci de passer du cylindre au condenseur.
- I, I, condenseur.
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- K, conduit servant à la sortie de l’eau contenue dans les cylindres lorsqu’on y admet la vapeur pour mettre la machine en activité.
- L, soupape d’évacuation, qui s’oppose à la rentrée de l’air.
- M , soupape à coulisse, servant à augmenter ou à diminuer l’ouverture par laquelle la vapeur pénètre dans le condenseur.
- N, modérateur qui reçoit un mouvement de rotation au moyen d’une corde sans fin qui embrasse la poulie P, fixée sur l’arbre du volant, ainsi que la poulie O , fixée sur un arbre particulier portant une roue d’angle qui donne le mouvement au modérateur N.
- Q, poulie de tension portée par un levier chargé d’un poids.
- On voit par cette disposition qu’au moment où le modérateur N augmente ou diminue de vitesse, les boulets s’écartent ou se rapprochent, et font basculer le levier R, qui fait descendre ou monter la soupape à coulisse M; ce qui diminue ou augmente le passage de la vapeur au condenseur, et règle par conséquent la vitesse de la machine.
- S, pompe à air ayant une communication avec le condenseur : elle retire en même temps l’air et l’eau du condenseur, et les fait passer dans la bâche C.
- T, petite pompe d’eau chaude servant à alimenter la chaudière.
- U, U, chape composée de deux branches jumelles, entre lesquelles sont logées deux tringles rondes de fer, servant à maintenir dans leur écartement trois collets brisés et ajustés de manière qu’ils peuvent glisser entre les jumelles de la chape, dont les extrémités sont maintenues dans leur écartement par une clef à crossette, sous laquelle on introduit un coin qui sert à resserrer les collets lorsqu’ils ont pris du jeu.
- Y, bras de levier à mouffle, que la chape U fait balancer lorsque le piston du cylindre à vapeur monte Ou descend, et dont la longueur est proportionnée à celle du levier intermédiaire, de sorte que la tringle du piston parcourt une ligne droite ; cette tringle fait jouer en même temps, au moyen du levier intermédiaire, i°. la pompe T servant à alimenter la chaudière; 2°. la pompe à air S, dont la tringle du piston porte les mentonnets qui font aller et venir la soupape à coulisse; 3°. le
- levier à mouffle fixé sur le même arbre que celui V, qui imprime le mouvement au volant au moyen d’une bielle construite sur les mêmes principes que la chape U. '
- Fig. 2. Yue de profil de la machine à vapeur.
- N°. i, volant. — N°. 2 , l’arbre du volant portant un coude de manivelle N°. 3, et un carré N°. 4> auquel s’applique la résistance.
- H, levier à manche servant à faire aller et venir la soupape à coulisse-
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- V V, l’arbre avec ses deux leviers à mouffle, dont l’un reçoit le mouve-ment du piston de la pompe à vapeur, et l’autre le transmet en même temps à l’arbre du volant. On voit seulement dans cette figure la base de la pompe à air qui communique avec le fond du condenseur.
- Planche 70. Détails de la machine à vapeur.
- Les mêmes lettres indiquent les mêmes parties de la machine, dessinées sur une échelle de -§.
- Fig. 1. Elévation et coupe du cylindre à vapeur et de la boîte contenant la soupape à coulisse.
- A, A, intérieur du cylindre.
- B, B, conduit faisant corps avec le cylindre A, A, et par lequel passe la vapeur au-dessus du piston.
- C, couvercle du cylindre rendu concave en T, pour donner passage à la vapeur, et muni de la boîte à étoupe que traverse la tige du piston, et d’une ouverture D servant à introduire dans l’intérieur du cylindre une clef à pignon O , au moyen de laquelle on fait tourner l’écrou N, qui abaisse le plateau M, lequel comprime la garniture du piston L$ la virole P sert à maintenir la clef au centre de l’ouverture pendant l’opération.
- Q, intervalle qui sépare le corps du piston de son couvercle.
- E, E, boîte dans laquelle arrive la vapeur, et d’où elle passe alternativement au-dessus du piston par le canal B, B, indiqué ci-dessus, et au-dessous du piston par le canal S, S, pratiqué dans l’épaisseur de la pièce E, E, qui sert de base au cylindre ainsi qu’à la boîte à vapeur F, F.
- H, la tige qui sert à faire aller et venir la soupape à coulisse G, au moyen d’une portion de roue dentée engrenant une crémaillère fixée sur la soupape.
- K, ressort de pression qui maintient l’arbre H appliqué contre son collet déformé conique, à l’effet d’empêcher la vapeur de s’échapper parles joints.
- U, tubulure à laquelle s’adapte le condenseur.
- Fig. 2. Coupe de la boîte E, E dans le sens du mouvement d’allée et venue de la soupape à tiroir G, G.
- B, conduit delà vapeur au-dessus du piston, faisant corps avec le cylindre.
- S, T, passages de la vapeur au-dessous et au-dessus du piston.
- U, ouverture communiquant au condenseur, et en même temps avec le vide du cylindre à vapeur, en dessus et en dessous du piston, mais aller-
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- nativement, suivant que la soupape à tiroir se trouve à droite ou à gauche dans sa boîte.
- Y, Y, plans inclinés servant à soulever la soupape à tiroir lorsqu’on la fait avancer vers le côté droit de la boîte F ; dans cette position, la soupape permet à la vapeur de pénétrer dans toutes les capacités de la machine pour la purger d’air.
- X , tubulure à laquelle s’adapte le tuyau de la chaudière à vapeur.
- Fig. 3. Plan et coupe de la machine à la hauteur de la soupape à tiroir.
- A, cylindre à vapeur.
- B, conduit par lequel la vapeur passe au-dessus du piston.
- G, G, base de la soupape à tiroir.
- S, T, ouvertures par lesquelles la vapeur passe au-dessus et au-dessous du piston.
- IJ, passage qui conduit la vapeur au condenseur.
- V, V, Y, Y, plans inclinés servant à soulever la soupape lorsqu’il s’agit d’expulser l’air de la machine et de la mettre en train.
- Y, pompe à air.
- Z , tringle du piston de la pompe à air.
- l’un des bras ou mentonnets de fer fixés sur la tringle Z, et destinés à faire aller et venir la soupape à tiroir G, G , en même temps que la tringle du piston monte ou descend.
- b, condenseur.
- Jeu de la machine.
- La boîte F est constamment pleine de vapeur et fait partie du tuyau de la chaudière; dans la position actuelle de la soupape à tiroir, le passage T est ouvert à la vapeur qui s’introduit dans la partie supérieure du cylindre par le canal B et fait descendre le piston; la vapeur contenue dans la partie inférieure passe sous le tiroir de S en U au condenseur, et lorsque le piston est prêt à terminer sa course descendante, le taquet a, fixé à la tringle du piston de la pompe à air, replace le tiroir dans la position ponctuée ou opposée à la première : alors l’ouverture S communique avec la boîte à vapeur, et celle T cesse d’être en communication avec elle, tandis que le passage U est toujours ouvert à la vapeur que renferme le cylindre. Dans cette position de la soupape à tiroir, la vapeur pénètre sous le piston par le passage S, le fait monter, et la vapeur contenue entre le piston et le couvercle du cylindre repasse par le tuyau B, sous le tiroir de T en U , au condenseur. Lorsque le piston a terminé sa course ascendante, un taquet semblable à celui a replace le tiroir dans la position actuelle du dessin, et ainsi de suite.
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- On sait que, pour mettre une machine à vapeur en mouvement, il faut, autant que possible, la purger de l’air contenu dans le cylindre, le tuyau à vapeur et le condenseur, ce qu’on appelle purger la machine. Pour cet effet, il faut laisser un libre passage à la vapeur , afin qu’elle prenne la place de l’air, après l’avoir expulsé par le tuyau souffleur placé sous le condenseur, comme on le voit en L ^fig. i, PL 69.
- Lorsqu’il s’agit de purger la machine, il suffit d’appuyer sur le manche du levier H, qui fait aller et venir le tiroir, pour le faire monter sur les quatre plans inclinés V, V, Y, Y: alors le tiroir se trouve soulevé , et tous les conduits sont ouverts à la vapeur. Nous croyons devoir observer ici que les dents des engrenages sont très-allongées et évidées, depuis la racine jusque près du point de contact ; pour que le tiroir puisse monter sans être gêné par la profondeur de la denture. Lorsque la machine est assez purgée, on redescend le tiroir pour faire monter et descendre le piston; et suivant que les mentonnets a , portés par la tringle Z du piston de la pompe à air, sont plus ou moins écartés , la quantité de vapeur qui peut pénétrer en dessus et en dessous du piston est plus ou moins grande, et peut être réglée de manière à obtenir le plus grand effet avec le moins de dépense possible.
- Il évident que par cette nouvelle construction l’on évite, j°. quatre soupapes et un régulateur très-embarrassans ; 20. le piston peut être serré et graissé sans défaire le joint du couvercle du cylindre, opération longue et pénible, sur-tout dans les grandes machines.
- Dans la construction des machines à double effet, il y a ordinairement, à la partie supérieure du cylindre, une tubulure qui communique avec la boite à vapeur : alors le piston ne peut monter que jusqu’à la naissance de cette tubulure, ce qui laisse un vide qu’il faut remplir de vapeur avant qu’elle agisse sur le piston, et ce dernier étant vide au-dessous, il faut aussi remplir cette capacité en pure perte ; de plus les deux chapelles dans lesquelles sont logées les soupapes, les tuyaux jumeaux, toutes ces capacités, remplies de vapeur condensée à chaque impulsion, occasionnent une perte de temps considérable, inconvénient qui n’existe pas dans la machine de MM. Jlbert et Martin. Le passage de la vapeur à la partie supérieure du piston est pris aux dépens de l’épaisseur du couvercle du cylindre; le piston qui est plein monte très-près de ce couvercle et descend très-près du fond du cylindre.
- Voici les dimensions des parties qui composent cette machine :
- Le diamètre du piston est deom,2i (7 pouces 10 lignes); la course du piston est de om,43 (16 pouces); la capacité de la chaudière est de 700 litres
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- (20 pieds cubes); la quantité d’eau qu’elle contient est de 245 litres (7 pieds cubes); l’espace qu’occupe la vapeur est à 455 litres (i3 pieds cubes); la surface de la chaudière exposée à l’action du feu est de ( 26 pieds
- carrés) ; la surface supérieure de l’eau dans la chaudière est de im/27 (12 pieds carrés).
- La nature du combustible est le charbon de terre.
- Cette machine a été éprouvée les 29 juin, 6 juillet et 29 août 1809.
- L’expérience du 29 juin n’a été employée qu’à l’examen de la composition et du jeu du mécanisme; dans celle du 6 juillet, qui a duré 2 heures 3o minutes, un marteau de io5 kilogrammes a été élevé à 27 centimètres, quarante fois par minute, en dépensant 27 kilogrammes de charbon de Valenciennes. Le peu d’expérience du chauffeur a occasionné la perte d’une quantité notable de vapeur.
- L’effet et la dépense de combustible, rapportés à la durée de 12 heures, et à une élévation du poids à un mètre, donnent 979,776 kilogrammes pour ce poids, en dépensant 144 kilogrammes de charbon de Valenciennes.
- Il est essentiel d’observer que l’eau de condensation n’était pas élevée par la machine même, mais à bras d’homme; ce qui donne lieu à une diminution de 66,600 kilogrammes sur le produit précédent, et le réduit à 913,776 kilogrammes.
- Dans l’expérience du 29 août, dont la durée a été de 8 heures i5 minutes, le marteau pesant 140 kilogrammes a été élevé à la hauteur de om,394, quarante fois par minute, valeur moyenne, en brûlant 73 kilogrammes de charbon de Valenciennes.
- Cet effet et cette dépense de combustible, rapportés à la durée dç 12 heures et à l’élévation du poids à un mètre de hauteur, donnent 1,588,608 kilogrammes pour la valeur de ce poids, en brûlant io5,i8 kilogrammes de charbon.
- L’eau de condensation a été, dans cette expérience comme dans la précédente, élevée à bras d’homme; ce qui donne lieu à une diminution de 66,000 kilogrammes sur l’effet, et le réduit à 1,522,608 kilogrammes.
- Voici maintenant les résultats des expériences qu’on vient de rapporter, relativement à la dépense en argent du combustible consommé par les deux machines mises à l’épreuve.
- La seule expérience sur la machine de MM. Girard, dont on puisse tirer quelques résultats, et dont la durée a été de 4° minutes , donne, pour une
- durée de 12 heures, une dépense en tourbe de....... 26,66 kilog.
- En charbon de terre.................................. 24,00
- Poids total du combustible............... 5o,66 kilog.
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- Qui, à 6 centimes le kilogramme, donne 5 fr. 4 cent.
- Pour ce prix, la machine a élevé 4^0,920 kilogrammes à un mètre de hauteur, ce qui donne pour 1,000,000 de kilogrammes la somme de. 7 f. 5 c. À quoi il faut ajouter, pour intérêt du capital du prix de la ma-
- chine et pour les frais de son entretien...................... 1
- Pour salaire du chauffeur, au moins. . . ...................... 1
- Ce qui donne, pour la dépense journalière totale............... 9 f. 5 c.
- La dernière expérience sur la machine de MM. Albert et Martin, qui a duré 8 heures i5 minutes, a donné une élévation à un mètre de hauteur de 1,522,608 kilogrammes pendant 12 heures , au moyen d’une dépense de 106 kilogrammes environ de charbon, évalué 6 centimes le kilogramme ; ce qui fait la somme de 6 francs 36 centimes.
- A ce prix, l’élévation de 1,000,000 de kilogrammes à un mètre en 12 heu-
- res coûterait................................................ 4 f- 17 c.
- Ajoutant à cette somme, pour les intérêts de la dépense de construction, les frais d’entretien et le salaire du chauffeur. ... 2
- La dépense journalière totale sera de....................... 6 f. 17 c.
- Les conditions du programme assignent à cette dépense une
- valeur de................................................. 7 f. Ôo c.
- L’économie obtenue par la machine de MM. Albert et Martin
- est par conséquent de................................ . . . 1 f. 33 c.
- D’après l’examen des différentes machines à feu , mémoires, dessins, et modèles y relatifs, présentés au concours, et les essais dont nous venons de rendre compte, le Comité des arts mécaniques pense que MM. Albert et Martin ont mérité le prix de 6,000 fr. proposé par la Société, et qu’elle doit accorder par extraordinaire à MM. Girard frères une médaille d’or de la valeur de 5oo francs, comme un témoignage de l’estime qu’elle fait de leurs talens et de l’importance qu’elle attache aux services qu’ils ont rendus aux arts.
- Signé Molard , Gengembre , Breguet , Perrier et de Prony , rapporteur.
- Les conclusions de ce rapport ont été adoptées dans la séance générale du r 3 septembre 1809. (Voyez Bulletin N°. LXIII.)
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- Sun la Fontaine de Héron, et sur La Lampe hydrostatique de MAÎ. Girard j pûr -AL Hachette (1).
- ^ La construction des lampes de MM. Girard dépend de la solution du problème suivant :
- On donne trois vases a b c d, A B C D, A' B1 C' D1 (fig. 4, PI. 70), qu’on suppose de même forme et de même capacité; le premier et le troisième sont remplis d’un même liquide ; le deuxième contient de l’air : on demande que le liquide du premier vase abcd, en tombant dans le deuxième vase A B C D, élève le liquide du troisième vase A’ B' C' D' dans un tube L' N1 à une hauteur qui soit constante, quel que soit le niveau du liquide dans le premier vase a b c d.
- Solution.
- 1. Le vase ab c d étant fermé de tous côtés, le tube L N conduit le li-'quide que ce vase contient dans le vase inférieur AB G D, et afin que ce liq„ ide soit remplacé par l’air atmosphérique;, on fait rentrer cet air par le tube l m, dont l’extrémité l est très-voisine de L. Ce premier vase est alors semblable à certains verres à boire des oiseaux, qui se remplissent d’air à mesure qu’ils se vident d’eau. Le tube LN', ou il se termine en M, ou il se prolonge jusque dans un autre tube f g h k, plein d’un liquide quelconque, dont le niveau est n N n'.
- 2. Il résulte de cette disposition que le liquide t, N n’éprouve en L aucune pression , soit de l’air, soit du liquide contenus dans le vase ab c d.
- 5. Quelle què soif la position du vase A1 B' C’ D' par rapport aux deux autres abcd, A B CD, on le met en communication avec ce dernier A B C D par un tube r s t, qui a telle formé et telle direction qu’on veut, et qui peut même passer à travers lë vase supérieur abcd. L’extrémité t de ce tube est au niveau de l’extrémité N1 du tube N' F.
- 4- Tout étant ainsi disposé, il s’agit de démontrer que le liquide du vase A' B1 C' D' s’élèvera dans le tube JV1 F à une hauteur constante N’ L', qui sera égale à la hauteur L N du tube par lequel le liquide tombe du vase supérieur abcd dans le vase inférieur A B C D : de sorte qu’en ouvrant momentanément le robinet X, le liquide élevé dans la tube N' L' s’écoulera , et aussitôt qu’on fermera ce robinet le liquide s’élèvera de nouveau dans le tube N] L' à la hauteur JY* L' = N L.
- 5. Quel que soit le liquide contenu dans les vases a b c d, A* B' C’ D’ y
- (1) Extrait de la Correspondance de V Ecole impériale polytechnique, '2e. cahier, tom. II.
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- la pression atmosphérique est mesurée par le poids d’une colonne de ce liquide, dont la hauteur est déterminée : nommons H cette hauteur. Avant qu’on ait ouvert le robinet Y du tube L N qui conduit lejiquide du vase a fyc d dans le vase A B C D, ce dernier vase est plein d’air atmosphérique, dont la pression est mesurée par H; lorsque le robinet Y a été quelque temps ouvert et ensuite refermé, le niveau du liquide dans le vase a b c d s’abaisse au-dessous de a b en p q, l’air contenu dans le vase A B C De t le tube r s t se comprime, et l’augmentation de pression est mesurée par la hauteur L IV. Nommant cette dernière hauteur h , la pression totale de l’air contenu dans le vase A B Ç D et le tube r s t sera H-h h.
- 6. La force élastique de l’air qui aura passé du tube r .y t dans la partie supérieure du vase A' B' C Z)', et le poids du liquide que ce vase contient, font en meme temps équilibre et à la pression H-\-h de l’air du tube rs t, et à la pression atmosphérique H augmentée de la pression de la colonne liquide L1 N' : donc cette dernière pression est égale à h, hauteur de la colonne liquide LN; donc, dans l’état d’équilibre de toutes les pressions, on a cons' tamment L' N' = L IV, quels que soient les niveaux p q, P Q, P’ Q', pourvu néanmoins que le niveau P Q soit toujours au-dessous du niveau n N n’ dans le vase A B C D.
- 7. L’appareil représentée?^. 4, PL 70., est construit sur le meme prin cipe que les lampes de MM, Girard; pour le ramener à la forme d’une fontaine de Héron il faut, i°. supprimer le tube / J a, et mettre Fiiïté^ rieur du vase a b ç d en contact avec l’air atmosphérique ; 20. suppri mer le tube fghk et prolonger le tube L JY jusque vers Je fond C D du vase A B CD; 3°. entin, il faut supprimer la partie <s t du tube r s t. Il suit de ce qui précède , que, dans la fontaine de Héron, la pression en N' est variable, et que par une heureuse application des principes connus d’hydrostatique, on est parvenu à donner à cette pression une valeur constante,
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- péennes. La cochenille a presque éteint la culture du kermès, qui donnait un rouge plus solide, mais moins brillant; le coton a remplacé le lin, la soie et la laine pour une grande partie de nos usages; les bois de teinture de l’Amérique ont été substitués à des productions du sol ou à des produits de notre industrie; mais de tous les produits du Nouveau-Monde, il n’en est aucun dont l’introduction ait été plus funeste à notre agriculture que celle de l’indigo. Avant que cette production tinctoriale fût apportée en Europe, la teinture en bleu se faisait par le pastel, plante qu’on cultivait sur presque toutes les parties de notre Continent. Comme la qualité du pastel des climats méridionaux était très-supérieure à celle des climats du nord, c’est dans le midi de la France, sur-tout aux environs de Toulouse, qu’on se livrait à cette culture ; le commerce du pastel y était d’une telle importance vers la fin du 16e. siècle, époque où l’indigo commença à être connu, qu’onen exportait environ 200,000 balles par an, du poids de 200 livres chaque : ce commerce était si avantageux pour l’agriculture, qu’on appelait le pays de Lauraguais, où se faisait la culture de la première qualité de pastel, le pays de Cocagne. Ce commerce avait tellement enrichi ces contrées, que les plus beaux édifices de Toulouse ont été bâtis par des fabricansde pastel, et que l’un d’eux, Pierre de Bernin, cautionna pour la rançon de François Ier.
- L’introduction de l’indigo alarma tellement les Gouvernemens d’Europe sur Je sort du pastel, qui formait une des branches principales de leur agriculture et de leur commerce, qu’on proscrivit par-tout l’usage de l’indigo sous des peines sévères. Henri IV prononça la peine de mort contre ceux qui l’emploieraient ; les souverains de Hollande et d’Allemagne suivirent son exemple pour maintenir leur fabrication du pastel, connu dans le Nord sous le nom de pastel d’Erfurt, de Juliers, etc.
- Il est probable que si les connaissances avaient été au niveau où elles sont aujourd’hui, on aurait porté la fabrication du pastel au degré de perfection où était celle de l’indigo, et l’on eût conservé cette branche précieuse d’agriculture et de commerce.
- Aujourd’hui la culture du pastel est presque nulle en France ; on ne l’a conservée que dans une très-petite partie du Haut-Languedoc et dans quelques cantons du nord, où il est connu sous le nom de vouëde.
- Dans le Haut-Languedoc, la culture du maïs a pris la place de celle du pastel; mais elle était si loin de le remplacer pour l’avantage des cultivateurs, que, tant que le pays de Lauraguais a été impose sur les anciennes bases, les États de Languedoc ont été obligés de lui accorder, chaque année, 5 à 600,000 francs de dégrèvement.
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- Le pastel n’est plus employé que pour monter les cuves dites de pastel, dans lesquelles on le mêle avec l’indigo. ; ^ '
- Pour bien juger de la préférence qu’on a accordée à l’indigo sur le pastel , et absoudre l’Europe d’avoir sacrifié une production territoriale et nationale à un produit exotique, il importe de savoir, j°. que l’indigo, tel qu’il est dans le commerce, a été dépouillé, par des opérations bien connues, de tout ce que la plante qui le fournit contient d’étranger à son principe colorant, et que par conséquent sous le même volume il présente plus de couleur que le pastel, dont le principe colorant est mêlé avec tous les débris de la plante; ce qui en rend l’emploi difficile, donne des cuves peu riches en couleur et qui ont besoin d’être renouvelées à chaque opération de teinture, tandis que celles d’indigo peuvent durer un an; 2°. que la couleur de l’indigo est plus vive que celle du pastel, et se prête mieux à former les diverses nuances du bleu. >
- On peut dire à l’avantage du pastel qu’il fournit une couleur plus solide, et qu’il est même susceptible de donner un bleu très-vif, puisque nos anciens teinturiers formaient avec le seul pastel ces beaux bleus appelés bleus perses dont parlent les historiens, et qui ont fait la réputation de nos couleurs dans le Levant.
- Il ne s’agit donc que d’améliorer la préparation du pastel pour atteindre et même surpasser les qualités de l’indigo, et le premier moyen consiste à en extraire la fécule colorante. La connaissance que l’on a du procédé employé pour extraire la fécule de la plante qui fournit l’indigo, et les résultats qu’ont déjà obtenus des hommes de mérite, en traitant le pastel par des méthodes analogues (i), nous permettent de fonder de solides espérances sur la solution de ce problème. Au lieu de couper la plante trois ou quatre fois dans une saison, comme on le pratique, il ne s’agit peut-être que de la laisser mûrir pour qu’elle donne une fécule mieux formée, plus abondante et d’une extraction plus facile. w
- En encourageant et perfectionnant la culture et la préparation du pastel, Sa Majesté n’a pas cru devoir négliger d’autres moyens de remplacer ou au moins de diminuer la consommation de l’indigo. Elle a pensé que, dans l’état actuel de nos connaissances, il suffisait de diriger les talens vers un grand but d’utilité publique, pour se promettre de grands résultats. Déjà la belle couleur du bleu de Prusse est portée avec avantage sur les tissus de la fabrique de Lyon, et l’on peut espérer qu’on en étendra facilement l’usage aux tissus de laine.
- (1) Astruc , Histoire naturelle du Languedoc. — Green , Bibhot. med. phys. du Nord^ t, III.—Dambeurney, Supplément au Recueil dès procédés d’expériences} etc.
- Neuvième année. Juin 1810. Y 3
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- On croit devoir borner à ces derniers les recherches des concurrens, parce que cette magnifique couleur, la plus riche et la plus brillante qu’on connaisse, d’ailleurs si solide à l’air, à l’eau et aux acides, n’est pas de nature à résister aux lessives auxquelles on soumet les tissus de lin et de coton. ......
- Si les intentions de Sa Majesté étaient remplies par rapport au pastel et au bleu de Prusse, nul doute qu’on ne pût à la rigueur se passer d’indigo ; mais, pour donner à cette importante question toute l’extension dont elle est susceptible, Sa Majesté a voulu s’assurer si, sur l’immense étendue du sol français , aussi varié par ses productions que par la température , il n’existait pas quelque plante autre que le pastel, qui fournît une fécule analogue à l’indigo, ou quelque couleur bleue végétale qu’on pût fixer solidement sur les étoffes : c’est le sujet de deux prix dont l’importance sera sentie par tous ceux qui apprécient les découvertes d’après leur degré d’utilité.
- DÉCRET IM PÉRI4L.
- Sur le compte qui nous a été rendu des moyens qu’on pourrait employer pour diminuer la consommation de l’indigo dans la teinture, tant par des produits du sol français que par ceux de l’industrie,
- Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
- Titre Ier.
- Art. Ier. Il sera accordé un prix de la somme de 100,000 francs à celui qui trouvera le moyen d’extraire d’une plante indigène et d’une culture facile une fécule propre à remplacer l’indigo, quant au prix, à l’emploi, à l’éclat et à la solidité de la couleur.
- Art. 2. Un prix égal sera donné à celui qui fournira un procédé propre à fixer une couleur végétale indigène sur la laine, le coton, le lin et la soie, de manière à remplacer l’indigo, aux conditions de l’article ie*.
- Art. 3. Un prix d’une somme de 5o,ooo francs sera accordé à celui qui, en mêlant l’indigo avec des substances indigènes, ou en l’employant d’une manière nouvelle, en diminuera la dose de moitié, et produira néanmoins le même effet quant à l’intensité de la couleur et à sa sol ’ h té.
- Le prix sera de 25,000 francs, si on diminue d’un quart ^ ^uq,ioi de l’indigo, et aux mêmes conditions que ci-dessus.
- Titre II.
- , Art. 4- Il sera accordé un prix de a5,ooo francs à celui qui fera connaître un moyen facile et sûr d’extraire de la plante qui fournit le
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- pastel (isatis tinctoria , Lin.) la fécule colorante, et de l’employer dans la teinture. i !
- Art. 5. Le prix sera de 100,000 francs, si on parvient à obtenir ou à donner à cette fécule, sans nuire à sa solidité, la finesse et l’éclat de l’indigo. .
- Titre III.
- Art. 6. Il sera accordé un prix de 25,000 francs à celui qui fera connaître un procédé sûr et facile pour teindre la laine et la soie avec le bleu de Prusse, de manière à obtenir une couleur unie, brillante, égale et inaltérable par le frottement et le lavage à l’eau.
- Art. 7. Les concurrens adresseront à notre Ministre de l’intérieur une description de leurs procédés, et y joindront des échantillons d’étoffes teintes ou de matières préparées en suffisante quantité pour vérifier les procédés.
- Art. 8. Nos Ministres de l’intérieur et du trésor public sont chargés de l’exécution du présent décret.
- Signé NAPOLÉON.
- Par l’Empereur, le Ministre secrétaire d’État,
- Signé H.-B. duc de Bassano.
- Rapport fait par M. Montgolfier fils, au nom d’une Commission spèciale f sur les Cartons pour Vapprêt des étoffes, présentés par Madame veuve Henry Mathieu et fils, de Dinant, département de Sambre-et-Meuse.
- La Société nous a chargés d’examiner les cartons de la fabrique de Ma dame veuve Henry Mathieu, de Dinant, et de lui en rendre compte.
- Les échantillons qui nous ont été présentés sont destinés à l’apprêt des étoffes. Cet emploi exige dans le carton une matière bien fondue et pour ainsi dire homogène ; la fabrication en doit être très-soignée, l’épaisseur égale dans toutes les parties, la surface unie et sans boutons ; enfin, malgré le bas prh auquel on est forcé de les livrer au commerce, on doit apporter à leur fabp n à-peu-près les mêmes précautions que celles employées pour le papier'fin.
- Les cartons de Madame veuve Henry Mathieu paraissent remplir presque toutes ces conditions; la pâte en est belle, ferme, le poli parfait, et l’épaisseur bien égale. On pourrait seulement désirer qu’ils fussent plus exempts des boutons que la pression de la lisse fait bien rentrer dans l’épaisseur du
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- carton/mais que l’humidité fait bientôt ressortir au détriment de l’étoffe sur laquelle ils sont appliqués. -
- Néanmoins nous pensons que les cartons de Madame Hemj Mathieu peuvent être cités à côté de ceux de MM. Gentil, de Vienne (Isère), Stein-bach, de Malmédy, et Doulzals, de Montauban, qui furent distingués à la dernière exposition, et que nos manufactures lui devront, ainsi qu’à ces fabricans, l’avantage de s’approvisionner facilement et en bonne qualité d’un article que nous étions depuis long-temps forcés de tirer de l’étranger.
- D’après ces considérations, nous estimons que la Société doit donner à Madame veuve Henry Mathieu un témoignage de sa satisfaction , en faisant insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Bardel;
- Moxtgolfier , rapporteur.
- Adopté en séance., le. 20 juin i8io.fi
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Compte rendu à S. M. l’Empereur et Roi par S. Exc. le Ministre de l’Intérieur, d?une expérience faite sur le Sucre de raisin fabriqué par M. Fouques (1).
- J’ai rendu compte à Votre Majesté des succès obtenus par M. Parmentier, qui a donné des soins très-utiles au perfectionnement du sirop de raisin et l’a rendu propre à remplacer , dans beaucoup de préparations médicales et domestiques, le sucre de canne. Votre Majesté, qui a daigné ordonner qu’on en fît usage dans sa maison, en a paru satisfaite. Je viens fixer aujourd’hui son attention sur des résultats plus importans. M. Proust, chimiste habile, a extrait du sirop de raisin un sucre concret; M. Fouques a trouvé le moyen de le blanchir et de lui donner, non le brillant, mais la consistance et la couleur du sucre de canne. J’ai convoqué une commission formée de MM. Berthollet et Chaptal, sénateurs , et membres de ITustitut, Paimentier et Vauquelin , membres de l’Institut, et M. Proust : le sucre de M. Fouques a été soumis à son examen. Cette Commission jugeant que cette substance était digne du plus haut degré d’attention , après avoir fait quelques essais sur la substance même, sans aucune préparation , a
- , . • , . ... • • • --- : * T -T.., r -» , . } _ . . -
- (1) M. Fouques cfemewre à Paris , rue et hét^: BretUBvdlimss, île Saim^Lofaisi - :•
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- pensé qu’il était essentiel sur-tout de reconnaître quels étaient ses effets dans les divers amalgames et dans différentes proportions. La Commission s’est ajournée, et s’est ensuite réunie de nouveau au Ministère de l’intérieur, le 12 juin l8lO. < •; r
- J’avais fait préparer des crèmes, des compotes de pommes et des glaces au sucre de canne et au sucre de raisin. Chacune des préparations au sucre de raisin était au nombre de trois , contenant graduellement, l’une le double, l’autre le triple, et la troisième le quadruple de sucre de la préparation au sucre de canne. Il a été reconnu : i®. que les crèmes, les glaces et les compotes, qui contenaient le triple et le quadruple du sucre de raisin , étaient infiniment trop sucrées ; a°. que les mêmes mets, contenant le double de sucre de raisin, étaient un peu moins sucrés que ceux de même nature qui ne contiennent qu’une dose de sucre de canne ; 3°. que la proportion de sucre de raisin correspondant au sucre de canne devait être d’un peu moins de deux et un quart contre un; 4°- que les crèmes et les glaces avaient une saveur parfaite et comparable à celle des mêmes préparations au sucre de canne, sans aucun arrière-goût; la couleur seule en différait un peu, mais sans avoir rien que d’agréable à l’œil : les glaces étaient un peu moins prises, mais cela dépendait peut-être de la manipulation; 5°. que les compotes ne soutenaient pas tout-à-fait aussi avantageusement la comparaison, mais qu’elles avaient cependant un bon goût, et pouvaient être mangées même sur une table recherchée. ;
- J’avais aussi fait préparer du café, de la limonade, et de l’orgeat au sucre de canne et au sucre de raisin. L’orgeat et la limonade au sucre de raisin , et en double proportion au sucre de canne, ont paru tout-à-fait comparables aux mêmes boissons sucrées au sucre de canne ; la couleur était un peu plus foncée ; le thé a été trouvé fort bon, et n’avait rien perdu de son parfum délicat; le café a d’abord paru inférieur au café ordinaire, mais il était mal préparé, et sucré avec du sucre de canne ; il était de même moins bon qu’on ne le prend ordinairement. Je m’occupe de faire fabriquer de nouvelles quantités de sucre pour répéter d’autres expériences , et propager une découverte dont les résultats doivent être aussi importans. M. Fouques assure que dès - à - présent son sucre peut être livré à un franc et quelques centimes la livre, quoique ses appareils soient imparfaits et ne lui permettent de fabriquer que de très-petites quantités à-la-fois.
- Le sucre dont je parle à Votre Majesté a été tiré du raisin des environs de Paris- Il est certain que les raisins du midi donneraient des résultats
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- beaucoup plus avantageux encore. Je vais écrire aux préfets des dépar-temens méridionaux, et en leur faisant connaître les succès déjà obtenus, les engager à leur donner assez de publicité pour déterminer les propriétaires de vignobles ou d’utiles spéculateurs à faire de grandes quantités de sirop.
- Par-tout l’Administration en étendra l’usage dans les hospices et dans les établissemens publics. Je charge les préfets de me proposer les encourage-mens locaux qu’ils croiront les plus propres à hâter les grands résultats qui nous soustrairont à la dépendance de l’étranger pour un des principaux objets de notre consommation, et qui auront une influence si marquée dans la balance de notre commerce.
- Je suis avec le plus profond respect,
- de Votre Majesté Impériale et Royale ,
- le sujet le plus fidèle et le plus dévoué.
- Signé Montalivet.
- S. M. l’Empereur a rendu, le 18 juin, le décret suivant :
- Art. ier. Il est accordé une somme de 100,000 francs au sieur Proust et une de 40,000 francs au sieur Fouques, en forme de gratification et à titre d’encouragement, pour la découverte qu’ils ont faite du sucre de raisin.
- Art. 2. lisseront tenus d’employer ces deux sommes à établir des fabriques de sucre de raisin dans la partie de nos départemens méridionaux qui sera désignée par notre Ministre de l’intérieur.
- Art. 3. Il seront tenus de donner le secret de leurs procédés, qui sera rendu public et envoyé à tous les préfets de nos départemens vignobles.
- Art. 4- A dater du ier. janvier 1811, pour tout délai, le sucre de raisin remplacera le sucre de canne dans tous nos établissemens publics.
- Art. 5. Notre Ministre de l’intérieur recommandera aux préfets de propager et encourager l’établissement des fabriques, soit de sirop de raisin, soit de sucre concret de raisin, de sorte que, dans l’année prochaine, les avantages inappréciables de cette précieuse découverte se fassent sentir pour le bien de nos peuples et l’intérêt de notre commerce.
- Par décret du 21 juin, M. Proust, chimiste, a été nommé membre de la Légion d’IIonneur.
- A Paris, de l’Imprimerie de Madame HUZARD, rue de l’Éperon , N®. 7.
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- NEUVIÈME ANNÉE. (N°. LXXIII. ) JUILLET l8lO.
- BULLETIN
- DE LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Notice sur les Machines à vapeur ; par M. Perier, membre
- de IInstitut.
- Une machine véritablement importante pour les arts et les manufactures est la machine à vapeur, parce qu’elle s’applique à tous.
- C’est à cette ingénieuse machine que les Anglais doivent tous les rapides progrès de leur industrie, leur navigation intérieure et peut-être leur puissance politique (i).
- Il n’y a aucun doute que la force des États et les produits de leur industrie sont en raison de la masse de puissance motrice qu’ils renferment ; cette puissance se compose de la population, du nombre de chevaux, des cours d’eau, et du vent. Si, par le moyen d’une machine , je supplée ou fais le travail d’un million de bras, c’est précisément comme si j’augmentais la population d’un million d’individus; si ces machines représentent la force de 20 à 3o,ooo chevaux , ces chevaux, remplacés par des machines, sont renvoyés à l’agriculture, au commerce et aux armées, avec cet avantage encore en faveur des machines, qu’elles ne consomment rien des produits de la surface du sol, qu’elles ne coûtent rien non plus lorsqu’elles ne travaillent pas; tandis que les chevaux consomment tous les jours. Les cours d’eau sont rares, et ne se trouvent souvent pas placés convenablement ; le vent ne peut être utile à faire marcher des machines avec
- (1) On assure qu’il existe en Angleterre plus de cinq mille de ces machines j à peine en ayons-nous en France deux cents , tant sur l’ancien principe que sur le nouveau.
- Neuvième année. Juillet 1810. X
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- un peu de régularité que dans les pays de plaines très-étendues, comme celles de la Flandre et de la Hollande.
- J’ai senti, depuis nombre d’années, l’importance de cette sublime invention; cinq voyages que j’ai faits en Angleterre m’ont mis à portée de connaître et d’étudier les détails de la composition de ces étonnantes machines. Mais ce n’était pas assez, il fallait s’affranchir du recours à l’étranger pour les construire ; il n’existait en France aucun moyen de les exécuter : quelques-unes, établies sur les exploitations des mines de charbon de Valenciennes et du Vieux-Condé, avaient été importées d’Angleterre, et ne jouissaient point des nouveaux perfectionnemens qui y avaient été ajoutés, et que j’avais observés avec soin. J’ai encore rapporté de ce pays, non sans des difficultés et des risques sans nombre (i), toutes les machines et les moyens nécessaires pour leur exécution : ces moyens ont été établis dans mes ateliers de Chaillot, établissement pour lequel j’ai exposé ma fortune toute entière.
- Je n’ai pas dû me borner en Angleterre à examiner la composition de ces utiles machines,j’ai voulu connaître les différentes applications qui leur ont été données. J’ai observé d’abord que la ville de Londres était abondamment alimentée d’eau par onze machines à vapeur; c’était l’objet principal que j’avais en vue : car alors j’avais le projet de distribuer l’eau de la Seine dans Paris par ce même moyen, projet que j’ai exécuté depuis.
- En parcourant l’Angleterre , j’ai remarqué que presque toutes les manufactures avaient ces machines pour moteur; les hauts-fourneaux où l’on fond la mine de fer, les marteaux de forge, les laminoirs pour la tôle et les autres métaux , les tours à tourner , les foreries de canons pour la marine, enfin tout ce qui tient à l’art de traiter le fer, et à celui de faire les grandes machines, est mis en mouvement par des pompes à vapeur. La grande fonderie de Caron, en Écosse, en occupe vingt-deux : cet utile établissement, qui fournit une grande partie de l’artillerie delà marine,, n’existerait pas sans cette précieuse invention ; car aucun cours d’eau dans ce lieu n’aurait pu fournir une puissance suffisante.
- Toutes les filatures de coton et de laine sont mues par ces machines ; la plus grande partie des canaux de navigation, qui y sont extrêmement multipliés, sont alimentés par l’eau qu’elles élèvent; il est facile de se convaincre de leur utilité pour cet objet important , lorsque, plus instruit de l’effet des machines à vapeur, on saura qu’une quantité de charbon
- (i) J’ai été dénoncé deux fois au Parlement d’Angleterre, comme enlevant les procédés des manufactures du pays.
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- consommée dans leur fourneau élève à 3o mètres ou 100 pieds, plus de quinze cents fois son poids d’eau.
- Si le canal de Saint-Quentin eût été construit sur ce principe, il aurait coûté io millions de moins, et serait en pleine navigation depuis dix ans; on n’avait pas à craindre que la consommation journalière des machines fût un obstacle à cette spéculation. La principale destination de ce canal étant le transport des charbons delà Belgique, un modique droit, payé en nature par chaque bateau chargé de ce combustible, aurait alimenté abondamment ces machines.
- Appelé l’année dernière en Hollande pour donner mon avis sur des des-séchemens projetés, j’ai démontré que ces desséehemens s’exécuteraient avec infiniment plus d’économie par des machines à vapeur que par les moulins à vent que l’on est dans l’usage d’employer à cetté opération.
- Une machine à vapeur de 60 pouces de diamètre, telle que celle de Chaillot, qui fournît de l’eau à Paris, mais à double effet, élèverait 20,000 toises cubes d’eau dans vingt-quatre heures, à la hauteur nécessaire pour ces desséchemeus ; elle ferait, autant d’effet que trente moulins. Ces moulins, d’après les informations qui m’ont été données, coûteraient dans ce moment environ 2 millions ; la machine coûterait tout établie 200 mille francs : il y a donc sur le capital à employer nedf dixièmes d’économie. Il est bien vrai que les machines à vapeur nécessitent une consommation journalière , pendant que le vent ne coûte rien ; mais cette dépense, dé telle manière qu’on la calcule , n’équivaut pas à l’intérêt du capital économisé ; et lors même qu’elle serait égale, il vaut mieux dépenser la rente que le capital.
- Il y a d’ailleurs une observation importante à faire, c’est que, pour entreprendre un dessèchement, il faut des moyens puissans et dispendieux, qui, lorsque l’opération est faite, deviennent en grande partie inutiles, puisqu’il n’est plus question, chaque année, que d’évacuer les eaux pluviales surabondantes. Si donc j’ai construit avec beaucoup de dépense le grand nombre de moulins nécessaires , ce nombre se trouvera excéder les besoins lorsque le dessèchement sera achevé, et j’aurai fait une dépense superflue. En employant la machine à vapeur, et en lui donnant une dimension ordinaire , elle fait l’effet de trente moulins; mais elle ne consomme rien lorsqu’elle ne travaille pas; et, le dessèchement opéré, il suffit de la faire marcher de temps à autre, et dans les momens nécessaires, ce que I on n’obtient pas toujours des moulins à vent, qui agissent par un moteur
- variable et incertain.
- J ai dit que les machines à vapeur avaient contribué à la puissance
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- politique du Gouvernement anglais. L’Angleterre possède des mines de •charbon de terre abondantes ; ces mines ne seraient point exploitées sans ces machines. Le transport des charbons des mines à la mer a fait naître le besoin du nombre prodigieux de canaux navigables qui traversent tous les comtés de ce pays; et le commerce immense que les Anglais ont fait de ce combustible dans toute l’Europe, a été , comme tout le monde sait, l’école et la pépinière des matelots qui ont armé leur flotte militaire : sur vingt vaisseaux qui sortaient des ports de l’Angleterre, dix-neuf étaient chargés de charbon.
- Tous nos ports, toutes nos villes manufacturières étaient alimentés de ces charbons étrangers, pendant que nos mines restaient sans écoulement; le bas prix des transports en Angleterre leur donnait la préférence du bon marché ? et c’est aux machines à vapeur que cet avantage était dû. Lorsque notre navigation intérieure sera établie (ce qui est très-facile au moyen des machines à vapeur), nous jouirons des mêmes avantages et nous pourrons à notre tour fournir nos charbons à l'étranger.
- L’invention des machines à vapeur date d’environ cent trente ans ; personne ne s’en peut dire l’inventeur, du moins n’est-on pas parfaitement d’accord sur celui auquel on l’attribue. Il est probable que l’auteur ne concevait pas tous les avantages de cette belle invention. On l’a laissée respectueusement dans son premier état pendant près d’un siècle ; ce n’est que de nos jours que le célèbre Watt a osé y faire quelques améliorations. H n’a rien changé à son système, qui est et restera toujours le même; mais l’emploi qu’il a fait de la force expansive de la vapeur, au lieu de la puis-r sance atmosphérique qui agissait sur les machines, a produit de l’économie sur les combustibles ; et sur-tout la faculté qu’il lui a procurée de produire un mouvement de rotation, a étendu prodigieusement ses nombreuses applications; elle est enfin devenue une puissance motrice que l’on peut employer à tout ce qui a besoin d’un mouvement, comme celui que donnerait un cours d’eau, des chevaux, le vent, etc.
- le ne suis donc point l’inventeur des machines à vapeur; mais je suis le créateur de cette branche d’industrie en France ; elle n’existait pas avant moi; au moment où j’ai commencé à m’en occuper, il n’y avait que quelques-unes de ces machines établies près de Valenciennes; elles étaient construites sur l’ancien principe, et telles qu’elles sont décrites dans Bèli-dor : elles avaient été importées d’Angleterre : je suis encore presque le seul qui en ait exécuté.
- Le célèbre M. Watt, en Angleterre, lorsqu’il a porté les lumières de l’instruction et du génie sur ces utiles machines, avait bien plus de facilité
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- que moi pour exécuter tout ce que son imagination lui suggérait ; il était entouré de tous les secours nécessaires; les plus habiles fondeurs, toutes les usines, et même les machines indispensables pour l’exécution des pièces difficiles existaient : j’étais au contraire en France dénué de tout moyen d’exécution; je n’ai trouvé ici aucune fonderie pour couler les cylindres; la construction des fourneaux à réverbère, qui permettent de couler de grandes pièces , l’art de mouler en sable d’étuve y étaient inconnus ; aucune machine à aléser les cylindres, aucun tour; enfin, j’ai été obligé de tout créer. Il est notoire que c’est seulement depuis que j’ai formé mes ateliers que l’on commence en France à exécuter les grandes machines avec une certaine précision. Ces procédés que j’ai importés de l’étranger par des voyages dispendieux, ainsi que ceux que j’ai imagiirés, je les ai propagés autant que je l’ai pu ; jamais je 11’ai eu rien de secret : on trouve ces procédés établis dans presque tous les établissemens d’industrie répandus dans les départemens de l’Empire français. J’ose donc croire avoir rendu quelques services à mon pays.
- Depuis dix ans, j’ai fait des applications heureuses et nouvelles de la machine à vapeur; je l’ai employée à monter le charbon des mines. Ce combustible se tire de fosses qui ont six cents et douze cents pieds de profondeur; on employait à cette extraction un nombre de chevaux considérable, qui sont retournés à l’agriculture et au commerce : plus de quarante de ces machines que j’ai construites attestent leur succès.
- J’ai établi à Liège une grande fonderie pour l’artillerie de la marine ; vingt-six foreries de canons sont mues par ces machines : cette fonderie, qui a fourni dans une année 637 pièces de canons qui ont armé la flotte d’Anvers, n’aurait pu se construire sans ces utiles machines, puisque aucun cours d’eau dans ce lieu n’aurait pu donner le mouvement à toutes ces foreries.
- Je m’occupe dans ce moment d’une autre application de ce moteur universel, qui 11’aura pas moins de succès. Il existe en France des forêts dont l’extraction des bois est difficile et quelquefois impossible; j’ai composé une machine à vapeur, facile à démonter et à transporter, qui s’établira dans les coupes de ces forêts pour exploiter, en bois de sciage, ceux que l’on ne pourrait extraire autrement. Cette machine m’est demandée pour les bois qui entourent Baïonne ; elle se multipliera sans doute lorsque l’on en connaîtra les avantages.
- Je ne présenterai point ici l’énumération des nombreux établissemens que j ai formés pendant quarante années de travaux ; les fonderies de Chaillot, du Creuzot, d’Indret, de Liège; les machines qui fournissent de
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- l’eau à Paris, les moulins à vapeur de l’île des Cygnes, six grands établisse-mens de filature de coton, et une infinité d’autres, attestent que ma vie n’a pas été oisive.
- Je dois déclarer ici que mon frère a constamment coopéré à tous mes travaux, et qu’il s’est rendu particulièrement utile par les moyens qu’il a donnés, et sa surveillance pour la bonne exécution de toutes nos machines.
- Table des Machines à vapeur, à simple effet, destinées à élever de Veau ; leur consommation de charbon dans vingt-quatre heures ; leur produit d'eau dans le même temps, exprimé en pieds cubes, et élevés à 5o pieds de hauteur, suivant le diamètre de leur cylindre.
- DIAMÈTRE DES CYLINDRES. CONSOMMATION DU CHARBON. PIEDS CUBES d’eau élevés à 5o pieds. PUISSANCE DE la machine
- pouces. livres. pieds cubes. livres.
- l5 1,125 48,960 i,575
- 18 1,620 60,480 2,268
- ai 2,200 83,520 3,087
- 24 2,88o 87,840 4,o32
- 3o 4?5oo 168,480 6,3oo
- 36 6,33o 241,920 9,072
- 42 8,820 329,760 12,348
- 48 11,120 410,400 16,128
- 54 14,640 545,760 20,412
- 60 18,000 673,920 25,200
- OBSERVATIONS.
- Les dimensions des machines portées dans cette table peuvent être modifiées comme on le désirej on peut en faire de beaucoup plus petites et de beaucoup plus grandes. On connaîtra leur puissance en multipliant le diamètre du cylindre, exprimé en pouces cylindriques, par lui-même, et ensuite par 7 livres poids de marc; la consommation de combustible se connaîtra de même, en multipliant ce même nombre de pouces par 5 livres de charbon pour vingt-quatre heures.
- Ainsi, par exemple, une machine dont le cylindre a 25 pouces de diamètre, donne , 25 par 25, 625 pouces circulaires, qui, multipliés par 7 liv., donnent 4:^75 liv. pour la puissance d’une machine à vapeur de 25 pouces de diamètre \ et sa consommation de charbon sera, par vingt-quatre heures, de 625 pouc. multipliés par 5liv., ou 3,115 liv.
- Les machines à double effet peuvent également être employées à élever de l’eau : alors leur produit est double , à égalité de diamètre du cylindre , parce que le piston agit, soit en montant, soit en descendant. Leur consommation de combustible présente une économie de 3 a 5 5 c’est-à-dire qu’il faut multiplier le nombre de pouces par 7 } mais on a un effet double. ,
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- Tjble des Machines à vapeur de rotation et à double effet, Suivant leur puissance comparée à un nombre de chevaux attelés à-la fois.
- FORCE DES CHEVAUX. CONSOMMATION DU CHARBON PAR HEURE. DIAMÈTRE DES CYLINDRES.
- Pour 4 chevaux. 42 liv. par heure. 11 pouces.
- 6 60 i3
- 8 72 i5
- 10 90 l7
- 12 120 18 \
- 16 138 2. \
- 20 168 24
- 3o 263 3o
- 4o 35o 35
- 5o 466 40
- OBSERVATIONS.
- Le calcul' du nombre de chevaux relatif aux différens diamètres des cylindres n’est pas rigoureusement exact, la force des chevaux n’étant pas la même pour tous, et ayant voulu négliger des fractions qui n’ont auffune importance dans l’exécution des machines ; mais ce calcul est très-rapproché, et l’on peut compter sur une puissance plutôt supérieure qu’inférieure.
- La force d’un cheval attelé à un manège est calculée en mécanique être de 175 liv., avec une vitesse de 2,000 toises par heure j celle d’une machine à vapeur est de 7 liv. par pouce circulaire de l’aire de son piston , et sa vitesse est bonne lorsque ce même piston parcourt 3 pieds par seconde ; ce qui fait 1,800 toises par heure.
- D’après cette donnée, si l’on a un cylindre de 24 pouces de diamètre, on dira: 24 par 24, multipliés par 7 livres pour la puissance de la vapeur sur un pouce , donnent 4,o32 livres, qui, divisées par 1 j5 liv. pour la force d’un cheval, donnent 20 chevaux et une fraction : j’ài porté 20 chevaux sur la table pour être un peu au-dessous de l’effet.
- Il résulte de ces calculs, et d’expériences bien constatées, que le travail delà journée d’un cheval, fait par une machine à vapeur, consomme 66 livres de charbon de terre qui coûtent dans ce moment à Paris, 1 franc 60 cent.
- Cette dépense est moindre que la nourriture d’un cheval, et la machine ne coûte rien les fêtes et dimanches qu’elle ne travaille pas ; son mouvement est infiniment plus régulier.
- Si le canal de Saint-Quentin était navigable , les charbons de Valenciennes et de la Belgique ne coûteraient à Paris que moitié de ce qu’ils coûtent maintenant.
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- Sun les Moyens proposés par Robert Fulton pour la destruction des vaisseaux de guerre et la défense des ports et des rades.
- Le génie de Fulton s’est signalé par un grand nombre d’inventions très-utiles. Nous lui devons l’idée heureuse de l’application de la force d’une machine à vapeur aux bateaux, pour les faire remonter contre le courant des rivières : idée qu’il a mise en pratique avec beaucoup de succès dans l’Amérique septentrionale. Sa chaloupe à vapeur, qu’il essaya pour la première fois à Paris, il y a cinq ans, navigue actuellement sur le Nord-River, depuis New-York jusqu’à Albany, en parcourant une distance de 160 milles (53 lieues) en trente-deux heures, et en refoulant le courant de cette rivière très-rapide.
- Cet habile ingénieur s est livré à des recherches qui avaient pour but de parvenir à des moyens nouveaux d’attaque et de destruction des vaisseaux de guerre. Nous avons déjà parlé des résultats satisfaisans qu’il a obtenus de son nautilus, espèce de bateau sous-marin dans lequel il naviguait entre deux eaux ; mais les dangers et les inconvéniens inséparables d’une pareille navigation lui ont fait abandonner sa première idée, et lui ont suggéré celle d’une machine d’un service plus facile et d’un effet plus sûr, à l’action de laquelle le plus^gros vaisseau ne peut résister.
- Les détails de cette invention sont consignés dans une brochure qui vient de paraître en Amérique, sous le titre de Torpédo war and submarine explosions. By. R. Fulton. L’auteur rend d’abord compte des expériences qu’il a faites soit en Angleterre, soit dans sa patrie, pour opérer la destruction des vaisseaux de guerre , au moyen de la machine qu’il a imaginée, et à laquelle il donne le nom de torpédo (torpille). C’est une espèce de machine infernale composée d’un cylindre en cuivre A, fig. i, pl. 71, de deux pieds de long sur un pied de diamètre et hermétiquement fermé, pouvant contenir 100 à i5o livres de poudre. Une boîte en sapin B, remplie de liège et adaptée au cylindre, est destinée à le faire flotter à une profondeur déterminée. Fulton a imaginé de mettre le feu aux poudres, i°. à l’aide d’une platine de fusil renfermée dans une boîte de cuivre C, et dont le bassinet contient une charge ordinaire de poudre ; cette boîte est solidement fixée par des écrous sur le cylindre de cuivre A, et porte à l’extérieur un bras de levier D, qui communique avec la détente ; a0, par le moyen d’un mouvement d’horlogerie qu’on remonte pour un temps déterminé, et qu’on arrête à volonté à l’aide d’une cheville de fer, laquelle, étant retirée, dégage et fait marcher le mouvement
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- qui, en pressant sur la détente, fait partir le chien et opère l’explosion.
- Voici le détail des expériences faites par M. Fulton sur sa machine :
- Un brick de 200 tonneaux, à l’ancre dans l’un des ports de l’Angleterre , fut choisi pour l’expérience qui eut lieu, le i5 octobre i8o5, en présence de l’amiral Holloway, de sir Sydney Smith, des capitaines Owen et Kingston, du colonel Congrève (l’inventeur des fusées incendiaires), et de la plupart des officiers de la flotte sous le commandement du lord Keath.
- Deux chaloupes montées chacune de huit, hommes, ayant été confiées à la direction de l’auteur, il fit préparer deux torpédos de forte dimension , pesant 2 ou 3 livres de plus que l’eau de mer. Comme le bâtiment tirait 12 pieds d’eau, les appareils furent suspendus de manière à flotter à i5 pieds au-dessous de la surface, et l’on fixa à leurs extrémités un cordage de 80 pieds de long. Ces préparatifs achevés, les bateaux, portant chacun un torpédo sur l’arrière , s’éloignèrent du rivage à la distance d’un mille, et s’approchèrent ensuite à force de rames du navire, de sorte que la corde étant entièrement développée, ils se trouvèrent l’un à bâbord, l’autre à tribord, en laissant entre eux un espace de 70 pieds. Alors on jeta à la mer les torpédos, qui, emportés par la force de la marée et chassés sous la quille du vaisseau , y furent retenus par la corde, qui s’était arrêtée sur le câble.
- Cette expérience, ayant été répétée plusieurs fois avec succès, donna' la conviction que, lorsque ces machines sont disposées de manière à éprouver l’action de la marée, elles ne peuvent manquer d’être poussées sous la quille du vaisseau. Après les avoir remplies chacune de 180 livres de poudre, et avoir remonté le mouvement d’horlogerie pour 18 minutes, l’auteur les abandonna à la mer; elles furent aussitôt entraînées sous Je vaisseau, et, à l’expiration du temps déterminé ^ l’explosion eut lieu avec un fracas horrible. Le navire ayant été soulevé de 6 pieds, fut séparé en deux parties et englouti ; au bout de 20 secondes, on n’apercevait plus que quelques débris flottans, qui firent juger que les pompes, le mât de misaine et les chaînes de haubans, ainsi que leurs boulons, avaient été arrachés avec violence ; mais les haubans d’artimon et les chaînes qui les maintenaient étant plus forts que les autres, ou la machine ayant éclaté plus sous l’avant du vaisseau, ils avaient résisté, et le mât d’artimon se trouva seulement rompu.
- La seconde expérience eut lieu dans la rade de New-Yojpk en 1807, et donna des résultats semblables. Le navire ayant été amarré, les torpédos furent jetés à la mer de la manière décrite plus haut, et entraînés
- Neuvième année. Juillet j8io. Y
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- sous le vaisseau, près de la quille ; ils n’éclatèrent pas, parce que la poudre s était échappée du bassinet, qui s’était renversé. On remédia aussitôt à cet inconvénient ; mais la seconde épreuve ne fut pas plus heureuse, par la raison que lé torpédo n’atteignit point le vaisseau, et fit son explosion à xoo mètres de distance, en lançant • en l’air une colonne d’eau de 60 à 70 pieds de hauteur sur 10 pieds de diamètre.- A la troisième expérience, le navire sauta ; les effets et les résultats furent les* mêmes que ceux que l’on avait observés en Angleterre...
- Ges expériences prouvent qu’il est possible de détruire les vaisseaux mouillés dans une rade ou dans un port, au moyen du torpédo, qui éclatera dans un temps donné et à telle profondeur qifon le désire.
- Il reste maintenant à déterminer quels sont les moyens les plus efficaces et les moins dangereux à employer, tant pour l’attaque que pour la défense. .
- Mojens de défense.
- L’auteur propose , pour défendre l’entrée d’une racle, d’un port ou d’un mouillage quelconque, d’amarrer au fond de la mer 2 ou 3oo torpédos assez rapprochés les uns des autres pour que les vaisseaux ennemis qui voudraient y pénétrer ne pussent les éviter.
- Ges appareils, semblables à ceux que nous avons décrits, seront maintenus flottans à une certaine profondeur par un lest de 5o à 60 livres, E, fig. 1, auquel ils sont attachés par une corde F. Ce lest , pour ne pas être dérangé et entraîner la machine hors de la direction voulue, est retenu au fond de la mer par une amarre T. La profondeur de l’eau étant déterminée au moyen du loch, on donne à la corde V une longueur telle que le torpédo puisse flotter à 10, ia ou 15 pieds au-dessous de la ligne des basses eaux : il restera à-peu-près dans la même position , suivant la force de la marée ou du courant; mais il ne doit jamais être arrêté à une profondeur plus considérable que le tirant d’eau d’une frégate ou d’un vaisseau de ligne. Il conserve la position verticale F pendant le calme, flottant à l’aide de la boîte de sapin B remplie de liège, qui a pour objet de le rendre de 10 à 12 livres plus léger que l’eau , et tend à le faire monter à la surface ; mais pendant les marées, il prendra alternativement les directions obliques H et K.
- L’auteur observe que, dans les gros temps, la lame, ne creusant tout au plus que de 10 à i5 pieds au-dessous de la surface moyenne des eaux, ne peut pas déranger le torpédo, et qu’il est très-rare qu’elle s’élève à 20 pieds dans les rades ou les ports.
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- Cette machine porte., comme nous l’avonsidit, k sa ^partie ^supérieure une boîte -en cuivre Ct.renfermant une batterie de fusil munie ;d’un bassinet de 2 pouces de long, rempli de poudre , et eommuniquanLdans 1’intérieur du cylindre; cette boîte est,surmontée d?un levier simple ou doubleen forme (le c/3 renversé, D et L, fïg. i, assez long pour que la quille du vaisseau qui passe dessus puisse l’atteindre, le faire incliner et dégager la détente. Dans ce cas, le navire ne peut échapper à une destruction certaine. •
- L’auteur a essayé ce moyen en i8o5. Il avait fixé un torpédo à 9 pieds de profondeur dans le canal près de Douvres, la mer étant ^houleuse et la lame donnant fortement: La machine conserva la-même position . pendant 24 heures, et lorsqu’elle fut retirée, on observa que,1a poudre étaitsèehe et la ^batterie en très-bon état.
- On pourrait'objecter que l’ennemi, persuadé qu’un quintal de poudre placé sous un vaisseau de ligne suffit pour,le faire sauter, informé;d’ailleurs que des torpédos sont disposés dans une rade,<et.qu’en touchant le bras de levier la détente partira et opérera l’explosion rne voudra pas courir les risques d’y pénétrer ;; qu’il cherchera au contraire tous les - moyens de détruire ces machines. Cette objection est fondée ; mais examinons quelle est la nature d’une telle entreprise, et quelles sont les probabilités du succès. Supposons 200 torpédos occupant une étendue d’une lieue carrée; les bateaux ennemis, en voulant les détruire, seront exposés au feu des batteries de la côte, et devront nécessairement combattre ceux? que l’on pourrait leur opposer. Dans ce cas*' le succès sera au moins balancéi, et l’ennemi aura à nettoyer une étendue considérable ; en admettant que cette opération puisse se faire avec quelque avantage, elle demandera beaucoup de temps ; et quand même l’ennemi parviendrait à enlever plusieurs torpedbs, il ne serait pas sûr de les avoir tous détruits ; car il est impossible^ qu’il en connaisse le nombre exactement. D’ailleurs il serâit facile de remplacer pendant la nuit ceux de ces appareils qu’il aurait enlevés.
- Il est donc démontré que l’ennemi ne peut pas détruire 1 tous les? torpédos placés dans une rade^ pourvu qu’elle soit défendue par des batteries et des batteaux armés,.d’autant qu’il serait difficile d’atteindre ces?machines avec une drague ou tout autre instrument, de manière à pouvoir naviguer avec sûreté. * [
- Afin 4e faciliter à ceux qui sont chargés de placer les torpédos les moyens de les;retirer, l’auteur a imaginé un mécanisme aussi simple qu’ingénieuse, qu il adapte à la boîte à liège L, et qui; est destiné à les maintenir pendant iiir?temps, déterminé: à telle profondeur qu’on le désire. On peut laisser
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- ainsi les torpédos pendant plusieurs mois et même pendant une année entière sous l’eau, et le jour qui aura été fixé, ils monteront d’eux-mêmes à la surface; et le levier dont ils sont munis se trouvera en même temps arrêté; afin de garantir de tout danger ceux qui sont chargés de cette opération.
- Supposons maintenant que l’ennemi approche du port : un signal annonce son arrivée; les bateaux armés sortent et lancent à la mer 200 torpédos , dont le mécanisme est remonté pour quinze jours. Si l’ennemi mouille à quelque distance et hors de la portée des batteries de la côte, avec l’intention de détruire ces machines, dont le nombre lui est inconnu ainsi que le jour où elles doivent reprendre leur station, il mettra à la mer des bateaux armés qui ne pourront éviter l’attaque de nos chaloupes. Dans ce cas, nos officiers, connaissant le nombre de torpédos qui onf été lancés à la mer et le jour où ils doivent monter à la surface, au* ront leurs embarcations prêtes pour les enlever, et les placer de nouveau , en remontant le mécanisme pour dix, vingt ou plusieurs jours.
- L’auteur pense qu’une rade ainsi défendue est à l’abri de toute tentative de la part de l’ennemi.
- , Moyens <$ attaqua.
- Le torpédo employé pour l’attaque des vaisseaux ennemis est construit sur le même principe que ceux dont nous avons parlé plus haut ; il est également muni d’une boîte ou flotteur remplie de liège, Cyfîg. 2, qui est de 3 à 4 livres plus légère que l’eau de mer, et dont les parois latérale et supérieure sont percées de i5 à 20 trous, afin que l’eau qui y pénètre puisse en chasser l’air, pour qu’il plonge plus rapidement. Il est garni, comme les autres, d’une batterie de fusil et d’une boîte contenant un mouvement d’horlogerie, qu’on remonte pour un temps déterminé, et qui, en dégageant la détente, met le feu aux poudres et opère l’explosion. Pour le transporter sans danger, on arrête le mouvement d’horlogerie par une petite cheville K, portant une corde , qu’on retire au moment où on lance le torpédo à la mer. Toutes les parties de cette machine doivent être hermétiquement fermées, et ne point admettre l’eau, même sous une pression verticale de 2Ô à 5o pieds. Une boîte de sapin G remplie de liège, et de 2 pieds de long sur 6 à 8 pouces carrés, lui sert de bouée ; étant de i5 à 20 livres plus légère que l’eau de mer, elle flotte constamment à la surface. Cette boîte est attachée au torpédo par une corde J, dont la longueur est proportionnée au tirant d’eau du vaisseau qu’on veut attaquer, et même un peu plus considérable, afin quelle puisse embrasser sa courbe
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- et porter le torpédo près de la quille. Deux cordages de 20 pieds de long, dont l’un est fixé à la machine et l’autre à la bouée, se réunissent au point A//d’où part une autre corde P attachée par son extrémité à un harpon, fîg. 3. La longueur de cette corde se règle sur celle du vaisseau ennemi ; elle est ordinairement de 5o pieds : au moment où on lance le harpon, elle se développe facilement et entraîne le torpédo, qui se trouve alors arrêté sous la quille, dans la direction du grand mât. Le harpon que l’auteur propose pour fixer la corde dans la proue du bâtiment est composé d’une tige ronde en fer,/%. 5, de 6 lignes de diamètre sur 2 pieds de long, dont le bout de la queue, d’un pouce d’épaisseur est exactement du calibre du mousqueton TV, destiné à le lancer ; il porte un œillet O, dans lequel s’attache le bout de la corde. Sa pointe, de 6 pouces de long, est entaillée de manière à former des crans ou barbes qui servent à le retenir dans la hanche du vaisseau. La corde P est attachée à un anneau de fer ou de cuivre Q, coulant suf la tige du harpon , et qui se trouve appuyé sur la bouche du canon lorsqu’il y est introduit. Cette corde, formant alors une ganee, comme on le voit en /?, se développe aussitôt que le coup est parti, fait couler l’anneau jusqu’au gros bout du harpon, et sert ainsi à diriger sa course, en faisant l’effet de la queue d’une fusée. Sans cette précaution il serait impossible de lancer le harpon avec précision dans la parade du bordage qu’on désire , car il tend à dévier de sa route et à se retourner. Le mousqueton employé pour cette manœuvre doit être d’un fort calibre ; on le fixe à tourillon et à pivot sur un support S', placé près de l’arrière de la-chaloupe.
- Avant de proposer un moyen qui pourrait être sujet à quelques incon-véniens, M. Fulton a voulu s’assurer si le succès répondait à son attente. Pour cet effet, il se plaça à 4o ou 5o pieds d’une pièce de bois de 6 pieds carrés sur 3 pouces d’épaisseur, dans laquelle il est parvenu à lancer le harpon quinze ou seize fois de suite, avec une force telle que la pointe a pénétré dans le bois jusqu’à l’œillet. Cette expérience a suffi pour prouver qu’il était presque impossible de manquer l’objet sur lequel on dirigeait le coup. Les harpons lancés dans le bossoir de bâbord et de tribord y restent solidement fixés; si le vaisseau est sous voile, sa marche entraîne nécessairement sous la quille la corde et le torpédo; s’il est à l’ancre, la marée produit le même effet : et l’explosion ayant lieu au bout du temps pour lequel on a remonté le mouvement d’horlogerie, il sera infailliblement détruit.
- L auteur a employé avec succès, dans les deux expériences mentionnées ci-dessus , les moyens d’attaque dont nous venons de parler.
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- Les chaloupes qu’il propre seront montées par douze hommes, savoirs six rameurs, quatre soldats de marine , un homme destiné à lancer le harpon; et un patron. Devant exécuter des mouvemens très-rapides , elles doivent;être.construites avec un bordage à clin, afin d’être plus légères. Elles auront 27 pieds de long sur 6 pieds de large, porteront six avirons très-longs, et seront armées de quatre mousquetons de fort calibre , chargés chacunde douze balles d’une demi-once, servant de mitraille, deux de ces mousquetons-Seront fixés à pivot et à charnière sur l’avant, et les deux autres sur l’arrière. Le torpédo se place sur une plate-forme de 4 pieds de long sur 3 pieds de large, établie sur la poupe ( voyezj%\ 4) , et faisant une saillie de i5à 18 pouces,afin que le gouvernail ne puisse pas être endommagé par la chute de la machine. La corde attachée au torpédo est roulée soigneusement, comme on le voit en 71, afin de pouvoir se» développer facilement lorsque le coup part : pour la rendre plus souple, on l’enduit de graisse. Le torpédo placé sur la chaloupe, étant construit sur le même principe que ceux précédemment décrits, nous n’en srappellerons pas le mécanisme. Il est muni, comme tous ceux destinés à l’attaque, d’un flotteur qui lui sert de bouée. Le mouvement d’horlogerie renfermé dans la boîte G est arrêté par une chevilleK, qui, étant retirée par ïa corde attachée au bateau en Z, au moment où la machine>est jetée à la mer, le dégage. L’homme chargé du service du: moiisquet à harpon gouverne en même temps rembarcation.,;et lance le harpon lorsqu’il juge qu’il est assez près du vaisseau ennemi. Dès qu’il est parvenu à Je fixer solidement dans le bossoir d’avant, il revient à son poste en forçant de rames; la corde qui est attachée au harpon entraîne alors le torpédo. ?
- On voit que la manœuvre des chaloupes est très+simple, et qu’elle se réduit à lancer le harpon avec quelque adresse;-si de coup manque, on peut conserver le torpédo pour une seconde attaque.
- Comme il est .probable que l’ennemi mettra en nier des bateaux armés pour combattre les chaloupes , les soldats. de marine, dont deux seront placés à l’avant et deux à L’arrière , porteront chacun un pistolet et «b sabre; les matelots seront armés de sabres.
- L’auteur pense que des chaloupes -ainsi / armées, et dirigées par des hommes robustes et courageux , ne peuvent manquer de combattre avec succès les embarcations ennemies, ou de faire une. bonne retraite dans de cas où elles seraient attaquées par des forces supérieures;; elles doivent néanmoins se tenir toujours sur la défensive.
- Nous avons représenté,5, un vaisseau de ligne À, mouillé sur une ancre, vu à vol d’oiseau, au moment où il vient d’être attaqué par des tor-
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- pedos EE. La corde CD, qui est fixée à chacun de ces appareils, a 120 pieds de long; on la voit arrêtée sur le câble B : dans cette situation, les torpédos sont entraînés par la marée sous le bâtiment et près de la quille.
- Nous rappellerons une observation importante faite par M. Fulton, sur le moyen le plus convenable de fixer la corde au torpedo.il are-marqué que, lorsque cette corde est attachée à l’anneau X,Jjg. 4, qui se trouve à l’extrémité de l’appareil, la marée ne l’entraîne point sous le vaisseau ; car la pression du courant étant égale de chaque côté, il décrit avec le flotteur une ligne perpendiculaire, et il éclate contre le bâtiment, lequel recevra, il est vrai, un choc violent , mais ne sera point endommagé.
- L’auteur se trouvant en i8o4 et i8o5 sur la flotte anglaise qui croisait devant Boulogne, fut chargé de faire une tentative pour détruire les chaloupes canonnières françaises. Un officier de marine dirigea un canot monté par huit hommes et un patron , contre un brick français mouillé dans la rade, et lança deux torpédos à la mer pour le faire sauter. La corde qui les réunissait s’arrêta sur le câble du bâtiment, et la marée les poussa l ijn contre la hanche de tribord, l’autre contre celle de bâbord. Lorsque les Français virent cette chaloupe s’approcher sans répondre à leurs signaux, ils dirigèrent sur elle un feu de mousqueterie très-bien nourri, mais sans blesser personne. Craignant l’effet de l’explosion des machines infernales dont ils avaient eu connaissance, ils se rassemblèrent promptement sur le gaillard d’arrière, d’où ils lâchèrent plusieurs bordées sur la chaloupe ennemie, que le courant entraînait en dérive et qui se trouva à demi-portée ; la chaloupe répondit à ce feu par deux coups de mousquetons chargés à mitraille (1) et s’éloigna aussitôt à force de rames. Les torpédos éclatèrent, mais sans détruire le bâtiment attaqué. Dans la même nuit, un officier de marine plaça deux torpédos en travers de la proue d’un autre vaisseau français, dont il reçut le feu ; il eut un homme tué, s’éloigna à quelque distance et attendit l’effet de l’explosion qui, se manifesta aussitôt, mais ne parut point avoir endommagé le bâtiment.
- (1) Les journaux français nous ont appris que ce brick avait en cinq hommes tués et huit blessés. Cet effet , produit par deux coups de mousquetons chargés à mitraille, observe l’auteur, démontre que l’équipage d’un vaisseau attaqué de cette manière est exposé à de grands dangers. Les Français, ajoute M. Fulton, regardent les torpédos comme peu redoutables; mais il est évident que si la corde eût été attachée de manière à les soutenir dans 1 eau , ils eussent été entraînés parda force du courant sous le bâtiment, qui aurait été détruit. -
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- L’auteur, informé de ces tentatives infructueuses, réfléchit sur les causes de cet événement, et il fut bientôt convaincu que, lorsque le torpédo chargé et muni de son mécanisme pèse i5 à 20 livres plus que l’eau, il se trouvera suspendu à son flotteur comme un pendule, et que si la corde est attachée au point X, fig. 4, l’action de la marée étant égale de chaque côté, ne pourra pas déranger l’appareil de sa position verticale.
- Pour s’assurer de ce fait, il fit construire un grand réservoir qu’il remplit d’eau de mer; il chargea le torpédo, y fixa le mouvement d’horlogerie et la boîte de sapin, et le suspendit dans le réservoir par une corde dont le bout était attaché au fléau d’une balance. Après avoir rempli de liège la boîte de sapin, l’auteur trouva que lorsque le torpédo et cette boîte étaient submergés, ils tenaient en équilibre 3 livres placées dans le plateau de balance : ainsi la machine, étant de 3 livres plus pesante que l’eau de mer, devait nécessairement plonger. Dans cet état d’équilibre , une légère pression exercée sur ses parois latérales suffit pour la faire mouvoir avec facilité. Ensuite, au lieu de fixer la corde à l’extrémité X,fig. 4> l’auteur essaya d’en former une espèce de bride ou bricole, comme on le voit en aa, fig, 5. Ce moyen eut tout le succès qu’il pouvait en attendre, et prouva qu’un torpédo ainsi attaché ne pourra pas conserver sa position verticale, et sera porté sous le vaisseau près de la quille, position dans laquelle son explosion , en déplaçant une masse d’eau considérable, le détruira infailliblement. Le choc violent imprime à l’eau par cette explosion fait l’effet d’un corps solide qui soulèverait le vaisseau avec beaucoup de force, quoique le torpédo n’agisse que sur une très-petite portion de la quille : effet qui peut se comparer à celui produit par une tempête, dans laquelle les vagues enlèveraient le navire de i5 à 20 pieds, et le feraient retomber sur une pointe de rocher de 5 à 4 pieds de diamètre. Il est donc évident que lorsque l’explosion se manifeste près de la quille, elle ne peut manquer de briser le bâtiment. D’ailleurs, toute explosion sous-marine tend à chasser l’eau à la surface par la ligne la plus directe , qui est la verticale, parce que la résistance est moindre que si elle devait déplacer un volume d’eau dans une direction oblique. ,
- Après avoir ainsi défini l’effet probable du torpédo placé sous un vaisseau, l’auteur développe les moyens qui lui paraissent les plus propres à assurer le succès d’une attaque contre les navires ennemis qui seraient à l’ancre ou sous voile.
- Il est à présumer que des chaloupes ne peuvent, avec quelque espoir
- de
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- de succès, attaquer un vaisseau de ligne ; car il est démontré qu’une frégate de 3o canons, par exemple, doit céder à la supériorité d’un vaisseau à trois ponts qu’elle serait forcée de combattre. Mais l’auteur assure qu’il en est bien autrement à l’égard des chaloupes armées de torpédos. H cherche à prouver que toutes les chances sont en leur faveur, et qu’un bâtiment ennemi, quelle que soitjja force, ne peut leur résister lorsque les moyens d’attaque sont bien Combinés et les manœuvres dirigées avec habileté.
- Il suppose qu’un vaisseau de 80 canons, qui, étant gréé et armé, tire ordinairement 22 pieds d’eau, et dont l’équipage au complet se compose de six cents hommes, veuille pénétrer de vive force dans une rade ou un port; on ne pourrait lui opposer qu’un vaisseau de même rang, qui coûtera 2 millions, et qu’il faudra monter aussi de six cents hommes. Si le combat s’engage, les chances seront égales de part et d’autre; dans le cas d’une résistance opiniâtre et prolongée, le vaisseau attaqué aura deux cents hommes tant tués que blessés, et la réparation de ses avaries entraînera à une dépense de 200 à 2Ûo mille francs. D’ailleurs l’issue du combat peut lui être funeste ; il peut être forcé de se rendre, et alors il est perdu pour la nation, et ne fera qu’ajouter à la force de l’ennemi.
- Voyons maintenant si un capital de 2 millions représentant la valeur d’un vaisseau de 80 canons, et six cents hommes d’équipage, ne peuvent pas être employés avec plus davantage dans une attaque faite par des chaloupes à rames portant des torpédos.
- L’auteur estime que les six cents hommes suffiront pour monter cin-
- quante chaloupes, en plaçant douze hommes dans chacune.
- Cinquante chaloupes à 5oo francs chaque, coûteront ..... 25,000 f.
- Cinquante torpédos complètement garnis, à 750 francs l’un,
- y compris la dépense de la poudre.................... 57,5og
- Cinquante mousquets à harpon, à i5o francs.............. 7,5oo
- Deux cents mousquetons à mitraille, à 100 francs...... . 20,000
- Cent paires de pistolets, à 75 francs la paire. ....... 7,5oo
- JSix cents sabres , à i5 francs....................... . 9,000
- io6,5oo f.
- Dépenses imprévues . . v ...... i5,ooo
- Total, ........... i2i,5oo f.
- évaluées à pareille somme annuellement.
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- Ainsi, cinquante chaloupes complètement armées de leurs torpédos, ne coûtant que i2i,5oo francs, l’économie, comparativement à la dépense d’un vaisseau de 80 canons, sera de 1,878,500 francs (1). On sait qu’un pareil vaisseau ne peut pas mettre en mer cinquante ni même vingt bateaux, lesquels n’obtiendraient aucun avantage sur nos chaloupes. Il ne lui restera donc pour toute défense que ses batteries et son feu de mousque-terie. A moins d’une nécessité absolue, l’attaque doit se faire la nuit : dans l’obscurité, il est impossible d’apercevoir les chaloupes à 3oo mètres de distance, et il est des circonstances où elles peuvent approcher de plus près sans être vues. Ces chaloupes, au nombre de cinquante, entourent le vaisseau et forcent l’équipage à diviser son feu ; lorsqu’elles sont montées par des hommes robustes, elles marchent avec une vitesse d’environ 5 milles à l’heure, c’est-à-dire i4o mètres par minute. A 3oo mètres, elles se trouvent à la portée du canon ; mais les coups étant tirés au hasard pendant la nuit, il est probable qu’ils ne porteront pas; à 200 mètres, la mitraille pourra les atteindre; enfin à 100 mètres, elles seront exposées au feu de la mousqueterie. Ainsi les chaloupes seront pendant 4 minutes sous la ligne du feu de l’ennemi; savoir, 2 minutes avant de pouvoir lancer le harpon, et 2 minutes pour opérer leur retraite (2) ; mais leurs mouve-mens très-rapides ne permettant pas de les ajuster, elles auront peu de dangers à courir.
- Il pourrait arriver cependant que plusieurs fussent coulées (3) et que nous eussions quelques hommes -tués; mais cette perte n’est pas comparable à celle qu’éprouverait l’ennemi. En effet, sa situation est très-périlleuse; les six cents hommes renfermés dans le bâtiment ne peuvent agir que sur un seul point; tandis que les chaloupes s’avancent rapidement, vingt ciriq à bâbord, et vingt-cinq à tribord. Il suffit que l’une d’elles parvienne à fixer le harpon entre les chaînes des grands haubans et l’étrave, pour que le torpédo soit entraîné sous le navire, où il ne peut manquer de faire son explosion, qui détruira non-seulement le vaisseau, mais encore la majeure partie de l’équipage rassemblé sur le pont et dans les batteries.
- (1) Chaque chaloupe complètement armée et munie de ion torpédo exigeant une dépense de 2,43o francs, cette économie paiera sept cent soixante-douze chaloupes : ainsi on peut en construire et armer huit cent vingt-deux pour la somme que coûterait un vaisseau de 80 canons.
- (2) L’auteur assure que les chaloupes nê seront même que pendant trois minutes exposées au feù de l’ennemi , lorsque le vaisseau est sous voile ou qu’il est mouillé dans un courant dont la vitesse est d’un mille et demi par heure.
- (3) Il est aisé de les rendre insubmersibles.
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- Dans ce cas, les hommes qui auraient pu s’échapper seraient recueillis par nos chaloupes.
- D’après ce que nous venons de dire, on voit que les six cents hommes renfermés dans le vaisseau sont exposés à un danger beaucoup plus grand que le meme nombre distribué dans les chaloupes. Il y a donc Ôo à parier contre i que le vaisseau sera détruit avant d’avoir pu tuer deux cents hommes de l’équipage des chaloupes. Si cette théorie est confirmée par l’expérience, quel est le commandant assez téméraire pour oser braver une attaque de ce genre?
- Jusqu’ici l’auteur a supposé les forces égales de part et d’autre, d’où il suivrait que si l’ennemi tentait de pénétrer dans l’un de nos ports avec une flotte de vingt vaisseaux de ligne par exemple, nous devrions lui opposer mille chaloupes et douze mille hommes. Cependant M. Fulton pense que cette précaution est inutile, et qu’il suffit d’attaquer avec un nombre de chaloupes égal à celui que l’ennemi peut mettre en mer. Un vaisseau de 80 canons, pour ne pas être embarrassé dans ses manœuvres, ne porte ordinairement que quatre embarcations ; savoir, une grande chaloupe, dont la marche est difficile à la rame ;
- Une plus petite, qui se gouverne assez bien;
- Une chaloupe servant au capitaine, qui va également bien;
- Un yole ou canot , à six rameurs , dont les mouvemens sont très-rapides.
- Il serait possible de porter ce nombre jusqu’à six : dans ce cas, douze chaloupes armées de torpédos suffiront pour attaquer un vaisseau de ligne avec d’autant plus d’avantage que leur construction légère permet de les manœuvrer avec promptitude et facilité. Les six rameurs restent à leur poste, tandis que les soldats de marine entretiennent un feu roulant sur l’ennemi. Les embarcations que celui-ci peut mettre en mer n’empêcheront pas les chaloupes d’approcher du vaisseau ; dans un engagement, il ne peut faire usage ni de ses canons ni de sa mousquelerie, sans s’exposer à tirer sur ses propres bateaux, qu’il lui sera impossible de distinguer pendant la nuit, au milieu de la mêlée. Ainsi, en supposant que vingt vaisseaux de 80 canons voulussent pénétrer dans une rade ou un port, deux cent quarante chaloupes montées de deux mille huit cent quatre-vingts hommes suffiraient pour les attaquer et les détruire probablement dans moins d’une heure.
- L’attaque devant se faire la nuit, l’ennemi sera forcé de jeter l’ancre; car ses vin gts vaisseaux ne pourront naviguer avec sûreté dans un canal étroit dont les bas-fonds ne sont connus que des pilotes-côtiers. S il met ses bateaux en mer, il ne peut en opposer que six par batiment, c est-à-
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- dire cent vingt. Chaque vaisseau leur servant de point de ralliement et de départ, il y aura vingt positions où douze mille hommes seront exposés à l’effet désastreux des torpédos, qui est analogue à celui d’une mine sous une fortification; tandis que les deux cent quarante chaloupes, montées seulement de deux mille huit cent quatre-vingts hommes , auront toute la côte pour point de départ et de ralliement, et seront capables de diriger de fausses attaques contre l’ennemi. Ainsi, ses forces ne pouvant pas se concentrer, chaque vaisseau doit s’entourer pour sa défense de ses propres bateaux; celles des assaillans, au contraire, sont susceptibles de se diviser, et, suivant les circonstances, ils peuvent attaquer un seul vaisseau avec cent chaloupes.
- De tout ce qui précède, l’auteur conclut que les chances sont constamment en faveur d’une attaque faite avec des chaloupes portant des torpédos, tandis que les vaisseaux ennemis sont exposés aux plus grands dangers.
- Nous ne parlerons pas ici des conséquences politiques que M. Fulton déduit de son système d’attaque, ni des avantages qui, selon lui, résulteraient pour les nations qui voudraient l’adopter, parce que cet objet est étranger à nos travaux. Nous nous contenterons d’observer que les moyens qu’il propose, quoique susceptibles sans doute de quelques perfectionne-mens, peuvent conduire à des résultats importans, et sont dignes de fixer l’attention des Gouvernemens qui désirent s’affranchir de la domination que les Anglais exercent sur mer au détriment du commerce maritime des peuples du Continent.
- Description de nouvelles Forces propres à tondre les draps.
- Les forces qu’on emploie dans nos manufactures de draps sont faites d’une seule pièce, et lorsqu’on veut les aiguiser, on est obligé de séparer les couteaux et de les réunir ensuite par le moyen du feu. Un artiste, habitant la ville de Prato, a cherché à remédier à cet inconvénient ; il a construit des forces nouvelles dont M. de Bardi, directeur du Musée de Florence, a adressé le dessin à la Société.
- La partie supérieure de cet instrument, qui sert à réunir les couteaux, peut s’enlever, et s’adapte à vis et à écroux sur les extrémités de ces mêmes couteaux, comme on le voit fig. 6, pi. 71. Cette portion de cercle porte deux pièces de fer cylindriques et creuses BB, fîg. 7, dans lesquelles s’engagent les bouts AA des couteaux, qui y sont fortement retenus par les écroux DD. Par ce moyen, toutes les parties de l’instrument sont solidement réunies. L’inspection des figures suffit pour rendre cette description intelligible.
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- Note sur la fabrication mécanique des Clous.
- On est parvenu en Angleterre à fabriquer les clous de fer et d’autres métaux par un procédé aussi prompt qu’économique. Il consiste à graver en creux, sur des cylindres de laminoirs, la forme et les différentes dimensions des clous, et à passer sous ces mêmes cylindres des barreaux de fer étirés et chauffés au rouge. Mais pour éprouver moins de déchet dans la fabrication, les Anglais ont soin, en gravant la forme des clous sur les cylindres, que la tête du clou inférieur touche la pointe de celui qui se trouve immédiatement au-dessus, de manière qu’en sortant de dessous les laminoirs ils adhèrent légèrement ensemble. On les sépare ensuite au moyen de grandes cisailles. Parce procédé si simple, on obtient une quantité considérable de clous bien fabriqués qui sont propres à tous les usages.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. Bouriat^, au nom du Comité des arts économiques, sur la cuisine de vaisseau de M. Lelouis.
- M. Lelouis, frappé avec raison des inconvéniens multipliés qui résultent de la mauvaise construction des cuisines à bord des vaisseaux français , a cherché les moyens d’y remédier, en imaginant celle dont il vous a fait passer le modèle. Votre assentiment sur l’utilité de sa découverte serait pour lui d’un grand prix s’il pouvait l’obtenir.
- Déjà S. Exc. le Ministre de la Marine a, sur la demande de l’auteur, ordonné qu’il fût fait des expériences de cette cuisine dans le port dé Rochefort par une Commission dont les membres ont été nommés par M. le Préfet maritime. Cette commission en a fait un rapport très-avantageux que M. Lelouis a joint au mémoire qu’il a adressé à la Société.
- La cuisine dont il est question doit être construite en maçonnerie, de la dimension de 8 pieds carrés. Elle est divisée en deux parties égales par une cloison en briques dans la direction de l’avant à l’arrière du vaisseau; celle de tribord contient une grande marmite oblongue en fonte, destinée à l’équipage, huit petites en forme de bidons pour la mistrance et le service de la pharmacie, plus deux fours placés de l’un et l’autre côté du foyer de la grande marmite.
- Celle de bâbord reçoit quatre marmites pour l’usage du capitaines et de 1 état-major; elle a un âtre assez spacieux où l’on peut faire grilleç, ou
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- rôtir plusieurs mets, et au-dessous duquel se trouve un four pour la pâtisserie. La fumée qui s’élève de cet âtre est dirigée à l’aide d’une hotte ou manteau en tôle dans un tuyau de cheminée.
- L’auteur a pratiqué aussi une ouverture au milieu du couvercle de la grande marmite pour y placer un chapiteau muni d’une longue douille, qui "doit communiquer à un serpentin. Cet appareil est destiné à la distillation de l’eau de mer lorsque les mets sont cuits.
- La chaudière est en fonte, garnie d’un robinet à la partie inférieure ; les fourneaux, qui sont au nombre de cinq, ont des grilles, et du reste sont construits d’après le plan généralement adopté; c’est-à-dire que la base de la chaudière, qui porte dans tout son pourtour de quelques lignes sur la maçonnerie, ne laisse à la flamme qu’une petite issue qu’on lui a ménagée à la partie supérieure du foyer, près d’une languette de 5 ou 4 pouces de largeur,‘qui porte sur la surface de la chaudière de bas en haut. Cette languette force la flamme et la fumée à parcourir la circonférence de la chaudière avant de se rendre au tuyau destiné à sa sortie. Telle est la disposition de cette cuisine, avec laquelle M. Lelouis assure pouvoir:
- i°. Économiser sur les frais de construction et alléger la charge du vaisseau ;
- 2°. Diminuer considérablement l’emploi du combustible et y brûler à volonté du bois, de la houille et de la tourbe;
- 3°. Exposer beaucoup moins le vaisseau à être incendié par le feu de la cuisine ;
- 4°. Préserver de la fumée les matelots chargés du service de la cuisine et ceux qui font la manœuvre près du gaillard;
- 5°. Empêcher que les cuisiniers ne soient brûlés ou échaudés par les tisons embrasés de la marmite bouillante ;
- Q°. Cuire pour tout l’équipage, même dans les plus gros temps, les ali-mens nécessaires, ce qu’on ne peut se promettre avec les cuisines actuelles;
- 7°. Distiller de l’eau de mer lorsque les alimens sont cuits;
- 8°. Dégager le gaillard d’avant et en faciliter la manoeuvre par la suppres-. du bassin des cuisines;
- 9°. Encombrer moins le vaisseau en diminuant de moitié la quantité de combustible qu’on est obligé d’embarquer actuellement.
- Voilà succinctement les avantages que M. Lelouis offre, dans son mémoire, aux marins qui se serviront de sa cuisine. Certes cette énumération, fût-elle moins étendue, présenterait des vues d’utilité assez grandes pour déterminer les navigateurs à y avoir recours.
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- Observations.
- Tous les marins sont convaincus du bien qu’on opérerait en changeant ou modifiant la disposition des cuisines à bord de nos vaisseaux. Il n’en est aucun qui n’ait éprouvé souvent de leurs mauvais effets, plusieurs même en ont été victimes. M. de Kersaint, l’un des chefs de l’ancienne marine, avait tenté cette réforme en imaginant une cuisine d’une construction infiniment préférable à celles qui existaient alors, mais où l’économie du combustible n’avait pas été assez calculée. Nous devons donc savoir gré à M. Lelouis d’avoir éveillé l’attention sur un objet qui intéresse tous les braves qui passent une partie de leur vie à bord des vaisseaux de Sa Majesté. Toute découverte qui aura pour objet d’augmenter les moyens de sûreté et de salubrité à bord des vaisseaux sera bien vue de la Société. Nous en avons pour garant l’accueil qu’elle a donné d’après mon rapport aux procédés de M. Appert pour la conservation de diverses substances alimentaires et médicinales, qui sont d’un intérêt inappréciable pour l’homme en santé ou malade qui a besoin d’y avoir recours en mer. Le Gouvernement, satisfait des travaux de cet artiste, lui a donné une récompense en l’engageant à publier ses procédés.
- L’éclairage des navires paraît aussi être un objet important. Les Américains se louent d’avoir mis en usage des masses de verre demi-sphériques pour réfléchir des rayons lumineux dans les endroits des vaisseaux où le vent ne permet pas de conserver des réverbères. Mais revenons à M. Lelouis, et examinons si tous les avantages qu’il annonce pouvoir retirer de sa nouvelle cuisine sont bien confirmés, ou si, malgré toutes les précautions qu’il a prises pour arriver à son but, il ne lui resterait pas encore, quelque chose à désirer.
- Le premier avantage qu’annonce l’auteur est d’alléger beaucoup l’avant du vaisseau, et de diminuer les frais de construction des cuisines.
- Si nous avions sous les yeux un tableau comparatif du poids de sa cuisine et des anciennes, ainsi que la note des dépenses de construction des unes et des autres, nous serions dans le cas d’établir par nous-mêmes la différence ; mais la Commission maritime de Rochefort n’a donné dans son rapport aucun détail, et se contente d’assurer qu’elle l’a fait construire, et a reconnu que ces deux avantages existaient pour la cuisine de M. Lelouis: nous devons donc avoir confiance en cette décision, et regarder ces faits comme démontrés.
- Le deuxième, qui a pour objet l’économie du combustible, est un des plus importans et des mieux constatés, puisque, dans une expérience-
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- faite par la Commission maritime, on a brûlé moitié moins de bois dans la cuisine de M. Lelouis que dans celle du vaisseau le Jemmapes pour cuire une égale quantité de légumes. Les proportions de bois employé , données par la Commission, ont été de 69 kilogrammes pour la cuisine de l’auteur, et de 160 kilogrammes pour celle du Jemmapes. On ne peut douter non plus qu’on puisse brûler plusieurs espèces de combustibles dans les fourneaux de cette cuisine, puisqu’ils sont tous munis de grilles eri fer et de cendriers.
- Le troisième est de remédier aux fréquens incendies occasionnés à bord par les cuisines.
- Nous sommes persuadés que les fourneaux dont se sert l’auteur, qui tiennent le bois enfermé dans le foyer par une porte de fer, ne présentent aucun des inconvéniens qui existent lorsqu’on brûle le bois à l’air libre, puisque dans ce dernier cas on est obligé, quelquefois en vain, de revêtir de plaques de tôle les solives et autres matières combustibles qui avoisinent l’âtre de la cuisine. Si M. Lelouis a ajouté à la sienne un petit âtre pour des rôtis, il a eu la précaution d’y pratiquer une hotte et de garnir d’un bandeau assez large la partie supérieure et antérieure de l’âtre pour éviter les inconvéniens.
- Le quatrième doit être de préserver de la fumée les matelots occupés à la cuisine ou au gaillard.
- Ici nous ne pourrions assurer que l’expérience confirmera l’opinion de l’auteur, sur-tout par les gros temps ; attendons encore pour prononcer celle des marins qui en feront usage. La Commission maritime, n’ayant pas été à portée de faire ses essais en pleine mer, ne peut avoir des données très-certaines à cet égard.
- Le cinquième, qui tend à garantir les cuisiniers du grave inconvénient d’être brûlés ou échaudés par les tisons enflammés qui roulent, ou la marmite qui renverse lors des trop grands roulis, doit être apprécié. Il est très-vrai que, dans l’état actuel des cuisines, on est obligé d’amarrer la marmite; et malgré ce soin et beaucoup d’autres, les hommes de service ne peuvent se promettre de le terminer sans éprouver quelques accidens, sur-tout lorsqu’ils trempent la soupe. Le moyen qu’emploie M. Lelouis obvie à tous ces inconvéniens. D’abord ses marmites sont enfoncées dans la maçonnerie jusqu’aux deux tiers ; la grande l’est un peu moinl ; elle est pourvue d’un robinet à sa partie inférieure, par lequel on vide le liquide quelle contient. Nous ne pouvons pas calculer facilement l’agitation qu’éprouveront par le roulis les liquides contenus dans les marmites, l’expérience seule nous l’indiquera d’une manière exacte; elle nous assurera de
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- même si l’on peut faire cuire les alimens dans les plus gros temps, ce qui n’a pas lieu avec les cuisines actuelles.
- Le sixième est relatif à la marche du vaisseau et à son allégement. Il paraît démontré que, si la cuisine de M. Lelouis est, comme l’assurent les commissaires de la marine, beaucoup moins pesante que le bassin des cuisines anciennes, le vaisseau sera allégé sur son devant et sa marche deviendra plus rapide. La suppression de ce bassin facilitera aussi la manœuvre du gaillard.
- Le septième concerne la distillation de l’eau de mer.
- C’est à l’aide d’un chapiteau qui s’adapte sur le couvercle de la marmite, où l’on a pratiqué une ouverture suffisante, que M. Lelouis veut distiller l’eau de mer. Ce chapiteau est muni d’une douille assez longue qui communique à un serpentin. L’appareil, que l’auteur n’a donné que comme un accessoire, et auquel il n’attache vraisemblablement pas une grande importance, nous a paru peu propre à distiller assez d’eau pour compenser les frais de combustible. Il y aurait encore à craindre, sans vouloir trop préjuger du ballottement de l’eau dans la chaudière, qu’il n’en passât une partie dans le serpentin sans être distillée.
- Enfin le huitième avantage que promet l’auteur est de diminuer de moitié l’embarcation du combustible et même de plus si l’on emploie le charbon de terre.
- Nous avons déjà examiné la grande économie que procure cette cuisine, en citant l’expérience faite par la Commission maritime de Rochefort. Il s’ensuit que l’encombrement du vaisseau sera considérablement diminué si, avec la moitié du combustible, on obtient les mêmes effets. Cet avantage sera encore mieux senti abord des vaisseaux marchands, où l’on calcule l’emplacement avec la plus scrupuleuse attention et où le bois embarqué tient une place si considérable.
- M. Lelouis a employé une marmite de fonte au lieu d’une marmite de cuivre , comme exigeant moins de précautions et donnant moins de craintes pour la santé. Tout en applaudissant à son choix, on pourrait lui observer que, dans les vaisseaux de guerre, un boulet de canon peut fracturer cette marmite, et qu’alors il n’est plus possible de la raccommoder à bord, tandis qu’une marmite en cuivre peut se réparer très-facilement. Il serait donc prudent d’embarquer l’une et l’autre.
- De ce que nous venons de dire, il résulte que la cuisine de M. Lelouis
- semble présenter des avantages qui ont encore besoin d’être constatés par
- les capitaines de vaisseau qui l’emploieront dans une croisière ou une
- longue traversée. Ce n’est guère qu’à cette époque que la SociétéjDOurra
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- porter un jugement complet sur cet appareil. Mais comme elle nous paraît devoir accueillir les découvertes qui ont pour but de diminuer la dépense et de rendre le séjour des vaisseaux plus sain, plus agréable et plus sûr, nous lui proposerons de faire connaître les travaux'de M. Lelouis par la voie du Bulletin, afin d’appeler l’attention des hommes industrieux, non-seulement sur le perfectionnement des cuisines, mais encore sur les autres objets d’économie utiles aux marins.
- Signé Gillet-Laümont , Boüriat, rapporteur.
- Adopté en séance, le 8 juin 1810.
- A Paris, de l’Imprimerie de Madame HUZARD, rue de l’Éperon, n°. 7.
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- NEUVIÈME ANNÉE. (N°. LXXIV.) AOUT l8lO.
- BULLETIN
- DE LA
- ; iê-4
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE,
- Séance générale du 8 août 1810,
- Dans un moment où le Gouvernement s’occupe avec tant de sollicitude de l’amélioration de toutes les branches de l’industrie, où il récompense d’une main si libérale les travaux de nos artistes, et où il stimule leur zèle et leur génie par la promesse de prix que sa munificence seule peut offrir, il est intéressant de voir la Société d’Encouragement concourir à ses vues paternelles, en encourageant par des distinctions honorables les efforts de nos fabricans et en leur ouvrant une nouvelle carrière de gloire et d’activité.
- La séance générale consacrée à la distribution des prix, dont nous retraçons chaque année à nos lecteurs les importans résultats, s’est ouverte, le 8 de ce mois, sous la présidence de M. le sénateur comte Chaptal. Cette reunion, non moins remarquable que celle du mois de septembre i8oq, avait attiré un nombreux concours d artistes et desavans qui ont applaudi aux travaux de ceux qui venaient cueillir la palme honorable qui leur était offerte par la Société. Leurs regards ont été frappés par le grand nombre de productions nouvelles de l’industrie française exposées dans les salles et dans le Musée industriel, parmi lesquelles on distinguait de fort beaux meubles en bois d’orme fabriqués par MM. Burette et Frichot, ébénistes; des gravures en taille de relief exécutées par M. Duplat, et des gravures en bois de M. Bougon fils ; des feuilles de cuivre et une feuille de zinc laminé ayant 4 pieds carrés, provenant des ateliers de M. Gédéon de Contamine, à Fromelennes, près Givet, département des Ardennes; des fils de lin de la filature mécanique établie à La Flèche par M. Delafontaine, et une pièce de toile fabriquée avec ces mêmes fils ; un tire-ligne perfectionné par M. Baradelle fils, et un nouveau pantographe exécuté par Je même artiste, le modèle d’un canon carabiné qui se charge par la culasse, de 1 invention de M. Bodmer, mécanicien à Zurich; des échantillons de
- Neuvième année. Août 1810. a
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- dorures au mat sur porcelaine, de la fabrique de M. Nast; un modèle fonctionnant de la petite machine à feu de MM. Charles Albert et Louis Martin, couronnée en 1809 par la Société; des échantillons de cardes et des pignons, d’horlogerie de la fabrique de M. Mignard Billinge, à Belleville; des échantillons de drap et de laine en fil teints en rouge avec la garance; une machine à extraire la tourbe sous l’eau, de l’invention de M. Jullien ; des échantillons de fers purifiés par le procédé de M. Dufaud fils, maître de forges à Nevers, etc., etc.
- M. Claude-Anthelme Costaz, Fun des secrétaires, a pris la parole pour exposer les résultats généraux du concours sur lequel l’Assemblée avait à prononcer, et pour lui soumettre différentes propositions au nom du Conseil d’Administration.
- Rapport sur les diffèrens Concours ouverts par la Société
- pour Cannée 1810.
- Messieurs, le concours de l’année dernière a eu pour notre industrie les résultats les plus avantageux; il l’a enrichie de plusieurs fabrications importantes et de machines nouvelles. Les arts et les sciences ne faisant des progrès qu'avec lenteur, il était naturel de croire que nous n’aurions à vous entretenir, cette année, que de tentatives infructueuses faites par nos artistes. Vous partagerez sans doute notre surprise, en apprenant que vous aurez de nouvelles palmes à leur décerner. La découverte de plusieurs procédés importans , la création de quelques machines utiles , des applications heureuses, vont encore faire de la solennité de ce jour une époque remarquable dans l’histoire des arts.
- Vous avez proposé, Messieurs, seize sujets de prix, dont cinq ont pour objet les arts mécaniques, six les arts chimiques, quatre les arts économiques, un l’agriculture. Le compte sommaire que je vais avoir l’honneur de vous rendre, vous prouvera que si tous ces prix ne sont pas remportés, ils ont du moins excité une vive émulation, et qu’il a été fait de grands efforts pour les obtenir.
- Prix de 3,000 francs pour la fabrication du fil de fer et d'acier, propre à faire les aiguilles à coudre et les cardes à coton et à laine.
- Ce prix est l’un des plus anciens qu’ait proposés la Société. En 1806, il fut accordé une médaille à un artiste qui avait fait espérer qu’il serait bientôt remporté. Nous ne chercherons pas à expliquer pourquoi cette espérance ne s’est pas réalisée. Les données pour résoudre le problème sont, pour ainsi dire, sous la main du fabricant. Que de raisons de croire
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- que nos manufactures ne tarderaient pas à être en possession du procédé! Nous avons la satisfaction de vous annoncer que des artistes sont sur la voie de le découvrir, et que le concours prochain ne se terminera point sans qu’on ait atteint le but que vous avez indiqué.
- Le prix a pour objet de provoquer la recherche d’une fabrication de la plus haute importance ; il nous a été assuré que les seules fabriques d’aiguilles d’Aix-la-Chapelle et de Borcette employaient annuellement 3oo mille kilogrammes de fil d’acier : il nous serait donc fort avantageux de nous affranchir du tribut que nous payons aux étrangers pour cet objet. Il nous a paru que, pour engager les concurrens à redoubler d’efforts-, il convenait d’augmenter le prix. M. Molard, organe du Comité des Arts mécaniques, vous proposera de le porter à 5,ooo francs, et d’arrêter qu’il sera décerné dans votre séance générale du mois de juillet 1812.
- Prix de 2,000 francs pour une machine à tirer la tourbe sous Veau.
- Si votre Conseil d’administration ne tenait à la stricte exécution des conditions imposées par vos programmes , il vous aurait proposé de décerner ce prix. M. Jullien , l’un des concurrens, nous a présenté une machine simple, se manœuvrant avec facilité, qui paraît devoir être peu coûteuse, et qui, dans un essai en grand qu’on lui a fait subir, a très-bien rempli son objet ; mais cet essai ne suffit pas. Votre programme exigeant le service pendant une campagne entière, et cette condition n’ayant pas été remplie, la délivrance du prix a dû être renvoyée à l’année i8i3. Vous penserez sans doute avec nous qu’il vaut mieux différer d’accorder une récompense promise, que de s’exposer, par trop de précipitation, à couronner une découverte de l’utilité de laquelle on n’a pas une certitude absolue. M. Gillet-Laumont va vous proposer, au nom du Comité des Arts mécaniques, d’accorder à M. Jullien une médaille d’argent et un encouragement de 400 francs. Le zèle et les talens de cet artiste nous ont paru devoir lui mériter ce témoignage particulier de la satisfaction de la Société.
- Prix de 2,000 francs pour la construction d’une machine à peigner la
- laine.
- Prix de 2,000 francs pour la filature par mécanique , à toute grosseur de fil, de la laine peignée pour chaîne et pour trame.
- Ces deux prix, dont l’objet est d’un grand intérêt, ne sont pas remportés; il est cependant bien à désirer qu’ils le soient : nos manufactures auraient ainsi des machines qui leur seraient de la plus grande utilité. Nous avons pensé qu’afin d’engager un plus grand nombre de concurrens à se
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- présenter, il convenait de porter à trois mille francs le premier des prix, qui n’est que de deux mille francs Nous n’avons pas besoin d’insister sur la nécessité de cette augmentation. Il est extrêmement difficile de trouver une machine qui puisse, faire mécaniquement l’opération du peignage de la laine. Il importe donc que la récompense soit assez considérable pour stimuler le zèle des artistes, et les indemniser des dépenses qu’ils seront obligés de faire pour arriver à la solution du problème.
- Un particulier dont le talent est connu, M. Demaurey, d’Incarville, près Louviers, nous a présenté, sur la filature en général et sur le peignage de la laine, des vues utiles et même des résultats dignes d’attention. Comme il veut bien les rendre publics, il nous a paru qu’il convenait de lui accorder une médaille d’argent et un encouragement de 4°° francs. M. Molard est chargé par le Comité des Arts mécaniques de vous en faire la proposition.
- Prix de i,5oo francs pour le cardage et la filature par mécanique des déchets
- de soie, etc.
- Prix de 1,200 francs pour la fabrication du cinabre.
- Prix de 1,200 francs pour la découverte d’un moyen d?imprimer sur étoffé, d'une façon solide, toute espèce de gravure en taille-douce.
- Prix de 1,000 francs pour la fabrication de vases de métal revêtus d'un
- émail économique.
- Il ne nous est parvenu aucun mémoire sur ces différens prix. Les fonds de l’un d’eux, celui qui a pour objet la découverte d’un moyen d’imprimer sur étoffe, d'une façon solide, toute espèce de gravure en taille-douce, ont été faits par M. de Paroy, l’un des membres de la Société. Il désire que la distribution de ce prix soit remise à l’année prochaine. Nous aurons l’honneur de vous proposer de renvoyer également à la même époque celle des autres prix. Vous accueillerez d’autant plus volontiers ces propositions, qu’elles ont pour but de faire proroger un concours qui doit procurer à notre industrie des procédés importans ou des fabrications d’une grande utilité.
- Prix de 6,000, francs pour la découverte d’un procédé propre à donner à la laine, avec la garance, la belle couleur rouge du coton d’Andrinople.
- Il nous a été présenté des échantillons d’un rouge très-beau, qu’on nous a assuré avoir été teints avec de la garance. Si le fait avait été bien constaté, il n’est pas douteux que le prix aurait été remporté, et que
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- l’Europe cesserait d’être tributaire de l’Amérique pour la cochenille qu’elle consomme. Mais le particulier qui a remis les échantillons a refusé de faire connaître les moyens qu’il emploie. Comme l’on ne saurait être trop en garde contre les annonces de découvertes dont on fait un mystère, nous avons dû nous armer de sévérité et n’agir qu’avec une circonspection extrême. M. Roard, directeur des teintures des manufactures impériales, qui doit vous lire un rapport à ce sujet, aura l’honneur de vous proposer, au nom du Comité des Arts chimiques, de proroger le prix à l’année prochaine.
- Prix de 6,000 francs pour le collage du papier.
- Les fonds de ce prix ont été faits par S. Exc. le Ministre de l’Intérieur. Depuis la réunion de la Hollande à la France, il présente moins d’intérêt. Tout le monde sait que dans ce pays on a porté la fabrication du papier au plus haut degré de perfection, et que l’opération du collage, notamment, ne laisse rien à désirer. Cette circonstance a dû nous déterminer à examiner si l’on continuerait un prix pour une industrie naturalisée sur un des points de l’Empire, et notre opinion a été qu’il convenait d’écrire à S. Exc. le Ministre de l’intérieur afin de connaître ses intentions. Comme il a fait les fonds de ce prix, c’est à lui qu’il appartient de décider s’il sera maintenu. Nous ne saurions douter que sa décision n’ait pour but l’avantage de notre industrie. Il s’est montré dans tous les temps ami éclairé des arts, et tant que nos travaux seront utiles, il lui sera agréable de les seconder.
- M. Mérimée lira, au nom du Comité des Arts chimiques, un rapport sur les mémoires envoyés au sujet du prix pour le collage du papier.
- Prix de 1,000 francs pour la détermination des produits de la distillation
- du bois.
- Il nous est parvenu un mémoire intéressant sur l’objet de ce prix. L’auteur a bien rempli toutes les conditions imposées par votre programme; mais les échantillons qu’il a envoyés de l’un des produits les plus essentiels de la distillation s’étant trouvés défectueux, il nous a été impossible de vous proposer de lui décerner la palme. Cette décision ne doit point le décourager; il a fait les pas les plus difficiles, et nous l’invitons à redoubler d’efforts pour vaincre les derniers obstacles. M. Darcet est chargé, par le Comité des Arts chimiques de vous faire un rapport sur les motifs qui doivent faire renvoyer à l’année prochaine la distribution de ce prix.
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- Prix de 4>ooo francs pour la purification des fers cassant à froid.
- Prix de 4,ooo francs pour la purification des fers cassant à chaud.
- Dans le principe, il n’avait été établi qu’un prix pour les deux questions. Le désir de faciliter les recherches des artistes vous détermina ensuite à les diviser. Vous devez, Messieurs, vous applaudir de cette idée. La division que vous avez faite procure à la France un procédé du plus grand intérêt. Le prix pour la purification des fers cassant à froid est remporté par M. Dufaud, maître de forges à Nevers. Espérons que l’autre le sera bientôt. Ces deux prix n’ayant jusqu’ici donné lieu qu’à l’envoi de mémoires insignifians, des personnes étaient tentées de nous accuser d’avoir proposé des questions insolubles. Nous avons mieux jugé le génie de nos artistes. Le Comité des Arts chimiques va, par l’organe de M. jinfrye, vous faire connaître les résultats d’un concours qui n’est pas moins remarquable par la solution de l’un des problèmes les plus difficiles, que par les lumières qu’il fait jaillir sur l’art de préparer le fer.
- Prix de 1,200 fr. pour la construction d’un meuble dans lequel on n’aura employé que du bois d’arbres indigènes ou acclimatés en France.
- En proposant ce prix, la Société a voulu engager nos fabricans à chercher un bois indigène qui, dans la construction des meubles, remplaçât les bois exotiques, notamment Xacajou. Ces bois étant tirés de l’étranger, il faut, pour en acquitter la valeur, y envoyer des sommes considérables. Il importe donc de faire cesser un tribut aussi onéreux pour la France. Il nous a été présenté, par un fabricant, de très-beaux meubles exécutés avec des bois de nos forêts. Nous regrettons de ne pouvoir vous proposer de lui décerner le prix; ce fabricant ne s’est présenté que lorsque le concours a été fermé, et l’on ne saurait déroger en sa faveur à la règle établie de ne point accorder de délais : ces délais nuisent en effet aux intérêts des premiers concurrens, en cè qu’ils les exposent à être contrefaits, ou du moins à ce que leurs rivaux profitent de leurs idées pour perfectionner les procédés dont ils peuvent être les auteurs ; enfin ils arrêtent la marche de la Société, en obligeant les Comités à différer la présentation des rapports dont ils sont chargés.
- S’il n’a pas été possible d’adjuger le prix au fabricant dont nous venons de parler, il nous a paru d’un autre côté qu’il était juste d’accorder à M. Burette, ébéniste, rue Saint-Victor, n°. 5, qui s’est présenté en temps I utile, un encouragement de 4oo francs. Il a mis sous nos yeux un très-beau
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- secrétaire fait avec des bois indigènes. M. le sénateur Français de Neuf-château , en vous lisant un rapport à ce sujet, vous fera connaître en même temps quels sont les résultats que nous devons espérer des efforts de nos fabricans pour une autre année.
- Prix de 2,/joo francs pour la fabrication du sirop de raisin.
- Depuis deux ans, il s’est établi un grand nombre de fabriques de sirop de raisin : nous étions fondés en conséquence à espérer que le prix serait remporté; notre attente n’a point été remplie. Il ne s’est présenté qu’un très-petit nombre de concurrens, et les échantillons qu’ils ont envoyés n’ont pas les qualités qu’exige votre programme. Un seul d’entre eux se trouve dans une catégorie particulière; mais, comme il a laissé expirer le délai fixé pour le concours, nous n’avons pas dû vous le proposer comme étant digne du prix.
- De ce que nous venons de dire, on aurait tort de conclure que les fabricans de sirop de raisin se sont négligés, ou que votre Conseil d’Administration est trop sévère dans ses décisions. S’il ne s’est pas présenté un plus grand nombre de concurrens, et si les échantillons qui nous sont parvenus ne sont pas de meilleure qualité , il faut l’attribuer au retard qu’a éprouvé l’envoi de vos programmes dans les départemens, et au défaut de maturité des raisins qui ont été récoltés l’année dernière. Quoique l’art de fabriquer le sirop de raisin ait déjà fait de grands progrès, et qu’il ait même donné lieu à des concours ouverts par des Sociétés savantes, votre Conseil d’Administration ne pense pas cependant qu’on doive retirer ce sujet de prix. Nous sommes au contraire d’avis qu’il doit être maintenu, et qu’il importe de l’étendre à la fabrication du sucre concret de raisin. Ce parti est: d’autant plus convenable, que la Société d’Encouragement est l’une des premières qui aient provoqué des recherches dans ce genre, et qu’il concourt au succès des vues du Gouvernement. S. M. l’Empereur désire vivement qu’il soit trouvé un moyen de fabriquer sur notre territoire le sucre que nous consommons. Déjà elle a récompensé, avec sa munificence ordinaire, MM. Proust et Fouques, qui se sont occupés de recherches à cet égard. Il est de notre devoir de seconder, dans tout ce qui dépend de nous, l’exécution des mesures qui lui sont suggérées par son amour pour ses peuples, et de lui prouver ainsi que nous méritons la bienveillance dont elle daigne nous honorer.
- M. Parmentier est chargé par le Comité des Arts économiques de vous lire un rapport sur les motifs qui doivent faire remettre à l’année prochaine la distribution de ce prix. 1
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- Prix de 2,000 francs pour Vencouragement de la gravure en taille de
- relief.
- C’est en l’an XII qu’a été proposé ce prix : l’intention de la Société était de faire revivre en France l’art de la gravure en bois, cultivé avec succès par les étrangers, et qui présente de si grands avantages. Si vous vous étiez bornés à demander des ouvrages parfaits en ce genre, vos vues n’auraient pas été remplies. Dus à la main de l’artiste, ils n’auraient été qu’une production passagère qui n’aurait exercé aucune influence sur l’art en lui même : aussi déclarâtes-vous dans le principe que le prix ne serait accordé qu’au concurrent qui aurait fait connaître des moyens mécaniques et chimiques propres à abréger le travail de la gravure. Depuis, cette partie de votre programme a éprouvé des modifications. Il vous a paru que, pour résoudre le problème, il n’était pas nécessaire que la gravure fût exécutée sur bois ; qu’il suffisait qu’elle le fût de la même manière. Vous vous bornâtes en conséquence à indiquer comme objet de recherches des concurrens le perfectionnement de la gravure en taille de relief. Vous obtenez aujourd’hui, Messieurs, ce que vous avez demandé, des procédés économiques et une belle exécution. C’est à M. Duplat, auteur de ces procédés, que nous vous proposons d’accorder le prix. Nous aurons l’honneur de vous proposer en même temps de décerner à M. Bougon une médaille d’argent et un encouragement de 4°o francs. Ce jeune artiste annonce des talens distingués, et il nous a paru mériter un témoignage particulier de la satisfaction de la Société.
- M. Mérimée aura l’honneur de vous faire, au nom du Comité des Arts économiques, un rapport sur le résultat de ce concours.
- Prix de 3,000 francs pour la meilleure construction des fours à chaux, à
- briques et à tuiles.
- La quantité de bois que consomment les fours à chaux , à tuiles et à briques est très-considérable. O11 ne peut donc qu’applaudir au zèle de la Société, qui l’a portée à provoquer la recherche d’un moyen de diminuer cette consommation. Dans son programme, elle a fortement insisté sur la nécessité d’une meilleure construction de fours. Il n’a pas été facile d’apprécier le mérite des mémoires envoyés au concours. Pour être en état de les juger, il fallait connaître ce qui se pratique sur plusieurs points de l’Empire, comparer une multitude d’appareils, vérifier quelle est la quantité de combustible employée et celle des produits obtenus de chacun d’eux; enfin se déplacer souvent, afin de se procurer sur les lieux mêmes des renseignemens sur lesquels on pût compter. Toutes ces difficultés ont
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- été surmontées par votre Comité des arts économiques , ^vec un zèle qui mérite les plus grands éloges. Le rapport que M. Gillet- Laumont aura l’honneur de vous lire vous prouvera que le problème sur la construction des fours à chaux les plus économiques en combustible, sans employer la houille, est enfin résolu. En vous proposant de décerner le prix à MM. Donop et de Blinne, d’Essone, il vous demandera en meme temps pour M. Bonnet, faïencier à Apt, département de Vaucluse, l’un des ac? cessit promis par votre programme, celui de 3oo francs. Ce manufacturier nous a communiqué des vues fort utiles, et nous l’avons jugé digne de cette distinction, - -
- Voilà, Messieurs, quels sont les résultats du concours de cette armée, Vous voyez qu’il a enrichi la France de découvertes importantes, et qu’il lui en promet de nouvelles. Ces avantages sont dus à votre zèle, aux instructions que vous répandez dans les ateliers, à l’émulation que vos prix font naître. Un pays ne peut qu’arriver au plus haut degré de prospérité quand les hommes éclairés dirigent leurs efforts vers les moyens d’agrandir le domaine de l’industrie et des sciences. S’il a existé une époque où l’on rangeait parmi les professions viles les soins de l’agriculture et l’exercice des arts mécaniques, ces temps d’une véritable barbarie ne sauraient re-venir. Nous avons le bonheur de vivre sous un Monarque qui apprécie et encourage les travaux des hommes utiles. L’industrie est l’objet particulier de sa sollicitude ; indépendamment des prix décennaux qu’il a créés, l’un en faveur de l’inventeur de la machine la plus utile, et l’autre pour le fondateur de l’établissement le plus important, il a encore ouvert deux concours à l’effet de nous procurer les machines que nécessite la filature du lin , et le moyen d’extraire des plantes indigènes une fécule propre à remplacer l’indigo dans la teinture. Les magnifiques récompenses qu’il a promises ne peuvent manquer d’amener bientôt la solution des deux problèmes. A ces preuves de son amour pour le progrès des arts, il vient d’ajouter le bienfait d’une institution qui promet de grands avantages à nos manufactures ; elles n’avaient point de représentons auprès du Gouvernement qui pussent faire connaître leurs besoins, S. M. l’Empereur vient de leur en donner en créant un Conseil général des fabriques. Notre prospérité agricole et industrielle est déjà très-grande ; nous ne pouvons pas douter qu’elle ne s’accroisse encore, puisqu’elle occupe sans cesse les pensées d’un Souverain qui apprécie les produits des arts avec la meme habileté qu’il conçoit les grandes opérations de la politique et de la guerre.
- Neuvième année. Joût 1810. B b
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- P jpport sur le concours ouvert par la Société pour la fabrication des fils de fer et d’acier ; par M. Molard.
- La Société «^Encouragement a proposé un prix de 3,ooo francs pour celui qui non-seulement présenterait les meilleurs échantillons de fils de fer et d’acier fabriqués dans tous les degrés de finesse nécessaires aux fabrieans de- cardes et d’aiguilles , mais qui prouverait en même temps qu’ils ont été fabriqués dans un établissement monté en grand, et pourvu de tous les moyens de fournir ces deux qualités de fils aux manufactures et au commerce, au prix qu’ils coûtent venant de l’étranger.
- La Société n’a reçu, au sujet de ce concours, qu’un feuillet de carde dont les crochets sont en fil d’acier, de la fabrique de M. Mignard-Billinge, â Belleville, près Paris. Cet artiste, en vous transmettant cet échantillon de carde, expose dans sa lettre d’envoi qu’il est flatté de pouvoir entretenir la Société de la continuation de ses travaux; il ne se dissimule pas néanmoins qu’ils sont insuffisans pour lui mériter le prix ; mais la situation de son établissement et le nombre des machines qu’il possède ne lui ont pas permis de fabriquer en grand des fils d’acier, ainsi que le prescrit le progijunine de la Société : il n’a pu jusqu’à présent que s’occuper de la fabrication des fils à pignons et des fils d’acier unis , à l’usage des horlogers. Cette fabrication, dans laquelle il n’a pas de concurrens, a même augmenté d’un tiers depuis l’époque où la Société a récompensé ses travaux , en lui décernant une médaille d’argent, dans sa séance générale du n mars 1807.
- M. Mignard-Billinge mérite des éloges et la bienveillance de la Société pour les soins qu’il met à perfectionner l’industrie qu’il cultive ; mais il n’a encore rien fait pour procurer à nos manufactures d’aiguilles à coudre les fils d’acier nécessaires à leurs approvi-sionnemens : on ne peut même attendre ces résultats que des propriétaires de tréfiieries situées sur des cours d’eau et dans le voisinage des manufactures d’aiguilles.
- Dans cet état de choses, et vu l’importance de fixer en France la fabrication en grancj dü fil d’acier, dont la consommation annuelle s’élève à plus de 3oo,ooo kilogrammes pour les manufactures d’aiguilles d’Aix-la-Chapelle et des environs, et que nous tirons de l’étranger ; vu d’ailleurs que les difficultés de l’opération ne sont plus un obstacle qui ne puisse être surmonté avec succès par la plupart des propriétaires d’usines qù l’on fabrique les fils de fer, votre Conseil d’Administration croit devoir vous proposer : i°. De laisser le concours ouvert jusqu’au 1er. mai 1812;
- 20. De porter le prix à 5,000 francs au lieu de 3,000 francs ;
- 3°. De n’adjuger ce prix que dans la séance générale du mois de juillet de la même année, afin de pouvoir soumettre les fils d’acier et de fer envoyés aux concours, aux épreuves qui seront jugées nécessaires pour s’assurer qu’ils ont toutes les qualités exigées par les fabrieans d’aiguilles à coudre et les fabrieans de cardes à laine et à coton.
- -Adopté en Séance générale, le 8 août 1810.
- Rapport sur les prix proposés par la Société pour le cardage et la filature par mécanique des déchets de soie; pour la construction d'une machine à peigner la laine, et la filature par mécanique, à toute grosseur de fil 9 de la laine peignée pour chaîne et pour trame ; par M. Molard.
- Il ne s’est présenté aucun concurrent pour le prix relatif au cardage et à la filature par
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- mécanique des déchets provenant des cocons de graine et du tirage de la soie. A l’égard du peignage de la laine et de la filature de la laine peignée par machines , la Société n’a reçu qu’un seul mémoire portant pour épigraphe :
- Salus populi suprema lex esto ;
- Et pour titre : v
- Observations sur les machines expéditives propres à la filature de différentes matières employées dans nos manufactures.
- L’auteur fait d’abord des observations sur le produit des machines à filer le coton connues sous le nom de mull-jennyy il donne comme un résultat de ses expériences qu’un ouvrier fait un quart plus d’ouvrage.dans les noS. x8 et 20, à i}ooo aunes, sur une machine de 96 broches de sa composition , que sur une machine de 216, parce que , dans la première, les broches peuvent faire 96 tours contre un de la< manivelle j^ÿandis que , dans une grande machine, elles n’en peuvent faire que 4° à 4^- D’ailleurs, la rupture des fils est moins multipliée lorsque les broches sont en moins grand nombre, et par conséquent il y a moins de temps perdu ; mais lorsqu’il s’agit de filer les numéros fins , ce qui ne peut se faire que lentement et par petites longueurs, les machines de 216 broches sont préférables : d’où il conclut que le nombre de broches doit augmenter en raison directe des numéros qu’on veut filer. '
- Il remarque ensuite , à l’égard de la filature de la laine, que, depuis 25 à 3o ans , on employait à Darnetal, Elbeuf et Louviers, des machines propres à filer la laine cardée, dont les résultats étaient assez satisfaîsans et de nature à produire des draps d’aussi bonne qualité que ceux qu’on obtient aujourd’hui avec les nouvelles machines.
- L’auteur, plein du sujet qu’il traite, a divisé son mémoire en trois parties ; dans la première , il parle de la filature du lin par mécanique ; il donne la description de celles qu’il a imaginées en l’an Y, et dont M, Delafontaine fils fait usage dans son établissement, à la Flèche, de préférence à celles imaginées depuis pour le même objet, et auxquelles il a fait des perfectionnemens essentiels.
- Dans la seconde, il parle des machines à carder la laine, et dans la troisième, de celles qu’on pourrait employer pour préparer et filer la laine peignée.
- La première et la seconde partie n’ayant pas pour objet la solution du problème proposé , votren Conseil d’Administration n’a pas cru nécessaire d’en faire ici l’analyse ; il observe néanmoins que ces deux parties renferment des détails intéressans sur les difficultés que présentent le cardage de la laine et la filature du lin par mécaniques.
- Nous nous bornerons à vous rendre un compte sommaire des machines que le concurrent propose pour préparer et filer la laine peignée.
- Après avoir expliqué l’opération du peignage à la main , l’effet de la chaleur des peignes et de leur action souvent répétée dans le sens de la longueur des filamens, qui leur fait prendre des directions droites et parallèles, et les dispose à faire un fil fort et ras, qualité qu’on se propose d’obtenir , il ne se dissimule pas la difficulté qu’il y aurait à imiter le peignage à la main par des procédés mécaniques; et quand bien même , ajoute-t'il, on parviendrait à établir une pareille machine, il faudrait qu’elle donnât un ruban continu très-égal ; autrement on éprouverait aux différens étirages beaucoup de difficultés pour obtenir un fil égal dans son numéro. Mais si, par un procédé nouveau, continue l’auteur, on parvenait à faire perdre à la laine cardée sa tendance naturelle à la crispation , et a donner aux brins des directions droites et parallèles, on obtiendrait, comme dans
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- les machineé à côton, des fils ras , pareils à ceux qui résultent de la laine peignée ! alors les machines à peigner pourraient être remplacées par des cardes. Pour cet effet, l’artiste a construit, indépendamment d’une carde qui rend la laine sous forme de rubans, un étirage composé de deux paires de cylindres séparés par un tambour, qu’il chauffe au moyen d’un tuyau de chaleur, et sur lequel passe un cuir sans fin qui applique constamment contre ce tambour le ruban de laine , à mesure que les cylindres se le transmettent en l’étirant. Les filamens de laine, ainsi maintenus en contact avec le tambour, que l’on chauffe au degré convenable, sont saisis par la chaleur, et sortent de la machine lisses et parallèles, sur-tout si l’on répète deux ou trois fois cette opération. Alors le ruban peut se convertir en fil par les mêmes procédés et sur les mêmes machines qu’on emploie à la filature du coton.
- Votre Comité des Arts mécaniques , dont un des membres a vu opérer la machine dont il s’agit, tout en applaudissant à cette idée ingénieuse , ne l’a considérée que comme un essai qui pourrait conduire à des résultats utiles, toutes les fois qu’il s’agira de la filature de la laine cardée. Présumant en même temps qu’il n’est pas impossible de peigner la laine par machines, il propose à la Société, non-seulement de proroger à l’année prochaine le prix de 2,000 francs qu’elle a offert pour cet objet, mais encore de le porter à 3,ooo francs. Votre Comité vous propose aussi de maintenir ouverts les concours relatifs à la filature de la laine peignée et au cardage et à la filature des déchets de soie par mécaniques, et de remettre ces prix à l’année prochaine.
- Le Conseil d’Administration, sur le rapport de votre Comité des Arts mécaniques, considérant que le mémoire présenté au concours renferme des explications claires et précises sur les opérations de la filature en général; considérant que l’auteur a imaginé et fait connaître un procédé aussi simple qu’ingénieux pour suppléer en quelque sorte les machines à peigner la laine, a cru devoir encourager ce premier essai. En conséquence, il vous propose d’accorder à l’auteur, M. Demaureyy d’Incarville, près Louviers, département de l’Eure, un encouragement de 400 francs, y compris une médaille d’argent.
- Adopté en Séance généraley le 8 août 1810.
- Rapport sur le concours ouvert pour la construction d’une machine à tirer la tourbe sous Veau ; par Gillet-Laumont.
- La Société d’Encouragement a proposé en i8o5 un prix de 2,000 francs, devant être distribué en 1807, à celui qui aurait indiqué les moyens les plus économiques de tirer la tourbe sous l’eau y soit en ajoutant aux moyens connus quelque perfectionnement qui en rendît V emploi moins dispendieux y soit en proposant une machine nouvelle qui leur fût préférable. Elle mit pour condition que le prix ne serait accordé que sur un certificat authentique qui constatât que les moyens proposés avaient été employés avec succès pendant une campagne entière. r
- - 11 fut envoyé en 1807 plusieurs mémoires , dessins et modèles , faits pour donner beaucoup d’espoir ; mais aucun n’ayant rempli les conditions du programme , le pris, fut remis au mois de juillet 1809. '
- . La Société examina les mémoires des nouveaux concurrens dans sa séance générale du septembre 1809 ; mais aucun ne s’étant encore conformé aux conditions du programme, elle remit de nouveau la distribution du prix au mois de juillet 1810, en prévenant
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- que si, à cette époque," personne n’en avait rempli les conditions , il serait retiré.
- • Dans ce troisième concours, il n’a été présenté que deux machines nouvelles qui , n’ayant point recula sanction de l’expérience pendant une campagne entière , ne peuvent remporter le prix , mais qui méritent de fixer l’attention de la Société.
- L’une, de grandeur réelle, N°. 1, inventée par M. Jullien , auteur des appareils propres à transvaser lès vins en bouteilles, consiste en une caisse carrée en tôle, fixée au bout d’un long manche et capable d’extraire la valeur de quatre morceaux de tourbe à-la-fois ; cette caisse, moitié moins longue que celle du grand louchet (i) et du double plus large, est fermée sur trois faces comme lui ; mais elle en diffère en ce qu’elle est garnie , sur la quatrième, d’un tranchant mobile dans une coulisse arrondie par le bas , qui sert à couper la tourbe et à la retenir lorsqu’on retire la machine.
- L’auteur a d’abord fait exécuter la boîte que nous présentons à la Société ; mais elle s’est trouvée trop pesante : instruit par l’expérience, il en a fait fabriquer une seconde à jour, plus légère et mieux disposée. '
- Nous avons été dans le mois de juin dernier, MM. Gaultier et Mercklein, membres de la Sociétéet moi, voir travailler cet instrument sous l’eau près de Mennecy, vallée d’Essone, département de Seine-et-Oise. XJn essai de plusieurs heures par un ouvrier qui n’était pas habitué à ce travail, a présenté peu d’avantages : il ne pouvait parvenir qu’avec peine à faire agir une fois ou deux sa machine sous l’eau en une minute , et souvent elle n’en sortait point pleine de tourbe, ce qui ne produisait au plus que huit morceaux de tourbe par minute ; tandis que, devant nous, on en extrayait au moins seize au grand louchet et trente-deux àu petit.
- Nous nous disposions à quitter l’atelier, lorsqu’un ouvrier qui nous regardait depuis quelque temps, demanda à essayer la machine; il fixa son bateau, fit sous l’eau, avec la drague , un sillon dans la tourbe pour commencer l’entaille (2), et en un instant il tira avec facilité sept à huit fois la machine , qui sortit pleine de tourbe à chaque fois. Nous allions compter combien il en extrayait de morceaux par minute lorsque la tige du tranchant se brisa ; mais nous nous en retournâmes persuadés de la possibilité de se servir de cette machine sous l’eau et de rendre son service presque aussi actif que celui du grand louchet.
- Cherchant ensuite à comparer entre eux les effets des trois louchets dont nous venions de voir l’emploi, nous observâmes qu’au petit louchet, qui extrait le plus de tourbe dans le même temps, on avait toujours besoin d’épuiser les eaux à grands frais jusqu’au fond des entailles , que l’on porte rarement au-delà de neuf pointes de profondeur; qu’au grand louchet, qui extrait moitié du petit dans le même temps, on n’avait besoin d’épuiser les eaux que jusqu’au niveau de la superficie du banc de tourbe , d’où l’on pouvait en enlever
- (j) Cet instrument est de'crit dans le Bulletin de la Société, N°. XXXYI, page 329, et dans le Programme des Prix pour 180g, page 12, note (2) ; il l’est correctement, à l’exception qu’on s’y est servi du mot fretie, qui porte l’ide'e d’un lien de fer qui entoure : tandis que les bandes horizontales, que l’on a voulu indiquer, ne circonscrivent réellement le vide du louchet que de trois côtés.
- (2) Le service avec un seul bateau est extrêmement difficile, à cause des mouvemens que lui impriment les efforts de l’ouvrier pour retirer la machine; nous pensons qu’il y aurait de l’avantage à employer deux bateaux lie's solidement entre eux par des planches ou par des madriers attache's à chaque bout, ce qui formerait un ponton solide, d’où l’on pourrait diriger et retirer facilement la machine, soit qu’on la fît manœuvrer des deux côte's du ponton, soit que l’on écartât assez les bateaux pour pouvoir l’employer entre les deux ; ce qui paraît devoir présenter plus de solidité pour le ponton et de facilité pour le service.
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- jusqu’à douze pointes ; enfin qu’avec le louehet à tranchant mobile de M, Jullieft, on avait l’espoir de tirer à-peu-près autant de tourbe qu’au grand louehet , avec l’avantage de l’extraire de diverses profondeurs sous l’eau sans avoir besoin d’aucun épuisement, et de l’obtenir en morceaux réguliers; tandis qu’avec la drague et le filet, qui servent à cet usage, l’on en perd beaucoup, et l’on ést obligé de pétrir et mouler toute celle que l’on en retire.
- La seconde machine dont nous avons à entretenir la Société est un modèle enregistré, le 28 marsuSio, sous le 2, avec la devise s La nécessité est mère de F industrie.
- Ce modèle étant démonté, et votre Comité craignant de ne pas bien saisir les idées de l’auteur, ne voyant d’ailleurs aucun certificat qui constatât que la machine eût été exécutée en grand, lui écrivit pour l’en instruire; il répondit, le 16 juin dernier, qu’il Ferait part incessamment à la Société du résultat des essais en grand dont il s’occupait, et qu’il se rendrait à Paris pour y donner l’explication de son modèle; mais depuis ce temps on n’en a plus entendu.par 1er. t r
- D’après ces faits, aucun des auteurs n’ayant encore rempli les conditions , à la vérité * rigoureuses, du programme, le prix de 2,000 francs paraîtrait devoir être retiré ; mais l’espoir que les anciens concurrens ou* les nouveaux donneront suite à leurs travaux et obtien* dront des succès, fait désirer au Comité que le concours soit continué. • î
- La Société observera sans doute que l’usage du grand louehet, qui, de la vallée de laf. Somme est passé, depuis environ trois ans, dans celle d’Essone, y présente déjà'de grands avantages pour la facilité de l’extraction et l’économie de la tourbe, jusqu’à une profondeur de huit à douze pointes ; mais qu’il n’offre pas encore les moyens de l’extraire de dessous l’eau , et sur-tout d’aller la reprendre dans les anciennes excavations, où il en existe des quantités considérables de la meilleure qualité ; tandis qu’à cet égard le louehet à couteau mobile de M. Jullien paraît donner de grandes espérances. >
- D’après ces observations, nous proposons à la Société, i°. de décerner à cet artiste unç médaille d’argent d’encouragement comme un témoignage de sa satisfaction, et un accessit, qui, d’après l’avis de la Commission des Fonds , a été porté ( y compris les 72 francs déjà promis par la Société) à la somme de 4°o francs, pour l’indemniser des dépenses que son zèle pour les arts l’a porté à faire dans une partie qui lui est étrangère , mais où il a développé l’intelligence que la Société a déjà remarquée dans les autres machines de son invention ;
- 20. De remettre la distribution du prix au mois de juillet i8i3, pour tout délai ; :
- ‘ 3°. De rendre aux auteurs leurs machines pu modèles, afin qu’ils puissent les perfection-) ner et les présenter à ce nouveau et dernier concours,
- Adopté en Séance générale , le 8 août 1810,
- Rapport sur le concours relatif à la découverte d’un procédé propre à donner à la laine, avec la garance, la belle couleur rouge du coton d’Andrinople ; par M. Roard. . • ’
- Le prix proposé par la Société d’Encouragement en 1809 pour la découverte d’un pro? cédé propre à donner à la soie et à la laine , avec la garance, la belle couleur rouge d’Andrinople, ou celle de l’écarlate, a excité le zèle d’un assez grand nombre de concurrens. Six mémoires accompagnés d’échantillons ont été envoyés à la Société ; mais quoiqu’elle n’ait pas, cette année, la satisfaction de décerner ce prix, elle n’en doit pas moins s’applaudif
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- d’avoir provoqué, des recherches sur un sujet aussi important, et pour la solution duquel les détails qu’elle a reçus doivent lui faire concevoir les plus heureuses espérances*
- Le N°. 1er. est un échantillon de drap rouge, teint par M. Gonin, de Lyon, en présence des commissaires nommés par la Société des Amis du Commerce et des Arts de cette ville. Cet. échantillon, qui est très-beau et qui l’emporte de beaucoup sur toutes les couleurs qu’on a obtenues jusqu’à présent de la garance, aurait suffi pour mériter le prix à cet habile teinturier, s’il eût consenti à remplir les conditions énoncées dans votre programme..
- Les pièces et les échantillons enregistrés sous le N°. a ont été adressés de l’Ile-de-f rance par M. Michel. Ce négociant et manufacturier, qui paraît s’être occupé avec fruit de l’art de la teinture, n’ayant pu se procurer les matières colorantes nécessaires pour le travail qu’il avait désiré entreprendre sur la garance, a seulement indiqué les moyens d’en obtenir une couleur plus belle en mélangeant cette matière avec le kermès , ainsi qu’on le pratiquait autrefois dans les ateliers, et il a fait ensuite connaître plusieurs matières coloriantes dont la teinture pourrait retirer quelques avantages.
- Le mémoire N°. 3 , portant pour épigraphe : Parvis quoque rebus magna juvari, contient d.es descriptions très-précises qui annoncent que son auteur est un teinturier distingué* Les échantillons qui sont joints à son travail sont fort beaux ; mais les méthodes qu’il propose ne donnant point des résultats supérieurs à celles qui ont été publiées par l’un de nous en 1808, et qui ont été depuis employées très en grand pour l’habillement des troupes, nous pensons que l’auteur de ce mémoire n’a point encore atteint le but qu’il s’était proposé j mais nous espérons cependant qu’il pourra y parvenir en continuant avec autant de zèle les recherches qu’il a si bien commencées.
- Les auteurs des mémoires N°®. 4 ? 5 et 6 ne nous paraissent point avoir compris les intentions de la Société $ car leurs, étoffes teintes ne diffèrent point des tons ordinaires que donne la garance sur la laine, et elles ne peuvent être comparées aux belles couleurs rouges sur coton obtenues journellement dans les ateliers de Rouen et de Montpellier. Le peu de temps qui s’est écoulé depuis la publication de votre programme n’ayant pas permis à un grand nombre de concurrens de terminer leurs recherches, nous vous proposons de proroger jusqu’à l’année prochaine le sujet de ce concours ; car la solution de ce problème intéresse d’une manière si particulière l’art de la teinture , que nous n’aurions pas craint de vous demander pour ce prix une augmentation de valeur, si Sa Majesté l’Empereur, par une munificence sans exemple, ne venait de combler à cet égard tous les désirs, par le décret qu’elle a rendu sur cette importante partie.
- D’après les faits que nous venons de vous exposer, nous pensons qu’on doit accorder une mention honorable au mémoire N°. 3 , et adresser des remercîmens à M. Michel pour les détails qu’il a communiqués sur quelques matières colorantes de l’Ile-de-France.
- Adopté en Séance générale, le 8 août 1810.
- Rapport sur le concours pour le prix relatif à la purification des, fers, cassant à froid et à chaud ; par M. Anfrye.
- Le Conseil d’Administration a reçu deux mémoires sur la purification des fers cassant à froid et à chaud : l’un est de M. da Olmi, professeur de physique et de chimie au collège de Sorèze , département du Tarn 5 l’autre est de M. Dufaud £ls, maître de forges à Nevers, departement de la Nièvre.
- L auteur du premier mémoire, M. da Olmi} s’est occupé de la purification des fers cassant à froid et à chaud.
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- Suivant lui, le fer cassant à froid est un composé d’oxigène, de quelque peu de carbone * et de deux acides phosphorique et arsenical. ~
- Pour amener ce fer à l’état de ductilité convenable, M.da Olmi indique le procédé suivant :
- « Prenez, dit-il, deux parties de charbon en poudre et une partie de sel marin ; prenez ensuite 12 livres de fer cassant à froid, que vous diviserez en quatre portions ; vous inter-* poserez entre chacune d’elles une quantité du mélange de sel marin et de charbon. Le tout sera disposé au bord d’un creuset de forge , solidement construit; ce creuset aura 10 pouces de diamètre sur 10 pouces de profondeur; il sera percé de trois trous pour faciliter l’écoulement des scories : au moyen des soufflets, on augmentera graduellement le feu ; on doit faire usage du charbon de bois blanc.
- » C’est ainsi qu’on formera le masset; mais avant que de l’extraire du creuset, on le remuera à plusieurs reprises dans de la graisse de bœuf ou de mouton. »
- L’indication de ce procédé est précédée de l’exposé d’une théorie qui en est la base.
- Votre Comité s’est particulièrement occupé du produit de l’opération, et s’il vous entrer tient de théorie, ce ne sera que lorsque le contenu du mémoire rendra cette digression in-? dispensable.
- L’opération ci-dessus décrite produit une masse de fer qu’on étire au martinet ; ce fer , ‘ dit M. da Olmi) peut se travailler à froid, et il le prouve par l’ouvrage marqué des lettres AB , fait avec des barres semblables à celles sous le N°. 2. L’ouvrage A B ne laisse rien à désirer, et la barre N®. 2 présente, dans sa fracture, un fer assez nerveux, susceptible ... de se travailler à froid. -
- Du fer cassant à chaud.
- Le fer cassant à chaud, dit M. da Olmi) est un composé d’acide phosphorique, de beaucoup de carbone, de peu d’oxigène, d’arsenic, et souvent de cuivre à l’état métallique.
- Pour purifier ce fer, on fait un mélange de 3 livres de fer oxidé et d’une livre de sel marin, ce qui suffit à l’affinage de 12 livres de fer; et pour obtenir le masset, on procède de la même manière qui est indiquée pour purifier le fer cassant à froid.
- ^Le fer qu’on obtient a été jugé être assez malléable pour confectionner l’ouvrage A' R' de la case T^°. 5.
- D’où l’auteur conclut que le grand problème de la purification des fers cassant à froid et à chaud est entièrement résolu.
- Votre Comité a examiné le fer produit de cette opération, et le trouve d’assez bonne qualité ; mais il ne partage pas l’opinion de l’auteur, qui dit que le but serait atteint quand bien même on n’indiquerait d’autres agens pour la purification que l’or ou le diamant.
- Le procédé que donne M. da Olmi n’est pas dispendieux : le charbon , le fer oxidé et le sel marin sont des substances à la portée de tout fabricant ; aussi l’opération n’est dispendieuse que quant aux déphets qu’elle entraîne ; car le fer cassant à froid perd moitié de son poids, et le fer cassant à chaud perd les deux tiers : mais comme , suivant l’expression de l’auteur, il s’agissait seulement de résoudre le problème, voyons si les agens qu’il a employés pouvaient y contribuer.
- Le fer cassante froid, dit M. da Olmi; est un composé d’oxigène, de carbone , d’acide
- phosphorique
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- phosphôrique et d’acide arsenical : pour détruire ces substances étrangères, on doit employer le charbon et le muriate de soude.
- On conçoit aisément que les ruinerais de fer peuvent contenir des phosphates et des arsé-niatesj mais on ne conçoit pas comment le fer à l’état métallique pourrait recéler des acides phosphorique et arsenique ; le fer peut contenir des phosphures et des arseniures, et on n’aperçoit pas comment le muriate de soude peut contribuer à leur décomposition } le charbon d’ailleurs serait un obstacle au succès de l’opération. Si M. da Olmi a obtenu de bons fers, il ne doit attribuer ce succès qu’à ce que les alliages étant plus fusibles que les métaux, les phosphures et les arseniures de fer ont formé les scories, que la percussion a dégagées ensuite du fer malléable.
- L’opinion du Comité sur le fer cassant à chaud est à-peu-près la même que celle qu’il vient d’émettre sur le fer cassant à froid, en observant toutefois que M. da Olmi ,n’à point compris dans les déchets les 3 livres de fer oxidé qu’il croit nécessaire d’ajouter, comme étant indispensables au succès de l’opération. On doit savoir gré à l’auteur du travail pénible auquel il s’est livré ; mais votre Comité pense que le résultat n’apporte aucun changement à l’état actuel de nos connaissances sur la purification des fers cassant à froid ou à chaud.
- L’auteur, reconnaissant sans doute aussi que son procédé ne présentait aucun avantage, indique une autre méthode, qu’il intitule chimico-mécanique; elle consiste à allier, au moyen de la forge et de la percussion, parties égales de fer doux avec du fer cassant à froid ou à chaud, ou bien à allier une partie de fer doux à une partie de fer cassant à froid et une partie de fer cassant à chaud, de sorte que le fer doux ne forme que le tiers de la masse. -
- Le Conseil a sous les yeux des ouvrages confectionnés d’après ces procédés. L’échantillon N°. 1 est du fer cassant à froid ; la barre étiquetée A B est du fer doux $ l’alliage à parties égales de fer doux et de fer cassant à froid a produit les barres ]N°. 2 : l’une de ces barres est terminée par un crochet plié à froid. '
- On a fait une expérience comparative : le fer qui en est résulté peut se travailler à chaud, mais on ne peut le travailler à froid.
- Le N°. 3 est le produit de l’alliage de parties égales de fer cassant à chaud et de fer doux. Ce fer, dit l’auteur , est aussi traitable que le précédent j on a répété l’expérience , et le produit peut se travailler à chaud , mais difficilement à froids-7
- Le N°. 4 est le fer produit de l’alliage au tiers de fer doux, de fer cassant à froid et à chaud : l’ouvrage C D est pour prouver la bonté de cet alliage. *
- On a fait une expérience comparative , qui prouve que ce fer peut se travailler à chaud , mais qu’il est cassant à froid.
- Votre Comité a de plus fait corroyer du fer du Berri , dont la bonne qualité le rend susceptible de se travailler à chaud ainsi qu’à froid ; il en a comparé le grain à celui des alliages de M. da Olmiy et la différence peut être comparée à celle qui existe entre le métal dit à canon et le cuivre pur ; enfin, c’est un alliage, et les alliages sont ordinairement moins ductiles que les métaux ; de plus , ces alliages ne s’opèrent pas sans déchet, et le moindre qu’on ait éprouvé en répétant les expériences de M. da Olmi, a été d’un quart de la masse employée : c’est donc gâter de bon fer avec perte, pour n’en obtenir que de tres-médiocre et à un prix qui doit être assez élevé.
- \ otre Comité estime qu’il est plus avantageux d’employer les fers tels qu’ils sont , en les appropriant à des ouvrages analogues à leurs qualités, et que, conséquemment, Neuvième année. Août 1810. Ce
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- M. da Olmi n’a pas atteint le but indiqué par le programme. Il pense qu’on doit de la reconnaissance à ce savant pour le zèle qu’il a mis dans ses recherches ; mais la Société ne couronne que le succès. '
- Procédé de M. Dufaud. , ,
- - M. Dufaud, maître de forges dans le département de la Nièvre, a adressé deux mémoires, l’un imprimé, qui traite de l’affinage du fer au fourneau à réverbère ; l’autre, manuscrit, qui a pour objet la purification du fer cassant à froid.
- Attendu que le mémoire imprimé se trouve entre les mains de toutes les personnes qui s’occupent des travaux des forges , votre Comité croit pouvoir se dispenser d’en faire l’anal jse ; cependant il ne peut passer sous silence les principaux faits qu’il contient, vu que le procédé de l’auteur pour la fabrication du fer se lie à celui qu’il propose pour la purification de ce métal. ' •
- Le haut prix du charbon de bois dans le département de la Nièvre ayant forcé plusieurs maîtres de forges d’abandonner le travail de leurs hauts-fourneaux , M. Dufaud s’est appliqué avec succès à trouver un moyen de parer à cet inconvénient, en substituant, dans l’affinage du fer , le charbon de terre au charbon de bois.
- L’appareil qu’il a imaginé pour l’affinage du fer se compose de trois fourneaux à réverbère de diverses dimensions, dans lesquels il fait le travail des grosses et des petites forges pour amener le fer de gueuse à l’état de fer malléable. , :
- Ce procédé est en pleine activité; mais jusqu’à ce moment M. Dufaud ne l’a employé qu’à fabriquer du fer à la manière des grosses forges, c’est-à-dire en évitant de mazer la fonte , ainsi que cela se pratique pour le travail des petites forges. 1
- On sait que, pour remettre en fusion la fonte qui a été mazée, il faut un degré de feu supérieur à celui qui est nécessaire pour fondre le fer de gueuse, et il parait que c’est ce degré de feu qui a manqué , pour pratiquer au fourneau à réverbère le travail des petites forges ; mais ce travail deviendra aussi facile que celui des grosses forges , au moyen d’un perfectionnement dû à M. Bertrand, sous-directeur des forges impériales de Cosne.
- Ce perfectionnement consiste à fermer en totalité la voûte du fourneau du côté de la cheminée, et à pratiquer surXjes deux côtés de cette voûte deux ouvertures d’une dimension indiquée : c’est par ces ouvertures , très-rapprochées de la sole du fourneau, que la flamme est forcée de passer pour regagner la cheminée. •
- il résulte de ce perfectionnement que la flamme porte son action sur le devant du fourneau, là où on a besoin de la plus grande chaleur pour réduire en scories toutes les substances étrangères au fer.
- Au moyen de ce perfectionnement, le travail des grosses et des petites forges pourra se faire au fourneau à réverbère , alimenté par du charbon de terre.
- Il est aisé d’apercevoir que ce procédéploit être à l’avantage de la fabrication. Dans les grosses forges , le feu ne peut envelopper qu’une portion de fer de gueuse à mettre en fusion ; souvent, presque toujours, il tombe dans le creuset, par le simple ramollissement du métal, des morceaux de gueuse non affinés, ce qui détériore la qualité de la masse; car on ne peut affiner le fer de gueuse qu’en le mettant en contact avec l’air : c’est au moment où il entre en fusion qu’il s’affine ; une fois dans le creuset , le contact du charbon est un' obstacle à l’affinage. D’ailleurs, on n’a pas l’avantage que procure le fourneau à réverbère , de multiplier les surfaces, et comme ce n’est que par ce moyen qu’on obtient du fer de bonne qualité, la perfection dans la fabrication de ce métal doit dériver du procédé de M. jDufaud. V
- Un autre avantage qui résulte de ce procédé est l’économie du bois ; car le charbon de
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- bois ne serait plus employé que dans les hauts-fourneaux pour réduire le minerai ; l’affinage se ferait au charbon de terre, ce qui présente un bénéfice évalué à 52 francs par millier de fer.
- ^ Procédé de M. Dufaud pour la purification du fer cassant à froid*
- M. Dufaud, d’après la description qne nous venons de donner de son procédé pour l’affinage du fer au charbon de terre , avait en son pouvoir tous les moyens pour entreprendre avec espoir de succès la purification des fers cassant à froid ou cassant à chaud; il ne s’est occupé qu’à purifier les fers cassant à froid , les mines de la Nièvre ne produisant pas de fer cassant à chaud.
- Pour purifier le fer cassant à froid, M. Dufaud introduit dans son four d’affinerie 200 kilogrammes de fonte, qui, par le procédé ordinaire des forges, donne toujours du fer cassant à froid ; lorsque la matière est en fusion, il jette sur la surface un trentième du poids de la fonte de carbonate de chaux , et fait fortement brasser la matière, pour faciliter le contact de la fonte et du carbonate de chaux. Cette opération se renouvelle deux fois, et à la seconde on brasse jusqu’à ce que la matière ait pris une consistance pâteuse : alors on la divise en plusieurs parties, suivant qu’on veut avoir des barres plus ou moins fortes. On pousse ces pièces le plus près possible de l’autel, afin qu’elles reçoivent un grand coup de feu , et lorsque le métal a pris un aspect brillant, on arrose les pièces avec du laitier, qu’on a toujours soin de conserver en bain sur le devant du fourneau; on porte ensuite les pièces au martinet : le surplus de l’opération rentre dans les procédés ordinaires.
- Ce moyen, dit M. Dufaud, de purifier le fer cassant à froid n’ajoute x*ien à la dépense dë son procédé pour l’affinage du fer; car dans le même temps on fabrique la même quantité et on obtient toujours du fer extrêmement doux, soit qu’on affine des fontes douces- ou de celles qui , par le procédé ordinaire , ne donnent que du fer cassant à froid.
- Votre Comité estime qu’on doit à M. Dufaud d’avoir perfectionné l’art de fabriquer le fer, d’autant plus qu’il paraît que pàr son procédé on aura moins à redouter la mauvaise qualité des minerais dont on extrait ce métal : on obtiendra toujours du fer ductile, ce que vainement on tenterait en suivant l’ancienne routine. Il fallait isoler ce métal du contact du charbon, le fourneau à réverbère était le seul convenable ; mais il fallait encore , en faisant usage de ce fourneau, s’assurer d’un degré de feu égal à celui de la forge, et les corrections faites à ce fourneau par M. Bertrand doivent produire l’effet qu’on se propose.
- Un autre avantage est l’emploi du charbon de terre, ce qui donnera à nos forêts le temps de se repeupler. Ce procédé , n’en doutons pas , sera pratiqué par toutes les personnes qui accueillent les découvertes utiles, par toutes les personnes , et ce nombre est plus grand, qui s’occupent de leur intérêt.
- La purification du fer cassant à froid est fondée, suivant l’auteur, sur ce qu’il est bien reconnu que la chaux décompose le phosphure de fer ; il s’ensuivrait qu’un grand de:, ré de feu changerait un peu l’ordre des affinités : en cela , votre Comité ne partage pas l’opinion de M. Dufaud. Quoi qu’il en soit, il est bien reconnu que la fonte de fer provenant du haut-fourneau de Prémery ne produit que du fer cassant à froid, et l’expérience suivante prouve que, d’après le procédé de M. Dufaud, on peut retirer de cette fonte du fer qui égale en bonté lè meilleur fer connu.
- Sur invitation de M. le comte de Plancy, préfet du départemeut de la Nièvre, M. Barbe, chef de bataillon au corps impérial d’artillerie de la marine , directeur des forges de la marine y et M. André Petit, capitaine au corps impérial d’artillerie, inspecteur de la fonderie dé Nevers, se sont transportés au Pont-Saint-Ours, le 15 février dernier, pour
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- être présens à une expérience de M. Dufaud, ayant pour but de purifier les fers cassant à froid. Ils certifient que M. Dufaud a employé à son expérience la fonte du fourneau de Pré-mery, qui ne donne, pour l’affinage ordinaire, que du fer très-cassant à froid ; que cette fonte a été traitée au fourneau à réverbère, en substituant le charbon de terre au charbon de bois, et en projetant sur le bain de la fonte un trentième de son poids de carbonate de chaux} ils attestent de plus que le résultat de l’opération a fourni, après le martelage ordinaire, un fer qui leur a paru doux et liant.
- Des échantillons de ce fer ont été adressés sous cachet au Conseil d’administration de la Société d’JEncouragement par les mêmes commissaires} votre Comité, au premier aspect, a partagé l’opinion de MM. Barbé et André Petit, et cette opinion a été confirmée par les essais qu’il a faits pour en constater la qualité.
- D’où il résulte que toutes les formalités exigées par le programme ont été strictement remplies. Votre Comité regrette que M. Dufaud se soit trouvé dans l’impossibilité de s’occuper de la purification du fer de gueuse, qui produit le fer cassant à chaud, d’autant plus qu’il paraît qu’il aurait obtenu d’aussi heureux résultats que pour le fer cassant à froid } car il est probable qu’on doit la solution d’un problème aussi intéressant à la substitution du fourneau à réverbère aux forges dont on fait usage, et en effet ne sait-on pas qu’un degré de température proportionné à la fusibilité des métaux suffit, au moyen du contact de l’air , pour amener les substances métalliques au degré de pureté désirable ; que c’est ainsi qu’on détruit les alliages métalliques, parce que l’air porte de préférence son action sur celui des métaux qui est le plus oxidable. Le phosphore et le soufre sont des corps plus oxidables que les métaux, conséquemment plus faciles à séparer ; mais, pour y parvenir, il faut éviter le contact du charbon, et le fourneau à réverbère procure cet avantage.
- Le titre des commissaires qui ont assisté à l’expérience faite au Pont - Saint - Ours atteste qu’ils sont investis de la confiance du Gouvernement, ce qui commande aussi celle de la Société d’Encouragement.
- En conséquence, votre Comité des Arts chimiques vous propose d’accorder à M. Dufaud le prix de 4)000 pour la purification du fer cassant à froid.
- Adopté en séance générale, le 8 août 1810. , '
- Rapport sur le prix proposé pour le collage du papier ; par M. Mérimée.
- Votre programme sur le perfectionnement du collage du papier a excité le zèle de quatre concurrens, et la question est encore indécise. .
- Je vais avoir l’honneur de vous rendre compte de l’opinion que votre Comité des Arts chimiques s’est formée sur chacun des concurrens.
- L’un d’eux , désigné par le N°. 1, a présenté un échantillon de six demi-feuilles de papier. Il annonce , par sa lettre d’envoi, qu’elles sont préparées d’après une méthode nouvelle, qu’il croit devoir remplir le but de la Société. On a trouvé que le collage de ces feuilles était assez bien fait} mais comme il est possible, même avec la plus mauvaise méthode , d’obtenir qnelques feuilles de papier parfaitement collées , on ne peut conclure rien autre chose de ces échantillons, si ce n’est que l’auteur, n’ayant pas lu votre programme, n’a pu connaître les conditions qu’il avait à remplir.
- Lorsque votre Comité s’est réuni pour la lecture des mémoires, il n’était plus temps de demander la description, du procédé j en conséquence , les échantillons ont été mis hors de concours.
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- Le second concurrent vous a transmis un procédé qui ne diffère en rien de celui qui est suivi dans la plupart de nos manufactures; il termine sa description en conseillant de ne pas coller pendant la gelée ni pendant les grandes chaleurs. On voit également que ce concurrent n’a pas lu votre programme.
- Sous le N°. 3 se trouve un mémoire très-étendu, ayant pour épigraphe : L’amélioration dans les arts est le résultat de l’expérience.
- On ne peut pas accuser l’auteur de n’avoir pas bien connu votre programme ; il l’a suivi méthodiquement d’un bout à l’autre , et n’a laissé passer aucune question sans la traiter ; mais il ne répond pas à toutes d’une manière satisfaisante. Par exemple, il regarde la colle faite avec des pieds de mouton comme la plus propre à donner beaucoup de nerf au papier; aucun fabricant ne partagera son opinion , quand même cette espèce de colle ne serait pas plus chère que les autres. ''
- Il n’a pas compris ce que vous entendez par blanchir la colle de tanneur; il a cru qu’il ne s’agissait que de la purger des saletés qu’elle peut contenir, et non de lui ôter la couleur brune que lui donnent les membranes des vieux animaux.
- La question relative aux conditions nécessaires au papier en page pour être bien collé n’est pas résolue. L’auteur ne peut ignorer que toutes les pâtes de papier ne prennent pas également la colle, puisqu’on sait en général que quand le chiffon n’a pas été assez lavé pendant la trituration, le papier qui en résulte ne se colle pas bien.
- L’auteur s’est encore trompé en affirmant qu’on ne peut sans inconvénient mêler dans la pâte du papier quelque substance propre au collage; vous n’avez pas entendu que la substance qu’on emploierait dût être de la colle en dissolution. Vous avez cité l’exemple du papier fait avec de l’étoupe ou du linge écru , et qui se trouve naturellement collé par le gluten qui n’a point été détruit par la fermentation et par l’action des lessives. On ne s’aperçoit pas , dans la fabrication de ce papier, qu’il adhère aux formes ou aux feutres, ni -que les feuilles en page se collent ensemble.
- On ne peut pas approuver la méthode proposée par l’auteur de coller àjfroid dans l’été, quoiqu’une extrême chaleur soit regardée comme nuisible; la colle froide doit être également rejetée , parce qu’elle ne pénètre pas assez dans les pores du papier.
- Enfin, il ne répond point à la question relative à l’influence exercée par l’état de l’atmosphère.
- D’après ces observations , Messieurs , il est certain que l’auteur n’a pas résolu votre problème; cependant son mémoire est intéressant, et quoique les détails qu’il donne soient connus dans toutes nos manufactures, on doit lui savoir gré de l’exactitude avec laquelle il les a décrits ; d’ailleurs sa méthode de préparer la colle a quelque avantage sur les procédés ordinaires ; il ajoute à l’alun que tous les fabricans emploient une substance dont l’effet est d*arrêter les progrès de la fermentation. Ce n’est pas dans cette intention qu’il en fait usage, mais il n’en résulte pas moins un avantage réel.
- Le quatrième mémoire contient un projet de machine, à l’aide de laquelle le papier, placé sur une toile sans fin , est plongé feuille à feuille dans la chaudière contenant la colle, et passe ensuite sous un cylindre qui produit l’effet de la presse. 1
- L’auteur n’est pas, à ce qu’on voit, fabricant de papier , autrement il saurait que la perfection du collage ne dépend pas uniquement de la chaleur de la colle ni de son égale répartition sur toutes les feuilles; il aurait vu qu’il n’est pas rare de trouver des ouvriers qui exécutent le collage avec la précision d’une machine, qui ne laissent pas une seule feuille sans qu’elle soit également imprégnée, et malgré leurs soins, le papier se trouve quelque fois mal collé.
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- Cependant il faut bien se garder de rejeter une pareille machine 5 son emploi pourrait même CQBtrib««r.au perfectionnement du collage.
- Aucun des concurrens n’ayant satisfait aux conditions de votre programme , votre Comité pense , Messieurs , qu’il n’y a pas lieu à donner le prix} il vous propose seulement de distinguer par une* mention honorable l’auteur du N°. 3, et celui du mémoire N°. 4*
- Il reste à décider maintenant si vous conserverez le perfectionnement du collage du papier au nombre de v^s sujets de prix ; il est certain que la question présente toujours le mêaee degré d’intérêt e* qu’elle n’est pas résolue.
- Vous devez consulter là-dessus S. Ex. le Ministre de l’intérieur, qui a fait les fonds de ce prix; il. est probable qu’il sera d’avis de le proroger encore jusqu'à l’année prochaine ; mais si son espérance et la vôtre n’étaient pas réalisées, on pourrait charger une Commission d’entreprendre un travail méthodique sur cet important sujet. Le succès que vous avez obtenu'relativement à la fabrication de l’alun vous prouve que l’on ne porterait pas sans fruit le flambeau de la science sur les procédés du collage du papier.
- Adopté en séance générale,, le 8 août 1810.
- Rapport sur le concours ouvert pour la détermination des produits de la distillation du bois ; par M. Darcet.
- Ce sujet de prix, proposé en l’an XIII par la Société d’Encouragement, a été depuis lors prorogé successivement jusqu’en 1810. .
- Le programme exigeait que, l’on déterminât , parties expériences faites en grand, quels sont les divers produits de la distillation du bois et les avantages que l’on peut en retirer , soit dans Les procédés de quelques arts, soit dans l’économie domestique. Il ne s’était présenté que. peu. de concurrens., et la Société voyait avec peine que les mémoires envoyés aux concours de l’an XIII, de l’an XIV, de l’an 180^ et des années suivantes, ne remplissaient pas le but; plusieurs de ces mémoires, intéressans d’ailleurs, ne présentaient que de simples projets, ou seulement le détail, d’expériences faites sur de petites quantités de bois, et la Société désirait sur-tout des résultats qui fussent le produit d’un grande exploitation.
- Tel était l’état de la question en 1808, lorsque., sur un rapport de M. Gillet-Laumont, la Société prorogea de nouveau le prix jusqu’en 1810.
- XJn seul mémoire a été envoyé à ce dernier concours, et votre Comité des Arts chimiques vous annonce avec satisfaction que L’auteur, M. J.-B. Mollerat, paraît avoir presque atteint le but que s’est proposé la Société; mais le certificat constatant l’existence des faits énoncés dans son mémoire n’étant pas parvenu avant l’époque prescrite, le- Comité pense qu’en vertu des régîemens le prix ne peut pas être accordé , et doit être prorogé jusqu’au mois de juillet 1811. Une autre considération a encore influé sur l’opinion de votre Ccomité ; en proposant de remettre le prix , il aurait eu plus de regrets, s’il n’avait trouve quelques observations à faire aux notes et sur quelques-uns des produits envoyés par M. Mollerat.
- Il sera peut-être utile d’entrer à ce sujet dans quelques détails; vous saviez que M. Mollerat s’occupait depuis long-temps de la fabrication du charbon de bois dans des appareils fermés ; vous aviez suivi les progrès de ses établissemens, et si, à différentes époques, vous avez craint de voir les difficultés nombreuses qu’il fallait vaincre , détruire cette nouvelle branche d’industrie , vous avez vu avec d’autant plus de plaisir l’établissement de M. Mollerat prospérer et fournir depuis au commerce de grandes quantités de charbon et différens autres produits de la distillation du bois.
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- M. Mollerat a envoyé au concours un mémoire imprimé, suivi de plusieurs rapports faits à l’Institut sur les produits de sa fabrique à d’un procès-verbal d’expérieuces qui ont été faites à son établissement de Saint-Hubert, et d’une note renfermant des renseignement sur les produits de la charbonnière de Pellerey.
- Il y a joint une série de ses différens produits, et dès échantillons des préparations chimiques, dans lesquelles le vinaigre entre comme élément on comme moyën de composition.
- Le Comité des Arts chimiques , qui a examiné les différentes pièces et les divers produits envoyés par M. Mollerat, croit de son devoir d’exposer franchement son opinion à la Société.
- Il fera observer , i°. que , dans la distillation du bois en vaisseaux clos , il est à présumer que l’ou n’obtient pas d’une même quantité de bois une quantité de charbon double de celle que donne l’ancien procédé.
- Dans VArt du charbonnier , imprimé dans la Collection des Arts et JVfe tiers de P Académie , on trouve que , par la suffocation sur terre , xoo livres de bois donnent toujours environ 20 livres de charbon, et l’on sait que les différens bois distillés avec soin n’en don-nent point au-delà de 0,20 à 0,2y ou 0,28 (1) : la différence de 15 à 3o annoncée par M. Mollerat paraît être due à ce que les expériences comparatives ont été faites sur des bois d’essences très-différentes.
- Le Comité pense que l’on ne peut pas comparer entre eux les produits de la charbon-nette de diverses essences de chênes., de charme , de hêtre , etc. , aux produits du bois pe-lard de chêne , et il fait observer en outre que, même dans la dernière expérience citée par M. Mollerat, où toutes les circonstances ont été à l’avantage du nouveau procédé, le charbon produit ne s’est trouvé au bois employé que dans le rapport de 27,6 à 100.
- Le Comité des Arts chimiques, en examinant les produits envoyés au concours, ne le faisait que par excès de précaution ; il devait s’attendre à les trouver aussi purs que ceux qu’avaient eus à examiner les commissaires de l’Institut, et dont il est fait mention dans leur rapport; mais quelques-uns de ces produits et les différentes espèces de vinaigre surtout se sont trouvés loin de ce degré de pureté.
- Les différens vinaigres simples ou parfumés manquent en général de l’arôme qui caractérise les bons vinaigres de vin ; tous ont une saveur plus vive et plus pénétrante ; cette saveur est tellement forte , et ressemble si bien à celle du vinaigre radical, que , dans l’état actuel, le Comité doute qu’il puisse s’en faire un grand emploi pour le service des tables.
- Le muriate de baryte produit dans tous ces vinaigres un précipité assez abondant, non soluble dans l’eau et dans l’acide nitrique étendu, ce qui n’arrive pas aux vinaigres de vin, et ces vinaigres, mis dans le commerce et essayés en vertu du décret du 22 décembre 1809 1 eussent été sans doute regardés comme frelatés, et par suite infectés au moyen de l’essence de térébenthine. M. Mollerat évitera probablement ces inconvénient : la pureté de quelques-uns des produits qu’il a envoyés , la beauté de son carbonate de soude et la richesse de ses cendres de soude prouvent qu’il vaincra aisément ces difficultés, et le Comité, en proposant à la Société de proroger le prix relatif à la détermination des produits de la distillation du bois jusqu’au mois de juillet de l’année 1811 , espère que M. Mollerat se
- (1) M. Philippe Lebon, ingénieur des ponts et chaussées, à qui nous devons l’invention ingénieuse des thermolampes, n’estime, dans le mémoire qu’il a publié à ce sujet, en août 1801, qu’à 16 ou 17 kilogrammes la quantité de charbon sec produite par la distillation de 100 kilogrammes de bois.
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- présentera au prochain concours avec tous les avantages que lui donnent et ses connaissances et l’état prospère où se trouvent ses établissemens.
- Adopté en séance générale, le 8 août 1810.
- Rapport sur le prix proposé pour la construction de fours à chaux, à tuiles ou à briques, les plus économiques en combustible, sans employer la houille ; par M. Gillet-Laumont.
- La Société d’Encouragement, désirant étendre l’économie des combustibles qu’elle avait déjà provoquée dans plusieurs arts, proposa, en 1806, un prix de 2,400 francs , devant être distribué en 1808 à celui qui aurait établi et mis en activité un four dans lequel on aurait confectionné, avec le moins de combustible , une plus grande quantité de chaux, de tuile ou de brique. Elle y joignit deux accessit, l’un de 5oo francs , l’autre de 3oo francs, et imposa pour conditions aux concurrens d’envoyer un mémoire explicatif, un plan ou un modèle du fourneau , des échantillons des objets annoncés dans les mémoires , et des certificats des autorités locales, qui constatassent la nature du combustible employé et la vérité des faits avancés par les auteurs : enfin, elle exclut du concours les fours chauffés à la houille , comme ayant déjà atteint un grand degré de perfection.
- Cinq concurrens se présentèrent en 1808 ; mais aucun n’ayant rempli complètement les conditions du programme, la Société n’accorda pas le prix ; elle distingua cependant deux mémoires : l’un N®. 2, de M. Bagot, propriétaire à Champigny, auquel elle accorda un accessit de 5oo francs comme un témoignage de satisfaction des efforts qu’il avait faits pour introduire l’usage de la tourbe près de la capitale 5 l’autre , N°. 5 , rédigé par deux auteurs anonymes avec l’annonce de produits avantageux , mais sans certificats des autorités locales , à l’égard desquels elle témoigna son regret que les auteurs ne l’eussent pas mise dans le cas de leur rendre la justice qu’ils paraissaient mériter} enfin, la Société porta le prix à 3,ooo francs, devant être distribué en juillet 1810 , et conserva les deux accessit.
- Six mémoires ont été remis cette année au Comité} savoir , sous le N°. 1, un dessin représentant deux fours à chaux établis dans la vallée d’Essone, accompagné d’un tableau détaillé de leurs produits, daté du 3i mai 1808 , et signé de MM. JDonop et Deblinne, auteurs du N°. 5, cité ci-dessus honorablement} mais cette pièce ancienne , présentée à la signature des autorités locales, le 19 novembre 1808 (époque postérieure de plus de deux mois et demi à la séance générale où la Société avait prononcé sur le prix), paraît avoir été présentée par ces Messieurs pour prouver qu’ils en étaient véritablement les auteurs , et qu’ils méritaient les éloges qui leur avaient été donnés sous l’anonyme.
- Le N°. 2 est relatif à un mémoire ayant pour devise le mot forge , dans lequel l’auteur donne la description d’un four à tuile, en annonçant que l’on peut en cuire seize à dix-sept mille en cinquante heures, en y brûlant indistinctement du bois, de la houille ou de la tourbe : il donne un croquis informe de ce four, qui en représente seulement le plan , et dans lequel la grille est excessivement grande. Le défaut de dessin correct, d’échantillons de terre et de tuiles, et de certificats des autorités locales, ne permet pas d’admettre ce mémoire au concours.
- Sous le N°. 3. le Comité a trouvé un mémoire ayant pour devise 1".Labor improbus omnia vincit, relatif à un four économique propre à cuire des poteries ; un grand dessin du four, nu procès-verbal des autorités locales, et deux échantillons de carreaux, dont l’un est cuit et l’autre non cuit.
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- Le mémoire contient une description exacte du four dont l’auteur se sert pour cuire de la faïence et des briques, et qu’il annonce pouvoir servir à cuire des tuiles et de la chaux. D’après le mémoire et le dessin, ce four est véritablement composé de trois fôurs posés l’un au-dessus de l’autre, que l’on chauffe successivement ; ces fours ont la forme d’un cylindre fermé supérieurement par une voûte en calotte, et capable de contenir vingt-quatre mille carreaux 5 chacun d’eux a un foyer particulier répondant au-dessous de lui ; les trois foyers et les trois fours communiquent tous entre eux par des ouvertures pratiquées dans les soles et dans les voûtes des fours. L’ensemble des trois fours représente une tour ronde inscrite dans une tour hexagone, dont elle est séparée par un massif de glaise battue (1).
- Pour faire le service de ces fours lorsqu’ils sont chargés de poteries et que toutes les portes en sont fermées, on ouvre celle du foyer inférieur, on y met du bois que l’on allume : alors la flamme et la chaleur traversent le premier four, puis le second , et enfin le troisième, de manière qu’en cuisant les poteries renfermées dans le premier four, on cuit en partie celles contenues dans le second, et l’on chauffe celles renfermées dans le troisième.
- Lorsque la première fournée est cuite, on bouche la porte de sa chauffe, ainsi que les ouvertures delà voûte du premier four, etl’on met du feu et du combustible dans le foyer du second5 lorsque cette fournée est cuite, on en fait autant pour la troisième.
- L’auteur annonce n’avoir encore que deux fours l’un sur l’autre, attendant qu’ils soient bien consolidés pour y placer le troisième ; mais que, d’après des essais qu’il a faits sur trois petits fours, avant que de demander son brevet d’invention, l’économie du bois doit être être de plus de moitié sur les trois fournées.
- Observations. L’idée de placer plusieurs fours l’un sur l’autre pour profiter de la chaleur dégagée parles fours inférieurs, n’est pas nouvelle 5 mais celle de placer en outre sous chaque four un foyer particulier nous a paru neuve, économique , et son application en grand digne de fixer l’attention de la Société.
- En conséquence, nous avons décacheté le billet joint au N°. 3, et nous y avons trouvé un procès-verbal très-bien rédigé par le sous-préfet et le maire d’Apt, département de Vaucluse, qui nous a appris que l’auteur était M. Elzéar Bonnet, faïencier à Apt. Le maire et le sous-préfet se sont transportés sur les lieux et ont reconnu que le four était parfaitement semblable au mémoire et au dessin qu’ils ont visés, à l’exception qu’il n’avait encore que deux étages au lieu de trois 5 ils l’ont fait allumer, après avoir fait peser le bois devant eux, et y ont laissé un surveillant ; le lendemain, les deux fournées étant cuites, ils ont vérifié la quantité de bois consumée, qu’ils ont reconnue être, pour la première fournée, de 4^44 kilogrammes de bois de chêne blanc, et pour la seconde, de 2100 kilogrammes , ce qui fait moins de moitié de dépense en combustible dans la seconde fournée que dans la première; enfin , six jours après, ils ont assisté au défournage , et ont trouvé que chaque four renfermait vingt-quatre milliers de petits carreaux parfaitement semblables à l’échantillon que nous mettons sous les yeux de la Société.
- D’après des informations prises auprès d’habiles potiers de terre à Paris, le carreau d’échantillon a été trouvé trop mince, et l’angle de déversement du dessus avec les côtés trop aigu ; mais la pâte a été reconnue pour être très-bien travaillée, la surface parfaitement unie et la qualité supérieure; ils ont déclaré qu’il faudrait 4 voies de bois de chêne pelard , mesure de Paris , pour cuire chaque fournée de vingt-quatre milliers de carreaux
- (0 ïl parait qu il y aurait plus d’avantage à séparer*la tour interne de celle externe par des matières qui fussent de mam ais conducteurs de la chaleur, telles que le charbon pilé, le verre, les laitiers, etc.
- Neuvième année. Joût 1810. Dd
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- pareils. Suivant cette donnée, la voie ouïe double stère de bois de cette espèce pesant environ y5o kilogrammes, il faudrait, dans les fours de Paris, 3ôoo kilogrammes. Or, M. Bonnet en a employé davantage à la première fournée, mais beaucoup moins à la seconde, et il est certain qu’il en consommera encore moins dans son troisième four, lorsqu’il sera établi.
- Cet habile manufacturier nous paraît mériter un encouragement de la part de la Société * comme ayant appliqué à la cuisson des poteries et des carreaux une disposition qui peut devenir utile pour la cuisson de la brique, de la tuile, et être rendue facile dans son exé-cution, en plaçant plusieurs fours, avec leurs foyers particuliers, à la suite les uns des autres sur le penchant d’une montagne.
- Sous le N°. 4 j nous avons trouvé un mémoire ayant pour devise : Cùm varice venere artes , labor omnia vincit improbus ; sept dessins de fourneau $ un certificat de l’adjoin t du maire d’Essone, visé par le sous-préfet de Corbeil, département de Seine-et-Oise, constatant la consommation et les produits 5 enfin, des échantillons de pierre à chaux dure d’Essone (1), de tourbe de trois qualités, et de chaux produite, complétant les objets exigés par le programme de la Société.
- Ce mémoire volumineux , mais intéressant, rédigé par MM. JDonop et Deblinne , déjà cités honorablement en 1808, est divisé en cinq sections dont nous allons extraire les faits principaux les plus capables de faire connaître le travail des auteurs, que nous avons reconnus pour être les mêmes que ceux déjà cités ci-dessus N°. 1 de ce concours, et N°. 5 de celui de 1808.
- Les première et deuxième sections, précédées de généralités, contiennent la description j la forme , la consommation, la durée de l’opération et les produits de sept fours différens, chauffés à la tourbe, dont un est coulant ou perpétuel, et les six autres sont alternatifs.
- Il résulte d’un tableau comparatif à vingt-trois colonnes , que le four coulant en cône renversé et de petite dimension, figuré N°. 7, a donné beaucoup de biscuits, et a présenté une marche trop irrégulière pour que l’on ait pu en rapporter les résultats ; il a produit une grande quantité de fumée qui en rendait le service fort difficile.
- Nous croyons que ce four était trop bas et trop évasé, ce qui a permis à la chaleur de se dissiper en pure perte 5 nous connaissons des fours coulans analogues, chauffés à la houille, laquelle dégage beaucoup plus de calorique , et qui cependant sont plus hauts et plus resserrés : tels sont ceux que l’on vient de perfectionner à Anniche , département du Nord et ceux établis au-dessus de Paris, à côté de la verrerie de la barrière de l’Hôpital. Enfin nous regrettons que les auteurs n’aient pas fait plus d’expériences pour chauffer des fours coulans à la tourbe ,~qui en général nous paraissent devoir présenter plus d’économie dans les résultats que tous les autres fours.
- Les si s. fours alternatifs figurés dans le mémoire des auteurs sont de petite dimension , puisque, terme moyen, ils ne calcinent au plus que 9 mètres cubes de chaux à-la-fois ; tous sont différens dans leur forme, dans leurs dimensions, et ont présenté de grandes différences dans leurs produits. • '
- Les deux fours surbaissés Nos . i et 2, garnis chacun de quatre cheminées à soupapes j dont l’un est de forme ovoïde et l’autre elliptique, ont, en six fournées de trente-sept heures et demie chacune, consommé plus de 3 mètres cubes de tourbe mélangée par mètre
- cube de chaux obtenue.
- (1) La carrière est située au midi d’Essone, prés de la papeterie ; elle est composée du calcaire siliceux de MM. Cuvier et Brongniart, qui ne contient point de coquilles, mais est quelquefois recouvert d’un calcaire qui en contient, comme cela a lieu sur les coteaux de Menecy, à peu de distance au sud-ouest d’Esso
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- Deux autres aussi surbaissés Nos. 3 et 4^ sans autre cheminée que celle de l’oeil du four, dont l’un de forme ovoïde et l’autre cylindrique, ont, en neuf fournées de trente-deux heures chacune, consommé 2 mètres cubes 79 centimètres de tourbe par mètre cube de chaux.
- Enfin deux autres plus élevés Nos. 5 et 6, aussi sans cheminée , l’un de forme largement ovoïde et l’autre de forme ovoïde allongée, qui, en seize fournées de vingt-sept heures chacune, n’ont consommé, terme moyen, qu’un peu plus de 2 mètres cubes de tourbe mélangée par mètre cube de chaux.
- On observera que, sur ces trente et une fournées, ce sont les fours surbaissés garnis de cheminées à soupapes qui ont été les moins avantageux pour le temps et les produits ; qu’ensuite les fours surbaissés sans cheminées particulières ont présenté plus d’avantages, puis ceux de forme ovoïde allongée. 1
- Les auteurs du mémoire annoncent que , pour obtenir la même quantité de chaux avec le bois, on brûle deux stères du prix de 36 francs 4° cent., tandis qu’ils ne consomment que deux stères de tourbe mélangée, du prix de 14 francs 5o cent. 3 ce qui leur donne un avantage par mètre cube de 21 francs 90 cent. 3 ils prétendent même que quand ils seraient obligés de n’employer que de la tourbe mousseuse , de la qualité la plus inférieure, et qu’ils en consommeraient trois stères qui leur reviendraient à 17 francs 46 cent., il leur resterait encore sur le bois un avantage de près de x 9 francs.
- Dans la troisième section, les auteurs ont consigné des observations intéressantes sur la comparaison des diverses pierres calcaires calcinées avec le bois, avec la tourbe et avec la houille. Ils ont observé en général que la même pierre calcinée avec le bois donne non-seulement une chaux plus blanche , mais qui, étant mêlée à poids égal avec unmême volume d’eau, se précipite moins vite que lorsqu’elle est faite avec de la tourbe ou de la houille.
- Cherchant à rendre utiles ces propriétés dans les arts, ils annoncent qu’il faudra employer de préférence la chaux cuite au bois pour la préparation des savons et peut-être même pour le tannage, le chamoisage des cuirs et pour la teinture des toiles.
- Ils observent que, pour les constructions, il faut préférer les chaux calcinées à la tourbe et àla houille, qui ne contiennent pas de parties alcalines propres à altérer la qualité des mortiers, comme celle faite au bois ; enfin ils recommandent d’employer exclusivement la chaux préparée à la houille , qui se précipite très-promptement, pour faire les meilleurs mortiers.
- La quatrième section est consacrééà l’examen des masses pierreuses mal cuites , nommées vulgairement Æ/scm/Æs, qui se trouvent quelquefois dans la chaux, ne se divisent pas dans l’eau, et sont encore regardées parquelques chaufourniers comme nepouvantplus se calciner.
- Les auteurs du mémoire ont observé deux espèces de biscuits} la première offre, après l’extinction de la chaux dans l’eau, unnoyau solide, effervescent avec les acides, semblable à delà pierre calcaire mal calcinée, et dont ils ont retiré 40 pour 100.d’acide carbonique (1). Cette espèce leur paraît produite par un défaut de l’action du feu qui n’a pu pénétrer jusqu’au centre de la pierre; elle se forme dans les fours, principalement lorsqu’on y établit des çourans d’air pour faire circuler la flamme ; ces courans, en frappant sur des pierres imparfaitement calcinées, en empêchent la cuisson et produisent quelquefois un quart de la charge en biscuits, en augmentant à-peu-près dans la même proportion la dépense en combustible.
- La seconde espèce de biscuit, beaucoup plus rare que la première, leur paraît due à
- (j) On retire de la pierre à chaux non cuite et pure de 43 à 44 d’acide carbonique.
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- une vitrification de la surface, qui enveloppe les pierres, empêche le dégagement de l’acide carbonique , et par conséquent la calcination de l’intérieur.
- Le biscuit de la première espèce, celui mal calciné, remis dans le four, leur a donné une chaux douée de toutes les qualités ordinaires 5 l’intérieur du biscuit de la deuxième espèce, de celui vitrifié à la surface, calciné sous la moufle, en a fait autant (1).
- Dans la cinquième section, les auteurs du mémoire font connaître lùmode d’extraction des tourbes et la nature des diverses qualités que l’on en rencontre, suivant les profondeurs d’où on les extrait, depuis la tourbe légère et friable qui produit une flamme vive et longue, de peu de durée, jusqu’à celle compacte et pesante quixlonne une flamme courte , mais qui dure long-temps au feu et y dégage beaucoup de calorique.
- Ces différentes qualités apportent de grandes différences dans les pesanteurs spécifiques; le mètre cube de tourbe légère (29 pieds cubes) ne pèse que 140 kilogrammes environ (280 livres) ; tandis que celui de tourbe compacte pèse près de deux fois et demie autant, et la tourbe moulée quelquefois trois fois plus (2).
- Enfin, c’est aux différentes qualités de tourbes , susceptibles de varier à chaque instant, qu’ils attribuent les anomalies qu’ils ont éprouvées.
- Nous avons appris depuis peu que les auteurs de ce mémoire avaient vendu leur établissement à M. de Cournol, amateur très-instruit, qui communique d’une manière extrêmement libérale tout ce qui peut tendre au perfectionnement des arts ; il nous a fait part de plusieurs perfectionnemens qu’il a apportés dans ces fours, et nous a dit être fort content de leurs produits (3), qui sont très-recherchés., puisqu’il en envoie non-seulement à Paris, mais jusqu’à Versailles, malgré l’existence de foux-s à chaux (à la vérité de pierre calcaire coquillière) sur la route de cette dernière commune.
- Le mémoire N°. 5 de ce concours est relatif à un modèle d’un four coulant conduit à la tourbe, établi par M. Singer, à Mareuil-sur-Ourcq, département de l’Oise, et remis à la Société en août 1809.
- Ce modèle, où la tourbe ne serait pas mêlée avec la pieri’e à chaux , semblerait pouvoir réunir Une partie des avantages que présente le four coulant décrit par M. le comte de Rumford, dans le Journal de Physique , messidor an VII , et cité dans le N°. L du Bulletin de la Société , à l’exception qu’il ne consomme pas sa propre fumée; mais M. Sin-
- (1) Il paraît que les pierres que les ouvriers nomment chaux brûlée, sont des pierres en grande partie vitrifiées, qui ne peuvent plus se délayer dans l’eau ; cette vitrification paraît provenir de la nature de la pierre ou d’une trop grande chaleur, que produit quelquefois le bois et sur-tout la houille.
- (2) A l’égard du prix, il dépend de la qualité de la tourbe ; à Menecy, à Essone, il varie entre 5 et 7 francs le mètre cube ; et le sac de 4 pieds cubes se vend de 75 centimes à 1 franc, lorsqu’il est en tourbe moulée. Le muid de chaux (48 pieds cubes) se vend à Essone de 60 à 65 francs.
- (3) M. de Cournol a observé que la pierre à chaux qui vient d’étre extraite et qui a encore toute son humidité de carrière, cuisait plus vite ; mais que plusieurs morceaux éclataient et dérangeaient souvent l’arrangement des pierres dans le four, arrangement nécessaire pour entretenir une circulation égale de la chaleur. Il emploi» de la pierre extraite depuis sixà huit mois ; il commence par en placer de très-grosses au bas du four, et va toujours en diminuant jusqu’au haut, où elles n’ont plus que la grosseur du poing ; il charge les fours encore chauds, et laisse les pierres ressuer pendant vingt-quatre heures : alors il commence à y faire du feu avec de la tourbe poreuse et légère 5 quand il ne craint plus que les pierres éclatent il emploie la tourbe compacte, et a soin de faire entretenir le feu de manière qu’il ne soit pas trop actif, sans jamais se ralentir. Il attribue à la manière de ranger les pierres dans le four, à la conduite graduelle du feu, beaucoup d’influence sur la qualité de la chaux; et il annonce que celle.qu’il fait préparer donne un mortier égal au ciment, qu’une portion, délayée avec les soins convenables, fournit deux et demie de chaux éteinte; tandis que les chaux ordinaires n’en donnent que deux. MM. Donop et
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- ger, invité à faire connaître s’il était dans l’intention de concourir, a fait une réponse indécise, et il ne nous reste qu’à former le vœu pour que cette idée, qui paraissait heureuse et économique, soit couronnée du succès.
- Le mémoire N°. 6 a été envoyé par (PHombres-Firmas^ membre de la Société, dont plusieurs mémoires intéressans ont déjà été imprimés dans le Bulletin,• celui-ci est relatif à un four à tuile perfectionné, par M. Bernis y à Brignon , département du Gard ; ce manufacturier consommait, pour cuire six mille tuiles, seize cents fagots, qui, à 8 francs, lui revenaient à 128 francs; aujourd’hui, dans un four carré-long garni d’évents pour diriger la flamme, il ne consomme plus que huit cents fagots et douze quintaux de houille, qui ne lui reviennent en total qu’à 74 francs 80 cent. , ce qui lui donne le moyen de donner sa tuile à meilleur marché que la plupart des tuiliers de son arrondissement. Ce fait paraît à l’avantage de M. Bernis; mais son four, étant conduit au bois mêlé de houille, ne peut être admis au concours.
- Observations générales.
- Des six mémoires remis à vos commissaires, deux seulement nous paraissent pouvoir entrer en concours ; ce sont les N°s. 3 et 4, auxquels nous vous proposons d’accorder des marques de satisfaction de la part de la Société ; mais nous avons cru nécessaire de faire plusieurs recherches pour établir l’emploi du combustible le plus économique, et déterminer les quantités comparatives que l’on en consommait pour cuire de la chaux dans divers dé-partemens.
- Nous avons été puissamment secondés dans ces recherches par les ingénieurs des mines, auxquels nous témoignons ici nos remercîmens, et nous avons trouvé d’abord que l’on faisait peu d’usage de la tourbe pour cuire les poteries et calciner la chaux, quoique ce combustible , répandu avec une grande abondance sur presque toute la surface de l’Empire, fût reconnu propre même à cuire de la porcelaine; enfin qu’il n’y avait nul doute relativement à l’économie que présentait ce combustible , comparativement avec l’emploi du bois de corde ou des fagots.
- Cherchant ensuite quel était le rapport le plus avantageux que l’on eût obtenu entre la quantité de tourbe consommée et la quantité de chaux produite, nous avons trouvé que , dans quelques lieux, on en consommait des quantités considérables. A Reims, départe-
- Dehlinne paraissaient préférer le four allongé, qu’ils ont décrit sous le N°. 6 5 M .de Cournol, dans la vue de consommer encore moins de combustible et de cuire davantage de chaux, n’a conservé dans ses fours que la forme du N°. 5, le plus large des deux reconnus les plus avantageux 5 mais il a baissé la grille du foyer, et a ainsi augmenté la capacité du four, diminué le tirage et obtenu des avantages qui auraient pu lui mériter l’approbation de la Société s’il eût concouru. Il continue ses expériences et espère en obtenir encore quelques succès, dont il fera part à la Société.
- Les proportions du four N°. 5, à base et parois circulaires, construit par MM. Donop et Deblinne, et adopté par M. de Cournol, avant qu’il y fît des changemens à la hauteur de la grille, étaient :
- me. mil* p* p*
- Hauteur du four depuis la grille jusqu’à la partie inférieure de l’œil............. 3,573 ( 11 )
- Le diamètre de l’œil égal à sa hauteur........................................... o,65o ( 2 )
- La grille en fer composée de barreaux mobiles, soutenus par un tréteau aussi en fer,
- était élevée au-dessus du cendrier de............................................... 0,812 ( 2-6 )
- Le diamètre du cendrier........................................................ 1,7®® ( 5-6 )
- Le rayon de courbure des parois du four ( dont le centre était à 1 mètre de hauteur
- au-dessus de la grille) égal à la hauteur du four de................................ 3,573 ( 11 )
- Le plus grand evasement du four, mesuré à 1 mètre de hauteur au niveau du centre des rayons de courbure, avait de diamètre............................................... 2,600 ( 8-1 )
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- ment de la Marne, on consomme 11 mètres cubes de tourbe (à la vérité très-poreuse) par mètre cube de chaux, de pierre dure calcinée; àFontaine près Saint-Loup (Haute-Saône), on emploie 7 mètres cubes de tourbe pour la même quantité; à Champigny (Seine), on en employait 4 mètres en 1808, et l’on paraissait être parvenu avec beaucoupde peine à n’en consommer que 3; à Thury (Oise), près la prise d’eau du canal del’Ourcq, on en consomme encore 3 mètres cubes. Or, les auteurs du N°. 4, MM. JDonop et Deblinne, ont fait plus, puisqu’ils prouvent la fabrication d’an mètre cube de chaux d’excellente qualité avec deux mètres cubes de tourbe mélangée, et même avec moins lorsqu’ils emploient de la tourbe compacte.
- D’après ces observations , nous avons l’honneur de proposer à la Société,
- i°. De décerner à M. Bonnet, faïencier à Apt (Vaucluse), auteur du N°. 3, l’accessit de 3oo francs, pour avoir exécuté deux fours à tuiles, communiquant l’un et l’autre avec des foyers particuliers, dont l’usage successif a présenté, pour le second four, une économie importante sur le bois que l’on .y aurait. employé sans cette disposition;
- 20. De décerner à MM. JDonop et Deblinne, le premier, ancien ingénieur des ponts et chaussées, le second, ancien maître particulier des eaux et forêts, le prix de la valeur de 3ooo francs, pour avoir obtenu à Essone, dans des fours qu’ils avaient construits et qui leur appartenaient précédemment, un mètre cube de chaux de pierre dure, de très-bonne qualité, avec deux mètres cubes de. tourbe de qualité mélangée; ce qui est, depuis que le prix est proposé, le produit le plus avantageux qui ait été présenté à la Société.
- Adopté en séance générale, le 8 août 1810.
- Rapport sur le résultat du concours pour ïencouragement de la gravure en taille de relief ; par M. Mérimée.
- Après cinq années d’attente, vos espérances sur le perfectionnement de la gravure en bois sont remplies, et sous ce rapport vous n’avez plus sujet d’envier le talent des artistes étrangers.
- Au milieu du mouvement général qui a ramené les arts du dessin dans une meilleure route, nos graveurs en bois étaient restés seuls fort en arrière. C’était le résultat nécessaire du système d’étude qu’ils suivaient. Ils ne s’exercaient qu’à découper; ils étaient incapables de dessiner eux-mêmes les traits delà gravure qu’ils avaient à exécuter; il n’était donc pas probable qu’ils portassent à la perfection un art dont ils avaient négligé la partie fondamentale. Aussi avez-vous cherché à le faire sortir de leurs mains, en provoquant la découverte d’un moyen qui facilitât la gravure en taille de relief, au point qu’un graveur en taille-douce pût l’exécuter sans un long apprentissage.
- Votre intention , en choisissant ce sujet de concours , n’a pas été de procurer à là typographie un nouveau moyen d’orner les éditions de luxe avec des vignettes, qui, toutes parfaites qu’elles puissent être, sont cependant bien inférieures aux belles estampes en taille-douce. Un de nos graveurs en médailles , avait déjà fait en acier quelques planches en taille de relief qui ne laissent rien à désirer (x) ; mais ces gravures étant très-dispendieuses, votre but n’était pas rempli, et vous avez voulu que l’économie se trouvât réunie à la perfection.
- Deux concurrens seulement se sont présentés cette année pour disputer le prix : ce sont des concurrens distingués dont vous avez déjà récompensé les talens et les efforts.
- (1) M. Andrieux. Une tête d’homme exécutée par cet artiste est ce que nous connaissons de plus parfait en taille de relief.
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- C »».) )
- M. Bougon, l’un d’eux, fut mentionné honorablement dans le dernier rapport fait eir 1807. Une copie faite par lui d’après une gravure A1 Anderson , fut regardée comme ce qui vous avait été offert de plus parfait dans ce genre. Cette année, il justifie l’idée avantageuse que vous avez conçue de ses dispositions. Il a présenté des gravures que l’on croirait, au premier coup-d’œil ,< exécutées à l’eau-forte, aussi ce sont des eaux-fortes qu’il a décalquées sur le bois, et découpées avec beaucoup d’adresse.
- Ce procédé n’est pas économique, puisqu’il nécessite deux opérations de gravure pour une ; mais il prouve l’habileté de la main, et sous ce rapport l’artiste mérite d’être encouragé. Il a fait des progrès sensibles; s’il persévère dans l’étude du dessin, il n’aura plus besoin de recourir à un graveur en taille-douce pour lui préparer ses planches, et il sera alors un de nos plus habiles graveurs en taille de relief.
- L’autre concurrent, M. Duplat, est le premier qui se soit présenté et à qui vous accordâtes, il y a quatre ans, une médaille d’encouragement. Indépendamment des preuves qu’il donna de son talent pour découper le bois, il prodhra desrenseignemens très-importans sur les procédés auxquels on doit attribuer la perfection des gravures anglaises. Il fit voir qu’elles sont travaillées au burin comme la taille-douce, quoique le système d’exécution soit inverse , c’est-à-dire que la forme des objets est toujours dessinée par des tailles blanches tracées sur un fond noir.
- Le polytypage employé par M. Duplat parut encore un moyen très-réel de perfection, puisqu’il donne la facilité de faire toutes les corrections qu’on désire, en ajoutant à volonté des traits noirs ou blancs, suivant qu’on opère sur la matrice du cliché ou sur le cliché lui-même.
- Il est certain qu’il ne manquait alors à M. Duplat, pour obtenir le prix , que de prouver, par le fait, la justesse de ses observations, et cela ne lui eût pas été difficile s’il eût su manier habilement le burin; mais il devait chercher un graveur en taille-douce, qui voulût travailler sous sa direction ; et quand même il eût trouvé quelque artiste disposé à faire des essais, cet associé pouvait se rebuter dès les premières difficultés. Il n’est donc pas étonnant qu’il se soit écoulé quatre années avant qu’il ait obtenu les résultats qu’il vous présente aujourd’hui.
- Dans la crainte de décourager les artistes dont vous aviez excité l’émulation , vous avez cru devoir vous relâcher sur la principale condition de ce concours, et vous n’avez plus exigé la découverte d’un procédé qui facilite l’exécution de la gravure en taille de relief ; vous avez promis d’accorder le prix à quiconque atteindrait, par quelque moyen que ce soit, la perfection qu’on remarque dans les plus belles gravures de ce genre.
- Contre votre attente , votrè premier programme a été rigoureusement suivi, et les gravures que M. Duplat vous présente sont non-seulement aussi parfaites que vous les avez demandées, mais encore exécutées par un procédé tel que vous pouviez le désirer^ c’est-à-dire aussi facile et aussi prompt que la gravure en taille-douce la plus expéditive, n '
- Les planches que vous avez sous les yeux sont destinées à une édition des Fables de La Fontaine, entreprise par MuRenouard; toutes n’ont pas. à beaucoup près le même degré de perfection : il serait à désirer que M. Duplat eût employé, pour les figures, une main aussi habile que celle à qui il a confié l’exécution de la plupart des quadrupèdes. Màis obligé de recourir au talent d’un graveur en taille-rdouce, il a dû mettre beaucoup de prudence et de réserve dans son choix ; .et quoiqu’il ait pris des précautions pour s’assurer la propriété exclusive de sa découverte, un brevet d’invention ne le mettrait pas à l’abri des fraudes de ceux qui ne respectent pas les lois. C’est par cette raison que nous ne croyons
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- pas devoir faire connaître le procédé qu’il emploie ; qu’il vous suffise de savoir qu’il abrège considérablement l’opération de la gravure en taille de relief, et que si ce n’est pas le moyen employé par les Anglais, il est supérieur à celui dont ils se servent.
- D’après ce que vous venez d’entendre, Messieurs, votre Comité pense que M. Bougon mérite un encouragement distingué pour les gravures qu’il vous a présentées, et que M. Duplat a remporté , de la manière la plus satisfaisante, votre prix de 2,000 francs pour le perfectionnement de la gravure en taille de relief. Il vous propose , en conséquence, de décerner ce prix à M. Duplat, et d’accorder à M. Bougon un encouragement de 400 francs, y compris une médaille d’argent.
- Adopté en séance générale, le 8 août 1810.
- Rapport sur le concours ouvert par la Société pour la fabrication du sirop
- de raisin ; gar M. Parmentier.
- Votre Comité des Arts économiques s’est assemblé pour examiner les différens mémoires envoyés au concours sur la fabrication du sirop de raisin , et les différens échantillons qui les accompagnent. Ces mémoires sont au nombre de cinq.
- Celui enregistré sous le N°. 1 ne présente aucun fait nouveau , rien de positif sur la question 5 l’auteur prétend bien que sa méthode pour préparer le sirop diffère essentiellement des autres, mais il ne croit pas devoir la promulguer, à moins que le prix ne lui soit accordé. Sa réticence à cet égard ne paraît nous priver d’aucune connaissance précieuse ; son sirop est d’une qualité très-ordinaire.
- Le mémoire coté N°. 2 est accompagné d’une bouteille de sirop préparé à Mareuil-sur-Ay, département de la Marne. Ce sirop nous a paru inférieur en qualité ; mais l’intention de l’auteur ayant été d’obtenir du sucre , il dit n’avoir pu vaincre la surabondance de la matière gommeuse du tartre qu’il a rencontré dans les raisins de son canton j il se propose, à son premier voyage à Paris, de donner à la Société des détails sur un fourneau dont il se sertpour une, deux et trois chaudières. Voilà à-peu-près ce que contient ce deuxième mémoire.
- Celui N°. 3 ne présente aucune donnée sur le procédé que l’auteur a employé dans la confection du sirop ; il ne justifie par aucune pièce légale la quantité qu’il en a préparée ; son sirop, pour avoir été tiré des raisins de Blois, n’est cependant pas sans mérite.
- Il est facile de juger que les trois mémoires que nous venons de désigner n’ont rempli aucune des conditions du programme. Mais il n’en est pas ainsi des deux autres , dont il nous reste à parler, et qui sont d’un tout autre intérêt.
- L’un, enregistré sous le ïï°. 4, avec cette épigraphe : non sibi mellificantapes, traite non-seulement des sirops, mais encore du sucre de raisin. L’auteur commence par décrire l’opération du mutisme, qu’il a perfectionnée. Il rappelle à la Société tous les services qu’a rendus au commerce des sirops la fabrique de Bergerac , qui , la première, a réduit en art le procédé des sirops de raisins , et a imaginé de les faire passer par un serpentin réfrigérant pour brusquer le refroidissement. Le sucre de raisin qu’il a obtenu avec son sirop est léger, soyeux, et fond avec facilité dans le cinquième de son poids d’eau.
- "♦Pour établir le prix auquel revient son sirop, voici les données contenues dans le mémoire.
- Dix tonneaux de vin muté, évalués.................................. 1200 f. c.
- 5q livres de carbonate de chaux.................................... 2 5o
- j202 f. 5o c. d’autre
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- Combustible. .............,., . . • •? • p •.•%•• v * *.
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- Pour journées de 60 ouvriers... ..........................., •, «
- 24 journées pour la manipulatiqn de la cassonnade . . .. .r. ..,. .
- ... .. Total dp la d|épçnse,. . . .
- .Laquelle sojpntç de 1417 ffiaup? $9 ,ççp limes a produit ; . • >
- Eû sirop de raisins. « ... . . . ?.. ?;• ? ’.v... .1 • <.• . ...... •
- En eassonnade blanchis.., . . » „. . . ;f .... . *. . • >?, • , • •'
- .y. v f202.fr., 5o c.
- t.- ^ w,
- • • 60
- • * ' H
- 1417 fr., 5o c.
- 0766 demi-kiWgt-.
- 614
- Total du produit. . ... . . . 3380 demi-kilogr.
- Qui, à raison de fyi centimes (8 sols 1/2) le demi-kilogramme, donnent la somme de. . * . . .d . . . . ... • • • • * •• • • • • ... \$\f fr. 5o cent.
- Qui égale celle des dépenses énoncées ci-dèssus.
- L’auteur du 5e. et dernier mémoire a décrit avec précision/beaucoup de clarté et une modestie digiiè d’éloges , le procédé de la préparation des sirops doux et acides de raisins. Il joint à son mémoire et aux échantillons qu’il a envoyés le certificat lë plus détaillé et le plus authentique, donné paiHVI. Nogaret, préfet du département de l’Hérault, qui constate que M. Privât a préparé cette année et livré au commerce près de cent mille kilogr. de sirop de raisins. Ce sirop est regardé par votre Comité comme le meilleur de ceux qui ont été soumis à son examen , et il regrette beaucoup que M. Privât, dont il se plaît à citer le nom comme fabricant éclairé et rempli de zèle, n’ait pas satisfait à la condition du programme qui exigeait la remise des mémoires , échantillons et certificats , avant le ier. mai dernier ; M. Privât, n’ayant fait son envoi que le 15 juin , n’a pu être admis au concours.
- Observations. Si les sirops de raisins n’ont pas obtenu cette année tout le degré de perfection qu’on pouvait désirer, on peut dire cependant qu’ils sont infiniment mieux préparés que ceux des années précédentes $ ce qui laisse croire à votre Comité que , si vous remettez le même prix à l’année prochaine , il aura la satisfaction de le voir disputé par beaucoup de concurrens , et accordé vraisemblablement à l’un d’eux.
- L’auteur du mémoire N°. 4? M. Laroche, de Bergerac , qui a montré des connaissances très-étendues dans l’art de créer et de conduire une grande manufacture, mettra sans doute, plus qu’il ne l’a fait l’an dernier, son talent en pratique , et obtiendra d’excellens produits.
- M. Privât qui de son côté est parvenu , malgré ia mauvaise qualité du raisin de la dernière récolte , à faire de bons sirops et en très-grande quantité, tournera ses vues vers une plus sévère économie dans la fabrication.
- Beaucoup de personnes mettront à profit, ainsi qu’eux, les connaissances déjà acquises sur les sirops et le sucre de raisins , et pourront conduire ce nouvel art à la perfection que vous attendez.
- Nous vous proposons en conséquence de remettre à l’année prochaine le même prix dé 2400 francs , et de le rendre commun à la fabrication du sucre et du sirop de raisins. Nous vous proposons en outre d’accorder un deuxième pifix ou une médaille de la valeur de 600 francs à celui qui, ne pcmvant se livrer à une grande fabrication, découvrira des procédés faciles et économiques pour obtenir du sirop ou sucre de raisins , qqi se rapprochera le plus de celui de Varundo saccharifera ou canne à sucre.
- Adopté en Séance générale, le 8 août 1810.
- Neuvième année. Août t.Bto. E e
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- Rapport sur le concours pour la fabrication d'un meuble dans lequel on n'aura employé que du bois d'arbres indigènes ou acclimatés en France ; par M. le comte François de Neufchâteau. ’
- C’était une idée aussi heureuse que patriotique que celle d’appeler un de nos arts de luxe , l’ébénisterie, à s’affranchir du tribut que cette branche importante de l’industrie française payait à l’étranger, en raison de l’emploi, pour ainsi dire exclusif, qu’elle faisait de bois exotiques dans la fabrication dè meubles. Vous avez indiqué à l’émulation des artistes la substitution avantageuse que l’on pouvait faire des bois indigènes dans la confection de» meubles de menuiserie, d’assemblage et de placage, et vous avez destiné un prix pour celui qui aurait réussi à fabriquer, à l’aide de ces bois seuls, un meuble dont l’ensemble soutiendrait le mieux la comparaison avec les meubles construits en acajou ou autres bois étrangers.
- La préférence marquée que donnait jusqu’ici la mode aux meubles construits ou plaqués en acajou ; un ancien préjugé, qui subsiste encore, contre la beauté et la durée du poli dont les bois indigènes sont susceptibles, et des doutes sur la solidité des meubles ainsi construits, comparée à celle des meubles fabriqués avec des bois exotiques, ont dû s’opposer au vœu que vous aviez formé de faire refleurir l’emploi des produits de notre sol, â l’exclusion des produits étrangers , en ce qui concerne les ouvrages d’ébénisterie. Il y avait en outre d’autres difficultés à surmonter pour faire adopter ce nouveau genre d’industrie. 11 ne suffisait pas d’obtenir une réduction sur le prix d’un meuble fabriqué avec des bois indigènes, il fallait aussi que le goût fût flatté et que le luxe fût satisfait ; il fallait que, de la comparaison qui devait avoir lieu de ces meubles avec ceux que protégeait l’empire de la mode , il résultât un jugement qui, en faisant apprécier tous les avantages du procédé que vous avez cherché à encourager, déterminât l’opinion générale à en adopter l’usage.
- Peut-être le temps laissé aux concurrens n’était-il pas suffisant 5 du moins jusqu’à présent le sieur Burette, ébéniste à Paris, rue Saint-Victor, n°. 3 , a été le seul qui ait répondu , dans les délais fixés, à l’appel que fait votre programme. Il a présenté à l’examen de la Société un fort beau secrétaire entièrement construit en bois de chêne, de charme, et plaqué en loupe d’orme tortillard.
- Ce dernier bois, assez commun en France, mais jusqu’ici trop rarement employé, forme un placage très-brillant, d’un poli magnifique; sa couleur fait très-bien ressortir la dorure, et dans ses nodosités se rencontrent des accidens extrêmement variés et agréables ; en un mot, la loupe d’orme choisie ne le cède en rien à l’acajou le plus beau et le mieux travaillé.
- Une raison qui s’opposait à ce que la loupe d’orme tortillard fût employée assez ordinair rement, était la multitude de petits trous dont ce bois , réduit en feuilles , est criblé après le sciage. Le mastic qu’on employait à boucher ces trous laissait apercevoir à la longue des interstices, parce qu’il n’avait pas la ténacité du bois ; on y a suppléé depuis par de petites chevilles qui, enfoncées au marteau, ajoutent à la force de la colle et augmentent la solidité du placage; mais l’immense quantité de chevilles entraînait une perte de temps trop considérable. Le sieur Burette est l’inventeur d’une machine, au moyen de laquelle il obtient vingt fois autant de chevilles qu’un ouvrier peut en faire dans sa journée , et cette découverte , appliquée à l’emploi des bois d’une espèce noueuse , diminue sensiblement le prix de leur main-d’œuvre. On ne peut qu’inviter le sieur Burette à faire connaître à la Société la description de cette machine, dont l’usage répandu doit mériter à son auteur la reconnaissance de ceux qui se vouent aux progrès des arts et de l’industrie.
- Les filets du secrétaire à battant, présenté au concours par le rieur Burette, sont en charme teint en noir dans son épaisseur; le grain n’en est pas si fin, ni le poli si beau que
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- ceux de l’ébène , que cet artiste a aussi employé comparativement dans les filets de ceinture de ce meuble ; mais l’effet en est à-peu-près le même, et pour les différencier il faut ou en être prévenu, ou avoir l’œil exercé et connaisseur.
- Le sieur Burette a déjà obtenu en 1806 une médaille d’argent à l’exposition des produits de notre industrie. Les nouveaux efforts qu’il tente sont le fruit de cet encouragement. Puisse-t-il avoir des imitateurs qui disputent avec lui de zèle et d’émulation !
- Nous ne saurions douter que l’impulsion que vous avez donnée ne soit vivement sentie, et qu’on ne reconnaisse avec le temps combien des ameublemens de bois indigènes sont dignes de s’allier avec la magnificence la plus recherchée.
- Déjà le sieur Frichot, ébéniste , a présenté à ce concours un superbe lit en orme, d’un style élégant et d’un effet admirable, un bois de chaise pareillement en orme, un bureau et un nécessaire ; mais comme il avait laissé s’écouler les délais fixés et qu’il s’est présenté malheureusement trop tard, le Comité n’a pu l’admettre à concourir cette année, et ne peut qu’exprimer le regret qu’il éprouve d’être forcé à ce sujet de s’en tenir à la stricte exécution des conditions du programme.
- Cependant les espérances que laisse cette circonstance, et la considération des avantages que promettrait un plus long délai accordé aux concurrens, ont déterminé votre Comité d’agriculture à vous proposer de fixer à l’année prochaine l’époque où le prix devra être adjugé.
- Le Comité, attendu les travaux et les efforts nouveaux du sieur Burette } vous propose aussi de témoigner votre satisfaction à cet artiste en lui accordant, à titre d’encouragement, une somme de 400 francs.
- Adopté en Séance générale, le 8 août 181O.
- Après la lecture de ces différens rapports, M. le président a proclamé les noms des artistes et fabricans suivans, comme ayant été jugés dignes des prix, médailles et mentions honorables :
- M. Demaurey, à Incarville, près Louviers, a obtenu un encouragement de 4°° francs, y compris une médaille d’argent, pour avoir présenté au concours un mémoire renfermant des explications claires et précises sur les opérations de la filature en général, et pour avoir imaginé un procédé aussi simple qu’ingénieux pour suppléer en quelque sorte les machines à peigner la laine.
- Il a été accordé à M. Jullien, marchand de vins, demeurant à Paris, rue Saint-Sauveur, n°. 18, un encouragement de 4°° francs, y compris une médaille d’argent, pour avoir présenté au concours une machine à extraire la tourbe sous l’eau, aussi simple qu’ingénieuse , et dont le succès est constaté par un commencement d’expérience;
- Une mention honorable à l’auteur du mémoire N°. 3, sur le prix relatif à la teinture de la laine avec la garance, ayant pour devise : Parvis quoque rebus magna juvari.
- Le prix de 4,000 francs pour la découverte d’un moyen d’épurer en grand le fer cassant à froid a été décerné à M. Dufaud, maître de forges à Nevers.
- Le mémoire N°. 5, sur le prix relatif au perfectionnement du collage du
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- papier, portant pour épigraphe, L'amélioration dans les arts est le résultat des expériencest a été mentionné honorablement.
- Une pareille mention a été accordée à M. Gabriel Bernard, demeurant à Dijon, auteur du mémoire N°. 4> sur le meme sujet de prix.
- MM. Donop , ancien ingénieur des ponts et chaussées, et Deblinne, ancien maître particulier des eaux et forêts, ont été jugés dignes du prix de 3,ooo francs pour la construction de fours à chaux, à tuiles et à briques, économiques en combustible, sans employer la houille.
- L’accessit de 3oo francs, pour le même sujet de prix, a été accordé à M. Bonnet, faïencier à Apt, département de Vaucluse , comme ayant construit un four à tuiles économique.
- M. Duplat, graveur, demeurant à Paris, rue des Poitevins, n°. g, auteur d’un procédé de gravure susceptible de joindre l’économie à la perfection , a remporté le prix de 2,000 francs pour l’encouragement de la gravure en taille de relief.
- Il a été accordé à M. Bougon fils, graveur en bois, demeurant à Paris, rue de la Vieille-Bouclerie, n°. 22, une médaille d’argent de la valeur de 4oo francs, comme ayant présenté dans ce genre de gravure des ouvrages extrêmement soignés.
- Enfin, M. Burette, ébéniste, rue Saint-Victor, n°. 3, a été jugé digne d’un encouragement de 4oo francs , y compris une médaille d’argent , pour avoir présenté au concours un fort beau meuble fait en loupe d’orme tortillard, et comme ayant imaginé des moyens mécaniques pour diminuer la main-d’oeevre dans ces sortes d’ouvrages.
- La séance a été terminée par la lecture des programmes de plusieurs nouveaux sujets de prix que la Société a proposés ; savoir, pour ifii 1, un prix de i,5oo francs pour une machine à pétrir le pain5 un autre prix de i,5oo francs, pour le perfectionnement des ouvrages en plaqué d’or et d’argent sur cuivre ; un prix de 2,000 fiâmes, qui sera adjugé à celui qui indiquera le moyen le plus avantageux d’employer en grand l’acide muriatique et le muriate de chaux provenant de la fabrication de la soude. Pour « 812, un prix de 2,000 francs et un second prix de 1,000 francs, pour la fabrication du sucre de betteraves; un prix de 1,000 francs pour la découverte des moyens propres à purifier le miel, et un prix de 1,200 francs , qui. sera décerné à celui qui indiquera un moyen prompt et économique d’arracher les joncs et autres plantes aquatiques dans les marais desséchés.
- , A Paris, de l’imprimerie de Madame HUZARf), rue de l’Éperon , N°. 7.
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- NEUVIEME ANNÉE. (N\ LXXY. ) SEPTEMBRE l8lO.
- BULLETIN
- DE LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M, Gengembre, au nom d’une Commission spéciale, sur une nouvelle Platine de fusil présentée à la Société par M. Lepage, arquebusier de S. M, PEmpereur et Roi.
- La Société nous a chargés, MM. Guyton, Regnier et moi, d’examiner une nouvelle platine de fusil imaginée et exécutée parM. Lepage, arquebusier de S. M. l’Empereur et Roi, demeurant à Paris, rue de Richelieu, vis-à-vis le Théâtre-Français. Voici les résultats de notre examen et de nos expériences sur cette platine :
- M. Prêlaz a fait, il y quelque temps, une nouvelle platine de fusil sur un modèle importé d’Angleterre. Dans cette platine, l’amorce, qui est de poudre composée par M. Berthollet, où le muriate suroxigéné de potasse remplace le nitrate de la poudre ordinaire, s’enflamme par le choc d’un piston sur lequel s’abat la pièce qui fait les fonctions de chien. (Voyez le rapport de M. B. Delessert, N°. LXIX du Bulletin. )
- M. Lepage a voulu vaincre les difficultés qui s’opposaient à l’usage des amorces de poudre inflammable par le choc, amorces dont les avantages sont si bien développés dans le rapport cité de M. B. Delessert, et il a composé dans cette vue une nouvelle platine, où il s’est efforcé de conserver les formes et les commodités des platines à poudre ordinaire. Les figures de cette platine et leur explication sont à la fin de ce rapport.
- Neuvième année. Septembre 1810. Ff
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- Dans la platine de M. Lepage, chaque amorce se met dans le bassinet avec une petite poire-à-poudre, dans laquelle une petite coulisse règle la quantité qui doit en sortir chaque fois, et qui est d’un centigramme. Cette quantité suffit pour tous les effets que nous avons obtenus dans les épreuves suivantes, que nous avons fait subir à des armes munies des nouvelles platines de M. Lepage.
- Le 29 juillet dernier, M. Lepage a mis à notre disposition deux fusils de munition, un neuf et l’autre ayant déjà servi. Toutes les parties de la platine du premier étaient neuves , entièrement terminées et trempées; le second avait sa vieille platine, de laquelle on avait seulement enlevé la batterie pour y substituer un couvre-feu à piston, et l’on avait remplacé la pierre et la mâchoire du chien par une masse d’acier maintenue par la vis de la mâchoire : aucune des pièces nouvelles de cette platine n’était encore trempée.
- On a chargé ces armes avec de la poudre de guerre ; chaque charge était celle d’une cartouche ordinaire, diminuée de la quantité de poudre qu’on a coutume d’employer à l’amorce.
- On a tiré cent trois coups de chaque fusil, sans autre interruption que celle nécessaire pour que la chaleur de l’arme diminuât seulement au point de pouvoir y toucher, pendant le tir, sans se brûler.
- On tirait entre trois et quatre coups par minute.
- ‘ Les dix premiers coups ont été tirés à balle et de suite avec le vieux Fusil, tous lessuivans à poudre seule. -
- On 11’a jartiais nettoyé les canons ni aucune des parties des platines.
- Lorsque chaque arme eut tiré soixante coups, la saleté du canon ne permettait plus au papier de la cartouche d’y glisser, et l’on a tiré sans bourre.
- Après quatre-vingt-cinq coups de chaque fusil, la couche de crasse dans le canon était si épaisse, que la baguette même ne pouvait plus y entrer, et Ton a continué de tirer en se contentant de secouer le fusil pour y faire descendre la poudre.
- Dans toutes les épreuves ci-dessus, nous n’avons pas eu un seul raté.
- On a chargé et amorcé un des deux fusils tellement échauffé par le tir, qu’on se brûlait en y touchant, et on Ta laissé refroidir : le coup est parti avec la même vivacité que les précédens. On les a rechargés et amorcés l’un et l’autre sans les nettoyer, après avoir tiré les deux cents six coups, et on lega abandonnés pendant deux heures, puis on les a tirés avec le même succès.
- Quoique la lumière de ces platines ne se fut jamais engorgée, et que
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- nous n’eussions pas eu un seul faux feu, nous pouvions néanmoins craindre que, dans le service habituel de l’arme, quelques corpuscules étrangers introduits dans le canon ou dans le bassinet ne vinssent obstruer la lumière , et cet inconvénient eût été d’autant plus grave dans la platine nouvelle, qu’elle ne permet pas à'épingler la lumière ; mais la vivacité avec laquelle l’amorce lançait son feu par la lumière nous fit penser qu’elle serait assez puissante pour chasser les obstacles qui s’opposeraient à son effet, même lorsque la charge, fortement comprimée contre la lumière, rendrait plus difficile l’expulsion de ces obstacles. En effet, l’expérience suivante, que nous avons répétée six fois, ne laisse plus la moindre inquiétude à cet égard. Nous avons démonté la platine du fusil neuf, et en avons entièrement bouché la lumière du côté du canon avec un fragment d’ardoise tendre, après y avoir introduit et comprimé de la poussière de cette même ardoise; le fragment débordait la lumière de la platine , et éprouvait nécessairement une forte compression des bords de la lumière du canon lorsqu’on remontait la platine. Nous avions en outre l’attention de bourrer fortement la poudre ordinaire dont on chargeait le fusil à chaque expérience. La communication du feu a toujours été aussi vive , et le coup est parti aussi net que si la lumière eût été absolument libre.
- Le résultat de ces expériences était bien en faveur des platines de M. Lepage; mais plus l’inflammation réussissait parfaitement, plus il nous sembla que l’usage de la poûdre de muriaté suroxigéné devait être dangereux; car cette poudre étant exposée, dans le transport et dans le service, à des chocs et à des frottemens imprévus et fréquens, elle pouvait être sujette à s’enflammer, comme dans les platines que nous venions d’éprouver. Nous fîmes part de cette réflexion à M. Lepage, qui nous assura que le danger disparaissait si l’on évitait le choc très-fort de corps très-durs; et pour appuyer son assertion, il enferma devant nous i3o grammes de la même poudre dans un baril d’environ un décimètre cube de capacité; il fixa ce baril sur une planche, sous laquelle étaient cloués quatre tasseaux en travers; il fit attacher à cette planche une corde très-longue, au moyen de laquelle un jeune homme la traîna avec une grande vitesse sur un terrain très-inégal, dans une longueur d’environ 600 mètres. On répéta la même expérience après avoir introduit avec la poudre douze balles de plomb du poids d’environ 17 grammes chacune. Enfin, le baril étant chargé des mêmes balles, on le fit jeter deux fois d’une hauteur d’environ 12 mètres sur un terrain très-dur : dans aucune de ces épreuves il n’y a eu inflammation.
- La poudre retirée du baril s’est trouvée échauffée à un degre très-sen-
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- «ible à la main ; elle était en grande partie réduite en pulvérin , mais elle n’avait pas perdu la propriété de s’enflammer sous le choc des corps très-durs; car elle a parfaitement détonné dans la platine de M. Lepage.
- Il paraît donc qu’avec quelques précautions dans l’usage de la poudre de muriate suroxigéné , et sur-tout quelques changemens dans sa confection , elle sera de la plus grande utilité pour les amorces des armes à feu , et d’après les expériences dont nous venons de vous rendre compte, et l’examen détaillé que nous avons fait de la platine de M. Lepage, soit avant, soit après les épreuves , nous croyons que cet habile arquebusier a atteint le but qu’il s’était proposé, que sa platine sera d’un service durable , certain et sans danger, et nous proposons à la Société d’en donner la description et les dessins dans le prochain Numéro de son Bulletin.
- Adopté en séance, le 28 août 1810.
- Signé Gengembre , rapporteur.
- Explication des figures de la Blanche 72.
- Fig. 1. Platine du fusil de chasse, de grandeur naturelle, vue à l’extérieur.
- A, chien en forme de marteau; B, tube ou couvre-feu; G, piston d’acier mobile dans le tube et portant sur la poudre le choc qu’il reçoitdu chien.
- Fig. 2. Coupe du piston , du couvre-feu et du bassinet.
- D, lumière percée en équerre et communiquant dans l’intérieur du canon; E, bassinet dans lequel on place un centigramme d’amorce; F, ressort à boudin servant à relever le piston; G, grand ressort du bassinet.
- Fig. 3. Platine du fusil de munition vue extérieurement ; le chien de cette platine est d’une dimension plus forte, et le couvre - feu a la forme d’une tulipe.
- Fig. 4. Poire à poudre du fusil de chasse.
- I, coulisse qui règle la sortie de la poudre; L, ressort de la coulisse; M, embouchure de la poire à poudre.
- Fig. 5. Poire à poudre du fusil de munition, en forme de canon.
- Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans les différentes figures de la planche.
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- Extrait d’un Mémoire de M. Houlet sur divers procédés pour souder et préparer la corne.
- S. Ex. le Ministre de l’intérieur ayant adressé à la Société d’Encourage-ment un mémoire de M. Houlet, tabletier-mécanicien, contenant l’exposé de ses procédés et inventions, nous allons offrir à nos lecteurs la description succincte de ces procédés.
- M. Houlet, demeurant à Paris, rue Frépillon, n°. 7, artiste fort intelligent , s’est distingué par plusieurs inventions qui attestent son goût pour les arts; mais, appelé par son état de tabletier à exécuter les ouvrages les plus délicats en marqueterie, il s’est particulièrement attaché au travail de la corne et de l’écaille , et il a porté ce genre d’industrie à un haut point de perfection.
- Dans le courant du mois de janvier de cette année, il déposa entre les mains de M. Molard, administrateur du Conservatoire des Arts et Métiers, une machine propre à pulvériser l’écaille, la corne et d’autres matières, et pouvant aussi servir pour râper du tabac. Comme on est souvent obligé de varier les teintes de l’écaille pulvérisée, en y mêlant des couleurs dangereuses pour la santé des hommes, les ouvriers étaient exposés à respirer les émanations malfaisantes de ces couleurs. M. Houlet a cherché à remédier à cet inconvénient, en exécutant une machine composée d’une cage en bois, de 8 pieds de haut, supportée par quatre montans, et de douze traverses emboîtées à tenons et mortaises. Dans l’intérieur de cette cage se trouve un bâtis qui monte et descend , et a un mouvement de va-et-vient ; il porte trois limes d’un pied de longueur, fixées horizontalement l’une à côté de l’autre, et qui vont et viennent par le moyen de deux tirans adaptés au châssis, lequel est suspendu par quatre balanciers fixés au bâtis supérieur: de sorte que cette petite charpente, par son propre poids , produit une force égale à celle de trois hommes appuyant sur chacune des limes ; on peut augmenter le poids du châssis en le chargeant de plomb ou de toute autre matière. Dans l’intérieur de la cage est disposé un étau servant à maintenir les matières que l’on veut pulvériser, et uue hotte pour recevoir la poudre produite par le travail des limes. Au-devant des deux tirans intérieurs qui sont en saillie, se présente un patin à deux montans, garnis de collets, qui reçoivent un axe tournant au moyen d’une manivelle; les tirans adaptés à écroux au bout de ces montans impriment le mouvement à la machine et aux balanciers intérieurs. Ils portent deux balanciers extérieurs, qui transmettent le mouve-vement a deux tirans extérieurs placés au bas de la machine, lesquels sont
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- en communication avec le grand châssis, et viennent prendre un axe portant un cercle de fer garni de ressorts en dessous : c’est sur ce cercle que se place le tamis fixé par quatre vis ; il se trouve précisément sous la hotte qui reçoit la poudre lorsque les limes sont en mouvement : ainsi cette poudre passe à travers le tamis, qu’on peut enlever à volonté, vu qu’il se démonté au moyen d’un cercle portant deux encoches à baïonnette. Le fond du tamis est isolé sur un limbe garni en dessous de ressorts qui lui impriment les mouvemens ordinaires.
- L’auteur assure que cette machine peut remplacer le travail de six hommes. . ?
- Moyen de préparer des feuillets de corne transparente pour l’usage de la
- marine.
- On commence par choisir les cornes les moins tortillées, qu’on affranchit du haut et du bas à la longueur désirée, avec une scie à denture bien égale; ensuite on les nettoie en dehors le plus proprement possible avec un grattoir ou tout autre outil, et on les fend sur la longueur de leur courbe intérieure, ou selon la forme la plus avantageuse quelles présentent. Cètte opération achevée, on les jette dans une chaudière d’une construction particulière, remplie d’eau bouillante ; on les y laisse quelque temps, afin qu’elles se ramollissent et soient susceptibles de s’ouvrir, ce qui se fait au moyen de pinces propres à cet usage. Lorsque les cornes sont ouvertes, on les glisse promptement sous une presse dont la plaque est en fer, de 7 à 8 pouces de long sur 6 de large, dimensions ordinaires des cornes de France lorsqu’elles ont reçu la plus grande extension ; on passe sur la corne une seconde plaque de fer de même forme que la précédente, et on l’y assujettit avec un fort tasseau ; ensuite on serre la vis de la presse le plus fortement possible. On laisse refroidir la corne à volonté sous la presse, ou bien on la plonge toute chargée dans un baquet d’eau froide : ce dernier moyen est préférable, parce que la corne se dessèche moins; enfin on remet la presse sur l’établi à mouler, et on la desserre. La corne ainsi préparée pourra être placée dans la boîte au tranchant mécanique, qui est disposé pour la couper en feuilles minces.
- On emploie pour cette opération un banc en fer de 8 pieds de long sur i4 pouces de large hors d’œuvre, pomposé de deux jumelles semblables à celles d’un banc de tour, ayant 4 pouces d’équarrissage, fixées par cinq traverses, emboîtées à tenons et serrées par des écroux. Ces traverses, qui forment la boîte dans laquelle est disposé le plateau seront à 8 pouces de distance intérieurement ; les jumelles du banc auront 6 pouces d’écartement»
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- Le plateau tranchant glisse dans deux coulisseaux au moyen d’un tirant à crémaillère qu’un pignon fait aller et venir. Sous le bauc, est placé un fourneau portant une plaque de cuivre bien ajustée qui entre dans la boîte, et sur laquelle on place les cornes que l’on veut débiter en feuilles minces.
- Le fourneau, qui est mobile dans la boîte, communique une douce chaleur à la corne, et dispose le tranchant à passer sans résistance. On coupe la corne à l’aide d’un hérisson armé de vingt-quatre dents bien aigues, que l’on fait tourner, et qui détermine l’épaisseur des feuilles; une vis passant au centre des croisillons qui portent le fourneau , le fait monter et s’appuyer contre le plateau fixé au-dessus. A mesure que les feuilles sont coupées, on les charge d’un fort tasseau, de crainte qu’elles ne se tortillent.
- Le banc que nous venons de décrire est garni d’un second plateau en dessous, qui maintient la corne lorsque le tranchant se présente pour la couper; on met sur ce plateau des fe^s chauds pour entretenir la mollesse de la corne à mesure quelle se débite; on la voit alors passer par-dessus le tranchant et se recourber : c’est pourquoi l’auteur conseille de la placer sous un tasseau , afin de la maintenir bien égale.
- Il pense que cette machine pourrait servir aussi à diviser d’autres matières , telles que des cuirs épais, des semelles de liège , etc.
- Moyen de polir les feuilles de corne sans dressage ni frottement.
- On a des viroles de différentes dimensions et de hauteur convenable pour y placer douze feuilles de corne l’ime sur l’autre, séparées par des plaques de cuivre; on ajuste dans ces viroles deux fortes plaques et onze plus minces et bien polies , d’une ligne d’épaisseur : c’est avec ces plaques que l’on obtient le poli nécessaire aux feuilles, en les plaçant entre chacune d’elles. Lorsque ces moules sont chargés, on les serre sous une presse d’une construction particulière, dans laquelle on dispose des plaques chaudes, quoiqu’il soit préférable de plonger la presse toute chargée dans l’eau bouillante et ensuite dans l’eau froide. On obtient ainsi des feuilles parfaitement polies et bien égales, sur lesquelles il suffit de passer un peu de blanc d’Espagne avec la paume de la main ou un tampon de laine. Cette opération, qui n’est pas longue, a l’avantage de les sécher promptement.
- Procédé pour souder les feuilles de corne.
- Lorsqu’on veut avoir des feuilles de corne d’une très-grande dimension, il faut procédera l’opération delà soudure. On commence par faire bouillir la corne maintenue entre des tasseaux de bois, afin qu’elle ne se courbe point ; puis on la laisse refroidir avant de desserrer les tasseaux. On s’as*
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- sure de la hauteur du contour de l’assemblage, qui doit être apprêté en bec de flûte ou en biseau, et nettoyé avec un grattoir à tranchant vif; ensuite on assemble la soudure, qu’on maintient avec des fils serrés les uns contre les autres, afin qu’elle en soit entièrement couverte, ou, mieux encore, avec des bandes de papier qu’on colle en les croisant : ce dernier moyen est préférable, parce que, quand la soudure est achevée, il ne reste plus de marques ni d’empreintes; on indique sur ces bandes de papier la place de la soudure. Comme les formes des pièces exigent différentes manières de les apprêter, on abandonne ce soin à l’intelligence de l’ouvrier ; mais il faut toujours avoir l’attention de bien nettoyer la soudure , qui se fait communément à plat. Pour cette opération, on emploie des fers à palette , garnis en cuivre, que l’on fait chauffer au degré convenable; une chaleur lente et modérée est nécessaire, mais l’expérience seule peut indiquer celle qui est propre à produire une soudure parfaite. La pince à palettes étant chauffée, on passe la pièce entre les palettes et on les serre dans un étau ou sous une presse. On laisse refroidir la pince, puis on la retire et on la trempe dans l’eau froide. La pièce étant sortie d’entre la pince, on ragrée la soudure avec un grattoir à tranchant bien vif, en ayant soin de ne pas prendre à rebours la soudure tant qu’elle ne sera pas effleurée; dès qu’on aura atteint la surface de la corne, on pourra parcourir la feuille en tous sens. On adoucit la pièce avec de la pierre ponce bien fine, et on la polit ensuite avec du tripoli de Venise bien broyé et lavé.
- M. Houlet construit aussi des fourreaux d’épée en écaille, d’autres garnis intérieurement de baleine, qui sont très-souples et de la plus grande solidité. Il a exécuté pour M. Biennais, orfèvre de S. M. l’Empereur et Roi, un fourreau d’épée en écaille, incrusté en or, et d’un travail fini et très-précieux.
- Il existe en France plusieurs fabriques de cornes à lanternes pour les vaisseaux, dont les produits sont estimés; nous nous contenterons de citer celle de M. Tissot, petite rue de Reuilly, faubourg Saint-Antoine, et celle de MM. Charles Fleury et Charles Lefort, à Sainte-Geneviève, département de l’Oise. Voici les prix de cette dernière fabrique :
- Les feuillets de corne de 19 centimètres de long sur 16,25 centimètres de large (7 pouces sur 6), se vendent 65 francs le cent;
- Ceux de 16,s5 centimètres sur i3,5 centimètres, 5o francs;
- Enfin, ceux de i3,5 centimètres sur 10,53 centimètres, 4° francs les 100 feuilles.
- ARTS
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- ARTS CHIMIQUES.
- Extrait d’une notice sur le Pastel (Isatis finctoria), sa culture et les moyens d'en retirer l’indigo ) par Aï. de Puymaurin.
- L’art de soumettre le pastel à la fermentation et de teindre les étoffes avec ce qu’on nomme aujourd’hui la cuve de pastel, était connu des anciens. On se plaignait même qu’avec la craie colorée par la matière bleue retirée des fleurées de la cuve, on contrefaisait l’indigo, alors très-rare, et qui était réservé à l’usage des peintres.
- Le pastel était cultivé dans toutes lés contrées de l’Europe, mais la force et la quantité de son principe colorant différaient comme les sols et le climat où il était recueilli. Celui des environs de Toulouse, du Lauraguais, qui répond aux départemens du Tarn, de la Haute-Garonne, et à la partie occi-dentaledu département de l’Aude, était regardé comme le meilleur. Olivier de Serres nous donne des détails précieux sur le cas qu’on faisait dans le XVIe. siècle du pastel recueilli dans les environs de Toulouse. Il nous apprend que de son temps le pastel seul était employé pour teindre en diverses couleurs et: en bleu les draps et les étoffes de laine , dont s’ha* billaient les principaux bourgeois, comme les fastueux courtisans de François Ier., de Henri III, et des autres souverains connus par leur luxe et leur munificence. ,
- La bonne qualité du pastel du Lauraguais lui avait procuré la préférence dans tous les marchés de l’Europe, même dans le pays où on le cultivait en grand. L’état de guerre où étaient les contrées avec la France ne paralysait point ce commerce. Le roi Henri II permit l’exportation du pastel ; les Anglais et les Flamands, qui fabriquaient alors le plus de draps, étaient obligés de venir chercher celui que leur sol ne pouvait leur fournir, avec leurs vaisseaux désarmés , au milieu de la guerre la plus vive. Ce commerce attirait dans le Toulousain le numéraire du reste de l’Europe, et malgré les guerres étrangères et les premières guerres de religion, le commerce du pastel en coque ou cocagne avait tellement enrichi les habitans du Languedoc, que pour désigner un pays riche et abondant, on l’appelait un pays de Cocagne.
- Ce fut au commencement du XVIIe. siècle que l’indigo fut employé dans les teintures en laine par des teinturiers lyonnais. Comme on ne connaissait pas encore l’art de l’allier au pastel par une fermentation commune, les teintures quils obtinrent n’eurent aucune solidité. Henri IV défendit, sous Neuvième année. Septembre 1810. G g
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- peine de mort, d’employer l’indigo; l’Allemagne, l’Angleterre et la Hollande l’imitèrent, et par-tout cette substance fut prohibée.
- Peu-à-peu l’usage de l’indigo prévalut ; son emploi plus aisé et plus productif ; la beauté de la couleur que l’on obtenait, sa solidité par son alliance avec le pastel; l’épargne du temps , du combustible; peut-être même l’empire de la mode, toutes ces circonstances se réunirent pour faire perdre au pastel le premier rang dans les drogues de teinture.
- Le pastel ne servant plus dès-lors que d’excipient pour dégager et donner de la solidité à la couleur de l’indigo, celui du Nord put servir à cet usage comme celui du Lauraguais, et on ne rechercha plus ce dernier. La facilité de l’emploi de l’indigo fut cause que, ne se servant plus du pastel seul, on perdit de vue les procédés des anciens, que l’expérience de plusieurs siècles avait consacrés, pour en retirer de belles nuances ; et dans ce moment peut-être n’existe-t-il pas un seul teinturier qui sache obtenir du pastel seul une belle couleur bleue bien unie.
- L’usage de cette plante tinctoriale étant entièrement discrédité, son prix baissa, et avec lui diminuèrent aussi les précautions prises pour la cueillette de ses feuilles, pour graduer les fermentations propres à développer son principe colorant. L’avilissement du prix entraînant celui de la denrée , les propriétaires mêlèrent indifféremment toutes les récoltes, commirent même dans ce mélange des fautes punissables , et les milliers de balles de pastel, qui rendaient tributaires de notre agriculture le reste de l’Europe, sont remplacés aujourd’hui par 3ooo quintaux de cette substance, que l’on recueille encore dans le département du Tarn, et dont la conservation et la culture sont dues au zèle et aux soins de M. Philippe Boyer, d’Alby, qui fait ce commerce de père en fils avec la plus grande fidélité et exactitude.
- Le prix du quintal, qui est de quatre-vingts livres poids de marc, est de 22 francs. Depuis 5o ans, il a varié de 16 à 36 francs: pendant les 18 ans qui viennent de s’écouler, il n’a pas été au-dessous de 27 francs.
- M. Green, en Autriche, a retiré trois livres d’indigo par quintal d’un pastel bien inférieur en qualité à celui du Lauraguais. Cet indigo, il est vrai, n’est pas d’une couleur aussi belle que celui d’Amérique; mais M. le sénateur Chaptal, par un procédé particulier et très-facile à pratiquer, lui a donné la couleur la plus brillante et l’apparence la plus flatteuse; il ne s’agit que de le laver dans de l’acide muriatique extrêmement affaibli par son mélange avec l’eau.
- M. de Puymaurin, pour faciliter les moyens de cultiver avec succès le pastel, a réuni, dans sa notice, aux observations extraites de plusieurs traités français sur l’agriculture, les préceptes de culture de différens auteurs an-
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- gîais et italiens; il indique les différens procédés employés pour la fabrication de l’indigo, pour le retirer du pastel, et il y a joint une analyse du pastel par M. Chevreuil qui, en faisant connaître les principes contenus dans ce végétal , facilite les moyens d’en développer la partie colorante* Nous allons suivre l’auteur dans ces détails intéressans, en les abrégeant autant que le comportent les bornes de notre journal.
- i °. De la culture et de la récolte du pastel.
- On doit porter la plus grande attention à la qualité de la terre destinée à être semée en pastel. D’après les observations faites dans l’Albigeois, dans le Lauraguais, en Angleterre, en Allemagne, à Florence et en Italie, on doit préférer , pour la culture de cette plante , les terres de bonne qualité, mêlées de petit gravier et de petites pierres calcaires, ayant de la profondeur, parce que la racine du pastel pivote ; il faut que ces terres soient exposées au soleil et dépourvues d’arbres. Si la couche inférieure était d’un sable noir, susceptible de recevoir l’humidité sans la retenir trop fortement, le pastel y réussirait parfaitement. Dans le département du Calvados et en Angleterre, on le cultive dans des lieux exposés aux vapeurs qui s’élèvent de la mer. Dans ce dernier pays, la culture du pastel est très-florissante , malgré la concurrence des indigos des deux Indes, parce que cette plante y est non-seulement destinée à la teinture, mais aussi comme mordant pour l’impression des toiles, usage auquel jusqu’à présent on 11e l’a pas employée en France.
- On ne doit jamais semer le pastel dans des terres compactes et froides, et qui retiennent l’humidité; il ne saurait y prospérer.
- Les défrichemens des pacages et des prairies artificielles dans les terres qui réunissent les qualités ci-dessus exigées sont très-propres à la culture de cette plante. Il faut défricher ces terres au mois de novembre, faire des sillons très-profonds, ayant soin d’enterrer les mottes de gazon pour les faire pourrir. On doit leur donner cinq labours, en retirer avec soin toutes les mottes et les racines non consommées, y passer la herse au moins deux fois, et l’ameublir comme une terre de jardin. On enterre ordinairement la semence avec la herse.
- On sème le pastel de deux manières : à la volée, assez épais, sur des planches de 4 pieds de large, séparées par des rigoles , pour faire écouler les eaux, ou en plaçant les graines sur deux rangs, comme on sème les épinards. Ou ne doit pas semer sur trois rangs, parce que l’on a observé que les feuilles des plantes du milieu , n’ayant pas assez d’air et de nourri-»
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- ture, s’étiolent et donnent peu ou point de récoltes. On garde delà graine en réserve, qu’on sème dans de petits trous, pour remplacer celle qui n’est pas poussée. '
- On distingue deux espèces de graine de pastel, l’une violette, l’autre jaune. On doit préférer la première, la seconde ne produisant qu’un pastel de qualité inférieure; ses feuilles velues se chargent de terre et altèrent entièrement la qualité et le poids de la pâte du pastel où elles sont mêlées. Pour obtenir cette graine,après la seconde récolte de la deuxième année, on ne retranche point les feuilles aux plantes destinées pour graine; elles poussent des tiges élevées, qui portent des fleurs jaunes; la graine qu’elles produisent n’est mûre qu’au mois de juin suivant. On connaît sa maturité quand elle noircit et qu’elle tombe d’elle-même.
- L’époque à laquelle on sème le pastel est ordinairement au commencement de février en Angleterre ; dans le midi de la France et en Italie, à la fin de la lune de mars et en automne : ces différences de procédés tiennent à celle des climats.
- Le pastel paraît plus ou moins promptement, en général, au bout de dix à douze jours. Les uns mettent la graine tremper dans l’eau , la veille du jour où on doit la semer; d’autres la jettent sur la neige, qui, en se fondant, enterre la graine ; d’autres sèment avant une petite pluie.
- Le pastel, dans les premiers jours, a l’apparence de la synoglosse; mais au bout d’un mois ou six semaines il a acquis de la force et de la vigueur ; il jette cinq ou six feuilles, qui s’élèvent : c’est alors le temps de le sarcler à la main et d’arracher les plantes parasites , les pieds du pastel trop multipliés, et sur-tout le pastel-bourdaigne, dont le mélange est si funeste à la pâte du vrai pastel.
- Après avoir sarclé cette plante, on la chausse avec de la terre meuble, afin que ses racines puissent participer aux influences salutaires de l’atmo* sphère. On répète cette opération aussi souvent qu’il est possible, jusqu’à la récolte; on arrache avec soin tous les rejetons que les racines^ blessées par la pointe de l’outil auraient pu produire.
- En semant le pastel comme des épinards, on le sarcle plus facilement; on diminue le nombre des pieds de manière à ne pas les laisser vis-à-vis l’un de l’autre, et d’établir entre chacun six à huit pouces de distance. En diminuant le nombre des pieds, on ne diminue pas la récolte , parce que les plantes, ayant plus d’espace entre elles, donnent des feuilles en plus grand nombre et plus fortes que ne le feraient plusieurs plantes réunies, qui languissent faute d’air et de nourriture. On doit répéter ces sarclages aussi long-temps qu’il sera possible, jusqu a dix ou douze fois avant la récolte.
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- On doit veiller avec soin à l’époque de la maturité du pastel, parce que, si l’on attend trop long-temps, les feuilles se chargent de taches jaunes, qui prouvent que la qualité de leur suc est altérée, et qu’il a perdu son principe colorant : c’est de cette vigilance que dépend le succès de la culture. On ne doit pas faire la récolte le même jour, parce que les feuilles supérieures n’ont pas acquis autant de maturité que celles inférieures; en mûrissant, ces feuilles s’affaissent.
- Les signes de la maturité varient, comme le climat des pays où on cultive le pastel; en Angleterre et dans le Nord, on reconnaît la maturité de cette plante quand sa feuille est affaissée dans toute sa largeur, et que sa couleur verte bleuâtre se change en vert pâle; en Allemagne, à l’affaissement des feuilles et à leur odeur forte et pénétrante; en Toscane, on met une feuille de pastel dans un linge , on l’exprime fortement, on examine si elle donne beaucoup de suc et quelle est sa couleur; dans la campagne de Rome, on reconnaît que la feuille est mûre quand elle commence à blanchir ; dans le midi de la France au contraire, ce signe serait trompeur, caria feuille du pastel ne blanchit que lorsqu’elle a été surprise par le brouillard : on reconnaît sa maturité à une nuance violette qui se manifeste sur ses bords après qu’elle s’est affaissée.
- On ramasse le pastel à la main comme les épinards, ayant soin de ne pas blesser le collet de la racine, qui doit donner de nouvelles feuilles. On doit faire cette opération par un temps serein, et avec un soleil assez fort pour faire rendre aux feuilles exposées à son action une humidité nuisible à la fabrication et à la conservation du pastel. Il faut avoir soin de séparer les feuilles des plantes étrangères, et sur-tout du pastel-bourdaigne, qui aurait échappé au sarclage, et les feuilles du véritable pastel altérées par le brouillard ou qui auraient des taches jaunes.
- L?. chaleur plus ou moins forte de la saison décide de l’intervalle qui a lieu entre les différentes récoltes : elle est ordinairement de 3o à 35 jours. On a soin , après la récolte, de biner la terre auprès des pieds du pastel et de sarcler exactement. On peut faire trois récoltes de pastel de bonne qualité. En Toscane, la troisième est la plus estimée; la quatrième récolte est inférieure en qualité , et on doit la mettre à part.
- Dans le midi de la France et en Italie, on ramasse la feuille du pastel après le mois de septembre et jusqu a la fin de novembre. Cette feuille paraît vigoureuse ; mais étant arrosée par les pluies froides de la saison, l’humidité surabondante altère sa substance; si l’on tâte une de ces feuilles ramassées pendant,l’été, on la trouve gonflée et pleine de suc; celle de l’automne est molle et ne résiste point à la pression. La pâte de pastel que l’on
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- fabrique avec les dernières feuilles est pleine de filamens et de parties fibreuses. Il est des cultivateurs qui, la dernière année de la récolte du pastel, ajoutent à ces feuilles le collet de la racine avec la terre qui l’accompagne, et portent le tout au moulin. Cette fraude, due à la mauvaise foi et à l’avidité des cultivateurs, mérite toute la sévérité des lois, parce qu’en trompant le consommateur en lui vendant une pâte sans principe colorant , ils portent un coup funeste à la réputation et à la culture d’une plante aussi précieuse que le pastel.
- a°. Préparation de la pâte du pastel.
- Lorsqu’on a ramassé les feuilles du pastel avec les précautions ci-dessus recommandées, on les porte aux moulins, qui sont semblables à ceux ou où l’on fait l’huile de noix, et dont, par conséquent, il est inutile de donner la description.
- On broie les feuilles sous la meule et on en forme des masses qui, dans le midi delà France, ont depuis 3 jusqu’à 5 pieds de longueur. En Italie, on les fait un peu fourchues en dos d’âne; on laisse ces masses à l’air et au soleil fermenter pendant deux jours, après lequel temps on les repétrit. On a le soin , dans les intervalles, d’unir la croûte supérieure, de la mouiller avec de l’urine ou du suc de pastel qui a été exprimé sous la meule, ou avec de l’eau ; on ferme exactement les fentes, parce que la fermentation intérieure diminuerait, et qu’il se formerait des vers qui détruiraient le pastel.
- On laisse ces masses ainsi exposées à l’air nuit et jour; s’il pleut, on les couvre ; on en fait de même si le soleil est trop ardent. Au bout d’un mois , on les porte au moulin, où on les passe encore sous la meule, et on en forme, sur un moule creux en bois de forme conique, des pains coniques de 5 pouces de diamètre sur io de hauteur, ces pains pesant environ 3 livres. Dans le midi de la France, ils ne pèsent qu’une livre : on les nomme coques, mot du pays, qui signifie gâteaux. On les place sur des claies élevées de 3 pieds au-dessus du sol, dans un lieu sec et aéré. Les bonnes pelotes ou coques se distinguent, parce qu’elles ont l’intérieur violet et d’une odeur assez agréable. Celles qui sont altérées, parce que le pastel a été cueilli pendant la pluie, ont l’intérieur d’une couleur terreuse et de mauvaise odeur ; les éventées et les pourries ont perdu leur substance et sont légères : c’est là que finissent les travaux du cultivateur. Quand ces cônes sont secs, il les vend, à la fin de décembre, au négociant en gros, qui doit leur faire subir une nouvelle fermentation avant de les livrer aux teinturiers,
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- Pour faire cette dernière opération, il est nécessaire de travailler sur une très-grande quantité de pastel; Astruc indique ioo milliers de pelotes pesant une livre chacune; les agronomes italiens n’indiquent pas la quantité.
- La fermentation augmentant de force en raison de la masse des matières qui y sont exposées, celle que subit de nouveau le pastel achève d’en perfectionner la pâte.
- On porte les pains coniques ou coques dans un magasin assez grand pour en contenir une double quantité, afin de pouvoir faire les opérations subséquentes.
- On brise ces pains à coups de hache, et on place les débris en lits de 3 à 4 pieds de haut, ayant une légère inclinaison; on jette sur ces lits ainsi disposés de l’eau en suffisante quantité, ou du vin bon ou mauvais, pourvu qu’il ne soit pas aigre; car le vinaigre arrêterait la fermentation et détruirait la couleur ; d’autres y jettent ce qui coule du marc de vendange.
- L’expérience apprend la quantité de liquide qu’il faut jeter pour exciter la fermentation ; elle donne une chaleur égale à celle de la chaux en pierres que l’on éteint : cette fermentation extraordinaire achève de détruire les parties étrangères, qui altéreraient la couleur bleue du pastel et l’empêcheraient de se dégager.
- Au bout de huit jours, on renverse ces tas et on les arrange de nouveau, de manière à placer la couche supérieure en dessous; on les arrose de nouveau pour exciter la même fermentation; cinq ou six jours après, on les défait encore, et on les remue tous les jours pendant un mois; ensuite, de deux jours l’un ; on met plus de distance entre ces opérations, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que le pastel est entièrement refroidi; il est alors propre à l’usage des teinturiers : si on le garde en magasin, il faut le remuer de temps en temps , comme on le fait pour le blé. A mesure qu’il veillit, il augmente de qualité, parce que la fermentation insensible a débarrassé la partie colorante des principes étrangers dont elle était enveloppée.
- Le pastel, dans cet état, est livré aux teinturiers : c’est avec lui qu’ils montent ce qu’on appelle la cuve de pastel, dont la conduite exige beaucoup detalens, et l’explication des phénomènes qu’elle présente, les connaissances les plus étendues.
- Il existe cependant dans l’Empire français des cultivateurs qui ont de tout temps cultivé le pastel, et qui, sans aucune connaissance préliminaire de la teinture, teignent avec ses feuilles les étoffes grossières qu’ils tissent avec la laine de leurs troupeaux.
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- Les paysans de l’île de Corfou cultivent le pastel sur des terrains fertiles et pas trop compactes ; ils l’emploient pour teindre les étoffes destinées à leur usage et à celui de leurs femmes. Yoici le procédé très-simple et très-économique qu’ils suivent :
- Quand la plante est en fleur au mois de juin, ils coupent les feuilles, dont ils enlèvent avec soin les tiges et les côtes. On pile ces feuilles, ainsi triées dans un mortier, ou on les écrase entre deux pierres bien unies; on fait sécher cette pâte avec précaution au soleil, et chaque ménage en garde sa provision. .
- Lorsqu’ils veulent teindre les serges qu’ils fabriquent avec la laine de . leurs troupeaux, ils mettent cette pâte dans un baquet, et l’arrosent avec de l’eau ; peu-à-peu le mélange s’échauffe et fermente vivement ; ils y ajoutent alors au fur et à mesure de l’eau et de la lessive de cendres affaiblie : plus forte, elle détruirait le tissu de la laine. La fermentation augmente au point que la dissolution acquiert tous les caractères de la putréfaction; elle exhale une odeur infecte, et si on la laisse reposer, il s’y engendre des vers : l’expérience a appris que c’était le moment où la teinture a le plus de force. On plonge dans cette dissolution les étoffes que l’on veut teindre; ou les y laisse huit jours pour leur donner le temps de prendre une couleur égale, qui est ordinairement un bleu turquin, qui ne change jamais. Cette couleur est pour les paysannes de nie un objet de luxe, à cause du prix du pastel, qui vaut 5 francs de notre monnaie par mesure de 5o livres pesant. •
- Ce procédé nous offre plusieurs circonstances intéressantes : la première, c’est le retranchement des parties fibreuses des feuilles du pastel; la seconde, c’est l’emploi de la lessive alcaline pour dégager la couleur : nos teinturiers emploient la chaux éteinte et pulvérisée; la troisième, c’est qu’à Corfou on saisit le moment où la dissolution du pastel est presque en putréfaction pour teindre les serges , tandis que, lorsque les cuves de pastel avec indigo ont cette odeur nauséabonde, elles ne donnent plus de fleurée ni de couleur; elles sont ce qu’on appelle rebutées, et on ne peut les guérir qu’en y jetant de la chaux en poudre , qui arrête la putréfaction et rétablit le dégagement du principe colorant ; la quatrième, c’est la teinture des étoffes sans avoir été dégraissées. Les expériences de M. Roard ont démontré que la laine en suint non-seulement acquérait une très-belle couleur bleue , mais qu’elle conservait beaucoup plus de douceur au toucher que la même laine dégraissée teinte dans la même cuve.
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- ... En suivant cette méthode, on pourrait teindre les draps pour habiller les troupes en bleu très-foncé sans employer de l’indigo; il s’agirait seulement
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- lement de teindre le drap,qui aurait le pied de bleu du seul pastel, dans un bouillon de bois de Campêche et de sulfate de cuivre et alun , sur lequel on verserait de la dissolution d’étain : ce moyen a été employé en grand, en 1793 et années suivantes, pour teindre en bleu de roi foncé les draps qui avaient eu un pied de bleu céleste un peu foncé à la cuve du pastel-indigo; non-seulement cette couleur est solide et ne déteint point, mais elle pénètre l’intérieur du drap, qui ne conserve point la tranche blanche comme le font les draps teints en pièce; on les dégorgeait ensuite au foulon. Il en a été teint de cette manière de mille à quinze cents pièces ? et il n’y a jamais eu de plaintes sur leur usage: la couleur n’avait pas la vivacité et le brillant de celle obtenue par la cuve de pastel et indigo ; mais l’intérieur du drap étant pénétré, il ne blanchissait jamais par l’usage, comme il arrive aux draps teints en pièce, qui ont conservé la tranche blanche dans l’intérieur.
- 3°. De l’extraction de l’indigo contenu dans le pastel.
- L’indigo étant nécessaire à tous les genres de teintures, sa vente sera indéfinie et assurée, tandis que celle du pastel est nécessairement bornée aux besoins des guesderons , teinturiers en laine. Il est aisé de démontrer l’augmentation du revenu du propriétaire qui cultivera le pastel ; il faut au moins 3 quintaux de pastel en herbe pour produire un quintal de pastel en coques d’un quintal de pastel inférieur, et sous un ciel d’une température inégale et variée. Greene a obtenu 3 livres d’indigo sous le beau ciel du Languedoc; traitant un pastel supérieur en qualité, on doit obtenir au moins le même résultat. Le quintal de pastel en coques se vend 22 francs ; 9 livres d’indigo , retirées de 3 quintaux de pastel en herbe, équivalant à un quintal de coques , vaudront au moins 6 francs la livre, c’est-à-dire 54 francs en temps de paix , et en concurrence avec l’indigo étranger. Dans les circonstances actuelles, le produit de cette vente serait double, et les revenus des propriétaires quadruples.
- M. Chevreuil dans l’analyse comparative qu’il a faite de l’anil-indigo et du pastel isatis, a trouvé dans ces deux plantes une matière animale, une matière verte, de la cire et de l’indigo ; il le trouva dans le pastel existant également dans le suc, dans la matière verte et dans la partie fibreuse ; mais cette substance colorante ne paraît, comme dans l’anil, que lorsque la fermentation la sépare des principes étrangers qui l’enveloppent.
- Le savant Astruc a pressenti l’avantage que pourrait retirer un jour sa patrie de l’extraction de l’indigo du pastel : il nous annonce qu’il avait réussi à en retirer une fécule bleue abondante; il fit des expériences sur cet in-
- Neuvième année. Septembre j8jo. H h
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- digo, qtn lui donnèrent les plus heureux résultats. Il pense qu’en préparant le pastel comme l’indigo, les couleurs que l’on en obtiendrait réuniraient le brillant éclat et la vivacité des couleurs de l’indigo ordinaire à la solidité du pastel.
- Hellot a invité les chimistes à s’occuper de cette extraction, et Dam-bourney a répondu à son appel. Il plaça dans un baquet à moitié rempli d’eau 5o livres de guède fraîche, pastel de Normandie; par la fermentation, il en obtint 8 onces d’indigo ; les fermentations s’opérant sur les plus grandes masses avec plus de perfection que sur les petites, il n’est pas douteux que si Dambourney eût opéré sur une masse de guède plus considérable , il aurait obtenu proportionnellement une plus grande quantité d’indigo. ,
- Ce savant, après avoir renoncé à l’usage du prussiate de potasse pour la précipitation, a employé, comme les habitans de Corfou, la lessive de potasse; s’il s’était servi comme eux de cette lessive faible au lieu d’employer la potasse caustique, il aurait obtenu une plus grande quantité d’indigo, parce que, dans l’état de division où se trouvait l’indigo, il a dû être dissous facilement par la potasse caustique; l’expérience lui apprit qu’il ne fallait employer la potasse qu’au moment où la fermentation était bien développée et la liqueur bien colorée : autrement la potasse arrêtait la fermentation, les feuilles se pourrissaient sans donner un atome d’indigo..
- Dambourney essaya cet indigo dans une cuve de guesderon ; il le fit dissoudre par l’acide sulfurique: ces différentes dissolutions donnèrent aux étoffes de laine une belle couleur bleue de la plus grande solidité.
- Il n’a pas essayé de précipiter la fécule colorante de Yisatis par l’eau de chaux : c’est ce qu’a fait avec succès M. Greene, qui avait établi en Allemagne une fabrique d’indigo retiré du pastel. Yoici son procédé :
- On prend des feuilles sèches de pastel, qu’on lave dans une cuve de forme oblongue, remplie à-peu-près aux trois quarts; pour éviter qu’elles ne surnagent, on assujettit des pièces de bois en travers; on verse sur ces feuilles assez d’eau fraîche pour les recouvrir entièrement, et on place le vase à une chaleur modérée. Il se forme , suivant la température de l’atmosphère, en plus ou moins de temps, une écume copieuse à la surface de l’eau, qui indiqué le commencement de la fermentation ; la surface se couvre peu-à-peu en entier d’une pellicule bleue, qui présente à l’œil des nuances de couleur de cuivre. Lorsqu’il y a une certaine quantité de cette écume, on soutire la liqueur, qui se trouve teinte en vert foncé, dans une autre cuve oblongue, par un robinet placé immédiatement au-dessus de son fond,
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- ou bien l’on puise l’eau pour la verser dans l’autre cuve. Dans l’un et l’autre cas , il est nécessaire de faire couler l’eau par une toile dans l’autre vase, pour séparer les ordures ou les petites portions de feuilles qui pourraient passer; on lave les feuilles avec un peu d’eau froide, pour détacher les portions de peau colorée qui pourraient s’y être attachées, et on mêle cette eau de lavage avec celle qu’on a soutirée; cela fait, on verse dans la liqueur de pastel fermentée de l’eau de chaux, à raison de 2 ou 3 livres sur io livres de feuilles, et l’on agite fortement pendant quelque temps cette liqueur, pour faciliter la séparation de l’indigo, qui se dépose par le repos.
- Pour savoir si on a continué pendant assez de temps l’agitation, on prend une portion de la liqueur jaunâtre claire dans une bouteille ordinaire, et on essaie si, en l’agitant fortement, il se sépare encore du bleu, et dans ce cas, on agite encore la liqueur. Lorsqu’enfin tout l’indigo est séparé et est déposé, on soutire l’eau claire par un robinet placé à quelque distance au-dessus du fond de la cuve, ou au moyen du siphon, ce qu’on doit faire, Sians perdre de temps. *
- Pour faciliter la séparation de l’eau , on peut incliner la cuve du côté du robinet ; dès qu’on a cessé de remuer l’eau, on verse la couleur bleue qui reste dans des filtres coniques de toile de lin ; mais comme dans le commencement il passe toujours de la couleur, on doit la recevoir dans un vase qu’on place dessous, et la réserver dans le filtre jusqu’à ce que l’eau en soit claire. On étend l’indigo contenu dans les filtres d’une suffisante quantité d’eau, et on le fait sécher à l’ombre ou à une légère chaleur artificielle, ayant soin de le couvrir.
- On obtient de l’indigo sans l’addition de l’eau de chaux, mais beaucoup moins ; si on ajoute une plus grande quantité d’eau de chaux , on augmente, il est vrai, la quantité de l’indigo, mais il devient d’une qualité inférieure , parce que le superflu de la terre calcaire s’unit à l’indigo. Les sels alcalins facilitent aussi la séparation de la couleur bleue ; mais il n’est pas avantageux de les employer, parce qu’ensuite ils en dissolvent une partie. Par l’addition d’un acide, il ne se fait point de précipité.
- Il faut qu’il s’écoule un certain temps avant de pouvoir soutirer l’eau qui a fermenté avec les feuilles de pastel; si on la soutire trop tôt, on n’obtient que peu d’indigo; si au contraire on laisse les feuilles trop long-temps en infusion avec l’eau, elles entrent facilement en putréfaction, en répandant une odeur putride et volatile qui leur est propre, et dès-lors on n’en peut plus séparer de précipité, et l’eau reste constamment verte. Il en est de meme de 1 eau soutirée , si on l’abandonne, et même lorsque l’indigo s’est
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- déjà séparé de la liqueur, on doit éviter que cette dernière entre en putréfaction, si l’on ne veut pas perdre l’indigo entièrement, ou du moins en partie. On ne doit cependant pas trop se hâter de faire passer l’eau dans la cuve, où on doit l’agiter à la première apparence de peau bleue, puisque c’est dans ce moment que l’eau se charge le plus d’indigo. Quand le degré de chaleur de l’atmosphère est considérable, la fermentation s’établit promptement, et souvent i5 à 18 heures suffisent : c’est alors sur-tout qu’il faut être bien attentif, pour ne pas la laisser passer à une putréfaction totale. Si la chaleur de l’atmosphère est trop faible, on n’aperçoit ni beaucoup d’écume, ni pellicule bleue; mais la liqueur penche insensiblement à la putréfaction sans présenter des phénomènes biens marqués avant quelle commence.
- Les plantes pelées ou leur suc entrent plus vite en fermentation ; mais elles ne fournissent qu’un bleu sale.
- Il faut sécher à l’ombre l’indigo tiré du pastel, parce que le soleil détruit sa couleur.
- M. Greene a réussi à retirer l’indigo en Autriche, où les chaleurs pendant l’été ne sont pas aussi constantes que celles du midi de l’Empire. Il avait à craindre- que la fermentation ne s’arrêtât au moment de sa plus grande force, à cause des variations continuelles de l’atmosphère. Dans le midi de l’Europe, depuis le mois de juin jusqu’au milieu du mois d’août, des nuages, des brouillards, voilent rarement le soleil; les chaleurs constantes qui y régnent sont aussi favorables à la fermentation qu’elles sont fatigantes pour ses habitans. Dans ces trois mois, la température est ordinairement de 18 à a5 et 28 degrés Réaumur; pendant la nuit, le thermomètre marque 12, 14 7 18 et même 20 degrés : ce sont ces époques que l’on doit choisir pour faire fermenter le pastel, qui est alors au moment de sa maturité. Nul doute alors de la réussite de l’extraction de l’indigo, et les habitans du midi de l’Empire auront sur ceux de l’Allemagne l’avantage inappréciable d’employer ui\ isatis plus abondant en indigo sous une température constamment favorable aux opérations nécessaires pour l’obtenir. , ^
- (La suite au Numéro prochain.)
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- Rapport fait par M. Gillet-Laurnont ? au nom d’une Com~ mission spèciale ? sur les Cuivres laminés et sur les feuilles de zinc fabriquées par M. Gédéon de Contamine.
- M. Gédéon de Contamine, propriétaire d’une usine à cuivre établie àFro-melennes, près Givet, département des Ardennes, jaloux d’obtenir le suffrage de la Société relativement à sa manufacture, vient de lui envoyer le double d’un procès-verbal rédigé par M. Mathieu, ingénieur en chef des mines, au commencement de cette année, et dressé par ordre du Ministre de l’intérieur, à l’effet de constater l’état de cette usine.
- Cet établissement naissant, qui promet déjà beaucoup et vient d’étre cité honorablement dans le rapport du Jury pour la distribution des prix décennaux, est composé d’une fonderie, ou l’on réduit le cuivre rouge, le cuivre jaune* et le zinc en plaques, et d’une manufacture contenant les laminoirs, les batteries et la trèfilerie, où l’on prépare ces métaux pour les besoins de la marine et du commerce.
- La fonderie, placée à Givet, sur les bords de la Meuse, reçoit par cette rivière le cuivre, la mitraille , la houille, la calamine et le charbon de bois dont elle a besoin.
- On y suit les memes procédés qu’à Namur et à Stolberg pour la fabrication du laiton ou cuivre jaune; mais on n’y emploie que de la calamine de la Vieille-Montagne, département de l’Ourthe, renommée pour sa pureté : le mélange le plus ordinaire se compose de 2 5 parties de cuivre rosette, 25 de cuivre jaune en mitraille, 45 de calamine et 5o de charbon de bois pulvérisé : on en obtient 75 parties de laiton.
- Il n’y a actuellement que trois fourneaux en activité, qui produisent 225 kilogrammes de laiton en vingt-quatre heures; mais M. de Contamine vient d’augmenter la grandeur de ses creusets; il prépare 3oo kilogrammes de matières par jour, et espère en obtenir 600 lorsque ses six fourneaux seront en activité.
- Les cuivres, fondus dans des moules formés en granit, sont transportés à la manufacture de Fromelennes, située à un kilomètre au sud -"ouest de Givet,sur la rivière de Houille, et composée de trois parties distinctes : au milieu est la laminerie, à droite la trèfilerie, à gauche les batteries et martinets. Un vaste bassin alimente sans interruption deux roues hydrauliques, qui, parleurs bonnes dispositions, suffisent à tout le service, et font mouvoir trois laminoirs en fonte de fer de Suède parfaitement unis, dont up d’une très-grande dimension, qui servent à étendre les plaques de cuivre jaune et celles de cuivre rouge. , - • .
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- Les batteries où l’on travaille les fonds des chaudières, les chaudrons et autres ustensiles, sont composées de six marteaux ou martinets qui frappent jusqua cent quatre-vingts coups par minute. ,
- La tréfilerie contient seize tenailles, la plupart agissant par reprises successives , dont quatorze sont en activité ; une seule manivelle, formant plusieurs coudes, fait agir ces tenailles, et comme la vitesse doit augmenter suivant la finesse et la ductilité des fils, la longueur des coudes delà manivelle augmente dans la même proportion. L’auteur ne prépare que des fils ternes, et se sert, pour tirer les fils fins, de tambours garnis d’une tenaille prenant une seule fois le fil, qui s’enroule ensuite sur le tambour.
- Pour recuire les diverses matières que l’on prépare dans cette manufacture, M. de Contamine a adopté un procédé économique et très-différent de celui que l’on suit généralement à Stolberg et dans quelques fabriques de Namur, où l’on recuit à l’air libre ou sous de vastes cheminées les pla^hes de cuivre , les chaudières et les fils. * V
- A Fromelennes, sept fours sont destinés à cet usage ; un de plus de 7 mètres de longueur est employé à recuire les bandes de laiton qui doivent passer à la tréfilerie ; un autre, de forme ronde, sert à recuire les fils ; deux à réverbère, chauffés à la houille, sont destinés aux plaques de cuivre rouge pour le doublage des vaisseaux ; trois autres, chauffés au bois, servent à donner le recuit aux plaques de cuivre jaune, aux panneaux des chaudières et aux chaudrons,
- M. de Contamine a beaucoup diminué les frais de main-d’œuvre en faisant construire des chariots à quatre roues en fonte de fer, portés sur des bandes de même nature posées de champ, sun lesquelles ils roulent; à l’aide d’une chaîne qui s’enroule sur un cylindre, un seul ouvrier introduit dans le four ou en retire des masses , qui exigeraient sans cela sept à huit ouvriers pour être enlevées , et qui ne le seraient pas toujours au moment convenable; enfin, on ne consomme dans ces fours à recuire le laiton que le cinquième du bois que l’on brûle pour la même opération à Stolberg.
- Il paraît, d’après le procès-verbal dont nous venons de présenter l’extrait, que M. de Contamine a fait beaucoup de dépensés à Fromelennes, et est parvenu à y former un vaste établissement extrêmement utile à la guerre, à la marine, au commerce et aux arts. * ♦
- La Société pourra se convaincre de la beauté et de la bonne qualité des produits obtenus par cet habile manufacturier, en examinant les échantillons qu’il lui présente, lesquels consistent en cuivres rouges laminés, pour le doublage des vaisseaux de ligne et des corvettes, d’un peu moins
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- d’un millimètre d’épaisseur; en cuivre jaune, dont une planche très-unie, destinée pour les instrumens à vent (objet difficile à fabriquer), d’environ un tiers de millimètre d’épaisseur (i); une autre feuille d’environ un cinquième de millimètre, destinée à être estampée ; enfin, en une planche de zinc pour la couverture des édifices, d’un millimètre d’épaisseur sur i3 décimètres carrés (formant 16 pieds carrés, ancienne mesure) et pesant livres; ce qui ne fait qu’une livre et demie par pied carré : une pareille planche est déposée au Conservatoire des arts , et doit y servir à constater les effets que les vicissitudes de l’atmosphère pourront y produire comparativement avec des couvertures en plomb et en cuivre. .
- Yos commissaires pensent que ce bel établissement, placé au nord de la France, mérite une mention particulière dans le Bulletin de la Société, non-seulement pour Y économie dans la main-d’œuvre et les perfectionnemens que l’auteur y a apportés, mais aussi à raison de la grande utilité dont il peut être pour le port d’Anvers et pour tous nos nouveaux ports de la Hollande.
- Signé Gillet-Laumont , rapporteur.
- Adopté en séance, le 28 août 1810.
- AGRICULTURE.
- Suite de Vextrait d’un Mémoire de M. Gaujac, propriétaire-cultivateur à Dagny, près Coulommiers (Seine-et-Marne) ? sur la culture comparée des plantes oléagineuses (2).
- Chou frangé de Dantzick ( brassica crispata variegata).
- Ce végétal est très-précieux dans une grande ferme, d’abord pour la nourriture des bestiaux, ensuite pour le bon produit de sa graine réduite en huile et en tourteaux. . '
- L’auteur le sème toujours en pépinière au mois de mars, pour le repiquer à la fin d’avril, à 5 décimètres de distance, par un temps couvert ou pluvieux.il faut observer les sarclages et les buttages déjà précités pour les autres choux. Dans le courant de la première année, on petit éclater ses feuilles deux ou trois fois , en commençant par les plus basses; si les plantes parasites s’emparent du terrain, il faut nécessairement s’en débarrasser sans jamais négliger le buttage du pied de ces choux. Ce buttage préserve les
- (1) La Société a fait remettre cette planche à un habile facteur d’instrumens, en l’invitant à en construire un cor de chasse.
- (2) Voyez le JN°. LXXI du Bulletin, mai 18x0.
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- choux d’être renversés par de grands coups de vent, la tige en étant un peu élevée. * •/ •
- , Au mois d’avril de la seconde année, ce chou développe plusieurs tiges hautes de 6 à 7. décimètres, donnant une grande quantité de fleurs qui se convertissent en petites cosses. La graine a acquis sa maturité en juillet: on coupe les tiges avec la faucille, et après les avoir fait sécher pendant quelques jours au soleil en les préservant des oiseaux , on les bat au fléau et on conserve la graine jusqu’à ce qu’on la porte au moulin. Les pieds de ces choux sont arrachés de terre à mesure qu’on en enlève la graine, et sont répandus sur les bords des fossés au midi, pour y éprouver une parfaite des-siccation et servir ensuite à chauffer le four. . •
- .. L’auteur assure que ce chou lui a rendu tant de services sous les rapports du fourrage et de l’huile, qu’il croit devoir en recommander la culture à toute personne qui voudra tirer un bon parti de sa terre ; 4o ares cultivés en choux frisés lui ont donné 70 mesures de graine, chacune du poids de 12 kilogrammes , rendant 4 kilogrammes d’huile et 7 kilogrammes et demi de tourteaux, *
- Chou navet indigène (brassica napus). * *
- Celte plante, très-semblable au rutabaga, se cultive de la même manière; la même étendue de terre a rendu 65 mesures de graine, pesant, chacune, 11 kilogrammes et demi, qui ont donné 5 kilogrammes 8 hectogrammes d’huile et 7 kilogrammes de tourteaux. ' .
- Son huile est meilleure que celle du rutabaga : l’auteur cultive ces deux plantes pour la nourriture des bestiaux. * »
- Cameline (myagrum sadvum).
- C’est une plante annuelle qui acquiert, dans une bonne terre, la hauteur d’un mètre; il faut moins de semence pour celle-ci que pour le lin ; c’est de toutes les plantes oléagineuses celle qui reste le moins de temps en terre. On la sème à la volée en avril ; elle 11e nécessite pas de sarclage, parce qu’elle lève assez épais pour se débarrasser de toute espèce de mauvaise plante. On en récolte la graine en août, et quand la saison est très-favorable, on peut le faire en juillet : l’auteur en a fait deux fois l’épreuve. Cette plante, par sa conformation et par sa racine tubuleuse , ne paraît pas devoir effriter la terre, comme le pensent les Flamands, qui laissent pendant un an en jachère la terre qui a produit de la cameline. M. Gaujac ne suit pas cette pratique ; il ne laisse reposer la terre qui a donné de la cameline que pendant l’hiver seulement ; mais il fait donner deux labours à cette terre depuis septembre jusqu’en novembre, et il y
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- sème toujours de l’avoine au mois de mars suivant ; il est vrai que sa came-line est semée sur une terre bien amendée : il en extrait la graine de la même manière que le colza; elle lui rend par chaque 4o ares 70 mesures de graine , qui pèsent, chacune, 12 kilogrammes -5- donnant 3 kilogrammës 4 hectogrammes d’huile et 9 kilogrammes de tourteaux.
- Il faut un kilogramme et demi de graine pour ensemencer 40 ares ; son huile est moins recherchée que celle du colza; les Flamands ne la sèment que lorsque le colza a manqué.
- Soleil ( helianthus), plante annuelle.
- Cette plante exige la meilleure terre et au moins 4o centimètres de fond. Il faut la semer à la fin de mars en alignement, à 66 centimètres de distance; elle effrite le plus la terre. L’auteur la sème grain à grain, chacun dans une fosse , et peu recouvert de terre; quand elle a acquis 3o centimètres, il la fait butter avec la terre sortie des fosses; et si avant le buttage on l’arrose avec de l’engrais liquide, on peut s’attendre à avoir des tiges de 5 mètres au moins , et une trentaine de disques, dont cinq à six très-beaux, et Contenant, chacun, sept à huit cents grains , tous les autres inférieurs pouvant contenir ensemble trois à quatre mille grains propres à faire de l’huile. Crettè de Palluel nous apprend que cette plante rapporte jusqu’à dix mille pour un : cette assertion ne peut être démentie que par ceux qui ne l’ont jamais cultivée en bonne terre. Il faut la butter , parce qu’elle oppose par ses très-grandes feuilles une surface considérable, que le vènt la déracine, et que dans sa chute elle en détruit ou en endommage beaucoup d’autres : c’est ce que le buttage prévient.
- Pour cueillir la graine de soleil, il faut attendre qu’elle ait acquis sa parfaite maturité, et si, au moment de la récolte, les disques, fort spongieux de leur nature, se trouvent mouillés et que la pluie menace de continuer, il faut se hâter de les couper, d’en lier les queues par paquets de dix, et de les suspendre à couvert jusqu’à ce qu’ils soient assez secs pour pou,voir être égrenés facilement avec la main, ce qui n’arrive guère qu’à la fin de novembre. Lorsque l’égrenage est opéré, il faut mettre en tas toutes les graines à une épaisseur de 3o centimètres, les remuer chaque jour avec une pelle de bois pour éviter que la chaleur ne s’y introduise, et les porter au moulin le plus promptement possible. Les graines de soleil donnent 80 mesures, chacune pésânt 10 kilogrammes, et rendant un kilogramme et demi d’huile et 8 kilogrammes de tourteaux. Cette plante produit bien moins d’huile que les précédentes ; l’enveloppe de l’amande, longue, grande et un peu épaisse, absorbe beaucoup d’huile, et si ce liquide n’est pas abondant, le tourteau s’en trouve plus saturé.
- Neuvième année. Septembre 1810. I i
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- Lin annuel linum usitatissimum}.
- Le lin se sème depuis le commencement de mars jusqu’au 20 avril, par un très-beau temps, la terre ayant été préparée, bien émiettée et sur-tout bien amendée. Il faut 5o à 5z kilogrammes de graine pour ensemencer 4o ares. La récolte se fait au commencement ou à la fin de juillet. Pour avoir de la filasse très-fine , il faut semer très-dru, voilà pourquoi on emploie autant de graine. Beaucoup de cultivateurs de la Flandre, négligent la récolte de la graine, qu’ils renouvellent très - souvent, en la tirant de Russie ; ils s’attachent uniquement à faire produire de beaux fils pour en fabriquer leurs dentelles et leurs toiles, qui sont d’autant plus belles que la graine de lin n’est jamais mûre quand on en arrache les pieds j il suffit qu’ils aient pris une couleur jaune et que la partie fibreuse , qui est le lin proprement dit, ait acquis sa solidité. L’auteur au contraire attend toujours que la graine soit bien mûre quand il récolte le lin à la fin de juillet.
- Quand il a fait arracher le lin par poignées, il le met en petits faisceaux croisés et debout, qu’il laisse dans le champ pour se ressuyer. Si le temps est beau, il laisse ses bottes de lin au grand air pendant quatre à cinq jours, et il en fait extraire la graine sur place, fl ne se sert ni du fléau, ni d’aucun autre instrument pour battre la graine* de ciainte de l’endommager.
- M. Gaujac fait adapter à un banc large de [\o centimàfi'es f long d’un mètre et demi et portant sur quatre pieds très - solides, une espèce de .râteau à dents de fer; un homme, assis à califourchon sur ce banc, prend une poignée de lin, et la passant plusieurs fois dans ce peigne, il en détache toute la graine, qui tombe intacte dans un grand charrier, d’où on l’enlève à mesure qu’il y en a une certaine quantité. Deux hommes, qui se relaient, peuvent battre de cette manière 200 kilogrammes de graine par jour, à mesure que les poignées de lin sont égrenées, on les porte dans une place où il règne un grand courant d’air, et en très-peu de temps elles sont assez sèches pour être amoncelées dans une grange ou portées tout de suite au routoir. L’auteur recommande de rouir à la manière de M. Bralle, qui peut être employée en tous temps et en tous lieux.
- Quand la graine, portée dans un grenier et souvent remuée, est bien desséchée, l’auteur la fait vanner dans un moulin à vent portatif* décrit à l’article Colza (1), et il la fait mettre dans des sacs éloignés des murs et des animaux rongeurs, jusqu’à ce qu’il la fasse porter au moulin. l\o ares de
- (1) Voyez l’extrait du mémoire de M. Gaujac sur la culture du colza, Bulletin, N°, LXVIJ, page 19. . -
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- terre employés à la culture du lin donnent Gomesures de graine; chaque mesure pesant 13 kilogrammes rend 2 kilogrammes 8 hectogrammes d’huile et 9 kilogrammes de tourteaux, L’huile de graine de lin est généralement estimée et sert à beaucoup d’usages, soit dans l’économie domestique , soit dans les arts.
- Pavot annuel (papayer flore aïbo).
- On le sème quand on présume que les gelées sont passées, du ier. au i5 avril; la graine étant extrêmement fine, il faut la semer très-claire ; un kilogramme de graine suffit pour ensemencer 4° ares. Les plantes doivent être à la distance d’un décimètre ; lorsqu’elles se trouvent plus rapprochées on a soin d’en arracher quelques-unes au moyen d’une binette, qui détruit en même temps les mauvaises herbes, chausse les bonnes et en facilite le développement. On s’aperçoit de la maturité de la graine lorsque les têtes commencent à s’ouvrir, ce qui arrive dans le courant d’août : c’est alors qu’ilfaut beaucoup d’attention pour ne pas perdre une grande quantité de graines, qui pourraient s’échapper par les petits trous qui sont sous la couronne lorsque les plantes sont agitées par le vent : c’est pourquoi on enverra tous les jours des enfahs 3 munis d’une sébile de bois ou d’un panier très-serré , à l’effet de pencher doucement les têtes de pavot de côté et d’autre pour en faire sortir la première graine mûre, et laisser les tiges sur pied jusqu’à ce que les graines restantes aient acquis leur parfaite maturité. Ce travail doit être renouvelé trois fois par semaine, et lorsqu’on s’est assuré que toutes les graines sont bien mûres, on arrache tous les pieds des pavots, en ayant soin de ne pas les pencher , et on les jette sur des draps placés ad hoc dans le champ.
- Des enfans s’occupent alors à battre les pavots l’un contre l’autre pour en faire sortir la graine, tandis que d’autres recueillent les tiges battues pour en former des bottes, que l’on dresse debout après les avoir assujetties avec un lien de paille vers l’extrémité supérieure, pour les garantir du vent. Le peu de graines qui restent dans les têtes de pavot laissées dans le chas»p pendant quelques jours ne tardent pas à y mûrir complètement; on les rabat comme auparavant, et alors toute la graine s’en détache facilement. Les tiges sont employées à chauffer le four; les cendres qui en proviennent sont très-recherchées pour les bonnes lessives;
- L huile de pavot blanc est très-douce et bonne à manger; mais il faut beaucoup de propreté dans sa préparation, soit pour la mouture de la graine, soit pour les sacs qui servent à l’extraction de l’huile. 4° ares de terre cultivés en pavot donnent 5o mesures de ^graine ; chaque mesure pesant 10 kilogrammes’et-demi a produit 4 kilogrammes 9 hectogrammes d’huile et
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- 5 kilogrammes et demi de tourteaux, par conséquent peu de déchet.
- Si le pavot rend moins de graine que plusieurs autres plantes oléagineuses, sa graine est une de celles qui donnent l’huile la plus estimée.
- Chenevis, graine du chanvre (cannabis), plante annuelle
- Sur 40 ares de terre préparés par deux forts labours et bien amendés, on sème 3o kilogrammes de bonne graine de chenevis éprouvée à l’eau et recouverte avec les herses. Lorsque les plantes ont acquis environ 2 décimètres de hauteur, on les fait sarcler. Si l’été est pluvieux, le chanvre mâle sera mûr en juillet, ce qu’on connaît par la couleur un peu jaunâtre des tiges : alors on le fait arracher de terre, et on le fait sécher pour le porter au routoir. Sur la dépouille du chanvre mâle, on fait jeter quelques poignées de bonne graine de navets, qui germe d’autant plus vite que l’ombre du chanvre femelle la préserve de la sécheresse, et l’odeur, du tiquet ou puceron. Les feuilles de navets entretiennent dans la terre une fraîcheur qui contribue à accélérer la maturité du chenevis ; elle a lieu un mois ou six semaines après l’enlèvement du chanvre mâle, suivant que la saison a été plus ou moins favorable. Après la cueillette du chanvre femelle, la terre se trouve couverte de navets assez forts pour prendre un accroissement rapide. Après avoir fait sécher pendant quelques jours les tiges et la graine du chenevis, on bat cette dernière avec un fléau léger ; lorsqu’elle est vannée et nettoyée, on la fait se ressuyer, et on la met en sacs jusqu’à ce qu’on la porte au moulin. 4° ares de terre ensertiencés en chenevis donnent 40 mesures de graine, chacune pesant 10 kilogrammes, et rendent 2 kilogrammes et demi d’huile et 7 kilogrammes de tourteaux.
- Navette d’été ( napus æstivus ).
- C’est une variété de celle d’hiver ; on la sème au printemps sur une terre préparée par deux labours et bien nettoyée. Si l’hiver a été sec et froid, et que la terre ait été bien pénétrée par quelques fortes gelées, on peut se dispenser de labourer avant de semer; il suffit d’y passer deux fois la herse avant le semis et après, pour couvrir la graine. Cette plante reste moins en terre que la navette d’hiver ; elle rend moins de graine et d’huile. L’auteur en a récolté sur une étendue de 40 ares 60 mesures, pesant, chacune, 10 kilogrammes, qui ont rendu 3 kilogrammes d’huile et 6 kilogrammes 7 de tourteaux.
- A Paris, de l’Imprimerie de Madame HUZARD, rue de l’Éperon ; n°. 7^ -
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- NEUVIÈME ANNÉE. (NV LXXVI. ) OCTOBRE l8lO.
- : DE I.A ....
- S O CI É T É D’E N COU RAG E MENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.1’ .'1 ' lio'
- •;;?> r.«.d uul'>
- r ARTS MÉCANIQUES. - \ • - ' -? « !
- Rapport fait par M. Molard, au nom du Comité des Arts
- mmécaniques. sur Les F aulx delà manufacture de Sarrebruck.\ /
- La manufacture de Sarrebruck a fait remettre à la Société , par rentré-mise de M. Duhamel, directeur de l’École pratique dés mines du département de la Sarre, pour en faire constater la qualité, dix faulx de différentes formes et grandeurs, dont deux ont été fabriquées avec de l’acier cémenté dans l’atelier de l’École pratique des mines, sous la direction de M. Van~ dembroeck, inspecteur des travaux de cet atelier, : n V ;
- Les membres de votre Comité des arts mécaniques, pour s’assurer si l’étoffe du tranchant de chaque faulx réunissait à la ductilité nécessaire la dureté et la ténacité convenables, ont dentelé le bord du tranchant avec un ciseau à tailler les limes, et on s’en est servi comme d’une scie pour couper à froid du fer carrillon. Toutes les faulx ainsi dentelées ont, pénétré dans l’épaisseur du fer sans s’égrener, et ne se seraient complètement émoussées qu’a-près avoir coupé plusieurs barreaux, d’où l’on peut conclure que la matière ou l’étoffe est de bonne qualité, et que les faulx ont été trempées et recuites au degré convenable ; ensuite nous avons aminci le tranchant avec le battement ordinaire; le métal s’est laminé sous le marteau , sans gerçures ni cassures, quoique tiré très-fin; ce qui prouve que l’étoffe est bien préparée et qu’elle a les qualités qui font distinguer les bonnes faulx des mauvaises. ri ; ; t .
- Examinant ensuite ces instrumens sous le rapport du poids et de la forme, eu egard à leur dimension, nous avons reconnu qu’ils ne différaient pas de ceux auxquels le commerce, et sur-tout les agriculteurs les plus exigeans, donnent la préférence.
- Neuvième année. Octobre j8io. Kk
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- Olij t i .. ' ; .O X !v) V ..t ? .. 2 ) ’ / , , i.r'-
- Voulant enfin nous assurer particulièrement si l’étoffe réunissait à la dureté la souplesse qui promet la ductilité, sans laquelle on ne saurait battre les faulx, nous avons pliérlé jtânettantL, et ce |n’fst£qu’au second pli que la faulx s’est cassée.- '' J L J" 1 _<*
- Les deux faulx fabriquées avec de l’acier cémenté ont soutenu les différentes épreuves avec le même succès que les faulx d’acier naturel ; on a pu même étirer le tranchant de la longueur de o^io à on,oi 2, et aussi fin que du papier à écrire, sans qu’il ait perdu' de son ressort. Nous croÿons devoir faire observer au Conseil que toutes-cesy faulx sont fabriquées au charbon de terre.
- Il ne manquait plus à votre Comité pour compléter ses expériences sur les faulx soumises à son examen, que de les faire servir à la coupe du foin et à la moisson: pour cet effet, elles ont été’distribuées, partie à M. Mor-tagne, cultivateur à La Borde, près Saint - Germain, département de Seine-et-Oise, et partie à M. Yvart, propriétaire-cultivateur à Maisons, près Alfort/département de la Seine. M. Mortagne nous a rendu le témoignage le plus avantageux sur la qualité des faulx de la manuf3ct1iEe.de Sarrebruck, et elles ne lui ont offert-aucune différence ,j equant ’àyl’usée, comparées aux meilleures faulx du commerce ; quelques - unes seulement diffèrent un peu de celles que l’usage a adoptées dans son canton par leur forme et leur longueur. M. Yvart nous a également rendu compte du résultat de ses essais; nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ici sa lettre en entier: ,,.. .. . ...-5;
- « Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien informer le Conseil d’admi-» nistration delà Société d’Encouragement que les faulx delà manufacture » de Sarrebruck, que vous avez déposées chez moiy ont été soumises pen-» dant plusieurs jours à tous les essais qui pouvaient me procurer des don-» nées positives sur leurs qualités , et que toutes ont été reconnues très^ » bonnes j c’est-à-dire d’une;trempe excellentefaciles à battre , et également » propres à faucher les prairies et les grains. Je dois observer cependant » que quelques-unes sont bien courtes et trop cintrées ; mais ce vice de forme, » qui peut d’ailleurs n’en être pas un pour plusieurs cas particuliers, pour-» rait être aisément rectifié et n’ôte rien au mérite réel de la trempe, qui, » je le répète, est excellente (1). ; > ! s ^
- » 3’ai l’honneur, etc. » V. Yvart.
- 11 paraît certain, d’après cela, que MM. Scw.oye et compagnie,,de Sarre-
- (1) Les observations que les cultivateurs ont faites à l’égard de quelques-unes des faulx de la manufacture de Sarrebruck ne diminuent en rien leur bonne qualité; il y a même du mérite à avoir pu imiter toutes les formes en usage dans les divers pays.
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- bruck * Sout?parveim$:àffebïiqujEjr des iàulxfd’aussi bonne qualité que.celles, des manufactures s étrangères^ rët que cet: établissement, organisé maintenant pour en confectionner 60 à 70,000 par an, mérite d’être mentionné dans votre Bulletin. (En conséquence * le Comité, des arts mécaniques vous propose d’y insérer le compte qu’il vient de rendre des essais des(fa.ulx de la manufacture de Sdrrebruck J - ! i ! r rr ' m o;-. :
- \ n:Sigmé apporteur. \ ,
- %vAdopté ensêancb) le?%§ septembre x&io* r>iMj : :r(Oi i n ?[> .n > >
- Rapport fait par '31. Mérimée, àii nom d’une Commission spèciale, sur un instrument zzom/Tze Organo-Lyricon ? inventé par M. de Saint-Pern, chef d’escadron au 5e. régiment de hussards. / ; .v.-h. -v.-j,î: , .... . :
- L’orgauodyricob de M. de Saint-Pern est un orgue perfeetionné, dont les effets se combinent avec ceux du pianoforte. . ^ .
- Il était naturel qu’on cherchât à réunir deux instrumens qui ont du rapport dans quelques parties; de leur mécanismes aussi a-t-on fait depuis longtemps des clavecins;et des pianoforte organisés ;<mais;-tüut ce quejnQUs>cDnr naissons de tmieux en ce genre est loin de fia perfection à laquelle M. de Saint-Pern. est sæti\é.^ m i y . .: ! , - ?
- On sait que les tuyaux^qui entrent dans la composition de Torgue sont classés de manière à former divers- jeux y dont -on * doit ; pouvoir disposer à Volonté. • ; )’ ::l j';-‘ ;
- On sait aussi que des registres‘destinés à transmettredie vent à ces réunions de*tuyaux^ s’ouvrent et seferment à il’aiderd’un mécanisme particulier^ qui correspond à des appels placés à portée des mains de l’exécutant. Il résulte de cette disposition qu?on nepeut faire mouvoir les registres que dans des* intervalles de* repos; ce qui restreintla variété des. combinaisons. •'••ja >'VM) ' h.:'::-.,- , > i> ; n.s ;
- Frappé de cet ïnconvénieni^ÿMj. de Saint-Pern a cherché à le faire dispa-parâître, et il a:complétèment réussi en'dirigeant les mouvemensdes registres au moyen de pédbles qui obéissent à un léger effort. i; > ,,
- ' Il a adapté deux claviers à son instrument ât c’est encore au moyen des pédales qu’il les ^réunit ; les sépare et etc; dirige l’action : ces claviers ont chacun einqfôbtâves eù demi ; et peuvent être ^assimilés en tout à ceux des îwêdlenisipianqs;^‘i'‘'<; •>Uî:;-î'>*t no b»;-eus
- ' ^Lesatonches dü clavier iinférieur; placées>à jla hauteur du pianoforte, produisent s H etrxi effets 'distincts^ suivant; letdegréade pression quelles reçoivent. Enfoncées d’une demi-ligne, elles font parler l’instrument dont le
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- registre est ouvert; enfoncées davantage, elles frappent les cordes du forte-piano; le clavier supérieur produit sur les instrumens un effet semblable. Suivant que la pression est plus ou moins forte, on entend l’un après l’autre les instrumens qu’on a voulu réunir, et, ce qui est remarquable , c’est que cette combinaison peut n’avoir lieu que sur une moitié des claviers, de sorte que le musicien transporte à volonté les basses ouïes dessus des jeux sous la main droite ou sous la gauche.
- Cette disposition ingénieuse, que M. de Saint-Pem a obtenue en divisant lès registres, a fixé particulièrement notre attention, parce qu’en produisant une plus grande quantité de combinaisons nouvelles, elle donne le moyen d’approcher davantage des effets d’un orchestre ; ce qui paraît avoir été particulièrement le but de l’auteur. ' „ ' ' ’ '
- Le clavier de pédale des contre-basses, placé à portée du pied gauche, participe à toutes les modifications qui s’opèrent dans la combinaison des jeux ,' et quel que soit l’instrument dont on appelle le dessus, la basse qui lui est propre se trouve en même temps sous le clavier de pédale.
- On peut juger de la précision avec laquelle sont disposés lespoints d’appui et les brisures des bascules, par la rapidité avec laquelle le son de chaque instrument arrive à l’oreille aussitôt que la touche est légèrement pressée.
- Jamais la vibration d’un tuyau n’a d’influence sur le tuyau voisin , parce qu’au lieu d’être immédiatement placé sur le sommier, chacun d’eux pose sur une gravure particulière, qui empêché le refoulement latéral du vent, au moment où la soupape en arrête l’émission. . ,, .
- Dans les dîfférens jeux que M. de Saint-Pern a fait entrer dans la composition de son instrument, il s’est attaché à leur conserver, dans toute leur étendue, la même qualité de son qui les caractérise. 11 s’est appliqué surtout à rendre plus parfaite l’imitation des instrumens d’orchestre : on les reconnaît tous, et la plupart font une illusion complète. -,
- Il est arrivé à cet heureux résultat en choisissant les espèces de bois les mieux appropriées aux sons qu’il voulait produire. , : n r -juvu-vi Les contre-basses sont en bois et en étain; la plus grave, en bois, quoique de huit pieds seulement, parle à l’unisson d’un tuyau de 24 pieds ouvert, ou de douze pieds, bouché ; une autre , en étain, rend un son aussi grave et beaucoup plus fort, quoiqu’elle n’ait que 18 pouces. On conçoit qu’elles ne peuvent pas rendre un son aussi fort que celui de tuyaux portés à leur grandeur réelle; mais il en résulte cet avantage, qu’elles sont mieux proportionnées à la force de l’instrument, et qu’il n’y a jamais aucun retard entre l’émission de leur voix et le mouvement de la touche du clavier. - - " :v-\- ,
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- C’est à l’aïde de repoussoirs à ressorts et à rouleaux que les pédales font mouvoir les registres. Malgré la quantité de ces leviers réunis dans un petit espace ? les frottemens sont tellement diminués et les résistances tellement vaincues, que l’on n’entend pas le^ plus léger bruit, et qu’il ne s’opère aucune secousàe, perfection bien importante et sans laquelle l’instrument ne pourrait tenir long-temps son accord. .
- Le mécanisme de la soufflerie n’est pas moins ingénieux que celui des autres parties de rinstrument, et concourt à le perfectionner. On voit avec plaisir comment l’auteur est parvenu à modérer le vent, de manière que quelle qu’en soit l’émission, elle se fasse également.
- Aussi, quand le soufflet tombe au dernier terme de son affaissement, les instrumens se taisent tout-à-coup, sans que leur voix soit sensiblement altérée. : . -, j 1
- Dans un moment où l’art du facteur d’orgue paraît menacé d’une décadence prochaine, parce que les occasions de l’exercer ne se présentent que rarement, on doit savoir d’autant plus de gré à celui qui s’en occupe avec tant de succès. -, .rr: . .......
- Nous formons des vœux pour que M. de Saint-Pern trouve l’occasion de développer sur une plus grande échelle les idées ingénieuses qu’il a conçues pour le perfectionnement de l’orgue, et qu’il laisse à la postérité un modèle auquel on puisse recourir si quelques circonstances ramenaient l’usage du plus harmonieux de nos instrumens. - *
- Nous proposons au Conseil de donner à M. de Saint-Pern un témoignage de son approbation, en insérant le présent rapport dans le Bulletin de la Société.
- Signé Mérimée, rapporteur.
- Adopté en séance, le io octobre 1810.
- Rapport fait par M. Regnier, au nom d’une Commission
- spéciale ? sur un modèle de Canon de marine , présenté à la
- Société par M. George Bodmer, de Zurich.
- La Société d’Encouragement a nommé MM. Guy ton de Morveau, de Ré-cicourt, Gengembre et moi pour examiner le projet de M. Bodmer, et lui en faire un rapport. ..... , (,r. .
- Pour cet effet, la Commission s’est réunie deux fois, au mois d’août dernier, chez M. Temaux, à Saint-Ouen, pour faire les expériences nécessaires. *
- T •. K ' i‘ü ‘‘•înfoi.v.;.; >,• , , .;
- .Les commissaires ont remarqué : i°. que la pièce de M. Bodmer était en bronze, au cinquième de proportion d’une pièce de vingt-quatre5
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- a6. Que’l'àtiie dé là pïèüé qu’elle se
- éfaargeâlf paf îaéùlàâse; j 'l* * j'1' -:i> •- -
- f 5 o. Qtfe lâ étfittsâë était fyfjàtëé'' &tiù iéône en bfronzepis&ftihtenu i par une forte l>ride enr fer "à "Clavette j pour boucher hermétiquement le tonnerre de la pièce; ' -
- 4°. Que le mécanisme de la bride de fer dont on vient de parler , quoique assez compliqué, présente cependant la so lidité requise «pour nepas craindre l’action du recul.
- La pièce, montée sur un affût de marine, était placée sur une table solide pour faire les épreuves.
- Les boulets de ce modèle sont en plomb, et portent en avant une petite boîte cylindrique qüi renferme une matière inflammable par le choc, et sur la composition de laquelle M. Bodmer semble vouloir garder le secret.
- On a chargé le canon par la culasse, en y introduisant d’abord le boulet, et ensuite une gargousse ordinaire; on a fermé la culasse par le icône obturateur ; après quoi, on a percé la gargousse avec un petit dégorgeoir, et enfin on a mis le feu par une étoupille.
- Effets.
- On a remarqué, i°. qu’il n’était pas sorti de flamme ni de fumée par la lumière , parce qu’une petite soupape intérieure ferme l’orifice au moment où la poudré commence à s’enflammer ;
- a°. Que le boulet a mis le feu au but, formé de planches de chêne et de paille comprimée entre elles ;
- 3°. Qu’il avait percé les planches de part en part, quoique éloignées de de cent cinquante pas de la pièce.
- 4 Les essais ont été recommencés plusieurs fois i * et toujours avec le. même succès. ^
- A la suite de ces expériences, M. Bodmer a observé-que le feu n’avait pa$ pris aux planches , parce que les boulets étaient massifs ; mais que s’ils eussent été en fer fondu, creux comme les obus, ils auraient éclaté au même instant qu’ils seraient entrés dans l’épaisseur du bois, et qu’ils auraient‘fait une ouverture beaucoup plus grande que celle du diamètre du boulet. . ‘ ......; ~ • • •" ' • ' • • - -
- La Commission voit, dans le projet de M. Bodmer, des idées vraiment ingénieuses; mais elle ne se dissimule pas les difficultés qu’il éprouverait dans l’exécution en grand, parce qu’il serait difficile de carabiner une pièce de vingt-quatre en fer fondu ; que le cône obturateur qui ferme le tonnerre
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- de la pièce serait lourd et assez difficile à manœuvrer ; que les boulets, qui exigeraient une zone en plomb sur leur équateur pour prendre les rayures de la pièce seraient d’un prix élevé ; enfin, qu’on aurait lien deeraindre l’inflammation du boulets’il échappait des mains dm canonnier au moment où il chargerait la pièce ; mais, à l’égard de cette dernière objection, Bodmer assure que par la chute du projectile le choc ne serait pas assez fort pour produire une explosion. , ^ : ^ r ^
- Quoiqu’il en soit, il est constant que son mécanisme pour charger les bouches à feu par la culasse est ingénieux, et paraît préférable à.,ceux connus car il y a long-temps qu’on a essayé de charger les canons par la culasse; mais ce moyen ne présentait pas assez de sûreté pour en faire adopter l’usage, quoiqu’il ait un avantage marqué pour la justesse, du tir. Il reste à s’assurer, par des expériences en grand, si le mécanisme imaginé par M. Bodmer réussirait aussi bien dans le pratique que dans Un essai en petit; mais ces expériences, il n’y a que le Gouvernement qui puisse les ordonner, a-- . '•!; ,.r ;_ ;;
- D’après ces considérations , la Commission pense quele projetdeM..jjW-mer peut être adressé à S. Ex. le Ministre de la marine, pour être examiné de nouveau; car -Si .la pièce répondait à l’attente ; de ; son auteur,, il en résulterait un avantage inappréciable non-seulement; pour le service, de la ma«r rine, mais encore pour celui des casemates, puisqu’elle répand peu de fur mée par la lumière, et que la rayure de la pièce pourrait donner aux projectiles une portée beaucoup plus grande que par l’ensabottement des obus ordinaires.
- Signé E. Regnier , rapporteur.-Adoptè en séance, le 12 septembre 1810.
- B apport fait par M. Molard, au nom d’une Commission spéciale, sur un nouveau procédé typographique imaginé par M. Guillaume,
- M. Guillaume, imprimeur-libraire et fondeur, rue delà Harpe, n°. 94 , a transmis à la Société un mémoire sur un nouveau procédé typographique, qu’il nomme stérékinéotypique ; le Conseil d’administration a renvoyé ce mémoire à une Commission spéciale pour en faire un rapport. Les membres de cette Commission, MM. Dupont de Nemours, Taillepied de Bondy et moi, se sont transportés chez l’auteur pour prendre connaissance du procédé dont il s agit ; il consiste,
- i°. A fondre des caractères deom,oi2 de hauteur au lieu deom,o24 qu’on leur donne ordinairement; ;
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- 2°. À composer avec ces caractères mobiles une page, à laquelle on donne de la solidité, moyennant un châssis métallique, des réglettes, des biseaux et des coins de bois ou de métal, qu’on assujettit sur une plaque de bois ou de métal, de l’épaisseur convenable pour former, avec les nouvelles lettres, la hauteur d’une lettre ordinaire; > i r. , « / . 5 . ;
- 3°. A composer avec ces pages une forme , qu’on place sur le marbre d’une presse ordinaire d’imprimerie; . ^ ; ; i
- 4°. Enfin à imprimer au nombre d’exemplaires voulu, et à désimposer ensuite ces pages, que l’on conserve aussi long-temps qu’on veut, pour servir à réimprimer le meme ouvrage autant de fois et , au nombre d’exemplaires qu’on désire, avec la faculté de faire, avant chaque tirage, les corrections, les remaniemens et les changemens devenus nécessaires. ’ :
- L’auteur sait que, pour obtenir les mêmes résultats, on a conservé les formes ordinaires toutes composées; mais il lui paraît que ce procédé, qui nécessite une mise de fonds considérable et qui exige beaucoup de soin pour empêcher les pages de tomber en pâte, 11’a pas eu de succès, sans doute à cause du grand nombre de caractères et de la quantité de matière qu’il exige. Il sait aussi que par le procédé du polytypage on remédie parfaitement à tous ces inconvéniens ; que les planches solides sont plus maniables que les mobiles, que rien ne peut tomber en pâte, qu’on peut faire le tirage d’un livre à mesure de la vente, et qu’on peut corriger à chaque nouvelle édition les fautes qui pourraient se trouver dans la précédente ; mais M. Guillaume observe en même temps que l’imprimeur stéréotype paye plus cher sa composition et son tirage que les imprimeurs ordinaires; que, de plus, il est grevé des frais extraordinaires du stéréotypage. Il remarque ensuite que par ce procédé on peut bien corriger les fautes échappées avant le premier tirage, mais qu’on ne peut faire ni changement ni remaniement, et qu’il ne peut être employé avec succès qu’à l’impression des ouvrages dont le texte est invariable, et dont le débit est rapide et assuré au moins pour trois mille exemplaires, quantité nécessaire pour couvrir les frais. : ; . , . , ; ^ »
- Le procédé stérékinéotypique que M. Guillaume se propose d’employer lui paraît n’avoir ni les inconvéniens du procédé mobile, ni ceux du procédé stéréotype, et réunir les avantages de tous les deux. La composition est la même que celle usitée pour les caractères ordinaires, et ceux-ci étant d’une hauteur moindre, la dépense ou mise de fonds sera diminuée en proportion; on pourra imprimer à mesure de la vente, et l’on n’aura point de nouvelle composition à payer. L’ouvrage imprimé a-t-il peu de débit, l’imprimeur a calculé là-dessus : les pages qu’il a conservées momentanément
- solides,
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- solides, redeviennent mobiles ; on distribue les formes ; les lettres, le châssis, les garnitures, tout sert pour un autre ouvrage : d’où l’auteur conclut que son procédé mérite à tous égards la préférence sur les procédés mobile et stéréotype.
- L’idée de conserver les formes composées en caractères mobiles n’est pas nouvelle, ainsi que l’a observé M. Guillaume et que nous l’apprend l’histoire de la stéréotypie de M. Camus, page 7 et suivantes ; mais cette histoire intéressante ne fait pas mention de la hauteur des caractères, de sorte qu’on pourrait croire que les imprimeurs n’y avaient apporté aucun changement.
- Firmin Didot, dont le nom seul rappelle des travaux importans pour les progrès de l’art typographique, a réduit à 6 lignes, ou om,oi3 la hauteur des caractères mobiles dont il se sert pour les enfoncer dans le plomb , suivant son procédé stéréotype en matrices paginaires.il a imprimé des Tables de logarithmes avec des planches composées de caractères mobiles de la hauteur de om,oi 2 ; il conserve encore les planches bordées de châssis de fer, et qu’on impose à la manière ordinaire; et pour qu’aucun caractère ne sorte déplacé,il a doublé le dessous des planches avec une feuille de plomb soudée par ses bords sur le châssis.
- Ainsi, l’idée de conserver les pages composées en caractères mobiles, de diminuer même la hauteur des caractères, a déjà fait l’objet des méditations de plusieurs artistes très-distingués par leurs travaux en typographie.
- M. Guillaume ne s’est pas encore servi de caractères de la hauteur de om,oi2, qu’il se propose de renfermer dans des châssis de fer fondu, coulés d’une seule pièce, et dans lesquels ils seront pressés par des règles et des coins. Il serait à désirer que ces châssis fussent combinés de manière qu’on puisse presser les caractères dans tous les sens sans le secours des coins, et remplacer les caractères défectueux sans altérer la planimétrie de toutes les lettres contenues dans la page.
- M. Herhan a composé des châssis qui remplissent en grande partie cette condition ; il en a déposé, en l’an VIII, au Conservatoire des arts et métiers un modèle que j’ai l’honneur de mettre sous les yeux des membres du Conseil ; mais on ne peut së dissimuler que ces châssis ne soient d’un prix plus élevé que ceux projetés par M. Guillaume. Enfin, il nous semble que les caractères d*une médiocre hauteur sont plus difficiles a maintenir dans la même place que les caractères ordinaires, sur-tout s’ils sont forts, soit en pied, soit en tête : de là par conséquent la nécessité de donner au moule la plus grande justesse, et nous ne pouvons nous
- Neuvième année. Octobre 1810. L l
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- dissimuler que leur maniement ne soit un peu plus difficile que celui des
- caractères ordinaires (i).
- Dans cet état de choses, on ne peut que désirer que M. Guillaume mette en pratique le procédé qu’il vous a communiqué, et qu’il obtienne les succès qu’il s’en promet. En attendant, la Commission vous propose de le remercier de la communication qu’il vous a faite de son projet, et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin de la Société.
- Signé Molard, rapporteur.
- Adopté en séance, le 26 septembre 1810.
- ARTS CHIMIQUES.
- Suite de Vextrait de la notice sur le Pastel, sa culture et les moyens d’en retirer l’indigo y par M. de Puymaurin (2).
- 4°. De Vextraction de Vindigo de Vami.
- L’isatis contenant les mêmes principes que l’indigo, l’auteur a pensé que les procédés employés dans les deux Indes et à Malte pour retirer l’indigo de l’anil pourraient être appliqués à l’extraction de l’indigo du pastel, en leur faisant subir les modifications appropriées aux localités.
- Yoici quelle est la méthode usitée dans l’île de Java pour extraire l’indigo.
- Dans une rigole de 20 à 3o pieds de long et de 18 pouces de profondeur, on pose des pots de terre, que l’on remplit de feuilles d’anil et d’eau ; on fait bouillir le tout jusqu’à ce que l’eau soit chargée entièrement de la partie colorante; on filtre cette dissolution, et on la verse dans une grande jarre, que l’on remplit jusqu’aux deux tiers. On agite alors la liqueur pendant trois quarts d’heure, donnant un mouvement très-rapide à un bambou disposé en forme de moussoir, jusqu’à ce que la granulation s’opère.
- On dissout dans l’eau de la terre rouge en petite quantité, et on verse cette dissolution précipitante dans la jarre; le lendemain matin, on trouve
- (1) M. Molard vient d’apprendre qu’cyj. a imaginé à Londres un fourneau de fondeur en caractères, composé d’un creuset, d’où le métal fondu coule dans deux moules placés de chaque côté j les moules s’ouvrent et se ferment par un mouvement de manivelle. Trois personnes suffisent au service de cet appareil : l’une tourne la manivelle ; les deux autres frappent un petit coup sur les moules lorsqu’ils sont ouverts, poür faire tomber les caractères, dont la hauteur n’excède pas 12 millimètres.
- (a) Voyez notre numéro précédent. ;
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- la fécule bleue précipitée au fond de la jarre sur une épaisseur de 5 pouces. On retire l’eau par des trous pratiqués à différentes hauteurs; on met la fécule dans de petits sacs, et on la fait sécher à l’ombre.
- A Malte, où la culture de l’indigo a été introduite par les Arabes, on suit un procédé différent.
- On met la plante en presse dans une longue cuve au moyen de plusieurs pierres dont on la charge; on verse par-dessus une grande quantité d’eau, qu’on laisse pendant quelques jours, jusqu’à ce quelle soit chargée de toute la couleur de la substance de la plante. On verse alors cette eau dans une autre cuve ronde, au fond de laquelle est pratiquée une cuve plus petite ; on agite fortement l’eau avec des bâtons jusqu’à ce que la substance épaisse dont elle était surchargée soit tombée au fond; on retire ensuite cette substance, qui est la fécule, pour l’étendre sur des toiles et la faire sécher au soleil. Lorsqu’elle a commencé à y durcir, on la réduit en pâte, on en forme de petits pains, et on achève de la faire durcir sur du sable. Toute autre manière pourrait absorber ou altérer la couleur, et si l’on était surpris par la pluie pendant qu’on la fait sécher, elle perdrait aussi toute sa couleur.
- La moindre circonstance pouvant devenir précieuse, et donner des lumières intéressantes sur la manière de traiter l’isatis pour en retirer l’indigo, l’auteur a cru devoir indiquer dans sa notice les procédés employés en Amérique pour la fabrication de l’indigo. Nous conserverons en entier la description qu’il en donne, parce qu’elle se lie essentiellement à la première partie de son travail.
- Les procédés les plus généralement suivis pour obtenir la fécule de l’indigo sont la fermentation et le battage : par la fermentation, les molécules colorantes de l’indigo sont détachées de ses feuilles et suspendues dans l’eau ; le battage a pour objet de rassembler ces molécules et d’en former un grain , qui est l’élément de la fécule. Pour ces deux opérations, il faut une usine particulière et des ustensiles que nous allons faire connaître.
- § Ie1. Disposition de Vusine appelée Indigoterie; cuves, ustensiles.
- Chaque indigoterie est composée de trois cuves, construites l’une au-dessus de l’autre, et jointes ensemble; elles sont disposées de manière que l’eau dont on remplit la première peut être écoulée par des robinets dans la seconde, de la seconde dans la troisième, et de la troisième au dehors. La plus élevée porte le 110m de trempoire ou pourriture, parce que c’est dans cette cuve qu’on fait macérer et fermenter l’herbe; la seconde s appelle batterie, parce qu après y avoir fait passer l’eau de la pourriture qui s est
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- chargée des parties colorantes de la plante, on bat cette eau pour en détacher le grain; la troisième cuve ne forme qu’une sorte d’enclos nommé re-posoir ; au bas du mur qui sépare cet enclos delà seconde cuve est un petit bassin creusé dans le plan du reposoir, au-dessus du niveau du fond de la batterie, et destiné à recevoir la fécule qui en sort : ce petit vaisseau se nomme bassinot ou diablotin; il est rond ou ovale, et muni d’un rebord qui empêche l’eau du fond du reposoir d’y refluer ; à son fond se trouve une . fossette ronde et large comme le creux d’un chapeau, dans laquelle on puise avec un fragment de calebasse le reste de la fécule, qui y tombe naturellement lorsqu’on vide le diablotin.
- Le fond de ces trois grands vaisseaux est plat, avec une pente d’environ 2 ou 3 pouces pour faciliter l’écoulement. Le premier a une bonde avec son dalot de 5 pouces de diamètre ; la bonde du second vaisseau est perpendiculaire au bassinot, et reçoit trois robinets élevés de 4 pouces les uns au-dessus des autres : les deux supérieurs servent à écouler, en deux reprises, l’eau qui surnage la fécule après le battage; le troisième est destiné à l’écoulement de la fécule même déposée au fond de la batterie, au,niveau duquel ce robinet doit être placé, et même un peu plus bas. Le plan du fond du troisième grand vaisseau, au lieu de bonde, a une ouverture au pied du mur d’environ 6 pouces carrés, toujours libre, qui répond à un canal de décharge, nommé la vide. Le diablotin et la fossette pratiqués à son fond n’ont besoin d’aucune issue, parce qu’on en retire toute la fécule par leur ouverture. Les bondes doivent être de bois incorruptible, équarries et placées dans le courant de la maçonnerie ; leur hauteur et leur largeur sont proportionnées à la quantité et à la largeur des trous qu’on y fait, et leur longueur se mesure sur l’épaisseur du mur.
- Les habitations où l’on cultive l’indigo ont , suivant leur étendue, plusieurs usines semblables, rapprochées ou éloignées les unes des autres pour la commodité de l’exploitation. On les place toujours dans le voisinage de quelque rivière, de quelque ruisseau ou d’un puits, et on les établit ordinairement sur une butte ou élévation naturelle ou artificielle, suffisante à l’écoulement des eaux.
- La première cuve ou la trempoire doit avoir la forme d’un carré parfait ou oblong ; quand sa longueur est de io pieds, on peut lui donner 9 pieds de largeur sur 3 de profondeur. Il serait désavantageux de faire ce vaisseau trop grand, parce que la fermentation ne pourrait y être si prompte ni si égale que dans un vaisseau d’une étendue médiocre.
- Dans la construction du second vaisseau, on doit avoir soin d’établir son fond à 5 pieds ou 3 pieds et demi au - dessous du fond du pre-
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- mier, de manière que la batterie ait un écoulement de 6 pouces au-dessus du plan du reposoir, et que le reposoir ait une décharge convenable dans quelque fosse ou mare voisine. La batterie doit être toujours plus longue que large ; on règle ses dimensions et sa capacité sur le nombre des pieds cubes d’eau que doit contenir la pourriture lorsqu’elle est remplie d’herbe, et que l’eau est à 6 pouces de ses bords. On fait en sorte que le côté le plus étroit de la batterie se trouve en face de la pourriture, à moins qu’on ne se propose de faire battre l’indigo dans plusieurs vaisseaux à-la-fois par des moulins à eau ou à mulets ; ce qui nécessite une direction tout opposée. Les murs de la batterie sont ordinairement garnis d’un bord en maçonnerie d’un pied et demi ou 2 pieds d’élévation.
- Le reposoir n’a pas une étendue déterminée ; cependant le mur qui le sépare de la batterie sert ordinairement de mesure à sa longueur pour ce côté-là et pour celui qui le regarde en face : 6 ou 7 pieds suffisent pour chacun des deux autres côtés. La hauteur des murs est d’environ 5 pieds, en comptant le fond du reposoir à 6 pouces au-dessus du dernier robinet de la batterie; on pratique à l’un des angles de cette enceinte un petit escalier pour y descendre et en sortir à volonté ; on donne une profondeur de 2 pieds au diablotin, y compris la fossette, et une largeur de 2 pieds et demi ou un peu plus.
- Le fond des cuves et tout ce qui est bâti sous œuvre doit être construit avec le plus grand soin, afin que les sources voisines ou les eaux qui proviennent de l’égout des terres n’y pénètrent pas. Quand toute la maçonnerie est bien sèche, on fait un ciment composé de chaux et de briques pilées ou passées au tamis, dont on enduit exactement tout l’intérieur et les bords des vaisseaux ; à mesure que l’ouvrage sèche, on le polit. Lorsque, dans une indigoterie, on s’aperçoit de quelque fente à une cuve, on pile aussitôt des coquilles de mer; on les réduit en poudre très-fine, et en mêlant cette poudre avec de la chaux vive pulvérisée, on en fait un ciment dont on bouche la fente, ce qui prévient ou arrête l’écoulement.
- Si l’herbe qui trempe dans la pourriture était abandonnée à elle-même, la fermentation lui ferait bientôt surpasser les bords. Pour empêcher sa trop grande dilatation, on plante vers les quatre coins extérieurs de cette cuve quatre poteaux appelés clefs, élevés d’un pied et demi au-dessus de la maçonnerie, et ayant, chacun, une longue et large mortaise dans sa partie supérieure. Ces mortaises sont destinées à recevoir des barres qui passent directement de l’une à l’autre clef par-dessus
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- toute la largeur de la pourriture, et posent sur des élançons placés entre elles et un lit de planches ou palissades qu’on dispose au-dessus de l’herbe pour la contenir.
- É Trois fourches où courbes de bois plantées en triangle des deux côtés de la batterie; savoir, deux d’un côté et une au milieu de l’autre bord, servent de chandeliers ou d’appuis au jeu des buquets employés à battre 1 eau de éette cuve.5 Le baquet est un instrument composé d’un caisson sans fond, uni à un manche ; ce caisson est formé de l’assemblage de quatre fortes planches ; il ressemble à une petite crèche ou à un pétrin de boulanger, dont on aurait enlevé la couverture et le fond. Chaque buquet est mu par un nègre, qui l’élève ou rabaisse à volonté au moyen d’un manche assujetti par une cheville entre les branches du chandelier placé à hauteur «d’appui.
- Cette disposition des buquets, quoique la plus simple de toutes, est la plus dispendieuse et la plus imparfaite, parce qu’elle exige l’emploi de trois hommes, et qu’il est presque impossible que ces hommes mettent de l'ensemble dans leurs mouvemens ; ce qui est pourtant nécessaire à l’égalité du battage. On a imaginé depuis de réunir quatre buquets en croix, fixés à une bascule, qu’un seul nègre peut faire mouvoir au moyen d’une corde attachée à l’extrémité extérieure de la bascule. Quelquefois il faut deux nègres ; mais comme ils agissent à côté l’un de l’autre et qu’ils mettent en jeu le même instrument, l’effet produit alors par les buquets est uniforme. D’ailleurs, ces buquets étant placés au-dessus du milieu de la batterie, vis-à-vis des points assez distans les uns des autres, en tombant dans l’eau ils lui impriment un mouvement plus étendu, et qui se communique avec plus de promptitude et d’égalité.
- On se sert aussi de moulins pour battre l’indigo , les uns mus par l’eau, les autres par des chevaux; le mouvement de ces moulins se rapporte à un arbre couché sur le travers de la batterie, lequel est garni de cuillers ou de palettes, qui, en tournant, agitent l’eau. Quelques planteurs, pour éviter les frais d’un moulin, impriment à l’arbre un mouvement de rotation par le moyen de deux manivelles fixées à ses deux extrémités. Avec un seul moulin on peut battre à-la-fois plusieurs cuves.
- Comme la fécule qui a été reçue dans le diablotin est encore remplie de beaucoup d’eau, on la retire de ce vaisseau pour la mettre égoutter dans des sacs d’une bonne toile commune, dont le tissu ne soit pas trop serré. Ces sacs sont ordinairement longs d’un pied à un pied et demi, carrés ou en pointe par le bas, et larges de 7 à 8 pouces en haut; on fait des oeillets tout près de leur ouverture, et on y passe des cordons , par lesquels on les sus-
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- pend des deux cotés aux chevilles ou crochets d’un râtelier; quand ils ne rendent plus d’eau, on les retourne et on verse la feuille * qui est encore molle comme de la vase épaisse, dans des caisses de bois pour l’y faire sécher. Ces caisses doivent avoir environ 3 pieds de longueur, un pied et demi de large, et 2 pouces seulement de profondeur; on les expose sur des établis, dont une partie est en plein air, et l’autre à couvert sous un bâtiment appelé sècherie.
- § II. Manipulation de Vindigo.
- Il n’est pas indifférent d’employer dans cette manipulation toutes sortes d’eaux ; elles influent beaucoup, selon leur nature, sur celle de l’indigo ; les plus convenables, quand elles ne sont ni crues ni froides, sont celles des rivières et ravines claires; les eaux de puits chargées de sels , les eaux de mares, celles qui sont troubles , limoneuses ou corrompues par des matières étrangères ou par des insectes, altèrent la qualité dè l’indigo. Celui qui a. été fabriqué avec des eaux salines conserve ou attire une humidité qui se développe toujours dès qu’il est renfermé pendant quelque temps ; il est par cette raison, et malgré sa belle apparence, d’une dangereuse acquisition : il pèse ordinairement plus qu’aucun autre.
- i°. De la fermentation.
- Lorsqu’on a apporté l’herbe des champs, elle est jetée à la pourriture, où on l’arrange et l’étend de manière qu’il n’y ait aucun vide ni aucune masse; trente ou quarante paquets suffisent pour la cuve dont on a donné les proportions. Quand elle est chargée, on y verse ou on y introduit une quantité d’eau suffisante pour la remplir jusqu’à 6 pouces des bords; on dispose ensuite les palissades, qui sont assujetties par les clefs. L’herbe doit être surmontée par l’eau de 3 ou 4 pouces ; mais on a l’attention de ne pas trop la comprimer, afin de ne pas s’opposer au développement que la fermentation doit occasionner : elle ne tarde pas à s’établir. Elle a lieu de la même manière que celle du raisin dans la cuve, mais elle est plus rapide et plus tumultueuse ; on voit s’élever du fond de la pourriture, avec un certain bouillonnement, une grande quantité d’air et de grosses bulles de liqueur, qui, s’affaissant, teignent la superficie de la cuve d’une couleur verte; cette couleur devient par degrés extrêmement vive, et se communique bientôt à toute l’eau. Lorsqu’elle est au plus haut degré d’intensité, la surface du vaisseau présente un cuivrage superbe, qui est effacé à son tour par une crème d’un violet très-foncé, quoique la masse entière de l’eau reste toujours verte : c’est le mo-
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- ment où la fermentation est dans sa plus grande activité. Des flots d’écume s’élèvent alors et retombent précipitamment dans la cuve. Le bouillonnement est quelquefois si violent qu’il rompt ou soulève les palissades, et arrache les clefs qui n’ont pas été bien affermies dans la terre. Cette écume est très-spiritueuse; si on y met le feu, il se communique rapidement à toute celle qui suit. "
- La fermentation dure plus ou moins long-temps, suivant les circonstances que nous avons indiquées ; elle développe tous les sucs et les parties propres à former l’indigo. Lorsqu’on veut juger de la disposition de tous ces principes à une union prochaine, on sonde la cuve. L’épreuve se fait avec une tasse d’argent semblable à celle des marchands de vin, dans laquelle on verse une petite quantité d’eau fermentée : on la remplit au tiers ou environ. L’intérieur de cette tasse doit être bien poli, puisque c’est sur ce fond qu’on doit juger de l’état de la cuve : s’il est crasseux , il fait paraître l’eau trouble et différente de ce qu’elle est effectivement; de sorte qu’on s’imagine que l’indigo est trop dissous, tandis qu’il ne l’est pas même assez. On connaît l’état dans lequel il se trouve par le mouvement de la tasse, dont l’agitation produit à-peu-près ce que le battage opérerait en pareil cas dans la seconde cuve; c’est-à-dire que, si la matière avait assez fermenté pour que les parties, ayant les dispositions les plus prochaines à l’union , s’y déterminassent par le battage, il se forme également dans la tasse de petites masses ou grains plus ou moins distincts, suivant la qualité de l’herbe et le degré de la fermentation. Quand le grain est bien formé, il se précipite de lui-même au fond de la tasse, et ne laisse à l’eau qui le surnage qu’une couleur claire dorée, à-peu-près semblable à celle de la vieille eau-de-vie de Cognac. On renouvelle cette épreuve plusieurs fois, jusqu’à ce que les mêmes indices se manifestent d’une manière très-sensible.
- On doit sonder la cuve en haut et en bas alternativement pour connaître mieux son état, et ne pas se laisser tromper par les apparences. Quelquefois l’indigo ne présente qu’un faux grain à la superficie; d’ailleurs l’herbe qui est en bas entre plutôt en fermentation que celle de dessus, qui reste plus de deux heures avant d’être couverte ; et dans les temps pluvieux, où l’indigo n’a besoin que de dix à douze heures de fermentation , le haut de la cuve change si peu , qu’à peine y trouverait-on un grain qu’elle n’a pas la force de développer ou d’y soutenir ; en général, il faut une grande habitude pour bien juger du point parfait de la fermentation. Les saisons et les circonstances le font beaucoup varier; on doit y avoir égard, et chercher quelquefois des indices dans la couleur du liquide, lorsque son agitation dans la tasse n’offre qu’un grain imparfait
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- fait ou qui a delà peine à se former. A Saint-Domingue, un nègre indigotier, avant de couler sa cuve, en goûtait toujours l’eau quatre ou cinq fois, sur-tout lorsque les signes ordinaires du degré juste de fermentation lui paraissaient faibles ou équivoques; la saveur particulière qu’il trouvait à cette eau était pour lui un indice plus sûr que tous les autres; jamais il ne se trompait, et lorsque ses voisins jetaient des cuves à la vide, cet indigotier tirait le meilleur parti de la même herbe venue et coupée dans le même temps.
- Enfin, quand on reconnaît, n’importe par quels moyens, que la fermentation est assez avancée et que les molécules colorantes commencent à se réunir, on saisit ce moment pour faire écouler toute l’eau qui en est chargée, dans la seconde cuve; cette eau est alors d’un vert foncé ; la fermentation prolongée au-delà du terme précis ferait tomber les principes du grain dans une dissolution dont le battage ne pourrait le relever.
- 2°. Du battage.
- L’apprêt que reçoit l’extrait de la batterie est l’effet de l’agitation et du bouleversement qu’éprouve l’eau par la chute des buquets. Ce mouvement prolonge tous les avantages de la fermentation sans permettre à l’extrait de passer à la putridité ; il tend à réunir toutes les parties propres à la composition de l’indigo, lesquelles se rencontrent et se concentrent en forme de petites masses plus ou moins considérables : c’est ce qu’on appelle le grain, regardé par les indigotiers comme l’élément de la fécule.L’eau, qui paraissait d’abord verte, devient insensiblement d’un bleu très-foncé, après avoir été fortement agitée.
- Pendant le cours du travail, on jette, à différentes reprises, un peu d’huile de poisson dans la batterie, pour dissiper l’écume épaisse qui s’élève sous le coup des buquets. L’épaisseur, la couleur et le départ plus ou moins prompt de cette écume servent encore, avec les indices tirés de la tasse, à faire juger de la qualité de l’herbe, de l’excès ou du défaut de fermentation, et à régler le battage. On doit aussi examiner l’eau : si elle est très-chargée, elle est suspecte de pourriture ; quand elle est brune à la surface et verte à un pouce plus bas, elle annonce le même défaut; une cuve au contraire qui manque de pourriture montre toujours une peau rousse ou d’une couleur verte tirant sur le jaune.
- Le battage ne peut pas être réglé convenablement si l’indigotier ne s’assure, en battant la cuve, du degré de fermentation en plus ou en moins qu’a subi 1 eau dans la pourriture. Quand il est habile, il s’en instruit avant que le grain soit tout-à-fait formé, et alors il ménage ou pousse le battage selon
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- l’excès ou le défaut de pourriture. L’opération doit être continuée jusqu’à ce que le grain se présente dans la tasse d’épreuve sous une forme convenable , et dont on soit satisfait Quand il s’arrondit et se coneentre de manière à rouler au fond de la tasse ; quand il se débarrasse bien de son eau, que cette eau paraît nette et claire, qu’elle offre la couleur que nous avons indiquée ; quand enfin la tasse inclinée nç laisse voir au fond aucune crasse, c’est alors le moment de cesser le battage, qui, s’il était poussé trop loin, entraînerait la dissolution dans l’eau des parties les plus subtiles de l’indigo, et produirait un effet contraire à celui qu’on en attend. Dans ce cas, le grain, qui était déjà formé ou prêt à se former, se décompose ; il se divise et se perd dans l’eau , qu’il rend trouble, et cette eau ne dépose, après un long repos, qu’une fécule imparfaite,d’où résulte un indigo mollasse.
- 3°. Du reposoir et du diablotin.
- Deux ou trois heures suffisent ordinairement au repos de la cuve quand rien ne lui manque ; mais il vaut mieux la laisser tranquille pendant quatre heures et meme plus long-temps si l’on n’est pas pressé, afin que le grain le plus léger ait le temps de se déposer.
- Des trois robinets que porte la batterie, on n’ouvre d’abord que le premier, pour que l’écoulement n’occasionne aucun trouble dans la cuve. Quand toute cette première eau est épuisée, on lâche le second robinet ; l’eau qui s’en échappe doit être, ainsi que la première, d’une couleur claire et ambrée. Ces eaux tombent naturellement dans le diablotin, d’où elles s’écoulent et se perdent dans la campagne par l’ouverture pratiquée au reposoir. On doit leur donner une issue telle qu’elles ne puissent se mêler à aucune autre eau, soit de rivière, de mare ou de ruisseau, parce qu’elles la rendraient malsaine, et même dangereuse pour les animaux qui en boiraient.
- Après ces deux écoulemens, il reste au fond de la batterie un sédiment d’un bleu presque noir. On écoule encore, autant qu’il est possible, le peu d’eau superflue qui peut s’y trouver, en ouvrant à demi et repoussant à propos le troisième robinet ; enfin on lâche tout-à-fait ce robinet pour recevoir la fécule dans le diablotin, qu’on a eu soin de vider auparavant. Elleressemble en cet état à une vase fluide; un panier, placé au-devant de la bonde, intercepte tout ce qui lui est étranger. Au moyen d’une moitié de calebasse, on la retire du bassinet, et on la verse dans les sacs dont nous avons parlé ; on laisse l’indigo s’y purger jusqu’au lendemain: quand les sacs, qui doivent être lavés et séchés chaque fois qu’on en fait usage, ne rendent plus d’eau, on les assemble deux à deux,
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- €ii suspendant chaque lot aux mêmes chevilles; cet assemblage le presse et achève d’en exprimer le reste de l’eau.
- 4°. De la dessiccation.
- Lorsque la fécule est entièrement égouttée, on la coule dans les caisses déjà décrites, qu’on expose en plein air; elle s’y dessèche insensiblement, et pénétrée par le soleil, elle se fend comme de la vase qui aurait quelque fermeté. On doit commencer cette opération le soir plutôt que le matin, parce qu’une chaleur trop continuelle surprend cette matière, en fait lever la superficie en écailles et la rend raboteuse; ce qui n’arrive point lorsqu’a-près trois ou quatre heures de chaleur elle a un intervalle de fraîcheur qui donne le temps à toute la masse de prendre une égale consistance. On passe alors la truelle par-dessus pour en comprimer et rejoindre toutes les parties sans les bouleverser. Quelques personnes imaginent qu’en pétrissant l’indigo dans les caisses lorsqu’il commence à sécher, cette espèce d’apprêt lui donne de la liaison : c’est une erreur, car cette liaison ne dépend uniquement que du juste degré de pourriture et de battage. Une cuve qui pèche par l’un ou par l’autre en fournit la preuve: alors l’indigo qui en provient s’écrase au moindre choc.
- Aussitôt que la fécule ou pâte a acquis un degré de dessiccation convenable, on en polit la surface, et on la divise en petits carreaux, qu’on laisse exposés au soleil jusqu’à ce qu’ils se détachent sans peine de la caisse, et paraissent entièrement secs. Dans cet état, l’indigo n’est pourtant pas encore marchand ; avant de le livrer au commerce, il faut qu’il ait ressué; si on l’enfutaillait auparavant, on ne trouverait au bout de quelque temps que desfragmens de pâte détériorée et de mauvais débit.
- Pour le faire ressuer, on le met en tas dans quelque barrique recouverte de son fond désassemblé, et on l’y laisse environ trois semaines. Pendant ce temps, il éprouve une nouvelle fermentation, s’échauffe, rend de grosses gouttes d’eau, dégage une vapeur désagréable, et se couvre d’une fleur fine et blanchâtre ; enfin, on le découvre, et sans être exposé davantage à l’air, il sèche une seconde fois en moins de cinq à six jours. Lorsqu’il a passé par ce dernier état, il a toutes les conditions requises pour être mis dans le commerce ; mais il faut le vendre tout de suite, si l’on ne veut pas supporter le déchet auquel il est sujet dans les premiers six mois qui suivent sa fabrication, et qu’on peut évaluer à un dixième et même au-delà. '
- Dans quelques plantations , on le fait sécher à l’ombre dès que les carreaux quittent la caisse. Cette méthode est longue, parce qu’il s’écoule plus de six semaines avant qu’il soit en état de ressuer; mais elle est très-favorable à 1 indigo, qui en acquiert plus de lustre et une nouvelle liaison;
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- d’ailleurs il n’éprouve pas dans la suite le même déchet que celui dont la dessiccation s’achève au soleil, et il lui est supérieur en qualité; cependant la lenteur du dessèchement favorise le ravage des mouches, qui, attirées par l’odeur très-forte qu’exhale l’indigo, se jettent sur cette matière, en dévorent autant qu’elles peuvent, et y déposent leurs œufs, d’où sortent des vers en moins de quarante-huit heures. Ces vers travaillent à l’abri du soleil dans les intervalles des carreaux, ou dans les fentes même de l’indigo , le ramollissent et le chargent d’une humeur glutineuse, qui en altère la qualité et cause une perte réelle. Quelquefois on est obligé d’employer les fumigations dans la sécherie, pour en éloigner les mouches, sur-tout lorsque le temps est couvert et disposé à la pluie.
- Catalogue des plantes quifournissent des couleurs bleues et vertes.
- Centaurea cjanus : sa tige bouillie donne à l’eau une couleur bleue. A Mersebourg, préparée comme le pastel, elle donnait une belle couleur bleue. Centaurea giacœa : on retire une couleur bleue de ses pétales. Agrostis spicaventa : teint la laine en vert. Chœrephjllum silvestre : donne une belle couleur verte. La grande chélidoine : bleue. Choux violet et noir : donne de l’indigo en petite quantité , d’après Fabroni. Croton tinctorium : on fabrique avec son suc le tournesol. Fraxinus exchia : son écorce et ses tiges teignent l’eau en bleu ; on fixe cette couleur sur les laines qui ont déjà bouilli avec le Ijcopodium complanatum. Anemone pulsatella : encre verte avec le suc des corolles. Delphinum consolida : encre bleue avec le suc des corolles. Glastrum silvestre : sa graine donne sur le papier une belle couleur bleue. Iris : ses corolles donnent une couleur verte. Ljcopodium clavatum, Ijcopodium alpinum, Ijcopodium complanatum : selon JFestring, bouillis avec un peu de bois de Brésil, teignent les laines en une belle couleur bleue, résistant au savon, mais attaquable par les acides (i). Mercurialis perennis ; son suc donne une couleur bleue. Lonjcera peryclymena : sa racine fournit une couleur bleue. Lonjcera cœrulea : ses baies , idem. Poljgona varia : ses feuilles ; Thun-berg dit qu’au Japon on en retire de l’indigo. Polygonum aviculare : idem. Seneccio Jacobœa : racines, feuilles, tiges fraîchement cueillies teignent les laines en vert. Scabiosa folio integro glabro : teint les laines en vert ; on la prépare en Suède comme le pastel en France. Sang-dragon ou patience sauvage: donne un suc cramoisi qui se change en beau bleu. Trifoliumpratense: on teint les laines en vert, en Suède, avec les sommités de cette plante.
- (i) Voyez Bulletin de la Société, 4e. année, page 116.
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- Analyse du Mastic inaltérable de la fabrique de Sarre~ bourg; par M. Cadet de Gassicourt, pharmacieji de S. M. l’Empereur.
- Depuis quelque temps, on vend à Paris, sous le nom de mastic inaltérable de Sarrebourg, une composition qui mériterait la plus grande faveur si elle réunissait effectivement toutes les propriétés que l’on annonce. Cette pâte se prête à toutes les moulures, même les plus délicates, et on en fait des bas-reliefs, des ornemens d’un goût très-pur; elle peut s’appliquer sur les meubles, et remplacer jusqu’à un certain point les bronzes; elle est d’une dureté apparente assez considérable ; enfin elle paraît susceptible d’une foule d’applications utiles; mais est-elle aussi solide qu’elle le paraît ? Est-ce une invention nouvelle ? L’analyse va répondre à ces deux questions , car on fait un secret de sa composition, et il est permis aux chimistes de l’examiner.
- J’ai réduit en poudre 200 grammes de la pâte de Sarrebourg; je les ai fait bouillir à quatre reprises avec une suffisante quantité d’eau pour enlever toutes les parties solubles dans ce liquide; j’ai filtré la liqueur: il est resté sur le filtre 82 grammes d’une poudre blanche, sans odeur ni saveur. L’eau de lavage évaporée a laissé une substance gélatineuse que le tanin précipitait , et qui avait toutes les propriétés de la colle-forte.
- Deux cents grammes du mastic mis dans un creuset ont exhalé, pendant leur calcination, une forte odeur de corne brûlée, et ont laissé pour résidu une poudre blanche grisâtre pesant i44 grammes : cette poudre faisait une légère effervescence avec les acides. Les réactifs m’ont fait reconnaître qu’elle était composée de sulfate de chaux, d’un peu de carbonate de chaux et d’une très-petite quantité de charbon provenant de la colle brûlée.
- Comme le plâtre contient toujours une certaine quantité de carbonate de chaux, on peut conclure que 100 parties de mastic de Sarrebourg sont composées de 72 parties de plâtre fin et de 28 de colle-forte ; mais il faut comprendre ici les28 parties de colle-forte comme étant à l’état liquide; car le sulfate de chaux, dans cette masse, retient la preque totalité ou du moins une grande partie de l’eau employée pour dissoudre la colle avec laquelle on délaie le plâtre.
- La couleur grise ou rougeâtre du mastic tient probablement à la qualité de la colle que l’on emploie, ou à quelque substance végétale que l’on introduit dans la composition, car la masse blanchit par la calcination;
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- ce qui ne pourrait avoir lieu si \sl substance colorante était un oxide métallique.
- Le mastic de Sarrebourg se ramollit au feu ; il est très-hygrométrique et se déformerait ou tomberait s’il était appliqué dans des endroits humides. Sa composition, comme on le voit, est fort analogue à celle que l’on connaît sous le iwm de stm; cependant on doit savoir gré à l’artiste ingénieux qui lui a donné une application nouvelle. Les moulures, les bas - reliefs qu’il a mis en vente sont d’une très-belle exécution , les formes en sont plus pures que celles, du carton moulé, plus solides que celles du plâtre : les ornemens deviennent beaucoup plus économiques que la sculpture en bois, et mériteraient la préférence à tous égards s’ils avaient moins de pesanteur (1).
- AGRICULTURE.
- Rapport fait par M. Chassiron, au nom du Comité df agriculture , sur les mémoires et Les moyens proposés par M. Rat-tier, de Chouzy-sous-Blois , pour fertiliser, par le moyen de P irrigation, lès terrains infertiles et sablonneux qui s'étendent le long de la Loire ? dont ils sont séparés par la levée depuis Chouzy jusqu?à Vouvray, près Tours.
- Etant l’un des commissaires nommés par la Société d’agriculture du département de la Seine pour l’examen des prix proposés pour les travaux d’irrigation les plus importans faits par des propriétaires français, j’ai vu par moi-même ceux entrepris et exécutés par M. Rattier, de Chouzy près Blois, en élevant par des retenues les eaux de la disse, et les faisant refluer et séjourner à volonté sur une partie du terrain de cette longue vallée, qui s’étend depuis Ghouzy-sous-Blois jusqu’à Youvray près Tours.
- Les faits énoncés par M. Rattier sont constans, et il est certain qp’en portant sur des sables arides le limon des eaux de la disse dans sa crue, M. Rattier a obtenu de bons pacages, de belles plantations, etc.
- (i) M. Smith présenta à la Société (l’Encouragement, ait mois de germinal an XII, des ornemens à l’imitation du bois ciselé , d’une exécution très-soignée, composés d’un mastic d’huile de graine de lin,, de résine noire , de craie pulvérisée, de farine et de colle-forte. Ces ornemens, qui acquièrent une grande dureté , se jettent dans des moules de cuivre ou de bois , qu’on soumet à l’action de la presse ; ils sont propres à recevoir la dorure, et sont à dix et même à vingt pour cent au-dessous du prix des ornemens ciselés en bois. Cet article forme en Angleterre une branche de commerce considérable. ( Voyez pour plus de détails, Bulletin, N°. XXII, 2e. année, page 189.)
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- Je ne doute pas qu’en suivant ie même système on ne parvînt à rendre fertiles ces longues plages de sables arides tjue la Loire, èn rompant la levée de Tours, a portées sur les terrains adjacens. Le succès paraît d’autant plus certain, qu’au-dessous de cette couche de sable plus ou mois épaisse se trouve l’ancien sol, qui était bon et fertile.
- Les moyens employés par M. Rallier sont simples, et seraient peu dispendieux si ces vastes terrains appartenaient au même propriétaire; mais il y a quelques difficultés, à raison de la subdivision et du morcellement de ces terrains, qui, par le canal projeté, se trouveraient coupés et séparés de la levée, qui est la voie publique de toutes ces contrées. Il faut encore savoir si, en faisant enfler, par une retenue et un barrage à son embouchure dans la Loire, les eaux de la Cisse élevées au-dessus de leur niveau ordinaire, il n’en résulte point d’inconvéniens pour les propriétés riveraines de la Cisse, au-dessus de la vallée de Chouzy à Blois. Il est encore quelques objections qui m’ont été faites sur lès lieux ; mais comme je devais me borner à connaître les travaux faits par M. Ratlier et leur succès, je n’ai point pris la peine d’examiner si les difficultés el les objections étaient bien ou mal fondées, et s’il n’est pas des moyens faciles de les prévenir.
- Je pense donc entièrement, comme M. de Récicourtf qu’avant d’adopter le projet de M. Ratlier7 il faudrait envoyer sur les lieux un ou plusieurs commissaires, qui réunissent à des connaissances agricoles des connaissances administratives, et celles relatives aux travaux de dessèchement et d’irrigation , et certes l’objet en vaut bien la peine , si l’on considère la vaste plage qui s’étend de Blois à Tours,
- Ces mêmes commissaires donneraient leur avis motivé sur l’amélioration dont ils croiraient ces terrains susceptibles, sur leur valeur actuelle, sur l’augmentation de produits présumable, sur les dépenses à faire, sur les moyens d’y faire face par l’augmentation même des produits, et d’après les bases de la loi du 16 septembre 1807.
- Il paraîtrait convenable qu’ils s’abouchassent, soit avec M. l’ingénieur en chef du département, soit avec un ingénieur nommé par lui, soit même avec M. le préfet; car , dans ces sortes d’opérations, il faut toujours que la partie publique soit entendue, et souvent des travaux partiels fort utiles dérangeraient un plan général plus utile encore, et alors l’intérêt particulier doit céder.
- Telles sont, Messieurs, les vues que nous vous proposons pour répondre aux intentions de S. Ex. le Ministre de l’intérieur; mais nous ne pouvons
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- terminer ce rapport sans rappeler l’observation que vous présente M. de Ré-cicourt, d’après celle d1 Arthur Young dans son Voyage en France.
- Cet Anglais observateur prétendait que les deux tiers du sol français étaient infertiles par l’ignorance absolue de l’art des arrosemens et des des-séchemens. Je crois ce calcul heureusement exagéré, et ce n’est pas le seul que nous offre le Voyage en France de ce célèbre Anglais; mais je ne crains point de consigner ici comme un fait démontré que, sans agrandir son territoire d’un seul mètre, la France pût conquérir et créer plusieurs dé-partemens à l’agriculture par l’art des irrigations, des desséchemens, et par des opérations analogues à celles que propose M. Rattier, dont le zèle , les talens et les services sont bien dignes de servir d’exemple et d’être encouragés par le Gouvernement.
- M. de Rècicourt désirerait, Messieurs, que la Société proposât un prix pour un bon traité sur l’art des irrigations. Sans doute cet ouvrage pourrait être utile ; mais les principes de l’art des irrigations, des desséchemens, sont aujourd’hui connus et répandus dans les ouvrages qui ont paru depuis dix ans. Il en est de l’art de guérir les maladies du sol comme de l’art de guérir les maladies de ceux qui l’habitent ; les principes sont connus, l’art est certain, mais l’application est difficile. Ce ne sont pas de bons ouvrages en théorie , mais des hommes habiles et de bons praticiens qu’il faudrait envoyer ou choisir dans les divers départemens de l’Empire, afin de proposer des moyens propres à chaque localité, de dessécher les terrains fatigués par les eaux, d’arroser et de féconder les sables les plus arides : c’est une belle conquête à faire sur notre propre sol, et c’est à la Société d’En-couragement qu’il appartient de la proposer à un gouvernement fort et réparateur , qui croit n’avoir rien fait s’il reste encore à faire.
- Signé Chassirojv , rapporteur.
- Adopté en séance, le 11 septembre 1810.
- A Paris, de l’Imprimerie de Madame HUZARD, rue de l’Éperon, n°. 7,
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- neuvième année. (N°. LXXYII.) novembre 1810.
- BULLETIN
- DE LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Barde], au nom du Comité des Arts mé~ caniques , sur un Schal de Laine présenté par M. Pépin , fabricant d’étoffes? rue Mêlée , n°. 5y, à Paris.
- M. Pépin a présenté à l’examen du Conseil un schal d’un travail très-compliqué , imitant ceux de Cachemire.
- Il désire savoir si les chaînes des sçhals peuvent être en soie, en poil de chameau ou en poil de chèvre d’Afrique, et quelle peut être la différence de beauté et d’usage entre ces espèces de chaînes.
- Il semble, dit-il, qu’à égalité de beauté, un cachemire fabriqué en soie et laine diffère, pour le prix, d’un cachemire fait dans l’Inde comme de i à 4, sauf cependant à en comparer l’usage.
- * Il pense que s’il était très-important d’employer une autre chaîne que celle de soie, la Société s’occuperait d’encourager, ou les importations des matières nécessaires , ou la naturalisation des chèvres qui procureraient bientôt ces matières.
- Le Comité des arts mécaniques, que vous avez chargé de répondre à ces questions, pense,
- i°. Que la matière qu’il convient d’employer pour chaîne dans toute espèce d’étoffe doit être la même que celle dont on se sert pour la trame. Il résulte de cette réunion de deux matières semblables plus de souplesse et plus de régularité dans le tissu ; l’usage en est plus agréable et plus durable, parce que deux matières différentes , comme par exemple la laine et la soie, ne se comportent pas à l’air de la même manière; qu’elles éprouvent, suivant la température, des tensions inégales qui font gripper l’étoffe et ki rendent défectueuse.
- Neuvième année. Novembre 1810. Nn
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- D’après celay il n’y a pas le moindre doute qu’un schal, pour être de bonne qualité, doit être composé en chaîne et trame de la même matière.
- Mais on doit convenir que 110s ouvriers n’ont pas encore assez d’habitude pour soigner sur leurs métiers une chaîne en laine fine, qui a par elle-même peu de consistance, et qui ne supporte que difficilement les frotte-înens et les mouvemens de l’armure du métier. Cependant plusieurs bonnes fabriques, et notamment celle de nos collègues MM. Ternaux frères, sont parvenues à vaincre cette difficulté, et à livrer au commerce des schals en laine de Cachemire, chaîne et trame, au moins aussi beaux et d’un travail aussi régulier que ceux qui nous viennent à grands frais de l’Inde.
- Sur la question de savoir si les chaînes des schals peuvent être en soie, en poil de chameau ou en poil de chèvre, et quelle peut être la différence de beauté et d’usage entre ces espèces de chaînes, votre Comité pense que la soie n’est pas la matière la plus convenable; que ces tissus devant être principalement employés à garantir des rigueurs des saisons, les matières laineuses remplissent mieux cet objet ;
- Que les poils de chameau ont bien la souplesse, la légèreté et la douceur que l’on recherche; mais que la couleur grise ou faüve qui leur est naturelle, s’oppose à la teinture des couleurs vives et claires dont les laines blanches sont susceptibles;
- Que le poil de chèvre d’Afrique est dur et sec, et que ce qui peut le mieux remplir, quant à présent, l’objet qu’011 se propose, après le poil de Cachemire, est la laine de mérinos.
- A l’égard de la différence de beauté et d’usage entre ces diverses matières , elle sera toujours en faveur de l’étoffe où la chaîne et la trame seront de même nature, et où les conditions de la bonne fabrication seront remplies.
- 20. La différence de prix entre les schals de l’Inde et ceux en laine et soie, qui, suivant M. Pépin, est comme 4 à 1 , suffit bien pour satisfaire les personnes qui ne veulent pas mettre un prix très-élevé à cette sorte de vêtement; cependant il reste toujours à désirer, pour l’intérêt de la parfaite fabrication, que nos ouvriers soient mieux exercés à gouverner les chaînes en laine fine : c’est au manufacturier à l’exiger; mais, avant tout, il doit donner tous ses soins à la bonne filature de là laine, car c’est là le grand point de la difficulté.
- Le vœu que forme M. Pépin pour la naturalisation des chèvres qui procureraient la matière propre à fabriquer les schals de Cachemire a déjà fixé l’attention de la Société ; elle a accueilli les essais en ce genre faits par
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- M. Flandre d'Espinay, propriétaire de biens ruraux au Mont-d’Or. La recommandation dont elle l’a appuyé auprès de S. Ex. le Ministre de l’intérieur mettra sans doute ce cultivateur éclairé et entreprenant en état de réaliser les espérances qu’il a données.
- Quant au schal présenté parM. Pépin, la chaîne est en soie et la trame en laine. Il est remarquable par la variété des couleurs et par la parfaite exécution du dessin. Les fleurs et les ornemens qui le composent sont figurés par la trame au moyen de onze navettes portant chacune une couleur différente. La traînée de laine, qui ne travaille pas dans l’étoffé et qui ressort à l’envers, est découpée suivant le contours des fleurs : c’est en cela que nos schals diffèrent de ceux de Cachemire. La trame de ceux-ci, au: lieu d’être lancée en travers de l’étoffe d’une lisière à l’autre et ensuite découpée autour de la figure , comme nous le pratiquons, est enlacée dans la chaîne avec autant de navettes ou spoulins qu’il y a de couleurs et de fleurs différentes, dont les contours sont liés et arrêtés séparément : c’est une espèce de broderie , ou plutôt un travail de tapisserie. On conçoit qu’il doit en résulter plus de solidité ; mais c’est un ouvrage de patience que nous ne pourrions obtenir en Europe à aussi bas prix que dans l’Inde, et que notre méthode peut, à peu de chose près, remplacer avec autant de solidité, lorsque sur-tout elle est employée sur un tissu fin et serré.
- Le schal de M. Pépin est d’un tissu un peu gros; le dessin est peut-être trop chargé ou peut-être trop riche; car en matière de mode et même de goût il y a de l’incertitude et point de règles fixes.
- Quoiqu’il en soit, l’exécution en est très-régulière, et cet ouvrage mérite des éloges, principalement sous le rapport des difficultés vaincues ; il démontre à quel degré de perfection nous possédons l’art du tissage, et ce qu’on peut espérer en ce genre du talent de nos ouvriers.
- D’après ces observations, votre Comité vous propose de témoigner votre satisfaction à M .Pépin de la communication qu’il vous a faite j et pour lui donner une marque de l’intérêt que méritent son zèle et ses efforts, nous proposons l’insertion du présent' rapport au Bulletin de là Société.
- Adopté en séance, le 2*4 octobre 1810.
- ' Signé Bardel, rapporteur.
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- Programme relatif au Prix d’un million de francs offert par le décret impérial du 7 mai dernier, à Vauteur des meilleures machines à filer le lin.
- Art. Ier. Le prix d’un million de francs offert, par le décret du 7 mai 1810, à l’auteur du meilleur système de machines propres à filer le lin, sera accordé à celui qui sera parvenu à filer :
- i°. Des fils de lin pour chaîne et pour trame , propres à faire un tissu égal en finesse à la mousseline fabriquée avec du fil de coton, N°. 4°o,000 mètres au kilogramme, correspondant au N°. 164,000 aunes à la livre poids de marc. Les procédés employés pour obtenir ces fils devront procurer une économie de huit dixièmes sur le prix de la filature à la main; - .
- 20. Des fils de lin pour chaîne et pour trame, propres à faire un tissu égal en finesse à une toile nommée percale , fabriquée avec du fil de coton , 1S°. 225,000 mètres au kilogramme, correspondant au N°. 92,000 aunes à la livre. Les procédés employés pour obtenir ces fils devront procurer une économie des sept dixièmes sur le prix de la filature à la main; -3°. Des fils de lin pour chaîne et pour trame, propres à faire un tissu égal en finesse à une toile fabriquée avec du fil de coton, N°. 170,000 mètres au kilogramme, correspondant au N°. 70,000 aunes à la livre. Les procédés employés pour obtenir ces fils devront procurer une économie des six dixièmes, sur le prix de la filature à la main. Dans les économies de main-d’œuvre exigées par les conditions précédentes, sont comprises celles qu’on pourra obtenir sur toutes les opérations préparatoires de la filature du lin. ’ y
- IL Si les conditions exigées par l’article précédent n’étaient pas toutes remplies, il serait accordé 5oo,ooo francs à celui qui aura satisfait à la deuxième et à la troisième de ces conditions ; et dans le cas où il n’y aurait que la troisième condition de remplie, le prix serait réduit à 260,000 francs.
- III. Un jury composé de sept membres, dont quatre manufacturiers, et trois versés dans les connaissances mécaniques, nommés par le Ministre de l’intérieur, est chargé de l’examen de toutes les machines présentées au concours, ainsi que de toutes les opérations nécessaires pour s’assurer de leurs effets, de la quantité et de la perfection de leurs produits. Le jury fera un rapport détaillé des résultats de son examen au Ministre de l’intérieur. « '
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- IV. Le concours restera ouvert pendant trois ans, à partir du 7 mai dernier, et ne sera fermé que le 7 mai i8i3.
- V. Les concurrens devront faire parvenir, franc de port, leurs machines au Ministre de l’intérieur avant la fin du concours; mais avant l’envoi des machines, ils pourront lui adresser les dessins avec mémoires explicatifs, ainsi que des échantillons de leurs produits, afin que le jury puisse faire connaître si elles sont susceptibles d’être présentées au concours, et qu’en cas de négative, les auteurs s’épargnent les frais de transport. Néanmoins on admettra au concours les machines que les auteurs jugeraient convenable de présenter, malgré l’avis contraire qu’ils en auraient reçu.
- VI. Les machines, pour être admises au concours, devront être construites en grand , et en état de fonctionner de la même manière que si elles devaient être employées à former un établissement de filature. A mesure de leur arrivée, le Ministre de l’intérieur les fera placer au Conservatoire des arts et mebers , où elles seront examinées immédiatement après le délai fixé par le concours.
- VII. Les concurrens feront connaître au jury tous les procédés qu’ils mettront en usage, en prenant le lin en branches ou sortant du routoir, jusqu’aux dernières opérations de la filature.
- VIII. Le système de machines qui aura satisfait complètement aux conditions exigées, deviendra la propriété des manufactures françaises, du moment que le prix aura été décerné à son auteur, et les mécaniques qui composeront ce système appartiendront au Gouvernement.
- Arrêté à Paris, le 9 novembre 18 ro.
- Le Ministre de l’intérieur, comte de l’Empire,
- Signé Montalivet.
- Rapport du jury institué par le Ministre.
- Déjà l’expérience la plus heureuse a vaincu par-tout en France les difficultés que présente la filature du coton par mécaniques dans tous les degrés de finesse.
- Déjà on est parvenu à filer également par machines les différentes qualités de laine, avec une perfection et une économie de main-d’œuvre telles, qu’on peut espérer que cette branche importante de notre filature atteindra bientôt le dernier degré de perfection.
- Il restait une amélioration d’un autre genre à opérer, c’est celle qui intéresse l’emploi du lin ou la fabrication des toiles et autres tissus faits
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- avec cette imatière, que la France a l’avantage de recueillir sur son sol.
- L’Empereur, animé d’une constante sollicitude pour tout ce qui peut agrandir le domaine de notre‘industrie .; a pensé qu’en encourageant la filature du lin, il encouragerait aussi la culture de cette plante, et qu’on pourrait en obtenir des Résultats aussi étendus que ceux qu’on-obtient du coton. \ > i ',.v r: . ?
- Sa Majesté a pensé en même temps qu’au lieu d’attendre que des hasards heureux ou des spéculations de commerce fissent participer les fileurs de lin aux progrès des connaissances acquises dans l’art de la filature par mécaniques , il convenait» de s t i m ulerl’ i n d u s tri e active des Français sur cet objet , qui tient de si près à la prospérité nationale, et de diriger l’attention des artistes vers l’établissement du meilleur système de machines propres à la filature du lin. Elle a offert une récompense d’un million de francs à celui qui aura vaincu la difficulté dans toute son "étendue , et qui obtiendra une économie de mâin-d’oeuvre telle f que Ton puisse se procurer à des prix avantageux les plus beaux tissus de lin. . ^
- Cette magnifique récompense donne la mesure de l’intérêt que le cfief de l’État prend aux progrès de l’agriculture r des arts et du commerce, et nous démontre en même temps qu’il sait mieux que personne que dans tous les arts les encouragemens doivent être déterminés non - seulement d’après leur utilité, mais encore d’après la difficulté qu’ils présentent. ; ;
- L’art de filer le lin par machines consiste'> principalement, après le rouissage et l’éfilochage, i°. à en diviser-les fibres au moyen de peignes ou sérans; 20. à les distribuer le plus également possible sur une longueur proportionnée à la finesse naturelle des brins, et à celle que la filature doit procurer ; 3°. à tordre le fil au degré convenable à l’usage qu’on se propose. ^
- Les machines propres à la filature de coton ont conduit naturellement plusieurs mécaniciens à en imaginer pour filer le lin sur les mêmes principes , mais modifiées et appropriées à ce nouveau genre de filature.
- Nous citerons ici ceux des artistes qui} à la connaissance du Gouvernement, s’en étaient occupés avant l’appel fait au génie des arts mécaniques par le décret de Sa Majesté , du 7 mai dernier. » -
- En l’an Y, M. üemaureyç>k luearville , près Louviersy a composé un système de machines propres à filer le lin. * -
- M. Delafontaine fils fait usage des procédés de M. Demaurey dans l’établissement qu’ilaformé à la Flèche, il y a deux ans, où il file le lin par mécanique. • . n
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- (. i &5 )
- Le 28 germinal an VI, William Robinson s’est procuré un brevet d’importation pour des mécaniques propres à la filature du lin.
- Le 29 floréal an VII, les sieurs Fulton et Cutting ont pris un brevet d’invention pour de nouvelles machines propres à filer du lin et du chanvre en fildecarret, et pour en fabriquer des câbles et des cordages de toutes espèces.‘ ‘ ' ' -'4 ,OJ° ‘
- Le 26 thermidor an IX; Madame Clarke a demandé un brevet d’invention pour de nouveaux procédés relatifs à la fabrication et au filage du lin.
- En l’an XII, M. Busbj, mécanicien, établi à Rouen , a fait construire des machines propres à la filature du lin pour plusieurs manufacturiers de cette ville, et depuis cette époque il en a fourni un assez grand nombre d’assor-timens à Dreux, à Troyes et à Paris, où il continue maintenant ce genre de construction.
- Le 20 mars 1807, il a été délivré à M. Alphonse Leroy fils un brevet d’invention pour un nouveau mécanisme propre à la filature du lin et du chanvre dans toute sa longueur.
- Le 17 août 1807, GeorgeMunier, de Versailles, a obtenu un brevet pour l’invention d’une nouvelle machine propre à préparer et à filer le lin et le chanvre.
- Le 22 janvier 1808, John Madden et Patrick Onèal, à Paris, ont pris un brevet d’invention pour des machines destinées à préparer et à filer le lin, le chanvre peigné et les déchets du tirage des soies.
- D’après ces premiers essais plus ou moins avantageux, entrepris par un petit nombre de mécaniciens comme objets de spéculation particulière , il est permis d’espérer les plus heureux résultats du concours mémorable que Sa Majesté a ouvert au sujet de la filature du lin par mécaniques.
- Paris, le 9 novembre 1810.
- Signé Monge, comte de l’Empire, président;
- Joli de Bammeville ,
- Bardel, Molard.
- Approuvé,
- Paris, le 9 novembre 1810. ,
- Le Ministre de l’intérieur,, comte de l’Empire,
- Signé MONTALIVET.
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- Kapport fait par M. Regnier sur les Serrures de sûreté pourvues de clefs à double panneton, présentées par M. Tocques,
- serrurier à Pont-Chartrain, , ,4
- M. Tocques a présenté à la Société trois serrures de portes de différentes grandeurs et de formes diverses, mais établies sur le même principe.
- Le Comité des arts mécaniques m’ayant chargé d’examiner ces serrures pour en faire un rapport, je m’acquitterai de cette commission avec l’impartialité qui doit caractériser nos examens.
- Ces serrures ne sont pas nouvelles ; ce sont les mêmes que M. Toques a présentées, i°. à l’Académie royale des sciences en 1787; 20. à l’Académie royale d’architecture en 1789 ; 3°. à l’Athénée des arts en l’an V.
- Quoique ces trois Sociétés savantes aient approuvé les serrures dont il s’agit, nous devons cependant dire que l’usage n’en a pas été adopté, et nous pouvons en indiquer la cause :
- i°. Si leur mécanisme était exécuté avec les soins convenables, ces serrures seraient d’un haut prix;
- 20. Si on les établissait en fabrique, comme celles du commerce, elles seraient sujettes à dérangement, à cause de la multitude des pièces qui les composent; :
- 3°. Leurs clefs à double panneton sont nécessairement plus embarrassantes et plus sujettes à déchirer les poches que les clefs ordinaires, et on a tout lieu de croire que c’est la principale cause qui s’est opposée au débit de ces sortes de serrures. ;
- En effet, la mode depuis quelque temps a supprimé les poches du vêtement des femmes, et a diminué celles des hommes; en sorte que les clefs trop volumineuses ne peuvent plus guère convenir à nos usages.
- Il est reconnu, et nous l’avons remarqué en plusieurs occasions, que les grosses clefs destinées à fermer des caisses ou des portes d’appartemens qui exigent une fermeture solide , que ces grosses clefs, disons-nous, sont ordinairement renfermées dans des tiroirs : ainsi la clef des clefs est confiée à une petite fermeture ordinaire.
- C’est par cette raison que la Société libre d’émulation de Paris avait, en 1777, proposé un prix pour les serrures à combinaisons qui n’exigent pas de clefs, et qui néanmoins présentent une grandesûreté. : ,J 1
- Mais, malgré les objections que nous avons faites aux serrures de M. Tocques, il est juste d’observer que l’effet des deux pannetons qui agissent ensemble pour spulever les ressorts qui retiennent les pênes, présente &
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- sente des difficultés insurmontables pour celui qui voudrait les crocheter. Ainsi, les personnes qui voudront s’en servir auront une fermeture d’autant plus assurée, qu’il serait difficile de contrefaire les vraies clefs, et comme il est bon de multiplier les moyens de sûreté qui peuvent empêcher les vols domestiques et éloigner les tentatives des malfaiteurs, la Société peut donner aussi son approbation aux serrures de M. Tocques (i).
- Adopté en séance, le 26 septembre 1810.
- Signé Regnier , rapporteur.
- Sur les fabriques de draps pour Fus âge du Levant. (Extrait du Moniteur du i3 décembre 1810.)
- Des fabriques de draps établies depuis peu d’années dans quelques dé-partemens de l’Empire se sont rapidement élevées à un haut degré de prospérité. Elles ont dû à leur activité et à des moyens de fabrication économiques des succès capables de réparer les pertes éprouvées pendant la révolution par les fabriques qui, jusqu’à cette époque, avaient été en possession d’alimenter le commerce des draps de France dans le Levant.
- C’était à Carcassonne et dans d’autres villes du midi que ces draps se fabriquaient. Ils étaient envoyés delà à Marseille, soumis dans ce port à la visite des inspecteurs , et expédiés ensuite pour les différentes Echelles. Durant les années de la grande prospérité de ces fabriques , leurs exportations s’élevaient à près de sept millions ; cette industrie a langui pendant la révolution dans les départemens méridionaux, mais d’autres contrées de la France s’en sont emparées , et l’ont élevée progressivement à une grande prospérité.
- Les départemens formés des anciennes provinces de Normandie, de Flandre, de la Belgique, dont les habitans sont industrieux et spéculateurs, et où les produits de l’agriculture la plus florissante ont accumulé de nombreux capitaux, ont employé ces capitaux à produire des richesses nouvelles parle travail des manufactures. Une partie du département de la Roër est aussi entrée dans la lice avec succès, et le département de l’Ourthe, moins favorisé peut-être par la nature, n’a pas été moins remarquable par le développement de son industrie.
- Aix-la-Chapelle, Liège, Yerviers, Hodimont, Eupeu et Montjoie, offrent,
- (1) Plusieurs serruriers habiles, et entre autres Bramah, de Londres, ont employé des clefs à double panneton 5 c’est de ta perfection de cette partie essentielle de la serrure que dépendent la sûreté et la commodité qu’elles présentent. (Y. Bulletin, N°. XL1I, sixième année, page 143.)
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- sur une surface de territoire peu étendue , le spectacle d’une prospérité toujours croissante : là, les procédés nouveaux sont examinés sans préjugés, et iis sont accueillis aussitôt qu’ils sont reconnus utiles, r > ;
- Des dispositions aussi favorables, secondées par un système de liberté bien entendu, par une protection constante , par les indications utiles que l’administration se plaît à donner, et par les encouragemens qu’elle prodigue sans cesse, ont produit les plus précieux résultats.
- C’est à cet heureux concours qu’on doit l’introduction dans nos ateliers des machines propres à la fabrication des draps ; c’est en l’an VIII que les premières mécaniques de ce genre ont été construites par M. Cockerill pour le compte de MM. Biolley et Simonis, de Verviers Quelque temps après, M. Douglas a livré au commerce des assortimens de diverses mécaniques construites sur les mêmes principes , et dont l’usage était inconnu. Cet artiste a reçu des récompenses honorables et a été puissamment protégé par le Gouvernement, qui a accordé aux fabricans qui emploieraient ses machines une prime de 20 pour 100 sur le prix total de l’assortiment.
- Les villes qui se sont empressées de profiter de ces avantages ont fait des bénéfices considérables de main-d’œuvre que procurent les mécaniques. Verviers, Hodimont, Eupen, Aix-la-Chapelle, Montjoie, se sont approprié une partie importante du commerce des draps dans le Levant ; elles y font des envois par Vienne, Leipsick, Amsterdam, Marseille, Venise et; Trieste, suivant les demandes des négocians de ces différentes places. Ces envois s’élèvent à vingt mille pièces de drap par an ; ce qui forme annuellement, pour ces seules fabriques, une masse d’affaires de 6 radiions.
- La ville de Carcassonne s’est mise , quoique un peu tard, sur les rangs pour participer aux bénéfices des mécaniques et aux primes du Gouvernement. Les maisons les plus recommandables de cette ville ont fait l’acquisition de ces machines. Cet exemple est déjà suivi dans les départemens méridionaux, qui ne borneront pas leur industrie aux fabrications dont ils s’occupent pour l’habillement des troupes. Ils fabriqueront pour l’exportation; ils rivaliseront d’industrie et d’économie avec les départemens de l’Ourthe et de la Roër. Déjà nous offrons aux Turcs des draps à si bon compte et fabriqués avec tant de soin qu’ils ne devront plus être tentés d’en acheter des Anglais.
- Beaucoup d’autres branches de l’industrie française ont atteint un plus haut degré de prospérité, parce que leurs débouchés sont plus étendus; mais par-tout celle-ci est en plein succès; l’économie de ses procédés et la perfection de ses produits lui assurent de nouvelles conquêtes sur l’industrie des étrangers. _
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- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Recherches sur la forme la plus avantageuse à donner aux fours à chaux, pour y calciner la pierre calcaire dure au moyen d’un feu de tourbe ; par MM. Deblinne, ancien maître particulier des eaux et forêts , et Donop 5 ancien ingénieur des Ponts et Chaussées (1).
- Depuis plus de vingt ans, occupés à parcourir la France et les pays voisins, et à y diriger des constructions de toute nature, nous avons eu de fréquentes occasions de remarquer les matières différentes qui servent à la construction des fours destinés à calciner la pierre calcaire dure ou tendre , les formes et les capacités diverses et variées de ces fours, ainsi que la différente nature des combustibles employés à la cuisson du carbonate calcaire. Il est des fours simplement construits en pierres sèches, qui se placent dans un trou pratiqué pour cet effet au bas d’une petite butte naturelle ou artificielle et dans lesquels la pierre calcaire tendre est cuite avec des bourrées ou des fagots de bois blanc ; d’autres fours se construisent en pierre calcaire dure, maçonnée en mortier de terre grasse ou en pierre siliceuse dite meulière ; d’autres enfin s’élèvent en briques, et ce sont là sans doute les meilleurs, puisqu’ils donnent évidemment lieu à moins de déperdition de calorique. Nous avons vu employer pour combustible le bois dans quelques endroits où il était rare et cher, et dans ceux où il était abondant et à bon compte, parce que cela dépendait du prix plus élevé de la chaux dans les premiers et de son bas prix dans les autres. On se sert de préférence du charbon de terre dans tous les lieux où il est possible de se le procurer à un prix raisonnable, soit qu’il s’exploite dans les environs des fours à chaux, soit qu’il faille Ty faire venir de très-loin ; enfin, là où il existe des tourbières, on emploie avec avantage ce dernier combustible à la calcination de la chaux, quelles que soient la qualité de cette tourbe et la dureté plus ou moins considérable de la pierre calcaire, pourvu que l’on fasse usage de petits fours qui ne rendent que 5 à 6 muids (de 48 pieds cubes chacun) par fournée en chaux calcinée de bonne qualité, et sans aucun mélange de pierres dites biscuits.
- Ayant fait calciner des pierres calcaires dures et tendres de diverse nature,
- (i) Les auteurs de ce mémoire ont obtenu le prix proposé par la Société pour la construction des fours à chaux, à tuiles et à briques, les plus économiques en combustible, sans employer la houille , comme ayant présenté les fours les plus avantageux , qui ne consomment que deux mètres cubes de tourbe par mètre cube de chaux de pierre dure. (Voyez Bulletin} N°. LXXIV, page 218. )
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- tant avec le bois qu’avec le charbon de terre et la tourbe, soit dans des fours à grande flamme, soit dans ceux perpétuels ou coulans, soit enfin dans des fours de petites dimensions que nous n’avions pas fait construire, nous nous sommes occupés, depuis cinq ans, de la construction d’un grand nombre de fours, de formes et de capacités différentes, afin de parvenir à connaître celle qui présenterait le plus d’économie et d’avantage, sous le double rapport du combustible consommé et de la main - d’œuvre nécessaire pour la calcination parfaite de la pierre calcaire dure.
- Les observations que nous avons eu occasion de faire dans les divers pays où l’on se sert de bois pour calciner la pierre calcaire nous ont convaincus que la quantité de combustible employé variait suivant la nature du bois, brûlé comme bois de corde ou comme fagots de bourrées, soit en bois durs , soit en bois tendres. Nous avons voulu connaître les limites dans lesquelles cette consommation était renfermée, et nous avons trouvé que les meilleurs fours à chaux consommaient de istère833 à 2 stères de bois de corde refendu, par mètre cube de chaux obtenue de la calcination de la pierre calcaire dure; tandis que les plus avantageux, se chauffant avec des fagots, consommaient plus de 2sUres5oo par mètre cube de chaux, et les autres jus~ qu’à 2stère,958 pour la même quantité.
- Cette grande consommation de combustible a le double inconvénient de faire renchérir non-seulement les bois de toute espèce propres au chauffage ou à faire du charbon, si utile et nécessaire aux établissemens où l’on travaille le fer et les autres métaux, mais encore ceux propres aux constructions et au charronnage , ainsi que d’augmenter considérablement le prix de la chaux, et par suite celui des constructions et des produits des arts dans lesquels on en emploie. Nous nous sommes donc efforcés de diminuer la consommation d’un combustible aussi cher que le bois, en lui substituant la tourbe, qui, lors même qu’elle est de première qualité, ne coûte, dans l’endroit que nous avons choisi pour notre établissement, qu’à-peu-près les •§ ( ou -jÇ) du prix du bois. Mais, pour pouvoir faire baisser d’une manière sensible le prix courant de la chaux employée, soit dans les constructions, soit dans les arts, il fallait diminuer de beaucoup la consommation de la tourbe (quelle que fût d’ailleurs sa qualité) qu’on a dû employer jusqu’à ce jour pour obtenir la calcination de la pierre calcaire tendre ou dure dans des fours en usage sur les exploitations où l’on se sert de cette espèce de combustible. C’est à la solution de ce problème intéressant que nous sommes enfin parvenus,' après de nombreuses recherches, dont nous avons l’honneur de présenter dans ce mémoire les résultats à la Société d’Encouragement.
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- La calcination parfaite ? de la totalité delà pierre calcaire contenue dans le four ne peut s’obtenir que par l’application immédiate, continuelle et non interrompue d’un feu très-violent (quelle que soit la nature du combustible et du carbonate calcaire soumis à son action), et capable d^ondre, en quelques minutes, le fer qu’on y jetterait; il s’ensuit que toutes les fois que, par quelque cause que ce soit, l’air atmosphérique s’introduit dans le four par la porte ou gueule*, lorsqu’on y jette le combustible, soit à la fourche, soit à la pelle, pour alimenter le feu qu’active continuellement l’air qui pénètre par le cendrier placé au-dessous delà grille enfer ou de lâtre en brique construit à claire-voie; il s’ensuit, dis-je, qu’il s’établit à l’instant un courant d’air entre les parois du four et la surface des pierres calcaires qui ne reçoit pas directement l’action du feu, de façon à interrompre la calcination, à la retarderi à la rendre imparfaite, et à donner ce que l’on nomme du biscuit. Il résulte de cet inconvénient majeur un dommage réel et considérable pour le chaufournier, qui brûle autant et même quelquefois plus de combustible pour n’obtenir qu’une portion peu considérable de chaux calcinée, lorsque sa fournée est manquée en,partie ou en totalité. Nous avons pensé qu’il serait possible d’empêcher l’introduction de l’air frais par la gueule du four, en diminuant la vitesse et la quantité de la flamme qui sort dans les fours ordinaires par l’œil ou trou circulaire pratiqué dans la partie supérieure. Nous avons en conséquence fait construire deux fours, le premier à base circulaire et à une seule gueule, et le second à base ovale avec deux gueules, ayant, chacun , quatre cheminées à soupapes, qui prennent naissance à l’endroit du plus grand évasement du four, et s’élèvent perpendiculairement jusqu’à plusieurs pieds au-dessus du terre-plein qui le recouvre ; mais notre attente a été trompée quant aux résultats que nous nous en promettions, et quoiqu’en ouvrant ou bouchant alternativement une ou plusieurs, ou toutes les cheminées , ainsi que l’œil supérieur du four, nous soyons parvenus à faire circuler la flamme et à la porter à volonté sur une partie quelconque de la masse de pierre calcaire soumise à son action , la quantité de biscuits ou de pierres mal calcinées a surpassé le quart de la totalité de la pierre contenue dans chacun de ces fours, et par cette raison seule la dépense en combustible a été au moins d’un quart plus forte qu’elle ne l’aurait été si toute la pierre eût été bien calcinée. Ces fours, dans lesquels nous avons calciné de la chaux pendant plus de six mois , consommant plus de 54 voies de tourbe (i) par muid de chaux, contenant 48 pieds cubes, c’est-à-dire Ss^TesoSrj de tourbe par mètre
- (1) Chaque voie vaut 4 pieds cubes, ou o’u,i3y cubes.
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- cube de chaux ^à'icinée , nous leur avons substitué deux autres fours ^ans cheminées et n’ayaiit qu’une seule porte : le premier à parois circulaires, et le second cylindrique et surmonté d’une calotte sphérique. Ces nouveaux forirs ijpus ont donné un résultat aussi peu satisfaisant que les premiers, puisqu’ils consommaient aussi plus de 3 stères de tourbe par mètre cube de chaux caicitiéè1 (voyez le Tableau de la première section de ce mémoire).
- Loin de nous décourager par le peu de succès de nos premières tenta-tivesy et par les dépenses considérables dans lesquelles elles nous avaient entraînés, nous résolûmes, i°. de renoncer entièrement au système des cheminées, comme plus nuisible qu’utile sous le rapport du combustible , puisqu’on eUbrulàit davantage, proportion gardée, dans ces fours, a cause du biscuit, que dans ceux sans cheminées , qui n’en donnaient que très-peu sans consommer plus de tourbe, et nous avions d’ailleurs appris à connaître les inconvériiëns des foürs û cheminées, pour la manœuvre desquels il faut au moins trois hothmes ! et jusqu’à trente-six heures de grand feu, non compris dix à dohze heures pour le fumage et le petit feu ; 20. de réduire les dimensions de nos fours en changeant le rayon de courbure des parois, de façon à ce qu’ils'ne rendissent que de 8 à 9 mètres cubes (5 à 5 ± muids) de chaux calcinée par fournée, sans aucun biscuit, et de diminuer le temps nécessaire à la Calcination, la quantité de combustible employée ainsi que la main-d’œuvre, en ne laissant que deux ouvriers pour la manœuvre du four, et de parvenir enfin à n’avoir qu’un minimum de dépense pour obtenir la calcination de la pierre calcaire dure dans des fours chauffés avec la fourbe, de quelque qualité que fût ce combustible.
- Pour remplir le but que nous nous proposions, nous fîmes construire successivement deux autres fours, à une seule porte à base circulaire et avec grille en fer, le premier ayant ses parois entièrement circulaires, le deuxième les ayant droites et inclinées langentiellement à la courbure supérieure de ces mêmes parois, à partir du foyer de la grille. Ce dernier four a, comme on le voit, moins d’évasement que le premier, quoique le rayon de courbure des parois soit le même, et plus d’élévation au-dessus de la grille ou foyer, qui est d’un plus petit diamètre ; tandis que l’œil du four, placé à la partie supérieure, est d’un quart plus grand que celui du dernier four : c’est ce sixième four qui nous a présenté les résultats les plus avantageux par l’économie du combustible (t); ee qui nous a engagés à en faire construire un nouveau sur les mêmes dimensions, en remplacement d’un des fours
- (x) Il faut remarquer ici que la température plus ou moins élevée de l’atmosphère influe sensiblement sur la durée du temps nécessaire à la calcination parfaite de la pierre contenue
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- à cheminées que nous avons détruit ; l’autre a été remplacé par un four coulant ou perpétuel,, d’uue très-grande dimension, qu’on nous avons* * dû dimiu.uef ensuite^ mais i qui a déçu notre attente > par des-mauvais résultats que nous en avons obtenus, à cause du biscuit^considérable qu’il â fourni lorsque nous avons employé de la tourbe pour y calciner la pierre-calcaire. En nous servant du charbon de terre pour cette opération , le prix beaucoup plus élevé de ce combustible nous forçait de donner la chaux calcinée au prix coûtant, en la vendant le même prix que celle calcinée avec la tourbe, et d’ailleurs, malgré tous les soins apportés à la manoeuvre de cette espèce
- dans.le, four (*; ; la.,pluie , les grands vents , lés orages, on quelque saison (Qu’ils arrivent, contrarient be-auepu-p-cette opération;;' elle commenéef toujours par: ce qu’on appelle \e Jiu,-mage, c’est-à-dire qu’après que le four se trouve entièrement chargé de pierre ealcairp , pour mettre la fournée en train , on allume d’abord un feu très-faible, qu;e l’on recouvre de poussier de tourbe et que l’on entretient ainsi pendant dix à douze heures. Ce feu>; qui produit beaucoup de fumée, a pour objet d’écbauffer par degrés la pierre calcaire avant de lui faire ressentir le contact de la flamme ; sans cette précaution la pierre qui est de bonne qualité, dure et bien vive, a l’inconvénient de s’éclater, ce qui produit souvent dès acci-dens graves par la chuté des chai nés de la voûte-,-qui, camse .nécessairement-l’affaiSSêment de la masse entière de pierre calcaire que le four contient. Il ast bien important de, charger, le ' four de manière à offrir le plus de surface possible au contact de la flamme , en laissant beaucoup de jour entre les pierres, qui devront être placées sur les angles autant que faire se pourra; on aura soin aussi de ne mettre la petite pierre ou garni que dans'le haut du four, dont l’œil devra en être recouvert à 2 pieds de hauteur. Ce n’est qu’après que le fumage est bien fait et que la pierre se trouve suffisamment échauffée que l’on augmente le fèir par degrés, jusqu’au moment où commence ce que les chaufourniers novamentle rebutage } c’est là l’instant où la pierre.-étant bien rougie , eb pour ainsi dire 'incandescente dans toute la partie inférieure du four (c’est-à-dire dans un rayon égal au tiers environla hauteur totale du four ) , la flainme contrariée par la raréfaction de l’air, due à la grande chaleur du foyer qu’il traverse, a la plus grande peine à s’élever et à parvenir jusqu’à l’oeil supérieur du four, en terminant la calcination de la pierre calcaire logée dans la partië supérieure ; et c’est alors aussi que la flamme s’échappe avec violence par la bouche du four, si l’on n’a pas le soin de la tenir fermée au moyen d’une porte en tôle épaisse. A cette époque il faut soutenir le feu avec égalité, et sur-tout bien se garder de laisser noircir la surface de la pierre par le contact de l’air extérieur ; ce qui arriverait si l’on ralentissait le feu , et ferait absolument manquer la fournée. Peu d’heures avant la fin de l’opération,
- (*) La pierre nouvellement tirée de la carrière nous a paru moins longue à calciner que celle extraite depuis long-temps et exposée à l’action de l’air et du soleil. Nous croyons que cela tient à l’affinité de l’acide carbonique pour l’eau, qui lui donne la propriété de s’unir intimement avec ce fluide, soit à l’état liquide, soit à celui de vapeur; ce qui fait que la pierre fraîchement tirée ou mouillée même artificiellement, comme le pratiquent plusieurs chaufourniers instruits, dégage plus promptement l’acide qui la ^ tient à l’état de carbonate calcaire et la rend effetveüfcente ; et quoiqu’il faille sans doute plus de calorique pour echauffer un corps humide que celui qui est déjà parvenu à l’état de siceité , il en coûte cependant réellement moins de combustible pour calciner la, pierre calcaire humide quc cçlle qui a long-temps sèche a l’air, parce que cette dernière retient plus long-temps l’acide carbonique qu’elle contient.
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- de four, nous avons observé qu’il fournit toujours une certaine quantité de biscuit, à raison du contact de l’air extérieur, qui s’y fait plus aisément que dans les fours ordinaires 5 ce qui force à faire un triage pénible chaque fois que l’on tire de la chaux par la partie inférieure du four coulant. Nous avions déjà fait la même remarque dans ceux construits aux portes de Paris, et chauffés également avec du charbon de terre, et dans les fours de la ci-devant Belgique et du pays de Liège.
- La première section de ce mémoire offrira la description des fours de formes différentes que nous avons soumis à des épreuves comparatives, et le tableau des résultats que nous avons obtenus pour chacun d’eux. -La deuxième section contiendra l’examen détaillé de ces mêmes résultats , et des essais faits pour établir un four perpétuel et coulant chauffé avec la tourbe. 1
- La troisième traitera de la comparaison que nous avons faite entre les différentes pierres calcaires calcinées , soit avec le bois, soit avec le charbon de terre ,soit avec la tourbe, relativement à leur emploi dans les constructions et les arts. .) 1 , . *
- La quatrième section aura pour objet l’examen des pierres calcaires connues sous le nom de biscuits, et qui se trouvent souvent parmi les pierres calcinées.
- Enfin, dans la cinquième, on examinera la nature des différens combus-, tibles que nous avons employés à la calcination. , (\ .
- PREMIÈRE SECTION.
- De la forme des différens fours mis en expérience.
- Les figures 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 et 8 de la planche 73 représentent les sept fours de formes différentes, dans lesquels la pierre calcaire dure a été
- calcinée. , *
- Le four N°. 1 a une hauteur totale de 4n\55o, 011 *4 pieds, depuis le
- et quelquefois six heures avant, la pierre se tasse dans la partie supérieure du four d’environ un sixième de la hauteur totale de la charge, mesurée entre la grille et l’œil du four 5 et c’est là un indice certain que la calcination de la pierre calcaire est presque terminée. Alors on doit ralentir le feu avec prudence , c’est-à-dire peu-à-peu , jusqu’à la fin de l’opération 5 on laisse ensuite refroidir lentement la pierre, èt on ne la tire du four pour la mettre, soit dans des tonnes couvertes , soit dans les voitures disposées à cet effet, que lorsqu’elle est devenue maniable à la main, ce qui exige quelquefois six ou huit heures, selon la température plus ou moins élevée de l’atmosphère. On voit, d’après cela, que la durée du temps nécessaire pour faire une fournée, ne peut 4tre constante, et peut même varier de douze heures, plus ou moins, selon la température. Il est certain que la qualité du combustible employé influe aussi d’une manière très-sensible sur la durée dé l’opération.
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- fond du cendrier b jusqu’au niveau supérieur de l’œil a; le plus grand évasement du four, sur la ligne des centres des rayons de courbure de ses parois, est de 2m,86i, ou de 8 pieds 9 pouces 8 lignes. L’œil, de forme cylindrique, a 65 centimètres, ou 2 pieds de diamètre, et om,8i3, ou 2 pieds 6pouces de hauteur verticale. La grille en briques est élevée au-dessus du fond du cendrier de om,63Q, ou d’un pied 11 pouces 6 lignes : ce cendrier est de forme circulaire, et la grille de ira,625 ou
- 5 pieds de diamètre ; au-dessus de là grille on pratique une assise de briques
- de champ placées en retraite pour supporter la pierre calcaire. Le diamètre du four au niveau de cette assise est de 2m,43y, ou 7 pieds 6 pouces ; il a quatre cheminées à soupapes c c, placées à égales distancWentre elles et servant à conduire la flamme à volonté dans toutes les parties du four. Au-dessous du cendrier, on a pratiqué une voûte en berceau d, qui reçoit les cendres par un eil ou soupirail e de même dimension que celui du haut du four, et peut, au besoin, fournir l’air nécessaire à la combustion, en bouchant avec le plus grand soin la porte du four et celle du cendrier b. i - v
- Le four fig. 2 est de forme ovale; mais ce n’est pas un solide de révolu-^ •tion comme le N°. 1 ..Il a, comme on le voit, deux portes, deux cendriers et deux grilles en briques ou foyers à claire-voie ; il a aussi quatre cheminées à ventouse comme le précédent. Son plus grand axe est de 2m,762 ou 8 pieds
- 6 pouces, et son petit axe a 2m,275 ou 7 pieds ; chaque porte a 2 pieds de
- hauteur sur autant de largeur, et elles sont placées en fausse; équerre sur le contre-fort qui conlrebute le milieu de la façade du four. Les cheminées, au nombre de quatre, ont, chacune, comme celle du four précédent, om,2i7 ou 8 pouces de diamètre à leur partie inférieure, et seulement om,i 09 ou 4 pouces à leur partie supérieure. ,
- Les pieds-droits qui soutiennent la voûte ont im,5ooou 4 pieds de hauteur, et le rayon de courbure du profil de la calotte ellipsoïde, suivant le grand axe , est de im,95o ou 6 pieds ; l’œil du four a aussi om,65 ou 2 pieds de diamètre, sur om,8i3 ou 2 pieds 6 pouces de hauteur. La hauteur totale du four, mesurée depuis le cendrier, est de 4mjo55 ou 12 pieds 5 pouces 9 lignes jusqu’au-dessus de l’œil; celle de la grille ou foyer à claire-voie, au-dessus du cendrier, est la meme que pour le fouryzg\ 1.
- , La ..hauteur totale du four fig. 3 est de , mesurée depuis le nu du
- cendrier jusqu’au-dessus de l’œil; sa grille, qui est aussi en briques, est élevée de om,70 ou de 2 pieds 3 pouces 8 lignes au-dessus du sol; le diamètre, de l’œil est de o"?,777 ou 2 pieds 4 pouces 6 lignes, et sa hauteur ver-tiçalejest de ^>,4 87 ou un pied 6 pouces. Quant au plus grand évasement
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- ( a94 )
- de ce four, il est, à la hauteur des centres des rayons de courbure, de 2m,583 ou 7 pieds 11 pouces 7 lignes. Ce four est un solide de révolution , et n’a qu’une seule porte.*
- Le four fig. 4 est de forme cylindrique et terminé par une calotte sphérique, dont la partie supérieure est percée d’un oeil par lequel on charge le four, et qui donne issue à la fumée et à la flamme dues à la combustion de la tourbe pendant la calcination de la pierre calcaire. Le diamètre inférieur de ce four est de 2m,i 12 ou 6 pieds 6 pouces, et sa hauteur totale, prise depuis le nu du cendrier jusqu’à la partie supérieure de l’œil du four, est 4m,6i 1 ou r4 pieds 2 pouces 3 lignes; la hauteur de la grille en briques, au-dessus du cendrier, est de im,o37 ou 3 pieds 2 pouces 3 lignes, et celle de l’œil de om,65 ou 2 pieds, et son diamètre de om,5i5 ou 2 pieds 6 pouces. Ce four n’a également qu’une seule porte.
- Le fourfig. 5 a une hauteur de Sm,5j5 ou 11 pieds , depuis la grille qui est en fer jusqu’à la partie inférieure de l’œil du four, dont le diamètre, qui est égal à sa hauteur, est de om,65 ou 2 pieds. Cette grille en fer, placée à om,8i3 ou 2 pieds 6 pouces au-dessus du cendrier, est composée d’une forte barre transversale appuyée sur un tréteau en fer f, servant à soutenir les barreaux mobiles qui composent la grille et qui sont également, espacés , au moyen d’une barre dentée en fer carré, disposée à chaque ex-* trémité, et qui contient ces barreaux par les deux bouts. Le rayon de courbure des parois est de 3m,575 ou 11 pieds, et le plus grand évasement de ce four, mesuré à la hauteur du centre des’rayons de courbure, est de 2m,600 ou 8 pieds. •
- Le four fig. 6 diffère du précédent en ce qu’il est plus élevé et qu’il a moins d’évasement : en effet, sa hauteur totale depuis le cendrier jusqu’au-dessous de l’œil du four est de 4U15845 ou i/j. pieds 10 pouces; l’œil n’a que om,488 ou un pied 6 pouces dé hauteur sur 0^,812 ou 2 pieds 6 pouces de diamètre; son évasement, mesuré à la hauteur des centres du rayon de courbure des parois, qui a une longueur de 3m,575 ou 11 pieds, n’est que de 2m,356 ou 7 pieds 5 pouées; ses pieds-droits, qdi ont om,gj5 ou 3 pieds de hauteur, sont inclinés et tangens à la courbe convexe des parois; l’évasement, à la hauteur de la retraite en; briqués qui porte la pierre calcaire soumise à la calcination, est de im,95o ou 6 pieds. La grille de ce four est disposée de la même manière que -Celle-du four précédent. < ^ >l-
- Les figures 7 et 8 représentent les coupes d’un four coulant ou per-^ pétuel, dont la profondeur, mesurée depuis la gueule supérieure jusqu’au cendrier, est de 4mj277 ou i3 pieds 1 pouce 11 lignes;5 son diaJ
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- ( »?5 )
- mètre supérieur est de 2*“,944 ou 9 pieds 8 lignes ; le cendrier a om,65 ou 2 pieds de haut et de large sur une longueur de im,584 ou 4 pieds 10 tpouces 6 lignes.
- C’est successivement que nous avons mis en expérience et éprouvé dans ces différens fours les diverses qualités de tourbe que nous avons employées pour y calciner la pierre calcaire dure de notre carrière. Nous avons varié la forme de ces fours, comme on en peut juger par les figures qui en présentent la coupe et le plan, et l’on verra par le tableau des résultats que nous avons obtenus, que nous sommes parvenus à calciner la pierre calcaire dure, en employant seulement un volume de combustible environ double de celui de la chaux calcinée obtenue : or, comme on lésait, il faut également, dans les fours abois où Ton calcine la pierre calcaire, employer au moins 2 stères de bois de corde refendu, pour obtenir un mètre cube de chaux calcinée provenant de pierre calcaire dure, et cela même dans lès fours les mieux construits.
- 11 ne reste donc point de doute sur l’avantage réel qui doit résulter, pour les consommateurs, de la substitution de la tourbe au bois, et même au charbon de terre, pour la calcination de la pierre calcaire dure; car pour calciner un mètre cube de pierre dure il faut consommer ; savoir,
- 2 stères de bois à 18 fr. 20 c....................... 36 fr. 4° c-
- Et nous ne consommons que 2 stères de tourbe à 7 fr. 25 c. .........................................' r4 5o
- Différence à l’avantage de la tourbe.................. 21 fr. 90 c.
- par mètre cube de chaux calcinée (1).
- En supposant même qu’on ne pût se procurer que delà tourbe mousseuse, légère et de la plus mauvaise qualité, dont nous n’avons employé que 3 stères au plus par mètre cube de chaux calcinée obtenue, ce combustible
- offrirait encore de grands avantages, puisque
- 2 stères de bois à 18 fr. 20 c. donnent............... . . 56 fr. 4° c.
- 3 stères de tourbe de troisième qualité à 5 fr. 82 c. valent. . 17 ^6
- Différence à l’avantage de la tourbe.................... 18 fr. 94 c.
- par mètre cube de chaux calcinée.
- (1) Aussi pouvons-nous nous flatter devoir déjà fait baisser le prix de la chaux à Paris même, où elle se vendait, avant notre établissement, io5 et 110 francs le muid de 48 pieds cubes 5 tandis qu'aujourdfliui elle ne vaut plus que 90 francs. Nous sommes donc parvenus , au moyen d’une forte économie dans le combustible, à faire baisser de plus d’un sixième le prix de la chaux, au grand avantage des constructeurs, des fabricans et des consommateurs.
- Pp 2
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- ( 29^ )
- TABLEAU comparatif des expériences faites sur la calcination de
- DÉSIGNATION DE h A. DIMENSIONS DES FOURS.
- HAUTEUR DIAMÈTRE SURFACE
- FORME DES FOURS MIS EN EXPÉRIENCE. de l’œil du four. delagrilK au-dessus du cendrier. Je la gri lie jusqu’à l’œil. Élévation totale du four* du plus grand évasement. delà grille ou foyer. de l'œil du four. DE LA du four. PORTE du Cendrier. de l’œil.
- N°. r. A base circulaire et à parois idem ; solide de révolution : une porte ; grille en briques; cendrier; quatre cheminées à soupape ; cendrier inférieur voûté en berceau. mètres. ' o,8i3 mètres. 0,639 mètres. 3,098 mètres. 4,55o mètres. 2,861 mètres. 1,625 mètres. o,65o mèt. carr. 0,24 mèt. carr 0,46 mèt. carr. 0,33
- N°. 2. A base ovale et parois elliptiques circulaires ; deux portes ; grille en briques ; cendrier ; quatre cheminées à sou-pape. } o,8i3 o,63g 2,6o3 4,o55 • grand axe. 2,762 petit axe. 2,275 2,762 ] 2,275 ; o,65o des 2 portes. 0,32 o,5o o,33
- N°. 3. A base circulaire et parois idem; solide de révolution : une seule porte ; grille en briques et cendrier; sans cheminées. | M87 0,750 3,3i8 4,555 2,583 i,543 0,24 0,42 0,47
- N°. 4. Forme cylindrique avec calotte sphérique , à une seule porte ; grille en briques et cendrier; sans cheminées. | o,65o> i,o37 2,924 4,6n 2,112 1,625 0,813 0,42 0,62 0,52
- N°. 5. A base circulaire et parois idem ; solide de révolution ; grille en fer à barreaux volans et cendrier, n’ayantqu’une seule porte de tôle fermant hermétiquement. 1. o,65o o,8i3 3,575 5,o38 2,600 1,95° o,65o 0,24 0,42 0,33
- N°. 6. A base circulaire et parois idem; solide de révolution ; grille enfer et à barreaux volans avec cendrier et une seule porte ; pieds-droits inclinés de 3 pieds, ou de hauteur; rayon de courbure 3m,675, comme au N°. 5. ' 1 . \ ^ o,488 o,8i3 4,357 , _5,658 2,356 i,5oo o,8i3 0,16 o,36 0,52
- N°. 7. Coulant ou perpétuel ; cône tronqué, renversé ; cendrier de forme cubique ; grille à barreaux volans. . i,o55 » 5,3o6 2,961 | i,444 i o,65o ) )) 0,46 0,476 »
- s
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- ( 'x9~ )
- la -pierre calcaire par un feu de tourbe, dans six fours diffèrens.
- QUANTITÉ w •£ QUANTITE. DE COMBUSTIBI Æ QUANTITÉ H
- de CHAUX CALCINEE « g ?r w g 0 BRULÉ PAR FOURNÉE. — TOURBE DE du COMBUSTIBLE -S) . H » G «
- par fournée, en D * a> p « SP Ire. QUALITE. 2e. QUALITE. 3e. qualité. - . ' 'V — consomme par met. cube p S ce s
- Stores. Muids. ** 2 h Ë «<2 N°. 1. N°. 2. N°. 3. N°. 4. N°.*5. N°. 6. chaux de calcinée.
- heures. voies. stères. voies. stères. voies. stères. stères. total stères.
- 178 par four.
- 10,711 6 i 32 24,421 3) 33 )) )) 2,280 ) 2,798
- 10,546 6 i 38 » )) 281 31,821 )> 33 3,017 j 8,SgS
- io,436 6 f 45 » )) )> )> 200 34,33o 3,098
- 8,239 5 3o i4i 19,362 3> 33 33 33 2,35o ) 3,258
- 8,788 5 -f 34 33 » 198 27^79 33 33 3,092 è9t775
- 9,°63 5 f 48 » 33 » 33 220 3o,2I0 3,333 )
- 9,338 5 I- 28 i5o 20,598 )> 33 )> 33 2,20Ô
- 9,475 8,898 5 I 3i 36 33 33 33 33 l80 3> 24,717 33 » 225 33 30,897 2,6o8 3,472 > i2,o34 3,009
- 9,887 6 4o » 33 » 33 270 37,076 3,749
- 6,591 4 26 102 t- O O vr » 33 » 33 2,125
- 6,o42 3 1- 24 » IIO i5,io5 » 33 2,500 2,56i
- 7,oo3 3o 120 16,478 33 33 » 33 2,352 /i2,8o3
- 6,426 32 )) 33 i3o 17,852 33 33 -2,778
- 6,756 4 -A 36 » }> 3) 33 i5o 20,598 3,o48
- 8,4o4 5rs 22 )> )> 121 16,616 33 33 ïj977'
- 8,65i 5 4 24 » » - i4o 19,225 33 33 2,222 1
- 8,445 5 i 26 )) » i5o 20,598 33 . 33 2,43g
- 9,o63 8,898 5 { 5 §- 3o 36 120 » 1^78 33 » » » » 33 192 33 26,365 1,818 2,963 )*7>975 2,247
- 8,867 51 3o 33 3) 33 33 180 24,718 2,790
- 9,°63 5 ? 24 121 16,616 y> 33 33 33 i,833
- 9,o63 3 f 26 mélange de tourbe par tiers, ou parties égales. Il6 15,929 i,g33
- 8,5i4 & f 18 IOI 13,869 » 33 33 33 1,629
- 8,239 5 20 100 13,732 33 3) 33 33 1,666 !
- 8,788 6 "f 28 106 14,556 33 33 33 33 i,656
- 8,321 B-h- 28 » 33 i3o 17,852 33 » 2,i45 i5,566 I,948
- 8,733 * JL O 1 0 36 33 33 » 171 24,482 2,688/
- 8,23g 5 3o mélange de tourbe par tiers, ou parties égales. I 2 I 16,617 2,0161
- 8,23g 5 28 IIO i5,io5 >> 33 » 33 i,833' :
- 8,23g 5 26 116 15,929 » 33 33 33 1,933^
- Nous n’avons pu présenter ici les re'sultats que nous avons obtenus de la calcination de la pierre au feu de tourbe, comme offrant trop d’anomalies à cause de la marche très-irrégulière de ce four, malgré les soins que nous avons mis dans nos essais.
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- _V DEUXIÈME SECTION.
- : ;' - - • ’ -
- Examen des résultats obtenus dans les diffêrens fours.
- 11°. En examinant les résultats, obtenus dans le premier four à base circulaire mis en expérience, nous voyons qu’il a fourni, à très-peu de chose près, les mêmes quantités de chaux calcinée, mais dans des temps diffêrens, et avec des quantités de combustible différentes et des qualités diverses.
- En effet, les temps employés à la calcination étant de 32, 38, ^5bet,re*>
- Les quantités de chaux calcinée obtenues ont été de 78, 74, 71,
- Et celle des combustibles de première, deuxième et
- troisième qualité consommés................. . -178, a3i, 25oTOie*
- 2°. Ceux obtenus du deuxième four à base elliptique et à deux portes ont offert quelques différences sensibles.
- En effet, les temps employés à la calcination étant de 3o, 34> 48 heure,>
- Les quantités de combustibles des trois qualités con-
- sommées. . . . . ...............................14 ï » 198, 220TOie*’
- Celles de la chaux calcinée obtenue ont été de.................60,, 64* 66. .
- On a donc employé beaucoup moins de temps dans le deuxième four que dans le premier avec la tourbe de première qualité; mais avec cette différence que dans le deuxième on a obtenu proportionnellement moins de chaux, relativement à la quantité de combustible employée réellement; ce qui a aussi eu lieu en sens inverse pour le premier four , qui a rendu proportionnellement plus de chaux que le deuxième, en employant néanmoins plus de combustible de deuxième et troisième qualité; mais le résultat moyen a été à l’avantage du premier four.
- 3°. Les résultats obtenus du ^troisième four nous ont paru proportionnellement plus avantageux que ceux des deux autres fours ;
- En effet, les temps employés à la calcination étant de 28, 3i, 36, 4°he&r€,i’ Les quantités de chaux calcinée obtenues ont été de 68, 69, 65, 72,
- Et celles des combustibles de différentes qualités
- consommées, de. . ...................... . . . i5o, 180, 225, 270Toie,v
- On a donc obtenu dans ce four plus de chaux calcinée, en moins de temps, avec du combustible de première qualité; un peu plus avec du combustible de deuxième qualité en un peu plus de temps; enfin avec du combustible de troisième qualité on a obtenu en plus de temps et avec beaucoup plus de combustible, tantôt une moindre quantité de chaux calcinée en moins de temps, tantôt une plus grande quantité en plus de temps qu’avec les première et deuxième qualités de combustible.
- 4°. Le quatrième four cylindrique à calotte sphérique nous a offert
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- généralement des résultats plus avantageux que ceux que nous ont présentés
- les trois fours que nous venons d’examiner
- Car en effet les temps employés à la calcina- *
- tion étant de. .... . . . . . ...... 26, 24, 3o, 3a, 36‘"ure*'
- Les quantités de chaux calcinée obtenues ont *• ^ 1
- été de........... . ....................... 5ï, 44, 47? 49,
- Et celles du combustible de première, .
- dèüxième et troisième qualités employées.. 102, 120, 110, i3o, i5oTOies-On a donc aussi employé moins de temps avec du combustible de première qualité, pour calciner plus de chaux; plus de temps avec celui de troisième qualité, pour obtenir avec plus de combustible une quantité moyenne de chaux calcinée, et en général les trois qualités de combustibles ont offert un résultat moyen plus avantageux que ceux des trois premiers fours pris en particulier, puisqu’ils sont, par chaque mètre cube de chaux calcinée obtenue, de 2,798 stères, 3,258 stères et 3,009 stères, et pour le quatrième seulement de 2,561 stères : le résultat moyen des trois fours est de 3,022. - r ^ •
- 5°. Le cinquième four nous a offert des résultats encore plus avantageux. '
- Car en effet le temps employé à la calcination étant de
- 22, 24, 26, 3o, 36, 3o, 24, 261,c,,res’ Les quantités de chaux calcinée obtenues ont été de
- 66, .66, 61, 63, 62, 60, 65, 66.
- Enfin, les quantités de combustible des trois qualités employées, soit séparément, soit en mélanges par parties égales, ont été de -
- T 20, 121, 121, l4o, l5o, 39?, l8o, I 16vo!e? Ces résultats prouvent que les quantités de chaux calcinée obtenues ont été les mêmes et les plus considérables, soit en employant la tourbe, de première qualité seule, soit en employant un mélange de parties égales de chacune des trois qualités de combustible, mais en des temps, tantôt plus courts, tantôt plus longs pour le mélange des trois combustibles, que pour le combustible de première qualité, et âfela avec une quantité réelle et moins forte de combustible consommé ; que l’emploi du combustible de deuxième qualité a également offert des résultats plus avantageux relativement aux temps et aux qualités de tourbe employée, quoiqu’on ait obtenu un peu moins de chaux calcinée; enfin, que la troisième qualité de tourbe offre , dans son emploi, presque autant d’avantages que celle de première qualité, puisque les quantités de chaux obtenues, quoiqu’un peu moins considérables, n’ont pas employé beaucoup pluj de
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- temps, ni un plus grande valeur de ce combustible, et puisqu’il est moins cher que celui de première qualité.
- Le résultat moyen obtenu pour la quantité de tourbe consommée par ce four est évidemment plus avantageux que celui des quatre fours précédens, puisqu’on n’y a employé, par chaque mètre cube de chaux calcinée obtenue, que 2,247 stères de tourbe.
- Les anomalies qu’on a eu lieu d’observer, tant dans les quantités de chaux calcinée obtenues, que dans celles des quantités de combustibles consommées par chaque fournée et dans la durée de la calcination, tiennent en général, i°. à la manière de charger le four, à l’état de siccité plus ou moins parfait de la tourbe ; 3°. à la température plus ou moins élevée, plus ou moins humide de l’atmosphère.
- 6°. Enfin le sixième four circulaire, avec pieds - droits tangenbellement inclinés à la courbure des parois, et ayant moins d’évasement et plus de hauteur que le cinquième, est celui de tous dont les résultats ont été constamment plus avantageux, puisqu’en effet,
- Les temps employés à la calcination étant de
- 18, 20, 28, 28, 36, 3o, 28, 2fiheures'
- Les quantités de chaux calciné e obtenues ont été de
- 6o, 64, 64, 60, 60, 6r, 64, 60,
- Et celles de la tourbe consommée, tant de chaque qualité seule, que mélangée, ont été de....... 101, 100, 106, 110, 116, i3o, 171, i2iv°:ea
- Il suit de ce qui précède, que ie combustible de première qualité nous a offert le résultat le plus avantageux, sous le double rapport du temps employé et du combustible consommé ; que remploi de la tourbe de troisième qualité a offert un peu moins d’avantage, parce qu’il faut plus de temps pour la calcination; que celle de deuxième qualité est presque aussi avantageuse que celle de première, et enfin que le mélange des trois qualités de tourbe nous a donné un résultat qui diffère peu du résultat moyen entre les huit expériences. •
- En dernière analyse, c’est le four n°. 6 qui l’emporte sur tous les autres, puisqu’il n’a consommé terme moyen, que 1,946 stères de tourbe par mètre cube de chaux obtenue de la calcination de la pierre dure. Ce résultat , très-avantageux sous tous les rapports , nous a portés à nous en tenir à cette dernière forme de four , et nous venons d’en faire construire un nouveau sur le même modèle, en lui donnant les mêmes dimensions.
- {La suite au Numéro prochain?)
- A Paris, de l’Imprimerie de Madame HUZARD, rue de l’Éperon, n°. 7
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- NEUVIÈME ANNÉE. (N°. LXXVIII. ) DECEMBRE l8lO.
- BULLETIN
- DE LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- Extrait des séances et de la correspondance du Conseil.
- Sur la coloration des bois indigènes. La cherté excessive des bois exotiques employés dans l’ébénisterie, et la difficulté d’en approvisionner le commerce font sentir de plus en plus la nécessité de les remplacer par des bois d’arbres indigènes capables de les imiter, sinon pour la qualité et la dureté , du moins pour leur aspect et la disposition de leurs fibres. C’est dans cette vue que la Société a proposé un prix pour des meubles construits en bois d’arbres indigènes; mais, pour qu’ils plaisent généralement, il faut que ces bois présentent non-seulement les memes avantages, mais encore le même aspect que ceux de l’Inde et d’Amérique. On a trop bien attaché l’idée de luxe à la couleur de l’acajou, de l’ébène, des bois satinés , etc., pour que l’on adopte facilement les bois communs de France, s’ils n’offrent pas à la vue quelque chose d’analogue aux bois étrangers.
- Les procédés pour teindre les bois sont en général peu connus ; les fa-bricans qui les emploient en font un secret, et on ne trouve nulle part un traité méthodique et complet sur l’art de colorer les bois : c’est pour remplir cette lacune que M. Cadet de Gassicourt, pharmacien de S. M. l’Empereur et Roi, s’est livré à un grand nombre d’expériences, dans lesquelles il a examiné :
- i°. L’action des couleurs végétales sur seize espèces de bois; savoir, le frêne , l’érable ,1e sycomore , le hêtre, le charme, le platane, le tilleul, le tilleul d eau , le tremble, le peuplier, le poirier, le chêne, le noyer, l’acacia , 1 orme et le châtaignier ;
- ’i°. L action des couleurs métalliques sur ces mêmes bois;
- Neuvième année. Décembre 1810. Q q
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- ( 3oi ) .
- 3°. Les changement opérés sur les couleurs par les réactifs et les mordans;
- 4°. Il a cherché quels étaient les vernis les, plus avantageux ;
- 5°. Le mode d’opérer le plus commode et le plus prompt.
- Nous ne rapporterons ici que les principaux résultats qu’il a obtenus.
- Relativement à l’emploi des couleurs végétales, il a essayé l’infusion aqueuse de bois de Brésil, celle de Campêche, de garance, de curcuma, de gomme-gutte , de safran , de rocou et d’indigo.
- La décoction de bois de Brésil lui a donné sur le sycomore la nuance de l’acajou jeune et brillant, et sur le noyer blanc une teinte d’acajou "rouge.
- La décoction de curcuma a donné à l’érable une couleur assez brillante pour imiter le bois jaune satiné d’Amérique; celle de gomme-gutte, dans l’essence de térébenthine, a donné l’aspect du jaune satiné des Indes; rien ne lui a paru mieux imiter l’acajou que le sycomore imprégné de l’infusion de rocou dans de l’eau chargée de potasse.
- Dans l’emploi des couleurs métalliques , M. Cadet a essayé les muriate, prussiate et sulfate de fer, les nitrate et sulfate de cuivre, le sulfate acide de cobalt précipité par l’eau de savon : ce dernier lui a donné sur le sycomore une nuance d’un brun clair , qui, par le poli, a pris le plus f>el aspect.
- Il s’est aussi occupé des mordans les plus usités, tels que l’alun et le muriate d’étain; ils ont généralement foncé le rouge donné avec le bois de Brésil, rendu violette la couleur provenant du Campêche, légèrement rougi la garance, et point altéré le curcuma.
- Parmi les réactifs, les alcalis, les acides, les sels métalliques, lui ont servi à varier les nuances ; l’acide sulfurique a donné une couleur éclatante de corail au Brésil et au Campêche.
- M. Cadet, cherchant à donner un aspect brillant à ces bois, a observé qu’ils restaient ternes si ori ne les recouvrait d’un vernis ; celui qui lui a le mieux réussi est composé de 8 onces de sandaraque, 2 onces de mastic en larme, 8 onces de gomme-laque en tablettes et 2 pintes d’alcool de 36 à 40 degrés; il ajoute à ces ingrédiens, pour les bois très-poreux, 4 onces de térébenthine ; on concasse les gommes, les résines, et l’on opère leur dissolution par une agitation continuelle, sans le secours du feu.
- Il indique ensuite quatre procédés pour teindre en couleur d’acajou , cinq pour imiter les bois jaunes, six pour différens bois et un pour le bois noir. Il donne aussi plusieurs instructions : l’une est relative à la préparation des bois, que l’auteur voudrait dessécher pendant 24 heures dans une étuve, à une température de 4o degrés environ ; une autre sur le mode de teinture , pour lequel il recommande de se servir d’une chaudière , dans
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- laquelle on ferait bouillir les bois de petite dimension. A l’égard des autres, on leur donnerait quatre ou cinq couches successives de teinture bouillante; enfin, M. Cadet indique la manière d’appliquer lé vernis sur le bois coloré et poli à la prèle, laquelle consiste à l’imbiber légèrement d’huile de lin, que l’on essuie bien avec une étoffe de laine', du papier gris ou de la sciure de bois; on le frotte ensuite d’abord légèrement avec un morceau de gros linge usé imbibé de vernis, que l’on renouvelle lorsque le linge paraît sec, en continuant jusqu’à ce que les pores du bois soient bien couverts; enfin on verse un peu d’alcool sur un morceau de linge propre, et l’on frotte légèrement jusqu’à ce que le bois ait pris un beau poli et un éclat spéculaire. Deux ou trois couches de vernis suffisent pour les bois qui ont les pores serrés. >,
- Parmi les quarante et un échantillons de bois que M. Cadet a présentés à la Société, iî en est plusieurs qui ont pris un aspect fort agréable , et qui prouvent tout le mérite et l’étendue du travail auquel il s’est livré; mais les couleurs ne pénètrent pas en général assez le bois pour permettre de les gratter sans qu’elles soient altérées. Cette perfection, fort difficile à obtenir, paraît peu utile, le but principal devant être de mettre dans les mains du, public des bois colorés agréablement, solidement, à peu de frais, et faciles à restaurer. La Société ne peut, quant à présent, juger de la solidité des couleurs, parce que, dans la saison actuelle, il serait impossible de faire des expériences suivies à cet égard.
- M. Gillet-Laumont a présenté, à cette occasion, un morceau de bois de hêtre, coloré il y a environ six ans avec du sang-dragon, recouvert d’un vernis, et où les veines du bois étaient rendues apparentes par un procédé particulier qu’il a décrit. Il a annoncé qu’il remettrait dans quelque temps à la Société des bois teints avec de la terre de Sienne calcinée et avec de la gomme-gutte dissoute dans l’alcool.
- Procédé pour détruire les chenilles. M. le préfet du département de Seine-et-Marne avait demandé à connaître l’opinion de la Société sur un moyen employé par M. Zanetti pour détruire les chenilles, et qui consiste à faire bouillir un kilogramme de potasse dans un litre d’eau jusqu’à ce que cette eau soit réduite à moitié, à passer cette lessive et à la laisser déposer, à y .ajouter e.fisuite 6 onces d’huile à brûler, en agitant le mélange. Pour faire usage de cette composition , on la fait chauffer, et on y trempe un chiffon , qu’on applique sur le paquet de chenilles.
- L’eau de savon qui résulte de ce procédé fait périr lés chenilles; mais la pôlfciSSë Seule , l’huile seule produisent le même effet. On éprouverait quelque difficulté à employer efficacement ces substances en grand, attendri
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- que les chenilles ne sont pas toujours à portée de la main des hommes ni réunies en paquets, et il serait à craindre que ce moyen, appliqué, soit aux arbres forestiers, soit aux grandes plantations, n’occasionnât une dépense considérable.
- Sur le collage du papier. S. Ex. le Ministre de l’intérieur avait invité la Société à proposer un prix pour le perfectionnement du collage du papier; mais depuis la réunion de la Hollande à la France*, ce prix devenant sans objet, puisqu’il sera facile de se procurer le procédé dont se servent les Hollandais, la Société l’a retiré du concours, a chargé le Comité des Arts chimiques de faire des recherches et des essais pour parvenir plus promptement à la solution du problème, et a mis pour cet effet une somme de 200 francs à sa disposition. S. Ex. le Ministre de l’intérieur , ayant décidé de laisser dans la caisse de la Société les 3,ooo francs qui y avaient été versés pour subvenir à une partie de ce prix, a Manifesté le désir que cette somme fût appliquée à tel prix que le Conseil croirait devoir proposer. En conséquence, les divers Comités ont été invités à indiquer les sujets de prix qu’ils jugeraient les plus propres à l’avancement des arts.
- Le Comité des Arts mécaniques avait pensé qu’il convenait de proposer un prix pour le perfectionnement de la fabrication du papier, M. Molard ayant annoncé que l’Angl eterre possède actuellement une machine pour fabriquer le papier , qui procure une grande économie de main - d’œuvre, et donne des produits supérieurs à ceux qu’on obtient généralement par les procédés ordinaires; mais M. Lèger-Didot, auteur de cette machine , devant se rendre incessamment en France, le Comité a retiré la proposition qu’il avait faite d’ouvrir un concours pour ce sujet.
- Le Comité des Arts chimiques avait proposé des prix, i°. pour un moyen de teindre les toiles de lin en couleurs solides, 20. pour la découverte d’un procédé propre a tanner les cuirs sans employer l’écorce de chêne ;
- Le Comité des Arts économiques, un prix pour un pyromètre comparable, qui puisse indiquer avec précision les températures, depuis le terme voisin de l’ébullition du mercure jusqu’au degré d’incandescence que procurent divers procédés des arts, et en particulier les fours à porcelaine et les verreries.
- Le Conseil a adopté provisoirement ces diverses propositions, sauf, lorsque tous les Comités auront émis leur vœu, à être présentées à l’approbation de S. Ex. le Ministre de l’intérieur.
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- Procédé pour éteindre les cocons des vers à soie. Nous avons fait connaître dans le Bulletin, N°. LXVII, un procédé très-simple pour éteindre les cocons des vers à soie, imaginé par M. Rattier, de Chouzy-sous-Blois. Ce cultivateur avait adressé à la Société des cocons éteints parce procédé, en la priant d’examiner s’ils étaient bien conservés. ' » ...
- Le Conseil s’étant fait représenter les cocons dont il s’agit, ils ont été ouverts, et on les a tous trouvés avec leurs chrysalides dans un état de dessiccation parfaite.
- Un membre du Comité des Arts mécaniques a observé à cette occasion que M. Rocheblave, d’Alais, a envoyé à S. Ex. le Ministre de l’intérieur plus de 2000 cocons de graine de la Chine, d’une grande beauté et très-gros, qui ont été parfaitement éteints dans une armoire à tiroirs, dans laquelle passe un tube de fer disposé au-dessus d’un foyer; au moyen d’un soufflet, on fait circuler l’air chaud dans tous les étages, à une température de 75° du thermomètre de Rêaumur. Par ce moyen, la soie conserve sa souplesse et son nerf, et se file bien , les cocons étant débarrassés de l’humidité qui nuit à sa qualité.
- L’appareil dont nous venons de parler a été construit au Conservatoire des Arts et Métiers, et a été employé avec succès : nous en donnerons incessamment la description.
- Décreusage de la soie par le procédé de M. Roard. Ce procédé avait trouvé parmi les fabricans de Lyon quelques antagonistes , qui adressèrent dans le temps à la Société d’Encouragement leurs observations, auxquelles il fut répondu par un rapport qui a été inséré au Bulletin. Le témoignage favorable que la Société en avait rendu vient d’ètre confirmé par M. Bonnard, fabricant de tulle de soie à Lyon, qui, mettant à parties préjugés qui s’étaient élevés dans cette ville contre la méthode de décreusage publiée par M. Roard, l’a essayée dans sa fabrique avec le plus grand succès, et en a obtenu un bénéfice d’une demi-once de soie de plus par livre. Les expériences ont été faites en présence de deux membres de la Société des Amis du Commerce et des Arts de Lyon.
- Proposition d’un prix pour la fabrication des toiles métalliques. On emploie dans la fabrication des papiers vélins des châssis de toiles métalliques, d’un tissu extrêmement fin et serré, qui contribuent essentiellement à la perfection de ces produits; mais jusqu’alors on n’était point parvenu en France à les faire avec autant de soin que les toiles métalliques qu’on tire de l’étranger, quoiqu’on puisse citer avec éloge celles de M. Perrin, qui semblent laisser peu de chose à désirer. C’est pour atteindre à une plus grande perfection dans la fabrication des toiles métalliques que
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- M. -Odent à rinvité La Société 4 proposer un prix pour cet objet. Une commission spécial© a été chargée de faire à cet égard des expériences dont nous rendrons^compt©., et-auxquelles on a consacré une somme de 3OO francs, t ; ou uui - •; ',:uv,« ;.>/
- Sur la distillation de l'eau de mer. De tous les bienfaits dont l’industrie, pourrait enrichir La navigationy le plus important sans doute serait d’indiquer un moyen facile de distiller l’eau de mer sur le navire même, de manière à la rendre potable; mais pour que ce moyen pût être utilement employé,'il faudrait, r°. qu’il fût prompt; a°. qu’on pût en faire usagé en tout temps; 3°. qu’il ne nécessitât point l’embarcation d’une grande quantité de combustible, *pii pourrait gêner la manœuvre; 4°* enfin qu’il n’exposât pas le navire (aux dangers de l’incendie. Les Américains sont parvenus à ce résultat impartant, ils emploient, pour distiller à l’aide du feu de la cuisine du vaisseau et pour clarifier l’eau de mer, un appareil dont M. Maudet de Penhouet ;a adressé la description à la Société. Le Comité des Arts chimiques, chargé d’en rendre compte , l’a fait remettre à M. Sané, directeur des travaux maritimes à Anvers, et a proposé, dans le cas où l’expériencte réussirait, d’engager S. Excellence le Ministre de la marine à l’adopter sur les vaisseaux de l’Étafo * ; ;
- A cette occasion, un membre du Conseil a observé que Bergmann avait opéré en Suède sur soixante bouteilles d’eau de mer retirée d’une certaine profondeur, et rapportée d’Afrique par le capitaine Sparrman : cette eau contenait une matière extractive très-nauséabonde; mais en la retirant de grandes profondeurs, elle ne conserve plus ce goût désagréable.
- U est vrai que l’eau de mer, quoique distillée ,a toujours une saveur particulière, mais qu’on peut faire disparaître en la passant sur un filtre-charbon. On sait que ces filtres ont la propriété d’épurer les eaux les plus corrompues, et que le capitaine Krusenstern, dans son voyage autour du monde, a conservé pendant long-temps dans des tonneaux charbonnés intérieurement l’eau qu’il avait embarquée; ce qui est d’autant plus remarquable, qu’elle se corrompt plus facilement sur mer que sur terre. Ce fait a été consigné dans les journaux du temps, et c’est à des chimistes français que le capitaine russe doit la connaissance de ce procédé II est reconnu d’ailleurs que l’eau se conserve mieux dans les vieilles futailles que dans les futailles neuves ; et que ce qui contribue sur-tout à la putréfier, c’est la décomposition rapide de l’immense quantité d’insectes quelle contient, et qui sont plus nombreux dans l’eau de mer que dans celle de source ou de rivière. Le meilleur moyen de la conserver serait de la laisser à l’air ou de l’agiter ; mais on ne pourrait employer que difficilement ce moyen sur mer.
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- Sur la culture du pastel. Le pastely qttiy avantH’imr^dtictiôn dè l’itlM digo en Europe, fournissait toute la couleur blèue dont on: faisait usagé’ dans les teinturesyest devenu aujourd’hui un objet d’une haute? irfïpOr^ tapce, par la difficulté que nous éprouvons dé tirer de nos colonies1 l’indigô nécessaire à notre consommation. On sait que le Gouvernement , voulant’ encourager la culture, soit des. denrées exotiques mêmes, soit des stfbs^' tances-capables de les- remplacer avec avantage, a proposé uri prix pouf* celui qui parviendrait à retirer1 la plus grande quantité d’indigo du pastel. Get appel a déjà excité l’émulation des fabricans/ et là culture de céttë' plante, long-temps négligée , reprend aujourd’hui une nouvelle activité; Dans, la seule.ville d’Alby, on compte quatre fabriques qui s’occupent exclu-*' sivement de ce? genre d’industrie, parmi lesquelles nous citeront celle de; Mi Limousin Lamotte, qui a adressé à la Société dès échantillons de fécule bleue extraite du pastel, et un paquet de graine de pastel de première qualité, pour être distribuée aux personnes qui voudraient tenter, aux environs delà capitale, la culture de cette plante. Son procédé consiste à faire fermenter la feuille de pastel dans l’eau, à y verser, lorsqu’elle est jayne, un .-lait de; chaux ou 'de-• l’alcali caustique, et ensuite à ajouteé'de l’acide muriatique pour enlever le; dissolvant. Un membre a observé qù’on retirait par ce procédé 2 livres 4 oncès de fécule bleue de chaque quintal de feuilles fraîches, et qu’il est à présumer que , dans ^quelques années/ non-seulement la France se passera des colonies pour l’indigo dont elle a besoin, mais qu’elle pourra même en exporter. On sait, au surplus, que le: pastel de France est meilleur que celui d’Allemagne ; il contient un de plus de matière colorante, et déjà son prix a éprouvé dans le commercé une hausse sensible. Un habile teinturier d’Alby a teint avec le pastel seul des draps qui sont de la plus grande beauté et qui présentent des nuances éclatantes et solides. Si l’on eût suivi les procédés qu’on emploie dans les îles pour la préparation de l’indigo , il y a long-temps qu’on serait parvenu à ce résultat; mais on n’avait point voulu jusqu’alors se départir de l’ancienne routine. . ; •'
- Sur le débardage des trains de bois. On sait que le débardage des trains de bois est aussi fatigant pour les hommes qu’il est nuisible à-leur santé. Ceux qui sont chargés de cette opération, plongés dans l’eau jusqu’à la ceinture, et souvent exposés à toutes les intempéries de la sai^ son, contractent des maladies dangereuses produites par les gaz délétères qpi s’élèvent continuellement de la vase amoncelée sur le bord des rivières, et qu’ils sont forcés de respirer. C’est dans la vue de remédier à ces graves inconvéniens que la Société avait proposé un prix de i,5oo fr.
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- pour des moyens prompts et économiques d’opérer le débardage des trains de bois; mais, d’après les renseignemens qui lui ont été fournis, elle a reconnu l’impossibilité de suppléer par des machines au travail des hommes. Il y a long-temps qu’on a fait des expériences pour atteindre ce but, en se servant d’une grue pour enlever les trains de bois; mais on s’est convaincu qu’il y avait de nombreuses difficultés à vaincre, en ce que, i°. les trains étant ordinairement composés de bois blancs et de bois durs, il fallait en faire le triage, opération indispensable ; a°. qu’il ne fallait point encombrer les berges ; 3°. abréger l’opération et trier et laver un train en un jour ; 4°* employer des moyens économiques. On a renoncé à ce projet, parce que les opérations ordinaires se font aussi promptement, et qu’elles sont d’ailleurs peu dispendieuses.'* Ces considérations ont engagé la Société à retirer le prix qu’elle avait proposé sur ce sujet.
- Objets présentés au Conseil.
- M. Lair a présenté, de la part de la Société d’Àgricuîture de Caen , des échantillons de fil et d’étoffes fabriqués par M. James, de Yenoix, département du Calvados, avec des étoupes de lin et de chanvre imitant le coton, et un procès - verbal de la Chambre consultative de Commerce, Arts et Manufactures de Caen, dans lequel les produits de ce fabricant sont appréciés;
- MM. Merlin et Hall, fabricans de faïence à Montereau, plusieurs vases en terre noire, façon anglaise, de leur fabrique ;
- M. Gardet, des perfectionnemens qu’il a adaptés à ses mitres de cheminées, propres à empêcher le refoulement de la fumée dans les appar-temens ;
- M. Guyton de Morveau, des chaussettes de laine feutrées et très-solides, fabriquées à Blois ;
- M. Cadet, des moulures, ornemens et bas-reliefs en mastic inaltérable de la fabrique de SarrebÆurg (voyez l’analyse de ce mastic, Bulletin y N°. LXXYI ) ;
- M. Petitpierre , mécanicien à Paris, plusieurs machines de son invention pour tailler les dents des roues, former les pignons, diviser, canneler , etc. (voyez le rapport de M. Molard, Bulletin, N°. LX.XII). ,
- M. Goubault, coutelier àNamur, a transmis, par la voie du préfet du département de Sambre-et-Meuse, une caisse de produits de sa fabrique, tels que couteaux, rasoirs, etc. ; j
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- M. Dattier, de Blois, deux échantillons dç soie de sa récolte de l’année 1810, l’un provenant de la graine de l’espèce de vers qu’on élève depuis trente-cinq ans en Touraine, l’autre de la graine envoyée en i8iod’Alais à Blois par ordre du Ministre de l’intérieur, et qui donne la véritable soie nankin. ; > .. "‘V • ; f.> :: i:;; ,
- - M. Lepage, arquebusier de S. M. l’empereur et roi, a présenté un fusil de munition dont la platine diffère de toutes celles connues, et qui s’amorce avec la poudre suroxigénée de potasse; ?
- M. Delafontaine, divers échantillons de fils de lin provenant de sa filature par mécanique, et une pièce de toile tissue avec ces mêmes fils;
- M. Tourasse, fabricant de faïence à Paris, un buste de 18 pouces de hauteur fait en pâte cuite de. couleur imitant le marbre et le bronze : il assure que la terre qui le compose, étant très-dure, peut résister aux injures de l’air, et qu’elle est propre à la fabrication des vases et autres orne-mens qu’on place dans les jardins ou à l’extérieur des édifices ;
- M. Tocques, serrurier à Pontchartrain, trois serrures de son invention, avec des clefs à doublé panneton (voyez le rapport de M. Regnier, Bulletin ,M°. LXXVII); : p
- M. Damien Pépin, fabricant d’étoffes de soie, à Paris, rue Mêlée, n°. 59, un schall, partie en soie , partie en laine de mérinos, d’un travail très-soigné, dont les dessins et les couleurs imitent ceux de Cachemire (voyez le rapport de M. Bardel, Bulletin, !N°. LXXVI );
- M. Cadet de Gassicourt, des échantillons de bois indigènes colorés pour leur donner l’apparence des bois exotiques recherchés pour l’ébénisterie : c’est le résultat d’un travail étendu sur cette matière (voyez page 3oi ),
- M. Gillet-Laumont a mis sous les yeux des membres du Conseil différens objets qui sont arrivés de Suède, tels que,
- 1®. Une éprouvette pour mesurer la compression de l’air dans les machines soufflantes, inventée par M. Gahn, de Zalms. Cet instrument a le »
- mérite d’être portatif; il indique sur une échelle graduée l’ascension du mercure comprimé par l’air de la machine. Il peut servir aussi à établir une Comparaison entre plusieurs machines soufflantes. M. Molard en possède une qui a de plus la propriété de régler la quantité d’air sortant d’une de ces machines; ;
- 20. Un échantillon de fer fondu très-nerveux, et tel qu’il sort du creuset; plus une petite barre de fer fondu passée à la filière. C’est le résultat d’une expérience qui sera répétée en grand, et qui a été faite dans la vue de vérifier si le fer forgé pouvait être mis en fusion sans changer de nature ;
- 3°. Une barre d’acier fondu fabriquée avec de l’âcier-poule de très-bonne Neuvième année. Décembre 1810. Rr
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- qualitl, ët t|hi proUvëfqu*eû Shèdey ;èotfiifoê en Frarîêeybu eoflhàît aujourd’hui la fabrication* de Fader fôridU, et qüe bienlèt céttë bfâtiQhë 'd’indus^ trié sërâè^tièl^èiftëïft-êttléVée à;Mngleterïe.! cynj?rin--i no pnb-iîiiu u /'* M. 'Rifstètïï) Orfèvre aS]trâ§bonrgr a préseiïté de& médaillows des tai bleaux en argent ciselé, qu’il dit être repoussé et sans pièces de rapport ; * u h M. Ferdinand N'ebel; de Ooblentz, différens oûvragesefi fonte de fer, tels que médàiilonsy bas-reliefs >- roues d’eugrëhage* gonds de portés, fiches de croisées, clous, etc.; . ou ^nn^i/jyuî^ oumoq «•! s*-*
- ; M. GuilVaumëlsar, imprimeur à Montpellier, lé modèle d’une presse d’imprimerie dans laquelle il a supprimé les étançons et fait quelques autres changeméns\ ' «-i rni r*ri..'; >hîn;;or«‘d .^vynysî .K-
- M. Deplayemenuisier, rue Ilautevillè, nd. 4, le modèle d’un escalier eh menuiserie de nouvelle Coupe qu’il vient d’exécuter en grand ; d ;v ^ * M. Jullien, auteur de l’appareil pour transvaser lés vins en bouteilles, deux nouvelles cannelles faisant partie de cet appareil : l’une, de même forme que lés précédentes, est d’une plus grande dimension et garnie d’un bouchon conique; dàns la seconde, il a supprimé le robinet du tube aéri-fère, et l’a remplacé par un petit piston, qui s’ouvre et se ferme en tournant le robinet destiné à l’écoulement du liquide;
- M. Deglos, des chandelles-bougieS de sa fabrique. ^ ;
- M. Cadet de Gassicourt a fait hommage à la Société, au nom de M. Bive, pharmacien à Peyrehorade, département dés Landes, d’un échantillon de sucré retiré du miel roux que produit ce département. Il a annoncé que M. Bive poursuit ce travail avec activité , dans Tespérance d’obtenir une moscouade blanche, et de lui enlever le goût de miel quelle conserve encore.* - • ; • --- - ' • '
- . , ' j Ouvrages offerts à la Société, , , 5 ; ;
- . Almanach champenois pour Vannée i&io. Brochure in-4°. Cet ouvrage est écrit dans le style familier, et par là même il est très-bon à mettre entre les mains des simples cultivateurs. L’intention en est louable; il embrasse beaucoup d’objets. Les instructions qu’il renferme sont puisées dans les meilleurs auteurs. Il serait à désirer qu’on en publiât de semblables dans la plupart des départemens. ? ; 'rr;i J
- - Discours prononcés par les Classes de l’Institut de France sur les progrès des sciences et des arts depuis 1789 jusqu’à nos jours, avec des notes et des additions (relatives aux auteurs hollandais et flamands), par M. Kes-selot, docteur en médecine de l’Université deLeyde, 1 vol. in-8°.
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- Câddstrejypxt M.» Mvpwé&t du ^déparbiheiit desApén-nins. B«)efi.uréiiu>4\’v^i>\. •\»oc\,u^v.v\nv^ \ .*v. .r. -v.**.
- Mémoire sur la ténacité des métaux ductiles; par M. Guyton-déMorveau, membre de l’Institut. Brochure in-4°* ,, , • -
- Procès-verbal de la séance publique tenue le 24 ma>i 1810 par la Société d’agriculture des sciences 1 ét arts du département de la Haute-Fienne,
- séant a
- es.
- :;!> y.nu v! ::ü: y
- . Traité de la fabrication du sirop de raisin; par M. Parmentier. 1 vol. in-8°. /vjùonH’h ùiùboS :.! nn*p;.*i 'iiKU / p ?3*jV n : ...
- Manuel dit teinturier sur fil et coton filé; par M. Fitalis. 1 ;i'-p -• Annuaire de la iSôaété des Inventions, et Découvertes, i toi. in-8°. I
- . De la Méthode -ïatraleptique ou Observations pratiques sur Vefficacité des remèdes administrés par la voie de Vabsorption cutanée ; par M. Chres-tien, médecin à Montpellier. 1 vol. in-8°. > ; • rn : ^ ;
- Traité élémentaire dé la fabrication des bouches à feu; par M. Dastein, conseiller de préfecture du département du Bas-Rhin. 1 vol. in-4°»
- , Des moyens de suppléer à Vécorce du chêne dans le tannage; par M. de Wehr, conseiller <de légation de S. A. Mër. le duc de Mecklenbourg-Strelitz, 1 vol. în^8°. Housidonnerons incessamment l'analyse de cet intéressant ouvrage, écrit én allemand. ^ , ! ) y; j r ; ; u ï ^
- Notice sur la séance publique tenue par la Société libre du département de la Sarthe, séant au Mans, le 20 novembre 1810. • ' ‘ 1
- Procès-verbal de la conférence préparatoire tenue pour la formation d’une Société d’agriculture à Ilières ; par M. le sénateur comte François de JS eufchâteau. ;Ju '" : •;
- Description d’une fête agricole donnée par la Société dagriculture de Caen , à M. Méchin, préfet du département du Calvados; par M. Lair. Manuel du propriétaire d’abeilles; par M. Lombard; quatrième édition.
- 1 vol. in-8°. r’r': ‘l l ' -...
- • Mémoire sur l’amélioration obtenue en France dans là qualité des laines, depuis Vintroduction des -mérinos;'par 'M. Pàpiùn\ de Tours. ' i! ^ ^ Dissertation sur les maladies des bêtes à corn és y des bêtes à laine et des' chevaux ; par M. > Gondiriot, sous - préfet de l’arrondissement de Saint-Iriex : ouvrage couronné par la Société des sciences et arts de Limoges, i7 i 1 ; ; ;4-\ i‘-î '
- - Traité de sondes dé tèrrè et des moyens employés pour la perforation des fontaines jaillissantes dans les département! du Nord et du Pas-de-Calais ; ouvrage manuscrit offert par M. le colonel de Bécicourt, membre de la Société. Nous en donnerons incessamment un extrait dans le BulletinC'
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- , Procès-verbal de la distribution faite le '2§ juillet 1810 des prix fondés par S. M. T empereur pour V encouragement des fabriques du département de la Roër. y '-,-,0 'u;o ^ V'-;. \ rA -\v,r. *w.... ,
- Correspondance/ !
- . , ,. .. r ... • -.-.y ' . \ v -,y- V.-,\y 'Ç “ > '• '
- La Société d’émulation et d’agriculture de l’arrondissement de Clèves a adressé plusieurs exemplaires d’un rapport sur le prix qu’elle avait proposé pour 1809, au sujet du défrichement des bruyères, terres vaines et vagues de l’arrondissement de Clèves, prix pour lequel la Société d’Encouragement lui a fourni des renseignemens utiles ; un programme des nouveaux prix proposés pour 1810; quelques exemplaires d’un rapport sur les essais et les expériences que cette Société projette de faire en 1810, et dont elle offre de communiquer les résultats; enfin des procès - verbaux d’expériences relatives à deux espèces de, charrues en usage dans le pays de Clèves : elle offre d’envoyer les charrues mêmes qui ont été soumises à l’épreuve. ... ‘
- M. Dessaulx-Lebrethon a entretenu le Conseil de quelques projets de perfectionnement d’instrumens aratoires qu’il a conçus, tels qu’une nouvelle charrue à simple et à double versoir, à volonté ; un rouleau à plomber les terres, d’un usage plus facile dans les terrains en pente; une charrue à versoir à deux socs destinée à labourer en billon, et différant peu en principe du binot à trois socs que le même auteur a mis au concours de la Société d’agriculture. - m t
- M. Formenti, administrateur de la régie impériale des sels et tabacs dans les départemens au-delà des Alpes, a fait part à la Société d’un projet qu’il a formé d’introduire les mérinos dans le département du Taro, projet qu’il a commencé à exécuter, en y faisant passer un troupeau de 1900 bêtes. Pour accélérer dans ce pays la propagation des bêtes à laine, il annonce qu’il en fournira par la suite un nombre suffisant aux particuliers qui voudront s’occuper de ce genre de spéculation ; et pour répandre l’instruction sur cette branche d’économie rurale, il fera élever et instruire à ses frais six jeunes bergers, fils de pauvres habitans du pays, qui seront placés sous la direction de son berger principal, homme fort intelligent. Dans le cours de deux ans, les jeunes bergers auront appris leur métier, et pourront aller porter chez eux le fruit de leur expérience, se répandre chez les principaux cultivateurs qui voudront s’occuper de l’amélioration des bêtes à laine, et se charger de la conduite de leurs troupeaux. M. Formenti se propose aussi de faire traduire en italien, et imprimer dans les deux langues les ouvrages des auteurs français qui ont traité
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- de cette matière, et qu’il a prié la Société de lui indiquer. En attendant, il a fait réimprimer celui de Dandolo, intitulé, Saggio del governo delle pecore di razza spagnuola e italiana, e sui vantaggi che ne derivano; c’est-à-dire , Essai sur le traitement des bêtes à laine de race espagnole et italienne , et des avantages qui en résultent. Cet infatigable physicien, non moins connu par ses talens distingués que par son dévouement aux progrès de l’agriculture, introduisit dès 1802 les mérinos dans le royaume d’Italie. M. Formenti a déjà fait distribuer gratuitement parmi les habitans de la campagne un grand nombre d’exemplaires de cet ouvrage.
- S. Exc. le Ministre de l’intérieur a adressé au Conseil des renseignemens qü’il a reçus de M. le préfet du département de Loir-et-Cher sur l’état des canaux d’irrigation formés dans ce département par M. Rattier, et desquels il résulte que ce cultivateur zélé a obtenu un succès remarquable dans une prairie qui s’étend sur environ 3,000 mètres de longueur. L’herbe y est aujourd’hui de moitié plus haute que celle des autres prairies du canton. On y commence tous les ans la récolte vingt à vingt-cinq jours plus tôt qu’ailleurs, et l’on y dirige ensuite les eaux à volonté, ce qui met à portée de faire une seconde récolte dès le commencement de septembre. Le système d’irrigation de M. Rattier lui a également réussi sous le rapport de la culture des arbres. Une plantation commencée depuis sept ans est dans le meilleur état de prospérité; 2,400 pieds d’arbres placés à demeure croissent rapidement, et une pépinière composée de près de 80,000 plants de diverses espèces s’élève à la faveur des irrigations, et offre dans un terrain auparavant nu et inculte des ressources précieuses pour l’agriculture.
- M. George Hards, anglais, a soumis au jugement de la Société un ouvrage qu’il se propose de publier sur les machines à filer le coton, et dans lequel il traitera des proportions de ces machines, du calcul de leurs effets et des meilleurs moyens de les employer.
- M. Janvier, horloger, a lu dans l’une des dernières séances un mémoire fort intéressant sur la composition et les dépenses de construction et d’entretien des horloges publiques propres à être placées dans les communes de la campagne. Nous donnerons incessamment un extrait de ce mémoire. ; ;
- M. Lelouis, de La Rochelle, a informé le Conseil qu’il s’occupe de la composition, i°. d’une charrue pour labourer les vignes; 2°. d’une autre charrue qui laboure, sème et herse tout à-Ia-fois lorsqu’il s’agit de donner la dernière façon de labour, et qui 11e fera qu’un de ces travaux lorsqu’il s’agira seulement de préparer les terres ; 3°. d’un petit bateau propre
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- à?fcôüper, à l’aide d’un mécanisme, les herbes des canaux âe dessèche^ ment, et à les arracher en même temps. m: n- t ?; H
- M. Menriche, receveur principal è Bailieul, département du Nord, a cômmuniqué au Conseil un moyen qu’il a imaginé pour faciliter l’opération du pétrissage du pain ; ce moyen consiste à se servir de pelles de bois, gar* nies dé fer par le bas j et suspendues des deux côtés du pétrin à une corde tenant à Une espèce de pédale semblable à celle que les tournèurs font riiôutbir avec lé piëd. 11 assure que cette disposition soulagerait infinie ment le pétrisseur, qui n’aurait plus le corps penché sur son ouvrage, et pourrait avec moins d’efforts soulever la pâle et la transporter de côté et d’autre. Il serait à désirer que quelque boulanger voulût essayer ce moyenj qui paraît d’une exécution facile et peu dispendieux, s i ' 1 >.w ^ > M. Pommies, médecin à Sens , à adressé à la Société un mémoire intitulé* Moyen de conserver la santé du soldat et du marin en leur procurant une nourriture saine, abondante et sûre, et des échantillons de bœuf, d’épinards et d’oseille conservés d’après sa méthode. ,
- M. Étienne Favreau, mécanicien, demeurant à Paris , rue des Tour^ belles, n°. 26, a annoncé qu’il est parvenu à construire un métier à bas d’un nouveau genre, qui fabrique deux bas â-la-fois par le simple effet d’une manivelle. Ce métier, à quelques perfectionnemens près, est semblable à celui dont S. Exc. le Ministre de l’intérieur a fait-l’acquisition et ordonné le dépôt au Conservatoire des Arts et Métiers,
- M. le colonel de Fécicourt, membre de la troisième commission pour l’inspection des côtes, a exposé que cette commission , pour le bien du service dont elle est chargée, aurait besoin d’un instrument propre à mesurer les hauteurs médiocres. Il rappelle que feu M. Conté avait imaginé pour cet effet un baromètre qu’il serait à désirer qu’on pût rendre usuel. Il invite la Société à en faire faire la recherche et à proposer un encouragement pour celui qui le perfectionnerait. ; > î ? 0
- Le baromètre dont il est question dans la lettre de M, de llécicourt était en fer forgé et a été essayé avec succès sur les tours de Notre-Dame, à Paris. Cet instrument ingénieusement conçu, quia l’avantage d’abréger beaucoup l’opération qu’on pratique avec le niveau ordinaire, avait été perfectionné par M. Conté, qui s’en est servi en Égypte pour mesurer la hauteur des Pyramides. Le Conseil a décidé que , pour en répandre la connaissance, la description en serait demandée à M. Humblot, gendre du défunt. '* ’ vl:
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- S", «! ' arts mécaniques: ' é\:~ é^
- Rapport fait par M. Bardel, au nom du Comité des Arts 3 mécaniques, sur une pièce de toile fabriquée avec du fil de u lin provenant de la filature par mécanique de M. Delafon-n taine fis ? à La Flèche 3 département de la Sarthe. ^
- u M. Delafontame fils vous a fait parvenir une pièce de toile de lin fabriquée avec du fil provenant des mécaniques qu’il a établies à La Flèche ; il soumet cetfe toile à l’examen du Conseil. ? : > -.,*>•> : -
- Elle a été envoyée en écru, telle qu’elle sortait des mains du tisserand. Dans cet état, elle a paru d’un travail très-régulier et d’une fort bonne qualité ; mais pour pouvoir en juger comparativement, tant sous le rapport de la bonne fabrication que sous celui de sa valeur, il a fallu la faire blanchir. M. Oberkampf et M. Widmer son neveu, dont l’extrême obligeance égale l’honorable réputation , ont bien voulu se charger de ce soin. Cette toile a été soumise par eux aux opérations suivantes :
- Un bain d’eau chaude; quatre lessives alcalines, entre chacune desquelles il a été donné une immersion dans l’acide muriatique oxigéné; une dernière immersion dans l’acide sulfurique affaibli; fort rinçage à grande eau et battage à la suite de chacune des lessives et immersions.
- . Ces opérations sont celles qu’on fait subir ordinairement à Jouy aux toiles de coton destinées pour l’impression ; mais attendu qu’il s’agissait d’une toile de lin, on y a ajouté deux bouillages dans de l’eau de savon blanc et deux expositions de deux jours sur le pré. j
- : Ces détails, dans lesquels nous avons cru devoir entrer, nous fournissent l’occasion de faire remarquer combien on est parvenu à simplifier les opérations du blanchiment des toiles, et combien est précieuse la méthode de M. le sénateur Berthollet pour ceux qui savent l’employer. -
- La toile dont il s’agit s’est trouvée après ces opérations d’un beau blanc de ménage, qu’une saison plus favorable et trois ou quatre jours de plus d’exposition sur le pré auraient rendue d’un blanc parfait. m Dans cet état, elle a été comparée aux toiles du commerce. Il est résulté de cette comparaison: ^
- i°. Quelle offre l’aspect de quelques toiles de Flandre, notamment de celles qui se fabriquent à Gand ; 2°. que sa qualité est bonne ; 3°. que quelques gros fils qui s’y trouvent se rencontrent aussi dans les toiles du commerce du même genre; ce qui démontre que la filature par mécanique n’est pas plus inégale que la filature à la main; 4°. cette toile, revenant,
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- d’après les renseignemens fournis par M. Delafontaine, à 3 francs le mètre, est moins chère de 5o centimes par mètre que celles de même qualité et largeur fabriquées avec des fils filés à la main. ,
- Si on ajoute à ces résultats ce qu’assure M. Delafontaine, que le fil de cette toile lui revient à 4 francs 35 centimes le demi-kilogramme, et qu’il en trouve un débouché facile à 5 francs 25 centimes, il ne reste plus aucun doute sur les avantages que peuvent procurer la filature du lin par mécanique ; car le bénéfice de 90 centimes par livre ou demi-kilogramme que présente le.fil est fort au-dessus du bénéfice que donne ordinairement au vendeur cette espèce de marchandise. s ^ *
- Nous devons ajouter que tous les détails de filature et de fabrication dans lesquels M .Delafontaine est entré pour nous rendre compte de ses opérations, et nous faire connaître sa dépense de main-d’œuvre, ne sont nullement exagérés, qu’ils sont plutôt évalués au-dessous qu’au-dessus de l’idée que nous pouvons nous en former, et qu’ainsi on peut regarder comme exacts les avantages qu’il annonce.
- On peut même ajouter que le numéro de grosseur du fil dont il s’agit est moins favorable à Péconomie que s’il était plus fin, parce que beaucoup d’opérations de la filature ne coûteraient pas plus pour un numéro plus élevé, et que ce dernier aurait une plus grande valeur.
- Il vous a été présenté plusieurs fois des lins filés à la mécanique, sur lesquels les artistes ou fabricans ont appelé votre attention ; aucun jusqu’ici n’a paru devoir être distingué , et c’était encore un problème à résoudre que celui de savoir si les machines pouvaient lutter avantageusement contre les bras pour la filature du chanvre et du lin, à cause du bas prix de la filature à la main. Cette question commence à s’éclaircir ; les détails qui précèdent en sont la preuve. Il ne fallait plus que des encouragemens pour en obtenir une solution complète ; ces encouragemens sont accordés à l’industrie française de la manière la plus grande et la plus généreuse par le prix d’un million offert par S. M. l’empereur pour la filature du lin.
- Nous devons donc tout espérer des efforts de nos artistes pour obtenir à cet égard le plus grand degré de perfection; mais il nous est agréable d’avoir à vous faire remarquer M. Delafontaine comme un de ceux qui entendent le mieux cette partie, et qui sont sur la bonne route pour remplir les intentions bienveillantes de S. M.
- Nous demandons que le Conseil témoigne à M. Delafontaine l’intérêt qu’il prend à ses succès, et qu’il ordonne l’impression du présent rapport au Bulletin de la Société. Signé B abdel , rapporteur.
- Adopté en séance, le 3 janvier 1811.
- ARTS
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- . ' ARTS CHIMIQUES. V - ^ .
- Rapport fait par MY Collet Descostils, au nom du Comité des arts chimiques ? sur les jLrdoises présentées à la Société par M. de Paravey, ancien élève de l’École des Ponts et Chaussées. .............. ;
- M. de Paravey a adressé à la Société des ardoises provenant de Fumay, département des Ardennes, et il l’a invitée à les faire examiner comparativement à celles de Rimogues, dans le même département, et à celles d’Angers» Cet examen a été renvoyé au Comité des Arts chimiques, et je viens en son nom vous faire connaître son avis. Je dois commencer par exposer les propriétés physiques de ces diverses sortes d’ardoises. - ;
- Les ardoises d’Angers sont suffisamment connues pour qu’il soit inutile de les décrire ici. - ' ’ • ’
- - Celles de Rimogues, à en juger par un échantillon joint à l’envoi de M. de Paravey, sont assez planes; mais leur cassure est un peu écailleuse. On leur reproche d’étre plus fragiles et plus lourdes que celles d’Angers, et d’un plus petit échantillon. Leur couleur est verdâtre et pas très-foncée : on les emploie dans la Picardie et la Champagne.
- Les ardoises de Fumay, qu’il ne faut pas confondre avec les précédentes, sont d’une couleur violette; on y rencontre assez fréquemment des taches d’un vert clair. Elles ressemblent, sous ces deux rapports, aux ardoises d’Anglesey, et elles paraissent, comme ces dernières, d’une formation beaucoup plus ancienne que celles d’Angers. Leur tissu est plus serré; elles sont aussi plus dures. Leur cassure est très-plane et très-lisse. M, de Paravey assure qu’on peut les réduire à une très-petite épaisseur ; mais il avoue qu’elles sont en général faciles à briser, et il reconnaît la nécessité de les percer à lgt carrière au lieu d’attendre, comme pour celles d’Angers, qu’elles soient portées sur les toits. M. de Paravey annonce que ces ardoises durent jusqu’à cent vingt à cent trente ans, lorsqu’on a eu la précaution de les choisir d’une couleur foncée, et quatre-vingts à quatre-vingt-dix ans seulement lorsqu’on les a prises d’une couleur rougeâtre claire. Il a joint à son envoi plusieurs fragmçns d’ardoises provenant de Haldes, où l’on travaillait les ardoises il y a plus de cent cinquante ans : ces fragmens n’offrent en effet aucune altération remarquable.
- On emploie les ardoises de Fumay dans le pays de Liège et dans les con-JYeuvième année. Décembre 1810. S s
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- trées voisines, où l’on en exporte, chaque année, par la Meuse, de trente à quarante millions.
- Les trois espèces d’ardoises dont on vient de parler étant d’un usage habituel, chacune dans une grande étendue de pays, il est évident qu’il ne peut y avoir aucun doute sur l’avantage de leur emploi ; mais pour déterminer la supériorité de l’une d’elles sur les autres, il faudrait des essais comparatifs, qui demandent un long espace de temps; car il est démontré qu’on ne peut faire aucune expérience dans la vue de s’assurer de la préférence à accorder aux ardoises deFumay sur celles de Rimogues et d’Angers, si ce n’est de les employer toutes trois dans les mêmes circonstances, et d’attendre que le temps décide la question.
- Néanmoins, comme les avantages annoncés par M. de Paravey sous le rapport de la durée, paraissent à votre Comité d’un grand intérêt ; que les propriétés physiques des ardoises de Fumay paraissent confirmer cette annonce, et que, d’un autre côté, ceux qui pourraient conserver des doutes auront toujours la facilité de vérifier les faits annoncés, en consultant les constructions des pays où l’on fait usage des trois sortes d’ardoises, votre Comité vous propose d’insérer le présent rapport dans le Bulletin, afin de fixer l’attention sur ce sujet.
- Adopté en séance, le 19 décembre 1810.
- Signé H.-Y. Coixet-Descostils , rapporteur.
- Nous joignons ici une note qui nous a été communiquée par M. de Paravey, et qui a pour but de faire connaître la différence des prix de l’ardoise de Fumay et de celle d’Angers.
- Poids du mille d’ardoises.
- de Fumay. d’Angers. *
- 5oo livres. 800 livres.
- Quantité nécessaire pour couvrir une toise carrée.
- 216. * 154.
- Poids de cette quantité.
- 108. 123.
- Prix du mille, vendu à Paris. de 5o à 36 francs. -5o francs.
- Il est évident qu’il faudra, pour les ardoises deFumay, un quart déplus de clous et de main-d’œuvre; mais on aura beaucoup plus de solidité et de durée.
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- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Su J te des recherches sur la forme la plus avantageuse à donner aux fours à chaux, pour y calciner la pierre calcaire dure au moyen d9un feu de tourbe ; par MM. Deblinne 3 ancien maître particulier des Eaux et Forêts ? et Donop 7 ancien ingénieur des Ponts et Chaussées (i).
- Essai dun four coulant ou perpétuel chauffé avec la tourbe.
- Ayant fait construire le four coulant ou perpétuel que l’on voit représenté^-. 7 et 8, Fl. 73, il nous a offert des résultats si désavantageux, que nous nous sommes vus forcés d’en abandonner l’usage avec la tourbe, i°. comme fournissant environ un tiers de biscuit, c’est-à-dire de pierre cuite à la surface seulement, et dont le noyau intérieur avait besoin d’être remis au four; 20. comme très-difficile à travailler et à recharger, à mesure qu’on le vide lorsqu’il est une fois en feu, à cause de la fumée épaisse et très-considérable fournie par la tourbe, qu’il faut employer en mottes et non en poussier, pour former les couches intermédiaires et alternatives entre la pierre calcaire qu’il s’agit de calciner; 3°. parce qu’en plaçant le combustible dans le bas du four, la manoeuvre du défournage devient trop difficile, et que la chaux se mêle souvent avec le combustible; 4°* qu’ayant rétréci le four et cherché à y séparer la pierre calcaire du combustible, au moyen d’une grille placée au-dessus de la tourbe en incandescence, cette méthode nous a également fourni trop de biscuit, et ne nous a paru pouvoir être appropriée qu’à la cuisson de la pierre tendre. Celle que nous avons calcinée dans ces fours est trop dure, et ne se calcine même que difficilement avec le charbon de terre, que nous avons postérieurement employé pour cuire la pierre calcaire. Nous nous sommes décidés à abandonner l’usage de cette espèce de four comme trop coûteux, en comparaison de celui représenté fig. 6, qui nous a donné les résultats les plus satisfaisans, soit sous le rapport de la tourbe consommée pour y calciner la pierre calcaire, soit sous celui de la quantité de chaux obtenue sans mélange d’aucun biscuit, soit enfin sous le rapport de la facilité de la manœuvre.
- (1) Voyez lé précédent, page 3oo.
- S S 2
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- TROISIÈME SECTION.
- Comparaison des differentes chaux obtenues de la calcination des pierres calcaires cuites avec le bois, le charbon de terre et la tourbe.
- Nous nous étions proposé depuis long - temps de comparer entre elles les différentes pierres calcaires calcinées dont on fait usage pour les travaux publies et particuliers et dans les arts, soit chez les tanneurs et les teinturiers , soit pour la fabrication du savon.
- A cet effet, nous avons pris des pierres calcaires de diverses carrières, que nous avons fait calciner, soit avec le bois, soit avec la tourbe, soit avec le charbon de terre ; et voici les conclusions générales que nous en avons tirées :
- i °. Les chaux calcinées avec le bois sont en général plus blanches ou moins colorées que celles cuites avec la tourbe et le charbon de terre;
- 2°. Ces mêmes chaux calcinées avec la tourbe, éteintes et mêlées en poids égal à un même volume d’eau, se précipitent presque toujours plus promptement que lorsqu’elles ont été calcinées avec le bois ;
- 3°. Enfin, la calcination opérée par le charbon de terre donne une chaux qui se précipite très-promptement lorsque, ayant été éteinte, elle est étendue dans une certaine quantité d’eau. ... *
- On doit conclure de là que le choix de la chaux, dans les arts doit être fait avec discernement, c’est-à-dire qu’il faudra employer de préférence, dans la fabrication du savon, celle qui se tient plus long-temps suspendue dans l’eau, et qui est calcinée'avec le bois ; qu’il faudrait peut-être aussi préférer celle-ci dans le tannage, le chamoisage des peaux et la teinture (i), à celle qui est cuite avec la tourbe; mais que celle calcinée au charbon de terre doit être exclusivement employée dans les constructions, pour la fabrication des mortiers, comme trop pesante.
- Quant aux constructions, nous avons éprouvé nous-mêmes qu’il y avait un grand avantage à n’y employer que de la chaux calcinée, soit à la tourbe, soit au charbon de terre, parce que le poussier de la chaux calcinée avec ces deux espèces de combustibles ne contient jamais de cendres alcalines comme celui de la chaux cuite avec le bois, et fait du mortier de meilleure qualité.
- Le poids du décimètre cube de chaux calcinée varie sensiblement, suivant la dureté et la densité plus ou moins grande de la pierre calcaire qui la fournit ; le carbonate calcaire lui-même varie de poids par cette
- (i) On n’emploie cependant depuis très-long-temps que de la chaux calcinée avec la tourbe dans la manufacture de M. Oberkampf à Jouy, près Versailles.
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- raison. Voici ceux que nous avons observés et qui sont le résultat moyen de nos observations; v; 'v';- :;V - *
- i Un décimètre cube de chaux calcinée pèse à-peu-près et terme moyen (i)....................................... 0,801 kilogrammes.
- Un décimètre cube de carbonate calcaire dur et non calciné................................. 0,96a ? !
- ’ QUATRIÈME SECTION. ‘ :
- Examen des biscuits qui se trouvent parmi la chaux calcinée.
- Quoique le biscuit (2) se trouve assez fréquemment dans la chaux que l’on éteint, on ne s était jusqu’à présent point occupé d’en faire l’examen et l’analyse. •
- Les biscuits que nous avons trouvés dans la chaux éteinte dans des fosses ou des baquets sont de deux espèces. :
- La première offre après l’extinction un noyau en tout semblable à la pierre calcaire non calcinée ; la superficie seule de la pierre calcaire qui a produit le noyau dont il est question, ayant éprouvé les effets de la calcination à une petite profondeur, parce que le calorique n’a pu la pénétrer tout entière pendant la calcination, celle-ci a été imparfaite, et c’est ainsi que se forme le biscuit. Cela provient, soit de ce que la pierre n’a pas reçu l’action du feu d’une manière uniforme pendant la calcination, soit que, soumise à cette opération, elle ait été refroidie à sa surface, et avant que le centre n’ait éprouvé un degré de chaleur convenable pendant la durée de la cuisson de la fournée.
- Le biscuit de la première espèce ayant été essayé, a donné par l’analyse ;
- savoir,
- Acide carbonique... ............................... 4°?4° parties.
- Chaux, alumine et oxide de fer............. . .... 69,60
- Total................ 100 »
- Ce biscuit, qui fait une forte effervescence avec les acides, se calcine très-bien lorsqu’on le soumet à une nouvelle calcination, soit dans un four à chaux, soit sous la moufle, et fournit alors de bonne chaux qui
- (1) La pesanteur spécifique de la chaux est de 2,3} mais cela ne dbit s’entendre que d’un décimètre cube solide de chaux ; les interstices qui restent entre les morceaux de pierre ou de chaux diminuent sensiblement cette pesanteur.
- (2) Cette expression, consacrée par l’usage, ne peut s’entendre dans l’acception du mot qu’en supposant qu’on a voulu dire que cette pierre ne peut fournir de la chaux qu’après avoir été soumise deux fois à la calcination dans le four, c’est-à-dire cuite deux fois. Il eût été sans doute plus naturel de donner à cette espèce de pierre le nom de mi - cuit ou mal-cuit.
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- s'éteint très-bien et ne fait point effervescence avec les acides i d’où il suit que le biscuit de cette première espece n’est que de la pierre calcaire non calcinée ou peucalcinée, dans la partie la plus voisine de sa surface, qui a seule éprouvé un dçgcé de chaleur suffisant pour opérer sa calcination parfaite. '
- La deuxième espèce de biscuit qu’il est beaucoup plus rare de rencontrer est presque entièrement vitrifiée à sa surface * et ne contient ordinairement que très-peu de carbonate calcaire (i), recouvert de la couche vitreuse qui s’est forméfe pendant la calcination.
- Cependant nous avons aussi trouvé plusieurs fois du carbonate calcaire dam volume assez- considérable et totalement enveloppé d’une couverte vitrifiée, qui, formée pendant la calcination, mais n’ayant pas continué à recevoir Faction directe de la flamme, s’est refroidie avant que la calcination du noyau calcaire ait pu se faire; car en effet le biscuit vitrifié de cette dernière espèce, porté sous la moufle, s’est entièrement calciné, et a fourni de la chaux d’aussi bonne qualité et qui a donné les mêmes résultats que le biscuit de la première espèce faisant effervescence avec les acides.
- CINQUIÈME SECTION,
- De la nature de la tourbe employée pour calciner la pierre calcaire.
- La tourbe est, comme on sait, d’une couleur qui varie depuis le brun rougeâtre jusqu’au noir de jayet, par des nuances assez peu sensibles; elle est plus ou moins compacte et pesante (2), légère et friable ; cette dernière espèce produit une flamme plus vive, mais dure moins long-temps au feu.
- Ce combustible, qui se trouve abondamment dans différens départe^ mens de l’Empire, s’extrait de la terre ou du sol même, au moyen d’une petite bêche nommée louchet. On donne à la motte de tourbe la forme d’une brique d’environ 12 pouces de long sur 4? 5 et 6 d’épaisseur, qui perd par la dessiccation au soleil à l’air libre une grande partie de son volume et de son poids, par l’évaporation plus ou moins prompte de l’eau dont elle est imbibée, et suivant le plus ou moins de densité de la couche d’où on l’a tiréé,
- (1) Les chaufourniers donnent le nom de caillasse à un morceau de pierre qui contient de la pierre calcaire agglomérée avec de la pierre siliceuse , et c’est toujours la silice, mise en fusion qui recouvre alors le noyau calcaire.
- (2) Le sac de la tourbe légère, contenant 4 pieds cubes , pèse ordinairement 4o livres , et celle qui est la plus compacte pèse jusqu’à 110 et 120 livres le sac; ce qui prouve U différence entre les diverses qualités de tourbe relativement à leur densité.
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- Les couches de tourbe varient en épaisseur, en qualité et en densité ; ce n’est guère que jusqu’à 6 et 7 pieds de profondeur qu’on peut l’exploiter au petit louchet; plus bas et au-dessous de l’eau, qui ne tarde pas à gagner alors les extracteurs, on fait usage du grand louchet, très-connu en Picardie et en Flandre, pour enlever jusqu’aux dernières couches de tourbe, à quelque profondeur qu’elles se trouvent. Il est reconnu que la couche supérieure est la plus mauvaise, parce qu’étant remplie de racines de diverses plantes bulbeuses et de roseaux, elle brûle bien avec flamme, mais ne dure pas au feu et donne beaucoup de cendres ; on lui a donné le nom de tourbe mousseuse ; c’est la moins estimée et la moins chère dans le commerce. C’est ordinairement à a ou 3 pieds de profondeur (2) ou 3 pointes ou fer de louchet) que la qualité de la tourbe s’améliore sensiblement , et plus on avance vers le bas de la couche, plus ce combustible devient dur, pesant, noir et compacte; celui qui se tire au grand louchet et au-dessous de 6 pieds ou à 6 pointes est le meilleur, et il se vend beaucoup plus cher. Les soins que l’on apporte dans l’extraction de la tourbe et dans les diverses préparations qu’on lui fait subir, avant de la rendre ce qu’on appelle marchande, contribuent beaucoup à sa bonne qualité : car celle qui est trop sèche tombe en poussière, et celle qui conserve trop d’humidité (1) encrasse le four par la suie qu’elle fournit dans ce cas en abondance. Il y a aussi dans le commerce de la tourbe dite moulée, parce qu’elle est en effet préparée dans des moules; elle est la plus chère de toutes, mais a l’avantage de donner un ^jlegré de chaleur (2) à-peu-près constant et en raison du volume du combustible qu’on emploie.
- (1) Le temps le plus propre à tirer la tourbe est celui où il règne un vent du nord ou d’est, et où , au mois de mars ou d’avril, le ciel sans nuages permet au soleil et à l’air de dessécher promptement la tourbe, qui alors diminue sensihlement de volume et de poids.
- Aussitôt que le tireur ou coupeur a taillé la tourbe en forme de brique;avec son louchet, il la lance à une femme placée sur la tranchée d’où on la tire , et qui la reçoit adroitement,} elle la charge sur une brouette ; lorsque celle-ci est suffisamment remplie , elle la roule sur un lieu sec et découvert nommé F étendoir, où la tourbe se place de champ comme les bri-* ques. Au bout de quelques jours, on la met en petits tas depuis cinq jusqu’à quinze mottes, nommées pillettes ; ensuite , selon que le temps est plus ou moins favorable, et lorsqu’elle a été suffisamment aérée, on la remanie, on change la forme des tas, qui.deviennent pyramidaux et prennent le nom de lanterne $ enfin, on en fait des prismes pentagonaux par les deux bouts et à face quadrangulaire, contenant 11 à i5 mètres cubes ou stères (80 à 110 voies ) de tourbe , la voie étant de o"1, cube, 137. ' .
- (2) Cela doit faire préférer cette tourbe pour les arts où il s’agit de tenir une liqueuf quelconque à une température à-peu-près constante.
- Nous nous proposons de faire construire une machine propre à comprimer chaque motte
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- On voit par ce qui précède qu’ii faut plus ou moins de cette espèce de combustible pour calciner un mètre cube de chaux, suivant la bonne ou mauvaise qualité de la tourbe que l’on bride; il est meme impossible de trouver, pour ainsi dire, cent voies de tourbe (la voie ou sac est de 4 pieds cubes) de la même espèce, provenant de la même couche et tirée à la même profondeur, c’est-à-dire également dense, également sèche. C’est aussi ce qui a produit les anomalies qu’on a pu remarquer dans les quantités de tourbe de chaque espèce que nous ayons consommées pour calciner la même quantité de chaux, et ce qui nous a donné des résultats assez variables, • ,
- Nous devons cependant observer que les différentes quantités de tourbe de diverses qualités , consommées pour obtenir la même quantité de chaux calcinée, ne font cependant pas différer de beaucoup les prix réels du combustible consommé , et qu’il est à-peu-près indifférent de brûler moins de la tourbe la plus chère, ou davantage de celle qui est à meilleur marché..
- Nous avons aussi fait' différens essais sur la construction la plus solide et la plus économique des foyers à claire-voie, destinés à recevoir et à supporter le combustible en ignition. Nous en avons construit en briques de deux espèces différentes; savoir, en briques de 2 pouces d’épaisseur et en briques d’un pouce d’épaisseur ; mais, dès la troisième fournée, il a fallu les réparer, parce que la trop grande ardeur du feu les vitrifiait en partie, et que les cendres et les scories bouchaient les vides laissés entre les briques pour le passage et la chute des cendres. Nous y avons substitué avec avantage une grille en fer, composée d’un nombre suffisant de barreaux mobiles de fer, d’un pouce carré, posés sur l’arrête, dans une barre transversale nommée crémaillère, entaillée exprès, et soutenue par une autre barre de deux pouces d’épaisseur couchée sur un tréteau de fer, qui la soutient et empêche la crémaillère et la barre de deux pouces de ployer souS le poids des combustibles, lorsqu’elles sont devenues rouges. Les barreaux mobiles sont espacés entre eux de 8 à 9 lignes au plus, afin
- ou brique de tourbe fraîchement tirée, et de façon à en faire sortir promptement l’humidité surabondante, à abréger par là le temps nécessaire à la dessiccation ordinaire, et à augmenter beaucoup la densité du combustible, dont on rapprochera les parties intégrantes. Cette tourbe ainsi comprimée sera sans doute bien préférable à la meilleure tourbe connue, et même à celle dite moulée, qui est fabriquée avec des portions de briques de tourbe brisées, mises dans un moule, de la même manière que les tanneurs fabriquent leurs mottes à brûler . Cette tourbe moulée tombe quelquefois en poussier lorsqu’elle est trop sèche : l’un de ceux qui en fabriquaient avait essayé de l’arroser d’eau de chaux pendant qu’elle était dans le moule, afin de lui donner plus de consistance ; mais ces essais n’ont pas réussi.
- *. d’éyiteç
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- d’éviter la perte d’une partie de la tourbe, qui aurait immanquablement lieu si la distance qui les sépare était plus grande. Cependant ces grilles sont aussi sujettes à un inconvénient, moins grave à la vérité, mais cependant assez désagréable, c’est de s’user avec le temps par l’action du feu et delà tourbe, qui les ronge et les détruit. Peut-être pourrait-on leur substituer avec quelque avantage des grilles circulaires en fonte de fer, composées de trois ou quatre parties mobiles et qui pourraient se déplacer à volonté et avec facilité, si l’on avait à craindre le choc des pierres calcinées lors du défournage, la fonte de fer étant très-cassante. Quoi qu’il en soit, nos grilles en fer sont préférables aux foyers à claire-voie construits en briques, parce qu’elles ne gênent pas, comme ces derniers, l’enfournage et le défournage, et qu’elles ne sont pas d’un entretien coûteux. ; \
- J • ECONOMIE RURALE.
- Suite de VInstruction sur les moyens de se procurer des Essaims artificiels 5 par M. Lombard.
- En publiant une instruction sur les moyens de se procurer des essaims artificiels, qui a été insérée au Bulletin du mois de mars dernier, j’avais prié les personnes qui feraient des essaims de me dire si elles avaient réussi, ou les obstacles qu’elles pourraient apercevoir, afin de réformer l’instruction. J’ai reçu plusieurs lettres qui m’annoncent que l’on a réussi; l’on ne me parle d’aucun obstacle. Parmi ces lettres, j’en dois citer une du 2.6 juin dernier de M. Degland, professeur de botanique, directeur du Jardin des Plantes de Rennes, dont le zèle est d’autant plus louable, que la multiplication des abeilles est bien importante dans la ci-devant Bretagne, où l’on recueille la meilleure cire de France. ,
- « J’ai placé, me dit M. le professeur, quelques ruches dans notre Jardin des Plantes : à l’une d’elles, j’ai aperçu des bourdons le 3o mai(i), j’en ai fait sortir un essaim artificiel le 10 juin, je l’ai visité hier, et j’ai reconnu avec une grande satisfaction que près de la moitié de la ruche était déjà remplie. Les 12 et 15 juin, j’ai fait des essaims artificiels en présence des curieux et amateurs; ils ont parfaitement réussi. Le 18 juin, j’ai également réussi à faire des essaims artificiels à la campagne de ma mère. Un des
- (1) Dans notre climat du centre, nous voyons communément des bourdons a la fin d’avril, et des essaims à la fin de mai et juin ; il n’en est pas de même dans la ci-devant Bretagne , où les essaims ne paraissent communément qu’à la fin de juin et en juillet.
- Neuvième année. Décembre 1810. Tt
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- essaims paraît indéterminé : il reste quelques jours dans une ruche, commence des édifices et déserte, ce qui n’est point un obstacle à la réussite de ces espèces d’essaims : ce vagabondage annonce que les abeilles sont sans reine; elles se fixeraient si on leur en donnait une, ou le moyen de s’en procurer une, comme elles en ont la faculté. »
- De mon côté, pendant les mois de mai et juin j’ai fait des essaims ; et d’après des essais que j’ai variés, je crois que l’on doit regarder comme constant :
- i°. Que dans notre climat du centre on peut très-facilement faire des essaims dans les dix premiers jours de mai, en faisant passer dans des ruches nouvelles une portion d’abeilles d’une ruche pleine avec leur vieille reine ;
- 2°. Que les abeilles extraites'des ruches pleines ne doivent pas être en^ fermées dans leur nouvelle ruche, parce que, voulant sortir, elles se livrent à une agitation qui, causant une chaleur extrême, leur occasionne une transpiration glutineuse qui bouche les points de leur respiration et les fait périr par la suffocation ;
- 3°. Que les abeilles extraites des ruches-mères désertent en partie les ruches nouvelles pour retourner à leur souche, sur-tout si on les a fait passer dans des ruches vides ;
- 4°. Qu’elles désertent en moins grand nombre si on a mis sous les ruches nouvelles quelques rayons de miel ou autre aliment sucré en état de fluidité, le miel en état de consistance leur étant absolument nuisible, d’après des expériences précises ;
- 5°. Que le soir du jour où l’on aura extrait des portions d’abeilles des mères-ruches, on doit réunir deux et même trois portions , suivant la grosseur de ces portions, afin de former tout de suite de très-bons essaims ; que par là on obtient plusieurs avantages importans :
- Le premier est celui de se procurer de bons essaims précoces sans énerver les souches, puisqu’on n’en aura extrait que de petites portions;
- Le second , d’enlever les reines-mères des souches, et par là prévenir la destruction que la nature les porte à faire des jeunes reines au berceau, ce qui assure la sortie des essaims naturels de ces souches; .
- Le troisième, de renouveler une grande partie des vieilles reines.
- Dans les deux premiers jours, ces essaims annoncent peu d activité au dehors ; mais les abeilles travaillent dans leur ruche. Le troisième jour, elles commencent à sortir; le quatrième, les abeilles rapportent du pollen à leurs pattes, ce qui annonce la ponte commencée ou prochaine de la reine de ces essaims. Aux cinquième et huitième jours. ces essaims ne se distinguent plus d’avec les bonnes ruches anciennes.
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- TABLE ANALYTIQUE
- des Matières contenues dans la neuvième année du Bulletin.
- A.
- beilles, de leur éducation, par M. Fébu-ner, 100. — Moyen de les gouverner, d’après M.. Ducouëdic, 14. —D’après M. Lombard, 17 , 68,70.
- Acide muriatique, prix proposé pour l’emploi avantageux de ce produit (progr. ), 5.
- Acier fondu (prix pour la fabrication de 1’) , (progr. ), 6. — Fabriqué en Suède, 3io.
- Agrafes en os pour le scellement des pierres, 4'
- Air, manière dont il agit dans la machine de M. Cagniard-Latour, 44- — Dans la lampe hydrostatique de M. Girard, i55.
- Amorces de poudre fulminante, de leur emploi, par M. Lepage, 226.
- Anil, procédé usité à l’ile de Java pour extraire l’indigo de cette plante, 262. — A Malte, 203. — De sa fermentation, 264, 267. — Durée de cette opération, 268.
- Appareil de M. Gensoulpour chauffer les bassines des filatures de cocons , 126. — Objections auxquelles il a donné lieu, 127, 128.
- Appareils de chauffage employés à Vienne, 65. — Economie qu’ils procurent, 66.
- Appartemens, moyen de les parfumer, 86.
- Ardoises de Fumay, présentées par M. de Pa-ravey, 8\y. — Qualités qui les distinguent de celles d’Angers, 318.
- Armoire à châssis pour étouffer les cocons des vers à soie par la vapeur, 3o5.
- B.
- Banc en fer pour couper la corne en feuillets minces, 23o.
- Baromètre en fer pour mesurer les hauteurs médiocres, 314.
- Bas de fil fabriqués par M. Detrey, 52.
- Bassines pour dévider la soie , chauffées par la vapeur, 128.
- Bateau-plongeur de M. Castera, n3.
- Neuvième année. Décembre i8ro.
- Battitures de fer, de leur emploi, 123.
- Bélier hydraulique, moyen d’augmenter son produit ,114.
- Biscuits, on nomme ainsi de la chaux mal cuite, 215. — Examen de ceux qui se trouvent dans la chaux calcinée, 321.
- Bleu de Prusse, prix proposé pour l’emploi de cette substance dans la teinture des laines et des soies , 15q.
- Bois , résultat du concours ouvert pour déterminer les produits de sa distillation , 210.
- — Rendu inaltérable, par M. Migneron , 87. Sa durée, 91. — Manière de le préparer, 92.
- — Indigènes, de leur emploi pour la fabrication des meubles, 222. — Procédés pour leur donner les couleurs de ceux exotiques, 3o2.
- Bombe à deux chambres séparées, produisant deux explosions distinctes, 3i4-
- Brancard pour les blessés, 117.
- c.
- Calorifères de M. Desarnod, 60. — Épreuves auxquelles ils ont été soumis, 61.
- Cameline , de sa culture, 248,
- Canaux, moyen de les réparer, 83.
- — D'irrigation , possibilité d’en établir dans les vallées voisines de la Loire, 123. — Succès que M. Rattier en a obtenus, 3i3.
- Cannelles aérifères perfectionnées, 310.
- Canon de marine se chargeant par la culasse, 25y. — Effet qu’il produit, 258. —Avantages de son mécanisme, 259.
- Capsule de platine exécutée par M. Janety,
- 1 16.
- Caractères d’imprimerie de M. Guillaume, 2.5g.
- Carte géographique exécutée par le procédé lithographique, 118.
- Cartons pour presser les draps de Madame veuve Mathieu, 121, 159.
- Y v
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- Combustible
- Chaleur, de son emploi dans la machine hydraulique de M. Cagniard-Latour, 46•
- Chaloupes, manœuvres de celles employées pour l’attaque des vaisseaux au moyen des torpédos, 176. — Peuvent remplacer des vaisseaux de haut bord, 179. — Dépense de leur armement, 180. — Manière de les employer, 181.
- Chandelles de M. Hamel, 67. — Comparées avec celles de M. Bonmatin, ib.
- Chandelles-bougies de M. Deglos, 3ii.
- Charbon de terre, avantages de son emploi dans les calorifères de Desarnod, 62. — Quantité qu’en consomment les machines à vapeur, 168, 169. — De son emploi pour la cuisson de la chaux, 291.
- Chaussettes de laine feutrées, 3o8.
- Chaux employée pour purifier le fer cassant à froid , 207. — Comparaison de sa cuisson avec le bois et la houille, 2x5. — Employée pour précipiter la fécule du pastel, 242. — Quantité de celle obtenue par l’emploi des fours de MM. JDonop et Deblinne, 298. — Comparaison de celle obtenue par du bois, de la houille et de la tourbe, 320.
- Cheminée à colonne creuse de M. Brullé, i3.
- Chenevis, de sa culture, 252.
- Chenilles, moyen de les détruire, 3o3.
- Chou frangé de Dantzick, de sa culture, 247.
- Chou-navet, de sa culture, 248.
- Cinabre, prix pour sa fabrication , rapport sur le concours ouvert à ce sujet, 192. —Est prorogé à l’année 1811, ib. — Programme de ce prix (progr.), 18.
- Circulaire adressée aux préfets en leur envoyant les programmes des prix de la Société, 24.
- Clefs de serrures à double panneton , leurs avantages ,284.
- Clous , moyen de les fabi'iquer par mécanique ,
- i83.
- Cocons des vers à soie , procédé pour les éteindre , 10,3o5.
- — Del’empl oi de la vapeur pour leur dévidage, 125.
- Collage du papier, le prix proposé pour ce sujet est retiré, 3o4-
- Colza, de sa culture en grand, par M. Gau-jac, 19. —Manière de récolter sa graine, 76. — D’en retirer l’huile, 77. — Delà semer, 78.
- appareils du chauffage, 64.
- Compte rendu des travaux du Conseil d’Admi-nistration pendant l’année 1809, 26. — Travaux des membres, ib. — Correspondance avec les artistes et les fabricans, 3o. — Objets offerts à la Société et soumis à son exa-
- ment, 33.
- Comptes du trésorier, de leur vérification par
- les censeurs, 4o*
- Concours ouverts par la Société (rapport sur les ) , 190. — Résultats qu’ils ont produits ,
- Conditions générales à remplir par les concur-rens pour les prix proposés par la Société (progr. ) , 3i.
- Conseil d’Administration, ses travaux pendant l’année 1809 , 26. — Ses membres au i4 février 1810, 41 •
- Constructions en bois inaltérable de M. Alignerons 89. — Leur durée , 90.
- Corne, moyen de la souder et de la prépax-er, 229.
- Corniches de pierres rapportées fixées avec des os de mouton, 118.
- Correspondance du Conseil (janvier, février, mars, avril, mai 1810), 122. — (Juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre et décembre 1810), 3x2.
- Coton filé , moyen de prévenir les vols qu’il s’en fait dans les manufactures, 7.
- Couleurs présentées par M. Delforge Ste-vens , 9.
- Couteaux de corroyeurs, de leur fabrication, 122.
- Coutellerie de la fabrique de Namur, 3o8.
- Cuirs , procédé pour les tanner sans le secours de l’écorce de chêne , 3o4-Cuisine de vaisseau de M. Lelouis, i83. — Ses avantages, 184. — Imperfection de celles actuellement en usage dans la marine , 186. — Nécessité de les améliorer, 187.
- Cuisines économiques pour les armées de terre,
- V7‘ . .
- Cuivres laminés de M. Gédeon de Contamine,
- 245.
- D.
- Débardage des trains de bois, doit se faire par
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- ( 320
- des machines au lieu d’y employer des hommes , 307.
- Déchets de soie (cardage et filature des) , rapport sur ce sujet de prix , 199. — Est remis au concours pour 1811 (progr. ), 11.
- Décret impérial relatif au prix pour remplacer l’indigo dans la teinture , 158. — Pour encourager la fabrication dusucre de raisin, 162.
- Décreusage de la soie par le procédé de M. Roard, 3o5.
- Dépensesde la Société pendant l’année 1809,39.
- Distillation du bois (rapport sur le prix^our déterminer les produits de la), 210. — Est remis au concours pour 1811 (progr.), 17.
- — De l’eau de mer, au moyen du feu de la cuisine du vaisseau, 5o6.
- Draps pour l’usage du Levant, de leur fabrication, 285.
- E.
- Eau, nouvelle manière de l’élever, 47* — Moyen de remédier à son infiltration dans les murs de revêtement des canaux, 82. — De la distiller et de la rendre potable , 3o6.
- Ecluse de Rogny, sa description, 83. — Procédés employés pour la réparer, 84.
- École vétérinaire d’Alfort, nom des élèves qui y sont entretenus aux frais de la Société, 96.
- Effets submergés, instrumens pour les recouvrer, 120.
- Elèves entretenus aux frais de la Société à l’Ecole d’Alfort, 93.
- Éprouvette pour mesurer la compression de l’air dans les machines soufflantes, 309.
- Escalier en menuiserie de forme nouvelle, 310.
- Essai sur la navigation sous - marine, par M. Castera , 114.
- Essaims, moyen de les obtenir dans la ruche pyramidale de M. Ducouëdic , i5. — D’après la méthode de M. Lombard, 68, 3a5. — Suivant M. Féburier, 99. — Observations de M. Bosc sur ce sujet ,111.
- Etablissemens agricoles formés dans le département du Tarn , 312.
- Etoffes de laine (prixpour la conservation des), (progr.), 3o.
- Extrait des séances et de la correspondance du Conseil ( janvier, février, mars, avril et mai 1810), 1 ï3. — (Juin, juillet, août, sep-
- tembre, octobre, novembre et décembre 1810), 3oi.
- F.
- Fabriques de draps pour le Levant, 285.
- Faulx de la manufacture de Sarrebruck, 121. — Leurs qualités, 254-
- Fer,, ses inconvéniens dans le scellement des pierres ,3. — De son traitement, par M. Le-cour, 122.
- — Cassant à chaud, moyen de le purifier, d’après la méthode de M. da Olmi, 204« — D’après le procédé de M. Dufaud , 206. — Est remis au concours pour 18x1 , 208. — Programme de ce prix (progr. ) , 19.
- — Cassant à froid, résultat du concours ouvert pour ce sujet, 2o3. — Moyen de le purifier, d’après M. da Olmi, 204* — Par le procédé de M. Dufaud, 206, 207. — Le prix lui est décerné, 208.
- Feuilles de corne , manière de préparer celles à l’usage de la marine , 23o. — De les polir, 23i. — De les souder, ib.
- Filature de coton , ouvrage sur cet objet, 6.
- — Du lin (Rapport du jury institué par le Ministre de l’intérieur sur la ) , 281.
- — Des cocons à la vapeur, 125. — Comparée avec le procédé ordinaire, 129.
- Filature par mécanique à toute grosseur de fil de la laine peignée pour chaîne et pour trame, rapport sur ce concours, 191, 199* — Le prix est remis à l’année 1811, 200. — Programme de ce prix (progr.), 16.
- Fils de coton, calculs et tables servant à faire connaître ce qu’une étoffe en emploie pour la trame , 7. — Moyen facile de les numéroter, 8.
- — De fer et d’acier pour les aiguilles à coudre et les cardes , résultat du concours ouvert sur ce sujet de prix, 198. — Est prorogé jusqu’à l’année 1812 (progr.) , 27.
- — De lin filé par mécanique, par M. Delafon-taine, 3x6.
- — Faits avec des étoupes de lin et de chanvre imitant le coton, 3o8.
- Fonte, procédé pour la fondre, 206. — Employée pour purifier le fer cassant à froid, 207.
- — (Prix proposés pour les ouvrages de petites dimensions faits avec la) (progr.), 4* — Objets de ce genre présentés au Conseil, 31 o.
- V y 2
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- Forces nouvelles pour tondre les draps, 182.
- Forêts , de leur plantation et dégradation, par M. Dessaux Lebreton ,
- Fontaine de Héron , théorie de son mécanisme, i54.
- Four à briques et à tuiles de M- Bonnet, ses avantages, 2i3. — Un encouragement est accordé à l’auteur, 224*
- Fourneau de cuisine de M. Dutilleux, 120.
- — Pour la fonte de fer perfectionné, par M. Aubertot, 122. —Par M. Dufaud, 206.
- — Employé par M. Girard dans sa machine à vapeur, i44-
- — Pour fondre la corne , 231.
- — Pourfondre les caractères d’imprimerie, 262.
- Fours à chaux , résulat du concours pour leur
- construction, 212. — Le prix est décerné à MM. Donop et Deblinne, 218. — Forme la plus avantageuse à leur donner, 287. — Per-fectionnemens qui y ont été ajoutés , 289. — Leur forme, 292. — Quantité de combustible qu’ils consomment, 295. — Alimentés avec de la tourbe, 319. — Manière de les charger, 324*
- Fumée, nécessité de la brûler dans les fourneaux , 115.
- Fusées incendiaires essayées à Uincennes , 115.
- Fusils, manière de les amorcer avec la poudre fulminante, 227.
- G.
- Garance, de son emploi dans la teinture de la laine, 2o3.
- Glaces gravées au moyen de l’acide fluorique, 118.
- Grappins d’abordage, moyen de les lancer sur les vaisseaux, 114*
- Gravure en taille de relief, résultat du concours ouvert pour ce sujet de prix, 218. — Est décerné à M. Duplat, 220. —Une médaille d’accessit est accordée à M. Bougon ,
- 224*
- Gravures en taille-douce imprimées sur étoffe, rapport sur ce prix, 192.— Est remis au concours pour 1811 (progr.), 18.
- H. .
- Harpons, manière de les lancer et de les fixer dans le bordage des vaisseaux , 1 j5.
- Horloges publiques, de leur construction , 3i3,
- Houille employée pour cuire la chaux, 215.
- I.
- Impression des gravures en taille-douce sur étoffe, rapport sur ce prix, 192. — Est remis au concours pour 1811 (progr.), 18.
- — Typographique au moyen d’un procédé dit stérélùnéotypique, 260. — A beaucoup d’analogie avec la stéréotypie, 261.
- Indigo, programme d’un prix pour le remplacer dans la teinture , i55. — Comparé au pastel, 157. — Manière de le retirer du pastel, 241- — De l’extraire de l’anil , d’après Hel-lot, 242. — D’après Dambourney, ib. — D’après Greene, 244* — De sa manipulation, 267. — Fermentation, ib. — Battage, 269. — Dessiccation , 271.
- Indigoterie , disposition de cette usine, 203.
- Instrumens aratoires de M. Dessaux Lebreton , 312. — De M. Lelouis, 313.
- Instrument pour dessiner la perspective , i3i.
- — Pour recouvrer les effets submergés ,119.
- Irrigation de terrains'infertiles, par M. Rat-
- tier, 275.
- Irrorateur, instrument pour parfumer les appar-temens, 86.
- J.
- Joncs, prix proposé pour un moyen prompt de les arracher dans les marais (progr. ), 26.
- Julienne , culture de cette plante oléagineuse , i34-
- L.
- Laine, de son peignage à la main (progr.), 17. — Par machines , 200. — De sa teinture en rouge avec la garance , résultat du concours ouvert sur ce sujet, 202. — Programme de ce prix ( progr. ) , 20.
- — De mérinos, susceptible de remplacer le poil de cachemire, 278.
- Laiton, de sa fabrication à Fromelennes , 245.
- Lampe astrale carrée propre à l’éclairage des ateliers, 119.
- — Hydrostatique de Girard, théorie de son mécanisme, i54«
- — Mélastatique de Lange , 119.
- Lin annuel, méthode pour retirer l’huile de sa graine, 25o.
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- 35i )
- lin filé par mécanique , prix proposé , 280.
- Liste des membres et adjoints du Conseil d’Ad-ministration au 14 février 1810, 41-
- M.
- Machine à pétrir le pain (prix pour une), ( progr. ), 3.
- — Hydraulique nouvelle de M. Cagniard-Latour, 44* — Ses effets, 46 • — Ses avantages,
- 4?-
- — Pour enfoncer les pieux par l’effet de la poudre, 121.
- — A diviser les lignes droites et circulaires, par M. Petitpicrre, 137.
- — A graver, du même, 138.
- — A canneïer, du même , ib.
- — A tirer la tourbe sous l’eau, résultat du concours ouvert pour ce sujet de prix , 200. — Une médaille d’argent décernée à M. Jul-lien , 202. — Est prorogé à l’année 1813, ib. — Programme de ce prix (progr.) , 28.
- — A pulvériser la corne et l’écaille , 229.
- Machines à filer la laine, manufactures où
- elles sont employées, 286.
- —- A filer le lin, prix proposé, 280. — Indication de celles inventées pour cet objet, 282.
- — A peigner la laine et à filer la laine peignée , résultat du concours ouvert pour ce sujet de prix, 199. — Un encouragement est décerné à M. Demaurey, 200. — Est prorogé à l’année 1811 (progr.), 16.
- — A vapeur, par M. Perier, i63. — Influence qu’elles ont exercée sur la prospérité de l’Angleterre, 164.—Applications diverses qu’elles ont reçues, i65. — Applicables aux desséchemens, i65. — Origine de leur invention, 166. — Perfectionnemens qu’elles ont reçus, ib. — Employées dans une forerie de canons, 167. — Quantité de force qu’elles développent, 168, 169.
- — Rapport sur le concours relatif à la construction de celles à petite dimension, 139.
- — Description de celle de M. Raynalt7 i4i* — De celle de M. Lafeuillade, i43. -—Decelle de MM. Jeandeau et Perier, ib. — De celle de M. Girard, 145. — De celle de MM. Albert et Martin, 146. — Manière dont elle agit, 15o. — Moyen de la purger d’air, i51.
- — Quantité de combustible qu’elle consomme', 152.—Effet qu’elle produit, i53.
- Manuel métrique de M. Forest, rapport sur cet ouvrage, 53.
- Mastic inaltérable de Sarrebourg , sa composition, 273. — Ses qualités, 274. '
- Mécanisme pour donner un jeu continu au piston des machines à vapeur, par M. Baynalt,
- i4i. •
- Médailles en platine, 55. — Leurs avantages,
- 56.
- Médaillons et tableaux en argent ciselé, 3io.
- Membres et adjoints composant le Conseil d’Administration au 14 février 1810, 41-
- Mercure, sa dissolution dans l’acide nitrique employée pour détruire les punaises ,116.
- Mérinos introduits dans le département du Taro, 3i2.
- Métalomètre de M. Janety, 55.
- Métier à bas à manivelle, 3i4*
- Meubles en bois indigènes, résultat du concours ouvert sur ce sujet de prix, 222. — Un encouragement de 4°° francs est accordé à M. Burette, 223. —Est prorogé à l’année 1811 ( progr. ) , 22.
- Miel (prix proposé pour la purification du), (progr.), 24.
- Mitres de cheminées nouvelles de M. Gardet7 117. — Perfectionnées, 3o8.
- Moulures et ornemens en mastic inaltérable, 3o8.
- Muriate de chaux , prix proposé pour l’emploi avantageux de ce produit (progr.), 5.
- Murs de revêtement des canaux, moyen de remédier à leur dégradation causée par l’infiltration des eaux, 82.
- N.
- Navette d’hiver, culture de cette plante oléagineuse, i35.
- — D’été, de sa culture, 252.
- Noyer ( prix pour la plantation et la greffe du ), (progr.), 8.
- O.
- Objets d’industrie présentés au Conseil pendant les mois de janvier, février, mars, avril et mai 1810, 116. — Pendant les mois de juin,
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- juillet, août, septembre, octobre, novembre et décembre 1810, 3o8.
- •— Exposés lors de la séance générale du 8 août 1810, 189.
- Organo-lyricon, nouvel instrument de musique de M. de Saint-Pern , 255.
- Orgues, leurs inconvéniens, 255. — Perfectionnées , par M. de Saint-Pern, 256..
- Orme, de son emploi pour la fabrication des meubles, 222.
- • Os, de leurs avantages dans le scellement des pierres , 4- — L’usage en est fort ancien , ib.
- Ouvrages offerts à la Société pendant les mois de janvier , février, mars, avril et mai 1810, 123. »— Pendant les mois de juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre et décembre x8jo, 310.
- P.
- Pain , nouveau moyen de le pétrir, 3i4-
- Papier, de sa fabrication par machines, 3o4-
- — Résultat du concours ouvert pour un procédé propre à le coller, 208. — Le prix est retiré du concours , ib.
- Papier-glace ou feuilles transparentes de colle de poisson à l’usage des dessinateurs , 116.
- Parfums, nouvelle manière de les employer, 86.
- ïastel, importance de cette culture avant l’introduction de l’indigo en Europe , i56. — Nécessité n’améliorer sa préparation, i57. — Prix proposé pour cet objet, r58. — De sa culture et des moyens d’en retirer l’indigo, par M. de Puymaurin, 233. —Son importance dans le 16e. siècle , ib. — Son emploi écarté par l’indigo, 234* — Mode actuel de sa culture et de sa récolte, 235. — Différentes espèces de sa graine, 236. -— Epoque de la maturité des plants, 23y. — De la macération des feuilles et de l’extraction de la fécule, 238, 239. — Manière de préparer cette couleur dans l’île de Corfou , 240. — Manière d’en retirer l’indigo, 241. — Quantité qu’il produit, ib. — De sa culture, par M. Limouzin Lamotte , 307.
- Pâte cuite de couleur imitant le marbre , 309.
- Pavot annuel, moyen de retirer l’huile de sa graine , 251.
- Peignage de la laine ( progr,) ,17.
- Perspëctive, moyen facile de la dessiner, i3i.
- Pierres , de leur scellement, 3.
- — Calcaires, de leur cuisson dans les fours de MM. Donop et Deblinne, 216. —Différentes manières de les cuire, 287. — Combustibles employés pour cet usage , 288.
- — Qualités de celles qui sont les plus faciles à cuire, 291.
- Pipes en acier poli de M. Murat, i3o.
- Plantes qui fournissent des couleurs bleues et vertes, 272.
- — Aquatiques, prix pour un moyen de les arracher dans les marais (progr. ), 26.
- — Oléagineuses, mémoire sur leur culture comparée, i33. — Indication de celles qu’on sème au printemps et dont on récolte la graine en automne , i34*
- Plaqué d’or et d’argent sur cuivre (prix pour la fabrication des ouvrages en ), ( progr. ), 3.
- Plate-forme pour diviser les lignes droites et circulaires, 137.
- Platine de la fabrique de M. Janety, 54- — Difficulté de le rendre malléable , ib. — Nécessité de l’employer de préférence û l’or pour la fabrication des médailles, 56. — Lettre du ministre ne l’intérieur à ce sujet, 112.
- Platine de fusil nouvelle de M. Prélat, 4ç. — Ses avantages, 5i.
- — De M. Lepage, 225.— Ses avantages, 227. —- Sa description, 228.
- Poêles et foyers économiques essayés à Vienne, 62.
- Poils employés dans la chapellerie., prix pour déterminer quelle espèce d’altération ils éprouvent par le secrétage (progr. ) , 6.
- Ponts en bois inaltérables de M. Migneron, 90
- Ports, moyen de les défendre contre les attaques des vaisseaux ennemis, 172.
- Potasse employée pour précipiter l’indigo du pastel, 242.
- Potasse, mêlée avec de l’huile sert à détruire les chenilles, 3o3.
- Poterie nouvelle fabriquée par MM. Fabry et Utzschneider, 5j. — Epreuves auxquelles elle résiste , 58. — Ses avantages , 5ç.
- Poudre d’amorce, sa composition dans la platine de M. Prélat, 5o. — Danger de son explosion , 227.
- Presse d’imprimerie sans étançons, 3io.
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- ( 353 )
- Prix pour lesquels il ne s’est pas présenté de concurrens, 192.
- —- Proposés dans la séance générale du 8 août 1810, 224* ’
- — Pour les meilleures machines à hier le lin, 280.
- Programme des prix proposés par la Société pour les années 1811 , 1812, i8i3 et i8i4j ils sont annexés au Bulletin N°. LXXIV, août 1810.
- Punaises, moyen de les détruire, 115.
- Pyromètre comparable (proposition d’un prix pour la construction d’un ), 3o4»
- R.
- Rades, moyen de les défendre contre les attaques des vaisseaux ennemis, 172.
- Raisin , donne du sucre de bonne qualité, 162.
- Recettes de la Société pendant l’année 1809, 39.
- Réflecteurs paraboliques en cuivre doublé d’argent, 119.
- Registres des orgues, leur mécanisme perfectionné , 256.
- Ruche pyramidale de M. Ducouëdic, 14. — Observations de M. Lombard sur cette ruche, 16. — Ses inconvéniens, 17.
- Ruches, manière de les gouverner, d’après M. Lombard, 70. — Formes de celles en usage en France , 107.
- Rutabaga , culture de cette plante oléacée, i36.
- S.
- Scellement des pierres, divers modes employés ,3.
- Schal de laine de M. Pépin , 277. — Mélangé de laine et de soie, 279.
- Séance générale du 14 février 1810 , 2,5. — Du 8 août 1810 , 189.
- Secrétage des poils de chapellerie sans mercure , prix proposé ( progr. ), 6.
- Semelles eu crin imperméables, 5.
- Serrure de sûreté de M. Nantes , 81. — S’ouvre à l’aide de deux clefs, ib.
- -— A clefs à double panneton , de M. Tocques,
- 284.
- Sirop de raisin, résultat du concours ouvert pour sa fabrication, 220. — Est prorogé l’année 1811, 221.
- Société d’émulation et d’agriculture de l’arron-
- dissement de Clèves, programme de ses prix , 3i 2.
- Soie dite galette de Suisse , procédé pour la fabriquer (progr.), 14.
- Soies , qualité de celles obtenues par le chauffage des bassines à la vapeur, j 29. — Observations sur leur décreusage par le procédé de M. Roard, 3o5.
- Soldats, moyen de conserver leur santé, 3i4-
- Soleil (helianthus), moyen d’en retirer l’huile, 249.
- Soufflet de forge nouveau , 47*
- Sphère céleste dont les mouvemens imitent ceux des astres, 116.
- Sucre de betteraves, prix proposé pour sa fabrication (progr.) , 25.
- =— De miel fabriqué dans le département des Landes, 310.
- — De raisin, expériences faites sur cette substance comparativement avecle sucre de canne, 161. — Récompenses accordées par le Gouvernement aux sieurs Fouques et Proust^our cet objet, 162. — Prix proposé par laSociété d’Encouragement pour sa fabrication (progr.), 21.
- T.
- Tabatières en carton verni, 117.
- Tableau de la force et de la consommation de houille des machines à vapeur à simple et à double effet, 168, 169.
- g— Comparatif des expériences faites sur la calcination de la pierre calcaire par un feu de tourbe, 296, 297.
- — Des prix proposés par la Société d’Encouragement pour les années 1811, 1812, i8î3 et 1814 j est annexé aux programmes.
- Terrains infertiles, moyen de les arroser, 274.
- Terre noire de MM. Merlin et Hall, j 18.
- Tibia de bœuf, de leur emploi dans le scellement des pierres, 3.
- Tissus, ceux ayant la chaîne et la trame de nature différente sont de mauvaise qualité, 278.
- Toiles de lin fabriquées avec du fil préparé par mécanique , patM. LDelafontaine, 3i5.
- — Moyen de les teindre en couleurs solides ,
- 3o4-
- — Métalliques, prix proposé pour leur fabrication , 3a5-
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- ( 334 )
- Torpédo, machine à explosion pour détruire les vaisseaux de guerre, 170. — Expériences faites avec cette machine, 171. — De leur emploi pour la défense d’un port ou d’une rade , 172. — Essais faits à ce sujet, iy3. — Sa manœuvre pour la défense, 174* —Pour l’attaque, ib. — Sa description, l’jS. — Emploi de cette machine pour la destruction de la flotille de Boulogne , 177. — Effets qu’elle produit, 178.
- Tourbe, moyen de la tirer sous l’eau, 201.
- — Substituée au bois pour la cuisson de la chaux , 288. — Sa consommation , 3oo. — Qualité de celle à employer, 322.
- Trains de bois , de leur débardage , 307. — Inconvéniens de cette méthode, 3o8.
- Traité sur la fabrication des tissus de coton, 6.
- Travaux du Conseil d’Administration pendant l’année 1809, 26.
- Treuils à déclic, à rochets et à leviers mobiles, iry.
- Tricots à toison de M. Boiteux, 85.
- Tubes de fer, moyen de les souder sans l’emploi de la baguette, 100.
- Tuyaux de cheminées carrés, leurs inconvéniens, 12. — Avantages de ceux en terre cuite, i3.
- Typographie nouvelle de M. Guillaume, iby.
- Y.
- Vaisseaux de guerre, moyen de les faire sauter
- par l’usage des torpédos , 170 , 171.— Manœuvre pour les attaquer, i74* — Moyen de fixer un harpon dans leur bordage ,176.
- — Peuvent être remplacés par des chaloupes munies de torpédos, 179.
- Vapeur, appliquée à chauffer les filatures de cocons, 125.— Manière dont elle agit dans
- la machine de M. Raynalt, 141. _____Dans
- celles de MM. Lafeuillade etJeandeau, 143. —Danscellede M. Girard, 144«““Dans celle de MM. Albert et Martin, i5i.
- Vases de métal revêtus d’un émail économique (rapport sur le prix pour la fabrication des), 192. — Est remis au concours pour 1811 (progr. ), 20.
- Vernis, composition de celui pour les bois indigènes , 3o2.
- Vert pour la peinture , présenté par M. Del-forge Stevens, 9.
- Vinaigres tirés de la distillation du bois, par M. Ado lie rat, 211.
- Vis d’Archimède, de son emploi dans la machine hydraulique de M. Cagniard-Latour, 43. —Applications dont elle est susceptible,
- 47-
- Z.
- Zinc en feuilles fabriqué par M. Gédéon de Contamine, 245.
- PLANCHES.
- PL 65. Simple. Scellement des pierres au moyen des tibia de bœuf, en regard de la page 4. PL 66. Simple. Platine de fusil perfectionnée, page 5i.
- PL 67. Simple. Plan et élévation de l’écluse de Rogny, page 85.
- PI. 68. Simple. Instrument pour dessiner la perspective , page 132.
- PL 69. Double. Petite machine à feu de MM. Albert et Martin , page 147.
- Pl. 70. Simple. Détails de la machine à feu de MM. Albert et Martin. — Lampe hydrostatique de M. Girard, page x49*
- PL 71. Double. Torpédo ou machine propre à détruire les vaisseaux de guerre, par M. Fulton. — Nouvelles forces pour tondre les draps, page 170.
- PL Simple. Tlatine de fusil, par M. Lepage , page 228.
- PL 73. Triple. Fours à chaux de MM. Donop et Deblinne, page 292.
- A Paris, de l’Imprimerie de Madame HUZARD, rue de l’Éperon , N°. 7.
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-
- TABLEAU
- x
- DES PRIX PROPOSES
- PAR LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE,
- POUR LES ANNÉES ISI 1,1812, ISI5 ,1 IS1V.
- Total..... 53,700 fr.
- A DÉDUIRE:
- La valeur du Prix N°. XIY pour la découverte d’un moyen d’imprimer sur étoffe, d’une façon solide, toute espèce de gravure en taille-douce, que M. de Paroy se charge de payer................... 1,200
- 10,200
- 2,000
- i,5oo
- ÉPOQUE
- NUMÉROS DÉSIGNATION DES SUJETS DE PRIX. de la VALEUR
- DES moires, Descriptions , Dessins, Distribution DES
- PROGRAMMES Machines , Mo- des ' PRIX.
- tillons. Prix.
- Prix proposés pour l’année 1811.
- f L Pour nnp marViinp nrnnrp à rtatrir ta nain Ier. Mai 1811. Juillet 1811. i,5oo fr.
- II. Pour la fabrication des ouvrages en plaqué d’or et d’argent sur cuivre id. id. 1,5oo
- - III. Pour la fabrication en fonte de fer de divers ouvrages pour lesquels on emploie ordinairement le cuivre et le fer forgé id. id. 3,ooo
- ARTS MÉCANIQUES. X. Pour le cardage et la filature par mécanique des déchets de soie provenant des cocons de graine, des cocons de bassine, des costes, des frisons et des bourres , pour la fabrication de la soie dite galette de Suisse id. id. i,5oo {
- f XI. Pour la construction des machines propres à peigner la laine id. id. 3,ooo
- [ XII. Pour la filature par mécanique, à toute grosseur de fil, de la laine peignée pour chaîne et pour trame id. id. 2,000
- 1 IV- Pour l’emploi avantageux de l’acide muriatique et du muriate de chaux... id. id. 2,000
- 1 | V. Pour la fabrication de l’acier fondu.... id. id. 4.000
- VI. Pour déterminer quelle est l’espèce d’altération que les poils éprouvent par le procédé en usage dans l’opération de la chapellerie , connu sous le nom de secrétage, et indiquer les moyens de préparer aussi avantageusement les poils pour le feutrage sans y employer des sels mercuriels ou autres substances qui exposent les ouvriers aux mêmes dangers id. id. 1,000
- ARTS CHIMIQUES. XIII. Pour la détermination des produits de la distillation du bois id. id. 1,000
- XIY. Pour la découverte d’un moyen d’imprimer sur étoffe, d’une façon solide, toute espèce de gravure en taille-douce id. id. 1,200 j|
- XY. Pour la fabrication du cinabre id. id. 1,200 |
- I XVI. , Pour la purification du fer cassant à chaud id. id. 4,ooo
- XVII. Pour la découverte d’un procédé propre à donner à la laine, avec la garance, la belle couleur rouge du coton d’Andrinople id. id. 6,000
- i 1 Ier. Prix....... id. id. 2,400
- ARTS ÉCONOMIQUES. ) XVIII. Pour la fabrication du sirop et du sucre concret de raisin. ^ .
- r ( 2e. Prix id. id. 600
- ( XIX. Pour la fabrication des vases de métal revêtus d’un émail économique.. . id. id. 1,000
- VII. Pour la plantation et la greffe du noyer id. id. 3oo
- VIII. Pour la culture d’une plante oléagineuse * • • id. id. 4oo
- AGRICULTURE. / IX. Pour la culture comparée des plantes oléagineuses id. id. 1,200
- XX. Pour la fabrication d’un meuble dans lequel on n’aura employé que du bois d’arbres indigènes ou- acclimatés en France id. id. 1,200
- Prix proposés pour l’année 1812.
- ARTS MÉCANIQUES. XXIV. Pour la fabrication du fil de fer et d’acier propre à faire les aiguilles à coudre et les cardes à coton et à laine ier. Mai 1812. Juillet 1812. 5,ooo
- ( XXI. Pour la purification du miel id. id. j,000
- ARTS ÉCONOMIQUES. j XXII. ( Ier. Prix Pour la fabrication du sucre de betterave { ( 2e. Prix id. id. id. id. 2,000 1,000
- AGRICULTURE. XXIII. Pour un moyen prompt et économique d’arracher les joncs et autres plantes aquatiques dans les marais desséchés id. id. 1,200
- Prix proposé pour l’année i8i3.
- ARTS MÉCANIQUES. XXV. Pour une machine à tirer la tourbe sous l’eau. ier. Mai i8i3. Juillet i8i3. 2,000 J
- Prix proposé pour l’année i8i4-
- ARTS ÉCONOMIQUES. XXVI. Pour la conservation des étoffes de laine ier. Mai i8i4* Juillet i8i4- i,5oo
- Ce Prix sera retiré en 1811 , si les concurrens n’ont pas rempli les conditions du Programme.
- Ce Prix était de 2,000 francs.
- Les fonds de ce Prix seront faits par M. de Paroy, membre de la Société.
- Ce Prix sera retiré ^en 1811 , si les concurrens n’ont pas rempli les conditions du Programme.
- Ce Prix était de 3,000 francs.
- Ce Prix sera retiré en i8i3, si les concurrens n’ont pas rempli les conditions du Programme.
- Reste....... 52,5oo fr.
- La valeur des Prix proposés et remis au Concours pour l’année 1811 s’élève à....................... 38,800 fr.
- déduction faite du Prix N°. XIY.
- Celle des Prix proposés et remis au Concours pour 1812 se monte à..................................
- Celle du Prix remis au Concours pour i8i3, à.......................................................
- Enfin, la valeur du Prix proposé pour l’année 1814 s’élève à.......................................
- Total égal..... 52,5oo fr.
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- PROGRAMMES
- DES
- PRIX PROPOSÉS
- PAR
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE,
- Dans sa Séance générale du 8 Août 1810, pour être décernés en i8ii? 1812, i8i3 et i8i4-
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- PROGRAMMES
- DES
- PRIX PROPOSÉS
- PAR
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L'INDUSTRIE NATIONALE,
- Dans sa Séance générale du 8 Août 1810, pour être décernés en i8n, 1812, i8i3 et 1814.
- PRIX PROPOSÉS POUR L’ANNÉE 1811,
- ARTS MÉCANIQUES.
- , I.
- Prix pour une Machine propre à pétrir le pain.
- On sait en général combien il est fatigant de pétrir le pain 5 mais des différentes opérations qui composent le pétrissage ; savoir, la délayure , la frase , la contre-frase , le bassinage , le battement et le découpement, trois seulement, la contre-frase, le battement et le découpement exigent de la force et des mouvemens précipités. Celle qui est la plus pénible est le battement, qui a fait donner à l’ouvrier qui en est chargé le nom de geindre.
- C’est dans la vue de rendre cette opération plus facile que la Société d’Encouragement propose un prix de quinze cents francs, qu’elle décernera à celui qui lui présentera une machine ou des machines qui, prenant la pâte après qu’elle est frasée , l’amènent, avec les soins des pétrisseurs, mais sans efforts .pénibles de leur part, à l’état le plus parfait de pâte ferme, bâtarde oü molle, à volonté.
- Les machines, qui devront être exécutées en grand, seront remises avant le ier. mai 1811. Elles seront éprouvées en présence des commissaires nommés par la Société, chez un des boulangers de Paris et sur une de ses fournées orninaires.
- Le prix sera décerné dans la séance générale de juillet 1811.
- II.
- Prix pour la fabrication des ouvrages en plaqué d’or et d argent sur
- cuivre.
- Les ouvrages en plaqué peuvent'devenir pour la France l’objet d’un commerce fort important. Le doublé d’or et d’argent sur cuivre, qui est, comme on sait, la matière première
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- ( 4 )
- de ces sortes d’ouvrages, est maintenant porté dans nos fabriques à un haut degré de perfection. Plusieurs établissemens de ce genre se sont formés à Paris, et nos artistes peuvent s’en procurer de toute épaisseur et dans toutes les proportions de doublage ; mais ii nous manque d’employer mieux cette matière pour soutenir la concurrence des fabriques étrangères.
- Nos ouvrages dorés , argentés , et notre belle orfèvrerie , ne nous laissent rien à désirer sur J’industrie de nos voisins, pour ce qui concerne nos usages habituels et notre consommation intérieure : aussi ce ne sont pas nos propres besoins que nous avons à satisfaire, quoique les produits de ce genre ne puissent qu’ajouter à nos jouissances : c’est notre commerce à l’étranger, qui réclame la belle fabrication de ces sortes d’ouvrages.
- Jusqu’ici nos fabricans se sont bornés à quelques objets de peu d’importance, qui suffisent néanmoins pour prouver qu’ils peuvent atteindre et même surpasser nos rivaux, tant pour le goût que pour la variété des formes } mais il paraît convenable de stimuler leur zèle et d’appeler leur attention sur une branche d’industrie très - lucrative que jusqu’ici la France a négligée. • , - *
- D’après ces considérations , la Société d’Encouragement propose un prix de quinze cents francs, qu’elle décernera à celui qui aura perfectionné les ouvrages en plaqué d’or et d’argent.
- Le perfectionnement que la Société désire obtenir consiste non-seulement dans la bonne fabrication de chaque objet, mais encore et très-spécialement dans la variété et l’élégance de leurs formes.
- L’attention des artistes devra se porter principalement sur les pièces les plus en usage, telles que girandoles, flambeaux, bougeoirs, éteignoirs , porte-m ouchettes , plateaux , porte-huiliers , théières , cafetières , sucriers, soucoupes, salières , etc. Ces pièces devront être faciles'à nettoyer} et leur prix dans le commerce ne devra pas excéder celui des mêmes objets fabriqués dans l’étranger.
- Les concurrens devront aussi s’attacher à donner plus de soins à la soudure des différentes pièces , et substituer celle à l’argent à celle à l’étain, ordinairement employée.
- Ils feront constater que leur établissement est formé pour une grande fabrication.
- Les objets soumis au concours devront être adressés au secrétariat de la Société d’Encouragement avant le 1er. mai j8ii.
- Le prix sera décerné dans la séance générale de juillet de la même année.
- m.
- Prix pour la fabrication en fonte de fer des divers ouvrages pour lesquels on emploie ordinairement le cuivre et le fer forgé.
- L’art de faire de grands ouvrages en fer fondu a été perfectionné en France depuis une vingtaine d’années ; mais il n’en est pas ainsi de la fabrication des pièces qui ont de petites dimensions. Depuis Réaumur, qui a proposé de faire en fonte douce des clefs, des palastres de serrures , des targettes, des verroux, des fiches de croisées, des platines de fusils, etc., il ne paraît pas qu’on se soit occupé, du moins avec succès , d’exécuter en fer fondu divers petits ouvrages pour lesquels on continue de se servir du fer forgé. Il n’est pas douteux que l’emploi de la fonte de fer ne doive être très-économique, et il est à souhaiter que l’on parvienne à jeter en moule un grand nombre d’ouvrages de serrurerie et de quincaillerie.
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- La Société d’Encouragement croit devoir appeler l’attention des fondeurs sur ce genre de fabrication , et pour diriger leurs essais vers des objets qui lui paraissent d’utilité plus prochaine , elle propose un prix de trois mille francs à celui qui exécutera en fonte de fer :
- i°. Des supports de cylindres de machines à filer le coton ;
- 2°. Des roues d’engrenage de quelques centimètres de diamètre5
- 3°. Des fiches et des charnières de croisées et de portes;
- 4°. Des clous de différentes formes et de 5 à 20 millimètres de longueur (1).
- Ces divers ouvrages seront en fonte et moulés avec soin ; cette fonte devra approcher le plus possible de la douceur et de la ténacité du fer. La fonte des supports et des fiches et charnières devra sur-tout être susceptible d’être limée et forée facilement.
- La Société d’Encouragement exige que ces ouvrages soient exécutés en fabrique, et qu’ils puissent être livrés à un prix modéré. Il faudra justifier en avoir mis dans le commerce pour une somme de 10,000 francs.
- Le prix sera décerné dans la séance générale du mois de juillet 1811,
- Les échantillons et mémoires devront être envoyés avant le 1‘er. mai de la même année.
- Nota. Les fondeurs qui voudront concourir et qui n’auraient pas à leur disposition des modèles des différens ouvrages qui forment le sujet du prix, pourront se les procurer au Conservatoire des Arts et Métiers, rue et abbaye Saint-Martin.
- ARTS CHIMIQUES.
- IY.
- Prix pour Vemploi avantageux de Vacide muriatique et du muriate de chaux.
- On sait que les nombreuses manufactures de soude qui, dans ces dernières années ,se sont élevées sur le sol de la France peuvent aujourd’hui fournir des quantités de soude illimitées.
- La haute protection que S. M. l’Empereur vient d’accorder à ces manufactures en défendant l’importation des soudes étrangères, et en les exemptant de l’impôt mis sur le sel marin, les place dès à présent au rang des établissemens les plus utiles de la France.
- Ces fabriques, pour ne pas nuire à la végétation, sont obligées de nè travailler que l’hiver, à moins qu’elles ne soient situées dans un pays inculte, ou qu’elles ne condensent l’acide muriatique au moyen de l’eau seule, ou en employant le concours de l’eau et du carbonate de chaux : dans ces derniers cas, les manufactures de soude obtiennent de très-grandes quantités d’acide muriatique et des masses considérables de muriate de chaux.
- Jusqu’à présent l’emploi de ces produits dans les arts a été si limité, que les fabricans de soude n’en trouvant pas le débit n’ont point cherché à les recueillir, et les ont laissé perdre en les enfouissant en terre.
- La Société d’Encouragement, considérant de quelle utilité il serait pour les fabriques de soude de tirer un parti avantageux de l’acide muriatique et du muriate de chaux qu’elles
- (1) 'Comme il est assez difficile de mouler un clou aussi petit que celui de 5 millimètres de longueur, malgré sa grande utilité, la Société ne le présente pas comme une condition de rigueur, mais comme une condition de préférence. Elle désire que dans le nombre des clous plus grands, les concurrens envoient le elou a latte ou a. ardoise, ainsi que celui a palisser, qui sont d’une grande consommation et exigent peu de flexibilité.
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- perdent maintenant, et sentant de quel avantage peuvent devenir pour les arts des produits nouveaux mis dans le commerce à un prix extrêmement bas , propose un prix de la valeur de deux mille francs, qu’elle décernera, dans sa séance générale de juillet 1S11, à l’auteur qui lui indiquera les meilleurs moyens d’employer avantageusement et en grand les quantités considérables d’acide muriatique et de muriate de chaux que peuvent fournir les fabriques de soude. - '
- L’autear qui indiquera le meilleur emploi d’un seul des produits dont il est parlé dans le Programme aura droit à la moitié du prix.
- Les mémoires devront être adressés avant le i*r. mai 1811.
- / :
- y.
- Prix pour la fabrication de V acier fondu.
- La conversion du fer en acier est aujourd’hui l’un des phénomènes chimiques le mieux expliqués. Depuis quelques années , l’on connaissait parfaitement la;théorie des divers procédés employés dans cette fabrication, lorsque Clouet l’a confirmée par l’expérience la plus décisive ; mais, malgré sa brillante découverte, la France ne retire pas encore de ses fabriques tout l’acier fondu nécessaire à sa consommation.
- Ces considérations déterminent la Société d’Encouragement à proposer un prix de quatre mille francs pour celui qui aura fabriqué en grand l’acier fondu , égal en qualité au plus parfait des fabriques étrangères.
- L’acier fondu qui réunirait à toutes les propriétés connues de ce métal celle de se souder facilement sur lui-même sans se dénaturer , aurait une qualité de plus, qu’il serait bien à désirer qu’on pût obtenir en fabrication courante : dans ce cas, le prix appartiendra à celui des concurrens qui pourra y parvenir.
- La Société exige, i°. que l’on justifie de la manière la plus authentique que les échantillons envoyés au concours proviennent réellement de la manufacture à laquelle ils sont attribués ;
- 2°. Qu’ils ont été choisis au hasard, et qu’ils doivent être regardés comme un produit ordinaire de la manufacture ;
- 3°. Qu’elle est en activité , et qu’elle peut subvenir à une grande partie des besoins de notre industrie ;
- 4°. Enfin qu’elle peut soutenir, pour le prix, la concurrence des fabriques étrangères.
- Ce prix sera décerné dans la séance générale du mois de juillet 1811. Les échantillons devront être envoyés avant le 1». mai de la même année.
- YI.
- Prix pour déterminer quelle est Vespèce d’altération que les poils éprouvent par le procédé en usage dans la chapellerie, connu sous le nom de secrétage, et indiquer les moyens de préparer aussi avantageusement les poils pour lefeutrage, sans y employer des sels mercuriels ou autres substances qui exposent les ouvriers aux mêmes dangers.
- L’expérience a fait connaître il y a long-temps que la plupart des poils ne peuvent se réunir en état de feutre qu’après avoir reçu une préparation ; il n’y a guère d’exception que
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- pour lalaineet le poil de castor gras (c’est ainsi qu’on appelle le poil enlevé sur des peaux de castor qui ont servi de vêtemens aux sauvages). On a employé pour cela divers procédés ; mais celui qui porte encore aujourd’hui le nom de secret, parce que l’inventeur et les fa-fa ricans qui l’avaient acquis de lui s’en réservaient la connaissance, les a fait abandonner.
- La composition qui faisait la partie essentielle de ce procédé n’était encore désignée dans les supplémens de VEncyclopédie que sous le nom vague d'eau seconde, qui servait à secréter certains poils pour les mettre en état de se feutrer et de rentrer à la foule.
- Roland de la Platière a donné, dans le Dictionnaire des Manufactures, etc. , de ^Encyclopédie méthodique {i) la recette du secret, à laquelle se sont fixés les meilleurs artistes. Il consiste à faire dissoudre 3 déeagrammes (une once) de mercure dans 49 décagrammes (une livre) d’aeidé nitrique , étendu de deux fois autant d’eau, et à tremper dans cette liqueur une brosse avec laquelle on frotte légèrement le poil. v
- Les peaux ainsi secrétées, devant être séchées à l’étuve, le poil, enlevé par un instrument tranchant près de la racine, puis frappé sous la corde de l’archet jusqu’à ce que les brins tombent éparpillés les uns sur les autres en tous? sens, on'conçoit aisément que tout cela ne peut s’exécuter sans danger : c’est ce qui a fait dire à M. Monge} en terminant le mémoire dans lequel il a si bien démontré le vrai mécanisme du feutrage : tt Le feutrage des 55 poils destinés à la chapellerie est une opération très-malsaine pour les ouvriers qui se » consacrent à ce genre de travail, à cause du mercure qui entre dans les dissolutions, et » qu’ils sont ensuite forcés de respirer sous forme sèche. Ce serait donc l’objet d’un travail » bien utile: i°. de rechercher quelle espèce d’altération la dissolution mercurielle fait 33 éprouver aux poils dans l’opération du secrétage ; 2°. de chercher à produire la même 33 altération ou une altération différente , mais dont l’effet fût le même pour le feutrage, 33 au moyen de substances dont l’usage ne fût pas nuisible (2). y>
- Il ne peut y avoir de doute sur la possibilité d’arriver au même résultat par des procédés différens. Dans le nombre des faits qui l’établissent et qui appellent les recherches par la certitude du succès , il faut placer en premier* ordre la- distinction si généralement admise des peaux de castor gras et des peaux de castor sec ; car si le frottement, la chaleur animale et la transpiration des hommes qui se soq|^couverts des premières ont suffi pour en disposer le poil au feutrage, il est bien évident que ce changement peut s’opérer sans le secours des sels mercuriels.
- D’autre part, Roland de la Platière rapporte qu’on lui a assuré que l’on avait réussi à fabriquer un chapeau d’excellent feutre en aussi peu de temps que par le secret et la foule, au moyen d’un bain de plantes styptiques tenues en macération ; ce qui lui a fait dire « que 33 ce serait un grand pas dans la perfection de l’art, si, par un composé facile et doux, on 33 produisait tout-à-la-fois l’effet du secret et celui des sels.tartareux employés à la foule.-»
- On sait encore que ce n’est réellement qu’au foulage (ou, suivant l’expression des ateliers, à la foule) que s’achève la disposition au feutrage, dans un bain d’eau presque bouillante, chargée d’un huitième de spn poids de lie de vin : or, M. CAaussiera. fait voir que ce bain devait être considéré comme un dissolvant chimique 5 que le tartrite acidulé était le principe unique de son action ; que ^ kilogrammes de lie pouvaient y être remplacés par 46 grammes d’acide sulfurique (12 livres par 12 gros), avec l’avantage de n’exiger qu’une chaleur de z5 à 3o degrés, de rendre le travail de l’ouvrier moins pénible, et de ne pas porter dans le
- (1) Tome I, page i53.
- (2) Annales de Chimie, 1790, tome VI, page 3i 1. ' . -,
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- tissu des matières étrangères , que l’on n’en sépare que difficilement pour lui faire prendre la teinture (1). L’auteur de ce procédé, introduit dans une fabrique avec succès , fait très-bien remarquer que l’on doit espérer d’obtenir le même effet d’un autre vacide, même tiré du règne végétal.
- Si l’on observe enfin, avec M. Monge, qu’il n’y a de différence entre les poils qui feutrent sans préparation, comme la laine, et ceux qui exigent le secrétage , qu’en ce que les premiers, naturellement courbés, s’entrelacent facilement dans toute direction ; tandis que les derniers ne peuvent prendre par l’agitation qu’un ^mouvement progressif en droite ligne, on est forcé d’en conclure que Roland de la Platière a été induit en erreur lorsqu’il a cru que le poil à secréter devait être touché dans tous les sens par la composition, puisqu’en produisant un effet égal de tous les côtés sur les lamelles tuilées de ces poils, on n’en changerait pas la conformation. Cette observation paraît sur-tout importante pour indiquer le but que l’on doit se proposer, et diriger le choix des moyens les plus convenahles pour l’atteindre. >
- Telles sont les considérations qui ont déterminé la Société d’Encouragement à proposer un prix de mille francs pour celui qui parviendra à déterminer quelle est l’espèce d’altération que les poils éprouvent par les procédés en usage dans l’opération de la chapellerie connue sous le nom de secrétage, et à indiquer des moyens de préparer aussi avantageusement les poils pour le feutrage sans y employer des sels mercuriels ou autres substances, qui exposent les ouvriers aux mêmes dangers.
- Le prix sera décerné dans la séance générale du mois de juillet 1811. Les mémoires se» ront remis avant le ier. mai de la même année.
- AGRICULTURE,
- VH.
- Prix pour la plantation et la greffe du noyer.
- La culture du noyer, si importante pour les arts , pour les manufactures d’armes et l’économie domestique, n’est pas suivie dans plusieurs#ontrées avec toutl’intérêt qu’elle mérite\ les besoins en ont fait abattre un grand nombre qu’on ne remplace pas , et déjà le bois de cette essence est monté à un prix excessif.
- L’espèce la plus généralement cultivée en Europe est le noyer commun ( juglans regia , L.). Il y a plusieurs variétés, dont les plus belles et les plus utiles sont : i°. le noyer à gros fruit, clit noix de jauge (juglans fructu maximo , Bauh.), arbre qui s’élève plus haut que le noyer ordinaire, mais dont le bois est moins précieux5 2°. le noyer-mésange ou à fruit tendre (juglans fructu tenero etfragili putamine^ Bauh.), dont le fruit contient une amande qui se conserve bien et fournit beaucoup d’huile ; 3°. le noyer tardif ou de la Saint-Jean (juglans serotina), arbre précieux pour les cantons où l’on craint les gelées tardives ; 4°. le noyer à fruit dur {juglans fructuperduro, Tournef. ) : cet arbre se cultive particulièrement pour son bois, qui est le meilleur , le plus dur et le plus veiné.
- L’Amérique nous a fourni aussi plusieurs espèces de noyers, mais qui ne sont pas encore bien répandues ; il serait d’autant plus utile de les propager en France, qu’elles ne craignent point les gelées.
- (1) Mémoire sur la Chapellerie , inséré dans le Journal de VEcole polytechnique, tomel, page i63. Germinal an III.
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- Ceux que nous possédons en plus grand nombre sont le noyer noir de Virginie {juglans nigra), qui s’élève à une grande hauteur, et dont le bois est excellent 5 le noyer cendré {juglans cinerea), qui résiste à nos hivers, dont le bois est d’un bon usage et la noix douce et huileuse. Les autres espèces, connues sous le nom de juglans tGmentosa (hickery), amara, levigata, squamosa, ont été, ainsi que les deux précédentes, semées il y a trois ans en assez grand nombre dans nos pépinières forestières, ou traitées comme le noyer ordinaire 5 elles ont bien réussi : les deux premières, le nigra et le cinerea, paraissent même plus fa-cil es à élever que le juglans regia.
- Noyer ordinaire ou commun.
- Le noyer commun est plus délicat et plus sensible au froid que la plupart de ceux d’Amérique 5 il ne croît pas en massifs , différant encore sur ce point des noyers d’Amérique qui croissent en forêts; il se plaît dans les vignes , dans les jardins, le long des terres labourées et en avenues ; il aime un terrain doux, un peu frais et profond ; cependant il réussit bien dans un sol pierreux , où son accroissement est plus lent à la vérité, mais où il produit un bois de meilleure qualité : on le propage de graines par plantation et de greffe. Le semis à demeure est avantageux quand on l’élève pour son bois; mais la transplantation accélère l’époque de la fructification et favorise la multiplication du fruit.
- La greffe du noyer est encore inconnue dans une grande partie de l’Empire, quoiqu’elle soit en usage depuis long-temps dans le ci-devant Dauphiné et dans plusieurs autres contrées du midi de la France, où l’on greffe , soit en flûte , soit en écusson» Le produit du noyer greffé y a été si considérable (1) , que lorsque les cultivateurs l’ont reconnu, ils ont greffé tous les vieux arbres. Les noyers greffés de noiiL-mésange sont particulièrement fertiles; cette noix contient, par mesure, plus pesant d’amande que les autres espèces, et rend aussi plus d’huile. Chaque arbre greffé donne assez communément dix mesures dans les bonnes années, tandis que le produit moyen des noyers sauvageons est tout au plus d’une mesure. ' •
- L’époque à laquelle il convient de greffer les arbres en pépinière est lorsqu’ils sont en pleine sève. Les gros noyers , même âgés de quarante ans , peuvent aussi être greffés. Pour cet effet, on couronne-l’arbre en octobre ou en mars , à 8 ou 10 pieds au-dessus du tronc ; il pousse des jets considérables ; pendant l’année et au printemps de l’année suivante, on place sur les nouveaux jets depuis cinquante jusqu’à cent greffes.
- La manière de faire cette opération , difficile pour les personnes qui n’en ont point l’habitude , se trouve très-bien décrite par M. Juge f habitant des environs de Limoges (2). Cet agronome assure que la greffe du noyer ne diffère de celle du châtaignier que par quelques précautions que nécessitent la contexture du bouton du noyer, et sa sève abondante au moment de la greffe.’
- Propriétés et usages du bois et du fruit du noyer.
- Tout le monde connaît les qualités du bois de noyer; on sait qu’il est doux , liant, uni et coloré, et qu’il est d’un usage fréquent dans les arts. En effet, il est recherché par les menuisiers, les tourneurs, les ébénistes, les sculpteurs, les carrossiers, et il est indispensable aux armuriers : c’est particulièrement dans l’intérêt des manufactures d’armes que la Société doit encourager la plantation de cet arbre. Déjà ces établissemens en éprouvent la disette,
- (1) Voyez l’article Noyer dans le Nouveau Dictionnaire d‘Histoire naturelle, publié chez Déterville.
- (2) Ibid.
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- sans qu’aucun autre bois ait encore pu le remplacer pour la monture des fusils de guerre* D’un autre côté, la rareté et la cherté toujours croissantes du bois d’acajou donnent une valeur nouvelle à celui du noyer. ^
- Le fruit du noyer présente aussi beaucoup d’utilité : on le mange à diverses époques de sa maturité, et il fournit une huile employée à plusieurs usages. Celle qu’on retire par expression à froid remplace l’huile d’olive 5 la seconde huile, qu’on obtient par le feu, est bonne à brûler, à faire du savon ; elle entre dans la préparation de plusieurs vernis et du noir d’imprimerie ; elle est excellente pour la peinture. Enfin , les autres productions du noyer, telles que le brou, les feuilles et les racines, ont encore leur degré d’utilité, soit dans les arts , soit dans l’économie domestique, soit en médecine.
- Sous tous les rapports, il est donc important de faire des plantations de noyers, tant sur les grandes routes que sur les propriétés particulières. Les contrées où elles devraient être plus multipliées sont celles à la portée des manufactures d’armes de Maubeuge, Liège, Charleville, Versailles, Mutzig près Strasbourg, Saint-Etienne et Turin. L’emploi que ces établissemens font du bois de noyer est considérable (1), et assure aux planteurs un débit certain et avantageux.
- D’après ces considérations, la Société propose un prix de trois cents francs, qu’elle décernera, dans sa séance générale de juillet a 81 i, au cultivateui qui aura fait sur sa propriété la plus belle et la plus nombreuse plantation de noyers. Le minimum des arbres à planter à demeure est fixé à quatre cents; ils devront avoir au moins dix centimètres de circonférence*
- La préférence sera accordée à celui des concurrens qui, outre ces plantations , aura greffé avec succès un certain nombre de noyers dans un pays où cette greffe est encore inusitée.
- Les mémoires et les pièces justificatives à délivrer par les autorités locales seront adressés à la Société avant le Ier. mai 1811.
- VIII.
- Prix pour la culture d’une plante oléagineuse.
- On peut retirer d’un assez grand nombre de graines l’huile nécessaire à nos usages économiques ; mais la consommation de cette denrée est si considérable que la disette s’en fait sentir fréquemment, et que l’huile peut être comptée parmi les objets principaux qui, depuis plusieurs années, ont éprouvé un renchérissement excessif. Ce renchérissement doit être un motif pour l’agriculteur de se livrer à cette culture, qui peut là i servir de dédommagement dés pertes qu’il est dans le cas d’éprouver sur d’autres objets , et d’occuper d’ailleurs bien utilement des terrains qu’il laisse trop fréquemment en jachère.
- La Société d’Encouragement a cru devoir manifester l’importance qu’elle attache à l’extension de la culture des plantes à bulle , et appeler , par une récompense, l’attention des cultivateurs sur un objet dont le produit sera déjà pour eux un premier encouragement. En conséquence , elle propose un prix de quatre cents francs à l’agriculteur qui aura cultivé , sur la plus grande étendue de terre, une plante oléagineuse quelconque, dans un pays où cette culture n’est pas ordinairement pratiquée , cette étendue de terre ne pouvant être moindre d’un hectare (environ trois arpens de Paris). .
- Le prix sera décerné dans la séance générale de juillet 1811. Les mémoires, accompagnés de certificats des autorités locales, devront être adressés à la Société avant le ier. mai de la même année.
- (1) Il leur faut,- chaque année, au moins douze cents pieds d’arbres de 4 pieds de tour.
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- Prix pour la culture comparée des plantes oléagineuses.
- Parmi les plantes annuelles dont on extrait l’huile nécessaire à nos usages domestiques et à nos fabriques, et parmi les autres plantes économiques, plusieurs ont été présentées comme devant procurer le produit le plus considérable et le plus avantageux : telles ont été successivement la cameline, lechenevis, l’œillette, les moutardes, la navette, le colza, le chou-rave , l’arachide (vulgairement pistache de terre), etc., et récemment la julienne.
- Un très-grand nombre d’autres plantes dont les graines fourniraient aussi de l’huile, peuvent encore avoir le même avantage ; mais ce n’est que par une comparaison exacte de leur mérite sous le rapport de la qualité et de la quantité d’huile qu’elles produisent et des frais de culture qu’elles occasionnent, qu’on peut reconnaître quelle est celle de ces plantes dont la culture est réellement préférable dans un terrain et sous xxn climat donnés : c’est une question importante qui a fixé l’attention de la Société d’Encouragement. Elle a arrêté de décerner un prix de douze cents francs à l’agriculteur qui , ayant cultivé comparativement les meilleures plantes oléagineuses connues jusqu’à ce moment, aura établi le mieux, dans un mémoire et d’après des calculs économiques et des expériences exactes , quelle est celle de ces plantes qui, sous un climat et dans un terrain donnés , peut se cultiver avec le plus d’avantage.
- Chacune de ces plantes, qui aura été essayée comparativement, doit l’avoir été sur au moins dix ares de terrain (environ un tiers d’arpent de Paris), afin que son produit en huile puisse être convenablement apprécié. ‘
- Ce prix sera décerné dans la séance générale du mois de juillet 1811.
- Les mémoires et échantillons de plantes et d’huile obtenue, accompagnés des certificats des autorités locales, devront parvenir à la Société avant le Ier. mai 18x1.
- Considérations ultérieures sur ces deux articles de concours.
- La Société croit devoir ajouter quelques réflexions sur ce qu’elle peut attendre ultérieurement des efforts de ceux qui concourront pour ces deux prix.
- La Société désire, i°. que l’on soumette à l’expérience et à la comparaison plusieurs plantes oiéacées, dont M. Gaujac, qui a remporté les deux prix, ne s’est pas occupé. Presque toutes les crucifères peuvent être essayées; mais la Société indiquera , entre autres plantes:
- L’arachide (arachis hypogea), dont l’huile a paru très-bonne, mais qui ne paraît pas encore avoir été fabriquée assez en grand pour entrer dans le commerce ;
- Le cresson (lepidium sativum), qui vient vite et donne beaucoup de graines , mais dont l’huile a un goût particulier et fort, peut-être susceptible d’être corrigé ;
- Les cucurbitacées ou les citrouilles, potirons, concombres, etc., dont les graines produisent une huile très-douce ;
- La moutarde blanche {sinapis alba), connue1 dans quelques départemens sous le nom de senevé, et dont on dit que l’huile est meilleure à manger et à brûler que celle de navette ;
- Le raifort oléifère de la Chine (raphanus sinensis oleifer), qui donne beaucoup de graines très-grosses ;
- Les pépins de raisin , dont on ne fait rien dans beaucoup de vignobles, et dont on peut retirer de bonne huile ;
- Le sésame oriental (sesamum orientale), qui est cultivé depuis quelques années avec beaucoup de profit dans les provinces méridionales de la Russie ;
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- Le souchet comestible ( cjrperus esculentus ) , que l’on n’a pas encore essayé assez en grand , etc.
- Quelques-unes de ces plantes, comme l’arachide et le sésame, ne paraissent d’abord susceptibles de réussir que dans les départemens méridionaux ; mais la sollicitude de la Société embrasse toutes les parties de l’Empire. D’ailleurs on sait que la moutarde, le souchet, le raifort, etc., viennent dans les environs de Paris, en semant même ce raifort avant l’hiver.
- 2°. La Société observe, relativement aux plantes mêmes qui ont été cultivées et comparées par M. Gaujac, qu’il reste encore quelques points à examiner sur le choix à faire, soit dans leurs variétés, soit dans les modes et les époques de leur culture. Il serait bon, par exemple ,
- De comparer, sous le rapport de l’huile et de ses résidus, le chenevis que donne le chanvre gigantesque , soit du Piémont, soit de la Chine , avec celui qui est produit par le chanvre ordinaire;
- De mettre en parallèle, sous le même rapport, la graine du lin d’automne et celle du lin de printemps ;
- D’exécuter le conseil que M. Tessier a donné aux cultivateurs français de cultiver le lin exprès, dans la vue de se procurer de bonne graine de lin pour semence , et de se dispenser par là de la nécessité de la faire venir de l’étrange r (1 ) ;
- D’apprécier aussi, i°. l’espèce de lin précoce qui croît dans le département du Mont-Tonnerre , dont le fil est très-fin, et qui se sème au mois de mars ; 20. et celle du lin tardif, à longues tiges, qui se sème au mois de mai, et dont la filasse approche de celle du chanvre ;
- De savoir s’il n’y a pas d’autres choux que le colza, et d’autres raves ou navets que le raifort, dont les graines donneraient de bonne huile ;
- D’examiner s’il n’y aurait pas de l’avantage à cultiver le pavot en rayons ou en lignes régulières , au lieu de le semer à la volée;
- Enfin, d’essayer plus généralement ce qui a été tenté dans le Palatinat, où, suivant le rapport de M. Medicus , dans son Essai d’un système d’agriculture (2) , on a semé le pavot à la mi-octobre, et l’on a réussi à en faire une plante hivernale; ce qui peut être utile dans certaines circonstances, d’autant que l’huile d’œillette bien préparée a plusieurs avantages, et sur-tout la propriété de ne point se coaguler dans les plus grands froids.
- Le même M. Medicus fait, au sujet des têtes de pavot, une observation importante sur un abus introduit dans les contrées voisines du Rhin, où la culture du pavot est très-répandue. Les femmes de la campagne, pour apaiser les cris de leurs enfans pendant qu’elles sont occupées aux champs , ont la funeste habitude de leur donner du lait dans lequel elles font bouillir quelques gousses de pavot égrenées ; cette pratique produit les effets les plus désastreux. On a vu des enfans tomber dans une longue léthargie; d’autres rester imbé-cilles : cette remarque ne saurait avoir trop de publicité. En recommandant la culture du pavot, il est nécessaire d’avertir les cultivateurs du danger de l’effet narcotique de ses capsules , danger au surplus que ne partage point l’huile extraite de ses graines.
- 3°. La Société, ayant sur-tout à cœur l’extirpation des malheureuses jachères qui anéantissent tous les ans une partie majeure de notre sol cultivable, désire que.les concurrens fassent servir aussi à ce grand objet la culture des plantes oléagineuses ; elles y sont d’autant plus propres, que plusieurs de ces plantes occupent la terre pendant un court espace de
- (1) Voyez Annales de l’Agriculture française, an V , tome IV, page 201.
- {2) Bon ouvrage en allemand, publié à Landshut, en 1809 , in-12.
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- temps. La cameline n’a besoin que de quatre-vingt-dix jours pour accomplir le cours de sa végétation , et c’est une circonstance que fait valoir avec raison, en parlant de cette plante, M. Parmentier. On a éprouvé depuis long-temps en Allemagne, suivant M. BÆedicus, que le blé d’hiver réussit parfaitement dans les champs qui ont été employés avec une médiocre fumure à la production du pavot, et le pavot passe en conséquence pour être une des plantes les plus précieuses, relativement à l’alternat des cultures, dont la succession et la variété bien combinées constituent les bons assolemëns; mais sans chercher ailleurs les exemples utiles qui peuvent se trouver près de nous , la Société croit devoir rappeler aux cultivateurs la manière dont le chanvre a procuré , autour de Meaux et de Grenoble , l’abolition des jachères dans des sols, il est vrai, déjà très-fertiles, mais que la culture alternative du chanvre et du froment a rendus encore meilleurs.
- Près de Meaux, et particulièrement à Neufmoutier, Chauconin, etc. , les habitans de Vareddes viennent, tous les ans, louer, à un prix fort cher, les terres en jachère, pour y cultiver du chanvre. Ces terres ont reçu de leur fermier ou de leur propriétaire deux façons à la charrue, l’une à la Saint-Martin, l’autre au printemps. Les locataires les fument, surtout avec de la fiente de pigeon, qu’ils vont chercher au loin, et les travaillent avec un soin extrême , y récoltent du chanvre , et s’obligent de remettre les terres en bon état pour la semaille des blés. Le froment y vient très-beau et très-net; il ne saurait avoir une meilleure préparation. L’arpent de jachère, loué pour cet usage , s’afferme de 80 à 100 francs.
- Dans les environs de Grenoble , les champs sont assolés une année ou deux de suite en chanvre, que l’on fume avec des matières fécales , et en b\ë grossian, espèce de froment d’automne, qui vient superbe après le chanvre (1).
- Il serait à désirer que ces usages fussent plus répandus , ils remplissent plusieurs indications à-la-fois. En faisant connaître des pratiques si utiles, la Société voudrait contribuer à les propager} elle tiendra compte à ceux qui concourront pour la culture des plantes oléat gineusesde cette circonstance particulière; ce sera pour eux un mérite et un titre de plus quand cette culture aura rempli le double but de satisfaire, d’une part, à l’objet du programme , et en outre de servir d’exemple à la culture alternative dans un pays où les jachères ne seraient pas encore proscrites.
- 4°. Enfin, la culture des plantes oléagineuses a pour but d’obtenir de l’huile, dont l’extraction et les préparations sont susceptibles de beaucoup de perfectionnemens, soit qu’on se serve pour cet effet des moulins déjà connus, soit qu’on imite ceux des Hollandais, soit qu’on introduise l’usage de la presse à huile des Chinois, soit qu’on imagine quelque mécanique aussi simple. Sur tous ces détails, que la Société désire de voir traités avec soin par les concurrens, on ne peut que les engager à consulter les articles sur Vhuile, sur les diverses plantes oléacées, sur les moulins à huile , les pressoirs et les presses, dans le Nouveau Dictionnaire (P agriculture, qui se trouve chez Déterville. articles instructifs , précis et dégagés de charlatanisme. Il est à désirer que tous les concurrens méditent ces articles avant-de commencer leurs expériences et d’en rédiger les résultats.
- (i) On trouve dans VAnnuaire du département de l’Isère trois mémoires de M. Berriat-Saint-Prix , très-bien faits : le premier sur la culture du chanvre, an X 5 le second sur sa préparation et son commerce , an XI5 le troisième, composé sur la demande de M. le sénateur comte François de Neuf château, a pour objet les engrais tirés des immondices et des latrines de Grenoble, 1808.
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- PRIX REMIS AU CONCOURS POUR L’ANNÉE 1811.
- ? ARTS MÉCANIQUES. "
- ; ; v x. ,v]-
- Prix pour le cordage et la filature par mécanique des déchets de soie provenant des cocons de graine, des cocons de bassine, des costes, des frisons et des bourres, pour la fabrication de la soie dite galette de Suisse.
- Ces déchets devront être filés selon les grosseurs de fil en usage dans les fabriques de broderie et de passementerie. Les prix des différentes qualités de galette qui en proviendront devront être de 25 pour 1 oo au-dessous de ceux de la filature à la main.
- L’objet de ce prix, qui est comme tous ceux dans lesquels nos manufactures n’ont pas encore atteint le dernier degré de perfection et d’économie , a fixé l’attention de la Société.
- Le prix, qui est de quinze cents francs, sera décerné dans la séance générale du mois de juillet i8i i.
- Les échantillons devront être envoyés avant le i«r^ mai de la même année. Si aucun des concurrens n’avait, au jugement de la Société, rempli à cette époque les conditious du programme , le prix sera retiré du concours.
- Afin d’offrir aux concurrens des moyens de succès plus faciles , on a cru devoir joindre au programme les différensprocédés qu’on emploie pour la fabrication de la soie dite galette de Suisse. On y fait connaître les détails de la main-d’œuvre et des préparations qu’exigent les déchets de soie pour être cardés et filés à la main, connaissance essentielle et nécessaire pour parvenir à l’emploi de ces mêmes déchets par mécanique.
- Cette description, adressée en 1786 à feu J^andermonde par Paulet, auteur de VArt du fabricant d’étoffes de soie , s’est trouvée dans les archives du Conservatoire des Arts et Métiers , et a été communiquée à la Société par M. NLolard.
- Sur la fabrication de la Soie, dite galette de Suisse.
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- La véritable galette de Suisse est une soie filée, qu’on obtient des cocons de graine, des cocons de bassine, des costes et des frisons.
- On nomme cocons de graine ceux dont les vers à soie sont sortis en papillons , pour fournir la graine ou les œufs qui servent à en propager l’espèce.
- Ces cocons se trouvent percés à l’endroit par lequel le vers est sorti, ce qui les rend incapables d’être employés à faire de la soie de première qualité ; mais on a trouvé le moyen d’en tirer un filage très-avantageux.
- Les cocons de bassine sont ceux dont le brin qui les compose ne peut se développer dans la bassine lorsque la tireuse {ait sa battue. On les met à part , souvent même on les laisse tenir aux frisons. ' ;
- On appelle frisons les brins de soie que la fileuse prend dans sa main lorsqu’avec un petit balai elle a formé sa battue et qu’elle cherche à purger les cocons , afin qu’il n’entre
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- dans la soie aucun de leurs brins qui ne soit dépouillé de tout te qui pourrait lui donner quelque défectuosité. -,
- Les costes ne sont autre chose que ces mêmes frisons, excepté qu’au lieu d’être pris et enveloppés par la main de la tireuse et repliés sans ordre , elle tire tous les brins de la battue , en les réunissant et en formant une ou plusieurs longueurs; de sorte qu’il y a des costes de 4 à 5 pieds de long , de la grosseur d’une forte ficelle : ce sont ces mêmes costes qu’on appelle capiton , et dont on se sert ordinairement pour faire la broderie de point.
- Quand on veut disposer les cocons, soit ceux de graine, soit ceux de bassine, pour en obtenir la soie dite galette de Suisse, on commence par les faire bouillir à grande eau dans un chaudron pendant quatre heures consécutives. On les remue presque sans cesse avec un bâton fourchu, afin qu’ils ne brûlent point, et que la gomme dont iis sont enduits s’étende plus facilement; en les remuant, on a soin de lesretourne>r souvent : cette opération tend à les amollir, à détacher les brins qui les forment et à les disposer,à être cardés avec plus de facilité.
- On retire les cocons après avoir laissé, refroidir l’eau dans laquelle ils ont bouilli, et on les jette ensuite dans de l’eau froide ; on les lave à plusieurs reprises jusqu’à ce que l’eau reste claire.
- Lorsqu’on se trouve à portée d’une rivière ou d’une fontaine, on met les cocons dans un panier à anses, d’une grandeur convenable ; l’eau courante les rend infiniment plus propres que le lavage dans quelque vaisseau que ce soit.
- Après que les cocons sont bien lavés , on les fait égoutter; on les presse avec les mains, afin d’en extraire toute l’eau qu’ils contiennent y et on les étend sur des cordes ou sur de grandes claies pour les faire sécher sans les exposer cependant à l’action du soleil. Cette opération se pratique ordinairement dans des greniers ; on laisse un espace suffisant entre les cocons, afin qu’ils sèchent plus promptement. .
- Si on ne les carde pas à mesure qu’ils sont secs , on les met dans des sacs ou dans des paniers bien couverts , pour les garantir de la poussière.
- Lorsqu’il s’agit de carder les cocons , on en prend environ deux ou trois livres à-la-fois, on les place sur un bloc des piedsde diamètre; on les y bafravec de gros billots jusqii?à ce qu’on les ait rendus douce, au point de pouvoir facilement ies éebarpir avec les doigts, pour ensuite les porter sur les cardes.
- Les billots avec lesquels on bat les cocons sont de gros et forts bâtons d’environ 2 pieds de long et d’un pouce et demi de diamètre par le bout qu’on tient dans la main, et de plus de 2 pouces par l’autre bout.
- On les bat aussi avec de grosses verges.
- On les carde jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que la barbe qui est produite par le cardage est dépouillée de tous les bouchons ou petites costes qui ont pu se former par la réunion trop intime des brins que la carde n’a pu séparer.
- Dans cet état, le cardeur tire la première barbe et en fait un trachel, qui la dispose à être filée. (O11 nomme trachel, dans cette filature , ce qu’on désigne par loquette dans celle du coton, excepté que le traehel se plie en long et en rond de 8 à 10 pouces, en forme de saucisson, sans être serré.) Cette première barbe produit la première qualité de la galette.
- Le cardeur, continuant de cardfer ce qui lui reste, tire une seconde barbe, qui devient sensiblement inférieure à la première, et de laquelle il résulte une galette de seconde qualité; enfin il passe à une troisième, qui est encore bien inférieure à la seconde , et de là à une
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- quatrième , qu’on appelle rouleau. Ces deux dernières produisent une soie à laquelle 00 donne le nom de grosse Gênes , et à la dernière celui de Païenne. Souvent on file celle-ci d’une telle grosseur, qu’en la réunissant à deux bouts montés ensemble, on en fait l’âme des cordons de fenêtres.
- Quant aux costeset aux frisons, on suit la même méthode, sur-tout lorsqu’on les destine à la fabrication de la galette, car autrement on ne peut en faire que la belle filoselle , pareille à celle fabriquée eh Languedoc , en Yivarais , en Provènce , etc., et connue sous le nom de fleuret.
- On file généralement la galette au rouet. La beauté de son brin dépend du soin de la fileuse 5 mais il faut qu’elle mouille la matière en filant, c’est-à-dire qu’elle ait l’attention de mouiller ses doigts en tirant les brins de la quenouille sur laquelle qlle a placé son tra-chel, et de manière que le fil qu’elle en forme soit enduit sur toute sa longueur de l’eau qu’elle destine à cet objet. Cette eau doit être un peu mucilagineuse 5 on se sert communément d’une eau de riz affaiblie ou d’une eau de graine de lin : la première est préférable. Il faut que la fileuse mouille légèrement et de manière que toute la longueur du fil puisse s’imprégner de cette eau.
- Les autres espèces de soie tirées des matières ci-dessus indiquées doivent toujours être filées à sec.
- On a prétendu qu’en faisant tremper les cocons dans l’eau , ainsi que les frisons, jusqu’à ce que cette eau soit entièrement corrompue, on obtiendrait une galette supérieure à celle fabriquée par le moyen indiqué ci-dessus j on a vu des preuves du contraire , sans compter les inconvéniens qui résultent d’être sans cesse exposé à respirer un air vicié.
- XI.
- Prix pour la construction des machines propres à peigner la laine.
- XII.
- Prix pour la filature par mécanique, à toute grosseur de fil, de la laine peignée pour chaînent pour trame. \
- Les soins que la Société d’Encouragement a pris pour le développement de l’industrie nécessaire à la fabrication des draperies et autres étoffes de laine ont déjà produit d’importans résultats.
- L’emploi des machines à filer la laine cardée, à lainer et à tondre les draps, qu’elle a provoqué avec tant de zèle, donne de si grands avantages aux manufactures de Louviers , Elbeuf, Sedan , Verviers , Néau, Aix-la-Chapelle, Amiens et Carcassonne, que l’on peut être assuré que bientôt elles ne redouteront pas plus de rivales pour le bas prix auquel elles établiront leurs marchandises, qu’elles n’en connaissent pour la perfection qu’elles donnent à leurs qualités.
- Cependant deux moyens mécaniques utiles à leur prospérité sont négligés, et leur importance doit exciter la sollicitude de la Société , ce sont les machines à peigner la laine et celles à filer la laine peignée. .
- Leur emploi serait du plus grand intérêt pour nos manufactures en général , et particulièrement pour celles des départemens de la Marne, de l’Oise, du Pas-de-Calais, de la Somme , du Nord et de la Lozère , sur-tout depuis que le goût des femmes se porte sur
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- les schalls de Cachemire, ces beaux tissus de l’Orient, dont l’imitation est si recherchée, que désormais ils paraissent devoir faire une partie essentielle de leur vêtement.
- C’est d’après ces considérations que la Société propose deux prix, l’un de trois mille francs pour les meilleures machines à peigner la laine, l’autre de deux mille francs pour celles propres à filer la laine peignée.
- On a cru devoir établir deux prix séparés pour ces deux objets, qui dépendent cependant l’un de l’autre, attendu que tel artiste qui croira pouvoir s’occuper d’une bonne machine à peigner pourrait n’avoir aucune idée sur la confection d’une machine à filer , et réciproquement : il est démontré d’ailleurs que l’une peut être utile en attendant l’autre.
- Ces deux prix seront décernés dans la séance générale du mois de juillet 1811. Les mémoires , dessins ou modèles , devront être envoyés avant le ier. mai de la même année.
- Les conditions pour l’obtention de ces prix sont que les machines offriront un avantage, soit par la perfection des produits, soit en économie , de 20 à 3o pour 100 au moins sur le même travail fait à la main.
- La Société croit devoir ajouter à ce programme quelques détails sur le peignage de la laine, tel qu’il est pratiqué maintenant dans nos fabriques , afin que ceux qui voudront concourir ne confondent pas cette main-d’œuvre avec celle de la laine cardée , et que leur attention soit portée plus positivement vers le but que la Société veut atteindre.
- Sur le peignage de la laine.
- Cette opération diffère du cardage par machines et de celui qui se fait à l’aide des cardes à main, en ce que l’on se sert de deux peignes armés de deux ou trois rangs de broches d’acier déliées ; on les fait chauffer à un feu doux dansjun fourneau d’une construction particulière et propre à cet objet. L’ouvrier garnit l’un de ces peignes de laine , et emploie l’autre à la retirer de dessus le premier : c’est ainsi qu’on fait passer la laine alternativement d’un peigne sur l’autre, jusqu’à ce qu’elle soit parfaitement démêlée ; dans cet état , on la réunit toute sur le même peigne, que l’on fixe par son manche , de manière que les broches se trouvent dans une position horizontale en face de l’ouvrier, qui arrache alors avec ses deux mains la laine enlacée dans les broches. Il résulte de cette opération , qui se fait à la main, et à laquelle on applique la chaleur et des matières grasses, que les fila-mens de laine sont parallèles entre eux , ou mieux disposés à être filés en fin. La Société demande une machine qui exécute avec économie le même travail.
- ARTS CHIMIQUES.
- XIII.
- Prix pour la détermination des produits sur la distillation des bois.
- ~ Déterminer, par des expériences faites en grand , quels sont les divers produits de la distillation du bois et les avantages qu’on peut en retirer, soit dans les procédés de quelques arts, soit dans l’économie domestique.
- Le prix, qui est de la valeur de mille francs, sera décerné dans la seance generale du mois de juillet 1.811. Les mémoires devront être envoyés avant le Ier. mai de la même année. •
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- XIV.
- Prix pour la découverte dun moyen d'imprimer sur étoffe, dunefaçon solidey toute espèce de gravure en taille-douce.
- Dans la fabrication des toiles peintes, on emploie souvent des planches de cuivre gravées en taille-douce. Le mordant appliqué dans cette circonstance est le même que celui dont on se sert avec les planches en relief. Il est épaissi par un mucilage qui le rend susceptible d’une certaine adhérence ; mais au lieu d’employer, pour nettoyer la surface de la planche de cuivre, les moyens des imprimeurs en taille-douce} on ne peut faire usage que d’un ra-cloir d’acier, d’où résulte l’impossibité d’obtenir des impressions âussi délicates que celles de nos belles estampes.
- On a essayé depuis long-temps et avec succès d’imprimer sur étoffe des estampes en taille-douce , à la manière ordinaire 5 depuis quelques années , on en a fait l’application à des objets d’ameublement, et l’on a vu en ce genre des choses très-agréables ; mais malheureusement les meilleurs vernis, comme les huiles les mieux préparées ) ne fixent pas assez la couleur pour qu’elle puisse résister à l’action répétée des blanchissagës ordinaires.
- Peut-être n’est-il pas impossible d’obtenir par ce moyen une impression solide ; mais ce qui. est plus certain , c’est que les mordans de la teinture peuvent être chimiquement combinés avec les huiles , et que dans cet état ils sont susceptibles de se charger de la matière colorante. On peut donc espérer que l’on réussira à imprimer un mordant huileux avec la planche la plus délicatement gravée en taille-douce.
- Dans cet espoir, la Société d’Encouragement propose un prix de douze cents francs à celui qui indiquera un procédé à l’aide duquel on puisse imprimer sur étoffe , d’une façon solide , toute espèce de planche gravée en taille-douce.
- Ce prix sera adjugé dans la séance générale du mois de juillet 1811. Les mémoires relatifs à ce procédé doivent être envoyés avant le ier. mai de la même année.
- Nota. Les fonds de ce prix seront faits par M. de Paroy f membre de la Société.
- XV.
- Prix pour la fabrication du cinabre.
- Le cinabre est une des plus brillantes couleurs employées dans la peinture, et dont il se fait une grande consommation. Depuis très-long-temps, la chimie a découvert que le mercure et le soufre , mis par la nature ou par l’art dans un certain état de combinaison, produisaient cette couleur : on a aussi quelques idées générales sur les procédés de la fabrication 5 cependant personne en France n’est encore parvenu à fabriquer en grand du cinabre aussi beau que celui de l’étranger.
- D’après ces considérations, la Société d’Encouragement propose un prix de douze cents francs à celui qui fabriquera en grand du cinabre égal en beauté à celui connu dans le commerce sous le nom de vermillon de la Chine , ou qui donnera un procédé économique susceptible d’être appliqué en grand à la préparation de cette couleur.
- Le procédé devra être répété en présence des commissaires nommés par la Société, et assez en grand pour qu’on puisse, par l’estimation des frais de fabrication , juger si l’on peut soutenir la concurrence avec les manufactures étrangères.
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- Le prix sera decerne dans laseance générale du mois de juillet 181 î.Les mémoires, ainsi que les échantillons, devront être envoyés avant le ier. mai de la même année. Ils ne seront admis au concours qu’autant que des certificats authentiques attesteront qu’ils sont un produit ordinaire de la manufacture qui les envoie.
- Ce prix sera retiré à l’époque fixée pour sa distribution , si aucun des concurrens n’a rempli , au jugement de la Société , les conditions du programme.
- XVI.
- Prix pour la purification du Jer cassant à chaud.
- Il existe en France beaucoup de mines qui ne donnent que du fer cassant à chaud 5 la nature de ce métal étant homogène , il faut chercher la cause de ce défaut dans l’union qu’il contracte ^.vec diverses substances qui lui enlèvent la ductilité constante qui le caractérise dans son état de pureté.
- Les mines d’alluvion contiennent souvent du phosphate de fer 5 d’autres mines, celles en roche sur-tout sont souvent unies à des pyrites martiales. Pendant la fusion à travers des charbons, le phosphate de fer se convertit en phosphure ; mais l’affinité du fer pour le phosphore et pour le soufre est telle, qu’il reste uni à une portion de ces subtances, même après la conversion/de la mine en fonte , de la fonte en fer. Cette combinaison paraît être la cause la plus générale de la mauvaise qualité du fer , quoiqu’elle ne soit pas probablement la seule (1) : le soufre le rend cassant à chaud.
- D’après cet exposé, on sent combien il serait intéressant de purifier le fer pendant les diverses opérations qu’on lui fait subir pour lui rendre toutes les qualités qui lui sont propres. La chose n’est pas impossible, puisque plusieurs substances ont plus d’affinité pour le soufre que le fer lui-même , et pourraient le lui enlever si l’on opérait le contact pendant la double fusion que le fer subit dans son traitement.
- Il paraît que ce procédé a été trouvé dans plusieurs forges d’Allemagne et de France, où l’on obtient aujourd’hui de très-bons fers avec les mêmes mines qui n’en donnaient autrefois que de très-défectueux.
- On présume que ce procédé consiste à ajouter de la pierre calcaire à la mine que l’on veut purifier pendant sa fusion, soit que la pierre calcaire serve déjà de fondant sous le nom de castine, ou que l’on emploie l’argile désignée par le nom d'harbue.
- On dit même que , dans certaines usines où la fonte n’a pas encore été suffisamment purifiée, on y ajoute, lorsqu’elle est en bain dans le creuset de forge, un mélange de chaux vive , de cendres et de poussière de charbon de bois , qui achève d’enlever le soufre qu’elle retenait encore.
- On se sert dans les forges de Marche , près Namur, d’un procédé analogue : il consiste à jeter une demi-pelletée de castine en poudre fine sur la loupe , au moment où elle est formée , et à la tenir exposée au vent des soufflets pendant quelques instans avant de la.porter sous le marteau. Cette castine produit un prompt effet sur la loupe ; elle la débarrasse, à ce qu’il paraît, de la sidérité ou phosphure de fer, puisque la qualité de ce métal en est singulièrement améliorée.
- Enfin, on sait que Rinmann obtenait d’excellent fer en traitant la fonte qui donnait du fer cassant à froid, avec des scories qui avaient été fondues d’avance avec parties égales de chaux.
- (1) On peut consulter le Mémoire de M. Vauquelin sur Y Analyse de quelques produits deforges, imprimé dans les Mémoires de VInstitut, et par extrait dans le Journal des Mines, N°. 119, page 381.
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- Quoi qu’il en soit de l’exactitude de toutes ces données, il serait d’un grand intérêt pour les arts de trouver le procédé dont il s’agit, ou de le faire connaître dans tous ses détails, pour en établir la pratique dans celles de nos forges dont il pourrait perfectionner les produits.
- La Société d’Encouragement croit donc utile de proposer un prix de quatre mille francs pour celui qui fera connaître un procédé avantageux pour épurer en grand le fer cassant à chaud.
- Les mémoires et échantillons devront être envoyés avant le Ier. mai 1811. Le prix sera décerné dans la séance générale du mois de juillet suivant.
- XVII.
- Prix pour la découverte d'un procédé pour donner à la laine, avec la garance, la belle couleur rouge du coton d’Andrinople.
- L’écarlate est une des couleurs les plus brillantes de la teinture; mais , sous quelques rapports, elle est en même temps une des moins solides.
- Le rouge que la garance donne au coton est presque aussi éclatant, et cette couleur l’emporte de beaucoup sur la première sous le rapport de la solidité.
- La laine, et sur-tout le coton , ne prennent, dans le bain de garance, qu’un rouge brun plus ou moins terne ; mais une opération ultérieure débarrasse le coton de la matière fauve qui masque la couleur pourpre, et il sort de cet avivage teint en rouge très-brillant. Malheureusement la laine ne peut pas être traitée de la même manière ; elle serait décomposée par l’action de l’alcali et par une longue ébullition à une température très-élevée.
- Mais si l’avivage est une condition essentielle pour obtenir le rouge pur de la garance, l’emploi de l’alcali n’est pas indispensable dans cette opération, puisqu’on ne s’en sert pas dans la préparation des toiles peintes.
- Il est donc permis de croire qu’il y a des moyens d’avivage convenables à la laine.
- De quelque manière qu’on s’y prenne , soit qu’on avive la laine après la teinture , soit qu’on sépare auparavant la partie extractive fauve qui , dans la garance, est mêlée avec la fécule pourpre, il est certain qu’on peut teindre la laine avec la garance en une couleur beaucoup plus éclatante qu’on ne l’a fait jusqu’à présent. On en a la preuve dans les expériences en petit, faites par Dambourney et plusieurs autres , et il est probable que ce qui s’est opposé au perfectionnement de cette teinture est l’introduction de la cochenille en Europe.
- La rareté accidentelle de cette substance n’est pas la seule cause qui a déterminé la Société d’Encouragement à désirer qu’on puisse retirer d’une substance indigène aussi abondamment répandue, tout le parti qu’on est en droit d’espérer; son objet est plus étendu, plus indépendant de circonstances momentanées. Elle espère contribuer aux progrès de l’art de la teinture en faisant ajouter à l’une des couleurs les plus brillantes l’avantage d’être la plus solide.
- C’est dans cette vue que la Société propose un prix de six mille francs pour celui qui trouvera un procédé pour teindre , avec la garance, la laine en un rouge aussi éclatant que celui des plus beaux cotons des fabriques de France.
- Les concurrens devront joindre au mémoire contenant la description de leurs procédés des échantillons de laine filée et de drap.
- Si les échantillons annoncent que le but de la Société est atteint, des commissaires choisis répéteront les expériences détaillées dans les mémoires en présence de leurs auteurs ou des personnes désignées par eux.
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- " Quoique la Société ait circonscrit à l’emploi dé la garance sur laine le prix qu’elle propose pour les progrès de la teinture, elle accueillera néanmoins avec intérêt et récompensera toute découverte importante tendant à utiliser-les matières indigènes.
- ~ Les mémoires devront être envoyés avant le i*r. mai 1811 , et le prix, s’il y a lieu, sera décerné dans la séance générale du mois de juillet suivant.
- . . ARTS ÉCONOMIQUES. .!f„
- r-:' XVIII. : - ' ;; ‘
- i Prix pour la fabrication du sirop et du sucre concret de raisin.
- La fabrication du sirop et du sucre de raisin, provoquée , il y a quelques années, par S. Ex. le Ministre de l’intérieur, et spécialement encouragée par S. M. I’Empereur , a déjà donné des résultats très-satisfaisanS ; beaucoup dé personnes s’en sont occupées en mettant à profit les mémoires et instructions publiés par MM. Proust, Parmentier, Fouques et autres. Les unes ont fait du sirop dé raisin pour leur usage particulier ; d’autres par objet de spéculation: toutes y ont mis infiniment dé zèle, mais n’ont pas eu un égal succès. Un défaut dans la cuite ou toute autre partie de la préparation a donné à certains sirops une saveur désagréable absolument étrangère au sirop bien confectionné. Cet inconvénient peut faire naître une prévention défavorable contre*ce principe sucré à ceux qui n’ont pas été dans le cas de goûter le sirop préparé par M. Laroche, de Bergerac, et quelques autres fabricans : aussi voit-on encore des détracteurs du sirop de raisin.
- La Société d’Encouragement, voulant appeler l’attention'des fabricans sur cet objet important et seconder les vues bienfaisantes du Gouvernement, propose un prix dedeux mille quatre cents francs pour celui qui aura fabriqué, cette .année, en plus grande quantité et avec le plus d’économie, le sirop ou sucre de raisin le plus parfait.
- Les concurrens enverront un mémoire détaillé des procédés et de l’espèce de raisins employés ; ils auront soin de noter avec exactitude la quantité fabriquée, et le prix auquel leur revient le kilogramme. v '"<• • ' w : i ' ' •'
- La Société offre pareillement un prix de six cents francs à celui qui, n’ayant pu se livrer à une grande fabrication, aurait trouvé des procédés faciles et peu dispendieux pour obtenir le sirop ou sucre de raisin le plus analogue à celui qu’on retire de Varundo saccharifera ou canne à sucre.
- Il devra prouver en avoir préparé au moins 3o kilogrammes.
- Tous les faits énoncés dans les mémoires des concurrens seront attestés par les autorités locales, et les échantillons qui doivent être envoyés à la Société seront pris par ces mêmes autorités dans la masse générale du sirop ou sucre fabriqué, et revêtus de leur sceau.
- Les échantillons à envoyer ne pourront être moindres que du poids de 2 kilogrammes.
- Le tout sera adressé, franc de port, au secrétariat de la Société avant le iet. mai 1811 , et le prix sera adjugé dans la séance générale du mois de juillet suivant.
- : ''; - XIX. '
- Prix pour la fabrication des vases de métal revêtus d’un émail
- ^ j -v nà a., .V:^ : ? economique* , ,
- Les accidens occasionnés par l’usage des vases de cuivre ont donné lieu à des recherches et à des tentatives qui avaient pour but de substituer à ce métal un autre métal, ou une
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- substance qui présentât les avantages du cuivre sans en avoir les inconvéniens. Les diffé-rens essais qui ont été faits à ce sujet n’ont pas produit, il est vrai, des résultats très-sa-tisfaisans, soit qu’on n’y eût pas apporté l’intelligence et les soins nécessaires , soit que la science ne fût pas alors aussi avancée qu’elle l’est aujourd’hui. Les Anglais viennent cependant d’exécuter, à l’exemple des Allemands, des casseroles en fer fondu, revêtues intérieurement d’un émail inattaquable par les acides $ cet émail adhère fortement aux parois intérieures , et il paraît supporter l’action du feu sans se fendre ni s’écailler.
- En considérant d’ailleurs les progrès de la chimie dans ces derniers temps, on a lieu d’espérer que de nouvelles tentatives ne seront pas sans fruit, et qu’elles nous procureront une batterie de cuisiné'exèmpte de tout danger , et à la portée des différentes classes de la société. .
- C’est dans ces vues que la Société d’Encouragement propose un prix de mille francs pour celui qui trouvera le moyen de fabriquer des vases de métal revêtus intérieurement d’un vernis ou émail fortement adhérent, non susceptible de se fendre , de s’écailler et d’entrer en fusion étant exposé à un feu ordinaire, inattaquable par les acides et par les substances, grasses, et d’un prix qui ne soit pas supérieur à celui des vases de cuivre dont on se sert dans nos cuisines.
- Les concurrens sont tenus d’adresser à la Société quatre vases fabriqués d’après les procédés qu’ils auront indiqués. Ces vases devront être de différentes capacités $ savoir, depuis le diamètre d’un décimètre (3 à 4 pouces) jusqu’à celui de 4 décimètres (environ un pied). .: ' . ». ,.-r. , ,
- Le prix sera décerné dans ,la.séance générale du mois de juillet 1811. Les mémoires et échantillons devront être envoyés avant le ier. mai de la même année.
- : AGRICULTURE.
- XX.
- Prix pour un meuble dans lequel on naura employé que du bois d’arbres indigènes ou acclimatés en France.
- Quand le Gouvernement invite les Français à exploitèr de préférence les produits du sol de l’Empire et à faire valoir les ressources nationales , c’est dans cette Société que sa voix doit être entendue.
- Il s’agit d’exciter l’émulation de nos artistes pour la fabrication des meubles en menuiserie d’assemblage et de placage, genre d’industrie dans lequel le goût français a produit de si belles choses sous la main dés Boulle et d’autres artistes qui Ont illustré notre ébé-nisterie, mais qui rendaient pourtant la Franèe' tributaire de l’étranger, puisqu’ils n’ont guère employé jusqu’à présent que du bois de rose, de palixandré , d’acajou et d’autres bois des Indes. • >.
- Cependant le bois de ces arbres éxotiques, 'fournis par le commerce à l’ébénisterie, pourraient être remplacés par des bois d’arbnesr indigènes ou acclimatés en France : nous avons déjà eu sur cet objet beaucoup de données. Les principales ont été recueillies dans un mémoire couronné en 1783 par l’Académie Impériale'et royale de Bruxelles, sur cette question si patriotique et si intéressante r Quels sont les végétaux indigènes que Von pourrait substituer aux végétaux exotiques 9 relativement aux différens usages fie 2a vie% M. Xavier Burtih, auteur de cet ouvrage estimable , a traité^yec soj^i la,partie,des b,oi§.dq
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- placage. Suivant lui, l’érable plane > différent de tous les bois connus pâr le bel arrangement de ses fibres ligneuses, remplace le cèdre blanc et tous les autres bois blancs veinés; le buis peut etre substitué au santal et à tout autre bois jaune; le noyer remplace le cèdre et les autres bois blancs; le mûrier imite l’olivier, et remplace tout autre bois jaunâtre nuancé; le prunier remplace l’acajou et les autres bois rougeâtres nuancés ; le prunelier sauvage remplace le cyprès; le poirier remplace le bois d’ébène noir; les pommier, poirier et cormier sans veines, trempés dans de la limaille de fer rouillé , imitent le bois d’ébène noir ; le houx est celui qui contrefait le mieux l’ébène noir, quand il a trempé un temps suffisant dans une cuve de chapelier; le saule remplace le bois de cannelle et tout autre bois blanc exotique ; le sureau remplace le santal.; enfin, le cytise remplace l’ébène vert. -- i • • - /• .
- Cette énumération ne pouvait être complète} l’auteur écrivait à Bruxelles , et la France possède beaucoup d’arbres qui ne se trouvent pas dans les Pays-Bas. M. Burtin a oublié plusieurs arbres qui peuvent également fournir à la fente, à l’ébénisterie et au placage, comme le cornouiller, les gros troncs de sureau, l’acacia-robinier , le merisier , le ma-haleb, l’aune, qui imite l’ébène, et sur-tout l’if, que le célèbre Gouen, professeur à Montpellier, mettait au-dessus de tous les bois étrangers, acajou et autres , par la belle couleur pourpre que ses tablettes prennent lorsqu’elles ont été mouillées dq la pluie, ou qu’elles ont été immergées pendant quelque temps dans l’eau d’un bassin.
- Rempli de ces idées et animé d’un bon esprit , l’infortuné Varennes dè Feuille présenta, en 1790, à la Société royale d’Agriculture de Paris un morceau d’ébénisterie destiné à prouver que, sans avoir recours aux deux Indes, on peut construire en France un meuble qui ait quelque élégance* Tous les bois qu’il avait fait employer avaient crû dans la ci-devant Bresse (département de l’Ain) ; le bâtis de l’ouvrage était entièrement de peuplier d’Italie ; l’if, le cormier, l’acacia-robinier, le mûrier blanc , l’épine-vinette , le prunier , le pêcher , le houx, le frêne , le noyerr lé chêne noirci dans l’eau et le cerisier, avaient servi au placage.
- Le même Varennes de Feuille avait prédit, dans ses Mémoires sut les qualités comparées des bois , que le platane ferait de belle menuiserie : en effet, il existe , chez M. le préfet du département de la Seine, une bibliothèque en bois de platane, construite récemment, et qui a un çoup-d’ceil fort agréable. ; _ ‘ * v! -
- On a vu , à la dernière exposition des produits de l’industrie française, quelques meubles fort beaux en orme noueux. , ' *
- M. Rast de Maupas a adressé à la Société d’Agriculture du département de la Seine de belles planches d’un vernis du Japon {œlantiusglandulosa) , qui était parvenu promptement chez lui, près de Lyon , à une hauteur et une grosseur remarquables.
- Enfin , M. Poifèré de Cère a envoyé dù département des Landes, en i8o5, un très-joli meuble de bois de platane, que l’on voit dans le local de la Société , et sur lequel on lit avec étonnement la date de la plantation de l’arbre en 1791 , et celle de la confection, du meuble en i8o3.
- La Société d’Encouragement désire que ces indications et ces premiers essais deviennent un objet d’émulation pour les ébénistes et pour les propriétaires de bois propres à etre ainsi travaillés. Il peut en résulter de l’économie dans la menuiserie d’assemblage, l’ébénisterie et la marqueterie. Cet objet intéresse aussi ceux qui possèdent des forêts dans lesquelles les arbres dont le bois est propre à ce genre d’ouvrages croissent naturellement. Il pourrait
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- même arriver que tel de ces arbres, aujourd’hui mal apprécié et peu connu, acquerrait assez de faveur pour devenir l’objet d’une culture soignée ou d’une préparation spéciale. Ce mot de préparation ne doit pas étonner ; car les bois des Indes eux mêmes ne sont guère employés qu’après avoir subi des procédés particuliers pour leur teinture ou leur durée.
- En conséquence, la Société propose un prix de douze cents francs , qu’elle décernera dans sa séance de juillet 1811 à celui qui aura présenté un bureau ou tout autre meuble , pour lequel on n’aura employé que des bois d’arbres indigènes ou acclimatés en France, dans lequel ces bois auront été assortis avec le plus dégoût, et qui soutiendra le mieux la comparaison avec les meubles de ce genre , construits en acajou et autres bois exotiques.
- Les concurrens joindront à leur meuble une note qui détaillera le nombre , la qualité et les préparations des divers bois dont ce meuble sera composé, avec un parallèle raisonné de l’emploi de ces bois et de celui des bois des Indes , considérés sous les rapports de leur consistanee , de leur élasticité, de l’état de leurs fibres, de la facilité de leur coupe et de leur travail, de la variété de leurs accidens et de leurs marbrures, de la propriété de résister plus ou moins aux attaques du ver, et de la solidité de leurs couleurs respectives.,
- Les meubles et notes explicatives devront être déposés , aux frais des concurrens, au secrétariat de la Société avant le ier. mai 1811.
- Il sera nécessaire que chaque concurrent spécifie dans sa note le prix auquel le meuble qu’il envoie pourra être livré dans le commerce, comparativement à un meuble dé bois exotique de même dimension , d’un travail et d’un fini semblables ; il donnera à ce sujet le détail de la valeur intrinsèque du bois indigène employé et du prix de la main-d’œuvre. ‘
- Il ne sera pas de rigueur que les meubles ou bureaux envoyés au concours soient de plusieurs bois assortis ; on doit laisser à cet égard toute latitude au choix et au goût de l’ouvrier : il suffira que l’on n’ait employé que des bois crus sur lé sol français.
- L’emploi de tout bois étranger demeure interdit, à moins qu’il ne soit nécessaire pour * établir quelque point de comparaison.
- Après le jugement, les concurrens feront retirer leurs meubles ; mais leurs mémoires ou notes resteront dans les archives de la Société.
- PRIX PROPOSÉS POUR L’ANNÉE 1812.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- XXI.
- Prix pour la purification du miel.
- Le miel qui, avant l’introduction du sucre de canne en Europe, était la seule substance sucrée dont on se servit pour condiment, pourrait aussi contribuer pour beaucoup à remplacer en ce moment le sucre d’Amérique : pour cet effet, il serait à désirer qu’il fut assez abondant et que ses qualités fussent toujours semblables ; mais le travail relatif aux abeilles a beaucoup diminué, et la saveur du sucre de canne, à laquelle on s’est habitué, a trop généralement fait rejeter l’emploi du miel et dépriser sa saveur. Cette saveur est en effet moins agréable que celle du sucre, et d’ailleurs elle varie beaucoup suivant les pays dont le miel est originaire , et suivant les momens de sa récolte. Dans les contrées marécageuses
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- récageuses et humides , les miels sont bruns et ont un goût de manne et nauséabonde ; aux époques où les abeilles recueillent les fleurs du tilleul , du sarrasin et de plusieurs autres plantes estivales , le miel prend une couleur brune et une saveur peu agréable ; enfin, on compte facilement les cantons qui fournissent de très-bons miels, soit par leur exposition naturelle, soit par les soins bien entendus des propriétaires d’abeilles , et malheureusement il paraît que ce sont les pays dans lesquels on entretient le plus de ruches qui fournissent les miels les moins bons. Il serait donc d’un très-grand intérêt de pouvoir trouver un procédé économique pour purifier les miels et pour les ramener tous au même état, soit sous forme concrète, soit sous celle de sirop. Déjà des tentatives ont été faites dans cette vue, mais on n’a pas encore obtenu de résultats assez satisfaisons. La Société croit devoir appeler sur cet objet l’attention des hommes instruits, et elle se propose de décerner, dans sa séance générale du mois de juillet 1812, un prix de mille francs à celui qui aura indiqué un procédé bon et économique pour purifier toute espèce de miel, soit en le réduisant à l’état concret ou à celui de sirop. Les concurrens devront détailler dans un mémoire les moyens qu’ils ont suivis, afin que leurs procédés puissent être répétés par les commissaires de la Société. Iis joindront à leurs mémoires des échantillons des miels bruts sur lesquels ils ont opéré , et des résultats qu’ils auront obtenus : chacun de ces échantillons devra être du poids d’un kilogramme au moins.
- Les mémoires et les pièces à l’appui devront être envoyés francs de port au secrétaire de la Société avant le ier. mai 1812.
- XXII.
- Prix pour la fabrication du sucre de betterave.
- Les circonstances actuelles donnent un grand intérêt à tous les travaux qui ont pour objet de trouver dans les substances indigènes les denrées coloniales dont une longue habitude nous a fait un besoin, et le sucre, dont la consommation est si considérable en France, est une de ces denrées qu’il est le plus important de trouver à remplacer. La Société a déjà cherché à encourager sous ce rapport la fabrication des sucre et sirop de raisins , et il est démontré aujourd’hui que l’on trouvera dans cette branche d’industrie, lorsqu’elle sera encore perfectionnée et étendue, un moyen de remplacer le sucre de canne pour un grand nombre d’usages domestiques 5 mais c’est principalement pour le midi de la France que ces travaux peuvent avoir beaucoup d’intérêt, et il est à désirer que le nord , qui est dépourvu de vignes , trouve aussi des matières sucrées sur son sol, et il paraît que la betterave pourra lui être utile sous ce rapport.
- L’existence du sucre dans la betterave n’est pas une chose douteuse : ce fait, annoncé par Margmff a été depuis confirmé par plusieurs chimistes, et notamment par M. Achard, de Berlin, qui avait monté en Prusse une manufacture qui a fourni du sucre au commerce ; une autre manufacture du même genre est encore tenue en ce moment par M, le baron de Koppy, et les échantillons de ses ateliers , envoyés à Paris, sont de la plus grande beauté. Il y a déjà dix années que les tentatives de M. Achard ont été soumises à l’Institut 5 ses procédés ainsi que ceux de Margraff ont été répétés, et il est résulté du travail entrepris à cette occasion , qu’on pouvait retirer de la betterave une quantité assez notable de très-bon sucre; cependant ces expériences et l’exemple de MM. Achard et de Koppy sont restés sans suite et sans imitateurs en France , et il ne s’est établi encore aucune raa-
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- nufacture pour retirer en grand le sucre de la betterave. La Société d’Encouragement désire exciter à cet égard le zèle des propriétaires et des cultivateurs, et elle propose un prix de deux mille frarics, qui sera décerné dans sa séance générale du mois de juillet 1812, à celui qui aura obtenu, de la manière la plus économique, la plus grande quantité de sucre concret de betterave , cette quantité ne pouvant être moindre d’un quintal métrique. Elle propose aussi un accessit de mille francs pour celui qui aura le plus approché de cette quantité.
- Les concurrens devront détailler dans un mémoire les procédés qu’ils ont suivis dans leur fabrication, et le calcul exact de leurs dépenses. Ils y joindront aussi des échantillons de leurs produits.
- L’exactitude des faits contenus dans les mémoires devra être certifiée par les autorités locales , sur le rapport des commissaires qu’ils auront délégués à l’effet de suivre les procédés employés par les auteurs : le tout sera adressé à la Société avant le ier. mai 1812.
- La Société croit devoir prévenir les concurrens que toutes les espèces de betteraves ne fournissent pas une même quantité de sucre , et qu’elles ne sont pas également faciles à travailler. Dans les essais faits à Paris, la betterave employée par MM. Achard et Koppyr et qui a été envoyée de Prusse , a donné en huit jours une quantité de sucre presque triple de celle qu’on a obtenue en six semaines de la betterave cultivée dans les environs de Paris. 11 est donc utile que les concurrens répètent leurs essais avec diverses espèces de betteraves , et notamment avec celle de Prusse.
- AGRICULTURE.
- XXIII.
- Prix pour un moyen prompt et économique d’arracher les joncs et autres plantes aquatiques dans les marais desséchés.
- Le Gouvernement fait exécuter de nombreux et importans desséchemens 5 cet exemple est imité par des propriétaires et plusieurs compagnies, mais un grand obstacle s’oppose à la culture de ces nouveaux desséchemens. Il faut souvent quatre , cinq années, et plus encore, pour voir disparaître les roseaux et les massettes, qui s’opposent à toute culture. Tous les moyens connus jusqu’ici ont été insuffisans 5 la charrue la plus profonde ne peut atteindre leurs racines, et semble leur donner une nouvelle force de végétation.' L’action du feu (l’écobuage) ne réussit pas mienx : il est d’ailleurs impraticable dans dévastés terrains.
- Cependant, jusqu’à l’entière destruction de ces plantes aquatiques, on ne peut espérer de récolter des céréales , ni des prairies de bonne qualité , et le temps est perdu pour l’agriculture et pour la rentrée des nombreux capitaux dépensés.
- Quels seraient les moyens de hâter la destruction de ces plantes nuisibles? Quelles seraient les plantes qui, par la force de leur végétation, pourraient les étouffer, ou les ins-trumens qui pourraient les extirper ?
- La Société d’Encouragement propose , pour la solution de cette question, un prix de douze cents francs, qui sera décerné dans sa séance générale du mois de juillet 1812 ; mais elle exige, i°. des expériences faites sur un terrain de trois hectares au moins , 2°. que les faits soient reconnus et constatés par les autorités locales.
- Les pièces , plans et mémoires seront adressés au secrétariat de la Société avant le 1er. mai 1812.
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- PRIX REMIS AU CONCOURS POUR L’ANNÉE 1812.
- ARTS MÉCANIQUES.
- XXIV.
- Prix pour la fabrication du fil de fer et d’acier propre à faire les aiguilles à coudre et les cardes à coton et à laine.
- La France possède plusieurs manufactures d’aiguilles à coudre qui jouissent d’une réputation méritée , et dont les produits sont recherchés par le commerce , tant à cause de leur perfection que de leur bas prix.
- Il existe également en France un grand nombre de tréfileries ; mais aucune ne fabrique encore le fil d’acier à l’usage des manufactures d’aiguilles ; cependant il importe aux progrès de ces précieuses manufactures qu’elles ne puissent jamais être privées de la matière première , sans laquelle leurs travaux seraient paralysés.
- On pourrait espérer que la grande consommation de fil d’acier qui se fait maintenant en France déterminera bientôt les propriétaires de tréfileries à réunir à leur fabrication de fil de fer celle de fil d’acier, et à se mettre en état d’approvisionner le commerce , et sur-tout nos manufactures d’aiguilles, de cette matière première ; mais comme cette nouvelle fabrication exige des soins particuliers, la Société d’Encouragement a pensé qu’il serait utile de diriger l’attention des artistes et des fabricans vers cet objet important par quelque récompense, afin de hâter l’établissement en France de cette nouvelle branche d’industrie, et d’obtenir en même temps du fil de fer d’une qualité convenable à la fabrication des cardes à coton et à laine, dont la consommation augmente chaque jour.
- En général, le fil de fer et d’acier doit être uni, et conserver la même grosseur d’un bout à l’autre dans chaque degré de finesse; le fil d’acier pour aiguilles doit être d’un grain fin, homogène et susceptible de prendre la forme d’aiguille sahs se briser : il faut aussi qu’il puisse supporter l’opération du recuit sans perdre sa qualité acéreuse, et qu’il prenne à la trempe la dureté convenable.
- Le fil de fer le plus estimé pour la fabrication des cardes est celui qui , indépendamment de l’égalité de grosseur dans le même degré de finesse, réunit à la souplesse nécessaire pour prendre la forme de crochets sans se rompre, beaucoup d’élasticité et de dureté ; sans ces différentes qualités, les crochets se déforment, s’émoussent promptement et ne produisent plus leur effet.
- La Société d’Encouragement propose un prix de cinq mille francs, qu’elle décernera à celui qui non-seulement présentera les meilleurs échantillons de fil de fer et d’acier fabriqués dans tous les degrés de finesse nécessaires aux fabricans de cardes et d’aiguilles, mais qui prouvera en même temps qu’ils ont été fabriqués dans un établissement monté en grand, et pourvu de tous les moyens de fournir ces deux qualités de fils aux manufactures et au commerce , au prix qu’ils coûtent venant de l’étranger.
- Le concours restera ouvert jusqu’au ier. mai 1812. Le prix sera adjugé dans la séance générale du mois de juillet de la même année.
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- PRIX REMIS AU CONCOURS POUR L’ANNÉE i8i3.
- ARTS MÉCANIQUES.
- XXV.
- Prix pour une machine à tirer la tourbe sous Veau.
- L’abondance des eaux est un des principaux obstacles qui se rencontrent dans l’exploitation des tourbes ; elle oblige à laisser subsister des bancs ou batardeaux plus ou moins épais entre les parties qu’on exploite et celles qu’on a exploitées, et souvent les épuisemens devenant impossibles , même à une profondeur médiocre, il faut se résoudre à abandonner au fond des excavations toute la tourbe qui s’y trouve.
- C’est ainsi que, dans la plupart des exploitations des vallées de la Somme , de la Canche, de l’Authie, d’Essone, etc., une partie de la couche tourbeuse reste ensevelie sous les eaux et sous les atterrissemens, qui viennent à la longue remplir les excavations.
- Cette perte irréparable d’un combustible qui acquiert tous les jours un nouveau prix, n’aurait pas lieu , si on prenait le parti d’exploiter sous l’eau lorsqu’il est prouvé que les épuisemens deviennent trop dispendieux. On connaît depuis long-temps plusieurs moyens d’extraire la tourbe sous l’eau , la drague, le filet et la boîte à tourber. La drague et le filet conviennent particulièrement quand la tourbe se trouve à l’état de boue plus ou moins liquide ; mais dans tous les cas l’usage de ces instrumens exige une manipulation ultérieure de la tourbe. La boîte à tourber a l’avantage d’extraire la tourbe dans le même état où on l’obtient avec le louchet et à l’aide des épuisemens; cette machine, dont la description a été publiée dans plusieurs ouvrages (1), a été employée autrefois dans les marais de la Somme, près d’Amiens; mais aujourd’hui elle paraît entièrement oubliée, soit parce qu’eile demande trop de frais pour sa construction, soit parce que n’étant disposée que pour être mue à bras d’hommes, sa manœuvre est trop dispendieuse (2).
- fi) Voyez Recherches sur les houilles d’engrais, les houillières, les marais et leurs tourbes, par M. de Laillevault. Paris, 1783; chez Servitre, rue Saint-Jean-de-Beauvais. Voyez aussi Encyclopédie métho-thodique , Art du tourbier.
- (2) Indépendamment de cette machine, on emploie dans le département de la Somme, depuis douze à quinze^ans, un instrument a main, à l’aide duquel un seul homme peut extraire la tourbe sous l’eau d’une profondeur d’environ 5 mètres. Cet instrument, que l’on nomme grand louchet, ne diffère de celui ordinaire, ou petit louchet, que par la grandeur des proportions et par un bâtis en fer destiné à couper le parallélipipède de tourbe , et à le maintenir sur l’instrument quand on le retire de dessous l’eau. Le fer de la bêche du grand louchet a 10 centimètres (3 pouces 9 lignes) de large, sur 33 centimètres ( 1 pied) de long. L’aileron a la même largeur que le fer du louchet ; mais au lieu de former avec lui un angle obtus, il en forme un droit. Le fer du louchet et une partie du manche sont entourés, sur une hauteur d’un mètre , d’un châssis à jour composé de bandes horizontales et verticales qui circonscrivent un prisme droit à base carrée ; les bandes, au nombre de trois, forment un carré qui a pour côté la largeur du fer du louchet, ou 10 centimètres. La première de ces bandes coupe la tourbe, et toutes servent avec les bandes verticales à soutenir le long parallélipipède que l’on détache.
- En enfonçant l’instrument de toute sa hauteur dans la masse de la tourbe, on peut enlever trois ou même quatre de ces petits prismes, que l’on nomme vulgairement une tourbe, et dont on ne peut détacher cju’une à-la-fois avec le petit louchet; le manche ayant 6 mètres de longueur, non compris le fer, on peut extraire la tourbe à une profondeur d’environ 5 mètres au-dessous de l’eau.
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- D’après cet exposé, la Société d’Encouragement, considérant combien il importe d’exploiter les couches tourbeuses dans toute leur épaisseur , et de quelle utilité il serait, en beaucoup de circonstances ,„d’extraire la tourbe sans recourir à aucun épuisement, propose un prix de deux mille francs} qu’elle accordera à celui qui lui indiquera les moyens les plus économiques de tirer la tourbe sous l’eau , soit qu’il ajoute aux moyens' connus quelque perfectionnement qui en rende l’emploi moins dispendieux, soit qu’il propose une machine nouvelle qui leur soit préférable. ,
- Le prix sera décerné dans la séance générale du mois de juillet i8i3 ; il ne sera accordé que sur un certificat authentique constatant que les moyens proposés ont été employés avec succès pendant une campagne entière.
- Les concurrens devront envoyer le procès-verbal des expériences qui auront été faites , et les modèles ou dessins relatifs aux moyens qu’ils auront proposés, avant le i«. mai i8i3. Si aucun d’eux n’avait, au jugement de la Société, rempli les conditions du programme dans le délai indiqué, le prix sera retiré du concours.
- La Société a cru devoir joindre ici la description d’une machine employée avec succès au curage des ports et canaux de Venise, description qui lui a été communiquée par M. Prony. Tout porte à croire que cette machine est applicable à l’extraction des tourbes limoneuses, et qu’elle pourrait même le devenir à celle de la tourbe compacte.
- cc La machine est formée d’une poutre verticale de 5 mètres environ de longueur , et armée à sa partie inférieure d’une ferrure plate , ou espèce de bêche ou pelle destinée à être enfoncée dans le terrain à la profondeur de i5 ou 18 décimètres. Vers l’assemblage de la poutre et de la bêche est un axe horizontal enfer, autour duquel tourne la caisse ou cuiller destinée à ramasser les matières qu’on veut extraire du fond ; cette caisse est une portion de cylindre quia pour axe l’axe de rotation dont on vient de parler , et qui est de dimensions telles, que lorsqu’elle est abaissée et juxta-posée contre la pelle, celle-ci la fèririe exactement. La caisse se meut par le moyen d’un levier de 5 à 6 mètres de longueur , auquel elle est assemblée très-solidement.
- » Lorsqu’on veut curer , on enfonce verticalement la bêche dans le fond du lit du canal (par les moyens dont on parlera ci-après). La cuiller est tenue ouverte à l’aide d’un crochet adapté à sa partie postérieure, auquel tient une chaîne tirée par une mouffle. Lorsque la pelle est suffisamment enfoncée, on lâche la mouffle d’un côté , et de l’autre on tire l’extrémité du levier avec une corde enroulée sur le cylindre d’un cabestan ; ce mouvement tend à faire fermer la cuiller , ce qui ne peut s’opérer sans qu’elle se remplisse des matières dans lesquelles la bêche est enfoncée; et lorsqu’elle parvient à être juxta-posée contre cette bêche, les matières ne peuvent plus en sortir : on enlève alors tout l’équipage au-dessus de la surface de l’eau, on rouvre la pelle, et les matières tombent dans un bateau qui vient se placer au-dessous.
- » L’enfoncement et l’extraction de la bêche s’opèrent au moyen d’un grand levier extrê^ mement solide, dont chaque branche a six mètres et demi de longueur. A l’une des extrémités de ce levier est attachée la poutre, à laquelle tiénnent la pelle et la cuiller ; l’autre extrémité porte un taraud, dans lequel tourne une forte vis, dont le bout inférieur, non taraudé, est maintenu et tourne dans un collier, de manière à ne pas se mouvoir parallèlement à l’axe de ce collier. D’après cette disposition , en faisant tourner la vis au moyen des leviers qui y sont adaptés, soit dans un sens, soit dans l’autre , on fait lever ou baisser les extrémités du levier , et par conséquent la bêche et la cuiller.
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- .» Les pièces qui unissent les extrémitésdu levier au-manehieude la pelle et à la vis, et le collier du bout inférieur de cette vis, tournent sur des tourillons horizontaux, afin de former des articulations telles, que rien ne soit forcé pendant le. mouvement du levier.
- » Ce levier et son équipage sont portés sur un bateau fixé pendant l’opération avec les précautions ordinaires. La machine est manœuvrée par cinq hommes, qui peuvent travailler six heures de suite, en enlevant 60 pieds cubes de matières-en 5 minutes à une élévation de 14 à i5 pieds. Si l’on suppose le poids d’un pied; cube de grayier et sable de 12,0 ou 125 livres , c’est-à-dire1 environ 5o livres de plus que le poids, dupied cube d’eau , ce travail équivaut à-peu-près à un effort de 3o livres, avec une vitesse d’un pied par seconde pour chaque homme. La construction de cette machine est d’ailleurs fort simple j elle égale . au moins en solidité et surpasse peut - être , en facilité dans la manœuvre et en produit, les machines employées au curage dans les ports en France , et eUe doit exiger moins de réparations que celles employées ordinairement dans nos travaux hydrauliques. On n’y trouvera pas cependant, comme dans la machine à draguer décrite par Régemortes, la commodité de pouvoir être placée et manœuvrée dans un batardeau de 3 ou 4 mètres de largeur 5 mais cet inconvénient est compensé, dans les lieux où on peut disposer d’un grand emplacement, par plusieurs autres avantages (1). »
- PRIX PROPOSÉ POUR L’ANNÉE 1814.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- XXVI.
- Prix pour la conservation des étoffes de laine.
- •Les laines préparées et les étoffes qui en sont fabriquées sont attaquées par des teignes qui les rongent et les: percent quelquefoisen peude.temps} il y a peu de maisons dans lesquelles il ne se fasse, chaque année, une perte notable à cet .égard. Les laines des matelas, celles des couvertures , les tissus de laine, les meubles nombreux qui en sont couverts, les riches tapisseries, les cachemires précieux , les pelleteries, les tentures même en papier tontisse, qui sembleraient devoir être préservés, etc., etc., se trouvent exposés plus ou moins aux ravages de ces insectes destructeurs.
- D’après ces considérations , la Société d’Encouragement propose un prix de quinze cents francs pour le moyen le plus efficace, facile dans son exécution et peu dispendieux, de préserver des teignes qui les, attaquent les étoffes de laine et les laines elles-mêmes , sans altérer leur couleur et leur tissu et sans nuire à la, santé des hommes.
- Elle exige que les expériences qui en constateront la réalité soient revêtues de la plus grande authenticité, et qu’elles aient été faites pendant une année entière.
- Le jugement de la Société sera proclamé dams la séance générale du mois de juillet 1814> et les mémoires devront être envoyés avan.t.,le ier. mai de la même année.
- La Société croit devoir rappeler aux concurrens que l’on connaît dans nos habitations trois insectes qui ravagent principalement les poils des animaux :
- i°. La teigne fripière {tinea sarcitella) , à ailes d’un gris jaunâtre argenté}
- (i) La machine dont il est ici question est figurée dans un ouvrage de M. Krafft, intitulé : Plans, coupes et élévations de diverses productions de l’art de la charpente, exécutés tant en France que, dans les pays étrangers , i vol. in-fol. Paris, i8o5, chez Levrault, Schoeflet compagnie. ;
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- 2°. La teigne tapissière, à ailes d’un blanc jaunâtre , excepté celles supérieures, qui sont brunes à la base ;
- 3°. La teigne des pelleteries (tinea pellionella) , à ailes d’un gris plombé et brillant.
- Toutes ces teignes sont à-peu-près de la même grosseur.
- CONDITIONS GÉNÉRALES A REMPLIR PAR LES CONCURRENS.
- Celui qui aura obtenu un prix conservera la faculté de prendre un brevet d’invention si l’objet en est susceptible.
- Les modèles, mémoires, descriptions, renseignemens , échantillons et pièces, destinés à constater les droits des concurrens , seront adressés , francs de port, au secrétaire de la Société d’Encouragement pour l}industrie nationale , rue du Bac, N°. 42 , hôtel de Bour-logne. Ils doivent être remis avant le ier. mai de chaque année : ce terme est de rigueur.
- Les étrangers sont admis à concourir;'niais dans le cas où l’un d’eux aurait obtenu un prix, la Société conservera la propriété du procédé, à moins qu’il ne le mette à exécution en France en prenant un brevet d’invention. '
- Les membrés du Conseil d’administration et les deux censeurs sont exclus du concours ; les autres membres de la Société sont admis à concourir.
- Les concurrens ne mettront point leurs noms à leurs mémoires ; ils y mettront seulement une devise, et ils joindront aux modèles, mémoires ou échantillons, un billet cacheté, renfermant la même devise , leur nom et l’indication de leur domicile.
- Les médailles ou la somme seront remises à celui qui aura obtenu le prix ou à son fondé de pouvoirs. . „
- Adopté en séance générale, le 8 août 1810.
- Le comte CHAPTAL, présidentf
- GUYTON-MORVEAU, DUPONT (de Nemourà) , vice-prèsidens ;
- CL. ANTHELME COSTAZ, MATHIEU DE MONTMORENCY ,
- secrétaires-adjoints.
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- Nota. Le prix pour le perfectionnement du collage du papiers été retiré du concours.
- A Paris, de l’Imprimerie de Madame HUZARD, rue de l’Éperon, N°. 7. 1810.
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